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12 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : interview de Foé

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Foé est l’une des grandes révélations de la chanson de cette année. Cette année, aux Francofolies, il s’est produit sur différentes scènes. Ce samedi 14 juillet, à 17h00, à la maison des Francofolies, les Francofolies de La Rochelle et les éditions Raoul Breton vont remettre le Prix Félix Leclerc dont il est le lauréat 2018.

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Remise du Prix Félix Leclerc, deux jours après l'interview… (Photo : Aurèle Bossan)

En ce 12 juillet, accaparé par tous les médias, il m'a tout de même accordé une interview.

29541719_527403484326917_8399696509303127369_n.jpgBiographie officielle :

Chad Boccara, producteur et manager, tombe sur une de ses vidéos postées sur YouTube. Curiosité immédiate et sensation de tomber sur une pépite en or massif. Il prend le jeune toulousain sous son aile. Avant cette rencontre déterminante, Foé embrasse un itinéraire musical plutôt commun: cours de piano à domicile de l'âge de huit à quinze ans, apprentissage de la guitare dans une MJC de quartier, groupe de lycée tendance rock alternatif et dans lequel il écrit en anglais. A la maison, beaucoup de musique classique. Lui carbure plutôt à AC/DC, Red Hot Chili Peppers, Alt-J, Stupeflip et rap américain. Très peu, ou plutôt quasiment pas, de chansons françaises. Il exprime rapidement un désir tenace d'évasion sonore. Ni vitesse ni précipitation. De toute façon, les parents exigent qu'il décroche un diplôme. Chose faite l'an dernier avec l'obtention d'un DUT génie mécanique et productique, spécialité aérospatiale.

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IMG_4681.JPGInterview :

2018 est un peu ton année.

Oui, j’avoue, il se passe beaucoup de choses pour moi cette année. Tout est allé très rapidement, il parait que c’est assez rare dans le métier, à ce point-là.

Le fait d’être aux Francos représente quelque chose pour toi ?

J’ai d’abord fait les Chantiers des Francos pour apprendre notamment la gestuelle et la présence scénique. Aujourd’hui, me retrouver sur des scènes officielles des Francofolies est symboliquement très fort.

Clip de "Bouquet de pleurs".

Tu es comparé à des grands de la chanson alors qu’à la base, dans ta jeunesse, tu écoutais surtout du classique.

J’ai appris le piano et beaucoup écouté Rachmaninov ou Bach. J’ai commencé la musique au conservatoire. Ensuite je me suis mis au piano, vers mes 8 ans. Plus tard, j’ai aimé le hard rock. Je n’avais quasiment pas de connaissance en matière de chanson française. C’est aujourd’hui que j’en écoute beaucoup. J’en avais un peu  marre de ne pas connaître l’œuvre de ceux avec lesquels on me comparait. Un jour, j’ai commis une énorme bourde sur une grande radio, j’ai parlé de Léo Ferrer. Là, je me suis dit qu’il y avait urgence à parfaire mes connaissances (rires).

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(Photo : Aurèle Bossan)

Tu es jeune, te laisse-t-on libre de tes choix artistiques ?

Complètement. Je vais vers la musique que j’ai envie de faire et d’entendre. 

Ton album est très diversifié. Il y a autant de ballades que de chansons electro-pop rythmés, mais il en ressort tout de même beaucoup de mélancolie.

Oui, je dois l’être un peu, mais je ne m’en rends pas bien compte. Ces chansons ont quelques  années maintenant. Je ne sais pas si je vais continuer sur cette trace-là ou si je vais explorer d’autres terrains. C’est encore trop tôt pour savoir.

Clip de "Mommy".

Tu as eu le temps d’aller voir d’autres artistes ici ?

C’est un peu compliqué. On m’emmène à droite à gauche et je n’ai pas vraiment le temps de me poser pour voir mes collègues. Je le regrette un peu, mais je ne suis pas ici pour ça, donc, je ne me plains pas.

Tu es de Toulouse, tu habites toujours là-bas, chez tes parents. Pourquoi ?

Ça me permet de garder les pieds sur terre. Quand je ne suis pas en représentation à la télé, à la radio ou sur scène, je redeviens l’enfant de mes parents. Je ne peux donc pas péter les plombs. 

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Après l'interview...

Francofolies de La Rochelle : Les siestes acoustiques de Bastien Lallemant

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Dans le cadre des Francofolies de La Rochelle 2018, les tours de La Rochelle accueillent Bastien BANDEAU BASTIEN LALLEMANT.pngLallemant (mandorisé làcompositeur-interprète, à la tour Saint-Nicolas pour des siestes acoustiques !

Comme l’indique le dossier de presse, « derrière les siestes, il y a une volonté simple : celle de proposer un spectacle sous le signe de l’imprévu et qui soit aussi divertissant pour le public que pour les artistes. Pour garder leur spontanéité, les siestes sont uniquement répétées le jour-même, dans les heures précédant l’ouverture des portes. Le répertoire est composé aussi bien d’originaux que de reprises, de duos que de collaborations. »

C’est ainsi que Bastien Lallemant conçoit ses Siestes Acoustiques que la Tour Saint Nicolas accueillera le 12, le 13 et le 14 juillet. Et surprise plus que délicieuse, une sieste acoustique Francos Juniors sera organisée le 13 juillet !

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(Photo : Loll Willems)

IMG_4675.JPGInterview :

C’est quoi une sieste acoustique ?

Il y a des matelas, des coussins, nous sommes allongés le plus confortablement possible, comme à la maison. Il n’y a pas de sono, juste des musiciens qui pendant une heure vont faire se croiser des chansons qui vont se suivre sans qu’il y ait d’applaudissements entre elles. Ce n’est pas un spectacle, mais un moment de détente absolue. On peut dormir ou ne pas dormir, regarder ou ne pas regarder... et se laisser aller. Ça se passe dans l’économie, le silence et la douceur. La douceur est le mot qui correspond le mieux à l’exercice.

C’est la première fois que tu viens aux Francos avec les siestes acoustiques ?

Oui. Je suis content, car ce n’est pas moi qui en ai eu l’idée, ce sont eux qui m’ont invité. Les siestes acoustiques voyagent dans un certain nombre de festivals, mais principalement les festivals littéraires, parce que ces siestes sont montées en mettant en relation musiciens et auteurs.

Etre ici, qu’est-ce que ça t’apporte ?

C’est l’occasion de travailler avec des gens qui sont ici plus souvent que moi, comme Albin de la Simone, Pascal Parisot, Emily Loizeau, Pierre Lapointe et Gaël Faure

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(Photo : Loll Willems)

Tu es l’artisan de ses siestes, tu es donc celui qui choisit les artistes.IMG_4672.JPG

Je tiens à ça, même si je suis très ouvert. J’invite des amis, des amis de mes amis. Tout ceci se fait naturellement. Il y a ici des artistes présents à ces Francos que j’aurais aimé intégrer, mais les horaires ne correspondaient pas.

Comment expliques-tu le succès de tes siestes ?

C’est un projet qui ne s’épuisent pas parce qu’il se renouvelle continuellement. Le public apprécie, car ce n’est jamais le même répertoire. Tu peux venir 10 fois, 10 fois, ce ne sera pas la même sieste.

Tu y puises quoi ?

Beaucoup de choses. C’est un laboratoire de musique. Connaître la mécanique des autres artistes est passionnant. Entendre des voix comme celles de Camélia Jordana ou Vanessa Paradis te susurrer aux oreilles des chansons, c’est une inexpérience qu’on n’oublie pas.

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(Photo : Loll Willems)

Informations pratiques :

Le 12 juillet à 16h30
Le 13 juillet à 10h30 (Francos juniors) et 16h30
Le 14 juillet à 16h30
Tour Saint-Nicolas
Tarif : 15 euros (10 euros pour les Siestes Francos Juniors)
Réservations : Ici

10 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : J-1

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24068183_10156005441463530_6080664055496702662_n.jpgDu 11 au 15 juillet la 34e édition des Francofolies de la Rochelle investie le port de de la ville maritime. Pourquoi n’y suis-je jamais venu (faute professionnelle ?) alors que je suis journaliste musical spécialisé dans la chanson française ? Je ne sais pas. Je fuis les grosses machineries, je n’aime pas être en représentation et je ne suis pas fan des endroits où je rencontre mes confrères, eux aussi en représentation. C’est idiot parce que ce festival fait connaître et diffuse la chanson et les musiques actuelles essentiellement d'expression française et francophone auprès d'un large public. Cette année, j’ai décidé d’aller faire exploser mes putains d’à priori et d’aller juger sur place.

En regardant  le programme, je constate que de très nombreux artistes seront là cette année pour faire vibrer le cœur d'amateurs et de passionnés de ce genre musical (bien sûr, quelques-uns seront interviewés par Mandor et seront mises en ligne ici au fur et à mesure). Dans la bonne humeur, les concerts s’y enchaînent, alternant rock, groove, électro, hip hop et chanson.

Programmation 2018 :

NTM // ORELSAN // JAIN // SHAKA PONK // VERONIQUE SANSON // CALOGERO // MC SOLAAR // BIGFLO & OLI // JULIEN CLERC // DAMSO // EDDY DE PRETTO // RAPHAËL // JEANNE ADDED // BRIGITTE // JULIETTE ARMANET // ROMEO ELVIS // DEAD ORBIES // SOPICO // JOEY LE SOLDAT // ALDEBERT // THERAPIE TAXI // LOÏC NOTTET // LORENZO // BERYWAM // BIRKIN GAINSBOURG LE SYMPHONIQUE ... et beaucoup d’autres (voir là).

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Il y a quelques années, les Francos avaient la réputation d’avoir une programmation un chouia « franchouillarde ». Avec l’arrivée de Florence Jeux, directrice générale et artistique du festival, il n’en est plus rien. La scène française ayant évolué vers des musiques pop, voire urbaines, quand elle est arrivée, intégrer tous ces artistes-là  est apparue comme une évidence (même si le hip-hop était déjà là dans les années 80). Il faut bien dire que les ventes de billets donnent raison aux organisateurs, puisque trois soirées sur la scène Jean-Louis Foulquier sont déjà complètes. En l'occurrence, celles de jeudi (Roméo Elvis, Damso, NTM), vendredi (Lorenzo, Bigflo & Oli et Shaka Ponk) et samedi (Eddy De Pretto, Jeanne Added, Jain, Orelsan) qui font la part belle au rap et aux autres musiques actuelles.

Précisons que le festival n’est pas qu’une série de concerts. Allez voir sur le site tout ce qui est proposé, c’est impressionnant : tables rondes, conférences, expositions, ateliers, projections de documentaires, balades…

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Manifestation toujours pleine de surprise, les Francofolies sont un lieu de fête et de convivialité, sur scène mais aussi en coulisses, au "patio", dans les after... Un succès qui ne se dément pas et qui a largement dépassé les frontières françaises. Il existe aujourd’hui des Francofolies à Spa et à Montréal.

francofolies de la rochelle,programmation,mandorEn tout cas, moi qui m’intéresse au développement des jeunes artistes, sur place, je ferai un large focus sur  "le Chantier des Francos" (qui fête ses 20 ans cette année), un atelier de perfectionnement scénique pour artistes émergents francophones issus de la chanson et des musiques actuelles. (Voir là pour en savoir plus).

Après toutes ces années, le succès est toujours bien présent. 150 000 festivaliers en 2017, plus de 80 concerts sur 6 scènes pendant 5 jours. La moitié des spectateurs a moins de 30 ans et les moins de 25 ans représentent 43% du public. L’objectif de cette année. Accueillir encore plus de festivaliers, évidemment.

08 juillet 2018

Arman Méliès : interview pour Echappées Belles volume 1

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arman méliès,echappées belles,interview,mandorDire que Vertigone m’avait bouleversé est un euphémisme (voir ici). J’aime Arman Méliès (mandorisé aussi ) parce qu’il me touche, que sa voix m’impressionne et qu’il prend un malin plaisir à dérouter son public en prenant constamment des directions différentes, donc en prenant des risques. Ne pas se répéter, aller de l’avant, tel a toujours été l’objectif d’Arman Méliès depuis son premier album.

Mélancolique et inspiré, plus cinématique que jamais, il nous  revient avec un hommage à la nouvelle scène féminine française. Cette première Échappée Belle est constitué de quatre reprises de Maissiat, Blondino, Fishbach et Juliette Armanet et de deux inédits pour vingt minutes de musique enregistrée dans son home studio et mixée par Pierre Antoine. De très bonnes chansons retravaillées à sa façon, tant et si bien qu’on a l’impression que ces titres lui appartiennent. L’intensité de son interprétation ajoutée à l’instrumentation sophistiquée me laisse pantois d’admiration. Il ne faut pas hésiter à s’immerger dans cet univers, d’écouter et de  réécouter pour tirer de cet EP toutes les richesses qu’il contient.

Le 13 juin dernier, Arman Méliès m’a donné rendez-vous dans un bar près de chez lui pour évoquer ce premier volume de ces Echappées Belles (à écouter là).

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arman méliès,echappées belles,interview,mandorInterview :

Cet EP a surpris tout le monde. Peut-on dire que c’est un disque entre-deux ?

Oui, un autre « vrai » arrive début 2019. Il est déjà totalement écrit et arrangé, mais il y a encore beaucoup de travail d’enregistrement. Echappées Belles est plus récréatif, même si je l’ai fait sérieusement et avec le cœur.

Cela dit, même si tu n’interprètes que des reprises, on a l’impression que ce sont tes propres chansons tant tu as su intégrer ton univers.

Une des gageures était de se réapproprier ses chansons qui sont déjà très fortes. Si je les ai choisies, ce n’est pas un hasard. Ce sont des chansons qui sont importantes et intimes pour moi et dont certaines me suivent depuis deux ans. C’est bien beau de se dire « j’adore cette chanson, je vais la reprendre parce que j’ai l’idée d’un EP de reprises qui serait une sorte de chemin de traverse par rapport à mon parcours initial », mais en fait, il faut trouver l’angle pour la reprendre sans la dénaturer, sans la rendre moins bonne que l’originale et se la réapproprier. J’ai voulu habiter ses chansons de manières différentes. C’est plaisant de donner un nouvel habit à des chansons qui existent dans un format bien défini. J’ai beaucoup de respect pour ces chansons et ces chanteuses, il ne fallait donc pas que je me loupe.

Cet EP s’est fait très rapidement.

C’est une idée qui me trottait depuis quelques temps, mais j’hésitais car j’étais pris par pas mal d’autres choses. Quand je me suis décidé en mars de cette année, j’ai tout enregistré en avril. J’étais seul à la barre, c’est moi qui enregistrais et qui jouais tous les instruments hormis le saxophone. Il n’y avait pas d’histoire de planning à caler et de studio à trouver.

Le premier morceau que tu as repris est « Bleu » de Mondino.

Oui, et c’est ce qui m’a donné de faire cet EP. C’est un morceau que je jouais seul pour mon  propre plaisir. En l’enregistrant, j’ai été surpris de devoir m’y reprendre à plusieurs fois. Je me suis rendu compte que ce qui marchait en guitare-voix pour moi, ne fonctionnait plus une fois posé sur bande. Il y avait des nuances harmoniques que je n’avais pas saisies. Le phrasé que Blondino utilise sur le titre nécessite que la rythmique générale du morceau soit en accord avec ce phrasé. J’avais essayé de m’en détacher un peu, j’ai dû faire machine arrière.

Clip de la chanson de Maissiat, "Le départ".

Tu as eu peur de décevoir les interprètes originaux ?

C’était la principale pression. Le fil conducteur était que je puisse faire en sorte d’amener ma patte et ma singularité dans les morceaux sans trop les bousculer. Je ne voulais pas heurter les chanteuses. Quand on est très attaché à une chanson et à son interprétation, quand on l’a écrite, quand on l’enregistre, quand on tourne avec, si quelqu’un en fait n’importe quoi, je sais que cela peut être blessant.

Tu les as toutes contactées avant d’enregistrer les titres ?

Oui. Je leur ai évidemment demandé la permission. Pas pour des histoires de droit parce qu’on est libre de reprendre des chansons, mais par correction.

