10 juin 2013
Pic d'or 2013 : Bilan (1)... la finale en vidéo
Le jury 2013, la directrice et la nounou des artistes...
L'édition 2013 du Pic d’Or s’est tenue les 24 et 25 mai dernier au Théâtre de Nouveautés de Tarbes (Hautes-Pyrénées).
C’est la deuxième année que l’organisation du Pic d’Or me fait l’honneur de me demander de faire partie du jury de ce tremplin. J’avais accepté l’an dernier « pour voir », malgré les réticences énormes que j’avais à juger les artistes et, pour certains d'entre eux, les éliminer.
Être membre d’un jury, ce n’est évidemment pas que ça. Il s’agit surtout de mettre en avant et de récompenser ceux que nous estimons les plus méritants. Cette partie-là s’impose d’ailleurs moins à moi, je dois l’avouer.
Dans cette première chronique « bilan » et avant de publier celle des coulisses de ces trois jours formidables passées là-bas, je vous propose de voir les prestations des finalistes.
Force est de constater que le Pic d’Or est, depuis trois ans, un tremplin qui réunit une partie de la fine fleur de la scène française d’aujourd’hui. Je le disais déjà l’année dernière (c’est d’ailleurs ça qui est fou, un tel bis repetita), j’ai rarement vu sur une même scène, un plateau composé d’aussi talentueux artistes en devenir. Je ne dis pas ça en l’air. C’est la réalité des faits. A ce propos, j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi le France 3 du coin ne couvre absolument pas l’évènement. Mystère et boule de gomme ! (Y a-t-il tant que cela des manifestations musicales de cette tenue dans la région. Très certainement (je ne vois que ça…).
Je remercie ici Corinne Labat (à l’énergie communicative), la présidente du Pic d’Or, ainsi que Florence Cortes, la nounou des artistes (et un peu celle du jury aussi) et tous les bénévoles (sympas et efficaces) de nous avoir tous accueillis admirablement et chaleureusement.
(Une pensée à Christian Garcia qui est à l'origine de mon entrée dans cette aventure. Je n’oublie pas.)
(Photo : Nöt Pixbynot)
En tant que membre du jury, tout comme l'année dernière, je ne donne pas mon avis personnel sur les uns et sur les autres, mais j’ai évidemment mes préférences et mes évidences. Cela étant, vous lirez dans quelques futures chroniques des mandorisations de ceux qui ont eu ma faveur. (Je suis donc très hypocrite sur ce coup-là. Une fois n'est pas coutume.)
Des artistes, des organisateurs, des autres membres du jury (dont vous verrez les interviews à la fin de cette chronique), de l’ambiance générale, je parlerai dans ma prochaine chronique (avec photos et commentaires).
Pour toutes ces belles vidéos, un grand merci et surtout un grand bravo à Pascale Sonneville Paugam et son mari (pour Via communication, une agence de communication multimédia créée depuis 8 ans sur Tarbes dont le cœur de métier est, justement, la production vidéo) !
Askehoug (mandorisé ici): Pic d'Or.
La remise du Pic d'Or à Askehoug.
Jesers (mandorisé là) : Pic d'argent.
La remise du Pic d'argent et du Prix du public à Jesers.
Leïla Ssina : Prix d'interprétation et prix de l'ACP Manufacture de la Chanson.
Remise du prix d'interprétation à Leïla Ssina.
Manon Tanguy (mandorisée ici) : Prix de la musique et prix de l'ACP Manufacture de la Chanson.
Remise du prix de la musique à Manon Tanguy.
Guillo : Prix du texte.
Remise du prix du texte (que je remets chaque année. Merci Corinne Labat et Stéphane Rigot) à Guillo.
Les autres finalistes non primés (mais qui aurait très largement pu l'être).
Après les 10 finalistes, voici les interviews des 4 membres du jury "parisiens" par Pascale Sonneville Paugam.
Commençons avec le chef, le président Arnold Turboust (auteur, compositeur, interprète. On connait de lui le single "Adelaïde" en duo avec la comédienne Zabou et il est l'auteur des musiques de grands succès d'Etienne Daho tels que "La notte, la notte", "Tombé pour la France", "Pop satori", "Epaule tatoo", "Le grand sommeil" et "Pour nos vies martiennes"...)
Dans cette vidéo, beaucoup d'images des délibérations du jury...
Thierry Cadet, journaliste du site musical HorsCène, chanteur, animateur sur Télé Melody et co-créateur du Prix Georges Moustaki.
Jean-Charles Pasqualini, fondateur et rédacteur en chef de Platine et animateur sur Télé Mélody. Par ailleurs, il est régulièrement sollicité par les grandes chaînes de télévision pour des interviews (50 mn Inside, 100% Mag, Accès Privé, L’édition spéciale, Planète Music Mag…). Il a signé plusieurs livres sur la chanson et conçu plus d’une centaine de compilations et coffrets de Piaf à Sanson.
Et bibi, pour finir.
17:19 Publié dans Pic d'Or | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pic d'or 2013, finale, interview jury, thierry cadet, jean-pierre pasqualini, arnold turboust, françois alquier, askehoug, dyne, jesers, tony melvil, maeva, manon tanguy, leïla ssina, guillo, simon autain, virgule
18 avril 2013
Emilie Marsh : interview pour La rime orpheline

(Photo : Tristan Sébenne)
Émilie Marsh a sorti le 25 mars dernier un album plein d’énergie et de poésie.
La pétillante fille aux cheveux rouges, qui passe sa vie à chanter, va pouvoir être entendue d’un plus large public. « La rime orpheline » est le 1er album en sortie nationale d’Émilie Marsh, financé aussi grâce au soutien de 87 membres du site participatif Ulule le 15 novembre 2012.
J’ai découvert la jeune femme au Pic d’Or de l’année dernière. Elle était accompagnée d’Étienne Champollion, son musicien/arrangeur et j’avais beaucoup apprécié leur prestation.
Une mandorisation s’imposait.
Le 18 mars dernier, Émilie Marsh est venue à l’agence.
Biographie officielle un peu traficotée:
Douceur qui désarme, audace qui désarçonne. Une présence, une voix qui sourit. Qui raconte, questionne. Une chanson symphonique, une pop lumineuse. Émilie Marsh.
À ses côtés, l’homme-orchestre Étienne Champollion (piano, guitare, accordéon, vibraphone, carillons en tous genres et instruments jouets). Un magicien. Arrangeur-architecte.
Émilie Marsh c’est un goût de la rencontre artistique, du mélange des genres où la chanson se confronte à une orchestration classique.
On a déjà pu voir le duo en première partie de bon nombre d’artistes.
Prix de l’Adami et Prix Edito-Musiques lors du tremplin Vive la reprise !, Premier prix jeunes talents de Châtillon (92), Prix de la musique SACEM du Pic d’or de Tarbes, Second Prix lors de la Truffe de Périgueux...
La rime orpheline, son premier album vient de sortir.
Interview :
Quand je t’ai vu la première fois sur scène, à Tarbes au Pic d’Or de l’année dernière, j’ai tout de suite compris que tu avais été musicienne de formation.
J’ai d’abord appris le piano et la musique dans une école de musique, puis très vite, ayant trouvé que les cours étaient un peu rébarbatifs, j’ai continué toute seule. J’avais envie de faire de la musique qui me plaisait.
Ce qui est bien, c’est que tu as de solides notions musicales.
Oui, surtout grâce au conservatoire de musique actuelle d’Aix en Provence. Là, tu fais du rock et de la chanson. Il y avait aussi des ateliers d’écriture. Ce n’est pas la même approche qu’en classique où tu as de la théorie et tu l’appliques après. Là, ça part vraiment de ta sensation, ton écoute et tu dois retranscrire ce que tu entends… au niveau outil, c’était chouette.
J’imagine que les ateliers de texte t’ont particulièrement intéressée…
Oui. Avant la musique, j’ai écrit des textes. Depuis que je suis gamine, j’écris plein de trucs. Des histoires, des poèmes, des projets de livre qui n’ont jamais abouti. C’est ensuite qu’en parallèle, j’ai commencé la musique. Un jour, j’ai allié les deux. Mais, je me suis rendu compte que ce que je préférais, c’est d’écrire des chansons.
Clip de "Je n'oserai jamais".
Tu travailles avec Étienne Champollion depuis 2006. J’ai du mal à vous dissocier.
On se connait depuis que l’on a 15 piges. Quand on était ado, on avait participé à un concours de poésie nationale, « Poésie en liberté ». Nous étions lauréats tous les deux. Quelques années plus tard, on a décidé de faire de la musique ensemble. Émilie Marsh, c’est un projet qui est à mon nom, mais on toujours bossé ensemble. Ce qui est bien, c’est que tout est très clair entre nous. Il n’y a jamais de problèmes d’ego. J’écris textes et musiques et lui fait les arrangements. J’avais besoin d’écrire des choses en mon nom et les porter moi-même.
On entend parler de plus en plus de toi ces derniers temps, mais tu es sur scène un peu partout et très souvent depuis de 2006…
Oui, avec ce projet-là. Sinon, je faisais partie d’un groupe de pop rock quand j’étais au lycée. Je ne chantais pas encore, je jouais juste de la guitare et j’écrivais les chansons. Quand le groupe s’est séparé, j’ai décidé de chanter moi-même.
Tu n’as jamais fait de scène seule ?
Si, au tout début, mais en effet, pas très longtemps. Pendant un an, j’étais en piano-voix ou guitare-voix. Avec Étienne, on a essayé plein de formations. On a joué à trois, quatre, dix même pour un projet particulier… on est retourné en duo depuis deux ans. On s’est rendu compte que c’était finalement la bonne formule.
Vous avez fait bon nombre de concours, de tremplins musicaux… et parfois même, vous les remportez.
Sur scène, on est beaucoup plus fort et confiant quand on est tous les deux. Comme c’était l’année où on allait sortir l’album, c’était l’année où il fallait qu’on nous voie. S’exposer, se montrer aide à faire connaître le projet.

