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03 juin 2016

Alors Chante! 30e édition (troisième partie) : Hubert-Félix Thiéfaine et Pomme

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(Photo : Francis Vernhet)

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorLe vendredi 6 mai 2016, toujours sous le soleil de Castelsarrasin, Alors Chante ! continue de plus belle sa nouvelle trajectoire, telle une étoile (qui ne sera pas filante) (dites-moi si j’en fais trop !) Dans l’après-midi, les artistes de la scène « découvertes » montrent l’étendue de leur talent. Gatchen’s, Pomme et Minou. Le premier (groupe) propose un voyage en Afrique (magnifique), la seconde (chanteuse) une folk honorable (mais je ne peux pas utiliser un adjectif plus fort, tant le réalisateur personnel de la chanteuse n’a pas été à la hauteur de la situation… la musique s’est parfois transformée en « bruit cacophonique », dommage, car la voix et les textes de la jeune femme semblaient prometteurs), et le troisième (groupe) une pop electro bien ficelé (mais 1000 fois entendues).

J’ai interviewé la jeune Pomme parce que, malgré la difficulté à apprécier son répertoire dans ce contexte-là, j’ai décelé un petit quelque chose qui m’incite à penser qu’elle peut faire un bout de chemin dans le monde de la chanson française.

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alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorInterview :

Comment en es-tu venue à faire de la musique ?

Par mes parents qui m'avaient inscrit, ainsi que mes frères et sœurs, au solfège et qui nous ont poussés à jouer d'un instrument de musique. Au départ ce n'était donc pas un choix, mais lorsque mes frères et sœurs ont décidé d'arrêter, de mon côté j'ai souhaité continuer. Au départ c'était vraiment une corvée mais ensuite je me suis rendue compte que j'aimais chanter et jouer des instruments...

C’est important de participer à une scène découverte quand on est un artiste « émergent » ?

Pour moi, c’est une énorme opportunité. Les concerts, c’est ma promotion. Je n’ai aucune radio nationale sur mon projet, donc les concerts, c’est un moyen extraordinaire d’aller voir les gens. C’est intéressant de se mesurer au public et de jouer devant des gens qui ne me connaissent pas. Je suis très fière de participer à ce festival-là, car il est très attaché à la chanson et aux textes.

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(Photo : David Torres)

D’accord, il y avait du public, mais surtout pas mal de personnes du métier.  Programmateurs, directeurs de salles, journalistes… C’est un peu curieux de chanter en sachant que l’on est jugé professionnellement.

J’ai réalisé qu’il y avait des professionnels dans la salle en sortant de scène. Je n’avais pas compris que c’était un concours, donc je n’étais pas dans la compétition. Je suis contente de ne pas l’avoir su avant, ainsi, j’ai pu être zen et chanter comme d’habitude.

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorTu as sorti récemment un EP de quatre titres chez Polydor.

En fait, mon parcours est long. Je ne débarque pas chez Universal par hasard, à 19 ans. En réalité, j’ai commencé les concerts à 14 ans dans des bars lyonnais pendant 3 ans. Je faisais des reprises des Cranberries ou de Dolly Parton, notamment. Les gens ne venaient pas pour m'écouter et j'étais payée en bières (rires), c'était particulier. Un jour, j’ai rencontré le chanteur Matthieu Mendes avec lequel j’ai fait un duo, « Okay ». Il s’est avéré être le single de son album. Beaucoup de gens ont entendu cette chanson et le monde de la musique étant un petit milieu, de fil en aiguille, je me suis retrouvé à avoir un rendez-vous chez Polydor. Avant ce duo, j’écrivais déjà des chansons en français, alors j’ai pu enregistrer cet EP très rapidement.

Si tu écris et composes, tu as aussi des chansons signées Vianney ou Ben Mazué… Pas mal pour un alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandordébut !

