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30 mai 2019

Buzy : interview pour Cheval fou

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(Photo : Lo Bricard)

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorAlors que L’Harmattan réédite Engrenages (récit de la vie de Buzy jusqu’au début des années 2000), son nouvel album, Cheval Fou vient prouver de la plus belle des manières que cette artiste se conjugue aussi bien au présent qu’au futur. Soyons clair, la toujours aussi inspirée Marie-Claire Buzy n’a rien perdu de sa superbe et son retour (le 14 juin prochain) est une bonne chose pour le rock français.

Cheval Fou séduit sur tous les plans. Voix impeccable, mélodie imparable, texte puissant et profond.

Le site officiel de Buzy.

Pour commander le disque Cheval Fou.

Buzy, je l’avais déjà mandorisé là (avec deux artistes de la nouvelle génération qui lui rendaient hommage).

Le 9 mai dernier, je me suis rendu chez elle pour une deuxième interview, cette fois-ci en tête à tête. Et c’était bien.

Biographie officielle (par Christophe Basterra) :buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

Neuf ans, dans un univers qui a la mémoire aussi courte, autant dire que cela s’apparente à une éternité. Neuf ans, donc, qu’est sorti Au Bon Moment, Au Bon Endroit, le dernier album de Marie-Claire Buzy. Un silence juste brisé par un disque hommage, où quinze artistes de la scène indépendante française rappelaient la pertinence d’une chanteuse pour laquelle tout a commencé en 1980.

Depuis, il y a eu huit albums studio, une quinte de hits (à commencer par « Dyslexique », « Adrian », « Body Physical », « Engrenage », « Baby Boom »…), une compilation, des collaborations prestigieuses comme autant de “moments de magie” (feu Serge Gainsbourg et Daniel Darc, Jean Fauque, Rodolphe Burger, Gérard Manset, excusez du peu) et un nouveau métier au début des années 2000, elle est aujourd’hui psychothérapeute. Une aussi longue mise entre parenthèses n’est bien sûr pas innocente. Il y a d’abord eu l’absence de toute motivation pour retourner se frotter à “un milieu compliqué”.

Il y a surtout eu de ces deuils dont il faut du temps pour cicatriser. Et, puis, petit à petit, cette envie d’écrire qui revient – cette écriture qui chez elle est comme une seconde nature, l’ami qui lui propose d’y retourner.

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorLe disque : argumentaire officiel par Christophe Basterra) :

La genèse de Cheval Fou est d’une simplicité absolue. Marie-Claire a donc repris la plume, d’autant qu’elle avait des choses à dire, consternée par une société où tout n’est que “cris, chaos, rétrécissements et renfermement sur soi-même …”.

Et l’indifférence n’est pas à son programme. Alors, sur fond de rock incarné (parfois, souvent, on pense à un Bashung au féminin), ce nouvel album se dévoile sous le jour d’un disque “poétique et politique”. Un disque qui doit aussi beaucoup à ce qu’elle appelle joliment des “collaborations heureuses” avec des artistes d’une même sensibilité. Comme l’ami de longue date Arnold Turboust, qui a habillé de son plus beau piano « Journées Nuages ».

Comme l’actrice Anna Mouglalis, qui est venue prêter sa voix grave à la Nico sur le si bien nommé « Prière », chanson épurée qui résonne comme un mantra. Comme Bertrand Belin qui, après une rencontre de trois heures dans un bistrot parisien, a imaginé la musique du virevoltant « Où Vont Mourir Les Baleines », amer allégorie sur le sort des migrants. En dix chansons, Marie-Claire Buzy fait ainsi « Le Tour De Nos Têtes », mais aussi et surtout le tour de ses craintes et de ses espoirs.

Parfois, le temps de « Murmures », où elle propose de construire “des ponts contre les murs”, elle dresse le portrait d’une société qui ne fait pas toujours envie. Elle parle aussi d’amours impossibles et continue de mener une « Expérience Humaine ».

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(Photo : Lo Bricard)

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorInterview :

Tu es chanteuse, mais tu ne caches pas le fait que tu es aussi psychothérapeute depuis 18 ans. Est-ce une des raisons pour lesquelles tu peux prendre 9 ans entre deux albums originaux ?

Avant de faire de la musique, j’ai fait une année de médecine et psychologie en fac. On peut donc dire que je suis retournée à mes premiers amours. Contrairement aux années 80 et 90, aujourd’hui, mon cabinet est devenu ma profession et la musique un hobby… un hobby de luxe. Economiquement, j’ai parfaitement compris qu’à moins de faire des plateaux « années 80 » et chanter « Body Physical » et « Dyslexique », je n’allais pas m’en sortir. J’ai switché parce que vivre de la musique pour moi était impossible. J’ai eu le nez fin car il n’y a presque plus de disques dans les magasins et les mises en place sont désastreuses. Les téléchargements, c’est bien, mais ils nous rapportent une misère. Ça devient un luxe de faire un album.

Tu n’aimes pas les concerts « années 80 » ?

Je ne crache pas du tout dessus et je comprends que certains artistes y participent. Moi, psychologiquement, ça ne me convient pas. Vraiment, ce n’est pas un jugement sur ceux qui s'y adonnent.

Pourquoi te relances-tu dans cette bataille qu’est sortir un disque aujourd’hui ?

Un ami qui a lu mes textes m’a un peu forcé à me remettre sur ces rails-là. C’est comme un engrenage, c’est le cas de le dire (rires). J’ai rencontré un arrangeur, Damien Someville, avec lequel on a fait une grande partie de l’album. J’ai avancé à mon rythme, pas très rapide parce que j’avais mon cabinet à côté.

"Cheval fou", lyrics video.

Une fois le disque terminé, il fallait le sortir.

Là, je n’avais pas à ce point conscience des difficultés. J’ai pris des gens qui ont démarché les labels pour moi. Sans succès. Au bout d’un moment, j’ai pris la décision de mettre l’album en distribution et de prendre tout en charge financièrement. J’ai investi l’argent d’une voiture neuve d’un bon standing. Je m’aperçois que ce métier devient artisanal, mais j’ai un caractère à aller au bout du bout.

Toi qui as connu le succès dans les années 80, tu as donc aussi connu les années fastes de l’industrie musicale française.

A cette époque, les gens achetaient des disques et comme nous rapportions de l’argent, nous étions chouchoutés. Plus les années passaient, plus je voyais le déclin de cette industrie. Aujourd’hui, j’ai une vision du spectre très large du problème puisque je fais tout, productrice et distributrice.

C’est un disque « poétique et politique » nous dit-on dans l’argumentaire de presse. En quoi est-il politique ?

Je suis très affolée par tout ce qu’il se passe actuellement dans le monde, écologiquement parlant. Ça me rend malade les dauphins, les baleines, les poissons qui bouffent du plastique à cause de nous et qui viennent s’échouer sur les plages en suffoquant. J’en ai fait la chanson: « Où vont mourir les baleines ». On est dans une période aberrante sur le plan écologique. Je ne sais pas combien de scientifiques et d’artistes tirent la sonnette d’alarme, mais la prise de conscience n’est pas telle qu’elle devrait être. Apparemment, le gouvernement n’arrive pas à surmonter les lobbys. Ce qu’il se passe est super grave. Dans mes chansons, je veux parler de tout ça de manière assez douce et poétique pour que le message passe mieux.

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Tu es écolo ?

A fond. Je ne mange pas de viande depuis 25 ans. Je suis quand même rassurée quand je vois les enfants de 14-15 ans défiler dans la rue pour l’écologie, le climat. Cette génération-là sera peut-être celle qui sauvera la planète.

La société de consommation prend le pas sur le reste, non ?

C’est exactement ça. Les gens changent leur smartphone tous les 6 mois, achètent des fringues comme des malades alors que l’on sait que l’industrie textile pourrit les rivières… Cette génération va être dans un processus de décroissance, j’en suis certaine.

Dans « Murmures », tu dis « construire des ponts contre les murs ».

On voit que tous les pays sont en train de se refermer sur eux-mêmes et se transformer en petite dictature.

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Tu as parlé de « Où vont mourir les baleines ». C’est un duo avec Bertrand Belin.

Dès que j’ai découvert ce garçon, j’ai adoré. Je lui ai envoyé ce texte, nous nous sommes rencontrés dans un troquet et nous sommes restés ensemble pendant trois heures. Il m’a dit un truc sympa, mais qui m’a interpellé : « Tu sais Buzy, tu as de la chance d’avoir fait des tubes ». Plus tard, il m’a renvoyé la chanson en ayant arrangé plus de 85%. Je lui ai demandé s’il voulait faire des chœurs dessous. Il a accepté. C’est ce qu’on appelle un featuring.

A ne pas confondre avec un duo, comme il y en un avec Anna Mouglalis sur « Prière ».

Nous avons toutes les deux des voix graves, mais à côté d’elle, j’ai une voix aigüe (rires). J’adore cette femme depuis toujours. Dans le biopic sur Gainsbourg, elle jouait Gréco… elle était formidable.

En studio, ça s’est bien passé avec elle ?

Ça a été un moment de grâce. Diriger une artiste comme elle, c’était un luxe. Elle est très instinctive, très intelligente, très engagée aussi.

Cheval fou est un album qui te ressemble énormément.

Il n’y a pas tellement de différences entre mes chansons et ce que je suis. Je suis relativement brut de décoffrage, complètement cash. Je ne trafique rien, ni en tant qu’artiste, ni en tant que thérapeute.

Parlons de « Journées Nuages » composé par notre ami commun, Arnold Turboust.

Arnold est quelqu’un de très élégant et sa musique lui ressemble.

Tu l’as connu comment ?

A l’époque de « Body Physical » il sortait « Adélaïde », donc on a fait de la promo ensemble à l’époque. Aujourd’hui, nous avons à peu près la même éthique artistique. Nous n’aimons pas faire les plateaux des années 80, par exemple.

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Est-ce que l’on peut dire que c’est un album rock ?

Oui, on ne peut pas dire que ce soit un album de variété. J’ai toujours été comme ça. Je ne me mets pas une étiquette rock sur la tête pour faire bien, c’est naturel. Mais tu sais, Arnold aussi est rock. Il est rock dandy, moi je suis rock poétique.

Il y a une chanson qui m’a beaucoup touché c’est « Cosmic Brother ».

C’est une histoire vraie. Mon frère est décédé il y a 6 ans. J’ai mis longtemps à l’écrire parce que j’ai été très très affectée par la mort de mon cadet.

Sortir un nouvel album, cela provoque quoi ?

De la douleur. Je sais pourquoi j’ai arrêté. C’est comme un bébé. Je le vis vraiment comme un accouchement. C’est très anxiogène. Heureusement, mes fans me rassurent. Ils adorent l’album.

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Chez et avec Buzy, le 9 mai 2019, après l'interview.

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Bonus : quelques anciens succès.

Dyslexique (1981).

Engrenage (1981).

Adrian (1983).

Adrénaline (1983).

Gainsbarre (1985).

I Love You Lulu (1985).

Body Physical (1986).

Baby Boom (1987).

Shepard (1989).

28 mai 2019

Elmer Food Beat : interview pour Back in Beat

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

elmer food beat,back in beat,interview,mandor Elmer Food Beat c’est 1 million de disques vendus, des disques d’or et de platine, l’Olympia à guichet fermé, une Victoire de la Musique, plus de 1 000 concerts (de 20 à 20 000 personnes), des millions de kilomètres parcourus et des milliers de filles aimées….

Leur 6ème album, Back in Beat vient de sortir. Vous y trouverez des influences à la AC/DC, à la Ramones voire quelques accents à la Stéréophonics si vous tendez l’oreille. Avec ce disque, le groupe nantais prouve une fois de plus que l’humour est le rock ne sont pas inconciliables. Les riffs de guitares que l’on peut entendre dans ce nouveau disque sont dignes des plus grands musiciens de rock. Les nouveaux titres des Elmer sont souvent délirants, parfois surprenants, jamais répétitifs.

L'album est écoutable ici.

Le 8 mai dernier, et oui, un jour férié, j’ai rejoint deux membres éminents du groupe, Manou Ramirez (chant) et Vincent Nogue (batteur) au bar Les Ondes, à côté de La Maison de la Radio où il devait se rendre juste après notre interview. Manquait à l’appel, Grand Lolo (Laurent Lachater) et Kalou (Pascal Ambroset).

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

L’album (argumentaire de presse officiel, mais un peu écourté) :elmer food beat,back in beat,interview,mandor

Ce 6ème opus d’Elmer Food Beat intitulé Back in Beat est un clin d’œil au groupe mythique AC/DC. Clin d’œil tout d’abord graphique puisque la pochette, toute de noir et blanc vêtue avec une touche de rouge, fait référence à la non moins légendaire pochette de Back in Black des frères Young sortie en 1980. Il existe aussi un lien affectif entre Back in Black et Back in Beat. Le premier a servi d’éloge funèbre au très charismatique Bon Scott, décédé quelques mois avant la sortie du disque. Le second sort après la disparition de Twistos, guitariste, parolier et co-fondateur de Elmer. Mais la comparaison s’arrête là.

Back in Beat n’est certainement pas un album funèbre. C’est un album fun.

L’ensemble des titres célèbre plutôt un mode de vie dédié au rock. (« Ça c’est rock » ou « On a du bol »). Réalisé à Bruxelles dans le mythique studio ICP, les 4 membres d’Elmer se sont immergés pendant plusieurs semaines pour en sortir un son léché, quasi cousu main. Rien d’agressif ou de râpeux, plutôt une production tendue axée sur la guitare. Même si les filles et leurs atouts sont toujours aussi présents et sujets à convoitise, telle la belle « Lucille », c’est bien la guitare qui, avec ses courbes voluptueuses, reste la maitresse sans égale d’Elmer Food Beat (« Ma Guitare »).

Car Back in Beat est encore et toujours un album d’amour. Amour inconditionnel aux femmes et à tout ce qu’elles représentent, prenant même le parti engagé, en ces temps de #MeToo et autre #BalanceTonPorc, de s’adresser directement aux « lourdaux qui ne comprennent pas que l’on puisse refuser » et que « Quand la dame » dit non, et bien c’est non, ironisant même sur le train de vie libidineux d’un DSK dans « Dans ce cas ».

Cet album est peuplé d’excellentes chansons et taillé pour la scène où il n’est plus à prouver qu’Elmer prend corps et tout son sens. Loin de la vision étriquée d’un groupe qui chante des paroles égrillardes, Elmer Food Beat est composé de vrais et d’excellents musiciens. Et Back in Beat en est la preuve.

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

elmer food beat,back in beat,interview,mandorInterview :

Votre album est encore plus rock que le précédent.

Manou : Nous avons évolué depuis que nous nous sommes reformés en 2010. Nous nous sommes tracés un chemin dans lequel nous évoluons à chaque étape. Twistos ayant disparu juste avant de créer Back in Beat, Lolo a pris plus de place dans les compositions. Cela a donc accentué le mouvement, mais il était déjà initié depuis un moment.

Vincent : J’ajoute que cela faisait un moment que l’on voulait faire des disques qui se rapprochent de notre façon de jouer sur scène. On a donc joué plus brut et énergique. Bravo à Lolo qui a su adapter sa façon d’écrire les textes et la musique à la façon Elmer Food Beat. Il nous prouve bien qu’il a un gros niveau d’analyse musicale. Grand respect pour ce qu’il a fait.

Du coup, l’enregistrement s’est passé plus rapidement ?

Manou : En studio, nous n’avons pas les mêmes automatismes que sur scène. Si nous sommes parfois allés plus vite, c’est que nous avons beaucoup bossé les morceaux en amont. Tout était prêt quand nous sommes arrivés au studio ICP. En 15 jours, nous avons enregistré tous les titres… et sans pression.

"Ça c'est Rock" (clip officiel), extrait de l'album "Back In Beat". Réalisé par David Vallet.

Il y a dans ce disque des chansons qui font partie de votre ADN, mélange de cul et d’amour…

Manou : On ne peut pas s’empêcher de baser nos chansons sur le sexe, les filles, l’amour, le romantisme… parce que oui, nous sommes des grands romantiques.

Dans « Quand la dame », vous expliquez que vous vous êtes bien éclatés avec les femmes, mais uniquement si elles étaient d’accord.

Manou : C’est une chanson engagée. Nous traitons du sexe entre un homme et une femme. Moi, depuis tout petit, c’est une question d’éducation, j’ai toujours respecté les femmes. Tous les membres du groupe sont comme ça. On sait tous que « non », ça veut dire « non ». Ça ne veut pas dire « oui, peut-être ».

Vincent : On a souvent traité de sujets de société importants sous couvert d’humour. En 1991, on a parlé des capotes dans « Le plastique c’est fantastique ».

Manou : On constate qu’en concert, les filles n’hésitent pas à s’amuser avec nous, à monter sur scène… elles ont compris qu’on est juste là pour rigoler et que ce n’est pas parce qu’on raconte souvent des histoires de cul que nous sommes des gros salauds. On s’amuse ensemble, mais d’un commun accord.

Vincent : Il n’y a jamais rien de libidineux chez nous ou d’attitudes déplacées.

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

« De toutes tailles » est un hommage aux seins des femmes.

Vincent : Tu as interprété cette chanson ainsi, c’est bien, mais ce n’est pas que ça.

Manou : Disons qu’on ne nomme aucune partie de l’anatomie, mais que les femmes et les homos pourraient aussi se sentir concernés par cette chanson.

C’est la seule ballade du disque.

Manou : J’ai fait cette commande à Lolo. Je voulais un slow comme dans l’album 30 cm et la chanson « Brigitte ». Là, je lui ai même demandé de faire un slow à la Scorpion ou à la Metallica… un slow où les filles tombent comme des mouches quoi ! (Rires).

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(Photo : Gilles Simon)

Vous reprenez une chanson de Bijou, « Sidonie ». On dirait vraiment de l’Elmer Food Beat.

Manou : C’est Kalou qui nous a demandé de reprendre ce titre. Je le connaissais, mais en relisant le texte avec attention, j’avais l’impression que c’était du Elmer. C’était incroyable !

Depuis votre retour en 2010, vous sortez un disque tous les trois ans et n’arrêtez pas de faire des concerts. Elmer Food Beat est toujours en mouvement ?

Manou : Oui parce que lorsque nous sortons un disque, cela relance la machine pour deux-trois ans. Nous sommes tout le temps sur la route avec quelques pauses, mais c’est plutôt intensif. Moi, je ne fais pas de sport, mais j’ai besoin de faire des concerts pour sortir mon trop plein d’énergie. C’est quasi vital pour moi.

"Daniela", extrait du DVD Live des 30 ans filmé le 11 Juin 2016. Avec les caméras de TV Nantes, le son de France Bleu Loire Ocean, Les Machines de L'Ile, Stéréolux et la Ville de Nantes

Vous jouez vos nouvelles chansons, évidemment, mais aussi vos incontournables.

Manou : C’est agréable de jouer tous les nouveaux titres de l’album. C’est la première fois que l’on fait ça d’ailleurs. Mais on prend quand même beaucoup de plaisir à jouer les « tubes », car nous savons que le public les attend. On joue notamment presque en intégralité 30 cm, qui est un album culte, et quelques morceaux des autres disques.

Vincent : On adore interpréter Back in Beat car le public tente de nous suivre, mais il connait moins bien ces chansons. Ils sont très attentifs à tout et commence à s’approprier les nouveaux titres en même temps que nous. Par contre, dès que « Daniela » ou « Le plastique c’est fantastique » démarre, c’est de la folie totale.

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(Photo : Gilles Simon)

elmer food beat,back in beat,interview,mandorVotre public est fidèle et il évolue.

Manou : Nous sommes la Madeleine de Proust de certains. Nous leur rappelons leurs jeunes années, leurs premiers émois amoureux ou autres. Je vais dire un truc prétentieux, mais je le pense. Elmer, ça traverse les générations et c’est indémodable. 30 ans après, les gens disent qu’Elmer Food Beat c’est pareil qu’avant… c’est énorme !

Vincent : Nos fans de l’époque viennent désormais avec leurs enfants.

