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25 janvier 2014

Klô Pelgag : interview pour L'alchimie des monstres

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klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorKlô Pelgag déboule avec ses 23 ans et un premier album, L’alchimie des monstres, absolument formidable, en tout point (musicalement, textuellement et vocalement). L’auteure-compositrice-interprète, pianiste et guitariste, impose des gâteries oniriques vêtues de musiques qui se fichent des étiquettes. Elle chante la taxidermie, la chimiothérapie, le Nicaragua, les mariages d’oiseaux ! Des chansons pour le moins originales, remplies d’images fortes et inquiétantes, livrées sur des airs baignés de cordes. Le répertoire de la jeune femme est captivant.

Lors d’un récent passage à Paris, le 15 octobre dernier, Klô Pelgag s’est arrêté à l’agence.

Elle est aussi calme et douce dans la vie qu’elle est vive et déjantée sur scène. Une charmante rencontre…

Autobiographie officielle :

L’essence Pelgagien se puise devant le fleuve St-Laurent. C’est à Rivière-Ouelle qu’est basé le laboratoire de création où un piano sans brassière, accoté à une fenêtre qui offre un regard plongeant jusque dans le creux de la petite baie où les histoires s’inventent. Inspirées par l’art visuel (Botero, Dali, Magritte, Marc Séguin), la littérature et le théâtre (Vian, Ionesco, Réjean Ducharme), le cinéma (André Forcier, Jean-Claude Lauzon, Pierre Perrault, Wes Anderson) et la musique (Chopin, Brel, King Crimson, Gentle Giant etc.), je m’efforce à faire de mes chansons un paysage pour les aveugles. Je veux que la musique et les mots se confondent. Que l’un n’existe pas sans l’autre.

(La suite ici)

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klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorInterview :

Tu arrives subitement en France et le charme opère. Mais tu chantes au Québec depuis plusieurs années.

Ça fait 4 ans que j’écris des chansons. Mais à l’origine, je souhaitais devenir comédienne. Après l’école secondaire, j’ai pris des cours de théâtre. Ça a été super révélateur de mon choix de vie par la suite. C’était la première fois que je me sentais bien dans quelque chose.

Tu ressentais des trucs en toi, mais tu ne savais pas comment les ressortir, c’est ça ?

Comme tout adolescent qui se cherche. En plus, j’habitais un petit village où artistiquement, on ne pouvait rien faire. Il fallait que j’aille chercher l’art, puisque l’art ne venait pas à moi. Je me contentais d’écrire des chansons.

En écoutant les chansons de ton album, j’ai été impressionné par ton univers foisonnant.

J’ai des trucs bizarres dans la tête depuis toute petite. Les choses qui m’intéressent ne sont pas nécessairement les histoires qui parlent de la réalité. Moi, j’aime les histoires qui nous font entrer à l’intérieur de soi ou de quelqu’un. Je suis certaine que tout le monde a ça en lui, mais ne l’exploite pas. J’ai toujours un intérêt pour inventer des histoires. Ce que je raconte est très spontané. Ça jaillit en moi sans que je réfléchisse.

Il y a beaucoup d’images dans tes chansons.

Quand je lis un roman ou que j’écoute une chanson, je ne retiens pas forcément tout, mais plutôt une image qui m’a frappé. Je fonctionne beaucoup en image dans mes chansons parce que c’est ce qui m’intéresse et que je trouve cela percutant.

Clip de "La fièvre des fleurs".

klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorIl y a dans tes chansons des sujets récurrents et très noirs, comme la maladie et la mort. On pourrait croire que c’est anxiogène, et bien  même pas ! La musique plutôt joyeuse et la façon de chanter vive et intense déplombent tout ça.

Dans la vie en général, j’adore les contrastes. Quand je parle de la leucémie dans « La fièvre des fleurs », je ne peux pas utiliser une musique triste. On peut tout chanter, je pense, mais il faut amener la chanson dans la bonne dimension et le bon point de vue.

