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07 mars 2016

Laurent Binet : interview pour La septième fonction du langage

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Les Prix Interallié et Prix du Roman Fnac 2015 ont été attribués à Laurent Binet pour son roman La septième fonction du langage. Ce livre nous faire rire en parlant de sémiologie, la science des signes, dans le langage et le comportement. Une performance ! Mais quel est l’intrigue de ce roman ? 1980, Roland Barthes, star mondiale de la sémiologie, meurt en sortant d'un déjeuner avec François Mitterrand, renversé par une camionnette. Laurent Binet imagine qu'il ne s'agit pas d'un accident. Barthes aurait pris connaissance de la 7ème fonction du langage, celle qui fait de son détenteur un orateur aux pouvoirs illimités sur ceux qui l'écoutent: qui a fait tuer Barthes pour s'emparer de ce redoutable secret ? Mitterrand ? Giscard? La CIA ? Le KGB ?

D'Althusser à Lacan, de Foucault à Derrida, de Deleuze à Baudrillard, via Sollers, Kristeva, Cixous et BHL, ce roman réunit toute l’intelligentsia de l’époque. Loin d’être réservé à un entre soi intello, l’érudition est passée au tamis de la comédie burlesque. Jubilatoire !

Je suis allé à sa rencontre, chez lui, le 25 septembre 2015 (oui, je sais, ce n’est pas tout neuf, mais bon, j’ai du mal à suivre mon propre rythme d’interviews), pour le journal des adhérents de la Fnac, Contact (pour évoquer notamment le Prix du Roman Fnac et son livre foisonnant).

laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandor4e de couverture :

« A Bologne, il couche avec Bianca dans un amphithéâtre du XVIIe et il échappe à un attentat à la bombe. Ici, il manque de se faire poignarder dans une bibliothèque de nuit par un philosophe du langage et il assiste à une scène de levrette plus ou moins mythologique sur une photocopieuse. Il a rencontré Giscard à l’Elysée, a croisé Foucault dans un sauna gay, a participé à une poursuite en voiture à l’issue de laquelle il a échappé à une tentative d’assassinat, a vu un homme en tuer un autre avec un parapluie empoisonné, a découvert une société secrète où on coupe les doigts des perdants, a traversé l’Atlantique pour récupérer un mystérieux document. Il a vécu en quelques mois plus d’événements extraordinaires qu’il aurait pensé en vivre durant toute sa vie. Simon sait reconnaître du romanesque quand il en rencontre. Il repense aux surnuméraires d’Umberto Eco. Il tire sur le joint. »

Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L'hypothèse est qu'il s'agit d'un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l'époque, tout le monde est suspect...

L’auteur :

En 2010, Laurent Binet a publié HHhH, qui a obtenu le Prix Goncourt du Premier roman et a été traduit dans près de quarante pays. La Septième fonction du langage est son deuxième roman, fruit de cinq ans de travail.

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laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandorInterview :

Comment avez-vous réagit quand on vous a annoncé que vous aviez remporté le Prix du Roman Fnac ?

Il y a des temps dans l’écriture et ça, c’est le temps de la sortie et le temps de la sortie, c’est le temps de la reconnaissance. Un prix, c’est un élément de reconnaissance non négligeable, surtout si c’est un prix composé de 800 lecteurs dont la moitié sont libraires. Les libraires sont le maillon clef de l’économie du livre et ils sont souvent désintéressés dans leur approche des bouquins. Ce type de prix est donc extrêmement gratifiant.

Vous vous étiez fait remarquer avec votre précédent livre HHhH, qui a remporté le Prix Goncourt du Premier Roman.

Pour un premier roman, c’était une exposition vraiment très utile, voire nécessaire. Les places sont chères, alors j’aime bien me faire remarquer. Je suis absolument convaincu de la qualité de mes livres, mais je n’oublie pas que dans ce milieu-là, le facteur décisif, c’est la chance. Et je dirais aussi, l’audace. Il y a beaucoup de livres de mauvaises qualités qui ont beaucoup de succès et qui sont acclamés par la critique et le contraire est aussi vrai. Il y a beaucoup de chefs d’œuvre qui sont ignorés, pas publiés ou plus simplement pas exposés. Il faut garder les pieds sur terre. Je suis très content d’avoir des prix, mais ce n’est pas ça qui me fait dire que je suis un romancier génial.

Vous venez me dire que vous étiez sûr de la qualité de vos écrits. C’est rare qu’un écrivain me confielaurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandor cela.

L’écriture est un processus compliqué. C’est un mélange de doute et de confiance en soi. Si vous n’avez pas la confiance en vous, vous n’écrivez pas. Si vous n’avez pas cette espèce d’arrogance qui vous fait penser que ce que vous pouvez écrire va pouvoir intéresser d’autres personnes, vous ne faites rien. En même temps, si vous ne doutez pas, il n’y aura pas la remise en question nécessaire pour assurer une exigence minimale au texte. L’alchimie entre ses deux états est très complexe.

La promotion, vous en pensez-quoi ?

