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01 janvier 2016

Alexis HK : interview pour son spectacle Georges et moi

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Dans son nouveau spectacle, Georges et moi,  Alexis HK reprend quelques chansons de son aîné, Georges Brassens. « On connaissait ses talents scéniques, une petite phrase de lui entre deux chansons peut faire éclater de rire une salle entière. Ici, il va encore plus loin en inventant un personnage, une sorte de lointain cousin, un brin neurasthénique, un peu nostalgique, toujours très drôle, racontant la vie d’ici au Georges Brassens de là-bas. Le tout ponctué de seize chansons de Brassens ». Comme l’indique le dossier de presse, « pour certains, ce spectacle est l’occasion de découvrir toute une partie sulfureuse de son répertoire, celui à ne pas mettre entre toutes les oreilles… ou plutôt si, car découvrir la sexualité par les chansons de Georges Brassens est un luxe qu’il est bon de transmettre aux plus jeunes. Ce spectacle existe aussi pour cela : perpétuer les traditions. Ainsi, comme le dit Alexis, les parents qui écoutent Brassens sont plus détendus que les parents qui écoutent Michel Sardou… et leurs enfants deviennent de beaux et talentueux adultes. La preuve avec ce spectacle. Merci Georges ! »

Alexis HK (déjà mandorisé  en 2009 et plus récemment en 2012) est venu me voir à l’agence le 25 novembre dernier. Ni lui ni moi n’étions encore remis du massacre du 13 novembre 2015 au Bataclan et dans les bars parisiens. Sous le choc. Avant de commencer l’interview, je trouve le chanteur un peu sonné. Beaucoup même. Nous parlons un long moment en off de ces attentats. Puis, pendant l’entretien, on essaie de s’en tenir à son spectacle, mais impossible. Besoin d’évacuer.

alexis hk,georges et moi,georges brassens,interview,mandorArgumentaire du spectacle : Alexis HK présente un nouveau spectacle autour du répertoire et de la pensée de Georges Brassens. Le spectacle a été créé en septembre 2014 avec la collaboration artistique de François Morel au Théâtre Armande Béjart d’Asnières-sur-Seine.

Accompagné de Simon Mary à la contrebasse et de Loïc Molineri à la guitare, il interprète une sélection de chansons savoureusement irrévérencieuses. Au programme, quelques classiques de Brassens ("La femme d'Hector" ou "Les trompettes de la renommée") mais aussi des perles méconnues ("La religieuse", "La fessée") qui réveillent l’esprit sulfureux de Tonton Georges.

Brassens réveillé, l’occasion est trop belle pour converser avec cet esprit et monologuer façon stand-up avec le mythe sur les femmes, les cons, les vieux et la société d’aujourd’hui. On connaissait les talents d'orateur d'Alexis HK, le voici donc dans un spectacle hybride taillé sur mesure qui l’emmène aux portes du théâtre.

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alexis hk,georges et moi,georges brassens,interview,mandorInterview :

Dans le spectacle, tu t’adresses à Georges Brassens et tu le tiens au courant de l’état du monde. C’était avant les attentats de la semaine dernière…

J’ai l’impression que tout prend une résonance dans ce spectacle. Brassens, dans sa liberté de parole et dans sa liberté de pensée. C’est ça aussi qui a été attaqué le 13 novembre. C’est une certaine partie d’esprit libre que l’on a décimé ce soir-là. Je ne sais pas ce qu’il aurait pensé de tout ça, à part peut-être « on est vraiment tous des cons ». Ce qui nous a éteints lors de ces événements, c’est que ce sont des civils qui sont morts. C’était des innocents. Et quand on touche à l’innocence, c’est là que toutes les grandes questions de la liberté, toutes les grandes questions de la libre pensée sont mises en branle. On est surpris par cette violence inouïe, mais j’ai l’impression que pendant toutes les périodes de l’histoire, il y a eu des choses terribles. Après ce que nous venons de vivre, soit on s’effondre, soit on essaie de s’arrêter pour comprendre.

Brassens à un rôle à jouer là-dedans ?

Oui, car c’est un émancipateur de la pensée. C’est quelqu’un qui nous ramène tous à notre libre arbitre et qui nous dit : « choisis ce que tu veux, pour peu que ce soit ce que tu as choisi et ce que tu as voulu faire. C’est tragique de se dire qu’il faille ce genre d’événement pour se remettre en question, pour remettre en question la façon dont on a vécu, le mode de vie que l’on a. C’est triste à dire, mais il faut le saisir comme une occasion de regarder de notre côté aussi et d’essayer de comprendre où nous nous sommes faits des illusions et où nous avons fermé les yeux. Dans ces cas-là, on a besoin de poètes et de gens qui savent écrire et penser.