Tu as des obsessions, quand même !

J’ai remarqué ça quand j’ai terminé l’album. Je ne peux pas analyser les raisons pour lesquelles je pense à tous ces sujets noirs. J’aime les trucs violents. J’aime quand c’est percutant et que ça va chercher au fond de soi. Je n’aime pas les choses sans intérêt, les choses plates.

Il y a aussi un grand rapport au corps dans tes textes.

Le corps, ça concerne tout le monde. Avec notre pensée, c’est la seule chose qui nous appartient.

J’ai écouté tes chansons comme je lis des nouvelles.

Je donne des clés pour que l’on comprenne mes chansons peu à peu, pas frontalement. J’adore pouvoir relire un roman trois fois et redécouvrir des choses à chaque fois. Les différents degrés dans un texte, je trouve ça primordial et riche. C’est fou parce que je procède ainsi presque inconsciemment.

Clip de "Les maladies de cœur".

Quand tu as commencé à écrire, c’était immédiatement dans le but d’en faire des chansons ?

J’ai commencé en écrivant des nouvelles pour des journaux littéraires d’école. Mais je trouve que la chanson est quelque chose de très expressif et qui se partage comme aucun autre art. J’aime quand mon texte colle à mes musiques.

On peut dire que tu es une chanteuse à texte avant tout.

Je ne suis pas d’accord. « Le dermatologue », par exemple, est une chanson plus musicale que textuelle. Pour moi les lignes mélodiques sont très importantes, j’adore les harmonies. Les arrangements prennent une grande place aussi dans ma façon de travailler.

Tu commences par les textes ?

Non, je fais les deux en même temps. Quand je veux créer une chanson, je commence au piano, peu à peu, je rentre dans un genre de bulle. La musique et les accords qui arrivent, au bout d’un moment, me donnent l’idée d’un texte. Les deux s’influencent peu à peu.

Ce qui revient sur toi quand je lis la presse, ce sont des mots comme « absurde », « folle », « délirante », « passionnée », « surréaliste », « poétique »… tous ces mots te conviennent-ils ?

Ça fait longtemps que j’entends et lis ça sur moi, donc je suis habituée. Je vois un sens à ça. Je l’ai un peu cherché quand même. (Sourire).

"Comme des rames", dans l'émission Belle et Bum, le 11 novembre 2013.

"Les corbeaux", dans l'émission Belle et Bum, le 11 novembre 2013.

Regardes-tu dans les journaux ou sur internet ce que disent les gens de toi ou es-tu klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorcomplètement détachée du regard des autres ?

Non, je regarde. C’est intéressant d’avoir les opinions des gens. Dans mes chansons, le voyage est intense et il y a une grande place à l’interprétation qu’on peut faire des textes, donc, je suis curieuse d’en découvrir des différentes des miennes par d’autres personnes.

Y a-t-il des artistes qui t’ont donné envie de faire ce métier ?

Je n’ai jamais eu d’idée fixe sur ce que j’aurais aimé devenir ou faire, mais quand j’ai lu Boris Vian ou Eugène Ionesco, ça a été de gros coups de cœur pour moi et ça m’a donné envie de passer beaucoup de temps avec les mots. Quand j’ai lu leurs œuvres respectives, je me suis dit que je n’étais pas la seule à être folle (rires). Ça m’a incité à faire ce que j’avais au fond de moi, mais que je n’osais pas sortir. Vian et Ionesco m’ont permis de me situer quelque part.

Avec l’imaginaire que tu avais, tu te sentais seule ?

Oui. Quand j’étais adolescente surtout. D’où je viens, les gens n’aimaient pas tellement la littérature, le théâtre ou l’art en général. Ça m’a beaucoup isolée.

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Aujourd’hui, tu deviens une artiste populaire dans ton pays. Ce paradoxe te rassure-t-il ?

