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19 juillet 2016

Maxime Chattam : interview pour Le coma des mortels

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Troisième  mandorisation de Maxime Chattam (la première ici, la deuxième ). Pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté de juillet-août 2016), je l'ai interrogé sur son nouveau livre, Le coma des mortels

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27 avril 2016

Boulevard des Airs : interviews de Sylvain Duthu et Florent Dasque pour la réédition de Bruxelles

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Au mois de juillet 2015, j’avais interviewé Florent Dasque, l’un des deux « capitaines » du vaisseau Boulevard des Airs,  pour Mandor, afin d'évoquer l’album Bruxelles (lire là). A l’occasion de la réédition du disque (succès oblige) agrémenté de quelques bonus essentiels, j’ai passé un coup de fil au deuxième « capitaine », Sylvain Duthu. J’ai fait un mix des deux interviews pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril-mai 2016). Voici le résultat.

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Extrait de la réédition de l'album Bruxelles qui comprend 7 nouveaux titres et remixes inédits.

Boulevard des Airs (feat L.E.J) : "Emmène-moi".

Boulevard des Airs : clip de "Bruxelles".

11 octobre 2015

Tenny : interview pour Yin & Yang

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tenny,yin & yang,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorEncore une fois, depuis que ce blog existe (il y a presque 10 ans), je relaie toutes mes interviews des magazines pour lesquels je travaille. Parfois, ça tombe sur des artistes qui ne me passionnent pas particulièrement (mais qui génèrent du trafic ici). Parce que je ne suis pas du tout le public visé. Malgré tout, je fais mon travail. Le plus consciencieusement possible.

Alors, évidemment, cette jeune artiste, Tenny (dont le marketing mis en place prétend qu'elle est la Beyoncé française) fait partie de ces artistes vers lesquels je ne me tournerai pas spontanément.

Voici son interview pour Le magazine des loisirs culturels Leclerc (daté des mois de septembre et octobre 2015). Nous nous sommes rencontrés dans les locaux de sa maison de disque le 27 août dernier.

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Le clip de "Le temps"

Le clip de "Action ou vérité"

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Après l'interview, le 27 août 2015.

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23 juin 2015

Collectif Métissé: interview pour Rendez-vous au soleil

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Allez, c'est les vacances! Ne bavassons pas sur l'intérêt de la musique festive estivale. Ce n'est pas du tout ce que j'aime, mais je ne fais pas partie du public visé non plus. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté de l’été 2015), j'ai interviewé le leader de cette formation haute en couleur.

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Clip officiel de "Rendez-vous au soleil".

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06 mai 2015

Guillaume Musso : interview pour L'instant présent

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Voici ma troisième interview de Guillaume Musso. La première, c’était en 2004, à l’occasion de la sortie de son premier livre, Et après (je crois d’ailleurs avoir été l’un des premiers à l’avoir interviewé… ou alors ça fait partie de ma légende personnelle et je finis par y croire, je ne sais pas).

L’année dernière, le 20 mars 2014, à l’occasion de la sortie de Central Park, je suis allé lui poser des questions chez XO Éditions, déjà pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril-mai 2014).

Un an plus tard, le 31 mars dernier, bis repetita pour son nouveau roman L’instant présent, toujours chez XO Editions et toujours pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (cette fois-ci daté des mois d’avril-mai 2015). Je me mets à espérer que nous aurons désormais un rendez-vous annuel, tant j’aime nos rencontres. Guillaume Musso donne ses interviews « au compte-goutte » et il me fait l’amitié d’accepter de faire partie des heureux élus dès que je le souhaite. Voici donc le résultat de notre entretien pour le magazine, puis vous pourrez lire le bonus mandorien.

Avant cela, voilà un résumé de son livre.

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L'interview :

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guillaume musso,l'instant présent,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandorBonus mandorien :

Il y a quelques années, tu me disais que tu te moquais des critiques, tant que les lecteurs étaient là, ça n’avait pas d’importance.  Mais au final, quand les critiques sont bonnes, comme c’est le cas depuis tes deux derniers romans, tu es content, non ?

Évidemment, je suis humain. Tu sais, une bonne critique te fait plaisir cinq minutes, une mauvais t’ennuie cinq minutes, après, ça ne change ni ta vie, ni tes ventes. En avançant dans l’âge, tu apprends à te dépouiller un peu et à moins tenir compte de l’écume. A quarante ans, tu sais comment la vie fonctionne, tu te connais mieux avec tes points positifs, négatifs, tes failles, tes qualités, tes défauts. Tu as plus de distance et de recul. Moi, je ne veux plus que ma vie soit polluée par des pensées trop négatives. Ma devise est : « Ne fréquente pas la médiocrité, c’est une maladie contagieuse ».

Ce n’est pas innocent si le roman s’intitule L’instant présent ?

Vivons l’instant et arrêtons d’avoir nos vies saccagées par les regrets et les remords liés au passé ou aux projections, les plans sur la comète que tu peux faire par rapport au futur. Il faut savoir saisir sa chance quand elle se présente. Il faut bouger, ne pas attendre, être actif, c’est ainsi que les choses finissent par arriver.

C’est marrant que tu dises cela parce que dans tes romans, il y a toujours cette idée de mouvement.

J’ai toujours peur de lasser. Dans mes romans, à la Hitchcock, il y a toujours des personnages ordinaires qui sont pris dans des évènements qui les dépassent. Souvent, ils sont la tête dans le guidon parce que leur vie bouge trop vite.

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Finalement, tes livres sont tout le temps des enquêtes sur les personnages eux-mêmes,guillaume musso,l'instant présent,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandor non ?

C’est Jean-Christophe Grangé qui me disait : « qu’est-ce qu’un thriller sinon une enquête sur soi-même ? » Le danger et l’inconnu servent de révélateurs de personnalité. Ce n’est jamais l’intrigue proprement dite qui m’intéresse, ce sont plutôt les personnages qui vont apprendre qui ils sont vraiment.

Parlons un peu de ta vie privée, mais cela à un rapport direct avec ton nouveau roman. Ta femme te reproche-t-elle d’être trop souvent coupé du monde et de ne pas passer suffisamment de temps avec elle et votre enfant ?

