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09 décembre 2013

Vincent Delerm : interview pour Les amants parallèles

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Le dernier album de Vincent Delerm, Quinze chansons, datait de 2008. Mais l’artiste n’est pas resté inactif depuis, bien au contraire… il a mené plusieurs projets parallèles : 23 janvier-18 juillet 2009, livre de textes et photos de tournée + DVD live au Bataclan (2009), Léonard a une sensibilité de gauche, livre-disque pour enfants dit par Jean Rochefort (2011) et Memory un spectacle théâtral et musical mis en scène avec la complicité de Macha Makeïeff (2012-2013).

vincent delerm,les amants parallèles,interview,mandorAujourd’hui, Vincent Delerm revient avec un cinquième opus,  Les amants parallèles. Ce disque renoue avec le concept album qui connut ses heures de gloire dans les années 60 et 70. Il raconte en treize chansons les hauts et les bas d'une histoire d'amour.
Cet album a ceci de particulier que l'intégralité des sons (basses, percussions, cordes) a été créée à partir de pianos, à l'aide de crins d'archet glissés sur les cordes de l'instrument, de morceaux de métal, de capteurs optiques, de percussions jouées sur le bois du piano.
Seuls quatre pianistes ont joué sur le disque : Clément Ducol (collaborateur régulier de la chanteuse Camille) auteur des arrangements de l'album et co-réalisateur avec Maxime Le Guil (qui l’a également enregistré et mixé), Alexis Anérilles, Yannaël Quennel et Vincent Delerm.

Le 14 novembre dernier, je suis allé à la rencontre de Vincent  Delerm (précédente mandorisation ) dans un bar de la capitale situé à côté de chez lui… son antre.

vincent delerm,les amants parallèles,interview,mandorInterview :

Ce disque est le premier qui fait quasiment l’unanimité.

Oui, je suis le premier surpris. Je sentais que les gens autour de moi ne croyaient pas tous en ce projet. Ils trouvaient que le traitement musical n’était pas évident, voire que c’était même un peu fragile à réaliser.

Quand j’ai reçu ton disque, j’ai lu l’argumentaire et j’ai eu peur qu’à l’écoute, ce soit trop conceptuel. Pas du tout… c’est même peut-être le disque le plus « grand public » de ta carrière.

C’est un disque très produit. Il y a un empilement musical par strates. A chaque fois, les musiciens revenaient à la base, un petit piano rythmique très feutré, mais ils ajoutaient des basses différentes à chaque relecture. C’était super long parce qu’ils jouaient les notes une par une. Souvent quand tu enregistres un disque, tu as ce qu’on appelle des mises à plat. Des niveaux conçus un peu intuitivement, ce qui crée un charme. Ensuite, tu écoutes l’album et tu te dis que tu ne peux pas laisser les violons tout en bas, il faut les remonter un peu. Du coup, tout est au même niveau et donc ton disque est « normalisé ». Là, les musiciens n’ont pas cédé à ce genre d’habitude. Ils sont allés loin dans l’inhabituel.

Comme ce disque a été long à enregistrer, ça ne t’a pas enlevé de spontanéité ?

Concrètement, dans les faits, j’enregistrais sur un simple piano mon truc à mon pulse, à mon rythme, après, les gars s’occupaient de tout. Parfois, je revenais écouter et je mettais mon mini grain de sel, mais c’est tout. J’ai beaucoup plus délégué que sur les autres disques. Tu n’as plus qu’à espérer qu’avec la charte voulue et assez rigoureuse, les morceaux parviennent à ne pas être des copiés collés les uns des autres.

Tu n’avais jamais trop délégué jusqu’à présent.

Si je n’ai pas souvent délégué, c’était sûrement un manque de confiance. Aujourd’hui, j’y parviens plus facilement. Je grandis (sourire).

Tu as aussi délégué pour le clip des « Les amants parallèles ».

On a donné la chanson à des gens qu’on aimait bien et en qui on avait complètement confiance. Ils étaient libres de faire ce qu’ils souhaitaient. Moi, je n’aurais jamais songé à un tel clip. Ça parle d’un couple vivant à Paris et les images ont toutes été réalisées à Marseille. J’adore ce décalage.

Clip de "Les Amants parallèles".

vincent delerm,les amants parallèles,interview,mandorEn quoi ton spectacle, Memory, a-t-il influé sur ce disque, comme je l’ai lu ?

