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12 octobre 2017

François Alquier : interview par Fabien Martin pour L'aventure Starmania

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françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaFabien Martin est un ami auteur compositeur interprète dont j’apprécie le travail depuis qu’il enregistre des disques. Il a été un des tout premiers mandorisés il y a 11 ans, en juillet 2006, puis il est revenu en 2014. Nous sommes devenus amis au fil des années.

Un jour, il m’envoie un message.

Lui :
-Pour ton livre, L'aventure Starmania, tu veux bien que je te mandorise?
Moi :
-Euh...
Lui : Tu fais la promo des autres tout le temps, je ne te laisse pas le choix. Je vais m'occuper de ton cas, point barre!
(Ainsi, le 29 septembre dernier, dans son studio d'enregistrement, un de mes chanteurs préférés a fait son boulot d'intervieweur impeccablement. Il avait bien lu le livre et m'a posé une série de questions très intéressantes. 
(Fabien, reste dans la chanson, je ne veux pas que tu me piques mon job!) 
(Et merci pour tout!)

Interview :françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Bonjour François.

Bonjour Fabien.

Il y a environ deux ans, tu sortais un livre sur la chanteuse Louane, et aujourd’hui nous sommes ici pour parler de la parution de ton ouvrage sur l’aventure Starmania.

Tout d’abord, toi qui as l’habitude d’interviewer des chanteurs, qu’est-ce que ça te fait d’être interviewé par un chanteur ?

Etre interviewé n’est pas l’exercice dans lequel je me trouve le meilleur. Par un chanteur, qui plus est, c’est la première fois. Donc je ne sais pas. Je vais vivre cette expérience, et je t’en parlerai à la fin.

Alors ce sera notre première fois pour tous les deux. Tu as bien dormi ?

J’ai… moyennement dormi, mais pas à cause de ça.

La première question que je vais te poser sera la dernière à laquelle tu répondras, parce qu’elle n’est pas simple, et qu’elle va te demander un peu de réflexion et d’imagination. Tu vas donc y penser durant l’interview et j’y reviendrai à la fin.

Nous sommes donc en 2017, la dernière édition de Starmania a eu lieu en 1993 et, comme tu le sais, une nouvelle édition verra vraisemblablement le jour en 2018, sous la houlette de son auteur.

Ce que tu ne sais pas encore, en revanche, c’est que Luc Plamondon va t’appeler d’ici la fin de la semaine pour te proposer le poste de Directeur de Casting, poste que tu ne peux pas refuser évidemment.

Evidemment.

Qui verrais-tu dans chacun des rôles aujourd’hui ? Evidemment, on a besoin d’un casting franco-québécois, c’est le désidérata de monsieur Plamondon. Alors tu y réfléchis et on y revient dans trente minutes. Ok pour toi ?

OK.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaQuel âge avais-tu au moment de la première mouture de Starmania ?

J’avais onze ans, je m’en souviens parfaitement. J’avais fait acheter le disque bleu de 1978 par mes parents, pour la seule et unique raison qu’il y avait à l’intérieur un chanteur que j’entendais de plus en plus, Daniel Balavoine. « Le Chanteur » était joué sur toutes les radios. Et cette voix-là m’avait complètement… bouleversé. Je l’adorais.

Donc tu as acheté l’album de Starmania juste…

… Juste parce qu’il y avait Balavoine, exactement !

C’est un spectacle que tu as vu ou que tu as fantasmé ?

Oui je l’ai vu, mais uniquement la dernière version.

Je voulais savoir si tu avais vu l’original.

Malheureusement, non. Et c’est vraiment ma version préférée. J’ai aimé Starmania avec la première version. D’abord l’album bleu, enregistré en studio, puis la version live, un an plus tard, qui est, à mon avis, la plus complète. Le vrai Starmania c’est cet album-là, puisqu’il y a toutes les chansons, ainsi que les intermèdes qui racontent l’histoire.

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Avec Daniel Balavoine (Johnny Rockfort) en 1984 au Palais des Sports de Paris.

Donc c’est par le truchement de Balavoine que tu arrives à Starmania, mais tu y découvres d’autres chanteurs…

Oui, et j’ai fini par aimer toutes les chansons très rapidement. Je ne comprenais pas vraiment ce qu’elle racontait, parce que les thèmes abordés à l’époque ne me parlaient pas vraiment, mais j’aimais les voix. Et j’adorais la musique de Michel Berger. D’autant plus que toutes les chansons se suffisaient à elles-mêmes. On pouvait les écouter sans forcément penser à l’histoire.

Justement, c’était ma question suivante… Penses-tu que le public ait à ce point conscience de ce que raconte Starmania, au-delà des chansons ? Ne crois-tu pas que la redoutable efficacité et popularité de chacune des chansons n’a pas un peu éclipsé l’ensemble de la comédie musicale, son livret, son propos ?

Je partage ton avis. Les chansons ont éclipsé l’histoire et, j’irai même plus loin, elles ont éclipsé les interprètes.  En France, peu de gens savent que c’est Claude Dubois qui chante « Le Blues du Businessman » par exemple. Et encore, là, je te parle de la première version…

C’est ce que tu écris dans ton livre d’ailleurs, ce sont les chansons qui sont au service des interprètes et non pas l’inverse…

C’est ce que me disait le directeur de Radio Nostalgie. Quand la radio diffuse ces chansons, personne ne sait qui les chante, à part Balavoine et Fabienne Thibault.

Oui quand même… Dans ton avant-propos, tu mentionnes une personne que tu as interviewée pourfrançois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania ton livre et qui te demande pourquoi tu aimes Starmania depuis toujours. Tu dis te retrouver dans l’incapacité de répondre. Depuis que tu as terminé le livre, j’imagine que tu as eu le temps de réfléchir à la question… As-tu une réponse à lui donner aujourd’hui ?

Je ne sais pas, j’imagine que toi aussi tu as des albums de référence, que tu as écouté toute ta vie, que tu aimes, mais tu ne sais pas vraiment pourquoi. Starmania, c’est un truc qui m’a toujours touché. Chaque chanson raconte une histoire dans laquelle tout le monde peut se retrouver.

Justement, est-ce qu’il y a une chanson qui te tient particulièrement à cœur ? Un personnage auquel tu t’identifies ? Ne me dis pas « Balavoine », attention! Je ne parle pas d’un chanteur en particulier, mais d’un personnage.

Je serai tenté, effectivement, de te dire que ma chanson préférée est « S.O.S. d’un terrien en détresse », car je la trouve superbe, mais Johnny Rockfort n’est pas le personnage dans lequel je me retrouve ; c’est un terroriste, il est plutôt faible, il se fait un peu mener par le bout du nez par Sadia puis par Cristal… De fait, en réalité, je trouve qu’il n’a pas tant de personnalité que cela.

Comme la plupart des terroristes aujourd’hui.

Oui, c’est vrai. Ma sensibilité m’amènerait donc plutôt vers le rôle de Marie-Jeanne, la serveuse automate. Je crois que c’est le rôle le plus universel. Elle raconte la solitude, les déceptions amoureuses, l’interrogation sur ce que l’on fait sur Terre, sur où est notre place… Marie-Jeanne se pose des tas de questions que l’on se pose tous. Les autres personnages sont davantage segmentants.

En lisant ton livre, j’ai eu la sensation que le succès et la réussite de Starmania, tant commerciale qu’artistique, tenaient au fait que Berger et Plamondon n’étaient pas du même continent. Un compositeur du Vieux Continent, et un auteur du Nouveau, avec tout ce que cela implique de modernité. Je ne sais pas si Starmania aurait été si visionnaire à l’époque, et donc autant d’actualité quelques décennies plus tard, si Luc Plamondon avait été européen. Qu’en penses-tu ?

Effectivement, Luc Plamondon est arrivé avec sa culture, et la culture nord-américaine, tu le sais, n’est pas la même que la nôtre. Et ce choix, Michel Berger l’a fait volontairement. Il savait qu’il n’allait pas trouver les mots, il sentait qu’il manquait quelque chose. Il n’avait pas la virulence de Plamondon, la même culture, ni forcément la même vision du monde. Cette association a été comme une étincelle, ils se sont trouvés. Et ils n’ont jamais pu refaire aussi bien, même s’ils ont remis le couvert par la suite avec « La Légende de Jimmy »…

Oui, un peu comme un vieux couple qui se remet ensemble des années après, mais ce n’est plus la même magie.

Ça n’a pas matché de la même façon. Je ne sais pas, il devait y avoir toutes les conditions réunies en 78 pour faire ce chef-d’œuvre.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaLes planètes étaient alignées.

Voilà, c’est ça!

Je voudrais revenir un peu sur ton livre, sur la façon dont tu l’as écrit. Quelles ont été les premières étapes ?

J’ai commencé par les entretiens. Comme tu le sais, c’est mon métier, et j’aime beaucoup ça. Tous les livres que j’écris sont à base d’interviews, je trouve que c’est le bon matériel pour commencer un livre. Donc j’en ai fait beaucoup, beaucoup, beaucoup… Et le problème c’est que quand tu as autant de témoignages, et là j’en avais quand même trente ou trente-cinq, c’est qu’il faut déjà les retranscrire. Savoir où tu vas situer telle phrase, telle citation, tel thème… et cela devient vite un casse-tête, un véritable enfer même ! J’avais tout imprimé, tout disposé par terre, je relisais, je me disais : « tiens, ça, ça peut aller là, ça ici », etc… C’était ludique, mais difficile.

Combien de temps t’a demandé l’écriture de ce livre ? A quelle fréquence, à quels moments de la journée ?

Ça m’a pris un an en tout, dont véritablement trois mois à temps complet, où je ne faisais quasiment que ça. 

Es-tu parvenu à sacrifier ta vie de famille et à laisser tomber tes amis afin de te consacrer pleinement à l’écriture ?

Les gens qui me sont proches ont eu la gentillesse de ne pas m’en vouloir quand j’avais beaucoup de boulot. Mais c’est vrai qu’on n’est pas disponible, ni dans le temps, ni dans sa tête. Mais je suis sûr que c’est pareil pour toi, qui est chanteur et musicien, quand on est dans son truc, on a du mal à s’en extirper. Starmania a occupé un an de ma vie ; je ne vivais que Starmania, je ne pensais que Starmania. Ça m’a fait pareil avec Louane. Quand tu prends un sujet,  tu vis avec, tu t’endors avec, tu te réveilles avec.

En tout cas, bravo, le livre est vraiment beau, bien documenté, très fourni en photos et en témoignages. J’ai appris par exemple que Michel Jonasz avait décliné l’offre de chanter « Le Blues du Businessan ». C’est fou !

Oui, mais comme je sais que c’est quelqu’un de ta famille, il faudra quand même lui demander si c’est vrai.

On lui demandera. Cela dit, puisqu’on est entre nous tu peux me le dire, de quels protagonistes aurais-tu aimé avoir les témoignages, t’entretenir, et qui n’ont pas voulu te répondre ? Ou peut-être que tu n’as pas osé contacter ? Evidemment, on pense à France Gall, Luc Plamondon…

Ce sont ces deux-là justement ! Luc Plamondon, je voulais que ce soit lui qui fasse la préface.

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Avec Luc Plamondon, l'auteur de Starmania, le 20 novembre 1998 à Radio Notre Dame.

C’est Maurane qui va être contente (Maurane signe la préface, NDLR)…

Je pense qu’elle le sait et qu’elle le comprend. Donc, concernant Plamondon, je n’ai pas eu de réponse. Ou plutôt une fin de non-recevoir de la part de son entourage, qui m’a expliqué qu’il ne participait jamais à ce genre de chose... France Gall, c’est une toute autre histoire. C’est quelqu’un de tout à fait admirable professionnellement, mais lorsque sort un projet concernant Michel Berger, je crois qu’elle aime bien avoir l’œil dessus, et moi je ne souhaitais personne qui veille sur ce que je faisais. Je voulais de la liberté et de la sérénité.

Donc tu ne lui as même pas demandé…

Pour être franc, j’ai hésité. Je me suis dit « soit je l’appelle », au risque d’être un peu embêté pendant l’écriture, soit je fais sans. Et il y avait suffisamment de témoignages d’elle à droite et à gauche sur le sujet pour que je puisse m’en passer.

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Avec France Gall (Cristal), le 3 septembre 2015. ®Bruck Dawit

La ou les personnes que tu as été le plus heureux de rencontrer ?

J’étais heureux de les voir tous, car ce sont des personnes qui ont fait partie d’une aventure qui me fascine. Donc passer un après-midi avec les uns et les autres, c’était génial. Maintenant, la rencontre qui m’a le plus intéressée, c’était quand même Bernard de Bosson. 

Ça ne m’étonne pas. Un grand monsieur du métier.

Un grand monsieur sans qui Starmania n’aurait certainement pas existé puisque, comme je l’explique dans le livre, c’est lui-même qui a insisté auprès de Michel Berger, alors encore un peu frileux, pour financer le projet… et sans avoir entendu une seule note de musique ! C’est une anecdote assez connue, mais je la trouve incroyable. Prendre ce pari…

… avec la maison-mère américaine, qui demandait des comptes et lui mettait la pression !

Oui, mais Warner USA finançaient aussi les albums de Quincy Jones sans non plus avoir entendu quoique ce soit, ce que ne manquait pas de leur rappeler Bernard de Bosson. C’est quelqu’un qui a été à la tête de Warner pendant 17 ans, il a tout vu, tout connu, découvert Véronique Sanson, Berger… Alors quand je suis en face d’un gars comme ça, qui me reçoit chez lui à grand renfort de whisky et qui me raconte tout ça, je me dis que je suis un peu privilégié. Et je me dis aussi que sans lui, il y a de fortes chances que Starmania, on n’en ait jamais entendu parler.  

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Avec Bernard de Bosson (l'homme sans qui Starmania n'existerait pas), chez lui le 19 janvier 2017.

Il faut parfois des gens un peu fêlés également pour suivre les artistes dans ce genre d’entreprise.

Exactement.

D’autres personnes ?

