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10 mars 2017

Albin de la Simone : interview pour L'un de nous

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(Photo : Frank Loriou, mandorisé )

« Albin de la Simone a creusé son sillon de manière aussi modeste que profonde. Parmi la grande famille de la chanson française, c'est lui le plus doux », indique le dossier de presse.  La fragilité de son timbre l'a immédiatement conduit à un registre intimiste : il en a fait sa force aujourd'hui. Quand Albin chante, c'est comme s'il vous parlait au creux de l'oreille.

L’un de nous fait suite à Un Homme, qui avait connu un accueil critique unanime. C’est peut-être son disque le plus grave, le plus sérieux et le plus mélancolique. C’est en tout cas ainsi que je l’ai ressenti. Ce 5ème album confirme ce que le précèdent avait commencé à montrer : Albin de la Simone est un artiste incontournable de la Chanson Française.

Je le connais un peu, juste par le biais de différentes interviews, et, lui comme moi, aimons nous rencontrer à chaque nouvel album. Le 23 février dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un café à côté de sa maison de disque. Un délicieux moment.

15822890_10158096133215201_7463495530205142409_n.jpgBiographie officielle (très écourtée) :

Le précédent album d'Albin de la Simone s'appelait Un homme. Le nouveau aurait pu s'appeler Une femme tant il en est question. Il aurait aussi pu s'appeler Un piano, puisque c'est le trait d'union entre les titres : ils ont tous été enregistrés selon la formule piano-voix en deux jours, pour être par la suite généreusement étoffés. Il s'appelle finalement L'un de nous.

Si tous les morceaux sont nés autour d’un seul piano, ils se gardent bien de représenter le point de vue d'un seul homme mais plutôt celles d'une multitude de personnages qu'incarne tour à tour le chanteur : l'incorruptible ("À midi on m’a dit"), le résigné ("Embrasse ma femme"), le lucide ("Ma barbe pousse") mais aussi l'optimiste ("La fleur de l’âge"), le sensible ("Une femme"), le peintre face à son miroir ("L'ado")  et le disciple de l'absurde  ("L'un de nous"). La légèreté des arrangements cachent une mélancolie profondément ancrée au creux du personnage. Qui est toujours contrebalancée par un grain de folie qui donnent aux chansons d'Albin de la Simone toute leur saveur.

Les chansons de L'un de nous ont en commun d'exprimer un rapport au temps. Le couple est également unalbindelasimone_FrankLoriou2016-30.jpg sujet qui l'inspire. A l'auditeur de deviner quelles sont les chansons les plus autobiographiques : il n'en dira pas plus.  

On reconnaît encore ici le timbre sensuel d'Emiliana Torrini. Maëva Le Berre et Anne Gouverneur, les complices d'Albin à la scène, l'ont accompagné au violoncelle et au violon. François Lasserre est venu poser des accords de guitare, Sarah Murcia de la contrebasse. Des instruments inattendus se sont invités à la table : la harpe de Milamarina, la scie musicale de Mara Carlyle et les casseroles de Jacques Tellitocci. Raphael Chassin a eu carte blanche au niveau des batteries. Sabina Sciubba, la chanteuse du groupe américain Brazilian Girls donne la réplique à Albin sur « À quoi ». En conclusion de L’un de nous, la voix de Vanessa Paradis – qui répondait déjà à celle d’Albin en 2008 sur « Adrienne » - invite « L’ado » à sortir de sa solitude.

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(Photo : Frank Loriou)

albindelasimone_FrankLoriou2016-164.jpgInterview :

Tu viens d’obtenir les 4 T de Télérama. C’est encourageant d’être reconnu par les professionnels ?

C’est super agréable. Je suis très content que l’on parle de moi et qu’il y ait ma photo dans Télérama. Ça me fait plaisir et ça fait plaisir à ma maman. En dehors du côté narcissique, qui est évidemment présent, ce genre d’article sympa amène plus de gens à mon travail. D’une manière pragmatique, c’est le véhicule de mes chansons. Il y a trois positions : soit la presse est contre ton travail, soit elle s’en fout, soit elle est pour. C’est plus agréable d’être dans cette dernière catégorie. Si je fais des disques et que personne n’en parle, je l’ai dans l’os. Je lis des choses très douces à mon sujet et ça rend acceptable le contre.

Il y a du contre ? Je n’en ai pas beaucoup vu ou lu.

Aujourd’hui, j’ai lu un article dans le Nouvel Obs qui est globalement pour, mais qui dit trois, quatre trucs assez chargés, un peu contre, mais ça ne me dérange pas du tout. Parce que c’est mon 5e album, j’arrive à être plus détaché par rapport à ce que l’on peut dire sur moi. Les gens aiment plus ce que je fais aujourd’hui que ce que je faisais il y a 15 ans, du coup, ça me détend. Je suis beaucoup moins inquiet.

Après ton précédent album, Un homme, que j’avais trouvé sublime, je me suis demandé si tu allais pouvoir faire mieux la fois suivante. Tu y es parvenu.

Moi aussi je me suis demandé si je pouvais faire mieux parce qu’il avait été dit beaucoup de bien de ce disque. Avec L’un de nous, c’est la première fois que je faisais un disque en étant encore en accord avec le précédent. Les autres, je les faisais un peu contre le disque d’avant. Là, je n’étais plus en réaction, donc j’ai cherché à « attraper » Un homme pour écrire ce nouvel album.