Principalement, dans le goût d’avoir un sujet unique. Dans Memory, je posais des questions : Qu’est-ce qu’on fait de sa vie ? À quoi ça sert d’être sur Terre ? Que fait-on de son passé ? Des sujets relativement protéiformes. Dans ce disque, c’était pareil : un sujet unique développé sous plusieurs angles. Je ne me sentais plus du tout de trouver treize sujets de chansons qui n’avaient rien à voir les unes avec les autres. J’ai trouvé plus simple et plus intéressant de creuser dans une même idée.

Le sujet du couple, tu connais, et surtout, cela concerne tout le monde.

C’est souvent comme ça. Les sujets que l’on connait bien, intéressent tout le monde. Parce que ma vie n’est pas si différente de celles des autres. Quand je fais le bilan de ce que j’ai écrit, je crois qu’il y a à peine deux chansons et demie qui ne font pas allusion du tout à l’idée d’amour. J’ai souvent évoqué le début du couple, dans « L’heure du thé » ou « Je pense à toi » par exemple. Les chansons de rupture, je trouve que ce sont des chansons « faux culs » où tu ne risques rien et où tu es un peu protégé. Le mec s’est fait plaquer, tu ne peux pas non plus lui dire que sa chanson est pourrie (rires). Il y a toujours un devoir de réserve sur un mec qui raconte que sa nana est partie.

Dans le disque, tu traverses toutes les étapes de l’amour.

Toutes les phases de l’amour m’intéressent. Tu es toujours la même personne, mais tu évolues et tout évolue autour de toi. C’est une période très longue où tu passes par beaucoup de chemins. Il est impossible d’évoquer un amour de manière lapidaire, c’est en cela que ça m’a intéressé de faire ce disque.

Qu’est-ce qui est plus difficile, écrire sur le début, sur le milieu ou sur la fin d’une  histoire ?

La zone qui m’a intéressé le plus et qui était la plus intéressante, c’était le début, même si c’était la moins évidente à écrire. J’ai vécu des histoires sans enfant et des histoires avec enfants. Ça m’intéressait également de faire ce genre de comparaison, même si elle n’est pas concrète et explicite.

Teaser de "L'avion".

As-tu dit plus sur toi dans cet album que dans les précédents ?vincent delerm,les amants parallèles,interview,mandor

J’ai dit des choses qui sont plus lisibles comme étant des trucs personnels, mais finalement, j’en ai un paquet très intime sur les albums précédents. Mais, quand tu sors un nouveau disque, tu es toujours tenté de te dévoiler un peu plus. Tu es très près du moment des émotions que tu as vécues quand tu as écrit telle ou telle chanson. En réfléchissant, je crois que je ne suis jamais parvenu à écrire une chanson qui ne soit pas liée à ma vie. J’évoque souvent les amours que je traverse, ma peur de l’abandon, ma peur du vieillissement ou des choses comme ça.

Ces peurs existent-elles toujours où, justement, ça va mieux en le chantant?

La peur du vieillissement, ça ne s’arrange pas du tout (rires). Dans Memory, j’ai mis carrément les pieds dans le plat. Souchon m’a dit quand il est venu voir le spectacle : « Tu parles uniquement des sujets qui nous angoissent et tu nous fais marrer avec ça ! ». C’est tout à fait juste. Formuler mes angoisses me calme, alors, je ne me prive pas de le faire. Rassure-toi, je ne me sens pas hyper névrosé quand même. J’aime l’idée de comparer les époques, les âges, les gens… j’ai toujours tendance à faire ces équations-là.

Tu ne restes jamais inactif. Entre deux albums, tu fais plein de choses dans des domaines artistiques variés. Tu as besoin de ça pour nourrir tes albums suivants ?

À la fin de la tournée « 15 chansons », j’ai vraiment compris le fait que je ne pouvais plus aligner un disque tous les deux ans, comme j’avais l’habitude de la faire avant. Je me trouvais trop productif. Dans la carrière des gens que j’aime bien, généralement, je n’écoute que deux albums, même si j’ai 8 disques d’eux.

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Tes prochains concerts seront juste en piano voix.

J’avais besoin de quelque chose de très épuré et que les chansons soient très au centre.

Les textes de cet album, tu les as conçus rapidement ?

Non, c’était long. Il n’y a pas eu un moment où je me suis dit : « J’ai trouvé l’idée, maintenant j’ai 13 titres à écrire ». Au départ, il y a eu 4-5 chansons avec cette thématique de couple, je me suis demandé ce que j’allais en faire. J’ai finalement décidé d’aller au bout de ce que j’avais déjà.

