Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02 mars 2011

Mes livres de l'hiver 2011 (5) : Luc Doyelle pour "Qui veut la peau de Nestor Boyaux?"

luc doyelle, lucius von lucius, qui veut la peau de nestor boyaux, interview

Après Mes livres de l’été 2010, Mes livres de l’automne 2010, voici le quatrième numéro de Mes livres de l’hiver 2010/2011. Après les frères Fouassier, Eric et Luc Michel pour leurs ouvrages respectifs, Le Traducteur et Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre, Frédéric Mars pour Lennon Paradise, le roman posthume de John Lennon, Bertrand Guillot pour b.a.-ba, Pierre Pelot pour Maria, je reçois Luc Doyelle pour son « road book » Qui veut la peau de Nestor Boyaux ? (Laura Mare Éditions).

luc doyelle, lucius von lucius, qui veut la peau de nestor boyaux, interview4e de couverture :

Le polar selon Lucius…
Méfiez-vous le jour où votre ami de toujours débarque après dix années de silence radio.
Prenez garde s’il vous propose sur un plateau la solution à tous vos problèmes.
Mais surtout… restez vigilant si votre ami se nomme NESTOR BOYAUX !
Ces retrouvailles chaleureuses seront les prémices d’une étrange descente aux enfers. Lorsqu’un clochard prend le contrôle de votre destinée, que la radio diffuse des informations surprenantes, et que la maréchaussée se pointe à tous les coins de rue, il est temps de crier au secours !
Une épopée polaroïde parsemée d’humour et de suspense.

luc doyelle, lucius von lucius, qui veut la peau de nestor boyaux, interviewL’auteur (par lui-même):

Luc Doyelle nait en 1963 sur les bords de la Voulzie (Seine et Marne). Sa mère le trempe alors dans le fleuve en le saisissant par l'oreille gauche, qui restera à tout jamais son point faible (son attrait pour les bonnets rouges et la plongée sous-marine restera dans la légende).
A huit ans, il gagne son premier tour de France tricycle, puis un accident de coton-tige met fin à sa carrière. Il se reconvertit dans le coloriage professionnel, puis organise des courses clandestines de koalas en forêt de Chenoise avant de se découvrir une passion pour l'écriture. Ce sera la consécration : Les liaisons presque dangereuses, puis C'est au pied du mur qu'on mange des merles, scelleront le destin de tout un peuple. Qui veut la peau de Nestor Boyaux? est son troisième roman.

Consacrer une note à Luc Doyelle, qui sort son livre dans la même maison d’édition que le mien (mais, c'est lui qui est arrivé preum's), ressemble à du copinage. Méfiez-vous des apparences ! (Je connais quelques esprits chagrins.) Je suis la carrière littéraire de cet auteur depuis 2008. Je l’ai déjà mandorisé deux fois (voir et), sans même connaître son éditrice, devenue la mienne aujourd’hui. Laura Mare a repéré mon blog parce que j’ai interviewé quelques auteurs de chez elle.

CQFD.

(Bon, je précise aussi qu’il a fait de moi un des héros de ce picaresque roman).

(Je n’y suis pas insensible, certes).

(Vous connaissez tous mon ego surdimensionné !)

(Non? Et bien regardez ce que je suis capable de faire... vous montrer deux  exemples (parmi d’autres)…)

luc doyelle, lucius von lucius, qui veut la peau de nestor boyaux, interview

 Ou encore...

luc doyelle, lucius von lucius, qui veut la peau de nestor boyaux, interview

Moin CV dans un roman, je n’y avais pas songé… merci Luc. Tu as toujours de bonnes idées!

 

Plus sérieusement, Luc Doyelle, je suis fan de son œuvre. Il me fait rire et me détend avec ces histoires rocambolesques et surréalistes. Et humainement, l’homme est bon.

Il m’a rejoint dans un bar parisien, le 26 janvier dernier (autant dire hier… hum !) pour une interview express.

luc doyelle, lucius von lucius, qui veut la peau de nestor boyaux, interview

Pourquoi es-tu le héros de tes propres livres ?

Le premier, Les liaisons presque dangereuses, était un roman en grande partie autobiographique… ensuite, je me suis pris au jeu. Quand, j’ai écrit mon deuxième roman, j’ai tout simplement voulu garder les mêmes personnages. Je les aimais beaucoup et les lecteurs les trouvaient très attachants. Donc, naturellement, ils se sont retrouvés aussi dans le troisième. Ce que j’aime bien, c’est faire apparaître des petits nouveaux qui viennent se greffer sur l’environnement du noyau de base. Lucius, les mectons et les autres… ils enrichissent cet environnement. Il y a des chassés-croisés dans mes histoires. Des gens qui disparaissent, d’autres qui apparaissent et beaucoup reviendront… toi, tu apparais par exemple.

As-tu le sentiment de construire une œuvre ?

J’ai toujours en mémoire l’œuvre d’Isaac Asimov par exemple, qui a écrit deux cycles. Le cycle des robots et Le cycle des fondations et ces deux cycles se sont à un moment donné, imbriqués l’un dans l’autre. J’aime l’idée de construire, enrichir et tisser des toiles pour réunir tous les romans.

Qui est Nestor Boyaux ?

C’est un personnage qui était déjà dans mon premier roman, mais qui ne s’appelait pas ainsi. C’est un homme qui existe vraiment, qui est un de mes amis. Il est tellement atypique, tellement pittoresque que j’avais envie de le mettre en scène de façon plus élaboré de ce que j’avais esquissé dans le premier. Je voulais placer toute l’intrigue sur lui, sur sa personnalité et en faire le personnage principal.

Il est vraiment comme tu le décris dans le roman… aussi barge ?

J’accentue toujours le trait dans mes romans, il n’en reste pas moins que c’est un type effectivement complètement fou, une espèce d’extra-terrestre. Nestor Boyaux, c’est un réel plaisir de brosser son portrait.

Et le clochard, c’est aussi un pote à toi ?

Non, c’est un personnage complètement inventé. Il a presque le rôle principal.

Tu utilises beaucoup de retour en arrière pour expliquer l’histoire ?

On découvre Nestor Boyaux uniquement à travers des flashbacks, donc des souvenirs d’enfance de Lucius, qui permettent d’une part de dresser le portrait de Nestor et d’essayer de déterminer ce qui a bien pu lui arriver.

L’intrigue dans le roman démarre lentement et d’un seul coup, ça va s’accélérer à vitesse grand V.

L’action tombe comme la nuit noire en plein hiver. Le rythme enlevé arrive quand un clodo fait irruption dans la voiture de Lucius. Lucius est pris de court, il comprend tout de suite qu’il est arrivé quelque chose à Nestor Boyaux, son meilleur ami et soudain, tout va lui échapper. Dans l’affolement général, il va s’en remettre à ce clodo qui lui présente une porte de secours sans savoir où elle va déboucher.

À partir de là, ce roman devient un road movie…

Il y a une grande part de folie qui arrive à ce moment-là. Tout part en sucette !

Il faut bien suivre l’action dans tes livres…

Dans le précédent, il y avait des allers-retours dans le passé et le présent et dans celui-là, il y a des allers-retours entre trois périodes. Le présent immédiat, un passé très proche et un passé beaucoup plus lointain qui sont les souvenirs d’enfance. Il faut suivre, mais en même temps, c’est clairement délimité. Disons juste que c’est un roman très rythmé. Dans le deuxième roman, il y avait une part de fantastique et je n’avais pas cherché à être crédible, mon objectif était de faire rire et détendre le lecteur. Dans Nestor Boyaux, j’ai essayé d’être un peu plus crédible, mais le but du jeu était encore de faire rire le lecteur… 

luc doyelle, lucius von lucius, qui veut la peau de nestor boyaux, interview

Bravo à Luc Doyelle! J'attends le quatrième avec une impatience non dissimulée.

