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20 mai 2014

Arthur H : Interview pour L'or d'Eros

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(Photo : Franck Loriou)

Ce soir et demain, Arthur H (déjà mandorisé là) et le compositeur Nicolas Repac se produisent au 104 (à Paris).  D’abord, ils ont conçu ensemble L'Or Noir, superbe voyage sensoriel autour de la poésie créole contemporaine, d'Aimé Césaire, chantre de la négritude, au contemporain Dany Laferrière en passant par le regretté Édouard Glissant. L'occasion de sonder la part noire de deux musiciens assumant allègrement des identités métisses. Pour L'Or d'Éros, le second volet qui vient de paraître, tous deux rendent hommage aux auteurs les plus libres et les plus sulfureux du XXe siècle. Pour parler de ce projet, Arthur H m’a reçu dans une chambre d’un hôtel de la capitale, le 25 mars dernier.

Argumentaire officiel de ce deuxième volet de la collection Poetika Musika :

Un superbe voyage sensoriel autour de la poésie créole contemporaine. Après « L’Or Noir » consacré à la poésie de la Caraïbe francophone, Arthur H & Nicolas Repac se penchent sur la poésie érotique. Lu, interprété, par Arthur H. Musique Nicolas REPAC.

arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repacL'Or d'Éros c'est l'émotion du sexe, quand le sexe rentre en résonance avec le coeur et produit de la poésie. Une poésie totalement dégagée des carcans du conditionnement social, un vrai espace de liberté, d'invention et de dévoilement de soi; plus les délices, l'excitation et les labyrinthes d'un jeu sans fin. Nicolas Repac a conçu la musique comme un long film, déchirant parfois, ou tendu, ou tendre, mais toujours voluptueux, oscillant entre les largesses symphoniques et les grooves sexuels-mathématiques. Arthur H, habite chaque mot comme si les écrivains étaient tous des musiciens. Sa voix effleure le chant pour produire une hypnose sensuelle. Tous les deux rendent hommage aux auteurs du 20e siècle les plus libres et les plus sulfureux.

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arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repacInterview :

Présentez-nous cette collection, Poétika Musika, dont vous êtes à l’origine.

C’est une collection qui se propose de colorer les grands classiques de la poésie du XXe siècle avec un filtre musical, spatial et cinématographique. Sans l'aide du chant, il s'agit de retrouver l'ADN musical qui repose dans la cellule poétique, afin de faciliter l'accès à des textes difficiles et de redonner le goût de lire.

Quel est le but de cette collection ?

C’est de mélanger totalement la musique et la poésie et d’avoir une approche musicale de la poésie, mais sans la chanter. Quand on commence, je pose mes voix et Nicolas construit des musiques autour. Lorsque les musiques sont créées, je me recale un peu sur lui.

Vous qui êtes musicien, mettez-vous votre grain de sel dans les compositions de Nicolas Repac ?

Il est totalement maître de la situation, mais je donne souvent mon avis. Mon oreille traîne sans cesse et avec Nicolas, nous conversons.

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(Photo : Yaël Hirsch)

Est-ce votre amour de la littérature qui vous a incité à vous lancer dans ce projet ?

Non, c’est l’amour du cinéma. Je trouve que la poésie, c’est un cinéma pour pauvre. Ce sont des images à l’état brut et sauvage avec le moins de moyens possible et imaginable. Un poème, c’est l’expression la plus dépouillée et la plus désossée possible. Pour tout vous dire, je ne suis pas un grand lecteur, mais je constate que la poésie est très efficace pour créer de la manière la plus directe possible un monde.

C’est quoi la poésie pour vous ?

La poésie, c’est comme le sexe finalement. C’est un monde avec lequel on a une grande intimité et en même temps, qui sera toujours inconnaissable. Je n’ai jamais vu la poésie comme une espèce de fantasmagorie onirique, ni de doux délire pour les gens qui ne sont pas vraiment sur Terre et qui ont besoin de s’échapper de la réalité. Pour moi, c’est absolument le contraire. C’est un outil extrêmement précis pour observer des choses intimes de soi qu’on ne peut pas voir de manière frontale. Souvent, on est obligé d’avoir un regard oblique pour les remarquer, du coup, la poésie peut être pris comme un moyen très technologique pour percer la carapace et aller de l’autre côté. Ça permet de se rendre compte ce qu’est notre vraie présence au monde et notre vraie intimité.

C’est quoi être poète quand on écrit ?

C‘est tout simplement prendre de la liberté avec la langue, avec l’idée de voir l’envers du décor. Ca peut être aussi écrire un texte très cru et très simple sur le réel. En réfléchissant, je peux dire que la poésie est un moyen de faire face au réel, de manière détournée ou très frontale, le plus honnêtement possible.