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Tu as bien éduqué ton public, il a l’habitude des changements d’Arman Méliès. Il prend ce que tu lui proposes.

Oui, j’ai cette chance d’avoir un public très fidèle et qui aime bien mes contre-pieds professionnels.

Toutes ces chanteuses connaissaient ton univers ?

Celle que je connaissais le moins, c’était Fishbach, mais elle a enregistré son album avec Antoine Gaillet qui est la personne avec laquelle j’ai enregistré tous mes disques. Ca rapproche. Même si on ne se connait pas, il y a un univers commun et des références communes.

Elles ont toutes accepté facilement ?

Oui. Tout le monde a considéré l’idée bonne et avait hâte d’écouter ce que ça allait donner.

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Juliette Armanet et Arman Méliès dans l'émission de Didier Varrod, "Foule sentimentale" sur France Inter.

arman méliès,echappées belles,interview,mandorTu as choisi trois chanteuses un peu pop electro, sauf Juliette Armanet. Et bien ça marche quand même ! Ça a été difficile de la reprendre ?

Non. C’est parfois plus compliqué quand l’esthétique musicale est proche de la mienne. Le risque est de faire presque la même chose en moins bien.

C’était compliqué de choisir parmi toute cette nouvelle génération de chanteuses ?

Pas tant que ça parce qu’au moment où je me suis dit que j’allais faire ce disque de reprises, j’en avais plein en tête. Il fallait juste que je trouve des chansons qui me plaisent, qu’elles soient adaptables par moi seul dans un studio et que l’ensemble musical soit cohérent. Les chansons choisies se sont imposées assez vite, même s’il y avait d’autres chansons que j’avais très envie de reprendre.

Elles seront sur le volume 2 alors ?

Peut-être, mais ce n’est pas certain. Je ne sais pas encore si le volume 2 sera des reprises de jeunes femmes.

Tu as prouvé que des chansons que l’on croyait féminines pouvaient devenir masculines.

C’était aussi ce que je voulais montrer. C’est dans l’air du temps de donner sa vraie place à la femme dans la société, parce que dans énormément de domaine elle est sous représentée. Si on reconnait du talent à ces jeunes femmes, c’est qu’elles sont merveilleuses. Point barre. Et je vais être très sincère, pour moi, l’avenir de la chanson française, ce sont elles. C’est ce qui se fait de mieux actuellement, c’est aussi pour cela que j’ai voulu les reprendre.

Tu te sens concerné par les #MeToo, #BalanceTonPorc et par la libération de la parole des femmes ?

En tant qu’homme, c’est toujours  un peu délicat de se positionner par rapport à ce discours. On peut vite être taxé d’opportuniste. Dire qu’on a toujours soutenu la condition féminine est très facile à dire, alors que l’on peut se comporter comme un goujat chez soi ou dans son métier. Pourtant la parole masculine a aussi sa place dans ces revendications féministes. Je ne me sentais pas de faire de long discours, mais reprendre ces chansons est aussi un geste féministe, même si j’ai mis de côté la thématique féministe dans le choix des chansons.

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Pendant l'interview...

Chaque homme à sa part de féminité, as-tu fait ressortir la tienne ?

J’ai surtout l’impression de l’avoir sorti depuis longtemps sur d’autres disques et certaines interprétations. Sur cet EP, il n’y avait pas la volonté de chercher une part de féminité en moi. Le challenge de faire honneur à ces chansons était déjà suffisant pour moi.

C’est un disque autoproduit ?

Oui, j’ai monté mon propre label, Royal Bourbon. Il est destiné à sortir tous les projets parallèles que j’ai dans les tiroirs ou des projets de gens qui me sont proches et que j’aime beaucoup qui ne nécessitent pas l’armada promotionnelle habituelle qu’une sortie nationale exige. On va essayer de sortir à chaque fois des objets singuliers et beaux pour les amoureux du disque physique.

Il y a une imagerie Arman Méliès sur les visuels des albums et dans les clips… très mystérieux.

Pour moi, tout est lié. Dans mes textes, je prends un malin plaisir à ne pas tout divulguer. Je laisse des pistes pour que chacun puisse se faire son interprétation, du coup, les visuels et les clips peuvent aussi aider à une meilleure compréhension ou à ajouter des possibilités et de l’imaginaire.

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Le 13 juin 2018, après l'interview.

04 juillet 2018

Jérémie Bossone : interview pour son roman Crimson Glory

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(© David Desreumaux-Lamao Editions)

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorSi on connait l’œuvre de Jérémie Bossone (mandorisé une première fois ici en 2015), on n’est pas étonné de le voir arriver sur ce terrain-là. Celui de la littérature. La belle en plus. Bossone n’est pas un  chanteur qui écrit, il est écrivain. Il chante aussi. Point barre. On a le droit de bien maîtriser ces deux arts. Dans Crimson Glory, il ne raconte pas sa vie. Il livre une histoire originale où l’on fait la connaissance du facétieux pirate Sean Fountain. Certes, il distille quelques parcelles de son monde à lui, principalement celles liées à son métier d’artiste. Il y a même quelques considérations bien senties sur le petit milieu de la chanson française qui pourront amuser ceux qui en font partie ou ceux qui le connaissent. Hormis cela, l’auteur nous livre un « page turner » palpitant et souvent drôle.

Rendez-vous avec Jérémie Bossone le 14 juin dernier, sur une terrasse de Belleville pour parler littérature et chansons.

4e de couverture : jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandor

Chanteur à la carrière fluctuante, le narrateur voit sa vie bousculée sur une plage lorsqu’une bouteille s'échoue entre ses pieds. A l'intérieur, un message de 1823 l'invite à une chasse au trésor insolite.

Un chassé-croisé mouvementé entre cette nouvelle aventure et sa vie de songwriter s'engage alors.

Aventures imaginaires, autobiographies romancées ?

Un jeu d'équilibriste envoutant !

L’auteur :

Après un passage par le monde du théâtre (Prix du Meilleur Acteur Florent 2004), Jérémie Bossone, auteur-compositeur-interprète, a remporté de nombreux prix (Grand Prix du Centre de la Chanson, Prix Sacem, Prix Adami...).

En 2015 son album Gloires reçoit le Coup de Cœur de l'Académie Charles Cros.

Crimson Glory est son premier roman. 

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(© Lamao Editions)

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorInterview :

Crimson Glory n’est pas ton premier roman je crois.

C’est le 10e que j’écris et c’est le premier publié. Pour moi, le roman est une forme d’écriture complémentaire à la chanson, ce format court où il faut tout dire en quatre couplets. Le roman me permet de dispatcher l’action, la narration, sur du plus long terme. Pour être sincère, j’ai commencé à écrire des romans bien avant ma première chanson.

Que fais-tu de ces romans ?

Je les range dans un tiroir, parce que je n’ai pas envie de me battre pour m’imposer dans le milieu de l’édition, comme je me bats pour m’imposer dans le milieu de la chanson.

Alors pourquoi Crimson Glory sort-il ?

Celui-là, j’ai voulu tenter le coup. J’avais fini le précédent qui faisait 700 pages et je le savais invendable. Crimson Glory, je le sentais plus donc, je l’ai envoyé à quelques maisons d’édition. J’ai eu des réponses presque positives, mais pas tout à fait, y compris dans de grosses maisons. Chez Albin Michel, je suis même arrivé au dernier comité de lecture, mais quelqu’un est passé devant moi. Au même moment, je reçois un mot de Fany Souville m’expliquant qu’un journaliste Bordelais avait écrit un article sur sa maison d’édition, Lamao Editions, dans lequel il était indiqué par erreur que j’avais écrit un livre chez elle. Je lui réponds, un peu sous forme de boutade, que j’aurais pourtant bien aimé.

Et du coup, tu lui as envoyé ton manuscrit par mail, c’est ça ? jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandor

Exactement. Fany (voir photo à droite) l’a lu dans la nuit.

Elle me l’a raconté récemment. Elle l’a lu sur son téléphone et elle n’a pu le lâcher.

Oui, et c’était bon signe.

Bref, vous avez fait affaire. Comment t’es venu l’idée de ce livre ?

Je marchais sur une plage avec un pote, j’étais en train de lui dire que j’étais au bout de mon roman, celui de 700 pages, que je l’avais recommencé trois fois, que ça m’avait demandé cinq ans de travail et que je n’en pouvais plus. Et soudain mon pied cogne une bouteille. Illico, ça a déclenché tout un processus. Celui d’en écrire un autre avec ce point de départ de bouteille sur une plage. En revenant dans le train qui me ramène de Toulon à Paris, je prends quelques notes, même si Proust disait que ça ne servait à rien d’accumuler les notes… Pendant deux ans, j’ai laissé murir tout ça. Un jour, j’ai dit : « C’est maintenant ». J’avais la narration et le schéma, ensuite, ça m’a pris quatre semaines de rédaction. En l’écrivant, j’ai souhaité qu’à chaque fin de page, le lecteur ait envie de tourner la suivante.

Le personnage principal du livre te ressemble beaucoup, non ?

C’est ce que me disent les gens.

Tu parles de ta vie de chanteur, de ton disque, du milieu de la musique… tu t’es un peu amusé à glisser des clefs.

Je savais que le public « chanson » qui me suit depuis quelques années allait éventuellement s’intéresser à ce disque, c’est une sorte de clin d’œil.

Clip de P-P-Patricia.

Tu n’es pas très tendre avec ce milieu.

Pas très, en effet. Il n’a pas toujours été très tendre avec moi non plus.

C’est bizarre parce que j’ai l’image d’un Jérémie Bossone aimé de ce milieu.

Ca dépend, mais globalement, je n’ai pas à me plaindre comparé à d’autres. Maintenant, on va peut-être apprendre à me détester parce que je tente d’autres aventures. En France, on aime un artiste pour une chose, un genre. On l’aime une fois pour quelque chose, on aimerait qu’il continue à faire ce pour quoi on l’a aimé. Le problème, c’est que c’est aux antipodes de ce que je suis. Faire constamment la même chose m’est proprement insupportable. Je ne peux pas. J’ai besoin de changer. J’ai besoin de métamorphoses, de passer par plusieurs formes et je sais que, fatalement, je perds des gens.

Tu as envie de chanter autre chose, avec des textes moins consensuels ?

J’aimerais chanter des sujets différents, scabreux, douteux… j’aimerais être le Roger Nimier de la chanson. J’hésite parce que je sais que les gens ne veulent pas entendre certaines choses. Faut-il leur donner tort ? A la base, la chanson est un art populaire. Si on vogue vers des choses non populaires, ont elles leur raison d’être ? Moi, je pense que oui. Il faut proposer d’autres alternatives.  Il y aura toujours des chansons sur l’amour, sur l’amitié, sur le temps qui passe, mais il ne faut plus qu’il n’y ait que ça. Il y a un continent à explorer et j’ai tendance à vouloir le rejoindre.

Clip de "Playmobil".

Revenons au livre. Il y a toi et il y a le « pirate » Sean Fountain. Par son attitude, lui aussi pourrait être un double de Jérémie Bossone, non ?

Il y a beaucoup de moi dans ce personnage, bien sûr. Je le considère  comme un grand frère, une espèce de modèle. A part que je ne vis pas au XVIIIe siècle, on a effectivement beaucoup de choses en commun.

Ce côté joueur, tu l’as ?

Oui, même s’il va très loin dans le jeu et les facéties. J’aime les gens qui vont loin, même s’ils finissent par être mal vus par une société qui a d’autres manières de fonctionner.

Il est sacrément égoïste.

Très. Je le revendique aussi chez moi, à la fois comme une force et comme une énorme faiblesse. Ce n’est pas un égoïsme qui va dans le mur, il doit être orienté vers quelque chose. C’est comme l’orgueil. Pour moi, l’orgueil est une grande valeur.

Et la vanité ?

C’est le travers de l’orgueil.

Un artiste n’est pas un homme comme tout le monde ?

C’est ce que les gens attendent. Si c’est pour être comme tout le monde, ça ne sert à rien. Il faut aller plus loin quitte à déranger, bousculer, choquer. C’est important parce que ça peut déclencher un réveil chez le public. L’artiste doit donner un coup de pied à l’ordre établi sinon, il n’a aucun intérêt.

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Quelle image penses-tu donner au public ?

Après 10 années de chansons, j’ai été enfermé dans une image d’artiste écorché vif, romantique. C’est de ma faute parce que cela doit être une part de moi que j’ai mis un peu trop en avant. J’aime déconner et rire, mais je n’arrive pas à exprimer ça dans ce que je chante. Quand je tente, ce ne sont pas mes chansons les plus réussies. Proust, encore lui, écrivait que le bonheur n’était pas fait pour être écrit, mais pour être vécu. Ce qui s’écrit, c’est le malheur.

Dans le roman, l’humour est là en tout cas. Un peu noir, second degré, sarcastique.

Je veux tirer dans le tas tout en restant élégant. J’aime les sourires qui dézinguent.

Le narrateur, il ne fait pas bon vivre avec lui quand on est une femme amoureuse.

Dans le livre, Suzanne a eu raison de partir, en effet.  La patience a des limites, j’ai les miennes. Euh… le narrateur à les siennes. A un moment donné, chacun retourne à sa place.

Est-ce que ce livre a été écrit aussi pour que les gens, voire tes proches, te comprennent, te connaissent un peu mieux ?

Je voulais montrer une forme de cynisme qui est en moi et que ne véhiculent pas mes chansons. Je le regrette, mais le peu de fois où j’ai essayé, je me suis ramassé. Ce livre me permet peut-être inconsciemment de faire voler en éclat le romantisme qui me colle à la peau.

Comme ton nouveau personnage musical Kapuche.

Oui, il se moque de tout et de tout le monde. Il n’a pas de place à défendre dans ce milieu musical… il se contente de survivre sur un radeau, et ce n’est pas facile. J’aime beaucoup ce double parce qu’il dit ce qu’il veut, comme il veut.

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Bossone et Kapuche.

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorAvec le projet Kapuche, tu veux balayer Jérémie Bossone ?

C’est ça. C’est moi derrière le masque, mais quand je l’endosse, je ne suis réellement plus le même. En termes d’écriture, ça m’envoie encore ailleurs, comme tu pourras le constater quand tu auras écouté le prochain album (dont voici la pochette à gauche). J’ai besoin de ça. 

Tu passes de guitare-voix à du rap insolent.

Le changement est violent, je te l’accorde. J’aimerais pourtant que l’on m’apprécie pour ma manière de passer d’un projet à un autre.

Comme dans tes chansons, dans le livre, tu parles aussi beaucoup d’alcool. Je te cite : « Quand  je pense qu’il existe des gens qui sont réfractaires aux lumières de l’alcool, je n’arrive pas à me figurer une telle étroitesse de vue ».

Je me suis fait remonter les bretelles à cause de cette phrase (rires). Il y a un bouquin à écrire sur l’alcool, sur son panache, sur ce que cela permet…

Blondin a écrit sur l’alcool.

Comme toute la bande des Hussards, ils ont fait un premier pas, il manque la dimension épique.

Tu évoques aussi l’écriture : « Or, ce qui prime en écriture, c’est la puissance ludique. C’est ce plaisir du jeu que procure l’agencement des images et des sonorités. Sans lui, nulle catharsis et les émotions retournent comme des baudruches dégonflées… ». L’écriture est ta passion absolue ?

Elle a une part prépondérante dans ma vie, c’est clair et net. Mais, ma passion absolue est de raconter des histoires. Soit en chanson, en poème, en roman, en série, ou avec des outils vidéo. 

Des outils vidéo ?

On a publié sur YouTube deux épisodes en vidéo sous forme de dessin animé avec Kapuche. Les dessins animés m’ont énormément impactés aussi, et notamment les mangas. Pour moi, c’est la dernière forme d’art qui défend une valeur épique de la narration.

Trailer de Kapuche : La Sparkle Rose.

Je sais que tu ingurgites beaucoup de séries télévisées et que tu lis des mangas. Est-ce que cela peut influencer ta façon d’écrire tes chansons ?

