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20 novembre 2020

Lombre : interview pour l'EP La lumière du noir

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(Photo : Gabrielle Aybram)

lombre, andrèas touzet, la lumière du noir, interview, mandor« Entre Rock et Spoken Word, Rap et Pop, Chanson Française et Exutoire Poétique, Lombre déroule ses textes comme on part en guerre contre ses propres démons. Sans tomber dans le piège du pathos, il transforme l’essai grâce à une retenue dans les envolées et un flow maîtrisé, laissant les guitares et les lignes synthétiques parler pour lui une fois que les textes ont tout dit », dixit son site internet. Il est clair qu’on peut difficilement rester insensible aux propos tenus par Lombre et à sa façon de clamer ses textes souvent fulgurante. Il vient de sortir son deuxième EP, La lumière du noir. J’ai connu cet artiste lors du Pic d’Or 2018. Tant il a fait l’unanimité, il a été décerné lauréat haut la main. Depuis, je le suis. Et ne le lâche pas. Lors de sa dernière venue parisienne, aux Trois Baudets,  le 15 octobre dernier,  nous avons passé un  moment pour évoquer son deuxième disque et faire le point sur sa jeune, mais déjà bien remplie, carrière.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter l’EP.

Ce qu'en pense Patrice Demailly dans Libération.

Mini biographie officielle :lombre, andrèas touzet, la lumière du noir, interview, mandor

Enfant du rap, c’est la sincérité de #Fauve qui déclencha l’envie d’aller plus loin. L’avatar Lombre pouvait vivre avec la rage de son modèle Georgio qui l’anime toujours, la sagesse d’un Ben Mazué ou d’un Gaël Faye et les valeurs – l’honnêteté et l’humilité – de Bigflo et Oli qui sont siennes. Né comme lui à Rodez, Lombre se rapproche de Pierre Soulages ainsi son noir devient lumineux et l’écriture de son parlé-chanté tend de plus en plus vers la notion de beau.

Précis et touchant, cet artiste a rejoint la lumière récemment. Il n’hésite pas à confronter son style empreint de fraîcheur à des mélodies percutantes. Une instrumentation corrosive pour englober ce flot de paroles singulières. De tous ces ingrédients, il en sort une belle mixture. La noirceur saisissante de ses textes débouche sur une lueur et une note positive. Tout cela réuni fait de lui un authentique espoir du genre.

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(Photo : Gabrielle Aybram)

Interview :

La lumière du noir est ton deuxième EP. Je crois que tu assumes moyennement le premier.

Il s’est fait dans la précipitation. Très rapidement, sur scène, je me suis rendu compte que je ne l’assumais effectivement pas beaucoup. Je n’avais pas encore trouvé l’équilibre entre mes textes qui sont hyper denses et la prod. Plus clairement, je n’avais pas trouvé une prod qui entourait convenablement le texte. Cela dit, il m’a permis de belles choses, notamment d’avoir été lauréat du Pic d’Or en 2018, du Prix Jacques Brel l’année dernière et de participer au Mégaphone Tour. Pour ce deuxième EP, j’ai voulu prendre mon temps pour trouver exactement ce qui me correspondait. Je voulais être sûr que je pouvais l’entendre et l’assumer à fond pendant  longtemps sur scène.

Clip de "Quand la ville dort encore".

La plupart des chansons de La lumière noire sont nées dans ta chambre d’étudiant à Castres, il y a plus de deux ans.

Oui, mais je voulais trouver le bon réalisateur. J’ai commencé avec deux  premiers, mais on ne s’est pas compris artistiquement. Parce que je l’ai presque harcelé, j’ai fini par avoir Clément Libes (ex Kid Wise) qui a réalisé les deux derniers albums de Big Flo et Oli. C’est un réalisateur en vogue actuellement.  Je savais au fond de moi que ça allait coller entre nous et qu’il allait comprendre mon projet. Ça n’a pas loupé. Le premier morceau qu’il a réalisé pour « essayer », c’est sur le titre « Quand la ville dort encore ». J’ai été ébloui par ce qu’il en avait fait. Les cordes et le côté cinématographique m’ont tout de suite parlé. Ça m’a tellement plu qu’on a décidé de faire l’EP ensemble.  

Clip de "Lombre".

Le premier morceau s’intitule sobrement « Lombre ». C’est la présentation de qui tu es ?

C’est le premier texte que j’ai écrit de manière évidente au début du projet en 2016. Ca expliquait qui était Lombre.

Lombre est-il un double de toi-même ?

Oui, dans le côté sombre, mélancolique et introspectif. Je vais m’appliquer désormais a montrer le côté plus positif du personnage. J’ai deux nouvelles chansons qui vont dans ce sens. J’ai 23 ans, j’ai envie d’explorer beaucoup de territoires.

Clip de "Espoir noir".

Dans « Espoir noir », tu dis qu’il y a de l’espoir en toi et que la lumière brille encore. L’espoir est noir, mais l’espoir n’est pas mort. Tu ne trouves pas cela paradoxal ?

J’adore jouer avec mes paradoxes. Faire affronter la douleur à la douceur, la noirceur à la lumière. Pour moi, conjuguer les opposés a du sens. Dans nos existences, c’est important de connaitre toutes nos extrémités.

A l’époque dans laquelle on vit, je trouve que ton disque devient générationnel.

Ces morceaux, effectivement, riment bien avec le présent. Dans notre société, ou même dans la musique, on est beaucoup sur le paraitre, sur la consommation, sur la vitesse, le zapping. J’avais envie de prendre le contre-sens de tout ça. J’ai été très influencé par le côté très brut et même parfois violent du groupe #Fauve. Leurs textes m’ont beaucoup aidé. J’essaie d’en faire de même avec des messages similaires.

Qu’as-tu voulu dire dans « Crypté » ?

L’idée de départ est venue de l’image que j’ai eue d’un coffre bloqué dans le grenier de mes grands-parents.  Je ne sais pas pourquoi ça m’a inspiré ce texte. Les messages cryptés sont ceux que l’on garde en nous. C’est important pour notre équilibre mental d’avoir notre jardin secret. J’ai évoqué les choses que l’on n’ose pas forcément dire…

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(Lombre au musée Soulages à Rodez. Photo : France 3 Occitanie)

Dans « La lumière du noir », on entend le peintre de ta ville, Rodez, Pierre Soulages.

A la base, je ne suis pas du tout amateur de peinture. Mais quand j’ai sorti mon premier EP, j’ai fait beaucoup de scène. Pas mal de personnes, à l’issue de ma prestation, m’ont dit : « C’est fou, tu viens de Rodez et dans tes textes, tu fais effectivement ressortir la lumière du noir et jaillir tes noirceurs intérieures, un peu comme le fait Pierre Soulages. » Je pense que ce peintre a été une inspiration involontaire… qui était peut-être dans mes gènes.

Tu es jeune, tu as remporté plein de prix, tu as des articles dans Libération, Rock & Folk, L’Obs, tu es accueilli sur France Inter, RFI, France Info… Aujourd’hui, te sens-tu légitime dans le monde de la musique ?

Quand je fais le constat de ce qu’il m’est arrivé, je suis bien obligé de reconnaitre qu’en quatre ans, il s’est passé beaucoup de choses. J’ai conscience d’être chanceux. Même si je reste encore un artiste de première partie (rires), effectivement, ça me donne l’impression d’avoir moins à prouver. J’aime bien ce jeu, même s’il est cruel. Il permet de se forger.

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Lombre, consacré au Pic d'Or 2018 (prix remis par Cali et Arnold Turboust). Photo : Cedrick Nöt.

Estimes-tu que cet EP est « grand public » ?

Quand je fais les premières parties de Big Flo et Oli, je signe des autographes sur des chaussures et dans les salles qui aiment les textes, des gens de 70 ans me disent merci parce que, grâce à mes morceaux, ils ont appris des choses. J’aime que ma musique me fasse faire le grand écart de public. Je ne veux pas être prétentieux, mais je veux continuer à toucher et concerner tout le monde en gardant l’esthétique de ma musique. C’est magnifique de rassembler plusieurs générations.

Ca ne t’ennuie pas de devoir expliquer tes chansons ?

Absolument pas. J’explique toujours l’idée générale d’un morceau, mais je sais qu’il y a plein de gens qui la recevront différemment. Selon le public que j’ai, les retours et les perceptions ne sont jamais les mêmes. C’est génial d’avoir des avis différents selon l’âge. La seule chose que je ne veux pas, c’est que mon explication d’un texte bloque une vision personnelle. Chacun doit percevoir comme il l’entend. C’est le propre de l’art.

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Pendant l'interview...

Tu écris dans quel état d’esprit ?

Pour moi ce n’est pas toujours une joie et un plaisir d’écrire. J’essaie d’être au plus proche de moi-même, ça me rend parfois triste.

Je finis souvent avec une question conne. Tu préfères Lombre ou Andréas Touzet ?

Elle n’est pas conne, elle est surtout très dure. J’adore les deux et les deux me font vivre. Lombre devrait être celui que je devrais détester parce que c’est celui qui me fait vivre les choses pas forcément agréables à vivre, mais en même temps, c’est celui qui me permet d’avoir cette interview, de faire des concerts, de rencontrer des gens, de me faire vivre ma passion… je ne peux pas lui en vouloir car je suis ultra heureux grâce à lui. Andréas Touzet n’est pas du tout jaloux. Lombre est une partie d’Andréas, alors quand on l’applaudit lui, on m’applaudit moi. Lombre est moi-même accentué.

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Après l'interview, le 15 octobre 2020, entre deux confinements, aux Trois Baudets.

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19 novembre 2020

Promo pour "Daniel Balavoine, un homme vrai".

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Sur cette page consacrée à mon livre, Daniel Balavoine, un homme vrai (que vous pouvez acheter sur tous les sites que vous connaissez ou en click & collect ici), j'ajoute au fur et à mesure et chronologiquement toute la promo et les articles qui sortent...

Sur le site musical Fan Muzik, le 17 septembre 2020.

Sur la page Facebook du magazine FrancoFans, le 23 septembre 2020.

Interview par Eric Bentahar pour France Bleu Béarn Bigorre, le 2 octobre 2020.

Dans le journal FrancoFans n°85 daté d'octobre/novembre 2020: La pré-annonce du livre.

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L'émission Douceur et confidences animé par Valérie Motté pour Mouvement Up, le 18 octobre 2020. 

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Article dans Le Figaro du 20 octobre 2020.

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Pour le site culturel Fenêtre sur blog, interrogé par Gérard Quentin, le 21 octobre 2020.

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Pour l'émission de Seb Dihl, Chansomania, diffusée dans 50 radios françaises. Interview réalisée le 26 octobre 2020.

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Interview de Jacky sur IDF1 dans son émission Jacky lave plus propre, le 5 novembre 2020. Dans le lien, aller directement à 29'20'' pour l'interview sur le livre (avant ce sont des jeux un peu infantiles, mais c'est amusant tout de même.)

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Interview sur Radio Lac (radio leader de Genève, Suisse) par Sophie Gaillard et Fabien Brizard.

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Interview par Alain Bernard sur Horizon (première radio associative de Normandie), le 12 novembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promoDu Gala en veux tu en voilà (toujours dans la finesse et dans le hors contexte d'un livre qui fait 342 pages), le 11 novembre 2020:

Daniel Balavoine et France Gall, retour sur leur relation complice et très complice.

