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10 avril 2018

Fred Blondin : Interview pour Pas de vie sans blues

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(Photo : Philip Corsant-Colat)

fred blondin,pas de vie sans blues,casino de paris,interview,mandorFred Blondin sera au Casino de Paris ce samedi 14 avril 2018 pour fêter ses 30 ans de carrière. En attendant le grand soir, vous pouvez vous plonger dans son huitième album, Pas de vie sans blues, comprenant treize titres fortement marqués par sa voix chaude, puissante, rauque et rock. Taillé sur mesure pour le blues, Fred Blondin est un grand artiste français, trop peu médiatisé. C’est injuste.

Rendez-vous dans un café parisien, pour une première mandorisation, le 2 mars dernier.

Biographie officielle :

Des paroles plus que jamais d’actualité et toujours des bougies pour fêter les 30 ans de carrière de Fred Blondin. Une carrière démarrée en 1988 avec le groupe Glen Murdock dont il est le leader. Très vite, il se fait remarquer par un producteur indépendant qui reconnait en lui un artiste en devenir. Son 1er single « Paris au bord des larmes » fera découvrir sa voix chaude et puissante au grand public et le propulsera aux Victoires de la Musique dans la catégorie révélation masculine. Suivront ensuite une dizaine d’albums et une seconde nomination aux Victoires de la musique pour l’album Je voudrais voir les iles. Fred nous fait partager tout au long de sa partition ses influences musicales allant du blues à la pop en passant par le rock. A travers ses rencontres artistiques, il composera également pour de nombreux artistes tels que Johnny Hallyday, Patricia Kaas, Yannick Noah, Michel Sardou, Julio Iglesias. Sa personnalité vocale séduira de grands noms de la chanson française qui lui offriront à leur tour des chansons (Calogero, CharlÉlie Couture). La scène faisant partie intégrante de son hygiène de vie, il préfèrera sillonner les routes et défendre la chanson française plutôt que d’arpenter les fred blondin,pas de vie sans blues,casino de paris,interview,mandorplateaux télé aseptisés. Toujours en recherche du contact avec son public, il naviguera à travers la France et inventera le Péniche Tour. De toutes ces dates où il a disséminé ses chansons, sa proximité, ses mots et sa voix lui ont permis d’acquérir un public nombreux et fidèle et d’en faire aujourd’hui l’un des piliers de la chanson française.

L’album :

Pas de vie sans blues est une rencontre artistique entre Fred Blondin et des artistes qu’il apprécie et qui lui ont écrit des chansons qui lui ressemblent… Daran sur « Pas de vie sans blues », Cali pour « Notre amour foutu » et « On rentre à la maison » et Grand Corp Malade pour « J’ai vu le blues ».

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fred blondin,pas de vie sans blues,casino de paris,interview,mandorInterview :

30 ans de carrière, ce n’est pas rien.

Ce sont des amis qui m’ont fait remarquer qu’on en arrivait à ce chiffre symbolique. Je ne suis tellement pas tourné vers le passé que je n’avais pas fait attention à cette date anniversaire. Je suis plutôt vers le présent… même pas vers le futur. Plus je vieillis, plus je suis dans l’instant parce que je ne sais pas si je vais me réveiller demain. Personne ne sait. Je vis chaque journée comme si c’était la dernière. J’ai cette philosophie depuis longtemps.

Avant 1988, qu’est-ce qui t’a amené à la musique ?

J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont écouté et qui m’ont fait confiance. Quand je leur ai dit que je voulais faire de la musique, ils m’ont acheté une guitare. Même s’ils n’étaient pas rassurés parce que « musicien n’est pas un métier », ils ont bien vu que j’étais très motivé. Comme on est tous têtus dans la famille, j’aurais fait ce métier de toute manière.

C’est en seconde que tu as commencé à jouer dans un groupe.

Le premier jour de la rentrée scolaire, je me suis retrouvé tout au fond de la classe avec un chevelu. Il jouait de la guitare électrique. Ça m’a fasciné. Il m’a donc proposé de rejoindre son groupe. Je suis devenu leur guitariste. Ça m’a donné envie de devenir Guitar Héro. J’ai appris la guitare en autodidacte… en écoutant des artistes comme Éric Clapton.

Tu es vite parti de l’école parce que tu n’étais pas fait pour ça. L’autorité t’exaspérait. Tu en as fred blondin,pas de vie sans blues,casino de paris,interview,mandorprofité pour te perfectionner à la guitare et, un jour, monter ton premier groupe, le power trio Glen Murdock. Là, nous sommes en 1988.

C’est le premier groupe que j’ai créé moi-même. Je faisais les chansons, je chantais et jouais de la guitare. Mes premières armes…

Ensuite, arrive tes débuts en solo. La chanson « Paris au bord des larmes », en 1990, est la première chanson que j’ai entendue de toi.

C’était mon premier single. C’était assez violent, parce que je suis passé de petits groupes de rock de banlieue à une exposition médiatique intense. J’ai fait de la télé, des radios. Ça m’a un peu déstabilisé parce que c’était un autre monde. Il fallait que je chante en playback, que je regarde telle ou telle caméra. Pour moi, le showbiz, c’était un autre métier. Et puis soudain, j’ai fait la connaissance de ce qu’on appelle la pression. Je n’étais pas à l’aise. Je suis un ex super timide, souvent dans ma bulle. Encore aujourd’hui, je peux être là, sans être là. La guitare a beaucoup amoindri ce côté-là de moi. J’ai pu exister et dire des choses sans être obligé de parler.

Pourquoi considères-tu que ton vrai premier album est Pour une poussière d’ange en 1992 et non Blondin en 1990?

Parce que Pour une poussière d’ange est celui que j’ai complètement maitrisé. Je n’avais plus de producteur/manager, j’ai donc fait ce que je voulais. Je ne me voyais plus interpréter des chansons que je n’avais pas vraiment envie de défendre.

"Elle allume des bougies", extrait du DVD "SEPT À SÈTE live" (Charlélie) ©Blondinland Music 2015

Dans le troisième album, J’voudrais voir des îles, en 1996, il y a eu un gros tube, « Elle allume des bougies », une chanson de CharlElie Couture. On découvre une voix que tu n’exploitais pas de la même façon dans les deux premiers albums.

Blondin, je ne peux plus l’écouter. J’ai l’impression que je gueule du début à la fin. C’est insupportable pour moi. Au bout du troisième, j’avais déjà plus d’expérience et j’ai fait des rencontres bénéfiques. On avait enregistré ce disque dans de bonnes conditions à Toulouse. J’en garde un merveilleux souvenir.

Après, tu as toujours été actif, mais on te voyait moins. Tu continuais à faire de la scène et à sortir des disques.

J’avais un peu marre de ce métier. Je ne trouvais plus ma place. Du coup, j’ai beaucoup composé et écrit pour des grands artistes (voir bio plus haut) et je gagnais beaucoup mieux ma vie, tout en restant chez moi dans mon home studio. J’ai l’impression d’avoir eu 15 ans de vacances.

Pourquoi es-tu ressorti de ta tanière en 2011 alors ?

Parce que la scène me manquait. Et puis, j’avais un album dans mes tiroirs que j’avais fait en Allemagne en 2005, du coup, je l’ai sorti. Il s’appelle Même pas mal.

En 2014, tu as sorti Tiroir Songs.

C’est un disque de chansons que j’avais faites pour d’autres, mais qu’ils n’ont pas voulu. Je les ai donc chanté moi-même.

Clip de "Je partirai demain" extrait de l'album Pas de vie sans blues.

Quand on travaille pour les autres, on épouse leur style ou on essaye de faire complètement autre chose ?

C’est un mélange des deux. Si c’est identique à ce qu’ils font, les artistes n’aiment pas parce qu’ils ont besoin de se renouveler. Si c’est trop nouveau, ils n’aiment pas parce que ce n’est plus leur style. Tu vois la difficulté de l’exercice ?

C’est quoi la formule magique alors ?

Je crois que c’est faire une bonne chanson. C’est la base. Après, tout est une question d’arrangement. « La mer » de Charles Trenet, tu peux la faire en punk, en reggae, en disco, en valse, elle restera toujours une bonne chanson.

C’est quoi une bonne chanson ?

Une chanson simple, à la mélodie efficace. Il faut que qu’elle rentre dans la tête des gens et qu’elle parvienne à s’imprimer. Il faut aussi qu’elle parle à tout le monde.

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Fred Blondin et Johnny Hallyday.

Quand tu entendais Johnny chanter tes chansons, ça te faisait quoi ?

Ce n’était plus mes chansons. J’ai toujours considéré que, comme les artistes s’approprient les arrangements, ça devient une autre chanson. La première écoute est toujours spéciale. A part avec Johnny où je suis venu en studio, généralement, on envoie la maquette aux artistes et ils en font ce qu’ils veulent. C’est la surprise à chaque fois.

Dans ce nouveau disque, Pas de vie sans blues, il y a des collaborations. Il y en a une qui me parait évidente, c’est avec Daran. Vous avez quasiment la même voix.

Moi aussi, ça me paraissait évident. Nous sommes dans la même catégorie d’artiste et nous avons le même point de vue sur la façon de conduire sa carrière. On a commencé en même temps et nous nous sommes retrouvés en Louisiane, au Canada… on se connait depuis longtemps. C’était le bon moment pour que l’on se retrouve. Il m’a envoyé une chanson sublime, « Pas de vie sans blues ».

Clip de "Pas de vie sans blues", extrait de l'album Pas de vie sans blues.

Cali non plus, je ne sais pas pourquoi, ça ne m’étonne pas non plus.

Je ne le connaissais pas personnellement. On s’est rencontrés et le lien s’est fait immédiatement. Au début, il m’a fait un texte, « Notre amour foutu ». Je l’ai maquetté très vite. Je l’ai retrouvé aux Déferlantes à Argelès-sur-Mer. Je lui ai fait écouter. Il a tellement apprécié qu’il m’a proposé d’en faire une autre. Ça a donné, « On rentre à la maison ».

Et Grand Corps Malade ? Je trouve cela plus surprenant.

Ça s’est fait par l’intermédiaire de Jacques Veneruso qui est un ami et qui a fait la musique de « J’ai vu le blues ». Je ne savais même pas que le texte était signé Grand Corps Malade, je pensais que Jacques en était l’auteur. Je l’ai su seulement quand il a fallu écrire les crédits dans le livret du disque. Ce n’est pas un choix marketing.

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Pendant l'interview...

Pourquoi prends-tu des compositions et des textes des autres alors que tu es toi-même auteur compositeur ?

Je vais te répondre franchement, au bout de 30 ans, je n’arrive plus à m’étonner. Et si on ne s’étonne pas soi-même, on n’étonnera pas le public. Désormais, je fais donc confiance à d’autres qui, eux, sauront m’emmener ailleurs. Avec cet album, j’avais envie de prendre d’autres chemins. Je suis tellement content du résultat.

Dans le métier, tu as la réputation d’un artiste rare et talentueux.

Ça m’épate d’entendre ça, parce que je ne sais pas du tout ce que l’on pense de moi. C’est vrai que j’avais disparu de la circulation, pourtant, quand j’ai demandé des chansons aux uns et aux autres, ils ont tous répondu présent. Je suis super flatté de ça.

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Au Casino de Paris, il y a aura toutes tes nouvelles chansons ?

Non. Le concept est de fêter les 30 ans. Il y aura des chansons de tous mes albums, mes « tubes », mais pas forcément les chansons que j’ai l’habitude de chanter sur scène… histoire  de surprendre les habitués de mes concerts. Ce sera donc un tour d’horizon de mon répertoire.

Il y aura des guests ?

Oui. Notamment Cali, Daran, Art Mengo et CharlElie Couture…

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Après l'interview, le 2 mars 2018.

Bonus mandorien:

Entre 1992  et 1994, j'étais animateur de Top Music (radio leader du Bas-Rhin) et je présentais la majeure partie des interviews concerts qui avaient lieu à la Fnac de Strasbourg. Le 28 mai 1993, Fred Blondin est venu présenter son nouveau disque, Pour une poussière d'ange... voici quelques clichés. 

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05 avril 2018

Barcella : interview pour Soleil

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(Photo : Michaël Boudot)

barcella, soleil, interview, mandorComme l’indique son dossier de presse, Barcella est un « artiste atypique et solaire, poète moderne ruisselant d’eau vive et d’audace. Il « conte » parmi les virtuoses les plus inventifs de sa génération. Homme de scène accompli, tantôt chanteur, musicien, conteur, slameur. Interprète saisissant et élastique, il se mue d’une plume à l’autre, nous bringuebalant du rire aux larmes avec finesse et humour. » J’ai déjà mandorisé Barcella et sa bio complète est là (dont je ne réitère pas son parcours).

Barcella sera ce soir et demain au Café de la Danse de Paris. Il vient de sortir son quatrième album, Soleil. Il y parle d'amour, d'espoir, de joie, de voyages, d'absence, il parle de lui, de ce qu'il a vécu ces 4 dernières années. Deux bonnes raisons pour donner rendez-vous le 15 mars dernier à cet artiste solaire de 36 ans dans un bar de la capitale. 

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barcella,soleil,interview,mandorInterview :

Tu me disais en off que tu étais angoissé par la sortie de ce nouvel album. Pourquoi ?

J’ai la chance d’avoir un métier dans lequel on voyage beaucoup, on rencontre de nouvelles personnes, on vit des aventures originales. Chaque album clôture une période de vie et cela fait bizarre de livrer cela au public. C’est une part de toi-même, la fin d’un carnet de bord et le début d’une nouvelle aventure.

Tu fonctionnes à l’envie. Entre deux albums, tu joues des spectacles jeunes publics, tu participes à des collectifs… 

On a fait plus de 100 dates de Tournepouce. Les enfants nourrissent beaucoup l’imagination des auteurs. Dans l’enfance, il y a une fraicheur et une capacité à s’émerveiller de tout. Ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai adoré cette parenthèse artistique. Après, j’avais envie de revenir à des chansons pour les adultes, pour la famille. J’avais envie aussi de refaire des festivals d’été et des grandes salles.

On entend des chœurs d’enfants dans ta chanson « Soleil ».barcella,soleil,interview,mandor

Il se trouve que je parraine « On souffle dans ton dos », une association qui est chargée d’accompagner des enfants extraordinaires, plus exactement de jeunes autistes. Les membres de cette association font en sorte qu’ils soient scolarisés dans des écoles classiques avec des auxiliaires de vie. Il faut que ces enfants continuent à vivre et à s’élever avec les autres enfants. Il y a parmi eux une fille qui s’appelle Lisette et il se trouve que ses parents sont choristes. Je leur ai fait écouter une chanson pour voir ce qu’ils pourraient en faire vocalement. Dans cette famille, il y a 8 enfants… et  ils chantent tous. C’était tellement bien que je les ai invités sur 4 titres de l’album.

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« Soleil 2.0 » est la chanson la plus positive de l’album.

Il y a dans les mots simples, une puissance vibratoire très forte. Le soleil pour moi est synonyme de joie, de liberté, c’est le début des beaux jours, c’est une forme de source d’inspiration. Quand je fais des concerts, je vais souvent au milieu de la foule et j’ai vraiment l’impression d’être entouré des rayons de chacun. J’ai la sensation que l’on forme un soleil collectif.

On dit souvent aux artistes : « vous donnez au public ». Toi, tu trouves que c’est complètement réciproque ?

Evidemment. Le public nous donne beaucoup aussi. Ça se voit dans l’étincelle des yeux des gens. C’est avant tout un partage. Je me nourris énormément de l’énergie des gens. Leur côté solaire me donne envie de continuer à écrire. Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous (rires).

Dans Tournepouce, ton spectacle « jeunes publics », il y a une chanson qui s’appelle « Maman ». Dans ton nouvel album aussi. Je me souviens que tu m’avais dit lors de notre première rencontre qu’elle était professeure de littérature et que ton goût des mots venait d’elle.

Elle était aussi prof de théâtre. C’est ma mère qui a nourri mon inspiration, mon goût pour l’écriture et mon amour des  mots. C’est quelqu’un qui aime les mots, qui les savourent… les chiens ne font pas des chats.

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Dans la chanson « Améthyste », tu racontes ton amour des mots.

Encore une fois, je parle de la puissance vibratoire des mots. Dans la vibration, j’entends le sens et la sonorité. Quelqu’un qui passe sa journée à vociférer des insultes, quelque part, se fait du mal. On le voit physiquement, dans ses yeux, dans la manière qu’il a de dessiner son visage avec des rides qui tombent. Les gens solaires fabriquent des visages « sourieux ». Cultiver la joie est un chemin plus vertueux et plus courageux que faire des chansons de pleureurs.

Tu n’aimes pas les chansons tristes ?

Si. On peut se nourrir de nostalgie et de mélancolie, mais je trouve plus courageux de cultiver la joie. Bourvil, Georges Brassens, Henri Salvador, Boby Lapointe, Robert Lamoureux, Charles Trenet, Boris Vian… Quand vous écoutez leurs chansons, ça vous remonte le moral en un instant.

Toi, tu ne cultives que la joie ?

Comme tout le monde, je suis traversé par toutes sortes d’émotions. J’en fais parfois des chansons, mais je ne les cultive pas. Sur mes anciens albums, j’ai proposé beaucoup de chansons nostalgiques comme « La symphonie d’Alzheimer », « L’âge d’or »… Je continuerai de les chanter, mais aujourd’hui, j’ai compris que quand la joie est là, tu as envie qu’elle reste. Quand tu es dans des émotions lancinantes et négatives, elles t’indiquent que la joie va revenir. Donc dans tous les cas, je ne cultive que la joie. Une chanson de pleureur, c’est une chanson de quelqu’un qui a envie d’arrêter de pleurer.

barcella,soleil,interview,mandorDans « La rivière insolente », où est la joie ?

Elle n’y est pas, mais c’est un chemin pour y arriver. Ce n’est pas une chanson introspective. J’aime l’idée d’endosser des rôles d’interprètes. Là, je joue un papa noyé dans l’alcool qui s’adresse à sa fille. Préoccupé par les turpitudes sa vie, il se rend compte qu’il ne lui a jamais dit « je t’aime ». Je connais beaucoup de gens touchés par ce problème, ce n’est pas pour autant que cela concerne mon père ou moi. Nous, on arrive à se dire je t’aime en se regardant droit dans les yeux.

Tu aimes les artistes qui ne sont qu’interprètes ?

Bien sûr. La puissance du rôle de l’interprétation est énorme. On peut travailler sur l’empathie et embrasser des émotions qui ne nous appartiennent pas. Brel et Aznavour sont extraordinaires par rapport à ça.

(Soudain, un jeune garçon nous interrompt poliment et avec le sourire. Il salue avec respect Barcella et lui dit que lui aussi est Rémois et qu’il l’apprécie beaucoup. Qu’il l’a vu souvent sur scène et qu’il va acheter son nouveau disque. )

La scène que nous venons de vivre est géniale car symptomatique de ce que tu projettes aux gens. La sympathie immédiate.

C’est une loi de l’univers, on récolte ce que l’on sème. Ça me touche énormément ce genre de chose. J’ai une carrière modeste, je suis connu juste dans le monde de la chanson, je fais ma vie professionnelle sur les routes, mais pas à la télévision. Voir un type de 20 ans m’exprimer sa joie de me rencontrer, c’est la plus belle des récompenses. Dans la mesure où l’on récolte ce que l’on sème, commençons par semer des mots empreints d’une certaine poésie, d’une forme de douceur, de légèreté nourrie au soleil et à l’harmonie.

