Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29 mars 2019

Emilie Marsh : interview pour la sortie de son album éponyme

emilie marsh,fraca,interview,mandor

(© Gil Lesage)

emilie marsh,fraca,interview,mandorJ’adore l’idée d’écouter un disque d’un(e) artiste qu’on ne peut comparer à aucun(e) autre. C’est rare. Dans l’album d’Emilie Marsh qui sort aujourd’hui sur le nouveau label FRACA, on est dans du pop-rock qui, à coups de riffs de guitares saturées et de textes en français écrit avec précision, tend vers un rock énergique, moderne, avec du sens (je suis donc assez d'accord avec la revue trimestrielle Hexagone). C’est assez inédit en France.

J’observe cette artiste depuis des années et je ne peux que louer son évolution. D’un début balbutiant (comme tout le monde), elle maitrise désormais parfaitement son chemin, sa musique, son attitude… et les codes et ficelles du métier qu’elle peut désormais contourner facilement.

L’oiseau tombé du nid est devenu puissant aigle.

Le 7 mars dernier, nous avons conversé un moment dans un bar de la capitale pour évoquer son album, son label (dont elle est à l’origine avec Katel, mandorisée ici, et Robi mandorisée là)… et de bien d’autres sujets.

Biographie officielle :

Sur scène, une guitare blanche Duesenberg se détache sur une silhouette noire, soulignée de rouge à lèvres : Émilie Marsh est une femme guitariste. La formule révèle une attitude et une filiation.

Elle prolonge l'odyssée des héroïnes pop ou rock, qui ont redoublé de talents et d'énergie pour s’imposer parmi les hommes. Depuis quelques années, elle se fraie un chemin jusqu'aux plus grandes scènes en tant que guitariste ou leadeuse (Francofolies, Pause Guitare, Printemps de Bourges...). Elle y apparaît seule, en groupe (BODIE) ou aux côtés d'artistes de renom comme Dani, avec qui elle forme un duo complice (« Sur les ondes »). Elle participe aussi à divers projets musicaux et littéraires : Scènes d’Amour avec Simon Mimoun, et La Nuit Ne Dure Pas en compagnie d’Emmanuelle Seigner et Dani. En mars 2019, elle fera une apparition au cinéma, dans Nos Vies Formidables de Fabienne Godet, dont elle a aussi composé la chanson du générique.

Mi-loup, mi-chaperon rouge, c'est une artiste double : une guitariste vouée aux énergies pop et rock, et une auteure-compositrice habitée par la sensibilité poétique. Osmose des contraires. Son jeu transporte une sueur animale drapée d’élégance. Ses accords électriques se mêlent à la douceur de sa voix pour envelopper des mots ciselés.

Teaser de l'album réalisé par Tristan Sébenne. 

L’album (argumentaire officiel) :emilie marsh,fraca,interview,mandor

Émilie Marsh joue et chante le rock au féminin. Sur son album, elle cultive un style hybride et singulier, combinant le son et le sens. Le thème des textes trouve de l’écho dans les compositions et la production, résolument ancrées dans le présent. Elle revendique le droit au désir, sans engagement, ni étiquette. Le désir charnel, sensuel, et surtout le désir de vivre l’intensité du moment, de jouir de l’instant (« J’embrasse le premier soir »). Au fil de l’album, sa musique traque l’ivresse de l’instant. Elle retient toute l’intensité du moment vécu, 31 minutes pour faire durer le plaisir.

Ecrit et composé par Emilie Marsh sauf « Sur les ondes » écrit par Pierre Grillet, composé par Emilie Marsh et « Vents Violents » écrit par Céline Ollivier (mandorisée là) composé par Emilie Marsh.

Réalisé par Katel & A.L.B.E.R.T mixé par Fabien Martin (mandorisé ici) sauf « Sur les ondes » réalisé par Adrien Daucé mixé par Fabien Martin.

Vous pouvez écouter l'album ici.

emilie marsh,fraca,interview,mandor

(© Gil Lesage)

emilie marsh,fraca,interview,mandorInterview :

Ce disque est arrivé tranquillement mais sûrement, non ?