07 février 2011

Mes livres de l'hiver 2011 (4) : Pierre Pelot pour "Maria"

Pelot couverture.jpg

Après Mes livres de l’été 2010, Mes livres de l’automne 2010, voici le quatrième numéro de Mes livres de l’hiver 2010/2011. Après les frères Fouassier, Eric et Luc Michel pour leurs ouvrages respectifs, Le Traducteur et Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre, Frédéric Mars pour Lennon Paradise, le roman posthume de John Lennon, Bertrand Guillot pour b.a.-ba, voici le nouveau livre de mon écrivain préféré, Pierre Pelot, Maria (paru aux éditions Héloïse d’Ormesson).

Présentation de l'éditeur

Les Vosges sous l'occupation nazie. Maria est institutrice. D'une beauté saisissante, elle coule des jours insouciants avec son mari, Jean, patron du bistrot du coin. Lorsque les maquisards viennent la chercher à l'école devant ses élèves, ils promettent de la ramener bientôt, que tout ira bien… Commence alors le calvaire de Maria. Un calvaire qui durera toute sa vie. Car voilà : Jean est un traître, un collabo, et beaucoup sont morts par sa faute. Pour l'avoir aimé, Maria sera battue, torturée puis violée, avec à jamais gravé en elle la disgrâce et la cruauté de ceux que la France élèvera bientôt au rang de héros. Elle n'en parlera à personne. Cinquante ans plus tard, un jeune homme arrive dans cette vallée par une nuit neigeuse. Il vient rendre visite à l'une des pensionnaires de la maison de retraite. La voix fatiguée d'une conteuse sur les ondes d'une radio locale l'accompagne dans son périple nocturne. Pour ses auditeurs, elle évoque l'histoire de ces terres où gèlent les eaux de la Moselle. Les fantômes du passé planent sur son récit.

Avec Maria, Pierre Pelot revient à sa géographie intime, honorant, dans cette langue percutante et sensible, la mémoire d'une région aussi écorchée que son personnage. Alors que la neige fond et devient boue, visages des résistants et des nazis se confondent. Un roman entre drame intimiste et thriller historique, aux paysages blancs issus d'Un roi sans divertissement de Jean Giono.

 

L’auteur :

Né en 1945 à Saint-Maurice-sur-Moselle où il vit toujours, Pierre Pelot a signé plus d’une centaine de livres, du polar à la SF. Il est l’auteur notamment de L’Été en pente douce, C’est ainsi que les hommes vivent (prix Erckmann-Chatrian), Méchamment dimanche (prix Marcel Pagnol), L’Ombre des voyageuses (prix Amerigo Vespucci) et La Montagne des bœufs sauvages.

Pelot cow boy.jpg

Pour être sincère, je suis un très grand amateur de l’œuvre de Pierre Pelot. Je l’ai rencontré très souvent. (Voir ici ). Le 20 janvier dernier, nous avons déjeuné ensemble dans un restaurant parisien. Il est venu accompagné de sa femme Irma (la reine de la tarte Tatin) et son attachée de presse Audrey Siourd (que je considère plus comme une amie que comme une attachée de presse, elle le sait…). Avant l’entretien en tête à tête avec l’auteur, nous avons passé un très bon moment. Drôle et parfois émouvant. Merci à tous les trois !

Pierre Pelot 20.01.11 2.JPG

Mandor : Ce n’est pas la première fois que tu évoques cette période-là de l’histoire, mais c’est la première fois que tu as pris le parti de dire que dans aucun des camps, personne n’était tout blanc ou tout noir. En l’occurrence, dans Maria, les résistants ne sont pas exempts de tout reproche.

Pierre Pelot : Si j’avais voulu faire un livre sur la résistance dans les Vosges ou ailleurs, je n’aurais pas choisi cet angle. Ce livre est davantage et avant tout l’histoire de Maria. Il se trouve que pour que son histoire soit son histoire, ça passe par là. Au départ, c’est une histoire vraie. Il y a vraiment eu un salaud qui a dénoncé des maquisards dans un village proche du mien. Ils ont été raflés, embarqués et sur les 60 et quelques, il y en a seulement 20 qui sont revenus… et pas en très bon état. Après cet épisode-là, une deuxième lettre anonyme a dénoncé le type. Il y a une version qui dit que les maquisards l’ont accueilli à la descente du train et l’ont butté. Ils ont embarqué aussi sa femme, qui, au passage, n’était peut-être pas innocente non plus. Elle aurait été violée deux-trois jours avant d’être relâchée. Elle a vécu toute sa vie avec l’opprobre de tous. Elle a eu un fils, elle a tenu un petit café qui faisait épicerie et elle est morte après une vie abominable. C’est tout. Je suis parti de cette histoire réelle pour écrire mon roman.

Portais-tu en toi  cette histoire depuis longtemps?

Je l’avais en tête depuis longtemps, c’est vrai. Mais l’idée de l’écrire a été soudaine. Le déclenchement a eu lieu quand j’écrivais « La montagne des bœufs sauvages ». Dans ce livre il y a plusieurs petites histoires ayant rapport avec les Vosges. Parmi elles, celle de Maria. Des personnes bien avisées ont considéré qu’elle était trop bien, je l’ai donc retiré du livre et je l’ai arrangé pour en faire le roman dont nous parlons ensemble.

Pierre Pelot 20.01.11 7.JPG

L’opprobre qu’a vécu cette femme a perduré toute sa vie.

Dans ma région, quand on parle de cette histoire, on continue à en parler sous cet angle là. De manière sournoise. Tu sais, il y avait des croix gammées sur sa porte. Elle ne les a jamais effacées. C’est terrible de vivre une vie comme ça. J’ai aussi voulu aussi expliquer qu’à partir du moment où tu te donnes le droit à la justice, forcément ça dérape. Il y a eu plein d’histoires comme ça avec les résistants. Quand eux-mêmes attrapaient des Allemands, ils ne leur faisaient pas de cadeau. Les résistants dont je raconte l’histoire dans Maria, s’ils ont commis ce qu’ils ont commis, je suis à peu près certain que beaucoup d’entre eux, dans la semaine qui a suivi, ont amèrement regretté leurs actes.

Tu penses qu’ils étaient dans une forme d’endoctrinement ?

Je pense qu’il y avait de ça. Certains connaissaient Maria de vu puisqu’ils habitaient pour la plupart dans le même village. Ils n’étaient surement pas des mauvais.

Pierre Pelot 20.01.11 4.JPG

Ton livre interroge le lecteur sur la possibilité que l’on puisse être tous pourris un jour.

Par la force des choses, je pense que oui.

Dans Maria, tu ne juges jamais les uns ou les autres et tu ne prends pas parti. Te demandes-tu parfois ce que tu aurais fait, toi, pendant cette période trouble de l’histoire ?

Bien sûr. Et je n’ai pas de réponse. Je n’aurais peut-être pas été un héros. Quand tu as la trouille, je crois que l’être humain est capable de faire des tas de choses pas très belles.

Maria a un fils dont on ne sait pas s’il est de son mari ou s’il est issu de son viol collectif. Quoi qu'il en soit, après avoir veillé à ce quelle ne manque de rien et qu’elle s’en sorte financièrement, il l’abandonne.

Oui, mais je trouve qu’il a été un bon fils. Toute sa vie de petit garçon, il a subit ce qu’à subit sa mère. Il a été honnête, bon travailleur et a attendu que sa mère puisse être indépendante pour prendre son indépendance et son envol. S’il n’avait pas rencontré une foraine, donc itinérante, il serait peut-être resté, après tout. À partir de là, en effet, il n’a pas donné beaucoup de nouvelles.

On a l’impression que Maria ne vit pas bien cette séparation, mais qu’elle s’y résout quand même. Elle ne s’appesantit jamais sur elle-même.

C’est pour ça que quelque part elle est digne et admirable. Jamais elle ne geint, mais elle ne perd pas son idée de base.