Oui, quand même. Comme j’adore faire ce métier, j’adore faire des spectacles, j’adore le contact avec les gens, j’espère qu’il y aura de plus en plus de monde à mes rendez-vous. La scène, pour moi, c’est un art vivant. Il faut se battre et donner de sa personne sans limites. Plus les gens embarquent dans mon univers, plus j’ai envie de donner. C’est tellement un échange les concerts… Je ne fais jamais deux fois le même. J’aime me renouveler constamment.

Qu’est-ce que te donne le public en échange de ta prestation ?

Les réactions, la spontanéité, la surprise… j’aime parfois créer des malaises, tester un peu les gens, aller voir ce que sont leurs limites, alors si personne ne réagit, ce que je fais ou dis tombe à l’eau. Mais c’est rare (sourire).

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Pendant l'interview...

Est-ce que tu es consciente du rôle de l’artiste dans la vie des gens ?

Ce qui m’a amené à faire ce travail, c’est beaucoup l’inconscience. Quand j’ai commencé, pas mal de personnes me disaient que mes textes étaient compliqués et que les gens ne comprendraient rien. Mais il y a aussi des gens qui me disaient que je prenais le bon chemin et qui m’ont encouragée. C’est important de ne pas trop réfléchir, mais d’être conscient de l’utilité de faire de la musique. Je pense que je peux apporter quelque chose de bien, quelque chose de pertinent. Je vais tout faire pour me dépasser continuellement.

Quand tu étais petite, je sais que tu voulais être travailleuse sociale.

Je voulais faire quelque chose qui aide les gens. Au début, quand j’ai commencé à écrire des chansons, je ne savais pas si j’avais pris la bonne voie parce que je ne voyais pas en quoi ça pouvait aider les gens. Aujourd’hui, je reçois tant de lettres de personnes à qui mes chansons font du bien que je me dis que ce que je fais n’est pas si inutile de ça.

Tu sembles un peu timide dans la vie, alors que sur scène, tu exploses…

Je le suis vraiment. Par contre, en concert, c’est moi puissance cinq. Je suis moins gênée dans une salle remplie que devant une personne. C’est paradoxal, parce que je n’aime pas quand il y a plein de monde en société, car je ne peux pas parler profondément avec les gens. Je suis un peu compliquée dans mon fonctionnement. 

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Après l'interview, le 15 octobre 2014...

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15 janvier 2012

L'intervieweur interviewé (1): Eric Briones pour son "Cabinet des curiosités"

Eric Brione by Laure Bernard.jpg

(Photo: Laure Bernard)

eric briones.jpgQui est Darkplanneur ? (source: entrevue.fr )

Publicitaire le jour, prescripteur de tendances la nuit sur son blog darkplanneur.com, Eric Darkplanneur Briones, est aussi à l'origine de l'émission web à succès, "le Cabinet des curiosités", laboratoire à idées libres.

Tel un psychanalyste, Eric Darkplanneur Briones, blogueur incontournable décrypte pour vous le côté obscur et la face cachée des célébrités.

Ont déjà livré une partie de leur intimité : Matthieu Chédid, Ariel Wizman, NTM, Marc Dorcel, Philippe Katerine, Pierre Bergé, Arielle Dombasle, Olivia Ruiz, Patricia Kaas, Jean Charles de Castelbajac, Rachid Taha, Oxmo Puccino, Snoop Dogg, François Hollande... (je ne vais pas faire le lien sur chaque nom, mais tous sont visibles ici!)

C'est plus de 40 émissions, vues plus de 4 millions de fois...