Absolument. Déjà, mon schéma narratif à tendance à se modifier continuellement. Ces derniers temps, contrairement à avant, je suis très porté vers la rime riche. A travers Kapuche, le rap me permet de m’y adonner.

Le rap, ce n’est pas un nouvel amour pour toi.

Non, c’est loin d’être une lubie. Ça fait  20 ans que j’en écoute et ça fait un moment que j’avais envie de m’y mettre. Déjà, pour faire comprendre au milieu « chanson » que l’on pouvait marier la chanson et le rock, ça m’a pris 10 ans. J’estime avoir fait mon job. Il faut que je fasse pareil avec le rap.

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Pendant l'interview...

Pourquoi es-tu pour la violence dans l’art ?

S’il y avait plus de violences dans l’art, il y en aurait moins dans la vie. Je ne dis pas que l’art doit se restreindre à n’être que de la violence, mais allons loin dans la violence dans l’art. Il y aura moins de guerre…

Dans Crimson Glory tu évoques aussi la morale : « Depuis que j’ai une conscience, je me suis toujours essuyé les pieds sur la morale. C’est la moindre des politesses à l’égard de la poésie. « La morale, c’est la faiblesse de la cervelle » dit le frangin Rimbaud et l’ami Proust de surenchérir « on devient moral quand on est malheureux » ». Tu aimes aller à l’encontre de la morale ?

Par posture, un peu, par essence même, par profondeur, oui. Faut dézinguer la sacro-sainte morale. Comme disait Brassens : « Je préfère me tromper tout seul qu’avoir raison avec tout le monde ». J’ai un côté sale gosse qui a envie d’avoir sa place. Une  place différente.

Un artiste, c’est un grand enfant ?

Il faudrait qu’il le soit, malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.

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Après l'interview, le 14 juin 2018.

01 juillet 2018

Lonny Montem et G. Charret : interview pour l'album Tara

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louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor« En fait, à la base Louise aka Lonny Montem a son propre projet solo. Et moi j’ai Yules mais ça tu le sais déjà (effectivement, mandorisés là il y a 8 ans). Louise a sorti un premier EP intitulé What kind of music do you play ?  et sur lequel j’ai chanté une chanson en duo avec elle, j’ai également mixé cet album. Et c’est à l’occasion de cette semaine de mixage que nous avons décidé de faire un disque ensemble en partant de l’idée d’un duo à la Simon & Garfunkel ou plus récemment Lady & Bird. » C’est ainsi que m’explique  Guillaume Charret le projet Lonny Montem et G. Charret. J’écoute le lien de l’album Tara et j’entends ce que les songwriter ont fait de mieux dans les années 70. Sans copier qui que ce soit. Nous avons affaire à deux musiciens très inspirés dont les voix apaisantes nous mènent dans un joli continent musical. Comme le dit à leur propos Nicolas Vidal sur son excellent site musical Faces : « Il est toujours touchant de voir des artistes pour qui la mode ne compte pas, pour qui écrire est plus important que poser. »

Le 21 juin dernier,  jour de la fête de la musique, j’ai rejoint Louise et Guillaume dans un bar de la capitale pour une mandorisation (très bruyante, entre un match de l’équipe  de France et un DJ en pleine forme).

Argumentaire officiel (par Henri Rouillier) :louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor

Louise Lhermitte aime Yules. Guillaume Charret aime Lonny Montem. Explorant les sillons creusés par Simon & Garfunkel, Belle & Sebastian ou Lady & Bird, les deux amis ont décidé, une fois le printemps venu, d’enregistrer un disque ensemble. Sept chansons qui brosseraient le portrait de Tara, cette maison auvergnate où ils se sont enfermés une semaine durant, au bord de la cheminée, pour écrire et composer. Sept chansons convoquant fantômes et souvenirs fragmentaires, compilant en ballades l’écho des vies qui se sont un temps arrêtées en ces murs. Tara comme un écrin pour la quiétude. Tara comme le nom de l’EP que Lonny Montem et G. Charret vous présentent aujourd’hui.

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(Photo : Nicolas Vidal)

louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes rencontrés lors d’un stage de structuration professionnelle au Studio des Variétés. 

Louise : Nous étions entourés d’artistes qui faisaient ou de la chanson, ou de l’electro pop. Guillaume et moi étions les seuls à faire de la folk, on s’est donc très vite reconnus et appréciés.

Comment avez-vous pris la décision de travailler ensemble?

Louise : Il y a eu plein d’étapes avant d'en arriver là. Guillaume, avec Yules, avait un quatuor à cordes pour reprendre Léonard Cohen dans l’album I’m your man naked. Comme je suis altiste, j’ai monté le quatuor parisien de ce projet pour la scène. Ça a été notre première collaboration.

Guillaume : Ensuite, tu as écrit un duo, "Parallel Ride" pour ton premier EP What kind of the music do you play ? et tu m’as appelé pour le chanter. A chaque nouvelle collaboration, on ressentait l’envie d’aller plus loin musicalement ensemble.

Louise : Plus le temps passait, plus on apprenait à se connaître… et il était clair que nous étions sur la même longueur d’onde.

Guillaume : Je pense que Louise n’osait pas trop me demander plus d’investissements avec elle parce qu’il y avait un obstacle géographique. On se parlait beaucoup au téléphone et elle me posait des questions du genre « est-ce que tu connais quelqu’un qui pourrait faire les mastering de mes chansons ? »

Louise : Et un jour, je l’appelle désespérée et dépitée pour lui annoncer que la personne qui devait mixer mon EP ne le mixe plus.

Guillaume : A un moment, Louise me demande qui je prends pour mixer mes albums, ce à quoi que je réponds que je le fais moi-même avec Bertrand, mon frère. Du coup, elle m’a proposé de mixer le sien. Comme je connaissais déjà une partie des chansons et que je suis très sensible à sa musique, j’ai accepté immédiatement. C’est le premier projet que j’ai vraiment mixé seul et je me suis découvert une passion pour cela. A la fois, je lui rendais service et elle me rendait service.

Louise : Cette semaine de mixage était géniale. Je suis allée chez lui en immersion dans son studio pendant cinq jours. J’ai compris à quel point le mixage était hyper important dans la musique folk. Le son que tu as est déterminant. 

"Little lovers" pour la chaine YouTube Du son dans mon salon.

Quelle est la difficulté du mixage dans la folk ? louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor

Guillaume : De ne pas briser le naturel. Du naturel brouillé, brouillon, c’est assez facile à faire en mixage, mais du naturel clair, c’est difficile.

Louise : Un bon mixage dans la folk, c’est rendre honneur à la sensation que tu avais en studio. Il faut retranscrire l’émotion que tu avais en enregistrant la chanson.

Guillaume : Il y avait des titres longs de 8 minutes, très orchestrés, avec des mouvements, des chœurs qui apparaissent, ou soudain une batterie qui déboule à la 7e minute… Il y avait aussi énormément de prises « live », beaucoup d’acoustiques, des cordes, bref, c’était complexe.

En mixant ce disque, vous vous êtes rendus compte qu’il fallait que vous fassiez un album ensemble.

Louise : Oui, pour un disque moins chargé, plus épuré. Je dis à Guillaume que j’ai une maison en Auvergne et que j’aimerais l’y emmener pour voir s’il est possible de concevoir des chansons ensemble. Au départ, c’était pour un album à moi et au bout de quelques temps, j’ai compris que c’était un album de duo qu’il fallait faire. C’était devenu une évidence. J’entendais deux voix.

Clip de "Big Big House" réalisé à Tara par Anna Farnoux et monté par Justine Dely.  

louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorDans cette maison qui appartient à ton père, l’ambiance était propice à ce genre de musique.

Louise : Là, c’est le calme absolu. Il n’y a pas d’habitant à côté.

Guillaume : Je trouve que ce disque rend hommage à  l’ambiance qu’il y a dans cette maison. Il n’aurait pas été comme ça si on l’avait enregistré dans un autre endroit. C’est vraiment le disque de Tara, c’est pour ça qu’on l’a intitulé du nom de la maison. C’est un témoignage sur comment être à Tara et comment y vivre.

Un lieu peut influencer une musique ?

Guillaume : Je suis convaincu que c’est le cas. Je pense que le trip hop n’aurait pas pu naître ailleurs qu’à Bristol, que le reggae n’aurait pas pu naître ailleurs qu’en Jamaïque. Il y a des lieux propices à des musiques particulières.

Louise : Je sais que je ne peux pas écrire à mon bureau à Paris.

Guillaume : A moins que tu fasses de la folk urbaine, mais la folk, c’est plutôt un truc contemplatif. Il y a un lien évident avec la nature.

Vous étiez donc en vase clôt pour travailler 7 jours.

Louise : On avait déjà structures, paroles, mélodies et accords. Mais nous n’avions pas du tout d’arrangement.

Guillaume : Nous avions aussi une chanson inachevée que nous avons terminée là-bas.

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Toutes les chansons sont écrites par Louise, mais il y a deux reprises. Une de James Taylor et l’autrelouise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor de Simon et Garfunkel.

Louise : Simon et Garfunkel, c’était complètement l’esprit du disque. La chanson que nous avons reprise est « Old Friends ». Ça nous a fait marrer parce que nous, nous sommes des young friends. C’est une chanson incroyable sur l’amitié, et nous on vit cette amitié qui est rare. Surtout, entre homme et femme. En plus, on a 52 ans d’écart tous les deux (rires).

Guillaume, ça ne te fait pas bizarre de travailler avec un autre binôme ?

Guillaume : Evidemment, travailler avec Louise, c’est très différent que de travailler avec mon frère. Avec lui, c’est d’abord la fratrie. Là, notre amitié est née sur la musique, ce n’est pas la même chose.

Ton frère n’a pas eu envie de mettre son grain de sel dans ce projet ?

Guillaume : Bertrand a masterisé le disque. Mon frère ne s’immisce jamais, c’est quelqu’un de discret. Il me regarde m’envoler de mes propres ailes avec bienveillance.

Louise : Je crois que cet album n’aurait pas eu cette tronche là si on n’avait pas été deux fous enfermés dans cette maison. A plus, on n’aurait pas atteint cette folie.

Cette folie ?

Louise : Oui, parce que nous devenions fous. On oubliait le temps, on ne voyait pas les heures passer. On se levait, on mangeait et hop ! Nous étions partis pour des heures et des heures de travail. Le dernier jour, on avait des têtes de fous, je crois.

15 mars 2018, Froggy's Session de "Please Look After Me" à la Maison Muller / La Splendens Factory, Paris

louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorLouise, tu écoutes de la folk depuis toujours ?

Louise : J’ai eu une révélation avec Joan Baez à 14 ans. J’ai eu aussi ma période Bob Dylan, Patty Smith, Tim Buckley, les Who, les Beatles. Au lycée, j’ai eu la chance d’avoir un groupe de potes musiciens, du coup, nous nous nourrissions de tous des disques de nos parents.

Jamais de la variété n’est arrivée à tes oreilles ?

Louise : Je ne te cache pas que j’écoute un petit Balavoine de temps en temps. Je trouve qu’il a des mélodies extraordinaires. Yves Simon a aussi écrit des chansons hallucinantes. Il y a également Souchon que je trouve très importants. Mais, attention, pour moi, Souchon est un folkeux. C’est notre Dylan français. 

Tu as fait un tour en Angleterre à l’âge de 18 ans, après ton bac, et je crois savoir que, musicalement, ça t’a beaucoup influencé.

Louise : C’était en 2011. Pile l’année où il y avait dans le top 5, Noah and the Whale, Laura Marling, Mumford and Sons, tous ces artistes-là faisaient partie du mouvement new folk anglais. Ça m’a fait rêver et c’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais beaucoup de sensibilité à cette musique et que c’était celle que je voulais faire.

En France, finalement, vous n’êtes pas nombreux à jouer ce genre musical.

Louise : Ça a été très à la mode il y a dix ans, mais maintenant plus trop, en effet. Tant mieux, il y a de la place. On a une double page dans le Guitare Magazine de ce mois avec notre partition au milieu.

Guillaume : Quand on est guitariste, avoir sa tablature dans ce magazine, c’est une concrétisation (rires).

Clip de "Blue Rose Case" réalisé par Philippe Muyl et monté par Antoine Lhonoré-Piquet. 

Votre clip de « Blue Rose Case » a été bien mis en avant par les Inrocks. Il est présenté comme un louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorhommage au film Twin Peaks de David Lynch.

Louise : Le webzine Indie Rock Mag a demandé à Guillaume et à d’autres artistes de faire une compil’ autour de Twin Peaks.

Guillaume : On n’avait pas encore conçu Tara. Je savais que Louise aimait ce film et qu’elle écrivait en anglais, donc je lui ai proposé de participer avec moi. Je ne voyais pas Yules sur ce projet.

Louise : La vérité, c’est aussi que tu m’as dit que tu n’avais pas trop le temps d’écrire. Moi, j’ai écrit cette chanson en 15 minutes (rires).

Guillaume : Je n’étais pas du tout inspiré par le sujet. J’écris des textes assez personnels, je ne me sens pas auteur de commande. Je ne sais pas écrire un texte idéal  sur un sujet imposé. Louise, je savais qu’elle en avait les capacités. Elle m’envoie la maquette et là, tout de suite, j’entends Nancy Sinatra et Lee Hazlewood. Nous sommes donc partis dans ce sens. Elle vient, on enregistre sa voix, et dans la semaine qui a  suivi,  j’ai enregistré tous les instrus. En une semaine, c’était bouclé. Cette chanson a beaucoup plu, mais il ne pouvait pas figurer sur un album. On a donc décidé d’en faire un clip.

Et le clip est signé par un brillant réalisateur, Philippe Muyl. Comment est-il arrivé dans cette aventure ?

Louise : Avec Guillaume, nous étions dans un diner mondain autour de Michael Lonsdale. A notre gauche, il y avait Philippe Muyl. On finit par chanter des chansons. En se rasseyant, je demande à mon voisin ce qu’il fait. Il me répond qu’il est réalisateur. Je ne le connaissais pas, mais au culot, je lui ai dit que l’on cherchait quelqu’un pour faire un clip. Je  ne m’attendais pas une seconde à ce qu’il accepte. En fait, ça l’a intéressé et trois jours après, il a dit oui.

Ce n’est pas un peu une facétie du destin ? Tu te retrouves à côté de lui à un diner…

Guillaume : Ces histoires-là, quand on les entend, on se demande si elles existent vraiment. Mais oui, les contes de fées existent. En plus, c’est une boucle qui est bouclée parce que c’est une chanson inspirée par le cinéma et par l’univers d’un cinéaste… et c’est un cinéaste qui fait le clip de cette chanson.

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Après l'interview, le 21 juin 2018.

30 juin 2018

LAïN : interview pour l'EP Matelot

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(Photo : Alexandre Aldavert)

laïn,matelot,interview,mandorAttention, très gros coup de cœur pour LAïN ! Son premier EP, Matelot (sorti sur le label Néogène Musique), textuellement, c’est carrément le coup de  poing. Uppercut dans le cœur. Dans ses chansons, « elle explore les méandres de nos obsessions, l’urgence de nos émotions et la sempiternelle vacuité des « petites choses » de la vie ». LAïN travaille avec Hipsta, qui est depuis la fin de 2016 son réalisateur et arrangeur en studio comme à la scène. Ces deux-là se sont bien trouvés. Le duo parfait pour un EP parfait.

LAïN, on va beaucoup en entendre parler dans les prochains mois… foi de Mandor ! Le 21 juin dernier, j’ai pris rendez-vous avec cette artiste brillante, charismatique et carrément au-dessus de la mêlée. Pour rien au monde, je ne serais passé à côté de cette pépite en voie d’explosion.

(Avant de vous laisser lire l'interview, je ne peux pas ne pas vous mettre le lien de la cover de "Femmes" de Nicole Croisille par LAïN. Un bijou absolu!)