Manou : On n’est pas encore comme Aznavour où il y avait 4 générations, mais bon, si on tient encore un peu, qui sait ? Pour l’instant, nous sommes à deux générations.

Qui est le plus sage du groupe ?

Manou : Ca dépend des moments. Nous sommes tous à peu près sages ou à peu près pas sages.

Vincent : Le groupe, dans son ensemble, est plutôt sage, poli, bien élevé, modéré, réfléchi. Si en apparence on reflète un grand n’importe quoi, nous sommes tout l’inverse.

Manou : On a les pieds sur terre. Avec le recul, la sagesse et l’expérience, on profite à fond de ce qui nous arrive aujourd’hui.

"Les filles trop belles" et "Mytho", deux titres en acoustique d'ELMER FOOD BEAT pour La boite Noire du Musicien.

Vous êtes surpris d’être encore là ?

Manou : Parfois. Quand tu remplis des salles et que tu vois plein de gens chanter les chansons du groupe, tu n’en reviens pas. Nous savons que nous avons de la chance.

Vincent : Par contre, il y a une chose qu’il ne faut pas nous enlever : à chaque fois que l’on monte sur scène, c’est comme si nous repartions à zéro. Chaque soir, il faut prouver que nous méritons notre place. Nous ne nous sommes jamais reposés sur nos lauriers.

Manou : Twistos disait toujours, et ce depuis le début, que nous n’avions pas le droit de décevoir notre public : « Hier on était bons, mais il faut être bons ce soir parce que ce n’est pas le même public qu’hier. »

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(Photo : Gilles Simon)

Tout au long de votre carrière, les femmes vous jetaient des petites culottes et des soutiens-gorge. Ça se fait toujours aujourd’hui ?

Manou : De moins en moins, mais quand même un peu. Ce week-end, il y en a une qui l’a fait. J’en ai plein à la maison. Depuis 30 ans, j’ai deux gros sacs de sous-vêtements (rires).

Vous avez un gros capital sympathie.

Manou : C’est vrai que partout où nous passons, nous sommes superbement bien accueillis, et par les professionnels et par le public. Il parait que nous sommes sympathiques aussi dans la vie, ça doit y faire un peu.

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Avec Manou et Vincent, après l'interview, le 8 mai 2019 au bar Les Ondes.

22 mai 2019

Isïa Marie : interview pour son premier EP

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(Photos ci-dessus et ci-dessous : Florent Laroche)

isc3afa-marie.jpgJ’ai connu cette artiste, chanteuse de rock survoltée et incendiaire, je la retrouve chanteuse « urbaine », entre rap, chanson et electro, toujours aussi survoltée et incendiaire. Isïa Marie présente son premier EP, 5 titres, le 24 mai prochain. Son charisme et son énergie hors du commun, peuvent lui permettre de devenir une icône pop. Sait-on jamais, la jeune femme de caractère est ambitieuse et, surtout, est très douée.

Attention!
Une date à retenir : Isïa Marie se produira aux Etoiles le 20 juin à 20h, dans le cadre de la soirée Eskisse (Live Nation). L’adresse : 61 rue du Château d’Eau à Paris.

Pour écouter, c'est ici: https://IsiaMarie.lnk.to/Possedee
Instagram:
https://www.instagram.com/isia_marie/

Même si nous nous étions déjà croisés, ce n’était que furtivement. Le 24 avril dernier, je me suis posé avec elle un moment dans un bar de la capitale pour en savoir plus sur cette jeune femme qui m’a toujours paru fort énigmatique, mais qui s’est révélée aimable et diserte.

Mini biographie (officielle) :57840079_10156175352696770_6142003743828213760_n.jpg

Isia Marie n’est pas une « Good Girl », et c'est tant mieux… Elle incarne à merveille la jeunesse actuelle, entre romantisme et désenchantement et nous offre quelques chansons addictives qui passent vraiment trop vite et qu’on a envie de se remettre en boucle.
Isia Marie ne s’enferme pas dans d’autres codes que les siens, et passe aisément de la Chanson à la Trap. Contemporaines, actuelles, ses compositions sont au carrefour de la Pop, du Rock, du Rap, parfois même du Spoken word.
Le premier maxi d'Isia Marie nous révèle plus qu’un répertoire : une personnalité. Outre ses aptitudes musicales et vocales, Isia Marie manie aussi bien la plume que le fouet. Elle remporte en 2017 le prix d’écriture aux rencontres d’Astaffort où elle croise à cette occasion Jean Fauque, parolier d’Alain Bashung. Ils développeront ensemble son sens de l’écriture.
Du haut de ses vingt-cinq ans, Isia Marie, guitariste, pianiste et chanteuse a déjà un beau parcours après avoir fait ses armes avec des groupes comme Eden Pill, puis Mante, qui lui ont appris à devenir une artiste qui fait la différence sur scène. Elle a su y développer un univers bien à elle avec ses costumes excentriques rétro-futuristes et sexy, qui prouvent qu'elle est bel et bien Possédée.

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(Photo : Paul Clichy)

isia marie,possédée,interview,mandorInterview :

Tu as vécu dans une famille de musicien.

Oui, ma mère est pianiste et chanteuse lyrique. Elle est prof au Conservatoire et elle vient de publier ses premières partitions aux Editions Lemoine. Mon père était trompettiste dans un orchestre privé et il est lui aussi prof au Conservatoire. Il y avait tout le temps du piano à la maison. Ils m’ont fait faire de cet instrument à l’âge de trois ans. Le midi, je rentrais à la maison, il fallait que je bosse mon piano sinon je ne sortais pas. C’était assez rigoureux. Ma mère me faisait même faire des concours.

Tu gardes quel souvenir de cette période ?

Sur le moment, je râlais, mais aujourd’hui, je suis super contente d’avoir eu cette formation-là. Mes parents m’ont vraiment tout appris. Musicalement parlant, je suis super à l’aise avec ça.

Je te connaissais guitariste électrique avec ton projet Mante. Tu as commencé quand cet instrument ?

Tard, vers 16 ans.

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(Bg Image)

Quand as-tu décidé de t’investir sérieusement dans la musique ?

Au moment du Bac. Il fallait choisir les vœux pour les études supérieures. J’étais en section scientifique, donc logiquement, j’aurais dû faire une école de médecine ou quelque chose comme ça. Je ne voulais pas. Je tenais à rentrer au Conservatoire et faire de la musique. Mes parents étaient d’accord si j’obtenais un diplôme professionnel. Je voulais chanter, être sur scène, jouer avec des gens. Je ne me voyais pas faire autre chose.

Je crois savoir que ton père te montrait pas mal de concerts, ça a été un déclic pour toi ?

Oui. Un jour il me montre le live de Jimi Hendrix au Festival de l’île de Wight, là où il brule sa guitare. Ça m’a impressionné. Cette prestation démente m’a donné envie de faire ce métier.

Tu as un côté rebelle affirmé. Tu étais déjà comme ça quand tu étais petite.

J’étais une sale gosse (rires). Aujourd’hui, je me suis calmé, même si j’ai la réputation d’être pète couille. Disons que quand un truc ne me plait pas, je le dis. Quand tu es une femme dans ce milieu, c’est compliqué, alors j’ai pris le parti de ne rien me laisser dicter. J’ai un putain de caractère, alors je ne me fais pas emmerder.

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(Isïa Marie, à l'époque de Mante, au Pic d'Or 2017. Photo : Cédrick Not)

Je t’ai vu au Pic d’Or de 2017 et j’ai remarqué ta personnalité très affirmée.

Je suis comme ça. Il faut être combatif, car nous sommes tellement nombreux sur le terrain. Il faut s’accrocher se battre pour sortir du lot. Quand tu m’as vu, j’étais dans une posture à l’époque. C’était un moyen de tenter d’avoir confiance en moi.

Je t’avais même trouvé un chouia hautaine.

Le seul moyen que j’avais trouvé pour avoir confiance en moi, c’était en étant un peu dédaigneuse. Aujourd’hui je suis passé au-delà de ça. Je n’ai plus besoin de cet artifice. J’ai désormais beaucoup plus confiance en moi, je suis donc beaucoup plus relax.

Je t’ai connu Mante, tu es devenue Isïa Marie. Pourquoi ce changement de nom ?

Quand j’ai signé mon contrat avec mon label, nous avons eu une grosse discussion sur le nom. Nous avons convenu que je prendrais ma vraie identité. Par contre, j’ai gardé la même team de musiciens, Arthur et Matthieu, deux frères de cœur.

Clip officiel de "Possédée".

Ton clip de « Possédée » se situe dans une cathédrale. Il est sorti peu de temps avant l’incendie de Notre Dame…

Je te jure, je n’y suis strictement pour rien (rires).

Tu chantes en français, alors que ta manière d’aborder la musique est très anglo-saxonne.

Je tenais à chanter en langue française. Avec mes parents, on écoutait Gainsbourg, Dutronc et Bashung. A ce propos, j’ai travaillé un an avec son parolier, Jean Fauque. C’est le meilleur, il est vraiment très fort. Il a vécu tellement de choses incroyables… il a trainé avec Bashung, Gainsbourg, Johnny. En plus, c’est une encyclopédie.

isia marie,possédée,interview,mandorTa collaboration avec Jean Fauque est partie des Rencontres d’Astaffort, il me semble.

C’est en effet à cette occasion, il y a deux ans, que je l’ai rencontré. Le courant est passé et au bout d’un moment, nous avons décidé d’écrire un album.

Ce que vous avez fait ?

Oui, mais il n’est pas encore sorti. Il s’appellera Océane et ce sera un album concept à l’image de celui de Gainsbourg, Histoire de Melody Nelson. Je trouve incroyable d’avoir pu mélanger nos influences.

Tu as appris de lui, mais a-t-il appris de toi ?

Il faudrait lui demander. Disons que Jean Fauque a une technique et un savoir-faire que je n’ai pas et que moi, j’ai une façon d’écrire influencée par le rap et les musiques urbaines. C’est moins « catholique ». Les gens de ma génération prennent des libertés avec le langage, triturent les mots. Plus ça va et plus j’ai pris des libertés avec ça.

Jean Fauque aussi a pris des libertés, c’est même un peu sa marque de fabrique.

Tu as raison. J’aime énormément sa façon d’écrire, les images qui s’imposent à nous, sa poésie… c’est pour cela que je voulais travailler avec lui.

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(A Paris, encore époque Mante, remise du Prix d'écriture 2017 des Rencontres d'Astaffort par Francis Cabrel himself)

Pour quelqu’un de rebelle, je trouve que tu es adoubée par des gens qui ne le sont pas franchement,isia marie,possédée,interview,mandor Jean Fauque et Francis Cabrel (Isïa Marie a remporté en 2017 le prix d’écriture aux rencontres d’Astaffort).

Mon travail, à l’époque en tout cas, était encore très chanson, mais rock, donc à l’ancienne. Là, le projet que je commence à dévoiler est beaucoup tiré vers l’urbain. Ça va m’ouvrir d’autres portes que je n’avais pas encore ouvertes.

L’urbain parce que tu en écoutes beaucoup ?

J’ai toujours écouté ça, mais un peu en secret parce que dans une famille de musiciens classiques, le rap, ce n’était pas le bienvenu. Mes parents ne m’interdisaient pas d’en écouter, mais ils ne comprenaient pas ce qui pouvait m’intéresser dans ce genre musical. J’ai mes paradoxes. Je suis hyper libérée et d’un autre côté, j’ai une espèce de manque de confiance en moi qui fait que j’ai quand même besoin de la reconnaissance de mes proches pour me sentir bien. Je pense que je me suis mis pas mal de barrières par rapport à ça.

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(Photo : Paul Clichy)

isia marie,possédée,interview,mandorAu final, tu as eu tellement envie de faire de l’urbain que tu t’es lancée quand même.

J’ai attendu 25 ans pour faire vraiment ce que je veux. Je sais bien que ceux qui préféraient ma période rock vont me reprocher d’avoir changé de style.

Tu te sentais quand même chanteuse de rock avant ?

Je n’ai jamais rien fait que je n’aimais pas ou que je ne ressentais pas. Je me sens donc rockeuse dans l’âme. Pour moi, le rap est proche du rock. Il y a les mêmes racines très ancrées dans le sol. C’est frontal. On ne minaude pas. Je déteste les minauderies.

Parlons de ta chanson « Good girls ».

C’est une chanson sur des filles qui veulent plaire à tout prix et qui sont prêtes à tout.

Ce qui n’est pas ton cas ?

Je fais parfois des leçons de moral, mais je suis sûre que cela m’est déjà arrivé de vouloir plaire.

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(Photo : Patrick Casté)

Dans « Schéma », tu nous présentes une miss météo très particulière.isia marie,possédée,interview,mandor

C’est un délire, une impro en studio qu’on a gardé. En fait, j’aime bien parler de l’ennui dans mes chansons. Je suis obsédée par les gens qui ont une routine de vie, qui ne se posent pas trop de questions et qui arrive à la fin de leur vie en se disant qu’ils n’ont rien fait. Cela m’effraie. Cette chanson parle un peu de ça.

Tu parles aussi d’amour, évidemment.

Avant, je parlais de l’amour en mal et depuis quelque temps, je parle de l’amour en bien (rires).

Parce que ça va mieux de ce côté-là?

Il faut croire. J’ai écrit ma première chanson d’amour positive hier. Je suis contente. Elle sera sûrement dans l’album.

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Pendant l'interview...

Ça veut dire que tu n’as pas besoin de souffrir pour créer.

Ça s’est intéressant parce que c’est ce que je croyais. Je pensais qu’il fallait être un artiste maudit pour créer de belles choses. En fait, je ne suis plus certaine de cela. Je viens tout juste de sortir de l’adolescence. A 25 ans, c’est une adolescence un peu tardive, je te l’accorde. Si je me sens encore une gamine dans la tête, je me sens mieux dans ma peau. Ça ne me fait plus peur de parler des choses belles.

Tu travailles tout le temps ?

On ne s’arrête jamais de travailler. Il y a toujours des nouveaux morceaux sur le feu.

Pourquoi fais-tu autant attention à ton image qu’à la musique.

Je trouve cela super important. Les artistes que j’admire le plus sont des gens qui ont autant travaillé leur image que la musique. C’est pour ça que les filles comme Madonna ou Lady Gaga font rêver. C’est personnel, mais je n’ai pas envie de faire de la musique pour transmettre aux gens des choses qu’ils voient tous les jours. Il faut provoquer des réactions… en bien ou en mal.

Sur la pochette « kitsch religieux » à la Pierre et Gilles de ton EP, tu es une sainte ?

En fait Isïa Marie est la vierge Marie (rires).

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Après l'interview, le 24 avril 2019.

18 mai 2019

Héloïse Goy et Tatiana Lenté : interview pour Bibliothérapie, 500 livres qui réenchantent la vie

Bibliothérapie, 500 livres qui réenchantent la vie, héloïse Goy, tatiana lenté, interview, mandor

bibliothérapie,500 livres qui réenchantent la vie,héloïse goy,tatiana lenté,interview,mandorHéloïse Goy et Tatiana Lenté, créatrices du blog littéraire Peanut Booker, signent l'ambitieux Bibliothérapie, 500 livres qui réenchantent la vie (Hachette, 22 mai prochain), préfacé par Alexandre Jardin. Un livre idéal pour (re)découvrir les pouvoirs magiques de la littérature.

Page Facebook de Peanut Booker.

Pour le magazine Contact (journal des adhérents de la Fnac), j’ai interviewé les deux auteures de ce formidable ouvrage. Voici la version complète de leurs réponses (parce que tronquées dans la publication pour cause de « pas beaucoup de place »).

Argumentaire de presse :Bibliothérapie, 500 livres qui réenchantent la vie, héloïse Goy, tatiana lenté, interview, mandor

Et si les livres avaient de merveilleux pouvoirs magiques pour soigner vos chagrins et vos blessures ?

Et si la littérature pouvait vous faire rire, voyager, aimer, pardonner ?

Dans ce livre, Héloïse et Tatiana du blog Peanut Booker vous prescrivent:
•  500 livres qui font du bien pour guider vos humeurs grâce à des textes inspirants, drôles, apaisants, consolants.
• Près de 20 témoignages de personnalités qui ont accepté de partager avec vous les livres qui les ont le plus touchées.

Traitement garanti sans effet secondaires!

AVEC LES COUPS DE COEUR DE :
ISABELLE ADJANI - DOMINIQUE BONA - MICHEL BUSSI - CLAIRE CHAZAL - HÉLÈNE DARROZE - GRÉGOIRE DELACOURT - FRANÇOIS-XAVIER DEMAISON - STEPHANE DE GROODT - CHRISTIAN LACROIX - INÈS DE LA FRESSANGE - ALEXANDRE JARDIN - PATRICE LECONTE - NICOLAS MATHIEU - FRANÇOISE NYSSEN - SARAH OURAHMOUNE - AUDREY PULVAR - CHARLOTTE DE TURCKHEIM - CÉDRIC VILLANI.

bibliothérapie,500 livres qui réenchantent la vie,héloïse goy,tatiana lenté,interview,mandorLes auteures :

Héloïse Goy est journaliste littéraire pour Télé 7 jours, Version Femina, et le pure player Do it in Paris. Avant cela, elle a perfectionné ses élans d'écriture en hypokhâgne-khâgne puis dans un master de journalisme au CFJ où elle s'est spécialisée dans l'image. Entre les livres qu'elle grignote quotidiennement et les articles qu'elle écrit, il y a sa passion pour la vidéo, qui l'a amenée sur les rivages du documentaire de société, dans lesquels elle décrypte les hommes et leurs travers avec beaucoup de bienveillance.

Tatiana Lenté a étudié en hypokhâgne avant de s'envoler pour l'Université de Cambridge poursuivre un Bachelor en philosophie politique et sciences humaines. Elle revient ensuite à Paris pour un master de management à l'ESCP. Depuis peu, elle embrasse son rêve à pleines dents en composant, interprétant et dansant ses propres chansons. Passionnée de littérature et éternelle amoureuse, son âme d'artiste lui ouvre les portes d'une sensibilité précieuse.

En Juillet 2015, Tatiana et sa meilleure amie Héloïse, décident de créer Peanut Booker, un blog littéraire qui répertorie et commente des livres (romans, BD, théâtre...) qui font du bien en fonction des maux et des humeurs. Ce livre est une nouvelle aventure pour elles deux qui commence.

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Interview :

bibliothérapie,500 livres qui réenchantent la vie,héloïse goy,tatiana lenté,interview,mandorQuelle serait votre définition de la bibliothérapie ?

Tatiana : Stricto sensu, la bibliothérapie signifie utiliser le livre comme soin thérapeutique, c’est à dire comme un medium pour apaiser ses troubles psychiques, ses humeurs et ses douleurs. Plus personnellement, et dans le même mouvement, pour moi la bibliothérapie, c’est chercher et trouver dans le livre – surtout les œuvres de fiction - un rayon de lumière dans l’obscurité, des réponses à nos interrogations, un point d’équilibre au sein de nos vertiges, un échappatoire qui renouvelle le regard, et surtout, une main tendue vers la beauté du monde. Dans son discours d’ouverture du congrès littéraire de 1878, Victor Hugo déclame « La lumière est dans le livre. Ouvrez le livre tout grand. Laissez-le rayonner, laissez-le faire ». C’est fou, il a toujours raison ce grand Victor.

Héloïse : La bibliothérapie est une manière de vivre plus grand, en vibration avec son moi profond et le monde qui nous entoure à travers les livres. Par les mots qu’ils emploient, par les histoires qu’ils racontent, par les personnages qu’ils font vivre, les auteurs ont le pouvoir de nous faire explorer d’autres vies que les nôtres et stimuler notre imagination. Ce processus est très précieux lorsque la vie nous impose des obstacles difficiles à surmonter comme un deuil ou une séparation car la littérature est capable de nous faire sortir de notre réalité en nous faisant rêver, voyager ou rire. Il est d’ailleurs prouvé scientifiquement que les livres agissent favorablement sur le cerveau et contribuent à résorber des traumatismes.

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Coups de cœur livresques de Grégoire Delacourt.

bibliothérapie,500 livres qui réenchantent la vie,héloïse goy,tatiana lenté,interview,mandorEst-ce que vous avez déjà soigné les mots par les mots ?

