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31 mai 2020

17e Salon du Livre et de la Chanson de Randan : photos et commentaires

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22 mai 2020

Léonid : interview pour l'album Du vent

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(Photo : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorLéonid n’est pas l’affaire d’un seul homme, c’est un binôme indissociable. Il est composé de « la tête pensante », Fabien Daïan, et de son cousin Rémi d’Aversa, homme-orchestre lumineux / co-arrangeur et co- réalisateur sur leur deuxième album Du vent.

Rappelons que Fabien (déjà mandorisé-là en 2014 pour le premier opus éponyme) est auteur/compositeur/interprète, guitares, percussions. Membre de Sinsemilia pendant les 13 premières années du groupe, il s’est investi ensuite corps et âme aux côtés d’artistes comme Yoanna ou Djazia Satour en tant que réalisateur, arrangeur, scénographe…

Créé en 2013, le duo connaît depuis un développement constant et régulier. Et comme l’explique le dossier de presse,  « quelques 250 concerts plus tard et des retours souvent dithyrambiques d’un public touché tant par le fond que par la forme du spectacle, les deux cousins n’ont pas perdu une once de leur foi, de leur besoin de créer, de se renouveler, ni de leur capacité de travail ».

Du vent, a été co-réalisé et co-arrangé avec Pierre-Luc Jamain (Sergent Garcia, Feist, Arthur H, Oxmo Puccino, Djazia Satour...) et enregistré et mixé au printemps 2019 par Julien Espinoza au studio BESCO  (78) et aux Studios de la Ruche  (69). 

Si le Coronavirus décide de se barrer un moment, gageons que le spectacle dont sera issu cet excellent disque sera une nouvelle ère (de jeu) foisonnante pour le duo.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui vendredi 22 mai 2020, sont proposés 4 titres de Du vent en téléchargement. Quant à l’album, il sortira en intégralité le 21 août.

J’ai interrogé Fabien Daïan par téléphone, il y a trois semaines pour évoquer cette nouvelle aventure discographique. Avec l’espoir tout puissant que ce soit la dernière interview sous confinement…

La page Facebook officielle.

Les 13 chansons décryptées sur YouTube. 

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorL’album (argumentaire de presse officiel) :

Un nouvel album plein de vent. De vent frais, du vent des fous ou d’un vent de colère. Parce que le vent c’est tout mais surtout parce que le vent c’est rien. 

13 chansons cousues main et filées avec les tripes.

Sur « du vent », on sent un auteur/interprète enfin délesté du poids des « maîtres »  (Higelin, Brassens, Renaud et tant d’autres). Ce bagage trop lourd qui complexe et réfrène celui qui le traîne. Non que le bonhomme soit devenu prétentieux et ait désormais la naïveté de croire qu’il leur arrive à la cheville. Bien au contraire ! C’est en faisant le deuil du fantasme de chatouiller un jour les doigts de pied des grands qu’il a pu livrer sans détour inutile ce qu’il a dans les tripes. 

Ses tripes à lui, qui ont pour principal intérêt d’être les siennes. 

Aux premières loges de ce déballage, le cousin, le binôme, s’investit comme jamais sur ce disque. Il le marque de sa sensibilité et de son sens inné de la mélodie et de l’arrangement. 

Les chansons de l’album : Elles pourraient se diviser en quatre catégories. D’abord les chansons « psycho-torturées-mais-légères-quand-même », crédo de Léonid, à l’image de « La tâche d’encre » : hurlement venu de l’enfance sur l’impossibilité d’être libre sous l’emprise de l’angoisse. Les textes « réalistes » comme « P’tite soeur » : ode à l’amitié fraternelle et inconditionnelle en duo avec la lumineuse Djazia Satour. Les « existentielles » dont « Autrement dit » est l’incarnation. Chanson sur le troublant parallèle entre le début et la fin de la vie qui, déjà présentée sur scène à quelques reprises, arrache bien souvent les larmes des plus sensibles. Et enfin les chansons « politiques » à l’instar de « Mon avis » : constat désabusé de la difficulté d’allier la passion, les convictions avec l’engagement politique. Ou comme les reprises d’« Oscar » (Renaud) et du « Chiffon rouge » (Vidalin/Fugain) : double hommage au monde ouvrier « rouge » dont sont issus les grands-parents communs aux deux cousins. Leur héritage partagé. Le point commun à toutes ces chansons, le fil rouge, est l’aspiration à la liberté. 

Liberté dont le plus digne représentant est le vent !

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(Photos : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorInterview :

Il s’est passé six ans entre tes deux albums. C’est beaucoup, non ?

La première raison, c’est que j’ai énormément d’activités différentes avec d'autres artistes, comme régisseur et éclairagiste. J’aime avoir une vision globale du métier et toucher à tout. La deuxième raison, c’est qu’avec Rémi, on travaille principalement la scène en la peaufinant sans cesse. Enfin, la troisième raison, c’est qu’il se pourrait bien que je sois un laborieux. Il me faut du temps pour faire les choses. Créer de nouvelles chansons par exemple.

Pour la première fois, Léonid a demandé à une tierce personne un regard extérieur, celui de Pierre-Luc Jamain qui a co-réalisé et co-arrangé l’album. Pourquoi ?

J’ai toujours fait les choses tout seul et là, je sentais que j’avais besoin d’un œil neuf d’une personne dont je respecte le travail. Ça m’a permis de me focaliser plus sur ce que j’avais à dire et sur la façon dont je souhaitais transmettre ces nouveaux textes. Je me mets toujours beaucoup de pressions et le fait de pouvoir se reposer sur quelqu’un, ça m’a fait un bien fou. Je n’ai jamais su déléguer. Pour y parvenir, il faut trouver quelqu’un qui va mettre autant de temps, de passion et de perfectionnisme dans le projet que soi-même. C’est ce qu’a fait Pierre-Luc, accompagné bien sûr par Rémy en qui j’ai toujours eu une confiance illimitée. C’était l’équipe parfaite.

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Djazia Satour et Léonid en studio (photo : Pl Jamain).

Evoquons quelques chansons. « Petite sœur » est une ode à l’amitié entre un homme et une femme, enléonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor l’occurrence, celle que tu as avec Djazia Satour, qui chante avec toi sur ce morceau.

Djazia, c’est ma coloc’ de sang. J’ai voulu marqué cette amitié exceptionnelle, extrêmement chaleureuse, fraternelle, presque familiale. Notre amour est puissant, comme peut l’être celui d’un frère et d’une sœur.

Tu n’es pas précisément un chanteur d’histoire d’amour… Quand tu en parles, ça donne une chanson comme « Dégage ».

C’est l’histoire d’une rupture. Quand des gens se séparent, souvent, ils se disent que l’histoire sera toujours belle, malgré la souffrance. Dans cette chanson, j’avoue, j’ai un peu lâché ma pudeur. Désormais, j’essaie de « cracher » les choses de manière plus spontanée et directe. M’autoriser cela m’a permis d’aller mieux.

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(Photo : Sigrid Spinnox)

Tu es quelqu’un de pudique ?

Très. J’ai même une pudeur extrême. De plus, je suis sujet depuis tout le temps à des crises d’angoisse terribles et à des attaques de panique. J’ai appris récemment que nous étions 4% de la population à souffrir de cette pathologie. J’ai des périodes où le moindre évènement peut me terroriser et me mettre dans des états insoutenables. C’est ma croix… et c’est complètement contradictoire avec le fait de de monter sur scène et, plus généralement, de faire un métier public.

C’est peut-être une façon d’exorciser ça ?

Tu as raison. C’est exactement ce que je pense. Je ne veux pas lâcher l’affaire. Ma seule survie possible, c’est d’aller au front. Je dois passer ma vie à me prouver que je suis plus fort que ces fantômes-là.

Ce que tu me dis-là me fait penser à la chanson « La tâche d’encre », dans laquelle tu te racontes comme jamais… sans t’épargner. En écoutant les paroles, je l’ai comprise ainsi : l’histoire d’un type qui cherche la liberté absolu, qui n’y parvient pas toujours, mais un peu quand même. J’ai bon ?

Ça me va très bien parce que c’est tout à fait ça.

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(Photo : Sigrid Spinnox)

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(Photo : Vincent Assié)

Pour toi, c’est quoi la notion de liberté ?

Je trouve qu’il n’y a rien de plus angoissant, stable et acquis que la liberté. La liberté, c’est un grand vide en fait. J’accepte le combat en moi où il y a une inspiration à la liberté infinie et l’obligation de me mettre en danger en me dirigeant vers mes peurs.

La famille est importante pour toi. Tu évoques en  filigrane ta sœur décédée dans « 507 heures » et tes grands-parents dans « Oscar », de Renaud, et dans « Chiffons Rouges » de Vidalin et Fugain.

J’ai des familles très différentes côté maternel et paternel, mais le point commun qu’avait tout le monde, c’est une implication en politique, très à gauche, communiste, humaniste, voire anarchiste pour certains. Depuis mes grands-parents, c’est quelque chose qui est complètement ancrée dans toute la descendance. Nous avons été élevés dans la lutte et le combat pour plus de justice et d’égalité. La cadre idéologique que l’on m’a inculqué est mon plus bel héritage familial.

Toi, tu fais partie de la tendance anar ?

Je vais te dire la vérité. Je suis mélenchoniste, donc à fond dans le mouvement de La France insoumise. Il y a énormément de gens qui tapent sur Mélenchon parce qu’il serait égocentré et colérique… c’est autant de choses qui me le rendent très sympathique. C’est quelqu’un de brillant et droit politiquement. Il défend à merveille des valeurs que nous sommes des millions à partager.

Tu milites sur le terrain?

Je suis très peu militant, mais comme énormément de gens, je me suis fait embarquer en 2016 par le mouvement. J’ai fait pas mal de meetings et il m’est arrivé de distribuer des tracts pour Mélenchon. Mais j’ai beaucoup trop de respect pour les militants qui s’investissent concrètement pour me considérer comme tel. Moi, je me contente d’ouvrir ma gueule sur scène avec mes petites chansons.

"Le prince du RSA"-Spécial confinage.

Mais tu fais de la chanson politique ? (Photo :Vincent Assié)léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

Non.