Biographie officielle :laïn,matelot,interview,mandor

Ces quatre lettres finiront par vous obséder. LAïN. Celle qui est tapie dans l'ombre de ce patronyme évanescent en découdra avec vos sentiments. Elle creuse dans vos émotions pour en ressortir le beau tout le temps, le dur souvent, l'inavouable parfois... LAïN... Elle est Parisienne, elle est aussi discrète qu'excentrique et imprévisible. Elle a choisi la musique pour explorer son for intérieur, mais c'est aussi du votre qu'elle parle. LAïN fait dans l'electro, la pop sombre et c'est dans la langue de Bashung qu'elle a décidé de s'exprimer. Et elle a bien fait, tant ses métaphores crépusculaires sont comme des coups de poings reçus en pleine face. Pile dans nos égos. LAïN est sensuelle comme son écriture, douce comme son piano mais sait aussi être profane, directe, presque possédée par une violence contenue dès qu'elle monte sur scène. Elle n'est pas seulement musicienne et chanteuse, elle est aussi metteur en scène de ses chansons denses, poignantes. La dimension cinématographique est primordiale pour LAïN. Sa musique est film tendre et fou, sexy et violent. Un film brutal où l'on ne voit rien. Un film pudique où l'on sent tout... LAïN est tendre et puissante, gracile mais pas docile, subtile mais pas fragile, désarmante de sincérité et pourtant si armée… Armée pour vous faire chavirer.

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(Photo : Alexandre Aldavert)

laïn,matelot,interview,mandorInterview :

Tu as fait un peu de musique classique en Conservatoire, puis tu t’es dirigée vers le jazz.

Vers 17 ans, je suis devenue chanteuse de jazz. J’étais nourrie de cette musique par mon père qui en écoutait beaucoup. J’ai donc jouée dans des pianos-bars et des clubs de jazz pendant pas mal de temps. J’y interprétais des standards, mais un peu revisités. En parallèle, je commençais à écrire et composer pour moi, tout en cherchant des gens avec lesquels collaborer.

En 2015, tu as travaillé avec un premier groupe pour ton répertoire à toi.

Ils étaient mes premiers musiciens et arrangeurs. Ensuite j’ai rencontré Hipsa et là, ça a été le déclic. Avec lui, ça a collé immédiatement et j’ai senti qu’il allait devenir mon alter ego. On échange, on communique, on est capable de revenir sur un morceau que l’on pensait déjà abouti sans que cela crée des tensions. Il y a un travail de fond et un feeling entre nous qui sont très importants.

Cette rencontre a été comme une évidence ?

On a quand même passé presque un an à s’apprivoiser artistiquement. Aujourd’hui, on travaille beaucoup plus vite sur mes compos et ses arrangements. Notre collaboration est hyper enrichissante. 

Tu as employé le terme « apprivoiser ». C’est à ce point-là ?

Oui, ce que nous faisons est de l’ordre de l’intime. Il faut que la relation humaine soit très forte. Parfois, on se dit des choses pas très agréables à entendre sur notre travail, il faut pouvoir le supporter et être capable de se remettre en question. 

"Matelot" dans l'émission de Didier Varrod, "Foule sentimentale".

Dans ce premier EP, il y a du beau texte. Je le souligne, car c’est plutôt rare quand c’est à ce point. laïn,matelot,interview,mandorOn sent que les grands de la chanson ont fait partie de ta vie musicale.

Mon père m’a fait découvrir Philippe Léotard. Je suis tombée amoureuse de son œuvre et de son histoire. J’ai tout de suite sentie un truc dingue chez lui. Il m’a toujours bouleversé. Je me rappelle d’une chanson de lui assez forte qui s’appelle « Drôle de Caroline » dans laquelle il parlait de la drogue. Cette écriture n’était pas évidente, il fallait vraiment l’écouter et s’en imprégner. Il fallait s’ouvrir pour comprendre de quoi il parlait. C’est ça que j’aime. Quand les choses ne sont pas forcément évidentes dans l’écriture. C’est pour ça aussi que j’aime les textes de Jean Fauque, on ne comprend pas tout. Un peu comme quand on regarde un film de David Lynch. C’est bon de ne pas toujours tout comprendre et d’être dans l’interrogation. Ça ouvre les portes de l’imaginaire et de la sensibilité des gens.

Tu as cette manière d’écrire ?

J’ai une forme de pudeur dans l’écriture parce que je suis quelqu’un de très pudique. Quand on n’est pas dans le premier degré, quand on utilise des métaphores pour dire les choses, on se met à nu, mais on parvient à dissimuler ses émotions.

Une manière de se cacher ?

Oui, un peu.

"Le reflet des drapeaux" en écoute. 

laïn,matelot,interview,mandorComment écris-tu ? (Photo à gauche : Thomas Bader)

De manière impulsive, voire habitée. Ensuite, j’y reviens et je retravaille le texte. C’est la partie que j’aime le moins. C’est plus compliqué pour moi. Je préfère quand les choses viennent d’un jet, simplement. Je me rends compte aujourd’hui que cette deuxième partie de travail est aussi importante que la première, si ce n’est plus.

Un de tes disques cultes et Fantaisie militaire de Bashung  dont quasiment toutes les chansons sont co-signées Jean Fauque. Ça t’a fait bizarre de l’avoir rencontré ?

Je l’ai vu aux Francofolies de La Rochelle en 2015. Je lui ai joué mes chansons en piano-voix. Il m’a dit : « J’adore ta chanson « Marianne », j’aurais aimé l’écrire. » Je me suis pris une émotion de dingue. Après, ça a été fabuleux de travailler avec lui. Là, aussi, cet homme est humainement incroyable.

Tu as été influencée par le jazz et la chanson à texte, pourtant, tu fais de la pop electro. Pourquoi ?

Parce que j’ai d’autres  influences et que j’aime beaucoup d’artistes. J’admire James Blake par exemple. Ce qu’il fait est fascinant. Après, j’aime le côté laborantin que l’on a avec Hipsa. On va chercher des sons un peu particuliers, on bidouille et on trouve des sonorités inédites.

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(Photo : Alexandre Aldavert)

L’inspiration te vient facilement ? (Photo à droite : Thomas Bader)laïn,matelot,interview,mandor

Il faut travailler régulièrement pour qu’elle arrive. Je lis beaucoup, je regarde des films,  j’écoute des disques, ça me nourrit. Les sons des autres me font naître des idées, des images que je transforme pour qu’il colle à mon univers.

Je t’ai entendu plusieurs fois dans Foule sentimentale, l’émission de Didier Varrod sur France Inter.

En recevant mon EP, Didier Varrod a eu un coup de cœur. C’est quelqu’un de formidable et de rare. Laisser sa chance à des artistes qui débarquent juste parce qu’on le sent, parce qu’on le renifle et que ça provoque quelque chose, c’est rare. En janvier, il m’a passé sur Inter et en mars, il m’a proposé d’être en résidence dans son émission. C’est allé très vite. Je peux dire que c’est lui qui m’a jeté à la mer, mais il a pris soin de m’offrir de grosses bouées (rires).

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LAïN au Silencio.

laïn,matelot,interview,mandorOù en es-tu de l’enregistrement de cet album ?

On enregistre au mois de juillet. Il sortira en 2019.

Tu as hâte ?

Non. J’aime bien les étapes. J’aime notamment celle que je traverse actuellement. J’aime bien la période de créativité que je vais traverser dans notre grotte avec Hipsa. Nous allons remettre le nez dans des chansons déjà existantes et en enregistrer des nouvelles.

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Pendant l'interview...

Et la scène, tu aimes ?

Au début, je n’aimais pas. Je ne voulais pas me mettre en avant sur scène et maintenant j’adore.

Pourquoi chantes-tu ?

C’est une bonne question. Déjà, je ne sais pas si je sais faire autre chose. J’ai l’impression qu’il y a plein de choses en moi qui sont assez sombres, c’est ma manière à moi de les sortir, d’arriver à avancer et à vivre.

Quelle serait la carrière idéale ?

J’aimerais bien ne pas être un feu de paille. J’aimerais prendre mon temps et m’installer dans le temps justement. J’aimerais imposer des textes exigeants, pour moi et, pourquoi pas, pour les autres.

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Après l'interview, le 21 juin 2018.

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29 juin 2018

Nicolas Vidal : interview pour la sortie de Bleu piscine

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nicolas vidal, bleu piscine, interview, mandorComme l’explique sa bio officielle, «Nicolas Vidal navigue dans les eaux underground de la pop française depuis son premier album Des Ecchymoses sorti en 2011. Après Les nuits sereines n’existent pas (2016), album sous influence(s) Jacno/Mikado, son 3ème album Bleu piscine joue les prolongations pop. Nicolas Vidal n’est donc  plus tout à fait un jeune premier qui aurait découvert la synth-pop dans un lot de 33 tours au coin d’une brocante. Après une première vie dans le théâtre et la radio et une vie parallèle dans la mode, cet autodidacte considère la musique comme faisant partie d’un processus créatif, au même titre que la photographie ou l’écriture. »

Bleu piscine n’a rien à envier aux récents albums de ses ainés, Alain Chamfort et Etienne Daho. La pop française à un nouvel arrivant, accueillons le comme il le mérite.

(Découvrez aussi le webzine pop en noir et blanc, Faces, de Nicolas Vidal. Un travail exceptionnel !)

Le 12 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar branchouille de République pour une  deuxième mandorisation (la première n’a jamais été publiée).

L’album (argumentaire de presse) :nicolas vidal, bleu piscine, interview, mandor

Bleu piscine, écrit et composé en majorité au printemps 2017 entre la Corse, Paris et Bangkok, et enregistré dans la foulée, a la spontanéité des hits estivaux, totalement hantés par les figures artistiques qui ont accompagné cet «Eté dandy» (David Hockney, Jacques De Basher, Isabelle Adjani). Solaire et emprunte d’une sensualité plus apparente («Roche», «Sous ton ombrelle»), la pop de Nicolas Vidal se fait plus dansante, tout en étant de plus en plus personnelle («Bleu piscine», «La vie d’avant»). Délaissant parfois les effluves lo-fi qui composaient la majorité de son deuxième album, Nicolas Vidal opte pour une pop un peu plus urbaine («AR mon amour, «Transe»), aidé en cela par la production plus électro clash de Valentin Aubert (aka Aube) dont le travail sur le son et les arrangements a été primordial pour emmener les chansons en dehors de leur zone de confort. Mais les amours de jeunesse ne passent pas si facilement et un détour par la case eighties était obligatoire pour parler de la fin d’une histoire d’amour façon nouvel Hollywood («Balboa») ou pour évoquer la chute d’une idole fashion façon Erasure en compagnie d’Une Femme Mariée («John»). Les textes, moins autocentrés, font place à une actualité teintée d’intime (le pré Brexit «Pop Boy à Paris», le manifeste sur la norme amoureuse «L’amour qui penche») et constituent la bonne surprise de ce nouveau disque.

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nicolas vidal, bleu piscine, interview, mandorInterview :

La dernière fois que je t’ai interviewé, c’était en 2016, avec Emma Solal. J’ai perdu le son de l’interview quand on m’a volé mon iPhone,  donc je n’ai jamais publié cette double rencontre. Mais, par  contre, je crois savoir que depuis, vous avez décidé de travailler ensemble…

C’était effectivement le début de notre complicité.

On y reviendra tout à l’heure. Tu as écrit et composé seul (hormis une chanson avec Constance Petrelli) ce nouvel album en trois semaines.

Oui, pendant mes vacances en Corse et en Thaïlande. En Août, quand je suis revenu en France, on a enregistré dans la foulée, ce qui ne m’était jamais arrivé.

Le lieu où tu es influence-t-il ta façon d’écrire ?  

Le lieu m’influence même beaucoup. Tout le coté solaire du disque, ce sont des chansons que j’ai écrites au soleil. Deux chansons particulièrement, m’ont été inspirées par le moment présent. « Roche », je l’ai composé dans ma tête sur un bateau en Corse, entouré de touristes. J’ai eu la mélodie tout de suite et, pour ne pas la perdre, je suis allé dans les toilettes du bateau  pour la chanter sur mon iPhone. Concernant « Bleu piscine », j’étais en Thaïlande, il y avait une piscine, un décor paradisiaque, mais il s’est dégagé une certaine tristesse de ce moment trop parfait. J’ai donc imaginé une histoire d’amour qui serait à sens unique.

Clip de "Pop boy à Paris"

Cet album est plus dansant que les précédents. Par contre, les textes restent très mélancoliques. nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandor

Cet album est un peu plus ouvert. Je parle un peu moins de moi. Sur une chanson comme « L’amour qui penche », j’ai eu envie d’évoquer sans faire aucune morale, toutes les histoires qu’il y a eu autour de la manif pour tous, le mariage entre personnes du même sexe, la transsexualité… La musique pop m’a permis de traiter ces sujets avec un peu plus de légèreté et de poésie. Le côté péremptoire et sérieux, très peu pour moi.

J’ai effectivement remarqué que tu donnes ton opinion sur pas mal de sujets, sans faire la morale… et c’est très appréciable.

La morale n’a pas lieu d’être dans la chanson. A mon sens, la chanson doit rester comme une bulle de savon. Les Alain Chamfort, Arnold Turboust où autres Etienne Daho, font ça très bien, eux aussi.

Je te place sans hésitation dans cette famille musicale.

J’ai beaucoup écouté ces artistes. Quelque part, ils m’ont influencé. Je reste persuadé que la musique que tu entends enfant te marque à jamais. Mon premier 45 tours, si tu enlèves Chantal Goya et Karen Cheryl, c’est la chanson interprété par Lio, « Banana Split ». Mes parents écoutaient tous les Brel, Brassens, Ferré, Ferrat et, pour moi, c’était insupportable parce que moi j’aimais Lio, Daho, Elie Medeiros, Indochine…

nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandorTa pop est à la fois moderne et nous rappelle celle des années 80. Comment on trouve le juste milieu ?

En travaillant avec un producteur de 25 ans, Valentin Aubert, qui n’a pas ces références-là en tête. Il a celles de son époque. Ce qui est drôle, c’est qu’il n’aime pas cette musique des années 80, du coup, ça a été super de travailler avec lui parce qu’on se retrouvait sur des références comme Phoenix, Metronomy ou Tame Impala. On a essayé de se sortir de la pop française et des sonorités eighties. Valentin a été un parfait contrepoids à mes références parfois passéistes.

Dans tes chansons, il t’arrive de ne pas cacher ton homosexualité.

Je la revendique même complètement. Je suis ravi qu’un Eddy de Pretto soit numéro1. Il raconte son homosexualité très naturellement. Dans les chanteurs de ma génération et celle d’avant, il y en a peu qui l’ont fait. Il y a pourtant bien des homos, des hétéros, des bisexuels, des trans… vivons avec.

Sur la pochette de Bleu Piscine tu as utilisé une imagerie homosexuelle. C’est volontaire ?

Absolument. Et sur le nouveau clip d’Emma Solal, « Baisers illicites », qui est un duo avec moi qui figurera sur son prochain disque, on ne s’est pas gênés non plus. Garçons et filles, on se roule tous des pelles.

Clip d'Emma Solal (avec Nicolas Vidal), "Baisers illicites".

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Archives : Interview en 2016 avec Emma Solal et Nicolas Vidal (jamais diffusée pour cause de perte de son).

Au moment où tu as enregistré l’album, tu lisais la biographie de Jacques de Bascher. Il a influencénicolas vidal,bleu piscine,interview,mandor au moins un texte. Qui était cet homme ?

C’était un dandy mondain dans les années 70-80. Il a été l’amant d’Yves Saint-Laurent et de Karl Lagerfeld. La chanson « Eté dandy » m’a été inspiré par lui.

Dans le même temps, tu as vu l’exposition de David Hockney à Beaubourg.

Lui aussi est homosexuel. Quand j’ai décidé de faire cette couverture et d’appeler l’album Bleu piscine, j’avais ce type d’artiste dans ma tête.

En revendiquant ton homosexualité, tu n’as pas peur de « segmenter », d’avoir moins de public ?

Les gens qui n’ont pas envie d’écouter ma musique parce que je suis homosexuel, je n’ai pas envie qu’ils m’écoutent. Je préfère même qu’ils ne l’écoutent pas. Mais honnêtement, je crois que maintenant les gens s’en foutent de la sexualité du chanteur. Au concert d’Eddy de Pretto, la majorité des gens était des filles qui se moque bien de sa sexualité.