C’est vrai, tu as raison. Je me souviens par exemple que Bungalow, par exemple, était complètement opposé du précédent, Je vais changer.

Oui et d’ailleurs, Un homme a été une réaction à Bungalow.

Mais de réaction en réaction, du coup, tu es tombé sur la bonne réaction ?

Oui. Avec Un homme, j’ai trouvé le langage et la place qui me convenaient. En gros, je suis le même mec que la dernière fois que nous nous sommes vus, mais qui a vécu de nouvelles choses, donc qui parlent d’autres choses. Je suis désormais moins préoccupé par la masculinité, par le poids de ma responsabilité de nouveau papa. Aujourd’hui, je pense plus au couple. J’évolue, mais ma place est la même ? Je suis juste plus serein.

Clip de "Le grand amour", tiré de l'album L'un de nous.

Est-ce qu’un homme serein fait des chansons sereines ?

C’est à toi de me le dire.

D’après ce que j’ai écouté dans ton disque, pas forcément. Il y a de la rupture, des doutes…

Oui, mais aborder les choses, voir les problèmes et les accepter comme tels permet d’y faire face et permet d’être heureux. Je suis d’un tempérament psychanalytique. Je ne fais plus de psychanalyse, mais j’en ai fait. J’ai plutôt tendance à me dire que la vie n’est possible que lorsque l’on en reconnait les embuches. En parler est la première étape pour pouvoir y faire face. Si mes chansons parlent de ça, c’est parce que je ne me voile pas la face sur ce que c’est de vieillir, ce que c’est que la difficulté de faire durer l’amour. Pour moi, il faut être lucide pour pouvoir avancer et il faut faire des chansons lucides pour être honnête.

Quand tu vis des choses pas très agréables dans ta vie, tu te dis qu’au moins, ça fera une belle chanson ?

Non, pas du tout. Tu sais, je n’ai pas vécu la moitié de ce que raconte.

Oui, mais beaucoup de tes chansons racontent des évènements qui te sont personnels.

Je ne suis jamais sûr de pouvoir réussir une chanson sur une thématique. Je ne décide jamais des thèmes sur lesquels je vais écrire. Par exemple, un jour j’ai trouvé cette phrase que j’aime bien : ma barbe pousse. Ça veut dire quoi ma barbe pousse ? C’est le temps qui passe, je change aussi, et ça veut dire « tu ne reviendras pas ». Je confronte le changement et le temps à  l’amour. Elle ne reviendra pas parce qu’il a changé. Dans le refrain de cette chanson « Ma barbe pousse », finalement, il dit « ça va ». Et dans le refrain suivant, il dit « ça va aller » et on comprend que ça ne va pas tant que ça en fait. De fil en aiguille, j’avance et je me rends compte de quoi parle ma chanson. Je te le répète, je ne définis jamais un thème à l’avance.

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(Photo : Frank Loriou)

Cette faculté qu’ont les gens, j’en fais partie, de penser que des artistes comme toi racontent leurs propres histoires, c’est agaçant ?

Pas du tout. Je sais que je joue avec le feu. Je n’ai qu’à dire « sa barbe pousse ». Que cela parle de moi ou de mes préoccupations personnelles n’a aucun intérêt. Je peux avoir vécu certaines histoires que je raconte, sans que ce soit mon quotidien. Je me sers aussi de ce que je vois dans la vie des autres, dans des films… Une chanson comme « Les chiens sans langue », on peut ne pas comprendre que je parle d’un couple qui a perdu un enfant. Mais j’ai fait exprès d’écrire une chanson un peu énigmatique sur ce sujet. Je ne connais personne à qui c’est arrivé, mais je me suis inspiré du film « La chambre du fils » de Nanni Moretti que je n’ai pas vu, mais dont je connais le thème. Tu l’as compris, j’ai des images d’un film que je n’ai pas vu, des histoires que j’ai entendues, de très grandes peurs par rapport à mon propre enfant.

Est-ce qu’il faut savoir précisément de quoi parle une chanson ? Parce que maintenant, au regard de ce que tu viens de me dire, j’écouterai « Les chiens sans langue » différemment.  

Je ne sais pas justement. Sur mon deuxième disque, Je vais changer, j’ai écrit une chanson sur la pédophilie qui s’appelait « Notre homme ». C’est une chanson qui est forte, mais elle est trop dure. Il y a des gens qui m’ont dit avoir beaucoup souffert d’écouter cette chanson. Tout le monde n’a pas envie de faire face à ça. Un film de Nanni Moretti, tu décides d’aller le voir, on ne te le met pas au milieu d’un album, sans prévenir, entre deux chansons plus légères. Je ne veux plus que les gens prennent une chanson qui leur fasse comme un coup de poing dans la gueule parce qu’ils n’ont rien demandé. Du coup, je fais attention de ne pas faire souffrir les gens et je ne veux pas les prendre au piège. Je laisse désormais des portes de sorties à mes chansons graves.

Dans « Les chiens sans langue », moi, j’avais juste compris que c’était un couple qui avait complètement déraillé. Tu as mis de la poésie sur la souffrance la plus dure qu’un être humain puisse endurer.