« Le prince du RSA », chanson anti macroniste par excellence, ce n’est pas une chanson politique ?

Alors, partons du  principe que tout est politique. Pour moi, une chanson, c’est juste une idée qui passe et que tu veux transmettre, mais qui ne doit pas prouver ou argumenter quoi que ce soit. Chacun fait ce qu’il veut de l’idée que tu proposes. L’art n’est pas fait pour convaincre.

C’est le thème de ta chanson « Mon avis » !

C’est exactement ce que je raconte, effectivement. Pendant très longtemps, je suis monté sur mes grands chevaux en clamant de grandes tirades passionnées, mais aujourd’hui, je le fais de moins en  moins. Je ferme ma gueule en fait parce que je sais que je n’ai pas le bagage intellectuel et culturel pour me permettre de chanter des choses sentencieuses et encore moins pour faire la morale.

Dans « Autrement dit », tu désacralises les enfants. Tu n’as pas honte ?

Je précise que je n’ai pas d’enfant, je ne fais donc la leçon à personne. Je ne sais pas si c’est l’héritage de Françoise Dolto, mais je constate juste que l’on met les enfants de plus en plus à une place centrale. J’ai peur qu’on finisse par en faire des adultes décalés avec la vraie vie. Les valeurs que l’on m’a inculqué, c’était de rester à ma place d’enfant. C’est quelque chose d’important dans la fondation d’une vie.

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05 mai 2020

Nicolas Vidal : interview pour son exposition virtuelle, Chanteuses de France

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nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorNicolas Vidal est chanteur et photographe. A son compteur, trois albums pop d’excellentes factures : Des ecchymoses en 2011, Les nuits sereines n’existent pas en 2016 et Bleu Piscine en 2018 (pour lequel je l’ai mandorisé). L’homme, qui a plus d’un tour dans son art, crée Faces Zine en 2017, un webzine pop en noir et blanc pour lequel il interviewe et photographie des musicien.ne.s, leur consacrant de longs portraits.

Nicolas Vidal propose depuis quelques jours une exposition virtuelle baptisée Chanteuses de France. En tout, 53 photographies en noir et blanc des icônes féminines de la pop française d’aujourd’hui. Des artistes connues, comme des confidentielles…

En plein confinement, je l’ai appelé pour en savoir plus…

Le webzine pop Faces Zine.

La page Facebook de Faces Zine.

Pour voir l’expo.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorLe projet (par Nicolas Vidal lui-même) :

La pop française est-elle une grande famille ? On sait que la pop mondialisée a ses reines mères et ses princesses, ses king of Pop et toute une sorte de royauté marketing qui a fait ses preuves. Il y a des reines et des princesses en France aussi, mais il y a surtout une scène foisonnante de créatrices, chanteuses, productrices, qui résistent et proposent un panel pop de musique riche et dégourdi, foisonnant de sons et d’images.

Les chanteuses de France sont aussi anglaises, africaines, suédoises, algériennes, russes, suisses, israéliennes ou belges. Elles écrivent des chansons pop, font du rock, de l’électro, de la folk voire de la country. On ne peut plus les réduire à l’invisibilité tant elles sont nombreuses, plurielles, les forces vives d’une industrie musicale encore très masculine.

Cela fait maintenant un peu plus de deux ans que je photographie et interviewe des artistes pour Faces Zine. Quand j’ai créé le webzine, j’avais la secrète envie de cartographier une scène pop au présent, indépendantenicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandor et populaire, d’imaginer des familles musicales qui ne le sont que parce qu’on associe ensemble certains artistes.

En voici une première, féminine donc, partiale, qui existe autant par des choix éditoriaux que par les opportunités que j’ai eu de photographier certaines chanteuses. Cette exposition en forme d’abécédaire n’est absolument pas exhaustive, et cela n’aurait aucun intérêt. Mais elle dit tout de même quelque chose de la scène française, entre indépendance farouche et icônes populaires, entre glamour indé et féminisme pop.

Dans mon travail de chanteur et de photographe, les artistes femmes m’ont toujours fortement influencé, bousculé, fait rêver. A mon tour de rendre hommage à 53 chanteuses de France en 51 photos dans cette exposition virtuelle, au présent et au futur.

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Avec Nicolas Vidal, trois de ses modèles. De gauche à droite : Cléa Vincent, Jo Wedin et The Rodeo.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorInterview :

Pourquoi une exposition virtuelle ?

A la base, je voulais faire cette exposition dans une galerie ou dans un lieu adéquat. Avec le contexte actuel, plutôt que d’attendre un hypothétique bon moment, j’ai trouvé intéressant de faire exister cette exposition de manière virtuelle. Je ne voulais pas que le confinement m’empêche de faire découvrir ces photos d’artistes.

Pourquoi as-tu choisi de mettre en avant des artistes féminines ?

Ce sont elles qui, en ce moment, sont le moteur de l’industrie musicale. Pendant longtemps, les artistes femmes étaient cantonnées au rôle d’interprète. Elles étaient souvent l’égérie de grands compositeurs comme France Gall avec Michel Berger et Jane Birkin avec Serge Gainsbourg. Attention ! Je sais bien qu’il y en avait aussi qui écrivaient et composaient, comme Véronique Sanson, Françoise Hardy ou Catherine Lara. Aujourd’hui, les femmes ont pris les rênes de la musique en gagnant en autonomie et en s’affranchissant des hommes. La période #metoo et #balancetonporc n’y est sans doute pas pour rien.  Elles ne sont plus des faire-valoir ou juste des interprètes. La jeune génération féminine sait tout faire.

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Dans les labels et dans l’industrie de la musique, elles ne sont pas encore à la manœuvre.

Malheureusement. Par contre, elles le sont en terme créatif et médiatique.

Tu as choisi de mettre en avant des artistes connues et d’autres moins…

Il y a beaucoup de chanteuses que j’ai interviewées pour Faces Zine et d’autres que j’ai eu la chance de croiser dans des festivals (fin de conférences de presse où concerts) comme Corine, Zazie ou Aya Nakamura. Je pense que si je propose des artistes connus, les gens auront la curiosité de s’intéresser aussi à celles qui le sont moins.

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Comment se présente ton exposition virtuelle ?

Je ne voulais pas que ce soit juste un enfilage de photos, j’ai donc eu l’idée de l’abécédaire avec le prénom plutôt que le nom de famille et un lettrage qui rappelle la typographie que j’utilise sur le webzine. Je voulais qu’il y ait une cohérence avec Faces Zine.

Comment fait-on un bon portrait, selon toi ?

J’essaie d’avoir du temps et de ne pas « objétiser » la personne qui est devant moi. Généralement, j’interviewe les artistes avant de les placer devant mon objectif, donc une petite relation s’est déjà nouée. Ils sont plutôt en confiance et je m’évertue à les rendre à l’aise pendant la séance. Il faut que je parvienne à les diriger sans qu’ils s’en aperçoivent vraiment tout en les laissant très libres dans leur façon de se comporter. C’est un dosage subtil entre mes suggestions et leur part de naturel. Je pense aussi que le fait que je sois moi aussi musicien rassure certain.e.s de mes modèles.

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J’imagine qu’il y a aussi un travail de retouches ?

Pour l’expo, j’ai retouché surtout les lumières pour qu’il y ait une cohérence et une unité entre les clichés.

Si le monde se décide à tourner de nouveau un peu rond, est-il envisageable que cette expo existe dans un lieu approprié ?

Oui, j’aimerais bien. J’envisage aussi l’éventualité de faire un livre de portraits écrit et photographique pour donner suite à ce projet. Cela permettrait aussi de témoigner de la vitalité de la scène française féminine actuelle.

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30 avril 2020

La Pièta : interview pour son premier album La moyenne

La Pietà - Studio (C) Cedrick Nöt (25).jpg

(Photo : Cédrick Nöt)

la-pieta-pic-dor-session-©-cedrick-Not-preselection-114.jpg« La Pietà est une lutte, une statue de Michel-Ange version punk... La Pietà est brute mais jamais brusque, enragée mais toujours sensible, volcanique et parfois gracile » indique fort justement le dossier de presse. Il est vrai que depuis trois ans, La Pietà (déjà mandorisé là) explose sur scène, aux quatre coins du pays. Ces moments live « tendus, ombrageux, provocants, festifs, propices à la communion » ne laissent personne indifférent. Voir La Pièta sur scène, c’est vivre une expérience unique qui provoque un choc émotionnel immédiat. Uppercut au cœur et à l’âme du début à la fin. Une performance.

Cela fait des années que je suis cette artiste dans ses différents projets, mais il est clair qu’elle s’est parfaitement trouvée dans le rôle de La Pièta (son double obscur qui tente aujourd’hui de trouver plus de lumière). Avec ce premier album, La moyenne, si elle est toujours aussi percutante, on décèle une discrète pointe de sérénité… et ça lui va bien.

J’ai appelé La Piètà, chez elle à Montpellier, en plein confinement, pour parler de ce nouveau disque…

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Argumentaire de presse (par Arnaud de Vaubicourt) :pochette album 800x800.jpg

La Pièta. C’est un cri. Une écorchure. Un désespoir porté par la lumière. La Pietà cogne, hurle, revendique. Elle caresse, aussi. La Pietà parle aux tripes et aux cœurs, avec la rage du punk et la poésie du slam. C’est un trop plein d’émotions extrêmes ressenties durant une poignée d’années qui a transformé La Pietà pour toujours. « Si la rage est un moteur, alors j’risque d’aller loin », scande-t-elle sur « Jusqu’ici tout va bien ». Cette hargne, cette rugosité verbale n’est pas plus dirigée contre la société que vers elle-même. Elle est juste l’expression primale d’un cerveau qui refuse de tourner en rond dans sa cage.

« La Moyenne », « Tapez », « Ma Guerre est Finie » ne sont ni des complaintes ni des errances poético-dégoulinantes : ce sont des pamphlets personnels, des claques que l’on donne aux autres autant qu’à soi-même, des textes d’une noirceur qui n’oublie jamais que renoncer à la lumière est la première des lâchetés.

La Pietà est une griffure, prête à appliquer du baume à celui qui saura l’écouter en regardant à l’intérieur de soi. La Pietà rugit son punk-à-textes-electro-rap (celui qui leur colle l’étiquette musicale qu’il faut gagne son poids en paires de claques).