Clip de "Bleu piscine".

nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandorTu n’as pas encore la notoriété que tu mérites. Selon toi, que te manque-t-il pour accéder au stade supérieur ?

Il me manque certainement un entourage, même si j’ai conscience que ce n’est pas parce que tu as un entourage que tu as obligatoirement du succès. Si j’avais un bon attaché de presse, un bon manager et un bon label, ça m’ouvrirait à des médias qui, potentiellement, pourrait s’intéresser à mon travail. C’est plus difficile quand tu es tout seul à faire ton petit bonhomme de chemin. Et puis, quand tu fais de la pop, les médias, c’est plutôt restreint.

Les jeunes, la pop, ils s’en foutent un peu non ?

Oui, sans faire de généralité, ils préfèrent les musiques urbaines. Ce que je fais intéressera plus les quarantenaires. Cela dit, je ne me sens pas en déconnexion avec des artistes comme Clara Luciani ou Fishbach qui ont trouvé leur public, donc, je ne désespère pas. Moi, je continue à faire mes albums coûte que coûte et on verra bien où ça va me mener.

Parfois, tu ne te dis pas « à quoi bon ? »nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandor

De temps en temps, mais je pense qu’il faut trouver la bonne économie pour sortir tes projets. Avec un home studio, tu peux faire des albums qui ne coûtent pas très cher. Pour moi, la musique, c’est vitale. Je te le répète, je n’ai pas du tout envie d’arrêter.

Tu as failli solliciter Arnold Turboust pour ton disque.

Quand je me suis demandé avec qui je pourrais faire un disque, il a toujours été dans un coin de ma tête. Entre temps, j’ai rencontré Valentin Aubert et je suis parti vers autre chose, mais vraiment, un jour, j’aimerais travailler avec Arnold Turboust. Il est un super musicien et arrangeur.

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Parle-moi de ta collaboration avec Emma Solal.

Je suis avec Valentin Aubert, arrangeur et réalisateur de son prochain disque. A la base, Emma m’a juste demandé des chansons, mais ensemble, on a écouté mon album et elle m’a dit que c’était vers ce genre de musique composé de  sonorités très « electro » qu’elle voulait se diriger. Les excellents Pierre Faa, Éric Chemouny, Jérémie Kisling et Une Femme Mariée (Constance Petrelli) ont aussi collaboré à ce disque…  Je te garantis que la pop lui va très bien.

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Le 12 juin 2018, après l'interview.

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28 juin 2018

Marco Moustache : interview pour Autopsie d'un poil rebelle

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(photo: Hashka/ÿz)

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorLa chanteuse-pianiste aux mille facettes, Marco Moustache revient avec un deuxième album, Autopsie d’un poil rebelle, véritable manifeste pour la liberté et la féminité. Son credo : « la vie n’a pas de sens sans amour et sans humour ! » Paru chez En Garde! Records en mars dernier, le disque est distribué par Inouïe Distribution. Cet album est une joyeuse bouffée d’air frais à découvrir absolument.

Le 12 juin dernier, dans un bar de la capitale, Marco Moustache et moi avons fait connaissance… et avons parlé musique et féminisme.

Marco Moustache en quelques dates:

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marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorArgumentaire de presse de l’album :

Aiguisé, percutant, engagé et sans concession, Autopsie d’un poil rebelle est à la croisée des chemins entre hip-hop, chanson et jazz.

Une poésie posée sur des grooves affranchis de toutes définitions, une voix chaude planant au-dessus d’un duo original clavier/batterie, le deuxième album de Marco Moustache n’en finit plus de nous prendre et nous surprendre. Ici, on n’a peur ni des codes, ni des genres, ni du grand méchant rap, ni des machines made in ailleurs. Pas la moindre trace de strass, ni la plus petite miette de paillette, une fine moustache et quelques mots suffisent à nous toucher. Ils ont la saveur douce d’une sensualité moderne et la puissance amère d’une conscience actuelle.

Marco est une artiste qui a autant de cris que de sourires sous la moustache, autant de convictions que de désinvolture. Qu’il pique ou qu’il chatouille, il est franc ce poil rebelle qui pousse au fond de son cœur.

13 titres, 6 invité.e.s, une seule envie : briser les lisses silences qui nous rendent si seul.e.s.

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(Photo : Hashka/ÿz)

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorInterview :

Tu as commencé la musique à l’âge de 7 ans.

Mes parents m’ont proposé de faire de la danse et du piano, j’ai dit oui. J’ai adoré les deux.

Tu as fait de la danse longtemps ?

De 4 à 26 ans. Avant même de faire de la musique sur scène, j’avais déjà l’habitude d’être sur une scène et de bouger. Aujourd’hui, quand je suis sur une scène, je sais quoi faire de mon corps.

En musique, tu as débuté par le jazz. Tu as vite senti des facilités ?

Pas du tout. Le jazz demande un lâcher-prise et une liberté hors du commun… et je ne les avais absolument pas. La liberté et le choix, on sait tous que ce n’est pas facile.

Je crois que c’est un milieu dans lequel il y a beaucoup de compétitions.

Moi, tel un bisounours, je croyais que le milieu des artistes étaient super sympas. Ce n’est pas du tout le cas, du  moins, dans ce contexte-là. Pour arranger le tout, j’étais la plus jeune et la seule fille. Je t’avoue ne pas l’avoir très bien vécue. Cette pression totale que j’avais en permanence n’ont pas fait de ces années les meilleures de ma vie.

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(Photo : Hashka/ÿz)

Avant la création du personnage de Marco Moustache, chantais-tu déjà ?

J’ai fait toutes mes études de jazz en tant que pianiste ? Ces études étaient surtout axées sur la composition et l’arrangement. La dernière année, on devait mettre des textes en musique. J’avais trouvé ce travail très exigeant, mais passionnant. J’en ai profité pour mettre en musique un extrait des « Femmes savantes » de Molière, histoire de me venger un peu de mes camarades de classe.

Mais, à cette époque, tu écrivais déjà des textes pour toi ?

J’écrivais des poèmes. Et aussi des sketchs. Je ne l’ai jamais dit en interview, mais j’ai une grosse culture d’humoriste. J’adore ça.

Clip de "Comme une fille".

Tu as fini par écrire aussi des chansons.

Oui. Mais comme j’étais très timide, j’ai demandé à un copain de les chanter à ma place. Je l’accompagnais au piano, mais nous avons arrêté de travailler ensemble. A la fin de mes études, j’ai décidé de tenter le coup moi-même, alors que je ne savais ni chanter, ni gérer mon souffle. Je suis allée chez ma copine chanteuse de jazz, Lou Tavano. Elle et son amoureux et pianiste, Alexey Asantcheeff, m’ont dit qu’il fallait que ses chansons sortent de mon salon. D’autorité, ils m’ont trouvé une date de concert. C’est ainsi que j’ai plongé dans le grand bain.

Tu étais déjà Marco Moustache ?

Non, j’avais pris un premier pseudo qui était le diminutif d’enfance de mon vrai prénom Emilie. Je me suis donc appelé Milou.

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorTu as fait un disque sous ce nom-là ?

Oui. C’était un disque de chansons, Où que tu pousses. Assez loin de ce que je fais maintenant.

Tu as tourné longtemps avec ce projet ?

De 2009 à 2012. Tous les concerts étaient scénarisés et il y avait toujours un fil rouge. C’était des spectacles avec accessoires et décors.

Sous l’ère Milou, tu as sorti une chanson « Les mamans des lascars ». C’était le début de ta métamorphose ?

C’était un rap satirique qui faisait hurler de rire tout le monde. C’était à une époque où je commençais à fréquenter la scène slam et des rappeurs, alors je commençais à écrire des titres qui étaient de moins en moins chantés et de plus en plus parlés. J’ai aussi intégré une batterie… et changer de nom de scène.

Le 4 mars 2016 en première partie d'Inna Modja à L'Ouvre-Boîte de Beauvais

Marco Moustache est née et elle s’est dirigée vers le spokenword, ce mélange de hip hop et de chanson. Toi, tu as appelé ça de la proësie groove.

(Rires) Le nom est arrivé après un gros brainstorming avec ma maman. On a trouvé « proësie groove » marrant.

Je crois que tu as trouvé l’idée de la moustache avant de trouver ton nouveau pseudo.

Je savais que j’allais me diriger vers une musique plus urbaine, mais je n’avais pas encore l’idée du personnage.

C’est un ultime concert toute seule en piano-voix au Café Universel qui a tout déclenché.

Je venais tout juste d’écrire « J’aime pas le rose » qui est sur mon premier album en tant que Marco Moustache. J’y fais parler un violeur. Je voulais tenter cette chanson sur scène, alors, j’ai pris un crayon pour les yeux et je me suis dessinée une moustache. J’ai tout de suite constaté l’effet de cette moustache sur les gens, alors que j’étais en robe et en talon. La moustache a un effet déguisement qui fait rire tout le monde, du coup, ça a détendu l’atmosphère. J’ai compris ce soir-là que je tenais quelque chose.

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(Photo : Hashka/ÿz)

Cette moustache t’aide donc à raconter plus de choses en te cachant derrière elle ?

Je peux raconter mes convictions, mais avec une distance. Cette  distance que crée la moustache me permet d’avoir un discours plus léger et humoristique sur ce que mes proches ou moi ont vécu, tout en posant de vraies questions.

Il y a des opinions franches et tranchées dans les chansons de cet album.

Je dois être un peu compliquée, mais je trouve que, soit les artistes ne racontent rien, donc ils m’ennuient, soit ils sont trop donneurs de leçons et ça m’agace. Un artiste n’est pas là pour donner des leçons. J’ai horreur des moralisateurs, des justiciers qui savent ce qu’il faut être et faire… et qui te le disent.

C’est là que ta moustache rentre en jeu.

Oui, je le répète, elle me permet d’avoir une distance faite d’humour et d’autodérision. Je suis une personne gaie dans la vie. Je me marre beaucoup, du coup, mon écriture est influencée.

Clip de "Les tartelettes".

C’est quoi exactement ton spectacle lié à ton disque Autopsie d’un poil rebelle ?

J’effectue vraiment l’autopsie d’un poil rebelle. Je porte une blouse, il y a une table d’opération et j’ai une pince à épiler. Je pars du principe que l’on vit dans une société où les codes de la féminité sont inversés, puisque la féminité, c’est la moustache. Une femme a été arrêtée parce qu’on l’a soupçonnait de s’être épilée un poil de moustache dans le RER. C’est complètement absurde, mais les gens rigolent tout en ayant compris les messages que j’ai voulu faire passer.

Evidemment, on aura compris en écoutant les paroles de tes chansons que la féminité est un sujet qui te préoccupe beaucoup.

Même dans ma vie personnelle. Aujourd’hui, la féminité  à des codes qui font de la femme l’objet de désir de l’homme. Il y a un vrai questionnement sur le fait de se réapproprier notre féminité. Plus l’idéal féminin est éloigné de la réalité, plus on va faire consommer et plus certaines femmes vont acheter du maquillage et des produits de beauté. De plus, l’idéal féminin change tous les 6 mois et il est inatteignable car « photoshopé »… tout ça devient ridicule.

Là, tu n’es pas maquillée.

Je ne me maquille plus, même sur scène. Je ne dessine que ma moustache.

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(Photo : Hashka/ÿz)

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorQuel est ton rapport à ton corps ?

Toutes les femmes sont en souffrance par rapport à leur féminité et leur rapport à leur propre corps. Je n’échappe pas à la règle. Quand je discute avec des copines, elles ont des mots atroces pour définir leur corps. Je crois pouvoir dire que nous sommes toutes complexées et schizophréniques par rapport à ça. Je conseille de lire un merveilleux essai de Nancy Huston, Reflets dans un œil d’homme. Elle y explore les tensions contradictoires introduites dans la sexualité en Occident par deux phénomènes modernes : la photographie et le féminisme. Elle parvient à nous démontrer l’étrangeté de notre propre société, qui nie tranquillement la différence des sexes tout en l’exacerbant à travers les industries de la beauté et de la pornographie.

Je veux insister sur un point, ton album n’est pas anti homme.

Je suis très agacée quand on associe féminisme et misandrie (sentiment de mépris ou d’hostilité à l’égard des hommes). Ça n’a rien à voir. J’ai rencontré autant de femmes misogynes, parfois très sexistes, que d’hommes qui sont profondément féministes. Le féminisme n’est rien d’autre que la revendication de l’égalité de droit entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas une inversion des rapports de domination. Ramener le féminisme à une guerre des sexes et injuste pour la plupart des hommes.

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On a parlé et beaucoup ri aussi.

Les hommes et les femmes ont été élevés avec des codes quasi ancestraux bien ancrés en nous. Il est forcément compliqué de s’en débarrasser.

Je suis absolument d’accord avec toi, c’est pour ça que je pense que les hommes et les femmes devraient être main dans la main pour réfléchir à la féminité. Mon cher et tendre, qui est féministe, me dit que je suis trop optimiste, pourtant, je crois en ce que je dis. Dans cette société ou la domination masculine est clairement établie, la plupart des hommes ne sont pas mauvais et sont même des chics types qui n’en profitent pas.

En t’écoutant, j’ai l’impression d’écouter la version sérieuse de ce que tu dis avec humour dans ton disque.

Tu ne peux pas me faire plus plaisir. C’est la définition de l’art pour moi : communiquer des idées ou des émotions en les rendant agréablement accessibles.

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Le 12 juin 2018, après l'interview.

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26 juin 2018

Wladimir Anselme : interview pour L'esclandre

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(Photo: Frank Loriou)

wladimir anselme,l'esclandre,interview,mandorQuel plaisir de retrouver Wladimir Anselme ! Il nous avait offert un album exceptionnel en 2011, Les heures courtes, (mandorisé ici pour l’occasion), le voici de retour avec le tout aussi somptueux L’esclandre, un album folk tinté de sonorités rock aux douces harmonies. En écoutant ses chansons fortes et puissante, on s’interrogerait presque sur le sens de la vie.

L’homme aux multiples autres activités artistiques n’a pas chômé entre ses deux albums. Nous nous sommes donné rendez-vous le 11 juin 2018 pour faire le point sur ces 7 dernières années et pour évoquer cet album essentiel.

Biographie officielle :wladimir anselme,l'esclandre,interview,mandor

Wladimir Anselme est un songwriter impétueux et délicat, qui gravite dans le paysage musical, en tête brûlée, en doux excessif. Il nous délivre ses romances sauvages, à la mélancolie frondeuse et à la grâce désarmée, aux mélodies superbes qui cherchent autant du côté des interprétations lumineuses du brésilien Caetano Veloso que des gumbos rock déglingués de The Red Krayola.

Le nouvel album est enregistré en prenant son temps, et en famille – œuvre à la fois d’un franc-tireur et d’un groupe soudé. Où l’on retrouve ce mélange si singulier de poésie chantée et de rock débraillé, de tropicalisme doux et de folk indé, qui, depuis Les Heures Courtes, nourri par la scène et les aventures, a gagné en puissance et en sérénité.

Le précédent album reçoit un très bel accueil des médias (FIP, France Inter…) et le coup de cœur Chanson de l’Académie Charles Cros 2012 !

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(Photo : Frank Loriou)

wladimir anselme,l'esclandre,interview,mandorInterview :

Tu es auteur-compositeur-interprète, mais également dessinateur, vidéaste et feuilletoniste.

Je fais aussi des sites internet si tu veux tout savoir. Ça m’amuse de faire tout ça. J’ai fait des études de math, du coup, j’aime bien faire un peu de codes, mais ce n’est pas ce que je mets en avant.

Une chanson, c’est mathématique ?

Il y a beaucoup de gens qui font de la musique en utilisant les mathématiques, mais moi, je ne crois pas le faire. Ou alors, très inconsciemment, mais pas tant que ça. Ce que j’avais gardé des mathématiques, c’était le vocabulaire. « Une démonstration par l’absurde », j’aime bien cette phrase par exemple.

Si je précise tes autres activités, c’est parce que j’aimerais savoir si elles nourrissent consciemment ou inconsciemment tes chansons.