Comment est ton public ?

Il est fantastique. Sans flagornerie. D’ailleurs, tu n’es pas obligé de l’écrire. J’ai fait à peu près 800 concerts, il y a quelques personnes qui sont venus au moins 80 fois. Je ne sais pas comment ils ne se lassent pas, même si chaque soir est différent. Je laisse une grande part à l’improvisation et je m’adapte aux gens qui sont en face de moi. On a un public curieux, fidèle et solaire.

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Et quand on fait un cover d’une de tes chansons, tu aimes ?

Voir ses chansons voyager et écouter d’autres gens les chanter est merveilleux. J’ai vu quelques covers, notamment de « Ma douce » ou du tube des Fréro Delavéga, « Le chant des sirènes » dont j’ai écrit les paroles, ça m’émeut beaucoup.

« Le chant des sirènes » reste ton plus grand succès.

Je ne reviens pas de l’ampleur d’une chanson comme celle-là. C’était une très jolie chanson d’habillage d’album qui ne devait initialement pas sortir en single. Là, il y a quelque chose qui me dépasse. Encore une fois, quand les choses sont faites avec le cœur et avec des mots choisis comme on choisirait des bons ingrédients pour faire une bonne salade. A un moment, l’univers fait le reste. Je ne l’explique pas, c’est la magie du monde. Ce titre est la plus grosse diffusion radio en 2015.

Clip de "Passe-passe".

Ta chanson « Passe-passe » m’a justement fait penser au « chant des sirènes ». Elle est faite de la barcella,soleil,interview,mandormême façon, c’est-à-dire avec un refrain ensoleillé d’une redoutable efficacité.

C’est le groupe belge Suarez qui en a fait la musique. D’ailleurs on retrouve ce titre sur leur disque aussi, mais dans une version plus épurée. Je leur avais dit que s’ils ne mettaient pas plus en avant cette chanson dans l’exploitation de leur album, je la chanterais aussi sur mon propre disque. Je l’aime vraiment beaucoup car elle a une simplicité élégante. C’est un hymne à la sensualité. J’y vois le soleil que j’ai envie de voir.

La musique aussi à évolué dans cet album.

Je voulais une forme de renouveau avec des sonorités inédites dans mes chansons.

Il me semble qu’avec ce disque, tu vas passer dans un cap « populaire », dans le sens noble du terme.

Mais, je veux être un artiste populaire. Je rêve que mes chansons embrassent le plus grand nombre de monde. Populaire ne veut pas dire simpliste, mais simple. Une chanson simple peut rencontrer le cœur des gens. « Le sud » de Nino Ferrer est un chef d’œuvre de simplicité. On n’est pas dans une poésie trop céleste, mais dans des mots simples qui touchent immédiatement. On peut faire quelque chose en s’adressant à la francophonie, avec le cœur et sans brader l’exigence qu’on peut avoir par rapport à une belle chanson.

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(Photo : Michaël Boudot)

C’est quoi une belle chanson finalement ?

Je le répète, les plus belles chansons sont simples. Tous les plus grands cuisiniers te le diront : un bon plat, c’est peu d’ingrédients, mais c’est une manière de les cuisiner… avec la bonne intention.

Faire simple, c’est compliqué ?

C’est toute la magie des sportifs. J’adore le snowboard, le skate aussi. Quand tu as un certain niveau tu fais des gestes techniques avec le sourire aux lèvres en donnant l’impression que c’est d’une simplicité accessible à tous, alors qu’il y a 20 ans de travail. Quand tu as tellement travaillé quelque chose, tu peux te décentrer. Brel le disait fort justement : « le talent, c’est que de la sueur ».

Tu écris dans l’effort ?

Pas du tout. Je n’explique pas très bien mon inspiration d’ailleurs. C’est comme un robinet qui s’ouvre au-dessus de ma tête et qui m’inonde d’un coup. A ce moment-là, il faut juste que je me rende réceptif. Quand l’inspiration est là, j’ai deux heures pour récupérer tout ce qui tombe. Le lendemain, je prends deux trois heures pour peaufiner le texte. Finalement, j’ai ce qu’on appelle des fulgurances.

Tu fais toujours de longue marche en montagne ?

Bien sûr. Je marche 8 à 10 heures tout seul. C’est souvent à ce moment d’ailleurs que l’inspiration arrive. Je fais le point et je sème mes petits cailloux comme le Petit Poucet, je sème la tristesse sur le bord de la route pour revenir rechargé à bloc. Je puise l’inspiration dans les hauteurs, ensuite, je reviens vivre des choses ici. J’ai besoin de faire de gros festivals et d’être entouré de plein de gens solaires que j’aime et qui m’aiment. Ensuite, je retrouve ma solitude parce que je l’aime, qu’elle me protège de  plein de choses, parce que j’y trouve l’inspiration. Je serais malheureux de n’être que dans l’un et ne pas avoir accès à l’autre.

barcella,soleil,interview,mandorLa dernière fois que nous nous sommes vus, en août 2016, au Festival Pause Guitare (photo à gauche), tu sortais d’un gros coup de fatigue. Là tu as l’air en pleine forme.

J’avais mis un an à m’en remettre en effet. Je sortais de trois tournées différentes (Tournepouce, le collectif 13 et la tournée Puzzle) en même temps, j’étais en plein surmenage. J’ai aujourd’hui plus d’énergie qu’à l’époque. C’est grâce à l’alimentation. J’essaie de manger moins acide, beaucoup plus d’aliments crus, des graines germées, des fruits… Quand tu commences à changer ton alimentation, tu as aussi des pensées plus apaisées. Tu es moins dans le stress et l’anxiété. C’est vraiment relié. L’intestin, c’est le cerveau qui donne le signal. Je suis sorti d’un cercle vicieux pour rentrer dans un cercle vertueux par l’alimentation.

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Après l'interview, le 15 mars 2018.

04 avril 2018

Tony Melvil : interview pour La relève

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tony melvil,la relève,interview,mandorTony Melvil, vient de sortir l’un des albums français les plus audacieux de l’année, La relève. Un disque inclassable. Mi-rock, mi-punk, mi-chanson. Les chansons qui le composent ont été écrites sur plus de 10 ans et ont été pour la moitié d’entre elles déjà enregistrées dans ses trois premiers EP : Tentative d’évasion (2012), La cavale (2014) et Plein Jour (2015). Les nouveaux arrangements de ces chansons que l’on connait déjà sont au cordeau… quant aux nouveaux titres, ils nous mettent une bonne baffe. Comprenez, on se réveille, presque en état de choc. KO, sonné. Merci Tony pour cet album rugueux, avec des angles saillants, sans concession. C’est si rare.

Tony Melvil propose sa "Release Party" le 5 mars 2018 (en co-plateau avec K!) au Nouveau Casino.

Avant ce rendez-vous, le 27 février dernier, nous sommes retrouvés dans un bar de Pigalle pour une troisième mandorisation. (La première là en 2014 et la seconde ici en 2016).

L’album (argumentaire de presse) :tony melvil,la relève,interview,mandor

Dans son premier album, Tony Melvil fait la guerre, à blanc. Une croisade contre le monde idiot qui l'entoure, contre nos folies et nos paradoxes. Armé de son violon et porté par un rock rugueux savamment orchestré, il nous balade entre des chansons coup-de-poing et des textes plus songeurs. Outrancier, sans aucun doute. Tragique, souvent, lorsque la guerre, les migrations, les violences que l'on tait apparaissent, reviennent, tournent sur elles-mêmes. Politique également, ancré dans une génération en quête de sens, refusant de suivre la voie tracée, cherchant de nouvelles solutions.

(…)

L’écoute de ce premier album est loin d’être reposante. Il faut y marcher et  même courir, se prendre une série d’uppercuts avant de se laisser caresser par La relève, chanson titre et final acoustique où le piano d’Albin de la Simone agit comme  un baume qui soigne nos blessures, nous laissant dans une vaste rêverie sur le monde qui nous entoure et notre place en son sein.

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(Photo : Mandor)

tony melvil,la relève,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes enfermés 10  jours à 8 dans une grange dans les Hautes-Fagnes, en Belgique. Il n’y avait aucune connexion avec l’extérieur et vous ne vous êtes rien interdit.

Je trouve qu’on n’arrête pas de s’autocensurer dans ces métiers-là. Mon manager, Pierre Marescaux a proposé que l’on s’éloigne de toutes préoccupations du quotidien pour que l’on fonce, quitte à aller trop loin. J’ai fait quelques disques avant celui-ci, quand je les réécoute avec un peu de distance, je déplore que tous les effets voulus aient été amoindris. J’ai compris aujourd’hui qu’il faut trouver le bon dosage et surtout ne pas hésiter à grossir le trait.

Grossir le trait, ça veut dire que peut-être le public ne comprend pas quand c’est  trop fin ?

Je ne dis pas ça. Le côté outrancier dans certains de mes textes et de mes musiques, c’est pour m’amuser. Les gens savent que c’est un jeu. Je ne veux plus rien faire de timide et consensuel. Quand on fait ce métier, on espère toujours qu’on va plaire à un public large, du coup, on édulcore son travail. Aujourd’hui, j’ai réglé ce problème, du coup,  je fonce là où je veux sans me restreindre.  L'album La relève est donc violent, rugueux et sans retenu.

Clip de "Au courage". Réalisation : Pierre Martin.

Est-ce qu’il t’arrivait de penser que tu allais trop loin quand même ?

Non, je te dis, on n’a fait aucune concession. En chanson, on est toujours dans un entre-deux. Le côté « variété grand public » et le côté « chanson à texte ». Pour ne pas avoir le cul entre deux chaises, nous y sommes allés fort.

Cette originalité peut te distinguer des autres artistes français.

Des gens qui ont des personnalités très fortes, il y en a et ils font de superbes carrières. Philippe Katerine par exemple, je ne pense pas qu’il soit dans le calcul. Il fait ce qu’il veut. Point. Il faut trouver jusqu’à quelle limite on peut aller.

Pourquoi fais-tu ce métier ?

Mon moteur, c’est de continuer à me découvrir. J’ai envie de chercher et d’ouvrir de nouvelles portes.

Clip de "Les miroirs à l'envers". Réalisation : Pierre Martin.

Même tes nouveaux clips sont conceptuels.

Je bosse avec un vidéaste avec lequel je fais une série de clips. Ce sont des clips « augmentés » où on essaye de faire cohabiter la chanson en tant que telle et un deuxième texte. C’est un peu expérimental. Pierre Martin bosse pour l’opéra et le théâtre. Il est très ambitieux, notre collaboration était évidente.

Parfois, je me  suis gouré dans l’interprétation que je faisais de certaines de tes chansons de l’album. Par exemple dans « Wagons à bestiaux », je pensais que tu évoquais les wagons à bestiaux qui transportaient les déportés vers les camps de la mort. Or, j’apprends dans le livret que tu fais allusion aux trains dans lesquels les gens se comportent n’importe comment, notamment avec leurs téléphones portables.

Pour une certaine génération, je me suis dit que c’était normal. Je ne veux pas dire que tu es vieux, mais pour des gens plus jeunes, ils ne pensent pas forcément à la seconde guerre mondiale.

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C’est intéressant finalement cette histoire de sens et de double sens dans une chanson.

C’est l’idée aussi du titre de l’album, La relève. C’est quoi la relève ? C’est un type qui se prend pour la relève de la discipline ? Quelle prétention ! Mais ce n’est qu’un jeu. Sur la pochette, on a caché le visage. Rien n’est clair. J’aime l’idée que l’on soit dans le flou. Toujours poser des questions, ne jamais y répondre…

A ce propos, tu précises dans le livret qu’avec ce disque tu es parti « avec l’ambition de révolutionner la discipline, mettre la barre très haute pour donner le meilleur de soi ». Tu n’as pas peur qu’on se dise que tu as le boulard.

Je m’en fous. Je ne fais pas de la musique que pour ma chambre. Un artiste doit aller loin et doit avoir de l’ambition. C’est mon métier et j’essaye de me surpasser. Si dire ce que j’ai dit peut devenir un moteur pour me permettre de me surpasser, allons-y ! La charge narcissique est violente dans ce métier, mais très franchement, je lève le curser de la prétention loin... aussi par jeu.  

"Palmyre" (en audio).

Ca participe à ton personnage un peu provocateur. tony melvil,la relève,interview,mandor

Tony Melvil est provocateur et un peu arrogant, mais Tony Melvil, ce n’est pas mon vrai nom. Quand je suis chez moi et que je vais chercher mon gamin à l’école le soir, je suis normal et tout le monde se fout de ce que je suis. Encore une fois, jouer à l'insolent, c’est un jeu qui m’épanouit.

Tu décris la violence du monde depuis toujours. Mais avec une ironie mordante. J’adore.

Il faut trouver la bonne distance. Dans quelques années, j’irai peut-être vers des choses plus lumineuses. Pour le moment, je trouve qu’il y a de la beauté dans le sombre, dans le malheur. Il y a des histoires à raconter. « Palmyre » est une chanson sur les migrants. J’habite à Lille,  j’ai beaucoup travaillé à Calais, du côté de Grande-Synthe aussi. Je les vois les vieillards passer sur l’autoroute, on sait d’où ils viennent. Je parle de l’atrocité des guerres qui se mélange à l’Histoire. Il n’y a pas que les hommes,  les monuments tombent aussi. La schizophrénie de ce monde est dingue, c’est un matériau intéressant, même s’il est horrible. Dans ce disque, notre vision de la violence du monde, nous l’avons sorti avec une énergie de bulldozer, un son de chantier de démolition. Ne surtout rien ramollir, rien tiédir.

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Pendant l'interview...

Tu as demandé à un artiste que j’aime beaucoup, Dimoné, de venir te donner un coup de main sur l’aspect scénique.

On était en résidence ensemble parce qu’au moment de préparer les concerts liés à cette sortie d’album, je ne voulais pas être seul à réfléchir à comment j’allais aborder les choses. Je trouve que c’est important d’être conseillé par un regard extérieur. Et quel regard ! C’était vraiment génial et on s’est bien marrés. Dimoné nous a beaucoup aidés.

Je t’ai vu interpréter « En chantant » de Michel Sardou sur France 3 Hauts-de-France (voir là). Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

A la base, on voulait chanter le vieux titre d’Hallyday, « Cheveux longs, idées courtes ». Ils ont considéré que ce n’était pas assez connu. Du coup, on a choisi de chanter Sardou. On s’est amusés comme des fous. Ce  qu’il représente dans le milieu musical et au point de vue idéologique, ce n’est pas notre tasse de thé, mais en toute sincérité, j’ai été touché par certaines de ses mélodies. Il n’y a pas que le cerveau qui nous fait apprécier telle ou telle chanson ou tel ou tel artiste, il y a aussi l’instinct.

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Après l'interview, le 27 février 2018.

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03 avril 2018

K! (Karina Duhamel) : interview pour La femme en boîte

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16939145_1386137311407694_662988681101513260_n.jpgK ! (Karina Duhamel à gauche vue par Monch) sort un disque, humain, organique et intense. Celui d’une femme en quête de renouveau, de vérité et de simplicité, qui cueille sur son passage tous les possibles. La femme en boite prend pied dans l’intimité pour mieux s’élancer dans l’immensité. De la vie, du monde, des gens. D’un quotidien bouleversé, d’amours contrariées aussi. Une quête d’absolu, un appel d’air en souffle continu. Ce premier album produit par Fabien Tessier, « brave ses propres démons, empoigne le sentiment amoureux pour le tordre, le distordre et lui faire rendre l'âme ». Il vient de rentrer directement à la 7eme place dans le classement francophone QUOTA. Quant à K!, elle sera au Nouveau Casino en "release party" le 5 avril 2018 (co-plateau avec Tony Melvil).

Le 12 mars dernier, nous nous sommes retrouvés sur la terrasse d’un bar de République pour une seconde mandorisation. Dans la première, nous avions parlé de ses débuts et du pourquoi du comment d’une vie dédiée à la chanson.

Sinon, elle a été aussi l'invitée de Bernard Poirette sur RTL.

Biographie officielle (par Olivier Bas) un peu écourtée :Copie de promo presse album.jpg

Les sourires que distribue K! ont la capacité de passer de la malice à la tristesse sans étapes visibles. K est la onzième lettre de l’alphabet, c’est aussi dit on la plus rare. Cet article devant ce nom en dit long sur la personnalité de celle qui le porte. Ni drôle, ni triste, toujours forte de son chemin de femme, K! n’impose rien mais montre tout. Comme une cheffe elle mélange les ingrédients et bouscule le sens et les sens (...).

C’est Charles Denner et son hymne aux femmes dans  L’homme qui aimait les femmes de Truffaut qui ouvre le bal en introduction de « L’adultère », le ton est donné : cet album sera féminin ou ne sera pas. De façon certaine à la fin de ces dix titres on connaît mieux Karina Duhamel, même si la pudeur embue les mots. On connaît surtout mieux sa vision du féminin, toutes les femmes peuvent se retrouver dans « Le chemin » : « J’ai fait du parachute suspendu à des rêves, j’ai câliné des brutes qui me disaient crève ! ».

Sur cet album on tape volontiers du pied sur les chansons narratives qui se nourrissent de son observation du monde. Elle ne juge guère, grossit volontiers le trait, fait son boulot d’artiste en somme : « Mes chansons sont sociétales sans en avoir l’air ». Maintenant en trio avec Samuel Cajal qui cosigne « Dors » qui conclue l’album et Matthieu Le SénéchalK! sur scène en vraie medium manie l’humour avec dextérité, mais  le sourire sombre parfois dans le noir. C’est comme ça la la la la !

"Un chef d'œuvre d'ironie et de passion." Indie Music

"Coup de cœur immédiat." Bernard Poirette RTL

" Ballade entre magie et fantastique." Que faire à Paris

"Une intensité rare." FrancoFans

"une chanteuse aux facettes multiples." Zebrock

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(@Loic Guilpain)

Interview :

Avant tu te cachais derrière des machines, là, avec tes deux musiciens, as-tu l’impression de plus te livrer ?

Bien  sûr. Je ne suis plus protégée par ma Tour de Babel. J’avais peur que mon énergie soit perdue avec des musiciens sur le côté. C’est tout le contraire. Je peux m’appuyer sur ces deux supers musiciens que sont Samuel Cajal et Mathieu Le Sénéchal.  J’ai trouvé une liberté que je n’avais pas avant.

Je t’ai vu à un concert privé au Studio des Variétés, tu as semblé t’éclater. Tu ne t’éclatais pas avant ?

C’est marrant que tu me dises cela, car j’en ai parlé avec Gislaine Lenoir qui est coach scénique au Studio des Variétés. Elle me disait qu’il y avait chez moi la notion de « travailler dans la douleur ». Ce n’est pas rare chez les artistes. J’avais besoin de ça et je pensais que je ne pouvais pas faire autrement. J’ai compris aujourd’hui que l’on peut travailler artistiquement dans le plaisir.

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Au Studio des Variétés le 20 février 2018 avec Matthieu Le Sénéchal et Samuel Cajal.

2566116984.jpgQuel a été le déclic qui t’a incité à changer de formule ?

C’est ma rencontre avec Barbara Weldens (voir photo à gauche). Je l’ai vu la première fois sur scène il y a 3 ans. J’ai été bluffée par l’énergie qu’elle dégageait. Et puis, à un moment, j’ai compris qu’il fallait avoir plus confiance en son travail. J’ai réalisé que je n’étais pas obligée de mettre 10  millions d’artifices dans une chanson. Si elle est bonne, elle tiendra debout toute seule. Clairement, je n’avais pas confiance en moi, donc j’en rajoutais partout des tonnes.

