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23 janvier 2019

Julien Blanc-Gras : interview pour Comme à la guerre

 

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorDepuis In Utero, on a bien compris que l’écrivain-voyageur Julien blanc-Gras n’allait plus se « contenter » (avec de gros guillemets) de nous trimballer aux quatre coins de la planète. Il sait parfaitement poser ses valises à Paris et en tirer des livres/romans/récits tout aussi jouissifs. Dans Comme à la guerre, il est question, de paternité et de transmission générationnelle dans un contexte de guerre et  d’attentats. L’auteur est inquiet de la tournure que prend le monde, mais il élève son enfant à Paris en lui montrant le beau, ce qui donne un nouveau livre teinté d’humour, d’amour, d’émotion et de gravité (la patte Blanc-Gras quoi !)

J’apprécie tant cet auteur que je l’ai mandorisé maintes fois (la première en 2008,  la seconde en 2013… il y a un peu de lui aussi ici, la troisième en 2015 et la quatrième en 2017.)

Cette 5eme interview a été réalisée dans un bar de la rue des Petites-Ecuries, le 17 décembre dernier.

4e de couverture :julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

« Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien, pour lui, pour nous, pour ne pas encombrer le monde avec un pessimisme de plus. Quelques mois plus tard, des attentats ont endeuillé notre pays. J’en étais à la moitié de ma vie, je venais d’en créer une et la mort rôdait. L’Enfant articulait ses premières syllabes avec le mot guerre en fond sonore. Je n’allais pas laisser l’air du temps polluer mon bonheur. » Roman d’une vie qui commence, manuel pour parents dépassés, réflexion sur la transmission, cette chronique de la paternité dans le Paris inquiet et résilient des années 2015-2018 réussit le tour de force de nous faire rire sur fond de tragédie.

L’auteur (mini bio de sa maison d’édition, Stock):

Journaliste, romancier, globe-trotter, Julien Blanc-Gras est né en 1976 à Gap. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont Touriste et In utero.

Ce qu’ils disent de Comme à la guerre :

« Très juste, très touchant, Julien Blanc-Gras est en train de devenir un écrivain très important. » Frédéric Beigbeder

« Son livre est un impeccable antidote au désespoir et à la bêtise. » L’Obs

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor« Notre guerrier des temps modernes nous parle d'hier et d'aujourd'hui avec tendresse et un humour fou. » Marianne

« Hilarant, très juste, infiniment de tendresse. Julien Blanc-Gras est un vrai grand écrivain, découvrez-le. » Olivia de Lamberterie, Télématin

« Une plume frétillante et maîtrisée. » Causette

 « Un savoureux mélange d’humour et de gravité ! » Librairie au fil des pages

L’interview : julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

Est-ce que je peux dire qu’après In Utero, Comme à la guerre est ton deuxième livre « parisien » ?

Oui, cela veut dire que j’ai deux veines dans mes romans : ceux de voyages et ceux un peu plus « domestiques ». Il y a ma part aventurière et ma part de papa à la maison. J’aime bien écrire sur la partie banale de ma vie, car elle permet à beaucoup de s’identifier.

Et en même temps, dans tes livres d’écrivain-voyageur-reporter, tu vends du rêve… ce n’est pas négligeable.

Les gens se disent qu’ils ne pourront jamais faire ce que je raconte, donc ils le vivent par procuration.

Expliquons le titre de ce nouveau livre. Tu évoques cette atmosphère guerrière qui s’est déroulée à Paris lors des attentats et la Seconde Guerre Mondiale vécue par tes grands-pères.

J’ai commencé ce livre au moment des attentats. Parallèlement, je tenais, juste pour moi, le journal de l’évolution de mon fils. A un moment, je me suis dit que si je mélangeais tout ça, peut-être que je parviendrais à en faire de la matière littéraire. Un troisième élément s’est ajouté là-dessus. En l’an 2000, mon grand-père maternel, Marcel Gibert, m’a donné le journal intime qu’il avait tenu au début de la Seconde Guerre Mondiale.

Comme tu l’indiques dans ton livre, « c’était un récit factuel, minutieux, haletant et atroce ».

Oui. Je me suis dit que c’était le moment d’exploiter cette parole-là. J’ai mélangé ces trois fils narratifs pour construire Comme à la guerre. Du coup, sa structure est un peu plus complexe que ce que je fais habituellement.

C’était inespéré que tu aies en main ce carnet.

A l’âge de 24 ans, alors que mes parents et moi étions chez mes grands-parents maternels, au moment de partir, mon grand-père m’a tendu un carnet en me disant : « ça n’est pas intéressant, mais si tu veux y jeter un coup d’œil… » Quand il est parti, j’ai lu un peu et je suis resté ébahi parce que je me suis rendu compte qu’il m’avait donné un journal intime qui commençait le 1er septembre 1940. C’était bouleversant à titre personnel parce que l’histoire racontée était très forte. Il m’a donné son journal à 24 ans et c’est l’âge qu’il avait quand débutait cette guerre. J’ai relativisé immédiatement ma vie d’étudiant. Pendant que je faisais ma petite vie tranquille, lui se prenait des obus sur la tronche… J’ai fait un saut de maturité. Et puis, c’était la dernière fois que j’ai vu mon grand-père. J’ai eu le temps de lui écrire une longue lettre pour lui expliquer ce que j’avais ressenti à la lecture de son carnet. Il me l’a donné l’air de rien, mais il y avait clairement un geste de transmission assez fort. Un an après ça, j’ai écrit mon premier livre.

Tu es allé piocher aussi du côté de ton grand-père paternel.

Il avait lui aussi beaucoup de choses à raconter. Mes deux grands-pères ont apporté à ce livre une dimension romanesque. Cela m’a permis de développer une réflexion sur la transmission de la violence familiale. Il y a eu presque deux millions de prisonniers de guerre, il y a donc beaucoup de gens qui peuvent trouver des accointances avec ce que racontent mes deux papis.

Quelle a été la plus grosse difficulté pour écrire ce livre ?

La principale était d’articuler le récit contemporain et le récit du passé dans une certaine fluidité et cohérence. Pour intégrer les deux époques, ça a été beaucoup de travail.

Au final, le texte se lit très agréablement.

La première qualité d’un livre, il me semble, c’est qu’il ne soit pas chiant (rires). Je travaille donc beaucoup le rythme, la fluidité et le style pour qu’il soit limpide.

Tu abordes beaucoup de sujet. Il y a une réflexion du monde dans lequel on vit, la vie d’un père de famille, le terrorisme… mais rien n’est plombant. C’est grave en étant drôle. C’est la touche Blanc-Gras ?

Ca le devient sans doute. Je pense que l’on peut parler de choses sérieuses sur un ton léger.

Tu as vécu les attentats parisiens de quelle manière ?

J’habite dans le 19e, donc, j’ai entendu beaucoup de choses. Notamment des rafales. Ca faisait tac tac tac tac tac.  Je le raconte dans le livre. Ma compagne m’a demandé s’il y avait un feu d’artifice de prévu ce soir-là. Moi, j’ai vite compris que ça ne faisait pas le même bruit qu’un feu d’artifice.

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorCe n’est pas la première fois que tu écris sur les attentats, je crois.

Après celui de Charlie Hebdo,  Le Livre de Poche a sorti un recueil de nouvelles intitulées Nous sommes Charlie. Comme 60 autres écrivains, j’ai écrit un texte de deux pages. J’ai aussi fait un petit texte pour Bibliobs (Nouvel obs). Ces deux textes-là sont une des matrices de Comme à la guerre.

Tu parles beaucoup de Paris et de ton quartier.

Je voulais que ce livre soit aussi un portrait du quartier où j’habite. J’ai voulu traiter Paris comme je le fais dans mes récits de voyage.

C’est un livre positif ?

La première phrase du livre est : « Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien... » On vit dans un monde de merde, essayons de ne pas sombrer avec l’ensemble des nouvelles dramatiques qui nous assaillent.  Essayons de voir le verre à moitié plein, malgré l’atmosphère délétère. Il y a dans ce livre du volontarisme d’optimisme qui va avec la naissance d’un enfant. On n’a pas envie de se dire qu’on a fait un enfant qui va vivre dans un monde catastrophique.

Tu dis aussi dans ton livre que tu ne veux pas encombrer le monde avec un pessimiste de plus. C’est joli dans un texte, mais y parviens-tu dans la réalité ?

Je fais tout ce qui est possible de faire pour ne pas contribuer au pessimisme ambiant et je suis heureux de constater que c’est ça que les gens retiennent de ce livre. Un journaliste du Nouvel Obs a écirt qu’il était un antidote au désespoir. Rien ne peut me faire plus plaisir. Ce n’est quand même pas un manuel de développement pour savoir comment aller bien (rires).

Tu écris aussi : « Je n’allais pas laisser l’air du temps polluer mon bonheur. »

Je raconte juste ma façon d’appréhender les choses, ensuite, les lecteurs se servent, ou pas, de la posture que j’ai par rapport au monde.

Présentation du livre Comme à la guerre par l'auteur pour Hachette France.

Je trouve que tu as une écriture qui « adoucit » les évènements.

Ce n’est pas conscient, mais concernant ce livre, plusieurs fois les mots « douceur » et « tendresse » sont revenus. Je pense que c’est parce que je parle de mon enfant avec émerveillement, malgré son petit côté agaçant parfois (rires). J’ai décrit certaines situations qui en vrai peuvent être compliquées à vivre en les transformant en tranches de vies burlesques et en scènes cocasses… ce par la magie de l’autodérision.

Les nuits étaient courtes avec ton fils.

Oui, j’avoue. Et le manque de sommeil est une méthode  de torture pratiquée par les plus grands tortionnaires.

Tes premiers livres étaient assez désabusés. Beaucoup moins aujourd’hui. Que s’est-il passé ?

A 25 ans ou à 40 ans, on n’est plus tout à fait la même personne. La naissance de l’enfant change ton rapport à l’existence. Je ne peux plus me contenter d’une attitude un peu narquoise vis à vis des évènements. La fin du monde, « what the fuck ! » Ben, non, pas « what the fuck ! » parce que j’ai un enfant et que c’est important.

Tu prends plus de plaisir à écrire des livres d’écrivain voyageur ou de père de famille à Paris ?

J’aime les deux. La beauté de notre métier de journaliste et d’auteur, c’est la diversité des sujets que tu peux aborder. Ce que j’essaie de fuir, c’est la routine. J’essaie donc de passer d’un sujet à un autre.

Pourquoi écris-tu ?

J’en ai besoin, mais il n’y a aucune ambition prétentieuse. C’est juste une photographie de moi dans mon époque au moment où je l’écris.

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Julien Blanc-Gras en 4e de couv' de Libération et à côté de moi. (Pour lire son portrait, cliquez là!)

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorPour finir cette interview, je me suis laissé dire que tu écrivais des chansons.

J’aime la musique et j’aime la chanson française. J’aimerais bien écrire pour de jeunes chanteurs.teuses. Les artistes qui ont nourri mon enfance sont Gainsbourg, Renaud et Brassens. J’ai aussi une petite marotte pour Joe Dassin. Il cachait une âme torturée.

Dans tous tes livres, tu glisses des paroles de chansons.

J’en ai toujours plein dans la tête, il m’arrive donc, en effet, d’en glisser pour  m’amuser. Ce sont souvent des paroles de « classiques ». Dans celui-ci, je suis dans le train et je dis que je suis « bercé par les ronrons de l’air conditionné »…

Ah oui ! Téléphone !

Tu es fort (rires). Dans Touriste, j’ai glissé « une nuit que j'étais à me morfondre dans quelques pubs anglais  du cœur de Londres… » Ça te dit quelque chose ?

(Après un  long temps de réflexion.) C’est du Gainsbourg ? Je ne me souviens plus du titre.

« Initials BB ».

Ah oui, c’est ça ! Bon, si un artiste veut te contacter pour avoir tes textes, il le peut ?

Mais absolument. Je le souhaite ardemment.

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Après l'interview, le 17 janvier 2018.

18 janvier 2019

Caroline Loeb : interview pour l'album Comme Sagan

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(Photo : Jean-Marie Marion)

5 (2).jpgCes dernières années, ce n’est pas par la chanson que Caroline Loeb s’est distinguée, mais par le théâtre. Après son spectacle sur George Sand, George Sand, ma vie, son œuvre, la comédienne-chanteuse s'est attaquée à une autre grande icône de la littérature française, Françoise Sagan. Dans Françoise par Sagan, elle livre un monologue sensible et attachant en s'appropriant la parole de Sagan l'indomptable, sans jamais singer l'auteure. C’est un spectacle formidable (qui continue de tourner) loué autant par les spectateurs que les journalistes.

Aujourd’hui, après 10 ans d’absence discographique, elle sort un album autour de cette même auteure. Il s’intitule Comme Sagan. Voix, textes et mélodies… un must ! L’occasion était belle de se rencontrer. Ce que nous avons fait dans un bar/restaurant de la capitale le 16 janvier dernier.

(Notez que toutes les photos professionnelles de cette "chroniques" sur Caroline Loeb sont de Jean-Marie Marion. Merci à lui!)

Propos de Caroline Loeb :

"Il y a des rencontrent qui changent votre vie. Celle avec Sagan, qui n’était pas mon écrivain préféré, et dont je ne connaissais que le personnage, ce petit moineau toujours la clope à la main, frémissante, drôle et ironique, m’a bouleversée. Je l’ai rencontrée grâce à Alex Lutz, avec lequel j’avais élaboré mon précédent spectacle musical autour de George Sand. Il me parlait régulièrement d’elle, de son style tellement particulier fait de légèreté et de profondeur, jusqu’au jour où Je ne renie rien, le recueil de ses interviews publiées chez Stock, m'est tombé dans les mains. Et là, ça a été le coup de foudre. Pour cette intelligence aigüe, pour son humour, sa tendresse, sa lucidité. J’en ai fait un spectacle, Françoise par Sagan, qui rencontre depuis bientôt trois ans un accueil critique et public assez miraculeux avec une nomination aux Molières."

Argumentaire de presse officiel : (photo de la pochette : Richard Schroeder)49947181_10214908934329856_3373869103621079040_n.jpg

Forte de cette vague Sagan qui semble la porter, Caroline Loeb s'est attachée à l'auteure de chansons, celle qui a écrit pour Gréco, Mouloudji, Dalida ou Nana Mouskouri.

Comme Sagan est une lettre d’amour à Sagan, et, bien sûr, l’occasion d’écrire et de chanter des sentiments qui lui tiennent à cœur… La solitude, cette sensation d’être écorchée par tout, une mélancolie sur le fil du rasoir, et toujours l’amour des mots... Ceux de Sagan, avec la reprise de « Sans vous aimer" et  la mise en musique de certains de ces textes en prose "Bonjour New York", "Les Maisons Louées" mais aussi des créations inspirées par la petite musique de Sagan.