Voilà pour la version officielle. Pour ma part, Éric Briones est un ami. Un type dont j’apprécie le travail et avec lequel nous nous retrouvons régulièrement à déjeuner. On évoque nos métiers respectifs et les interviews de l’un et de l’autre. Notamment. Nous avons une amitié discrète (dans le sens où nous ne passons pas nos soirées ensemble) et constructive (dans le sens où l’échange et les conseils sont permanents). Bref, l’émission « Le cabinet des curiosités » qu’il présente avec style fait beaucoup parler d’elle. Je me suis dit qu’une mandorisation officielle serait intéressante. Une nouvelle conversation, mais publique, en somme…

Le 3 janvier dernier, j’ai donné rendez-vous à Éric Briones à l’agence pour laquelle je travaille. Je lui ai demandé de s’allonger et je me suis mis à sa place (avec ma façon à moi d’interviewer… une école différente de la sienne).

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DSC02953.JPGLes interviews, c’est un vieux fantasme  pour toi?

L’interview n’a pas été une idée naturelle chez moi. L’idée était de créer des concepts, des programmes vidéo d’abord pour internet. Très vite, je me suis rendu compte que pour faire de la fiction, il fallait beaucoup de moyens. Et pour faire des interviews, il fallait beaucoup d’huile de coude, d’énergie, mais zéro euro. Dans le même temps, j’ai compris qu’on pouvait faire de bonnes interviews, à condition de les bosser. C’est venu dans une logique économique. C’est curieux, parce que dans mon autre boulot, poser des questions n’est pas une de mes forces ou même une de mes envies. C’est donc pour moi une révélation.

C’est quoi ton autre boulot ?

Je suis publicitaire.

Il y a un lieu entre ton activité de publicitaire et celui d’intervieweur ?

Oui, je le pense. J’ai un métier très particulier dans la publicité, un métier rare, on est à peine 300 en France… je suis planneur stratégique. Pour faire court, je suis chasseur de tendances. Donc, il faut être à l’écoute, créatif et dans le rebond permanent. Il y a aussi cette recherche conceptuelle que j’ai en moi qui fait que je ne peux pas faire une interview comme les autres. Il faut que je trouve un concept novateur dans tout ce que j’entreprends.

J’ai assisté à la naissance de tes « cabinets de curiosités ». Mais avant qu’ils soient ce qu’ils sont devenus, tu plaçais tes invités sur des chiottes, d’où le nom...

Ah oui, tu t’en souviens ? J’ai commencé avec l’ami Vinvin et ensuite, je suis revenu à une formule plus raffinée esthétiquement. Avec toi, on a fait le numéro zéro de ce qu’est devenu ce cabinet. C’était dans un club SM et notre invité était Coralie Trinh Thi, ex-star du X pour son bouquin, La voix humide. La seule femme de moins de 35 ans qui réussit à écrire ses mémoires en 900 pages. C’était une interview porn, underground et assez improbable.

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Coralie Trinh Thi et Eric Briones, pour "Le cabinet des curiosités", le 21 décembre 2007. A la Cantada II.

(A voir là, si le coeur vous en dit.)

Après ce numéro, nous n’avons pas continué ensemble, c’était de toute façon un one shot pour moi. Et l'ensemble correspondait plus à ton style qu'au mien. Ce "cabinet" m'a permis de comprendre qu'il ne fallait pas que je sorte de mon territoire personnel. Cela étant, j’ai adoré cette expérience. Quand je vois ce qu’est devenu « Le cabinet des curiosités », je suis impressionné. C’est devenu une émission que l’on pourrait voir à la télévision.

Tu sais, le web n’est qu’un moyen et pas une passion. Mon objectif est d’être ailleurs. Le web est souvent assimilé à un « face et écran », sans belle lumière, une qualité d’image pourrie… ça ne m’a jamais attiré, ce n’est pas dans mes valeurs. Moi, je travaille dans l’univers du luxe, obligatoirement, ça transpire dans ce que je souhaite faire. Je vais te dire franchement, je suis encore loin d’atteindre ce que j’ai dans la tête, même si je considère que ça progresse peu à peu. Pour moi, l’interview est un acte de création.

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Toi, tu fais beaucoup de montage.

Quand on dit que « monter, c’est truquer », je ne suis pas d’accord. Au contraire, ne pas monter serait léser celui qui regarde l’émission.

