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09 mars 2014

Amédée Mallock : interview pour Les larmes de Pancrace

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Pour tout dire, j’en avais marre de prêcher dans le désert depuis 3 ans. J’ai reçu ici Jean-Denis Bruet-Ferreol, alias Amédée Mallock, à chacun de ses nouveaux livres. Parce que je l’ai découvert avec Le massacre des Innocents, un putain de bon thriller qui m’a époustouflé dès les premières pages et que je n’ai pu lâcher. J’ai récidivé à la sortie de Les Visages de Dieu et l’enthousiasme ne m’a pas quitté. Décidément, ce Mallock est très très fort. Et enfin, je lui ai ouvert cet espace pour la troisième fois pour Le cimetière des hirondelles, autre chef d’œuvre du monsieur. Ses livres ont toujours trois niveaux : Un niveau mythologique, un niveau narratif, un niveau purement littéraire. Mallock est un petit malin doué très très doué quand il s'agit de créer l'envie de tourner la page, encore et encore.

Pour Les larmes de Pancrace, j’ai dit assez ! Que puis-je faire pour offrir autre chose que mon blog à cet auteur qui mérite un succès fou et une visibilité importante ? Travaillant pour différents journaux, j’ai fini par obtenir la page « interview » du Magazine des Loisirs culturels Auchan (daté des mois de février et mars 2014) tiré à 200 000 exemplaires.

(Et pour ne rien vous cacher, ça se débloque pour Mallock. Il commence a être traduit dans de nombreux pays, il semblerait que Fleuve Noir croit en sa destinée et la plupart de ses anciens titres sortent chez Pocket. Amen.)

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(Comme je ne fournis pas la loupe pour lire l'introduction de cette interview, je la republie en version plus lisible.)

2014 est la grande année Mallock chez Fleuve Noir et Pocket. Ce mois-ci paraît son nouveau roman, Les larmes de Pancrace, et en poche la toute première aventure du commissaire, Les Visages de Dieu, dans une version intégralement revue et augmentée. D’autres publications sont prévues dans l’année. Jean-Denis Bruet-Ferreol, qui a pris pour pseudonyme le nom de famille du commissaire de sa série, a exercé pendant 20 ans dans le milieu de la publicité. Il est peintre, photographe, designer, inventeur, directeur artistique, compositeur et, bien entendu et avant tout, écrivain.

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amédée mallock,les larmes de pancrace,interview,mandor,le magazines des loisirs culturels auchan

Après l'interview, le 6 février 2014.

Bonus track:

Je suis allé rendre visite à Mallock au Cultura de Franconville, le 1er mars 2014, lors d'une séance de dédicaces...

(Parce qu'on aime bien se retrouver de temps à autre. Et que j'habite pas loin.)

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Mallock et moi, c'est à la vie, à la vie!

17 décembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (8) : Amédée Mallock pour "Les visages de Dieu"

Huitième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, Vincent Brunner pour Hendrix, electric life, Jérôme Attal pour Folie furieuse, Erwan Larher pour Qu’avez-vous fait de moi, voici un focus sur le nouveau polar de Mallock, le très classieux et angoissant Les visages de Dieu (JBZ et Cie).

(Même que je suis sur le bandeau du livre, tellement je l'ai apprécié...)

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4e de couverture :

24 décembre, le Père Noël rajuste sa barbe, les sapins clignotent et la neige tombe lentement sur la dernière scène de crime du Maquilleur. Ce tueur en série, hors normes, fait de chacun de ses meurtres une œuvre d’art baroque, sculptant sauvagement les corps et peignant les visages dans des décors d’Apocalypse. Amédée Mallock, commissaire visionnaire au cœur mélancolique, va tenter de résoudre la pire de ses enquêtes, une terrifiante course contre la montre et la mort. Plus il avancera, plus les énigmes et les questions s’accumuleront. Le maquilleur est-il plusieurs? Pourrait-il être immortel ? Le diable croit-il en Dieu ?

Polar mystique, thriller théologique, Les Visages de Dieu croise une formidable intrigue avec une quête vertigineuse dans les abîmes de la barbarie humaine. Superbe et captivant !

L’auteur :

L’auteur (alias Jean-Denis Bruel-Ferreol) a pris désormais le nom de son commissaire, MALLOCK, pour signer ses thrillers et, plus généralement, tous ses travaux de photographe, designer, musicien, romancier et peintre. Sa série policière, Les Chroniques barbares, s’inscrit dans un grand tout où règnent l’art numérique, les livres étranges et les « Morphéographies »… Les Visages de Dieu est le premier de la série, la seconde Chroniques barbare est déjà sortie chez JBZ & Cie, sous le nom de Le Massacre des Innocents.

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Après être allé chez Mallock, il y a quelques semaines, à l'occasion de la sortie de son thriller Le Massacre des Innocents, j'ai cette fois-ci convié, le 26 novembre dernier, ce même Mallock dans la brasserie située à côté du Grand Rex...

