17 juin 2013
Eliette Abécassis : interview pour Le palimpseste d'Archimède

Romancière et essayiste, Eliette Abécassis alterne textes intimistes (La répudiée, Mon père, Un heureux événement), épopées (Qumran, Le Trésor du Temple, Sépharade) et essais (Petite métaphysique du meurtre, Le Livre des Passeurs, Le Corset invisible). Elle collabore par ailleurs régulièrement à des journaux (Le Monde des Religions, Le Figaro littéraire, Elle) et travaille pour le cinéma (Kadosh, Un heureux événement). La dame a du talent et, elle aussi, ça faisait un moment que je souhaitais que nos chemins se croisent. Voilà qui est fait à l’occasion de la sortie de son roman Le palimpseste d’Archimède.
Le 29 mai dernier, elle m’a donné rendez-vous au café d’en bas de chez elle… Voici la synthèse de notre conversation pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (puis je vous propose un complément pour ce blog).

(Puisque vous n'avez pas de loupe à portée de main, je vous propose une lecture plus aisée de l'introduction de cette interview... De rien!)
"Et si le monde avait un code secret qu’il serait dangereux de déchiffrer ?" s’interroge Éliette Abecassis dans son nouveau thriller historico-ésotérique. Des mystères d’Eleus au nombre Pi, de l’élite savante aux jésuites d’un obscur monastère de Judée, l’auteure embrasse deux mille ans de l’histoire humaine en mêlant rituels anciens, philosophie et mathématiques, assassinats sanglants et mysticisme. Un livre dans la lignée du Da Vinci Code !



Le teaser du livre.
Bonus mandorien:
On sent que derrière ce livre, il y a une agrégée de philosophie. Je trouve que ce roman est avant tout un livre philosophique.
Je l’ai voulu comme tel. On apprend beaucoup de choses sur la philosophie grecque, mais aussi la philosophie d’une façon générale. Et surtout, ce qu’apporte la philosophie à la vie et l’importance de la philosophie pour chacun de nous. Je pense qu’aujourd’hui les philosophes ont un peu démissionné de leur rôle. Ils n’apportent plus aucune vérité. Ils se retirent du débat. Sauf certains philosophes qui, pour le coup, sont un peu trop dans la démagogie de la philosophie. On est dans une époque où on a plus que jamais besoin de la philosophie pour répondre à toutes les questions que l’on se pose sur la marche du monde.
On ne peut pas écrire un livre dense comme celui-ci, dans lequel il y a autant d’informations, sans être passionné par tout ça.
La philosophie, pour moi, est la reine des disciplines. Je l’ai enseigné pendant trois ans. J’ai essayé de retransmettre ma passion que j’ai pour la philosophie à travers la relation entre ce professeur de philosophie, Elsa Marrek et son disciple. À travers eux, j’essaie d’avoir la même relation avec le lecteur.

(Photo : Gala)
Vous-mêmes, vous avez eu un mentor, un initiateur en philosophie ?
La philosophie ne débouche que sur l’enseignement de la philosophie. Les gens qui étudient la philosophie doivent avoir une rencontre, un initiateur privilégié. Si on prend un livre de philo, comme ça, tout seul, on ne va pas comprendre. On a besoin de quelqu’un qui va nous expliquer, à la façon des péripatéticiens d’Aristote ou de Socrate avec leurs élèves. Moi, j’ai eu plusieurs mentors, à commencer par mon père qui est prof de philosophie. J’ai été son élève et son disciple. C’est avec lui que j’ai appris la philosophie. En terminal, à Strasbourg, j’ai eu un professeur extraordinaire qui s’appelle Norbert Engel. C'était un accoucheur d'esprit, subversif et provocateur, passionné et passionnant. C'est lui qui, le premier, m'a encouragée à écrire à 15-16 ans et à passer le concours de l'ENS. Il est l’un de mes d’éveilleurs de conscience comme devrait l’être tout bon prof de philo.
Du coup, vous, vous éveillez les consciences de vos lecteurs.
Pour moi, c’est très important, de transmettre à travers les romans. Je pense que j’ai cette mission-là. Je n’écris pas pour moi, je n’écris pas pour me faire plaisir, ni pour raconter des aventures personnelles, mais j’écris pour transmettre quelque chose. J’ai toujours le souci du lecteur, je ne le lâche jamais et puis surtout, je tente de l’élever, de l’introduire dans un monde inconnu. Je le prends pour quelqu’un de curieux et d’intelligent qui va être ravi de découvrir un univers.
Il y a aussi une jolie histoire d’amour dans ce roman.
J’aime bien le mélange des genres. C’est un roman philosophique, c’est un thriller, c’est une histoire d’amour. On fait des va-et-vient dans le temps, c’est moderne et ancestral…
Même si un livre comme Le palimpseste d’Archimède est complexe à écrire, est-ce que cela vous amuse d’écrire ce genre de livres ?
Oui, semer des indices, construire des fausses pistes est très amusant. La règle du polar, c’est que le lecteur doit avoir tous les éléments pour dénouer lui-même l’intrigue. L’auteur sème des cailloux qu’il n’arrête pas de camoufler pour égarer le lecteur. Celui qui est clairvoyant trouvera l’intrigue.
Le 29 mai 2013, après l'interview...
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15 juin 2013
Ingrid Desjours : interview pour Sa vie dans les yeux d'une poupée
Dans le nouveau polar d’Ingrid Desjours, Sa vie dans les yeux d'une poupée (Plon), se pose, en filigrane, la question du rapport au corps accidenté, du deuil, ou encore des conséquences psychologiques d'un grave traumatisme, jusqu'à la folie parfois. Vous ne ressortirez pas indemne de ce thriller psychologique unique.
Ingrid Desjours est passée me voir le 6 mai dernier. Voici donc la deuxième mandorisation (voir la première ici) de cette auteure qui n’a ni la langue, ni la plume dans sa poche.
Barbara, vingt-quatre ans, a tout oublié de l'horreur qu'elle a vécue, ce soir d'hiver dans un parc désert. Pourtant, de cette incursion au cœur de la douleur et de l’épouvante, elle n'est pas revenue seule : elle a ramené avec elle une vision, une hallucination tenace, entrevue à travers les lambeaux de son cauchemar. Une image avec qui la jeune femme vit. Hantée, obsédée. Et habitée par une soif inextinguible de vengeance dont la poupée qu’elle vient de s’offrir se fait le relais. C'est comme ça que la douce Barbara se laisse progressivement posséder par un double maléfique. Et commet en son nom les pires atrocités. Sur ses traces, Marc Percolès, flic provocateur et omniscient, au corps et au cœur plus couturés que Frankenstein. Il est le premier à faire le lien entre la petite esthéticienne sans histoire et le monstre qui torture des hommes, la nuit tombée. Prêt à tout pour la coincer, il n'hésitera pas à sortir du cadre légal pour arrêter l'escalade de violence. Mais, en cours d'enquête, il comprendra que Barbara ne tient pas forcément les rênes de sa folie, et que d'autres personnes de son entourage ont tout intérêt à ce qu'elle continue. Et que, elle aussi, il devra la sauver.
Née en 1976, Ingrid Desjours est psychologue spécialisée en psycho-criminologie. Après avoir pratiqué en Belgique auprès de criminels sexuels, elle se consacre aujourd’hui à l’écriture romanesque et scénaristique. Elle a déjà publié Echo et Potens (Plon, 2009 et 2010) remarqués et plébiscités par la presse et le public. Elle a animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission Au Field de la nuit (TFI).
Interview :
Ton livre commence avec une scène de viol très réaliste.
C’est la scène fondamentale constructrice de ce qui va se passer par la suite et à la fois destructrice. Je ne pouvais pas concevoir un viol autrement que dans la violence. C’est marrant parce que je ne m’attendais pas à ce que les gens réagissent autant sur cette scène. Et c’est surtout les hommes qui sont surpris, choqués pour certains d’entre eux. Dans une scène d’amour, j’aime bien ménager la pudeur de mes personnages. Dans ce cas là, je préfère suggérer parce que c’est quelque chose de beau et on a tous nos références en termes de sensualité et d’amour. Là c’est facile de laisser l’imagination du lecteur faire son travail. Pour cette scène de viol, je ne voulais pas qu’il y ait d’esquive et d’ambigüité possible. Je déplore que dans certains films elles soient un peu érotisées, ce qui fait que l’on arrive à des scènes qui peuvent devenir esthétiques, voire excitantes. Moi, je ne voulais surtout pas ça. Je voulais montrer l’horreur de ce qu’une femme subit dans ces moments-là et décrire tout ce qui peut monter dans la tête d’une femme qui se fait violer, ce à quoi elle va s’accrocher…
Ton héroïne, Barbara, qui a été victime de ce viol, met un voile sur cette partie là de sa vie.
Ça montre bien qu’après des agressions, qu’elles aient eues lieu dans l’enfance ou à l’âge adulte, c’est important de pouvoir mettre des mots dessus. Petite, déjà, Barbara n’a pu mettre de mots dessus quand son beau-père l’a violé. Quelque part, elle était dans le déni. Elle n’a pas de petit ami, elle est « pure », elle sait que passer en pleine nuit dans un parc, pour une femme seule, ce n’est pas le meilleur truc à faire. Quelque part, elle est dans une répétition de schéma. Je ne dis pas qu’elle recherchait à se faire de nouveau violer, mais elle s’est mise en danger. Elle est dans la peau de victime depuis toujours. Elle se vit victime depuis toujours justement parce qu’il y a eu ce déni. Ce livre met beaucoup l’accent sur l’importance de dire les choses, de les nommer. Plus tard, finalement, ce qui va lui permettre de croire en une rédemption possible, et de lui faire accéder à une part de beau, c’est la façon dont un homme va la nommer. Un détail qui révolutionne tout dans sa tête.
Pour tous les personnages de ton roman, Barbara, Marc, le flic et la maman de Barbara, on se demande constamment s’ils sont victimes ou tortionnaires.
La mère, par exemple, elle est les deux. Se sentir victime et ne pas dépasser ce statut de victime, ça autorise à plein de choses. Ça autorise à se plaindre, à faire payer les autres, à envahir les autres avec sa douleur, sa peine et son martyre. « Oui, mais moi j’ai besoin de réparation, après tout ce qui m’est arrivé… » et, finalement, la victime se transforme en bourreau. Ce n’est pas une démarche, ce n’est pas volontaire, mais pour moi, c’est la logique des choses.
Les mères dans tous tes romans sont un peu tordues… je ne te demande pas pourquoi ?
(Sourires. Mais pas de réponse.)
J’ai remarqué que tu ne t’interdis rien quand tu écris un livre. En tout cas, tu ne respectes pas les codes du thriller.
Déjà, je lis très peu de genre de roman, voire pas du tout. Les codes, je peux allègrement m’assoir dessus parce que je ne les connais pas. Et je n’ai pas envie d’écrire selon un canevas préétabli.
Il y a beaucoup plus de psychologie que chez bon nombre de tes confrères auteurs de thriller.
La psychologie m’a toujours fasciné, j’ai d’ailleurs fait des études assez conséquentes sur le sujet, tu le sais. Depuis que je suis gamine, j’observe les gens. Et je n’observe pas seulement ce qu’il y a de plus beau. Rassure-toi, je suis capable de m’émerveiller des belles choses, mais j’ai un gros problème dans la vie, c’est que je ne suis dupe de rien. J’ai une lucidité, comment dire… abominablement douloureuse. Ça plus mes études plus mon expérience professionnelle, oui, ça donne des livres où la psychologie est mise en avant. Ce que j’aime, c’est gratter derrière le vernis, derrière les apparences. « Si j’arrache un morceau de ta peau, il y a quoi derrière ? » C’est ce que je me demande toujours quand je discute avec quelqu’un. Même les masques que l’on porte sont révélateurs de ce qu’on est. On ne choisit pas par hasard. Déjà, on en choisit une que l’on peut porter. Les gens ne savent pas regarder en profondeur. Ils regardent en surface.
Le flic, Marc Percolès, est désagréable, abjecte souvent, de mauvaise foi tout le temps.
Pour moi, il est extrêmement attachant. C’est un hérisson. C’est quelqu’un qui te dit merde avant de te dire oui parce que c’est sa façon à lui de se protéger. C’est un écorché vif, dans tous les sens du terme en plus. Il préfère tenir les gens à distance que d’être dans cette souffrance permanente que les autres sont susceptibles de lui apporter. Il pense que quoiqu’il advienne, on va finir par lui faire du mal. Il a du mal à croire en la nature humaine dans ce qu’elle peut avoir de beau. Donc, il envoie chier.
Barbara, elle, finit par avoir un petit copain, Raoul, qui n’est pas moins qu’un sombre connard.
Elle ne sait pas qu’elle est mignonne. Elle ne sait pas qu’elle pourrait en avoir un autre. C’est un choix de dépit. C’est un choix de noyée. En fait, elle tend la main et elle attrape celle du premier qui passe par là. Elle a quand même l’espoir qu’il la sauve. Elle a une image catastrophique des hommes, finalement, lui, l’a conforté dans l’idée qu’elle n’est rien, qu’elle est secondaire, qu’elle n’est bonne qu’à la satisfaire sexuellement ? C’est très cohérent par rapport à l’image des hommes qu’elle s’est construite petite.
Bon, nous allons évoquer son amour pour les poupées. C’est ce que justifie le titre de ce livre.
La poupée qui parle à Barbara, c’est plus un symbole. Histoire d’avoir une interface parlante plutôt que quelque chose qui lui vient d’on ne sait où. Je trouve que la poupée se prête tellement à toutes les projections. Il y a un côté fascinant. Depuis la sortie du livre, je découvre à quel point les poupées font flipper beaucoup de gens. À partir du moment où on quitte le monde de l’enfance, une poupée perd tout son côté charmant. Ça doit renvoyer à une part de soi qui est morte et on ne veut pas être confronté à ce qui nous renvoie à l’enfance.
Je sais que les personnages de ce livre t’ont envahi pendant l’écriture. À quel point ?
C’est une question de résonnance. Marc et Barbara étaient indissociables de ce que j’étais au moment où je l’ai écrit. J’avais envie d’être autant amoureuse que Barbara et je me sentais tellement Marc.
Ça va loin.
Le personnage qui est le plus moi, c’est Marc, à l’évidence. Quand j’écrivais ce livre, j’avais des émotions « montagne russe ». Je voyais tout à travers les yeux de Marc et j’avais les espoirs de Barbara. Est-ce que ce sont eux qui m’habitaient ou est-ce moi qui les remplissais de moi à ce moment-là? Peu importe parce que dans les deux cas, ça fait boite de résonnance, ça finit par vibrer.
Tes lecteurs te disent souvent que c’est un livre dur.
J’aime bien quand on me dit ça, parce qu’au moins, ça a provoqué quelque chose.et ça ne laisse personne indifférent. Ce qu’on me dit souvent, c’est qu’après avoir refermé le livre, il faut un petit temps de réadaptation. On m’a dit que les personnages continuaient à exister quelque part.
C’est vrai que tes personnages sont très très forts.
Pour moi, ce ne sont pas des personnages, ce sont des personnes. C’est ça qui fait toute la différence. S’il y a truc que j’ai remarqué depuis que j’écris, c’est que finalement les lecteurs aiment bien avoir leur propre représentation et moi, je n’ai pas à leur imposer ma vision. Je leur donne des cartes et après, ils en font ce qu’ils veulent. Si j’imposais un physique et un personnage, ce serait déjà rentrer dans une espèce de dictature et je ne veux pas être un dictateur.
Une interview "coup de poing"!
08:44 Publié dans Les coulisses du show biz, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ingrid desjours, sa vie dans les yeux d'une poupée, interview, mandor
07 juin 2013
Paul Colize : interview pour Un long moment de silence (prix Landerneau Polar 2013)

