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14 juin 2021

Jules et le vilain orchestra : interview pour Nos vrais visages

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(Photo : David Desreumaux)

JULES & LE VO - mars 02 2021 - LA LUCIOLE MERY- DSCF3816 - david-desreumaux-David Desreumaux - 02-03-21.jpgJules et le Vilain Orchestra (photo à gauche : David Desreumaux) est un « groupe » que j’aime depuis près d’une décennie. La tête pensante de cette formation est le fameux Jules. Un chanteur de variété qui n’a pas la notoriété qu’il mérite. Qui n’a pas vu Jules sur scène ne peut pas comprendre. Un charisme débordant, une voix goldmanesque, un roi de la punchline, jamais dans la démagogie, le pathos ou la morale… et pourtant, la société est racontée comme personne. Un homme très pudique, mine de rien. Bizarre pour un chanteur qui n’a peur de rien en concert. Bref, Nos vrais visages vient de sortir et c’est de la bombe.

Voici la 4e mandorisation de Jules, après la première en 2013, la seconde en 2016 et la troisième en 2019. Elle s’est tenue le 4 mai dernier chez lui, dans le Val d’Oise…

Le site officiel.

La page Facebook officielle.

Le nouvel album de Jules et le Vilain Orchestra est disponible UNIQUEMENT en commande sur : nosvraisvisages@gmail.com

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(Photo : David Desreumaux)

201295652_10159238153438674_7117247957160611085_n.jpgL’album par Jules :

Jules et le Vilain Orchestra reviennent avec un 5ème album Nos vrais visages.

Album enregistré dans la tempête d’une année 2020 déconfite, on y retrouve 14 portraits de celles et ceux qui se fondent dans la masse, qui ne cherchent ni buzz, ni quart d’heure de gloire déjà obsolète. Ces autres qui fuient la violence des caméras et le dictat de la perche à selfie.

Jules et ses vilains racontent ces vies qui n’ont pas besoin que la lumière s’allume pour sourire.

Tant d’existences précieuses, de trèfles à 3 feuilles qui rejoindront les habitués de la maison comme « Tony » « Thérèse » et « Roméo ». On retrouve la folle variété alternative et la plume incisive, émouvante, jubilatoire de Jules d’avant le drame. 

Hommages donc à celles et ceux qui font, non pas ce que notre monde parait, mais ce qu’il est.

Distribution du disque :photo Francois.jpg

Yvan Descamps : Batterie

Sébastien Leonet : Basse

Pascal Lajoye : Guitare

Alexis Marechal : Guitare

Mathieu Debordes : Claviers

Jules : Guitare/Chant

Vincent Thermidor : Régie générale

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(Photo : David Desreumaux)

181634144_10159142020083674_3444322880710540446_n.jpgInterview :

Tu racontes dans une chanson l’histoire de Géraldine, une femme qui est dans une guérite à un péage. Il y a un message fort…

C’est une situation assez symbolique du manque de rapport humain total. C’est un échange de service qui fait figure de machine. Ça me bouleverse parce que c’est l’archétype d’une vie sans humanité. Le fait d’être enfermé et de voir toute la journée des gens partir, c’est incroyable comme situation. Il y a aussi le paradoxe de voir autant de gens en étant seule. Quand je croise une Géraldine, je me demande ce qu’est sa vie après, le soir, en rentrant chez elle. Qu’est-ce qu’elle peut bien raconter à son mari et à ses enfants ? Je me suis mis à sa place en me disant qu’elle devait s’imaginer nous.

Dans « Le filtre », tu expliques que nous sommes tous obligés de faire semblant dans la vie.

J’aurais aimé être une journée un Kersauson ou un Lino Ventura dans un film d’Audiard et dire à certaines personnes « qu’est-ce que tu me fais chier ? » Ce doit être jubilatoire. Moi, je ne peux pas. Je suis soit trop bien élevé, soit trop bienveillant, soit pas assez bien gaulé (rires). Dans la chanson, je dis que ça ne sert à rien de dire à un con qu’il est con, mais dans la réalité, paradoxalement, je le dis de plus en plus. Je préfère avoir des remords que des regrets.

Clip officiel de "Le trèfle à trois feuilles".

120532284_3077037432419339_4122967785774804531_n.jpgJe trouve cet album plus sensible et un chouia moins corrosif que les précédents ? As-tu l’impression d’avoir radouci avec l’âge.

J’ai l’impression d’être plus calme, plus réfléchi. Aujourd’hui, je suis plus serein, mais ça ne m’empêche pas de dire des choses dans mes chansons…

En écoutant « Doucement », la chanson dédiée à ta fille, j’en ai eu presque les larmes aux yeux. Notamment grâce à cette phrase : « Chez toi n’est plus chez moi ».

Et chez elle, ça ne sera jamais chez moi. Bref, il n’y aura plus de chez nous. Ma fille a 15 ans, elle n’est pas encore en ménage et elle n’est pas encore partie de la maison, mais je sais qu’un jour, ça va arriver. J’ai tenu tout de même à ce qu’il n’y ait pas de pathos dans cette chanson.

Je peux demander à ta fille, Prune, ce qu’elle a pensé de ta chanson ?

Oui. (Il part la chercher dans sa chambre).

Qu’as-tu pensé de « Doucement » ?

La première fois que je l’ai entendue, c’était dans un concert de papa. Je ne savais pas que cette chanson existait. Mon père a commencé à raconter dans une intro : « oui, je ne croyais plus au véritable coup de foudre, bla bla bla »… moi, je pensais qu’il allait faire le lover en interprétant « Friandises ». Mais à un moment, il a dit : « jusqu’au jour où est née une certaine petite prune »… du coup, j’ai compris dès les deux premières phrases très significatives que ça parlait de moi et je n’ai pas arrêté de pleurer. Dans cette chanson, il ne m’a mis aucune pression. Ce n’était pas : « ne pars pas du domicile », mais plutôt, « je sens que ça avance positivement petit à petit ».  Je sais que quand je partirai, mon père sera fier de moi. Aujourd’hui, je peux écouter cette chanson sans pleurer, mais il m’a fallu du temps.

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Jules et ses enfants, Prune et Nino.

Jules, ça fait du bien d’écrire ce genre de chanson ?

Je ne sais pas trop, mais en tout cas, c’est une des rares chansons que j’ai du mal à chanter sur scène. Une fois que l’auteur compositeur a fait son boulot, je ne pense plus qu’à interpréter la chanson. La création et l’interprétation sont deux identités très distinctes. J’ai l’impression que le public attend l’interprète. L’auteur compositeur, il n’en a rien à faire. Ma personne civile est beaucoup moins intéressante que le chanteur que je suis. Sur scène, j’ai besoin d’expirer ce que j’ai inspiré.

« Tu m’agaces » est une chanson sur ton fils, Nino, que tu chantes avec lui. Tu ne voulais pas qu’un de tes enfants soit jaloux ?

Ce n’est pas tout à fait ça. Je n’avais jamais écrit sur mes enfants. Je voulais faire un duo avec mon fils car c’est un chanteur incroyable. Cette chanson est une chanson d’amour ultime. Le summum de l’amour, c’est quand il devient viscéral et violent, dans le joli sens du terme.

Dans « Friandises », tu affirmes qu’il faut être un escroc en tragédie pour écrire des chansons d’amour magnifiques.

J’ai la malchance, dans mon métier, d’être hyper heureux en amour et comme tous les chanteurs de mon espèce, on aurait aimé écrire des « Ne me quitte pas ». A un moment donné, je me suis demandé pourquoi je n’arrivais pas à écrire ce genre de chanson. Je pense que c’est parce que je n’ai pas assez souffert en amour. En effet, je suis avec ma femme depuis que j’ai 18 ans et ça va très bien. Le bonheur, ce n’est pas vendeur. « Le bonheur rime avec ennui ».

Dans « Putain », tu évoques un type pas très beau que l’on ne remarque pas.

Il y a un thème assez récurrent dans mes chansons : la sélection naturelle. La beauté intérieure c’est gentil, mais le premier rapport que tu as avec quelqu’un, c’est avec son faciès. Tu vois la beauté intérieure quand la beauté extérieure te plait un minimum. C’est une injustice primaire qui me bouleverse. C’est intéressant de se mettre dans la peau de quelqu’un. C’est l’essence même de notre travail et de notre art.

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(Photo: François)

« Johnny Canaille », c’est la caricature des gens qui imitent Johnny Hallyday, Dick Rivers, Eddy Mitchell… tu as de l’empathie pour ces gens-là ou de la pitié ?

Aucune pitié. J’ai surtout de la sympathie. La sympathie c’est quand tu partages l’émotion de l’autre. Après, comme tous les jobs, il y en a qui font ça avec le cœur et d’autres par opportunisme. Ceux que j’ai croisés le faisaient avec le cœur. J’ai une admiration sans borne pour ces gens qui viennent juste par amour de la musique, pour faire danser les gens ou pour leur faire passer un bon moment. Le rôle d’un artiste c’est de faire oublier les problèmes aux gens le temps d’un concert. Le « Johnny Canaille » de ma chanson donne sa vie, qu’il soit dans un camping de Palavas-les-Flots ou au Zénith. Au Zénith, il ne ferait pas plus. C’est un mec amoureux de son métier et il fait du bien aux gens.

Dans « Issu », tu dis que les frontières n’ont aucune raison d’être.

Les frontières, les religions, les nationalités… Je m’engueule souvent avec des copains et avec mon fils parce que je suis issu d’une famille et d’une école un peu anarchiste, mais tout ceci me perturbe beaucoup. Je ne suis pas un chanteur engagé parce que je n’ai pas la prétention d’avoir le savoir et la connaissance pour donner mon avis sur tout. Mais ce qui me fait peur c’est le clanisme, alors je tente d’écrire des chansons évocatrices de cela.

« Mon ainsi soit-il » me fait penser à la chanson de Souchon, « Et si en plus y a personne ». Est-ce une chanson anti religion ?

Pas du tout anti. Si la religion fait du bien aux gens, grand bien leur fasse. Maintenant, que cela devienne des lois, je ne suis pas d’accord. Nous nous sommes battus pour séparer l’état et l’église, il serait bon que cela reprenne le dessus. Que l’on soit bien clair, ceci est valable quel que soit les religions. Il n’y en a pas de plus respectables que d’autres. Moi, je crois en l’Homme et en la nature. Je suis un athée convaincu. Si Dieu existe, j’espère que c’est léger et que ce n’est pas se fouetter avec des orties fraîches. Pour moi, tu es asservi dès que tu te mets à pratiquer, mais c’est juste mon point de vue.

« Mon ainsi soit-il » est la chanson la plus rock de l’album.

Musicalement, du coup, j’ai hésité à la mettre pour la cohérence de l’album.

Dans « La libre antenne », tu dénonces les radios qui naviguent « entre populisme et populaire »…

Je ne suis pas sûr que cela serve le média de mettre un micro au Café des Sports. Dans un café, tu peux contrargumenter. Donner la parole aux auditeurs, c’est risqué. Donner la parole sur l’Islam… ça fait plaisir à une frange de la population qui n’attend que ça pour nourrir sa haine. Il est où l’esprit Canal sur CNews ? Avant Canal, c’était de Caunes et Les Nuls, aujourd’hui c’est Éric Zemmour et Pascal Praud.

A qui t’adresses-tu dans « Nous vous attendions » ?

Peu importe. C’est peut-être au public, à une fille, aux copains ou à un chien. C’est très universel. Nous, quand on s’est vus la première fois dans ton bureau, ça a bien matché. C’est une espèce d’évidence. Quand on apprécie quelqu’un, humain ou animal, directement, c’est un moment magique et précieux.

"Quand tu rougis" en live. 

Dans « Quand tu rougis », tu parles de la femme que tu aimes.

Ce n’est pas sur ma femme qui s’appelle Julie et que j’aime de tout mon amour. Je m’appuie sur elle pour écrire des chansons et vivre ma vie. C’est mon socle, mais ce n’est pas une femme qui rougit forcément. Par contre, j’aime ça chez les gens. Je veux universaliser ça.

Quand tu écris des chansons, comment es-tu ?

