08 décembre 2011

Salon du Livre d'Ozoir-la-Ferrière 2011: bilan et photos

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C'est la troisième fois que j'anime le salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. (Voir là en 2009 et ici en 2010). Toujours aussi fatigant, mais toujours aussi exaltant, dis-je chaque année. Plus de 40 interviews, un quizz littéraire et 1 table ronde (interview approfondie et participative). Cette année avait ceci de particulier que, pour la première fois, j’ai emmené ma femme avec moi. J’ai tendance à compartimenter mes vies (le boulot et la vie privée), alors ce fait est suffisamment rare pour que je le signale au passage. Pour la première fois, ils se sont scindés... pour la bonne cause. L’organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier, nous a permis (grand merci à lui !) de faire connaître l’association Les P’tits Courageux (dont je suis le responsable communication) lors de cette journée littéraire. Ma femme, Hilda, a donc tenu le stand. Merci à elle (qui en a profité pour comprendre ce que fait son animateur de mari dans ce genre de contexte).

(Pour mémoire, J’explique ici pourquoi notre couple est concerné par cette association).

Comme chaque année, voici un port-folio de cette manifestation.

Pour commencer, l'invitée d'honneur du salon, le Prix Goncourt des Lycens 2011 (et finaliste du Prix Goncourt 2011), Carole Martinez.

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(photo: Philippe Schroeder) 

Rencontre de Carole Martinez avec ses lecteurs...

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(photo: Philippe Schroeder)

Du monde sur le stand de Giulia Salvatori, la fille d'Annie Girardot venue présenter son livre sur sa mère, vendu au profit d'une association qui lutte contre la maladie d'Alzheimer.

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(photo: Philippe Schroeder)

Véronique Genest, membre du jury "Ozoir'Elles" (dont j'ai consacré une note récente ici) et fidèle du salon, est passée rendre une petite visite à Giulia Salvatori. (Devant Nathy Vivien).

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(photo: Philippe Schroeder)

Le stand des P'tits Courageux!

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Hilda Alquier Capkan explique à Giulia Salvatori ce qu'est l'association Les P'tits Courageux.Toute l'association tient à remercier Giulia qui s'est empressée de faire un chèque "conséquent".

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Quand deux âmes généreuses posent ensemble... sous l'oeil mélancolique d'une troisième.

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Elisabeth Robert Mozzanini derrière son stand des éditions Volpilière (sa maison à elle).

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(photo: Philippe Schroeder)

Une caméra nous surprend lors de l'interview...

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(photo: Philippe Schroeder)

Elisabeth n'est pas loin d'être ma meilleure amie... soit dit en passant.

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Du monde...

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(photo: Philippe Schroeder)

Isabelle Minière.

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(photo: Philippe Schroeder)

Interview de la délicieuse Isabelle Bary pour La Prophétie du Jaguar.

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(photo: Philippe Schroeder)

Gaëlle Pingault (à gauche) présente toute son oeuvre... deux magnifiques recueils de nouvelles.

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(photo: Philippe Schroeder)

Interview de Gaëlle Pingault pour Ce qui nous lie.

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(photo: Philippe Schroeder)

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Eric Fouassier, pointe le doigt sur un extrait d'un article élogieux que Mandor avait écrit pour son roman Le Traducteur (je ne fournis pas la loupe).

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Trois membres du Prix Ozoir'Elles. De gauche à droite, Simonetta Greggio (présidente), Macha Meryl et Véronique Genest.

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(photo: Philippe Schroeder)

Les mêmes avec en plus, à gauche Luc-Michel Fouassier, organisateur du salon et écrivain et Astrid Eliard (membre du jury du Prix Ozoir'Elles) et à droite Michel Lambert, le lauréat 2011  pour Dieu s'amuse et Jean-François Oneto, maire d'Ozoir-La-Ferrière.

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(photo: Philippe Schroeder)

Interview de Véronique Genest...

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(photo: Philippe Schroeder)

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Hilda Alquier Capkan expliquant l'association Les P'tits Courageux au maire de la ville, Jean-François Oneto.

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Interview de Simonetta Greggio.

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Interview de Gisèle Meunier.

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(photo: Philippe Schroeder)

La table ronde de la journée avec le caustique et drôle Franz Bartelt, Prix Goncourt de la nouvelle en 2006 et président du jury du concours de nouvelles 2011 d'Ozoir-la-Ferrière.

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Ma femme Hilda, Elisabeth Robert Mozzanini et son mari Franck.

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25 novembre 2011

25 auteurs pour les P'tits Courageux !

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Sous la houlette de l’écrivain Hervé Croenne, 25 auteurs vous donnent rendez-vous demain, samedi 26 novembre, de 14h00 à 20h00 à la librairie ORPHIE pour l’association dont je fais partie, Les P'tits courageux. (J’ai expliqué ici mon lien avec cette association).

Une partie des recettes sera reversée à l'association.

pic3.jpgLe parrain des P’tits Courageux, l’humoriste/comédien/chroniqueur (et mon pote de longue date), Jérôme Commandeur sera là vers 16h pour participer à cette manifestation.

Ca se passe à la Librairie ORPHIE, située 5 rue Victor Cousin dans le 5e arrondissement de Paris.

C’est la deuxième fois qu’Hervé Croenne organise une journée de cette nature. Je le remercie vivement, au nom de l’association.

Et surtout, c’est le principal, venez nombreux (et achetez des livres)!

19 novembre 2011

Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, c'est aujourd'hui

Aujourd'hui samedi, j'anime le salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière (pour la troisième fois consécutive).

salon du livre d'ozoir-la-ferrière 2011,les ptits courageuxMa femme y tiendra un stand pour présenter l'association Les P'tis Courageux. Je n'en parle jamais sur ce blog, mais nous avons une fille de 6 ans atteinte par la maladie de Crouzon. Il n'est pas question de faire pleurer dans les chaumières, elle a la forme la moins importante de cette maladie génétique, mais bon... (rien qu'à ce stade, elle a eu 3 opérations l'année dernière, vous vous imaginez les cas plus importants...).

Du coup, évidemment, parce que personnellement concerné, j'ai décidé de m'impliquer en devenant le responsable de la communication.

Au passage, j'en profite pour vous parler des objectifs des P´tits Courageux  :

  • salon du livre d'ozoir-la-ferrière 2011,les ptits courageuxInformation : faire mieux connaître les maladies cranio-faciales syndromiques (Syndromes de Crouzon, Apert, Pfeiffer,...) afin que les enfants soient diagnostiqués le plus tôt possible et leur traitement médical mis en route.
     
  • Soutien : aider les familles à mieux vivre l´hospitalisation de leurs enfants en assurant financièrement certaines prestations : pansements de tête, forfaits nuitées et déplacements pour les parents, déplacements des frères et soeurs.
     
  • Discussion : entourer les familles touchées (forum de discussion, mail, téléphone, ...) par ces maladies trop peu connues et qui touchent un enfant sur 50 000 pour le syndrome de Crouzon, un enfant sur 100 000 pour les syndromes d´Apert et de Pfeiffer.

Merci, vraiment un grand merci à Luc-Michel Fouassier, le responsable de ce salon, de nous permettre cette nouvelle visibilité.

Voici l'affiche et le programme...

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23 octobre 2011

Prix Ozoir'Elles 2011

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Michel Lambert avec Dieu s'amuse, paru aux éditions Pierre-Guillaume de Roux a reçu jeudi le Prix Ozoir’Elles 2011.Ce prix récompense un recueil de nouvelles parmi 4 ouvrages publiés par une maison d’édition de renom.

Ceux qui me suivent ici le savent, je suis l’animateur du Salon du Livre d’Ozoir-la-Ferrière depuis trois ans (prochaine édition, le samedi 19 novembre de 10h à 19h), c’est la raison pour laquelle je me suis rendu aux délibérations de ce Prix.

Au Café des Éditeurs, carrefour de l’Odéon à Paris.

(Comme l’année dernière à la même époque, et l’année précédente…)

L’artisan de ce prix est Luc-Michel Fouassier, conseiller municipal chargé de l’événementiel littéraire et lui-même nouvelliste et romancier (par la même occasion, très bon ami de Mandor), et sous l’impulsion de Jean-François Oneto, Maire d’Ozoir-la-Ferrière.