Tu es plus de l’école Ardisson que de l’école Ruquier, alors !

Totalement, je suis clairement un enfant d’Ardisson. D’ailleurs, ça fait partie d’un de mes fantasmes d’intervieweur d’avoir Ardisson.

Thomas Clément, l’autre "intervieweur star" du web l’a "cuisiné" avant toi !

Oui, il y a emmené son angle impertinent. On adhère ou on n’adhère pas, mais du coup, il s’est passé quelque chose dans cette interview. Bon, le bémol, c’est que je pense qu’Ardisson se méfiera désormais des interviews sur Internet.

L’angle de Thomas Clément, c’est un peu la provocation… et toi, quel est le tien?

Mon angle, c’est de considérer l’interview d’une célébrité, d’un artiste, d’un people, comme un objet culturel et traiter avec les mêmes égards un chanteur pop et un grand écrivain. Arriver à tailler une curiosité, avec l’obsession que l’on voit l’invité sous un nouveau jour, de préférence inattendu. Si je n’arrive pas à ça, l’interview n’est pas réussie.

Quand tu reçois François Hollande, le point de vue culturel, il est où ?

Il est plus sur le domaine esthétique et dans l’expérience graphique de la chose. Ce jour-là, on avait un performer nu en bas, dans les toilettes. François Hollande a joué de façon très libre avec ce performer. Là, c’est dans l’interaction entre Hollande, le performer et la mise en scène qu’on a instaurés. Et puis, on a mis le discours d’Hollande sur de la musique electro.

Je me souviens qu’après l’émission, tu m’as dit au téléphone que tu avais un peu raté l’émission.

Après, j’ai muri ma réflexion. C’était un « cabinet » très long. On a enregistré 1 heure 20. J’avais énormément travaillé. Interviewer un politique, c’est complexe. Et finalement, avec le recul, je ne suis pas déçu. Cet homme m’a impressionné par son sens de la cohérence. Dans un monde mouvant, lui ne change pas dans ses objectifs et dans son attitude. J’ai aimé qu’il joue le jeu aussi bien.

À partir du « cabinet des curiosités » de Raphael, je t’ai vu partout.

Ca a commencé réellement avec Patricia Kaas. Elle nous a fait rentrer dans une dimension mainstream (grand public). Au début des "Cabinets", il y a 4 ans, on était dans l’underground, par goût, mais aussi par nécessité. Mais, c’est vrai que c’est grâce à Raphael que ça a explosé. Il a sorti deux trois phrases qui ont fait le buzz. Le succès on le mesure en termes d’audience, certes, mais aussi en termes de reprises. L’ubiquité sur internet, c’est fondamental ! Il faut être sur un maximum de plates formes.

Depuis, ce mois-ci, toi et ton « cabinet des curiosités »,  avez désormais deux pages dans Entrevue.

Oui, et c’est complémentaire. Ce mois-ci, ils ont pris 90% du contenu que nous n’avions pas édité du "cabinet" de Stéphane Guillon. Ensemble, on taille une heure d’émission pour la version écrite. Le cabinet devient vraiment multi-média.

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Tu n’as jamais caché que tu faisais les « cabinets » pour accéder à la télévision un jour.

Je l’assume effectivement parfaitement et je l’ai toujours expliqué.

Tu travailles depuis janvier, désormais avec une boite de production, They Produce.

Pendant près de 40 émissions, j’ai tout fait tout seul. Maintenant, on a des réalisateurs, une monteuse, on m’aide à préparer les questions, bref, c’est une machine qui se met en place avec pour ambition claire de vendre cette émission à la télévision, en repensant le format. Il faut être patient. Nous le sommes.

As-tu l’impression que ton « cabinet » devient un passage obligé des artistes ?

C’est beaucoup plus facile qu’au début, en tout cas. Pour faire le "cabinet", il faut avoir une certaine personnalité, une dimension un peu poil à gratter et corrosive.