Quand je l’ai connu, je lui ai expliqué que lorsque j’écrivais, j’avais des rituels, que ça me prenait beaucoup de temps, parfois quinze heures par jour. Elle a rapidement constaté que c’était vrai et un jour elle m’a dit : « Tu te rends compte que tu passes quinze heures avec des personnages de papier dans un univers imaginaire ? Tu te rends compte que c’est pathologique, au minimum un peu singulier ?». Elle me reprochait gentiment de passer plus de temps avec un univers chimérique qu’avec elle ou qu’avec ma famille. Depuis, c’est resté en moi et je lui ai répondu en écrivant un livre, La fille de papier. Moi, contrairement à ce que tout le monde croit parce que je sors un livre par an depuis dix ans, je n’écris pas vite. Je travaille très lentement, mais je travaille tous les jours. J’ai besoin de passer du temps à écrire, à faire des recherches, à polir mes dialogues…

Tu n’es donc pas comme Bernard Werber qui est l’exact opposé de toi à ce niveau-là.

Effectivement, quand j’ouvre le robinet, ça ne coule pas forcément. L’écriture est une activité qui structure ma vie. Je suis même un peu monomaniaque. Je n’arrive jamais à appuyer sur le bouton « off ». Même quand on part en vacances, pour moi, c’est un terrain de jeu pour trouver des idées pour le roman suivant.

Tu dis dans le livre qu’un roman « est presque toujours autobiographique puisque l’auteur raconte son histoire à travers le prisme de ses sentiments et de sa sensibilité ».

Ça, c’est un débat sans fin. A partir du moment où c’est vous qui écrivez, ça passe à travers le filtre de votre personnalité. L’instant présent est mon livre le plus personnel, mais n’est pas du tout autobiographique.

Tu fais le parallèle entre une histoire d’amour et un roman…

Une histoire d’amour réussie c’est « rencontrer la bonne personne au bon moment » et un roman réussi c’est « la bonne histoire, mais racontée à un moment où vous êtes capable vous-même de développer les thèmes et les exploiter le mieux possible. »

Faut-il écrire un livre, à chaque fois, comme si c’était le dernier ?

D’abord, il ne faut pas écrire un livre pour rien. Il faut écrire des livres qui ont du sens dans ta vie d’homme et ta vie d’auteur. Il faut toujours être fier de son nouveau roman. J’ai besoin d’être convaincu que, si je terminais ma vie avec le dernier livre écrit, je puisse en être fier.

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Après l'interview, le 31 mars dernier.

27 septembre 2014

Grégoire Delacourt : interview pour On ne voyait que le bonheur

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DSC09198f.JPGDeuxième interview/mandorisation de Grégoire Delacourt (voir la précédente pour La première chose que l’on regarde). Son nouveau livre, On ne voyait que le bonheur, fait beaucoup parler de lui, car l’auteur a modifié sensiblement son écriture. Elle est peut-être un peu plus grave, profonde… disons, un peu moins légère. Quitte à déstabiliser ses lecteurs habituels. Un auteur a besoin d’évoluer, de « capturer » de nouveaux lecteurs, de se prouver qu’on peut sortir de ses habitudes littéraires, même si elles ont fait leur preuve. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan, je suis allé à sa rencontre dans un hôtel de la capitale. C’était le 25 juillet dernier.

(Après l’interview publiée, je vous propose un petit bonus. Nous revenons notamment sur les déboires qu'il a eu avec la comédienne Scarlett Johansson.)

(J'en profite aussi pour annoncer que j'animerai un café littéraire avec Grégoire Delacourt le 27 mars prochain à la Ferme Pereire d'Ozoir-la-Ferrière).

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Bonus mandorien :

Vous écrivez : « Grandir, c’est comprendre qu’on n’est pas autant aimé que ça »…

Ça correspond aussi à l’idée que je suis devenu orphelin en écrivant le livre. Ma mère est décédée quand j’ai écrit L’écrivain de la famille et comme je vous l’ai dit tout à l’heure, mon père est mort quand je venais de finir celui-ci. Je me suis dit que plus personne ne va m’aimer de cet amour-là. De cet amour d’enfant. De cet amour qui nous a fait grandir. Je crois qu’on n’a pas tant aimé que ça, parce que les gens nous quittent.

Pourquoi ce titre, On ne voyait que le bonheur ? J’aurais tendance à dire « On ne voyait que le malheur ».

Dans les albums photos, il n’y a que des clichés de gens heureux. On ne veut voir et montrer que le bonheur. On ne voit que ça parce que ça nous arrange. Derrière certaines photos, en fait, ça gronde. Il n’y a jamais de photos où le malheur est présent. Vous avez déjà vu une maman qui crie ou un papa qui casse un verre de rage? On ne montre que les jolies choses. Avec ce titre, j’ai voulu montrer qu’une famille, c’est une grenade qui peut se dégoupiller malgré les sourires et les apparences. Dans notre société, on se doit d’être une famille heureuse. La pub, les films et les contes de fées racontent ça. Il n’y a pas que le bonheur dans notre monde.

grégoire delacourt,on ne voyait que le bonheur,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorJe vais terminer avec l’affaire Scarlett Johansson. Elle a attaqué conjointement les Éditions Lattès et vous pour «violation et exploitation frauduleuse et illicite de son nom, de sa notoriété et de son image, au mépris de ses droits de la personnalité pour les besoins de la commercialisation et de la promotion d'un ouvrage qui contient de surcroît des allégations attentatoires à sa vie privée ». La comédienne a réclamé ainsi la somme de 50.000 euros de dommages et intérêts et l'interdiction de la cession des droits de reproduction et d'adaptation de l'ouvrage, ainsi que de toute utilisation de son nom. Ça s’est bien terminé pour vous puisqu’elle a été déboutée de toutes ses demandes (mais obtient néanmoins 2500 euros de dommages et intérêts pour atteinte à la vie privée), mais vous avez été touché ?

Ça m’a touché parce que c’était un livre bienveillant autour d’elle. Moi, je rêvais d’aller plus loin avec elle, en faire un film et qu’elle le réalise. J’ai été un peu blessé parce que ça a été le contraire qui s’est produit. Je ne suis pas sûr qu’elle ait lu le livre parce qu’il n’est pas sorti en anglais. On a dû lui rapporter des choses malveillantes. C’est une fille qui souffre qu’on la prenne pour elle, je ne comprends pas qu’elle attaque ce livre. Dans cette société, je trouve toujours suspect qu’on attaque, des artistes. Je n’ai rien dévoilé d’intime et il n’y a aucune information négative. De plus, je ne raconte pas son histoire. Ça a duré un an avant d’avoir le verdict.

