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24 février 2017

Jeanne Rochette : interview pour l'album Cachée

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(Photo : Marie-Hélène Blanchet)

Musique raffinée, textes extrêmement bien écrits, subtils, profonds, acérés et souvent très émouvants. La sensible Jeanne Rochette a le sens de la formule… et certainement la formule magique pour composer des mélodies d’une beauté évidente. Je ne connaissais pas cette artiste, qui pourtant à un sacré passé musical (mais pas que), mais l’écoute de son deuxième album, Cachée, m’a convaincu, voire charmé. Je ne pouvais pas laisser passer cette femme d’aujourd’hui, romantique et passionnée, au talent indéniable

Jeanne Rochette et moi nous sommes installés dans le bar, QG de l’agence, le 26 janvier dernier, pour une intense mandorisation.

jeanne rochette,cachée,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album Cachée:

Près de six ans se sont écoulés depuis  son premier album, Elle sort, paru en 2010. Jeanne Rochette, la plus québécoise des Parisiennes, nous revient enfin avec Cachée,  une collection de 11 nouveaux titres. Jeanne Rochette offre un opus intimiste à plusieurs tonalités, dont se dégage une tendre nostalgie, profonde et poétique, jamais grave. Au-delà de quelques titres ou moments plus légers, il y a dans ce travail une vraie profondeur et une grande émotion, un temps d’écoute, où l’espace et le silence ont leur place pour mieux entendre la résonance des mots et des mélodies. Jeanne Rochette, c’est une voix claire, brillante, mature, qui jamais n’en fait trop, une musique élégante, raffinée, tant dans la composition que dans l’interprétation. Auteure-compositrice-interprète et comédienne, Jeanne Rochette étudie en parallèle le piano et le chant lyrique au conservatoire, le chant jazz, l’improvisation et le théâtre à l’université Paris 8 et dans diverses écoles. En 2004, la Parisienne part s’installer au Québec. Elle poursuit sa formation et se consacre à l’écriture de ses propres chansons. En 2010, après son premier album, elle donne avec son groupe de nombreux concerts, notamment en France, en Angleterre, en Chine, en Inde, dans les festivals de l’ouest canadien et aux FrancoFolies de Montréal. Souvent décrite par la critique comme étant une bête de scène, cette artiste entière offre une chanson française originale, inventive, très théâtrale, influencée par le jazz et l’improvisation. Jeanne Rochette invite l’auditeur à s’abriter dans sa maison… «Cachée».

Ce qu’ils en disent :jeanne rochette,cachée,interview,mandor

«Cette fille-là, elle est terrible!… Jeanne Rochette nous bluffe par son aisance sur scène et ses compositions. À suivre de près pour ceux qui aiment les belles découvertes.»  TÉLÉRAMA

«Her performance as the opening act before  Thomas Fersen was a révélation… An originally refreshing artist.»  BLOG CULTURE PLUS

«L’album de Jeanne Rochette est beau comme  un jour de pluie d’été : poétique, sobre et élégant.» JOURNAL MÉTRO

«Voix limpide et maîtrisée, textes inventifs et originaux, musique raffinée…Les chansons de Jeanne Rochette nous surprennent et nous réjouissent tant elles sont précises et bien construites.»  IICI MUSIQUE, RADIO-CANADA

«…Étonnant, rafraichissant, bouleversant… le chant si personnel et digne de respect d’une femme qui ne fait rien comme personne… Des mélodies pleines d’intelligence et de charme, quelque part entre Satie, Poulenc et Bach…»  LES BRUITS HEUREUX, RADIO VM, MONTRÉAL

«…Ses textes sont de vrais scénarios, poétiques, drôles, loufoques, surréalistes ou hyperréalistes…»  PIERRE LESCURE

«…Voix unique, ce piano aérien, ces arrangements délicats… Tout est précis, chaleureux, poétique… De la ouate pour l’oreille et le cœur.»  MICHEL RIVARD

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(Photo : Alexia Devaux)

jeanne rochette,cachée,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que tu as toujours chanté.

Oui, enfant, je chantais à deux voix avec mon père. Il n’était pas musicien professionnel, mais jouait de tout et avait une vraie culture du blues, du jazz et de la chanson. Il connaissait tout Brassens. J’ai baigné toute mon enfance dans la musique, j’ai même fait partie de chorales.

Mais quelles étaient tes musiques de prédilection ?

D’abord, le baroque, j’ai aussi beaucoup écouté Bach et Chopin, ensuite le jazz, que j’ai découvert vers 18 ans. J’ai fait un stage, il fallait préparer deux morceaux jazz, alors je suis allée dans une médiathèque et j’ai écouté tout ce que je pouvais. Je suis tombée sous le charme de ce genre musical.

Ensuite tu as pris des cours de jazz et de chant lyrique au Conservatoire du XXe.

Je faisais beaucoup d’opérettes. J’ai un rapport très fort avec la musique classique.

Tu as eu un groupe de jazz.

Nous jouions des standards, c’était très formateur.

Tu as fait un passage à Orléans.

A 20 ans, un géologue à la retraite que j’avais rencontré en stage de jazz me payait des billets pour aller dans cette ville jouer dans un big band, des morceaux des années 20 et 30.

En parallèle, tu faisais des études au Conservatoire du Xe en Théâtre.

Oui, et en même temps, je passais aussi une licence en art du spectacle à l’université. Je touchais à tout. J’aime et je suis curieuse de plein de choses. J’ai fait à la fois du cirque, de l’acrobatie, de la danse indienne…

J’ai comme l’impression que tu t’éparpillais un peu, non ?jeanne rochette,cachée,interview,mandor

Non, tout ça est logique. Je ne peux pas dissocier la voix du corps. Les créateurs comme Eugénio Barba m’ont toujours intéressé. Ils s’intéressaient à l’exploration de la voix dans son ensemble.

Tu aimais l’impro ?

Ca me passionne. Des artistes comme Bobby McFerrin m’impressionnent. J’adore effectivement l’improvisation et le côté instinctif du chant. J’ai toujours cherché à faire des stages qui me mettaient en danger. Le risque ne me fait pas peur et je prends beaucoup de plaisir à essayer les choses. Tout ce que j’ai fait, tu peux considérer que c’est de l’éparpillement, moi je pense que ça m’a nourri. Si je suis la personne que je suis aujourd’hui, c’est grâce à toutes ces expériences. Toutes ont été enrichissantes.

Bon, je continue la liste alors. Tu as fait aussi un spectacle sur les années 20 et 30.

Avec une compagnie, nous avons tourné pendant des semaines dans les bars. Je n’interprétais que des chansons des années folles sur Paris.

Tu as monté une pièce de théâtre également.

A 24 ans, avec une copine, on a monté des monologues de Franca Rame et Dario Fo. La première était actrice et auteur dramatique, mais aussi épouse, collaboratrice et éditrice du second. C’était très trash, des monologues de femmes super intenses. On a joué ça avec un trompettiste. C’est la première fois que je mettais en musique des textes. Au bout d’un moment, comme on était un peu en galère, je suis partie ailleurs vivre toute seule au Québec.

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(Photo : David Desreumaux pour le mook Hexagone)

Faisons un peu de philo de comptoir. Aller partout, c’est savoir où on va ?

Je pense que oui. Par exemple, là j’ai fait un choix très clair de revenir à Paris. C’est mon parcours qui m’a mené de nouveau ici. Je suis aujourd’hui plus sereine. Là, je n’ai plus envie de faire de l’acrobatie et de la danse indienne.

Tu as trouvé ta voie et ta voix ?

Il y a eu ces moments de recherches, de stimulations, de curiosité, de soif de connaître. J’ai cherché l’émotion et la force dans les choses pendant des années. Je continue d’ailleurs. Mais, je ne peux pas affirmer que j’ai trouvé ma voie ultime. J’ai commencé à écrire mes chansons au Québec. Et j’ai un peu tourné avec ces chansons. Alors, j’ai réalisé que c’était ça mon métier. Ecrire des chansons et les interpréter.

Au Québec, tu es partie combien d’années ?

Je devais rester un an, je suis restée 12 ans. Je suis arrivée en me demandant ce que je faisais là et, en même temps, j’étais excitée par cette nouveauté. C’était un saut dans le vide, comme si je sautais en parachute. J’avais 28 ans. J’ai eu des bouffées de liberté là-bas. Je me suis dit : « je suis libre, je sais vivre, je sais refaire ma vie n’importe où dans le monde ! »

Jeanne Rochette aux Francofolies de Montréal en 2016.

En t’écoutant, j’ai vraiment l’impression que tu as toujours eu des choses à te prouver.

Peut-être… C’est important d’être capable de vivre sa vie. Je ne veux pas me donner de limite. Je veux continuer à rêver.

Très vite, là-bas, tu as fait de la musique.

J’ai rencontré plein de monde via le jazz. Dans les clubs, personne ne se connait, mais les musiciens jouent ensemble facilement. Après, ça va vite. J’ai commencé à faire des petits concerts. Au bout de deux ans, j’ai rencontré François Bourassa, un pianiste de jazz très connu là-bas qui est devenu mon amoureux. Il a 18 ans de plus que moi, sa carrière était déjà bien entamée. Il a une grande sensibilité lorsqu’il joue. Entre nous, ça a été très fort musicalement. Il m’a fait découvrir tout le jazz instrumental. Pendant dix, j’étais dans une bulle remplie de musique. On a fait des tournées en Chine, en Inde… désormais, je sais que je peux assurer dans des salles de 3000 personnes.

Ton premier album, Elle sort, est sorti en 2010.

Je voulais le signer au Québec, avoir une équipe avec moi, mais les professionnels devaient penser que je n’en avais pas besoin parce que je vivais et chantais avec un musicien célèbre. Comme je ne voulais plus n'être qu’une chanteuse de jazz à Montréal, je suis donc revenue à Paris. Quitter Montréal, c’était sortir d’une torpeur. Tout était si facile pour moi là-bas.

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Pendant l'interview.

Un jour Pierre Lescure, qui était à l’époque directeur du Théâtre Marigny, vient te voir dans un bar à Montreuil.

Il a adoré ma prestation et a voulu me booker immédiatement. J’étais enceinte de mon enfant, Gaspard, j’ai dû attendre un an… mais il n’était plus directeur du théâtre.

A un moment, tu as fait tellement d’allers-retours entre la France et le Québec qu’on ne savait plus trop bien où tu étais…

Oui, et pendant cette période-là, je n’étais plus française, ni québécoise. J’avais l’impression que toute l’énergie que je mettais n’était jamais au bon endroit. J’ai réalisé que si Gaspard voyait sa maman malheureuse, il allait être malheureux.

Et ton père est tombé malade.

Cancer du cerveau, du jour au lendemain. On lui dit qu’il est condamné. On ne sait pas combien de temps ça va durer, mais du coup je suis restée plusieurs mois à Paris. En venant ici, j’ai réalisé que j’avais envie d’y rester. Depuis un an et demi, je suis là et je me suis rarement sentie autant à ma place. Il se passe des choses magnifiques pour moi. Je surfe sur cette vague-là.

Jeanne Rochette chante "La mouche", lors de la Finale du Prix Georges Moustaki 2017. Au Centre Malesherbes - Sorbonne, à Paris, le 16 février 2017.

Parlons de ce nouveau disque, Cachée.

Il a été enregistré à Saint-Elie-de-Caxton, au studio Pantouf de Jeannot Bournival qui coréalise l'album avec Mathieu Désy. François Bourassa (piano), Philippe Melanson (batterie) et Mathieu Desy (contrebasse) composent également mon équipe. J’ai commencé l’écriture avant la maladie de mon père. J’ai mis beaucoup de temps à le faire. Ce disque est empreint de la mort de mon père, de cette cassure, de l’enfance aussi… et du coup, de la fin de l’enfance. Je suis contente que cet album existe, je peux désormais passer à autre chose.

Les textes ne sont jamais au premier degré. Dans « La mouche » par exemple, il me semble que tu parles d’une femme.

Evidemment, je n’écris pas au premier degré. Je ne vais pas parler d’une femme enfermée, je préfère parler d’une mouche qui s’éclate sur une vitre.

Tes textes paraissent légers, mais si on gratte un peu, des chansons comme « L’escalier » ou « Paroles d’amie » ne le sont pas tant que cela…

J’adore ça. Sur des musiques rigolotes, raconter des horreurs. C’est instinctif chez moi. Mes chansons me ressemblent. J’ai un rapport à la vie très festif, mais en même temps j’ai un fond profond, sensible et grave.

Jeanne Rochette chante "Quand je m'aime pas". Filmée (avec Thibaud Defever à la guitare) le 8/12/2016 à La Blackroom à Clichy et diffusé lors du concert de présentation du mook Hexagone, à la Médiathèque.

Dans tes chansons, tu te caches ou tu te montres ? Un peu des deux… Non, en fait, je me montre. Je ne me suis jamais autant montrée que depuis que j’ai sorti cet album, Cachée. Je ne me cache plus.

Cachée est beaucoup moins jazz que le premier, Elle sort.

J’avais envie d’un album, plus « chanson », plus produit aussi, moins « live ». La musique est très feutrée, cela donne une énergie un peu sourde.

Dans ce métier, on apprend tous les jours ?

Oui. D’ailleurs je prends des cours de chant actuellement. Je veux toujours faire au mieux, je ne veux pas me laisser aller. Je n’ai pas de doute sur ma place quand je suis sur scène, mais pour se sentir légitime, il faut toujours travailler. Je n’ai pas de temps à perdre. La mort de mon père m’a donné une urgence. Depuis sa disparition, mon rapport à la vie a changé.

