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22 février 2017

Fabien Muller : interview pour son roman La vitre

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J’aime la maison d’édition Editions Olivier Morattel. Elle est exigeante. Et elle publie des livres qui m’ont toujours intéressé (Quentin Mouron, si tu me regardes !) J’ai donc ouvert cette « vitre » en toute confiance. Et je n’ai pas été déçu. J’ai ri puis, au fur et à mesure que l’histoire se déroulait, j'ai retenu mes larmes. On croit lire la simple histoire d’une jeune femme dépressive et, subitement, on atterrit dans un thriller psychologique mené de main de maître. Fabien Muller (c’est l’auteur... qui a un blog formidable ici) est très fort. On ne se méfie pas de lui, on ne se méfie pas de son histoire... et bim ! Son histoire nous happe et on ne parvient pas à s’en extirper. On ouvre « La vitre » et je vous garantis qu’on n’a pas envie de la refermer (je sais, c’est facile…)

Le 17 janvier dernier, nous nous sommes retrouvés dans mon restaurant-bar préféré parisien, Le Hibou pour une première mandorisation (qui, j'espère, ne sera pas la dernière).

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor4e de couverture :

« Je suis née à sept mois. Pas pu attendre. Ma mère m’a expulsée distraitement, avec détachement, comme on sort les poubelles. »

Depuis toujours Hélène a le sentiment de voir le monde à distance, de ne pas en faire partie. Introvertie à tendance dépressive, elle traverse la vie en évitant tout contact avec l’autre pour ne pas trébucher et sortir des schémas ordinaires, rassurants et établis. Quand elle rencontre Camille, huit ans, et son jeune père mystérieux au passé trouble, c’est l’équilibre de leurs existences fragiles qui est remis en cause, existences qui vont exploser au hasard d’un évènement fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandordramatique.

Roman tour à tour tendre, drôle et tragique, La vitre est avant tout l’histoire d’une renaissance.

L’auteur :

Fabien Muller est né en 1974 à Paris où il vit toujours. Auteur de cinq livres remarqués, dont Comment je suis resté inconnu (Editions Paul&Mike) et L’inconvenance du désastre (Editions Langlois Cécile), il tient aussi une rubrique hebdomadaire pour le magazine français Version Femina. La vitre (Editions Olivier Morattel) est son premier ouvrage publié en Suisse.

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L'interview, le 17 janvier 2017, au Hibou.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorInterview :

Fabien Muller s’est aussi appelé Jean Fabien.

J’ai commencé à écrire parce que je m’ennuyais au bureau. J’ai décidé de le faire de manière discrète. Il se trouve que je racontais notamment mes expériences sexuelles d’expatrié. Je n’avais pas envie que ça tombe dans les mains de n’importe qui. J’ai cherché le pseudo le plus stupide possible.

Pourquoi le plus stupide ?

La stupidité, c’est pas mal pour se cacher. Il y avait quelque chose de l’ordre de la pochade dans mon premier livre. Il n’y avait pas un vrai projet littéraire derrière, je voulais juste faire marrer mes potes.

Tu as commencé à écrire quand ?

En 2008. J’ai commencé en me disant que la tâche était insurmontable, donc j’ai écrit par envie, pas pour me faire publier. Mais à un moment, on arrive avec une masse de choses qui vous font dire qu’il y a là peut-être un livre.

Au final, il y a eu trois livres sous le pseudonyme de Jean Fabien.

Le premier édité s’appelait Le journal d’un écrivain sans succès, après il y a eu La perspective du primate et ensuite Comment je suis resté inconnu. Dans ces trois livres, il y a la thématique de la lose. La lose dans l’amour et l’absence de réussite professionnelle.

Tu aimes bien les personnages de loser ?

Oui, ils sont toujours sympathiques. Je peux me permettre de lui en mettre plein la tête sans que ce soit sinistre.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorLe journal d’un écrivain sans succès raconte quoi?

C’est l’histoire d’un jeune informaticien qui rêve d’être édité. Mais il est beaucoup trop paresseux pour se mettre à travailler son écriture et surtout, il attire toutes les tuiles possibles et imaginables. J’évoque à la fois le monde de l’entreprise et le monde de l’édition, ainsi que leurs absurdités respectives

Et Comment je suis resté inconnu ?fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

Là, c’est l’histoire d’un wannabe qui aimerait bien être écrivain, mais qui se fait voler un de ses manuscrits par une ex. Elle parvient à se faire éditer à sa place. Quelques années plus tard, elle revient pour réclamer le deuxième tome parce que son éditeur le lui demande. Le type se retrouve à écrire un deuxième livre pour une ex dont il est encore un peu amoureux, ce qui lui fait oublier ses rêves de célébrité. Je parle beaucoup du monde de l’édition dans mes romans.

Ton envie d’écrire, tu te l’expliques ?

J’ai toujours cherché une façon d’exprimer quelque chose. Pendant très longtemps, j’ai fait de la guitare. Je prenais beaucoup de plaisir à faire de la musique, mais j’ai vite su que je n’avais pas beaucoup de talent pour aller au-delà dans ce domaine. Quand j’ai commencé à écrire, j’ai fait un blog, et j’ai constaté que je faisais marrer les lecteurs. Là, le feedback était immédiat. Qu’il soit positif ou négatif, ça créait un cercle vertueux. Plus j’avais de retours, plus j’avais envie d’écrire, plus ça me faisait du bien. Au final, je me suis mis à écrire régulièrement.

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Parle-moi de ton blog, Jean Fabien, auteur sans succès.

A la base, j’avais créé ce blog dans l’idée de faire du buzz avant la sortie de mon premier livre. Je racontais l’histoire d’un écrivain trop paresseux pour écrire, mais qui essaie de se motiver en se disant que, s’il devient écrivain, ce sera plus facile avec les filles. Bon, je n’ai pas fait un gros buzz, mais ça m’a permis de construire ce personnage de loser pathétique. Aujourd’hui, mon blog propose des billets d’humeurs et d’autres sur le monde de l’édition. Mon blog m’oblige à travailler, à réfléchir, à me confronter à l’écriture, ainsi, je ne tombe pas dans l’oisiveté.

Jean Fabien ressemble-t-il à Fabien Muller ?

Quand j’écrivais Jean Fabien et que je racontais à mes amis qui il était, un loser sympathique, tout le monde me répondait que je racontais ma vie. Il doit y avoir une part de moi chez Jean Fabien, mais je force le trait au maximum. A 30 ans, Jean Fabien était encore puceau, dieu merci, moi j’ai été dépucelé à 29 ans.

Parlons de ce livre signé Fabien Muller, La vitre. Là, du coup, il y a un changement d’écriture ? fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

J’envoie régulièrement mes ouvrages à Grégoire Delacourt qui est quelqu’un d’adorable. Il trouvait que j’avais toujours le même style. Un jour, il m’a demandé de me lâcher et d’écrire un livre qui me fasse peur. J’ai commencé La vitre en me mettant dans la peau d’une femme dépressive, on est assez loin de la thématique de Jean Fabien. Ce livre me faisait peur, car il nécessitait d’écrire hors de ma zone de confort, d’écrire quelque chose que je ne vis pas moi-même. Je ne suis pas dépressif… et encore moins une femme.

Tu as mis du temps à l’écrire ?

Oui. J’ai mis plus d’un an et demi à écrire la première version. Il y a un vrai travail d’écrivain dans le sens où il y a un travail de cohérence et que ce livre ne me ressemble pas.

Il y a plusieurs parties dans ce livre.

Pour moi, il y a trois parties. Celle où on présente Hélène qui, bien que dépressive, à une dernière arme pour elle : une certaine ironie et une bonne dose d’humour sur elle-même qui sont ses défenses immunitaires, son dernier rempart avant de sombrer. C’est pince sans rire et même parfois assez cynique. Il y a la deuxième partie, celle de la rencontre avec la petite Camille. C’est tout ce qu’Hélène n’est pas : la joie de vivre, la résilience et l’énergie. Et puis, à partir d’un élément dramatique – point central qui fait basculer le livre –, on bascule dans une espèce de thriller psychologique.

La narratrice est Hélène, tu racontes donc une histoire en te mettant dans la peau d’une femme. C’est compliqué ?

En tout cas, il faut se faire relire par des femmes. Un homme n’utilise pas du tout le même vocabulaire qu’une femme. Culturellement, les hommes et les femmes parlent différemment. Deuxième point, les femmes pensent différemment. Enfin, dans la façon dont une personne interagit avec son environnement, dont une personne réagit à des évènements, c’est pareil,  l’homme et la femme ne fonctionnent pas de la même manière. Là aussi, la relecture par des femmes a été primordiale.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorC’est marrant, en lisant La vitre, je n’ai pas su si Hélène était une belle femme. Aucun indice…

Ça me fait plaisir que tu me fasses cette remarque. Je ne la décris pas et c’est volontaire. Il y a une tentation sexiste à commencer par décrire physiquement une femme dans un livre. C’est l’enfant, Camille, qui lui dit « tu es belle ». C’est là qu’elle comprend qu’elle pourrait être quelqu’un de désirable, quelqu’un qui peut renvoyer une image attirante.

Tous les personnages de ton roman ont leur part d’ombre et de lumière.

Je ne sais plus quel écrivain disait : « chacun porte en soi son enfer et son paradis ». Hélène peut paraître antipathique ou un oiseau tombé du nid que l’on a envie de protéger. Elle est assez ambivalente. Elle est asociale, son rapport au monde est hyper complexe, mais elle est attachante quand même.

Ton éditeur, Olivier Morattel est exigeant ?

Hyper exigeant ! J’ai passé des heures au téléphone avec lui, j’étais épuisé. C’est une force de travail, alors que je suis un gros paresseux. Il m’a boosté, mais il m’a bien fait souffrir. Sans lui, je crois que je ne serais pas arrivé au bout.

Ce n’est pas vexant de se faire reprendre souvent ?

Il m’a beaucoup fait réécrire, alors que moi-même je réécris beaucoup. Je suis capable de réécrire 100 fois une phrase. Il m’a fait enlever tout mon premier chapitre pour rentrer directement dans le sujet, la vie d’Hélène. Un autre éditeur, que je ne nommerai pas, m’a dit un jour : quel que soit ce que tu écris, une fois que tu penses que c’est finalisé, tu enlèves les 20 premières pages, elles ne servent à rien. Olivier et lui n’ont pas tort.

C’est émouvant la sortie d’un nouveau livre ?

Oui, parce que celui-ci est le premier livre que ma mère a lu sans lever les yeux au ciel. Il n’y a pas de gros mots, de scène de sexe à plusieurs (rires). C’est à peu près propre. Il y a du rire, de l’émotion, c’est un livre sombre, mais plein d’espoir… Je pense que c’est un livre cohérent, mais multiple.

Tu es président d’une maison d’édition, Paul & Mike.

Après avoir été édité chez eux, avec deux autres personnes, j’ai été amené à racheter Paul & Mike qui faisait faillite. C’est pour ça qu’après, j’ai cherché un autre éditeur. Je ne voulais pas m’éditer moi-même, je trouve cela un poil schizophrénique.

Tu lis donc beaucoup de manuscrits.

Oui, et je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup de choses originales. On reçoit 1000 manuscrits par an. Si dans les 1000, il y a 10 de manuscrit originaux, c’est le bout du monde.

Tu travailles sur un nouveau livre ?

J’essaie de finir un conte philosophique politico-écologique qui s’appelle L’homme immobile. C’est l’histoire d’un homme qui ralentit jusqu’à s’arrêter complètement et en s’arrêtant, il se met à observer le monde. Sinon, je viens de finir un polar pour rire qui s’intitule Une histoire de détective racontée par une chaussette. Je ne l’ai pas encore envoyé à un éditeur…  

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Après l'interview, le 17 janvier 2017.

10 février 2017

Julien Blanc-Gras : interview pour Briser la glace

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En quelques livres, Julien Blanc-Gras s’est imposé comme un écrivain-voyageur désinvolte, aux récits faussement naïfs. Je dis faussement naïfs parce que sous couvert d’humour, d’ironie mordante et d’élucubrations parfois surréalistes, il dit beaucoup, raconte avec une acuité impressionnante ce qu’il voit, témoigne de la réalité du pays qu’il visite. Les informations sont toutes  rigoureusement exactes. Il mélange les anecdotes personnelles, l’histoire et  la situation du pays avec un habile dosage qui force le respect. Je suis à deux doigts de vénérer Julien Blanc-Gras.