C’est un truc marrant, mais on s’expose beaucoup et le fait de s’exposer, ce n’est pas quelque chose qui va de soi. C’est un cliché, mais on se sent dépossédé de son œuvre parce que tout le monde parle du livre qu’on a écrit. Il vaut mieux être sûr de soi pour encaisser tout ça, même quand les critiques sont bonnes. C’est un moment bizarre et délicat.

C’est dur de parler de son œuvre ?

J’ai une formation de prof. Pendant dix ans, j’ai parlé des œuvres des autres. Ça m’intéresse de parler des œuvres en général, alors pourquoi pas de la mienne (rires). Quand cela m’arrive, j’essaie d’en parler avec détachement, comme si ce n’était pas moi l’auteur de l’œuvre en question.

laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandorOn arrive à analyser son propre roman ?

D’une manière générale, l’objectivité est impossible. Je fais toujours des méta-romans qui s’interrogent déjà sur eux-mêmes. Il y a des mises en abyme. C’est ce que j’appelle du méta discours. Je suis porté naturellement vers des discours critiques en tant que prof, mais en tant que romancier aussi, du coup parler de mon roman m’intéresse. Parfois les critiques laissent de côté des aspects qui, moi, me paraissent importants. Dans celui-ci par exemple, j’entends beaucoup le mot satire. C’est vrai qu’il y a une dimension satirique indéniable, mais ce n’est pas tout.

C’est vrai, moi, ce qui m’a intéressé dans ce livre, ce sont les relations du réel avec la fiction.

Dans ce roman, je me suis amusé à ancrer cette histoire dans un réel très documenté, très précis. Plus de la moitié de ce que je fais dire aux protagonistes sont des citations réelles. Après, j’expérimente pour voir jusqu’à quel point on peut tordre le réel. A un moment, je fais apparaître volontairement quelques anachronismes. Ils vont se multiplier jusqu’à ce que cela devienne énorme.

Regardez-vous ce qu’on dit de votre dernier livre dans la presse ou sur internet ?

Oui, j’avoue, je ne peux pas m’en empêcher. C’est à la fois stressant et excitant. Il suffit d’une mauvais critique sur dix pour que ça vous gâche un peu la journée ou que ça me contrarie une heure ou deux. Je suis hyper sensible comme tous les cons d’écrivains mégalos narcissiques. C’est de la sensibilité mal placé, je le sais bien. On a la chance d’être publié, on parle de notre livre, ça devrait nous suffire. J’avoue que moi je veux tout. Le succès critique, le succès public… je voudrais l’unanimité.

Vous aimez être interviewé alors ?

Je ne suis pas une bête des médias. Quand je vais à la télé ou à la radio, j’ai toujours peur de bafouiller ou de dire une énorme bêtise qui sera enregistré et qui finira sur YouTube et au zapping (rires). Là, une interview, tranquillement chez moi, à la cool, ça ne me dérange pas. J’aime bien même. A la télé et à la radio, dès que la réponse dépasse les 30 secondes, je sens l’animateur ou le journaliste devenir très nerveux parce qu’il faut déjà enchainer avec autre chose. Devoir dire des choses intéressantes avec si peu de temps, c’est extrêmement difficile je trouve.

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Laurent Binet s’attaque aux intellectuels parisiens (théoriciens de la French Theory ou nouveaux philosophes), notamment Sollers, Kristeva, BHL et Foucault.

C’est un roman souvent drôle. Vous n’épargnez ni les intellectuels, ni les hommes politiques de l’époque.

Je ne réserve pas le même traitement à tout le monde. Pour moi Philippe Sollers et Michel Foucault n’ont pas le même statut. Je mets Foucault dans des situations sexuelles, parfois scabreuses, mais qui ne sont que la réalité de sa vie, ce qui n’empêche pas que j’ai un profond respect pour son œuvre. La majeure partie des intellectuels et des politiques qui traversent mon roman, je respecte leur parole. Après, je retranscris tout ça de manière burlesque, mais sans discréditer leur propos. Cela devient juste du théâtre… et je vais même jusqu’à la bouffonnerie.

Votre histoire est un pur délire, mais parfaitement maitrisé.

Je le prends comme un compliment, merci. Ce qui est sûr, c’est que c’est extrêmement travaillé, ensuite, ça fonctionne ou pas. C’est construit, je ne vous le cache pas. J’ai ciselé ce texte avec minutie.

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Photographie réalisée par Michel Delaborde cinquante jours avant la mort de Roland Barthes pour la revue Culture et Communication, 5 février 1980.

Pourquoi avoir choisi Roland Barthes comme héros (malheureux) de votre roman ?

J’adore Barthes. Je l’admire même. Il a été le plus déterminant dans ma formation intellectuelle. C’est lui qui m’a appris à expliquer des textes. Je parle de sa mort et il se trouve que sa mort est romanesque. La scène de son décès, je la trouve très émouvante. Evidemment, je l’intègre dans une intrigue policière, mais je ne me moque jamais de lui. Je l’ai juste montré mélancolique. Ce qu’il était, je crois. Dans la fin de la première partie, pendant le repas avec Mitterrand, Barthes à la tête ailleurs et c’est la vision que j’avais de lui. Jamais vraiment là, sauf physiquement.

laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandorSollers, par contre, vraiment, vous ne vous privez pas.

