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01 août 2019

Thomas Fersen : interview pour C'est tout ce qu'il me reste

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Faut-il encore présenter Thomas Fersen ? Je ne crois pas non.

26 ans que ce chanteur-poète accompli joue avec les mots et la musique, s’amusant des doubles sens, tout en jonglant avec des rimes et usant de métaphores avec une dextérité toujours aussi déroutante.

Je l’ai interviewé très souvent (je vous invite à lire la mandorisation de 2013 et celle de 2017) avant de déguster celle qu’il m’a accordée le 25 juin dernier dans un café (Sans Nom) de la capitale). Il y évoque sans langue de bois son nouvel album, C’est tout ce qu’il me reste (qui sort le 27 septembre prochain), sa condition d’artiste, l’industrie du disque, la chanson française d’aujourd’hui, son affection pour Jacques Higelin, la chanson engagé et l’art en général.

IMG_2515.jpgArgumentaire de presse :

Conteur et mélodiste depuis 1993, Thomas Fersen a pris le temps de bâtir une œuvre originale et personnelle qui occupe une place à part dans la chanson française.

Il poursuit avec ce nouvel album les aventures théâtrales de son personnage : celui d’un farfelu se retournant sur sa longue carrière et ses frasques supposées de chaud lapin, son goût du déguisement portant tout naturellement Thomas Fersen à en enfiler la peau.

Élève de troisième, il tente sa chance auprès d’une terminale (« Les vieilles »), l’invite à passer chez lui pour faire des maths (« Mes parents sont pas là »). Mais il refuse avec fièvre de se démunir de son slip (« C’est tout ce qu’il me reste »). Une milliardaire s’éprend de lui (« Le vrai problème »), cependant, il passe l’été tout seul avec le bourdon, (« Envie de ne rien faire »), se souvient dans son bain que sa mère avait toujours peur qu’il tombe dans les eaux troubles (« La mare »), et subjugué par l’intelligence de deux singes qui s’épouillent (« Mange mes poux »), il va voir King Kong au Grand Rex (« Comme moi il aimait les filles »). Poursuivi par cinq zombies qui ne retrouvent pas leurs trous au cimetière, une nuit de pleine lune, il gagne le million à la roue de la fortune (« Les zombies du cimetière »).

Sans rompre le fil du récit, Thomas Fersen bat les cartes, élevant son non-conformisme au rang d'atout majeur. Au son du saz, des guitares, du banjo, du sitar de Pierre Sangrã, du synthétiseur Moog d’Augustin Parsy, de l’accordéon d’Alexandre Barcelona et de la batterie de Remy Kaprielan. Lui-même à la réalisation, aux arrangements, aux harmonies vocales, au piano, ukulélé, guitare, synthétiseurs, et à la réalisation de cet album mixé par Florian Monchatre.

Pour écouter l'album, c'est ici que ça se passe!

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IMG_2511 (2).JPGInterview :

Deuxième album autoproduit. C’est plus confortable que lorsque tu étais dans un label important ?

Ce qui n’est pas confortable, c’est l’état de l’industrie du disque. J’ai donc des difficultés à discerner mon confort. J’ai tellement connu autre chose que j’ai du mal à avoir une vision objective de ce métier aujourd’hui. Ça ne m’empêche pas de faire des chansons et de m’amuser à faire des disques.

En prenant le même plaisir qu’avant ?

Je dirais même davantage. Avant, je mettais de temps en temps le chapeau gris du compromis, alors qu’aujourd’hui, je fais ce que je veux. Quand je travaille seul et que je suis décisionnaire de tout, je n’ai pas de sentiment d’obstacle.

J’ai du mal à concevoir que tu ne faisais pas ce que tu voulais avant…

Parfois, il fallait aller jusqu’à l’affrontement pour arriver à faire ce que je voulais. Il m’arrivait de travailler dans un sens avec le sentiment que l’autre n’était pas d’accord… ce n’était pas très agréable. J’ai eu des moments difficiles avec mon label… et eux aussi, avec moi. Nous nous sommes parfois pris la tête très violemment. Ça a été traumatisant pour les uns et pour les autres.

C’était quoi le principal problème ?

On ne s’occupait plus correctement de nous. Thomas Fersen n’était plus la priorité. Je suis parti pour cette raison. Comme je te l’ai déjà dit lors de notre précédente interview, je suis parti sans rien. Je n’avais pas de label et aucune solution de secours. Je n’avais ni disque, ni chanson en cours. Rien. Je préférais partir dans ces conditions.

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On te reproche parfois de faire toujours le même genre de chanson.

C’est une vision superficielle des choses de prétendre cela. Je suis auteur-compositeur, j’ai besoin de m’exprimer de cette façon, à ma façon. Malgré ce que l’on peut dire, je suis toujours en recherche de nouvelles perspectives. Je n’ai pas de modèle de chanson que je réutilise. J’essaie d’en créer des assez universelles, intemporelles et humaines.

Tu n’as pas encore dit qui tu étais.

J’ai quand même un personnage qui peu à peu se dessine et évolue. De toute façon, tous mes personnages parlent de moi. Mes chansons sont issues de mon cerveau, de ma conversation, donc les personnages sont peut-être ce que je suis partiellement ou ce que j’aimerais être.

Dans ce nouveau disque et dans le précédent, il me semble comprendre que tu caricatures le chanteur.

Oui, j’en fais un séducteur, un homme à femme, un chaud lapin… même si ce n’est pas vrai, c’est le mythe qui m’intéresse.

Clip officiel de "Les vieilles".

Parles-moi du clip du premier single de cet album, "Les vieilles".

Le personnage du clip est un farfelu qui vit en marge avec ses chats et se ballade en caleçon, redingote, chemise et bonnet de nuit d’une propreté douteuse. Il se retourne sur sa longue carrière et ses frasques supposées de chaud lapin : élève de troisième, il aurait tenté sa chance auprès d’une terminale, qui l’aurait trouvé trop petit. Rêve ou réalité, il prend alors conscience que tout a grandi autour de lui.
C’est Laurent Seroussi qui a eu l’idée de me miniaturiser dans ces charmantes pastilles qu’il a réalisées. De retour de tournée, je suis venu avec mes accessoires, une pipe achetée à Turin, mes longues chaussures et la “garde-robe” de mon spectacle “Mes amitiés à votre mère”.

Dans tes chansons, tu ne t’épanches par sur toi et ne regardes pas ton nombril. Ça devient rare…

Dans la vie, je suis comme ça. Je sais qu’aujourd’hui la chanson, c’est essentiellement de parler de ses états d’âme, de son mal-être, de sa difficulté de vivre, du monde qui va mal…etc. Je ne veux pas grossir la troupe des gens qui se plaignent. Je ne suis pas Chantal Goya, mais je rigole sans me plaindre.

3I01549[1].jpgJ’ai l’impression que tu n’arrives pas à dire complètement les choses. Tu effleures les sujets avec une poésie unique.

Dire complétement, c’est tuer la chanson. Il faut suggérer, faire appel à l’imagination de celui qui écoute. Ceci est valable en littérature, dans le cinéma et dans la peinture. Les toiles de Klein font appel à l’émotion picturale. On y trouve ce qu’on y apporte. Dès que l’on dit les choses telles qu’elles sont, l’art ne sert à rien.

Peut-on faire un parallèle entre la peinture et la chanson ?

Oui. Personnellement, je travaille par petites touches. Une idée en amène une autre. Quand je suis sur un sujet, ça peut durer très longtemps. C’est valable pour les textes, mais aussi pour les arrangements. La chanson qui figure sur ce nouveau disque, « La mare », j’y travaillais depuis 14 ans. J’ai du mal à mettre un point final à une chanson.

En écoutant « Les zombies du cimetière », je me disais que tu parvenais à raconter des histoires, à priori sans queue ni tête, mais qui finissaient par bien se tenir.

J’écris en rimes riches. Parfois, ça me permet de trouver des trucs impossibles juste pour que deux phrases riment. Ça m’amène dans des territoires vers lesquels je n’envisageais pas d’aller. Ça m’amuse beaucoup et c’est complètement anachronique de faire ça aujourd’hui.

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Tout le monde écrit en vers libres aujourd’hui. Tu n’as pas l’impression d’être démodé ?

Je sais que certains trouvent cela ringard. On ne me l’a pas dit, mais je le sais. Je me moque d’être considéré comme démodé parce que j’ai une conception du temps qui n’est pas forcément linéaire.

Pourquoi n’écris-tu pas pour les autres ?

Parce qu’on ne me le demande jamais. Je peux le comprendre parce que j’ai une écriture très typée, très particulière. J’utilise un vocabulaire qu’on ne met jamais dans les chansons. Un chanteur ou une chanteuse ne va pas employer le mot concombre, slip ou champignon. La chanson d’aujourd’hui, et là je n’inclus pas le rap, est extrêmement consensuelle. Il n’y a rien qui dépasse. La chanson n’est plus libre. Tout est très étroit.

Clip de "Mes parents sont pas là".

Te sens-tu incompris ?

Pas du tout. Je déplore juste que les gens aient une image de moi et qu’ils n’en sortent jamais. Cela dit, ça m’est arrivé aussi d’être comme ça avec d’autres artistes. Par exemple, je suis passé à côté d’écrivains pendant des années sans me rendre compte que j’avais un frère.

Qui par exemple ? 16124167lpaw-16134431-article-jpg_5483058_660x281 (2).jpg

L’écrivain antillais Raphaël Confiant. Il est le doyen de la faculté des lettres et sciences humaines de l'Université des Antilles et de la Guyane. J’adore son langage. C’est d’une richesse. Je lis un livre pour la langue en premier, plus que pour la construction ou l’histoire.

Que penses-tu de la chanson d’aujourd’hui ?

Il y a beaucoup de belles chansons que l’on n’entend pas. Tu es mieux placé que moi pour le savoir. Il y a maintenant des critères sociaux dans la sélection des chansons qui passent ou pas à la radio… que veux-tu que je te dise ? Je n’ai jamais eu l’ambition de changer quoi que ce soit. Je suis quelqu’un d’irresponsable et d’assez superficiel, je ne vais donner de conseils à personne.

Clip de "C'est tout ce qu'il me reste".

Tu ne fais jamais de chansons engagées. Pourquoi ?

Parce que je n’y crois pas. Si je parvenais à faire au moins de la chanson sociale, comme Loïc Lantoine (mandorisé là), ce serait formidable. Lui, il est extraordinaire, il n’y a rien à dire. Moi, par le biais de la farce et la fantaisie, je me contente d’essayer de dire des choses sur la condition humaine.

733839_10151555649188674_1629034087_n.jpgFinalement, un artiste, ça sert à quoi ?

Je me pose la question en ce moment. Mon ambition est d’ouvrir les perspectives pour donner un peu d’espoir et de montrer que quelque chose est possible. Il y a quelqu’un qui l’a fait pour moi quand j’étais gamin, c’était Jacques Higelin (mandorisé là). Il n’était pas comme les autres. Il a ouvert la tête du gamin que j’étais pour m’apprendre qu’il y a des possibles. Mon ciboulot alors s’est mis en route pour chercher mon possible.

As-tu la même conception de ce qu’est un artiste qu’Higelin ?

Non. C’est ce qui nous différencie. Je ne vis pas « artiste ». Je l’incarne au moment où je dois l’être, mais ce n’est pas ma vie quotidienne, contrairement à Jacques.

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Pendant l'interview...

Hors concert, tu es normal et en concert, tu n’es pas normal ?

Non. Je suis normal dans les deux cas.

J’ai pourtant entendu 1000 fois que pendant les répétitions ou en concert par exemple, tu étais dans ta bulle et qu’il ne fallait surtout pas te déranger.

Bon, tu as raison. J’ouvre une petite porte qui est là, au fond de moi. Hop ! Ça devient Alice au pays des merveilles. Quand je suis sur scène, je m’abandonne tellement dans le personnage que je ne sais pas ce que je joue, que je suis obligé de travailler énormément pour jouer, chanter et dire sans penser. Jamais je me dis « là, tu fais un sol mineur ». Il doit sortir à ce moment-là. C’est animal. Je ne peux pas vivre comme ça. Si je vis comme ça, je fais chier tout le monde. Il y a des artistes qui le font et ça m’intrigue parce que je ne sais pas comment ils font.

C’est quoi pour toi le spectacle vivant ?

C’est un endroit dans lequel les règles sont différentes. A la fois les règles morales et les règles de langage. Le temps et l’espace aussi sont différents. C’est tacite, mais c’est admis par les gens qui vont au spectacle. Ils en comprennent les règles.

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Après l'interview, le 25 juin 2019.

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17 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle (10): Interview Flavien Berger

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandor« Flavien Berger surprend et interpelle pour finalement nous charmer. En jouant avec les mots pour créer des histoires d’amour, en testant des sons tourbillonnants, le compositeur autodidacte s’est fait rapidement un nom en apportant un vent de fraicheur à la scène française. Flavien Berger, membre du Collectif sin~ travaillant sur l’expérimentation, a toujours été intéressé par le bidouillage de machines pour en sortir des sons. Sur ce point, c’est assez difficile de définir son style : Il va au-delà, mélangeant francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorhabilement les passages effrénés et les longues plages de synthétiseurs. Écouter toutes ses sorties ou le voir jouer sur scène confirme son génie à emmener le public dans une expérience émotionnelle profonde, pleine d’imagination.
Il a joué le 14 juillet prochain sur la scène du Théâtre Verdière. Dans la journée, il est passé à la salle de presse pour me parler de ce concert et de son nouvel album (près d’un an après Contre-Temps, sorti l’année passée), Radio contre-temps, une collection de morceaux issus du processus de création de l’album précédent.

