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06 avril 2017

Marc Moritz : interview pour Le roi du plaquage

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Bon, les romances, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mais quand un ami écrivain se lance dans ce genre littéraire, ça pique un peu la curiosité. Que vient-il faire dans cette galère ? me suis-je dis quand il m’a annoncé sa nouvelle aventure éditoriale (cela dit, ce n'est ni sa première, ni sa dernière). Et puis, un jour, le livre est arrivé entre mes mains. J’ai eu peur. Peur de lui dire : « Ouais, c’est sympa. Sinon, tu travailles sur quoi en ce moment ? ». Mais en fait, j’ai lu. Et je me suis pris au jeu. Un vrai page turner. Bien sûr, il y a un peu d’eau de rose (mais ça sent très bon l’eau de rose), un sens narratif inné et des personnages qu’on a envie d’aimer et surtout qu’on n’a pas envie d’abandonner. Celui qui se fait appeler Marc Moritz a réussi à faire sortir mon côté midinette (oui, j'avoue, je voulais que le rugbyman réussisse à pécho la photographe). Quand j’ai fini Le roi du plaquage, j’ai appelé l’auteur pour lui demander s’il y aurait une suite (je ne vous donne pas sa réponse). Je lui ai aussi demandé de venir me voir à l’agence le 14 février dernier (oui, oui, le jour de la Saint Valentin) pour une mandorisation dans les règles de l’art.

marc moritz,le roi du placage,milady4e de couverture :

Romain Mevasta est un joueur de rugby comme on n’en fait plus. Et il le sait. C’est aussi un homme comme on n’en fait plus, mais il n’en a pas vraiment conscience. Il n’est pas de ces minets qui posent pour les calendriers. Il court les jupons c’est vrai, un peu, mais pas les soirées de presse. Très peu pour lui. À 35 ans il est en fin de carrière et se trouve à un tournant de sa vie. Il s’est taillé une réputation de cogneur dans sa folle jeunesse, mais en fait ses coéquipiers le surnomment le philosophe parce qu’il lit. C’est un bourru au cœur tendre finalement. Et sa rencontre avec Margot va le bouleverser. Margot est photographe, elle est là pour tirer le portrait des joueurs et faire la photo annuelle. Certains joueurs, dont l’ennemi juré de Romain, se montrent un peu agressifs avec elle et Romain fait alors un peu trop honneur à sa réputation. C’est le début des ennuis pour lui et d’une belle histoire entre lui et Margot à qui il devra prouver qu’il est capable de donner sa confiance.

L’auteur (selon le site de Milady):

Marc Moritz est un écrivain français du XXIe siècle, converti à la romance par Rick Castle, avec les encouragements de la muse idéale (en mieux). Sous un autre nom, il a été champion du monde de belote et a publié trois romans, il joue au rugby et lit dans son bain, il ment plutôt mal mais fait très bien la vaisselle.

Bonus : L'avis de Sophie Adriansen.

Interview : marc moritz,le roi du placage,milady

Pourquoi écrivez-vous sous pseudonyme ?

Eh bien, cher Mandor (ce ne serait pas un pseudo, ça, au fait?), vous attaquez direct ! La vérité, c'est que j'écris sous un autre nom des livres qui n'ont rien à voir – ni dans les thèmes, ni dans la façon d'écrire. Du coup, les écrire sous deux noms différents me paraissait une évidence. Et puis, je vais vous dire : le pseudonyme, quelle liberté ! On se permet tellement plus de choses... Il y a longtemps que j'y pensais, je m'en veux de ne pas l'avoir fait plus tôt. 

Votre bio sur le site de Milady, est-elle proche de la réalité ?

Sûrement. Que dit-elle, déjà ?

« Champion du monde de belote, ancien joueur de rugby, il lit dans son bain, ment très mal mais fait très bien la vaisselle »...

Ha ! Je confirme. Bon, ok, le titre de champion du monde de belote n'est pas officiel. Mais le reste est assez vrai.

Vous écrivez habituellement des livres qui n’ont rien à voir avec la romance. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans ce genre ?

Eh bien... Au départ, je dois le dire, il y a le défi que m'a lancé une amie, Angéla Morelli, que j'ai connue à l'époque de la blogosphère libre et légère et qui est devenue l'une des grandes auteures françaises de romance. Mais la vérité, c'est que j'avais envie depuis longtemps d'écrire une histoire d'amour, une vraie. Depuis des années, mon petit plaisir secret, c'était la série Castle – pas parce que le héros est écrivain, mais pour la romance entre lui et Beckett [le lieutenant de police avec laquelle il collabore]. Pendant trois saison, ça a été mon bonbon, et puis à un moment je me suis dit (alerte métaphore vaseuse) que quitte à manger des bonbons, je pourrais fabriquer le mien, ce serait meilleur pour les dents. 

C’est quoi un livre estampillé « romance » ? Il y a des codes à respecter ?

Oh, oui, plein ! Et je les ai respectés. Bon, ok, d'habitude les héroïnes de romance sont plutôt des jeunes fragiles et j'ai pris un rugbyman de 111 kilos, mais pour le reste, j'ai vraiment respecté les codes. Parce qu'un genre, ça ne se « détourne » pas (ça, c'est un truc de petit malin prétentieux), un genre ça se respecte ! Après, à l'intérieur du cadre, on peut commencer à s'amuser – mais je n'en suis qu'à mon premier, je parle surtout en lecteur, là.  

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Pendant l'interview...

Il y a quelque chose de Romain Mevasta en vous ?

Forcément, oui. J'ai suffisamment lu L'Equipe dans ma vie pour pouvoir me mettre dans la peau d'un rugbyman bagarreur en fin de carrière. Et puis, vous savez combien je suis mal à l'aise devant un appareil photo – ça, c'est le trait que j'ai prêté à Romain. Pour le reste, il s'est très bien débrouillé tout seul.  

Margot, la photographe, clairement, tout homme normalement constitué tombe amoureux d’elle. Elle est inspirée d’une femme existante ? Si oui, quelle est son identité ? Puis-je avoir son 06 ?

Je vais vous décevoir : aucun de mes personnages n'est directement inspiré de personnes réelles. Jamais. Je pourrais disserter des heures sur le sujet, mais bon, j'ai cru comprendre que vous aussi vous avez un livre à écrire. Je peux juste ajouter cette anecdote : une de mes amies a lu « Le Roi du plaquage », et elle m'a écrit : « Je sais qui est Margot ! » Je suis très très curieux de savoir qui elle a en tête...

Vous étiez à LivreParis®, la semaine dernière. Je me suis laissé dire qu’il y a eu une émeute dès votre apparition.

Haha, vous êtes bien renseigné ! Disons que ça a été un très beau moment, avec beaucoup plus de monde que je ne pensais. Des lectrices qui avaient aimé le livre et venaient me le faire signer, d'autres qui venaient le découvrir... Je suis encore tout nouveau dans cette « communauté » d'auteurs de romance, je découvre un rapport différent entre auteurs et lecteurs, très direct, avec un mélange d'enthousiasme et de respect – je le referai !

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Au fond, Marc Moritz, lors de la soirée de lancement de son livre à la librairie "L'humeur vagabonde", le 14 février 2017.

A ce propos, vous perdez l’anonymat si vos lecteurs peuvent vous rencontrer. Je ne comprends rien.

Très pertinente question... Pour commencer, on peut dire (attention scoop !) que je ne suis ni Eric-Emmanuel Schmitt, ni Jean d'Ormesson. Du coup, pour les lecteurs qui me rencontrent, je suis Marc Moritz et personne d'autre. Et puis, quand bien même : je crois vraiment que les gens savent faire la part des choses. On ne lit pas une romance comme on lit un Houellebecq (scoop bis : je ne suis pas Michel Houellebecq). Du coup, j'ai fini par me dire que tout ça n'était pas bien grave. Ce qui ne m'empêche pas de refuser qu'il existe pour l'instant une « photo officielle » de Marc Moritz. Un jour peut-être, mais pas maintenant !

Ok, ok... Et maintenant, allons au fond des choses. Un homme qui écrit de la romance, ça émoustille les femmes ?

Joker !

Et écrire des scènes érotiques, ça vous a émoustillé ?

Imaginer une scène érotique, ça c'est émoustillant. L'écrire, hum... Ça doit pouvoir l'être – il faudra que je gagne en expérience pour ça, que j'arrive à les écrire en même temps que je les imagine. On en reparle dans trois ans ?  

On découvre les coulisses d’un club de  rugby. C’est un univers que vous connaissez bien. Pourquoi l’aimez-vous ?

Le côté sport d'équipe, la tension qu'il y a entre la dimension physique du combat et la nécessité de se maîtriser sur le terrain... Pour les coulisses, j'ai été moi-même joueur et entraîneur dans plusieurs sports collectifs, j'ai un ami agent de joueurs – sans parler de la lecture quotidienne de L'Equipe ! Tout ça est venu assez naturellement.  

Allez-vous continuer à écrire des romances ?

Oui ! Le plus important pour moi, avec le Roi du plaquage, c'est qu'il m'a fait retrouver le plaisir d'écrire. Du coup, oui, j'écrirai d'autres romances. Des polars, aussi - peut-être sous un autre nom, allez savoir. Mais comme je disais tout à l'heure un genre, ça se respecte. Si je veux écrire un polar, j'en lirai d'abord plein. On a le temps, hein ! Tenez, vous faites quoi, en 2022 ? 

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Après l'interview... un peu de détente.

24 mars 2017

Fred Alera : interview pour son premier EP

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(Photo : Olivier Ducruix)

Jusqu’ici, le guitariste-bassiste-chanteur Fred Alera a toujours fait du rock (dans toutes les variations que peut proposer ce style musical) et a toujours chanté en anglais. C’est dire s’il y avait peu de chance qu’il se retrouve un jour sur ce blog. Mais il y a deux ans, il décide de franchir un autre cap. Il écrit des chansons dans sa propre langue sur des musiques plus pop. En découle un EP éponyme diablement efficace. Dès que j’ai découvert ce travail, j’ai appelé illico Fred Alera pour lui proposer une mandorisation. J’ai du mal à comprendre qu’il n’y ait pas d’articles, de focus sur cet EP (que vous pouvez découvrir là en intégralité) réalisé par Damny Baluteau, sorte de petit génie de la réalisation et de l’arrangement. Les chansons de Fred Alera, fines et sensibles te caressent l’âme et  réchauffent le cœur. Et quand  même, putain de voix !

J’espère pour lui que mes confrères auront la curiosité de s’intéresser à cet artiste au parcours pas banal et au talent certain. Le 24 janvier dernier, Fred Alera est donc passé à l’agence pour une première mandorisation.

fred alera,ep,billy the kill,interview,mandorBiographie officielle :

Auteur-compositeur-interprète multi-instrumentiste issu de la scène indé française depuis le début des années 2000, c'est avec des groupes punk-rock/noise hardcore (Second Rate, Billy Gaz Station, Napoleon Solo, Billy The Kill en solo...) que Fred Alera arpente le circuit Do It Yourself avec ce qu'il faut de de passion, de ténacité, et l'intégrité que requièrent les difficultés de la discipline. Tournées, disques, studios, collaborations, rien n'arrête ce hobo des temps modernes pour qui le rock est une réalité non fantasmée, celle qui rime avec mode de vie au quotidien.  Avec son nouveau répertoire en français, Fred est rapidement repéré sur internet par le réalisateur et arrangeur Damny Baluteau (La Phaze, Pungle Lions...). C'est dans cette collaboration fructueuse au Pliz Studio qu'il s'épanouit, en autonomie, à travers une production singulière et racée. Des arrangements crépusculaires conduisant au cœur des nuits urbaines, taillés à la mesure du songwriting pop et ombreux de Fred Alera.  Un blues à lui qui se prononce désormais BLEU.

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fred alera,ep,billy the kill,interview,mandorInterview :

Tu as commencé ta vie de musicien au début des années 2000 dans le punk rock et le rock’n’roll.

Je suis un pur produit de ma génération. J’ai eu des grandes sœurs qui m’ont fait découvrir très tôt des disques des années 70-80, que ce soit du classic rock ou du punk rock. A l’apparition de Nirvana, j’avais 13 ans  et l’impression que ce que chantait Kurt Cobain s’adressait à moi et à ma génération. Du coup, ça a décomplexé pas mal de choses parce que c’était une musique qui se faisait simplement, rapidement… quelques accords, de belles chansons. C’était des groupes qui mettaient un coup de pied dans la fourmilière. On était loin du rock progressif ou du rock technique.

Dans tes différents groupes, vous chantiez des textes revendicatifs ?

Pas forcément, non, mais j’écoutais des groupes revendicatifs comme les Clash. En France, à l’époque, nous étions plus séduits par la forme. Le fond des textes et les messages délivrés n’étaient pas trop notre problème. En tout cas, personnellement, à 14 ans, personnellement, j’étais loin de ses préoccupations là.

Second Rate : Live de "Must be a reason" et de "Full of devil" à La Pêche (Montreuil) le 03 mai 2014.

Tu étais un peu rebelle ?

Oui, on va dire ça. Ça se mesurait avec un look, une attitude face à la masse. On essayait de sortir du lot pour avoir notre propre identité. On avait le désir d’être à part.

Un jour, tu as décidé de te lancer en solo, en créant Billy The Kill. Tu en avais marre de la vie de groupe ?

J’ai fait Billy The Kill en parallèle de mes autres groupes. Je composais pas mal de chansons sur ma petite guitare en bois, du coup, je me suis mis à enregistrer des disques tout seul, à faire de la scène tout seul. Il y a avait derrière ça peut-être un truc égotique, mais j’estimais qu’il était dommage que  les chansons que je créais ne soient pas jouées. Je suis du genre à me dire : « N’attends pas que les gens viennent te chercher, va les chercher toi-même. »

Billy The Kill: "Please let me be" en audio.