Après trois EP rageurs en forme de chapitres où elle avançait masquée, autant sur scène que symboliquement, La Pietà sort à visage découvert La Moyenne, son premier album, le 22 mai 2020.

La parution d’un roman suivra de près.

La Pietà - Studio (C) Cedrick Nöt (52).jpg

(Photo : Cédrick Nöt)

94186339_2621151678156594_2608852492384993280_o.jpgInterview :

Malgré les textes chocs, je trouve La Pièta discètement plus sereine, non ?

Tu as raison. La Pièta est un projet qui a commencé il y a cinq ans. Je voulais raconter l’histoire d’une fille qui s’en était pris plein la gueule. En l’occurrence, c’était un peu moi, mais pas seulement. Une chanson de La Pièta n’est jamais autobiographique, mais une dérive de ce que j’ai pu vivre. Au départ, je voulais que cette histoire racontée dans un roman et en chansons dure trois ans parce que j’estimais que c’était suffisant pour évoquer juste une période de vie.

Et pourtant, elle est toujours là!

Aujourd’hui, j’essaie de m’amuser de cette Pièta qui change et qui se nourrit maintenant de Virginie, c’est-à-dire la fille qu’il y avait derrière le masque. Je tente de trouver un juste équilibre entre ce personnage qui était très sombre et ce que j’ai envie de lui apporter comme lumière désormais.

Clip de "Y en a", entièrement tourné à l'Iphone, à Rome, en Février 2020, extrait de l'album La moyenne.

Le masque, tu l’as complètement ôté ?

Oui, mais apparemment, je vais être obligée de le remettre (rires). (Note de Mandor : humour qui m’avait échappé sur l’obligation du port du masque pour sortir lors du confinement.) En vrai, je l’avais complètement retiré dans l’optique de dire que je me libère de cette histoire, de ce personnage sombre. La Pièta continue à exister, mais commence à se muter avec d’autres facettes de ma personnalité.

La première chanson de l’album est « La moyenne ». On l’a connaissait puisqu’elle était déjà sur le premier EP. Là, tu clames ton texte sans musique…

94504916_2624465864491842_8399640929169833984_o.jpg« La moyenne » est le titre phare de La Pièta. C’est le premier que j’ai sorti en disque et le premier texte que j’ai écrit dans mon roman. Pour le remettre dans l’album, nous nous sommes rendu compte que c’était compliqué de créer une nouvelle version musicale. La première avait été faite à l’arrache et c’est certainement cela qui lui avait donné une telle densité et personnalité… avec un son presque punk. Elle était très viscérale et pas léchée, du coup, quand on a essayé d’en faire une version plus propre, plus modernisée, c’était moins bien. Et remettre la même version n’avait aucun intérêt parce que la plupart des gens qui aiment mon travail l’avaient déjà. On a opté pour un a capella, ce qui a permis de mettre plus en avant le texte pur.

Es-tu de la génération qui ne croit plus en rien ?

Non. Moi Virginie Nourry, la personne qui est derrière La Piéta, t’affirme que ce n’est pas ce que je pense de la vie. Heureusement que je ne suis pas aussi désespérée qu’elle a pu l’être. J’avais besoin d’exprimer cette part sombre pour que ma part vivante et lumineuse puisse exister. Ma manière de mettre de la lumière dans tout ça et de sublimer la douleur, c’était d’en faire quelque chose d’artistique.

Clip de "J'revendique", tiré de l'album La moyenne.

En terme de texte, je trouve que celui de « J'revendique » est celui qui résume le plus la pensée de La Pièta. Et musicalement, c’est un titre plus pop et dansant que tout ce que tu as fait jusqu’à présent avec ce personnage.

C’est une chanson que je n’ai pas composé. J’ai travaillé sur cet album avec un ami, Anthony Bellevrat. J’aimais bien quelques compositions à lui qu’il n’utilisait pas, j’ai choisi celle-ci. Je me suis bien amusée à poser des textes sur une musique qui n’est pas de moi. Plus ça va, plus je vais aller vers ça. Me libérer de la partie musicale me permet de me concentrer sur les textes. Je trouve que j’ai mes limites musicalement et travailler avec des gens qui sont meilleurs que moi dans leur instrument et leur technique musicale, ça me permet de m’ouvrir vers d’autres choses.

C’est quoi ta plus forte revendication ?

Être libre… et être totalement libre d’être qui on est.

Clip de "Tapez", extrait de l'album La Moyenne.

Dans « Tapez », qui est une chanson sur la déshumanisation de notre système, on a l’impression que c’est aussi un appel à la violence.

Non, pour moi, cette chanson, c’est comme quand on regarde le film « Joker ». Le réalisateur n’est pas en train de dire qu’il faut faire comme Joker, c’est à dire, tout faire péter. Il dresse juste le tableau d’une société dans laquelle un homme est exclu et qui a des problèmes psychiatrique. La colère peut susciter des drames. Pour « Tapez », c’est la même chose. Elle raconte l’histoire de quelqu’un qui vit un deuil. Au moment d’aller enterrer cette personne, mon héroïne se retrouve confrontée à des gens et un environnement déshumanisé qui va lui faire péter les plombs. Ce n’est pas un appel à la violence, c’est un appel à faire gaffe. Si le système continue à ne plus prendre en compte nos émotions et nos sentiments, ça peut mal finir… 

Dans « Jusqu’ici tout va bien », tu dis « si la rage est un moteur, je risque d’aller loin ». Chez toi, la rage a toujours été un moteur ?

Oui, mais pas uniquement. C’est un mélange de rage et d’amour. Et pour être plus précise,  mon moteur principal, c’est quand même l’amour.

Clip de "7 mois", tiré de l'album La moyenne.

« Sept mois » et « Arrêtez tout » sont des histoires d’amours blessés et de ruptures.la-pieta-pic-dor-session-©-cedrick-Not-preselection-007.jpg

Cet album a été entièrement conçu et enregistré après une rupture amoureuse douloureuse. Il ne parle pas uniquement de ça, mais il en parle pas mal. En tant que fille passionnée, quand je vis une rupture, j’ai l’impression que le monde s’écroule. C’est vrai à ce moment-là, mais plus tard, j’arrive ensuite à le reconstruire.

Dans « Pas désolé », tu emploies la première personne du masculin.

C’est la première fois que je fais ça. Comme ça parle d’un pote homosexuel qui raconte son histoire, je me suis mise dans sa peau. De manière plus générale, c’est aussi une façon d’expliquer que dans mes chansons, quand je dis « je », ça ne veut pas dire obligatoirement que c’est moi.

Dans « Le mal du siècle », tu racontes la dépression.

Là encore, ça ne parle pas uniquement de moi. Il y a aussi un peu un ex qui était sur une mauvaise pente et mon père qui était un grand dépressif. Ca me paraissait une évidence d’appeler cette chanson comme ça, parce que j’estime que la dépression est le mal du siècle en occident. C’est un mal qui gangrène et qui est compliqué parce qu’il n’est pas tangible et très mal perçu. Quand on se casse un pied, on va directement se faire soigner, mais aller à l’hôpital psychiatrique pour soigner son mal intérieur, c’est encore très mal vu, alors souvent, on ne le fait pas.

"Ma guerre est finie" en version piano-voix. Arrangements et Piano : Anthony Bellevrat. Réalisation Vidéo : Cédrick Nöt au théâtre de Tarbes le 25 mai 2019.

La chanson qui clôt ton album s’intitule « Ma guerre est finie ». Si ta guerre est finie, de quoi va parler La Pièta ?

Il y a plein d’autres guerres… Mais c’est une manière de dire que cette douloureuse période de vie est close. Cet album est à la fois la conclusion de la période précédente et le cheminement vers la suite. J’apprends à canaliser la colère… je te le répète, je me laisse le droit de faire des choses plus lumineuses et plus joyeuses.

Comment vis-tu ce confinement ?

Bien et mal. Je suis une grande solitaire, donc ça ne me dérange pas d’être seule. Mes passions sont d’écrire, chanter, composer, peindre… je fais un peu tout ça. Mais pour moi, le confinement, c’est aussi une vraie question philosophique sur la vie et sur la mort… et sur la liberté aussi. Jusqu’où on est prêt à aller par peur de mourir ? Le confinement met aussi en exergue les inégalités sociales. Il y a les gens qui sont enfermés à plusieurs dans des petits appartements et d’autres qui sont dans de grandes maisons avec de grands jardins et des espaces libres. C’est surtout ça que je trouve insupportable. Et puis, naïvement, j’aurais aussi espéré que ce drame mondial nous rapprocherait tous. Je pensais que la bienveillance et la solidarité allait dominer. J’ai constaté sur les réseaux sociaux que c’est le contraire qui est arrivé. La haine, la malveillance, la dénonciation du voisin qui sort trop souvent… J’ai du mal à vivre cette agressivité latente.

Bonus : Un live électrique de 35 minutes enregistré en avril 2020 en plein confinement.

27 avril 2020

Raoul Petite : interview de Carton pour Ni vieux ni maître

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(Photos : Mathieu Esterni)

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandorRaoul Petite est le doyen des groupes rocks français en activité. Plus de 1000 concerts en France mais aussi en Italie, Espagne, Canada, Hongrie, Suisse, Tunisie, Belgique. On a pu les voir 3 fois à l’Olympia archi-complet, au Casino de Paris, au Bataclan, à l’Elysée Montmartre, aux Eurockéennes, aux Francofolies, sans oublier la Fête de l’Huma et la Fiesta des Suds.

Voici enfin leur 8e album studio, Ni vieux ni maître, trois ans après l’EP 5 titres, Soyons légers ! 

La semaine dernière, j’ai appelé, le Roi Carton, son Altesse Raoul 1er (en vrai, le chanteur du groupe, Christian Picard), en plein confinement chez lui... comme tout le monde.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

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(Photo : Fred Fouchet)

Argumentaire de presse :raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

"Ni vieux ni Maitre". Comme une ode à la jeunesse éternelle, le titre du nouvel album des Raoul Petite rend hommage à leurs 40 ans d'existence. La bande et son kultissime chanteur Christian "Carton" Picard nous offrent 14 titres où s'expriment toutes leurs influences musicales et leurs vécus sans aucune restriction ni autocensure.