Ca parasite un peu l’esprit, j’imagine.

Je suis étanche par rapport à ça, mais je trouve que c’est embêtant pour l’éditeur.  Elle avait des demandes tellement extravagantes. Elle a interdit les traductions, la possibilité de faire un film… ça bloquait aussi les pays qui voulaient acheter le livre, l’Angleterre, notamment, qui attendait le verdict. Scarlett n’a pas gagné, moi, je n’ai pas gagné...  c’est le livre qui a gagné. Tout le reste, c’est de la broutille. J’ai reçu beaucoup de courriers, de mots, de coups de fil d’écrivains qui étaient ravis de l’issue du procès. Ça conforte beaucoup de monde dans leur liberté, tant qu’elle n’est pas malveillante, de pouvoir se nourrir de la réalité. L’épisode est clôt. C’est beaucoup de bruit pour rien.

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Après l'interview, le 25 juillet 2014, à l'Hôtel Amour.

01 mai 2014

Patrick Sébastien : interview pour Ca va être ta fête

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(Photo : François Darmigny)

Patrick Sébastien, on aime, on n’aime pas. Il n’y a aucune raison que je tente de départager les pour et les contre ici. Il est pourtant indéniable que l’homme est très populaire, fédère très largement et sait écrire des chansons festives. Il faut ce genre d’artiste. Déjà mandorisé il y a deux ans, voici un récent entretien pour la sortie de son nouvel album, Ça va être ta fête, pour le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril et mai 2014).

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Intro, version plus simple à lire:

Patrick Sébastien persiste et signe. Un an après l'album A l'attaque, et son tube mythique, "Les Sardines", l'animateur, humoriste, comédien, producteur d’émissions et écrivain revient déjà avec Ça va être ta fête. Ces chansons festives et fédératrices vont faire la joie d’un public toujours plus large. Avec cet album, il fête ses 40 ans de carrière et nous prescrit le meilleur des remèdes antimorosités dont il est le seul à avoir la recette.

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Clip de "Il fait chaud".

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24 février 2014

Skip The Use : interview pour Little Armageddon

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À l’occasion de la sortie de l’album Little Armageddon, (précisément aujourd’hui), je suis allé à la rencontre de deux membres éminents du groupe Skip The Use, le chanteur-auteur Mat Bastard et le guitariste compositeur Yann Stefani. Le rendez-vous s’est tenu dans les locaux de Universal Music France, le 5 février dernier.

Voici donc le fruit de cette interview pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de février et mars 2014).

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1er clip extrait de Little Armageddon, "Nameless World".

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Selfie avec Mat Bastard et Yann Stefani, le 5 février 2014, après l'interview chez Universal Music France.

Bonus: mon article sur Little Armageddon publié dans Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de février 2014).

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30 novembre 2013

Maxime Chattam : interview pour Autre-Monde 6, Neverland

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(Photo : agence Anadore)

Il y a deux ans, j’avais déjà interviewé (par téléphone) Maxime Chattam, pour le livre 4 de la série Autre-Monde, Entropia. Je n’étais pas du tout allé au fond des choses. J’étais même déçu de cette conversation sans grand intérêt. Je n’aime pas les « phoners ». Pour réaliser une interviewe honorable, j’ai besoin d’avoir la personne interrogée devant moi. Voir ses yeux. Analyser son comportement. Écouter ses silences. Rebondir sur ses propos. J’ai besoin du contact humain. Pour la sortie du livre 7, Neverland, de cette même série, j'ai rencontré Maxime Chattam, le 21 octobre dernier, dans les locaux de sa maison d’édition, Albin Michel. Entre deux séances de signatures de son service de presse, il m'a accordé une heure de son temps. 

Voici le fruit de cette conversation, publié dans Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan (daté des mois de novembre et décembre 2013).

Ensuite, je vous propose une version longue de cette interview.

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Intro en version plus lisible:

La série de Maxime Chattam, « Autre-Monde » déjà traduit dans une dizaine de langue, est un véritable succès. Dans ce 6e tome (l'avant dernier), le deuxième Cœur de la Terre a été détruit par l'ennemi et l'Alliance des Trois a explosé. Laissés pour morts et séparés, les trois héros Matt, Ambre et Tobias vont devoir survivre chacun de leur côté. Cette nouvelle aventure prépare le grand final de la saga et l'heure de percer les ultimes secrets d'Autre-Monde se rapproche...

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maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen kingBonus mandorien :

Je me souviens que lors de notre première interview, vous m’aviez dit qu’Albin Michel était très frileux pour entamer cette série.

J’ai la chance d’avoir une maison d’édition qui écoute ses auteurs. Donc, quand je débarque en disant que j’ai un nouveau projet qui n’a rien à voir, mais qui me tient à cœur, on m’écoute  toujours. Alors que j’écris habituellement des thrillers, quand j’ai expliqué Autre-Monde, j’ai senti un léger scepticisme au point qu’ils m’ont demandé si je ne voulais pas l’écrire sous un pseudonyme. Il y a eu des discussions et au final, c’est sorti sous Maxime Chattam parce que ça fait partie de mon univers et que ça me correspond parfaitement. Aujourd’hui, je suis connu pour des polars un peu noirs et documentés et de temps en temps, pour du fantastique grand public. Un jour, on apprendra aussi que j’aime le fantastique « adulte » qui fait peur. Je ne me m’interdis rien parce qu’avant tout, j’aime écrire, j’aime partager ma passion de l’écriture et mes univers quels qu’ils soient. J’ai besoin de tous ces univers-là, ils font partie de moi, ils me nourrissent et, du coup, quand je me mets devant un cahier de notes ou devant mon écran pour écrire, ce qui vient n’est pas nécessairement calibré dans un genre particulier. Au contraire, ce qui vient, c’est ce que je suis, c'est-à-dire un mélange de plein de choses.

Juste, il faut que vous restiez cohérent dans ce que vous écrivez…

 C’est exactement ça ! Si  je suis parti vers une enquête policière, j’essaie de rester cohérent à cet univers d’enquête policière documentée, stricte, avec une vraie structure narrative complexe.

maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen kingLa série Autre-Monde a trouvé immédiatement son public. Dès le premier volet, L’alliance des Trois.