Cela dit, ça a fait de beaux spectacles. Jamais je ne me suis dit que tu en faisais trop.

Sauf que si, un peu. Maintenant que je ne me cache plus, tout le monde me dit que je suis libérée.

Tu as trouvé la bonne formule et les bonnes personnes.

J’ai ce sentiment-là. Il se passe pas mal de chose. La video de « L’adultère » a presque 25 000 vues. En regardant les stats, j’ai constaté que cette vidéo a été regardée en grande partie par des femmes. Le sujet a dû les intéresser. Je pense qu’il y a un phénomène d’identification. On est tous confrontés à la jalousie. La chanson est drôle et grinçante. Je me suis juste amusée à grossir le trait.

Vidéo de "L'adultère".

Ce qu’il se passe autour de toi et de ton disque, ça vient au bon moment ?

Oui, je crois. Si ça vient maintenant, c’est que je n’étais pas prête avant. J’ai fait cet album parce que je sentais qu’il fallait que j’aille au bout. Je me disais que ce serait peut-être le dernier, alors on a tout donné.

Tu avais perdu l’espoir de trouver un large public ?

Oui, un peu. Je me suis même dis : je fais ce disque et quoi qu’il se passe, j’arrête. C’était vraiment  parti comme ça. Je n’y croyais plus. C’est beaucoup d’énergie, d'argent, de temps et je ne suis plus une toute jeune. En plus, mon projet, n’est pas un projet populaire…

Si, je trouve. Il y a plusieurs tubes potentiels, comme « Le chemin » ou « L’adultère ». C’est de la musique pop électro très fédératrice.

Merci alors.

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(@Thierry Arensma)

Tu vas participer au Mans Pop Festival  dans quelques jours.

Je viens de cette région. C’est pour moi un retour aux sources. J’accède aux demi-finales. C’est loin d’être gagné.

(Note de Mandor : l’interview a été faite quelques jours avant la participation de K ! Du coup, sachez qu’elle est revenue du Mans avec le 1er prix de la chanson francophone + le prix Wiseband + le prix de la ville de Coulaines.  Clap-clap!)

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K! avec Matthieu Le Sénéchal et Samuel Cajal le 31 mars 2018 avec tous leurs prix décrochés au Mans Pop  Festival.

Dans ton album, il y a aussi des chansons que l’on connait déjà, mais elles sont réarrangées. Ça leur donne une dimension plus intéressante.

C’est Fabien Tessier qui en est l’artisan. Il a enregistré, réalisé, mixé et masterisé toutes les chansons. Il a déjà réalisé des albums de Claire Diterzi, il a donc l’habitude de travailler sur des projets pas communs. Il m’a incité à ne pas en faire trop avec ma voix. Il voulait que je sois juste et que j’ai les bonnes intentions. Il m’a emmené dans un travail vocal finement ciselé. Il a gommé mon côté trop théâtral.

Dans ton EPK, tu expliques que tu aimes les westerns parce que ce sont des adultes qui jouent aux enfants. Au fond, c’est exactement ce que font les artistes, non ?

C’est vrai. On ne raccroche pas nos rêves et on joue tout le temps.

Somptueux EPK de l'album.

Ta chanson Almeria est la plus « western ».

La plus cinématographique aussi. Mais au fond, chacune de mes chansons sont des courts-métrages.

Tu joues souvent sur le sens et le son.

Parfois même sans le vouloir, parfois en cherchant beaucoup. En règle générale, je ne passe pas beaucoup de temps sur un texte. Quand je passe beaucoup de temps sur un texte, il finit dans le tiroir. Je ne suis pas une laborantine.

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Pendant l'interview...

Toutes tes chansons ont un fond très sombre, même si parfois, elles font sourire.  La chanson « Tumeurs », par exemple, elle est belle mais elle me fait froid dans le dos.

Mon père est mort d’un cancer et ça faisait longtemps que je voulais faire une chanson sur ce thème. On a commencé à collaborer avec Samuel Cajal et il a été d’accord pour m’écrire un texte. Il voulait juste avoir le sujet. Je lui ai dit que je voulais un texte dans lequel je suis une tumeur. Il a accepté non sans se poser de questions (rires).

Il y a aussi « Dors », qui est sur la mort de quelqu’un.

La mort est très présente dans la vie. Dès notre naissance, on sait comment ça va se finir.

Et  «Le chemin » ?

Ce n’est pas le chemin qui mène de la vie à la mort, c’est plus le chemin qui te fait revenir chez toi, sur les lieux de ta jeunesse.

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Après l'interview, le 12 mars 2018.

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02 avril 2018

Guillaume Jan : interview pour Samouraïs dans la brousse

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guillaume jan,samouraïs dans la jungle,bonobos,takayoshi kano,interview,mandorUn écrivain voyageur-baroudeur-aventurier qui part sur les traces d’un des plus grands primatologues à la découverte des bonobos en République démocratique du Congo, ça me parle. Le truc que ne vit à priori personne, sauf quand on a le goût de vivre une existence hors-norme et que l’on a du courage (et du culot). Bon quand cet écrivain est un ami, c’est quand même plus facile d’organiser un rendez-vous. Guillaume Jan à cet air de ne pas y toucher qui fait qu’on ne s’imagine pas la vie qu’il a eue. Je ne vais pas réitérer qu’il a été notamment palefrenier, barman, chercheur d’or, auto-stoppeur, libraire et grand reporter, il me semble m’être déjà attarder sur son cursus exceptionnel dans une première mandorisation (pour son précédent livre Traîne-savane qui m’avait conquis). Guillaume Jan est aussi présent dans une mandorisation assez particulière.

Le 27 mars dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale (son fief à deux  pas de chez lui) pour évoquer le livre qui découle de son aventure, Samouraïs dans la brousse.

Argumentaire officiel du livre : guillaume jan,samouraïs dans la jungle,bonobos,takayoshi kano,interview,mandor

Qu’est-ce qui a poussé Guillaume Jan à entreprendre, seul, un voyage au plus profond de la forêt équatoriale ? Au terme d’une interminable remontée du fleuve Congo et de ses affluents, après plusieurs jours de vagabondages à pied et à moto à travers la jungle, l’écrivain voyageur gagne Wamba, minuscule hameau près duquel on peut encore voir des bonobos sauvages. Parti sur les traces du Japonais Takayoshi Kano, le premier scientifique à étudier le comportement des bonobos dans leur environnement naturel en 1973, l’auteur s’engouffre dans une aventure rocambolesque et rapporte un livre magnétique, qui s’attache autant à fouiller la personnalité de cet énigmatique primatologue qu’à décrire le quotidien d’un village littéralement oublié du monde. Un récit fluide et drôle, créant des ponts entre le Zaïre des années 1970 et le Congo d’aujourd’hui, entre le Japon et l’Afrique, entre Mohamed Ali et le premier samouraï noir...

guillaume jan,samouraïs dans la jungle,bonobos,takayoshi kano,interview,mandor« Un récit picaresque et émouvant » Les Inrocks

« Ces rencontres imprévisibles, cette observation de plusieurs strates, rendent la lecture de Samouraïs dans la brousse captivante. » Libération

L’auteur :

Né en 1973, Guillaume Jan est journaliste et écrivain. Grand reporter pour le magazine Max, co-auteur de L’Almanach des voyageurs, il a vécu plusieurs années en Afrique et s’est marié à une congolaise en pays Pygmée. Il vit désormais à Paris avec sa femme et leurs deux enfants. À 45 ans, l’homme a déjà cherché de l’or en Guyane, a essayé d’apprendre la boxe à Cuba et fut éjecté à coups de pied aux fesses d’un camp d’entraînement pour enfants soldats en Côte d’Ivoire. Un Breton qui a traversé l’Afrique d’est en ouest, en claquettes, en moto ou en pirogue, descendant seul le fleuve Congo – sujet de son premier livre, Le Baobab de Stanley. Il a ensuite publié Le Cartographe (2011), roman d’errance dans les Balkans et Traîne-savane, truculent récit de son voyage sur les traces de Livingstone, encensé par France Inter et Le Nouvel Observateur.

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(©Tetsuya Sakamaki)

guillaume jan,samouraïs dans la jungle,bonobos,takayoshi kano,interview,mandorInterview :

C’est ton troisième livre sur la République Démocratique du Congo. Tu en es devenu un peu le spécialiste.

Oui, même si j’ai eu une vie avant le Congo. J’étais journaliste pendant 15 ans et j’ai parcouru beaucoup de pays. Ma première rencontre avec la forêt, c’était en Guyane. Je souhaitais faire un bon sujet sur les chercheurs d’or, j’en avais donc accompagné dans leur exploration dans la jungle pour trouver des pépites. Il se trouve que depuis 10 ans, je voyage au Congo. J’ai tout de suite aimé ce pays. J’y ai vécu plein d’histoires. Quand les éditions Paulsen m’ont contacté pour me demander de faire un voyage pour leur collection « Démarches » en me laissant le choix de la destination, je leur ai fait 10 propositions en espérant qu’ils en acceptent une. J’ai commencé par leur parler des bonobos au Congo, tout de suite, ça les a intéressés.

Quand tu as su le pays, tu as cherché un angle ou tu connaissais déjà l’existence du scientifique japonais Takayoshi Kano ?

Il m’a fallu trouver un angle. Paulsen s’est enthousiasmé pour le projet des bonobos, c’est bien, mais ça ne faisait pas une histoire. Il fallait que je trouve une manière de parler des bonobos, de parler d’un voyage qui m’amènerait sur leur territoire congolais. J’avais peur de devoir écrire un livre de vulgarisation scientifique. Un jour, en lisant de la documentation scientifique, justement,  je suis tombé sur un Don Quichotte. Tu sais que j’aime bien les Don Quichotte.

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Takayoshi Kano à Wamba en 1973 (archive personnelle de Takayoshi Kano) .

On connaissait peu de chose sur son parcours.

Et notamment sur son premier voyage au Congo que j’ai tout de suite trouvé extraordinaire. Quand j’ai appris qu’il a cherché un emplacement pour observer les bonobos en se déplaçant à vélo, sans argent pendant plusieurs mois dans la jungle, alors qu’entre le japon et le Congo il n’y avait aucune histoire commune, j’ai su que je tenais mon histoire et que je prenais la bonne direction.

J’ai passé pas mal de temps à faire des recherches sur Takayoshi Kano avant notre rendez-vous, je n’ai pas trouvé grand-chose…

Je me suis heurté à la même difficulté que toi, mais il m’intéressait de plus en plus. J’ai donc enquêté sur lui moi-même. J’ai vite compris qu’il fallait que j’aille jusqu’à son poste d’observation des bonobos, à Wamba.

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Takayoshi Kano : autoportrait sous un palétuvier en 1980 (archive personnelle de Takayoshi Kano)

Tu racontes dans le livre les nombreuses galères que tu as rencontrées. Le voyage dans une pirogue de 25 mètres, les sentiers en moto, les araignées dans les maisons qui t’accueillaient, j’en passe des vertes et des pas mûres. J’imagine qu’à chaque fois tu devais te dire : « Chouette, ça fera une anecdote à raconter ».

Mais c’est tellement ça. C’est ma bouée. Il faut bien trouver un point positif quand on galère à ce point. Les galères c’est important pour rythmer le récit. Dans le bateau, je ne savais pas si j’allais pouvoir rencontrer Takayoshi Kano, je n’étais même pas sûr de pouvoir aller jusqu’à Wamba. J’étais dans le doute absolu sur tout. C’était un voyage très compliqué. Je suis bien content de l’avoir fait avant 45 ans parce que je ne sais pas si je referais un jour des voyages aussi ardus. J’ai toujours aimé en faire, mais celui-là a été le plus difficile de tous.

Tu es écrivain voyageur, mais te sens-tu une sorte d’aventurier ?

Tu me demandes si je me sens comme Indiana Jones ? Très franchement, quand on vit l’aventure, on ne pense pas à ça. On se contente de régler les problèmes dès qu’ils arrivent. Par exemple, si j’ai un problème aux pieds, il faut trouver une solution pour que cela ne s’infecte pas. Il fallait que je sache où j’allais bien pouvoir dormir le soir. Il y avait aussi sur place des problèmes administratifs à gérer. Au Congo, beaucoup de choses sont compliquées.

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Guillaume Jan avec son conducteur Joël pendant leur visite à Wamba en octobre 2016.

Le Congo est complètement délaissé par Kinshasa et les hommes au pouvoir. Tu racontes aussi cet aspect-là.

Leur président, Joseph Kabila,  reste au pouvoir, alors que son mandat s’est terminé il y a deux ans. Il y a à la fois un énervement, une lassitude et un épuisement. Les congolais sont énergiques, mais j’ai l’impression que là, ils baissent les bras. Chaque année supplémentaire, ils doivent faire avec un peu moins. Au bout d’un moment, ils ne peuvent plus suivre.

Il y a évidemment des conséquences sur l’écosystème. Il y a moins d’animaux par exemple…

Comme il n’y a plus de routes, les gens qui vivent dans la forêt sont laissés à l’abandon, ils doivent donc se débrouiller pour manger. Ils sont obligés de beaucoup chasser. Il y a une surchasse, il en résulte que la forêt devient de plus en plus silencieuse. 

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Guillaume Jan avec Iyokango, l'un des meilleurs pisteurs de Wamba.

Dans le livre, tu racontes l'état du Congo d’aujourd’hui.

Je ne pourrais pas parler du Congo en disant que, globalement, ça va quand même. Ce serait mentir. J’essaie d’être honnête autant avec les gens que je rencontre qu’avec les lecteurs, qu’avec moi et mon histoire. 

Tu as évidemment voulu rencontrer Takayoshi Kano.

Plus je cherchais, plus on me faisait comprendre que ce serait impossible. J’étais déçu, mais j’ai quand même pris la décision de raconter son histoire. Tant que je n’étais pas allé à Wamba, ses successeurs ne répondaient même pas à mes mails. Je leur demandais des renseignements, comme de m’indiquer la route à prendre pour aller là-bas, je n’ai reçu aucune réponse. J’ai donc dû me débrouiller tout seul. Quand je suis arrivé à Wamba, ils ont été très surpris. A partir de là, on a commencé à échanger. Ils m’ont enfin pris au sérieux.

Tu t’es attaché à ce personnage ?

Avant de le rencontrer, c’est quelqu’un pour qui j’avais beaucoup d’admiration et d’attachement. En le rencontrant, ça s’est confirmé. J’ai bien aimé son humour, sa modestie, sa bienveillance… et son courage. Il a quand même fait un AVC en 2008. Il est encore handicapé du côté droit, mais il semble bien rétabli.

Tu l’as donc rencontré le 6 décembre 2016.

Je n’avais pas les moyens de me rendre au Japon. Mais un miracle est arrivé. Un des magazines pour lesquels je travaille m’a envoyé en reportage sur la péninsule coréenne, juste en face de l’archipel nippon. Je n’ai eu qu’une heure d’avion pour enfin le rencontrer. Je l’ai vu à Toyonaka, tout au fond de  la baie d’Osaka. J’étais accompagné de son successeur à l’institut de recherche sur les primates Takeshi Furuichi. Son épouse Noriko Kino nous a accueillis. L’homme de 78 ans arrive enfin. Il nous raconte des détails sur ses voyages, le paradis des premières années, l’appendice dans la brousse, la 404 en panne, la bicyclette rouge, les colères et les éblouissements. Entre deux sakés, il exhume ses souvenirs dans le désordre. Il déplie ses planisphères et me raconte très précisément son itinéraire et ce qu’il a vécu.

Tu dis, je te cite : « Le vieux singe n’est pas un ours, il est simplement entré en ermitage pour s’écarter de la vanité des hommes ».

Voilà, ça le résume bien. Un homme simple, humble, mais un grand scientifique qui a fait avance l’étude des grands singes.

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Guillaume Jan avec Noriko & Takayoshi Kano ainsi que Takeshi Furuichi (debout), le successeur de Kano, le 6 décembre 2016 à Toyomaka.

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Guillaume Jan et Takayoshi Kano à Toyomaka, le 6 décembre 2016 à Toyomaka.

Parlons des bonobos que tu appelles les hippies de la jungle. Ce sont des bêtes de sexe qui ont plein de positions différentes à proposer à leur partenaire.

Un vrai kamasutra. Qui leur sert de régulateur social. Disons que le sexe leur sert à prévenir les conflits dans le groupe. Ils préfèrent faire l'amour que la guerre.

J’ai retenu aussi qu’ils sont bien plus cools que les chimpanzés.

Ils sont plus sociaux.

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Tu as assisté au réveil des bonobos. A part les scientifiques et les gens du village, personne ne peut assister à un tel spectacle.

Et encore, les locaux ne vont pas assister au réveil des bonobos à 6 heures du matin.

Tu veux dire que c’est comme les parisiens qui ne vont pas visiter la Tour Eiffel ?

C’est exactement ça. Comme je te l’ai dit tout à l’heure, avant d’aller au Congo, j’avais déjà vécu pas mal de trucs dans différents endroits du monde, mais ce moment-là a été le plus exceptionnel de ma vie. Il me semble en tout cas.

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Pendant l'interview...

guillaume jan,samouraïs dans la jungle,bonobos,takayoshi kano,interview,mandorTu as pris des photos ?

Non. Je voulais me charger au minimum parce que je savais que le voyage allait être duraille. J’avais mon iPhone, mais à ce moment-là, il s’est bloqué. Je ne pouvais plus prendre de photos. Ce  n’est pas grave, j’ai tout emmagasiné sur mes carnets. J’ai même fait des croquis (voir à gauche). C’est amusant parce que pendant 10 ans, j’étais très intéressé par la photo. Mais 10 premières années de journaliste, j’étais reporter et  photographe. La photo m’intéressait presque plus que le texte. Aujourd’hui, j’arrive à voyager sans appareil photo, ce que je considère comme une victoire. Mon but est d’arriver à voyager avec rien. Je m’encombre encore de trop de choses. J’aimerais parvenir à voyager uniquement en chemisette (rires).

Si je te compare à Nicolas Bouvier, ça te va ?

Nicolas Bouvier est très important dans l’histoire des récits de voyage. Il a amené une nouvelle génération. Il a une très belle plume. Avant lui, il me semble qu’il y avait moins d’exigence littéraire. Cela dit, je n’ai pas envie que l’on me compare à quelqu’un. Il y a beaucoup d’écrivains voyageurs que j’admire et chacun dans un style différent. Quand j’écris, je n’essaie pas d’aller dans les pas de quelqu’un d’autre. Par contre, tout ce que j’ai lu ou vu depuis plusieurs décennies, ça nourrit ce que j’écris aujourd’hui. Ce n’est pas nécessairement de la littérature de voyage, mais de la littérature tout court, de la bande-dessinée, du cinéma et du théâtre.

Et n'hésitez pas à rencontrer Guillaume Jan pour un apéro-lecture le mercredi 4 avril prochain.

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01 avril 2018

Simon Chouf : interview pour Volatils

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(Photo : Fabien Espinasse)

simon chouf,chouf,volatils,interview,mandorChouf depuis le début de sa carrière nous emmène dans son monde à la fois torturé et empreint de douceur et de tristesse. Dans ce quatrième album, Volatils, enregistré au Studio Elixir (Toulouse) par Manu Cabrol (Anakronik, Magyd Cherfi, El Gato Negro...) et réalisé par Dimoné, il aborde les tensions planétaires, qu'elle soit politique, économique ou sociale, et souligne la fragilité de l'homme.