Imbuvable. Quand tu écris, tu ne penses qu’a ta petite gueule et tu te regardes le nombril. Quand ma femme, une formidable institutrice, me parle de sa journée, j’ai honte, mais je l’écoute à moitié. Elle le sait très bien et me dit : « finis ta chanson, je t’expliquerai après ». Elle m’accepte comme ça.

Tu es quelqu’un qui doute ?

Le seul moment où je ne doute pas, c’est sur scène. Pendant une heure et demi, je ne doute pas. J’expose mes choix. Pour écrire une chanson, effectivement, il faut douter, poser des questions, sur les rapports avec les gens… la scène c’est ma vie. C’est là où je suis le plus fort du monde. Il n’y a pas plus fort que moi sur scène, j’en suis persuadé.

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Après l'interview le 4 mars 2021.

05 juin 2021

Patxi: interview pour Patxi en basque

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DSC_3447.JPGPatxi Garat, 39 ans, est de retour, plus de dix ans après son dernier album solo. Il a sorti le 28 mai dernier, un nouvel album, En basque pour lequel il a retravaillé et traduit des textes de célèbres chansons françaises et de toutes les générations comme « Ne me quitte pas » de Brel, « Allo Maman Bobo » de Souchon ou encore « la Grenade » de Clara Luciani. Il s'agissait pour Patxi de trouver le bon dosage pour séduire un public connaisseur de musique basque mais aussi permettre de faire découvrir cette langue à la France entière. Pari gagné!

Mais qui est Patxi? On le connait surtout pour sa participation à la Star Academy 3 et pour la moitié du premier album de Louane en tant qu’auteur compositeur. N'oublions pas « Tout me ramène à toi » de Roch Voisine ou encore le titre « De l’amour » pour le collectif Urgence Homophobie qui rassemble plus de 70 stars. 

Le 6 mai dernier, je l’ai mandorisé pour la 3e fois (là en 2006 ici, la seconde fois en 2010).

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

Mini biographie officielle :

Patxi Garat est un auteur, compositeur et interprète français né au Pays Basque en 1981.

Après un passage remarqué dans l’émission Star Academy en 2003, il signe sur le label indépendant Atmosphériques. Patxi y publiera deux albums S’embrasser et Amour Carabine ainsi qu’un EP Quitter la France. En 2013 il intègre la « Troupe à Palmade » en tant que comédien, et joue dans de nombreuses pièces de théâtre issues de cette compagnie ( L’entreprise en 2013, ou Le Miracle en 2017).

A partir de 2014, Patxi se met à écrire pour de nombreux artistes, notamment Louane pour laquelle il signe plusieurs chansons (dont Jour 1).

En 2021, il enregistre un album de reprises de chansons françaises en basque.

L’album par Patxi (photo: Suzanne):suzanne-patxi-jour2-026.jpeg

« Enfant, nous ne parlions que basque à la maison, à l’école, au village. Les seuls mots de français que j’entendais jaillissaient de la télévision ou de la radio. La langue française était une langue étrangère pour moi, la langue de la ville, du dehors. C’est la littérature, la poésie et la chanson qui me l’ont faite aimer et qui m’ont donné envie de devenir auteur et chanteur.

En quelque sorte, Gainsbourg, Souchon, Christophe, Brel, Brassens et tant d’autres, sont devenus mes professeurs. J’ai passé des heures et des heures dans ma chambre, des nuits entières même, à déchiffrer les partitions de guitare, à recopier consciencieusement les textes des chansons dans des cahiers, et à les chanter, à les chanter toujours.

C’est pendant le confinement, dans ce retour à soi, que j’ai commencé inconsciemment à chanter ces chansons -que j’ai toujours aimées, toujours chantées- à les chanter dans ma langue maternelle. Et c’est devenu une évidence. Cet album est un hommage aux chansons qui rythment ma vie, et les chanter en basque est une manière pour moi de les raccrocher à mes racines. »

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(Photo : Suzanne)

Interview :

Tu as appris la langue française sur le tard, je crois.

Je viens d’un petit village qui s’appelle Sare, à un quart d’heure de Saint-Jean-de-Luz. Jusqu’à 7 ans, nous parlions tous qu’en basque dans la famille et entre copains. A 10 ans, je suis allé dans une école basque, mais nous avions des cours de français. C’est ainsi que j’ai appris la langue.

Ta culture était uniquement basque à l’adolescence ?

Oui, on écoutait du rock basque. A l’époque, il n’y avait pas Internet, ni aucune radio qui ne soit pas basque. La culture populaire française, nous ne l’avions pas à portée. Bien sûr, les Brel, les Gainsbourg et les Souchon arrivaient jusqu’à nous. Mais Biolay et d’autres, je les ai connus bien après, en cherchant à faire ma propre culture.

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(Photo : Suzanne)

Tu as commencé à lire de la littérature générale vers 8 ans.

J’ai beaucoup lu. C’était une passion absolue. Je voulais devenir écrivain, mais ça ne s’est pas passé comme ça. J’ai pourtant essayé plein de fois sans jamais tenter d’être publié. J’ai un problème avec ça, mais je suis encore jeune, il n’est pas exclu que j’y parvienne un jour. En tout cas, j’ai toujours eu l’amour des mots et de la langue.

C’est vers 15 ans que tu as décidé d’écrire des chansons.

Ecrire et chanter également. Je crois que ma fibre musicale vient des voyages en voiture avec ma famille. Nous écoutions des cassettes de chansons basques et on chantait tous ensemble. Au pays basque, c’est une tradition de chanter. A chaque repas, à l’église, partout, on n’y coupe pas.

Tu expliques dans ton dossier de presse que c’est pendant le premier confinement que tu as décidé de traduire des standards de la chanson française, d’hier et d’aujourd’hui, en langue basque.

C’est la mort de Christophe qui a tout déclenché. J’ai eu la chance de le côtoyer un peu, d’aller chez lui et de dîner avec lui. Mon acolyte, Benjamin Dantès, (c’est lui qui a enregistré et réalisé dans l’album « Egun 1 » (Jour 1)), était très intime de Christophe. Son départ m’a beaucoup touché. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais naturellement, j’ai pris ma guitare et j’ai chanté « Aline » en basque. C’était un peu comme si ma peine allait rechercher dans mes origines.

Du coup, j’imagine qu’une fois l’idée de faire un album conceptuel de cette nature, le choix des chansons a dû être compliqué.

J’ai choisi les chansons qui ont marqué mon enfance comme celle de Jacques Brel, « Ne me quitte pas » et celle de Gainsbourg qui m’a bouleversé, « Je suis venu te dire que je m’en vais ». Il y en a aussi des plus récentes que j’ai adorées comme « Comment est ta peine » de Benjamin Biolay, « La grenade » de Clara Luciani ou encore « Tout oublier » d’Angèle. Mais c’est « Caravane » de Raphael qui m’a incité à faire de la chanson. J’ai compris que je pouvais aller dans ce terrain-là et chanter moi aussi.

Tu as repris aussi « Jour 1 », l’une des chansons que tu as écrite et composée pour Louane. C’est un clin d’œil ?

Comme c’est un disque qui contient les chansons qui ont marqué ma vie, je ne pouvais pas faire l’impasse sur celle-là. Elle est importante pour ma construction d’auteur compositeur. Pour moi, professionnellement, il y a eu deux moments importants, la Star Ac 3 et le premier album de Louane.

Le 5 juin 2021, en live dans l'émission de Laurent Ruquier, On est en direct.

Avec ce disque, tu penses toucher qui ?

J’espère toucher les basques, mais pas seulement. C’est pour moi une porte d’entrée à la culture basque grâce à des mélodies que tout le monde connait. J’espère que même au fin fond de l’alsace, les gens vont se laisser guider par ma voix et par les paroles dont ils connaissent le sens. Je n’ai pas écrit cet album, mais pourtant, il me ressemble tellement. Je me reconnais dans toutes ces chansons.

Quand tu entends « Jour 1 » quelque part, tu ressens quoi ?

Je ressens un boomerang d’amour. Quand cette chanson passe au supermarché ou à la radio, c’est jubilatoire. Louane a sublimé cette chanson.

La réalisation de ton disque est signé Jean-Christophe Urbain, l’un des deux Innocents. Elle est très épurée.

L’idée était d’enregistrer un album en live. J’ai fait toutes mes voix en une prise. Je voulais un disque très acoustique qui nous ramenait à l’essence des chansons, tout en posant délicatement, avec élégance, la langue basque. Les arrangements de Jean-Christophe sont complexes, mais en fait, elles paraissent simples. Il n’y a pas plus compliqué que de faire simple…

Je sais que cet album est un disque intermédiaire. Le prochain est déjà en gestation ?

Oui, il va s’appeler Biarritz. J’ai hâte de le sortir en 2022.

Tu n’en as pas marre que l’on te parle de la Star Ac’ ?

Non, parce que ça devient culte. Nous ne sommes plus marqués au fer rouge parce que nous avons chacun nos expériences. Les dix premières années, c’était un peu plus lourd à porter, mais aujourd’hui, j’assume totalement parce que j’ai prouvé que j’étais capable d’évoluer positivement dans ce métier.

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Après l'interview, le 6 mai 2021.

19 mai 2021

Frédéric Zeitoun : interview pour J'aimerais

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor

(Photos : Bruno Tocaben)

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorDeux ans après Duos en solitaire, Frédéric Zeitoun présente J’aimerais. Treize nouvelles chansons (réalisées et arrangées par Gérard Capaldi). Des instants de vie, des textes qui lui tiennent à cœur mis en musique par des talents et amis tels Yves Duteil, Michel Fugain, Gérard Capaldi, Erik Berchot, Jean Claude Ghrenassia, Gérard Salmieri, Marc Berthoumieux, Johan Czerneski

Sait-on que Frédéric Zeitoun (déjà mandorisé ici en 2019 et là en 2018), est un grand parolier ? Il a écrit des textes magnifiques pour notamment Richard DewitteEnrico MaciasCarlosMichelle TorrHugues AufrayCharles DumontLorieFrédéric FrançoisSmaïnLena KaAudrey Sara, Antoine, Annie Cordy, Louis Bertignac, Daniel Levy, Mister Mat et Laurent Gerra. En écoutant ce nouvel album, on rit, on pleure, on est sacrément touché par cette plume à la fois sensible, taquine et souvent subversive. L’air de ne pas y toucher, l’auteur dit beaucoup de notre société, de l’état du monde et du genre humain en général. Evidemment, il chante aussi l’amour… qu’il fait rimer parfois avec humour. Zeitoun n’est pas un donneur de leçon, c’est un donneur de bonheur.

Avant son passage chez Michel Drucker ce dimanche 23 mai, Frédéric Zeitoun est ici pour évoquer ce nouveau disque... mais pas seulement. C'était le 22 mars dernier, dans l'antre où l'artiste travaille.

Serge Lama a écrit ce mot à Frédéric Zeitoun pour annoncer l’album :frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor

« Merveilleuses chansons Frédéric, tu y développes ton univers faussement gai avec maestria. Avec la joie des fêtes juives dans "J’aime tout le monde". Tu dis des choses tellement vraies. Dans ce monde de juges, Coluche, Brassens et le très regretté Desproges, tous seraient bannis. Ce dernier peut-être en tête pour cet humour décalé mais sans vulgarité. Et toi, ton style d’écriture, d’écrivain de chansons que Nougaro se flattait d’être - une bonhommie qui cache ton mal de vivre, mais aussi cette joie nécessaire. Donnez-nous s’il vous plaît notre rire quotidien. Bref j’ai plus qu’aimé. Ton antique Lama. »

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor

(Photos : Bruno Tocaben)

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorInterview :

Je suis d’accord avec Serge Lama, ton album est faussement gai.

Je me suis senti complètement compris quand j’ai lu ce mot. Serge Lama, c’est un des derniers des mohicans. Quand mon éditeur, Gérard Davoust, lui a donné mon disque, je ne peux pas te dire que je n’avais pas peur de son retour. Lama, c’est un maître qui a écrit et interprété tellement de chef-d’œuvres. Et quand il dit que mes textes sont faussement gais, il sait de quoi il parle. C’est un artiste qui a le rire aussi fort que ses blessures sont profondes. Vraiment, j’ai apprécié qu’il comprenne que sous mon nez rouge, il y a des choses moins joyeuses.