Daniel Balavoine, retour sur son histoire magique et tragique avec Catherine Ferry.

Daniel Balavoine, ce complexe physique contre lequel il lutte. 

Daniel Balavoine, bourreau des cœurs. Comment il rendait folles ses compagnes.

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Sur Dynamic Radio, dans le Coktail Chaud animé par Arno Koby, le 12 novembre 2020.

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Sur le réseau RCF (Radios Chrétiennes de France), dans l'émission Tout doux, animé par Vincent Belloti, le vendredi 13 novembre.

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Chez Babelio, de bonnes critiques.

Dans le quotidien La Provence, daté du 22 novembre 2020.

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Longue et brillante enquête sur le livre sur le site culturel Forty-five weeks, publié le 22 novembre 2020. J'adore!

 

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Dans FrancoFans, daté de décembre 2020/janvier 2021.

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Sur le site culturel Tapage Culture. Particularité de cet article paru le 27 novembre 2020, il est écrit par une personne qui a connu Daniel Balavoine, l'attaché de presse de France Gall et de Michel Berger, Gérard Colard.

 

27 octobre 2020

Thomas Chaline : interview pour Francis Cabrel, une vie en chansons.

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francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie« Thomas  Chaline, au lieu de compiler les interviews et les témoignages douteux dont sont faites la plupart des biographies, a eu la bonne idée d’aller chercher directement dans les textes de Francis Cabrel pour raconter son histoire, et faire apparaître cette part de lui-même qui se dérobe d’ordinaire aux regards trop curieux. C’est une bonne idée, car Francis Cabrel ne se confit jamais autant que dans ses chansons, souvent à demi-mot, par allusion. Ce sont des fonds de décor qui apparaissent à l’angle d’une phrase, des instants voilés par la brume du souvenir, des personnages, fugaces, qui passent et disparaissent déjà…

Thomas Chaline, comme un détective subtil, a choisi les textes de l’auteur, les a étudiés à la loupe en les remettant dans leur contexte pour essayer de reconstituer les faits à partir d’indices qu’il faut parfois chercher entre les lignes […] Et  puis, ce qui est intéressant dans ce livre quand on parcourt plus de quarante ans de carrière, c’est de voir le temps laisser son empreinte, de retrouver à travers ses textes le jeune homme, l’artiste accompli, le père et, maintenant, l’homme de la maturité […]

Au fil des pages, des thèmes de chansons, des anecdotes, l’auteur nous fait partager un peu de la vie de cet artiste exceptionnel. Je dis un peu car il reste toujours une part d’ombre, et c’est tant mieux. C’est l’ombre qui donne des reliefs aux choses. Francis Cabrel le sait bien quand il écrit « L’ombre au tableau ».

Thomas Chaline tire avec délicatesse les fils des mots avec lesquels le poète tisse ses textes pour reconstituer son histoire, morceau par morceau. Qu’est-ce que la vie sinon l’histoire qu’on en raconte ? Car l’homme est autant fait de mots que de chair et d’os. »

Extrait de la préface du livre Francis Cabrel, une vie en chansons (Hugo Doc) par Richard Seff.

Ecrire un livre sur Cabrel et obtenir la préface de Richard Seff… Respect !francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Rappelons qu’en 1974, ce dernier rencontre Francis Cabrel dans un concours organisé par Sud Radio. Conquis par l’originalité des chansons et par la voix du jeune chanteur, Richard Seff décide de le produire. Pendant plusieurs mois, Francis Cabrel passe les week-ends et ses jours de congé au studio Condorcet de Toulouse pour enregistrer les chansons de son premier album dans lequel figure « Petite Marie » qui sortira en 1977 chez CBS. Bref, que Richard Seff, premier artisan du succès de Francis Cabrel, accepte d’écrire la préface d’un livre sur le dernier des troubadours français, c’est une preuve de confiance envers l’auteur et une validation envers les propos tenus.

J’ai rencontré Thomas Chaline (plusieurs fois mandorisés), le 8 octobre dernier, une heure avant qu’il ne se rende à une écoute du nouvel album de Francis Cabrel, A l’aube revenant, en présence de l’artiste (qui, me racontera Thomas le lendemain, est venu le saluer et le remercier pour la précision et l’honnêteté de son livre…) Son livre est conceptuel. Il dévoile les secrets de création de Cabrel et propose de découvrir, à l’aide de nombreuses anecdotes, l’histoire d’une cinquantaine de ses chansons.

Le site officiel de Francis Cabrel. 

Pour écouter le nouveau disque, A l'aube revenant. 

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francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnieInterview :

Pourquoi un livre sur Francis Cabrel ?

J’ai toujours voulu écrire sur lui parce que c’est mon artiste préféré. Je suis un vrai admirateur depuis l’âge de 7 ans. A cause d’une biographie précédente, largement sujet à caution, les éditeurs étaient plus que frileux. Quatre ans plus tard, enfin, Clément Ronin des éditions Hugo & Cie, a accepté. Comme Cabrel devait sortir un disque le 16 octobre 2020, mon éditeur et moi avons joué sur cette synchronicité qui tombait à pic.

Comment expliques-tu la longévité de la carrière de Cabrel ?

D’abord, il laisse du temps entre chaque album. Il en sort tous les quatre ou cinq ans, se fait le plus discret entre deux disques hormis quand il fait une tournée. C’est quelqu’un qui joue le jeu de la promo, mais au tout début de la sortie d’un disque. Ça ne dure jamais longtemps. Cela dit, pour ce disque, il a fait exception à cette règle. En règle générale, c’est vraiment quelqu’un qui maîtrise parfaitement l’art de se faire désirer. Il part du principe que si on voit trop quelqu’un à la télé, on n’a plus envie d’aller le voir en concert.

Je sais que tu l’as déjà rencontré puisque tu le racontes dans le livre.

C’était à l’été 1998 au Tennis Club d’Hossegor. On m’avait appris qu’il participait à un tournoi. Le matin, avant d’aller le voir, j’avais quelques appréhensions. En fait, j’ai eu avec lui un échange personnel et privilégié, comme on en a rarement la chance d’en vivre à 14 ans. Je lui ai expliqué que je jouais de la guitare et que je composais. Il m’a écouté et semblait intéressé. Ça prouve bien que les Rencontres d’Astaffort existent parce que Cabrel aime et s’intéresse aux jeunes auteurs-compositeurs-interprètes. Je me souviens qu’il avait été simple, accessible, sympathique et discret avec moi. Parfaitement à l’image de ce que l’on peut penser de lui.

"Le philosophe, poète et naturaliste Henry David Thoreau écrivait : "La nature à chaque instant s'occupe de votre bien-être. Elle n'a pas d'autre fin. Ne lui résistez pas." Une philosophie que l'on retrouve dans "Le reste du temps" et dont Francis Cabrel a fait un principe de vie essentiel à son équilibre."

Thomas Chaline. 

Pourquoi le concept d’écrire l’histoire des chansons ?

Je savais que j’allais écrire sur Cabrel, mais je n’imaginais pas forcément une biographie. Mon éditeur n’était pas très chaud pour cela non plus, parce qu’il y en a déjà eues, notamment, celle qui a été décriée par Cabrel lui-même. Nous avons cherché une idée originale et très vite, nous sommes tombés d’accord sur l’histoire des chansons. Ca correspondait tellement à Francis Cabrel. Il a toujours mis sa vie en chansons. Finalement, c’est devenu une biographie en chansons.

Cabrel est certainement l’artiste français qui a le moins de pression.

Tu as raison. Il s’est créé un cocon affectif avec ses enfants, ses petits-enfants, ses amis de toujours, ce qui fait qu’il n’a pas la dépendance affective avec son public. Il semble heureux.

La chanson "In extremis", extrait de l'album éponyme - le treizième de Francis Cabrel - sorti en 2015, est une prouesse représentative de l'œuvre de l'artiste. Ce dernier y raconte à sa manière l'extinction de la langue occitane.

Thomas Chaline.

Il m’est arrivé d’interviewer Cabrel à Paris pour des journaux pour lesquels je travaillais, puis je l’ai rencontré plusieurs fois à Astaffort. J’ai trouvé que ce n’est pas tout à fait le même homme. Il a toujours été très gentil avec moi, mais chez lui, il est vraiment naturel et hyper convivial.

A Astaffort, tout  le monde le connait, il va à la boulangerie comme n’importe qui. Il n’est absolument pas dérangé. Là-bas, il est connu depuis toujours. C’est juste Francis, le fils de son père… Astaffort est le seul endroit au monde où on le laisse tranquille. Il est chez lui, donc il se comporte sans filtre. Enfin, Cabrel reste tout de même un homme secret qui, d’après ce que l’on m’a dit,  ne s’épanche pas beaucoup… même auprès de ses amis.

Je trouve tout de même qu’il s’est « détendu » ses dernières années, non ?

Oui, tu as raison. Il se lâche un peu plus. Pour la promo, en général, il choisit les journalistes qu’il connait depuis très longtemps et en qui il a confiance. En tout cas, ils sont triés sur le volet. Et puis, tu sais, il a 66 ans, la sérénité est venue avec l’âge. Là, je parle à sa place et je n’aime pas trop ça.

Tout le monde s’accorde à dire que la couverture du livre signée Maxime Ruiz est fabuleuse.

C’est une photo qu’il a prise à la fin de l’enregistrement de l’album Hors saison. Je te passe les détails, mais nous nous sommes vus trois heures à Bruxelles. Il a apprécié le concept de mon livre et m’a donc proposé quelques photos. Nous avons choisi celle que nous avons considéré la meilleure pour cet ouvrage.

Clip de "Te ressembler" réalisé par l'auteur de la couverture du livre de Thomas Chaline, Maxime Ruiz, extrait de son nouvel album, "A l'aube revenant". 

Tu révèles aussi sa part d’ombre, mais avec tact et sans indiscrétion.

Moi, pas du tout. C’est Richard Seff qui en parle dans la préface. C’est honnête de sa part parce qu’il le démystifie un peu. Il y a l’artiste adulé, le poète, mais Cabrel reste un homme avec ses failles et ses faiblesses. On est tous pareils.

Comment as-tu choisi les chansons ?

Clément Ronin, mon éditeur, très amateur de chansons françaises, m’a envoyé une liste de chansons essentielles pour lui. Sa sélection était intéressante parce que je savais qu’il y avait des choses à dire sur chacune d’entre elles. Et ensuite, j’ai choisi des chansons qui me plaisaient personnellement. Ce ne sont pas les plus commerciales. J’aime l’idée que le lecteur lise l’histoire et que ça lui donne envie d’écouter la chanson en question.

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Pendant l'interview...

Je te pose la question gênante. Te considères-tu comme le spécialiste de Cabrel ?

Si je te réponds oui, n’as-tu pas l’impression que je passerais pour un prétentieux ? Je suis admirateur, j’en connais un rayon sur lui, de là à dire que je suis le spécialiste, je ne franchis pas le cap. Par contre, pas un seul fan ne m’a reproché d’avoir oublié telle ou telle chose. Tu sais, il y a des gens qui se considèrent toujours comme les gardiens du temple. Même ceux-là n’ont pas émis de critiques.