Comment avez-vous choisi les textes qui figurent sur L’Or d’Éros ?arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repac

J’ai choisi des textes qui génèrent une émotion très immédiate, qui tout de suite délivrent des images et qui sonnent. Il faut qu’il y ait une musicalité du texte et un rythme évident. La poésie, c’est de la musique visuelle.

Est-ce que parler demande plus de concentration que de chanter ?

On doit tenir son énergie, mais on doit se laisser traverser par elle. C’est plus nourrissant de chanter que de parler, mais finalement, c’est un peu la même chose à la base. Je ne ressens aucune frustration en tout cas. Dans cet exercice de style, j’ai été très influencé par Jean-Louis Trintignant. Je l’ai vu sur scène et j’ai même écrit un poème sur mon album Baba Love pour qu’on le récite ensemble. Il a une prononciation et une articulation démoniaque. J’essaie de lui arriver au moins à la cheville en le copiant au maximum.

Il y a des textes très sexuels et d’autres plus sensuels. L’élaboration de cet album a-t-elle été une question de dosage ?

J’ai pris les textes qui avaient l’émotion, des images et du son, comme je vous le disais précédemment. Des textes très crus, en poésie, je n’en ai pas lu et vu beaucoup. Des textes trop sentimentaux, ça ne m’intéressait pas. Mes deux textes préférés sont pourtant ceux qui mélangent les deux. « La lettre à Nora » de James Joyce et « Mademoiselle mon cœur » de Georges Bataille. Je trouve que le sexe est l’émotion est reliée à une forme de vérité. Quand on fait l’amour, on éprouve une émotion en même temps. Cela me paraît indissociable.

"Lettre à Nora" de James Joyce.

Faire un disque de chansons, c’est plus simple ?

Non, au contraire. On doit inventer un monde, cela implique beaucoup de gens, il y a toujours des choix déments à faire. Moi, quand j’enregistre un disque, je me sens souvent dans une sorte de labyrinthe. Il y a toujours un moment où je me tape la tête contre les murs. Là, on n’a pas à écrire des paroles… en plus elles sont sublimes. Nicolas prend son pied à les accompagner… bref, c’est le projet plaisir ! Il n’y a aucune contrainte artistique et ça devient rare de nos jours.

Lou Doillon interprète avec vous « L’amour » d’André Breton et Paul Eluard.

Sur ce texte, une participation féminine me paraissait naturelle.

Il n’y a pas de textes de femmes. Pourquoi ?

Je n’en ai pas trouvé. Il y avait bien du Duras, mais c’était un peu trop cérébral. Sinon, j’ai trouvé des textes de femmes, mais trop cash par rapport aux aspects positifs et de beauté que nous cherchions.

Avant votre prochain album plus personnel, ce genre de projet vous fait-il du bien ? Est-ce une respiration ?

C’est un vrai ressourcement. Se frotter à ces grands auteurs est toujours positif. C’est une expérience qui m’enrichit beaucoup. Ça me donne envie d’être plus exigeant avec mes propres textes.

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Après l'interview, le 25 mars 2014.

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(Photo : Franck Loriou)

10 juin 2008

Arthur H... artiste du monde!

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Sarah, de chez Spöka, (dont j’ai dit le plus grand bien ici), m’explique que le choix des sites et blogs sélectionnés pour interviewer Arthur H fut draconien. Nous n’étions que 4 ou 5, je crois.

Je le prends évidemment comme un compliment. Et je tente donc d’être à la hauteur du privilège.

(Bon, je le méritais bien au fond, j’ai teasé à mort, , et  (carrément la grosse déconne!)… et puis je viens pour ce blog, Zik Addict et 77FM, ce qui commence à faire du monde…)

(Mandor, t’arrêtes d’être prétentieux !)

Bref, rendez-vous chez Universal, le 27 mai dernier… Arthur H semble décontracté. Un peu nerveux peut-être, mais gentil.

Avant de parler de son album, regardons le clip de Dancing with Madonna.

 

arthur_h_homme_monde-cfd2d.jpgArthur H revient donc avec un album plus groovy, plus dansant, beaucoup moins introverti.

-J’ai voulu me renouveler, ne pas perdre qui je suis, mais aller dans une énergie plus ouverte. Je trouve que la société d’aujourd’hui est tellement bloquée, stressé en général… il y a une telle rage, une telle tristesse dans l’air, que j’éprouve le désir d’aller vers quelque chose de vibrant, de positif, pour foutre un peu d’air et de lumière dans ce chaos.

