Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27 janvier 2019

Andréel : interview pour L'étrangère

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandorJ’avoue, je n’avais jamais entendu parler d'Andréel jusqu’à cette matinée dominicale récente où je m’adonnais à une séance d’écoute. Tiens ! Ce disque, L'étrangère...  très intéressant! Quelques recherches googlesques plus tard, je découvre des clips et extraits musicaux qui m’ont emmené tout droit au Brésil. Pas de doute, Andréel s’inscrit dans la lignée des chanteurs français qui se sont inspirés de la musique populaire brésilienne comme Claude Nougaro, Georges Moustaki, Henri Salvador, Bernard Lavilliers et Pierre Barouh.

Le personnage m’intriguait tant que je lui ai donné rendez-vous dans un  bar de la capitale le 21 janvier dernier.

Biographie (d’après Wikimonde) :andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor

Andréel est le fils d'une mère artiste peintre et d'un père ingénieur. Il grandit à Paris où il apprend le piano à l'Ecole Normale de Musique. Il se consacre à l'écriture dès l'adolescence puis vient au théâtre et à la comédie musicale (il interprétera entre autres Le kabaret de la dernière chance de Pierre Barouh et Oscar Castro). Il se tourne vers la chanson en 1995 et chante au sein du groupe Les P'tits joueurs avec lequel il enregistre un album.

En 2001 Andréel débute une carrière solo. La découverte de la chanson populaire brésilienne marquera un tournant dans son parcours musical. S'il compose et écrit ses chansons, ses deux premiers albums sont arrangés par le jazzman Gilles Normand. Par la suite, Andréel écrira lui-même les orchestrations de ses albums.

En 2017, Andréel chante en duo avec Pauline Croze « Pour que tu existes » dans l'album Que du feu.

En janvier 2019 sort L'étrangère, album où il chante en duo avec Sibel Kekilli et Lolita Chammah.

Article de Valérie Lehoux dans Télérama au sujet du disque L’étrangère:

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que tes parents t’ont élevé à grosse dose de musique.

Tous les enfants de la famille ont appris le solfège et un instrument. J’ai fait des années de piano à l’Ecole Normale de Musique. Peut-être un peu trop d’ailleurs… mais pour aller vite, le classique est ce que j’ai le plus écouté dans ma jeunesse.

L’écriture a été très importante pour toi, au même titre que la musique.

A un moment, je me suis retrouvé en pension de garçons. Le soir, on avait énormément de temps à perdre. J’ai commencé à écrire de la poésie, puis quelques années après, j’ai écrit des nouvelles.

Et le théâtre est arrivé dans ta vie.

Je me suis inscrit au Conservatoire des Hauts-de-Seine. J’ai fait du théâtre et j’ai joué dans une comédie musicale, Le Kabaret de la dernière chance, écrite par Pierre Barouh sur des compositions d’Oscar Castro.

A l’époque, tu ne connaissais rien à la chanson Française.

C’est peu de le dire. J’ai découvert Brel par l’entremise d’un voisin qui m’a prêté une cassette VHS de son spectacle à l’Olympia. Ça a été un gros choc. Plus de le voir que de l’entendre d’ailleurs. Je me suis dit qu’il vivait pleinement son métier et que ça devait être sacrément bien. Du coup, ça m’a donné envie d’écrire des chansons. Cette caassette a été le déclic.

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor

Tu intègres un jour le groupe Les p’tits joueurs.

Là, on est en 1995. Avec eux, pendant 4 ans, on a écumé les bars de la France entière. C’était de la chanson un peu festive avec du texte. A la fin, j’en avais un peu marre. Il y avait des chansons un peu mélancoliques que je n’arrivais pas à placer.

Comment as-tu découvert la musique populaire brésilienne ? andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor

En 1999, une amie me fait découvrir cette musique-là à travers l’intégrale de Caetano Veloso. Je tombe sur le premier disque qu’il a fait en 1967 avec Gal Costa, Domingo. Là, j’ai compris que c’était cette musique que je voulais jouer. Après Brel à l’Olympia, ça a été mon deuxième choc musical.

Qu’aimes-tu dans ce genre musical ?

Il est riche. C’est la fusion de l’harmonie européenne et des rythmiques africaines. La bossa nova est très largement influencée par le jazz traditionnel. J’ai toujours aimé les musiques mélodiques et douces… au Brésil, ils sont parvenus à ne pas les rendre ringardes.

C’est amusant que cette musique te plaise à ce point, alors que tu as travaillé avec Pierre Barouh, qui est quand même celui qui a importé en France la MPB (musique populaire brésilienne).

Ce n’est pas le seul, mais c’est lui qui a passé des années à la mettre en lumière à ce point.

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandorTu as enregistré ton premier album en 2001.

Oui, la date je ne peux que la retenir parce que le 11 septembre 2001, j’étais en studio.  A l’époque, je ne composais pas les arrangements de mes chansons. C’est le jazzman Gilles Normand qui s’en occupait. L’album est sorti en 2003.

Tu mènes ta carrière depuis cette période, tu as sorti 6 disques, pourtant peu de monde te connait… 

C’est involontaire. Je ne peux pas t’expliquer pourquoi on n’entend pas plus parler de moi. Je ne fais peut-être pas la musique qui plait au plus grand nombre, alors je fais mon chemin en indépendant.

Que préfères-tu dans le métier de musicien ?

Composer, puis écrire des textes qui aboutissent à de nouvelles chansons. Je prends mon pied à les enregistrer.

Tu as mis du temps à concevoir et enregistrer l’album L’étrangère ?

C’est deux ans de vie. Un an pour l’écrire et un an pour l’enregistrer. Cela équivaut quasiment à une chanson par mois. 

"L'étrangère", Andréel et Sibel Kekilli.

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandorTon album parle notamment de l’injustice sociale… ça colle avec l’actualité. Parle-nous de la chanson « L’étrangère » que tu interprètes avec la comédienne Sibel Kekilli.

L’histoire est tirée du film du même nom dont le rôle principal est tenu par cette actrice. Ça parle d’une femme qui est née en Allemagne dans une famille traditionnelle Turque. Elle est victime d’un mariage arrangé avec un homme qui vit à Istanbul. Donc, elle va vivre là-bas, mais elle est battue par son mari. Elle s’enfuit avec son fils pour rentrer en Allemagne. Elle souhaite se réfugier dans sa famille, mais elle la rejette. Quand j’ai vu ce film, ça m’a beaucoup touché et inspiré, alors j’en ai fait une chanson un peu détournée. 

Tu as tout de suite voulu la chanter en duo avec la comédienne du film ?

Pas du tout. Ça ne m’est pas venu immédiatement. A partir du moment où j’ai pris cette décision, je me suis heurté à deux soucis. Elle ne parle pas français et elle ne chante pas. Mais nous avons franchi ces deux obstacles et ça a donné la chanson que tu connais.

Rappelons que Sibel Kekilli est turque.

L’histoire de L’étrangère n’est pas éloignée de ce qu’elle a pu vivre. C’est aussi ça qui m’a intéressé. Elle a fait un travail d’émancipation par rapport à la condition des femmes dans son pays.

« Un moment excellent » est un deuxième duo avec une actrice, Lolita Chammah, la fille d’Isabelleandréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor Huppert.

Je me restreins en fait. Je pourrais très bien faire des albums avec uniquement des duos. La vie, c’est rarement des monologues. A cette table, je préfère être avec toi que tout seul. Ce duo avec Lolita a créé un univers et je trouve que sa voix fait décoller la chanson.

Comment tu as rencontré Lolita Chammah ?

Je travaille sur un projet avec Isild Le Besco qui a commencé en même temps que l’enregistrement de mon album. Elle a écrit une quinzaine de textes que j’ai mis en musique. Toutes les chansons vont être chantées par des comédiennes, dont Lolita. C’est comme ça que je l’ai rencontrée. 

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor

Pendant l'interview… (mes questions sont parfois soporifiques, je l'admets.)

Je trouve qu’Isild Le Besco (mandorisée là) écrit très bien.

Oui, moi aussi. C’est intéressant de mettre en  musique les textes des autres. Il m’est arrivé de me demander pourquoi je n’écrirais pas comme elle. Elle est moins académique que moi. J’adorerais sortir des sentiers battus.

Tu as l’impression d’avoir des automatismes dans l’écriture ?

Oui. J’ai des habitudes qu’il faut que je parvienne à casser.

Tu écris facilement ?

Il me faut de l’inspiration et je n’en ai pas tous les jours. Je travaille un peu comme ma mère qui était peintre. Je fais un premier jet et j’y reviens. Chaque jour je modifie deux trois mots, par petites touches… comme un peintre revient sur sa toile. 

Clip de "J'en ai assez".

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandorJ’aime beaucoup ta chanson, « J’en ai assez ». Elle est très revendicative et ironique. C’est une chanson sur l’hypocrisie ambiante de la société.

Je crois que l’on peut considérer que l’on vit un peu dans une hypocrisie générale. Il y a des choses qui m’énervent, j’en ai glissé quelques-unes dans cette chanson.

« Tu as de l’amour » raconte l’histoire d’une femme qui est gentille comme tout, mais qui va être victime de sa gentillesse.

Je connais des hommes et des femmes qui ont vraiment de l’amour en eux, une générosité naturelle, de la bienveillance et rien de calculé. Et après, il y a la réalité de la vie. Les autres profitent de cette gentillesse…

Dans « Danse », tu appelles à la révolte.

 (Rires) Oui, mais en vrai, je suis un non violent. J’ai peur de la violence, mais je ne serais pas contre un bon entartage sur certains, et pas contre donner une bonne fessée à Carlos Ghosn…

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor

Après l'interview, le 21 janvier 2019.

26 janvier 2019

Collectif 13 : interview pour Chant Libre

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor

(Photo : Tidash)

Après un premier album en 2015 (10 000 exemplaires vendus) et une tournée de plus de 100 dates le COLLECTIF 13 revient avec Chant Libre. Rappelons que le groupe est composé de Guizmo (Tryo), Gari (Massilia Sound System), Mourad (La Rue Ketanou), Danielito (Tryo), Gerome, Erwann et Fred (Le Pied de la Pompe), Alee, DJ Ordoeuvre, Max (Le P'tit son) et Syrano, En 15 morceaux, ils passent notre modernité au crible, sans aucune concession, mais avec une sacrée bonne dose d’espoir et une bienveillance dont nous avons tous besoin.

Le 17 janvier dernier, j’ai été convié chez Sony pour mandoriser 4 des 11 membres de ce collectif (et non, ils ne sont pas 13) : Gerome Briard de Le Pied De La Pompe, Gari Grèu de Massilia Sound System, Guizmo de Tryo et Mourad Musset de La Rue Kétanou et Mon côté punk. Habituellement, les interviews avec plusieurs personnes, c’est plutôt la croix et la bannière parce qu’il y en a toujours un ou deux qui font les malins. Là, c’était gentillesse et respect. Je n’en étais pas vraiment étonné (ils ont cette réputation-là), mais ça fait du bien quand même…

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandorArgumentaire de presse officiel :

Sur les pas de son prédécesseur et tourné vers des sonorités reggae, rap, électro et rock, ce nouvel album de chansons inédites ne manquera pas d'écorcher, non sans humour et avec une certaine acidité, le président actuel des USA avec le titre “Trumperie”. LE COLLECTIF 13 posera également un regard acerbe sur la capitale des Emirats Arabes Unis, préférant l'authenticité au paradis artificiel et bétonné de “Dubaï”.

“Last Black Friday” épingle haut et fort la folie de notre société de consommation tandis que “Welcome” caricature avec une dérision toute particulière les rêves de célébrité de certains artistes en devenir, le graal ultime étant la diffusion sur les mass medias. “Réseau” pointant du doigt notre besoin insatiable d'être connectés, quitte à nous perdre nous-même… “Invisible” rend hommage à tous ceux qui, “en bas de la pyramide” survivent à un monde qui les oublie. “Il arrive”, ode au farniente, déroule, dans une ambiance très down-tempo cette envie de prendre le temps, un besoin irrépressible de se poser pour profiter, tout simplement.

Quant à “Collègues”, “Place au soleil”, “Mon frère”, “Tu vas t'y faire”, “Collectif et tondus”, “Rien à foutre”, “CQNP” et “Tout petit déjà” sont autant de titres qui véhiculent tout l'ADN du COLLECTIF 13. Un peu comme la colonne vertébrale de ce nouvel album, ces titres, en guise de fil rouge, renvoient à toutes les valeurs que défendent depuis des années, les joyeux membres du COLLECTIF 13 : L'amitié, la solidarité, le partage, la fête, l'humanité et… le bonheur insolent d'avoir réussi une fois de plus à se retrouver tous ensemble pour élaborer donc Chant Libre ce nouvel album généreux de 15 nouveaux titres.

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor

(Photo : Tidash)

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandorInterview :

Comment vous est venue l’idée de créer ce collectif ?

Guizmo : Tout ça, c’est à cause de Gerome. Il a commencé par nous emmener en tournée en 2011 avec Alee, Zeitoun de la Rue Ketanou et moi. On a fait une quarantaine de dates dans laquelle on a mélangé nos répertoires. Nous nous sommes tellement bien marrés a décidé d’aller plus loin. On a appelé d’autres potes pour nous accompagner. C’est vraiment Gerome qui a été l’organisateur de tout ça. Il a même produit le premier album.

Gerome : Le plus dur a été de synchroniser les plannings parce que tous nos groupes tournent beaucoup. Aujourd’hui, on a réussi à faire en sorte que ce projet-là fonctionne.

Vous êtes tellement nombreux que je me demande bien comment vous pouvez composer et écrire ensemble.

Gari : Il y en a un qui envoie un début de couplet, l’autre qui rebondit dessus. Ça peut donner un résultat improbable… on a frôlé le cadavre exquis par moment. On a fonctionné un peu comme si nous étions un groupe de rap. Chacun a écrit ce qu’il chante, comme ça, on se sent tous impliqué.

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor

(Photo : Maryline Simonet).

Pas besoin de vous présenter, vous le faites très bien dans les deux premières chansons, « Collègues »collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor et « Tu vas t’y faire ». Dans cette dernière, il y a beaucoup d’ironie sur vous-mêmes.

Mourad : C’est une chanson qui a été amené par Syrano. On a beaucoup aimé cette phrase : « c’est quoi ce collectif de chanteurs ringards ? » L’idée de mettre en avant cette chanson vient du fait que nous pratiquons beaucoup l’autodérision. On aime faire des chansons avec du fond, mais on aime aussi pratiquer le second degré.

Guizmo : Comme le dit Mourad, l’autodérision fait partie du concept de Collectif 13. L’idée, c’était de se marrer et de se chambrer les uns, les autres. Même si on chante des chansons sérieuses, en vrai, nous ne sommes ni des gens sérieux, ni des personnes parfaites. Nous sommes de grands enfants. D’ailleurs dans le clip de « Collègues », ce sont des enfants qui jouent nos rôles, ce n’est pas innocent.

Gerome : Il y a aussi quelque chose qui nous réunit, c’est que l’on continue à garder espoir en ce monde. Et on a un besoin viscéral de le dire.

Clip de "Collègues".

Vos chansons sont d’une redoutable efficacité mélodique et les textes sont compréhensibles immédiatement. C’est difficile de faire simple ?

Gerome : Une chanson qui dénonce l’esclavagisme au Pakistan, on arrive à en parler assez facilement, mais une chanson simple et généreuse, c’est assez dur  à  créer en effet.

Ça fait du bien d’écouter un disque comme le vôtre en ces temps très mouvementés. Ça nous extirpe de notre torpeur.

Gari : Tant mieux parce qu’on a envie de désarçonner les pisses-froids.

La chanson « Invisible » est une chanson importante en plein mouvement « Gilets jaunes ».

Guizmo : C’est un texte fort. Parfois, on aime bien poser notre tristesse, nos craintes, nos peurs et les exprimer vraiment. Dans cette chanson, on parle de tous ces gens que l’on n’entend pas. Certains sont devenus des « Gilets Jaunes », d’autres non. En tout cas, on a porté leur colère en musique.

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor

(Photo : Tidash)

Ce qu’il se passe aujourd’hui dans la rue, c’était prévisible ?

Mourad : Oui évidemment. Nous, tous autant que nous sommes devant toi, ça fait longtemps que l’on prend part à cette détresse, mais pas uniquement en faisant des concerts de soutien. On travaille et on s’investit beaucoup avec des associations. Ça fait longtemps qu’on assiste à ce ras-le-bol et qu’on essaye de coller quelques pansements sur le cœur et les âmes des gens. On remplace un peu le gouvernement ou les administrations concernées et ça, ce n’est pas normal. Ils lâchent l’affaire et refilent tout aux associations, mais elles ne s’en sortent plus parce qu’il n’y a plus d’argent. Comme on est en contact avec ces gens-là au quotidien, nos albums vont obligatoire refléter ce quotidien.

Gari : Il y a un ras le bol social général. Il faut du lien. La vie est chiante en occident si tu es un oublié. A Marseille, il y a 1000 migrants dans la rue et 10 000 appartements vides… et on n’arrive pas à régler le problème. Si à Ouagadougou tu expliques le concept des mecs qui fouillent dans les poubelles pour manger, ils hallucinent. Là-bas, il y a toujours une assiette pour ceux qui ont faim.

Guizmo : On peut très vite se retrouver dans la rue et je ne comprends pas qu’il y ait si peu la notion de partage en France. On est le 17 janvier, il y a déjà eu 17 morts dans la rue. Il est vraiment temps que cela s’arrête.

Mourad : Il y a des gens qui ont 6 voitures et autant de maisons. En plus, ils font leur fortune sur le dos de personnes qui vont mourir dans l’anonymat et la détresse.

Gari : J’ose espérer que les nouvelles générations consommeront de manières plus éthiques

C’est le thème de « Last black Friday ».

Mourad : Tu te rends compte qu’il y en a qui se battent pour des pots de Nutella en réduction. On devient la caricature des pires choses que l’on pouvait redouter de l’être humain.

Clip de "Réseau".

Vous évoquez aussi les réseaux sociaux, dans la chanson « Réseaux ».

Guizmo : De quelque chose de super, on en arrive à en faire quelque chose de dangereux. Internet est un outil de communication génial et on ne peut pas passer à côté. Il permet d’apprendre, mais avec les abus, il permet aussi de désapprendre et de se retrouver seul. Avec les réseaux, on arrive à mentir aux gens en masse. Ça donne l’arrivée au pouvoir d’un président brésilien et d’un président américain, tous les deux racistes, homophobes et nationalistes… Internet  c’est à  la fois magique, formidable et rapide, mais ça t’enferme et t’isole complètement. Et tu ne vois pas le danger arriver.

Puisque tu parles de Trump, vous lui avez dédié une chanson, « Trumperie ».

Guizmo : L’annonce de la victoire de Trump a été un vrai choc tant il nous fait peur. Je suis arrivé avec une chanson déjà bien écrite et on a tous pris plaisir à vider un peu notre sac. Quel gâchis de mettre des types comme ça au pouvoir d’un pays avec un tel potentiel humain et écologique ! Tryo chante depuis 20 ans l’inverse de ce que prône ce personnage.

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor

Pendant l'interview...

L’écologie est le thème le plus important pour toi, Guizmo.

Guizmo : Avec Tryo, on se bagarre depuis des années en accompagnant et soutenant des associations comme Greenpeace. Avec Obama, on se disait que les choses avançaient et soudain, l’autre arrive et fait reculer la Cop 21 de 20 pas. Là, on n’a plus le droit de perdre du temps.

Vous pensez que l’on va droit dans le mur ?

Guizmo : Je ne pense pas.

Mourad : On est dans une mutation de la société. Il y a des scientifiques qui continuent à chercher des méthodes alternatives d’énergie. Il faut que l’on continue dans cette direction-là.  

Clip  de "Une place au soleil".

Dans « Il arrive », vous dites aussi qu’il faut parfois oublier tous les soucis et se poser.

Mourad : Chaque personne se doit d’avoir des moments pour contempler l’oisiveté.

Guizmo : On ne prend plus le temps de se poser, seul, sous prétexte que l’ennui peut arriver. Il faut savoir s’ennuyer parfois pour se retrouver.

Gerome : Les pédiatres disent que pour les enfants, c’est important de s’ennuyer.

Mourad : Il y a eu des études sur la question. Le silence permet à ton cerveau de se régénérer et d’allumer les parties de lui qui ne fonctionnent pas quand tu es tout le temps au contact de la lumière, du son et du bruit.

Parlons de « Welcome ». Vous vous moquez des « artistes » qui souhaitent être connus du jour au lendemain.

Guizmo : On se moque, mais avec tendresse. Nous, artistes et musiciens, on ressent quand même au fond de nous une certaine jubilation quand on entend à la radio une chanson que l’on a créée. Nous avons conscience que c’est un combat de faire rentrer un titre en radio et d’être médiatiser. On peut aussi passer à côté de tout ça et se contenter de chanter ses chansons avec le public dans des festivals…

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor

Après l'interview, le 17 janvier 2019, chez Sony. 

De gauche à droite : Gerome Briard de Le Pied De La Pompe, Gari Grèu de Massilia Sound System, Guizmo de Tryo et Mourad Musset de La Rue Kétanou et Mon côté punk).