A chaque fois que j’entends la chanson « Na na na », où vous vous dites que vous auriez dû dire telle ou telle chose aux questions connes que vous posent certains journalistes, je pense à mes rencontres avec vous…

J’ai traumatisé les mauvaises personnes avec cette chanson. Toutes celles qui me disent qu’ils pensent à cette chanson sont comme par hasard des gens qui ne sont pas du tout concernés et qui font leur boulot intelligemment. Finalement, ça se pose assez rarement et surtout, de moins en moins. Moi, j’étais plus confronté à ça quand j’ai commencé, parce que je faisais beaucoup plus d’interviews et parfois dans des endroits ou des émissions où je n’avais rien à faire.

"Na, na, na"... version solo au Bataclan 2009.

vincent delerm,les amants parallèles,interview,mandorÀ un moment, on ne t’a pas épargné. Il y avait de sérieux débats autour de ta personne.

Ça m’a un peu durci. Aujourd’hui, les gens n’ont plus un jugement sur moi, épidermique et à l’emporte-pièce. Ils ont compris mon évolution et surtout, ils se rendent compte qu’évolution il y a.

Qu’attends-tu d’une interview ?

Pas forcément que la personne qui est en face de moi soit particulièrement originale, parce que c’est difficile de l’être quand on parle d’un album. Je veux que le mec s’intéresse à la question qu’il pose. Et ça je le sens rapidement. En fait, moi, tu sais, j’aime bien les interviews. Quand tu restes longtemps seul avec ton projet, en plus, je suis un putain de fils unique, assez sauvage, tu aimes bien communiquer, voir d’autres visages que ceux de ton entourage permanent. Le moment où tu rencontres des gens et où il y a un écho à ce que tu viens de faire, c’est plaisant. En plus sur un album comme celui-là, il n’y a pas à se justifier, mais à expliquer certaines choses…

J’ai bien écouté toutes les chansons et je n’ai pas su définir si le couple était un couple qui s’entendait bien ou un couple qui vacille.

Ah ! Tant mieux ! Je voulais vraiment qu’il soit interprété comme tu l’interprètes. Ça a été difficile à obtenir. Ça impliquait qu’il y ait beaucoup de moments forts et d’autres plus banals. Je voulais faire comprendre que la vie en couple, ça peut être bien, mais il n’y a aucune morale du genre : « Allez-y tous ! Soyez en couple ! ». D’ailleurs, les gens qui ont écouté le disque me disent tout et son contraire sur la solidité du couple en question.

Est-ce que tu te sens une responsabilité envers les personnes qui écoutent tes chansons ?

Je dis souvent qu’il ne faut pas qu’un artiste se serve de sa notoriété pour soutenir un candidat ou prêcher la bonne parole politique. Si on a une responsabilité quelque part, c’est une responsabilité émotionnelle sur la demi-heure où les gens mettent votre disque. Il y a aussi le fait que les gens passent une soirée correcte quand ils viennent te voir en spectacle.

C’est ton 5e disque. Il semble très bien accueilli. Es-tu rassuré ?

Il faut savoir que déjà, que je fasse encore des disques en 2013, je le prends comme un miracle. En plus, la maison de disque m’a fait un super livret avec du beau papier. Elle a fait un vinyle… c’est un luxe, je le sais. Je trouve ça génial. Mais pour répondre à ta question, bien sûr, lire des critiques positives rassure, mais je ne vis pas avec l’énergie que je vais me planter. J’ai un peu peur qu’on me dise que ce que je fais est moins bien qu’avant, mais ça ne va pas plus loin.

As-tu de la distance par rapport à ta discographie ?

Je ne sais pas. Mes chansons me paraissent de bonne foi. C’est toujours ce que j’ai ressenti et voulu dire à un certain moment. Parfois, quand je réécoute tel ou tel titre, je regrette une phrase ou deux, mais franchement, rien de catastrophique. J’ai comme l’impression que je ne peux pas compter sur les autres pour comprendre son œuvre. On apprend toujours ce que les gens pensent d’un disque quand sort le suivant. Certains te disent : « ouais, avec le précédent, j’avais eu un peu plus de mal ». Ça relativise ton œuvre, non ?

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Une selfie avec Vincent Delerm, après l'interview...

10 décembre 2007

Vincent Delerm à la Cigale enchantée (part 2)!

