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17 décembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (8) : Amédée Mallock pour "Les visages de Dieu"

Huitième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, Vincent Brunner pour Hendrix, electric life, Jérôme Attal pour Folie furieuse, Erwan Larher pour Qu’avez-vous fait de moi, voici un focus sur le nouveau polar de Mallock, le très classieux et angoissant Les visages de Dieu (JBZ et Cie).

(Même que je suis sur le bandeau du livre, tellement je l'ai apprécié...)

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4e de couverture :

24 décembre, le Père Noël rajuste sa barbe, les sapins clignotent et la neige tombe lentement sur la dernière scène de crime du Maquilleur. Ce tueur en série, hors normes, fait de chacun de ses meurtres une œuvre d’art baroque, sculptant sauvagement les corps et peignant les visages dans des décors d’Apocalypse. Amédée Mallock, commissaire visionnaire au cœur mélancolique, va tenter de résoudre la pire de ses enquêtes, une terrifiante course contre la montre et la mort. Plus il avancera, plus les énigmes et les questions s’accumuleront. Le maquilleur est-il plusieurs? Pourrait-il être immortel ? Le diable croit-il en Dieu ?

Polar mystique, thriller théologique, Les Visages de Dieu croise une formidable intrigue avec une quête vertigineuse dans les abîmes de la barbarie humaine. Superbe et captivant !

L’auteur :

L’auteur (alias Jean-Denis Bruel-Ferreol) a pris désormais le nom de son commissaire, MALLOCK, pour signer ses thrillers et, plus généralement, tous ses travaux de photographe, designer, musicien, romancier et peintre. Sa série policière, Les Chroniques barbares, s’inscrit dans un grand tout où règnent l’art numérique, les livres étranges et les « Morphéographies »… Les Visages de Dieu est le premier de la série, la seconde Chroniques barbare est déjà sortie chez JBZ & Cie, sous le nom de Le Massacre des Innocents.

Amédée Mallock 03.12.10 1.JPG

Après être allé chez Mallock, il y a quelques semaines, à l'occasion de la sortie de son thriller Le Massacre des Innocents, j'ai cette fois-ci convié, le 26 novembre dernier, ce même Mallock dans la brasserie située à côté du Grand Rex...

Devant un repas pas franchement Dukanien, j'ai posé quelques questions à cet auteur dont je deviens de plus en plus "fan" de livre en livre lu.  

-Je ne comprends pas pourquoi personne ne s’intéresse à Mallock et encore moins à son auteur. Les deux se confondent et ils méritent d’être sous les feux des projecteurs…

-Merci de le dire. Ceux qui ont lu mes deux polars sont souvent enthousiastes. Le problème c’est que personne ne s’est intéressé aux Massacres des innocents… aucun journaliste à part toi, aucun blogueur, aucun site consacré aux polars… personne n’a lu les aventures de Mallock ! Je n’ai aucune visibilité, même de la part des libraires.

-Que tu ne vendes pas, je te le dis franchement, c’est un vrai mystère, pour ne pas dire une parfaite injustice.

-Cela fait 4 ans que c’est comme ça. Personne ne comprend pourquoi ça ne prend pas! Je suis au bord de devenir paranoïaque.

marc_levy-1.jpg-Tu écris des livres de 400 pages avec des intrigues puissantes et noires, servies par une écriture exigeante, mais abordable par tous… ne t’étonnes pas, tu n’es simplement pas dans la mouvance du moment.

-Je sais que tu dis ça avec ironie… mais, je vais te raconter mon challenge de cet été. Lors d’une séance de dédicaces au Cultura de Bordeaux, pour ne pas m’embêter en attendant des hypothétiques lecteurs curieux, j’ai commencé à lire un Marc Lévy et le dernier Amélie Nothomb. Au bout de 5 pages, j’ai constaté que c’était un travail sur le vide, une volonté de ne pas « fatiguer » le lecteur, de ne lui donner que du « pré-mâché » une sémantique dénuée de toute puissance (nuisance de l’esprit) où « Le ciel est bleu, le soleil brulant et la terre… ronde ! ». Au lien de m’énerver par rapport à ça, je me suis contenté designe-amelie-nothomb-L-2-1-.jpg constater qu’il avait compris qu’il s’adressait à des gens qui n’avaient pas toujours la volonté de lire vraiment. Il leur propose un livre d’image simple et enfantin qui ressemble à un livre. Certains lecteurs peuvent être rebuté par ce qui trop compliqué, trop sophistiqué ou trop poétique, ce qui est de l’ordre de la combinaison sémantique… (Allez, je fais mon pédant : C’est ce qu’on appelle en linguistique, l’axe de la sélection par rapport à l’axe de la combinaison. Disons que lorsque l'on fait de la simple prose, on choisit/sélectionne les mots selon leur capacité à se suivre pour former un sens, c'est l'axe de la sélection. Lorsque l'on fait de la poésie on les choisit selon leur capacité à se combiner ensemble, à en multiplier/saturer le sens et les sens, c'est l'axe de la "combinaison"). Dans mes Chroniques barbares, je fais simplement de la prose, comme monsieur Jourdain, mais en faisant appel aux assonances (rimes internes au texte), à l'axe de la combinaison et à d’autres techniques littéraires afin que la forme ait une fonction supplémentaire : catalyser l'émotion. Ou du moins, j’essaie dans la mesure du possible. Ce n’est pas forcément une démarche « intelligente », mais c’est en tout cas une ambition… déraisonnable, peut-être ! Marc Lévy, lui, c’est plus complexe que cela, car tout est complètement vide. De plus, tu calcules l’interlignage, la taille de la typo et tu constates qu’il a écrit un livre grand format, certes, mais de 200.000 signes. Et ils te le vendent 25 euros. L’homme de marketing que je suis dis chapeau ! Avec ses livres, on te la met profond, mais on ne te met pas de vaseline, puisque ça marche bien comme ça… et ça coûte cher la vaseline!

Amédée Mallock 03.12.10 3.JPG-Les esprits chagrins pourraient prétendre que tu es jaloux.

-Je m’évertue à ne pas devenir amer par rapport à ça. Je constate juste que, quand on met 5 ans à écrire un livre, on est mal barré. Cet été, je me suis lancé un défi personnel. Ecrire un roman plus court en un mois. Je l’ai fait et il s’intitule  La malédiction des Corneille. Il fera partie d’une nouvelle collection : Les petites barbaries. Il est deux fois plus court que mes romans habituels. C’est moins violent et moins dans l’axe de la combinaison.

-Tu ne vas pas devenir médiocre, quand même ?

-Non, rassure-toi. J’ai mis de l’eau dans mon vin et dans mon écriture. Je n’essaie plus de faire en sorte que chaque phrase soit la phrase définitive. J’ai une ambition monstrueuse quand j’écris mes livres. Les petites barbaries sont pareilles que les chroniques barbares, mais en plus diluées.

-Bon, enfin Amédée, tu ne t’es pas assez prostitué dans le monde littéraire germano pratin. Bon sang ! Va déjeuner au Flore ou à La Closerie des Lilas, comme tout le monde !

-Désolé, je suis juste prostitué avec mon ordinateur.

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-Tu travailles sur quoi, là, en ce moment ?

-Je travaille sur deux romans. Les deux prochaines Chroniques barbares. Parallèlement à ça, je finalise un livre qui s’appelle Mélancolie sur mer. Ce sont des morphographies, essentiellement de plage. Se sont des souvenirs de grandes vacances en peintures numériques. J’aimerais bien qu’une galerie s’intéresse à ses peintures et être édité dans le cadre de cette galerie.

Amédée Mallock 03.12.10 2.JPG-Dans Les Visages de Dieu, qui est un thriller théologique, on remarque que le commissaire Mallock, ours misanthrope, peut avoir certaines bienveillances et quelques valeurs chrétiennes, disons... étonnantes.

-J’ai analysé ça, tu as raison. Je ne crois pas en dieu, je déteste la religion et pourtant j’adore complètement les valeurs chrétiennes. Dedans, il y a tout. « Tu ne mentiras pas », aujourd’hui, dans un monde ou tout le monde ment, jusqu’à « tu ne tueras pas » en passant par « ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse. Le problème ce sont les deux transporteurs qui véhiculent ses valeurs : La religion et Dieu.

-Les Visages de Dieu est beaucoup plus violent et gore que Le massacre des innocents. Il y a des descriptions de scènes de crime insoutenables.

-C’est parfaitement volontaire. J’ai voulu que ce soit insoutenable. Je trouverais scandaleux que le lecteur ne soit pas impressionné par les descriptions. La barbarie de l’homme doit être montrée telle qu’elle est. Elle ne doit être en aucune façon fardée. Je ne voulais pas que l’on voit du sang esthétique. Moi, je veux que les gens aient vraiment peur au fond de leur lit. Quand il y a des moments tristes ou poétiques, j’ai envie qu’ils pleurent réellement. Je veux créer des émotions. Toutes les émotions. Je veux que mes lecteurs terminent mes livres épuisés.

-Après avoir lu Les visages de Dieu, j’ai ressenti le besoin irrépressible de lire un Marc Lévy, pour me reposer et aller mieux…

-Ah oui. Tu as voulu un coup de flotte à la place d'un bon Bordeaux ?

 -Pour finir, je te pose la question la plus originale qui soit... pourquoi avoir intitulé ta série « Les chroniques barbares » ?

-Parce que pour moi, la barbarie, c’est ce qui définit l’homme… plus que la parole. Tu prends les animaux, ils ne tuent que pour se nourrir ou se défendre. Le seul animal qui a du plaisir à tuer, c’est l’homme. La seule espèce qui possède en lui une si forte haine qui amène à massacrer, c’est la notre. Quelque part, c’est donc son humanité, la barbarie. Ce n’est pas une vision très optimiste du monde, mais il faut se rendre à l’évidence. Les siècles sont constellés de massacres et on continuera à massacrer, à se conduire comme des ordures et on continuera à prétendre qu’on est né égaux et bons. On n’apprend pas la vérité en grandissant, mais l’hypocrisie. Notre époque va vers le pire. En interdisant, certains comportements, certaines phrases ou certains mots, appelé du même vocable infamant de «dérapage », on retire ce qui s’apparente pour moi, à des soupapes. Il faut redonner à la parole son aspect libertaire et libératoire.