Héloïse : La dépression dont j’ai souffert il y a deux ans m’a fait prendre conscience de l’incroyable pouvoir magique des livres. Alors même que je ne parvenais plus à sortir de chez moi ne serait-ce que pour promener le chien, ce sont des livres comme Des souris et des hommes de Steinbeck, Mauvaise fille de Justine Levy ou encore Rester en vie de Matt Haig qui m’ont fait renouer avec le monde extérieur: les personnages et leurs histoires ont su m’accompagner dans la souffrance pour me redonner de l’espoir et du courage. Même si je vais beaucoup mieux aujourd’hui, les livres continuent de m’accompagner partout car ils restent mes meilleurs anxiolytiques pour le stress du quotidien, les doutes, les chagrins ou les coups de blues.

Tatiana : Je ne fais que ca ! Je m’apprête à être chanteuse, et, ma témérité est une denrée rare que j’égare aussi souvent que mes clés ! Dans ces moments de beaucoup de doutes et d’un peu de désespoir, je vous avouerais que je ne rechigne jamais à lire Martin Eden, L’Alchimiste, Le cercle des Poètes disparus, ou Au Revoir La Haut, la pépite qu’Héloïse ma conseillée. Je passe sous silence toutes les fois ou Cyrano de Bergerac et bien d’autres œuvres sublimes ont apaisé mes bien trop multiples chagrins d’Amour. Ah ! Puisqu’on est dans la confidence, je tiens à vous dire que les œuvres de Grégoire Delacourt et Wadji Mouawad m’aident, continuellement, à apprivoiser le silence et accepter ma famille que j’aime, mais que, comme nous tous, je n’ai pas choisie. Autrement, mes amis m’appellent désormais à la rescousse pour que je leur conseille des livres qui a) vont leur redonner le courage dont ils peuvent manquer pour créer leur Start-ups b) vont sécher les larmes de leurs cœurs éplorés dans les moments de deuil et même c) des livres pour stimuler leur libido partie en pèlerinage depuis bien trop longtemps.

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bibliothérapie,500 livres qui réenchantent la vie,héloïse goy,tatiana lenté,interview,mandorDeux des 15 rubriques! À chaque rubrique correspond une humeur, un élan, une aspiration profonde ou latente, secrète ou? exubérante !

Que trouve-t-on dans votre livre outre la prescription de 500 livres parmi des romans, des pièces de théâtre, des bande-dessinées ou des essais ?

Héloïse : Dans ce livre, nous avons décidé de partager aux lecteurs des parties de nos quotidiens à travers des dialogues afin de leur présenter les situations dans lesquelles les livres ont réenchanté nos vies. L’objectif était de montrer à tout le monde, y compris à ceux qui ne lisent pas ou peu, que les livres peuvent souvent apporter une solution à nos problèmes. Par exemple, lorsque Tatiana exprime sa peur d’échouer dans sa carrière de chanteuse et son impossibilité de faire des choix, je sais qu’un livre comme la biographie d’Helena Rubeinstein par Michèle Fitoussi agira, pour elle et les lecteurs qui se reconnaissent en elle, comme un booster de courage en lui offrant un mentor de choc. Afin de montrer que chacun peut se retrouver dans les livres, nous avons également demandé à dix-huit personnalités inspirantes de nous parler des livres qui ont accompagné leur vie lors des moments de doutes ou de chagrins.

Tatiana : C’est une très bonne question! Alors, ce qu’il faut préciser c’est tout d’abord que ces 500 œuvres sont classées ou catégorisées par maux ou par besoins, parmi lesquels : rire aux éclats, voyager, oser vivre ses rêves, accepter sa famille, stimuler sa libido, se sentir moins seul, ou même encore, se débarrasser de ses complexes! A cela s’ajoute des mini-dialogues cocasses et existentiels entre Héloïse, les lecteurs et moi. Dans certains, je leur raconte mes déboires amoureux sacrément foireux, ma maman déjantée, ma quête de l’absolu, mes sessions de sports à outrance entre trois paquets de popcorn, quelques crumbles et deux trois crèmes glacées. Héloïse, nous, vous raconte beaucoup de choses aussi, mais d’un autre ordre puisqu’elle est presque-mariée-mais-pas-encore-car-elle-m‘attend, qu‘elle adore le fromage et qu‘elle a toutes sortes de désirs. Florilège donc. Mais vous allez rire et vous faire deux amies peu recommandables! Enfin, à chaque nouvelle humeur ou thématique du livre, un personnage très sympathique et peu commun dénommé sobrement Dr Livre, discute avec le Lecteur et lui donne invariablement quelques conseils de vie et de précieuses suggestions littéraires. Voilà, je crois que vous savez tout!

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Merci à Héloïse Goy et Tatiana Lenté!

17 mai 2019

Anaïs Delva : interview pour Obsidienne

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(Photo : Chloé Bonnard)

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivrée(Photo à gauche : Chloé Bonnard) Anaïs Delva arrive avec son premier album, Obsidienne. Evidemment, cette affirmation n’est pas tout à fait vrai, car la chanteuse a déjà vécu plusieurs vies artistiques notamment dans la comédie musicale.

Elle a chanté et joué successivement dans Roméo et Juliette, Cendrillon, Dracula, L’amour plus fort que la mort (mise en scène Kamel Ouali), Robin des Bois : la légende…ou presque, Salut les Copains, Spamalot (Pierre-François Martin-Laval) ou Hansel & Gretel.
Précisons qu’Anaïs Delva est aussi comédienne pour le théâtre, la télévision et dans l’exercice du doublage.
Mais ce qui la marquera à jamais (malgré elle), c’est d’avoir été la doublure voix d’Elsa dans La Reine des Neiges. Et cette fameuse chanson « Libérée, délivrée » qui aura une telle résonance sur les enfants (et leurs parents, donc).
L’argumentaire de presse nous le rappelle : « La Reine des neiges va devenir le film d’animation ayant généré les plus grosses recettes de l’histoire du cinéma. Le titre-générique se pare en tube imparable et propulse son interprète dans les phares clignotants de la médiatisation. »

Mais Anaïs Delva n’est pas une chanteuse pour enfants. C’est une interprète de chansons. Point. Cet album démontre même l’étendue de son talent. Entre pop et belle variété, elle chante des sujets souvent profonds et personnels, toujours universels.

Vous pouvez écouter l'album Obsidienne ici.

Le 24 avril dernier, rendez-vous dans un bar de la capitale pour faire connaissance et parler de ce disque par-dessus tout lumineux.

Argumentaire de presse officiel (mais écourté) (Photo ci-dessous : Chloé Bonnard) :anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivrée

C’est sans conteste l’album qu’on attendait d’elle. C’est, aussi et surtout, l’album qu’elle attendait : personnel, enjoué, positif, tendre, poignant.
Reflet d’une personnalité sensible, authentique, affirmée. Le disque s’appelle Obsidienne et ce choix de titre n’a rien d’innocent.
Obsidienne comme cette pierre d’origine volcanique que la jeune femme affectionne tant.
Il se dit que c’est la pierre de l’introspection, de la vérité et de la libération, que celle-ci referme les plaies émotionnelles.

Pour ce disque, Anaïs Delva a osé le dévoilement. Ou plutôt un tête à tête avec elle-même.
Une démarche de mise à nu.
L’écriture telle un miroir. Ne pas tricher. Se plonger au profond d’un sentiment, d’une sensation.
Elle ne chante, presque finalement, que des instants ou des extraits diffus de sa propre existence.

Ni vitesse ni précipitation pour Obsidienne.
Avec la complicité du réalisateur et compositeur Jules Jaconelli (Slimane, Florent Pagny…), Anaïs Delva a apporté une méticuleuse attention aux détails, cherché le ton et l’habit adéquats et fait passer les chansons par le prisme de la pop.
Des chansons accrocheuses et immédiates, pleines de saveur et d’allant.

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivréeLe disque (argumentaire de presse officiel) :

Il y a, bien sûr, la clarté et l’éclat de la voix. Il y a des velléités d’évasion, de voyage et de carpe diem (« Partons », texte du tandem Barbara Pravi-Tomislav Matosin), l’application de la méthode Coué pour balayer les humeurs orageuses (« Et je danse »), l’espoir d’une seconde chance (« Où es-tu? »), le regard d’autrui à la suite d’une décision d’avortement (« On me dit »), un hommage émouvant à sa mère pied-noir (« Un peu trop loin de moi »), un autre à ses grands-parents paternels qu’elle admirait et dont le lien exceptionnel du couple la renvoie au concept de l’âme sœur (« Sois » et son beatbox percussif).

Il y a, aussi, des rencontres qui ont débouché sur de probantes collaborations.
La thématique du coup du foudre est traversée par la plume percutante de Ben Mazué et la mélodie solaire de Mathieu Mendès et Davide Esposito (« J’ai su »).
Ycare lui offre une déambulation pétillante dans Paris (« A quoi ça sert »), co-écrit Baby Sitter, chanson dans laquelle elle s’adresse à l’enfant qu’elle a été.

Puisque c’est le disque de l’affirmation, Anaïs Delva se dresse contre les diktats de l’apparence et du comportement trop souvent attendus chez la femme avec un aplomb considérable (« On n’a qu’une vie ») et injecte une sensualité folk à un classique de Niagara. Lequel? Je dois m’en aller. Et là encore, la symbolique dans le titre est prégnante.

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(Photo : Chloé Bonnard)

anaïs delva,obsidienne,interview,mandor,libérée délivréeInterview :

C’est ton premier vrai album personnel. Enfin, tu peux te dévoiler ?

Ce n’est pas si facile que ça, car il très intimiste. C’est une vraie mise à nue. Je parle d’une expérience que j’ai connue en 2015 sur l’avortement, de mes difficultés relationnelles avec ma maman, de l’image que j’ai de mes grands-parents, de mes histoires d’amour compliquées, je parle à l’enfant que j’étais, … des sujets qui me tiennent à cœur très profondément. Ça m’a fait peur de sortir tout ça.

D’autant que cela fait 10 ans que tu joues des rôles, ça n’a rien à voir !

Oui et jouer des rôles, c’est sécurisant, génial et excitant. Je vis plein de vies, mais du coup, je suis toujours derrière quelqu’un. Là, si tu aimes mon album, c’est moi que tu aimes, si tu n’aimes pas, c’est moi que tu n’aimes pas. C’est un peu stressant. Je ne peux pas faire plus authentique que cet album.

Lyrics : Ben Mazue - Anaïs Delva - Musique : Matthieu Mendes - Davide Esposito.

Clip : Arno Diem - Comédien : Anthony Pecoraro

La chanson « J’ai su » parle de l’évidence de trouver la bonne personne dans sa vie. C’est aussi un hommage à l’homme avec lequel tu vis.

Le jour où j’ai rencontré cet homme, j’ai ressenti un truc immédiat. Mais notre histoire a commencé un an et demi après. Cela dit, cette chanson est aussi valable pour mon meilleur ami. La première fois que je l’ai vu, j’ai su qu’il y avait un truc avec cette personne. Il y a des évidences humaines parfois dans la vie. On croise des gens, on se retrouve à parler avec eux 6 heures d’affilée sans savoir pourquoi. C’est simple, évident… deux âmes qui se rencontrent.

C’est ce qu’il s’est passé avec le réalisateur du disque Jules Jaconelli ?

Oui, tu as raison. La première fois que nous nous sommes vus, c’était aussi avec Jules Schultheis, (le fils d’Olivier et petit fils de Jean), pour faire le cover d’un titre. Avec Jules Jaconelli, le feeling est passé immédiatement et on s’est simplement dit que ce serait bien d’essayer d’écrire des chansons ensemble. La première qu’on a faite est « On me dit », un titre qui n’avait pas nécessairement vocation à figurer dans un album. C’était juste une chanson thérapeutique qui évoque mon avortement. Mais je pense que le tournant a eu lieu à ce moment-là. J’ai compris qu’un album pouvait être très intime. Comme j’ai toujours joué des rôles, j’ai aujourd’hui besoin que tout soit transparent.

Lyrics : Anaïs Delva - Musique : Jules Jaconelli - Au piano : Julien Grenier (capté chez Gibson).

Cette chanson est aussi beaucoup sur la culpabilité.

La société dit aux femmes : « Attention, l’horloge tourne. C’est maintenant qu’il faut faire un bébé. » Ça met un bordel monstrueux dans la tête de beaucoup de femmes. Je l’ai ressenti très fort ces dernières années et je sais que de très nombreuses amies à moi également. Dans notre société, on n’est pas si mal que ça par rapport à d’autres endroits du monde, mais on est toujours sur la culpabilisation permanente de la femme à propos des enfants. Ecrire cette chanson m’a guéri, j’ai donc souhaité la sortir. J’ai reçu plein de messages de femmes qui m’ont dit merci parce qu’elles se sentent moins seules.

Je trouve que « On me dit » rejoint « On n’a qu’une vie ». Le diktat d’une femme dans sa vie professionnelle ou dans sa vie tout court. Tu dis dans cette chanson qu’une femme doit être une sainte ou une putain.

Il faut être parfaite, bonne, discrète, en même temps prendre position, mais pas trop fort… en tant que comédienne et chanteuse, je le vis tout le temps. Il faut avoir les traits lisses, le ventre plat, donner envie, mais pas trop sinon on fait notre salope… C’est compliqué. Ce n’est jamais bien. Il ne faut surtout pas vieillir non plus. J’ai entendu des réflexions sur mon âge, ma façon de m’exprimer trop bruyante, ma façon de jouer ou de chanter qui était trop expressive… ça ne va jamais. C’est épuisant émotionnellement et on finit par se paumer. Ces dernières années, je me suis perdue en chemin, je n’étais plus moi-même. Le problème quand tu n’es plus authentique, c’est que ça ne peut pas fonctionner avec les autres. Du coup, je me recroquevillais sur moi-même. Cet album me permet de revenir avec ce que je suis essentiellement.

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(Photo : Chloé Bonnard)

Parlons aussi de « Où es-tu ? » Il ne faut pas revenir avec un ex ?

Ce n’est pas toujours une bonne idée. Cette chanson parle de quelqu’un que j’ai aimé très fort pendant quatre ans. C’est la grosse histoire passionnelle et destructrice de ma vie. On a souvent du mal à se détacher de ce genre d’histoire… et j’ai recommencé plein de fois. Ca a toujours été le même désastre à la fin.

Ce disque est salvateur pour toi.

Il est thérapeutique, vraiment. Quand je l’ai fait, je me suis quand même attelée à faire en sorte que ce soit des thèmes personnels permettant que l’on me connaisse mieux, mais que ça ne ferme pas la porte aux gens. Je pense que mes chansons peuvent faire écho à plein de gens. Nous sommes tous pareils au fond.

Dans « Sois », quel beau regard tu portes sur tes grands-parents paternels.

J’ai eu un grand-père qui était génial parce qu’il souriait tout le temps, il faisait toujours les mêmes blagues. Ce papi-là, j’ai tout le temps envie de rire et de pleurer quand je pense à lui parce que c’était un modèle de positivisme incroyable. Jusqu’à la mort de ma grand-mère, je ne l’ai jamais vu se plaindre une seule fois. Il était toujours de bonne humeur. A 80 ans, il faisait à ma grand-mère ses teintures, ses machins, ses bidules... Ils étaient mignons tous les deux jusqu’au bout. Ils ne se sont jamais lâché la main. Je suis tombée sur des lettres qu’ils s’envoyaient après la guerre, quand ils se sont connus. C’était de vraies déclarations d’amour comme chaque personne rêverait d’en recevoir. C’était hyper beau et hyper romantique. Pour moi, c’est un couple magique. Un exemple.

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(Photo  : Chloé Bonnard)

Dans « Un peu trop loin de moi », tu parles de ta mère pied-noir. Je ne sais pas si tu dis « je t’en veux  » ou « tu me manques ».

C’est exactement ça. C’est une chanson sur une petite fille qui est devenue une femme qui commence à regarder ce qu’il s’est passé dans sa vie avec un autre regard. Elle commence à comprendre parce qu’elle est en mesure de capter la situation. J’ai compris que je ne connaissais pas si bien que ça ma mère. On prend toujours nos parents comme acquis, mais en vrai, on ne sait pas vraiment les adultes qu’ils ont été. Je tiens à dire qu’il y a beaucoup de douceur pour ma mère dans cette chanson.

Dans « A quoi ça sert », tu expliques qu’il faut prendre la vie du bon côté.

Je voulais que l’album soit aussi léger, positif et solaire. Les deux chansons un peu méthode Coué, « Et je danse » et « A quoi ça sert » sont là pour ça. Ycare qui a écrit les paroles de « A quoi ça sert » a une sensibilité à fleur de peau qui m’a incité à lui demandé d’écrire pour moi.

Il y a aussi Barbara Pravi et Ben Mazué.

Barbara a une vraie poésie et elle est féministe comme moi. C’est normal que nous collaborions ensemble. Quant à Ben Mazué, je considère que c’est le meilleur du moment. J’ai eu un tel coup de foudre sur son album La femme idéale qu’il était impossible que je ne lui demande pas d’écrire pour moi. Il a du génie dans sa manière d’écrire et de composer. Il vient de l’urbain et ça s’entend, mais il met son savoir au service de la pop et ça marche hyper bien. Il fait claquer les mots. Il écrit comme une percussion. Il écrit musicalement, certes, mais il écrit.

Dans « Baby sitter », tu parles à l’enfant que tu étais.

Ce n’est pas simple d’être soi-même, mais on peut y parvenir.

Music video by Anaïs Delva performing "Libérée, Délivrée". (C) 2014 Walt Disney Records

Revenons à la chanson « Libérée, délivrée », c’est dur à assumer éternellement j’imagine.

Je ne veux juste pas que l’on m’enferme dans cette chanson parce que c’est un travail de comédienne, ce n’est pas moi. J’adore ce titre qui est très dur à chanter, il est dément mais il a été enregistré dans ma vie professionnelle dans un contexte de doublage. Je serai toujours heureuse de parler de ce que j’ai fait, parce que je suis très fière de ce que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui, mais si on me laisse aussi la possibilité d’être moi-même et de chanter des choses qui me ressemblent. C’est tout ce que je demande.

Il ne faut pas qu’on te mette dans un tiroir et t’enfermer.

C’est effectivement compliqué. En France, il ne faut être que sur un terrain. C’est un vrai travail d’expliquer qui on est.

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Après l'interview, le 24 avril 2019.

16 mai 2019

Julien Jouanneau : interview pour Le voyage de Ludwig

julien jouanneau,le voyage de ludwig,interview,mandor

(Photo : Pascal Mary)

julien jouanneau,le voyage de ludwig,interview,mandor(Photo de droite: Pascal Mary) Julien Jouanneau est un écrivain très doué que je suis depuis 11 ans déjà. Je l’ai déjà mandorisé là en 2008, là en 2014 et là en 2016 (ce n’est pas pour rien, j’ai une haute estime pour son écriture et son imagination). Dans Le voyage de Ludwig qui se situe sous l’occupation, il emprunte la voix et le regard d’un chien pour raconter son périple le long de la voie ferrée à travers l’Europe, pour retrouver sa maîtresse Hannah, une jeune fille juive déportée. Cet animal pur et innocent se trouve confronté à la période de notre histoire la plus sombre et perfide. Il faudra qu’il se sorte de bien des péripéties. Il y a de l’action et de vrais moments d’émotion. Ce livre est un morceau de bravoure au sens propre comme au figuré.

-Interview sur RTL à écouter là.

-Interview et analyse du livre sur WEBTVCULTURE.

Le 16 avril dernier, j’ai donné rendez-vous à Julien Jouanneau dans un bar de la capitale pour évoquer ce roman que j’estime important.