Ceux qui ont vécu la tragédie que je raconte comprendront peut-être…

Parlons musique. Tu as enregistré tes chansons en piano-voix, ensuite toutes les musiques ont été intégrées sur elles au fur et à mesure.

On enregistre toujours un noyau, un squelette au piano ou à la guitare et après on étoffe. On fait toujours comme ça, sauf qu’après on refait toutes les voix. Là, j’ai décidé de ne rien toucher. J’ai enregistré sans aucune contrainte avec les arrangements. Ce sont les arrangements qui ont été contraints par la voix. J’ai découvert ça en travaillant avec Vanessa Paradis et avec Christophe Miossec. On a fait le costume autour du corps plutôt que d’essayer de faire rentrer le corps dans le costume.

Audio : 6 extraits de l'album L'un de nous en 1'36''.

Quel rapport entretiens-tu avec ta voix ?

J’ai un rapport compliqué avec ma voix, mais ça va de mieux en mieux. Je ne suis pas le chanteur que j’aimerais être. Je m’estime un chanteur correct et j’ai une voix qui ne ressemble à aucune autre, il parait que c’est déjà une chance. Par contre, j’ai un problème avec les effets non nécessaires.

D’où, ta série de concerts sans micro.

Si on est dans une pièce avec 100 personnes et que les murs ne sont pas trop loin, y a-t-il vraiment besoin d’un micro pour que l’on me comprenne, que l’on m’entende et que ce soit joli ? J’ai décidé, quand c’est possible, de chanter sans micro le plus souvent. Je vois que les gens apprécient beaucoup ça. On a joué dans des salles de 700 places avec mes musiciens et il n’y a eu aucun problème. Les oreilles s’ouvrent comme les yeux dans le noir.

Le public doit être discipliné, non ?

Quand un prof ne parle pas fort, s’il est intéressant, tout le monde l’écoute. Ce n’est donc pas une question de discipline, mais d’intérêt. Quand le public tape dans les mains, il entend plus la musique, donc finalement, ça créé un rapport ou tout son devient musique. On peut faire chanter le public, on se retrouve dans un rapport acoustique complètement juste et complètement équitable. Quand je demandais au public de faire les chœurs  ou des sifflements, comme je le faisais lors de la tournée précédente, c’était parfaitement musical et dissocié. Tous, dans la même pièce, nous faisions de la musique ensemble. Tout devient simple, naturel,  normal… c’est l’inverse qui n’est pas normal. On est tellement bombardé par la lumière et le gros son, que j’ai misé sur la simplicité.

Je suis le premier à t’interviewer pour ce disque, mais cette période de promo qui t’attends, tu l’apprécies à l’avance ?

J’aime bien parler, mais ce qui m’enrichit le plus, c’est d’entendre les analyses des uns et des autres sur mon travail, de découvrir des trucs sur moi, sur mon disque. J’aime bien mais évidemment, ça dépend aussi avec qui. On ne sait jamais comment le travail que l’on fait est compris. Il est possible qu’au 95e appel d’un journaliste de la presse régionale qui n’aura pas écouté mon disque, mais à qui on aura dit que je viens jouer le lendemain dans sa région et qu’il faut me poser des questions, je ne sois pas dans le même état d’esprit.

Clip de "Mes épaules", tiré de l'album Ton homme.

Dans ton précédent album, il y a une chanson qui est sorti du lot et qui a touché beaucoup de monde, c’est « Mes épaules ». Quand on écrit une chanson comme celle-ci, on a envie de parvenir et en faire une autre aussi importante ?

A mon échelle, « Mes épaules » est le tube de ma carrière. Les gens m’ont dit que cette chanson leur racontait des choses très intimes et très fortes. Est-ce qu’à un autre moment, je parviendrai à écrire une chanson aussi forte ? On ne sait jamais une telle chose. On ne peut pas, ni ne doit s’habituer à ce que notre « œuvre » fasse de l’effet, mais quand tu sais qu’une chanson a beaucoup marqué, à chaque fois, ça te fait plaisir.

La musique est un art…

Pas mineur du tout. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette notion-là. Je suis un artiste totalement. Peut-être pas majeur, mais je fais un art qui est digne de cette appellation.

Tu fais le plus beau métier du monde ?

Oui, je pense En tout cas, il faudrait que je sois bien con pour que je ne me rende pas compte que j’ai une vie qui me plait. Ma vie est super compliquée pour plein de trucs, mais je fais un métier qui me demande beaucoup, mais qui me satisfait tellement. Le plaisir que j’ai est à la hauteur de mon investissement. Mon père est décédé en 2009, il n’a donc pas vu l’essentiel de mon travail. Entre 2009 et aujourd’hui, il s’est passé beaucoup de choses, je regrette qu’il n’ait pas eu le temps d’assister à ça. Je pense qu’il serait content de ce que je suis devenu et de ce que je fais.

Tu es ami avec Sophie Calle. Son travail d'artiste consiste à faire de sa vie, et notamment des moments les plus intimes, une œuvre.… Elle t’a permis d’utiliser une de ses photos pour la couverture de ton disque. Elle qui ne cache strictement rien de sa vie, est-ce que ça change ta perception du dévoilement dans la chanson ?