Je vais te dire ce que je pense. Pour moi, ce livre est le livre référence sur Cabrel. Ni plus ni moins.

Merci, ça me touche. Je suis fier de ce livre parce qu’il a eu la validation et le soutien de ses proches. Maxime Ruiz m’a expliqué que Cabrel ne dira jamais ce qu’il pense du livre, mais ça l’a intéressé de savoir ce que j’avais dans le ventre.

Il l’a lu ?

Oui. J’en suis certain. Un pote à moi lui a transmis pendant le confinement. Un peu plus tard, ce pote a été en relation avec lui et il a tenu à préciser des choses. Par exemple, sur les pages concernant « Petite Marie », il a dit qu’il n’avait jamais été en scooter à Toulouse, mais en 4L 3 vitesses. Il a dit à mon pote : « Dis-lui, je veux qu’il rectifie cette petite erreur ! ».

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Le 8 octobre 2020, après l'interview.

Bon, comme vous le savez, si vous me suivez ici depuis 2006, Mandor est un sacré vantard. Il n'hésite pas à se mettre en avant en publiant des photos de lui avec le sujet du livre de Thomas Chaline. Honte à lui.

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Le 18 mars 1986 à Montpellier, après une interview pour Nostalgie Montpellier.

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Le 10 septembre 2012, à Paris, après une interview pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc.

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Le 18 mars 2015, à Paris, après une interview pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc. 

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Le 21 avril 2015, à Paris, après la cérémonie du 8e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

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Le 25 avril 2017, à Paris, après la cérémonie du 10e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

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Le 25 septembre 2018, à Astaffort, lors des Rencontres, dans la cour de Création. 

19 octobre 2020

Jonathan Dassin : interview pour A toi Joe Dassin

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jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandor« Joe Dassin n’est pas mort il y a 40 ans. Il s’est seulement absenté, laissant un extraordinaire répertoire qui, à jamais, porte les couleurs de l’été, de l’amour et du partage. Tout naturellement, les artistes pop français de 2020 le connaissent par cœur et reprennent les chansons avec lesquelles ils ont grandi. Tous enfants de Dassin, ils rouvrent aujourd’hui le songbook le plus radieux de la chanson française. » Bertrand Dicale.

Pas étonnant donc qu'au 40ème anniversaire de sa disparition (le 20 août 1980), un hommage en musique lui soit rendu, lui qui a illuminé de sa voix chaude la chanson française. La nouvelle génération de chanteurs et chanteuses (Ycare et Axelle Red, Les Frangines, Trois Cafés Gourmands, Patrick Fiori, Lola Dubini, AldebertCamélia JordanaTibz et Jérémy Frérot, Kids United Nouvelle Génération, Madame Monsieur, 21 Juin le duo et La Deryves, Julien Dassin et Jonathan Dassin) s'attaque à quelques-uns des monuments du répertoire de Joe Dassin dans l’album A toi, le 23 octobre prochain. Il propose une relecture moderne du répertoire de l'américain. Joe Dassin fait partie de ces artistes qui savent réunir les générations, ce qui est rare aujourd'hui.

Clip de "A toi" par Axelle Red et Ycare.

Le 28 septembre 2020, j’ai mandorisé pour la troisième fois le fils du chanteur, Jonathan Dassin, qui exerce lui aussi le même métier (les deux autres (et un peu plus) à lire ici). C‘est dans une brasserie de la Gare du Nord qu’il m’a expliqué le pourquoi du comment de ce projet discographique.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'album.

La bande annonce de l'album Joe dassin, A toi.

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandorInterview :

Tu es content de cet album hommage à ton père ?

Ça fait longtemps que je le souhaitais. Il y a eu des discussions à ce sujet avec Sony. Au départ, ils n’étaient pas intéressés, puis ça s’est décanté. L’intérêt est arrivé. A titre personnel, c’est vraiment un hommage comme celui-ci que je voulais rendre à mon père. Tous ces jeunes qui chantent ses chansons, ça me touche profondément. Il y a des artistes en devenir dans la nouvelle scène française et des plus confirmés comme Axelle Red et Patrick Fiori. Le casting de Sony est vraiment bon. Je suis très satisfait du résultat. En plus, mon frère Julien et moi en faisons partie.

Teaser Julien Dassin.

Symboliquement, que vous soyez tous les deux sur ce projet, c’est évidemment important.

Oui. Mais vraiment, l’idée principale de ce disque est de transmettre l’œuvre de mon père à la nouvelle génération, même si je sais que l’on apprend, déjà, ses chansons à l’école. Ce projet a le mérite de pouvoir plaire à ceux qui l’ont aimé à l’époque, mais aussi aux jeunes d’aujourd’hui. Mon père fait partie du patrimoine de la chanson française, voire de l’histoire de la musique. J’en suis très fier.

Les arrangements sont un peu différents que ceux originaux. En écoutant les chansons, on s’aperçoit de leur modernité.

Je trouve que la réalisation de ses chansons a tout à fait respectée l’esprit original, en effet. Même si chaque artiste a mis un peu de sa personnalité, là encore, ce n’est pas aux antipodes de ce que voulait transmettre mon père.

Teaser Trois Cafés Gourmands.

Teaser 21 Juin le duo et La Deryves

Je me souviens que dans nos précédentes interviews, tu me disais que tu ne souhaitais pas particulièrement chanter le répertoire de Joe Dassin. As-tu changé d’avis ?

J’ai traversé une période où j’avais besoin de prendre du recul par rapport à lui. Je l’assume plus depuis plusieurs mois. Cette année, le chanter devenait même indispensable. Je voulais ardemment lui rendre hommage.

Tu chantes dans ce disque « Siffler sur la colline » avec la jeune Carla et « Marie-Jeanne ».

Il m’est arrivé de chanter « Marie-Jeanne » ces derniers temps et j’y prenais beaucoup de plaisir, quant à Carla, j’aime beaucoup sa voix et « Siffler sur la colline » lui va bien. Tous les deux, nous nous sommes immédiatement entendus. Par sa famille, elle a été élevée avec les chansons de mon père. Elle était donc, m’a-t-elle dit, ravie de participer à ce disque.

Teaser Carla et Jonathan Dassin.

Teaser Patrick Fiori et Lolo Dubini. 

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandorÇa t’émeut d’entendre ces artistes chanter les titres de ton père ?

Beaucoup. C’est très émouvant pour moi un tel respect des artistes pour lui. Je tiens aussi à dire qu’il y a beaucoup de succès de mon père qui n’y sont pas. Il y en a trop. Les autres seront peut-être dans un volume 2… Moi, en tout cas, les chansons de mon père que je préfère sont les moins connues.

Dans ta carrière perso, où en es-tu ?

Pour le moment, je privilégie ce projet sur mon père, mais j’ai plein de chansons qui sont prêtes pour mon deuxième disque. J’enregistre aussi les chansons de mon premier album en allemand. J’ai également un nouveau groupe, très rock, avec lequel j’ai fait quelques concerts en Belgique il n’y a pas longtemps et on espère en faire d’autres malgré les contraintes du Covid 19.

Ton deuxième album, tu comptes le sortir quand ?

On va sortir un premier titre à la fin de cette année ou au début de l’année 2021. Après, sortirais-je les titres un par un ou ferais-je un album ? Je ne le sais pas encore. Il y a plein de chansons de prêtes et je piétine d’impatience de les présenter. Ces chansons seront plus electro et plus rock que le premier. Elles auront un caractère nettement plus marqué.

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Le 28 septembre 2020, après l'interview.

11 octobre 2020

Illustre : interview pour l'album Ille

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(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayIl y a eu Diam’s, il y a désormais Illustre. Cette nouvelle rappeuse frappe textuellement encore plus fort. « Elle se déplace avec une aisance déconcertante sur la fine ligne de crête entre poésie et engagement. Portée par un élan inaltérable, riche d'un regard neuf, elle avance à grande vitesse et s'attache à transmettre cette énergie débordante » explique  l’argumentaire  de presse.

Après un premier EP en auto production l’année dernière, Les mains bleues, elle arrive pour casser la baraque avec un premier album qui risque de faire date, Ille. Le 22 septembre dernier, en terrasse d''une brasserie de la gare du nord, j’ai rencontré ce phénomène venu de Clermont-Ferrand pour une première mandorisation.

Pour écouter l'album,  c'est là.

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Mini biographie officielle :illustre,ille,interview,mandor,xray

Comme les deux pôles d'un iceberg, Illustre cherche à assembler les différences. Créer une cohésion, une alchimie, dans une société en plein bouleversements. Hors des codes et non-binaire, remettant en question les clichés sur le genre, elle aime rendre complémentaire ce qui tend à s’éloigner. Et s'adresse à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même.

Cette identité singulière se retrouve dans son premier album, ILLE, une ode musicale rap soutenue par des productions modernes entre chill trap et turn up hip hop. A travers un jeu de miroirs entre féminin et masculin, elle parle de notre monde, de notre identité, du lâcher prise, de la place de la femme, elle parle de persévérance, d'émotion...

Illustre a mis un peu de son histoire, de son chemin personnel, dans une robe soyeuse, classe et accessible. Car elle fait du rap pour les gens. L'art pour rassembler, connecter les énergies, raconter un possible, élargir les frontières et oublier les limites. L’album ILLE sera la première pierre de ce puissant édifice. La scène sera son terrain de jeu.

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(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayInterview :

Tu as commencé en faisant tes maquettes dans ton home studio.

Avec ces maquettes, j’ai rencontré des gens dans ma ville qui m’ont permis d’aller plus loin que ça. J’ai fait beaucoup de scènes ouvertes, des open mic (micros ouverts) pour les performances qu’il y avait à faire. Avec ces expériences, j’ai commencé à comprendre l’idée d’esprit de groupe propre au hip-hop. Avant cela, j’étais toute seule à tout faire jusqu’au jour où  j’ai  rencontré mon meilleur ami aux Beaux-Arts. Il faisait de la musique sur des scènes locales, ça m’a donné envie de faire évoluer les choses. En tout cas, je ne voulais plus rester seule dans mon coin. De fil en aiguille, ça m’a permis de sortir mon premier album sous le label XRay. Grace au gros soutien de Clermont-Ferrand les choses sont allées assez vite. J’ai pu jouer dans certains lieux qui, indéniablement, nous ont aidés à sacrément évoluer.

Tes chansons délivrent des messages sur le « genre ».

Mon album est constitué de deux parties. J’ai essayé d’enlever cette binarité (concept utilisé en sciences sociales pour désigner la catégorisation de l'identité de genre en deux et uniquement deux formes distinctes et complémentaires : masculin et féminin) tout en l’exprimant. Il y a parfois des textes assez virulents dans le propos et la manière de l’énoncer, mais il y a aussi des textes plus introspectifs qui ramènent plus à mes histoires personnelles.

C’est quoi ton propos exact, finalement?