Non, vraiment, ça ne me gêne pas de me moquer de lui. C’est un clown. Je sais qu’il a une très haute opinion de lui-même. Présenté autrement, il pourrait admettre sa part histrionique.

Mais intellectuellement, vous ne lui trouvez rien d’intéressant?

(Rires) Pour des raisons de prudence judiciaire, je ne répondrai pas à cette question.

Ce livre est une mine d’informations sur les années 80.

C’était la période de mon enfance. Ça m’a amusé de me remémorer les voitures, l’ambiance, la musique, l’actualité de ce moment-là. Mais c’est aussi cinq ans de recherche et de documentation. Vous verriez ma chambre, il y a du Deleuze, du Derrida et des tas d’autres philosophes partout.

Votre livre est « intellectuel », mais à la portée de tous.

Le professeur qui est en moi prend cette réflexion comme un compliment. J’ai essayé d’être pédagogue et exigeant.  Je brasse quand même des théories et des problématiques pointues, mais j’ai tout fait pour les rendre accessibles. C’était toute la difficulté de ce roman.

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Lors de la remise du Prix du Roman Fnac 2015.

Ce livre est aussi un thriller mené par deux enquêteurs diamétralement opposés. Rarement une enquête policière n’avait été aussi drôle et aussi mal menée.

Deux personnes antagonistes qui travaillent ensemble, c’est un truc qui fonctionne toujours depuis la nuit des temps jusqu’à Pierre Richard et Depardieu (rires). Le commissaire Bayard est l’archétype du flic beauf qui méprise les intellectuels, les considérants comme de sales gauchistes et de purs affabulateurs. Bayard ne comprend rien à la sémiologie et juge cette discipline théorique et parfaitement inutile. Il décide de demander de l’aide à un jeune professeur en sémiologie méconnu, Simon Herzog. Lors de leur première rencontre que j’ai souhaité drôle, il l’interroge d’un air hautain sur la sémiologie et sa signification. À partir de sa posture, de ses vêtements, des traces laissées par son alliance, le jeune professeur parvient à dresser un portrait juste et complet du commissaire. J’aime bien quand les éléments ont plusieurs fonctions. Ce couple-là à une fonction comique dans son opposition et une fonction pédagogique. L’un va expliquer à l’autre ce que le lecteur à besoin de savoir.

Il me semble que votre construction narrative est influencée par des films ou des séries.laurent binet,la 7e fonction du langage,qui a tué roland barthes,interview,mandor

L’ensemble est conçu un peu comme un James Bond. Les enquêteurs vont de pays en pays à partir de Bologne. James Bond est très présent dans ce livre. Il est à la fois un modèle de construction narrative et un motif récurrent.

Au fond, c’est quoi votre livre ?

Le roman, c’est le lieu du mélange des genres par excellence. Mon livre est à la fois un roman policier et un roman picaresque et un méta roman et un roman philosophique. Si vous me permettez d’être prétentieux et pompeux, je dirai que c’est un roman total et baroque.

Vous aviez beaucoup d’ambition pour ce livre ?

Je savais que ça allait être une grosse construction extrêmement minutieuse. Proust disait qu’il faisait des cathédrales, moi j’ai pensé mon livre comme un gros édifice. Il tient ou il brinqueballe, ça, c’est au lecteur de le dire.

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Après l'interview, sur le balcon de Laurent Binet, le 25 septembre 2015.

11 décembre 2013

Jean-Louis Foulquier n'est plus. Vive la chanson française!

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Jean-Louis Foulquier est mort hier.

Je sais bien que j'ai l'habitude de rendre hommage ici aux artistes qui partent (et que j’ai eu l’opportunité de rencontrer), mais dans le cas présent, je suis réellement touché.

Vraiment, c’est différent.

Comme bon nombre d’amateurs de la chanson française, j’avais une admiration sans bornes pour cet homme de radio… et beaucoup, beaucoup de tendresse.

Foulquier, c’était le taulier, le maître, le père spirituel.

Quand j’étais jeune, l’Alquier que je suis voulait devenir le Foulquier qu’il était. J’ai tenté de suivre sa trace et son exemple. J’ai essayé de faire comme lui : dénicher les talents prometteurs, mais avec mes petits moyens à moi (notamment ce blog).

Foulquier a beaucoup éclairé Alquier.

Il y a depuis hier soir, un peu moins de clarté, mais avec ce qu’il reste de lumière, je vais continuer mon bonhomme de chemin professionnel.

Poursuivre ce travail en gardant une pensée pour lui.

Je suis triste.

Très.

A l’occasion de sa disparition, je publie de nouveau cette chronique mandorienne datant du 18 mai 2008. Je lui rendais un petit hommage (de son vivant).

Jean-Louis Foulquier: celui qui...