Je ne me suis pas posé la question de savoir si ça a modifié mon rapport à l’autobiographie. Je ne crois pas, parce qu’entièrement se dévoiler demande un certain tempérament. Etre Sophie Calle, c’est être Sophie Calle. Elle est ultra authentique, magnifique et sincère. Elle m’a tellement touché par cette manière de travailler sur elle. Moi, je suis beaucoup moins autobiographe. Ma matière est plus maquillée…

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Le 23 février 2017, après l'interview.

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14 décembre 2016

Georgia : le conte musical vivement conseillé pour Noël!

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C’est bientôt Noël… il m’a semblé important de vous parler de ce conte musical extraordinaire, pour petits et grands, signé Timothée de Fombelle. J'ai eu un vrai coup de cœur pour lui. On y retrouve une pléiade d'artistes exceptionnellement réunis pour raconter et chanter Georgia : Cécile de France, Alain Chamfort, Emily Loizeau, Albin de la Simone, Ben Mazué, Amandine Bourgeois, Pauline Croze, Ariane Moffatt, Raphaële Lannadère, Babx, Rosemary Standley... Une production imaginée et réalisée par l'ENSEMBLE CONTRASTE. Raconté par Cécile de France. Un projet en soutien à l'association SOS Villages d'Enfants avec la participation exceptionnelle d'Anny Duperey, marraine de l'association.

Ce livre-disque a reçu la Pépite 2016 du meilleur livre jeunesse (catégorie moyens) et a été « Coup de cœur » de l'Académie Charles Cros 2016.

Georgia est un conte musical réussi, beau et émouvant, drôle et intelligent, qui laissera rêveurs les petits comme les grands. Il est vivement conseillé pour être glissé sous le sapin.

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Argumentaire officiel :

Il est des secrets fondateurs qu’il n’est pas toujours facile de révéler lorsqu’on  est devenue une grande star de la musique...  Un jour, pourtant, arrive  le moment de se livrer : la mémoire déroule alors un à un les souvenirs et les rêves.  Les doutes aussi, qui ont jalonné cette route sinueuse jusqu’au succès.  Le lecteur, aux premières loges, découvre la petite Georgia et une ribambelle  de personnages hauts en couleur, imaginaires pour la plupart, et pourtant  très présents. De ceux qui aident à grandir et à dépasser ses plus grandes peurs.

sans-titre.pngRésumé officiel :

Georgia s’installe dans un nouvel appartement avec sa tante. Sa famille vient d’être dispersée. Georgia, en déménageant, a laissé derrière elle ses petites sœurs, mais elle emmène ses Rêves, personnages espiègles qui ne la quittent pas et chantent autour d’elle. Une nuit, Georgia se rend compte qu’on joue du violon derrière le mur de sa chambre. Une amitié va naître avec Sam, jeune voisin extraordinaire qui joue à la lueur des bougies. Mais qui est ce Sam qui voudrait tant qu’elle chante ? Où vit-il puisqu’il n’y a plus d’immeuble depuis longtemps derrière celui de Georgia ? Elle découvre qu’un siècle est posé entre leurs deux vies. Pourtant, au fil d’une aventure en chansons, malgré l’épaisseur du mur et des années qui les séparent, Sam va remettre la musique au cœur de la vie bouleversée de Georgia.

Interviews :

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Timothée de Fombelle (auteur) :

Comment est né le conte musical Georgia ? 

Les histoires trouvent toujours un moyen pour prendre vie… Mais celle de Georgia serait peut-être restée au fond de moi si on n’était pas venu me présenter un rêve. C’était le rêve d’un conte raconté, joué et surtout chanté. Quand l’équipe de Contraste Productions m’en a parlé, j’étais impatient de me remettre à un nouveau roman, en solitaire... Mais l’ambition de cette proposition et la chance de travailler avec de grands musiciens m’ont convaincu facilement de faire ce détour passionnant qui a finalement duré un an. La chanson est un art qui m’a construit depuis l’enfance. Et puis, j’avais rencontré des garçons et des filles venus de villages d’enfants quand ils m’avaient remis un prix littéraire pour Tobie Lolness.  J’avais envie de les retrouver à travers ce projet. Je pensais à eux à tout moment de l’écriture.

Quel est votre rapport au genre du conte musical ?

J’aime quand la musique n’est pas là seulement pour le décor. Georgia est ce que j’appellerais « une histoire en chansons ». C’est la musique qui raconte l’histoire, autant que les mots et les dessins. Nous avons travaillé main dans la main, jour après jour, avec Johan Farjot, Arnaud Thorette, Albin de la Simone... Parfois je faisais le premier pas et la musique suivait, parfois c’était le contraire. Les mots et les notes ont cherché leur place jusqu’au dernier moment. En studio, j’étais encore là, dans un coin, à corriger des petites choses ou donner des indications aux chanteurs. Le travail avec Cécile de France a été aussi un bonheur pour moi. Je viens du monde des planches. J’allais voir les spectacles que Cécile jouait quand elle était encore à l’école de théâtre. Depuis des années,  je crois qu’elle a un lien particulier avec les textes que j’écris. On travaille souvent ensemble. L’enregistrement s’est déroulé comme une évidence.

Ben Mazué interprète "Tous mes rêves chantent".

Georgia ou Sam sont-ils un peu de vous enfant ? Aviez-vous des rêves qui vous parlaient?