Devant un repas pas franchement Dukanien, j'ai posé quelques questions à cet auteur dont je deviens de plus en plus "fan" de livre en livre lu.  

-Je ne comprends pas pourquoi personne ne s’intéresse à Mallock et encore moins à son auteur. Les deux se confondent et ils méritent d’être sous les feux des projecteurs…

-Merci de le dire. Ceux qui ont lu mes deux polars sont souvent enthousiastes. Le problème c’est que personne ne s’est intéressé aux Massacres des innocents… aucun journaliste à part toi, aucun blogueur, aucun site consacré aux polars… personne n’a lu les aventures de Mallock ! Je n’ai aucune visibilité, même de la part des libraires.

-Que tu ne vendes pas, je te le dis franchement, c’est un vrai mystère, pour ne pas dire une parfaite injustice.

-Cela fait 4 ans que c’est comme ça. Personne ne comprend pourquoi ça ne prend pas! Je suis au bord de devenir paranoïaque.

marc_levy-1.jpg-Tu écris des livres de 400 pages avec des intrigues puissantes et noires, servies par une écriture exigeante, mais abordable par tous… ne t’étonnes pas, tu n’es simplement pas dans la mouvance du moment.

-Je sais que tu dis ça avec ironie… mais, je vais te raconter mon challenge de cet été. Lors d’une séance de dédicaces au Cultura de Bordeaux, pour ne pas m’embêter en attendant des hypothétiques lecteurs curieux, j’ai commencé à lire un Marc Lévy et le dernier Amélie Nothomb. Au bout de 5 pages, j’ai constaté que c’était un travail sur le vide, une volonté de ne pas « fatiguer » le lecteur, de ne lui donner que du « pré-mâché » une sémantique dénuée de toute puissance (nuisance de l’esprit) où « Le ciel est bleu, le soleil brulant et la terre… ronde ! ». Au lien de m’énerver par rapport à ça, je me suis contenté designe-amelie-nothomb-L-2-1-.jpg constater qu’il avait compris qu’il s’adressait à des gens qui n’avaient pas toujours la volonté de lire vraiment. Il leur propose un livre d’image simple et enfantin qui ressemble à un livre. Certains lecteurs peuvent être rebuté par ce qui trop compliqué, trop sophistiqué ou trop poétique, ce qui est de l’ordre de la combinaison sémantique… (Allez, je fais mon pédant : C’est ce qu’on appelle en linguistique, l’axe de la sélection par rapport à l’axe de la combinaison. Disons que lorsque l'on fait de la simple prose, on choisit/sélectionne les mots selon leur capacité à se suivre pour former un sens, c'est l'axe de la sélection. Lorsque l'on fait de la poésie on les choisit selon leur capacité à se combiner ensemble, à en multiplier/saturer le sens et les sens, c'est l'axe de la "combinaison"). Dans mes Chroniques barbares, je fais simplement de la prose, comme monsieur Jourdain, mais en faisant appel aux assonances (rimes internes au texte), à l'axe de la combinaison et à d’autres techniques littéraires afin que la forme ait une fonction supplémentaire : catalyser l'émotion. Ou du moins, j’essaie dans la mesure du possible. Ce n’est pas forcément une démarche « intelligente », mais c’est en tout cas une ambition… déraisonnable, peut-être ! Marc Lévy, lui, c’est plus complexe que cela, car tout est complètement vide. De plus, tu calcules l’interlignage, la taille de la typo et tu constates qu’il a écrit un livre grand format, certes, mais de 200.000 signes. Et ils te le vendent 25 euros. L’homme de marketing que je suis dis chapeau ! Avec ses livres, on te la met profond, mais on ne te met pas de vaseline, puisque ça marche bien comme ça… et ça coûte cher la vaseline!

Amédée Mallock 03.12.10 3.JPG-Les esprits chagrins pourraient prétendre que tu es jaloux.

-Je m’évertue à ne pas devenir amer par rapport à ça. Je constate juste que, quand on met 5 ans à écrire un livre, on est mal barré. Cet été, je me suis lancé un défi personnel. Ecrire un roman plus court en un mois. Je l’ai fait et il s’intitule  La malédiction des Corneille. Il fera partie d’une nouvelle collection : Les petites barbaries. Il est deux fois plus court que mes romans habituels. C’est moins violent et moins dans l’axe de la combinaison.

-Tu ne vas pas devenir médiocre, quand même ?

-Non, rassure-toi. J’ai mis de l’eau dans mon vin et dans mon écriture. Je n’essaie plus de faire en sorte que chaque phrase soit la phrase définitive. J’ai une ambition monstrueuse quand j’écris mes livres. Les petites barbaries sont pareilles que les chroniques barbares, mais en plus diluées.