Ton album fait du bien. On traverse toutes les émotions. Tu te rends compte du pouvoir d’une chanson ?

Par rapport à des gens qui sauvent des vies à longueur de journée, ce n’est rien.

Je ne suis tellement pas d’accord. Une chanson peut sauver des âmes.

On ne peut pas comparer ce qui n’est pas comparable. Dans le meilleur des cas, nous sommes des décorateurs de vie, et eux, ce sont des sauveurs de vie. Bien sûr, je suis ravi de faire des chansons et je ne vais pas bouder mon plaisir quand elles font du bien à des gens.

Depuis que je te connais, tu as toujours été humble par rapport à ton activité d’auteur de chansons.frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor Comme si tu te détachais de ton talent que je trouve énorme. Par exemple, tu as écrit tout le dernier album de Frédéric François, La liberté d'aimer, et il est devenu numéro un des ventes la première semaine. Ce n’est quand même pas rien. Pourquoi ce recul ?

J’ai un autre ami qui fait ça. Un jour, je l’appelle pour lui dire que j’ai rarement lu une biographie qui m’apprenait autant sur un artiste, en l’occurrence, dans le cas présent, sur Daniel Balavoine. Il m’a dit : « oui, merci c’est sympa », très gêné. Avec cet ami, on se ressemble là-dessus. Ce n’est pas une posture. La fausse modestie me casse les couilles. On a juste vécu des trucs pas toujours simples dans la vie, alors, nous savons remettre les choses à leur place.

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorIl y a des artistes qui t’ont aidé à traverser ta vie ?

Je te réponds direct. En 1977, l’écrivain Patrick Segal a sorti L’homme qui marchait avec la tête. Je précise pour les gens qui ne le savent pas, je suis en fauteuil roulant. Quand j’avais 20 ans, mes parents ne voulaient pas que je parte seul aux Etats-Unis. Parce que j’avais lu ce récit, j’ai montré à ma mère la couverture et je lui ai dit : « Tu vois, lui, il l’a fait. Donc, moi, maintenant, je vais pouvoir le faire. » Ce livre est devenu mon livre de chevet et aujourd’hui, Patrick et moi sommes devenus vraiment potes. Il y a deux ans, il s’est fait hospitaliser. Il m’a dit : « En ce moment, il y a une chanson de toi qui me fait du bien et que j’écoute en boucle c’est « J’ai appris ». Ça m’a ému aux larmes. Et rassurez-vous, il va bien.

Tu m’as raconté un jour que Frédéric François aussi t’a aidé à vivre.frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor 

Je sais que ça peut faire rire, mais quand j’entendais Frédéric François à la radio à 6 ans, je me disais qu’un jour, je serai lui. J’écrirai pour lui ou je serai dans son entourage. Je connaissais ses chansons par cœur et j’avais son poster dans ma chambre. Ça m’a passé (rires). Je me suis ensuite intéressé à la pop music, au rock’n roll et à la chanson française « classique ». Frédéric incarnait une forme de réussite malgré tout. Lui et moi venions de familles plutôt modestes. Quand je l’écoutais, je me disais qu’il y avait un soleil au bout du tunnel. Aujourd’hui, je bosse avec lui et nous sommes vraiment amis. C’est un mec que j’adore.

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorEt Aznavour ?

Ses mots aussi m’ont aidé à vivre, tu as raison. Le peu de fois où je l’ai rencontré grâce à Gérard Davoust, c’était pour moi des moments exceptionnels. On a fait deux chansons ensemble et il en chante une avec moi dans mon disque de duos. Rien que pour ça, le chemin vaut le coup.

Tu viens d’évoquer ton éditeur, Gérard Davoust. Un immense professionnel pour lequel tu as d’ailleurs dédié ta chanson « La vie sur son visage ».

J’aime cet homme. Je ne parle pas uniquement de l’éditeur, mais de l’homme. Dans la chanson je dis quefrédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor je n’envisage pas un jour sans lui parler. Gérard, pour moi, c’est un tonton. C’est aussi un papa de métier.

A chaque fois que je viens te voir en concert, il est toujours là. (Photo : Avec Frédéric Zeitoun et Gérard Davoust aux Francofolies de la Rochelle).

Quand il signe des artistes, quand il aime les gens, c’est sans condition. Il fait la même chose avec Linda Lemay et avec tous les autres artistes dont il s’occupe. Il n’y en a plus beaucoup des comme ça dans le métier. Pour moi, ce monsieur est un vrai cadeau de la vie.

Revenons à ton disque. Je trouve que « La chanson sans chanteur » est une excellente idée.

C’est la pauvrette. Elle est dans un tiroir, un peu aigrie. Elle est jalouse des autres chansons qui ont été choisies.

Le premier single de l'album J'aimerais, "J'aime tout le monde" en version live avec Claire Salesse, Gérard Salmieri, Marc Berthoumieux, Fred Damon au studio Hauts de Gammes.

Tu as écrit une chanson pour ton fils : « Apprends à désobéir ». Je trouve qu’elle est subversive. En gros tu dis : « Mon fils, je ne dois pas te dire des choses, mais je te les dis. »

A 13 ans, je commençais à me dire que mon fils, Simon, devrait apprendre à ne pas être sage. Quand il a entendu la chanson, je lui ai tout de même précisé qu’il ne fallait pas tout prendre au premier degré (rires).

« Tant que tu es là » explique que malgré les emmerdes dans la vie, tant que les gens qu’on aime sont là, il faut relativiser.

C’est tout à fait ça. Quand tu te lèves le matin, tu penses à tes soucis financiers, de boulot, tes blessures d’enfance, tu te dis que tant que ta femme et ton fils sont là, ça va. Le reste devient broutille de la vie.

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(Photos : Bruno Tocaben)

Il y aussi « Rire de tout ». Tu déplores le fait qu’on ne peut plus rire de tout.

Je trouve ça très malheureux. Aujourd’hui, les Desproges, Coluche et autres les Nuls n’auraient plus le droit de citer. À l’ère du politiquement correct et du consensuel hypocrite, c’est une chanson hommage à ces chers disparus que sont l’humour iconoclaste et l’impertinence assumée.

Au fond, pourquoi écris-tu et chantes-tu ?

Parce que c’est mon oxygène. C’est comme si tu me demandais pourquoi je continue à vivre.

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Pendant l'interview...

Changeons de sujet. Tu écris un livre sur ta vie et de ton expérience quant à la place du handicap dans la société.

Ce ne sera pas un livre politiquement correct. On vit quand même dans un pays qui est très en retard par rapport aux personnes en position de handicap. Ici, la vie et la société dans son inadaptation et son inaccessibilité me rappellent que je suis dans un fauteuil roulant. Il y a des pays comme le Canada ou les Etats-Unis où je l’oublie. Tout est accessible.

Je te sens en colère.

Parce qu’il y a des choses scandaleuses qui se sont passées qui nous fait ressentir beaucoup de mépris. J’ai quelques amis en fauteuil qui ne sortent pas parce qu’ils ont peur de se retrouver dans une position d’être mis en face de leur handicap. Ce que je ne supporte pas, c’est quand on demande aux gens d’avoir les mêmes devoirs, mais qu’on n’a pas les mêmes droits. Il y aura beaucoup à dire, mais je le ferai dans ce livre.

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Après l'interview, le 22 mars 2021.

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14 octobre 2018

Guillaume Gamand : interview pour sa chaîne YouTube La Péloserie

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guillaume gamand, la péloserie, youtube, sans, interview, mandor« SANS  est le premier projet de ma chaîne : la Péloserie. La Péloserie sera mon labo, je vais tester beaucoup de choses ici et les partager avec vous. Je serai là tous les 15 jours, les lundis à 18h. Bienvenue à tous ». C’est ainsi qu’a présenté récemment le comédien-auteur Guillaume Gamand sa chaîne YouTube.

Ayant été pendant longtemps dans les mêmes locaux (à Mixicom) que la team SideKick (un groupe de potes autodidactes à vocation humoristique composé de Kaza, Jérémy Nadeau, Vincent Scalera (mandorisé-là), Raphaël Liot, Guillaume Gamand, Jonathan O'Donnell et Akim Omiri), j’ai vu Guillaume Gamand dans ce contexte de création constante. Et il m’a toujours impressionné. Grand gaillard barbu sympathique, sans jamais un mot de trop, mais toujours le bon. Et puis, je ne sais pas, je l’aime bien. Son sourire en coin et son humour noir, subtil ou potache. Quand j’ai appris qu’il lançait sa Péloserie, j’ai souhaité en savoir plus.

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guillaume gamand, la péloserie, youtube, sans, interview, mandorInterview : 

Mine de rien, tu es un des premiers YouTubers français. Tu as commencé il y a très longtemps.

Même si je viens du théâtre, j’ai commencé des vidéos sur Internet il y a presque 13 ans, mais c’était sur Dailymotion pas sur YouTube. J’étais déjà avec mes deux compagnons du SideKick, Kaza et Raphael Liot. Sur Dailymotion, il y avait aussi le Palmashow, Kyan Khojandi, François Descraques et quelques autres. Norman et Hugo tout seul commençaient à peine. Ce que l’on faisait était sous l’appellation Silverhope. C’était la meilleure des écoles pour apprendre notre métier. On essayait des choses…

Pourquoi avoir créé ta chaine ?

J’avais besoin de monter ma chaine parce que je passais toutes mes journées du lundi au vendredi, de 9h à 20h à écrire non-stop pour différents projets qui n’étaient pas les miens et qui prenaient parfois du temps à se concrétiser. A un moment donné j’ai eu envie de voir se monter les miens.

Tu n’as jamais eu une frustration d’être dans les vidéos des autres, jamais dans des premiers rôles, guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandormême au sein de SideKick ?

Pas du tout. Je viens du théâtre. J’ai très vite appris que je ne jouerais pas tout de suite les premiers rôles, pourtant, on m’en a proposé beaucoup. Je ne le sentais pas. Je vais te faire une métaphore qui vaut ce qu’elle vaut. Dans Rasta Rocket, ils se battent tous pour avoir la première place, mais quand ils comprennent que le leader de l’équipe, celui qui va conduire le bobsleigh, c’est celui qui va se lever à 6 h du matin et qui sera le dernier couché, du coup, plus personne n’est partant. Je ne vais pas te mentir, il y a un peu de ça chez moi.

Je te vois bosser comme un dingue depuis des mois, je ne peux pas croire que ce soit de la fainéantise de ta part.

Si, un peu. J’ai aussi peut-être eu les pétoches. Quand tu es le premier rôle, tu portes beaucoup de choses sur tes épaules. Contrairement à l’image que tu peux avoir de moi, un type un peu extravagant, je ne le suis pas. Je suis même un peu sauvage. Je n’aime pas qu’on m’emmerde et quand on est devant, on finit par t’emmerder. 

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De gauche à droite, avec les membres de SideKick : Jérémy Nadeau, Guillaume Gamand, Kaza, Jonathan O'donnell, Akim Omiri et Vincent Scalera (manquait l'excellent Raphael Liot sur la photo).

Ce que vous avez fait avec le collectif SideKick et notamment la série que j’adorais Blablou marchait moins que d’autres vidéos inintéressantes et faites avec peu de moyens. J’ai toujours trouvé cela injuste.

Toute la bande est comme moi. On s’en contrefout. Je suis content que les mecs fassent des vues parce que certains ne partaient de rien et ont quand même travaillé pour parvenir à un résultat. Nous ne sommes jaloux de personne, je t’assure. Si la qualité était ce qui marchait le plus, ça se saurait. 

Avec Blablou, vous avez encore été précurseurs. Une sorte de Monthy Python à la française. Je me régalais.