Mes rêves m’ont souvent fait tenir. Ils ne me parlaient pas mais ils dessinaient un horizon, ils servaient de ligne de fuite pour voir loin, pour m’échapper. Mais très vite j’ai transformé mes rêves en création : fabriquer un radeau, construire un décor de théâtre, écrire une histoire. C’est la force de l’enfance. Je suis très heureux que Benjamin Chaud ait su donner une forme si touchante et drôle à ce petit peuple des rêves. Au début, Georgia dit qu’elle les trouve encombrants comme une équipe de rugby ou une fanfare. La musique va lui permettre de les rendre plus légers, puis de les laisser partir quand ils se réaliseront.

Les rêves nous poursuivent-ils adultes ?

Heureusement, un rêve en chasse un autre. La capacité à rêver est restée mon moteur. Pour mes proches, je suis un peu épuisant, à force de rêver toujours loin devant, de faire à chaque instant des projets possibles ou impossibles…

Quels liens tissez-vous entre vos livres ?

La fuite, l’imaginaire, le temps, la fragilité. Je crois que je laboure toujours le même sillon, mais avec des moyens chaque fois un peu différents. Et quand la musique de Johan ou le dessin de Benjamin s’emparent de mon univers, ils m’entraînent aussi dans leur monde à eux. Ils ouvrent d’autres paysages. C’est un voyage que j’aime beaucoup. Et quelle chance de pouvoir finalement se reconnaître dans chaque note, chaque couleur de cette histoire alors que nous sommes si nombreux à l’avoir fabriquée !

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Arnaud Thorette, de l’Ensemble Contraste (directeur artistique).

D’où l’envie de ce conte musical vient-elle ?

Nous gardons tous en nous une part de notre enfance, faite de rêves, qui nous amène quelquefois sans qu’on y prête attention à imaginer des projets un peu fous. Jeune, j’ai été bercé par Émilie Jolie, une histoire et une musique qui ont marqué toute une génération d’enfants. Aujourd’hui, Georgia naît avec, nous l’espérons, l’idée que ce conte musical fera chanter nos enfants et aidera l’association SOS Villages d’Enfants.

Pourquoi avoir confié à Timothée de Fombelle, auteur de romans pour la jeunesse, l’écriture de l’histoire et des chansons ?

En fait l’idée revient à la productrice du projet,  Hélène Paillette, férue de littérature et qui connaissait l’œuvre de Timothée,  son imaginaire, ses personnages toujours un peu cabossés par la vie, à la recherche d’un paradis perdu, mais aussi parce que c’est un homme de théâtre aimant les collaborations un peu folles et étonnantes. Gallimard Jeunesse a répondu présent. L’aventure a commencé ...

Florian Laconi interprète "Le temps des cerises".

Quels ont été vos critères de choix pour les artistes interprètes, les comédiens, le chœur d’enfants … ?

C’est avant tout un choix du cœur: le premier choix s’est naturellement porté sur Anny Duperey, marraine de l’association SOS Villages d’Enfants, et une bande de copains comédiens très talentueux qui ont eu envie de participer à cette belle aventure collective. Timothée de Fombelle a demandé à Cécile de France qu’il connaît de longue date d’incarner Georgia. Elle a spontanément accepté. J’ai connu la jeune Marie Oppert lorsqu’elle interprétait Les parapluies de Cherbourg avec Michel Legrand au Théâtre du Châtelet. C’est une grande révélation. Quant au rôle de Sam, c’est tout naturellement vers Albin de la Simone que je me suis tourné même si j’assure moi-même la partie de violon ! Le choix des voix des rêves s’est laissé guider par nos envies multiples de collaboration. Ce sont des artistes pour qui j’ai une très grande admiration. Je tenais aussi à ce qu’il y ait de magnifiques voix d’enfants, j’ai donc proposé aux jeunes chanteuses de La Maîtrise de Paris de venir chanter à nos côtés.

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Albin de la Simone lisant Georgia.

Quel a été le rôle particulier d’Albin de la Simone ?

Venant plutôt du monde classique, je tenais à être guidé par un artiste en qui j’avais une confiance absolue pour réaliser un disque de pop. Pour trouver ce son, cette esthétique, c’était pour moi un choix évident. Albin connaît notre monde et il nous a emmenés dans son univers, respectant nos envies et apportant son savoir-faire. Quant à Johan Farjot, nous travaillons ensemble depuis presque 20 ans ! Il a composé et arrangé  la plupart des musiques avec une imagination folle. Nous souhaitions être à la jonction d’un conte et d’une comédie musicale, et il a relevé ce défi avec un immense talent.

(Par manque de temps et à cause de plannings compliqués, il n'a pas été possible de faire les interviews des protagonistes de ce conte avant Noël. Or, l'intérêt de cette chronique était de faire connaître "Georgia" avant les fêtes afin que ce livre-disque puisse devenir cadeau. En accord avec l'attachée de presse de ce projet, vous avez lu deux interviews tirés du dossier de presse. Je n'aime pas cela, mais... cas de force majeure!)

12 mars 2013

Albin de la Simone : interview pour Un homme

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(Photo : Christophe Mereis)

Depuis 2003, Albin de la Simone a publié trois albums, aux chansons à la fois pop et singulières. Ses concerts, en solo, en orchestre à cordes, clavecin, combo pop ou même en duo avec le pianiste classique Alexandre Tharaud, sont toujours l'occasion de revisiter son répertoire et d'expérimenter de nouvelles trouvailles. De la Simone est aussi musicien, producteur ou arrangeur pour d'autres chanteurs : Vanessa Paradis, Alain Souchon, Keren Ann, Arthur H, Mathieu Boogaerts, JP Nataf, Iggy Pop, Alain Chamfort, Salif Keita...