 

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Bon.

Oui, je l’avoue, j’aime bien Delerm.

Lequel, me demanderiez-vous, si vous étiez curieux ?

Le père autant que le fils.

Moi, je suis le simple d'esprit.

Le père, c’est le premier que j’ai rencontré (voir ).

Le fils, je ne cesse de le croiser (voir ici).

Et de lui faire de la pub, tout récemment en plus.

(D’ailleurs avant de poursuivre la lecture de cette note, je vous conseille de lire ceci puisque ma rencontre avec le monsieur avait pour but d’en savoir plus sur la chose).

Tenez, je vais faire un truc nouveau (comme je sais que tout le monde ne clique pas sur les liens conseillés, (feignasses !) je vais faire un copié collé de moi-même, ce qui est un geste un peu prétentieux, je vous l’accorde, mais de toute façon, chacun l‘a compris ici, je ne suis qu’un fieffé vantard !) :

 

Vincent Delerm sort un coffret enregistré à la Cigale entre le 21 novembre et le 9 décembre dernier.

e150cd261607a3eae2ef86022f677c2d.jpgÇa s’appelle Favourite songs.

Il y a un cd simple, mais surtout, pour les fans de Vincent, le fameux coffret su cité comprenant 2 DVD + 2 CD.

Nous pouvons y admirer le concert à La Cigale et l’intégralité des 16 duos.

+ 45 minutes de bonus

Inclus 5 inédits

Un truc de dingue!

Chaque soir de concert, un invité a interprété un duo avec le chanteur. L’intégrale de ces duos inédits est disponible dans un CD simple audio ».

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Voilà, ça valait le coup de me copier-coller, car, ceci est un grand texte.

Ils devraient plaire à mes ami(e)s qui tiennent avec talent des blogs littéraires…

Bref, je suis « convié » vendredi dernier (il y a 3 jours) à prendre mon petit déjeuner en sa compagnie.

10 h du mat dans un café face à la Cigale (le QG interview de Vincent).

J’arrive à l’heure.

Personne. Enfin, ni Delerm, ni l’attaché de presse. À 10h05, le second arrive, tout sourire. À peine le temps de se saluer qu’une dame déboule vers nous en disant. « Encore vous ! La maison de disques a réservé la table à partir de 13 h. Pas à 10 h… »

L’attaché de presse, Xavier, un peu pas encore bien réveillé, bredouille un truc, même moi (qui suis pourtant parfaitement réveillé) je ne comprends pas tout.

Quoi qu’il en soit, ils ne vont pas virer des clients qui consomment, mais je me demande pour quelle raison la tenancière est en colère. Nous ne lui imposons pas la présence d’un serial killer quand même.

Je ne croyais pas Vincent Delerm capable de déchaîner de telles passions orageuses.

(J’hésite à sortir mon parapluie).

(Très drôle, cette remarque !)

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Je discute avec Xavier. Il commence à s’inquiéter du retard du chanteur. « J’espère qu’il ne croit pas que c’est à partir de 13 h… lui aussi ». Le doute s’installe en moi. Je n’aurais pas fait Groslay (c’est la ville dans laquelle je réside)-Pigalle pour rien quand même ?

Non, car je vois, au loin, baladeur sur les oreilles, marcher l’artiste sans précipitation. Il dodeline de la tête… je me demande ce qu’il peut bien écouter qui semble réellement le transporter.

 

-Bonjour, excusez-moi de mon retard, j’ai dû m’occuper de mon bébé…

(Comme il faut que je fasse mon travaille de journaliste culturel d’investigation, je peux vous indiquer, après de consciencieuses, longues et périlleuses recherches, que le trentenaire est papa d’un petit Sacha depuis juin 2007).

Je lui réponds que je comprends ça, car moi-même je suis passé par là. Je m’arrête là, remarquant subtilement que je ne suis sûrement pas le seul à avoir vécu les affres de la paternité. Donc, je ne parle pas de Stella.

(Mais boudiou, comparer les mérites de son Sacha et de ma Stella me semblait une bien belle conversation, passionnante et constructive… mais voilà, avec un chanteur, même que l’on connaît un peu, on parle métier…)

 

À peine installé, Vincent Delerm se relève. « Je vais voir si on peut fermer les portes, j’ai peur de prendre froid ».