L’homme du monde est son tournant rock… un tournant autant personnel que musical. Arthur H prétend que ce disque lui permet de sortir du conformisme ambiant. Je lui dis que je ne l’ai jamais vraiment trouvé conformiste.

-Non, mais j’étais dans le trip : « Venez, rentrez dans mon petit cirque nocturne et merveilleux, nous allons faire des voyages incroyables. Le problème, c’est que les voyages que je proposais étaient très intérieurs. Aujourd’hui, ce n’est plus le temps de faire ça. C’est le temps de danser. On n’est pas sur Terre que pour râler, on est là aussi pour vivre des moments très joyeux, pour s’amuser, pour vibrer ensemble.

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(Photo: Laurent Seroussi)

Arthur H a repris le meilleur de la musique de chaque époque. Le côté soul et relax des années 70 et son côté joyeux du disco également. Pour autant, on ne peut pas dire que le fils du Jacques Higelin a composé un album qui sonne seventies. Non, le style Arthur H est là et bien là. Etrange, mais envoûtant mélange.

-J’aime toutes les musiques en fait. Contre toute apparence, j’apprécie énormément celles qui se dansent. Vous savez que je danse beaucoup, seul, chez moi ? D’ailleurs, sur scène aussi, je ne m’économise pas à ce niveau-là. Pour ce disque, je voulais donc faire du groove poétique. Quelque chose qui soit à la fois dansant, sexe et en même temps qui raconte des choses. Je voulais avoir une vision poétique et rythmée sur la société. Du texte et du sexe…

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(Photo: Laurent Seroussi).

Après quelques questions d’usages sur l’album, les musiciens, la séance d’enregistrement, son inspiration sous le soleil de la Grèce avec femme et enfant… que vous avez déjà lu ça et là, je lui demande s’il n’en a pas marre du service après-vente.

La promo, quoi.

-C’est quelque chose que j’apprends au fur et à mesure. La plupart du temps, c’est un échange sympathique. Si mon interlocuteur a écouté et compris mon disque, ça me donne de l’énergie. Si je mets tout mon cœur dans la création et l’élaboration d’un album, ce n’est pas pour qu’il ne soit acheté et apprécié que par 3 personnes. J’ai évidemment envie de le partager au plus grand monde. J’ai déjà fait l’expérience de jouer devant des salles à moitié vides… c’est flippant. J’ai fait aussi l’expérience contraire, là, je revis. D’arriver dans une salle bourrée à craquer, où les gens ont envie de s’amuser est plus que jubilatoire. Carrément jouissif. Il se passe quelque chose, tout le monde vibre ensemble.

Une grosse partouze, finalement !

-La musique, c’est un moyen  d’échanger de l’énergie, de l’amour et du rythme. Plus tu l’échanges avec un nombre important de gens, plus la vibration est forte.

Je sens qu’il décroche. Il commence à regarder son téléphone portable. Je change de conversation…

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Parlons d’Internet. L’homme du monde, est-il un homme du monde moderne ?

-C’est un univers fascinant. Il est à la fois très riche et très pauvre. Il est très riche dans le sens où il y a une profusion d’informations, dont certaines sont hyper intéressantes, d’autres beaucoup moins. Il y a aussi un tel potentiel de contacts, de rencontres avec des gens, que je trouve ça fabuleux. Bien sûr, le côté parfois superficiel de la rencontre et la surabondance de l’information peuvent tuer l’intérêt, mais globalement, je trouve ça plutôt passionnant.

Je lui demande s’il surfe beaucoup.

-Pas beaucoup parce que dès que tu commences, ça prend pas mal de temps. Je vous avoue que parfois, je me perds dans MySpace. Je passe d’un artiste à l’autre et je découvre plein de gens marrants, talentueux (ou pas) et inattendus. J’aime bien cette idée de s’abandonner dans des espaces qui n’en finissent plus, qui sont quasiment infinis à notre échelle. Ca m’arrive parfois.

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Avant de finir cet entretien, je vous rediffuse le moyen-métrage de 26 minutes qui est, en quelque sorte, la version filmée du disque…

 

Visiblement, Arthur H prend son rôle au sérieux… il m’avoue son envie de « faire l’acteur ».

-Oui, mais dans des formes créatives ouvertes. Le cinéma français est trop psychologique, trop réaliste. J’ai envie de jouer dans des films un peu fous, marrants, surprenants, non consensuels.

Pour conclure, il ajoute cette phrase qui m’incite moi-même à ne rien ajouter et à vous dire au revoir…

-Le rêve n’est pas une évasion… juste un moyen d’avoir plus d’énergie dans la vie réelle.

EDIT!!!

Si vous souhaitez écouter un magazine de 2 minutes compilant ma note Arthur Hachienne... c'est ici que ça se passe!