Il y a énormément d’affirmation de soi. Dans cet album, j’ai été portée par une année de développement personnel assez poussée. C'était une manière introspective de prendre du recul sur tout cela. Très sincèrement, les sujets que je traite ne sont pas abordés dans le rap : s’affranchir des codes sociaux, des lois morales, parler de la maladie, de l’intelligence émotionnelle… ce sont vraiment des thématiques qui me concernent et qu’on n’entend pas dans le rap. J’avais envie d’amener un peu de fraîcheur là-dedans, avec un côté hybride. J’en ai profité pour rendre complémentaire les deux facettes de ma personnalité, entre la poésie et mon côté écorché. Je suis aussi lucide de la réalité qui est la nôtre.

"Dans « Type Chelou », Illustre aborde sans faux-semblants les questions du genre, de l’identité et de la diversité, qui lui sont chères, en s'adressant à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même. Véritable ode à l’émancipation, Illustre y exprime sa non-binarité assumée et traite du conflit générationnel dans lequel elle vise à déconstruire les codes prédéfinis pour en créer une vision libre et nouvelle."

Tu n’as pas peur de devenir porte-parole des personnes qui épousent ta cause ?

Je  n’ai pas envie d’être  l’étendard de quoi que ce soit parce que je ne suis personne pour l’être. Je n’estime pas avoir toutes les questions et toutes les réponses sur le sujet. Je cherche encore. Je fais mon truc, je me présente comme je suis, c’est tout.

Tu te sens différente des autres rappeurs ?

Disons que je n’ai jamais voulu me fondre dans la masse. Depuis ma jeunesse, je n’ai jamais aimé cela. On ne peut pas espérer quelque chose de différent en faisant la même chose que tout le monde. Il y a de la singularité dans toute performance artistique, mais je trouve dommage que les jeunes qui démarrent essayent de faire ce qui a déjà été fait sans chercher en eux ce qu’il a d’unique. Tout le monde a des choses personnelles à raconter parce qu’on a tous des parcours et des identités différentes.

Je formule ma question différemment. Te sens-tu à part ?

J’ai plus l’impression d’être une intruse. C’est une relation personnelle de moi à moi-même. Tout l’enjeu de la dimension artistique, c’est d’arriver à s’accepter soi-même et à s’affirmer…  

"Vautour" : morceau égo-trip dans lequel Illustre mêle punchlines, technique et flow. Premier extrait de son premier album, c'est une manière de nous dire qu’elle est possédée par la passion du rap, qu’elle arrive, avec un peu de clash, de classe et surtout beaucoup de détermination.

Ça te fait du bien de livrer tout ce qu’il y a en toi ?

Oui. C’est réellement une thérapie. Au début inconsciemment, aujourd’hui consciemment. J’écrivais pour exprimer et relâcher un peu toutes les émotions que j’avais, au bout d’un moment, c’est devenu un style de vie, j’écrivais tous les jours. J’écrirai toute la vie, que j’ai de la notoriété ou pas, parce qu’écrire me rend vivante. C’est une manière de laisser une trace en moi-même.

Ça t’a sauvé d’écrire ?

C’est une belle question, mais j’ai besoin de réfléchir avant de te répondre. Ça m’a sauvé dans le sens où ça m’a donné une ligne de conduite et créé un chemin… là où je ne voyais pas d’issue.

Dans "Mémoire", Illustre expose sa vision de la France et de notre démocratie. Son ambition est de nous rappeler que les droits que nous avons acquis ne sont pas dus pour autant et que c’est une chance de les avoir. Elle fait le parallèle entre une génération passée qui s'est battue pour obtenir ces droits, et une génération actuelle qui oublie le confort dans laquelle elle se trouve. Avec « Mémoire », Illustre prône ainsi le fait de continuer à se battre pour préserver nos droits, et potentiellement en obtenir de nouveaux.

Tu as beaucoup de tatouages bien visibles. C’est pour un peu choquer, interpeller.

On n’a pas besoin de choquer pour choquer. J’aimerais juste que les gens se posent des questions et qu’ils tentent d’aller chercher autre chose que dans l’apparence. Je veux plus bousculer les consciences que choquer.

Sur ton visage, tu as un tatouage du mot amour, tu veux bien m’en parler ?

Cela faisait deux ans que je réfléchissais à un tatouage sur le visage, il ne fallait donc pas que je le regrette. Je voulais choisir un mot. Amour concerne tout le monde. Cela peut être l’amour d’une personne, d’un projet, d’une sensation. Il est partout et c’est la seule chose que tout le monde possède. Amour, c’est aussi pour me regarder avec amour. Là où certaines personnes pourraient trouver cela niais, moi je trouve ça très frontal et authentique.

Illustre nous dévoile sa facette émotionnelle et poétique avec « Maladif », un morceau intimiste dans lequel elle aborde la maladie de son père : « C’est comme si un vent violent venait vous frapper sans que vous n'ayez le contrôle. Je ressens et je chante le refrain de manière très spirituelle, comme s'il y avait un déploiement d'énergie qui se manifestait, dans lequel j'essayais de répondre aux questions existentielles. J'y exprime un quotidien désorienté et un inversement des rôles. Mon pilier identitaire est absent, je dois grandir plus vite, comprendre le comportement des gens, et m'adapter. » Pour réaliser le clip qui illustre ce nouveau morceau, l’artiste est allée puiser dans les archives VHS des vidéos familiales.

Dans ta façon de chanter, je décèle une niaque très rare.

Ce sont des textes assez conscients et violents qui m’ont amenée au rap. J’ai donc cette partie-là en moi dans ce que je fais, mais je ne me contente pas uniquement de cette manière d’exprimer les choses. Je ne me cantonne pas à une forme de rap parce qu’il en existe une multitude.

Soudain, un homme même pas éméché s’approche de nous et lance à Illustre : « Toi tu es une rock star, ça se voit direct. »

C’est très intéressant cette scène que nous venons de vivre. Il n’y a ni micro visible ni camera et un homme vient pour te dire ça. C’est qu’il y a indéniablement quelque chose qui se dégage de toi.

(Rires un peu gêné).

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(Photo : Julien Mignot)

Tu as un flow hyper rapide. Il faut beaucoup de pratique pour y parvenir ?

Ah oui ! Je t’assure que ça ne vient pas du jour au lendemain. Ça demande beaucoup de travail. Ça fait dix ans que j’écris et cinq ans que je slame/rappe/chante. Aujourd’hui, j’aime sortir de ma zone de confort. Je cherche des nouvelles productions, des nouveaux rythmes et je change les structures habituelles. A force, cela crée une technique assez unique. J’essaie aussi d’élargir mon panel de capacités vocales.

Quel artiste t’a donné envie de prendre ce chemin-là ?

Sans hésiter Diam’s. Au début, ce qui m’a intéressée dans le rap, c’était l’amour des mots. Diam’s maniait les mots parfaitement. Il faut comprendre que je viens de la poésie. J’en écrivais sans musique. Puis, j’ai découvert le rap, alors je me suis lancée là-dedans pour que mes textes à messages puissent être intégrés par un plus large public. Dans le rap, il y a une réflexion sur des sujets qu’il n’y a pas forcément dans les autres styles musicaux. Ce n’est pas mieux ou moins bien, je ne porte aucun jugement.

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Pendant l'interview...

Tu me sembles quelqu’un que le métier ne va pas pouvoir diriger.

C’est viscéral pour moi. Je ne pourrai jamais faire semblant. Je ne serais tout simplement pas capable de faire ce que je ne souhaite pas. Je me sens incapable de monter sur scène avec le sourire si je me sens étriquée.

As-tu le souci d’être comprise par tous où tu t’en fous ?

Intéressante question. J’aimerais l’être… de manière différente. Dans le plus profond, pas juste en surface. En y réfléchissant je me demande si en voulant être comprise, ce n’est pas pour que je me comprenne moi-même. J’ai l’impression que ce sont les autres qui nous font comprendre ce qu’on est. C’est la question de l’ego.

Tu as l’impression d’avoir beaucoup d’ego ?

Oui, beaucoup. Trop. Il en faut quand tu fais du rap, mais à juste dose.

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Le 22 septembre 2020.

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(Photo : Julien Mignot)

25 septembre 2020

Louis Chedid : interview pour Tout ce qu'on veut dans la vie

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(Photo : Audouin Desforges)

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (3).jpgSept ans après son dernier album, Louis Chedid revient avec onze titres finement ciselées, personnelles et attachantes. Tout ce qu'on veut dans la vie, juste et élégant, sait parler de sujets profonds de manière douce et légère, marque de fabrique de Louis Chedid. Ses nouvelles chansons sont sublimées par Marlon B. à la réalisation (Juliette Armanet, Renan Luce). Un grand cru chédidien!

Au début du mois de septembre 2020, nous avons parlé ensemble de la création de cet album.

(Rappelons que Louis Chedid est un habitué de Mandor : Ici en 2013 pour Deux fois l'infini et là en 2010 pour On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime).

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

Avant l'interview, voici une communication officielle de la société qui produit les tournées de Louis Chedid.

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LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (5).jpgInterview : 

Premier album en solo depuis 7 ans. Avez-vous peur de ne plus plaire aux gens ?

On ne sait jamais à quelle sauce on va se faire manger. Quand vous faites un disque, vous le faites toujours avec un maximum d’enthousiasme et de motivations. Il y a beaucoup de bonheur à faire un nouvel album à chaque fois. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient, la barre est de plus en plus haute de disque en disque, surtout quand on en a fait vingt. C’est comme un perchiste qui doit petit à petit augmenter d’un centimètre la hauteur de la barre. Je vous assure, les gens vous attendent au tournant à chaque pas. Ils se demandent ce que vous allez bien pouvoir inventer encore. Moi-même, je me pose la question. Au fond, c’est ça qui est excitant.

S’il y a quelque chose qui ne doit jamais quitter l’artiste, c’est la passion du métier ?

C’est tellement ça. Quand je prends ma guitare encore aujourd’hui, j’ai toujours la même sensation que quand j’avais douze ans. C’est un vrai plaisir. C’est une amie avec qui j’ai fait pas mal de routes. J’ai toujours la sensation d’être ailleurs, de voyager… chercher des mots, des notes, je ne peux pas m’en passer.

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(Photo : Audoin Desforges)

En vingt albums, vous n’estimez pas avoir tout dit, avoir fait le tour de la question sur des sujets qui sont toujours les mêmes ? A commencer par l’amour.

Vraiment, ce qui m’anime pour continuer à écrire, c’est l’envie de progresser et de faire mieux. Je veux toujours aller au-delà de ce que j’ai déjà fait et rester actuel. Se reposer sur ses lauriers, ce n’est jamais bon. Si on se dit : « J’ai tout fait, je n’ai plus rien à prouver », c’est comme cela que l’on vieillit. Vous pouvez faire des chansons politiques, des chansons d’amour, des chansons de désespoir, on tourne tous autour des mêmes thèmes. La grande différence, c’est la façon de les faire, la forme, l’angle choisi pour en parler. Avoir quelques chansons qui ont traversé les décennies, ça ne me suffit plus. Je ne suis pas du tout dans l’antiquité.

Vous avez toujours l’imagination fertile, donc.

Je ne suis pas inquiet par ça. L’inspiration est quelque chose d’éternelle. Après, il faut l’entretenir, la travailler. De mon point de vue, il n’y a aucune raison pour que l’inspiration s’arrête.

Clip de "Si j'avais su".

