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30 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (9) : Ingrid Desjours pour "Potens"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique, Laurent Brard pour Les fils des brûlés, Amédée Mallock pour Le massacre des Innocents, Harold Cobert pour L’entrevue de Saint-Cloud, voici ma neuvième invitée, Ingrid Desjours pour Potens.

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4e de couverture :

« Trop d’intelligence rendrait-il inhumain ? Potens fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup de sang aussi.
À la suite du meurtre barbare de Charlotte, une de ses membres les plus dépravées, Potens se retrouve dans la ligne de mire de la psycho-criminologue, Garance Hermosa. Club pour ses surdoués, Potens est souvent décrit comme un repaire de génies asociaux et névrosés, parfois décrié et accusé de véhiculer des idéaux eugénistes.
Infiltrée dans le club, la jeune femme défie un assassin aussi habile que manipulateur. Exercice d’autant plus périlleux qu’un évènement tragique la renvoie à un passé qu’elle aurait préféré oublier…
Potens : l’intelligence, c’est d’en sortir. Vivant.

Après Écho, Ingrid Desjours signe un deuxième thriller machiavélique qui vous conduira là où votre imagination n’aurait jamais osé s’aventurer. »

 

Son site officiel va plus loin dans la présentation : Née en 1976, Ingrid Desjours est psychologue spécialisée en sexo-criminologie. Après avoir pratiqué en Belgique auprès de criminels sexuels, elle anime aujourd’hui des conférences sur la psycho-criminologie et la criminalité d’entreprise.

 

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Ingrid Desjours était la quatrième (et dernière) auteur(e) de la collection Nuit Blanche de chez Plon que je n’avais pas encore rencontré cet été… voilà qui est fait. C’était le 24 août dernier dans la brasserie située à côté du Grand Rex. J’avais un peu d’appréhension parce que la demoiselle a un passé professionnel assez impressionnant (enfin, moi, ça m’impressionne) et je l’ai aussi vu plusieurs fois à la télé pour parler de sa condition de surdouée.

 

Une psychologue surdouée… je me suis bêtement dit que cette femme allait me disséquer et me cerner en deux temps, trois mouvements. Il est gênant d’être complètement nu devant une inconnue. Je suis un homme pudique.

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Mais quand nous nous sommes installés à « notre » table, elle m’a immédiatement avoué qu’elle m’avait googlelisé et qu’elle avait du mal à se dire qu’elle allait devoir s’adresser à un poêle à bois et a des chutes d’eau du Machu Picchu. Ça m’a fait sourire. En évoquant mon blog, elle a ajouté en se marrant: « Passer après Clara Morgane, ça met une sacrée pression ! ». Ensuite, nous avons évoqué le régime Dukan que je suis à la lettre depuis 3 mois. Elle me donne des conseils, des précisions non dénuées d’intérêts sur ce régime, comme deux bons vieux amis qui se retrouvent et qui parlent de choses parfaitement futiles. J’ai devant moi une femme souriante et drôle. Si son ancien métier consistait aussi à faire baisser les armes de l’âme aux personnes à qui elle s’adresse, Ingrid Desjours est très forte à ce jeu-là. Très très forte parce que je ne me suis plus vraiment méfié. Je le sais, parce que je fais la même chose quand je dois interviewer quelqu’un. La personne en face de moi doit se sentir à l’aise, dès la poignée de main. J’ai toujours considéré que c’était ainsi qu’on obtenait le meilleur des autres.

 

Allez, magnéto !

 

- C’est déjà ton deuxième polar. Les choses sont allées très rapidement pour toi, non ?

 

- J’ai toujours beaucoup écrit dans ma vie, et ce, depuis ma prime jeunesse. Pour être sincère, j’ai toujours rêvé d’être écrivain, j’ai même commis quelques pièces de théâtre. Un jour, j’ai complètement arrêté d’écrire parce qu’un proche m’avait dit que ce que j’écrivais n’était pas bien, ça m’a cassé les ailes. Et puis, j’ai rencontré mon éditeur Denis Bouchain. Lui était intéressé par mon métier et voulait que je mette en avant une profileuse dans un polar. J’ai étais abasourdie que quelqu’un me fasse confiance à ce point. Il était persuadé que je pouvais arriver jusqu’au bout…Moi, je n’avais jamais lu ce genre littéraire là, mais on ne refuse par une telle proposition ! Qu’une maison d’éditions comme Plon s’intéresse à moi, était une chance inouïe. Je me suis donc lancée dans l’aventure et une semaine plus tard, je lui ai envoyé quelques pages… et nous avons signé. C’était les prémices d’Écho.

 

- Il paraît que tu n’avais jamais lu de polar avant que Denis Bouchain te demande d’en écrire un.

 

- Je ne connaissais pas du tout les codes de ce genre littéraire. Il m’était cependant évident qu’il ne fallait pas pas prendre le lecteur pour un idiot et que j’allais devoir me mettre en danger. En lui donnant, pour cela, la possibilité d’enquêter lui-même grâce à des indices disséminés avec parcimonie. A mon avis, un auteur doit donner au lecteur la possibilité de comprendre avant son enquêteur.

  

echo-thriller-ingrid-desjours.jpg- Dans Écho et Potens, moi, je n’ai pas découvert l’assassin très vite. Tu m’as bien baladé, je te remercie. Parlons des personnages principaux. La psycho-criminologue Garance Hermosa et le commandant Patrik Vivier. Ils sont extrêmement doués dans leur métier respectif, mais très peu pour les relations sociales et les rapports humains.

 

- Ce n’était pas calculé, mais il est vrai que je n’ai rien fait pour qu’ils soient sympathiques ou attachants. Garance, par exemple, les femmes qui m’en parlent la détestent souvent, alors que les hommes l’aiment bien. C’est vrai qu’elle couche avec tout ce qui bouge… Quoi qu’il en soit, les deux personnages se sont imposés à moi pendant l’écriture… au final, je les trouve cohérents avec eux-mêmes… et j’ai beaucoup de tendresse pour eux.

 

 - J’ai lu quelque part que lorsque tu écrivais, tu rentrais dans une espèce de transe.

 

- J’ai en tout cas l’impression d’être dans un état de grâce, de conscience modifiée et que je touche dans ces moments-là ce qu’est la création. Avant même d’écrire, d’ailleurs. L’inspiration me vient très souvent lorsque j’assiste à un concert. J’ai remarqué ce phénomène plusieurs fois, ça me tombe dessus et je n’y peux rien : histoires et personnages s’imposent à moi. Les dernières fois, c’était aux concerts de Pete Doherty, de Benjamin Biolay et de Miossec. C’est limite du chamanisme.

  

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- Tu travailles de quelle manière pour structurer un roman ?

 

- J’ai un squelette, une idée de base, des personnages avec des traits principaux et des caractères que j’affine en me figurant leur enfance et la relation avec leurs parents. J’ai un mode d’apprentissage par imprégnation. Je fonctionne par empathie avec mes personnages. Ils sont  une part de moi et en même temps très différents. Je les place dans un environnement donné et après ils évoluent selon s’ils se rencontrent, selon ce qu’ils vont se dire… ils m’échappent parfois, ils ont leurs propres vies

 

- C’est un peu de l’écriture automatique ?

 

- Oui et non. On n’est jamais dans une totale inconscience non plus, mais j’ai l’impression d’être comme un médium. Je perds la notion du temps et les idées sortent, sortent, sortent et puis à un moment, je deviens comme une voiture qui n’a plus d’essence, ça toussote, ça avance moins vite. C’est comme si la source se tarissait. Jusqu’à la prochaine fois.

  

 

- Garance exerce le métier que tu as exercé. Ton vécu comme psychologue spécialisée en sexo-criminologie t’a donné des idées ?

 

- Pour Écho, je me suis inspirée d’un cas auquel je me suis trouvée confrontée. Alors mon métier m’a certes changée, imprégnée et je m’en servirai toujours d’une façon ou d’une autre, mais pas uniquement. Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans le passé, et ce que j’observe au quotidien est une incroyable source d’inspiration. Je préfère m’en servir et m’inscrire dans une écriture plus instinctive, sensitive.

 

- Tu t’intéresses au basculement du bien vers le mal ?potens_1.jpg

- Ce qui m’intéresse c’est à la fois le pourquoi et le comment. Je me pose la question du déterminisme des choses, c’est d’ailleurs en filigrane dans Potens. Est-ce qu’on a un vrai libre arbitre ou est-ce que finalement tout n’est déterminé que par la somme de nos actions et par nos conditionnements. Comme beaucoup de personnes, j’ai à la fois une répulsion et une fascination pour tout ce qui est dans l’excès et dans les moments ou on bascule vers des actes odieux et irrémédiables.

 

- Dans Écho, l’intrigue se déroulait dans le milieu de la télé… enfin, il en était beaucoup question en tout cas. Pourquoi ce milieu ?

 

- En fait, l’univers des apparences m’intéresse par ce qu’il cache. Je ne peux ni ne veux me contenter de ce qu’on nous montre. Le monde de la télévision n’est que contrôle de l’image. J’aime soulever le voile et regarder quand la caméra est éteinte, quand on me montre une autre direction, pour comprendre, avoir les clés.

  

P1030525d.jpg- Garance, en tout cas, est brut de pomme comme femme. Elle ne porte pas de masque.

 

- Elle se dévoile beaucoup, et même quand elle croit se camoufler elle ne fait que crier des choses. Le choix du masque que l’on porte est très révélateur. Garance montre son côté narcissique, son besoin intense de séduire. Il y a une faille quelque part pour qu’elle ait besoin de surjouer, pour qu’elle soit dans la séduction permanente.

 

- Tu es surdouée, Potens évolue dans cet univers, tu en parles à la télé chez Michel Cymes… c’est paradoxal parce que je sais que tu n’aimes pas évoquer cet aspect là de toi.

 

- Je déteste cela tu veux dire. Et pourtant, effectivement, je viens en parler à la télé. Je veux dédramatiser et démystifier surtout. Le terme surdoué ne veut rien dire. Surdoué en quoi ? J’ai fait des tests et mon QI est supérieur à la moyenne. À la bonne heure, j’en fais quoi après ? On ne mesure pas la valeur d’un homme, ni même son intelligence, à son QI.

 

 

 - Y aura-t-il un troisième volet avec les mêmes personnages.

 

- Le 3e est en préparation, mais il sera un peu différent des autres. Pour tout te dire, il y en aura même un quatrième. Garance reviendra, c’est sûr !

 

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Nous avons parlé bien plus du livre Potens, mais après réflexion, j’ai décidé de ne pas trop rentrer dans les détails ici… pour que vous, lecteurs, ne soyez pas trop aiguillés dans un sens qui trahirait l’intrigue.

 

(Ne me remerciez-pas, c’est tout à fait normal !)

 

Il n’en reste pas moins que cette interview placée sous les signes bien distinctifs des gambas, des allergies aux chats, des tueurs en série, de l’explication de texte, de l’écriture, de l’humour et de la franche camaraderie fut bien agréable. Si Ingrid Desjours est impressionnante, elle est aussi fort attachante. Un plaisant mélange qui donne un goût de récidive.

22 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (8) : Harold Cobert pour "L'entrevue de Saint-Cloud"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique, Laurent Brard pour Les fils des brûlés, Amédée Mallock pour Le massacre des Innocents, voici mon huitième invité, Harold Cobert pour L’entrevue de Saint-Cloud (Editions Héloïse d’Ormesson).