(Photo : Tristan Sébenne)
Cet album est une belle carte de visite.
Oui, même si à l’heure actuelle, on existe beaucoup plus par la scène. Une sortie nationale d’un album te permet de te donner une meilleure visibilité.
Tu consacres ta vie à la musique.
Avec Étienne, on est intermittent depuis deux ans, donc on vit de la musique. C’est déjà un énorme palier franchi parce qu’il n’était pas évident.
Plusieurs chansons de ton album m’ont interpellé parce qu’elles ont des thèmes communs. Le doute, le non-passage à l’acte immédiat.
Mes chansons tournent beaucoup autour du manque, de l’absence, de la tension du désir.
Il y a une chanson qui s’appelle « Audace ». Cet album est audacieux. Tu dis les choses clairement, sans passer par différents filtres.
Mes chansons sont directes, mais en même temps, il y a des détours. J’aime le fait d’évoquer, de suggérer…
Il y a une chanson sur la transsexualité, Lady Boy.
Oui, celle-là est assez frontale, en effet. C’est une chanson très pop, que tout le monde peut chanter, toutes générations confondues. Les enfants l’adorent d’ailleurs, même si je sais qu’ils ne captent pas du tout le propos original. Une musique légère et des propos importants… J’aime travailler ce genre de contraste.
Est-ce que cet album est impudique ?
Quelle drôle de question ! Ce disque dit pas mal de chose, mais je trouve que j’ai suggéré malgré un aspect qui peut paraître un peu frontal. Tu sais, dans cet album, je me déplace. Ce ne sont pas forcément des histoires que j’ai eues ou des gens que j’ai connus, mais ce sont des choses qui m’ont touché à un moment donné.
C’est bien de s’inventer son monde.
Ce sont forcément des choses qui ont résonné en nous en tout cas.
Le clip de "Vanille".
Dans « Vanille », la jeune femme qui chante est jalouse de son amoureuse.
En fait, c’est une personne qui attend que l’autre la regarde. Vanille, c’est l’image de la fille libertine et libre qui mène les autres en bateau. La personne que je chante est à la fois dans une souffrance et dans un désir de la garder. Quand on veut garder quelqu’un, malheureusement, on est prêt à accepter des choses qui ne nous ressemblent pas forcément, des choses qui peuvent blesser.
Ça fait du bien d’expulser des choses personnelles dans ses chansons ?
Je ne peux pas faire autrement, en fait. Parfois, je suis obligé de dire les choses telles qu’elles sont, même si, je le répète, parfois j’emprunte des chemins de traverse pour les exprimer.
15:41 Publié dans Les coulisses du show biz, Musique, Pic d'Or | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emilie marsh, la rime orpheline, interview etienne champollion, mandor
13 octobre 2012
Laetikèt : interview pour l'EP Super 8

J’ai rencontré et vu évoluer sur scène Laetikèt pour la première fois au Pic d’Or de cette année. Mais je connaissais son existence d’artiste. Je savais qu’elle évoluait dans la région de Limoges et qu’elle chantait ses propres ballades avec une sensibilité proche de ce que j’aime dans la chanson. J’ai profité d’un de ses passages parisiens, pour la convier à l’agence. Le 28 septembre dernier, elle arrive toute bronzée et radieuse.
Avant de lire l’interview, voici sa biographie officielle.
« Multi-instrumentaliste (Percussionniste, accordéoniste, guitariste), sa voix accompagne avec merveille tous ces instruments sur scène dans un one woman band show sensuel, à la fois décapant énergique et fragile. C’est avec des textes ciselés que Laetikèt, entremêle les doutes, la peur, la rage de l’impuissance face à la fatalité. Un climat aérien nous tient également sur ces titres comme un fil sur lequel on se ballade funambule dans ce bel univers. Elle a fait la première partie de partagé le plateau France Bleu du Printemps de Bourges 2009 avec Tiken Jah Fakoly et Daniel Darc. Laetikèt a remporté le 3e prix du trophée France Bleu de la Truffe de Périgueux en août 2008. Finaliste du Pic d'Or de Tarbes en 2011, on a pu la croiser sur des premières parties de Madjo, les Popopopo's, les Bombes de Bal ou encore Jacques Higelin. Sélectionnée pour les Voix du Sud (Francis Cabrel), l’artiste revient desRencontres d’Astaffort. »
Interview :
Après un premier album en 2010, Pipoland, tu sors un EP, Super 8.
J’aime bien la démarche de sortir un EP. Je trouve que c’est une bonne solution d’en faire plus régulièrement, plutôt que de sortir un album tous les trois ans.
En même temps, ton EP a 6 titres. À 4 près, tu aurais pu sortir un album, finalement.
Je me suis fait la réflexion aussi (rires). Les 4, du coup, je me les garde pour la scène.
Ça fait 6 ans que tu fais ce métier, tu n’es donc pas précisément une débutante.
Grosso modo, j’ai toujours fait de la musique. Sur la région de Limoges, j’ai joué comme batteuse dans des groupes de rock. Mes deux instruments de prédilection sont la batterie et l’accordéon. La guitare est venue bien après, juste pour m’accompagner. D’ailleurs, c’est cet instrument qui a été le déclic. À partir du moment où j’ai su en jouer, l’écriture est arrivée dans ma vie. Ça m’a débloqué complètement.
Ton répertoire à toi tend vers une pop folk.
Contrairement à mon passé musical plus tonitruant, j’aime bien ce qui est feutré, plus doux et simple.
Il faut avoir la foi en soi pour être artiste aujourd’hui, non ?
Il faut y croire. Les moments où je n’y crois plus, je me pose un moment et, irrémédiablement, ça revient après. Ce métier, c’est une bataille, mais c’est aussi un défi avec soi-même. Il faut garder une constance malgré les passages à vide. Tu sais, à côté, je suis musicothérapeute. J’interviens dans les établissements spécialisés avec des adultes et des enfants handicapés, des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer. Je travaille en lien avec des psychologues et toute l’équipe paramédicale. J’apporte le côté artistique dans un protocole de soin. Je joue de l’accordéon, je chante et je les fais participer.
C’est passionnant, mais ce doit être quelque chose d’éprouvant, non ?
Moi, ça me fait un bien fou. Si je ne fais que de la scène, je ne me sens pas utile. Quand je suis avec ces personnes « emmurées » avec eux-mêmes, à la fin de la journée, je sens qu’il s’est passé quelque chose. Ça me permet aussi de relativiser beaucoup les difficultés de mon métier.
Cette partie-là de ta vie, modifie-t-elle ta perception de l’être humain, du monde et donc, est-ce que cela t’incite à écrire ce que tu vois autour de toi ?
Même si je suis confrontée à la souffrance, je ne pense pas que ça influe vraiment. J’écris plutôt des tranches de vie. Mes chansons ne sont généralement pas autobiographiques.
Jamais ?
Il est difficile de faire abstraction de la part de soi, mais j’essaie de ne pas trop me regarder le nombril dans mes chansons. Je veux aller vers quelque chose de plus large que le « moi je », « moi je »…
Dans ton répertoire, j’aime ce côté sombre et ironique matinée d’une pincée d’espoir.
C’est toujours sur un fil. Je n’arrive pas à écrire des chansons si je ne suis pas dans la tourmente. Quand je vais bien, je vis. Je me sers de la tourmente pour libérer un peu mon mal-être momentané et mes doutes éventuels.
Les journalistes ont le défaut de vouloir comparer les nouveaux artistes avec des artistes plus connus, pour situer un peu. Avec toi, je n’ai pas trouvé la moindre ressemblance.
On me dit souvent que ma voix et mes textes font penser à la chanteuse Rose. J’aime bien cette artiste, mais honnêtement, je ne trouve aucune ressemblance.
Tu écoutais quoi, dans ta prime jeunesse ?
Santana, Police, Sting, les Beatles et aussi Cabrel.

Laetikèt avec maître Cabrel lors des 35e Rencontres d'Astaffort.
En parlant de Cabrel, tu as participé en avril dernier aux 35e Rencontres d’Astaffort.
Oui, c’était une superbe expérience, mais bien perturbante. Quand tu te retrouves à 15 avec des gens que tu ne connais pas ayant, de surcroit, des univers complètement différents, ce n’est pas évident. Moi, j’ai l’habitude de la solitude dans la création. Là, on se retrouve nue devant tout le monde. Je n’arrivais pas à me livrer comme ça. Petit à petit, au fil des jours, je me suis aperçue que j’étais vraiment faite pour bosser seule (rires). Plus sérieusement, il y a eu de belles rencontres et j’ai rencontré des gens avec lesquels j’avais plus d’affinité que d’autres. J’ai appris des choses sur la manière de composer, avec des structures très théoriques.

Laetikèt avec Jeanne Cherhal (marraine des 35e Rencontres d'Astaffort), en plein cours.
Chanter, c’est un acte impudique ?
Tu trouves ?
Je ne sais pas. Je ne suis pas chanteur. Mais, c’est ce qu’on me dit souvent.
Oui, c’est vrai. Il y a ce côté-là où on est à poil. C’est plus livrer les textes que chanter qui est impudique. Le tout, c’est porter la pudeur correctement.
Il paraît aussi que c’est épuisant de tenter de se faire connaître.
Tout dépend ce que tu attends comme reconnaissance. Moi, je veux juste vivre de ma musique et pouvoir chanter dans de bonnes conditions, avoir les moyens de présenter de beaux spectacles. Je vais avoir une résidence au mois de janvier 2013 et je vais bosser avec l’ancien metteur en scène de La Grande Sophie. L’idée est d’être fière de ce que je veux présenter sur scène dans les mois prochains.
Tu fais parfois des concerts à domicile et des concerts IDTGV.
Oui. Premièrement, c’est vraiment très agréable à faire, les gens sont sympathiques et très à l’écoute. Deuxièmement, on écoule beaucoup d’albums, ce qui n’est pas négligeable.
Tu donnes aussi des cours de batterie, de percussions.
Oui, je gagne ma vie ainsi, et avec les ateliers de musicothérapie dont nous parlions tout à l’heure, je m’en sors. De toute manière, je n’aime pas faire qu’une seule chose. Tu vois, je mène ma barque, avec toujours la musique en toile de fond.
17:30 Publié dans Les coulisses du show biz, Pic d'Or | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : laetikèt, super 8, interview, pic d'or, pipoland, mandor
08 septembre 2012
Pierrot Panse : interview pour Façon de panser