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor

23 janvier 2019

Julien Blanc-Gras : interview pour Comme à la guerre

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

(© Corentin Fohlen)

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorDepuis In Utero, on a bien compris que l’écrivain-voyageur Julien blanc-Gras n’allait plus se « contenter » (avec de gros guillemets) de nous trimballer aux quatre coins de la planète. Il sait parfaitement poser ses valises à Paris et en tirer des livres/romans/récits tout aussi jouissifs. Dans Comme à la guerre, il est question, de paternité et de transmission générationnelle dans un contexte de guerre et d’attentats. L’auteur est inquiet de la tournure que prend le monde, mais il élève son enfant à Paris en lui montrant le beau, ce qui donne un nouveau livre teinté d’humour, d’amour, d’émotion et de gravité (la patte Blanc-Gras quoi !)

J’apprécie tant cet auteur que je l’ai mandorisé maintes fois (la première en 2008,  la seconde en 2013… il y a un peu de lui aussi ici, la troisième en 2015 et la quatrième en 2017.)

Cette 5eme interview a été réalisée dans un bar de la rue des Petites-Ecuries, le 17 décembre dernier.

4e de couverture :julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

« Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien, pour lui, pour nous, pour ne pas encombrer le monde avec un pessimisme de plus. Quelques mois plus tard, des attentats ont endeuillé notre pays. J’en étais à la moitié de ma vie, je venais d’en créer une et la mort rôdait. L’Enfant articulait ses premières syllabes avec le mot guerre en fond sonore. Je n’allais pas laisser l’air du temps polluer mon bonheur. » Roman d’une vie qui commence, manuel pour parents dépassés, réflexion sur la transmission, cette chronique de la paternité dans le Paris inquiet et résilient des années 2015-2018 réussit le tour de force de nous faire rire sur fond de tragédie.

L’auteur (mini bio de sa maison d’édition, Stock):

Journaliste, romancier, globe-trotter, Julien Blanc-Gras est né en 1976 à Gap. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont Touriste et In utero.

Ce qu’ils disent de Comme à la guerre :

« Très juste, très touchant, Julien Blanc-Gras est en train de devenir un écrivain très important. » Frédéric Beigbeder

« Son livre est un impeccable antidote au désespoir et à la bêtise. » L’Obs

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor« Notre guerrier des temps modernes nous parle d'hier et d'aujourd'hui avec tendresse et un humour fou. » Marianne

« Hilarant, très juste, infiniment de tendresse. Julien Blanc-Gras est un vrai grand écrivain, découvrez-le. » Olivia de Lamberterie, Télématin

« Une plume frétillante et maîtrisée. » Causette

 « Un savoureux mélange d’humour et de gravité ! » Librairie au fil des pages

L’interview : julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

Est-ce que je peux dire qu’après In Utero, Comme à la guerre est ton deuxième livre « parisien » ?

Oui, cela veut dire que j’ai deux veines dans mes romans : ceux de voyages et ceux un peu plus « domestiques ». Il y a ma part aventurière et ma part de papa à la maison. J’aime bien écrire sur la partie banale de ma vie, car elle permet à beaucoup de s’identifier.

Et en même temps, dans tes livres d’écrivain-voyageur-reporter, tu vends du rêve… ce n’est pas négligeable.

Les gens se disent qu’ils ne pourront jamais faire ce que je raconte, donc ils le vivent par procuration.

Expliquons le titre de ce nouveau livre. Tu évoques cette atmosphère guerrière qui s’est déroulée à Paris lors des attentats et la Seconde Guerre Mondiale vécue par tes grands-pères.

J’ai commencé ce livre au moment des attentats. Parallèlement, je tenais, juste pour moi, le journal de l’évolution de mon fils. A un moment, je me suis dit que si je mélangeais tout ça, peut-être que je parviendrais à en faire de la matière littéraire. Un troisième élément s’est ajouté là-dessus. En l’an 2000, mon grand-père maternel, Marcel Gibert, m’a donné le journal intime qu’il avait tenu au début de la Seconde Guerre Mondiale.

Comme tu l’indiques dans ton livre, « c’était un récit factuel, minutieux, haletant et atroce ».

Oui. Je me suis dit que c’était le moment d’exploiter cette parole-là. J’ai mélangé ces trois fils narratifs pour construire Comme à la guerre. Du coup, sa structure est un peu plus complexe que ce que je fais habituellement.

C’était inespéré que tu aies en main ce carnet.

A l’âge de 24 ans, mon grand-père maternel m’a tendu un carnet en me disant : « ça n’est pas intéressant, mais si tu veux y jeter un coup d’œil… » Quand il est parti, j’ai lu un peu et je suis resté ébahi parce que je me suis rendu compte qu’il m’avait donné un journal intime qui commençait le 1er septembre 1940. C’était bouleversant à titre personnel parce que l’histoire racontée était très forte. Il m’a donné son journal à 24 ans et c’est l’âge qu’il avait quand a débuté cette guerre. J’ai relativisé immédiatement ma vie d’étudiant. Pendant que je faisais ma petite vie tranquille, lui se prenait des obus sur la tronche… J’ai fait un saut de maturité. Et puis, c’était la julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandordernière fois que j’ai vu mon grand-père. J’ai eu le temps de lui écrire une longue lettre pour lui expliquer ce que j’avais ressenti à la lecture de son carnet. Il me l’a donné l’air de rien, mais il y avait clairement un geste de transmission assez fort. Un an après ça, j’ai écrit mon premier livre.

Tu es allé piocher aussi du côté de ton grand-père paternel, Raphaël Blanc-Gras.

Il avait lui aussi beaucoup de choses à raconter. Mes deux grands-pères ont apporté à ce livre une dimension romanesque. Cela m’a permis de développer une réflexion sur la transmission  familiale de la violence. Il y a eu presque deux millions de prisonniers de guerre, il y a donc beaucoup de gens qui peuvent trouver des accointances avec ce que racontent mes deux papis.

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

Deux pages du livret militaire de Raphaël Blanc-Gras. (Document familial).

Quelle a été la plus grosse difficulté pour écrire ce livre ?

La principale était d’articuler le récit contemporain et le récit du passé dans une certaine fluidité et cohérence. Pour intégrer les deux époques, ça a été beaucoup de travail.

Au final, le texte se lit très agréablement.

La première qualité d’un livre, il me semble, c’est qu’il ne tombe pas des mains. Je travaille donc beaucoup le rythme et le style pour qu’il soit limpide.

Tu abordes beaucoup de sujet. Il y a une réflexion du monde dans lequel on vit, la vie d’un père de famille, le terrorisme… mais rien n’est plombant. C’est grave en étant drôle. C’est la touche Blanc-Gras ?

Je pense que l’on peut parler de choses sérieuses sur un ton léger.

Tu as vécu les attentats parisiens de quelle manière ?

J’habite dans le 19e. J'ai entendu les rafales depuis mon balcon. Ca faisait tac tac tac tac tac.  Je le raconte dans le livre. Ma compagne m’a demandé s’il y avait un feu d’artifice de prévu ce soir-là. On a vite compris que ça ne faisait pas le même bruit qu’un feu d’artifice.

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorCe n’est pas la première fois que tu écris sur les attentats, je crois.

Après celui de Charlie Hebdo,  Le Livre de Poche a sorti un recueil de nouvelles intitulées Nous sommes Charlie. Comme 60 autres écrivains, j’ai écrit un texte de deux pages. J’ai aussi fait un petit texte pour Bibliobs (Nouvel obs). Ces deux textes-là sont une des matrices de Comme à la guerre.

Tu parles beaucoup de Paris.

Je voulais que ce livre soit aussi un portrait du quartier où j’habite. J’ai voulu traiter Paris comme je le fais dans mes récits de voyage.

C’est un livre positif ?

La première phrase du livre est : « Le jour de la naissance de mon fils, j’ai décidé d’aller bien... » On vit dans un monde de merde, essayons de ne pas sombrer avec l’ensemble des nouvelles dramatiques qui nous assaillent. Essayons de voir le verre à moitié plein, malgré l’atmosphère délétère. Il y a dans ce livre du volontarisme d’optimisme en rapport à la naissance d’un enfant. On n’a pas envie de se dire qu’on a fait un enfant qui va vivre dans un monde catastrophique.

Tu dis aussi dans ton livre que tu ne veux pas "encombrer le monde avec un pessimiste de plus". C’est joli dans un texte, mais y parviens-tu dans la réalité ?

Je fais tout ce qui est possible de faire pour ne pas contribuer au pessimisme ambiant et je suis heureux de constater que c’est ça que les gens retiennent de ce livre. Un journaliste du Nouvel Obs a écrit que mon bouquin était un antidote au désespoir. Rien ne peut me faire plus plaisir. Ce n’est quand même pas un manuel de développement pour savoir comment aller bien (rires).

Tu écris aussi : « Je n’allais pas laisser l’air du temps polluer mon bonheur. »

Je raconte juste ma façon d’appréhender les choses, ensuite, les lecteurs se servent, ou pas, de la posture que j’ai par rapport au monde.

Présentation du livre Comme à la guerre par l'auteur pour Hachette France.

Je trouve que tu as une écriture qui « adoucit » les évènements.

Ce n’est pas conscient, mais concernant ce livre, plusieurs fois les mots « douceur » et « tendresse » sont revenus. Je pense que c’est parce que je parle de mon enfant avec émerveillement, malgré son petit côté agaçant parfois (rires). J’ai décrit certaines situations qui en vrai peuvent être compliquées à vivre en les transformant en tranches de vies burlesques et en scènes cocasses… ce par la magie de l’autodérision.

Les nuits étaient courtes avec ton fils.

Oui, j’avoue. Et le manque de sommeil est une méthode  de torture pratiquée par les plus grands tortionnaires.

Tes premiers livres étaient assez désabusés. Beaucoup moins aujourd’hui. Que s’est-il passé ?

A 25 ans ou à 40 ans, on n’est plus tout à fait la même personne. La naissance de l’enfant change ton rapport à l’existence. Je ne peux plus me contenter d’une attitude un peu narquoise vis à vis des évènements. La fin du monde, « what the fuck ! » Ben, non, pas « what the fuck ! » parce que j’ai un enfant et que c’est important.

Tu prends plus de plaisir à écrire des livres d’écrivain voyageur ou de père de famille à Paris ?

J’aime les deux. La beauté de notre métier de journaliste et d’auteur, c’est la diversité des sujets que tu peux aborder. Ce que j’essaie de fuir, c’est la routine. J’essaie donc de passer d’un sujet à un autre.

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

Julien Blanc-Gras en 4e de couv' de Libération et à côté de moi. (Pour lire son portrait, cliquez là!)

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandorPour finir cette interview, je me suis laissé dire que tu écrivais des chansons.

J’aime la musique et j’aime la chanson française. J’aimerais bien écrire pour de jeunes chanteurs.teuses. Les artistes qui ont nourri mon enfance sont Gainsbourg, Renaud et Brassens. J’ai aussi une petite marotte pour Joe Dassin. Il cachait une âme torturée.

Dans tous tes livres, tu glisses des paroles de chansons.

J’en ai toujours plein dans la tête, il m’arrive donc, en effet, d’en glisser pour  m’amuser. Ce sont souvent des paroles de « classiques ». Dans celui-ci, je suis dans le train et je dis que je suis « bercé par les ronrons de l’air conditionné »…

Ah oui ! Téléphone !

Tu es fort (rires). Dans Touriste, j’ai glissé « une nuit que j'étais à me morfondre dans quelques pubs anglais du cœur de Londres… » Ça te dit quelque chose ?

(Après un  long temps de réflexion.) C’est du Gainsbourg ? Je ne me souviens plus du titre.

« Initials BB ».

Ah oui, c’est ça ! Bon, si un artiste veut te contacter pour avoir tes textes, il le peut ?

Mais absolument. Je le souhaite ardemment.

julien blanc-gras,comme à la guerre,stock,interview,mandor

Après l'interview, le 17 janvier 2018.

18 janvier 2019

Caroline Loeb : interview pour l'album Comme Sagan

9 (2).jpg

(Photo : Jean-Marie Marion)

5 (2).jpgCes dernières années, ce n’est pas par la chanson que Caroline Loeb s’est distinguée, mais par le théâtre. Après son spectacle sur George Sand, George Sand, ma vie, son œuvre, la comédienne-chanteuse s'est attaquée à une autre grande icône de la littérature française, Françoise Sagan. Dans Françoise par Sagan, elle livre un monologue sensible et attachant en s'appropriant la parole de Sagan l'indomptable, sans jamais singer l'auteure. C’est un spectacle formidable (qui continue de tourner) loué autant par les spectateurs que les journalistes.

Aujourd’hui, après 10 ans d’absence discographique, elle sort un album autour de cette même auteure. Il s’intitule Comme Sagan. Voix, textes et mélodies… un must ! L’occasion était belle de se rencontrer. Ce que nous avons fait dans un bar/restaurant de la capitale le 16 janvier dernier.

(Notez que toutes les photos professionnelles de cette "chroniques" sur Caroline Loeb sont de Jean-Marie Marion. Merci à lui!)

Propos de Caroline Loeb :

"Il y a des rencontrent qui changent votre vie. Celle avec Sagan, qui n’était pas mon écrivain préféré, et dont je ne connaissais que le personnage, ce petit moineau toujours la clope à la main, frémissante, drôle et ironique, m’a bouleversée. Je l’ai rencontrée grâce à Alex Lutz, avec lequel j’avais élaboré mon précédent spectacle musical autour de George Sand. Il me parlait régulièrement d’elle, de son style tellement particulier fait de légèreté et de profondeur, jusqu’au jour où Je ne renie rien, le recueil de ses interviews publiées chez Stock, m'est tombé dans les mains. Et là, ça a été le coup de foudre. Pour cette intelligence aigüe, pour son humour, sa tendresse, sa lucidité. J’en ai fait un spectacle, Françoise par Sagan, qui rencontre depuis bientôt trois ans un accueil critique et public assez miraculeux avec une nomination aux Molières."

Argumentaire de presse officiel : (photo de la pochette : Richard Schroeder)49947181_10214908934329856_3373869103621079040_n.jpg

Forte de cette vague Sagan qui semble la porter, Caroline Loeb s'est attachée à l'auteure de chansons, celle qui a écrit pour Gréco, Mouloudji, Dalida ou Nana Mouskouri.

Comme Sagan est une lettre d’amour à Sagan, et, bien sûr, l’occasion d’écrire et de chanter des sentiments qui lui tiennent à cœur… La solitude, cette sensation d’être écorchée par tout, une mélancolie sur le fil du rasoir, et toujours l’amour des mots... Ceux de Sagan, avec la reprise de « Sans vous aimer" et  la mise en musique de certains de ces textes en prose "Bonjour New York", "Les Maisons Louées" mais aussi des créations inspirées par la petite musique de Sagan.

Caroline Loeb a fait appel à Jean-Louis Piérot, qu'elle rencontre grâce à Etienne Daho, pour la réalisation et certaines compositions. Ce dernier a réuni un trio exceptionnel pour poser les bases des chansons: le bassiste Marcello Giuliani (Daho, Truffaz, Higelin, Christophe), le batteur/percussionniste Raphaël Chassin (Tété, Vanessa Paradis, Arthur H), le clavier/trompettiste Alexis Anerilles (Etienne Daho, Edith Fambuena, Sophie Hunger), et le Well Quartet, qui a joué sous la direction d’Agnès Ollier pour la musique du spectacle Françoise par Sagan.

Pascal Mary, Pierre Notte, Thierry Illouz, Wladimir Anselme ainsi que Benjamin Siksou ont mis leur talent au service de ce projet précieux, dans lequel, pour l'occasion, elle retrouve Pierre Grillet son complice de « C’est la ouate », en particulier pour le texte écrit autour d’une phrase de Sagan qu'elle affectionne : On ne sait jamais ce que le passé nous réserve.

unnamed (2).jpg

(Photo : Jean-Marie Marion)

IMG_8478 (2).jpgInterview :

Avant qu’Alex Lutz vous parle de Françoise Sagan, c’était une auteure qui vous intéressait ?

Je connaissais mal ses livres, mais j’étais intéressée par le personnage. J’avais vu le film sur elle de Diane Kurys et j’avais lu plusieurs biographies. Mais ses bouquins, même si je les achetais régulièrement, je ne les avais pas lus.

Vous les achetiez, mais vous ne les lisiez pas ?

Je suis une grande chineuse. Je suis souvent tombée sur Bonjour Tristesse ou Aimez-vous Brahms… dans leurs versions de l’époque. Il m’est arrivé de constater que j’avais déjà acheté un de ses livres dans exactement la même édition…

Un jour, vous étiez chez Alex Lutz et il y a eu un déclic je crois.9782234077980-T.jpg

Nous travaillions sur le spectacle consacré à George Sand. J’étais dans sa cuisine et je remarque un livre sur le bar américain. C’était son recueil d’interviews « Je ne renie rien ». Six mois plus tard, on m‘a offert ce livre et j’ai eu un coup de foudre pour ce qu’elle racontait. Je peux dire que j’ai découvert Sagan par ces interviews. A ce moment, la rencontre avec elle a été tellement forte, profonde et intime que je n’ai pas ressenti le besoin de ma gaver d'images d'elle sur YouTube ou autres. Avec ce recueil, j’estimais avoir l’essentiel.

Vous vous sentez proche d’elle ?

Bien sûr. Pour son amour absolu de la littérature, son amour de Proust notamment. Ce qui m’a frappé chez elle, c’est un regard sur le monde très paradoxal. En même temps extrêmement lucide et en même temps plein de tendresse… comme un enfant. Je ne me sens pas aussi enfantine qu’elle, même si je peux être éblouie facilement par la beauté des choses. Je ne peux pas dire que je m’identifie à Sagan, mais elle m’a touchée profondément. Elle était comme un idéal de ce que j’aimerais être.

Avez-vous un peu changé en la côtoyant ?

Sur scène, c’est 100% elle et 100% moi, maintenant, je n’y pense pas particulièrement avant de monter sur scène, ni après. Je mets ma perruque et mon costume et puis j’y vais. Je ne me pose pas de questions. Je ne suis jamais en pilotage automatique. Mon travail est d’être vraie, présente et sincère à chaque seconde sur scène. C’est une heure dix magique tous les jours dans ma vie, mais le reste du temps je suis Caroline Loeb qui court partout. Cela dit, parfois, il y a une phrase qui me traverse avec toute sa vérité et sa force et je remarque que je la comprends profondément.

 Teaser du spectacle "Françoise par Sagan".

Dans le monologue, vous n’imitez pas sa façon de parler.

Je ne parle pas du tout comme elle dans la vie. Je suis quelqu’un qui affirme les choses, elle est tout le temps dans le doute. Elle bégayait, on ne comprenait rien quand elle parlait. La  photographe Marianne Rosensthiel m’a envoyé un texto assez drôle après le spectacle : « Merci. Je l’ai photographiée deux fois, je ne comprenais rien à ce qu’elle disait. Enfin je comprends ». Il y a des gens qui l’ont connue comme son coiffeur, son éditrice, sa libraire…etc. Ils m’ont tous dit qu’ils ne me voyaient pas moi, mais elle. Ça vient de la façon de tenir mon corps, de mettre ma voix dans les aigus, de laisser les phrases en suspens, de placer les lumières de certaines façons... Je n’essaie pas de l’imiter, mais de l’évoquer. Ma rencontre avec elle, j’insiste là-dessus, est une rencontre intime.

51DWmZ6WQ3L.jpgC’est une rencontre avec elle tellement merveilleuse qu’elle vous a amené à la chanson.

Quelqu’un que je connais m’a envoyé un double CD sorti chez Frémaux & Associés autour des chansons de Sagan. Je ne savais pas du tout qu’elle avait écrit des chansons. Je dois dire que je ne me suis pas précipitée pour l’écouter parce que j’avais autre chose à faire. Un jour, j’ai percuté. Sagan-chansons… pourquoi pas ? J’ai écouté, apprécié et eu l’envie de faire un album autour d’elle.

Pourquoi ?

Parce qu’avec les critiques, avec le public et avec les médias, il y a quelque chose qui s’est cristallisé  entre elle et moi. Même si nous sommes très différentes, il y a des points de rencontres.

Lesquels ?

Le succès qui foudroie, le personnage public qui prend le pas sur la réalité de l’œuvre, le rapport à l’argent par exemple. Et puis, comme moi, elle était très curieuse des autres et elle créait dans des domaines différents, mais toujours avec les mots : romans, articles, théâtre, scénarios pour le cinéma et chansons. Quand on aime créer, on aime créer. Toutes les deux, nous nous sommes confrontées à différentes façons de manier notre art.   

EPK "COMME SAGAN" - LE NOUVEL ALBUM DE CAROLINE LOEB from Raphaëlle Chovin on Vimeo.

Pour écrire ses chansons, fallait-il être proche du style de Françoise Sagan ?

Pas du tout et nous ne nous sommes même pas posés cette question. Il y a des textes qu’elle n’aurait jamais pu écrire elle-même et d’autres, par exemple ceux que j’ai écrits avec Thierry Illouz, qui sont très saganesques.

Ecrire des chansons vous provoquent quoi ?