Oui, bien sûr, il y a des va-et-vient entre tout ce que j’écris. J’ai toujours cherché des formes de narrations très diverses, mais ces derniers temps, j’ai surtout écrit des feuilletons « fictionnels » pour France Culture ou Arte radio. Evidemment, ça s’interpénètre avec mes chansons métaphoriques, du moins un peu codées. Il y en a plusieurs inspirées par certaines fictions. Contrairement à mes albums précédents qui exploraient plus les sentiments, dans celui-ci, la plupart des chansons sont des mises en scène et n’ont rien d’autobiographiques. A chaque fois, même si je l’assume en employant le « je », c’est un héros qui vient d’ailleurs.

Teaser 1 de l'album L'esclandre.

Le texte de « Trois bécasses » peut avoir plein de significations… c’est ça la magie d’une chanson.

C’est surtout la magie d’un certain type de chanson. J’aime bien aussi une chanson réaliste avec un début, un  milieu et une fin. J’ai juste un peu de mal quand  il y a une chute. Ça  m’arrive d’en écrire quand je le fais pour une comédie musicale, mais ce n’est pas ce qui me plait le plus quand je chante moi.

Tu as quelques chansons courtes dans cet album. Il y en a deux qui ne dépassent pas les deux minutes…

Quand elles sont courtes, c’est parce que je n’arrive pas à faire plus long. Ce n’est pas calculé.

Tu as commencé cet album deux ans après Les heures courtes et il n’arrive que maintenant. Pourquoi ?

J’ai passé beaucoup de temps à écrire des arrangements de cordes, à essayer de réunir les musiciens pour les enregistrer. Parfois, je prenais conscience que ce que je voulais faire ne fonctionnait pas. J’ai souvent recommencé pour finalement tout virer. J’ai fait les voix plusieurs fois, refait pas mal de textes, bref, je te passe les détails, mais comme je n’avais pas de deadline, j’ai pris mon temps. Trop peut-être.

Tes chansons, tu les essayes sur scène avant de les enregistrer ?

Oui. Dès qu’elles existent, je les ajoute à mon répertoire. Je n’attends pas spécialement de les enregistrer. Quelques-unes ne franchissent pas le cap de l’enregistrement. Par contre, certaines prennent du poids quand on les enregistre, grâce aux arrangements, je suppose.

"Planetarium", version audio.

Tu as gardé les mêmes musiciens que pour Les heures courtes.

Je suis très heureux de cette fidélité mutuelle. On a fait pas mal de scènes ensemble, mais pas seulement. On est parti vers d’autres projets comme, par exemple, le disque-livre, sorte de space-opera pour enfant, « Les Cromosaures de l’Espace » (Actes Sud Junior), illustré par Brecht Evens.

J’adore avoir des expériences avec d’autres musiciens, mais j’aime par-dessus tout travailler avec les miens (Csaba Palotaï (guitares), Boris Boublil (orgues, piano, basse) et Marion Grandjean (batterie)). J’ai appris beaucoup de choses avec eux en enregistrant le premier disque. Ils m’ont incité à me recentrer sur la chanson en guitare-voix et à lui trouver un habillage pertinent. Maintenant, je connais parfaitement leur son, leur façon de jouer… il y a tout un échange entre nous qui est très beau.

Dans Les heures courtes, il me semble que c’était un chouia plus pop.

Même si ce n’était pas évident à le constater. J’avais envie que ce soit expérimental et avant-gardiste, mais je ne voulais pas que cela se voit. C’est paradoxal, je sais.

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Pendant l'interview...

Et dans L’esclandre ?

Je souhaitais que ça donne des chansons agréables à écouter et que ça ait l’air simple. Une fois le disque fini, je me suis rendu compte que s’il y avait des leitmotivs, il n’y avait pas un refrain, ni des mélodies évidentes. Malgré cela, L’esclandre  a été bien accueilli par les médias.

Tu préfères quoi dans ce métier, la scène ou le studio ?

Sans conteste, le studio. C’est vraiment là où la création est à son summum. On a du temps et on peut inventer ce que l’on veut.

Tu te sens comme un laborantin ?

Pas forcément comme un laborantin. Je cherche juste à faire de la musique. Quand elle commence à exister et qu’elle devient vivante et humaine, qu’elle prend un chemin que je n’aurais pas imaginé, c’est jubilatoire. Je suis juste à la recherche de chansons pertinentes et précises. On s’arrête quand on est en deçà de notre niveau d’exigence, mais c’est ça qui est beau aussi parce que c’est humain. 

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Après l'interview, le 11 juin 2018.

25 juin 2018

Christian Olivier : interview pour l'album After, avant

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(Photo : Sabine Normand)

christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandorChristian Olivier (la tête pensante des Têtes Raides) sort un album solo (le second), After, avant. Il y crie son désir de voir revenir la fraternité, la solidarité et l’amour entre tous les hommes. Il est bon d’entendre encore des artistes parfois utopistes, mais profonds, humains et généreux. 

La troisième mandorisation de Christian Olivier (la première ici en 2007 et la seconde en 2014) s’est tenue le 15 juin dernier sur une terrasse du 10e arrondissement. Passionnant, comme toujours.

Biographie officielle :christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandor

Après avoir prêché du côté des Têtes Raides et des Chats Pelés, Christian Olivier revient avec un deuxième album solo,  After Avant, qui sortira le 8 juin. Véritable amoureux d'art, ce touche-à-tout a exploré la musique sous toutes ses coutures : en collectif ou en duo, à travers des lectures (Prévert) ou des musiques de films (On a 20 ans pour changer le monde, sorti en salle le 11 avril).

Avec ce nouvel opus aux couleurs et aux atmosphères riches et lumineuses, Christian Olivier propose une palette entièrement renouvelée : "J’avais envie d’ouvrir d’autres portes" explique-t-il. Au milieu des 14 titres, "Micorazón" attire l'oreille et nous entraîne dans des envolées World Music soutenues par des paroles toujours aussi poétiques.

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christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandorInterview :

Pourquoi un deuxième album solo ?

Je souhaitais revenir à la source artistiquement et rejouer dans des petits lieux… avant de basculer dans des salles plus importantes. J’aime jouer dans des endroits atypiques. Hier on jouait dans un pub de bikers et bientôt dans un bowling. Avec le groupe qui joue avec moi, je vais tourner un an en tant que Christian Olivier avant de retrouver les Têtes Raides. Je suis content parce que les musiciens avec lesquels je tourne ont une belle énergie. 

Comment vas-tu faire puisque tu vas jouer ton spectacle sur Prévert avec Yolande Moreau  dans quelques semaines en province et à Paris ?

Je vais alterner les deux spectacles. Il faut juste gérer les dates.

Tu as parfois besoin de faire une pause « Têtes Raides » ?

Oui, à tous les niveaux, que ce soit artistique ou humain. Ça fait trente ans que Têtes Raides existe, il est important parfois de s’isoler. C’est bien aussi pour l’écriture et les compositions. Quand j’écris pour Têtes Raides, il y a des choses que j’entends tout de suite musicalement, comme par reflexe. Il faut que je sorte de mes automatismes et de ma manière de travailler.

C’est pour ça qu’il est important de rencontrer d’autres musiciens ?

C’est primordial. Ça me permet de creuser et de chercher autre chose. C’est comme ça que l’on évolue.

Dans les deux premiers morceaux, « Kids » et « Non », il y a des touches electros.

J’aime écouter des styles de musique différents depuis toujours. « Kids », c’est l’introduction à l’album, il donne le ton et il démontre que quelque chose a bougé, que je suis allé vers une autre matière sonore et d’autres rythmes.

Chaque morceau a son univers. christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandor

Exactement. Il y a aussi des morceaux qui rejoignent mon univers habituel. Tu sais, je continue à travailler à l’instinct. Même si je bascule sur des ambiances et des rythmes différents, je continue à penser le disque comme un voyage. Mon souhait est que les gens entrent dans la première chanson et qu’ils se laissent embarquer pour le voyage que je propose.

« Non » est un plaidoyer pour un retour d’une Europe qu’on aime, une Europe plus solidaire et unie.

Il y a de cela, mais dans mes chansons, il y a toujours plusieurs messages. Un message principal et des tiroirs que l’on peut ouvrir. Si on fouille dedans, on peut y trouver bien des choses. J’aime les lectures différentes. Dans « Non », je parle des petites choses de la vie de tous les jours ou de la société qui existent encore, mais qui ont du mal à survivre aujourd’hui. Il y a des choix à faire et on ne les fait pas. On est plus dans une phase de repli que d’ouverture. C’est assez tragique.

christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandorDans « Love » et « Esperanza » tu évoques la fraternité qu’on devrait retrouver.

Je traite de ce sujet depuis longtemps, mais à chaque fois avec un angle différent. J’espère que ça amène une pierre de plus sur la compréhension, que cela fait se poser des questions et provoquer un déclic. Le but étant de faire réagir les gens. Mais, attention, ce n’est que de la chanson.

Ce n’est que de la chanson ? Je suis étonné de cette formule venant de toi qui essaie de faire changer les consciences à travers cet art.

(Rires) Je dis ça, mais je sais ce qu’il y a derrière. L’émotion peut provoquer des choses chez les gens. Quand je dis que ce n’est que de la chanson, je veux dire par là que la chanson ne reste qu’une amorce. Mais les amorces, c’est vrai, c’est important. Les petites choses déclenchent parfois les grandes.

Et quand je te dis que tu tentes d’élever les consciences, tu prends ?

Quand j’écris, la conscience est comprise dedans. Mais j’écris aussi avec la notion de plaisir. Les mots, c’est une matière que je respecte énormément. Ce jeu avec la langue m’intéresse particulièrement. J’ai envie que ça sonne bien, que ce soit joli et en même temps que cela raconte quelque chose.

Clip de "Micorazon".

Dans « Micorazon », tu joues beaucoup avec les mots et les sonorités.christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandor

Oui, c’est vrai. J’ai encore plus affiché mon goût des mots. C’est une chanson assez simple, mais qui résonne par la musicalité des mots. Sur scène, cette chanson fonctionne à merveille.

La chanson « Ailleurs » a ceci de particulier qu’il y a un refrain que l’on retient facilement. C’est une chanson tubesque…

Dans l’album, cette chanson rock détonne un peu. Elle va parfois chatouiller la pop. Mais au fond, j’ai l’impression que toutes détonnent les unes des autres.

Le morceau « After avant » parle d’une révolution à faire. Tu penses qu’il faudrait une bonne révolution pour repartir à zéro ?

Bon, les révolutions, on a vu aussi ce que cela donnait. Le résultat n’a pas été que positif. Je parle plus d’une révolution que chacun mènerait soi-même. Après, on pourrait envisager des choses en collectif.

Dans « Le bien le mal », tu dis notamment que personne n’est manichéen.

On navigue tous entre ses deux extrêmes. La vie est un équilibre et nous sommes tous des funambules. On est sur un fil, on peut tomber de n’importe quel côté… et comment on fait pour rester debout ?

christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandorPourquoi la reprise de la chanson d’Arno, « Putain, putain » ?

L’Europe encore parce qu’il y a urgence. Parce que les migrants, parce que le repli sur soi, parce qu’on ferme les portes. Pour moi l’Europe doit être tout sauf ça. Il faut qu’il y ait une réaction. Cette chanson devrait être l’hymne européen.

Ta voix, tu t’en sers comme un instrument de musique. Selon ce que tu fais ou ce que tu chantes, tu t’en sers différemment.

En parallèle des concerts, je fais des lectures de textes. J’aime bien lire de la poésie avec de la musique derrière. J’ai aussi un spectacle qui s’appelle Chut ! dans lequel je reprends des tubes de Bashung, Ferré ou Rita Mitsouko par exemple, mais que je lis avec une bande son avec du bruit et pas de musique. C’est une façon de redécouvrir les textes, donc ma voix tient un rôle important dans ce cas de figure et j’en joue beaucoup.

L’histoire de ce disque est liée à une musique de film que tu as écrit en parallèle, On a 20 ans pourchristian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandor changer le monde, sorti en salle le 11 avril dernier.

Au moment où j’ai commencé à écrire l’album, j’ai effectivement composé la musique de ce film formidable d’Hélène Medigue. Le sujet m’a touché. Que va-t-on avoir demain dans nos assiettes ? Elle pose les bonnes questions écologiques et sociétales. Bref, musicalement, il y a des bouts de mélodies que j’ai écrit pour le film qui ont fini sur l’album et vice-versa.

Le lien et l’enchevêtrement, tu les utilises depuis tout le temps dans toutes les formes artistiques que tu pratiques.

L’image, le dessin, le graphisme, le théâtre, ce sont des choses qui se croisent en permanence dans ma vie. La matière de mes disques vient aussi de toutes ces activités.

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christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandorIl y a un bel article sur toi et ce disque dans Marianne. J’ai relevé deux phrases que j’aimerais que tu commentes. Pour commencer, le journaliste dit que tu donnes des nouvelles du monde sans jamais nous déprimer.

Dans mes chansons, il y a toujours de la lumière. Il y a toujours une ampoule qui nous  éclaire. Pour ceux qui connaissent « Ginette », il y a toujours une Ginette qui reste allumée. Dans mes chansons, c’est vrai, il n’y a pas que des propos très drôles, mais en revanche, il y a toujours l’énergie d’aller vers quelque chose de plus beau. 

Ce que j’aime, c’est que tu ne donnes jamais de leçons.christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandor

Je me contente de suggérer, de proposer, à la fois dans le sens et dans le non-sens. Le sens vient parfois du non-sens. Et puis, faire la morale, c’est idiot. Personne ne détient la vérité.

Deuxième phrase lue dans Marianne : Tendre utopiste qui continue à nous réveiller.

L’utopie, c’est quelque chose qui n’existe pas, mais où il faut aller quand même. L’utopie permet la découverte et l’ouverture à tout.

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Le 15 juin 2018.

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24 juin 2018

Journée Portes ouvertes à Radio Air Show avec André Torrent

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air show, andré torrent, mandor, interview Aujourd'hui, dimanche 24 juin 2018, de 12h à 20h, s’est tenue la journée « Radio Air Show portes Ouvertes ». En direct se sont succédés beaucoup d’artistes et d’animateurs. Pour ma part, j’ai été reçu trois fois par cette web radio (pour parler de mon livre sur Louane, de mon beau-livre sur Starmania et pour poser des questions à la comédienne Sophie Barjac dont j’étais fan étant jeune), il était normal que j'accepte de venir faire un coucou. J’ai juste demandé à Arno Koby, le président de la station et co-animateur de cette très longue émission, de m’intégrer dans cette journée en même temps que l’animateur André Torrent. Je voulais lui poser quelques questions puisqu’il a été l’un des animateurs qui m’a incité à le devenir moi aussi.

Arno Koby a accepté.

Voici quelques photos… ensuite, nous reviendrons sur son parcours. 

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Voici le podcast de l’émission en intégralité (mais André Torrent et moi sommes dans la première heure).

A présent, le parcours en images d’André  Torrent (source du texte : Le Monde du 3 juillet 2015)

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Il fut le premier à faire gagner la fameuse Valise RTL en août 1974. Mais André Torrent a surtout marqué la génération 70-80 en présentant des émissions musicales mythiques comme Le Hit-Parade, Studio 22 ou Stop ou Encore. L'animateur vedette a passé 44 ans à RTL.

Résumer André Torrent à la présentation du seul Hit-Parade serait réducteur. Certes, pour toute une génération, son nom est irrémédiablement associé à ce classement pas très scientifique qui faisait la part belle aux grandes vedettes de la variété française de l’époque : Sheila, Mike Brant, Johnny, Sylvie et Claude François bien sûr.

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Claude François devient très vite un ami de l’animateur au point qu’il fut le témoin de son mariage.

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Claude François au mariage d'André Torrent.

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Quelques photos avec son ami Cloclo.