(Par humilité, Guillaume ne répond pas à ce compliment). On tente de progresser d’année en année. On apprend tous les jours et il faut être hyper humble. On continue certaines formations d’écriture pour ne jamais stagner. On veut se surprendre et surprendre ceux qui nous regardent. Pour cela, c’est du travail constant. Personnellement, j’ai un objectif ultime : avoir un point de vue sur les choses… C’est ce qui marque dans le temps.

guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandorJe déplore que vous n’ayez pas continué Blablou.

On a écrit la deuxième saison, mais comme la première a marché moyennement, on ne la pas tourné parce que nous n’avions plus de budget. Je suis sûr qu’elle aurait cartonné. On a trouvé un public, mais qui était de notre âge. On avait des vannes tellement perchées que c’était normal qu’un gamin de 12 ans ne les comprenne pas. On était très second degré.

Parlons de ta chaîne La Péloserie.

Le premier projet actuellement visible s’appelle « Sans ». C’est un monde imaginaire où par exemple, les lampes n’existent pas. Quelles en seraient les conséquences ? Sans couteau, sans ceinture, sans happy end. Le but est de surprendre ceux qui regardent la vidéo. « Sans », c’est rapide, efficace, rythmé, avec plein de styles de jeux.

C’est autoproduit ?

Oui, je ne voulais pas d’entrée de jeu être en coproduction avec quelqu’un. Je voulais être libre d’être ce que je suis et de faire ce que je veux. Cette chaîne n’est pas ma vie. C’est un terrain de jeu dans lequel je vais tenter des choses et m’amuser avec des gens. Il y a plein de guests. Des gens pour lesquels j’ai écrit et avec lesquels ça s’est bien passé. Je pense à Tim, Jimmy fait le con, Jhon Rachid,  Nicolas Meyrieux, Thaïs Vauqières…

Et toute l’équipe de SideKick.

Bien sûr, c’est un plaisir de travailler avec eux tous les jours. On a chacun notre truc personnel, c’est ça qui est bien. On a créé une famille… On bosse chez les uns, chez les autres et on se voit même hors travail.

1er épisode de "Sans".

C’est quoi le déclic qui t’a incité à créer ta chaine ? guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandor

De ne pas enchainer une deuxième saison de Blablou. Ça a été une grande frustration pour  moi parce que je n’avais plus notre terrain de jeu. Je sentais aussi que mon entourage professionnel avait besoin que j’aille vers autre chose, que je les surprenne.

Maintenant que tu as tourné pas mal d’épisodes, comment as-tu vécu le tournage ? 

C’est du sport. Je n’avais jamais été le centre d’une fiction comme celle-là. Je suis dans absolument tous les sketchs et chaque situation est complètement différente, du coup c’est extrêmement intense. À cela s’ajoute la gestion des autres comédiens, heureusement qu’Ilyes Harouni est là pour me libérer dans le jeu (c’est le réalisateur des sketchs). Mais même si cela était costaud niveau rythme, c’était beaucoup de fous rires avec les comédiens et l’équipe. Quand tu écris les sketchs, tu ne sais jamais comment les autres comédiens vont s’approprier les personnages, du coup c’est très souvent de très bonnes surprises.

2e épisode de "Sans".

guillaume gamand,la péloserie,youtube,sans,interview,mandor(Photo à gauche : avec Guillaume Gamand et Kaza)

Après la diffusion des deux premiers épisodes, quels sont les retours que tu as eus ?

Très positif, je ne pensais pas que j’allais en avoir autant. Surtout le milieu pro qui m’a fait énormément de retour et d’encouragement. Je ne vais pas te cacher que ça fait du bien. C’est la première fois que je la joue solo et quand tu as la tête dans le guidon pendant plusieurs semaines à cause de l’écriture, la prod, l’organisation, le tournage, le montage et autre… et bien, tu es déjà très content que les gens aiment quand ça sort...ça te booste carrément !

Après la série « Sans », que proposeras-tu dans ta péloserie ?

Je vais tourner encore quelques épisodes de « Sans », puis ensuite j’ai deux nouveaux programmes que je tournerai d’ici fin novembre et qui seront sur la chaîne en décembre. Je peux difficilement t’en dire plus, mais ça sera différent de « Sans ». Toujours dans l’humour mais dans un autre format.

A 35 ans, tu es très déterminé.

Je le suis depuis des années. J’ai en moi un moteur qui me dépasse.

Je suis sûr que bon nombre des membres de Sidekick vont se retrouver partout dans les médias, voire au cinéma…

C’est notre ambition. Sous l’émulation de Kaza, qui est pour beaucoup dans tout ça, on a le projet de placer nos billes partout et ensemble. Mais on veut surtout rester libres et avoir la liberté de création la plus totale.

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Après l'interview.

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23 avril 2018

Franck Calderon et Hervé de Moras : interview pour Là où rien ne meurt

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Note des auteurs :

« Michel de Moras, le papa de l’un des auteurs, Hervé de Moras, est décédé le 18 décembre 2001. Son cercueil a été emporté 8 mois plus tard dans les inondations qui ont frappé la région nîmoise. Peu de temps avant, un astronome japonais pensait avoir repéré dans le ciel une trace de la comète Biela 3D, disparue depuis presque 150 ans. Ces histoires vraies nous ont inspiré ce roman. Tout le reste n’est que pure fiction. »

J’ai déjà mandorisé Franck Calderon et Hervé de Moras il y a deux ans, à la sortie de leur premier roman La prétendue innocence des fleurs. A chaque fois, c’est un exercice extrêmement difficile pour moi d’évoquer leur ouvrage du moment. Je les apprécie humainement et intellectuellement. Je trouve que ces deux auteurs apportent un souffle nouveau dans le monde du thriller. Ils y ajoutent des ingrédients comme le romantisme et le surnaturel « contrôlé » qui apportent beaucoup à leurs intrigues policières. Mais voilà, tous les trois, nous sommes amis d’enfance. Donc, l’idée que je ne sois pas objectif, que je fais de la publicité à mes potes de jeunesse peut très vite prendre le pas sur mon intégrité professionnelle.

Il n’en est rien.

Depuis 30 ans que j’officie dans ce métier, j’ai croisé du monde. Pas mal d’artistes sont devenus des amis, d’autres pas. Pas mal de copains sont devenus des artistes, d’autres pas. Je ne parle jamais des projets qui ne m’intéressent pas ou que je ne trouve pas au minimum honorables. Mais voilà, Calderon et de Moras ont un putain de talent pour écrire des romans qui nous emportent intelligemment, qui nous font réfléchir, qui exposent des théories originales et malignes.

Bref, avant de lire l’interview que j’ai réalisée d’eux, j’ai écrit un article pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan. Il explique le roman (et ce que j'en pense).

Dans l’interview, je n’ai pas souhaité revenir sur le livre en lui-même. Peur de spoiler. Peur d’en dire trop.

Même en dire le minimum est déjà trop pour un roman de ce type.

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franck caldéron,hervé de moras,là où rien ne meurt,robert laffont,interview,mandorInterview :

Est-ce que ce livre a été plus facile à écrire que le premier ?

Hervé de Moras : Quand certaines difficultés se posaient, nous savions où trouver des solutions. Dans la manière de fonctionner, on a tout de suite repris des automatismes qui étaient restés en sommeil pendant les deux années qui ont séparé La prétendue innocence des fleurs et Là où rien ne meurt.

Franck Calderon : On avait bien rodé certains mécanismes dans le premier livre, du coup, ils se sont imposés à nous dans le deuxième. En tout cas, on a essayé d’être le plus exigeant possible.

Dans quel genre littéraire peut-on placer votre livre ?

Hervé de Moras : On reste dans le même genre que le premier, un thriller avec une forte composante sentimentale. Dans Là où rien ne meurt, nous avons ajouté un peu d’ésotérisme. On parle un peu d’alchimie, on a l’impression parfois de flirter avec le fantastique.

Franck Calderon : C’est une grande aventure humaine, une grande aventure sentimentale… avec du drame. On évoque des thématiques qui sont empreintes d’un peu de mysticisme. Elles font partie de l’histoire et sont très concrètes. L’alchimie a existé. Pour nous, c’est une métaphore du parcours initiatique et, en même temps, ça a été une science qui a été pratiquée par des gens très sérieux, pas seulement par des farfelus, comme on pourrait l’imaginer. Tout ça teinte le livre de choses mystérieuses. Cette part de mystère, Hervé et moi voulons l’avoir dans tous nos romans.

Teaser du roman.

Au bout de deux romans, je trouve qu’il y a déjà un style Calderon-De Moras. franck caldéron,hervé de moras,là où rien ne meurt,robert laffont,interview,mandor

Hervé de Moras : C’est lié à cette volonté d’avoir non seulement une histoire policière, une énigme à résoudre et un propos qui est développé tout au long du roman. Dans Là où rien ne meurt, c’est l’éternité, dans La prétendue innocence des fleurs, c’était le pardon.

Tout est allé vite pour vous. Vous avez trouvé immédiatement un éditeur, Scrinéo, pour La prétendue innocence des fleurs et un autre, Robert Laffont, pour Là où rien ne meurt.

Hervé de Moras : C’est bien d’être édité, mais je suis plus concentré sur la qualité de ce que l’on fait. J’ai conscience de la chance que nous avons, dire le contraire serait faire injure à ceux qui ne trouvent pas d’éditeur.

Franck Calderon : On ne se pose pas les questions dans ces termes-là. On écrit en essayant de faire du mieux que l’on peut, après, cela ne nous appartient plus. On a été contents d’avoir été chez Scrinéo parce que c’est une maison qui nous a beaucoup plu et on a vécu ensemble une formidable aventure. Mais on est aussi hyper content aujourd’hui d’être chez Robert Laffont avec notre éditeur, Glenn Tavennec. On se réjouit de ce qui nous arrive, mais on garde la tête froide. On pense déjà au roman suivant et nous souhaitons qu’il soit encore meilleur que le précédent.

franck caldéron,hervé de moras,là où rien ne meurt,robert laffont,interview,mandorL’écriture de Là où rien ne meurt a été très prenant pour vous deux. Quand le manuscrit a été rendu, il y a eu une sorte de vide dans vos vies ?

Franck Calderon : Nous n’étions pas dans une pression, mais plus dans une émulation. L’écriture pour moi n’est pas un plaisir, c’est un besoin. Si ce n’est qu’un désir, tu t’essouffles et tu ne vas pas au bout.

Hervé de Moras : Ça me fait penser à l’inertie. Le plus difficile, c’est de mettre en mouvement quelque chose. Une fois que tu es lancé, tu es entrainé par ce mouvement. Plus l’histoire est avancée, plus on a envie qu’elle avance encore plus. Vers la fin, il y a même un phénomène d’emballement. Ça devient extrêmement jouissif quand tes personnages parlent presque tout seul, quand l’intrigue se développe presque malgré nous. C’est passionnant.

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Pendant l'interview chez Franck Calderon...

Et donc, il y a bien un manque à l’issue de l’écriture et des corrections. franck caldéron,hervé de moras,là où rien ne meurt,robert laffont,interview,mandor

Hervé de Moras : Personnellement, j’ai ressenti une sorte de blues. Un trou d’air qui finalement se comble par tout ce qu’il faut faire après autour du roman. La sortie, la promo, les salons du livre…

Franck Calderon : Moi, je n’ai pas de blues. J’ai le plaisir du travail accompli le mieux possible. Ça laisse aussi l’espace pour partir vers de nouvelles aventures. C’est un peu comme quand on rentre d’un voyage et que l’on commence à préparer le suivant.

Hervé de Moras : Ce manque que j’ai eu s’est traduit par une réflexion immédiate sur le troisième roman. Tout de suite, Franck et moi en avons beaucoup parlé.

Franck Calderon : Si nous n’écrivons pas tant que l’on n’a pas l’histoire, c’est tout de même l’enclenchement du processus du prochain livre.

Hervé de Moras : Dans notre façon de fonctionner, ce qui précède un roman, c’est un vrai travail de recherche. Recherche du thème, des personnages, de l’intrigue… et des recherches historiques. Dans nos deux livres, il y a un gros travail de documentation.  Je précise que dans la partie fictionnelle, nous cherchons à ce que tout soit crédible. Nous ne sommes pas dans le fantastique, mais nous aimons bien flirter avec. On veut que le lecteur s’interroge sur « comment nous allons retomber sur nos pieds sans décevoir ? »

Il y a effectivement beaucoup d’intrigues et de rebondissements.