... m'a fait écouter tard le soir la radio pendant des années,

... m'a fait découvrir et AIMER la chanson française,

.... m'a incité, moi aussi, à découvrir de jeunes talents (à une échelle moins importante),

Bref, Foulquier, est LA référence absolue de mes inspirateurs/exemples professionnels/influences...

Une bible vivante, en quelque sorte.

Je ne sais pas à quel point, il n'a pas formé mes goûts...

Je l'ai rencontré de temps en temps, plus récemment.

Mais, la première fois, c'était en Guyane, pour écrire cet article pour France Guyane.

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France Guyane du 10 octobre 1990.

 
Bien sûr que j'étais comme un gosse...
C'était le 7 octobre 1990.
Dans les locaux de l'ARDTLG (l'Association régionale de développement du tourisme et des loirsirs en Guyane).

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Je me souviens que le soir même, nous nous sommes retrouvés tous les deux au Bar des Palmistes...
(Sans photographe...)
Sur la terrasse, à déguster des cocktails, comment dire... bien chargés.
A parler chanson française et voyages.
Et profiter du doux vent nocturne...
(Certes, nous avons fini la soirée en état d'ébriété avancé.)
C'était magique.

16 août 2011

Allain Leprest: mort d'un artiste majeur de la chanson française

allain leprest,mort,hommage,interview

Je me souviens d’une conférence de rédaction pour le magazine Virgin.

C’était en novembre 2005.

Comme à l’accoutumée, la petite bande de journalistes que nous étions devait défendre les artistes que nous voulions chroniquer dans ce qui était à l’époque un hebdo.

Je m’évertuais, semaine après semaine, à proposer à mon rédac-chef des chanteurs français qui débutaient ou des artistes inexplicablement peu médiatisés. Pour être honnête, à l’époque, j’y parvenais souvent. Cette fois-ci, je savais que, dans la semaine, sortaient simultanément les deux nouveaux disques d’artistes majeurs de la chanson française, Allain Leprest et Romain Didier. Je dis majeur, ce n’est pas un effet de style. C’est une réalité. Je ne vais pas m’étendre plus sur le sujet, les amateurs de bonnes chansons (qualifiées de manière réductrice de « réalistes ») savent que j’ai raison.

Aujourd’hui, j’ai appris le suicide de l’un des deux.

Allain Leprest.

57 ans.

Il s’était battu courageusement contre le cancer (il était en rémission) et il a finalement choisi de se donner la mort, alors qu’il était en vacances à Antraigues-sur-Volane.

Je suis triste.

Je cite mon confrère Michel Kemper sur son blog aujourd’hui : « Pour ceux qui savaient la beauté de son verbe et la force de sa voix, un monument s'est effondré. Méconnu du grand public, mais adoré de ses pairs, Leprest façonnait depuis plus de vingt-cinq ans une chanson d'exception, qui alliait la virtuosité de l'écriture à la limpidité des sentiments. Une poésie, digne des recueils reliés, qui touchait droit au cœur. Même Nougaro, plutôt avare en compliment sur ses compagnons chanteurs, ne pouvait que s'incliner : « Leprest est l'auteur le plus flamboyant que j'ai rencontré sous le ciel de la chanson française »... »

Mon rédacteur en chef a finalement accepté que je fasse un (bien trop court) papier pour le journal. J’ai contacté le producteur de Romain Didier et d’Allain Leprest, Didier Pascalis et nous avons, ensemble, organisé une rencontre au Zébra Square, l’après-midi du 10 novembre 2005. Une rencontre qui a duré une heure. Je ne mets plus la main sur l’enregistrement. Cet échange entre Leprest et Didier était passionnant. Ce soir, je regrette la perte de cette joute verbale.

Le jour dit, je suis arrivé à 14 heures. Allain Leprest était déjà là avec Didier Pascalis. L’alcool avait déjà coulé à flot. Du coup, en attendant Romain Didier, j’ai bu aussi.

Quand ce dernier est arrivé, nous avons continué, mais en parlant/devisant/échangeant sans relâche.

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Voici le « petit peu » que je suis parvenu à publier, entre un sujet sur Rohff, Tina Arena et System of a Down (c’est une lutte, vous savez, que de parvenir à parler d’artistes de la sorte dans un magazine de cette nature).

Virgin daté du 30 novembre 2005.

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Des pensées sincères et profondes pour la famille d’Allain Leprest, pour ses amis, artistes ou non.

Y'a rien qui s'passe

Donne-moi de tes nouvelles

Et pour finir, Allain Leprest avec ses amis Romain Didier, Jamait, Daniel Lavoie, Hervé Vilard, Olivia Ruiz , Mon Coté Punk, Nilda Fernandez, Jehan, Agnès Bihl, Jean Guidoni, Loïc Lantoine, en concert au Bataclan en 2009...


Allain Leprest et ses amis en concert au... par jmvignau

18 août 2010

Patrick Cauvin... hommage à un romancier populaire!

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L'écrivain français Patrick Cauvin, auteur du populaire roman E = mc2, mon amour, est décédé ce vendredi à l'âge de 77 ans. C’est son éditeur, Plon, qui l’a annoncé ce soir.