Juste un plaisir fou. Je trouve ça amusant et souvent évident. Sincèrement, je ne trouve pas ça dur. J’aime cette forme, j’aime les contraintes littéraires. A chaque fois que l’on se voit avec Pierre Grillet pour écrire, on s’amuse.

Les chansons sont toutes différentes, mais elles s’assemblent parfaitement et elles sont cohérentes les unes avec les autres.

C’est le grand talent de Jean-Louis Piérot. Il est le réalisateur, l’arrangeur et le compositeur de certains titres. Il a fait un boulot incroyable. Il y a des chansons un peu jazzy, de la pop, des ballades, une valse et il a réussi à faire que tout cela se tienne et soit homogène.

50309724_2381926652036944_6028808463402926080_n.jpg

(Françoise Sagan par Richard Schroeder)

4.jpgVotre voix a évolué. Vous montrez plus l’étendue de vos capacités vocales dans ce disque.

J’ai beaucoup travaillé avec la coach vocal, Ariane Ravier. Elle m’a permis de progresser. Je donne le maximum de ce que mes capacités vocales me permettent.

Vous êtes venue comment à la chanson ?

Par l’écriture parce que j’adorais Gainsbourg… qui n’était pas un grand chanteur non plus. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas forcément la voix, c’est l’émotion d’abord,  les textes et ce que cela raconte. Les gens qui ont plein d’octaves dans la voix, comme disait Chirac, « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre ».

Cela faisait 10 ans que vous n’aviez pas sorti d’album, ça vous manquait ?

Pas du tout. J’étais passée à autre chose. J’étais, et je suis toujours, très heureuse au théâtre. Cela m’est tombé dessus comme une évidence. Il fallait que je fasse quelque chose autour de Sagan en chansons. J’ai retrouvé le plaisir intact de faire des chansons. J’ai essayé d’être la plus sincère possible sur tout. Sur le choix des musiques, des textes et des gens avec lesquels j’ai travaillé. Le résultat dépasse de très loin mes espérances.

Il doit toucher les gens de façon intime, non ?

C’est exactement cela. Il touche d’ailleurs autant les hommes que les femmes. Comme pour le spectacle… Je vois beaucoup d’hommes me dire à la fin du spectacle qu’ils ont l’impression que ça ne parle que d’eux. Ce que disait Sagan n’est pas un discours de femme à femme, c’est un discours profondément humain. Dans le spectacle, j’ai choisi des textes sur le rapport à la mort, au temps qui passe, à l'amour, à la paresse… ça concerne tout le monde. Ce ne sont pas des sujets sexués. Sa pensée est philosophique je trouve, c’est un regard sur la vie qui fait du bien.

2 (2).jpg

(Photo :  Jean-Marie Marion)

Dans l’album vous parlez de sujets qui ne sont pas évoqués dans le spectacle. 7.jpg

Dans ses interviews, elle ne parlait ni de drogues, ni de sa bisexualité… elle était très secrète là-dessus. Dans l’album, j’en parle parce qu’elle a vécu de grandes histoires d’amour avec des hommes et avec des femmes. La personne avec laquelle elle a vécu le plus longtemps, c’est Peggy Roche, mythique styliste du journal ELLE. Elles sont restées ensemble 20 ans. Comme avec George Sand, je suis intéressée par l’ambivalence et l’ambiguïté. J’ai toujours été fascinée par des femmes comme ça : Marlène Dietrich, Mae West, Dorothy Parker, Arletty…  Moi, j’ai souvent été confrontée à des gens qui me disaient que j’étais comme un mec. Je ne suis pas comme un mec, je suis comme une femme qui décide des choses et qui ne se conforme pas à l’idée de ce que c’est d’être une femme.

Vous êtes un peu comme Sagan, anticonformiste.

Vous avez raison. Je le suis de par tout ce que je fais.

C’est quoi être anticonformiste ?

C’est de ne pas se plier à une attente ou à une non attente, en fait. C’est d’être proche de soi, de son désir, de son envie. Je ne veux rentrer ni dans des codes, ni dans des règles. On peut tout faire et, comme Sagan, on peut tout inventer. On peut aimer des choses très sombres et des choses très délirantes. Moi, j’adore Annie Cordy autant que Marcel Proust, ce n’est pas antinomique. On n’est pas qu’une chose. On n’est pas que sérieux, que drôle, que cultivé ou que déconneur.

Vous n’aimez pas les gens qui restent dans le cadre bien défini par la société.

Disons que j’adore les gens qui ont une façon de penser originale. J’aime quand on manifeste une manière de dire le monde inédite.

caroline loeb,comme sagan,françoise par sagan,interview,mandor

Caroline Loeb reprend Françoise par Sagan à partir du 14 février 2019 au Théâtre Lepic à Paris.

(Photo de l'affiche : Richard Schroeder)

ob_0eebe1_caroline-loeb.jpgAvec tout ce que vous faites autour de Françoise Sagan, n’avez vous pas peur de vous enfermer dans ce personnage et que l’on vous catalogue un peu Loeb = Sagan et point barre ?

Excusez-moi, mais ça me changera de Loeb = "C’est la ouate". Franchement, je préfère être associée quelques années à Sagan qu’être éternellement ramenée à une chanson que j’ai faite il y a 30 ans.

Les gens continuent à vous parler de cette chanson ?

Oui, et je ne renie pas cela. D’ailleurs, comme le titre du livre d’interviews de Sagan, « Je ne renie rien ».

Ce n’est pas fou de faire en album en 2019 ?

Il faut être dingue. N’importe qui de sensé me dirait que ça n’a aucun sens. Mais, je m’en moque. Je conclue mon aventure avec Sagan en musique et c’est mon choix.

Etes-vous heureuse de votre vie artistique aujourd’hui ?

C’est incroyable à quel point je suis heureuse. J’ai vraiment l’impression d’être à ma place, d’être là où j’ai envie d’être, de faire vraiment ce que j’aime comme j’aime. Le principal est de toucher les gens et d’être sincère dans ce que l’on fait. Et comme je me produis seule, je prends les décisions que je veux sans que personne ne m’impose rien. C’est fou et c’est bon. Polanski disait : « le cinéma, c’est tout ce que l’on ne cède pas aux autres ».

Ce métier vous apporte quoi ?

Ca me tient debout, ça me donne de l’énergie et des raisons de me lever le matin... et beaucoup de plaisir!

IMG_8488.jpg

Après l'interview, le 16 janvier 2019.

11 janvier 2019

Loft Music sur Sud Radio : Emission spéciale France Gall

42295358_2162798457379978_6890494639464251392_o.jpg

49151024_2229995253993631_8131034602190929920_n.jpgSi le 7 janvier marque dans notre pays le jour de commémoration de l'attentat de Charlie Hebdo, c'est aussi le premier anniversaire de la mort de France Gall. La chanteuse a succombé à un cancer, il y a tout juste un an, à l'âge de 70 ans. Sa mort a fait sombrer la France dans une tristesse insondable, quelques semaines seulement après le décès de Johnny Hallyday.

Pour ce triste anniversaire, Yvan Cujious, a voulu marquer le coup dans son émission Loft Music sur Sud Radio. Il m’a demandé de venir parler de France Gall en tant qu’auteur du livre L’aventure Starmania et spécialiste de la chanson française. J’ai évidemment accepté l’invitation (j’aime beaucoup Yvan), mais je ne suis pas venu seul. Avec la permission de la production de l’émission, j’ai emmené avec moi un grand ami de France Gall, l’auteur-compositeur-interprète Peter Lorne et les chanteuses Centaure et Francoeur. Etaient présents  aussi pour cet hommage, l’un des chanteurs de la comédie musicale Résiste, Victor le Douarec, et le formidable Tété.

Nous avons enregistré l’émission le 14 décembre 2018 au Studio Luna Rossa, mais l’émission n’a été diffusée que le 7 janvier 2018…

Pour l’écouter, il faut cliquer ici (vous n’allez pas le regretter).

Vous le savez, j’aime beaucoup vous montrer les coulisses du métier. Voici quelques photos de l’enregistrement. Les plus belles sont signée Didier Venom.

IMG_7931.JPG

Centaure et son musicien monsieur Marion.

IMG_7934 (2).JPG

Francoeur, chanteuse-harpiste.

IMG_7945.JPG

Centaure shootée par Didier Venom en plein live (avec Francoeur et Victor le Douarec).

IMG_7954.JPG

Centaure shootée par Didier Venom en plein live (avec Victor le Douarec).

©DidierVenom_181213__DM49723.jpg

Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

IMG_7961.JPG

Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Centaure).

i-kz5fjTV-XL.jpg

Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Dider Venom).

IMG_7959.JPG

Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Centaure)

i-B5xRmsp-XL (2).jpg

Avec Peter Lorne (photo Didier Venom).

IMG_7955.JPG

Mais que fait ce livre ici?

©DidierVenom_181213__DM49709.jpg

Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

i-hWnxDGw-XL.jpg

Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

i-6hg7tRQ-XL.jpg

Victor le Douarec en plein live (photo Didier Venom).

©DidierVenom_181213__DV46005.jpg

Victor le Douarec en interview (photo Didier Venom).

©DidierVenom_181213__DV45982.jpg

Victor le Douarec en pleine réflexion (photo Didier Venom).

loft music,sud radio,france gall,peter lorne,centaure,francoeur,victor le douarec,mandor

Tété chante France Gall (photo Didier Venom).

i-Fw9Gpv7-XL.jpg

Francoeur lors de l'interview (photo Didier Venom).

©DidierVenom_181213__DV46062.jpg

Francoeur toujours (photo Didier Venom).

i-tXwzNJR-XL.jpg

Francoeur toujours (photo Didier Venom).

Vous pouvez écouter sa superbe et étonnante prestation de "J'ai besoin d'amour" (extrait de Starmania) en version harpe voix. Cliquez ici!

i-FdnFbTn-XL.jpg

Centaure lors de l'interview (photo Didier Venom).

i-F48LJjQ-XL.jpg

Centaure et Marion (photo Didier Venom).

Vous pouvez écouter leur brillante prestation de "Diego (libre dans sa tête)". Cliquez ici!

48356165_1275674959253522_6108022035596705792_n (3).jpg

Tété et ses musiciens.

©DidierVenom_181213__DM49752-2.jpg

Avec Centaure (photo : Didier Venom).

©DidierVenom_181213__DM49744.jpg

Avec Yvan Cujious (photo Didier Venom).

©DidierVenom_181213__DM49745.jpg

Avec Francoeur, Yvan Cujious, Peter Lorne, Centaure et Marion (photo : Didier Venom)

48364536_2220220871637736_7469787218324750336_n.jpg

Bonus :

La mandorisation de France Gall en décembre 1995 pour sa comédie musicale Résiste.

Pour le Huffington Post, je raconte mon rendez-vous manqué avec France Gall.

FB_IMG_1546853989498.jpg

Avec France Gall le 3 septembre 2015 (®Bruck Dawit)

04 janvier 2019

Mayerling : interview pour Paranoïa

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

(Photo : Giuliano Ottaviani)

Je ne connaissais pas Mayerling avant de recevoir son nouvel EP. Je l’ai écouté un dimanche, jour de la semaine où je me penche sur toutes les nouveautés reçues récemment. J’avais entendu bon nombre de disques un peu « classiques » et pas vraiment dynamiques avant celui-ci. Donc, soudain, sa pop electro rock inspiré m’a fait du bien. J’ai un peu googlelisé l’artiste et me suis aperçu qu’il n’était pas un débutant. Si six ans et demi séparent les deux premiers albums de Mayerling (en vrai, Rodolphe Bary), un peu plus d’un an après la parution de I Live Here Now, il propose un EP absolument formidable, Paranoïa. Vraiment efficace. J’ai appelé son attachée de presse, amie de moi (Flavie Rodriguez) pour caler une interview très rapidement. Ainsi fut fait le 19 décembre dans une brasserie située en face de la Gare du Nord.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorMini biographie (officielle):

Projet musical mené par Rodolphe Bary, Mayerling apparaît une première fois dans la compilation Ceux Qu’il Faut Découvrir du magazine Les Inrockuptibles, avec le morceau « Countdown ». Instru électro-rock et mélodie pop, le style sera développé dans Confession, premier album sorti en 2011 et remarqué pour « sa pléiade de morceaux hypnotisants ». À l’hiver 2017 sort I Live Here Now, deuxième album où le parisien propose un voyage plus personnel, entre psychédélisme et pop 80’s, qui séduit la critique. Les radios locales soutiennent la sortie du disque et trois titres sont diffusés sur FIP.

Le disque (argumentaire officiel) :mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

Pour ce nouvel EP Paranoïa, Rodolphe s’entoure de trois chanteuses - Marie Derouet, Suzie et Aleea – et change de langue. Le passage au français se fait naturellement, les thèmes abordés fleurent bon le malaise romantique et les désillusions modernes. Pour le reste et comme d’habitude chez Mayerling, riffs de guitares et lignes de basse se promènent autour de boîtes à rythmes qui ne cherchent pas la complication. C’est binaire et rock au premier plan, les synthés prennent la profondeur. L'EP démarre sur le très direct titre éponyme, morceau rapide au riff entêtant où couplets pop et refrains disco s’enchaînent. Projetés dans l’euphorie ambiante, les chœurs chantent la folie et l’amertume, et le tout sonne un peu comme si Abba avait pris conscience du monde qui l’entoure.

On reprend son souffle sur l’intro des « Souvenirs de Toi », apaisé par une basse mélodique et des synthés planants. Accalmie de courte durée où l’on profite de la voix d’Aleea, qui portera cette romance empoisonnée jusqu’à son final intense et submergé d’arpégiateurs. Les machines prennent alors ouvertement le contrôle sur « Meteor », titre héritier des grandes époques synthétiques, électro deep et hédoniste, qui nous promet l’apocalypse. Dansons une dernière fois, avant de disparaître. L’EP se referme sur « Ombre violente », autofiction poignante sur la violence sociale, une chute au ralentie, bercée de nappes romantiques. Une ballade envoûtante à l’image d’un disque qui, sous ses airs de pop bien léchée, nous injecte une dose de folie, d’amour et de souffrance.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

(Photo : Giuliano Ottaviani)

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorInterview :

Tu as commencé à faire de la musique avec l’excellent François Gauer (mandorisé là en 2012) dans le groupe Folks.

J’ai appris à jouer de la basse en autodidacte à l’âge de 14 ans. A cette époque, j’adorais Metallica et je pensais que les gros sons de guitares du groupe étaient de la basse. Quand mes parents m’ont acheté une basse, j’étais dégouté (rires). Je l’ai tout de même utilisé et ça m’a permis de faire des groupes. J’ai rencontré François Gauer et on a fait du rock indé. De 15 à 20 ans, on n’écoutait que ça.

En parallèle de ta collaboration avec François Gauer, tu as commencé à créer tes propres compositions.

C’était du rock assez simple, avec des beats un peu marqués, des guitares Lo-Fi et une touche d’électronique. J’aime bien le bruit et travailler les matières sonores un peu crades. Même si dans ma musique d’aujourd’hui il y a un côté disco, un côté un peu léché, je n’aime pas que ce soit trop propre. J’aime les aspérités.

De musicien, tu as ajouté l’option « chanteur ».

Au départ, je ne chantais pas. J’ai commencé à chanter par nécessité pour mon précédent album en anglais. Je ne me considère pas comme un chanteur.

Aujourd’hui, dans ce nouveau disque, tu chantes en français.

Oui, et j’adore ça. J’écoutais très peu de musique française à part Serge Gainsbourg et Sébastien Tellier qui avait déjà un côté anglo-saxon dans la composition.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

Tu n’as jamais écouté de chanson française dans ta jeunesse ?

Mon père écoutait tout le temps Brel et Brassens. C’était mon seul contact avec la musique française. Mais  s’il faut parler de mes influences, on peut plus évoquer les Pixies ou dEUS.

Pourquoi chantes-tu en français alors ?

J’ai commencé pour le premier morceau, « Paranoïa ». J’ai trouvé que c’était plus simple d’écrire les paroles dans ma langue, de plus, j’ai constaté que cela voulait dire vraiment quelque chose. Avant, j’écrivais en anglais plus pour remplir mes mélodies. Voyant que j’arrivais à écrire pour le premier titre, j’ai continué pour les autres. Ça a été un vrai plaisir. Je suis sûr de ne jamais revenir en arrière.

Comment travailles-tu ?

Je pars toujours de machines : des samplers, des synthés… je me prends la tête avec cette base-là, puis j’ajoute de la basse, de la guitare. Ensuite j’enregistre les mélodies de chant sur un synthé et j’écris le texte. Je construis tout en même temps, en parallèle.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

(Photo : Giuliano Ottaviani)

C’est un jeu pour toi de faire de la musique ?

Oui. C’est hyper ludique. Je me sens bien quand je fais de la musique. Quand je suis dans un studio à travailler du son, je peux perdre complètement la notion du temps. J’ai du  mal à redescendre sur Terre. Pour reprendre ma vie normale avec ma femme et mon fils, il me faut un temps d’adaptation d’un quart d’heure.

Je trouve que tu as un sens aigu de la mélodie.

C’est fondamental d’avoir des mélodies efficaces. Je ne peux pas rester sur un morceau qui n’a qu’une mélodie moyenne.

Ta musique est  un mélange de pop, de disco, d’electro, de rock…

C’est marrant, j’ai l’impression de faire plus de rock que ce que les gens me renvoient de ma musique. On ne se voit pas toujours dans la case où on est.

Cherches-tu à faire de la musique « populaire » ?

Je ne travaille pas dans ce sens, mais j’aimerais plus passer à la radio, c’est certain. Je sais que les programmateurs ont une pile de disque en attente de la hauteur de la Tour Eiffel. C’est difficile, car nous sommes nombreux.

Ta musique est enjouée, mais tes textes ne sont pas très gais.

Ce n’est pas simple d’écrire des choses légères. Au cinéma, une bonne comédie, c’est dur à faire… c’est pareil pour une chanson. Parfois, je joue sur le décalé et l’humour noir, comme dans le clip de « Paranoïa ». Dans mes chansons, il y a toujours un côté grinçant.

Clip de "Paranoïa".

Ce clip réalisé par Robin Plessy est détonnant.

Les gens qui le regardent adorent. Le comédien principal est génial. Il n’y a que lui qui pouvait endosser un tel rôle.

C’est toi qui as écrit le script ?

Avec Robin, on a déliré pendant trois heures en créant cet univers. A partir de ça, j’ai construit un clip un peu plus précis.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

Pendant l'interview...

Dans ta bio officielle, j’ai lu que « les thèmes abordés fleurent bon le malaise romantique et les désillusions modernes. »

Parce que j’écris sur le monde des hommes. Je trouve intéressant que dans un disque pop avec des airs très attrayants immédiatement, il y ait des textes qui t’incitent à creuser en profondeur.

La première fois que j’ai écouté ton disque, je me suis laissé emporter par la musique. Ensuite, j’y suis revenu pour écouter les textes.

Ça me fait plaisir parce que je viens de ça : la musique pop. Le fait que tu sois d’abord pris par la musique et les mélodies, c’est ce que je souhaite. Je ne fais pas de la chanson à texte, donc je ne peux pas me vexer de ça.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorParle-moi de ta pochette.

Elle a été faite, comme pour mon précédent disque, par un duo d’illustrateurs qui s’appelle Hublot. Ils sont venus avec trois propositions et j’ai choisi celle-ci. Je la trouve très liée à la chanson « Ombre violente ». Le mouton de la pochette est en fait un humain qui est pris par une autorité sans visage. Dans « Ombre violence » je parle de la violence que tu subis dès  l’enfance à l’école et dans tous les groupes sociaux dans lesquels tu évolues après. Ça peut être l’entreprise ou une autre structure. Il y a toujours une violence latente qui va te construire. Moi, j’ai toujours ressenti ça. Cette pochette est donc liée à ça.

Mayerling, c’est un groupe ou c’est toi ?

C’est moi, mais entouré. Il y a trois femmes qui chantent dans ce disque. Ma compagne, Marie Derouet. Elle chante sur « Paranoïa », « Meteor » et « Ombre violente ». C’est la première fois que l’on enregistre ensemble pour Mayerling. Il y a aussi Suzie qui chante sur « Paranoïa ». J’espère qu’elle chantera un autre titre sur mon album à venir. Enfin, il y a Aleea. Elle était ma pote à la fac. Je savais qu’elle chantait, mais nous n’avions jamais eu l’opportunité de le faire ensemble. C’est fait dans « Souvenirs de toi ». Je suis hyper content du résultat, donc je vais également lui demander de participer à mon prochain album.

Tu parles de ton prochain album. C’est officiel ?

Oui. Je suis déjà en train de le construire. Je ne veux pas faire passer trop de temps entre cet EP et lui.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

Après l'interview, le 19 décembre 2018.