J’avoue, je suis gâtée. Ces chansons sont dans mon répertoire parce qu’elles sont bonnes. Je travaille mon écriture, mais cela ne me dérange pas de chanter les textes des autres quand ils sont meilleurs que les miens et qu’ils me ressemblent et me concernent. Pour dire la vérité, je pourrai faire un album de chansons exclusivement composées et écrites par moi, mais il sortirait dans 5 ou 6 ans. Il faudrait que je sois plus patiente, mais aujourd’hui j’ai envie de vivre mon aventure, alors j’accepte de chanter des chansons que des talentueuses personnes écrivent pour mon projet.

Tu tournes beaucoup en ce moment. Tu fais la première partie de Louane dans les Zénith de France depuis quelques jours. C’est dur de chanter devant des gens qui ne viennent pas pour toi ?

Oui, mais c’est une magnifique expérience. Il faut savoir capter le public avec un univers qui n’a rien à voir avec celui de Louane. Les premières parties, c’est toujours une espèce de défi, mais ce qui est bizarre, c’est que cela me stresse moins que lors de mes propres concerts où les gens ont payé leur place pour me voir… ça me met une pression supplémentaire.

Tu es confiante en ton avenir professionnel?

Non, pas vraiment (gros éclat de rire !) J’ai l’air confiant sur scène, mais en vrai, je suis pleine de doute. J’ai arrêté la fac il y a trois mois pour me consacrer  à la musique, je culpabilise à fond. Je ne sais en aucun cas si ça va durer, si je vais gagner ma vie durablement. Je le fais quand même parce que je trouve que le jeu en vaut la chandelle. C’est un métier hyper incertain.

Ce que j’aime dans ce genre de festival, c’est que nous croisons les artistes du soir, détendus et profitant du temps et du calme régnant. Les Zoufris Maracas, Jules et le Vilain Orchestra, Marcie… et, comme là, les Debout sur le Zinc (bon, ils se font shooter...)

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Après la prestation des jeunes artistes en devenir, une petite cérémonie a été organisée pour remettre le grand prix de l’Académie Charles-Cros à l’immense Hubert-Félix Thiéfaine (le soir, il se produit dans la salle Jean Moulin).

"Quand j'étais jeune, le grand prix de l'Académie Charles-Cros, c'était quelque chose. Il était plus ouvert et des artistes anglo-saxons pouvaient le remporter. Je l'ai eu pour la première fois il y a 20 ans pour "La tentation du bonheur", et j'étais très ému. Je ne savais pas qu'on pouvait l'avoir deux fois!" a dit un Hubert-Félix Thiéfaine, certainement ému, mais qui n’a pas pour habitude de montrer ses sentiments. Ce prix salue son dernier album studio Stratégie de l'inespoir.

Voici quelques photos de la cérémonie…

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A l’issue de cette cérémonie, HF Thiéfaine a bien voulu répondre à mes questions. Et une interview de Thiéfaine n’est jamais très commune.

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(Photo : Francis Vernhet)

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorInterview :

Vous avez été honoré il y a quelques minutes. Est-ce que cela vous touche ?

Il n’y a pas de quoi pavoiser quand on est chanteur, mais bon l’Académie Charles Cros, c’est tout à fait respectable. Elle fait un travail formidable. Depuis l’âge de 15 ans, je suis ceux qu’elle récompense. Mes chanteurs préférés ont tous reçu le Prix de l’Académie Charles Cros.

Votre carrière est extraordinaire. Sans média, vous avez toujours rempli les salles de concert et vendu beaucoup de disques. Etes-vous content de votre sort ?

En règle générale, non. La vie est tellement absurde que c’est difficile de s’en contenter et d’être heureux. Mais quand je me souviens de ma situation quand j’avais 18 ans, avec mes rêves, mes envies, mes premières chansons, je ne pensais pas être là encore aujourd’hui. D’abord, je ne pensais pas vivre aussi longtemps. Je pensais que j’allais avoir une gloire posthume. Ce n’est plus possible aujourd’hui parce qu’on sait que le monde va s’arrêter avec nous.