Vous savez trouver des tournures de phrases pour évoquer un sens fort. Dans « Si j’avais su », il y a cette phrase incroyable : « Si je savais que vous alliez m’abandonner, Je ne t’aurais jamais dis-tu ». Je trouve que c’est la chanson sur la rupture la plus dure de votre répertoire. 

C’est vrai. En général, les chansons sur les ruptures, ce sont souvent des ballades, assez mélancoliques, ce qui n’est pas le cas dans cette chanson. Là, la musique est très enlevée, c’est aussi ce qui relève le côté cynique de ce que raconte le type par rapport au désespoir dans lequel il est.

Votre chanson « Volatile comme… » est dans la vague du moment. C’est de l’electro pop.

De l’electro, honnêtement, ce n’est pas nouveau dans ma carrière. J’ai été un des premiers en France à en faire. Avec Balavoine et Jean-Michel Jarre, nous avons été les premiers ici à avoir un Fairlight. De toute façon, je ne suis pas du tout sectaire en musique. J’aime ou je  n’aime pas, c’est très simple. Je ne peux pas dire que je sois amoureux du jazz, de la pop ou du rock, juste ça me plait ou pas. Je ne m’interdis aucune forme musicale. Si je veux faire une musique à la Gipsy Kings, je le fais… à ma sauce, évidemment. Si je trouve que mes mots et la musique fonctionnent,  j’y vais à fond. J’ai envie de m’amuser, alors, je ne me mets pas de frein. Mon nouveau disque, j’ai fait en sorte qu’il soit lumineux et positif.

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(Photo : Audoin Desforges)

Ah bon ? Il me semble qu’il y a des chansons tristes aussi. "La fille sur le banc" (du cimetière Montparnasse). C’est une chanson sur les disparus et sur la vie qui continue.

Oui, c’est la chanson la plus nostalgique du disque. C’est une chanson vécue. J’habite vraiment à côté du cimetière Montparnasse. J’y vais souvent, notamment parce que c’est là que ma maman, Andrée, repose. Je m’y promène parce que c’est très calme. Ce lieu m’apaise. Dans la vie ce cimetière est une bouffée de silence qui me fait du bien. J’y vais souvent avec un carnet et il m’arrive d’y écrire des bouts de textes. Ce lieu est parfait pour ma concentration. Un jour, il y a une fille qui m’a reconnu et qui a commencé à me parler. Elle m’a dit : « Ah ! C’est là que vous écrivez vos chansons ? » Elle est venue s’assoir à côté de moi et nous avons discuté. La fille venait de se faire larguer par son mec, elle n’était vraiment pas bien. Elle a commencé à pleurer. Je lui dis que peut-être, ce type lui avait rendu un service immense. Je lui suggère que, peut-être, dans un an ou deux, elle sera contente d’avoir trouvé quelqu’un d’autre encore mieux que celui-là. Ça lui a un peu remonté le moral. Je suis rentré à la maison et j’ai écrit cette chanson.

Elle a eu à faire à un Louis Chédid, conseiller conjugal, quoi !

(Rires) Je ne sais pas pourquoi, mais les gens se confient à moi souvent sur leurs histoires. Je dois inspirer confiance, je ne sais pas. Sans le vouloir, j’inspire certaines confidences, alors que je ne demande rien.

Après, ça devient des chansons, c’est cool.

Voilà, exactement.

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(Photo : Audoin Desforges)

Vous n’avez jamais caché, contrairement à certains, que toutes vos chansons sont autobiographiques.

Oui, toutes, même parfois sans le savoir quand je les ai créé. Quand vous avez fait pas mal de kilomètres comme moi, avec le recul, vous vous apercevez que quand vous chantez « La belle », « Ainsi soit-il » ou « Anne ma sœur Anne », ça correspond à quelque chose qui m’est proche.

Vous parlez beaucoup de l’enfance, notamment dans « Chasseur de papillons » et « Mon enfant intérieur ».

Quand vous faites ce métier là, vous avez intérêt à garder un pied dans l’enfance sinon vous êtes mal. Ce n’est pas pour rien que l’on dit « jouer la comédie » ou « jouer de la guitare ». On joue quoi !

Un artiste, c’est un grand enfant à vie ?

Oui. Tous ceux que je connais avec qui j’ai des atomes crochus, on est très enfants. J’ai 72 ans, quand je prends une guitare, j’en ai 12.

Clip de "Tout ce qu'on veut dans la vie".

A 72 ans, visiblement on s’intéresse encore à l’amour. Il y a deux chansons sur ce thème : « Tout ce qu’on veut dans la vie » et « J’ai toujours aimé ». Vous y évoquez même l’amour charnel.

Ces deux chansons sont effectivement très proches. Quand un type reçoit une vie sentimentale épanouie, il l’a prend et il l’a raconte.

« Ne m’oubliez pas » parle bien de l’amour du public qui pourrait décliner ?

Ça peut être compris comme ça, mais ce n’est pas que ça. Je pense que nous n’avons pas qu’une seule vie. On en a plein. Je préfère penser ça que d’imaginer qu’il n’y a plus rien après. Cette chanson raconte l’histoire de quelqu’un qui est passé de l’autre côté et qui dit : « Ne m’oubliez pas parce que je suis là quand même. » Malgré la mort, on est toujours vivant dans le souvenir de ceux qui restent. C’est comme ça que je vois les choses, après c’est très personnel.

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(Photo : Audoin Desforges)

« Redevenir un être humain » évoque les gens qui sont toujours sur leur smartphone.

Ce n’est pas une chanson moraliste parce que, moi aussi, j’y passe beaucoup de temps. Sans mon smartphone, je suis même paumé. C’est bien de temps en temps de se rendre compte qu’on exagère et de prendre la décision d’être plus raisonnable. C’est fou comme un simple objet prend la place de la vraie vie.

Vous n’avez jamais fait de compromis dans vos chansons.

Depuis le début, même quand j’étais inconnu au bataillon et que je ramais pour faire décoller ma carrière, je n’en ai faite aucune. Ça vient de l’école. Comme j’étais très mauvais et que je ne supportais pas l’autorité, je n’ai pas choisi de faire un métier de liberté comme celui de la musique pour me retrouver dans des contraintes et des choses que je n’ai pas envie de faire. Je préserve mon intégrité et ma liberté.

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22 mai 2020

Léonid : interview pour l'album Du vent

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(Photo : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorLéonid n’est pas l’affaire d’un seul homme, c’est un binôme indissociable. Il est composé de « la tête pensante », Fabien Daïan, et de son cousin Rémi d’Aversa, homme-orchestre lumineux / co-arrangeur et co- réalisateur sur leur deuxième album Du vent.

Rappelons que Fabien (déjà mandorisé-là en 2014 pour le premier opus éponyme) est auteur/compositeur/interprète, guitares, percussions. Membre de Sinsemilia pendant les 13 premières années du groupe, il s’est investi ensuite corps et âme aux côtés d’artistes comme Yoanna ou Djazia Satour en tant que réalisateur, arrangeur, scénographe…

Créé en 2013, le duo connaît depuis un développement constant et régulier. Et comme l’explique le dossier de presse,  « quelques 250 concerts plus tard et des retours souvent dithyrambiques d’un public touché tant par le fond que par la forme du spectacle, les deux cousins n’ont pas perdu une once de leur foi, de leur besoin de créer, de se renouveler, ni de leur capacité de travail ».

Du vent, a été co-réalisé et co-arrangé avec Pierre-Luc Jamain (Sergent Garcia, Feist, Arthur H, Oxmo Puccino, Djazia Satour...) et enregistré et mixé au printemps 2019 par Julien Espinoza au studio BESCO  (78) et aux Studios de la Ruche  (69). 

Si le Coronavirus décide de se barrer un moment, gageons que le spectacle dont sera issu cet excellent disque sera une nouvelle ère (de jeu) foisonnante pour le duo.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui vendredi 22 mai 2020, sont proposés 4 titres de Du vent en téléchargement. Quant à l’album, il sortira en intégralité le 21 août.

J’ai interrogé Fabien Daïan par téléphone, il y a trois semaines pour évoquer cette nouvelle aventure discographique. Avec l’espoir tout puissant que ce soit la dernière interview sous confinement…

La page Facebook officielle.

Les 13 chansons décryptées sur YouTube. 

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorL’album (argumentaire de presse officiel) :

Un nouvel album plein de vent. De vent frais, du vent des fous ou d’un vent de colère. Parce que le vent c’est tout mais surtout parce que le vent c’est rien. 

13 chansons cousues main et filées avec les tripes.

Sur « du vent », on sent un auteur/interprète enfin délesté du poids des « maîtres »  (Higelin, Brassens, Renaud et tant d’autres). Ce bagage trop lourd qui complexe et réfrène celui qui le traîne. Non que le bonhomme soit devenu prétentieux et ait désormais la naïveté de croire qu’il leur arrive à la cheville. Bien au contraire ! C’est en faisant le deuil du fantasme de chatouiller un jour les doigts de pied des grands qu’il a pu livrer sans détour inutile ce qu’il a dans les tripes. 

Ses tripes à lui, qui ont pour principal intérêt d’être les siennes. 

Aux premières loges de ce déballage, le cousin, le binôme, s’investit comme jamais sur ce disque. Il le marque de sa sensibilité et de son sens inné de la mélodie et de l’arrangement. 

Les chansons de l’album : Elles pourraient se diviser en quatre catégories. D’abord les chansons « psycho-torturées-mais-légères-quand-même », crédo de Léonid, à l’image de « La tâche d’encre » : hurlement venu de l’enfance sur l’impossibilité d’être libre sous l’emprise de l’angoisse. Les textes « réalistes » comme « P’tite soeur » : ode à l’amitié fraternelle et inconditionnelle en duo avec la lumineuse Djazia Satour. Les « existentielles » dont « Autrement dit » est l’incarnation. Chanson sur le troublant parallèle entre le début et la fin de la vie qui, déjà présentée sur scène à quelques reprises, arrache bien souvent les larmes des plus sensibles. Et enfin les chansons « politiques » à l’instar de « Mon avis » : constat désabusé de la difficulté d’allier la passion, les convictions avec l’engagement politique. Ou comme les reprises d’« Oscar » (Renaud) et du « Chiffon rouge » (Vidalin/Fugain) : double hommage au monde ouvrier « rouge » dont sont issus les grands-parents communs aux deux cousins. Leur héritage partagé. Le point commun à toutes ces chansons, le fil rouge, est l’aspiration à la liberté. 

Liberté dont le plus digne représentant est le vent !

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(Photos : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorInterview :

Il s’est passé six ans entre tes deux albums. C’est beaucoup, non ?

La première raison, c’est que j’ai énormément d’activités différentes avec d'autres artistes, comme régisseur et éclairagiste. J’aime avoir une vision globale du métier et toucher à tout. La deuxième raison, c’est qu’avec Rémi, on travaille principalement la scène en la peaufinant sans cesse. Enfin, la troisième raison, c’est qu’il se pourrait bien que je sois un laborieux. Il me faut du temps pour faire les choses. Créer de nouvelles chansons par exemple.

Pour la première fois, Léonid a demandé à une tierce personne un regard extérieur, celui de Pierre-Luc Jamain qui a co-réalisé et co-arrangé l’album. Pourquoi ?