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couv-entrevue.jpgRésumé du livre :

« Ce roman prend place au cœur de la Révolution, lors de l’entrevue secrète entre Marie-Antoinette et Mirabeau, le 3 juillet 1790. À travers ces deux figures, deux mondes se font face : la révolution et la monarchie, l’avenir de la France et son passé. Cette rencontre apparaît comme la dernière chance pour la royauté de sauver la mise, le dernier espoir pour le pays d’éviter la Terreur. Le prestige et le pouvoir de la reine sont au plus bas, ceux du charismatique tribun n’ont jamais été aussi hauts. Tout devrait les unir et les rassembler, mais l’échange vire à l’affrontement et au règlement de compte personnel. L’Autrichienne ne se laisse pas convaincre par l’éloquence du comte renégat, élu du tiers-état, et refuse l’idée d’utiliser à son profit les bouleversements révolutionnaires. Le livre ne peut que se conclure tragiquement, sur la mort de Mirabeau et l’exécution de la reine.

 

L’auteur :

Harold Cobert est né à Bordeaux en 1974. À la suite de sa thèse, Mirabeau, polygraphe : du pornographe à l’orateur politique, il a publié un essai consacré à Mirabeau, le fantôme du Panthéon et un premier roman, Le Reniement de Patrick Treboc (2007). Un hiver avec Baudelaire, paru chez Eho en 2009, a rencontré un vif succès. Harold Cobert écrit également pour le théâtre, le cinéma et la télévision. »

Une fois n'est pas coutume, l'entretien s'est tenu dans la brasserie placée à côté du Grand Rex.

 

 

9782709628600.jpgMandor : Tu te souviens que, même s’il était bien écrit, je n’avais pas trop aimé ton précédent livre Un hiver avec Baudelaire, mais c’était juste parce que le thème abordé m’a sans doute fait peur… par contre, j’avais chroniqué ton génial Reniement de Tréboc.

 

Harold Cobert : Oui, tu l’avais gentiment classé dans ton journal dans « Les incontournables ». Je te remercie d’ailleurs.



 M : Pour en revenir à Un Hiver avec Baudelaire, es-tu étonné du succès qu’il a rencontré ?un-hiver-avec-Baudelaire.jpg

 

 H.C : Ce n’est pas non plus le délire en termes de ventes, mais les critiques dans la presse et surtout celles des lecteurs m’ont fait du bien. Il y a un côté rassurant. En grand format, on en a vendu 6000, à France Loisirs il y a deux mois, on en était à 14.000 et en Allemagne, il est sorti la semaine dernière. 1er tirage 15.000 exemplaires. Les Allemands sont très intéressés par ce livre, je ne comprends pas pourquoi.

 

M :  Ce sont, en tout cas, deux romans contemporains. Que nous vaut cette plongée dans une tranche de vie de l’histoire ?

  

H.C : Mon éditrice Héloïse d’Ormesson dit de ce livre que c’est « un roman en costume ». Il y a une nuance… (sourire)

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M : Pourquoi as-tu choisi de raconter la rencontre entre Marie-Antoinette et Mirabeau ?

 

H.C : Parce que cette entrevue permet de faire le lien avec mes deux romans précédents. J’ai l’impression que les trois livres réunis forment une trilogie. A chaque fois ce sont des histoires de vies et de destins qui basculent complètement. Tréboc devient criminel par accident et de là, il devient une star de la télé… c’est une satire de la société du spectacle. Baudelaire explique le processus de rapide désocialisation et comment on passe de « l’autre côté ». Enfin avec ce nouveau livre, j’ai voulu montrer comment la petite histoire entre deux personnes fait basculer la grande histoire. Là, deux mondes se font face : le passé et l’avenir, l’histoire ancienne et l’histoire en marche, la monarchie et la Révolution. En tout cas, je tente de faire en sorte que mes livres aient toujours une valeur sociale ou sociétale.

 

M : Les thèmes abordés dans ton livre sont très modernes. Ils se juxtaposent parfaitement avec le monde d’aujourd’hui.

 

H.C : De plus, tout ce que Mirabeau écrit à la Reine est véridique. Je n’ai rien transformé. Si ça à l’air moderne, c’est peut-être aussi parce que la Révolution Française est un évènement encore moderne… actuellement, on baigne tout à fait dans cette époque là. Mirabeau, lui, avait parfaitement compris l’importance de l’opinion publique, l’importance de la manipulation par la presse, l’importance pour la première dame de France de suppléer le roi et/ou le président dans l’exercice de proximité. En ce moment, ça ne t’a pas échappé, nous sommes légèrement en crise. Il ne faut pas oublier que la Révolution commence quand les caisses de l’État sont vides. Je dis ça, je dis rien ! A cette époque, les aristocrates sont plus soucieux de jouir de leur droit que d’assumer quoi que ce soit. Ils se paient sur la cassette de l’état en permanence…. J’en passe et des meilleurs. Je trouve donc intéressant d’aller revisiter nos fondamentaux. Ce que j’apprécie dans l’Histoire, c’est quand elle nous apporte un éclairage sur le monde d’aujourd’hui.

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M : Le 18e siècle, c’est aussi la lutte contre l’obscurantisme religieux. Il en est question dans ton livre.

 

H.C : Oui, il s’agissait de séparer l’Église de l’État et que la religion reste dans la sphère privée. Aujourd’hui, la religion fait un retour très inquiétant dans la sphère publique. Il y a des débats ridicules sur notamment la burqa et sur l’identité nationale.

 

M : Comment as-tu « rencontré » Mirabeau ?Mirabeau NB.jpg 

 

H.C : J’avais 22 ans. J’ai fait ma maîtrise, mon DEA et ma thèse sur lui. Je suis très « Sollersien ». Sollers connait parfaitement le 18e siècle, le siècle le plus contemporain et le plus moderne qui soit. Ce qui m’intéresse chez Mirabeau, c’est son côté ultra moderne. La monarchie constitutionnelle qu’il souhaite ressemble beaucoup à la 5e République, avec notamment le pouvoir régalien pour le président. Il avait déjà anticipé tous les risques qu’il y allait avoir avec la 3e et 4e République. Ce qui m’a ému aussi chez lui, c’est que c’est un type avec un destin raté. La révolution était enfin un évènement à sa mesure et quand il va peut-être réussir, il meurt. Pire encore, déclaré traître à la nation, le cadavre de Mirabeau est retiré du Panthéon pour être enterré anonymement dans le cimetière de Clamart. 

 

M : Pourquoi Marie-Antoinette accepte-t-elle ce rendez-vous ?

 

H.C : Mirabeau sollicite une entrevue depuis un an. À ce moment là de l’histoire, Mirabeau est devenu tellement puissant qu’elle n’a pas d’autres choix que d’accepter. Quant à Mirabeau, il veut rencontrer Marie-Antoinette, car il sait que le roi est d’une indécision chronique et qu’elle, en revanche, a un caractère assez trempée. Elle seule peut insuffler quelque volonté au monarque, lui faire prendre de bonnes décisions, des décisions, et le contraindre à s’y tenir. Comme je l’écris, « la Première dame du royaume doit regagner sa popularité en allant à la rencontre du peuple, en se montrant comme le faisait jadis sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse ». S’il arrive à la convaincre, elle persuadera le roi, ainsi la monarchie sera sauvée de la tempête qui menace de l’entraîner dans l’abîme.

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M : Malgré la joute verbale que tu écris entre les deux protagonistes, j’ai ressenti aussi un peu d’admiration réciproque.

 

H.C : Mirabeau est un aristocrate qui a passé sa vie à essayer d’être reconnu pour son talent. Quand il se trouve enfin face à la reine de France dont il peut devenir le conseiller occulte, il a soudain de la fascination pour elle. Elle est belle, intelligente et beaucoup de charisme. Tout le monde tombait sous son charme, même ses détracteurs. En tout cas, Mirabeau pense pouvoir conquérir une nouvelle stature grâce à elle. Quant à Marie-Antoinette, elle déteste Mirabeau. Principalement pour tout ce qui est de l’ordre de l’intime. Auteur d’ouvrages pornos, homme à femmes, rebelle à toute autorité, mis en prison régulièrement, Mirabeau est trop sulfureux. Trop libre, même. Elle avait cristallisé sur lui la rancœur de tout ce que le destin lui avait refusé. Elle n’avait dans Mirabeau  que le reflet comblé de ces propres frustrations. Il faut dire qu’il est profondément laid et qu’il a eu pourtant d’innombrables conquêtes. Je suis sûr qu’elle est jalouse de ce côté-là chez lui. Elle ne peut pas ne pas penser au palmarès d’alcôve de Mirabeau. Tu as raison, je crois qu’entre les deux, il y avait bien une admiration cachée réciproque. Ils avaient souffert des mêmes maux, simplement, ils n’avaient pas réagi de la même façon. Elle avait occulté la réalité, lui, l’avait affronté de face.

 

M : Est-ce que cette rencontre s’est déroulée comme elle est racontée dans ton livre ?

 

H.C : Le seul doute que j’ai, c’est si cette rencontre s’est déroulée entre quatre yeux ou si le roi était avec eux. Les historiens s’engueulent à ce sujet. Mais, au fond, ça n’a pas trop d’importance.

 

M : En parlant des historiens, quand on écrit un livre qui prétend raconter un peu d’histoire de France, on n’a pas peur de la réaction des personnes dont c’est le métier ?

 

H.C : Ça ne me gêne pas le moins du monde, car le 18e est une période que je connais moins mal que les autres et je suis prêt à débattre avec qui veut. Je reste convaincu de manière très immodeste que rien n’est vrai, mais que ça reste vraisemblable. Je me suis beaucoup documenté et j’ai lu beaucoup de livres sur la question.

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M : Quand tu as expliqué à Héloïse d’Ormesson que tu voulais écrire un livre sur cette rencontre, comment a-t-elle réagi ?

 

H.C : Elle m’a dit que ça avait l’air intéressant, mais qu’il fallait que je lui montre ce que ça allait donner. Héloïse ne juge que sur texte, par sur projet. Ce n’est pas le genre de la maison de juger sur synopsis.

 

M : Tu verrais bien ce livre adapté au cinéma ?

 

H.C : Pourquoi pas. En attendant, cet été, j’ai écrit une adaptation théâtrale. Pour avoir un décor unique, j’ai fait venir Mirabeau chez Marie-Antoinette. Un lieu clôt, c’est beaucoup plus inquiétant au théâtre. 

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Si la fragilité des destinées collectives vous intéresse (comme vous le suggère la 4e de couverture de ce livre), plongez-vous dans L’entrevue de Saint-Cloud, un livre passionnant qui vous permettra de pénétrer au cœur de l’ancien Régime et dans la tourmente révolutionnaire.

16 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (7) : Mallock pour "Le massacre des innocents"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 

Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique, Laurent Brard pour Les fils des brûlés, voici mon septième invité, Amédée Mallock pour Le massacre des Innocents (JBZ et Compagnie).

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Résumé de Le Massacre des Innocents :

Premier tome des Chroniques Barbares, le "Massacre des Innocents " est l'histoire d'une épidémie d'un nouveau genre : soudainement, des massacres inexplicables ont lieu partout en France. D'une barbarie atroce, ceux-ci seront de plus en plus fréquents et de plus en plus violents. Que faire quand la personne à côté de vous peut, sans avertissement, devenir un fou dangereux ? Le commissaire Amédée Mallock, héros de cette Chronique barbare et personnage atypique avec ses visions prémonitoires et sa mélancolie collante, va devoir trouver une explication rationnelle à l'inexplicable. Impuissant, il tente d'aider le gouvernement à mettre en place un couvre-feu. Le pays est en quarantaine. Comment arrêter le "Massacre des Innocents " ?