Sa page Facebook.

Tous ses clips ici.

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorInterview :

C’est important pour toi ce premier FrancoFolies ?

Je vais te paraître ingrat, mais aucun festival ne me fascine, parce que ce n’est pas du tout ma culture. Avec les Francos, je n’ai pas un rapport très sacré. Après, je découvre ce monde et ce milieu et ça me plait beaucoup parce qu’en effet, quand j’arrive et que je vois des photos de concerts qui ont eu lieu depuis plus de 20 ans, je me dis qu’il s’est passé des choses. De plus, on est fort bien reçus.

Les photos des personnes « mythiques » t’impressionnent?

« Mythiques »… il faut faire attention avec ce terme. Pour moi, aucun homme n’est sacré et

personne ne m’impressionne.

Quand as-tu commencé à faire de la musique ?

Peut-être à partir du moment où j’ai commencé à l’écouter. Et puis, il y a un jour ou ça se développe, ou on se met à produire et à enregistrer. Mon système d’annotation n’était pas par la portée, parce que je ne connais pas le solfège, il a été par le data, la mémoire… j’ai découvert la composition musicale sur ma Playstation 2.

Le fait de ne pas connaître le solfège permet d’aller là où ne vont pas les autres ?

Je ne sais pas. Connaître la musique permet aussi d’aller dans des territoires encore plus précis.

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Quand tu es à pparu en 2015 avec ton premier album Léviathan, tu es devenu francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorimmédiatement l’artiste du moment, un peu à part.

Je m’en foutais un peu. J’étais ravi des retours que l’on me faisait et des mises en avant que j’avais dans certains médias, mais la case de celui qui monte, c’est une case… et les cases me font peur parce qu’une fois qu’on y est, on ne peut qu’en sortir. Je me protège beaucoup d’une possible descente après une ascension. Je crois beaucoup à la racine Huzohide et à l’oscillation. On ne peut pas être dans une croissance et une progression constante. Une carrière, c’est du travail, de la patience, mais je n’ai pas d’attente sur ce métier. Ce n’était d’ailleurs pas un métier que je voulais faire et je ne le ferai certainement pas toute ma vie.

J’ai l’impression que tu as un sérieux détachement sur le milieu musical…

Pour moi, la musique sert plus à rencontrer des gens, à avoir des expériences. Je fais de la musique seul, pour ensuite travailler à plusieurs, que ce soit sur le live et sur la finition de l’album. Ce qui m’arrive, je n’en suis pas détaché, contrairement à ce que tu penses. C’est gratifiant, mais je ne suis pas dans un storytelling de l’artiste qui mène son petit bout de chemin, guitare au dos. Je m’intéresse juste à la création en soi.

francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorJe suppose que tu n’aimes pas trop les interviews.

Si, j’aime bien. J’ai un côté narcissique qui aime bien parler de moi et de mon travail. Je fais juste attention à ne pas mettre mon image en avant. Ça me fait plaisir de parler à des gens qui en ont fait la demande, comme toi. Je ne vois pas pourquoi je refuserais.

Tu viens de sortir un nouvel album, Radio Contre-Temps qui est le pendant du précédent, Contre-Temps.

C’est un disque corollaire à l’album précédent en effet. J’avais une folle envie de sortir un disque en deux semaines. Avec mon label, c’est ce que nous avons fait. Radio Contre-Temps est un disque commenté qui s’adresse à celui qui l’écoute.

Expliquer un disque, ce n’est pas démythifié le truc ?francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandor

J’explique ce que j’aurais aimé qu’il y ait, mais qu’il n’y a pas. J’explique ce que j’aurais aimé faire, mais que je n’ai pas fait. Après, je suis d’accord avec toi, le mystère est hyper important. C’est primordial de ne pas tout donner, de ne pas tout expliquer, de ne pas tout montrer.

On ne peut pas dire que l’on te voit beaucoup dans les médias. On ne sait rien de toi, de ta vie…

Ma vie n’est pas très intéressante. Ce n’est d’ailleurs pas ce que je fais de mieux. Je préfère que l’on creuse les discutions artistiques et culturelles et plus largement politiques.

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorAux Francos, vous êtes combien sur scène ?

Nous sommes 5… mais je suis le seul humain. Je suis entouré de fantômes. Si tu viens au concert, tu auras l’occasion de les voir tourner. Ce sont des présences que j’ai toujours eu dans la tête, mais qui sont matérialisées aujourd’hui. Je suis le seul à faire de la musique, ils se contentent de tourner et de danser.

Tu as un monde imaginaire intense en toi ?

Oui, et que j’ai l’intention de matérialiser un jour dans l’espace physique. La musique c’est physique. Ce sont des ondes qui percent l’air et qui font bouger les molécules. La musique, c’est de la communication à travers de la matière.

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Après l'interview, le 14 juillet 2019.

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Les Francofolies de La Rochelle (9) : Interview Canine

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francofolies de la rochelle,canine,interview,mandor« Elle chante en français, elle chante en anglais, elle chante surtout une langue étrange, personnelle, d'une voix déterminée et languide : on se demande parfois si Canine est homme, est femme. Le chant de Canine est grave, car on ne peut pas tricher avec la soul qu'elle détourne vers une version très personnelle du genre, qui doit autant au R&B de pointe qu'au vintage Phantom Of The Paradise. La voix de Canine ne fut pourtant pas toujours si grave : dans son adolescence passée entre Nice et Paris, elle coloria ainsi des chansons espiègles, aux limites de la pop et du dancefloor. C'est peu dire qu'on est mordu de Canine. Elle s’est produite au Théâtre Verdière le 13 juillet 2019 ! »

Bon, aujourd’hui, après une phase de mystère de quelques mois (sur scène et en promo, elle ne quittait jamais un imposant masque fait de plumes noires), nous savons désormais que la tête pensante du projet Canine est Magali Cotta. Et c’est à visage découvert, le sourire aux lèvres, que l’artiste pluri disciplinaire est venue, le 13 juillet 2019, dans la salle de presse pour me parler de son groupe.

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francofolies de la rochelle,canine,interview,mandorInterview :

Je sais que la musique est arrivée dans ta vie à l’âge de deux ans.

J’étais dans une école d’éveil. On enfermait pendant une heure et demie des enfants de deux ans avec une personne hyper gentille. On avait le droit de toucher tous les instruments. Ça allait des percussions au piano. Je me souviens d’un joyeux bordel. A 3 ans, j’ai continué, mais c’était encore un peu le bordel. C’est à 4 ans que j’ai commencé à apprendre à lire la musique et à travailler le piano. Je considère que j’ai appris mon métier à cet âge-là. Ça a complètement influé sur le reste de ma vie.

Très vite, tu t’es dirigée vers le jazz. D’ailleurs, on l’entend dans la musique de Canine.

Le jazz m’a appris à la fois une exigence, un travail d’harmonie assez complexe… et une grande liberté. Quand tu es dans un bon jazz, tu es dans un lâcher prise sans nul autre pareil.

Avoir une grande technique permet de sortir des cadres imposés habituellement ?

Tout à fait. C’est le cas pour moi et pour mes musiciennes, chanteuses et instrumentistes. Elles ont toutes une technique imparable. Il y en a qui viennent du jazz, mais pas uniquement. Certaines viennent de la soul, du gospel et même deux qui viennent de la comédie musicale. Elles sont toutes malléables, ouvertes et libres.

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Dans ton show, il y a plusieurs chants.

Oui, d’ailleurs, celles qui m’accompagnent sont contentes d’explorer des choses nouvelles, vocalement, pour elles.

Tu as composé toute la musique du projet. Te considères-tu comme un chef d’orchestre ?

C’est exactement ce que je suis sur les lives, mais je suis aussi metteur en son et metteur en scène. C’est presque ce qui m’intéresse le plus.

Ce projet à 5 ans. Je trouve qu’il évolue très vite.

J’ai désormais une petite équipe autour de moi composée de personnes qui me donnent confiance en moi et qui sont excités par le projet. Nous sommes tous heureux de tous travailler ensemble et de faire évoluer Canine à vitesse grand V.

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Canine aux Francofolies le 13 juillet 2019.

J’ai l’impression que tu as du recul par rapport au métier ?

Je ne cours pas derrière le succès à tout prix, en tout cas, sinon, je ferais autre chose. Je suis ravie d’être là, mais ce n’est pas une fin en soi. Je ne me pose pas trop de questions.

Tu ne te demandes pas si scéniquement tu ne vas pas trop loin ?

Non, je ne me bride jamais. Mais parfois, la production me signale que c’est trop cher (rire). Je vois toujours les choses en grand, or, les budgets ne sont pas extensibles. Je n’ai jamais de contraintes artistiques, juste des contraintes financières.

Tes spectacles sont un mélange de danses (sauvages, souvent) et d’expériences vocales.

Au niveau des corps, je voulais qu’ils se reconnectent avec des choses pas du tout cérébrales, mais plutôt animales. Les animaux est un thème qui m’est très cher, autant que notre propre animalité. Dans le chant aussi, nous sommes connectées à nos sensations et à nos corps. C’est un ensemble indissociable.

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Canine aux Francofolies le 13 juillet 2019.

As-tu la volonté de ne rien faire comme les autres ?

Pas du tout, mais c’est une bonne question que je ne me pose pas. Tu es d’ailleurs le premier à m’interroger sur ce sujet. C’est juste un projet que je veux voir, moi. Je suis dans une époque où je suis un peu frustrée avec ce qu’il se passe dans la musique actuellement. Dans la musique mainstream, je ne n’y trouve pas beaucoup mon compte. Il y a des artistes qui ont des projets admirables, mais ils sont méconnus et on n’y a pas accès facilement.

Comme il n’y a que des femmes dans Canine, que tu évoques les femmes de manière non caricaturales, on dit que c’est un projet féministe. Qu’en penses-tu ?

Je voulais montrer un féminin qui a différentes facettes et qui ne soit pas dans les stéréotypes : la vierge, la pute, la maman… En live ou dans les vidéos, je veux mettre en avant des femmes qui peuvent être violentes, douces, agressives, bêtes, intelligentes. Un féminin qui regorge de choses beaucoup plus complexes et intéressantes. Je n’aime pas les sentiers balisés.

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Au début de Canine, tu ne dévoilais pas ton visage et tu ne répondais pas aux sollicitations des journalistes.

Quand j’ai monté ce projet, je souhaitais que l’on s’intéresse aux valeurs que je voulais défendre et je sentais que si je me mettais en avant, j’allais être dans un truc personnel et marketé. Pour être très franche, j’étais aussi très timide. Maintenant, je le suis moins et je suis ravie de rendre ce projet lisible parce que j’ai envie qu’il parle au plus grand nombre.

Ce n’est pas dommage d’expliquer un projet ?

Je donne juste des pistes de compréhension. Je parle des sens qui passent par les voix, la musique, mais aussi par le corps. Je ne rentre pas trop dans les détails.

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Quelles sont les valeurs que tu souhaites véhiculer ?

Le féminisme, le combat pour les animaux et la justice sociale et personnelle. La nature aussi, la mer, la montagne, la forêt.... La nature est pour moi un grand refuge et elle est présente dans quasiment tous mes morceaux.

La musique est un combat ?

La musique est un combat politique. Elle permet de revenir à des choses qui semblent inutiles, sans valeurs marchandes, comme le beau, la poésie et les choses gratuites. J’ai l’impression que si on parvient à faire de l’art pour le collectif, on fait un pas en avant.

Est-ce que Magali Cotta et Canine ?

Canine, c’est beaucoup moi puisque c’est mon projet. C’est plus que moi. C’est plus gros que moi… après j’espère que ce n’est pas que moi.

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Avec Magali Cotta "Canine", le 13 juillet 2019, pendant l'interview.

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16 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (8) : interview Ramo

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(c) Jeronimo Acero

francofolies de la rochelle,interview,ramo,mandor« Qu’aurait bien pu penser le célèbre Douanier Rousseau des mélodies tropicales du jeune Ramo ? – Ramo est davantage un fantasme qu’un simple musicien de plus tentant de suivre ses aînés. Lui a commencé par écrire ses musiques tout seul, puis a attendu que les chansons grandissent, comme des plantes.

C’est cette pop écologique sans colorants qui permet aujourd’hui au Français d’aborder les thèmes qui lui tiennent à cœur : des histoires d’hommes qui, à force de ne plus trouver leur place en ville, reviendraient à la nature, et des comptines aux couleurs inspirées par les plus belles œuvres de Miyazaki. Dans la lignée de Voyou, Myd et François & the Atlas Mountain (qui l’a marqué), Ramo est donc ce Robinson Crusoé rêvant d’un écosystème simple où les refrains seraient chantés au premier degré, et la musique conçue comme un engrais à bonnes vibrations. Ecrit tout seul et produit avec Romain Drogoul, cet EP est donc le premier chapitre d’un livre de la jungle qu’on imagine déjà plus grand. »

Toutes ses vidéos, ici.