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Le jury était composé de : Simonetta Greggio (présidente), Victoria Bedos, Astrid Eliard, Véronique Genest, Macha Méril et Colombe Schneck. Certaines Ozoiriennes ont, elles aussi, participé en votant. Voir la photo ci-dessus (en présence du maire de la ville).

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Ci-dessus, Simonetta Greggio interviewée juste avant la délibération.

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Luc-Michel Fouassier (Charlie) et ses trois drôles de dames. De gauche à droite: Colombe Schneck, Macha Méril et Victoria Bedos.

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De gauche à droite, Simonetta Greggio, Macha Méril, Victoria Bedos et Astrid Eliard.

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En haut et en bas: il faut des forces pour délibérer...

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Merci à Simonetta Greggio d'avoir choisi le bon objectif! :-)

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Ci-dessous: photo de "famille" avant l'annonce du lauréat du prix. En haut, de gauche à droite, Jean-François Oneto, maire d'Ozoir-la-Ferrière, Colombe Schneck, Simonetta Greggio (Présidente), Mandor. En bas: Macha Méril, Victoria Bedos et Astrid Eliard. Manquait Véronique Genest (retenue sur un tournage).

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Enfin, photo finale, le lauréat 2011 du Prix Ozoir'Elles: Michel Lambert avec Dieu s'amuse, paru aux éditions Pierre-Guillaume de Roux (et la boucle de cette chronique est bouclée).

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Important: Au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, le samedi 19 novembre prochain, il y aura un espace réservé aux "P'tis Courageux" (étant papa d'une petite fille atteinte de la maladie de Crouzon, j'en suis devenu naturellement le responsable communication) pour faire connaître l’association et éventuellement permettre d'adhérer, à ceux qui le souhaitent. Merci à l’organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier, d’ouvrir ses portes à l’association. C’est plus important pour nous qu’il peut l’imaginer.

20 octobre 2011

Salon: "A la rencontre des auteurs" à Avon

salon du livre,avon,à la rencontre des auteursOK, dimanche dernier, j’ai fait des infidélités à mes deux salons préférés (entendez que j’anime depuis plus de trois ans), ceux d’Ozoir-la-Ferrière et de Provins !

J’ai été contacté pour animer le Salon du livre d’Avon, intitulé fort judicieusement, « À la rencontre des auteurs ». Je ne sais pas résister. Si on me demande d’aller dans un endroit pour rencontrer/interviewer une pléiade d’auteurs, je rapplique. (Je veux dire, si on me demande poliment et si on veut bien rétribuer mon immense talent d’intervieweur professionnel. Aheum…).

En tout, une cinquantaine d’auteurs de Seine-et-Marne et des environs ont échangé avec le public, dédicacé leurs ouvrages et à une dizaine d’exceptions près, sont passés par mon micro.

Voici quelques clichés…

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Ici, Jean-Pierre Le Poulain, le maire de la ville et 1er vice-président de la Communauté de Communes du Pays de Fontainebleau.

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09 octobre 2011

Kaoutar Harchi: interview pour "L'ampleur du saccage"

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Kaoutar Harchi sort un second livre-choc et poignant. J’avais beaucoup apprécié son premier, Zone cinglée, j’avais donc hâte de découvrir L’ampleur du saccage. Il se pourrait bien que cette jeune auteure (24 ans) soit en train de construire une œuvre. Une œuvre à vous couper le souffle. Le 20 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Café Livres, son QG.

kaoutar harchi, l'ampleur du saccage, interview, mandor4e de couverture :

Héritiers maudits d'un effrayant geste collectif attisé par une féroce répression sexuelle qui, trente ans plus tôt, a profané le corps d'une femme et marqué leurs destins respectifs du sceau de la désespérance, quatre hommes liés par la fatalité du sacrilège traversent la Méditerranée pour connaître, sous le ciel algérien, l'ultime épisode de leur inconsolable désastre. Sur un motif de tragédie antique, de crimes réitérés et d'impossible expiation, Kaoutar Harchi retrace, de la nuit d'une prison française à la quête des origines sous les cieux de l'Algérie, la fable funeste d'une humanité condamnée à s'entredéchirer dès lors que ceux qui la composent, interdits de parole ou ligotés par le refoulement de leur mémoire, sont rendus incapables d'exorciser les démons qui gouvernent leur chair animale.

L’auteur :

Née à Strasbourg en 1987, de parents Marocains, Kaoutar Harchi, titulaire d'une licence de lettres modernes, d'un master de socio-anthropologie et d'un master de socio-critique est, depuis 2010, doctorante-monitrice à la Sorbonne, où elle assure des enseignements en littérature et sociologie. Elle vit aujourd'hui dans la région parisienne.
Elle est l'auteure des deux romans : Zone cinglée (Sarbacane; 2009) et L'Ampleur du saccage (Actes Sud ; 2011).

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandorInterview:

J’ai lu ton précédent roman Zone Cinglée et je trouve qu’il y a beaucoup de points communs avec L’ampleur du saccage. D’abord, le narrateur est encore un homme.

J’ai beaucoup de mal à me défaire de ce procédé. Pour mon premier roman, je ne me suis pas posée de question. C’était une option, je l’ai choisi. Pour le deuxième roman, effectivement, je réitère l’expérience d’un « je » masculin. Mais, aujourd’hui, je me demande où ça va me mener. Je pense que si je parlais en tant que femme, j’aurais beaucoup de difficultés à exprimer mes idées et mes histoires, par rapport aux univers dans lesquels j’inscris mes romans, l’univers algérien, et plus généralement, l’univers arabo-musulman. Je dis qu’effectivement, il y a une condition féminine qui existe, qui est très compliquée et sur laquelle il faut continuer à écrire. Je pense qu’il y a aussi, parallèlement à ça, ce que j’appelle une condition masculine, c'est-à-dire qu’il existe aussi, pour les hommes, des difficultés à gérer leur propre corps, des difficultés à gérer, à supporter le corps féminin, et des difficultés à mettre en place un dialogue avec les êtres de l’autre sexe. Pour moi, c’est aussi intéressant de voir du côté des hommes, parce qu’ils sont très souvent caricaturés ou placés dans des positions qui sont effectivement les leurs à un moment donné, mais qui, en tout cas, possèdent des liens, des explications, qui échappent totalement à la dualité « femmes victimes » et « hommes dominants ».

Mais, en étant une femme, n’est-ce pas un peu biaiser la réalité que de parler à leur place?

Je ne sais pas si je parviens bien à décrire la psychologie masculine, mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse le plus c’est de réussir à raconter une histoire en mettant en place des personnages masculins qui ont des rapports complexes avec les femmes et qui, à partir de là, se retrouvent avec une existence et un destin qui les accablent totalement. C’est la fatalité qui pèse sur ses destins qui me passionne !

Dans ce roman, il y a la notion de filiation, de l’inceste, la répression sexuelle des hommes envers les femmes, thèmes déjà abordés dans le précédent. C’est une obsession chez toi ?

Ça me travaille depuis longtemps. Le fait d’inverser les polarités aussi. Faire des hommes l’objet du discours et moi, la femme celle qui tient ce discours, c’est aussi une manière de m’émanciper de ce regard masculin. C'est-à-dire, qu’à un moment donné, la femme n’est plus ce qui est décrit, jugé ou observé, mais c’est le masculin qui est passé au microscope. C’est une manière de rééquilibrer les regards et le poids des regards, plus particulièrement. Une manière aussi de m’insérer au sein du monde masculin et d’en dire quelque chose.

Excuse-moi cette question personnelle, mais, du coup, dans la vie, tu n’as pas peur de faire peur aux hommes ?

Je ne pense pas. Les hommes en général ou les hommes maghrébins en particulier sont très empêtrés dans leurs propres problèmes et questionnements. Il y a cette espèce de poids très lourd qui est celui de la masculinité et de la virilité, de se définir comme puissant et surpuissant. Je ne pense pas que dans l’esprit des hommes, les choses soient aussi figées et aussi solides que ça. Il me semble que, de leur côté, il y a aussi beaucoup de fragilité, de peur, d’angoisse à l’égard de ce que les femmes peuvent penser d’eux. Donc, effectivement, même si j’y vais de manière un peu brutale, j’ai quand même le sentiment de leur tendre une perche. Finalement, je ne fais que tenter d’ouvrir un dialogue sur ce que, eux, ressentent, même si les questions liées à la sexualité sont particulièrement dures à soulever dans ce type de culture là.

