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22 février 2017

Fabien Muller : interview pour son roman La vitre

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J’aime la maison d’édition Editions Olivier Morattel. Elle est exigeante. Et elle publie des livres qui m’ont toujours intéressé (Quentin Mouron, si tu me regardes !) J’ai donc ouvert cette « vitre » en toute confiance. Et je n’ai pas été déçu. J’ai ri puis, au fur et à mesure que l’histoire se déroulait, j'ai retenu mes larmes. On croit lire la simple histoire d’une jeune femme dépressive et, subitement, on atterrit dans un thriller psychologique mené de main de maître. Fabien Muller (c’est l’auteur... qui a un blog formidable ici) est très fort. On ne se méfie pas de lui, on ne se méfie pas de son histoire... et bim ! Son histoire nous happe et on ne parvient pas à s’en extirper. On ouvre « La vitre » et je vous garantis qu’on n’a pas envie de la refermer (je sais, c’est facile…)

Le 17 janvier dernier, nous nous sommes retrouvés dans mon restaurant-bar préféré parisien, Le Hibou pour une première mandorisation (qui, j'espère, ne sera pas la dernière).

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor4e de couverture :

« Je suis née à sept mois. Pas pu attendre. Ma mère m’a expulsée distraitement, avec détachement, comme on sort les poubelles. »

Depuis toujours Hélène a le sentiment de voir le monde à distance, de ne pas en faire partie. Introvertie à tendance dépressive, elle traverse la vie en évitant tout contact avec l’autre pour ne pas trébucher et sortir des schémas ordinaires, rassurants et établis. Quand elle rencontre Camille, huit ans, et son jeune père mystérieux au passé trouble, c’est l’équilibre de leurs existences fragiles qui est remis en cause, existences qui vont exploser au hasard d’un évènement fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandordramatique.

Roman tour à tour tendre, drôle et tragique, La vitre est avant tout l’histoire d’une renaissance.

L’auteur :

Fabien Muller est né en 1974 à Paris où il vit toujours. Auteur de cinq livres remarqués, dont Comment je suis resté inconnu (Editions Paul&Mike) et L’inconvenance du désastre (Editions Langlois Cécile), il tient aussi une rubrique hebdomadaire pour le magazine français Version Femina. La vitre (Editions Olivier Morattel) est son premier ouvrage publié en Suisse.

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L'interview, le 17 janvier 2017, au Hibou.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorInterview :

Fabien Muller s’est aussi appelé Jean Fabien.

J’ai commencé à écrire parce que je m’ennuyais au bureau. J’ai décidé de le faire de manière discrète. Il se trouve que je racontais notamment mes expériences sexuelles d’expatrié. Je n’avais pas envie que ça tombe dans les mains de n’importe qui. J’ai cherché le pseudo le plus stupide possible.

Pourquoi le plus stupide ?

La stupidité, c’est pas mal pour se cacher. Il y avait quelque chose de l’ordre de la pochade dans mon premier livre. Il n’y avait pas un vrai projet littéraire derrière, je voulais juste faire marrer mes potes.

Tu as commencé à écrire quand ?

En 2008. J’ai commencé en me disant que la tâche était insurmontable, donc j’ai écrit par envie, pas pour me faire publier. Mais à un moment, on arrive avec une masse de choses qui vous font dire qu’il y a là peut-être un livre.

Au final, il y a eu trois livres sous le pseudonyme de Jean Fabien.

Le premier édité s’appelait Le journal d’un écrivain sans succès, après il y a eu La perspective du primate et ensuite Comment je suis resté inconnu. Dans ces trois livres, il y a la thématique de la lose. La lose dans l’amour et l’absence de réussite professionnelle.

Tu aimes bien les personnages de loser ?

Oui, ils sont toujours sympathiques. Je peux me permettre de lui en mettre plein la tête sans que ce soit sinistre.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorLe journal d’un écrivain sans succès raconte quoi?