Le 23 février dernier, Simon Chouf est venu à mon rendez-vous, à l’heure de l’apéro…

Biographie officielle :

Nourri aux textes de Brassens et au blues cuivré de Tom Waits, le Monsieur Chouf des débuts a mué en Chouf, crooner au poing levé, pile tragique, face poétique. simon chouf,chouf,volatils,interview,mandor

Dans ce quatrième album, Volatils, il est question des migrants des mers (« Le cimetière des oiseaux »), de l’état orageux du monde (« Les êtres jetables »), des amours (« Fugitive »), des peurs et des questionnements ressurgis de l’enfance (« Des Aveugles » écrit par Christian Olivier), le tout enveloppé d’une musique chaleureuse. Ces thèmes graves et personnels sont enluminés par des tableaux métaphoriques riches de sens et d’émotion qui ont en commun, la fragilité de l’humain et son passage éphémère sur Terre. Ses rêves volés, Chouf les transforme en fête populaire, empruntant des chemins parfois rock, parfois swing pour embarquer le public dans son spectacle.

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(Photo  : Fabien Espinasse)

simon chouf,chouf,volatils,interview,mandorInterview :

Chez toi, on écoutait beaucoup de musique quand tu étais petit ?

On écoutait de la musique surtout dans la voiture. Il y avait quelques cassettes. Tu sais celles qui duraient 90 minutes. Je m’en souviens d’une avec sur une face Cabrel et sur l’autre, Souchon, le live Défoule sentimentale qui date de 1995. Il y avait une autre cassette avec Renaud sur les deux faces. Plus tard, quand on partait en vacances, mon père emmenait une valise de CDs. Lui, son truc, c’était la musique cubaine, du jazz et les deux premiers albums de Nilda Fernandez. Vers 10 ans, j’ai eu mon premier poste personnel. J’ai demandé qu’on m’offre les disques de Pierre Perret et de Brassens. Mais, je pense que j’étais influencé par les chansons « Fernande » et « Le zizi » (rires). Du coup, j’ai eu un double album de Brassens. Je pense qu’il a eu un impact sur moi et ma création.

Tu écoutais autre chose ?

Oui, les conneries qui passaient à la radio à l’époque. Mais les premières chansons « à histoires », je m‘y suis familiarisé grâce au rap et au hip-hop des années 90.

Tu commences la musique quand ?

Quand j’arrive au lycée. Je découvre la guitare grâce à des copains. Je m’y mets en essayant de jouer les musiques que je connaissais déjà, dont Brassens. Très vite, je me suis mis à chanter. Je préférais faire une demi-heure de guitare en rentrant à la maison que de faire mes devoirs, tu t’en doutes.

Mais au lycée, tu écoutais de la chanson française plus « jeune ».

Oui, des gens comme Mano Solo, les Têtes Raides, la Mano Negra, les Négresses Vertes, Pigalle, Marcel et son Orchestre, La Rue Kétanou … tous les artistes alternatifs du moment et ceux qui faisaient de la chanson festive. J’écoutais aussi les artistes de Toulouse, Zebda qui cartonnait, les Beautés Vulgaires… A Toulouse, ça chante beaucoup dans les bars. Un jour, je vois Jehan chanter du Leprest, du Anne Sylvestre, du Pierre Perret. J’ai flashé sur la belle chanson dans le plus simple appareil. Je me suis construit à l’écoute de tout ça.

Clip de "Ca va péter". 

Tu as joué dans quelques groupes.

J’avais un premier groupe de chansons néo-trash-réalistes, Les sexes symboles. A 16 ans, alors qu’on ne savait pas faire de la musique, on jouait déjà dans les bars de la ville. A l’époque, il y avait beaucoup de concerts amateurs. Les assos fourmillaient dans tous les sens, alors la possibilité de jouer était facile. On en profitait. Je le répète, on ne savait pas jouer, du coup, nous faisions les cons, mais on donnait beaucoup physiquement. Il se passait des choses à chaque fois. Ensuite, j’ai joué dans un autre groupe, Les moites de peau dans lequel il y avait aussi Manu Galure.

Les moites de peau s’arrêtent quand tu avais 18 ans.

Oui, le chanteur part au Québec. Je me dis que ça devient compliqué de faire partie d’un groupe. Je décide de faire des chansons personnelles à la guitare. A 20 ans, je m‘y mets sérieusement. On me propose des concerts de soutien pour des associations, des trucs militants… c’était pour moi l’insouciance absolue.

Tu avais quel répertoire ?

Manu (Galure) m’avait filé quelques textes, moi j’avais deux, trois chansons. A aucun moment, je me suis dit que j’allais faire ça de ma vie.

En 2006, tu es à la fac lors des manifestations anti-CPE. Il y a un blocage pendant tout le deuxième semestre, tu restes donc chez toi toute la journée.

J’ai pris conscience que je ne voulais plus aller bosser, mais faire de la musique tout le temps. Se lever et faire de la musique directement. La vie rêvée.

Ainsi Monsieur Chouf n’a pas tardé à arriver.

Je raconte des petites histoires à la guitare, mais je ne me sens pas « chansonnier ». Je me sens inhibé alors je décide de ne pas faire ce métier avec mon nom civil. Chouf est mon surnom tiré de mon nom de famille. Monsieur Chouf m’a permis de me cacher derrière un personnage sur scène. Depuis 2011, c’est-à-dire dès le deuxième album, j’ai enlevé le monsieur. Je n’ai plus eu besoin de ce subterfuge pour chanter. 

Clip de "Être jetables".

Aujourd’hui, tu es un chanteur en état de marche, justement.

J’ai pu évoluer dans la région grâce à une salle comme Le Bijou. Philippe Pagès a lancé pas mal d’artistes. Ensuite le Festival Pause Guitare d’Alain Navarro à Albi a créé en 2009 une scène "découvertes". Je me suis retrouvé là-dedans au bout de 6 mois de chansons. C’est marrant parce qu’au fur et à mesure de mon parcours, des portes se sont ouvertes et j’ai pu rencontrer des artistes que je vénérais comme les Zebda, les Têtes Raides, Arno, dont j’ai fait les premières parties.

Tu es sorti assez vite de ta région.

Oui, il y a eu un concours en Suisse, puis une résidence en Suisse grâce à Jean-François Delfour des Rencontres d’Astaffort. Tout s’est fait naturellement. J’ai commencé à tourner partout en France.

Comment sens-tu que tu évolues ?

Je suis en perpétuelle évolution et je me sens de plus en plus en phase avec ce que je veux faire. Je prends un chemin qui me plait bien. Avant, j’avais tellement de figures tutélaires, de références énormes dans la chanson, qu’il a fallu que je me dise que je ne serai jamais eux. Je me suis aperçu que ce que je voulais être ne correspondait pas à ce que j’étais. En 2013, lors de la tournée de l’album, «L’hôtel des fous », il y a eu une réflexion, une analyse très profonde. Il a fallu que je fasse le deuil de mes ainés et que je devienne moi. A partir du moment où j’ai réalisé ça, je me suis senti beaucoup mieux sur scène et plus légitime dans le métier. Je commençais à assumer mes chansons et ce que j’étais.

Teaser tournée "Volatils".

Il me semble que ta voix à évolué entre ton troisième album et le nouveau. Prends-tu des cours de chant ?

Oui, parce que je n’étais pas satisfait de ce que je faisais vocalement. J’ai donc pris le problème à bras le corps. J’avais besoin de savoir comment placer ma voix, comment ne pas l’abimer inutilement. Ça me permet aujourd’hui d’être mieux dans le texte et, du coup, la chanson respire mieux.

Comment travailles-tu un nouvel album ?

J’accumule des pistes de chansons, des thématiques, des bouts de textes, des bouts de musiques, puis je rassemble et je fais le point. Je ne suis pas en création permanente. Si je devais caricaturer, je dirais que je fais les chansons en même temps que le disque.

Dans l’album Volatils, tu parles beaucoup des travers de notre société.

Il y a deux portes d’entrées qui se rejoignent dans cet album. Il y a des chansons avec des textes universels comme « Etre jetable », « Magie noire », « Ça va péter », « Le cimetière des oiseaux » et il y a des chansons plus de l’ordre de l’intime. Elles ont le spectre du contexte du moment. Le point commun de ses textes-là, c’est la fragilité de l’humain aujourd’hui dans la vie. Le propos n’est pas super guilleret, mais c’est ça qui me touche. Bref, je suis là et, j'espère, pour longtemps.

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Je n’aime pas du tout la chanson engagée, mais ce que j’aime chez toi, c’est que tu ne fais pas la morale, tu ne dis pas des choses vindicatives. Tu fais réfléchir, mais sans brusquer.

Je ne me permettrai surtout pas de faire la morale. Je ne me positionne pas dans un questionnement argumentaire. Des sujets forts me parlent, mais j’essaie d’en faire un rendu poétique. Dans mes chansons, il y a beaucoup de moi et de mes turpitudes, de mes centres d’intérêt, mais j’y glisse des images, des métaphores et des choses qui permettent aux gens de se retrouver. Une chanson, c’est l’alchimie parfaite entre la voix, la musique et les mots.

Tu sais bien que dans les médias, si on parle des migrants, des réfugiés, du monde qui va mal, c’est faire de la chanson engagée.

D’abord, qu’est-ce que la chanson engagée ? Qu’est qu’un artiste engagé ? Vaste sujet. Il y a des gens dans leur quotidien lambda qui sont beaucoup plus engagés que bien des artistes. Je ne parle même pas des artistes qui ont une posture de personne engagée et qui dans leur quotidien ne sont pas en adéquation avec leur discours ou  avec ce qu’ils chantent. Il faut vivre en phase avec ce que l’on raconte et ce que l’on dégage.

Tu es content de ton sort dans le monde fabuleux de la scène française ?

Oui, dix ans plus tard, je peux me targuer d’être encore là. Je fais encore des chansons et j’ai encore envie de les produire et de les chanter sur scène. Je ne te dis pas que c’est facile, mais je suis là. Ma quête idéale serait d’avoir une base solide de public pour faire ce métier encore longtemps. Je n’ai jamais décollé, ni explosé, mais je me suis quand même retrouvé à faire des scènes énormes. J’ai joué mes chansons au Zénith de Toulouse. J’ai aussi chanté devant 15 000 personnes lors de la Fête de la Musique sur la place du Capitole à l’époque où les caméras de France 2 n’y déposaient pas ses caméras. Je dis ça, mais j’adore aussi défendre mes chansons à la guitare dans un salon sans micro et autres artifices.

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Après l'interview-apéro, le 23 février 2018

31 mars 2018

Evie : interview pour Balades électriques

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(Photos : David Desreumaux)

evie,balades électriques,interview,mandorLe troisième album de la chanteuse Evie est sorti hier (le 30 mars 2018). Dans balades électriques (à écouter ), elle distille ses sentiments, ses révoltes, ses émotions et une certaine rage de vivre, le tout sous fond de musique pop, rock, électro, folk… Du bel ouvrage réalisé par une jeune femme sensible et mélancolique… à fleur de peau, même.

Je lui ai donné rendez-vous le 23 février dernier pour une toute première mandorisation.

Biographie officielle :

Auteur compositeur interprète, Evie, de sa voix grave et claire, s’applique à trouver le mot juste pour exprimer de façon simple et universelle ce qui touche à l’intime. 

Evie a chanté en anglais, puis en français, joué du piano, puis de la basse, traversé quelques orages et quelques tristesses que l’on devine ici et là au fil de ses mots, a gardé le cap et la passion. 

D’abord chanteuse du groupe Time Factory, avec l’album No Borders  (première partie de Feist et Rachid Taha), elle devient ensuite la voix féminine du duo Paris Brune en 2010 (L’œil du Cyclone, Jive Epic). 

En 2011, elle commence un projet solo, reprenant pour l’occasion le surnom que quelques amis lui ont donné : Evie

Deux premiers disques voient le jour, La route sorti en 2011 puis Sentimental System D, en 2013.

Argumentaire officiel du disque (un peu écourté):evie,balades électriques,interview,mandor

En 2017, Evie retourne en studio entre la Bourgogne et Paris pour enregistrer un nouvel opus, point d’orgue de sa collaboration depuis 2 ans avec ses deux musiciens, également présents sur scène. Au clavier ou à la basse entourée par sa violoncelliste et son guitariste, ainsi que Clive Martin aux manettes (Les Négresses Vertes, Dolly, Manu Lanvin, Les Wampas…) Evie installe un univers lumineux et éclectique qui distille quelques boucles électro mixées aux sons organiques, aux frontières de la pop, du rock et de la chanson française.

Mêlant sentiments, émotions et révoltes, lʼalbum, porté par des mélodies entêtantes et des textes profonds raconte comme une tranche de vie … Avec pour fil conducteur la voix. 

Il y a d’un côté l’espoir, de l’autre, il y a le désenchantement. On y retrouve les thèmes de la rupture, de l’abandon... Il y a aussi un regard, parfois ironique, parfois mélancolique sur le monde et les gens autour … l’idée de quitter le métro, la ville et ses « Foules absurdes », ou le plus léger « Lola », portrait d’une femme enfant évaporée.

En marge du reste de l’album, « Des heures », véritable plainte aux accents trip-hop, dévoile une atmosphère sonore de prédilection, également présente dans la chanson « Puisque les clowns », écrite suite aux attentats de Charlie Hebdo. Enfin « Un dernier verre », qui sonne comme un épilogue pour annoncer déjà la couleur, le chemin à venir…

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(Photo : David Desreumaux)

evie,balades électriques,interview,mandorInterview :

La musique est arrivée dans ta vie par hasard, je crois.

Mon père était médecin, ma mère est magistrat, mes frères sont dans la finance et moi, je voulais être cavalière professionnelle. Ça a été une partie de ma vie. Concernant la musique, petite, je faisais du piano, mais très vite, ça m’a ennuyé, j’ai donc arrêté. A l’âge de 17 ans, je me suis mise à chanter complètement par hasard. Le meilleur ami de mon grand frère est pianiste. Un jour, j’ai fredonné une chanson qui passait à la radio. Il a trouvé que je m’en sortais bien et ma proposé d’essayer de chanter chez lui. J’ai accepté. Ses parents sont arrivés dans la pièce où nous étions et m’ont demandé si c’était moi qui chantais. A partir de ce moment, je me suis dit qu’il y avait peut-être un truc à creuser de ce côté-là. Comme cet ami avait composé des instrumentaux, je les ai pris et j’ai commencé à écrire dessus. C’est ainsi que j’ai commencé.

Tu es donc une parfaite autodidacte ?

Oui, j’y suis allée au feeling.

Et la suite ?

Un jour, dans un bar d’Avoriaz, j’ai rencontré un batteur, Guillaume Rossel, le fils de Bernard Lavilliers. On a commencé à travailler ensemble, puis, du coup, on a fait un album sous le nom de Time Factory. Nous co-composions et j’écrivais les paroles. Je chantais, il faisait les arrangements.

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C’est à partir de ce moment que tu as décidé d’axer ta vie vers la musique et uniquement la evie,balades électriques,interview,mandormusique ?

J’étais en DEA de Politique Européenne. J’essayais de ne pas prendre de décision hâtive. Je ne savais vraiment pas quoi faire, mais ce que je savais, c’est que je ne voulais pas faire un métier classique.

L’aventure Time Factory a duré combien de temps ?

Quelques années, mais nous n’avons enregistré qu’un album. Guillaume est parti en tournée avec Rachid Taha, du coup j’ai décidé d’écrire mes propres chansons… et en français, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Par pudeur surement. Je me suis remise au piano. De fil en aiguille, j’ai composé un album entier. Après, je n’ai plus jamais décroché de la musique.

Ensuite, il y a eu le duo Paris Brune.

Je le formais avec le bassiste Pierre Legay. Il avait joué pour Time Factory sur l’album et en concert. Comme c’est un ami, un jour, il me demande de le dépanner en faisant quelques voix témoins pour quelques chansons à lui. Ils voulaient les proposer à d’autres artistes. On a enregistré une chanson et il s’est rendu compte qu’en duo, ça pouvait bien coller. A l’époque, les duos mixtes étaient à la mode. Il est allé proposer cette chanson, « L’œil du cyclone » à des éditeurs et quelqu’un a flashé dessus. Il nous a proposé de faire un album entier. On a donc enregistré d’autres titres et Jive-Epic a signé.

Tu arrives donc dans un gros label.

Le petit label dans lequel j’étais auparavant était très dynamique et me plaisait beaucoup. Être dans un gros label  m’a surtout permis de comprendre mieux le milieu de la musique, d’en connaître les rouages.

Clip de "L'œil du cyclone" du duo Paris Brune.

« L’œil du cyclone » est beaucoup passé en radio.

Ensuite il y a eu un autre single, « A l’endroit, à l’envers ». Et puis, la maison de disque n’a pas sorti l’album. Tout s’est arrêté d’un coup. Ils voulaient les éditions, ça ne les intéressaient de développer un petit peu notre duo.

Du coup, tu t’es repenchée sur ton projet solo ?

Oui, je me battais pour faire avancer les choses de ce côté-là. En 2011, j’ai fini par signer sur le label MVS pour mon premier album, La route. En 2013, j’ai enregistré un deuxième album, Sentimental Système D. Là j’avais pris un arrangeur, donc le disque était un peu plus rock.

Le clip de "La ligne" extrait de Balades électriques

Tu écris quand ça va mal ou quand tu vas bien ?

La tristesse m’a toujours porté. J’utilise mes soucis ou mes drames personnels pour en faire des chansons. Dans l’album Sentimental Système D, il y a au moins 4 titres qui évoquent la mort de mon père, plus ou moins clairement.

C’est bien d’utiliser ses épreuves de la vie pour en faire de l’art et les sublimer ?

Sur mon nouveau disque, j’aborde la séparation parce que c’est ce que j’ai vécu. J’aimerais bien qu’il ne m’arrive plus rien de ce genre, même si ça me permet d’écrire des chansons (rires).

Session acoustique de "Game Over" extrait de Balades électriques.

Tu racontes ta vie, mais ta vie ressemble à celles des autres, non ?

Oui, c’est tout à fait vrai… du coup, chacun peut s’y retrouver.

Tes disques mettent en avant une certaine mélancolie.

Dans la vie, je raconte énormément de conneries, je ris beaucoup, mais au fond de moi, je suis très mélancolique. En m’analysant, j’ai compris que j’aime autant les hauts que les bas. J’essaie aujourd’hui de préférer les hauts. 

Session acoustique de "Lola" extrait de Balades électriques.

Dans ton nouvel album Balades électriques, il y a une chanson sur l’attentat contre Charlie Hebdo, « Puisque les clowns ». Pourquoi ?

La question était : est-ce qu’écrire une chanson sur ce sujet était utile. D’autant que je savais qu’elle ne serait pas sur disque avant un bout de temps  et que d’autres s’y étaient collés immédiatement. Je n’ai pas résolu la question, mais je n’ai pas pu m’empêcher de l’écrire et de la sortir. Je voulais transcrire ce drame collectif d’une manière ou d’une autre. Ce qui m’a étonné, c’est qu’il y a eu beaucoup de chansons sur Charlie, mais pas sur le Bataclan, en tout cas, celles qui existent n’ont pas été faites dans l’immédiateté. On était tellement à plat, tellement assommés, que personne n’a osé en faire une chanson.

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(Evie par Mandor et son iPhone6)

Es-tu d’accord si je dis que ton écriture n’est pas frontale ?