4eme de couverture :julien jouanneau,le voyage de ludwig,interview,mandor

Ludwig est un compagnon parfait. Affectueux. Le rayon de soleil de sa maîtresse Hannah dans leur quotidien assombri par l’Occupation. Le jour où elle est jetée dans un wagon à bestiaux en partance vers une destination inconnue, Ludwig se lance à la poursuite du train. Sans jamais s’arrêter, sans jamais quitter les rails. L’espoir de retrouver Hannah lui fait traverser une France ravagée par les ténèbres, exsangue et suffocante. Une terre où les menaces surgissent le long du chemin de fer, où la sauvagerie rôde. Pris au piège des parfums de la guerre, épuisé et meurtri, Ludwig court entre les deux bras d’acier. Sa fidélité bravera les enfers.

À travers le regard de Ludwig se dessine sous nos yeux le paysage de la France occupée, où le bien et le mal sont à la fois l’œuvre des hommes et celle des bêtes.

julien jouanneau,le voyage de ludwig,interview,mandorInterview :
Le Voyage de Ludwig est autant un roman initiatique qu’un formidable roman d’aventure ! Il y a tout dedans. Une vraie odyssée littéraire.

J’ai fait en sorte que ce livre respecte le chemin classique du roman d’aventures, tous ses codes qui nous agrippent. Une quête, des ennemis, des apprentissages, des révélations, de la terreur, du bonheur, de la poésie, de la philosophie, des rêves, des cauchemars, des sentiments, des péripéties… et une fin qui doit renverser les lecteurs. Le héros, innocent au début et confronté à la disparition de sa princesse, décide de courir le long de cette voie ferrée pour la chercher coûte que coûte. Il rencontre un mentor, affronte un ennemi tout-puissant, exactement comme dans toute épopée littéraire. On retrouve ces codes dans L’Odyssée d’Homère, Le Seigneur des anneaux et même Star Wars...

C’est un roman initiatico-philisophico-guerrier. Il m’a fait aussi penser à la nouvelle de Joseph Conrad, Le cœur des ténèbres, et aussi au film Stand by me. Pourquoi avoir pris comme héros un chien ?

Je souhaitais plonger le héros le plus pur dans la période la plus obscure. C'est passionnant au niveau littéraire! Le chien s’est imposé. Au début des années 2000, j'avais visionné un film d'archives en noir et blanc émouvant, sur lequel on voit le quai de Westerbork aux Pays-Bas, au moment de la déportation de juifs. Là, pendant quelques secondes, un chien vagabonde. A qui appartient-il? Que cherche-t-il? Son histoire possible était à raconter. J'ai souvent écrit aussi sur les chiens et les animaux, en me mettant même dans leur peau, depuis le début de ma carrière de journaliste au Progrès, au Monde Interactif, à Paris Match ou L’Express.

On est aussi comme dans un jeu vidéo. Le chien Ludwig acquiert des compétences. (Photo ci -dessous : Bernard Lehut)julien jouanneau,le voyage de ludwig,interview,mandor

Tu as complètement raison. Le long de ce chemin de fer, il acquiert des compétences de combat, de pensée, de lecture, de souvenir… c’est un personnage qui évolue et auquel les lecteurs peuvent vraiment s'identifier, même ceux qui ne sont pas fanas de chiens. Ludwig doit progresser, réussir des épreuves mentales et physiques. Il traverse tant de péripéties qu'elles ne peuvent que le forger!

Au fur et à mesure, c’est un bouclier...

Quand tu as tout perdu, tu n’as plus rien à perdre. Et seul l'espoir te guide.

Tu as écrit ce livre facilement ?

J’y suis allé petit bout par petit bout. Je notais même parfois sur mon téléphone pour ne pas oublier certaines "fulgurances". Après il est difficile de quantifier, avec les relectures, les corrections, les doutes…

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Julien Jouanneau, lors d'un récent salon du livre.

Je verrais bien ce livre transposé au cinéma.

Le scénario est prêt (rires).

A la fin de ton livre, il y a de nombreuses notes permettant de légitimer les actes de Ludwig.

Pour expliquer que les compétences de ce chien sont basées sur de vraies études. Le chapitre sur l’école de chiens savants nazis peut par exemple sembler loufoque, mais il est inspiré d’un article du Telegraph de mai 2011 consacré au livre Amazing Dogs de Jan Bondeson, qui évoque les chiens les plus intelligents de l’Histoire. Ludwig qui apprend des mots ne relève pas de la science-fiction. Un chien capable d’écrire un prénom, de visualiser des odorats ou de parcourir des milliers de kilomètres pour retrouver ses maîtres non plus. Je relie ces actes et d’autres à des articles réels sur ces questions. Je pense qu'il était important de faire cela pour donner de la crédibilité à ce héros canin exceptionnel.

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Après l'interview, le 16 avril 2019 au Pachyderme.

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14 mai 2019

Soan : interview pour 10 ans de cavale.

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soan,10 ans de cavale,interview,mandorAprès 5 albums studio et une victoire à La Nouvelle Star en 2009, c’est le moment pour Soan de célébrer ses 10 ans de carrière et de proposer un Best of de ses meilleures chansons, totalement ré-arrangées et ré-enregistrées. Dix ans de cavale revisite ses compositions à la source, en repartant des guitares-voix. Et le résultat est magistral. 

Vous pouvez l'écouter là.

Soan est un artiste clivant, je le sais bien. On l’aime ou on ne l’aime pas. Je fais partie de la catégorie de ceux qui l'aime et le respecte pour ce qu'il est humainement et artistiquement. Parce qu’il a du talent et que j’estime qu’un artiste a le droit de ne pas être comme tout le monde. Il a le droit de montrer ses faiblesses, ses failles, ses énervements et de ne pas mâcher ses mots. Je dirais même que cela fait du bien de voir un artiste ne pas se plier aux jeux. Jeu de la société et jeu de la médiatisation, notamment. Malheureusement, nous sommes dans un monde de plus en plus bien-pensant (quel scoop !), alors les grains de sable dans les rouages, on n’aime pas bien ça.

Soan est un type que je ressens sensible, à fleur de peau, parfois sur la défensive… et alors ? Moi, je ne le connais que charmant et sincère. Lors de ma première mandorisation, il y a deux ans, le feeling était passé immédiatement. Lors de la seconde (qui s’est tenue le 18 avril dernier), celle que vous allez peut-être lire plus bas, j’avais l’impression d’être avec un vieux pote. Il faut dire que les conditions étaient réunies pour passer un beau moment. Nous étions en terrasse du bar de sa cousine, le BizArt, il faisait beau et chaud... et quelques bières étaient passées par là.

Argumentaire de presse officiel : soan,10 ans de cavale,interview,mandor

Se plonger dans l'univers de Soan, c'est découvrir un monde d'intense poésie qui prend racine à la fois dans l'interprétation emphatique de Jacques Brel et dans l'énergie du désespoir soufflée par le grunge des années 90. Mais Soan a aussi eu l'idée d'inviter à leurs côtés Eddie Vedder (Pearl Jam) et Kurt Cobain (Nirvana) pour composer des textes introspectifs, qui reconstruisent mot à mot son monde intérieur, éclaboussé par ses trop pleins d'émotions, et qu'il chante en torturant les phrases pour en faire sortir la sincérité jusqu'à la dernière goutte.

Dans ses paroles, dans ses gestes, la chanson française se réinvente et s'époumone avec la rage d'un groupe de grunge.

soan,10 ans de cavale,interview,mandorLe disque (argumentaire officiel) :

Dix ans de Cavale, le titre de cet album ne pourrait mieux résumer le parcours de Soan. Durant ces dix années, de ses débuts fracassants à la Nouvelle Star jusqu’à aujourd’hui, l’artiste a toujours été un hors-la-loi, il a toujours frayé en dehors des sentiers battus, traçant sa route sans se plier, jamais, à aucune règle.

Pour fêter ses dix ans de carrière, il a préféré comme toujours prendre des risques en retrouvant le chemin des studios d’enregistrement pour nous offrir ses plus beaux morceaux dans des versions réenregistrées. On a un immense plaisir à retrouver ses titres des tout débuts : « Emily », « Parisiennes », « Séquelles », « Putain de ballerine », « A tire d’aile » et d’autres plus récents mais non moins marquants comme « Jupiter » dans de nouveaux arrangements travaillés spécialement pour l’occasion. Pour que cette compilation n’en soit définitivement pas une, Soan nous offre en plus ici plusieurs inédits. « Pacifier » ou « Erratum » prouvent s’il en était encore besoin que le chanteur reste l’un des tous meilleurs songwriters de sa génération.

Quant au single « A l’ancienne », en duo avec Tryo, il a incontestablement tous les atouts d’un tube en puissance avec sa rythmique reggae imparable et son refrain entêtant.

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soan,10 ans de cavale,interview,mandorInterview :

Ce disque est ton parcours musical revisité.

On a réenregistré ces morceaux comme s’ils n’avaient jamais existé. Nous sommes complètement repartis à zéro.

C’est un disque bilan ?

Bilan, ça sent le sapin. Il fallait bien marquer le coup pour fêter mes 10 ans de présence dans le monde de la musique. Mon équipe voulait sortir un best of, mais ça me faisait chier. Rassembler des chansons que les gens qui m’apprécient ont déjà, ça sent l’escroquerie. Les gens n’ont plus beaucoup de thunes, alors acheter un disque, c’est déjà un petit investissement. Je voulais proposer à mon public un album qui ressemble à un concert. Un concert des 10 ans.

Le choix des chansons était une évidence ?

Non, c’est exactement le contraire. On en a essayé 50 qui faisaient partie de mes préférées. J’ai bossé musicalement avec Tony Halet, le chanteur et guitariste du groupe un peu power pop Blondidiocracy. Si ça le faisait, on gardait, sinon, nous virions.

Les nouvelles chansons, c’est un cadeau pour tes fans ou pour toi ?soan,10 ans de cavale,interview,mandor

C’était surtout un cadeau pour moi. J’avais très envie de me faire ce plaisir là. Parfois, je fais aussi plaisir à mes fans. C’est ce que j’ai fait avec l’album Celui qui aboie composé de chansons qu’on me réclamait.

En écoutant ton disque, j’ai découvert ou redécouvert tes chansons et je me disais que, vraiment, tu avais un talent fou. Je ne comprends pas que tu ne sois pas à ta place, au moins parmi les plus grands auteurs.

Je me le demande aussi (rires). Il y a des gens comme Morandini, que j’ai un peu critiqué au sortir d’une émission, qui n’ont pas d’humour, mais le bras long. Lui m’a cramé autant qu’il voulait.

Tu crois que ça porte vraiment préjudice qu’untel ou untel parle mal de toi ?

Sur la visibilité, je te l’assure.

Les programmateurs de spectacle ont peur de toi, il parait.

Oui. Alors là, je ne comprends pas pourquoi. Comparé à certains, je n’ai jamais rien fait de ouf. Il y a une espèce de légende qui me poursuit. Soan, l’artiste à craindre.

Tu ne fais rien pour démentir ou rassurer.

Ce serait leur donner raison. Regarde, un mec comme JoeyStarr, c’était le diable en personne et aujourd’hui, c’est le tonton idéal que l’on voudrait tous avoir à table. Je me dis que peut-être mon heure viendra et s’il ne vient pas, je ferai autre chose. J’ai déjà commencé à écrire un bouquin et ça me tient à cœur. C’est un roman bukowskien, un peu autobiographique. Un roman du quotidien.

soan,10 ans de cavale,interview,mandorC’est pour ça que sur ta page Facebook il y a indiqué « Punkrivain » ?

Absolument. J’ai posté une page de mon livre et j’ai déjà trois éditeurs qui m’ont téléphoné. Finalement, c’est peut-être là ma place.

C’est une évolution artistique qui pourrait être intéressante puisque tu es un grand auteur de chansons.

Vraiment, ça correspond à mon envie profonde.

En tout cas, aujourd’hui, je te trouve en forme et de bonne humeur.

On boit une bière au soleil en parlant de moi, je ne peux qu’être bien (rires). Et puis, j’ai une gonzesse qui prend soin de son homme pour une fois. Ça change deux, trois trucs. Autre chose, j’ai accepté qu’à partir de 30 ans, je deviens mortel, alors qu’avant, je me sentais immortel. Ca y est, je suis plus détendu et moins dans l’urgence.

Revenons au disque. C’est bien que tu réunisses toutes ces chansons, car un nouveau public pourra les découvrir.

Même des gens qui me connaissent depuis longtemps redécouvrent mon répertoire et s’étonnent de l’aimer autant. Certains ne m’avaient pas écouté avec attention, mais je n’ai jamais baissé le fusil depuis que j’écris des chansons. J’ai toujours été sincère de la même manière. Là, c’est le premier disque que je fais en étant 100% réalisateur et c’est celui-là que les gens aiment. Du coup, mon ego vertigineux est flatté. J’ai réenregistré ces chansons comme je voulais qu’elles soient dès le départ, beaucoup plus bruts et organiques.

Ce qui est bien avec toi, c’est que tu ne chantes pas toujours de la même façon.

C’est vital, parce que sinon, je m’ennuie.

Clip de "A l'ancienne" (avec Tryo).

soan,10 ans de cavale,interview,mandorPourquoi as-tu choisi « A l’ancienne », un duo avec Tryo, comme premier single ? C’est la chanson la plus « grand public » de l’album, mais c’est loin d’être celle qui te représente le plus.

Au début j’avais dit non pour la raison que tu viens d’évoquer. Mais quand mes copains de Tryo ont dit oui au projet, nous y sommes allés.

Dans le clip on retrouve notamment Juliette Arnaud et quelqu’un que j’aime beaucoup, Marion Seclin.

Par contre, elle, je ne sais pas si elle a adoré l’expérience. On avait tous picolé le midi en plein cagnard. Nous étions tous un peu « en forme » et elle n’est arrivée que pour les dernières séquences du clip en fin de journée. Elle ne comprenait pas pourquoi nous étions tous « contents ».

Tu as fait pas mal de radio pour parler de ton disque, j’ai l’impression.soan,10 ans de cavale,interview,mandor

Je suis effectivement invité à plein d’émissions de radio, mais les radios en question ne me passent pas en playlist. C’est un peu « viens faire le fangio chez nous, viens nous distraire gentil bouffon ! »

Pourquoi as-tu repris ton côté punk.

Je régresse un peu, je retourne en enfance. Avant, j’essayais un peu de gommer ça de mon physique pour plaire à un plus large public. Mais aujourd’hui, je repars du début. Je ne veux plus faire de compromis, même si je n’en ai jamais beaucoup fait. C’est un peu comme quand je chante en nuisette sur scène. J’ai envie de rigoler. En tout cas, là, je m’assume comme je suis et je n’en ai rien à foutre.

Ton public t’aime tel que tu es de toute façon.

Oui, et il est fidèle. Il répond présent à chaque fois que j’ai besoin d’eux.

Tu aimerais passer sur NRJ ou une autre radio populaire ?

J’ai longtemps eu l’utopie de croire que tu peux faire une chanson pas très formatée, mais que si elle est vraiment bien, on peut la reconnaitre comme une chanson vraiment bien et la diffuser. En fait, ça ne se passe plus comme ça dans l’industrie de la musique. A l’époque des yéyés, Jacques Brel, Georges Brassens et Barbara vendaient quand même vachement de disques. Cette pluralité perdue me rend triste.

Aujourd’hui, les Barbara, Brassens et Brel ne marcheraient pas.

Ils ne signeraient même pas. Je ne te parle pas de Gainsbourg. Ils ont mis 10 ans à le développer. Personne ne prend 10 ans pour développer un artiste. Maintenant c’est 10 jours. On lâche le truc et si ça ne marche pas, on passe au suivant.

soan,10 ans de cavale,interview,mandorMalgré ce système impitoyable, tu es encore là 10 ans plus tard. Tu t’en sors bien, non ?

Tu as raison. Et c’est pour ça que je me sens mieux dans mes pompes qu’avant.

On peut penser ce que l’on veut de toi, mais tu es respecté du métier, musicalement et textuellement.

Merci de me le dire. J’ai été touché récemment par Capéo qui m’a dit « j’aimerais bien avoir ta liberté ». A la fois, j’ai envie de répondre « bouge ton cul » et à la fois, c’est hyper gentil et flatteur. Franchement, c’est un super mec. Merci à lui parce qu’il m’a invité en première partie devant 3500 personnes qui ne me connaissaient pas. Je pense pouvoir dire qu’on a soulevé les gens.

C’est le monde à l’envers que tu te retrouves en première partie de Capéo.

J’aimais bien ce côté défi. Personne ne me connait, alors je vais montrer qui je suis.

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On branche l'enregistreur et on y va...

Que penses-tu du mouvement des gilets jaunes ?

Ça me fascine. Il y a des gens d’extrême droite qui sont potes avec des gens d’extrême gauche. Tout le monde à la même souffrance, la même misère, la même envie de rire, la même envie de faire un barbecue entre potes. On est à un moment charnière. Soit on va enterrer la hache de guerre pour toujours, soit on va la ressortir. Je pense que ça va bien se terminer. C’est la première fois qu’historiquement, je suis un peu optimiste. Les gilets jaunes m’ont rendu la joie d’être français. La France n’est pas morte. Nous n’avons pas besoin de gestionnaire d’entreprise comme Macron, ni de l’Europe pour savoir qui on est.

Pourquoi as-tu divorcé de La France insoumise ?

Parce que Mélenchon n’arrête pas de dire qu’il avait raison. Que ce que veulent les gilets jaunes étaient dans son programme. Le mec a écrit un bouquin qui s’appelle L’ère du peuple. Pour une fois que le peuple prend la parole, ferme ta gueule !

T’es fâché à mort avec lui ?

Non, parce que c’est un mec brillant. Juste, j’étais apolitique, je le suis redevenu. Les gilets jaunes m’ont prouvé que si on veut bien se parler, on a des choses à se dire.

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Pendant l'interview...

Le combat le plus efficace pour toi, ce sont les chansons ?

Non, sinon Bob Dylan aurait changé l’univers. Les chansons ne servent qu’à accompagner la lutte. Un artiste a un peu plus le temps que les autres. Moi, il m’arrive de n’être que dans la l’observation de l’autre, donc j’ai le temps d’analyser. Je n’arrive pas à faire des chansons fédératrices comme « On lâche rien » d’HK et les Saltimbanques, mais il est important et nécessaire que les gens se disent « je ne suis pas le seul à penser ça ». Ce qui est certain, même si on peut faire réfléchir les gens, c’est qu’on ne change pas la marche du monde avec nos chansons. Il faut rester à notre place.

Tu arrives à te discipliner aujourd’hui ?

Artistiquement, je l’ai toujours été. Après, dans la vie de tous les jours, non. Heureusement, ma meuf est éducatrice spécialisée. Je suis quasiment un patient pour elle.

Tu te laisses faire ?

Pas toujours. On s’apporte chacun un truc. Elle a un eu tendance à tout donner aux gens, moi, j’ai un peu tendance à fermer la porte d’entrée. Elle m’a appris à fermer moins la porte et je lui ai appris à ne pas se laisser faire. C’est un bel échange.

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Après l'interview, le 18 avril 2019.

12 mai 2019

Talisco : interview pour Kings and Fools

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(Photo : Yann Orhan)

talisco,kings and fools,interview,mandorAprès Run (2014), Capitol Vision (2017) et une tournée triomphale de 400 dates, Jérôme Amandi, aka Talisco, revient dans la lumière avec un troisième disque, Kings and Fools, encore plus musclé que ses prédécesseurs. Une pop entraînante pour un album lumineux qui donne envie de danser. Un son festif où guitares et synthés se succèdent avec frénésie.

Talisco sera en concert notamment le 4 décembre 2019 au Trianon.

L'album est écoutable ici.

Pour sa deuxième mandorisation (la première, en 2014, est là), il m’a donné rendez-vous dans un hôtel de Pigalle le 14 mars dernier.