C’est l’histoire d’un jeune informaticien qui rêve d’être édité. Mais il est beaucoup trop paresseux pour se mettre à travailler son écriture et surtout, il attire toutes les tuiles possibles et imaginables. J’évoque à la fois le monde de l’entreprise et le monde de l’édition, ainsi que leurs absurdités respectives

Et Comment je suis resté inconnu ?fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

Là, c’est l’histoire d’un wannabe qui aimerait bien être écrivain, mais qui se fait voler un de ses manuscrits par une ex. Elle parvient à se faire éditer à sa place. Quelques années plus tard, elle revient pour réclamer le deuxième tome parce que son éditeur le lui demande. Le type se retrouve à écrire un deuxième livre pour une ex dont il est encore un peu amoureux, ce qui lui fait oublier ses rêves de célébrité. Je parle beaucoup du monde de l’édition dans mes romans.

Ton envie d’écrire, tu te l’expliques ?

J’ai toujours cherché une façon d’exprimer quelque chose. Pendant très longtemps, j’ai fait de la guitare. Je prenais beaucoup de plaisir à faire de la musique, mais j’ai vite su que je n’avais pas beaucoup de talent pour aller au-delà dans ce domaine. Quand j’ai commencé à écrire, j’ai fait un blog, et j’ai constaté que je faisais marrer les lecteurs. Là, le feedback était immédiat. Qu’il soit positif ou négatif, ça créait un cercle vertueux. Plus j’avais de retours, plus j’avais envie d’écrire, plus ça me faisait du bien. Au final, je me suis mis à écrire régulièrement.

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Parle-moi de ton blog, Jean Fabien, auteur sans succès.

A la base, j’avais créé ce blog dans l’idée de faire du buzz avant la sortie de mon premier livre. Je racontais l’histoire d’un écrivain trop paresseux pour écrire, mais qui essaie de se motiver en se disant que, s’il devient écrivain, ce sera plus facile avec les filles. Bon, je n’ai pas fait un gros buzz, mais ça m’a permis de construire ce personnage de loser pathétique. Aujourd’hui, mon blog propose des billets d’humeurs et d’autres sur le monde de l’édition. Mon blog m’oblige à travailler, à réfléchir, à me confronter à l’écriture, ainsi, je ne tombe pas dans l’oisiveté.

Jean Fabien ressemble-t-il à Fabien Muller ?

Quand j’écrivais Jean Fabien et que je racontais à mes amis qui il était, un loser sympathique, tout le monde me répondait que je racontais ma vie. Il doit y avoir une part de moi chez Jean Fabien, mais je force le trait au maximum. A 30 ans, Jean Fabien était encore puceau, dieu merci, moi j’ai été dépucelé à 29 ans.

Parlons de ce livre signé Fabien Muller, La vitre. Là, du coup, il y a un changement d’écriture ? fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

J’envoie régulièrement mes ouvrages à Grégoire Delacourt qui est quelqu’un d’adorable. Il trouvait que j’avais toujours le même style. Un jour, il m’a demandé de me lâcher et d’écrire un livre qui me fasse peur. J’ai commencé La vitre en me mettant dans la peau d’une femme dépressive, on est assez loin de la thématique de Jean Fabien. Ce livre me faisait peur, car il nécessitait d’écrire hors de ma zone de confort, d’écrire quelque chose que je ne vis pas moi-même. Je ne suis pas dépressif… et encore moins une femme.

Tu as mis du temps à l’écrire ?

Oui. J’ai mis plus d’un an et demi à écrire la première version. Il y a un vrai travail d’écrivain dans le sens où il y a un travail de cohérence et que ce livre ne me ressemble pas.

Il y a plusieurs parties dans ce livre.

Pour moi, il y a trois parties. Celle où on présente Hélène qui, bien que dépressive, à une dernière arme pour elle : une certaine ironie et une bonne dose d’humour sur elle-même qui sont ses défenses immunitaires, son dernier rempart avant de sombrer. C’est pince sans rire et même parfois assez cynique. Il y a la deuxième partie, celle de la rencontre avec la petite Camille. C’est tout ce qu’Hélène n’est pas : la joie de vivre, la résilience et l’énergie. Et puis, à partir d’un élément dramatique – point central qui fait basculer le livre –, on bascule dans une espèce de thriller psychologique.