Georges et moi, capturé par Quai Baco.

Tu es en pleine tournée de Georges et moi, vas-tu changer certaine partie du spectacle après ces attentats ?

L’idée c’est quand même de rester léger parce que je crois que les gens qui me font l’honneur de venir sont en demande d’évasion et si c’est pour les ramener devant BFM TV, je pense que ce n’est pas la peine de venir au spectacle. J’ai déjà réadapté quelques points du speech, mais je n’ai pas voulu aller trop loin là-dedans parce que je tiens à ce que l’on se fasse du bien. C’est essentiel et c’était déjà l’objectif de ce spectacle bien avant tout ça. Dans la pensée de Brassens, pour moi, parmi les points les plus forts, c’est son humour et son détachement, cette façon de regarder les choses pleine de distance et de recul.

C’est un peu aussi Alexis HK, non ? Tu ne fais pas la même chose, mais je trouve que vous avez une manière similaire de concevoir une chanson.

Moi, je fais partie d’une famille Brassens. Mes parents, mes oncles, mes tantes, mes cousins… dans les réunions de famille, nous citions toujours Brassens, souvent en hurlant de rire, car nous citions les choses les plus drôles. Je pense que c’est une éducation. Au-delà du chanteur et de « l’Entertainer », il y a une dimension très forte chez Brassens. Il y a aussi une dimension individualiste dans le bon sens du terme, c‘est à dire ramener chacun à sa conscience et à son esprit et donner de l’humour à chacun pour que l’on puisse supporter tout ça. J’ai été imprégné très tôt par cet esprit-là. Ce n’est donc pas par hasard si je finis par faire ce spectacle. Ce que j’ai pu faire à titre personnel part de la même démarche : se remettre en recul par rapport à soi et par rapport au monde pour essayer de trouver soit des choses drôles, soit des choses émouvantes à dire, parce que, toute cette aventure humaine est quand même très énigmatique et très singulière. Que l’on soit dans la barbarie ou la civilisation, on a besoin de Brassens quand ça ne va pas. C’est une sorte de baume de réconfort. Je pense qu’un chanteur, en général, quelle que soit sa démarche artistique, est utile à ça. Brel, Brassens, Ferré, Fersen ou Bénabar et bien d’autres ont cette fonction de réconfort et de partage.

Session acoustique de "Le temps ne fait rien à l'affaire" par Quai Baco.

Quand tu écris une nouvelle chanson, te demandes-tu ce qu’en aurait pensé Georges Brassens ? Plus clairement, est-ce que son ombre est toujours au-dessus de toi quand tu crées ?

J’ai constaté que son ombre était là même dans des périodes où je ne l’écoutais pas du tout. Je ne passe pas mes journées à écouter Brassens non plus. Il est tellement à la base de mon enfance et de ma vie, qu’il y a des moments où je ne l’écoute pas. Malgré cela, il revient toujours. Soit on me le cite, soit je vois son nom sur une plaque de rue ou dans un parc. Je me rends compte en fait de sa puissance et de sa force. Il est comme quelqu’un qui reviendrait vous mettre la main sur l’épaule en disant que tout se passera bien. Le désarroi causé par les événements récents, c’est que même avec Brassens qui vous met la main sur l’épaule, on n’arrive pas à se réconforter… parce que là c’est trop grave.

Quand on écoute ses chansons, on s’aperçoit que rien n’est obsolète et que tout dans ce qu’il dit reste d’une modernité incroyable.

Tout à fait. Dans mon spectacle, j’ai choisi des chansons plutôt subversives. J’ai choisi le Brassens qui aide à dire  « je fais ce que je veux et je vous emmerde ». J’aime beaucoup cette dimension chez lui, derrière cet air un peu sage avec sa pipe et sa moustache. Brassens, il était un peu punk. Je dirais même qu’il était mieux qu’un punk. C’est en tout cas quelqu'un qui ne s’en laissait pas compter et qui ne s’est jamais empêcher de dire ce qu’il avait à dire. J’aime beaucoup ce Brassens-là, mais j’aime aussi beaucoup le Brassens sentimental. Les thèmes abordés par ce poète ne vieillissent pas. Que l’on parle d’amour, de la mort, de Dieu ou des cons, on se rend compte que quand des vérités sont dites et qu’elles sont dites de belle manière, elles demeurent… et elles demeurent très modernes. Brassens n’est pas un monument poussiéreux qu’on tente de récurer.