Voilà encore un artiste repéré lors de ma participation au Pic d’Or 2012 en tant que jury. Pierrot Panse et ses deux excellents musiciens ont conquis les amateurs de bonnes chansons dites « traditionnelles ». Je n’y suis pas insensible non plus. Le 31 aout dernier, j’ai demandé à ce très sympathique artiste de venir à l’agence pour que j’en sache un peu plus sur lui.
"...Pierrot panse, c’est la chanson à vif, celle qui raconte, sans fioritures, sans gros souliers.
En novembre 2010, il sort son 1er album, “Façon de panser”.
Des bouts de vie qui s’empilent, qui se cassent la gueule, on ramasse tout et on recommence ; ça rit, ça pleure, ça rêve, ça grince des dents… c’est bizarrement foutu un être humain !
Pierrot se cogne à la vie ! Mais si certains y laissent des plumes, lui les attrape au vol, et au détour d’un mot, d’une mélodie, remèdes à tous les maux, Pierrot panse les blessures et apaise les tourments. Ses chansons sont comme des caresses, on est là, on les écoute, on ferme les yeux et on se sent bien. Pourtant Pierrot, entier, nous livre aussi ses colères et ses déboires les plus embarrassants, le tout avec une proximité déconcertante. Des textes sincères, tantôt touchants, tantôt drôles et toujours une musique judicieusement choisie..."
Pierrot Panse est composé de toi, Guillaume Ougier (guitare/chant/compo/texte), Sofia Miguélez (accordéon/chœurs) et Édouard Heilbronn (Basse). Pierrot Panse, c’est un chanteur accompagné de musiciens ou un groupe ?
Pierrot Panse laisse imaginer un nom de groupe ou un nom de chanteur. Tout le monde pense que c’est mon vrai nom. Le pseudo que j’ai choisi est un verbe. C’est un projet que j’ai commencé seul, après petit à petit, j’ai rencontré des musiciens et j’ai eu envie de partager ça avec du monde. Je me rends compte que, du coup, on est souvent considéré comme un groupe, alors que c’est mon projet. Juste, je suis entouré des deux mêmes musiciens. Ils me sont essentiels. J’aime beaucoup ce côté qu’un groupe peut avoir dans ce qu’il partage.
C’est un album qu’il faut écouter attentivement. J’y ai trouvé quelques références, principalement, du Mano Solo.
Je ne m’en cache pas, c’est l’artiste qui m’a donné envie de chanter. On n’a pas la même voix, mais ce rapprochement que l’on fait doit avoir un rapport avec la manière dont je la pose. L’intonation aussi est proche, ce vibrato chevrotant, je l’ai quand même pas mal atténué par rapport à mes débuts. Cela étant, je n’ai pas le sentiment de faire du Mano Solo. Je peux même te dire que je suis en train de m’en détacher et de trouver ma voix personnelle.
Tes autres influences ne sont pas françaises d’ailleurs ?
Adolescent, j’écoutais les Pink Floyd à fond. Ça se sent chez moi dans les intros de mes chansons qui sont parfois très longues. D’ailleurs, le deuxième album va sonner plus électrique dans les ambiances. Il y a un autre groupe que j’aime beaucoup, c’est Radiohead. Ils font de l’électrique intelligent, pas de l’électrique bourrin. Je pioche un peu des autres, je l’avoue, pour faire une musique à moi. Mais, tu sais, on fait tous cela, consciemment ou inconsciemment.
Tu penses déjà au deuxième album, donc.
J’ai écrit beaucoup de chansons pendant une période, aujourd’hui j’essaie de voir ce que je peux vivre encore pour alimenter d’autres textes. Même musicalement, il faut que je raccroche mon wagon à ce que je ressens aujourd’hui.
Sur scène, tu sens aussi qu’il faut que tu évolues ?
Chanter et jouer en même temps un instrument, ce n’est pas pareil que chanter en ne faisant qu’interpréter sa chanson sans se soucier d’autres choses. Parfois, je me sens coincé derrière ça et en même temps, jouer un instrument, ça peut servir de carapace. Moi, sinon, je ne sais pas trop quoi faire de mes mains. Il n’est pas impossible que je joue de moins en moins de guitare pour n’interpréter mes chansons qu’avec mon corps. Sur scène, il faut que j’apprenne à bouger un peu plus.
Dans la vie, tu as beaucoup d’humour et tu es un peu pince-sans-rire. On le remarque peu
dans tes chansons.
Il y a des touches ponctuelles, mais ce n’est effectivement pas ce qui domine. Ce que je vais te dire va te paraître paradoxal, mais j’adore faire rire les gens sur scène, entre les morceaux. En même temps dans l’art, ce n’est pas ce que je privilégie. Pour moi, un bon film n’est pas un film dans lequel je vais me marrer. Ce sont plus des choses qui me prennent aux tripes. Je ne fais pas du Oldelaf, même si j’apprécie réellement son talent. « La tristitude », je l’ai regardé et écouté 1000 fois et je trouve ça super drôle, mais, je n’envisage pas la chanson de cette manière. Même dans mes chansons plus légères, comme « Le mal de l’air » qui parle juste d’un vieux con acariâtre, il y a quand même du fond derrière. Il y a toujours des doubles sens dans mes chansons qu’on ne perçoit pas à la première écoute. Ensuite, chacun intègre une chanson avec son interprétation, c’est normal.
Dans « Pas si loin », tu expliques que pour que la vie te soit favorable, il faut sourire à la vie.
C’est surtout pour dire que l’on provoque un peu le bonheur, je crois. En fait, je suis tout sauf fataliste. C’est là aussi que je peux me retrouver dans les chansons de Mano Solo. Il chantait parfois des chansons dures, de part la vie qu’il avait et de ce qu’il observait, mais il y avait toujours une rage de vivre, un espoir. C’était un combattant, comme il disait.
On te voit moins sur scène en ce moment… je crois savoir que c’est délibéré.
J’en ai fait beaucoup. J’ai fait la majeure partie des bistrots de Paris. C’est assez facile de trouver des dates. Mais, depuis quelque temps j’ai une ambition folle : jouer dans des lieux où les gens t’écoutent vraiment. Dans me répertoire, c’est indispensable d’écouter le texte. En ce moment, je suis donc beaucoup moins présent sur scène, mais au moins, désormais, il y a un respect et une considération dans ce que je fais.
08:52 Publié dans Les coulisses du show biz, Pic d'Or | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pierrot panse, façon de panser, interview, mandor, pic d'or
01 septembre 2012
Thierry Cadet : interview d'un multi-carte des médias.