La narratrice est Hélène, tu racontes donc une histoire en te mettant dans la peau d’une femme. C’est compliqué ?

En tout cas, il faut se faire relire par des femmes. Un homme n’utilise pas du tout le même vocabulaire qu’une femme. Culturellement, les hommes et les femmes parlent différemment. Deuxième point, les femmes pensent différemment. Enfin, dans la façon dont une personne interagit avec son environnement, dont une personne réagit à des évènements, c’est pareil,  l’homme et la femme ne fonctionnent pas de la même manière. Là aussi, la relecture par des femmes a été primordiale.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorC’est marrant, en lisant La vitre, je n’ai pas su si Hélène était une belle femme. Aucun indice…

Ça me fait plaisir que tu me fasses cette remarque. Je ne la décris pas et c’est volontaire. Il y a une tentation sexiste à commencer par décrire physiquement une femme dans un livre. C’est l’enfant, Camille, qui lui dit « tu es belle ». C’est là qu’elle comprend qu’elle pourrait être quelqu’un de désirable, quelqu’un qui peut renvoyer une image attirante.

Tous les personnages de ton roman ont leur part d’ombre et de lumière.

Je ne sais plus quel écrivain disait : « chacun porte en soi son enfer et son paradis ». Hélène peut paraître antipathique ou un oiseau tombé du nid que l’on a envie de protéger. Elle est assez ambivalente. Elle est asociale, son rapport au monde est hyper complexe, mais elle est attachante quand même.

Ton éditeur, Olivier Morattel est exigeant ?

Hyper exigeant ! J’ai passé des heures au téléphone avec lui, j’étais épuisé. C’est une force de travail, alors que je suis un gros paresseux. Il m’a boosté, mais il m’a bien fait souffrir. Sans lui, je crois que je ne serais pas arrivé au bout.

Ce n’est pas vexant de se faire reprendre souvent ?

Il m’a beaucoup fait réécrire, alors que moi-même je réécris beaucoup. Je suis capable de réécrire 100 fois une phrase. Il m’a fait enlever tout mon premier chapitre pour rentrer directement dans le sujet, la vie d’Hélène. Un autre éditeur, que je ne nommerai pas, m’a dit un jour : quel que soit ce que tu écris, une fois que tu penses que c’est finalisé, tu enlèves les 20 premières pages, elles ne servent à rien. Olivier et lui n’ont pas tort.

C’est émouvant la sortie d’un nouveau livre ?

Oui, parce que celui-ci est le premier livre que ma mère a lu sans lever les yeux au ciel. Il n’y a pas de gros mots, de scène de sexe à plusieurs (rires). C’est à peu près propre. Il y a du rire, de l’émotion, c’est un livre sombre, mais plein d’espoir… Je pense que c’est un livre cohérent, mais multiple.

Tu es président d’une maison d’édition, Paul & Mike.

Après avoir été édité chez eux, avec deux autres personnes, j’ai été amené à racheter Paul & Mike qui faisait faillite. C’est pour ça qu’après, j’ai cherché un autre éditeur. Je ne voulais pas m’éditer moi-même, je trouve cela un poil schizophrénique.

Tu lis donc beaucoup de manuscrits.

Oui, et je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup de choses originales. On reçoit 1000 manuscrits par an. Si dans les 1000, il y a 10 de manuscrit originaux, c’est le bout du monde.

Tu travailles sur un nouveau livre ?

J’essaie de finir un conte philosophique politico-écologique qui s’appelle L’homme immobile. C’est l’histoire d’un homme qui ralentit jusqu’à s’arrêter complètement et en s’arrêtant, il se met à observer le monde. Sinon, je viens de finir un polar pour rire qui s’intitule Une histoire de détective racontée par une chaussette. Je ne l’ai pas encore envoyé à un éditeur…  

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Après l'interview, le 17 janvier 2017.