Tes invités se retrouvent un peu face à eux-mêmes… ont-ils quelques craintes par rapport à cela ?

Non, pas vraiment. Beaucoup viennent là parce que leur attachée de presse leur à conseillé et ne connaissent pas l’émission. Certains bossent en amont, je les rencontre, on en discute, d’autres découvrent en arrivant. Je me demande si ce cas de figure n’est pas meilleur.

Te sens-tu plus un journaliste contrarié ou un psy contrarié ?

Je suis moi-même. Je ne me sens pas une seconde psy, mais la plupart des artistes me disent quand même que ce sont des interviews originales. Le plus beau compliment que l’on m’a fait me vient d’Ariel Wizman. Il m’a dit que quand il voulait avoir la pêche, il regardait le « cabinet des curiosités » qui lui a été consacré.

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Récemment, tu as reçu Anna Polina. Quand elle te parle de double pénétration par exemple, ça t’amuse ?

J’ai compris grâce a un homme de radio, François Angelier de France Culture (l’émission « Mauvais genre ») que j’ai interviewé qu’on peut tout dire, sans que cela devienne vulgaire. En analysant son discours, j’ai remarqué qu’il prononçait des mots les plus tabous qui soient, zoophilie, pédophilie par exemple dans sa bouche, ça ne sonnait pas vicieux. Pourquoi ? Parce qu’il les proclamait avec une espèce de gourmandise assumée. La provocation, je l’aime dans les mots. Ce qui me plait chez Anna Polina, c’est sa pensée et sa vision du sexe, c’est très intéressant.

Tu as reçu récemment Guy Bedos et Stéphane Guillon. Avec eux, j’imagine qu’il ne faut pas faire le malin, ne pas être plus provoc que provoc.

J’ai eu le père et le fils dans la même semaine. Bedos, ce n’était pas facile, mais j’ai adoré l’humour pur de cet homme, son autodérision et son comique de situation. Il a un côté Woody Allen. Quant à Guillon, c’était une magnifique expérience.

As-tu peur de décevoir tes invités ?

Oui, bien sûr. Je ne sais pas si toi tu arrives à avoir du recul, mais moi, ce qui me frustre terriblement, c’est l’après. Je suis dans le doute total pour savoir si c’est bien ou pas. J’aimerai avoir la réaction immédiate de ceux qui vont voir le « cabinet » que je viens d’enregistrer.

Pour ma part, je cherche l’angle original dans laquelle m’engouffrer… et toi ?

Moi, pas vraiment. Tu es beaucoup dans l’improvisation, moi, je fais un gros travail en amont.

Eh, dit ! (Faussement vexé). Je travaille beaucoup, c’est ce qui me permet d’improviser d’ailleurs.

Oui, je me suis mal exprimé. J’ai une cinquantaine de questions. C’est ma base d’improvisation. Il y a une théâtralisation et une mise en musique des questions, mais ça laisse la place à l’improvisation. Pour improviser, il faut énormément travailler, je le sais bien.

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Aujourd’hui, te trouves-tu bon intervieweur ?

C’est ma mise en scène du « cabinet » qui doit être optimisé. Mais, il manque encore quelque chose, une mise en image à trouver. Il faut que j’arrive à être plus égal avec mes invités, être toujours au même niveau selon qui je reçois. C’est très difficile.

Quel est ton tiercé des « cabinets » que tu as préféré faire ?

Tous mes cabinets avec Oxmo Puccino. J’aime quand avec l’invité, il y a un lien qui se crée. Qu’il revienne hors promotion et qu’au final, il devienne un pote.

Moi, en 27 ans d’interviews, je compte sur les doigts d’une main ceux avec qui c’est arrivé…

Je sais, c’est rarissime. J’ai de la chance.

As-tu remarqué que les artistes ou les hommes politiques aiment sortir de leur carcan, des interviews habituelles ?