Le samedi 13 juillet, Ramo s’est produit sur la scène Jean-Louis Foulquier lors des "Intercales" (interplateau) devant 13 000 personnes et le lendemain, à 15h00 au Théâtre Verdière dans le cadre de Première Francos.

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Ramo, le 13 juillet, sur la scène Jean-Louis Foulquier.

Interview :

Tu te sens chez toi aux Francofolies ?

Oui, il y a beaucoup d’affects liés à cet endroit. J’ai passé une semaine aux Chantiers des Francos. C’était hyper intense et positif. Ces moments étaient chargés de bonnes ondes et d’excellentes vibrations. Je suis rentré aux Chantiers, je jouais derrière des machines, un peu comme un DJ. Je chantais avec mes petits synthés. Bref, j’ai remis en question beaucoup de mes comportements scéniques. Vu le propos et mes textes, il est apparu qu’il était évident que je devais me contenter de chanter.

Comment ça se passe les Chantiers ?

Il y a trois groupes. La semaine commence par un concert ensuite tu discutes. Les autres du groupe et un coach te font te poser les bonnes questions : Que veux-tu transmettre ? C’est quoi ton propos ? Pourquoi tu fais de la musique ? C’est quoi un concert idéal ? Que veux-tu que les gens retiennent ? Qu’as-tu déjà essayé et qui n’a pas marché ? Qu’est-ce que tu aimerais essayer et que tu n’as pas encore osé ou eu le temps de faire ? Une fois ces questions posées, la discussion s’engage là-dessus. Ce qui est bien, c’est que tu comprends vers où tu dois aller juste en échangeant entre nous.

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Ramo, pendant les Chantiers des Francos en avril 2019.

A la fin des Chantiers, tu dois te produire de nouveau en concert, mais avec ce que tu as appris dans la semaine.

C’est super parce que c’est une grosse bulle de création, mais la veille du concert, j’ai hyper mal dormi. Je me réveillais toutes les heures pour gamberger sur ma prestation. Et le miracle finit par opérer. Tu trouves une formule dans laquelle tu te sens bien et ou tu parviens à transmettre des choses que tu ne parvenais pas à transmettre avant. C’est hyper gratifiant.

Ce soir, c’est toi « l’intercale » sur la scène Jean-Louis Foulquier pour trois morceaux devant 13 000 personnes. Ce sera donc le Ramo nouveau ?

J’ai fait les Chantiers en avril, donc depuis, j’ai eu quelques dates et j’ai eu le temps de roder cette nouvelle formule. Pour moi, symboliquement, c’est émouvant de revenir ici. Revoir les gens avec qui j’ai partagé plein de bons moments, revoir les endroits que j’ai fréquentés… Notre corps garde la mémoire des émotions et des états d’esprit. Je suis très heureux et reconnaissant de pouvoir jouer ici ce soir. Depuis que je fais de la musique, Les Chantiers des Francos est de très loin le dispositif qui m’a le plus apporté.

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Ramo sur scène.

J’aime bien les artistes de ta génération. Ils jouent une pop à la fois plus positive et plus engagée. Toi, tu passes discrètement des messages écologiques, sans que cela soit culpabilisant pour les autres.

Toutes ces thématiques d’hommes, d’animaux, de forêts…etc. sont venues de manière très instinctive.

D’où viennent-elles?

Quand j’étais gamin, j’habitais à Laval, la ville du Douanier Rousseau. On m’emmenait régulièrement au château de la ville qui est transformé en musée des arts naïfs. J’ai découvert l’art pictural par ce biais. Je passais beaucoup de temps devant les toiles du Douanier Rousseau à réfléchir sur ce qu’il s’y passait, ce que cela me faisait ressentir… Tout ce vocabulaire du vivant, du végétal, de l’animal, de l’homme… me permet aujourd’hui d’évoquer dans mes chansons des thèmes de société qui m’interrogent et m’angoissent. Mon rapport à l’environnement, mon rapport à l’autre, aux animaux, aux végétaux…

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pour participer à créer un imaginaire collectif vers lequel nous devrions tendre. Pas uniquement les musiciens, mais aussi les scientifiques, les cinéastes, les cuisiniers et tous spectres de la société. Il y a beaucoup de défis sociétaux devant nous. Notre gestion de notre manière de vivre, des espaces, des inégalités entre les gens… Il faut arriver à créer quelque chose de désirable dans lequel nous allons nous reconnaître.

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Après l'interview, selfie par et avec Ramo, le 13 juillet 2019.

13 juillet 2019

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (7) : interview Alexis HK

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« Alexis HK est un poète funambule : en équilibre, il chante avec humour mais sans cynisme, avec tendresse mais sans fadeur. Une qualité salutaire au milieu de la grisaille. Si des loops lancinants ont remplacé les batteries, sa finesse d’écriture et son humour lui permettent d’aborder des thèmes plus sombres… même si la lumière n’est jamais loin !
Avec Comme un ours, Alexis nous dévoile une nouvelle facette de son talent, toujours tout en élégance et en poésie…
Rendez-vous ce soir à 23h à la Salle Bleue !

Toutes ses vidéos ici.

Alexis HK m'a rejoint le 13 juillet après-midi à mon bureau du service de presse.

(Pour en savoir plus sur son nouveau disque Comme un ours, vous pouvez lire sa récente mandorisation.)

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francofolies de la rochelle,interview,alexis  hk,mandorInterview :

Tu es un habitué des Francofolies.

La première année où j’aurais dû y jouer, il y a 18 ans, il y a eu la grève des intermittents. C’est la première fois que j’ai entendu à la radio une nouvelle qui me concernait directement. Je me préparais à venir. J’ai allumé France Inter, ils ont dit que le festival était annulé… et je suis allé me recoucher. Après, j’ai été très bien suivi par le festival sur la plupart de mes albums. Pour moi, c’est très important d’être ici. Je fais de la chanson française, il n’y a pas beaucoup de festival de chansons comme celui-là. C’est aussi l’occasion de revoir plein de gens qui sont très importants et que je ne recroise pas forcément dans l’année, car nous sommes tous par monts et par vaux.

Je trouve que tu es de plus en plus drôle entre tes chansons lors de tes spectacles.

Comme je fais de la chanson parfois un peu neurasthénique, j’essaie de la contrebalancer en montrant au public qu’il ne faut pas être dupe, que ça reste de la chanson et qu’on est surtout là pour passer un bon moment et relativiser tous nos petits malheurs. J’aime bien l’idée de proposer à la fois de la chanson et en même temps d’utiliser la chanson pour raconter une histoire dans l’histoire. Il y a ainsi une connivence avec le spectateur qui s’installe.

Dans ce monde où on dramatise tout, c’est agréable de détendre l’atmosphère pesante.

On est dans une époque où on n’arrête pas d’envisager la fin du monde, où on nous dit qu’en 2030, nous serons tous morts. Nous sommes dans quelque chose de très anxiogène et en même temps, on profite du moment présent et on essaye de se régaler. La chanson est un vecteur permettant d’avoir de l’ironie sur le malheur.

Tu es présent dans le métier depuis 18 ans. Cela commence à faire…

J’ai conscience de la chance infinie que j’ai dans mon parcours. Comme tu l’as dit, ça fait 18 ans que je fais cela et que je peux continuer à le faire. On sait à quel point ça peut être difficile. J’ai été suivi dans mes envies par des collaborateurs hyper motivés qui m’ont toujours fait confiance. J’ai toujours été convaincu que la chance était un facteur fondamental dans le déroulé d’une carrière. Je vais citer le chanteur Dave : « Ce métier, c’est travail, talent et chance. » S’il manque l’un des trois, ça devient un petit peu compliqué.

Toi tu ne fais que ça. Travailler.

Je suis intégralement mobilisé pour avoir une nouvelle idée de chanson. Ma vie se mélange perpétuellement à mon activité artistique. Je n’ai aucun mérite à ça parce que j’ai tout le temps pour le faire.

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Pendant l'interview...

Tu es sensible aux critiques ? L’article peu élogieux de Valérie Lehoux sur Comme un ours dans Télérama t’as touché je crois.

Ce n’est pas le premier article d’elle que j’ai eu et qui a été critique à mon égard. Certaines fois, je les trouvais assez pertinentes, mais sur ce dernier article, je n’ai pas eu le sentiment que l’album avait été vraiment écouté. Ça m’a fait de la peine. Télérama est un grand journal qui a de l’influence, alors j’aurais préféré qu’on ne parle pas du tout de mon disque plutôt qu’on en parle de cette façon-là. En plus, généralement, elle est toujours la première à écrire et donc ça met tout de suite une ambiance un peu dure autour d’un projet. Le jour où j’aurais un article élogieux de madame Lehoux, je serais aussi très content parce que je respecte son avis. C’est une vraie chroniqueuse et c’est quelqu’un qui connait bien la chanson.

Un concert aux Francos, c’est un concert normal ?

Pas tout à fait. D’abord parce qu’on est au milieu de plein d’autres artistes qui se produisent, il y a donc une énergie qui n’est pas la même que quand on fait un concert plus isolé dans un centre culturel. Ici, le public vient à votre concert, mais il va voir plein d’autres artistes. Je ne vis donc pas les choses de la même façon.

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Après l'interview, le 13 juillet 2019.

12 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (5) : interview de Terrenoire

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Terrenoire est un duo composé de deux frères, Théo et Raphäel Herrerias… Quelque part entre la musique électronique, le hip-hop et la chanson française, les machines du petit frère se baladent vers la lumière, se tirent vers les ombres : productions raffinées, poignantes, émouvantes, elles sont les images du film que racontent les textes. Le grand, lui, chante comme un point d’interrogation, des histoires de la grande ville, d’excès, de fuites vers les falaises, la voix clame puis se brise, engueule puis supplie. Découvrez Terrenoire en clôture de la Scène de l’Horloge, à 18h00 ce soir !

Ils sont passés me voir une heure avant leur prestation. 

Toutes les vidéos de Terrenoire à voir ici.

terrenoire,francofolies de la rochelle,interview,mandorInterview :

Comment vivez-vous ce début de notoriété ?

Raphaël : Pour le moment, nous avons sorti 8 chansons. Là, nous sommes en train d’enregistrer notre premier album, donc nous sommes au tout début de quelque chose. Nous avons eu la chance d’avoir eu de supers beaux ambassadeurs de notre musique dont notamment Les Inrocks et Didier Varrod. Nous avons juste franchi le premier passage qui a duré un an. J’ai la sensation que nous avons tout à recommencer pour aller toucher d’autres personnes et pour confirmer auprès de ceux qui ont aimé le premier passage. Tout ne se joue pas dans l’immédiat. Le plus beau c’est de dessiner une relation avec le public et nous avons conscience que ça prend du temps.

Tous les médias sont dithyrambiques à votre encontre.

Raphaël : Ca veut dire que notre duo est encore confidentiel. Si nous avions un fort taux de notoriété, dans le lot, il y aurait des avis négatifs.

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Le 1er EP.

Plus vous écrivez des chansons, plus vous vous améliorez ?

Théo : C’est un travail d’artisanat. En japonais, artiste et artisan, c’est le même mot. Pour moi, écrire et composer une bonne chanson, c’est comme construire un beau portail ou une belle porte selon que l’on soit menuisier ou ferronnier. Nous on joue des heures et des heures tous les jours, histoire de se parfaire.

Est-ce que jouer de la musique est un travail ?

Théo : J’aime à le penser. Je me suis toujours inspiré de modèles comme Frank Zappa ou Damon Albarn. Ce dernier raconte dans les interviews qu’il se lève à 8 heures… à 9 heures, il est au travail et à 18 heures, la journée est finie. Zappa, c’est plutôt de 7 heures jusqu’à minuit.

Vous avez une discipline, une rigueur dans le rythme du travail ?

Théo : Oui. Et ce sera encore plus facile de l’être parce que nous aurons un lieu qui nous sera propre.

Raphaël : On achète un studio, ce qui nous permettra de n’être dépendants de personne. « Comment faire pour créer des territoires qui nous appartiennent ? » est un de nos thèmes récurrents. On l’applique dans la vie en ayant ce studio. On pourra aussi inviter d’autres artistes et partager.

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Pendant l'interview...

Libé a dit de vous : « Chansons électroniques Alien qui s’emparent des codes hip-hop et du r’n’b.

Raphaël : J’aime bien l’idée d’Alien parce que nous n’avons jamais suivi les codes traditionnels de la musique populaire. Nous, on aime les artistes qui ont innové et qui ont une voix singulière. Souvent ça dissone pour l’époque et ce n’est pas toujours bien compris. Il faut prendre ses aises avec l’époque.

Vos textes sont littéraires, modernes et simples à comprendre. Ils se fondent parfaitement dans la musique.

Raphaël : On essaie de polir très longtemps nos productions, les prises de voix et les mélodies pour que cela fasse un film global.

Vous travaillez sur un nouvel album. Vous en êtes où ?

Raphaël : Nous sommes en train de créer tout un nouveau langage pour l’album. Nous avons déjà envie d’aller ailleurs de ce que nous avons déjà proposé. On ne va pas faire du réchauffé de ce qu’on a déjà fait, parce qu’on a l’impression qu’on a déjà perdu ce que l’on voulait dire On a envie de raconter autre chose, d’une autre manière..