-Bon, enfin Amédée, tu ne t’es pas assez prostitué dans le monde littéraire germano pratin. Bon sang ! Va déjeuner au Flore ou à La Closerie des Lilas, comme tout le monde !

-Désolé, je suis juste prostitué avec mon ordinateur.

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-Tu travailles sur quoi, là, en ce moment ?

-Je travaille sur deux romans. Les deux prochaines Chroniques barbares. Parallèlement à ça, je finalise un livre qui s’appelle Mélancolie sur mer. Ce sont des morphographies, essentiellement de plage. Se sont des souvenirs de grandes vacances en peintures numériques. J’aimerais bien qu’une galerie s’intéresse à ses peintures et être édité dans le cadre de cette galerie.

Amédée Mallock 03.12.10 2.JPG-Dans Les Visages de Dieu, qui est un thriller théologique, on remarque que le commissaire Mallock, ours misanthrope, peut avoir certaines bienveillances et quelques valeurs chrétiennes, disons... étonnantes.

-J’ai analysé ça, tu as raison. Je ne crois pas en dieu, je déteste la religion et pourtant j’adore complètement les valeurs chrétiennes. Dedans, il y a tout. « Tu ne mentiras pas », aujourd’hui, dans un monde ou tout le monde ment, jusqu’à « tu ne tueras pas » en passant par « ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse. Le problème ce sont les deux transporteurs qui véhiculent ses valeurs : La religion et Dieu.

-Les Visages de Dieu est beaucoup plus violent et gore que Le massacre des innocents. Il y a des descriptions de scènes de crime insoutenables.

-C’est parfaitement volontaire. J’ai voulu que ce soit insoutenable. Je trouverais scandaleux que le lecteur ne soit pas impressionné par les descriptions. La barbarie de l’homme doit être montrée telle qu’elle est. Elle ne doit être en aucune façon fardée. Je ne voulais pas que l’on voit du sang esthétique. Moi, je veux que les gens aient vraiment peur au fond de leur lit. Quand il y a des moments tristes ou poétiques, j’ai envie qu’ils pleurent réellement. Je veux créer des émotions. Toutes les émotions. Je veux que mes lecteurs terminent mes livres épuisés.

-Après avoir lu Les visages de Dieu, j’ai ressenti le besoin irrépressible de lire un Marc Lévy, pour me reposer et aller mieux…

-Ah oui. Tu as voulu un coup de flotte à la place d'un bon Bordeaux ?

 -Pour finir, je te pose la question la plus originale qui soit... pourquoi avoir intitulé ta série « Les chroniques barbares » ?

-Parce que pour moi, la barbarie, c’est ce qui définit l’homme… plus que la parole. Tu prends les animaux, ils ne tuent que pour se nourrir ou se défendre. Le seul animal qui a du plaisir à tuer, c’est l’homme. La seule espèce qui possède en lui une si forte haine qui amène à massacrer, c’est la notre. Quelque part, c’est donc son humanité, la barbarie. Ce n’est pas une vision très optimiste du monde, mais il faut se rendre à l’évidence. Les siècles sont constellés de massacres et on continuera à massacrer, à se conduire comme des ordures et on continuera à prétendre qu’on est né égaux et bons. On n’apprend pas la vérité en grandissant, mais l’hypocrisie. Notre époque va vers le pire. En interdisant, certains comportements, certaines phrases ou certains mots, appelé du même vocable infamant de «dérapage », on retire ce qui s’apparente pour moi, à des soupapes. Il faut redonner à la parole son aspect libertaire et libératoire.

-Tu exagères, tu vas faire réagir certains de mes lecteurs.

-Tu sais, les gens aiment tellement s’indigner ! Il faut comprendre que s’indigner n’est pas digne. Je déteste les trous du cul qui font de leur indignation une vertu.

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Voilà, Mallock, c'est ce personnage qui n'hésite pas à dire ce qu'il pense en se moquant totalement des conséquences... c'est ce qui fait que j'apprécie l'homme. Et c'est aussi ce qui fait que nous sommes devenus vraiment amis. (La Mallock's family, par exemple, est venue sans me prévenir, faire un petit coucou lors de la séance de dédicaces pour l'association des Ptits courageux... comme ça, pour signifier son amitié et sa solidarité...)

Bref, avec Mallock, pas de concession. Sus au "biens pensants" et aux faux semblants ! J'aime quand le discours d'un homme n'est pas lisse (tant que l'intelligence et la bonté pointent leur nez).

Parce que oui, l'auteur Mallock est aussi bourru et ours que son personnage, le commissaire du même nom.

Mais ils sont tous les deux profondément bons et lucides... peut-être un peu trop "à part" et donc mal compris...

Ce qui est certain, c'est que j'aimerais ne pas être le seul journaliste culturel à m'intéresser autant à Mallock.

Pour la seconde fois, je vous incite donc fortement à plonger dans son univers, vous ne le regretterez pas ! (Je met ma petite réputation en jeu... carrément!)