Cela s’explique par le fait que j’accompagne de nombreux artistes sur scène à la guitare. Au-delà de ça, il y a eu plusieurs essais, plusieurs versions… De s’extraire de son propre projet permet de voir les choses autrement. Et puis, je voulais d’abord jouer les chansons sur scène pour savoir lesquelles j’allais garder. Ce temps-là a permis de murir le projet et de savoir vers quel son j’allais me diriger. Par contre quand on a enregistré le disque, c’est allé très rapidement. Il me semble que l’on ressent cette urgence dans l’album.

Tu commences à avoir l’image de la chanteuse à la guitare électrique. Il n’y en a pas beaucoup en France.

C’est devenu mon identité. Corporellement, quand j’ai ma guitare électrique, il se passe un truc chez moi que je n’arrive pas à définir. Mais j’ai du mal à m’en passer désormais.

Tu as joué du rock  avec plein d’artistes, évidemment, ça rejaillit sur ton disque.

Je ne sais pas si c’est conscient ou pas, mais en tout cas, j’assume ce côté guitariste rock. L’énergie que je donne sur scène, j’ai essayé de l’intégrer lors de l’enregistrement de l’album.

emilie marsh,fraca,interview,mandor

Ce soir, Emilie Marsh fête une nouvelle fois la sortie de son disque à Toulouse dans la mythique salle du Bijou. Et ça déménage grave (selon ceux qui ont assisté au concert hier).

J’ai connu plusieurs Emilie Marsh. As-tu l’impression que tu as vraiment trouvé ton style?

Oui, et ça a été long. Au départ, j’étais dans une esthétique plus rock encore que ce que je fais aujourd’hui, ensuite,  j’ai fait une tentative plus pop. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir trouvé l’équilibre entre les deux.

C’est amusant parce que tu n’as pas une voix de rockeuse. Elle est plutôt claire et douce.

J’en ai fait une force en créant un contraste entre la musique et la voix. Pour moi, le rock c’est plus une énergie, une attitude, une manière de gérer la scène et une vision des choses.

emilie marsh,fraca,interview,mandor

(Photo : Marie Monteiro)

Tu écris et compose toi-même tes chansons. A deux exceptions près. D’abord sur ton duo avec Dani, « Sur les ondes » dont le texte est signé Pierre Grillet, auteur de centaines de chansons pour, entre autres, Alain Bashung, Johnny Hallyday, Marc Lavoine, Sylvie Vartan, Vanessa Paradis, Feist, Caroline Loeb…

Je voulais symboliquement qu’il y ait un duo avec Dani sur l’album parce qu’on a beaucoup tourné ensemble ces dernières années, mais je ne suis pas parvenue à écrire des paroles sur la musique que j’avais composée. J’ai donc choisi un auteur important qui a beaucoup écrit pour Dani. Comme il l’a connait bien, il a vraiment su trouver le bon ton.

Autre chanson dont tu n’as pas fait le texte, « Vents violent ». L’auteure est Céline Ollivier.

Pour cette chanson, j’ai un peu calé sur l’angle et les mots. J’ai donc fait appel à une écriture que je connais bien et qui est assez aérienne. Je trouve que ça collait bien avec ma musique. 

Clip de "J'embrasse le premier soir".

Parlons du très sensuel et audacieux clip de « J’embrasse le premier soir ».

On voulait montrer une vague de baisers qui arrivaient soudainement. C’était un plan séquence absolument fabuleux à tourner. Les figurants ont bien joué le jeu et ont été parfaits.

Dans ce disque, tu n’as vraiment pas peur de revendiquer tes désirs, charnels ou pas.

C’est le sujet de toutes mes chansons : l’importance de l’instant, assumer ses désirs et cette soif de vivre à fond et au présent. Saisir le moment, prendre des risques aussi. Dans mon disque, il n’y a aucun texte au passé ou au futur. Tout est au présent.

Es-tu féministe ?

Je le suis complètement dans ma façon de vivre et dans mon attitude. Tant qu’il y a des inégalités, il faut les combattre. Mes textes n’évoquent pas forcément ça, mais ma vie oui.

