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03 mai 2019

Simon Clair : interview pour Lizzy Mercier Descloux, une éclipse

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lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorQuand j’ai su qu’une monographie sur Lizzy Mercier Descloux allait paraître, même si j’ai trouvé l’idée excellente, je me suis demandé à qui pouvait être destiné cet ouvrage. Hormis deux, trois tubes, dont le fameux « Mais Où Sont Passées Les Gazelles? », elle n’a pas laissé une trace très profonde dans l’inconscient collectif.

(Chapeau, donc, à la maison d’édition de Benjamin Frogel et Laura Freducci, Playlist Society, de prendre des risques.)

Simon Clair (journaliste culturel spécialisé dans la musique, Society, SoFilm, SoFoot, Tsugi, Les Inrockuptibles et Stylist) a entrepris de reconstruire l’existence de cette interprète-musicienne à travers les témoignages de ses proches, ses amoureux et ses collaborateurs professionnels. Son travail minutieux est impressionnant nous permet de comprendre comment fonctionnait l’industrie du disque de l’époque, mais aussi de nous attacher à cette rebelle, libre (mais pas toujours indépendante), qu’était cette étoile filante de la musique française.

Le 18 mars dernier, rendez-vous est pris dans un bar de la capitale avec Simon Clair

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lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorL’argumentaire de presse (officiel) :

Elle était la muse absolue de la scène rock de New York à la fin des années 1970, l’égérie parfaite du mouvement no wave. Patti Smith, Richard Hell, Lydia Lunch étaient fous de cette chanteuse française avant-gardiste. Pourtant, Lizzy Mercier Descloux est morte à 47 ans, dans le plus grand dénuement, ne laissant qu’une trace infime dans l’histoire de la musique. Comment une figure aussi culte a-t-elle pu tomber dans l’oubli ? Lizzy Mercier Descloux, une éclipse revient sur l’histoire tragique de la chanteuse à l’aide des témoignages de ceux qui l’ont connue.

Marchant dans ses pas de Paris à New-York, la suivant dans ses voyages en Afrique du Sud, aux Bahamas ou au Brésil, le livre révèle comment l’auteure de « Mais où sont passées les gazelles ? » a été précurseuse du courant qu’on appelle aujourd’hui la world music. Il dévoile une personnalité complexe à la carrière malmenée pour ses choix artistiques iconoclastes, au sein d’une industrie musicale sexiste.

Ce qu'ils en disent : 

Les Inrocks.

Libération.

Brain Magazine.

Benzine.

Section-26.

Sun Burns Out (avec pas mal d'albums de Lizzy Mercier Descloux à écouter en intégralité).

LitZic.

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(Photo : Michel Esteban)

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorInterview :

Quelle idée de faire un livre sur Lizzy Mercier Descloux ?

Je me souviens de la première rencontre avec mon éditeur, Benjamin Fogel. Je lui ai garanti que l’histoire était bien, mais aussi que nous n’allions pas en vendre des palettes. Bon, il se trouve que Benjamin lui-même, dans sa propre maison d’édition, Playlist Society, a écrit sur le groupe new-yorkais Swans, il a donc compris la logique de ma démarche. Il aime donner de la voix à des sujets qu’on ne trouve pas ailleurs.

Comment tu as connu Lizzy Mercier Descloux ? C’est plus de mon âge que du tien.

J’ai commencé à écouter beaucoup de musique autour des années 2000. C’était à un moment où il y a eu un retour du rock. Pour les gens de ma génération, cela nous a donné la possibilité de découvrir tout ce qu’écoutaient nos parents grâce à tous les sites de téléchargements illégaux. J’ai découvert le New-York rock revival qui est fantasmé par les gens de ma génération. J’ai creusé, creusé et encore creusé et après avoir découvert les Television, les Talking Heads, j’ai fini par croiser ce nom au milieu de mes découvertes, une certaine Lizzy Mercier Descloux, qui était présentée comme française. Ça m’a rassuré parce que je trouvais chiant le fait qu’à l’époque tous les meilleurs artistes soient anglais ou américains.

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Et du coup, tu t’es interrogé sur elle. lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandor

C’est exactement ça. Je me suis demandé ce qu’elle faisait sur cette scène new-yorkaise à ce moment-là, comment elle était arrivée là, pourquoi elle était là... Je me suis renseigné très progressivement sur elle au fil des années.