Caroline Loeb a fait appel à Jean-Louis Piérot, qu'elle rencontre grâce à Etienne Daho, pour la réalisation et certaines compositions. Ce dernier a réuni un trio exceptionnel pour poser les bases des chansons: le bassiste Marcello Giuliani (Daho, Truffaz, Higelin, Christophe), le batteur/percussionniste Raphaël Chassin (Tété, Vanessa Paradis, Arthur H), le clavier/trompettiste Alexis Anerilles (Etienne Daho, Edith Fambuena, Sophie Hunger), et le Well Quartet, qui a joué sous la direction d’Agnès Ollier pour la musique du spectacle Françoise par Sagan.

Pascal Mary, Pierre Notte, Thierry Illouz, Wladimir Anselme ainsi que Benjamin Siksou ont mis leur talent au service de ce projet précieux, dans lequel, pour l'occasion, elle retrouve Pierre Grillet son complice de « C’est la ouate », en particulier pour le texte écrit autour d’une phrase de Sagan qu'elle affectionne : On ne sait jamais ce que le passé nous réserve.

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(Photo : Jean-Marie Marion)

IMG_8478 (2).jpgInterview :

Avant qu’Alex Lutz vous parle de Françoise Sagan, c’était une auteure qui vous intéressait ?

Je connaissais mal ses livres, mais j’étais intéressée par le personnage. J’avais vu le film sur elle de Diane Kurys et j’avais lu plusieurs biographies. Mais ses bouquins, même si je les achetais régulièrement, je ne les avais pas lus.

Vous les achetiez, mais vous ne les lisiez pas ?

Je suis une grande chineuse. Je suis souvent tombée sur Bonjour Tristesse ou Aimez-vous Brahms… dans leurs versions de l’époque. Il m’est arrivé de constater que j’avais déjà acheté un de ses livres dans exactement la même édition…

Un jour, vous étiez chez Alex Lutz et il y a eu un déclic je crois.9782234077980-T.jpg

Nous travaillions sur le spectacle consacré à George Sand. J’étais dans sa cuisine et je remarque un livre sur le bar américain. C’était son recueil d’interviews « Je ne renie rien ». Six mois plus tard, on m‘a offert ce livre et j’ai eu un coup de foudre pour ce qu’elle racontait. Je peux dire que j’ai découvert Sagan par ces interviews. A ce moment, la rencontre avec elle a été tellement forte, profonde et intime que je n’ai pas ressenti le besoin de ma gaver d'images d'elle sur YouTube ou autres. Avec ce recueil, j’estimais avoir l’essentiel.

Vous vous sentez proche d’elle ?

Bien sûr. Pour son amour absolu de la littérature, son amour de Proust notamment. Ce qui m’a frappé chez elle, c’est un regard sur le monde très paradoxal. En même temps extrêmement lucide et en même temps plein de tendresse… comme un enfant. Je ne me sens pas aussi enfantine qu’elle, même si je peux être éblouie facilement par la beauté des choses. Je ne peux pas dire que je m’identifie à Sagan, mais elle m’a touchée profondément. Elle était comme un idéal de ce que j’aimerais être.

Avez-vous un peu changé en la côtoyant ?

Sur scène, c’est 100% elle et 100% moi, maintenant, je n’y pense pas particulièrement avant de monter sur scène, ni après. Je mets ma perruque et mon costume et puis j’y vais. Je ne me pose pas de questions. Je ne suis jamais en pilotage automatique. Mon travail est d’être vraie, présente et sincère à chaque seconde sur scène. C’est une heure dix magique tous les jours dans ma vie, mais le reste du temps je suis Caroline Loeb qui court partout. Cela dit, parfois, il y a une phrase qui me traverse avec toute sa vérité et sa force et je remarque que je la comprends profondément.

 Teaser du spectacle "Françoise par Sagan".

Dans le monologue, vous n’imitez pas sa façon de parler.

Je ne parle pas du tout comme elle dans la vie. Je suis quelqu’un qui affirme les choses, elle est tout le temps dans le doute. Elle bégayait, on ne comprenait rien quand elle parlait. La  photographe Marianne Rosensthiel m’a envoyé un texto assez drôle après le spectacle : « Merci. Je l’ai photographiée deux fois, je ne comprenais rien à ce qu’elle disait. Enfin je comprends ». Il y a des gens qui l’ont connue comme son coiffeur, son éditrice, sa libraire…etc. Ils m’ont tous dit qu’ils ne me voyaient pas moi, mais elle. Ça vient de la façon de tenir mon corps, de mettre ma voix dans les aigus, de laisser les phrases en suspens, de placer les lumières de certaines façons... Je n’essaie pas de l’imiter, mais de l’évoquer. Ma rencontre avec elle, j’insiste là-dessus, est une rencontre intime.

51DWmZ6WQ3L.jpgC’est une rencontre avec elle tellement merveilleuse qu’elle vous a amené à la chanson.

Quelqu’un que je connais m’a envoyé un double CD sorti chez Frémaux & Associés autour des chansons de Sagan. Je ne savais pas du tout qu’elle avait écrit des chansons. Je dois dire que je ne me suis pas précipitée pour l’écouter parce que j’avais autre chose à faire. Un jour, j’ai percuté. Sagan-chansons… pourquoi pas ? J’ai écouté, apprécié et eu l’envie de faire un album autour d’elle.

Pourquoi ?

Parce qu’avec les critiques, avec le public et avec les médias, il y a quelque chose qui s’est cristallisé  entre elle et moi. Même si nous sommes très différentes, il y a des points de rencontres.

Lesquels ?

Le succès qui foudroie, le personnage public qui prend le pas sur la réalité de l’œuvre, le rapport à l’argent par exemple. Et puis, comme moi, elle était très curieuse des autres et elle créait dans des domaines différents, mais toujours avec les mots : romans, articles, théâtre, scénarios pour le cinéma et chansons. Quand on aime créer, on aime créer. Toutes les deux, nous nous sommes confrontées à différentes façons de manier notre art.   

EPK "COMME SAGAN" - LE NOUVEL ALBUM DE CAROLINE LOEB from Raphaëlle Chovin on Vimeo.

Pour écrire ses chansons, fallait-il être proche du style de Françoise Sagan ?

Pas du tout et nous ne nous sommes même pas posés cette question. Il y a des textes qu’elle n’aurait jamais pu écrire elle-même et d’autres, par exemple ceux que j’ai écrits avec Thierry Illouz, qui sont très saganesques.

Ecrire des chansons vous provoquent quoi ?

Juste un plaisir fou. Je trouve ça amusant et souvent évident. Sincèrement, je ne trouve pas ça dur. J’aime cette forme, j’aime les contraintes littéraires. A chaque fois que l’on se voit avec Pierre Grillet pour écrire, on s’amuse.

Les chansons sont toutes différentes, mais elles s’assemblent parfaitement et elles sont cohérentes les unes avec les autres.

C’est le grand talent de Jean-Louis Piérot. Il est le réalisateur, l’arrangeur et le compositeur de certains titres. Il a fait un boulot incroyable. Il y a des chansons un peu jazzy, de la pop, des ballades, une valse et il a réussi à faire que tout cela se tienne et soit homogène.

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(Françoise Sagan par Richard Schroeder)

4.jpgVotre voix a évolué. Vous montrez plus l’étendue de vos capacités vocales dans ce disque.

J’ai beaucoup travaillé avec la coach vocal, Ariane Ravier. Elle m’a permis de progresser. Je donne le maximum de ce que mes capacités vocales me permettent.

Vous êtes venue comment à la chanson ?

Par l’écriture parce que j’adorais Gainsbourg… qui n’était pas un grand chanteur non plus. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas forcément la voix, c’est l’émotion d’abord,  les textes et ce que cela raconte. Les gens qui ont plein d’octaves dans la voix, comme disait Chirac, « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre ».

Cela faisait 10 ans que vous n’aviez pas sorti d’album, ça vous manquait ?

Pas du tout. J’étais passée à autre chose. J’étais, et je suis toujours, très heureuse au théâtre. Cela m’est tombé dessus comme une évidence. Il fallait que je fasse quelque chose autour de Sagan en chansons. J’ai retrouvé le plaisir intact de faire des chansons. J’ai essayé d’être la plus sincère possible sur tout. Sur le choix des musiques, des textes et des gens avec lesquels j’ai travaillé. Le résultat dépasse de très loin mes espérances.

Il doit toucher les gens de façon intime, non ?

C’est exactement cela. Il touche d’ailleurs autant les hommes que les femmes. Comme pour le spectacle… Je vois beaucoup d’hommes me dire à la fin du spectacle qu’ils ont l’impression que ça ne parle que d’eux. Ce que disait Sagan n’est pas un discours de femme à femme, c’est un discours profondément humain. Dans le spectacle, j’ai choisi des textes sur le rapport à la mort, au temps qui passe, à l'amour, à la paresse… ça concerne tout le monde. Ce ne sont pas des sujets sexués. Sa pensée est philosophique je trouve, c’est un regard sur la vie qui fait du bien.

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(Photo :  Jean-Marie Marion)

Dans l’album vous parlez de sujets qui ne sont pas évoqués dans le spectacle. 7.jpg

Dans ses interviews, elle ne parlait ni de drogues, ni de sa bisexualité… elle était très secrète là-dessus. Dans l’album, j’en parle parce qu’elle a vécu de grandes histoires d’amour avec des hommes et avec des femmes. La personne avec laquelle elle a vécu le plus longtemps, c’est Peggy Roche, mythique styliste du journal ELLE. Elles sont restées ensemble 20 ans. Comme avec George Sand, je suis intéressée par l’ambivalence et l’ambiguïté. J’ai toujours été fascinée par des femmes comme ça : Marlène Dietrich, Mae West, Dorothy Parker, Arletty…  Moi, j’ai souvent été confrontée à des gens qui me disaient que j’étais comme un mec. Je ne suis pas comme un mec, je suis comme une femme qui décide des choses et qui ne se conforme pas à l’idée de ce que c’est d’être une femme.

Vous êtes un peu comme Sagan, anticonformiste.

Vous avez raison. Je le suis de par tout ce que je fais.

C’est quoi être anticonformiste ?

C’est de ne pas se plier à une attente ou à une non attente, en fait. C’est d’être proche de soi, de son désir, de son envie. Je ne veux rentrer ni dans des codes, ni dans des règles. On peut tout faire et, comme Sagan, on peut tout inventer. On peut aimer des choses très sombres et des choses très délirantes. Moi, j’adore Annie Cordy autant que Marcel Proust, ce n’est pas antinomique. On n’est pas qu’une chose. On n’est pas que sérieux, que drôle, que cultivé ou que déconneur.

Vous n’aimez pas les gens qui restent dans le cadre bien défini par la société.

Disons que j’adore les gens qui ont une façon de penser originale. J’aime quand on manifeste une manière de dire le monde inédite.

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Caroline Loeb reprend Françoise par Sagan à partir du 14 février 2019 au Théâtre Lepic à Paris.

(Photo de l'affiche : Richard Schroeder)

ob_0eebe1_caroline-loeb.jpgAvec tout ce que vous faites autour de Françoise Sagan, n’avez vous pas peur de vous enfermer dans ce personnage et que l’on vous catalogue un peu Loeb = Sagan et point barre ?

Excusez-moi, mais ça me changera de Loeb = "C’est la ouate". Franchement, je préfère être associée quelques années à Sagan qu’être éternellement ramenée à une chanson que j’ai faite il y a 30 ans.

Les gens continuent à vous parler de cette chanson ?

Oui, et je ne renie pas cela. D’ailleurs, comme le titre du livre d’interviews de Sagan, « Je ne renie rien ».

Ce n’est pas fou de faire en album en 2019 ?

Il faut être dingue. N’importe qui de sensé me dirait que ça n’a aucun sens. Mais, je m’en moque. Je conclue mon aventure avec Sagan en musique et c’est mon choix.

Etes-vous heureuse de votre vie artistique aujourd’hui ?

C’est incroyable à quel point je suis heureuse. J’ai vraiment l’impression d’être à ma place, d’être là où j’ai envie d’être, de faire vraiment ce que j’aime comme j’aime. Le principal est de toucher les gens et d’être sincère dans ce que l’on fait. Et comme je me produis seule, je prends les décisions que je veux sans que personne ne m’impose rien. C’est fou et c’est bon. Polanski disait : « le cinéma, c’est tout ce que l’on ne cède pas aux autres ».

Ce métier vous apporte quoi ?

Ca me tient debout, ça me donne de l’énergie et des raisons de me lever le matin... et beaucoup de plaisir!

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Après l'interview, le 16 janvier 2019.

14 janvier 2019

Bastien Lucas : interview pour Fracanusa

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(Photo : Rémi Coignard-Friedman)

J’ai connu artistiquement Bastien Lucas avec un EP 4 titres sorti en 2014, L’autre bout du globe. Puis je l’ai rencontré et vu sur scène car il a participé au Pic d’Or en 2015 (où  il a remporté le Pic d’Argent).  J’ai apprécié ses mélodies mélancoliques, sa poésie et la douceur qui émanait de lui. « Un petit quelque chose du monde de Mathieu Boogaerts qui aurait croisé celui des musiques élaborées d’un William Sheller » explique à juste titre le dossier de presse de l’artiste.

bastien lucas,fracanusa,interview mandorLe voici de retour avec un deuxième album magnifique, Fracanusa, réalisé par Daran (excusez du peu) comprenant 3 chansons qui figuraient sur l’EP précédent (mais remixées) et de nouvelles chansons toutes plus belles les unes que les autres.

Sachez que Bastien Lucas se produira cinq lundis à la Manufacture Chanson, les 28/01, 11/02, 11/03, 25/03 et 08/04 (tous les 15 jours sauf le 25/02 donc). Il jouera aussi son formidable spectacle Mon Cabrel sans guitare le 23/02 au Forum Léo Ferré d’Ivry-sur-Seine.

La mandorisation s'est tenue dans un bar de la capitale, le 12 janvier dernier.

Biographie officielle :

Un détour

Depuis son premier album, Essai, produit par Gabriel Yacoub, et Coup de cœur de l'Académie Charles Cros, Bastien Lucas a préféré apprendre la fugue et la forme sonate au Conservatoire National Supérieur de Musique puis s'est retrouvé professeur agrégé à la Sorbonne...

Un virage

Il y a quatre ans, il décide de mettre l'enseignement de côté pour se consacrer à la création artistique. Il travaille donc la scène, écrit de nouvelles chansons, anime des actions culturelles, accompagne d'autres artistes, et enregistre un album, Fracanusa, réalisé par Daran à Montréal.

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(Photo : Stéphane Merveille)

bastien lucas,fracanusa,interview mandorInterview :

Dès ton plus jeune âge tu as écouté du Souchon et du Cabrel. Ça venait de tes parents ?