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandor

Tu fais un distinguo entre les hommes en général et les hommes maghrébins.

Je pense que la culture arabo-musulmane fait jouer des rôles à l’homme, à la figure du père ou du frère et que, finalement, la culture occidentale laisse des marges de liberté beaucoup plus grandes. La question de la possibilité de se présenter en tant qu’homme ayant des faiblesses ou ne souhaitant pas se marier ou n’étant pas soucieux d’épouser une femme vierge, il y a des choses comme ça qui pèsent beaucoup dans l’imaginaire arabo-musulman et qui sont liées à une culture très forte et à une dimension plus ou moins sclérosée de ces sociétés-là. La question religieuse y est particulièrement forte, donc, à partir de là, le modèle social est particulièrement rigide. Les écarts, car écarts il y a, sont réprimandés. L’homosexualité est un sujet à fleur de peau, pour ne pas dire tabou, dans la société algérienne, Marocaine et Tunisienne. Dans mon livre, entre deux des héros, Si Larbi et Riddah, il y a une atmosphère ambigüe. On ne sait pas bien si leur relation est homosexuelle ou pas. J’étais intéressée par la possibilité d’installer ce que j’appelle une forme d’homo-érotisme. Il y a quelque chose dans l’air qui pourrait faire penser à une relation amoureuse ou charnelle entre ces deux hommes, tout en laissant le lecteur libre d’imaginer ce qu’il veut. Dans la société que j’ai voulu décrire, il y a une disparition croissante des femmes, parce que parties, parce que plus émancipées, parce que plus libres, parce que déjà mariées, et une forme de peuple masculin qui se retrouve seul et qui se demande comment il est possible à son corps d’évoluer sans femmes.

C’est une manière de ne pas assumer son homosexualité ?

Oui. C’est une sexualité qui se construit à défaut. Ce n’est pas tant le corps masculin qui est attirant, que  le corps féminin qui brille par son absence. C’est à ça que je suis particulièrement sensible. Comment des hommes maghrébins qui viennent pour travailler en France et qui ne connaissent personne gèrent leur sexualité. Lorsque je parle de sexualité, je ne parle pas juste du rapport sexuel, je parle aussi de la capacité d’aimer et de se faire aimer et de se créer des situations d’échanges pour ces temps-là.

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandorÀ part Tahar Ben Jennoun dans La plus haute des solitudes et toi, aucun auteur n’a traité ce sujet.

Ce sont des questions qui sont taboues. Moi, j’y suis allée avec une forme d’innocence, même si après, je me suis dit que peut-être, c’était un terrain un peu dangereux. Ma parole n’est pas politique, j n’ai pas de mandat, je ne suis pas élue, ma liberté d’expression est donc sans limites.

Tu n’as pas peur que certains te reprochent de raconter ce genre d’histoire?

Ça dépend des reproches. J’entends parfois : « cette image que tu donnes de nous, ce n’est pas soutenir le pays ou l’ensemble culturel que de dire des choses pareilles. » Oui, mais en même temps, ce n’est pas mon problème. J’ai cette envie et ce besoin d’aller vers les choses qui sont sensibles. Je trouve que la question du corps féminin dans la culture arabo-musulmane est une question qui fait encore débat, alors je débats.

Toi qui es une jeune fille moderne, tu sens ce poids culturel ?

À une époque, je l’ai senti très fortement. L’adolescence, c’est une époque que j’ai trouvé très compliquée par rapport à ça, par rapport au regard de la mère et au regard du père. Ils sont encore dans une culture très traditionnelle et ils sont un peu effrayés par la modernité et par comment vivent leurs enfants. À un moment donné, ça m’a touché. Il est possible qu’en raison du fait que je sois une fille, il y ait des choses qui ne me soient pas permises, alors qu’en étant un garçon, j’aurais pu les posséder sans problème. Je m’en suis très rapidement émancipée par les études et par la capacité à aller au combat. J’y reviens sur le plan littéraire aujourd’hui parce qu’il y a matière à dire les choses, à créer un dialogue, un échange et même du conflit. Le conflit est très structurant si on accepte de le mener de manière intelligente et sans préjugé.

La littérature, c’est aussi pour mener un combat.

Moi, je le vis beaucoup comme ça. Mais, c’est sûrement lié à mon histoire et mes études. J’entends parfois des gens qui vivent et racontent tout ça de manière plus légère, plus divertissante et il faut aussi ce type de point de vue. Nous en avons discuté assez souvent tous les deux. Moi, je ne suis pas un clown, je n’ai pas envie spécialement de faire rire les gens. C’est en tout cas, en écrivant de cette nature que je trouve un sens à mon existence.

Soit tu écris des actes de manière frontale et brut, soit tu suggères.

Il y a des scènes qui imposent la violence d’elle-même, ça devient donc compliqué d’éluder ou de contourner le problème en suggérant les choses. Quand, par exemple, le viol est décrit, c’est un des moments forts du roman, j’y vais frontalement. Je trouve que c’est la possibilité de faire imaginer ça à quelqu’un d’autre que soi même qui est en soi une violence. Je ne veux pas être constamment dans quelque chose de trash, de très évasif ou fuyant. J’essaie de moduler les scènes qui méritent d’être dites et qui méritent d’être imposées aux lecteurs. J’oscille entre réalité et atmosphérique. C’est un jeu d’ajustement habile.

Je t’ai connu alors que tu étais chez Sarbacane, maison spécialisée dans la littérature adolescente, et te voilà chez Actes Sud. Pourquoi avoir choisi cette honorable maison ?

Parce que c’est une maison d’édition qui a une ligne éditoriale très cohérente. C’est l’ouverture sur le monde et particulièrement sur le monde arabe et le Proche Orient. Son catalogue fait aussi tourner la tête. C’est aussi une manière de créer des filiations avec des auteurs que j’apprécie tout particulièrement. J’aime l’idée d’intégrer cette forme de famille là, ce cousinage imaginaire…

Et tu acquiers une certaine légitimité en intégrant cette maison. 

J’avais le sentiment qu’il me manquait quelque chose et ce quelque chose, c’était l’ouverture sur un public généraliste. Comme tu le disais, je viens de la littérature dite « pour ado », je voulais me confronter au public plus large et complexe de la littérature adulte. Je prends ce deuxième roman comme un deuxième nouveau départ. Je te dis, j’ai besoin d’aller au combat.


Kaoutar Harchi : "Arezki va se rendre compte... par ActesSud

Voici aussi l'avis toujours (éclairé) de Carole Zalberg...

Et après l'interview...

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22 septembre 2011

Des men eXquis!

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Aujourd’hui, focus sur des garçons qui bougent, qui tentent et qui réussissent. Je vous explique tout (avec l’aide écrite de David Boidin qui habite à Montpellier et qui ne peut pas se déplacer jusqu’à moi pour une mandorisation officielle… mais je l’aurai un jour, je l’aurai !).

L'an dernier David Boidin et son compère Maxime Gillio, auteur de polar, ont  lancé sur Facebook un événement qui a accueilli près de 80 auteurs francophones sur quatre continents (France, Belgique, Canada, Mali, Guyane), "L'Exquise Nouvelle".

L'idée était d'utiliser les contraintes des statuts du réseau social (pas plus de 420 signes) pour écrire une histoire à tour de rôle sur le principe du cadavre exquis littéraire. Se sont relayés des auteurs confirmés, reconnus mais aussi des personnes qui n'avaient jamais écrits. Les deux protagonistes de ce projet tenaient  beaucoup à ce mélange.

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Ce qui était au départ une partie de plaisir est devenu un beau succès. A telle enseigne qu’ils ont étécontactés par plusieurs éditeurs et que le livre issu de cette aventure sortira le 29 octobre prochain.

Voici en exclu Lulu, ma chronique du livre qui sera publiée dans le Addicition, le mag daté du mois de décembre/janvier 2012.

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203611_111331728918274_6106064_n.jpgComme cette aventure n'était qu'un jeu, il était hors de question que cela devienne une affaire d'argent. De fait, tous les auteurs, organisateurs et illustrateurs ont cédé leurs droits. Et si bénéfices il y a, ils seront reversés à une association caritative.