(Photo: Sand Mulas)
C’est lors de mon expérience comme jury du Pic d’Or que j’ai rencontré Thierry Cadet. Faisant le métier commun de journaliste musical, nous connaissions l’existence et le travail de l’autre, mais nous ne nous étions jamais croisés.
Et la rencontre fut belle.
Depuis, on se voit de temps en temps. Rarement en fait, l’homme vit à Munich. Mais j’aime beaucoup ce garçon. Nous avons sensiblement la même vision du métier et des goûts assez proches musicalement. Son côté tout fou cache une sensibilité qui me touche beaucoup.
Comme il démarre sa deuxième saison sur la chaîne Melody dès cet après-midi (17h), avec son émission Melody 90, (la page Facebook) j’ai décidé de le mandoriser. A l’arrache. Il est venu boire un coup avant-hier avec moi à l’agence… mais j’ai sorti mon magnéto. Il ne s’y attendait pas, mais a joué le jeu de l’intervieweur interviewé.
Interview :
Tu entames ta deuxième saison à Melody. Comment es-tu arrivé sur cette chaîne ?
Je connais Jean-Pierre Pasqualini qui travaille là-bas. Un jour, il m’a présenté l’équipe et moi, j’ai proposé à l’équipe de créer et présenter Melody 90, la petite sœur de Melody 80. Au début, il y a 3 ans, ils étaient un peu réticents. Ils considéraient que les gens n’étaient pas encore assez nostalgiques des années 90. L’année dernière, ils sont venus me trouver considérant que le moment était arrivé.Il y a eu un casting, mais comme j’ai été celui qui a amené l’idée, ils m’ont fait passer un essai en premier. Ils ont été convaincus et ils m’ont gardé.
On ne s’imagine pas, mais tu fais tout de A à Z dans cette émission.
Oui, tu sais, c’est une petite chaîne. Je me maquille et je me coiffe seul… d’ailleurs, ça me prend beaucoup de temps pour me coiffer, comme tu peux t’en douter. Plus sérieusement, j’appelle moi-même les labels pour aller chercher les bêtas d’époque. Mine de rien, c’est très compliqué parce qu’en général rien n’est classé, parce que les labels ont fusionné. Tout a été racheté par Universal, Sony ou Warner… donc, je vais dans les caves et je fouille. J’ai les doigts tout noirs de poussières, mais j’aime bien ce côté explorateur. Il m’arrive souvent de redécouvrir des chansons, voire de m’extasier en tombant sur une béta oubliée.
Il faut que ce soit des tubes, quand même.
Pas que. Par émission, il y a 4 clips. Il y a deux gros « golds », genre un Gala et un Larusso, une rareté, comme Jean-François Coen, « La tour de Pise », Sarah Mondiano, « J’ai des doutes » ou Atlantique « Poussée par le vent » et enfin, ce que j’appelle un dinosaure, une vieille gloire, Sardou, Sanson, Hallyday, Mitchell. Ne crois pas que je ne passe que les Backstreet Boys… j’ai aussi passé deux clips de Mano Solo et le dernier clip de Barbara, « Gauguin ».
De temps en temps, tu as des invités.
C’est une émission hebdomadaire et tous les deux mois, j’ai effectivement un invité. Les prochains seront Léna Ka, Manau et Allan Théo. Avec eux, on revisite le tube de l’époque, on fait deux-trois commentaires dessus. Au retour plateau, on parle de l’actu de l’artiste et on diffuse un extrait de son nouveau clip.
Je sais que tu n’aimes pas qu’on te décrive comme le spécialiste des années 90…
N’être allié qu’aux années 90, c’est un peu réducteur quand on connait mon parcours et mes goûts personnels. Tu sais que je m’occupe beaucoup de la scène indé du moment, notamment avec le Prix Moustaki. Je ne suis pas toujours dans le « mainstream » et les années 90. Mais, bon, ça me fait sourire et ce n’est pas grave.
Ce n’est pas ta première expérience télé… je t’ai vu il y a très longtemps chanter chez Pascal Sevran.
Ça me fait rigoler quand je vois les images, mais j’y pense avec beaucoup de tendresse. J’étais jeune, j’avais des cheveux… j’ai changé. Je suis arrivé dans cette aventure grâce à Alice Dona. J’ai fait son école pendant deux ans. Puis, j’ai eu la chance d’être pris dans une comédie musicale qui est partie en tournée. Elle s’appelait Vacances 2001. On a fait une tournée d’été pendant deux mois avec le podium Europe 1. On a parfois chanté devant 13 000 personnes. Le spectacle étant gratuit, le public venait en masse. C’était ma première expérience scénique et c’était formidable. Ensuite, je suis donc allé chez Sevran dans « La chance aux chanson », j’ai signé un single chez Sony en 1997 avec le boys band « Influences »…
J’adore ton passé. Moi, je t’ai connu comme journaliste. Une plume sur laquelle je tombais souvent. Je ne m’imaginais pas que ce Cadet-là avait eu une telle carrière musicale.
C’est par vague. Je vais être chanteur sur deux-trois années parce que j’ai sorti un disque. Ce fut le cas en 2005, donc, j’ai fait de nombreuses scènes, jusqu’à l’Olympia où j’ai chanté dans le cadre de La Rose d’Or. Ensuite, j’ai été de nouveau journaliste, puis présentateur télé, puis de nouveau chanteur sur un projet annexe… je suis un peu schizophrène et j’ai perpétuellement envie de faire plein de choses.
Tu as fait de la radio aussi.
J’ai travaillé un an et demi à Sud Radio. J’étais chroniqueur le week-end.
Parlons à présent du collectif Les Marguerites contre Alzheimer dont tu es membre et co-fondateur.
Ce collectif part d’une triste histoire. La grand-mère de Cédric Barré et la mienne sont décédées de la maladie d’Alzheimer. Cédric a écrit la chanson « J’y étais pas » et moi, en l’écoutant, j’ai eu l’idée de créer un collectif d’artistes indépendants autour de cette chanson. Je voulais aussi démontrer que les artistes indépendants font le même métier que les autres et qu’ils sont capables de défendre une cause. Le clip a buzzé sur le net. 60 000 vues sur YouTube, ce qui est pas mal pour un projet indé. Du coup EMI est venu nous trouver et nous a signés pour la distribution. Chaque année, on fait un concert à Wassy avec deux artistes populaires pour emmener du monde et un artiste de base du collectif des Marguerites. Le 22 septembre, nous avons un concert avec Ycare, Chloé Clerc et un troisième nom que nous n’avons pas encore. On récolte à chaque fois environ 2000 et 3000 euros. On fait ça à notre petite échelle. J’aimerai bien que ça grandisse, j’ai un projet d’album avec eux.
Tu as aussi cofondé avec Matthias Vincenot le Prix Georges Moustaki.
Dont tu feras partie du jury l’année prochaine.
Ah ! Ça y est, c’est officiel ? Je peux l’annoncer à la face du monde ?
Oui, tu peux. Je valide.
Vendeurs d'enclumes, les gagnants du Prix Georges Moustaki 2012 dans " C'est pas mon genre ".
C’est quoi le Prix Georges Moustaki ?
Michel Kemper avait titré : « Le prix Georges Moustaki, l’antidote aux Victoires de la Musique ». Moi, je ne me positionne pas par rapport à ça, mais je trouvais important qu’il y ait un prix qui mette en avant le travail des artistes indépendants. Ils ont encore plus de mérites que les autres, car ils n’ont pas de force de frappe. Ils financent tout et c’est la passion qui les fait avancer. Ils n’ont pas le choix, ils n’ont souvent aucune structure derrière eux. Cette soirée leur permet de jouer devant des professionnels qui ne se déplaceraient pas uniquement pour eux. Toi comme moi, on est sollicité de part et d’autre, donc on ne va pas voir tous les concerts et là, pour le coup, ils jouent devant un jury de professionnel susceptible de les aider à avancer dans leur démarche.
Il y a aussi des artistes réputés pour attirer la foule.
Oui, l’an dernier, on a eu Enzo Enzo et Jeanne Cherhal qui étaient présidentes et Jérôme Van der Hole qui était parrain.
Swann Ménigot interprète l'acoustique du "P'tit bonheur", présente sur son nouvel à venir...
Une production Horscene
Réalisation et montage : Sand Mulas
Son : Cédric Barré
L’année dernière, tu as remarqué un artiste qui avait concouru pour ce Prix, Swann Ménigot. Il n’a pas gagné, mais tu as décidé de l’aider.
Oui, je le manage. C’est complètement inespéré, je ne m’y attendais pas du tout. Je suis tombé sous le charme de Swan Ménigot qui était, lui, le plus indé des indés. J’aime son timbre de voix, sa plume, son sens des mélodies. J’ai été très juste, je n’ai pas voté pour lui lors de la finale parce que je n’avais pas trouvé qu’il était le plus doué, mais je suis allé le trouver à la fin pour lui dire que j’aimerai bien m’occuper de lui. Là, on est en studio pour faire des pré prods pour signer un disque en label. Une nouvelle aventure...
14:32 Publié dans Les coulisses du show biz, Pic d'Or | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : thierry cadet, melody 90, interview, prix georges moustaki, les marguerites contre alzheimer, mandor
25 juin 2012
Tomislav : interview pour "Avant le départ"
(Photo : Sand Mulas)
Encore un artiste que j’ai repéré lors du Pic d’Or 2012. Après les lauréats de ce tremplin musical (dans la précédente chronique), j’ai demandé à celui qui a reçu le Pic d’argent (voir sa prestation ici), Tomislav, de venir me rejoindre à « l’agence » pour mieux le connaître. C’était le 20 juin dernier.
Cet auteur-compositeur-interprète m’a intrigué, il fallait que je creuse. Je sentais en lui un truc original, très fort. Un type tourmenté qui fait mine de ne pas l’être. (Regardez la profondeur de son regard dans la photo d'ouverture). Je me suis senti touché par ce garçon. Je n’en connais pas encore les raisons précises.
« Tomislav, français d’origine croate, fait de la chanson Folk en « one man band ». Guitare sanglée, grosse caisse et charley aux pieds, il fait hurler son harmo, de coins de rues en plateaux depuis plus de 5 ans. Il nous fait passer d'une ambiance folk acoustique aux accents pop-bluesy, délicieusement intimiste, à des envolées rock n'roll rugueuses martelées du pied.
Les textes de son album Avant le départ sont rageurs ou tendres. Il évoque les frustrations (James Dean), les amours naissantes ou déçues (J’voulais pas / La nuit), les destinées pas forcément heureuses (Tourner les talons / Avant le départ), des instants fugaces (La fille du train). Le propos sait aussi se faire plus grave et intimiste (Je suis là / Où vont les hommes ?). Que dire de « Y’a pas mort d’homme », coécrit avec Maroine Belmatih, alors détenu, est un témoignage poignant sur la condition carcérale. Poignant. Tomislav est loin de renier ses origines croates, il rend un hommage à sa langue paternelle en reprenant le chant traditionnel Tebi Majko Misli Lete. »
Quand on fouine sur les sites de partages de vidéos, je te vois chanter dans plein de contextes différents… tu me donnes l’impression d’être toujours en mouvement.
C’est une des raisons pour lesquelles je fais ce métier. J’ai envie de raconter des choses, j’aime jouer de la musique, mais surtout j’aime rencontrer des gens, des publics et des artistes différents… et voir du pays.
Personnellement, je t’ai découvert au Pic d’or 2012 à Tarbes, mais avant cela, dans un pub de la ville, pour un set acoustique. Je n’étais pas très attentif ce soir-là, mais en te regardant, je me disais que tu dégageais un truc assez fort… très charismatique. Je me suis dit que derrière ce sourire se cachaient beaucoup de choses.
Moi, je suis heureux dans ma vie, du début à aujourd’hui, après, comme plein de vies, il y a des coups à encaisser. Je suis d’origine croate et depuis tout petit, toute ma famille et moi, on a toujours eu le cul entre deux chaises, entre deux vies, deux origines…
Quand tu te rendais en Croatie, en vacances, c’était la guerre.
Oui, j’ai vécu ça. C’était saisissant et tragique. J’ai vu l’ONU partout, les militaires croates étaient présents, les avions de chasse, les coupures d’électricité, les couvre-feux entre 20h et 7h du matin. Plus petit, en Yougoslavie, j’ai vécu les pénuries de lait. Ca posait des problèmes pour les plus petits. On ne peut pas dire que j’ai souffert, mais beaucoup d’évènements durs m’ont marqué. Indépendamment de ça et de mes origines, j’ai un côté éponge et je suis constamment dans l’empathie. Un peu comme quand tu écoutes une chanson qui te rend triste et que tu es heureux d’être triste. Ce n’est pas malsain, mais c’est une émotion qui te remplit tellement que tu trouves ça beau.
" Tourner les talons ". Images : A.Courty / T.Cadet / S.Mulas
Pourquoi être retourné en Croatie pendant les conflits ? Ce n’est pas anodin.
Parce qu’un proche de mon père était gravement malade. Il vivait ses derniers jours, donc il fallait y aller. Au départ, mon père penser s'y rendre tout seul, mais toute la famille voulait y aller avec lui. La guerre ayant commencé, ça faisait 4 ans que nous n’y étions pas allés. Etant habitués depuis tout le temps à des allers-retours là-bas, on avait tous un certain mal du pays. C’est amusant, parce que lorsque nous sommes là-bas, nous avons le mal de la France.
As-tu eu peur là-bas ?
Franchement, j’étais trop jeune pour avoir conscience des dangers. Mes parents n’étaient pas trop rassurés parce que la ligne de front était à une quinzaine de kilomètres de là où nous étions. J’avais un cousin qui allait se battre tous les jours et qui revenait chaque soir. C’était une ambiance très particulière.
Toi, à cette époque, tu écoutais beaucoup de musique. Tu étais déjà dans ce monde-là.
Énormément. J’écoutais comme un fou des groupes comme Les Négresses Vertes ou les Clash. Quand j’étais môme, quand j’écoutais leurs chansons, en même temps, je me faisais des vidéoclips dans ma tête.
Maintenant quetu fais ta musique, tu fais ça toi-même. Tu es maître de ton monde.
(Rires). J’ai commencé la musique en me disant que j’allais écrire aussi. J’ai créé de nombreux groupes avant de me lancer en solo, mais jamais je n’ai fait de groupe de reprises. Dieu sait que mes premières chansons n’étaient pas bonnes, mais au moins, elles étaient originales et on les jouait quand même.
C’est toujours toi qui étais la pierre angulaire de ces groupes ?
Oui, parce que j’étais guitariste-chanteur et parce que j’écrivais les morceaux.
Les Talents Acoustic 2011 avec Tomislav : "Comme une balle".
Pour en revenir à tes 5 frères et sœurs… vous avez dû baigner dans une culture musicale assez intense ?
Oui. Là d’où je viens en Croatie, il y a beaucoup de groupes polyphoniques. Ils chantent des complaintes, des ritournelles qui parlent de marins, de la Terre, de partir… c’est leur culture, plus tu vas à l’est plus les gens sont partis à l’ouest. Mon père nous faisait chanter tous les 6 quand on était môme. Dès qu’il y avait une fête familiale, tout le monde chantait. Les premiers sons de musique que j’ai entendus dans ma vie, c’était des musiques de là-bas. Tu sais, dans ses jeunes années, mon père a accompagné un chanteur croate exilé. Il a beaucoup tourné en Europe pour la communauté croate. Je me souviens aussi, que, lorsque mon père rentrait du boulot, il prenait tout le temps sa gratte.
Que pense ta famille de ton cheminement artistique ?
Ils sont vraiment derrière moi. C’est drôle parce qu’avec mes précédents projets musicaux, je n’avais jamais vraiment convaincu les membres de ma famille, alors qu’avec ce disque, si. Mon frangin est super derrière moi, il me motive comme jamais et me trouve même des concerts. Avec ma frangine, j’ai carrément co-écrit des textes… je pense qu’ils se sont reconnus dans certains textes. Dans un premier temps, ça m’a gêné et aujourd’hui je trouve ça génial parce que j’entraîne ceux que j’aime dans mon sillon.
Livesquat chez Vaea. Tomislav chante "Le temps est à la fête".
As-tu un sentiment de fierté d’avoir, de voir, enfin ton disque en « physique ». Ce doit être émouvant après tant d’années de travail ?
Ma famille, ma compagne, mes amis, Christelle, ma manageuse, ça les rassure un peu. Je sens plus de fierté de leur part que j’en ai personnellement. L’objet matériel, pour les gens qui sont de l’extérieur, concrétise le fait que je sois chanteur. Alors que pour moi, c’est concret depuis le départ. La matérialisation physique de l’objet, ce n’est qu’une étape. Alors, je suis content parce qu’en terme de parcours, c’est un jalon posé. Mais, je n’arrive pas à dire le mot « fierté ». Je n’y arrive pas.
Ce premier disque solo, justement, tu as mis plus de 5 ans à la concevoir…
C’était long et laborieux à tout mettre en place et à enregistrer. J’étais content quand il est enfin sorti. Aujourd’hui, je suis ravi de ce disque, parce qu’il met un terme à une période de 5 ans où j’ai trimé comme un fou, ou j’ai essayé plein de choses… et en même temps, il me permet d’envisager les années qui viennent.
Comment appelles-tu ton style musical ?
Je trouve que me coller moi-même une étiquette est extrêmement compliqué. Il faut à la fois qu’elle puisse te raccrocher à autre chose et en même temps te démarquer du reste. Pour l’instant, je parle de folk blues francophone. J’ai choisi le mot « francophone » plutôt que « français » parce que je ne pense pas être dans la filiation de la chanson française, même si j’en écoute. Dès qu’on dit « chanson française », on te rattache à une sorte de lignée dans laquelle je ne suis pas. Moi, j’écoute énormément de sons anglo-saxons, comme Springsteen, Neil Young, ou plus récemment, John Butler. Mais, je me retrouve aussi dans des groupes comme les Belges d’Été 67 ou les Québécois de Karkwa. Mais moi, vraiment, je tiens à cette riche et belle langue française, donc « francophone » est le terme approprié.
(Photo : Sand Mulas)
Je vais revenir sur le fait que tu fais tout toi-même, que tu apparais sur scène comme un « homme orchestre ». Est-ce que jouer tous les instruments seul n’empêche pas de rentrer complètement dans ses chansons ?
C’est le point vers lequel tu te heurtes au départ. Quand j’ai commencé, il y avait un côté spectaculaire à le faire, et bêtement, je ne misais que là-dessus. Il y avait une partie de mon corps qui était mobilisé d’une certaine façon et juste l’autre partie que je pouvais donner au public. J’étais une espèce d’exécutant et j’ai mis un peu de temps pour comprendre qu’il fallait que j’interprète mes chansons, que je les vive. J’ai donc beaucoup réfléchi là-dessus en travaillant tout l’aspect technique. En faisant en sorte qu’il soit totalement intégré pour ne plus y penser. Il n’en reste pas moins que de jouer avec des musiciens, c’est tout à fait différent.
Au fond, tu préfères quoi ?
Je suis tenté de te répondre, les deux. Quand on maîtrise tout de A à Z, il y a un côté défouloir, un côté très physique et quand tu as fini tu es vidé, tu es lavé. Cela étant quand je suis juste debout devant mon micro avec des musiciens, je suis vidé aussi, mais pas de la même manière. Avec mes musiciens, on arrive à mettre plus de relief à ma musique. La Sainte Trinité du trio, je suis fan… donc, oui, au fond, je préfère cette version-là de la possibilité de présenter mes chansons au public.
Être seul sur scène, c’est aussi une raison économique.
Évidemment. Dans le cadre d’un artiste en développement comme moi, le fait d’être « solo », cela permet d’aller partout plus facilement et de pouvoir faire ton chemin. C’est beaucoup plus compliqué avec une machine un peu plus grosse.
Ce qui me fascine quand je te vois sur scène, c’est que tu parviens à créer des émotions contrastées selon les titres que tu joues. C’est le propre d’un artiste, je le sais, mais chez toi, c’est flagrant. Au Pic d’Or, par exemple, ta chanson « Je suis là » nous a tous sciés. On ne s’attendait pas à un tel choc. Cette façon de raconter la guerre sans vraiment la raconter… bravo !
Quand je crée une chanson, je commence toujours par la musique. Elle fait naître une image, un climat, une ambiance, je la tourne et je la retourne encore beaucoup et au bout d’un moment, il y a une phrase qui sort inévitablement. Pour cette chanson, ce procédé m’a amené sur une thématique épineuse. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse gaffe à ce que je raconte. Je ne voulais pas faire une chanson démago qui dise : la guerre, c’est pas bien.
Au Pic d'Or : "Je suis là".
Donc, tu as choisi de faire parler un Casque bleu qui ne peut que décrire ce qu’il voit et ressent.
J’aime bien partir d’un point de tension. C’est ce que je trouve intéressant dans toute expression artistique, que ce soit un livre, un film ou une chanson… qu’il y ait une tension au départ. Un Casque bleu, dans un conflit, il est en plein milieu de la tension et il ne prend pourtant part à rien. Il est un soldat de la paix. Il est armé, mais ne peut rien faire alors que son âme, sa personnalité, son caractère lui dicteraient d’agir de telle ou telle autre façon. J’ai trouvé que c’était l’angle idéal de me servir à la fois de sa frustration et de son recul pour aborder un sujet comme celui-là.
Malgré les chansons « légères » qui parlent d’amour, parfois de manières très sensuelles, souvent, tout ce que tu racontes est quand même grave. Malgré tes musiques enjouées, vraiment, on devine un homme intérieurement assez noir.
J’aime bien les contrastes, j’aime bien quand ça frotte, quand ça accroche. J’aime bien raconter des histoires pas drôles sur des musiques qui donnent la pêche.
On traîne tous des casseroles, je t’assure que les tiennent ressortent dans ton album.
C’est génial, parce que c’est ça de moins à porter. Lors d’un concert, ce que j’aime bien en tant que spectateur, c’est prendre dans la tronche des émotions très variées. J’aime me marrer, être ému aux larmes, ressentir une colère qui monte, un truc super énergique, la frustration… j’aime bien quand tout ça est distillé parce que pour moi, un concert c’est un moment de vie, et la vie, c’est tout ça mélangé. Moi, je veux provoquer ça dans mon disque ou dans mes concerts.
Dans tes textes, tu évoques les voyages. Les voyages extérieurs, les vrais, et les voyages intérieurs, ceux des méandres compliqués du cerveau. Dans tes chansons, il n’y a rien ni personne de manichéen.
À mesure que le temps passe, tout devient différentes nuances de gris. Plus rien n’est ni tout blanc, ni tout noir. Tu apprends ça à mesure du temps qui passe.
(Photo : Sand Mulas)
Artistiquement, tu te diriges dans quelle direction à présent ?
Je vais défendre cet album en tournée au maximum encore pendant 2 ans. Mais ça fait 5 ans que je suis en solo. Aujourd’hui, j’ai vraiment envie de travailler avec d’autres. Parallèlement à ma carrière perso, je travaille avec une conteuse, Sandrine Mulas (également photographe et réalisatrice video), pour monter un spectacle de conte musical tiré d’un bouquin, « Les contes traditionnels de Croatie ».
N’as-tu pas peur qu’avec ce genre de projet, tu sois catalogué comme le chanteur croate qui chante en français et qui défend son pays ?
C’est un risque, mais je veux bien l’assumer parce que dans ce travail il n’y aucune revendication politique ou identitaire. Je me sens Français, et je suis Français. Mais ma culture musicale croate m’a construit artistiquement autant que les Clash ou Bruce Springsteen ou encore les Innocents. J’ai d’autres projets, mais il est trop tôt pour que je puisse encore t’en parler. Durer, c’est lancer plein de lignes et attraper plein de poissons différents.
Songes-tu déjà à ton nouvel album ?
J’y pense déjà, et mine de rien, j’y travaille déjà. Un cheminement se fait, en tout cas. Moi, je ne peux pas écrire un album en 6 mois. Il me faut du temps. Je veux arriver avec une trentaine de chansons, comme pour celui-là, et n’en garder que la substantifique moelle.
08:35 Publié dans Les coulisses du show biz, Pic d'Or | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : tomislav, avant le départ, interview, pic d'or 2012, pic d'argent
23 juin 2012
Scotch et Sofa : interview pour "Par petits bouts"