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Qui est l’auteur Amédée Mallock ?

avatar-blog-1159288230-tmpphp5VcgCS.jpeg«Mallock», alias J-D Bruet-Ferreol, né en 1951, est un fou de mots et de visuels. Depuis l’âge de 11 ans, il écrit, peint et photographie, sans discontinuer. Mallock fait partie, en 1980, des tout premiers photographes primés par le Grand Palais dans le cadre du Salon d’Automne. La même année, Bruet-Ferreol reçoit le Prix Spécial du Jury A2 pour son travail photographique sur «la solitude». Ces clins d’œils du destin seront le point de départ d’une longue et fructueuse carrière d’artiste freelance, DA,P1030374.JPG rédacteur-concepteur et créateur de multiples textes et visuels contemporains, tant dans le domaine de la publicité que dans celui de l’art. En 2000, Bruet-Ferreol expose à nouveau au Grand Palais dans le cadre du Salon de la Figuration Critique des peintures en technique mixte. Il reçoit un Prix Stratégie du Design et sort un roman policier : Les Visages de Dieu aux éditions du Seuil. Depuis, il expose régulièrement son travail photographique qu’il signe maintenant et désormais de son nouveau pseudo : Mallock, en compagnie de son complice Gueritot.

En 2009, il sort un grand livre d’art : MOON, exercice de style sur le derrière féminin. Mallock vit aujourd’hui à Paris et s’apprête à sortir 4 opus : Le Massacre des Innocents, la suite attendue de ses « chroniques barbares », BOOB , le pendant de MOON, puis un grand calendrier « lunaire », et enfin, une nouvelle version revue et allongée (director’s cut) des « Visages de Dieu », sa première Chronique barbare. Pour en savoir plus sur lui, vous pouvez vous connecter sur Mallock.fr ou sur son blog.

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Chez lui, superbe appartement d’un quartier qualifié de « littéraire », c’est un Amédée Mallock bonhomme qui m’accueille. Il me fait rentrer et je tombe nez à museau sur son chat. Palsambleu !  Moi qui suis allergique à l’extrême de ces bêtes !

Je lui dis, tout de go.

le chat qui vient de l espace 01.jpgIl me répond que lui aussi, mais que c’est le seul chat au monde qui ne lui donne aucun symptôme de cette nature. Avec Cyrano (c’est son nom), pas d’éternuement, pas de problème pour respirer, pas les yeux qui piquent, qui pleurent, rien de rien.

Je ne fais pas durer ce suspense insoutenable plus longtemps. Moi, non plus, ce chat ne m’a en aucun cas perturbé, il ne s’est pourtant pas privé de se frotter à moi sans cesse…

Ce chat n’est pas un chat. C’est un extra-terrestre venu étudier le comportement des humains directement chez un spécimen. Et quel spécimen cet Amédée Mallock !

(Notez que je ne suis pas peu fier d’avoir démasqué cet être bizarre venu d’ailleurs).

A la demande générale... voici Cyrano !

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Je fais la connaissance de la souriante épouse de l’auteur. Femme sympathique qui exerce la même profession que moi, mais dans un secteur différent. La médecine…

Elle me prépare un bon café que je demande « avec sucrette », ce qui nous emmène vers une discussion devenue fréquente quand j’arrive quelque part ces dernières semaines.

Mon régime.

Je vous épargne les détails. Ce n’est pas très intéressant de savoir que je fonds à vu d’œil depuis deux mois. Vous savez, je prends ça avec recul et ça ne me perturbe pas plus que ça !

(YOUPIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!)

Hum !

Au moment où Cyrano se glisse dans mon sac posé à mes pieds, j’enclenche mon magnéto.

 

9782755605945.jpg- Tu considères Le massacre des innocents comme un thriller littéraire…

 

-  Mon livre ressemble à un polar, a le goût du polar, mais n’en est pas un. Le problème du polar, je n’ai pas peur de l’affirmer, c’est que c’est souvent moyennement bien écrit. Ma démarche personnelle est de construire une vraie œuvre littéraire. J’ai de hautes ambitions dans tout ce que j’entreprends. Je veux tirer le lecteur vers le haut en lui faisant passer un bon moment, sans respecter pour autant les codes habituels de ce genre littéraire. Je propose des livres hyper travaillés. Cela fait 15 ans que je travaille sur ces romans. Je dois préciser que la série des Chroniques Barbares partage le format de l’Heptologie (ou Septologie). Dès le départ, j’ai conçu un plan général de l’ensemble afin d’obtenir une parfaite cohérence dans l’évolution des personnages et de leurs sentiments, ainsi que dans les moindres détails matériels de leurs vies. En plaçant chaque aventure dans le cadre d’un « grand tout » se déroulant sur une vingtaine d’années, j’ai souhaité également donner plus d’ampleur, de tension dramatique, d’affectivité et de variété à chacun des épisodes. Rassure-toi, chaque histoire reste totalement indépendante de la suivante, afin que l’on puisse lire les différentes enquêtes, à la suite, mais également dans l’ordre du hasard.

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- Cette septologie, c’est l’œuvre d’une vie ?

 

- Oui, je m’y attèle avec acharnement. Il y a quelques années, Éric Orsenna m’a demandé de venir le voir au Ministère des Affaires Etrangères pour me dire ce qu’il pensait d’un de mes premiers romans (non publié) qu’un ami lui avait passé, Le volcan lunatique. Il m’a dit qu’il était, je cite "sur le cul tellement il s’est régalé à le lire". Mais il a ajouté : « Vous ne serez jamais publié avec un livre comme ça. Vous n’êtes pas connu. Votre livre est un mélange de science-fiction, de fantastique, d'érotisme et de polar. Il y a tout, donc vous n’allez rentrer dans aucune collection, vous allez vous casser les dents, vous allez vous démoraliser et ce sera catastrophique… ». Me considérant comme « tellement taré », il m’a conseillé d’aller dans la rue et de prendre l’inspiration là. Pour lui, c’était suffisant. Alors, je me suis mis à construire mon œuvre, à ma façon. J’aime autant lire Voyages au bout de la nuit de Céline que toute la bibliographie d’Albert Cohen, mais j’adore aussi Thomas Harris. Mon ambition était d’écrire un peu comme eux tous. J’ai eu un mal fou à parvenir à un compromis entre un style littéraire et un style plus narratif.

 

- Le Massacre des Innocents est un livre très accessible.

 

- Oui, je pense être parvenu à écrire un  roman « populaire » de bonne tenue.

 

- Ça ne fait pas peur aux éditeurs une septologie ?

 

- Ce leur fait peur et en même temps, ça les rassure sur le phénomène de suivi. Si le premier ne marche pas, peut-être que le deuxième trouvera son public. Par exemple, les deux prochaines aventures du commissaire Mollock et de son équipe devraient paraître en octobre, puis en mai prochain.

 

- Tu signes désormais tes livres Mallock, ton commissaire s’appelle Mallock… ce n’est certainement pas le fruit du hasard. 

 

- Je me suis rendu compte que le personnage de commissaire qui n’avait au début qu’un petit rôle dans un précédent ouvrage est devenu essentiel à mon histoire et surtout, je me suis rendu compte qu’il me ressemblait comme deux gouttes d’eau. Pire encore… que c’était moi. Dans les premières aventures de Mallock, Les visages de dieu (aux éditions Jean-Claude Lattès), j’ai eu un plaisir fou à le mettre en scène. Depuis, il reste et restera mon personnage fétiche et récurrent.

 

- Ton personnage Mallock, il n’est pas seulement intuitif à l’extrême, il est carrément visionnaire.

 

- Il a une capacité exacerbée à prévoir les mauvais coups. Il a d’ailleurs peur de cette capacité là, parce que ça lui rappelle la folie de ses parents. Il y a toujours dans ce livre, des explications aux intuitions de Mallock. Aux lecteurs de les découvrir… j’adore l’idée de jouer avec mes lecteurs.

 

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- Voilà comment tu présentes le commissaire Mallock : « Mallock n’était rien d’autre qu’un brave bougre sentimental avec un caractère de chien, chiant avec des états d’âme. Dur et sensible, violent et pacifique, autoritaire, mais bienveillants, irascible et zen, orgueilleux et simple, Médée était un gros ours paradoxal. ». Le Mallock du livre et le même que le Mallock écrivain ?

 

- Je te le répète, je suis désormais dans l’incapacité de différencier l’un de l’autre. Mon personnage est mon portrait craché.

 

- Son inspiration est facilitée par sa consommation d’alcool, de cigare et d’opium… qu’en est-il pour toi ?

 

- Personnellement, je ne prends pas d’Opium, ni aucune drogue considérée comme illégale, par contre le reste… si j’ai inventé l’opium pour Mallock, c’est pour représenter de manière tangible l’inspiration, c’est tout.

 

- Tu écris à un moment : « Chacun de nous à l’enfer en lui. Juste là, tout prêt, tapi au bord de nos putains de lèvres. » Ce n’est pas rassurant !

 

- Quand je dis l’enfer, c’est à la fois le côté obscur et la folie que chacun à en lui. J’en suis persuadé. Moi, je suis sous anti dépresseur depuis une trentaine d’années. Je suis à la limite de la bipolarité. Je m’en foutais de souffrir, mais quand j’ai compris que je faisais souffrir les gens que j’aime, j’ai décidé de prendre ce problème à bras le corps.

 

- Faire souffrir ta femme et tes enfants, par exemple.

 

-  Cette idée m’est effectivement insupportable. Il y a d’ailleurs un lien avec ce qu’il se passe dans la vie de mon commissaire Mallock. Son fils de 5 ans, Thomas, est mort. C’est pour moi un exutoire de ma peur de perdre un de mes fils. J’ai une peur panique qui leur arrive quelque chose.

 

- Tu dis aussi dans ce roman que le meurtre parfait existe.

 

- C’est une certitude, même si, paradoxalement, on peut dire que le meurtre parfait n’existe pas puisqu’il n’est pas découvert et qu’on n’en parle pas. Un meurtre parfait, c’est comme les petits hommes verts, il n’y a pas de preuves irréfutables, donc, ça n’existe pas. Je suis sûr qu’il y a autant de meurtres parfaits que de meurtres élucidés.

 

(Note de Mandor : Hé hé ! Mallock croit que je n’ai pas compris que son chat venait d’une autre planète… Tsss…)

 

- Quand tu écris un livre, comme un comédien qui vient de finir un film avec un rôle fort, tu as du mal à en sortir ?

 

- Non, parce que je planche immédiatement sur le livre d’après. Je suis même impatient de terminer un roman, puisque le suivant m’appelle déjà. C’est juste mon côté perfectionniste qui fait que j’ai du mal à me dire qu’un livre est vraiment terminé. A chaque relecture, de constantes corrections. À un moment, il faut être raisonnable et s’arrêter. Moi, j’ai un mal fou.

 

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- Tes tableaux, ta musique et tes livres… ces activités sont primordiales et indissociables à ta vie ?

 

- Je suis avant tout écrivain, mais je n’écris pas que des livres. J’écris des images et de la musique. Je suis né avec ces trois enfants. La littérature, la photo et la musique me revitalisent. Dès le matin, il faut que je crée. Si je ne crée pas, je suis très mal. Il faudrait que je double ou triple mes anxiolytiques. 

 

- Quelle est ton ambition littéraire ?

 

- Ce qui me ferait le plus plaisir, c’est que mes lecteurs me disent un jour qu’un de mes livres est un des vingt qu’ils emmèneraient dans une île déserte pour le relire. Je veux marquer les gens qui me lisent… et que ma morale de vie leur plaise. Elle est proche de celle de Cyrano (de Bergerac, pas le chat extra-terrestre !)

Pour être sincère, nous avons conversé très longtemps, j’ai dû tailler à la hache afin que cette interview respecte le format habituel de ce blog. J’espère que Mallock ne m’en voudra pas. Il m’a ensuite fait visiter sa demeure en me faisant l’honneur de me présenter quelques-unes de ses toiles, dont voici des détails (pris avec mon appareil Panasonic Lumix DMC-FS7, c’est dire si la qualité de ses clichés est impressionnante de précision et d’exactitude…).