Live session de "Goodbye comédie" réalisée par Robi.

As-tu conçu l’album idéal ?

J’ai fait l’album que je voulais faire. Je suis vraiment contente et je l’assume à 200%. C’est la somme de ce que j’ai pu accumuler ces dernières années et la photographie d’un moment. Ce disque me ressemble et c’est pour ça que je ne lui ai pas donné de titre.

Te sens-tu légitime dans ce métier ?

Oui, depuis que je fais beaucoup de scènes avec différents artistes. Le regard sur moi a un peu changé, mais je ne peux pas te dire plus précisément comment et/ou pourquoi.

emilie marsh,fraca,interview,mandor

Emilie Marsh, Katel et Robi, les créatrices du label FRACA.

emilie marsh,fraca,interview,mandorParle-moi du label FRACA (Fraternité Cannibale) que tu as monté avec Katel et Robi.

Nous sommes trois chanteuses aux compétences différentes. Katel a son studio ; elle fait de la réalisation et de la production musicale, Robi réalise des clips et moi je fais de la scène avec plein de gens et beaucoup d’ateliers. Cela faisait un moment que l’on s’entraidait. Nous faisions même des « soirées chanteuses » où nous évoquions nos problématiques de femmes dans le métier de la musique. Un jour, on a décidé de mutualiser nos forces de manière structurelle. C’est devenu un label. Nous maitrisons maintenant toute la chaine et nous avons une réflexion globale.

Vous n’avez pas la même esthétique musicale et êtes très différentes les unes des autres.

Nous sommes complémentaires et c’est bien là le principal. Nous avons uni nos réseaux pour qu’il s’élargisse. On sait où on va et on se bat pour défendre l’image et l’efficacité de ce label dirigé par des femmes. Je n’ai pas peur de dire que FRACA est un label engagé.

emilie marsh,fraca,interview,mandor

Pendant l'interview...

Il y a ce que vous appelez « Les nuits FRACA » qui remporte toujours un succès considérable.

On veut que la joie soit liée à notre label. C’est pour cela que l’on rassemble plein de gens pour faire la fête de temps en temps.

Tu es artiste intervenante pour l’organisme de formation de Voix du Sud.

Comme d’autres artistes, j’interviens dans des établissements scolaires, des hôpitaux psychiatriques, parfois des foyers de femmes. Je fais des ateliers d’écriture qui aboutissent à un concert des chansons crées dans la semaine avec des gens qui ne sont pas du tout musiciens.

Pourquoi fais-tu ça ?

Parce que j’adore ça et que j’en ai vraiment besoin. Etre dans la transmission donne du sens à sa propre vie. Je n’en fais que trois ou quatre par an, car cela puise beaucoup d’énergie.

Clip de "Haut le cœur" d'après des images tirées du film Nos vies formidables. 

emilie marsh,fraca,interview,mandorTu joues et chantes dans le film de Fabienne Godet, « Nos vies formidables », actuellement au cinéma.

On a tourné ce film sur le collectif et la solidarité des gens qui sortent de l’addiction il y a deux ans. Au départ, j’avais juste un rôle en tant que comédienne. De fil en aiguille dans une scène se situant dans un atelier musique, la réalisatrice m’a demandé de jouer quelque chose au piano, puis de chanter ce que je voulais. J’avais en tête la chanson « Haut le cœur » qui existait déjà et je trouvais que c’était celle qui collait le mieux au film. La chanson n’est pas sur cette scène là, mais a été gardée pour le générique de fin. C’est un film magnifique qui parle des humains, qui parle de tout le monde. Il faut vraiment le voir.

Une chanteuse est un peu une comédienne ?