Peu de temps avant l'existence concrète du spectacle, Alexis HK interprète "Les trompettes de la renommée" de Georges Brassens, en concert à Canal 93, à Bobigny, dans le cadre des soirées FrancoFans, le 11 décembre 2014. Il est capté par le site Hexagone.

Dans ton spectacle, tu ne portes pas la moustache et tu ne fumes pas la pipe. Tu ne fais pas de mimétisme ?

(Sourire) Je ne fais ni de mimétisme, ni de parodie.

Par contre, tu modifies parfois des paroles. On entend le mot MP3 par exemple, habilement intégré dans un texte.

Volontairement, je fais des clins d’œil à la modernité pour être en connivence avec le public. Chaque fois que l’on peut faire ce genre de choses, on le fait, mais sans piétiner son œuvre, au contraire, en la prolongeant.

Le public adore ça !

Le public a toujours ce petit sourire que moi j’attends. C’est la réaction que m’ont toujours provoqué les chansons de Brassens. Ce petit sourire en coin dit : « Tu ne m’auras pas. Tu as sombré, mais moi je ne sombrerai ni dans la haine, ni dans la bêtise. J’aurais toujours ce petit sourire en coin qui démontrera que tu n’as aucune emprise sur moi. » Sous des atours légers, il y a beaucoup de profondeur chez Brassens et ça touche au cœur même de la vie et ses problématiques. (Un long silence.) J’en reviens à la gravité des événements actuels… ce petit sourire en coin, on nous l’a effacé du visage. Là, j’ai du mal à l’avoir et je vais aller le rechercher.

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Tu as joué depuis le 13 novembre ?

Oui, plusieurs fois. Je me suis appuyé sur le public et sur mon équipe pour réussir à remonter sur scène. Je ne le faisais pas pour moi, mais pour le public. Mais à titre personnel, j’avoue que là, on a réussi à éteindre quelque chose qu’il va falloir rallumer. Soit on veut le rallumer, soit on se dit que c’est définitivement éteint. Là, c’est très frais encore. Et ce n’est peut-être que le début de l’horreur, mais je ne préfère pas le penser. Je le constate, je veux le combattre.

Tu m’as dit en off que si tu ne t’étais pas caché derrière Georges Brassens, tu ne serais pas remonté sur une scène si vite.

Sans aucun doute. S’il avait été question de défendre mes propres chansons, j’aurais annulé une partie de mes concerts. Je me serais mis sous silence pour réfléchir, pour retrouver la force de continuer à créer. Là, nous nous sommes tous retrouvés autour d’un totem.

"Le pornographe" par Alexis HK (audio).

François Morel a mis en scène le spectacle… mais pas que.

Je lui ai présenté un texte qui était très touffu et dans lequel il a fallu tailler. Tous les deux, on a élagué un maximum. J’avais une grande confiance en lui sur la rythmique des choses. C’est un comédien chevronné, un habitué de la scène, en plus c’est un chanteur et un amoureux de Brassens… Je dois avouer qu’il a proposé des vannes très fidèles à l’esprit de Brassens. On les a toutes gardées parce qu’elles étaient extrêmement drôles. Quand je repense à toute cette période de création avec lui, je me rends compte de la légèreté qui régnait et du bonheur de faire ce travail avec lui. Je savais que c’était la bonne personne.

François Morel dit que ce spectacle est un hommage un peu moqueur, un peu farceur à Georges Brassens. Tu adhères à cette définition ?

Je suis complètement d’accord avec ça. Sans avoir connu Brassens, je pense que c’est quelqu’un pour qui les hommages pompeux devaient être quelque chose d’absolument insupportable. Je pense également que c’est quelqu’un qui ne veut pas être enterré sous une pierre tombale avec des gens qui pleurent ou qui écoutent ses chansons avec les sourcils dressés en surveillant si on a les bons accords et les bonnes mélodies. Il fallait être conforme à son esprit, donc être un petit peu moqueur, mais seulement un tout petit peu. En fait, ce n’est que de la tendresse. Il n’y a pas de cynisme dans ce spectacle, il y a juste de la complicité et de la connivence avec Brassens et avec le public.

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Le "La Croix" du 4 décembre 2015.

Le choix des chansons qui sont dans ton spectacle a dû être cornélien, non ?

Oui et non. Il y a avait des thèmes précis dont je voulais parler, donc je voulais des chansons qui collaient à ses thèmes. J’avais envie de parler de la gloire, des cons, de la liberté, de sexualité.

De sexualité ?