-Tu exagères, tu vas faire réagir certains de mes lecteurs.

-Tu sais, les gens aiment tellement s’indigner ! Il faut comprendre que s’indigner n’est pas digne. Je déteste les trous du cul qui font de leur indignation une vertu.

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Voilà, Mallock, c'est ce personnage qui n'hésite pas à dire ce qu'il pense en se moquant totalement des conséquences... c'est ce qui fait que j'apprécie l'homme. Et c'est aussi ce qui fait que nous sommes devenus vraiment amis. (La Mallock's family, par exemple, est venue sans me prévenir, faire un petit coucou lors de la séance de dédicaces pour l'association des Ptits courageux... comme ça, pour signifier son amitié et sa solidarité...)

Bref, avec Mallock, pas de concession. Sus au "biens pensants" et aux faux semblants ! J'aime quand le discours d'un homme n'est pas lisse (tant que l'intelligence et la bonté pointent leur nez).

Parce que oui, l'auteur Mallock est aussi bourru et ours que son personnage, le commissaire du même nom.

Mais ils sont tous les deux profondément bons et lucides... peut-être un peu trop "à part" et donc mal compris...

Ce qui est certain, c'est que j'aimerais ne pas être le seul journaliste culturel à m'intéresser autant à Mallock.

Pour la seconde fois, je vous incite donc fortement à plonger dans son univers, vous ne le regretterez pas ! (Je met ma petite réputation en jeu... carrément!)

27 novembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (7) : Erwan Larher pour "Qu'avez-vous fait de moi?"

Septième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, Vincent Brunner pour Hendrix, electric life, Jérôme Attal pour Folie furieuse, voici mon gros coup de cœur littéraire de cette année, Erwan Larher pour ce qui pourrait bien devenir un jour un livre culte, Qu’avez-vous fait de moi (aux éditions Michalon).

 

couvmichalonsmall.jpg4e de couverture :

Je suis une bombe ... Fragmenté de frustrations. Vous m’avez gavé de savoirs, vous m’avez infiltré de connaissances, puis vous m’avez jeté sur votre marché du travail, lesté de bagages, mais sans rien ni personne pour me guider, avec en guise de boussole un impératif sans cesse instillé par vos médiatiques nervis : réussir. Je me suis perdu, il va de soi. Je ne me suis peut-être même jamais trouvé. Maintenu en dehors de votre monde - à la lisière tout d’abord, puis imperceptiblement de plus en plus loin à la périphérie - , je me suis mis à le haïr. Vous avez fait de moi un rebelle au lieu d’un petit soldat. Je voulais bien jouer le jeu, mais les rôles étaient déjà distribués. Alors, je m’en suis écrit un. S’il n’y a plus de révolutions, j’en inventerai. Je suis une bombe ... Fragmenté de frustrations. Et j’ai rencontré des artificiers.

 

Entre fantasme et réalité, Léopold Fleury découvre un abîme où il va basculer. Pris dans un engrenage infernal, il décide de livrer un combat héroïque. Puis comment démêler le vrai du faux sans laisser de corps au bord du chemin ni plaider coupable ?

 

self-revolutionsmall.jpgL’auteur :

Erwan Larher écrit des pièces de théâtre, des chansons, des scénarios. « Qu’avez-vous fait de moi ? » est son premier roman.

 

Extrait du livre (les premières lignes) :

"Comme la pratique en plein air du badminton, qui ne tolère pas de conditions météorologiques approximatives, mon petit-déjeuner ne supporte pas l’à-peu-près. Que la minuterie ne mette pas la cafetière en marche à l’heure prévue, que la chaîne stéréo ne se déclenche pas simultanément, que j’aie omis de mettre une brique de lait au frais et la mauvaise humeur prend, soudaine, calcinant l’enchevêtrement fragile de ma garrigue intérieure ; je n’enrayerai le sinistre que plusieurs heures plus tard, pour peu que rien ne soit venu l’attiser entre-temps. Mon bol de café chaud m’attend, les enceintes éructent du gros son, environnement familier, je maîtrise mon retour quotidien à la surface du monde, démiurge détendu, quand survient l’incident. Plus de clopes. Pile le matin de mon dernier jour."

 

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Crédits photos (les deux belles avec le lettrage) : Dorothy-Shoes

Les autres, (assez pourraves) sont signés de moi (pourraves techniquement, pas le modèle...).

En lisant son roman, je me suis demandé comment ce putain de bon auteur, Erwan Larher, avait eu l’idée de m’envoyer une demande d’amitié Facebook accompagnée d’un message assez sympathique me demandant d’avoir l’obligeance de m’intéresser à son ouvrage. Ma modestie risque d’en souffrir atrocement, je le sais, en vous avouant ce fait bien réel, mais cela m’arrive régulièrement d’être sollicité pour des lectures post-mandorisations éventuelles. Et selon le cas de figure, j’accepte ou je refuse. En lisant Qu’avez-vous fait de moi ? je n’avais qu’une hâte : rencontrer l’auteur. Et je vais jusqu’à dire qu’il aurait été complètement dingue de ma part de refuser de rencontrer Erwan Larher. Erwan Larher, retenez bien ce nom! Erwan Larher a une forte probabilité de devenir un auteur culte. Peut-être pas avec ce livre (quoique), mais je sens poindre une œuvre essentielle. Erwan Larher est dans l’air du temps et sait en capter les effluves...

 

Le 18 novembre dernier, nous convenons d’une rencontre au Delaville café, près de mon boulot, le soir, après mes heures officielles de travail rémunérateur.

 

Immédiatement, j’apprécie ce type. Il me raconte son amitié avec Bertrand Guillot. Un ami auteur que nous avons en commun. Il me dit que c’est sur ses conseils qu’il m’a envoyé son livre.

 

OK ! Erwan Larher adoubé par Bertrand Guillot, ça me convient parfaitement. C’est même très réjouissant tant j’apprécie l’adoubeur.

 

Un thé pour lui, une bière pour moi (j’emmerde Dukan, ce soir-là…).

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Mandor : Il me semble intéressant de connaître un peu ton parcours professionnel plutôt atypique.

 

Erwan Larher : J’ai commencé dans la musique. J’ai fait mon stage de DESS chez un tourneur, puis je suis devenu roadie, assistant régisseur, régisseur, après, j’ai monté ma boite et j’ai produit des tournées… ensuite, je suis devenu chef de produit chez EMI et Universal. Je me suis occupé notamment de Fugain, Pagny, le spectacle Roméo et Juliette. Ce qui m’éclatait le plus, c’était de m’occuper des petits groupes, comme Tanger.

  

- Je comprends mieux pourquoi tu fais un clin d’œil à ce milieu dans ton livre.

  

 - Oui, à un moment, je fais parler une personne du métier de chef de  produit dans une maison de disque. Ca m’a amusé de glisser ça.

  

- Tu as écrit des chansons aussi…

  

 - Oui. Par exemple pour le groupe Native et pour Erwann Menthéour. Si tout ça fait partie de mon passé, il est question que je récidive avec David Grumel et Marie Espinosa.

  

- Tu as toujours écrit, ai-je lu quelque part.

  

- Oui, aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit des histoires. J’écrivais des pièces de théâtre avec mon frère, que je mettais en scène… avant celui-là, j’ai écrit 5 romans.

  

- Que tu as tenté de faire publier ?

  

 - Oui, avec plus ou moins d’intensité.

  

Erwan Lahrer 18.11.10 4.JPG- Dans ton roman, il y a beaucoup de doubles lectures, de superpositions de propos de tes personnages… c’est très malin !

 

 - Je suis un gros lecteur, j’aime lire des histoires, j’aime être embarqué, être complètement pris par ce que je lis. Mais, je considère que quand on écrit, ce ne doit pas être gratuit. Il faut dire quelque chose. Un écrivain, ou n’importe quel artiste d’ailleurs, est forcément engagé, sinon tu fais de l’Entertainment et c’est très bien, je n’ai rien contre, mais c’est autre chose. Pour mon livre, la difficulté était de raconter une histoire du début à la fin, de prendre le lecteur et en même temps, le laisser en intranquillité permanente. J’ai voulu que le lecteur reste en permanence sur le fil. Qu’il continue à suivre l’histoire tout en se posant des questions. Qui parle ? Est-ce l’auteur, est-ce t mon héros Léopold ? Est-ce un autre personnage ?

  

- C’est quoi le point de départ de ce livre ?

  

 - C’est le décalage qu’il y a entre le discours général qu’on finit tous par intérioriser: « il faut faire des études pour réussir sa vie et gagner de l’argent, être entouré de belles filles…etc. ». D’un coup, tu te retrouves dans le monde et tu te rends compte que ça ne marche pas comme ça. Tu tentes quand même de suivre un tel chemin et en même temps, ce n’est pas toi. Si tu ne le fais pas à 100%, comme Léopold, tu restes sur le bord du chemin.

  

- Léopold est pédant, arrogant, lâche, fuyant, mythomane, il a une sacrée soif de reconnaissance et un rapport « bizarre » avec les femmes…

  

 - Oui, mais ce n’est pas de sa faute. Léopold est farci de tout ça, mais ce n’est pas son vrai moi. Par exemple, on lui a inculqué le machisme. J’espère que l’on comprend que mon roman dénonce aussi la domination masculine et cette vision que les mecs ont des femmes.

  

- Léopold a des sursauts de lucidité par moment.

  

 - Ce sont ses échecs qui font qu’il devient lucide. C’est le monde extérieur qui le force à s’interroger. Le patron du café et sa voisine, par exemple, lui font comprendre plein de choses. Je ne voulais pas qu’il soit manichéen, c’est la raison pour laquelle j’ai effectivement ajouté quelques pointes d’ironie et d’autodérision par rapport à lui-même. Les auteurs didactiques me font chier. Quand un auteur m’assène son message à travers des personnages qui représentent le bien, le mal et qui sont noirs ou blancs, ça m’emmerde. Dans la vraie vie, personne n’est parfait, les gens sont même d’une grande complexité. Léopold, tu as envie à la fois de bien l’aimer, de le détester, tu le trouves parfois attachant, puis soudain, tu le trouves d’une connerie affligeante, prétentieux… et en même temps, on peut se poser la question de savoir si nous-mêmes, nous ne sommes pas aussi comme ça.