Cette fois, dans Briser la glace, comme l’écrit La Croix, « il traîne ses guêtres dans l’Arctique, explore le Groenland à la manière d’un Lévi-Strauss goguenard, muni de son sens de l’observation et de son humour en bandoulière. »

L’auteur, maintes fois mandorisés (La première fois en 2008,  la seconde en 2013… il y a un peu de lui aussi ici, enfin la précédente en 2015.) est revenu me voir à l’agence, le 6 décembre 2016, pour évoquer cette expédition hors du commun.

briser%20la%20glace.jpg4e de couverture :

Un périple sur un voilier à travers les icebergs. Un narrateur incapable de naviguer. Des baleines paisibles. Des pêcheurs énervés. Du phoque au petit-déjeuner. Des frayeurs sur la mer. De l'or sous la terre. Des doigts gelés. Des soirées brûlantes. Un climat qui perd le Nord. Des Inuits déboussolés. Une aurore boréale. Les plus beaux paysages du monde. Le Groenland.

« Voilà, j’arrive dans un pays où les vaches se déguisent en chèvres, où l’on vend des flingues à la supérette, où l’on prend l’avion avec des guêtres. Un panneau indique Paris à 4 h 25 et le pôle Nord à 3 h 15. »

Le ton est donné. Nouvel invité de la collection Démarches, Julien Blanc-Gras s'attaque au Grand Nord, et nous embarque dans un Arctique tragi-comique. julien blanc-gras,briser la glace,interview,mandor

L’auteur :

Julien Blanc-Gras est né en 1976 autour du 44ème parallèle nord. Depuis, il traverse les latitudes pour rendre compte de ce qui rapproche les êtres humains des quatre coins du monde. Il est l’auteur de six romans, d’un essai, d’une BD et de dizaines de reportages pour la presse. En 2006, il est lauréat du "Prix du Premier Roman de Chambéry" pour Gringoland, périple latino-américain déjanté. Sont ensuite parus Comment devenir un dieu vivant, 2008 ; Touriste, 2011 ; Paradis (avant liquidation), 2013 ; In utero, 2015 (tous aux éditions Au diable Vauvert). Il est aussi co-auteur de Géorama avec Vincent Brocvielle (Robert Laffont, 2014) et de l'adaptation BD de Touriste avec Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2015).

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Interview :

Tu as fait une légère infidélité à ta maison d’édition d’origine, Au Diable Vauvert.

Tout est parti d’une proposition des éditions Paulsen. On a discuté d’un projet commun et nous sommes tombés d’accord sur une expédition au Groenland. J’ai dit oui rapidement parce que l’occasion d’aller là-bas ne se présente pas tous les jours. Je ne connaissais pas du tout les univers polaires arctiques ou antarctiques. Ils m’ont proposé de participer à une expédition sur un petit voilier, donc de voyager dans cette région-là, pas très accessible, dans des conditions privilégiées.

C’était un voyage sacrément difficile si j’en juge ton livre.

Je ne dirais pas difficile, juste un peu plus aventureuse que si j’avais été sur un bateau de croisière.

Tu es modeste… tu ne connaissais ni la mer, ni la navigation.

C’était donc une expérience de plus à découvrir. Je me suis retrouvé à l’été 2015 à partir un mois au Groenland, dont une vingtaine de jours sur le bateau. C’est forcément un des plus beaux voyages que j’ai fait.

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Tu t’es préparé comment pour partir ?

J’ai acheté des moufles (rires). Avant de partir dans un pays, il y a toujours un travail de documentation au préalable. Mes voyages, c’est toujours un mélange de préparation et d’improvisation. De préparation, parce qu’il faut savoir où on arrive, savoir rencontrer les bonnes personnes aux bons moments, j’ai donc vu des politiques, des journalistes, des enseignants  pour avoir un tableau un peu global du pays. Et d’improvisation, parce que c’est ça qui fait le sel du voyage. C’est toujours ce qu’on n’attend pas qui se révèle le plus intéressant au final.

Tu as toujours une appréhension avant de partir dans un pays ?

La joie et l’excitation l’emportent toujours sur l’appréhension. Je ne suis pas un aventurier, mais j’ai un tempérament aventureux, il y a une légère nuance. Là, je ne suis pas parti naviguer, je suis incapable de le faire, mais je suis parti avec des gens qui sont doués pour cela. Ils se sont avérés à la fois très compétents, très sympathiques, très intéressants et très enrichissants.

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La classe absolue: une pleine page dans ELLE.

Tu étais avec trois bretons.

Sur le bateau, il y avait deux marins et un artiste peintre, Gildas Flahault, qui lui est aussi était là dans le but de faire un livre sur le Groenland, Le bal des glaces, (il vient de sortir chez Paulsen). Tout le monde était content d’être là et nous nous sommes parfaitement entendus.

C’était beau ?

C’est tout simplement les plus beaux paysages que j’ai vus de toute ma vie.

Le Groenland, c’est quatre fois la France, expliques-tu au début du livre.

Mais j’ajoute qu’il y a  moins de monde que dans l’agglomération de Bourg-en-Bresse. En tout, il y a 57 000 habitants. La population du Groenland tient dans un stade (rires). Cette particularité géographique fait que les foyers de population sont très éloignés les uns des autres. En gros, il y a trois ou quatre villes au Groenland et plein de petits villages qui ne sont pas reliés entre eux par des routes. Donc, la mobilité est très compliquée. Pour se déplacer, il faut prendre l’avion ou le bateau.

Du coup, les gens restent dans leur village avec des températures qui peuvent atteindre -30° en hiver.

Certains bougent, mais pour les catégories les plus défavorisés de la population, ce n’est pas possible. Les seules nouvelles personnes qu’ils voient sont ceux qui viennent à eux.

Toi, tu es parti en été. Tu n’as pas connu les -30° ?

En été, à Terre, il fait entre 0 et 10°.  Par contre, sur le bateau, quand on est en train de naviguer, il y a un peu de vent… il faut mettre sa petite laine (rires).

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La classe absolue (bis) : Un article très fouillé dans Le Canard Enchainé.

Le danger principal sur l’eau, ce sont les icebergs ?

C’est un danger permanent, mais comme sur une route où il y aurait des obstacles. Concernant les icebergs, le jour, par condition calme, tout va bien. Mais la nuit, dans des conditions agitées, il faut être d’une extrême vigilance. Une fois, nous avons eu un petit incident. Les fonds sont remontés brusquement et le bateau est resté coincé. On a réussi à le dégager assez rapidement, en 10 minutes, mais c’était la nuit, il ne faisait pas chaud, nous étions loin de la côte et des icebergs se déplaçaient un peu partout. Je ne te cache pas que nous avons quand même été un peu stressés. Juste après, j’ai levé la tête et j’ai vu ma première aurore boréale. C’était étrange ce moment de frayeur, puis ce spectacle exceptionnel qu’on ne voit nulle part ailleurs dans le monde. On se sent petit devant l’incroyable puissance et beauté de la nature.

Tu prends des photos de tout ça ?

Je prends des photos avec mon téléphone. Ce sont plus des pense-bêtes ou des souvenirs que des photos d’art. Je ne sais pas faire et de toute manière, ça me prendrait un peu de mon cerveau, or, mon cerveau, il est concentré à trouver des phrases pour décrire ce que je vois. 

Les autochtones des villages que tu traverses sont hospitaliers… ou pas.

C’est comme un peu partout dans le monde, il y a des gens sympas et d’autres moins. J’ai tout de même remarqué que plus les endroits sont petits et éloignés du tourisme de masse, plus les gens t’accueillent avec plaisir et sont contents de te voir.

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Tu es le seul écrivain voyageur à raconter avec humour tes pérégrinations, mais c’est une vraie enquête sur le pays traversé. On apprend beaucoup en s’amusant beaucoup.

C’est un récit avec des informations solides. Je fais en sorte que mon reportage ne soit pas assommant. Il faut trouver le bon équilibre pour faire passer les informations tout en maniant un peu l’humour. Je fais en sorte que cela se lise comme un roman et que le lecteur retienne deux, trois trucs…

L’humour, c’est ta force.

J’ai tenté d’écrire des choses sérieuses, mais je n’y parviens pas. Le petit recul ironique est ma façon d’envisager le monde. Etre dans l’ironie bienveillante sans basculer dans le sarcasme, c’est la limite que je me fixe.

Qu’est-ce qu’il te restera de ce voyage ?

Le choc esthétique de la glace. Et je trouve ce peuple admirable. Il a vécu des milliers et des milliers d’années dans un univers vraiment hostile, très froid et sans ressource. Il a survécu et fait vivre une culture qui nous a apporté le Kayak et l’anorak. C’est remarquable.  

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Pendant l'interview...

Est-ce que chaque voyage te change ?

Je ne change pas radicalement. Chaque être humain t’apporte quelque chose. Plus il est différent, plus il t’apprend. Après ces 15 années à voyager dans toutes les grandes régions du monde, je crois que cela me donne une vision de l’incroyable diversité de cette planète. Ça aide à prendre les choses avec un peu plus de recul.

Tu analyses mieux les gens que tu rencontres, tant tu en as vu ?

Le vécu accumulé te donne effectivement des armes pour comprendre les gens. Parfois, j’entends des conversations à table, au bistrot ou dans les journaux. Cela me fait soupirer… j’ai envie de dire aux gens d’aller vivre un peu ailleurs, de manière à ce qu’ils élargissent leur focal. Parfois, je trouve les débats un peu dérisoires. Je me demande si ce que je viens de dire n’est pas un peu prétentieux…

Ton prochain livre se déroulera dans quel pays ?

Dans la péninsule arabique et ses pétromonarchies. Il sortira en 2017 au Diable Vauvert. 

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Après l'interview, le 6 décembre 2016.

08 janvier 2017

Charlotte Savreux : interview pour L'année du déclic

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Mon amie Corinne Daunay (ancienne attachée de presse, mais professionnellement bien plus) me dit un jour « tu devrais lire le livre de mon amie Charlotte Savreux, il est excellent ».  Habitué à ce que l’on me recommande tel ou tel artiste, je suis toujours dans la méfiance. Copinage, toussa toussa… sauf que Corinne Daunay, j’ai une confiance absolue en ses goûts. Je me renseigne sur ce livre qui « redonne le goût du « tout est possible » à 66 millions de Français ». Là encore, ce n’est pas le genre d’ouvrage dont je parle habituellement. Par amitié, je lis. Et j’ai fini par dévorer tant ces témoignages m’ont passionné, voire m’ont reboosté. Je suis dans une période où j’ai des choix professionnels à faire, des décisions à prendre, L’année du déclic est tombée à pic.

Le 28 décembre dernier, j’ai donc rencontré son auteure, Charlotte Savreux pour un long et savoureux entretien. Ce n’est pas pour rien que j’ai souhaité que ce soit la première mandorisation de l’année. A ce propos… belle année à tous !

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorArgumentaire officiel:

50 personnalités ouvrent le champ des possibles à 66 millions de Français

Ce livre revient sur le parcours de personnalités dont on connaît la réussite, sans pour autant deviner le cheminement parfois complexe qui les a menées vers la lumière et qui rend leur victoire d’autant plus belle et exemplaire. Une réussite honorable et une réalisation personnelle admirables tant elles semblaient, a priori, improbables. Rien ne les prédestinait à… et pourtant leur histoire trompe toutes les attentes et prouve combien tout est possible et pour tout le monde. Ils ont connu des premiers pas dans la vie fragiles, chaotiques ou des réussites suivies de revers, quand la vie bascule pour voler en éclats; mais en quête de reconnaissance, par instinct de survie, par conviction, avec le grain de folie de l’insouciance, ils se sont offert une seconde chance, celle de réorienter leur trajectoire, de sublimer leur vie et de transcender leur destin. En partageant leur expérience et en suivant leurs conseils, tout devient possible ! En misant sur la dynamique de l’exemplarité et de la contagion sont réunies dans de ce livre cinquante personnalités : artistes, chefs d’entreprise, politiques, résolument optimistes, qui refusent de vivre dans une époque de déprimés. Leur enthousiasme et leur foi en la vie inébranlables vous offrent l’essence de leur expérience au tempo de leurs succès et de leurs épreuves, et les fils conducteurs qui ont guidé leur parcours, pour mieux vous permettre de décrocher votre victoire. Car une société plus forte, plus bienveillante, est aussi la somme des engagements individuels.

