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10 janvier 2018

Alysce : interview pour la sortie de son EP "Désir de Révolte"

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alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorChaque été à Périgueux, se tient le concours de chanson française La Truffe. Cette année, elle a signé sa 33e édition. Ce concours souhaite favoriser l’émergence de nouveaux artistes interprètes et Auteurs compositeurs interprètes.

J’étais membre du jury pour la soirée de la finale, le 25 août dernier. C’est là que j’ai vu Alysce pour la première fois. Déjà, dans l’après-midi, mes potes des For The Hackers m’avaient prévenu : « Tu verras, il y a une fille, elle joue de la guitare comme une déesse et elle chante super bien ! » Effectivement, le soir, lors de  sa prestation, cœur sans filtre et voix de velours (exceptionnelle), elle nous a proposé des morceaux de vie avec révolte, ironie et beaucoup de tendresse. Que croyez-vous qu’il arriva. Alysce a tout raflé : prix du jury, de la SACEM et du public... excusez du peu! 

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A l'issue de sa prestation à la Truffe d'argent, le 25 août 2017, Alysce pose devant ses prix.

(Photo : Mandor)

Ensuite, je l’ai revu dans un bar de la capitale, le Lou Pascalou. Beaucoup aimé également.alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandor

Le samedi 6 janvier dernier, elle est venue me rejoindre à l’agence pour une première mandorisation. Et c’était bien.

Biographie officielle :

Elle est à la guitare depuis l’âge de sept ans, son père, guitariste de jazz lui a transmis une passion, une culture musicale et une technique au service de sa sensibilité. Puis elle fréquente les cafés concerts, parcourt les couloirs du conservatoire au C.R.R. de Paris et profite ainsi d’une autre formation d’excellence.

Le luthier Gérard Audirac lui a dédié le modèle de guitare Alysce.

Diplômée du Pôle Supérieur de Paris-Boulogne Billancourt et récompensée dans plusieurs compétitions internationales, Alysce est bien armée pour s’exprimer avec sa guitare. Entre classicisme et folk, elle chante son irrépressible désir de s’affranchir.

alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorLe disque :

Des allures de gamine, des convictions immatures, une guitare et des chansons. Avec Alysce, sa voix, ses textes, doucement, on veut vivre une aventure intense.

Désir de Révolte, son premier EP, rend hommage à l’adolescence, aux enfants désobéissants qui se révèlent au monde des adultes, s’aiment, deviennent des hommes, des femmes et des vieux pas tout à fait sages…

Les chansons sensuelles crient la révolte et sans ambages, dévoilent le cœur d’Alysce.

Pour Désir de Révolte, Alysce a voulu un trio acoustique, composé de son père, Benoît Gil, à la deuxième guitare, et de son frère, Julien Ducoin, à la contrebasse. Il a été réalisé par Gilles Olivesi (Jeanne Added, Lambert Wilson chante Montand…), en collaboration avec le Plan, la Halle du Rock (Ris Orangis) et Grand Paris Sud, et a reçu le soutien de Arcadi Ile de France et du Centquatre, établissement artistique de la ville de Paris.

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alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorInterview :

Ton amour de la musique vient de ton papa, guitariste de jazz ?

Quand je suis née, j’entendais déjà de la musique. J’en ai écouté toute ma vie. Il y a dû y avoir un petit complot familial pour que j’en fasse aussi, mais cela s’est passé naturellement. A 7 ans, j’ai reçu une guitare pour mon anniversaire.

On fait quoi d’une guitare à 7 ans ?

On tente d’en jouer. C’est évidemment mon père qui m’a montré les premières bases. C’est un très bon pédagogue et j’ai accroché immédiatement à cet instrument.

Tu as fait le Conservatoire, tu as des diplômes importants (le Diplôme National Supérieur de Musicien Professionnel au Pôle Supérieur de Paris Boulogne Billancourt (PSPBB), la Licence de Musicologie à la Sorbonne et le Diplôme d’Etat de Professeur de Musique). C’était primordial d’avoir toutes les bases musicales classiques pour ensuite te jeter dans ton propre projet?