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Mallock m'a ensuite offert son fameux Moon. Il s'agit tout à la fois d'un livre d’art et d'un recueil de photos érotiques. Mallock et son complice Gueritot ont voulu concevoir la première anthologie de la fesse féminine, sous la forme d'un "beau livre". Il me l'a dédicacé.

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Moon est un superbe ouvrage avec des photos (qui ne laissent pas indifférents tout hétéro normalement constitué) dont voici un échantillon dans ce petit clip. Régalez-vous, c'est de l'art !


MOON Mallock et Gueritot
envoyé par A-Mallock. - Films courts et animations.

Nous avons eu du mal à nous séparer, alors que je n’avais qu’une heure à consacrer à cet auteur, je suis resté près de deux heures. Pas envie de partir, sacrément envie de continuer à parler.

Rendez-vous est pris à la rentrée, sans micro, mais avec plus de temps…

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13 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (6) : Laurent Brard pour "Le fils des brûlés"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 

Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique, voici mon sixième invité, Laurent Brard pour Les fils des brûlés.

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La quatrième de couverture :

« Sarole. Une petite ville tranquille où il ne se passe jamais rien.
Flic sans ambitions, au placard depuis douze ans pour avoir laissé se commettre le meurtre de la jeune Cécilia, Oscar Bellem est sur le point de mettre un terme à sa carrière. Dans cet endroit retiré, il espère oublier, tirer un trait sur le passé.
Mais derrière son apparence tranquille, Sarole cache un secret. Une ombre se faufile entre les morts.
Cécilia n'a jamais été aussi proche.

Laurent Brad est aussi l'auteur de Cargo, primé par les Ancres Noires du Havre. »

 

Laurent Brard est donc le troisième auteur de la collection « Nuit Blanche » qui a accepté de venir à ma rencontre. Toujours au même endroit. Ce fameux bar jouxtant le Grand Rex…

Laurent Brard, il faut lui faire la ola. Rendez-vous compte, il est venu de loin, de très loin, le bout du monde…juste pour ce blog.

Caen.

Je sais, c’est impressionnant.

Merci à lui !

 

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- Comment as-tu "atterri" dans cette collection, chez Plon ?

 

- C’est en participant à la deuxième édition du concours Blogauteurs, qui finalement ne s’est pas tenue… j’ai été sélectionné dans les 4 ou 5 finalistes. Denis Bouchain m’a contacté et nous avons retravaillé mon roman parce qu’au départ, « Le fils des brûlés » était plus un synopsis de scénario, avec son aide précieuse,  je l’ai transformé en véritable roman.

 

4634467_ddb24a23f9_m.jpg- Un premier livre et déjà une publication dans une grande maison d’édition. C’est rare !

 

- D’autant plus que c’était la première fois que je tentais l’expérience. J’ai eu des critiques et des notes sur des films qui ont été éditées et puis une nouvelle aussi.

 

-Tu as écrit des scénarios pour le cinéma et la télé…

 

- Oui, pour ne rien te cacher, j’ai écrit un scénario destiné à un court métrage pour lequel j’ai eu un contrat qui a finalement capoté. Ca m’a dégouté un petit moment. C’était beaucoup de boulot pour rien. Je tiens à préciser qu’au départ, je suis plus cinéma que littérature. J’ai un Bac 3 de cinéma, j’ai suivi les cours de la cinémathèque française à Paris et j’ai écumé toutes les salles obscures de Saint-Germain.

 

- Ton héros, Oscar Bellem est comme toi. Il n’a pas réussi dans l’écriture pour le cinéma, il a fait un autre métier. Lui flic, toi, éducateur spécialisé dans un centre d’action sociale à Caen.

 

- Il y a un peu de moi dans Oscar, mais pas entièrement, heureusement pour ma famille et ceux que j’aime. En tout cas, l’idée de créer un anti héros me plaisait bien. J’apprécie les choses très marquées, très stéréotypées, alors j’aime bien créer des personnages et des situations un peu décalées. Le personnage principal l’est complètement. Un gars à la Eastwood, genre le cowboy qui passe son temps à tomber de cheval, qui tient droit dans ses bottes, mais qui marche de travers. Oscar Bellem ne se sent jamais à sa place. Humainement, il a plein de failles.

 

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- « Les fils des brûlés », c’est un peu comme un Colombo, on connait l’assassin dès le début de l’histoire.

 

- Ca aussi, c’est volontaire. Je voulais tout livrer au lecteur dès le départ. L’intrigue ne se joue pas là. Ce qui m’intéressait, c’est ce qu’il se passait entre les personnages, toutes les ambiances, les destins qui s’entrecroisent… Je travaille beaucoup sur les interactions entre un environnement et les personnages et sur ce que cela peut provoquer.

 

- Tu situes l’action dans un village qui n’existe pas, mais qui ressemblent à certains. Les habitants y sont très croyants et même, pour bon nombre, pratiquants. Il est difficile de faire la part des choses entre la rumeur, la légende et la vérité… ce n’est pas pratique pour démêler les fils de l’enquête.

 

- Déjà, l’idée d’inventer un lieu me permettait d’être complètement libre, mais je précise qu'il est inspiré de quelques patelins que je connais. Tout ce qui tient des traditions et de la légende m’inspire beaucoup. Généralement, ça nous renvoie à nos propres croyances, nos histoires, à un passé familial que nous ne connaissons pas vraiment. La transmission, ça me fascine complètement.

 

- Ce polar n’est pas tout à fait un polar... enfin, pas seulement. Il y a aussi du fantastique.

 

- La difficulté que j’ai eu, c’est de mettre en parallèle des codes sans complètement les fausser, mais sans complètement tomber dedans non plus. Je navigue entre le réel et le délire. Le fantastique est présent dans la manière dont les gens interprètent ce qu’il y a devant eux. Jouer avec le fantastique, c’est bien si on se rappelle qu’il faut revenir vers le réel. Il faut garder une certaine crédibilité.

 

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- L’ambiance du village de ton roman m’a fait penser à celle du film de Claude Chabrol, Le Boucher. Même si l’histoire n’a aucun rapport, tu es d’accord avec moi ou je viens de dire une grosse bêtise?

 

- L’univers de Chabrol m’influence beaucoup, c’est vrai. Ca fait du bien à l’ego ce que tu me dis, mais, en même temps, je fais gaffe parce que tu parles d’un géant et je ne suis pas du tout à son niveau. Tu évoquais aussi tout à l’heure, en off, de Georges Simenon. Il faut raison garder. En tout cas, tu as choisi le bon film. Oui, Le boucher n’est pas aux antipodes des ambiances de mon livre. Des choses qui fonctionnent en vase clos, les non dits ne me sont pas étrangers. J’aime bien aussi flirter avec la caricature et avec l’absurde. Ca m’amuse.

 

- Il y a aussi de l’amour dans ton roman.

 

- Ca m’a permis d’aérer aussi l’ambiance parfois un peu pesante.

 

- Quel retour as-tu du « Fils des brûlés » ?

 

- Les interprétations de ce qu’on a écrit sont parfois un peu surprenantes. J’ai remarqué que les lecteurs lisent une histoire par rapport à ce qu’ils sont, ça veut dire que les gens s’approprient le livre. C’est très bien ainsi, car je n’ai pas voulu véhiculer un message quelconque.

 

- Il y aura une suite des aventures d’Oscar Bellem ?

 

- Au début, ça me paraissait compliqué et puis, ça y est, j’ai trouvé une issue pour garder Bellem. Je repars avec lui dans une autre ambiance, dans un autre lieu avec une personnalité qui va changer et parfois même se dédoubler. J’ai démarré l’écriture, mais je ne peux évidemment pas t’en dire plus.

 

- L'ambiance générale sera fantastique ?

 

- Oui. Je peux même te dévoiler que ce sera très mystérieux. Encore plus que « Le fils des brûlés ».

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04 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (5) : Christine Spadaccini pour "Le voyage en argentique"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 

Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, voici ma cinquième invité, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique (Laura Mare Editions).

 

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La quatrième de couverture de Le voyage en argentique :

 

« Y a-t-il chose plus terrible que de voir s'effriter la vie d'un être cher ? Quoi de plus monstrueux que de le voir plonger, jour après jour, dans l'oubli de soi, l'oubli des siens, l'oubli de tout, à la merci de cet ennemi aussi insaisissable qu'implacable : Alzheimer.…
Les souvenirs de M'amie s'envolent les uns après les autres. Désespérée, sa petite-fille cherche un moyen de les retenir. Peut-être la clef de cette mémoire prisonnière se trouve-t-elle dans les vieilles photos jaunies que sa grand-mère a éparpillées aux quatre coins de la maison familiale ? Oui, peut-être que de la trame usée de ces clichés, témoins du temps passé, on peut encore tirer et renouer le fil de cette vie qui s’enfuit ! En entreprenant cette drôle de quête pour tenter de garder sa grand-mère auprès d'elle, la narratrice va construire un puzzle de mots et d'images aux couleurs tristes et tendres où les souvenirs enchantés de son enfance semblent remonter au fur et à mesure que ceux de la vieille dame s'effacent inexorablement, comme dans un douloureux effet de vases communicants. Le rappel des beaux instants d'amour partagés saura-t-il adoucir la cruauté des épreuves quotidiennes liées à cette affection ?
Avec pudeur et réalisme, l'auteur nous emporte dans le récit de ce combat inégal entre la maladie et la vie. Un sujet délicat traité avec prouesse et élégance. »

 

Voyage en argentique est le troisième livre de Christine Spadaccini. Pour le précédent, elle avait déjà accepté que je lui pose quelques questions (alors qu'elle exècre cet exercice)…

Cette fois-ci, la rencontre est à l’image de ce roman. Poétique, lumineuse et photographique.

A propos des photos, justement, sachez qu'elle a pioché dans ses réserves... certaines auraient d’ailleurs pu figurer dans le livre puisqu'elles font partie de la même série que cellent qui l'illustrent. Ce sont donc des photos inédites, pour cette interview. 

Et vous ne trouverez pas de clichés "mandoriens", car, comme l’explique l’auteur(e) elle-même : « Nous nous sommes donnés rendez-vous dans la 4ème dimension, dans un lieu magique qui doit rester secret et où, donc, les appareils enregistreurs et photos ne sont pas autorisés… »

 

 

Interview :

 

- Ton roman est une bulle de nostalgie et de mélancolie. On est happé dans tes souvenirs d’enfance. Ton texte oscille entre le passé et le présent. La maladie de ta grand-mère et ce livre… c’est ton devoir de mémoire familial ?

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Je n’ai pas eu la sensation de « devoir » écrire quoi que ce soit, je crois qu’au début c’était plus ma façon de lui dire au revoir, de faire face de manière créative à une situation douloureuse. Et puis, au final, les phrases ainsi alignées (« à lignée » ?) participent quand même à la construction de la mémoire familiale que tu évoques : c’est pour mon neveu et ma nièce, ses arrière-petits-enfants qui l’ont très peu connue, l’occasion de la découvrir et de l’interminable jeu des questions qui font grandir : « C’est M’amie sur cette photo, Tata ? Ah ben dis donc, je la voyais pas si jeune ! » « Mais c’était quand alors ? « Et toi, t’étais où ? » « Et lui, là, c’est qui ? »  « Et il faisait quoi ? » « Et pourquoi ? » « Mais comment ? »…etc…ad lib !

 

- Crois-tu qu’on ne peut correctement gérer sa vie d’aujourd’hui qu’en faisant table rase du passé…en l’immortalisant comme tu le fais par exemple ?