Alerte !Tout le dernier album de Billy The Kill, An open bookwith spelling mistakes est écoutable ici.

Ce n’est pas pour rien si tu fais partie du circuit DIY( Do it yourself ).fred alera,ep,billy the kill,interview,mandor

C’est un mouvement américain qui se tient loin des majors, loin des grosses maisons de disque. « Fais toi-même ce que tu as à faire » est un peu le credo de ce mouvement. Moi, par exemple, à 14 ans, j’ai fait un fanzine pour parler des groupes que j’aimais bien. Je prenais le taureau par les cornes pour partager ma passion.

Que t’ont appris ces années-là ?

L’autonomie, la débrouillardise, la confiance en soi et penser par soi-même. C’était une belle aventure humaine à base d’échanges, de coups de main, de solidarité. Nous avions aussi une posture un peu politique et sociologique, avec de gros guillemets.  On était anti vedettariat, anti tout ce qu’on nous bassinait à la radio. Bon, je suis revenu aujourd’hui sur pleins d’idées préconçues que j’avais.  

Peut-on dire que le rocker est un peu fatigué et donc qu’il tourne la page pour se consacrer à la chanson française?

J’ai toujours beaucoup d’amour pour le punk rock, mais artistiquement, dans le fond, je trouvais que ce genre n’était plus mon meilleur vecteur d’expression. J’avais besoin d’une nouvelle façon de m’exprimer. Déjà avec Billy The Kill, je commençais ma mutation. C’était du song writing sur du blues, des ballades.

fred alera,ep,billy the kill,interview,mandorTu chantais en anglais, dans ton nouvel EP, tu chantes en français…

Chanter en français a été une manière de m’exprimer plus précisément et de réunir la forme avec le fond. Au bout d’un moment, quand je chantais en anglais, je me suis senti dans la peau d’un imposteur.

Tu as donc commencé à mettre de nouvelles chansons en langue français sur Youtube.

J’ai sauté le pas en n’en attendant rien de précis. Damny Baluteau, qui connaissait mes travaux d’avant,  tombe sur certaines vidéos. Il apprécie, on se rencontre et on décide qu’il devienne le réalisateur de mon EP. Il a aimé le côté un peu anglo-saxon de la musique avec les textes en français.

Qu’est-ce que cela t’apporté de travailler avec lui ?

D’abord, je voulais avoir une production vraiment différente de ce que je faisais avec Billy The Kill. Habituellement, je faisais tout moi-même, là, je suis arrivé, il a proposé des arrangements un peu plus synthétique avec plus de relief.

Il est bon de se laisser un peu diriger ?

En tout cas, je voulais tenter l’expérience. A la force d’avoir trop le contrôle de sa musique, j’ai l’impression que l’on se répète, que l’on dit la même chose. J’avais vraiment envie de tester d’autres choses, de travailler avec d’autres gens.

Tes chansons racontent des histoires d’un trentenaire désabusé, non ?fred alera,ep,billy the kill,interview,mandor

C’est vrai que je suis trentenaire bien entamé et que je suis un peu désabusé, mais je raconte surtout des choses qui traversent la vie de beaucoup d’individus, les difficultés de l’existence. Parfois, je pars d’un texte et je ne sais pas où il me mène. Après, rétrospectivement,  je pourrai y trouver du sens. Je réfléchis à la sonorité des mots, comment ils sonnent fluides dans ma tête. J’aime quand mes textes paraissent assez vagues, très naturels. J’essaie de trouver quelques « punchlines », des phrases qui me font de l’effet et dont j’espère qu’elles toucheront les gens.

Chaque personne peut trouver du sens à tes chansons, c’est très fort !

Merci, c’est un compliment, car je déteste imposer les choses. L’appropriation d’une chanson par ceux qui l’écoute est ce qu’il y a de plus important. J’aime qu’il y ait autant de liberté donné à moi qu’à l’auditeur.

Tu chantes de la même façon en anglais qu’en français ?

Je suis moins démonstratif en français, je n’ai rien à compenser et je suis un peu plus dans les graves. Et on chante mieux parce que, quand on a la mélodie dans la tête, avec par exemple, tels nombres de pied, on a pas de mal à la remplir. C’est beaucoup plus fluide.

Estimes-tu faire de la chanson française ?

J’aime à dire que ce que je fais aujourd’hui est du song writing pop. Pour moi, la base, c’est le song writing, que ce soit interprété par un groupe de punk rock sur une minute quinze ou par William Sheller dans une œuvre de six minutes. J’aime l’art de faire de bonnes chansons avec de bonnes mélodies.

"J'ai menti" en live le 2 mars 2017 au Pop-up du label.

Ta voix à quelque chose de proche de celle de Pascal Obispo, même si tu as ta propre et superbe identité vocale.

Pour moi, ce n’est pas du tout une insulte. J’aime bien sa voix, il utilise beaucoup les aigus à la Polnareff. Il est souvent démonstratif, mais il peut être très suave. C’est d’ailleurs son côté suave que je préfère. Mais quand on me dit que sa voix est proche de la mienne, je reste tout de même septique.

Je crois qu’un de tes groupes français préférés est Les Innocents.

Ils ont des productions hypra anglo-saxonnes. C’est hyper pop. Je conseille à tous les fans d’Elliot Smith, tous les gens qui aiment la pop élégante, d’écouter l’album Post-Partum. Ça n’a rien à envier aux américains ou aux anglais. Si j’atteins ce niveau un jour, je pourrai dormir tranquille.

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Pendant l'interview le 24 janvier 2017.

10 mars 2017

Albin de la Simone : interview pour L'un de nous

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(Photo : Frank Loriou, mandorisé )

« Albin de la Simone a creusé son sillon de manière aussi modeste que profonde. Parmi la grande famille de la chanson française, c'est lui le plus doux », indique le dossier de presse.  La fragilité de son timbre l'a immédiatement conduit à un registre intimiste : il en a fait sa force aujourd'hui. Quand Albin chante, c'est comme s'il vous parlait au creux de l'oreille.

L’un de nous fait suite à Un Homme, qui avait connu un accueil critique unanime. C’est peut-être son disque le plus grave, le plus sérieux et le plus mélancolique. C’est en tout cas ainsi que je l’ai ressenti. Ce 5ème album confirme ce que le précèdent avait commencé à montrer : Albin de la Simone est un artiste incontournable de la Chanson Française.

Je le connais un peu, juste par le biais de différentes interviews, et, lui comme moi, aimons nous rencontrer à chaque nouvel album. Le 23 février dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un café à côté de sa maison de disque. Un délicieux moment.

15822890_10158096133215201_7463495530205142409_n.jpgBiographie officielle (très écourtée) :

Le précédent album d'Albin de la Simone s'appelait Un homme. Le nouveau aurait pu s'appeler Une femme tant il en est question. Il aurait aussi pu s'appeler Un piano, puisque c'est le trait d'union entre les titres : ils ont tous été enregistrés selon la formule piano-voix en deux jours, pour être par la suite généreusement étoffés. Il s'appelle finalement L'un de nous.

Si tous les morceaux sont nés autour d’un seul piano, ils se gardent bien de représenter le point de vue d'un seul homme mais plutôt celles d'une multitude de personnages qu'incarne tour à tour le chanteur : l'incorruptible ("À midi on m’a dit"), le résigné ("Embrasse ma femme"), le lucide ("Ma barbe pousse") mais aussi l'optimiste ("La fleur de l’âge"), le sensible ("Une femme"), le peintre face à son miroir ("L'ado")  et le disciple de l'absurde  ("L'un de nous"). La légèreté des arrangements cachent une mélancolie profondément ancrée au creux du personnage. Qui est toujours contrebalancée par un grain de folie qui donnent aux chansons d'Albin de la Simone toute leur saveur.

Les chansons de L'un de nous ont en commun d'exprimer un rapport au temps. Le couple est également unalbindelasimone_FrankLoriou2016-30.jpg sujet qui l'inspire. A l'auditeur de deviner quelles sont les chansons les plus autobiographiques : il n'en dira pas plus.  

On reconnaît encore ici le timbre sensuel d'Emiliana Torrini. Maëva Le Berre et Anne Gouverneur, les complices d'Albin à la scène, l'ont accompagné au violoncelle et au violon. François Lasserre est venu poser des accords de guitare, Sarah Murcia de la contrebasse. Des instruments inattendus se sont invités à la table : la harpe de Milamarina, la scie musicale de Mara Carlyle et les casseroles de Jacques Tellitocci. Raphael Chassin a eu carte blanche au niveau des batteries. Sabina Sciubba, la chanteuse du groupe américain Brazilian Girls donne la réplique à Albin sur « À quoi ». En conclusion de L’un de nous, la voix de Vanessa Paradis – qui répondait déjà à celle d’Albin en 2008 sur « Adrienne » - invite « L’ado » à sortir de sa solitude.

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(Photo : Frank Loriou)

albindelasimone_FrankLoriou2016-164.jpgInterview :

Tu viens d’obtenir les 4 T de Télérama. C’est encourageant d’être reconnu par les professionnels ?

C’est super agréable. Je suis très content que l’on parle de moi et qu’il y ait ma photo dans Télérama. Ça me fait plaisir et ça fait plaisir à ma maman. En dehors du côté narcissique, qui est évidemment présent, ce genre d’article sympa amène plus de gens à mon travail. D’une manière pragmatique, c’est le véhicule de mes chansons. Il y a trois positions : soit la presse est contre ton travail, soit elle s’en fout, soit elle est pour. C’est plus agréable d’être dans cette dernière catégorie. Si je fais des disques et que personne n’en parle, je l’ai dans l’os. Je lis des choses très douces à mon sujet et ça rend acceptable le contre.

Il y a du contre ? Je n’en ai pas beaucoup vu ou lu.

Aujourd’hui, j’ai lu un article dans le Nouvel Obs qui est globalement pour, mais qui dit trois, quatre trucs assez chargés, un peu contre, mais ça ne me dérange pas du tout. Parce que c’est mon 5e album, j’arrive à être plus détaché par rapport à ce que l’on peut dire sur moi. Les gens aiment plus ce que je fais aujourd’hui que ce que je faisais il y a 15 ans, du coup, ça me détend. Je suis beaucoup moins inquiet.

Après ton précédent album, Un homme, que j’avais trouvé sublime, je me suis demandé si tu allais pouvoir faire mieux la fois suivante. Tu y es parvenu.

Moi aussi je me suis demandé si je pouvais faire mieux parce qu’il avait été dit beaucoup de bien de ce disque. Avec L’un de nous, c’est la première fois que je faisais un disque en étant encore en accord avec le précédent. Les autres, je les faisais un peu contre le disque d’avant. Là, je n’étais plus en réaction, donc j’ai cherché à « attraper » Un homme pour écrire ce nouvel album.

C’est vrai, tu as raison. Je me souviens par exemple que Bungalow, par exemple, était complètement opposé du précédent, Je vais changer.

Oui et d’ailleurs, Un homme a été une réaction à Bungalow.

Mais de réaction en réaction, du coup, tu es tombé sur la bonne réaction ?

Oui. Avec Un homme, j’ai trouvé le langage et la place qui me convenaient. En gros, je suis le même mec que la dernière fois que nous nous sommes vus, mais qui a vécu de nouvelles choses, donc qui parlent d’autres choses. Je suis désormais moins préoccupé par la masculinité, par le poids de ma responsabilité de nouveau papa. Aujourd’hui, je pense plus au couple. J’évolue, mais ma place est la même ? Je suis juste plus serein.

Clip de "Le grand amour", tiré de l'album L'un de nous.

Est-ce qu’un homme serein fait des chansons sereines ?

C’est à toi de me le dire.

D’après ce que j’ai écouté dans ton disque, pas forcément. Il y a de la rupture, des doutes…

Oui, mais aborder les choses, voir les problèmes et les accepter comme tels permet d’y faire face et permet d’être heureux. Je suis d’un tempérament psychanalytique. Je ne fais plus de psychanalyse, mais j’en ai fait. J’ai plutôt tendance à me dire que la vie n’est possible que lorsque l’on en reconnait les embuches. En parler est la première étape pour pouvoir y faire face. Si mes chansons parlent de ça, c’est parce que je ne me voile pas la face sur ce que c’est de vieillir, ce que c’est que la difficulté de faire durer l’amour. Pour moi, il faut être lucide pour pouvoir avancer et il faut faire des chansons lucides pour être honnête.

Quand tu vis des choses pas très agréables dans ta vie, tu te dis qu’au moins, ça fera une belle chanson ?

Non, pas du tout. Tu sais, je n’ai pas vécu la moitié de ce que raconte.

Oui, mais beaucoup de tes chansons racontent des évènements qui te sont personnels.

Je ne suis jamais sûr de pouvoir réussir une chanson sur une thématique. Je ne décide jamais des thèmes sur lesquels je vais écrire. Par exemple, un jour j’ai trouvé cette phrase que j’aime bien : ma barbe pousse. Ça veut dire quoi ma barbe pousse ? C’est le temps qui passe, je change aussi, et ça veut dire « tu ne reviendras pas ». Je confronte le changement et le temps à  l’amour. Elle ne reviendra pas parce qu’il a changé. Dans le refrain de cette chanson « Ma barbe pousse », finalement, il dit « ça va ». Et dans le refrain suivant, il dit « ça va aller » et on comprend que ça ne va pas tant que ça en fait. De fil en aiguille, j’avance et je me rends compte de quoi parle ma chanson. Je te le répète, je ne définis jamais un thème à l’avance.

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(Photo : Frank Loriou)

Cette faculté qu’ont les gens, j’en fais partie, de penser que des artistes comme toi racontent leurs propres histoires, c’est agaçant ?