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Après l'interview, le 26 janvier 2017.

Et puis, n'oubliez pas, c'est ce soir...

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21 février 2017

Florent Nouvel : Interview pour Le Nouvel album

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« Quand ça bloque dans la vie, quand ça coince quelque part, Florent Nouvel cherche une porte, une cabriole, un autre point de vue. Et ça repart. Florent a l’art du sourire et de te faire retrouver le tien. L’art de la tendresse aussi, de regarder le monde en face mais avec optimisme » indique le dossier de presse. Je connais l’oiseau depuis cinq ans et rien ne peut mieux le résumer. C’est le guitariste Martial Bort qui m’a mis en contact avec lui la première fois. Très vite, Florent Nouvel m’est apparu talentueux et très attachant. Une mandorisation s’est imposée (voir là, en compagnie de Stéphane Richez en juillet 2012). Son nouvel album, Le Nouvel album (ha ha ha !) est délicieux, tendre, malin, profond et drôle.

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Florent Nouvel est venu à l’agence le 18 janvier 2017.

Biographie officielle (un brin écourtée) :florent nouvel,le nouvel album,interview,mandor,les beaux esprits

Sourire aux lèvres et un brin dégingandé, le « plus grand chanteur » de la scène française (il mesure deux mètres !), nous offre ses chansons comme des miroirs.... Elles invitent à une véritable introspection haute en couleur, entre éclats de rire et émotion. Il nous emporte et construit avec nous un joli monde, tendrement allumé et terriblement humain. Dans le désordre, il s'inspire de l’univers de la BD, de la chanson, et du théâtre… Les Wriggles, Gaston Lagaffe, Manu Larcenet, Bourdieu, Renaud, Florence Aubenas, Pierre Perret, François Morel, Bécaud ont laissé leur empreinte faisant de Florent Nouvel un artiste aux mille et une facettes.

Plusieurs médias se sont fait l’écho de « Petit homme public », titre phare qui a connu un véritable succès sur Internet (35000 lectures sur You tube) et s’est vue diffusée sur France Inter tout comme « Le quai de Ouistreham ».

De nombreux articles de presse (Le Nouvel Obs, Le Parisien, etc), ainsi que des émissions de radio (France Bleu, Oui FM, RTL, etc.) ou de télévision (TF1, M6), ont relayé le succès de sa chanson « La Vélib’ération », hymne amusé au fameux vélo partagé. Ces chansons ont permis à Florent Nouvel de remporter la 4ème place (sur 400 groupes) du concours France Inter/Inrocks d'obtenir une mention spéciale du Jury lors du prix SACEM/Trenet en Août 2013.

Avec Le Nouvel Album, Florent assume pleinement son monde riche de contrastes. Cet album porte son nom "NOUVEL", qui invite chacun à inventer sans cesse et à se réinventer….

Florent est membre du collectif les Beaux Esprits, un collectif qui construit jour après une scène française, proche de son public, innovante et détachée de l'obsession de rentabilité...

Récompenses :

-Mention spéciale du Jury, Prix SACEM/Trenet, Aout 2013 -Paris Jeune Talent -Jeune Talent TV 2013 -Découverte francophone France Bleu 2013 -4ème place Concours France Inter/Inrocks (400 candidats) 2012

florent nouvel, le nouvel album, interview, mandor, les beaux espritsL’album Le Nouvel album (d’après le dossier de presse) :

Les 14 titres du Nouvel album sont donc un pied de nez à la grisaille. Un pied de nez à ton cerveau quand il pense trop en oubliant de sentir. Un pied de nez à tes maladresses quand tu fais du ridicule un atout.

Avec Florent, la moquerie est souvent tendre et sans blessure. Au contraire, c’est le sourire qui guérit. Florent se fait aussi tendre quand il parle de ceux qui comptent et de ceux qui sont passés dans nos vies. Il porte aussi un regard amusé sur notre société et ceux qui la font. Ce fou chantant te donne la pêche même quand tout n’est pas très gai. Même les séparations sont plus légères et laissent place aux heureuses surprises des belles rencontres. A chaque fois, une chanson est un rebond, vers autre chose, vers un nouveau sourire. Un pied de nez, encore.

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florent nouvel,le nouvel album,interview,mandor,les beaux espritsInterview :

Dans tes chansons, même dans celles qui sont drôles, il y a toujours du fond.

C’est mon ambition : partir d’un élément de la vie de tous les jours et raconter quelque chose sur les êtres humains… de manière poétique. Il y a quelqu’un qui sait très bien faire ça, c’est François Morel. Je l’aime beaucoup.

Tu lui as envoyé ton disque ?

Oui, et il m’a répondu. Il a écrit sur Facebook publiquement quelque chose comme : « Je suis en train d’écouter le disque de Florent Nouvel. Je craque sur "Cécile de France"  et "Toutes les vies qui passent", c’est mon côté romantique ». Je trouve François Morel intelligent et d’une exquise finesse. Ils sont rares les artistes que je trouve humains, tendres, pas trop narcissiques, apaisés… Moi aussi, à titre personnel, je cherche à vivre les choses de manière apaisée. Je n’aime pas le pathos.

Comment choisis-tu les thèmes de tes chansons ?

Ça vient comme ça. J’aime évoquer des situations délicates. Au sein de ces situations, je m’amuse à changer le point de vue au fur et à mesure de la chanson, pour que le regard de celui qui vit la chose change lorsqu’il le raconte. Je ne sais plus qui a dit : "c’est le point de vue qui fait le monde". J’aime travailler sur ce changement de point de vue. Dans mes chansons, les plus simples comme les plus poétiques, aucun point de vue n’est fatal, ni obligatoire. On n’est condamné à rien. J’aime aussi redonner du sourire là où ça ne sourit pas.

Tu as fait pas mal d’EP avec deux, trois titres… les aventures de FloFlo. florent nouvel,le nouvel album,interview,mandor,les beaux esprits

Dans une série d’EP,  j’ai fait vivre un double de moi-même, un peu plus allumé, un peu à la Gaston Lagaffe. J’ai aussi un album public qui date de 2009. Je considère que Le Nouvel album est mon premier disque. Ceux que j’ai sorti avant étaient des étapes nécessaires pour parvenir à ce nouveau disque. C’était aussi un moyen de faire exister mes chansons.

Ça t’émeut d’avoir un premier vrai disque ?

Oui, en plus, il est bien distribué. Il est trouvable partout. Ca été difficile d’en arriver là et je remercie mon distributeur, L’autre Distribution. Un disque, c’est une naissance quelque part. Je suis vraiment heureux qu’il soit là.

Nouvel, c’est ton vrai nom ?

Oui. Pendant longtemps, je n’ai pas assumé ce nom de famille. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que j’indiquais sur les pochettes : les aventures de Floflo. Maintenant que j’assume mon nom, j’ai carrément intitulé l’album Le Nouvel album. Désormais, j’assume et porte ce nom qui invite à voir du nouveau, à ne pas s’enfermer.

Parlons de « Professionnel », dont tu as fait un clip. C’est du vécu cette histoire d’homme qui fait trop le toutou auprès de celle qu’il aime… à tel point qu’elle finit par se barrer ?

J’ai appris dans la vie à ne pas faire ça : trop donner par amour. Trop donner par amour, ce n’est plus s’aimer soi. Dans une chanson, j’avais écrit : « on noie le je dans le « T » de « je t’aime ». Le « tu » aspires tout. Si le « tu » aspires tout,  dans « je t’aime », qu’est-ce qu’il reste ?

Clip de "Professionnel" tiré de l'album Le Nouvel album.

Ça fait du bien d’écouter un disque comme le tien. Rien n’est prétentieux, tout est délicat et profond.

Ce que tu me dis me touche beaucoup… Me dire que les gens dans leur bagnole, avec leurs gamins, vont mettre le disque et vont sourire de ce qu’ils entendent, c’est un pur bonheur. Ça sert aussi à ça une chanson : divertir, changer les idées des gens qui écoutent.

Tu as raison de dire que ton disque peut aussi plaire aux enfants.

Les enfants adorent des chansons comme « La cantine », « Direction la piscine »… je crois que je fais des chansons pour toute la famille. A mes spectacles, il y a tous les âges, de 8 à 80 ans. Ça m’intéresse parce que cela m’incite à penser que je parviens à cultiver un certain regard. Le regard du décalage de point de vue, c’est un regard de môme.

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Pendant l'interview...

Tu es un peu un grand môme, non ?

Sans doute que c’est parce que c’est comme ça que je me comporte en partie. Tu sais, je suis prof. Et si ça se passe particulièrement bien avec les lycéens que j’ai, c’est que j’ai une conscience aigüe du cadre. Je suis un adulte, on n’est pas à égalité et en même temps, j’adore le jeu. J’adore jouer avec eux. Nous jouons tout le temps. On joue au savoir. Parfois, certains me disent qu’avec moi, ils ont compris qu’une personne, ce n’est pas qu’une seule chose.

Il y a un parallèle entre chanter et enseigner ?

Ce sont des métiers où on marque les cœurs. Mes disciplines sont la sociologie et l’économie, des sciences humaines en fait. Je retrouve l’idée de « se regarder autrement ou regarder la vie autrement».

Tu es qui Florent ? Prof ? Chanteur ? Un homme qui aime la psychanalyse ?

Je suis tout ça à la fois. Il y a un point commun entre ces centres d’intérêts, c’est le rapport aux choses et le décalage de point de vue que j’essaie d’apporter.

"La vélib'ération", tiré de l'album Le Nouvel album.

Es-tu confiant en toi en tant qu’artiste ?

Je plaide pour l’idée qu’on est tous des artistes de quelque chose dans nos vies. On a tous quelque chose à inventer ou à réinventer. Etre un artiste, c’est écouter la vérité de son désir. Si un jour mon désir me pousse à aller faire autre chose, c’est comme ça que je serai un artiste. Ce n’est pas forcément en sortant un disque de plus.

A l’instar d’un Gauvain Sers, si les projecteurs étaient soudainement rivés sur toi, comment prendrais-tu la chose ?

Si ça arrivait, je ne refuserais pas. Mais, ça doit être compliqué. Je ne sais pas quoi te répondre, c’est difficile comme question. Est-ce que je le vivrais bien ? Je ne sais pas. Je crois qu’il faut le vivre comme une folie.

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Florent Nouvel avec une partie des Beaux Esprits.

Revenons au collectif auquel tu appartiens, Les Beaux Esprits. Je trouve ça génial de s’allier pour faire ce métier le mieux possible.

Bruno Barrier est le tenancier, le garant de l’état d’esprit de ce collectif. Il est fou. Il faut avoir un peu de folie pour créer un tel espace, pour choisir de travailler uniquement avec des artistes qui ont un certain état d’esprit.

C’est quoi l’état d’esprit des Beaux Esprits ?

Il faut partir du principe que les egos ne seront pas plus forts que le collectif, même s’il y a dans le collectif des egos non négligeables. Les artistes ne montent pas sur scène par hasard. Il faut que chacun ait une conscience d’autrui, une conscience des autres artistes. Il faut se demander ce que l’on peut recevoir des autres et ce que l’on peut apporter aux autres. Il n’y a pas d’intronisation dans les Beaux Esprits. C’est le temps, c’est l’usage, c’est l’expérience qui décident.

Martial Bort a arrangé et réalisé l’album. Et il joue de la guitare.

Oui, il est un élément essentiel à cet album. Il ne joue plus avec moi, maintenant qu’il tourne avec Gauvain Sers.

Que vas-tu faire à présent?

Je ne sais pas bien. J’aime la possibilité de l’heureuse surprise.

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Le 18 janvier 2017, après l'interview...

15 février 2017

Michèle Bernard : interview pour Tout'Manières...

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Michèle Bernard à la remise des Prix de l'Académie Charles Cros le 24 novembre 2016.

(Photo : Caroline Paux)

J’ai vu Michèle Bernard pour la première fois le 24 novembre dernier lors de la remise des Prix de l’Académie Charles Cros (Grand Prix du disque « chanson » pour son album Tout’Manières). C’est une honte pour un journaliste qui se prétend « spécialiste de la chanson française ». Comment être passé à côté de cette formidable chanteuse, aux textes lucides et puissants, drôles et émouvants et complètement dans l’air du temps ? Il n’en reste pas moins que Michèle Bernard n’est pas reconnue à sa juste valeur par l’ensemble de la profession… Heureusement, certains la réhabilitent comme il se doit (comme Télérama (Valérie Lehoux) et RFI (Patrice Demailly))

De mon côté, je suis allée la rejoindre dans un appartement parisien, le 25 novembre 2016 pour une première mandorisation (mon Dieu, j’ai honte).

michèle bernard, tout'manières, interview, EPM, mandoorArgumentaire de presse :

Michèle Bernard trace depuis longtemps son chemin d’humanité. Sur le fil d’une vive conscience du monde, de ses égarements et ses espérances, elle tricote des chansons lucides et tendres, des chansons d’alerte… Dans Tout’Manières, elle pose un regard vif et sans complaisance sur le monde et ses dérives, à travers ces petites choses de rien qui nous entourent : des brocs bleus, un savon d’Alep, une serpillère, des petites boites… Avec toujours cette force de vie qui fait qu’on continue à chanter, à lutter, à aimer en 14 chansons. 

Ce CD a obtenu 4 Clés Télérama.

