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20 janvier 2022

Mélie Fraisse : interview pour l'EP Eclosion tardive

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(Photo : Poppy Moukoukenoff)

Mélie Fraisse est une belle découverte. J’étais passé un peu à côté de son premier EP interprété en langue anglaise. Par contre son deuxième EP, Eclosion Tardive, m’a envoûté immédiatement. Sa voix assurée (parfois susurrée) m’a embarqué sans jamais me lâcher tout au long de ses cinq titres aussi modernes qu’universels. Mélodiste hors pair, cette musicienne parvient avec douceur à bousculer son auditoire. La force tranquille disait le slogan… je dirais dans le cas de Mélie Fraisse, la pop tranquille.

Très efficace.

Nous nous sommes rencontrés, il y a quelques semaines dans un bar parisien pour évoquer son parcours et cette nouvelle aventure musicale. (C’est d’ailleurs à ce moment que j’ai appris/percuté que Bertille Fraisse, mandorisée trois fois, était sa sœur).

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter son EP.

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(Photo : Poppy Moukoukenoff)

Biographie officielle :

Mélie Fraisse est une artiste complète, Premier prix de violon, Conservatoire national de musique de Paris, formation supérieure aux métiers du son. Née à Sète, elle grandit avec les chansons de Brassens, étudie le classique, rencontre le Grand répertoire et participe aux tournées de l’Orchestre français des jeunes. Puis la musique de son cœur, pop et rock, prend une place différente, plus intense. Musicienne pour les autres, sur scène et en studio (Raphaelle Lannadère, Albin de la Simone, Cats on Trees, Arandel, Maestro, Hburns, Laura Cahen), et arrangeuse, elle développe son métier comme l’artisan qu’elle revendique être, fille de ferronnier. Instrumentiste et créatrice, elle écrit pour le théâtre et le film des musiques illustratives déjà remplies de cette couleur qui la caractérise, nostalgique et sensible. Après un premier EP en anglais réalisé par Frédéric Soulard (Poni Hoax/Maestro/Jeanne Added), en 2017, elle retrouve la langue française, qu’elle manie de sa fibre littéraire, et le chemin du studio. Textes, composition, interprétation et arrangement, elle en ressort aujourd’hui avec ce magnifique EP, du temps volé à l’accélération du monde, de la sérénité trouvée.

mélie fraisse,éclosion tardive,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse) :

Éclosion tardive, traduction littérale de “ late blooming “ : se trouver sur le tard, prendre le temps. Un set rempli de puissance, sur lequel Mélie Fraisse pose son fil, voix éraillée et grave, sur les instruments polymorphes qu’elle joue tous sur cet EP. Équité dans les textes, dans les instruments et dans les arrangements, sa musique à l’esthétique forte est la bande-son d’une époque où il est impossible de se positionner qu’a demi. Comme un souffle à l’oreille, la violoniste Mélie Fraisse invite à l’impudeur en nous ouvrant les portes de son univers sensible. Ses chansons aux arrangements prolifiques arpentent des textes nuancés, contrastés d’émotions, récit des transitions de la vie d’une femme. Mélodiste hors-pair, elle grave ses refrains sur des orchestrations écrites et profondes. Synthétiseurs, violons qu’elle utilise autant pour leurs qualités lyriques que dans une orchestration rythmique, sa machinerie de cordes pulse des arrangements en boucles infernales. Ses arpeggios nous emportent au-delà des mots vers un univers mélancolique mais bien terrestre. Un voyage au-delà de l’imaginaire, tableaux après tableaux.

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(Photo : Poppy Moukoukenoff)

mélie fraisse,éclosion tardive,interview,mandorInterview :

Tu es née à Sète et tu as été biberonnée à Brassens. Ce n’est pas un peu caricatural ?

Ce n’est pas caricatural parce que, quand tu as un papa guitariste qui t’endort avec Georges Brassens, on peut dire que c’est la réalité. Il était fan de cet artiste, j’ai donc vraiment été élevée à sa musique.

Ce qui n’est pas probant dans la musique que tu fais toi.

Non, mais dans mon set, je fais une reprise de Brassens, « La complainte des filles de joie ». C’est une chanson évidemment réinterprétée à ma manière.

Tu as fait le Conservatoire, ton parcours musical est donc « classique ». Ce sont tes parents qui t’ont incitée à suivre ce cursus ?

Nous avions une certaine éducation. Nous faisions de la musique, de la danse et il fallait bien travailler à l’école. C’était notre package de base. Ma mère disait que c’était « une corde de plus à notre arc ».

"Paris" extrait de l'EP Eclosion tardive.