De temps en temps, le bug. Le truc con. On va interviewer à 18h un auteur dont on a adoré le roman. Dont on estime que c’est même un livre important et que ce n’est pas juste un roman. Mélange de petite histoire qui s’imbrique dans la grande. Un thème universel. L’auteur est sympathique, disert, se confie même comme rarement. Je suis content. Je rentre. À 20h, impossible d’entendre la conversation menée. L’appareil produit un bruit sourd qui empêche toute compréhension de l’entretien.
Évidemment, l’auteur, belge, n’est que de passage. Il repart le lendemain. Le papier doit être rendu le lendemain (aussi). Obligé de contacter l’auteur à 23h. D’expliquer. Gêne. Qu’il faut recommencer par téléphone. Pas de souci. Auteur poli et gentil. Le lendemain, bis repetita. Interview. Strict minimum. Parce que plus la même ambiance. Parce que moins de temps. Parce que bruit autour. "Pardon, je n'ai pas compris ce que tu as dit!". Et papier banal. Et pas de version longue pour Mandor.
Et je le regrette.
Pardon à Paul Colize.
(Paul Colize est le lauréat du Prix Landerneau Polar 2013. Comme chaque année, pour Le magazine des espaces culturels Leclerc, j'interviewe l'heureux gagnant. Voici le fruit de notre rencontre pour le numéro daté du mois de juin 2013.)





Le 22 mai dernier, deux heures avant l'annonce officielle et la soirée de remise du Prix Landerneau Polar 2013 (dans le studio photo de Philippe Matsas, qui a pris la photo avec mon minable appareil Sony DSC-W220. Pardon à ce grand photographe de lui avoir fait faire cette concession.)
09:50 Publié dans Interview Culturissimo, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paul colize, un long moment de silence, prix landerneau 2013, interview, mandor
06 juin 2013
Stéphanie Hochet : interview pour Sang d'encre