Non. Même s’ils écoutaient ce genre de chanteurs, ce sont les premiers artistes que j’ai écouté par choix volontaire, vers l’âge de 6 ans.

Tu comprenais les paroles à ce jeune âge ?

Je sais juste qu’en reprenant Cabrel pour mon spectacle Mon Cabrel sans guitare, j’ai redécouvert ses textes. A cause de ma familiarité enfantine avec son œuvre, je me suis aperçu que pendant longtemps j’avais occulté la vraie signification de ses propos. En me posant la question de choix de chansons, d’arrangements et d’interprétation, j’ai enfin compris la substantifique moelle du sens de ses textes.

Pour ce spectacle de reprises de chansons de Francis Cabrel en piano-voix, tu as réécouté toute son œuvre ?

Oui, cet été. J’ai son intégrale avec aussi des inédits. Ça fait beaucoup de chansons et ça a été très difficile de choisir. Je me suis rendu compte qu’avec juste les tubes, ça remplit déjà deux heures de spectacle, et comme je ne voulais pas uniquement ses succès, les choix furent cornéliens. J’ai essayé de dresser un panorama en essayant de n’occulter aucun album.

Dans ce spectacle, tu parles beaucoup entre les chansons.

J’explique pourquoi j’ai choisi telle chanson et ce que cela m’évoque. Je raconte les anecdotes d’un jeune garçon fan d’un artiste, tout ce qu'on peut faire par admiration pour un répertoire et pour un homme. Entre les chansons, je narre donc mon enfance avec ça… et le public a l’air d’apprécier. J’ai conçu le spectacle pour que les gens qui n’aiment pas spécialement Cabrel puissent apprécier aussi en les réarrangeant exclusivement au piano, ce qui leur donne de nouvelles couleurs.

Clip officiel de "21 décembre".

Parlons de ton album. Les arrangements sont fabuleux !

Merci ! J’ai fait des études d’écriture, d’orchestration et d’harmonie au Conservatoire… j’ai appris à écrire des symphonies. Je considère qu'un album est le lieu pour essayer d'atteindre un peu ça, cet idéal sonore qu'on ne peut pas emporter partout en tournée. C’est pour cela que j’essaie de bien m’entourer. Pour le premier album, j’ai eu comme réalisateur Gabriel Yacoub et Daran pour le second.

bastien lucas,fracanusa,interview mandorTon premier disque sorti en 2007 s’appelle Essai. C’était modeste comme titre.

Il y avait dans ce disque une démarche expérimentale. Gabriel Yacoub, complètement autodidacte de la musique, a mis le bazar dans mes arrangements très écrits. Il m’a déstabilisé, mais j’ai adoré ça et c’est ce que je recherche constamment.

Tu avais la faculté et les connaissances pour faire toi-même tes arrangements, non ?

Oui, mais j’avais peur d’être redondant si j’arrangeais moi-même ce que j’avais composé. Je considère qu’une autre personne verra obligatoirement des choses que je n’aurais pas vues. J’ai beaucoup apprécié ce qu’a fait Gabriel Yacoub de mes chansons.

Et ce qu’a fait Daran dans ton nouveau disque ?

Ça m’a aussi beaucoup plu. Il a un talent fou. Je lui envoyé pas mal de chansons en piano-voix. Il a pioché dans celles qui l’intéressaient et je lui ai donné carte blanche pour qu’il en fasse ce qu’il voulait.

Tu n’as jamais eu envie de mettre ton grain de sel ?

Assez peu. Je réserve ce grain de sel pour des albums que je ferai moi-même. Je cherche les collaborations pour que les gens m’emmènent ailleurs. Ce que j’espérais avec Daran, c’est son savoir-faire rock et qu’il puisse m’amener une nouvelle énergie. Il y a tout de même des chansons douces, mais sur certaines, il m’a aidé à monter en puissance.

Après ton premier disque, Essai, tu as repris tes études de musique. Pourquoi ? (Photo : Rémi Coignard-Friedman)bastien lucas,fracanusa,interview mandor

Pour moi, ce premier album est arrivé presque trop tôt. J’étais en train de finir mes études à Tours, dans un Conservatoire régional, et à la fin de mes études, une de mes profs m’a dit qu’il fallait que je continue et que j’aille à Paris, au Conservatoire. Ce que j’ai fait. J’étais tellement passionné parce que j’y apprenais que je ne voulais pas m’arrêter sous prétexte que l'on me proposait de jouer à droite ou à gauche. Je n’avais pas fini d’apprendre, j’ai donc voulu aller au bout de mes études. J’ai mis du temps à accepter d’arrêter les études parce que j’adorais cette posture d’apprentissage permanent. J’avais besoin de me sentir légitime.

Tu viens de quel milieu ? 

Mon père était artisan, ma mère secrétaire. Ils ont une vision de la carrière qui doit comprendre la sécurité de l’emploi, les diplômes, les revenus réguliers… J’ai pu faire de la musique avec leur bénédiction parce que mes études restaient académiques. Inconsciemment, j’ai dû aussi me dire que je me sentirais légitime si on me donnait des diplômes de musiciens.

A la fin de tes études, tu as enseigné toi-même.

C'était la suite logique de mes diplômes supérieurs : on m’a demandé de donner des cours d’écriture. J’ai donc enseigné la musique en collège, et l'harmonie en fac à la Sorbonne. Enseigner à la Sorbonne, ça m’a fait briller les yeux.

Tu as arrêté d’enseigner assez rapidement. Pour quelle raison ?

Parce que ça me prenait trop de temps et que ça m’empêchait d’avancer dans ma carrière. Il y a quatre ans, j’ai décidé de tout arrêter pour me plonger dans ce deuxième album, Fracanusa.

Filmé à la Manufacture Chanson le 16 mars 2018. "Un tour du moi en solitaire", un spectacle mis en scène par Xavier Lacouture.

Ça veut dire quoi Fracanusa ?

C’est un mot qui évoque le lieu où a été enregistré cet album, c’est-à-dire une espèce de no man’s land entre France, Canada et USA. Ces différentes et très riches cultures ont eu des conséquences dans le son, dans le choix des chansons et dans les arrangements.

Enregistrer les batteries à New York, ça a été une expérience intéressante ?

Ça a été génial parce que le batteur et l’ingé son ne comprenaient rien aux paroles, mais ils étaient complètement dans la musique. Ils s'intéressaient au contenu des grilles, des enchainements, des mélodies. On ne m’avait jamais parlé de mes chansons comme ça. En France, on parle tout le temps du texte, jamais de la musique.

Pourquoi appelles-tu tes chansons des « cantates de poche » ?

Parce que ça évoque le classique et « de poche » parce qu’on est sur des formats courts.

C’est dur pour toi d’écrire des œuvres courtes ?

Non, je me suis naturellement habitué a énormément raboter tout ce qui est musical dans mes chansons. Du coup, je me rends compte qu’il n’y a pas beaucoup de moments musicaux. Dans « Si tu » il y a une longue plage instrumentale entre mes textes, mais c’est l’exception qui confirme la règle. J’ai eu un plaisir fou à privilégier la musique à ce moment-là de ma chanson.

Promoscope filmé par Bastien Lucas et réalisé par Soren pour Utuh.

Dans « Si tu », tu joues beaucoup avec les mots.

Si on considère qu’une chanson, c’est du sens et du son, pourquoi forcément donner le sens au texte et le son à la musique, ça peut-être aussi du son par le texte et du sens par la musique…

La musique et les textes sont très liés ?

Il y a constamment la recherche d’un procédé quand j’écris et compose une chanson. Ça part d’une envie de provoquer quelque chose et ensuite, je cherche les outils pour y aboutir. Mes études m’ont permis d’avoir tous ces outils nécessaires pour arriver exactement là où je veux aller.

bastien lucas,fracanusa,interview mandor(Photo : Cédrick Nöt) Quand on a fait des études de musique, est-ce qu’on n’est pas enfermé dans un carcan ?

Je le craignais, mais avoir fait des études de musique permet en fait d’avoir un panorama plus large d’approches de musique. C’est plus agréable de se dire qu’on transgresse une règle parce que l’effet produit est bien, que d’avoir un truc qui a l’air de marcher, mais dont on n’est pas sûr qu’il n’y ait pas mieux. Avoir cette base de compréhension me permet d’aller partout et de solutionner beaucoup de problèmes.

Tu es un chanteur avec souvent des chansons calmes, tu as voulu changer ça pour cet album ?

Oui, parce que je me suis rendu compte que ma passion pour l'harmonie et la mélodie m'a trop souvent fait vibrer pour des choses belles mais calmes. J'ai essayé de travailler davantage sur le rythme pour aider ce contenu musical à emporter davantage le public. Mais cette puissance ne se joue pas forcément dans le volume sonore.

Tu vas donc emmener une batterie ou des machines sur scène par exemple ?

Absolument pas. Pour moi, ce serait une fausse énergie. J’essaie d’être à l’échelle des lieux dans lesquels je joue. En concert, quand il y a le son de l’album grâce à des machines, je trouve que ça sonne faux et que ça crée une distance avec le public. Je veux être naturel et ne pas avoir un mur de son.

Je ne comprends pas que tu n’aies pas plus de notoriété que ce que tu as. T’étonnes-tu de ne pas être plus connu ?

Répondre par l’affirmative serait hyper prétentieux. Je suis juste persuadé, au moment où j’écris une chanson, qu’elle pourrait faire du bien à beaucoup de gens. De temps en temps j'écris une chanson un peu audacieuse, mais la plupart du temps, j’ai juste l’impression de faire de jolies choses avec un petit contenu.
Je me dis que ce serait bien que cela circule un peu plus. J’ai l’impression que mes chansons pourraient être « populaires » et je me questionne sur le fait que ça ne passionne pas les pros ou le public. Ce disque, je n’ai pas pu le sortir avec un label. Je m’en étonne, c’est tout.

Je trouve que tu es le nouveau William Sheller. Tu le prends comment ?

Je trouve la comparaison flatteuse. On a un point commun. On fait de la musique exigeante à écrire, mais pas exigeante à écouter. C’est un artiste très bien considéré qui a composé et écrit des chansons qui resteront dans l’histoire de la chanson française. Ce qui est drôle, c’est que ce n’est absolument pas une référence pour moi. Je suis plus Cabrel que Sheller. Bizarrement, ça me fait plaisir de ne pas ressembler à celui que j’ai écouté le plus.

Dans « Pourquoi », tu chantes différemment. On saisit l’étendue de tes capacités vocales.

En bossant avec Daran, je m’attendais à ce qu’il me pousse plus souvent, parce que c’est ce que j’adore dans sa voix. Il n’a rien fait dans ce sens. Parfois, dans les musiques que j’ai envie de faire, j’aimerais que ma voix aille plus loin. J’ai donc pris des cours de chant pour chanter plus.

bastien lucas,fracanusa,interview mandor

Pendant l'interview...

bastien lucas,fracanusa,interview mandorTu as travaillé ton spectacle solo avec Xavier Lacouture.

Il m’a beaucoup questionné sur l’interprétation et je le ressens maintenant sur scène. Comment être autre chose qu’un simple instrumentiste de la voix ?

Quand tu parles d’amour, tu es très pudique. Je trouve que tu ne te livres pas beaucoup…

Avant, je faisais beaucoup de jeux de mots dans mes chansons pour détourner un peu l’attention. Ça me permettait de me cacher derrière et surtout, que les gens qui écoutent puissent se faire leurs images personnelles. Aujourd’hui, je fais en sorte d’être un peu plus franc du collier tout en ne mettant pas trop de détails. Il faut que chacun puisse s’y retrouver.

Dans tes chansons toujours un peu mélancoliques, il y a tout de même un peu de rayon de soleil à la fin.

Tu as raison. Dans mes chansons, il n’y a jamais de fin triste, il y a toujours une acceptation. J’aime creuser dans mes moments un peu tristes  pour repérer ce qu’il y a de beau dedans. Ce qui me motive dans une chanson, c’est quand il y a une contradiction, parce que je vais essayer de réconcilier cette contradiction pour voir que c’est ça qui rend la vie aussi riche..

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Après l'interview le 12 janvier 2019.

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11 janvier 2019

Loft Music sur Sud Radio : Emission spéciale France Gall

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49151024_2229995253993631_8131034602190929920_n.jpgSi le 7 janvier marque dans notre pays le jour de commémoration de l'attentat de Charlie Hebdo, c'est aussi le premier anniversaire de la mort de France Gall. La chanteuse a succombé à un cancer, il y a tout juste un an, à l'âge de 70 ans. Sa mort a fait sombrer la France dans une tristesse insondable, quelques semaines seulement après le décès de Johnny Hallyday.

Pour ce triste anniversaire, Yvan Cujious, a voulu marquer le coup dans son émission Loft Music sur Sud Radio. Il m’a demandé de venir parler de France Gall en tant qu’auteur du livre L’aventure Starmania et spécialiste de la chanson française. J’ai évidemment accepté l’invitation (j’aime beaucoup Yvan), mais je ne suis pas venu seul. Avec la permission de la production de l’émission, j’ai emmené avec moi un grand ami de France Gall, l’auteur-compositeur-interprète Peter Lorne et les chanteuses Centaure et Francoeur. Etaient présents  aussi pour cet hommage, l’un des chanteurs de la comédie musicale Résiste, Victor le Douarec, et le formidable Tété.

Nous avons enregistré l’émission le 14 décembre 2018 au Studio Luna Rossa, mais l’émission n’a été diffusée que le 7 janvier 2018…

Pour l’écouter, il faut cliquer ici (vous n’allez pas le regretter).

Vous le savez, j’aime beaucoup vous montrer les coulisses du métier. Voici quelques photos de l’enregistrement. Les plus belles sont signée Didier Venom.

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Centaure et son musicien monsieur Marion.

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Francoeur, chanteuse-harpiste.

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Centaure shootée par Didier Venom en plein live (avec Francoeur et Victor le Douarec).

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Centaure shootée par Didier Venom en plein live (avec Victor le Douarec).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Centaure).

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Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Dider Venom).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Centaure)

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Avec Peter Lorne (photo Didier Venom).

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Mais que fait ce livre ici?

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Victor le Douarec en plein live (photo Didier Venom).

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Victor le Douarec en interview (photo Didier Venom).

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Victor le Douarec en pleine réflexion (photo Didier Venom).

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Tété chante France Gall (photo Didier Venom).

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Francoeur lors de l'interview (photo Didier Venom).

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Francoeur toujours (photo Didier Venom).

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Francoeur toujours (photo Didier Venom).

Vous pouvez écouter sa superbe et étonnante prestation de "J'ai besoin d'amour" (extrait de Starmania) en version harpe voix. Cliquez ici!

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Centaure lors de l'interview (photo Didier Venom).

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Centaure et Marion (photo Didier Venom).

Vous pouvez écouter leur brillante prestation de "Diego (libre dans sa tête)". Cliquez ici!

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Tété et ses musiciens.