Pas du tout. Je sais que je joue avec le feu. Je n’ai qu’à dire « sa barbe pousse ». Que cela parle de moi ou de mes préoccupations personnelles n’a aucun intérêt. Je peux avoir vécu certaines histoires que je raconte, sans que ce soit mon quotidien. Je me sers aussi de ce que je vois dans la vie des autres, dans des films… Une chanson comme « Les chiens sans langue », on peut ne pas comprendre que je parle d’un couple qui a perdu un enfant. Mais j’ai fait exprès d’écrire une chanson un peu énigmatique sur ce sujet. Je ne connais personne à qui c’est arrivé, mais je me suis inspiré du film « La chambre du fils » de Nanni Moretti que je n’ai pas vu, mais dont je connais le thème. Tu l’as compris, j’ai des images d’un film que je n’ai pas vu, des histoires que j’ai entendues, de très grandes peurs par rapport à mon propre enfant.

Est-ce qu’il faut savoir précisément de quoi parle une chanson ? Parce que maintenant, au regard de ce que tu viens de me dire, j’écouterai « Les chiens sans langue » différemment.  

Je ne sais pas justement. Sur mon deuxième disque, Je vais changer, j’ai écrit une chanson sur la pédophilie qui s’appelait « Notre homme ». C’est une chanson qui est forte, mais elle est trop dure. Il y a des gens qui m’ont dit avoir beaucoup souffert d’écouter cette chanson. Tout le monde n’a pas envie de faire face à ça. Un film de Nanni Moretti, tu décides d’aller le voir, on ne te le met pas au milieu d’un album, sans prévenir, entre deux chansons plus légères. Je ne veux plus que les gens prennent une chanson qui leur fasse comme un coup de poing dans la gueule parce qu’ils n’ont rien demandé. Du coup, je fais attention de ne pas faire souffrir les gens et je ne veux pas les prendre au piège. Je laisse désormais des portes de sorties à mes chansons graves.

Dans « Les chiens sans langue », moi, j’avais juste compris que c’était un couple qui avait complètement déraillé. Tu as mis de la poésie sur la souffrance la plus dure qu’un être humain puisse endurer.

Ceux qui ont vécu la tragédie que je raconte comprendront peut-être…

Parlons musique. Tu as enregistré tes chansons en piano-voix, ensuite toutes les musiques ont été intégrées sur elles au fur et à mesure.

On enregistre toujours un noyau, un squelette au piano ou à la guitare et après on étoffe. On fait toujours comme ça, sauf qu’après on refait toutes les voix. Là, j’ai décidé de ne rien toucher. J’ai enregistré sans aucune contrainte avec les arrangements. Ce sont les arrangements qui ont été contraints par la voix. J’ai découvert ça en travaillant avec Vanessa Paradis et avec Christophe Miossec. On a fait le costume autour du corps plutôt que d’essayer de faire rentrer le corps dans le costume.

Audio : 6 extraits de l'album L'un de nous en 1'36''.

Quel rapport entretiens-tu avec ta voix ?

J’ai un rapport compliqué avec ma voix, mais ça va de mieux en mieux. Je ne suis pas le chanteur que j’aimerais être. Je m’estime un chanteur correct et j’ai une voix qui ne ressemble à aucune autre, il parait que c’est déjà une chance. Par contre, j’ai un problème avec les effets non nécessaires.

D’où, ta série de concerts sans micro.

Si on est dans une pièce avec 100 personnes et que les murs ne sont pas trop loin, y a-t-il vraiment besoin d’un micro pour que l’on me comprenne, que l’on m’entende et que ce soit joli ? J’ai décidé, quand c’est possible, de chanter sans micro le plus souvent. Je vois que les gens apprécient beaucoup ça. On a joué dans des salles de 700 places avec mes musiciens et il n’y a eu aucun problème. Les oreilles s’ouvrent comme les yeux dans le noir.

Le public doit être discipliné, non ?

Quand un prof ne parle pas fort, s’il est intéressant, tout le monde l’écoute. Ce n’est donc pas une question de discipline, mais d’intérêt. Quand le public tape dans les mains, il entend plus la musique, donc finalement, ça créé un rapport ou tout son devient musique. On peut faire chanter le public, on se retrouve dans un rapport acoustique complètement juste et complètement équitable. Quand je demandais au public de faire les chœurs  ou des sifflements, comme je le faisais lors de la tournée précédente, c’était parfaitement musical et dissocié. Tous, dans la même pièce, nous faisions de la musique ensemble. Tout devient simple, naturel,  normal… c’est l’inverse qui n’est pas normal. On est tellement bombardé par la lumière et le gros son, que j’ai misé sur la simplicité.

Je suis le premier à t’interviewer pour ce disque, mais cette période de promo qui t’attends, tu l’apprécies à l’avance ?

J’aime bien parler, mais ce qui m’enrichit le plus, c’est d’entendre les analyses des uns et des autres sur mon travail, de découvrir des trucs sur moi, sur mon disque. J’aime bien mais évidemment, ça dépend aussi avec qui. On ne sait jamais comment le travail que l’on fait est compris. Il est possible qu’au 95e appel d’un journaliste de la presse régionale qui n’aura pas écouté mon disque, mais à qui on aura dit que je viens jouer le lendemain dans sa région et qu’il faut me poser des questions, je ne sois pas dans le même état d’esprit.

Clip de "Mes épaules", tiré de l'album Ton homme.

Dans ton précédent album, il y a une chanson qui est sorti du lot et qui a touché beaucoup de monde, c’est « Mes épaules ». Quand on écrit une chanson comme celle-ci, on a envie de parvenir et en faire une autre aussi importante ?

A mon échelle, « Mes épaules » est le tube de ma carrière. Les gens m’ont dit que cette chanson leur racontait des choses très intimes et très fortes. Est-ce qu’à un autre moment, je parviendrai à écrire une chanson aussi forte ? On ne sait jamais une telle chose. On ne peut pas, ni ne doit s’habituer à ce que notre « œuvre » fasse de l’effet, mais quand tu sais qu’une chanson a beaucoup marqué, à chaque fois, ça te fait plaisir.

La musique est un art…

Pas mineur du tout. Je ne suis pas du tout d’accord avec cette notion-là. Je suis un artiste totalement. Peut-être pas majeur, mais je fais un art qui est digne de cette appellation.

Tu fais le plus beau métier du monde ?

Oui, je pense En tout cas, il faudrait que je sois bien con pour que je ne me rende pas compte que j’ai une vie qui me plait. Ma vie est super compliquée pour plein de trucs, mais je fais un métier qui me demande beaucoup, mais qui me satisfait tellement. Le plaisir que j’ai est à la hauteur de mon investissement. Mon père est décédé en 2009, il n’a donc pas vu l’essentiel de mon travail. Entre 2009 et aujourd’hui, il s’est passé beaucoup de choses, je regrette qu’il n’ait pas eu le temps d’assister à ça. Je pense qu’il serait content de ce que je suis devenu et de ce que je fais.

Tu es ami avec Sophie Calle. Son travail d'artiste consiste à faire de sa vie, et notamment des moments les plus intimes, une œuvre.… Elle t’a permis d’utiliser une de ses photos pour la couverture de ton disque. Elle qui ne cache strictement rien de sa vie, est-ce que ça change ta perception du dévoilement dans la chanson ?

Je ne me suis pas posé la question de savoir si ça a modifié mon rapport à l’autobiographie. Je ne crois pas, parce qu’entièrement se dévoiler demande un certain tempérament. Etre Sophie Calle, c’est être Sophie Calle. Elle est ultra authentique, magnifique et sincère. Elle m’a tellement touché par cette manière de travailler sur elle. Moi, je suis beaucoup moins autobiographe. Ma matière est plus maquillée…

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Le 23 février 2017, après l'interview.

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09 mars 2017

Les Tit' Nassels : interview pour En plein coeur

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(Photo: Ji Fotoloft).

Cela fait bientôt 20 ans que Les Tit' Nassels livrent leur univers teinté de tendresse, d’humour et de profondeur. En plein cœur qui a nécessité deux ans d’écriture est leur 9ème album  (studio et live confondus). Il ne ressemble pas aux précédents, même s’il reste dans le même esprit. Il est plus rock, les guitares électriques, les claviers se font plus entendre. Il est peut-être un peu plus sombre au niveau des textes mais ils restent optimistes. "Bien ancrés dans leur époque, ils manient la poésie du quotidien comme celle des grandes cassures sociales". Les Tit' Nassels, dans cette droite ligne de la chanson française qui sait se faire pop, ont donc encore de belles heures devant eux. Le 23 janvier dernier, j’ai rejoint Sophie et Axl dans leur loge du Divan du Monde, salle de spectacle dans laquelle ils se produisaient le soir même.

tit's nassels,en plein coeur,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album :

Voilà maintenant plus de quinze ans et une tonne de concerts qu'Axl et Sophie offrent au public leurs chansons naviguant entre humour acerbe, mélancolie et commentaire social percutant. En 2014, ils devenaient fous (Soyons fous !) et se payaient le luxe de transformer le duo en quatuor. Ils s'allouaient alors les services de Romain Garcia à la basse et David Granier à la batterie. Une riche idée au service de leur disque le plus abouti jusque-là. En 2016, fini la folie, c'est en plein cœur qu'ils veulent toucher. Et, à quatre de nouveau. Dans En plein cœur,  ils parviennent à capter l'air du temps et à raconter avec douceur cette époque morose où la nostalgie de temps plus apaisés se heurte à un avenir incertain. D'une demande en mariage bizarre ("Ta main") à un rejet des fanatismes religieux ("J'ai tout oublié") en passant par des histoires d'amour qui tournent mal ("Quitte-moi", "T'aurais pu prévenir"...), l'ambiance n'est peut-être pas à la fête ("Je vois"), mais l'espoir n'est jamais loin ("Bonhomme"). Un disque qui prouve, si c'était encore à faire, que les Tit' Nassels savent toujours nous toucher en plein cœur.

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(Photo : Ji Fotoloft)

tit's nassels,en plein coeur,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes rencontrés au lycée. Racontez-moi comment vous avez décidé de créer ce duo qui dure.

Sophie : Axl jouait déjà dans un groupe de rock et, contrairement à moi, il savait déjà qu’il passerait sa vie à faire de la musique. Dans les soirées étudiantes, il prenait la guitare et nous chantions ensemble. Constatant que j’aimais bien chanter, un jour, il m’a demandé de venir avec lui dans des scènes ouvertes. J’aimais bien faire la deuxième voix.

Tu n’aimais pas trop te mettre en avant. Par timidité ?

Sophie : Oui, un peu. Mais au départ, je faisais ça pour lui rendre service. Petit à petit, on s’est pris au jeu et nous ne nous sommes plus arrêtés.

Quand avez-vous compris que la musique allait devenir une affaire sérieuse dans votre vie ?

Sophie : C'est venu naturellement. En 1997, on a fait toute les scènes ouvertes du Théâtre de poche à Saint-Etienne. Un jour, le directeur du théâtre nous a dit qu’il voulait nous programmer de manière officielle. Il a suggéré que nous trouvions un nom. On a décidé de s’appeler les Tit’s Nassels, on ne sait même plus pourquoi. On a dû trouver cela dans une soirée arrosée (rires).

Vous chantiez quoi à cette époque ?

Sophie : Des reprises de chansons françaises comme celles de Mano Solo et de Kent et aussi du Beatles, du Simon & Garfunkel. On aimait bien reprendre des mélodistes. Mon plaisir était d’harmoniser.

Un jour, vous décidez d’enregistrer un premier disque. Non, pardon, une première cassette.

Sophie : Oui, de manière très artisanale. Nous les vendions à la fin des concerts. On a dû en écouler une centaine.

Il vous en reste des exemplaires ?

Sophie : Axl en a une. Il garde tout, c’est dingue !

Ensuite, tout s’est enchaîné rapidement ?

Sophie : Notre premier album a été enregistré dans un garage et il était autoproduit. Axl avait réussi à en mettre quelques-uns à la Fnac de Lyon. Il y avait Fabien Salzi qui était vendeur à la Fnac de Lyon, mais qui avait aussi un label. Non seulement, il a aimé notre album, mais il a pu également constater qu’il partait bien, du coup, il nous a proposé de signer dans son label, Délivrance.

Vous avez beaucoup joué dans les bars. C’est l’école de la musique la plus formatrice ?

Sophie : Complètement. Il fallait savoir captiver l’attention de personnes qui n’étaient pas là pour nous. Il y avait des gens bien « bierrisés » qui criait « fais chanter la fille ! », « A poil ! »… bref, c’est effectivement très formateur de jouer dans ces conditions. Après, on peut se produire n’importe où.

"En plein cœur", tiré de l'album En plein cœur.

Cela fait plus de  20 ans que vous jouez ensemble, il n’y a pas, parfois, un peu de lassitude ?tit's nassels,en plein coeur,interview,mandor

Axl : Ça peut arriver quand on fait plein de concerts successifs, mais là, c’est plus de la fatigue que de la lassitude. Non, vraiment, on ne se lasse pas l’un de l’autre. On a la chance de faire un métier qu’on aime, on s’amuse, on rencontre plein de gens, on fait des chansons… on n’a surtout pas envie que cela s’arrête.

Textuellement et musicalement, sentez-vous que vous progressez d’album en album ?

Axl : Lorsque l’on écoute la première cassette, on comprend que la progression est réelle (rires). Sans dénigrer ce que l’on faisait on début, on sent qu’il y a de l’amélioration à tous les niveaux : l’écriture, le chant et la façon de jouer de la musique. De plus, il faut savoir se renouveler.

Ce renouvellement passe par deux musiciens supplémentaires ?

Sophie : Oui, ça permet beaucoup plus d’arrangements.

Axl : Ça donne une dynamique différente dans notre musique. Et puis, ça nous permet de nous lâcher plus sur scène. On a moins de technique à gérer et c’est très agréable.