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Après l'interview, le 12 juillet 2019.

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (4) : interview Renan Luce

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C'est sur la scène du Grand Théâtre de la Coursive que Renan Luce donnera aux FrancoFolies ce soir, à 20h, la primeur de son nouvel album éponyme, avant une tournée à l’automne. Des chansons puissantes et intimes à la fois (évoquant une séparation amoureuse), aux textes poignants et poétiques, portées par une formation inattendue, en écho aux arrangements orchestraux de la chanson française des années 1960.

Toutes ses vidéos ici.

Le 11 juillet, Renan Luce est venu au service de presse pour parler de ce spectacle et de son nouvel album.

les francofolies de la rochelle,interview,renan luce,mandorInterview :

Il y a eu 5 ans de battements entre ton précédent album et celui-ci.

Les trois premières années, j’ai passé beaucoup de temps sur les routes. Ce n’est qu’à l’issue de cette période que je me suis attelé à l’écriture. Ma vie a fait que des grandes émotions m’ont traversé et m’ont inspiré cet album-là. Les chansons sont arrivées les unes après les autres, très naturellement. Mais bon, je suis aussi lent, il faut bien le reconnaître (rires). Je cherche, je fais, je défais, je construis et déconstruis… J’ai besoin de laisser reposer les choses, ensuite, cela me permet d’être plus objectif sur mon travail.

Tu avais aussi besoin de temps pour que l’inspiration revienne ?

J’avais besoin de temps pour ouvrir d’autres portes que je n’avais pas encore ouvertes. Des portes plus intimes, des thématiques plus personnelles, de nouvelles portes musicales, une nouvelle manière de composer, plus au piano…

Il n’y a que des chansons sur ta séparation d’avec la mère de votre enfant.

Cela s’est imposé sans que je ne puisse rien y faire. Ses sentiments intenses, quand ils vous traversent, ont tendance à recouvrir tout. Il est parfois difficile de regarder ailleurs, il faut un peu de temps. Cet album a été créé sur deux ans et je suis passé par plusieurs états, ce qui m’a permis d’aborder ce thème avec des angles différents.

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Renan Luce sur scène, avec sa nouvelle formation orchestrale.

Tu n’as pas eu peur de lasser les gens qui écoutent le disque avec ce même thème ?

J’ai eu cette crainte un petit peu, mais je n’ai pas pu faire autrement. Je le répète, c’est plusieurs périodes et plusieurs regards sur une séparation et sur ce que je ressens. Tour à tour de la détresse, de la tristesse, puis de l’espoir, de l’inquiétude, des remises en question…

Tes chansons sont très intimes, mais paradoxalement assez pudiques.

Dans mon tempérament, il y a déjà une pudeur qui m’incite à ne jamais aller trop loin. Ensuite, je pense que le prisme de l’écriture, la démarche plus poétique, fait qu’il y a une petite distance. J’essaie de faire quelque chose provoquant de l’émotion brute.

L’orchestration de cet album est superbe. les francofolies de la rochelle,interview,renan luce,mandor

C’est pour moi un retour aux sources musicales de ce que j’écoutais dans mon enfance. Cette chanson orchestrale des années 60 à la Bécaud, Brel ou Aznavour m’a beaucoup marqué. Il y a une telle richesse entre les vents, les cordes et les percussions, que l’on peut passer à quelque chose de très intime, très cotonneux, à quelque chose de très tumultueux. Pour ces chansons très personnelles, j’avais envie de retrouver ma musique de cœur. J’ai l’impression de revenir à mes essentiels. J’avais besoin d’être dans le confort d’une musique qui me correspond bien.

Chantes-tu de la même façon avec cette orchestration.

J’ai un souffle plus posé, plus installé, pour suivre la largesse de l’orchestre.

Ça fait du bien d’écrire des chansons si intimes ?

Bien sûr. Ça donne une distance aux évènements. Fabriquer de l’art avec des sentiments qui remuent le couteau dans la plaie, ça m’a apaisé.

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Pendant l'interview...

La principale intéressée a écouté l’album ?

Evidemment. Elle a écouté les chansons les unes après les autres. On a cette chance d’être des parents, certes séparés, mais très proches, avec beaucoup d’affection et une belle histoire. Avec ce disque, c’est ce que je voulais faire : terminer une belle histoire.

Aux Francos, ce sera quelle formation ?

Je serai avec un orchestre plus réduit que ce qu’il y a dans l’album, mais nous sommes quand même 16 sur scène. On retrouve les textures du disque : les cordes et les vents, un trio jazz, piano, contrebasse, batterie… et beaucoup d’énergie. Il y aura une force nouvelle différente de l’album.

C’est ta 4eme participation aux Francos.

Oui. Je suis venu à chaque album. C’est pour moi un passage incontournable.

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Après l'interview, au service de presse, le 11 juillet 2019.

11 juillet 2019

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (2) : interview Gainsbourg for Kids

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francofolies de la rochelle,gainsbourg dor kids,françois guernier,ben ricour,cheveu,mandor,interview« À l’image de « Ce petit garçon nommé Charlie » qui se casse la figure à tous les coins de la ville, chanson touchante et pas si désespérée qu’il avait écrite pour le dessin animé Charlie Brown et qu’il avait sans doute perçu comme un miroir de lui-même, Serge Gainsbourg avait aussi sa part d’enfance. Et comme beaucoup d’enfants, il avait le goût des mots qui sonnent, et des « Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz ! » qui explosent dans les bulles des comic-strips. De quoi donner l’envie à la dreamteam de Wanted Joe Dassin de fouiller dans le répertoire monumental de Gainsbourg, d’en extraire quelques pépites connues et inconnues, et d’imaginer ce nouveau spectacle destiné aux grands enfants et aux familles. Bienvenue dans le comic-strip des Gainsbourg for Kids ! » Ainsi est présenté officielle ce projet.

Avec : Cheveu, François Guernier, Ben Ricour.

Conception et mise en scène : Olivier Prou
Régie et création son : Stéphane Andrivot
Création lumières : Philippe Arbert

Ce matin, aux Francofolies de La Rochelle, les 3 artistes se sont produits dans la salle bleue dans le cadre des Franco Juniors. Cette scène est spécialement dédiée au jeune public, pour le plaisir des petits, mais des grands aussi !

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De gauche à droite : Ben Ricour, Cheveu et François Guernier.

Interview :

Après Nino Ferrer et Joe Dassin, voici un hommage à Serge Gainsbourg. L’idée est de faire découvrir aux enfants un répertoire qu’on entend plus dans les médias ?

François Guernier : Oui, mais c’est surtout leur faire découvrir un répertoire de 600 chansons vers lequel ils n’ont plus accès. Quel enfant connait Serge Gainsbourg aujourd’hui ? L’idée est que son répertoire devienne un élément fédérateur entre les enfants et les parents. C’est bien qu’ils aient un artiste en commun à partager.

Le répertoire de Gainsbourg est parfois sulfureux. J’imagine que vous avez choisi des chansons comme « L’ami Caouette »…

Cheveu : Il y a plein d’autres chansons qui sont accessibles aux enfants. Je rappelle qu’avant Gainsbarre, il y a eu Gainsbourg.

Ben Ricour : Et on a pioché uniquement dans Gainsbourg. Du début de sa carrière à la période reggae, fin 1970, début des années 1980. Dans des chansons comme « Laetitia », il y a des jeux de mots qui sont hyper accessibles.

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Gainsbourg For Kids aux Francofolies de Rochelle, ce matin.

Vos concerts sont scénarisés.

Ben Ricour : On ne fait pas juste de la reprise de Gainsbourg. Il y a une histoire. Nous sommes trois déménageurs qui livrons un piano au 5 rue de Verneuil, là où habitait Gainsbourg. On sonne, il n’y a personne. Que va-t-on pouvoir faire en attendant que le propriétaire arrive ? On fait des histoires, des devinettes et de la chanson. Après, je n’en dis pas plus par respect pour le public qui viendra.

Il n’y a que des chansons interprétées par lui ?

François Guernier : Non, nous avons puisé aussi dans celles qu’il a écrites pour d’autres, comme « La gadoue » pour Jane Birkin et « Pourquoi un pyjama » pour Régine…

Ben Ricour : Il y en a un peu pour tout le monde. Il y a du connu et des chansons très peu connues. Même les fans de Gainsbourg sont souvent surpris.

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Le choix des chansons a dû être draconien ?

Cheveu : Nous avons été aidés par le metteur en scène Olivier Prou. A la base chacun en avait choisi trois que l’on avait maquetté chez nous. Après, Olivier a pioché dans notre listing commun de 35 chansons. On en a pris 18 pour le spectacle.

François Guernier : Ca a mis en évidence la part d’enfance qu’il y avait chez Gainsbourg.

Et musicalement, il pouvait connecter tous les genres musicaux.

François Guernier : T’aimes le rap, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le funk, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le rock, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le reggae, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes la poésie, tu aimes Gainsbourg. Ils sont peu dans ce cas à être se balader de style en style d’époque en époque.

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Après l'interview, le 10 juillet 2019, en terrasse à La Rochelle.

09 juillet 2019

Eric Genetet : interview pour Un bonheur sans pitié

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Le 5e roman d’Éric Genetet est impressionnant. Dans Un bonheur sans pitié, il évoque un sujet difficile avec tact et force, ce qui n’est pas incompatible. On rentre dans le processus vertigineux de la manipulation mentale au sein d’un couple. Evidemment les lecteurs n’en sortent pas indemnes… et peuvent éventuellement réfléchir sur leurs propres comportements.

Le 16 mai dernier, j’ai mandorisé une troisième fois (la première ici, la deuxième ) cet écrivain qui, lentement mais sûrement, construit une belle œuvre.

eric genetet,un bonheur sans pitié,interview,mandor4e de couverture :

« Je n’aurais jamais imaginé devenir cette fille-là. Personne ne peut comprendre pourquoi je ne le quitte pas, je l’ignore moi-même. »
Après quelques mois d’une passion enivrante et sans nuage, Marina sait qu’elle a enfin trouvé le bonheur avec Torsten. Mais un jour, le masque se fissure et il révèle son vrai visage. Emportée par ses sentiments, Marina pardonne inlassablement et s’habitue à l’inacceptable, jusqu’à se perdre et sombrer.
Un bonheur sans pitié est le récit d’un amour insensé, incompréhensible et fatal. Avec justesse et sensibilité, Éric Genetet raconte, sans jamais la juger, l’histoire d’un couple régi par une violence physique et morale qui engloutit leur existence et transforme leur union en prison.

L’auteur :

Né en 1967, Éric Genetet vit entre Strasbourg et Paris. Il est l’auteur de Solo, Le Fiancé de la lune, Et n’attendre personne et Tomber (prix Folire et prix de la Ville de Belfort 2016).

eric genetet,un bonheur sans pitié,interview,mandorInterview :

L’histoire que tu racontes est arrivée à une amie à toi, c’est ça ?

Je me suis inspiré de cette histoire qu’elle m’a racontée il y a 6 ans. J’ai vite compris que bien d’autres femmes avaient vécu des évènements similaires. Elles sont les proies d’hommes qui ne cherchent que leurs bons plaisirs. Pour cela, ils sont prêts à tout, y compris à détruire la personne avec laquelle ils vivent.

Pour dresser une personnalité à ton personnage masculin, Torsten, as-tu puisé un peu en toi ?

Peut-être que dans ma vie j’ai été considéré comme un agresseur. Evidemment, je n’ai pas été jusqu’où Torsten a été lui-même, mais je suis allé chercher des choses en moi que je n’avais pas compris au moment où je les vivais. J’ai mis des morceaux de ma vie et des comportements de gens avec qui j’ai vécu. Dans chaque couple, il y a de la manipulation, même si c’est de la manipulation douce. Je ne suis ni un pervers narcissique, ni un sociopathe, mais il m’est arrivé de ne pas avoir eu de bons comportements. En partant de ça, mais en allant beaucoup plus loin, j’ai construit les personnages de Torsten et de Marina.

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Dans le livre, tu as donné la parole aux deux. Tu t’es glissé dans la peau de la victime et dans celle du bourreau. Cela donne deux visions sur une même histoire.

Quand un couple se sépare, les deux protagonistes ne savent pas toujours pourquoi. En tout cas, il y a toujours un monstre, mais ce n’est jamais le même… et surtout, c’est toujours l’autre. Même si Torsten a un problème pathologique, je voulais qu’il puisse prendre la parole pour qu’il aille au bout de son histoire.

Tu n’utilises jamais le mot pervers narcissique.

Je ne veux pas être dans le jugement. Et puis, comme c’est une pathologie et que je ne suis pas médecin, je préfère m’abstenir. Mais pour être honnête, il s’agit bien de cela.

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Lui-même n’avoue jamais qu’il est manipulateur ou pervers narcissique.

C’est le cas de toutes les personnes qui le sont. Torsten pense qu’il a raison et qu’il est dans son bon droit. Parfois même, il se victimise. Il est dans son propre système de pensée et il ne peut pas en sortir. C’est une maladie.

Marina, elle, est dans le déni total très longtemps.