Retrouvez Zaz - Thierry Marx - Maud Fontenoy - Frédéric Lenoir - Fadela Amara - Yann Arthus-Bertrand - Marianne James - Philippe Croizon - Jean-Pierre Mocky - Florence Servan-Schreiber - Éric-Emmanuel Schmitt - André Comte-Sponville - James Dyson - Stephane Hessel - Roselyne Bachelot - Frédéric Lopez - Louise Del Busto Gomez - Didier van Cauwelaert - Nicole Castioni - Michel Pouzol - Hervé de la Martinière - Denys Chalumeau - Mireille Nègre - Dani - Jean-Marie Bigard - Alain Ducasse - Mohed Altrad - Rougui Dia - Memona Hintermann - Daniel Picouly - Malika Bellaribi - Guy Laliberté - Guy Martin - Philippe Bouvard - Orianne Garcia - Christian Estrosi - Jean-Michel Apathie - Clara Gaymard - Thierry Saussez - Véronique Jannot - Jacques-Antoine Granjon - Mercedes Erra - Patrick Poivre d’Arvor.

L’auteure (source Wikipédia) :charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Après avoir travaillé pendant 3 ans comme journaliste dans la rédaction de France 3 Normandie, elle présente de 2005 à 2010 l'émission Bien-être sur Direct 8. Puis, elle rejoint France Télévisions pour y animer des émissions et des évènements exceptionnels comme La Nuit Blanche (6 heures de direct sur France 3) ou le Téléthon. À partir de 2012, elle rejoint France 5 pour y tourner une série documentaire Une Vie Ailleurs où elle part en immersion à la rencontre de communautés coupées du monde puis participe en septembre 2013 au lancement de l'émission La Quotidienne en y animant deux chroniques hebdomadaires sur la consommation.

Elle vient de publier: L'année du déclic - Et si c'était la vôtre...? Editions Balland.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorInterview :

Ce livre a une dimension personnelle et sociétale.

En 2017, les gens vont être dans l’espoir d’un changement politique. L’idée, c’est qu’on ne peut plus être en attente de tout et de tout le monde. On ne peut plus tout attendre d’un chef de l’état, de son employeur, de la sécurité sociale… à un moment, il faut aussi pourvoir à sa propre trajectoire. On ne peut pas reprocher à une société d’être sclérosée, figée, enfermée, si soi-même on n’offre pas à sa vie cette bouffée d’oxygène dont on a besoin. Je pars du principe que c’est en se changeant individuellement et en étant dans une dynamique d’action qu’on pourra changer les choses. Mon leitmotiv c’est « espérer moins, agir plus ».

Pour toi, la société française est défaitiste ?

De manière collective, oui, mais individuellement, je rencontre des gens qui sont dans une dynamique d’action et qui veulent faire bouger les choses. De manière générale, on sent que les gens sont dans une forme de rétention aux autres ou par rapport à leur propre vie.

Les gens ne veulent pas sortir de leur « cadre » ?

Pas souvent. Ce cadre étriqué leur permet de se protéger, mais il en vient à brider leur potentiel et leur vie. Certains finissent par être enfermés dans leur bulle tellement ils ont peur de l’extérieur. Nous sommes plus dans une société de peur que dans une société d’actions et d’envies.

As-tu appris sur toi-même en écrivant ce livre ?

Il y a tellement de sujets potentiels d’écriture que quand tu choisis un angle, ce n’est jamais par hasard. charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Tu aimes faire bouger les choses, transmettre et permettre l’ouverture vers l’extérieur.

J’ai la curiosité de ce qu’il se passe dans mon environnement et surtout, j’aime ouvrir le champ d’horizon aux autres. Après, ils en font ce qu’ils veulent. Si je veux permettre aux gens qu’ils soient acteurs de leur propre vie, je n’ai pas l’ambition d’imposer une manière de vivre ou une manière de penser. Je n’infantilise pas le lecteur. Si je peux faire en sorte que chacun aille au-delà d’un postulat de départ, ce sera déjà pas mal.

Ce livre est le cheminement logique de ce que tu as toujours fait à la télévision.

Pendant cinq ans, j’ai animé une émission de 52 mn en direct sur le bien-être. J’ai toujours considéré que la thématique du bien-être était sous-estimée. Pour moi, le développement personnel est un sujet de société. Cette société n’a d’ailleurs pas besoin d’un nouveau président de la République, mais d’une bonne psychanalyse. Dès lors que nous aurons déverrouillé les peurs,  là, on pourra se remettre dans une dynamique d’actions. Avec ce livre, j’essaie d’apporter le déclic qui te fait passer de l’intention à l’action, qui te fait transformer une épreuve en une expérience de vie et qui fait passer des « nons » successifs en un « oui ».

Que projettes-tu dans ce livre ?

D’être bien dans son histoire. A l’école, on apprend à compter, lire, écrire, mais pas à vivre. Toute notre vie, on apprend à bien vivre en relation avec la personne que l’on est. Je ne crois pas du tout au bonheur que l’on te vend à tout prix, il n’y a pas pire pour rendre les gens malheureux. L’essentiel est d’être dans l’histoire qui nous convient.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandorLa société souffre d’un potentiel bridé ?

Oui, alors qu’on a tous un potentiel extraordinaire. Quand, soi-même, on n’a pas le courage d’aller exploiter le potentiel qui est le nôtre,  d’aller porter nos propres projets, la vie risque de s’en mêler en apportant des secousses sismiques. Je vais citer Albert Camus : « C’est au cœur de l’hiver que j’ai découvert que j’avais en moi un invincible été. »

Ton livre porte des valeurs dont la société a besoin.

Notre époque nous demande du courage, de la persévérance, du goût de l’effort et du sens de la responsabilité. Quelle plus belle victoire que celle qui nous a demandé du courage, de l’audace et de la persévérance ?  Je suis certaine qu’on ne peut pas avoir une grande réussite, sans avoir eu une prise de risque à un moment.

Notre vie est-elle jalonnée de déclics ?

Oui et c’est tant mieux, car les déclics c’est ce qui permet de rebattre les cartes du jeu de sa vie. La vie n’est pas une autoroute linéaire. Il y a des périodes où les choses sont limpides et fluides et puis d’autres où il y a des ronds-points, des départementales un peu plus en retrait et c’est bien aussi. Les gens veulent tellement être toujours rassurés qu’ils souhaitent voir les mêmes paysages. Mais la vie est une aventure, une salle de classe où on apprend tous les jours. Il ne faut pas avoir peur des virages et des changements, car ils sont une chance formidable d’avoir des tremplins sur lesquels s’élever et rebondir.

D’après ce que j’ai compris, le déclic ne vient jamais de l’extérieur.

Non, il ne vient pas d’un appel téléphonique ou d’une proposition quelconque, tu as raison. Il vient toujours de soi. C’est nous-mêmes qui osons faire le pas supplémentaire, et là, sur le cheminement, la vie s’en mêle, les opportunités apparaissent. Je peux dire qu’au moment du déclic, on est seul, mais pendant le cheminement, jamais.

Faut-il être ambitieux ?

Quelle plus belle ambition que de réussir sa vie et de mettre toute celle-cicharlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor à son  propre service ? Ce n’est pas égoïste de s’occuper de soi et de sa vie. En mettant toute son énergie au service de sa trajectoire personnelle, cela permet aussi à notre lignée familiale de s’élever. Le but, c’est d’être meilleur que nos parents et que nos enfants soient meilleurs que nous. De plus, en servant notre propre trajectoire, on va pouvoir nourrir la société de valeurs beaucoup plus vertueuses que celles que l’on a aujourd’hui.

Tu dis qu’il faut prendre la vie comme un jeu plutôt qu’un enjeu.

Les gens ont tellement peur que tout est devenu grave. Il faut s’amuser des décisions à prendre et d’essayer les choses. Quand tu es dans cette posture-là, la vie te le rend au centuple. Une invité que j’ai reçu dans une de mes émissions m’a dit « quand tu fais un pas dans la vie, la vie en fait dix pour toi. »

Nous avons besoin de positif et de se requinquer.

On a aussi besoin d’être remué.

C’est ton premier livre. Es-tu émue ?

Pour moi, la plus belle aventure de cet ouvrage, ce n’est pas la sortie, c’est le cheminement qui m’a mené jusqu’à lui. Je me sens comme une passeuse. Ce livre ne m’appartient plus, il appartient au grand public.

Ce livre a été un vrai virage pour toi.

Un virage à 180°. Je suis passé d’un travail solitaire à un travail collectif. J’ai toujours participé aux projets des autres et c’était la première fois que j’écrivais pour un projet qui m’appartenait. C’était un peu mon objectif de cette fin d’année 2016.

charlotte savreux,l'année du déclic,interview,mandor

Après l'interview, le 28 décembre 2016.

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30 décembre 2016

Valérie Motté : interview pour Pour tout ce que la vie nous donne

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandor

Je connais Valérie Motté  parce que nous nous rencontrons professionnellement depuis des années. Elle m’a toujours paru différente. Hors norme. Toujours souriante, bienveillante et lumineuse. Dans son récit de résilience, Pour tout ce que la vie nous donne, elle partage avec nous son besoin  d’améliorer le quotidien des enfants touchés par la maladie…. Elle raconte son parcours de vie atypique qui force le respect. La première partie du livre narre la vie pleine d’obstacles de l’auteure dont la perte d’un petit frère qui devient le fer de lance de sa vie. Dans la seconde partie, Valérie Motté « fait vibrer l’âme et l’esprit pour convertir les obstacles de la vie en éléments constructifs pour sa vie, se forger et mieux apprécier chaque instant que nous procure la vie » (comme l’indique un commentaire d’une lectrice sur Amazon).  

Le 29 novembre dernier, Valérie Motté est venue me voir à l’agence pour une première mandorisation.

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandorLe livre (par l’auteure) :

"Nous traversons actuellement une période de grandes transformations énergétiques qui bousculent le monde entier. Certains s’interrogent sur ce chaos et sont effrayés ; d’autres ressentent le besoin de se recentrer sur l’essentiel et sont en quête de vérité. Au final, la majorité d’entre nous aspire à la paix, au respect et à l’équité. Les drames familiaux qui m’ont touchée ont révélé ma médiumnité et mon cheminement m’a conduite à développer ma spiritualité et à écouter mon cœur. Je suis infiniment reconnaissante pour chacun de ces instants expérimentés, pour la confiance que le monde invisible et ses messagers m’ont accordée, pour ce caractère qui m’offre cette conscience de la préciosité de la vie et de ses charmes si nombreux. J’ai souhaité partager avec vous mon parcours pour, peut-être, donner envie à quelques-uns d’entre vous d’envisager la vie différemment. Pour témoigner qu’il est toujours possible de voir la lumière dans l’obscurité."

L’auteure :

Tourangelle d'origine, Valérie Motté est productrice artistique (Vavélie productions). Elle est également l'auteure de plusieurs ouvrages de développement personnel dont Douceurs angéliques aux éditions Pygmalion et Conseils de fées et potions magiques pour se sentir bien aux éditions Jouvence. Valérie Motté est douée d’une intuition hors du commun, qui lui permet d’être à l’écoute de la nature, des messages et des signes que lui transmet la vie. Adepte des médecines douces, elle utilise des « potions naturelles » pour prendre soin de son âme et de son corps. Autant de connaissances qu’elle souhaite partager, aujourd’hui, avec le plus grand nombre, à travers ses ouvrages et ses conférences.

Elle anime aussi l'émission Douceur et Confidences qu'elle propose sur Dailymotion  (je vous propose d'ailleurs les trois dernières dans cette chronique).

Ivalérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandornterview :

Ce livre témoignage  a-t-il été écrit pour aider les autres ?

C’est un livre que j’ai commencé il y a 9 ans. C’était à la base pour rendre hommage à mon petit frère Erwan qui est décédé. C’est le fil conducteur. Autour de moi, mes amis trouvent que je suis toujours positive quoi qu’il arrive et que je vois toujours la lumière même quand la période est plutôt ombragée. Ce sont eux qui m’ont poussé à témoigner, à partager… encore plus dans cette période complexe et difficile pour tout le monde. Du coup, j’ai essayé de proposer humblement une vision de la vie. Il faut se dire que la vie est belle, même quand on traverse des choses  difficiles. J’ai traversé des épreuves pas simples, mais aujourd’hui, je dis que la vie est belle.

Tu ne fais pas la morale, juste tu racontes ton histoire.

C’est un partage au plus grand nombre de mon parcours de vie et il n’y a aucun prosélytisme. Je ne détiens aucune vérité, juste la mienne.

Tu parles aussi de ta vie spirituelle.

Pas trop, parce que c’est personnel et je ne suis pas donneuse de leçon. Il y a beaucoup de livres de témoignages qui sont dans les conseils directifs. Moi, je considère que chacun doit expérimenter et vivre ce qu’il a à vivre.