Hervé de Moras : Quand on a bien posé un décor, quand on sait vraiment où on va, on n’a pas besoin de se poser 1000 questions pour savoir comment nous allons résoudre quelque chose qui parait absolument incroyable aux lecteurs. Nous nous savons très bien que nous avons une clef valide pour expliquer quelque chose qui, de l’angle où le lecteur le perçoit, peut paraître à la limite du surnaturel.

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Le 22 avril 2018, avec Hervé de Moras et Franck Caldéron. 

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18 avril 2018

Kent : interview pour l'album live La grande effusion

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LORIOU.jpgEn 1977, Kent (photo à gauche signé Frank Loriou) fonde Starshooter. Après la séparation du groupe de rock en 1982, il se lance en solo. Il se consacre également en parallèle à la bande dessinée, publie plusieurs romans et collabore avec de nombreux artistes (Johnny Hallyday, Calogero, Nolwenn Leroy, ...). On lui doit aussi le titre « Quelqu’un de bien » chanté par Enzo Enzo en 1994. Kent fête ses 40 ans de carrière. Il sort un album live, La grande effusion, reprenant une partie de son dernier album, La grande illusion (mandorisé là en  2017) et tous les succès qui ont émaillé sa carrière.

Le 2 avril 2017, nous nous sommes donné rendez-vous dans une brasserie de la place du Chatelet pour une ixième mandorisation (voir aussi ici une interview filmée pour L'homme de Mars  en 2008 et ici pour l'album Le temps des âmes en 2013).

Argumentaire du disque :lagrandeeffusionaHD.jpg

Avec La grande effusion, l’heure est aux célébrations. Des standards survoltés de Starshooter aux chansons désormais classiques de son répertoire, Kent survole ici avec bonheur quatre décennies de création et revisite près d’une vingtaine de titres devenus incontournables. Tantôt seul accompagné de son groupe, tantôt en duo avec Alex Beaupain, Pierre Guenard de Radio Elvis, Katel ou Alice Animal, le songwriter lyonnais révèle l’extraordinaire cohérence de son répertoire et nous rappelle avec brio qu’il compte parmi les plus grands auteurs de sa génération.   Enregistrée lors du concert anniversaire organisé le 7 novembre 2017 au Café de la Danse à Paris, La grande effusion constitue l’illustration parfaite d’une carrière riche et protéiforme menée avec la rigueur et la précision d’un artiste hors-pair depuis 40 ans.

La soirée est à voir en intégralité là.

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(Photo : Christophe Schouler)

IMG_1662.JPGInterview :

Aimes-tu les disques live ?

Oui, j’en achète encore beaucoup. Si je m’emballe pour un artiste, il faut absolument que j’aille le voir sur scène. Et si un disque live existe, je me le procure. Même s’il y a des corrections faites en studio parfois, c’est la base de la musique de l'artiste.

Un disque live est-il un bon reflet de ce que l’on a vécu dans la salle ?

C’est une image arrêtée sur un souvenir d’une situation en mouvement, après tu te fais ton propre cinéma. Le cinéma est encore plus fictionnel  quand tu n’as pas vu le concert, quand tu  n’as pas vu l’artiste sur scène.

Sur La grande effusion, as-tu retravaillé le son ?

Le moins possible. Un disque comme celui-là, c’est un one-shot. Le disque live idéal, c’est quand tu peux enregistrer sur au moins trois jours. Tu peux te faire un montage de la setlist parfaite avec tous les morceaux bien joués. Un soir comme celui-là, tu joues et tu avances.

Ce soir-là, sachant que c’était enregistré, cela t’a mis une pression supplémentaire ?

Au Café de la Danse, il y avait tout : la captation, le disque, les invités et un timing à respecter. En plus je voulais que pour ma première partie, Alice Animal, joue 30 minutes. C’était compliqué à gérer.

C’était aussi un concert pour fêter tes 40 ans de carrière. C’était donc un répertoire particulier. Par exemple, tu as joué du Starshooter, ce que tu ne faisais plus depuis des années.

Pour fêter mes 40 ans de carrière, j’étais obligé de commencer par le début. Comme je privilégie toujours le présent, j’ai quand même centré la setlist sur le dernier album, mais j’y ai ajouté pas mal de flash-back. Je suis allé chercher des morceaux emblématiques de ma vie professionnelle. « Betsy Party » de Starshooter en version électrique, je ne l’avais pas fait depuis la fin du groupe en 1982. Je ne le ferai plus après cette tournée.

Tu t’es amusé à refaire ses morceaux ?

Oui, très nettement. C’est très amusant de refaire le punk. Pendant 3 minutes, voir des gens qui font leur pogo en s’éclatant, c’est jouissif. Mais je sais que je risque de très vite m’en lasser. Je n’aime vraiment pas exploiter la nostalgie.

Tu dis « refaire le punk ». Tu ne l’es plus ?

Non, si on reste punk, c’est pitoyable. Il n’y a pas eu de mouvement punk, c’était juste une explosion. Tout ce que l'on fait sur les 40 ans du punk en ce moment, avec des débats et des colloques, ça m’hallucine. Je ne comprends pas, ce n’était pas fait pour ça. Le punk, c’est un paquet de dynamite posé sur la musique rock qui explose. Le punk, ça voulait juste semer la merde.

Le seul truc qui était vrai, c’était le slogan « no future » ?

Exactement. Les musiciens punks qui ont apporté quelque chose à la musique, ce sont ceux qui ont quitté le punk. Les Clash sont un parfait exemple de musiciens qui sont restés intègres dans leur position quasiment politique, mais qui ont évolué dans leur musique.

Toi, tu es devenu sage ?

J’essaie de le devenir. Je ne le suis pas en permanence. Je suis encore capable de faire des grosses conneries. Désormais, je m’en rends compte très vite (rires).

Pourquoi tu continues à faire des disques et des livres ?

Parfois, je me demande à quoi ça sert que je continue. Il y en a tellement qui sortent, c’est un embouteillage permanent. On passe plus de temps à essayer de se montrer qu’à créer. Tout est sur la com’… et ça prend du temps la com’.

28471694_1954236397938119_619477037096604626_n.jpgIl y a des duos dans ton live. J’aimerais que l’on s’attarde sur Alice Animal. Elle a fait ta première partie au Café de la Danse, mais il lui arrive de jouer avec toi sur scène.

Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour la faire connaître et reconnaître. Je l’avais rencontré dans la rue, elle m’avait filé sa maquette. Je me souviens que j’aimais bien ce qu’elle dégageait en me parlant. J’ai écouté, ça m’a intéressé. Je l’ai vu sur scène à la Passerelle.2, elle était seule avec sa gratte et elle a assuré. A la fin de son concert, je lui demande ce qu’elle va faire le 7 novembre 2017, elle me répond qu’elle vient me voir au Café de la Danse. Je lui rétorque que non parce qu’elle va faire la première partie. Il y a quelques années, Lisa Portelli, c’était 29512903_10160105480360573_6484652348250821894_n.jpgpareil. Je l’ai vu seule à un tremplin et elle m’a laissé sur le cul. Après, je lui ai demandé de faire ma première partie à la Cigale.

Au Café de la Danse, hormis Alex Beaupain qui est connu depuis des années, tu n’as fait des duos qu’avec des nouveaux artistes.

Pour être parfaitement honnête, ma maison de disque m’a proposé d’avoir des invités pour ce concert spécial « 40 ans de carrière ». Je n’étais pas très motivé pour avoir des invités. Je pensais qu’ils souhaitaient que j’invite des artistes très connus, comme Julien Doré. Je ne le connais pas et je ne connais pas non plus les artistes « hype » du moment, ce n’est pas mon milieu. Si j’invite des gens, ce sont des gens dont je suis curieux et qui m’intéressent.

Pierre Guénard de Radio Elvis par exemple ?

Oui, il a fait ma première partie tout seul aux Trois Baudets il y a 5 ans. C’est marrant parce que je le voulais absolument et j’ai appris plus tard qu’il avait tenté lui-même de faire ma première partie. Autre anecdote étonnante. Il vient dans ma loge et me demande les accords de ma chanson « Métropolitain ». Je n’en revenais pas qu’il connaisse cette chanson. C’est sur un vieux disque que je n’ai pas vendu du tout. Il me répond que c’est son disque préféré et qu’il adore cette chanson-là. Du coup, nous l’avons chanté ensemble au Café de la Danse.

Et Katel ?

Pour moi, son dernier album, Elégie, a été ma claque musicale de l’année dernière.  Quand je l’ai vu en concert au Café de la Danse, je me suis dit : « qu’est-ce que c’est que ça ? » J’ai tout de suite voulu faire sa connaissance  tant je l’ai trouvé impressionnante.

Et pourquoi Alex Beaupain ?

Il connait David Sztanke de Tahiti Boy qui joue avec moi sur le disque et en concert. Alex et lui sont même très proches. Il est venu quand on a enregistré l’album studio La grande illusion. C’est là que j’ai appris qu’il aimait beaucoup mon travail. Il a suivi avec intérêt ce que l’on faisait. Il nous a encouragés très souvent sur la couleur de certains morceaux. Franchement, ça faisait du bien. Tu sais, c’est rare d’avoir le retour de collègues dans ce métier. Ça n’arrive jamais en fait.

Toi, je sais que tu le fais.

Quand je découvre quelque chose de nouveau par un nouvel artiste ou par un ancien qui vient de faire quelque chose d’étonnant, je décroche mon téléphone. On est tout le temps dans le doute alors, que quelqu’un t’encourage, ça fait un bien fou. Même quand le succès est là, la reconnaissance des pairs, c’est très important. Quelqu’un qui se satisfait de son ego et des retours de ses fans, c’est un imbécile.

Tu es toujours dans le doute ?

En permanence. Le doute est aussi un moteur, certes anxiogène, mais un moteur quand même. Ça permet des remises en cause. Pas seulement musicale… ma façon de penser aussi.

Il faut dire que tu te mets en danger à chaque nouvel album.

Je ne veux juste pas refaire le même album. J’essaie à chaque fois de le faire d’une autre manière. J’ai une espèce de balance entre la chanson et le rock. C’est un large éventail, il y a de quoi faire. Il y a de la chanson électro et du rock acoustique… parfois, c’est juste une histoire de coupe de cheveux et de façon de s’habiller. Il y a toujours cette phrase de Truffaut dans La nuit américaine qui me revient en tête : "Avant d’entamer un film, on pense que l’on va faire un chef d’œuvre, au fil des semaines qui passent, on espère sauver les meubles."

Est-ce que tu crois que le métier et le public ont bien cerné ton travail ?

Le public qui me suit oui, mais le métier non. Je donne cette impression de partir dans tous les sens. Un réalisateur de films ou un comédien, plus il part dans tous les sens, plus on dit qu’il a un talent fou. Un chanteur, lui, doit toujours creuser le même sillon. Ça me fait suer de faire partie d’une même famille toute ma vie Et qu’est-ce qu’on entend par « famille » ? Je n’aurais donc pas le droit de m’aventurer ?

Tu as pris ce droit de toute façon.

Voilà. Ça peut brouiller les pistes, mais ce dont je me méfie plus que tout, ce sont les médias « arrêtés ». La génération des médias qui m’a connu rock n’a pas écouté ce que je faisais dans la chanson. Elle ne sait donc pas si c’est bon ou mauvais. Idem chez les ayatollahs de la chanson française. A un moment, j’ai correspondu à une attente avec ce « revival » auquel j’ai participé avec enthousiasme. J’ai fait des chansons avec un accordéon, mais pour des chansons que j’estimais dans la rénovation et pas dans la nostalgie. Ça leur plaisait. Mais quand j’ai fait « Métropolitain » en  électro rock, là, ils m’ont tous lâché. Hérésie totale.

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Ce soir-là, Kent était dans la lumière... mais Mandor aussi, involontairement (photo : David Desreumaux/Hexagone) Cliquez sur la photo pour la voir en plus grand.

Je déteste les ayatollahs de la chanson française.