Albin de la Simone est l’homme de très nombreux projets. Tant que je me refuse de les énumérer. Par contre, vous pouvez consulter sa fiche Wikipédia, elle est impressionnante.

Sinon, bon, il a déjà été mandorisé pour son précédent album, Bungalow !

537946_10152423438255201_941771756_n.jpgExtrait de la présentation officielle de l’album Un homme :

« Dans son quatrième disque, il évoque tour à tour, dans un savant mélange de fiction et de vécu, un aménagement, un enterrement, un père qui ressent sur lui le poids de ces responsabilités, un mariage, un amour éteint et un endormissement, sans trop en dire, en restant flou. Albin de la Simone a bouleversé sa façon d'écrire. Plutôt que de s'isoler du monde, « Un homme » est le résultat d'un travail continu où l'écriture s'est intégrée dans sa vie quotidienne. Pour la première fois également, beaucoup de chansons sont nées sur scène, lors des nombreux concerts que l'artiste a pu donner.

Le 17 février dernier, je suis allé à la rencontre de l’artiste, dans le studio même où il a conçu Un homme, au 104 (lieu de création et de production artistique dans lequel il est en résidence depuis 2 ans).

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Albin de la Simone, le jour de l'interview, dans le studio où il a concu l'album Un homme.

Interview :

Ton album est d’une élégance rare. J’ai l’impression qu’il plait à tout le monde.

C’est ce que les gens me disent. Je suis content. C’est super agréable une telle unanimité. J’en ai chié pour le concevoir. Je l’ai écrit ici. J’ai des souvenirs de doutes… profonds.

Quand on te dit que cet album est certainement le plus abouti, voire ton meilleur, tu ne dois pas comprendre pourquoi…

Je vois ce que j’ai cherché à faire dans celui-là que je ne cherchais pas à faire dans les précédents. Chaque album est une tentative différente. Je suis dans une période de la vie dans laquelle je me sens plus en harmonie avec moi-même et moins complexé sans doute. Je peux comprendre qu’à un moment les faisceaux se croisent et que le timing soit bon entre ce que je suis à l’intérieur et ce que j’ai envie de faire.

Clip de "Mes épaules".

Ton premier single «Mes épaules » déclenche une vague d’enthousiasme.

C’est la chanson ambassadrice de l’album, il me semble, d’après ce que j’entends. Elle a l’air de toucher d’autres gens que moi pour les mêmes raisons qu’elle me touche moi. C’est marrant, je me dis : « Tiens ! J’ai peut-être réussi une chanson. » Tu sais c’est rare une chanson qui arrive à résonner auprès de beaucoup.

Habituellement, tu pars au bout du monde pour créer un album. Là, tu es tout fait ici, où nous sommes.

Je voulais plus d’harmonie dans ma vie. Je ne voulais plus, pour parvenir à créer, devoir partir à 5000 bornes. Je commençais à trouver ça un peu bizarre en fait. J’ai eu envie d’essayer autre chose.

Dans « Ma crise », tu parles de toi un peu plus frontalement.

Je suis comme ça. Inconstant. Je suis toujours en train d’essayer des combinaisons qui marcheraient mieux dans ma vie. Je m’adresse à quelqu’un en disant : « Supporte-moi, je t’en supplie.  Je suis chiant avec ça, mais je suis comme ça… on va s’y habituer. » La crise, il faut aussi prendre ce mot au sens littéral. C’est la crise en permanence. Dans les années 80, on en parlait déjà. Il ne faut pas espérer en sortir, il faut juste intégrer que c’est tout le temps la galère, c’est toujours la merde et on est toujours inquiet pour nos enfants, comme la génération d’avant était inquiète pour nous. C’est toujours la panique. Grandir, c’est intégrer tout ça et vivre dans cette espèce de chaos.

Albin de la Simone interprète "Ma crise" pour Le Live, l'émission musicale du Figaro.

Ça t’amuse la perception différente qu’ont les gens de tes chansons…

Oui. Et je joue de plus en plus avec ça. J’adore laisser des vides intersidéraux entre certaines informations qui sont dites et le principal qui n’est pas dit. Dans « La fuite », on ne sait ni qui je suis, ni si j’ai déconné, qu’est-ce que j’ai fait, à qui je le dis… En fait, on ne sait rien. Cette chanson est aussi ambigüe que romanesque. J’adore de plus en plus ce processus d’écriture.

Est-ce que l’on peut affirmer que cet album est celui qui te ressemble le plus ?

J’ai changé au fur et à mesure des albums, mais chaque album était conforme à ce que j’étais quand je l’ai fait. J’espère évoluer. Je suis très critique sur moi-même, sur ce que j’étais il y a 5 ans et les disques que j’ai faits à cette époque. Je me sens plus équilibré, alors, chouette, mon disque à l’air plus équilibré.

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As-tu été un peu parasité par le succès de tes potes autour de toi.

Oui, en effet. Mais, j’ai aussi été parasité par le côté rock que j’ai abordé à un moment. J’ai eu l’envie moi aussi de faire bouger, comme mon ami Mathieu Chédid. Aujourd’hui, j’ai compris quelle était la place où je suis parfaitement installé et où, visiblement, on me comprend mieux.