C’est plus un dépassement, un prolongement, une extension de ce que je suis, mais surtout pas un rôle. J’essaie de ne pas être différente dans la vie que sur scène. Si je deviens un personnage, ce n’est absolument pas conscient. En concert, je veux vraiment rester naturelle, tout en étant dominante. Dans « Goodbye comédie » je préconise l’idée d’être au maximum nous-mêmes… je suis donc ce que les préceptes dont je parle dans mes chansons.

emilie marsh,fraca,interview,mandor

A l'issue de l'interview, le 7 mars 2019 au bar Le Pachyderme. 

emilie marsh,fraca,interview,mandor

emilie marsh,fraca,interview,mandor

21 octobre 2016

François Staal : interview pour la sortie de L'incertain et pour son Trianon

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandor

©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorPour fêter son 5e album L’Incertain, qui vient de sortir, François Staal (déjà mandorisé ici en compagnie de Jean Fauque) donnera un concert exceptionnel au Trianon le 23 Octobre 2016 (ce dimanche, donc). Il proposera un spectacle inédit dans lequel il dévoilera la majeure partie de ce nouvel album et d’autres chansons de son répertoire. Elles sont profondes, graves, mais jamais plombantes. La lueur d’espoir est visible, au loin, mais elle est là.

Le 5 octobre, ce brillant artiste, encore trop méconnu, est venu une nouvelle fois à ma rencontre, à l’agence.

Biographie officielle :

L’univers de François Staal, «rockeur à texte» en français s’apparente à celui  de Gérard Manset, Alain BashungArno, CharlÉlie CoutureJacques DutroncHubert-Félix Thiéfaine, Dominique A, Rodolphe Burger... Jean Fauque (Bashung) et CharlElie Couture ont collaboré avec lui dans le cadre de ses albums.

Au travers de ces compositions on retrouve cette ambiance sensuelle, irrespectueuse, ronde, exaltée, ces invitations au voyage, raffinées, de la poésie rock française. C’est sur une musique plutôt anglo-saxonne, qu’il écrit ses textes en cherchant une «certaine abstraction» et un sens ouvert à l’auditeur. 

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandor

©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

Depuis ses débuts en cabaret Montmartrois, jusqu’à L’Olympia, il aime autant donner des concerts dans les petits lieux intimes que dans les larges salles, l’extérieur, l’intérieur comme le théâtre à l’italienne ou les salles modernes.

Notez enfin que François Staal a composé plus de 60 musiques de films et téléfilms sans compter les musiques de documentaires, pubs et court métrages notamment pour Arte.
Il a écrit pour le cinéma et pour toutes les chaînes. Il collabore principalement avec Laurent Jaoui, Didier Le pêcheur, Laurent Dussaux, Arnaud Sélignac, Luc Berault, Phillipe Triboit, Gabriel Aghion pour ne citer qu’eux...

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandor

©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorInterview :

Je suis épaté par les initiatives très risquées financièrement que tu prends pour te faire connaître. Tu as loué deux fois l’Olympia et une fois le Trianon qui sont des salles réservées habituellement aux artistes à « forte » notoriété.

Pour être tout à fait franc, je me considère comme un résistant comme en 39-45. Mon but est de faire vivre ma musique, alors j’emploie les gros moyens. J’ai de bonnes critiques, mais les portes ne s’ouvrent pas, alors, je me débrouille tout seul. Je pense qu’il y a une raison à ça. Je suis un artiste underground, j’ai volontairement des choix artistiques qui ne sont pas « mainstream ». Je fais de la musique de film, alors, si je voulais proposer des chansons qui sont évidentes du premier coup, voire populaires, je pourrais le faire. Comme je trouve que tout est un peu trop formaté, j’essaie de proposer un travail propre, original, sans concession. Que me reste-t-il à faire ? Comme un résistant, j’ai mon réseau et je mène des opérations « coups de poing » pour exister.

Nouvel album de François Staal, L'incertain - Teaser officiel - Concert au Trianon.

Le premier Olympia s’était monté au début des réseaux sociaux.

A l’époque, demander de l’aide financière aux internautes, ça n’existait pas, j’étais précurseur. Aujourd’hui avec les sites participatifs, c’est devenu courant.

Ton deuxième Olympia, c’était différent.

Quand j’ai sorti mon deuxième album, je me suis dit que ce serait bien de récidiver dans cette salle. J’ai contacté l’Olympia qui s’est montré de nouveau intéressé. Un peu plus tard, j’ai considéré que c’était trop risqué, trop gros. J’ai rappelé pour annuler. Ils m’ont répondu que ça les embêtaient, qu’ils allaient m’estampiller « coup de cœur », du coup, j’ai eu des conditions qu’ils n’ont jamais fait pour personne et dont je n’ai pas le droit de parler plus en détail.