Elle avait un côté iconique sur les photos de cette époque.

Iconique et magnétique. Elle m’a vraiment donné l’envie d’en savoir plus. J’ai un peu enquêté avant de me lancer pour savoir si son histoire pouvait être intéressante à raconter. J’en ai fait d’abord un article pour un journal… mais j’ai senti une frustration de ne pas être allé plus loin. J’avais gardé l’idée d’en faire un livre dans un coin de ma tête.

Artist: Rosa Yemen. Album: Rosa Yemen (Recorded: July, 1978 / Released: 1979)

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorMusicalement, il y a plusieurs Lizzy Mercier Descloux.

Elle a commencé avec le duo Rosa Yemen. A ce moment-là, elle a 17 ans et un très fort tempérament. Elle n’est pas encore musicienne, elle a juste des pulsions artistiques qui se matérialisent en des espèces de chants abrasifs qui sortent un peu n’importe comment. Elle ne parle pas encore l’anglais à cette époque-là, donc, il y a des bouts d’anglais qui se mélangent avec des bouts de français.

On est en plein début de la No Wave.

Ça lui donne envie de faire passer le geste artistique avant le morceau final. Elle préfère s’affirmer en tant qu’artiste qui fait ce qu’elle sent, très free, plutôt que de faire un morceau agréable et diffusable. Elle est intransigeante.

Lizzy Mercier Descloux dans Midi Première en 1979 : "Fire".

Son compagnon d’alors, Michel Esteban (graphiste, photographe, entrepreneur, rédacteur en chef du lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandormagazine Rock News, éditeur, producteur et cofondateur avec Michael Zilka du label discographique indépendant ZE Records) a-t-il participé au livre ?

Il a répondu à mes questions pour le livre, mais il n’a pas participé éditorialement, ni n’a eu un droit de regard avant publication. Au tout début, il m’a proposé de sortir ce livre dans une maison d’édition, Michel Esteban Editions, mais j’ai trouvé que c’était important que l’histoire de Lizzy Mercier Descloux soit, pour une fois, racontée par quelqu’un d’extérieur. Elle n’aurait pas été la même par Michel Esteban.

Tu as rencontré beaucoup de personnes qui ont été proches d’elle.

C’est le seul moyen de réussir à raconter une vie si singulière de quelqu’un qu’on n’a pas connu personnellement et qui est si complexe. Rencontrer tant de gens l’ayant côtoyé intimement m’a donné l’impression de la connaître vraiment. C’est quelqu’un qui a laissé une impression très forte aux gens. Je voyais bien qu’ils étaient tous bouleversés à l’idée de reparler d’elle. Il y a qui sont même tombés en pleurs en repensant à la fin de Lizzy Mercier Descloux. Parfois, j’ai été très ému par les témoignages.

Clip "Mais où sont passées les gazelles?"

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorTu expliques dans ton livre qu’elle avait peur de ne pas être crédible s’il n’y avait pas d’homme à ses côtés.

Elle était tellement magnétique qu’il y avait toujours des mecs qui lui couraient après. Souvent, ils avaient de l’argent et elle savait qu’ils pourraient l’aider. Elle n’avait jamais vraiment travaillé… A cette époque, s’il n’y avait pas l’appui d’un homme derrière pour parler aux maisons de disques, on n’était pas pris au sérieux.

C’est curieux parce qu’à New York, à cette époque-là, elle était censée être dans un milieu avant-gardiste…

On aurait pu croire que le sexisme allait être moins présent, mais pas vraiment.

Lizzy Mercier Descloux assumait aimer les hommes et les femmes.

Elle faisait ce qu’elle voulait, donc elle aimait qui elle voulait.

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Lizzy Mercier Descloux et Patti Smith.

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorSon amitié avec Patti Smith était de quelle nature ?

Elle ne l’a jamais dit, mais je suppose que c’était aussi un peu un rapport amoureux.

A-t-elle été sous-évaluée musicalement ?

Je pense que, s’il faut réévaluer une partie de sa carrière, il ne faut pas non plus tomber dans une hagiographie qui consisterait à dire qu’elle était révolutionnaire du début à la fin. Non, il ne faut pas tout revoir à la hausse. Il y a des passages dans sa discographie que je trouve un peu plus faible, notamment vers la fin de sa carrière.