Je ne vois pas les choses ainsi. J’ai adoré apprendre et, du coup, j’avais envie d’aller le plus loin possible dans ce domaine. En plus, au Conservatoire, j’ai travaillé avec des professeurs vraiment intéressant comme Ramon de Herrera, Gérard Abiton, Marcin Dylla, Jérémy Jouve, Ibrahim Maalouf…

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L’image que j’ai du Conservatoire, c’est que c’est une formation très exigeante, austère, dure, sérieuse en permanence…

Bien sûr, mais ça a quand même évolué. Ça devient très ouvert. Il y a des possibilités de faire des passerelles entre plusieurs styles musicaux. Par exemple, moi je fais aujourd’hui de la chanson, mais nous sommes plusieurs à avoir une base de musique classique et emprunter un  chemin avec un projet beaucoup plus personnel.

Quand tu écris et compose tes chansons, arrives-tu à te détacher de ta formation musicale très « prégnante » ?

C’est un vrai travail. Il faut vaincre ses automatismes. Toute la recherche est de se libérer des réflexes très cadrés qu’on a pour travailler. En tant qu’interprète, on se met au service d’une œuvre tandis qu’en tant qu’auteure-compositeur-interprète, c’est nous qui choisissons ce qu’est l’œuvre. Il faut trouver ce que l’on a dire soi.

Release party de Désir de révolte, le premier EP d'Alysce - Rêve 1900 - Live La Menuiserie 2017.

Tu aurais pu t’adonner à une carrière de guitariste classique, mais tu as choisi la chanson. Pourquoi ?

Au début, je voulais faire les deux, mais c’était vraiment trop compliqué. Ce ne sont pas les mêmes mondes et ça ne demande pas les mêmes implications et la même attitude par rapport à la musique. C’est beaucoup plus excitant d’écrire mes chansons et de composer mes musiques! On dépasse ses barrières.

Dans le milieu de la chanson française d’aujourd’hui, tes oreilles ne sont pas heurtées par les musiciens que tu rencontres et qui n’ont pas la même formation que toi ?

J’ai l’impression que ce ne sont pas les mêmes métiers. L’essentiel, c’est qu’il y ait une émotion qui passe. Je croise des gens parfois qui chantent ou jouent faux, volontairement ou non, pour passer un certain message et une certaine émotion… et ça passe très bien. Pour toucher les gens, on n’a pas besoin de savoir jouer 36 000 gammes. C’est une grande leçon pour moi.

Quand tu as décidé de te lancer réellement dans la chanson, quel a été ton parcours ?

La première fois que j’ai chanté mes chansons, c’était dans un petit bar qui s’appelle Chez Cosette dans le 19e. Ça s’est plutôt bien passé avec le public, du coup, ça m’a encouragé à persévérer. Je savais qu’il y avait encore plein de choses à travailler, à faire évoluer, mais c’était tellement agréable d’être libre sur scène, sans interpréter des musiciens classiques, que j’ai eu envie de continuer.

Ton père te laisse faire sans mettre son grain de sel ?

On échange beaucoup parce que l’on travaille ensemble. On s’apporte mutuellement des choses… j’ai un  autre parcours que le sien. Je travaille avec mon père et mon frère, mais c’est quand  même moi la patronne, entre guillemets (rires). C’est  moi qui décide artistiquement ce que l’on va faire et ils sont respectueux de cela.

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Tu vas faire la première partie de Pauline Croze au Plan à Ris-Orangis. C’est marrant parce que quand j’ai entendu ta voix pour la première fois, j’ai pensé à elle.

C’est un compliment. Une des premières chansons que j’ai voulu reprendre c’est « T’es beau ». Nous ne nous sommes pas encore rencontrées, mais j’ai hâte tant j’ai du respect pour elle.

Cet EP, « Désir de révolte » est à ton image complètement ?

Il fallait que je présente des chansons qui représentent ce que je suis aujourd’hui, en 2018. Avec le réalisateur Gilles Olivesi, j’ai donc  retravaillé des chansons déjà existantes pour qu’elles correspondent à quelque chose de plus actuel. C’est drôle parce que si je devais refaire ses chansons, je les referais encore différemment. C’est sans fin. En tout cas, les nouvelles chansons que je suis en train de travailler ont bénéficié des conseils judicieux de Gilles, un ingénieur du son hors pair. Merci à lui, car j’ai beaucoup appris.

On va parler de certaines de tes chansons. Pour commencer « Milutki ». C’est l’histoire d’une personne qui est née femme, mais qui se sent un homme, c’est ça ?