(http://www.asso-ecoute-ton-coeur.com/wordpress/).

Un plaisir utile.

Nos deux compères préparent actuellement la saison 2, avec un concept différent. Chaque auteur, 40, pas plus, devra broder autour d'une scène commune. L'aventure ne se passera plus sur Facebook mais sur un site internet dédié. Il y aura toutefois une contrainte : chaque auteur devra obligatoirement intégrer dans son texte trois mots imposés. Il faudra les utiliser de façon la plus logique possible puisque chaque participation donnera lieu à un concours qui couronnera d'un cadeau le premier visiteur qui trouvera les trois mots.

_11-05-29-Gillio.jpg"L'Exquise Nouvelle" a changé la vie de trois personnes: Maxime Gillio qui a eu l'idée originelle, David Boidin et celle de Benjamin qui les a rejoints en cours de route pour faire les illustrations. Depuis cette formidable aventure, ils ont  tous les trois abandonnés leurs boulots respectifs et ils se sont associés en créant une boîte, eXquisMen, très originale dans le concept. Vous pouvez en savoir plus en allant jeter un coup d'œil sur leur site internet.

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Ils souhaitent  représenter des auteurs, aider à la promotion d'auteurs, de libraires, d'organisateurs de salon. Ils créent des sites ou des blogs et optimisent la visibilité d'auteurs sur la toile. En ce moment, ils travaillent sur les booktrailers du prochain Franck Thilliez

Evidemment, je soutiens à fond et sans aucune retenue le travail et les ambitions littéraires des eXquismen.

C'est dit.

Voilà un trailer explicatif du projet (qui synthétise mes propos ci-dessus, que j'ai pourtant voulu le plus clair possible, même que c'est David Boidin qui m'a presque tout soufflé. Non, je précise, parce que je ne veux pas être traité de Jospeh-Macé Scannner...)

29 août 2011

Estelle Penain: interview pour Miami sous les éclairs

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J’ai rencontré Estelle Penain au Salon du Livre de Châteauroux. Nous étions deux des nombreux auteurs invités. Comme elle logeait dans le même hôtel que la petite bande que nous formions avec… (bon, si vous voulez jeter un coup d’œil, c’est ici), la jeune femme a su très facilement s’intégrer à elle. Déjeuner, diner, sortie nocturne, conversations… mais je n’avais pas lu son livre Miami sous les éclairs. J’avais un peu peur d’être déçu et de ne pas oser lui dire ensuite (cela arrive parfois quand on fréquente des auteurs). Mais, récemment, envahi par mon insatiable curiosité, je me suis plongé dans son roman… au début, un peu dérouté, rapidement, j’ai suivi avec plaisir et intérêt les aventures amoureuses de Cristiana. Évidemment, une mandorisation s’est tenue après lecture. Le 25 juillet 2011, Estelle m'a rendu visite à l’agence dans laquelle je travaille... je lui ai posé quelques questions.

est4.jpg4e de couverture :

Après des années à se mentir, cachée derrière des masques pour supporter la vie, Cristiana part à la conquête de sa nature profonde. Au fil des pages et des rencontres, l’amour se métamorphose. Ce livre est le message d’espoir d’une femme ayant pris son destin en main. Un parcours initiatique où l’amour dévoile ses multiples facettes, passant de la noirceur à la clarté de son âme, de la prison de l’ignorance à la liberté d’être. C’est un roman traitant de la quête de soi à travers les relations amoureuses. Un reflet de la génération actuelle, un retour vers des valeurs essentielles.

L’auteur :

Estelle Penain a vu naître son goût de l’écriture dès l’enfance en posant sa plume dans un journal intime, un carnet de poésie et des réflexions sur les sentiments et la société. Puis, elle découvre la radio et anime une émission pendant ses années collège. Diplômée du conservatoire de musique, le piano lui apporte l’expression artistique. Un diplôme littéraire en poche et quatre ans d’université plus tard, la musicienne devient choriste et chante en France et à l’étranger pendant dix ans, passant de scènes prestigieuses à des représentations dans la rue au contact du public. La scène lui apporte de grands moments de bonheur. Elle suit également des cours de théâtre, participe à des ateliers permettant l’expression corporelle et exprime sa créativité lors d’improvisations théâtrales. Elle s’initie ensuite à la réalisation de film et à l’écriture de scénario avec l’ambition d’instruire, de divertir, d’informer.

est3.jpgDans le même temps, Estelle se passionne pour le développement personnel et suit des séminaires, apprend par la lecture les notions de psychologie, de sociologie, de spiritualité, rencontre des médecins parlant de thérapies ouvrant la conscience vers d’autres dimensions et se passionne pour cette quête de soi. Elle suit l’enseignement d’un maître depuis quelques années, apprenant à se servir de techniques de soin. Et également l’enseignement d’un scientifique avec l’approche de la dynamique matricielle et ses techniques de guérison par les sons.

Estelle Penain a écrit un premier roman « Miami sous les éclairs », ainsi que d’autres écrits (scénario, texte théâtral, chroniques, contenus) afin de partager l’enseignement que la Vie lui a offert. Estelle Penain est membre de la Société des Gens de Lettres.

Interview :

Dans ta biographie, il est indiqué que tu écris depuis toujours…  ?

C’est tout à fait vrai ! Petite, ma mère me racontait que je faisais faire des vraies rédactions à des élèves imaginaires et que je passais du temps à écrire sur leurs cahiers et les corriger. Ça m’a occupé bien des après-midi. Il parait aussi que j’écrivais de la poésie. Je serai curieuse de remettre la main sur ces chefs-d'œuvre… 3 petites phrases qui se suivaient et qui rimaient, pour moi, ça en jetait ! Aujourd'hui, j’écris régulièrement avec parfois de grandes vagues d’inspirations alternées par des moments de pause, de réflexion, de lectures. C’est une expérience très prenante qui est aussi matière à remise en question. Être lue, c’est prendre le risque de plaire ou pas et donc d’être critiqué. En ce sens, cela demande de dépasser certaines peurs.

Dans ta vie, j’ai l’impression que tu es allée dans plein de directions différentes.

Pas tant que ça ! J’ai une qualité qui parfois peut être un défaut, je suis très curieuse et j’ai la particularité de vouloir expérimenter ce que j’ai envie de vivre. Je ne veux pas me contenter de lire uniquement, mais je veux vraiment essayer de moi-même. Au début, dans le domaine culturel puis plus tard dans celui du développement personnel. Aujourd’hui, je fais un mixage des deux. Chez n’importe quel artiste, il y a de l’introspection à un moment ou à un autre. Pour un comédien, par exemple, plus tu  te connais, plus tu es à l’aise dans le jeu. J’ai essayé tous les milieux artistiques pour voir où j’étais à ma place. J’ai été chanteuse pendant 10 ans. Chanteuse/choriste, jamais leader à cause d’un manque probant de confiance. C’est mon grand regret d’ailleurs. Il n’est pas exclu que je me remette à chanter dans un groupe un jour prochain.

est2.jpgL’écriture de ce livre a commencé il y a combien de temps…

Il y a quatre ans. Un vrai coup de foudre sentimental a déclenché l’envie d’analyser la relation amoureuse. Tenter de comprendre cette souffrance que l’on rencontre parfois dans les histoires d’amour en était le moteur. L’amour se cultive, se travaille, se cherche, s’apprivoise et aimer cela s’apprend, cela peut prendre une vie…

 « Miami sous les éclairs » raconte une histoire d’amour complètement dingue qui a duré des années et des années. C'est la tienne et donc, dans le livre, celle de Cristiana qui aime Samy.  Il y a beaucoup de toi dans ton héroïne ?

Autant les autres personnages n’ont pas tous existé dans la vie, autant Samy, lui, a vraiment existé. Et effectivement, il y a beaucoup de moi dans Cristiana. Mais, il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’un roman.