(Je n’écris pas le reste des propos de Pierre Pelot, car il en dévoile un peu trop sur l’issue de son roman).

Pierre Pelot 20.01.11 3.JPG

Maria a une passion pour l’histoire et pas seulement pour la Deuxième Guerre mondiale. Elle est devenue l’ « historienne » d’une radio vosgienne. Il fallait que tu trouves un moyen d’expliquer les Vosges et les guerres pour arriver à la Seconde Guerre mondiale et resituer un certain contexte ?

Peut-être au départ oui, peut-être aussi que non. Ce qui lui est arrivé en 44, ça l’a tué en quelque sorte. Le fait de s’être intéressé à l’histoire de sa région, c’est pour elle une façon de retrouver une identité à travers les racines des gens dont elle raconte l’histoire. Il y a un parallèle énorme entre l’histoire des gens et son histoire personnelle. C’est aussi une manière de dire que le bruit et la fureur existent partout depuis toujours.

Dans l’ignominie de toutes ces guerres-là, considères-tu qu’il y en a une plus horrible que l’autre.

Toutes les guerres sont atroces. J’ai décrit dans C’est ainsi que les hommes vivent, la guerre de Trente Ans. Elle ne faisait aucune différence avec la guerre de Bosnie ou celle du Rwanda. J’écrivais ce livre et à la télé je voyais les images… c’était la même chose dans l’ignominie et la sauvagerie. Les premiers camps de concentration, c’était comme la guerre de Sécession. On ne va pas se mettre à faire des échelles dans l’horreur. A partir du moment où les gens se trouvent dans des situations telles, on peut tout attendre d’eux. Aussi bien dans l’héroïsme que dans l’abjecte.

Quand tu étais jeune, entendais-tu des histoires familiales sur cette période-là ?

Mon père n’en parlait pas des masses. Il y avait juste un épisode de sa vie qu’il a raconté une fois ou deux. La façon dont il s’est évadé d’une colonne de types qui étaient embarqués justement pour l’Allemagne. À un endroit très précis, il a sauté au bord du chemin et il s’est évadé avec un autre compagnon d’infortune. Et il n’y a pas très longtemps, j’ai appris qu’il avait participé à la résistance dans la région. Je n’en sais pas plus. Lui ne m’en a jamais parlé. Un jour un type m’a dit : « J’ai quelque chose à te rendre: un révolver que ton père à donné à mon père pendant la résistance ». Comme son père était résistant, j’en ai déduit que le mien l’était aussi. Mon père ne m’en a jamais parlé. Dans la famille, il y avait une espèce de narration généralistique de la chose.

Pierre Pelot 20.01.11 10.JPGLes critiques, les lecteurs sont tous unanimement touchés par cette histoire.

Parce que cette période de l’histoire est encore proche. On côtoie encore des survivants de cette époque-là.  C’est pour cela que certains auteurs se penchent sur l’histoire de leur grand-père, ce que je trouve parfaitement abject.

Alexandre Jardin, si tu nous regardes !

Non, je ne vois vraiment pas l’utilité de la chose. S’il voulait réhabiliter la mémoire de son grand-père, la façon la plus élégante aurait été de ne pas en faire un livre destinée à la vente. En plus, on ne peut pas dire qu’il écrive particulièrement bien.

Tu es quelqu’un de pudique. Tu ne racontes jamais ta vie. Les plus belles histoires que j’ai envie de raconter ne passent pas fatalement par la mienne. Accepterais-tu que quelqu’un écrive une biographie sur toi.

Hé hé, si ça te dit ! Ça peut être marrant, mais est-ce que c’est intéressant ?

Il y a beaucoup de choses à dire sur ton œuvre, sur ta façon d’écrire, sur les langues que tu as inventées, sur le nombre hallucinant de livres que tu as publiés… Il n’y a pas deux Pierre Pelot en France. Pour terminer cet entretien, revenons sur la petitesse de ce roman. Comme tu nous as habitués à des romans-fleuves ces derniers temps, beaucoup s’en étonnent. Tu sens le moment où il ne faut pas en rajouter ?

Oui. Il y a des histoires qui demandent ça. De raconter de manière courte. J’ai éprouvé le sentiment que ce n’était pas nécessaire d’en rajouter. Je ne voulais pas qu’il y ait un mot de trop. Cette histoire s’est racontée à moi-même comme ça.

Pierre Pelot 20.01.11 8.JPG

 Et merci aussi à Pierre pour ça!

 (Sortie du livre le 15 février. En prévente ici ou ou sur le site du mon éditrice...)

Pierre Pelot 20.01.11 6.JPG

Important :

Concernant Maria de Pierre Pelot, écoutez cette interview et l'avis du journaliste...

01 février 2011

Mes livres de l'hiver 2011 (3) : Bertrand Guillot pour "b.a-ba"

Après Mes livres de l’été 2010, Mes livres de l’automne 2010, voici le troisième numéro de Mes livres de l’hiver 2010/2011. Après les frères Fouassier, Eric et Luc Michel pour leurs ouvrages respectifs, Le Traducteur et Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre, Frédéric Mars pour Lennon Paradise, le roman posthume de John Lennon, penchons-nous sur l’ouvrage de Bertrand Guillot, b.a.-ba. (aux éditions rue fromentin).

Note de l’éditeur :

9782953353822.jpgEn 2008, Bertrand Guillot pousse la porte d’un cours d’alphabétisation pour adultes, dans le 20e arrondissement de Paris. Il s’apprête à donner son premier cours. Sa motivation est la même que celle de milliers de bénévoles en France : se rendre utile et abandonner les œillères du quotidien. Écrit à la première personne, rythmé par des chapitres courts, B.a.-ba a tout d’un récit d’aventures. Celle d’un « professeur » débutant, tout d’abord. L’auteur est poussé dans le grand bain sans méthode, ni conseils. Après tout, il sait lire, non ? B + A = ba ? Pas si simple. Le costume de « professeur » taille soudain grand face à des « élèves » qui ont bien souvent vécu mille vies et Guillot prend soudain conscience de l’ampleur de la tâche. Le plus sage serait sans doute d’abandonner sur le champ. Il y pense. Pourtant… Sans vraiment se l’expliquer, il va poursuivre ses cours (il en donne toujours aujourd’hui) et vivre un an avec ses élèves, au rythme des joies et des désillusions. Une année dont il a tiré un livre : B.a. -ba.

L’auteur : Bertrand Guillot est écrivain. Depuis 3 ans, il donne des cours d’alphabétisation à des adultes dans le XIXe arrondissement de Paris. B.a-ba est le roman de cette expérience.

Certains d’entre vous le savent, je suis très amateur de la prose de Bertrand Guillot. J’avais lu avec beaucoup d’intérêt son premier roman, Hors Jeu (comme cette première mandorisation du monsieur en témoigne). Et pour tout vous dire, je suis fan de Bertrand Guillot, l’homme. Humble, intelligent, fin, drôle et pétri d’humanité non feinte. Quelqu’un de bien, en somme. (Ne m’engueule pas Bertrand, je l’écris, parce que je le pense.)

Le 14 janvier 2011, je lui ai donné rendez-vous dans un café proche de l’agence pour laquelle je travaille.

Bertrand Guillot 14.01.11 5.JPG

Mandor : Ton livre, tu l’appelles un « non fiction novel ».

Bertrand Guillot : C’est comme un roman, sauf que la matière dont on se sert est vraie. Il est important de prendre conscience qu’il y a des gens qui vivent à côté de nous et qui ne savent pas  lire.

Tu racontes donc ta première année de vie de « formateur » à des élèves appelés « apprenants ».

Ca fait trois ans que je donne des cours du soir (les ateliers sociaux linguistiques) à des adultes qui ont en moyenne une quarantaine d’années, dans une association du 19e arrondissement. Ils viennent tous du Maghreb ou d’Afrique et sont arrivés en France il y a 5, 10, 15 ans parfois. Tous travaillent, maîtrisent le Français, mais ne savent pas lire.