03 janvier 2019

Stéphanie Berrebi : interview pour Les nuits d'une damoiselle "Après vous Messieurs"

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor

Quel livre ! Il devrait être lu par tous pour comprendre les finesses des relations hommes-femmes… qui ne sont pas toujours simples. A travers les chansons qui ont rythmé ses jours et ses nuits, ma collègue journaliste musicale (et néanmoins amie, ne le cachons pas), Stéphanie Berrebi, se livre comme jamais. Il est certain que je porte un autre regard sur sa personne depuis que j’ai lu son récit. Celui d’une femme moderne, libre et libérée. Mais aussi celui d’une femme sincère qui n’a jamais eu la langue de bois. Les nuits d’une damoiselle « Après vous Messieurs ! » tient des propos qui ne vont pas toujours dans le sens de la marche féminine tant entendue après l’apparition des mouvements #metoo et #balancetonporc. Et c’est bien parce que, personnellement, je ne crois pas beaucoup au manichéisme des êtres.

Rendez-vous le 20 décembre dernier avec Stéphanie Berrebi dans un bureau du Studio des Variétés.

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorL’auteure (photo de Cédric Nöt):

Journaliste culturelle, elle travaille pour le magazine FrancoFans. Elle représente également le magazine au sein de nombreux jury de tremplins d'artistes (Mans Cité Chanson, Grand Zebrock, Prix Georges Moustaki, Mégaphone Tour, Pic d’Or ...)

Stéphanie Berrebi est aussi co-animatrice de l’émission TriFaZé sur Radio Campus où elle accueille des artistes qui brillent dans la chanson française. En parallèle, elle écrit pour les Editions First 3 Livres (Le petit livre illustré de ceux qui sont nés en 1961, 1985 et 1986). Sortie en 2018 de son premier roman, Les Nuits d'une damoiselle (chez Vox Scriba).

Extrait de l’avant-propos : stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor(Photo de la couverture : "Musica Nuda/Cédric Nöt)

« Dans ce qui est devenu une grande foire tout à la fois de la guerre des sexes, du retour au puritanisme et un règlement de compte entre « people », j’étais une anonyme qui ne se retrouvait nulle part, à qui on ne donnait pas la parole Aujourd’hui, je la prends ! J’avais l’impression d’être face à des robots, qui avaient catégorisé le monde en deux parties : hommes = porcs, femmes = saintes. Je suis de celles qui voguent dans cette zone grise, se retrouvant dans un discours médiatiquement minimisé, celui de l’ambiguïté.

Oui, j’ai été victime, non, je ne suis pas qu’une petite chose fragile victime des hommes ! J’aime séduire et je sais en jouer quand ça m’arrange. Le sexe est devenu mon arme ! Viol, pervers narcissique, tromperies, homme marié… J’ai dans ma vie cumulé le tout, accompli le combo gagnant. Est-ce seulement de leur faute si j’ai laissé tous ces hommes entrer dans ma vie ? »

Vous pouvez commander le livre .

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorInterview :

Pourquoi as-tu décidé de livrer un récit aussi intime ?

Lors de ma dernière rupture avec un homme marié, la première chose que je me suis dite c’est qu’il fallait que j’écrive un livre sur le fait qu’être maîtresse, ce n’est pas nécessairement être une salope. Je voulais exprimer ce que l’on est quand on est avec un homme qui n’est pas libre. Je voulais signifier que ce n’est pas obligatoirement « chercher à détruire un couple ». Avant d’attaquer ce projet, des amis m’ont conseillé de prendre un peu de recul. J’ai commencé une psychothérapie parce que cette relation était la conséquence d’une vie qui n’allait pas.

Tu as suivi ta psychothérapie alors qu’arrivaient les #metoo et #balancetonporc.

Ça m’a donné encore plus envie de prendre la parole, mais je voyais bien que sur les réseaux sociaux, je ne pouvais pas me permettre parce que je n’étais pas dans la parole dominante. J’avais cette sensation qu’il fallait avoir une vision des rapports hommes-femmes. Dès qu’on en sortait, on se faisait insulter, laminer… ce qui a été le cas pour Brigitte Lahaie, Catherine Deneuve ou Christine Angot.

Il n’y aurait pas eu ces mouvements #metoo et #balancetonporc, aurais-tu songé à écrire ce livre ?

Oui, parce que ça n’a rien à voir. Je te le répète, il y a deux ans, je voulais écrire un livre sur le rôle de la maîtresse. Je pense qu’il serait sorti de la même manière après la thérapie. Je l’écris au début du livre, quand j’ai rompu avec mon amant, j’ai passé mes nuits à lui écrire. C’était compulsif. Finalement, on retrouve pas mal de ce que je lui ai écrit dans le livre. Les débats d’après les mouvements #metoo et #balancetonporc m’ont juste aidé à trouver comment raconter cette histoire.

Tu expliques bien dans ton récit que tu n’es pas la femme parfaite, que tu n’es pas innocente de tout stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandoret que tu as ta part de responsabilité dans ce qu’il t’est arrivée avec les hommes.

C’est ça. Il y a par exemple toute une partie sur un pervers narcissique, que j’appelle « le salaud » dans le bouquin. J’aurais très bien pu prendre mes responsabilités pour ne pas vivre cette vie-là avec lui. Je ne l’ai pas fait. Je l’ai laissé me bouffer, comme beaucoup de femmes se font bouffer en laissant faire. Ce que je n’ai pas aimé dans les débats, c’est que l’on plaçait les femmes comme sexe faible, éternelles victimes des hommes. Non, nous ne sommes pas des petits anges envoyés sur cette Terre, en souffrance permanente.

Tu racontes que ta vie sexuelle a commencé à l’âge de 18 ans par un viol. Est-ce déterminant pour tout le reste ?

C’est ce que j’ai essayé de raconter. Le viol en soi, je n’en étais pas responsable. Ma responsabilité, c’était d’avoir été dans le déni pendant plus de 15 ans.

Comment peut-on être dans le déni d’un viol ?

Pendant longtemps, je n’ai pas considéré avoir été violée. J’ai trouvé ces instants bizarres et pas vraiment normaux. On a toujours l’image d’un viol comme quelque chose de violent, mais ce n’est pas toujours le cas. Là, j’étais chez une personne alors que j’étais dans une situation de faiblesse, j’avais un bras dans le plâtre. Je pensais que cette personne allait m’aider, mais elle m’a enfermé chez elle. J’ai dit non, non, non, plusieurs fois, mais quand j’ai vu que l’homme était déterminé, j’ai fini par accepter cet état de fait.

Quel a été le déclic pour que tu prennes conscience que c’était un viol ?

Après une conversation avec une amie à qui j’ai raconté l’histoire il y a 10 ans. C’est elle qui m’a fait prendre conscience que c’était un viol. Malgré cela, j’ai encore mis 5 ans pour accepter l’idée. Par fierté mal placée, je ne voulais pas être une victime. C’est en grande partie pour cela que pour moi, le sexe est devenu une espèce de guerre. Pour être plus précise, une espèce de jeu qui est devenu une guerre contre moi-même.

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorTu expliques aussi que tu as toujours su jouer de ton corps.

Oui, mais jamais dans le cadre professionnel. Je n’ai jamais couché avec qui que ce soit pour obtenir quelque chose ou pour me faire avancer professionnellement. J’ai utilisé mon corps pour charmer les hommes que je voulais pour le plaisir. Je te le redis, ça devenait un jeu qui s’est transformé en arme contre moi-même. C’est tellement facile de conquérir un homme. Les hommes qui disent non ne sont pas très nombreux au final. Les femmes ont cette supériorité sur les hommes.

Ce qui est fou, c’est que tu ne choisis jamais un prince charmant, mais toujours des hommes dans un certain schéma, à part l’homme dont tu as été la maitresse pendant des années, qui est quelqu’un de normal. 

La conséquence du viol, c’est que je suis allée vers de mauvaises relations et de mauvaises personnes. C’est un manque de confiance en soi, une espèce de haine de soi. Pendant 15 ans, j’ai reproduit les mêmes schémas, c’est pour ça que j’ai suivi une psychothérapie. Ça me rappelle une chanson d’Orelsan qui dit que « si tu as des problèmes avec tout le monde, c’est peut-être toi le problème ? »

Professionnellement, tu es considérée comme quelqu’un qui brille, de toujours joyeuse…

Alors qu’en fait, quand cette fille rentrait chez elle, elle pleurait tout le temps parce qu’elle n’allait pas. J’ai beaucoup fait semblant.

Tu as eu ton premier coup de foudre à l’âge de 11 ans.

Je le dis dans le livre, il n’y a pas d’âge pour aimer. C’était le meilleur ami de mon grand frère. Celui-là n’a pas joué avec mon corps, mais il a joué avec mes sentiments et ça a été déjà une vraie blessure dont j’ai eu du mal à me remettre.

Avoir suivi une thérapie et avoir écrit ce livre font que tu vas mieux aujourd’hui ? stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor

Le travail que j’ai fait sur moi pour reprendre confiance à fonctionné. J’ai réussi à détruire mes mécanismes pour aller vers d’autres. Lors d’une première séance, ma psychologue m’a expliqué que même si mes mécanismes étaient mauvais, ce sont les seuls que je connaissais alors je m’y confortais. J’ai réussi à passer à autre chose. Le fait est qu’aujourd’hui je viens de sortir ce bouquin et j’ai quelqu’un dans ma vie depuis quelques mois… et tout se passe bien.

Au début ce livre devait s’appeler « une vie cachée ».

Oui parce que c’était d’une régularité déconcertante. Les hommes et les cadres n’étaient pas les mêmes, mais c’était des relations qui devaient rester cachées. Finalement, les quinze dernières années, j’étais la célibataire de service.

Avais-tu une piètre opinion des hommes ?

Même pas. Non, j’avais juste une piètre opinion de moi-même.

Est-ce un livre pour les femmes uniquement ?

C’est un livre qui fait réfléchir les femmes en tout cas concernant leur part de responsabilité dans leurs histoires foireuses. Les hommes devraient aussi le lire. Certains ne se rendent pas compte de leur comportement. Je crois que ce livre permet de mieux comprendre le mécanisme féminin. En règle générale, c’est un bouquin qui fait réfléchir sur notre relation à l’autre.

Tu es un peu un personnage public, n’as-tu pas peur que les gens qui lisent ton  livre te regardent autrement ?

J’ai tellement vécu cachée que le fait de tout lâcher ne m’est pas désagréable. Ça m’a même fait du bien. J’ose espérer que les regards qui changent sur moi seront pour des regards plus bienveillants. Beaucoup ne comprenaient pas certains de mes comportements et certaines de mes souffrances, j’espère qu’avec ce livre, ils auront quelques explications.

Tes parents ont-ils lu le livre ?

Ils l’ont acheté pour me soutenir. Ma mère n’a pas commencé, mon père a commencé mais comme je suis sa fille, il n’a pas pu continuer. Il n’était pas prêt. Je me demandais s’ils allaient le lire, mais je crois que ce n’est pas possible. Il y a toujours beaucoup de pudeur entre les parents et les enfants… et vice versa.

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor

Pendant l'interview...

Dans ce livre, la musique est très présente. C’est bien raccord avec ton métier de journaliste musical.

J’ai ajouté des extraits de chansons, souvent populaires, qui correspondaient aux propos tenus. Ça met une distance, une respiration par rapport au livre et ça permet aussi d’universaliser le discours. Je n’ai pas réfléchi  une seconde à ce procédé, ça m’est venu immédiatement. Quand je me suis fait plaquer, les chansons « Je déteste ma vie » de Pierre Lapointe et « Amoureuse » de Véronique Sanson étaient devenues mes refuges. 

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandorTu cites souvent Georges Brassens. Il est vrai qu’il a souvent parlé de cul.

Oui et on l’a souvent taxé de misogyne alors qu’il me semble que c’est un des mecs qui a le mieux compris les femmes… et les femmes frivoles. Quand il chante des chansons comme « Embrasse-les tous » ou « Le mouton de Panurge » c’était à une époque où on ne parlait pas beaucoup de la sexualité féminine. Il m’a beaucoup appris. Brassens m’a fait comprendre qu’aimer le sexe, ce n’était pas grave.

Es-tu féministe et est-ce un livre féministe?

Je pense être féministe, mais je ne me reconnais pas dans tous les discours féministes. Je n’arrive pas à adhérer aux discours des femmes qui engagent une guerre virulente contre les hommes. Après, j’ai une conscience de femme, je suis quelqu’un d’engagé et d’humaniste, donc je vais revendiquer l’égalité des droits. Par exemple, ça me fait poser la question suivante : pourquoi tant d’hommes sur la scène française et pas assez de femmes ? Quant au livre, est-il féministe ? Je dirais que c’est un livre féministe, mais un peu à contre-courant de la pensée actuelle. En tout cas, c’est une autre voix de femme…

stéphanie berrebi,les nuits d'une damoiselle,vox scriba,interview,mandor

Après l'interview, le 20 décembre 2018, au Studio des Variétés.

02 janvier 2019

Leïla Huissoud : interview pour Auguste

leïla huissoud,auguste,interview,mandor

leïla huissoud,auguste,interview,mandorLongtemps armée de sa seule guitare et de sa voix magnifique, Leïla Huissoud nous revient aujourd’hui, accompagnée d'une dizaine de musiciens, pour un majestueux deuxième album, Auguste. « Ceux qui connaissent cette artiste le savent bien, son personnage scénique est un mélange de drôlerie, d’attitudes naturelles et de spontanéité quand elle interagit avec son public. Lui est alors venue l’idée de grossir ce trait comique qu’on lui prête et reconnecter avec ses années passées en école de cirque renouant avec l’Auguste, ce contrepoint du clown blanc » explique le dossier de presse*.

A l’écoute de ce disque important, on constate que la supposée fragile et innocente chanteuse ne l’est pas tant que ça, elle serait plutôt la reine de l’autodérision à l’humour grinçant et à l’engagement social déterminé, le tout enrobé d’émotions en tout genre. « Le drôle s’accommode du cruel, l’émouvant du sarcastique. Les états d’âmes personnels de son premier disque ont laissé la place aux histoires sentimentales »*.

Incontestablement, Leïla Huissoud est déjà une grande.

Le 20 décembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Studio des Variétés pour  une première mandorisation (il était temps !)

Argumentaire de presse (officiel) :leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Après un premier album live (L’ombre) qu’elle a voulu très intime et dépouillé, Leïla Huissoud, bercée par Brassens, Moustaki ou Barbara, continue à s’engager dans un style résolument chanson qui laisse les paroles au premier plan et ne s’encombrera pas du kick-électro omniprésent dans les productions contemporaines. L’hommage est plutôt à trouver du côté du jardin d’Henri Salvador, du haut-de-forme d’Agnès Bihl et de la baraque à frites de Thomas Dutronc.

De l’intimité de la mort à la malice d’un vieux couple, de la lâcheté des projecteurs à la révolution du corps, Auguste traite tout de travers. Leïla Huissoud dramatise et dédramatise, questionne tour à tour la place de l’artiste de scène, la famille qui s’éloigne, l’ambition qui s’efface devant la routine, la Suisse, les victimes de Brassens… et l’amour pendant les règles. La femme a grandi et ne s’encombrera pas de tabous pour parler de toute la vie avec tendresse. C’est donc pleine d’autodérision grinçante que Leïla Huissoud joue, en se promenant sur le fil des clichés du spectacle et des sentiments.

Si « chanter ça ne change rien du tout » alors autant le faire de manière spectaculaire : Leïla Huissoud s’élance dans la vie avec les lacets attachés et vous êtes conviés à la chute. Beau et bancal, Auguste présente des chansons avec une larme à l’œil et de très grandes chaussures rouges.

Son site.

Sa page Facebook.

leïla huissoud,auguste,interview,mandor

leïla huissoud,auguste,interview,mandorInterview :

Tu passes d’un premier disque enregistré en live à un disque bien produit avec beaucoup de musiciens.

L’ombre ayant eu un accueil positif, j’ai pu avoir des moyens plus importants pour enregistrer ce deuxième album. De plus, j’avais besoin et envie de ne plus être complexée par ma musique. Je ne voulais plus m’excuser de cette partie-là de mon travail. Autant je pouvais défendre mon écriture, même la jeunesse de mon écriture, mais la musique restait juste un support pour pouvoir chanter mes textes. J’ai conscience de ne pas avoir de compétence musicale, alors j’ai fait appel à Nicolas Vivier pour la direction artistique et Simon Mary pour tous les arrangements.

Simon Mary a décoré tes chansons alors ?

Plus encore. Ayant conscience de mes lacunes, je l’ai autorisé à bouger mes compositions. Il me proposait des idées et le plus souvent j’acceptais parce qu’elles étaient belles. Je suis fière qu’il ait accepté de travailler avec moi et qu’il ait obtenu un si beau résultat. Je l’ai beaucoup observé pendant la réalisation de l’album pour tenter d’apprendre son savoir.

Pourquoi avoir choisi Simon Mary ? leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Je l’ai beaucoup vu sur scène avec Alexis HK. Je suis fan de ce qu’il fait et la contrebasse est un instrument qui me plait beaucoup. Pour moi, dans la chanson, la contrebasse c’est le Graal. Faire arranger mon disque par un contrebassiste m’a paru très intéressant.

Il te connaissait ?

Non. Il a écouté un peu ce que j’avais fait auparavant et il a accepté de me rencontrer. Rapidement, on a tenté un premier titre, qui est le premier de l’album : « La farce ». Je lui ai envoyé un guitare-voix et il m’a renvoyé la chanson avec les arrangements. C’était fou ! J’ai mis mon casque, j’ai écouté la chanson et je me suis mise à pleurer de joie. Il y avait tout. Je lui avais donné deux, trois indications, pas grand-chose, et lui a tout compris immédiatement.

Et après ?

Je lui ai demandé s’il voulait bien continuer pour tout le disque… et c’était parti pour six mois de collaboration.

Clip officiel de "La farce".

« La farce », c’est une entrée en piste, non ?

Exactement. Je voulais une chanson qui ait du panache. Elle parle de l’engagement des artistes. Je me rends compte que l’on me félicite beaucoup de mon culot et de mes petits engagements. Il faut relativiser ça parce que je joue devant un public dont je suis presque certaine qu’il va aller dans mon sens et qu’il va être d’accord avec ce que je dis. J’ai l’impression que je me foutrais de la gueule du monde si je faisais semblant de prendre des risques. Dans « La farce », je me pose la question de savoir si un artiste prend vraiment des risques quand il chante des chansons dites « engagées », mais dans la bien-pensance, devant un  public acquis à sa cause.

Tu désacralises le métier de chanteuse dans certains textes. Dans « La chianteuse » par exemple.

Tout l’album découle de mes deux précédentes années où j’ai découvert le milieu de la chanson et ses acteurs. Je me suis pris une énorme baffe. Pour être claire, j’ai été super déçue. Bizarrement, ce deuxième album, qui est vraiment parti de cette déception avec la colère comme énergie, a tout changé. J’ai travaillé avec des personnes sérieuses et bienveillantes. Elles ont apaisé mes sentiments négatifs.

Es-tu comme tu te décris dans « Chianteuse » ?

Non. Il me semble être plutôt cool, mais je l’ai assumé pour moi. Sur scène, j’incarne donc ce personnage. J’ai écrit cette chanson sans trop réfléchir et très rapidement. Chianteuse, c’est une vanne que j’ai entendu quand j’ai découvert le métier, alors j’ai eu un peu honte d’être allée vers cette facilité-là tirée du jargon des musiciens. Je deviens de plus en plus féministe et je m’en suis voulu d’avoir « portraitisé » certaines chanteuses ainsi. Pour dire la vérité, je trouve que c’est un des textes les plus faibles de l’album, mais l’arrangement de Simon Mary en a fait une des meilleures finalement.

leïla huissoud,auguste,interview,mandor

(Photo : Marcel Aumard)

Tu as vraiment été malheureuse avant ce nouveau disque ?

Oui, vraiment. Je n’avais pas capté qu’il y avait autant d’acteurs autour de l’artiste et qu’au final il est une toute partie du milieu. Ceux qui entourent les artistes manquent de bienveillance. Ils nous mettent dans une situation de concurrence qui n’a pas lieu d’être. Tout nous pousse à se demander comment plaire au lieu de se demander comment faire quelque chose de bien. Du coup, beaucoup d’artistes font des chansons qui sont éloignées d’eux, parce que c’est ce qui plait en ce moment. De plus, ils le font mal parce que ce n’est pas du tout ce qu’ils savent et ont envie de faire.

La concurrence dont tu parles, n’existe-telle pas dans tous les métiers ?

Certainement, mais moi, je préfère me mettre au service de la chanson. Je n’ai pas l’impression que quand un artiste marche, l’autre ne va pas marcher. Au contraire, on se tire vers le haut. Quelqu’un comme Gauvain (Sers), il a pris plein de « petits » artistes pour ses premières parties, dont moi alors qu’on ne se connaissait pas. Il a fait l’effort de donner un peu de son succès aux autres, c’est généreux. Aujourd’hui, quand je dis que je fais de la chanson française, on ne me rapproche plus de Louane,  mais de Gauvain Sers, ce que je préfère de loin. J’estime avoir un vrai projet « chanson » plus qu’un projet « variété ». Il faut que la variété continue d’exister, mais j’aime que l’on fasse le distinguo entre ces deux identités différentes.

leïla huissoud,auguste,interview,mandor

(Photo : AUUNA / Alexandre Fournel)

C’est quoi la différence entre la chanson et la variété ?

Elle se voit surtout sur scène. Quand on fait de la chanson, on n’a pas l’obligation d’être un divertissement.