J’ai toujours fait les choses tout seul et là, je sentais que j’avais besoin d’un œil neuf d’une personne dont je respecte le travail. Ça m’a permis de me focaliser plus sur ce que j’avais à dire et sur la façon dont je souhaitais transmettre ces nouveaux textes. Je me mets toujours beaucoup de pressions et le fait de pouvoir se reposer sur quelqu’un, ça m’a fait un bien fou. Je n’ai jamais su déléguer. Pour y parvenir, il faut trouver quelqu’un qui va mettre autant de temps, de passion et de perfectionnisme dans le projet que soi-même. C’est ce qu’a fait Pierre-Luc, accompagné bien sûr par Rémy en qui j’ai toujours eu une confiance illimitée. C’était l’équipe parfaite.

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Djazia Satour et Léonid en studio (photo : Pl Jamain).

Evoquons quelques chansons. « Petite sœur » est une ode à l’amitié entre un homme et une femme, enléonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor l’occurrence, celle que tu as avec Djazia Satour, qui chante avec toi sur ce morceau.

Djazia, c’est ma coloc’ de sang. J’ai voulu marqué cette amitié exceptionnelle, extrêmement chaleureuse, fraternelle, presque familiale. Notre amour est puissant, comme peut l’être celui d’un frère et d’une sœur.

Tu n’es pas précisément un chanteur d’histoire d’amour… Quand tu en parles, ça donne une chanson comme « Dégage ».

C’est l’histoire d’une rupture. Quand des gens se séparent, souvent, ils se disent que l’histoire sera toujours belle, malgré la souffrance. Dans cette chanson, j’avoue, j’ai un peu lâché ma pudeur. Désormais, j’essaie de « cracher » les choses de manière plus spontanée et directe. M’autoriser cela m’a permis d’aller mieux.

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(Photo : Sigrid Spinnox)

Tu es quelqu’un de pudique ?

Très. J’ai même une pudeur extrême. De plus, je suis sujet depuis tout le temps à des crises d’angoisse terribles et à des attaques de panique. J’ai appris récemment que nous étions 4% de la population à souffrir de cette pathologie. J’ai des périodes où le moindre évènement peut me terroriser et me mettre dans des états insoutenables. C’est ma croix… et c’est complètement contradictoire avec le fait de de monter sur scène et, plus généralement, de faire un métier public.

C’est peut-être une façon d’exorciser ça ?

Tu as raison. C’est exactement ce que je pense. Je ne veux pas lâcher l’affaire. Ma seule survie possible, c’est d’aller au front. Je dois passer ma vie à me prouver que je suis plus fort que ces fantômes-là.

Ce que tu me dis-là me fait penser à la chanson « La tâche d’encre », dans laquelle tu te racontes comme jamais… sans t’épargner. En écoutant les paroles, je l’ai comprise ainsi : l’histoire d’un type qui cherche la liberté absolu, qui n’y parvient pas toujours, mais un peu quand même. J’ai bon ?

Ça me va très bien parce que c’est tout à fait ça.

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(Photo : Sigrid Spinnox)

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(Photo : Vincent Assié)

Pour toi, c’est quoi la notion de liberté ?

Je trouve qu’il n’y a rien de plus angoissant, stable et acquis que la liberté. La liberté, c’est un grand vide en fait. J’accepte le combat en moi où il y a une inspiration à la liberté infinie et l’obligation de me mettre en danger en me dirigeant vers mes peurs.

La famille est importante pour toi. Tu évoques en  filigrane ta sœur décédée dans « 507 heures » et tes grands-parents dans « Oscar », de Renaud, et dans « Chiffons Rouges » de Vidalin et Fugain.

J’ai des familles très différentes côté maternel et paternel, mais le point commun qu’avait tout le monde, c’est une implication en politique, très à gauche, communiste, humaniste, voire anarchiste pour certains. Depuis mes grands-parents, c’est quelque chose qui est complètement ancrée dans toute la descendance. Nous avons été élevés dans la lutte et le combat pour plus de justice et d’égalité. La cadre idéologique que l’on m’a inculqué est mon plus bel héritage familial.

Toi, tu fais partie de la tendance anar ?

Je vais te dire la vérité. Je suis mélenchoniste, donc à fond dans le mouvement de La France insoumise. Il y a énormément de gens qui tapent sur Mélenchon parce qu’il serait égocentré et colérique… c’est autant de choses qui me le rendent très sympathique. C’est quelqu’un de brillant et droit politiquement. Il défend à merveille des valeurs que nous sommes des millions à partager.

Tu milites sur le terrain?

Je suis très peu militant, mais comme énormément de gens, je me suis fait embarquer en 2016 par le mouvement. J’ai fait pas mal de meetings et il m’est arrivé de distribuer des tracts pour Mélenchon. Mais j’ai beaucoup trop de respect pour les militants qui s’investissent concrètement pour me considérer comme tel. Moi, je me contente d’ouvrir ma gueule sur scène avec mes petites chansons.

"Le prince du RSA"-Spécial confinage.

Mais tu fais de la chanson politique ? (Photo :Vincent Assié)léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

Non.

« Le prince du RSA », chanson anti macroniste par excellence, ce n’est pas une chanson politique ?

Alors, partons du  principe que tout est politique. Pour moi, une chanson, c’est juste une idée qui passe et que tu veux transmettre, mais qui ne doit pas prouver ou argumenter quoi que ce soit. Chacun fait ce qu’il veut de l’idée que tu proposes. L’art n’est pas fait pour convaincre.

C’est le thème de ta chanson « Mon avis » !

C’est exactement ce que je raconte, effectivement. Pendant très longtemps, je suis monté sur mes grands chevaux en clamant de grandes tirades passionnées, mais aujourd’hui, je le fais de moins en  moins. Je ferme ma gueule en fait parce que je sais que je n’ai pas le bagage intellectuel et culturel pour me permettre de chanter des choses sentencieuses et encore moins pour faire la morale.

Dans « Autrement dit », tu désacralises les enfants. Tu n’as pas honte ?

Je précise que je n’ai pas d’enfant, je ne fais donc la leçon à personne. Je ne sais pas si c’est l’héritage de Françoise Dolto, mais je constate juste que l’on met les enfants de plus en plus à une place centrale. J’ai peur qu’on finisse par en faire des adultes décalés avec la vraie vie. Les valeurs que l’on m’a inculqué, c’était de rester à ma place d’enfant. C’est quelque chose d’important dans la fondation d’une vie.

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05 mai 2020

Nicolas Vidal : interview pour son exposition virtuelle, Chanteuses de France

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nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorNicolas Vidal est chanteur et photographe. A son compteur, trois albums pop d’excellentes factures : Des ecchymoses en 2011, Les nuits sereines n’existent pas en 2016 et Bleu Piscine en 2018 (pour lequel je l’ai mandorisé). L’homme, qui a plus d’un tour dans son art, crée Faces Zine en 2017, un webzine pop en noir et blanc pour lequel il interviewe et photographie des musicien.ne.s, leur consacrant de longs portraits.

Nicolas Vidal propose depuis quelques jours une exposition virtuelle baptisée Chanteuses de France. En tout, 53 photographies en noir et blanc des icônes féminines de la pop française d’aujourd’hui. Des artistes connues, comme des confidentielles…

En plein confinement, je l’ai appelé pour en savoir plus…

Le webzine pop Faces Zine.

La page Facebook de Faces Zine.

Pour voir l’expo.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorLe projet (par Nicolas Vidal lui-même) :

La pop française est-elle une grande famille ? On sait que la pop mondialisée a ses reines mères et ses princesses, ses king of Pop et toute une sorte de royauté marketing qui a fait ses preuves. Il y a des reines et des princesses en France aussi, mais il y a surtout une scène foisonnante de créatrices, chanteuses, productrices, qui résistent et proposent un panel pop de musique riche et dégourdi, foisonnant de sons et d’images.

Les chanteuses de France sont aussi anglaises, africaines, suédoises, algériennes, russes, suisses, israéliennes ou belges. Elles écrivent des chansons pop, font du rock, de l’électro, de la folk voire de la country. On ne peut plus les réduire à l’invisibilité tant elles sont nombreuses, plurielles, les forces vives d’une industrie musicale encore très masculine.

Cela fait maintenant un peu plus de deux ans que je photographie et interviewe des artistes pour Faces Zine. Quand j’ai créé le webzine, j’avais la secrète envie de cartographier une scène pop au présent, indépendantenicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandor et populaire, d’imaginer des familles musicales qui ne le sont que parce qu’on associe ensemble certains artistes.

En voici une première, féminine donc, partiale, qui existe autant par des choix éditoriaux que par les opportunités que j’ai eu de photographier certaines chanteuses. Cette exposition en forme d’abécédaire n’est absolument pas exhaustive, et cela n’aurait aucun intérêt. Mais elle dit tout de même quelque chose de la scène française, entre indépendance farouche et icônes populaires, entre glamour indé et féminisme pop.

Dans mon travail de chanteur et de photographe, les artistes femmes m’ont toujours fortement influencé, bousculé, fait rêver. A mon tour de rendre hommage à 53 chanteuses de France en 51 photos dans cette exposition virtuelle, au présent et au futur.

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Avec Nicolas Vidal, trois de ses modèles. De gauche à droite : Cléa Vincent, Jo Wedin et The Rodeo.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorInterview :

Pourquoi une exposition virtuelle ?

A la base, je voulais faire cette exposition dans une galerie ou dans un lieu adéquat. Avec le contexte actuel, plutôt que d’attendre un hypothétique bon moment, j’ai trouvé intéressant de faire exister cette exposition de manière virtuelle. Je ne voulais pas que le confinement m’empêche de faire découvrir ces photos d’artistes.

Pourquoi as-tu choisi de mettre en avant des artistes féminines ?

Ce sont elles qui, en ce moment, sont le moteur de l’industrie musicale. Pendant longtemps, les artistes femmes étaient cantonnées au rôle d’interprète. Elles étaient souvent l’égérie de grands compositeurs comme France Gall avec Michel Berger et Jane Birkin avec Serge Gainsbourg. Attention ! Je sais bien qu’il y en avait aussi qui écrivaient et composaient, comme Véronique Sanson, Françoise Hardy ou Catherine Lara. Aujourd’hui, les femmes ont pris les rênes de la musique en gagnant en autonomie et en s’affranchissant des hommes. La période #metoo et #balancetonporc n’y est sans doute pas pour rien.  Elles ne sont plus des faire-valoir ou juste des interprètes. La jeune génération féminine sait tout faire.

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Dans les labels et dans l’industrie de la musique, elles ne sont pas encore à la manœuvre.

Malheureusement. Par contre, elles le sont en terme créatif et médiatique.

Tu as choisi de mettre en avant des artistes connues et d’autres moins…

Il y a beaucoup de chanteuses que j’ai interviewées pour Faces Zine et d’autres que j’ai eu la chance de croiser dans des festivals (fin de conférences de presse où concerts) comme Corine, Zazie ou Aya Nakamura. Je pense que si je propose des artistes connus, les gens auront la curiosité de s’intéresser aussi à celles qui le sont moins.

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Comment se présente ton exposition virtuelle ?