C’est vrai. Je n’aime pas le sens direct, j’aime bien passer par des chemins de traverse. Il y a de la poésie, des images, des métaphores et surtout, je tiens à ce qu’il y ait une musicalité dans mon écriture. J’y tiens même beaucoup. Par contre, je ne veux pas que l’on ne comprenne rien, sinon, ça n’a pas d’intérêt. Il y a donc un juste milieu à trouver.

Ça te fait du bien d’écrire ?

Oui, mais c’est aussi toujours un peu douloureux. Je ne sais pas pourquoi je fais ça… (sourire). 

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Après l'interview, le 23 février 2018.

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26 mars 2018

Yann Hegann : interview pour L'enfant qui venait des étoiles

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yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandorYann Hegann, c’est une Madeleine de Proust. C’est un type, quand je n’étais qu’un gamin introverti, qui me faisait rêver. Lui, mais également Jean-Loup Lafont et François Diwo. Mon triumvirat radiophonique. Ce sont ces trois-là d’Europe 1 qui m’ont donné envie de devenir animateur radio et télé (ce que j’ai fini par faireyann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandor plus tard et un long moment). Bref, je vous la fais courte, quand j’ai su que mon pote manager/agent Olivier Vadrot connaissait Yann Hegann et qu’il lui faisait faire un peu de promo, je lui ai demandé qu’il m’organise une rencontre. Je n’avais pas lu son livre, je le confesse, ce n’était pas là le plus important. J’avais même, je le confesse (bis), un énorme a priori sur l’intérêt d’un livre se voulant un ersatz du Petit Prince écrit par un animateur radio. J’allais faire ce qui s’appelle une « concession ». J’interviewerai Yann Hegann, mais pas vraiment pour parler du livre.

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Yann Hégann avec Thierry Le Luron et Gérard Lenorman.

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Yann Hegann sur Europe 1 (ça donne ça, notamment).

Et puis, j’ai lu.

Et puis, j’ai lu en me disant, « mais quel con je suis ! »

Je lutte contre l’a priori depuis toujours et bim ! Je m’y adonne. yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandor

En fait, L'enfant qui venait des étoiles est un conte fabuleux qui fait renaître l'enfance en chacun de nous. Le célèbre Petit Prince n’y est intentionnellement jamais cité, mais le lecteur se rend vite compte qu’il s’agit de la suite suggérée par l'auteur historique. Dans cette narration romanesque, on découvre pourquoi le petit héros revient sur Terre, ce qu’il cherche et surtout, ce qu’il est vraiment. Cet ouvrage à double lecture m’a scotché. Comme Le petit Prince, L’enfant qui venait des étoiles s’adresse aux enfants comme aux adultes. Un très joli conte philosophico-initiatique que je conseille à tous.

Le 22  février 2018, Yann Hegann m’a donné rendez-vous dans le bar à côté d’Europe 1. L’homme est disert et aimable… et un peu taquin aussi. 

4e  de couverture : 

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yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandorInterview :

Quelle est la genèse de ce livre ?

En 1957, j’ai tourné dans un film avec Gérard Philipe, Le joueur, d’après l’œuvre de Dostoïevski. Jamais Gérard Philipe ne m’appelait par mon prénom. Il m’appelait Petit Prince. Un jour, il m’interpelle: « Viens voir Petit Prince, j’ai quelque chose pour toi. » Il m’a offert deux cadeaux. J’ai ouvert le premier, c’était le livre d’Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince. Le deuxième, c’était la version disque racontée par Gérard Philipe lui-même. Je l’ai écouté des quantités de fois en lisant le livre en même temps. Pour moi, le Petit Prince c’est la voix de Gérard Philippe. Je ne peux dissocier les deux. Au point que ça a créé une confusion : je confondais Saint-Exupéry et Gérard Philipe.

Et toi, tu ne te prenais pas pour le Petit Prince, du coup ? yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandor

Non, je ne me suis jamais identifié à lui. Je le voyais comme un personnage dans lequel « on » peut s’identifier,  mais c’est tout. Même si Gérard Philipe m’appelait Petit Prince, je savais que je n’étais pas ce héros. J’étais naïf, mais pas con à ce point-là (rires).

Quand  tu allais avec ta mère dans les librairies à Paris, tu demandais toujours aux libraires : « vous avez la suite du Petit Prince de Saint-Exupéry ? »

C’est vrai. Les libraires me répondaient qu’il n’y avait pas de suite. Moi, je disais « Si, si, regardez ce qu’il y a écrit à la fin : Regardez attentivement ce paysage afin d'être sûrs de le reconnaître, si vous voyagez un jour en Afrique, dans le désert. Et, s'il vous arrive de passer par là, je vous en supplie, ne vous pressez pas, attendez un peu juste sous l'étoile ! Si alors un enfant vient à vous, s'il rit, s'il a des cheveux d'or, s'il ne répond pas quand on l'interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste: écrivez-moi vite qu'il est revenu... Alors, monsieur, vous voyez bien qu’il y a une suite !

Un jour après une lecture de Saint-Exupéry devant des enfants, une maman t’a encouragé à écrire la suite.

Oui. J’ai décidé d’y réfléchir en me baladant avec mon chien. Je me suis retrouvé sur un quai que je fréquentais tous les jours, mais dont je ne connaissais pas le nom. Ce soir-là précisément, je découvre avec stupeur qu’il s’appelle le quai Saint-Exupéry. Là, je me dis que c’est un signe qu’il ne faut pas occulter.

Comment on attaque une suite à ce livre culte ?

Je me suis posé la question. J’avais juste écrit un premier roman que je n’avais jamais envoyé à des maisons d’édition. Le narrateur raconte l’histoire d’un promeneur qui tombe sur un enfant qui a tout du personnage que l’on connait. Après, partant de cette base, je me suis laissé aller.

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L'illustratrice du livre : Luba Aguilova est née en Sibérie, habite à Bordeaux où elle vit de son talent d’illustratrice.

Tu ne cites jamais Le Petit Prince.

C’est intentionnel.

Ce petit personnage qui venait des étoiles s’est fait manger par un serpent. Il n’y a donc aucun doute sur son identité.

Admettons que ce soit une suite. Il revient, mais pourquoi ? Que cherche-t-il aujourd’hui, ce personnage des années 40 ? Qui est-il ? Je dois répondre à ces trois questions, mais à ma manière dans des chapitres qui correspondent à des voyages « initiatiques ». Quand on écrit un roman, le bon dieu et l’auteur, c’est la même personne. On a le droit de vie ou de mort sur qui on veut.

Ce qui est agréable, c’est que tu n’as pas cédé à la vulgarité ambiante de notre époque.

Tu as raison de le souligner. Notre époque est sous le signe de la cruauté et de la méchanceté. Mon livre est aux extrêmes de tout ça. Ma meilleure amie me dit que je vis au pays des Bisounours. Je suis empreint d’une grande naïveté et je vais mourir comme ça. Pendant des années, j’ai essayé de combattre ma naïveté et j’ai décidé que c’était une erreur il n’y a pas si longtemps.

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Illustratriation : Luba Aguilova.

yann hagann,l'enfant qui venait des étoiles,europe 1,interview,mandorC’est un roman initiatique avec plein de considérations philosophiques. On rencontre la souris philosophe, l’aigle royale, l’homme du désert, le voyant infaillible, le marin et les statistiques…

J’avais très envie d’écrire ce livre, alors j’y suis allé tête baissée, même si je suis dans l’incapacité de te dire si j’ai du talent. Le monde littéraire est un monde que je ne connais absolument pas. Il a fallu faire abstraction de tout ça et que je fonce sans me poser de questions.

Tu fais dire au voyant infaillible : « il y a une différence fondamentale entre le rêve et l’illusion ».

Dans cette parabole, je dis qu’il ne faut jamais sacrifier le moindre de ses rêves. Quand on écrit un conte philosophique, on passe par des chemins qu’on a vécu soi-même.

Le Petit Prince s’est vendu à largement plus de 150 millions d’exemplaires.

C’est pas mal, effectivement. Je sais bien que je me suis attaqué à un monument et que mes chiffres de ventes seront dérisoires à côté. Je considère mon livre comme un hommage. Il fallait que je le fasse. Point barre. Je ne me pose aucune autre question. 

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Le 22 février 2018 dans le bar à côté d'Europe 1.

Stop archive! Les mêmes protagonistes, 34 ans plus tôt, le 22 août 1984 lors d'un podium Europe 1  à la Grande-Motte.

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21 mars 2018

Anna Karina, Howe Gelb et Laurent Balandras : interview pour Je suis une aventurière

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anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorMuse de Godard, icône des sixties, Anna Karina fait de nouveau parler d'elle à 77 ans avec la sortie de l’album, Je suis aventurière, une épithète qui lui va à merveille. On y retrouve ses collaborations avec Serge Gainsbourg, Philippe Katerine, Bassiak entre autres. Dans son actualité, il y a aussi deux de ses films qui sortent pour la première fois en DVD : Shéhérazade, tourné au Maroc en 1963, et Vivre ensemble, le premier film qu'elle a réalisé en 1973. L’occasion était belle d’aller à sa rencontre. Son éditeur et agent (et ami) Laurent Balandras m’a organisé une rencontre d’une heure dans une brasserie du boulevard Saint-Germain où elle a ses habitudes. Ce jour-là (le 7 mars dernier), le musicien chanteur américain Howe Gelb, qui interprète deux duos avec Anna Karina, a accepté de se joindre à nous. Belle conversation à quatre voix.

Argumentaire officiel du disque :anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandor

Les meilleurs titres de l’icône de la nouvelle vague, signés Gainsbourg, Katerine, Bassiak, Godard... inclus Sous le soleil exactement plus des inédits dont 2 duos avec Howe Gelb.

Anna Karina a toujours chanté. Souvent dans des films. Depuis Une femme est une femme en 1960 où elle interprète "La chanson d'Angela" écrite par Jean-Luc Godard et composée par Michel Legrand, Anna Karina a chanté Bassiak (Rezvani) toujours pour Godard et surtout Serge Gainsbourg qui a conçu pour elle son unique comédie musicale Anna en 1967. Icône de la Nouvelle Vague, l'actrice d'origine danoise propose une compilation de chansons de films dont certaines sont éditées ici pour la première fois (extraits des films Last song de Dennis Berry et Haut, Bas, Fragile de Jacques Rivette) ainsi que des titres de son album écrit par Philippe Katerine). En bonus, plusieurs chansons originales viennent compléter cette rétrospective dont deux duos enregistrés en 2017 avec Howe Gelb, artiste-phare de la scène rock américaine. Je suis une aventurière lance avec son regard bleu pétillant celle qui a passé sa vie à jouer, chanter et danser sous les regards enamourés de George Cukor, Tony Richardson, Luchino Visconti, Rainer Werner Fassbinder, Raoul Ruiz ou Jonathan Demme et qui doit son nom de scène à Coco Chanel.

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anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorInterview :

Qui a eu l’idée de ce disque ?

Laurent Balandras : C’est un peu nous deux.

Anna Karina : Non, c’est toi Laurent. J’ai trouvé l’idée formidable, d’autant qu’il a ajouté quelques chansons inédites. Certaines n’ont jamais été éditées. Il y a des chansons que j’ai signées moi-même, d’autres par mon mari Dennis Berry. Il y a les principales chansons de ma carrière, mais il n’y a pas tout. Laurent n'a pas pu en obtenir certaines.

Laurent Balandras : Quand on fait ce genre de disque, il y a toujours des problèmes de droit sur certains titres. Quand ce sont des chansons tirées de films, ce sont les boîtes de production des films qui détiennent les droits… et là, ça devient compliqué. On ne retrouve pas toujours la société de production. Il faut aussi que je te dise qu’on avait déjà fait une compilation de chansons de films en 2004, alors on n’a pas voulu non plus mettre les mêmes titres dans ce nouveau disque.

Anna, pourquoi dès le début de votre carrière, vous a-t-on demandé de chanter dans les films ?

Anna Karina : Parce que dans la vie, je chantais tout le temps, et ce depuis toute petite. Je faisais le show partout où je passais. Les gens qui m’entouraient remarquaient donc que j’avais quelques velléités à ce niveau-là. Mon premier mari, avec lequel je vivais, Jean-Luc Godard, me voyait chanter toute la journée, il a fini par me demander d’en faire de même dans quelques films. Les autres réalisateurs ont suivi.

Documentaire de Luc Lagier : Godard, l'amour, la poésie. L'histoire d'amour entre Jean-Luc Godard et Anna Karina.

Laurent, pourquoi Anna est-elle si importante pour toi ? anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandor

Laurent Balandras : A 23 ans, je venais de découvrir le cinéma d’auteur. Quand je suis arrivé à Paris, je rêvais de la rencontrer. Ce qui m’intéressait beaucoup chez elle, c’était la chanteuse. Au départ quand nous avons fait connaissance, je voulais la refaire chanter. Je travaillais à l’époque aux Sentiers des Halles et, tu connais la salle, c’est dans une cave.. Malheureusement pour moi, elle est claustrophobe.

Anna Karina : Je n’ai donc pas accepté d’y chanter (rires).

Anna, quand vous avez vu arriver Laurent la première fois, vous avez pensé quoi ?

Anna Karina : Il a d’abord téléphoné. Il est tombé sur mon mari, Dennis Berry. Il a eu très peur (rires). Après, on s’est donné rendez-vous au Chai de l’Abbaye, rue de Buci. Tout de suite, ça a collé entre nous. Je le trouvais formidable. Après, il a travaillé chez Universal au moment où j’enregistrais mon album chez eux. Ça a été le début d’une forte amitié et très belle collaboration.

Anna, vous êtes étonnée que de jeunes cinéphiles viennent encore vous voir ?

Anna Karina : J’ai eu la chance de tourner avec la Nouvelle Vague, mais aussi avec des grands réalisateurs « classiques » comme Visconti, Cukor ou Fassbinder. Donc, beaucoup m’ont vu et il doit leur en rester quelque chose de positif. J’aime que des jeunes de 15-16  ans se souviennent, s’intéressent et me posent des questions sur le 7e art.

Laurent Balandras : En Corée du Sud, c’est de la folie ce que représente Anna. En Australie, des gens avaient fait des centaines de kilomètres pour venir la voir.

Blow Up sur Arte : C'est quoi Anna Karina?

anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorVous avez aussi tourné dans des « petits » films.

Oui, ils sont moins connus, mais ça veut dire que j’ai toujours été sur la route. J’ai fait ce que je voulais faire quand j’étais gosse : aventurière.

Laurent Balandras : « Je suis une aventurière » est une phrase qu’elle dit souvent. Alors, on en a fait le titre du disque. Anna est quelqu’un qui s’amuse tout le temps. C’est une adolescente éternelle. Avec Anna Karina, la vie est une comédie musicale.

Anna Karina : (Me regardant) Il est gentil. Oh ! Il est adorable.

Laurent Balandras : Avec elle on chante et on se marre tout le temps.

Ma scène préférée dans Bande à part de Godard (1964), celle de la danse.

Parlons avec Howe Gelb, à présent. Vous chantez deux chansons avec Anna. D’abord, que anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorreprésentait-elle pour vous ?

(Pour être tout à fait honnête, ma connaissance de la langue anglaise étant ce qu’elle est, c’est Laurent et un peu Anna qui m’ont servi d’interprètes.)

Howe Gelb : A la base, je ne la connaissais pas. Un jour, j’ai vu une photo d’Anna avec le texte d’un film, je l’ai mise sur ma page Facebook. Le réalisateur des deux chansons que j’interprète avec Anna sur le disque a vu cette photo. Comme c’est un ami, il m’a proposé de la rencontrer. La rencontre a eu lieu et le courant est passé immédiatement.

Vous l’avez trouvé comment ?

Howe Gelb : Elle m’a fait penser à une adolescente. C’est extrêmement rare une femme comme elle. A partir de là, je me suis intéressé à qui elle était. J’ai regardé la plupart des films dans lesquels elle jouait. Ça m’a complètement emporté. A l’époque je travaillais avec une fille qui avait 23 ans et qui ressemblait beaucoup à Anna Karina. Cette fille, croate, et Anna se sont retrouvées à la même table et ça a donné un tableau très mystérieux. A ce moment-là, je me rends compte qu’Anna est née au Danemark. Et ma femme, elle aussi, est née dans ce pays. Je trouvais qu’il y avait beaucoup de coïncidences.

Anna Karina : Je me souviens, on s’est rencontrés aux Deux Magots avec Laurent. Ensuite, nous sommes restés en contact pendant 5 ans.

Laurent Balandras : Anna, j’ai appris aujourd’hui qu’Howe a enregistré il y a quelques années ton duo avec Serge Gainsbourg, « Ne dis rien », sans savoir que c’était toi qui interprétait cette chanson.  

Howe Gelb : J’ai enregistré cette chanson sans même avoir entendu la chanson d’Anna avec Gainsbourg. Cet après-midi, juste avant de venir vous voir, j’ai écouté la version originale avec eux dans un studio. Ça m’a fait un choc. La façon qu’a Anna de chanter, c’est quelque chose qui m’est familier.

Anna Karina et Serge Gainsbourg : "Ne dis rien".

anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorDans une des chansons que vous interprétez, il y a des phrases en français. C’était difficile pour vous ?

Howe Gelb : Oui, c’était dur. Mais Anna a essayé de m’aider.

Howe, vous venez du rock indépendant américain, vous avez enregistré 60 albums. Que pensez-vous d’Anna Karina chanteuse ?

Howe Gelb : Elle est dans l’énergie. Il y a le feu en elle. Anna, c’est une pierre précieuse. Avec tout ce qu’elle a fait d’important dans sa vie, elle est une personne qui devrait être célébrée à sa juste valeur. J’ai beau avoir 60 albums dans les pattes, ça me flatte d’avoir fait deux chansons avec elle. Je n’ai pas connu son histoire, car je n’ai pas été élevé dans cette culture-là, mais je suis hyper honoré de faire désormais partie de son histoire… même un tout petit peu.

Anna Karina : (Gênée) C’est moi qui suis fière.

Howe, aimeriez-vous travailler de nouveau avec Anna ?

Howe Gelb : Oui. J’essaie de la convaincre.

Anna Karina : Mais je n’arrive plus à chanter !

Howe Gelb : Elle ne chante pas comme elle a pu chanter à une époque, mais elle chante toujours très bien. Sa voix est plus grave, mais c’est très bon.

Anna Karina : Bon, s’il aime bien, je ne suis pas contre, mais ça sera compliqué (rires). Commençons déjà par une chanson.

Le tournage de la comédie musicale, Anna.anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandor

Il y a trois chansons de la comédie musicale de Pierre Koralnik, Anna, dont toutes les chansons sont de Serge Gainsbourg. Vous dites souvent que c’est un de vos meilleurs souvenirs.

Anna Karina : Koralnik et Gainsbourg  sont venus me voir. Je ne savais pas du tout de quoi ça parlait, j’ai dit oui immédiatement. J’étais folle de joie.

Comment était Gainsbourg avec vous pendant cette comédie musicale ?

Anna Karina : Il était très perfectionniste et très gentil. Il était Gainsbourg et pas encore Gainsbarre. Ensemble on se marrait comme des baleines. On parlait en verlan ensemble. On ne disait que des conneries. On picolait du rouge et après on allait répéter.

"Sous le soleil exactement", extrait de la comédie musicale Anna.

anna karina,howe gelb,laurent balandras,je suis une aventurière,interview,mandorLa chanson que vous interprétez la plus connue est « Sous le soleil exactement », tirée d’ailleurs de la comédie musicale Anna. Ce n’est pas votre chanson préférée j’imagine ?