Vous étiez quatre enfants (deux filles et deux garçons), tous logés à la même enseigne.

Oui, et j’ai quatre cousins. Je suis originaire de Corse par mon papa, alors chaque année, on se retrouvait tous dans la maison familiale. Les huit enfants que nous étions faisaient des spectacles intégrants danse et musique. Le village se déplaçait pour venir nous voir. Il y avait jusqu’à 300 personnes. Donc, je dis souvent que je fais ce métier depuis l’âge de huit ans parce que je n’ai jamais arrêté depuis.

A la sortie du Conservatoire, grâce à Christophe Rosenberg (coordinateur pédagogique, nouvelles technologies, musiques amplifiées, Philharmonie de Paris - Cité de la musique), tu rentres à la Philarmonie de Paris. Qu’est-ce que cela t’apporte ?

J’apprends à faire des sons et jouer avec d’autres. C’est la musique avec un grand M. Je découvre ce que j’ai envie de véhiculer. La musique, c’est de la pop, mais c’est aussi Bartok. Actuellement, j’y anime des ateliers qui s’appellent « Du son à la composition ». On y reçoit des jeunes, des groupes ou des adultes. Ils savent jouer ou pas, peu importe. On met à leurs dispositions toutes sortes d’instruments très différents et nous faisons de l’improvisation générative (forme d'improvisation libre, basée sur des principes d'écoute et d'invention musicale instantanée). On ajoute du sample puis de la MAO (musique assistée par ordinateur), on refait de l’improvisation, ce qui nous permet de voir jusqu’à quel point on peut aller loin musicalement avec zéro technique. C’est magique.

"Une considération sur le temps", extrait de l'EP Eclosion tardive.

Parce que tu as raté tes bourses scolaires, tu es aussi passée par les Bateaux Parisiens. Belle expérience ?

Oui. Je jouais dans les péniches aussi bien des standards de jazz que du Michael Jackson. C’est une magnifique école. Malgré mes diplômes, c’est ça qui m’a fait avancer dans mon métier. C’est vraiment la meilleure école d’adaptabilité. J’ai rencontré des magnifiques musiciens avec lesquels je bosse encore aujourd’hui.

Tu joues pour d’autres artistes et pas des moindres. Là encore, c’est une bonne école ?

Je me sens beaucoup plus libre quand je ne suis que musicienne. Travailler pour les autres m’apporte beaucoup et je suppose que je leur apporte aussi un peu. Je sers leur musique et je me nourris de la leur. C’est un bénéfice réciproque.  

"Je pars", extrait de l'EP Eclosion tardive.

Tu écris aussi des musiques pour le théâtre ou pour des films.

J’adore ça. J’ai la chance d’écrire vite. Ce sont des respirations. J’aime être les oreilles des réalisateurs ou des metteurs en scène. Ils savent ce qu’ils veulent, mais je suis le prolongement de leur désir musical. Je m’imprègne de l’œuvre sur laquelle je dois travailler, je laisse décanter et j’y reviens plus tard.

Tu y mets un peu de toi ?

Toujours. D’ailleurs, on vient me chercher pour ma couleur musicale.

Tu préfères travailler pour toi ou pour les autres ?

J’aime l’alternance.

Quand as-tu décidé d’être artiste « leader » ?

Il n’y a jamais eu de déclic, mais il y a un moment où ça m’a tellement brûlé que je l’ai fait. C’est venu rapidement, mais cette décision était emmagasinée depuis longtemps.

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Pendant l'interview...

Ton premier EP était en anglais, Eclosion tardive est en français. Quelles sont les différences de façons d’écrire ?

On n’écrit pas de la même manière. L’anglais te met plus en distance de sens. C’est beaucoup plus poétique et abstrait, il me semble. Là, je suis revenue plus dans l’héritage de la chanson française, de plus, au mixage, ma voix est plus devant, même si on entend bien les arrangements très musicaux derrière.

Ce que tu écris est très personnel ?

Oui. Parfois, j’ai une violence en moi dont j’ai envie de me débarrasser, donc, j’écris une chanson. C’est une sorte de purge. Parfois, c’est le moyen de pouvoir dire des choses que je n’aurais pas pu dire autrement. On écrit une chanson pour une raison et après, elle ne nous appartient plus. Les gens se l’approprient, me la renvoient comme ils l’ont comprise, ce qui me permet de l’écouter d’une autre manière. Une chanson est vivante.

La prochaine étape ?

C’est la sortie d’un album. La seule question est : dans quelle condition ? Cela dépendra des humains que je croiserai…

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Après l'interview.

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