Je ne voulais pas que ce soit juste un enfilage de photos, j’ai donc eu l’idée de l’abécédaire avec le prénom plutôt que le nom de famille et un lettrage qui rappelle la typographie que j’utilise sur le webzine. Je voulais qu’il y ait une cohérence avec Faces Zine.

Comment fait-on un bon portrait, selon toi ?

J’essaie d’avoir du temps et de ne pas « objétiser » la personne qui est devant moi. Généralement, j’interviewe les artistes avant de les placer devant mon objectif, donc une petite relation s’est déjà nouée. Ils sont plutôt en confiance et je m’évertue à les rendre à l’aise pendant la séance. Il faut que je parvienne à les diriger sans qu’ils s’en aperçoivent vraiment tout en les laissant très libres dans leur façon de se comporter. C’est un dosage subtil entre mes suggestions et leur part de naturel. Je pense aussi que le fait que je sois moi aussi musicien rassure certain.e.s de mes modèles.

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J’imagine qu’il y a aussi un travail de retouches ?

Pour l’expo, j’ai retouché surtout les lumières pour qu’il y ait une cohérence et une unité entre les clichés.

Si le monde se décide à tourner de nouveau un peu rond, est-il envisageable que cette expo existe dans un lieu approprié ?

Oui, j’aimerais bien. J’envisage aussi l’éventualité de faire un livre de portraits écrit et photographique pour donner suite à ce projet. Cela permettrait aussi de témoigner de la vitalité de la scène française féminine actuelle.

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30 avril 2020

La Pièta : interview pour son premier album La moyenne

La Pietà - Studio (C) Cedrick Nöt (25).jpg

(Photo : Cédrick Nöt)

la-pieta-pic-dor-session-©-cedrick-Not-preselection-114.jpg« La Pietà est une lutte, une statue de Michel-Ange version punk... La Pietà est brute mais jamais brusque, enragée mais toujours sensible, volcanique et parfois gracile » indique fort justement le dossier de presse. Il est vrai que depuis trois ans, La Pietà (déjà mandorisé là) explose sur scène, aux quatre coins du pays. Ces moments live « tendus, ombrageux, provocants, festifs, propices à la communion » ne laissent personne indifférent. Voir La Pièta sur scène, c’est vivre une expérience unique qui provoque un choc émotionnel immédiat. Uppercut au cœur et à l’âme du début à la fin. Une performance.

Cela fait des années que je suis cette artiste dans ses différents projets, mais il est clair qu’elle s’est parfaitement trouvée dans le rôle de La Pièta (son double obscur qui tente aujourd’hui de trouver plus de lumière). Avec ce premier album, La moyenne, si elle est toujours aussi percutante, on décèle une discrète pointe de sérénité… et ça lui va bien.

J’ai appelé La Piètà, chez elle à Montpellier, en plein confinement, pour parler de ce nouveau disque…

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Argumentaire de presse (par Arnaud de Vaubicourt) :pochette album 800x800.jpg

La Pièta. C’est un cri. Une écorchure. Un désespoir porté par la lumière. La Pietà cogne, hurle, revendique. Elle caresse, aussi. La Pietà parle aux tripes et aux cœurs, avec la rage du punk et la poésie du slam. C’est un trop plein d’émotions extrêmes ressenties durant une poignée d’années qui a transformé La Pietà pour toujours. « Si la rage est un moteur, alors j’risque d’aller loin », scande-t-elle sur « Jusqu’ici tout va bien ». Cette hargne, cette rugosité verbale n’est pas plus dirigée contre la société que vers elle-même. Elle est juste l’expression primale d’un cerveau qui refuse de tourner en rond dans sa cage.

« La Moyenne », « Tapez », « Ma Guerre est Finie » ne sont ni des complaintes ni des errances poético-dégoulinantes : ce sont des pamphlets personnels, des claques que l’on donne aux autres autant qu’à soi-même, des textes d’une noirceur qui n’oublie jamais que renoncer à la lumière est la première des lâchetés.

La Pietà est une griffure, prête à appliquer du baume à celui qui saura l’écouter en regardant à l’intérieur de soi. La Pietà rugit son punk-à-textes-electro-rap (celui qui leur colle l’étiquette musicale qu’il faut gagne son poids en paires de claques).

Après trois EP rageurs en forme de chapitres où elle avançait masquée, autant sur scène que symboliquement, La Pietà sort à visage découvert La Moyenne, son premier album, le 22 mai 2020.

La parution d’un roman suivra de près.

La Pietà - Studio (C) Cedrick Nöt (52).jpg

(Photo : Cédrick Nöt)

94186339_2621151678156594_2608852492384993280_o.jpgInterview :

Malgré les textes chocs, je trouve La Pièta discètement plus sereine, non ?

Tu as raison. La Pièta est un projet qui a commencé il y a cinq ans. Je voulais raconter l’histoire d’une fille qui s’en était pris plein la gueule. En l’occurrence, c’était un peu moi, mais pas seulement. Une chanson de La Pièta n’est jamais autobiographique, mais une dérive de ce que j’ai pu vivre. Au départ, je voulais que cette histoire racontée dans un roman et en chansons dure trois ans parce que j’estimais que c’était suffisant pour évoquer juste une période de vie.

Et pourtant, elle est toujours là!

Aujourd’hui, j’essaie de m’amuser de cette Pièta qui change et qui se nourrit maintenant de Virginie, c’est-à-dire la fille qu’il y avait derrière le masque. Je tente de trouver un juste équilibre entre ce personnage qui était très sombre et ce que j’ai envie de lui apporter comme lumière désormais.

Clip de "Y en a", entièrement tourné à l'Iphone, à Rome, en Février 2020, extrait de l'album La moyenne.

Le masque, tu l’as complètement ôté ?

Oui, mais apparemment, je vais être obligée de le remettre (rires). (Note de Mandor : humour qui m’avait échappé sur l’obligation du port du masque pour sortir lors du confinement.) En vrai, je l’avais complètement retiré dans l’optique de dire que je me libère de cette histoire, de ce personnage sombre. La Pièta continue à exister, mais commence à se muter avec d’autres facettes de ma personnalité.

La première chanson de l’album est « La moyenne ». On l’a connaissait puisqu’elle était déjà sur le premier EP. Là, tu clames ton texte sans musique…

94504916_2624465864491842_8399640929169833984_o.jpg« La moyenne » est le titre phare de La Pièta. C’est le premier que j’ai sorti en disque et le premier texte que j’ai écrit dans mon roman. Pour le remettre dans l’album, nous nous sommes rendu compte que c’était compliqué de créer une nouvelle version musicale. La première avait été faite à l’arrache et c’est certainement cela qui lui avait donné une telle densité et personnalité… avec un son presque punk. Elle était très viscérale et pas léchée, du coup, quand on a essayé d’en faire une version plus propre, plus modernisée, c’était moins bien. Et remettre la même version n’avait aucun intérêt parce que la plupart des gens qui aiment mon travail l’avaient déjà. On a opté pour un a capella, ce qui a permis de mettre plus en avant le texte pur.

Es-tu de la génération qui ne croit plus en rien ?

Non. Moi Virginie Nourry, la personne qui est derrière La Piéta, t’affirme que ce n’est pas ce que je pense de la vie. Heureusement que je ne suis pas aussi désespérée qu’elle a pu l’être. J’avais besoin d’exprimer cette part sombre pour que ma part vivante et lumineuse puisse exister. Ma manière de mettre de la lumière dans tout ça et de sublimer la douleur, c’était d’en faire quelque chose d’artistique.

Clip de "J'revendique", tiré de l'album La moyenne.

En terme de texte, je trouve que celui de « J'revendique » est celui qui résume le plus la pensée de La Pièta. Et musicalement, c’est un titre plus pop et dansant que tout ce que tu as fait jusqu’à présent avec ce personnage.

C’est une chanson que je n’ai pas composé. J’ai travaillé sur cet album avec un ami, Anthony Bellevrat. J’aimais bien quelques compositions à lui qu’il n’utilisait pas, j’ai choisi celle-ci. Je me suis bien amusée à poser des textes sur une musique qui n’est pas de moi. Plus ça va, plus je vais aller vers ça. Me libérer de la partie musicale me permet de me concentrer sur les textes. Je trouve que j’ai mes limites musicalement et travailler avec des gens qui sont meilleurs que moi dans leur instrument et leur technique musicale, ça me permet de m’ouvrir vers d’autres choses.

C’est quoi ta plus forte revendication ?

Être libre… et être totalement libre d’être qui on est.

Clip de "Tapez", extrait de l'album La Moyenne.

Dans « Tapez », qui est une chanson sur la déshumanisation de notre système, on a l’impression que c’est aussi un appel à la violence.

Non, pour moi, cette chanson, c’est comme quand on regarde le film « Joker ». Le réalisateur n’est pas en train de dire qu’il faut faire comme Joker, c’est à dire, tout faire péter. Il dresse juste le tableau d’une société dans laquelle un homme est exclu et qui a des problèmes psychiatrique. La colère peut susciter des drames. Pour « Tapez », c’est la même chose. Elle raconte l’histoire de quelqu’un qui vit un deuil. Au moment d’aller enterrer cette personne, mon héroïne se retrouve confrontée à des gens et un environnement déshumanisé qui va lui faire péter les plombs. Ce n’est pas un appel à la violence, c’est un appel à faire gaffe. Si le système continue à ne plus prendre en compte nos émotions et nos sentiments, ça peut mal finir… 

Dans « Jusqu’ici tout va bien », tu dis « si la rage est un moteur, je risque d’aller loin ». Chez toi, la rage a toujours été un moteur ?

Oui, mais pas uniquement. C’est un mélange de rage et d’amour. Et pour être plus précise,  mon moteur principal, c’est quand même l’amour.

Clip de "7 mois", tiré de l'album La moyenne.

« Sept mois » et « Arrêtez tout » sont des histoires d’amours blessés et de ruptures.la-pieta-pic-dor-session-©-cedrick-Not-preselection-007.jpg

Cet album a été entièrement conçu et enregistré après une rupture amoureuse douloureuse. Il ne parle pas uniquement de ça, mais il en parle pas mal. En tant que fille passionnée, quand je vis une rupture, j’ai l’impression que le monde s’écroule. C’est vrai à ce moment-là, mais plus tard, j’arrive ensuite à le reconstruire.

Dans « Pas désolé », tu emploies la première personne du masculin.

C’est la première fois que je fais ça. Comme ça parle d’un pote homosexuel qui raconte son histoire, je me suis mise dans sa peau. De manière plus générale, c’est aussi une façon d’expliquer que dans mes chansons, quand je dis « je », ça ne veut pas dire obligatoirement que c’est moi.

Dans « Le mal du siècle », tu racontes la dépression.

Là encore, ça ne parle pas uniquement de moi. Il y a aussi un peu un ex qui était sur une mauvaise pente et mon père qui était un grand dépressif. Ca me paraissait une évidence d’appeler cette chanson comme ça, parce que j’estime que la dépression est le mal du siècle en occident. C’est un mal qui gangrène et qui est compliqué parce qu’il n’est pas tangible et très mal perçu. Quand on se casse un pied, on va directement se faire soigner, mais aller à l’hôpital psychiatrique pour soigner son mal intérieur, c’est encore très mal vu, alors souvent, on ne le fait pas.