Vous êtes très optimiste, dites-moi !

On est au bord là ! On ne finit pas le siècle, je vous assure. Autant qu’on le dise aux gens, qu’on les prépare un peu mentalement. Pour revenir à votre dernière question, je me dis, à de rare moment, que j’ai bien bossé… mais je vous rassure, ça me passe très vite.

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Quand vous dites que vous ne pensiez pas vivre longtemps, est-ce que, du coup, chaque jour passé est du bonus ?

C’est un choix pour moi. C’est ma liberté de savoir si je suis vivant ou mort. J’ai choisi de vivre parce que la mort ne m’appartient pas, elle fait ce qu’elle veut. Elle viendra quand elle viendra. Je n’ai pas arrêté mon côté suicidaire, car ça, c’est intrinsèque, mais je le contrôle un peu plus.

Ça veut dire que vous avez acquis une certaine sagesse ?

Non, ça veut dire que je vis pour d’autres, pas pour moi. Plus précisément, j’ai choisi de vivre pour certains autres, pas tous les autres.  Je n’ai pas le cœur assez grand pour accueillir tout le monde dans mon cœur et dans mon âme (rire).

Il y a désormais plusieurs générations qui viennent vous voir et qui vous portent de l’admiration.

Ca me touche terriblement. Pendant toute cette tournée, cela se termine par un standing ovation. Il se passe quelque chose de très fort tous les soirs. Je gémis toujours un peu par rapport aux kilomètres à faire, mais quand je suis arrivé sur le lieu du concert je suis heureux. Je n’échangerais contre rien au monde ce que je ressens quand je suis sur scène.

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(Photo : Francis Vernhet)

Si je vous dis que vous êtes devenu un chanteur populaire, cela vous heurte les oreilles ?

Non, je l’ai toujours été par rapport à mon public. Les jeunes qui viennent parfois avec leurs parents, voire leurs grands-parents, ils ont été bercés par mes chansons. Comme moi j’ai appris les chansons de Berthe Silva quand j’avais trois ans, eux sont tombés dans le Thiéfaine.

alors chante! castelsarrasin,hubert félix thiéfaine,pomme,interview,mandorVous détestez parler de vos chansons. C’est parce qu’elles ne s’expliquent pas ?

J’essaie de mettre en musique ce que je ressens. Ce n’est pas très rationnel, c’est pour ça que j’utilise des chansons. On n’est pas obligé d’être rationnel pour communiquer avec les autres. Le public qui connait par cœur mes textes sait que j’ai choisi les vrais bons mots pour définir les choses dont on ne peut pas parler rationnellement. Ces bons mots, il faut parfois les chercher très profondément en soi. C’est la raison pour laquelle je refuse de parler de mes chansons. Je casserais ce que j’ai réussi à faire avec le texte.

Sortir un album live, ça ne vous gêne pas ?

Si, ça me gêne parce que les maisons de disque deviennent de plus en plus dures avec les artistes. On n’a pas vraiment le choix.

Finalement, vous êtes rentré dans le système ?

Je l’ai toujours été. J’ai toujours vendu mes disques dans de grosses maisons de disques. Par contre, au niveau scène, j’ai ma propre société de production. J’ai trouvé un bon équilibre… au moins dans ma vie professionnelle.

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30 mai 2016

Alors CHANTE! 30e édition (première partie) : Pierre Perret.