Poliment, il demande à la tenancière et elle l’interrompt. « Non, monsieur, nous devons aérer. Et puis, en plus, vous ne deviez arriver qu’à partir de 13 h ! »

L’artiste revient, tout penaud. Bon, tu viens Mandor ? On change de bar.

J'ai le temps de voir que le disque dans son lecteur laser est son propre disque, Favourite Songs.

Vincent Delerm marchait donc tout à l'heure en s'écoutant.

 

Nous laissons Xavier attendre dans l’accueillant troquet (Au Bar des artistes qu’il se nomme, ce qui est un comble) et sortons pour nous rendre au bar qui jouxte la Cigale.

04680d369fcbf97b3c90fca02ff49946.jpgJe sais bien qu’à ce stade, je n’ai toujours pas dit un mot du coffret de Vincent Delerm à la Cigale. Je tiens juste à signaler le concept. Nous sommes dans un établissement qui touche la Cigale pour évoquer un live enregistré à la Cigale … Fort non ?

Ne m’applaudissez pas, je n’y suis pas pour grand-chose…

Le prochain live de Bénabar, il n’y pas possibilité qu’il soit enregistré en Nouvelle-Zélande ?

Bénabar devant un public de Maori, j’aime bien l’idée.

Et Mandor qui viendrait l’interviewer là-bas…

Toujours rapport au concept.

Bref, je m‘égare.

Pour le moment, nous sommes Boulevard Rochechouart  et nous y sommes bien.

Café déca pour Vincent, thé rondelle pour moi.

(Si je ne précise pas ce genre de détail, à quoi sert d’avoir intitulé mon blog : les coulisses du show-biz ?)

Vincent Delerm me dit : « Tiens, tu traînes encore avec lui ? »

Il parle de mon Sanyo. Je suis sûr que la jalousie le tenaille.

Puisqu’il ironise, je lui pose une question sacrément vacharde.

Je suis un tueur moi, quand on me cherche.

Mandor : Alors, ce coffret, marketing imposé ou souhait réel de ta part ?

(Je sais, j’ai un talent fou pour poser des questions déstabilisantes et inattendues.)

Vincent Delerm : Tu sais, le « live » ne se vend pas et coûte assez cher. Dans le cas présent, c’était assez compliqué à faire, car pour mon spectacle, on a filmé 3 soirs en intégralité et pour les duos, il y avait 3 caméras tous les soirs. Je suis donc tenté de dire que c’est un cadeau que m’a fait la maison de disques parce que, crois-moi, elle ne va pas gagner un centime sur cette opération. C’est du luxe !

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M : Ça te donne de la pression supplémentaire ces contraintes techniques lors de tes concerts ?

V.D : Oui, mais, je fais en sorte de minimaliser la gêne que cela pourrait provoquer pour le public. J’ai refusé les plans de grues, par exemple et je demande aux cameramen de filmer avec des axes qui permettent de ne pas trop bouger. Mais, malgré tout, la plupart du temps, quand il y a des captations, les gens dans la salle sont moins dans l’histoire, parce qu’ils savent que c’est filmé.

M : Il me semble qu’un concert en DVD ne reflète jamais la réalité de ce qu’il se passe sur scène…

(Lapalissade, j’en suis conscient !)

V.D : C’est exact, c’est d’ailleurs ça le problème. C’est ma crainte première. Que les images restituent autre chose que le vécu personnel de chacun. Concernant, cette captation là, pour y mettre un peu d’humanité, j’ai choisi de la faire en début de tournée. En fin de tournée, c’est super pro, bien rodé, mais il n’y a pas d’accrocs. La patine est un peu trop forte car tu maîtrises parfaitement ton concert. J’aime bien les aspérités…

M : Quel est ton rapport à l’image ?

V.D : Je n’ai aucun problème avec ça. Si je fais ce métier, je suis capable de me voir devant un écran, quand même… C’est comme d’entendre mes chansons à la radio, ça ne me dérange pas du tout. Il y a quelques fausses pudeurs chez d’autres artistes qui me font un peu sourire.

M : Tu apprécies peu la promo mais tu joues le jeu quand même. À ce propos, ta chanson (présente sur le live) en duo avec Mathieu Boogaerts : Na na na, est une diatribe bien sentie sur les questions parfois un peu répétitives et banales des journalistes… Comme on s’est vu souvent, j’ai cherché à savoir si je faisais partie du lot.

Il se marre et me répond : « Qui se sent morveux se mouche ! »

Je le regarde en me demandant s’il plaisante. Non, parce que je sais que je lui ai parlé (aussi) de tout ça.