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Avec Centaure (photo : Didier Venom).

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Avec Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Avec Francoeur, Yvan Cujious, Peter Lorne, Centaure et Marion (photo : Didier Venom)

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Bonus :

La mandorisation de France Gall en décembre 1995 pour sa comédie musicale Résiste.

Pour le Huffington Post, je raconte mon rendez-vous manqué avec France Gall.

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Avec France Gall le 3 septembre 2015 (®Bruck Dawit)

04 janvier 2019

Mayerling : interview pour Paranoïa

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

Je ne connaissais pas Mayerling avant de recevoir son nouvel EP. Je l’ai écouté un dimanche, jour de la semaine où je me penche sur toutes les nouveautés reçues récemment. J’avais entendu bon nombre de disques un peu « classiques » et pas vraiment dynamiques avant celui-ci. Donc, soudain, sa pop electro rock inspiré m’a fait du bien. J’ai un peu googlelisé l’artiste et me suis aperçu qu’il n’était pas un débutant. Si six ans et demi séparent les deux premiers albums de Mayerling (en vrai, Rodolphe Bary), un peu plus d’un an après la parution de I Live Here Now, il propose un EP absolument formidable, Paranoïa. Vraiment efficace. J’ai appelé son attachée de presse, amie de moi (Flavie Rodriguez) pour caler une interview très rapidement. Ainsi fut fait le 19 décembre dans une brasserie située en face de la Gare du Nord.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorMini biographie (officielle):

Projet musical mené par Rodolphe Bary, Mayerling apparaît une première fois dans la compilation Ceux Qu’il Faut Découvrir du magazine Les Inrockuptibles, avec le morceau « Countdown ». Instru électro-rock et mélodie pop, le style sera développé dans Confession, premier album sorti en 2011 et remarqué pour « sa pléiade de morceaux hypnotisants ». À l’hiver 2017 sort I Live Here Now, deuxième album où le parisien propose un voyage plus personnel, entre psychédélisme et pop 80’s, qui séduit la critique. Les radios locales soutiennent la sortie du disque et trois titres sont diffusés sur FIP.

Le disque (argumentaire officiel) :mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

Pour ce nouvel EP Paranoïa, Rodolphe s’entoure de trois chanteuses - Marie Derouet, Suzie et Aleea – et change de langue. Le passage au français se fait naturellement, les thèmes abordés fleurent bon le malaise romantique et les désillusions modernes. Pour le reste et comme d’habitude chez Mayerling, riffs de guitares et lignes de basse se promènent autour de boîtes à rythmes qui ne cherchent pas la complication. C’est binaire et rock au premier plan, les synthés prennent la profondeur. L'EP démarre sur le très direct titre éponyme, morceau rapide au riff entêtant où couplets pop et refrains disco s’enchaînent. Projetés dans l’euphorie ambiante, les chœurs chantent la folie et l’amertume, et le tout sonne un peu comme si Abba avait pris conscience du monde qui l’entoure.

On reprend son souffle sur l’intro des « Souvenirs de Toi », apaisé par une basse mélodique et des synthés planants. Accalmie de courte durée où l’on profite de la voix d’Aleea, qui portera cette romance empoisonnée jusqu’à son final intense et submergé d’arpégiateurs. Les machines prennent alors ouvertement le contrôle sur « Meteor », titre héritier des grandes époques synthétiques, électro deep et hédoniste, qui nous promet l’apocalypse. Dansons une dernière fois, avant de disparaître. L’EP se referme sur « Ombre violente », autofiction poignante sur la violence sociale, une chute au ralentie, bercée de nappes romantiques. Une ballade envoûtante à l’image d’un disque qui, sous ses airs de pop bien léchée, nous injecte une dose de folie, d’amour et de souffrance.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorInterview :

Tu as commencé à faire de la musique avec l’excellent François Gauer (mandorisé là en 2012) dans le groupe Folks.

J’ai appris à jouer de la basse en autodidacte à l’âge de 14 ans. A cette époque, j’adorais Metallica et je pensais que les gros sons de guitares du groupe étaient de la basse. Quand mes parents m’ont acheté une basse, j’étais dégouté (rires). Je l’ai tout de même utilisé et ça m’a permis de faire des groupes. J’ai rencontré François Gauer et on a fait du rock indé. De 15 à 20 ans, on n’écoutait que ça.

En parallèle de ta collaboration avec François Gauer, tu as commencé à créer tes propres compositions.

C’était du rock assez simple, avec des beats un peu marqués, des guitares Lo-Fi et une touche d’électronique. J’aime bien le bruit et travailler les matières sonores un peu crades. Même si dans ma musique d’aujourd’hui il y a un côté disco, un côté un peu léché, je n’aime pas que ce soit trop propre. J’aime les aspérités.

De musicien, tu as ajouté l’option « chanteur ».

Au départ, je ne chantais pas. J’ai commencé à chanter par nécessité pour mon précédent album en anglais. Je ne me considère pas comme un chanteur.

Aujourd’hui, dans ce nouveau disque, tu chantes en français.

Oui, et j’adore ça. J’écoutais très peu de musique française à part Serge Gainsbourg et Sébastien Tellier qui avait déjà un côté anglo-saxon dans la composition.

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Tu n’as jamais écouté de chanson française dans ta jeunesse ?

Mon père écoutait tout le temps Brel et Brassens. C’était mon seul contact avec la musique française. Mais  s’il faut parler de mes influences, on peut plus évoquer les Pixies ou dEUS.

Pourquoi chantes-tu en français alors ?

J’ai commencé pour le premier morceau, « Paranoïa ». J’ai trouvé que c’était plus simple d’écrire les paroles dans ma langue, de plus, j’ai constaté que cela voulait dire vraiment quelque chose. Avant, j’écrivais en anglais plus pour remplir mes mélodies. Voyant que j’arrivais à écrire pour le premier titre, j’ai continué pour les autres. Ça a été un vrai plaisir. Je suis sûr de ne jamais revenir en arrière.

Comment travailles-tu ?

Je pars toujours de machines : des samplers, des synthés… je me prends la tête avec cette base-là, puis j’ajoute de la basse, de la guitare. Ensuite j’enregistre les mélodies de chant sur un synthé et j’écris le texte. Je construis tout en même temps, en parallèle.

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

C’est un jeu pour toi de faire de la musique ?

Oui. C’est hyper ludique. Je me sens bien quand je fais de la musique. Quand je suis dans un studio à travailler du son, je peux perdre complètement la notion du temps. J’ai du  mal à redescendre sur Terre. Pour reprendre ma vie normale avec ma femme et mon fils, il me faut un temps d’adaptation d’un quart d’heure.

Je trouve que tu as un sens aigu de la mélodie.

C’est fondamental d’avoir des mélodies efficaces. Je ne peux pas rester sur un morceau qui n’a qu’une mélodie moyenne.

Ta musique est  un mélange de pop, de disco, d’electro, de rock…

C’est marrant, j’ai l’impression de faire plus de rock que ce que les gens me renvoient de ma musique. On ne se voit pas toujours dans la case où on est.

Cherches-tu à faire de la musique « populaire » ?

Je ne travaille pas dans ce sens, mais j’aimerais plus passer à la radio, c’est certain. Je sais que les programmateurs ont une pile de disque en attente de la hauteur de la Tour Eiffel. C’est difficile, car nous sommes nombreux.

Ta musique est enjouée, mais tes textes ne sont pas très gais.

Ce n’est pas simple d’écrire des choses légères. Au cinéma, une bonne comédie, c’est dur à faire… c’est pareil pour une chanson. Parfois, je joue sur le décalé et l’humour noir, comme dans le clip de « Paranoïa ». Dans mes chansons, il y a toujours un côté grinçant.

Clip de "Paranoïa".

Ce clip réalisé par Robin Plessy est détonnant.

Les gens qui le regardent adorent. Le comédien principal est génial. Il n’y a que lui qui pouvait endosser un tel rôle.

C’est toi qui as écrit le script ?

Avec Robin, on a déliré pendant trois heures en créant cet univers. A partir de ça, j’ai construit un clip un peu plus précis.

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Pendant l'interview...

Dans ta bio officielle, j’ai lu que « les thèmes abordés fleurent bon le malaise romantique et les désillusions modernes. »

Parce que j’écris sur le monde des hommes. Je trouve intéressant que dans un disque pop avec des airs très attrayants immédiatement, il y ait des textes qui t’incitent à creuser en profondeur.

La première fois que j’ai écouté ton disque, je me suis laissé emporter par la musique. Ensuite, j’y suis revenu pour écouter les textes.

Ça me fait plaisir parce que je viens de ça : la musique pop. Le fait que tu sois d’abord pris par la musique et les mélodies, c’est ce que je souhaite. Je ne fais pas de la chanson à texte, donc je ne peux pas me vexer de ça.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorParle-moi de ta pochette.

Elle a été faite, comme pour mon précédent disque, par un duo d’illustrateurs qui s’appelle Hublot. Ils sont venus avec trois propositions et j’ai choisi celle-ci. Je la trouve très liée à la chanson « Ombre violente ». Le mouton de la pochette est en fait un humain qui est pris par une autorité sans visage. Dans « Ombre violence » je parle de la violence que tu subis dès  l’enfance à l’école et dans tous les groupes sociaux dans lesquels tu évolues après. Ça peut être l’entreprise ou une autre structure. Il y a toujours une violence latente qui va te construire. Moi, j’ai toujours ressenti ça. Cette pochette est donc liée à ça.

Mayerling, c’est un groupe ou c’est toi ?

C’est moi, mais entouré. Il y a trois femmes qui chantent dans ce disque. Ma compagne, Marie Derouet. Elle chante sur « Paranoïa », « Meteor » et « Ombre violente ». C’est la première fois que l’on enregistre ensemble pour Mayerling. Il y a aussi Suzie qui chante sur « Paranoïa ». J’espère qu’elle chantera un autre titre sur mon album à venir. Enfin, il y a Aleea. Elle était ma pote à la fac. Je savais qu’elle chantait, mais nous n’avions jamais eu l’opportunité de le faire ensemble. C’est fait dans « Souvenirs de toi ». Je suis hyper content du résultat, donc je vais également lui demander de participer à mon prochain album.

Tu parles de ton prochain album. C’est officiel ?

Oui. Je suis déjà en train de le construire. Je ne veux pas faire passer trop de temps entre cet EP et lui.

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Après l'interview, le 19 décembre 2018.

03 janvier 2019

Stéphanie Berrebi : interview pour Les nuits d'une damoiselle "Après vous Messieurs"

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Quel livre ! Il devrait être lu par tous pour comprendre les finesses des relations hommes-femmes… qui ne sont pas toujours simples. A travers les chansons qui ont rythmé ses jours et ses nuits, ma collègue journaliste musicale (et néanmoins amie, ne le cachons pas), Stéphanie Berrebi, se livre comme jamais. Il est certain que je porte un autre regard sur sa personne depuis que j’ai lu son récit. Celui d’une femme moderne, libre et libérée. Mais aussi celui d’une femme sincère qui n’a jamais eu la langue de bois. Les nuits d’une damoiselle « Après vous Messieurs ! » tient des propos qui ne vont pas toujours dans le sens de la marche féminine tant entendue après l’apparition des mouvements #metoo et #balancetonporc. Et c’est bien parce que, personnellement, je ne crois pas beaucoup au manichéisme des êtres.

Rendez-vous le 20 décembre dernier avec Stéphanie Berrebi dans un bureau du Studio des Variétés.

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorL’auteure (photo de Cédric Nöt):

Journaliste culturelle, elle travaille pour le magazine FrancoFans. Elle représente également le magazine au sein de nombreux jury de tremplins d'artistes (Mans Cité Chanson, Grand Zebrock, Prix Georges Moustaki, Mégaphone Tour, Pic d’Or ...)

Stéphanie Berrebi est aussi co-animatrice de l’émission TriFaZé sur Radio Campus où elle accueille des artistes qui brillent dans la chanson française. En parallèle, elle écrit pour les Editions First 3 Livres (Le petit livre illustré de ceux qui sont nés en 1961, 1985 et 1986). Sortie en 2018 de son premier roman, Les Nuits d'une damoiselle (chez Vox Scriba).

Extrait de l’avant-propos : stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor(Photo de la couverture : "Musica Nuda/Cédric Nöt)

« Dans ce qui est devenu une grande foire tout à la fois de la guerre des sexes, du retour au puritanisme et un règlement de compte entre « people », j’étais une anonyme qui ne se retrouvait nulle part, à qui on ne donnait pas la parole Aujourd’hui, je la prends ! J’avais l’impression d’être face à des robots, qui avaient catégorisé le monde en deux parties : hommes = porcs, femmes = saintes. Je suis de celles qui voguent dans cette zone grise, se retrouvant dans un discours médiatiquement minimisé, celui de l’ambiguïté.

Oui, j’ai été victime, non, je ne suis pas qu’une petite chose fragile victime des hommes ! J’aime séduire et je sais en jouer quand ça m’arrange. Le sexe est devenu mon arme ! Viol, pervers narcissique, tromperies, homme marié… J’ai dans ma vie cumulé le tout, accompli le combo gagnant. Est-ce seulement de leur faute si j’ai laissé tous ces hommes entrer dans ma vie ? »

Vous pouvez commander le livre .

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorInterview :

Pourquoi as-tu décidé de livrer un récit aussi intime ?

Lors de ma dernière rupture avec un homme marié, la première chose que je me suis dite c’est qu’il fallait que j’écrive un livre sur le fait qu’être maîtresse, ce n’est pas nécessairement être une salope. Je voulais exprimer ce que l’on est quand on est avec un homme qui n’est pas libre. Je voulais signifier que ce n’est pas obligatoirement « chercher à détruire un couple ». Avant d’attaquer ce projet, des amis m’ont conseillé de prendre un peu de recul. J’ai commencé une psychothérapie parce que cette relation était la conséquence d’une vie qui n’allait pas.

Tu as suivi ta psychothérapie alors qu’arrivaient les #metoo et #balancetonporc.

Ça m’a donné encore plus envie de prendre la parole, mais je voyais bien que sur les réseaux sociaux, je ne pouvais pas me permettre parce que je n’étais pas dans la parole dominante. J’avais cette sensation qu’il fallait avoir une vision des rapports hommes-femmes. Dès qu’on en sortait, on se faisait insulter, laminer… ce qui a été le cas pour Brigitte Lahaie, Catherine Deneuve ou Christine Angot.

Il n’y aurait pas eu ces mouvements #metoo et #balancetonporc, aurais-tu songé à écrire ce livre ?

Oui, parce que ça n’a rien à voir. Je te le répète, il y a deux ans, je voulais écrire un livre sur le rôle de la maîtresse. Je pense qu’il serait sorti de la même manière après la thérapie. Je l’écris au début du livre, quand j’ai rompu avec mon amant, j’ai passé mes nuits à lui écrire. C’était compulsif. Finalement, on retrouve pas mal de ce que je lui ai écrit dans le livre. Les débats d’après les mouvements #metoo et #balancetonporc m’ont juste aidé à trouver comment raconter cette histoire.