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(Photo : Rémy Gabalda (AFP) )

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretAlors... Chante ! nouvelle version a réussi son pari. Passé à la trappe en 2014 (pour d’obscures raisons pas toujours très belles, donc je les tais), ce festival que les amateurs de chansons françaises chérissaient tant, a fait un retour dans une nouvelle ville, Castelsarrasin. Un retour prudent. Cinq concerts ont été annulés pour ne pas déséquilibrer le budget (genre de nouvelle qui ne rassure pas, à priori).Mais bon, Pierre Perret, HF Thiéfaine, Yves Jamait, Thomas Dutronc, Vianney, Alexis HK, La Grande Sophie, Radio Elvis, Zaza Fournier, Debout sur le Zinc, Chloé Lacan et quelques autres étaient de la partie, c’est dire si je n’ai pas perdu mon temps. Au contraire.

Je ne vais pas revenir sur les invités, les concerts, l’ambiance, mes amis journalistes présents ont fait un sacré beau boulot (et ils semblaient plutôt enthousiastes!)

Voici notamment les points de vue de Patrice Demailly pour RFI Musique (ici), Yannick Delneste pour Sud Ouest (, , et ), Benjamin Valentie pour FrancoFans (ici).

Alors Chante ! a réuni 5200 spectateurs. L'opération séduction de cette manifestation a pris timidement, mais sûrement. Au-delà des chiffres, cette édition restera celle d'un renouveau et laisse à penser que celle de 2016 sera prometteuse.

Ce que je peux dire, c’est que j’ai passé quatre jours exceptionnels. J’ai découvert de nombreux artistes « émergents » (qui chaque après-midi jouaient chacun durant 45 minutes). Du bon, du convenu, de l’original, du moderne, du classique… il y en avait pour tous les goûts.

Je ne fais jamais de « live report » n’étant pas très bon dans cet exercice. Raconter un concert, je n’y parviens pas. Un concert ne se raconte pas. Il se voit.  Je vais me contenter de mettre en ligne les différentes interviews réalisées sur place.

Avant cela, je voulais remercier Dominique Janin, la grande ordonnatrice de ce festival (présidente de l’association Chants Libres) qui a eu le courage de reprendre en main Alors Chante !. Je pense aussi à son équipe de bénévoles (seul, on ne fait rien) pour leur professionnalisme, leur engouement, leur accueil et leur amour de la chanson française. Je tire mon chapeau à ce beau monde, mais aussi à l'équipe d'Abacaba pour l'organisation et la programmation. Un grand merci aussi à Patricia Téglia et Julie Papaye, les deux attachées de presse qui ont accédé à tous mes desiderata (raisonnables, je précise).

Première interview, Pierre Perret, l’enfant du pays. L’enfant de la ville, même.

Déjà, en septembre 2015, il était la tête d'affiche d'un concert de soutien et de préfiguration sur la place de la sous-préfecture. Le 4 mai, c’était donc son premier vrai concert à Castelsarrasin. Dans l’après-midi, il a reçu sur place le Grand Prix Chanson In Honorem de l'Académie Charles Cros.

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Le nouveau maire de la ville, Jean-Philippe Besiers, en a profité pour dévoiler le buste du chanteur signé du sculpteur toulousain Sébastien Langloïs (voir plus bas). L'œuvre sera exposée à la galerie municipale.

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretLe soir, donc, une salle pleine à craquer par 800 personnes acquises à sa cause. Des guests, comme les Blankass, Alexis HK et Nolwenn Leroy l’ont accompagné. Pierre Perret au moment de quitter la scène est aux bords des larmes. Et le public en a eu pour son argent : des tubes, des chansons grivoises, des rires et des sourires… et beaucoup d’émotion. Perret a fait le tour de soixante ans de carrière, vertigineux retour en arrière dans les souvenirs de chacun.

Le lendemain du concert, le 5 mai, il a accepté de s’entretenir avec moi à son hôtel (Le Moulin à Moissac).

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Avant le concert, Pierre Perret accompagné notamment de Nolwenn Leroy et de Dominique Janin. 


alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretInterview :

Pierre Perret qui donne un vrai concert chez lui pour la première fois, après 60 ans de carrière, c’est un évènement que je suis fier d’avoir vu.