Et pourtant, je connais des artistes qui font de la chanson qui me divertissent…

Oui, c’est vrai. Moi, on m’a reproché sur le premier spectacle de ne pas faire de rappel. Je partais sur la dernière chanson, avant la fin de la musique.

Pourquoi ?

C’était une mise en scène qui allait avec ma chanson. Quand tu fais de la variété, tu ne peux pas te permettre cela. Je rapproche la variété du cinéma. J’adore aller voir la dernière comédie romantique de l’année, ça me permet de ne pas réfléchir et de passer un bon moment. Je sais la fin au bout de cinq minutes de film et ça me va bien. Pour moi, la variété est là pour qu’on aille à un concert dans cette optique. Se faire plaisir en posant son cerveau… ou pas. Avec la variété, j’estime qu’il y a l’obligation de passer un bon moment. Moi, je pense que quand tu vas à un concert de chansons, tu peux sortir avec le bide en vrac et pas bien. Au moins, ça a créé quelque chose en toi. La chanson doit éduquer et faire réfléchir. C’est ce que je cherche à provoquer en tout cas.

Je suis désolé de te dire que ton disque m’a aussi divertit.

Je ne me dis jamais : « surtout, il ne faut pas que les gens ce divertisse », mais je ne veux pas provoquer que ça. Je préfère voir des gens un peu fébrile après un concert, qui sont agacés par ma fin, que j’ai un peu piqué… alors, je me dis que j’ai réussi.

leïla huissoud,auguste,interview,mandor

(Photo  : Denis Charmot)

Sur scène, joues-tu un personnage ?

J’ai fait beaucoup de cirque, donc j’ai abordé le spectacle par ce biais-là. J’ai toujours eu envie de faire comme si j’étais sur la piste. J’ai toujours besoin d’amplitude, d’envois vers les gens, d’une projection violente à 360°.

Tu as des chansons dont les sujets sont peu évoqués par les autres artistes. « En fermant les yeux » parle de la masturbation féminine, « Un enfant communiste » (chantée en duo avec Mathias Malzieu) parle de faire l’amour avec une femme qui à ses règles…

On dit souvent qu’on a écrit sur tout. Je ne sais pas si ces deux sujets ont déjà été évoqués, mais j’ai tenté quand même de le faire le plus sincèrement possible… et, j’espère, le plus subtilement (rires).

A travers une collaboration entre les projets lyonnais The Toolshed Studio, Spline Studio, Kosmic Webzine et Woodlark studio, Leïla Huissoud présente “le vendeur de paratonnerres” tiré de son album : Auguste.

« Le vendeur de paratonnerres » est une chanson réponse à « L’orage » de Georges Brassens.

Ca faisait longtemps que j’avais envie de reprendre un morceau de Brassens sur scène ou de l’évoquer d’une manière originale. Mais il y a eu tellement de beau spectacle autour de sa personne que je n’osais pas.

Celui d’Alexis HK, Georges et moi (mandorisé là) était extraordinaire !

Je l’ai vu trois fois. C’était incroyable !

Et donc cette chanson ?

Ce texte est le seul qui n’est pas de moi, mais de Nicolas Vivier. Un jour, je l’ai entendu chanter cette chanson à la guitare. J’ai lourdement insisté pour la lui piquer parce que je trouvais que c’était l’angle idéal pour rendre hommage à Georges Brassens. Ce côté hommage, mais foutage de gueule, si on a vraiment écouté Brassens, on ne pouvait pas rêver mieux. Cela n’aurait eu aucun sens de faire un léchage de postérieur endeuillé et tristounet.

leïla huissoud,auguste,interview,mandor

(Photo : AUUNA / Geoffrey Saint-Joanis)

Ton album n’est pas triste, lui, en tout cas.

C’est gentil de me dire ça. Je suis fière qu’il ne le soit pas. Comme beaucoup d’auteurs, j’écris plus facilement dès que je parle de sujets tristes. Les gens sont plus touchés par les chansons tristes, alors écrire des textes qui ne le sont pas, dans lesquels ils vont se reconnaitre et qui vont les émouvoir sans être plombés, ça me rend heureuse.

Tu envisages ton métier comme une mission ?

C’est la place où je me sens la moins inutile, la moins encombrante en tout cas. Je fais partie d’une génération un peu paumée. Je ne savais pas trop où je voulais aller artistiquement. Je suis devenue chanteuse un peu par hasard, ce qui me pose un problème de légitimité. J’y travaille.

L'EPK de l'album Auguste.

Je sais que tu n’aimes pas que l’on parle de ton physique.

Je déteste que l’on me dise que je suis mignonne. J’ai envie d’être une femme de scène comme peuvent l’être Juliette (mandorisée ici) et Evelyne Gallet (mandorisée là). Ces femmes apportent tellement à la chanson. Quand je les ai vues sur scène, j’avais envie d’être une « bonne femme ». Mon éventuelle sensualité ne m’intéresse pas. Sans perdre mon côté féminin, je le répète, je veux avoir leur côté « bonne femme ». Angèle et Pomme sont aussi de beaux exemples de nanas qui assurent et qui ont une forte personnalité.

Pourquoi ne voit-on pas ta tête sur la pochette d’Auguste ?

Mes nouvelles chansons sont moins premiers degrés que celles du premier album. Je m’y racontais beaucoup. C’était des histoires de jeunes filles. Auguste est un album que l’on peut réécouter plusieurs fois pour que chacun puisse se faire sa propre mosaïque. Avant, j’avais envie que l’on comprenne mes textes, à présent, je préfère que les gens comprennent ce qu’ils ont à comprendre.

Cela n’explique pas pourquoi on voit juste ta gorge sur la pochette.

Si j’avais montré ma tête, cela aurait déjà donné une interprétation de l’album. Si on m’avait vu sourire, on aurait attendu des chansons joyeuses, si on m’avait vu triste… enfin, tu as compris le truc.

leïla huissoud,auguste,interview,mandor

(Photo : David Desreumaux)

Faire la couverture d’Hexagone, en compagnie d’Alexis HK (mandorisé récemment là), ça te prouve que tu es acceptée dans la famille de la chanson d’aujourd’hui ?

C’est très encourageant en tout cas. David Desreumaux, qui dirige la revue, est quelqu’un de doux et bienveillant. Il savait que j’adorais Alexis HK, donc il a estimé que ce serait bien de me faire poser avec lui, sachant que nos albums sortaient presque en même temps et que ça me ferait plaisir. C’est un geste gentil et c’est une des choses qui me réconcilie avec le métier.

Tu te sens accepté par le métier ?

Oui, même si j’ai un peu ramé parce que je suis arrivée là par le biais de The Voice. Le milieu de la chanson indé aime moyennement ça. Aujourd’hui, je crois avoir trouvé une place…

leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Pendant l'interview, le 20 décembre 2018, au Studio des Variétés.

Bonus : Le reportage de mon ami Frédéric Zeitoun sur Leïla Huissoud pour Télé Matin diffusé début avril 2019.

leïla huissoud,auguste,interview,mandor

24 décembre 2018

Evelyne Gallet : interview pour La fille de l'air

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

(Photo : Nicolas Michel)

Après 2 années de transition-création, revoilà Evelyne Gallet avec de nouvelles chansons, de nouvelles couleurs et plein de nouveaux collaborateurs. En tout, dans La fille de l'air, 15 titres sensibles, tendres, engagés, authentiques, avec cette touche d’humour et de force qui caractérise la chanteuse au caractère bien trempé.

Il est très curieux que nos chemins ne se croisent qu’aujourd’hui étant donné l’estime que je porte à cette artiste. Le 13 décembre dernier, j’ai profité d’une halte parisienne de cette lyonnaise d’adoption pour converser un peu.

Son site internet.

Sa page Facebook.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandorMini biographie (officiel) :

Voilà quelques années déjà qu’Evelyne Gallet, la chatoyante, promène son Orange French Folk aux quatre coins du pays et même au-delà. Elle ne cesse d’avancer, elle fonce même, laissant dans son sillage une armée d’admirateurs fidèles séduits par sa verve, son charisme, sa présence volcanique et des textes au vitriol. Ce sacré bout de femme qui n’est pas du genre à couiner mollement « gna-gna-gna-mon-amour-pourquoi ? » trace sa route, encore plus forte et plus indépendante que jamais.

Cette artiste avec 5 albums et plus de 600 concerts à son actif, est un univers à part entière, une personnalité hybride qui se plait à faire rire et pleurer, le grand 8 à chaque concert et l’instant présent, tout le temps.

Entourée de son mixed band, Evelyne Gallet reprendra la route pour exposer sa nouvelle collection. Ses spectacles sont toujours des grands moments de plaisir et de vie qui grattent et qui caressent, qui prennent à rebrousse-poil et remplissent vos verres.

Il y a de la matière, de la chair et de la liberté : cette liberté qu’elle porte  depuis toujours et qui fait tellement de bien partout où elle passe.

Argumentaire de presse (officiel) de l’album :evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

C'est dans un ancien atelier canut des pentes de la Croix Rousse qu'Evelyne Gallet confectionne sa nouvelle collection de chansons Haute Couture. Elle dessine, épingle et décatit, avec ses stylistes habituels (Patrick Font, Matthieu Côte, Jeanne Garraud, Stéphane Balmino), mais dautres rejoignent la maison (Dimoné, Martin Luminet, Presque Oui, etc.). Avec des couleurs et des saveurs venues d'horizons bien différents La fille de l’air sera un défilé détonnant fait sur mesure : ça swingue, ça danse, ça dit, ça rit... de l’humain à foison, des émotions à la pelle. Un habillage porté par une seule et même voix qui en fait un tout harmonieux et unique.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandorInterview :

Tu as 22 ans de carrière…

Elle m’interrompt en rigolant.

Mais c’est horrible de dire ça comme ça.

Tu as bien commencé en 1996 avec un duo humoristique, non ?

Ah oui ! Tu as raison. 22 ans. Paf  dans la gueule !

Ça te paraît fou ?

Ça me parait incroyable. En même temps, j’ai toujours eu l’impression de n’avoir fait que ça de ma vie. Pour moi, c’était hier (rires).

Tu as commencé quand la musique très exactement ?

En 1986.

Bon, je ne fais pas le calcul alors.

Je ne préfère pas, non. J’ai commencé par la flute à bec pendant deux ans à l’école municipale de Rumilly, en Haute-Savoie.

C’est un choix volontaire ?

Non. C’était une obligation de la part de mes parents. Mon père était trompettiste de fanfare. Plus exactement, il faisait de la trompette pour supporter le rugby (rires). Ma mère n’a jamais fait de musique et chantait comme une casserole, du coup, ils ont eu envie que je fasse de la musique. A l’âge de six ans, j’ai donc fait de la flute à bec puis pendant six ans, j’ai joué de la flute traversière et un peu de saxophone et autres instruments.

Teaser de l'album La fille de l'air.

Et la guitare est arrivée à quel âge ? evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandor

A 11 ans, parce que j’avais envie de m’accompagner seule.

Il faut préciser qu’en 1991, tu rejoins la compagnie du Chalet dirigé par Patrick Font.

Oui, avec Anaïs Tampere-Lebreton, celle avec qui j’avais monté un duo de café-théâtre.

En 1993, avec Anaïs et une autre artiste, vous avez monté un trio.

Les Body Girls. Ça n’a pas duré longtemps. Ensuite, avec Anaïs, nous nous sommes retrouvées toutes les deux. Quand la compagnie du Chalet à cesser d’exister, on a ressenti le besoin de continuer à faire des spectacles, ainsi est né le duo Les pieds dans le plat. On faisait des sketchs et des chansons. Un jour, à 25 ans, Anaïs m’annonce qu’elle veut faire un bébé. Quand elle m’a dit ça, j’ai paniqué. J’ai joué 10 ans avec elle. Qu’allais-je faire sans Anaïs ?  

Tu pensais à l’époque que, quand on avait un bébé, on ne pouvait plus rien faire de sa vie.

J’étais jeune à l’époque, je ne savais pas. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je chante… et autrement que pour faire rire. Je commençais à avoir une lassitude de cette obligation de faire rire depuis 10 ans. C’était la grande époque des producteurs québéquois. Ils nous disaient qu’il fallait un rire toutes les 30 secondes. Je trouvais insupportable ce diktat du rire.

Tu avais fait le tour de la question ?

Voilà, c’est ça. J’avais envie de me mettre à l’épreuve. Est-ce que j’allais être capable de procurer d’autres émotions sur les gens que le rire.

evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandor

Comment as-tu réussi à faire ce virage tant désiré ?

Je suis arrivée à la chanson presque par accident. Il y avait le tremplin de chansons A Tout Bout d’Champ, dans la petite salle en bas de chez moi. J’ai décidé de m’y inscrire. Je suis arrivée en final. Ensuite, tout s’est enchaîné rapidement. Au début, je gardais dans mon répertoire des chansons drôles parce que ça me rassurait. Quand je chantais des chansons pas drôles, je trouvais ça angoissant parce que je n’entendais pas les gens réagir. Le rire, c’est sonore. Quand tu touches quelqu’un au cœur, tu ne l’entends pas. C’était déstabilisant parce que je me nourris beaucoup des gens et de ce qu’il se passe dans la salle.

En 2005, tu sors ton premier album Les confitures.

Je ne m’assumais pas encore comme une chanteuse. Pas plus aujourd’hui d’ailleurs. Dans ma vie, j’ai pris 9 cours de chant d’une demi-heure, alors quand on me demande ce que je fais comme métier, j’ai du mal à répondre « chanteuse ». Je préfère dire « saltimbanque ». Au CP, quand il fallait expliquer ce que je voulais faire plus tard, je me souviens que j’avais répondu avec ce mot, « saltimbanque ». Je savais que je voulais être dans le spectacle, mais je ne savais pas dans quel domaine, musique ou théâtre.

evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandor

Ce nouvel album, La fille de l’air, est un album collectif. Il y a même un duo avec Dimoné sur une chanson écrite par Martin Luminet, « On s’emb(a)rasse ».

Je suis fan de Dimoné. Quant à Martin, c’est une des grandes rencontres de cet album. Nous travaillions tous les deux dans le même lieu en résidence, mais on ne se croisait pas. Je l’avais déjà entendu chanter et il m’avait vraiment donné envie d’avoir une relation humaine dans le but de travailler éventuellement une chanson pour ce disque. Ça a été une superbe rencontre. Il est d’une gentillesse et d’une générosité rare.

Il y a aussi des gens avec lesquels tu collabores depuis longtemps.

Oui. Stéphane Balmino que je connais depuis très longtemps et avec qui j’avais déjà collaboré sur l’album précédent, Nuits blanches avec un hibou sage, Thibaud Defever (Presque Oui) que j’ai rencontré lors des spectacles dédiés à Bobby Lapointe, Lapointe repiqué, tout comme Dimoné d’ailleurs. Pour que je travaille avec quelqu’un, la première chose qui compte, c’est l’humain.

Il y a des chansons qui sont des commandes, je crois.

« Je ne sais pas » par l’auteur compositeur lyonnais Reno Bistan. C’est un super artiste, étonnamment très peu connu. Il a des chansons hyper drôles et hyper efficaces. Il sait chanter merveilleusement, mais il n’arrive pas à se faire connaitre plus des médias. Il mériterait de sacrés coups de projecteur. Un jour, je le rencontre à l’école où nous avons tous les deux nos enfants. Je lui explique que j’aimerais qu’il m’écrive une chanson  sur une thématique bien particulière: la pudeur. Pour moi, la pudeur, elle ne se situe pas là où on le pense. C’est oser parler de ses sentiments. Le lendemain, il m’a envoyé cette chanson.

Audio de "Je ne sais pas".

«La fille de l’air », tout  comme « Je ne sais pas », est un joli portait de toi.

"La fille de l'air" est un texte de Stéphane Balmino. Il me l’a envoyé alors que ça ne correspondait à rien de ce que je lui avais demandé. Il a écrit cette chanson un matin en pensant à moi. Je suis complètement tombée amoureuse de ce texte qui était sa vision de moi.

Qui correspond à ce que tu es ?

Je crois. Il insiste sur le fait que l’on peut être beaucoup de choses à la fois. Les autres nous connaissent mieux que nous-mêmes, il me semble.

J’aime aussi beaucoup « Fais-moi risette ». Il faut toujours faire la paix avec ses amis qui sont devenus amants.

C’est un texte de Mathieu Côte. Il développe le concept du sex friend (rires).

Audio de "La pluie".

Tu étais très proche de Mathieu Côté, artiste surdoué, trop tôt disparu.

Nous étions à l’école ensemble. J’ai même été un court moment sa manageuse. Après mon premier album, Les confitures, je ne savais plus ce que je voulais faire. Je suis retournée à l’école pour faire un master de management de carrière d’artistes. Je venais d’avoir ma fille et Mathieu me voyant indécise sur ma carrière personnelle m’a proposé de m’occuper de lui. J’ai eu la chance pendant 6 mois, d’être sa manageuse. Et ce con est mort. Comme on avait fait beaucoup de concerts ensemble, à sa disparition, j’ai décidé de continuer le métier de chanteuse. Ça a été un déclic.

Musicalement, ce nouvel album est très rock, avec même des guitares saturées. C’est très différent de tes précédents disques qui étaient plus « traditionnels ».

Dans mes albums précédents j’ai beaucoup plus composé. Pour La fille de l’air, j’avais tellement d’auteurs-compositeurs qu’ils m’ont quasiment tous apporté la musique. Je n’ai fait que deux compositions, « Fais-moi risette » et « Ouvert les yeux ».

Audio de "Poupée".

Tu as besoins des autres artistes ?

Oui, parce que seule, j’ai l’impression de tourner en rond. Je peux même dire que sur les textes de Patrick Font, j’étais rentrée dans un ronron de compositions musicales. J’avais besoin de chercher ailleurs mon renouveau. Ainsi la musique est plus rock et je peux me concentrer sur mon rôle d’interprète… et j’adore ce rôle-là ! Chaque chanson, je l’ai pris comme un cadeau.

Peut-on dire que tu es rentrée dans l’univers musical de tout le monde et que tout le monde a respecté le tien ?

Tout à fait. C’est un croisement d’univers.

Celui de Dimoné n’a rien à voir avec celui de Presque Oui, par exemple, et pourtant, l’album n’est pas disparate.

Ca a donné un disque varié et cohérent. C’est grâce au réalisateur Freddy  Boisliveau. C’était la première fois que je travaillais avec un réalisateur et je ne le regrette pas. Il a respecté mes envies et mes idées d’instrumentarium.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

Pendant l'interview...

Le dernier album est-il toujours celui que l’on préfère ?

Clairement, aujourd’hui c’est mon préféré. Est-ce que c’est parce que c’est le nouveau ? Je ne sais pas. Je précise que j’avais plus de moyens pour le produire. Avant, je travaillais à l’économie. J’ai toujours eu conscience de ce que coûtaient les choses. Là, pour la première fois, quelqu’un m’a dit de faire ce que j’avais envie sans regarder l’argent. Je l’ai presque fait (rires). Il y a six musiciens sur le disque et sur scène, nous sommes quatre. J’ai enfin pu faire ce que j’avais en tête depuis longtemps, mais que je ne faisais pas pour des raisons économiques.

C’est quoi ta grande peur artistique ?

J’ai peur de me caricaturer. C’est pour cette raison que j’ai pris ce risque de faire un album différent. Je veux sortir de l’Evelyne Gallet chanteuse un peu marrante, poilante qui joue avec un guitariste. Je veux décoller cette étiquette tenace.

Tu n’as plus cette réputation-là, je t’assure. Beaucoup louent aussi ton côté sensible et profond.

Je ne me rends pas compte de l’image que je projette et je ne sais pas trop ce que les gens pensent de moi. Je me sens un peu « en dehors ». Ce nouvel album est là aussi pour me sortir de la case « chanson » uniquement, en proposant des titres explosifs et irréels pour moi.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

Après l'interview, le 13 décembre 2018.

evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandor

17 décembre 2018

Pur-Sang : interview pour leur premier EP

Caro Tchitchou et MT Image.jpg

Artwork et photo : Caroline Diard-Muriel Thibault.

46262663_354808211941872_4329283569298964480_n.jpgClaire Joseph et Skye sont deux chanteuses aux carrières bien distinctes qui, un jour, se sont rejointes. Après la fabuleuse épopée du trio Sirius Plan sept année durant, elles reviennent avec PUR-SANG. Ce choix de nom leur convient parfaitement tant on les imagine indomptables, indépendantes, fonceuses et infatigables. Elles sont habitées par la musique et rien ne les arrêtera. Comme elles le disent « ce disque a un battement de sabot unique, ça groove sévère en soulevant la poussière ! »

Pour écouter l’EP sur leur page bandcamp.

Rendez-vous est pris avec ces deux chanteuses musiciennes irréprochables… et très sympathiques, dans un bar de la capitale le 5 décembre dernier.

La biographe officielle (la plus courte de l’histoire de la biographie officielle) : Au son d'un Dust-Folk glissant vers le Blues, PUR-SANG avance au rythme du cœur, pour offrir une musique qui se vit en mouvement, droit devant.

Caro Tchitchou et MT Image 2.jpg

Artwork et photo : Caroline Diard-Muriel Thibault.