Oui, c’est un thème très fort dans l’œuvre de Brassens. On l’a traité de misogyne alors que c’est lui qui a chanté que 95 fois sur 100, la femme s’emmerde en baisant. Il n’y a pas beaucoup de mec qui ont dit ce genre de choses.

Tu as choisi aussi des chansons que tu aimais, évidemment.

Dans le choix des chansons, il y a un mélange d’intuition et de nécessité. La première condition pour faire un spectacle comme celui-là, c’est la sincérité et l’amour qu’on a pour le poète à qui on rend hommage.

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(Photo : Marc Philippe)

Selon toi, le public vient pourquoi ?

Il y a des gens qui viennent sans me connaître, juste parce que c’est un spectacle sur Brassens, d’autres parce qu’ils me connaissent, même s’ils ne sont pas des grands fans de Brassens et il y a des gens qui viennent parce qu’ils apprécient les deux. Je suis très heureux quand quelqu’un vient me voir et me dit qu’il ne connaissait pas bien Brassens, mais que grâce à mon spectacle, il a envie de se plonger dans son œuvre. J’aime bien aussi que quelqu’un qui connait bien Brassens me félicite pour mon interprétation et ce que j’ai fait de son œuvre et de son esprit. Mais la satisfaction centrale, c’est de partager l’intimité qu’on a tous avec ce chanteur. Chacun à son petit Georges Brassens en lui.

Il y a un EP reprenant six chansons. C’était pour que les gens repartent du spectacle avec un souvenir ?

Oui, c’est exactement ça. Il y a deux titres seulement communs au spectacle, la première et la dernière, entre les deux, ce sont quatre chansons inédites. Ce sont des chansons qui résonnent encore plus fort aujourd’hui. Il y a « L’assassinat », « Le roi boiteux », « Le mouton de Panurge » et « Le vin ». Ce sont des chansons que j’aime énormément et que je chante parfois dans le spectacle, à la fin quand j’ai envie d’en claquer une dernière. Ces EP sont uniquement en vinyle avec quand même des codes internet à l’intérieur pour produire un choc des époques entre le phonographe et le MP3.

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Georges Brassens en 1976.

Pourquoi ne pas faire un album en entier de reprises de Brassens ?

Je ne sais pas si j’en ai vraiment envie. J’ai l’impression qu’il y en a d’autres qui l’ont fait avant moi et qui l’ont fait très bien.

Qui ?

Je trouve que Maxime Le Forestier chante extrêmement bien Brassens, j’ai aussi adoré l’album de Renaud. Des chanteurs moins mythiques que ces deux-là s’y sont aussi collés et plutôt bien. Je préfère donc m’abstenir.

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu aimes les projets. Tu ne te contentes pas de ta carrière personnelle. Je me souviens de ta tournée avec Benoit Dorémus et Renan Luce.

Le monde d’avant où un artiste défend son petit album, part faire sa petite tournée, puis sa petite promo, puis rentre chez lui, c’est fini. Déjà parce que l’industrie du disque a beaucoup changé, mais aussi parce qu’il y a eu tellement de choses qui ont été faites avant que je pense que c’est important de se mélanger aussi bien avec de grands chanteurs comme Brassens, mais aussi de grands chanteurs comme Renan Luce ou Benoit Dorémus. C’est nourrissant. Pour moi, faire un album, ça doit être le résultat d’un cheminement. On finit par faire un album parce qu’on a accumulé suffisamment d’expériences et d’émotion. Il faut que l’on ressente le besoin impérieux de faire un album parce que les choses doivent sortir.

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(Photo : Marc Philippe)

On est dans une époque pleine de grands artistes, mais on ne les voit pas facilement dans les médias.

Ce n’est plus le même schéma qu’à l’époque où, à l’arrivée, il n’y avait qu’une quinzaine d’artistes qui tournaient. On entendait toujours les mêmes. Cela dit, aujourd’hui, on entend toujours les mêmes dans les grands médias, par contre, il y a une forêt énorme d’artistes extrêmement talentueux qui font plein de choses variées et mixées.

Je retrouve ton nom dans pas mal de disques d’autres artistes. Très récemment, dans celui de Chloée Lacan.

Je suis dans une logique de confrérie et de fraternité avec les autres artistes. Je n’ai jamais envié un artiste qui avait plus de succès que moi. Dans le domaine musical, je considère que la compétition est absurde. Chacun doit avoir quelque chose de personnel à proposer, nous ne sommes donc pas dans la même piste de course. On est chacun dans notre univers et quand ça se mélange et que ça se respecte, c’est vraiment beau.