 

Erwan Lahrer 18.11.10 1dd.jpg- À un moment, tu fais dire à un de tes personnages, Virginie (qui s’adresse à Léopold, jeune homme multi diplômé qui rêve de gloire littéraire) : « on ne s’attache pas au petit con vaniteux et égocentrique qu’est le héros de ce livre… ». Une manière de désamorcer ce genre de commentaire que l’on pourrait faire à propos de Léopold?

 

 (En souriant)

 

- Ah ! Tu as remarqué ? Tu es perspicace.

 

- J’ai noté quelques formules sympas, des phrases définitives, sortes d’aphorismes, telles que : « Les temps sont durs, les gens sont mous ». Plus généralement, ton roman m’a fait réfléchir.

  

 - C’est le plus beau compliment que tu puisses me faire. Je ne veux pas donner mes valeurs à moi, ni transmettre ma vision personnelle du monde, j’ai juste fait en sorte que les lecteurs s’interrogent et se posent des questions. Il se passe dans le monde tellement de choses absurdes, tellement de choses à gerber. Tout pourrait être tellement différent, tellement mieux... posons-nous des questions, soyons dans l’inconfort.

 

- Le regard des autres pour Léopold, c’est important. Pour toi ?

  

 - Ca l’a été pendant très longtemps. Aujourd’hui, le regard des gens que j’aime et pour qui j’ai de l’estime est primordial. Je veux être digne de leur amour, de leur affection et de leur amitié. Je n’ai surtout pas envie de les décevoir et je veux être beau dans leur regard. Pendant très longtemps, comme Léopold, je n’ai existé que dans le regard des autres. J’ai atterri dans le milieu du show bizness et j’ai fini par le fuir quand j’ai enfin compris comment j’étais devenu. J’ai franchement failli me perdre.

 

- En même temps, si tu n’avais pas vécu une période « strass et paillettes », tu n’aurais pas raconté tout ça dans ton livre…

  

 - C’est certain. Moi, je suis à maturation lente. Je suis un garçon qui comprend lentement. J’ai eu de la lucidité sur moi-même un peu tard. J’étais tellement préoccupé à être ce que les gens attendaient que je sois que j’étais sans cesse en représentation, dans un rôle. A un moment tu te réveilles, tu demandes ce que tu es et tu agis en conséquence.

 

- Ton roman est un mélange de satire sociale et de thriller politique.

 

 - Je n’ai pourtant pas voulu écrire ni un thriller ni un roman d’intériorité psychologique. Quand on est un être humain, on est un être social. Qu'est-ce qu’on est sans la société ? Rien. Qu'est-ce qu’on est sans les autres ? Rien. Au fond, c’est le roman d’un type, Léopold, qui se pose un jour des questions sur ce qu’il est lui même comme individu et qui découvre qu’il  y a du monde autour de lui et que ça implique des valeurs et des comportements. Il est difficile de devenir citoyen et donc, d’agir. La partie thriller est un développement logique de Léopold qui, au début, est dans sa bulle et qui se rend compte que ça ne marche pas aussi bien que ça en fait. Le monde autour de soi, ce sont des rapports de force, de violence. Comment faut-il se positionner par rapport à ça ?

 

- Tu évoques une grande entreprise médias qui abrite en son sein une organisation secrète, apolitique, qui s’est donné pour but, je te cite, « de procéder à quelques petits changements dans l’ordre du monde ».  Tu crois, toi, personnellement, qu’il y a des organisations secrètes qui régissent le monde ?

 

- Je ne suis pas non plus pour « la théorie du complot », mais je suis désolé, tout ça est sous nos yeux. Le G8 est sous nos yeux. Les clubs de gens importants politiques, économiques, intellectuels qui font des diners tous les mois, ils existent… les faucons sous l’administration Bush, ils n’étaient pas cachés. Je sais qu’il y a des groupes de gens puissants qui ont des intérêts et qui s’unissent pour que leurs intérêts soient préservés. Ce n’est pas être « complotiste » que d’affirmer cela, tout le monde le sait.

 

- Je ne sais pas comment tu as procédé, parce que, paradoxalement, ton livre n’est pas cynique. C’est à la limite, mais tu ne franchis pas cette ligne pourtant tentante…

  

- J’étais dans un milieu qui le pratiquait à outrance. Je l’ai moi-même pratiqué à outrance. Aujourd’hui, je pense que le cynisme est la mal du siècle.

 

- En parcourant ton blog, j’ai décelé un peu de cynisme, non?

 

 

 - Pour bien combattre l’ennemi, il faut employer ses armes, mais en les détournant. Je ne porte jamais un jugement de valeur sur les gens, que souvent je rencontre pour la première fois, juste, j’aime raconter leurs attitudes qui s’apparentent souvent à des postures. Je suis franc avec de l’humour, pas cynique, ni méchant. Je ne veux plus être méchant. Quand j’étais en maison de disque, j’ai été un vrai connard et des gens ont continué à m’aimer, à être mes amis. Pour moi, c’est une belle preuve d’amitié. Sur mon blog, je sors juste des cartons orange à certaines personnes. Je me demande s’il ne faut pas que j’arrête mon blog, s’il faut que je continue de parler des auteurs que je rencontre, des livres que je lis. Je rentre dans ce milieu, est-il bon que je dénigre les collègues ? Dois-je respecter un code de bonne conduite, sans pour autant cirer des pompes à des gens que je n’aime pas ? Dois-je m’imposer un devoir de réserve ? Je ne chronique pas des livres que je n’ai pas aimés, c’est déjà pas mal, non ?

 

- Dans Qu’avez-vous fait de moi, tu rends hommage plus d’une fois à Denis Robert...

 

  

- Je suis extrêmement admiratif du parcours de ce gars… et de son écriture aussi, car il écrit de très bons romans. Mais surtout, il m’épate par son engagement. Il ne cesse de dénoncer les dysfonctionnements de la société et de payer de sa personne pour aller au bout de ses idées. Il y a vraiment des gens admirables et irréprochables.

Erwan Lahrer 18.11.10 3.JPG

Nous nous sommes quittés assez rapidement après l'entretien. Mon train de 18h24 à la Gare du Nord avait décidé de partir à l’heure. Je le savais. J’ai dû interrompre ce bon moment passé avec Erwan Larher. Et nous nous sommes promis de nous revoir très vite, avec Bertrand Guillot.

 

Sur le chemin du retour, je me suis juste dit que ce gars-là, j’aimerais bien m’en faire un copain.

 

C’est sûr.

 

Larher est humain.

 

21 novembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (6) : Jérôme Attal pour "Folie furieuse"

Sixième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, Vincent Brunner pour Hendrix, electric life, voici le déjà multimandorisé Jérôme Attal pour son nouveau roman (dont vous êtes l’héroïne, les filles !), Folie Furieuse (chez Stéphane Million Editeur) 

 

Résumé :

 

L'héroïne du roman doit faire le tri dans sa vie et a besoin du lecteur pour décider de ses orientations.

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Quatrième de couverture : 

 

En ouvrant ce livre, ça va barder ! Dès les premières pages, vous aiderez l'héroïne de ce roman à faire les bons choix dans sa vie amoureuse ! Des dingues, des revenants et une pelletée de chevaliers servants et sans cervelle vous attendent au tournant ! Trouver un mec valable, c'est de la Folie Furieuse ! Au cours de vos aventures, vous vous retrouverez sur la scène d'un concert de rock, dans un side-car avec Charles Bukowski, vous vous battrez à mains nues avec une baby-sitter désinvolte, vous aiderez un vampire à déjouer un complot international. Et bien d'autres choses encore, selon vos choix ! Car c'est Vous qui décidez de votre destin. Après Pagaille monstre, Folie furieuse est le roman qui a besoin de Vous comme Personne !

 

L’auteur :

 

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus prisés de la scène musicale française (Pierre Guimard - Florent Pagny - Johnny Hallyday - Eddy Mitchell - Michel Delpech - Jenifer - Mareva Galanter - William Rousseau - Constance Amiot - Marie Amélie Seigner - Chimène Badi ...). Il poursuit également une carrière d’auteur, compositeur, interprète. Folie furieuse est son quatrième roman.

 

Jérôme Attal 09.11.10 3.JPGLe 9 novembre dernier, j’ai donné rendez-vous à Jérôme Attal dans ma nouvelle « cantine » (le restaurant à côté du Grand Rex).

 

Je ne loupe jamais une sortie de livre de Jérôme. Je le tiens comme une des plus belles plumes de la littérature française. Il le sait. Je ne cesse de lui répéter. Je suis lourd avec lui, mais je m’en moque. Il accepte toujours de venir à ma rencontre (lire ou écouter ou voir, selon les cas de figure, les précédentes mandorisations : pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol et enfin pour Pagaille Monstre.) On commence à se connaître. Je suis moins cérémonieux avec lui et parfois un peu second degré (ce qui n’implique absolument pas un manque de respect, juste une meilleure connaissance du personnage). Voici un long extrait de cette nouvelle rencontre (et pas la dernière).

 

Mandor : Tu as vu, je me modernise, hein ?

 

Très fier de montrer mon nouveau magnéto enregistreur (qui ne m’appartient même pas).

 

Jérome Attal : Oui, il est bien.

 

- J’aimerais que tu sois un peu plus impressionné, s’il te plait !

 

- Non, je vais te dire, je suis plus impressionné par ton physique actuel que par ton matériel ! « Je suis plus impressionné par ton physique que par ton matériel »… je pense que ça peut être un statut facebook impressionnant.

 

- Oui, bon, d’accord, merci. Allez, avant d’évoquer Folie furieuse, on parle de Jenifer img1288776349.jpgd’abord ? Non parce qu’il y a quand même 4 chansons de toi dans cet album (« La vérité », « L’envers du paradis », « Le risque » et « C’est quand qu’on arrive ») et une autre qui sera peut-être dans une nouvelle édition… dis donc, tu dois être pété de thunes !

 

- Ta question est nulle. Je tiens à te le dire. Elle est nulle et ringarde. C’est une méconnaissance gigantesque et totale du terrain et c’est étonnant pour un journaliste spécialisé comme toi.

 

- Mais, bon sang ! Tu écris pour tout le monde !