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 « La vie, c’est ce qui t’arrive quand tu es occupé à prévoir autre chose », chantait Lennon. Je suis assez d’accord avec ça. S’il y a gestion, elle est plutôt au jour le jour en ce qui me concerne ! Et, dans ce cas précis, le passé, les souvenirs d’enfance convoqués pour l’écriture de ce texte, m’ont aidée à passer un cap pénible. Ils étaient une ouverture claire, un horizon auquel se raccrocher dans les heures sombres, un rappel des moments joyeux et ils m’ont permis d’avancer. Le passé est ce qu’il est, le présent ce qu’on en fait : au boulot !

 

- Ta grand-mère est morte une semaine après que ton livre soit terminé, comme si la boucle devait être bouclée. As-tu vécu son départ comme ton nouveau départ ?

 

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Départ. Fin

Des parfums qui restent.

Des ombres qui suivent.

On continue sa route…

Non, je n’ai pas vécu sa disparition comme un nouveau départ pour moi mais, avec le recul,  ce livre m’a permis de mieux m’y préparer donc les cahots ont été plus faciles à négocier…

 

- Tu dis que la grand-mère décrite dans ce « voyage en argentique » est ta grand-mère, mais pas tout à fait, et que sa petite-fille est toi, mais pas complètement… C’est de la pudeur ou une façon de brouiller les cartes sur qui tu es vraiment ?

 

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Malgré l’intervention des plus fins limiers et même du grand Sherlock avec sa loupe, l’enquête dans le but d’identifier formellement les protagonistes de cette histoire piétine… (Jokœur !)

 

- Tu expliques que le plus difficile dans la maladie d’Alzheimer, c’est que la personne qui en est victime ne reconnait pas ses proches. En l’occurrence sa descendance… Au fond, c’est ça que tu as trouvé le plus inacceptable ?

 

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Les rapports familiaux sont pétris d’habitudes, de vieux automatismes et de certitudes établies. C’est très difficile de concevoir et se s’habituer au fait que tu puisses ainsi devenir complètement étranger à une personne si proche, avec laquelle tu as partagé tellement de choses, d’autant que, dans les premiers temps de la maladie, ce n’est pas systématique, les souvenirs, les perceptions, ne disparaissent pas d’un coup, ils s’effritent lentement, vont, viennent, et, tant qu’il le peut, le malade essaie de pallier à ses absences, de les dissimuler sous le masque des habitudes, justement. C’est très déstabilisant et épuisant à la longue. Mais tu apprends à intégrer ce facteur, avec le temps, à faire avec et à trouver les réponses, les attitudes qui conviennent même si ce n’est pas évident de faire face à la distance, au brouillard qui s’installent entre le malade et son entourage. Mais, le plus inacceptable, ce n’est pas cela, c’est de voir souffrir celui ou celle que tu aimes, comme dans n’importe quelle autre maladie.

 

- Tu écris : « J’écris ce que je ne peux pas photographier » et « Je photographie ce que je n’ai pas besoin d’écrire ». L’image et les mots couchés sur du papier sont essentiels à ta vie. Ce sont tes meilleurs moyens pour « communiquer » ?

 

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J’adore (me) raconter des histoires et les mots et les photos sont de merveilleux outils pour ça : on prend un (c)rayon et zou, on ouvre une fenêtre où il n’y en avait pas, on s’y penche, on fait coucou aux gens qui passent et zou, c’est parti!

 

- De toutes ces photos « au passé recomposé », tu en sors des mots-clichés, des images-histoires. T’es-tu « emmêlée les pinceaux dans ce mélo-rétro, roman photo de petites histoires sans importance, mais irremplaçables », les tiennes ?

 

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J’ai défait le nœud du ruban qui fermait le grand sac des souvenirs et ils ont tous roulé sur la table de la cuisine : dedans s’y trouvaient tout un tas de babioles, des loupes, des briquets, des pinces, des ciseaux, des cure-dents, des couteaux, des coupe-papier, des livres fripés, des photos jaunies, des lettres oubliées, des listes de courses, des factures, des moignons de crayons, des lames de rasoir, des bigoudis, des boutons dépareillés, de la colle, du scotch, des bons de garantie, des épingles à cheveux, des tickets de cinéma, un dictionnaire Poucet, un ouvre-boîte miniature, des avis d’obsèques découpés dans le journal, un roi de cœur sans sa reine, des fèves en porcelaine, des bouts de recettes, des miettes, des pièces trouées, des fichus en plastique, trois petits cochons en caoutchouc et même des dents en or ! Et chaque chose y est allée de sa petite histoire, déterrant son instant de gloire, versant sa petite larme de temps passé, m’enveloppant d’odeurs rances et de poussière collante. Au début, j’ai essayé de comprendre, de trier, de classer, de noter mais  c’était trop la pagaille ! J’ai mélangé les gens, mélangé les genres, mélangé les dates, mélangé les lieux, je me suis même parfois arrangée avec ma vérité. Et mon tout a fini par faire cette histoire où tout le monde se reconnaît et personne ne se retrouve !

 

- Depuis ton premier livre, tu malaxes les mots, tu t’amuses avec eux. Pour raconter ta réalité, ta forme narrative reste faite de jeux de mots, de fins calembours, d’images poétiques, de dialogues surréalistes. On sent une certaine « jouissance » à jouer avec la langue française…

 

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J’aime bien cette phrase de Boris Vian : « Je crois que je suis en train de jouer avec les mots. Et s’ils étaient faits pour ça ? » Je crois que tu connais ma réponse à cette question ! L’écriture est un cadeau et, oui, je me fais plaisir chaque jour quand je m’installe à mon bureau et que je commence à déballer mes jouets, les mots. J’essaie d’utiliser toutes leurs facettes, leurs couleurs, leurs sonorités, je les tourne et les retourne dans tous les sens, je traque les reflets inattendus…

 

- Il y a des passages parfois drôles, parfois cruels, mais toujours émouvants. On sent un auteur à fleur de peau, toujours sur le fil. Tu as souffert en écrivant ce livre ?

 

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Jean Cocteau se demandait ce qu’il emporterait si sa maison était la proie des flammes. Et il répondait : « j’emporterais le feu ». La disparition de ma grand-mère, c’était un peu comme si un incendie ravageait le château-fort de ses souvenirs, de nos souvenirs. Alors oui, on se crame toujours un peu quand on veut emporter le feu, même le feu follet des souvenirs d’enfance…

 

- Il y a de nombreuses photos « à ta façon » de tes grands-parents et d’autres personnes de ta famille. Une façon de, je te cite de « pénétrer des strates de vies passées où la présence de tes chers fossiles ». Il n’y a pas un risque d’idéaliser ses proches directs ?

 

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Non, pas un risque, une vraie volonté ! A la souffrance, à la déchéance, je voulais opposer du beau et des sourires, de la légèreté, faire en sorte que la lourdeur installée par la maladie dans la vie quotidienne n’étouffe pas les bons moments d’avant, la tendresse passée, leur permettre de rester en surface, conserver des plages de calme pour souffler un peu dans la tempête…On pose un mot lumineux, un rayon malicieux, et y’a soudain ton petit indien-neveu en peintures de sourires qui vient t’épauler dans le combat du jour…

 

- En plongeant dans ce passé familial, as-tu appris sur toi ? Est-ce une forme de psychothérapie.

 

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Que j’avais les gènes d’un plongeur téméraire, mon père sur la photo ! Plus sérieusement, plutôt qu’une forme de psychothérapie, je préfère dire une forme d’évasion. La réalisation de ce livre a été une récréation, une respiration presque. Quelqu’un a dit, je ne sais plus qui, « créer, c’est ne pas mourir »  et, en effet, malgré les circonstances, je me suis beaucoup amusée à prendre les photos qui émaillent le livre, à débusquer les vieux clichés dans leurs cachettes et à les parer d’une nouvelle lumière, à leur redonner vie. Certaines scènes du passé étaient également très drôles à écrire. Quant aux plus cruelles, je les ai collées fermement sur le papier pour qu’elles n’aient pas l’idée de se rejouer. Et tout ça, sous le nez d’Alzheimer, ce sont des souvenirs, bons ou mauvais, que ce bandit ne nous piquera plus et toc ! Son piège n’a pas totalement fonctionné…

 

- Tu racontes avec beaucoup de délicatesse et d’élégance le combat inégal entre la maladie et la vie. Penses-tu que ton livre peut aider des personnes qui connaissent ce genre d’épreuve ?

 

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Je n’en ai aucune idée, c’est un cheminement tellement personnel, chacun réagit de manière différente… Et puis ce livre n’est pas à proprement parler un témoignage sur la maladie d’Alzheimer, même s’il en évoque certaines manifestations douloureuses, notamment près de la fin. La maladie n’est que le point de départ, l’élément déclencheur de ce récit, une balade-refuge dans les souvenirs d’enfance qui viennent ponctuer de leur naïveté, de leur légèreté, la réalité cruelle de la lutte engagée par le malade et ses proches. Il y a des passages très tristes et d’autres colorés, d’un côté le train de la mort qui nous sépare et de l’autre le brin d’amour qui nous répare…

 

- Tu écris un nouveau livre en ce moment ? 

 

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Pas un jour sans une partie de pêche aux lignes !  Et tu vois, aujourd’hui, je te dévoile le nœud de l’intrigue en cours…Chut, je sens que ça mord ! ;-)

24 juillet 2010

Mes livres de l'été 2010 (4) : William Réjault pour "Tous ces jours sans toi"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 

Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, voici mon quatrième invité, William Réjault pour Tous ces jours sans toi (chez Plon).

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(William Réjault dans sa loge et sur son plateau par Antoine Doyen)

William Réjault, je l’ai déjà reçu pour un précédent ouvrage… parce que je suis son travail depuis son premier récit publié. Et que je suis très admiratif de son potentiel imaginatif et de la manière dont il gère sa carrière professionnelle multifonctions.

Voici sa bio officielle (par lui-même).

9782259211246.jpgLa 4e de couverture de « Tous ces jours sans toi ».

« Je suis Marion. J'avais vingt ans en 1992 et j'écoutais sur mon vieux lecteur CD du Jeff Buckley, du Nirvana. Je traînais à la fac en Bensimon et jeans Cimarron. J'ai joué aux cartes jusqu'au petit matin, fait des photocopies à la BU et rêvé de grands voyages en attendant les partiels. J'avais un ami un peu boulet qui n'a cesse d'attirer les ennuis, qui a accumulé les rencontres catastrophiques et les amours malheureuses. Une bande de potes un peu atypiques dont j'ai perdu de vue la plupart des membres. Je voulais partir à New York, mais ce ne fut pas pour moi. Je voulais réussir mes exams mais, ça non plus, ce ne fut pas pour moi. Je voulais trouver le grand amour, ce fut dur. Et puis un jour...

William Réjault a déjà publié plusieurs ouvrages : La Chambre d'Albert Camus, Quel beau métier vous faites !, Maman, est-ce que ta chambre te plaît ? Il est aussi le premier auteur français à avoir écrit un roman-feuilleton sur iPhone. »

J’ai demandé à William de venir me rejoindre, encore et toujours dans la brasserie à côté du Grand Rex. C’était le 16 juillet dernier.

Nous conversons de nos vies et activités personnelles avant que j’enclenche mon magnéto. Puis, au bout d’un moment, je lui dis qu’il est tant que je me transforme en journaliste…

Ce que j’aime chez William Réjault, c’est qu’il répond sans détour et avec une franchise déconcertante à toutes les questions. C’est rare et c’est bon !

 

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Mandor : Au début de « Tous ces jours sans toi », j’ai eu peur que ce ne soit que la simple évocation de l’enfance de ton héroïne, Marion. Il y a une large évocation de la vie de la petite ville de province dans laquelle elle a vécu… j’ai même trouvé que le début était déstructuré, pour finalement parfaitement se structurer.