(photo : Maurice Rougemont)
Je ne vais pas tergiverser longtemps, Stéphanie Hochet est l’une des plumes féminines françaises qui m’intéressent le plus ces dernières années. Il y a un an tout juste, je la recevais ici à l’occasion de la sortie de son précédent roman, Les éphémérides, qui m’avait déjà fortement impressionné. En lisant l’incisif et puissant Sang d’encre, on pénètre autant dans la chair de l’Homme que dans son âme. En peu de mots, juste l’essentiel et l’efficace. Encore une fois, Stéphanie Hochet, laissera en moi des traces indélébiles de son œuvre. Je me souviendrai « à vie » de cette fiction. Le 23 avril dernier, l'auteure est revenue à l'agence, pour une interview (évidemment) marquante...
Note de l’éditeur :
La fascination qu’exercent tatouages et tatoueurs sur le narrateur l’a conduit à dessiner pour l’un d’eux, son ami Dimitri. Mais il a longtemps résisté à offrir sa peau aux poinçons et à l’encre. C’est une phrase latine sur les heures qui passent Vulnerant omnes, ultima necat, (toutes blessent, la dernière tue), qui le fera changer d’avis et bouleversera son existence. Dès que Dimitri la lui tatoue sur la poitrine, il devient un autre homme dans ses rapports aux femmes, au temps, à l’existence. Mais très vite l’encre des premiers mots pâlit et, étrangement, son sang en fait autant…
Dans une langue dense et puissante, Stéphanie Hochet écrit une fiction aux marges du fantastique, une méditation sensuelle sur le sang et l’écriture, la peau et la mémoire, les traces et l’oubli.
L’auteure (selon le site Evene) :
Auteure à la plume acérée, Stéphanie Hochet se distingue parmi les figures montantes de sa génération. Titulaire d’une maîtrise d’anglais, spécialiste du théâtre élisabéthain, la jeune femme débute sa carrière en tant qu’enseignante en Grande-Bretagne. Son premier roman, Moutarde douce, paraît en 2001. Mais ce sont les romans Les Infernales et Je ne connais pas ma force qui la révèlent au grand public. En 2009, l’écrivain publie un très remarqué et très sombre Combat de l’amour et de la faim. Portés par un style nerveux, les textes de Stéphanie Hochet abordent les questions de la survie, du pouvoir ou de la lutte, autant de thèmes puisés dans ses lectures de Nietzsche, de Dostoïevski ou de Marguerite Yourcenar.
Interview :
Sang d’encre est publié aux éditions des Busclats, créées et dirigées par Marie-Claude Char et Michèle Gazier.
Michèle Gazier me connaissait, mais pas Marie-Claude Char (la veuve de René Char). Je n’ai pas eu une pression particulière parce que je savais que Michèle Gazier avait apprécié mes deux précédents romans et qu’elle me faisait confiance. J’ai saisi l’opportunité d’écrire chez elles pour me lancer dans quelque chose d’un peu particulier. Ce sont de petits livres qu'elles appellent les "pas de côté". Des écrivains confirmés sont invités à écrire dans cette collection des textes qu'ils n'auraient pas publié ailleurs.
Toi, tu es partie de quel point de départ ?
Je me suis d’abord penchée sur l’histoire du tatouage. Que nous apprend l’étude du tatouage et que nous apprennent les tatouages des différentes civilisations ? J’ai découvert par exemple que le tatouage était déjà pratiqué chez les hommes préhistoriques, chez les Grecs et les Romains, mais dans ce cas précis, pour désigner les esclaves… il y a toujours un rapport entre les tatouages et l’appartenance. Aujourd’hui, on se tatoue quelque chose parce qu’on a envie d’en posséder les caractéristiques. Si tu te tatoues un serpent ou un tigre, c’est que quelque part la force du serpent ou du tigre te fascine et que tu veux en posséder l’esprit. On se tatoue rarement un gentil panda (rires). Il y a toujours appropriation. En tout cas, c’est devenu une fiction qui a touché un thème devenu un peu obsédant pour moi.
Pourquoi le thème du tatouage est-il devenu obsédant ?
Je pense que ça faisait longtemps que je l’avais en moi, mais j’ai senti depuis le début qu’il fallait que ce soit un texte à part. C’est en explorant ce thème que j’ai découvert ce qu’il y avait derrière. Chez moi, c’était quelque chose qui éveillait une curiosité, une sorte de fascination, une très grande envie, un très grand désir et en même temps, une très grande frustration parce que je ne suis jamais passée à l’acte. Ca peut paraître troublant parce que je raconte dans le livre les sensations lors d’une séance de tatouage et les impressions que ressentent les tatoués. Mais, j’ai interviewé de véritables tatoueurs pour retranscrire aux mieux cet état. C’était donc un thème à la fois obsédant et transgressif parce que je ne suis pas personnellement passée à l'acte.
Tu as une appréhension ?
Compte tenu de ce que je ressens quand je tombe malade, et dans quel état mental je suis alors, je me suis dit que si j’appliquais quelque chose sur mon corps, j’allais sans doute me retrouver dans un état mental différent, également. Je pense qu’il n’y a pas de séparation entre le corps et le mental. La séparation chair et esprit pour moi n’existe pas.
Moi, je juge quelqu’un en regardant son tatouage comme je juge quelqu’un en regardant sa bibliothèque… ce n’est pas bien, mais je ne peux pas m’en empêcher.
Sauf que la bibliothèque est amovible. Elle peut varier avec le temps. Le tatouage est là à vie. Mon angoisse est née de cet « à vie ». Qu’est-ce que ça signifie aujourd’hui de poser sur son corps quelque chose qui va rester à vie ? La seule façon de faire disparaître un tatouage pourrait être le laser, mais en réalité, ce n’est pas une véritable façon de l’enlever puisqu’il reste toujours une trace. La peau n’est plus vierge. Je suis peut-être un peu tordue, mais pour moi, s’il reste une trace, il reste quelque chose. Comment accepter l’idée que l’on se marque à vie ? Si on n’est pas éternel, si on n’a pas d’œuvre derrière soi (et encore, est-ce qu’un œuvre résiste au temps ?), est-ce qu’il faut prendre le risque de se marquer pour toujours ? Il fallait que je tourne autour de l’idée d’une certaine forme d’éternité. L’éternité n’existe pas, donc, pour le corps humain, l’éternité c’est toute la vie.
Il y a beaucoup d’idées dans ce livre. Un peu de philosophie aussi.
Quand j’en parle là, avec toi, j’ai l’impression que les idées sont un peu complexes et intellectualisées. Quand j’écris une fiction ou un roman, je suis une romancière, c'est-à-dire que j’incarne mes idées. Je ne me lance pas de grandes digressions intellectuelles. Le roman, c’est une histoire de vécu, c’est une histoire d’incarnation.
Ton narrateur est hypocondriaque. Tu l’es toi aussi ?
J’ai du mal à trouver quel terme s’applique le mieux à mon cas. Je ne sais pas si je suis hypocondriaque ou nosophobe (la peur d'attraper des maladies). La maladie est quelque chose qui me hante suffisamment pour qu’elle s’introduise dans mes romans comme véritable thématique. La phrase d'exergue de mon précédent livre, Les éphémérides était puisée dans La maladie comme métaphore de Susan Sontag. Ce n'est pas un hasard.
Dans Sang d’encre particulièrement.
Oui, tu as raison. Le but n’était pas d’être obscur ou compliqué, d’ailleurs, je pense que le livre est accessible à tout le monde.
Tu aimes savoir ce que pensent les gens qui ont lu ta fiction ?
Chaque lecture d’autrui t’apporte quelque chose, te fait découvrir ton texte, c’est ça qui est fou et passionnant. En tant que romancière je ne commence pas par les idées mais par l'incarnation, même si, sous-jacentes sont les idées. C’est aux lecteurs d’intellectualiser le texte. Sang d’encre a souvent été interprété de manière originale et pertinente. Ça se recoupe, mais il y a des lectures singulières. Les gens ont saisi ce que ce texte a d’universel. À partir d’un simple tatouage, je pense avoir touché un vrai questionnement humain autour de questions simples : qu’est-ce que je laisse derrière moi ? Qu’est-ce que je décide de faire de ma vie à 40 ans ? Quel bilan puis-je faire quand je regarde derrière moi ? Que signifie mon passé ? Le narrateur se pose ce genre de questions. C’est quelqu’un qui doit être terriblement inquiet et qui, quand même, a conscience de l’importance de l’enjeu. Il a conscience que le tatouage, c’est très significatif et c’est pour ça qu’il s’est fait tatouer une phrase qui doit avoir rapport avec la mort et avec la vie. Vulnerant omnes, ultima necat, (toutes blessent, la dernière tue) est une phrase que l’on trouve sur les cadrans solaires des Romains. Elle nous rappelle que nous sommes tous mortels. Un jour cette phrase s’efface partiellement et elle change de sens…
Ta fiction devient alors fantastique.
Il y a un pied dans le fantastique, mais l’air de rien.
Tu ne cites pas nommément la maladie qu’attrape le narrateur.
Je fais comprendre aux lecteurs de quoi il s’agit, puisque je précise qu’il s’agit d’une maladie du sang et que je donne la sonorité du mot. En fait, c’est une leucémie. Il y a un chassé-croisé entre l’encre et le sang. Un sang qui perdrait de sa couleur, des globules rouges qui disparaitraient et l’encre qui disparait aussi de sa peau.
Le narrateur nie sa maladie.
Il ne veut pas en entendre parler, il refuse de se soigner pendant tout un temps, il regarde ailleurs. Il est trop fasciné par son tatouage.
Il a peur aussi.
Oui, c’est un livre qui parle de notre fin, de notre finitude.
Le narrateur reste ou quitte une femme en fonction de leur réaction par rapport à son tatouage…
Un tatouage est destiné à être exhibé. Pourtant, certaines personnes le cachent, mais c’est hypocrite parce qu'ils le cachent pour le montrer. Le narrateur ne pense plus qu’à ça, une fois qu’il l’a sur le corps. Il cherche à exister par ce tatouage, il cherche à susciter le commentaire des jeunes femmes. Il est très déçu parce qu’aucune n’est vraiment fascinée par son tatouage. Elles ne lui parlent que des lettres qui s’effacent.
Il y a dans cette fiction un autre personnage important, Dimitri, le tatoueur.
C’est un personnage énigmatique et j’ai même fait en sorte qu’il reste une sorte d’inconnu. Il est volontairement dans l’ombre. C’est un personnage secret, qui a le pouvoir. Il a le pouvoir de marquer les gens à vie au premier sens du terme. Le narrateur se demande d’ailleurs si Dimitri ne marque pas un peu trop les gens, s’il ne rentre pas en peu trop dans leur vie. Jusqu’où il va ? Toute la question est là. Est-ce que ce n’est pas déjà une façon de rentrer dans la vie des gens que de rentrer dans leur peau ?
Je n’y avais jamais songé, mais tatouer, c’est l’acte le plus intime que l’on puisse faire aux gens.
C’est extrêmement fort. Quand vous écrivez un livre et que les gens vous lisent, s’ils retiennent ce qu’ils ont lu pendant quelques années, c’est que vous les avez un peu marqués, mais il y a l’oubli et le temps qui passent au bout d’un moment. Avec un tatouage, vous ne pouvez pas oublier le tatoueur. Personne ne mesure l’importance symbolique de l’inscription sur la peau.
Si tu prenais l’incroyable décision de te faire tatouer, sais-tu ce que tu demanderais ?
J’y ai souvent pensé. Mais la meilleure solution pour moi serait que je devienne moi-même tatoueuse parce que j’aurais sans arrêt envie d’inventer quelque chose.
Stéphanie Hochet adoubée par son amie de plume assassine, Amélie Nothomb.
Est-ce que l’on peut dire que c’est ton roman le plus personnel ? On a l’impression que tu nous livres toutes tes angoisses et obsessions…
Je ne sais pas si c’est le plus personnel. J’ai du mal à dire lequel de mes livres est le plus personnel. Ils sont tous tellement personnels par définition, mais c’est peut-être le plus abouti. Il fait 97 pages, mais c'est du concentré. Le sujet étant plus court, plus serré, plus physique et plus angoissé, peut-être que ça parle plus de moi. Pour certains autres projets littéraires, j’avais l’ambition de réunir des choses assez différentes de moi, mais là, effectivement, sans doute que ça touche quelque chose de très intime. Je pense énormément à ce que l’on laisse de soi. J’écris des livres qui m’engagent tout le temps, mais je ne suis pas sûre qu’ils vont rester. Vraiment, c’est un mystère ce qu’on laisse derrière soi.
Tes romans ont une acuité phénoménale, je trouve.
Je veux que mes romans soient extrêmement précis. Il faut écrire avec acuité comme il faut vivre avec acuité. Quand on est quelque part, il faut savoir regarder les choses. Il ne faut pas vivre en se disant qu’on a déjà tout vu. Dans mes romans, je fais en sorte d’attacher une grande importance à la perception. Sang d’encre est un livre qui s’attache particulièrement aux perceptions qui nous font entrer dans un vertige et qui font entrer le narrateur dans une sorte de délire logique. Je n’ai pas envie de céder à ça personnellement, mais mes personnages peuvent rentrer dans ce processus. La littérature sert aussi à explorer tous les chemins.
(Stéphanie Hochet avec l'écrivain Lilian Auzas "Riefensthal")
Dans tes livres, il y a souvent un temps d’immersion.
On entre dans quelque chose lentement et ensuite, ça va prendre une direction que les lecteurs verront ou pas Il faut accepter de prendre son temps au début et de ne pas savoir les choses tout de suite.
Ton 10e livre est en route ?
J’en suis aux prémices. Je suis prudente là-dessus, car les débuts sont très fragiles. Je commence à tâtonner sur quelque chose.
Avec Stéphanie Hochet, le 23 avril 2013.
07:29 Publié dans Les coulisses du show biz, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : stéphanie hochet, sang d'encre, interview, mandor
02 juin 2013
Daniel Martinange : interview pour L'ouragan
Lire Daniel Martinange est une expérience littéraire unique. On est blackbaboulé par son inclassable et remuant ouragan. Vous lirez, si vous l’osez, une histoire d’amour passionnelle, menée tambour battant (jamais expression aura été si proche de la réalité).
Le cinquantenaire Antoine, rencontre enfin la perle de sa vie, la sensuelle (et plus que ça encore) Bahia. L’ouragan (chez Stéphane Million Editeur) est l’histoire d’un amour fou qui va les mener au pire sur un rythme haletant (ah bon ! Vous aviez compris ?). Ce livre sans aucune fioriture, sans aucun temps mort, est un melting pot de petites histoires hantées par cette femme disparue. Antoine va croiser d’autres personnages tout aussi singuliers et paumés que lui. Une albinos perdue dans les méandres de la quête de l’amour, un Indien Navajo très particulier, une nymphomane qui se fout de ce que l’on peut penser d’elle, un fakir et sa planche à clous et des animaux qui parlent. Bref, ce roman est complètement dingue, mais addictif. Il m’a paru évident qu’une rencontre avec son auteur s’imposait. Ainsi, Daniel Martinange est venu à l’agence le 10 avril dernier.
4e de couverture :
Un premier roman à l’écriture qui tranche dans le vif - saccadée, syncopée. On se laisse embarquer dès les premières pages, dans une ambiance technicolor qui rappelle les films de Wim Wenders.
Antoine, cinquante ans, rencontre Bahia.
«Il l’avait rencontrée aux Baléares lors d’un voyage organisé, après le décès accidentel de ses parents. Elle beuglait des airs chaloupés dans un boui-boui à touristes. Dix ans de moins que lui, peau sombre, avalanche de cheveux noirs, croupe canaille, seins flambeurs, aisselles acides. La première fois il jouit très vite, en grognant. La seconde, elle lui mord le cou. Il l’avait ramenée. Pour le village : une extraterrestre. Pour lui : l’inespérée salvatrice.»
L’auteur :
Daniel Martinange habite dans la Loire. Il a publié de nombreuses nouvelles chez divers éditeurs. L’Ouragan est son premier roman.
Daniel Martinange, c’est un pseudo… Vous avez écrit sous votre vrai nom, il y a très longtemps.
Mon vrai nom de famille est le deuxième nom de famille français le plus courant et il y a déjà deux homonymes qui publient des livres. Il y en a un qui est prof à l’université de Poitiers et qui publie des ouvrages historiques. Et un autre qui publie des romans du terroir. J’ai cru bon de me distinguer d’eux. Martinange, c’est le nom d’un hameau proche de là où j’habite.
Mais, vous avez publié sous votre vrai nom, un recueil de poèmes en 1973, qui n’est pas passé inaperçu.
En effet, je l’ai publié chez Guy Chambelland. Le recueil s’appelait Amour de terres. J’ai remporté un prix de l’Académie Française qui m’a permis d’empocher un chèque de 500 francs (sourire). J’étais content, c’était la moitié de mon salaire de l’époque… J’ai eu pour cet ouvrage une superbe critique d’Alain Bosquet dans la NRF. Suite à cette critique, j’avais un deuxième recueil de nouvelles qui était terminé, on m’a mis en contact avec un éditeur de chez Gallimard, Jean Grosjean. Il était aussi membre du comité de lecture, secrétaire général de la revue NRF et était connu comme un grand poète chrétien. Il avait beaucoup aimé ce deuxième recueil et avait décidé de le publier chez Gallimard dans un opuscule que la maison d’édition sortait tous les deux-trois ans qui s’appelait Les cahiers de poésies. Ces cahiers regroupaient trois ou quatre jeunes poètes. J’avais été choisi pour être l’un d’entre eux, mais Les cahiers de poésies ont été finalement supprimés peu avant la publication dans laquelle je devais figurer…
Vous étiez fortement déçu, j’imagine.
Un peu. Du coup, je n’ai pas insisté dans la poésie. J’ai décidé de me lancer dans la nouvelle sous le nom de Daniel Martinange.
Des nouvelles de science-fiction.
J’ai commencé à écrire des nouvelles, mais je ne savais absolument pas qu’il s’agissait de nouvelles de science-fiction. Pour moi, c’était juste des nouvelles « fantastiques », qui relevaient de l’imaginaire. À l’époque, je n’avais jamais lu une ligne de SF, pas même Jules Verne que pourtant tout le monde avait lu dans sa jeunesse.
Des éditeurs ont commencé à publier vos nouvelles de SF en tout cas.
Bernard Blanc pour son fanzine, mélange d’écologie et de science-fiction, ainsi que pour les éditions Kesselring et aussi Yves Frémion, chez J’ai Lu pour une anthologie trimestrielle de science-fiction qui s’appelait Univers. (Note de Mandor : dans les n°15 en 1977 et 18 en 1978, pour les amateurs qui seraient tentés de les retrouver).
Ensuite, Bernard Blanc et Yves Frémion vous ont mis en contact avec d’autres éditeurs.
Oui, avec des gens qui préparaient des anthologies collectives chez Denoël, j’ai d’ailleurs publié deux nouvelles dans la collection Présence du futur et j’ai publié beaucoup de nouvelles dans leur revue Fictions. Par contre, on me disait à chaque fois qu’on aimait bien ce que j’écrivais, mais que ce n’était pas de la science-fiction, ce que je savais parfaitement. Je demandais ce que c’était, mais personne n’était capable de me le dire. Du coup, aucun éditeur de l’époque n’a souhaité publier le roman que j’avais écrit. Tout passait bien en nouvelles, mais le roman, lui, ne passait pas.
Vous avez aussi failli intégrer Fleuve Noir dans ces années-là. On est là à la fin des années 70, début des années 80.
Ça m’intéressait d’écrire des romans dits « populaires ». Ça tombait bien, Patrick Siry, le directeur littéraire du Fleuve Noir, voulait me voir. Il m’aurait bien recruté comme auteur maison, mais pour rentrer dans cette maison, il fallait fournir la collection Anticipation et la collection Spécial Police. À l’époque, j’étais employé de banque, je n’ai pas osé tout plaquer pour me lancer dans cette aventure risquée.
Paradoxalement, peu de temps après, vous avez démissionné de cette banque.
Au bout de 10 ans d’ennuis au quotidien, je ne supportais plus de travailler dans un bureau. Alors, je me suis remis à écrire des romans de science-fiction, mais ça ne passait toujours pas auprès des éditeurs. Alors, j’ai pris la décision radicale d’écrire.
Pendant 20 ans. C’est énorme.
Au début, je touchais des droits d’auteurs. Après, je suis devenu « nègre » et je faisais aussi des lectures de manuscrits dans une petite maison d’édition de Saint-Étienne. Après deux dépressions nerveuses graves qui m’ont empêché d’écrire, j’ai recherché un travail salarié. Mes droits d’auteurs, puis mes économies commençaient à chuter. Je suis marié, je ne voulais pas être à la charge de ma femme. À l’époque, j’habitais à Saint-Étienne et j’achetais un quotidien national qui s’appelait Le Matin de Paris. Je me suis rendu compte qu’il n’avait pas de correspondant dans la Loire. Je les ai appelés pour proposer ma candidature. Ils ont accepté. C’est comme ça que j’ai commencé à faire du journalisme. Dans les mois qui ont suivi, je suis devenu correspondant de la région Rhône-Alpes de L’évènement du Jeudi. J’ai fait par exemple 3 pages sur l’art moderne à Saint-Étienne.
Après, moment de gloire, vous avez travaillé pour Le bois national, l’hebdomadaire national de la filière bois.
Oui, et je suis surtout devenu correspond du Monde grâce à Bruno Frappat qui a lancé les pages Rhône-Alpes.
Et aujourd’hui, vous êtes revenu dans le monde de la littérature.
Je ne pensais pas pouvoir recommencer à écrire, mais j’ai quand même décidé de faire de la littérature générale. Ça a donné L’ouragan, livre pour lequel vous me recevez aujourd’hui. Stéphane Million a programmé mon deuxième roman au mois de mars 2014.
Vous êtes très à l’aise dans la littérature générale, si j’en juge ce livre brillant.
Mais je serais aussi à l’aise dans la littérature de l’imaginaire. J’ai du mal à laisser tomber cet aspect-là de mon écriture, même si ce n’est pas celle qui est mise en avant en ce moment. J’aime la littérature réaliste quand c’est du polar ou du roman noir. J’adore Nadine Monfils par exemple. Parce qu’en plus, elle ajoute une dose d’humour non négligeable. J’aurais bien aimé être l’auteur de certains de ces ouvrages (rires). C’est un réalisme très exagéré, donc souvent drôle.
C’est intéressant ce que vous me dites là, parce que dans L’ouragan, tout n’est pas toujours « réaliste », justement. Votre écriture et vive et complètement folle. À la limite du surréalisme…
Je n’ai aucune culture classique. Les seuls auteurs du 19e siècle que j’ai lu sont Rimbaud et Baudelaire. Mais pour moi, ce ne sont pas des auteurs classiques, ce sont des auteurs modernes. Ce qui m’intéresse dans la littérature, c’est ce qui s’écrit aujourd’hui. Enfin, la littérature du 20e et du 21e siècle. Albert Camus et Paul Morand en font partie. Vous me dites que L’ouragan est surréaliste, je ne suis pas d’accord. Il est pour moi est un roman très réaliste. C’est comme Paris. C’est un bordel monstre, mais il y a plein de choses intéressantes et notamment sur le plan culturel. Mon roman, c’est pareil, vous découvrirez beaucoup de choses dans ce bordel, il vous suffit juste de prendre un peu le temps pour visiter avec attention, pour gratter pour découvrir ce qu’il y a derrière les lignes. Mon roman, c’est la vie, la société, le monde… bref, un bordel monstre.
Critique dans le magazine ELLE ( 22 juin 2012).
Tous les personnages sont à la fois insensés et « borderline ». Ils n’ont peur de rien.
Dans la vie, il ne faut avoir peur de rien, sauf de la bêtise et de l’ignorance. Moi, ce sont les deux seules choses qui me font vraiment très peur. Les drames qui arrivent dans le monde depuis quelques décennies viennent de ça.
Votre héros principal, Antoine, est pourtant complètement inculte et ignorant.
C’est vrai, mais il est intelligent. Il a une intelligence sauvage. C’est aussi un écologiste abrupte. À 50 ans, il s’est rendu compte qu’il s’emmerdait dans sa vie. Il est tout seul, sans relation sentimentale, donc, sans relation sexuelle, sinon tarifée et la masturbation devant la télé. En plus, il s’emmerde dans son boulot qui le rend esclave. Je raconte l’histoire de ce type qui explose, qui sort de lui-même grâce à la jolie Bahia.
Grâce ou à cause. Au début du roman, il finit par tuer Bahia et son amant. Il rencontre ensuite une jeune fille, Hélène, avec laquelle il s’enfuit en Argentine, une Patricia déboule dans leur vie, il part aux États-Unis, il monte un élevage de zébu pour faire de la mozzarella… je schématise l’histoire, mais tout va très vite.
Ce qui est important aussi, c’est sa rencontre avec le patron d’un ranch, un indien Navarro. Antoine est un petit paysan qui se trouve plein de points communs avec cet indien si différent de lui à la base. Notamment l’amour de la nature et le fait de se sentir bien avec les arbres et avec les animaux.
Oui, il est beaucoup question d’animaux d’ailleurs.
Je ne fais aucune différence entre l’espèce humaine et l’espèce animale. La différence, c’est juste la culture et la conscience d’être mortel. Nous sommes des singes, nous descendons du singe et plus précisément, comme l’a confirmé une équipe de chercheurs américains, des bonobos. D’ailleurs, savez-vous comment font les bonobos pour résoudre les conflits ?
Oui, ils copulent. Enfin, ils font l’amour…
C’est ça. Je trouve très burlesque que nous descendions des bonobos. Nous ne sommes rien d’autre que des singes améliorés. Tout ça pour vous dire que j’aime autant la vie humaine, que la vie animale, que la vie végétale. Je place tout à la même échelle de valeurs.
Daniel Martinange est un auteur qui fait voyager le lecteur…
J’aime beaucoup le film de Wim Wenders, Paris Texas, c’est même un film culte. Les thèmes de l’errance et du nomadisme sont pour moi très importants. Je pense que nous sommes tous des nomades qui ont été sédentarisés soit par la force, soit volontairement. Je pense que l’attirance de beaucoup de gens pour la littérature, le cinéma ou la musique, c’est le nomadisme. Ces formes d’expression artistiques font voyager. On est extirpé de soi, on sort de là où on est. C’est essentiel pour traverser nos vies réelles. Une soupape obligatoire pour ne pas se flinguer.
16:57 Publié dans Les coulisses du show biz, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : daniel martinange, l'ouragan, editions stéphane million, interview, mandor
01 juin 2013
Les éditions du Chemin de Fer et Mercedes Deambrosis invité de "La virgule du printemps" à Ozoir la Ferrière