 

- Je n’écris pas pour tout le monde. Ce n’est pas parce que l’on est Boulevard Rochechouart qu’il faut utiliser de telles métaphores ! On n’est plus dans les années 80. Personne n’achète plus de disque, donc, j’ai peu de droits d’auteur. On gagne bien sa vie quand on a des singles éclatants, ce que je n’ai pas encore eu. En fait, j’adorerais vivre mieux de ma plume… ça viendra, je travaille pour ça. Enfin, pour moi, l’important, c’est qu’au moins je puisse vivre de mon travail. C’est pareil pour la littérature, à moins d’être dans les « happy few », on ne gagne pas sa vie en écrivant des livres. Tu as l’impression que je fais beaucoup de trucs, mais j’aimerais pouvoir exister encore plus sur cette scène des auteurs.

 

- J’ai l’impression que je te vois tout le temps !

 

- Mais, c’est parce qu’on est des copains.

 

- Non à chaque fois que je reçois un disque d’un poids lourd de la chanson actuelle, je lis ton nom dans les crédits.

 

- Parce que je bosse comme un malade. Mais, je t’assure que par rapport à mon volume de travail, on ne me voit pas beaucoup.

 

5954349953_florent-pagny-tout-et-son-contraire.jpg- Jérôme, tu es toi-même chanteur. Un chanteur rock, voire « underground » et tu écris pour des chanteurs de variété. Ce mois-ci, Florent Pagny, Jenifer, mais il y a eu Chimène Badi, Michel Delpech, Eddy Mitchell, Johnny Hallyday… Ça ne te pose pas un problème de conscience ?

 

- Mais pas du tout. Il faut écouter les chansons. J’ai l’impression que je suis fidèle à mon style. Dans la chanson de Pagny, « C’est le soir que je pense ma vie », il y a une phrase qui dit "Je ressasse l'azur sous tes paupières mi-closes". C’est quelque chose que je pourrais chanter moi. Je m’adapte un peu à l’interprète, mais j’essaie de faire en sorte que ce soit aussi mon territoire. Je n’ai pas l’impression du tout de faire des chansons « alimentaires » en écrivant pour des interprètes de variété. Au contraire, j’ai l’envie de faire un tout de mon œuvre. Je ne pense pas que les gens qui lisent mes livres se sentent désorientés quand j’écris pour Jenifer, par exemple. J’installe ma patte partout où je passe.

 

- Alors, vas-tu jusqu’à dire que tu es fier d’être interprété par ces artistes populaires?

 

- Je trouve ça génial parce que j’adore écrire des chansons. C’est aussi une affaire de rencontre. D’abord avec des compositeurs, parce que je fais très peu de musique. Je ne résiste pas à une belle chanson. J’adore écouter comment un de mes textes va être mis en musique ou comment une musique va inspirer un texte. Après, j’adore qu’un interprète se l’approprie. Les deux disques importants qui sortent en ce moment, c’est Florent Pagny et Jenifer… ce sont quand même deux interprètes qui donnent une touche émotionnelle aux textes. Ils ont une attitude et, de nos jours, c’est pratiquement aussi important que le texte et la musique. Jenifer et Pagny, c’est la classe ultime de l’attitude dans deux genres différents. Chez eux, il y a de l’ampleur…

 

- Pour revenir à ta propre carrière de chanteur, tu continues à faire des concerts, de temps en temps…

 

- Oui, je fais d’ailleurs un concert de Noël au Bus Palladium, le 18 décembre prochain. J’aimerais bien demander aux gens d’emmener un cadeau de Noël. Un cadeau à pas plus de deux euros, tu vois, pour l’offrir à son voisin pendant le concert. J’adore l’idée.

 

Jérôme Attal 09.11.10 1dd.jpg- Passons à Folie furieuse, le deuxième et dernier tome des livres dont nous sommes les héros. Dans Pagaille monstre, le premier, c’était le point de vue des hommes sur les femmes, cette fois-ci, c’est le contraire ?

 

- C’est un peu plus compliqué que ça. J’ai une théorie personnelle. J’ai toujours considéré qu’un homme a plus de choix de femmes que le contraire. Il y a plus de femmes pour nous séduire. Une fille tombe quand même sur pas mal d’abrutis. Beaucoup de lourds… et des lâches aussi. Tu as le choix entre Schopenhauer qui dit que « la vie oscille comme un pendule entre le désespoir et l’ennui » et là, la vie amoureuse d’une héroïne peut osciller entre la lourdeur et la lâcheté. L’idée de Folie furieuse, c’est comment une héroïne va pouvoir espérer à une vie sentimentale malgré l’avalanche d’abrutis qu’elle peut rencontrer à chaque coin de rue.

 

- Tu penses connaître assez bien les femmes pour te mettre à leur place ?

 

- Oui.

 

- Tu as passé ta vie à étudier les femmes.

 

- Intelligence avec l’ennemie.  

 

- Comment prennent-elles ton livre Folie furieuse ?

 

- Il y a des femmes qui aiment beaucoup et il y a celles qui sont gênées et qui aimeraient faire d’autres choix que ceux proposés par l’héroïne. Il y a celles que l’héroïne exaspère un petit peu et il y a celles, au contraire, qui adorent parce qu’elles y voient des répercussions avec leur vie actuelle ou leurs souvenirs.

 

- Il faut dire que dès le premier choix, tu mets les femmes dans un embarras immense et Jérôme Attal 09.11.10 4.JPGsymptomatique. Te connaissant, je suis sûr que c’est un fait exprès.

 

- Tout à fait ! Mon héroïne a laissé seul son enfant chez elle pour aller à l‘anniversaire de sa meilleure copine. Le premier choix à faire est donc cornélien : soit elle retourne voir ce qu’il se passe chez elle, soit elle suit ses copines en boîte de nuit. Ce premier choix a tendance à marquer son terrain. Il divise les femmes en deux parties.

 

- Folie furieuse s’adresse à une tranche d’âge particulière ?

 

- J’ai un âge où je peux éventuellement plaire autant aux mères qu’aux filles. Mes livres ont donc cette dimension, malgré moi.

 

- Je reste impressionné par la structure d’un tel livre.

 

- C’est comme le Coca Cola, il y a une recette, mais elle reste secrète. Je regrette juste une chose dans cette aventure passionnante de Pagaille monstre et Folie furieuse, c’est que les gens ont retenu le principe plus que l’aspect littéraire. L’originalité du concept l’a emporté dans l’esprit des gens sur les qualités d’écriture.

 

- Parfois, en faisant mes choix, je me disais que telle phrase était super belle et je trouvais dommage que certains n’ayant pas suivi la même voix ne la verraient pas.

 

- Folie furieuse, l’idéal, c’est de le lire le plus de fois possible. Les chemins s’éclairent et les astuces se révèlent de lecture en lecture.

 

72490_444460385921_654475921_5492791_5879116_n.jpg- C’est utopique, ça, Jérôme. En 2010, les gens ne reviennent pas sur un livre.

 

-Même si, effectivement, les gens manquent de temps pour lire un livre, je t’assure que certains le font.

 

- Quelle différence y a-t-il entre tes deux livres Pagaille monstre et Folie furieuse ?

 

-Dans Pagaille monstre, tu es plus dans la mélancolie du personnage. Dans Folie furieuse, il y

a de l’action tout le temps et c’est beaucoup plus délirant.

 

- Tes deux livres frisent parfois le surnaturel…

 

- Je m’en fous un peu d’être parfaitement crédible. Moi j’écris un peu pour transformer le réel… pour le rendre plus vivable. Plus passionnant de mon point de vue. J’aime quand les auteurs ont un univers amélioré de leur point de vue. Je ne suis pas dans une démarche réaliste parce que j’essaie, déjà dans la vie, de trouver le merveilleux dans les choses ou dans les rencontres.

 

- J’ai entendu dire que L’amour en lambeaux sortait en poche en mars prochain…

 

- Oui. À cette occasion, je vais revoir un peu le texte. Je remercie encore Stéphane Million de me permettre de construire une œuvre.

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14 novembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (5) : Vincent Brunner pour "Hendrix, electric life"

Cinquième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, mon invité est un journaliste musical, Vincent Brunner, pour une nouvelle biographie de Jimi Hendrix, intitulé Hendrix, electric life (City Editions).

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4e de couverture :

Il y a quarante ans, Jimi Hendrix quittait brutalement la scène. Pourtant, il n’a jamais disparu. Chaque génération redécouvre ses albums, sans cesse réédités, et il reste LE modèle indétrônable du guitariste rock.

  

Hendrix est devenu un mythe dont les morceaux, torturés et élégants, étaient à l’image de sa vie. Ce hippie flamboyant a fait Woodstock, enchaîné les succès avant de disparaître à seulement 27 ans, entrant dans la légende.

  

Les musiciens d’aujourd’hui, de Ben Harper aux Red Hot Chili Peppers, des jazzmen aux rappeurs, perpétuent l’héritage Hendrix. Celui d’un génie qui s’est trop vite consumé en bouleversant la musique. Une vie où la joie et la liberté ont toujours eu pour contrepartie le drame et la souffrance.
La biographie du plus électrique des guitaristes :
génie, sexe, drogue et rock’n’roll.

  

 Présentation de l’auteur :

  

Vincent Brunner est journaliste et auteur. Il a notamment coécrit l’autobiographie de Miossec (Flammarion) et la bande dessinée Rock Strips.

 

Vincent Brunner, je ne vous le cache pas, est un ancien collègue de journal. On ne se voyait qu’en conférence de rédaction, mais j’appréciais le personnage et ce qu’il écrivait. J’ai donc lu cette biographie et comme elle m’a beaucoup intéressé je lui ai proposé une mandorisation. Rendez-vous est pris dans un bar à côté de mon boulot (comme d’habitude). Ça me fait toujours un peu bizarre d’interviewer un type qui fait le même métier que moi…   

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Mandor : Comment puis-je te présenter professionnellement?

 

Vincent Brunner : Tu peux dire que je suis pigiste régulier pour plusieurs magazines musicaux ou plus généralement culturels et que je travaille aussi dans l’édition en écrivant des biographies d’artistes…

 

- Tu as commencé ta carrière de journaliste musical aux Inrockuptibles

 

- Oui, c’était en 1997 et j’étais critique spécialisé dans la musique électro. À ce moment-là, c’était la musique qui me donnait envie d’écrire. Mais comme j’ai toujours eu une culture rock ou rap, petit à petit, j’ai diversifié mes écrits.