Cela t’a fait du bien d’écrire ce livre ?

Ça ne m’a pas fait que du bien. La fin de ce livre a été écrite avec beaucoup de souffrance. Toi qui écris, tu sais qu’on revient souvent en arrière, on recorrige, il y a des allers-retours avec la maison d’édition. Même si je suis guérie de beaucoup de chose, j’ai tant ressassé que ça a fini par m’atteindre. Je dois admettre que ça été difficile et violent, mais aujourd’hui, je suis très heureuse parce que c’est une page qui se tourne. Je n’oublierai rien, mais c’est quelque chose qui se termine. Nous sommes en année 9 et en numérologie, cela équivaut à la fin, à l’achèvement de quelque chose. Pour moi, c’est tout un cycle qui se termine.


"Douceur & confidences" Olympe HD par VavelieProductions

Tu expliques au début du livre qu’il aurait pu sortir il y a bien longtemps, mais qu’une conjonction d’évènements à fait qu’il ne sort qu’aujourd’hui. C’était donc que le bon moment était aujourd’hui.

Exactement. Il a pu être enrichi par les 9 années d’expériences et par mon évolution spirituelle. Si je l’avais sorti avant, il y aurait eu beaucoup plus de colère. Là, elle est posée à un moment, parce que je ne renie pas la tristesse et la colère que j'ai pu avoir. Avec le recul, j’y vois des choses très belles. Et grâce à ce que j’ai traversé, je suis devenue la femme que je suis aujourd’hui.

Tu ne regrettes rien ?

Je n’ai absolument aucun regret. Si je devais refaire mon parcours amoureux ou professionnel, je ferais la même chose.

C’est difficile ce côté « j’écris ma vie, mais il faut intéresser les gens » ?

Bien sûr, j’ai envie d’intéresser le plus grand nombre. Dans ce livre, il y a différentes facettes qui devrait faire résonance à des lecteurs. Tous ceux qui ont lu mon livre ont été touchés. Autant les hommes que les femmes d’ailleurs. J’ai ouvert mon cœur avec sincérité et authenticité. C’est un livre de partage, mais aussi de gratitude.

valérie motté,pour tout ce que la vie nous donne,interview,mandorTu parles des fées et des anges, tes sujets de prédilections dans tes précédents ouvrages. Tu dis que tu as vu réellement des fées quand tu étais jeune. Tu n’as pas peur que l’on te prenne pour une dingue ?

On me l’a déjà dit, mais ça ne me fait rien. J’ai eu l’occasion de rencontrer d’autres personnes qui voyaient les esprits de la nature. Quand on me demande comment sont les fées, je réponds que je les vois comme la fée Clochette. Toute petites, scintillantes, pétillantes  et joyeuses. Souvent, quand je raconte ça, les adultes bloquent et s’imaginent que ce sont les fameux personnages imaginaires que les enfants voient. Pour la plupart des enfants, la médiumnité est ouverte. Il n’y a pas de filtres et ils voient réellement des choses qu’adultes, on se refuse de croire. Les esprits de la nature existent, je t’assure.

Pourquoi tout le monde ne peut pas les voir ?

Je pense qu’il ne faut pas en avoir peur et y croire. Si tu laisses la possibilité que tout est possible, tout est possible. La vie va s’offrir à toi, mais il faut être ouvert et curieux  pour cela.

Et les anges ?

Mon ange gardien, c’est mon frère Erwan. Ce n’est pas un fantasme. Quand je suis remontée dans mes différentes vies antérieures, j’ai bien vu qu’il était là avec moi dans chaque vie.

Tu te sens privilégiée de voir ce monde invisible ?

Oui, surtout quand on traverse des périodes mondiales très complexes comme nous le vivons actuellement. Pour moi, les liens d’amour ne se brisent jamais et Erwan est vraiment là. Il m’envoie des signes assez régulièrement. Parfois, je le vois comme je te vois.

Tu m’as raconté que tu t’étais déjà fait réveiller par des entités. Moi, ça me ficherais la trouille.

Oui, ça, ce n’est pas marrant, mais je n’ai pas peur.


"Douceur & confidences" Gregory Mutombo HD par VavelieProductions

Tu ressens les gens plus intensément que la moyenne?

Oui, j’ai beaucoup de ressentis énergétiquement positifs ou négatifs. Mais c'est parce que j’écoute mon intuition. Cela, tout le monde peut le faire. Tout le monde à une intuition. On la développe ou on ne la développe pas.

Dans tes choix d’amoureux, par contre, on constate que tu ne fais jamais les bons.

Ça vient de mes blessures d’enfance. Avec les manquements de mon père, l’abandon, le rejet, je crois que je reproduis des schémas. Tant qu’on ne le comprend pas, qu’on ne l’accueille pas et qu’on ne le guérit pas, la vie est superbe (ironie)… elle t’envoie les mêmes. Ces hommes-là, je les remercie. Ils sont venus me montrer mes failles et mes blessures. J’ai travaillé sur moi et depuis un an, je sais que je ne veux plus du tout ça. Récemment, la vie a mis sur mon chemin un homme du même profil, je l’ai vu tout de suite et j’ai coupé court immédiatement. Je suis guérie.

Qu’espères-tu que ce livre apporte aux gens ?

Je ne pose plus d’attente aujourd’hui. Comme j’ai appris à vivre de plus en plus dans l’instant présent, je me dis que si les gens le reçoivent comme un simple cadeau et si ça produit en eux une petite résonance, si ça peut leur apporter une petite touche colorée dans leur vie, c’est gagné. On a tous en nous les ressources en nous pour aller bien. C’est aussi ce que j’explique dans ce livre.

Avec Vavélie Productions, tu t’occupes d’artistes (comme Magali par exemple).

Aujourd’hui, j’ai la liberté de choisir avec qui j’ai envie de travailler. Je ne pourrais pas travailler avec des artistes qui ne m’intéressent pas humainement et dont les univers ne me touchent pas. Il faut qu’il y ait quelque chose de positif dans la relation.

Tu fais aussi des émissions pour Dailymotion, Douceur et Confidences.

Je reste dans mon univers. J’allie, j’associe toutes mes palettes… et c’est génial de pouvoir le faire.


"Douceur & confidences" Geneviève de Fontenay HD par VavelieProductions

28 décembre 2016

Thierry Brun : Interview pour Les Rapaces

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Thierry Brun est un auteur de roman noir très poli et discret. On se demande d’ailleurs si c’est bien lui qui écrit les histoires qu’il raconte tant il laisse KO le lecteur. Ses héros sont sans pitié ni état d’âme. Dans son monde animal, c’est dur, puissant, sans concession. Quand on lit un livre de Brun, on a l’impression de recevoir de véritables coups de poing dans la tronche et dans le cœur. Les rapaces n’échappent pas à cette règle.

Le 6 octobre dernier, Thierry Brun est venu à l’agence pour une troisième mandorisation (voir la première ici, et la seconde là).

thierry brun,les rapaces,interview,mandorLa 4e de couverture :

Ancien bras droit du narcotrafiquant Arthus Graham, respectée de la profession, Alexandra Blaque, jeune femme qui a laissé derrière elle les trottoirs de Vitry-sur- Seine pour gravir les marches des palaces de Paris à Ibiza, purge aujourd’hui une longue peine de prison.

Appartements transformés en ateliers de production de pains de coke, caves et escaliers gangrenés par le deal, policiers désabusés, caïds hyperviolents à peine sortis de l’enfance… Même si la menace du gang la hante souvent, celle qui déclarait encore quelques années auparavant : « J’ai seize ans et la médiocrité me terrorise. Je sais menacer, mettre à exécution » a décidé de tirer un trait sur sa jeunesse de soldat pour commencer une nouvelle vie et aller vers le soleil.

Mais on ne trahit jamais impunément. Et à sa sortie de prison, Alexandra voit son passé ressurgir avec violence.

Avec l’aide d’une journaliste d’investigation farouchement déterminée à faire toute la lumière sur ce monde interlope, elle va affronter la vengeance des clans et tenter de retrouver Nicolas, celui qui lui a appris l’amour, le seul à qui elle n’a rien à cacher, le seul à être craint de tous. Ses vieux démons réveillés, Alexandra se lance dans cette quête dangereuse, entre amour, paradis perdus et vendettas fratricides, avec la détermination de celle qui n’a plus rien à perdre.

L’auteur :

Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l’auteur de Surhumain (Plon, 2010), La Ligne de tir (Le Passage, 2012) et Les Rapaces (Le Passage, 2016).

thierry brun,les rapaces,interview,mandorInterview :

C’est en écoutant la chanson de Maissiat, « Le départ » que tu as eu l’envie de créer le couple Alexandra/Nicolas.

Dans ce livre, j’ai voulu écrire sur mon enfance, mon adolescence, les amis que j’ai pu côtoyer à Garges-lès-Gonesse, à Sarcelles et à Vitry, mais je voulais aussi un couple qui s’aime vraiment. Et effectivement, les paroles de cette chanson de Maissiat ont tout déclenché. Elles m’ont inspiré le sentiment d’abandon, de perte, d’envie de revivre… qui collait parfaitement à mes deux héros. J’ai tout de suite eu le scénario de ce couple séparé par les événements et qui endure la chienlit pour se reformer, contre vents et marées. Merci Maissiat !

Qui sont les Rapaces ?

Ce sont des criminels, des trafiquants, toujours en mouvement. Ils n’ont aucune excuse, ne s’en cherche pas. Ils avancent, font du fric, tombent (prison, blessures) et se relèvent. Entre deux coups de pression, ils essaient de s’aimer le mieux qu’ils peuvent; sans trop se blesser. Choisir le monde qui te verra grandir n’est pas donné à tout le monde. Ils auraient pu prendre une autre voie et ne se cachent pas derrière leur petit doigt. Ce ne sont pas des anges sous des airs menaçants. Ils dealent, menacent, et aucune de leurs actions ne vient les racheter.

Ce livre est très documenté !

Il y a eu beaucoup d’interviews, de recherches, de souvenirs personnels qu’il a fallu faire remonter à la surface… J’ai bien connu beaucoup de personnes et d’évènements dont je parle dans mon roman, mais j’ai repris aussi des histoires que l’on m’a racontées.

Gamin, tu aurais pu basculer du mauvais côté ?thierry brun,les rapaces,interview,mandor

Je n’ai pas fait ce que font les jeunes dans mon livre, mais j’ai eu des problèmes. C’était plus à cause de mon comportement avec les autorités. Je n’étais pas le garçon policé que je suis maintenant. J’étais un peu rebelle, un peu dingue, mais j’ai rencontré les bonnes personnes, dont un prof de musique et un flic. Le prof de musique m’avait dit un jour : « On se démet ou on se soumet, mais se soumettre, c’est un apprentissage. »

Dans tous tes livres, il y a cette part d’enfance que tu as vécue. Tu n’arrives pas à t’en détacher ?

J’ai eu une enfance nomade. Mon père était itinérant. Il vivait dans une caravane et travaillait sur les chantiers dans toute la France. Je pensais que je m’en étais bien affranchi quand  je suis devenu papa. Mais quand j’ai commencé à écrire, tout est revenu. C’était un ciment qui était beaucoup plus solide que je ne le pensais.

Tes personnages sont tous très forts. Même ceux qui ont moins d’importance que les autres.

En fait, je suis amoureux de tous mes personnages. Il n’y en a aucun que je considère anodin. Je tiens beaucoup à eux. Mais je ne voulais pas qu’ils soient sympathiques. Alexandra est une enfoirée, elle fait les choix les moins sympathiques et ses actions sont souvent cruelles. Mais, sans l’excuser, elle a des raisons d’être comme elle est.

thierry brun,les rapaces,interview,mandorDans le chaos le plus total, tu as écrit une histoire d’amour… et, du coup, on s’attache presque à Alexandra et Nicolas.

J’ai voulu montrer que même les plus pourris étaient capables d’amour. S’il ne reste plus qu’une chose, c’est l’amour.

Tes romans deviennent  de plus en plus noirs, je trouve.

Oui, et il y a de moins en moins d’espoir dans ce que j’écris. Ça doit venir de mon état d’esprit (rires).

Les Rapaces sort en poche. C’est une seconde vie pour ton livre.

Oui, c’est une bonne nouvelle. Quand un livre est acheté pour sortir en poche, on est rassuré sur sa qualité.

Dans tes livres, tu aimes bien jouer avec la psychologie de tes personnages.

C’est ce qui m’intéresse le plus. Rentrer dans la tête de mes héros et développer leur pensée et leurs actions.