C'est un album organique, entièrement fait main, sans loop ni entourloupe, avec guitares et voix comme armes de création massive.

Un opus que l'on qualifiera de « rock » sans retenue, aux textes parfois sombres mais au regard léger, insouciant et pourtant acéré d'un photographe du temps présent.

Ce grand tout s'est bâti avec la force des vieilles âmes, dans les excès, les rires, les larmes, les joies, les doutes, les clashs mais …pour au final renaître d'une mue régénératrice.

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(Photo : Jan Dyver)

Les chansons :

Pour appréhender cet album sans préjugé, on ne citera que quelques titres : "Amours kamikazes" à l'aura gainsbourienne, porté par des voix et guitares sensuelles et épurées, nous parle de toutes ces addictions qui tentent de combler nos déchirures. "Encore et toujours" directement inspiré du film "O'Brother" des frères Cohen. Bien sûr, des questions existentielles viennent comme tout un chacun chahuter leur quotidien : "Va savoir" de quoi demain sera fait… Mais leur énergie contagieuse refait vite surface à grand renfort de riffs et de rythmiques généreuses et groovy comme sur  "Ça fait mal", "Léger et insouciant", "Gourou" ou "Chargez, chargez " qui mettent en lumière les ombres de notre société de solitude égocentrée. On y retrouve aussi avec plaisir leur dérision dance & funky en collaboration avec le DJ suédois Läbbat pour " King of the néant" où malgré le vide infini qui l'entoure, ce DJ arrive sans difficulté à nous faire rejoindre le dance floor. De toutes ces influences il ne faudra pas oublier l'enfance, pilier créatif de chaque artiste que l'on retrouve dans "Houlegate", une valse de souvenirs de vacances ou dans "Comme tes parents" vision humoristique stylée "Pixies" du combat des générations, éructé par le duo vocal Kty conasse Raoul Petite dont le refrain n'est qu'un cri.

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(Photo : Gilles Marmonier)

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandorInterview :

40 ans de carrière, c’est énorme !

Oui, mais n’avons pas toujours été en activité, même si  le groupe a toujours existé. Quand tu fais un album, tu as des concerts pendant deux ans, ensuite tu fais un break pour recharger les batteries, puis faire de nouvelles chansons. Ensuite, tu répètes pour un autre album et tu repars en tournée après.

Tu n’es pas le fondateur du groupe.

Non, il a été créé par Frédéric Tillard en 1979 à Apt, dans le Lubéron. Au départ, il n’y avait pas de chanteur. J’étais hébergé dans une maison où il y avait une grange dans laquelle le groupe, qui ne s’appelait pas encore Raoul Petite, répétait. Du coup, je faisais souvent des bœufs avec eux. Un jour, Frédéric m’a dit qu’il aimerait bien que je rejoigne le groupe. J’ai fait une audition, mais j’étais le seul à auditionner. J’ai donc été choisi (rires).

Session Live tournée par l'équipe Natura'Live à l'Akwaba (84). "Gourou" extrait de l'album Ni vieux ni maître.

Le personnage du roi Carton que tu incarnes, il est tout de suite venu ?

Oui. On est parti directement dans la dérision. A l’époque, je faisais beaucoup de théâtre et j’aimais beaucoup l’humour. Du coup, on écrivait les chansons autour du personnage de Carton.

Au bout de 40 ans, tu ne te lasses pas de lui ?

J’adore me déguiser depuis tout petit et je continue à adorer. Dans Raoul Petite, il n’y a pas le chanteur devant, les musiciens et les choristes derrière. Nous on joue et on s’amuse tous ensemble. Il y a toujours des interactions entre nous et avec le public.

Finalement, tu as passé ta vie à jouer au sens propre du terme et au sens du musicien.

C’est ça. Je joue tout le temps, je suis un éternel gamin. Ma copine me le dit souvent : « tu es encore un môme, ce n’est pas possible ! »

Clip de "Amours kamikazes", extrait de l'album Ni vieux ni maîtres.

Tu as écrit deux morceaux, « Houlgatte » et « Amours kamikazes », ainsi que le refrain en anglais de « Ça fait mal ». Les autres titres sont écrits et composés par d'autres membres de Raoul Petite. Comment fait-on pour garder une certaine cohésion ?

Dans le groupe, nous avons un chef d’orchestre, Markus. Il compose et écrit pas mal de textes, mais surtout, c’est lui qui s’occupe des interactions entre musiciens, d’autant qu’il y en a des nouveaux. Nous sommes une dizaine, mais nous essayons de répéter souvent.

Comment faites-vous pour créer une chanson à dix ?

Quelqu’un amène une chanson nue et chacun apporte ses idées pour l’habiller. J’adore ces moments où on construit la chanson en répétition. On se retrouve entre potes pendant trois jours ou plus, cela dans une bonne ambiance. Quand on décide de monter un nouveau spectacle, on rentre en résidence… là aussi, on adore ça.

Pour se renouveler et impulser une nouvelle énergie, il faut parfois renouveler des musiciens ?

Il y en a qui restent dix ans et qui décident de jouer ailleurs à un moment. C’est souvent le cas des cuivres qui peuvent facilement aller dans d’autres groupes. Appartenir à Raoul Petite, c’est quand même une contrainte. Il faut être avec nous en exclusivité et très disponible.

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(Photo : Fred Fouché)

Tu t’étonnes que Raoul Petite existe encore 40 ans plus tard ?

Franchement oui. On a fait un break de deux ans en 1988 et, à ce moment-là, je me suis dit que c’était foutu. Mais on a retrouvé des musiciens et nous sommes finalement repartis sur les routes. Et que ça continue aujourd’hui me laisse sur le cul.

Ça représente quoi en 2020 de sortir un album ?

Là, c’est un peu spécial parce que nous sommes en plein confinement. Ce n’est pas l’idéal pour une sortie. On fait très peu de promo, à part comme on le fait là, par téléphone. On avait plein de dates en juillet et en août, pas mal de festivals en perspective… et tout est annulé. Je m’inquiète un peu. Quand pourrons-nous de nouveau jouer devant 1000 personnes ? On ne pourra plus slamer dans la foule, toucher des gens ? Nous, on est dans le contact permanent. Ça va être long et j’ai peur.

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(Photo : Fred Fouché)

Il y a des chansons aux textes sombres dans cet album.

C’est vrai, mais on essaie quand même de trouver l’angle de la dérision pour ne pas nous enfoncer dans le pathos. Avec les temps que nous traversons, inconsciemment, on a peut-être fait un album plus noir que d’habitude.

Vous touchez à toutes sortes de musiques dans ce disque.

Notamment du rock, du reggae et même une valse. On fait en sorte que les musiciens ne s’ennuient pas en jouant. Et normalement, quand les musiciens ne s’ennuient pas, le public non plus.

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(Photo : Fred Fouché)

Le public de Raoul Petite est extrêmement fidèle. Il suit depuis le début… et il y a désormais trois générations qui viennent vous voir sur scène.

Oui, et ça nous fait très plaisir. On a les parents, les enfants et même les petits-enfants. C’est très touchant.

C’est quoi Les Petites Raoul ?

C’est Raoul Petite en  moins nombreux. Nous sommes six au lieu de dix. Ça nous permet de jouer devant peu de personnes. C’est moins onéreux pour les associations. On fait ça aussi pour les comités de soutien. En ce moment, nous songeons à faire un album acoustique sous cette formule.

Quand il n’y a plus de concerts, que fais-tu ?

Je fais le maçon. J’abandonne le micro et je remets la main à la truelle. Je suis à mon compte, alors je peux m’arrêter quand les concerts reprennent.

Version acoustico-confinée d'"Houlgate", extrait de l'album Ni Vieux Ni Maître.

Le confinement que nous vivons en ce moment, sera-t-il source d’inspiration ?

Je pense, mais je ne peux pas parler à la place des autres

Vous avez des projets avec Raoul Petite sous confinement ?

On monte des morceaux acoustiques pour les balancer sur le net et prouver qu’on est encore là. On en a déjà fait un, "Dès qu'le virus se barre".

Pourquoi l’album s’intitule Ni vieux ni maitre ?

Confucius disait : « L’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le chemin parcouru ».  Je n’ai rien à ajouter.

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10 avril 2020

Julien Belliard : interview pour Le mirage de Zo

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zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandor« 10 chansons comme 10 ballades, un album sur l'errance au hasard d'un voyage imaginaire qui j'espère vous emmènera en chemin en ces temps d'immobilité physique. » C’est ainsi que Julien Belliard présente sur sa page Facebook son album Le mirage de Zo.

ZO, clin d’œil à son pseudonyme du début de sa carrière. En 2007, ZO et les dents de scie signaient l’album Sous mon pébroque, puis en 2015, ZO, cette fois-ci seul, nous proposait Les Paradis Ordinaires

Le mirage de Zo, dix titres pop et entraînants dans lesquels Julien Belliard brouille les frontières entre chanson française et indie folk.

Toujours sous confinement, j’ai appelé en  début de semaine ce sympathique artiste pour évoquer cet album, véritable épopée mystique et resplendissante.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Le mirage de ZO.

Biographie officielle (par HUMANOSCOPE) :zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandor

Après deux albums signés sous le patronyme de ZO, Julien Belliard dévoile un troisième opus écrit cette fois en son nom. Les voiles sont levées. Le mirage de ZO nous embarque dans un monde ambulant entre le réel à l’état brut et la poésie du rêve. Les grands espaces pris en filature, des parenthèses zoomées au fil du voyage. Une échappée belle. 

Julien se décrit dans le train des envies du moment. Profondément inspiré par la liberté de mouvement. Ce mouvement si familier dans ses chansons. De l’une à l’autre, on traverse des espaces où les émotions se rencontrent. La liberté de la plaine, l’aridité des montagnes.

