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24 janvier 2011

Cyril Romoli : Interview d'un lion (méconnue) de la chanson française!

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Commençons la présentation de mon invité du jour, Cyril Romoli, avec sa bio rapide (copié/collé à partir de son site officiel) :

« Tour à tour comédien, chanteur et musicien, Cyril Romoli joue sous la direction de Jean-Laurent Cochet , Robert Hossein, Guy Rétoré, Jean Menaud, Marion Bierry... Il chante dans Chance, La guinguette a rouvert ses volets, Ce soir il pleuvra des étoiles, Paradisco et plus récemment dans Le Roi Lion au Théâtre Mogador où pendant deux ans il double les rôles de Scar et Pumbaa. Il compose également de nombreuses musiques de spectacles, travaille avec Laurent Viel, accompagne Néry, chante dans le Bringuebal. Dernièrement il a composé la musique du spectacle de Fellag, C’est à Alger, qu’il l’accompagne sur scène comme pianiste et comédien. »

Le 11 février 2008, j’ai écrit une première note sur Cyril Romoli. Je l’avais Mandorisé avec et sur les bons conseils d’une grande spécialiste de la chanson française, Laurence Goubet (alias Lou Poulain).

 3 ans plus tard, il m’a envoyé son nouveau disque A l’heure où les lionnes apparaissent.

Il chante l’amour, beaucoup, avec des textes ciselés comme rarement. Mais le romantisme apparent laisse souvent la place à la noirceur et l’ironie. Cyril Romoli est tout sauf mièvre… non, il est même diablement subversif. L’homme derrière son piano est un obsédé textuel qui joue si bien ses textes qu’on a l’impression qu’il raconte sa propre vie. Rien n’est plus faux. A l’écoute de ce disque aussi bouleversant que surprenant, une certitude s’impose : Romoli est un digne représentant du métier d’interprète. Il nous fait passer du rire aux larmes, sans transition, mais avec une humanité qui laisse pantois.

Avant qu’il ne se produise au Ciné 13 (1, avenue Junot, 75018 PARIS 18e), dimanche prochain (30 janvier à 21h), je lui ai proposé une deuxième rencontre. En tête à tête cette fois-ci. C’était le 18 janvier 2011 dans un bar à proximité de mon boulot :

Tu n’en as pas marre que l’on dise que pour apprécier ton répertoire, il faut te voir sur scène ?

Je vais te faire une double réponse. D’un côté, oui ça m’embête parce que j’aimerais que mes chansons soient accessibles facilement. Le disque est le moyen le plus pratique. En même temps, je viens de la scène. Je ne peux pas nier cette habitude, ce plaisir et cette évidence que j’ai à interpréter mes chansons en concert. Bon, en plus, comme les gens n’achètent plus de disque, mais vont encore au concert, ça ne me dérange pas trop. Avec A l’heure où les lionnes apparaissent, c’est la première fois que je suis heureux d’avoir fait un disque.

Il reflète bien ce que tu voulais faire au départ ?

Oui, j’avais même minimisé mon envie. Je pensais clore une page avec ce disque et passer à autre chose après. Mais finalement, ce disque m’a ouvert d’autres envies.

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, nous avions évoqué ensemble le fait que tu parlais beaucoup des femmes dans tes chansons. C’est encore le cas dans ce disque. Enfin, comme c’est mélangé avec de l’humour noir, disons que c’est un disque d’amour noir !

La formule est belle. Mais, je tiens à dire une chose importante. Les textes ne sont pas de moi. Ils sont pour la plupart d’Éric Chantelauze, mais aussi de Camille d’Avril et d’Olivier Breitman. Les gens sont persuadés que c’est moi qui écris tout. Ça me rassure, cela veut dire que ses textes m’habillent bien et qu’ils sont donc bien choisis.

Cyril Romoli 18.01.11 4.JPGDu coup, tu fais aussi un travail de comédien. Il faut rentrer dans la peau des personnages…

Quand bien même, j’écrirais les paroles, il faut quand même rentrer dans l’histoire. Pour mon précédent disque, les professionnels de la profession m’ont reproché de ne pas écrire mes textes. Je souligne juste que, par exemple, Julien Clerc n'en écrit pas non plus. Si j’écrivais ma vie, vraiment, je t’assure que ce serait inintéressant. Louis Jouvet disait aux apprentis comédiens : « Ne montre pas tes tripes, c’est vraiment dégueulasse ! ».

Tu passes ta vie à faire croire, finalement.