 

William Réjault : C’est mon premier livre. Il a la fraîcheur et les erreurs d’un premier roman. Mais, celui qui arrive dans 6 mois sera moins naïf. Dans celui-là, je n’avais pas de début, mais j’avais une fin. J’ai essayé de nouer entre eux quelques personnages forts pour fabriquer une seule histoire.

 

M : Tout se tient à la lecture… je t’assure, rien ne m’a choqué !

 

13.07.10 Denis Bouchain 4x.jpgW.R : C’est le travail de mon éditeur, Denis Bouchain (en photo à gauche, mandorisé récemment et publié bientôt, ici même). Il a structuré trois grosses nouvelles pour les mettre dans l’ordre et créer du lien entre eux. Moi, j’avais un monde éclaté, Denis a réuni ce monde. Avec « Tous ces jours sans toi », j’ai fait mes gammes. J’ai appris ce que c’était d’écrire un livre. Hésiter, avancer, revenir, demander à mon éditeur « ça va, ça ne va pas ? ». Avec le suivant, j’ai mis une colonne vertébrale. J’ai écrit le début, la fin, raconté chapitre par chapitre avec une bible avec des personnages, des photos des acteurs, de nombreux rebondissements…

 

: Il n’en reste pas moins que je trouve le style de ton premier roman très original. Les codes habituels d’une histoire romancée n’y sont pas.

 

W.R : Je suis d’accord avec ça ! Au début, j’ai dit à Denis : « ce sera un livre comme un Seinfeld, un livre sur rien. » Il m’a demandé de ne jamais dire ça à un journaliste ! 

 

: Tu as bien fait de me le dire, je ne suis pas un journaliste.

 

W.R : Moi, j’ai l’art de raconter des moments où il ne se passe pas grand-chose. La vie, c’est ça aussi. Pour un évènement extraordinaire, il y a dix évènements où il ne se passe rien.

 

M : Ce à quoi, un journaliste malintentionné pourrait te répondre : est-ce qu’un lecteur a envie de lire un livre sur rien ?

 

W.R : La maison d’édition a pris ce risque, en tout cas. Ils n’ont pas eu l’air terrorisés par cette interrogation. Moi, j’avais envie d’écrire un livre léger.

 

: Un livre léger ? Je ne le trouve pas du tout léger… les histoires d’amour sont quasiment toutes compliquées ! Pierre, par exemple, c’est de la folie ce qu’il vit ! Tu racontes 6 de ses histoires d’amour.

 

W.R : Et encore, on a sabré… Pierre, c’est quelqu’un qui a choisi d’ouvrir toujours la mauvaise porte, alors que  Marion n’en ouvre aucune pendant des années et le jour où elle se décide, c’est une belle histoire. Elle aide longtemps Pierre psychologiquement, mais elle finit par démissionner. Dans un futur livre, les histoires vont se remettre dans le bon ordre. C’est Pierre qui aidera Marion.

 

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M : Marion a des copines qui, elles aussi, ont des histoires d’amour pas simples du tout… Victoire, par exemple, avec son boucher ou le futur président des Etats-Unis.

 

W.R : Les histoires de Victoire sont réelles. C’est une amie à moi qui a vécu cela. Je n’ai fait que raconter en romançant un peu.

 

M : D'ailleurs, « Tous ces jours sans toi » est le premier volet d’une trilogie… tu es certain de la poursuivre chez Plon ?

 

W.R : Qu’importe l’éditeur, pourvu qu’on ait l’ivresse. Je sais exactement ce que j’ai envie de raconter… cette trilogie verra le jour. Il faut juste que je trouve l’endroit où il y a suffisamment d’énergie positive pour que cela se fasse. Denis Bouchain est un garçon exceptionnel avec lequel j’ai eu une très belle relation de travail. Plon est une maison traditionnelle pour un livre qui ne l’est pas.

 

M : William, tu bosses comme un forcené. Tu m’as raconté en off que tu avais aussi écrit un roman policier qui se passe dans une maison de retraite… il y a aussi un roman d’anticipation qui sort bientôt chez Robert Laffont.

 

W.R : On a un ami commun qui est comme ça. Frédéric Mars. Il y a aussi quelqu’un comme Gérard de Cortanze. Nous sommes des stakhanovistes de l’écriture. À la force d’écrire énormément, j’ai enfin compris ce que je voulais raconter. Des romans d’action. Désormais, il y aura deux parties dans mon écriture. Une intime et personnelle. Je vais explorer des choses qui m’arrivent, que je vois ou que j’imagine chez les gens, c’est le cas de « Tous ces jours sans toi », avec un vrai travail de corrections, de relectures, avec des allers-retours éditeur-auteur… Une autre partie d’écriture dans laquelle je raconte ce que j’ai envie de voir sur un écran ou dans un livre et qui, à priori, n’existe pas.

 

M : Dans tes émissions sur le Figaro.fr, à part Tatiana de Rosnay, tu ne reçois pas d’écrivains.

 

W.R : Ça ne m’intéresse pas. C’est toujours malvenu de recevoir des écrivains quand on écrit soi-même des livres.

 

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M : Je récapitule toutes tes activités. Depuis que tu n’es plus infirmier, tu es devenu écrivain, journaliste, intervieweur de personnalités culturelles et rédacteur du blog de Zazie. Tiens, à ce propos, raconte-nous comment tu es arrivé dans ce projet.

 

23695_1422864658271_1432368360_31115182_7018225_n.jpgW.R : J’ai été contacté par Universal qui m’a demandé : « est-ce que ça vous intéresse de travailler avec Zazie pendant une durée assez longue parce qu’elle a un projet énorme ?». Elle a effectivement, 49 titres à venir qu’il faut expliquer et raconter. Il faut aussi proposer des choses sur les coulisses de l’album et ceux de la promo, bref alimenter son blog au quotidien. Elle a lu « La chambre d’Albert Camus », nous nous sommes rencontrés et aujourd’hui, nous travaillons ensemble. C’est une femme qui est encore plus généreuse qu’elle ne le laisse paraître à travers l’écran. C’est vraiment une très très belle personne qui n’a pas peur de prendre des risques. Se mettre en danger, elle considère que c’est être normal.

 

: Ce que j’aime c’est que ce blog est sincère. Il est bien indiqué que c’est William Réjault qui alimente le blog de Zazie, avec sa collaboration.

 

W.R : Elle serait bien incapable d’affirmer que c’est elle qui s’en occupe, elle est trop sincère. Quant à moi, la plus grande hypocrisie serait que je dise : je connais très bien cette artiste et son œuvre et je vais vous en parler tous les jours. C’est faux. Moi, je suis fan des Beatles et de Paul Mc Cartney, mais de Zazie, je ne connaissais que 5 chansons. L’idée c’était de dire : « je découvre comme tout le monde au fur et à mesure, mais avec juste un peu d’avance. » On apprend certaines choses d’elle que personne ne verra jamais dans aucun autre média. Ce blog existe pour faire plaisir aux gens.

 

M : Tu es toujours dans des « coups » novateurs. Outre ce blog original, tu es aussi à l’origine du premier roman interactif et participatif à lire uniquement sur l’iPhone, Le Chemin qui menait vers vous. Tu aimes te démarquer de ce que font les autres ?

 

W.R : Le meilleur conseil qu’une dame m’a donné un jour, c’est : ferme ta gueule et bosse ! Je ne me pose donc aucune question. On verra ce que j’aurai fait comme travail dans 15 ans.

 

M : Sans aller si loin, tu te vois faire quoi d’ici 3 ans ?

 

W.R : J’aimerais écrire un livre qui soit adaptable sur scène et j’aimerais le jouer avec une actrice dont je parle dans « Tous ces jours sans toi ».  Un livre qui sortirait à la rentrée littéraire et qui serait joué au théâtre dans le même temps. C’est le challenge que je me suis donné pour mes 40 ans. Là, j’en ai 37. Je suis très pudique et plutôt réservé. L’idée de parler en public me fout extrêmement mal à l’aise, je veux donc faire quelque chose qui me permette d’aller à contre-courant de mon naturel.

 

: Écrire des scénarii pour le cinéma…

 

W.R : Oui. Évidemment, ça fait partie des projets que j’aimerais voir aboutir. Le livre d’anticipation qui sort en février chez Robert Laffont, je l’ai écrit pour qu’il soit vu sur un écran… j’écris des choses que j’ai envie de voir, je te le répète.

 

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Ensuite, nous abordons des sujets qui ne doivent pas être publiés. J’appuie donc sur la touche STOP de mon magnéto. Pour conclure, je précise que la lecture de « Tous ces jours sans moi » peut-être un peu déstabilisant au début, mais, il faut insister, car c’est finalement un vrai ravissement.

Un vrai ravissement, si on se donne la peine de lire un livre… différent.

11 juillet 2010

Mes livres de l'été 2010 (3) : Laurent Terry pour "Usurpé"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 

Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, mon troisième invité des « livres de l’été » est Laurent Terry pour Usurpé.

Laurent Terry est le deuxième auteur que je reçois de la collection « Nuit Blanche » sus citée.

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La quatrième de couverture :

"Brillant homme d’affaires de San Francisco, Thomas Eckelton ouvre les yeux ce matin-là sur un véritable cauchemar : il est au cœur d’El Paraíso, le tentaculaire bidonville de Bogotá, une des villes les plus dangereuses du monde.
Il n’a ni papiers d’identité ni argent.
Il est seul, dans un univers ultraviolent. Comble de l’horreur, il découvre qu’il a changé de visage !

Pourquoi l’a-t-on abandonné dans la métropole de tous les dangers ? Comment revenir dans la société lorsqu’on a perdu son identité ? Comment lutter contre ceux qui, dans l’ombre, ont tout fait pour vous détruire ?

Laurent Terry, l’auteur de Manipulé, un premier thriller remarqué, affirme ici sa maîtrise du suspense à travers une intrigue menée à cent à l’heure."

 

Laurent Terry est un auteur que je suis depuis son premier livre. Il a été mandorisé deux fois (ici et aussi ) pour Manipulé.

Le 6 juillet dernier, nous nous installons en terrasse (toujours de ce bar jouxtant le Grand Rex).

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Après la sortie de ton premier roman, as-tu appris des choses par rapport aux réflexions de lecteurs, de ton éditeur, de tes collègues écrivains ?

 

Non, pas par ces biais-là. Mais dans l’absolu, on en apprend beaucoup sur son écriture quand on termine un livre. Entre un manuscrit premier roman et le passage à la version éditée,  il y a eu un travail important, du coup, les erreurs que j’ai pu commettre et qui m’ont conduit à faire beaucoup de travail de réécriture, j’ai essayé d’en faire un peu moins. Du coup, on s’affine et j’espère qu’on s’améliore.

 

Qu’as-tu rectifié particulièrement ?

 

Ce que j’ai essayé de plus travailler, c’est la profondeur des personnages. J’ai tenté de leur donner plus de granularité. Après relecture de Manipulé, j’ai constaté que certains personnages auraient mérité d’être plus creusés.

 

25211_1319003648416_1030501983_975868_4627285_n.jpgTu continues à écrire des romans dont l’action se tient aux États-Unis…

Oui, que veux-tu, on ne se refait pas ! C’est là que mes histoires naissent, tout simplement. Les lieux sont inspirants et il y a un certain nombre de codes qui viennent avec. Ces codes correspondent parfaitement aux histoires que j’imagine. Selon moi, CIA, FBI, ça sonne mieux que PJ. Je me sens plus à l’aise dans l’univers de la Silicon Valley, je n’y peux rien…

 

Et c’est un univers que tu connais.