 

EnQuarantaine.jpg- La biographie pour laquelle nous déjeunons ensemble aujourd’hui n’est pas ta première. Tu as aussi écrit un livre avec et sur Miossec…

 

- Miossec, c’est quelqu’un de timide et en même temps très ambitieux. La manière avec laquelle il s’exprimait, avec ses silences, son vocabulaire choisi, ses vannes qui cachent aussi beaucoup de choses m’ont incité à me dire que ce serait super intéressant de parler de la vie de ce mec qui a commencé sa carrière de musicien à 30 ans. Un soir, en buvant un coup avec lui, je lui ai proposé... il n’a pas été contre. Juste, comme il n'avait que 40 ans, il se demandait si c’était raisonnable de déjà écrire un livre sur lui. Je précise que ce n’était pas un livre de commande, mais plutôt un livre fait à l’instinct. En règle générale, les livres que j’écris sont le fruit de coup de cœur et d’occasions.

 

- Tu as été directeur d’ouvrage de Rock Strips. Présente-nous cet ouvrage ?rock brunner.jpg

 

- J’ai proposé à Flammarion ce projet. C’est un livre sur le rock avec des textes de présentation de moi et des planches de dessinateurs de BD sur le même artiste. Il y avait 30 histoires sur 30 groupes de rock. C’était un truc lyrique, drôle et très bordélique. C’est ce qu’il fallait ! Actuellement, je travaille sur le tome 2.

 

- Tu as été aussi chef de rubrique musique de Rolling Stone pendant 3 ans.

 

- C’était une belle expérience jubilatoire. C’est un journal culte pour les amateurs de rock et on était en contact avec le magazine américain… bon, il faut raison garder, nous étions une petite équipe dans la version française, mais nous étions très motivés.

 

9782352884507.jpg- Et donc, ce livre sur Hendrix ?

 

- C’est un projet que j’ai proposé. Bien sûr, ce n’est pas un hasard s’il coïncide avec le 40e anniversaire de sa mort.

 

- Il y a déjà de nombreuses bios sur Hendrix… qu’est-ce qu’on peut apporter de plus aujourd’hui ?

 

- Les premiers ouvrages sur Hendrix par des journalistes qui avaient connu l’artiste datent d’il y a longtemps. Ils sont nourris des nombreuses interviews qu’il a données à eux ou à d’autres. Et dans ce que racontait Hendrix aux journalistes, il y avait vraiment à boire et à manger. Parfois, même, il racontait n’importe quoi. Il a commencé sa carrière un peu clandestine en 1961 et ça devient sérieux pour lui en 66. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il a souvent réécrit son histoire. Il a prétendu avoir joué avec des gens, alors qu’on est sûr qu’il ne l’a pas fait. La vérité autour de lui a toujours été « brumeuse ». Mon livre est certes une bio de plus sur Hendrix, mais j’ai essayé de faire la synthèse pour arriver au plus proche de la réalité des faits.

 

- Tu as tout lu sur lui ?

 

- Oui, obligatoirement. J’ai essayé de voir toutes les contradictions d’une source à l’autre… et il y en a ! Dans le livre, Jimi Hendrix de Benoit Feller qui date de 1976, j’ai la nette impression qu’il s’est fait enfumer par Hendrix et les témoins de sa vie. Je me suis rendu compte qu’autour de lui, il y avait beaucoup d’exagérations et de zones d’ombre. J’ai voulu écrire un livre crédible qui ait un peu de gueule en 2010 sur Le modèle indétrônable du guitariste rock.

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Vincent Brunner 26.10.10 2.JPG- Ton livre est donc la version définitive et exacte de la vie d’Hendrix ?

 

 - Non. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Les biographies sur Hendrix sont souvent excellentes, je dis et répète qu’elles manquent parfois de recul.

 

 

- Tu n’as pas peur de casser le mythe ?

 

- Mais, non. Il est tellement grand ce mythe ! Ce qui est incroyable avec lui, c’est que dans les années 68-69, il donne des concerts marathons, le soir, il va en club, et après avoir joué toute la nuit, il va en studio jammer toute la journée… bref, c’est quand même un surhomme. Il jouait tout le temps, il est un cas unique au monde.

 

- Il n’a enregistré que 3 albums de son vivant. Sa carrière est très courte.

 

- Il n’y a en effet que trois albums studio plus un live. Tout le monde s’accorde à dire qu’il ne serait peut-être pas mort s’il n’y avait pas eu sa dernière tournée européenne. En même temps, c’est la conséquence de son exigence par rapport au studio d’enregistrement qu’il a voulu le plus moderne possible, donc très cher. Pour payer des travaux absolument pas prévus, le manager a dû le faire tourner un maximum pour rentabiliser.

 

- Tu es fan de Jimi Hendrix ?

 

- C’est quelqu’un que j’ai beaucoup écouté dans mon adolescence. Je l’ai gardé dans un coin et je me suis ouvert à d’autres… mais ce livre-là est aussi l’occasion de le redécouvrir.

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- Selon toi, personne ne lui arrive à la cheville ?

 

 

- C’était un génie. Il arrivait à imaginer des solos de guitare à l’envers. Ce qu’il a fait en quelques années reste indépassable parce qu’il avait une imagination folle, rare et délirante. Quand il jouait, on avait l’impression que son cerveau était relié à sa guitare et je ne connais pas d’autres musiciens passés ou actuels capables de donner cette sensation. Ses disciples sont laborieux, ils tentent d’avoir sa technique, mais n’arrivent pas à atteindre la fluidité.

 

 

- On ne parle jamais de ses textes…

 

 

- C’est vraiment dommage. Il ne faut pas oublier que c’est quelqu’un qui a été influencé par Dylan. Déjà au niveau du chant, mais aussi au niveau des paroles. Il y a vraiment beaucoup de points communs entre les deux artistes. Les paroles d’Hendrix sont sensationnelles. Il était très attiré par les planètes, la terre et il avait une vision écolo avant l’heure…

 

- Pour toi, au fond, Hendrix était-il un mec bien ?

 

 - Il me semble qu’il était gentil. On sait qu’il ne savait pas dire non. Il a passé sa vie à donner des guitares à des ados qu’ils rencontraient. Il était très généreux. Il était un jouisseur de la vie.

 

- Quand on a écrit sur Hendrix, on peut écrire sur qui après sans que ça ne paraisse pas fade?

 

- Sur beaucoup, rassure-toi ! Quelqu’un comme Tom Waits m’intéresse, par exemple. Jim Morisson également. Dylan aussi, mais il faudrait que je trouve un angle abordé par personne, ce qui est difficile… Comme je l’avais fait avec Miossec, je me plais enfin à rêver d’un livre d’entretiens avec Jean Rochefort.

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 Pour finir en musique : Purple Haze...

26 octobre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (4) : Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour "La petite Malika"

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Quatrième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, voici ma rencontre avec Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika (sorti aux éditions JC Lattès). Habiba est la sœur de Mabrouck et pour la première fois, ils ont écrit un livre à quatre mains. Je connais ces deux auteurs depuis longtemps. D’abord Mabrouck Rachedi que je rencontre à chacun de ses nouveaux livres (ici et ) et Habiba Mahany que Mabrouck m’a présenté lors de la sortie de Kiffer sa race ().

9782709635431.jpgPrésentation du livre :

 Dès 5 ans, Malika est repérée pour ses dons exceptionnels. Pour elle qui tient les comptes de la famille, les jeux de maternelle sont… enfantins. Comment s’épanouir dans un milieu sourd et aveugle à ses talents ? Avec une mère persuadée que « précoce » est synonyme de « grossesse précoce » et qui refuse que sa fille saute une classe. Trop mature pour ses copines, trop singulière pour les adultes, Malika cultive sa différence. A 13 ans, son destin bascule, lorsqu’elle se retrouve isolée dans une chambre d’hôpital. Entre la vie et la mort, elle découvre Nietzsche et la philosophie qu’elle expérimente avec un enthousiasme qui déborde parfois. 
Écrit à deux voix par des enfants de la banlieue, La Petite Malika est un roman plein de fraîcheur et de drôlerie qui évoque avec délicatesse la difficulté de grandir.

Présentation des auteurs sur la 4e de couverture :

Habiba Mahany à publié Kiffer sa race (Lattès, 2008). Mabrouck Rachedi, son frère, est notamment l’auteur du Poids d’une âme (2006) et du Petit Malik (2008), tous deux parus aux éditions Lattès.

Nous nous sommes donnés rendez-vous dans un bar de la Gare du Nord, le 8 octobre dernier.

 

33642_139777052735648_100001100610450_181892_5578698_n.jpgMandor : Au-delà des messages qu’il y a dans ce livre, je trouve qu’il y a beaucoup d’humour…

Mabrouck Rachedi : On aime faire les choses à contre-courant. Nous luttons à notre manière contre les clichés et les stéréotypes. Nous montrons aussi qu’on peut être drôle en banlieue. Être léger dans les moments les plus graves, on trouve ça intéressant. Notre angle est de désocioliser. Nous ne sommes pas des sociologues qui allons raconter notre vérité. L’humour fait partie intégrante de nos personnalités et donc forcément, nos héros nous ressemblent parfois. On aime rire, mais en règle plus générale, en banlieue aussi, on aime rire. Souvent dans les journaux, on se focalise sur le côté spectaculaire et dramatique. On veut faire comprendre qu’il n’y a pas que ça.

Mandor : Dans ce livre, on s’attache à tous les personnages. Du coup, je me suis découvert des points communs avec Malika et son entourage.

Mabrouck : Ce que tu dis est fondamental. Ce qu’il y a de formidable dans un livre, c’est que tu peux lire la vie des gens de tous les milieux, de tous âges et de toutes origines et s’identifier à eux. Dans notre cas, c’est peut-être que l’on a bien fait notre travail.

Mandor : Qui a eu l’idée de ce livre à deux ?

Habiba Mahany : C’est Mabrouck. Après son livre, Le Petit Malik, les gens lui demandaient une suite. Comme nous suivions sa vie de 5 à 26 ans, ils demandaient ce qui lui arrivait après… en plus, quand nous faisions des salons ou des interventions ensemble, les gens nous disaient : « C’est marrant, vous êtes frères et sœurs, quand allez vous écrire ensemble ? ». Nous, nous ne voulions pas écrire ensemble pour écrire ensemble, nous voulions un vrai projet. Mabrouck a donc eu l’idée de créer le pendant féminin du petit Malik. Il m’a donc demandé d’écrire avec lui cette histoire.