Tu expliques bien dans ton récit que tu n’es pas la femme parfaite, que tu n’es pas innocente de tout stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandoret que tu as ta part de responsabilité dans ce qu’il t’est arrivée avec les hommes.

C’est ça. Il y a par exemple toute une partie sur un pervers narcissique, que j’appelle « le salaud » dans le bouquin. J’aurais très bien pu prendre mes responsabilités pour ne pas vivre cette vie-là avec lui. Je ne l’ai pas fait. Je l’ai laissé me bouffer, comme beaucoup de femmes se font bouffer en laissant faire. Ce que je n’ai pas aimé dans les débats, c’est que l’on plaçait les femmes comme sexe faible, éternelles victimes des hommes. Non, nous ne sommes pas des petits anges envoyés sur cette Terre, en souffrance permanente.

Tu racontes que ta vie sexuelle a commencé à l’âge de 18 ans par un viol. Est-ce déterminant pour tout le reste ?

C’est ce que j’ai essayé de raconter. Le viol en soi, je n’en étais pas responsable. Ma responsabilité, c’était d’avoir été dans le déni pendant plus de 15 ans.

Comment peut-on être dans le déni d’un viol ?

Pendant longtemps, je n’ai pas considéré avoir été violée. J’ai trouvé ces instants bizarres et pas vraiment normaux. On a toujours l’image d’un viol comme quelque chose de violent, mais ce n’est pas toujours le cas. Là, j’étais chez une personne alors que j’étais dans une situation de faiblesse, j’avais un bras dans le plâtre. Je pensais que cette personne allait m’aider, mais elle m’a enfermé chez elle. J’ai dit non, non, non, plusieurs fois, mais quand j’ai vu que l’homme était déterminé, j’ai fini par accepter cet état de fait.

Quel a été le déclic pour que tu prennes conscience que c’était un viol ?

Après une conversation avec une amie à qui j’ai raconté l’histoire il y a 10 ans. C’est elle qui m’a fait prendre conscience que c’était un viol. Malgré cela, j’ai encore mis 5 ans pour accepter l’idée. Par fierté mal placée, je ne voulais pas être une victime. C’est en grande partie pour cela que pour moi, le sexe est devenu une espèce de guerre. Pour être plus précise, une espèce de jeu qui est devenu une guerre contre moi-même.

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorTu expliques aussi que tu as toujours su jouer de ton corps.

Oui, mais jamais dans le cadre professionnel. Je n’ai jamais couché avec qui que ce soit pour obtenir quelque chose ou pour me faire avancer professionnellement. J’ai utilisé mon corps pour charmer les hommes que je voulais pour le plaisir. Je te le redis, ça devenait un jeu qui s’est transformé en arme contre moi-même. C’est tellement facile de conquérir un homme. Les hommes qui disent non ne sont pas très nombreux au final. Les femmes ont cette supériorité sur les hommes.

Ce qui est fou, c’est que tu ne choisis jamais un prince charmant, mais toujours des hommes dans un certain schéma, à part l’homme dont tu as été la maitresse pendant des années, qui est quelqu’un de normal. 

La conséquence du viol, c’est que je suis allée vers de mauvaises relations et de mauvaises personnes. C’est un manque de confiance en soi, une espèce de haine de soi. Pendant 15 ans, j’ai reproduit les mêmes schémas, c’est pour ça que j’ai suivi une psychothérapie. Ça me rappelle une chanson d’Orelsan qui dit que « si tu as des problèmes avec tout le monde, c’est peut-être toi le problème ? »

Professionnellement, tu es considérée comme quelqu’un qui brille, de toujours joyeuse…

Alors qu’en fait, quand cette fille rentrait chez elle, elle pleurait tout le temps parce qu’elle n’allait pas. J’ai beaucoup fait semblant.

Tu as eu ton premier coup de foudre à l’âge de 11 ans.

Je le dis dans le livre, il n’y a pas d’âge pour aimer. C’était le meilleur ami de mon grand frère. Celui-là n’a pas joué avec mon corps, mais il a joué avec mes sentiments et ça a été déjà une vraie blessure dont j’ai eu du mal à me remettre.

Avoir suivi une thérapie et avoir écrit ce livre font que tu vas mieux aujourd’hui ? stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor

Le travail que j’ai fait sur moi pour reprendre confiance à fonctionné. J’ai réussi à détruire mes mécanismes pour aller vers d’autres. Lors d’une première séance, ma psychologue m’a expliqué que même si mes mécanismes étaient mauvais, ce sont les seuls que je connaissais alors je m’y confortais. J’ai réussi à passer à autre chose. Le fait est qu’aujourd’hui je viens de sortir ce bouquin et j’ai quelqu’un dans ma vie depuis quelques mois… et tout se passe bien.

Au début ce livre devait s’appeler « une vie cachée ».

Oui parce que c’était d’une régularité déconcertante. Les hommes et les cadres n’étaient pas les mêmes, mais c’était des relations qui devaient rester cachées. Finalement, les quinze dernières années, j’étais la célibataire de service.

Avais-tu une piètre opinion des hommes ?

Même pas. Non, j’avais juste une piètre opinion de moi-même.

Est-ce un livre pour les femmes uniquement ?

C’est un livre qui fait réfléchir les femmes en tout cas concernant leur part de responsabilité dans leurs histoires foireuses. Les hommes devraient aussi le lire. Certains ne se rendent pas compte de leur comportement. Je crois que ce livre permet de mieux comprendre le mécanisme féminin. En règle générale, c’est un bouquin qui fait réfléchir sur notre relation à l’autre.

Tu es un peu un personnage public, n’as-tu pas peur que les gens qui lisent ton  livre te regardent autrement ?

J’ai tellement vécu cachée que le fait de tout lâcher ne m’est pas désagréable. Ça m’a même fait du bien. J’ose espérer que les regards qui changent sur moi seront pour des regards plus bienveillants. Beaucoup ne comprenaient pas certains de mes comportements et certaines de mes souffrances, j’espère qu’avec ce livre, ils auront quelques explications.

Tes parents ont-ils lu le livre ?

Ils l’ont acheté pour me soutenir. Ma mère n’a pas commencé, mon père a commencé mais comme je suis sa fille, il n’a pas pu continuer. Il n’était pas prêt. Je me demandais s’ils allaient le lire, mais je crois que ce n’est pas possible. Il y a toujours beaucoup de pudeur entre les parents et les enfants… et vice versa.

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Pendant l'interview...

Dans ce livre, la musique est très présente. C’est bien raccord avec ton métier de journaliste musical.

J’ai ajouté des extraits de chansons, souvent populaires, qui correspondaient aux propos tenus. Ça met une distance, une respiration par rapport au livre et ça permet aussi d’universaliser le discours. Je n’ai pas réfléchi  une seconde à ce procédé, ça m’est venu immédiatement. Quand je me suis fait plaquer, les chansons « Je déteste ma vie » de Pierre Lapointe et « Amoureuse » de Véronique Sanson étaient devenues mes refuges. 

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorTu cites souvent Georges Brassens. Il est vrai qu’il a souvent parlé de cul.

Oui et on l’a souvent taxé de misogyne alors qu’il me semble que c’est un des mecs qui a le mieux compris les femmes… et les femmes frivoles. Quand il chante des chansons comme « Embrasse-les tous » ou « Le mouton de Panurge » c’était à une époque où on ne parlait pas beaucoup de la sexualité féminine. Il m’a beaucoup appris. Brassens m’a fait comprendre qu’aimer le sexe, ce n’était pas grave.

Es-tu féministe et est-ce un livre féministe?

Je pense être féministe, mais je ne me reconnais pas dans tous les discours féministes. Je n’arrive pas à adhérer aux discours des femmes qui engagent une guerre virulente contre les hommes. Après, j’ai une conscience de femme, je suis quelqu’un d’engagé et d’humaniste, donc je vais revendiquer l’égalité des droits. Par exemple, ça me fait poser la question suivante : pourquoi tant d’hommes sur la scène française et pas assez de femmes ? Quant au livre, est-il féministe ? Je dirais que c’est un livre féministe, mais un peu à contre-courant de la pensée actuelle. En tout cas, c’est une autre voix de femme…

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Après l'interview, le 20 décembre 2018, au Studio des Variétés.

02 janvier 2019

Leïla Huissoud : interview pour Auguste

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leïla huissoud,auguste,interview,mandorLongtemps armée de sa seule guitare et de sa voix magnifique, Leïla Huissoud nous revient aujourd’hui, accompagnée d'une dizaine de musiciens, pour un majestueux deuxième album, Auguste. « Ceux qui connaissent cette artiste le savent bien, son personnage scénique est un mélange de drôlerie, d’attitudes naturelles et de spontanéité quand elle interagit avec son public. Lui est alors venue l’idée de grossir ce trait comique qu’on lui prête et reconnecter avec ses années passées en école de cirque renouant avec l’Auguste, ce contrepoint du clown blanc » explique le dossier de presse*.

A l’écoute de ce disque important, on constate que la supposée fragile et innocente chanteuse ne l’est pas tant que ça, elle serait plutôt la reine de l’autodérision à l’humour grinçant et à l’engagement social déterminé, le tout enrobé d’émotions en tout genre. « Le drôle s’accommode du cruel, l’émouvant du sarcastique. Les états d’âmes personnels de son premier disque ont laissé la place aux histoires sentimentales »*.

Incontestablement, Leïla Huissoud est déjà une grande.

Le 20 décembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Studio des Variétés pour  une première mandorisation (il était temps !)

Argumentaire de presse (officiel) :leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Après un premier album live (L’ombre) qu’elle a voulu très intime et dépouillé, Leïla Huissoud, bercée par Brassens, Moustaki ou Barbara, continue à s’engager dans un style résolument chanson qui laisse les paroles au premier plan et ne s’encombrera pas du kick-électro omniprésent dans les productions contemporaines. L’hommage est plutôt à trouver du côté du jardin d’Henri Salvador, du haut-de-forme d’Agnès Bihl et de la baraque à frites de Thomas Dutronc.

De l’intimité de la mort à la malice d’un vieux couple, de la lâcheté des projecteurs à la révolution du corps, Auguste traite tout de travers. Leïla Huissoud dramatise et dédramatise, questionne tour à tour la place de l’artiste de scène, la famille qui s’éloigne, l’ambition qui s’efface devant la routine, la Suisse, les victimes de Brassens… et l’amour pendant les règles. La femme a grandi et ne s’encombrera pas de tabous pour parler de toute la vie avec tendresse. C’est donc pleine d’autodérision grinçante que Leïla Huissoud joue, en se promenant sur le fil des clichés du spectacle et des sentiments.

Si « chanter ça ne change rien du tout » alors autant le faire de manière spectaculaire : Leïla Huissoud s’élance dans la vie avec les lacets attachés et vous êtes conviés à la chute. Beau et bancal, Auguste présente des chansons avec une larme à l’œil et de très grandes chaussures rouges.

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leïla huissoud,auguste,interview,mandorInterview :

Tu passes d’un premier disque enregistré en live à un disque bien produit avec beaucoup de musiciens.

L’ombre ayant eu un accueil positif, j’ai pu avoir des moyens plus importants pour enregistrer ce deuxième album. De plus, j’avais besoin et envie de ne plus être complexée par ma musique. Je ne voulais plus m’excuser de cette partie-là de mon travail. Autant je pouvais défendre mon écriture, même la jeunesse de mon écriture, mais la musique restait juste un support pour pouvoir chanter mes textes. J’ai conscience de ne pas avoir de compétence musicale, alors j’ai fait appel à Nicolas Vivier pour la direction artistique et Simon Mary pour tous les arrangements.

Simon Mary a décoré tes chansons alors ?

Plus encore. Ayant conscience de mes lacunes, je l’ai autorisé à bouger mes compositions. Il me proposait des idées et le plus souvent j’acceptais parce qu’elles étaient belles. Je suis fière qu’il ait accepté de travailler avec moi et qu’il ait obtenu un si beau résultat. Je l’ai beaucoup observé pendant la réalisation de l’album pour tenter d’apprendre son savoir.

Pourquoi avoir choisi Simon Mary ? leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Je l’ai beaucoup vu sur scène avec Alexis HK. Je suis fan de ce qu’il fait et la contrebasse est un instrument qui me plait beaucoup. Pour moi, dans la chanson, la contrebasse c’est le Graal. Faire arranger mon disque par un contrebassiste m’a paru très intéressant.

Il te connaissait ?

Non. Il a écouté un peu ce que j’avais fait auparavant et il a accepté de me rencontrer. Rapidement, on a tenté un premier titre, qui est le premier de l’album : « La farce ». Je lui ai envoyé un guitare-voix et il m’a renvoyé la chanson avec les arrangements. C’était fou ! J’ai mis mon casque, j’ai écouté la chanson et je me suis mise à pleurer de joie. Il y avait tout. Je lui avais donné deux, trois indications, pas grand-chose, et lui a tout compris immédiatement.

Et après ?

Je lui ai demandé s’il voulait bien continuer pour tout le disque… et c’était parti pour six mois de collaboration.

Clip officiel de "La farce".

« La farce », c’est une entrée en piste, non ?

Exactement. Je voulais une chanson qui ait du panache. Elle parle de l’engagement des artistes. Je me rends compte que l’on me félicite beaucoup de mon culot et de mes petits engagements. Il faut relativiser ça parce que je joue devant un public dont je suis presque certaine qu’il va aller dans mon sens et qu’il va être d’accord avec ce que je dis. J’ai l’impression que je me foutrais de la gueule du monde si je faisais semblant de prendre des risques. Dans « La farce », je me pose la question de savoir si un artiste prend vraiment des risques quand il chante des chansons dites « engagées », mais dans la bien-pensance, devant un  public acquis à sa cause.

Tu désacralises le métier de chanteuse dans certains textes. Dans « La chianteuse » par exemple.

Tout l’album découle de mes deux précédentes années où j’ai découvert le milieu de la chanson et ses acteurs. Je me suis pris une énorme baffe. Pour être claire, j’ai été super déçue. Bizarrement, ce deuxième album, qui est vraiment parti de cette déception avec la colère comme énergie, a tout changé. J’ai travaillé avec des personnes sérieuses et bienveillantes. Elles ont apaisé mes sentiments négatifs.

Es-tu comme tu te décris dans « Chianteuse » ?

Non. Il me semble être plutôt cool, mais je l’ai assumé pour moi. Sur scène, j’incarne donc ce personnage. J’ai écrit cette chanson sans trop réfléchir et très rapidement. Chianteuse, c’est une vanne que j’ai entendu quand j’ai découvert le métier, alors j’ai eu un peu honte d’être allée vers cette facilité-là tirée du jargon des musiciens. Je deviens de plus en plus féministe et je m’en suis voulu d’avoir « portraitisé » certaines chanteuses ainsi. Pour dire la vérité, je trouve que c’est un des textes les plus faibles de l’album, mais l’arrangement de Simon Mary en a fait une des meilleures finalement.