Je suis devenu assez proche de Sabrina Lory qui jouait Stella Spotlight dans la deuxième version, Peter Lorne également, qui était une des étoiles noires. Ce sont des gens qui m’ont beaucoup aidé, qui m’ont donné des photos personnelles inédites. Ils m’ont proposé de venir chez eux et on a sélectionné ensemble tout un tas de photos. Les frères Groulx, Richard et Norman respectivement Zéro Janvier et Johnny Rockfort, se sont réunis un après-midi pour retrouver et sélectionner plein de photos et me les envoyer par mail. Wenta, une formidable Sadia, aussi m’a envoyé des photos de sa collection personnelle. Tout ça fait une somme de documents que personne n’a jamais vu ! Je voulais absolument que le fan de Starmania y trouve son compte.

François, toi qui est un peu un des grands spécialistes de la chanson francophone, penses-tu qu’un opéra rock aussi puissant que Starmania puisse être créé d’ici disons… les 300 prochaines années ?

Je n’y crois pas du tout en fait. Mais je l’espère bien sûr, j’aimerais bien que quelqu’un détrône Starmania un jour. J’ai vu beaucoup de comédies musicales, ça n’a jamais, jamais le niveau de Starmania. Ni dans les thèmes abordés, ni dans les voix. Peut-être dans le décor, dans la scénographie, mais ça ne me touche pas. Même « Notre-Dame-de-Paris », pourtant écrite par Luc Plamandon… je trouve ça tellement insipide…

Et encore, au niveau des compositions, tu ne cites pas la pire de ces vingt dernières années… Pour le reste, c’est vrai qu’en général on sent que tout a été lissé et raboté afin de plaire au maximum de personnes mais que plus personne ne s’en souvienne.

Et c’est l’erreur. Dans la première version de Starmania, il n’y a rien d’édulcoré. D’ailleurs, lors de la deuxième version, ce n’est déjà plus pareil…

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaEn ce qui te concerne, tu es plutôt version 1979, 1988 ou 1994 ?

79 et sans conteste. 

Ce qui est dit en sous-texte dans ton livre, c’est que l’ambiance des représentations de Starmania en 79  n’est pas fofolle… c’est un peu la lutte des egos. On sent qu’ils ne vont pas partir ensemble en vacances… Contrairement aux versions suivantes d’ailleurs.

Cette réunion entre les Québécois et les Français était une première, et on m’a souvent dit qu’ils ne s’entendaient pas forcément bien entre eux. Mais également entre musiciens américains et chanteurs canadiens ! Il y avait pas mal de mics-macs en coulisses. Les petits conflits, l’esprit de compétition, etc…  Quant à France Gall, elle avait une place un peu particulière, puisqu’elle était également la femme du compositeur, en plus d’être déjà une star. Balavoine, lui, ne voulait pas vraiment en être. Ces histoires de comédies musicales, son personnage de terroriste, il avait vraiment peur que ça parasite sa carrière qui commençait à décoller. Ce manque d’envie, ça ne facilite pas vraiment l’adhésion. Et puis il y avait le metteur en scène, Tom O’Horgan, un Américain un peu déjanté, qui n’aidait pas à l’ambiance.

Qu’est-ce que tu reproches aux versions suivantes ?

J’aime beaucoup la deuxième version,  celle de 1988. J’aime beaucoup Sabrina Lory, Renaud Hantson, Wenta, les frères Groulx et bien sûr Maurane. Même la mise-en-scène est pas mal du tout. Je déplore juste le fait qu’ils aient retiré certaines chansons. Et je regrette vraiment les arrangements musicaux, très marqués années 80. Ils étaient très dans l’époque, et forcément, ça a mal vieillit.

C’est vrai que les versions qu’on entend aujourd’hui sont toujours celles de 79.françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Toujours ! Starmania, on entend toujours la première version. Quant à celle de 1994, mise en scène par Lewis Furey et tant décriée par France Gall, c’est la seule que j’ai vue en vrai. C’était un peu déroutant, car le délire de Lewis Furey n’était pas du tout celui de Berger ou de Plamandon, mais je ne l’ai pas trouvé non plus catastrophique. C’était spectaculaire, avec cascadeurs, jongleurs… On en avait plein les mirettes, c’était vraiment la grosse artillerie. Mais plus le temps passait, moins il y avait de décor, de personnes sur scène… ça devenait un peu n’importe quoi à la fin.

Et toi, est-ce que tu aurais aimé chanter dans Starmania ?

Je ne sais pas, et puis aujourd’hui c’est moi qui pose les questions. En plus, tu sais que c’est ma première interview alors c’est important de s’inspirer de ce qui a été fait avant, par les maîtres. Je vais donc, pour terminer, te poser trois questions « à la manière de ».

OK, allons-y.

On va commencer à la manière de Thierry Ardisson.

Tu as pris beaucoup de cocaïne pour écrire ce livre ? Peut-être même avec certains interprètes de Starmania ?

Avec les interprètes de Starmania, je n’ai bu que du thé ou du café. Ah! Aussi un Coca Light un jour. 

Quelle tristesse cette époque…

Maintenant, à titre personnel, je ne prends pas de drogue, mais il m’est arrivé d’être accompagné d’un bon verre de vin. Ça me détendait et finissait par débloquer la situation quand je me retrouvais dans une impasse.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaA la Manière de Yann Moix.

L’impossible n’étant pas le contraire du possible, mais plutôt une sorte de possible qui serait arrivé à son incandescence, penses-tu que c’est justement parce qu’une telle comédie musicale était impossible à réaliser en France que Luc Plamondon et Michel Berger l’ont fait ?

Euh… oui. T’as pas un aspirine, s’il te plait ? 

Et enfin à la manière de Jacques Chancel. Et Dieu dans tout ça ?

Dieu n’a pas sa place dans Starmania. Etonnamment, il n’est pas du tout question de religion. Il y a juste eu dans la première version un gourou d’une secte.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Pendant l'interview...

Je reviens donc à ma première question. Tu as fait ton casting ?

Qui verrais-tu dans le rôle de Johnny Rockfort ?

C’est compliqué pour moi qui suis toujours à la recherche du nouveau Balavoine. Mais je dirai Pierre Lapointe.

J’en étais sûr. Zero Janvier ?

Renaud Hantson. Il a participé aux versions 88 et 94, il serait parfait pour faire le raccord. Et il a l’âge du rôle à présent.

Stella Spotlight?

Une québécoise aussi foldingue que Diane Dufresne à l’époque : Klo Pelgag. Elle est peut-être trop jeune, mais elle serait très bien, excentrique comme il faut. Son show est une folie totale.

Ziggy?

Eddy de Pretto.

Cristal?

Louane, tiens!

Oui, enfin si France Gall accepte. Sadia?

Je ne vois pas à quoi tu fais référence (rires). Mais ma réponse est Fishbach.

Et enfin Marie-Jeanne ?

Buridane.

Très bon casting. Merci.

Merci, c’était ta dernière question ?

Oui, et je te remercie de tes réponses.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Pendant l'interview (bis). (En vrai, c'est pas vrai. On a fait ça avec le retardateur après... comme d'habitude).

En off, mais l’enregistrement continue:

François : Tu crois que ça va intéresser les gens ce livre ?

Fabien : Je pense que ça va intéresser des gens, oui, bien sûr. Les fans de Berger, Balavoine, y’en a… Peut-être pas les 15/18 ans…

François : Eh ben tu sais, je suis très étonné d’une chose, je m’aperçois que, depuis un an que j’enquiquine les gens avec Starmania, beaucoup me disent qu’ils adorent !

Fabien : Tous les âges ?

François : Plein de jeunes aussi ! Parce que papa et maman écoutaient Starmania.

Fabien : Mais qu’est-ce que tu appelles un jeune aujourd’hui ?

François : Ah oui, euh…

Fabien : 20 ? 25 ?

François : Euh… oui, enfin un peu plus quand même…

Fabien : Ah oui, tu veux juste dire plus jeune que nous quoi.

François : Voilà, des jeunes de 35 ans quoi.

Pour finir, je me suis amusé à plonger dans mes archives et à retrouver tous les artistes qui ont participé à Starmania et dont j'ai croisé la route, des années 80 à aujourd'hui... certains plusieurs fois, mais jamais pour parler de l'opéra rock. La vie est paradoxale. 

Commençons par l'artiste qui a préfacé mon livre, Maurane, rencontrée dans les années 90. Elle a joué une merveilleuse Marie-Jeanne dans la version 1988. 

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Maurane, le 30 mars 1993, au Palais des Congrès de Strasbourg. 

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Maurane à Top Music, le 24 mai 1994.

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Maurane à Top Music, le 24 mai 1994.

Voici Fabienne Thibeault, la toute première Marie-Jeanne en 1978 et en 1979.

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Fabienne Thibeault, le 23 avril 1987, à l'Olympia pour la soirée de la Fondation Daniel Balavoine. 

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Fabienne Thibeault, en 2015, lors d'un conférence de presse/cocktail de présentation des nouveaux programmes de Télé Melody.

Une star mondiale à présent. Céline Dion, qui a participé à la version discographique anglaise de Starmania, Tycoon. Elle y interprète le tube "Ziggy" et un tonique "Tonight We Dance".

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Céline Dion, le 4 novembre 1986, à l'hôtel Etoile Maillot. 

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Céline Dion, le 4 novembre 1986, à l'hôtel Etoile Maillot. 

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Céline Dion, le 29 novembre 2012 pour l'émission CD'Aujourd'hui. 

Restons dans Tycoon. Un autre grand interprète: Peter Kingsbery. Il interprète la version anglaise de "SOS d'un terrien en détresse", "Only The Very Best", ainsi que "Ego Trip". Cette photo est intéressante, car avec nous, il y a Peter Lorne, une étoile noire de la version de 1988 (et un artiste qui m'a beaucoup aidé pour mon livre).

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Avec Peter Lorne et Peter Kingsbery, le 12 juin 1995, à l'Olympia, lors d'une soirée de l'association Daniel Balavoine, dont je faisais partie. 

J'ai aussi rencontré très souvent Renaud Hantson, un grand Ziggy (qui a joué aussi Johnny Rockfort) dans la version 1988.

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Renaud Hantson, le 21 novembre 1992, à la nuit des Tops à Strasbourg. 

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Renaud Hantson, le 21 novembre 1992, à la nuit des Tops à Strasbourg. 

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Renaud Hantson, le 12 janvier 1993, au forum Fnac de Strasbourg pour Top Music. 

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Renaud Hantson, au Salon du Livre de Provins (que j'animais), le 14 mars 2013.

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Renaud Hantson, à l'agence Mixicom, en juin 2013.

 Pour terminer, voici quelques rencontres avec Solal (qui n'avait pas encore ce pseudonyme à l'époque), un Ziggy qui a succédé à Renaud Hantson dans la version 1988. Depuis, il est présent dans beaucoup de comédie musicale, encore aujourd'hui.

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Solal, le 21 août 1986, à la Grande-Motte lors d'un Podium Europe 1.

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Solal à Kourou (Guyane française), lors d'une l'interview à Couleur 3, le 8 septembre 1989.

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Solal sur la scène du Festival de Kourou (que j'animais), le 9 septembre 1989.

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Solal, en "route" pour les Iles du Salut, le 11 septembre 1989.

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Solal, en "route" pour les Iles du Salut, le 11 septembre 1989.

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Solal, en "route" pour les Iles du Salut, le 11 septembre 1989. Il y a entre nous deux, Marc Tobaly (ex guitariste des Variations) et Jean-Pierre Mader. 

On en parle là:

Chez TouteLaCulture.com.

Sur le site de  France  Bleu.

05 octobre 2017

Gaëlle Pingault : interview pour Il n'y a pas Internet au paradis

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Jusqu’ici novelliste  (quatre recueils aux Editions Quadrature), Gaëlle Pingault (mandorisées par deux fois déjà,  en juillet 2012 et , en  mars 2017) se jette aujourd’hui dans le bain du roman. Pas le choix, ce qu’elle avait à écrire le nécessitait. La souffrance et le harcèlement au travail, la résilience, vivre ou survivre parce qu’il le faut bien… autant de sujets évoqués avec la patte tendre et drôle de l’auteure (qui sait aussi sortir quelques coups de griffes bien sentis). Il n’y pas Internet au paradis est un roman qui remue/secoue autant qu’il fait sourire et réfléchir (notamment sur l’état du monde, de la société… et même de notre psyché). Belle performance !

A noter que le Prix Ozoir'elles 2017 a été décerné le 5 octobre dernier, au recueil Avant de quitter la rame de Gaëlle Pingault. Ce prix, créé en 2008 avec l'aide de Régine Deforges, distingue chaque année un recueil de nouvelles.
Remise du prix officielle, le samedi 4 novembre à 15h, au centre Pereire d'Ozoir-la-Ferrière.

Gaëlle Pingault m’a donné rendez-vous dans un café parisien le 17 septembre dernier. Et c’était bien. 

il-n-y-a-pas-Internet-au-paradis-1-couv-web.jpg4e de couverture :

Gentiment bourgeois bohèmes sans être tout à fait dupes, Alex et Aliénor s’aiment, envisagent de faire un enfant ou deux, et de se déconnecter d’un monde qui va trop vite. Mais la Grande Entreprise en a décidé autrement. À coups de réorganisations, elle consomme de l’être humain comme une machine du carburant : sans états d’âme. 
Entre chagrin et souvenirs, la colère d’Aliénor monte contre l’entreprise, mais aussi contre Alex, à qui son amour n’a pas suffi pour continuer à vivre. Et puis le deuil se fait, Aliénor commence une existence nouvelle, un peu hésitante, avec une seule certitude : face à l’adversaire, il ne faut pas plier. 
Sans rien masquer de la souffrance de son personnage, l’écriture enlevée, touchante et drôle de Gaëlle Pingault réussit à tenir à distance la cruauté des entités déshumanisées pour laisser à l’individu toute la place, car en continuant à chercher son paradis sur cette Terre et dans cette vie, il est le seul grain de sable capable de gripper la machine.