Ben oui. Évidemment. Mais, en même temps, j’ai l’impression de me montrer tel que je suis en concert et dans mes disques. C’est paradoxal, je sais. On est multiple. Je ne veux pas mentir, mais j’aime bien arriver à parler de quelque chose qui n’est pas encore ce moment-là dans la réalité. J’aime fantasmer les choses.

Tu aimes l’ironie et l’humour noir…

J’ai le droit d’être horrible, méchant, sarcastique, amoureux… C’est un vrai bonheur quand tout à coup, on assassine le héros de la chanson. C’est jouissif parce que l’on sait que l’on va cueillir les gens à un endroit particulier. À la fin d’une chanson, j’adore casser le jeu d’une écoute. Dans la vie, je suis trop bien élevé pour être comme je me représente dans mes chansons. Je ne suis pas quelqu’un qui joue de sur méchanceté, mais l’humour noir est la forme de transgression qui me plait le plus.  J’ai toujours adoré Desproges par exemple. C’est typiquement un auteur dont je me délecte sans me lasser depuis des années.

Tes textes sont quasiment des courtes nouvelles.

Tu n’as pas tort, mais que veux-tu, j’aime raconter des histoires, alors effectivement, les textes sont très longs.

scar.jpgDepuis notre dernière rencontre, tu as joué dans Le Roi Lion pendant deux ans. C’est tellement différent de ton univers musical personnel…

Je doublais deux rôles. Scar, le méchant et Pumbaa, le gros phacochère gentil. En gros, je jouais au moins une fois par semaine, mais j’étais présent au théâtre tous les soirs. C’est un poste très particulier.

Ce n’est pas un peu frustrant d’être doublure ?

Si, ça peut être très frustrant. Chaque rôle à 3 remplaçants. On doit être à niveau à n’importe quel moment pour les différents rôles.

Dans ce genre d’expérience, apprends-tu beaucoup et peux-tu te servir des connaissances acquises dans tes propres concerts ?

Je m’en sers à plusieurs niveaux. Déjà, ce que je fais moi est du jeu chanté, donc il y a une similitude non négligeable dans ces deux exercices. Les personnages que je devais interpréter dans Le Roi Lion étaient des personnages qui avaient des voix très graves, ce qui n’étaient pas ma voix à l’origine. Ma voix est médium « modéré ». J’ai dû travailler pendant deux ans pour construire une voix solide, ça ma permis de gagner du confort et jouer sur des nuances que je n’avais pas encore abordées. Et puis, quand on joue devant 1600 personnes à Mogador presque tous les jours et que l’on revient à ses propres spectacles seul avec son piano, il y a un stress beaucoup plus grand parce qu’on est tout seul, mais tout à coup il y a aussi un confort, un retour aux sources. Ce sont deux facettes de mon métier que j’aime et qui m’amuse. J’ai des plaisirs de comédiens dans chacune d’elle. Je crois que si je ne faisais que de la chanson, je m’ennuierais. Si je ne faisais que du théâtre, il me manquerait quelque chose. J’ai vraiment besoin des deux.

Les gens qui aiment la belle chanson française te connaissent et apprécient ton travail. Malgré tout, tu n’as pas encore une grande notoriété. N’est-ce pas un peu décourageant ?

Oui et non… ça dépendant des moments. Ne pas être signer dans une maison de disque, ne pas être encadré, effectivement, c’est fatiguant parfois, parce qu’on a l’impression de constamment repartir à zéro à chaque album, chaque concert. Il y a des choses dont on aimerait se délester. En même temps, on est entièrement libre. Par exemple, cet album, il ressemble à 100% à ce que je voulais faire. C’est moi qui ai choisi les studios, le photographe, le graphiste, les gens avec lesquels j’avais envie de travailler. La contrainte économique limite le cadre, mais en même temps, tout ce que je réalise seul me ressemble.

Cyril Romoli 18.01.11 3.JPGTes textes, c’est le fruit de conversations avec chacun de tes auteurs ?

Il n’y a aucun texte de commande, en tout cas. Éric Chantelauze me connait bien, Camille d'Avril un petit peu. J’ai demandé à Olivier Breitman de m’écrire un texte, mais il était libre du sujet. Pour moi, il y a le plaisir d’aller chiner et dénicher un texte. C’est là que je revendique le fait que ce n’est pas moi qui écris les chansons, mais c’est moi qui les mets en lumière.

Tu as un frère danseur étoile à l’Opéra de Paris (Wilfried Romoli), à part lui, fais-tu parti d’une famille d’artiste ?