Ça, c’est une vraie surprise. Les deux fois dans ma vie où j’ai fait des changements particuliers, mon roman fantastique, Le 5e Règne, mes romans d’aventures « grand public », un peu à la Tom Sayer, Harry Potter et compagnie, qui est cette série Autre-Monde, les gens suivent. Très honnêtement,  je m’attendais à ce que les gens ne suivent pas. Avec mon éditeur, on avait de longues conversations durant lesquelles on finissait par admettre qu’on allait en vendre beaucoup moins. On avait décidé d’aller au bout de la série, même si elle ne fonctionnait pas. J’en avais besoin.

Et ce besoin d’écrire se traduit de quelle manière ?

C’est mental. Imaginons une semaine où je n’écris pas, ça me démange. J’ai tellement d’idées que ça crée un embouteillage dans la tête… ce qui fait que j’ai du mal à me concentrer sur autre chose dans ma vie. Quand vous êtes au régime pendant 15 jours, à un moment donné, vous avez envie de dévorer une bonne pizza. Et vous le faites parce que vous n’en pouvez plus. Je ne sais pas si mon cerveau sécrète de la dopamine, mais ce n’est pas impossible (rire). Je suis dopé à l’imaginaire et aux choix des mots.

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Le 21 octobre 2013, jour de signature de ses "services de presse".

Il faut jubiler pour écrire ?

Moi, je dis oui, mais beaucoup d’auteurs parlent de souffrance quand ils écrivent. Parmi ceux-là, certains ont écrit des chefs-d’œuvre. Moi, je ne verrais aucun intérêt à écrire dans la souffrance. Au contraire.

Vous faites très attention à la réalité, l’exactitude des faits que vous écrivez.

Quand je lis un livre, même un roman policier, donc un divertissement, si on me dit que tel produit de la police scientifique permet de relever les traces de sang sans altérer l’ADN, je vais le croire. J’estime qu’il y a une sorte de pacte passé entre le lecteur et l’auteur. Je ne supporte pas un roman dans lequel on me balance des choses comme si c’était de grandes vérités, parfois scientifiques, et que je finis par me rendre compte que ce sont des inventions de l’auteur. J’ai l’impression de m’être fait berner par des mensonges. Je ressens ça comme une trahison. Moi, j’ancre mes récits dans une forme de réalisme. Les lieux que je décris existent, les procédures scientifiques et techniques existent. J’essaie de ne pas faire trop d’erreurs. Par conséquent, il y a un vrai et long travail de préparation en amont.

Dans  la série L’Autre-Monde, en 7 volumes,  il y a beaucoup de personnages, de planètes, de noms compliqués… comment vous y retrouvez-vous ?maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen king

Pour cette série, j’ai deux cahiers différents. Un cahier pour les personnages, la chronologie de toute l’histoire, les notes principales pour vérifier la cohérence. Et j’ai un deuxième cahier où j’ai tout ce qui est bestiaire, géographie, les peuples, l’univers de mes mondes. J’y fais des petits croquis, des plans… bref, ça me permet de visualiser certaines scènes et de n’oublier aucun détail.

Pour revenir à ce que vous me disiez tout à l’heure… vous continuez à croire beaucoup à l’enfant.

Alors qu’un enfant devient un jour un adulte... Mais je suis convaincu qu’un enfant peut inverser la donne et changer les choses. Pendant longtemps, j’ai pensé qu’on était perdu d’avance. J’étais très misanthropique et très fataliste. Plus je vieillis, plus le temps avance, plus je retrouve un peu d’espoir. Je crois que, s’il y a quelque chose à sauver de l’humanité, c’est l’enfance. La réponse est dans l’éducation, dans la lecture et dans le rêve. C’est pour ça que je suis fier de faire ce métier-là. Plus les enfants liront, plus les adultes liront, plus je serai heureux. Le modeste romancier populaire que je suis, croit qu’écrire peut servir à beaucoup de personnes. Moi, je veux distiller en chacun des notions de respect.

maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen kingVous sentez-vous adulte ?

Je me suis longtemps posé la question. Qu’est-ce que c’est qu’être un adulte ? Mon roman Le 5e règne pose la question et apporte un début de réponse. Sinon, oui, depuis quelques années, je suis adulte. J’en ai conscience. Je suis adulte, mais je continue de nourrir le gamin qui est en moi. D’abord parce que ce gamin-là m’a fait rêver pendant longtemps et il n’est pas mort. Il existe encore quelque part. J’ai été très longtemps nostalgique de mon adolescence. Aujourd’hui, j’ai fait la paix avec ça, parce que j’en ai fait le deuil. De temps en temps, j’ai envie de me regarder dans le miroir et de demander au gamin qui est en moi : est-ce que tu es content de ce que tu es devenu ? Est-ce je n’ai pas merdé en chemin ? Est-ce que je ne me suis pas fourvoyé ? J’ai l’impression, pour l’instant, que la réponse est non, mais il faut continuer d’être vigilant. La route est longue.

En plus vous êtes papa.

Oui, mais ceci dit, des papas gamins, j’en connais plein.

Non, mais c’était pour inclure un peu de peopolisation dans cette mandorisation.

(Sourire) Cela dit, fondamentalement, d’être papa me change et m’ouvre les yeux sur des tas de trucs.

Je reviens sur un terme que vous avez employé sur vous-même : je suis un modeste auteur populaire…  Modeste et populaire, ça va ensemble ?

Oui. Je fais de la littérature populaire, c'est-à-dire pour tout le monde. Je n’ai aucune prétention littéraire et je ne milite pas pour avoir le Goncourt un jour. J’écris le mieux possible pour servir le fond de mon livre. Je soigne la forme le mieux possible pour qu’elle corresponde au fond. J’insiste sur ce point. Je fais de la littérature de divertissement que je pense efficace. C’est ce que j’aime lire et ce que j’aime écrire. Avant tout, mon lecteur type, c’est moi. Si je ne me fais pas plaisir pendant l’écriture, je ne publie pas. J’écris jusqu’à ce que ça marche. J’estime être modeste parce que je n’ai pas la prétention de changer le monde et d’être un auteur très pompeux. Ce n’est pas parce que j’ai vendu beaucoup de bouquins que cela fait de moi une référence. Je suis très lucide par rapport à ça.

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Est-ce que lorsqu’on vend autant que vous permet d’être zen à chaque sortie de nouveau roman ?