(Photo: Lisa Roze, Odile Subra: maquillage, Fred Barat coiffure, Olivia Bidou: stylisme.)
Évidemment, j’avais remarqué et bien gardé dans mon esprit ce duo magnifique qu’est Scotch et Sofa. Je n’irai pas dans la facilité en disant que j’ai été « scotché » en écoutant leur disque, Par petits bouts, pour la première fois, mais c’était pourtant la pure réalité. Difficile de ne pas tomber sous le charme de leur musique et de la voix envoutante de la chanteuse. La possibilité d’une future mandorisation était bien ancrée en moi. Puis, ma participation en tant que juré du Pic d’Or a finalement accéléré les choses. Ils se sont présentés à ce tremplin et l’ont gagné haut la main (voir leur prestation filmée, ici). Du coup, j’ai fait brièvement leur connaissance là-bas. Eux et moi étions bien occupés, donc, nous nous sommes promis de nous revoir à Paris. C’est donc avec plaisir que j’ai accueilli Scotch et Sofa sur mon sofa à « moi » (qui n’est en fait qu’un simple canapé), le 18 juin dernier.
Biographie de Scotch et Sofa (tirée du site RFI Musique) :
Chloé Monin, alias Sofa, chanteuse, et Romain Preuss, alias Scotch, guitariste et beatboxer. Deux mordus de jazz, rencontrés au sein de Jam, l’une des écoles réputées du genre à Montpellier.
Chloé est partagée entre sa future carrière dans le corps professoral et sa volonté de se "lancer" en groupe. Romain, guitariste autodidacte, revient d’Angleterre où il s’est enivré de soul, rythm'n'blues et jazz, et a développé sa technique de "finger-picking" sur une guitare à huit cordes rarissime, si caractéristique du style bien affiché de Scotch & Sofa.
Le duo se distingue par une couleur jazz, une vraie liberté formelle et un chant pastel parfaitement maîtrisé. Publics et professionnels ne s’y trompent pas : les Musik’elles de Meaux en 2006, les Francofolies de la Rochelle en 2007 et nombre de grandes scènes et de premières parties jalonnent le parcours du groupe.
Sur disque, l’univers dépouillé de Scotch & Sofa s’étoffe un peu, mais l’essentiel est là : le très beau timbre cotonneux de Chloé, l’étonnant sens des espaces de Romain, et des textes faussement simplistes et ciselés à merveille.
Interview :
Quand on commence à se faire connaître, la difficulté première est-elle de continuer à tenter d’acquérir un public plus nombreux ?
Romain : Nous, on a l’impression que ça va à une allure modérée et humaine. Ce qu’il se passe autour de nous est super bon signe et ça reste agréable à vivre. Là, on vient de faire le premier disque, donc inévitablement, on pense à la suite. Pour être clair, on pense déjà au deuxième album.
Cela étant, ça fait 7 ans que vous existez et ce que vous récoltez en ce moment ne vous tombe pas dessus du jour au lendemain. Il y a beaucoup de travail. Votre album est sorti il y a deux mois et tout le monde parle de vous… comment prenez-vous la chose ?
Chloé : Je prends tout comme des cadeaux. C’est super agréable, parce que, justement, rien n’est arrivé du jour au lendemain. Comme dit Romain, ça arrive lentement, mais sûrement. Que l’album plaise, que nous passions de plus en plus à la radio, que nous remportions des tremplins, on le prend comme un bonus, mais je t’assure que l’on garde les pieds bien sur terre.
Romain : Moi, la seule réflexion que je me fais, c’est que c’est bien que notre musique parvienne à des gens. C’est ce qu’il y a de plus important.
Chloé : Romain a raison. Nous on fait de la musique et des gens peuvent la découvrir. Si notre progression est douce et lente, on sent que le bouche à oreille fonctionne. Le clip de "Ça se", avec la participation du chanteur Ours y est pour beaucoup...
Vous faites des shows cases dans pas mal d’endroits, de vrais concerts aussi… vous êtes en permanence en activité.
Chloé : Oui, il y a même des scènes qu’on n’avait pas particulièrement envie de faire qui nous ont finalement fait passer presque un meilleur moment que dans une grosse scène dont on attendait beaucoup et ou il ne s’est finalement pas passé grand-chose.
Romain : Pour ma part, j’ai plus peur sur une petite scène que sur une grosse.
Chloé : Quand on arrive sur un Zénith, on peut penser que c’est plus impressionnant, mais quand on est sur scène, nous on voit une masse, pas des individus bien déterminés. Donc, c’est moins impressionnant que de jouer devant une soixantaine de personnes dont on voit tous les regards portés vers soi. C’est plus intimidant.
Romain : Il faut dire que quand nous sommes amenés à jouer devant autant de gens, on est souvent dans une situation d’outsiders puisque , pour le moment, c’est dans le cadre de premières parties. On n’a pas la même pression que les têtes d’affiche. Les gens n’achètent pas les billets pour voir Scotch et Sofa, ils ont juste l’occasion de nous découvrir…

En même temps, il ne faut pas décevoir les spectateurs présents.
Chloé : C’est un challenge et on se donne toujours à fond sur ces scènes-là. On prend ces moments très au sérieux. On a toujours l’intention de se mettre le public dans la poche.
Romain : Comme nous ne sommes que deux, on ne peut pas se permettre de jouer à l’économie. Faut y aller !
Vous êtes fatigués à la fin d’un concert ?
Romain : Moi, je suis très très fatigué.
Chloé : Oui, moi aussi, mais ce sont deux fatigues différentes. Romain, c’est très physique ce qu’il fait sur scène. Quand il fait du beat box, il dépense beaucoup d’énergie, au point de souffrir parfois. Moi, ça me prend peut-être moins d’énergie, mais j’ai l’impression que ça me lessive complètement. Je me sens tellement investie par ce qui est raconté que je puise dedans. A la fin d’un concert, j’ai envie d’aller me coucher. C’est d’ailleurs ce que je fais tout le temps.
En concert, êtes-vous très réceptif aux réactions et attitudes du public ?
Romain : Chloé est beaucoup plus une éponge que moi.
Chloé : Comme je leur raconte une histoire, je suis sensible à comment ils vont la recueillir. Par contre, je ne vais être sensible qu’en positif. Je refuse de me laisser envahir par le négatif quand je suis sur scène.
Extrait du concert du duo Scotch & Sofa dans un appart privé du quartier Gambetta à Montpellier à l'occasion de la sortie de leur album "Par petits bouts". Organisé et filmé par l'association Gumguts.
J’ai une image de vous deux comme des personnes assez secrètes et peu démonstratives quand le concert est terminé.
Chloé : Après le concert, je vais plus vers les gens que Romain.
Romain : Sans aucun dédain, c’est vrai que j’ai tendance à ne pas aller vers les gens. C’est plus de la timidité.
Chloé : Quand je suis sur scène, je suis dans une bulle, alors, c’est vrai que quand c’est fini, crever la bulle, c’est parfois un peu violent. Je prends les concerts un peu comme une mission. J’ai la mission que cette musique se diffuse, du coup, quand on finit le concert, je me dis, « ça ne s’arrête pas là ! ». J’aime beaucoup aller voir les gens, avoir leur retour. Je constate à quel point les gens sont contents d’échanger avec nous, pas uniquement musicalement, mais aussi humainement.