De son vrai nom Claude Klotz, Patrick Cauvin, né le 6 octobre 1932 à Marseille, est l'auteur de plus d'une trentaine de romans signés sous ses deux identités, dont plusieurs polars. Son dernier livre, Une seconde chance, était paru chez Plon fin janvier alors qu'il était déjà atteint d'un cancer.

J’ai rencontré très souvent cet auteur pour lequel j’avais inexplicablement beaucoup d’affection. J’aimais l’interviewer et lui répondait toujours présent…

Pour lui rendre hommage, je publie de nouveau ma note sur notre quatrième et dernier rendez-vous… C’était le 26 avril 2007.

Ensuite, je vous livre quelques archives photographiques des autres tête à tête que j'ai eu en sa compagnie.

 

Ma dernière note sur Patrick Cauvin :

 

Tout avait mal commencé avec Patrick Cauvin.

Mon précédent rendez-vous avec lui, je ne m’y suis pas rendu.

« Trompage » d’horaire oblige.

Confondu le matin et l’après-midi…

Les ravages de l’alcool.

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J’obtiens un autre rendez-vous pour le 26 avril 2007.

Histoire de parler de son dernier roman a suspense, Venge-moi !

Cette fois-ci, je fais gaffe.

D’autant plus que Patrick Cauvin, je l’ai déjà rencontré pour des émissions de télé, de radio, pour d’autres journaux aussi.

Il est ce qu’on appelle un « bon client ».

Sympathique, prolixe et intéressant.

Il m’accueille, ce jour-là, lui-même à l’entrée de chez Albin Michel.

Je me confonds en excuse pour ma bévue.

-Ce n’est pas grave du tout. Mon attachée de presse m’a appelé pour m’annoncer cela, j’étais devant le jardin du Luxembourg en voiture. Je me suis garé et j’ai flâné dans ce lieu que j’aime beaucoup. C’est rare alors, presque, j’ai envie de vous remercier.medium_emc2_20mon_20amour_20couv.jpg

La grande classe ! Il me déculpabilise, en plus.

Quoi ? Qu’entends-je ? Qui est Patrick Cauvin ?

Un auteur qui a écrit plus de 50 livres (parfois sous son vrai nom Claude Klotz)

Le plus connu est sans doute E=MC2 mon amour (l'histoire d'amour entre deux surdoués âgés de onze ans).

Vous l’avez lu étant minot, si, si… en classe, il est conseillé (moi, perso, je n'ai pas eu le choix).

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Patrick Cauvin, n’est pas un grand écrivain, mais il est un merveilleux raconteur d’histoire. Il alterne souvent un livre très noir et une comédie sautillante et joyeuse.

-Je n’ai pas de ligne directrice. Ce doit être pour cette raison que je m’entends si bien avec Patrice medium_Cauvin_n.gifLeconte. Il est capable de réaliser un « Bronzé » puis, tout de suite après, un film sinistre… Nous ne sommes pas « fixés ».

Petite précision : Patrick Cauvin (Claude Klotz) est aussi scénariste. Il a écrit notamment les histoires de Le mari de la coiffeuse, Félix et Lola et L’homme du train, trois films de Patrice Leconte.

-Moi, j’ai toujours été un malade de cinéma et mon père en était un autre. Tout petit, je fréquentais sans cesse les salles obscures. Je pense que je suis imbibé d’influences cinématographiques. Personne ne m’a plus influencé que des gens comme John Ford ou Alfred Hitchcock. J’écris donc en voyant des images…

Et, pour son dernier livre, c’est précisément hitchcockien.

medium_V87_Livres_Patrick_Cauvin_cover_.JPGShakespeare écrivait : « Qui peut dire, je suis au comble du malheur ? ».

Réponse : Simon, le héros du nouveau livre de Patrick Cauvin.

 

Venge-moi ! raconte une enfance et une adolescence à huis clos, avec une mère rescapée de la déportation qui ressasse inlassablement ses terribles souvenirs.

-Leur appartement est d’ailleurs un véritable musée des horreurs. Des photos de déportés, des listes de noms de disparus… Elle inflige à son fils les fantômes de son passé. La dénonciation, l’horreur des camps de concentration et la disparition de son époux chéri.

Sur son lit de mort, la mère de Simon lui avoue le nom de la personne dénonciatrice et lui demande de la venger en la tuant. Le fils se livre alors à une enquête angoissante pour la retrouver.

-J’avais envie de faire un polar aux multiples rebondissements dans lequel il n’y avait ni policier, ni arme, ni bagarre. Il me fallait juste des personnages ténébreux évoluant dans une ambiance suffocante… et jouer avec mes lecteurs. Pour tout vous dire, ce bouquin me fait peur moi-même.

Finalement, c’est un livre sur le questionnement du pardon.medium__Cauvin.jpg

-Je pose des questions simples. Existe-t-il une utilité du châtiment ? Où finit l’acharnement ? Je demande aussi si la vertu du pardon n’est pas la paresse de l’oubli.