C’est la deuxième année que j’anime La Virgule de Printemps à Ozoir-la-Ferrière organisée par Luc-Michel Fouassier (qui est déjà à l’origine du Salon du livre de la ville). L’année dernière, l’invité principal était François Bégaudeau (voir là). Cette année, Luc-Michel a pris des risques en n’invitant pas une personnalité médiatique. Il faut prendre des risques, sinon, les choses n'avancent pas. Il a choisi de mettre en avant une maison d’édition qu’il aime beaucoup. Les éditions du Chemin de fer, éditent, depuis 2005, des textes courts illustrés par des artistes contemporains. Les deux éditeurs de cette maison, François Grosso et Renaud Buenerd étaient donc présents, accompagnés de l’une de leurs auteures fétiche Mercedes Daambrosis.
Pour annoncer l’évènement, la ville avait placé des affiches absolument partout…


Pendant cette rencontre (dont le public se comptait sur tous les doigts de trois mains, malgré la campagne d'affichage, donc), on a appris notamment (je résume) qu’"à chaque nouveau projet, chaque nouvelle rencontre doit savoir enthousiasmer et participer à la réponse à ces questions: pourquoi des mots, comment des images, pourquoi un livre ?"
"Les éditions du Chemin de fer proposent à des auteurs ayant déjà publié la mise en image d'un texte inédit par un plasticien, rééditent également des textes épuisés, inédits ou méconnus du patrimoine littéraire". La rencontre a duré une heure, alors, évidemment, nous avons abordé de nombreux sujets dont les relations auteurs/éditeurs, la fabrication d'un livre, les choix éditoriaux, les difficultés économiques d'une maison d'édition, comment être et rester original, l'écriture de ce type d'ouvrage, le choix du plasticien pour tel ou tel livre...
Quant à Mercedes Deambrosis, dont j’avais fait la connaissance lors du dernier Salon du livre de Provins, ce que j'aime chez elle, c'est qu'elle se distingue par sa plume assassine. "Elle dénonce les faux-semblants que nous imposent la société, les masques que nous sommes tenus de revêtir" (si, si, même vous !)
"Et si l’Espagne de ses origines est souvent la scène de ses romans et nouvelles, c’est sans doute parce que là, plus qu’ailleurs, le carcan de la religion, de la bourgeoisie, des apparences a pesé et pèse encore".
"Ayant vécu les heures sombres du franquisme, Mercedes Deambrosis prend donc souvent l'Histoire d'Espagne comme décor de ses livres. En 2004 elle publie un recueil de nouvelles, La promenade des délices, relatant la vie quotidienne sous la guerre civile espagnole, et un roman, Milagrosa, traitant de l'emprise du pouvoir du Caudillo sur les Espagnols".
"Pour Mercedes Deambrosis, la vie est un théâtre où les existences sont vouées à l’aliénation. Le dialogue, la communication sont alors le seul moyen qui reste à ses personnages pour ne pas faire face à la vacuité de leurs vies".
L’essentiel de ses romans est publié chez Buchet Chastel et récemment, elle a sorti un thriller aux éditions La Branche.