 

Oui, je travaille dans cette ambiance tous les jours. En tant que responsable du Lab innovation chez SFR, je travaille avec eux, les Apple, les Microsoft…

 

Dans tes romans, les gens de ce milieu sont un peu sans foi ni loi…

 

Ce n’est évidemment pas la réalité. Je grossis les traits. Tu sais, le business, ce n’est pas toujours tendre. Mais, c’est comme ça partout…de l’autre côté de l’atlantique comme en France.

 

Tu cites Apple, Google, mais l’ordure de première, John Bridge, travaille dans une société inventée par toi, Techsystem. Tu restes prudent.

 

(Il rit). Moi j’admire toutes les sociétés que je cite. Je ne vais pas calquer mon gros méchant sur ces boites-là. Il est à la fois personne et un cliché de tous.

 

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Il y a les États-Unis, mais aussi Bogota. Pourquoi la Colombie ?

 

La première image qui m’est venue de ce livre, c’est ce gars, Thomas Eckelton, un homme d’affaire de San Francisco, qui se réveille au milieu d’un bidon ville de Bogota. Après, je pouvais commencer à écrire une histoire. Moi, c’est comme ça que je fonctionne. Une première image apparaît et les idées se déclenchent… je construis une histoire autour de ça. Et puis, j’avoue, Bogota, c’est assez fantasmagorique comme univers. La violence, la drogue…

 

Ensuite, tu te bases sur la fin pour construire un squelette autour ?

 

Non. Pour celui-ci, je n’avais pas la fin en le démarrant. Du coup, ça m’a demandé pas mal de travail de réécriture. En fait, j’avais un plan et je l’ai complètement cassé en écrivant. Une fois que j’ai eu ma fin, j’ai dû reconstruire le canevas.

 

Tes romans s’intitulent Manipulé, Usurpé… tu aimes quand un homme est transformé contre son gré.

 

Ça doit être un truc qui me travaille. Toucher à l’identité de quelqu’un, c’est certainement ce qui doit être le plus déstabilisant pour un être humain. C’est une thématique constante de mes romans. Sans en dévoiler trop, mon troisième roman reste sur cette même ligne.

 

Ton héros, Thomas Eckelton n’est pas « blanc blanc » et malgré ses défauts, on ne peut s’empêcher d’apprécier le personnage. Peut-être aussi parce qu’il lui arrive tous les malheurs du monde.

 

Mais, tu sais, même les gens sympas ne sont jamais « blanc blanc ». Tu connais quelqu’un d’irréprochable ? Moi pas, en tout cas.

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On en avait déjà parlé ensemble pour le premier roman, Manupilé, mais je récidive ma remarque. Je vois des images en te lisant… je lis un film, en fait.

 

Voici ma technique d’écriture. J’écris le plan de la scène, ensuite, je ferme les yeux et je me l’imagine. J’essaie de noter dans mon esprit chaque détail jusqu’au fin fond du décor et je retranscris ma vision. Je suis autant inspiré par les lectures que j’ai lu que par les films que j’ai vu.

 

J’ai relevé une phrase qui résume pas mal le fond de ce roman : « Quelles que soient notre volonté et nos certitudes, parfois la vie se charge de nous remettre à notre place. »

 

Oui, c’est vrai. Nous avons tous des failles et de temps en temps, malheureusement, elles ressurgissent alors qu’on les croyait bien cachées quelque part. Là, au-delà de l’aventure complètement dingue qui arrive à Thomas, c’est surtout une remise en question de ce qu’il est, de ce qu’il a fait, de la vie qu’il s’est construite… oui, il y a des ressorts psychologiques évidents.

 

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Je termine cette note en vous affirmant que si vous ouvrez la première page de Usurpé, je vous fais le pari qu'il sera difficile pour vous de ne pas tourner la suivante.

Laurent Terry, un très fort "page turner" !

04 juillet 2010

Mes livres de l'été 2010 (2) : Samantha Bailly pour "Lignes de vie"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je récidive. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il y aura aussi au programme aussi, Heroïc Fantasy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

Après Thierry Brun pour Surhumain , ma deuxième invitée des « livres de l’été » est Samantha Bailly pour Lignes de vie (éditions Volpilière).

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(Samantha Bailly, récemment, au Salon du Livre de Caen)

Voici sa biographie telle qu’elle est proposée par l’auteur sur son site personnel :

Dès la terminale, Samantha Bailly commence à faire parler d'elle en se retrouvant en finale régionale du concours de Plaidoirie pour les Droits de l'Homme 2005, organisé par Amnesty International, pendant laquelle elle défend la cause de la Biélorussie. Puis elle obtient le Prix Alain 2006, prix lycéen national de philosophie. Elle voit la même année ses premiers textes (nouvelles et poèmes) publiés. Actuellement, elle est en Master de Lettres Modernes à l'université de Caen.

Bibliographie :

Romans : Lignes de vie (2010), roman épistolaire, éditions Volpilière.

La Chute des Étoiles, Au-delà de l'Oraison tome II (2010), éditions Mille Saisons.

La Langue du silence, Au-delà de l'Oraison tome I (2009), éditions Mille Saisons.

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(Photo de la couverture : Frédéric Vignale)

L'histoire de Lignes de vie (4e de couverture) :

"Gabrielle et Antoine n'auraient jamais dû se rencontrer et pourtant... une simple lettre anonyme va faire basculer leurs destins.
Le hasard ? La chance ? Tous deux vont découvrir ce que le mot Confidence veut réellement dire. Peut-on s'attacher à un être juste au travers de mots, peut-on changer son chemin pour un inconnu ?
Nous avons tous besoin d'une épaule, mais a-t-on conscience de ce que cela implique ?
De nos jours on communique essentiellement par mail, par SMS. Dans ce livre on redécouvre le plaisir de la correspondance manuscrite, de l'ambiguïté. La peur de se dévoiler, d'oser se rencontrer pour de vrai..."

Ce livre, je l’ai lu avec un peu d’a priori. Un roman épistolaire entre un jeune homme et une jeune femme qui ne se connaissent pas et qui finiront par s’attacher… ça m’a laissé un peu sceptique.

Et puis, j’ai rapidement plongé. Je me suis laissé avoir par l’écriture et l’histoire de ces deux jeunes gens qui vont s’apprivoiser par petites touches habiles et paradoxalement involontaires. Il y a quelques considérations sur l’amour, l’amitié, l’ambigüité des rapports hommes/femmes. Des sujets éternels, universels, aux champs du possible immenses.

J’ai demandé à Samantha Bailly de m’envoyer aussi ses deux romans « Fantasy » avant de la rencontrer. J’aime bien découvrir tous les aspects littéraires d’un écrivain. A la lecture de l’ensemble de son œuvre, je suis convaincu que Samantha Bailly à une belle carrière devant elle. Très belle.

J’ai donné rendez-vous à la demoiselle devant le Grand Rex, le 30 juin dernier. Nous avons réalisé l'interview dans le bar le plus proche.

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couv_ADDO_face_bdef.jpgTon premier roman de genre Heroïc Fantasy, La langue du silence » (1er volet du diptyque « Au-delà de l’Oraison »), tu l’as écrit à l’âge de 17 ans… Créer son propre monde à cet âge là, ce n’est pas courant !

Créer son monde, ce n’est pas le plus difficile. C’est le faire comprendre aux autres qui est compliqué. C’est la raison pour laquelle à chaque début de chapitre, il y a des entrées encyclopédiques. Je donne à chaque fois un aperçu de la société dans laquelle j’invite les lecteurs.

Au début, évidemment, on est un peu perdu et plus on avance dans le roman, plus on entre dans ce monde imaginé. Très facilement, en fait. L’Heroïc Fantasy est-il un genre littéraire difficile à écrire ?

Il y a des codes à respecter. Pas en terme de narration, ni de syntaxe, mais plutôt d’univers… je n’arrive pas à l’expliquer, mais c’est pour moi assez naturel d’inventer ces mondes. Mon mémoire traitait des « représentations de la mort en fantasy »… Dans l’Heroïc Fantasy, ce qu’il y a d’intéressant, c’est qu’il y a tellement de possibles que l’on peut les exploiter en les réinventant indéfiniment.

Tu lisais beaucoup de roman de ce genre ?

Pas plus qu’un autre genre. Pré ado, j'ai adoré La croisée des mondes de Philip Pullman. C'est chute.jpgà ce moment-là que je me suis dit que j’avais envie d’écrire un livre similaire. On est à la fois dans un aspect très divertissant et on apprend beaucoup de choses sur les différentes sociétés d’hier et d’aujourd’hui.

Tes « Fantasy » sont déjà au programme d’une classe de 5e et d’une classe de seconde… Flattée ?

Oui. Je suis allée dans leur classe deux heures à discuter, c’était très enrichissant. C’étaient des élèves qui n’aimaient pas du tout lire et ils m’ont posé plein de questions. Les professeurs et moi, nous étions ravis de cet échange.

Comment bâtis-tu tes romans « Fantasy » ?

Je commence par la fin. Dans le processus d’imagination, je décide d’écrire un roman qui finit d’une certaine manière et ensuite, je construis un univers autour.

Il m’a semblé déceler des évènements entre deux de tes « royaumes » proches de ce qu’il se passe dans notre monde à nous. Comme le conflit israélo-palestinien… une histoire de territoires occupés.

Quand j’ai écrit ce livre, j’étais en plein dans mes cours d’histoire en terminale. Il y a des influences involontaires. Il faut être réaliste, quel que soit les mondes et les époques, les évènements sont tragiquement souvent les mêmes.

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Ça t’énerve quand on te parle de ton jeune âge ?

Non, ça me flatte et en même temps, c’est ma passion de toujours. J’ai toujours été déterminée à écrire des livres, mais je n’avais pas conscience des difficultés que cela impliquait.

Quand on écrit Lignes de vie, un roman épistolaire moderne et tes deux livres Fantasy… il y a un monde entre les deux, si je puis dire.

Un roman réaliste qui se passe dans notre monde, je trouve ça vraiment très fluide, dans le sens où il se passe des choses que l’on connait, où l’on est dans un terrain connu. En Fantaisy on a un rôle presque didactique. Il faut expliquer aux lecteurs dans quoi il va arriver, les prendre plus par la main.

lignesdevie.jpgParlons de Lignes de vie. Tout d’un coup un livre très contemporain, très près du quotidien. C’est un changement radical de style et d’univers.

L’idée m’est venue et je l’ai écrit d’une traite. C’est une histoire que j’avais construit mentalement et qui allait de soi. C’était très naturel. Une vraie bouffée d’oxygène après un travail littéraire quand même assez rude.

Sans que cela soit péjoratif, c’était un livre plus « facile » à écrire.

Facile, juste dans le sens « naturel ». J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce roman épistolaire. L’idée m’est venue parce que je suivais des cours sur « le roman épistolaire au XIXe siècle ». J’ai donc centré une histoire sur deux personnages qui s’écrivent des lettres. Il y a une intrigue qui devient très fusionnelle.

Il y a un peu de Samantha Bailly chez Gabrielle, ton héroïne ?

Dans tous les romans, on impose toujours plus ou moins notre vision des choses, alors, oui, il peut y avoir un peu de moi. Mais, d’abord, je n’ai jamais eu ce genre de relation épistolaire et je tiens à préciser que je ne suis pas une experte en amour… J’ai voulu expliquer comment deux personnes qui se retrouvent à devenir confidents vont avoir leur vie largement influencée et comment ils vont gérer cette relation. La fin de leur correspondance reste très ouverte.

Antoine et Gabrielle n’ont pas compris très vite à quoi ils jouaient sans s’en rendre compte. Il était évident que l’amitié allait prendre une autre tournure.