L’auteure (par elle-même) :

Nouvelliste, et maintenant romancière, animatrice d’ateliers d’écriture, orthophoniste, bretonne. Et réciproquement, ou l’inverse. Ça dépend du sens du vent. Celui que je préfère, moi, c’est le noroît qui claque.
Pas très sérieuse, enfin pas trop, parce que la vie est trop courte pour ça. Déjà 40 ans de passés, c’était bien, merci. Barman, vous m’en remettrez le double, s’il vous plaît ?
Un homme, une petite fille de moins en moins petite, la mer à 50 km : triangle parfait, équilibre atteint.

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Tu es auteure de 4 recueils de nouvelles. Pourquoi passer soudainement au format roman ?

Tout simplement parce que l’histoire que je voulais raconter, cette fois-là, ne relevait pas du format « nouvelle ». Il a bien fallu que je m’adapte. Elle ne m’a pas trop-trop demandé mon avis, elle s’est accrochée à mes basques et ne m’a plus quittée jusqu’à ce que je la raconte. Je ne suis ni « novelliste » ni « romancière », par principe ou par religion : je suis raconteuse d’histoire. Et cette fois-là, l’histoire que j’avais à mettre en mots était plus longue que les fois précédentes. Ceci dit, je ne crois pas que ça soit « soudain ». Toi qui as lu Avant de quitter la rame, mon dernier recueil de nouvelles, tu sais que j’avais déjà introduit dedans un peu de « longueur », avec une nouvelle fil rouge que l’on retrouvait découpée entre les autres nouvelles... J’avais aussi fait ça dans le recueil Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste. Il faut croire qu’une vie d’auteur, ça n’est pas fait pour être figé, mais pour évoluer, essayer des nouvelles choses, avoir d’autres envies qui émergent au fil du temps.

Etait-ce plus difficile pour toi d’écrire sur la longueur ?

Oh que oui ! Comme tout changement de foulée, probablement, ça nécessite un poil d’échauffement... C’était passionnant, mais il y a eu des passages compliqués! En fait, il m’a fallu plus de discipline (or moi et la discipline, en écriture... Comment te dire...). Sur une nouvelle, même un peu longue, même écrite en plusieurs fois, j’arrive à garder tous les éléments « clé » en tête. Sur un roman, non. Il a fallu que je dégaine des petits carnets pour prendre des notes, et pouvoir aller m’y référer ensuite quand j’étais rendue plus loin dans l’histoire. Manière d’éviter des incohérences flagrantes et des failles béantes dans la logique du récit. Ce qui est amusant, c’est que malgré ce côté plus « lourd » à gérer pour moi au niveau de l’écriture, il y a eu, malgré tout, ces petits trucs un peu magiques propres à l’écriture. Par exemple, je n’avais « scénarisé » le roman avant de commencer à l’écrire. Ça s’est construit au fur et à mesure. Et parfois, quand j’avançais dans l’écriture, je m’apercevais que j’avais semé des petits cailloux dans le texte qui me permettaient de poursuivre dans tel ou tel sens, sans avoir besoin d’aller rectifier le texte en amont (alors qu’au moment où j’avais semé ce petit caillou, je n’avais absolument pas conscience que ça me permettrait tel rebondissement ou tel infléchissement du récit 50 pages plus loin).

Para183764.jpgTu évoques dans ton livre, la souffrance et le harcèlement au travail, c’est un sujet que tu connais pour l’avoir vécu ?

Disons que j’y ai été sensibilisée dans ma sphère perso proche, oui, et que ce faisant, ça m’a aussi donné envie d’en parler autour de moi. J’ai alors découvert que finalement, beaucoup plus de gens que je ne le pensais vivaient ou avaient vécu des situations vraiment pas reluisantes au boulot. C’est pour ça que c’est devenu un sujet. C’est aussi pour ça qu’il fallait que ça soit un roman et pas un témoignage. La fiction est plus forte que le récit factuel, je crois, pour dire et penser ce genre de dysfonctionnement sociétal. Elle a plus d’ampleur, plus de « coffre ». Et puis pour moi, c’était l’assurance de ne pas me sentir à « l’étroit » dans mon écriture, coincée dans mon expérience singulière (et donc, pas forcément hyper intéressante). Ceci dit, s’il a été très vite évident pour moi qu’il fallait faire de cette affaire un roman, il m’a fallu plusieurs essais pour trouver la bonne formule. Ce n’est pas si simple que ça de « faire fiction » à partir de bribes de témoignages et de sa propre expérience. C’est un vrai (et bel) exercice.

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Comment expliques-tu que les médias parlent beaucoup de ce sujet actuellement (Cash Investigation qui s’est introduit chez Free et Lidl) ?

Je ne l’explique pas.  Je me contente de le constater. Est-ce que c’est parce que c’est de plus en plus fréquent ? Est-ce juste parce que la parole se libère ? Est-ce parce que certaines « affaires » ont été si énormes qu’elles ont eu un certain retentissement ? Est-ce parce que des gens se sont attelés à faire qualifier et reconnaître les choses de manière juridique et légale ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que comme toutes les formes de maltraitance, en parler est un premier pas essentiel pour en sortir (et ensuite, s’en remettre). Donc tant mieux si on en parle.

Il est aussi question de la résilience. Pour y parvenir, ton héroïne, Aliénor, a beaucoup de mal, non ?resilience.jpg

Ah c’est marrant, moi je trouve qu’elle fait ça pas si mal, au fond, vu ce qu’elle a traversé... ! C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, qui force mon respect, la résilience. Ce qui fait que l’on parvient à la déployer, ou pas. Je ne pense pas que ça soit facile, jamais. Ça n’est pas une recette magique qui met fin d’un coup à tout ce qui fait mal, c’est plutôt un long chemin, semé d’embûches, je crois. Je ne vois pas ça comme un don du ciel ou que sais-je qui arrive comme ça, pof, fastoche. Je crois que ça se gagne à la force des poignets, en ne renonçant pas. Donc Aliénor, forcément, passe par différentes étapes, différents sentiments. De la colère, du chagrin, du manque... Des émerveillements, de la douceur et des rires, aussi, d’ailleurs. Mais la façon dont elle mène sa barque émotionnelle dans cette tempête aurait plutôt tendance à m’épater. Peut-être que je l’ai écrite comme ça pour qu’elle me montre un peu l’exemple quand j’ai besoin, moi aussi, d’être résiliente, va savoir... !

C’est un  peu la résilience ou la mort ?

Ah ben pour le coup : oui. Je pense qu’Aliénor est effectivement face à ce choix-là, vu la violence de ce qu’elle vit. Lâcher, abandonner, et mourir (au moins psychiquement), ou bien tenir, quoi qu’il en coûte, et finir par guérir. C’est parce qu’elle choisit le second chemin que le livre existe (et qu’il est aussi, du coup, parsemé de moments doux, parce qu’on va finir par croire qu’il est sinistre... !)

Elle est à la fois forte et fragile, résignée et combative. On devient double dans la souffrance ?

Je crois que l’on fait ce que l’on peut, dans la souffrance, en vrai... C’est aussi pour ça que la fiction est plus intéressante dans ce genre de cas, parce qu’on peut balayer plus large, montrer un panel plus large d’émotions, traverser nos personnages de plus de questions, etc... Dans la vraie vie, on essaye juste de ne pas se noyer, dans la souffrance, je crois. C’est à la fois pathétique et sublime, sans doute. Donc oui, probablement qu’il y a quelque chose de dual.

studio_6h_9h_2.jpgCe livre est ponctué de flashs infos radiophoniques. Une manière de raconter l’absurdité du monde ?

Absolument. Je crois que ce livre n’avait de sens qu’imprégné de « l’air du temps ». ça fait partie des choses que j’ai mis du temps à « caler » dans la narration, comment faire rentrer cette dimension dans le livre. Là aussi, il y a une dualité : c’est l’histoire individuelle d’Aliénor et d’Alex, au plus proche de leur vécu intime, mais cette histoire est aussi un prisme pour dire quelque chose d’un monde qui permet ce genre d’absurdité. Qui laisse faire. Qui ne se révolte pas. Parfois, j’aime dire que s’il doit être sauvé, c’est l’art qui sauvera le monde (réflexion très égocentrée : c’est parce que mon petit monde à moi s’écroule si je ne suis pas suffisamment nourrie d’art et de beauté. D’ailleurs, je n’ai pas pu m’empêcher de glisser les Floyds et quelques autres références artistiques moins ouvertement nommées, mais chères à mon coeur, dans le livre...). C’est peut-être un poil grandiloquent. Disons en tout cas que je crois à l’art pour questionner le monde, et le mettre en perspective (pour le sauver, on verra plus tard, restons modestes). Et je crois aussi que questionner et remettre en perspective sont des activités qui ne sont jamais totalement superflues...

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Le maire d'Ozoir-la-Ferrière, Jean-François Oneto et toute l'équipe du Prix Ozoir'Elles (dont son créateur Luc-Michel Fouassier) présentent le livre de Gaëlle Pingault.

Tu viens de recevoir le Prix Ozoir’Elles pour ton recueil, Avant de quitter la rame. Tu en penses quoi ?

Que j’en suis absolument ravie et émue, forcément. On écrit pour que les mots touchent, rencontrent le lecteur, et lui murmurent des choses douces et fortes à l’oreille. Mais au moment où on écrit, on ne sait pas si ça marchera. Quand un prix vient acter que cette alchimie-là s’est produite, c’est juste magique, joyeux et virevoltant (et c’est du carburant –énergie non polluante, pastille verte accordée- pour se remettre au boulot, en plus !)

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Après l'interview, le 17 septembre 2017.

03 octobre 2017

Gatica : interview pour son premier EP

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(Photo : Emmanuelle Jacobson Roques)

« Gatica vous confie des secrets, des chagrins, d’amour surtout… qu’elle aurait lu, entendu, vu... ou vécu. Les personnages défilent, comme au cinéma, et l’on rit souvent, ici, de l’absurdité de la vie. »
Après avoir chanté pour différents groupes, notamment 26 PINEL, Gatica livre maintenant ses propres chansons et son  monde plus personnel. C’est beau, c’est fort, c’est écrit remarquablement. Sa voix me transporte, me file la chair de poule, me fascine. Bref, j’aime et  recommande vivement l’écoute de ce premier EP.

Demain, elle est au Divan du Monde pour le concert de sortie du disque. Avant-hier (le 1er octobre), nous nous sommes retrouvé sur une terrasse pour parler du présent (et un peu du passé, c’est si lié…)

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorL’EP (argumentaire officiel) :

Paroles et musique : Alexandra Roni Gatica

Enregistré et mixé par François Gueurce à la Cave à son

Masterisé par Pierre Luzy - Music Unit -

Coréalisé par François Gueurce et Alexandra Roni  Gatica

Musiciens : Lola MaliqueFrançois PuyaltoGuillaume FarleyHalima KaFrançois-Xavier FIXICôme Aguiar et un chœur de filles.

C’est une invitation à se retrouver loin du tumulte mais au plus près de nos émotions, en un lieu indéfinissable, où les secrets se dévoilent et s’oublient aussitôt.
Où les langues se délient, où l’on parle d’amour partagé ou pas, heureux ou désespéré, charnel, charmant, chargé … mais ou la drôlerie se fait sa place même si c’est parfois celle du rire du désespoir.
L’on y croisera des reines, des fous, des anges, des loups garous, des volcans, des forêts, des mers à perte de vue …et la nature reprendra toujours le dessus.

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(Photo : Emmanuelle Jacobson Roques)

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorInterview :

Tu es arrivée du Chili à l’âge d’un an à Nancy.

Ni moi, ni personne de ma famille n’a une goutte de sang français. Ma mère est arrivée en France un peu par accident, ce n’était pas du tout un souhait, ni prévu. Au départ, elle devait venir pour trois mois et on est encore là aujourd’hui. De par ma mère avec qui j’ai grandi, la culture chilienne était très présente dans ma vie. Je peux quand même dire que ma culture est double. Maintenant que je suis adulte, je recherche encore plus mes racines… C’est un classique : si on n’est pas dans le pays où l’on est né, on a un besoin vital de retour aux sources.

D’où te vient ce goût prononcé pour la musique ?

A 7 ans, ma mère m’a demandé de choisir un instrument. Pour elle, ça faisait partie de mon éducation. C’était une évidence, je n’avais pas le choix, il fallait que je joue d’un instrument. Je la remercie aujourd’hui, mais à l’époque, je n’étais pas hyper motivée. J’ai choisi le violon parce que je croyais que c’était facile. Je me suis fait virer au bout de 6 mois, soit disant parce que j’avais les mains trop grandes. C’est plutôt parce que les classes de violon étaient surchargées et qu’ils ouvraient une classe d’orgue électronique. Ils ont insisté pour que j’y entre. Je ne le regrette pas parce que l’éducation musicale développe des choses dans le cerveau que d’autres activités ne développent pas forcément.

Et à l’école, tu faisais de la musique ?gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Le directeur de l’école primaire où j’étais était un passionné de musique. Il arrivait d’Alger où il travaillait à l’opéra de la ville, il était un chanteur lyrique, précisément un ténor. Il a donc monté une chorale d’école. Il nous a fait jouer à l’extérieur, dans le sud de la France notamment. Quand on a fini l’école élémentaire, il a souhaité que l’expérience perdure. Il a monté un atelier théâtre et j’y ai participé. Je me suis rendu compte que j’aimais investir des personnages et monter sur une scène.

Peu après, tu as commencé à chanter dans des groupes de rocks progressifs.

Oui, et je me suis très vite cassé la voix parce que je faisais n’importe quoi. A 14 ans, j’ai souhaité prendre des cours de chant lyrique avec ce directeur d’école, mais je voulais adapter ces nouvelles connaissances à de la musique plus moderne.

Tu as suivi ensuite des études de cinéma pour devenir comédienne.

Oui, à l’Université Paris 1, ensuite je suis rentré au Conservatoire du Xe arrondissement, section Théâtre. J’ai fait trois ans d’art dramatique là-bas. Parallèlement à ça est né le groupe 26 PINEL.

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorC’est un groupe qui a rapidement bien fonctionné.