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Pendant l'interview...

Un album solo à venir avec tes propres chansons ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, faire un spectacle sur Brassens n’est pas du tout castrateur, comme on a pu me le demander. Je n’ai pas peur d’écrire de nouveau ou d’être figé. Je réalise au contraire que cela me détache du maître. Je suis en train d’écrire des nouveaux morceaux en ce moment et comme je suis dans l’œuvre de Brassens jusqu’au coup, je prends un contre-pied ou une contre-voie, comme on veut. Je travaille et j’essaie d’aller au cœur de ce que je ressens profondément. Je parle de mes rêves, de la solitude, parce que la solitude me touche beaucoup. Je pense que j’aurais un album dans les mois prochains.

Est-ce que ce que nous vivons en ce moment va influencer ton œuvre ?

On ne peut pas être imperméable à ce qu’il se passe, mais nous ne sommes pas des journalistes, non plus. Il s’agit pour nous, chanteurs, de sentir l’air du temps… et l’air du temps ne sent pas très bon. Je n’ai pas envie de m’arrêter à ça. Derrière le tragique, il y a toujours un peu d’espoir, donc je crois que c’est le moment de chanter un peu l’espoir. Je vais t’avouer un truc. Tout ça fait que je me remets beaucoup en question depuis une semaine. Même sur ma façon de vivre. Je me rends compte que j’ai trois voitures chez moi et qu’il y en a deux qui ne me servent à rien. C’est parce que je ne m’en occupe pas. Il faut que je m’occupe de les vendre. C’est absurde. Qu’est-ce que c’est que mon mode de vie d’ultra consommateur? Ça n’a aucun sens. Il y a plein de petites choses comme ça qu’il va falloir que je change dans ma vie. On laisse passer les journées comme ça parce qu’on aime bien qu’une journée soit conforme à celle de la veille. Pour l’instant, j’ai besoin de réfléchir et de me remettre en question. Avec ces attentats précis, ce qui est terrible en terme émotionnel, c’est qu’on ne peut se raccrocher à rien. On parle de l’innocence décimée et c’est ça qui devrait nous pousser à la méditation : comprendre que le monde peut aller jusque-là, aller jusqu’à ce niveau de barbarie là. Je le répète, si on doit écrire des chansons à partir de ça, il faut faire naître un espoir…

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Après l'interview, le 25 novembre 2015.

En bonus, l'émission Alcaline, le mag concernant "Georges et moi":

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18 septembre 2012

CD'Aujourd'hui : Alexis HK pour "Le dernier présent"

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(Photo: Frank Loriou)

alexis hk,le dernier présent,cd'aujourd'hui,interview,mandorDans son 4e album, Le dernier présent, Alexis HK a pris un certain recul et s'avère un observateur hors pair du monde qui l’entoure. Il a gardé le meilleur de ses précédents disques : son sens de la formule, la fluidité de son écriture et ses rythmiques entêtantes. Certes, il n’a pas perdu son sens de l’humour, mais la mélancolie a pris le pas sur sa bonne humeur. Alexis le grand raconte sa génération et ses désillusions, sans hésiter à user d’une ironie corrosive qu’il fait alterner avec une  tendresse réjouissante. C'est à mon avis le disque le plus important de la scène française de cette année et tout porte à croire qu'il le restera longtemps. Important. Peut-être deviendra-t-il même un classique de la chanson Française... qui sait?

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alexis hk,le dernier présent,cd'aujourd'hui,interview,mandorLe 6 juillet dernier, pour l’émission CD’Aujourd’hui, avec David Vallet (virtuose de la caméra), nous sommes allés chez Alexis HK à l’occasion de cette sortie. À la campagne (des environs de Nantes), l’homme et sa compagne Liz Cherhal nous ont reçus chez eux de manière princière. Merci à eux deux.

Pour voir l’émission, cliquez ici!

Comme de bien entendu, j’en ai profité pour interviewer en version longue le chanteur pour Les Chroniques de Mandor (voir la première mandorisation pour l'album précédent). Elle est agrémentée de photos prises pendant l'interview (merci à Sorya Lum!).

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Interview:

Tu dis que tu as fait des petites révolutions dans cet album. Notamment, tu es plus à découvert. Est-ce l’album dans lequel tu te dévoiles le plus ?