Je ne peux pas en dire trop sur ce livre…

Si vous aimez les ambiances angoissantes avec des coups de théâtre à la pelle, ce livre est pour vous.

Ce conteur, qui écrit depuis longtemps, n’est pas pour autant serein à chaque nouvelle sortie.

-Je suis même de plus en plus inquiet. Je crains de ne plus plaire, c’est tout bête. La relève est là et elle est excellente. Je me dis que le public à changé, moi aussi. Est-ce que je vais le retrouver encore une fois ?

À peine s’interroge-t-il sur cette question que la directrice du service de presse de la maison d’édition rentre dans la pièce.

-Voilà, c’est fini! Patrick, il faut y aller ! On a Vol de nuit à enregistrer là. TF1, ce n’est pas à côté.

Je lui demande 3 minutes en plus, qu’elle me refuse puis qu’elle accepte, car j’insiste lourdement.

Il faut bien faire les photos mandoriennes.

Personne ne comprend que j’ai un blog qui doit tourner moi, ou quoi ?

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Nous nous serrons la paluche et il me dit :

-Je sais à peine ce que c’est un blog. Je n’ai même pas d’ordinateur, mais je vous fais confiance.

Merci monsieur Cauvin !

Au prochain roman !

Continuez à faire du « populaire ».

Il faut du talent pour ça.

 

Mes autres interviews avec Patrick Cauvin :

 

Ma première rencontre : le 14 avril 1994 à la librairie Kléber de Strasbourg pour la radio Top Music.

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Ma deuxième rencontre : le 7 juin 1999 à Radio Notre Dame pour un « Bistrot de la vie » consacré à son œuvre.

 

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Ma troisième rencontre : le 13 février 2001 dans mon émission « Le film à la page » sur cinema-tv.com (du groupe Progress-tv, l’une des premières sociétés de web tv en France).

 

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Merci monsieur Klotz/Cauvin de m'avoir fait rêver avec vos livres !

Adieu !

10 janvier 2010

Mano Solo est rentré au port... pour de bon.

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Ceci était mon dernier article sur Mano Solo. Il a été publié dans le Culturissimo du mois d'octobre dernier.
Il n'y aura pas de clip de cet album... mais, voici un extrait de "Les mots de minuit" : "Rentrer au port".
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Mano Solo est donc mort aujourd'hui...
Triste dimanche.
J'ai interviewé Mano Solo pour son album Les Animals.
L'entretien n'a pas été facile à réaliser. Trop sur la défensive.
Ecorché vif...
Voici le résultat, forcément très réduit (l'interview a duré 30 minutes).
Les impératifs de la presse écrite : "Tu me feras 2000 signes, Coco!"
Frustrant quand on peut en faire 20000.
Voici le résultat publié dans Virgin, le 22 septembre 2004.
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Pour clore ce triste chapitre, je vous propose de revoir "Allo Paris".
Premier clip de mano solo, réalisé et inspiré à partir de ses peintures et dessins, par Didier Lepecheur en 93.

07 novembre 2009

Jacno est mort.

 

jacno.jpgJacno est mort.

Merdouille !

52 ans.

Le crabe…

Encore.

 

Guitariste au sein des Stinky Toys, dès la fin des années 70, Jacno est l'un des premiers punks français. Avec la chanteuse du groupe, Elli Meideros, sa compagne d'alors, il forme en 80, le duo Elli et Jacno, et enregistre le titre Rectangle. Devenu producteur, il décide d'entamer une carrière de chanteur en 88. La même année, il enregistre un premier album T'es loin, t'es près. Suivent les disques Une idée derrière la tête, Faux témoin, La Part des Anges et French Paradoxe. Son dernier disque en date est Tant de temps.

Pour ce dernier disque, je l’avais rencontré dans un bar du 9e arrondissement de Paris. J’étais impressionné. Une espèce de mythe pour moi, le Jacno.

Voilà le court article qui en a découlé, puis son parcours musical en quelques clips. Choix non exhaustif.

 

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Jacno - Le Sport
envoyé par Yoda63.

1980 - nesquick (musique signée Jacno)
envoyé par fifitou. -

Stinky Toys 'Plastic Faces' 1977 (avec, en sus, Jean-Loup Lafont en train de galérer pour interviewer Elli.)
envoyé par giomog.

Lio - Amoureux Solitaire (paroles : Elli Medeiros, musique : Jacno)
envoyé par wonderful-life1989.

Bande Originale du film d'Eric Rohmer "Les nuits de la pleine lune", sorti en Août 1984. Musique de Jacno.
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On termine avec une curiosité: Les derniers mots.
Une féroce virée funèbre où l'on sniffe de la cendre de défunte. Pas très catholique... Film de Yannick Saillet (1995) avec José Garcia et Jacno.
Dialogues du film: Jacno.

25 octobre 2009

Mort de Rémo Forlani!

arton505.jpgRémo Forlani, la voix du cinéma sur RTL, est mort ce matin à 82 ans des suites d'une « longue maladie ». Journaliste, mais aussi scénariste, réalisateur, romancier ou encore dessinateur... de chats, Rémo était "une encyclopédie vivante" du cinéma.