J’ai l’impression, en effet, que ça leur fait du bien.

D’autres « cabinets » préférés ?

J’ai pris beaucoup de plaisir à faire celui avec Philippe Katerine. J’ai joué avec ma folie intérieure. J’avais un boulot pourri à faire ensuite… qui allait me prendre tout le week-end en plus. Je me suis donc lâché comme un malade. C’est rare, tu sais, c’est mon côté protestant.

Tu ne te lâches donc jamais. Toujours en totale maîtrise ?

Quand tu es dans ce format là, tu ne peux pas te lâcher. Lâcher voudrait dire, faire passer son ego avant l’écoute.

Tu aimes la notoriété, as-tu analysé pourquoi ?

Elle est indispensable. C’est la notoriété qui est le moteur pour créer. Comme mon ambition est médiatique et plus particulièrement télévisuelle, aujourd’hui les décideurs pensent en fonction de ça. La notoriété est une forme de matérialisation du rapport avec le public qui sera, j’espère, dans une forme d’affect positif.

Qu’est-ce qui va changer dans le « cabinet » au niveau du fond et de la forme ?

Au niveau du fond, avoir plus d’invités politiques et cinématographiques. Quant aux évolutions conceptuelles, on y travaille. Il faut que l’on trouve le bon format télévisuel. Depuis toujours, il y a une écriture télévisuelle qui m’a marqué, c’est celle de Jean-Christophe Averty. Il a tout inventé et Dieu sait si on l’oublie. Il a fait de la télévision presque un art. Et plus moderne, j’aime beaucoup le travail de Loïc Prigent, dans les docs et dans l’utilisation faite avec beaucoup de justesse des effets spéciaux L’image du « cabinet » est encore en construction et je voudrai la rendre encore plus singulière.

Qui aimerais-tu recevoir?

Mélanie Laurent. Elle est très difficile à avoir. Les gens du cinéma, c’est toujours très compliqué à recevoir. Je suis curieux de l’avoir en n’utilisant pas son regard. Elle en joue tellement… elle séduit avec et ça se voit. Mélanchon aussi, j’aimerais bien. Pour le numéro 50, on a le fantasme de recevoir Mylène Farmer… et le coup ultime serait Nicolas Sarkozy. Et puis, aussi Bill Murray. Il reste pour moi le plus grand comique de monde contemporain. Bref, beaucoup de monde, tu vois !

As-tu comme moi un côté midinette quand tu reçois ces gens-là ?

Oui, radicalement, et j’assume. On a un côté Warhol. La célébrité, c’est du pop art. C’est terrible, parce que toi comme moi, on le sait bien, on prend un risque émotionnel en ayant cette attitude-là. Il m’est arrivé d’être déçu. Par exemple, ma rencontre avec Édouard Baer ne s’est pas bien passée. Son « cabinet » est très tendu. On ne le sent pas très sympa à l’écran. En tant que fan, j’ai souffert de ce cabinet, mais au montage, on voit une autre facette de lui. Un Baer, pas sympa. Je dois être un intervieweur masochiste. Quand ça se passe mal, quand il y a du conflit, quand on est attaqué, j’aime ça. J’aime bien quand on me rentre dedans intelligemment.

Moi, je suis tout le contraire. Je déteste travailler dans le conflit. J’ai besoin de la petite étincelle entre deux personnes. Cela étant, ton deuxième métier est dans un milieu qui est dur, où le conflit est quasi permanent… ça rejaillit surement sur le deuxième aspect de ta vie professionnelle.

Tout à fait. Tu as raison. Je n’avais jamais réfléchi à la question de cette manière… le rapport au conflit est intéressant.

Je trouve en tout cas que d’émission en émission, ton style s’affine et tu commences à avoir un style très personnel. C’est un compliment de ma part et il n’y a rien à répondre à ça. Au revoir et merci !

Pour finir, voici la bande annonce officielle de l'émission... il y a du beau monde!