Biographie :

Après le conservatoire d'Art dramatique de Lyon, suivi de quelques années de théâtre, Michèle Bernard choisit très vite LA CHANSON, d'abord comme interprète, puis comme auteur et compositeur. Elle est, depuis 1975, "sur ces routes grises", enchaînant tournées en France et dans le monde.
On lui demande parfois des musiques pour le cinéma, la télévision, le théâtre ou la danse.
Elle signe quelques mises en scène, écrit pour les enfants, et enchaîne les créations (Divas'Blues/ Voler/ Une fois qu'on s'est tout dit/ L'Oiseau Noir du Champ fauve, cantate pour Louise Michel/ le Nez en l'Air/ Dans le lit de l'eau/ Des Nuits Noires de monde/ Sens Dessus Dessous).
Interprète dans la comédie musicale d'Anne Sylvestre : Lala et le cirque du vent.

Elle intervient dans de nombreux stages et ateliers et organise, au sein de l'association « MUSIQUES A L'USINE » à Saint-Julien-Molin-Molette (42), toutes sortes de festivités autour de la chanson (Les Oiseaux Rares).

michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoorInterview :

Vous avez encore une fois été honorée par l’Académie Charles Cros.

Oui, et c’est la 5e fois. J’ai reçu ce  prix la première fois pour mon premier 33 tours, en 1978.  Symboliquement, le fait que je reçoive cette reconnaissance de la part de cette Académie m’incite à penser que je ne suis pas trop à côté de la plaque. Pour moi, c’est un prix particulier parce qu’il est délivré par des gens qui aiment la musique et qui savent de quoi ils parlent. C’est un prix loin du commercial.

Sans être très médiatisée, vous avez un large public qui se déplace dès que vous êtes sur scène.

C’est pour cela que je continue. Si je n’avais plus aucun écho dans ce que je fais, je m’arrêterais.

Votre public est très fidèle.

Il y a ceux qui m’ont découvert avec mon premier disque et qui continuent à me suivre. Et comme ces dernières années, j’ai  ouvert mes activités du côté des enfants, ça m’a fait accéder à un public plus jeune ainsi qu’à leurs parents. Désormais, je me demande ce que je peux écrire qui soit universel pour toucher à la fois les petits et les grands.

C’est plus difficile d’écrire pour les enfants ?michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoor

Je ne sais pas. Il faut retrouver le maximum de simplicité et d’authenticité. Cela dit, c’est la même démarche quand j’écris pour les adultes. L’exigence d’écriture est exactement la même. Il faut peut-être plus retrouver l’enfant qu’on a été pour regarder les choses avec une certaine fraicheur. La seule différence est au niveau des thèmes abordés.

Peut-on tout aborder avec les enfants ?

Je crois que oui. Les grands thèmes qui angoissent ou qui font plaisir sont les mêmes pour les adultes et les enfants.

Les artistes sont de grands enfants, j’ai l’impression.

Surement. Beaucoup d’artistes sont des gens qui essaient de régler des comptes positivement avec leur enfance. Personnellement, ce que j’ai pu ressentir pendant mon enfance et ma jeunesse est devenu mon moteur.

"Tout'Manières" extrait de l'album Tout'Manières.

michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoorVous étiez comédienne, et finalement, vous avez préféré embrasser la carrière de chanteuse. Pourquoi ?

Ça s’est fait petit à petit, mais tout naturellement. Quand j’étais ado, j’étais très attirée par le monde des artistes tout azimut. Je faisais de la peinture, je suis allée au conservatoire de théâtre à Lyon, je faisais du piano, puis je me suis mise à écrire des chansons. Je baignais dans une envie de choses artistiques. Pour être plus précise, j’ai commencé dans le théâtre pour enfants et comme il y a beaucoup de musique et de chants dans ce genre théâtral, je me suis achetée un petit accordéon et je me suis mise à chanter. Je me suis vite aperçue que la voix chantée me donnait beaucoup plus de plaisir, de liberté, d’aisance.

Vous chantiez quoi quand vous avez décidé de prendre cette voie ?

Je n’étais qu’interprète. Je chantais évidemment Anne Sylvestre, des chanteurs de la rive gauche, du Francis Blanche, du Jacques Debronckart, du Georges Brassens.

Que des auteurs exceptionnels !michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoor

J’ai chanté ces auteurs-là, je me suis imprégnée de leur manière d’écrire, mais sans me le formaliser. A un moment donné,  j’ai voulu raconter mes propres histoires. C’était un besoin d’expression qui s’imposait à moi. Mes premiers textes sont venus spontanément, parce que c’était des choses qui me brûlaient à l’intérieur. J’ai regardé comment les textes de ces auteurs fonctionnaient et, au début, je les imitais.

Dans votre chanson en duo avec Anne Sylvestre, vous dites beaucoup sur ce métier.

C’est un métier cruel. C’est la loi du marché, de la mode. Des gens comme moi font partie du petit peuple de la chanson. On parvient à vivre de la chanson, on se produit dans toute la France et parfois plus loin, mais on a une absence de notoriété médiatique abyssale.

Pour moi, Anne Sylvestre et vous êtes victimes de cette énorme injustice… mais les gens qui aiment la chanson vous célèbrent. Eux, ils savent ce que vous êtes.

C’est peut-être une médaille à la ténacité (rires). Mais vous savez, le milieu des amateurs de chansons françaises est finalement un petit milieu. Ce que je trouve difficile c’est l’idée que plein d’autres personnes, plus jeunes, pourraient apprécier, mais ne peuvent pas accéder à nous. Il me semble qu’Anne Sylvestre et moi sommes ringardisées par un certain langage médiatique. Ça fout les boules…

Clip de "Je clique", extrait de l'album Tout'Manières.

michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoorDans votre nouvel album, il y a des chansons très modernes et d’actualité. « Je clique », « Savons d’Alep »…

Ce ne sont pas des sujets de grand-mères (rires). J’évoque des sujets d’aujourd’hui.

S’il n’y a pas d’espace médiatique en France pour cette chanson-là, elle parvient tout de même à se faire écouter.

Il y a en France un réseau de salles, d’associations, d’individus qui se fédèrent pour inviter des spectacles. La chanson se diffuse, quoiqu’il arrive.  

C’est un combat ce métier ?

Là où j’en suis rendue, je ne suis plus dans le combat. Je continue tout en mesurant mon impuissance devant comment les choses fonctionnent dans la société. Le combat, c’est de continuer à proposer ce genre de chansons. Et en continuant, je me fais du bien aussi à moi-même. J’ai consacré ma vie à la chanson, donc je m’arrêterai quand je n’aurai plus la force de continuer.

Parfois, vous abordez des sujets graves, mais il y a toujours de l’espoir dans vos chansons…

Je ne peux pas faire des chansons plombantes complètement. Il me faut une petite lueur dans un coin, un pôle positif quelque part.

Allez-vous voir des jeunes sur scène ?

Etant en région lyonnaise, ce sont beaucoup des artistes de coin-là. Il y en a des très talentueux. Il y a une fille qui s’appelle Lily Lucas qui écrit des choses très finement, aussi drôles que pointues et sensibles. J’aime aussi beaucoup Fréderic Bobin. Il écrit avec son frère de magnifiques chansons. Enfin, j’ai envie de vous citer Jeanne Garraud et Claudine Lebègue, parmi les gens que je suis de près.

Vous avez toujours de l’inspiration où vous en trouvez quand il s’agit de faire un nouvel album ?

C’est un mélange des deux.  Tous les jours, je pense chanson. Dans ce que j’ai pu vivre, voir, entendre, je me demande toujours ce qui ferait une bonne chanson. Ce n’est pas pour autant que j’écris. Pour écrire vraiment, je m’enferme et je me consacre à cette activité. Il faut se concentrer pour bien prendre le temps de laisser remonter les choses.

Vous êtes exigeante avec vous-même ?michèle bernard,tout'manières,interview,epm,mandoor

Je boucle rarement une chanson en une nuit. Il faut y revenir. C’est un peu comme une sculpture. On a une masse, on la sculpte, on l’affine, on remplace un mot par un autre. Ça peut prendre du temps…

C’est jubilatoire d’écrire ?

C’est jubilatoire d’avoir trouvé un super couplet. Souvent, je me dis que ce que j’écris est d’une platitude… c’est un passage douloureux. Alors quand j’arrive à trouver l’image, la manière d’exprimer une idée, à se faire rencontrer les mots de manière riche, j’en éprouve une grande satisfaction. Qu’est-ce qui va faire qu’une expression que l’on a trouvée va toucher ? Il y a quand même une part de mystère…

Un auteur n’est pas maître de tout ?

C’est bien de ne pas tout contrôler.

Y a –t-il des sujets que vous ne parvenez pas à aborder ?

J’ai un peu de mal à écrire des chansons d’amour. Il n’y en a pas dans ce dernier album. Il est plus dans le monde social et beaucoup dans l’amitié.

C’est parce que vous êtes pudique ?

Oui, un peu. C’est tout le paradoxe quand on fait un métier où on se met en avant.

Est-ce que vous ne craigniez pas d’avoir tout dit dans vos chansons ?

Ça ne veut pas dire grand-chose, « avoir tout dit ». Les thèmes des chansons se réduisent à quelques-uns. On parle tous de la même chose : l’amour, la mort, l’amitié… mais jamais de la même façon. C’est une question d’angle.

C’est quoi la fonction d’un ou une chanteuse ?

Brel disait : « imaginez les peuples sans musique ». La chanson, c’est frontal. On s’adresse directement au cœur des gens. C’est un impact qui trouve sa place dans le sensible et l’émotionnel. Il me semble que dans ce monde, c’est important que les artistes existent. On a besoin d’émotion, de divertissement…

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04 février 2017

Laura Cahen, OUEST et Martin Luminet : interview pour Le Mégaphone Tour

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Cela fait longtemps que je voulais parler ici du Mégaphone Tour. Je suis très "fan" de cette opération concrète d’aide à l'émergence, de soutien, d’accompagnement et de développement par la scène des talents de demain.

Comme l'indique le site internet, chaque année, 12 auteurs-compositeurs-interprètes, préalablement sélectionnés, partent sur 4 tournées dans 4 grandes Régions de France (Sud Ouest, Sud Est, Nord Est, Nord Ouest), proposant ainsi un plateau découverte de 3 artistes en bas de chez vous ...

Chaque tournée est composée d’une dizaine de concerts sur trois semaines, dans des lieux de diffusion offrant des conditions professionnelles. Le dispositif permet une mise en lumière, tout au long de l’année, en proposant aux groupes de jouer dans des salles de concerts partenaires. A plus long terme, le Mégaphone Tour assurera sur des festivals une présence estivale pour les 12 artistes ou formations sélectionnés de l’année. Ces plateaux composés de 3 artistes, jouant chacun 30 min, permet d’offrir une diversité musicale et un plateau « découverte » au public, représentatif de la scène émergente. Le Mégaphone Tour propose un concert «chez les gens », cherchant la rencontre entre l’artiste et son public dans un rapport de proximité.

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Caroline Guaine, madame Mégaphone Tour, avec Martin Luminet, OUEST et Laura Cahen.

J’ai proposé à la directrice du Mégaphone Tour, Caroline Guaine, de rencontrer les artistes actuellement en tournée pour les faire témoigner. Je voulais notamment savoir comment ils vivaient cette expérience. Je suis allé rejoindre Laura Cahen, OUEST et Martin Luminet au Celtic de Tarbes, le 2 février dernier. Nous nous sommes enfermés dans un appartement au-dessus de la salle et je les ai « cuisinés ». 

Les forces en présence :

martin luminet,ouest,laura cahen,mégaphone tour,celtic,interview,mandorLaura Cahen (par Éric Reinhardt, écrivain):

"Elle se décrit comme une éponge à sentiments, se nourrissant de la vie des autres, de films et aussi de livres, qui peuvent connaître d’amples répercussions dans son monde intérieur, si elle est émue. Quand elle écrit, elle part d’un mot ou d’une image et déroule le fil de ses sensations jusqu’à écrire un texte entier, dont à la fin elle découvre stupéfaite qu’il parle avec netteté de ce qu’elle est en train de vivre, et d’elle : ainsi, pas intellectuelle pour deux sous mais plutôt sensitive, instinctive, inquiète et un peu animale, un animal inoffensif et un peu triste, Laura Cahen ne part jamais du sens mais y aboutit, dans la forme finale des chansons qu’elle a écrite. Et cette forme finale est souvent puissante, elle vous emporte dans ses élans comme si chacune était une promesse de libération et qu’au bout, au bout de la chanson, au bout du voyage mélodique, visuel et vocal, au dénouement des sensations qu’elle sait créer, l’auditeur enivré serait sauvé. Quand elle chante, la voix de Laura Cahen est singulière et attachante, avec une forte identité… Une voix claire, aigüe et haute, avec en même temps une profondeur cuivrée qui apparaît au fond de certains mots, une dimension organique de fanfare, avec des cuivres, des trompettes, une grosse caisse, des cymbales, en plein air, sous un ciel de printemps…"

Un premier album vient de sortir, Nord.

OUEST : Après avoir écumé les scènes de France, de Chine et du Québec, Jef Péculier, l’ex-guitariste de martin luminet,ouest,laura cahen,mégaphone tour,celtic,interview,mandorLa Casa, remonte en selle sous le nom de OUEST. Le projet voit le jour en Janvier 2014, OUEST écrit, compose, arrange et enregistre guitares, claviers et sample pour donner naissance à une folk-rock en français. Pour le live, il fait appel au bassiste Xavier Vadaine et au batteur Corentin Giret

Après une période de résidence au 6PAR4 à Laval au printemps 2015, une belle aventure débute et le projet prend forme après une quinzaine de concerts et un accueil très enthousiaste auprès du public et des professionnels. Un premier EP vient de sortir.

martin luminet,ouest,laura cahen,mégaphone tour,celtic,interview,mandorMartin Luminet :

Martin Luminet s’inscrit dans la lignée de ces chanteurs qu’on aime appeler « chanteurs à souhait », qui n’en font ni trop, ni pas trop trop.