Tu écris déjà ton prochain livre ?

Oui. Ce sera la suite des Rapaces, mais on pourra le lire indépendamment. Il y aura moins de personnages et je développerai la relation Alexandra et son père. Je considère que le passé nous rattrape tout le temps et je ne peux m’empêcher d’en faire un sujet récurrent dans mes romans.

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Après l'interview, le 6 octobre 2016.

13 décembre 2016

Kevin Tran (Le Rire Jaune) : interview pour Ki & Hi

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(Photo : Christophe Panepinto)

Kevin Tran est un YouTuber français de 25 ans. Il compte près de 3,4 millions d'abonnés sur sa chaîne YouTube, Le Rire Jaune. Lancée en 2012, elle compile des vidéos humoristiques, réalisées en solo ou en duo avec son frère.

Le jeune homme a sorti il y a près de deux mois un manga. Son premier manga, Ki & Hi. Il  s'est écoulé en quelques jours à près de 50 000 exemplaires : un record absolu pour un manga français, et peut-être même pour un manga tout court. Dans le classement Edisat des meilleures ventes, tous livres confondus, semaine du 17 au 23 octobre, le titre se classe en 7e position. Au bout de trois jours, les libraires étaient en rupture de stock. Un retirage de 100 000 exemplaires a dû être effectué, soit autant que pour un tome de « Naruto », le 2e manga japonais le plus vendu en France...

Ce qu'en dit BFMTV.

Bref, Kevin passe à l’agence régulièrement. Il a son studio perso… On se voit, on discute, je l’apprécie. Il a la tête sur les épaules et une humilité.

Il a accepté que je le mandorise. De fil en anguille, j’ai utilisé une partie de cette interview pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté du mois de novembre 2016).

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Le Rire Jaune : "J'ai écrit un manga".

kevin tran,le rire jaune,interview,mandor,le magazine des loisirs culturels auchanBonus mandorien:

Tu as commencé tes activités de YouTuber en 2012 ? Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire des vidéos ?

Je ne suis pas quelqu’un de communautariste, mais on a tous besoin d’une idole en qui on pourrait se reconnaitre. Dans ma jeunesse, je n’en voyais aucune d’origine asiatique en France ou même dans le monde, à part les comédiens qui font des arts martiaux. Je n’ai donc pas eu de français d’origine asiatique en qui me reconnaitre. Ceux qui avaient des rôles, c’était pour des compositions très clichés, avec l’accent qu’il faut : le traiteur chinois, le magouilleur… bref, des choses dans lesquelles je ne me reconnaissais absolument pas. J’ai eu très envie de changer les choses. Avec YouTube, ça devenait possible. J’ai décidé de partagé mon point de vue sur cette plateforme et prouver que l’on pouvait faire rire sans utiliser l’accent.

Ses caricatures sur le français d’origine asiatique, ça te blessait ?

Ça m’atteignait. Je peux comprendre que des personnes qui ont 35-40 ans acceptent ce genre de rôle parce qu’ils ont effectivement vécu ça… L’accent ne me dérange pas, mais quand on décide de faire des blagues qui sont de l’autodénigrement, je n’aime pas.

Tu t’es dit qu’il fallait combattre cela.

Oui, en maitrisant le français comme n’importe qui. Après, je suis asiatique et je suis fier de l’être. C’est une appartenance que je n’ai jamais nié et que, forcément, j’utilise dans mes vidéos. Je ne pense pas qu’une personne asiatique qui regarde une de mes vidéos se soit dit une seule fois : « cette personne nous fait honte ». Si on doit aller dans le cliché ou dans la culture asiatique, il faut parler de choses irréfutables. La sévérité des mères asiatiques, ça c’est vrai. J’en ai parlé souvent et ça fait toujours marrer les asiatiques parce qu’ils savent que c’est un phénomène rigoureusement exact.

Le Rire Jaune : "La langue chinoise".

Ta mère, tu ne l’épargnes pas beaucoup.

Je la taquine un petit peu. Quand elle voit un sketch dans lequel je la mets en scène, elle trouve que j’exagère trop les traits.

Elle te regarde ?

Elle regarde tout ce que je fais.

Et la relation avec ton petit frère, là aussi tu exagères le trait ?

Quand on était petit, on se chamaillait tout le temps. Je le frappais souvent. J’étais un grand frère très possessif, très dominateur, très contrôleur. Maintenant, je le suis beaucoup moins.

Et aujourd’hui ?

Tu sais, c’est comme quand on joue à la console, à un moment, on passe à autre chose. Je me suis lassé de le frapper. Je l’ai frappé avec toutes les techniques de main possibles et sous tous les angles. A un moment, je me suis dit : « c’est un art que je maitrise, je peux passer à autre chose » (rires).

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Kevin  Tran et son illustratrice Fanny Antigny (photo : Christophe Panepinto)

Avant de commencer tes vidéos, tu avais des idoles YouTubers ?

Je regardais beaucoup de YouTubers américains comme Ryanhiga. Ça fait 10 ans qu’il fait des vidéos d’un contenu extrêmement créatif et il est encore en activité. En France, il y avait Le Joueur du Grenier que j’aimais beaucoup. C’est d’ailleurs toujours celui que je préfère.  Après, je regardais les blockbusters français comme Norman et Cyprien.

Tu as tout de suite su ce que tu allais faire ?

Oui. Le face caméra s’est imposé à moi immédiatement. Ca me paraissait le plus simple pour raconter ce que j’avais envie de raconter. Je suis la dernière personne à avoir réussi en faisant du face caméra. En termes de positionnement, il suffit d’être plus drôle que les autres, c’est tout (sourire). Je me suis beaucoup appliqué sur la qualité des textes.

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Kevin  Tran et son illustratrice Fanny Antigny (photo : Christophe Panepinto)

Ton contenu est drôle et souvent très fin. C’est ça le secret de ta réussite ?

C’est de travailler beaucoup. Pour cela, il faut profondément aimer ce que l’on fait. Faire des videos, créativement parlant, c’est très complet. Il y a l’écriture, le jeu, la technique (montage et réalisation), il y  a des rencontres avec d’autres esprits créatifs, des collaborations… tout cela est très stimulant et épanouissant. Quand on goûte à ça, on a envie que cela dure pour toujours et donc, il faut travailler énormément.

Quel rapport as-tu à la notoriété ?

Accéder à elle peut être considéré comme génial. Mais une fois que l’on s’est fait reconnaitre dans la rue, ça devient banal. Après, je t’assure, c’est plus des problèmes qu’autre chose. Quand on est connu, il y a des gens qui trainent avec toi juste pour obtenir quelque chose de toi. Il faut gérer cette situation seul. Tes proches ne peuvent pas comprendre ce que tu vis. On peut vite péter un câble. Faire des vidéos sur Internet demande beaucoup de maturité si on veut durer.

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(Photo : Christophe Panepinto)

Tu as l’air très pudique.

Ca dépend. Je dévoile les parties que j’ai envie de dévoiler. Quand je les dévoile, je le dévoile à fond. Il y a des parties de ma vie que j’ai envie de garder privée, comme chacun d’entre nous.

Nous nous sommes croisés dans la rue récemment. Tu marchais avec une capuche pour que les jeunes ne te reconnaissent pas…

Parfois, je suis pressé, je n’ai pas forcément envie de me faire reconnaître dans la rue parce qu’ils vont me retarder. Je ne refuse jamais un autographe ou une selfie. Il y a dans ces jeunes certains qui font partie de mes abonnés. Du coup, je suis obligé de mettre une capuche ou une casquette et tracer en baissant la tête.

Tu t’es expliqué le fait d’avoir du succès ?

Pour réussir, j’ai regardé beaucoup de vidéos avant de commencer. J’ai essayé d’analyser ce qui marchait le plus sur YouTube. J’ai la chance que ce qui fonctionne le mieux correspond à ce que j’ai envie de faire. Il faut trouver le juste milieu entre ce que j’ai envie de faire et ce qu’attend le public de toi. L’humour, ça marche toujours et j’adore ça. Même si dans la vie, je suis beaucoup moins drôle quand dans mes vidéos.

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Pendant l'interview...

Quand je te vois évoluer ici à l’agence, je te trouve  toujours calme, posé et tu sembles avoir un recul énorme sur ce qu’il t’arrive. Rien n’a voir avec le Kevin des vidéos !

A partir du moment où une vidéo est publiée sur ma chaine, je considère qu’elle est là pour divertir le public, donc forcément, je rentre dans mon rôle de « divertisseur », d’humoriste et de comédien. Pour cela, je vais tenter de diffuser des bonnes ondes et j’essaie de transmettre de bons messages. Je vais forcément être différent du Kevin de tous les jours, mais ce n’est pas pour autant que je vais manquer d’authenticité dans mes vidéos. Ce que je raconte dans mes vidéos avec un grand sourire et en parlant super vite, c’est ce que je pense dans la vraie vie en parlant plus lentement et posément.

Ta lucidité sur ton succès m’impressionne. J’ai l’impression que tu n’es pas dupe sur la fragilité de ce genre de notoriété.

Je ne suis pas dupe, mais je ne suis pas résigné non plus. Je sais que tout peut s’arrêter du jour au lendemain, mais en même temps, je sais aussi que ça ne s’arrête pas si tu continues à fournir du bon contenu.

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Le 27 octobre 2016, après l'interview...

11 décembre 2016

Doc Seven : interview pour Le tour du monde des infos insolites

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Né en Guyane, William Van de Walle, 24 ans, est désormais connu sous le nom de Doc Seven. Titulaire d'un master de cinéma, curieux de nature, passionné par les voyages et fan du chiffre 7, il a lancé sa chaîne éducative sur Youtube en 2015, se proposant de présenter des listes ( 7 lieux, 7 choses ou 7 personnages sur des thèmes variés (économie, histoire, géographie,  technologie...) de façon à promouvoir la culture encyclopédique tout en restant décontracté dans le ton. Très éducatif, très bien réalisé et sérieusement documenté. Doc Seven se consacre désormais à plein temps à sa chaîne qui réunit dorénavant près d’1 210 000 abonnés.

Il vient de sortir un livre intitulé Le tour du monde des infos insolites

Comme Doc Seven travaille dans le même bureau que le mien, je ne lui ai pas donné rendez-vous pour évoquer son livre, j’ai juste sorti mon enregistreur et je l'ai obligé de me répondre. Pas le choix. Je suis comme ça. :)

C’était le 8 novembre dernier.

doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Argumentaire officiel :

Doc Seven aime les 7, apprendre des choses et voyager à travers le monde. Et comme il aime encore plus partager ce qu'il aime, voici une invitation au voyage et à la curiosité à travers son carnet de bord ! Découvrez des tops 7 aussi divers et variés que drôles et décalés :
Connaissez-vous les 7 lieux les plus hantés du monde ?
Sauriez-vous citer 7 objets cultes des années 1990 ?
Saviez-vous qu'il existait une école pour apprendre à embrasser aux États-Unis ?
Ou encore que le Viagra a été inventé par hasard par des chercheurs en quête d'un remède contre l'angine de poitrine ?
Histoire, sciences, technologie, géographie, arts, société...
Faites le tour du monde des infos insolites !

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doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Interview :

Tu es né en Guyane, à Saint-Laurent du Maroni. A ton adolescence, tu as décidé de quitter ce département. Pourquoi ?

A cette époque-là, j’avais l’idée bien ancrée en moi que je voulais devenir réalisateur de films à Hollywood. C’était mon rêve absolu.

Hollywood, carrément !

Ça ne sert à rien d’avoir un rêve s’il n’est pas à fond ! Je me suis dit qu’il fallait connaître le cinéma et apprendre l’anglais. J’ai trouvé un lycée français à Sidney en Australie (j’ai trouvé un article intéressant, voire surprenant, sur la présence de William en Australie). Je suis parti un an en famille d’accueil. J’ai appris l’anglais et ensuite, je suis allé à Paris pour suivre des études de cinéma pendant 5 ans.

Comment en es-tu arrivé à devenir YouTuber ?

En sortant de l’école, j’avais quelques contacts. J’ai réussi à travailler pendant six mois en stage pour la série Versailles sur Canal+. J’étais assistant réalisateur. Ça m’a appris plus qu’en cinq ans d’étude. C’était dur, je bossais du matin au soir très tard pour des clopinettes. C’est pendant cette période que j’ai rencontré Chris, plus connu aujourd’hui sous le nom de Poisson Fécond. C’est un YouTuber qui a lui aussi, aujourd’hui, plus d’un million d’abonnés. Quand nous nous sommes connus, il avait déjà une certaine notoriété sur YouTube. Nous avons vraiment beaucoup sympathisé. Il m’a expliqué qu’il vivait de ses vidéos. J’ai donc fait un deal avec mes parents qui me soutenaient encore financièrement. Ils m’ont permis de tenter l’aventure YouTube durant 6 mois pour constater ou non si je pouvais en vivre. En 3 mois, j’ai pu commencer à en vivre.