Quel sacerdoce !

C’est une activité qui me prend 4 heures par semaine (transport compris), alors quand j’entends dire à mon sujet que je suis une sorte de saint, ça me fait doucement rigoler.

Connaissais-tu avant de commencer le nombre d’illettrés qu’il y avait en France ?

Tout le monde sait qu’il y en a 3 millions. Après, il y a des choses comme ça, que l’on sait, mais dont on ne se rend pas compte de la portée dans la vie réelle. Tant que l’on ne s’est pas soi-même projeté dans ce que ça peut signifier que de ne pas savoir lire dans un monde où il n’y pas de sous titre, on ne sait rien.

Bertrand Guillot 14.01.11 8.JPG

Concrètement, c’est quoi les problèmes rencontrés les plus couramment ?

Le truc le plus classique, c’est le type qui vous arrête dans le métro pour savoir si le train va bien Gare de l’Est, alors que l’on est Gare de l’Est ou le type dans la rue avec un papier qui vous demande où est la poste, alors que c’est à côté et que vous le voyez redemander quelques mètres après à quelqu’un d’autre. C’est aussi les gens qui sont obligés de demander à quelqu’un de remplir leur chèque… bref, les exemples sont légions.

Tu ne vois plus du tout la vie de la même façon depuis que tu es formateur.

Oui et non. Quand je suis dans la préparation du cours ou juste après un cours, je vois plus facilement le monde avec leurs yeux. Même si la signalétique à Paris est assez bonne, je me rends compte à quel point il y a des trucs incompréhensibles pour eux. Je ne parle pas des discours, même simplificateurs, des hommes politiques… c’est déjà largement au dessus de leur capacité de conceptualisation, par exemple. 

Tu t’es attaché à tes « apprenants ». Arrives-tu à t’en détacher quand tu rentres chez toi ? Et n’y a-t-il pas un risque de trop s’impliquer dans leur vie privée ?

Je me posais cette question avant de donner ces cours. Pour moi, il y a avait un côté « engagement humanitaire », alors qu’il n’y a rien d’humanitaire dans cette activité. Ce sont juste des personnes qui ont besoin de quelque chose de bien définie, on fait ce que l’on peut pour leur apporter. Eux, ils se définissent comme élèves et vont à l’école et nous, pour eux, nous sommes les professeurs. Ce sont eux qui ont établi ce rôle, peut-être plus que nous. Et pour répondre précisément à ta question, il faut essayer de ne pas trop s’impliquer dans les vies personnelles des uns et des autres… c’est parfois difficile.

Bertrand Guillot 14.01.11 2.JPGTu évoques les différentes méthodes utilisées pour apprendre à lire. Constatation évidente : il n’y a pas de méthode unique.

Tu as sans doute déjà entendu parler des grands débats entre méthode syllabique ou méthode globale dans l’enseignement de la lecture. Avec ta fille Stella, tu verras ça l’année prochaine quand elle passera en CP. Depuis 10 ans, en France pour les gamins, on a arrêté totalement la méthode globale. Pour les adultes, il n’y a qu’une seule méthode qui est prônée par les quelques pédagogues qui s’y intéressent, c’est la méthode globale. Sauf que, à moins d’avoir été spécifiquement formé à ça pendant longtemps, c’est juste impossible d’appliquer une méthode globale de façon suivie. Du coup, pour les formateurs comme nous, il n’y a pas vraiment de méthode officielle. Ceci étant, tous les ateliers d’alphabétisation ont un référent. À l’association, on a une coordinatrice des ateliers qui s’y connait en pédagogie, qui a étudié ce qu’on appelle le FLE (Français Langue Etrangère) et qui nous a donné quelques directions et quelques pistes. On apprend beaucoup sur le tas.

Un livre sur l’alphabétisation, ça peut paraître rébarbatif, mais il n’en est rien. Au contraire, c’est passionnant, ludique et il y a pas mal de moments souriants dans ton livre.

Ce n’est pas calculé pour attirer le chaland, je t’assure. Les ateliers en eux-mêmes comportent plein de moments drôles. Les apprenants sont drôles parce que finalement, quand il y a 10 adultes dans une même salle, on a tous envie de rire un peu. Ce n’est pas le « souk », ce n’est pas le concours de blague… on travaille, c’est d’ailleurs épuisant pour eux d’apprendre à lire. Évidemment, j’ai plus insisté sur les moments marrants que sur les moments tragiques. J'ai pris la réalité, sans la changer et j'ai construit le livre comme un roman, pour qu'on ait envie de lire la page suivante.

Que peut faire la société française pour améliorer les choses en matière d’alphabétisation ?

Il y a deux questions. Il y a d’abord l’illettrisme qui concerne les gens qui ont été scolarisés en France et qui ne savent pas lire et l’analphabétisme qui concerne plus les migrants. En France, on fait comme si c’était deux problèmes différents. Pour l’illettrisme, il y a plein d’associations et des fondations qui donnent des sous et qui financent des programmes pour la prévention de l’illettrisme. Pour les migrants, il y a des centres sociaux et quelques associations, qui ont besoin d’un peu d’argents supplémentaires. Pas grand-chose d’ailleurs, mais un peu quand même. Globalement, le plus important, ce serait que l’on fasse en sorte qu’à la sortie du CP, un maximum de gamins sache lire parce que ce n’était absolument pas le cas.

Bertrand Guillot 14.01.11 3.JPG

La langue française évolue. Le langage SMS, tout ça… qu’en penses-tu dans le cadre de ton activité ?

L’évolution de la langue ne me pose aucun problème. Avec les apprenants, les gigantesques difficultés, c’est l’orthographe. Mais, à la limite, on s’en fout de l’orthographe. Au début de l’année, ils connaissaient l’alphabet jusqu’à N et ils ne savaient pas mettre deux lettres ensemble, alors, tu vois, l’orthographe…. Je leur disais bravo quand ils parvenaient à écrire un mot de plusieurs syllabes qui phonétiquement donnait le mot qu’ils cherchaient.

D’ailleurs, tu parles de la bascule. Tu dis que c’est le moment le plus émouvant de ton engagement.

C’est clairement le moment le plus fort de l’année. Après un mois où ils ne progressaient plus, je me suis rendu compte que sur une BD, ils avaient compris l’histoire sans lever les yeux à chaque syllabe pour vérifier si je validais leurs réponses. C’est vraiment un moment exceptionnel. Après, il y a de grandes questions qui restent : des questions de vocabulaire, de compréhension sur la durée parce qu’on ne s’en rend pas compte, mais c’est super physique de lire quand on ne sait pas lire. Ils lisaient beaucoup beaucoup mieux en début de cours, qu’à la fin.  Et parfois, il y en a qui s’endorment sur la table. C’est un gigantesque effort auquel ils n’ont jamais été habitués.

Tu n’as pas peur de devenir le porte-parole des gens qui luttent contre l’illettrisme ?

Je ne veux surtout pas apparaître avec une auréole et je suis un peu emmerdé quand on me dépeint comme un saint. Je le répète, je ne consacre à cette activité que quelques heures par semaines. Je n’ai pas beaucoup de parole à porter et il n’y a pas de revendications à faire. Si on peut donner à plus de gens l’envie d’être bénévole dans des associations de cette nature, ça ferait du bien. L’autre idée que j’aime bien, qui était l’autre pan involontaire du livre, c’est de donner vie à des gens dont on entend toujours parler sous un angle statistique ou sécuritaire.  Il y  a même des gens très bien que je connais, et qui ont lu le livre, qui sont toujours persuadés que les gens dont je parle sont sans papier. Parce que : adultes, africains, travaillants, on allume la case « travailleurs sans papiers ». Bon, ben, ces gens, ils ont des papiers. Ils travaillent, il y en a même un ou deux qui sont français. Je me rends compte qu’écrire sur les Abdoulaye, Amadou, Amah, Bah, Cheikhou, Hakim, Ibrahima, Khadija, Lyès, Mamadou, Mohammadou, Moumen, Nabil, Philomène, Sadio, Sambou et autres Tombon dont je parle dans le livre, sans que ce soit militant, ça à l’air assez exceptionnel. Ça sort des cadres et c’est très bien.