Elle refuse l’idée qu’elle est avec un tyran. S’il elle avoue qu’elle est dans cette situation de victime, elle s’écroule complètement. Elle pense que ça va finir par s’arranger car elle s’accroche aux six premiers mois qui ont été merveilleux. C’est comme une drogue pour elle. Elle est prête à tout pour retrouver ce bonheur qu’elle a vécu avec lui. Elle est même prête à le sauver lui, alors qu’elle se sacrifie déjà à tous les points de vue.

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La violence est plus morale que physique.

Dans tous les témoignages que j’ai pu recueillir, il y avait plus d’emprises psychologiques que de violences physiques, même s’il y en a aussi toujours un petit peu.

Est-ce que dans tous les couples, il y a de la manipulation ?

Je ne sais pas si c’est de la manipulation, en tout cas, elle n’est pas comparable avec celle que je décris dans le livre. Je pense que pour plaire à l’autre, on est prêt à se mentir à soi-même. C’est déjà une première manipulation.

Tu ne juges personne dans ce livre.

Ce serait mal venu de ma part de juger mes personnages. Je suis très factuel. Je pose et décris les choses pour que le lecteur se débrouille avec ça.

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Pendant l'interview...

Tu racontes cette histoire avec une vraie sensibilité.

Ça me fait plaisir d’entendre ça. J’ai peut-être développé cette sensibilité avec le temps.

C’est un livre sur la violence dans le couple.

Oui, à tel point que je voulais intituler ce livre « Une femme en grand danger ». Il est clair que Marina est en grand danger. Ce livre donne peut-être des clefs pour que les femmes qui vivent la même chose s’en sortent.

Ce livre a trouvé ses lecteurs. Tu es surpris ?

Quand j’écris, je ne me pose aucune question sur le fait de savoir si ça va intéresser des gens. J’écris un sujet parce que j’ai envie de l’écrire, point barre. Je ne suis pas un faiseur de livres, je trace mon sillon littéraire. Quand j’écris, je me sens en harmonie avec le monde. Dans ma jeunesse, l’écriture était tellement loin de moi, aujourd’hui elle est devenue le centre de ma vie. Je suis très fier de cela.

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Après l'interview, le 16 mai dernier.

08 juillet 2019

Arnaud Dudek : interview pour Laisser une trace

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(Photo : Baudouin)

Dans son 6e roman, Laisser des traces (son premier livre chez Anne Carrière), Arnaud Dudek nous charme et nous étonne encore une fois.

A travers le regard d’un maire d’une ville fictive (mais tellement réelle), l’auteur s’interroge et interroge le lecteur sur l’action politique au sens noble et moins noble du terme, sur l’inutilité de certaines actions menées, sur l’intérêt d’être le premier édile de la ville si c’est pour perdre son âme... Tout cela évoqué sans cruauté, mais avec lucidité et (oui, oui) tendresse. C’est bien là l’exploit d’Arnaud Dudek : trouver un sujet qui pourrait éventuellement sembler rébarbatif (la vie d’une mairie, quoi !), et le rendre humain, terriblement humain. Passionnant, terriblement passionnant. Je pourrais dire aussi que j’ai beaucoup appris sur les rouages parfois complexes d’une municipalité, mais j’aurais peur d’être trop réducteur (et pourtant, c’est sacrément intéressant).

J’ai déjà mandorisé Arnaud Dudek en 2013 pour son deuxième livre Les Fuyants, en 2015 pour son troisième, Une plage au pôle Nord et pour son cinquième, Tant bien que mal l’année dernière, tous chez Alma Editeur.

Le 3 juillet dernier, il m’a donné rendez-vous près de La Bibliothèque François Mitterrand pour une nouvelle conversation.

arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarmeArgumentaire de presse :

Mais qui est donc Emma Nizan, cette jeune femme qui cherche à rencontrer le maire fraîchement élu de Nevilly ? On ne le sait pas, puisque Maxime Ronet s’efforce, bien malgré lui, de reporter ce rendez-vous. Une fois, deux fois, trois fois… Le jeune Ronet espère faire de la politique autrement, il veut bouger les lignes, être disponible pour chacun de ses administrés… Mais la gestion quotidienne de sa commune de 59 629 habitants et de 86 millions d’euros de dépenses annuelles de fonctionnement va lui faire perdre de vue la raison de son engagement. La rencontre ratée avec Emma Nizan vient le rappeler à l’ordre…

Dans le style qui le caractérise depuis son premier roman (Rester Sage, Alma 2012) – chapitres aussi courts que ses phrases – et avec la légèreté de celui qui ne se prend pas au sérieux, Arnaud Dudek aborde des sujets au plus près du quotidien, et raconte les gens ordinaires avec tendresse et bienveillance par petites touches, le sourire en coin.

L’auteur : arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarme

Arnaud Dudek vit et travaille à Paris. Selon des sources concordantes, ce garçon discret serait né à Nancy, en 1979. Dans ses nouvelles (pour la revue littéraire Les Refusés ou pour Décapage) et dans ses romans (la plupart publiés chez Alma), il raconte les gens ordinaires avec humour et tendresse. Son premier roman, Rester sage (2012) a fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman et a été adapté au théâtre par la Compagnie Oculus. Le second, Les fuyants (2013), a été sélectionné pour le prix des lycéens et apprentis de Bourgogne. Le troisième, Une plage au pôle Nord (2015) est traduit en allemand. Viennent ensuite Les vérités provisoires (2017) et Tant bien que mal (2018). Laisser des traces (2019) est son 6e roman.

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arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarmeInterview :

Laisser des traces n’est pas un roman aussi « dudekien » que d’habitude.

Justement, il était temps que je sorte de ma zone de confort au profit d’une nouvelle méthode de travail. J’avais envie de changer de mes personnages d’hommes habituels : les doux rêveurs, les antihéros et les gens cabossés. Là, j’emprunte une autre voie en consacrant un livre à une personnalité plus forte. Pour se faire, j’ai décidé de creuser l’échelon local de la politique.

Dans la littérature ou dans les séries, les maires sont souvent arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarmecaricaturés.

Oui, je sais bien. Don Camillon contre Peppone par exemple. Les maires sont souvent en arrière-plan ou en sujets humoristiques, comme dans la série de TF1 Père et maire. Dans les séries dites « sérieuses », on est toujours sous les ors de la République. C’est de la politique fiction au niveau présidentielle… Du coup, mettre en avant un maire me paraissait intéressant à raconter. J’ai essayé d’être le plus réaliste possible sans être trop lié par le quotidien.

arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarmeCa a impliqué que tu te documentes.

Je me suis documenté avec des revues spécialisées comme « Le courrier des maires » et « Edile ». J’ai regardé aussi pas mal de documentaires. J’ai obtenu des rendez-vous avec des élus. J’ai interrogé quelques maires par mails et en ai rencontré plusieurs en face à face, dont un député qui m’a consacré pas mal de temps.

Tu n’as pas été victime de langue de bois ?

Pour éviter le vernis politique, j’ai posé quelques questions naïves et ça m’a permis d’avoir des réponses sincères. J’ai réussi à obtenir quelques confessions sur le pourquoi du comment de l’engagement et sur l’organisation d’une mairie.

T’es-tu servi des réseaux sociaux ?

Oui, parce qu’il y a beaucoup d’élus qui sont connectés. Il y un compte Twitter qui est pas mal suivi, Petit maire. Il est moins présent sur le réseau en ce moment, mais il racontait le quotidien d’une mairie rurale. J'ai appris beaucoup.

Après, tu as fait le tri des informations emmagasinées ?

C’est exactement ça. Je n’avais pas vocation à écrire un documentaire, mais il fallait poser l’action et raconter une histoire. C’était la deuxième étape et pas forcément la plus facile. L’angle de l’engagement me paraissait intéressant. Pourquoi fait-on de la politique ? Quelle trace veut-on laisser dans le quotidien des gens ? Là, comme on est sur l’échelon local : crèches, aides au quotidien, relogements, migrants… avec un budget souvent limité et le poids de l’intercommunalité qui s’ajoute à cela, fort décrié par de nombreux maires.

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Tu portes ce projet en toi depuis quand même quelques années, je crois.

J’ai toujours été passionné par la politique. Même gamin, je suivais les débats et les émissions politiques.

C’est peut-être une question d’éducation ?

Mes parents non jamais été militants, même si le vote a toujours été très important. Ni eux, ni moi n’ont séché une élection. Le devoir démocratique a toujours été important dans la famille.

Plutôt une famille de gauche ?

Oui, mais déçue par le socialisme d’aujourd’hui, cela va sans dire.

Tu as même tâté du syndicalisme étudiant quand tu étais à la Fac.

Oui, mais ça n’a pas duré très longtemps. La façon dont les choses étaient faites ne m’a pas convaincu. On était déjà dans du bourrage d’urnes. J’ai assisté à de la triche, ça m’a vite dégoûté.

Donc, c’est un sujet qui te tenait à cœur depuis longtemps.

Oui, d’ailleurs, il y a toujours eu un fond politique dans mes romans, mais ça n’a jamais pris le premier plan.

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En lisant ton livre, je me suis dit qu’un maire avait beaucoup d'actes de présences obligatoires et peu intéressants.

A partir du moment où on franchit une certaine taille de commune, la représentation prend un poids assez important. Un élu m’a dit que c’était une manière de tisser du lien social. D’autres préfèrent avoir les mains dans le cambouis, agir et faire des choses plus constructives que de la représentation. Le maire de mon livre, Maxime Ronet, se demande si ce qui ne l’intéressait pas, ce n’était pas plus la conquête du pouvoir que son exercice. Dans le cadre d’un parachutage, il a pris énormément de plaisir à conquérir.

C’est quoi son parcours ?

Il n’est pas du cru. Au départ, c’est un apparatchik. Il a fait des études autour des sciences politiques. Il a fait ses armes dans les couloirs d’un parti politique. Il a commencé par apporter des cafés, puis rédiger des dossiers et à avoir de plus en plus de poids dans le décisionnel. Petit à petit, il a gravi tous les échelons. Un jour, il est parvenu à se frotter au suffrage universel. C’est un parcours assez classique. Je me suis pas mal inspiré de trentenaires du PS qui ont pu avoir un parcours similaire.

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arnaud dudek,laisser des traces,interview,mandor,anne carrière,jean-baptiste gendarmeTu as des noms ?

Des gens comme Boris Vallaud ou Gabriel Attal par exemple, pour les plus jeunes.

En tout cas, je trouve Maxime Ronet plutôt sympathique.

Ça a été toute la difficulté. Il fallait que je trouve un juste milieu entre le requin aux dents longues et la jovialité de cette personne.

Dans les 40 premières pages, il est assez lisse.

On ne peut pas lui trouver d’aspérité, parce que je voulais que le lecteur y mette ce qu’il voulait derrière. Il est aussi un peu charmeur et séducteur, mais c’est normal parce qu’aujourd’hui, on est plus comptable d’une communication que d’un bilan. Il fallait que je trouve cet équilibre entre les fissures qui arrivent petit à petit et ce côté assez jovial et lisse.

Tu écris : « En politique, les ennemis intérieurs sont plus dangereux que les véritables adversaires ».

C’est valable dans tous les milieux à partir du moment où il y a du pouvoir. Dans une mairie, les adjoints ou les vice-présidents veulent devenir calife à la place du calife. L’opposition est parfois plus constructive. Les maires ont souvent plus à craindre de ses alliés que de ses vrais opposants.

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Tu n’as pas eu peur d’être un peu chiant en décrivant la vie d’une mairie ?

Complètement. J’ai encore des doutes (sourire). Il fallait du rythme et ne pas verser dans le documentaire.

Ton maire a une secrétaire, Alice Larchet. Un personnage essentiel de ce roman.

Je ne voulais pas être dans la caricature de la secrétaire indispensable, mais elle l'est. Elle est la voix de la sagesse, elle rappelle les rendez-vous, elle surveille si tout se passe bien. Elle est aussi là pour le soutenir quand ça va moins bien.

Je l’aime bien parce qu’elle est normale.

Tu as raison. Je me suis amusé à la construire à petites touches. J’ai voulu qu’elle ne soit pas trop dans l’admiration de son maire ou trop dans l’esprit critique. Mon éditeur, Jean-Baptiste Gendarme, m’a aidé a trouvé la bonne note pour chacun des personnages. Il ne fallait pas qu’elle soit trop minorée, ni trop importante. Je ne voulais tellement pas la représenter comme la candide secrétaire.

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Pendant l'interview...

Tu aimes bien ce milieu ?

En tout cas, il est intéressant à observer et à creuser, mais ça ne m’a pas donné envie de me présenter à des élections. Cela dit, ça m’intéresserait d’apporter ma pierre à l’édifice en prolongeant ça avec une œuvre de fiction.

Un jour, il arrive quelque chose à Emma Nizan, une jeune femme qui a demandé rendez-vous maintes fois à Maxine Ronet, sans succès. Et là, l’édile change du jour au lendemain. Son humanité ressort enfin.

Il a tellement privilégié sa carrière et certaines actions par rapport à ses propres rendez-vous à la mairie, qu’après cet évènement, il se remet complètement en question. Ce qui arrive à cette administrée à la moitié du livre vient le rappeler à l’ordre.

Tu l’aimes bien Maxime Ronet ?