On retrouve dans ses chansons de doux paradoxes et l’entêtante idée de pouvoir vivre avec des incohérences, des faiblesses, des aveux d’impuissance et des regrets paisibles. Dans ses chansons on a le droit d’être maladroit, de souffrir de jolies choses, d’être heureux de travers, d’aimer quelqu’un de loin, de faire des chansons tristes qui rendent heureux, bref, on a le droit d’être pas droit. Martin Luminet a le même âge que les garçons de 1989 et présente pour la première fois son projet le plus intime sous la forme d’une Pop Sensible qui s’évertuera à démontrer qu’il est possible de pleurer en dansant.

Un premier EP vient de sortir, Bande Annonce.

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Interview :

Vous connaissiez le Mégaphone Tour ?

Martin Luminet : Plusieurs personnes à Lyon m’en avaient parlé en me signifiant que ce serait une bonne idée que je me présente. Ils ont bien fait parce que je trouve cela remarquable.

Laura Cahen : J’en ai entendu parler depuis un moment parce que je connais des artistes qui sont passés par là. J’y participe parce que Caroline Guaine m’a appelé pour que je devienne la marraine de cette tournée dans le sud-ouest.  

OUEST : C’est mon manager qui m’a incité à me présenter. Il m’a parlé de ce dispositif. J’ai été auditionné, sélectionné et aujourd’hui, je suis sur le Mégaphone Tour. Et j’en suis très heureux.

L’idée de partir trois semaines sur la route avec d’autres artistes qu’on ne connait pas, c’est enthousiasmant ?

OUEST : C’est aussi le but de notre métier que de se retrouver sur scène avec d’autres artistes. En tout cas, entre nous, ça se passe très bien. C’est une vraie joie pour moi de tourner avec Laura et Martin. Il y a une vraie intimité qui se forme. Ça fait une semaine que nous sommes dans le même mini bus. On arrive dans des lieux différents, accueillis par des gens différents… c’est toujours un peu le suspens. Nous vivons la même chose, alors ça crée des liens.

Martin Luminet : Je pense que ceux qui nous sélectionnent prennent en compte l’humain. Caroline Guaine sait que nous partons quelques jours ensemble, je pense qu’elle doit veiller à mettre des artistes qui n’ont pas des caractères aux antipodes des uns des autres.

Laura Cahen : Oui, c’est sûr elle doit choisir en fonction des personnalités.

Laura Cahen : clip de "Froid".

Vous avez écouté ce que faisaient les autres avant de partir ?

Martin Luminet : Laura, je connaissais parce qu’elle est déjà un peu connue. J’aimais bien. Quant à OUEST, nous nous sommes rencontrés à la soirée d’inauguration. Nous savions que nous partions ensemble, nous nous sommes donc échangés nos CD. J’aime aussi ce qu’il fait. Et je ne dis pas cela par politesse.

Laura Cahen : Moi, je viens tout juste d’avoir les CD de mes « filleuls », je vais donc les écouter très vite. Mais, évidemment, je suis allée voir sur Internet ce qu’ils faisaient.

OUEST : J’ai écouté cet après-midi l‘EP de Laura, mais, moi aussi, je la connaissais d’avant. Martin, je suis allé voir sur Internet un clip de lui. Bien sûr, les artistes ont cette curiosité de savoir avec qui ils vont vivre une aventure commune.

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Pendant l'interview (1)

Ce qui est génial avec vous trois, c’est que vous avez des univers très différents. Ca ne déstabilise pas le public ?

Laura Cahen : Non, au contraire. Martin commence le spectacle, en douceur et humour. Les gens sont conquis. Ensuite, c’est moi, je ne peux pas trop en parler (rires).

OUEST : Elle charme le public immédiatement, elle irradie et rend radieux le public. Moi, je fini la soirée.

Laura Cahen : C’est le moment le plus rythmé. Il conclut en beauté.

Martin Luminet : Nous sommes sur des esthétiques différentes sur scène, mais nous avons remarqué que nous avons beaucoup de points communs, comme par exemple l’amour du français. Ce n’est pas parce qu’on a choisi de défendre une esthétique qu’on n’aime pas celle des autres.

OUEST : Clip de "Les aviateurs".

Ce soir, vous jouez dans un pub.

Laura Cahen : On joue dans toutes sortes de salles, c’est ça qui est bien. Depuis qu’on a commencé, on a joué dans une chapelle, dans un club et dans un bar.

Le Mégaphone Tour vous apporte quoi concrètement ?

Martin Luminet : Je cherche surtout à me connaître scéniquement. Savoir comment arriver le plus simplement devant le public, surtout dans une configuration où on n’est pas dans une salle plongée dans le noir, mais au milieu des personnes. J’essaie de trouver ce subtil équilibre entre le plateau et le public.

Laura Cahen : Pour moi, être seule avec ma guitare et un piano, c’est une belle expérience parce que je suis, la plupart du temps, avec trois autres musiciens. Là, je viens de faire 8 dates en solo. Ça me permet aussi d’aller dans des lieux où je n’ai jamais joué et de rencontrer probablement un nouveau public. Et puis, enchainer les dates, ça fait du bien.

OUEST : Nous avons une soif de faire des dates. C’est quelque chose qui nous nourrit. Quand on est un artiste en développement, il est difficile d’accéder aux SMAc (note de mandor : Le label SMAc est un dispositif créé et soutenu par le Ministère de la Culture, qui regroupe environ 150 divers lieux musicaux de petite et moyenne capacité, dédiés aux musiques actuelles/amplifiées), aux centres culturels, bref, aux grosses structures. Pour y accéder, il faut avoir beaucoup de notoriété, de la promotion, un tourneur. Avec le Mégaphone Tour, on est sur des petits lieux qui correspondent aux développements des artistes. Il en faudrait 12 000 des structures comme le Mégaphone Tour.

Laura Cahen : Personnellement, le fait de jouer 8 concerts en solo, ça m’aide à savoir comment je réagis dans des conditions différentes. Et comme Martin, ça me permet de me connaître mieux. Je vois ce qui marche et ce qui ne marche pas. Je tente aussi des choses. Non, vraiment, je trouve ça très bien.

Martin Luminet : Et ça doit aussi te rassurer de constater que tu peux tenir la baraque seule.

Laura Cahen : Exactement.

Martin Luminet : "Pardonnez-moi" en version acoustique.

Il y a une envie de chacun de faire mieux que l’autre ?

Laura Cahen : On a juste envie d’être bons. Nous avons des univers tellement différents qu’on ne pense pas à une quelconque rivalité. On n’apporte pas du tout la même chose au public. Nous essayons de les emmener chacun dans notre monde.

Martin Luminet : Quand les gens viennent voir un triple plateau, j’ai l’impression que les gens jouent vraiment le jeu. Il y a beaucoup de respect et de curiosité de la part du public. C’est assez impressionnant.

OUEST : Ce qui est sympathique entre nous, c’est que nous avons eu les mêmes ressentis chaque soir. Il y a un soir où on a dit tous les trois que nous n’étions pas au meilleur de notre forme. Il y a eu un autre soir où c’était l’euphorie pour tous les trois.

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Pendant l'interview (2)

Vous avez tous les trois des disques très produits. Là, vous êtes sans grosses machines. Vous êtes tel que vous êtes. Ça aussi c’est un défi ?

Laura Cahen : Je construis mes morceaux en guitare voix, donc cette formule est l’essence de ma musique. Retrouver le guitare-voix me permet peut être de suspendre le temps, d’avoir un temps élastique. Ça m’intéresse pas mal.

OUEST : Moi, je suis un peu l’exception. La formule du Mégaphone Tour permet de partager le cachet avec un deuxième musicien si on en a envie. Du coup, j’ai décidé de partager la scène avec mon batteur qui, lui, est venu avec un tom basse et son sampler avec mes productions à l’intérieur. On emmène donc un peu plus de volume sonore, c’est la raison pour laquelle je termine le spectacle. Mais ça reste quand même une adaptation, une nouvelle création.

Martin Luminet : Moi aussi, mon EP est plutôt pop. Quand on arrive en studio, on a tous la tentation d’étoffer la musique qu’on a créée dans sa chambre. Comme ma participation au Mégaphone Tour se juxtapose avec un lancement de projet, j’avais besoin de présenter mes chansons nues. Je ne voulais pas essayer de séduire les gens par la forme, mais plus par ce que mes chansons racontent. Si ça marche, ça me donnera un peu de confiance et je saurai que je qu’elles valent la peine d’être jouées en groupe. Ce sont des propos et des thématiques assez intimistes, donc je pense que cette formule piano-voix, fragile, fébrile même, c’était l’idéal.

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Les artistes à la fin du spectacle. Au Celtic à Tarbes.

Vous vous mettez en danger ?

Laura Cahen : Oui. Ce n’est pas très naturel d’aller se mettre sur une scène et jouer des chansons devant des gens.

Martin Luminet : Ce qu’il y a de paradoxal là-dedans, c’est que ce sont souvent les plus timides qui se retrouvent sur scène. On a envie de se planquer, mais il n’y a pas d’autres moyens pour nous d’exprimer ce que nous avons à dire.

OUEST : Dans la vie, j’ai le verbe et la parole facile, mais à partir du moment où on est sur scène, il se passe plein de choses. Le regard et le jugement des gens, on se livre, on se met à nu.

Martin Luminet : Il y a des choses que l’on arrive à crier au public que l’on ne dirait pas à sa propre famille autour d’une table.

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Pendant l'interview (3)

Le Mégaphone Tour a ceci de particulier que les artistes jouent dans des petites salles, donc avec une réelle promiscuité avec les gens.

Laura Cahen : C’est très intime. J’aime bien être proche des gens. J’aime bien les sentir. J’ai du mal quand le public est loin parce que j’ai l’impression que je ne comprends pas ce qu’ils ressentent. Ça me gêne. Là, ils sont très proches, c’est assez magique.

Martin Luminet : Il y a des moments de silence et nous sommes tous les trois attachés à ça. La part de silence dans une chanson est un bon indicatif de comment se passe la soirée.

C’est un peu une colonie de vacances le Mégaphone Tour ?

Laura Cahen : Complètement.

OUEST : Mais c’est une colonie studieuse et organisée. C’est une colonie de vacances qui se mélange avec une sortie de classe, genre « sortie découverte ».

Martin Luminet : Le Mégaphone Tour n’est pas du genre : « montez dans le camion, on vous emmène ». Il y a aussi : « on vous montre comment marche une tournée », certainement pour nous responsabiliser.

Laura Cahen : Moi, j’avoue que je me laisse pas mal porter par le vent.

Martin Luminet : Mais tu n’es pas oisive et passive.

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Pendant l'interview (4)

Laura, tu as la marraine. Tu as un rôle précis à jouer ?

Laura Cahen : Je n’ai pas fait partie du dispositif de repérage. Pour le Mégaphone Tour, ce qui pourrait être bien dans les années à venir, c’est de créer un lien avec les filleuls. J’adore Martin et OUEST et je suis hyper contente d’être avec eux, mais c’est bizarre d’être la marraine de deux artistes avec lesquels je n’avais jamais parlé. Ce serait bien que les parrains voient qui sont les artistes et de les choisir. Tu t’imagines, si je n’aimais pas du tout OUEST et Martin ! Là, ça tombe bien en tout cas. Je les aime mes petits cocos (rires collégiales).

Ça fait une semaine que vous êtes ensemble, j’imagine que vous resterez en contact après cette aventure.

Martin Luminet : Ce qui est sûr, c’est que ça sème une petite graine. Moi, je sais qu’avec Laura et OUEST, j’aurais bien envie de partager des trucs. Les hasards de la vie feront que l’on se recroisera où pas.

Laura Cahen : Ce n’est pas rien de passer deux semaines ensemble, jour et nuit. On va rester en lien, c’est une certitude… et je vais suivre de très près leur parcours.

OUEST : Moi, je suis ravi du comportement humain de mes deux acolytes et j’adore ce qu’ils font. Je ne vais pas me priver de vanter leurs mérites à mon entourage.

Précisions : A la fin de l’entretien, j’ai interrogé ces trois artistes sur leur disque respectif. Mais, c’était si sommaire que j’ai pris la décision de les mandoriser tous les trois, en tête à tête, parce qu’ils valent vraiment le coup. Ils sont tous d’accord. Alors, à suivre …

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Après l'interview, de gauche à droite, Martin Luminet, OUEST, Laura Cahen et Mandor, le 2 février 2017.

Et ci dessous, un polaroïd signé "Le Celtic" avec à gauche, Marie du Mégaphone Tour. Merci à elle pour l'accueil et sa disponibilité. 