Bertrand Guillot 14.01.11 1.jpg

A lire également : l'excellente chronique d'Audrey Pulvar sur b.a.-ba de Bertrand Guillot.

Sur le site de la librairie Buveurs d’encre, on parle aussi (et joliment) de son nouveau livre, à l’occasion de son passage dans la dite librairie le jeudi 10 février prochain.  

16 janvier 2011

Mes livres de l'hiver 2011 (2) : Frédéric Mars pour "Lennon Paradise"

Après Mes livres de l’été 2010, Mes livres de l’automne 2010, voici le deuxième numéro de Mes livres de l’hiver 2010/2011. Après les frères Fouassier, Eric et Luc Michel pour leurs ouvrages respectifs, Le Traducteur et Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre, voici Frédéric Mars pour son nouvel ouvrage, Lennon Paradise, le roman posthume de John Lennon.

 

9782352884859.jpgPrésentation de l’éditeur :

Je m’appelle John Lennon et je ne suis pas mort le 8 décembre 1980. La preuve : je vous parle de ma vie, de mes années de sursis. Au cours des ces décennies supplémentaires, je ne me suis pas contenté de dérouler mollement le fil de mon succès et de ma célébrité. Lors de l’attentat, j’ai vécu une expérience de mort imminente.

Cela m’a donné envie de revenir sur certains aspects de mon existence précédente pour tenter de les changer : les Beatles et l’effrayante célébrité, les femmes et l’amour, la politique et la paix, la religion, Dieu… et bien évidemment la mort.
Ces pages rassemblent mes réflexions sur ces sujets que je me sens aujourd’hui enfin en mesure d’affronter. Ou presque…

 

Et si John Lennon n’était pas mort ? Il aurait rédigé ce roman philosophique qui éclaire la vie de celui qui se disait « plus célèbre que le Christ ».

 

 

01.jpgL’auteur :

Frédéric Mars (né en 1968 à Paris) est un auteur français de romans dans des genres très divers, et scénariste pour la télévision. Il publie d'autres ouvrages sous diverses identités, y compris en qualité de nègre.

Après plusieurs années passées dans la presse magazine et diverses rédactions « online », Frédéric Mars a quitté le journalisme et la photo pour ne se consacrer qu'à son travail d'auteur de livres. Outre ses romans, il a publié plus d'une quarantaine d'essais, documents et livres illustrés, sous diverses identités.

Thèmes de prédilection : l'odorat, le sommeil, les rêves, la sexualité, les différentes facettes d'une même personnalité et les limites de notre conscience.

Pour ne rien cacher aux éventuels nouveaux lecteurs, c’est ma 5e mandorisation de Frédéric Mars. (Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième). Que voulez-vous, je suis fidèle.

J'ai demandé au prolifique auteur de me rejoindre dans mon restau (d'à côté le Grand Rex)... le 29 décembre dernier.

Frédéric Mars 29.12.10.JPG

Mandor : Tu portais en toi ce roman posthume depuis un moment, je crois…

 

Frédéric Mars : Depuis une dizaine d’années. Quand j’ai eu l’idée d’un roman posthume de cette forme là, j’ai eu l’idée de l’appliquer à John Lennon, précisément. Je ne vais pas te faire le couplet « depuis tout petit », je suis fan des Beatles, mais en l’occurrence, j’ai deux grandes sœurs qui ont 6, 7 ans de plus que moi, qui écoutaient en boucle ce groupe. Franchement, toute mon enfance, j’ai été biberonné aux Beatles, puis aux albums de Lennon. Voilà où ça m’a mené… mais assez tôt dans mon adolescence, j’ai compris que Lennon n’était pas que musicien, qu’il avait eu une influence et une importance phénoménale. Ce n’était pas un porte-parole, mais beaucoup de gens se reconnaissaient dans ce qu’il disait. C’est bizarre, jusqu’à 20 ans, pas grand-chose ne s’est passé dans sa vie, et à partir de 20 ans, c’est une espèce de concentré de ce que tu peux rêver dans une vie. Si tu mets les Beatles à côté de Madonna, Michael Jackson ou Lady Gaga, tu es obligé de constater que personne n’a acquis un tel niveau de notoriété aussi vite.

 

Revenons au concept de ton livre. En fait, tu pars de l’idée que John Lennon n’est pas mort.

 

J’ai juste imaginé que John Lennon avait survécu à sa tentative d’assassinat du 8 décembre 1980, dans le hall de son fameux Dakota Building à New York. Mark Chapman, un déséquilibré, lui a tiré dessus. J’ai basé mon livre sur le constat qu’il en réchappait. Pendant cette expérience extrême qu’est une tentative d’assassinat, Lennon a eu une NDE, c'est-à-dire une expérience de mort imminente. J’ai imaginé que cette expérience de mort imminente traçait se que pouvait être la suite de sa vie. 

 

Peux-tu nous remettre dans le contexte ?

 

En 1980, John Lennon ressort en album. Il reprend du poil de la bête et redevient créatif, mais il sort tout de même de 10 ans de tunnel. En gros depuis qu’il s’est installé au début des années 70 aux États-Unis, rien n’allait vraiment… il végétait. Déjà, il a mis 5 ans à se faire accepter aux États-Unis. Le FBI et les services secrets américains se sont mis dans la tête que c’était un odieux comploteur et qu’il en voulait à l’administration Nixon. Il s’est donc mis à dos toute cette administration. On a cherché à le mouiller dans des histoires pas possibles, on a cherché à le dégager des États-Unis, il a eu procès sur procès et enfin en 1975, il obtient sa carte verte, mais ça a été presque 6 ans de bataille. En 75, il y a son deuxième fils, Sean qui naît et lui sombre dans une espèce de vague à l’âme ou d’un côté, il s’occupe de son fils pendant que Yoko Ono fait fructifier le capital familial en faisant divers investissements qui n’ont rien à voir avec la musique.

 

Il est donc complètement improductif.

 

C’est ça, il n’écrit pas une ligne, pas une chanson. Il se goinfre de lectures ésotériques et de truc un peu fumeux… et il va en vacances aux Bermudes l’été 1980 et, miraculeusement, lui revient une sève musicale qui l’avait quitté depuis presque 10 ans. En même pas 3 semaines, il fait les maquettes de Double Fantaisy, il revient à New York, il boucle l’album et voilà. C’est cette période charnière du début des années 80, il est peut-être reparti pour faire de belles choses…

 

Tu as imaginé qu’à partir de cet évènement qu’est le NDE, il va chercher à corriger ce qu’il estime avoir raté dans sa vie. Tu fais même intervenir Raymond Moody.

 

Oui, c’est la première personne qui a fait de la littérature sur les expériences de mort imminente. Dans mon livre, Lennon est contacté par lui. Il trouve que l’expérience de mort imminente est un shoot incroyable et il veut lui donner un sens. Raymond Moody va l’aider en le suivant les 40 années suivantes en reproduisant artificiellement cette expérience de mort imminente 8 fois afin de régler les problèmes psychologiques de Lennon et à chaque fois de se libérer d’un poids, de se libérer de quelque chose qui le handicape depuis toujours… sa relation aux femmes par exemple, sa mère et Yoko Ono. Yoko a eu une emprise totale sur lui, ce que les fans lui reprocheront toute sa vie. Moi j’imagine que grâce à ses expériences, il finit par se séparer d’elle et je lui fais vivre d’autres histoires d’amour…

 

Tu as essayé de deviner ce qu’il aurait pu faire ses 40 dernières années. Ce n’est pas un peu casse-gueule comme exercice ?