Et le Trianon ?

J’ai obtenu enfin une subvention de la SPPF (Société Civile des Producteurs de Phonogrammes en France) et de la Sacem. Je suis donc dans une situation où le risque est artistique, mais pas financier. Avec les ventes de places que j’ai aujourd’hui, on est déjà rentré dans nos frais.

François Staal & Emilie Marsh - "Sur un trapèze" (Cover Alain Bashung/ Gaëtan Roussel)

Au Trianon, il y aura Emilie Marsh en première partie. Pourquoi elle ?

Je veux travailler avec des gens qui ont du talent, qui chantent en français sur des textes qui tiennent la route, qui sont un peu rock et rebelles… et qui sont sympas. Emilie réunit tout ça. Elle est une fille formidable. Elle va jouer 40 minutes.

Tu t’estimes « underground », mais ta musique n’est pas éloignée de celles de Bashung, Thiéfaine, Nick Cave et autre Couture. Eux ne sont pas « mainstream », mais ils ont vendu pas mal de disques et remplissaient les salles.

En France, contrairement à d’autres pays, on est catégorisé. C’est très franco-français de penser qu’un artiste ne sait faire qu’une seule chose. Si tu composes de la musique de film, tu ne fais pas de chanson, si tu fais de la chanson, tu ne composes pas de musique de film. Il y a une autre différence avec ceux que tu cites dans ta question… je n’ai pas fait un tube. Même si aujourd’hui, ça ne veut plus dire grand-chose, à leur époque, ça voulait dire beaucoup. Et puis, je peux aussi me dire que je n’ai pas le talent suffisant pour devenir aussi populaire qu’eux. Il faut bien aussi se remettre en question.

François Staal - "Où Que J'aille" [Clip officiel]

Cela dit, tu n’es jamais allé voir une maison de disque.

Je n’ai pas envie. J’aime mon métier à un point tel que je ne peux pas concevoir de ne pas le faire comme je l’entends complètement. Si je fais des concessions, je perds ma raison de vivre et je me perds moi-même. C’est peut-être excessif ce que je te dis là, mais c’est la pure réalité. J’ai la volonté de proposer autre chose musicalement. Rien que ça, c’est un succès d’y parvenir… c’est une résistance.

Souffres-tu de ce manque de reconnaissance ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, pas du tout pour mon ego. J’ai vécu beaucoup de choses avec mes musiques de films, je n’ai donc aucune frustration. Le manque de reconnaissance pour la chanson, j’en souffre pour une raison. Mes amis musiciens, techniciens qui se donnent à fond en m’accompagnant, j’aimerais pouvoir les rémunérer correctement. Là, je suis juste dans un système d’échange avec eux. Je n’ai pas les moyens de faire plus.

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandor

Pendant l'interview...

Tu te décrètes « poète rock ». Tu n’as pas peur que cela fasse prétentieux ?

A un moment donné, j’ai décidé d’assumer le fait d’être un poète. Parfois, je sens bien qu’on me trouve prétentieux, mais je m’en moque. Je suis un poète parce que j’écris de la poésie. Je n’ai pas dit que j’étais un bon poète, mais je suis poète. Il n’y a pas à y revenir.

Ce qui est sûr, c’est que tes textes ne sont pas frontaux.

Je n’aime pas ça chez moi. J’aime ça chez les autres comme Brassens ou Brel. Personnellement, je ne suis pas à l’aise avec les chansons trop directes. J’aime la poésie baudelairienne. C’est une manière de transposer les choses métaphoriquement. J’apprécie que les gens puissent s’approprier le sens de mes chansons. A la base, il y a toujours un sens précis, mais je m’arrange pour qu’il ne soit pas compris clairement. Pour être honnête, dans mes écrits, je laisse aussi une part de mon inconscient. Parfois, je pars dans un sens qui ne m’est même pas complètement ouvert.