Biographie officielle (mais très écourtée):talisco,kings and fools,interview,mandor

Sous tension. Dans son troisième album, Kings and Fools, Talisco ne louvoie pas : il cogne plein fer, de manière frontale, animale, et polit ses nouvelles pépites pop-rock à la sueur. La scène est son ring : il a fendu la cuirasse pour livrer son album le plus personnel, écrit après un marathon de 400 dates. Il faut l’entendre, Talisco, parler de sa nouvelle mise à nu, de ses fêlures livrées «sans filtre ni maquillage" : regard de braise, mâchoire carnassière, poings serrés quand il explique que sur ce disque, "c’est le physique qui parle, l’audace, le souhait de ne rien céder à personne. "

Si son précédent opus, Capitol Vision, lorgnait les hauteurs de Los Angeles, pour celui-ci, l’artiste est redescendu au cœur de la ville, dans les jungles urbaines et les fièvres downtown. Dans la mêlée, parmi les rois et les fous, une cour des miracles que le musicien ne cesse de magnifier. Les fous, eux, ramènent sur Terre. Kings & Fools est un manifeste hédoniste : vivre pleinement, ici et maintenant, quitte à se consumer. Pour brûler la chandelle, il faut d’abord l’allumer. Courant continu, rock alternatif. Mariant les riffs électriques aux boucles électroniques, Talisco tord les sons et questionne les esthétiques rock. Les voix, elles, sont au premier plan, sans autre filtre que celui d’un vieux micro Neumann. Pas question de se planquer derrière quelques effets, derrière les réverbes déformantes, pas de compromis…

A la fois plus introspectif et international que les deux premiers albums, cet opus fait le grand écart entre clubs intimistes et concerts de stade. Des feux sans artifices. Talisco épure ses compos et durcit le propos.

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(Photo : Yann Orhan)

talisco,kings and fools,interview,mandorInterview :

Cet album est plus percutant que les deux précédents. Il y a une énergie folle.

Je me retrouve face à une réalité. J’ai presque toujours le même discours et je raconte toujours la même chose, mais à chaque fois, avec un cran au-dessus. Je reste dans la même direction, dans la même énergie que dans mes deux albums précédents.

Tu as de plus en plus confiance en toi ?

Oui, certainement. Le mot confiance est un peu bizarre pour parler de musique ou d’art en général. Je crois qu’avec l’expérience, je suis plus précis dans ce que je raconte, dans mon discours, dans ma musique, dans mes sons, dans ma manière d’amener les couplets et les refrains. Je vis les choses et je me retrouve de plus en plus avec moi-même.

Tu fais de la musique pour quoi ?

Pas pour séduire en tout cas. Ce n’est pas que je ne veux pas séduire le public, c’est que je ne veux pas le tromper. Je ne veux déjà pas me tromper moi-même. Je fais de la musique pour sortir quelque chose de moi. Après, j’ai la chance d’aimer la pop, le rock et plus généralement d’aimer les choses de manière efficace. Quand j’étais très jeune, j’écoutais les Pixies. Les chansons faisaient 2 minutes 30, 3 minutes maximum. C’était court et efficace. Ce sont des formats qui me plaisent.

Clip de "Closer", tiré de l'album Kings and Fools.

Dans tes chansons, on ressent une sorte d’urgence.

Cette urgence est liée à ma personnalité, mais je me soigne pour ça. C’est comme si je devais des comptes à la vie. Je sais qu’avec les années, on a de moins en moins de vie, de point de vue et d’énergie. Du coup, j’ai cette nécessité de vivre les choses, de les prendre et de les ressentir le plus que je peux. Je dois avoir une nature nostalgique. Je me dis toujours après avoir vécu des évènements, « merde, c’est déjà terminé ! » C’est à la fois triste et magnifique.

Lors de ton premier album, Run, on te classait plus dans l’electro, là, on est clairement dans de la pop.

J’évite de savoir dans quel registre on me met parce que je me fous des barrières. Quand je crée de la musique, je tente de faire quelque chose d’audacieux, sinon ça ne m’intéresse pas. Je ne me mets absolument aucune contrainte.

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(Photo : Yann Orhan)

Tu as peur de la réussite ou de l’échec d’un nouvel album ?

Qu’il marche ou pas, ce n’est pas grave parce que je suis hyper fier de ce disque. Je suis vraiment hyper content du résultat. C’est la première fois que je me sens si proche de ce que je raconte et de ce que je propose musicalement. J’ai vécu cet album à 100%.

Tu l’as fait en trois mois chez toi.

Je me suis éclaté, vidé et complètement saigné. Je ne peux travailler qu’en me mettant de la pression. Quand je suis sous pression, je suis obligé d’aller à l’essentiel. Paradoxalement, je ne fais rien à l’arrache. Je ne vis pas au jour le jour, je suis très organisé, j’aime bien border et sécuriser ma vie. Pour un album, je planche, je bosse comme un maboul, je me déclenche des idées… j’adore ça, mais ça demande du travail.

Faire un album en un an, tu ne pourrais pas ?

Je ne comprends pas comment on peut faire ça. En une année, il m’arrive un milliard de choses. Je vais avoir des moments de joies intenses, comme des moments extrêmement moroses, voire douloureux. J’aurais envie de tout bouleverser en permanence, selon ma vie et mes humeurs.

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(Photo : Yann Orhan)

Tes 400 concerts ont dû influencer la musique et l’énergie de ce disque, non ?

A fond. J’ai envie que ça tabasse. J’ai voulu que ce disque soit percutant et percussif. Que les gens le prennent comme moi je le ressens. Il y a de la bagarre dedans, de l’héroïsme et plein d’éléments dans lesquels je suis venu arracher des choses.

La scène est un ring pour toi ?

Au début, elle me faisait flipper. Je préférais rester chez moi ou aller boire un coup. J’ai donc abordé la scène comme un challenge. Je me suis jeté dedans et j’y suis allé fort. C’est comme se lancer dans une 200 mètres crawl dans une eau glacée. Tu as peur, tu te demandes si tu vas survivre à ça, alors pour ne pas sentir les choses, tu y vas comme tu n’y es jamais allé. Je peux dire qu’à présent, j’ai apprivoisé la scène.

Tu dis que tu as été vidé, abimé par ta tournée.

Pas que moi, toute l’équipe. On a passé 5 ans de notre vie à ne faire que des concerts. J’ai été abimé, mais j’en ressors plus fort au final. Mon équipe et moi, maintenant, nous sommes plus musclés psychologiquement et physiquement, plus affirmés, plus agressifs. Du coup, ça se ressent sur l’album.

Clip de "Sun", tiré de l'album Kings and Fools.

Parlons de la chanson « Sun », qui est devenu le générique du feuilleton de France 2, Un si grand soleil.

Quand France 2 m’a demandé une musique pour ce feuilleton, je n’ai pas compris pourquoi. Je ne voyais pas de rapport entre ma musique et Un si grand soleil. En même temps, j’ai trouvé ça audacieux et au final, je trouve même que ça marche hyper bien.

Dans ce nouveau disque, tout est tubesque.

Je crois que c’est parce que je me suis pilonné la cervelle pendant des années en écoutant des morceaux de tous genres. Du rock, des trucs un peu obscurs et beaucoup de pop, voire même easy pop. Dans ma discothèque, tu peux retrouver aussi bien du Sonic Youth que du Madonna. Sans m’en rendre compte, je suis drivé par tout ce que j’ai écouté.

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Talisco et ses deux musiciens/choristes (Photo : Yann Orhan)

As-tu des recettes de fabrication pour créer un morceau ?

J’ai toujours la même méthodologie, en effet. Ça me permet d’aller plus vite là où je veux aller. Mais, je te le répète, il y a beaucoup de travail derrière.

Tu aimes chanter ?

Je me sers toujours de ma voix comme d’un instrument, mais je ne construis pas ma musique autour de ça.

Je crois savoir que tu n’aimes pas le mot artiste.

Je trouve que c’est hyper pompeux de considérer qu’on en est un. Moi, je suis juste un mec qui aime la musique et qui en fais. J’ai juste la capacité de créer des morceaux.

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(Après l'interview, le 14 mars 2019 à l'Hôtel Pigalle) 

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(Puis dans le métro) :) 

11 mai 2019

Louis Arlette : interview pour Des ruines et des poèmes

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(Photo : Frank Loriou et mandorisé là)

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(Photo à gauche : Frank Loriou)

Après son premier disque Sourire carnivore, Louis Arlette, auteur-compositeur-interprète et ingénieur du son, remarqué par le duo Air, a sorti le 15 mars 2019 Des ruines et des Poèmes, un album pop-rock aux influences de musique industrielle mêlée de chansons à dimension littéraire, le tout, très accessible. J’apprécie beaucoup cet artiste et je le suis à chaque fois qu’il sort un disque, c’est-à-dire depuis 2016.

(Première mandorisation ici et la seconde ).

Le 31 mai, il sera à 18 heures, en showcase chez Gibert Saint-Michel (Paris) et le 26 juin, au Café de la Danse (Paris). Mais aujourd’hui, il est chez Mandor pour évoquer ce nouvel album (que vous pouvez découvrir ici)

Le 22 mars dernier, il m’a donné rendez-vous à la Halle Saint-Pierre, un musée consacré à l'art brut, singulier (ça lui correspondait bien), au pied de la butte Montmartre.

Biographie officielle signée Thomas Burgel (un peu écourtée) :louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

(Photo à droite : Frank Loriou)

Début 2018, Louis Arlette publiait son premier album Sourire Carnivore et, déjà, tout y était. Un premier coup de tonnerre, douze chansons comme les 12 Travaux d’Héraclès pour piocher, comme lui, dans cette mythologie et littérature grecques qu’il dévore et affectionne. Une électricité libératrice et de l’électronique tapageuse, des chansons sensibles et grandioses, de régulières visites aux plus hautes lumières ou des chutes vertigineuses dans les abîmes, des mélodies aux marques indélébiles, des arrangements opulents et dédaléens, des textes ciselés, une voix se posant en maîtresse absolue de cet impressionnant édifice. Sourire Carnivore était le résultat d’une collision parfaite entre toutes les influences qui depuis l’adolescence, après des années passées penché sur le violon dont il a studieusement appris les miracles et dont il a fait son premier métier, se sont croisées dans son large spectre d’écoute ; les grands Brel ou Ferré, Depeche Mode, Radiohead, Daniel Darc, The Cure, Étienne Daho, les tricolores et les anglo-saxons, la chanson et le rock, la pop éclatante des Beatles et l’expérimentation sonique de Nine Inch Nails.

Archéologue de l’intime et géologue des humeurs de l’époque, Louis a dû, au passage, laisser quelques peaux pour réussir son impressionnante mue. "Il ne restera de mon règne, rien que des Ruines et des Poèmes", chante-t-il sur la profonde et bouleversante chanson du même titre. Pour entamer la suite de son périple, le Parisien a ainsi d’abord dû laisser une partie de lui-même, pour le pire comme pour le meilleur : la déflagration personnelle qu’a constituée son premier album a entraîné cet addictif naturel vers quelques précipices moraux et intimes dont il n’a pas été facile de s’extraire. Pour s'arracher de l’ornière et repartir en conquête, Louis a également dû se débarrasser de ses trop bonnes habitudes, de son bagage technique - celui que des années de pratique professionnelle et obsessionnelle du studio, notamment aux côté de Air dans leur mythique Studio de la rue de l’Atlas, ont posé sur ses épaules et imprimé dans ses synapses de laborantin sonique.

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandorLe disque par Thomas Burgel :

(Photo de la pochette : Frank Loriou)

À l’image de la reprise extraordinaire, atomique et exaltante de « Je suis un soir d’été » de Brel, Des Ruines et des Poèmes ne manque jamais de force. Bien au contraire : enregistré au Studio Ferber avec l’aide et l’oreille bienveillante de Philippe Paradis (Christophe, Thiéfaine, Zazie…), ce deuxième album en forme de seconde naissance irradie de puissance et de rage, déborde de beautés héroïques, de morsures magnifiques, de tumultueuses amertumes. Sa ligne plus claire, le dénuement relatif de ses arrangements, les angles plus aigus de son électricité à la colère rentrée, ses beats mécaniques, ses sonorités comme taillées à la serpe, ses synthés tranchants comme des silex ou son électricité pointilliste laissent ses chansons inspirer et expirer leurs airs, bons et mauvais, beaucoup plus librement et beaucoup plus intimement. Du noir, beaucoup, de la lumière, beaucoup aussi, l’un magnifiant l’autre comme un yin et un yang indispensables à la vie, à la mort, à la splendeur de toute chose : pas étonnant que l’un des artistes favoris de Louis Arlette soit le Caravage. Et dans ses clairs éblouissants et ces obscurs dévorants, les textes du Français, d’une vérité et d’une sincérité confondantes, trouvent une profonde résonance. Plongée acide dans les luttes intimes comme les chaos collectifs, dans les affres des corps comme dans ceux des émotions, dans les relations toxiques ou les envies maladives, les fluides infestés et les orages mentaux, ils documentent l’époque et ses troubles d’une manière sidérante.

Des ruines, mais des poèmes : Louis Arlette a peut-être avec son deuxième album, entre les beautés venimeuses de ses textes et la force herculéenne de ses morceaux, écrit la bande-son idéale, et finalement très jouissive, de ces fracas chaotiques.

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(Photo : Frank Loriou)

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandorInterview :

Tu enchaines deux albums en moins d’un an. Pourquoi ?

Entre le moment où j’ai terminé Sourire carnivore et le moment où il est sorti, il s’est écoulé un an, pour diverses raisons, notamment d’organisation et de stratégie. C’était mon premier disque et j’ai découvert tout ce qu’il ne fallait pas faire quand on sort un premier album.

Après Sourire carnivore, tu as fait beaucoup de scènes. Est-ce que tous ces concerts très énergiques ont changé ta façon d’envisager la musique pour ce nouveau disque, Des ruines et des poèmes ?

La scène, c’est cette explosion de toute la tension qu’on a accumulé. Il y a un côté très sexuel. Artistiquement parlant, une fois qu’on a obtenu ce que l’on veut, c’est vrai qu’on a envie de voir ailleurs. Je ne voulais absolument pas faire un Sourire carnivore 2. J’ai voulu aller plus loin.

Je trouve que tu chantes mieux et plus. Je me trompe ?

La voix, c’est ma discipline. C’est vraiment ce que je travaille quotidiennement. C’est important pour moi parce que je sais que c’est grâce à la voix que je vais pouvoir faire passer ce que je veux faire passer. La voix, c’est ce qui va permettre d’exprimer les textes et les textes, c’est la base. Même si je suis passionné par le son, je considère que ce n’est qu’un accompagnement.

Clip de "Je suis un soir d'été" (de Jacques Brel), tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

Tu m’as dit que ce que tu veux transmettre, c’est avant tout pour toi.

En effet, c’est pour un ressenti physique. Je ne veux pas me priver du plaisir de cette sensation. Je voudrais aller au bout des sensations qui sont possibles. C’est un travail qui est sans fin et c’est ce qui est passionnant dans l’art en général. J’aime la discipline qu’il faut avoir pour s’améliorer et progresser.

As-tu travaillé le son de manière aussi rigoureuse que pour ton album précédent ?

Sur Sourire carnivore, j’étais vraiment tout seul pour tout faire. C’était un travail de titan et quand je suis ressorti de là, j’étais vidé, complètement épuisé. Je suis même tombé malade pour tout te dire. Sur celui-là, je me suis autorisé le fait d’avoir une équipe. Je voulais changer ma façon de faire pour voir ce que ça pouvait donner. Ça m’a permis de prendre plus de distance. L’équipe qui a travaillé avec moi a été très courageuse, car j’ai été obsessionnel jusqu’au bout. Je visais la perfection, même si je savais que nous n’allions pas l’atteindre.

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(Photo : Frank Loriou)

Tu as travaillé avec le réalisateur Philippe Paradis qui a officié comme réalisateur pour des sommités de la chanson française comme Zazie, Christophe, Daran ou Thiéfaine.

Je trouvais son son assez fascinant et rare. A la fois anglo-saxon et particulier.

Vous êtes deux artistes exigeants. Tu as travaillé facilement avec lui.

Au début, je ne savais pas exactement ce que je voulais, et donc, logiquement, lui non plus. On a confronté deux visions, deux directions et au final, Philippe Paradis a été très à l’écoute, très patient et très compréhensif. Il a vraiment fait un travail formidable.

Paradis est aussi un guitariste hors pair, il n’a fait aucune guitare sur ton disque ?

Dans cet album, le travail de la guitare est devenu très accessoire, nous nous sommes plus penchés sur des choses que j’avais l’habitude de travailler seul comme des rythmiques et des synthétiseurs. Il a pas mal épuré mon travail.

"La discorde" audio, tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

C’est un disque percutant et incisif.

Oui, tu as raison, mais il est plus minimaliste que Sourire carnivore. Des ruines et des poèmes est beaucoup moins dense. Pour moi, entre ce disque et le précédent, c’est le jour et la nuit, je l’ai bien ressenti au mixage. Toutes les choses que j’avais apprises en studio avec Air, j’avais besoin de les lâcher. Les batteries, les violons, les guitares, des couches et des couches de ceci ou de cela, ça finissait par m’étouffer.

Sur « Semence », effectivement, il n’y a qu’une boite à rythmes, une basse et parfois une guitare.

Le reste ce n’est que de la voix. Non, vraiment, nous sommes allés à l’essentiel.

Tu évoques la fin de la civilisation. Ce n’est pas un disque très optimiste sur le devenir de l’être humain.

Ce n’est pas moi qui le dis. Les climatologues sont tous d’accord là-dessus. On va droit dans le mur, mais on ne sait pas à quelle vitesse. On sait que si on ne change pas notre façon de faire, on va assister à de gros évènements graves qui nous concernent tous et qui concernent la planète dans les 30 ans à venir. Je crois aux prises d’initiatives individuelles et aux changements de comportement individuels. Avec ce disque, je n’ai l’intention de moraliser personne, ni de prêcher. Mon but est de filtrer cette atmosphère que je trouve très anxiogène et délétère. Je n’ai pas voulu faire un disque documentaire sur la situation actuelle, j’ai juste voulu transmettre mon ressenti, mais imbibé par ce côté babylonien du monde. Tu dis que ce n’est pas optimiste, mais ce n’est pas pessimiste non plus. J’aime citer Fernando Pessoa. Il disait qu’il n’était pas pessimiste, mais triste.

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(Photo : Frank Loriou)

Je te rassure, même s’il y a des tourments, de l’anxiété et de la colère, je n’ai pas trouvé ton disque déprimant.

La pop music n’est pas faite pour déprimer. Le but de l’art est de réussir à trouver de la beauté partout et de la lumière au milieu de toute cette ombre. C’est ce qui pourrait définir ce que je recherche le plus, ce contraste entre l’ombre et la lumière.

J’ai l’impression que ce disque est plus direct. Il peut plus toucher le public parce que plus pop.

Je pense que ça vient de l’épure musicale et parce que je suis allé plus au fond des choses au niveau des textes. C’est plus premier degré.

Tu es quelqu’un de tourmenté ?

Tourmenté et à la fois apaisé. C’est comme si à l’intérieur de moi, il y avait un océan qui bouillonnait. Le tout est de savoir contenir ses tempêtes intérieures dans une cuvette… une cuvette qui serait l’art et la discipline. C’est un bon résumé de la condition humaine. On en est tous là.

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(Photo : Fred Petit)

Tu n’as pas un rejet de ce qu’est le monde ?

Non, c’est une acceptation, une résignation.

C’est l’art qui te sauve ?

C’est l’art qui nous sauve tous. C’est l’art qui permet la transmission, qui permet aux êtres humains de communiquer entre eux de la façon la plus pure et la plus vraie possible.

"Hécatombe" audio, tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

Je sais que tu es un grand lecteur de classique.

Parfois aussi de contemporains, mais j’ai des classiques qui ne me quittent jamais.

Ça se sent dans ton écriture… comme si tu rendais hommage à tes ainés. Dans la chanson « Des ruines et des poèmes », on est carrément dans l’Iliade d’Homère.

C’est un livre que j’ai lu et relu l’année dernière et qui m’a vraiment bouleversé. Je trouvais formidable que plus de 2500 ans après, cette œuvre continue à influencer des artistes d’aujourd’hui.

Dont toi.