Il est question de la violence physique que peuvent vivre les femmes…

Moi, j’ai vécu la violence chez une personne. Ça m’a suffi, j’ai vu ce que c’était. L’homme qui m’a fait subir ça pourrait être incarné par le Fabio de mon livre, mais pas tout à fait quand même… Bref, j’ai vu des femmes se faire battre et qui ne partent pas. C’est incroyable de rester quand on est malheureux! Qu’est-ce qui fait que tu restes avec quelqu’un alors que tu sais que tu n’es pas heureux ? Moi, j’ai été une victime et j’ai mis un moment à m’en rendre compte. Je suis partie quand j’ai enfin compris ça. Je ne sais pas qui a écrit : « l’âme a profondément horreur du vide ». Si toi, on t’a appris l’amour, à priori, tu as une conscience de l’amour, mais si on ne t’a pas appris, pour toi « aimer », ça peut être la violence. Si tu es né dans une famille qui se tapait dessus, tu auras beau vouloir être aimé normalement, tu as de grandes choses d’attirer vers toi quelqu’un dans ce que tu connais. Donc, effectivement, exister violemment aux yeux de quelqu’un, c’est quand même exister. C’est mieux que rien.

Dans ce livre, tu abordes toutes les formes d’amour.

Mon livre parle d’une rédemption. Donc pour avoir une rédemption, il faut passer par différents stades. Là où il y a beaucoup de mon parcours, ce sont les passages sur les souffrances. Autant ça n’a pas toujours été facile, autant aujourd’hui, ça m’a donné une palette d’émotion que j’ai pu traduire comme ça. Ca n’a pas été tout rose, certes, mais le but n’était pas de m’apitoyer. Je me sers de ces émotions aujourd’hui pour raconter des histoires.

Ton roman est lié au développement personnel. Quand as-tu découvert cette nouvelle forme de philosophie/façon de vivre ?

C’était en 2000, quand j’étais à New York. Là-bas, j’ai rencontré pour la première fois quelqu’un qui travaillait à la fois dans la culture et sur les énergies. Il m’a interpellé et nous sommes devenus amis. Il m’a montré des choses et nous avons commencé à travailler ensemble sur des techniques de méditation. C’est lui qui m’a ouvert la porte. Là, je me suis dit : « Arrête de te plaindre et de te chercher, et tente de trouver des solutions ! ».

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Pour aider les autres, faut-il parfaitement se connaître soi-même ?

Disons qu’on n’est pas thérapeute par hasard. Un bon thérapeute, c’est quelqu’un qui sait qu’il est toujours dans le cheminement et qui ne prétend pas avoir la vérité. Cela dit, tu peux aider les autres, si dans ta vie, tu as trouvé une forme de sérénité. Quand tu as une déontologie, tu as au moins dix ans de travail en analyse et, à priori, avoir suivi des formations. Pour moi, la formation, c’est aussi un art de vivre.

Au fond, pourquoi écrire ?

J’ai envie de raconter des histoires et dans ces histoires, utiliser mon parcours, mon expérience. J’aime bien délivrer des messages et que chacun en fasse ce qu’il veut. Ainsi, j’ai l’impression d’avoir trouvé une façon de servir.

Comment a été accueilli ton livre ?

Je suis toujours preneuse de critiques constructives. Il a déclenché des choses chez certaines personnes. J’aime écrire en me disant que je partage un bout d’expérience. Je le romance, mais dedans, je place mes pensées, ma façon d’envisager la vie, ma « philosophie » personnelle. Je ne suis pas une donneuse de leçon, je ne dis pas que c’est comme ça qu’il faut faire, je me contente juste de transmettre des messages et mon point de vue.

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21 août 2011

Annabelle Léna: interview pour A tort ou à raison

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« Cette fille là, mon vieux, elle est terrible » chantait naguère, le chanteur à texte, Johnny Hallyday, dans les années 60. Annabelle Léna, c’est l’impression qu’elle me donne. Une frimousse d’ange, mais des textes torturés à l’écriture particulièrement noire et explicite. Son thriller, A tort ou à raison, est implacable, prenant et n’épargne personne. Forte personnalité, franchise et humour corrosif, il me semblait intéressant de lui poser quelques questions pour tenter de comprendre qui se cache derrière Annabelle, la rebelle.

annabelle lena,a tort ou à raison,interview4eme de couverture :

 

Prise d’otages dans un entrepôt.

La violence et l’incompréhension s’abattent sur le quotidien d’innocents.

Ce que veulent les malfrats ? La libération de compatriotes retenus à l’étranger.

Entre forces de l’ordre et bandits, le duel s’envenime. Une femme étrange est coincée dans ce cauchemar. Son corps et son esprit doivent s’adapter pour survivre : prendre le parti de ses ravisseurs ?

Pourquoi pas, si cela permet d’éviter le bain de sang…

Oubliez la morale à travers les pages de ce thriller nerveux. Lorsque le monde bascule, on ne peut que basculer avec lui.

annabelle lena,a tort ou à raison,interviewL’auteur :

Annabelle Léna est née en juillet 1979 à Marseille, par une journée particulièrement chaude et sans mistral. Elle grandit à la campagne où, à l’abri d’un saule pleureur, elle s’assoit et rêvasse des heures durant. Après des études bien ennuyeuses, elle devient contrôleur de gestion mais trop d’histoires se bousculent dans sa petite tête en réclamant à sortir. Annabelle se fâche alors avec les chiffres pour acheter un stylo quatre couleurs et écrire. Écrire, encore écrire. Elle fait ainsi la fortune de certaines papeteries et remplit ses tiroirs de feuillets fiévreusement raturés. Très vite elle est publiée en revue avec des nouvelles nerveuses. Puis elle décide de se consacrer à l’écriture de son premier roman À tort ou à raison. Plus qu’un thriller, ce roman est une course effrénée entre folie et criminalité. Le narrateur y est atypique, tantôt externe, tantôt interprète des personnages. Le ton est incisif ; certains disent, assassin. Désormais Annabelle habite Gardanne, entourée de ses histoires et de ses lectures. Plus les années passent, plus elle parle à ses chats mais à part ça, vous verrez, c’est quelqu’un de très fréquentable.

Interview :

-L’idée d’« À tort ou à raison » est partie d’un soir où tu regardais le journal télévisé. L’appétit coupé et une envie « de vomir ou d’écrire ». Raconte-nous ce qu’il s’est passé exactement.

Un journal télévisé comme les autres, malheureusement. Un sujet sur une jeune fille qui était allée trop loin pour être aimée ou pour être populaire certainement. Ça m’a filé mal au ventre. Marre de voir des filles conditionnées qui se sentent libres et épanouies en se foutant à poil ou en ne respectant plus leur corps. Henri-Frédéric Blanc a écrit dans Cloaque « Bordel de Dieu, mes biens chères sœurs, quand comprendrez-vous que ce sont de vieux vicelards vermoulus qui façonnent votre cervelle, et qu’ils ont intérêt à vous transformer en truies ? ». C’était ce que j’avais sous les yeux, encore une fois. Ras-le-bol. Je ne vis pas dans le monde du 20 heures. Du moins, je refuse qu’il soit ma réalité. Alors, j’ai tiré ce fait divers à l’extrême. La pression des magazines féminins, j’en ai fait la pression d’un gun sur la tempe d’une femme et voyons ce que ça donne.

-Tu dis qu’« À tort ou à raison est une course folle dans un monde fou ». Hormis l’histoire fil rouge de ton livre, c’est aussi une charge contre la société actuelle en général et les médias en particulier. C’était important pour toi d’exprimer ton point de vue sur la question avec véhémence ?

Oui. Je me suis dit qu’il fallait choisir entre humour et violence pour faire réagir. Et en fait, cette histoire, je l’ai sentie plutôt dans un registre violent. Comme c’est un sujet qui me scandalise, je ne pouvais pas masquer ma révolte. Ça se traduit par une écriture très nerveuse.

annabelle lena,a tort ou à raison,interview

-Tu as répondu à une question posée par un journaliste que « ce thriller est un coup de poing pour réfléchir à la différence ignoble qui existe entre résignation, conditionnement et consentement ». La frontière est mince entre les trois ?

C’est émouvant, c’est mon premier « Tu as dit que… ». Bref ! Oui, la frontière est mince, très mince. Quand une jeune fille pose nue sur le net, il y a de fortes chances, à mon avis, pour qu’elle ne soit pas consentante. Être consentante, c’est être armée pour réfléchir et décider or aujourd’hui beaucoup de filles sont lobotomisées par les clips vidéos, les magazines, etc. Il FAUT être parfaite physiquement, être performante sexuellement, etc. Je ne suis pas d’accord avec cette vérité et je pense qu’obéir à ça n’est pas du consentement, mais plutôt une sorte de conditionnement pervers ou une résignation pour être aimé.