J’ai voulu parler de choses plus intimes, plus immédiates. En vieillissant, ou plutôt en murissant, on a envie d’aborder les sujets de manière un peu plus frontale. Le centre de gravité de cet album, c’est l’urgence d’être heureux avec les gens qu’on aime et l’urgence de sortir à tout prix de la dépression. Je peux parler quand même de choses un peu plus graves, mais avec un relativisme omniprésent pour dire que tant qu’on ne perd pas nos proches, rien n’est vraiment grave. C’est un disque qui, sur fond de gravité, finalement cherche de la légèreté. C’est un disque d’intimité dans lequel il y avait l’envie de se livrer pleinement.

Dans la chanson, « Le dernier présent », tu dis qu’au lieu d’avoir peur de l’apocalypse, il faut vivre l’instant présent, profiter du bonheur.

J’ai l’impression que par le surplus d’informations et le surplus de nouvelles qui nous sont livrées jour après jour avec une saturation conséquente, on a du mal à se recentrer pour comprendre ce qui est important. Alors, oui, l’état du monde est important, mais son propre état et l’état des gens qui nous entourent font partie des priorités pour chacun de nous. Moi, je me rends compte dans ma propre vie que je côtoie des personnes extraordinaires qui sont toutes dans une certaine conscience de l’angoisse qu’on pourrait avoir à exister, mais qui s’aiment, qui se comprennent. La difficulté de l’époque actuelle est de se recentrer et de se demander ce qui est bien pour soi, respirer 5 minutes, faire un peu le vide. Cela permet d’aborder le reste de manière plus simple et moins saturée.

On est moins dans la blague avec cet album. Tu es peut-être un peu plus sage, un peu plus profond.

J’ai voulu passer à côté de l’anecdote. J’ai voulu qu’au cœur de chaque chanson, il y ait une idée forte qui peut-être plus ou moins drôles, mais qui ne sera pas anecdotique. alexis hk,le dernier présent,cd'aujourd'hui,interview,mandorTon style est un mélange de langue moderne et un peu plus « désuet ».

J’aime beaucoup l’idée d’utiliser plusieurs époques de langage dans un même texte. Je trouve que ça donne un résultat plus coloré et j’aime beaucoup les anachronismes. Les mots peu usités redonnent un sens à ce que l’on veut dire avec plus de relief. Ce mélange un peu rétro futuriste d’éléments de langage, c’est le moindre des amusements pour quelqu’un qui s’amuse à écrire à un moment donné.

Tu es le ménestrel des temps nouveaux… as-tu l’impression d’être né à la bonne époque pour faire ce métier ?

Je ne sais pas s’il y a une bonne époque pour être ménestrel. Mon principe de base, c’est d’écrire une chanson avec une guitare et après, de savoir où on peut aller à partir de ce postulat. Ça a toujours existé et ça existera toujours. À l’époque des ménestrels, il fallait passer devant un grand ménestrier qui vous accordait le droit de chanter où non. Si ça se trouve, à une autre époque, on m’aurait interdit de chanter. Je suis donc né à la bonne époque pour être un ménestrel libre.

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« Ignobles nobles » est co interprété par Renan Luce, Benoît Dorémus, tes deux complices de la tournée « Seuls à trois ».

Pour moi, il était évidemment qu’après cette tournée, Benoît et Renan allaient figurer sur mon nouvel album. Ce sont deux amis, deux personnages, deux chanteurs qui sont devenus essentiels à mon bon développement artistique. Nos voix et nos humours s’accordent à merveille. C’était une évidence qu’il fallait qu’ils interprètent cette chanson avec moi.

Tu mets longtemps à écrire une chanson ou il n’y a pas de règle ?

Il n’y a pas de règle dans la conception d’une chanson, c’est d’ailleurs ce qui fait le charme de la création de musique et de toutes formes d’arts. Il y a des choses qui nous tiennent à cœur, mais qui sont laborieuses et qui mettent du temps à être formulé et il y a la vie, l’instant, une idée toute simple qui apparaît et en dix minutes, ça peut créer une chanson. Mélanger des chansons laborieuses et des chansons évidentes, ça crée un ensemble et ça nous montre à quel point la vie est différente. On ne sait jamais de quoi un album sera fait. On pourra prédire, prévoir et définir plein de choses, mais à l’arrivée, le disque que l’on fera finira toujours par étonner… y compris son auteur, parce que c’est quelque chose de vivant, de mouvant et de pas forcément prévisible.

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(Photo : Frank Loriou)

Est-ce que ton indépendance dans le milieu de la chanson française te met un peu à part des autres qui font le même métier que toi ?