 Non, mais l’art à une place importante chez chacun. Je suis le petit dernier de la famille et j’ai eu la chance d’avoir des parents qui considéraient que ce que je voulais faire était un métier. Je leur en suis reconnaissant tous les jours, car c’est extrêmement rare. Il y a une attention affectueuse sur mon travail, mais sans plus. Dans notre famille, on a plus une considération humaine qu’artistique. Mais, en même temps, l’un ne va pas sans l’autre.

Tu n’es pas uniquement chanteur et comédien…

J'ai assisté des metteurs en scène, je compose des musiques de spectacles. Ce qui m’intéresse, ce sont les histoires, le texte et le spectacle. Là, j’ai fait des musiques pour Fellag, l’humoriste algérien. Je l’accompagne aussi sur scène au piano et je joue quelques personnages. Je me suis retrouvé à tous les endroits à la fois. C'est vraiment ainsi que j'envisage mon métier...

 

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11 février 2008

Cyril Romoli... beau et bon à la fois!

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Lou, de temps à autre m’envoie des mails avec des liens sur des pages MySpace d’artistes qu’elle vient de découvrir.

Et souvent, j’avoue, je ne les connais pas.

Mais, il faut dire que les artistes de qualités, il y en a beaucoup.

Vraiment beaucoup.

Moi aussi j’aime bien fouiner, mais je me contente trop souvent de m’intéresser à ce que je reçois à la maison ou aux propositions appuyées des attachées de presse. Enfin, je fais le tri et je n’accepte de rencontrer que ceux ou celles qui m’intéressent (à quelques rares exceptions près…)

Donc, Lou se charge de m’emmener ailleurs.

J’ai donc décidé que lorsqu’un artiste me plairait particulièrement, nous irions à sa rencontre tous les deux.

(Avec Benoît Dorémus, c’était une autre affaire… j’ai voulu lui faire plaisir. Rencontrer son idole. Quelle fan, cette Lou!)

(Cette phrase est écrite dans l’unique but de d’agacer la demoiselle.)

Notre premier MySpacien artiste choisi est Cyril Romoli.

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Le 23 janvier dernier, rendez-vous au Vrai Paris, un des bistrots de Montmartre.

Lou est déjà là. Cyril aura un peu de retard. Un SMS nous a prévenus. C’est bien il est poli.

Et quand il arrive, houlà, je trouve qu’il est assez charismatique comme garçon.

Ça veut dire qu’il est carrément beau, je suis jaloux. Puisque c’est ça, je vais m’enfermer dans un mutisme total. Lou n’a qu’à se débrouiller avec ce beau gosse.

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Je me tais donc, pendant au moins 2 secondes. Parce que, quand même, il est très souriant et d’un abord très gentil et puis aussi, je suis un incorrigible curieux de l’être humain. Je veux tout savoir sur lui.

Je les connais ses quelques dates importantes, elles sont sur son site perso et sur son MySpace :

1975: Naissance à Paris
1986: Première scène... "Le Sexe Faible" au Théâtre Hébertot
1990: Il (re)commence le Piano
1995: Première Musique de scène, une dizaine suivront
1998: Rencontre avec Néry. Premier concert
2003: Beaucoup composé pour les autres, premières chansons pour lui.
2004: Création d'Humour Rose et Amours Noires. Concerts sur la péniche El Alamein et depuis, L'Essaïon, Le Baiser Salé, Le Théâtre 14, Le Vingtième Théâtre, Le Mery, L'Espace Jemmapes...
2006: Enregistrement public du CD Humour Rose et Amours Noires

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Photo: Philippe Albinet

Il me confie qu’il a toujours été sur scène. Il a commencé l’école des enfants du spectacle à l’âge de 9 ans, puis n’a jamais cessé de jouer la comédie sur les planches. La musique est venue  bien après. J’aime beaucoup ses chansons. Elles sont toutes teintées d’humour noir. Plus encore, elles sont souvent caustiques, ironiques et drôles, le tout mélangé avec de la tendresse et de la poésie. Ce cocktail est rare dans le monde de la chanson française. Il n’échappe pourtant pas aux comparaisons. Delerm étant la plus fréquemment énoncée.  

-Je ne comprends pas pourquoi parce qu’il y a 15 ans, William Sheller était déjà seul avec son piano, puis plus tard, Arthur H. Et ils sont loin d’être les seuls dans ce cas là. Aujourd’hui, dès qu’un chanteur est seul derrière son piano, on dit qu’il fait du Delerm. Je n’ai rien contre lui, mais, j’ai du mal à accepter cela parce que je chante ainsi depuis longtemps.