Mine de rien, elle a lancé la sono mondiale, la word music avant Peter Gabriel et Paul Simon.

J’aurais du mal à croire qu’ils n’aient pas écouté le premier album solo de Lizzy Mercier Descloux. Par exemple, l’album de Paul Simon, Graceland, c’est point par point la démarche de Lizzy Mercier Descloux. On va à Soweto, on trouve des musiciens de Soweto et on fait un disque. Leurs albums respectifs ont d’ailleurs la même approche, sauf que celui de Paul Simon a eu plus de succès.

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T’es-tu attachée à elle ? lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandor

Il y a des moments où elle pouvait être détestable. Je me souviens d’un concert au Palace ou elle a insulté les gens parce qu’elle n’était pas contente d’être dans cet endroit à la mode où il fallait être. Mais, évidemment, elle avait plein de côtés attachants, notamment son entêtement à suivre une direction autodestructrice.

Elle a connu une fin très triste, mais elle participe à sa légende.

C’est elle qui déclenche cette fin. Elle a un cancer très grave, mais refuse de se faire soigner. Elle refuse d’aller à l’hôpital et se réfugie en Corse pour vivre ses derniers jours. Elle n’en a toujours fait qu’à sa tête.

Tout au long de sa vie, elle a rencontré des légendes de la musique.

Elle a quasiment eu une histoire d’amour avec Patti Smith, elle a changé des cordes de guitare avec Éric Clapton, elle a rencontré Bob Marley, Grace Jones… et Chet Baket joue sur un de ses derniers disques.

Lizzy Mercier Descloux et Chet Baker interprètent "My Funny Valentine".

lizzy mercier descloux,une éclipse,simon clair,interview,playlist society,mandorMichel Esteban t’a raconté une anecdote sur Chet Baket qui a joué « My Funny Valentine » sur un album de Lizzy.

C’est quand même le seul morceau qu’il devait savoir jouer parfaitement. Et rien ne sortait de la trompette de cette légende absolue du jazz. Ça a été la croix et la bannière pour sortir des sons de son instrument… Il n'était pas dans un état "normal".

Avec ce livre, tu as ressenti le besoin de la réhabiliter?

Pas exactement, mais je serais content que les gens écoutent ses albums des débuts qui sont vraiment qualitatifs et novateurs. Je pense qu’en s’intéressant à son histoire, cela donne envie de s’intéresser à sa musique.

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Le 18 mars 2019, après l'interview.

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29 avril 2019

Jules et Alexis Maréchal : interview pour le spectacle Jules Box

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jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandorLe 30 avril et le 7 mai prochain, l’expérience Jules Box est prolongée aux Trois Baudets.

Le chanteur Jules (déjà mandorisé ici et ) et son équipe de fou (Yvan Descamps, Mathieu Debordes, Vincent Thermidor, StudioTF, Cyrille Raach, Alexis Maréchal, Donatien Ribes et Rénald Zapata) rendent hommage à la chanson française de 1950 à nos jours sous forme de jeu. Le public s'étonne, s'amuse à reconnaître les titres, à répondre au quizz, puis chante, se lève et danse en toute liberté en prenant conscience de la richesse de ce patrimoine culturel commun. Mais présenter aussi simplement le Jules Box ne veut rien dire parce que ça n’explique pas l’énergie, le déchainement et la joie qui en émanent. Un public réceptif dès les premières notes, j’ai rarement (voire jamais) vu ça!
S’il y a un spectacle à voir en ce moment, c’est sans nul doute celui-ci.

Le 12 avril dernier, j’ai donné rendez-vous à Jules et à son guitariste Alexis Maréchal, pour qu’ils nous disent tout sur ce show unique au monde.

Le Jules Box, qu’est-ce que c’est ? (Explications officielles)jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandor

Un concept de quiz/show musical, pour et avec le public.

La salle de spectacle est identifiée en deux équipes, bleues et rouges.

Des capitaines d’équipe de chaque camp, heureux de fouler les planches avec les musiciens sont désignés et installés dans de confortables canapés, munis d’un buzzer.

Ainsi commence avec les artistes en concert, les candidats et le public, une transmission du répertoire francophone des 50 dernières années : variété française et chansons fascinantes.