Oui, comme tous mes personnages, sinon, je ne vais pas au bout de mes histoires. Il faut que j’ai de l’empathie, que je le comprenne, pour pouvoir le raconter. C’est quelqu’un que j’ai aimé suivre durant ces 200 pages.

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Après l'interview, le 3 juillet 2019.

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07 juillet 2019

Richard Gaitet : interview pour Rimbaud Warriors

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Au mois de juillet 2018, Richard Gaitet, auteur et animateur sur Radio Nova, s’embarque dans une aventure menée tambour battant : 111 kilomètres à pied dans les bottines d’Arthur Rimbaud, de Charleville-Mézières à Charleroi, sur l’itinéraire supposé de sa célèbre fugue d’octobre 1870.

Le 14 juin dernier, en terrasse, un jour de forte chaleur (ce qui justifie les bières dans la photo finale, comme si nous avions besoin de ça…), Richard et moi avons devisé sur Rimbaud et sur cette marche devenue livre fou, drôle, instructif… aux rebondissements incessants.

richard gaitet,rimbaud warriors,arthur rimbaud,interview,mandor4e de couverture :

Des poèmes plein les poings : à 15 ans, Arthur Rimbaud songe à devenir journaliste et plus encore à quitter l'inqualifiable contrée ardennaise, notamment Charleville, supérieurement idiote. Punk avant l'heure, l'élève prodige conspue l'école, l'Église, les bourgeois ou les politiciens, tout en cherchant à fuir l'emprise de sa Mother qui l'étouffe. C'est au cours de sa deuxième fugue, une course énorme à travers les faubourgs et la campagne, qu'il aurait rompu avec la vie ordinaire et écrit ses vers les plus célèbres - dont Le Dormeur du val.

Dans les bottines de l'incandescent poète adolescent, Richard Gaitet a voulu refaire ce parcours à pied, lors d'une traversée des Ardennes jusqu'en Belgique, d'abord en été au sein d'une escouade de onze vaillants « warriors », puis seul en hiver avec la tempête Gabriel sur les talons. Une épopée débraillée menée tambour battant - avec, sur la route, des rencontres inoubliables : Patti Smith, Julie la cartomancienne gitane, un coiffeur de myrtilles ou encore l'écrivain Franz Bartelt

L’auteur :

Né à Lyon en 1981 Richard Gaitet est journaliste et écrivain. Depuis 2011, il anime et produit l’émission Nova Book Box de Radio Nova. Il a fondé en 2012 le Prix de la page 111 (en compagnie d'un collectif d'auteurs, critiques ou traducteurs, le prix récompense l’auteur de la page 111 d’un roman paru à l’occasion de la rentrée littéraire.) Parallèlement, il est l’auteur de quatre romans: Les Heures pâles (2013), Découvrez Mykonos hors saison (2014) (mandorisé une première fois ici pour ces deux livres), L’Aimant (2016, avec les dessins de Riff Reb’s) (mandorisé une seconde fois pour celui-ci) et Tête en l’air (mandorisé une troisième fois ici).

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Richard Gaitet et les warriors.

richard gaitet,rimbaud warriors,arthur rimbaud,interview,mandorInterview :

Cette histoire de marche sur les traces de Rimbaud a commencé un soir de libations et de délibérations.

Je te donne la version la plus probable, car nous ne savons pas, exactement, comment toute cette histoire a démarré. Un soir où nous délibérions pour la phase préparatoire du Prix de la Page 111, avec mes camarades, écrivains, traducteurs, libraires et autres trapézistes textuels, nous avons reçu un appel d’un copain de Guillaume Jan, qui s’appelle Frédéric Thomas. Il est docteur en sciences politiques à Bruxelles et spécialiste des aspects politiques de l’œuvre d’Arthur Rimbaud. Frédéric nous suggère de transposer le Prix de la Page 111 à Bruxelles parce que la Belgique a peut-être des dispositions naturelles pour accueillir notre délire. De plus, quelques années auparavant, Guillaume a remonté la Meuse à pied en suivant une partie de l’itinéraire qu’avait emprunté Rimbaud en 1870, à 15 ans, lors de sa deuxième fugue. L’idée nous est donc venue de partir ensemble pour suivre ce chemin. Le lendemain, Bertrand Guillot nous indique qu’entre  Charleville-Mézières, point de départ, et l’arrivée jusqu'à l'emplacement du "Cabaret Vert" de Charleroi où il a écrit le poème du même titre lors de cette fugue, il y a... 111 kilomètres. On attendait qu'un signe absurde pour décider officiellement de faire cette balade entre copains. Nous sommes donc partis au mois de juillet 2018.

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D’une simple balade entre potes pour marcher sur les traces de ce poète sulfureux, ça se transforme aussi en émission de Radio pour Nova.

En effet, je me dis que ces jours sur la route pourraient donner un bon reportage radio. J’en parle à la direction qui accepte de jouer le jeu. C'est devenu un feuilleton en quatre épisode d'une heure. (Vous pouvez les écouter là).

Vous avez même suggéré à vos auditeurs de vous rejoindre.

Nous avons annoncé en ligne notre trajet entre Charleville-Mézières et Charleroi. Trois auditeurs se sont joints à nous. Le 1er juillet 2018, nous sommes partis à 11.

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Par l’intermédiaire de Frédéric Thomas, tu as consulté trois spécialistes de Rimbaud pour être certain du parcours.

Ils m’ont donné 5 ou 6 villes dans lesquelles Rimbaud est passé avec certitude. Nous en avons traversé d'autres qu'il a tout a fait pu traverser. Il y a dans cette marche 20% de flou.

Quand tu m’as parlé de ce projet l’année dernière, juste avant de partir, je me suis dit que cette marche n’était pas compliquée. En lisant ton livre, je me rendu compte que ce n’était pas évident de traverser les Ardennes à pied.

L'équipe ne comptait aucun sportif, à part Bertrand Guillot. Il n’y a pas eu de dangers majeurs ou de blessures, mais nous sommes partis sans préparation, en mode pieds nickelés, avec quelques erreurs de débutants. Une camarade a choisi de ne pas porter de chapeau alors qu’il faisait 35°, elle a chopé une insolation. Nous nous sommes fait piquer par des tiques. On ne savait pas lire les cartes, nous partions donc à gauche au lieu d’aller à droite…

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Richard Gaitet et Guillaume Jan.

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Cette balade était chiante parfois.

Il y a des moments, marcher trois heures sur la départementale, ça ne faisait pas rêver.

La récompense de fin de journée de marche, c’était la bouffe et les bières.

C’est le seul exploit sportif dont on revient plus gros, plus lourd et plus gras qu’on ne l’était au départ. Parfois, le soir, on en était à 6 ou 7 tournées, je leur disais « les gars, on ne va jamais s’en sortir ! Vous savez qu’on a 25 bornes à faire demain matin ! »

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Tu es reparti seul quelques mois plus tard.

Ce qui me gênait avant l’écriture du livre, c’est que je savais que nous n’avions pas terminé la fugue de Rimbaud. Il ne s’arrête pas à Charleroi. Il part ensuite à Bruxelles à pied. De Bruxelles, il va à Douai en train. Il passe là-bas trois semaines et c’est là qu’il a rassemblé dans ses « Cahiers de Douai » tous les poèmes qu’il a écrits pendant le mois de fugue, dont Le Dormeur du val, Au Cabaret-Vert, Ma bohème et Rêvé pour l'hiver, qui sont ses « tubes ». Si je n’avais pas poussé la marche jusqu’au bout, j’aurais eu l’impression d’avoir triché.

Tu as fait cette deuxième partie à la fin du mois de janvier de cette année.

Oui, puisqu’il fallait que je rende mon manuscrit au mois de mars. J’ai apprécié l’effet de contraste avec la première marche. L’été contre l’hiver. Le groupe joyeux contre l’introspection en solitaire.

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A un moment, à Douai, tu parviens à pénétrer dans la chambre où Rimbaud a écrit quelques chefs-d’œuvre.

Ça m’a beaucoup ému. Cette chambre est aujourd’hui occupée par un ado de 15 ans, âge qu’avait Rimbaud à l’époque où il l’occupait lui-même… et le seul poster qu’il y a dans cette piaule, c’est celui de Retour vers le futur. J’ai trouvé ça dingue parce que c’est ce que j’avais l’impression de faire : un voyage dans le passé en m’interrogeant sur ma propre époque et la survivance de la poésie de Rimbaud aujourd’hui.

Il y a eu pleins d’autres coïncidences…

Oui, mais je préfère que les lecteurs les découvrent.

Rimbaud était un marcheur obsessionnel.

Il a écrit : « Je suis un piéton, rien de plus ». C’est vraiment quelqu’un pour qui la marche à pied était absolument essentielle... et il en est mort d’ailleurs. Il marchait 15 à 40 kilomètres par jour, même en Abyssinie, à la fin de sa vie. Les médecins lui ont diagnostiqué une synovite au genou droit, qui a terriblement enflé, rendue à un point si inquiétant que l’amputation a été inévitable. Il est décédé 6 mois plus tard, à 37 ans, en 1891. Vraiment, il est mort d’avoir trop marché.

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Quelques warriors et Richard Gaitet.

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Les mêmes avec l'auteur Franz Bartelt, venu brièvement  à leur rencontre.

richard gaitet,rimbaud warriors,arthur rimbaud,interview,mandorSur le bandeau du livre, il y a une citation d’un illustre écrivain des Ardennes, Franz Bartelt, pour qui Rimbaud a été comme "une autorisation à foutre le bordel ".

Par sa farouche indépendance, Rimbaud te dit que toutes les règles, toutes les lois, toutes les conventions, toutes les convenances, il faut les questionner et les contester. Cette révolte perpétuelle, cette personnalité rétive à toute autorité, c'est très inspirant. Ca fait du bien de se frotter à de pareils énergumènes, ça nourrit, ça éduque.

Toi-même, sans être un rebelle, tu as une personnalité à part dans le monde de la radio par exemple.

Disons que je réalise, au fil des années, que je suis plutôt anticonformiste, c’est-à-dire que j'essaye d'éviter les formats, le formatage, les cadres connus, qui encombrent, qui freinent un peu l'imagination. J’essaie de faire en sorte que mon émission, chaque soir, soit différente, de surprendre et de ne jamais être là où on m’attend. J’essaie aussi d’inviter des gens qui sont eux-mêmes en dehors des discours dominants.

Quels sont tes prochains projets littéraires ?

Cet été, je vais écrire un livre pour enfants sur la fonte des glaces, avec les illustrations de Nazheli Perrot. Ensuite, j’ai dans les tuyaux deux romans. Un sur les voyages dans le temps et l'autre sur... le sang. Nous songeons aussi, avec les « warriors » qui m’ont accompagné sur la marche, de repartir sur la trace d’un autre écrivain haut perché, Alfred Jarry. Mais cette fois-ci en vélo, parce que c'était un fou de bicyclette. Je me réjouis de me coltiner à des sujets différents... pour ne pas me répéter.

Toutes les photos de la marche sont signées Eva Sanchez.

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Après l'interview, le 14 juin 2019.

04 juillet 2019

Armèle Malavallon : interview pour Dans la peau

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(Photo : Christophe Carlier)

armèle malavallon,dans la peau,interview,mandorJ’ai connu Armèle Malavallon en 2014 lorsque j’ai participé au recueil collectif Les aventures du concierge masqué (voir la mandorisation là). C’est elle qui avait la lourde tâche de gérer les auteurs (très nombreux), de corriger, voire de faire retravailler la copie de quelques-uns, tout cela avec diplomatie et efficacité.

Je l’ai retrouvée un an plus tard, alors qu’elle venait de remporter le Prix VSD Polar 2015 avec son premier roman Soleil noir (mandorisation à lire ici). Elle revient aujourd’hui avec un thriller psychologique rondement mené. Il y est question de tourments intérieurs, d’assassinats, de tatouages, d’amours compliquées... et plus anecdotiquement d'un chien protecteur et d’un chat qui s’appelle Canard.

Mon conseil lecture pour cet été !

Armèle Malavallon et moi nous nous sommes retrouvés à Pézenas le 26 avril dernier, lors du Festival Printival pour évoquer ce deuxième roman.

4e de couverture :armèle malavallon,dans la peau,interview,mandor

Paris, en plein été. Le corps d’une femme non identifiée est repêché dans la Seine. Adèle Hème, journaliste spécialisée dans les faits divers, est en pleine rupture sentimentale quand elle tombe sur cette information a priori anodine. Quel est le lien entre l’inconnue de la Seine, Jérôme Fasten, flic à la criminelle, et Oscar Ortiz, un mystérieux artiste parisien ? À tenter de vouloir le découvrir, Adèle va sombrer petit à petit dans l’obsession et la paranoïa au point de tutoyer la folie…

L’auteure :

Armèle Malavallon est vétérinaire. Elle a travaillé sur les maladies infectieuses et la nutrition animale en France et à l’étranger. Elle a publié au sein d’ouvrages collectifs (recueils de nouvelles, polar collaboratif lancé par TF1) et son premier roman Soleil Noir a remporté en 2015 le Prix VSD du polar, présidé par Franck Thilliez.

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armèle malavallon,dans la peau,interview,mandorInterview :

Dans ce thriller psychologique, rien n’est simple dans les rapports humains.