Votre public est très fidèle. Vous n’avez pas eu peur de le décevoir en changeant de formule ?

Axl : Même si on y a pensé, ça reste nos deux voix et nos chansons. Et puis, ça fait au moins 10 ans que nous sommes plus que deux sur nos albums. Jamais personne ne nous a dit : « on préfère le duo ! ». Nous sommes toujours un duo aux yeux du public.

Version acoustique de "Contre toi", chanson tirée de l'album En plein cœur.

tit's nassels,en plein coeur,interview,mandorJ’aime beaucoup votre sens de la mélodie.

Sophie : Je peux commenter parce que c’est Axl qui compose. Ce qui m’impressionne chez lui, ce sont ses mélodies et son sens des arrangements.

Axl : Je dois tout à Daniel Balavoine.

C’est ironique ?

Sophie : Non, Axl adore Balavoine.

Axl : L’album Les aventures de Simon et Gunther est un bijou. Les arrangements sont superbes.

On ne vous entend pas beaucoup à la radio, du coup, votre popularité n’est pas à la hauteur de celle que vous méritez. Ça vous fait quoi ?

Sophie : On aimerait bien que le public accède plus facilement à nos chansons, mais nous ne sommes absolument pas dans la frustration.

Axl : Si on avait plus de notoriété, cela nous permettrait de faire plus de scènes et de nous ouvrir plus de portes. Nous aimerions avoir des moyens plus conséquents pour continuer à faire de la scène dans des conditions encore meilleures. Bien sûr, on ne refuserait pas une reconnaissance plus importante par rapport au travail que nous faisons depuis plus de 20 ans. Mais tout va bien. Le réseau alternatif dans lequel nous sommes nous permet de faire ce métier honorablement.

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Dans toutes vos chansons, il y a du drôle et du moins drôle. tit's nassels,en plein coeur,interview,mandor

Sophie : Depuis le début, on écrit comme ça. Je me souviens qu’un jour une programmatrice nous avait dit : «  vous devez choisir, soit vous êtes drôles, soit vous ne l’êtes pas ! » Non, parce que dans la vie nous sommes comme ça et que nos chansons nous ressemblent.

Axl : Un album représente une période de vie. On vit des choses légères et d’autres qui le sont moins.

Est-ce que l’un veut épater l’autre ?

Sophie : Pas épater, mais j’aime bien quand Axl est content de mon travail.

Axl : Et vice versa. Avec Sophie, on voit le monde de la même manière, donc nous sommes presque toujours sur la même longueur d’onde.

Sophie : Par exemple, ça n’est jamais arrivé que je ne sois pas en totale adéquation avec un texte d’Axl.

Il faut se ressembler un peu pour qu’un duo dure longtemps ?

Sophie : Oui, je pense.

Axl : C’est important que nous ayons les mêmes idéologies pour chanter des textes réciproques ensemble.

Il y a des messages dans vos chansons, mais tellement poétiques qu’ils ne paraissent pas engagés.

Sophie : On n’aime pas la chanson engagée pure. Qui sommes-nous pour faire la morale ? On préfère dire les choses de manière poétiques et imagées.

Axl : J’aime la chanson engagée quand elle veut dire quelque chose. Brassens, Ferré, là oui, ça voulait dire quelque chose. Aujourd’hui, c’est facile de lever le poing et de dire « j’emmerde le Front National ! »  Ce n’est pas notre boulot, notre démarche, notre envie d’être premier degré dans les chansons qui racontent la société et le monde d’aujourd’hui.

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Pendant l'interview...

tit's nassels,en plein coeur,interview,mandorQuand on écrit et chante depuis 21 ans, est-ce qu’on n’a pas tout dit ?

Axl : On a peut-être tout dit, mais jamais sous le même angle.

Sophie : On ne se pose pas la question. Si nous nous la posions, ce serait peut-être mauvais signe.

Vous faites partie d’une scène parallèle qui n’a pas besoin des médias.

Sophie : C’est rassurant, mais c’est tout de même de plus en plus difficile pour cette scène-là.

Axl : Les gros artistes médiatisés prennent de plus en plus cher pour faire de la scène et participer aux festivals. Comme les maisons de disques ont un manque à gagner dans la vente des disques, du coup, ils récupèrent avec la scène. Il y a donc moins de place pour les autres groupes. Les festivals veulent de moins en moins prendre de risques.

Sophie : Les programmateurs savent qu’ils vont remplir leur festival avec les gros artistes, alors, ils prennent tous les mêmes et ne vont pas chercher plus loin. Comme ils sont moins subventionnés, on peut aussi les comprendre. Il faut bien que leurs festivals tournent.

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Après l'interview, le 23 janvier 2017.

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04 mars 2017

Gaëlle Pingault : interview pour Avant de quitter la rame

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(Photo : Rémon Deupardon)

Gaëlle Pingault est une nouvelliste que j’apprécie depuis longtemps, littérairement et humainement. Elle sort un nouveau recueil de nouvelles, Avant de quitter la rame aux éditions Quadrature. Je lui ai donné rendez-vous dans un bar parisien lors de son dernier passage dans la capitale (elle habite à Tinténiac, un village au nord de Rennes), le 21 janvier dernier, pour une deuxième mandorisation (la première est là !)

gaëlle pingault,avant de quitter la rame,quadrature,interview,nouvelles,mandor4e de couverture :

Il y a Alice, qui n’aime ni Paris, ni le métro, ni les petits encarts de poésie qui y sont affichés. Qui n’a guère d’autre choix que de faire avec, cependant. Alors elle râle. Pas toujours.

Il y a Nadya, qui souvent marche sur un fil, et qui boit ces quelques vers arrachés au métro comme si sa vie en dépendait. Elle en dépend peut-être. Allez savoir.

Et entre les chassés-croisés de Nadya et d’Alice, se glissent d’autres histoires avec un soupçon de poésie, et sans métro.

L’auteure :

Auteure, animatrice d’ateliers d’écriture, orthophoniste, Bretonne. Et réciproquement, ou l’inverse. Ça dépend du sens du vent. Celui que je préfère, moi, c’est le noroit qui claque.

Pas très sérieuse, enfin pas trop, parce que la vie est trop courte pour ça. Déjà 38 ans de passés, c’était bien, merci. Barman, vous m’en remettrez le double, s’il vous plaît ?

Un homme, une petite fille de moins en moins petite, la mer à moins de 50 kilomètres : triangle parfait, équilibre atteint.

Interview :gaëlle pingault,avant de quitter la rame,quadrature,interview,nouvelles,mandor

Avant de quitter la rame est ton quatrième livre. Tu commences à constituer une œuvre ?

Holà ! Comme tu y vas ! J’écris ce que j’ai envie d’écrire et je ne songe pas à ce genre de chose. Quand j’ai réalisé que celui-ci était  le quatrième, je me suis juste dit : « Oh ! Quand même ! » A chaque fois qu’il y en a un qui sort, j’ai l’impression que c’est un hasard ou un coup de chance. Bref, à chaque fois, c’est Noël !

Il me semble que ce nouveau recueil de nouvelles a comme fil rouge le mal être dans notre société ?

C’est rigolo parce que je l’ai imaginé au départ comme des nouvelles avec des fins positives. Il arrive des événements pas simples à mes personnages, mais ça se termine bien. Ce sont des héros de la vie quotidienne et j’ai l’impression de côtoyer beaucoup de personnes comme ça.

Ce recueil a une histoire un peu particulière.

Ca rejoint ma réponse précédente. Il y a les habitudes de la nouvelle à chute couperet, un peu noire. Comme je viens de le dire, j’avais envie depuis longtemps d’écrire un recueil à fins positives. Jusqu’à présent, je n’avais pas assez d’idées pour mener à bien ce souhait… pour tout te dire, j’ai toujours peur de faire « cucul la praline ». Quand, chez Quadrature, ils ont sorti la collection « Miniature », j’ai estimé que le calibrage qu’ils demandaient allait me permettre d’essayer de concrétiser mon envie.

Es-tu un des personnages ? Je te verrais bien en Alice, la jeune femme qui n’aime pas Paris…

Il y a un peu d’elle par le côté « la ville me rend terne ». Là, par exemple, je reviens à Paris pour le week-end, je me suis baladé avec ma sœur et j’ai vite ressenti le besoin de repartir chez moi, en rase cambrousse. Pour répondre à ta question, je me retrouve un peu dans tous mes personnages. C’est une question que je ne me pose pas trop, mais je crois que tu mets toujours de toi dans tes histoires. Inconsciemment ou parfois consciemment, sans savoir précisément à quel degré.

gaëlle pingault,avant de quitter la rame,quadrature,interview,nouvelles,mandorJ’aime beaucoup ton écriture, fine et délicate. J’ai dégusté ce recueil.

Quand je l’ai écrit, j’avais envie d’un espèce de petit bonbon, un truc qui ferait du bien et qui serait agréable. Je ne suis pas capable d’écrire le pays des bisounours, je maltraite un peu mes personnages de temps en temps, mais c’est pour qu’ils aillent mieux après.

Il y a deux personnages majeurs dans ton recueil, Alice et Nadia. Elles sont très attachantes.

Moi, je m’attache toujours à mes personnages en tout cas, même quand ils sont cons, méchants ou bêtes… note que je n’en ai pas dans ce livre-là. La façon dont j’écris à leur sujet doit faire en sorte qu’ils deviennent attachants aussi pour le lecteur.

La nouvelle « La nuit, je ne mens plus » m’a beaucoup touché. Ça m’a fait du bien de lire l’histoire d’une famille recomposée où tout se passe intelligemment. Mais la nouvelle dont on te parle plus, c’est « Tu dors petit homme ».

Ça parle de l’adoption. Je trouve qu’il y a une ambivalence dans l’adoption. Ce sont des enfants qui ont été abandonnés et en même temps, ils ont été très désirés par ceux qui les adoptent. Une mesure d’adoption est très longue et très compliquée. Un enfant adopté est toujours super attendu. Je trouve cette complexité-là très belle.

« Un ciel d’orage », j’adore aussi. Par l’amour, on arrive à ne plus avoir peur d’un truc qui fait peur…

La scène initiale est vraie. J’ai ce souvenir de maman venant me voir un soir dans ma chambre quand un orage a éclaté. Dans ses bras, elle me disait : « Regarde, c’est beau ! Ça se reflète sur la pelouse avec la pluie… » A partir de ce soir-là, je n’ai plus jamais eu peur de l’orage. J’ai brodé autour de ce souvenir.

Pour écrire tes histoires, tu te sers de la réalité vécu ou vu ?gaëlle pingault,avant de quitter la rame,quadrature,interview,nouvelles,mandor

Je suis une éponge. Je passe ma vie à regarder ce qu’il se passe autour de moi. J’emmagasine 2500 trucs par jour qui pourront ressortir un jour, ou pas, dans une nouvelle ou un roman.

Ça te fait du bien d’écrire ?

Oui. Par contre, je ne considère pas que l’écriture soit ma thérapie. C’est du boulot. Un boulot très agréable. Tu as raison, ça me fait du bien d’écrire, c’est tout. J’ai infiniment besoin de chose jolie autour de moi sinon je ne suis pas capable de vivre, l’écriture est peut-être ma part de joli, ma modeste contribution aux jolies choses.

Tu écris beaucoup ?

C’est éminemment variable en fonction du moment. Je peux écrire tous les jours ou je peux ne rien écrire pendant quatre mois.

Tu écris surtout des nouvelles. Tu ne t’estimes pas performante sur la longueur ?

Je suis obligée de te répondre que probablement si, puisque j’ai un roman qui va sortir au mois de septembre aux éditions du Jasmin, il s’intitulera, Il n’y a pas Internet au paradis. Mon pitch peut paraître sinistre, mais il semblerait que cela ne le soit pas. C’est l’histoire de la résilience d’une femme dont le mec s’est suicidé suite à un harcèlement au travail.

C’est sinistre.

Ha ha ha ! Il y a de l’humour, mais très grinçant.

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Après l'interview, le 21 janvier 2017 (Photo: Henri Calquier-Bresson).

03 mars 2017

Magyd Cherfi : interview pour l'album Catégorie Reine

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Pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de mars 2017), j’ai interviewé Magyd Cherfi. Ce n’était pas la première fois (voir là en 2007, ici en 2012 et encore là récemment en 2015 et pas tout seul).

Le 6 février dernier, je suis allé à sa rencontre dans une péniche restaurant, La Nouvelle Seine, qui fait aussi office de salle de spectacle. Voici la substantifique moelle de notre interview…

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Le premier clip tiré de l'album Catégorie Reine, "Ayo".

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Après l'interview, le 6 février 2017, sur la péniche La Nouvelle Seine.

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02 mars 2017

Mountain Men (avec Denis Barthe et Olivier Mathios): interview pour Black Market Flowers.

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mountain men,mrmat,barefoot iano,denis barthe,noir désir,the hyènes,olivier mathios,interview,blacck market flowers,mandorDix-huit mois après l’intense Against The Wind qui marquait déjà une ouverture vers un versant plus électrique du duo, le chanteur-guitariste Mr Mat et l’harmoniciste australien Barefoot Iano, le duo impeccable de Mountain Men, reviennent (ma première mandorisation du duo est à lire ici). Mais magie des rencontres et des envies, ils se sont  associés à un autre duo, le bassiste, Olivier Mathios de The Hyènes et le batteur, Denis Barthe (ex-Noir Désir), lui aussi membre de The Hyènes. Un quartet qui s’est entouré d’autres pointures bordelaises comme Estelle Humeau (Eiffel), Hervé Toukour (The Very Big Small Orchestra) et Jean-Paul Roy (Noir Désir). Du beau monde pour un album marie émotion et riff parfois brutal. L’album Black Market Flowers compte treize morceaux dont deux en français. Une puissance décuplée, un blues profond. Impressionnant !

Le teaser de Black Market Flowers.