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03 février 2017

Klo Pelgag : interview pour la sortie L'étoile Thoracique

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6.jpgDe retour trois ans après le succès de son premier album L’alchimie des Monstres qui lui a valu maintes récompenses et une large reconnaissance au Canada et en France (sacrée Révélation de l’année au Gala de l’ADISQ 2014, en plus des Prix Barbara 2015 en France, Révélation chanson Radio-Canada 2014-15, Grand Prix de la francophonie de l’Académie Charles Cros 2014, Prix Miroir Célébration de la langue française au Festival d’été de Québec 2013…etc.), Klô Pelgag revient avec un nouveau disque toujours aussi créatif et surprenant, L’étoile Thoracique (sortie aujourd’hui). Elle profite des treize nouveaux titres, pour continuer son exploration d’une pop francophone ultra originale qui puise dans l’électro, le rock, et la musique contemporaine. Nous voilà de nouveau transporté dans un monde féérique qui embrasse différents thèmes comme l'amour, la liberté et la désillusion. La jeune femme sera en concert le 8 février au Café de la Danse à Paris. Elle est passée à l’agence le 12 décembre dernier pour sa deuxième mandorisation (la première est à lire ici).

Biographie officielle :15267773_1342101759156306_8289284588388489532_n.png

Trois ans après L'Alchimie des Monstres loué par la critique et le public, l'artiste québécoise Klô Pelgag revient avec L'Etoile Thoracique, nouvel album à l'originalité totale : une fresque surréaliste pleine de fougue et aux arrangements détonants qui propulse la pop de Klô Pelgag dans un monde créatif inédit.

Avec L'Etoile Thoracique, Klô Pelgag nous parle de la terre, des étoiles, du ciel et d'amour aussi. La musique inclassable de cette jeune artiste est une histoire de passion et de sensibilité. Tout au long des treize titres de l'album, Klô Pelgag ne ménage pas ses envolées vocales, sa folie et son imagination débordante. A la fois inspirée par la liberté, les fruits, les légumes, les grandes tragédies, les fleurs et les herbes, Klô Pelgag s’impose comme une sibylline bouffée d’air frais dans le paysage musical francophone. Dès son entrée en scène, il y a quelques cinq années, l’auteure-compositrice-interprète est devenue l’une des voix les plus probantes et singulières de sa génération. Portant sur son dos un univers chargé de chansons, de baroque, et d’absurde, la demoiselle séduit et déstabilise en déployant une musique finement concoctée et qui braque les feux sur un désir instinctif de la créatrice à confronter ses propres fins. En témoignent les 13 titres qui s’emboîtent sur L’Étoile Thoracique, fresque déliée sur laquelle l’artiste se donne des airs de concerto aux contours arachnéens.

Sa démesure n’a d’égal que la beauté et la poésie qui, au final, se déploient sous notre regard dans une fresque musicale, à mi-chemin entre la fanfare et la symphonie. Et c’est dans tout cet espace, cette zone obscure que la fougue et les délires de Klô Pelgag prennent tout leur sens.

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(Photo : Etienne Dufresne)

2.jpgInterview :

Depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, il y a deux ans, il s’est passé beaucoup de choses pour toi.

Après la sortie de L’alchimie des Monstres, j’ai fait 230 spectacles ici et au Québec. C’était difficile à ce moment-là d’écrire, mais ça me manquait énormément. Déjà que c’est difficile d’écrire et d’être en connexion avec soi-même dans le calme, alors, en pleine tournée... Mais j’avais tellement besoin d’être dans la création que, finalement, l’album est arrivé assez rapidement.

Tu places la musique au même niveau que les textes ?

Les deux ont autant d’importance. Dans ce deuxième album, je laisse encore plus de place à l’instrumental. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, par rapport au premier disque, les musiques sont plus dépouillées au niveau des arrangements.

Tu as l’impression d’avoir beaucoup évolué entre les deux albums ?

J’ose espérer. Dire que j’ai progressé serait prétentieux, mais disons que mon objectif est de m’améliorer d’album en album.

Le doute doit être là pour ne pas se laisser aller à la facilité ?

Je pense que oui. On n’est moins dans la réinvention et le dépassement de soi si on est sûr de son talent. Je ne dis pas qu’il faut être stressé en permanence, mais il faut rester méfiant par rapport à ses capacités. Il ne faut jamais s’endormir sur ses lauriers intellectuellement et créativement.

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Clip de "Samedi soir à la violence", tiré de l'album L'étoile Thoracite

Tu chantes des histoires graves, mais on ne s’en rend pas compte tout de suite.5.jpg

La musique amène souvent un autre aspect aux mots. S’il y avait une musique plus lourde derrière, le texte prendrait un autre sens. Les deux s’influencent. J’aime quand les contraires s’alimentent.

Derrière ta folie, on décèle beaucoup de tristesses.

L’être humain est complexe. On n’est pas juste la joie ou la tristesse, on est plein de sentiments, plein de contradictions.

Que représente la scène pour toi ?

Sur scène, j’aime m’éclater, j’aime avoir du plaisir, j’aime surprendre, j’aime me surprendre aussi… Je parle beaucoup au public, mais je ne fais jamais les mêmes blagues et les mêmes interventions. Tous les soirs, j’improvise selon la salle, le public, mon humeur… ça me garde en vie. C’est hyper exigeant d’être en réaction totale avec une salle. Mais c’est de l’art vivant. J’ai besoin que tout change de soir en soir, sinon, ce métier me serait insupportable.

Les musiciens doivent te suivre…

Oui, mais ils aiment ça. Enfin, c’est ce qu’ils me disent (rires). Quand ils rient aux blagues, ils ne font pas semblant. Ils ne savent jamais ce que je vais faire… Parfois, je vais quand même très loin, mais comme ça amuse tout le monde, je continue le lendemain.

Clip de "Les ferrofluides-fleurs", tiré de l'album L'étoile Thoracique.

T4.jpgu portes des costumes délirants… te déguiser est-il un moyen de ne pas te montrer telle que tu es ?

Je n’aime pas me montrer comme je suis dans la vie, mais cela ne veut pas dire que je ne suis pas moi. En règle général, je n’aime pas faire la promotion de moi-même, alors j’emploie des subterfuges visuels…

Il y a deux Klo Pelgag ?

Non. Je me sens très cohérente avec moi sur scène. Tout ce que je dis, je le pense. Sur scène, c’est moi, mais x10.

Tu montes sur scène, comme tu monterais sur un ring ?

Toujours. Quand je joue à Montréal, le public est déjà acquis, j’aime ça, mais il ne faut pas que je me sente trop bien, sinon, je ne suis pas au maximum de mes capacités. Il faut que je me sente en danger. Par exemple, en France, il m’arrive de jouer en province, dans des centres culturels ou personne ne me connait. Là, je dois tout donner pour convaincre. Si un public est mort, je me dois de le ranimer. J’aime bien faire face à ça.

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Pendant l'interview 1.

Tu fais ce métier pour la scène ?1.jpg

Non, je fais ce métier pour la création. J’aime écrire, mettre en musique mes textes, les enregistrer sur un disque et ensuite, faire des spectacles. C’est un tout.

Arrives-tu à canaliser ton univers si complexe et luxuriant.

Ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas tout que mes textes ne veulent rien dire.

Je n’ai jamais dit ça !

Naturellement, je sais où je ne veux pas aller, dans le n’importe quoi par exemple. J’ai toujours une idée très précise de ce que je veux exprimer, de ce que j’aime et de ce que je veux faire. J’essaie de ne pas trop contrôler, car le contrôle est l’ennemi de la spontanéité.

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Pendant l'interview 2.

unspecified.jpgC’est fou, comme tu fais l’unanimité artistique.

Je ne pense pas plaire à tout le monde, mais je n’ai jamais eu de mauvaises critiques d’albums de la part des professionnels. On critique parfois mon comportement. Mon attitude n’est pas toujours comprise. Certaines personnes, quand ils m’entendent parler à la télévision, me prennent pour une dingue.

Ce que tu n’es pas !

Assurément (rires).

Aimes-tu la notoriété ?

Tout ce qui m’intéresse, c’est de jouer dans une salle et qu’il y ait du monde qui apprécie. Je n’ai pas d’autres ambitions. Autant je suis excentrique sur scène, autant dans la rue, je n’aime pas que l’on me reconnaisse et que l’on se retourne sur mon passage.

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Après  l'interview, le 12 décembre 2017.

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02 février 2017

Manon Tanguy : interview pour Parmi les crocodiles

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(Photo : Anna Delachaume)

Manon Tanguy, je ne peux pas bien expliquer pourquoi elle me touche, mais dès qu’elle chante j'écoute avec intérêt. Je suis aussi sensible à sa fragilité qu'à son impertinence, sa légèreté et sa gravité. Je l’ai vu pour la première fois au Pic d’Or en 2012, depuis, j’observe l’évolution de sa carrière et je la mandorise à chaque fois qu’elle sort un disque (voir ici et là). Pour la troisième fois, le 23 novembre 2016, la jeune chanteuse est venue à l’agence. Elle évoque ce troisième disque (un deuxième album), Parmi les crocodiles (sortie le 17 février prochain). Ce qui est certain, c’est que la jeune femme se bonifie avec l’âge. Je n’en dis pas plus puisque j’ai écrit une bafouille sur ce que je pensais d’elle à son manager Eddy Bonin. Du coup, ma « prose » s’est retrouvée sur un sticker, lui-même apposé sur les albums (avec mon autorisation… ça m’a flatté).

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manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interviewArgumentaire officiel :

La mutine Manon Tanguy revient avec un 2ème album Parmi les crocodiles. Chansons pop aux accents électro. Manon aborde des thèmes plus engagés que par le passé, comme « Le trouble » ou encore « La taille de sa jupe » qui traite du harcèlement de rue. Un engagement dans la vie comme à la scène. Masterisé à La Source – Murrayfield Paris, les arrangements artistiques et l'enregistrement studio ont été confiés à Nicolas Bonnière, guitariste de Romain Humeau et du groupe Eiffel et producteur de Manu (ex-Dolly), Calvin Russel, Manu Lanvin... Le batteur d'Eiffel, Nicolas Courret, a joué sur 3 titres. A noter également la participation de Delphine Coutant et Liz Cherhal, ainsi qu'un titre "Kérosène" dont les paroles ont été écrites spécialement par Nicolas Jules. Après plus de 200 concerts en France, Italie, Allemagne, dont les 1ères parties d'Amélie les Crayons, Laurent Voulzy, Dominique A, Sansévérino, Thomas Fersen, Olivia Ruiz, Ben Mazué, Les Ogres de Barback, Melissmell, Pierre Lapointe, Askehoug, Cali, Karpatt, Joyeux Urbains, Romain Humeau, Rover... le trio repart en tournée en 2017 avec un nouveau spectacle. Prix des internautes de l'Ampli Ouest France 2016.

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Laurent Duflanc, Manon Tanguy et Yannis Quillaud (photo : Anna Delachaume)

manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interviewInterview :

Il s’est passé deux ans entre la sortie du premier album, Somniloque, et la conception du deuxième. C’est le temps nécessaire pour retrouver l’inspiration ?

Il fallait laisser le premier album vivre et l’écriture revenir. C’est essentil pour raconter de nouvelles choses sans se répéter. Pour ne rien te cacher, j’avais hâte de passer à autre chose et que cet album sorte.

Il y a beaucoup plus d’instruments dans ce disque que sur les précédents.

Parce que dans le studio où nous avons enregistré, il y avait beaucoup d’instruments à notre disposition. J’ai eu le sentiment de participer à une récréation musicale. La musique s’est faite de manière très spontanée. On a vraiment redonné le sens initial à l’expression « jouer de la musique ».

Tu es auteur de tes chansons, mais les compositions se font à trois.

J’arrive avec mes mélodies, après, sans aucune contrainte, on habille le morceau tous ensemble, chacun lançant ses idées.

Ton disque est (enfin) plus rythmé.

Avec mes musiciens, Laurent Duflanc et Yannis Quillaud, on a beaucoup écouté Damon Albarn. J’aimais ses petites programmations electro. Du coup, on est parti vers ce genre de musique. Il faut du temps pour appréhender et assimiler ce que l’on veut faire. L’intérêt, c’est d’aller plus loin d’album en album. Je suis super fier de celui-ci et je l’assume complètement.

Manon Tanguy en résidence (décembre 2016) avec Laurent Duflanc (Pad) et Yannis Quillaud (Claviers).

C’est la première fois que tu es fière d’un album ?manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interview

C’est la première fois que j’assume musique et texte sans aucun bémol. Ça pourrait être mieux, certainemment, mais là, tout a du sens pour moi.

Tu parles beaucoup des femmes.

Oui, de la perception de la femme, du ressenti de la femme dans le rapport de force face à la religion, à la pensée commune qui est devenue une espèce de norme… et comment on se construit là-dedans. Je parle aussi de l’enfance, du contour des individus et de ce qu’ils sont réellement.

Tu écris toujours de manière automatique ?

Toujours. Et souvent, je me laisse surprendre par ce que j’écris. A chaque fois, je crois que je ne parle pas de moi et deux mois plus tard, je me rends compte que si. Le superficiel, le cru, le profond, le refoulé…

C’est l’inconscient qui te guide ?

Oui, et à chaque fois, je me fais avoir. Le conscient n’arrive toujours pas à prendre le contrôle là-dessus et c’est tant mieux. Ça peut paraître paradoxal, mais je me comprends mieux à travers ce que je peux écrire.

"Le trouble" (audio).

manon tanguy,parmi les crocodiles,eddy bonin,mandor,interview« Le trouble » est une chanson qui parle d’une femme qui embrasse une autre femme…

Oui, c’est une des chansons assez cyniques, j’espère qu’elle va être perçue comme telle.

Tu dis beaucoup de choses « mine de rien ». Tu es très subversive, mais gentiment et avec le sourire. Je trouve ça très rare.