C’était principalement ce que je voulais évoquer dans ce livre : les rapports humains, les relations amoureuses et les rapports humains dans la relation amoureuse.

Adèle, ton héroïne est complexe. On sent qu’elle a du mal à gérer les choses de l’amour.

Elle a l’impression de plier sous le poids des hommes et des sentiments qu’ils éprouvent pour elle. Elle ne sait pas trop comment y répondre. Du coup, elle répond mal ou trop tard… et rarement avec enthousiasme.

Oscar, le tatoueur d’Adèle, a beaucoup de mal également avec les rapports humains.

Il a eu des problèmes dans son enfance dont il ne parvient pas à se remettre. Cela lui donne une personnalité très froide, impassible, dénuée de sentiments qui fascine Adèle. Elle a l’impression qu’il parvient à la cerner immédiatement, qu’il peut presque lire dans ses pensées.

Alors que les deux hommes de sa vie, Jérôme, le flic, et Graham, le patron de son journal, sont un peu trop exubérants et intrusifs.

Ils l’accablent trop de leurs sentiments respectifs. Elle étouffe parfois, mais elle a quand même besoin d’eux. Comme tout le monde, elle est très paradoxale.

De toute manière, on peut dire que tous tes personnages sont torturés dans ton thriller, non ?

Ils sont tous borderline et à un moment de leur vie très particulier. Adèle vient de se faire plaquer par Graham et vient de commencer son travail de tatouage qu’elle souhaitait depuis 20 ans. Quant à Jérôme, sa femme vient de le quitter et il connait des gros problèmes dans son travail. Enfin Oscar, lui, est dans une période où quelque chose va basculer. Mais je ne peux pas en dire plus, sinon je spoilerais…

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L'héroïne du livre, Adèle Hème et ses monstres intérieurs.

Il y a dans ce livre une réflexion sur la mort donnée à l’autre. Tu démontres que l’on peut tuer sans être un criminel.

J’ai voulu que l’on comprenne les rouages psychologiques de tous les personnages et pourquoi toutes ces choses terribles sont arrivées. Qui a tué ? Au fond, même si je donne la solution, ça n’a pas une importance capitale. L'intérêt est dans  l'enchaînement des faits qui vont  conduire à cette fin inéluctable. Découvrir ce qu'il s'est passé, mais surtout pourquoi ça s'est passé.

Tu prouves que n’importe qui peut devenir un assassin… ce qui n’est pas rassurant.

Tous les assassins ne sont pas forcément des monstres, des serial killers ou des psychopathes qui torturent, violent et découpent en morceau les femmes dans les caves. Les faits divers que nous lisons dans les journaux, la plupart du temps, ça n’a rien à voir avec ce que l’on voit dans les séries américaines.

Il y a une scène de sexe un peu particulière. A-t-elle été facile à écrire ?

Elle est venue assez naturellement. Je n’avais pas envie d’écrire une scène de sexe pour écrire une scène de sexe. En tout cas, elle a beaucoup marqué parce qu’on m’en parle beaucoup (rires).

Quand tu écris, y a-t-il un dosage à faire pour ne pas trop en dire ? Je reformule ma question. Laisses-tu sciemment un peu de place à l’imagination du lecteur ?

J’ai toujours en tête de ne pas trop expliquer au lecteur. Je considère qu’il ne faut pas le prendre pour un idiot. Je ne décris pas trop le physique des personnages, les décors, les lieux… d’abord parce que je trouve cela ennuyeux et surtout parce que j’aime laisser au lecteur sa part d’imaginaire.

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Après l'interview, le 26 avril 2019 à Pézenas.

01 juillet 2019

Benjamin Fogel : interview pour son livre La transparence selon Irina

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(Photo : Alexis Fogel)

La transparence selon Irina nous embarque en 2058, dans un monde où le Revenu Universel est opérationnel et où le Réseau a remplacé Internet. En échange d’une promesse de plus de sécurité, la transparence est devenue la règle, chacun ayant accès aux données centralisées et publiques de chacun. Une fois que j’ai dit cela, je n’ai rien dit tant ce livre est foisonnant et visionnaire.

J’ai connu ce brillant auteur en 2015, au Salon du Livre, Alternalivres, à Messey-sur-Grosne (lire et voir ici). Quand j’ai reçu La transparence selon Irina (sorti chez Rivages/Noir) j’ai compris que je tenais là une petite bombe en puissance. Aldous Huxley, George Orwell… si vous nous regardez ! 

Le 6 mai dernier, j'ai donné  rendez-vous à Benjamin Fogel dans un bar de la capitale  pour une première mandorisation.

benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandor4e de couverture :

2058 : le monde est entré dans l’ère de la transparence. Les données personnelles de chacun sont accessibles en ligne publiquement. Il est impossible d’utiliser Internet sans s’authentifier avec sa véritable identité. Pour préserver leur intimité, un certain nombre de gens choisissent d’évoluer sous pseudonyme dans la vie réelle.
Sur le Réseau, Camille, 30 ans, vit sous l’emprise intellectuelle d’Irina Loubowsky, une essayiste controversée qui s’intéresse à l’impact de la transparence sur les comportements humains. Dans la réalité, Camille se fait appeler Dyna Rogne et cultive l’ambiguïté en fréquentant un personnage trouble appelé U.Stakov, aussi bien que Chris Karmer, un policier qui traque les opposants à Internet. Mais Karmer est assassiné. Entre cette mort brutale et le mystère qui entoure Irina, Camille remet en question sa réalité mais reste loin de soupçonner la vérité. 

L’auteur : (photo de droite, Alexis Fogel)benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandor

Benjamin Fogel a 37 ans. Cofondateur des éditions Playlist Society, il a déjà publié un récit sur l'une des figures phares du mouvement punk, Le Renoncement de Howard Devoto (Le Mot et le Reste). Dans La Transparence selon Irina, qui mêle anticipation sociale, thriller et roman psychologique, il dépeint avec une impressionnante justesse le monde de demain, qui est déjà presque le nôtre, à l'heure du développement fulgurant des réseaux et de l'intelligence artificielle.

Voyez ce que deux confrères disent de ce livre (parmi pléthore de critiques dithyrambiques).

Les Inrockuptibles : Une critique de la société de contrôle… Il y a des romans rares, précieux, qui donnent l’impression que la réalité copie la fiction. Ce sentiment est encore plus étrange quand le livre en question se passe dans un avenir proche, la fin des années 2050 en l’occurrence.

Benzinemag : La Transparence selon Irina est l’une des lectures les plus stimulantes, perturbantes même, du moment, et qu’il est extraordinairement rassurant de voir des jeunes auteurs s’émanciper aussi franchement des codes de la littérature « dominante », que cela soit ceux du polar standard comme ceux de la littérature française « noble », la plupart du temps incapable de voir plus loin que son nombril.

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L’action de ton roman se situe en 2058, mais le monde décrit ressemble beaucoup à celui d’aujourd’hui.

Le livre est rarement dans la science-fiction, mais plutôt dans l’anticipation. Il ne s’appuie pas sur des évolutions technologiques à venir, mais sur des technologies déjà existantes, mais qui aujourd’hui ne communiquent pas encore entre elles.

C’est vrai que ce qui peut paraître un peu futuriste dans le livre existe déjà.

Le système de notations des êtres humains est déjà déployé en Chine. Les puces que l’on greffe dans les bras existent dans les pays nordiques. En Estonie, il y a des comptes qui sont créés en ligne à la naissance des personnes… Si toutes ces briques existent, elles ne font pas système. L’idée de mon livre est d’imaginer ce qu’il se passerait si on faisait communiquer entre elles toutes ces innovations et toutes ces technologies pour en faire un système… et un système politique.

Internet a été remplacé par le "Réseau" et la plupart des données des gens sont désormais accessibles publiquement. Pourquoi en arrive-t-on là ?

Aujourd’hui, nous sommes dans un monde qui génère beaucoup de flous, de confusions, d’interrogations. Il y a une succession de problèmes tels que la crise écologique, la déliquescence des marchés financiers comprenant délinquances en col blanc, traders inconscients, boursicotages… On a aussi des problèmes de communication et d’information à cause des fakes news. Nous sommes dans un monde difficile à diriger politiquement, parce qu’il y a beaucoup de mensonges et de manipulations. Il faut se battre pour aller chercher la vérité sous les choses. La transparence est donc devenue un projet de société pour assainir tout ça et sortir des crises écologiques et économiques. A partir du moment où tout le monde sait tout sur tout, il est plus facile de mettre en place des politiques qui permettent de trouver des solutions à tous les problèmes.

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Le réseau...

Pour toi, ce serait un monde idéal ? 

Ce qui m’intéressait, c’était de travailler à la fois sur l’ambiguïté et sur des scénarios alternatifs. J’ai tenté de montrer comment la société pourrait fonctionner différemment. La société que j’ai décrite n’est pas utopique. La transparence apporte beaucoup de choses positives, mais également des choses négatives.

Lesquelles ?

La perte de la liberté et de l’anonymat. Je pose une question : Qu’est on prêt à sacrifier comme liberté pour avoir un fonctionnement qui serait un peu plus juste ?

Aimerais-tu un monde comme celui que tu imagines ?

Dans mon livre, cette société est imparfaite et dangereuse. En revanche, j’ai réfléchi sur ce que l’on pouvait prendre de notre société actuelle et de cette société future pour les faire cohabiter. Où placer le curseur ? Quand va-t-on trop loin ?

benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandorSelon sa sensibilité, on peut considérer que ce livre est soit utopique, soit dystopique.

Personnellement, je m’incarne dans mon personnage principal, Camille Lavigne. Il est entre les deux mondes. Camille a une activité très forte sur les réseaux, comprend le sens de la transparence et ce que cela rapporte. En même temps, il souhaite à tout prix conserver son anonymat dans la réalité pour préserver le souffle de vie qu’il permet. Camille ne veut pas choisir. Il veut profiter du meilleur des deux mondes.

Camille n’est pas « genré ». Pourquoi ne se positionne-t-il pas entre le sexe féminin et le sexe masculin ?

Tout comme il veut profiter du meilleur de la vie virtuelle et de la vie réelle, il veut profiter du meilleur de l’homme et du meilleur de la femme.

Il y a 5 catégories de classe dans cette société. Il y a d’abord les Rienacalistes.

Ce sont sont les extrémistes de la transparence. Ils réclament une exposition et un contrôle accru des données et souhaite que toute forme d’anonymat soit interdite. On pourrait les associer à des partis d’extrême droite.

Qui sont les Rienacas ?

Le terme signifie « rien à cacher », un mot-valise caractérisant ceux qui ont embrassé l’ère de la transparence et qui utilisent leur véritable patronyme dans la réalité, permettant ainsi à quiconque de faire le lien avec leur profil sur le Réseau. Ils constituent plus des trois quarts de la population mondiale. Les Rienacas seraient un mélange entre la droite et le centre.

Il y a aussi les Nonymes.

Ce sont ceux qui ont décidé de recourir à un pseudonyme dans la réalité. Cela ne les empêche pas d’utiliser massivement le Réseau, mais leur assure que les personnes croisées dans la vie réelle ne puissent pas accéder à l’intégralité de leurs données. Eux sont plutôt de gauche.

A ne pas confondre avec les Nonistes !

Eux, ce sont des nonymes qui ont coupé les ponts avec le monde virtuel. Quoi qu’il advienne, ils ne se connectent jamais au Réseau, et vivent en marge de la société. Ils seraient d’extrême gauche.

Peut-on dire que les méchants sont les Obscuranets ?

C’est une organisation qui s’oppose au Réseau et à la prolifération du monde virtuel. Dire qu’ils sont dangereux est une question de point de vue. Encore une fois, selon sa propre sensibilité, on peut considérer que ce sont les méchants ou les véritables héros du roman. Les Obscuranets ne sont pas contre tous les apports que la transparence a pu apporter à la société, en revanche, ils trouvent que nous sommes allés trop loin et qu’il n’y a rien qui justifie la perte de liberté. On est peut-être dans une société plus juste, mais le sacrifice de la liberté a fait que c’est une société qui est morte. Une société qui est morte n’a pas de sens. Ils ne sont pas là pour dire qu’il faut retourner en arrière, ils sont là pour détruire la transparence, mais en gardant ce qui est bon dans ce système politique. Ils ont leur utilité. On pourrait les rapprocher des anarchistes d’aujourd’hui.

Ton livre s’appelle La transparence selon Irina. Qui est cette sorte de gourou influente et benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandorintransigeante ?

C’est un livre qui met en exergue la compétition. A partir du moment où tout est transparent, les gens sont notés et classés entre eux. Ce qui finit par départager les gens, c’est leur capacité intellectuelle. Irina Loubovsky, qui est une essayiste et une intellectuelle brillante, règne sur le monde du Réseau parce qu’elle a un niveau de connaissance et d’analyse très supérieure à la moyenne. C’est un personnage violent, écrasant, qui est dans l’exigence des autres et personnelle. Elle est intransigeante face à l’inculture. Elle considère que toute personne non cultivée ne sont pas dignes d'intérêt. Elle génère beaucoup de malaise chez les gens qu’elle côtoie sur le Réseau. En même temps, elle a un projet intellectuel très intéressant.

Il y a des annexes où tu présentes ce projet intellectuel. C’est impressionnant ! Ça donne l’impression que cette personne a réellement existé.