C’est hyper rapide, je trouve.doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.

Oui, je n’en revenais pas. A la base, ce n’était pas pour en vivre. Pour être réalisateur tu as trois options : soit tu grimpes les échelons, mais ça peut prendre trente ans, soit tu as des pistons, ce qui n’est pas mon cas, soit tu arrives à apporter un truc en plus. Moi, je me suis dit que si j’arrivais à faire une audience d’un million de personnes en 3 ans sur YouTube, je pouvais aller voir un producteur en lui disant que je lui garantissais 500 000 entrées et, donc, qu’il pouvait produire mon film sans risque. J’envisageais ma participation à YouTube juste pour accumuler une audience, rien de plus. Au final, plus je fais des vidéos sur YouTube, plus je me dis que c’est un média à part entière.

Ta pensée a évolué avec l’expérience.

Ça marche tellement bien que, même si je veux toujours faire des films, concevoir des vidéos est aujourd’hui mon activité principale.

Ça n’a pourtant rien à voir avec des films !

Détrompe-toi. Avant, je voulais faire des films pour raconter des histoires. J’ai toujours été attiré par les documentaires. Que ce soit fictif ou pas, je veux avoir une histoire à dire et à transmettre d’une façon audiovisuelle.

Comment as-tu eu l’idée de décliner un sujet en sept points ?

Poisson Fécond était mon seul repère. Il était dans «  l’éducation divertissante ». Je voulais pouvoir changer de sujet d’une vidéo à l’autre. Il y a des chaines purement scientifiques ou historiques et ça, ça ne m’intéressais pas. Je n’ai pas trouvé mieux qu’un système de top liste pour être éclectique.

Tu as commencé quand ?

Le 21 janvier 2015.

Une des premières vidéos de Doc Seven, le 13 février 2015 (elle totalise 2 804 339 vues).

doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Avant que tu te lances là-dedans les tops existaient déjà je crois.

En Anglais, oui. Je l’ai toujours dit, je me suis pas mal inspiré d’eux, mais j’ai essayé de trouver des sujets très originaux. En France, quatre mois avant moi, il y avait déjà Taupe 10. Nous n’avons été que tous les deux pendants quelques mois et c’est quand Doc Seven a explosé que d’autres ont fait des tops.

Quelle est ta différence par rapport aux autres ?

C’est difficile à expliquer. Techniquement, j’ai essayé d’apporter la plus-value de mes études. Tout ce que je raconte est écrit, il n’y a aucune improvisation. J’essaie de choisir des sujets qui sont rares et intéressants.

Au départ, Doc Seven ne se montrait absolument pas.

Nous sommes peu nombreux de YouTubers à plus d’un million d’abonnés à avoir un pseudo et à peu se montrer.

J’imagine que cela a ses bons et ses mauvais côtés ?

Les bons côtés, c’est que je suis tranquille dans la rue, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de YouTubers… et que je suis sûr que les gens qui viennent voir mes vidéos s’intéressent au contenu et à rien d’autre. Beaucoup sont connus parce qu’ils sont eux-mêmes et les gens les aiment parce qu’ils se présentent tels qu’ils sont.

Et le mauvais côté ?

Si je fais un bouquin, comme c’est le cas justement, je vais faire moins de ventes que si j’étais une star du net identifiable. On n’est pas dans le people, mais dans la connaissance.

La vidéo la plus récente de Doc Seven, le 27 novembre 2016.

Ton écriture a évolué en presque deux ans ?doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.

Clairement. J’en suis même arrivé à écrire mes hésitations. Tout est écrit noir sur blanc. Pas mal de personnes m’ont dit qu’en lisant mon livre, ils entendaient ma voix. Ce n’est pas de l’écriture conventionnelle. J’ai une certaine marque de fabrique et c’est impératif pour être identifiable.

Tu mets plus d’humour aujourd’hui, non ?

Oui. Au début, j’étais parti dans un délire un peu mystérieux. Je parlais des mythologies Grecques, les centaures, des trucs un peu mystiques… en chuchotant. Après, j’ai trouvé ça relou. Ça me bloquait sur plein de sujets. Très vite, j’ai impliqué l’audience. Pour que la personne se sente impliquée dans ma vidéo, j’ai expliqué mon sujet comme si je parlais à un pote. J’ai compris que c’était la règle absolue.

Tu es parfois sarcastique.

Avec ce ton-là, j’arrive à faire passer beaucoup de choses. L’humour permet de tout dire. Et puis, curieusement, plus mon audience grossit, moins je mets de barrière.

Avoir une chaine « éducative » implique une certaine responsabilité, non ?

Je n’ai jamais eu la prétention de faire apprendre des choses, le but est d’éveiller la curiosité. Je suis heureux de prouver que tous les sujets peuvent être intéressants.

Tu trouves facilement tes sujets ?

Oui, c’est très simple. Tout le monde m’en propose tout le temps, principalement dans les commentaires de mes vidéos. Quand j’en vois un qui m’intéresse, je le développe. J’ai quatre pages de sujets…

doc seven,william van de walle,le tour du monde des infos insolites.Une fois le sujet choisi, tu opères comment ?

Je commence toujours par Wikipédia. Ça m’aiguille dans pas mal de directions. Après, je vérifie les informations données. Je crois n’avoir jamais dit quelque chose de faux. J’ai parfois de petites approximations sur des petites conneries, mais rien de grave. Par contre, sur YouTube, il faut savoir que l’on se fait souvent allumer pour pas grand-chose. Il y a même des gens qui sont abonnés à toi parce qu’ils ne t’aiment pas. Ils « dislike » à peine la nouvelle vidéo publiée. Moi, aujourd’hui, je m’en fous, mais il y a plein de jeunes YouTubers qui arrêtent parce qu’ils se font harceler continuellement. Moi, je me protège à mort.

Tu te sens intégré dans le milieu des YouTubers ?

Oui, mais comme dans chaque milieu, il y a des clans. Des groupes qui s’aiment bien, d’autres qui ne s’aiment pas. A terme, mon but n’est pas de rester YouTuber. Tu vois, là j’ai le bouquin, j’ai envie de faire des films, de créer et d’être même entrepreneur s’il le faut.

Avant chacune de tes vidéos, tu mets un jeune YouTuber en avant.

Je me souviens du moment où quand j’avais 300 abonnés, Poisson Fécond a parlé de moi sur Twitter, j’ai pris 700 abonnés directement. 1000 abonnés je trouvais ça fou à l’époque. Quand d’un seul coup, tu sens qu’il y a du monde sur ta chaine, c’est une sensation indescriptible. Pour moi, ça a été plus émouvant que quand j’ai dépassé le million. Certains des YouTubers que j’ai présentés ont pris 150 000 abonnés dans la foulée.

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Pendant l'interview...

Regardes-tu tes stats régulièrement, voire tout le temps, comme tout bon YouTuber ?

Oui et c’est normal. Comme tout bon chef d’entreprise, on regarde les chiffres.

Tous les YouTubers sortent des livres. C’est la mode. Tu n’échappes donc pas à cette règle.

Qui n’a pas envie d’écrire un livre ? Pour moi, c’est un rêve de gosse. En plus, mon format s’adaptait directement en bouquin. Il y a 70 Top 7.

Du coup, tu rencontres ton public dans les séances de dédicaces… c’est plaisant ?

C’est là que l’on se rend compte que derrière les chiffres des stats, il y a de vraies personnes. Quand j’arrive dans une Fnac et qu’il y a une queue de malade, c’est vertigineux. Mais j’ai un public super cool. Il n’y a pas de hurlement, ils sont tranquilles et bien organisés.

Doc Seven parle de son livre.

Dans la vie, tu m’as l’air toujours en retrait. Tu n’aimes pas le star system. Un jour, je t’ai presque obligé à faire des selfies avec des enfants qui sont venus ici.

Je n’aime pas ça. Je ne comprends pas que l’on soit fan pour être fan. Ce n’est pas intéressant. Moi quand je suis fan de quelqu’un, je suis fan de son travail, pas de la personne. Cela dit, quand Cyprien passe à l’agence, je fais un peu mon fan boy… Bon, Cyprien, c’est devenu une icône.

Doc Seven devient presque une marque, j’ai l’impression.

C’est que je tente de faire. Je ne sais pas ce qu’il adviendra de moi dans 5 ans sur YouTube. Le public peut s’essouffler… ou moi d’ailleurs. Il faut donc que je capitalise mon nom…

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Après l'interview, le 8 novembre 2016.

21 novembre 2016

Karine Tuil : Prix Landerneau des lecteurs 2016 pour L'insouciance

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Le jury du Prix Landerneau des lecteurs a décerné sa première récompense de la saison, le mercredi 5 octobre  dernier, à Karine Tuil pour son roman L’Insouciance, paru le 18 août chez Gallimard. Créé en 2008 par Michel-Edouard Leclerc, le prix Landerneau était jusqu'ici décerné par un jury de libraires. Mais, ce nouveau prix Landerneau des lecteurs a fait appel à un jury de 200 lecteurs sélectionnés dans toute la France (présidé par Philippe Claudel, mandorisé ici pour l’occasion), associés aux choix littéraires de 1170 libraires des Espaces culturels de l’enseigne. Le lendemain de la remise du prix, Karine Tuil a répondu à mes questions pour le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de Novembre 2016). Et hop! Du bonus pour ce blog si passionnant.  

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karine tuil,l'insouciance,prix landerneau des lecteurs 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien:

Vous décrivez une société où l'image prédomine, où la communication est reine, où le pouvoir se gagne et se perd en un rien de temps sur le terrain médiatique, où les apparences comptent plus que le mérite. Comment avez-vous enquêté sur tous ces sujets ?

J’ai à la fois lu des documents, des témoignages, vu des films, des documentaires et rencontré des spécialistes du milieu militaire, des soldats, des personnalités du monde économique, mais également des conseillers et des plumes qui ont travaillé avec des présidents de la république. Le monde politique est un monde qui me fascine, j’avais donc envie d’en raconter les coulisses, ce que j’ai fait à travers l’ascension d’un jeune homme politique issu d’une minorité qui devient une valeur montante au lendemain des émeutes de 2005. C’était vraiment dans la continuité du travail que j’avais commencé avec mon précédent roman, L’invention de nos vies.

Vous mettez en scène également le pouvoir de l’attraction sexuelle. La volonté de s’y plier  ou de s’en détacher. Les deux personnages s’interrogent sur l’utilité d’une liaison uniquement portée sur le sexe, même s’il y a de l’amour entre eux.

Je voulais montrer que l’amour et le désir étaient les derniers espaces de la perte de contrôle, les derniers espaces ou les individus devenaient enfin eux-mêmes. On voit Marion et Romain se reconstruire, dans un premier temps par le désir et l’acte sexuel et peu à peu, à travers une véritable histoire d’amour qui se construit malgré le chaos environnant. Les liens affectifs, sentimentaux, permettent à mes personnages de supporter les épreuves auxquelles ils vont être confrontés. 

Peut-on dire que L’insouciance est un roman à clef ? On reconnait des personnalités, mais ce ne sontkarine tuil,l'insouciance,prix landerneau des lecteurs 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor pas vraiment eux…

Les personnages ne sont pas identifiés car j’ai tenu à ce que ce livre reste un roman, mais j’aime beaucoup m’inspirer d’éléments issus de la réalité ou de propos que j’ai entendus. Mêler la fiction et la réalité est extrêmement intéressant du point de vue romanesque ; cela permet d’aborder avec précisions des sujets de société tout en conservant un souffle, une densité, et surtout une liberté que seuls autorisent la fiction.

L’état du monde vous démoralise-t-il ?

Malgré les difficultés, il faut rester combatif. C’est le rôle des écrivains d’être des passeurs, de transmettre leur vision du monde à leurs lecteurs, qu’elle soit optimiste ou pessimiste. Il faut que le livre soit l’espace du questionnement, de la réparation, voire de la consolation.

J’ai lu que ce livre était si précis sur le 21ème siècle qu'il risque d'en devenir un témoignage de référence pour les générations à venir. Je suppose que ce commentaire vous fait plaisir.