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André Torrent, né Tollebeeck, est avant tout un passionné qui, dès l’âge de 11 ans, voulait faire de la radio. Sa « chance » viendra de l’incendie du grand magasin bruxellois, l’Innovation, qui fit 323 victimes en mai 1967. Magnéto en poche, le jeune André, alors journaliste pour Télé 7 jours, franchit de façon intrépide les cordons de police. Grâce à quoi il est le premier à recueillir des témoignages qu’Europe 1 diffuse. Cet exploit lui permet de décrocher un stage dans la station.

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André Torrent avec les Rubettes, Frédéric François...

Mais, finalement, c’est à RTL qu’André Torrent va faire ses armes. Anonymement, pour un test tout d’abord, pendant qu’il pige à Europe 1 comme correspondant à Bruxelles. Or, au moment où il passe son essai, un terrible accident de camion survient près de la frontière. Comme il ne peut s’y rendre, Europe 1 le lâche et RTL l’embauche pour animer la Disco de papa. L’émission ne durera qu’un an, car il faut faire de la place pour Philippe Bouvard. André Torrent atterrit à RMC, où il reste trois ans. En 1970, il fait la tournée de la station, de la frontière italienne à la frontière espagnole, au volant d’une Porsche avec son nom écrit sur la portière.

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André Torrent période RMC.

Il cumule les piges et, finalement, RTL lui propose en 1972 la présentation du Hit-Parade. Le principe est simple : les premiers du classement sont opposés aux derniers et ce sont les auditeurs qui les départagent. Très vite, Monique Le Marcis, la directrice de la programmation de l’époque, invente « un coefficient de pondération » appliqué aux votes, après avoir compris que certaines maisons de disques engageaient des étudiants pour soutenir leurs poulains. Nous étions là en plein âge d’or de la variété française. Les succès s’enchaînent.

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Après le Hit-Parade, c’est l’émission Challenger. Puis Stop ou Encore. C’est aussi André Torrent qui fait gagner la première valise de RTL, en 1974.

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air show,andré torrent,mandor,interviewAndré Torrent décline aussi ses émissions à la télévision, sur RTL TV, notamment. Et sur TF1 dans les années 80.

Mais à la radio, dans les années 1980, les choses changent. L’arrivée des radios libres et d’une nouvelle génération de chanteurs, auteurs et compositeurs qui refusent le star-système bouscule la donne. Après les années Hit-Parade, André Torrent est propulsé au Club RTL », où il reçoit les auteurs republiés par France Loisirs.

Il fait ensuite le petit matin en semaine puis le week-end. Après 44 ans d’antenne rue Bayard, André Torrent quitte "sa" maison ce mois en juillet 2015.

20 juin 2018

Jacques et Jacques (Vincha et Laurent Lamarca) : interview pour Le sens de la vie

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jacques et jacques,vincha,laurent lamarca,le sens de la vie,interview,mandorCe projet est fou, fun, frais, bien barré. Il est surtout bien pensé et bien écrit. Il faut dire que Jacques et Jacques ne sont pas des artistes novices. Vincha et Laurent Lamarca (déjà mandorisé en 2013 et aussi un peu là en 2015 lors du 8e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste) ont décidé d’unir leurs voix alors qu’ils viennent d’horizons très différents. Ce qui n’empêche pas une association novatrice est vraiment réussi. Le 8 juin dernier, Jacques et Jacques m’ont donné rendez-vous dans un café de Ménilmontant.

Avant de lire l’interview, voici deux biographies pour le prix d’une.

Biographie officielle (écrite modestement par Laurent Lamarca) :

Vincha et Laurent Lamarca se croisent à Astaffort lors des 38ème rencontres organisées par Voix Du Sud au printemps 2014. Vincha sera très vite subjugué par le talent et l’incroyable charisme de Laurent Lamarca. Il va alors tout faire pour convaincre Laurent de monter un duo ensemble. Et même si aux yeux de Laurent, Vincha est quand même plus un boulet qu’autre chose, multipliant les lacunes et les défauts, il va finalement céder. Car même s’il est un peu simple, Vincha reste tout de même un mec assez sympathique. Ils monteront un répertoire assez vite, non sans l’aide de l’immense créativité de Laurent. Des chansons le plus souvent écrites par Vincha, car il faut bien qu’il apprenne, et le plus souvent composées par Laurent (certainement d’ailleurs la partie la plus intéressante du projet) entre Epoque yéyé et Rap Old School (comme dit Vincha, un peu dépassé par la mode le pauvre). Ce dernier regrettera plus tard d’avoir eu la flemme d’écrire cette bio, et n’aura comme seul recours une triste blague vaseuse sur la mère à Laurent, comme à son habitude…

Note de Mandor : Bon, visiblement, cette première bio un peu avantageuse pour l’un des deux Jacques n’a pas vécu très longtemps… Voici la nouvelle, plus… partageuse.

Biographie officielle (bis) par Jacques:jacques et jacques,vincha,laurent lamarca,le sens de la vie,interview,mandor

Jacques, la tête pensante du groupe, joue de la guitare et chante. Jacques, l’autre tête pensante du groupe, joue des machines et, quand Jacques chancelle, Jacques chante à sa place. Jacques aime Elvis Presley, Chuck Berry, l’innocence des yéyés, et les gens qui claquent des doigts mais en rythme. Jacques, lui, préfère le hip-hop avec sujet+verbe+complément, et les beats qui font que l’on ondule son corps presque malgré soi. Il se dégage de Jacques une certaine forme de nonchalance très Dutronc - le Jacques évidemment. Il se dégage de Jacques une certaine forme de détachement très Eddy - le Michel bien sûr. Sur scène, Jacques & Jacques sont drôles, bourrés… d’énergie, plus en place que plein d’artistes que la décence nous interdit de nommer ici et, ce qui ne gâte rien, très bien habillés. Leurs compositions pleines d’humour et vides de gros mots chantent le droit d’être vieux et à la retraite le plus tôt possible, l'inutilité de l’écologie, l’amour de l’argent, l’amour de l’amour, l’utilité - ou pas - fondamentale des enfants. Dans la vraie vie, le duo est à la tête du Jacquistan, une entité politique située quelque part entre Woodstock et la Corée du Nord. Un pays d'obédience œcuménique dont la présentatrice TV vedette est « noire, handicapée, juive, et pédé ». Je ne sais pas vous mais moi, en ce qui me concerne, aux prochaines élections, je vote pour Jacques… ou pour Jacques. 

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jacques et jacques,vincha,laurent lamarca,le sens de la vie,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes rencontré aux Rencontres d’Astaffort. Quel souvenir en gardez-vous ?

Laurent : C’était exaltant. On a beaucoup travaillé, mais c’était passionnant d’échanger constamment.

Vincha : Je n’ai jamais fait de colonies de vacances, mais c’est comme ça que j’imagine le truc. C’est intense. Tu fais la connaissance de nouvelles personnes avec lesquelles tu deviens potes très vite. A la fin, tu pleures de devoir les quitter. Pour moi, c’est une colo musique, un rêve de gosse presque.

Une élève des dernières Rencontres, Sarah Johnson, m’a donné une définition presque similaire à la tienne : « les Rencontres d’Astaffort, c’est une colonie de vacances, sans les vacances. »

Vincha : Ha ha ha ! C’est tellement ça.

Laurent : Ce que j’aime aussi, c’est que l’on reçoit du soutien de tout le monde, des encadrants aux élèves. Il n’y a que de la bienveillance là-bas.

Vincha : Tout à fait d’accord. Ça n’arrive jamais ailleurs et autrement de mettre les pieds sous la table trois fois par jour, de commencer des morceaux de musique, d’avoir des gens souriants et bienveillants qui viennent pour relever ce qu’ils aiment dans ton travail. De plus, et là c’est très fort, les egos sont complètement mis de côté. Il n’y a pas d’autre but que de faire un spectacle. Personne ne fait rien pour sa gueule, c’est le collectif avant tout.

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(Photo : Jean Fauque. Cliché pris dans "la cour de création" des Rencontres d'Astaffort.)

Vous vous êtes très vite « reconnus » là-bas ?

Laurent : Nous sommes devenus assez vite potes. C’est Vincha qui est venu me voir pour me proposer une chanson un peu plus énergique pour le spectacle. C’est ainsi qu’est né Jacques et Jacques finalement. D’ailleurs, la chanson que l’on a chantée s’appelle « Les enfants » et elle figure sur notre album. Dans celle-ci, on se demande si nos vies n’étaient pas meilleures quand on n’avait pas d’enfants. C’est du second degré, bien sûr… comme dans quasiment toutes nos autres chansons.

En tout cas, ça vous a donné envie de faire un groupe.

Vincha : A Paris, on a même pris un studio ensemble et on a continué à écrire des morceaux. Nous sommes ensuite revenus à Astaffort, considérant que c’était dans ce cadre-là qu’on allait être le mieux pour se mettre en immersion et créer. En une semaine, on a trouvé le concept musical, on a fait la moitié de l’album et on a trouvé le nom de notre groupe.

Le karaoklip de "La révolution?"

Le concept de votre album, c’est de découvrir le sens de la vie. Mazette !

Laurent : C’était très ambitieux, d’ailleurs, nous n’y sommes pas parvenus. A la fin du disque, on comprend pourquoi.

La chanson la plus explicative du sens de la vie serait peut-être c’est « Qui c’est qui ? »

Vincha : C’est la dernière chanson écrite. On n’est pas partie dans l’idée de chercher   réellement le sens de la vie, mais on voulait aborder des grandes thématiques, parler de la société frontalement, mais aussi des amis, du pouvoir, de l’écologie, de la révolution...

Avec des angles particuliers.

Laurent : On aime bien s’amuser avec l’ironie et prendre le contre-pied de la réalité.

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(Photo : Benjamin Pavone)

Il est aussi question des femmes, dans « L’amour? » notamment. Vaste sujet ?

Vincha : Nous concluons ce morceau avec « je t’aime aussi quand t’es là », c’est bien une preuve d’amour, non ?

Laurent : On dit que les femmes se vengeront des hommes un jour et qu’il faut donc en profiter avant ce funeste jour. C’est une chanson super second degré qui, en fait, condamne la place de l’homme dans la société.

Vincha : On « humorise » tous les thèmes abordés, mais on veut être compris quand même. Il faut que les gens qui écoutent les chansons comprennent immédiatement la blague, le sens caché, sinon, on a loupé la chanson.

Karaoklip de "L'écologie?"

Vous êtes tous les deux très complémentaires ?

Laurent : Oui. Vincha trouve souvent les idées de chansons, les façons d’en parler, ensuite, moi je gratte et si je trouve un truc un peu faible on le retravaille.

Vincha : Et musicalement, c’est un peu dans l’autre sens. Notre musique est d’ailleurs très variée car je viens du hip hop et Laurent du rock’n’roll.

Laurent : Mais avec Jacques et Jacques, on est un peu dans les années 60. Le côté yéyé nous plaisait bien, car c’était des chansons naïves.

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Le son Jacques et Jacques, c’est quoi ?

Vincha : C’est une méthode : un breakbeat, une sub-bass et une guitare électrique.

On s’éclate à écouter un album comme ça… mais à faire ?

Vincha : Tu n’imagines pas.

Laurent : On aimerait bien faire un deuxième disque et on a très envie de le commencer. C’est bien la preuve que c’était un sacré plaisir de bosser ensemble. Vu qu’on est perpétuellement dans l’humour, nous nous sommes fait rire mutuellement.

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(Photo : Benjamin Pavone)

Il y a des interludes parlés entre chaque chanson, souvent très drôles.

Vincha : Comme dans les albums de rap des années 90, l’absurdité en plus. La prochaine fois, je crois que nous irons encore plus loin.

Il y a trois guests dans votre disque : Hippocampe Fou, Dieu et Jean Fauque, un autre Dieu, mais du texte.

Laurent : On l’a connu à Astaffort, il était intervenant sur l’écriture. Je suis fan de Bashung, alors évidemment, je respecte énormément son travail.

Vincha : Ce que je ne connaissais pas de Jean Fauque, c’était sa drôlerie. Il fait des blagues tout le temps. On n’a donc pas hésité à lui demander une petite participation dans la chanson « La fête? ».

Clip de "Etre un vieux?" Réalisé par Nico & Juan Produit par Chiips et Zamora Label.

Le projet Jacques et Jacques est un projet parallèle à vos propres carrières solos. Que vous apporte-il ?

Vincha : C’est un projet plaisir 100%. Il faut qu’il soit récréatif, amusant, joyeux. On le fait pour souffler, ce qui n’empêche pas beaucoup de travail. On n’a pas envie de se battre pour imposer Jacques et Jacques, on a juste envie de se régaler à incarner ses deux personnages.

Laurent : A la base, avec Jacques et Jacques, on a eu envie de faire de la musique comme on le faisait au bahut. On ne se pose pas question, on doit juste kiffer. On veut être en mode « loisir et bonheur », même si maintenant on a une petite équipe derrière nous et qu’il faut assumer l’existence de Jacques et Jacques.

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Pendant l'interview (photo : Julien Piraud).

Est-ce que Le sens de la vie est un disque conceptuel ?

Vincha : (Rires) Tout est conceptuel avec Laurent Lamarca. Il a trois passions dans la vie : les guitares électriques, Roland Garros et les concepts.

Laurent : J’aime bien que dans la musique, il y ait des concepts, qu’il y ait des liens partout. Sur mon nouvel album solo, il y a un chiffre fondateur, le 4. Je vais loin là-dedans, alors ça fait marrer Vincha. 

Clip de "Bienvenu au Jacquistan". 

Vous êtes à la tête d’un pays imaginaire, le Jacquistan.

Vincha : C’était un moyen de critiquer la politique au second degré. Comme nous sommes des esprits positifs, on préfère expliquer ce que l’on a envie de faire nous. Le Jacquistan, c’est une manière de parler de ce qui ne nous plait pas en parlant de ce qui nous plait en fait. Au lieu de dire, je suis contre le racisme, contre l’homophobie et contre toutes les intolérances, nous préférons faire présenter le JT du Jacquistan par une femme noire, handicapée, juive, homosexuelle avec un accent marseillais. On est pas mal… on a résolu beaucoup de problèmes en un personnage.

Est-ce que votre message final est : « il faut profiter de la vie, car elle peut ne pas durer » ?

Vincha : Il y a ça et il y a aussi pouvoir rire des choses graves ou sérieuses.

Laurent : La vie ne sert pas à grand-chose, on se contente de la traverser d’une belle manière.

Après le sens de la vie, on peut aller plus loin ?

Laurent : On peut aller ailleurs. 

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Après l'interview... (ça se voit que l'on fait semblant d'être en situation? #actorsstudio)

(Photo : Julien Piraud)

19 juin 2018

David Assaraf : interview pour son premier EP

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(Photo : Yann Orhan)

david assaraf,ep,interview,mandorJ’aime David Assaraf car j’apprécie vivement que l’on fasse preuve d’un cynisme pertinent et d’une sacrée aisance dans le deuxième degré. En écoutant l’EP de cet écorché vif, j’ai vite compris qu’il ne fallait pas compter sur lui pour prendre des chemins consensuels. Comme je l’ai lu sur le site de La Belleviloise : « La mort joue souvent les trouble-fêtes, s’inscrit en trompe l’œil. Elle n’est jamais pesante. Pourquoi ? Parce que David Assaraf insuffle à ses chansons une sacrée gueule d’atmosphère. » Pas mieux.

Il fallait donc que je croise cette vraie personnalité aux multiples talents artistiques. Ainsi fut fait le 6 juin dernier dans un bar de la capitale.

Biographie officielle :david assaraf,ep,interview,mandor

David Assaraf est auteur-compositeur-interprète, mais également comédien et metteur en scène. Au théâtre il a notamment joué sous la direction de Didier Bezace dans La Version de Browning (5 nominations-2 Molières). Au cinéma sous celle de Gabriel Le Bomin dans Les Fragments d’Antonin (film nommé aux Césars). À la télévision pour Lucas Belvaux ou encore Jean-Daniel Veraeghe. Il a également mis en scène L’Echange de Paul Claudel au théâtre du Soleil.

Côté musique, il a, entre autres, écrit, composé ou collaboré avec Sylvie Vartan, Arthur H, Keren Ann, Carmen Maria Vega, Matthieu Chedid...

