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07 janvier 2008

Mabrouck Rachedi... l' éloge parlante.

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Pas très content de mon titre. (Non, vous ne lisez pas Libé!)

-Allo ! C’est Mabrouck. Tu peux venir un peu plus tôt ? Non, parce que je mange avec (BIP!!! Ca ne vous regarde pas, d'abord!) vers Saint-Germain. Viens à 15 h 30 au lieu de 16 h, si tu peux.

Je dis d’accord à Mabrouck Rachedi. Je file de chez moi fissa, pour ne pas arriver en retard, du coup.

Je trouve une place juste devant le Café de Flore. Une chance de c… chanceux.

15h25. Cool. Je suis à l’heure. Je me dirige vers l’église de Saint-Germain. 15 h 30. Personne. 15 h 35. Personne. Je suis frigorifié. 15 h 40. Personne. Je regarde mon portable, je ne l’entends jamais sonner. Pas de messages. 15 h 45. Personne. Là, je me dis qu’il a oublié qu’il avait avancé le rendez-vous. Je tape très fort ma main contre un poteau pour vérifier que j’existe encore. Je ne sens rien. Je me glaçonnise en l’attendant. 15h50. Des stalactites se forment au bord de mon nez. Soudain, je vois Mabrouck courir et passer devant moi sans s’arrêter. Certes, ceux qui ne m’ont pas vu depuis 20 ans ont une excuse pour ne pas me reconnaître, mais nous, nous nous sommes vus il y a un an.

201917ba7944aca452ce0089420c5b6a.jpgPour la sortie de son premier roman Le poids d’une âme. Je cours derrière lui en le hélant.

Ouf ! Il se retourne et me reconnaît.

 

Il bredouille une excuse que je ne comprends pas. Mes écoutilles sont gelées. Aucun son ne parvient à franchir le mur de glace qui obstrue le conduit auditif externe.

(Bon, j’exagère un peu la fraîcheur du jour, mais c’est parce que j’aime bien forcer le trait.)

Je dis à Mabrouck que je trouve amusant le fait d’aller au Café de Flore pour parler d’un livre qui s’intitule Éloge du miséreux. Il me répond que oui, mais, je le vois qui tâte son portefeuille.

(Mais, non, ce n’est pas vrai… je force le trait, là encore. Faut tout vous dire…)

De toute manière, nous allons ailleurs. Le lieu fait salle comble et nous préférons un endroit plus calme. Option sur un petit café pas loin.

Chocolat chaud pour lui et thé citron pour moi. Il fallait bien ce genre de moyen imparable pour vaincre le blizzard.

(Je sais parfaitement que dévoiler nos commandes à la face du monde est un détail qui intéresse les lecteurs exigeants que vous êtes. Place à l’information rigoureuse et exhaustive !)
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Donc, après Proudhon et sa Philosophie de la misère et Marx et sa Misère de la Philosophie , voici l’Éloge du miséreux de Mabrouck Rachedi. Un ouvrage qui, contrairement à ce qui n’est pas indiqué sur la couverture, est drôle, grinçant, distancier, satirique et plein de tendresse. Pour un tel sujet, j’avoue que c’est une performance littéraire à signaler.

-Et surtout, dis bien que je ne veux pas que l’on compare mon livre avec Moi Thierry F, chômeur professionnel. Ce n’est pas du tout la même démarche.

c6604d04dc309bc4cb02152e839c2b73.jpgCet éloge n’est pas un essai qui critique le système, c’est juste « un manuel de survie en milieu hostile qui vous enseignera l’art de bien vivre avec rien du tout » et surtout « un pamphlet qui prend à rebrousse-poil les discours moralisateurs et larmoyants sur les méfaits de l’assistanat et les dégâts collatéraux engendrés par les minima sociaux ».

Le message de ce livre est clair : « Le miséreux représente une résistance salutaire face à la société du travail et de la consommation. C’est le ventre fécond d’où naîtra l’espoir d’une vie basée sur le désir et la passion plutôt que la productivité et la compétition. »

(Mabrouck, je ne sais pas si c’est toi qui a écrit ça sur la 4eme de couverture, mais c’est beau.)