Dont moi. « Des ruines et des poèmes » est parti du personnage d’Hector qui se fait tuer pendant la guerre de Troie par Achille. Je trouve qu’Hector est un personnage très touchant parce qu’il est un peu un héros de l’ombre. C’est un homme qui est protégé par les dieux, mais ce n’est qu’un homme, un bon père destiné à être également un bon roi. Il est l’exact contraire d’Achille. Lui ne doit son salut qu’aux dieux. Il humilie Hector en le trainant derrière son char dans la ville de Troie. Au moment où Hector se fait tuer, il est indiqué dans l’Iliade qu’il se fait trancher la gorge, mais qu’il a le temps de dire quelques mots. Dans ma chanson, j’ai voulu développer ses mots. Evidemment, je m’identifie à ce personnage.

"Des ruines et des poèmes", tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

Je parle rarement des pochettes. Mais là, je vois Louis Arlette qui sourit. C’est extrêmement rare, non ?

C’est un sourire à la Joconde. C’est une photo qui m’a tout de suite sauté aux yeux quand j’ai reçu le résultat de cette séance qu’on a faite avec le photographe Frank Loriou. Ce qui me plait dans cette photo, c’est la côté Caravage, ombre et lumière, le clair-obscur.

Je te le dis à chaque fois que l’on se voit, mais je trouve que tu es à part dans ce milieu.

Est-ce qu’être à part ne définirait pas l’artiste ? Est-ce que toutes les œuvres qui valent quelque chose ne seraient pas un peu à part ?

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Pendant l'interview, le 22 mars 2019, à la Halle Saint-Pierre.

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10 mai 2019

Abel Cheret : interview pour Amour Ultra Chelou

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(Photo : Marie-Pierre Durand)

abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandor(Photo à gauche : Camille Pourcel)

« Des histoires d'amour chelou sur des rythmes tropicaux, de la nonchalance dans la voix et dans la dégaine, entre Souchon et Tellier, entre Katerine et Daho » nous explique le dossier de presse d’Abel Cherret. Pas faux. Perso, j’ai adoré ce deuxième EP, Amour ultra chelou. 5 récits pop d’histoires d’amour versant parfois vers le cynisme, le tout avec une très jolie plume sur une musique d’aujourd’hui.

EP à découvrir notamment ici.

J’avais hâte de faire sa connaissance. Et c’est un jeune homme (de 34 ans, mais qui ne les fait pas) avenant et souriant que je rencontre, le 12 avril dernier dans un bar parisien.

Mini biographie (officielle) :

Né aux Sables d'Olonne, en Vendée, son mélomane de père le berce en écoutant Bob Dylan, Dick Annegarn ou encore Jacques Higelin. Abel Chéret vit sa première expérience musicale à 15 ans comme auteur puis chanteur dans un groupe de rock. Il migre ensuite à Paris pour se libérer des fantômes de son enfance. Dans ce nouvel environnement, il écrit des chansons plus intimistes à l'humour tranchant.

L’EP (argumentaire de presse officiel) :abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandor

Après un premier EP très organique enregistré en trio (guitare / cuivres / batterie), Abel Chéret cherche un mode d’écriture plus personnel encore et sans concession. Il troque sa guitare contre un PC et s’enferme 3 mois pour écrire et composer de nouveaux morceaux qui raisonnent avec ses obsessions du moment : l’amour et le sexe dans toutes leurs formes. Il s’allie ensuite au producteur PAG qui finalise les arrangements puis il soumet les titres à l’oreille experte d’Etienne Caylou (Clara Luciani, Eddy De Pretto) pour le mixage.

Le résultat : 5 histoires « d’Amour Ultra Chelou » touchantes et cyniques sur fond d’une électro pop percussive. L’EP Amour Ultra Chelou vient de sortir.

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(Photo : Camille Pourcel)

abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que ton père écoutait beaucoup de musique ?

C'est un grand mélomane. Il écoute beaucoup de musique tous genres confondus, du classique, à la musique contemporaine en passant par le métal et la techno… Tout petit, j’entendais aussi Dick Annegarn, Higelin, deux artistes libres et exubérants et je les adorais. Mais celui que mon père a dû écouter le plus, c’est Bob Dylan. Il m’a donc beaucoup marqué.

A 15 ans, tu es déjà chanteur et auteur d’un groupe de ska punk.

A l’époque j’écoutais du rock, du punk, un peu de reggae, les groupes de rock festif à la Mano Negra. J’étais dans cette ambiance musicale quand j’ai appris qu’il y avait un groupe de rock qui se formait dans mon lycée. J'ai commencé par écrire des textes, puis au bout d’un moment, je suis devenu le chanteur et parolier. J’ai appris la musique avec ce groupe en fait. Beaucoup venaient du Conservatoire et connaissaient bien la théorie musicale et l’harmonie. Pendant 5 ans, j’ai appris la musique avec eux, entres potes.

Parallèlement, tu écrivais tes chansons personnelles.

A un moment, ils sont partie dans un délire plus pop… ils avaient d’autres ambitions. J’ai préféré rester avec mes chansons intimistes. Nous nous sommes séparés, mais eux existent encore. Ils commencent d’ailleurs à avoir du succès. C’est le groupe Léonie. Nous sommes toujours potes, mais j’ai fait mon chemin de mon côté.

Clip de "Calor Humedo". Images #animation. Réalisation : Simon Dronet http://www.simondronet.com/

C’est ton deuxième EP. Le premier est sorti en 2014.abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandor

A l’époque, j’avais un batteur et un musicien qui faisait les cuivres. Mon projet n’était pas assez mûr à mon sens, donc je n’ai pas beaucoup communiqué dessus. J’étais quand même bien implanté dans le réseau chanson à Paris. J’ai chanté dans des salles comme Les trois baudets par exemple. Mais bon, je sentais que je n’étais pas encore là où il fallait que je sois. Je cherchais mon identité musicale.

Amour ultra chelou. J’adore le titre de ton EP. Tu l’as choisi comment ?

Un jour une copine a entendu un de ces titres et elle m’a dit : « c’est encore une chanson d’amour ultra chelou, ce que tu nous as fait ». Je me suis dit : « c’est parfait ! J’ai mon titre ».

Pourquoi n’écris-tu que des chansons d’amour ?

Quand j’écris, j’essaie de ne pas m’imposer de contraintes. Je veux être le plus libre possible dans ce que je raconte. Je sens que ça marche quand ce que j’écris est plus ou moins automatique. Je lis beaucoup de livres, des poèmes, et au bout d’un moment, dans ma tête, ça murit, ça travaille, ça fermente… et il en sort quelque chose qui vient sans que je ne réfléchisse trop. Ce qui sortait était des chansons d’amour parce que j’étais fou amoureux à l’époque où j’ai écrit l’EP. Ca a forcément joué. Dès que j’essayais d’écrire autre chose que des histoires d’amour, ça sonnait faux.

Dans ta chanson « Lovely Doll », on comprend que c’est précisément un amour ultra chelou.

Au Japon, ils ont des poupées qui sont utilisées comme objets sexuels, voire même comme des prostituées. Je suis partie de là et ça a dérivé vers le viol domestique. Je parle des hommes qui violent leur femme soumise à eux et qui deviennent donc les objets sexuels de leur mari.

Il y a des chansons un peu ambiguës, pas très claires, dont on peut deviner des doubles sens…

J’aime bien l’ambiguïté alors j’image souvent les choses. La chanson « Irma » pourrait parler d’une femme, or j’évoque l’ouragan du même nom. Tant que c’est cohérent dans les deux sens, ça me convient.

Clip de "L'amour saignant". Scénario et réalisation : Rosalie Charrier
Abel Chéret joue le rôle du groom. Le couple est incarné par Eva Danino et Vassili Schneider.
Bernard Tiélès et Geoffroy de La Taille incarnent les serveurs.

abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandor(Photo à gauche: Marie-Pierre Durand)

Chez toi l’amour n’est pas doucereux, mielleux, dis-tu dans « L’amour saignant ».

C’est une ode ironique à l’amour jetable. Avec Tinder ou autres applications de rencontres, on a l’impression que tout le monde est accessible et que l’on peut coucher facilement avec n’importe qui. Je ne fais jamais la morale aux gens, mais je trouve dommage de ne pas prendre le temps de connaitre les gens, ça enlève tout romantisme à l’amour. Cela dit, je ne crache pas sur les sites de rencontres puisque j’ai justement rencontré ma copine sur l’un d’eux (rires).

Je trouve que tu as ta propre identité et que tu ne ressembles pas à d’autres artistes.

C’est gentil, mais certains voient dans « L’amour saignant », un côté Souchon. C’est vrai que, parfois, je suis proche de ses harmonies. D’autres m’affilient à Alex Beaupain. Tu vois je n’échappe pas aux comparaisons.

J’adore « Western eros », une chanson aventuro-coquine.

C’est la chanson la plus narrative de l’EP. Je raconte l’histoire d’un couple qui va dans un cinéma. Ils regardent un western. La fille masturbe le mec qui lui, essaie de se concentrer sur le film… mais les deux scènes se mélangent en lui. C’est une chanson très imagée là aussi.

Tu as changé ta façon de travailler tes musiques, je crois.

Avant, j’écrivais mes morceaux à la guitare. Pour cet EP, j’ai laissé tomber cet instrument pour tout ce qui est arrangements et compositions. J’ai gardé l’harmonie et je travaille tout avec un logiciel sur mon ordinateur. Je crée de la musique de façon électronique en m’inspirant de ce que j’écoutais à ce moment-là. En l’occurrence, j’étais fana de musique cubaine. J’ai donné le fruit de mon travail à mon acolyte PAG. Il a retravaillé mes sons pour qu’ils sonnent un peu mieux. J’adore sa finesse et son oreille.

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(Photo : David Desreumaux)

Tu as beaucoup fait de scène en guitare chant solo. Avec tes nouvelles chansons, tu vas être comment ?abel cheret,amour ultra chelou,interview,mandor

Ma formule favorite c’est : batterie, séquences, moi au chant et aux claviers. Avoir un batteur rend les chansons plus percussives et ça donne beaucoup de vie aux morceaux. Avant cette EP, j’avais réussi à trouver une certaine liberté avec ma guitare et depuis que je ne l’ai plus, ça m’a déséquilibré complètement. Là, je commence à bien retrouver mes marques et une certaine fraicheur que je pouvais avoir avant.

Cet EP présage d’un album à venir j’imagine.

J’ai voulu que cet EP soit très abouti pour qu’il soit la meilleure carte de visite possible. Evidemment, je travaille sur d’autres chansons et évidemment, j’aimerais garder à mes côtés, PAG et le mixeur du disque Amour Ultra Chelou, Etienne Caylou. Ça s’est tellement bien passé entre nous que j’aimerais développer quelque chose avec eux.

C’est un combat pour toi d’exister dans ce métier ?

C’est d’abord un combat avec moi-même. J’aime bien parler, échanger avec les gens, mais je n’aime pas me mettre en avant et me vendre. Cela ne fait pas partie de mon ADN. Sinon, honnêtement, faire de la musique, c’est un plaisir avant tout.

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Après l'interview, le 12 mai 2019, au Pachyderme.

09 mai 2019

Nicolas Paugam : interview pour Le ventre et l'estomac

Crédit Fred Boyer  (3).JPG

(Photo : Fred Boyer)

portrait nico cre╠üdit fred Boyer (2).jpgCe métier me fascine. Je passe ma vie à écouter et découvrir de nouveaux artistes français, je crois avoir une connaissance assez précise sur la production musicale de notre pays (et principalement en chanson et variété), puis soudain je tombe sur un espèce de génie. Cet artiste inclassable existe et je ne le savais pas.

Nicolas Paugam, donc, a sorti Aqua Mostlae, Mon Agitation, Boustrophédon et bientôt Le ventre et l’estomac, le 14 juin prochain dans les eaux mouvementés d’un style musical exigeant et original (j’ai lu quelque part de la « pop tropicale et champêtre ») et d’une voix singulière, voire déroutante. Nicolas Paugam est devenu du jour au lendemain, pour moi, un chanteur important. Il devrait être dans le haut du panier, il ne l’est pas encore. Je ne suis donc pas le seul à l’avoir loupé. J’espère que je ne serai pas le seul non plus à réparer l’erreur…

Vous pourrez découvrir en concert Nicolas Paugam avec Cedrik Boule le lundi 20 mai à L'Auguste Théâtre à Paris.

Autres dates:

Le 8 juin au centre cullturel de Lesquin ( nord ) pour le 11/11
Le 13 juin, sa release party au studio de l'Ermitage ( Paris) avec Fontaine Walace
Le 15 juin à Pinsaguel ( 31 )
Le 21 juin - Fête de la musique au Puy- Jazz concert
Le 22 Juin aux Nonières ( 07 ) jazz-concert avec les Meustaches
Le 12 juillet au festival Off des Nuits de Saint Jacques au Puy-en-Velay

… et au festival des nuits de Fourvière le 3 juillet, en ouverture du concert de Vanessa Paradis. 

Le 12 avril dernier, nous avons fait la connaissance dans un bar parisien. Conversation de haute tenue.

Biographie officielle (par Nelly Dvořák ) :

Nicolas Paugam. Il est ailleurs et parmi nous. Il chante ce qu’il veut depuis son papier peint qu’il applique aussi bien dans la nature qu’à la ville, en Bretagne comme au Brésil. On le soupçonne même parfois d’aller chanter pour les petits êtres vivant entre le mur et ledit papier, mais peut-être aussi qu’il arrive à le poser là où il n’y a même pas d’murs." Jean Palomba, le poète de Rage mue - Et en effet, c’est sans doute la poésie qui peut rendre le mieux compte de la singularité du bonhomme. Singulier, bizarre ou plus précisément excentrique, comme le classait Les Inrockuptibles dans son hors-série sur les saugrenus. Le voilà donc sur le point de sortir son quatrième disque.

Le disque (par Nelly Dvořák ):Pochette-WEB.jpg

Il nous parle de son anatomie bizarre. Oui, parce que l’estomac ne fait-il pas partie du ventre ? La chanson éponyme décrit les tourments d’un homme dans son couple qui vit diffusément son mal, pour mieux le localiser ensuite. Même chirurgie pour "Le Chasseur Blanc", comme un droit de réponse au fameux "Tu vois pas qu’on s’aime pas" puisqu’ici c’est une femme qui parle. D’ailleurs, le chanteur laisse volontiers le mot de la fin aux femmes. Mais peut-être écrirait-il la "faim" ? Quoi qu’il en soit, la résignation s’y fait plus drôle, distanciée et légère. Dans le ton et le rythme. Ces neuf chansons, avec ses scat et ses "vaya" brésiliens, manient dérision - bienveillante - jeux de mots et rimes, pour décliner différentes façons d’avoir de l’estomac... (face à sa compagne, à son compagnon donc, face à son banquier, à la meute estivale ou punitive ou face à la mort...). De fait, Nicolas Paugam pousse sa malice potache jusqu’à finir son album par un naufrage !

Teaser.

Ce quatrième album se veut le dernier de la série "collages" ; car tous ces disques se reconnaissent, au-delà de leur style croisé « entre Michel Legrand, Alain Souchon et la MPB » (Télérama), par leur pochette bigarrée réalisée par le compositeur. Voilà donc une musique éclectique et solaire aux codas ad libitum et à la poésie sans gare. Oui, à classer dans les inclassables.      

crédit Fred Boyer 5 (2).jpg

(Photo : Fred Boyer)

IMG_0680 (2).JPGInterview :

En écoutant ton nouvel album, je me suis demandé comment j’avais pu passer autant d’années à côté de toi. J’ai adoré vraiment dès la première écoute.

Ça me fait plaisir parce que je fais une musique qui me parait assez exigeante, difficile, complexe et qui mérite plusieurs écoutes.

Je n’aime pas ce qui est lisse, je me lasse de la musique qu’on écoute tout le temps, alors j’aime les artistes qui sortent franchement des sentiers battus.

Je suis comme toi. J’adore faire des découvertes. D’ailleurs, dernièrement, j’ai découvert Franck Monnet (mandorisé là), qui n’est pourtant pas un débutant. Du coup, j’ai acheté tous ses disques.

Clip de "Le ventre et l'estomac" extrait de l'album Le ventre et l'estomac.

Tu as eu une enfance marquée par quelques albums, je crois.

A la maison, il y avait quatre disques. Harvest de Neil Young, The Freewheelin’ de Bob Dylan, Alan Stivel à l’Olympia, disque mythique, et un disque de flute de pan. Ma mère m’a dit que j’écoutais en boucle celui de Dylan. Il a un son hallucinant. On n’arrive plus à faire des disques avec un son pareil. Ça vient de la table de mixage 4 pistes.

Après, c’est le jazz qui t’a intéressé.

Après le divorce de mes parents, ma mère s’est mise avec un musicien de jazz, un batteur. Mon beau-père avait une collection de 700 disques de jazz. J’ai mis du temps à apprécier complètement ce genre musical, mais j’entendais Bud Powell, Django Reinhardt, Lionel Hampton en permanence à la maison. Ça m’a nourri inconsciemment puisque, aujourd’hui, j’en joue régulièrement avec mon frère.

Clip de "La complainte du Titanic", tiré de l'album Le ventre et l'estomac.

A 19 ans, tu commences la guitare.

Compulsivement. J’étudie de très près David Bowie, Jimmy Hendrix, Nick Drake et Robert Wyatt. Avec mon frère, nous formons notre premier groupe, les Syncop’s, dans lequel nous jouons essentiellement des reprises (The Clash, The Doors, Led Zeppelin ou Rolling Stones). Bientôt les idées personnelles affluent. Nous composons nos premières chansons en français et en anglais. Ce seront les premières maquettes, les premiers disques, l’avant Da Capo, l’avant Lithium.

1995, petite consécration, vous signez un quatre titres sur le Single Club du label Lithium The Man I used to be.

Le groupe s’appellera désormais Da Capo. En 1997, l’album Minor Swing sort sur ce
même label. La presse en fait l’éloge. Le disque sort au Japon sur le label Toshiba. Nous partons en tournée en Espagne avec The Married Monk et jouons, entre autres, un concert, in memoriam, au Café de la Danse en première partie du groupe Supergrass.

Crédit Nelly Dvorak  (2).jpeg

(Photo : Nelly Dvorak)

Da Capo existe toujours ?

Oui. J’ai fait 4 disques avec mon frère, ensuite, j’en ai eu marre. J’avais mon propre univers et je ne pouvais pas trop le mettre en avant.

A 31 ans, tu viens vivre à Paris.

Je monte un groupe de swing manouche, toujours avec mon frère Alexandre, Les Frères Paugam à Meustaches. S’ensuivent des centaines de concerts dans les cafés parisiens.

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Pour ton album, Aqua Mostlae, Valérie Lehoux de Télérama a fait un rapprochement avec Michel Legrand. C'est plutôt flatteur.

Ca me parle oui, en effet. A un moment, je comptais faire un projet sur Georges Brassens. J’ai donc commencé à jouer les thèmes de Brassens à la guitare manouche et à faire des arrangements derrière, c’est-à-dire des improvisations écrites. Je me suis rendu compte que ce que je faisais était très mélodique. J’ai donc fait de la musique avec les harmonies de Brassens, mais avec mes propres mélodies. Ça a donné le disque de jazz, La tamanoir de mes rêves.

Un jour quelqu’un te conseille de mettre des textes sur tes compositions.

Voilà. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire en français. Mon univers vient donc du jazz.

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Nicolas Paugam dans son ancien atelier (musique et peinture-collage).

Comment travailles-tu ta musique ?

Je compose en improvisant sur des boucles de batteries les plus swingantes ou bizarres possible et je chante en même temps. C’est hyper long et laborieux. Mon écriture est inconsciente.

Il n’y a jamais de réflexion sur le texte que tu vas faire ?

Au départ, il n’y a pas de sujet. Je suis incapable d’écrire sur un thème imposé. J’ai des mots qui me viennent automatiquement et ce sont ces mots et la mélodie qui vont me dicter la suite de la chanson. Au final, j’aborde des choses que j’ai captées inconsciemment dans des discussions, à la télé, dans la rue…

Clip de "Facile", tiré de l'album Aqua Mostlae (2013).

Pour toi, la création est-elle facile ?

Je n'ai pas à me plaindre. C’est le thème de ma chanson « Trop facile ». J’explique que c’est facile de composer pour moi. C’est facile parce que je travaille beaucoup, parce que j’écoute plein de musiques, parce que j’ai trouvé une technique solide après 20 ans de recherches et de remises en questions..