Mabrouck : Je ne me sentais pas, moi seul, de porter la voix d’une femme. Une fois que j’ai eu l’idée, je n’ai pas eu les moyens de la concrétiser. J’ai donc regardé à ma droite et je suis tombée sur Habiba… quelle coïncidence !

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 Le photographe Pierre Terrasson immortalise Mabrouck Rachedi sous le regard d'Habiba...

Mandor : Ce qui est troublant en lisant ce livre, c’est qu’il est impossible de déceler qui a écrit quoi. Pourtant, pour avoir lu l’ensemble de vos œuvres, je connais bien votre style respectif…

Mabrouck : Rassure-toi, nous non plus on ne sait plus ce que l’on a écrit.

Habiba : On en a tellement parlé pour savoir comment on allait procéder, on a tellement réécrit des passages de l’autre, tellement modifié, re modifié, que tout c’est mélangé !

Mabrouck : On ne compte plus les réécritures… c’était un processus très dynamique. A chaque version, il y avait amélioration, donc ce système d’échanges constants étaient très porteurs. Il y a du coup une unicité dans le style.

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Habiba Mahani sous l'oeil de Pierre Terrasson.

Mandor : Vous réfutez avec véhémence le terme d’ « écrivain de banlieue ». Vous ne voulez pas non plus être le représentant de la cause banlieusarde. Pourtant, vous n’écrivez que des livres dont l’action se situe dans ses citées.

Mabrouck : On veut surtout « être » que de « représenter ». Non, on ne parle pas de banlieue. Ce sont des lieux désincarnés. Nos histoires ont pour cadre des environnements urbains. Certes, on pourrait le faire dans des paysages montagneux…

Mandor : Pourquoi vous ne le faites pas, ça éviterait que les journalistes reviennent là dessus sans cesse ?

Habiba : Là, j’écris mon nouveau livre et je ne parle pas du tout de la banlieue. Mon premier roman se situait dans une citée parce que je me suis inspirée de ce que j’ai vécue plus jeune. Mais pour moi, c’était plus un roman sur l’adolescence que sur la banlieue. Si l’action se situait à Argenteuil, les gens qui habitaient à Perpignan ou à Toulouse s’y sont retrouvés quand même.

Mabrouck : Le danger, c’est d’être trop conformiste, mais aussi d’être anticonformiste. On n’a pas à prouver que l’on sait écrire dans un autre environnement. Tant que le sujet du livre est fort… pour le moment, nous nous sommes dirigés vers ce que nous connaissons le mieux. Comme Habiba, je suis en train d’écrire un livre qui n’a strictement rien à voir avec tout ça. Et puis dans « L’éloge des miséreux », je ne parle de la banlieue nulle part, tu le sais bien.

Mandor : Mais, malgré tout, vous acceptez d’aller faire des conférences sur la littérature de banlieue.

Mabrouck : Cela peut paraître paradoxal, en effet, mais si on les déserte, les autres iront à notre place. Le fait d’aller dans ses débats en disant qu’on ne veut pas être considérés comme des auteurs de banlieue, c’est aussi un moyen de créer le débat, d’enrichir la réflexion. On peut aussi vivre en banlieue, écrire sur la banlieue et ne pas être considéré comme un auteur de banlieue.  Nous sommes porteurs d’un certain message optimiste, apaisé, drôle.

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 Mandor est un sacré portraitiste... hum !

Mandor : Malika fait preuve de résilience par rapport à sa jeunesse, à l’endroit où elle a vécu…

Mabrouck : La résilience, Malika la montre dans son caractère, la façon qu’elle a de supporter toutes les épreuves qu’elle traverse.

Mandor : La fin que je ne peux évidemment pas évoquer ici est maligne…

Habiba : La fin s’est imposée à nous sans qu’on le veuille réellement. Naturellement au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire.

Mandor : Est-ce que vous vous sentez compris par vos lecteurs. Les messages passent-ils comme vous le souhaitez ?

Mabrouck : Nous, on ne se prétend pas être des diseurs de vérité.  Nous sommes justes des romanciers. On raconte des histoires, alors quand on nous raconte l’émotion ressentie, nous sommes les plus heureux du monde…

Mandor : Il y a un vieux papi très touchant dans le livre, j’en avais presque les larmes aux yeux.

Mabrouck : Ce papi est le lien entre le passé de Malika et son envie de transmettre vient de là. C’est aussi un hommage à nos grands-parents et à nos parents qui ont fait le sacrifice de traverser la méditerranée afin d’assurer un avenir meilleur à leurs enfants. Ils ont beaucoup pris sur eux, en silence avec beaucoup de dignité… c’est le minimum des hommages qu’on pouvait leur rendre.

Mandor : Est-ce que ce livre a éveillé en vous quelques souvenirs. A-t-il fait office de psychothérapie ?

Habiba : Dans l’écriture, il y a toujours une part de vraie, même si c’est de l’invention pure. Mabrouck: La famille que l’on a créée, on n’a pas voulu en faire un archétype. J’espère que ce livre peut changer le regard sur certaines personnes, que certains décrivent comme des racailles, des sauvageons, des trucs comme ça…

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Habiba Mahany, Mabrouck Rachedi et Mandor, le 8 octobre dernier.

Voici des extraits du livre par les deux auteurs eux-mêmes :

Mabrouck Rachedi a un blog… il est formidable, jetez-y un coup d’œil…

16 octobre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (3) : Jérôme Alberola pour "Anthologie du rock progressif"

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Troisième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, rencontre avec Jérôme Alberola, le 1er octobre dernier pour Anthologie du rock progressif (chez Camion Blanc). Il est journaliste dans la presse spécialisée sur l’évolution économique et sociologique de l’habitat, mais aussi éditeur du magazine Culture Cuisine et directeur de Stay Free (Presse et conseil en médias). Nous nous sommes rencontrés dans les locaux de MusiqueMag pour évoquer son livre, une mine, une bible, véritable encyclopédie sur le rock progressif. Ce genre musical est considéré à juste titre par le spécialiste Paul Stump comme « le genre le plus consciemment adjectivé de toute l’histoire du rock avec les autres épithètes, art, cosmic, pomp, symphonic, barock… ». Le travail de Jérôme Alberola est considérable, fouillé, pointu, mais accessible à tous. 800 pages impressionnantes !

 

 anthologie2.jpgVoici la 4e de couverture de son Anthologie du rock progressif (voyages en ailleurs) :

 

Né à l’aube des années soixante-dix en réponse musicale aux espoirs soulevés par la croissance socio-économique et la conquête spatiale, le rock progressif est devenu l’un des genres les plus populaires de la planète. Ses figures de proue sont des géants connus de tous, tels Pink Floyd, Genesis, Yes ou King Crimson. Après sa traversée du désert dans les années quatre-vingt, il a connu, sous l’impulsion de Marillion, une expansion sans précédent dans tous les genres musicaux, de Mars Volta à Opeth, en passant par Muse. Pourvoyeur de mélodies raffinées ou emphatiques, et d’expérimentations audacieuses, il est depuis son origine le genre musical qui a le plus inspiré les autres styles, son étiquetage générique devenant caution de qualité. Déjà auteur d’une Anthologie du hard rock saluée par la critique, Jérôme Alberola analyse ce vaste mouvement et commente en détail les 160 disques qui en ont fait l’histoire de 1967 à 2009. Voici l’ouvrage le plus complet jamais réalisé en France, et peut-être ailleurs, « si belle somme », comme le décrit en préface Pierre Bordage, auteur le plus coté de la science-fiction française.

 

Interview (complétée avec l’aide de son ouvrage, pour être au plus proche de la pensée de l’auteur).

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Mandor : Avant cette anthologie du rock progressif, vous avez sorti une anthologie du hard rock. alberola-anthologie.jpgC’est une suite logique ?

 

Jérôme Alberola : La décennie glorieuse du hard rock, ce sont les années 80 et j’ai beaucoup écouté ce genre-là, quasi exclusivement d’ailleurs à cette époque. La meilleure culture musicale, on l’a en achetant des disques, en s’informant. Je lisais Enfer Magazine, Metal Attack, Hard Rock Magazine. C’étaient des magazines qui marchaient bien à l’époque, ils donnaient des données factuelles révélatrices. Mon livre sur le hard, c’est un hommage à cette époque et à cette musique là. Je voulais vraiment partager une passion. Le hard, c’est le premier genre musical au monde dans les années 80, si on cumule de tous les albums de hard vendus. Mon livre sur le rock progressif m’a paru effectivement une suite logique. J’en ai aussi beaucoup écouté et ça m’a permis de m’attacher au fait de la qualité musicale. Le prog, aujourd’hui, est nettement plus marginal, même si elle est super belle, sublime et sophistiquée. Le prog est né dans l’accompagnement, dans la croyance, dans la science triomphante.

 

Mandor : Justement, le rock progressif est arrivé quand ?

 

Jérôme Alberola : Comme tout le reste en ce monde sublunaire, la création musicale est le produit de son environnement. De manière plus générale, le monde des sixties est borné par deux évènements majeurs que sont, d’une part, la crise des missiles de Cuba (année de sortie du premier album des Beatles) et, d’autre part, le premier pas de l’homme sur la lune en 1969, le 21 juillet (soit quelques jours avant l’originel méga-concert hippie de Woodsock et quelques semaines avant la sortie de In the Court of the Crimson King de King Crimason, souvent considéré comme l’acte fondateur du rock progressif). J’explique dans mon livre quelles sont les conséquences de la progression économique enregistrée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la reconstruction qui s’ensuit en Europe (les Trente Glorieuses) sur le mouvement musical qui en est issu.

Mandor : Ecrire cette anthologie à été un travail fastidieux, je suppose.

 

Jérôme Alberola : Chaque chronique de disque fait deux à trois pages et je mettais au minimum six heures à l’écrire. Une heure pour écouter le disque, une heure pour réécouter en prenant des notes, le reste pour rédiger. J’ai commencé ce livre dans ma tête depuis des années.

 

Mandor : C’est quoi, pour vous, la définition du rock progressif ?