Tout à l’heure, Chloé, tu me parlais de l’investissement que tu mettais en interprétant les textes… ils sont tous signés Céline Righi. C’est facile de rentrer dans l’univers des mots de quelqu’un d’autre ?
Chloé : Au début, la question ne se posait pas parce que ni Romain, ni moi n’écrivions. On est parti à la recherche d’un auteur. On a rencontré aucune autre personne avec qui ça a fonctionné aussi bien qu’avec Céline. Elle est très talentueuse et a su parfaitement comprendre où nous voulions aller. Après, pour notre indépendance, il serait bien que nous jouions sur nos propres textes. C’est quelque chose qui est en train de se mettre en place doucement.
Romain : Je précise que c’est loin d’être du dépit que de travailler avec Céline.
Chloé : Cette rencontre est même presque magique, parce qu’effectivement les gens me disent souvent qu’ils sont persuadés que c’est moi qui ai écrit les paroles.
Il y a des textes qui datent de quelques années. Certains de 6 ans. Il faut pouvoir continuer à les assumer, non ?
Chloé : Le comble, c’est que je pense que je ne les ai jamais autant assumés qu’aujourd’hui.
Avez-vous une forme de lassitude de chanter ces mêmes chansons sur scène ?
Chloé : Non parce qu’elles évoluent perpétuellement. Elles prennent des formes différentes. Pas uniquement au niveau des arrangements, mais aussi de l’instrumentation. « La trouille » et « Ca ce », c’était vraiment deux chansons différentes il y a quelques années. À chaque fois, j’ai l’impression que c’est une nouvelle histoire que l’on raconte.
Romain : Ça me plait encore beaucoup de jouer ces chansons. Je ne sens jamais un poids à interpréter tel ou tel titre. On est même très enthousiaste.
Votre style, c’est de la chanson française, jazz, lounge… etc. Indéterminé finalement ?
Romain : Je n’ai aucun problème à dire que c’est de la chanson française. Mais, elle n’est pas traditionnelle.
Oui, ça tient de votre parcours... Vous vous êtes rencontrés à Montpellier dans une école de jazz. Et le jazz, on en entend un peu par exemple.
Chloé : Ma formation musicale de base est le classique. J’ai commencé à l’âge de 6 ans, j’ai bifurqué vers le jazz bien plus tard. C’était juste un prétexte, pour lâcher le classique, pour lâcher la partition et être un peu plus libre. Après, je n’aurai pas la prétention de dire que j’ai une formation jazz.
Romain : Même en écoutant objectivement nos chansons, je ne trouve pas trop d’ancrage du jazz.
Chloé : Moi, parfois, les gens me disent par exemple qu’on entend un peu ça dans mon grain de voix.
Romain : Personnellement, musicalement et en terme d’écriture de chanson, j’aurais plus tendance à aller du côté de la pop.
Chloé : Je suis d’accord avec Romain. J’ai envie qu’on avance et qu’on ne fasse pas la même chose qu’il y a 6 ans. Je lui fais entièrement confiance pour savoir quel chemin prendre pour nous permettre de nous renouveler et évoluer.
Chloé, ta voix dans un répertoire plus rapide, plus pop… tu t’en sens capable ?
Chloé : Je me pose la question. Mais justement, j’aime ce genre de gageure. Je pense que ça ne sera pas évident pour moi, mais que ça peut le faire.
Sur le titre Visite des Recoins, Oxmo Puccino signe un excellent featuring, sensuel et lent. Mazette Puccino !
Romain : Nous l’avons sollicité il y a longtemps pour avoir son accord de principe, et ça s’est fait assez naturellement. 3 ans plus tard, on lui demande si ça tient toujours et il confirme très gentiment. Le résultat est excellent.
Vous êtes un peu des enfants du chantier des Francos, non ?
Chloé : Oui, ils nous encouragent depuis nos débuts et nous suivent, nous encouragent, nous accompagnent comme des parrains… comme notre album vient de sortir, ils nous ont proposé de faire la première partie de Laurent Voulzy, le dernier jour des Francofolies de La Rochelle 2012.
J’ai l’impression que depuis que ce disque existe, beaucoup de monde souhaite vous prendre sous leurs ailes.
Romain : C’est une question de moment. On est déjà un vieux jeune groupe. On n’est pas en « feu vert » depuis le début. Il y a eu des creux et des bosses. Je suppose qu’il y a des moments ou le propos, l’âge qu’on a et ce que l’on raconte sont un peu alignés. Du coup, ça crée cette dynamique un peu homogène autour.
Chloé : Peut-être aussi que ce que l’on joue correspond à ce que les gens ont envie d’entendre en ce moment. J’ai cette croyance-là.
Je sais qu’en ce moment, vous ne seriez pas contre le fait de trouver un label.
Chloé : Oui, nous allons faire en sorte d’avoir de nouvelles chansons qui pourraient éventuellement être diffusées en radio. Comme nous sommes indépendants, si un label souhaite investir sur nous dans quelques mois, effectivement, ce serait vraiment bien.
C’est quoi pour vous un artiste ? Quelqu’un qui fait rêver ? Quelqu’un qui doit faire réfléchir ?
Romain : Pour moi, déjà, c’est quelqu’un qui est habité. Quelqu’un qui est complètement habité par son propos, quel que soit le mode d’expression.
Chloé : Pour moi, c’est quelqu’un qui a quelque chose à dire, quelque chose à partager et qui le fera par conviction.
Mais est-ce que vous sentez l’utilité qu’a un artiste pour le public?
Chloé : J’ai toujours peur d’entamer un discours pompeux, mais je trouve que l’on donne un bout de rêve aux gens. Ceux qui ont passé toute leur semaine à trimer au travail et qui vont au concert le samedi soir pour un instant d’évasion, je trouve ça magique. Quand ils viennent nous voir en disant qu’ils ont tout oublié de ce qu’il se passe de négatif dans leur vie, qu’ils étaient juste avec nous, à ce que nous racontions, qu’ils étaient pris par l’émotion et qu’ils nous remercient… je me dis que, vraiment, je ne fais pas ce métier pour rien.
Je me pose toujours cette question… c’est dur parfois d’appartenir à un duo ?
Chloé : (En riant) Ah ! Ce n’est pas simple tous les jours. Mais Romain est une des personnes qui m’a fait le plus fait avancer.
Romain : Je trouve ça bien qu’on ne regarde pas toujours dans la même direction, qu’on ne soit pas toujours d’accord, qu’on n’entende pas toujours la même chose. On essaie de se respecter et de s’entendre.

09:17 Publié dans Les coulisses du show biz, Pic d'Or | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : scotch et sofa, par petits bouts, interview, pic d'or 2012; mandor, chloé monin, romain preuss
20 juin 2012
Chloé Laum : Interview pour "40 degrés nord"