C’est terrifiant parce que je ne peux pas être jugé dans la continuité. Je suis jugé partiellement à chaque fois. C’est dommage pour quelqu’un qui aime être en phase avec l’air du temps qui arrive et pas avec l’air du temps qui est là. Je trouve que ce qui est amusant et intéressant, c’est de sentir ce qu’il va se passer. Parfois, je suis un peu en avance sur mon temps, ça ne joue pas en ma faveur, mais j’ai une petite fierté d’avoir senti certaines choses.

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Pendant l'interview...

Et les gens du métier te respectent.

Les gens qui me connaissent me respectent, j’insiste. Tu dis Kent, tu dis Bashung, ce n’est pas pareil. Tout le monde connait Bashung, même si tout le monde n’a pas écouté. Je ne peux pas me gausser d’être incontournable. J’ai conscience de ce que je représente. Je vais te raconter une anecdote. Un jour, une jeune chanteuse qui a fait The Voice vient me voir et elle me dit qu’elle a voulu chanter une de mes chansons parce qu’elle apprécie ce que je fais et que ses parents sont fans de moi. La production a refusé parce qu’elle a estimé que je n’étais pas assez connu. C’est un peu blessant d’entendre des choses comme ça. En te racontant ça, je veux t’expliquer que quand tu es rangé dans un tiroir, pour t’en sortir, c’est très difficile. Par contre, je sais que si je meurs demain, il y aura une chouette couverture médiatique pendant une journée. Je suis apprécié, ça me touche beaucoup, mais personne ne va me passer en prime time parce que ça ne parle à personne.

Mais tu as aussi l’image de l’artiste sans compromission, qui ne joue pas toujours le jeu.

J’ai aussi l’image de l’artiste qui se débrouille, qui fait sa vie et qui n’a besoin de personne. Je voudrais juste savoir si mon taux d’acceptation passe par les oreilles avant de passer par les préjugés.

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Le 2 avril 2018, après l'interview.

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03 novembre 2017

Amélie-les-Crayons : interview pour Mille ponts

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15 ans déjà… 15 ans qu’Amélie-les-Crayons nous enchantent. A chaque nouvel album/nouveau spectacle, on sait que l’on va être surpris. Nous attendons avec impatience (et systématiquement) cette aventurière musicale, celle qui toujours emprunte des chemins de traverse. 15 ans, que cette fée réinvente son art pour continuer à surprendre. Avec Mille ponts, encore une fois, elle est là où on ne l’attend pas.  Encore une fois, nous sommes sous le charme.

Cette quatrième mandorisation (lire la première, la deuxième et la troisième) s’est déroulée  dans un café de Belleville, le 21 septembre dernier.

amélie les crayons,1000 ponts,interview,mandorLe disque :

12 nouveaux titres originaux pour un album rythmé et enjoué. Réponse colorée au précédent album Jusqu'à la Mer qui était introspectif, très boisé, comme un cocon précieux. Ce nouvel opus est marqué par l'utilisation d'un grand nombre de percussions ou éléments rythmiques. Une grande partie des chansons a été composée à partir d'un rythme, et non d'une harmonie ou suite d'accords. Les arrangements ont pris un chemin beaucoup plus cinglant et dynamique. Ils font la part belle aux percussions donc, mais aussi aux guitares folk claquantes, mandoline, harmonica, slide, et bien sûr piano et voix. Un côté tribal parfois, autour de textes qui parlent de filiation, de liens e les gens, d'écologie aussi, de solidarité et d'espoir.

Ecrit et composé par Amélie-les-crayons, sauf « Un Enfant » Amélie-les-crayons / Thierry Chazelle 

Le spectacle :amélie les crayons,1000 ponts,interview,mandor

Mille Ponts est un spectacle sur le lien, la filiation, le fil invisible qui relie chaque vie sur ce monde. Il est lumineux, enjoué, rythmé, percussif, virevoltant, comme un bal extraordinaire où les danseurs, connectés par le pas, ne font plus qu'un. On y retrouve toute une ribambelle de nouveaux morceaux ainsi les plus anciens sous de nouvelles formes. Accompagnée de deux multi-instrumentistes épatants, Amélie, autour de son nouveau piano magique, vous convie à un moment chaleureux, interactif, festif et poétique dont on sort le cœur léger !

Textes et musiques : Amélie-les-crayons. Mise en scène de Fred Radix (Le Siffleur), interactions chorégraphiées de Denis Plassard ! Mise en Lumière de Clodine Tardy, décor de Michel Caroline, costumes de Nadège Cezette.

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amélie les crayons,1000 ponts,interview,mandorInterview :

Depuis notre dernière rencontre en 2012, il s’est passé beaucoup de choses.

J’ai tourné pendant trois ans. Ensuite, il y a eu un moment de break obligatoire. Il y a plein de gens qui m’en veulent beaucoup pour ça. J’aime bien faire autre chose que de la musique. Ça me permet de faire le vide et de ne pas rester dans les mêmes manies. C’est de l’imprégnation quand tu chantes des chansons tout le temps. Après, quand tu veux en écrire une, elle ressemble à celle que tu chantes tout le temps. Elle fait partie de l’inspiration directe. Moi qui fais en  sorte que chaque album soit différent, j’ai besoin de passer par un moment de vide pour pouvoir écrire de  nouvelles choses.

En tournée, j’imagine que tu n’écris jamais.

La tournée est l’opposée de l’écriture parce que l’écriture c’est l’introspection, c’est chercher  en soi des choses. En tournée, tu es tourné (c’est le cas de le dire) vers les autres et l’extérieur.

L’album précédent, Jusqu’à la mer, était empreint d’espoir et très positif, mais la musique et les mélodies étaient plus mélancoliques.

C’est l’effet Bretagne, la brume, tout ça (rires). Dans cet album, la musique est plus dansante et légère.

Clip de "Y'a plus d'Saison".

Lors de notre précédente rencontre, tu m’as dit que tu aurais aimé changer de métier. C’est toujours d’actualité ?

C’est un truc que je disais depuis le début et que je pensais être vrai. Aujourd’hui, je me rends compte que je ne saurais pas faire autre chose et que je n’ai d’ailleurs pas envie de faire autre chose. J’ai passé un cap.

Est-ce parce que tu te trouves enfin à ta place aujourd’hui ?

C’est ça. Je pense que je n’avais pas assumé ma place pour me protéger. C’est un métier particulier, du jour au lendemain, on peut ne plus t’aimer. Alors ça me rassurait de me dire que je pourrais faire autre chose si cela s’arrêtait. Je considère que j’ai encore beaucoup de terrains à explorer dans la musique, beaucoup de choses à fabriquer.

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Ton public te suit dans tout ce que tu fais depuis le début de ta carrière.

Nous avons une relation vraie. Ces dernières années, j’ai remarqué qu’il y a un endroit où je suis complètement à ma place, c’est la scène. S’il y a un lieu où rien n’est calculé, où  je n’ai aucune arrière-pensée et où je suis complètement naturelle, c’est bien là. Je me sens complètement libre, donc la relation que j’ai avec n’importe qui quand je suis sur scène est sans filtre. Du coup, c’est de l’amour. Ma relation avec le public donne du sens au métier que je fais.

Excuse-moi  la banalité de ma question, mais comment écris-tu tes chansons ?

Je suis traversée par les chansons. Parfois, elles me tombent dessus. Je travaille pour cela.  J’essaie le plus possible d’être connectée à moi et être hyper ouverte pour tout accueillir.

Tu ouvres tous tes chakras ?

Tu ne crois pas si bien dire. Je me dépollue la tête. Il faut être à l’écoute du moment où s’ouvre une fenêtre. Quand une inspiration arrive, il ne faut pas la louper.

Tu t’inspires de ce que tu peux voir ou vivre, mais tu universalises les histoires, c’est ça ?

Oui, c’est exactement ça. Une chanson ne t’appartient pas, chaque auditeur la prend comme il veut, selon ce qu’il est et selon sa vie. Une chanson, c’est comme le spectacle, c’est  magique, vivant. Ce sont des entités à part entière sur lesquelles je n’ai aucune prise. Ça demande de l’humilité parce que ce n’est finalement pas moi le maître.

Teaser du spectacle "Mille ponts"

Quand tu es sur scène, tu es une autre femme ?

Je vais te dire un truc très personnel. Sur scène, je suis complètement libérée de tous mes verrous. Plus rien ne me bloque. Je ne suis jamais autant moi que dans ce cas de figure. Dans la vraie vie, il y a des choses que je n’ose pas faire, sur scène, j’ose tout.

Faut-il que tu sois touchée par ta propre chanson pour considérer qu’elle est bonne ?

Bien sûr. Pour moi, c’est le baromètre.

Tu es pointilleuse quand tu enregistres ?amélie les crayons,1000 ponts,interview,mandor

Très. Et pour moi, un disque n’est jamais fini. Je pars du principe que tout est toujours perfectible. Mais plus on perfectionne, plus on enlève le coté vivant. Pour le texte, par contre, je sais m’arrêter.

Tu aimes bien cette période où tout le monde découvre ton disque ?

C’est à la fois hyper flippant et hyper excitant. C’est un peu comme un rendez-vous amoureux.

Tu as conscience de donner du bonheur aux gens ?

Quand je sors d’un concert, j’ai aussi la banane. C’est vraiment un échange, du partage. A partir du moment où il y a du partage, c’est du bonheur.

Toi-même, il y a un spectacle qui te donne du bonheur à chaque fois.

Sans conteste le cirque Plume. Je suis une vraie fan depuis toute petite. A 10 ans, c’est le premier spectacle que je suis allée voir dans  ma ville natale. C’est voyant les artistes de ce cirque exceptionnel que je me suis dit : « c’est ça que je veux faire dans la vie ». C’était un choc absolu.

Session acoustique de "Le bal des vivants" pour France 3 Auvergne-Rhône-Alpes.

amélie les crayons,1000 ponts,interview,mandorJ’ai lu dans le journal La Croix que tu priais.

Oui, c’est un outil pour moi. C’est ce qui me sert à me reconnecter.

Tu pries un Dieu ?

Je prie l’univers. C’est spirituel, sacré… pas du tout religieux. Par contre, j’ai fréquenté beaucoup les églises quand j’étais plus jeune. J’habitais Rue de Marseille à Lyon et il y avait une église juste à côté de chez moi. Sur un grand écriteau, on pouvait lire : « Cette église est ouverte à tous ceux qui cherchent la paix ». A chaque fois que j’ai ouvert la porte, c’était ouvert. J’allais dedans pour m’entraîner à chanter. Souvent, j’étais seule, je pouvais même chanter des chansons qui n’avaient rien à faire dans des églises. Il y a dans ces endroits-là une énergie particulière.

Après le chant, j’ai l’impression que ce que tu aimes le plus c’est danser. Il en est question dans ce nouvel album.

Je vais régulièrement dans les fest-noz en Bretagne. Pour cet album, tout est parti de là. Tout est dit dans ma chanson « Le bal des vivants » (voir session acoustique plus haut). Ce que j’aime dans cette musique festive, c’est qu’il y a une connexion entre les danseurs, les musiciens, la terre, le ciel, tout quoi ! Là, c’est de la transe. On est dans le partage absolu. Je suis allé au Fest-Noz  des 30 ans du groupe Carré Manchot, un groupe mythique en Bretagne. J’ai dansé sans m’arrêter de 17 heures à 5 heures du  matin. C’était dans la nature, on a vu le soleil se coucher et les lumières artificielles arriver. C’était l’euphorie totale.

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07 juillet 2013

Merci Edgar : l'outil idéal pour le développement des projets artistiques des musiciens!

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1001790_205326649622594_592859969_n.jpg« Vous êtes artiste ? Vous n'avez pas encore de tourneur ? Vous n'avez pas le choix, vous devez vous occuper de tout, et tout seul !
Vous aimeriez consacrer davantage de temps à créer, répéter, jouer sur scène plutôt qu'à vous occuper de la communication, des tâches administratives ou commerciales ?
Avec Merci Edgar, vous avez enfin un outil vous permettant d'être plus efficace, organisé dans vos recherches de dates. Bref, vous allez gagner du temps, du temps que vous pourrez consacrer à votre passion, pour le plaisir de votre public ! »

En lisant ce message, tout artiste qui débute ou qui rame un peu à se faire connaître d'un public plus large, devrait être tenté par ce projet (qui n’en est plus un (projet) puisque là, nous parlons bien d’éléments concrets).