Après la rencontre, les signatures... Ici Mercedes Deambrosis et un de ses éditeurs, Renaud Buénerd. L'un à illustré l'histoire de l'autre dans Rien de bien grave. Oui, un éditeur peut aussi être peintre/plasticien/illustrateur.
Photo souvenir. A mes côtés, Renaud Buénerd, François Grosso (les deux éditeur des Editions du Chemin de Fer), Mercedes Deambrosis (l'auteure) et Luc-Michel Fouassier, l'organisateur de l'évènement (avec lequel je travaille depuis près de 5 ans).
Dernière minute (et c'est une sacrée belle coïncidence): La Société des Gens de Lettres a décerné deux jours après cette rencontre ses Grands prix de printemps 2013. Les Editions du Chemin de Fer viennent d'obtenir un prix notable : Le grand prix SGDL de la nouvelle à Annie Mignard pour La fête sauvage (vu par Emmanuel Tête).

23 mai 2013
Grégoire Delacourt : interview pour La première chose qu'on regarde
(photo : Benjamin Decoin)
Grégoire Delacourt est mon invité du jour. Avant de lire l’interview qu’il m’a accordée, voici ma chronique à propos du livre pour lequel il me reçoit, La première chose qu'on regarde, publié dans Le magazine des espaces culturels Leclerc daté du mois de mars 2013.

Avec Grégoire Delacourt, nous avons des amis communs, ce qui a facilité notre approche mutuelle. Cela étant, l’homme et disert et sympathique naturellement. Le 25 avril dernier, ce fils de pub m'a reçu dans la salle de réunion de son agence Quelle belle journée.

C’est le livre d’après un succès qui est le plus difficile à écrire ?
Non, chaque livre est dur. Chacun est un premier livre. Mais, de toute façon, est-ce qu’un premier livre, c’est vraiment un premier livre ? On porte beaucoup de choses en soi avant de publier un premier livre. On a tous écrit des histoires dans la tête. Pour répondre plus précisément à votre question, il paraît que c’est de sortir un deuxième livre qui est compliqué. Parce que, de mémoire, il y a un romancier sur deux qui n’écrit pas de deuxième. Il y a une grosse déperdition. La liste de mes envies, le livre qui m’a fait remarquer, était mon deuxième livre. J’ai eu de la chance.
Mais, vous aviez écrit des romans non publiés avant votre premier livre, L’écrivain de la famille ?
Non, mais j’ai écrit un long métrage que j’ai même réalisé, Préférence. Il réunissait Annie Girardot, Anna Galliena et Jean-Marc Barr. Il est sorti en salle en juin 1997, mais il n’a pas marché. J’avais aussi essayé d’écrire une pièce de théâtre parce que je suis fan de Beckett, Vian et de théâtre en général, mais c’est resté dans mon tiroir parce que j’ai considéré que les dialogues étaient un cauchemar à faire.
Préférence - Bande annonce FR par _Caprice_
La première chose qu’on regarde est un roman sur l’apparence. Sur comment on est jugé plus par son physique que par son âme.
Les gens beaux souffrent. Ils attirent les belles et les moins belles pour les raisons qui ne sont pas les meilleures. Tout le monde en veut un bout.
Mais, le succès rend beau, aussi. Faisons le parallèle avec vous et avec votre notoriété soudaine… le regard des autres a changé sur vous.
Un peu, mais moi, je ne change pas. Je suis un homme simple. Mais, vous savez, un écrivain est caché derrière son livre. On produit quelque chose et on peut rester dans l’ombre tant qu’on le souhaite. Il y a d’ailleurs des écrivains qui ont décidé d’être cachés à jamais. On ne met pas en scène nous-mêmes notre physique, notre éloquence, comme un acteur, un chanteur, un présentateur à la télé. C’est vrai qu’un peu de notoriété fait qu’il y a une collusion entre le livre, la notoriété et l’auteur. On confond ce qui est écrit et celui qui écrit. Moi, je n’en suis pas beaucoup victime. Récemment, j’ai eu un prix donné par des lycéens à Arcachon, une jeune fille de 14 ans est venue vers moi pour me demander l’adresse de Guillaume Musso. On n’est pas encore dans la même catégorie (sourire). Mais, en gros, on est assez protégé quand on est écrivain. On ne nous emmerde pas dans la rue, on ne nous demande pas de dédicaces ou de faire des photos. Ça, c’est juste dans les salons du livre ou en dédicace en librairie. Dans la vie « normale », il y a quelque chose de distant.
Mais vous, vous portez un regard très distancié sur tout ça.
Tout retombe assez vite, il ne faut pas déconner. Notre notoriété est liée à l’actualité du livre, je ne me fais aucune illusion. Moi, je refuse toute télé ou radio qui ne concerne pas le livre. On m’a demandé de participer à telle manifestation ou faire acte de présence pour telle ou telle cause, ce n’est pas mon boulot. J’ai un travail, j’ai une famille, j’écris des livres et je tente de ne pas sortir de ça.
Quand on fait la démarche de mettre des barrières, ça veut dire que l’on sait qu’il faut s’en mettre.
Oui, vous avez raison. À ce propos, j’ai fermé ma page Facebook. On me demandait trop de choses. Trop de monde, parce que je suis plutôt sympa, me sollicitait dans tous les sens. J’ai reçu des textes, des demandes d’aides pour être publié... Ça prenait beaucoup trop de mon temps. Une des raisons qui m’a incité à quitter ce réseau, je vais vous dire franchement, c’est qu’il y a un « ami Facebook », récemment, qui a su que j’avais signé mes livres pas loin de là où il habitait. Je ne lui ai pas signalé ma venue. J’ai reçu un message dans laquelle cette personne m’engueulait parce que je ne l’avais pas prévenu et qu’il ne comprenait pas parce que nous étions « amis ». La collusion entre le réel et le virtuel m’a frappé à ce moment-là. C’est compliqué de ne froisser personne. J’ai donc arrêté Facebook un peu radicalement, il est vrai.
Revenons au livre. La première chose qu’on regarde est un roman sur l’apparence. Ce
thème vous travaille-t-il ?
Il travaille l’époque. Il travaille toute une génération de gamines. J’ai trois filles, je sais de quoi je parle. Quand je lis qu’une fille sur deux envisage une intervention chirurgicale, je trouve ça terrifiant. Est-ce qu’elles ne s’aiment pas comme elles sont, est-ce qu’elles sont contraintes par les magazines, par la télé, par les romanciers, par la culture d’aujourd’hui d’être un modèle qui ressemble a quelque chose de formaté ? Ça me fait froid dans le dos. Ça me fait froid dans le dos comme quand j’ai vu au cinéma Le miroir à deux faces d’André Cayatte avec Bourvil, Michèle Morgan et Gérard Oury. Je suis dans la pub, je vois les choses. On crée des normes. C’est terrifiant de voir Jeanne Fonda qui doit avoir 125 ans qui prétend être jeune pour toujours. Non, on peut vieillir joliment. On peut-être une vieille belle dame. On n’est pas obligé de se lisser.
Ce livre évoque aussi la fascination qu’on a pour les « people ».
Les journaux « people » font des milliards de chiffre d’affaires. Les gens s’intéressent plus à la vie des gens de papier, des gens inaccessibles, plutôt qu’à leur voisin. Tout ça était présent dans mon esprit et un jour, c’est ressorti en roman.
Jeanine, le sosie de Scarlett Johansson, vit très mal cette ressemblance.
Elle est prise pour quelqu’un d’autre de trop belle. On peut être pris pour ce qu’on n’est pas et c’est très dur. Je pense qu’il y a beaucoup de douleur chez les filles trop jolies, comme beaucoup de mépris chez les filles au physique ingrat. Je crois que tout le monde est déstabilisé quand il est pris pour quelqu’un d’autre que soi. Le physique est la clef d’entrée dans le monde. Quand la clef est faussée, on n’ouvre pas facilement les portes…
Arthur Dreyfuss n’est pas très attirant et cette bombe sexuelle tombe amoureuse de lui. Vous n’avez pas eu peur de ne pas être crédible ?
La magie, c’est quand ça marche. Quand on referme un livre et qu’on se dit que tout est vrai. Je vous l’accorde, je n’y suis pas allé en finesse. J’ai décrit Arthur en caleçon avec son marcel quand il a ouvert à Scarlett. Déjà, cette scène ne devrait pas marcher. Ce qui est beau dans le travail d’un romancier, c’est de se dire que ça va marcher. J’ai aimé le vertige, la sensation d’être toujours en équilibre. Si cette histoire est incroyable, elle peut être vraie. J’ai reçu du courrier de lectrices qui me félicitent de comprendre la difficulté d’aimer, d’être aimé, et de comprendre et expliquer les problèmes liés à l’apparence.
Ça vous amuse que chaque roman soit interprété diversement par tel ou tel lecteur.
Oui. Parfois, c’est même troublant. Pour ce livre, un vieux monsieur est venu me demander dans un salon du livre, s’il y avait une lecture christique et chrétienne. L’action de mon roman se situe pendant 6 jours. Il pensait que je donnais une nouvelle version d’Adam et Ève. Arthur et Jeanine sont à la recherche de l’amour originel. Ils se dépouillent de toutes les apparences pour arriver à l’amour absolu. Cet amour est impossible et il est déjà perdu. J’ai regardé ce monsieur et je lui ai dit qu’il avait raison. C’était une interprétation possible parce que je voulais raconter la naissance de l’amour.
Vous faites beaucoup référence à Jean Follain.
J’aimerais qu’on vende du Follain. C’est de toute beauté ce qu’il a écrit. Je cite des extraits d’Exister et Usage du temps. À 18 ans, je lisais beaucoup de poésies. J’avais acheté une collection de poésie chez Gallimard, ils me sont tous tombés des mains, sauf Jean Follain qui est resté et qui a traversé un demi-siècle avec moi. Quand je voulais qu’Arthur rencontre les mots, j’ai mis le bouquin de Follain que j’adorais. J’ai toujours mis un livre dans mes livres. Dans La liste de mes envies, c’était, Que moi joie demeure de Jean Giono.
Vous dites que les livres vous ont un peu sauvé la vie. Expliquez-moi…
J’étais en pension très tôt, et à des moments les plus noirs, les plus durs de l’enfance, c’est vrai qu’un livre a ouvert des portes, des coins de ciel bleu. J’ai compris en lisant qu’il y avait des situations pires que celles que je vivais.
Vos livres donnent de la joie à vos lecteurs, alors qu’ils se terminent toujours mal.
On ma rangé un peu vite dans les « feel good books » (des écrivains positifs). C’est du foutage de gueule. Ça me fait rire parce que dans La liste de mes envies, l’héroïne laisse crever son mec comme une merde. Elle part sans un mot. Elle est brisée cette pauvre femme avec ses millions. Je pense qu’en littérature, le bonheur, c’est emmerdant. Le bonheur, c’est bien que dans nous vies à nous, en fiction, on s’en fout. Le bonheur ne peut d’ailleurs pas s’écrire.