Anna Karina : Je l’aime bien, mais je les aime toutes avec leurs différences.

Ce que j’aime chez vous Anna, c’est que vous souriez tout le temps.

Anna Karina : Je suis comme ça naturellement.

Laurent Balandras : Elle me fascine. Elle chante tout le répertoire de la chanson française. Elle connait 200 millions de chansons par cœur. Elle travaille avec la nouvelle génération, a enregistré avec Jeanne Cherhal et Barbara Carlotti, a écrit des contes musicaux adaptés d’Andersen,  a écrit trois romans, a joué au théâtre… non, vraiment elle m’épate.

Anna, bientôt, on pourra voir un documentaire d’une heure trente sur vous qu’a réalisé votre mari. Quand vous le voyez, vous êtes nostalgique ?

Anna Karina : Pas du tout. Je n’ai aucune nostalgie du passé. Au contraire. Je suis folle de joie quand je revois tout ça.

Blow Up sur Arte : Pierrot le fou en 3 minutes.

Vous revoyez parfois des comédiens comme Belmondo, avec qui vous avez tourné ?

Anna Karina : Ca m’arrive, mais très rarement. A chaque fois que l’on se revoit, c’est comme si on nous nous étions vus la veille. On a l’impression de faire partie d’une même famille.

Laurent Balandras : C’est Jean-Claude Brialy que tu as revu souvent.

Anna Karina : On a fait 6 films ensemble. Nous étions très proches.

Le 14 février 2018, est sorti en DVD le premier film réalisé par Anna Karina, Vivre ensemble (1973), en version restaurée.

Il faudrait que vous écriviez une autobiographie.

Anna Karina : Je l’ai commencée, mais j’ai toujours peur de blesser des gens. Moi, je suis pour dire la vérité. Si j’écris, ce n’est pas pour être mièvre et mentir.

Vous avez eu une vie unique et folle. Vous l’avez vu passer.

Anna Karina : Oui, dans la joie et avec beaucoup de bonheur. La vie m’a donné beaucoup de chance. J’ai fait tant de choses qui m’ont amusée et passionnée, je sais que c’est rare. Je n’ai eu que des cadeaux, souvent tombés du ciel. J’ai eu aussi de grandes tristesses… mais je me cache quand je suis triste. Je n’emmerde pas les gens avec mes soucis. J’aime la vie, alors je me présente sous mon meilleur jour aux autres.

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De gauche à droite, Howe Gelb, Anna Karina, Mandor et Laurent Balandras, le 7 mars 2018.

Edit : le 11 avril 2018, près d'un mois après cette interview, j'ai appris qu'Anna Karina et Jean-Paul Belmondo s'affichent ensemble (Pierrot le fou) pour représenter le 71e festival international du film de Cannes. La classe.

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19 mars 2018

Seemone : interview d'une future grande artiste

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(Photo : Boby)

seemone,nighbird,interview,mandor(Photo à gauche : Phunillb)

Attention ! Talent hors norme à l’horizon ! Seemone n’a que 20 ans, personne ne l’a connait encore et pourtant elle va exploser d’un jour à l’autre. Il ne peut pas en être autrement.

Des nouvelles venues sur la scène musicale pop française, il y en a pléthore. Mais peu ont retenu mon attention aussi radicalement. Une gravité dans  le visage, un timbre très mature, tout aussi surprenant qu’envoûtant. Il émane de ses titres et reprises une grande fraîcheur et une intensité rare.

Le 9 mars dernier, nous nous sommes retrouvés aux Bains Douches pour une première mandorisation. Et  pour être plus précis, il s’agissait de la première interview de sa vie. (Merci à Julien Piraud de l’agence Multimédiaxe pour ce cadeau.)

Biographie officielle : 

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(Photo : Boby)

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(Photo : Boby)

seemone,nighbird,interview,mandorInterview :

Vous ne débarquez pas comme ça par hasard. Cela fait trois ans que vous travaillez les chansons que nous sommes en train de découvrir. Mais quel est votre parcours avant votre rencontre avec le ténor Fabrice Mantegna.

Il est particulier. A la base, je n’avais pas envie de faire de la musique, mais du cinéma en tant que comédienne. Mais depuis toute petite, j’ai une malformation vocale qui m’a donné une voix un peu bizarre. Au Cours Florent, avec cette voix complètement cassée, c’était difficile de la porter. Parfois, elle n’était pas audible… c’était compliqué. On m’a donc conseillé de prendre des cours de chant pour l’utiliser au mieux. J’ai pris des cours avec une première prof avec laquelle ça n’avait pas du tout collé. Elle m’avait même traumatisé. Elle me disait carrément que je n’avais pas une voix pour chanter et que je n’étais absolument pas faite pour ça.

Heureusement, une de vos copines avait comme prof de chant, Fabrice Mantegna (photo à droite). seemone,nighbird,interview,mandor

Oui et je trouvais qu’en deux mois, elle faisait des progrès fulgurants, j’ai donc souhaité le rencontrer. Au bout d’un mois de cours il m’a dit qu’il ne comprenait pas pourquoi je voulais faire du cinéma. Il a trouvé que j’étais faite pour la musique et que ma voix était super jolie. C’était tout ce que j’avais envie d’entendre. Je me suis vite aperçue que j’avais l’oreille musicale. Il faut dire que depuis toute petite je chantais en secret dans ma chambre. Je suis donc tombée dans la musique un peu par hasard, mais un joli hasard.

Et vous avez immédiatement pris goût au chant ?

Ce dont j’étais certaine c’était que j’avais une âme d’artiste. Je ne savais pas trop où aller parce que j’étais très jeune. Ce sont des questions que l’on ne se pose pas forcément quand on est au lycée. Je savais juste que je ne voulais pas faire quelque chose de normal. J’avais besoin de créer. A travers la musique, j’ai trouvé ma voie et ma voix. J’ai fait de ma différence une force. 

Le dernier clip de Seemone, "Que reste-t-il de nous?" 

Votre voix, quand vous me parlez, ne me paraît pas si grave et cassé que cela.

Mais quand j’étais petite fille, ça choquait les gens. Je rentrais chez moi et je disais en pleurant à ma mère « mais pourquoi tu m’as faite avec une voix comme ça ? »

Mais aujourd’hui, franchement, ce n’est pas choquant.

J’ai subi une opération l’année dernière et ça a nettement atténué le problème. J’ai été opérée par un super chirurgien et je suis hyper heureuse parce que ma voix est méconnaissable. C’est fou ! Je me suis endormie, puis je me suis réveillée et j’avais une voix claire. Je ne sais pas comment il a fait. J’ai passé deux semaines sans parler pour cicatriser tout ça. Pour moi, ce chirurgien est un Dieu. Je me suis dit qu’il avait sauvé ma vie.

Après la rencontre avec Fabrice Mantegna, vous décidez de faire des covers sur YouTube.

C’est venu au bout d’un moment. Au début, il me donnait des cours particuliers chez moi et me faisait bosser plein de chansons d’autres artistes que je connaissais de nom mais vers lesquels je ne m’étais jamais penchée sur l’aspect vocal. Je n’avais pas envie de chanter pour « divertir », mais pour capter la même sensation qu’un chanteur peut ressentir au moment où il lâche des notes. Quand une note touche l’artiste, elle touche le public. C'est ça que j'ai voulu apprendre en priorité. On ne peut pas tricher là-dessus.

Cover de la chanson de Matthieu Chédid, "La bonne étoile".

Ne pas « divertir »… c’est rare d’entendre ce discours.

C’est effectivement un peu maladroit comme formule. Disons que je veux surtout faire passer des émotions à travers ma voix.

Vous avez mis longtemps à faire des covers…

Je n’avais pas du tout envie que l’on me filme. J’avais aussi un problème avec mon image. Je suis en train de le régler peu à peu.

Vos parents vous ont soutenu ?

Toujours, mais ils ont souhaité que je passe mon bac d’abord. Je l’ai eu avec la mention « bien ». Il fallait que je les rassure… et que je me rassure.

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Pendant l'interview...

Une fois le bac obtenu, Fabrice Mantegna  a composé une première chanson, « Nightbird », et un auteur, Mehdi Messouci a écrit les paroles. Pourquoi est-elle écrite en anglais ?

C’est mon choix. Il se trouve que j’ai toujours chanté des chansons en anglais et que je suis moins attirée par les chansons en français. Je n’ai pas du tout une culture chanson française. Plus jeune j’écoutais Nina Simone, Amy Winehouse ou encore Selah Sue…

Des chanteuses à voix.

Inconsciemment, j’étais attirée par ce genre de voix-là.

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(Photo : Boby)

Quand on vous a proposé de chanter en français, comment avez-vous réagit ?

Je me suis demandé si j’étais capable de le faire, si ma voix allait bien sonner avec la langue française… en fait, il se trouve que j’ai adoré. Aujourd’hui, je considère que je suis aussi à l’aise dans les deux langues. Mes parents m’ont toujours initié à l’anglais.

Quand on chante en français, il faut que les textes soient bien écrits.

Je suis exigeante au niveau de la qualité d’écriture. Comme je ne suis pas connue, pour l’instant il n’y a pas beaucoup de gens qui veulent écrire pour moi. Mais j’espère que cela va vite changer.

Pour l’instant, tu as deux chansons originales et deux reprises écoutables et visibles sur Youtube et sur quelques plateformes musicales. Il y a d’autres chansons pas encore livrées au public ?

Quatre autres sont enregistrées. Un EP devrait en découler aux alentours d’avril-mai. J’ai envie que ça marche et que je puisse en faire mon métier… Mais même si ça ne plait pas au public et que je ne peux pas vraiment gagner ma vie avec cet art, je veux quand même continuer à faire de la musique. La musique est arrivée dans ma vie au bon moment. Elle m’a fait me découvrir complètement.

Le clip de "Nightbird".

Le clip de « Nightbird » rend hommage à la danseuse et chorégraphe Pina Bausch.

Les danseurs font partie de la compagnie de Pina Bausch. J’ai eu la chance de rencontrer ces gens par Fabrice qui avait travaillé avec eux à Berlin sur des opéras. « Nightbird » allait complètement avec l’esprit de ces danseurs. Visuellement, ça colle parfaitement avec ce qu’il se passe vocalement. J’ai conscience d’avoir de la chance d’arriver tout juste dans ce milieu et de rencontrer déjà des artistes qui ont un talent immense. J’ai été très honorée d’être entourée de gens aussi magnifiques humainement que physiquement. Nous étions sur la même longueur d’ondes. Une parfaite osmose.

C’est quoi l’esprit du projet Seemone ?

Je souhaite mettre en avant le reflet de ma personnalité, mais plus en profondeur que ce que je veux bien voir. En tant qu’artiste, je veux montrer la partie cachée de l’iceberg. Dans la vie, je suis plutôt une fille solaire et joyeuse, je rigole tout le temps, quand il s’agit de musique, je vais chercher des choses encore plus loin en moi. Le projet Seemone est plus mélancolique que ce que je suis dans la réalité. Pour moi, c’est un combat la musique. C’est aller au-delà de ce que je suis.

Cover de la chanson de Matt Simons, "Catch & Release".

Vous écrivez vous-même ?

Pas sur les chansons qui seront sur l’EP, mais je commence à essayer. C’est un autre pas à faire. J’y vais mollo, mais à terme, je veux y parvenir. Je prends mon temps pour parvenir un jour à écrire des choses qui me touchent et qui touchent le public. Il y a tellement d’auteurs talentueux que je ne me sens pas encore à la hauteur.

Qui par exemple ?

Dans la génération actuelle, Ben Mazué écrit des textes qui me bouleversent. J’ai adoré les chansons du premier album de Renan Luce. Grand Corps Malade me donne des frissons. En France, nous avons vraiment le goût du mot.

seemone,nighbird,interview,mandorPar rapport à un artiste déjà existant, quelle serait pour vous la carrière idéale ?

Sans hésitation, celle d’Adele. Quand j’ai commencé à chanter je me disais que je voulais être comme elle. Elle est vraiment mon modèle. C’est une femme extrêmement forte, elle est belle, elle a réussi à s’imposer juste grâce à sa voix. Elle n’a eu besoin d’aucun artifice. Et vocalement parlant, elle est incroyable. A chaque fois que je l’entends, je pleure.

Vous êtes allée la voir à Bercy ?

Oui. En plein concert, il y a eu un ennui technique. Le micro s’est éteint, mais elle a continué toute la chanson. Le micro a repris à quatre mesures de la fin et elle était encore en train de chanter… elle était pile sur la note. Elle a donné des frissons à toute la salle. Je suis hyper émue de parler de ça. Si un jour, j’arrive à avoir une carrière comme ça tout en restant moi-même, ce serait le rêve absolu.

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Seemone (par Mandor).

Comment vivez-vous cette période particulière de début de carrière ? Personne ne vous connait, mais tout le monde va vous découvrir…

Je le vis très bien. Je suis super excitée, mais, je ne suis pas pressée. Je préfère prendre mon temps et sortir quelque chose de juste. Je n’ai qu’une envie, c’est de voir comment ça va se passer, de savoir si le projet va grandir ou pas et si je pourrai aller là où je veux. Cette période est magique.

Rencontrer des journalistes, c’est compliqué ?

Vous êtes le premier, alors, pour le moment, ça va (rires). J’ai la chance d’être assez à l’aise avec ma personne parce que je me suis enfin trouvée. Il y a un an, ça aurait été plus compliqué de parler de moi et de mon projet. J’ai l’impression que j’ai mûrie à travers la musique.

Que pensent vos parents de ce qu’il vous arrive ?

Ils sont très fiers de moi et m’aident beaucoup. Ils ont été très compréhensifs quant à mes besoins d’envol. J’ai les meilleurs parents du monde (émue).

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(Photo : Boby)

Seemone, quelle étrange pseudo...seemone,nighbird,interview,mandor

Je savais que c’était ce qu’il fallait que je choisisse. Simone était mon surnom au lycée. Tout le monde s’appelait par son nom de famille. Simone, c’est un remix de mon nom de famille. Quand j’ai choisi mon pseudo, j’ai un peu modifié, j’ai mis « see » comme « voir » en anglais. J’ai senti qu’il fallait que je fasse cela, mais je ne peux pas vous expliquer pourquoi. C’était instinctif. Et puis le fait que j’écrive Seemone moi-même, c’était super important. C’est une signature, comme j’ai une signature vocale.

Je peux vous dire quelque chose ?

Oui, bien sûr.

Une fois que vous serez repérée par un large public, ce qui va arriver, il faudrait que vous deveniez mystérieuse et rare.

Une fois que je serais un peu connue, donc pas maintenant (rires). Mais effectivement, si les choses tournent bien, ça pourra être pas mal de ne pas trop s’imposer au public.

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Après l'interview, le 9 mars 2018 aux Bains Douches. 

(Photo : Julien Piraud)

13 mars 2018

Les Fouteurs de Joie, Laurent Madiot et Tom Poisson : interview pour Des étoiles et des idiots.

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(Photo : Sylvain Gripoix)

C’est Télérama qui le dit : « Pour leur troisième création, les cinq compères font fort. Tendre, énergique, humaniste – en se gardant bien de tomber dans l'écueil de la leçon – et doté d'une belle dose d'humour, leur nouveau spectacle ravit autant par sa poésie que ses moments de fanfare, savamment dosés…. » Il est vrai que chaque show des Fouteurs de joie est un véritable moment de bonheur. Profond, drôle, poétique, souvent absurde, ils nous en font voir de toutes les couleurs émotionnelles.

Ils sont de retour avec un nouvel album et un nouveau spectacle, Des étoiles et des idiots.  Comme ils seront aussi au Café de la Danse le 22 mars prochain, l’occasion était belle de recevoir deux éminents Fouteurs de joie. Deux déjà mandorisés, Laurent Madiot (ici) et Tom Poisson ().

Le 22 février dernier, ils sont venus  à domicile pour évoquer le groupe et leur actualité.

les fouteurs de joie, laurent madiot, tom poisson, interview, des étoiles et des idiots, mandorBiographie officiel :

L’humanité des Fouteurs de Joie dépasse le strict cadre de leurs chansons. Ce qu’ils trimballent avec eux, c’est avant tout 20 ans d’amitié et de connivence. C’est au théâtre d’abord que tout commence, au sein d’une compagnie itinérante qui organise des tournées à chevaux et charrettes : Les représentations à ciel ouvert, la marche à pied, les chevaux, les parades dans les villages, les nuits à la belle étoile… Ces premières années d’existence sans grands enjeux professionnels sont le terreau artistique et humain du groupe.

En dix ans, on a pu croiser Les Fouteurs de Joie sur quantité de festivals. À Paris, ils se sont produits au Lavoir Moderne, au Bataclan, à la Boule Noire, au théâtre Mouffetard, au Théâtre 13, au Cabaret Sauvage, au Grand Point Virgule. En province, sur les scènes nationales de Blois, Douai, Calais, Aubusson, Alès, dans les théâtres de Cahors, Compiègne, Montélimar, Nantes, à la comédie de Picardie… et dans des centaines de centres culturels et de théâtres municipaux.

Les concerts du groupe sont donnés en quasi-acoustique. Seul le son du plateau est renforcé. Pas de câble, pas d’ampli, trois micros disposés discrètement sur scène. Cette option crée une intimité très forte avec le public. Ce choix est aussi d’ordre esthétique puisque la scène est complètement « dépouillée » du matériel de sonorisation classique. Cinq interprètes et une douzaine d’instruments voyagent librement durant une heure et vingt minutes.

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(Photo : Sylvain Gripoix)

Le disque et le spectacle (argumentaire officiel): les fouteurs de joie, laurent madiot, tom poisson, interview, des étoiles et des idiots, mandor

Les Fouteurs de joie sont « joyeux » de vous présenter leur nouvel album en même temps que leur nouveau spectacle : Des Etoiles et des Idiots car les deux sont indissociables.

Des étoiles – comme un guide, un cap. C’est à la fois la hauteur et l’inspiration. Filante, la route est tracée, celle de l’amitié et de la poésie.

Des idiots – comme Nicolas Ducron, Laurent Madiot, Alexandre Léauthaud, Christophe Dorémus et Tom Poisson, qui gesticulent frénétiquement sous une boule à facettes, chantent en allemand et pratiquent le karaoké au restaurant chinois. Les idiots, c’est eux, c’est nous. Idiots que NOUS sommes de nous laisser bercer par le monde de la finance, de manger du poulet industriel, d’assister impuissant au réchauffement climatique. Idiots encore de mettre en terre des graines stériles dès l’année suivante.

Oui, les « Fouteurs » sont définitivement (imbéciles)-heureux d’être réunis tous les cinq. Après plus de 800 concerts, heureux de se retrouver pour être idiots ensemble. En route pour les étoiles ! Il sera toujours temps de retomber idiots !

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(Un discret placement de produit s'est glissé dans cette photo.)

les fouteurs de joie,laurent madiot,tom poisson,interview,des étoiles et des idiots,mandorInterview :

C’est quoi les Fouteurs de joie ?

Laurent Madiot : C’est avant tout un projet de scène. C’est plus qu’un concert, c’est un spectacle avec de la mise en scène, des fils rouges, une esthétique visuelle qui est à l’opposé des concerts habituels. Même au niveau du son. Il n’y a pas de micro standard, pas de retour.

Vous avez toujours sorti vos albums bien après avoir rodé vos chansons ?