Le Mirage de ZO est un album traversé par le mouvement. C’est un album de frontières, de passage, où les villes et les espaces s’entrelacent pour nous mettre en chemin. Dans ces chansons on y trouve autant d’images que d’itinéraires inspirées du réel ou de l’imaginaire. Rêveries, déambulations, errance, le but n’est pas une fin en soi. L’essentiel tient dans un état mobile, le long d’une écriture qui se déroule comme un long travelling musical. Le lien et les chemins, autant d’allusions représentées dans le visuel de l’album, où cette tige de fleur forme comme des lacets de routes avec au bout un chardon.es, le vent dans les éoliennes, l’agitation de la ville, puis ce calme à l’infini. On erre sans but mais toujours vers un ailleurs, entre songe et réalité. 

zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandorL’album (par HUMANOSCOPE) :

Julien Belliard cavale à son rythme, réfléchi et emballé. La vie est une grande ballade et il la met en musique. Son album raconte ce défilé de paysages, d’ambiances sonores, le tout en parfum d’aventure. Un road-movie sans terminus. Où l’on croise des accords sixties aux nineties, sortis droit de son eldorado puis l’amour en ville, aperçu par la fenêtre des souvenirs.

Chacun de ses titres pourrait être un petit bout du scénario de son album. Autodidacte, il conçoit la musique en artisan. Une fabrique où il mêle les sons et les mots « à la mano ». Il sourit d’entendre parfois sur ses maquettes les bruits de la maison de famille. Son studio est ouvert sur le salon. La musique forme une fratrie. La même depuis des décennies. S’il écrit et compose en solitaire, Julien s’entoure pour mixer, arranger, illustrer les sons en images et laisser les amis, nourrir son projet de leur créativité. Sur cet opus, Yann Arnaud (La Maison Tellier, Olivier Marguerit, Sammy Decoster) tient les manettes du mixage et Dino Trifunovic (compagnon de route d’Alister) s’attelle à la coréalisation. Pour Julien, l’amitié musicale, c’est aussi ensemble arpenter les salles de concert et parler musique à travers les âges, chiner des vinyles... 

L’artiste aime ajuster les mots, ouvrir le champ des libertés. Et dans le flou du Mirage ou de la Brume, créer la musique d’un film. Alors on laisse son esprit vagabonder et la magie opère.

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(Photo : Alexis Barbera)

Interview :

Pourquoi as-tu placé ton ancien pseudo dans le titre de ton album ?

Il y a évidemment un aspect symbolique. Même dans les albums de ZO, je signais mes chansons de mon vrai nom. Là, j’ai décidé de remettre Julien Belliard en premier. J’ai l’impression de boucler une boucle en évoquant ZO dans le titre.

Tu te cachais derrière le personnage ZO ?

C’est possible, mais c’était de l’ordre de l’inconscient.

Ce nouvel album sur l’errance se réfère-t-il uniquement au livre de Raymond Depardon, Errance

Non, mais c’est vrai qu’en tombant sur ce livre magnifique, ça m’a conforté dans l’idée d’écrire sur ce thème-là. Je suis très sensible à la figure de style du road show. Des films comme Stranger Than Paradise de Jim Jarmush et Paris, Texas de Wim Wenders ont toujours été présents dans mes inspirations. J’essaie aussi de faire en sorte que mes chansons aient un esthétisme à la Twin Peaks de David Lynch, une série qui a mille portes d’entrées.

C’est exactement ce que j’ai ressenti en écoutant tes nouvelles chansons. Je m’y suis perdu souvent.

La définition du  mot « errance » est intéressante puisqu’il s’agit d’errer sans but et sans fin. Ça me donne une sensation de liberté forte dans la création. Mes chansons sont libres de lieux de vie.

Clip de "Cette fenêtre", réalisée par Adrien Heinz / Danseuse : Alice Kinh.

Quand tu écris, tu es dans quelle condition psychologique ?

Je joue entre concentration et déconcentration. C’est très étrange. Je commence à travailler un morceau, puis je fais totalement autre chose la minute d’après. Le quart d’heure suivant, je reviens sur le morceau. J’ai procédé ainsi pour ce disque en tout cas.

Il y a 10 chansons dans ton album. A l’ancienne quoi !

C’est un exercice de style que je m’impose. J’essaie d’avoir une thématique, de la travailler, de trouver quelles directions prendre… ça se fait de moins en moins aujourd’hui. On marche plus à coup de singles ou d’EPs. Pour ma part, je veux produire des disques où il faut faire l’effort d’écouter du premier au dernier morceau. J’aime qu’on écoute un disque comme un lit un livre. Parfois, on accroche peut-être moins, mais on fait l’effort d’aller jusqu’au bout. Quand on sort d’un format long, je trouve que le ressenti émotionnel marque plus.

Clip de "Le mirage", réalisé par Adrien Heinz / 2019.

Il y a déjà trois clips de tes nouvelles chansons, "Le mirage", "Cette fenêtre" et "L'autre hémisphère".

Sur ce disque, j’ai pris beaucoup de plaisir à mettre en images mes morceaux. Mon écriture est de plus en plus inspirée par des mouvements cinématographiques.

Te sens-tu appartenir à une famille musicale française ?

Pas vraiment. J’ai écouté des choses assez diverses, mais je n’ai pas l’impression d’avoir une famille type qui ressort de musique chantée en français. J’ai du mal à me projeter dans une famille très poésie, ou très folk, ou très pop, ou très rock, ou très chanson…

Personne ne trouve grâce à tes yeux en France ?

Je n’ai pas dit ça! Il y a beaucoup de gens que j’aime. Dominique A, Mano Solo et Gainsbourg, par exemple. Dans un registre plus rock, j’ai toujours été touché par l’écriture de Romain Humeau. J’aime aussi beaucoup les premiers albums de Franck Monnet, La  Maison Tellier et Ludéal. Tu vois, le spectre de mes goûts est large. Il y a un lien entre tous ces artistes, c’est qu’il y a une recherche de poésie dans l’écriture.

Clip de "L'autre hémisphère", réalisé par Adrien Heinz. Comédienne : Maika Louakairim. Comédien : Augustin Passard.

Je sais que tu aimes beaucoup les livres de poésie.

J’ai beaucoup lu Arthur Rimbaud, Tristan Corbière, le Comte de Lautréamont, Charles Cros, Jacques Prévert... Quelque part, il a dû m’en rester quelque chose. En cette période de confinement, ça m’a traversé l’esprit d’écrire des poèmes sans musique.

Parlons de ta pochette très originale.

On y a voit un chardon avec une longue tige qui s’entrelace. J’avais envie d’une interprétation de la thématique de l’album, mais vu par quelqu’un d’autre. J’ai rencontré Valentin Abad du studio de création Akatre et, du coup, c’est ce studio qui m’a fait quelques propositions. Celle-ci m’a beaucoup plu parce que c’est une œuvre en soi et elle passera le temps.

08 avril 2020

Tom Poisson : interview pour Se passer des visages

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(Photos : Ayumi Moore Aoki)

tom poisson, se passer des visages, interview, mandorTom Poisson a peaufiné ses 10 nouvelles chansons en tournée pendant près de deux ans avant de nous les offrir sur son nouvel album Se passer des visages. 10 petits bijoux "chanson pop" finement ciselés. Je le suis depuis le début de sa carrière (quelques mandorisations, seul ou avec Les Fouteurs de joies) et force est de constater qu’il est comme le bon vin. Il vieillit bien avec le temps. Assurément, le cru 2020 est sa meilleure cuvée.

Confinement oblige, nous avons réalisé cette interview par téléphone en fin de semaine dernière.

 

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter le disque Se passer des visages.

Ce qu'en dit Sylvain  Siclier dans Le Monde du 5 avril 2020: 

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Argumentaire de presse officiel, par Arnaud de Vaubicourt (mais légèrement écourté) :

Se Passer des Visages pourrait bien être l'album qui, paradoxalement, impose le faciès de Tom Poisson comme indispensable en 2020. Plus de quinze ans après le début de sa carrière, ce nouvel opus est en effet un recueil de chansons qu'il distille à visage découvert. Non pas que Tom Poisson ait nagé en eaux troubles jusqu'alors, mais ces titres éclairent la personnalité de l’artiste d'un halo assez nouveau. Les thèmes abordés ici, la violence conjugale (« Trois Bleus de Plus »), le drame des migrants (« Se Passer des Visages ») ou l'émancipation face à nos propres démons (« Ma Peur ») forment l'architecture de ces chansons, qu'il déploie sur des airs parfois légers, sautillants, où la mélodie semble alléger la profondeur des textes.

Des teintes sombres s'y profilent alors. Et comme il n'y a pas d'ombre sans lumière, le chanteur y imprime aussi une sensibilité galvanisante. Celui qui "faisait des chansons" en 2004 les vit dorénavant. Il les habite pleinement. C'est à ce titre que ce nouveau disque saute tout de suite aux oreilles comme un album intimiste dans lequel on se sent immédiatement inclus, invité, pris par la main. Dévoiler une peau neuve implique de se confronter à la réalité. Alors, lorsqu'il ne chahute pas avec son groupe Les Fouteurs de Joie, Tom Poisson se présente en live dans une formule plus intimiste, aux côtés de Paul Roman, dans un spectacle baptisé 2+1* - 2 hommes & 1 micro.

En filigrane de l'album, les mélodies, les guitares, arborent une simplicité, une épure qui séduit d'emblée. Les arrangements laissent alors la part belle aux motifs plus complexes, agencés par Tom Poisson et ses acolytes Alexandre Léauthaud et Fred Pallem. Ce travail d'orfèvre ouvre aussi la voie à des gimmicks synthétiques (14 ans plus tard) qui servent la rythmique avec entêtement. Au final, si se passer des visages est une option, et parfois une nécessité, se passer de ces dix chansons de Tom Poisson devient difficile dès la première écoute.

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(Photo : Ayumi Moore Aoki)

tom poisson,se passer des visages,interview,mandorInterview :

Ton premier album est sorti en 2004. Tu as donc 16 ans de carrière en solo, avec Les fouteurs de joie et tes projets « jeune public ». Tu es en permanence dans l’action.

J’ai toujours les mains dans le moteur parce que je n’ai jamais connu une autre manière d’envisager mon métier. Je n’ai jamais été signé par une grosse maison de disque qui m’a pris en main en me facilitant la tâche. Tant mieux parce que c’est ma petite entreprise. Elle me permet de varier les plaisirs. Je n’aurais pas pu me contenter de la casquette de chanteur et vivre ainsi : faire un album, une tournée, refaire un album, refaire une tournée… J’aurais vite tourné en rond. J’essaie de trouver des formes différentes pour continuer à m’amuser de l’intérieur. Mes projets ont la chance de fonctionner à une échelle qui me convient. Même si je ne suis pas dans les grands médias, j’ai la chance d’être toujours sur la route... et c’est déjà précieux.