IMG_7763.JPGInterview :

Vous vous connaissez depuis 12 ans, je crois.

Skye : On a toujours aimé partager des scènes, chanter ensemble. Nous ne nous sommes jamais dit qu’on allait faire un duo ou un trio, les choses se sont simplement enchaînées comme une évidence. On n’a pas besoin de musique pour s’entendre et se comprendre, mais c’est un lien très essentiel pour faire naître de nous deux, dans n’importe quel projet, quelque chose qui va nous rendre heureuse et plus riche.

Vous avez travaillé avec Christophe Willem, Emmanuel Moire, Lulu Gainsbourg, mais aussi pour des projets plus indépendants comme Nathalie Réaux, Katel, Angèle Osinski…

Claire Joseph : Nous allons là où ça nous parle. Nathalie Réaux et Emmanuel Moire, je les ai rencontrés à Astaffort en 2002.

Skye : Moi, je connais Katel depuis que j’ai 15 ans. Mon premier duo signé en maison de disques, c’est avec elle. 

forum leo ferré novembre 2018  Christèle Fürbringer.jpg

Au Forum Léo Ferré, en novembre 2018 (photo :Christèle Fürbringer)

Quand vous avez arrêté Sirius Plan, c’était pour créer Pur-Sang ?

Skye : Quand on a arrêté ce trio, on pensait que chacune allait s’occuper de sa carrière solo. J’étais donc de nouveau partie dans mon projet Skye, mais ça ne s’est pas passé comme prévu. Je montre toujours mes compositions à Claire parce que j’aime son écoute et son regard. Je lui ai dit que j’étais embêtée parce que je considérais que ma première chanson n’était pas pour moi toute seule, mais que j’avais quand même envie de la chanter. Je la joue, Claire commence à mettre son grain de sel, on s’amuse… et on comprend vite qu’un duo s’impose.

Claire Joseph : On trouvait que c’était facile de chanter ensemble ce genre de chanson-là.

Skye : J’ai arrêté de me poser les mauvaises questions. Ça nous plaisait ? Ca nous mettait en joie ? Oui. Quatre chansons sont nées en même pas deux semaines. Les choses se sont enchaînées de façon aussi basique et enfantine que cela.

café de la danse 26 novembre en 1ere partie de Lulu Gainsbourg.jpg

Au Café de la Danse, le 26 novembre en 1ere partie de Lulu Gainsbourg.

Vous créez dans la joie ou dans la souffrance ?

Skye : Là, c’était dans la joie et la plénitude la plus complète. Pour avoir connue les deux, personnellement, je trouve que c’est un plaisir sans nom de faire de la musique dans un état positif. On touche à quelque chose de pure qui fait un bien fou.

Claire Joseph : Je suis d’accord avec toi. C’est un luxe. J’ai déjà composé très triste et très malheureuse des chansons que j’adore, mais ces nouvelles chansons ont autant d’intensités alors que nous les avons créées dans l’amusement et le soleil.

Est-ce que vous parvenez à associer les mots « travail » et « musique » ?

Skye : Dans le mot travail, étymologiquement, il y a le mot douleur dedans.

Claire Joseph : Moi, je ne peux pas associer « travail » et « musique ».

Skye : Ce qui ne nous empêche pas de jouer avec beaucoup de sérieux et de respect. Quand on arrive sur scène, nous sommes prêtes vocalement. Les gens payent pour venir voir des gens jouer, il faut les respecter.

Pur-Sang est donc parti de qui ?

Skye : C’est Claire qui l’a verbalisé. Moi, j’ai juste fait la remarque que ces chansons n’étaient pas faites que pour moi.

Claire Joseph : Ca a tracé la route. C’est souvent le cas parce que Skye a une façon de tout transformer en lumière, du coup, si tu t’acoquines à ce un de ses projets, tu prends le virus.

photo caroline diard.jpg

(Photo : Caroline Diard)

37601754_278857336203627_868169558043656192_n.jpgJe crois qu’il s’est passé quelque chose sur la deuxième chanson, « Soleil ».

Claire Joseph : Un jour, je dis à Skye que ce serait bien qu’on aille chez ma mère, près de la mer méditerranée, afin de prendre le soleil, la chaleur… bref, un peu de bon temps. On arrive là-bas, on pose le pied sur le tarmac et il pleut des cordes. La gosse en moi était désespérée. J’avais 10 ans mentalement et je suis arrivée de très mauvaise humeur chez ma mère. Skye m’a laissé être ce que j’étais à ce moment-là et elle a pris sa guitare pour jouer. On a commencé à écrire un texte qui expliquait que tu peux avoir le pire ciel du monde,  juste au-dessus, il y a le soleil.

Skye : On doit tous s’accrocher à ça pour rester vivants. On a parlé de ce soleil comme quelque chose d’indétrônable auquel on s’accrochera toujours. Ça nous a fait du bien.

Les autres chansons sont venues comment ?

Claire Joseph : Ce sont elles qui sont venues à nous.

Skye : Après, c’était du ping-pong. J’ai ça, Claire ajoute ça et vice versa… et c’est parti.

Claire Joseph : On se connait tellement que tout est matière à rebondissement. Nous étions parfaitement en phase.

Skye : L’inspiration est arrivée rapidement et naturellement… en torrent. 39245203_2478467368833977_4675022664190918656_n.jpg

Claire Joseph : C’est comme si on avait décidé, sans se le dire, qu’on était prête à accueillir ce qui allait arriver.

Skye : Quand tout est juste, que c’est centré, que ça s’aligne, il n’y a pas photo, ça vient. 

Il y a juste quatre chansons dans cet EP, c’est un peu frustrant. 

Skye : Mais pour nous aussi c’est frustrant. On n’avait pas le temps d’en faire plus. On a réussi à avoir une semaine de studio en juillet à la maison des artistes de Chamonix. C’est de l’autoprod, on n’avait pas de gros moyens, donc on a fait un troc génial. On avait l’endroit pour enregistrer et en contrepartie, on a fait deux concerts gratuits.

Claire Joseph : En quatre jours, on a enregistré et mixé quatre titres.

Skye : D’ailleurs merci à Nicolas Falque qui était assisté par Robin Vandamme.

Vous avez déjà quelques années de musique et une réputation positive. Est-ce que monter un projet comme Pur-Sang, c’est repartir à zéro ?

Skye : Oui, mais on a recherché cette « virginité ». Il faut trouver l’équilibre entre l’expérience que nous avons et un jeune projet qui ne doit pas ressembler à ce que nous faisions avant. On se pose des questions sur comment interpréter, quelle intention donner… il faut lutter contre ses automatismes habituels pour rentrer dans un nouveau terrain de jeu. Si tu acceptes cela, tu t’éclates.

42147875_10156489600108211_1187982671263825920_n.jpgClaire Joseph : Moi, je me dis que c’est un nouveau voyage, mais nos bagages sont de mieux en mieux rangés et sont plus solides, du coup, le voyage ne fait pas peur. Avec Sirious Plan, j’ai changé trois fois d’instruments, j’ai placé ma voix en haut, en bas, dans tous les sens… Je me retrouve dans ce nouveau projet avec une voix plus forte et des aptitudes instrumentales plus affinées.

Skye : Avec Claire, à part la grande notoriété, je crois que nous avons à peu près tout connu. Sans être têtes d’affiche, nous avons joué plusieurs fois à l’Olympia, au Zénith, on a enregistré dans de supers beaux studios, nous sommes parties aux Etats Unis… on a vraiment fait des trucs de fous. Et en même temps, on a joué dans les plus petits clubs du monde, on a fait la manche, nous nous mettons au service d’autres artistes en tant que choristes. Tout ça créer un immense décor un peu féérique. Si la notoriété vient, c’est fabuleux, si elle ne vient pas, en tout cas, ce que nous avons vécu et ce que nous vivons en ce moment, on est super d’accord avec.

44310999_2601089286571784_8835460911486468096_n.jpg

(Photo : Caroline Diard)

Musicalement, vous dites que votre son est un Dust-Folk glissant vers le Blues…

Skye : On a inventé ce terme. On avait la sensation d’être dans quelque chose de blues, de folk aussi, de country parfois, mais sans que ce soit ça exactement. En tout cas, on avait les pieds dans la poussière, la poussière vole autour et même ça, c’est joyeux. Dust-Folk, ça nous parlait bien.

Claire Joseph : Ce sont des chansons qui se chantent en voyage.

Vous chantez en français. C’est bien.

Skye : C’était important pour nous. On n’a aucun problème avec la langue anglaise qu’on adore, mais on avait besoin que notre langue maternelle soit là.

Claire Joseph : Nous voulions que le propos soit le plus clair possible.

Photos ©Pur-Sang de l’enregistrement réalisé en quatre jours, dans les conditions du live, en juillet à la Maison des Artistes de Chamonix.jpg

Skye lors de l'enregistrement de l'EP.

Avec Sirius Plan, vous êtes allés en Louisiane, ça se ressent un peu musicalement.

Skye : Ce voyage nous a tellement émues, voire ébranlées. Nous, les français, on cherche la poésie dans toutes nos tournures de phrases, eux, leurs phrases sont très simples, mais mélangées à leur mélodie, c’est d’une redoutable efficacité. On a donc décidé d’aller vers du français le plus simple possible, mais qui crée une poésie après. Une poésie d’images, d’odeurs, de toucher.

Sur scène, comme vous n’avez que quatre titres, vous faites quoi ?

Claire Joseph : On les joue en boucle (rires).

(C’est pas beau de se moquer, mais ma question était naïve, j’avoue).

Skye : On n’a pas pu enregistrer plus de quatre titres, mais dès que le robinet a été ouvert, ça n’a pas arrêté. Nous avons bien une douzaine de titres finis… et nous les jouons donc.

Vous vous sentez comme des alter ego toutes les deux?

Skye : Je crois. Nous sommes vraiment différentes, mais il y a une complémentarité totale.

36517368_261529177936443_2131341490159353856_n.jpg

Claire Joseph lors de l'enregistrement de l'EP.

Je sais qu’à la base, vous n’écoutiez pas la même musique.

Claire Joseph : Moi, je suis dingue de la musique dite « black », ça a été ma base vers 13 ans… et en même temps, il y a eu les Beatles et Elvis Presley. Je me sentais faite de tout ça. Après, j’ai constaté qu’Elvis était dingue de musique black. Quant aux Beatles, ils ont fait une sorte de rhythm’n’blues qu’on a fini par appeler la pop. Stevie Wonder et Jimi Hendrix ont repris les Beatles… tout est connecté. Je suis très amatrice de hip hop également.

Skye : Moi, quand j’aime un plat, je le cuisine trente fois. Par exemple Barbara et Brel, j’ai écouté à fond. Tout comme j’ai écouté à fond Prince, Paul Simon, mais aussi Crosby, Still Nash & Young, Joni Mitchell… J’ai eu ma période classique, notamment Robert Shumann.

Claire Joseph : Quand j’avais 15 ans, un voisin m’a offert un CD de Tori Amos et elle est devenue ma religion. C’est elle qui m’a amené vers la musique metal, vers Led Zeppelin, parce qu’elle en a fait une digestion. Elle était fan de Robert Plant, de Joni Mitchell, du coup, je me suis intéressée à tous ces artistes. Kate Bush aussi. 

IMG_7761 (2).JPG

Joni Mitchell, c’est le seul nom commun entre vous deux.

Claire Joseph : C’est Francis Cabrel, aux Rencontres d’Astaffort, qui m’a dit que ma voix se rapprochait de la sienne. Je lui ai demandé s’il avait un album d’elle à me conseiller, il m’a dit Blue, un album qui date de 1971. J’ai écouté et j’ai tout compris. J’ai cru que c’était la base de tout.

Vous vivez la musique comme une mission ?

Skye : On a fait le constat que quand on était sur scène et que l’on chantait, on voyait les réactions du public. C’est là que l’on se dit que l’on est peut être fait pour cela. Pour rendre heureux les gens.

Pour moi, l’artiste est le maillon essentiel de la chaine humaine. Sans lui, on ne sort pas de notre quotidien souvent morne.

Claire Joseph : Les artistes sont indispensables. Moi, je pense que nous avons tous une mission. J’ai longtemps hésité. Au départ, je voulais être dans la médecine pour faire du bien, mais aujourd'hui, je pense que la musique peut aussi soigner, différemment. 

IMG_7766.JPG

Avec Claire Joseph et Skye, après l'interview.

14 décembre 2018

Christophe Misraki : interview pour l'année hommage à son père Paul Misraki

christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandor

christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandorEn 66 ans de carrière, le répertoire du compositeur français Paul Misraki contient plus de 790 titres incluant pas moins de 350 chansons, dont la plupart font partie du patrimoine culturel français du XXè siècle (« Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux », « Tout va très bien Madame la Marquise » pour l'orchestre de Ray Ventura, « Je Chante » pour Charles Trenet… mais Edith Piaf, Yves Montand et les plus grands interprètes ont chanté sur les compositions de Paul Misraki). Le compositeur et pianiste de l'orchestre de Ray Ventura est aussi à l’origine de 185 musiques de films pour les plus grands cinéastes (Et Dieu créa la femme de Vadim, Le Doulos de Melville, Alphaville de Godard, mais aussi pour Buñuel, Chabrol, Welles, Clouzot, Becker…). Ce n’est pas tout, Paul Misraki a aussi composé 7 comédies musicales et opérettes, deux symphonies… et il a écrit quatorze romans et essais autobiographiques, philosophiques et religieux (dont l’un a été couronné par l’Académie Française).

Son site officiel.

Sa page YouTube.

Sa page Wikipédia (très complète).

"Tout va très bien, Madame la Marquise" par Sacha Distel, Jean-Pierre Cassel, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault 

Ray Ventura et ses collégiens : "Qu'est-ce qu'on entend pour être heureux".

Charles Trenet : "Je chante".

2018 est une année riche en anniversaires de Paul Misraki :

Né il y a 110 ans, le 28 janvier 1908,

Mort il y a 20 ans, le 30 octobre 1998,

Il a composé l’un de ses plus grands succès, « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? », en 1938, il y a 80 ans exactement.

Pour célébrer ces multiples anniversaires, une formidable année Paul Misraki 2018 vous est proposée, regorgeant d’événements rendant hommage à l’œuvre de l’artiste entre septembre 2018 et juin 2019.

Citons les plus proches :

-Qu’est-ce qu’on attend pour être mômes ?christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandor

200 enfants et adolescents sur scène, chansons et musiques de films. Christophe Misraki sera sur scène pour des interludes joués. Parrainage par le Grand Orchestre du Splendid.

Au Théâtre Déjazet, les 17 décembre 2018 et 25 mars 2019.

-Conférence de Christophe Misraki : La naissance du thème musical christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandordans un film.

A la Médiathèque Municipale de Paris, le 19 décembre, de 19h à 20h30.

-NORMANDIE : comédie musicale en deux actes, de Paul Misraki, Henry Decoin et André Hornez, présentée au public pour le première fois en 1936, est jouée avec l’Orchestre des Frivolités Parisiennes au Théâtre Impérial de Compiègne, en Première le 7 février 2019.

J’ai rencontré dans la maison familiale son fils, Christophe Misraki, grand chef d’orchestre de l’invocation de la mémoire de son père.

christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandor

Paul Misraki, chez lui, à la fin de sa vie.

christophe misraki,paul misraki,compositeur,interview,mandorInterview :

Pouvez-vous nous présenter votre père en quelques mots, ce qui doit être extrêmement difficile étant donné la multitude d’activité qu’il avait.

C’est effectivement très dur. Mon père est un compositeur qui a vécu 90 ans dans le XXe siècle, de 1908 à 1998. Il a déposé son œuvre à la SACEM  de 1928 à 1994, il a donc 66 ans de carrière. Il avait un talent fou parce que c’était naturel. La musique lui venait comme ça, instinctivement.

Ce qui est fou, c’est qu’il n’a même pas fait le Conservatoire.

Il n’a pas appris la musique, ça lui venait tout seul. Après, il y a un boulot de fou derrière son œuvre et ses partitions sont hyper complexes. C’est un musicien qui a duré très longtemps parce qu’il avait la possibilité de s’adapter… et il a accepté de s’adapter. Il était aussi moderne en 1972 qu’en 1928. Il était capable de faire une musique de film pour un réalisateur aussi classique que Jean Delannoy, que pour ceux de la Nouvelle Vague.

Votre père était, parait-il, quelqu’un de très gentil.

Je ne vais pas employer mes mots pour parler de comment était mon père. Je vais utiliser ceux de Martin Pénet qui a fait tout une série d’émission sur mon père (à écouter ici) sur France Musique : « Paul Misraki est un musicien surdoué qui a marqué l’histoire de la chanson et de la musique de films de façon indélébile. D’une gentillesse proverbiale, il avait en outre le talent d’aligner les tubes avec une régularité déconcertante. »

christophe misraki,paul misraki,compositeur,interview,mandor

UTOPIA (aka K), en 1951 avec de gauche à droite : Paul Misraki - compositeur, Suzy Delair, Max Elloy (debout), Oliver Hardy, Adriano Rimoldi Designer, Stan Laurel. Bref avec Laurel et hardy, quoi!

Vos grands-parents ne souhaitaient pas que votre père devienne musicien, mais plutôt assureur. Pour quelqu’un qui a composé sa première valse à 8 ans, ça devait être impossible d’emprunter une autre trajectoire que celle de la musique.

Evidemment qu’il ne pouvait pas faire autre chose. Il vivait pour la musique. Il n’a jamais compris comment les notes, voire des orchestrations complètes, lui venaient à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Vous avez vécu dans une atmosphère musicale constante.

Justement pas. Mon père essayait deux trois notes, après il pouvait y avoir une heure et demie de silence total pendant lesquelles il écrivait ce qu’il entendait dans sa tête. Il y avait de longs silences à la maison, parce que dans ces moments-là, il ne fallait pas faire de bruit.

3 musiques de films composées par Paul Misraki.

Le doulos de Jean-Pierre Melleville. 

Chien perdu sans collier de Jean Delannoy.

"Les volets clos" de Jean-Claude Brialy.

Quand il créait, il était dans une certaine fragilité ?

Oui, absolument. C’est pour ça qu’il ne fallait faire aucun bruit. S’il entendait un peu fort un disque à moi, je détruisais le château de cartes qu’il y avait dans sa tête.

Il écoutait de la musique moderne ?

Il était obligé pour rester à la page et écrire des musiques de films modernes. Il écoutait mon disque des Pink Floyd, The Dark Side of the Moon, les Beatles, Simon & Garfunkel… Il essayait de comprendre cette musique électrique et électronique qui apparaissait. Il devait s’adapter constamment. La musique, dans cet appartement où nous sommes, c’était du boulot. Il n’en écoutait jamais pour lui, car ça lui donnait l’impression de travailler.

Vous tentiez vous-même de lui faire écouter des disques que vous appréciez ?

Oui, mais il considérait que c’était de la musique de sauvage. Je me souviens de ce fauteuil à côté de vous où il écoutait Wind and Wuthering de Genesis en 1976. Je ne peux pas vous dire qu’il s’en délectait.

Pourquoi défendez-vous la mémoire artistique de votre père ?

J’ai découvert l’univers de mon père il y a dix ans. Quand j’ai commencé à mettre mon nez dedans, j’ai trouvé que son œuvre était hallucinante. Je m’y suis immergé avec plaisir et j’ai vu arriver 2018, j’ai bien compris qu’il fallait qu’il se passe des choses autour de mon père. Je viens du marketing donc je sais ce que c’est que de créer un évènement ou des actus pour intéresser le public et les journalistes.

Que préférez-vous dans l’œuvre de votre père ?

J’aime bien ses chansons sentimentales avec une petite touche d’humour comme « Le petit souper aux chandelles » interprété par Henri Salvador. Mon père, lui, préférait « Insensiblement » et tout le monde est d’accord avec ça. Dans les musiques de films, on trouve aussi des joyaux. Pour le moment, j’ai un coup de cœur pour le final du film de Godard Alphaville.

Henri Salvador: "Un petit souper aux chandelles".

Alphaville de Jean-Luc Godard : Thème d'amour.

Renée Lebas : "Insensiblement".

Il n’était pas très mondain votre papa…

Il était timide. Quand il parlait musique avec des professionnels, pas de souci, mais dès qu’il s’agissait de faire des mondanités, c’était compliqué pour lui. Parler de son univers à des journalistes, par exemple, ça ne le dérangeait pas. Je suis allé sur le site de l’INA, j’ai vu qu’il y avait 351 extraits d’émissions de télé avec lui.

Lundi prochain, le 17 décembre 2018, il y a un premier spectacle, « Qu’est-ce qu’on attend pour être mômes », un cabaret musical autour des œuvres de Paul Misraki. 200 enfants et adolescents chanteront et joueront des compositions de votre père, tous gens confondus, c’est ça ?

Il y a plusieurs formations musicales d’enfants et d’adolescents qui sont impliquées. Il y aura une première partie « chansons » avec une formation orchestrale ensuite avec un big band d’enfants et d’ados. La deuxième partie, ce sera les musiques de films avec l’Orchestre des Petites Mains Symphoniques.

Vous-même, vous participez au spectacle.