Il se passait plein de trucs géniaux, alors que le théâtre, c’était très difficile. On dépensait une fortune pour passer des castings pour des plans même pas intéressants. J’ai très vite arrêté parce que je n’avais aucun contact dans le milieu. La musique a représenté soudain la liberté. J’allais pouvoir faire ce que je voulais et non ce qu’un metteur en scène allait éventuellement me demander de faire. Avec 26 PINEL, ça se passait bien. On a eu très vite des touches, du coup, nous sommes très vite partis en tournée et nous avons enregistré deux disques.

Comment es-tu rentrée dans ce groupe ?

A la base, ce groupe faisait des reprises de chanson françaises, mais il n’avait pas de chanteuse. Dans un atelier jazz, à la fac, j’ai rencontré un violoniste qui m’a proposé de faire partie de cette formation. Pendant un an, on reprenait des chansons françaises « traditionnelles » et le guitariste a commencé à écrire des chansons. Elles étaient superbes.

Cette aventure a duré 10 ans.

C’était des années géniales. Après, à côté, j’avais plein d’autres activités musicales. Au bout de 10 ans, on a envie d’autre chose. Quand on a arrêté, je suis devenue la chanteuse d’un groupe de jazz, soul jazz, pop jazz. Nous ne faisions que des mesures impaires et je chantais en anglais. On a enregistré un album chez Harmonia Mundi. C’était très classe, mais ça demandait un gros travail technique.

En 2003, en parallèle tu rencontres le Quartet Buccal.gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Oui, mais c'est en 2006 que le groupe m’appelle pour savoir si je suis partante pour prendre le rôle de l’une d’elle, qui partait vivre dans le sud. J’ai accepté et ensuite, nous avons fait deux créations ensemble.

Ton EP est-il la somme de toutes tes expériences musicales ?

Bien sûr. Et  pour la première fois, j’ai écrit une partie des textes. J’avais très envie, mais je n’osais pas trop.

Le problème venait d’où : « Ai-je assez de style ? » ou « Suis-je trop pudique pour me raconter » ?

Un peu les deux. Quant à la question de la pudeur, je n’ai pourtant pas l’impression de ne raconter que ma vie. Je raconte aussi celles des autres.

Tu as une passion des mots et des belles écritures.

J’ai donc un complexe envers mon écriture. Je mets la barre très haute. Je crois que j’ai fait du théâtre aussi pour ça. Enoncer des alexandrins. Parfois, je le fais sur scène.

Tu es exigeante envers toi-même sur tes textes ?gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Il faut qu’ils me plaisent plus qu’une journée, qu’ils tiennent longtemps. Au moins un mois, sinon, c’est loupé.

Il y a des textes anciens dans l’EP ?

Il y a tout le passé. Il y a des notes prisent il y a 15 ans, des bouts de phrases que  j’ai laissé de côté pendant des années. Quand j’ai décidé d’écrire, j’ai ressorti de vieux cahiers. Le tout est mélangé avec de nouveaux textes. Parfois, les deux s’intègrent.

Tu ne travailles qu’avec des gens avec lesquels tu t’entends bien ?

Absolument. Le côté humain est primordial. Des musiciens talentueux, il y en a plein, du coup, je m’épargne d’aller vers ceux qui sont « casse-couilles ». L’humain à une place importante pour moi, parce que ce que l’on fait touche à l’humain, l’artistique touche à l’humain, aux émotions.

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(Photo : Maryline Jacques)

gatica,ep,divan du monde,interview,mandorParle-moi de François Gueurce, ton corélisateur?

Nous ne nous connaissions pas. On a fait un test sur une chanson, en deux  jours. On a réussi à travailler ensemble si facilement que c’est devenu une évidence. 

Et tes musiciens ?

Guillaume Farley est venu faire une basse, François Puyalto en a fait deux, de fil en aiguille, je me suis dit qu’un piano serait intéressant. J’ai appelé Fixi qui a accepté immédiatement. On se connait depuis longtemps, j’ai fait des chœurs sur tous les disques de Java, d’R.wan, Fixi avec Winston McAnuff… et on joue ensemble dans le collectif Ultrabal.

C’est amusant parce que tu es dans le métier depuis longtemps avec 1000 expériences et comme tu sors un premier EP personnel, les journalistes te reçoivent comme si tu étais une débutante…

Tu as raison. Souvent, j’ai envie de leur dire que je ne débarque pas de nulle part. J’ai quand même joué aux Arènes de Nîmes (rires). En même temps, il y a un petit côté « renaissance ». Je suis débutante dans l’autoproduction, dans la direction de groupe. Quelque part, je deviens la directrice artistique. J’ai déjà fait trois albums avec mes groupes, mais je n’ai jamais rien géré. J’ai appris plein de choses. Au départ, j’ai eu très peur. J’ai craint de ne jamais y arriver, et après, ça m’a énormément excité. On a mis un an et demi pour faire ces 6 titres. A un moment, j’ai ressenti une fierté immense d’avoir réussi à tout faire. 

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(Photo : Maryline Jacques)

Il y a un peu d’ambiances chiliennes dans ton EP.gatica,ep,divan du monde,interview,mandor

Sur « Quebradas », il y a des sons que j’ai enregistrés au Chili il y a 14 ans. Je me baladais avec mon mini-disc et j’enregistrais plein d’ambiance. A un moment, dans la chanson, j’entre dans un restaurant à Valparaiso  et j’entends un groupe jouer. Ça m’a amusé de le placer dans le titre. Réminiscence…

La presse spécialisée dans la chanson française a bien réagi, évidemment cela a dû te faire plaisir. As-tu besoin d’être rassurée ?

Bien sûr, parce que je suis forcément dans une période de vulnérabilité. Je suis quelqu’un qui doute beaucoup. Donc, là, c’est décuplé x 10.

Que nous prépares-tu pour ton concert de demain au Divan du Monde ?

Je tenais à ce que ce soit une soirée très spéciale. J’ai invité plein de gens sur scène. Il y aura Chloé Lacan, Zaza Fournier, M’ame, une chanteuse comorienne avec laquelle j’ai beaucoup travaillé, François Puyalto, Guillaume Farley et le grand comeback de 26 PINEL… et une exclu pour toi. Il paraîtrait qu’au Divan du Monde aura lieu une invasion de reines du monde pendant la chanson « Le retour de la reine », un tableau de femmes qui chantent… mais chut !

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Après l'interview, le 1er octobre 2017.

30 septembre 2017

Thomas Chaline : interview pour son livre Zaz, le long de la route

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thomas chaline,zaz,interview,mandorOn pourrait s'interroger sur l’intérêt d’écrire une biographie sur Zaz (dit celui qui a écrit un livre sur Louane, la bonne blague, et qui (voyez comme je suis transparent) a participé au livre dont il est question aujourd’hui en témoignant longuement). Thomas Chaline répond dans l’introduction de son livre Zaz, au long de la route.

« Pourquoi un tel ouvrage sur une artiste connue du grand public depuis seulement 7 ans ?

Justement parce que son arrivée dans le paysage cathodique et radiophonique a bousculé les modes et les habitudes des années précédentes. Elle a redonné un souffle à la chanson française et y a accroché ses propres lettres de noblesse… aujourd’hui, elle est la meilleure vendeuse de disques de chansons françaises en France et à l’étranger où elle est devenue malgré elle une véritable icone. Un  exploit imprévisible et un phénomène que personne n’avait retrouvé depuis la môme Edith Piaf. »

Le 31 août 2017, j’ai convié Thomas Chaline chez moi afin d’évoquer la chanteuse et le métier de «biographe ». Un débat s’en est suivi entre nous.

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4e  de couverture :

Audacieuse, gouailleuse, authentique. Depuis presque dix ans qu’elle promène sa silhouette bohème sur les scènes, Zaz s’est imposée comme la digne héritière des grands noms de la chanson française. L’auteur est parti à la rencontre de cette artiste discrète grâce à des entretiens inédits. On découvre une adolescente écorchée vive et solitaire après le divorce de ses parents. Une artiste qui a mûri sa voix pendant des années difficiles à chanter dans la rue, le métro et les cabarets parisiens. Ce sont ces blessures intérieures qui donnent aux chansons de Zaz leur authenticité. Amoureuse de la nature, adepte de la méditation, les critiques bien-pensants la disent « bobo ». Alors que tout simplement, Zaz trace sa route. Sincère et passionnée.

La première biographie d’une artiste authentique.

L’auteur :

Thomas Chaline est auteur-compositeur et musicien. Parallèlement à sa carrière musicale, il a publié des articles dans des revues culturelles, et édité des recueils de poésies et de chansons.

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thomas chaline,zaz,interview,mandorInterview :

Pourquoi un livre sur Zaz ?

A l’heure de The Voice, elle est le parfait exemple qui prouve que la voie traditionnelle pour réussir dans la chanson fonctionne encore. Elle a fait des cabarets, des bals, la rue, de nombreux tremplins, elle a beaucoup tourné dans des endroits en tout genre, il n’y a pas plus formateur que ça. Elle explose à 30 ans. Je trouve que c’est un bel exemple pour les chanteuses en herbe qui ne croient pas que le chemin d’avant est encore possible. Si tu as du talent, à un  moment donné, il se remarque. Il faut juste se donner à fond pour réussir.

Qui est Zaz en une phrase ?

Une femme qui n'a pas froid aux yeux, sait ce qu’elle veut et le fait, qui gère bien ses affaires, qui se donne pour tout ce qui lui tient à cœur, mais qui est une écorchée vive.

Tu l’as rencontré ?

Non, je l’ai eu une fois au téléphone au début du travail. Il y a eu des hauts et des bas entre nous. Au début, elle m’a laissé libre d’écrire ce que je souhaitais, elle m’a signifié qu’elle comprenait que j’étais quelqu’un de clean mais qu'elle n'en ferait pas publicité, plus tard, le discours a un peu changé. 8 mois après, par mail, elle a fini par me dire qu’elle ne m’autorisait pas à écrire le livre. Son « bras droit » m’a expliqué qu’elle se méfiait et qu’elle considérait que je voulais me faire de l’argent sur son dos. Ce double discours m’a un peu chagriné.

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

J’ai écrit un livre sur Louane qui a fait couler beaucoup d'encre. Comme tu le sais, elle n’a pas donné son feu vert, je comprends donc ce que tu as vécu. Je n’ai jamais compris que cette artiste ne souhaite pas me rencontrer pour écouter mes intentions.

Ils sont entourés de gens « d’affaire ». Dès lors qu’un projet les concernant est indépendant de leur volonté, ils ne peuvent pas y adhérer parce que les gens autour savent que ça ne leur rapportera rien. Or, je crois qu'une biographie contribue à maintenir la notoriété de l'artiste d'une façon, à condition qu'elle ne soit pas à charge évidemment. Ils veulent tout gérer et avoir  la main mise sur tout, ça peut se comprendre. Ils ne parviennent pas à intégrer le côté public de leur image. Des artistes comme Johnny Hallyday ou Nicola Sirkis s’en foutent. Ils ont intégré qu’ils étaient célèbres. A chaque nouveau disque, il y a dix livres qui sortent sur eux, ils savent que ça fait partie du truc. D'autant que ma démarche n'est pas d'aller fouiller dans les poubelles mais d'une façon rendre hommage au talent et analyser les clés du succès.

Tu as pourtant proposé à Zaz un droit de regard sur ce que tu as écrit.

Oui. Et je tiens à préciser que très peu de biographes le font avec le sujet de leur livre. Moi, je me suis mis à sa disposition, je lui ai  proposé de retoquer d’éventuelles informations injustes. Elle était d'accord sur le principe. Je ne comprends pas pourquoi, elle s’est braquée soudainement. Avec Zaz, un coup, c’était oui, un coup c’était non. Je l’ai mal vécu.

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

Moi, j’ai eu des portes fermées de proches à cause de Louane (ou de son entourage). Et toi ?

Bien sûr. Beaucoup m’ont dit qu’ils ne parleraient pas sans son autorisation. Certains ont annulé le jour J sans explication. Il y en a qui m’ont parlé mais en me demandant de ne pas citer leur nom. Par exemple, tous les groupes du début par lesquels elle est passée étaient frileux. A l'inverse, d'autres n'ont eu aucun mal à me parler car ils savaient où se situaient leurs limites.

Tu as eu Hugues Aufray, Francis Lalanne, Didier Barvelivien, Pétula Clark, Charles Dumont, Marie-Paule Belle, Charles Aznavour… du beau monde.

J’ai eu Charles Dumont (qui a écrit « Non, je ne regrette rien » et « Mon Dieu » d’Edith Piaf) parce qu’à l’étranger, elle est considérée comme la nouvelle Piaf, Marie-Paule Belle parce que Zaz à repris « La parisienne » sur son album Paris, Petula Clark parce qu’elle avait fait des déclarations sur elle dithyrambiques. Aznavour a fait un duo avec Zaz sur l’album Paris. Bref, il y a toujours un rapport, un lien, entre les gens interviewés et l’artiste.

Faut-il aimer son personnage pour écrire un livre sur lui ?

Un minimum, parce qu’on vit beaucoup de temps avec lui. Écrire une biographie, c'est vivre plusieurs mois avec l'artiste, écouter ses disques, ses interviews, donc il est préférable de l'apprécier un minimum sinon c'est compliqué je pense. C’est une forme d’engagement quand on écrit sur quelqu’un. Il faut apporter quelque chose de nouveau dans l'analyse et l'information quand le sujet fait déjà l’objet de plusieurs bouquins, sinon, ça devient une arnaque maquillée.

A une semaine d’écart, nous avons commencé dans la même maison d’édition les livres sur les artistes. Depuis que j’ai pénétré dans  ce milieu, j’ai constaté qu’il y avait une « mafia » des biographes. Je ne suis pas certain que l’on nous considère d’un bon œil.

J’ai remarqué que devant, ça pouvait faire des courbettes, mais que derrière, ça cassait un peu. Moi, je me suis lancé là-dedans sans penser que c’était un métier. Je pensais que c’était une activité annexe au journalisme ou autres, un vrai truc dilettante. J’ai constaté que certains en vivaient, souvent difficilement. Beaucoup n’acceptent pas que des nouveaux rentrent dans la ronde. Mais faut bien se l'avouer, écrivain ou biographe comme artiste, ce sont des métiers très individualistes. Il faut l'intégrer. On peut nouer des sympathies les uns les autres mais le combat ou la lutte pour courir derrière les contrats d'éditions est le même. Une fois qu'on a compris, c'est sans rancune.