Il a récemment participé à l'écriture et à la composition de Lamomali, l'aventure Malienne de -M-, récompensée par une Victoire de la musique (Musique du Monde).

Son EP de 4 titres est un prémisse de son premier album Ceux qui dorment dans la poussière co-réalisé par Ian Caple (Bashung, Tricky, Tindersticks...) qui sortira à l'automne 2018.

Vincent Polycarpe, Jérôme Goldet ou encore Matthieu Chedid ont notamment participé à l'enregistrement.

4 titres. 4 tableaux. La vie, l'amour, la mort pour fils conducteurs. David Assaraf dessine avec précision ce monde que chacun porte en soi.

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david assaraf,ep,interview,mandorInterview :

Tu es un artiste multidisciplinaire, mais tu as commencé par quoi ?

Quand j’étais gamin, j’ai commencé par la musique. A 5 ans, j’avais un synthé avec la photo de George Michael, période Wham ! dessus. Sur ce synthé il y avait une démo de « La marche Turque » de Mozart. Ça m’a rendu fou. Jusqu’à 19 ans, je n’ai fait que de la musique.

Mais au collège, parallèlement, tu fais un stage de théâtre.

Oui, et ça m’a aussi beaucoup  plu. A 19 ans, je viens à Paris. Je fais du piano-bar et je commence une formation théâtrale. La musique est toujours là, mais le théâtre prend une certaine place. J’ai eu une première décennie plus consacrée au théâtre et à la télé, c’est-à-dire au jeu, à la mise en scène et à l’écriture… mais je continuais à écrire des chansons pour d’autres artistes.

Tu es un grand lecteur, je crois.

Je lis énormément. De la poésie, de la littérature théâtrale, des romans. C’est très formateur pour toutes les formes d’écriture que je pratique.

Tes premières chansons, tu les as écrites à quel âge ?

Avec une visée pour qu’elles soient interprétées, vers 23 ans. C’est à 27 ans que j’ai eu un déclic. J’ai compris que j’avais trouvé une forme d’expression qui me convenait parfaitement.

Ca fait quoi pour un jeune auteur d’être chanté par Sylvie Vartan par exemple ?

On est heureux quand son travail est reconnu par des personnes qui ont de si longues carrières et qui n’ont plus rien à prouver. Cette belle reconnaissance m’a donné envie de continuer. Ça m’a fait beaucoup de bien. Et puis, j’ai eu un peu de fierté parce que Sylvie, ça m’a fait penser à mes parents. C’est comme un cycle, une boucle bouclée. De plus, ma chanson, « Sous ordonnance des étoiles », est un duo avec Arthur H. C’est un artiste que j’aime beaucoup et que je jouais quand je faisais du piano bar.

Duo Sylvie Vartan/Arthur H sur une chanson de David Assaraf, "Sous ordonnance des étoiles".

Tu écoutais surtout son père.

Oui, effectivement,  j’ai grandi en écoutant Jacques Higelin.

Tu as écrit des textes pour qui d’autres?

Les plus récents, c’était pour Carmen Maria Vega et pour Matthieu Chédid. J’ai collaboré à l’écriture ainsi qu’à la composition des titres « Cet air » et Toi-moi » sur l’album Lamomali.

"Cet Air" extrait de Lamomali, l'album Malien de -M-, Toumani et Sidiki Diabaté avec Fatoumata Diawara. Paroles et musique, David Assaraf.

Avant cet EP, il y a eu un précédent disque.

Oui, mais les planètes n’étaient pas alignées pour qu’il sorte dans de bonnes conditions. Il y a eu toute une série de mauvaises circonstances qui ont empêché que ce disque voit finalement le jour. 

david assaraf,ep,interview,mandorCet EP est réalisé par Ian Caple.

Je suis très fan de son travail. J’aime Tindersticks, Tricky, Bashung… et à chaque fois, c’est Ian Caple qui a réalisé. Je lui ai lancé une bouteille à la mer sur Facebook. Il m’a répondu tout de suite. Je lui ai envoyé tous les thèmes au piano et, du coup, tout s’est fait assez vite. Il a été extrêmement moteur. Il m’a permis d’accoucher. C’est un excellent accoucheur. Il a une réelle vision, un son, une couleur qui lui sont propres et qui correspondent parfaitement à l’univers que je cherchais.

Le terme accoucher, ça va bien à la création d’un texte ?

Oui. On accouche parfois de quelque chose de sombre en soi, mais qui devient, dans la création, quelque chose de beau. C’est une laideur à laquelle on donnerait de la beauté, du coup, nous la vivons mieux.

Clip officiel de "Juré cracher sur vos tombes", tiré de l'EP.

david assaraf,ep,interview,mandorPourquoi  un EP avec seulement 4 titres ?

L’EP permet de faire connaître mon travail. C’est une espèce de salutation juste avant de sortir l’album. Cet EP est construit comme un parcours initiatique, une traversée, une exploration de toutes les morts possibles, physiques ou mentales. Je voulais m’exprimer sur ce sujet pour passer à autres choses.

Je n’entends que du bien de cet EP.

Ça m’encourage. Je ne suis précisément pas l’homme le plus confiant du monde. Quand on écrit, on se retourne le bide, on se met à poil… Un jour, je suis euphorique, très heureux et le lendemain, j’ai envie de tout brûler et de tout recommencer.

Sortir un disque, ça légitime le fait d’être chanteur, non ?

Effectivement, quand tu as un disque, c’est inscrit, c’est fait, ça existe. Pour moi, c’est important, car c’est la première fois que j’inscris concrètement quelque chose dans la musique. Mais n’oublions pas qu’il y a d’abord le public, l’attaché de presse, le journaliste qui t’interviewe ou chronique ton disque… c’est tout ça qui rend légitime un artiste.

Session Live de "Si je n'aime la vie j'aime encore ce moment", enregistrée au Studio Motorbass par Rhythmn and Town, Paris, France.

Faire la première partie de Matthieu Chédid devant 9000 personnes, c’est impressionnant ?

Tu m’étonnes. Pour le moment, ma musique est un peu intimiste, je me suis demandé comment j’allais faire à Dijon, devant 9000 personnes. Le public de Matthieu est tellement à l’écoute et bienveillant que ça été merveilleux.

Il y a un duo avec lui sur ton EP, « Les papillons bleus ».

Il a la voix des anges. Quel plaisir de chanter avec lui, surtout que, vocalement, nous sommes aux antipodes. On a cherché a emmener ce morceau ailleurs. On a développé une ambiance d’insectes, de squelettes, de diablotins et d’étrangeté. Avec Ian Caple, on a essayé d’explorer autre chose que simplement le chant. Au début Matthieu ne devait faire que les guitares d’ambiance, mais comme il a beaucoup aimé cette chanson, c’est lui qui m’a proposé de la chanter. Ça m’a fait plaisir.

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(Photo : Fanny Castaing)

Ton album va s’appeler Ceux qui dorment dans la poussière. C’est un titre très biblique, non ?

C’est tiré de la bible en effet. C’est un texte d’Isaïe : « les morts ressusciteront, ils se relèveront, ils se réveilleront avec des chants de joies, ceux qui dorment dans la poussière ».  J’ai vu ça à l’entrée d’un cimetière et ça m’a vraiment marqué.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

C’est avant tout une nécessité. La musique, j’en fais depuis toujours et j’en ai besoin.

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Pendant l'interview...

Tu travailles la musique toujours ?

Je ne peux pas regarder des séries sur Netflix par exemple. Ça me stresse car je reste complètement passif et je le vis très mal. L’inactivité me rend complètement malheureux. Comme j’ai tendance à être un peu triste, créer m’euphorise, me libère, me rend malheureusement heureux.

Faire des chansons, c’est une mission ?

Non, c’est une transmission et elle m’est nécessaire.

C’est presque égoïste ?

Oui, mais c’est pas mal d’être égoïste. On fait les choses pour soi, on ne les fait pas forcément contre les autres. J’ai compris que plus tu es proche de ton intimité, plus tes chansons deviennent universelles. Au final, on partage tous le même temps de vie sur Terre avec nos rêves, nos déceptions, nos échecs, nos réussites… on a tous les mêmes casseroles et on vit tous à peu près les mêmes histoires.

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A la fin de l'interview, le 6 juin 2018.

18 juin 2018

Eddy la Gooyatsh : interview pour le livre-disque Pull Over

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(Photo : Jean Elliot Senior)

L'artiste nancéen Eddy la Gooyatsh, chanteur à guitare et à texte, réalisateur pour d’autres artistes comme Chet et Camille (entre autres) et créateur de spectacles jeunes publics (M le Méchant, Rio Clap Clap Clap...), vient de sortir un livre-disque comportant 13 titres inédits, Pull Over (LamaO Editions).

Vous pouvez l'écouter ici.

Tendre iconoclaste rêveur, Eddy la Gooyatsh, nous propose des textes animés par une verve habile et délicate. De la pop qui redore le paysage musical français dont la langue française est bien souvent mise de côté au profit de l’anglais plus mélodique.

Le 4 juin dernier, de passage à Paris pour jouer en première partie du groupe Ange au Café de la Danse, je l’ai mandorisé dans un bar à proximité de la salle.

eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorArgumentaire officiel (par Olivier Bas), légèrement raccourci :

Quand on cherche un pull-over, on aimerait qu’il soit beau, doux, élégant, chic, rock, original, saillant. Il devrait être de qualité irréprochable et passer au lavage sans rétrécir ni pelucher. On souhaite pouvoir le porter en toute circonstance, qu’il nous tienne chaud les soirs d’hiver et qu’il soit léger les nuits d’été. Qu’il devienne notre pull-over préféré.

Le Pull Over d’Eddy La Gooyatsh est tout ça à la fois ! Doux, élégant, brillant, chaud, original et rock !

Un livre dans lequel on se plonge comme un enfant en s’émerveillant des illustrations et un Album qu’on passe et repasse en boucle, maille après maille, sans s’effilocher.

Eddy La Gooyatsh nous offre avec son 4ème album le pull-over idéal ! 

Ni miaulant, ni rugissant, Eddy la Gooyatsh est le carrefour de ses influences. Des Beatles à Chet Baker en passant par la musique surf, cubaine, hawaiienne, le post-rock ou la noise, cette voix qu’il pensait être un brin n’est pas à mettre au filet, bien au contraire.

Auteur-compositeur-interprète, avec déjà deux livre-disque à son actif pour les enfants, il se dévoile en chanson pour le plaisir des plus grands (mais pas que).

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eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorInterview :

La question originale. Pourquoi ce livre-disque ?

J’en avais déjà fait deux pour les enfants, M le Méchant et Rio clap clap clap, chez LamaO Editions et j’ai bien aimé l’expérience. De plus,  je ne voulais plus faire de disques pour « adultes ». Mon précédent album, Beaurivage, avait été si compliqué à sortir que je n’avais pas le courage de recommencer une telle bataille. Sortir des disques dans des conditions difficiles, je trouve ça un peu vain. C’est donc mon éditrice, Fany Souville, qui m’a suggéré de faire un livre-disque. Au moment où elle m’en a parlé, je n’étais pas sûr d’avoir des choses à dire. Plus tard, nous en avons rediscuté et, à ce moment-là, j’étais en train de perdre quelqu’un de proche. J’avais de nouveau des choses à dire.

Pourquoi as-tu enregistré Pull Over très vite.

Je connaissais les thématiques que je souhaitais aborder, mais je ne voulais pas trop réfléchir à ce que j’allais écrire. Du coup, par soucis d’authenticité, d’honnêteté, de spontanéité et de justesse, j’ai écrit assez vite et on a enregistré dans la foulée dans des conditions live dans une vieille boite de nuit désaffectée.

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L’ambiance du décor est importante pour toi quand tu enregistres ?

Oui. J’ai fait exprès de choisir ce lieu. J’ai un studio chez moi, je pouvais donc très bien rester à la maison. J’ai déplacé mon studio là-bas pour que l’on puisse jouer tous ensemble. J’ai bien fait parce qu’il s’est passé quelque chose entre tous les musiciens.

Il y a dans Pull Over des images, des illustrations, des  collages, des photos…  

J’ai demandé à des artistes que j’aime bien de travailler autour de mes nouvelles chansons. Ensuite, je leur ai proposé de m’envoyer une image pour illustrer celle qu’ils préféraient. J’ai tout gardé, je n’ai rien eu à rediscuter avec quiconque. Pour moi, tout était parfait. J’ai laissé toute liberté à chacun, car j’avais l’impression d’avoir suffisamment donné de moi-même dans chaque chanson.

Dans les studios de France Bleu Lorraine, Eddy La Gooyatsh interprète une version acoustique de " Trompe la mort ", un titre issu de Pull over.

Tu as fait la couverture et quelques dessins à l’intérieur.

(Rires) Je n’ai pas été très courageux. J’en ai fait moins que ce que j’envisageais au départ.

Quand tu étais plus jeune, tu voulais être illustrateur.

Oui, jusqu’à l’âge de 20 ans. A la base, je voulais faire de la bande dessinée. J’ai suivi des études dans un collège spécialisé en art plastique. Finalement, ça ne s’est pas passé comme ça, je suis devenu musicien. Je suis très content de l’être. Cela dit, depuis l’adolescence je faisais aussi de la musique. J’avais des groupes, j’écrivais des chansons. Mais vraiment, je n’avais pas envisagé que musicien devienne mon métier principal.

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Eddy la Gooyatsh au Café de la Danse, une heure après l'interview.

(Photo : Mandor avec son iPhone)

Dans ce livre-disque,  je pensais qu’il y aurait un fil conducteur. En fait, non. Il y a plein de petites histoires indépendantes.

L’album tourne autour du souvenir et de ce que l’on en fait. Plus précisément, que fait-on de la disparition de quelqu’un ? Est-ce que quand les gens ne sont plus là, il n’y a que les bons souvenirs qui restent ? Est-ce qu’au bout d’un moment, cela devient des souvenirs douloureux ? J’ai voulu montrer qu’il faut garder les bons souvenirs comme quelque chose de réconfortant, comme un vêtement qui tient chaud. D’où le nom de l’album, Pull Over.

Il y a évidemment une gravité sous-jacente, mais ce n’est pas un album « grave ».

Je n’ai pas fait des ritournelles pour rigoler, c’est sûr, mais je n’étais pas dans l’état d’esprit de me perdre dans un état de tristesse stérile. Bien sûr, c’est triste de perdre des gens, mais ce que l’on garde, je le répète, il faut que cela soit réconfortant.

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Pendant l'interview... (photo : Fany Souville).

eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorEcrire, ça aide à supporter les choses ?

Ce livre-disque est ce que j’ai fait de plus personnel depuis le début de ma « carrière ». Ça m’a obligé à réfléchir, à me poser des questions. Concernant l’écriture, je ne pars jamais forcément avec un projet hyper structuré. Je pars toujours en écriture comme je pars me balader, sans trop savoir où je vais. Il m’arrive de découvrir des choses de moi-même par le biais de mes textes.

Tu aimes prendre des risques dans la musique ? Chacun de tes albums est différent.

Disons que j’aime me renouveler. Je ne veux pas refaire éternellement ce que je sais faire et qui fonctionnent. C’est ennuyeux. Je me suis toujours dis que j’allais faire chaque disque comme j’en ai envie, en  ne me souciant pas des conseils des uns et des autres.

Tu es venu à la chanson par le biais de la littérature.

Oui, et pas du tout par celui de la chanson française. Ma culture musicale, c’est la pop, la musique instrumentale de toutes sortes comme le jazz ou la world music… J’ai découvert la chanson française en travaillant avec des chanteurs français. C’est ainsi que je me suis forgé ma culture dans ce domaine. J’ai découvert Brel, Brassens, Ferré, Gainsbourg hyper tard. Pour te dire la vérité, l’influence que j'aurais pu avoir de la chanson francophone, elle aurait pu venir plus de Goldman ou de France Gall, mais il me semble que ça ne s'entend pas dans ma création . Ma mère écoutait ce genre de 45 tours, mais au final, ça ne m'a pas beaucoup influencé.

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(Le 4 juin 2018, à l'issue de l'interview)

(Photo : Fany Souville).