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(Photo : Marcel Aumard)

Tu as vraiment été malheureuse avant ce nouveau disque ?

Oui, vraiment. Je n’avais pas capté qu’il y avait autant d’acteurs autour de l’artiste et qu’au final il est une toute partie du milieu. Ceux qui entourent les artistes manquent de bienveillance. Ils nous mettent dans une situation de concurrence qui n’a pas lieu d’être. Tout nous pousse à se demander comment plaire au lieu de se demander comment faire quelque chose de bien. Du coup, beaucoup d’artistes font des chansons qui sont éloignées d’eux, parce que c’est ce qui plait en ce moment. De plus, ils le font mal parce que ce n’est pas du tout ce qu’ils savent et ont envie de faire.

La concurrence dont tu parles, n’existe-telle pas dans tous les métiers ?

Certainement, mais moi, je préfère me mettre au service de la chanson. Je n’ai pas l’impression que quand un artiste marche, l’autre ne va pas marcher. Au contraire, on se tire vers le haut. Quelqu’un comme Gauvain (Sers), il a pris plein de « petits » artistes pour ses premières parties, dont moi alors qu’on ne se connaissait pas. Il a fait l’effort de donner un peu de son succès aux autres, c’est généreux. Aujourd’hui, quand je dis que je fais de la chanson française, on ne me rapproche plus de Louane,  mais de Gauvain Sers, ce que je préfère de loin. J’estime avoir un vrai projet « chanson » plus qu’un projet « variété ». Il faut que la variété continue d’exister, mais j’aime que l’on fasse le distinguo entre ces deux identités différentes.

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(Photo : AUUNA / Alexandre Fournel)

C’est quoi la différence entre la chanson et la variété ?

Elle se voit surtout sur scène. Quand on fait de la chanson, on n’a pas l’obligation d’être un divertissement.

Et pourtant, je connais des artistes qui font de la chanson qui me divertissent…

Oui, c’est vrai. Moi, on m’a reproché sur le premier spectacle de ne pas faire de rappel. Je partais sur la dernière chanson, avant la fin de la musique.

Pourquoi ?

C’était une mise en scène qui allait avec ma chanson. Quand tu fais de la variété, tu ne peux pas te permettre cela. Je rapproche la variété du cinéma. J’adore aller voir la dernière comédie romantique de l’année, ça me permet de ne pas réfléchir et de passer un bon moment. Je sais la fin au bout de cinq minutes de film et ça me va bien. Pour moi, la variété est là pour qu’on aille à un concert dans cette optique. Se faire plaisir en posant son cerveau… ou pas. Avec la variété, j’estime qu’il y a l’obligation de passer un bon moment. Moi, je pense que quand tu vas à un concert de chansons, tu peux sortir avec le bide en vrac et pas bien. Au moins, ça a créé quelque chose en toi. La chanson doit éduquer et faire réfléchir. C’est ce que je cherche à provoquer en tout cas.

Je suis désolé de te dire que ton disque m’a aussi divertit.

Je ne me dis jamais : « surtout, il ne faut pas que les gens ce divertisse », mais je ne veux pas provoquer que ça. Je préfère voir des gens un peu fébrile après un concert, qui sont agacés par ma fin, que j’ai un peu piqué… alors, je me dis que j’ai réussi.

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(Photo  : Denis Charmot)

Sur scène, joues-tu un personnage ?

J’ai fait beaucoup de cirque, donc j’ai abordé le spectacle par ce biais-là. J’ai toujours eu envie de faire comme si j’étais sur la piste. J’ai toujours besoin d’amplitude, d’envois vers les gens, d’une projection violente à 360°.

Tu as des chansons dont les sujets sont peu évoqués par les autres artistes. « En fermant les yeux » parle de la masturbation féminine, « Un enfant communiste » (chantée en duo avec Mathias Malzieu) parle de faire l’amour avec une femme qui à ses règles…

On dit souvent qu’on a écrit sur tout. Je ne sais pas si ces deux sujets ont déjà été évoqués, mais j’ai tenté quand même de le faire le plus sincèrement possible… et, j’espère, le plus subtilement (rires).

A travers une collaboration entre les projets lyonnais The Toolshed Studio, Spline Studio, Kosmic Webzine et Woodlark studio, Leïla Huissoud présente “le vendeur de paratonnerres” tiré de son album : Auguste.

« Le vendeur de paratonnerres » est une chanson réponse à « L’orage » de Georges Brassens.

Ca faisait longtemps que j’avais envie de reprendre un morceau de Brassens sur scène ou de l’évoquer d’une manière originale. Mais il y a eu tellement de beau spectacle autour de sa personne que je n’osais pas.

Celui d’Alexis HK, Georges et moi (mandorisé là) était extraordinaire !

Je l’ai vu trois fois. C’était incroyable !

Et donc cette chanson ?

Ce texte est le seul qui n’est pas de moi, mais de Nicolas Vivier. Un jour, je l’ai entendu chanter cette chanson à la guitare. J’ai lourdement insisté pour la lui piquer parce que je trouvais que c’était l’angle idéal pour rendre hommage à Georges Brassens. Ce côté hommage, mais foutage de gueule, si on a vraiment écouté Brassens, on ne pouvait pas rêver mieux. Cela n’aurait eu aucun sens de faire un léchage de postérieur endeuillé et tristounet.

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(Photo : AUUNA / Geoffrey Saint-Joanis)

Ton album n’est pas triste, lui, en tout cas.

C’est gentil de me dire ça. Je suis fière qu’il ne le soit pas. Comme beaucoup d’auteurs, j’écris plus facilement dès que je parle de sujets tristes. Les gens sont plus touchés par les chansons tristes, alors écrire des textes qui ne le sont pas, dans lesquels ils vont se reconnaitre et qui vont les émouvoir sans être plombés, ça me rend heureuse.

Tu envisages ton métier comme une mission ?

C’est la place où je me sens la moins inutile, la moins encombrante en tout cas. Je fais partie d’une génération un peu paumée. Je ne savais pas trop où je voulais aller artistiquement. Je suis devenue chanteuse un peu par hasard, ce qui me pose un problème de légitimité. J’y travaille.

L'EPK de l'album Auguste.

Je sais que tu n’aimes pas que l’on parle de ton physique.

Je déteste que l’on me dise que je suis mignonne. J’ai envie d’être une femme de scène comme peuvent l’être Juliette (mandorisée ici) et Evelyne Gallet (mandorisée là). Ces femmes apportent tellement à la chanson. Quand je les ai vues sur scène, j’avais envie d’être une « bonne femme ». Mon éventuelle sensualité ne m’intéresse pas. Sans perdre mon côté féminin, je le répète, je veux avoir leur côté « bonne femme ». Angèle et Pomme sont aussi de beaux exemples de nanas qui assurent et qui ont une forte personnalité.

Pourquoi ne voit-on pas ta tête sur la pochette d’Auguste ?

Mes nouvelles chansons sont moins premiers degrés que celles du premier album. Je m’y racontais beaucoup. C’était des histoires de jeunes filles. Auguste est un album que l’on peut réécouter plusieurs fois pour que chacun puisse se faire sa propre mosaïque. Avant, j’avais envie que l’on comprenne mes textes, à présent, je préfère que les gens comprennent ce qu’ils ont à comprendre.

Cela n’explique pas pourquoi on voit juste ta gorge sur la pochette.

Si j’avais montré ma tête, cela aurait déjà donné une interprétation de l’album. Si on m’avait vu sourire, on aurait attendu des chansons joyeuses, si on m’avait vu triste… enfin, tu as compris le truc.

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(Photo : David Desreumaux)

Faire la couverture d’Hexagone, en compagnie d’Alexis HK (mandorisé récemment là), ça te prouve que tu es acceptée dans la famille de la chanson d’aujourd’hui ?

C’est très encourageant en tout cas. David Desreumaux, qui dirige la revue, est quelqu’un de doux et bienveillant. Il savait que j’adorais Alexis HK, donc il a estimé que ce serait bien de me faire poser avec lui, sachant que nos albums sortaient presque en même temps et que ça me ferait plaisir. C’est un geste gentil et c’est une des choses qui me réconcilie avec le métier.

Tu te sens accepté par le métier ?

Oui, même si j’ai un peu ramé parce que je suis arrivée là par le biais de The Voice. Le milieu de la chanson indé aime moyennement ça. Aujourd’hui, je crois avoir trouvé une place…

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Pendant l'interview, le 20 décembre 2018, au Studio des Variétés.

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24 décembre 2018

Evelyne Gallet : interview pour La fille de l'air

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(Photo : Nicolas Michel)

Après 2 années de transition-création, revoilà Evelyne Gallet avec de nouvelles chansons, de nouvelles couleurs et plein de nouveaux collaborateurs. En tout, dans La fille de l'air, 15 titres sensibles, tendres, engagés, authentiques, avec cette touche d’humour et de force qui caractérise la chanteuse au caractère bien trempé.

Il est très curieux que nos chemins ne se croisent qu’aujourd’hui étant donné l’estime que je porte à cette artiste. Le 13 décembre dernier, j’ai profité d’une halte parisienne de cette lyonnaise d’adoption pour converser un peu.

Son site internet.

Sa page Facebook.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandorMini biographie (officiel) :

Voilà quelques années déjà qu’Evelyne Gallet, la chatoyante, promène son Orange French Folk aux quatre coins du pays et même au-delà. Elle ne cesse d’avancer, elle fonce même, laissant dans son sillage une armée d’admirateurs fidèles séduits par sa verve, son charisme, sa présence volcanique et des textes au vitriol. Ce sacré bout de femme qui n’est pas du genre à couiner mollement « gna-gna-gna-mon-amour-pourquoi ? » trace sa route, encore plus forte et plus indépendante que jamais.

Cette artiste avec 5 albums et plus de 600 concerts à son actif, est un univers à part entière, une personnalité hybride qui se plait à faire rire et pleurer, le grand 8 à chaque concert et l’instant présent, tout le temps.

Entourée de son mixed band, Evelyne Gallet reprendra la route pour exposer sa nouvelle collection. Ses spectacles sont toujours des grands moments de plaisir et de vie qui grattent et qui caressent, qui prennent à rebrousse-poil et remplissent vos verres.

Il y a de la matière, de la chair et de la liberté : cette liberté qu’elle porte  depuis toujours et qui fait tellement de bien partout où elle passe.

Argumentaire de presse (officiel) de l’album :evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

C'est dans un ancien atelier canut des pentes de la Croix Rousse qu'Evelyne Gallet confectionne sa nouvelle collection de chansons Haute Couture. Elle dessine, épingle et décatit, avec ses stylistes habituels (Patrick Font, Matthieu Côte, Jeanne Garraud, Stéphane Balmino), mais dautres rejoignent la maison (Dimoné, Martin Luminet, Presque Oui, etc.). Avec des couleurs et des saveurs venues d'horizons bien différents La fille de l’air sera un défilé détonnant fait sur mesure : ça swingue, ça danse, ça dit, ça rit... de l’humain à foison, des émotions à la pelle. Un habillage porté par une seule et même voix qui en fait un tout harmonieux et unique.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandorInterview :

Tu as 22 ans de carrière…

Elle m’interrompt en rigolant.

Mais c’est horrible de dire ça comme ça.

Tu as bien commencé en 1996 avec un duo humoristique, non ?

Ah oui ! Tu as raison. 22 ans. Paf  dans la gueule !

Ça te paraît fou ?

Ça me parait incroyable. En même temps, j’ai toujours eu l’impression de n’avoir fait que ça de ma vie. Pour moi, c’était hier (rires).

Tu as commencé quand la musique très exactement ?

En 1986.

Bon, je ne fais pas le calcul alors.

Je ne préfère pas, non. J’ai commencé par la flute à bec pendant deux ans à l’école municipale de Rumilly, en Haute-Savoie.

C’est un choix volontaire ?

Non. C’était une obligation de la part de mes parents. Mon père était trompettiste de fanfare. Plus exactement, il faisait de la trompette pour supporter le rugby (rires). Ma mère n’a jamais fait de musique et chantait comme une casserole, du coup, ils ont eu envie que je fasse de la musique. A l’âge de six ans, j’ai donc fait de la flute à bec puis pendant six ans, j’ai joué de la flute traversière et un peu de saxophone et autres instruments.

Teaser de l'album La fille de l'air.

Et la guitare est arrivée à quel âge ? evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandor

A 11 ans, parce que j’avais envie de m’accompagner seule.

Il faut préciser qu’en 1991, tu rejoins la compagnie du Chalet dirigé par Patrick Font.

Oui, avec Anaïs Tampere-Lebreton, celle avec qui j’avais monté un duo de café-théâtre.

En 1993, avec Anaïs et une autre artiste, vous avez monté un trio.

Les Body Girls. Ça n’a pas duré longtemps. Ensuite, avec Anaïs, nous nous sommes retrouvées toutes les deux. Quand la compagnie du Chalet à cesser d’exister, on a ressenti le besoin de continuer à faire des spectacles, ainsi est né le duo Les pieds dans le plat. On faisait des sketchs et des chansons. Un jour, à 25 ans, Anaïs m’annonce qu’elle veut faire un bébé. Quand elle m’a dit ça, j’ai paniqué. J’ai joué 10 ans avec elle. Qu’allais-je faire sans Anaïs ?  

Tu pensais à l’époque que, quand on avait un bébé, on ne pouvait plus rien faire de sa vie.

J’étais jeune à l’époque, je ne savais pas. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je chante… et autrement que pour faire rire. Je commençais à avoir une lassitude de cette obligation de faire rire depuis 10 ans. C’était la grande époque des producteurs québéquois. Ils nous disaient qu’il fallait un rire toutes les 30 secondes. Je trouvais insupportable ce diktat du rire.

Tu avais fait le tour de la question ?

Voilà, c’est ça. J’avais envie de me mettre à l’épreuve. Est-ce que j’allais être capable de procurer d’autres émotions sur les gens que le rire.

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Comment as-tu réussi à faire ce virage tant désiré ?

Je suis arrivée à la chanson presque par accident. Il y avait le tremplin de chansons A Tout Bout d’Champ, dans la petite salle en bas de chez moi. J’ai décidé de m’y inscrire. Je suis arrivée en final. Ensuite, tout s’est enchaîné rapidement. Au début, je gardais dans mon répertoire des chansons drôles parce que ça me rassurait. Quand je chantais des chansons pas drôles, je trouvais ça angoissant parce que je n’entendais pas les gens réagir. Le rire, c’est sonore. Quand tu touches quelqu’un au cœur, tu ne l’entends pas. C’était déstabilisant parce que je me nourris beaucoup des gens et de ce qu’il se passe dans la salle.