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Pendant l'interview...

Tu écris sur qui en ce moment ?

Sur Alain Souchon.

Il y a déjà des livres sur lui. Qu’apportes-tu de plus que les autres ?

J’apporte la vue d’un jeune homme né dans les années 80 qui est fan de Souchon. J’ai beaucoup enquêté et j’ai eu de nombreux témoignages de personnes ayant travaillé longtemps avec lui. Il y a eu un livre paru sur lui, il y a deux ans, tout n’a pas été dit. C’est peu de le dire, tout juste les « grandes lignes » de sa carrière. 

Que faut-il pour être un bon biographe ?

Il faut être un peu audacieux. Il faut s’atteler à fouiller chaque période de la vie de l‘artiste sur lequel tu travailles. Il faut éclairer chaque moment fort, pousser l’information à son paroxysme.

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Avec  Thomas Chaline, chez moi, le 31 août 2017, chez moi. 

Zaz en quelques clips:

Clip de "Je veux".

Clip de "Le long de la route".

lip de "Éblouie par la nuit".

Clip de "La fée".

Clip de "On ira".

Clip de "Tous les cris, les SOS" (Daniel Balavoine).

28 septembre 2017

Nesles : Interview pour Permafrost

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(Photo : Thomas Salva)

Nesles sort demain le disque français le plus intéressant de ces six derniers mois. Permafrost (nom donné aux sols gelés des régions arctiques, parfois appelé « bombe à retardement ».)

Permafrost, produit par Alain Cluzeau, a bénéficié du soutien de  l’Adami, de la SCPP, d’Arcadi, du Studio des Variétés, de Canal 93, et a fait l’objet d’un d’un crowdfunding avec Microcultures. Sous un folk percussif et surpuissant, ce songwriter porte ici très haut la langue française. Derrière le vernis poétique des mots, on décèle avec bonheur un langage particulièrement incisif, énigmatique et métaphorique, le tout dans un univers souvent étrange et hostile. Nesles possède un savoir-faire en matière d’écriture de chansons que beaucoup seraient en droit d’envier.

J’ai invité Nesles chez moi le 24 juillet dernier pour évoquer cet album qui risque bien de devenir un classique de la chanson française.

florent nesles,nesles,permafrost,interview,mandorCe qu’ils en pensent :

"Attention chef d’œuvre en approche !" 
INDIEPOPROCK 

"Des chansons qui vont irradier le paysage musical français et laisser pantois la concurrence." 
SOUL KITCHEN 

"Hype attendue pour le 29 septembre, le nouvel album de Nesles chavire déjà les cœurs de certains. " 
SUN BURNS OUT 

"Permafrost semble se passer de mots ou de critique tant il est percutant, fascinant aux premières écoutes, mémorable aux dernières." 
BREAK MUSICAL 

"Glacial et saisissant." 
SONGAZINE

Argumentaire de presse :florent nesles,nesles,permafrost,interview,mandor

Rien ne prépare à Permafrost.

Ni les précédents albums de Nesles, libre électron d’une nouvelle scène francophone. Ni les cinquante années de chanson dont il hérite. Ni la culture pop anglo-saxonne dans laquelle baigne au quotidien son auteur. Rien ne prépare à la première écoute, à cette découverte, à la rencontre qui s’annonce.

Permafrost c’est un monde. Un univers étrange, hostile sans doute pour certains, où se mêlent l’énergie brute du rock, les racines du folk, l’inventivité électronique bien assises sur la posture d’un chanteur en français qui s’assume pleinement. Traversé par des passages instrumentaux décomplexés, des éruptions poétiques presque punk, des hallucinations mythologiques et toujours, une liberté créative sans artifice, ce quatrième album a été réalisé par Alain Cluzeau (Bertand Belin, Olivia Ruiz, Thiéfaine...)

A l’écoute, on succombe, on tombe. Ou on reste aux portes du monde. Rien ne prépare à Permafrost.

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(Photo : Thomas Salva)

florent nesles,nesles,permafrost,interview,mandorInterview :

Tu viens d’une famille d’artiste, je crois.

Mon grand-père était chef d’orchestre. Il a notamment dirigé les ballets suédois, les Concerts Lamoureux, l’orchestre de la radio de l’ORTF. Je ne l’ai pas connu. Il avait une très grosse différence d’âge avec ma grand-mère. Il est mort bien avant que je naisse. Cela dit, j’ai vécu toute ma vie avec cette figure tutélaire au-dessus de mes épaules et, à la maison, nous n’écoutions que de la musique classique.

J’imagine donc que tu as dû faire le Conservatoire ?

Oui, mais je me suis fait virer au bout de trois ans. Ça me saoulait d’apprendre la clef de fa. Le directeur m’a convoqué et m’a demandé si je n’avais pas honte, avec le grand-père que j’ai eu.

Tu as ensuite travaillé avec un guitariste dans un Conservatoire libre.

Oui, les cours de ce guitariste ont été une vraie révélation pour moi. Il s’est adapté à ce que je savais faire. Il a compris qu’avec deux accords, je pouvais faire plein de morceaux J’ai bossé avec lui pendant près de 3 ans et, c’est là que j’ai acquis mes vraies bases musicales.

Clip de "Mes forêts" réalisé par Thomas Salva, extrait de l'album PERMAFROST (Microcultures Records - 29 septembre 2017)

Tu as rapidement souhaité monter des groupes.

J’ai commencé à monter un groupe punk, « Ordures ménagères ». Evidemment, ça a été la guerre civile avec mes parents.

Sans faire de psychologie de comptoir, c’était un peu une rébellion par rapport à ta famille, non ?

Bien sûr. Aussi une manière de « tuer » le grand-père.

En parallèle, tu faisais de la BD.

Oui, et j’ai même été primé, mais je trouvais que ce milieu était rempli d’ados attardés. Je me suis vite aperçu que pour séduire les filles, ce n’était pas le métier idéal… alors qu’avec une guitare...

Pourquoi as-tu arrêté très vite le punk ?

Je trouvais que c’était un univers assez limité. Mon vrai déclic, c’est quand mon oncle m’a offert des disques de Beatles et des Stones. J’ai découvert le punk lors d’un voyage  en Angleterre. Le punk français, comme les Béruriers noirs, par contre, ça ne me parlait pas du tout. Je trouvais la musique super pauvre et les paroles inintéressantes au possible. Très vite, j’ai quitté cet univers pour monter des groupes plus « pop indé ».

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(Photo : Matthieu Dufour)

Tu chantais à cette époque-là ?

Non, je n’osais pas encore. Je prenais des chanteuses qui interprétaient mes chansons. Le souci c’est qu’il y avait toujours un musicien du groupe qui tombait amoureuse de la chanteuse. Ca foutait le bordel. Un jour, je me suis collé au chant moi-même.

Parallèlement, tu es rentré à l’Ecole Nationale de la Rue Blanche. 

Oui, j’ai donc arrêté la fac où je faisais des études de littérature anglo-américaine, après la  licence. J’étais certain de ne pas vouloir devenir prof. A ce moment, j’ai aussi complètement arrêté la musique car c’était trop accaparant. J’ai dit au revoir à tous mes groupes, j’ai fait deux ans d’études de théâtre et ensuite, j’ai été lâché dans la rue.

Et là, c’est le chômage direct !

J’avais un agent, mais j’étais au chômage car rien d’intéressant ne venait. Passer des textes de Beckett ou de Shakespeare à dealer de shit dans un sous film policier pour la télé, ce n’était pas ma tasse de thé. J’ai fait ça, j’ai aussi joué Molière sur des tréteaux pour les scolaires, j’ai fait Avignon, le cauchemar absolu… je n’en pouvais plus, j’étais à la limite de péter un câble. Un jour, deux frères musiciens m’appellent pour jouer avec eux. J’ai fini par remonter un groupe assez pop, Aeroclub, pendant près de trois ans.

Pourquoi ce groupe a périclité?

Un jour, on doit enregistrer en studio. Le guitariste ne vient pas parce qu’il a un barbecue avec ses beaux-parents, le bassiste ne s’est pas réveillé et le batteur ne veut pas jouer pour X raisons. Je me demande ce que je fais là. Je perds clairement mon temps. Je décide d’arrêter les groupes et de jouer sous mon nom. Là, on est en 1997.

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(Photo : Catherine Deylac/Lartsenic Blogzine)

Il y a trois ans, je t’ai vu chanter, Place Vendôme, chez un particulier.

(Rires) Nécessité fait loi. C’est dur et intimidant de chanter chez un particulier. Les conditions ne sont pas réunies pour que le son soit à son paroxysme. Tu n’as pas de lumière et tu apparais cash devant les gens. Comme il fallait que je rode mes morceaux et que mon répertoire ne se prête pas à jouer dans les bars, c’était une solution pour jouer coute que coute. Ce soir dont tu me parles, c’était dans un très bel appartement, alors c’était plutôt sympa. En tout cas, c’était une bonne école même si je préfère être sur une vraie scène.

Aujourd’hui, tu te sens mieux accueilli dans le milieu ?

Le souci que j’avais, c’était celui de la légitimité. Je pensais que sans existence médiatique, on ne pouvait pas se sentir légitime. Je suis un peu revenu de cela. Déjà jeune, je ne me trouvais pas à ma place. Je me sentais plus vieux. Il y a un truc qui clochait dans mon rapport aux autres. Je n’étais jamais sur la même longueur d’onde. Je me suis toujours senti atypique, même si, c’est vrai, nous le sommes tous finalement. Je cherchais beaucoup à prouver des choses, j’étais en colère contre tout. Aujourd’hui, j’ai réglé ces problèmes.

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(Photo : Catherine Deylac/Lartsenic Blogzine)

Parlons de Permafrost. Peut-on dire que c’est un album conceptuel lié à la nature ? Il est question de bois, de sous-bois, de feuilles…

Non, je crois plutôt que ce sont des obsessions qui sont en moi et qui finissent par sortir. Un album reflète un état d’esprit et une humeur d’un moment. La thématique dont tu me parles est venue très inconsciemment. Je ne veux jamais être cérébral quand je conçois un disque.

Le travail d’Alain Cluzeau est mémorable dans ton album.

Il a fait un travail remarquable. Je l’ai même trouvé très culotté quand, par exemple, il a mis en ouverture le premier titre, « Montagnes vallées revisitées », qui est long. Ça m’a fait très plaisir qu’il assume cela. C’est lui aussi qui a choisi l’ordre des morceaux. C’est un vrai travail qui prend du temps.

On ne peut pas dire que tu sois dans la chanson réaliste.

Ce n’est pas mon truc du tout. Il y a suffisamment de mots et d’images pour exprimer des histoires qu’il serait dommage que je ne les exploite pas. Je refuse d’être trop brut, trop premier degré.

Tu n’aimes pas trop expliquer les textes de tes chansons, et je te comprends.

Parce que j’aime que le public s’approprie mes textes comme il le sent et le ressent. De plus, je n’ai pas forcément les clefs de tout parce qu’il y aussi forcément une part d’inconscient qui s’exprime.

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Pendant l'interview...

(Photo: Christophe Schouler)

Il y a trois instrus dans ton album… ça devient rare dans la chanson française.

C’était un peu une façon de prendre congés de moi : « Ta gueule maintenant ! » Cela permet de respirer un peu. C’est aussi une façon différente de raconter une histoire. On n’a pas toujours besoin des mots.

Tu m’as dit en off que la musique t’avait sauvé la vie. C’est-à-dire ?

Elle m’a empêché de crever des dizaines de fois.

Le fait d’en faire ou d’en écouter.

Les deux.

Est-ce que tu envisages comme une mission le fait de proposer une œuvre au minimum « honorable » ?

J’essaie juste d’être honnête. Je ne veux pas être dans le dégueulis de sentiments impudiques. Quand j’écris ou compose quelque chose, je veux que tout soit en accord total avec ce que je suis. Je veux que dans quelques années, quand je me retournerai sur ces chansons, je puisse me dire que c’était bien moi à cette époque-là. Des gens comme Bob Dylan ou Nick Cave sont toujours en accord avec eux-mêmes au moment où ils livrent leur message.

Nesles sera en concert aux Trois Baudets, le 17 octobre 2017.

Te considères-tu comme un artisan de la chanson française ?

Non, parce que cela implique que j’ai un savoir-faire. Et je ne sais pas comment on fait une chanson. Bowie disait que quand il commençait une chanson, il ne savait pas du tout ce qu’il allait en faire. Je le rejoins complètement.

Es-tu fier de cet album ?

Oui.

As-tu toujours été fier de l’album qui sort ?

J’étais très fier de Krank et de l’EP, Nu.

Aujourd’hui, ton père pense quoi de ta musique ?

Je suis sur un terrain qui ne le met pas forcément à l’aise, surtout parce que c’était source de conflit entre nous. J’ai appris à accepter ce constat. J’ai arrêté de chercher à tout prix le bon point de la figure paternelle.

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Pendant l''interview (bis)...

(Photo: Christophe Schouler)

Le fait de ne pas faire de la chanson trop réaliste, n’est-ce pas aussi pour éviter de blesser les gens ?

Certainement. Il y a une forme de violence que j’ai envie d’exprimer. Ça m’excite et ça m’amuse de l’exprimer par différentes figures de style. Il y a une phrase très belle d’Annie Ernaux qui dit qu’il y a deux formes de littérature, celle de représentation et celle de recherche. C’est pareil pour moi en musique. Clairement, je ne suis pas dans la musique de représentation. Il y a une envie de protéger mon entourage de la violence que je peux avoir.

Tu l’exprimes tout de même poétiquement. Ça te fait du bien ?

Oui, ça me fait même bander.

Ah ! Carrément !