J’essaie de ne pas raisonner dans ces termes-là sinon ça me paralyserait dans l’écriture. Si je commence à me dire qu’il faut que j’écrive pour que ça plaise, que je fasse 100 000 lecteurs pour le livre en cours sinon je vais tomber en dessous de ce que je vais faire d’habitude,  il y a un côté tyrannie du succès que je ne veux pas vivre.  Je crois qu’il n’y a rien de pire. Moi, je ne connais pas la page blanche parce que je ne me pose pas la question de la destination. La destination, c’est moi. Je me fais plaisir. C’est une fois que je relis le livre terminé qu’éventuellement je commence à envisager un lecteur type. Quand le livre sort, j’ai une angoisse, mais je ne peux pas y faire grand-chose.

Oui, mais vous y pensez.

Quand un livre sort, je suis déjà en train d’écrire le suivant. C’est le meilleur moyen de penser à autre chose. Je croise juste les doigts pour que ce qui sort de ma cervelle continue à plaire au plus grand nombre. Il ne faut pas se leurrer, quand on publie, on met ses tripes sur la table. Un roman c’est comme un bébé que vous présentez à vos amis. Si les gens vous disent qu’il est moche, qu’il a les oreilles décollées et qu’il louche, ça vous fend le cœur. J’ai écrit 18 bouquins et ce sentiment reste le même à chaque fois.

18 livres, ça commence à constituer une œuvre, non ?

Oui. Parfois, je me demande si je n’écris pas trop vite. Je relisais récemment des interviews de Stephen King et il expliquait qu’à l’époque où ses romans cartonnaient le plus, il publiait trois livres par an. Et des pavés à chaque fois. Je me dis que, finalement, je suis un petit joueur.

maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen kingVous continuez de le lire, Stephen King ?

Évidemment. Oui, à tel point que je ne peux pas attendre la traduction française. Stephen King reste la référence absolue d’imaginaire. C’est l’auteur qui m’a ouvert les yeux à la lecture et qui m’a donné envie d’écrire. Il ne s’en doute pas, mais c’est aussi l’auteur qui m’a conseillé dans l’écriture. Quand j’ai commencé l’écriture de nouvelles et de romans et que j’avais des doutes, je me replongeais dans un de ses livres et la situation se débloquait. Le lire répondait à mes questionnements sur la littérature et l’écriture. Rassurez-vous, je ne suis pas en train de dire que j’estime être à son niveau, loin de là, mais ça répondait à des angoisses de jeune auteur.

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Maxime Chattam lors de la soirée exceptionnelle avec Stephen King au Grand Rex, le samedi 16 novembre 2013, à Paris.

Vous êtes fans de lui ?

Oui, clairement. Pas fan qui se prosterne, mais fan très admiratif de son œuvre. Je vois sa cohérence et sa qualité… Il a 50 romans à son actif, j’en ai 18. Dans ses 50 romans, il n’y a rien à jeter. C’est dingue à quel point il a maintenu le cap.   

Vous écrivez combien d’heures par jour ?

Moins qu’avant. Avant, j’étais un peu dingo. J’écrivais 7 jours sur 7. Je ne vivais que pour l’écriture. Ça se voyait. Je pesais 25 kilos de plus qu’aujourd’hui. J’étais tellement enfermé dans le fait de juste écrire que je n’étais pas heureux dans ma vie d’homme. A un moment, j’ai juste ouvert les yeux sur le reste du monde. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre. Quand on est marié et qu’on est papa, on souhaite avoir une vie de famille normale.

Heureusement, l’animatrice Faustine Bollaert, votre femme, est bien occupée.maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen king

Heureusement, oui. On arrive à ménager nos emplois du temps. Moi, j’écris 5 jours par semaine entre 6 et 10 heures par jour.

Ce sont de bonnes journées !

Et j’avoue que de temps en temps, quand je suis en fin de roman et que ça me démange, ma femme m’embrasse tendrement sur la joue, le samedi matin, et me dit : « Je sens que ça te démange. Lève-toi ! Va écrire ! On se revoit dans l’après-midi, mon amour ».

17 juin 2013

Eliette Abécassis : interview pour Le palimpseste d'Archimède

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 Romancière et essayiste, Eliette Abécassis alterne textes intimistes (La répudiée, Mon père, Un heureux événement), épopées (Qumran, Le Trésor du Temple, Sépharade) et essais (Petite métaphysique du meurtre, Le Livre des Passeurs, Le Corset invisible). Elle collabore par ailleurs régulièrement à des journaux (Le Monde des Religions, Le Figaro littéraire, Elle) et travaille pour le cinéma (Kadosh, Un heureux événement). La dame a du talent et, elle aussi, ça faisait un moment que je souhaitais que nos chemins se croisent. Voilà qui est fait  à l’occasion de la sortie de son roman Le palimpseste d’Archimède.

Le 29 mai dernier, elle m’a donné rendez-vous au café d’en bas de chez elle… Voici la synthèse de notre conversation pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (puis je vous propose un complément pour ce blog).

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(Puisque vous n'avez pas de loupe à portée de main, je vous propose une lecture plus aisée de l'introduction de cette interview... De rien!)

"Et si le monde avait un code secret qu’il serait dangereux de déchiffrer ?" s’interroge Éliette Abecassis dans son nouveau thriller historico-ésotérique. Des mystères d’Eleus au nombre Pi, de l’élite savante aux jésuites d’un obscur monastère de Judée, l’auteure embrasse deux mille ans de l’histoire humaine en mêlant rituels anciens, philosophie et mathématiques, assassinats sanglants et mysticisme. Un livre dans la lignée du Da Vinci Code !

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Le teaser du livre.

220px-ABECASSIS_Eliette-24x30-2006.jpgBonus mandorien:

On sent que derrière ce livre, il y a une agrégée de philosophie. Je trouve que ce roman est avant tout un livre philosophique.

Je l’ai voulu comme tel. On apprend beaucoup de choses sur la philosophie grecque, mais aussi la philosophie d’une façon générale. Et surtout, ce qu’apporte la philosophie à la vie et l’importance de la philosophie pour chacun de nous. Je pense qu’aujourd’hui les philosophes ont un peu démissionné de leur rôle. Ils n’apportent plus aucune vérité. Ils se retirent du débat. Sauf certains philosophes qui, pour le coup, sont un peu trop dans la démagogie de la philosophie. On est dans une époque où on a plus que jamais besoin de la philosophie pour répondre à toutes les questions que l’on se pose sur la marche du monde.

On ne peut pas écrire un livre dense comme celui-ci, dans lequel il y a autant d’informations, sans être passionné par tout ça.