Ce n’est pas si défini. Je chante « tu es née femme et pas homme, il faudrait que tu t’en contentes. » Comme s’il n’y avait pas d’échanges entre la féminité et la masculinité. C’est quelque chose qui me parle beaucoup. Dans la musique, mais un peu partout d’ailleurs, on n’a pas la même attente des femmes que des hommes. Par exemple, le rapport à l’apparence, l’attitude, la séduction, ne sont pas du tout les mêmes. Le rapport à la sensualité n’est pas non plus le même. En faisant ou en disant les mêmes choses, on ne va pas avoir les mêmes retours. J’ai envie d’explorer des genres qui soient moins restreints.

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La parole des femmes se débloquent depuis quelques semaines… ça correspond pas mal au sujet de tes chansons.

Ce qui s’est passé cette année fait beaucoup de bien. On se rend compte qu’on est tous dans le même panier. 100% des femmes se sont fait harceler dans la rue. Il y a plein d’hommes qui ne s’en rendaient pas compte. Aujourd’hui, ils savent. C’est une vraie avancée de pouvoir dire ce qui ne va pas.

Ton titre correspond bien à ce qu’il se passe.

C’est volontaire. Désir de Révolte, c’est le désir adolescent de s’affranchir. Ça correspond à mon parcours d’interprète, mais aussi à tous les milieux dans lesquels je gravite.

C’est dur de s’affranchir de l’enfance ?

Oui, mais c’est important aussi de pouvoir être tout ça à la fois : enfant, ado, adulte, femme et homme… tous ce que l’on peut avoir comme émotion et état d’âme.

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Dans la chanson « Mon amour », tu prônes l’amour qui rime avec toujours.

Pour moi, l’amour c’est quelque chose de grave. Grave dans le sens profond. J’aime bien la légèreté des débuts, mais ce qui me touche et m’intéresse le plus, c’est la fusion entre deux êtres. Ça procure des choses plaisantes et déplaisantes.

Les deux chansons, « Désir de Révolte » et « Marcher droit » sont deux chansons dans lesquelles on comprend que tu veux sortir du cadre.

Je n’aime pas les cases alors que j’ai fait des études hyper cadrées. Ça m’amuse de me rappeler toutes les règles qu’il y a dans les interprétations de musique classique ou jazz. Mais aujourd’hui, je peux sortir de tout ça et tout casser.

Quand tu écris une chanson, tu ressens quoi ?

Une immense liberté. Pour moi, c’est l’endroit où je peux dire ce que j’ai envie de dire. Ça me donne le temps de choisir les mots que je veux.

Tu es pudique dans la vie ?

Oui. La chanson me permet d’habiter des personnages et de raconter des histoires qui me sont arrivées ou pas. Ce que je raconte dans ce disque me fait vivre et évoluer.

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Pendant l'interview...

Je t’ai connu à un tremplin musical. Tu vas en faire d’autres. A quoi ça sert de participer à des concours de chansons ?

Dans ma culture de musicienne classique, faire des concours fait partie du métier. On développe un rapport à ce genre de situation qui est beaucoup plus dans la confrontation et l’apprentissage. Le fait de préparer un concours, ça veut dire qu’on va mettre en œuvre tout ce que l’on peut pour faire au mieux. Comme un sportif de haut niveau, l’idée c’est de se dépasser. J’ai acquis la culture de la performance. Pour moi, ce n’est pas évident de partager ce que je viens de te dire parce que j’ai toujours peur que ce ne soit pas pris comme quelque chose d’artistique. Etre dans la performance est une grande motivation, même si les gens n’associent pas cela à l’émotion, à l’authenticité et à la douceur… c’est pourtant ce que je tente de présenter quand je participe à un tremplin.

Je sais que tu aimes aussi les concours parce que l’on rencontre plein de gens.

Malgré ce que je viens de t’avouer, je considère qu’au final, les rencontres, c’est l’essentiel de ce que l’on gagne.

Que va-t-il se passer pour toi à partir de maintenant ?

Je vais essayer de faire de plus en plus de concerts. J’ai commencé à écrire et composer de nouvelles chansons pour sortir un premier album. Le jeu est désormais de partir à la recherche de nouveaux partenaires : un label, un tourneur… 

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Le 6 janvier dernier, après l'interview.

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