Lors du Pic d’Or 2012, j’ai profité de ma condition de membre du jury pour repérer les artistes qui m’intéressaient (en vue d’éventuelles mandorisations). Et j’en ai trouvé. Plus que je ne l’espérais (je vous ai dit que c’était un sacré bon cru ?).
Après Pierre Donoré, voici Chloé Laum (avant de retrouver Scotch et Sofa, Pic d’or 2012 et Tomislav, Pic d’argent 2012, déjà enregistrés). Elle est venue à l'agence le 14 juin dernier.
D’autres les succèderont…
En « enquêtant » sur Chloé Laum (et surtout sur son disque), je suis tombé sur un article d’un de mes éminents confrères spécialisé dans la chanson française, Michel Kemper, qui dit tout (et mieux que je ne l’aurais fait). Cet article, les vidéos et mon interview vous inciteront, je l’espère vivement, à vous pencher sur l’œuvre de cette jeune femme aussi dynamique que pétrie de talent.
« Que doit-on le plus louer en ce disque ? L’élégant digipack ou la superbe (le mot ne suffit pas pour qualifier un tel objet) version livre-disque collector, l’étonnante qualité du son… Ou simplement ce qu’est et ce que chante cette parfaite inconnue qu’est Chloé Laum, chanteuse dont c’est le premier album et dont on ne sait rien. Si ce n’est sa passion du son, des notes et de la langue française, ses artistes tutélaires que sont Brel, Ferré, Reggiani, Angélique Ionatos, Bach, Keith Jarret et quelques autres. Dont on trouve les soupçons, les traces, en cet assez remarquable opus. Il y a dans cet album « l’ambition, le goût des autres, des détours, des chemins de traverse et des musiques d’ailleurs ; le désir de rendre hommage à cette Méditerranée qu’elle admire, à son humanité et son universalité. » C’est une heureuse, une chaleureuse surprise que cette Chloé Laum, une voix fiévreuse et chaude, un sens de la perfection poussé très loin. Et, effectivement, un art assez indéfinissable qui emprunte à diverses rives de part et d’autre du 40°N et fait singulière collection d’émotions, en les partageant, en les offrant à qui sait écouter. Émotions, oui, tant c’est le moteur de cette dame, le justificatif, la raison sociale de ce disque pas tout à fait comme les autres. Chapeau ! »
Michel Kemper.
Teaser de l'album 40 degrés nord.
Tu arrives et tu proposes directement un disque sublime dans un packaging qui l’est tout autant… c’est un livre-disque en fait.
C’est quand même un projet un peu fou de faire de la musique. Quitte à entreprendre les choses, autant y aller à fond, en essayant de se dire que ça va déboucher sur quelque chose. Je me suis demandé comment faire pour se différencier. Envoyer un boitier cristal à tout le monde… j’étais à peu près sûre que ça ne servait à rien. J’ai fait un disque dans lequel je suis allé jusqu’au bout artistiquement de ce que j’étais capable de faire à ce moment-là. J’ai conçu un objet qui donne envie aux gens d’acheter, d’aller dans la découverte de ce que je peux proposer. Il se trouve que j’ai un frère qui est éditeur de livre depuis une dizaine d’années. Un puriste amoureux de l’objet livre, qui en édite, principalement de sciences humaines, des livres assez pointus. Je lui ai demandé de mutualiser nos forces et il a été d’accord pour fabriquer l’objet.
C’est une grande force d’être bien entouré…
Oui, être entouré de gens qui ont du talent, qui bougent et qui ont des projets et une sacrée chance et un gros atout.
Si on ne te connaissait pas, tu n’es pas pour autant une débutante. Tu as même une formation musicale conséquente.
De 5 ans à 15 ans, j’étais au conservatoire, donc la musique n’est pas totalement étrangère à ma formation. Par contre, après, je n’ai pas fait d’étude musicale, je suis partie dans un développement assez classique de mon milieu social d’intellectuels de gauche. J’ai fait des études littéraires, ensuite science-po.
"A mes Aînés" (issu de l'album 40°N) - Version Live - La Dame de Canton à Paris - Mars 2012. Réalisation: Eyes Wild Shot. Chloé Laum, Clarisse Catarino (Accordéon), Martial Bort (Guitare éléctrique), Julien coulon (Guitare), Benoît Laur (Batterie), et Xavier Nikci (Basse).
J’ai senti dans tes textes que tu es quelqu’un de lettré. De par ton écriture et de certaines
références que tu cites.
S’il y a bien un privilège que j’ai eu pendant mon enfance, au-delà de l’argent, c’est bien d’avoir pu accéder à la culture au sens large. C’est une espèce d’ouverture sur le monde et un questionnement permanent. Mes frères, mes sœurs et moi, on a grandi dans cet univers-là.
Il était donc pour toi hors de question d’écrire de simples « chansonnettes ».
Je me disais qu’en tant qu’interprète, je ne pouvais faire autrement que de dire des choses.
Dans « Mes aînés », tu cites Aragon et Neruda… Comme tu y vas ! Tu ne fais pas tout pour acquérir un large public !
Le public qui achète de la musique au sens large, il s’est considérablement réduit. Les gens qui seraient intéressés par mon projet sont plus dans la catégorie de ceux qui achètent de la musique, qui ne se demandent pas s’ils téléchargent ou pas et qui ne rechignent pas à aller aux concerts. Ce sont des gens qui comprennent que c’est comme ça qu’on sauvera la création musicale.
Dans 40 degrés Nord, tu nous emmènes, je te cite, « dans des Terres où hommes et femmes, depuis que le monde est monde, ont trouvé en musique la manière de rendre les émotions éternelles ». Si j’en juge la musique, ce sont des Terres d’Europe du sud, non ?
Oui, je me suis inspirée de la musique qui va du Portugal jusqu'au Balkan et au Caucase presque. On retrouve des influences du fado portugais, du flamenco ou de la musique orientale…
Tu as voyagé dans ces pays-là ?
Oui, et ce sont des musiques que j’ai écoutées depuis toute petite. Les harmonies sont très particulières et on sent tout de suite qu’on est dans un mélange entre quelque chose qui est très nostalgique et en même temps quelque chose de très passionné, dure et pleine d’énergie ! La difficulté pour moi a été de faire sonner des mots français sur cette musique spécifique. C’était même un petit défi.
"BORDERLINE". Captation à la Dame de Canton en juillet 2011. Avec Julien Coulon à la guitare, Clarisse Catarino à l'accordéon, Xavier Nikci à la contrebasse et Benoît Laur aux percussions... Let's swing...
Tu as fait attention au sens et au son. (En exagérant) Une double difficulté qui fait de toi une guerrière de la chanson française, en somme !
(Rires) Oh, ça me plait bien ça ! Bon, je suis consciente qu’il y a des imperfections dans le disque, mais je pense qu’en un an, j’ai muri, notamment dans la partie « chanteuse » et comportement scénique. Je sais que j’ai encore plein de choses à apprendre et je suis vraiment dans une dynamique de progression.
Il y a un charme suranné dans ton écriture… c’est rare.
Ma chanson préférée de tous les temps, c’est « La mémoire et la mer » de Léo Ferré. Elle a côté éternel, intemporel. J’adorais la manière dont ces artistes-là faisaient passer les émotions à travers leurs mots et aussi à travers la façon dont ils les dictaient. Ferré, Brel, Ferrat, Reggiani, quand je les écoute, ça me fait un effet différent que quand j’écoute les artistes contemporains de ces 30 dernières années. Il y a eu un moment de grâce dans la chanson française de ces chanteurs-là. Ce sont un peu mes maîtres. Ils m’ont beaucoup influencé. Dans mon écriture, il y a donc une forme de nostalgie, mais qui vient aussi de ce que je suis intrinsèquement.
La chanson préférée de Chloé Laum. "La mémoire et la mer" de Léo Ferré.
Tu emploies les mots « désenchantés », « désabusés » dans « A mes aînés ». Tu as l’impression de l’être ?
J’ai le sentiment d’avoir des opinions, d’être engagée, d’avoir des choses à dire, mais ce qui me désespère, c’est de n’avoir aucune solution à proposer. C’est ce qui fait que je ne m’engagerai jamais politiquement. J’ai un état d’esprit de gauche, mais parfois, je vais voter en me disant que je n’y crois pas une seconde. C’est une forme de désenchantement parce qu’on fait le constat que l’on n’est pas axé sur l’humain, mais pour autant, personne n’a de solution à proposer. Personne.
Mais, au fond, faut-il proposer des solutions dans les chansons ?
Pas du tout, d’ailleurs, je n’en propose pas. Mais, justement, mon côté désabusé vient de là. C’est paradoxale, je sais, mais du coup, je ne fais que décrire. Il y a des gens qui tentent d’agir, qui sont dans l’humanitaire, qui s’engagent physiquement… et moi je chante.
C’est très important, l’acte de divertir les gens, de tenter juste d’éveiller les consciences par les mots et la musique.
Oui, tu as raison. C’est un autre rôle social.
Tu es devenue entrepreneuse pour sortir ce disque. Tu as un peu tout largué pour ce projet.
J’ai même mis des sous. J’essaye de partir dans plein de ramifications différentes pour essayer, à terme, de vivre de la musique d’une façon ou d’une autre. Le propos n’est pas de « devenir une star », mais je veux juste pouvoir vivre de la musique.

Il y a des formules, comme dans « Madame conscience » : « A trop voir le monde tel qu’il est, il faut s’attendre à tomber sur soi ». J’adore.
S’il y a une chose dont je suis fière et que je ne m’attendais pas à concrétiser, c’est l’acte d’écrire. J’adore ça. J’y prends un plaisir fou. Tu as vu, j’ai écrit sur mon expérience au Pic d’Or par exemple. J’aime bien raconter des histoires. Peut-être que dans 10 ans, je ferai ton métier, qui sait ?
Pour booster un peu ta carrière, tu cherches quoi exactement à l’heure actuelle ?
Je cherche des partenaires qui puissent me permettre de faire une résidence quelque part. En échange d’ateliers, d’un concert en fin de résidence… ce n’est pas évident à trouver et pourtant, je cherche.
Tu es en train de travailler sur le deuxième album, en ce moment !
Oui. Et il sera un peu plus rock un peu déjanté. Là aussi, au lieu de tout faire moi-même, j’aimerais bien trouver un partenaire de production ou un label.
Il faut pour cela que les gens sachent que tu existes.
Le problème majeur est précisément celui-là.
Pour finir, le teaser LIVE 2012 Chloé Laum
Avec Chloé Laum, Clarisse Catarino, Julien Coulon, Martial Bort, Xavier Nikci et Benoît Laur. Avec la voix et les mots de Gilles Deleuze...
Musique & Production: Chloé Laum Studio
Images: AdDiKtiV Films
21:53 Publié dans Pic d'Or | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chloé laum, 40 degrés nord, interview, pic d'or 2012, mandor
11 juin 2012
Pic d'or 2012 : Bilan (2) Les coulisses
Il m’a fallu trois semaines pour faire le bilan de ces trois jours passés à Tarbes en tant que jury du Pic d’Or 2012. J’aurais écrit le lendemain de mon retour, ça aurait dégouliné de bons sentiments. Je n’aime pas lire ça, chez les autres. J’ai donc choisi de prendre un peu de recul pour tempérer mes ardeurs (sans h, hein, je précise !).
Je vous propose donc quelques photos de ce week-end musical (et gastronomique) agrémentées de commentaires mandoriens égotiques (mais un peu explicatifs tout de même).
Cette chronique est dédiée à celles et ceux qui en ont été les protagonistes. (Oui, je dédie une chronique... le comble de la prétention !)
Première constatation une fois sur place : ça roule à Tarbes !
A peine arrivé dans cette jolie ville de 112 000 habitants, capitale de la Bigorre, située dans le département des Hautes-Pyrénées, Arnold Turboust et moi nous installons dans nos chambres d'hôtel respectives. Une heure plus tard, Christian Garcia nous propose d'aller boire un coup sur une terrasse, puis d'aller boire un coup au Celtic Pub. (Bref, on a compris qu'on allait beaucoup boire de coups...). Coïncidence (ou pas), Tomislav, l'un des concurrents du Pic d'Or 2012 s'y produit. Mais Arnold et moi décidons de ne pas être trop attentif pour ne pas nous laisser influencer. Je dis ça, mais, personnellement, j'ai remarqué que l'homme avait du peps et du talent. Parce que c'est une évidence.
Avec Arnold Turboust, mon président. Enfin, celui du jury, dont j'ai fait la connaissance quelques heures plutôt. Nous avons voyagé ensemble dans l'avion Paris/Lourdes-Tarbes. Très rapidement, nous nous sommes trouvés sur la même longueur d'onde. Un type bien. Nous trinquons au Pic d'Or!
Bon, on n'est pas là pour (boire) rigoler. Voici quelques artistes sur scène lors du premier jour de sélection le vendredi 25 mai. Scotch & Sofa.


*

Chloé Laum et ses musiciens.


Patchamama (version duo).


Quelques photos dans les coulisses...
Rodrigue et ses "Rodriguettes".

La pétulante Claire Danlalune est à l'eau. Un esprit vif dans un corps sain.

La tarbaise, Alexandra Storti. Dernière répétition avant de se présenter aux jurés.

Tomislav et Scotch (sans sofa). J'ai noté que les concurrents s'entendaient à merveille. Pas qu'une vue de l'esprit. Réalité pure et simple.

Étienne Champollion (le pianiste) et Émilie Marsh (la chanteuse). L'humour fait la force.

Rodrigue et Govrache se signent leur disque respectif. Avant qu'ils ne sachent que nous les avons tous les deux primés.

Dans les loges, les Patchamama rencontrent la Rodrigue's connection. Deux mondes musicaux.

Le vendredi soir, le jury annonce le nom des finalistes...
| - Emilie Marsh |
| - Manon |
| - Chloé Laum |
| - Alexandra Storti |
| - Rodrigue |
| - Tomislav |
| - Govrache |
| - Scotch et Sofa |
| - Claire Danlalune |
| - Patchamama |

Le samedi 26 mai, nous avons un peu plus de temps, puisque la finale se déroule le soir. Les membres du jury ont la journée pour découvrir un peu la région. Corinne Labat décide donc de nous accompagner, près du Lac de Payolle, précisément à Campan-Payolle, au pied de la forêt. Pour s'y rendre, nous passons par le joli village de Saint-Martin. Corinne me dit que c'est précisément là que Paulo Coehlo possède sa maison française. Devinez ce que j'ai demandé. Juste faire un détour pour voir la dite maison. Un moulin en fait. On s'arrête, on prend une photo. Ça ne sert à rien...
(C'est ça qui est bien).
Normal quoi !
Sinon, à l'auberge des 3 Pics, le jury se sustente local...

Une auberge charmante. Des petites salles décorées avec des outils et objets d'autrefois, une vieille cheminée… tout est authentiquement pyrénéen, les plats sont préparés à l'ancienne et servis avec générosité. Les grillades de viande ou poisson sont cuites sur les braises de hêtre de Payolle. Oui, j’ai pris des notes. Nous avons testé la garbure de Germaine, la vraie, comme la faisait son arrière grand-mère : des légumes cuits dans un bouillon mijoté avec os de jambon, confit de canard et hachis de vieux lard, ail, persil et marjolaine… je ne vous parle pas du reste. C’est honteux comment j’ai brisé mon année de régime. Pas bien, mais bien bon. Sur la photo, donc, de gauche à droite, Eric Lagarrigue, Thierry Cadet, Corinne Labat, un goinfre et Alain Navarro. Manque à l’appel, Arnold Turboust, retenu à Tarbes pour la bonne cause (voir ci-dessous), Pierre Domengès et Stéphane Rigot (occupés professionnellement).