 

Mon parcours radiophonique m’a amené durant un an dans la radio où il officiait avec talent. J’étais le monsieur météo d’RTL. Il m’arrivait de le croiser, mais son comportement ne m’incitait pas à lui taper dans le dos et faire copain-copain. Il imposait le respect. La seule fois où j’ai pu passer un long moment avec lui, en tête à tête, c’était pour une interview que je lui avais demandé pour la sortie d’un livre. Il a commencé par me dire non... puis, sans que j'en sache la raison, il est venu me voir à mon bureau et m’a demandé de venir avec lui chez Pépita (le restaurant situé en face d’RTL). C'était un peu tout de suite ou pas.

Ce fut tout de suite.

Une interview sous le signe du houblon…

Le 14 septembre 1995.

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Toujours auteur de critiques éclairées et pleine de malices, il est mort dans son sommeil à l'hôpital Tennon à Paris. Après 50 ans de radio, ce "Monsieur Cinéma" a tiré sa révérence. RTL lui rend hommage tout au long de la journée. Et ses amis aussi. Pour l'évoquer et laisser un message, c'est ici.

06 octobre 2009

Mort de Gérard La Viny.

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Gerard-La-Viny.jpgJe viens d’apprendre la mort de Gérard La Viny.

Ca ne dit pas grand chose à grand monde…

Mais, voyez-vous, j’ai vécu ma jeunesse (et un peu plus) dans les îles.

Depuis plus de 50 ans Gérard La Viny incarnait les Antilles aux yeux du monde par sa musique, son folklore, sa poésie et son humour.

Ce musicien né à Basse-Terre avait fait les grandes heures du cabaret "La Canne à Sucre" à Montparnasse dans les années 50. Parrainé par Joséphine Baker, "L'Ambassadeur des Antilles" a écrit, composé et chanté avec Boris Vian, Henri Salvador, Bobby Lapointe... Il a lancé le « merengue » en Europe.

Gérard La Viny a repris et interprété des chansons populaires extraites du folklore antillais contribuant ainsi à faire connaitre ces airs en métropole : " Ba mwen an ti bo ", "Brigitte Bardot, Bardot", "Adieu foulards, adieu Madras", " Sans chemise, sans pantalon"...

 

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Gérard La Viny avait été fait chevalier des arts et des lettres en 2006. Il est décédé à son domicile en région parisienne en fin de matinée ce mardi, des suites d'une longue maladie.

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Dans les années 80, je l’avais rencontré parfois au gré d’émissions ici et là.

La dernière fois, c’était il y a longtemps.

Le 23 juillet 1990.

Il y a 19 ans.

 

En novembre 2008, la Région Guadeloupe avait organisé un hommage particulier à Gérard La Viny à l'occasion du coup d'envoi du "Gwadloup' Festival", premier festival des musiques caribéennes. Comme il ne pouvait pas être présent pour recevoir cet hommage, ce petit film avait été diffusé.

13 août 2008

Nino Ferrer... 10 ans déjà!

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Dix ans, jour pour jour, que Nino Ferrer s’est donné la mort.

Personne n’en parle.

Je ne comprends pas.

Sa vie était un véritable roman. Certes, malgré quelques chansons « amusantes » (Mirza, Le téléfon, Ho ! Hé ! Hein ! Bon !, Les cornichons…) son existence tenait de la tragédie.

Quand le 13 août 1998, le chanteur Nino Ferrer s’est tiré une balle dans le coeur en plein champ à quelques kilomètres de chez lui, du côté de Montcuq dans le Lot, il allait fêter ses 64 ans.

Il est connu pour ses ballades comme La Maison près de la fontaine et, surtout, Le Sud, mais son répértoire de plus de 200 chansons regorge de pépites…

2753803114c.jpg« Ce violemment antishowbiz et est allé très loin dans le refus du système » explique Olivier Cachin qui vient de sortir un superbe livre sur cet artiste qui a refusé également toutes compromissions… Je vous conseille ardemment Nino Ferrer: C'était pourtant bien.

Pitch (oh ma pitch !) :

« L’enfance en Nouvelle-Calédonie, les voyages, l’errance musicale, un chagrin d’amour irréparable, la vie d’artiste, le succès, les femmes, les énumérations, les grosses voitures, la recherche de la crédibilité, l’Italie, la fureur de vivre, l’exil à la campagne.
Et un blues de calibre douze qui se conclut par une balle en plein cœur au milieu d’un champ par une après-midi ensoleillé d’août 1998.
Nino Ferrer est un bolide lancé à pleine vitesse sur les routes de la chanson française, qu’il a d’abord transcendé avec son rhythm & blues teinté de comédie avant de redéfinir sa carrière artistique en prenant des risques insensés, sans jamais faire de compromission. Colérique, passionné, lettré, homme de groove et de goût, Nino Ferrer a marqué la musique de son empreinte indélébile. Dernier rocker et premier prince du swing, auteur compositeur interprète à fleur de peau, Nino Ferrer cumule une vie de roman et une œuvre méconnue sans équivalent dans la chanson française. Dix ans après son départ, cette biographie retrace 35 ans de carrière, de tubes, de doutes, de rencontres et de musique. »

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Le 29 octobre 1986 dans sa caravane de la porte de Pantin...