Quand tu composes, tu as besoin de solitude ?

Oui, je vais donc m’isoler dans des maisons perdues dans des coins un peu paumés comme en Lozère par exemple et je compose pendant une semaine. Il en ressort quelques bonnes chansons avec cette technique dont je viens de te parler. Le problème, c'est de trouver le temps d'y aller car j'ai un boulot alimentaire. 

Tu fais toi-même tes clips.

Ils sont très artisanaux. On y voit la nature, des enfants, du théâtre d’objets… Je crois que je serais ennuyé d’avoir toute une équipe pour faire un clip. J’aime bien cette idée d’être très indépendant et de faire ça à trois, entre copains. On peut faire des choses très artisanales et de très bonnes qualités. C’est plus une question d’idée qu’une question d’argent.

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(Pendant l'interview).

Ton univers graphique est très intéressant également.

Mon univers graphique doit beaucoup à ma maman, Elizabeth Paugam, qui fait des peintures, du collage et du théâtre. Une autre source d’inspiration primordiale, Sergueï Paradjanov un artiste arménien controversé en Union soviétique (astreint en 1973 aux travaux forcés pendant quatre ans, puis incarcéré à différentes reprises jusqu'en 1982), mais très défendu et apprécié par les cinéphiles occidentaux. Un musée lui est consacré à Erevan, en Arménie, où il est considéré comme le grand cinéaste national. Ce qu’il fait correspond exactement à ce que je suis. Il a fait un film hallucinant qui s’appelle Sayat-Nova.

(Sayat- Nova (La Couleur de la grenade), de Sergueï Paradjanov, est inspiré de la vie d’un poète arménien mort en Géorgie. Au lieu d’un récit linéaire, le cinéaste, à la fois structuraliste et traditionaliste, opte pour une série de tableaux vivants représentant des moments clés de la vie du poète. Paradjanov déclare : « Il m’a semblé qu’une image statique, au cinéma, peut avoir une profondeur, telle une miniature, une plastique, une dynamique internes… » Source : Wikipédia)

Clip de "Rendez-vous au sommet", tiré de l'album Le ventre et l'estomac.

Les Inrocks dans son édition sur « Les saugrenues » ont dit de toi : « Singulier, bizarre, ou plus précisément excentrique », ça te plait que l’on te voit ainsi ?

Oui, bien sûr. Il y a un adjectif qu'avait utilisé Grégory Cuesta sur le site Culture au poing et que j'ai découvert : Hétérodoxe (signifie « qui pense d'une autre manière que la manière habituelle, dominante »).

Ça te gêne de ne pas être reconnu à ta juste valeur professionnelle ?

Il y a une justice quelque part. J'ai commencé à chanter sur scène seulement en 2014. J’attends mon tour, tout simplement.

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Après l'interview, le 12 avril 2019 au Pachyderme.

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07 mai 2019

Musset : interview pour son EP "Orion"

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(Photo : Audrey Wnent)

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor« En choisissant Orion pour titre de son premier EP, Musset parle de cet instinct qui l’a conduit, après son expérience dans le groupe Revolver, à suivre sa bonne étoile. Les cordes d’une guitare acoustique pour seules flèches, il chante aujourd’hui des textes clairs et baladeurs avec lesquels explorer le monde » explique le dossier de presse de l’artiste.

Ce qui est certain, c'est que Musset a su s’entourer pour ce premier EP solo majestueux et d’une élégance rare. Co-écriture avec Jean-Michel Reusser, coréalisation avec Stéfane Goldman et mixage par Bénédicte Schmitt

Immense coup de cœur! 

L'EP est à écouter là (par exemple).

La première fois que j’ai rencontré Christophe Musset, c’était pour une interview de Revolver pour le journal de la FNAC (lire ici). Il n’était pas le plus bavard, mais je le trouvais le plus « sage » et profond. Il ne parlait pas pour ne rien dire. Aujourd’hui, non plus, mais je l’ai senti plus libre et serein.

Le 20 mars dernier, j’ai été convié chez Jean-Michel Reusser (voir plus bas) pour parler de son retour dans le monde de la musique, désormais française.

Biographie officielle :musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

Quand il compose encore la moitié fondatrice du groupe à succès Revolver, Christophe Musset enchaîne les dates, les radios, les promos, les Victoires de la musique...

Fin des années 2000, on ne parle pas encore de “stream” mais le jeune leader pop-rock sent passer le courant : celui qui électrise, galvanise et vous crame.

Addictions aux exigences des majors, culpabilité, vie personnelle en vrac.

Aujourd’hui, Christophe parle avec tendresse de ces deux albums en anglais qui l’ont fait éclore, mais à l’époque, la force n’y est plus. Le groupe tire sa dernière balle en 2013.

Il n’est pas rare que les artistes, au cours de leur carrière, doivent répondre à la question fatale : comment renaître ? Contacts en poche, Musset s’envole d’abord au Pérou pour y percer le mystère de ses fameux rites initiatiques avant de s’installer au pays basque, près de sa famille, où il bosse un temps comme libraire et compose, preuve qu’il n’oublie pas tout à fait la musique, la B.O. du film Diamond Island du franco-cambodgien Davy Chou (le film obtient le prix SACD de la Semaine de la critique à Cannes, le Grand Prix du Festival de Cabourg, la mention spéciale du Prix Jean Vigo...). Loin, très loin des vanités et du showbiz, l’écriture et ses mots lui reviennent... en français, preuve qu’il est enfin prêt à tomber le masque. En aurait-il fini avec l’éternelle adolescence ? Converti, comme il le chante, “Aux chansons qui font ressurgir / Les vestiges d’un amour, d’un empire”, on le découvre adulte, posé, curieux des autres, des forces de la nature et de musicothérapie.

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorLe disque (argumentaire officiel) :

Avec un sens aigu de la transmission et le regard plein de gratitude envers ceux qui l’entourent, le beau gosse aux boucles brunes n’a rien perdu de son doigté de guitariste ni de la juvénilité de son timbre. Jeune papa, Musset se réinstalle à Paris comme on reprend le cours d’une vie qu’on aurait laissée mûrir derrière soi. Il y rencontre un nouveau mentor d’expérience, Jean-Michel Reusser, qui voit en lui le potentiel d’un Damien Rice ou d’un Sufjan Stevens à la française, ces auteurs-compositeurs-interprètes dont la voix délicate se pose sur votre épaule. Tous deux travaillent aussitôt en miroir et dessinent un univers folk, doux et aérien. Musset, qui aime le cinéma et ses bandes-son, finit par chanter de premiers titres sincères, accessibles, épurés. Un E.P. prend forme en épousant, Bénédicte Schmitt au mix, les contours de l’évidence.

Ce n’est pas un hasard si Musset chante sur l’un de ses titres : “On n’est pas vraiment là jusqu’à ce que l’on s’en aille / On ne comprend qu’après”.

Comprenez donc : Musset revient !

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(Photo : Audrey Wnent)

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorInterview :

Je crois savoir que c’est toi qui es à l’origine de l’arrêt de Revolver. Que s’est-il passé ?

Etre dans un groupe, au départ, me convenait totalement. A l’époque, je n’aurais jamais eu le courage de faire quelque chose tout seul. A trois, tout semble plus facile parce que tout est divisé. Au départ, nous étions très amis, au bout de 6 ans à être ensemble 300 jours par an, même s’il n’y avait pas de tensions entre nous, ce n’était plus pareil. A un moment, j’ai dit aux deux autres qu’il fallait que je parte. C’était une urgence personnelle liée à mon rapport à la musique. J’avais l’impression d’être devenu une sorte de machine qui savait écrire des chansons, jouer de la guitare et chanter. J’avais du mal avec l’aspect « professionnel » de ce qui était avant tout une passion. En plus, dans ma vie personnelle, ce n’était pas la joie… Une tournée, c’est absolument génial quand tu es bien dans tes pompes, si tu es mal, ça t’enfonce complètement.

Aujourd’hui, vous êtes encore amis tous les trois ?

Oui, comme dit Ambroise, nous avons sauvé nos amitiés. Nous ne jouons plus ensemble, ça reviendra peut-être. En tout cas, quand on se revoit, c’est avec beaucoup plus de plaisir qu’avant.

Clip de "Aussi loin".

Après Revolver, tu es parti t’exiler au Pérou. musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandor

Puisque j’étais malheureux en faisant de la musique, je me suis dit à ce moment-là que j’allais arrêter la musique, ce qui était parfaitement stupide. Juste avant de prendre mon avion pour le Pérou, mon petit frère m’a filé une guitare acoustique en petit format au cas où l’envie revienne. En fait, j’avais besoin de me reconnecter avec la musique dans quelque chose d’intime et de thérapeutique.

Au Pérou, tu es passé par un centre spirituel chamanique.

J’entendais les chamans chanter toute la nuit lors de leur cérémonie, des mantras en yoga et d’autres formes de musique. Ça m’a fait du bien de me connecter à ses musiques primitives, voire primales.

Quand tu es revenu au Pays Basque, tu as travaillé dans une librairie.

Oui, pendant 9 mois. J’étais dans le réel, le concret, dans une vie plus normale. Ça m’allait bien.

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(Photo : Audrey Wnent)

Ensuite, il y a trois ans, tu as écrit un album solo.

Au bout d’un an de boulot, alors que le disque était presque fini d’enregistrer, j’ai compris qu’il ne fallait pas que je le sorte. J’ai vu ce qui allait et ce qui n’allait pas, ça m’a permis de savoir où j’en étais musicalement et c’était suffisant.

Tu as fait la BO du film Diamond Island de Davy Chou, puis tu as rencontré Jean-Michel Reusser.

Nous nous sommes rencontrés au parfait moment. C’est l’ancien manager de Revolver qui m’avait parlé de lui en m'affirmant que ça allait coller entre nous. On a pris un café ensemble. On est resté 4 heures à discuter. C’était le moteur dont j’avais besoin pour redémarrer... et un miroir aussi. J’ai rencontré la bonne personne qui m’a aidé à écrire et peaufiner ma musique. Grâce à lui, je sais que l’EP que je sors me ressemble beaucoup.

Tu chantes désormais en français.

Avec Revolver, nous étions réunis par les harmonies vocales, et c’était plus simple en langue anglaise. Aujourd’hui, c’est difficile de chanter en français parce que j’avais envie de faire quelque chose se rapprochant d’Elliott Smith et de Sufjan Stevens… parce que c’est la musique que j’écoute. En tout cas, je ne voulais pas écrire du très littéraire, mais choisir les mots simples pour parler d’émotions compliquées.

"Orion" (official lyrics video).

musset,orion,ep,interview,christophe musset,mandorTon EP est très doux, comme le premier album de Revolver finalement.

Tu as raison. Sur les autres albums du groupe, on est devenu plus pop électrique. Est-ce que je ne boucle pas une boucle avec cet EP ? Je ne sais pas.

Tu as fait des concerts avec les chansons de cet EP ?

J’ai fait quelques premières parties de Dominique A. Il m’impressionne beaucoup quand je le vois seul avec sa guitare sur scène capter autant son public… et il est absolument adorable. Je pense que c’est lui qui m’a donné le déclic de chanter en français. J’entendais des influences des Smiths chez lui, entre autres, il m'a donc fait comprendre que même quand on avait cette culture là, on pouvait faire du bel ouvrage en français.

Et toi, tu es seul avec ta guitare sur scène ?

Non, seul avec mes guitares et une sorte de tapis d’effets pour apporter un peu d’imaginaire et d’atmosphère en plus.

La chanson française se porte bien en ce moment ?

Il y a un vrai renouveau de la chanson assez qualitative. Chez les hommes, j’aime beaucoup Olivier Marguerit, dit O et chez les femmes, je suis très admiratif de Clara Luciani. Elle a des textes assez saisissants. J’ai remarqué que les chansons que j’apprécie le plus en ce moment, ce sont des chansons plus portées par des femmes. Les Chris, les Camille font des chansons courageuses qui abordent des thèmes très féminins qui n’ont vraiment jamais été abordées.

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A la fin de l'interview, le 20 mars 2019.

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03 mai 2019

Simon Clair : interview pour Lizzy Mercier Descloux, une éclipse

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lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorQuand j’ai su qu’une monographie sur Lizzy Mercier Descloux allait paraître, même si j’ai trouvé l’idée excellente, je me suis demandé à qui pouvait être destiné cet ouvrage. Hormis deux, trois tubes, dont le fameux « Mais Où Sont Passées Les Gazelles? », elle n’a pas laissé une trace très profonde dans l’inconscient collectif.

(Chapeau, donc, à la maison d’édition de Benjamin Frogel et Laura Freducci, Playlist Society, de prendre des risques.)

Simon Clair (journaliste culturel spécialisé dans la musique, Society, SoFilm, SoFoot, Tsugi, Les Inrockuptibles et Stylist) a entrepris de reconstruire l’existence de cette interprète-musicienne à travers les témoignages de ses proches, ses amoureux et ses collaborateurs professionnels. Son travail minutieux est impressionnant nous permet de comprendre comment fonctionnait l’industrie du disque de l’époque, mais aussi de nous attacher à cette rebelle, libre (mais pas toujours indépendante), qu’était cette étoile filante de la musique française.

Le 18 mars dernier, rendez-vous est pris dans un bar de la capitale avec Simon Clair

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lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorL’argumentaire de presse (officiel) :

Elle était la muse absolue de la scène rock de New York à la fin des années 1970, l’égérie parfaite du mouvement no wave. Patti Smith, Richard Hell, Lydia Lunch étaient fous de cette chanteuse française avant-gardiste. Pourtant, Lizzy Mercier Descloux est morte à 47 ans, dans le plus grand dénuement, ne laissant qu’une trace infime dans l’histoire de la musique. Comment une figure aussi culte a-t-elle pu tomber dans l’oubli ? Lizzy Mercier Descloux, une éclipse revient sur l’histoire tragique de la chanteuse à l’aide des témoignages de ceux qui l’ont connue.

Marchant dans ses pas de Paris à New-York, la suivant dans ses voyages en Afrique du Sud, aux Bahamas ou au Brésil, le livre révèle comment l’auteure de « Mais où sont passées les gazelles ? » a été précurseuse du courant qu’on appelle aujourd’hui la world music. Il dévoile une personnalité complexe à la carrière malmenée pour ses choix artistiques iconoclastes, au sein d’une industrie musicale sexiste.

Ce qu'ils en disent : 

Les Inrocks.

Libération.

Brain Magazine.

Benzine.

Section-26.

Sun Burns Out (avec pas mal d'albums de Lizzy Mercier Descloux à écouter en intégralité).

LitZic.

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(Photo : Michel Esteban)

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorInterview :

Quelle idée de faire un livre sur Lizzy Mercier Descloux ?

Je me souviens de la première rencontre avec mon éditeur, Benjamin Fogel. Je lui ai garanti que l’histoire était bien, mais aussi que nous n’allions pas en vendre des palettes. Bon, il se trouve que Benjamin lui-même, dans sa propre maison d’édition, Playlist Society, a écrit sur le groupe new-yorkais Swans, il a donc compris la logique de ma démarche. Il aime donner de la voix à des sujets qu’on ne trouve pas ailleurs.

Comment tu as connu Lizzy Mercier Descloux ? C’est plus de mon âge que du tien.

J’ai commencé à écouter beaucoup de musique autour des années 2000. C’était à un moment où il y a eu un retour du rock. Pour les gens de ma génération, cela nous a donné la possibilité de découvrir tout ce qu’écoutaient nos parents grâce à tous les sites de téléchargements illégaux. J’ai découvert le New-York rock revival qui est fantasmé par les gens de ma génération. J’ai creusé, creusé et encore creusé et après avoir découvert les Television, les Talking Heads, j’ai fini par croiser ce nom au milieu de mes découvertes, une certaine Lizzy Mercier Descloux, qui était présentée comme française. Ça m’a rassuré parce que je trouvais chiant le fait qu’à l’époque tous les meilleurs artistes soient anglais ou américains.

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Et du coup, tu t’es interrogé sur elle. lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandor

C’est exactement ça. Je me suis demandé ce qu’elle faisait sur cette scène new-yorkaise à ce moment-là, comment elle était arrivée là, pourquoi elle était là... Je me suis renseigné très progressivement sur elle au fil des années.

Elle avait un côté iconique sur les photos de cette époque.

Iconique et magnétique. Elle m’a vraiment donné l’envie d’en savoir plus. J’ai un peu enquêté avant de me lancer pour savoir si son histoire pouvait être intéressante à raconter. J’en ai fait d’abord un article pour un journal… mais j’ai senti une frustration de ne pas être allé plus loin. J’avais gardé l’idée d’en faire un livre dans un coin de ma tête.

Artist: Rosa Yemen. Album: Rosa Yemen (Recorded: July, 1978 / Released: 1979)

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorMusicalement, il y a plusieurs Lizzy Mercier Descloux.

Elle a commencé avec le duo Rosa Yemen. A ce moment-là, elle a 17 ans et un très fort tempérament. Elle n’est pas encore musicienne, elle a juste des pulsions artistiques qui se matérialisent en des espèces de chants abrasifs qui sortent un peu n’importe comment. Elle ne parle pas encore l’anglais à cette époque-là, donc, il y a des bouts d’anglais qui se mélangent avec des bouts de français.

On est en plein début de la No Wave.

Ça lui donne envie de faire passer le geste artistique avant le morceau final. Elle préfère s’affirmer en tant qu’artiste qui fait ce qu’elle sent, très free, plutôt que de faire un morceau agréable et diffusable. Elle est intransigeante.

Lizzy Mercier Descloux dans Midi Première en 1979 : "Fire".

Son compagnon d’alors, Michel Esteban (graphiste, photographe, entrepreneur, rédacteur en chef du lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandormagazine Rock News, éditeur, producteur et cofondateur avec Michael Zilka du label discographique indépendant ZE Records) a-t-il participé au livre ?

Il a répondu à mes questions pour le livre, mais il n’a pas participé éditorialement, ni n’a eu un droit de regard avant publication. Au tout début, il m’a proposé de sortir ce livre dans une maison d’édition, Michel Esteban Editions, mais j’ai trouvé que c’était important que l’histoire de Lizzy Mercier Descloux soit, pour une fois, racontée par quelqu’un d’extérieur. Elle n’aurait pas été la même par Michel Esteban.

Tu as rencontré beaucoup de personnes qui ont été proches d’elle.

C’est le seul moyen de réussir à raconter une vie si singulière de quelqu’un qu’on n’a pas connu personnellement et qui est si complexe. Rencontrer tant de gens l’ayant côtoyé intimement m’a donné l’impression de la connaître vraiment. C’est quelqu’un qui a laissé une impression très forte aux gens. Je voyais bien qu’ils étaient tous bouleversés à l’idée de reparler d’elle. Il y a qui sont même tombés en pleurs en repensant à la fin de Lizzy Mercier Descloux. Parfois, j’ai été très ému par les témoignages.

Clip "Mais où sont passées les gazelles?"

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorTu expliques dans ton livre qu’elle avait peur de ne pas être crédible s’il n’y avait pas d’homme à ses côtés.

Elle était tellement magnétique qu’il y avait toujours des mecs qui lui couraient après. Souvent, ils avaient de l’argent et elle savait qu’ils pourraient l’aider. Elle n’avait jamais vraiment travaillé… A cette époque, s’il n’y avait pas l’appui d’un homme derrière pour parler aux maisons de disques, on n’était pas pris au sérieux.

C’est curieux parce qu’à New York, à cette époque-là, elle était censée être dans un milieu avant-gardiste…

On aurait pu croire que le sexisme allait être moins présent, mais pas vraiment.

Lizzy Mercier Descloux assumait aimer les hommes et les femmes.

Elle faisait ce qu’elle voulait, donc elle aimait qui elle voulait.

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Lizzy Mercier Descloux et Patti Smith.

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorSon amitié avec Patti Smith était de quelle nature ?

Elle ne l’a jamais dit, mais je suppose que c’était aussi un peu un rapport amoureux.

A-t-elle été sous-évaluée musicalement ?