Le 18 janvier dernier, à la veille de leur concert mémorable au Café de la Danse, j’ai reçu à l’agence Mr Mat (Matthieu Guillou), Barefoot Iano (Ian Giddey), Olivier Mathios et Denis Barthe. Nous avons parlé de leur rencontre, de leur disque commun, des concerts et de l’industrie musicale actuelle. Aucune langue de bois à l’horizon…

Argumentaire de presse de l’album Black Market Flowers :mountain men,mrmat,barefoot iano,denis barthe,noir désir,the hyènes,olivier mathios,interview,blacck market flowers,mandor

Depuis leur 1er album Spring Time Coming, sorti en 2009, Mountain Men poursuit sa route, pavée de rock, de folk et de blues. Aucune limite artistique ne s’impose à eux, seules l’émotion et l’énergie priment. Leurs influences qui vont du rock à la chanson, de Metallica à Brassens en passant par Bob Dylan ou Tom Waits, font de Mountain Men un groupe à part et singulier alliant émotion et sens aigu du spectacle. Black Market Flowers ouvre une nouvelle page pour le groupe, paradoxalement encore plus personnelle. Il y est question de tempêtes intérieures, d'amis disparus, de colère et d'amour, de rock et d’énergie, toutes ces émotions qui font de Black Market Flowers un pur condensé de vie et à l'image de leur musique : Brute, simple, belle et universelle.

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(Photo: Vincent Assié)

mountain men,mrmat,barefoot iano,denis barthe,noir désir,the hyènes,olivier mathios,interview,blacck market flowers,mandorInterview :

Mr Mat et Barefoot Iano, comment s’est passée cette fusion  avec Denis et Olivier ?

Mr Mat : Nous cherchions un réalisateur qui pouvait réaliser notre disque sous une autre forme. On a donc fait une liste d’artistes avec lesquels nous aurions aimé bosser… dont Denis Barthe.

Denis Barthe : Nous avons été contactés par Mike, le producteur de Mountain Men. C’est un pote à moi, mais je n’avais jamais entendu parler de ce groupe. Je lui ai dit que je n’avais pas le temps, mais qu’il m’envoie quand même du son. Les titres reçus m’ont parlé immédiatement. Piqué par la curiosité, je suis allé voir sur Internet  et là, j’ai découvert deux mecs qui donnaient beaucoup sur scène, et donc qui recevaient beaucoup du public. Encore une fois, j’ai expliqué que je n’avais pas le  temps, mais que deux mecs punks qui faisaient du blues, ça m’intéressait beaucoup. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu ça. J’ai donc demandé à les rencontrer. MrMat est venu à la maison. Au bout d’un quart d’heure de conversation, j’avais l’impression de le connaître depuis des années. Nous étions sur la même longueur d’onde, aussi bien dans la vie que musicalement.

Et vous, Mr Mat et Barefoot Iano, pourquoi le choix de Denis Barthe ?

Mr Mat : Parce que l’on connaissait son travail pour d’autres groupes, comme les Têtes Raides et Les Suprêmes Dindes, par exemple… et aussi parce que, quand même, Noir Désir…

Denis Barthe : Je travaille aussi pour des petits groupes. Je fonctionne au coup de cœur. Que les gens soient connus ou pas, qu’il y ait une boite de pro ou pas, je m’en fous. Il faut que ça me plaise. C’est mon seul critère.

Et toi, Olivier Mathios, tu es arrivé comment ?

Olivier Mathios : Comme une fleur (rires). Je joue avec Denis dans The Hyènes depuis 10 ans. Il m’a fait part de sa nouvelle passion pour Mountain Men. J’écoute et comme il m’avait dit, je découvre que, vraiment, « ça déboite ». Denis me demande si je veux bien faire deux, trois basses. J’accepte avec plaisir. Dès que nous nous sommes serrés la main avec MrMat et Barefoot Iano, on a compris qu’il se passait un truc. Quand nous avons commencé à jouer ensemble, il y a eu une osmose totale, une parfaite alchimie. Au fur et à mesure que l’album avançait, je prenais conscience que ce que nous faisions était énorme.

Mr Mat : J’ai pris un plaisir incroyable à faire cet album. Rester tous les quatre en studio, à presque faire exprès de prendre notre temps parce qu’on était bien, c’est un souvenir inoubliable pour moi. Ca faisait longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir à faire de la musique. Avant cet album, les sessions de studio étaient des moments douloureux pour moi. Là, on a travaillé énormément, on a fait de grosses journées, mais dans une superbe ambiance et dans un plaisir fou.

Clip de "Dog Eye" tiré de l'album Black Market Flowers.

Vous jouiez en live dans le studio ?

Denis Barthe : Oui. La prod, je l’assimile à de la cuisine. Je n’ai pas de recette. Le groupe m’amène des aliments. C’est posé sur la table et il y a des choses à faire avec. On n’est jamais sûr de rien. On ne sait pas si ça va être bon. Quand on trouve la recette miracle, quelle satisfaction ! Et pour cet album, on a souvent trouvé la recette miracle.

Olivier Mathios : On a joué de manière assez instinctive. C’est ça qui donne la fraîcheur de l’enregistrement.

Mr Mat : Avec Barefoot Iano, on a toujours joué de manière instinctive. L’album est très basé sur l’instinct et l’instant T.

Barefoot Iano : La seule attente que nous avions, c’est que Denis et Olivier apportent quelque chose à table. Puisqu’on parle cuisine, nous ne voulions pas « manger » la même chose que d’habitude. On ne savait pas où on allait, mais on était prêt à aller n’importe où pourvu que ça sonne et que ça nous amène ailleurs.

Barefoot Iano, comment tu as vécu l’arrivé de Denis et Olivier dans l’aventure Mountain Men ?

Barefoot Iano : J’étais très confiant. Comme d’habitude, je n’avais pas préparé mes parties d’harmonica. Mes préparations sont techniques. J’essaie d’être capable de faire ce que l’on me demande,  je bosse à fond et je tente d’intégrer au mieux mon instrument dans les compositions déjà enregistrées. Denis a manœuvré le bateau avec une délicatesse et une gentillesse qui m’ont beaucoup plu.

Clip de "Still in the race", tiré de l'album Black Market Flowers.

Mr Mat et Barefoot Iano, vous attendiez quoi de Denis et d’Olivier ?

Mr Mat : Travailler avec un réalisateur, c’est souhaiter ouvrir une porte et aller se balader dans des chemins auxquels nous n’aurions pas pensé. C’était aussi une manière de mettre nos ego au placard. Je suis toujours très intransigeant quand nous enregistrons un disque, ça peut être pénible pour l’autre. Là, je me suis un peu laisser conduire et ça fait un bien fou.

Denis, il  faut ressentir l’âme du groupe pour lequel tu travailles ?

Denis Barthe : Oui. Inévitablement, il faut se fondre, trouver sa place sans pour autant bousculer l’équilibre. Il faut rentrer dans la cuisine du duo, sans casser la vaisselle.

Ça s’est tellement bien passé entre vous, que l’aventure continue sur scène.

Denis Barthe : Ce n’était pas prévu du tout. A la fin des enregistrements en studio, nous nous sommes quittés, heureux du devoir accompli, mais point barre. Un jour, Mat m’appelle pour me demander si nous acceptions de jouer pour le Café de la Danse. Pour une date, c’était possible. Très rapidement, on s’est dit que nos calendriers étaient compatibles pour en faire un peu plus. Et la machine s’est mise en route, comme une évidence.

Olivier Mathios : Et pour être clair, et je vais placer l’ego là où il ne faut pas, il était hors questions qu’il y ait un autre batteur et autre bassiste que nous deux… d’autres auraient forcément souillés cette œuvre (rires).

Mr Mat : Pour nous, c’était trop évident qu’il fallait que ce soit eux qui nous accompagnent. On a fait 600 concerts à deux, notre public était donc un peu inquiet de ce qu’allait donner Mountain Men à quatre… et, visiblement, ils ont adoré. Parce qu’avec cette formule, nos chansons sont magnifiées et ont pris de l’ampleur.

Olivier Mathios : Le tout premier concert, c’était l’épreuve du feu. Nous étions dans le bar où Mr Mat et Barefoot Iano se sont rencontrés. Ça s’est super bien passé et nous avons eu la sensation d’avoir été accepté par la « famille ».

Le 19 janvier 2017, le lendemain de l'interview, Mountain Men au Café de la Danse. Un aperçu de l'énergie et l'ambiance de folie qu'ils transmettent. A voir absolument!

mountain men,mrmat,barefoot iano,denis barthe,noir désir,the hyènes,olivier mathios,interview,blacck market flowers,mandorC’est jubilatoire pour vous deux de redécouvrir vos chansons habillées différemment ?

Mr Mat : Mais carrément. Nous ne repartons pas à zéro, mais nous repartons avec quelque chose de tout neuf. En 2015, je me suis rendu compte que j’étais nostalgique du tout début. Quand il y avait tout à faire, tout à prouver… on collait nos affiches nous-mêmes la nuit. En ce moment, j’ai l’impression de revivre tout ça.

Barrefoot Iano : Sauf qu’on ne colle plus nous-même les affiches. Moi, voilà l’image que j’ai de ce qu’il se passe. Au début, avec Mat, nous sommes rentrés dans un tunnel, bien éclairé, et là, nous sommes en train de sortir de l’autre côté et on voit un grand panneau qui indique : vous êtes en train de quitter la puberté. Il y a dans nos chansons, une vraie puissance qu’il n’y avait pas avant.

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(Photo : Vincent Assié).

Denis, rétrospectivement, tu ne te demandes pas comment l’existence de ce duo t’avait échappé ?

Denis Barthe : C’est surtout parce qu’ils n’ont presque jamais joué dans le grand sud-ouest. Il n’en reste pas moins que, depuis longtemps, je n’avais pas entendu un groupe qui joue de manière si artisanale. Avec eux, on a envie de mettre les mains dans la terre. Ce que fait Mountain Men est pensé, senti et paradoxalement, pas prémédité ni élaboré. Ça m’a beaucoup plu.

Olivier Mathios : Quand j’ai découvert ce duo, je me suis demandé d’où il sortait. J’ai trouvé leur musique mortelle. Je n’avais pas regardé leur vidéo sur internet, je les ai pris en studio direct. J’ai trouvé ça monstrueux. Je me suis demandé ce qu’étaient ces mecs qui nous fracassaient la gueule… à domicile, en plus.

(Rires général)

Mr Mat et Barefoot Iano, vous commenciez à vous lasser de cette vie musicale à deux ?

Mr Mat : L’envie première de faire un album comme Black Market Flowers, c’était justement pour éviter que cela arrive. Je déteste la routine dans tout ce que je fais. Quand une routine ou un certain confort s’installe, ça se délite. En 2015, on a fait à peu près 110 dates. Ça a été aussi une année très compliquée humainement au sein du groupe. Il y a eu des histoires intérieures et extérieures dont nous nous serions bien passés. Ça a été très difficile émotionnellement par rapport à nos vies respectives. Cette année compliquée est d’ailleurs ce que raconte notre disque. Pour exorciser beaucoup de choses, je voulais du neuf bien pimenté.

Barefoot Iano : Je ne peux rien ajouter de plus.

"Passe dans cette vallée", tiré de l'album Black Market Flowers, live filmé par France 3 Auvergne-Rhones-Alpes pour l'émission Le Backstage.

mountain men,mrmat,barefoot iano,denis barthe,noir désir,the hyènes,olivier mathios,interview,blacck market flowers,mandorDepuis que je vous suis, je me demande pourquoi Mountain Men n’est pas plus populaire.

Mr Mat : J’essaie de ne plus me poser cette question, car elle m’a travaillé souvent. On a toujours eu que des retours dithyrambiques sur tous nos albums. Les gens, en sortant de nos concerts ne cessent de nous demander pourquoi on ne nous entend pas plus. J’avoue que cette situation m’a rendu aigri très longtemps. Je n’ai plus envie de me prendre la tête avec ça. Je me contente de suivre notre chemin en jouant la musique que l’on a envie de faire. On se considère comme des artisans et on essaie de faire vivre le spectacle vivant. On fait le plus possible avec nos petits moyens. Au moment, où on nous bassine depuis des mois avec les élections, il faut faire gaffe à la culture. Il n’y a aucun candidat qui n’a prononcé le mot culture. C’est symptomatique de notre époque.

Denis Barthe : Pourtant la culture rapporte en France plus que l’industrie automobile. On vit une époque où le business et les médias, sont plus fermés qu’avant. Il y a des portes qui sont dures à pousser. Ce qu’on entend venant d’une radio ou d’un programmateur, c’est : « Ça rentre pas dans ma grille de programme ». C’est stupide. Une grille des programmes est là pour être ouverte. Qu’est-ce qu’on risque à programmer un disque qui a plu ? Au mieux, qu’il plaise aussi aux auditeurs ou aux spectateurs, au pire, rien.

Mr Mat : Si on ne prend pas garde, dans dix ans, il ne restera plus que cinq gros festivals en France. Il y aura cinq artistes du moment, ceux qui vendent le plus de disques. Tout le reste sera mort.

Denis Barthe : On est dans un fonctionnement dinosauresque. Les maisons de disque, les organisateurs de festival… tout est dinosauresque. Les cachetons pour certains groupes sont indécents, on dirait qu’ils font du football. On aurait besoin d’un mouvement musical qui vienne balayer tout ça, qui ouvrent les fenêtres et qui vienne distiller du sang neuf.

Mr Mat : Denis, je ne sais pas ce que tu en penses, mais un groupe comme Noir Désir qui arriverait mountain men,mrmat,barefoot iano,denis barthe,noir désir,the hyènes,olivier mathios,interview,blacck market flowers,mandormaintenant, il ne signerait pas.