Quand on est dans une relation, surtout au début, on est vraiment naïf. Ni Gabrielle, ni Antoine ne lisent entre les lignes. Antoine est particulièrement long à la détente pour comprendre les choses. Au final, Gabrielle ne s’en aperçoit pas tout de suite, mais elle son quotidien est embelli. Elle a quitté la routine pour aller vers quelque chose de romanesque.

C’est difficile de montrer la graduation de l’amour qui monte ?

C’est effectivement toute la difficulté. Il faut trouver le bon dosage. Au début, leur conversation est assez banale et peu à peu, ils vont s’accrocher à l’autre et complètement se livrer. Il y a plusieurs intrigues dans l’intrigue principale et des coïncidences qui n’en sont pas vraiment…

Tu écris sur quoi en ce moment ?

Je suis en train de finaliser Métamorphose,  roman "Fantasy" dans lequel je développe un des personnages de mon diptyque, le dénommé Sonax. Et j’écris un autre roman, mais cette fois-ci à quatre mains, avec un auteur de Mille saisons qui s’appelle Nicolas Delong. C’est un livre sur le monde de l’édition et sur l’écriture. Un double point de vue en quelque sorte. Celui d’un auteur à succès et d’un auteur blasé. On s’est bien amusé à écrire cette galerie de personnes que l’on a rencontrées ici et là. 

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La photo mandorienne prise par un serveur (très pressé).
Ce qui est troublant chez Samantha Bailly, c'est qu'elle a un physique d'héroïne de Fantaisy... une beauté diaphane, des yeux bleux azur (bonjour les clichés!). Je laisse partir cette "fée" à sa vie très occupée (études, boulot, écriture...).

26 juin 2010

Mes livres de l'été 2010 (1) : Thierry Brun pour "Surhumain"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

Le concept : je donne rendez-vous à un auteur dans un bar parisien et nous parlons de son livre. C’est tout à fait REVOLUTIONNAIRE !

Ne me félicitez pas.

Je suis créateur de concept.

Commençons cette série avec Thierry Brun pour son roman noir "Surhumain".

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Thierry Brun travaille dans le secteur de la finance d’une multinationale française. Il a déjà écrit deux ouvrages : « L’ombre d’une chance » chez Bouquinstinct en 2005 et « Attache ton gilet pare-balles ma puce » chez Nykta en 2008.

L’histoire de « Surhumain » en quelques mots de l’éditeur :

surhumain.jpgNancy, une ville bourgeoise vit sous la menace d’une guerre de gangs : Gruz, le parrain se fait vieux et son associé, Loubon, le notaire véreux, rêve de prendre sa place. Mais tout se complique quand Thomas Asano, un des hommes de main, décide de se venger de ses anciens patrons qui l’ont utilisé des années durant. Incontrôlable, c’est un tueur redoutable, qui aime le sang et les combats de sabre. Bizarrement Gruz laisse faire, temporise… Ce n'est pas dans ses habitudes. L’âge peut-être… Dans ce climat extrêmement tendu, il y a Béatrice Rapaic, une infiltrée dans les rangs de Gruz. Femme et flic dans un univers de mercenaires du crime, elle a du mal à vivre : elle abuse de psychotropes, a une sexualité assez débridée… Et puis, Gruz a des doutes à son sujet, ce qui n'aide pas à son équilibre psychique... La menace Asano se fait encore plus précise. À contrecœur, Gruz envoie Béatrice assassiner Asano. C’est une tueuse hors pair. Mais Béatrice et Asano, les deux réprouvés, vont peut-être faire cause commune... Et mettre à jour le secret qui unit Gruz à Asano.

Quelques critiques glanées sur le net :

"...Dirigée d'une main de fer par le vieux Alfred Gruz, la petite famille mafieuse de Nancy, comme partout ailleurs, a ses règles et ses usages. Mais quand Gruz décide de quitter la scène, et en beauté s'il vous plaît, les appétits se réveillent et les loups sortent du bois. Tout ce qu'il avait lui-même prévu s'enclenche... "

"... Thierry Brun nous montre, avec toutes les étapes (le passé de chacun, en des flash-back saisissant de justesse et d'à propos), et plus les personnages meurent, plus on espère qu'au moins Asano restera, car c'est un héros attachant, au risque d'y perdre sa morale..."
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"...Le style de Thierry Brun est faussement froid, faussement neutre, il ne s'embarrasse pas de circonvolutions, il frappe d'un coup sec. Il insinue plutôt qu'il ne peint, il joue avec des archétypes (le tueur, l'infiltrée, la bourgeoise, le notable véreux, etc.) et les dépasse. Son roman est une tension permanente, un maître-livre..."

« …Les scènes d’actions sont réalistes : très rapides et extrêmement brutales. Ces affrontements entre professionnels qui savent parfaitement ce à quoi ils « jouent », font froid dans le dos. Thierry Brun… Il y a du Ludlum chez ce monsieur. Et puis du Manchette aussi. »

« ... Je l'ai lu deux fois, avec l'impression de ne pas être allée encore au bout des personnages. Un de ces trop rares livres qui changent le regard sur la vie. Une œuvre, dans le genre policier qui généralement m'ennuie, comme quoi ça ne veut rien dire, un genre. »

« …Un thriller hors norme construit comme une tragédie antique. Un truand au crépuscule de sa vie, un antihéros mystique asocial, une fille assoiffée d'amour... »

Thierry Brun me prévient. Il s’estime très mauvais en interview… et ne se sent pas à l’aise dans ce style d’exercice. Ce qui  ne m'a pas sauté aux yeux (aux oreilles) en l'écoutant.

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Le 24 juin dernier, dans un bar parisien, à côté du Grand Rex, nous discutons donc de tout et de rien, avant de rentrer dans le vif du sujet. On parle principalement chanson française, sa marotte (et la mienne). Il m’explique que grâce à mon blog, il a connu des chanteuses encore méconnues (pour le moment), mais qu’il apprécie beaucoup. Ju’l et Chloé Clerc par exemple. Ca me fait plaisir.

Après l’arrivée de nos Cocas Light, j’enclenche mon magnéto :

- Ton livre est assez long à démarrer. Tu nous fais rentrer dans la peau des personnages, mais l’action ne démarre concrètement qu’à la moitié du livre. Tu n’as pas eu peur que le lecteur avide d’action et d’immédiateté laisse tomber ?

- Je ne m’en suis pas rendu compte. J’avais besoin de faire vivre ses personnages dans le contexte avant de passer au vif du sujet. Au départ, j’avais l’image fixe d’un homme dont on sent qu’il est exclu de la société. Je voulais ensuite une interaction avec d’autres personnages et que l’on rentre directement à un moment de leur vie. Ce qui m’intéressait, c’était le néant que mon « héros », Thomas Asano, représentait face aux vies bouillonnantes des autres personnages. Rien que le fait d’être là, il agissait comme un trou noir. Les billes d’acier commençaient alors à s’entrechoquer.

- Dans une ambiance de guerre des gangs en fin de parcours, Asano, justement, est un tueur efficace, rompu à différentes techniques de combat, mystérieux, impénétrable et sans pitié. Il va semer la terreur et remettre en cause les stratégies des uns et des autres. Il n’y a pas que lui qui est meurtri par la vie… tous tes personnages le sont.

- C’est un parti pris, mais je ne crois pas qu’on atterrisse dans certains milieux  par hasard. Le passé est toujours responsable d’une situation, d’une vie professionnelle, d’un état d’esprit. Je voulais que ce soit organique, que l’âme des personnages fasse partie intégrante du roman. L’idée que le lecteur se sente mal à l’aise n’était pas pour me déplaire. D’ailleurs, le côté noir, dense a posé problème au début à l’éditeur… j’ai dû « édulcorer » un peu.

- Béatrice Rapaic n’a pas vécu des choses faciles non plus. Une mère qui fermait les yeux sur des horreurs familiales, une sœur internée… elle n’a pas de repère et tente de se construire seule tant bien que mal. Cette jeune flic qui infiltre la mafia locale finit par tomber amoureuse de Thomas Asano. Tous les deux sont en souffrance intense. C’est pour cela qu’ils s’attirent ?

- Non. À un moment donné, Asano pense que Béatrice peut le ramener vers la vie. Je pense que les femmes ont une grosse empathie et une propension à aller vers ce type de personnage. Souvent les tissus amoureux tiennent à pas grand-chose. En vrai, je ne crois pas que deux violences peuvent s’attirer. Au bout du compte, ça ne peut pas bien finir.

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- Une guerre des gangs à Nancy ! C’est surprenant !

- Je revendique ce choix. Je voulais une ville de province à la fois bourgeoise et industrielle. J’ai hésité entre deux villes que je connaissais pour y avoir travaillé : Angers et Nancy. J’ai finalement opté pour Nancy, ville de l’est, un peu meurtrie, de plus, je connais bien les Vosges. Il y a quelques années, il y avait des notables et des industriels qui ont fait ce qu’ils on pu pour sortir des crises. Il y a des fortunes qui viennent de la Seconde Guerre mondiale… et puis le milieu à Paris, à Marseille, ça a été décrit 1000 fois.

- Au fur et à mesure du roman, « Surhumain » peut-être considéré comme un thriller, un roman d’espionnage, un roman d’amour…

- Au départ, je voyais ce roman comme un polar social.

 - A la Manchette, Daeninckx... ?

- Exactement ! Je n’aime pas l’articulation du thriller quand elle est vide. J’aime l’action, quand elle vient tout bouleverser. Sinon, « Surhumain », pour être tout à fait clair, je suis incapable de le cataloguer. Pour moi, ce n’est pas un thriller, c’est un roman au sens large du terme.

- En tout cas, ton histoire m’a fait penser à une tragédie antique…

- Je suis assez d’accord. Je voulais quelque chose qui vient des organes, du cœur, mais pas de la tête.

-Ton écriture est simple. Sujet, verbe, complément. C’est sans fioritures, ça frappe, c’est efficace.

- J’ai beaucoup bossé pour arriver à ce résultat.

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- Quels sont tes auteurs de polars préférés ?

- Dashiell Hammett et Joël Houssin (l’auteur des Dobermann) et bon nombre d’écrivains qui ont livré au lecteur que je suis des polars sociaux.

- Tu écris depuis quand ?

- Depuis toujours… avec une interruption. Je m’y suis remis il y a moins de 10 ans avec le désir d’aller jusqu’au bout. C'est-à-dire d’être publié. J’ai écrit deux romans sortis dans de discrètes maisons d’édition.

-Et signer chez Plon avec le directeur de la collection « Nuit Blanche », Denis Bouchain?

-Il y a eu des mois et des mois de boulot avant que Plon me dise OK ! J’ai été refusé deux fois. J’aime beaucoup l’idée d’appartenir à un pool d’écrivains spécialisés dans le thriller… L’ambition de Denis Bouchain est de créer une nouvelle « école » française du thriller.

- Un deuxième roman est prévu ?

- Oui, une suite à « Surhumain », mais qui évidemment, pourra se lire indépendamment. Il y aura de nouveau Thomas Asano et Béatrice. Mais, Asano ira encore moins bien…

- Tu aimes rencontrer tes lecteurs dans les salons ?

- J’aime bien les rencontrer, mais je n’aime pas parler du bouquin. Ça me bloque. Je ne sais pas quoi dire. Je préfère bavarder sur plein d’autres choses et à la limite aboutir à mon roman.

- Pourquoi écris-tu?

- Pour parler de la vie. Dans un roman on peut dire et dénoncer tellement de choses, comme ça, mine de rien…

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Après l’interview « officielle », nous avons beaucoup parlé musique, puis nous avons décidé ensuite d'aller à pied jusqu’à la Gare de Nord. Il fait beau et c’est un jour de grève des transports… profitons en. Thierry Brun et moi avons promis de nous revoir prochainement.

Ça me fera plaisir.