 

Jérôme Alberola : Il n’y a pas de définition, car c’est à la fois une musique très complexe, très large qui a cassé complètement les codes du rock, l’architecture dans la longueur des morceaux. Le progressif est spirituel. Sa vocation est de désincarner l’âme, au sens quasi-littéral, de faire sortir le mélomane de son carcan de chair, d’extraire l’homme de ses quotidiennes contingences matérielles pour l’élever au-dessus et l’emmener au-delà, dans des voyages en ailleurs spatio-temporels, afin de récolter les fruits rares des champs de tous les possibles, séjours mythologiques au verger des Hespérides.

 

Mandor : On associe cette musique avec des substances illicites. Les créateurs de ce genre musical et ceux qui les écoutent consommaient pas mal de drogues en tout genre, paraît-il…

 

Jérôme Alberola : Le recours à des substances psychotropes souvent associé au public fan ont conduit à identifier l’écoute planante ou onirique du rock progressif aux voyages astraux des sorties de corps, cosmiques pour les initiés. Il convient de préciser que cette musique constitue les meilleurs vecteurs et viatiques pour les réaliser.

Mandor : Le rock progressif est le seul rock qui n’est pas né, ne s’est pas développé en opposition à un contexte sociétal jugé négatif ?

 

Jérôme Alberola : Au contraire, même. Sa vocation initiale a été de s’inscrire pleinement dans son environnement avec la volonté d’aller plus loin dans la voie engagée, qu’elle soit concrète ou perçue. Certes, les premières formations du genre, issues directement ou inspirées du mouvement psychédélique, entendent proposer des alternatives au monde réel, mais celles-ci sont progressistes, incrémentales, voire sublimant la situation existante, mais non pas en rupture. On rêve alors d’une révolution qui soit la finalité d’une évolution amorcée et non pas la reconstruction après annihilation d’un mauvais système en vigueur. On ne tend pas vers le grand soir, mais vers les beaux jours.

 

Mandor : Pour découvrir le rock pro, vous conseillez quels groupes?

 

Jérôme Alberola : Pour commencer deux albums des Pink Floyd,  Wish You Were Here et Meddle. Les premiers Génésis, période Gabriel dont Foxtrot, un chez d’œuvre. Enfin, Yes avec Close to the Edge… Dans les années 80, il y a eu le renouveau du prog et là, je conseille tous les albums de Marillion. Ce groupe a fait progresser ce genre musical plus que quiconque. Le prog est devenu une pop progressive classieuse sans rien retirer des codes originaux du rock. Marillion est le groupe, tout genre confondu, le plus mélodique de l’histoire du rock. Ils ont eu les deux plus grands chanteurs (Fish et Steve Hogarth). Aujourd’hui, je conseille Opeth, du death metal progressif sublime et Dream Theatre, Birdfish, The Mars Volta et enfin Spock’s  Beard.

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Jérôme Alberola et Mandor, le 1er octobre 2010.

09 octobre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (2) : Pierre-Emmanuel Scherrer pour "Desert Pearl Hotel"

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Deuxième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, c’est Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel (La Table Ronde) qui m’a fait le plaisir de boire un coup avec moi, dans un bar (pas vraiment « hype ») à côté de mon travail… cela faisait un moment que nous envisagions une rencontre. Merci à lui de m’avoir facilité la tâche, ce 4 octobre, parce qu’en ce moment, ça devient duraille d’allier mes activités « rémunératrices » (et néanmoins passionnantes) et mes rencontres pour ce blog.

(Je ne précise d’ailleurs absolument pas que, débordé et ayant mal géré mon emploi du temps du jour, j’ai posé un lapin à Pierre-Emmanuel quelques heures plus tôt… je lui présente toutes mes excuses officielles.)

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Pour commencer, voici la deuxième de couverture : 

portrait Pierre.jpgPour Pandora Petersen, il n’y aura pas de Noël en famille. Doris, sa mère, vient d’être enterrée. Ellroy, son père et Tom, son frère, ont regagné l’Idaho. Dans son appartement de Los Angeles, la jeune femme rumine son chagrin jusqu’à ce qu’elle reçoive une lettre de condoléances glissée dans une gerbe de lys – les fleurs préférées de Doris. Son auteur, un certain Gil Sanders, conseille à Pandora de prendre contact avec Rebecca, une amie de sa mère, qui aurait, laisse-t-il entendre, des révélations à lui faire. Pandora ne supporte pas de se voir dicter sa conduite. Mais elle finit par appeler Rebecca Hamilton, qui l’invite à passer quelques jours chez elle, à Santa Fe. Au volant de sa Honda délabrée, la jeune femme entame un étrange voyage en forme de jeu de piste. Messages sybillins, rencontres tour à tour inquiétantes et cocasses ponctuent sa route. De motels miteux en snacks déserts, de serveurs taciturnes en pompistes tatoués, d’embouteillages urbains en tempêtes de neige, elle se rapproche, sans le savoir, d’un secret bien gardé. 

 

L’auteur :

 

Pierre-Emmanuel Scherrer est né en 1976. Il vit à Toulouse, où il exerce la profession d'avocat. Co-fondateur en  2003 d’Anabase, il part aux États-Unis en 2007 avec son groupe de musique pop pour une traversée d’est en ouest, de New York à San Francisco. Des chansons naissent de ce voyage, puis Desert Pearl Hotel, son premier roman.

Ici, le site de la BO du livre...

 

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Mandor : Musicien, écrivain, avocat. Une triple vie, ça s’organise ?

 

Pierre-Emmanuel Scherrer : C’est comme dans les romans de James Ellroy où les types sont à la fois agent de la CIA et agent de la Mafia. Moi, je fais avec le même sérieux toutes mes activités. Je tente d’être rigoureux dans la musique et la littérature et un peu funky dans le droit. Le droit, c’est mon activité de jour et le reste, ma double vie de la nuit. Dans le cerveau, il faut juste compartimenter tout ça.

 

anabase.jpgM : On se rencontre pour évoquer ton livre, mais il faut préciser que ta passion première est la musique…

 

P-E S : Même si j’ai toujours voulu écrire, j’ai commencé par faire de la musique. J’ai commencé avec Clara, l’aventure d’Anabase en 2003. Anabase, je le précise, est le groupe de musique qui a signé la BO du livre. Ce groupe tourne en indé avec des moyens plus que raisonnables. On est allé voir pas mal de maisons de disque pour développer le projet. Elles étaient assez réceptives, mais avaient du mal à nous mettre dans des cases. Elles ne savaient pas si c’était de la chanson française, de la variété, du rock, de la pop… donc, résultat, nous sommes restés indépendants. Avec notre 2e album, Le bonheur flou, on a fait pas mal de scène…

 

M : Anabase a donc composé la bande originale du livre…

 

P-E S : Au début, on voulait simplement faire un album sur les États-Unis. Clara et moi, on a traversé les États-Unis en 2007, de New York à San Francisco dans le but de rencontrer Clint Eastwood. Si nous sommes allés dans son ranch et avons rencontré son compositeur, nous n'avons pas vu le comédien réalisateur… le personnage est insaisissable. C’est un type qui se cache. Il ne veut répondre à aucune sollicitation, sinon, il ne ferait que cela. On voulait faire un album sur une fille qui avait envie de se perdre dans les grands espaces et en même temps, dans les yeux bleus de Clint Eastwood. En faisant cette traversée, on a créé un personnage qui s’appelle Pandora Peterson. Je photographiais dans les motels Clara déguisée en Pandora. On captait une sorte d’ambiance esthétique pour capter, par ce biais, un univers visuel. Ce disque aurait dû être un concept album avec une fille que l’on retrouve de chanson en chanson, avec une histoire développée dans un livret. Pour des raisons de coûts assez importants, nous avons abandonné l’idée. De plus, l’histoire débordait du cadre initial et a pris plus d’importance que la musique. Au final, le livre est le support principal autour duquel nous avons créé la musique. Actuellement, on continue à écrire la musique, c’est un projet évolutif.

 

clara lit.jpgM : Sur scène, du coup, il y a des lectures du livre…

P-E S : Oui, on a à la fois des lectures proprement dites, des lectures musicales, des chansons classiques et des instrumentaux. Il y a toute une panoplie de possibilité qu’on essaie de développer sur scène. Avec ce concept, on commence à intéresser des libraires et des festivals de littérature. Ca donne une promo un peu décalée au livre et au disque correspondant, en vente sur internet.

 

 M : C’est un road movie. Il y a donc beaucoup de scènes qui se déroulent sur la route (lapalissade !). Il y a beaucoup de neige, de bouchons, de routes dont le décor ne change que très très lentement, de serial killers, en vrai ?

 

Il se marre.

 

 P-E S : Le coup du serial killer, c’est pour pasticher la littérature américaine et le cinéma américain. Dès que tu vois une fille seule dans une voiture dans les films américains, tu as tout de suite une musique angoissante et tous les clichés déboulent. Moi, je me suis amusé à distiller des fausses pistes.

 

M : Y a-t-il dans ce livre des souvenirs qui te sont réellement arrivés ?

 

P-E S : Aucun. Les seuls trucs persos qu’il y a dans ce livre sont certains lieux où on est passé. Notamment au dessus de Santa Fé où il y a toute une région désertique. Ces routes, tu les as tellement vues au cinéma qu’elles peuvent vraiment t’inspirer.

 

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M : Il est question des rapports filles-mères dans ce roman.

 

 P-E S : Au début du livre, Pandora perd sa mère. Avec Clara, on a eu ensemble cette idée, la veille de son accouchement de notre petite fille et nous allions enregistrer notre chanson Stabat Mater. Quand on est sur le point d’avoir un enfant, on a un sentiment très fort de filiation qui se crée. Je pense qu’il n’y avait pas de hasard sur le fait de capter les sentiments qu’avait Pandora vis-à-vis de sa mère.

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M : Comment écris-tu ?

 

P-E S : J’écris sans plan. J’avais envie de me laisser porter par les évènements qui arrivaient à mon héroïne à mesure qu’elle conduisait. Je voulais qu’elle me surprenne moi-même pour parvenir à surprendre moi-même le lecteur.

 

 avocat.jpgM : Tu t'adonnes à cette activité depuis longtemps ?