Au lieu de me faire parler devant le public, on me fait jouer un rôle avec deux garçons de 13 ans qui me donnent la réplique. Ce sera un semblant de conflit de générations sur un mode humoristique pour annoncer et raconter les chansons qui vont venir. Je ne suis jamais monté sur scène pour jouer un rôle, c’est donc une grande première pour moi.

christophe misraki,paul misraki,compositeur,interview,mandor

Pendant l'interview...

christophe misraki,paul misraki,compositeur,interview,mandorVotre père écrivait beaucoup de livres sur le questionnement existentiel.

L’ensemble des livres de mon père est cohérent. On ne peut pas prendre un de ses bouquins de façon isolée, je trouve que ça a moins de sens. Le problème de Paul Misraki, c’est qu’il est né dans une famille d’assureurs. Son père voulait qu’il soit dans les assurances et lui ne vivait que pour la musique. A un moment donné, il y a eu un vrai conflit père-fils. A partir de là, il s’est posé beaucoup de questions. Qui suis-je ? A quoi ça sert que je sois ici ? Quel est le sens de tout ça ? Il a rencontré des hommes de religions diverses, il a beaucoup lu… il a fini par se convertir au catholicisme. Ses livres ont tous un rapport avec ça.

Vous les avez lus?

Oui, mais je ne suis pas un grand spécialiste de ses ouvrages. Ma sœur est beaucoup plus intéressée par cet aspect-là de sa création.

Vous êtes fier de votre papa ?

On aurait du mal à ne pas l’être. Mais, pour moi, c’est une découverte tardive. Je n’avais pas pris la mesure de son œuvre. Il a composé 180 musiques de films. Il y a des années, je ne comprends même pas comment c’est possible. En 1956, 1957 et 1958, il fait 12 musiques de films avec des partitions écrites la main, comme je vous les ai montrés dans le placard. Comment on fait ça ? Un par mois… C’est fou ! 

christophe misraki,paul misraki,compositeur,interview,mandor

Avec Christophe Misraki, dans la maison familiale, le 12 décembre 2018.

Bonus : Après mon interview, est arrivé le très sympathique Alain Leroy pour L'œil du spectacle. Voici le fruit de son travail  (parfaitement complémentaire du mien). 

10 décembre 2018

Arthur Ely : interview pour l'EP Standard

MtuCM5BQ.jpeg.jpg

MfmDoWIQ.jpeg.jpg« Débarqué de Strasbourg pour tutoyer la gloire, Arthur Ely s’est construit, pièce par pièce, un univers à sa mesure, un monde dont il est fatalement le prince, le roi. Un univers hérissé de guitares électriques et de beats hip-hop; de dictions fantaisies, de variété française aux rimes acérées. » C’est ainsi qu’est présenté Arthur Ely dans un mail à destination des journalistes musicaux pour nous le faire découvrir. J’y ai vu de la malice et de l’autodérision, pas de la prétention. Le mail nous demande de nous « laisser embarquer dans l'univers totalement fantasque et cliché d'Arthur ELY,  jeune artiste "en quête de gloire, parachuté dans un marché de la musique standardisée" ». Soit, faisons ça !

Après écoute de ce premier EP, Standard, j’ai appelé immédiatement l’attaché de presse de l’artiste tant j’ai eu l’impression rare de déceler un énorme potentiel. Il ne faut pas que je passe à côté de ce jeune homme, de toute  évidence, brillant et malin qui a, nous dit-on, « l'ambition de créer une variét' pertinente ».

Le  4 décembre dernier, rendez-vous est pris dans un bar de la capitale. J’ai devant moi un jeune homme moins insolent qu’il en a l’air, mais sûr de lui et loquace.

Le Pitch (officiel) : "... Ambitieux et décomplexé, le strasbourgeois surfe sur les styles musicaux qui l’ont forgé et fait le pari de rénover une musique endormie : la variété française. Nourrie de ses fantasmes, de sa vie quotidienne et de ses prétentions futures, la musique d’Arthur ELY coupe court à la frilosité ambiante pour assumer une identité forte : des riffs de guitare électriques sur des basses sombres, du rap sur des synthés épiques et des refrains lyriques. Voilà ce qui différencie Arthur ELY des autres produits !..."

Le disque (argumentaire officiel) :IMG_7750 (2).JPG

Standard, son premier EP (re) vient de loin: tennisman en devenir, Arthur Ely ne jure que par la raquette jusqu’à ce qu’un mauvais coup mette un terme à son cursus de Sport Etudes en même temps qu’à ses rêves de Grand Chelem. La guitare servira la catharsis: entre colère et déception, les 6 cordes deviennent une obsession. Jamais naïf, comme il le révèle désormais -« J’fais ça pour la thune », chante-t-il semi-ironiquement sur « À Raison ou À Tort » -, il plonge dans la musique, rêve de Miles Davis et écoute Django Reinhardt, obsédé par la soul, le blues et Jimi Hendrix. Jusqu’à ce que surgisse le rap, monolithique, immense et plein comme un soleil noir. Les manières des stars du genre, le home-studio et la MAO deviennent nouvelle religion  au service d’un ego trip qui sert à la perfection ses rêves de gloire et se décline désormais sur ces 5 titres au creux desquels se mêlent les lignes de l’intime, de l’authentique, et celles du fantasme. Mais il y a plus : on ne sait pas bien si Arthur Ely rappe sur une variété française dont il a envoyé promener le beau-parler, MaBZSWJQ.jpeg.jpgla poésie désuète, au profit d’un verbe egocentrique hanté par les rappeurs  français, ou s’il chante de manière neuve sur les beats  abrasifs  du  hip-hop  moderne  ;  le  fil  est  fin,  le  rasoir  aiguisé,  la  diction  singulière,  repeinte  d’un  chant  personnel, d’inflexions discrètes pillées en secret chez une poignée de rappeurs comme chez les grands conteurs de la variété française.

Propulsé par le clip de son single « Le Dernier homme  », il crève désormais les baffles, armé d’une séduisante désinvolture, d’un verbe lourd et chargé de sens,  tour à  tour moqueur, bourré d’ego ou de mépris  rentré. Un  fantasme de petit garçon arrogant où Blanche-Neige est une pute et où les portes s’ouvrent comme par magie. Une mégalomanie de poche, assumée et parfaitement mise en scène. 

Le rêve, le Grand Chelem et la gloire: voici Standard.

36311530_2087597001528088_7942961385913188352_n.jpg

IMG_7748.JPGInterview :

As-tu l’impression d’être différent des autres artistes de ta génération ?

Naturellement, j’ai toujours l’impression d’être super différent de tout le monde, pas que dans la musique d’ailleurs. J’ai la sensation que ma vie est plus forte et que mes émotions sont décuplées par rapport à celles des autres. Dans le métier, je me sens décalé, parce que j’évoque aussi l’Histoire et la mythologie dans mes chansons, mais je sais qu’il y a beaucoup de choses à choper dans l’énergie vivante des gens de ma génération.

Avant cet EP, tu étais plus dans la chanson « poétique ».

Au départ, j’étais simplement guitariste donc je faisais de la musique instrumentale. J’écoutais principalement du hard rock et du jazz. Quand j’ai commencé à écrire seul mes chansons, il est vrai que mon écriture était poétique. L’adolescent que j’étais visait Baudelaire, Rimbaud… c’était le passage obligé. Un jour, l’écriture poétique m’a fatigué parce qu’elle me paraissait désuète, déconnectée et superficielle, je me suis donc mis à écouter du rap. Beaucoup. Cela m’a incité à parler plus frontalement de ce que je vivais, quitte à ce que la poésie qui était encore en moi puisse sortir de manière différente.

Quel est ton rapport à la musique ?

Je suis persuadé, et ce de manière têtue, que je vais faire de la musique mon métier et que j’atteindrai la gloire. J’écris moi-même ma mythologie pour que la prophétie se réalise.

Clip de "Le dernier homme", extrait de l'EP Standard

La plupart de tes chansons évoquent aussi ta musique.XYE2MQLg.jpeg.jpg

J’ai tendance à être fatigué par les artistes qui prétendent que leur création est quelque chose de totalement pure et autonome. Je n’y crois pas. Il y a aussi beaucoup de business derrière. Ca me parait normal et sain, en tant qu’artiste, d’être un peu traversé et perturbé par ces trucs-là. De tout temps, l’art a été contraint par des considérations économiques. Je peux paraitre un peu provocateur sur le monde de la musique, mais je le suis surtout envers moi. Quand je dis « au début, la musique, c’était une passion, maintenant, j’ai l’impression de faire ça pour la thune », je ne dis pas ça pour énerver les gens, c’est quelque chose qui me perturbe vraiment.

Comme chez les rappeurs, il y a beaucoup d’ego trip dans tes chansons.

Quand j’ai commencé à mettre la poésie de côté dans mon écriture, je me suis beaucoup servi de l’ego trip. Ça m’amusait. L’ego trip finalement est plus sincère que tout autre texte poétique et faux modeste… et au final, ça permet de moins se prendre au sérieux et d’être plus direct. C’est aussi une manière de dédramatiser un peu quelque chose que j’ai en moi. Je me choque moi-même de la pulsion que j’ai de vouloir me sentir supérieur aux autres et de vouloir dominer tout le monde. En parler de manière assumée, ça me permet de ne pas être comme ça dans la vie de tous les jours avec ma famille et mes potes… et de ne pas être insupportable.

Je comprends en t’écoutant me parler que tes chansons sont au premier degré, alors que je pensais qu’elles étaient au second.

Tu as raison, il fallait que ça sorte et c’est sorti ainsi. Mais le second degré, je crois l’avoir vis-à-vis de moi-même.

Clip de "A raison ou à tort", extrait de l'EP Standard.

sME_oi5Q.jpeg.jpgEst-ce qu’Arthur Ely est un personnage ?

Ce n’est pas un personnage comme Matthieu Chédid se métamorphose en M par exemple. J’aime juste jouer sur un côté théâtral. Je fais en sorte qu’il y ait plusieurs personnages qui représentent chacune de mes pulsions. Je montre cela dans mes clips.

Es-tu un homme pressé ?ef4newfo.jpeg.jpg

Par rapport au fait d’atteindre la gloire à tout prix, oui. Je suis pressé, mais avec une certaine exigence. Quand je suis arrivé à Paris en guitare-voix, beaucoup me demandaient pourquoi je ne faisais pas The Voice. Je sentais que je n’étais pas encore assez solide et que se presser pour se presser ne servait à rien. Il fallait que je sois plus en accord avec ce que je voulais faire. Oui, je suis pressé, oui, j’ai la dalle, mais en sachant qu’il faut le temps de construire un vrai projet.

Vouloir dominer le monde, c’est bien dans ce métier. Ça permet d’avancer plus vite, sans état d’âme non ?

Ce métier est une grosse compétition quand même. J’ai fait pendant longtemps du sport de compétition, donc j’ai ce truc-là en moi. Il faut croire en soi, c’est le seul moyen d’avancer.

Photograsmique.jpg

(Photo : Photograsmique).

Tu sens que l’on s’intéresse à toi de plus en plus, professionnellement. Tu étais la semaine dernière, 3ZGuDdBw.jpeg.jpgl’invité de Didier Varrod dans Foule Sentimentale sur France Inter avec Patrick Bruel et Gringe notamment. Ça te fait bizarre de te retrouver dans ce genre de situation ?

Non, ça ne me fait pas bizarre. Depuis que j’ai commencé la musique, il y a 6 ans, je sais où je veux aller. Ça peut paraître prétentieux, mais je t’assure que ça ne l’est pas. Je ne suis surpris par rien parce que je suis au début de ma carrière et que je continue à construire, alors je n’ai pas le temps d’être subjugué par ce que je traverse. 

Tu es au début de ta période promo. Tu aimes ça ?

Les chansons de l’EP ont été composées entre 6 mois et un an. Je dois défendre des titres alors qu’en termes de création, je suis déjà sur autre chose. Il y a un léger décalage.

Tu sais que tu es un peu clivant ? Tu peux énerver certaines personnes par ton côté un peu arrogant et sûr de toi.

Ça ne me dérange pas. Je ne veux surtout pas être lisse et ne rien provoquer. Je lutte pour ne pas paraître banal. Dans mes chansons, il y a pas mal d’ego trip, je te l’accorde, mais si on écoute bien, il y a aussi beaucoup de sensibilité, de paradoxes. Il y a des jeux contradictoires.

ED0Exm8g.jpeg.jpg

Tu parles aussi de tes parents. Le père disparu, la maman que tu as envie de gâter pour ne pas qu’elledPYDFzVg.jpeg.jpg ressente la perte de son mari…

Tout est vrai. Ça va avec la prophétie que je me souhaite. La figure de la mère et du père dans les cieux, c’est un peu ma mythologie… j’en ai besoin.

Vocalement, tu varies beaucoup les tonalités de ta voix.

Je me suis aperçu que les chanteurs que j’appréciais étaient ceux qui avaient des modulations différentes. J’essaie de travailler ça. Avoir une voix virile, puis enchaîner avec quelque chose de très rappé, puis plus susurré… je suis à l’étape 10 sur 100 de mon travail vocal, j’en ai conscience.

Te considères-tu comme un produit ?

Oui, et il vaut mieux l’assumer. C’est ce que je fais en appelant mon EP Standard et en mettant en avant une bouteille de parfum. C’est à la fois un produit de luxe et quelque chose que tout le monde peut acheter parce qu’au final, ce n’est pas si cher par rapport à d’autres produits de luxe. Une fois que l’artiste assume que c’est un produit, il est plus libre de créer comme il veut.

C’est dur d’être libre dans ce métier ?

La liberté, il faut savoir où elle est, il faut savoir la préserver, c’est très mouvant. J’essaie d'y penser sans cesse pour me sentir plus libre que je ne le suis. La liberté se construit et doit se maitriser.

Je crois savoir que tu apprécies Daniel Balavoine. Qu’aimes-tu chez lui ?

Le souffle, la voix, la force des paroles et des mélodies. Balavoine, c’est l’idéal que j’essaie d’atteindre.

IMG_7749 (2).JPG

A la fin de l'interview, le 4 décembre 2018.

30 novembre 2018

Vianney : interview pour son album live "Le concert"

30652733_994845297336423_3252730529775352142_n.jpg

Interview pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté des mois de novembre et décembre 2018.

AUCHAN42 - P14 a (2).jpg

AUCHAN42 - P14 a (3).jpg

35225688_1033015663519386_678732732599107584_n.jpg

"La même" (Live) extrait du CD-DVD "Le concert", enregistré à l’AccorHotels Arena.

AUCHAN42 - P14 a (4).jpg

"J'm'en fous" (Live) extrait du CD-DVD "Le concert", enregistré à l’AccorHotels Arena.

21 novembre 2018

Sacha Toorop : interview pour Les tourments du ciel

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandor

(Photo : Lara Herbinia)

Le liégeois Sacha Toorop revient avec un nouvel album à mi-chemin entre jazz, chanson française et pop : "Les Tourments du Ciel". Onze titres qui abordent les thèmes universels des voyages, des clivages, des espoirs. Comme à son habitude, ses titres jazzy-pop au style très personnel sont surmontés de sa voix pleine de sensibilité.

Pour être franc, je ne savais de Sacha Toorop pas grand-chose, sauf qu’il était le batteur emblématique de Dominique A (mandorisé là maintes fois). Quand j’ai écouté son nouvel album, j’ai eu la curieuse sensation d’être passé à côté d’un grand artiste. Il fallait rattraper le temps perdu et rencontrer ce curieux et passionnant personnage  (qui sera demain, le 22 novembre 2018 au Studio de l’Ermitage, à Paris). Ainsi fut fait le 14 novembre dernier dans un bar de la Gare du Nord.

Mini biographie officielle:

Entre collaborations fructueuses – Dominique A, Yann Tiersen ou Axelle Red – et projets musicaux personnels, Sacha Toorop crée depuis quinze ans un univers unique, entre rock expérimental, chansons désabusées et jazz enfumés. Autodidacte passionné, multi-instrumentiste chevronné, Sacha Toorop, c’est cette voix insaisissable, cette plume d’orfèvre qui nous guide vers des contrées inexplorées aux frontières du rêve et de la réalité.

Après 5 albums à la tête du groupe Zop Hop Op et un premier opus en langue française, Sacha Toorop revient avec Les Tourments du Ciel, un nouvel album qui dévoile son plaisir à jouer de la langue française et à expérimenter les musiques qui le transportent.

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse) :

Les Tourments du Ciel est un album à double teinte, clair et obscur, à l’image de son auteur, voguant entre les zones troubles d’ombre jazz et de lumière pop. De sa voix douce et écorchée, Sacha Toorop dépeint avec naïveté et passion onze tableaux des tourments de la vie d’un homme aux prises avec ses angoisses et joies personnelles qui sont aussi universelles. Onze titres, chacun possédant son essence si particulière. «La Route 69» nous emmène aux surprises d’un amour sur un bitume musical brûlant et entêtant. « Orient Occident » décline, au travers des voix de Françoiz Breut et de Sacha Toorop, les clivages entre les antinomies communes. «Je Te Reviendrai» nous rassure sur les intentions de cet homme croisé et aimé. «Aussi Belle Est Douce » nous enamoure pour cette « sirène qui soulève des montagnes » et nous rappelle aux contradictions des jeux de l’amour. La carrière d’ «Anne » nous heurte tendrement à l’envol de nos enfants, parfois loin de nos espérances.

Le tout est chargé d’épaisses volutes sublimées par le jazz et d’éclaircies soutenues par une musique pop assumée. Une invitation intemporelle à éprouver en solitaire ou rassemblés.

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandor

(Photo : Lara Herbinia)

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandorInterview :

Tu as commencé quand ta carrière de musicien ?

J’ai commencé en 1991. Mon arrivée en France, je le dois à Dominique A. J’avais fait une cassette avec 4 titres qu’il avait entendu à l’époque où il cherchait quelqu’un pour compléter un groupe qui existait déjà pour sa tournée « La mémoire neuve ». On s’est rencontrés lors d’un concert à Liège.

Tu t’es senti sur la même longueur d’ondes que cet artiste ?

Pas du tout. Quand j’ai rencontré Dominique, ce qui m’a fait rire, c’est qu’il m’avait parlé d’emblée comme si l’affaire était faite, comme si on allait partir en tournée… alors que je ne connaissais pas ce qu’il faisait. C’est moi qui lui ai dit que si ça se trouve, ça n’allait pas marcher entre nous deux. En fait, ça s’est très bien passé. La première année on avait 60 dates de prévue, on a terminé avec 140 dates au compteur. Ça m’a permis de connaître les salles françaises et le réseau musical de chez vous.

Tu t’es pas mal cherché avant de devenir musicien.

Oui, je faisais à la fois du dessin, de la peinture et un peu de musique. Je ne savais pas trop quoi faire.

Tu as commencé à chanter en anglais avec ton groupe Zop Hop Op.

C’était ma culture musicale à cette époque-là. J’étais jeune et j’écoutais beaucoup de musiques anglophones. Mon papa était musicien, j’ai donc écouté beaucoup de musique  quand j’étais petit, du rock’n’roll et de la country… c’était très américain.

Clip de "Je te reviendrai" extrait de l'album Les tourments du ciel.

Ton premier album en français, Au clair de la Terre, est sorti en 2006.

Au préalable, j’avais fait 6 albums en anglais avec Zop Hop Op. Ils ont été édité dans le Benelux et on a pas mal tourné avec, mais plutôt à l’Est comme en Hongrie et en Tchécoslovaquie… C’est resté un peu underground, mais nous avions un certain public qui nous suivait. Au clair de la Terre, je l’ai sorti sous mon vrai nom, Sacha Toorop. Puisque je chantais entièrement en Français, je trouvais que c’était bien de dissocier Zop Hop Op qui était une musique plus expérimentale, plus rock psychédélique, plus progressive, de cette nouvelle aventure qui était plus « classique ». Ce premier disque en Français m’a ouvert plein de portes et d’opportunités, du coup, j’ai mis Zop Hop Op de côté.

La langue française t’a rendu plus « sage » ?

Peut-être. Cet album a cette image-là en tout cas.

C’était un album de belles chansons, je trouve.

Je n’aime pas le terme « chanson ». Il fait très ancien, très daté, très établi et je n’ai pas le sentiment que ce que je crée est comme ça. Je n’ai pas la prétention de faire des chansons d’ailleurs, je fais plutôt des morceaux de musique, des expérimentations musicales et des expérimentations verbales. Je n’ai pas de structures d’écriture et je ne me sens pas auteur particulièrement. Ce que je couche sur papier, ce sont plutôt des flashs, des idées.

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandor

(Photo : Lara Herbinia)

C’est un problème de légitimité ?

Peut-être. J’ai l’impression qu’il y a une structure dans une chanson que je ne respecte pas toujours.

Parfois, c’est bien de mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Je suis le premier à le désirer, mais de là à dire que je le fais, je n’en sais rien.

Tu es modeste.