J’ai découvert le blog Merci Edgar, il y a quelques mois par l’entremise de son fondateur, Christophe Robillard, responsable développement et musicien auto-produit. J’avoue qu’à la base, je n’avais pas compris tous les tenants et les aboutissants, mais j’avais une vision globale très positive de la chose. Le projet à évolué depuis.

Ce qu’il faut savoir, c’est que Merci Edgar est un outil conçu pour aider les musiciens à développer leur projet artistique. Plusieurs moyens sont proposés :

-Un logiciel pour gérer ses différents contacts professionnels, en faire le suivi, leur adresser des mails en masse (On peut le tester lors d’apéros organisés par Merci Edgar).

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-Des vidéos d’interviews de professionnels de la profession : directeurs de salle, tourneurs, journalistes, chargés de diffusion, attaché(e)s de presse et artistes. Ces vidéos permettant à l’artiste de mieux appréhender l’univers du spectacle vivant. (Et je peux témoigner que Christophe sait poser les bonnes questions. Il interviewe une demi-heure et n’en garde que 10 minutes. Le best of des entretiens, quoi !)

Voici l’interview que je lui ai accordée. C’était le lendemain de l’annonce de l'arrêt des émissions musicales actuelles sur France 2, dont celle à laquelle je collaborais, CD’Aujourd’hui. Christophe Robillard m’a donc fait réagir à ce sujet (notamment).

Entretien d'Edgar #16 : François Alquier, journaliste from Merci Edgar on Vimeo.

Les autres vidéos sont . Personnellement, en les visionnant, j’ai appris beaucoup de choses sur les rouages de cette gigantesque machinerie qu'est le monde de l'industrie de la musique en France. Tous les gens du métier devraient s'y intéresser...)

Pourquoi je décide de mettre un coup de projecteur aujourd’hui sur Merci Edgar ?

robi.jpgD’abord parce que cette initiative est intéressante et peut réellement aider les artistes émergents. Parce que Christophe Robillard est convaincu et convaincant. Parce que j’aime ce genre de type qui parle, qui demande, qui s’interroge, mais surtout qui fait. Des actes à la parole… ça devient suffisamment rare pour être dûment signalé.  

Nous devrions être nombreux à bouger notre cul comme lui et ne pas attendre que les choses se fassent. (Je parle aussi (et beaucoup) pour moi. Aussi.)

Depuis la semaine dernière, Merci Edgar possède un site « vitrine » explicatif (absolument clair et précis). 

Enfin (belle coïncidence qui n'en est pas tout à fait une quand même), sachez qu'il y a aujourd'hui (dimanche 7 juillet), un pique-nique au Parc de la Villette à Paris organisé par Merci Edgar.

Il fait beau, il fait bon... si vous êtes artiste, c'est le temps idéal pour venir jeter un coup d’œil et vous renseigner…

Pour en savoir plus sur le pique-nique, c’est ici que ça se passe.

Longue vie à Merci Edgar!

08 juin 2013

Loïc Lantoine : interview pour la sortie de J'ai changé

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Loïc Lantoine est un ovni dans le paysage de la chanson française. Cela fait longtemps que je voulais le rencontrer. Ses textes faits de sombres pensées et de tendre humanité me touchent au plus haut point. Je ne suis pas le seul, je sais. Ses mots traînent beaucoup d'entre nous jusque dans les tréfonds de nos conneries et de notre folie. Poète de notre temps, conteur d'un autre temps, l’homme n’est pas fan des interviews. Mais son attachée de  presse, la très efficace Sissi Kessaï, fait en sorte de lui faire faire de la (bonne) promo à l’occasion de la sortie de son nouvel album J’ai changé. Une rencontre mandorienne était donc une évidence (surtout pour moi). Le 24 avril dernier, nous nous sommes retrouvés dans un café (mais devant une bière. Non, deux ou trois, je ne sais plus bien).

71tSgtUbQ9L._SL1083_.jpgBiographie par Philippe Barbot (pardon à lui, mais nettement raccourcie) :

Déjà presque dix ans que le loustic Lantoine fait tanguer la langue, chavirer la rime et culbuter les strophes. Avec son complice et alter-égal François Pierron, le chantre de la chanson pas chantée a baroudé de bars en gîtes, de clubs en bouges avec une inaltérable constance et trois albums sous les aisselles : Badaboum , premier essai tapageur en 2004, suivi de Tout est calme deux ans après et du live À l'attaque , en 2008, ont forgé sa réputation de poète routard déglinguant les conventions littéraires et musicales avec un bagout et une pépie dignes d'un Bukowski ch'timi ou d'un Tom Waits nordiste. Loïc Lantoine est revenu. Il a changé, mais pas trop. Juste ce qu'il faut. En mieux. Il a changé. C'est du moins ce qu'il prétend dans le titre de ce nouvel album, aux chansons rodées comme d'habitude sur scène, pendant deux années de tournée. C'est vrai, y'a du nouveau dans cet album. Si l'on y retrouve la familière diction rocailleuse et les singuliers sonnets en vers et contre tous, on ne peut pas ne pas remarquer que le champion de la chanson chahutée s'est mis à... chanter. Loïc Lantoine le duo est devenu Loïc Lantoine le gang. Pour souder cet éclectique club des cinq, il fallait un lien, un regard extérieur, un arrangeur ni trop arrangeant ni trop dérangé : Daniel Yvinec, musicien maestro et directeur de l'Orchestre National de Jazz, a signé une réalisation à la fois dense et précise.

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loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorInterview :

Tes nouvelles chansons bénéficient de nouveaux musiciens. Elles sont donc plus musclées que d’habitude.

Ça s’est fait naturellement. Avec François Pierron, à la sortie du deuxième album, on tournait avec deux personnes supplémentaires, mais qui changeaient souvent. Parmi ces gens-là, il y avait Éric Philippon et Joseph Doherty. On a eu l’envie de figer les choses, alors on leur a demandé s’ils voulaient créer des nouvelles chansons à quatre. Ils ont dit oui. On était content. Thomas Fiancette est arrivé en renfort à la batterie un peu après. Nous voilà cinq maintenant. Mais rien n’était prémédité.

Du coup, vous avez créé pas mal de chansons, tous ensemble, en résidence.

Il y avait quelques textes qui préexistaient, mais je prends de plus en plus de plaisir à écrire en compagnie des musiciens. Ils sont en train de répéter, il m’arrive de les arrêter sur quelque chose qui me touche, ils restent un peu dessus. Une fois que j’ai accroché quelques vers, que je vois où je pourrais aller, je vais m’isoler, je termine la chanson et je leur fait écouter. On essaie de trucs. Parfois même la musique change complètement parce qu’ils ont trouvé autre chose… Ce n’est pas très réfléchi tout ça. Les trois quarts de ces chansons ont été écrits en leur compagnie.

Tu n’es donc pas un solitaire dans la création.

J’ai commencé comme ça, vraiment tout seul, et maintenant, beaucoup moins. Mes musiciens trainent d’autres émotions, d’autres sensibilités et ça m’ouvre l’esprit. J’ai tendance à penser que les chansons ne m’appartiennent pas, donc je trouve ça bien d’être influencé par d’autres. Ça donne des chansons plus riches.

De plus, ce qui est bien, c’est que tes musiciens ont vraiment des influences musicales différentes les unes des autres.

Joseph, c’est un irlandais qui jouait dans Son of the Desert. Il vient du rock pur et dur. Éric, dit « Fil », c’était le guitariste de la Tordue. Quant à Thomas, autant il va s’éclater à jouer de la batterie sur de la valse musette que sur du rock qui tache. Et François, c’est mon compagnon et contrebassiste de toujours… Ils auraient pu jouer n’importe quoi, je les ai choisis aussi pour leur côté humain. L’important, ce sont les bonshommes avant tout.

Clip de "Je ferme". Réalisation : Laurent Benhamou.

J’ai souvent lu que par rapport à ta musique et à ta voix, tu n’étais pas sûr de toi.

Je ne suis pas sûr de moi en général. Pour ma coupe de cheveux, comme pour mon pull ou pour mon chant. J’ai du mal à me revendiquer comme chanteur. Ca me fait toujours marrer parce que j’ai l’impression que c’est un malentendu gigantesque.

Tu as un public nombreux depuis des années.

Il n’est pas si nombreux que tu le dis, mais il est fidèle et varié et ça, ça nous fait plaisir. Il y a des gens qui nous ont découverts par le biais de la chanson traditionnelle et, avec le temps, des gens sont arrivés par d’autres entrées. Parce qu’on joue aussi du rock, monsieur !

Après les concerts, tu aimes bien parler avec ton public.

De moins en moins. Je suis un peu gêné parfois. C’est compliqué, j’ai autant de mal à recevoir les compliments que les insultes. Quand on me dit des choses très gentilles, je ne sais jamais quoi répondre et j’ai les mains qui deviennent moites. Je n’aime pas avoir les mains moites.

C’est une forme de timidité.

Oui. D’ailleurs, c’est marrant dans ce boulot le nombre de gens timides. J’ai un peu réfléchi là-dessus, ce n’est pas une histoire de thérapie. La timidité doit être une qualité parce qu’elle permet d’avoir de la pudeur. Les gens qui sont un peu plus tête brulée sont sans doute plus « évident ». C’est pour ça que ça marche un peu mieux pour les gens un peu torturés.

Pourtant, chanteur, c’est quand même un métier sacrément impudique. loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandor

C’est justement quand on est dans le paradoxe qu’une certaine richesse arrive. C’est un métier qui est complètement aberrant, il ne faut pas faire ça. Quand tu es timide, dire à des gens « taisez-vous, c’est moi qui parle », c’est absolument n’importe quoi.

Y a-t-il deux Loïc Lantoine. Celui qui est sur scène et celui qui est dans la vie ?

Disons que celui qui est sur scène est une caricature de celui qui traine ses guêtres dans la vie. Je ne pense pas que l’on puisse réellement me connaître à travers ce que l’on voit de moi sur scène. Tous les traits sont là, mais j’exagère tout. Je suis bien plus quelconque que ce que je peux donner à voir. Je ne me réveille pas tous les matins en faisant une déclaration d’amour infernale à ma femme, par exemple (rires).

Tu as testé tes nouvelles chansons sur scène avant de les enregistrer. Pourquoi ?

C’est un rapport qui s’est inversé. La logique voudrait qu’on enregistre des chansons et après qu’on les tourne. C’est bien beau d’imaginer comment on va assumer une chanson devant les gens, mais tant qu’on ne l’a pas fait, on ne sait pas ce que ça va donner. Ce qu’on a « boxé » en studio, sur scène, on s’aperçoit que ça passe mieux en douceur. Parfois l’inverse, on a envie de muscler une chanson qu’on a enregistrée trop cul-cul. On ne sait jamais comment on investit une chanson, alors je trouve que roder une chanson avant de la graver est un bon procédé.

Ce n’est donc pas pour voir la réaction du public ?

Non, c’est juste pour voir comment on assume les chansons. Il faut être un peu schizo dans ce métier. Quand j’écris, j’essaie de me plaire en tant que public potentiel. Si je dois commencer à prendre la température des goûts des gens, je suis mort. Je fais des chansons pour le Modem après.

Tiède. Milieu quoi !

Voilà.

Tu ne te censures jamais ?

Je ne m’interdis rien dans la chanson. Mais il y a une petite alarme intérieure qui clignote parfois. Surtout sur les intertextes, parce qu’il m’arrive de sortir de grosses conneries sur scène. Je suis là pour faire passer un bon moment aux gens, alors souvent, je vais à fond. Parfois trop, mais les gens aiment quand même bien déconner. Moi aussi.

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Chanter des nouvelles chansons à un public, ça doit faire un peu peur.