Tom Poisson : Non,  justement… et on l’a regretté amèrement sur le précédent disque. On avait l’impression d’avoir chanté les chansons de l’album La belle vie comme des petits puceaux. On ne les avait pas fait parvenir au public, on ne les avait donc pas vraiment en bouche. Une centaine de dates plus tard, on s’est rendu compte que les chansons n’étaient plus les mêmes. Les tempos et la façon de les porter avaient évolué. Là, comme on fonctionne comme une compagnie de théâtre et pas comme un groupe de chanteurs, nous nous sommes payé le luxe d’enregistrer l’album après une cinquantaine de dates.

Laurent Madiot : Ce qui permet une interprétation des chants et de la musique plus juste. On a soigné le groove. En plus, les chansons sont dans l’ordre du spectacle et c’est quasiment la même orchestration.

Teaser du spectacle "Des étoiles et des idiots".

Vous l’avez enregistré dans des conditions idéales.

Tom Poisson : On a eu la chance que monsieur Francis Cabrel nous ouvrent les portes de son studio. C’était dans une ancienne grange avec un studio grand luxe, mais aussi une grande cuisine. Comme on aime la vie, on aime manger, boire du bon vin. Quand Laurent finissait sa prise de guitare, moi, j’étais déjà en train de couper les oignons. Les Fouteurs de joie, c’est aussi ça. C’est important de partager l’amour des belles et des bonnes choses.

Laurent Madiot : D’ailleurs, ça s’entend dans le disque quand tu coupes les oignons. On entend le tchac thac tchac.

Question idiote dont je connais la réponse : il est sympa Cabrel ?

Tom Poisson : C’est un seigneur. L’idée de ce que l’on se fait de Francis Cabrel, élégant, gentil, discret, c’est exactement conforme à la réalité. Il est touchant. On a passé une soirée avec lui et on a bien rigolé. J’ai fait un Tigre qui pleure (un plat traditionnel de la cuisine asiatique, notamment thaïe, à base de viande de bœuf marinée et pimentée) pour Francis Cabrel, je peux mourir tranquille (rires).

Clip de "Les wagons qui passent".

Quand vous êtes sur scène, il y a aussi l’énergie que vous offre le public… retrouvez-vous la même niaque en studio?

Laurent Madiot : Nous sommes cinq et on a joué tellement de fois ces titres que c’est quasiment la même chose.

Ce que j’aime chez vous, c’est que c’est joyeux, profond et sociétal. Est-ce qu’un bon spectacle est une question de dosage ?

Tom Poisson : Au début, on ne s’interdit rien. On emmène nos chansons et on revoit nos copies au fur et à mesure des dates. On fait au mieux pour trouver la parfaite énergie du spectacle.

Clip de "La supplique des patrons".

En combien de temps vous créez  un spectacle ?

Laurent Madiot : Un an, un an et demi, entre le moment où on se rencontre chez les uns et chez les autres autour d’une table pour en parler, que l’on sort nos chansons respectives pour les faire écouter et les différentes résidences où l’on répète pendant 4 semaines. On fait en sorte que chaque chanson ait une petite scénette. Certaines chansons sont plus élaborées. Il y a des masques, des accessoires…

Vous avez un œil extérieur qui vient voir ce que cela donne ?

Laurent Madiot : Oui, on fait appel à Christophe Gendreau, un des membres fondateurs des Wriggles. Il vient en milieu de résidence pendant trois jours. Il valide ou pas ce que l’on propose, il modifie certaines choses, bref, on a besoin de lui pour nous conseiller. Et ses conseils sont souvent très justes.

Tom Poisson : Il est très pertinent, très intelligent et c’est ce dont nous avons besoin. Il n’est pas du genre à vouloir laisser son empreinte au spectacle, mais au contraire, il respecte la personnalité de l’artiste, mais essaie de la sublimer. Christophe n’a pas de recettes toutes faites, mais il nous aide à trancher.

Clip de "Da da da".

Vous tenez tous à avoir vos carrières personnelles.

Tom Poisson : Oui, on pourrait jouer encore plus avec les Fouteurs de joie, mais on s’impose des temps d’arrêt pour nous recentrer sur nos projets respectifs. C’est salvateur et impératif de varier les plaisirs.

Vos spectacles remportent un franc succès. Je crois savoir qu’à Avignon, c’est déclencheur de plein de dates ?

Tom Poisson : On produit à Avignon. Ça nous coute un bras, mais effectivement, les répercussions sont immédiates. On a signé plus de 70 dates pour cette année. Une quarantaine est en option pour l’année prochaine. Sans fausse modestie, en général, notre spectacle séduit les gens. Il est populaire dans le bon sens du terme. Il plait aux jeunes, aux vieux, aux bobos, aux vignerons quand on joue dans le Languedoc… chacun à son degré de lecture et chacun y trouve son compte.

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Il n’y a pas beaucoup de groupes qui tournent autant, même parmi les artistes très médiatisés.

Tom Poisson : Quand je repense à tout ça, je me dis que l’on peut être fier de nous parce que nous avons passé plein d’épreuves. Des épreuves humaines compliquées, des épreuves artistiques, des enjeux qui évoluent au fil du temps. Grace à cela, nous sommes devenus solides.

Laurent Madiot : Partout où nous jouons, c’est plein. Sauf à Paris. On n’a pas développé de public ici et surtout, on n’a pas beaucoup de médias qui nous suivent, hors ceux spécialisés dans la chanson française. On a Diane Shenouda qui nous suit sur Europe 1 et on a fait une émission à RTL. Mais c’est tout dans les gros médias ;

Tom Poisson : Mais le Café de la danse, ce sera plein à craquer, je l’espère.

(Note de Mandor : Le café de la Danse est effectivement complet depuis quelques jours).

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(Photo : Marylène Eytier/Au bon déclic)

Il doit y avoir une émulation quand vous êtes ensemble.

Tom Poisson : On se pousse mutuellement à être le meilleur de nous-mêmes. On essaie de se dire les choses avec diplomatie. Quand il y a des petits trucs qui se dérèglent dans la machine, on tente de les réparer, du coup le spectacle reste au niveau où il doit être. C’est sur le fil parce qu’on attendrit les gens, on les fait rire, mais si on est du mauvais côté, ça peut vite faire blague de tonton. Il faut toujours être sincère parce que le dosage est fragile. Le cap, c’est vraiment la sincérité.

Laurent Madiot : Quand tu enchaines les dates, c’est facile d’être cabot, d’être putassier, de tirer la couverture… Alors, il faut faire attention à tout ça. Travailler ensemble est très enrichissant, mais il faut respecter les autres.

Qui est celui qu’il faut le plus « maitriser » ?

Laurent Madiot : J’avoue, je pense que c’est moi.

Tom Poisson : On a tous les défauts de nos qualités. Laurent, sa qualité c’est sa folie. Parfois, il tente des choses qui ne sont pas prévues et c’est génial, parfois on lui suggère de freiner un peu (rires). Moi, c’est l’inverse. Quand je suis sur des rails confortables, ça ne me gêne pas de refaire 70 fois la même chose, donc c’est bien que les autres m’incitent à être un peu plus foufou.

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les fouteurs de joie,laurent madiot,tom poisson,interview,des étoiles et des idiots,mandorVous avez chacun un rôle différent dans la troupe.

Laurent Madiot : Rôle, ce n’est pas le terme, mais il y a des personnalités qui se dégagent bien. On a 5 univers qui se chevauchent.

Tom Poisson : Tu mets le doigt sur quelque chose d’important François. On est 5 sur scène, il faut que l’on soit 5 heureux en même temps, que les 5 soient rassasiés, nourris. On y parvient et c’est super parce que chacun à son moment de gloire.

Vous avez le souci de surprendre les autres ?

Tom Poisson : Oui. Personnellement, j’aimerais que nous soyons encore comme de jeunes amoureux, mais nous sommes un vieux couple. On sait parfaitement ce que peut faire l’autre, alors parvenir à surprendre la troupe est toujours jubilatoire.

Laurent Madiot : Là, je pense déjà au prochain spectacle et je me demande bien ce que l’on va pouvoir faire/raconter. Il va falloir que l’on se surprenne tous. Il faudra oser aller dans des territoires inconnus de nous en restant nous-même.

Vous donnez beaucoup sur scène. Vous allez loin dans l’absurde et j’adore ça.

Tom Poisson : Le but de notre spectacle, c’est qu’au bout d’un quart d’heure, on puisse tout se permettre, surtout si c’est absurde.

Laurent Madiot : Mais n’oublions pas quelque chose d’important : ce qui nous motive le plus, c’est le goût de l’écriture de chansons. Nos chansons ne sont pas un prétexte à faire des sketchs ou des gags. Nous sommes avant tout des amoureux de la chanson, de la langue et de la mélodie. Après, on en joue pour en faire un spectacle.

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Après l'interview, le 22 février 2018.

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11 mars 2018

Caryl Férey : interview pour Plus jamais seul

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C©Francesca Mantovani-Gallimard

IMG_0100.JPGCaryl Férey est né à Caen en 1967 mais a grandi en Bretagne. Grand voyageur, il a parcouru l'Europe à moto, collaborant même au fameux Guide du Routard. Il s'est aventuré en Nouvelle-Zélande avec sa « saga maorie » (Haka et Hutu), en Afrique du Sud avec Zulu (récompensé entre autres par le Grand Prix de littérature policière en 2008 et adapté au cinéma en 2013), puis en Argentine avec le sublime Mapuche et au Chili avec Condor (2016). Un détour en 2017 par la ville ultra-secrète et hyper polluée de Norilsk, en Sibérie, un carnet de voyage paru aux éditions Paulsen.

Tous les deux-trois ans je mandorise Caryl Férey. (Celle de 2012 ici et celle de 2014 là !) Cet auteur engagé me fascine (un écrivain punk aventurier, ça ne court pas les rues non plus) et ses livres me passionnent. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan, je suis allé chez lui pour évoquer son nouveau livre, Jamais seul. Après l’interview pour le magazine, je vous propose un bonus mandorien…

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Pour ceux qui n'ont pas de bonnes lunettes, voici l'introduction en plus lisible. 

Caryl Ferey s’est fait connaitre en 2008 avec Zulu, récompensé par de prestigieux prix littéraires et adapté au cinéma en 2013. Avec Mapuche et Condor, il a emmené ses héros partager les turpitudes du continent sud-américain. Entre deux voyages, Férey revient se ressourcer en Bretagne en compagnie de son héros tonitruant, Mc Cash. Dans le troisième roman de ses aventures,  l’ex-flic borgne à l’humour grinçant et consciencieusement autodestructeur fait l’apprentissage tardif de la paternité ,tout en enquêtant sur la disparition brutale en mer de son ami Marco.  

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C©Francesca Mantovani-Gallimard

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Bonus mandorien :

Les filières clandestines que vous évoquez, pourquoi on n’arrive pas à régler le problème ?

Je ne sais pas, mais en Allemagne Angela Merkel a eu le courage d’ouvrir ses frontières. J’ai des amis allemands qui donnent des cours à des réfugiés. Ils sont très solidaires. Les réfugiés, pour le reste de l’Europe, c’est la dernière roue du carrosse. Je comprends qu’on ne puisse pas accueillir toute la misère du monde, mais ce qui faisait la grandeur de la France, c’était justement l’accueil. Si on vivait ce que vivent certains de ces gens-là dans leur pays, on n’agirait pas comme des égoïstes. Beaucoup sont des gens comme nous. Le fait qu'aujourd'hui les réfugiés hésitent à venir en France, je considère que c’est une défaite de l’esprit de notre pays. Maintenant, je n’ai pas de solutions concrètes.

Revenons à Mac Cash, je n’arrive pas à savoir s’il est beau ou pas.

(Rires) Ca me plait bien ça. Mon pote dégage vraiment quelque chose. C’est un aimant à filles. Vous mettez un bandeau, ça change complètement une personnalité. On se demande ce qui lui ait arrivé. Ça rend mystérieux… les filles, ça les attirent.

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Caryl Férey et son pote Lionel Chauveau, le Mc Cash de ses livres.

Dans le livre, avec sa fille, il peut paraitre brutal.

Il se protège. Il ne s’attendait pas à devenir père du jour au lendemain. Ça lui fait peur. Mais on voit bien qu’il ne peut s’empêcher de l’aimer, c’est comme ça. C’est plus fort que lui, c’est sa fille. Il est rattrapé par les sentiments… et heureusement.

Il faut préciser qu’elle est issue d’une relation furtive. Un soir, sur un capot de voiture avec une fille qu’il connaissait à peine.

A la Bretonne, quoi! (Rires) Mc Cash est rattrapé par son bon fond, mais ça le désole. En fait, sa pulsion de vie est plus forte que sa pulsion de mort.

Parfois, il fait pitié.

Qu’on le prenne en pitié, c’est une insulte. « Pitié de moi ! Plutôt crever ! » En tout cas, on peut avoir de la compassion pour lui. La pitié, c’est trop chrétien, la compassion, c’est plus humain. Mc Cash à une vraie humanité. Une humanité rock’n’roll, c’est sûr.

lauteur-de-polars-sur-les-marches-de-cannes.jpgQue pense le vrai Mc Cash de se retrouver héros de vos livres ?

Ça le fait rire parce que, du coup, on l’appelle Mc Cash dans la rue. A Rennes, il est connu comme le loup blanc. Il me dit juste : « Bon, tu fais ce que tu veux, mais je te préviens, Mc Cash n’est pas pédé ! » Il n’est absolument pas homophobe, mais il est très macho. C’est son honneur qui est en jeu.

Il vous donne des idées pour vos livres.

Non, mais je l’emmène dans tous mes voyages et je le regarde. C’est tellement  n’importe quoi que cela en devient fascinant.

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Caryl Férey, chez lui.

Entre le fameux Marc, devenu Marco dans le livre, et celui qui est le vrai Mc Cash, vos amis sont spéciaux (rires).

J’aime les gens romanesques. Quand on a des amis comme ça, déjà, c’est drôle dans la vie. On se marre tout le temps. J’ai une bande à Rennes et quand il y en a un de nous qui meurt, c’est un choc, un traumatisme. Quand Marc est mort sur son bateau, ça m’a bouleversé. Ça me tenait à cœur de lui rendre hommage dans un roman.

Vous aimez diversifier vos livres ?

Oui, j’écris du théâtre, des livres « jeunesse », des récits de voyage, des polars sud-américains, africains, européens… tout me nourrit. Un auteur ne doit pas avoir forcément la même écriture selon ce qu’il écrit.

Je voudrais revenir sur le terme « cauchemar » que vous avez employé au début de l’interview. C’est un cauchemar quand vous écrivez vos pavés comme Zulu ou Mapuche ?

Vu la gueule des rêves que je fais en les écrivant, je ne vois pas quel autre terme utiliser. Je m’endors avec, je me réveille avec. Des livres comme ces deux-là ne fonctionnent que si l’on s’implique. Des livres sur l’Argentine, il y en a eu plein, mais si on n’est pas complètement avec les personnages et en empathie totale, ça ne marche pas. Je décris les horreurs de la dictature, les tortures, ce qu’ils ont fait aux disparus... Je n’aime pas le gore et la violence inutile, mais ce qui m’intéresse, c’est de donner la parole aux victimes. Pour donner la parole aux victimes, il faut être avec elles.

Envisager un livre sans fond social derrière ?

Non. Ça ne m’intéresse pas d’écrire s’il n’y a pas ça. Ecrire sans fond social ne sert à rien.

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Après l'interview, le 24 janvier 2018, avec/chez Caryl Férey.

10 mars 2018

Céline Lenfant : interview pour Etat : Dame

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(Photo : Xavier Excoffon)

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirDans ce premier album Etat : Dame (qui sort le 23 mars), Céline Lenfant nous promène au cœur de la féminité avec un joli portrait d’une trentenaire d’aujourd’hui. Des textes empreints de poésie sur de la musique acoustique avec de discrètes touches d’électro. De la variété pop que vous pourrez aussi découvrir dans le cadre de la soirée de lancement du disque au Réservoir le 19 mars prochain.

Le 13 février dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar de Trocadero, histoire d’évoquer son actualité chargé.

Biographie (par Céline Lenfant) :

Auteur-compositeur-interprète, je suis née à Toulouse et je vis en région parisienne depuis plusieurs années. J'ai commencé par chanter les chansons des autres sur les scènes françaises et à l'étranger, enregistré des chœurs pour des artistes comme Benjamin Biolay sur l’album Trash Yéyé.

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Au Réservoir, le 6 juin 2016.

Mais l'envie de partager mes mots, mes notes et mes émotions est devenue une évidence et aujourd’hui je me lance dans cette magnifique aventure de l’album solo !

Ce projet est né de l’envie. L'envie de raconter des histoires, des émotions, des sentiments, des situations et des rencontres. L’envie de créer des chansons à partir des mélodies qui me trottaient dans la tête et des paroles qui me venaient. L’envie de profiter du bonheur que procure cette créativité. L’envie d’enregistrer ma voix sur ces chansons. L’envie de collaborer avec d’autres artistes pour que ce projet soit beau, le plus abouti possible et qu’il devienne une fête pour tous ceux qui veulent y participer. L’envie de me sentir libre et de me sentir moi, sur un ton tour à tour intime, léger, piquant, sombre, mélancolique, sensuel...

Depuis trois ans, j’ai écrit et composé de nombreuses chansons au piano ou à la guitare, me nourrissant de mes rencontres d’écriture, comme à Astaffort, ou avec Claude Lemesle, et Ignatus… 

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Lors des 43e Rencontres d'Astaffort, le 23  septembre 2016, avec Francis Cabrel.

J’ai pu enregistrer des maquettes en autoproduction avec des réalisateurs de talent comme Manu Larrouy et Jean-Paul Gonnod.

A l'été 2015, j’ai décidé de me confronter au public. J’ai fait des concerts en solo et en groupe aux quatre coins de la France. L’accueil qui m’a été réservé m’a vraiment donné envie de poursuivre et d’enregistrer un album entier et de le partager sur scène.

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirL’album (par Céline Lenfant) : 

J’ai la chance d’être accompagnée par d’excellents musiciens, pour les concerts live et pour l’enregistrement studio : Damien Dabey, claviers, programmations, Jocelyn Dupuis, guitare, Laurent Ovieve, basse, Fred Chapperin, batterie. 

 Dans un style variété-pop française, mes chansons, pour la plupart, cherchent à peindre le portrait d’une trentenaire d’aujourd’hui qui racontent ses relations aux autres, au couple et à elle-même. Vous allez le voir, il y a de la légèreté dans mes chansons de câlins sous la couette et dans mes espoirs, de la relativité dans mes désillusions, de la sensibilité dans mes histoires d’un soir… 

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(Photo : Xavier Excoffon)

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirInterview :

Je crois que tu as été élevée dans une ambiance un peu artistique.

Mon grand-père était clown et acrobate, en plus d’être pompier. Du coup, mon père a fait des numéros de clown avec son papa. J’ai moi-même partagé un numéro avec lui quand j’avais 10 ans. Il faisait sauter une puce et moi j’étais sous la table avec le micro et je jouais le rôle de la puce. J’ai appris aussi très récemment que ma grand-mère paternelle chantait. L’artistique, on aime beaucoup dans la famille.

Tu n’es donc pas artiste par hasard.

On est tous construits de choses qui ne nous appartiennent pas et on ne sait pas pourquoi on fait les choses. J’ai découvert que ma grand-mère chantait après sa disparition. C’était un secret de famille dont j’ai fait une chanson qui n’existe pas sur disque, mais que je chanterai au Réservoir le 19 mars. Aujourd’hui, je sais pourquoi je suis devenu chanteuse.

Tu as commencé avec quel art ?