Quelle est cette place ?

C’est assis derrière un clavier. C’est en chantant assez calmement, souvent même en acoustique, sans micro. Je crois que je suis plus fort dans les formes intimes et douces. Si je ne fais que ça, je me rends compte que tout va bien.

En concert, tu t’en rends compte ?

Je m’en rends compte principalement en concert. Depuis que je suis passé à une version acoustique, puis à une version solo, j’ai découvert ce qui était le ciment entre moi et le public. C’est un truc que je ne peux plus détruire. C’est devenu mon noyau. Pour résumer, j’ai trouvé mon noyau et il est plutôt calme.

65402_10151355836095201_325950078_n.jpgJe suis sûr que c’est l’album qui va te révéler à un public plus large.

La chanson « Mes épaules » passe à la radio. Ça me plait. Et ça me plait qu’elle plaise. Après, ma vie est tellement dense, tellement remplie, je suis tellement content de tout ce que je fais et que l’on me propose de faire, je n’espère pas grand-chose de plus. Je n’ai pas de souffrances, ni frustrations professionnelles. Un succès public plus grand pourrait changer des trucs, mais en même temps, je ne manque pas d’argent, je ne manque pas d’amour et artistiquement, je m’éclate. Je ne dis pas que je ne veux pas avoir plus de succès, je dis juste que, déjà, tout va bien.

Comment cela ? Tu es heureux ? Il ne faut donc pas souffrir pour créer ?

Ce sont des conneries de s’imaginer qu’il faut être dans la douleur pour écrire. Moi, je gamberge tout le temps quand même, d’ailleurs, on le sent bien dans ce dernier disque, c’est le fruit de quelqu’un qui gamberge.

Il y a des chansons dans lesquelles on sent que tu prends un malin plaisir à emmener l’auditeur quelque part, et en fait non. C’est ailleurs…

Tu trouves que je le fais plus que les autres ?

Tu le fais pas mal.

Je n’en ai pas conscience en fait. Mais je ne peux pas n’être que moi qui raconte mes petites histoires. Ça manquerait de relief si tout était au premier degré. L’idée d’inventer des histoires, j’adore ça. En même temps, j’aime bien dire « moi je », même si c’est « lui il ». J’aime bien qu’on puisse imaginer que la personne qui chante vit tout ça. Mes personnages, je les incarne. Par contre, je suis très peu expressif dans mon chant, mais donc, dans le texte, j’y vais à fond.

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Photo : La presse.

Il a quelques invités dans cet album. JP Nataf par exemple… et ce n’est pas la première fois.

Il n’était pas présent sur les disques précédents officiellement, mais il a toujours été là depuis mon premier album. Il écoutait mes maquettes, a toujours critiqué et s’est toujours impliqué. Il m’aidait en temps que pote. Mais là, j’ai eu envie vraiment de son jeu de guitare inimitable.

Et la présence d’Alexandre Tharaud… toi qui es pianiste, c’est inattendu.

Quand on connait Alexandre, on n’est plus pianiste. Le piano que je lui ai demandé de jouer n’est pas du tout un piano virtuose, mais il a une telle façon de jouer qu’il est inégalable. Ce qu’il joue dans mon disque est très simple, mais il le joue avec un touché exceptionnel. La différence, c’est la manière dont il enfonce les touches. Il y a une âme, une profondeur que moi je n’aurais pas su mettre.

Et la présence d’Emiliana Torrini ?

C’est ma chanteuse préférée. Je me suis dit, pourquoi ne pas appeler ma chanteuse préférée ? Je lui ai écrit, lui ai raconté mon admiration et lui ai envoyé ma chanson. Coup de bol, elle y a été sensible. On fait de la musique, on fait de l’art… je suis désormais convaincu qu’il faut être ambitieux. Quand on fait de la musique, il faut être au-delà d’exigeant. Il ne faut lésiner sur rien. Après ce sont des questions de thunes, je sais bien, mais tant qu’on peut, il faut pousser la qualité le plus loin possible. L’exigence paye immédiatement.

L’exigence te permet de travailler pour d’autres artistes.

Quand je travaillais pour Vanessa Paradis et que je réarrangeais ses morceaux pour la tournée qu’on a faite, elle m’a surpris parce qu’elle m’a dit : dis donc, tu ne lâches pas. Elle m’a donné une chance de m’exprimer à travers elle. Je peux dire qu’elle m’a vraiment incité à être exigeant. Après mon expérience avec elle, je me suis dit qu’il était temps que je me considère moi-même et que je me traite avec autant d’exigence que pour elle.

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On y croit au duo? Hum...

04 avril 2008

Albin de la Simone... chanteur sympa mais pas que!

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Albin de la Simone n’est pas un débutant.

Loin de là.

Son MySpace.

Je ne vais pas revenir sur sa carrière de musicien, tout est très bien expliqué ici.

C’est la seconde fois que je rencontre cet auteur compositeur arrangeur interprète…etc. Il sort le 14 avril prochain son 3e album.

Je l’ai chroniqué pour mon journal…

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Quand on me demande 800 signes, je ne peux qu’être très sommaire. L’intérêt de mon blog est de pouvoir creuser plus profondément.