"Ma guerre est finie" en version piano-voix. Arrangements et Piano : Anthony Bellevrat. Réalisation Vidéo : Cédrick Nöt au théâtre de Tarbes le 25 mai 2019.

La chanson qui clôt ton album s’intitule « Ma guerre est finie ». Si ta guerre est finie, de quoi va parler La Pièta ?

Il y a plein d’autres guerres… Mais c’est une manière de dire que cette douloureuse période de vie est close. Cet album est à la fois la conclusion de la période précédente et le cheminement vers la suite. J’apprends à canaliser la colère… je te le répète, je me laisse le droit de faire des choses plus lumineuses et plus joyeuses.

Comment vis-tu ce confinement ?

Bien et mal. Je suis une grande solitaire, donc ça ne me dérange pas d’être seule. Mes passions sont d’écrire, chanter, composer, peindre… je fais un peu tout ça. Mais pour moi, le confinement, c’est aussi une vraie question philosophique sur la vie et sur la mort… et sur la liberté aussi. Jusqu’où on est prêt à aller par peur de mourir ? Le confinement met aussi en exergue les inégalités sociales. Il y a les gens qui sont enfermés à plusieurs dans des petits appartements et d’autres qui sont dans de grandes maisons avec de grands jardins et des espaces libres. C’est surtout ça que je trouve insupportable. Et puis, naïvement, j’aurais aussi espéré que ce drame mondial nous rapprocherait tous. Je pensais que la bienveillance et la solidarité allait dominer. J’ai constaté sur les réseaux sociaux que c’est le contraire qui est arrivé. La haine, la malveillance, la dénonciation du voisin qui sort trop souvent… J’ai du mal à vivre cette agressivité latente.

Bonus : Un live électrique de 35 minutes enregistré en avril 2020 en plein confinement.

27 avril 2020

Raoul Petite : interview de Carton pour Ni vieux ni maître

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(Photos : Mathieu Esterni)

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandorRaoul Petite est le doyen des groupes rocks français en activité. Plus de 1000 concerts en France mais aussi en Italie, Espagne, Canada, Hongrie, Suisse, Tunisie, Belgique. On a pu les voir 3 fois à l’Olympia archi-complet, au Casino de Paris, au Bataclan, à l’Elysée Montmartre, aux Eurockéennes, aux Francofolies, sans oublier la Fête de l’Huma et la Fiesta des Suds.

Voici enfin leur 8e album studio, Ni vieux ni maître, trois ans après l’EP 5 titres, Soyons légers ! 

La semaine dernière, j’ai appelé, le Roi Carton, son Altesse Raoul 1er (en vrai, le chanteur du groupe, Christian Picard), en plein confinement chez lui... comme tout le monde.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

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(Photo : Fred Fouchet)

Argumentaire de presse :raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

"Ni vieux ni Maitre". Comme une ode à la jeunesse éternelle, le titre du nouvel album des Raoul Petite rend hommage à leurs 40 ans d'existence. La bande et son kultissime chanteur Christian "Carton" Picard nous offrent 14 titres où s'expriment toutes leurs influences musicales et leurs vécus sans aucune restriction ni autocensure.

C'est un album organique, entièrement fait main, sans loop ni entourloupe, avec guitares et voix comme armes de création massive.

Un opus que l'on qualifiera de « rock » sans retenue, aux textes parfois sombres mais au regard léger, insouciant et pourtant acéré d'un photographe du temps présent.

Ce grand tout s'est bâti avec la force des vieilles âmes, dans les excès, les rires, les larmes, les joies, les doutes, les clashs mais …pour au final renaître d'une mue régénératrice.

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(Photo : Jan Dyver)

Les chansons :

Pour appréhender cet album sans préjugé, on ne citera que quelques titres : "Amours kamikazes" à l'aura gainsbourienne, porté par des voix et guitares sensuelles et épurées, nous parle de toutes ces addictions qui tentent de combler nos déchirures. "Encore et toujours" directement inspiré du film "O'Brother" des frères Cohen. Bien sûr, des questions existentielles viennent comme tout un chacun chahuter leur quotidien : "Va savoir" de quoi demain sera fait… Mais leur énergie contagieuse refait vite surface à grand renfort de riffs et de rythmiques généreuses et groovy comme sur  "Ça fait mal", "Léger et insouciant", "Gourou" ou "Chargez, chargez " qui mettent en lumière les ombres de notre société de solitude égocentrée. On y retrouve aussi avec plaisir leur dérision dance & funky en collaboration avec le DJ suédois Läbbat pour " King of the néant" où malgré le vide infini qui l'entoure, ce DJ arrive sans difficulté à nous faire rejoindre le dance floor. De toutes ces influences il ne faudra pas oublier l'enfance, pilier créatif de chaque artiste que l'on retrouve dans "Houlegate", une valse de souvenirs de vacances ou dans "Comme tes parents" vision humoristique stylée "Pixies" du combat des générations, éructé par le duo vocal Kty conasse Raoul Petite dont le refrain n'est qu'un cri.

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(Photo : Gilles Marmonier)

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandorInterview :

40 ans de carrière, c’est énorme !

Oui, mais n’avons pas toujours été en activité, même si  le groupe a toujours existé. Quand tu fais un album, tu as des concerts pendant deux ans, ensuite tu fais un break pour recharger les batteries, puis faire de nouvelles chansons. Ensuite, tu répètes pour un autre album et tu repars en tournée après.

Tu n’es pas le fondateur du groupe.

Non, il a été créé par Frédéric Tillard en 1979 à Apt, dans le Lubéron. Au départ, il n’y avait pas de chanteur. J’étais hébergé dans une maison où il y avait une grange dans laquelle le groupe, qui ne s’appelait pas encore Raoul Petite, répétait. Du coup, je faisais souvent des bœufs avec eux. Un jour, Frédéric m’a dit qu’il aimerait bien que je rejoigne le groupe. J’ai fait une audition, mais j’étais le seul à auditionner. J’ai donc été choisi (rires).

Session Live tournée par l'équipe Natura'Live à l'Akwaba (84). "Gourou" extrait de l'album Ni vieux ni maître.

Le personnage du roi Carton que tu incarnes, il est tout de suite venu ?

Oui. On est parti directement dans la dérision. A l’époque, je faisais beaucoup de théâtre et j’aimais beaucoup l’humour. Du coup, on écrivait les chansons autour du personnage de Carton.

Au bout de 40 ans, tu ne te lasses pas de lui ?

J’adore me déguiser depuis tout petit et je continue à adorer. Dans Raoul Petite, il n’y a pas le chanteur devant, les musiciens et les choristes derrière. Nous on joue et on s’amuse tous ensemble. Il y a toujours des interactions entre nous et avec le public.

Finalement, tu as passé ta vie à jouer au sens propre du terme et au sens du musicien.

C’est ça. Je joue tout le temps, je suis un éternel gamin. Ma copine me le dit souvent : « tu es encore un môme, ce n’est pas possible ! »

Clip de "Amours kamikazes", extrait de l'album Ni vieux ni maîtres.

Tu as écrit deux morceaux, « Houlgatte » et « Amours kamikazes », ainsi que le refrain en anglais de « Ça fait mal ». Les autres titres sont écrits et composés par d'autres membres de Raoul Petite. Comment fait-on pour garder une certaine cohésion ?

Dans le groupe, nous avons un chef d’orchestre, Markus. Il compose et écrit pas mal de textes, mais surtout, c’est lui qui s’occupe des interactions entre musiciens, d’autant qu’il y en a des nouveaux. Nous sommes une dizaine, mais nous essayons de répéter souvent.

Comment faites-vous pour créer une chanson à dix ?

Quelqu’un amène une chanson nue et chacun apporte ses idées pour l’habiller. J’adore ces moments où on construit la chanson en répétition. On se retrouve entre potes pendant trois jours ou plus, cela dans une bonne ambiance. Quand on décide de monter un nouveau spectacle, on rentre en résidence… là aussi, on adore ça.

Pour se renouveler et impulser une nouvelle énergie, il faut parfois renouveler des musiciens ?

Il y en a qui restent dix ans et qui décident de jouer ailleurs à un moment. C’est souvent le cas des cuivres qui peuvent facilement aller dans d’autres groupes. Appartenir à Raoul Petite, c’est quand même une contrainte. Il faut être avec nous en exclusivité et très disponible.

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(Photo : Fred Fouché)

Tu t’étonnes que Raoul Petite existe encore 40 ans plus tard ?

Franchement oui. On a fait un break de deux ans en 1988 et, à ce moment-là, je me suis dit que c’était foutu. Mais on a retrouvé des musiciens et nous sommes finalement repartis sur les routes. Et que ça continue aujourd’hui me laisse sur le cul.

Ça représente quoi en 2020 de sortir un album ?

Là, c’est un peu spécial parce que nous sommes en plein confinement. Ce n’est pas l’idéal pour une sortie. On fait très peu de promo, à part comme on le fait là, par téléphone. On avait plein de dates en juillet et en août, pas mal de festivals en perspective… et tout est annulé. Je m’inquiète un peu. Quand pourrons-nous de nouveau jouer devant 1000 personnes ? On ne pourra plus slamer dans la foule, toucher des gens ? Nous, on est dans le contact permanent. Ça va être long et j’ai peur.

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(Photo : Fred Fouché)

Il y a des chansons aux textes sombres dans cet album.

C’est vrai, mais on essaie quand même de trouver l’angle de la dérision pour ne pas nous enfoncer dans le pathos. Avec les temps que nous traversons, inconsciemment, on a peut-être fait un album plus noir que d’habitude.

Vous touchez à toutes sortes de musiques dans ce disque.

Notamment du rock, du reggae et même une valse. On fait en sorte que les musiciens ne s’ennuient pas en jouant. Et normalement, quand les musiciens ne s’ennuient pas, le public non plus.

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(Photo : Fred Fouché)

Le public de Raoul Petite est extrêmement fidèle. Il suit depuis le début… et il y a désormais trois générations qui viennent vous voir sur scène.

Oui, et ça nous fait très plaisir. On a les parents, les enfants et même les petits-enfants. C’est très touchant.

C’est quoi Les Petites Raoul ?

C’est Raoul Petite en  moins nombreux. Nous sommes six au lieu de dix. Ça nous permet de jouer devant peu de personnes. C’est moins onéreux pour les associations. On fait ça aussi pour les comités de soutien. En ce moment, nous songeons à faire un album acoustique sous cette formule.

Quand il n’y a plus de concerts, que fais-tu ?

Je fais le maçon. J’abandonne le micro et je remets la main à la truelle. Je suis à mon compte, alors je peux m’arrêter quand les concerts reprennent.

Version acoustico-confinée d'"Houlgate", extrait de l'album Ni Vieux Ni Maître.

Le confinement que nous vivons en ce moment, sera-t-il source d’inspiration ?

Je pense, mais je ne peux pas parler à la place des autres

Vous avez des projets avec Raoul Petite sous confinement ?

On monte des morceaux acoustiques pour les balancer sur le net et prouver qu’on est encore là. On en a déjà fait un, "Dès qu'le virus se barre".

Pourquoi l’album s’intitule Ni vieux ni maitre ?

Confucius disait : « L’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le chemin parcouru ».  Je n’ai rien à ajouter.

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