J’ai fait de la danse à l’âge de 5 ans, du théâtre à 9 ans. Dans le même temps, j’ai pris des cours de piano et j’ai trouvé que c’était l’enfer. C’était trop dur pour moi et j’ai arrêté au grand dam de ma prof de piano. En tout cas, cette base-là m’a permis de refaire du piano quelques années plus tard.

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(Photo : Xavier Excoffon)

Sur ton site, tu expliques que tu écris depuis toujours. céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoir

J’ai toujours écrit des poèmes. C’est la façon d’écrire la plus carrée et scolaire Il faut faire des rimes, il faut aussi que ce soit cadré par le nombre de pieds. J’étais très bonne en math et je trouve que c’est très mathématique d’écrire des poèmes. Il y a un côté logique. En classe, quand on faisait des rédactions, à chaque fois les profs me disaient qu’il y avait quelque chose d’intéressant dans ma façon d’écrire, même si ce que j’écrivais était un peu barré.

Ensuite, tu es passée à l’écriture de chansons ?

J’ai commencé à écrire les premières quand j’avais 15-16 ans. Il y a une différence entre écrire de la poésie et des textes de chansons. Les textes de chansons doivent sonner avec la mélodie, c’est donc beaucoup plus compliqué.

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(Photo : Xavier Excoffon)

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirCe qui implique que tu écris sur la musique, alors ?

Ce n’est pas si simple que cela. J’écris beaucoup en marchant, comme Claude Lemesle avec qui je travaille depuis trois ans en atelier d’écriture. Le rythme des pas fait venir des mots et des mélodies en même temps. Souvent, je sors mon dictaphone de ma poche et je chante. C’est très rare que j’écoute une mélodie pour coller des mots dessus. Mes débuts de textes viennent d’une petite flamme, d’une sensation, d’un sentiment, d’un mot… c’est comme un fil que tu attrapes et qui se déroule.

Que t’inculquent Claude Lemesles ou Ignatus, avec qui tu fais aussi des ateliers d’écriture.

Les deux n’ont pas la même façon de travailler et c’est ce que je trouve intéressant. Les ateliers ne se passent pas du tout de la même façon. Avec Ignatus, on travaille plus sur des choses personnelles. Il nous donne une musique et là, il faut construire en fonction des pieds, mettre des mots qui deviennent un texte, pour aboutir à une chanson. Claude Lemesle, lui, il te donne un thème avec comme contraintes des mots imposés. J’aime bien aussi cette façon de faire car cela permet d’aller vers des thèmes que tu n’aurais pas exploré de toi-même.

Extrait de la chanson "Innocent Teen".

Et aux Rencontres d’Astaffort, initié par Francis Cabrel?céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoir

Ce n’est pas vraiment un travail d’écriture, mais de collaboration. Pour ma session, j’ai eu la chance d’avoir comme maître de stage Jean Fauque. Quand ce géant de l’écriture te dit qu’il est satisfait d’un texte, tu es contente (rires).

Du coup, tu travailles comment ?

Plus à la Lemesle. Je pars d’un thème et d’une sensation. Dans l’album, il y a des chansons qui viennent des thèmes proposés par son atelier. Pour « A la fenêtre », le thème proposé était : Plus s’allonge les jours. Pour « Innocent Teen », le thème était : Chateaubriand. J’ai transposé un de ses poèmes à notre époque actuelle. Enfin pour « Dire que demain », le thème était : dire que demain je t’aimais. D’ailleurs, pour l’anecdote, quand à l’atelier j’ai fait écouter à Claude Lemesle le résultat de ma chanson, il m’a dit « C’est la première fois que je comprends le sens que je donne à un thème ». (Rires)

Tu as fait tes premiers concerts en 2015. Les choses sérieuses ont commencé à ce moment-là ?

J’ai fait une première maquette qui a été écoutée par des copains, comme le guitariste de Bénabar et le chanteur d’Astonvilla. Ils ont été très encourageants. Ils m’ont fortement conseillé de me lancer. Après j’ai fait un stage de structuration de projet aux Studios des Variétés. J’ai adoré. Ça m’a vraiment boosté et j’ai enfin pris ce projet à bras le corps. Ça m’a incité à partir sur les routes avec mon piano et ma sono chez les particuliers pour tester mes chansons.

Clip de "Un peu". 

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirComment en es-tu arrivée à faire les chœurs dans le disque de Benjamin Biolay, « Trash Yéyé » ?

En 2005, j’ai fait une école de musique actuelle, Atla. Il y avait un chef de chœur, mon prof de chant Guillaume Coignard, qui m’a dit qu’il avait besoin d’une mezzo pour faire les chœurs de Benjamin Biolay. J’ai évidemment accepté immédiatement. On a enregistré au studio Labomatic. On s’est retrouvé à quatre : un ténor, un barython, une mezzo et une soprane.

Tu as pris des cours de chant ?

J’ai commencé à chanter dans des orchestres de variétés. J’interprétais les chansons des autres pendant quatre heures non-stop. J’ai chopé des petits nodules que j’ai dû corriger par de la rééducation. On m’a donc obligé à prendre des cours de chant pour mieux placer ma voix et pour que mes cordes vocales soient plus solide.

Clip de "Toi, moi".

Dans ton album, il y a de très belles chansons. En revanche, je suis moins client de ton premier singlecéline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoir « Toi, moi » qui est très léger textuellement.

Ignatus me l’a dit aussi. Il sait comment j’écris et a été surpris de ce premier single. Sortir « Toi, moi » en premier était une stratégie que l’on a eue avec mon attaché de presse. Le truc c’est que je ne suis pas produite, je n’ai pas de label, le seul moyen qu’on avait de se faire remarquer par les médias, c’était de sortir un titre un peu « mainstream » et qu’il passe à la radio. Du coup, je me suis laissé convaincre de sortir cette chanson. Chanson que j’aime beaucoup quand même. Elle est fraiche et elle plait à un large public.

Au final, la stratégie a fonctionné ?

Les radios l’ont bien accueilli, elle a été diffusée sur France Bleue et une soixantaine de webradios. Quelques radios nous ont répondu qu'elles ne diffusaient pas d'artistes inconnus.

Clip de "Celles". 

céline lenfant,état dame,interview,mandor,le réservoirLà, tu sors ton troisième single, « Celles », une chanson poignante.

Je voulais contrebalancer avec le côté léger des deux premiers titres, « Toi, moi » et « Un peu ». On vient de sortir un clip réalisé par quelqu’un que j’adore, Dorothée Pierson. Elle m’a trouvé une quinzaine de bombes avec des gueules, des caractères, des personnages. La chanson est très forte, percutante.

Comment vis-tu les critiques ?

Je sais entendre les critiques quand elles sont constructives. Je sais que c’est un premier album, que j’ai autoproduit, que j’ai auto-réalisé avec des supers partenaires et collaborateurs que j’ai choisi. Il n’a peut-être pas le formatage de ce que l’on peut entendre à la radio, mais c’est l’album que je voulais faire à l’instant T. 

Peut-on dire qu’en écoutant cet album, on connait Céline Lenfant ?

Cet album est hyper personnel. Il y a 80% de mon histoire. C’est plus ou moins romancé, car je pars d’une idée de base et je brode autour.

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Pendant l'interview...

J’aime beaucoup « Son chemin ». Que fait-on sur Terre ? Pourquoi sommes-nous là ? Quelle est notre destinée ?

J’ai écrit cette chanson en janvier 2015. C’était un soir de neige. Je n’avais pas le moral. Je me suis regardé dans un miroir et je me suis demandé où j’en étais dans ma vie.

Ça fait du bien d’écrire ?

Ce n’est pas tant thérapeutique, c’est plutôt la jouissance et la magie de la création.

Tu as déjà écrit des nouvelles chansons.

Beaucoup. J’espère avoir la possibilité financière de pouvoir enregistrer un nouveau disque. Mon écriture a évolué. J’ai envie qu’un EP sorte à la rentrée prochaine. Chaque chose en son temps, je sais. Mon premier album n’est même pas encore sorti…

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Après l'interview, le 13 février 2018.

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08 mars 2018

Margaux Simone : interview pour l'EP Platine.

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Auteure, compositrice et interprète, Margaux Simone sort un nouvel EP aux sonorités pop/glamour, voire electro baptisé Platine sur lequel elle a travaillé durant plusieurs années. Révélée en 2010 par les internautes producteurs sur My Major Company, Margaux a pris le temps depuis de peaufiner son univers et d'expérimenter de nouvelles sonorités. Cette année elle est bien décidée à retrouver le chemin de la scène.

Le 21 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un café parisien pour une première mandorisation.

margaux simone, platine, philippe bruguière, margaux bruguière, platine, interview, mandorBiographie (par Arnaud de Vaubicourt) :

Avant même d'avoir écouté sa musique, la sonorité du nom de l'artiste évoque tant de choses : une reine déjà, des icônes musicales, cinématographiques ou littéraires ensuite. Un sentiment hors du temps. Margaux Simone vibre au présent mais résonne du passé. Son présent, parlons-en : un EP évanescent et sensuel, à la pop vaporeuse et visible à l'oreille nue, tant ses chansons sont empreintes d'effluves hollywoodiennes des années 30, de la littérature "lost generation" qui scandait que Paris était une fête.

Mais attention, Margaux Simone, 27 ans, est bel et bien ancrée dans notre époque. Pas de nostalgie ici, juste un écho d'un temps révolu mis au point à la lumière d'aujourd'hui. Après un premier album, Nana, concocté en 2010 grâce à la structure participative MyMajor Company, puis un EP, Rue des Archives (2014), Margaux Simone revient avec une pop climatique et envoutante. Son chant évoque tour à tour Lana Del Rey, Beth Gibbons ou Mina Tindle. Sa musique atmosphérique convoque autant la pop anglosaxonne que le hip hop américain, l'une de ses influences digérées avec une grâce folle. Si Margaux Bruguière, fille du producteur Philippe Bruguière, a opté pour Margaux Simone, c'est en raison de la force évocatrice de ce prénom. De Simone de Beauvoir à Nina Simone, en passant par Simone Weil ou Simone Signoret, la chanteuse originaire de Martigues et élevée le plus clair de son temps dans les studios de son père, a ainsi eu pour dessein de se créer un personnage rendant hommage à ses amours musicales et cinématographiques.

L’EP (par Arnaud de Vaubicourt) :margaux simone, platine, philippe bruguière, margaux bruguière, platine, interview, mandor

La force créative de ce nouvel EP a été instillée par une envie de se recentrer musicalement. De se réinventer. Un besoin de mettre en mouvement ses influences, son amour de la littérature (Margaux Simone est diplômée d'un Master de Littérature et Civilisation américaine) et ainsi de créer un univers mêlant ce qu'elle aurait pu être, ce qu'elle est et ce qu'elle sera... A l'écoute de ses titres, comme "Bikini Queen Icon", "Casino" ou "Mulholland", on imagine volontiers David Lynch et Ernest Hemingway assis dans un cabaret, sirotant un verre dont le contenu resterait un mystère... Margaux Simone inscrit sa pop faussement rétro et vraiment moderne dans un écrin émotionnel résolument intense, où elle évoque avec élégance ses amis, ses amours, et ses voyages intérieurs... Depuis ses débuts en 2010, Margaux Simone, sillonnant les routes de la création musicale, parvient aujourd'hui à projeter un halo de splendeur, entre douce noirceur et lumière vive. Avec ce nouvel EP, elle parvient à toucher l'essentiel. Un ébranlement s'opère dès la première écoute, et fait ainsi surgir Margaux Simone du lot. Comme une commotion musicale que l'on osait à peine espérer...

margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandorInterview :

Tu as passé toute ta jeunesse dans le studio de ton réalisateur de père. Il t’en reste quoi ?

Comme j’étais toujours entourée de musiciens, je trouve normal aujourd’hui d’être artiste. A l’adolescence, je sortais du lycée et j’allais dans le studio de papa. Je me mettais dans un coin, sagement, et je regardais, j’écoutais tout. J’apprenais en fait. Comme je faisais aussi de la musique, de l’alto, des harmonies de voix sans m’en rendre compte, petit à petit, je me suis retrouvée à enregistrer des chœurs pour tel ou tel artiste.

Tu as donc commencé par la musique classique.

Oui, mais je ne me retrouvais pas trop dans cet univers-là. On ne pouvait pas créer, on devait se contenter de reproduire. Je me suis vite rendu compte que je n’allais pas être douée pour faire ça. Moi, si je faisais du violon, c’était pour faire comme Louise Attaque. Je voulais apprendre à improviser. J’aurais pu faire du jazz, mais ça ne m’intéressait pas à l’époque. Du coup, je me suis mise à la guitare. Et là, révélation, j’ai eu envie de faire des chansons.

Tu racontais quoi à 11 ans ?margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandor

Dans un premier temps, j’écrivais des petits poèmes que je n’arrivais pas à mettre en chansons, mais que j’ai gardés. Sinon, j’écoutais des chansons en anglais et je les traduisais.

A 11 ans, tu parlais anglais ?

Non, j’essayais juste de comprendre de façon instinctive, avec les deux trois mots que je connaissais de l’école. En fait, mes textes ne voulaient rien dire parce que je devinais les choses et ce n’était pas la traduction exacte. Finalement, inconsciemment, je m’inventais des univers et des histoires. J’ai commencé comme ça.

Qui étaient tes premières idoles ?

Alanis Morissette et Sheryl Crow… des nanas à la guitare. Un jour, j’ai vu un disque de Balavoine dans la chambre de mon frère, Sauver l’amour. J’étais hypnotisée par ce disque. Je l’écoutais en boucle. Mes parents en avaient tellement marre de l’entendre qu’ils me l’ont confisqué (rires). La voix aigüe de Balavoine me transperçait. Quand il chantait « Petit homme mort au combat », je pleurais, mais je pleurais.

Daniel Balavoine : "Petit homme mort au combat".

Quand as-tu décidé de faire ce métier ?margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandor

A l’âge de 14 ans, je suis allée voir mon père et je lui ai dit que j’avais quatre chansons. Je lui ai demandé avec vigueur et force de conviction de les enregistrer. Il écoute, il trouve ça mignon, il me prend au sérieux, même s’il trouve ça encore un peu jeune. Quand il avait du temps, il m’enregistrait. Quand on a eu 10 chansons, nous les avons faites écouter à un ami de la famille, parisien, musicien, réalisateur lui aussi. Il trouve ça bien aussi. Il me dit qu’il a trois copains qui viennent de monter une maison de disque dont le principe de financement est participatif.

C’était le début de My Major Company.

Voilà. J’ai signé très vite dans cette maison. Mon premier album est sorti quand j’avais 20 ans. Bon, je ne suis pas très satisfaite de comment se sont déroulées les choses, ou plutôt, comment elles ne sont pas déroulées. Le développement d’artiste n’était pas leur point fort. Mais, je suis quelqu’un de positif. Chaque expérience que j’ai eue fait partie de mon cheminement. C’est grâce à ce cheminement que je suis ce que je suis aujourd’hui. Je ne regrette rien. 

margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandorCe premier disque, tu en penses quoi, quelques années après ?

C’est mon recueil d’adolescente. Ce sont mes premières chansons, alors, il y a une part de naïveté dans mes textes. Mais je ne le renie pas du tout. J’étais en plein cheminement en tant qu’être humain et en tant qu’artiste. Je suis encore fière d’une chanson comme « nana ».

Que s’est-il passé après My Major Company ?

Ça n’a pas été facile. Ila fallu que je me reconstruise un peu. J’habitais encore à Marseille, j’ai sorti l’EP, Rue des Archives. Il n’a pas eu beaucoup d’écho, car je n’avais pas de réseau pour le faire découvrir. Pour moi, ce disque était le disque transitoire entre le premier, Nana, et Platine. Une chanson comme « Downtown » annonçait ce que je voulais faire aujourd’hui. J’y évoque déjà l’Amérique. margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandor

Ton nouveau look de femme fatale, c’est aussi une volonté de  dire que tu n’es plus une petite fille, mais une femme parfaitement assumée ?

Le changement de musique que j’ai effectué m’a fait  ressentir le besoin de changer également de look. Devenir blonde platine, avoir les cheveux plus courts, m’a aidé à incarner mes nouvelles chansons. Je m’assume plus et je suis plus assurée. C’est comme un habit de guerre.

Dans la chanson « Platine », j’ai l’impression que tu dis : vous allez voir ce que vous allez voir.

C’est comme un ego trip dans le rap. Dans cette chanson, je suis comme une boxeuse. C’est une chanson un peu féministe. Je ne veux plus être conventionnelle. Je vais être dans le paysage musical avec mon identité forte.

margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandorLe clip de « Bikini Queen Icon » est signé du chanteur Joseph d’Anvers. 

Joseph à fait la Femis (École nationale supérieure des métiers de l'image et du son). C’est un artiste global, même si on ne le connait que comme auteur-compositeur-interprète. C’est un copain avec qui j’ai plein de points communs. On adore David Lynch, on a déjà bossé ensemble, alors au moment de faire le clip, je me suis dit que j’avais deux solutions. Soit j’allais voir les gens avec qui tout le monde bosse, des mecs qui font 20 clips par mois, soit j’allais essayer de chercher quelqu’un qui a toujours plein d’idées, mais à qui on ne donne pas trop la parole et qui a les mêmes goûts que toi. J’ai donc pensé à Joseph. Il m’a dit oui après un temps de réflexion.

Clip officiel de "Bikini Queen Icon", signé Joseph d'Anvers. 

Pour en revenir à l’EP Platine, c’est ton père qui l’a réalisé et enregistré. margaux simone,platine,philippe bruguière,margaux bruguière,interview,mandor

Je suis arrivée avec mes chansons en piano voix ou guitare voix. Parfois, j’avais aussi un peu avancé au niveau des arrangements. Avec mon père, nous avons maquetté dans son studio. Après, c’est Lionnel Buzac (photo à droite) qui a réalisé, fait les productions additionnels et mixé. C’est lui qui a apporté la couleur électronique et moderne de l’EP.

EP qui est hyper bien produit. Sur scène, ça va être coton d’être proche du son du disque, non ?

Ça fait une bonne année que je tourne avec ces chansons, je viens à peine de trouver la bonne formule. Elle est assez trip-hop. Là, je suis contente.

Clip de "Platine".

Tu viens de sortir cet EP. Evidemment, c’est pour sortir un album dans pas longtemps ?

Je suis encore dans les retombées de l’EP. Je ne peux pas te dire quand va sortir l’album. Ca dépend de l’entourage, des gens qui se greffent ou non dans le projet… j’espère t’annoncer de bonnes nouvelles bientôt (sourire).

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Après l'interview, le 21 février 2018.

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07 mars 2018

Dominique A : interview pour Toute Latitude

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(Photo : Vincent Delerm)

dominique a,toute latitude,interview,contact fnac,mandor,sébastien laudenbachChaque album  de Dominique A devient un événement pour les amateurs de chanson française. Avec Toute Latitude, enregistré en groupe, il fait la part belle au rock, à l'électrique et l’électronique. Le chanteur de l’introspection cesse de l’être, il entame même un virage social. A la fois album de transition, évolution et rappel du passé du chanteur. Il faudra attendre octobre pour découvrir la suite, «La fragilité».

Pour le journal Contact de la FNAC (daté du mois de mars 2018), j’ai interviewé une nouvelle fois Dominique A (déjà chez Mandor ici).

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4 titres de Toute Latitude en film animé : « Toute latitude », « Aujourd’hui n’existe plus », « Se décentrer » et « Cycle ».

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