Non, je ne suis pas quelqu’un de très modeste. Je connais ma valeur plutôt. Je suis juste réaliste. Je suis un grand mélomane et j’écoute beaucoup de musique. Depuis une quinzaine d’année, j’ai comblé mes lacunes en chansons françaises anciennes. J’ai découvert Mouloudji, je me suis plongé dans toute la discographie de Brel, de Léo Ferré et bien d’autres. J’ai une image de la chanson française qui me semble pas tout à fait correspondre à ce que je propose, qui, encore une fois, est plus de l’ordre de l’expérimentation sonores. Ce que je crée n’est jamais très réfléchi. Je suis un spontané et autodidacte. Je découvre les choses en les faisant.

Clip de "Aussi belle est douce" extrait de l'album Les tourments du ciel.

Dans ton nouveau disque Les tourments du ciel, tes morceaux sont très variés et accessibles à toutes les oreilles en tout cas.

De disque en disque, c’est mon grand souhait : être de plus en plus clair, accessible et lisible.

Tu as travaillé avec des gens aussi différents que Dominique A, Axelle Red, Yann Tiersen, Adamo… tu puises quelque chose dans chacun des artistes que tu as accompagnés ?

Au départ, je ne suis fan d’aucun de ces artistes, mais je le suis devenu parce que j’ai rencontré les personnes. Adamo, il le dit lui-même, une grande période de sa vie, on l’a pris pour un ringard. Moi-même j’ai cru ça. Je pensais qu’il avait fait son temps. Avec le temps et la maturité, on redécouvre des choses impressionnantes dans son répertoire. Ce que j’aime bien aussi chez lui, c’est qu’il a gardé sa naïveté après un si long parcours. Ca inspire le respect.

Alors que tu joues aussi de la guitare, de la basse et du clavier, pourquoi es-tu pris uniquement comme batteur quand tu accompagnes d’autres artistes ?

C’est l’instrument derrière lequel je me suis placé spontanément quand j’ai commencé à jouer de la musique. On me demande plus d’être batteur parce que je pense avoir le feeling pour battre la mesure et amener le rythme quelque part. Au fil du temps, ça s’est presque dessiné tout seul et malgré moi. Au départ, quand je suis rentré dans l’équipe de Dominique A, lors de la première tournée que j’ai faite avec lui, j’étais bassiste, percussionniste et un peu claviériste. De répétition en répétition, de balance en balance, j’ai fini derrière la batterie et Dominique a apprécié mon groove. Pour la tournée de l’album Remué, il m’a demandé d’être son batteur. Au fond de moi, je ne me sens ni batteur, ni guitariste, je me sens simplement musicien.

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandor

(Photo : Lara Herbinia)

Côtoyer Dominique A t’a apporté quoi ?

Ça m’a sans doute un peu décomplexé et peut-être aussi un peu rassuré, ce qui m’a permis d’accepter de chanter en français. Il y a 20 ans, pour moi, c’était impensable.

Dans l’argumentaire de presse, j’ai lu «…voguant entre les zones d’ombres du jazz et la lumière pop ».

Tu as raison, c’est peut-être un peu cliché. C’est une bonne remarque. Le jazz, on l’imagine toujours un peu enfumé, un peu sombre et la pop, on l’imagine un peu solaire. Dans le fond  ce sont des termes qui ne veulent pas dire grand-chose.

Ca correspond à ce que tu es : sombre et lumineux ?

Je crois que ça correspond à ce qu’est tout être humain en général. On est tous pareils. C’est dommage qu’on ne s’en rende pas plus compte que cela, ça éviterait les clivages qui existent aujourd’hui. On est tous des êtres sur une même planète et dans le fond, on a tous besoin des mêmes choses : manger, boire, dormir, avoir de l’amour et de l’attention.

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandor

(Photo : Lara Herbinia)

L’être est paradoxal.

Paradoxal et un peu idiot même. Très idiot même. Je ne veux pas faire de philosophie à cinq francs, mais c’est dommage que l’on soit sur un si bel endroit, que nous soyons portés par une magie aussi gigantesque, qu’on soit si petit face à cette grandeur là… et qu’on soit dirigés par de si petits hommes.

A ta façon, tu as des textes engagés ?

Mes mots ne définissent pas un cycle d’histoire de A à Z. Il n’y a pas de fil précis à suivre, mais à travers mes mots qui émettent certaines images, on peut ressentir quelque chose de commun… Ecrire des textes engagés, c’est pourtant mon but, mais pas de façon frontal. Avec une certaine forme de poésie, de beauté et d’humour. Mon but est de fédérer des gens pour que l’on se retrouve en force.

Un artiste est là aussi pour changer le monde ?

Ce serait bien que la marche du monde prenne un autre pli. Si c’est par l’intermédiaire d’un écrivain, d’un chauffeur de taxi, d’un boulanger, d’un restaurateur, d’un camionneur ou d’un chanteur, je suis pour.

Et divertir les gens, c’est déjà pas mal, non ?

Ce serait génial que j’y parvienne. Je ne pense pas que mon style de musique peut divertir. J’ai l’impression que c’est trop sombre et trop compliqué.

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandor

(Photo : Lara Herbinia)

Ce n’est pas du tout ce que j’ai ressenti en écoutant ce disque. Je le trouve presque solaire…

Ça vient de moi, je me demande toujours si ce que je fais n’est pas trop pesant, si des gens vont vouloir écouter ça… Mon disque s’intitule Les tourments du ciel. Cela me semble refléter un état d’esprit commun aux gens que je vois autour de moi. Tout le monde est trop tourmenté, alors que ça pourrait être si simple. Comment on se complique la vie, c’est dingue !

Un chanteur doit-il être politique ?

Nous sommes politiques sans être politicien. Mais, s’adresser à un public et chanter un texte, c’est un acte politique, en effet. Peut-être qu’un chanteur devrait être politicien, tu as raison. Ça pourrait éclaircir plein de choses ou que ça accélèrerait certains processus.

Tu aimes la promo ?

Je n’ai pas fait 1000 disques, donc sortir un album, ça reste un évènement. Je suis très touché par l’intérêt que portent les médias en Belgique et en France aux Tourments du ciel. On me reçoit, on me pose des questions, on me demande d’où je viens, d’expliquer ce que je fais. C’est agréable de voir qu’on s’intéresse à mon travail, qu’on le chronique. C’est autant enrichissant que réjouissant.

Ce n’est pas gênant de parler de son œuvre ?

Non. C’est gratifiant. On a tous besoin qu’on s’intéresse à nous. Moi, je me cherche toujours un peu, je suis pétris de doutes, ça me touche donc beaucoup que l’on me donne la parole et que l’on me demande des explications pour approfondir certaines choses. 

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandor

Le 14 novembre 2018, après l'interview.

19 novembre 2018

Thomas Cogny, Arthur Le Forestier et Bruno Guglielmi : interview pour l'album de STAFF

thomas cogny,bruno guglielmi

« STAFF, c’est la contraction d’Astaffort » explique le dossier de presse. « L’esprit et l’âme de ces rencontres entre créateurs de musiques actuelles, auteurs et compositeurs de chansons, imaginées et créées par Francis Cabrel (mandorisé là) et organisées par l’association Voix du Sud depuis 1994 (dont je parle en détail ici). Le génie de cette initiative : repérer, encourager les talents, et associer les forces d’auteurs compositeurs aux parcours différents. Les allier dans un seul but : provoquer de l’étincelle, de l’inspiration, et constituer un collectif autour de la création d’œuvres musicales. »

Pour la première fois, un album vient donc concrétiser les chansons produites par la parfaite harmonie de l’équipe formée pour les 45èmes rencontres parrainées par Julien Doré (mandorisé là) en septembre 2017. Thomas Cogny a assuré la cohésion musicale en arrangeant et réalisant l’album, secondé par Bruno Guglielmi et Arthur Le Forestier. J’ai rencontré ces trois artistes le 31 octobre dernier dans un café de la capitale.

44792241_10213481493420911_5795639288813060096_n.jpg

L'équipe de STAFF.

Qui est STAFF  (extrait de l’argumentaire de presse officiel)?

Qui sont ces 13 artistes qui composent le groupe ? Fidélité à l’esprit d’Astaffort, ils viennent des quatre coins de la francophonie et développent tous séparément un projet en tant qu’auteur, compositeur ou/et interprète. La plupart ne se connaissaient pas, certains si peu, et les voici réunis dans la même aventure, prêts pour dix jours d’odyssée enchantée : La franco-ontarienne Céleste Lévis, la diva pop Stellia Koumba d’origine gabonaise qui s’est fait remarquer par un spectacle dédié à Édith Piaf, la chanteuse et comédienne Aelle, les deux sœurs d’origine malgache Antsa & Mendrika, le belge Quentin Maquet leader du groupe de country folk Dalton Telegram, le guitariste Cheveu, l’auteur et multi-instrumentiste Bruno Guglielmi qui a notamment écrit plusieurs chansons pour Julien Clerc, le chanteur Arthur Le Forestier, le trublion de l’électro acoustique Ben Michel, le chanteur tarbais Baptiste Braman, le musicien pop à voix haut perchée Valentin, le très bashungien Grimme qui pour la première fois chante en français, et enfin le guitariste Thomas Cogny.

Staff.jpgLe disque (extrait de l’argumentaire de presse officiel) :

L’idéal de l’entreprise est respecté : chacun donne le meilleur de soi dans l’intérêt du collectif. Au gré des créations, les artistes se croisent, les sensibilités se frôlent et s’additionnent, des duos, des trios se composent, les forces se répondent et se multiplient. De ces alliances inédites naissent des textes et des musiques originaux qui ont pour dénominateur commun la joie de créer ensemble. Cette énergie et cet idéal se retrouvent dans les chansons :

Ce qui frappe à l’écoute de ces titres, c’est leur grande diversité et leur belle exigence. En confiance, chacun donne le meilleur de soi. C’est le message des deux chansons citées, mais on pourrait parler aussi de la pureté classique de Les coups de peinture, du surréaliste et trippant : « Victoria », du fédérateur à l’esthétique country : « Dans mes yeux », ou de la fausse légèreté réjouissante de ce constat improbable : « C’est l’heure où toutes les meufs appellent pour dire bonne nuit ». L’humour n’est jamais loin, la volonté de faire des chansons qui restent dans la tête – et dans le temps - omniprésente.

Le STAFF s’est mis au service des chansons, a bénéficié des conditions créées par Francis Cabrel et de la bienveillance experte de Julien Doré.

Un album à la fois éclectique et tenu par la force, la vitalité de faire de la musique ensemble.

Francis Cabrel explique le projet STAFF.

IMG_7206.JPGInterview :

Ce sont les Rencontres d’Astaffort qui vous ont réuni. Pourquoi avez-vous participé à ces « rencontres » ?

Bruno Guglielmi : C’est Anne-Claire Gaslene qui nous a proposé de vivre cette aventure.

Arthur Le Forestier : On me l’avait proposé une première fois quand j’avais 20 ans, mais je ne me sentais pas du tout faire ce genre de chose. Année après année, j’entendais beaucoup de bien de ces Rencontres. A chaque fois que je croisais Anne-Claire ou Francis Cabrel, ils me demandaient quand j’allais venir. La dernière fois que cette proposition m’a été faite, avec Bruno, nous avons accepté.

Bruno Guglielmi : Il y a aussi Benoit Dorémus (mandorisé là) qui m’en avait parlé. Il a achevé de me convaincre. Parce que je suis un animal un peu farouche, ça ne me tentait absolument pas. Il a su trouver le mot pour m’inciter à accepter. Je n’avais pas envie de sortir de chez moi pour frotter mon expérience à celles des autres. Aujourd’hui, je ne regrette pas.

Thomas Cogny : C’est la première fois que je faisais les Rencontres mais cela faisait trois fois que j’allais à Voix du Sud pour les « Répertoires ». En discutant avec Pascal Bagnara et Béatrice Pontens, ils m’ont très fortement conseillé de participer aux 45e Rencontres. Du coup, j’y suis allé avec mon pote Baptiste Braman.

Bruno Guglielmi : Je me souviens qu’avec Arthur, sur la route, on hésitait encore jusqu’au dernier moment. Nous étions fébriles. Arthur s’arrêtait sur chaque station d’autoroute pour faire demi-tour. On se demandait pourquoi on allait s’infliger une peine pareille… et évidemment, dès que nous sommes arrivés, notre angoisse s’est envolée.

44757004_1913760468661623_142004306139152384_n.jpg

Francis Cabrel et le groupe lors de la présentation de l'album STAFF aux Nuits de Champagne, le 25 octobre 2018.

arthur-le-forestier © Magda Lates.jpgEt comment ça s’est passé ? (Photo à droite : Arthur le Forestier par Magda Lates)

Arthur Le Forestier : Ce qui est rigolo, c’est que nous travaillons beaucoup ensemble dans la vie avec Bruno. A Astaffort, la première semaine, nous n’avons eu aucune collaboration commune. Le premier jour, ça s’est bien passé au niveau de l’écriture. De belles choses sont sorties. Mais le lendemain a été terrifiant.

Bruno Guglielmi : Jérôme Attal (mandorisé là) nous a mis un petite claque. Il nous a dit que ça n’allait pas du tout. Et effectivement, c’était beaucoup moins bien que la veille, alors ça nous a fait du bien d’être « brusqué » un peu.

Arthur Le Forestier : Quand on écrit à plusieurs, il faut mettre son ego au placard.

Bruno Guglielmi : J’ai une technique d’écriture, une méthode bien à moi. Quand un formateur comme Jérôme Attal, pour lequel j’ai un profond respect mais qui n’a pas du tout la même façon d’écrire que moi, te dit « franchement, ça, ce n’est pas bien ! », il faut savoir l’entendre et ravaler sa fierté. Au fond, ça fait même du bien de sortir de ses habitudes, surtout que ces réflexions sont dites avec bienveillances et nous savons que c’est pour le bien du groupe. Ce n’est jamais gratuit.

Le troisième jour, ça s’est mieux déroulé ?

Arthur Le Forestier : Oui, on avait récupéré et à partir de ce moment-là, tout a roulé.

Courts extraits des chansons de STAFF en live.

Au final, Francis Cabrel a trouvé toutes les chansons qui ont été choisies pour le spectacle de fin de thomas-cogny.jpgstage extraordinaires. Et il ne dit pas cela à chaque fois. Vous aviez conscience vous-même que vous teniez là un sacré répertoire ? (Photo à droite : Thomas Cogny)

Thomas Cogny : Il a fallu qu’on nous le dise parce qu’on avait trop le nez dedans.

Bruno Guglielmi : On savait qu’il y avait vraiment quelques chansons intéressantes, comme celle d’Arthur, « Les coups de peinture » ou « Les éoliennes » chanté par Antsa et Mendrika.

Thomas Cogny : J’insiste sur le fait que Francis Cabrel trouvait qu’il y avait surtout une belle cohésion dans le groupe, entre les chansons et les artistes que nous sommes.

Bruno Guglielmi : Il y avait une belle unité, mais en plus Francis Cabrel a vite repéré que Thomas avait des capacités de réalisateur. Il avait déjà fait des petites productions avec son ordi. Bref Francis a dû se dire qu’il y avait des chansons vraiment valables, que le groupe se tenait et qu’il y avait un mec qui pouvait tenir tout ça.

Thomas Cogny : En plus, dans le groupe, il y avait un bassiste, des guitaristes, des pianistes, un batteur… on avait besoin d’aucun élément extérieur. Juste Julien Lebart (intervenant « musiques » des Rencontres d’Astaffort) a participé au clavier et j’ai beaucoup aimé sa façon très moderne d’appréhender les morceaux.

La réalisation de l'album par Thomas Cogny, Bruno Guglielmi et Arthur Le Forestier.

bruno-guglielmi © Magda Lates .jpgComment vous a-t-on annoncé qu’il y aurait un album ? (Photo à gauche : Bruno Guglielmi par Magda Lates)

Thomas Cogny : Toi qui passe parfois à Astaffort, tu sais comment ça se passe en fin de soirée après le spectacle. On est dans l’euphorie… Avec Bruno, on a décidé d’aller voir Francis Cabrel.

Bruno Guglielmi : Excuse-moi, je te coupe, mais il nous avait dit avant : « ça serait bien de faire un CD ». Nous, nous exultions, mais il n’est pas revenu sur la question.

Thomas Cogny : Du coup, on se chauffait tous depuis deux jours pour cette histoire d’éventuel CD. Avec Bruno, nous sommes donc allés lui demander comment ça allait se passer pour ce disque.

Bruno Guglielmi : On savait qu’il fallait saisir cette chance avant qu’il quitte la soirée. On lui a dit qu’on pouvait le faire. L’idée était qu’il fallait qu’il ait confiance en nous et en notre capacité à mener à bien ce projet. Tout de suite, il nous a dit que c’était faisable, que l’on pouvait loger à Voix du Sud, qu’on allait s’arranger pour les repas… bref, on a eu l’impression que dans sa tête, la machine était en route.

Thomas Cogny : On a discuté un quart d’heure sur ce sujet et deux semaines après, on nous a appelés pour nous dire que le projet était accepté officiellement. Ils m’ont nommé réalisateur. Avec Arthur et Bruno on a très vite commencé à travailler sur l’album.

Clip de "Comme en exil".

Cabrel  vous a filé les clefs de son studio ? 14666269_10207794448720937_6764912578973596172_n (2).jpg(Photo à droite : Bibi avec Baptiste Braman et Thomas Cogny.)

Thomas Cogny : D’abord, on a mis tout en place avec Bruno et Arthur. Mise à part le fait d’arranger, nous nous sommes aussi occupés de tout l’aspect logistique. Faire le planning n’a pas été une mince affaire à cause de la disponibilité des uns et des autres. Nous nous sommes fixés d’enregistrer du 7 au 14 janvier 2018.

Bruno Guglielmi : Il fallait définir qui allait jouer quoi. Ensuite, nous avons préparé des maquettes bien ficelées pour que Francis Cabrel soit en confiance. On ne voulait pas le faire flipper en arrivant avec des guitares-voix. Thomas a bien gérer le truc et Arthur et moi étions les aides de camp.

Thomas Cogny : Quand tu dis que Cabrel nous a filé les clefs de son studio, c’est vrai, mais il y avait son ingénieur du son, Sébastien Bramardi, pour nous chapeauter. Il était à 100% avec nous quand il a vu que nous sommes arrivés avec des chansons bien avancées. Au début on devait être au studio à 9h30 et le quitter à 19h. Ce n’est jamais arrivé. On quittait le studio parfois à 4 heures du matin. Une semaine pour faire un album, c’était hyper chaud.

IMG_20181025_130117.jpg

Quelques membres du groupe.

IMG_20181025_205320.jpgIl a fallu que vous ménagiez la susceptibilité des 10 autres artistes, je présume. Répartir les chansons de manière à ce que personne ne se sente lésée.

Bruno Guglielmi : C’est Francis qui a fait le choix des chansons… c’était toutes celles du spectacle. On a juste enlevé deux titres. Tout le monde a sa chanson et nous nous sommes partagés les instruments. Ça a été plutôt simple.

Et un jour, il faut faire écouter à Francis Cabrel le résultat final. 

Thomas Cogny : Il venait tous les jours au studio, donc il a entendu l’évolution petit à petit.

Bruno Guglielmi : Il donnait son avis, mais discrètement. Il nous a vraiment laissé faire. Il a joué une guitare et des chœurs. Il est hyper cool. A son image. Je me souviens que quand Thomas avait besoin d’un effet, il était là : « Je vais te le chercher cet effet. Il partait chez lui et il revenait avec des effets qui ressortaient super bien. » Il nous a donné accès à toutes ses guitares. Accéder à toutes les guitares de Francis Cabrel, c’est le délire.

IMG_20181025_102953.jpg

IMG_20181025_204728.jpg

STAFF sur scène.

Ces chansons ont été faites dans l’urgence lors des Rencontres. Avez-vous modifié certains textes pour le disque ?

Thomas Cogny : Ca nous est arrivé de revoir tous les aspects d’un morceau, ses structures, comme dans « New York »… mais très peu les textes. Sur « Sauve-moi », on est reparti de zéro parce que ça ne collait pas. On voulait vraiment que l’album soit parfait, juste et bon, manière aussi de faire honneur à ces Rencontres.

Avant de clore cette interview, pouvez-vous me dire quels sont vos projets respectifs ?

Arthur Le Forestier : Là, je travaille beaucoup sur l’album de mon père (Maxime Le Forestier, mandorisé ici) en tant que guitariste. Je suis un peu mono tâche, donc pour le moment, je ne me concentre qu’à cela.

Bruno Guglielmi : J’ai des chansons que j’ai envie de rassembler pour en faire un album. J’écris aussi pas mal pour d’autres artistes, mais je n’en parle pas tant que ce n’est pas validé. Je suis comme Arthur, je travaille sur un projet, ensuite, je passe au prochain. Là, je suis au stade de réflexion.

Thomas Cogny : Après cette expérience de réalisation et d’arrangement, ça m’a beaucoup plus. Je crois que je vais continuer dans ce domaine. Je fais des arrangements et je compose pour d’autres et aussi pour moi. Là, j’ai fait un arrangement avec pas mal de moyens pour un groupe qui vient de signer chez Universal, « « La dérive ».

IMG_7209.JPG

Avec (en haut) : Bruno Guglielmi et bibi. (En bas) Arthur Le Forestier et Thomas Cogny.

thomas cogny,bruno guglielmi