Denis Barthe : Surtout avec la maquette qu’on a présenté à l’époque. Il n’y aurait pas non plus de Têtes Raides, d’Alain Bashung, de Stéphan Eicher, de Mano Negra, de Gainsbourg, de Ferré, de Brassens, de La Tordue. Tous ces artistes, y compris Noir Désir, étaient dans des maisons qui ont perdu des ronds avec leurs premiers disques.

Olivier Mathios : Il y avait la notion de carrière, mais elle n’existe plus aujourd’hui. Maintenant, tout le monde est jetable.

Mr Mat : En cinq ans la musique est devenue un produit de consommation comme un autre. Le téléchargement, le streaming n’ont pas aidé… C’est un vaste sujet.

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(Photo : Vincent Assié).

Denis Barthe : Les maisons de disques ont menti aux gens. On te permet de télécharger du MP3, qui est quand même une qualité de merde, du coup, la maison de disques n’a pas à fabriquer de supports physiques, c’est-à-dire de pochettes, de boitiers, il n’y a pas à payer de livreurs pour faire parvenir les disques, pas de personnel pour mettre en place dans les magasins. C’est tout bénéf’ pour les maisons de disque au détriment de la qualité. Aujourd’hui, les gens qui ont les moyens d’écouter de la musique dans de bonnes conditions, ce sont des gens qui ont des moyens financiers conséquents.

Mr Mat : Nous, malgré le fait que nous ayons vendu 50 000 albums et fait 600 concerts, pour gagner notre vie, nous sommes condamnés à tourner en permanence. Sur Deezer, je schématise, mais on est pas loin de la vérité, on est rémunéré 0, 00008 centimes par clic. Mountain Men est rémunéré par une unité de mesure qui n’existe pas. Je ne sais pas si tu te rends compte, mais, en gros, il faut que le morceau soit lu 10 000 fois pour que nous touchions 8 centimes. Et dans tout ça, nous ne sommes pas sûr d’avoir notre statut d’intermittent à la fin de l’année, ni que l’on puisse continuer à faire perdurer le groupe.

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Je ne comprends pas pourquoi les festivals de l’été ne font pas appel à vous.

Mr Mat : C’est très facilement explicable. Je n’ai rien contre les Insus par exemple, ni contre Renaud ou Vianney… ça parle aux gens. Le problème n’est pas là. Mais sur tous les gros festivals, on ne verra quasiment qu’eux. Ils sont payés des cachets astronomiques. Conséquence : les organisateurs n’ont plus rien à donner au groupe comme Mountain Men.

Denis Barthe : Je ne sais pas quel autre métier pourrait supporter cela. Admettons que demain, avec des imprimantes 3D, on puisse imprimer chez soi la baguette de pain. Vous vous imaginez que les boulangers vont accepter de vendre leur baguette 0, 00008 centimes. Quand allons-nous cesser de tout tirer vers le bas ? Il faut que les choses soient acceptables pour tout le monde.

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Pendant l'interview...

Vous pensez qu’un jour, les choses se rétabliront dans le bon sens ?

Mr Mat : Socialement, si ça ne change pas, ça va devenir violent.

Denis Barthe : Il ne faut pas combattre. Dans un combat, il n’y a jamais vraiment de gagnant. On risque de tout perdre face aux puissants de ce monde, les financiers en particulier Il vaut mieux créer quelque chose à côté, que ce soit en social, en politique, en musique, en ce que l’on veut… et faire en sorte que la chose qui te fait suer devienne une coquille vide. Il faut proposer un nouveau modèle qui concurrence en mieux la proposition des puissants.

Avant, les stars de la musique c’était, par exemple Noir Désir, aujourd’hui c’est Jul ou Black M… que s’est-il passé pour qu’on en arrive là ?

Mr Mat : Sans parler de ceux que tu cites, je ne sais même pas ce qu’ils font, je me rends compte en tout cas que depuis quelques années on maintient les gens dans la médiocrité, qu’elle soit musicale, intellectuelle ou politicienne. C’est devenu une unité de mesure.

Denis Barthe : Ça a commencé quand les directeurs artistiques des maisons de disques sont devenus des « chefs de produit ». Tout est dit dans cette appellation. On a introduit la notion de rentabilité à tout prix. Les financiers se sont emparés de la création. Plus généralement, aujourd’hui, on ne peut plus rien dire, on ne peut plus rien faire. Tous les jours on t’éteint une petite liberté.

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Le 18 janvier 2017, à l'agence, à l'agence. De gauche à droite, Denis Barthe, Olivier Mathios, Barefoot Iano et Mr Mat.  

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24 février 2017

Jeanne Rochette : interview pour l'album Cachée

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(Photo : Marie-Hélène Blanchet)

Musique raffinée, textes extrêmement bien écrits, subtils, profonds, acérés et souvent très émouvants. La sensible Jeanne Rochette a le sens de la formule… et certainement la formule magique pour composer des mélodies d’une beauté évidente. Je ne connaissais pas cette artiste, qui pourtant à un sacré passé musical (mais pas que), mais l’écoute de son deuxième album, Cachée, m’a convaincu, voire charmé. Je ne pouvais pas laisser passer cette femme d’aujourd’hui, romantique et passionnée, au talent indéniable

Jeanne Rochette et moi nous sommes installés dans le bar, QG de l’agence, le 26 janvier dernier, pour une intense mandorisation.

jeanne rochette,cachée,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album Cachée:

Près de six ans se sont écoulés depuis  son premier album, Elle sort, paru en 2010. Jeanne Rochette, la plus québécoise des Parisiennes, nous revient enfin avec Cachée,  une collection de 11 nouveaux titres. Jeanne Rochette offre un opus intimiste à plusieurs tonalités, dont se dégage une tendre nostalgie, profonde et poétique, jamais grave. Au-delà de quelques titres ou moments plus légers, il y a dans ce travail une vraie profondeur et une grande émotion, un temps d’écoute, où l’espace et le silence ont leur place pour mieux entendre la résonance des mots et des mélodies. Jeanne Rochette, c’est une voix claire, brillante, mature, qui jamais n’en fait trop, une musique élégante, raffinée, tant dans la composition que dans l’interprétation. Auteure-compositrice-interprète et comédienne, Jeanne Rochette étudie en parallèle le piano et le chant lyrique au conservatoire, le chant jazz, l’improvisation et le théâtre à l’université Paris 8 et dans diverses écoles. En 2004, la Parisienne part s’installer au Québec. Elle poursuit sa formation et se consacre à l’écriture de ses propres chansons. En 2010, après son premier album, elle donne avec son groupe de nombreux concerts, notamment en France, en Angleterre, en Chine, en Inde, dans les festivals de l’ouest canadien et aux FrancoFolies de Montréal. Souvent décrite par la critique comme étant une bête de scène, cette artiste entière offre une chanson française originale, inventive, très théâtrale, influencée par le jazz et l’improvisation. Jeanne Rochette invite l’auditeur à s’abriter dans sa maison… «Cachée».

Ce qu’ils en disent :jeanne rochette,cachée,interview,mandor

«Cette fille-là, elle est terrible!… Jeanne Rochette nous bluffe par son aisance sur scène et ses compositions. À suivre de près pour ceux qui aiment les belles découvertes.»  TÉLÉRAMA

«Her performance as the opening act before  Thomas Fersen was a révélation… An originally refreshing artist.»  BLOG CULTURE PLUS

«L’album de Jeanne Rochette est beau comme  un jour de pluie d’été : poétique, sobre et élégant.» JOURNAL MÉTRO

«Voix limpide et maîtrisée, textes inventifs et originaux, musique raffinée…Les chansons de Jeanne Rochette nous surprennent et nous réjouissent tant elles sont précises et bien construites.»  IICI MUSIQUE, RADIO-CANADA

«…Étonnant, rafraichissant, bouleversant… le chant si personnel et digne de respect d’une femme qui ne fait rien comme personne… Des mélodies pleines d’intelligence et de charme, quelque part entre Satie, Poulenc et Bach…»  LES BRUITS HEUREUX, RADIO VM, MONTRÉAL

«…Ses textes sont de vrais scénarios, poétiques, drôles, loufoques, surréalistes ou hyperréalistes…»  PIERRE LESCURE

«…Voix unique, ce piano aérien, ces arrangements délicats… Tout est précis, chaleureux, poétique… De la ouate pour l’oreille et le cœur.»  MICHEL RIVARD

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(Photo : Alexia Devaux)

jeanne rochette,cachée,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que tu as toujours chanté.

Oui, enfant, je chantais à deux voix avec mon père. Il n’était pas musicien professionnel, mais jouait de tout et avait une vraie culture du blues, du jazz et de la chanson. Il connaissait tout Brassens. J’ai baigné toute mon enfance dans la musique, j’ai même fait partie de chorales.

Mais quelles étaient tes musiques de prédilection ?

D’abord, le baroque, j’ai aussi beaucoup écouté Bach et Chopin, ensuite le jazz, que j’ai découvert vers 18 ans. J’ai fait un stage, il fallait préparer deux morceaux jazz, alors je suis allée dans une médiathèque et j’ai écouté tout ce que je pouvais. Je suis tombée sous le charme de ce genre musical.

Ensuite tu as pris des cours de jazz et de chant lyrique au Conservatoire du XXe.

Je faisais beaucoup d’opérettes. J’ai un rapport très fort avec la musique classique.

Tu as eu un groupe de jazz.

Nous jouions des standards, c’était très formateur.

Tu as fait un passage à Orléans.

A 20 ans, un géologue à la retraite que j’avais rencontré en stage de jazz me payait des billets pour aller dans cette ville jouer dans un big band, des morceaux des années 20 et 30.

En parallèle, tu faisais des études au Conservatoire du Xe en Théâtre.

Oui, et en même temps, je passais aussi une licence en art du spectacle à l’université. Je touchais à tout. J’aime et je suis curieuse de plein de choses. J’ai fait à la fois du cirque, de l’acrobatie, de la danse indienne…

J’ai comme l’impression que tu t’éparpillais un peu, non ?jeanne rochette,cachée,interview,mandor

Non, tout ça est logique. Je ne peux pas dissocier la voix du corps. Les créateurs comme Eugénio Barba m’ont toujours intéressé. Ils s’intéressaient à l’exploration de la voix dans son ensemble.

Tu aimais l’impro ?

Ca me passionne. Des artistes comme Bobby McFerrin m’impressionnent. J’adore effectivement l’improvisation et le côté instinctif du chant. J’ai toujours cherché à faire des stages qui me mettaient en danger. Le risque ne me fait pas peur et je prends beaucoup de plaisir à essayer les choses. Tout ce que j’ai fait, tu peux considérer que c’est de l’éparpillement, moi je pense que ça m’a nourri. Si je suis la personne que je suis aujourd’hui, c’est grâce à toutes ces expériences. Toutes ont été enrichissantes.

Bon, je continue la liste alors. Tu as fait aussi un spectacle sur les années 20 et 30.

Avec une compagnie, nous avons tourné pendant des semaines dans les bars. Je n’interprétais que des chansons des années folles sur Paris.

Tu as monté une pièce de théâtre également.

A 24 ans, avec une copine, on a monté des monologues de Franca Rame et Dario Fo. La première était actrice et auteur dramatique, mais aussi épouse, collaboratrice et éditrice du second. C’était très trash, des monologues de femmes super intenses. On a joué ça avec un trompettiste. C’est la première fois que je mettais en musique des textes. Au bout d’un moment, comme on était un peu en galère, je suis partie ailleurs vivre toute seule au Québec.

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(Photo : David Desreumaux pour le mook Hexagone)

Faisons un peu de philo de comptoir. Aller partout, c’est savoir où on va ?

Je pense que oui. Par exemple, là j’ai fait un choix très clair de revenir à Paris. C’est mon parcours qui m’a mené de nouveau ici. Je suis aujourd’hui plus sereine. Là, je n’ai plus envie de faire de l’acrobatie et de la danse indienne.

Tu as trouvé ta voie et ta voix ?

Il y a eu ces moments de recherches, de stimulations, de curiosité, de soif de connaître. J’ai cherché l’émotion et la force dans les choses pendant des années. Je continue d’ailleurs. Mais, je ne peux pas affirmer que j’ai trouvé ma voie ultime. J’ai commencé à écrire mes chansons au Québec. Et j’ai un peu tourné avec ces chansons. Alors, j’ai réalisé que c’était ça mon métier. Ecrire des chansons et les interpréter.

Au Québec, tu es partie combien d’années ?

Je devais rester un an, je suis restée 12 ans. Je suis arrivée en me demandant ce que je faisais là et, en même temps, j’étais excitée par cette nouveauté. C’était un saut dans le vide, comme si je sautais en parachute. J’avais 28 ans. J’ai eu des bouffées de liberté là-bas. Je me suis dit : « je suis libre, je sais vivre, je sais refaire ma vie n’importe où dans le monde ! »

Jeanne Rochette aux Francofolies de Montréal en 2016.

En t’écoutant, j’ai vraiment l’impression que tu as toujours eu des choses à te prouver.

Peut-être… C’est important d’être capable de vivre sa vie. Je ne veux pas me donner de limite. Je veux continuer à rêver.

Très vite, là-bas, tu as fait de la musique.

J’ai rencontré plein de monde via le jazz. Dans les clubs, personne ne se connait, mais les musiciens jouent ensemble facilement. Après, ça va vite. J’ai commencé à faire des petits concerts. Au bout de deux ans, j’ai rencontré François Bourassa, un pianiste de jazz très connu là-bas qui est devenu mon amoureux. Il a 18 ans de plus que moi, sa carrière était déjà bien entamée. Il a une grande sensibilité lorsqu’il joue. Entre nous, ça a été très fort musicalement. Il m’a fait découvrir tout le jazz instrumental. Pendant dix, j’étais dans une bulle remplie de musique. On a fait des tournées en Chine, en Inde… désormais, je sais que je peux assurer dans des salles de 3000 personnes.