Tu prends juste du plaisir avec ces matières que sont la musique et la chanson.

C’est exactement ça. Ça fait du bien d’avoir des projets différents et des implications différentes dans chaque projet. Ça te donne de l’air frais et ça t’évite de trop te regarder le nombril. Je fais ce métier avant tout pour trouver du partage. L’existence est tellement courte que le partage est mon moteur.

Clip de "De loin", réalisé par François Berdeaux.

Alexandre Léauthaud, autre Fouteur de joie, et Fred Pallem t’ont aidé pour les arrangements.

J’ai écrit toutes les chansons et j’ai impulsé toute cette énergie totale acoustique. Fred et Alexandre, qui sont comme deux frangins, ont arrangé certaines chansons. Alexandre a été musicien, arrangeur et surtout réalisateur de l’album puisqu’il a fait les prises de son et le mixage. Fred a passé une dizaine de jours avec nous et a pris à son compte les chansons les plus orchestrées.

Tu as testé tes nouvelles chansons lors de ton spectacle 2+1 avec  Paul Romain.

Je voulais trouver une dynamique scénique à ce projet. En les portants sur scène, ça m’a permis de les patiner et de les affiner.

En tout il y a avait 16 titres et tu n’en a gardé que 10.

Dans le propos et dans la forme, il ne fallait pas que ce soit redondant.  Du coup, je pense que ça ne l’est pas et je trouve qu’il y a une cohérence entre toutes les chansons.

Clip de "Trois bleus de plus", réalisé par Fernando De Azevedo.

Tes chansons sont fines et loin d’être lisses.

J’essaie de les rendre pertinentes et percutantes en fonction de l’angle de tir. Il y a une chanson sur une rupture, une sur le temps qui passe, une sur les migrants, une sur les violences conjugales. Le sujet abordé n’a d’intérêt qu’à partir où on choisit le bon angle pour raconter.

Tu ne parles plus beaucoup de toi dans ce disque.

Raconter ma vie ne m’intéresse pas, beaucoup moins qu’avant en tout cas. Je ne décide pas vraiment des thèmes qui vont se dessiner dans mes chansons. Au début, je trouve un gimmick, un mot qui amène une phrase qui amène un thème. Ma façon d’écrire est un peu impressionniste et intuitive.

"Les gifles",version à la maison pendant le confinement. 

Ton écriture a changé. Elle est devenue plus poétique.

Le musicien aussi a changé et le chanteur également. Certains artistes ont une immédiateté à 25 ans. Dans mon cas, c’est comme un puzzle, assez long à faire mais qui vaut sûrement le coup de voir terminé. La vie, les épreuves, le travail nous font grandir, cela se ressent forcément dans ce que l’on peut produire. Et puis, j’aime donner aux choses le temps de voir le jour sans force volontarisme. Je suis lent dans un monde qui va vite. C’est comme suivre un long parcours sensuel jusqu’à sa propre voix/voie.

Du coup, tu as mis longtemps à te trouver en tant que chanteur ?

J’ai mis du temps à trouver mon identité vocale. Au début, je ne faisais pas ce métier pour devenir chanteur. Mon premier album, en 2004, s’appelait Tom Poisson fait des chansons pour bien signifier que c’était le côté artisanal qui m’intéressait. Je me disais que livrer des chansons comme Brassens le faisait suffisait. Pas dans mon cas. Je le répète, j’ai dû passer par un long cheminement pour trouver ma voix de chanteur.

"Ma peur", version à la maison pendant le confinement. 

Il y a deux duos : « Les fantômes » avec Laurence Jaillet et « La chanson » avec Clio.

Laurence Jaillet est une chanteuse en reconstruction musicale. Elle avait un projet il y a quelques années et elle a envie de revenir. C’est une très belle personne et une très bonne chanteuse, c’est pour ça que je suis allé la chercher. Quant à Clio, elle est top. Je suis impressionné par son deuxième album. Les gars qui l’ont réalisé ont été vraiment malins. Ca l’a modernisé sans la pervertir, le tout en rendant justice à sa plume.

Tu es content de cet album ?

C’est la première fois que je suis hautement satisfait d’un disque. Je le trouve dense. J’assume parfaitement la forme poétique utilisée qui, je l’espère, n’est pas hermétique. L’auteur, le compositeur et le chanteur que je suis se sont enfin rejoints.

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(Photos : Ayumi Moore Aoki)

03 avril 2020

Bon Air : interview pour l'album Sauvage

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(Photo : Boby)

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewDu duo Bon Air, c’est d’abord Gaëtane Abrial que je connaissais. Je me souvenais de ses prestations en 2007 à la Nouvelle Star (éliminée en demi-finale, se classant 3e après Tigane et Julien Doré, le futur gagnant de cette édition). L'année suivante, elle avait sorti un album aux accents pop-folk, Cheyenne Song, produit et composé par André Manoukian, l'un des jurés du télé-crochet. Joli succès d’estime, mais pas de récidive. En 2010, elle commence à se produire avec son compagnon, Guillaume Farré, sous le nom The Mellow. En 2015, le duo change de nom et choisit Bon Air. Voilà pour le rapide historique.

Passons au présent. Le 28 février dernier est sorti leur premier album, Sauvage réalisé par Talisco, mandorisé là). Un album pop/folk à la fois lumineux, dansant, souvent émouvant, aux mélodies d’une redoutable efficacité.

Le 11 mars dernier,  peu de temps avant le confinement, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale pour une première mandorisation.

Le site officiel.

La page Facebook officielle.

Pour écouter l'album Sauvage.

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewArgumentaire de presse (très raccourci) :

Il n’existe pas d’autres frontières que celles que l’on s’impose. Tel pourrait être le credo de Bon Air, un duo qui fait le grand écart entre son Sud-Ouest natal et sa Nouvelle-Zélande d’adoption. C’est chez eux, à Guéthary, qu’une partie de l’inspiration de ce nouvel album est née. L’autre source se trouve à 20 000 kilomètres de là, dans cette Nouvelle Zélande où débutait il y a huit ans l’aventure humaine et musicale de Gaëtane et Guillaume. Un territoire sauvage, si loin de chez eux et en même temps si proche de leur style de vie de nomade. Partir au bout du monde pour retourner à l’essentiel. Into the wild, autour et en soi.

Cet album est une fresque, un voyage émotionnel, avec textes en anglais bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewet en français, des jeux de textures et de tonalités, des modes majeurs, mineurs, calés sur les battements du cœur C’est au Manoir, en toute liberté, dans des conditions quasi live et épaulé par le sorcier des studios Talisco, que Bon Air a poli ses pépites pop-rock : On y retrouve leur univers indie-pop, épicé de déchirures électriques, de caresses électro, de chœurs qui claquent comme des tambours tribaux. Les guitares acoustiques posées en avant, mais pas que. À l’instar d’une fratrie comme Angus et Julia Stone ou d’un couple des seventies comme les vibrants Richard et Linda Thompson, Gaëtane et Guillaume ont, eux aussi, trouvé l’alchimie, cette symbiose entre deux personnes qui abolit les frontières. Quelles que soient les planches qu’il foule, Bon Air souffle chaud sur les productions pop-folk actuelles.

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(Photo : Boby)

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewInterview :

Ça fait déjà 10 ans que vous chantez ensemble.

Gaëtane : Au début, nous nous sommes produits en Nouvelle-Zélande et on a été surpris de l’engouement des gens. On était là-bas surtout pour voyager, s’inspirer, mais on ne pensait pas jouer au point que cela devienne notre gagne-pain.

De retour en France, avant de monter le projet Bon Air,  il y a eu le duo The Mellow.

Guillaume : On a fait deux EP. L’un en 2012, Shelter, et le second, Seasons, en 2015. C’était un nom trop anglais, les gens ne comprenaient pas trop la signification.

Gaëtane : On a fini par se rendre compte que ce nom ne nous correspondait pas. On a donc choisi Bon Air. A Guétary, là où nous habitons, toutes les maisons ont un nom. Une s’appelle ainsi et on a trouvé que ça nous correspondait bien.

"De quoi j'ai l'air" en version acoustique.

Au début, vous chantiez en anglais. Cet album est en français, avec parfois de courts passages en anglais.

Gaëtane : Nous sommes rentrés de Nouvelle-Zélande il y a 9 ans. Nous nous sommes complètement réappropriés notre langue et notre culture française aujourd’hui... il était temps de le montrer.

Guillaume : Je t’avoue que, pour moi, chanter et écrire en français est une vraie découverte. C’est Gaëtane qui a commencé à écrire la première chanson en français, « De quoi j’ai l’air », qui est présente sur l’album. Je n’avais presque jamais chanté en français et ça m’a fait bizarre.

Oui parce qu’on ne chante pas de la même façon selon la langue.

Guillaume : En anglais, il y un léger marmonnement, alors qu’en français on articule beaucoup plus. Et puis j’ai l’accent du sud-ouest quand je parle, j’avais peur de faire trop Cabrel en chantant en français (rires).

Gaëtane : Textuellement, on a toujours autant fait attention aux textes en anglais qu’en français, mais il est clair que chanter en français à tout changé avec le public. Le retour des gens est plus intense, plus profond, depuis qu’ils comprennent les paroles.

"Aventurier", en version acoustique.

Vous vous êtes toujours sentis artistes ?

Gaëtane : Toujours. Pourtant, dans ma famille personne ne fait de la musique, même si elle en écoutait beaucoup. Depuis toute petite, je savais que j’allais faire de la musique. C’est très profondément ancré en moi, mais c’est impossible à expliquer.

Guillaume : Mes parents avaient beaucoup de 33 tours de musique américaine. Ma mère est suédoise. A 12 ans, j’avais une guitare et avec elle, je déchiffrais les paroles de Bob Dylan ou d’autres song writers. La musique était une passion. Quand j’ai commencé à voyager, elle m’a permis de partager et de faire beaucoup de rencontres. C’est un sacré lien social !