Souvent, dans les œuvres, on te parle d’un scientifique, d’un écrivain, d’un musicien qui est un génie de son temps, mais on ne voit jamais sa création. A partir du moment où j’ai créé le personnage d’Irina, il était clair que le lecteur devait avoir accès à sa production d’écriture.

Cette partie-là a-t-elle été la plus difficile à écrire ?

Non. En termes d’écriture, ce qui a été le plus difficile, c’était la question grammaticale du genre de Camille. Il ne fallait pas que la grammaire dévoile son genre, tout en m’imposant que le texte reste fluide. La deuxième grosse difficulté était de faire connaitre ce monde et l’exposer sans être dogmatique. J’ai donc procédé par petits à-coups, par petits détails. Enfin, la production littéraire d’Irina dans les annexes a été la troisième difficulté.

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Malgré tout ce que nous sommes en train de se dire, je tiens à préciser que ton livre est parfaitement compréhensible.

Si mon livre était compliqué en termes de propos, je voulais qu’il soit simple en termes de réception. Pour moi, le travail d’édition est une vraie composante du travail d’écriture. Avant d’envoyer le manuscrit à mon éditrice, ma compagne, Elise Lépine (co-éditrice avec l’auteur chez Playlist Society), m’a relu et a fait un premier vrai travail d’édition. Ensuite, mon éditrice chez Rivages, Jeanne Guyon, a fait le plus gros. C’est quelqu’un qui a la capacité à tirer le meilleur des auteurs. Elle m’a poussé dans mes retranchements pour que j’assume complètement ce que j’avais envie d’écrire. Je parle aussi bien de l'histoire que du style.

Dans ton livre, tu poses beaucoup de questions, mais tu ne donnes pas de réponses.

Parce que souvent, je n’ai pas les réponses (rires). Je pars aussi du principe que le lecteur est assez intelligent pour analyser une situation avec sa propre sensibilité et ses propres expériences. Moi, j’essaie de lui donner un maximum de clefs de compréhension et d’information pour qu’il puisse se faire son propre avis.

A-t-on le public que l’on mérite ? benjamin fogel,la transparence selon irina,rivages noir,playlist society,interview,mandor

Le problème n’est pas « est-ce qu’on a les lecteurs que l’on mérite ? », c’est plutôt « est-ce que les lecteurs ont les auteurs qu’ils méritent ? » Aujourd’hui, il y a énormément de livres qui sortent. On a une production de 100 000 titres par an, rééditions comprises. Quand tu viens rajouter un livre à tout ce paquet, l’auteur a une responsabilité. Il faut apporter au lecteur ce qu’il est venu chercher… et tenter de ne pas faire un livre inutile.

Pour terminer, y a-t-il des aspects autobiographiques dans ce livre ?

En effet. Il y a des choses que j’ai vécues en étant dans la peau de Camille, en particulier sur la partie manipulation psychologique sur Internet. Le fait d’être poussé par quelqu’un à l’exigence, d’entretenir des relations de maitre à élève… en cela, le livre est aussi une métaphore d’un certain état d’esprit qu’il pouvait y avoir sur Twitter à la fin des années 2000.

Ça t’a fait du bien d’écrire ce livre ?

Ça m’a fait beaucoup de bien. C’était un moyen pour moi de mettre un point final aux histoires que j’avais vécues. J’ai pu prendre du recul sur elles et voir la part de responsabilité que j’avais. Dans le livre, Camille dit que dans une histoire de manipulation, il faut qu’il y ait un manipulateur ou une manipulatrice et un manipulé ou une manipulée.

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Après l'interview, le 6 mai 2019. Photo floue comme l'est le monde d'aujourd'hui...

30 juin 2019

Sylvain Cazalbou : Argumentaire de presse pour son album Dans les pas

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Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. Même si ce n'est pas toujours le style de musique que j'écoute, si la qualité est là et qu'humainement, ça se passe bien avec l'artiste en question, je m'adonne à cette activité avec plaisir. J'adore cela. Etre celui qui synthétise une vie, un début de carrière et une personnalité. C'est même touchant d'être demandé (si, si). 

Ainsi, Sylvain Cazalbou que j'ai rencontré lors de mes deux passages aux Rencontres d'Astaffort (et avec qui le feeling a été immédiat) à fait appel à moi (merci de sa confiance). Je vous livre la version finale de mon travail (bientôt, sur le site officiel de Sylvain.)

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"Elle rêve", nouveau clip de Sylvain Cazalbou. Réalisation : Michel Françoise. Auteurs : Sylvain Cazalbou & Michel Françoise. Musique et arrangements : Michel Françoise

 

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"Tu m'attendais" en duo avec Pablo Villafranca.

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09 juin 2019

Cat Loris : argumentaire de presse pour son album Hypersensible

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(Photo : Gilles Crampes)

Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. Même si ce n'est pas toujours le style de musique que j'écoute, si la qualité est là et qu'humainement, ça se passe bien avec l'artiste en question, je m'adonne à cette activité avec plaisir. J'adore cela. Etre celui qui synthétise une vie, un début de carrière et une personnalité. C'est même touchant d'être demandé (si, si). 

Ainsi l'hypersensible Cat Loris à fait appel à moi (merci de sa confiance). Je vous livre la version finale de mon travail (que Cat a un peu écourté pour son site (lire   et ) et les argumentaires de presse envoyés aux journalistes).

Pour écouter et acheter le disque, c'est par ici que ça se passe.

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Aragon disait « on pense à partir de ce qu’on écrit, jamais le contraire ». Pour la sensible Cat Loris ce serait plutôt « si je n’écris pas, je n’existe pas ». Dans sa vie, l’écriture est même de l’ordre de la catharsis : « Si je n’écris pas, je tombe malade, je me perds, je ne me comprends plus. »

La chanson à texte, elle aime depuis toujours.

C’est à 8 ans, en écoutant « L’encre de tes yeux » de Francis Cabrel qu’elle décide d’embrasser le métier d’auteur de chansons. D’autres artistes vont plus tard être des révélateurs d’elle-même, des tuteurs. Clarika et Renaud en tête de liste. « Renaud, c’est un mineur de fond. Il va chercher de l’or en lui pour nous, alors que c’est difficile parce qu’il y a aussi beaucoup de charbons en soi. »

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(Photo : Gilles Crampes)

Cat commence à écrire des poèmes et à chanter seule en imitant les autres… France Gall par exemple. Elle souhaite jouer du piano, apprendre le solfège, mais c’est trop onéreux pour sa famille, elle va donc inventer un système pour écrire à sa manière la musique qu’elle invente. Elle confie à son cousin qu’elle veut devenir chanteuse, il l’encourage. Cette envie irrépressible est dans sa tête et deviendra le phare qui lui permettra de garder le cap pour y parvenir.

Ses études reflètent ensuite son obsession : apprendre le plus possible sur la création artistique, les techniques d’art, l’histoire des arts, les écrits des philosophes et des artistes, bref Cat Loris se plonge dans l’apprentissage de manière jusqu’au-boutiste (ce qu’elle est par ailleurs en règle générale). Elle commence à peindre mais c’est une autre histoire. Pour mettre un peu d’argent de côté, elle pose comme modèle d’atelier. Le don de soi au service de la créativité des autres, c’est noble.

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(Photo : Gilles Crampes)

Peur de rien blues. Dans le même temps, elle prend des cours de chant. Comme tout être normalement constitué, elle ne craint pas le paradoxe. A 20 ans, elle enregistre une première maquette dans le studio d’un ami sur une chanson de Whitney Houston, « I Will Always Love You ». Bingo. Elle se retrouve un peu plus tard à chanter dans un groupe de Hard Rock. Des professionnelles de la voix lui signalent qu’avec ce genre de chant il y a un risque qu’elle perde ses aigus. Elle se tourne alors vers le piano-voix avec une amie qui a une formation « classique » et elle commence à prendre la direction qui est la sienne aujourd’hui.

Cat commence peu à peu à tourner dans les cafés concerts parisiens, avec ses amis Jean Olivet (pour qui elle a écrit deux textes sur son album sorti en 2007) et Jean-Marie Desbeaux, des artistes fondateurs et fondamentaux pour elle. Une famille de cœur. Des gens qui partagent sa sensibilité. Bonne élève qui veut tutoyer l’excellence, Cat Loris suit l’atelier d’écriture du légendaire auteur Claude Lemesle. Pour continuer « encore et encore » à apprendre.

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Dans les chœurs, de gauche à droite, Chadi Chouman, Armelle Yons, Cat Loris et Marine Williamson.

(Photo : Gilles Crampes)

Elle lance le chantier « album », en 2016. Il s’appellera Hypersensible, ce qu’elle est intrinsèquement. « Mon premier album, c’est comme le lest que je balance pour que la montgolfière pique enfin vers le ciel. J’ai fait ce disque pour sceller ce qui a été, pour pouvoir avancer… et je l’ai fait aussi pour mon fils. »

Elle s’est tournée vers Chadi Chouman (guitariste de Debout sur le zinc), dix ans après l’avoir rencontré sur Myspace. Il a accepté de réaliser ce premier album. «Avec Chadi, j’ai appris énormément. Il n’a pas la langue de bois. Il m’a managée, coachée et il a secoué le cocotier. Il m’a débarrassée du trop-plein de moi-même et je me suis souvent demandé s’il avait raison… mais au final, il avait toujours raison. Cette épure a mis du béton dans mes failles. »

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Cat et Chadi Chouman qui a réalisé l'album, joué, composé et co-composé...

(Photo : Gilles Crampes)

Autour d’eux, une bande d’instrumentistes et de choristes réunis par le simple plaisir d’enregistrer de bonnes chansons : Salvador Douézy (batterie/percussions), Cédric Ermolieff (batterie), Thomas Benoit (basse/contrebasse), Chadi Chouman (guitares, ukulélé, banjo, trompettes, percussions, claviers), Tchoubine Colin (trombone, percussions), Romain Sassigneux (clarinette), Brice Mirrione (clavier Rhodes et Wurlitzer), Sébastien Ménard (piano), Simon Mimoun (violons), Tony Meggiorin (piano et orgue), Frédéric Longbois (piano) et Cat Loris, Armelle Yons, Marine Williamson, Chadi Chouman, Tchoubine Colin (chœurs).

Dans les chansons ciselées de Cat Loris, à la simplicité et proximité désarmante, il y a de la nostalgie, ses peurs, ses plaies, ses joies, ses espoirs. Ce qui est sombre n’est pas forcément triste, ce qui est nostalgique ne fait pas couler nécessairement de larmes. Tout est nettement plus subtil que cela et c’est bien là la signature de l’artiste : jouer sur nos émotions et nos références passées, solliciter notre délicatesse d’analyse, nous dévoiler une autre interprétation des choses. Un style et des influences au service d’un travail de composition méticuleusement pensé.

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Au piano et à la composition de "Mauvais présage", Frédéric Longbois.

(Photo : Gilles Crampes)

Elle chante qu’il faut apprendre à aimer ce que l’on est et en faire une force (« Hypersensible »), qu’on peut aider quelqu’un à porter ses valises, mais qu’il faut savoir lui rendre rapidement (« Monsieur L’escale »), que le fait d’être rattrapé par la réalité de ses sentiments est une réussite qui peut se transformer en guérison, voire mener vers la liberté (« Mon cœur, parle-moi »), que dans un couple le rapport dominant-dominé est versatile (« Ça le fait marrer »), qu’il faut profiter du moment présent et de ses côtés insaisissables (« Bonheur éphémère »), qu’il faut suivre son cœur, pas ses peurs (« Et l’amour dans tout ça ?»), qu’on peut être une femme et avoir les boules (« J’ai les boules ») et qu’il est drôle parfois d’être une garce (« Reste dormir avec moi »). Elle chante aussi la fin de l’adolescence et l’entrée dans le monde adulte (« Lâcher prise »), son côté Pierrette Richard, distraite et maladroite, dont elle préfère rigoler (« Calamitas »), la non réciprocité de l’amour (« Oublie-moi »), l’espoir qu’il y ait quelque chose après la vie (« Mauvais présage »). Enfin, elle fait un clin d’œil à son mari (« Cerf-volant ») et rend hommage à une grande résistante, Colette Longbois, la mère du chanteur Frédéric Longbois (« L’ombre »)

Clip de "Hypersensible". Réalisation : Cyrielle Boucher (http://cyrielleboucher.com/)
Artwork : Cat Loris. Photos : Collection personnelle et David Desreumaux.

Hypersensible est un album de femmes. Multiple. A l’image de Cat Loris. Singulière, impatiente, à fleur de peau, révoltée, amoureuse, intrépide, excentrique ou indécise. Mettre en mots les sensations de la vie, profondes ou légères, telle est l’ambition réussie de son écriture. Elle puise dans l’humain et l’éloquent. Si l’amour fait évidemment partie du cœur narratif du disque, ce n’est pas sa seule préoccupation : « S’il fallait que je tatoue trois mots sur moi, ce serait liberté, amour et rire. » Cat Loris a l’idée chevillée au corps et au cœur que l’espoir, même lors des moments les plus sombres, est là si on sait le voir. Cette auteure, compositeure, interprète va vous toucher parce qu’elle est touchante. Et son album est poétique et vibrant. Indispensable donc.

François Alquier