La philosophie, pour moi, est la reine des disciplines. Je l’ai enseigné pendant trois ans. J’ai essayé de retransmettre ma passion que j’ai pour la philosophie à travers la relation entre ce professeur de philosophie, Elsa Marrek et son disciple. À travers eux, j’essaie d’avoir la même relation avec le lecteur.

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(Photo : Gala)

Vous-mêmes, vous avez eu un mentor, un initiateur en philosophie ?

La philosophie ne débouche que sur l’enseignement de la philosophie. Les gens qui étudient la philosophie doivent avoir une rencontre, un initiateur privilégié. Si on prend un livre de philo, comme ça, tout seul, on ne va pas comprendre. On a besoin de quelqu’un qui va nous expliquer, à la façon des péripatéticiens d’Aristote ou de Socrate avec leurs élèves. Moi, j’ai eu plusieurs mentors, à commencer par mon père qui est prof de philosophie. J’ai été son élève et son disciple. C’est avec lui que j’ai appris la philosophie. En terminal, à Strasbourg, j’ai eu un professeur extraordinaire qui s’appelle Norbert Engel. C'était un accoucheur d'esprit, subversif et provocateur, passionné et passionnant. C'est lui qui, le premier, m'a encouragée à écrire à 15-16 ans et à passer le concours de l'ENS. Il est l’un de mes d’éveilleurs de conscience comme devrait l’être tout bon prof de philo.

Du coup, vous, vous éveillez les consciences de vos lecteurs.

Pour moi, c’est très important, de transmettre à travers les romans. Je pense que j’ai cette mission-là. Je n’écris pas pour moi, je n’écris pas pour me faire plaisir, ni pour raconter des aventures personnelles, mais j’écris pour transmettre quelque chose. J’ai toujours le souci du lecteur, je ne le lâche jamais et puis surtout, je tente de l’élever, de l’introduire dans un monde inconnu. Je le prends pour quelqu’un de curieux et d’intelligent qui va être ravi de découvrir un univers.

Il y a aussi une jolie histoire d’amour dans ce roman.

J’aime bien le mélange des genres. C’est un roman philosophique, c’est un thriller, c’est une histoire d’amour. On fait des va-et-vient dans le temps, c’est moderne et ancestral…

Même si un livre comme Le palimpseste d’Archimède est complexe à écrire, est-ce que cela vous amuse d’écrire ce genre de livres ?

Oui, semer des indices, construire des fausses pistes est très amusant. La règle du polar, c’est que le lecteur doit avoir tous les éléments pour dénouer lui-même l’intrigue. L’auteur sème des cailloux qu’il n’arrête pas de camoufler pour égarer le lecteur. Celui qui est clairvoyant trouvera l’intrigue. 

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Le 29 mai 2013, après l'interview...

06 octobre 2012

Bernard Werber : interview pour Troisième Humanité

bernard werber,troisième humanité,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBernard Werber, je l’ai beaucoup lu au début de sa carrière, puis moins, puis de nouveau depuis peu. Parfois parce que mon métier m’y oblige, parfois par curiosité (et même par intérêt). J’apprécie l’homme, j’ai donc beaucoup de plaisir à le rencontrer pour des entretiens. Cette interview est la 6e (lire la précédente ici). L’auteur m’a reçu une fois encore chez lui, le 25 septembre dernier, pour Le Magazine des loisirs culturels Auchan, à l'occasion de la sortie, quelques jours plus tard de son nouveau roman, Troisième Humanité. (Vous avez évidemment le droit à la version complète juste après l’officielle.)  

 

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bernard werber,troisième humanité,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorBonus : version longue de l'interview juste pour Les chroniques de Mandor.

L’action de votre livre est censée se dérouler dans 10 ans, mais le monde que vous décrivez ressemble à celui d’aujourd’hui…

Le monde d’aujourd’hui est déjà un monde dans lequel il y a la dynamique de tout ce qui va arriver dans le futur. Par exemple, la fonte des neiges en Arctique dont je parle dans le livre, c’est quelque chose qui est en cours actuellement et qui sera donc beaucoup plus développé dans 10 ans. Il y a une réflexion sur la croissance démographique. Je pose une question en tant que romancier : est-ce que la Terre peut supporter 10 milliards d’humains, alors qu’au siècle dernier, il n’y en avait qu’un milliard ?

Il y a un moment sensuel, voire presque sexuel entre vos deux héros Aurore Kammerer et David Wells. Ce genre de scènes est rare dans vos romans.

Avec la scène à laquelle vous faites référence, je voulais souligner qu’au-delà de tout, nous sommes des êtres de chair et de sang avec des hormones. On a beau être scientifique et manier de grandes idées, on est comme des animaux. Il y a la parade nuptiale et il y a l’envie de reproduction qui est inhérente à notre espèce. Mélanger la sexualité et la science me semble un cocktail intéressant.

Vous évoquez la réincarnation.

J’ai fait des séances d’hypnoses dans lesquelles on m’a fait revivre mes vies précédentes. Je ne suis pas dans le « est-ce que c’est vrai ? Est-ce que c’est faux ? », c’est une histoire qui m’apporte des informations pour ma vie actuelle et ça m’apporte du miel pour écrire mes romans. Il m’a semblé avoir revécu une vie ancienne, maintenant je ne jurerai pas que cela est vraiment arrivé. Le seul élément qui pourrait m’inciter à penser que c’est vrai, c’est la masse de détails que j’ai retenue. C'est-à-dire que quand j’ai revécu ma vie en Atlantide, je voyais ce que l’on mangeait, je pouvais décrire avec précision les pièces que je visitais, les gens que je croisais. J’avais l’impression d’être un archéologue de vies antérieures. Maintenant, est-ce un rêve ou le fruit de mon imagination de romancier ?

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Dans Troisième Humanité, la terre prend la parole...

Vous n’avez jamais récidivé ?

Non. C’est comme faire de la montgolfière et du parapente, j’ai envie de le faire une fois et d’en parler. Pour l’expérience d’hypnose que j’ai vécue, j’ai peur qu’il y ait une sorte d’addiction malsaine si je recommence. J’ai l’impression que je tomberais dans la croyance. Mon métier ne consiste pas à être croyant, mon métier consiste à être expérimentateur et après raconter.

Vous n’êtes ni un mystique, ni un gourou.

L’approche de mon travail est philosophique. Philosophie, c'est-à-dire qui aime la sagesse. Dans le mot sagesse, j’entends le mot curiosité et capacité d’émerveillement. Sagesse, c’est faire des expériences et comprendre le monde. D’où l’on vient et où l’on va.