Avant de poursuivre, voici la chanson en question.

 (Pas extraite du DVD.)

 

 

 

Nous poursuivons donc sur le sujet.

V.D : Sans plaisanter, Mathieu et moi, on a souvent les mêmes questions. Il y en a certains qui me parlent toujours des mêmes trucs. Delerm, chanteur bobo, roi du name dropping, fils à papa… Depuis la sortie de mon premier album en 2002, je t’assure que c’est rare que je tombe sur un intervieweur original.

M : En même temps, tu n’as pas une carrière gigantesque !

V.D : Non, mais là, par exemple, tu as choisi  un angle, tu t’y tiens et c’est bien.

(Je vous avais prévenu au début, je ne suis qu’un affreux vantard !)

Mais je vais te dire, en fait, c’est la promo télé le plus difficile pour moi. Sur un plateau, honnêtement, je suis comme un lapin dans les phares d’une voiture. Ce qui est souvent chiant, c’est que l’on m’impose une fois sur deux Le sketch humoristique. Comme encore il y a 4 jours, chez Ruquier. Un mec vient faire mon imitation. 40 fois ça m’est arrivé. D'abord, on m’imite avec ma voix du premier album et le type lit, soit un annuaire, soit la liste des courses, soit le catalogue Ikéa. Tu dois faire semblant de te marrer comme si c’était la première fois. Ça me fait chier que l’on m’impose ça, je ne viens pas à la télé pour faire la gueule. Parfois, je tuerais ma mère pour que ce soit vraiment drôle. Ça arrive d’ailleurs. Un jour Ariel Wizman m’a parodié, j’étais mort de rire… 

Ce qui ne fut pas le cas avec Stéphane Guillon.

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Soudain, une femme nous interrompt.

 

-Vous ressemblez beaucoup à Vincent Delerm…

 

Ne remarquant rien, Delerm fait de l’humour.

 

-Un peu plus qu’à Bénabar, en tout cas.

 

Rire poli de cette dame qui est handicapée. Son handicap est très discret. Vincent Delerm s’aperçoit très vite de sa bévue et devient tout rouge.

La dame poursuit.

-Je suis une fervente admiratrice. J’ai tous vos CD, vos DVD, j’adore la Normandie , votre père aussi. La totale quoi !

L’artiste est touché. Je sens qu’il regrette ses premières paroles.

-Vous savez, je travaille pour une radio, ajoute-t-elle.

-Ah oui ? Laquelle ?

-Vivre FM. La radio du handicap et de l’exclusion… je suis vraiment émue de vous voir. C’est tellement poétique ce que vous chantez… Comme j’habite le quartier depuis 30 ans, les rues dont vous parlez me renvoient à des images, des souvenirs. Je suis tellement contente de vous voir là, en vrai. Je n’en reviens. Je peux avoir un petit autographe ?

Les yeux de Vincent Delerm brillent.

-Évidemment. C’est pour ?

-C‘est pour un autographe.

Sans rien laisser passer, il questionne de nouveau, avec tact.

-Oui. Quel est votre prénom ?

-Christelle. K.R.I.S.T.E.L. Il n’y a pas de E à la fin.

-Allez, je vous le signe sur mon programme promo.

-Quelle joie, vraiment, je n’en reviens pas !

Je dis alors, cette phrase mémorable : « C’est le destin ! ». Je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça, mais j’ai dit ça.

Parfois, je dis bien des conneries.

La femme s’en va, transportée de bonheur. Je demande à Delerm si ça lui arrive souvent.

-Deux fois par jour, à peu près. Là, je suis con, je n’avais pas vu son handicap… j’espère qu’elle n’a pas pensé que je me moquais d’elle…

Je le rassure, sur ce point. Les handicapés n’aiment pas la commisération ou la pitié. La normalité comportementale leur suffit.

(Quoi, vous pensiez que dans une si longue note, je n’allais pas laisser des messages qui font réfléchir ?)

(C’est mal me connaître).

Nous finissons l’interview, mais ce n’est plus pareil. Comme si tout ceci nous paraissait dérisoire.

C’est tellement le cas.

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Matinée tranquille à Pigalle... ce vendredi.

Je le salue ainsi que Xavier qui a fini par nous rejoindre. Il est accompagné par une jeune journaliste du Parisien.fr.

Je laisse ma place.

Et je pars en chantant, « na na na na, na na na na na… »