-Ce thriller est un huis clos psychologique très nerveux. Tout commence avec une prise d’otage dans laquelle Angèle se trouve impliquée. Présente-nous ton héroïne…

Certains diront qu’Angèle est une pauvre fille, mais elle est trop seule, tout simplement. En fait, c’est une idéaliste. Les rapports humains l’ont tellement déçue qu’elle s’est résignée à sa solitude. C’est sa faille, les autres. Alors, elle s’est créée des mondes parallèles où elle peut vivre avec eux, sans qu’ils ne la blessent plus.

-« Suffisait d’être dans un autre monde pour que les gens bien souhaitent le mal… l’entrepôt était un monde aberrant ». Est-ce que tu considères que chacun peut basculer « de l’autre côté »?

Tout à fait. Ce bouquin c’est aussi un peu pour oublier les « moi, j’aurais fait ça ». Sous pression ou dans un contexte particulier, personne n’est à l’abri d’agir d’une manière contraire à ce qu’il aurait aimé être. Les leçons de courage, c’est beau en théorie, mais la vie, c’est pour de vrai. Donc il me semble que l’indulgence et l’humilité seraient des choix intelligents.

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-Dans l’horreur et l’aberration de la situation, tu explores les méandres du cerveau humain. Comment t’es-tu projetée les réactions d’Angèle ?

Sans trop de difficulté, car je suis fascinée par les mécanismes du cerveau. J’ai éprouvé beaucoup de sympathie pour ce personnage. J’ai juste essayé de la penser humaine, avec ses erreurs, ses contradictions et ses illusions.

-Est-ce qu’on peut dire que tu combats les atrocités par les atrocités (littéraires) ? (Le mal par le mal quoi !) / La folie pour contrer la folie des hommes… j’ai lu ton livre avec ce sentiment. Qu’en penses-tu ?

Oui, combattre la folie par la folie pour qu’elle saute aux yeux. C’est vraiment gnangnan de dire ça, je sais, mais le monde devient fou et ça paraît normal… L’habitude rend aveugle. J’ai juste placé ce qui est, je trouve, notre quotidien un cran au dessus sur l’échelle de la violence. Et d’un coup, les choses se révèlent.

-Il y a de la violence psychologique et physique. Ça t’énerve si je te demande comment une jeune femme comme toi peut écrire/décrire tous ses actes horribles…

Non. C’est une question très fréquente vu mon petit gabarit et mon, paraît-il, grand sourire. Puisque je voulais emmener le lecteur dans cet enfer, il fallait d’abord que j’y entre. Et puis, j’ai mon côté obscur, de toute évidence. Même si, le côté « cervelles qui explosent », ce ne ne sont pas les passages que j’ai préféré écrire.

Ceci étant, on ne se connait pas, si ça se trouve, tu es une sérial killeuse dans la vie ! 

Promis juré, je ne tue en série que les araignées. D’ailleurs si certaines lisent ces quelques lignes je vous préviens que je vais vous biiiiip avec un biiiiiiip dans le biiiip !!!!

-C’est aussi un thriller sur le fameux binôme : pouvoir/domination. Là, c’est dans une situation extrême, mais dans une moindre mesure, ça se passe comme ça dans la vie en général, non ?

Tout à fait. Tout est question d’équilibre et de déséquilibre dans les rapports humains. Sous domination, sous influence, jusqu’où peut-on aller ? Comment tombent les limites, cette sécurité qui nous donne bonne conscience (moi, jamais je…). Jamais vous… ? En êtes-vous si sûrs ?

-Angèle est « une professionnelle de changement de monde ». Elle s’est créé son propre univers. Elle navigue entre les deux à chaque mauvais moment de sa vie. Est-ce qu’Annabelle a aussi deux mondes ?

Heureusement, Annabelle possède des millions de mondes pour échapper à la / sa réalité.

-Parlons de ta passion pour l’écriture. Tu as chopé le virus à quel moment de ta vie ?

Très très tard ! Je suis du genre rebelle et j’ai détesté le français pendant toute ma scolarité. Après le Bac, quand on a arrêté de m’obliger à lire, je m’y suis mise et ça a été une réelle découverte. J’ai dévoré tout ce qui me tombait sous la main. Et puis, un jour, j’ai pris un stylo et j’ai essayé. C’était il y a dix ans. Depuis, ça a pris le pas sur tout. Maintenant c’est devenu « il faut que j’écrive », un besoin comme un autre.

annabelle lena,a tort ou à raison,interview

-Quels genres de nouvelles écrivais-tu dans les revues ?

En nouvelles, je suis assez « diversifiée ». Ça peut aussi bien être du suspens, du conte et parfois même de l’humour ! Bon… mon humour à moi, mais de l’humour quand même ! Sur des textes plus longs, va savoir pourquoi, c’est systématiquement des histoires sombres. Évidemment, on retrouve pas mal de mes textes sur mon blog www.annabellelena.com/ (ça va, ça se voit pas trop que je me fais de la pub ?)

-Peux-tu nous présenter la maison qui t’édite (Piaf)?

Je suis chez Eastern Éditions. C’est une petite maison créée en 2010 par Sébastien Bouchery pour miser sur des jeunes auteurs. Quel que soit leur genre littéraire, l’ambition est que chacun puisse raconter son histoire, à sa manière, tel que lui-même aurait aimé la lire, partager les fictions, les mémoires, les passions. Il y a un site web pour tout savoir : http://www.eastern-editions.com/ (mais, oui, je suis toujours discrète avec ma pub, là…)

-Je déteste faire des interviews par mail. J’aime la rencontre, la vraie, la physique. Je ne sais pas pourquoi j’ai cédé. Te rends-tu compte de la chance incommensurable que tu as ?

Vi, bien sûr mon grand seigneur Mandor mais d’ailleurs vous le désirez de quelle couleur, le marbre, pour la statue en votre honneur ?

Moi aussi j’aurais préféré une vraie rencontre, mais que veux-tu, je suis une fille de la campagne. Je ne suis pas prête encore émotionnellement à parler à un Parisien, en vrai. Et au final, je me rends compte que, l’interview écrite laissant plus de temps à la réflexion, elle permet d’aller plus en profondeur. Bon en fait, faudrait que tu ne fasses plus que ça !

 

L'avis du Point.fr

19 août 2011

Nicole Dubroca: Interview pour La petite fille qui voulait Remourir

La petite fille qui voulait Remourir est un très beau roman de Nicole Dubroca (Morey Editions). J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce livre qui touche profondément l’âme. Un parfum d’enfance, un brin de surnaturel (qui n’en est pas forcément), des personnages attachants, la petite histoire dans la grande histoire… une interview s’imposait.

Nicole Dubroca a joué le jeu le plus sincèrement possible, sans rien éluder. Disons donc qu’elle m’a offert là une jolie interview/confession. Merci à elle !

9791900150124.jpgL’histoire :

Une ferme landaise durant la seconde guerre mondiale. Mariane, petite fille de deux ans, est confiée par ses parents aux soins d’une grand-mère austère. Proche de son grand-père, elle tissera un lien secret avec cet homme réfléchi et modeste qui comprendra très vite qu’elle possède un don extraordinaire. Il lui apprendra les choses simples de la vie et l’aidera à trouver un équilibre entre ses perceptions et les petits bonheurs terrestres.

La petite fille qui voulait Remourir relate les ressentis d’une enfant surprenante et d’un monde secret dont elle seule à l’accès. Elle seule ? Pas si sûr. Quel enfant avons-nous été ? Qu’avons-nous gardé de notre enfance et des extraordinaires capacités que nous avions peut-être ? N’y a-t-il pas autour de nous, aujourd’hui encore, une petite fille qui voudrait Remourir ?

184335_1714096784944_1613917047_1603488_7420148_n.jpgL’auteur :

Professeur des écoles puis enseignante dans le secondaire, Nicole Dubroca décide un jour de se consacrer à l’écriture romanesque pour d’autres lecteurs que ses élèves. Cette femme étonnante et passionnée s’inspire de ses propres expériences extrasensorielles.