Luce et Dorémus sont des frères d’armes pour moi. Des gens avec lesquels je partage le même idéal de liberté à travers la chanson. Je sépare de moins en moins ma vie réelle de ma vie artistique. Les chansons sont pour moi le moyen  à la fois d’aller vers le monde, vers le public, vers des personnes de ce métier. Plus j’avance et plus je fusionne ma vie d’homme et ma vie de chanteur. Là où je me sens à part, c’est que j’ai l’impression que la vie m’appelle toujours à faire ça et que ça ne répond pas à des logiques commerciales ou mercantiles, mais plus à une logique de ma propre existence. J’ai commencé à chanter mes premières chansons de Jacques Brel à 14 ans, je savais qui j’aimais comme chanteur, j’avais envie de faire ce métier, je savais que ça me prendrait du temps et finalement, ça s’est fait sur tout le chemin d’une vie. C’est un parcours vrai. C’est important de ne pas être dans l’imposture.

Habiter loin de Paris, d’être au calme, au « vert », ça change l’inspiration ?

Le fait d’habiter à la campagne, ça donne une solution de repli. Il y a un moment où tu rentres dans ta maison, il y a du silence, on peut se poser, on peut se reposer et on a cette espèce d’aération mentale et physique qui permet de réfléchir et de sortir de la saturation. On se sent très privilégié parce qu’on a l’impression que c’est un moment où on peut se ressourcer. Cette petite isolation s’inscrit dans la liberté que je revendique. Ça permet de se retrouver avec soi-même et d’avoir d’autres choses à dire.

Pour finir cette chronique, voici quelques photos prises par bibi pendant la session acoustique...

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27 mars 2009

Alexis HK: le clip de "Les Affranchis" et l'interview!

06.03.09 Alexis HK 3.jpg

l_2d9b897bef5241b6a66d8f7b905633b8.gifJ'ai rencontré Alexis HK, le 6 mars dernier, tard, un soir... chez Danièle Molko, une grande dame pour laquelle j'ai un profond respect (pour ce qu'elle a fait et ce qu'elle continue à faire pour la belle chanson francophone...).

Une petite sauterie, à laquelle j'étais convié, était organisée la veille du tournage du clip de "Les Affranchis".

Un clip dont tout le monde va parler car il est tout à fait exceptionnel.

Des guests de la chanson française par dizaines.

Alors qu'Alexis HK compare le monde de la chanson française avec la mafia...

Très second degré, comme la majeure partie du répertoire de ce garçon que je suis depuis le premier album.

Là, c'est le troisième (qui est sorti ce lundi).

Amusez-vous à compter combien il y a d'artistes présents... et éventuellement, tentez de tous les citer.

Si le coeur vous en dit...

(J'ai compté à peu près 10 ex mandorisés...)

Un tel casting, c'est dans l'ordre du "jamais vu"!

Faites buzzer!

(Oui, je trouve que, pour une fois, le jeu en vaut la chandelle!)

 

06.03.09 Alexis HK 1.jpg
 
Extraits de l’interview:

Dans votre troisième album, musicalement, il y a une évolution notable avec quelques variations musicales.


Effectivement. Dans tous ce que j’ai pu faire précédemment, l’accordéon avait une place prépondérante. Dans mon humeur du moment, j’avais envie de le mettre de côté et de passer à des sonorités beaucoup plus folk : des guitares, des batteries plus péchues. Je me suis aussi laissé porter par les gens qui ont travaillé avec moi. Le fait d’avoir un autre réalisateur, Matthieu Ballet, on a échangé plutôt que de s’imposer chacun son point de vue.

 


Dans vos chansons, il y a beaucoup d’ironies, de doubles sens… Il faut toujours gratter pour savoir ce qu’il se cache derrière. C’est le cas par exemple de Les Affranchis. Parler de la chanson française en évoquant la mafia à la Scorsese… Vous aimez bien aller dans un univers pour en décrire un autre ?

 

J’aime bien mélanger ce qui peut représenter mes influences, les films de ma vie, leurs morales. Je fais autant de « clin d’œil » aux œuvres que j’aime autant que je les utilise. Moi, je suis un auteur de chanson française qui aime le film Les Affranchis donc, j’en fais un disque. Tout ce que je raconte dans mes chansons est cohérent avec ce que je suis. Il y a une certaine logique à tout ce que je décide d’imposer.

 

La chanson française, dites-moi franchement, c’est vraiment la mafia ?