Il m‘avouera aussi que s’il se produit ainsi sur scène, c’est aussi par souci d’économie. On achète moins ses spectacles s’il y a avec lui 3 ou 4 musiciens… c’est beaucoup plus cher.

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Lou, qui est une fille parfois très cash, lui demande pourquoi il parle autant des filles dans ses chansons.

-Tu dis dans ta bio que tu aimes les femmes, ton seul clip est celui de J’me plais , tu ne joues pas un eu beaucoup de ton physique charmant ?

Je regarde Lou et me dis que ce n’est pas le tact qui l’étouffe, mais au fond, ça m’amuse… Et Cyril Romoli ne se démonte pas.

-Il faut que tu prennes J’me plais au second degré. Je suis d’ailleurs, très second degré comme garçon. Mes chansons ne sont pas nombrilistes, même si tout porte à croire le contraire. Il y a toujours un autre message que celui « évident ». Et puis, ce que tu lis sur une bio, il faut s’en méfier. Moi, cette partie là du métier, la bio, les visuels, tout ça, c’est assez nouveau pour moi et ce n’est pas ma spécialité. Je peux donc être maladroit…

Je lui parle de son album enregistré en février 2006 au Vingtième Théâtre, à Paris. Humour rose et amours noires. 15 jolies perles musicales aux textes de lui ou de Michel Derville, Éric Chantelauze, Philipp Weissert, René Ripert et Mark Marian. J’ai lu une critique, je ne sais plus où qui disait, en substance, que Cyril Romoli allait droit à l’essentiel, avec humour, pudeur , malice, inventivité et sensibilité… ce qui fait beaucoup pour un seul homme.

-J’ai grandi avec les albums concepts de Franck Zappa. Les doubles 33 tours avec d’un côté un univers et de l’autre, quelque chose qui n’a rien à voir… J’ai un peu voulu faire ça avec mon disque. Un mélange de chansons intimes et de chansons beaucoup plus loufoques.

Cyril Romoli est lucide sur la difficulté de sortir du lot. Personnellement, je pense qu’il a en a les capacités, mais lui préfère ne pas se faire d’illusion.

-Je commence à exister aux yeux de certains professionnels, mais je ne pense pas être dans un créneau particulièrement vendeur… mais, je prends un peu exemple sur Arthur H. Il a ramé un pendant un moment avant d’avoir la notoriété qu’il a maintenant et aussi la musicalité accessible qu’il a réussi à créer.

Je lui dis que je trouve son style original, qu’il se rassure.

-De toute façon, je ne suis pas dupe, tout a été écrit. C’est l’angle qui doit changer. L’amour par exemple, j’ai la prétention de croire que je ne l’aborde pas de la même manière que les autres…

Lou lui demande s’il n’a pas envie d’enregistrer un disque plus varié. Oups ! J’aime décidément bien cette façon de ne pas s’embarrasser de mots superflus pour poser une question. Je suis peut-être un peu trop diplomate, moi.

-Si. Le 20  février, je rentre en studio pour enregistrer 6 titres avec 12 musiciens. J’espère que ça va servir de « pied d’appel » pour enregistrer une suite dans de bonnes conditions...

Très sincèrement, je suis curieux de suivre le parcours de ce charmant jeune homme. Je vous invite tous à aller le voir sur scène le mercredi 13 (après-demain) et le 20 février prochain à l’espace Jemmapes. Si vous aimez la chanson française truculo-coquino-tendre (terme assez réducteur, je dois dire), vous ne devriez pas être déçu.

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J’éteins mon Sanyo et nous engageons une conversation sur les chanteurs engagés. Un long moment. Nous ne sommes pas d’accord. Moi, ma vision est simple. Je n’achète pas un disque, je ne vais pas voir un artiste sur scène pour qu’il me dise pour qui il faut voter, ce qui est bien à faire ou pas et encore moins, pour qu’il me fasse la morale. L’artiste ne devrait avoir qu’un seul but : faire rêver, nous divertir, nous sortir de notre quotidien. Point barre (et c’est déjà énorme !). Alors, le nouveau Cali ne passera pas par moi. (Et bon sang, que j’ai aimé les deux précédents…)

C’était une petite parenthèse, comme ça en passant.

Si vous voulez voir la version de cette rencontre par Lou, c'est là!

Lou et moi, nous revenons bientôt pour vous parler d’un autre artiste. Une jeune fille : L. J’ai hâte.