Et moi que je suis fier d’avoir enfin pu concrétiser. A cause du précédent maire qui ne m’aimait pas, je n’ai jamais pu chanter ici. C’est incompréhensible, car nous ne nous connaissions pas. C’était le fait du prince. C’est comme ça, c’est tout.

Il y a donc eu une charge émotionnelle supplémentaire de chanter hier à Castelsarrasin ?

Malgré moi, j’ai dit « enfin ! ». Vous l’avez vu vous-même, la salle était debout et très réceptive. C’était tellement magique que j’ai chanté 2 heures 20. On aurait pu continuer longtemps à « communier » ensemble.

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alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretDans l’après-midi, le nouveau maire a dévoilé un nouveau buste de vous. Ça vous a ému ?

Bien sûr. En plus, je n’étais pas au courant. On m’avait bien dit qu’il se préparait quelque chose, mais je ne savais pas quoi. J’étais loin de m’imaginer une telle espièglerie (rire).

Aimez-vous les honneurs ?

Je ne suis pas d’une nature contrariante, mais je n’ai jamais rien demandé. La légion d’honneur, il faut la demander. Moi, je l’ai reçu sans rien demandé. C’est unique je crois. Un jour, mon copain Michel Rocard m’a dit « je te remets la légion d’honneur cette semaine, il n’y a pas à revenir là-dessus ».

Vous avez reçu toutes les récompenses possibles.

Du Grand Prix de la Sacem à l’Ordre du Mérite en passant par la Légion d’honneur. Ce qui m’a le plus touché, c’est la première école qui a porté mon nom. C’est un symbole magnifique. Aujourd’hui, il y en a plus de 30. C’est un record en France pour une personne vivante.

Il faut vous demander l’autorisation pour cela ?

Oui. Ils appellent et ma femme répond toujours que je serai très honoré. Ce qui est vrai. Je vais inaugurer chaque école sans exception et à chaque fois, il y a beaucoup d’émotion. Souvent, les enfants chantent « Mon p’tit loup », « Lili » ou « La cage aux oiseaux »… ça me fait pleurer.

Vos chansons fédèrent toutes les couches de notre société et tous les âges.

Même si les vieux schnocks comme moi m’aiment bien, ça me touche plus quand je sais que je suis apprécié  par les enfants. L’avenir de la France de demain, ce sont les enfants et j’aime l’idée que mes chansons fassent partie de leur vie, les accompagne. Bon, quand je vois arriver des enfants qui me disent « c’est ma grand-mère qui m’a appris tes chansons », ça m’énerve un peu (rire).

Je trouve que vous avez un public très respectueux et attentif quand vous chantez de nouvelles chansons. Ça vous fait plaisir que l’on ne s’attarde pas que sur vos succès ?

Quand je chante « Femme battue » qu’a chantée Nolwenn Leroy hier soir, ou « La femme grillagée », il y a un silence dans la salle et on sent le poids de l’émotion.

alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perretNolwenn Leroy vous a rendu un hommage très émouvant.

Elle est mignonne et très gentille.

Debout sur le Zinc, les Blankass, Les Ogres de Barbak se revendiquent de vous. Ils sont fans de vous.

Les Têtes Raides aussi. Ces jeunots aiment mes chansons et ça me fait un plaisir inouï. Ça me touche infiniment d’être une sorte de modèle, même si je sais qu’ils ont d’autres références, je suis déjà bien heureux d’en être une parcelle.

Vous vous habituez au succès, aux salles remplies ?

Quand vous arrivez aux Vieilles Charrues devant 55 000 personnes, croyez-moi, vous recevez une dose d’amour incroyable. Jean-Philippe Quignon, le créateur des Vieilles Charrues, aujourd’hui décédé, a dit un jour à l’AFP que la plus grosse émotion qu’il a eue en 20 ans de Vieilles Charrues, c’était le concert de Pierre Perret et juste après celui de Manu Chao. Ce type de déclaration me conforte dans l’idée que j’ai raison de continuer à faire ce métier.