Oui, bien sûr.  Quand on écrit, il y a une forme d’inconscience. On écrit sur ses obsessions, mais on ne sait absolument pas où le livre va nous mener, quelle va être la réaction des lecteurs. Il y a un moment où le texte vous échappe. Le livre me permet de circonscrire le territoire de mes propres angoisses, de mes peurs et je suis très touchée quand les gens me disent qu’ils y ont trouvé un écho à leur propre vie, à leurs propres peurs et interrogations.

Skarine tuil,l'insouciance,prix landerneau des lecteurs 2016,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorelon vous, L’insouciance est-il votre plus grand livre ?

Mon dernier livre est toujours le texte qui est le plus important pour moi, celui qui correspond le mieux à mon projet littéraire. Et puis ce livre est très particulier pour moi parce qu’il aborde des questions qui touchent à la condition humaine.

Avec tout ce qu’il se passe autour de L’insouciance, êtes-vous une auteure heureuse ?

Je suis très heureuse de l’accueil que mon livre a reçu, en effet, mais il faut savoir aussi que le doute fait partie inhérente du travail d’écriture. On crée avec pour seul matériau, le mot. Il y a une vulnérabilité constitutive de l’écrivain qui fait qu’il n’est jamais totalement léger et insouciant. L’écrivain Orhan Pamuk dit d’ailleurs qu’il écrit pour être heureux. En tout cas, être lauréate du prix Landerneau est une très grande chance et je remercie tous ceux qui ont lu et aimé mon livre.

04 novembre 2016

Le mook Hexagone : interview de David Desreumaux, Garance et Valentin Vander

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Je le fais rarement, voire jamais. Parler d’un magazine qui sort. Mais là, je ne pouvais passer sous silence cette arrivée fracassante dans le monde des magazines consacrés à la chanson (si peu nombreux). Depuis la mort de Chorus, on attendait une revue trimestrielle similaire, sorte de bible de la chanson d’aujourd’hui. Heureusement, il y a aussi FrancoFans, le bimestriel indé de la scène francophone, (dont je suis absolument fan et qui défend à merveille ce même petit monde). Mais c’est tout. FrancoFans était seul, voici un grand frère différent, mais complémentaire.

David Desreumaux, le boss d’Hexagone (puisqu’il s’agit de ce magazine), Garance (déjà mandorisée ici en 2012) et Valentin Vander, deux des artistes qu’il a mis en avant dans le numéro 1, sont venus me voir le 3 octobre dernier à l'agence pour parler de ce « mook » et de... chansons françaises.

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone (expliqué par Hexagone) :

Au départ, Hexagone est un site internet dédié à la chanson. Il voit le jour sur la toile le 14 avril 2014.

Hexagone s'intéresse à la chanson. A toute la chanson et plus précisément à celle qui est peu présente dans les grands médias nationaux. Ce site rencontre rapidement le succès auprès de son lectorat comme auprès des artistes. Fort de sa première année pleine et réussie, Hexagone, toujours dans sa logique de main tendue à la scène chanson, crée en avril 2015 une salle de concert privée. Un concert par mois, pour une petite jauge de 40 personnes assises. A nouveau, succès immédiat.

Pour son second anniversaire, en 2016, Hexagone décide de lancer une revue sur papier ! Dans un secteur économique en berne, l'idée a de quoi surprendre. Et elle surprend. Mais elle séduit également la frange de passionnés amoureux des mots couchés sur papier. Elle séduit les amoureux du livre et du Beau dans la mesure où Hexagone donne de l'ambition à son projet. 

En effet, quitte à créer une revue sur papier, autant faire en sorte que cette revue soit belle ! Deux cents pages imprimées sur un beau et gros papier autour d'une maquette sobre et élégante. Deux cents pages d'articles de fond où la photo originale et inédite est omniprésente. 

Autant préciser qu’Hexagone ressemble davantage à un livre qu’à un magazine classique. On appelle ça un « mook » dans le jargon. Quelque chose entre le livre et le magazine. Il parle de la scène chanson dans toute sa diversité, questionne le métier et l’analyse, aborde ses tendances, ses dérives, son avenir. Avec un ton. Faussement désinvolte. Vraiment concerné mais avec le sourire.

Pour s'abonner à Hexagone (un tour ici!) et (dernière minute!) pour recevoir le n°0 (collector de chez collector), cliquez là!

Les forces en présence :

David Desreumaux : Fondateur et rédacteur en chef du mook Hexagone et du webzine hexagone.me consacrés à la chanson.

Garance : Chanteuse fort talentueuse, très récompensée par divers tremplins, et qui pose avec Anne Sylvestre sur la couverture du n°1 d’Hexagone.

Valentin Vander : Chanteur ironique et tendre, qui part souvent en goguette, et qui s’est vu attribué un long portrait de 6 pages dans le n°1 d’Hexagone.

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hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorInterview :         

David, ce magazine est tout simplement la continuité de ton travail autour de la chanson française commencé il y a longtemps. 

David : Je suis parti de mon site consacré à la chanson lancé en 2014. Hexagone m’a permis de conjuguer mes différentes passions : le journalisme, l’écriture, la chanson et la photo.

C’est d’ailleurs un retour à tes premiers amours puisque tu avais créé en 2000 un des sites pionniers autour de la chanson, du rock et de la culture alternative, L’art-scène.

Oui, mais cette activité s’est interrompue au bout d’un moment par la force des choses. Pour faire des enfants et fabriquer une maison, par exemple. A un moment, tu te fais toujours rattraper par ton virus/ta passion. Je souhaitais reprendre une parole dans le secteur de la chanson, car cela me manquait terriblement.

C’était un manque personnel, mais aussi un manque tout court d’organe de presse spécialisé dans la chanson française, non ?

David : Il faut bien reconnaître qu’il y a peu de médias qui relatent l’activité chanson. A Hexagone, ce qui nous intéresse, ce n’est pas la chanson qui est sous les feux de la rampe, mais l’autre, « la chanson d’art et d’essai », comme l’a dit Jean-Claude Barens. Aujourd’hui, nous sommes peu de combattants à parler des artistes qui font partie de cette branche-là. Sur le net  il y a Nos Enchanteurs, Chanter, c’est lancer des balles et toi avec Mandor… nous ne sommes pas nombreux. Sur papier, il y a FrancoFans, Vinyl et point barre. Donc, je me suis dis : "merde, il faut s’y coller !" J’ai décidé de faire cette revue, avec ma couleur assez singulière et ma patte qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Je traite cette actualité spécifique avec une fausse désinvolture et de l’humour. Je veux vraiment déringardiser la chanson. La chanson est mal vue, passe pour être ringarde, mais c’est tellement l’inverse que j’ai pour ambition de le prouver.

Valentin : C’est vrai que la présentation du mook donne un aspect très moderne au contenu traité. C’est valorisant pour nous, jeunes artistes qui nous adonnons à la chanson.

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Garance (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorJe m’adresse à vous deux, Garance et Valentin. Vous trouvez qu’il n’y a pas assez de médias qui parlent de vous ?

Garance : Clairement. Même France Inter a arrêté de défendre la chanson comme cette radio publique le faisait avant. Ils ont enlevé toutes les émissions consacrées à elle. Nous n’avons plus aucune passerelle pour venir présenter notre travail. Et au niveau papier, il n’y effectivement plus que FrancoFans et aujourd’hui Hexagone qui propose autre chose. Je trouve que les articles de ce magazine sont longs, denses et fournis comme rarement. J’ai l’impression d’apprendre des choses sur les artistes. Moi, je lis ce « mook » comme un livre. Je ne parle même pas des photos qui sont magnifiques. Ca fait une semaine qu’il est posé chez moi sur une table basse, tous les potes qui passent sont impressionnés par la beauté de ce magazine.

En plus, toi tu es sur la couverture du n°1 avec Anne Sylvestre (mandorisée là). Mais la classe, quoi !

Garance : Tu m’étonnes. Je n’avais pas vu le résultat de la séance photos avec Anne Sylvestre avant de découvrir la couverture à la cérémonie de lancement au Forum Léo Ferré. Quand je l’ai vu, j’ai été immensément émue. Déjà, je me demandais quelle était ma légitimité à être en couverture du numéro 1, mais en plus avec Anne Sylvestre… le rêve absolu. Je suis tellement admirative de cette grande dame de la chanson !

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Autoportrait de David Desreumaux.

(Ironique.) Je suis censé être un spécialiste de la chanson française et, pourtant, quand je lis hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone, j’ai l’impression de ne connaître pas grand monde. Toi Valentin, par exemple, je ne te connaissais pas et tu as le droit à 6 pages. Mazette !

Valentin : Comme tu dis. Ca me parait complètement impossible que l’on parle de moi dans un journal comme celui-ci, sur 6 pages en plus. Je suis plus habitué à avoir des entrefilets dans des bulletins associatifs ou des journaux locaux. Quand David et Flavie (note de Mandor : la femme de David, sans qui pas grand-chose ne serait possible) m’ont invité pour faire cette interview, j’étais surpris et très ému de constater que l’on pouvait s’intéresser à mon travail et le comprendre si justement. Je n’avais jamais connu ça.

David, c’est ça qui est intéressant. Tu mets en avant des artistes comme Melissmell, Emilie Marsh, Agnès Bihl, Klo Pelgag aussi bien que des artistes moins réputés tel que Chouf, Jack Simard, Govrache et Valentin…

David : C’est un choix éditorial. Il y a plusieurs critères. Un des premiers est d’essayer de couvrir le plus largement possible les différents aspects de la chanson. Nous essayons de ne laisser personne sur le carreau dans le genre qu’il représente. Il faut aussi que nous jouions sur les aspects de notoriété. Pour susciter un intérêt, on a besoin de parler d’artistes qui ont un peu ou beaucoup de notoriété, comme Anne Sylvestre. Cela permet de déclencher l’envie du lecteur. Je rappelle que l’objet de l’association qui est déposée en préfecture, c’est de favoriser la découverte des artistes émergents. C’est ce que nous faisons. Les artistes présents dans Hexagone ont tous une légitimité à y figurer… par leur talent et leur œuvre.

Nous sommes dans une société qui réclame de la chanson française et j’ai l’impression que personne ne l’écoute…

David : Je pense qu’il y a des responsabilités à trouver chez chacun : les médias, les artistes, les programmateurs, le public…

Tu reproches quoi aux artistes ?

David : Rien. Chacun doit rester comme il veut, comme il le sent. Mais si je dois te donner une réponse je dirais que, globalement, il y a une image pas très « sexy » qui est véhiculée autour de la chanson. Peut-être à tort, mais c’est l’image qu’elle a.

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Valentin Vander (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorNe faut-il pas aussi susciter de la curiosité chez le spectateur en dépoussiérant son répertoire ?

David : Si, bien sûr. Mais, sur l’échelle des responsabilités, je mettrais les médias en premier. Ce sont eux qui ont le pouvoir d’exposer les artistes. Les médias « grand public » ne font pas grand chose pour la chanson.

Garance : Clémence Mèche dans l’article avec Anne Sylvestre dit à un moment : « Si Anne n’est pas connue du grand public, c’est peut-être parce que le grand public n’est pas au bon endroit. » Quand je vais dans des petits villages, dans de petits lieux, je me rends compte que les gens sont contents d’entendre des chansons comme les nôtres.  Ils nous le disent. Ils aiment cette chanson que nous défendons, mais ne savent pas qu’elle existe car elle est peu ou pas médiatisée. Quand je dis à des personnes que je rencontre le métier que je fais, souvent, ils me demandent si j’en vis. Comme ce que je fais n’est pas exposé, pour eux, ça n’existe pas.

Valentin : Avant, il y avait des structures de salles, de lieux et de réseaux qui accueillaient des artistes comme nous, ce qui permettait d’agrandir leur public beaucoup plus facilement qu’aujourd’hui.

David : Ça passait aussi par le biais de producteurs, de directeurs artistiques qui faisaient un vrai travail de découverte. Il y avait différents intervenants à différents stades de la création. Les grands d’hier étaient suivis par des gens comme Jacques Canetti. Aujourd’hui, les artistes se retrouvent seuls et ne savent pas toujours comment procéder pour se faire connaître.

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De gauche à droite : Valentin Vander, Garance et David Desreumaux.

David, tu vas aimer cette question. Qu’aimes-tu chez Garance et chez Valentin ?