On a créé ce nouveau spectacle à Évreux. Il y avait 17 nouvelles chansons et on les a toutes jouées. Je n’étais vraiment pas à l’aise. J’étais en panique même. Quand on a joué une chanson 30 fois, on est quand même plus à l’aise dedans. Tout est une question de rodage.

loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorPour les amateurs de chansons françaises dites traditionnelles, tu es une très grosse référence. Un peu à l’instar d’un Allain Leprest (mon hommage mandorien ici).

Leprest, c’est mon papa de métier, c’est lui qui m’a mis un peu le pied à l’étrier. Mon entrée dans le boulot c’était de coécrire avec Allain des chansons pour le chanteur Jehan. C’était pour moi hallucinant parce qu’ils étaient mes deux artistes français préférés, chacun dans leur domaine. Avec Allain, on s’est côtoyé jusqu’à sa mort.

Tu n’aimes pas du tout les comparaisons avec d’autres artistes.

Je ne comprends pas pourquoi on me compare à Allain Leprest. Léo Ferré aussi revient loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorbeaucoup. Peut-être parce que je fais des phrases trop longue. Arno, à la limite, là je comprends parce que j’ai une voix de fumeur, mais c’est tout. Je suis beaucoup moins connu que ces artistes-là en tout cas. C’est pour ça que je continue ce qu’on fait là.

La promo ?

Oui. Ce n’est pas un truc qui m’est très agréable. Je n’aime pas parler de moi. Mais l’idée de donner la possibilité au plus grand nombre de gens de me connaître m’intéresse. Après, ils feront le choix de m’écouter ou pas. Je joue le jeu des interviews, mais, encore une fois, ce n’est pas très agréable. (Il me regarde, se demande si je suis vexé, puis ajoute). Non, mais avec toi, ce n’est pas pareil…

Je sais très bien qu’il y a des artistes que je vais emmerder. Je sais très bien que tu n’es pas hyper fan des interviews, mais je m’en fous, je viens quand même parce que j’ai envie de te connaître. C’est égoïste de ma part,  je le sais bien.

Non, mais j’ai besoin de communiquer sur mon travail, mais je préférerais boire un coup avec toi, sans micro. Tu vois ce que je veux dire.

Dans chaque album, ce sont souvent les mêmes thèmes. L’amitié, l’amour, un bar qui se ferme… L’œuvre de Loïc Lantoine, c’est toujours pareil sauf que c’est jamais pareil.

Tu as raison. Je ne sais pas de quoi parler si ce n’est de ces choses-là. J’ai de l’admiration pour les gens qui sont capables de raconter des petites histoires surréalistes. Je trouve quelques chansons de Thomas Fersen très réussies et complètement dingues. Il invente des mondes, moi j’en suis bien incapable. Quand il raconte l’histoire d’une bille qui tombe des escaliers, je le trouve très très fort. Avec moi, la bille, elle rencontre un copain dans l’escalier. Ils vont au bar d’à côté boire un coup, mais le bar il est fermé (rires).

Ce qui compte plus que tout pour toi, c’est l’émotion qui se dégage d’une chanson.

Oui. Les émotions fortes. De mes chansons, il faut que se dégage de la colère, de la tendresse, de la nostalgie, de la fraternité, l’amour fou, une musique, un instant, une idée qui va me mettre en branle. Je veux faire naitre des émotions variées chez les gens. On est fabriqué pour vibrer. Une chanson n’est jamais belle. Si la personne qui l’écoute ressent de belles choses, c’est cette personne qui est belle. La chanson, on s’en fout.

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Après l'interview, le 24 avril 2013, dans un café parisien.

06 mars 2013

Barbara Béghin : interview pour la sortie de son premier album

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor

(Photos et design: Wanda Kujacz)

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor« Son aspiration, Barbara Béghin la puise dans l’air du temps, assise à la terrasse des cafés elle observe, saisit au vol un mot, une idée, capture une image qu’elle note dans ses carnets qui ne la quittent jamais. De ces instants fugaces, Barbara y puise son inspiration pour nous conter toujours avec optimisme et humour la vie des autres. Le résultat est un album composé de 11 chansons, autant de fragments du quotidien, de tableaux représentants l’Homme et ses amours, avec comme élément fondateur et narrateur central : la Femme. »

Ainsi est présenté officiellement le premier album de Barbara Béghin, personnalité à la fois fantasque et mutine.

J’ai fait la connaissance de cette jeune femme il y a déjà quelques mois chez son réalisateur/arrangeur/compositeur, Vincent-Marie Bouvot dans son studio d’enregistrement de Deuil-la-Barre. Je n’étais pas venue pour elle, mais Barbara était présente. Je suis repartie avec son disque. Je l’ai souvent écouté, car je le trouve iconoclaste et très varié (rock, chanson, electro…). Et j’aime beaucoup le grain de sa voix. Je suis très sensible aux voix, je le répète souvent ici.

Pour écouter sur Deezer, c'est ici.

Le 12 février dernier, Barbara Béghin est venue à ma rencontre à l’agence pour évoquer ce premier disque et sa relation avec la musique.

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barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorInterview :

Tu as commencé la musique à l’âge de 4 ans.

Je suis un peu née avec déjà à l’esprit le spectacle.  Le spectacle plus que la chanson, d’ailleurs. Mes parents aimaient ça et ils nous ont installé un grenier ou nous pouvions faire ce que nous voulions avec ma frangine. On a tout de suite été dans la volonté de créer et d’imaginer des choses. On imitait aussi ce que l’on voyait à la télé.

Ta relation à la musique est plutôt ouverte, j’ai l’impression.

Oui. Et aujourd’hui, je sais que j’ai encore beaucoup d’artistes et de genres musicaux à découvrir. J’ai plus une affection pour des chansons que pour des styles. On a d’ailleurs du mal à définir ce que je fais moi comme genre. Je réponds que c’est de la chanson française.

Je reviens à tes parents. Tu as de la chance, ils t’ont encouragé en te faisant faire des cours de danse, de chant, de piano, de théâtre…

Dans le nord, avec ma sœur, on a commencé par la danse. Mon plaisir de la gestuelle et de la scène me vient de là. Après, quand nous sommes allés en Normandie, j’ai fait partie d’une première association de musique, puis d’une seconde, mais de théâtre. À 13 ans, j’ai pris des cours de chant quand ma prof de musique à mis en place un groupe pour faire des prestations, des reprises essentiellement. Je suis devenue la chanteuse du groupe. L’envie du spectacle, c’est aussi le fait de ne pas rester cachée derrière un piano et pouvoir se défouler autrement qu’en jouant de la musique. Ce n’est pas de l’exhibition, c’est le plaisir de ne pas être enterrée, de se dévoiler un petit peu. Ça m’apporte quelque chose que la vie ne m’apporte pas tous les jours.

Clip de "Toujours, Toujours".

Quand tu étais adolescente, tu as même sorti un EP.barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor

Toujours avec cette association de musique en Normandie. J’ai dit à ma prof que j’écrivais des petites chansons… de collégiennes (rires). Elle m’a proposé de faire de la musique dessus ensemble. On a fait un premier 4 titres avec un groupe qui s’appelait Stationnement Interdit. C’était une toute première expérience d’enregistrement et un travail différent de la scène. On prend notre voix en pleine tronche et c’est là que l’on découvre nos premiers petits défauts. Quelques années plus tard, toujours avec le même groupe on a fait un 11 titres.

Depuis ce 11 titres dont tu nous parles et ce premier album solo, tu as l’impression d’avoir fait des progrès ?

Euh… oui, en étant objective, je peux le dire. C’est dû à un travail d’écoute et de réflexion. Et de nouvelles relations aussi. C’est Vincent-Marie Bouvot qui a mis le doigt sur des choses qui n’étaient pas possibles. Quand on fait des reprises, on essaie d’imiter ou d’interpréter de la même façon que les artistes originaux. Après, c’est très dur de retrouver son identité vocale personnelle.

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Pour faire ton disque, tu t’es inscrite sur le site participatif Akamusic en 2009. Ça a marché puisque tu as réuni assez d’argent  pour enregistrer.

C’était le moment où je tournais un peu en rond. Il fallait que j’avance, je ne pouvais pas stagner. J’avais une irrépressible envie de chanter mes propres chansons. Ça finissait par m’obséder. J’avais entendu parler des plates-formes participatives et j’ai tenté le truc. Ça m’a permis de former une équipe que je n’avais plus. J’ai mis des maquettes plutôt bien enregistrées. Avec de l’effort et de l’énergie et la volonté de s’intéresser aux principes communautaires et de tous les réseaux sociaux, la jauge a augmenté et ça m’a permis de sortir un premier single. À partir de là, le directeur artistique d’Akamusic m’a proposé de rencontrer Vincent-Marie Bouvot.

"Comme une allumette".

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorTu le connaissais ?

Non. Le monde des arrangeurs m’était parfaitement inconnu. On m’a vite expliqué qu’il avait travaillé pour Julie Piétri, Elsa et Zazie. J’ai écouté les albums qu’il a réalisés pour elles et j’ai reconnu une patte et un son que j’aimais beaucoup. J’ai eu le sentiment qu’il pouvait m’apporter ce que je voulais dans la recherche des sons et des mélodies. Des mélodies très efficaces…

L'as-tu rencontré pour savoir si vous pouviez travailler ensemble?

Oui. À notre premier rendez-vous, je lui ai fait écouter mes maquettes. Il a eu un regard critique dessus et m’a expliqué comment faire évoluer les chansons. Ça m’a plu tout de suite, car j’ai besoin que l’on m’explique ce qui ne va pas et que l’on me montre comment on peut changer ce qui ne va pas. Il a compris que ce que j’aimais, c’était d’essayer d’écrire des textes qui racontaient des histoires et des musiques qui font bouger avec des mélodies que l’on pouvait chanter facilement et que les gens pouvaient reprendre. On s’est quitté sans se préciser si nous allions nous revoir. Mais moi, j’avais l’impression que tout était bon pour moi. J’ai appris un peu plus tard qu’il était partant aussi.

"Pas seulement pour lui" en studio.

Tu as eu combien d’argent pour faire cet album ?

Au final, 80 000 euros grâce à 800 producteurs.

Une fois que l’album est enregistré, les producteurs suivent ce que tu fais ?

Je leur donne le maximum d’infos possible. Il ne faut pas que les gens pensent que, parce qu’on a fait une production sur un site communautaire, participatif qu’on va sortir plus vite que tous les autres artistes qui rament. Certains pensent que l’on va tout de suite cartonner et que l’on va tous faire comme Joyce Jonathan et Grégoire. Il faut donc les rassurer en leur disant que l’on fait tout notre possible pour que ça marche. Moi, je ne lâche rien. Je mets en place ma scène en ce moment.  

Dans ce disque, ce qui est fou, c’est que ta voix varie de chanson en chanson.

Ça vient des genres différents qu’il y a et qui permettent une interprétation différente.  C’est aussi la volonté avec Vincent-Marie d’aller chercher le maximum de ce que je pouvais faire parfois. J’ai osé des choses que je m’interdisais presque.

Extrait de "Emmeline".

Tu racontes les histoires d’une jeune femme de ton âge, parfois de manière un peu désillusionnée.

Pas tant que ça. J’essaie de positionner mes personnages et j’évite d’exprimer mes positions personnelles  dans mes chansons. Au  niveau de l’interprétation, j’essaie aussi d’avoir la position d’artiste chanteuse qui prend les choses graves avec une pointe de légèreté quand même.  Je  prends les choses comme elles viennent et j’essaye d’habiller mes chansons à ma sauce, en envisageant que la vie peut être sympathique quand on choisit ce qu’on veut faire.

Tu chantes aux Déchargeurs durant plusieurs jours...

En coréalisation pour 15 représentations du 19 mars au 6 avril. C’est bien parce que cela va me permettre de roder la scène et d’inviter un maximum de professionnels. Je veux leur montrer ce dont je suis capable de faire. On a choisi de faire une proposition guitare-voix et une version guitare-batterie-voix. Il y a aussi la possibilité de m’aider à financer mes scènes. (Là). Le 17 mai, je serai aussi au Sentier des Halles.

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Je sais...

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