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Vous ne vous lassez jamais de la scène ?

Si je me lassais un quart de seconde sur scène, je partirais en courant. Je ne peux pas rentrer sur scène impavide, sans envie d’y être. Je fais trois pas sur scène et déjà on me dit qu’on m’aime. J’ai la faiblesse de suivre mon ego.

Vous faites tellement partie de nos vies depuis longtemps.

Il y a une histoire de partage entre le public et moi. De plus, je crois que les gens aiment mon intégrité. Ils savent que je me suis toujours investi tout seul dans ce que j’ai fait. J’ai chéri mon indépendance très tôt et je n’ai rien demandé à personne Je suis un franc-tireur total. Les Ogres de Barbak disent de moi que je suis le punk suprême (rire).

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Parfois, vous vous faites emmerder, notamment par le Nouvel Obs ou même par Guy Béart.

Ce sont des histoires de jalousies et de bêtises à l’état pur. Je ne suis envieux et jaloux de personne. Quelqu’un a du succès, je suis content pour lui.

Avez-vous eu la vie idéale ?

Il faut traverser la vie en vivant la passion qui vous anime… quand on en a une. Ce n’est pas anodin et ce n’est pas donné à n’importe qui. Il y a plein de gens qui s’emmerdent au quotidien à faire des choses qu’ils n’aiment pas faire. J’estime que j’ai eu une grande chance.

Avoir la responsabilité de rendre heureux les gens, c’est lourd à porter ?

Oui, parce qu’à chaque fois que je planche dans l’obscurité  pour écrire avec mon stylo sur mon cahier d’écolier, je me pose toujours la question de savoir si cela va être partagé, compris, apprécié. Parfois, je peux réfléchir à une chanson cinq ans avant d’en être satisfait, avant d’estimer qu’elle peut toucher le public

Vous avez été tricard dans les médias un moment.

Mais je le suis encore. Je suis tricard dans les médias depuis tout le temps, mais le public s’en fout. Les gens suivent les modes et moi, je n’ai jamais été à la mode, donc jamais démodés. J’ai toujours fait les chansons et la musique de mon cœur.

A part vous, qui peut chanter des chansons de cul sans choquer ?alors chante! castelsarrasin,interview,pierre perret

J’ai fait beaucoup de chansons paillardes parce que je n’ai aucune inhibition. Vous savez, c’est très difficile d’aborder ces rivages-là. La chanson qui polarise ce type d’étiquette que je me suis collé, c’est « Le zizi ». C’est vraiment une chanson militante pour moi. Pour la première fois, une chanson évoque un sujet qui est complètement tabou. Je parle de sexe pendant 4 minutes. La seule certitude que j’avais, et là, je me trompais lourdement, c’était de penser que cela ne passerait jamais nulle part. C’était la douzième de l’album, c’est dire si j’y croyais. Europe 1 s’est emparé d’elle et la passait sur toutes les tranches horaires. J’ai vendu des millions de 45 tours. Ce sont les gosses qui ont fait acheter le disque et qui chantait ça à la récrée. Ça les faisait tellement rire de braver l’interdit. Pareil pour Tonton Cristobal. Un copain instituteur me disait qu’à l’école, les enfants chantaient « Il en a le cul cousu, il en a le cul cousu ».

Vous êtes un des chanteurs français les plus subversifs.

Oui, et la subversion a toujours dérangé. J’écris des chansons au cordeau. J’aime quand elles  provoquent des réactions et font réfléchir.  

La question qui tue : votre prochaine chanson choc qui pourrait devenir un standard, ce sera sur quel thème ?

Sur mon prochain album qui verra le jour dans quelques mois, j’ai déjà une chanson intitulée « Le pédophile ». On risque de beaucoup en parler…

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Le 5 mai, après l'interview.