Carrément ! Une chanson comme « Une île » est très violente. La difficulté a été de faire en sorte de garder une certaine tenue. Alain Cluzeau m’a beaucoup aidé à cela. Vraiment, il a été un vrai compagnon pour moi. Grace à lui, j’ai pu un peu baisser les armes et livrer des choses que je n’aurais peut-être pas livrées de cette façon.

Aujourd’hui, tu es un homme serein, heureux ?

La paternité m’a sauvé, ça a été un électrochoc. J’ai redécouvert l’amour absolu, que je ne connaissais pas. Ça m’a réconcilié avec la vie. Je suis quelqu’un d’angoissé dans le fond, mais l’angoisse est un moteur chez moi. J’ai appris a accepter que cela faisait partie de moi, je fais donc avec. Et faire avec, ça veut dire aussi en faire des chansons. J’ai un rapport érotique à la création. J’ai une très grosse libido par rapport à ça aussi.

Quand tu as employé le mot « bander » tout à l’heure, ce n’était donc pas innocent.

Ce n’était pas innocent du tout.

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Après l''interview, le 24 juillet 2017.

(photo: Christophe Schouler)

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26 septembre 2017

Louis Arlette : mini biographie à l'occasion de la sortie de son EP A notre gloire

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On m'a demandé d'écrire une mini bio pour un artiste que j'aime beaucoup, Louis Arlette (mandorisé là). J'ai accepté uniquement parce qu'il est rare, précieux et fort talentueux. D'autres suivront (pour les mêmes raisons). Pour écrire sur quelqu'un il faut que je l'apprécie professionnellement et humainement. J'aime bien l'exercice de raconter une vie musicale sur deux pages. Voilà ce que cela donne, dans le cas de Louis Arlette qui sort le 13 octobre prochain  un premier EP, À Notre Gloire, extrait de l’album Sourire carnivore (sortie le 19 janvier 2018).

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Louis Arlette / Nouvel Ep / A notre gloire. Enregistré en live au Studio Kremlin. Réalisé par Julien Reymond

Chant : Louis Arlette. Guitare : Isïa Marie. Claviers : Pierre-Emmanuel Chassain. Batterie : Julien Boyé.

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Avec Louis Arlette, le 14 juin 2017 (après l'interview pour élaborer cette mini bio.)

Le 30 septembre 2017,  j'ai passé un long moment avec Louis Arlette (qui était en première partie de Soan au Trabendo) et sa team. 

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Gaël Chosson ( batteur de [no one is innocent]), Louis Arlette et Isïa Marie.

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Gaël Chosson ( batteur de [no one is innocent]), Louis Arlette et Isïa Marie.

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La team au complet.

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La team au complet (bis).

 

25 septembre 2017

Babel : écoute en exclusivité de nouveaux titres en studio et interview

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(© Juliette Rozzonelli)

babel,sébastien rousselet,nino vella,interview,mandorBabel était d’abord un projet solo, celui de Sébastien Rousselet, puis en 2010, l’arrivée de trois musiciens a propulsé le concept dans une autre dimension. La violoncelliste Solène Cosma, de formation classique, elle vient aussi du rock et la musique orientale, le jeune pianiste Nino Vella est un prodige de la composition, et DJ Slade scrache, pratique le beatbox et le beatmaking. Le vrai Babel est là. Des textes, mordants, politiquement engagés et une énergie sacrément communicative, le tout d'une redoutable efficacité. Ensemble, ils ont publié deux EP, et un troisième récemment.

En juin 2016, Babel a signé chez Elektra, un label du géant Warner. Un album est en cours de fabrication pour une sortie prévue début 2018. Parce que je défends le projet depuis longtemps (voir là en 2013 et là en 2015) et qu’ils savent que je porte un fort intérêt à leur travail, Sébastien et Nino m’ont proposé de les rejoindre au studio Motif Music le 22 juillet 2017 pour écouter quelques nouveaux morceaux… mais bien sûr, j’ai dégainé mon micro à l'issue de l'écoute.

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(à gauche, Nino Vella et à droite, Sébastien Rousselet en studio).

babel,sébastien rousselet,nino vella,interview,mandorInterview :

Que faites-vous actuellement dans ce studio d’enregistrement?

Sébastien : Nous peaufinons de nouveaux morceaux, sans savoir exactement si nous allons les sortir petit à petit avec des EPs ou si nous allons sortir un album. Nous et notre label nous interrogeons encore sur ces questions.

Nino : Il y a encore des morceaux qui sont à l’étape de maquettes et qui ont un potentiel qui n’a pas encore été exploité, du coup, nous essayons d’en retirer la substantifique moelle, la quintessence.

Jusqu’à présent, vous étiez dans l’autoproduction totale.

Nous sommes désormais accompagnés du label Elektra France (Warner) pour le disque et Décibels Productions pour le tour.

Comment se passe les relations avec le label ?

Nino : Très bien. Comme c’était notre première signature, au début ça a changé beaucoup de choses. On ne savait pas trop comment travailler avec les gens du label. Aujourd’hui, on commence à bien se réguler, car on a appris à se connaître. Nous sommes franchement plus détendus. Nous n’étions pas habitués à ce que des gens mettent le nez dans notre travail. Et maintenant, ça va mieux.

Sébastien : Pour les personnes du label, Babel n’est pas une typologie de projet qui est habituelle, mais ils ont eu envie de ça. Ils sentaient que l’on pouvait amener autre chose dans le paysage musical français. A partir du moment où il y a un partenariat, il y a aussi des débats qui s’instaurent, des petits coups de pression par rapport aux deadlines que l’on te met, mais rien de méchant. Dans une collaboration, ce n’est jamais tout rose ou tout noir, c’est toujours un mélange des deux.

Session live améliorée de "Bless (e) You". Vidéo captée par Joris Favraud - FilmMaker.

Selon vous, qu’est-ce qui a motivé le label à vous signer?

Nino : Ils aimaient bien l’engagement, la rage qu’il y a dans les textes et dans l’énergie. Ils nous ont signés autour du morceau « Bless (e) You ».

Sébastien : Ils ont vu aussi des vidéos de nous en live et ça leur a beaucoup plu. Ils cherchaient quelque chose d’authentique, de rock, de rugueux… avec une histoire.

Le fait que vous ayez déjà un public était aussi un point positif, j’imagine.

Nino : Le fait que le projet existe avec une identité forte était un plus, c’est sûr. Il n’y a pas à fabriquer une image et créer le fond. 7 années de concerts, c'est pas mal. Tout est donc déjà là, même si on doit affiner des choses.

Ça change quoi d’avoir un label ?

Nino : On a plus de moyens pour faire nos chansons. L’argent est le nerf de la guerre, il ne faut pas se le cacher. Avant, nous mettions beaucoup d’énergie pour trouver les fonds. Nous étions endettés en permanence et ça parasitait pas mal de trucs. Aujourd’hui, on se contente de faire de la musique et des concerts. Ça change tout et c'est un luxe!

Session live améliorée de "Climb the Tower". Vidéo captée dans les anciennes mines de fer de Nyoiseau par Joris Favraud - FilmMaker.

Vous m’avez fait écouter 4 nouvelles chansons, qui d’ailleurs peuvent devenir 4 tubes potentiels tant elles sont efficaces. Mais vous en avez combien en tout ?

Nino : Près de 25. Comme on n’a pas fait d’album depuis longtemps, on a un répertoire qui s’étale sur plusieurs années. Il y a des chansons qui sont restées et d’autres qui étaient la photographie d’une époque et dont nous nous sommes lassés. Nous t’avons fait écouter 4 morceaux aboutis et qui nous représentent bien aujourd’hui.

Elles sont d’une efficacité dingue ! Vous savez faire ça, c’est pour ça que je vous apprécie depuis longtemps.

Sébastien : Si tu écoutes des tubes super efficaces, à un moment, par mimétisme, tu reproduis ces influences. Nous intégrons des structures, des transitions, peut-être même des façons de placer des phrases, ce genre de choses.

Nino : Tout ça, c’est dans un second temps. Les gimmicks et les mélodies, ça vient en composant la chanson, ce n’est pas réfléchi.

Sébastien : C’est inné et c’est lié à nos influences... un mélange des deux. On est en permanence en train d’écouter ce qu’il se fait, de chercher de nouveaux sons. Nous découvrons tous les jours des nouvelles choses.

Nino : Nous n’avons pas peur d’être influencés par quelqu’un et de copier sur lui, c’est plutôt le fait d’être influencés par trop de choses et de partir dans trop de directions différentes  que l’on craint. Il y a des moments où il faut se recadrer un peu.

Session live améliorée de Solo". Vidéo captée par Joris Favraud - FilmMaker.

C’est vous deux, dans le quatuor, qui travaillez les morceaux.

Nino : Je fais la majorité des compositions, des mélodies.

Sébastien : J’écris les textes et je chante.

Nino : Récemment, contrairement à d’habitude, on est beaucoup parti des textes pour concevoir les mélodies.

Sébastien : C’est un peu la méthode Vian. Comme lui,  j’ai besoin d’une mélodie pour écrire un texte. Je me fabrique donc une mélodie, puis j’écris le texte et après, on part du texte et Nino compose une autre musique. Parfois, on peut garder des idées que j’ai amenées, mais souvent, on part sur complètement autre chose. On peut aussi partir d’une grille d’une pré-prod amenée par Nico, le DJ ou par Solène, la violoncelliste. Après, c’est remanié, réarrangé et parfois recomposé un peu par Nino, mais la plupart du temps, c’est lui qui est compositeur principal et réalisateur de la globalité.

Je suis dingue de votre son ! C’est quoi votre patte ?

Sébastien : L’énergie, le grain de voix, la façon de produire. Les 4 titres que tu viens d’entendre sont très différents, mais quelque part, il y  a du lien entre eux.

Nino : Le côté comptines dans les mélodies, les gimmicks et le côté énervé.

Session live améliorée de "Tu mens". Vidéo captée par Joris Favraud - FilmMaker.

J’ai l’impression que tu as modifié ton flow Sébastien.

Sébastien : J’essaie d’évoluer. Je n’écoute plus la même chose que ce que j’écoutais il y a 6 ans, forcément, là encore, ça m’influence. J’ai envie de me diriger vers d’autres directions. Du coup, Nino propose des flows, des mélodies que je ne proposerais pas naturellement… cela m’amène à changer.

Avez-vous déjà testé certaines nouvelles chansons en live ?

Nino : Oui, on aime renouveler notre répertoire sur scène. Dès que l’on sent qu’une chanson est aboutie, nous la proposons au public.

Sébastien : Je m’approprie plus facilement un morceau qui a déjà vécu en live. Pour un disque, tu sais mieux l’interpréter que s’il est tout neuf. Parfois, il me faut 6 mois pour bien m’approprier une chanson. Je sais que Loïc Lantoine fonctionne comme ça. Il lui arrive d’enregistrer un titre deux ans après l’avoir tourné sur scène.

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(© Judicaël Olivier)

Vous êtes comment en ce moment ?

Nino : On passe par plein d’émotions.

Sébastien : Quand on enregistre, on est toujours dans le doute. Tant que le public n’a pas validé les chansons, on ne sait pas si ça marche ou pas.

Nino : L’enregistrement est une remise en question perpétuelle, quand on part en tournée, c’est une libération, on ne réfléchit plus. A part le moment de spontanéité quand le morceau arrive, quand il est là, on est plus que dans la réflexion.

On vient d’écouter ensemble quelques chansons, vous ne semblez pas gêné…

Sébastien : Non, je te regardais pour essayer de savoir ce que tu pouvais ressentir en écoutant.

Nino : Nous sommes impatients de dévoiler au public les nouvelles chansons. Tu es notre premier public au fond (rires). Le fait que je n’ai pas été gêné de te les faire écouter, que je n’ai pas ressenti le besoin de me justifier à tout bout de champ, ça veut dire que je suis content de notre travail.

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(© Joris Favraux - FilmMaker)

Tous les deux, vous travaillez avec pas mal d’artistes. Ça vous apporte quoi artistiquement ?

Nino : On apprend beaucoup quand on collabore avec plein de gens. Ça permet de prendre du recul sur son propre projet.

Sébastien : Ce détachement nous permet aussi de relativiser notre travail. Comme nous sommes exigeants avec nous-mêmes et seuls décideurs, ça fait du bien d’être au service des autres.

Vous vous engueulez parfois ?

Sébastien : Non, jamais. Je m’engueule moi.

Nino : Après 7 ans de collaboration, personne n’a jamais haussé le ton. On discute, on essaie de trouver un terrain d’entente et nous y parvenons.

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Première partie des Vieilles Canailles (© Joris Favraux - FilmMaker) 

Vous avez fait récemment la première partie de Johnny Hallyday et ses « vieilles canailles » devant 20 000 personnes au stade Pierre-Mauroy de Lille, ce n’est pas rien.

Nino : C’est un concert que l’on a appréhendé beaucoup plus que les autres.

Sébastien : On a joué une demi-heure, ce qui est rare pour une première partie. Nous étions tous les 4 avec notre équipe, donc avec notre son habituel. Il manquait juste  nos lumières. L’équipe technique d’accueil  était génial. Bref, belle expérience !

Et le public qui n’est pas venu pour vous ?

Nino : C’est ce qui nous stressait le plus. On savait que le public venait pour voir trois légendes, il ne fallait pas les faire chier. En fait, il a super bien réagi. Le soir même, on a eu beaucoup plus d’abonnés sur nos réseaux sociaux avec plein de messages hyper positifs.

Sébastien : Oui, le public a été très chaleureux. Il était assez « ancien », c’est normal, alors il a fallu deux titres pour que les gens rentrent dans ce qu’on leur a proposé.

Bon, en tout cas, après ce que j'ai entendu, je suis pressé d'entendre l'album en intégralité.

Sébastien : Et nous donc! (rires)

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En pleine écoute des nouveaux titres de Babel, avec Nino Vella et Sébastien Rousselet, le 22 juillet 2017.