En 2005, tu sors ton premier album Les confitures.

Je ne m’assumais pas encore comme une chanteuse. Pas plus aujourd’hui d’ailleurs. Dans ma vie, j’ai pris 9 cours de chant d’une demi-heure, alors quand on me demande ce que je fais comme métier, j’ai du mal à répondre « chanteuse ». Je préfère dire « saltimbanque ». Au CP, quand il fallait expliquer ce que je voulais faire plus tard, je me souviens que j’avais répondu avec ce mot, « saltimbanque ». Je savais que je voulais être dans le spectacle, mais je ne savais pas dans quel domaine, musique ou théâtre.

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Ce nouvel album, La fille de l’air, est un album collectif. Il y a même un duo avec Dimoné sur une chanson écrite par Martin Luminet, « On s’emb(a)rasse ».

Je suis fan de Dimoné. Quant à Martin, c’est une des grandes rencontres de cet album. Nous travaillions tous les deux dans le même lieu en résidence, mais on ne se croisait pas. Je l’avais déjà entendu chanter et il m’avait vraiment donné envie d’avoir une relation humaine dans le but de travailler éventuellement une chanson pour ce disque. Ça a été une superbe rencontre. Il est d’une gentillesse et d’une générosité rare.

Il y a aussi des gens avec lesquels tu collabores depuis longtemps.

Oui. Stéphane Balmino que je connais depuis très longtemps et avec qui j’avais déjà collaboré sur l’album précédent, Nuits blanches avec un hibou sage, Thibaud Defever (Presque Oui) que j’ai rencontré lors des spectacles dédiés à Bobby Lapointe, Lapointe repiqué, tout comme Dimoné d’ailleurs. Pour que je travaille avec quelqu’un, la première chose qui compte, c’est l’humain.

Il y a des chansons qui sont des commandes, je crois.

« Je ne sais pas » par l’auteur compositeur lyonnais Reno Bistan. C’est un super artiste, étonnamment très peu connu. Il a des chansons hyper drôles et hyper efficaces. Il sait chanter merveilleusement, mais il n’arrive pas à se faire connaitre plus des médias. Il mériterait de sacrés coups de projecteur. Un jour, je le rencontre à l’école où nous avons tous les deux nos enfants. Je lui explique que j’aimerais qu’il m’écrive une chanson  sur une thématique bien particulière: la pudeur. Pour moi, la pudeur, elle ne se situe pas là où on le pense. C’est oser parler de ses sentiments. Le lendemain, il m’a envoyé cette chanson.

Audio de "Je ne sais pas".

«La fille de l’air », tout  comme « Je ne sais pas », est un joli portait de toi.

"La fille de l'air" est un texte de Stéphane Balmino. Il me l’a envoyé alors que ça ne correspondait à rien de ce que je lui avais demandé. Il a écrit cette chanson un matin en pensant à moi. Je suis complètement tombée amoureuse de ce texte qui était sa vision de moi.

Qui correspond à ce que tu es ?

Je crois. Il insiste sur le fait que l’on peut être beaucoup de choses à la fois. Les autres nous connaissent mieux que nous-mêmes, il me semble.

J’aime aussi beaucoup « Fais-moi risette ». Il faut toujours faire la paix avec ses amis qui sont devenus amants.

C’est un texte de Mathieu Côte. Il développe le concept du sex friend (rires).

Audio de "La pluie".

Tu étais très proche de Mathieu Côté, artiste surdoué, trop tôt disparu.

Nous étions à l’école ensemble. J’ai même été un court moment sa manageuse. Après mon premier album, Les confitures, je ne savais plus ce que je voulais faire. Je suis retournée à l’école pour faire un master de management de carrière d’artistes. Je venais d’avoir ma fille et Mathieu me voyant indécise sur ma carrière personnelle m’a proposé de m’occuper de lui. J’ai eu la chance pendant 6 mois, d’être sa manageuse. Et ce con est mort. Comme on avait fait beaucoup de concerts ensemble, à sa disparition, j’ai décidé de continuer le métier de chanteuse. Ça a été un déclic.

Musicalement, ce nouvel album est très rock, avec même des guitares saturées. C’est très différent de tes précédents disques qui étaient plus « traditionnels ».

Dans mes albums précédents j’ai beaucoup plus composé. Pour La fille de l’air, j’avais tellement d’auteurs-compositeurs qu’ils m’ont quasiment tous apporté la musique. Je n’ai fait que deux compositions, « Fais-moi risette » et « Ouvert les yeux ».

Audio de "Poupée".

Tu as besoins des autres artistes ?

Oui, parce que seule, j’ai l’impression de tourner en rond. Je peux même dire que sur les textes de Patrick Font, j’étais rentrée dans un ronron de compositions musicales. J’avais besoin de chercher ailleurs mon renouveau. Ainsi la musique est plus rock et je peux me concentrer sur mon rôle d’interprète… et j’adore ce rôle-là ! Chaque chanson, je l’ai pris comme un cadeau.

Peut-on dire que tu es rentrée dans l’univers musical de tout le monde et que tout le monde a respecté le tien ?

Tout à fait. C’est un croisement d’univers.

Celui de Dimoné n’a rien à voir avec celui de Presque Oui, par exemple, et pourtant, l’album n’est pas disparate.

Ca a donné un disque varié et cohérent. C’est grâce au réalisateur Freddy  Boisliveau. C’était la première fois que je travaillais avec un réalisateur et je ne le regrette pas. Il a respecté mes envies et mes idées d’instrumentarium.

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Pendant l'interview...

Le dernier album est-il toujours celui que l’on préfère ?

Clairement, aujourd’hui c’est mon préféré. Est-ce que c’est parce que c’est le nouveau ? Je ne sais pas. Je précise que j’avais plus de moyens pour le produire. Avant, je travaillais à l’économie. J’ai toujours eu conscience de ce que coûtaient les choses. Là, pour la première fois, quelqu’un m’a dit de faire ce que j’avais envie sans regarder l’argent. Je l’ai presque fait (rires). Il y a six musiciens sur le disque et sur scène, nous sommes quatre. J’ai enfin pu faire ce que j’avais en tête depuis longtemps, mais que je ne faisais pas pour des raisons économiques.

C’est quoi ta grande peur artistique ?

J’ai peur de me caricaturer. C’est pour cette raison que j’ai pris ce risque de faire un album différent. Je veux sortir de l’Evelyne Gallet chanteuse un peu marrante, poilante qui joue avec un guitariste. Je veux décoller cette étiquette tenace.

Tu n’as plus cette réputation-là, je t’assure. Beaucoup louent aussi ton côté sensible et profond.

Je ne me rends pas compte de l’image que je projette et je ne sais pas trop ce que les gens pensent de moi. Je me sens un peu « en dehors ». Ce nouvel album est là aussi pour me sortir de la case « chanson » uniquement, en proposant des titres explosifs et irréels pour moi.

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Après l'interview, le 13 décembre 2018.

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23 décembre 2018

Aelle : interview pour son album AMOURS

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(Photo : Vanessa Moselle)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Après avoir participé à l’album STAFF (mandorisation là), Aelle sort son nouvel album, AMOURS. Si la France entière ne la connait pas encore, l’Alsace, (la jeune femme est mi-Bretonne, mi-Haut-Rhinoise) estime cette artiste depuis des années. Elle y joue la comédie, chante, met en scène et dirige la compagnie L’Indocile avec un certain succès.

Elle a pris 2 années pour faire naître les chansons d’AMOURS avec sa talentueuse équipe : Gino Monachello, Foes Vom Ameisedorf, Stephane Escoms, Etienne Kreisel et Sébastien Kanmacher, en première ligne. L’album a été réalisé, arrangé et mixé par David Husser (Depeche Mode, Indochine, Mylène Farmer, Rodolphe Burger...) J’ai lu quelque part : « Ses compositions personnelles et sa musiqueaelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview vous attrapent par les sentiments pour ne plus vous lâcher : un peu pop, un peu rock, sensible et sincère. »

Pas mieux. 

Rendez-vous est donné dans un bar parisien, le 12 décembre dernier. Aelle est venue accompagnée de celui qui a été mandorisé le plus de fois (une bonne dizaine), l’écrivain-auteur-chanteur-musicien Jérôme Attal (tous deux venaient de participer à une émission sur Sud Radio, Loft Music, pour évoquer l’album STAFF.) Puis il nous a laissé pour une interview en tête à tête.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewArgumentaire de presse (officiel) :

Il y a des rencontres qu’on n’oublie pas. Taillée pour le rire au bord des larmes, Aelle a ce quelque chose en plus, « possède l’étoffe des grandes. De celles au magnétisme fou qui n’ont qu’un dénominateur commun: savoir toucher le cœur ».

Petite, à la maison, elle entendait Brel, Ferré, du classique, et aussi beaucoup de rock des années 60-70. C’est de là que vient celle qui nous ouvre aujourd’hui les portes de son premier et nouvel album AMOURS. Les amours d’une vie, pluriels, riches, tortueux ou lumineux, déchirants et passionnés, ou bâtisseurs de tous les possibles. Il y a quelque chose de cinématographique dans le monde atypique d’Aelle. C’est d’ailleurs pour ces raisons que s’est imposé le rêve d’envergure d’enregistrer un orchestre symphonique sur certains titres. La plume est élégante et profonde pour cette originale chanson française pop aux paysages sonores puissants et organiques. Il y a de la sensibilité, et de l’ampleur qui en font une artiste au talent à part, contagieux et séduisant. On dit de cette fille aux yeux noirs comme des promesses, qu’elle a « le feu sacré des planches » !

Son site.

Sa page Facebook.

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(Photo Paola Guigou)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewInterview :

C’est ton premier album ?

Oui. Même si j’en ai fait un premier en 2010. J’ai du mal à dire que c’était un disque à moi, car j’étais juste interprète. Je n’écrivais pas et ne composais pas. C’était ma première apparition sous mon nom de chanteuse. Je considère ce disque comme un essai. En 2013, j’ai sorti un EP avec 5 titres. Mais, vraiment, je revendique AMOURS comme mon premier album. J’ai écrit les paroles et je suis co-compositrice de tous les titres.

Tu es connue en Alsace pour tes deux activités, la musique et le théâtre.

Je n’ai pas envie d’en lâcher une pour l’autre. Ces deux passions font partie de ce que je suis. Cela m’apporte une richesse de vie. En France, se diversifier, ça paraît toujours louche parce que cela veut dire que l’on n’excelle pas dans tous les domaines.

Tu as d’ailleurs eu ton premier cachet en jouant et en chantant,  je crois. C’est un beau symbole.

Effectivement, j’ai commencé avec Les Troyennes de Sénèque. Dans cette pièce, il y a une partition et il fallait que je chante dans la langue des Troyens de l’époque.

Clip de "Elle ose", extrait de l'album AMOURS.

Quand on est chanteuse, le fait d’être comédienne sert-il à quelque chose ? (Photo : Daniels Stanus)aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview

Après les concerts, on m’a beaucoup dit « ça se voit que vous êtes comédienne ! » C’est gentil, mais je ne suis pas d’accord. Je n’ai pas l’impression de jouer la comédie quand je chante mes chansons. En concert, je suis plus proche de moi-même que quand je joue un rôle au théâtre. Je discerne bien ses deux activités. Quand je chante, avec ma voix,  je ressens comme une vraie mise à nue.

J’ai l’impression que cette impression de nudité se niche plus dans ta voix que dans tes textes… alors que ces derniers sont très personnels.

J’ai l’impression que, grâce à la voix, la chanson impacte la transmission d’une vérité, d’une fragilité, d’une mise à nue plus importante. Parfois, je me demande pourquoi je fais ce métier (rires).

Je te le demande alors. Pourquoi fais-tu ce métier ?

La vraie raison ou la raison qui fait bien dans les interviews ?

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(Photos : Paola Guigou)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewLa vraie, je préfère.

Je dis toujours la vérité (sourire). Ce métier est avant tout un métier de partage et de transmission d’émotions, c’est ce qui fait beau sur le papier, mais c’est vrai. Après, je pense profondément que tous les artistes qui montent sur scène ont besoin d’être aimé. Il faut être honnête là-dessus. Nous sommes en recherche d’un amour inconditionnel de la part d’un public. Etre chanteur, c’est quand même une drôle de posture. Il y a quelque chose de l’ordre du sacré. C’est peut-être une réminiscence des cérémonies grecques de l’époque. L’artiste est le nouveau Dieu. Une foule est réunie dont la focale est orientée vers une seule personne qui généralement est un peu plus en hauteur et qui serait censée avoir un truc différent des autres.

Je suis d’accord avec toi, mais tu es la seule à m’avoir dit ça si clairement. Es-tu à la recherche d’une forte notoriété ?

Je te l’ai écrit dans un message pour me présenter. Je n’ai pas de réseau, je ne connais personne dans le milieu, je suis une petite artisane qui travaille toute seule. Je ne crois pas être à la recherche de paillettes et de gloire, par contre j’aspire à ce que ma musique soit plus largement diffusée et à ce que je puisse chanter dans des conditions beaucoup plus faciles qu’aujourd’hui. Donc, ça suppose une mise en avant, une mise en lumière, une visibilité plus importante. On ne fait pas des chansons pour les chanter chez soi dans sa cuisine. On aspire tous à montrer ses chansons, les partager et rentrer dans la vie des gens.

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(Photo : Daniel Stanus)

Tu étais dans la promotion n°45 des Rencontres d’Astaffort, celle qui a pu faire un disque validé par aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewFrancis Cabrel. La classe, non ?

C'est une chance incroyable. Je suis bien tombée. De toute manière, même sans ce disque, on m’avait prévenu que j'allais prendre une grosse claque à Astaffort. Voix du Sud devrait prévoir une cellule psychologique pour quand on doit quitter le stage (rires). Nous sommes 11 jours déconnectés de tout dans cette école.

Ça t’a fait évoluer professionnellement ?

Ça m’a secoué dans mes réflexes d’écriture. Je me suis complètement remise en question. J’avais envie de refaire entièrement mon disque en sortant, ce que je n’ai pas fait, car il était terminé. Les Rencontres d’Astaffort, c’était très riche et bénéfique. La sève des Rencontres, c’est de mêler les solitudes pour voir ce qu’il se passe de créatif. Le fait d’avoir vécu cette aventure dans la promotion des stagiaires ayant pu faire un disque, c’est gravé à jamais en moi. Je suis allée à Astaffort pour vivre chaque seconde intensément… de toute façon, je ne peux rien vivre à moitié.

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Aelle avec notamment Francis Cabrel et Julien Doré lors des 45e Rencontres d'Astaffort.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Parlons de ton disque. Comme son nom l’indique, tu y abordes toutes sortes d’amours.