 

Pour rassurer les fans, sachez que les 40 premières années sont rigoureusement exactes. Je ne touche pas au mythe des Beatles. J’ai épluché tout ce qui a été écrit sur Lennon et je me suis mis à imaginer ce qui me semblait semblable et amusant. Je fais des aller-retour constants entre le passé et le futur. Ce que j’ai trouvé extrêmement jubilatoire quand j’écrivais, c’est de mélanger biographie véridique et extrapolation. Il faut démêler le vrai du faux. Les choses sont à la limite du probable. Je n’ai fait que pousser le curser dans la démesure qui était la sienne. La vraie question c’est : que faire quand on s’appelle John Lennon et que l’on a l’impression d’avoir déjà tout fait ? Il est au bout du rouleau par épuisement du possible. Il a 40 ans, il a eu la gloire et le succès universel, les expériences les plus extrêmes qu’on puisse imaginer : drogues, sexualités, vies communautaires, expériences politiques, engagements… il a quand même passé la fin de sa vie à se demander ce qu’il pouvait faire pour se mettre en danger. Il a cherché tous les moyens pour se débarrasser de son étiquette Beatles.

 

Yoko Ono tient un rôle peu reluisant dans ton livre.

 

Peut-être a-t-elle pressé un peu trop le citron Lennon. En fait, ce que je cherche à mettre en perspective, c’est qu’elle était surtout une artiste frustrée. Elle a toujours voulu être musicienne, mais hélas pour elle, elle n’a jamais été très bonne dans ce domaine. Du coup, on disait de sa musique qu’elle était « expérimentale ». Dans les années 60-70, ça passait bien comme ça. Avoir de grandes ambitions musicales, ne pas en avoir les capacités et vivre à côté de quelqu’un considéré comme un génie universel vivant, c’est odieux ! Donc, elle était en permanence dans l’extrême admiration de ce qu’il était, dans l’envie d’attirer à elle une part de son génie et aussi dans une forme de jalousie.

 

John Lennon était-il ton Beatles préféré ? Et que penses-tu de Paul McCartney ?

 

Je pense que John Lennon, même s’il n’a pas tout réussi de ses tentatives multi disciplinaires, il n’a pas été un bon écrivain, ni un grand poète, il avait en tout cas cette envie de toucher à tout et surtout d’aller là où on ne l’attendait pas. Dans un sens, il avait une forme d’ambition qui confinait à la prétention. McCartney, lui, était plus modeste et certainement meilleur musicien. Bien sûr, sa musique était dans une forme plus consensuelle, plus pop, plus ronde, moins rock et surtout sans discours. C’est d’ailleurs ce que lui reprochent les aficionados de Lennon. De ne pas se positionner politiquement et donc d’être un « gentil mou ». Mais c’est un musicien au génie beaucoup plus avéré.

 

Dans ton livre, dans les années imaginées, tu présentes un McCartney assez lâche !


Oui, il est un peu faible et un peu ambivalent. Très souvent, il a pris la tangente, il fuit. Dès qu’une situation est ingérable, il a un peu des rodomontades de matador, bref, ce n’est pas un fighter, quoi !

 

As-tu des retours de certains protagonistes du livre encore vivant?

 

Je l’ai envoyé au « studio One », le bureau officiel de Yoko Ono. Je n’ai pas encore de retour. Ceci étant, le livre n’est pas traduit en anglais. Je ne sais pas vraiment s’il est arrivé entre les mains de Yoko Ono… je ne désespère pas d’avoir une réaction. Je l’ai aussi envoyé à Sean et à Julian, les deux fils de John Lennon. Comme à peu près 150.000 personnes, je suis ami Facebook avec Julian… (rires).

 

Quel est ton nouveau projet littéraire important ?

 

Je bosse sur un thriller contemporain qui implique notamment du terrorisme et de la géopolitique. L’action se situe à New York en septembre 2012, donc 11 ans après le 11 septembre.

 

Comment s’appellera ce livre ?

 

Je sais que tu aimes bien les scoops, mais le titre est provisoire, alors quand même… ce que je peux te dire, c’est qu’il sortira chez Blackmoon. Ce sont eux qui ont sorti en France une saga qui a vaguement marché : Twilight.

04 janvier 2011

Mes livres de l'hiver 2011 (1) : Eric Fouassier pour "Le traducteur" et Luc-Michel Fouassier pour "Les hommes à lunettes n'aiment pas se battre"

Après Mes livres de l’été 2010, Mes livres de l’automne 2010, voici Mes livres de l’hiver 2010/2011. (Le grand fou que je suis est capable de continuer le principe des années et des années, faites gaffe !)

Bref, j’entame donc la une nouvelle série. Et là, je fais d’une pierre deux coups. Après avoir interviewé les frères Fouassier, chacun leur tour, à 77FM (Eric et Luc-Michel ici), j’ai pris l’initiative de les réunir ensemble (pour la première fois mondiale dans le monde de la littérature française. J’aime être novateur). Chacun ayant un nouveau livre, je trouvais l’idée très originale (et surtout conceptuelle comme jamais !).

166192_1616212159467_1061225683_31469222_7295330_n.jpgLuc-Michel Fouassier sort Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre (Quadrature):

4e de couverture :

Pourquoi se battre? Surtout lorsqu’on porte des lunettes. C’est, à coup sûr, dépenser beaucoup d'énergie, se rendre ridicule et surtout prendre le risque de casser ses verres. Alors, à quoi bon?
Voilà qui vous modifie un caractère. Les personnages des seize nouvelles qui composent ce recueil ont décidé́ d'éviter les joutes frontales. Pourtant, ils n’en demeurent pas moins résolus à se faire entendre...


L'auteur : Grand amateur de textes courts, organisateur du salon du livre et de la nouvelle d’Ozoir-la-Ferrière, Luc-Michel Fouassier signe son deuxième recueil aux éditions Quadrature. Par ailleurs, il collabore à la revue Rue Saint Ambroise.
Il est myope et légèrement astigmate.

9782355930911.jpgÉric Fouassier sort Le traducteur (Pascal Galodé éditeurs).

4e de couverture :

Un ouvrage mythique, le Livre de Pao, qui serait un chapitre oublié de la Bible… 

Un peuple mystérieux parlant une langue menacée d’extinction…

Le brouillon d’un poème d’Arthur Rimbaud qui recèlerait un secret demeuré inviolé…

Une étonnante mystification aux dimensions planétaires…

Tels sont les principaux ingrédients de ce beau roman qui commence comme un récit d’aventures pour s’achever en une fable douce amère sur le mensonge, la mémoire et les mirages de la postérité.

Mais Le Traducteur, c’est aussi et surtout, sous le soleil implacable d’Éthiopie ou dans le Paris des années folles, l’histoire d’une étrange fascination entre deux hommes que tout semble pourtant opposer : le narrateur, un jeune rentier naïf, et son mentor, un ancien médecin au passé trouble.

« L’histoire de Gabriel Prometh, je suis le seul à pouvoir la raconter. Car pendant un an, j’ai servi cet homme. J’en fus tour à tour le secrétaire, le valet de chambre, le garde du corps et même le confident. Pourtant, malgré le recul du temps, il m’est impossible de dire si j’ai davantage admiré cet homme qu’il ne m’a inspiré de dégoût. Une seule chose est certaine : jamais, au cours de ma longue existence, je n’ai retrouvé l’exaltation qui fut la mienne durant ces mois que je passai auprès de Gabriel Prometh… toute ma vie fut dans cette unique année. »

L'auteur : Éric Fouassier est né en 1963 en région parisienne. Romancier et nouvelliste, il nous livre avec Le Traducteur une œuvre profonde et singulière, aux multiples résonances.