Avoir un premier album, c’est important pour vous ?

Gaëtane : Nous continuons notre chemin tranquillement. Ces dernières années, nous faisons presque 100 concerts par an, donc nous sommes déjà très contents de notre sort. Cet album est juste une continuité. Bon, j’avoue, le voir en vrai est émouvant. C’est quand même le symbole de deux ans de travail.

Vous avez créé Sauvage en  toute liberté.

Gaëtane : On ne peut pas travailler si on n’a pas une totale liberté. Nous avons été très impliqués dans toutes les étapes de la création de ce disque.

Clip officiel de "Sauvage". Réalisation / Photographie : Valentin Duciel. Co-réalisation : Gaëtane Abrial. Assistance photo : Maya Erba. Production exécutive : Konsu Agency (Wesley Wilquin).

C’est vous qui avez demandé à Talisco (Jérôme Amandi) d’amener sa pierre à votre édifice ?bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interview

Gaëtane : Oui. Quand on a écouté ses disques, on a su que c’était un son comme ça que nous voulions. On aimait l’âme et l’énergie que dégagent la musique de Talisco. Quand on a pris la décision d’amener nos chansons plus loin en sortant de notre binôme, il s’est imposé à nous. Un regard extérieur et faire évoluer notre musique étaient primordial. Nous l’avons contacté et ça a collé entre nous. On le remercie parce que c’est la première fois qu’il collabore avec quelqu’un.

Guillaume : Nous voulions des sons un peu tribaux qui nous permettent de danser en rond (rires). On a enregistré les chansons en deux fois une semaine dans une vieille maison avec un studio de 100 m2 de manière la plus live possible.

Gaëtane : Nous avons travaillé vraiment main dans la main. Chacun amenait ses idées et nous en discutions. Talisco, Guillaume et moi sommes trois pointilleux et exigeants, donc nous avons beaucoup  échangé, testé… c’était hyper intéressant. Talisco est quelqu’un de très franc et droit, beaucoup dans la communication, donc tout était clair et sain entre nous. C’est un vrai bonheur de faire un disque dans ces conditions musicales et humaines.

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(Photo : Boby)

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewDans vos chansons, comment vous vous distribuez vos temps de chants respectifs ?

Gaëtane : On chante beaucoup à deux dans les refrains. Sinon, on fait de la musique ensemble depuis tellement longtemps que le partage des chants vient naturellement.

Vous écrivez et composez tous les deux ?

Guillaume : Oui, mais chacun de notre côté. Une fois que quelque chose nous plait, on le propose à l’autre qui peut très bien se permettre de corriger pour parfaire la chanson.

Quand est-ce que vous savez quand une chanson est bonne ?

Gaëtane : J’ai besoin d’être émue et même d’avoir les poils au moment où je fais la chanson. Au stade d’ébauche, il faut que je sois touchée, sinon, je laisse tomber.

Guillaume : Moi, ce n’est pas pareil. Je pars d’une idée ou d’une émotion.

Vos chansons pop sont solaires.

Gaëtane : S’il y a parfois un fond de mélancolie, nous faisons en sorte que nos chansons soient toutes lumineuses. Nous sommes comme ça dans la vraie vie. Bon Air, ce n’est pas un projet, c’est une partie de nous au quotidien. Nous sommes des épicuriens et j’espère que cela s’entend dans nos chansons.

En quoi cet album vous ressemble ?

Gaëtane : Il nous représente totalement car il correspond complètement à notre mode de vie. Notre préoccupation première n’est pas tant la musique que la volonté de vivre dans l‘instant, en fonçant tête baissée vers cette vie sauvage.

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Le 11 mars 2020, après l'interview.

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01 avril 2020

Acquin : interview pour l'album Bareback

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(Photos : Selena Fontaine)

Acquin-619bySelenaFontaineweb.jpgAprès un premier EP en 2016, Choix Esthétiques, Acquin vient de sortir son premier album, Bareback. Neuf chansons poétiques, tourmentées et profondes réalisées par Frédéric Lo (mandorisé là) aux sonorités pop-rock et aux accents queer. Ce disque-là est mon coup de cœur de ces quatre premiers mois de 2020. Musicalement et textuellement, je me prosterne.

Le 6 mars dernier,  je lui ai donné rendez-vous dans un café de la Gare du Nord.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Bareback.

Interview très intéressante (et complémentaire de celle-ci) pour Idoles Mag.

Biographie officielle :Acquin-617bySelenaFontaineweb.jpg

Chanteur, pianiste, auteur-compositeur C'est d'abord par une formation classique que le petit Acquin, à l'âge de quatre ans, fait ses premiers pas au violon par la méthode Suzuki. Puis il rejoint le conservatoire Gabriel Fauré à Paris à l'âge de 8 ans où il poursuit ses études de solfège et d'instrument avec l'enseignement de Hratchia Haroutunian. Il se produit avec l'orchestre inter-conservatoire dans différentes salles parisiennes dont notamment la salle Gaveau où il accompagne l'altiste soliste Yuri Bashmet. Il poursuit ses études musicales au CNR de Lyon où il se perfectionne en harmonie. En parallèle de cet apprentissage de la musique classique, il s'initie en autodidacte aux rythmes pop/rock…

IMG_5917.JPGArgumentaire de presse :

Loin des chansonniers, Acquin (comme coquin, taquin, parisien, baldaquin, Saint Thomas d’Aquin ?) lorgne plus du côté post-punk eighties et rock du genre, à l’empreinte musicale forte, tourmentée et ciselée. Sous une parure aux élégances rock, il délivre ses chansons sombres et distantes. Leur écoute sera au choix clinique, esthétique ou ironique. C’est selon. A travers une esthétique narrative et distanciée, la trame générale de Bareback dépeint et savoure différentes expériences de vie, de violences, de méandres amoureux, venant occuper l’existence et pallier son inquiétante absurdité. Cet album, continuité d’un premier EP Les Choix Esthétiques, d’une expérience live, et de la rencontre avec Frédéric Lo, s’inscrit dans une filiation avec l’album Crèvecoeur de Daniel Darc.

Des textes sombres et élégants qui collent avec la douce pop proposée.” ROCK & FOLK

Bareback n'affirme rien et préfère au contraire suggérer dans un spoken word déroutant et un bel art du contrepoint. Un disque tendu, bipolaire et caractériel.” MAGIC

Il y a une filiation avec Daniel Darc tout en ayant une singularité et une pertinence dans l’écriture des compos. J’ai aussi trouvé un lien avec Mendelson, le label Lithium, Burger et Biolay. Les textes sont étranges, avec quelque chose d’hors format. On retrouve la culture du musicien classique qui se met à l’écriture de la chanson.FRÉDÉRIC LO

« Jouissives et inhabituelles chansons, en ces temps aseptisés, sachant chanter gaiement le désir et le sexe, les bars de nuits et l’oubli. » TELERAMA (3 clefs).

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(Photo : Selena Fontaine)

IMG_5898 (3).JPGInterview :

Est-ce ce que c’est ton parcours musical « classique » qui t’a permis de sortir des chemins balisés de la pop française ?

C’est dur de répondre à cette question. Il y a un côté « avoir su pour oublier ». Mes connaissances, je ne les utilise pas, mais je ne sais pas si c’est volontaire ou non. L’harmonie dans la musique classique n’a pas bougé depuis Bach,  nous sommes nombreux à tenter de faire évoluer les curseurs.

Avant ton projet Acquin, tu as joué dans des groupes ?

Oui, je faisais de la basse dans un groupe rock avec des potes. A l'époque, je ne chantais pas encore. J’ai mis du temps à m’autoriser à composer des morceaux et à écrire des textes.

Clip de "Gender bender", extrait de l'album Bareback.

Quand as-tu décidé de t’y mettre sérieusement ?

J’étais en colocation avec quelqu’un qui avait un piano, donc je m’y suis mis. Je composais des chansons. Disons que c’était de la chansonnette. Beaucoup de mes premières créations sont restées secrètes jusqu’au moment où une m’a plu, puis une deuxième, puis une troisième… bref, un gars à qui j’ai fait écouter ces chansons me fait connaitre Maxime Lunel qui avait le studio Mastoïd à Pantin. C’est là que j’ai fait mon premier EP, Choix Esthétiques. Avec ce disque, on a fait des petites scènes à Paris.

Comment as-tu contacté Frédéric Lo pour travailler avec lui pour ton premier album?

J’avais tellement aimé son travail sur l’album de Daniel Darc, Crèvecœur, que je rêvais qu’il accepte de réaliser mon album. Je l’ai contacté sur Facebook. Il n’a pas répondu la première fois. J’ai récidivé et il a fini par me demander de lui envoyer des maquettes. Il les a écoutés et les a aimés. A ce moment-là, on a décidé de se rencontrer.

Ça t’a fait quoi de te retrouver avec lui dans son studio ?

C’était émouvant. Etre là où avaient enregistré Daniel Darc et tant d’autres…

Live Session de "Bareback", tiré de l'album Bareback, au Studio Mastoid, à Pantin. Guitare : Olivier Legall. Basse : Stéphane Mugnier. Batterie : Thomas Chalindar.

Acquin-583-bySelenaFontaineweb (2).jpgComment as-tu découvert l’album Crèvecoeur ? (Après la mandorisation d'Acquin, en bonus, mon interview de Daniel Darc en 2004 à l'occasion de la sortie de cet album..)

C’est un pote qui me l’a fait découvrir en 2012 après lui avoir fait écouter des maquettes. Il y trouvait un rapprochement. Après, j’espère qu’il ne m’a trop influencé dans ce que je fais aujourd’hui… On ne se rend jamais bien compte comment on peut être influencé par les autres.

Mélodiquement, tes chansons sont d’une efficacité redoutable.

Merci. Pourtant, j’aime que mes chansons soit sur un fil un peu casse gueule : je cherche toujours la frontière infime entre le kitsch, le raté et le réussi.

Quand tu me parles, tu n’as pas la même voix que quand tu chantes et ta personnalité ne correspond pas à ce que je m’étais imaginé en écoutant tes chansons. C’est très troublant.