Les amours que nous traversons, qu’ils soient positifs ou qu’ils se finissent mal, font partie de notre chemin. Ils nous construisent. Je suis une passionnée, je vis les choses passionnément, je suis sur scène passionnément, je vis ma vie passionnément et donc, il y a des écueils et des chutes… mais pas que.

Dans ta chanson « J’ai décidé », tu chantes « le corps que j’habite n’a pas froid aux yeux ». Te considères-tu comme une femme libre et libérée ?

Il y a quatre ans,  je n’aurais pas dit la même chose, aujourd’hui, je commence à me connaître. J’ai grandi, j’ai évolué. La vision que j’avais de moi petite fille n’est pas celle qui finalement existe aujourd’hui. C’est le cadeau merveilleux de la vie. On est aussi là pour se cogner.

Pourquoi « amours» au pluriel ?

Je n’ai pas la prétention de ne donner qu’une seule vision de l’amour. Il y a plusieurs approches, plusieurs angles pour parler d’amour : la fidélité, l’infidélité, les amours… c’est ce qui construit une vie, un chemin. Je pourrais écrire 14 albums sur l’amour. On n’a jamais fini d’écrire sur ce thème. 55 chansons sur 56 qui passent à la radio parlent d’amour. 

Images des résidences de travail d'Aelle à l'Espace Culturel de Vendenheim et à l'Espace Tival pour le live de l'album "AMOURS". Images et montage Marc Muller.

Dans « Je n’oublie pas », il y a de la hargne dans ta façon de chanter. (Photo : Daniel Stanus)aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview

Oui, comme si j’étais une guerrière. C’est marrant, c’est sur cette chanson que la rencontre s’est faite avec Philippe Prohom (mandorisé là). Il est venu en janvier 2017 m’aider à travailler sur la mise en scène du spectacle. Il m’a fait pleurer sur cette chanson, je me suis écroulée devant les musiciens qui m’avaient toujours vu très forte. Il me disait sans cesse « mais qu’est-ce que tu veux dire dans cette chanson ? » C’est une chanson de guerrière, mais c’est aussi un cri d’amour désespéré.

"Kong" est une chanson très rock. Il fallait ça pour évoquer King Kong, « qui a porté aux nues, une blonde ingénue » ?

Cette chanson est à part dans le disque. Elle existe depuis longtemps. En concert, elle impacte beaucoup parce qu’elle a une couleur différente des autres titres. C’est un angle d’attaque pour l’amour qui était intéressant. Le plus grand amoureux de tous les temps, c’est King Kong. Il se heurte à la vie, aux codes, à la bien-pensance, à la société. C’est un bel amoureux.

Puisque tu parles d’amoureux, il y a une chanson qui s’appelle « L’amoureux ». Un amoureux déçu peut être très méchant…

Je raconte la difficulté de garder une bonne relation avec l’autre quand l’histoire d’amour est terminée. Il arrive que la vie ne permette pas que certains amours puissent se vivre. Il faut faire avec ça.

Séance d'enregistrement au Studio St-Germain à Paris + "L'amoureux", extrait de l'album AMOURS.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Il y a un orchestre symphonique sur cette chanson.

Sur « Où nous sommes » également. Entendre sa musique jouer par un symphonique, c’est un rêve réalisé. 

Ce disque est superbement produit.

Je l’ai voulu massif, dense avec de la matière. Il y a donc du monde derrière.

Dans la vie, tu es pudique ?

Je suis pudique dans la souffrance. Je suis très secrète concernant mes problèmes. Mon éducation fait que j’ai peur d’embêter les gens avec mes soucis. Par contre je témoigne très facilement mon amour. Je dis aux gens que j’aime que je les aime. Il  y a tellement de façons d’aimer que c’est beau de le dire et c’est beau de le vivre.

Artiste, c’est le plus beau métier du monde ?

Je pense que oui (rires). Je me sens à la place où je devais être. Je n’ai pas de doute sur cela. Je doute à peu près une seconde sur deux, mais je sais profondément que je prends le bon chemin.

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A la fin de l'interview, le 12 décembre 2018.

22 décembre 2018

Vincent Brunner : interview pour Le rock est mort (vive le rock!) et pour Les super-héros : un panthéon moderne

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vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneVincent Brunner est auteur et journaliste. Je l’ai déjà dit ici, j’ai travaillé avec lui dans un journal culturel. J’aimais bien le croiser et j’avais beaucoup de respect pour ce qu’il écrivait. Je suis donc de près ses publications littéraires.

Vincent écrit sur la musique ou la BD pour Les Inrockuptibles, Libération, Telerama.fr, Topo, Tsugi ou Slate. Il est cocréateur de Tout est vrai (ou presque), programme court diffusé sur Arte qui raconte la vie des grandes personnalités en utilisant des figurines et des objets. Pour Flammarion, il a dirigé Rock Strips et Rock Strips Come Back, deux histoires du rock en BD, et publié En quarantaine avec Miossec et Sex & Sex & Rock & Roll avec Luz. Il a publié en 2014 son premier roman-jeunesse, Platine (mandorisation à lire là), toujours chez Flammarion. En 2010, chez City Editions, il a sorti Jimi Hendrix, electric life (mandorisation à lire ici).

Le 5 décembre dernier, dans un bar de la capitale, j’ai de nouveau mandorisé Vincent Brunner pour son nouveau livre Le rock est mort (vive le rock !) avec des dessins de Terreur Graphique et pour son précédent livre sorti l’année dernière, un essai intitulé Les super-héros : un panthéon moderne.

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLe rock est mort (Vive le rock!)

À l’heure où les patriarches du rock remplissent des stades et font la une des journaux, il est temps de dresser un bilan… de leur état de santé! Avec la complicité de Terreur Graphique et de ses dessins mordants, Vincent Brunner dresse le portrait mi-ironique, mi-attendri de ces vieilles canailles, déglingos, mystiques, sourdingues… Entre les pages de ce livre, se côtoient parmi une centaine d’autres Patti Smith et Catherine Ringer, Roger Waters et David Gilmour, Robert Smith et Boy George!

Interview :

Tu as eu l’idée de ce livre quand, en 2016, ont disparu Prince, George Michael, Leonard Cohen, David Bowie et bien d’autres, ce qui a provoqué des innombrables RIP dans les réseaux sociaux.

J’ai eu l’impression que nous étions devenus des caisses enregistreuses à nécrologie. Ça m’agace un peu, même si je le comprends. Quand des gens si talentueux et ayant des années de carrière disparaissent, il faut prendre conscience que c’est une partie de nous-mêmes que l’on enterre. Ce sont nos souvenirs… Bref, je me suis dit à ce moment-là que ça pouvait être intéressant qu’il existe un objet, en l’occurrence un livre, pour se consoler et se préparer mentalement aux prochaines disparitions, tout en se marrant. On imagine les artistes immortels parce qu’ils continuent albums et tournées…

Tu as procédé comment pour choisir les artistes dont tu parles ?

J’ai commencé par ceux qui étaient âgés. Plus les rockers sont vieux, plus on risque de les pleurer dans peu de temps. J’ai commencé à noter des noms dans un carnet. A un  moment, je n’arrêtais plus de peur d’oublier quelqu’un. Cela m’obsédait et en même temps, je me demandais pourquoi je faisais ce livre (rires).

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il n’y a pas que des vieux dans ce livre… il y a Pete Doherty quand même !

Tout le monde sait qu’il joue avec le feu depuis des années. C’est sûr, il fait baisser la moyenne drastiquement. 

Il y a deux artistes évoqués morts après le bouclage.

Aretha Franklin, morte deux jours après le bouclage et Rachid Taha.

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 (Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il y a plusieurs catégories : « Les déglingos », « les icones des années 80 », « les mystiques », « les vieux conservateurs »…

Il fallait bien que je les classe pour rendre l’ouvrage ludique. Là aussi, c’était amusant de placer les artistes dans une catégorie.

C’est un livre très drôle et absolument pas morbide. L’humour noir est présent à chaque page.

Avec une thématique comme celle-ci, on ne pouvait pas faire dans le premier degré. Il fallait que cela fasse sourire. J’ai écrit des fausses unes et des fausses nécrologies, hormis cela, tout est vrai. J’ai été très influencé par mon expérience d’auteur pour les pastilles diffusées sur ARTE, « Tout est vrai (ou presque) ». On part d’une biographie et on en fait quelque chose d’humoristique.

Il y a du mordant dans les textes, mais également dans les dessins de Terreur Graphique.

Pour ce livre, je l’ai contacté parce que je savais qu’il était capable de partir en vrille. C’est un héritier de Gérard Lauzier et de Claire Brétecher. Je le rapproche aussi de Luz. Il parle de la société par le prisme de l’humour.

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il faut bien regarder les dessins, car ils sont truffés de détails, souvent hilarants.

Oui, tu as raison. Les dessins sont aussi importants que le texte. Terreur Graphique se basait sur ce que j’avais écrit, il regardait des photos récentes de l’artiste en question et son imagination à fait le reste. Je veux préciser que nous ne sommes jamais méchants. Nous sommes toujours tendres dans nos traits d’humour un peu sarcastiques.

Tu as établi un « état de santé » pour chaque artiste évoqué.

J’ai mené l’enquête… Parfois, je n’ai pas pu le faire. Quand je parle de Gérard Manset, on sait tellement peu de choses sur lui qu’il est difficile de dire quelque chose sur sa santé.

Tu as enquêté comment ?

Pour beaucoup, il existe des biographies ou des autobiographies, ça m’a bien aidé, même si je sais qu’il faut se méfier de ce genre de bouquins où les angles sont parfois arrondis. J’ai fait aussi des recherches sur Internet pour savoir si les artistes dont je parle ont eu des problèmes de santé, s’ils ont été hospitalisés, s'ils ont annulé des concerts. J’ai vérifié leurs dernières apparitions publiques. Je n’ai jamais autant consulté les sites « people » que ces deux dernières années, parce qu’à un moment, j’ai été obligé d’en passer par là.

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Vous touchez parfois à des intouchables, Terreur Graphique et toi. Vous n’avez pas eu de plaintes de différents fan-clubs ?

Pas encore. Je suis surpris de ne pas avoir d’insultes sur Twitter ou Facebook. Il semblerait que les lecteurs de cet ouvrage un peu provocateur aient compris le concept et le second degré. Nous rendons humains ces icones. Les désacraliser, ce n’est pas leur manquer de respect, au contraire. Leur œuvre est immortel, nous n’y touchons pas.

On apprend que pas mal d’artistes qui ont beaucoup fait d’excès ont désormais une hygiène de vie irréprochable.

Oui, c’est le cas de Madonna, Nina Hagen, Elton John ou Iggy Pop. Ce dernier a arrêté de prendre des acides chaque jour, il fait de la gym et mange du Tofu. Les rock stars qui sont encore là alors qu’ils se sont bien cramés la gueule pendant des années, c’est parce qu’à un moment, ils se sont repris en main. C’était une question de vie ou de mort.

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Vincent Brunner et Terreur Graphique en dédicace à la librairie Le Merle Moqueur.

Est-ce que le rock est mort ?

Tu es fou ! Le rock sera toujours vivant tant qu’il y aura encore trois gamins qui jouent cette musique dans un garage. Ce sont les figures mythologiques du rock qui sont en train de disparaitre, pas cette musique.

Aujourd’hui, les jeunes s’identifient plus à la musique dite « urbaine ». Rap, RN’B…

Les jeunes qui jouent du rock, et je ne vais pas les citer, sont très bons, mais au niveau du charisme, ce n’est pas hyper intense par rapport aux anciens. Ils ne délivrent plus de messages et n’ont plus d’influence sociale. Ce sont effectivement certains rappeurs ou chanteurs de RN’B qui ont pris le relais. Avant, les rockeurs faisaient bouger les lignes, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Quelques regrets concernant ce livre ?

Johnny est parti trop tôt. Terreur Graphique et moi, nous aurions adoré nous occuper de son cas.

Le 23 décembre 2018, Vincent Brunner interviewé sur le plateau du "64 minutes le monde en français" sur TV5 Monde. 

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Pendant l'interview...

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLes super-héros : un panthéon moderne.

Argumentaire de presse :

Spider-Man et Captain America auraient-ils remplacé Zeus ou Hercule dans l’inconscient collectif ? Umberto Eco voyait déjà en Superman un personnage mythologique. Longtemps méprisés avant d’être réhabilités, désormais omniprésents au cinéma et dans la pop culture, les super-héros ont élargi leur public au-delà des seuls geeks. Hors du domaine du divertissement, ils servent de modèles fantasmés à une humanité en quête de repères. Mais que signifie cet attrait croissant pour ces archétypes ? Et si ces justiciers costumés incarnaient un nouveau panthéon laïc ? En convoquant des penseurs tels que Nietzsche, avec son concept de surhomme, ou Lévi-Strauss, avec les mythes primitifs, Vincent Brunner analyse l’évolution de la figure du super-héros et démontre que Wonder Woman ou les X-Men constituent dorénavant une véritable mythologie contemporaine.

Mini interview :vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderne

Tu es fan des super-héros ?

J’en lisais quand j’étais ado. Après j’ai décroché, puis j’ai repris il n’y a pas très longtemps. Je me suis rendu compte que je découvrais une vraie dimension intéressante que je n’avais pas capté jeune. Les histoires des super-héros sont le reflet de la société. Il y a beaucoup d’antagonismes raciaux et d’extrémismes. Les histoires parviennent à te divertir, tout en te faisant réfléchir. De bons auteurs utilisent ce format qui parait ultra balisé pour en faire quelque chose de très riche et profond. Les personnages de ces comics ont remplacé les Dieux de l’Olympe. Ce sont des totems auxquels tu ne peux pas toucher.

Tu es fasciné par eux ?

Quand j’ouvre une histoire de super-héros, il y a quelque chose du domaine du rêve qui me ramène à l’enfance. Il y a quelque chose d’immédiat qui me met dans un état d’esprit onirique.

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLes super-héros ont véhiculé de la propagande, non ?

Lors de la seconde Guerre Mondiale, c’était effectivement des outils de propagande. Les premiers super-héros sont nés un peu avant, mais beaucoup sont apparus lors de cette guerre. Il fallait montrer des images de surhommes qui puissent rassurer le peuple.

Ton essai est sérieux et très bien documenté… et il est lisible par tous.

Je sais que des professeurs de 3e l’utilisent pour leur classe. J’ai fait en sorte que ce livre puisse répondre aux questions des spécialistes, mais qu’il soit accessible à tout le monde. J’ai eu la chance de m’appuyer sur des penseurs comme Friedrich Nietzsche, Edgar Morin ou Umberto Eco. Cet essai raconte l’histoire des super-héros, l’évolution de notre regard sur eux et les fondations du panthéon. J’ai souhaité aussi donner des pistes de lecture.

En décembre 2015, Vincent Brunner interviewé sur TV5 Monde pour évoquer Les super-héros, un panthéon moderne.