Le jour où je suis allé à sa rencontre (le 18 mars dernier), il faisait un froid de canard. Vraiment.

Arrivé devant sa maison de disque Cinq 7, Albin de la Simone est là également. Nous prenons donc l’ascenseur ensemble. Je me présente à lui… et un ange passe. « Il fait froid, hein ? » me dit-il. Je crois qu’il fait du second degré. Il a choisi une phrase très banale, juste pour me faire sourire. Ça marche. « Oui, il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors ! » répondis-je avec un sens aigu de la répartie. Je pense que ça promet une belle interview…

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Nous arrivons dans les bureaux. Je salue Rico (attaché de presse que j’ai beaucoup pratiqué et qui est d’une sympathie à toute épreuve) et quelques autres personnes que je vois pour la première fois. L’artiste en fait de même. On nous fait grimper un étage supplémentaire pour trouver un endroit calme. Le bureau d’une « chef ». Je ne sais plus très bien chez qui nous avons posé nos valises, mais cette personne a une vue imprenable sur les toits de Paris.

Albin me donne la place du « chef ». Lui s’installe en face de moi. Comme s’il était un de mes employés. Je lui demande s’il vient pour une augmentation. Il sourit.

Un chanteur est toujours magnanime avec un journaliste, je le sais.

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Sur le bureau, je vois un disque de la chanteuse dont tout le monde parle : Berry.

Je pense intérieurement : « Tiens, elle, faut que je m’occupe de son cas ! ».

Albin lui, me montre un album de Juliette Gréco. Marrant ça, je n’ai jamais accroché. (Et pourtant, elle a un MySpace!)

Le moment fatidique arrive. Je place mon Sanyo bien en évidence. Il me lance sans réfléchir :

« Tiens ! Tu es un des derniers à utiliser ça ! ».

Ce n’est pas une question, mais une affirmation.

Je le regarde intensément. Je suis sûr qu’il a peur.

(Et là, normalement, vous vous dites : « bon, c’est ça qu’il appelle creuser plus profondément !».)

(J’adore me citer.)

Allez, attaquons le vif du sujet, vous êtes là pour ça…

Non ?

Ah bon !

Bref, je fais remarquer à Albin de la Simone que son univers me paraît plus enjoué, plus gai, plus positif que dans ces deux précédents albums.

-J’ai commencé assez tard à faire des disques. Le premier, j’avais 30 ans. C’était mon disque d’adolescence, celui où j’ai vidé mon sac. Et comme je suis un peu noir dans la tête, je ne me suis pas freiné. Le second, j’avais 33 ans, j’ai poursuivi sur ce chemin. Aujourd’hui, à 37 ans, ça va mieux, j’ai réglé quelques problèmes et j’ai décidé de parler de choses plus légères. J’ai fait le choix de partir toujours du côté le plus gai et le plus animé. J’ai envie de m’amuser et d’amuser les gens. Faire plaisir, en somme.

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Il m’avoue que la scène y est également pour beaucoup.

-En concert, il m’est arrivé de lutter contre mon répertoire. Il était trop sombre, j’ai dû souvent l’égayer. Je me suis rendu compte que c’était un problème d’écriture. J’ai donc pris la résolution d’orienter mon nouveau disque ce vers quoi j’ai envie d’aller sur scène.

Albin de la Simone est un méticuleux. Il est un arrangeur hors pair et prend soin de chaque détail. Musicalement, il a placé son album sous le signe des pulsations humaines… Il y a plus de synthés, mais tout est joué en live. Il n’y a ni programmation, ni rigidité.

C’est beau un cœur qui bat !

(Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ?)

Bungalow ! raconte des petites histoires fictionnelles joliment troussées. Il joue avec les mots (maux), sans jamais tomber dans la facilité, ni dans l’exercice de style. Une gageure pour une chanson comme Vendéen (co-écrite par Jeanne Cherhal).

Enfin, il y a quand même de l’humour noir.

Catastrophe en témoigne.

Puisque l’on parle humour, à la fin de l’interview, alors que nous devisions de je ne sais plus quoi (j’avais dû lui raconter une histoire de Toto, un truc comme ça…), il m’en raconte une bien bonne : « les schtroumpfs, quand ils se font un bleu, c’est comme nous quand on ne se fait rien. ».

Après avoir médité un bon moment pour comprendre, je lui rétorque un truc de Francis Blanche (ou Pierre Dac, ne m’ennuyez pas avec ce genre de détail…) : « Plus tu pédales moins vite, moins tu avances rapidement ! ».

Ça n’a rien à voir, je vous le concède, mais en même temps, c’est tout aussi absurde.

(En plus, j’écris ce que je veux ici).

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Moi j’aime bien Albin de la Simone. Comme le dit une autre chanson de son album. Il est Sympa. Il est vraiment sympa et ça n’a rien de péjoratif.

-Oui, mais je n’en fais pas assez. Mince, je suis chanteur. Il faudrait que je prenne la pose, que je me la joue un peu plus. Un chanteur doit tenir un rôle, non ?

Là aussi, c’était de l’humour.

MDR

LOL

:o)

 

(Attention les propos développés dans les trois précédentes lignes sont à utilisées avec modération. Merci !)

Que puis-je ajouter ?

Ah oui ! Albin de la Simone est au Café de la Danse le 16 avril prochain.

Vous ne serez pas déçu, je vous l’assure.