Ton premier album, Elle sort, est sorti en 2010.

Je voulais le signer au Québec, avoir une équipe avec moi, mais les professionnels devaient penser que je n’en avais pas besoin parce que je vivais et chantais avec un musicien célèbre. Comme je ne voulais plus n'être qu’une chanteuse de jazz à Montréal, je suis donc revenue à Paris. Quitter Montréal, c’était sortir d’une torpeur. Tout était si facile pour moi là-bas.

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Pendant l'interview.

Un jour Pierre Lescure, qui était à l’époque directeur du Théâtre Marigny, vient te voir dans un bar à Montreuil.

Il a adoré ma prestation et a voulu me booker immédiatement. J’étais enceinte de mon enfant, Gaspard, j’ai dû attendre un an… mais il n’était plus directeur du théâtre.

A un moment, tu as fait tellement d’allers-retours entre la France et le Québec qu’on ne savait plus trop bien où tu étais…

Oui, et pendant cette période-là, je n’étais plus française, ni québécoise. J’avais l’impression que toute l’énergie que je mettais n’était jamais au bon endroit. J’ai réalisé que si Gaspard voyait sa maman malheureuse, il allait être malheureux.

Et ton père est tombé malade.

Cancer du cerveau, du jour au lendemain. On lui dit qu’il est condamné. On ne sait pas combien de temps ça va durer, mais du coup je suis restée plusieurs mois à Paris. En venant ici, j’ai réalisé que j’avais envie d’y rester. Depuis un an et demi, je suis là et je me suis rarement sentie autant à ma place. Il se passe des choses magnifiques pour moi. Je surfe sur cette vague-là.

Jeanne Rochette chante "La mouche", lors de la Finale du Prix Georges Moustaki 2017. Au Centre Malesherbes - Sorbonne, à Paris, le 16 février 2017.

Parlons de ce nouveau disque, Cachée.

Il a été enregistré à Saint-Elie-de-Caxton, au studio Pantouf de Jeannot Bournival qui coréalise l'album avec Mathieu Désy. François Bourassa (piano), Philippe Melanson (batterie) et Mathieu Desy (contrebasse) composent également mon équipe. J’ai commencé l’écriture avant la maladie de mon père. J’ai mis beaucoup de temps à le faire. Ce disque est empreint de la mort de mon père, de cette cassure, de l’enfance aussi… et du coup, de la fin de l’enfance. Je suis contente que cet album existe, je peux désormais passer à autre chose.

Les textes ne sont jamais au premier degré. Dans « La mouche » par exemple, il me semble que tu parles d’une femme.

Evidemment, je n’écris pas au premier degré. Je ne vais pas parler d’une femme enfermée, je préfère parler d’une mouche qui s’éclate sur une vitre.

Tes textes paraissent légers, mais si on gratte un peu, des chansons comme « L’escalier » ou « Paroles d’amie » ne le sont pas tant que cela…

J’adore ça. Sur des musiques rigolotes, raconter des horreurs. C’est instinctif chez moi. Mes chansons me ressemblent. J’ai un rapport à la vie très festif, mais en même temps j’ai un fond profond, sensible et grave.

Jeanne Rochette chante "Quand je m'aime pas". Filmée (avec Thibaud Defever à la guitare) le 8/12/2016 à La Blackroom à Clichy et diffusé lors du concert de présentation du mook Hexagone, à la Médiathèque.

Dans tes chansons, tu te caches ou tu te montres ? Un peu des deux… Non, en fait, je me montre. Je ne me suis jamais autant montrée que depuis que j’ai sorti cet album, Cachée. Je ne me cache plus.

Cachée est beaucoup moins jazz que le premier, Elle sort.

J’avais envie d’un album, plus « chanson », plus produit aussi, moins « live ». La musique est très feutrée, cela donne une énergie un peu sourde.

Dans ce métier, on apprend tous les jours ?

Oui. D’ailleurs je prends des cours de chant actuellement. Je veux toujours faire au mieux, je ne veux pas me laisser aller. Je n’ai pas de doute sur ma place quand je suis sur scène, mais pour se sentir légitime, il faut toujours travailler. Je n’ai pas de temps à perdre. La mort de mon père m’a donné une urgence. Depuis sa disparition, mon rapport à la vie a changé.

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Après l'interview, le 26 janvier 2017.

Et puis, n'oubliez pas, c'est ce soir...

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22 février 2017

Fabien Muller : interview pour son roman La vitre

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J’aime la maison d’édition Editions Olivier Morattel. Elle est exigeante. Et elle publie des livres qui m’ont toujours intéressé (Quentin Mouron, si tu me regardes !) J’ai donc ouvert cette « vitre » en toute confiance. Et je n’ai pas été déçu. J’ai ri puis, au fur et à mesure que l’histoire se déroulait, j'ai retenu mes larmes. On croit lire la simple histoire d’une jeune femme dépressive et, subitement, on atterrit dans un thriller psychologique mené de main de maître. Fabien Muller (c’est l’auteur... qui a un blog formidable ici) est très fort. On ne se méfie pas de lui, on ne se méfie pas de son histoire... et bim ! Son histoire nous happe et on ne parvient pas à s’en extirper. On ouvre « La vitre » et je vous garantis qu’on n’a pas envie de la refermer (je sais, c’est facile…)

Le 17 janvier dernier, nous nous sommes retrouvés dans mon restaurant-bar préféré parisien, Le Hibou pour une première mandorisation (qui, j'espère, ne sera pas la dernière).

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor4e de couverture :

« Je suis née à sept mois. Pas pu attendre. Ma mère m’a expulsée distraitement, avec détachement, comme on sort les poubelles. »

Depuis toujours Hélène a le sentiment de voir le monde à distance, de ne pas en faire partie. Introvertie à tendance dépressive, elle traverse la vie en évitant tout contact avec l’autre pour ne pas trébucher et sortir des schémas ordinaires, rassurants et établis. Quand elle rencontre Camille, huit ans, et son jeune père mystérieux au passé trouble, c’est l’équilibre de leurs existences fragiles qui est remis en cause, existences qui vont exploser au hasard d’un évènement fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandordramatique.

Roman tour à tour tendre, drôle et tragique, La vitre est avant tout l’histoire d’une renaissance.

L’auteur :

Fabien Muller est né en 1974 à Paris où il vit toujours. Auteur de cinq livres remarqués, dont Comment je suis resté inconnu (Editions Paul&Mike) et L’inconvenance du désastre (Editions Langlois Cécile), il tient aussi une rubrique hebdomadaire pour le magazine français Version Femina. La vitre (Editions Olivier Morattel) est son premier ouvrage publié en Suisse.

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L'interview, le 17 janvier 2017, au Hibou.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorInterview :

Fabien Muller s’est aussi appelé Jean Fabien.

J’ai commencé à écrire parce que je m’ennuyais au bureau. J’ai décidé de le faire de manière discrète. Il se trouve que je racontais notamment mes expériences sexuelles d’expatrié. Je n’avais pas envie que ça tombe dans les mains de n’importe qui. J’ai cherché le pseudo le plus stupide possible.

Pourquoi le plus stupide ?

La stupidité, c’est pas mal pour se cacher. Il y avait quelque chose de l’ordre de la pochade dans mon premier livre. Il n’y avait pas un vrai projet littéraire derrière, je voulais juste faire marrer mes potes.

Tu as commencé à écrire quand ?

En 2008. J’ai commencé en me disant que la tâche était insurmontable, donc j’ai écrit par envie, pas pour me faire publier. Mais à un moment, on arrive avec une masse de choses qui vous font dire qu’il y a là peut-être un livre.

Au final, il y a eu trois livres sous le pseudonyme de Jean Fabien.

Le premier édité s’appelait Le journal d’un écrivain sans succès, après il y a eu La perspective du primate et ensuite Comment je suis resté inconnu. Dans ces trois livres, il y a la thématique de la lose. La lose dans l’amour et l’absence de réussite professionnelle.

Tu aimes bien les personnages de loser ?

Oui, ils sont toujours sympathiques. Je peux me permettre de lui en mettre plein la tête sans que ce soit sinistre.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorLe journal d’un écrivain sans succès raconte quoi?

C’est l’histoire d’un jeune informaticien qui rêve d’être édité. Mais il est beaucoup trop paresseux pour se mettre à travailler son écriture et surtout, il attire toutes les tuiles possibles et imaginables. J’évoque à la fois le monde de l’entreprise et le monde de l’édition, ainsi que leurs absurdités respectives

Et Comment je suis resté inconnu ?fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

Là, c’est l’histoire d’un wannabe qui aimerait bien être écrivain, mais qui se fait voler un de ses manuscrits par une ex. Elle parvient à se faire éditer à sa place. Quelques années plus tard, elle revient pour réclamer le deuxième tome parce que son éditeur le lui demande. Le type se retrouve à écrire un deuxième livre pour une ex dont il est encore un peu amoureux, ce qui lui fait oublier ses rêves de célébrité. Je parle beaucoup du monde de l’édition dans mes romans.

Ton envie d’écrire, tu te l’expliques ?

J’ai toujours cherché une façon d’exprimer quelque chose. Pendant très longtemps, j’ai fait de la guitare. Je prenais beaucoup de plaisir à faire de la musique, mais j’ai vite su que je n’avais pas beaucoup de talent pour aller au-delà dans ce domaine. Quand j’ai commencé à écrire, j’ai fait un blog, et j’ai constaté que je faisais marrer les lecteurs. Là, le feedback était immédiat. Qu’il soit positif ou négatif, ça créait un cercle vertueux. Plus j’avais de retours, plus j’avais envie d’écrire, plus ça me faisait du bien. Au final, je me suis mis à écrire régulièrement.

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Parle-moi de ton blog, Jean Fabien, auteur sans succès.

A la base, j’avais créé ce blog dans l’idée de faire du buzz avant la sortie de mon premier livre. Je racontais l’histoire d’un écrivain trop paresseux pour écrire, mais qui essaie de se motiver en se disant que, s’il devient écrivain, ce sera plus facile avec les filles. Bon, je n’ai pas fait un gros buzz, mais ça m’a permis de construire ce personnage de loser pathétique. Aujourd’hui, mon blog propose des billets d’humeurs et d’autres sur le monde de l’édition. Mon blog m’oblige à travailler, à réfléchir, à me confronter à l’écriture, ainsi, je ne tombe pas dans l’oisiveté.

Jean Fabien ressemble-t-il à Fabien Muller ?

Quand j’écrivais Jean Fabien et que je racontais à mes amis qui il était, un loser sympathique, tout le monde me répondait que je racontais ma vie. Il doit y avoir une part de moi chez Jean Fabien, mais je force le trait au maximum. A 30 ans, Jean Fabien était encore puceau, dieu merci, moi j’ai été dépucelé à 29 ans.

Parlons de ce livre signé Fabien Muller, La vitre. Là, du coup, il y a un changement d’écriture ? fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandor

J’envoie régulièrement mes ouvrages à Grégoire Delacourt qui est quelqu’un d’adorable. Il trouvait que j’avais toujours le même style. Un jour, il m’a demandé de me lâcher et d’écrire un livre qui me fasse peur. J’ai commencé La vitre en me mettant dans la peau d’une femme dépressive, on est assez loin de la thématique de Jean Fabien. Ce livre me faisait peur, car il nécessitait d’écrire hors de ma zone de confort, d’écrire quelque chose que je ne vis pas moi-même. Je ne suis pas dépressif… et encore moins une femme.

Tu as mis du temps à l’écrire ?

Oui. J’ai mis plus d’un an et demi à écrire la première version. Il y a un vrai travail d’écrivain dans le sens où il y a un travail de cohérence et que ce livre ne me ressemble pas.

Il y a plusieurs parties dans ce livre.

Pour moi, il y a trois parties. Celle où on présente Hélène qui, bien que dépressive, à une dernière arme pour elle : une certaine ironie et une bonne dose d’humour sur elle-même qui sont ses défenses immunitaires, son dernier rempart avant de sombrer. C’est pince sans rire et même parfois assez cynique. Il y a la deuxième partie, celle de la rencontre avec la petite Camille. C’est tout ce qu’Hélène n’est pas : la joie de vivre, la résilience et l’énergie. Et puis, à partir d’un élément dramatique – point central qui fait basculer le livre –, on bascule dans une espèce de thriller psychologique.

La narratrice est Hélène, tu racontes donc une histoire en te mettant dans la peau d’une femme. C’est compliqué ?

En tout cas, il faut se faire relire par des femmes. Un homme n’utilise pas du tout le même vocabulaire qu’une femme. Culturellement, les hommes et les femmes parlent différemment. Deuxième point, les femmes pensent différemment. Enfin, dans la façon dont une personne interagit avec son environnement, dont une personne réagit à des évènements, c’est pareil,  l’homme et la femme ne fonctionnent pas de la même manière. Là aussi, la relecture par des femmes a été primordiale.

fabien muller,jean fabien,la vitre,édition olivier morattel,interview,mandorC’est marrant, en lisant La vitre, je n’ai pas su si Hélène était une belle femme. Aucun indice…

Ça me fait plaisir que tu me fasses cette remarque. Je ne la décris pas et c’est volontaire. Il y a une tentation sexiste à commencer par décrire physiquement une femme dans un livre. C’est l’enfant, Camille, qui lui dit « tu es belle ». C’est là qu’elle comprend qu’elle pourrait être quelqu’un de désirable, quelqu’un qui peut renvoyer une image attirante.

Tous les personnages de ton roman ont leur part d’ombre et de lumière.

Je ne sais plus quel écrivain disait : « chacun porte en soi son enfer et son paradis ». Hélène peut paraître antipathique ou un oiseau tombé du nid que l’on a envie de protéger. Elle est assez ambivalente. Elle est asociale, son rapport au monde est hyper complexe, mais elle est attachante quand même.