François Staal - "Arctic Bay" [Clip officiel]

Considères-tu écrire des chansons subversives ?

Oui, justement pour la raison qu’on ne comprend pas forcément du premier coup ce que j’ai voulu dire. Il y a des sens cachés qui dissimulent des propos pas toujours lisses en résonance avec le monde d’aujourd’hui.

L’incertain est un album magnifique.

Merci de me le dire, j’ai souvent plein de doutes et ça fait du bien de se l’entendre dire…

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandor

Après l'interview, le 5 octobre 2016.

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandor

18 avril 2013

Emilie Marsh : interview pour La rime orpheline

476747_10150787373019834_980981027_o.jpg

(Photo : Tristan Sébenne) 

Émilie Marsh a sorti le 25 mars dernier un album plein d’énergie et de poésie.

La pétillante fille aux cheveux rouges, qui passe sa vie à chanter, va pouvoir être entendue d’un plus large public. « La rime orpheline » est le 1er album en sortie nationale d’Émilie Marsh, financé aussi grâce au soutien de 87 membres du site participatif Ulule le 15 novembre 2012.

J’ai découvert la jeune femme au Pic d’Or de l’année dernière. Elle était accompagnée d’Étienne Champollion, son musicien/arrangeur et j’avais beaucoup apprécié leur prestation.

Une mandorisation s’imposait.

Le 18 mars dernier, Émilie Marsh est venue à l’agence.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandorBiographie officielle un peu traficotée:

Douceur qui désarme, audace qui désarçonne. Une présence, une voix qui sourit. Qui raconte, questionne. Une chanson symphonique, une pop lumineuse. Émilie Marsh.

À ses côtés, l’homme-orchestre Étienne Champollion (piano, guitare, accordéon, vibraphone, carillons en tous genres et instruments jouets). Un magicien. Arrangeur-architecte.

Émilie Marsh c’est un goût de la rencontre artistique, du mélange des genres où la chanson se confronte à une orchestration classique.

On a déjà pu voir le duo en première partie de bon nombre d’artistes.

Prix de l’Adami et Prix Edito-Musiques lors du tremplin Vive la reprise !, Premier prix jeunes talents de Châtillon (92), Prix de la musique SACEM du Pic d’or de Tarbes, Second Prix lors de la Truffe de Périgueux...

La rime orpheline, son premier album vient de sortir.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandor

Interview :

Quand je t’ai vu la première fois sur scène, à Tarbes au Pic d’Or de l’année dernière, j’ai tout de suite compris que tu avais été musicienne de formation. 

J’ai d’abord appris le piano et la musique dans une école de musique, puis très vite, ayant trouvé que les cours étaient un peu rébarbatifs, j’ai continué toute seule. J’avais envie de faire de la musique qui me plaisait.

Ce qui est bien, c’est que tu as de solides notions musicales.

Oui, surtout grâce au conservatoire de musique actuelle d’Aix en Provence. Là, tu fais du rock et de la chanson. Il y avait aussi des ateliers d’écriture. Ce n’est pas la même approche qu’en classique où tu as de la théorie et tu l’appliques après. Là, ça part vraiment de ta sensation, ton écoute et tu dois retranscrire ce que tu entends… au niveau outil, c’était chouette.

J’imagine que les ateliers de texte t’ont particulièrement intéressée…

Oui. Avant la musique, j’ai écrit des textes. Depuis que je suis gamine, j’écris plein de trucs. Des histoires, des poèmes, des projets de livre qui n’ont jamais abouti. C’est ensuite qu’en parallèle, j’ai commencé la musique. Un jour, j’ai allié les deux. Mais, je me suis rendu compte que ce que je préférais, c’est d’écrire des chansons.

Clip de "Je n'oserai jamais".

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandorTu travailles avec Étienne Champollion depuis 2006. J’ai du mal à vous dissocier.