La petite fille qui voulait Remourir fait partie de sa vie. Témoigner par l’écriture du bonheur ressenti au contact de l’Extraordinaire avec les lecteurs qui se retrouveront en Mariane est l’un de ses plus grands souhaits : « nous avons tous des capacités extraordinaires, il suffit juste d’être attentifs aux petits messages venus d’ailleurs. »

Interview :

«  La petite fille qui voulait Remourir » est votre premier roman. Portiez-vous en vous cette histoire depuis longtemps ?

«  La petite fille qui voulait Remourir… » est mon premier roman édité. Par contre j’ai dans mes tiroirs des dizaines de petits cahiers à carreaux d’écoliers remplis de contes, nouvelles et romans à terminer. La suite de « La petite fille …» est tapée, corrigée, prête à éditée. Cette histoire je la porte en moi depuis la naissance de ma première petite fille qui va bientôt avoir 15 ans. Trois autres enfants sont venus depuis me conforter dans l’idée d’écrire, non pas un roman mais une suite d’histoires qui leur parleraient de leurs racines landaises, de leurs arrières grands-parents, de la rude vie de métayers. Et Mariane a pointé le bout de son nez, toujours aussi curieuse et malicieuse : « Et moi, tu ne parles pas de moi, n’oublie pas que je suis toi. » Comment lui résister ? Il m’en a fallu du temps avant de trouver le style du roman qui laisserait croire au lecteur que Mariane est la narratrice. Ce livre-là, je l’ai détricoté une dizaine de fois avant d’être à peu près satisfaite de la forme à lui donner.

Votre héroïne Mariane, a des dons. Elle est différente. « Si elle fait attention, elle est capable de percevoir l’état des gens qui l’entourent, leur inquiétude, leur joie, leur tristesse et aussi à quoi ils pensent. » Elle sait aussi quand quelqu’un va mourir ou vivre longtemps ou arriver dans l’instants, bref, elle sait.

Mariane a des dons, comme beaucoup d’enfants. Je dirais qu’elle est dotée d’une sensibilité différente, due, peut-être, au fait qu’elle vit en pleine nature au milieu des arbres et des animaux, sans contraintes. C’est elle qui choisit d’aller à l’école. Elle apprend à lire toute seule. Elle se promène où elle veut. Elle est en communication permanente avec la terre et le ciel. Peut-on parler de supranormal ? Est-ce que les enfants ont la faculté de « savoir » très tôt ? Est-ce que les contraintes de la vie, l’éducation des parents, la sociabilisation à outrance effacent tous ces « savoirs » venus d’ailleurs ? Il m’arrive de le croire.

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Mariane est dotée d’une mémoire phénoménale. Comme si son cerveau était capable de tout enregistrer, et de restituer au moment voulu. Une surdouée en somme ?

Surdoué, précoce, haut potentiel, les qualificatifs sont légion pour désigner les enfants dont les capacités intellectuelles dépassent la norme établie. J’ai rencontré dans ma carrière d’enseignante nombre de parents qui prétendaient que leurs enfants étaient surdoués et demandaient qu’ils passent  au niveau supérieur. Ils avaient tous des capacités intellectuelles plus élevées que la moyenne mais ils étaient rarement « surdoués ». Les vrais « surdoués » sont, pour beaucoup, en échec scolaire. Le système n’est pas fait pour eux. Ils s’intéressent à tout et possèdent une mémoire impressionnante, une culture générale hors du commun qu’ils vont piocher dans des livres, des émissions de télé (internet de nos jours est la « bible » des enfants précoces) ou encore auprès d’adultes bienveillants qui prennent le temps de les écouter et de leur enseigner leur savoir. Ils sont difficiles à cerner et d’un tempérament anxieux et solitaire. Il faut gagner leur confiance et toujours les rassurer. Ils sont dotés d’un humour décapant. Je suis persuadée que Pierre Desproges en faisait partie. Ce type d’enfant est souvent en souffrance. Leur empathie est infinie cependant ils ont beaucoup de difficultés à s’adapter à la société et à ses préceptes. Pour en revenir à Mariane, elle a eu beaucoup de chance d’avoir eu un grand-père aussi aimant et prévenant. Je le soupçonne d’avoir été, lui aussi, un « surdoué ».

207281_1796666969147_1613917047_1719193_4460166_n.jpgVous êtes-vous inspirée de vos propres expériences extrasensorielles et si oui, précisément quels sont vos dons à vous ?

J’imagine que vous avez déjà compris que toutes ressemblances entre l’auteure et son héroïne ne sont pas fortuites. Mes perceptions extrasensorielles je les ai prêtées à Mariane tout en lui en rajoutant quelques unes. Que dire de mes propres perceptions ? Comme je n’ai pas souhaité les développer, elles sont restées à l’état embryonnaire mais elles me rattrapent souvent et au moment où je m’y attends le moins. Elles se présentent sous forme de flashs, de rêves prémonitoires ou tout simplement de pressentiments. Celle qui m’a le plus marquée est ce que les américains appellent  une NDE (Near Death Expérience) ou, pour faire simple, une sortie du corps. Hospitalisée d’urgence, j’ai fait une syncope qui m’a expédiée dans une autre dimension. Lors de ce voyage fabuleux j’ai éprouvé et recueilli des « sentiments » hors du commun : de l’AMOUR à l’état pur. Quand je suis revenue à la réalité, j’ai demandé combien de temps avait duré mon malaise. « Quelques minutes m’a-t-on répondu. » J’avais eu l’impression d’être restée absente bien plus longtemps. Je n’ai rien dit. Plusieurs mois se sont passés, après que je me sois mise à lire tout ce qui avait un rapport avec mon expérience, pour que j’ose la raconter autour de moi. Etonnamment, tout le monde avait entendu parler de NDE, sans trop y croire. À ceux qui me disent, à présent, que ce n’était qu’une hallucination, je réponds en souriant, que des hallucinations de ce style j’aimerais en avoir toutes les semaines. À quoi bon essayer de convaincre. J’ai vécu cela et je l’ai reçu comme un cadeau. C’est une grande chance que d’avoir tutoyé le domaine de la mort. La vie prend une dimension différente lorsqu’on est débarrassé de cette angoisse existentielle.

Pensez-vous que les hommes n’exploitent pas assez toutes les capacités de leur cerveau ? Que nous avons tous des dons inexplorés ou que c’est tout simplement une loterie de la vie ?

Les scientifiques semblent avoir démontré que nous n’utilisons que 10 à 20% des facultés de nos cerveaux. Il reste une sacrée place pour tous les dons à exploiter. Je suis persuadée qu’à notre époque, dans les pays dits « développés », les humains ont perdu le vrai sens de la vie. J’entends par là, le goût de regarder, d’écouter, de réfléchir, de créer. Ils sont tirés vers le bas, par les médias, la téléréalité et autres stupidités. Certaines contrées lointaines ont conservé, par tradition, ces savoirs venus d’une lointaine époque transmis de génération en génération. Je pense effectivement que nous avons tous en nous des « territoires » inexplorés. Il n’est pas impossible qu’une minorité ait conservé dans leurs chromosomes un potentiel que les autres n’ont pas. Je ne crois pas au hasard.

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La vraie grand-mère de l'auteure qui est aussi la grand-mère de Mariane dans le roman (photo personnelle de Nicole Dubroca).

La famille de Mariane doit garder ce secret. Quand on a ce genre de dons, pourquoi ne faut-il rien divulguer à l’extérieur.

Dans les années 40 l’église avait encore une grande influence sur les âmes humaines. Il ne faisait pas bon voler la vedette au Dieu tout puissant. Si l’on s’en réfère à l’époque de l’Inquisition toutes pratiques qui étaient considérées comme surnaturelles sans appartenir à la religion étaient assimilées au culte du diable. Aussi fallait-il peu de chose, voire rien du tout, pour être accusé de sorcellerie et périr sur un bûcher. Ces condamnations étaient peut-être encore présentes dans les mémoires collectives. De nos jours, des charlatans ont trouvé un bon créneau pour gagner de l’argent. Il vaut mieux s’en méfier.

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La vraie maison des Landes où s'est située l'action (photo personnelle de Nicole Dubroca).

Mariane réfléchit en permanence sur la guerre, la vie, la mort. Ce sont des sujets qui vous touchent particulièrement ?