Je sais que je renvoie l’image de quelqu’un d’assez lisse, mais ce n’est tellement pas moi à l’intérieur. J’aime l’idée que l’on ne s’attende pas à ce que je vais bien pouvoir dire. J’ai envie que cet album-là soit écouté, soit même décortiqué. Qu’il fasse sens chez les autres.

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Pendant l'interview...

Tu fais pas mal de premières parties en ce moment. Je sais que tu trouves que c’est de plus en plus difficile d’en faire.

C’est important que ce genre d’espace soit donné aux artistes émergents. C’est de moins en moins le cas parce qu’il y a de moins en moins de subventions et parce que les artistes d’aujourd’hui sont nombreux à vouloir garder la salle que pour eux. Ça n’a pas de sens.

(Note de Mandor : Je sais que c’est le cas de Vincent Delerm, Jeanne Cherhal et Thomas Fersen. Ce dernier m’a expliqué que son spectacle dépassant largement les deux heures, il craignait que le public ne soit pas attentif aussi longtemps si il y a une première partie.)

Le sens justement, tu en parles dans des ateliers avec des enfants.

Oui, c’est encore un  projet. Mais je veux aborder avec eux le sens, l’absence de sens, le sens propre, le sens figuré. Je suis en perpétuel recherche de sens dans la vie professionnelle et dans mes chansons.

Tu n’en as pas marre d’être toujours une artiste émergente ?

J’ai démarré jeune, j’avais donc une énorme marge de progression. J’espère qu’avec cet album, les choses vont évoluer plus vite. Il faut rester patient. Après tout, c’est bien que les choses arrivent progressivement. Ça me permet de vivre plein de choses en dehors et de m’éveiller à ce qui m’entoure.

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Après l'interview, le 23 novembre 2016.

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Pub dans le bimestriel FrancoFans:

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01 février 2017

Kent : interview pour La grande illusion

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(Photo : Frank Loriou)

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorKent, à bientôt 60 ans et 40 ans de carrière Après un CD intimiste en piano-voix, Le Temps des Âmes (pour lequel je l’ai mandorisé), un livre somptueux  Dans la tête d’un chanteur et une passionnante émission de radio, Vibrato sur France Inter, le chanteur revient à l'esprit rock et pop de ses débuts avec son 18ème album solo, La Grande Illusion. L’artiste lyonnais  s'est inspiré, pour composer et écrire, de ses introspections et de ses indignations. Dans ce disque publié pour la première fois sur le label indépendant At(h)ome (que j’affectionne particulièrement), on redécouvre ainsi la plume engagé et poétique de Kent, dans des textes taillés au couteau écrits avec son cœur. Il y est beaucoup question d’amour et de nostalgie, de contemplation et recueillement. Cela fait longtemps que je le sais, mais il est toujours bon de le rappeler, Kent compte parmi les plus grands auteurs de sa génération. Le 14 décembre 2016, nous nous sommes rejoints dans un café de la Place du Chatelet.

NB: Toutes les photos  de Kent sont signés Frank Loriou (sauf celle avec Hubert Mounier et celle où je suis avec lui).

Argumentaire officiel :

La grande illusion marque le grand retour de Kent dans le paysage de la chanson française. Réalisé par David Sztanke de Tahiti Boy, ce 18ème album solo de l'ex Starshooter regroupe 10 titres universels et intimes, aux couleurs tantôt pop, tantôt rock, écrits avec la plume toujours aussi précise et juste. Plus qu'un bilan, l'auteur-compositeur-interprète a pensé cet album comme un instantané, une photo fidèle à ses introspections et ses émotions du moment. Un disque franc et généreux mais jamais nostalgique, qui marquera les 40 ans de carrière de Kent en 2017 et le début d'une grande tournée française.

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(Photo : Frank Loriou)

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorInterview :

Quand tu écris des chansons, as-tu l’idée préconçue de faire un album ?

Pas du tout.  Je suis même étonné d’en faire encore. Mais quelques chansons se mettent en place en attente de l’engrais. En général, c’est une rencontre qui déclenche le fait d’enregistrer un album. Une fois que je sais avec qui je vais travailler, il y a des chansons qui vont coller et d’autres pas. Je me remets à écrire dans le sens du disque que je vois se profiler au loin.

Je suis sûr que c’est le cas pour une chanson comme « Eparpillée ».

C’est effectivement le cas typique d’un titre que j’ai écrit en sachant avec qui j’allais réaliser l’album.

J’adore ce que tu dis dans cette chanson. Je le pense tellement.

Je raconte que nous sommes tous éparpillés. On porte toujours un masque, et il est différent selon les gens avec qui on est. Par exemple, si on a un rendez-vous galant ou un rendez-vous professionnel, on ne va pas se comporter de la même manière. De toute façon, même si on est naturel, les gens nous voient chacun à leur manière. C’est difficile de vraiment cerner les gens. Nous ne sommes pas qu’un.

Extrait de "Eparpillé".

« Un revenant » évoque un rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo. kent,la grande illusion,athome,interview,mandor

Je n’aime plus coller à l’actualité, parce qu’elle va trop vite. Quand on colle à l’actualité, il y a un risque probant d’être manipulé par elle. Pour cette chanson, c’est différent. Il y a des gens qui m’inspirent et qui me poussent à écrire. C’est le cas du journaliste Philippe Lançon qui écrit dans Charlie Hebdo et Libération. Je le lis depuis des années. J’adore comme il l’écrit. Avant l’attentat, je l’avais même contacté pour que l’on travaille ensemble… et puis il s’est passé ce qu’il s’est passé. Quelques semaines après, Philippe Lançon s’est remis à écrire et il raconte sa renaissance, sa survivance. J’ai trouvé cela extrêmement touchant.  On a tendance à beaucoup parler de ceux qui sont morts, mais ceux qui sont toujours là, nous les oublions. Il y a eu autant de blessés que de morts et je trouvais intéressant de parler de ceux qui sont restés. Je tente d’expliquer ce qu’il se passe quand on revient à la vie bien esquinté.

Dans « L’heure du départ », parles-tu de ton propre décès ?

J’imagine mon décès et comment mes proches vont le vivre. Je rentre dans une tranche d’âge où il y a plus d’enterrements que de naissances et de mariages. Quand je suis à un enterrement, je vois ce qu’il se passe, je vois cette tristesse, ces comportements stéréotypés. Un enterrement devrait coller à la personnalité de celui qui vient de partir.

Jkent,la grande illusion,athome,interview,mandor’ai pensé à ton pote Hubert Mounier en écoutant cette chanson.

Je suis resté d’abord hébété à l’annonce de la mort d’Hubert. Il m’a fallu des jours pour trouver des mots à dire. C’est un proche et on avait tellement de choses en commun que j’ai fini par savoir quoi dire à son enterrement. Le plus difficile est de rester pudique et de ne pas parler de soi, mais de parler de celui qui part. L’important est de penser à celui qui n’est plus là.

Il y a justement une chanson sur l’amitié dans ton disque, "Rester amis". C’est une valeur importante pour toi ?

J’étais enfant unique, donc mes frères et mes sœurs sont mes amis. Je me suis construit ainsi. Les amis que je connais depuis très longtemps sont des balises.

Arrives-tu à te faire de nouveaux amis ?

Pas dans le métier. Il y a des gens que je rencontre avec qui je m’entends, mais pour devenir amis, il faut une réciprocité. Les artistes rencontrent trop de gens, nous sommes trop sollicités. Je vais te dire franchement, mon carnet d’adresse me saoule. Souvent, j’efface des noms parce que c’est sans fin.

Dans ton œuvre, je trouve que rien n’est daté.

Pourtant, je t’assure que si. L’album Le mur du son (1987), c’est vraiment très années 80, l’album Métropolitain (1998), c’était une volonté de coller à une explosion electro des années 90. Mes albums sont le témoignage d’une époque. Des disques intemporels, finalement, on ne sait pas ce que c’est. Pour moi les albums de Simon et Garfunkel sont intemporels, mais pour mon fils, non.

Extrait de "La dérive des sentiments".

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorTu reviens à de la chanson très « rock ». Ça faisait longtemps que l’on ne t’avait pas entendu chanter ainsi.

Depuis l’album Panorama en 2009, je pars en tournée avec Fred Pallem et deux guitares, puis avec mon précédent disque, Le temps des âmes, en piano voix. Ça fait donc 7 ans que je tourne a minima. J’avais un gros manque de rythmiques.

De jouer avec plus d’instruments et des boites à rythme, ça modifie la façon de chanter ?

Non, je ne crois pas. Simplement, on n’écoute pas un chanteur de la même manière quand il chante derrière un piano que quand il est accompagné d’un groupe même s’il chante pareillement.

Le premier single est « Chagrin d’honneur ».

Je voulais absolument faire une chanson sur le burn out. Je voyais beaucoup de personnes autour de moi qui en étaient victime. C’est un peu le mal du siècle. Mais je n’aime pas le mot en anglais. Burn out, ça fait presque trendy, chic. Un jour j’écoute à la radio Davor Komplita, un psychiatre suisse qui s’intéresse au burn out. Dans son interview, il dit qu’il déteste ce mot et qu’il préfère le terme « chagrin d’honneur ». J’ai entendu cette appellation, la chanson est venue. Je précise que je lui ai demandé l’autorisation de reprendre son terme. Il a accepté très gentiment.

"Chagrin d'honneur" en intégralité (audio).

C’est jubilatoire le moment où un évènement ou un mot débloque une chanson qui était en stand-by ?kent,la grande illusion,athome,interview,mandor

Oui. C’est un moment formidable parce que tu sais que ta chanson est là. Quand tu es artiste, tu as les antennes qui sont sorties en permanence. Tu captes toutes les ondes autour de toi jusqu’au moment où tu captures un sujet de chanson.

Ce n’est pas fatiguant de tout capter tout le temps ?

Parfois, ça me gonfle d’être comme une éponge. Je t’avoue qu’avant cet album, j’ai décroché. C’était la première fois de ma vie que j’ai décroché volontairement sans trouver ça angoissant. J’ai arrêté de penser aux chansons et à la musique. J’ai vécu plus d’un an autrement. Je dormais mieux. C’était bien (rires).

Au bout de 40 ans de carrière, c’est toujours aussi flippant de sortir un nouvel album ?

Plus que jamais. C’est angoissant parce que je me juge par rapport à ce que j’ai déjà fait. Je me demande toujours si ça va être aussi bien que tel ou tel album. Si je rentre en studio, il faut que cela en vaille la peine. Après 40 ans de carrière, on peut considérer que je fais partie des meubles et que c’est normal que je fasse un disque régulièrement. Quand je sors un disque, il n’y a pas d’attente et de surprise. Alors il faut créer la surprise ou l’attente. C’est une sacrée pression. Il faut être hyper ambitieux pour faire un disque. Je suis exigeant quand j’écris mes textes, quand je compose, quand je choisis mes musiciens, quand je choisis la pochette. Je suis exigeant sur tout, mais parfois je me dis à quoi bon ?

Tes albums sont pourtant réellement attendus. Je connais plein de gens qui sont attentifs à ce que tu fais ?

C’est gentil de me dire ça. Je sais qu’il y a des fidèles et vraiment, c’est important pour moi qu’ils soient là… mais, à chaque album, mon souhait est de capter l’attention aussi de nouveaux auditeurs. Et puis tu sais, entre les gens et l’artiste, il y a tout le reste :  l’industrie, les médias et surtout... il y a l’embouteillage. Le disque sort au milieu d’une centaine d’autres disques, ça m’angoisse.

Il t’arrive d’être désabusé ?

Bien sûr, mais je lutte contre ça. Je lutte contre le cynisme et la « désabusion ». D’abord, on sait tous où ça a mené Nino Ferrer. Je veux penser que pour moi, dans ce métier, tout est encore possible.

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Après l'interview, le 14 décembre 2016.

31 janvier 2017

Cyril Mokaiesh : interview pour Clôture

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Je suis le parcours de Cyril Mokaiesh depuis ses débuts, lorsqu’il était encore avec son groupe Mokaiesh. Ma première mandorisation date de 2008 (presque 10 ans) et la seconde de 2011. Aujourd’hui, à 31 ans, il sort  son 3e album solo, Clôture. Il concilie fond et forme, noirceur des textes et lumière pop-rock. L’originalité de ce disque, c’est qu’il dresse le portrait parallèle d’une rupture amoureuse et d’un pays en plein doute : peur des attentats terroristes, péril de l’extrême-droite au pouvoir, paupérisation croissante… Inutile de le nier, ce disque est très politique (et vous connaissez mon amour pour les textes engagés. Ironie). Mais il est beau, fort, puissant… et vrai. Sa souffrance devient notre souffrance, ses constats, nos constats, sa vie, nos vies. Un disque universel. Sacrément.

Le 12 décembre 2016, Cyril Mokaiesh m’a donné rendez-vous à l’Hôtel Amour (oui, oui) pour une troisième interview.

cover-cyrilmokaiesh_cloture.jpgArgumentaire de l’album :

Dans le nouvel album  de Mokaiesh, il y a le désamour, le vertige, l’insomnie, mais aussi l’élan, la solidarité, la tendresse, l’enfance, la bravoure, la fraternité. Et la saine colère contre l’ordre du monde dont on voudrait nous faire croire qu’il est juste.
La chanson « La Loi du marché » est un coup de poing – un coup de poing qui réveille. Cyril Mokaiesh l’a enregistrée avec Bernard Lavilliers. Stéphane Brizé a tourné le clip de la chanson, qui a repris le titre de son long métrage avec Vincent Lindon. Dans « Ici en France », dans « Houleux », dans « Novembre à Paris », Mokaiesh mesure les deuils, les résiliences, les défaites, les combats. Il ne distingue pas toujours entre l’intime et le politique, entre l’Histoire et nos histoires, puisque qu’au bout du compte ce sont les mêmes cœurs et les mêmes âmes qui dérouillent.