J’ai donné rendez-vous aux frères Fouassier le 21 décembre dernier à 13h devant le Grand Rex. À 13h05, Luc-Michel m’appelle et me dit gêné : « Ça va François ? Écoute, là, je suis encore dans ma voiture, je suis coincé dans un embouteillage de folie, j’arrive dans pas longtemps ». « Mais tu es où là exactement ? Je te rappelle que je n’ai qu’une heure… ». « Oh, pas loin, je pense arriver dans une demi-heure. »

À sa décharge, c’était peu après les fameuses intempéries et il y avait encore un sacré bordel dans la circulation parisienne. Mais bon…

« Et Éric, il arrive ? ». « Oui, il m’a dit qu’il arrivait dans 5 minutes ».

25 minutes plus tard, Éric Fouassier arrive. Il me trouve raide comme un piquet devant notre lieu de rendez-vous. Son premier travail consiste à me décongeler. Il doit taper avec un marteau la glace qui m’entoure et me statufie. Une fois la bouche libérée, je parviens à lui dire : « A 50 ans, si on n’a pas de montre, on n’a pas réussi sa vie… et on continue à arriver en retard ! ».

Éric ne semble pas comprendre le message. « Mais, je n’ai pas 50 ans !».

L’homme est si sympathique que je laisse tomber les commentaires sur les vertus des horaires respectés.

D’autant qu’il y avait aussi un sacré bordel dans les métros.

(Laissez-moi être de mauvaise foi, merci !)

Nous nous installons à une table de ce qui est désormais ma cantine. Une brasserie chère, mais dont la salade niçoise est honorable. Après avoir commandé deux bières, je lui propose de commencer l’interview sans son frère.

Fouassier's brothers 21.12.10 3.JPG

Mandor : Comment passe-t-on d’un polar à un roman quasi initiatique ?

Éric Fouassier : Tu veux la vérité ? Ce roman a été écrit bien avant Morts thématiques. La première version de ce roman date de 1990, je faisais mon service militaire. Je l’ai retravaillé un nombre incalculable de fois. J’ai rééquilibré les 3 parties. Le lecteur peut s’imaginer au début que c’est un roman d’aventures pur, il comprendra vite que c’est un roman sur la mystification par l’écrit. Je trouvais intéressant de mystifier le lecteur, moi aussi. Le narrateur, Sébastien Violette, au départ est un jeune de 20 ans un peu oisif et sans ambitions pour sa vie future… ce qu’il va vivre avec Gabriel Prometh, va devenir initiatique.

Et l’éditeur, Pascal Galodé, il ne s’est pas interrogé sur le bien fondé d’éditer un tel roman après le polar précédent, qui n’a vraiment rien à voir (hormis un suspense intense) ?

Éric : Si, et c’est pour cela que je lui en suis reconnaissant. Parce qu’il a aimé Le traducteur, il a pris le risque de le sortir quand même. Il est vrai que Morts thématiques a trouvé ses lecteurs et qu’il a été nominé pour quelques prix littéraires… un autre roman de genre, ne fidélise pas forcément…

Tu évoques un livre mythique : le livre de Pao, peut-être un chapitre oublié de la bible. J’ai cherché dans Google. Point de livre de Pao. Tu confirmes décidément que tout écrivain est mystificateur. Tu illustres par le roman ce que tu racontes…

Éric : J’y crois profondément. Un écrivain transfigure la réalité, il se l’approprie, la transforme, la malaxe… tout écrit est quelque part mensonger. Dans mon livre, je me suis amusé à mêler du vrai et du faux. Tout ce que j’écris sur Rimbaud est vrai par exemple. Tout ce que je dis sur les peuples d’Éthiopie sur les mouvements de civilisation est vrai… sauf que le peuple Amodéen n’existe pas. Il faut qu’un écrivain capte le lecteur, une fois qu’il est bien capté, c’est assez jouissif de l’emmener autre part…

Je n’ai pas réussi à comprendre qui est Gabriel Prometh. Un moralisateur sûr de lui capable de sortir des phrases définitives ou un sage ?

Éric : On oscille en permanence entre les deux. Je voulais laisser le soin au lecteur de se faire sa propre opinion… mais surtout, je ne voulais pas qu’il soit manichéen. Il a des côtés vraiment détestables, très cyniques, très acerbes, très irritants, mais d’un autre côté, il poursuit, lui aussi, un idéal, une quête. C’est respectable de partir pour l’absolu.

Fouassier's brothers 21.12.10 2ff.jpgJ’ai senti une fascination sur la période de l’entre-deux-guerres ?

Les années 20, c’était les années folles parce qu’il y avait un besoin de se lâcher après le carnage qu’a été la Première Guerre Mondiale et paradoxalement, ce sont pendant ces années qu’émergent tous les fascistes. Hitler, Mussolini, tous ces gens-là vont monter pendant cette période. Pour ça, je trouve cette période assez fascinante, en effet. En même temps, d’un point de vue artistique, c’est une période qui était très riche.

Dans Le traducteur, Gabriel Prometh a écrit le chef-d'œuvre de la littérature mondiale. Il a désiré les honneurs, puis quand il les a eus, il les a fuis… Toi, tu aimerais les honneurs littéraires ?

Plus que les honneurs, ce sont les lecteurs qui vont avec que j’aimerais. Si j’avais les honneurs sans les lecteurs, ça ne m’intéresserait pas. Par exemple, j’aime beaucoup les salons parce que je trouve cela très agréable de rencontrer les lecteurs. C’est même un des aspects les plus intéressants de l’après écriture d’un livre.

Luc-Michel Fouassier, arrive enfin… 13h40. Il recommence à prétexter le fait de venir de Seine-et-Marne et que la neige, le gel, les bouchons, tout ça, tout ça... Magnanime, je lui permets de s’assoir à notre table (parce que, surtout, j’aimerais bien qu’il me prenne comme animateur pour la troisième fois pour son salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière dont il est le directeur).

(Voir et ici... les bilans des salons Ozoiriens).

On plaisante un peu (je ne suis pas rancunier) et je commence mes questions collégiales. Ce n’est pas tous les jours que je rencontre deux frères qui s’adonnent à la littérature. De mémoire, je n’ai retenu que les frères Bogdanov, Poivre d’Arvor et Goncourt… aujourd’hui, donc les frères Fouassier.

Avant de commencer, Luc-Michel, sort son livre et nous lit sérieusement une de ses nouvelles tirées de son premier recueil, Histoires Jivaro. « Le soir, une fois couché dans mon lit… etc. » Une nouvelle qui raconte l’histoire d’un type désœuvré parce qu’il a changé ses montures de lunettes et qu’aucune des personnes rencontrées dans la journée ne l’a remarqué.

« J’ai changé de lunettes les mecs !», crie-t-il. Ce type est fou, c’est pour ça que je l’aime. Je lui fais remarquer au passage que, lorsque ma propre femme change de coiffure, je le remarque à peine… alors, ce ne sont pas ses changements de montures qui vont me sauter aux yeux.

Bref, je leur pose mes premières questions communes. Ils y répondent joyeusement en se chamaillant sans arrêt.

Fouassier's brothers 21.12.10 5.JPG

Qui a commencé à écrire entre vous deux ?

Éric : C’est moi, parce que, de toute façon, Luc-Michel copie tout sur moi.

Luc-Michel : Mais celui qui a commencé à écrire avec talent, c’est moi.

Éric (qui se marre): J’ai commencé à écrire à l’âge de 15 ans.

Luc-Michel : oui, mais il a 5 ans de plus que moi…

Éric : Nos parents étaient de grands lecteurs. Notre père connaissait beaucoup de choses, mais avec une grande humilité, il n’étalait pas sa science.

Est-ce qu’il n’y a pas un côté chez vous « j’écris des livres pour impressionner papa » ?