Mariane est née le jour où les troupes allemandes ont envahi la France. Son oncle Edmond, le frère aîné de son père, a été tué sur la ligne Magino un mois après sa naissance. La mort, la guerre étaient des mots familiers et mystérieux qu’elle entendait depuis sa toute petite enfance. En parler était un sujet tabou. Les questions qu’elle posait à sa grand-mère étaient toujours éludées, elle n’obtenait pas les réponses qu’elle désirait. « L’oncle Edmond était monté au ciel, auprès du Bon Dieu. »,   « La guerre, c’était la faute des « sales boches. » Or, les boches n’étaient pas sales mais plutôt gentils, du moins celui qui lui avait offert un cadeau et lorsqu’elle était « monté au ciel » elle n’avait pas vu le Bon Dieu. En ce qui me concerne c’était encore pire, mon grand-père paternel était mort à la guerre à Verdun, et ma grand-mère, deux ans plus tard, emportée par la grippe espagnole. Ils avaient 24 ans. Ma mère, pupille de la nation, ne s’est jamais remise de ce traumatisme. J’ai mis beaucoup de temps à me débarrasser de cette angoisse d’abandon qui était la sienne et qu’elle m’avait transmise. J’avoue que, même aujourd’hui, j’ai du mal à regarder un film de guerre. Le livre de Tatiana de Rosnay, « Elle s’appelait Sarah », m’a bouleversée. Je n’ai pas pu me décider à aller voir le film. Pour la mort c’est différent, mon NDE m’a complètement libérée. Pendant cinq années, j’ai participé, à titre bénévole, à l’accompagnement de personnes en fin de vie dans une unité de soins palliatifs. Les malades et leurs familles étaient traités humainement, physiquement et moralement. J’ai énormément appris. Il se passe des choses étonnantes dans les tout derniers instants d’une vie. Par manque de personnel et d’argent ces unités sont en voie de disparition. Je ne sais que penser de l’euthanasie, mais mon point de vue a beaucoup évolué à ce sujet.

227468_1842919085421_1613917047_1783300_2534774_n.jpgMariane est souvent déçue par les grandes personnes. Leurs mensonges, leurs violences… Elle préfère, parfois se murer derrière une fausse indifférence qui l’aide à se maintenir en vie. Pourquoi refuse-telle d’affronter la souffrance ?

Là, je crois qu’il faudrait faire appel aux écrits de Françoise Dolto. Les enfants ont plusieurs moyens d’affronter la souffrance dont les plus courants sont, soit de se renfermer dans une bulle protectrice, de se créer un univers qui les apaise, soit de faire preuve d’agressivité et de décharger leur colère. Ces attitudes ne sont d’ailleurs pas propres aux enfants. Beaucoup d’adultes agissent ainsi. Dans le domaine de la souffrance Mariane n’est pas exceptionnelle. Elle se protège comme elle peut.

Quand Mariane est désespérée, elle voudrait « remourir » et que la grande lumière vienne la chercher. Dites-vous que quand on a des dons de cette nature, on est plus fragile que les gens dits « normaux ».

Mariane, du fait de sa précocité est une enfant hypersensible, une petite éponge qui absorbe tous les événements heureux ou malheureux de son entourage. Elle peut être très joyeuse ou complètement désespérée. REmourir, pour elle, ne signifie pas qu’elle veuille mettre fin à ses jours. Elle voudrait repartir dans l’astral pour y retrouver l’homme bleu qui, croit-elle, l’a abandonnée. Elle se demande même s’il a existé. Les retrouvailles avec ses parents l’ont profondément déçue. Elle se sent déracinée, les grands arbres lui manquent, son grand-père lui manque. Elle est privée de tout ce qui alimentait ses perceptions. Le contact avec la nature est primordial pour les personnes qui possèdent des capacités extrasensorielles. Elles ont besoin de se « recharger » pour ne pas tomber malades. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai cessé de fréquenter ce milieu très particulier.

L’action se situe lors de la Deuxième Guerre mondiale période trouble de l’histoire. Dans votre livre, les soldats allemands ne sont pas forcément tous méchants et les résistants pas tous exempt de reproches. L’occasion de préciser que le monde n’est pas manichéen ?

Si tous les événements relatés dans mon roman ne sont pas réels, l’épisode où Hans offre une paire de sandalette à Mariane a bien eu lieu. Je ne peux pas dire que je m’en souvienne vraiment mais on me l’a raconté tant de fois que j’ai souhaité en faire état. C’est une si belle histoire. La relation entre Mado et un officier allemand, je ne l’ai apprise que bien plus tard. Elle m’a émue. Ils se seraient rencontrés en temps de paix, ils auraient pu vivre leur amour au grand jour. Ils ne se sont jamais revus et j’imagine que pour lui, comme pour Hans, la guerre s’est arrêtée sur le front de l’est .La bataille de Kourks, en Ukraine entre juillet et aout 1943 a couté la vie à plus de 1 500 000 allemands. Qui peut dire de quel côté étaient « les gentils » et les « méchants » ? Quant aux exactions perpétrées par certains prétendus résistants à la libération, elles sont loin d’être glorieuses. «  Quelle connerie, la guerre ! »

Parlons littérature. Quels sont vos auteurs fétiches et vos livres de chevet ?

J’ai lu énormément de livres depuis mon adolescence. Il m’est très difficile de faire un choix. Mes livres fétiches, ceux que j’emporterais sur une île déserte, sont à coup sûr : Les fleurs du mal, Cyrano de Bergerac, Belle du seigneur, L’œuvre au noir, Manuel du savoir vivre à l’usage des rustres et des mal polis et toute la série des Rougon-Macquart. Tout ceci me résume assez bien je crois. Mes livres de chevets varient en fonction de mes coups de cœur du moment. Facebook m’a procuré de très jolis surprises ces derniers temps et ne voulant vexer personne, je n’en citerai aucun. Je dirai simplement que je me suis régalée en lisant deux thrillers décapants, une nouvelle saisissante, un joli roman rempli d’humour qui évoque la vie au quotidien d’une famille recomposée et un récit qui m’a permis de revisiter Paris d’une autre manière. Comprend qui peut (sourire). Je ne voudrais pas clore ce chapitre sans évoquer Tatiana de Rosnay dont j’ai lu tous les livres. Une belle personne. 

Racontez-nous comment vous avez rencontré avec votre éditrice, Florence Dell’aiera.

En décembre 2009 j’avais envoyé un manuscrit (pas celui de «  La petite fille… ») pour participer à un concours et je cherchais les blogs de personnes qui participaient à ce même concours. Je suis tombée sur celui de Forence et très vite nous avons sympathisé. Malgré notre différence d’âge nous avons beaucoup d’idées communes dans de nombreux domaines. Ni l’une ni l’autre n’avons été retenues comme finalistes. Florence a décidé de s’auto-éditer, je l’y ai encouragée. Elle a monté sa maison d’édition  Morey éditions et son roman « Catharsis » est paru en mars 2010. Une sacrée performance. Par la suite, elle s’est jetée à corps perdu dans cette entreprise qui la passionnait. Fin 2010 elle m’a proposée d’éditer mon roman qui est sorti en juin 2011. Une belle histoire que notre amitié.

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Pouvez-vous me parler du livre que vous écrivez avec elle ?

Au départ, « Catharsis », le roman de Florence, devait être le premier tome d’une série fantastique. Son entreprise lui laissait peu de temps à consacrer à l’écriture. Elle m’a demandé si j’acceptais de coécrire le deuxième tome. J’ai tout de suite accepté, l’aventure me tentait. Nous nous sommes rencontrées pour la première fois en juillet et nous nous sommes mises au travail : quinze jours à mettre au point la structure du roman et à nous interroger sur la suite à donner en fonction des événements qui avaient précédés. Nous avons décidé qu’une partie de du livre se situerait en Angleterre à l’époque où le christianisme l’emportait sur le paganisme, la tradition celtique. Parallèlement l’empreinte du passé aurait des répercutions sur les personnages de notre temps. Dans ce travail nous sommes complémentaires. Florence est dotée d’une belle imagination que je tempère parfois afin de rendre crédible une histoire « Extra-Ordinaire ». L’alliance de la jeunesse et de la sagesse en somme. (Sourire)

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Florence Dell'aiera, coïncidence (?) a elle aussi été mandorisée...

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