Cyril écrit dans la ville. Il marche des heures, s’arrête dans un bistrot pour laisser ses mots sur le papier, repart, s’attarde, revient, marche encore, écrit « comme un ogre, jusqu’à ce que je n’ai plus faim ». Il en résulte des textes qui foudroient et contemplent à la fois, qui ramassent en quelques vers les désarrois, les illusions et les désespoirs traversant les sociétés comme ils traversent chaque conscience.
Pour prendre la parole sur ce qui nous concerne tous, il a réuni ses compagnons de musique, pour certains fidèles depuis leurs vingt ans : Jan Pham Huu Tri aux guitares, Valentin Montu à la basse, Éric Langlois à la batterie, Laurent Manganas au piano. Élodie Frégé l’a rejoint au micro sur « Houleux » et l’actrice Mélanie Doutey, sur « Les Grands Soirs ». Et l’album s’est enregistré en cinq jours au studio ICP, à Bruxelles, dans la simplicité, l’urgence et la ferveur d’une production indépendante.

Après l’aventure de Naufragés, dans lequel il reprenait des titres des vaincus de l’histoire de la chanson française (Allain Leprest, Bernard Dimey, Daniel Darc, Jacques Debronckart…), Cyril Mokaiesh assume sa double allégeance à un romantisme assumé et à une combativité citoyenne. Il chante ses souffrances, « Blanc cassé » est une magnifique chanson de rupture. Il chante aussi des mots sublimes de droiture sur le sentiment paternel dans « 32 rue Buffault ». Et aussi la force de se relever et d’affronter le monde adverse. Et aussi l’amour qui reprend et ré-enivre…

Cyril Mokaiesh chante des instants d’une vie – la sienne ou chacune des nôtres. Et cela donne courage, et cela nous grandit forcément.

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IMG_0040.JPGInterview :

Ton nouveau disque mélange chansons engagées et chansons d’amour désabusées…

Parfois, les complications d’une vie peuvent amener à la création de chansons. Quand j’écoute une belle chanson de quelqu’un d’autre qui me raconte ma vie, ça peut parfois m’aider à me sentir moins seul ou à me faire du bien. J’espère que mes chansons procurent ce genre de sensation. Je t’avoue franchement qu’écrire a eu une fonction thérapeutique. Ça a fait sortir beaucoup de choses qui étaient en moi… et ça a sublimé le médiocre. Il y a des gens qui se font des tatouages, moi je fais des chansons.

Entre le moment où tu as écrit ces chansons et le moment où tu les présentes, il s’est passé du temps. Tu ne dois pas être dans le même état d’esprit.

C’est toujours comme ça. Quand on va en studio 4 mois après avoir écrit une chanson, on retrouve partiellement la vérité dans laquelle on l’a écrite, mais comme ce sont des chansons très instantanées, on ne ressent plus tout à fait la même chose en les chantant. On ne se remet pas dans le même état que quand on a vécu les choses.

Parlons de ce duo avec Bernard Lavilliers, « La loi du marché ».

J’avais envie de faire une chanson de cet ordre-là et j’étais sûr qu’en allant voir le film du même nom de Stéphane Brizé, ça allait m’inspirer. Je m’adresse aux grands patrons et aux politiques, à tous les gens qui exercent du pouvoir sur ceux qui n’en ont pas.

Clip de "La loi du marché", tiré de l'album Clôture

Tu as toujours été indigné ?6601086_1-0-1012721115_1000x625.jpg

De plus en plus, en tout cas. Aujourd’hui, pour ne pas être indigné, il faut faire exprès de ne pas regarder le monde qui nous entoure. Tous les jours, il y a matière à nourrir une forme d’indignation. J’essaie d’en faire quelque chose pour m’éviter de péter les plombs. Parfois, j’ai des envies de renoncements ou pire… des envies de révoltes très concrètes.

Le monde te désespère ?

Oui, complètement. J’aimerais que l’on parvienne à la vraie relation à l’autre, qu’on enlève tous les masques, qu’on lutte contre l’engrenage dans lequel on a mis nos âmes, nos cœurs, nos conditions de vie, de travail… Ce que l’on nous inflige va à l’encontre de ce que doit vivre un être humain. Il y a la peur de ne plus faire partie du jeu et les politiques surfent là-dessus. Les puissants usent de cette menace perpétuelle. Il y a des tentatives d’étouffement de la révolte et de la culture. Tout va dans le sens de la médiocrité et du rétrécissement de l’âme. Ça ne fait pas des jolies choses. Il y a peu de lyrisme dans le monde d’aujourd’hui. Il n’y a plus qu’une règle : celle de faire de l’argent.

Tu te sens comme Don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent ?

Un peu. Je ne sais pas comment tout cela va se terminer, mais je ne vois pas d’autre issue que le chaos.

« Clôture » est le titre de ton album, mais c’est aussi la chanson finale. « C’est un mini testament qui n’a rien à léguer », dis-tu.

Ce texte spontané évoque l’état du monde. Il y a un plan large du monde qui se termine par un plan très serré sur ma vie, tout cela, sans changer de vocabulaire. Il y a des points communs entre l’humeur de l’époque et la mienne.

Clip de "Clôture", tiré de l'album "Clôture". 

16114169_10154916664294813_7801432177116984413_n.jpgDans « Ici en France », tu évoques le Front National.

Ce parti prend une place démente dans l’espace politique et dans les urnes. Ça fait peur. Il ne faut pas diaboliser les gens qui votent pour ce parti, mais j’ai envie de les raisonner.

Il y a une chanson qui s’intitule « Seul ». Te sens-tu seul dans ce monde ?

On a quelques magnifiques alliés qui nous accompagnent sur la route, mais on est tous seuls. Pour avancer, il faut être devant son propre chaos.

C’est la fameuse « ultra moderne solitude » de Souchon?

C’est exactement ça. On a beau être ultra connecté, je vois bien que depuis 10 ans, on est en train de s’isoler complètement. Regarde derrière toi. Toutes les personnes présentes ont les yeux rivés sur leurs  écrans. Cela me sidère.

Je suis pareil qu’eux. Toi, tu arrives à te déconnecter.

Oui, j’arrive à poser mon cerveau deux heures sur quelque chose de précis. Je me passe très bien d’éléments perturbateurs.

Tu parles des attentats parisiens dans « Novembre à Paris ». C’était difficile de ne pas écrire sur ce sujet ?

Difficile d’écrire dessus, difficile de ne pas écrire dessus… J’espère que « Novembre à Paris » est utile à ceux qui ont vécu quelque chose de très personnel avec cet évènement. C’est une chanson pour communier ensemble.

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13992256.jpgJ’aimerais que l’on évoque ton précédent album, « Naufragé ». Un hommage aux auteurs qui t’ont inspiré.

Cela a été un vrai bain de jouvence. Ça m’a fait replonger dans ces textes magnifiques. Pour moi, ce disque est comme un devoir de mémoire et de reconnaissance à tous ces auteurs qui m’ont beaucoup appris et apporté. J’ai beaucoup progressé en les écoutants.

Est-ce que tu penses avoir fait des progrès, textuellement et musicalement parlant ?

Je ne sais pas si je progresse, mais je sais au moins que j’évolue. Je n’écris, ni ne compose et chante de la même façon qu’avant. Techniquement, il y a des choses qui bougent et je trouve cela plutôt bien. J’ai commencé tard la musique, donc j’apprends toujours.

Ton métier, c’est un combat ?

C’est devenu ça, en effet. C’est très dur d’exister, de finir son mois, de pouvoir prévoir l’avenir… et plus généralement, c’est très dur pour la chanson. Nous ne sommes pas à l’heure de gloire de la chanson française.

Ce disque a été financé de manière difficile.

Je l’ai financé avec mon manager, jusqu’au moment où on a trouvé une distribution. C’est bien parfois d’être dos au mur. Les choses se font au forceps, mais dans la vérité de l’instant… qui peut faire de belles choses. Je suis très fier de ce disque.

Tu es qui, au fond ?

Un type un peu provocateur, mais aussi désabusé. Je me fous un peu de la gueule de la vie par moment.  Par contre, je ne suis pas cynique. J’ai horreur du cynisme.

Parfois, tu as envie de t’arrêter ?

Parfois, j’ai surtout envie de m’énerver. Comme je le dis dans le texte de "Clôture", je me demande combien de fois il faut mourir pour être audible.  

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Après l'interview, le 12 décembre 2016.

30 janvier 2017

Thomas Fersen : interview pour Un coup de queue de vache

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(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorAvec ses 25 ans de carrière et un univers poétique bien à lui, les inconditionnels de l’univers de Thomas Fersen vont être naturellement comblés par ce 10e album, Coup de queue de vache. Les profanes vont découvrir ce personnage chaleureux et généreux, véritable artisan des mots et ciseleur de rimes. Ce nouveau disque (réalisé pour la première fois en indépendant), hors du temps et des modes, en marge d'une industrie musicale dans laquelle le chanteur de 54 ans ne se reconnaît plus vraiment, est encore plus drôle, insolent et décalé que d’habitude. Accompagné d’un quatuor à cordes, d’un banjo et d’une mandoline, on y retrouve un nouveau bestiaire aux traits humains : Des coqs et des cochons, des lièvres et des biches… bref ça sent le terroir et la vie champêtre. L'oiseau rare de la chanson française m’a une nouvelle fois reçu très gentiment (la précédente mandorisation du poète chanteur, en 2013, est à lire ici). C’était le 13 décembre 2016, dans un café de la capitale... et il ne mâche pas ses mots et ses maux.

Argumentaire officiel :

Toutes les chansons se déroulent dans une ferme, les champs et les bois qui l'entourent, mais aussi en ville où la nature s'est installée dans les vies tristes et sauvages, ou encore dans les baisers qu'une jeune fille reçoit de son amoureux au cou de chevreuil. Elles sont accompagnées par un quatuor à cordes, dans lequel s’est glissé un cinquième élément, un « intrus » selon Thomas Fersen - comme le renard rôdant dans la basse-cour - à cordes lui aussi mais issu de l'instrumentarium populaire (mandoline, banjo, ukulele, guitare), piano, contrebasse, batterie.

Ils en parlent...
 
"Ces petits airs content et comptent parmi les plus charmants, les plus cruels et les plus oniriques de la chanson francophone."
 
"Thomas Fersen fait de la langue française un festin"
 
"... L'enchanteur conteur qui nous régale... "

"Des cordes tour à tour harmonieuses et dissonantes, des mélodies pétillantes entraînantes..."
 
"Pourquoi on est fan ? Pour les arrangements soignés. Pour l'humour qui émaille
les paroles. Pour le mystère de la personne qui se cache derrière tout cela..."
 
"Joie des surprises, gourmandise des mots, Thomas Fersen régale son public avec un nouvel album"

"Osons le dire : ce dixième opus de Thomas Fersen est un bon coup !"

"D'intemporelles histoires d'animaux très humains et
des histoires d'humains, ces drôles d'animaux"
 
"11 chansons à l’écriture fine, aux vers ciselés, aux accompagnements
élaborés traversent cet album à l’évidente réussite"

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(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

 thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorInterview : 

A travers ton nouveau bestiaire, quel est le sujet principal de ton album ? 

Les histoires que je raconte à travers les chansons se déroulent dans une ferme, les champs et la forêt qui l’entourent, et la mer car nous sommes en Bretagne. Et pourtant, par l’intermédiaire d’une jeune femme, nous sommes aussi en ville, où la nature s’est installée dans les vies tristes et sauvages, l’aventure, les vices et tous les instincts. Le sujet, c’est donc l’homme, secoué par " un coup de queue de vache ".

La chanson « Un coup de queue de vache » fait allusion aux attentats parisiens.

C’est une façon imagée de parler de quelqu’un qui se prend un grand coup dans la tronche, le coq étant le symbole de la nation… Tout le monde n’a pas saisi l’image, mais ce n’est pas grave. J’ai toujours écrit par image parce que je n’aime pas traiter les sujets directement. Cette chanson est aussi une allégorie sur la vie de chanteur.  Quand on est chanteur, on prend toujours des coups de queue, vous savez pourquoi ?

Non.

Parce que la voix résonne dans la tête, ça rend un peu moisi. Enfin, moisi, ce n’est pas gentil... disons que ça rend les chanteurs un peu cinglés.

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(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

Parfois, j’aime bien me laisser porter par tes textes, sans chercher à savoir ce qu’il se cache derrièrethomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandor tes allégories. Je n’ai pas toujours envie de gratter sous tes couches successives… et puis parfois si.

Il y a beaucoup de densité dans mes disques parce qu’il y a plusieurs « moi-même ». J’ajoute des idées qui me viennent, sur des idées, sur des idées… Je sens que je fabrique des strates et le travail de Joseph Racaille vient en rajouter encore. J’aime l’idée qu’on puisse rentrer dans différents univers, dans différentes profondeurs dans un même disque. Je pense que ça permet à l’imaginaire de se mettre en route. J’aime donner de la matière. C’est peut-être anachronique avec notre époque qui veut que l’on ne passe pas du temps à écouter vraiment un album.

Tu as toujours été anachronique, non ?