Éric : Je pense que quelque part, ça joue, parce qu’effectivement, lui aussi à écrit et peut-être aurait-il voulu être écrivain si on lui en avait donné les moyens à l’époque. Mais, je pense que Luc-Michel et moi, profondément, on a envie d’écrire.

Luc-Michel : Je pense que c’est plus vrai pour moi. Moi, j’ai une écriture qui est beaucoup plus une écriture du ressenti, de choses que je perçois et que je veux transmettre. Éric, il crée des histoires, ce qui ne l’empêche pas de faire passer des choses dedans. Je sais que quand mes parents ne seront plus là, quand j’aurai fini un texte, il y aura un vide, un manque immense. J’aurai moins de joie, il y aura quelque chose qui ne sera pas fini parce que mes parents n’auront pas lu. Mes parents sont mes premiers lecteurs.

Éric : Pas moi. De mon côté, c’est mon épouse. On fait lire à ses proches, au début, pour voir si les textes que l’ont écrit sont bons. Au bout d’un moment, on finit par savoir si ce que l’on a écrit va ou pas.

Et l’avis de l’un sur les écrits de l’autre, c’est important ?

Luc-Michel : Moi oui, au début. Clairement aujourd’hui, je me suis affranchi d’Éric. Nous avons deux écritures tellement différentes que je me suis dégagé de son influence. On n’a pas les mêmes centres d’intérêt, les mêmes démarches dans l’écriture. Finalement, aujourd’hui, son avis, je m’en fous.

(Il rit).

Éric : Quand je lui dis que c’est bien, c’est que c’est très bien. Quand je ne lui pas grand-chose, c’est que c’est peut-être bien, mais il peut mieux faire.

Fouassier's brothers 21.12.10 1.JPG

Y a-t-il de la compétition littéraire entre vous deux ?

Luc-Michel : Moi, pas du tout. Je me réjouis de ce qui peut lui arriver de bon et beau à travers la littérature et l’écriture.

Éric : Ça pourrait, mais il y en a aucune ! Il pourrait y avoir éventuellement de la  jalousie si on écrivait typiquement la même chose, si on était sur le même créneau, s’il se mettait à faire du polar. Luc-Michel est un orfèvre, qui va ciseler sa phrase. Parfois, il me fait rigoler quand il me dit qu’il a bossé pendant trois heures pour faire une demi-page. Moi, si en 3 heures, je ne fais qu’une demi-page, je me flingue.

Écrire des nouvelles ou un roman, ce n’est pas le même travail…

Luc-Michel : Mais, tu sais, je viens de finir un roman. Je suis aussi très lent dans cet exercice. Sur un roman de 140 pages, j’ai mis un an et demi.

Éric : On n’a pas la moindre rivalité, au contraire. On se dit même que tout ça va se potentialiser.

Luc-Michel : Et puis, tous les deux, on gagne notre vie autrement. Ça nous permet d’être plus relax par rapport au succès éventuel.

Fouassier's brothers 21.12.10 2ggg.jpgVous avez commencé tous les deux à publier des nouvelles. C’est plus facile ?

Éric : C’est plus facile parce qu’il y a de nombreuses petites revues, des recueils collectifs. Ton texte, il existe un petit peu. Il n’a pas une grande audience, mais il existe. Par contre, publier des nouvelles en livre, je t’assure que c’est duraille.

Éric, que penses-tu de l’œuvre de Luc-Michel ?

Éric : Ce qu’écrit mon frère est souvent super bien vu et c’est très bien écrit. Juste, aujourd’hui, il mériterait d’être connu comme romancier. Moi, j’ai publié deux recueils de nouvelles avant mon premier roman, donc, je ne doute pas qu’il fasse la même chose. À travers ce qui l’écrit, il peut toucher un lectorat nettement plus important.

Et toi Luc-Michel, que penses-tu de l’œuvre d’Éric ?

Luc-Michel : Je n’ai pas lu, ça ne m’intéresse pas. (Rires) En vrai, je trouve qu’Éric est extrêmement doué. Je ne suis pas épaté parce que lorsque nous étions enfants, nous jouions ensemble, aux petits soldats par exemple, et à chaque fois, il faisait les scénarii. Il construisait déjà beaucoup les histoires. Le traducteur, chez un grand éditeur, c’était un prix littéraire cette année, c’est clair. C’est un grand bouquin, parce qu’il est foisonnant. Éric mérite vraiment d’être présent dans la scène littéraire française. Il n’hésite pas à se lancer dans des choses dans lesquelles les auteurs d’aujourd’hui n’osent plus se lancer. Il a une certaine forme de classicisme dans son style. Mais pas du classicisme chiant.

Fouassier's brothers 21.12.10 4.JPG

Revenons à ton deuxième recueil de nouvelles, Luc-Michel… qu’elle est la plus grande difficulté pour écrire une nouvelle ?

Luc-Michel : J’ai énormément changé ma vision dans la lecture et dans l’écriture de nouvelles. Pour moi, l’archétype de la très bonne nouvelle c’est une nouvelle sans chute appuyée. Jusqu’à présent j’écrivais une chute qui faisait prendre sens à la nouvelle. Maintenant, je pense que ce n’est pas utile. Il faut qu’elle tienne seule sans une fin explicative. Il faut qu’à travers le texte, quelque chose soit dit. La bonne nouvelle, c’est la nouvelle que tu retiens.

Dans ton recueil, il y a beaucoup de nostalgie, voire de mélancolie.

Luc-Michel : Parce que je suis profondément nostalgique, j’ai sans arrêt le blues dans la vie. On se fait une fête des choses et les choses passent tellement vite… l’écriture, c’est peut-être de garder au maximum des choses qui passent trop vite. J’ai 42 ans et j’ai l’impression d’avoir basculé de l’autre côté. Je commence à regarder un maximum derrière moi. Ça se ressent dans mon écriture, en tout cas, dans ce recueil là.

Tu as l’image d’un type gentil, avenant, sensible, poli, alors qu’il y a dans ton recueil des nouvelles très cruelles. Tu montres dans l’écriture ce que tu caches en toi ?

Luc-Michel : C’est une soupape, c’est vrai. Il y a des nouvelles dans lesquelles je me suis lâché. C’est le monde qui veut ça, on enfonce des portes ouvertes en permanence. Aujourd’hui, nous sommes tellement dans le policé, que j’ai ressenti le besoin d’exorciser ce que j’avais en moi.

Éric, arrives-tu à lire les nouvelles de ton frère en toute objectivité.

Éric : Non, quand ce sont des histoires trop proches ? « Royan, marée montante », par exemple, j’étais incapable de dire si c’était une bonne ou une mauvaise nouvelle. Ça parle de notre grand-père… c’est vraiment trop proche.

Votre père doit être heureux de vous voir écrire des livres ?

Éric : Il m’a fait un beau compliment en me disant qu’en lisant Morts thématiques, il a fallu qu’il réalise que c’était son fils qui avait écrit le roman. Il s’est laissé complètement embarquer par l’histoire.

Luc-Michel : il m’a fait la même remarque…

Et votre mère ?

Éric : Elle montre plus qu’elle est fière. Mon père aussi est fier, mais il a plus de pudeur. En même temps, il a toujours eu peur que les choses s’arrêtent ou que l’on s’emballe trop. Il n’a jamais voulu que l’on se fasse d’illusion. Il a peur que l’on s’enthousiasme trop. Il est plus pudique que maman.

Fouassier's brothers 21.12.10 6.JPG

Merci à Eric et Luc-Michel Fouassier pour leur talent, leur humour et leur sympathie permanente. Belle carrière littéraire à vous deux !

Dernière minute : Le roman d'Eric Fouassier Le Traducteur vient de se voir décerner le premier prix littéraire de l'année (Prix littéraire www.salondulivre.net), dont le vainqueur est proclamé sur Internet le 1er janvier, à la première seconde.