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21 février 2008

Agnès Bihl... en tête!

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Ce petit bout de femme, ça faisait un moment que je la lorgnais discrètement.

Pensez… la chouchoute de Charles Aznavour, elle devait avoir un truc en plus que les autres. Aznavour, l’est pas du genre à mettre en avant quiconque. 40 ans qu’il n’avait pas de première partie.

Et là, badaboum ! « Bonjour mam’zelle Bihl, voulez-vous chanter avant moi lors de ma tournée et au Palais des Congrès ? ».

Le truc de fou pour une jeune artiste. Et moi, je vous le dis sincèrement, je m’incline devant elle. Du coup.

Merde, Charles Aznavour, quand même !

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ffacf3e443065257b467aa34ef3dbacc.jpgLe deuxième album d’Agnès Bihl, Merci maman, merci papa a remporté un succès d’estime du public, mais a aligné prix sur prix des professionnels (Grand Prix de l’Académie Charles Cros, Prix Sacem-Francis Lemarque, Prix Félix Leclerc, Prix Jean-Pierre Carrefour… non, là, je déconne). S’en est suivi une tournée de plus de cent dates.

« Agnès Bihl revient avec un disque, Demandez le programme, qui s’inscrit dans la réalité de la chanson française actuelle ». (Cette phrase, je l’ai piqué sur son site. Je trouve qu’elle ne veut pas dire grand-chose, mais, elle sonne bien. Hop ! Je la pompe !).

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La semaine dernière (le 12 février dernier), je suis convié à rejoindre la belle dans sa loge de l’Européen. Je suis venu en courant. (C’est une image).

Elle m’accueille, un sourire jusque-là. (Cette expression, à l’écrit, est tout à fait intéressante).

-Vous fumez, ça ne vous dérange pas si je fume, parce que là, j’ai bien envie de fumer ? me demande-t-elle sans que j’ai le temps de répondre que ça ne me dérange pas.

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Elle est pétillante. C’est banal comme réflexion que je me fais à moi-même tout seul, parce que c’est quand même un peu l’image qu’elle donne.

Je m’installe dans la petite (toute petite) pièce qui fait office de loge. Je lui dis que je suis fan d’Allain Leprest. C’est vrai, mais si je me permets de lui raconter ma vie, c’est que j’aimerais savoir si c’est vraiment en le voyant à La Folie en Tête, cette minuscule salle parisienne, qu’elle a eu envie de chanter.

(Rappelez-moi de faire une note sur la rencontre plus qu’alcoolisée entre Leprest, Romain Didier et Mandor…)

-En fait, c’est en voyant Allain que j’ai eu le déclic pour écrire moi-même mes textes. J’ai commencé en chantant des reprises de vieilles chansons de Paris. Du Brassens, du Ferré, du Barbara, du Renaud… lui, Leprest, il m’a fait comprendre qu’il fallait que je chante ce que je pense au plus profond de moi-même.

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Bon, en tout cas, elle excelle en la matière… et je suis ravi qu’enfin, une artiste de son acabit soit reconnue à sa juste valeur.

-Mais , ça n’a rien d’un conte de fée, croyez-moi! Ça fait 10 ans que je fais ce métier-là. D’ailleurs, je ne suis toujours pas très connue.

(Rires)

-Il est encore tout à fait le temps de me découvrir. Moi, je franchis les étapes petit à petit. Je viens de la scène et je vous assure que c’est un travail de fourmi.

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Je ne peux m’empêcher de lui parler d’Aznavour… ce dernier monstre sacré. Vraiment le dernier car, le matin même, Henri Salvador mourrait. Agnès Bihl me dit être peinée puis on revient à l’homme aux 3000 chansons.

-Il y a deux choses qui intéressent Charles. Ce sont les textes et la présence sur scène. Ce sont ces deux côtés là qui ont fait qu’il m’a pris sous son aile. Il m’a dit : « comme quoi… les grandes dames se camouflent toujours chez les petites bonnes femmes. Émanant d’Aznavour, c’est un sacré compliment.

 

 

 

 

Je lui dis, en cherchant les mots pour ne pas être maladroit, que je trouve qu’elle travaille à l’ancienne. Elle rit.