Oui, mais je le suis de plus en plus. Le temps passe, moi, je ne change pas, c’est l’époque qui change.

Tu n’es plus chez TôtOuTard, tu es chez Believe, mais juste en distribution.

Oui, donc, je fais tout moi-même. Je passe maintenant 16 heures par jour derrière mon ordi, non pas à écrire des textes, mais à répondre aux mails et à gérer beaucoup de choses.

Ça parasite sacrément la création, non ?

J’ai toujours eu des moments sans création. Lors de l’enregistrement, de la préparation de sortie et exploitation de tous mes albums… et après, ça revient. En vieillissant, le temps se réduit, je n’ai pas envie de consacrer des mois comme ça à quelque chose qui n’est pas mon métier, que je fais par nécessité parce que l’industrie m’a poussé à devenir indépendant. Sinon, je n’avais pas ma liberté. Sinon, on tentait de me faire rentrer dans le rang.

Clip de "Encore cassé", tiré de l'album Un coup de queue de vache.

thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorOn ne fait pas de Thomas Fersen ce que l’on veut.

Ce n’est pas ça. Ça ne m’intéressait plus de devoir me confronter aux désidératas de l’industrie. Je ne critique pas, elle a ses raisons de fonctionner ainsi, mais moi, je ne veux pas faire ce que l’on me demande de faire. Je veux juste écrire, composer et chanter ce qui m’intéresse.

Pourtant, te revoilà avec un nouvel album.

Que veux-tu, j’avais envie de refaire des chansons avec Joseph Racaille. C’est quelqu’un que j’adore. Il n’y a pas beaucoup de gens à qui je peux donner une carte blanche absolue. C’est même le seul. J’aime fréquenter cet homme. J’aime le voir, j’aime l’entendre, j’aime parler avec lui, j’aime sa conversation, j’aime ses idées, son humour, sa façon de s’amuser…

Tu as fait ce disque juste pour passer des moments avec lui.

Nous vieillissons tous. Je veux en profiter avant qu’il ne soit trop tard. La fête est courte (rires).

Tu n’aimes pas que l’on te dise que tu as encore fait du Fersen.

Non, je n’aime pas ça du tout. C’est me prendre pour un con. Croire que je vais refaire quelque chose que j’ai déjà fait, c’est me prendre pour un con. Mon album précédent, pour lequel nous nous étions vus chez moi, je l’avais confié à un groupe, les Ginger Accident. C’était un moyen que j’avais trouvé pour « changé ». Mais je ne veux plus avoir besoin de faire ce genre de chose pour enregistrer de nouveaux disques.

Parle-moi des monologues que tu clames sur scène dans ta tournée actuelle.

Ce sont des textes qui ne sont pas destinés à devenir des chansons. Déjà que je suis en marge dans ma façon d’écrire des chansons, si je chante mes monologues, on va finir par me regarder bizarrement. Alors, comme je ne veux pas brider mon écriture et que je veux continuer à m’amuser, ses monologues m’ouvrent des perspectives immenses.

Avant ses monologues, tu bridais ton écriture ?

Je faisais attention de ne pas partir trop loin. Toutes mes idées ne pouvaient pas rentrer dans mes chansons. Certains monologues sont très longs et ne peuvent pas se chanter.

Monologue de "Orléans".

Il n’y a que le spectacle vivant qui t’intéresse désormais?thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandor

Exactement ! Toute ma vie, c’est ça. Tu m’as vu en spectacle ! Tu vois comment je me donne. Je fais des chansons qui sont destinées à être incarnées sur scène, pas pour faire un album destiné à l’industrie musicale. Je n’en ai rien à foutre de ça. Tu sais, ce disque-là est vraiment peut-être le dernier. Je suis mon propre producteur, mon propre promoteur, mon propre marketeur, mon propre tout. Si le sac que j’ai vidé ne se remplit pas, je n’y arriverai plus. Je ne dis pas ça pour faire pleurer ou que l’on s’apitoie sur mon sort, mais c’est ainsi.

Je te trouve un peu pessimiste aujourd’hui. Il y a plein de gens qui t’aiment et qui te suivent.

J’ai la prétention de ne pas en douter. Beaucoup viennent me voir en spectacle, je remplis les salles où je passe… mais les gens n’achètent plus de disques, même ceux qui me suivent depuis longtemps et qui apprécient mon travail.

Ça me rend un peu triste tout ça parce que j’aime depuis longtemps ce que tu fais.

Moi aussi, ça me rend triste, mais c’est mathématique. Si personne n’achète mon disque, je ne pourrai pas en refaire. Les disques m’ont apporté énormément de bonheur dans ma vie, de joie, de consolations à la dureté de la vie, mais malheureusement, la gratuité de la musique a fait que le disque c’est rationnalisé et a perdu de sa poésie pour être efficace. C’est une question de survie pour cette industrie. On a écarté tout ce qui était un peu étrange, fou et poétique. Je n’ai pas d’amertume parce que je le comprends, je n’ai juste plus rien à faire dans cette industrie-là.

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Après l'interview, le 13 décembre 2013.

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27 janvier 2017

Garner : interview pour l'EP En plein coeur

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Avec la sortie de cet EP, En plein cœur, Garner le magnifique persiste, signe et confirme. Sa mélancolique électro, ses magnifiques mélodies et ses textes puissants, voire poignants continuent à m’intriguer/charmer/subjuguer. En tout, 5 nouveaux titres qui prennent aux tripes. Le viril et tendre Garner dit tout sans détours, mais avec un amour infini. Le 12 décembre 2016, il est venu à l’agence, car je voulais en savoir plus sur lui. Le mystérieux Garner s’est un peu dévoilé. Pas trop quand même, l’homme est pudique.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorArgumentaire de l’album (signé Alexis Bernaut est vraiment très écourtée) :

Après la sortie de son album Bas les armes en juin 2015, Garner nous revient avec son dernier Ep En plein cœur, un 5 titres résolument pop électro réalisé et co-signé par son complice Philippe Balzé (Renan Luce, Thiéfaine, Bénabar, Miossec, Saez, Ludéal, Joseph d’Anvers, Jali, Le soldat rose, Maissiat…). La verve du chanteur n’a pas changé et si ce nouvel opus semble en apparence plus léger, il ne quitte pas sa délicieuse ambiguïté. De quoi nous parle-t-il ? D’amour beaucoup, pour ne pas dire essentiellement d’amour. Car en ces temps tumultueux, il était nécessaire d’en parler. Garner est toujours celui qui accepte que l’ailleurs absolu n’existe pas.

Si la part rock du précédent album s’est estompée au profit de l’électro, on y retrouve aussi des rythmiques presque « funky ». Funky, mais sombre. On ne rigole pas, mais ne nous prenons pas non plus au sérieux.

Garner nous invite à l’accompagner (et plus si affinités) dans l’équilibre mystérieux entre légèreté et inquiétude. Mais bien que profondément pudique, il ose aussi l’intime…

On va souffrir, c’est entendu, on finira seul c’est évident, mais il ne faudrait quand même pas que ça nous empêche de danser, ni de rêver… La vie est un sujet trop grave pour ne pas s’amuser.

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garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorInterview :

J’ai fait ta connaissance avec ton album Bas les armes il y a un an.

Et pourtant, j’avais 30 ans quand j’ai fait mon premier projet musical. J’ai ai 47 aujourd’hui. Cela fait donc 17 ans que je suis dans le métier.

Mais pas sous ton nom d’aujourd’hui.

J’avais deux autres projets sous d’autres noms, en effet. Le premier, Les buveurs de lune, dans une configuration, guitare-trombone-voix.  On a ajouté un clavier, une basse, une batterie, alors, comme on devenait plus rock que jazz, on a changé de nom, on est devenu Alias Nautilus. Après, comme j’ai pu avoir une prod, j’ai fidélisé des musiciens autour de moi et de mon projet aux couleurs plus electro. Je suis devenu Garner et je pense que ce projet-là, c’est celui que je garderai jusqu’au bout.

Clip de "Sirop de menthe", tiré de l'album Bas les armes.

On sent que tu aimes la chanson française.

Mes goûts ont évolué au fil du temps. J’ai écouté William Sheller en boucle à un moment de ma vie. Aujourd’hui, il ne fait plus partie de mon quotidien, mais il continue à faire partie de mon ADN et de ma construction musicale. J’ai aussi beaucoup écouté Brel. Aujourd’hui, il me déprime profondément. Il y a un artiste qui résiste encore au temps, c’est Bashung. Il continue de me procurer des sensations dingues. L’album L’imprudence par exemple, il y a des trouvailles extraordinaires et le son est indémodable. Je ne suis pas du genre à être fan. Sauf pour Bashung. J’attendais le prochain album avec une impatience folle. Bashung, c’est la bande son de ma propre existence.

L’imprudence est un disque audacieux. Toi aussi tu vises l’audace ?

Je ne crois pas. Ma compagne me demande si je ne veux pas écrire des chansons plus accessibles, plus immédiates. Je ne me refuse pas à cela, mais je fais les choses telles que je les ressens. J’ai mis mes exigences dans les endroits qui ne sont pas les plus universelles, mais en tout cas, je ne veux pas être élitiste.

Clip de "Je finirai à Brest", tiré de l'album Bas les armes.

Je trouve que ce que tu fais est plutôt efficace. Ton album Bas les armes, c’était de la bonne popgarner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandor electro…

L’histoire de cet album est un peu particulière. Presque toutes les chansons existaient déjà en live, mais pour les besoins du disque, il a fallu que je rajoute des titres. On a tenté de trouver le trait d’union entre les deux. En créant les nouveaux morceaux, je sentais que je basculais vers quelque chose de plus pop electro, alors que les premiers étaient ancrés rock. On a cherché l’unité en tout cas.

Pourquoi as-tu pris cette direction pop electro ?

Je constate que dans ce que j’écoute aujourd’hui, dans ce qui me touche musicalement,  je suis tourné vers des choses plus pop electro que rock. Je me suis mis à écouter Jay Jay Johanson en boucle et moins Noir Désir, tout simplement. Je me suis aussi rendu compte, à force de pratique, que le champ sémantique et les mots qui sont les miens sont parfois un peu denses. La texture de l’electro collait mieux à mes mots... et elle n’est pas redondante là où le rock peut l’être.

Tu dois composer différemment aujourd’hui.

Avant je composais guitare-voix et après je rajoutais des choses. Maintenant, je fais mes accords guitare-voix, je les transforme en accord piano, puis ensuite, je décompose ces accords pour faire des lignes de basse, j’ajoute des boucles electro et ensuite, je travaille avec mon réalisateur Philippe Balzé. Il a vraiment sa part de créativité dans ce que je fais aujourd’hui.

Clip de "N'en abuse pas", tiré de l'EP En plein cœur.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorIl y a des français d’aujourd’hui que tu apprécies ?

Je trouve des choses excellentes chez Florent Marchet. Quand il est trop proche de Souchon, je suis moins fan, mais quand il s’en écarte, au niveau des arrangements et des mélodies, je trouve cela très fort. Son disque, Bambi Galaxy, par exemple est génial. Chez François and The Atlas Mountain, il y a des fulgurances. Chez Lescop aussi d’ailleurs. Mais pour ne rien te cacher, aujourd’hui, j’écoute principalement de la chanson anglophone.

C’est bien, tu chantes en français malgré tout !

Et ça ne me tente pas du tout de chanter en anglais. Je suis très amoureux de la chanson française. En plus j’aime écrire en français, cela me permet d’aller au fond des choses. Si la langue est peut-être moins riche en sonorité, elle offre un paquet de possibilités, d’altérations… on peut jouer avec la langue française. Mon projet est à 50-50 un travail d’auteur et le reste de composition et d’interprétation. Ma nécessité principale de création, c’est d’écrire des textes.

Tu écris autre chose que des chansons ?

Ça fait trois ans que je suis sur un scénario. J’en suis à la 8e version.

C’est vrai que tu as été comédien, mais pas que. Tu as un parcours atypique.

Je vais t’en faire une synthèse. J’ai fait des études d’économie d’abord, ensuite, j’ai été guide de rafting, j’ai fait du théâtre,  j’ai tourné dans des pubs, des films pour la télé, puis je suis retourné vers la chanson. C’est vraiment un résumé parce qu’en fait, ce n’est pas aussi simple que cela.

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Pendant l'interview...

Excuse-moi de parler de ton âge. A 47 ans, comment vis-tu la situation d’être considéré comme un artiste en développement ?

Il m’arrive de le vivre comme un handicap en me disant que j’arrive à un âge où normalement les artistes sont accomplis et ont déjà une belle carrière derrière eux… et, en même temps, c’est un âge où tu prends de la hauteur de vue, du recul, tu considères le chemin parcouru. Aujourd’hui, je ne rêve pas de gloire, de grands succès, juste d’arrêter de me poser la question de ma légitimité qui est propre à tous les artistes et trouver l’équilibre financier pour pouvoir me permettre de continuer de créer sans avoir les angoisses existentielles qui vont avec.

En écoutant tes chansons, je me suis dit que tu étais très complexe, très noir à l’intérieur.

Je pense surtout que je suis un grand mélancolique. Mais un mélancolique qui a réussi à dompter sa mélancolie pour la transcender. J’ai une vraie passion pour l’actualité, la géopolitique, la politique. Je dévore goulument chaque jour ce qui peut influencer mes humeurs et mon regard sur le monde. A l’intérieur de mes chansons, traine toujours une partie de cette obscurité du monde, mais j’essaie de révéler derrière la part de lumière qui existe.

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Le 12 décembre 2016, après l'interview.