On me le dit souvent (rires). Mais je n’ai pas l’impression de mentir. Il y a un côté plus sombre dans mes chansons, alors que je ne suis pas un grand mélancolique dans la vie. Je montre une part noire de moi-même, mais que l’on pourrait éventuellement trouver drôle.

Live session de "Groupe", tiré de l'album Bareback, au Studio Mastoid à Pantin. Guitare: Olivier Legall. Basse: Stéphane Mugnier. Batterie: Thomas Chalindar.

Si je te dis que tu es le Bret Easton Ellis de la chanson ?

(Rires) Je comprends que tu me dises ça, mais je tiens a rassuré tout le monde, je ne découpe personne en morceaux, comme dans American Psycho. Je ne cherche pas le décalage entre mon physique et ce que je chante, mais tant mieux s’il existe. En tout cas, je ne vais pas me créer un personnage parce que je n’ai pas envie de faire faux.

Tu évoques des histoires d’amour un peu borderline et non genrées ?

Oui, et en même temps, je ne cherche pas à être trop explicatif. Quand ça commence à être trop précis, j’aime moins. J’écris comme on fait de la peinture. Quand je crée une chanson, je commence toujours par la musique. Très vite un mot arrive, puis un autre, et la chanson commence à prendre forme. Rien n’est organisé, c’est à l’instinct phonétique que tout démarre.

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Pendant l'interview...

Ce sont des histoires vraies ?

Beaucoup de ce que je raconte vient de situation vue, entendue, racontée et ensuite, j’ai un peu transformé pour universaliser les histoires. Mes chansons sur le désir ne sont pas dans le militantisme.

Tu es content de cet album ?

Ca dépend des jours. Heureusement que j’ai travaillé avec un réalisateur sinon, je n’aurais jamais terminé le disque. Je pourrais modifier des choses à l’infini. Je ne peux pas être entièrement satisfait de cet album, sinon, je ne pourrai rien faire après.

Et qu’en pense Frédéric Lo ?

C’est quelqu’un de très réservé. Il m’a fait penser à mon ancien prof de violon qui lorsqu’il disait que c’était bien, ça voulait dire que c’était bien. Frédéric m’a juste dit : « c’est un beau disque ».

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Après l'interview, le 6 mars 2020.

Bonus: En 2004, j'ai rencontré Daniel Darc à l'occasion de la sortie de son album Crèvecoeur  (dont il est question dans cette mandorisation) pour le magazine L'hebdo (l'hebdomadaire des magasins Virgin). Je n'avais jamais publié cette interview chez Mandor. L'occasion était belle...

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30 mars 2020

Gemma : interview pour son second EP

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(Photo : Léa Tartière)

Gemma est apparue en 2015 avec un premier EP,  Juste après. Remarquée par France Inter et une partie de la profession. Personnellement, j’étais un peu passé à côté, mais à l’écoute de ce deuxième EP éponyme, j'ai été conquis immédiatement. De la pop moderne avec de jolis textes, parfois un peu grinçants, ce n’est pas notre lot quotidien. Sa sensibilité m’a beaucoup parlé.

Nous nous sommes attablés dans un bar de la capitale le 25 février dernier pour une première mandorisation qui, je l’espère, ne sera pas la dernière.

Sa page Facebook officielle. 

Pour écouter l'EP.

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandorArgumentaire de presse :

Gemma aime la pluie, les longues soirées d’hiver, les rendez-vous ratés et les explications inutiles.
Gemma n’aime pas le vide, le bruit, les odeurs d’essence et le mépris.
Gemma aime donner du sens aux aléas, aux détails du quotidien, aux silences entre deux mots, et à la musique des songes.

Gemma a séduit Didier Varrod et Valli sur France Inter, a joué devant Benjamin Biolay et Gaëtan Roussel, Alex Beaupain et Jeanne Cherhal.

Entre la liberté et le carcan sociétal, entre le désir d’être entendue et l’envie de se taire, Gemma écrit, compose et interprète un nouvel EP réalisé par Olivier Lude (Vanessa Paradis, - M-, Catherine Ringer, Johnny Hallyday, Yodelice...), une collaboration née au fil de l’accompagnement fidèle de la Coopérative de Mai, la SMAC de Clermont-Ferrand.

L’EP :gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandor

En six titres étincelants et grinçants, habillés de musiques urbaines et de pop fragile, GEMMA parle du narcissisme maladif de notre société (« Les Autres », single partagé et co-écrit avec le chanteur et comédien Pierre Rochefort), de sentiments contrariés et d’amours inoubliables (« Jamais mieux que toi »), une touchante et désarmante légèreté de l’être traduite également en langue des signes, dans un spectacle pour personnes sourdes et malentendantes. 

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(Photo : Léa Tartière)

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandorInterview :

Quel est ton cursus professionnel ?

J’ai eu une formation en violon et en piano au Conservatoire de musique jusqu’à l’âge de 16 ans. Ensuite, je me suis mise à la guitare et j’ai commencé à composer mes premières chansons vers 20 ans. Parallèlement, j’ai fait des études assez longues, ce qui fait que je ne me suis pas focalisée sur la musique. J’ai un DEUG en Lettres et en art du spectacle. J’ai aussi une maîtrise en science du langage et j’ai suivi les cours Florent. Enfin, j’ai passé un master de médiation culturelle à Clermont-Ferrand. Ça fait cinq ans que je suis devenue plus professionnelle dans le milieu de la musique grâce à un concours de France Inter qui m’a permis de me faire remarquer par des professionnels. Sinon, à côté de ça, je suis prof d’éducation socio-culturelle. Ça reste dans l’artistique.

Tes parents t’ont-ils éduqué musicalement ?

Dans ma famille, à part moi, personne ne fait de la musique. Le Conservatoire, c’est un choix personnel. Mes parents ne m’ont pas incité à le faire. A la maison, ils écoutaient beaucoup de variété comme Souchon ou Goldman. De moi-même, à l’adolescence, je suis allée vers Jacques Brel, Charles Aznavour et Barbara. J’étais aussi très rock, Bob Dylan, Nirvana, Gun’s N Roses… J’aime aussi beaucoup William Sheller, Stephan Eicher et Véronique Sanson. Bref, plus jeune, j’étais rock et chanson française.

"Jamais mieux que toi", tiré du deuxième EP de Gemma. Ceci n'est pas un clip, mais une séquence vidéo expérimentale. 

Je sais qu’aujourd’hui, textuellement, tes préférences vont vers le hip hop.

Les rappeurs sont très doués. Oxmo Puccino et Orelsan ont des textes qui font réfléchir. C’est très riche.

Ce  deuxième EP est extrêmement bien réalisé. Il a un son d’aujourd’hui que j’apprécie beaucoup.

A la base, j’écris en piano-voix, mes chansons sont donc très acoustiques. Pour ce disque, je voulais des arrangements en phase avec ce qu’il se fait aujourd’hui. C’est La Coopérative de mai à Clermont Ferrand qui m’a mis en lien avec Olivier Lude, un ingénieur du son qui  a travaillé avec des artistes majeurs français. Lui-même m’a mis en lien avec d’autres arrangeurs. A trois, ils ont fait les arrangements de mes chansons piano-voix. Si cet EP pop chanson française trouve son public, l’idée est que nous nous retrouvions tous plus tard pour faire un album.

En écoutant les textes, j’ai eu l’image d’une femme qui doute, qui vit des histoires d’amour qui ne sont pas très positives.

Tu as bien cerné le personnage. Dans la vie, je crois que l’on tourne tous autour du même thème. Mon thème de prédilection est la rupture, mais la rupture au sens large du terme. Autant la rupture amoureuse que la rupture avec la société. La rupture de l’être, en fait. Je précise que ce n’est pas lié au fait que j’ai raté mes histoires amoureuses, puisque je vis une histoire qui fonctionne très bien depuis des années. Après, c’est vrai que je suis fragile et que j’ai des doutes. Il n’y a que les cons qui ont des certitudes.

"Déconsidération" (chanson qui ne figure pas sur le 2e EP  de Gemma). Prestation filmée par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes (Studio 3).

C’est rare aujourd’hui, mais ton disque n’est pas foncièrement « féministe ».

Un peu quand même, mais involontairement. A partir du moment où on est une femme, il est évident qu’on est féministe. Parfois je parle des hommes dans mes chansons de manière pas très sympathique, mais j’ai conscience qu’ils ne sont pas tous des cons. Toutes les femmes ne sont pas parfaites non plus.

Tu as fait beaucoup de premières parties. Récemment avec Pomme devant 1500 personnes.

Je n’ai jamais fait un concert comme ça. C’est la première fois que je ressentais à ce point-là la force du public. 1500 personnes qui applaudissent, c’est indescriptible. C’est comme un tsunami. Ça réchauffe l’âme.

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Sur la scène de Trois Baudets, le soir de l'interview, le 25 février 2020.

Tu aimes la scène ?

Oui, même si je suis à la base une fille de l’ombre. Ce que j’aime vraiment, c’est écrire et trouver la musique qui va avec. Pour moi, c’est un peu scientifique. C’est comme une équation que l’on est en train de résoudre et à la fin, on a le résultat de notre travail. Dans le cerveau, le solfège se trouve au même endroit que les mathématiques. Ce n’est pas un hasard.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pour savoir si mes textes peuvent toucher les gens. Si je vois que c’est le cas, je trouve que c’est utile de continuer à me produire sur scène et de faire des disques.

"Les autres" par Gemma et Pierre Rochefort (clip officiel, solidaire et confiné), tiré du 2e EP de Gemma. 

Sur scène, tu es à l’aise. Tu fais même rire le public.

A l’issue des concerts, il y a des personnes qui me disent que je devrais faire du one-woman-show. Comme je ne suis pas à l’aise d’avoir toute la lumière sur moi parce que je suis timide, je compense par l’humour.

Pourquoi te mets-tu en avant si tu es timide ?

L’être humain est ambivalent. C’est bien de l’admettre, ça peut nous aider. Moi, je suis au paroxysme de mon ambivalence. Je suis timide, j’ai le trac, je me demande pourquoi je fais ça, mais j’ai trouvé la réponse. J’aime ça.

Il y a des gens avec lesquels tu aimerais travailler ?

Albin de la Simone, Vincent Delerm ou Alex Beaupain… je les apprécie beaucoup.

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Après l'interview, le 25 février 2020.