On se connait depuis que l’on a 15 piges. Quand on était ado, on avait participé à un concours de poésie nationale, « Poésie en liberté ». Nous étions lauréats tous les deux. Quelques années plus tard, on a décidé de faire de la musique ensemble. Émilie Marsh, c’est un projet qui est à mon nom, mais on toujours bossé ensemble. Ce qui est bien, c’est que tout est très clair entre nous. Il n’y a jamais de problèmes d’ego. J’écris textes et musiques et lui fait les arrangements. J’avais besoin d’écrire des choses en mon nom et les porter moi-même.

On entend parler de plus en plus de toi ces derniers temps, mais tu es sur scène un peu partout et très souvent depuis de 2006…

Oui, avec ce projet-là. Sinon, je faisais partie d’un groupe de pop rock quand j’étais au lycée. Je ne chantais pas encore, je jouais juste de la guitare et j’écrivais les chansons. Quand le groupe s’est séparé, j’ai décidé de chanter moi-même.

Tu n’as jamais fait de scène seule ?

Si, au tout début, mais en effet, pas très longtemps. Pendant un an, j’étais en piano-voix ou guitare-voix. Avec Étienne, on a essayé plein de formations. On a joué à trois, quatre, dix même pour un projet particulier… on est retourné en duo depuis deux ans. On s’est rendu compte que c’était finalement la bonne formule.

Vous avez fait bon nombre de concours, de tremplins musicaux… et parfois même, vous les remportez.

Sur scène, on est beaucoup plus fort et confiant quand on est tous les deux. Comme c’était l’année où on allait sortir l’album, c’était l’année où il fallait qu’on nous voie. S’exposer, se montrer aide à faire connaître le projet.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandor

(Photo : Tristan Sébenne)

Cet album est une belle carte de visite.

Oui, même si à l’heure actuelle, on existe beaucoup plus par la scène. Une sortie nationale d’un album te permet de te donner une meilleure visibilité.

Tu consacres ta vie à la musique.

Avec Étienne, on est intermittent depuis deux ans, donc on vit de la musique. C’est déjà un énorme palier franchi parce qu’il n’était pas évident.

Plusieurs chansons de ton album m’ont interpellé parce qu’elles ont des thèmes communs. Le doute, le non-passage à l’acte immédiat.

Mes chansons tournent beaucoup autour du manque, de l’absence, de la tension du désir.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandorIl y a une chanson qui s’appelle « Audace ». Cet album est audacieux. Tu dis les choses clairement, sans passer par différents filtres.

Mes chansons sont directes, mais en même temps, il y a des détours. J’aime le fait d’évoquer, de suggérer…

Il y a une chanson sur la transsexualité, Lady Boy.

Oui, celle-là est assez frontale, en effet. C’est une chanson très pop, que tout le monde peut chanter, toutes générations confondues. Les enfants l’adorent d’ailleurs, même si je sais qu’ils ne captent pas du tout le propos original. Une musique légère et des propos importants…  J’aime travailler ce genre de contraste.

Est-ce que cet album est impudique ?

Quelle drôle de question ! Ce disque dit pas mal de chose, mais je trouve que j’ai suggéré malgré un aspect qui peut paraître un peu frontal. Tu sais, dans cet album, je me déplace. Ce ne sont pas forcément des histoires que j’ai eues ou des gens que j’ai connus, mais ce sont des choses qui m’ont touché à un moment donné.

C’est bien de s’inventer son monde.

Ce sont forcément des choses qui ont résonné en nous en tout cas.

Le clip de "Vanille".

Dans « Vanille », la jeune femme qui chante est jalouse de son amoureuse.

En fait, c’est une personne qui attend que l’autre la regarde. Vanille, c’est l’image de la fille libertine et libre qui mène les autres en bateau. La personne que je chante est à la fois dans une souffrance et dans un désir de la garder. Quand on veut garder quelqu’un, malheureusement, on est prêt à accepter des choses qui ne nous ressemblent pas forcément, des choses qui peuvent blesser.

Ça fait du bien d’expulser des choses personnelles dans ses chansons ?

Je ne peux pas faire autrement, en fait.  Parfois, je suis obligé de dire les choses telles qu’elles sont, même si, je le répète, parfois j’emprunte des chemins de traverse pour les exprimer.

emilie marsh,la rime orpheline,interview etienne champollion,mandor