-J’ai connu tout ce dont je parle dans mon essai. Mais le narrateur n’est pas tout à fait moi. Si j’y ai placé mon côté déconneur que j’ai dans la vie, j’y ai ajouté une certaine distance et du sourire. Je ne suis pas allé jusqu’aux extrêmes que je décris. J’ai juste voulu jouer avec un certain second degré.

Mabrouck explique que la précarité est un milieu inconnu et hostile auquel il faut s’adapter rapidement sous peine de sombrer corps et âme. « C’est aussi et surtout un retour salutaire à l’oisiveté comme art consommé du bonheur » ajoute-t-il malicieux.

Parce que cet auteur est malicieux. Il raconte des choses graves en les dédramatisant avec humour.

Dans la vie, il est comme ça monsieur Rachedi. Toujours une pointe d’humour décalé au moment où on ne s’y attend pas. Par exemple, je lui demande à combien d’exemplaires s’est déjà vendu ce livre. Il me répond tout de go : « 157.000 ».

Je recrache mon thé de stupéfaction :

-Putain, c’est énorme ! je lui cris très sérieusement.

-Mais, non, je plaisante, dit-il en s’essuyant.

-Ah ! Oui, je me disais, ça fait quand même beaucoup.

J’ai tenté de faire croire que j’avais compris la blague. Échec cuisant. Cela dit, il ne m’a pas répondu sérieusement. C’est bien connu, les maisons d’édition ne donnent jamais les chiffres de vente à leurs auteurs. Ils ne tiennent pas à être responsables de suicides collectifs.

Pour finir la conversation, je lui pose des questions sur le collectif auquel il appartient Qui fait la France  ?

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b2950908ad596b91c5c773952b50dbde.jpgC’est une association qui est "le relais agissant du collectif éponyme d’écrivains de bonne volonté qui a publié en septembre dernier « Chroniques d’une société annoncée » aux éditions Stock". Ici, tout est bien expliqué.

Mabrouch Rachedi, s’il n’est pas engagé, se sent concerné et le dit.

Avant de nous quitter, je le rassure sur le fait que je n’en dirai pas beaucoup son Eloge du miséreux. Je ne veux pas le trahir.

Un essai transformé, c’est bon au rugby, mais pas en littérature.

(Celle-là, je la note, mais je ne m’en félicite pas).

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Notre séance de photos, à laquelle Mabrouck sait parfaitement qu’il n’échappera pas, je décide de ne pas la réaliser de la même manière que la dernière fois, c'est-à-dire dans le bistrot où nous nous trouvons.

Non. Je le « shoote » à l’extérieur, devant l’église.

Et, je dois dire que je suis assez fier du résultat.

Pour une fois.
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Je lui donne rendez-vous à très vite. Pour finir, je conseille vivement la lecture à ceux qui sont dans une période de recherche d’emploi (prolongée ou non). Ce livre vous parlera franchement et vous permettra de sourire d’une situation qu’on ne vit jamais posément.

Mais les autres, ceux qui sont certains que jamais, Ô grand jamais, ils ne vivront cette épreuve, vous pouvez jeter un coup d'oeil... c'est toujours intéressant d'en savoir plus sur des mondes mystérieux et inaccessibles.

Un livre salvateur.

Comme quoi, on peut rire de tout.

Les petits plus : Une interview filmée sur Auteurs TV .

Vous apprendrez notamment que c’est après avoir lu Le Père Goriot de Balzac que Mabrouck Rachedi a eu la puissante envie de devenir écrivain et que, plus généralement, il ne veut rien s’interdire dans l’écriture. Je suis tellement d’accord avec lui, quand il dit: « L’aspiration à l’universalisme, c’est une des choses que je trouve les plus belles dans la littérature. »

 

Sinon, là aussi, c'est très intéressant.

Ainsi qu'ici.