Vous décortiquez l’âme humaine dans tout ce qu’elle a de beau et dans ce qu’elle a de laid.
Oui, j’aime bien ça. Dans La liste de mes envies, c’est un truc de scientifique. Je prends une famille, quatre personnes, une maison. Je fous une bombe dedans qui s’appelle « 18 millions ». Et moi, comme un sadique, je regarde ce qu’il se passe… tout ce que ça détruit. Dans La première chose qu’on regarde, je mets deux personnes : la plus belle fille du monde et un mec banal qui aime les belles filles. Ils vont détruire tout ce qui n’est pas eux. Avec ce livre, j’avais envie de raconter une histoire d’amour pour des gens plus jeunes. Je trouve que les gamins ne lisent pas assez. Ma fille de 17 ans à lu ce livre et elle l’a trouvé très beau, très romantique. Elle m’a dit : « ton livre il est terrible, parce qu’il me fait grandir et parce qu’il m’apprend qu’on est condamné à tout perdre… et que l’on va toujours, toujours perdre ». Donc il faut accepter la perte.
Mais, j’ai remarqué que vous mettiez en avant que, dans la vie, de toute manière, on est condamné à tout perdre.
Grandir, c’est accepté de tout perdre. On perd l’amour, la santé, les rêves, les illusions et finalement la vie. Dans tous mes livres, je le remarque comme vous aujourd’hui, c’est l’idée de la perte qui m’obsède. Dans les livres, je préviens que, de toute manière, ça va mal finir. Mais avec humour et tendresse.
C’est quoi écrire un livre pour vous?
C’est une arme géniale. On peut faire du bien ou du mal. C’est bien de faire du bien, je trouve. Un livre, c’est parfois un cadeau que l’on fait aux gens. C’est extraordinaire, on fait ce qu’on veut. Il n’y a pas de patron ? Tous les jours, moi, dans la pub, il y a des clients qui me disent, « plus gros le logo » « plus petit le titre », « l’image plus souriante », « plus gourmande la moutarde »… là, dans l’exercice de l’écriture de roman, je fais ce que je veux.
Ce qui est bien, c’est que vous n’écrivez pas pour gagner de l’argent puisque vous êtes à
la tête de votre propre agence de publicité. Du coup, vous n’avez aucune pression.
Si on écrit pour gagner de l’argent, je pense qu’on commence à écrire moins bien. Il ne faut pas qu’il y ait un côté intéressé. L’écriture doit être un désintéressement et un plaisir absolu. On écrit pour être lu, par pour gagner sa vie. D’abord, économiquement, on ne peut pas gagner d’argent avec un bouquin. Ça ne se vend pas, faut arrêter le mythe. Si on fait 10 000, c’est un best seller quoi ! Avec mon premier livre, L’écrivain de la famille, j’ai fait 20 000 exemplaires et 70 000 en poche pour le moment. C’est formidable. Vous vendez 20 000 exemplaires vous gagnez 30 000 euros. 30 000 euros pour 3 ans de travail, ça ramène à 800 euros par mois. L’écriture, c’est un vrai besoin d’amour, d’altruisme, c’est une façon de se faire plaisir et de faire plaisir aux autres. Après, si on gagne plus tant mieux. Avec La liste de mes envies, je vais gagner un peu de sous, je vous l’avoue. Les ventes en France et à l’étranger sont considérables. Mais, je n’aurais jamais l’arrogance d’arrêter mon travail dans la pub. Ça voudrait dire que je suis sûr d’en vendre à chaque fois autant que La liste de mes envies, ce qui est impossible.
06:19 Publié dans Les coulisses du show biz, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16 mai 2013
Olivier Norek : interview pour Code 93

Les policiers sont souvent de formidables auteurs de polars. Olivier Norek, capitaine de police dans la Seine-Saint-Denis, qui publie son premier roman, Code 93, en est un parfait exemple. Une vraie plongée dans les manipulations criminelles dans les milieux de la politique et de la finance. Rencontre à l’agence (le 23 avril dernier) avec un romancier-policier qui veut réconcilier les lecteurs avec les "vrais flics". Voici l’interview publiée dans Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2013). Puis, vous lirez l’intretien complet. Je lui fais parler de sa vie de flic... et vous découvrirez un homme courageux qui n’a pas la langue dans sa poche.




Bonus mandorien :
Tout est vrai dans ce livre?
85% de vrai et 15% de romance, je vous répète. Un type qui achète un polar que veut-il ? Que ça lui pète à la gueule, qu’il y ait des rebondissements, du « page turner » et du « cliffhanger ». J’ai réalisé que j’avais tout ça dans les doigts. Je ne sais pas d’où ça me vient, mais j’ai compris ce genre de mécanisme assez naturellement.
Victor Coste à parfois de l’empathie pour un homme qu’il arrête. Vous-même, vous en avez eu aussi?
L’empathie, c’est la compréhension du geste, pas l’excuse du geste. C’est le seul trajet qu’on n’a le droit de faire vers cette personne-là. Le comprendre, pas l’excuser. Après, si on est trop dans l’excuse, c’est qu’on est trop dans l’enquête et il faut laisser la place à quelqu’un d’autre. Moi, je travaille à la victime. Uniquement. Arrêter un criminel, c’est une conséquence de ça.
Ce qui vous intéresse, ce n’est pas de réprimer, mais de protéger.
Protéger, c’est mon but, réprimer, c’est une conséquence de ce but. Je ne suis pas un fan des grands criminels. Je ne connais pas ces beaux mecs, ces beaux voyous dont on parle et que l’on magnifie à la télé. Ils ne m’intéressent pas. Je n’ai pas cette excitation de la petite bourgeoisie parisienne de fréquenter un voyou… ça ne me passionne pas du tout.
Michel Neyret, par exemple, a employé des méthodes peu orthodoxes, mais efficaces pour obtenir les résultats extraordinaires qu’il a eus à Lyon…
La seule chose que je dis par rapport à cette affaire, c’est que Michel Neyret est un fusible. J’adore voir un type qui bosse depuis 20 ans à l’antigang lyonnais, qui a des résultats que personne n’a eus auparavant, tomber tout seul avec sa Légion d’honneur sur le revers de la veste. C’est amusant parce que je sais que toute son équipe est au courant, que sa hiérarchie sait comment il travaillait depuis toujours, tout comme le préfet et le ministre au-dessus du préfet… on sait que parfois, ça peut déraper, ça peut déborder un peu trop loin, mais pourtant, le résultat est là. Dès que ça a commencé à sentir un peu le souffre, on l’a fait exploser, mais tout seul. C’est le concept du fusible qui marche très très bien dans la police et qui marche aussi très très bien en politique.
Vous, vous avez été à la limite ?
(Gros éclat de rire). Mais, bien sûr et je vais vous le dire. Il m’est arrivé d’avoir des montagnes d’herbes sur la table, des piles d’argent, mais je me mets vite des gardes fous. Je me souviens d’un pakistanais qui arrive un jour au boulot et qui me demande de l’aider. Il avait un sac Décathlon énorme. Il fuyait la mafia pakistanaise et son sac était rempli de billet. Comme il lui en manquait, il savait qu’il allait se faire buter par elle. J’ai demandé à 5 personnes de me rejoindre dans mon bureau pour que l’on compte l’argent tous ensemble. Il n’y a pas la tentation, mais il y a le risque. Quand on signe le contrat de ce métier, on sait qu’à un moment donné, on va se retrouver seul dans une pièce avec de l’argent. Si on n’est pas capable de ne pas céder à la tentation, il faut changer de métier tout de suite. Flic, c’est un sacerdoce.

Être flic dans le 93, c’est différent qu’être flic tout court.
Je ne crache pas du tout sur les flics de province, mais en un an de 93, vous avez vu ce que vous verrez en 5 ans en province. C’est un apprentissage accéléré.
Le flic, c’est une équipe, en fait. D’ailleurs votre livre en témoigne.
Le flic solitaire, ça n’existe pas, qu’on se le dise une fois pour toutes. Il a besoin de son équipe et sans son équipe, il n’est rien du tout. Et je rappelle qu’une enquête, c’est H24. Quand certains vont dormir, l’équipe de nuit reprend l’enquête.
Un flic ne rentre pas à 18h chez lui…
Flic en PJ, c’est en moyenne, 10 à 14h par jour, payé 8 d’ailleurs. Il y a quelques années, on nous a expliqué qu’à cause de la crise, on n’allait plus nous payer nos heures supplémentaires. On a continué à travailler 10 à 14h par jour. Flic, ce n’est pas un job, c’est un métier. Comme grand reporter, médecin, chirurgien, infirmier, enseignant. Ce sont des métiers où, même si on en prend plein la gueule, même si on nous enlève de l’argent, même si on nous enlève une voiture ou deux équipiers dans notre groupe, on va continuer. On va continuer parce que ce n’est pas que pour nous. Sur notre bureau, il y a toujours cette satanée procédure de viol, cette satanée procédure d’homicide et il y a toujours un mec dangereux dehors. Quelque part, on a une mission.
Ça implique donc une vie famille chaotique ou inexistante.
Je suis un très mauvais interlocuteur sur ce sujet, parce que je suis un éternel célibataire. C’est un choix de vie. En vrai, si j’en juge la vie de mes collègues, beaucoup sont mariés. C’est donc jouable. Mais, il faut prendre en compte la difficulté du boulot et ne pas espérer que son compagnon ou sa compagne flic ait des horaires normaux et même raisonnables. Il faut comprendre les difficultés et les obligations d’un policier. C’est 10 à 14 heures de boulot par jour, on bosse un week-end par mois, on bosse à Noël, on bosse au Nouvel an, on bosse lors des anniversaires, on bosse de nuit, on bosse très tôt le matin (la loi fait qu’on peut interpeller à partir de 6 heures du matin)… Pour résumer, ce sont des vies de famille compliquées, mais des vies de famille possibles.