Ici, le Tout petit déjà dans lequel j’évoquais Nino Ferrer (avec plus 2 fois plus de photos !).

Allez, son chef-d'oeuvre...

22 juin 2008

Jeff Bodart... la fin d'un gangster.

"Le belge Jeff Bodart est prophète en son pays. Il tente régulièrement quelques incursions en France pour le devenir aussi un peu ici, mais le succès ne reste que d’estime.

Le caustique personnage n’est pas seulement un « trublion positiviste à casquette », il est aussi un homme profond, sensible, à la poésie mélancolique. Un homme qui doute.

Dans les années 80, il sort deux albums avec le groupe Gangsters d’amour. Puis, il poursuit sa route seul: Du vélo sans les mains en 94, Histoires Universelles en 97 et Ca ne me suffit plus en 2001. Miossec, Biolay, Kent et même son pote Benoit Poelvoorde sont de la partie. Le gaillard sait s’entourer. Jeff « Tintin » Bodart revient avec un album jouissif, impertinent, drôle et grave à la fois. T’es rien ou t’es quelqu’un , à l’instar du titre « Boire, boire, boire » se consomme sans modération…

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Virgin : Pour cet album, vous avez écrit 40 chansons. C’est cornélien de n’en retenir que 11.

Jeff Bodart : C’est même terrible ! Pour moi, la pire des choses de l’existence est de choisir. D’ailleurs, je m’en sors en général assez mal. Je suis un indécis sur tout. Je me pose toujours les grandes questions jusqu’à la dernière seconde. Ma devise est « peut mieux faire », alors…

 

Virgin : Depuis quelques années, vous ne supportez plus la solitude, du coup, vous travaillez toujours à plusieurs et uniquement avec des amis. Une vraie partouze musicale !

J.B : (Rires). Je n’avais pas vu la chose sous cet angle, mais c’est vrai. Non seulement je partage de plus en plus mon écriture mais il m‘arrive même de me faire tailler des chansons sur mesure. C’est extrêmement excitant de se voir dans l’œil de quelqu’un d’autre, de se faire construire un morceau d’univers dans la prunelle de quelqu’un.

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Virgin: Dans « Etre ou ne pas être » vous ajoutez : «Je suis plutôt peut-être ». Vous avez un côté « école jésuite »…

J.B : Les choses définitives m’effraie. On a le droit et le devoir de se contredire surtout lorsqu’on a des occupations de création. Un jour, je peux dire noir et le lendemain, avec la même conviction, dire blanc sur le même sujet. Pour définir une vérité on n’a jamais trouvé mieux que « thèse, antithèse, synthèse ».

 

Virgin : Dans votre surprenante reprise de « Da Da Da », vous parlez d’un homme qui boit par dépit amoureux.

J.B : « Boire, boire, boire » est une histoire d’amour complètement désespéré. C’est boire dans le sens « je te boirai toute entière ». Je sublime le rapport à l’alcool dans une expérience amoureuse.

 

Virgin : Vous êtes quelqu’un de généreux, complice, vivant, taquin sur scène, mais je sais aussi que vous êtes malade de trac avant le lever de rideau.

J.B : Je suis liquéfié vous voulez dire. De toute manière, j’ai un problème. Je n’ai jamais de tranquillité et, surtout, je n’ai jamais le sentiment du devoir accompli. Si je l’avais, je serais mort parce que je n’aurais plus rien à dire. Et comme j’ai la ferme attention de faire vieux chanteur…"  

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Un article que j'ai écrit à l'occasion de la sortie de l'album de Jeff Bodart : T’es rien ou tes quelqu’un chez VS Music/ Night & Day sortie le 16 juin 2004. (Virgin l'hebdo n°21, datée du 23 juin 2004)

(Les photos sont toutes signées Valérie Archeno. Elles ont été prises lors de l'entretien le 27 avril 2004 chez Edel Music France.)

 

La re-lecture de la fin de mon papier à un drôle de goût aujourd'hui...

 

Hier, en lisant mon Chorus trimestriel et essentiel, je tombe sur un article annonçant le décés de Jeff Bodart le 20 mai dernier d'une attaque cérébrale.

46 ans.

Ca m'a secoué car je connaissais le garçon, certes, comme une bête de scène, mais aussi, comme un vrai fêtard. "Il était un dévoreur de vie. Jeff avait deux passions: la scène et les moments passés entre amis, autour d'un verre, jusqu'au bout de la nuit. Il en a fait voir à sa carcasse..." insiste Thierry Coljon dans son article.

 

La télé Belge a annoncé sa mort, très émue...

 

 

 

 

Sa dernière prestation télévisuelle, deux mois avant son "départ"...

 

 

 

Son dernier clip tiré de son dernier disque Et parfois c'est comme ça.

Demain matin...

 

 

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