Ton éditeur, Olivier Morattel est exigeant ?

Hyper exigeant ! J’ai passé des heures au téléphone avec lui, j’étais épuisé. C’est une force de travail, alors que je suis un gros paresseux. Il m’a boosté, mais il m’a bien fait souffrir. Sans lui, je crois que je ne serais pas arrivé au bout.

Ce n’est pas vexant de se faire reprendre souvent ?

Il m’a beaucoup fait réécrire, alors que moi-même je réécris beaucoup. Je suis capable de réécrire 100 fois une phrase. Il m’a fait enlever tout mon premier chapitre pour rentrer directement dans le sujet, la vie d’Hélène. Un autre éditeur, que je ne nommerai pas, m’a dit un jour : quel que soit ce que tu écris, une fois que tu penses que c’est finalisé, tu enlèves les 20 premières pages, elles ne servent à rien. Olivier et lui n’ont pas tort.

C’est émouvant la sortie d’un nouveau livre ?

Oui, parce que celui-ci est le premier livre que ma mère a lu sans lever les yeux au ciel. Il n’y a pas de gros mots, de scène de sexe à plusieurs (rires). C’est à peu près propre. Il y a du rire, de l’émotion, c’est un livre sombre, mais plein d’espoir… Je pense que c’est un livre cohérent, mais multiple.

Tu es président d’une maison d’édition, Paul & Mike.

Après avoir été édité chez eux, avec deux autres personnes, j’ai été amené à racheter Paul & Mike qui faisait faillite. C’est pour ça qu’après, j’ai cherché un autre éditeur. Je ne voulais pas m’éditer moi-même, je trouve cela un poil schizophrénique.

Tu lis donc beaucoup de manuscrits.

Oui, et je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup de choses originales. On reçoit 1000 manuscrits par an. Si dans les 1000, il y a 10 de manuscrit originaux, c’est le bout du monde.

Tu travailles sur un nouveau livre ?

J’essaie de finir un conte philosophique politico-écologique qui s’appelle L’homme immobile. C’est l’histoire d’un homme qui ralentit jusqu’à s’arrêter complètement et en s’arrêtant, il se met à observer le monde. Sinon, je viens de finir un polar pour rire qui s’intitule Une histoire de détective racontée par une chaussette. Je ne l’ai pas encore envoyé à un éditeur…  

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Après l'interview, le 17 janvier 2017.

21 février 2017

Florent Nouvel : Interview pour Le Nouvel album

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« Quand ça bloque dans la vie, quand ça coince quelque part, Florent Nouvel cherche une porte, une cabriole, un autre point de vue. Et ça repart. Florent a l’art du sourire et de te faire retrouver le tien. L’art de la tendresse aussi, de regarder le monde en face mais avec optimisme » indique le dossier de presse. Je connais l’oiseau depuis cinq ans et rien ne peut mieux le résumer. C’est le guitariste Martial Bort qui m’a mis en contact avec lui la première fois. Très vite, Florent Nouvel m’est apparu talentueux et très attachant. Une mandorisation s’est imposée (voir là, en compagnie de Stéphane Richez en juillet 2012). Son nouvel album, Le Nouvel album (ha ha ha !) est délicieux, tendre, malin, profond et drôle.

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Florent Nouvel est venu à l’agence le 18 janvier 2017.

Biographie officielle (un brin écourtée) :florent nouvel,le nouvel album,interview,mandor,les beaux esprits

Sourire aux lèvres et un brin dégingandé, le « plus grand chanteur » de la scène française (il mesure deux mètres !), nous offre ses chansons comme des miroirs.... Elles invitent à une véritable introspection haute en couleur, entre éclats de rire et émotion. Il nous emporte et construit avec nous un joli monde, tendrement allumé et terriblement humain. Dans le désordre, il s'inspire de l’univers de la BD, de la chanson, et du théâtre… Les Wriggles, Gaston Lagaffe, Manu Larcenet, Bourdieu, Renaud, Florence Aubenas, Pierre Perret, François Morel, Bécaud ont laissé leur empreinte faisant de Florent Nouvel un artiste aux mille et une facettes.

Plusieurs médias se sont fait l’écho de « Petit homme public », titre phare qui a connu un véritable succès sur Internet (35000 lectures sur You tube) et s’est vue diffusée sur France Inter tout comme « Le quai de Ouistreham ».

De nombreux articles de presse (Le Nouvel Obs, Le Parisien, etc), ainsi que des émissions de radio (France Bleu, Oui FM, RTL, etc.) ou de télévision (TF1, M6), ont relayé le succès de sa chanson « La Vélib’ération », hymne amusé au fameux vélo partagé. Ces chansons ont permis à Florent Nouvel de remporter la 4ème place (sur 400 groupes) du concours France Inter/Inrocks d'obtenir une mention spéciale du Jury lors du prix SACEM/Trenet en Août 2013.

Avec Le Nouvel Album, Florent assume pleinement son monde riche de contrastes. Cet album porte son nom "NOUVEL", qui invite chacun à inventer sans cesse et à se réinventer….

Florent est membre du collectif les Beaux Esprits, un collectif qui construit jour après une scène française, proche de son public, innovante et détachée de l'obsession de rentabilité...

Récompenses :

-Mention spéciale du Jury, Prix SACEM/Trenet, Aout 2013 -Paris Jeune Talent -Jeune Talent TV 2013 -Découverte francophone France Bleu 2013 -4ème place Concours France Inter/Inrocks (400 candidats) 2012

florent nouvel, le nouvel album, interview, mandor, les beaux espritsL’album Le Nouvel album (d’après le dossier de presse) :

Les 14 titres du Nouvel album sont donc un pied de nez à la grisaille. Un pied de nez à ton cerveau quand il pense trop en oubliant de sentir. Un pied de nez à tes maladresses quand tu fais du ridicule un atout.

Avec Florent, la moquerie est souvent tendre et sans blessure. Au contraire, c’est le sourire qui guérit. Florent se fait aussi tendre quand il parle de ceux qui comptent et de ceux qui sont passés dans nos vies. Il porte aussi un regard amusé sur notre société et ceux qui la font. Ce fou chantant te donne la pêche même quand tout n’est pas très gai. Même les séparations sont plus légères et laissent place aux heureuses surprises des belles rencontres. A chaque fois, une chanson est un rebond, vers autre chose, vers un nouveau sourire. Un pied de nez, encore.

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florent nouvel,le nouvel album,interview,mandor,les beaux espritsInterview :

Dans tes chansons, même dans celles qui sont drôles, il y a toujours du fond.

C’est mon ambition : partir d’un élément de la vie de tous les jours et raconter quelque chose sur les êtres humains… de manière poétique. Il y a quelqu’un qui sait très bien faire ça, c’est François Morel. Je l’aime beaucoup.

Tu lui as envoyé ton disque ?

Oui, et il m’a répondu. Il a écrit sur Facebook publiquement quelque chose comme : « Je suis en train d’écouter le disque de Florent Nouvel. Je craque sur "Cécile de France"  et "Toutes les vies qui passent", c’est mon côté romantique ». Je trouve François Morel intelligent et d’une exquise finesse. Ils sont rares les artistes que je trouve humains, tendres, pas trop narcissiques, apaisés… Moi aussi, à titre personnel, je cherche à vivre les choses de manière apaisée. Je n’aime pas le pathos.

Comment choisis-tu les thèmes de tes chansons ?

Ça vient comme ça. J’aime évoquer des situations délicates. Au sein de ces situations, je m’amuse à changer le point de vue au fur et à mesure de la chanson, pour que le regard de celui qui vit la chose change lorsqu’il le raconte. Je ne sais plus qui a dit : "c’est le point de vue qui fait le monde". J’aime travailler sur ce changement de point de vue. Dans mes chansons, les plus simples comme les plus poétiques, aucun point de vue n’est fatal, ni obligatoire. On n’est condamné à rien. J’aime aussi redonner du sourire là où ça ne sourit pas.

Tu as fait pas mal d’EP avec deux, trois titres… les aventures de FloFlo. florent nouvel,le nouvel album,interview,mandor,les beaux esprits

Dans une série d’EP,  j’ai fait vivre un double de moi-même, un peu plus allumé, un peu à la Gaston Lagaffe. J’ai aussi un album public qui date de 2009. Je considère que Le Nouvel album est mon premier disque. Ceux que j’ai sorti avant étaient des étapes nécessaires pour parvenir à ce nouveau disque. C’était aussi un moyen de faire exister mes chansons.

Ça t’émeut d’avoir un premier vrai disque ?

Oui, en plus, il est bien distribué. Il est trouvable partout. Ca été difficile d’en arriver là et je remercie mon distributeur, L’autre Distribution. Un disque, c’est une naissance quelque part. Je suis vraiment heureux qu’il soit là.

Nouvel, c’est ton vrai nom ?

Oui. Pendant longtemps, je n’ai pas assumé ce nom de famille. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que j’indiquais sur les pochettes : les aventures de Floflo. Maintenant que j’assume mon nom, j’ai carrément intitulé l’album Le Nouvel album. Désormais, j’assume et porte ce nom qui invite à voir du nouveau, à ne pas s’enfermer.

Parlons de « Professionnel », dont tu as fait un clip. C’est du vécu cette histoire d’homme qui fait trop le toutou auprès de celle qu’il aime… à tel point qu’elle finit par se barrer ?

J’ai appris dans la vie à ne pas faire ça : trop donner par amour. Trop donner par amour, ce n’est plus s’aimer soi. Dans une chanson, j’avais écrit : « on noie le je dans le « T » de « je t’aime ». Le « tu » aspires tout. Si le « tu » aspires tout,  dans « je t’aime », qu’est-ce qu’il reste ?

Clip de "Professionnel" tiré de l'album Le Nouvel album.

Ça fait du bien d’écouter un disque comme le tien. Rien n’est prétentieux, tout est délicat et profond.

Ce que tu me dis me touche beaucoup… Me dire que les gens dans leur bagnole, avec leurs gamins, vont mettre le disque et vont sourire de ce qu’ils entendent, c’est un pur bonheur. Ça sert aussi à ça une chanson : divertir, changer les idées des gens qui écoutent.

Tu as raison de dire que ton disque peut aussi plaire aux enfants.

Les enfants adorent des chansons comme « La cantine », « Direction la piscine »… je crois que je fais des chansons pour toute la famille. A mes spectacles, il y a tous les âges, de 8 à 80 ans. Ça m’intéresse parce que cela m’incite à penser que je parviens à cultiver un certain regard. Le regard du décalage de point de vue, c’est un regard de môme.

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Pendant l'interview...

Tu es un peu un grand môme, non ?

Sans doute que c’est parce que c’est comme ça que je me comporte en partie. Tu sais, je suis prof. Et si ça se passe particulièrement bien avec les lycéens que j’ai, c’est que j’ai une conscience aigüe du cadre. Je suis un adulte, on n’est pas à égalité et en même temps, j’adore le jeu. J’adore jouer avec eux. Nous jouons tout le temps. On joue au savoir. Parfois, certains me disent qu’avec moi, ils ont compris qu’une personne, ce n’est pas qu’une seule chose.

Il y a un parallèle entre chanter et enseigner ?

Ce sont des métiers où on marque les cœurs. Mes disciplines sont la sociologie et l’économie, des sciences humaines en fait. Je retrouve l’idée de « se regarder autrement ou regarder la vie autrement».

Tu es qui Florent ? Prof ? Chanteur ? Un homme qui aime la psychanalyse ?

Je suis tout ça à la fois. Il y a un point commun entre ces centres d’intérêts, c’est le rapport aux choses et le décalage de point de vue que j’essaie d’apporter.

"La vélib'ération", tiré de l'album Le Nouvel album.

Es-tu confiant en toi en tant qu’artiste ?

Je plaide pour l’idée qu’on est tous des artistes de quelque chose dans nos vies. On a tous quelque chose à inventer ou à réinventer. Etre un artiste, c’est écouter la vérité de son désir. Si un jour mon désir me pousse à aller faire autre chose, c’est comme ça que je serai un artiste. Ce n’est pas forcément en sortant un disque de plus.

A l’instar d’un Gauvain Sers, si les projecteurs étaient soudainement rivés sur toi, comment prendrais-tu la chose ?

Si ça arrivait, je ne refuserais pas. Mais, ça doit être compliqué. Je ne sais pas quoi te répondre, c’est difficile comme question. Est-ce que je le vivrais bien ? Je ne sais pas. Je crois qu’il faut le vivre comme une folie.

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Florent Nouvel avec une partie des Beaux Esprits.

Revenons au collectif auquel tu appartiens, Les Beaux Esprits. Je trouve ça génial de s’allier pour faire ce métier le mieux possible.

Bruno Barrier est le tenancier, le garant de l’état d’esprit de ce collectif. Il est fou. Il faut avoir un peu de folie pour créer un tel espace, pour choisir de travailler uniquement avec des artistes qui ont un certain état d’esprit.

C’est quoi l’état d’esprit des Beaux Esprits ?

Il faut partir du principe que les egos ne seront pas plus forts que le collectif, même s’il y a dans le collectif des egos non négligeables. Les artistes ne montent pas sur scène par hasard. Il faut que chacun ait une conscience d’autrui, une conscience des autres artistes. Il faut se demander ce que l’on peut recevoir des autres et ce que l’on peut apporter aux autres. Il n’y a pas d’intronisation dans les Beaux Esprits. C’est le temps, c’est l’usage, c’est l’expérience qui décident.

Martial Bort a arrangé et réalisé l’album. Et il joue de la guitare.

Oui, il est un élément essentiel à cet album. Il ne joue plus avec moi, maintenant qu’il tourne avec Gauvain Sers.

Que vas-tu faire à présent?

Je ne sais pas bien. J’aime la possibilité de l’heureuse surprise.

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Le 18 janvier 2017, après l'interview...