Il y a un truc auquel je pense souvent. C’est comment un flic peut ou doit annoncer une mort à un proche? Je trouve ça horrible.
Ce n’est pas ma peine, ce n’est pas mes proches. La peine, elle est à eux. Si je leur prends, je leur vole.
Il y a une technique d’annonce ?
Oui. Elle est simple. Aller au plus vite. Je sonne. Ce n’est pas ma peine, ce ne sont pas mes proches. La porte s’ouvre. Je dis : « Bonjour monsieur. Je vais vous demander de réunir tous les adultes au salon, j’ai une nouvelle à vous annoncer. Les enfants peuvent rester dans leur chambre ». Une fois qu’ils sont là, je dis : « J’ai une terrible nouvelle à vous annoncer. Votre fils est mort ». J’ajoute toujours une indication sur les circonstances pour que l’imaginaire des gens présents ne parte pas dans tous les sens.
Est-ce qu’insidieusement, vous n’êtes pas marqué par ce dont vous êtes le témoin ?
Bien sûr que si. Après, je m’en défends. Je suis construit de tout ce sordide que j’ai vu. Mon quotidien, c’est le pire de l’homme. Je passe mon temps à arrêter des violeurs, des kidnappeurs, des assassins.
L’autre, c’est qui pour vous ?
Quand l’autre c’est l’auteur, je vois le mal. Et quand l’autre c’est la victime, je vois l’effet du mal. Alors, évidemment, l’autre, il en prend un sacré coup dans la gueule avec moi. Au bout d’un moment, on a les épaules un peu plus lourdes et j’ai une vision des autres qui est un peu plus méfiante. Du coup, j’ai besoin d’une famille et des amis hyper stables.
Par exemple, quand vous êtes arrivé à l’agence, je vous ai vu observer les alentours et les gens qu’on a croisés dans le couloir.
Bon, je pars du principe qu’on est tout le temps en jugement. C’est vrai que j’ai moins confiance. Personne n’est tout blanc, ça n’existe pas. Je ne peux pas faire confiance à quelqu’un à 100%. J’ai 3 amis que je connais depuis 20 ans. C’est très bien. Pas besoin de plus.
Vous lâchez prise parfois ?
Ça devient un réflexe qui n’est pas vraiment contrôlable. Je suis incapable d’aller à un rendez-vous sans avoir 20 minutes d’avance. Je regarde le lieu, je regarde comment c’est…
Vous l’avez fait aujourd’hui ?
Ça fait 20 minutes que je suis dans votre courette.
Vous vous êtes mis dans un coin. Un endroit où il ne peut y avoir personne derrière vous.
Je suis toujours dos à un mur ou dans un coin. C’est comme ça. Ce sont des réflexes conditionnés que je ne peux plus enlever. Il faut que je voie ce qu’il se passe autour de moi.
Là, je vous fais parler. Vous aussi vous faites un travail de psy quand vous interrogez les gens ?
Oui. C’est obligatoire. Je suis spécialisé dans les agressions sexuelles et dans les enlèvements. Dans le groupe auquel j’appartiens, qu’on appelle la SER (Section Enquêtes et Recherches), il faut avoir une bonne de dose de psychologie parce qu’en face de vous, je le répète, personne n’est tout blanc ou tout noir. L’auteur a peut-être ses raisons et la victime a peut-être provoqué ce qui lui ait arrivé. Il faut faire attention à tout ça, sinon on va tête baissée dans un mur. On va prendre fait et partie pour la victime, alors qu’elle y est peut-être pour quelque chose.
Vous prenez des risques en vous mettant en avant, en répondant à des journalistes ?
Qui sait ? Il n'en reste pas moins que j’ai envoyé ce livre à ma hiérarchie et qu'elle m’a laissé tout à fait tranquille. J’ai été même surpris d’avoir autant les mains libres.
Vous vous êtes mis en disponibilité pendant un an.
Je vise à manier assez bien l’écriture pour qu’à un moment donné, je puisse réussir à faire les deux. Flic et écrivain. J’ai écrit ce premier, je me lance sur le deuxième et pour le troisième, je vais essayer de réintégrer la police. Je compte réintégrer la police parce que ça me bouffe à l’intérieur de moi. Je commence à devenir frustré. J’ai envie de remettre les mains dans la boue. Tout ce qui m’énervait il y a 6 mois, ces planques interminables et ces filatures qui ne mènent jamais à rien, elles me manquent maintenant franchement.
Les médias, qui font souvent des raccourcis faciles, disent de vous que vous êtes le nouveau Olivier Marchal. Que pensez-vous de lui ? Est-ce que vous avez l’impression de faire le même métier ?
Le raccourci vient du fait que nous sommes tous les deux flics. On écrit des bouquins et lui il fait des films. En utilisant la vie de la police, on a réussi à s’en sortir. Ce qui nous différencie, c’est l’époque. Lui, il a travaillé dans une police que je n’ai pas connue et il a travaillé sans carapace, sans protection, les nerfs à vif et il s’est tout pris tout en pleine gueule.
Vous êtes confiant sur la destinée de ce premier roman ?
C’est un énième polar. Dans le monde, il y en a 1800 qui sortent par an. Personne ne m’attend, personne ne sait qui je suis. La seule chose qu’on sait, c’est que la couverture est belle et que j’ai une bonne petite gueule pour la vendre. Ce livre peut marcher parce qu’il est honnête. J’ai décidé d’être honnête sur le métier, sur les flics, mais aussi à la fois sur les enquêtes et à la fois sur moi-même.
Il est vrai que vous n’avez pas la gueule de l’emploi. Vous avez une tête de comédien.
Ça m’a beaucoup aidé dans mes enquêtes sur le terrain. On ne se méfie pas de moi, en filature par exemple.
Pour finir sur une note musicale, parlez-moi de la « Franche Touche ».
J’ai toujours eu un côté artistique, un côté assez sensible qui m’a valu pas mal de bonnes vannes dans le milieu policier. Avec ce groupe, j’ai fait des concerts, des Technivals et des boites de nuit. Un jour, j’ai changé d’art et je me suis mis à l’écriture. J’ai trouvé mon autre voie.
Le 23 avril 2013 à l'issue de l'entretien.
22:50 Publié dans Interview Culturissimo, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : olivier norek, code 93, interview, mandor
10 mai 2013
Pierre-Yves Tinguely : interview pour Codex Lethalis

(© www.enzo-capaccio.com)
Avec Codex Lethalis, l’auteur suisse Pierre-Yves Tinguely nous embarque dans une chasse morbide/mortelle, un subtil jeu de piste dont les règles échappent totalement aux enquêteurs. Une traque mêlant plusieurs ingrédients : technologie de pointe, ésotérisme, haine et vengeance et une dose considérable de suspense qui donne un rythme soutenu au roman. Pierre-Yves Tinguely est venu le 22 mars dernier à l’agence pour parler de ce premier roman (qui ne sera assurément pas le dernier).
4e de couverture :
Deux agents de police en patrouille découvrent une scène effroyable : une petite famille apparemment ordinaire a été massacrée.
Pourquoi Harold Buchanan, bon père de famille sans histoires, aurait-il tué sa fillette et sa femme avant de se supprimer ? L'autopsie révèle que sa propre mort n'est pas un suicide : son cerveau et ses globes oculaires ont comme bouilli. Un informaticien est chargé d'inspecter l'ordinateur de Buchanan : à son tour, il est pris d'une crise de folie meurtrière, et le massacre est évité de peu. D'autres scènes similaires se succèdent : des gens deviennent fous de rage et s'effondrent après avoir tenté d'anéantir tout ce qui les entoure.
Le point commun de toutes ces personnes à la fois meurtrières et victimes ? Une vidéo, huit secondes de mort vivante, diffusée sur la Toile et ouverte d'un simple clic sur leur écran.
Dans ce premier roman époustouflant, mêlant thriller et fantastique, Pierre-Yves Tinguely compose un récit démoniaque. Avec un scénario glaçant parfaitement maîtrisé, une écriture clinique et une tension sans temps mort, il impose sa propre loi, celle de la terreur aveugle et sans nom.
L'auteur :
Né en 1959, Pierre-Yves Tinguely possède la double nationalité franco-suisse. Après plusieurs années à Genève, il vit aujourd'hui à Annemasse où il poursuit sa carrière de graphiste indépendant. Amateur d'art déco, de rock des années cinquante et d'art en général, il est avant tout passionné par l'écriture à laquelle il consacre l'essentiel de ses loisirs.
Interview :
Vous aviez écrit deux livres avant celui-ci. Non publiés.
Le premier était déjà un thriller fantastique, un peu de la veine de Codex. Le deuxième, c’est un roman tout à fait contemporain. Ces deux textes-là n’ont pas été édités parce qu’ils n’étaient parfaitement aboutis. Ca m’a quand même prouvé que j’étais capable d’écrire un livre du début à la fin et ça, ça m’a rassuré. J’ai pris un plaisir fou à les écrire, surtout le deuxième que j’ai écrit en seulement 6 semaines. C’était un immense cri du cœur et c’est une histoire pour laquelle j’ai beaucoup d’affection. Je vais surement la réécrire en vue d’une publication future.
Pourquoi écrivez-vous ce genre-là ?
La frontière qui sépare notre réalité d'un univers sombre et impalpable m'a toujours fasciné. L'intrusion de l'inexplicable dans notre monde cartographié et millimétré, comme un grain de sable dans une belle mécanique, n'a jamais cessé de faire naître en moi des histoires où l'impossible se conjugue à nos perceptions pour mieux nous en faire douter. L'interprétation du monde est devenue pour moi un terrain de jeux sur lequel vous ne devriez pas me suivre, amis lecteurs, car je ne réponds de rien, si jamais vous deviez me perdre en route.

Codex Lethalis est le 1er volet d’une trilogie.
Oui. Le deuxième est déjà écrit. Je suis en train de réfléchir sérieusement au troisième.
Le thriller fantastique est un genre que vous avec beaucoup lu ?
J’en ai beaucoup lu, effectivement. J’ai commencé par les grands classiques, Edgard Allen Poe, H.P Lovecraft, beaucoup de SF comme Asimov et compagnie. Mon premier roman non édité mêlait déjà enquête policière, fantastique, démon, etc… Avec Codex, je suis revenu à mes sources littéraires de jeunesse.
Et vous êtes allé très loin…
De cette histoire de tuer quelqu’un à travers un écran d’ordinateur et de l’idée de faire cohabiter les mondes des démons et des forces obscures avec les nouvelles technologies qu’on utilise aujourd’hui, est né un enfant monstre : cette fameuse méthode dont se sert le tueur pour éliminer ses victimes.
Ce livre se lit de manière frénétique pour en connaître l’issue. Vous maîtrisez parfaitement les codes de cette littérature.
Je n’ai pas du tout cherché à mettre en place ces codes-là. De façon inconsciente, du fait que j’ai ingurgité des heures et des heures de films fantastiques, de lectures de même genre, de thrillers, de policiers. Pour finir, ça a façonné ma manière de penser par rapport à une histoire. J’écris mes histoires comme un film et d’ailleurs, beaucoup de critiques me le disent… ce livre est un film. Il y a une cohérence entre le moment du travail de l’écriture et ce que je reçois après. Je n’étais donc pas l’erreur lors de l’écriture.
(© www.enzo-capaccio.com)
Vous vous amusez à écrire ce genre d’histoire ?
Je prends un pied d’enfer. C’est du boulot considérable, mais sur le fond, c’est très très jouissif. Avoir une idée, voir la scène dans son imagination et déterminer comment je vais la décrire. J’adore cette procédure-là. Je deviens presque un metteur en scène. Je mets la lumière ici, la caméra là, le mec il va rentrer de ce côté, ça va faire une super scène avec une image incroyable.
Il y a des scènes extrêmement violentes, à la limite de l’insoutenable. Vous n’avez jamais eu peur d’aller trop loin ?
Aussi insoutenable qu’elle soit, la violence, si elle est « justifiée », plus dans la forme que dans le fond par rapport à la cohérence de l’histoire elle-même et de la déviance du tueur, elle peut être extrêmement dure et choquante. Dans Codex, elle n’est jamais dans le cadre d’une scène gore, gratuite, juste là pour repeindre les murs.
Les enquêteurs sont des personnes très humaines. Si l’inspecteur Reeds est un flic efficace, il est aussi quelqu’un de très fragile. Il a perdu sa femme dans un accident de voiture et ne s’en est jamais remis.
Ce serait tout à fait aberrant d’écrire une histoire dans laquelle un auteur met des personnages qui ne ressentent rien, qui n’ont pas eu de vie, qui n’ont pas d’expériences, de vécus, de chemins… C’est ça qui fait la fibre des personnages et c’est pour ces raisons que le lecteur s’attache à ces personnages. Mes personnages, je m’endors avec le soir et je me réveille avec le matin. Quand je suis dans le processus d’écriture, ils font partie de ma famille.
Ça ne doit pas être simple de vivre avec vous, dites donc !
J’avoue qu’il a eu des moments difficiles. Je suis plutôt un solitaire et je suis dans un moment de ma vie où je suis seul, j’en profite pour écrire. J’ai quand même écrit une partie de Codex alors que j’étais encore marié et au sein de ma famille. Ça ne m’a pas spécialement gêné. J’arrivais à scinder mes périodes d’écriture et ma vie de ma famille. Maintenant, le problème ne se pose plus. Cela étant, je viens de finir l’écriture du 2 et je suis complètement à l’ouest. Je me sens largué. Une grosse coquille vide.
A la télé, j’aime les types qui ont des dons extraordinaires, comme The Mentalist par exemple. Dans Codex, il y a un détective privé qui s’appelle Davis, il comprend les choses par rapport aux couleurs qu’il voit.
Lui, c’est un peu sa malédiction. S’il voit juste un halo rougeâtre, oranger, ça veux dire qu’il y a quelque chose de mal. Il arrive de mieux en mieux à maitriser ce don et ses visions, mais il faut parvenir à vivre avec ça. Ce don lui provoque des migraines difficiles à gérer, mais lui permet de donner un sérieux coup de pouce aux enquêteurs officiels.
La maison d’édition a adoré votre livre immédiatement, mais vous a demandé de changer la fin…
Oui. J’avoue que ça a été presque plus dur que d’écrire le bouquin original. Quand on écrit une autre fin, il faut d’abord la trouver, puis il faut revenir sur l’ensemble de l’histoire, repérer tous les endroits chronologiques, tous les personnages et faire en sorte de trouver de la cohérence à tout ça. Black Moon avait raison, ma nouvelle fin est bien meilleure aujourd’hui. J’étais trop dans le fantastique…
Osciller du réel au fantastique, ça peut être un exercice un peu casse-gueule. Il faut trouver le bon dosage pour que l’histoire reste crédible.
C’est fondamental. Je fais intervenir dans l’histoire une notion de livre maudit, des incantations, des démons qui apparaissent… il fallait que la construction autour de ce livre maudit le rende crédible et qu’on se dise qu’un livre de cette nature peut exister.
Vous étonnez-vous d’avoir toutes ces idées-là en tête pour en faire des romans ?
Plus depuis le temps. Je trouve même qu’actuellement, je suis encore en deçà de ce que je pourrais faire. Je maîtrise ma force pour que mes histoires restent structurées et « lisibles ». De livre en livre, je sais que j’irais plus loin dans l’expertise psychologique, dans les tréfonds de l’âme humaine.
Vous êtres graphiste de formation et exercez encore pour gagner votre vie. Mais, par contre, je sais que vous voulez faire de l’écriture un métier.
J’espère bien. Pour moi, c’est une aventure aussi tardive qu’inattendue, mais ce n’est que le début de l’histoire. Je ne sais pas bien où elle va me mener. Ne serait-ce que le fait d’être édité, de rentrer dans ce monde là, pour moi, c’est d’abord une aventure humaine, alors après, si ça devient une aventure commerciale, tant mieux pour tout le monde. Pour le moment, c’est surtout le prétexte de rencontrer les gens et dans ces gens, notamment les lecteurs. En tant qu’artiste, j’ai besoin de ce contact-là. Ca fait 25 ans que je suis graphiste, ça fait 25 ans que j’ai envie de faire de la peinture, de la sculpture, de la soudure et que je n’en fais pas parce que je dois faire mont travail rémunérateur pour vivre. Là, je fais un bouquin et il est édité, ça me donne une échappatoire et l’occasion de, peut être, me permettre enfin d’exprimer ma condition d’artiste, ma créativité, mais au sens large du terme. La littérature n’est qu’un des éléments de mes activités.
08:00 Publié dans Les coulisses du show biz, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre-yves tinguely, codex lethalis, interview, black moon
09 mai 2013
Bilan du salon du livre de Provins 2013!