18 septembre 2017

Lisa Portelli : interview pour l'album La nébuleuse

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(Photo : Yann Orhan)

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor6 ans après son premier album, Lisa Portelli fait son retour avec un nouvel album, La Nébuleuse, entre rock et pop, formidable voyage aérien co-écrit avec Andoni Iturrioz (Je rigole, mandorisé en  2010 , en 2012 ici et en 2014 ). "On est séduit par cette tenue rock, intense, rythmée, ces textes ciselés aux mots évocateurs et cette voix claire, limpide."

Je suis la carrière de Lisa depuis 2007, je l’avais interviewé en 2009 dans une radio pour son premier album (autoproduit, il me semble) (), puis une seconde fois pour la sortie de Le régal en 2011 (ici). La même année, je l’avais interviewé  à la FNAC Val d’Europe à l’occasion des Muzik’Elles de Meaux () et revu aux Prix Constantin (ici). Bref, Mandor l’apprécie beaucoup. J'ai l'impression.

Cette fois-ci, Lisa Portelli m’a donné rendez-vous sur une terrasse d’un bar de Pigalle, le 5 juillet dernier. Détendue et souriante, visiblement bien dans sa peau et prête à défendre son nouveau disque étincelant.

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(Photo : Yann Orhan)

Biographie officielle (par Sonia Bester) :lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor

Jeune femme affranchie, Lisa Portelli sort un nouvel album « La Nébuleuse » aux sons rock envoûtants où s’élève sa voix aérienne et cristalline.

Remontons dans le temps… Lisa a passé son enfance en Seine-et-Marne dans une ambiance plutôt bohême avec des parents ouverts sur le monde artistique (le père est scénographe lumière et la mère infirmière). Attirée comme un aimant par la guitare dès l’âge de dix ans, elle obtiendra le premier prix de conservatoire. Mais son second instrument c’est sa voix. A seize ans, étudiante en pension à Reims, elle écume les bars pour chanter.
Très vite, les choses s’enchaînent avec un passage aux Découvertes du Printemps de Bourges, le prix Paris Jeune Talent, puis un premier opus « Le Régal » salué par la critique et les professionnels suivi d’une longue tournée (plus de cent cinquante dates). 
Quand les choses s’emballent, il est parfois salutaire d’appuyer sur pause. 
Lisa Portelli avoue avoir eu le sentiment de s’être un peu perdue et de ressentir le besoin de se retrouver. 
Sans doute parce qu’elle est habitée par une certaine spiritualité, elle part en retraite dans un couvent et fait vœu de silence pendant un temps pour se ressourcer. Ce qui démontre une indéniable force de caractère. 

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorArgumentaire de presse (par Sonia Bester) :
Aujourd’hui Lisa Portelli revient en douceur et en force avec un nouvel album qu’elle a pensé du début à la fin. Son titre « La Nébuleuse », n’allez pas imaginer que c’est elle...
Co-écrit avec Andoni Iturrioz, elle s’y dévoile par touches et avec pudeur. 
Dans « Naviguer », ou la « Rocaille » elle parcourt le monde intérieur de chacun « ce vaste refuge que l’on porte en soi » pour peu que la sagesse de l’âme nous apprenne à l’atteindre. L’amour et tous ses états se traversent dans les titres « Longtemps », « Je suis la Terre » qui évoquent le désir et l’amour libre où dans le très beau et mystérieux morceau « Appartenir au large ». À l’écoute, on est séduit par cette tenue rock, intense, rythmée, ces textes ciselés aux mots évocateurs et cette voix claire, limpide. 
Deux excellents musiciens, Alexis Campet (basse), Norbert Labrousse (batterie), accompagnent divinement la demoiselle, dans une tension qui ne lâche pas du début à la fin. Ils seront rejoints sur scène par le guitariste Clément Simounet (Nilem)
Du très bon rock et de la très belle chanson telle est l’équation de cette « Nébuleuse ». 
Aujourd’hui Lisa Portelli peut tout affronter dans la vie, et en premier son talent qui lui promet un avenir radieux.

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(Photo : Yann Orhan)

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorInterview :

C’est quoi cette histoire de retraite dans un convent accompagnée d’un vœu de silence ? Tu comprends bien qu’à la lecture de ton argumentaire de presse, on s’interroge…

Vers la fin de la tournée en 2012, je n’étais vraiment pas bien dans mes baskets. 6 mois auparavant, j’avais prévu cette expérience et c’est arrivé au moment où j’en avais le plus besoin. J’ai ressenti le besoin de faire silence sans trop savoir où j’allais et comment j’allais le vivre. J’ai même presque eu peur avant de me rendre dans ce couvent. Mais l’envie intérieure était si forte que j’y suis allée.

Tu es resté dans ce monastère combien de jours ?

100. L’idée n’était pas de se taire complètement, mais de ne pas bavarder inutilement. Tout ce qui n’était pas important n’avait pas à être dit. Au début, c’est très dur. Il m’arrivait de chantonner pendant que je faisais mes activités, comme le jardinage. Je me suis rendu compte qu’on a en permanence besoin de remplir le silence. J’ai fait un vrai ménage dans ma tête et ça m’a fait énormément de bien. Je me suis libérée de plein de choses en me taisant et en méditant.

C’était 100 jours où tu es restée vraiment cloitrée ?

Oui ? Mais je n’avais même plus envie de sortir. Je voulais vivre l’expérience à fond. J’ai remarqué que quand on s’éloigne du monde, paradoxalement, on en devient plus proche.

Clip de "Appartenir au large".

Tu as vécu comment le retour à la vie « normale » ?lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor

C’est étonnant. On se rend compte que dans le monde dans lequel on vit, on se protège énormément, on met plein de barrières.

Encore aujourd’hui, tu ressens les effets de ce cloisonnement et de ce silence ?

Oui, ça a changé complètement ma vie et la conception de ma vie en profondeur. L’idée s’est aussi d’entretenir ce que j’ai fait là-bas. J’ai mis en place des choses pour continuer à méditer et à ne pas parler inutilement. Je fais en sorte que le silence soit présent assez souvent. Mais ce n’est pas facile, c’est un combat au quotidien.

Parlons musique, cet album est plus rock que le précédent.

A la fin de la tournée du Régal, je voulais faire un album avec le groupe qui jouait avec moi sur scène. Je voulais quelque chose d’organique, ensuite, je ne sais pas pourquoi, je suis parti dans autre direction. Un truc electro, hyper produit. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que ça n’allait pas du tout. C’était trop lisse, trop propre, j’ai donc pris la décision de tout jeter et de tout recommencer à zéro, alors que j’avais déjà dépensé un fric fou. Après un concert au Chabada, j’ai compris qu’il fallait que je revienne au rock.

Tu as l’esprit rock ?

Je pense. Ensuite, je fais avec la voix que j’ai, une voix claire. Je veux « salir » la musique dans la guitare et le son pour obtenir un contraste.

Nocturne Session enregistré au Studio des Variétés. Image : Guillaume Genetet. Mixage son : Alexis Campet.

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorAs-tu déjà des retours sur ton disque ?

Oui, ils sont plutôt positifs. Les gens qui ont écouté me disent tous que mon projet a muri.

Ton album évoque les tourments intérieurs et les tourments d’amour.

Il y a aussi pas mal de chansons qui parlent de spiritualité. Plutôt de recherches et de voyages intérieurs. C’est un peu la même chose.

Tu parles aussi sexualité au sein du couple dans « Longtemps ».

Ça parle d’une histoire d’amour qui dure depuis longtemps. J’interroge sur comment retrouver un désir. Quand tu es au quotidien avec quelqu’un, au bout d’un moment, on a tous le même problème, on se connait trop. Je dis « oublie-moi », mais « reste avec moi quand même ».

On reste avec le couple dans « Je suis la terre ».

C’est mon compagnon, Andoni Iturrioz, qui a écrit ce texte, mais c’est moi qui lui ai demandé d’explorer ce thème. Il s’est donc mis à la place d’une femme. On peut penser que la personne dont il est question dans cette chanson trompe son conjoint, mais ce n’est pas forcément cela. Il a voulu dire qu’il faut accepter que l’être que l’on aime ait d’autres vies. J’ai l’impression que le secret d’un couple, c’est d’accepter la liberté de l’autre.

Clip de "Cherche la joie". 

Dans « Cherche la joie » tu chantes : « il ne faut pas se conforter dans ses amertumes ».  

J’ai tendance à me conforter dans mes amertumes. Je me parle à moi-même. C’est comme si je parlais à la gamine que je vois parfois chez moi, qui est toujours en train de se plaindre. Dans le clip, je suis peintre et l’idée est de démontrer que par la création, la cogitation, le beau arrive.

Tu as voulu faire un album plus grand public ?

Non, je ne pense jamais à ce genre de considération. Si on pense au public quand on crée, on se disperse. Si on pense au public, on pense à ce qui marche. Si on pense à ce qui marche, on devient désespéré (rires).

Nocturne Session, enregistré au Studio des Variétés. Image : Guillaume Genetet. Mixage son : Alexis Campet.

Tu t’ennuies quand tu n’écris pas ?

Oui, et surtout j’angoisse. Je ne supporte pas quand il ne se passe rien. La créativité me fait beaucoup de bien, mais je ne m’en rends pas toujours compte.

Pourquoi aimes-tu être sur scène ?

Si on veut aller à un endroit, il faut cultiver l’opposé. Vouloir être sur scène, c’est vouloir se montrer profondément. Si on est juste sur l’extérieur, on ne se supporte plus. On ne voit que l’image que l’on voudrait projeter et c’est insupportable.

Tu me sembles plus détendue qu’avant.

C’est une certitude. Quand j’étais dans le monastère, quelqu’un m’a dit : « quand tu es arrivée, on avait l’impression que tu avais une armure. » A la fin, je souriais souvent. Avant, j’avais peur de regarder les gens, je baissais souvent les yeux, aujourd’hui, je leur souris. J’ai l’impression d’avoir vécu dans la peur pendant très longtemps... ça va désormais beaucoup mieux.

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Après l'interview, le 5 juillet 2017.

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17 septembre 2017

Rosie Marie : interview pour l'album Minuit

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rosie marie,minuit,interview,mandorCe que j’aime chez Rosie Marie, c’est sa dualité. Je l’ai découverte seule au piano,  instrument de musique qu’elle maîtrise parfaitement, avec des chansons originales, mais que je considérais « classiques » et elle nous sort de sa besace un album pop rock electro de très belle facture, avec des textes malicieux et percutants. Pas de doute, la jeune femme a le sens des notes et des mots. Elle a tout chanté dans sa vie : variété, jazz, rock, funk, soulses capacités vocales sont étendues. J’apprécie les artistes qui n’hésitent pas à se renouveler en prenant des chemins de traverse. Après un premier Ep : Appelle Moi Joe (sorti seulement en digital en janvier 2015), voici donc son premier album, Minuit. Avec ce disque, Rosie Marie assume, voire revendique, sans conteste l’idée d’une musique populaire francophone. C’est rare. Et appréciable.

Le 1er aout dernier, je lui ai demandé de me rejoindre sur une terrasse de Trocadero, histoire d’en découvrir plus sur elle. (Et pour être le plus honnête possible, je l’avais mandorisé à l’agence le 7 février 2017, mais l’interview se trouvait dans un IPhone que l’on m’a volé. C’était donc un bis repetita).

Biographie officielle :rosie marie,minuit,interview,mandor

Rosie Marie, c’est l’histoire même de la dualité, du monde qui s’écroule à celui qui s’arrache avec puissance, entre pétillance festive et clairvoyance acide.
Son premier album “Minuit” est lâché, réalisé par Meivelyan Jacquot (Sébastien Tellier, Brisa Roché...).
Rosie Marie matérialise ses obsessions, l'inexorable course contre le temps, l'usure de l'amour, les préjugés, la sincérité nue, au creux d’une électro pop qui rappelle autant celle d’Annie Lennox, Elton John ou Kate Bush que l’esprit de Nach, Véronique Sanson, Sophie Maurin...
Tout juste sorti en plein jour, c’est une épopée chorale acoustico-électrisante qui se cogne à la nature humaine.
Pianiste et chanteuse de formation, Rosie Marie s’est construite entre le Conservatoire de Paris et la Bill Evans Académie. Elle a très tôt composé et écrit des chansons qui seraient à l’image de son regard sur le monde. Baignée autant dans les courants du jazz que de la chanson en passant par le rock, la disco et le funk, c’est depuis la scène que Rosie Marie fait ses armes ( Le Sentier des Halles, Le China, La Scène du Canal, La Péniche Antipode...). Elle reçoit les Prix Sacem, du Public et deuxième Prix du Jury à la Truffe D’Argent, termine demi-finaliste au Pic D’or en 2015, est sélectionnée pour les Labos Chansons D’Astaffort et rejoint le Collectif “les Beaux Esprits” en 2014.
Sur scène, Rosie y impulse une fougue poivrée que Marie agrémente de dentelle et d’envolées lyriques.
Et si Rosie Marie nous faisait oublier demain pour partir au bout du monde ?

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rosie marie,minuit,interview,mandorInterview :

Quand tu étais enfant, ton papa écoutait du rock et du jazz, ta maman, elle, était plus variété. Ce n’est pas anodin. Si on rajoute un peu de pop, ce que tu fais est un mélange de tout cela, non ?

Tout à fait. Ma mère adore Serge Lama, Jacques Brel, Barbara. A la maison, elle a toujours mis ce genre de musique à la maison, mais aussi de la musique irlandaise, les Carpenters et Jimmy Sommerville. Mon père lui, adore Soft Machine, les Pink Floyd, Bryan Ferry, Genesis, mais aussi Olivier Messiaen. Mes oreilles ont donc été éduquées avec tout ce mélange. A l’adolescence, je passais beaucoup de temps à la médiathèque et j’adorais prendre un peu de tout sans nuance. J’écoutais du punk, du rock, du rap américain, les grands comme Michael Jackson, Prince… et même Mylène Farmer.

Au début, et c’est paradoxal, tu voulais devenir comédienne.