À l’issue de ce léger repas (hum !), trois activités s’imposaient à nous : une promenade dans la montagne, une bonne sieste réparatrice ou rejoindre Arnold Turboust. En effet, pour la deuxième année consécutive, il anime un atelier d’écriture au lycée Marie Curie de Tarbes. Thierry Cadet et moi sommes très motivés pour aller voir le fruit du travail d’Arnold. Corinne Labat nous y emmène donc.

Arnold et trois de ses élèves d'un jour.

Nous écoutons les trois titres composés dans la journée.



Avant la finale... la dream team de Manon.

Rodrigue.

Daisy Berthenet du groupe Patchamama.

Petite conversation avec Chloé Monin (de Scotch et Sofa)...

La finale.
Emilie Marsh.


Sofía Miguélez (qui joue avec Pierrot Panse).

Alexandra Storti.

Manon.



Tomislav.

Claire Danlalune.

Rodrigue.


Chloé Monin (Scotch et Sofa).

Chloé Laum et Clarisse Catarino.

Chloé Laum et Martial Bort.

Clarisse Catarino.

Govrache.

Delphine Duhamelle (L'ombre de l'Elfine).

Daisy Berthenet du groupe Patchamama.

Patchamama.

Mary*, la gagnante du Pic d'Or 2011. Venue jouer pendant que les jurés délibèrent...




Présentation du jury, de gauche à droite :
Alain Navarro : Il y a quinze ans, il crée l’association "Arpèges et Trémolos" dont il devient président, avant d’en être le Directeur au bout de dix ans d’existence. L’association assure l’organisation et la programmation du festival "Pause Guitare", lequel lors de sa dixième édition prend ses quartiers à Albi et devient un évènement incontournable de la chanson francophone et ce grâce, il faut aussi le souligner, au dévouement de 430 bénévoles.
Pierre Domengès : Directeur artistique de "la Gespe" à Tarbes.
Eric Lagarrigue : Responsable du secteur des musiques actuelles au sein du service de l’action culturelle du Conseil général des Hautes-Pyrénées.

Les mêmes, mais en noir et blanc.

Les autres membres du jury, de droite à gauche, cette fois-ci :
Thierry Cadet (qu'est mon nouvel ami ami à moi que j'ai) : Il a débuté en 1998 sur M6 Music, avant de se tourner vers la presse écrite. Il est par rédacteur pour de nombreux supports (Pure Charts, Platine magazine, Serge...), biographe (Vanessa Paradis "Divine Idole"), chroniqueur sur Sud Radio et Radio Lora, animateur sur Télé Melody, et initiateur du collectif Les Marguerites contre Alzheimer (à la base du CD "J'y étais pas" et d'un concert annuel), du Prix Georges Moustaki (qui récompense chaque année l'album indépendant), et du portail horscene.com (l’information musicale autrement, décalée et inédite, servie dans un emballage original). Notamment.
François Alquier : Lui, je ne l'aime pas. Je n'ai rien à dire sur cet imposteur.
Le président du jury, Arnold Turboust (certes, il tourne la tête, mais c'est bien lui!) : Difficile de retracer la carrière de cet artiste incontournable de la scène musicale française tant elle est riche en créations et collaborations diverses. Le grand public le découvre en 1986 avec le tube "Adélaïde" qu'il interprète avec Zabou (plusieurs semaines dans le Top 50). Pourtant dès 1980, il a participé au premier album de ‘Marquis de Sade’ avant de rencontrer en 1981 Etienne Daho dont il a fait les musiques et les arrangements de plusieurs de ses tubes. Citons au passage les noms de Sylvie Vartan, Brigitte Fontaine, Jacno avec lesquels il a travaillé (arrangements, productions) et n’oublions pas de signaler qu’il a parallèlement mené une carrière solo ; à ce sujet son dernier album Démodé est dans les bacs depuis novembre 2010.
L'homme "trouble", au fond, est l'hôte du Théâtre des Nouveautés, Stéphane Rigot : Directeur de la structure "Tarbes en Scènes", pôle culturel de la Ville de Tarbes, regroupant trois salles de spectacles (le Théâtre des Nouveautés, salle à l'italienne, le PARI, fabrique artistique et résidences d'artistes, la Gespe).

Jury en place...

Pendant les délibérations. Nous avons tous défendu nos choix/opinions/préférences avec conviction, mais avec diplomatie et respect. L'élégance de chacun m'a touché (je suis un petit être sensible).


Quand l'évidence n'était pas une évidence, vote à mains levées...


En attendant les résultats...

Enfin, la remise des Prix !
Gérard Trémège, le maire de Tarbes, félicite Christian Garcia (je l'appelle "le grand manitou") et Corinne Labat, la présidence du Pic d'Or.

Le président du jury, Arnold Turboust. Respect à ce monsieur pour sa classe toute dandyesque et sa générosité. J'ai beaucoup apprécié ces trois jours ensemble. Beaucoup.

Corinne Labat, dont je loue l'accueil et la gentillesse durant le séjour.

L'animateur de Pic FM qui présentait la soirée, avec Arnold et monsieur le maire...

Tout le monde il écoute Arnold.

J'ai l'honneur de remettre le prix du texte.

Et le Prix du texte est attribué à... tintintin...
Govrache !

Bravo l'artiste !

Merci cher public ! (Non parce qu'en plus, Govrache a reçu le prix du public.)

Emilie Marsh a reçu le prix de la musique.

Rodrigue a remporté le prix de l'interprétation.

Christian Garcia a reçu le prix de l'organisation sans failles et le prix du professionnalisme de chez professionnalisme.
(Tu as été grand Christian, selon l'avis de tous.)

Tomislav est le Pic d'Argent 2012. (Il nous a ému presque aux larmes avec sa chanson "Je suis là".)


Pour décerner le Pic d'Or 2012, nous n'avons pas hésité plus de 10 secondes. A l'unanimité. Félicitations à Scotch et Sofa !




Tous les artistes primés (sauf le type à droite qui, décidément, s'incruste partout pour être sur la photo... pathétique!).


Tous ensemble, tous ensemble, tous ensemble !

La photo qu'il fallait prendre. Mary*, Pic d'or 2011 et Chloé Monin (Scotch et Sofa sans Scotch), Pic d'or 2012. Voyez le concept? 
Je rêve où quoi? Jusqu'au bout, le mec, il frime. Tsss...
(Sans blague, merci à toutes les deux! Vous êtes deux chics/brillantes/fort talentueuses filles !)

Bon, j'ai (comme de bien entendu) quelques chaleureux remerciements à faire.
D'abord, à toute l'équipe organisatrice du Pic d'Or 2012. Corinne et Christian, bien sûr, mais aussi tous les bénévoles que j'ai rencontrés. Tous ceux qui nous ont transportés à droite à gauche avec sourire et bienveillance.
Merci aussi aux artistes et à leur entourage (attachés de presse, managers…) pour leur gentillesse et leur compréhension. (Je ne parle pas de leur talent, je n’aime pas être redondant). Je dois dire à ceux qu’il a fallu écarter que ce fut pour moi (je ne dois pas être le seul, mais je ne parle jamais pour les autres) un véritable crève-cœur. Je ne peux m’empêcher de penser aux artistes qui venaient de loin, par leurs propres moyens, et qui repartent sans rien. C’est la règle du jeu, m’a-t-on-dit. Il faut l’accepter. Les artistes l’ont accepté.
Merci à mes collègues du jury. Je ne m’étends pas, mais j’ai fait de vraies rencontres. Des que j’aimerais bien poursuivre au-delà du Pic d’Or. Stop ! Le pathos ne passera pas par Mandor.
Merci enfin aux photographes à qui j’ai piqué allégrement de nombreux clichés.
Pour les photos de la finale : Nöt Pixbynot.
Pour celles des demi-finales et de l’atelier d’écriture : Eric Stéphan (Kersidal Pix).
Et enfin pour celles des coulisses : Florence Cortes.
14:37 Publié dans Pic d'Or | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : pic d'or 2012, coulisses
09 juin 2012
Pic d'or 2012 : Bilan (1)... la finale en vidéo

L'édition 2012 du Pic d’or s’est tenue les 25 et 26 mai dernier au Théâtre de Nouveautés de Tarbes (Hautes-Pyrénées).
Je l’ai déjà raconté ici, mais suite à mon coup de gueule à propos du Prix Constantin 2011, j’ai été contacté par Christian Garcia, l’un des organisateurs du Pic d’Or, afin de devenir membre du jury de ce formidable concours.
Dans cette première chronique « bilan » et avant de vous raconter les coulisses de ces trois jours de rêves passés là-bas, je voulais vous proposer de voir la finale de cette manifestation. Histoire de bien insister sur le fait que le Pic d’Or est depuis deux ans un tremplin extrêmement bien organisé qui réunit une partie de la fine fleur de la scène française d’aujourd’hui. J’ai rarement vu sur une même scène, un plateau composé d’aussi talentueux jeunes artistes. Tout simplement bluffant !
Je remercie ici Christian Garcia, le grand manitou, et Corinne Labat, la présidente du Pic d’Or (ci-contre), ainsi que tous les bénévoles de nous avoir tous accueillis admirablement et chaleureusement.
Aucune fausse note en 3 jours, c’est suffisamment rare pour que je me permette de surligner la chose.
En tant que membre du jury, je ne peux pas (trop) donner mon avis personnel sur les uns et sur les autres, mais j’avais évidemment mes préférences et mes évidences. Je les garde pour moi.
Il n’est pas exagéré de dire avec conviction que tout le monde (et chacun dans son style) avait du talent à revendre. Non, ça, je peux le prétendre et personne ne pourra me contredire.
Des artistes, des organisateurs, des autres membres du jury, de l’ambiance générale, je parlerai dans ma prochaine chronique (avec photos et commentaires).
Pour toutes ces belles vidéos, un grand merci et surtout un grand bravo à Pascale Sonneville Paugam et son mari (pour Via communication, une agence de communication Multimédia créée depuis 7 ans sur Tarbes dont le coeur de métier est, justement, la production vidéo) !
Présentation du jury et remise des prix.
Scotch et Sofa : Pic d'Or.
Tomislav : Pic d'Argent.
Rodrigue : Prix de l'interprétation.
Emilie Marsh : Prix de la musique.
Govrache : Prix du texte et Prix du public.
Les autres finalistes, pas gagnants, mais tout autant talentueux, chacun dans leur genre.
L'espiègle (et très drôle) Claire Danlalune.
La délicate, sensible et émouvante Manon.
L'envoûtante et mystérieuse Chloé Laum (qui raconte ici son expérience au Pic d'Or 2012).
Patchamama a conquis la salle grâce à la voix et la forte personnalité de sa chanteuse, Daisy, et au dynamisme de l'ensemble du groupe.
Enfin, la régionale de l'étape, la Tarbaise Alexandra Storti. La jeune femme très fraîche chante bien, est à l'aise avec le public... j'émets juste un bémol concernant ses textes. Pas encore aboutis. Bien managée, elle devrait faire parler d'elle.
Lire aussi le site musical Horscène sur le bilan du Pic d'Or 2012.
10:50 Publié dans Pic d'Or | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pic d'or 2012, finale, video
