Les 13 et 14 avril dernier, j'ai animé pour la 4e fois consécutive, le Salon du livre de Provins. Ici la première (avec l'invitée d'honneur Simone Veil), là, la deuxième (avec l'invité d"honneur Michel Drucker), enfin la troisième (avec les invités d'honneur Albert Jacquard et Pierre Bellemare).
Une centaine d'auteurs interviewée en deux jours...
Je le répète chaque année:
"Le contact avec des auteurs rencontrés sur l’instant et dont il faut tenter de retirer des informations essentielles, quasiment à la chaîne, rentrer dans des univers différents en faisant semblant de connaître l’œuvre des personnes interrogées, en les mettant en avant, en tentant de comprendre leur fonctionnement, c’est un loisir auquel je m’adonne avec un plaisir fou. Même si, je le sais parfaitement superficiel (je n’abhorre rien de plus que d’interroger un écrivain sans avoir lu son livre). Mais ce que j’apprécie, dans ce cas de figure, c’est la performance. L’exercice de style. Le combat. Ce n’est pas désagréable, juste exténuant à l'issue du deuxième jour."
Je remercie ici Jean-Pierre Mangin qui a shooté à tout va pendant ce week-end et m’a suivi dans quasiment toutes mes pérégrinations « interviewgatives ». Le photographe m’a fait parvenir un CD avec près de 500 photos. J’ai eu du mal à en sélectionner.
Les seuls photos qui ne sont pas de lui, celles en noir et blanc, sont signés Luc Doyelle. Merci à lui aussi.
Evidemment, je tiens aussi à remercier David Sottiez, son père Jean-Patrick et l'ensemble de l'association Encres Vives qui me font confiance depuis 4 ans. Cette fidélité me touche.
Commençons par la première journée, le samedi 13 avril 2013...
Irène Frain, une invité d'honneur du festival Encres Vives 2013.
A droite d'Irène Frain (et de profil, donc) Arthur Dreyfus.

France Cavalié (bis) et mon idole (enfin, bon, quoi, j'aime tout ce que le monsieur écrit: romans, nouvelles, chansons...), Jérôme Attal.

Jérôme Attal, l'auteur le plus mandorisé du monde...
Fabien Hérisson, auteur, mais aussi organisateur de l'espace consacré au roman noir. L'humain parfait (rien que ça!). L'altruisme, ça devient rare...

Il n'y a pas de doute, Fabien Hérisson et l'éditeur Sébastien Mousse savent s'amuser.

Sébastien Mousse a peur de mon micro (sans mousse). Pardon, Sébastien, c'était tentant (mais, je t'assure, j'ai honte).

De gauche à droite, Bob Garcia, Fabien Hérisson et Sébastien Mousse. Leur point commun: un beau sourire et... je ne sais pas. (Qui a dit "une chevelure abondante"? Dehors!)
Bob Garcia (rencontré la première fois dans des circonstances particulières).
Claire Favan et Johann Etienne.

Gaëlle Perrin, une désormais amie que je ne vois qu'à Provins, mais que j'aime bien voir à Provins et que je reverrai sûrement à Provins.

Alors là, j'avoue, rencontrer Stéphane Bourgouin (écrivain, journaliste, criminologue et, surtout, spécialiste international des tueurs en série) faisait partie de mes projets professionnels. Parce que son travail et son trajet personnel me fascinent. Voilà, c'est fait. Et dans de très bonnes conditions.
On a commencé par l'interview "salon", mais en version assez longue.
Ensuite, nous sommes passés aux choses sérieuses. J'ai animé un long moment le début de la conférence-débat que Stéphane Bourgoin a donné dans l'après-midi. J'étais ravi de cet exercice qui n'était d'ailleurs pas prévu. Je me sens comme un poisson dans l'eau quand je me retrouve dans ce genre de situation...

Il y avait du monde... beaucoup de monde! (Petit jeu gratis: Où est Charlie/Mandor?).
Le sourire de Valérie Tong Cuong... et son formidable récent bijou "L'atelier des miracles".
Jean-Pierre Huster (qui est bien le frère de Francis).
Fanny Salmeron fêtait là "joyeusement" son anniversaire.

Philippe Di Folco (que je ne rencontre pour le moment que de salon en salon) et Fanny Salmeron...
Avec une autre invité d'honneur de ce salon, la comédienne, animatrice télé, chroniqueuse et auteur pour enfants, Maureen Dor. J'ai toujours beaucoup apprécié cette personnalité touche à tout et passionnée par ce qu'elle entreprend.
Ariane Charton is back! (Pour mon plus grand plaisir et parce que j'aime son travail).

Sophie Adriansen, qui a largement contribué à la bonne marche du salon puisqu'elle a concocté le programme "littérature générale". J'ai adoré son premier roman, Quand nous serons frères et soeurs. Mais pas que.
(Et puis, elle aussi a donné son point de vue sur ce week-end).

Virginie Piatti, très sympahique auteure et illustratrice.

Myriam Thibault, fidèle du salon. (Et chouchoute de Mandor).
Luc Doyelle, auteur de livres complètement délirants (il m'a même intégré dans l'un d'eux, le fou!) et auteur (car il est aussi photographe) des photos en noir et blanc de cette chronique (sauf, celle-ci, donc).


Sandra Martineau (voir plus haut, Gaëlle Perrin... je les vois toujours ensemble!)
Armelle Carbonel, très persuasive pour parler de son roman.
Pour fêter la fin de la première journée, certains auteurs, libraires et animateur se sont retrouvés dans un restaurant. Ici Sébastien Mousse tente d'utiliser les cheveux de Gaëlle Perrin comme perruque (mais n'a trompé personne!).
Du coup, Gaëlle Perrin prend en photo Sébastien Mousse qui a tenté cette fois-ci d'utiliser les cheveux d'Armelle Carbonnel comme perruque (bis) (mais n'a toujours trompé personne). Bref, on se marre bien, hein?
De gauche à droite: Armelle Carbonel, Sandra Martineau, Mandor, Sébastien Mousse, Stéphanie Hérisson (de la librairie Egrevilloise) et Gaëlle Perrin.
Deuxième jour : l'ingérable Mabrouck Rachedi. Mais que je rencontre toujours avec curiosité.
Les charmantes et brillantes Ella Balaert et Marie-Laure Bigand.
Marie-Laure Bigand est une amie de longue date. Toujours d'humeur égale et positive. Rayonnante.

Autre invité d'honneur, la comédienne, humoriste, auteure et interprète Sophie Forte. Elle a signé ses livres/disques, mais elle a aussi joué pour le jeune public son spectacle, "J'suis vert" En partenariat avec le festival Tintinnabule 2013 - “Chansons pour l'Enfance”.

Gros succès pour Romain Pujol, dessinateur des Lapins Crétins.
Magdalena Guirao-Jullien et Nathalie Brisac, visiblement heureuse d'être là.
Le dimanche matin... c'est plus calme.
Avec Christophe Carlier (Prix du premier roman 2012).
Prendre un peu de hauteur...
Mercedes Deambrosis et Sophie Adriansen.
Sophie Adiransen et Clément Bénech.
Clément Bénech dont j'ai beaucoup aimé l'humour et le second degré. Jeune et bon!
Olivier Vogel, l'illustrateur du cultissime Ratus.
L'arrivée du parrain de l'édition 2013 du Salon du livre de Provins, Patrick Poivre d'Arvor, accompagné du maire de la ville, Christian Jacob.
Interview de Christian Jacob, maire de Provins sous l'oeil de Jean-Patrick Sottiez, maire de Soisy-Bouy (et l'un des organisateurs du salon).
Interview de PPDA.
Pour la postérité...
Un chanteur que j'apprécie depuis le début de sa carrière (dans les années 80, tout de même). Cet "homme à failles" publie sa deuxième autobiographie... comment dire? Sans aucune limite! Renaud Hantson n'a pas de frein dans ses propos et c'est un cas assez unique dans cet exercice de style. On n'aime où on n'aime pas, mais cet artiste ne peut pas laisser indifférent.



Renaud Hantson, sous le regard de son éditeur Paskal Carlier.

Charles-Antoine Cros, que je vois grandir d'année en année. Et qui n'est plus le petit garçon que j'ai connu il y a 4 ans.
Géronimo Stilton en personne, euh... en souris.
En dédicaces...
Je peux arrêter le métier. Je suis allé au bout du concept. Le rêve de toute une vie de journaliste culturel. J'ai interviewé Géronimo Stilton!

Et ça a amusé beaucoup de monde. N'est-ce pas Sophie Adriansen?

N'est-ce pas Frédéric Mars?

Fin de salon. Bilan (comme chaque année) avec Jean-Patrick Sottiez.
(Je dédie cette chronique à ma soeur Florence, disparue à l'âge de 48 ans d'un mauvais cancer, la veille de ce week-end. Animer ce salon m'a curieusement permis d'encaisser (à peu près) le choc de la nouvelle. Penser à autre chose, se concentrer toute la journée, rencontrer des gens bienveillants a été salvateur pour moi. Que l'on comprenne où non ma décision de travailler quand même, je m'en moque. Chacun combat sa peine et sa douleur comme il peut).
10:10 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : salon du livre de provins 2013, portfolio