 

-C’est vrai. Je vais même jusqu’à dire que je suis une avant-ringardiste… J’adore la mythologie d’avant. Notez que, quand je fais le métier d’auteur, je ne me sens pas artiste. Non, je me sens plutôt artisan. J’ai l’impression d’assembler de la matière, travailler des matériaux, pour réussir à retranscrire précisément une émotion, un tableau, une colère, un coup de gueule ou un rire…

Elle s’arrête, puis me dit :

-Quand j’étais jeune, je voulais être danseuse de french cancan, c’est vous dire si je suis parfaitement intégrée dans mon époque. On est bien au XIXe siècle, là ?

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La dame à de l’humour. C’est d’ailleurs étonnant de constater qu’elle ressemble à ses chansons.

-J’aime bien passer du rire aux larmes. Je suis quelqu’un d’un peu cyclothymique. Je ne passe jamais une journée avec la même humeur. J’aime bien alterner des moments profonds et des moments moins graves. Pour tout dire, je me plais à faire rire les gens… ça donne une bouffée d’air. Je ne suis pas neurasthénique. 

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La chanteuse bouge beaucoup. Elle est accroupie sur sa chaise, puis s’assoie, puis se lève, puis s’accroupie de nouveau… puis se relève. Une boule d’énergie. Elle veut me prouver ses dires.

-J’écris constamment. D’ailleurs, j’ai toujours mon carnet sur moi.

Elle fouille dans son sac et me montre les premières pages.

-Il y a des phrases regardez ! Mais, approchez ! Un début de chanson là, vous voyez ? Ici, c’est une nouvelle chanson que je viens de finir… je l’ai essayé hier soir, sur scène.

Je plaisante : « c’est donc directement du producteur au consommateur ! ».

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Bouillonnante est le mot qui colle bien à ce qu’elle est sur le moment. Je tente une question sur la chanson française. Qu’en pense-t-elle et est-elle en danger ? Enfin, bref, une question très conne.

 

-Il y a suffisamment de combats dans mes chansons, d’indignations aussi, pour qu’en plus, je me fasse porte-drapeau d’un genre qui se porte très bien. La chanson française n’a jamais été malade que je sache.

Preuve en est : les compositeurs qui ont participé à l’album d’Agnès Bihl. Que du bon ! Tom Poisson, Alexis HK, Aldebert

-Il y a un absent dans cet album et je le regrette… je rêve d’avoir un titre d’Yves Jamait ou de chanter avec lui.

Tiens ! Excellente idée !

Ces deux-là ont la même sensibilité et un amour commun pour la scène et le public. Une façon entière de se livrer aux personnes présentes dans la salle.

-Quand je suis sur scène, je me sens artiste. La véritable générosité n’est pas seulement de savoir donner au public, c’est aussi de recevoir l’émotion, les rires, les applaudissements et les regards du public. Il doit y avoir du dialogue et une fusion…

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La môme Bihl boit de l’Euphon en sirop. Je lui demande pourquoi elle se drogue. Elle se marre.

-Je sors d’une énorme grippe, du coup, le boulot est de faire en sorte que ça ne s’entende pas. Lors des deux premières à l’Européen, j’avais 40 de fièvre…

J’adore la voix d’Agnès Bihl. Un peu haut perchée, un peu voilée, un peu éraillée, un peu vacillante par moments. Sur le fil du rasoir, constamment. Non, elle ne va pas décrocher… Elle chante des mots d'urgence, des mots utiles, si peu futiles... délibérément, je ne vous en dis pas plus sur les thèmes de ses textes. Il faut les découvrir. Un grand choc.

-Je vais vous dire, la vraie violence, c’est le tabou… la vraie violence, c’est de faire comme si tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je suis persuadé que l’on peut tout dire, ça dépend comment on s’y prend. On peut tout chanter, même crûment, si on reste pudique. Brassens disait : « Je préfère montrer mon cul plutôt que montrer mon cœur. »

Là, je sens que c’est l’idéal mot de la fin.

Quoi ajouter de plus ? Rien.

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Si.

Agnès Bihl est en concert à l’Européen jusqu’au 23 février.

Et puis, 15 tableaux signés Agnès Bihl sont exposés dans cet établissent. Leur univers rappelle celui de ses chansons : impertinence, jeux de mots révélateurs et indignation face à l’absurdité. J’ai parsemé cette note des 4 premières cartes postales issues de cette exposition. Disponible sur l’ensemble des concerts !

Allez, encore des petits bouts d'elle...

 

 

 

 

 

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