Quand j’étais jeune, j’ai commencé à jouer du piano. Ma prof m’a donné le numéro de téléphone d’un homme qui accompagne les chanteurs et chanteuses. Il tenait un bar dans lequel il y avait un piano. J’ai donc fait un peu de piano bar. Quand tu es ado, tu vas aussi beaucoup au cinéma, ça m’a donné envie de devenir comédienne. J’ai pris des cours de théâtre, tout en continuant à prendre des cours de chant et de piano. Je me suis vite rendu compte que je n’étais pas très bonne comédienne, j’ai donc décidé de me consacrer uniquement à la musique. Il faut essayer plein de choses pour savoir ce que l’on aime et où l’on souhaite aller.

Clip de "Le bout du monde". Réalisation : Cécilia Conan.

La chanson t’apporte quoi ?rosie marie,minuit,interview,mandor

J’aime tous les gens, j’aime aussi plein de métiers. La chanson me permet de me mettre dans la peau des autres. Cela incite à farfouiller partout pour t’inspirer et te remplir, ensuite tu le ressors pour donner des chansons aux univers bien précis.

Tu as fait plein de tremplins. Tu aimes ça ?

Je trouve que c’est très intéressant, parce que tu as en face de toi des gens qui ont un autre regard sur ton travail. Que tu sois pris ou pas, ce n’est pas grave, ce qui est important, c’est de se présenter devant des gens que tu ne connais pas, des professionnels et de tout donner sur deux morceaux. Ça passe ou ça casse, mais après, tu peux discuter avec les jurés. Mine de rien, j’ai rencontré beaucoup de personnes en faisant des tremplins. Au Pic d’Or, par exemple, j’ai rencontré pas mal de pros et des artistes  que je vois toujours depuis. A chaque concours, je rencontre quelqu’un avec qui j’avance et je travaille. Au Pic d’Or, c’est toi, Claude Fèvre (Chanter, c’est lancer des balles), Mick de Toulouse (Hexagone), à La Truffe de Périgueux, c’est Olivier Bas. C’est génial, après on garde des liens solides.

Teaser de ROSIE MARIE en concert à "l'Auguste Théâtre" pour la sortie de "MINUIT" .  
Vidéo : Pauline Pénicaud.

rosie marie,minuit,interview,mandorTu sais que pour moi, avant cet album, je te rangeais dans la case « chanson traditionnelle ». Ce n’est plus le cas. Ton album est moderne et on sent que tu veux casser un peu les codes de la chanson.

En fait, cet album reflète ce que j’aime. J’y ai mis toutes les influences que j’ai, que j’aime et qui me font vibrer. Après être allée dans pas mal de directions, il fallait que j’apporte enfin la carte d’identité de la vraie Rosie Marie. Ma musique est de la pop chanson française.

Variété, c’est un mot péjoratif ?

Il l’est devenu. Mais, moi, ça ne me dérange pas que l’on dise cela de ma musique. Je suis aussi influencée par Michel Berger et Véronique Sanson. Ce que j’aime avec ces artistes, c’est qu’ils n’avaient pas peur du changement. Gainsbourg, par exemple, il  n’en avait rien à faire de changer de registre. Il faisait ce qu’il aimait. Point. Moi, sans me comparer à lui, j’ai décidé de faire pareil.

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Lors de la première interview, à l'agence, le 7 février 2017.

Tu trouves que la chanson française actuelle est cloisonnée ?rosie marie,minuit,interview,mandor

Oui, parce que quand tu fais un album, les gens te cataloguent immédiatement et considèrent que tu dois rester dans ce que tu as fait une première fois. Je suis désolée, mais si j’ai envie de collaborer avec un rappeur ou une chanteuse lyrique, je le ferai. Je n’ai aucun frein à quoi que ce soit.

C’est bien que tu te lances dans des musiques modernes. Je trouve qu’il y a beaucoup de guitare-voix ou de piano-voix en ce moment.

Les gens sont friands de musique acoustique. J’ai l’impression qu’ils reviennent à ça parce qu’ils en ont marre de l’électronique. Le souci en guitare-voix et piano-voix, c’est qu’on a tendance à faire du Brassens ou du Barbara. Ils ont vécu, il faut que nous, nous avancions. Je veux avancer, découvrir des nouveaux artistes inspirants. Marvin Juno, Juliette Armanet, Katel, Robi, Alice Animal, Camille Feist, par exemple, sont des artistes qui m’intéressent beaucoup. J’ai envie de tendre vers cette mouvance.

Clip de "Minuit". Réalisation: Pauline Pénicaud. Danseur : Guillaume Peach. Chorégraphie : Emy.

rosie marie,minuit,interview,mandorTu fais pas mal de clips. Tu peux aussi jouer la comédie, du coup.

Le clip est ce qui me caractérise le plus. Il y a la comédie, l’image et la musique.

Ce métier est dur ?

Pui, mais je le vis bien. Je fais ma musique et je joue pour d’autres, comme Sîan Pottok, par exemple, pour Sophie Le Cam aussi et pour plein de potes qui en ont besoin. Comme je fais les ateliers de Claude Lemesle, je compose. Et je propose mes compositions à ceux qui pourraient être intéressés.

Si je peux me permette, je te verrai bien encore plus provoc dans tes textes.

Tu as touché dans le mille. Les prochaines chansons, il va falloir s’accrocher. Elles devraient bousculer les gens, parfois en ajoutant du sourire. Je veux montrer mon côté rebelle, avec gentillesse et honnêteté  et évoquer des thèmes qui me touchent vraiment. J’ai donné l’image d’une jeune femme classique, il faut que j’assume mon côté un peu fou.

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Après l'interview le 1er août 2017.

13 septembre 2017

Louis Ville : interview pour Le bal des fous

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S’il y a bien un trésor caché dans la chanson française, c’est bien Louis Ville. Un artiste impressionnant, dont les mots et la voix sont d’une puissance rare. L’homme continue à creuser le sillon de cette chanson terriblement réaliste. 

Ses  textes denses et bouleversants racontent l’amour comme le désespoir, la rage et la douceur de vivre aussi. Louis Ville et ses prédicateurs alternent des titres furieux ou délicats, toujours marqués par une écriture emplie d’images. Sa musique, aussi affûtée que ses mots, navigue entre blues, musiques du monde, réminiscences rock et vapeurs jazz.

En 2012, j’avais reçu à l’agence Louis Ville pour la sortie de la nouvelle édition de "Cinémas", "Deluxe Édition" avec en bonus des duos avec Mell, Marcel Kanche et François Pierron (Balandras Editions) (lire ici). Cette fois-ci, pour parler de son nouveau disque, Le bal des fous, rendez-vous dans un bar de Pigalle, le 3 juillet dernier. Et c’était bon !

louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandorMini bio officielle :

C’est en 2000 que Louis Ville entame une carrière solo, après des aventures au sein de plusieurs groupes. Homme de scène, il a jalonné les routes hexagonales et européennes de plusieurs centaines de concerts. Au fil des années, son charisme exceptionnel a fait chavirer d’émotion un public toujours plus dense qu’il transporte avec humour aux confins de son univers sensible. Son écriture est d’une noirceur incandescente, d’une poésie charnelle. Et sa voix, rauque’n roll et sensuelle, porte à ses texte une intensité poignante. Sa musique a toutes les couleurs du monde : des confins de l’Orient aux Balkans, de la chanson populaire française au blues cajun, il peint des paysages d’une beauté mélancolique dans lesquels il promène un monde fantasmagorique, peuplé de tout, de rien… et surtout d’amour. Chanteur dans la lignée des écorchés vifs comme Mano Solo, Arthur H, Arno, Louis Ville a déjà publié cinq albums très reconnus par les médias (Inter, Télérama, RFI, FIP). Le dernier en date, Le bal des fous, a été enregistré en trio avec ses deux prédicateurs, Pierre Le Bourgeois (violoncelle) et François Pierron (contrebasse).

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louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandorInterview :

Entre deux albums, tu as besoin de te ressourcer ?

J’ai besoin que  ça se bouscule dans mon cerveau, que des idées jaillissent comme ça, naturellement, même si je ne les prends pas toutes. Le bal des fous s’est fait rapidement. Mes « prédicateurs » Pierre Le Bourgeois et François Pierron m’ont apporté beaucoup d’idées. J’ai agi de la manière la plus opportuniste qui soit, c’est-à-dire que je suis arrivé avec des textes, des mélodies et des bouts d’accords et nous avons créé tous ensemble. On s’est réunis une semaine et à la fin de la semaine, l’album était quasi fini. Je n’avais jamais travaillé de cette manière et si vite.

En tout cas, tu ne fais jamais le même album.

J’aime bien explorer des contrées que je n’ai jamais empruntées, mais je ne fais pas tout pour coller à l’air du temps. Je ne cherche pas le son du moment, ça ne m’intéresse pas. Dans le prochain album, il y aura des chansons très ethniques, parfois très Motown … je m’amuse. J’ai un besoin intense de me renouveler. Le jour où j’aurai l’impression de répéter ce que j’ai déjà dit, j’arrêterai.

As-tu déjà fait des tentatives de chansons rythmées avec ta voix ?

Au tout début de ma carrière, il y a eu pas mal de chansons rock. Après, je me suis calmé. J’ai ressenti le besoin d’être plus introspectif et un peu plus lent dans la narration.

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Pendant l'enregistrement, Louis Ville, Pierre Le Bourgeois et François Pierron.

Quand tu fais un disque, tu es dans quel état d’esprit ?

Je ne prête pas du tout attention à ça. Pour moi, c’est toujours compliqué tant au niveau de l’écriture que de l’arrangement, du mixage et de la post prod. Quand on crée, on a toujours un environnement, que ce soit familial ou autre, et il n’est jamais le même. Le bien être que l’on vit dans l’intimité se répercute sur ce que l’on écrit et compose. Cela dit, je ne vais pas me départir du côté sombre de mon écriture. Je suis d’un naturel joyeux dans la vie, mais je ne peux m’empêcher de coucher mes tourments sur papier. C’est une façon d’exprimer mes fantasmes, mes angoisses et mes révoltes.

Dans « Bla bla bla » tu ironises beaucoup sur les hommes politiques.

Je voulais faire un trait d’humour sur les prédicateurs, que ce soit les hommes de religion ou les politiciens. Ce sont des vendeurs de rêve. J’aime ne pas être frontal dans mes discours, dans mes révoltes, j’ai l’impression que ça fait collégien, alors j’adopte un ton très détaché. Je ne m’inscris pas dans le discours d’une génération.

Composition visuelle, montage : Yannick Delhaye. Images additionnelles : Yannick Delhaye, Fred Diehl.

« Dehors » n’est pas ta chanson la plus joyeuse.louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandor

La misère du monde est intemporelle. J’ai un gros souci avec le monde qui m’entoure, je vois trop l’Histoire se répéter. Je ne peux pas demander aux gens d’ouvrir des bouquins d’Histoire pour qu’ils remarquent que nous sommes en train de rentrer dans les mêmes tourments que les années 30. Il est dangereux de ne pas avoir d’idées neuves.

Tu n’as pas une vision de l’avenir de notre monde extrêmement positive…

J’aimerais beaucoup, je t’assure. On voudrait que les nouvelles générations inventent leur futur. Mais je trouve qu’il y a une sorte d’inertie, de lenteur, d’inaction, de manque de courage, de vision et d’utopie. Tous ces hommes politiques sociales-démocrates, socialistes, communistes, qui avaient de belles idées, on a bien vu ce que cela à donné. Rien. Personne n’a réussi à créer le modèle de société qu’il a décrit dans ses discours.

Est-ce qu’au fond de toi, il y a un gros con qui sommeille? Je fais référence évidemment à une phrase de ta chanson « Le gros con ».

Il y a eu, mais pas longtemps. Il y a eu cette prétention à juger sans empathie, sans la compréhension de l’autre et de ses actes. Je n’ai jamais été raciste, c’est une chose étrangère au mode de pensée de ma famille. On a toujours prôné la tolérance, par contre, je peux juger très facilement et devenir con. Le gros con dont je parle dans ma chanson, lui, est raciste, homophobe, antisémite, très extrême. Je sais qu’en interprétant une chanson comme ça, chacun peut se reconnaître quelque part. Dans nos cerveaux reptiliens, tout le monde peut avoir un jugement très à l’emporte-pièce.

L'instant, extrait de l 'album "le bal des fous". Clip réalisé par Yannick Delhaye, sur une idée d'Yvanna Zoia. Toile de fond, Lepolsk Matuszewski.

Tu travailles beaucoup l’imagerie dans les chansons. Pourquoi ?

Je travaille l’imagerie simple d’accès pour servir mon propos. J’aime quand c’est gouleyant, quand il n’y a pas d’obstacle dans la narration, quand on peut se faire un film.

Estimes-tu que tu progresses d’année en année et d’album en album ?

Je ne parlerai plus de progression, mais de changement de direction. J’essaie de sortir de mes thématiques récurrentes, mais quand on décrit l’humain, on décrit l’humain. Sur le plan musical, j’aime bien me mettre en danger. Dans cet album, le violoncelle, la contrebasse et le guitare-chant, je trouvais ça périlleux parce que ce n’était pas dans l’air du temps, mais je trouve le rendu très intéressant. J’aime l’idée de se mettre en équilibre, de se mettre en danger.

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Pendant l'interview...

Parfois es-tu surpris par tes textes ?

Oui, quand il y a des fulgurances. La fameuse écriture automatique peut me traverser. Il m‘est arrivé de pondre un texte en 4 minutes. C’est le cas dans Le bal des fous avec la chanson « La nuit j’ose ». Il manquait un titre pour l’album, les musiciens arrivaient le lendemain et puis voilà, ce texte m’est tombé dessus.

Comment on fait quand on n’est pas reconnu à sa juste valeur ?

C’est un peu usant parfois, mais ce n’est pas décourageant. Je n’ai pas à rougir de mon travail. J’ai toujours été mû par quelque chose, peut-être de l’aveuglement, mais je n’ai jamais voulu faire de concession pour autant.

Sans être la compagnie créole, cet album est plus positif que d’habitude, non ?

(Rires). Il y a un peu plus de légèreté. La conscience ne s’apaise pas mais les révoltes si. On ne baisse pas la garde, mais on se rend compte qu’on est impuissant, alors on décide d’être un peu plus léger.

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Après l'interview, le 3 juillet 2017.