 

Je n’ai pas voulu dire que nous étions tous des crapules. Je voulais juste dire que dans la musique en général, tout comme chez les gangsters, il y a des familles et on ne peut pas aller jouer sur les territoires des uns et des autres. J’ai vu ce cloisonnement des familles sous un aspect ludique. L’autre idée que j’ai voulu faire passer, c’est que le mode de vie d’un chanteur, c’est le mode de vie d’un affranchi. Pas dans le sens d’un gangster, mais dans le sens de l’homme qui est libre de sa vie et qui échappe au modèle social  un peu astreignant du salariat ou de ce genre de situation. Je trouvais, en tout cas, le parallèle intéressant.

 

Autre parallèle intéressant : la politique et la basse cour dans Chicken Manager. Chanson que vous « rapper » presque.

 

J’avais envie d’écrire une fable depuis très longtemps. J’aime beaucoup les anachronismes, les retours en arrière. Le contexte politique se prêtait à écrire une fable sur les animaux. Ce n’est pas très méchant, mais par contre, assez réaliste.

 

R-wan, vous a offert un superbe texte : La fille du fossoyeur.

 

Je suis très client de Java et d’R-wan dans son écriture et sa personnalité. Je le trouve fin, irrévérencieux et dérangeant.Pas du tout dans le consensuel actuel, c’était donc un honneur de recevoir un texte de lui.

 

Il y aussi votre pote Renan Luce et Liz Cherhal (la femme que vous préférez au monde). C’est la familia ?

 

Oui. J’ai dans l’idée qu’un album, c’est aussi un album photo. Il représente un instant de notre vie avec les gens que l’on croise à ce moment-là et les histoires qu’on a envie de raconter.  Au-delà du succès ou non d’un disque, il sera toujours là, il représentera toujours une certaine époque. Je ne suis pas très conservateur, ni un grand archiviste, je ne prends pas de photo*… pour me souvenir des étapes de ma vie, j’aurai mes disques.

 

Vous n’êtes pas encore un chanteur populaire. Comment vous sentez-vous accepté dans ce milieu ?

 

Je me sens accepté comme quelqu’un qui ne pratique pas un art populaire par excellence. Je n’ai jamais été à la recherche d’un public immense. S’il arrive, j’en serai ravi, mais je ne ferai aucune concession pour y parvenir. Atteindre le public ne se fait pas à coup de concessions. Parfois, on fait une chanson, le message passe et on devient « grand public », on ne sait pas trop pourquoi. On peut le calculer, mais pour moi, c’est une autre démarche. Il faut faire les choses telles qu’on les aime.

 

Bon, en même temps, vous avez des millions d’amis sur Internet.

 

Je ne suis pas seul grâce à internet. Je peux m’adresser au monde entier. Cette chanson sur Myspace, Thanks for the Add, est aussi un clin d’œil. Dans la réalité des faits, je ne me sens pas seul. J’ai toujours réussi à réunir autour de moi des équipes de personnes qui m’ont toujours suivi fidèlement, avec respect, et qui n’attendaient pas de moi que je devienne populaire pour un public de masse. Ceci étant, ils font le travail pour qu’éventuellement, cela le devienne. C’est une démarche assez saine tout ça. Moi, j’ai juste besoin d’humanité autour de moi.

 

Vous aimez la langue française. Le vieux français même… Maudits Anglois en est la preuve.

 

Je tenais absolument à ce qu’il y ait une chanson de geste et puis, j’aime beaucoup les formes anciennes remises au goût du jour avec un peu d’humour. Je parle dans cette chanson de la lutte perpétuelle entre les français et les anglais. Je l’ai toujours adoré car, elle est pleine de mauvaise foi et en même temps pleine de tendresse. Au fond, ces deux peuples s’adorent et font semblant de se détester.

 

Dans cet album, dans la deuxième partie, vous vous dévoilez un peu plus qu’à l’accoutumée, je trouve. Il y a des textes plus personnels.

 

J’ai considéré que si je voulais faire ce métier encore un moment, il fallait prendre le parti d’être un peu plus frontal avec des émotions, avec des sentiments, avec des événements plus personnels sans être pour autant barbant ni trop impudique. Je me suis permis deux/trois titres dans lesquels j’évoque quelques souvenirs d’enfance et des nostalgies que j’ai. C’est intéressant de faire partager des sentiments dont on sait qu’ils ont été partagés ou vécus par d’autres…

 

C’est l’album qui vous ressemble le plus ?

 

Si cet album s’appelle Les affranchis, c’est aussi parce que j’ai l’impression de reprendre une certaine liberté. Mes nouvelles chansons sont nées d’une remise en question de mon passé et de mon chemin. J’ai voulu faire les choses uniquement selon mes envies. On m’en a donné les moyens humains et logistiques. Quand on me fait confiance, je donne tout.

 
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