Vous en êtes à votre 18e livre. Vous parlez toujours du monde, de la planète, de l’univers, de la mort, de la vie, mais vous parvenez de roman en roman à vous renouveler. Vous 387545_430477610322496_204143402_n.jpgtrouver des angles systématiquement différents pour parler de la même chose. Puis-je affirmer cela ?

Je le répète, à mon avis, tous les romans reviennent sur les mêmes questions : qui sommes-nous ? Où allons-nous ? D’où venons-nous ? Vous savez, définir l’être humain, c’est très difficile, surtout aujourd’hui. La manière que j’ai d’explorer ça, c’est toujours de prendre un héros et de le confronter à une situation extraordinaire qui va l’obliger à se poser aussi la question : « qu’est-ce notre espèce et où allons-nous ? » Actuellement, la démarche que j’ai dans mes livres et le travail que je fais ne sont pas très à la mode en France. On considère que c’est plus un style anglo-saxon.

Vous sentez-vous visionnaire ?

Ça m’amuse d’avoir une vision du futur et ça m’amuse d’autant plus quand ce que je raconte se réalise. Il y a une phrase de Woody Allen qui dit « si je m’intéresse au futur, c’est parce que c’est là que je veux passer mes prochaines années ».

C’est facile pour votre entourage de vivre avec quelqu’un comme vous ?

(Rire) Pour mon entourage, je ne suis pas un écrivain, je suis un type normal, qui doit descendre les ordures et qui doit gérer l’appartement. Ma femme, qui est pourtant une de mes lectrices, depuis qu’elle vit avec moi ne me voit plus comme un auteur, elle ne voit plus que comme un simple humain avec lequel elle vit.

J’ai remarqué que vous aviez du mal à écrire un roman qui se suffit à lui-même. Ce sont toujours des cycles ou des sagas.

Celui-ci devait être un petit bouquin. Mais, il y a un moment, les personnages parlent d’eux-mêmes et les histoires ont besoin d’une certaine taille pour pouvoir exister. Les personnages de ce roman avaient envie de beaucoup de place pour exister. Je suis aussi aux ordres de mes personnages. C’est une forme de schizophrénie, mais quand ils dialoguent, je ne fais pas d’effort, je les écoute et je suis obligé de les suivre. J’ai tellement répété les scènes qu’à un moment mes personnages existent par eux-mêmes. À force d’écrire, je les fabrique et ils finissent par vivre. Plus ils seront autonomes plus ils auront la chance de surprendre le lecteur.

Vous dites, « à force de répéter une scène »… c’est comme une pièce de théâtre ?

Je crée la scène en l’écrivant. J’ai écrit une vingtaine de romans ou les personnages ont fait autre chose et où ils ont vécu d’autres histoires. Pour moi, c’est comme une partie de Master Mind. J’ai tous les éléments, mais ils ne sont pas bien placés.

C’est dingue ce que vous me racontez. Vous écrivez 20 romans pour n’en sortir qu’un. Mais vous écrivez combien d’heures par jour ?

J’écris 4 heures et demie par jour, de 8h à midi et demi. Pendant ce laps de temps, je fais à peu près 10 pages efficaces.

La notion d’efficacité me trouble toujours.

Efficace pour moi, c’est quand la scène est bouclée dans sa cohérence. Chaque scène doit être comme une nouvelle avec une avancée de la crise et une chute surprenante. Une scène de 10 pages devrait avoir toutes ces vertus-là.

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Une semaine après cet entretien, Bernard Werber rencontrait comme chaque année son public au Virgin des Champs-Elysées.

Vous faites très attention aux réactions du public.

Je suis très à son écoute. Quand je fais des livres, c’est pour lui. En fonction de leur feedback, je modifie le livre suivant et l’écriture.

Les lecteurs vous en parlent quand vous les rencontrez dans les salons du livre ?

Non, sur internet. Dans les salons du livre, ils n’osent pas trop s’exprimer sur mes romans. J’ai conscience que ce sont les lecteurs qui me font vivre et j’ai conscience qu’ils peuvent aussi être déçu, donc je suis très à l’écoute, notamment sur mon site bernardwerber.com. Je me perçois comme connecté à une famille de lecteur. J’essaie de les émerveiller et de les surprendre. Surtout surprendre. Il y en aura toujours qui trouveront que c’était mieux avant, Les fourmis, Les Thanatonautes… mais mon devoir est de ne pas toujours leur servir les mêmes livres. Pour moi, écrire des livres est un acte d’échange.

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Le 25 septembre 2012, après l'interview. (Photo prise par son fils.)

07 avril 2012

Marc Dugain : interview pour "Avenue des Géants"

marc dugain,avenue des géants,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorInspiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée entre le milieu des années 60 et la fin des années 70, Avenue des géants raconte le terrible destin de Edmund Kemper – ici appelé Al Kenner – tueur en série qui défraya la chronique aux États-Unis. Dans ce roman puissant et captivant, Marc Dugain (l'auteur notamment de La chambre des officiers et de La malédiction d'Egard) s’applique à décrire la figure du mal quand elle s’incarne dans un tueur en série. Il conjugue ici sa passion pour les États-Unis avec son intérêt toujours vif pour les personnages décalés, marginaux, voire fous, mais qui permettent de saisir l’humanité dans ses contradictions et ses excès. J’ai rencontré Marc Dugain, le 20 mars dernier, dans les locaux de sa maison d’édition, Gallimard. Voici pour commencer, l’interview publiée dans Le magazine des loisirs culturels Auchan daté du mois d’avril 2012.

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Voici un extrait du fameux entretien qu'a donné Ed Kemper à Stéphane Bourgoin, le spécialiste mondial des tueurs en série...


Entretien de Stéphane Bourgoin avec Edmund Kemper par Pasprod

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Bonus mandorien : ce que vous n'avez pas lu dans le magazine...

Avez-vous un petit attachement à Edmund Kemper, du coup ?

Non, on ne peut pas dire ça. Je n’ai même pas voulu le rencontrer pour laisser la part de fiction opérer. Cet homme a beaucoup de respect pour les gens qui le respecte. Les tueurs compulsifs sont des gens qui ont été bafoués. Lui, il a été bafoué par sa mère et ses sœurs et négligé par son père, du coup, il est très attaché aux gens qui lui montrent du respect. Il a une sorte de considération pour eux. Il n’imagine pas qu’il puisse les tuer, ce qui est déjà énorme pour lui. Dans sa tête, c’est ça le degré supérieur de la considération. Les épargner.