 

P-E S : J’ai écrit pas mal jusqu’à l’âge de 28 ans et je me suis aperçu que j’écrivais sous perf’. J’étais très inspiré de mes auteurs préférés. Bataille, Houellebecq et pas mal d’auteurs américains. Quand je me suis rendu compte que mon écriture était un peu sous influence, j’ai posé le stylo pour réacquérir mon propre style. Je voulais trouver une impulsion qui venait de moi et pas être dans la répétition de ce qui avait déjà été fait. J’ai recommencé à écrire il y a deux ans avec ce projet là. J’ai essayé d’avoir une voix, un ton particulier dicté par le personnage principal du roman.

 

M : Ton héroïne, Pandora est malheureuse, un peu paumée…

 

P-E S : Elle ne maîtrise plus rien du tout dans l’histoire qu’elle vit. Je n’ai pas voulu la rendre sympathique. Elle a côté mytho, paranoïaque. C’est intéressant de triturer ses personnages, non pas dans la laideur, dans la vérité de l’être humain qui n’est jamais tout beau ou tout laid. Une belle personne peut avoir quelques dévoiements. J’aime rentrer dans les petits travers que l’on a finalement tous.

 

36360_396943782990_600577990_4258567_3172349_n.jpgM : La Maison d’édition La Table Ronde a accueilli comment ton livre ?

 

P-E S : Je l’ai envoyé par la poste et ils m’ont rappelé très rapidement. Mes deux éditrices, Alice et Françoise  ont eu un vrai boulot éditorial et littéraire. Elles m’ont fait retravailler certains passages. Pour autant, ce n’était pas non plus laborieux.

 

M : Ton livre est sorti en pleine rentrée littéraire, qu’en penses-tu ?

 

P-E S : Je suis noyé par les baleines de l’édition. J’ai fait confiance à la maison de disque… je pense que c’était un bon choix. Pour un premier roman, la rentrée littéraire, ça donne un peu le frisson. Bon, j’ai eu un peu de presse. pierre concert.jpg

 

M : Élogieux, les articles, dis donc. Le Monde notamment a eu un vrai coup de cœur.

 

P-E S : Oui, ça me fait plaisir… c’est le genre d’article qui incite à continuer.

 

M : Ma question idiote à laquelle tu n’échapperas pas. Aimerai-tu vivre de ta plume et uniquement ?

 

P-E S : Évidemment, mais à moins d’être best-seller systématique, ce ne doit pas être si confortable que cela. Les écrivains de métier doivent avoir une sacrée pression. Ils doivent connaître la fameuse peur de la page blanche. Avoir un autre métier permet de libérer une soupape. Moi, j’écris de manière quotidienne, mais parcimonieusement.

 

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Pierre-Emmanuel Scherrer et Mandor, le 4 octobre 2010...

25 septembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (1) : Florence Dell'Aiera pour "Catharsis"

Après la longue série de « Mes livres de l’été 2010 », je passe à "Mes livres de l'automne 2010". Un sacré concept ! Je poursuis donc, de saison en saison, mes rencontres avec les auteurs dont je lis les livres…

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Aujourd’hui, place à Florence Dell’Aiera, pour son livre Catharsis sorti chez Morey Éditions, dont voici la 4e de couverture :

 

« Juillet 2012. Salomé Delmas a dix-sept ans et le bac en poche. Elle pense pouvoir se reposer avec sa meilleure amie, Jasmine, dans le manoir provincial de Zaphir Cohen, jeune acteur en pleine ascension. Ce lieu, dont Salomé ne connaît rien et qui pourtant lui semble très familier, sera celui de sa propre transformation.

Elle connaîtra l’amour et les affres d’un lointain passé la reliant aux victimes cathares. Son salut, et celui de ses amis passeront par son combat avec Robert le Bougre, célèbre inquisiteur aux ambitions démesurées .

 

Ce premier tome de la saga troublante de Zaphir & Salomé signe le départ d'une quête d'identité conduisant le lecteur d'un monde basique et quotidien au fantastique. Salomé se voit révéler une bouleversante mission, faisant d'elle bien plus qu'une simple adolescente.

 

Qui sommes-nous vraiment, qui croyons-nous être ?

Que cachent nos perceptions, nos craintes et nos rêves ?

Comment oser être soi-même voire... beaucoup plus ? »

 

Petite présentation de l’auteur(e) : Après des études de psychologie et de conseil conjugal, Florence Dell’Aiera est devenue psychothérapeute et assistante Ressources Humaines. Utilisant ses diverses expériences pour élaborer histoires et personnages, c’est à travers l’écriture fantastique qu’elle trouve sa voie. Elle se consacre aujourd’hui à l’écriture.

 

J’ai donné rendez-vous le 14 septembre 2010 avec la flamboyante et passionnée Florence Dell’Aira dans ma "cantine" (brasserie en face du Grand Rex !). Une heure montre en main, pour faire sa connaissance et en savoir plus sur cet ouvrage.

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Mandor : L’écriture est arrivée dans votre vie de quelle manière ?

 

Florence Dell’Aiera : Elle a toujours été en moi, même si, curieusement, au départ, je me destinais à une carrière de comédienne. J’ai commencé par l’écriture de scénarios de courts et longs métrages.

 

M : Vous avez écrit Catharsis, puis vous l’avez et proposé à des éditeurs ?

 

FD : Pas du tout. La mairie de ma ville était au courant que j’écrivais et m’a demandé de participer à leur salon du livre. Je n’avais que des manuscrits et rien de publié. J’ai donc décidé de monter ma propre maison et je me suis lancée. Ce n’est pas plus compliqué que ça. En même temps, je ne suis pas en train de vous dire que c’est facile de créer sa maison d’édition.

 

M : Comment avez-vous travaillé à partir du moment où vous avez eu le squelette de votre livre ?

 

FD : J’aime avoir les fiches psychologiques de mes personnages de manière à m’y référer lors de l’écriture. Il faut que tout soit logique et crédible dans la personnalité des uns et des autres. Il y a de ma part presque un jeu de comédie.

 

M : Vous voulez dire que les personnages entrent en vous corps et âme?

 

FD : Oui, je suis complètement happé par eux. Quand je suis en phase d’écriture, je suis dans l’histoire. Sans parler de dédoublement, je n’en suis pas loin. Ce que je peux vous affirmer c’est qu’il y a quelque chose de charnel, de jouissif quand j’écris.

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M : Catharsis parle de fantômes, de réincarnations, de mondes parallèles, de pouvoir, d'immortalité, de manuscrit perdu, de choses cachées, de croyances, de multiples possibilités… il faut croire à ces choses là pour les écrire, non ?

 

FD : Y croire ou ne pas y croire n’est pas important, c’est juste une histoire de ressenti. Je suis réceptive à certaines choses, c’est tout. Quand on rentre dans un lieu, on ressent quelque chose, le lieu parle, c’est une évidence. En tout cas, j’ai grandi avec ces sensations et ça me nourrit au quotidien et dans mes écrits.

 

M : Vous avez l’impression d’avoir vécue dans une autre vie ?

 

FD : En gros, c’est très simple. On va dire que j’ai une petite voix et que cette petite voix me dit de faire certaines choses. J’obtempère. Si je devais me résumer, je dirais que j’ai les pieds bien sur Terre et la tête dans les nuages.

 

M : C’est un roman que l’on peut qualifier de « fantastique » ?

 

FD : Les gens ont besoin de repères, alors, oui, disons que c’est un roman « fantastique », mais un « fantastique léger ». Beaucoup de femmes qui ont lu ce livre et qui n’avaient jamais ouvert une page d’un roman fantastique sont quand même rentrées dedans. Je fais en sorte que ce qui arrive à mes personnages puisse m’arriver à moi du jour au lendemain.

 

M : Le plus difficile, c’est de rester crédible tout en écrivant une histoire frisant le surnaturel ?

 

FD : Il faut trouver le bon équilibre dans le va-et-vient entre le réel et le fantastique. Passer de l’un à l’autre sans que le lecteur se dise que c’est tiré par les cheveux.

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M : Maintenant que le livre est bien là, palpable, et qu’il va mener sa vie, comment vous sentez-vous ?

 

FD : Je compare mon état comme celui d’un comédien qui arrête d’interpréter son rôle. Il a joué quelques mois une pièce de théâtre avec d’autres comédiens qui sont devenus sa famille et quand s’arrête la tournée, il y a un deuil à faire. On a créé quelque chose, il faut pouvoir le lâcher. Salomé et Zaphir font partie de mon quotidien, mais ils vivent désormais leur vie.

 

M : La fin du livre laisse présager une suite…

 

FD : Oui, Catharsis est le premier volet d’une trilogie… mais je compte écrire les deux prochains tomes de manière à ce qu’ils se lisent indépendamment.

 

M : Quand on écrit, c’est difficile de faire abstraction de soi même ?

 

FD : C’est pour ça que j’ai mes fiches psychologiques des personnages. Pour ne pas me laisser aller à des considérations personnelles permanentes.

 

M : Il y a le rapport mère-enfant doublement évoqué dans ce roman. L’amour fusionnel n’est pas vécu de la même façon…

 

FD : Le transgénérationnel me passionne, les secrets qui peuvent passer de génération en génération… Je fais l’analogie avec le monde des fantômes. Ce sont souvent des choses qu’on ne voit pas et pourtant qui s’imbriquent dans notre histoire. Pour tout vous dire, je prépare le terrain du deuxième tome. Je suis obligé de glisser quelques informations non essentielles dans ce premier volet, pour développer le second. Il y une lecture basique et fantastique, mais il y a aussi une lecture psychologique si l’on creuse un peu. Le fantastique pour le fantastique ne m’intéresse pas.

 

M : Pour une jeune maison d’édition, je suppose qu’il est difficile de faire connaître son premier roman …

 

FD : Je m’y attèle avec acharnement en tout cas. Quand on débarque comme ça, il faut se différencier en étant crédible et original. Il faut sortir du lot, tout en respectant certaines normes. Je me prends au jeu, j’aime ça. J’ai vraiment envie de faire les choses correctement, lentement, mais sûrement. La ligne éditoriale sera fantastique, ésotérique, thriller. Je m’apprête à publier un deuxième roman, celui de mon mari, Michael Morey.

 

M : Et Catharsis au cinéma, ce serait un fantasme absolu pour boucler la boucle ?

 

FD : Oui, j’aimerai trouver un réalisateur qui s’emparerait de mon livre en comprenant mon univers et en y adhérant. Revenir au cinéma serait très drôle… chasser le naturel, il revient au galop !

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Mandor et Florence Dell'Aiera le 14 septembre 2010, après l'entretien.