David : Leur regard sur la chanson et leur façon de l’aborder. Ils ont su déclencher l’étincelle pour que je m’intéresse à eux.  Ce qui m’intéresse dans la chanson, c’est la façon dont on la regarde et on la considère. Selon le cantologue, Stéphane Hirschi, « la chanson, c’est l’art de fixer le temps. » La chanson doit signifier quelque chose et s’inscrire dans notre histoire commune. Les chansons de Garance et de Valentin me procurent de réelles émotions.

Garance et Valentin, faire votre métier, c’est un combat ?

Valentin : C’est dur, mais je ne le perçois pas du tout ainsi. Je suis hyper content de ce que je fais et de ce que j’arrive à faire. Je m’en sors parce que j’ai plein de projets différents, du coup, tout ça accumulé, je peux en vivre.

Tu mets le doigt sur quelque chose d’important. Pour s’en sortir, il faut avoir plusieurs projets.

Valentin : C’est comme ça que je m’en sors et que je suis libre.

Garance : Moi aussi, je fais des spectacles pour enfants à côté. Ce métier, je ne le vois pas non plus comme un combat, j’ai peur de faire un peu trop militant. Evidemment que c’est dur. Le statut d’intermittent, tu ne l’as pas la première année. Tu as de bonnes années de galères avant. Le combat, c’est plus de se motiver tous les jours. Je me dis souvent : « Je suis toute seule. Si je m’arrête, personne ne va venir me chercher. » C’est toujours à moi de nourrir le feu. Les artistes comme nous avancent au jour le jour en déposant des pierres.

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(Pendant l'interview...)

David, parlons de la viabilité de ton mook. On se souvient de l’expérience de la revue de Didier Varrod, Serge, qui n’a pas duré longtemps…

David : La question est au centre du problème. Le financement est le nerf de la guerre. Aujourd’hui, nous n’avons quasiment pas de visibilité. On est sur du court terme. On sait juste que la sortie papier du numéro 2 est assurée. Au-delà, on ne sait pas.

Tu m’impressionnes réellement, car tu portes plusieurs casquettes. Lesquelles précisément ?

David : Celle de journaliste, celle du type qui vient faire sa promo (rires), celle de photographe, celle de chercheur d’abonnés et d’annonceurs. S’il n’y pas de pépettes qui rentrent, il n’y pas de revue qui sort.

Tu remercieras Flavie, ta femme, pour la maquette de cette revue !

David : Tous les deux, on essaie de faire le plus de choses possible nous-mêmes. Notre économie fragile ne nous permet pas d’embaucher quiconque. On est tous bénévoles. Il y a juste l’impression et les envois qui sont à payer pour le moment.

David, dis-moi franchement, tires-tu une certaine fierté à sortir ce mook, à avoir ta petite réputation dans le milieu ?

David : Oui, j’en tire une fierté, sans que cela soit de l’orgueil. Ce serait de la fausse modestie que de dire que je m’en fous. Je suis content que notre travail soit salué. Ça veut dire que nous ne nous sommes pas trop trompés. Encore une fois, nous sommes lucides. Nous savons que ce projet audacieux peut ne pas durer, ça nous rend humble. Ce qui est certain, c’est que la chanson que nous défendons mérite que l’on tente cette aventure. Je suis fier d’en être l’instigateur, mais derrière, je suis dans un collectif. Je pense aux journalistes qui collaborent au mook, aux artistes dont nous parlons, puis, plus globalement, le monde de la chanson. Je souhaite encore longtemps fédérer un maximum de personnes, de toutes sensibilités de la chanson.

Quand sort le prochain Hexagone ?

Le 20 décembre. Nous travaillons dessus déjà depuis quelques semaines.

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Le 3 octobre 2016, après l'interview.

15 octobre 2016

Fabrice Pichon : interview pour plusdeprobleme.com

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Depuis quelques mois, je voyais le nom et le visage de Fabrice Pichon très souvent sur mon mur Facebook. Nous avons des amis communs (bizarrement, tous auteurs de polars). Je n’en entendais que du bien, humainement et littérairement aussi. Au bout d’un moment, la curiosité finit par l’emporter. J’ai fait en sorte de recevoir plusdeprobleme.com. J’ai lu et j’ai été convaincu. Comment diable suis-je passé à côté de cet écrivain de polar ? Avant celui-ci, j’en ai laissé quatre me passer sous le nez.

plusdeprobleme.com flirte entre le roman policier, le roman social et le thriller. Vous ouvrez ce livre, il est extrêmement difficile de le refermer. Un véritable page turner.

Pour le recevoir, il a fallu qu’un Dijon-Paris se présente. Le 26 septembre dernier, nous nous sommes donc donné rendez-vous dans un bar à proximité de l’agence. Une première mandorisation qui ne sera sans doute fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorpas la dernière.

4e de couverture :

C’est la curieuse histoire d’un cadre criblé de dettes, harcelé par ses créanciers, humilié par le juge du surendettement, méprisé par sa famille mais chéri par sa maîtresse, qui se décide à se lancer dans l’élimination de ses semblables…

C’est aussi la drôle d’enquête d’un commissaire qui, traquant un immonde pourvoyeur de chair fraîche, croise la route d’un insaisissable tueur à gages… C’est donc, mais pas que, l’histoire de Sylvie, Marc, Marie et… Walter.

plusdeprobleme.com est un roman haletant, diablement bien construit et bigrement original. Les héros ? Le narrateur (un sacré schizo, grand amateur de whisky), le commissaire (une jeune femme, branchée demoiselle) et une ribambelle de seconds couteaux qui mènent l’enquête à un train d’enfer…

L’auteur :

Fabrice Pichon est né à Besançon.

C’est après de brèves études de droit qu’il se lance dans l’écriture, se souvenant des encouragements de l’un de ses professeurs de français. En 2000 il remporte un concours littéraire et voit son premier roman publié sous forme de feuilleton, six mois durant, dans Le Bien Public. Ce grand amateur de polars vit à Dijon. plusdeprobleme.com est son cinquième roman.

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fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorInterview :

C’est vraiment une prof qui t’a encouragé à écrire en 5?

En cours de français, je finissais toujours en premier, alors je lisais. Un jour, j’avais le livre de la collection Les Anti Gang de Georges Pierquin sous la table. La prof me voit le lire discrètement. Je pense immédiatement que je vais passer un sale quart d’heure. En fait, elle me fait un grand sourire en me disant qu’elle connait bien ce livre-là. Elle me montre la dédicace du livre. Je découvre avec stupeur qu’elle lui est adressée. Pierquin est un copain à elle. Du coup, elle m’a conseillé d’essayer d’écrire. C’était il y a 35 ans et elle s’appelait madame Richard.

Tu as donc écrit des premiers textes ?

C’était des petits romans de SF. J’étais survitaminé aux BD, aux DC Comics, Pif, le Journal de Mickey, Batman, Strange… alors il y avait des influences de tout ça.

Mais tu étais aussi un grand consommateur de livres.

Je passais mon temps à ça. On a découvert ma myopie à 12 ans. Mon père ne comprenait pas qu’en voiture je bouquine au lieu de regarder le paysage. Je ne voyais pas de loin. Ça tient à peu de choses l’intérêt pour la lecture (rires).

Quand t’es-tu dis que tu allais écrire sérieusement ?

En 1996, j’ai écrit un roman dont j’étais persuadé que c’était un chef d’œuvre. Je l’ai envoyé à de grosses maisons d’édition, j’ai rapidement compris que tel n’était pas le cas. En 2000, j’ai remporté un concours régional pour le journal Le Bien Public. J’ai écrit un feuilleton qui parlait d’une chasse au trésor en Bourgogne. Ça m’a un peu redonné envie de continuer…

Mais ?

Mais j’ai eu soudain d’autres priorités personnelles et professionnelles. En 2010, j’ai changé de territoire professionnel. Dans mon nouveau boulot, j’ai fait la connaissance d’une collègue. Quand je l’ai vu, je me suis dit que j’allais me servir d’elle pour créer mon personnage féminin, le commissaire Nicole Desvignes. C’est à ce moment que j’ai pu écrire mon premier roman, Vengeance sans visage, qui est sorti en 2012.

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Après en 2013, il y a eu Le complexe du prisme, en 2014, Le mémorial des anges et en 2016, Le sang du  fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorpassé.

Le sang du passé est le texte retravaillé du concours que j’avais gagné en 2000.

Tes enquêtes sont toujours menées pas des flics femmes, pourquoi ?

Les mecs ne m’inspirent pas. Il y a tellement de stéréotypes de flics hommes dans ce genre de littérature que je ne saurais quoi apporter de neuf. Marianne Bracq, que j’ai fait vivre deux fois dans mes romans, je me demande si je n’en suis pas frappadingue. Je n’en ai pas fait un fantasme, mais une femme crédible. La représentation d’une femme moderne.

Plusdeprobleme.com n’est pas qu’un roman policier.

Il s’attaque à un problème de société, le surendettement. Ce souci a touché mon héros Marc. C’est un type lambda, cadre moyen dans une boite, monsieur tout le monde en quelque sorte, mais qui est pris à la gorge financièrement. Il vit une véritable descente aux enfers et ne sait pas quoi faire. Petit à petit, il va essayer de trouver un moyen pour s’en sortir. Il finira par devenir schizophrène. Son autre lui, Walter, est celui qui est fort, qui peut aller jusqu’au bout, qui peut même aller très loin.

Ce qui intéressant, c’est que l’on peut faire le parallèle avec la vraie vie. C’est facile de tomber dans le côté obscur de soi-même, de basculer du mauvais côté de la loi et de la morale.

Poussé à bout, n’importe qui peut, à un moment donné, péter les plombs.

Est-ce que parfois, tes personnages te dépassent ?

Oui. Avant d’écrire ce livre-là, j’avais le sujet, le héros du livre était clairement déterminé, j’avais une vague idée des autres personnages. Je suis nul pour faire un plan, je pars donc sur une idée et les choses se mettent en place au fur et à mesure de l’écriture. Après, il y a un grand travail de réécriture afin d’avoir quelque chose de cohérent au final. L’imagination me fait partir dans des terrains inconnus. C’est génial de voir les choses prendre corps presque malgré soi.

Personne n’est manichéen dans ton roman.

Dans aucun de mes romans tu ne trouveras un personnage tout blanc ou tout noir. Personne ne l’est dans la vie. On a tous nos côtés sombres, qu’on ne montre pas forcément. Je te rappel que j’ai été influencé par les Comics. Regarde Batman, il a deux personnalités qui s’opposent…

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Fabrice Pichon cette année au premier salon du livre de Nemours avec Jacques Saussey, Franck Thilliez, Olivier Norek, Claire Favan, Armelle Carbonel et Sandra Martineau.

Ce livre est celui dont tu es le plus fier ?

Oui, sans conteste. Parce que j’ai enquêté à fond. Je suis allé voir comment cela se passait au tribunal d’instance, je me suis mis dans la tête de mon personnage principal, je me suis donné à fond. Ma femme me trouvait fourbu comme jamais je ne l’avais été après chaque longue séance d’écriture. En plus, c’était la première fois que j’employais la première personne et ça, ça implique l’auteur d’une manière incroyable.

Je crois que tu écris au minimum deux heures par jour.

Selon les périodes, mais le plus souvent, en effet. Je peux même écrire deux livres en même temps jusqu’aux dix premiers chapitres, après, il y en a un qui prédomine. Quand je suis en panne sur l’un, je relis ce que j’ai écrit pour l’autre et le mécanisme se remet en place. C’est curieux.

fabriche pichon,plusdeprobleme.com,interview,mandorTu sors le 27 janvier prochain un nouveau livre, Retours amers, avec une préface de Danielle Thiery.

J’adore ses bouquins et je regardais ses séries pour la télé. De salon en salon s’est créé entre nous une espèce de connivence. Je lui ai demandé de lire Retours amers avant tout le monde afin que l’on puisse faire un bandeau. Elle a accepté de le lire, elle m’a donné des conseils et au final, plutôt qu’un bandeau, elle m’a proposé d’écrire la préface parce qu’elle a trouvé ce livre « super bon ». J’ai été touché et je suis fort honoré.

Tu fais beaucoup de salons du polar. Tu te situes où dans ce milieu ?

Je me situe à ma place. Je fais mon petit bonhomme de chemin tranquillement. Ce que je peux dire, c’est qu’à force de faire des salons, on se crée des affinités. Il y a même des auteurs que je lisais avec assiduité qui sont devenus des amis. Jean-Hugues Oppel par exemple. Romain Slocombe aussi (dans la première sélection du Prix Goncourt 2016). C’est un régal de rencontrer des gens que l’on admire dans un contexte où nous sommes à peu près d’égal à égal.

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Le 26 septembre 2016, après l'interview.