Je pense que, s’il faut réévaluer une partie de sa carrière, il ne faut pas non plus tomber dans une hagiographie qui consisterait à dire qu’elle était révolutionnaire du début à la fin. Non, il ne faut pas tout revoir à la hausse. Il y a des passages dans sa discographie que je trouve un peu plus faible, notamment vers la fin de sa carrière.

Mine de rien, elle a lancé la sono mondiale, la word music avant Peter Gabriel et Paul Simon.

J’aurais du mal à croire qu’ils n’aient pas écouté le premier album solo de Lizzy Mercier Descloux. Par exemple, l’album de Paul Simon, Graceland, c’est point par point la démarche de Lizzy Mercier Descloux. On va à Soweto, on trouve des musiciens de Soweto et on fait un disque. Leurs albums respectifs ont d’ailleurs la même approche, sauf que celui de Paul Simon a eu plus de succès.

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T’es-tu attachée à elle ? lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandor

Il y a des moments où elle pouvait être détestable. Je me souviens d’un concert au Palace ou elle a insulté les gens parce qu’elle n’était pas contente d’être dans cet endroit à la mode où il fallait être. Mais, évidemment, elle avait plein de côtés attachants, notamment son entêtement à suivre une direction autodestructrice.

Elle a connu une fin très triste, mais elle participe à sa légende.

C’est elle qui déclenche cette fin. Elle a un cancer très grave, mais refuse de se faire soigner. Elle refuse d’aller à l’hôpital et se réfugie en Corse pour vivre ses derniers jours. Elle n’en a toujours fait qu’à sa tête.

Tout au long de sa vie, elle a rencontré des légendes de la musique.

Elle a quasiment eu une histoire d’amour avec Patti Smith, elle a changé des cordes de guitare avec Éric Clapton, elle a rencontré Bob Marley, Grace Jones… et Chet Baket joue sur un de ses derniers disques.

Lizzy Mercier Descloux et Chet Baker interprètent "My Funny Valentine".

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorMichel Esteban t’a raconté une anecdote sur Chet Baket qui a joué « My Funny Valentine » sur un album de Lizzy.

C’est quand même le seul morceau qu’il devait savoir jouer parfaitement. Et rien ne sortait de la trompette de cette légende absolue du jazz. Ça a été la croix et la bannière pour sortir des sons de son instrument… Il n'était pas dans un état "normal".

Avec ce livre, tu as ressenti le besoin de la réhabiliter?

Pas exactement, mais je serais content que les gens écoutent ses albums des débuts qui sont vraiment qualitatifs et novateurs. Je pense qu’en s’intéressant à son histoire, cela donne envie de s’intéresser à sa musique.

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Le 18 mars 2019, après l'interview.

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29 avril 2019

Jules et Alexis Maréchal : interview pour le spectacle Jules Box

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jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandorLe 30 avril et le 7 mai prochain, l’expérience Jules Box est prolongée aux Trois Baudets.

Le chanteur Jules (déjà mandorisé ici et ) et son équipe de fou (Yvan Descamps, Mathieu Debordes, Vincent Thermidor, StudioTF, Cyrille Raach, Alexis Maréchal, Donatien Ribes et Rénald Zapata) rendent hommage à la chanson française de 1950 à nos jours sous forme de jeu. Le public s'étonne, s'amuse à reconnaître les titres, à répondre au quizz, puis chante, se lève et danse en toute liberté en prenant conscience de la richesse de ce patrimoine culturel commun. Mais présenter aussi simplement le Jules Box ne veut rien dire parce que ça n’explique pas l’énergie, le déchainement et la joie qui en émanent. Un public réceptif dès les premières notes, j’ai rarement (voire jamais) vu ça!
S’il y a un spectacle à voir en ce moment, c’est sans nul doute celui-ci.

Le 12 avril dernier, j’ai donné rendez-vous à Jules et à son guitariste Alexis Maréchal, pour qu’ils nous disent tout sur ce show unique au monde.

Le Jules Box, qu’est-ce que c’est ? (Explications officielles)jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandor

Un concept de quiz/show musical, pour et avec le public.

La salle de spectacle est identifiée en deux équipes, bleues et rouges.

Des capitaines d’équipe de chaque camp, heureux de fouler les planches avec les musiciens sont désignés et installés dans de confortables canapés, munis d’un buzzer.

Ainsi commence avec les artistes en concert, les candidats et le public, une transmission du répertoire francophone des 50 dernières années : variété française et chansons fascinantes.

Cette discothèque idéale est interprétée sous forme de mashup (mélange) entre les succès de notre patrimoine et des standards de la pop internationale.

Ainsi on entendra le mariage entre Bruno Mars & Michel Polnareff, Ed Sheeran et Bernard Lavilliers ou Alain Souchon & Prince. Le tout en Live intégral. Notre patrimoine est un puits sans fond, ce qui permet de présenter un spectacle différent chaque soir !

En chef d’orchestre, maître à jouer et animateur de haute voltige, Jules mène ce spectacle avec une énergie riche et sincère, dans une mise en scène moderne et ouverte à tous. Un spectacle original, intergénérationnel et participatif. Une innovation détonante et dansante dès les premières notes !

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jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandorInterview :

Comment t’es venu l’idée du Jules Box.

Jules : Elle m’est venue juste avant le décès de Daniele Molko, ma productrice. C’est elle qui m’a suggéré de faire quelque chose en parallèle de mon groupe Jules et Le Vilain Orchestra. Quelque chose qui serait une sorte de récréation. Et puis la récréation dure depuis deux ans maintenant. Mais si je veux être précis, le Jule Box tourne vraiment depuis 6 mois.

Comment expliquer simplement ce qu’est le Jules Box ?

Jules : C’est un jeu. Comme tout jeu de société, si tu lis la règle avant de jeter les dés, ça saoule tout le monde. Finalement, c’est un jeu que tu apprends en jouant. Il faut laisser une part de mystère. Je peux juste dire que c’est une anthologie réinventée et déglinguée autour de notre patrimoine musical et on s’amuse autour de ça. Il y a pour le moment un répertoire de 144 chansons, mais comme c’est un puits sans fond, il y en aura bien d’autres.

Il y a des musiciens, mais aussi deux arbitres. jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandor

Jules : Oui, ce sont aussi notre ingénieur du son et notre ingénieur lumière. Ils font super bien leur staff d’arbitres, à l’instar des matchs d’impro. Moi, je suis impartial. Je n’ai pas le droit de prendre parti, ni de donner des points. Ce sont les arbitres qui décident de cela, ce qui m’arrange bien.

Il y a une partie musicale et une partie jeu.

Jules : J’ai réuni les deux choses qui me plaisent le plus. La variété et le jeu. J’adore jouer. Le jeu rassemble les gens. Je pense que ceux qui n’ont pas envie de jouer pourront passer un bon concert quand même.

Il y a des capitaines d’équipe qui montent sur scène avec toi pendant le show.

Jules : Mon spectacle est aussi venu de mon envie de rendre le spectateur moins consommateur. C’est lassant de n’avoir que cette partition-là. J’ai souhaité qu’il participe concrètement.

Alexis : Les gens n’ont pas l’habitude d’aller sur scène et nous, nous leur donnons cette possibilité. C’est quelque chose qui n’est pas à leur portée et là, soudain, ils sont en vedette.

Jules : Ils sont presque responsables de la réussite du spectacle.

Qui crée et décide des mashups ?

Jules : C’est en brainstorming que l’on fait entre nous.

Alexis : Nous sommes trois musiciens, plus Jules à jouer sur scène. Nous nous répartissons le boulot tous les quatre. On s’appelle, on exprime nos idées respectives, et ceux qui se sentent le plus proches du mashup en question le travaille et le propose ensuite aux autres.

Mais, tous vos mashups fonctionnent incroyablement. J’ai été impressionné systématiquement. Je parle du Jules Box à tout le monde.

Jules : Merci, je n’étais pas sûr que tu apprécies.

Tu es fou ! Je suis carrément fan. Il y a du lien social incroyable et on est dans une période sociétale où nous avons besoin de ça.

Merci de dire ça.

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Jules présente-nous ton guitariste Alexis.

Jules : C’est un caméléon. Il a le sens de la perfection du son et du jeu de guitare. Le solo de « Purple Rain », on dirait Prince dès le premier accord, c’est un truc de dingue.

Comme dans la peinture, c’est un faussaire ?

Jules : C’est le plus grand faussaire que je connaisse, mais ça ne l’empêche pas d’être un super créatif aussi.

Alexis : Tout ce que l’on joue est un mélange de populaire et de qualitatif, donc nous sommes ravis. Mais, parfois c’est compliqué parce que nous sommes habitués à jouer aussi les versions originales, or là, on mélange une chanson française et un standard anglophone. Il faut se débarrasser de nos automatismes.

Jules, comment sélectionnes-tu les chansons/variétés françaises ?

Jules : Il faut que la chanson sélectionnée me crée de l’émotion à un moment donné. Je ne prends pas du tube parce que c’est du tube. Ca peut-être léger comme la chanson de Desirless, « Voyage voyage ». C’est un morceau superbement écrit et la mélodie défonce tout. Ce sont juste les arrangements qui ont mal vieilli. C’est pour ça qu’avec les mashups tu redécouvres les chansons.

Ce qui est bien, c’est que vous réhabilitez la variété, et ça, ça me fait plaisir.

Jules : Il y a des ayatollahs du bon goût qui n’apprécient pas et qui font la différence. Si c’est un peu trop « popu », ce n’est pas bien. Pourquoi oppose-t-on variété et chanson à textes ? Dans « Le chanteur » de Balavoine ou « Veiller tard » de Goldman, il n’y a pas de texte ? Goldman pose d'ailleurs la question : "Pourquoi « Angie », c’est du rock et « Quand la musique est bonne » c’est de la variété?" C’est parce que tu n’as pas l’étiquette ? Pourquoi Nino Ferrer, ce n’est pas de la soul ? Pour moi, il y a deux styles de musique. Celle que j’aime bien et celle que je n’aime pas. La variété, c’est la seule musique dont tu ne peux pas expliquer pourquoi tu l’aimes. Elle nous rentre dans la gueule ou pas.

En tout cas, les gens reviennent plusieurs fois voir le Jules Box, c’est fou !

Jules : Parce que ce n’est jamais le même spectacle. Avant de monter sur scène, on ne sait pas vraiment ce que l’on va jouer. C’est toujours sur le fil. Moi, je veux juste faire oublier l’extérieur aux gens, je veux rendre heureux les personnes présentes pendant une heure et demi. David Desreumaux d’Hexagone a dit quelque chose de très bien : "Le Jules Box, c’est un jeu télé, sans la violence que peut avoir un plateau télé." Ça m’a fait plaisir parce que son magazine n’est pas spécialisé dans la variété, c’est plutôt de la chanson pointue, mais il a adoré.

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Après l'interview le 12 avril 2019, avec Jules et son guitariste Alexis Maréchal, au Pachyderme.

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25 avril 2019

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Primitifs modernes

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la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorCinq faux-frères. Cinq dandys de grand chemin. Depuis 6 albums maintenant, ils ont construit une Horde, patiemment, inlassablement. Leur musique est hors du temps, à la fois primitive et moderne ; c'est par la country qu'ils étaient "entrés en chanson", la vie les a portés aujourd'hui à rebrancher les guitares et les amplis qui avaient pris la poussière dans les garages de leur adolescence... Il était temps ! C’est ainsi que se présente très officiellement La Maison Tellier sur leur site.

Dans Primitifs modernes, Alexandre, Alphonse, Helmut, Léopold et Raoul Tellier, proposent des chansons avec un vrai sens de la poésie, un engagement social discret, et une vision très juste du monde d’aujourd’hui (voici la brillante chronique de ce nouveau disque par mon ami Fred Natuzzi sur le site Clair & Obscur. Je ne peux rien de dire mieux).

Le 13 mars dernier, Helmut Tellier est venu me rejoindre dans un bar de la capitale pour parler de ce disque magnifique et profond. C'est sa troisième mandorisation (la première en 2014 et la seconde en 2016).

Argumentaire de presse officiel :la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandor

Dans les villes traversées à l'occasion des tournées, en face de l'île Tatihou, aux studios ICP de Bruxelles, dans des studios implantés dans la campagne normande ou au cœur du Massif central, le sixième album de La Maison Tellier s'est patiemment construit.
C'est le disque du grand retour des guitares et de chansons enregistrées vives - « live ». Plus que jamais, La Maison Tellier est la réunion de cinq musiciens qui offrent le meilleur d'eux-mêmes pour délivrer des chansons qui s'impriment dans nos mémoires et nous ramènent à nos adolescences, quand tout se noue et que se décide notre aptitude à nous engager, nous lier, nous confronter.
Après les premiers albums qui portaient le regard vers un ailleurs, après Beauté pour tous qui
parfois contemplait le passé, après Avalanche qui scrutait en lui-même, Primitifs Modernes semble regarder droit devant, et tout autour. La musique épouse cet élan en un disque physique et charnel, incarné en onze chansons qui se fraient leur chemin jusqu'à nous, convoquant la mélancolie douce des textes d'Alain Souchon ou Yves Simon, galvanisée par l'électricité d'un rock au classicisme élégant hérité du rock américain des années 90 à la manière de R.E.M.
Quand tout change, trop vite, il faut parfois savoir se rallier au premier, à l'éternel. Primitifs
Modernes
offre ceci : onze chansons qui nous ressemblent et nous ramènent à l'essentiel.

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(Photo : William Lacalmontie)

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorInterview :

Pour ce 6e album, vous avez tout changé de votre environnement professionnel. Il fallait tout déconstruire pour mieux reconstruire ?

Il fallait planter un nouveau cadre de manière artificielle, pour éviter de nous endormir. Tous les cinq, nous avons du savoir-faire, mais aussi des travers qui finissaient par ne plus se remarquer, même par les gens qui bossaient avec nous. Changer d’équipe a permis d’ouvrir les fenêtres et les portes de la Maison, faire rentrer un peu d’air et trouver une manière de se renouveler et sans doute de s’affranchir d’habitudes de vieux garçons.

Se renouveler au bout de 6 albums, c’est une gageure que je comprends parfaitement, mais ça ne doit pas être simple.

Effectivement, nous avons beaucoup de chansons maintenant et je suis conscient que l’on parle souvent des mêmes choses. Après c’est une question de perspective. A quel endroit on va placer la caméra et où va-t-on se placer nous? Nos chansons parlent de rencontres entre des êtres humains, parfois des filles, parfois des garçons, des chansons qui parlent de l’angoisse de mourir, de la joie de vivre…

Ce sont des sujets qui reviennent parce qu’ils te sont obsessionnels ?

Complètement. Mais j’ai l’orgueil de penser que je ne suis pas le seul à avoir ces sujets-là qui me préoccupent. Ce nouvel album est relativement « politique ». Il regarde le monde extérieur là où l’album précédent regardait le moi intérieur. Je me scrutais trop le nombril.

Clip de "Chinatown".

Même l’enregistrement, vous l’avez attaqué différemment. la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandor

Les orchestrations aussi, le choix du réalisateur… Pour se renouveler et nous donner envie de continuer ensemble, tout ceci était important.

A l’écoute de ce disque, on ne se dit pas non plus que c’est un autre groupe. Votre touche « maisontellierrenne » est là, c’est indéniable.

C’est tout un art subtil de changer dans la continuité, sans déboussoler les gens qui nous suivent depuis le début. Il ne faut pas trop non plus se mettre des contraintes énormes. On avait fixé un cadre, mais il n’était pas d’une rigidité extrême.

Pour une fois, vous avez pris les décisions à cinq.

Toutes les décisions concernant les chansons ont été prises de manière démocratique. Tout le monde a donné son opinion, ce qui n’était pas nécessairement le cas pour les autres albums. Avant, je prenais des décisions seuls, parfois à deux… Nous avons décidé que, désormais, nous allions jouer collectif.

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(Photo : William Lacalmontie)

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorVous avez enregistré ce disque dans les conditions live en deux sessions de 10 jours.

Nous sortions de tournée, donc nous avions en nous une énergie rock. Souvent à l’issue des concerts, les gens venaient nous voir en s’étonnant qu’on ne retrouve pas l’énergie que l’on donne en concert sur les disques. On a donc procédé comme si nous étions devant un public et on s’est fait saigner sur nos Gibson (rires). Il fallait aussi trouver un ingénieur du son, en l'occurrence Pascal Mondaz, habitué aux concerts pour obtenir un résultat simple, minimal et efficace. Là où on a l’habitude d’avoir des arrangements très cossus, nous sommes allés à l’os. Je pense qu’il y a une cohérence dans le son et dans le propos. Du coup, le réalisateur va nous accompagner sur scène pour la tournée.

Tu co-écris et co-compose avec Raoul.

C’est devenu bicéphale, symbiotique et très naturel. Nous sommes parfaitement complémentaires. Il a un sens de la musique que je n’ai pas dans la composition, dans la virtuosité sur l’instrument, dans ce qu’il entend que je n’entendrai jamais. De mon côté, j’ai ce truc de savoir comment faire sonner les mots en français, trouver une mélodie qui sera cohérente, pas trop artificielle, ni copiée collée. Parfois, on veut faire rentrer tel mot, telle ligne mélodique sur une grille harmonique. Si ça ne passe pas de manière fluide et naturelle, je le remarque immédiatement.

Vous bossez ensemble de quelle manière. ?

On se met dans une petite baraque avec nos deux guitares, un ordinateur et une carte son pour maquetter. Il en sort toujours quelque chose. Les instrus et les suites harmoniques de Raoul ne sont pas toujours faciles à mettre en mots car tout est assez complexes. Lui, il sait que moi j’aime bien quand c’est un peu simple et que ça file tout droit, il va donc paradoxalement s’efforcer de simplifier comme il peut. A force, nous avons fini par nous apprivoiser. Nous souhaitons que notre musique soit assez immédiate sans tomber dans la complaisance et la facilité. A la fois ambitieux et accessible.

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(Photo : William Lacalmontie)

Dans certaines nouvelles chansons, vous laissez des plages musicales assez importantes pour la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorpermettre à tous les musiciens de s’exprimer, voire de s’éclater.

Nous avons des instrumentistes balaises, c’est bien parfois de le montrer. Il faut aussi gérer ces moments-là qui ne doivent pas non plus être trop démonstratifs.

Primitifs modernes est l’album qui vous ressemble le plus ?

Collectivement, oui, sans hésitation. Individuellement, c’est l’album Avalanche qui me ressemble le plus.

Tu es toujours un peu triste de ne pas faire partie d’une famille musicale dans le paysage français.

Au moment d’Avalanche, j’étais un peu malheureux de dresser ce constat. J’en parle encore dans les chansons « La horde » et « Primitifs modernes ». C’est le besoin le plus primaire d’appartenir à un groupe et pourtant, on a toujours eu l’impression de faire notre chemin en solitaire.

Clip de "La horde".

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorJe trouve que c’est justement ce qui fait votre différence et c’est aussi ce que j’aime chez vous.

Au fond, c’est peut-être cela le secret de notre longévité. On a 15 ans d’existence et notre « horde » est encore là.

Sur la pochette du disque, on voit une télévision des années 70 avec une main qui sort comme si quelqu’un était enfermé dedans. J’imagine qu’il y a quelque chose de symbolique là-dedans.

Cette main était la même que l’on retrouvait sur les parois des cavernes. La télé qui vit, c’est une référence à des films comme Poltergeist ou Ring. Il y a aussi, le côté d’aller vers la lumière. Un des propos de ce disque c’est : « on essaie de sortir de nos grottes pour trouver un peu de soleil. »

Vous n’écrivez jamais de chansons définitives, qui jugent la société, c’est beaucoup plus subtil que cela.

Depuis le premier album de La Maison Tellier, je raconte ma vie, j’écris ma vie, soit en l’embellissant, soit en l’enlaidissant. Je mets en avant mes préoccupations de mec blanc, hétéro, quarantenaire et occidental. J’aime l’idée que mes préoccupations sur le monde qui m’entoure fassent écho aux gens et deviennent universelles.

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Après l'interview, le 13 mars 2019. 

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