Il ment de temps en temps, mais on sent que ça lui coûte. Il est plutôt du genre à dire la vérité.

Dans ma vie, j’ai côtoyé, malheureusement de façon assez proche, de grands schizophrènes. Le fait de ne pas savoir mentir et même en être incapable est parfois un signe assez pathologique. L’homme est constitué pour s’adapter. Lui, il ne ment pas et en même temps, il ment de façon colossale. Par moment, il est impressionnant de vérité et à d’autres moments de son histoire, il est impressionnant de dissimulation. Cette dissimulation ne sert qu’à se protéger vis-à-vis de lui-même. Il a conscience en permanence de sa maladie, de son état de folie, de ce qui le ronge.

Pour une meilleure compréhension du personnage, vous êtes allé aux États-Unis pour voir les lieux où les événements se sont déroulés.

Oui, en particulier la maison de sa mère. Je suis resté 10 minutes et je suis parti tellement je ne supportais plus. Il y avait une telle puissance du lieu dans sa force évocatrice et destructrice. Cette maison dégage une angoisse extraordinaire. Je suis allé dans le bar qu’il fréquentait assidument, et aussi dans le campus. Il dégage une atmosphère de félicité. Les étudiants sont dans le jardin d’Éden. Il y en a 6 qui sont passés du jardin d’Éden à l’enfer en deux minutes. Il fallait que j’aille voir cela de près pour mieux retranscrire les ambiances et les atmosphères. J’ai passé tout le mois de juillet aux États-Unis pour traquer les lieux.

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Faut-il se mettre dans la tête du tueur pour décrire le mécanisme bien huilé ?

S’il y a une valeur ajoutée à mon livre, c’est qu’effectivement,  je me suis mis à sa place. J’ai fait des réglages qui font que ça restitue quelque chose qui est réel. Je vois bien là où il est atteint, qu’est-ce que ça a pu exacerber chez lui, comment il réagit, comment il se défend, comment il ne se défend pas et qu’est-ce que ça entraîne comme modification de sa perception, ensuite, je me suis lancé…

On ne lui connait pas trop de passion à Edmund Kemper, sauf peut-être la littérature.

Oui, il est devenu lecteur de livres pour aveugles. Il a 8 médailles de meilleur lecteur de livres pour aveugles. Si je l’avais rencontré, c’est une des questions que je lui aurais posées : a-t-il tiré une expérience de la littérature ? Je pense que fondamentalement ces esprits très entachés pathologiquement ne sont pas de grands passionnés de quoi que ce soit. C’est ce que j’essaie de retransmettre dans sa relation avec Wendy, sa visiteuse de prison, c’est l’extrême solitude dans laquelle il est tout le temps,  le non-attachement et le non-intérêt aux choses. Les autres deviennent vite un encombrement, c’est pour ça qu’il les dézingue sans scrupules, puisqu’ils n’existent plus.

Oui, il est persuadé qu’il leur rend service quand il tue les gens.

Il a l’idée que s’il avait tué sa mère dès le début, 9 personnes auraient eue la vie sauve. Dès le moment où il a tué sa mère, il n’a plus jamais eu de pulsion meurtrière. C’est tellement freudien comme approche…

En matière d’écriture, je crois savoir que vous n’aimez pas les règles, que vous n’hésitez pas à casser les conventions littéraires habituelles…

Il n’y a pas de règle générale dans l’écriture, chacun fait ce qu’il veut. Tout le monde sait que je suis très lié à Fred Vargas. Je ne dis pas qu’elle fait toujours le même livre, loin de là, mais c’est toujours la même structure et elle très à l’aise là-dedans. Moi, je suis bien quand je sais que mon prochain livre n’aura rien n’à voir avec le précédent. Que le succès soit là ou pas, je n’exploite jamais une veine.

marc dugain,avenue des géants,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorIl y a donc la notion de risque « littéraire ».

J’adore ça, sinon, ça ne sert à rien que j’écrive. C’est marrant de se lancer dans un sujet complètement neuf pour soi et de se l’approprier avec justement un regard neuf. Dès le moment ou la fiction est un réenchantement de la réalité, réenchantement tant négatif que positif, c’est bien d’aborder le sujet avec des yeux neufs et un regard distancié. Ce n’est pas un juge d’instruction qui va écrire les meilleures histoires judiciaires.

Vous dites que la vie, c’est de la fiction.

Oui, il faut remarquer que vous passez la moitié de votre vie dans les rêves et curieusement, ce sont ces rêves qui vous ramènent à une vraie réalité. Quand un psychanalyste vous fait raconter vos rêves, c’est parce que c’est à travers ses rêves qu’il va pouvoir venir vers le vrai vous et non pas à travers ce que vous allez lui dire quand vous êtes éveillé. Donc, il y a un rapport entre la fiction et la réalité qui est constant  et qui s’auto-nourrit. La fiction est un biais formidable pour ramener les gens à une certaine forme de réalité. Je n’ai pas dit à la vérité… une certaine forme de réalité.

Votre livre sort bientôt. Vivez-vous sa sortie comme celle des autres livres ?

Quand vous êtes sensibles à une critique, c’est qu’elle vous renvoie à vos propres doutes. Si vous aimez vraiment un livre et que vous y croyiez, dans le sens où vous avez été honnête en l’écrivant, que vous avez vraiment tout donné, il n’y a pas de raisons d’avoir une inquiétude particulière. J’ai eu tellement de plaisir à l’écrire que je ne redoute rien pour ce livre. Ce grand moment de plaisir d’écriture, personne ne peut me l’enlever. C’est 7 mois de ma vie à me lever le matin avec une pêche d’enfer parce que je suis en train d’écrire le livre que j’ai envie d’écrire, c’est énorme. Maintenant, je préférerais que les lecteurs le lisent et l’apprécient en nombre, c’est sûr. Mais je rappelle ce que disait Cioran : « J’ai connu tout type de désillusions dans mon existence, y compris le succès ».

D’autant qu’il ya de très mauvais livres qui ont du succès.

Exactement. Le tout, c’est de savoir ce que l’on fait, d’avoir envie de le faire, de prendre du plaisir à le faire et de s’y tenir.

marc dugain,avenue des géants,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandor

Avec Marc Dugain, le 20 mars 2012, chez Gallimard.