Cette discothèque idéale est interprétée sous forme de mashup (mélange) entre les succès de notre patrimoine et des standards de la pop internationale.

Ainsi on entendra le mariage entre Bruno Mars & Michel Polnareff, Ed Sheeran et Bernard Lavilliers ou Alain Souchon & Prince. Le tout en Live intégral. Notre patrimoine est un puits sans fond, ce qui permet de présenter un spectacle différent chaque soir !

En chef d’orchestre, maître à jouer et animateur de haute voltige, Jules mène ce spectacle avec une énergie riche et sincère, dans une mise en scène moderne et ouverte à tous. Un spectacle original, intergénérationnel et participatif. Une innovation détonante et dansante dès les premières notes !

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jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandorInterview :

Comment t’es venu l’idée du Jules Box.

Jules : Elle m’est venue juste avant le décès de Daniele Molko, ma productrice. C’est elle qui m’a suggéré de faire quelque chose en parallèle de mon groupe Jules et Le Vilain Orchestra. Quelque chose qui serait une sorte de récréation. Et puis la récréation dure depuis deux ans maintenant. Mais si je veux être précis, le Jule Box tourne vraiment depuis 6 mois.

Comment expliquer simplement ce qu’est le Jules Box ?

Jules : C’est un jeu. Comme tout jeu de société, si tu lis la règle avant de jeter les dés, ça saoule tout le monde. Finalement, c’est un jeu que tu apprends en jouant. Il faut laisser une part de mystère. Je peux juste dire que c’est une anthologie réinventée et déglinguée autour de notre patrimoine musical et on s’amuse autour de ça. Il y a pour le moment un répertoire de 144 chansons, mais comme c’est un puits sans fond, il y en aura bien d’autres.

Il y a des musiciens, mais aussi deux arbitres. jules,jules et le vilain orchestra,alexis marechal,interview,jules box,mandor

Jules : Oui, ce sont aussi notre ingénieur du son et notre ingénieur lumière. Ils font super bien leur staff d’arbitres, à l’instar des matchs d’impro. Moi, je suis impartial. Je n’ai pas le droit de prendre parti, ni de donner des points. Ce sont les arbitres qui décident de cela, ce qui m’arrange bien.

Il y a une partie musicale et une partie jeu.

Jules : J’ai réuni les deux choses qui me plaisent le plus. La variété et le jeu. J’adore jouer. Le jeu rassemble les gens. Je pense que ceux qui n’ont pas envie de jouer pourront passer un bon concert quand même.

Il y a des capitaines d’équipe qui montent sur scène avec toi pendant le show.

Jules : Mon spectacle est aussi venu de mon envie de rendre le spectateur moins consommateur. C’est lassant de n’avoir que cette partition-là. J’ai souhaité qu’il participe concrètement.

Alexis : Les gens n’ont pas l’habitude d’aller sur scène et nous, nous leur donnons cette possibilité. C’est quelque chose qui n’est pas à leur portée et là, soudain, ils sont en vedette.

Jules : Ils sont presque responsables de la réussite du spectacle.

Qui crée et décide des mashups ?

Jules : C’est en brainstorming que l’on fait entre nous.

Alexis : Nous sommes trois musiciens, plus Jules à jouer sur scène. Nous nous répartissons le boulot tous les quatre. On s’appelle, on exprime nos idées respectives, et ceux qui se sentent le plus proches du mashup en question le travaille et le propose ensuite aux autres.

Mais, tous vos mashups fonctionnent incroyablement. J’ai été impressionné systématiquement. Je parle du Jules Box à tout le monde.

Jules : Merci, je n’étais pas sûr que tu apprécies.

Tu es fou ! Je suis carrément fan. Il y a du lien social incroyable et on est dans une période sociétale où nous avons besoin de ça.

Merci de dire ça.

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Jules présente-nous ton guitariste Alexis.

Jules : C’est un caméléon. Il a le sens de la perfection du son et du jeu de guitare. Le solo de « Purple Rain », on dirait Prince dès le premier accord, c’est un truc de dingue.

Comme dans la peinture, c’est un faussaire ?

Jules : C’est le plus grand faussaire que je connaisse, mais ça ne l’empêche pas d’être un super créatif aussi.

Alexis : Tout ce que l’on joue est un mélange de populaire et de qualitatif, donc nous sommes ravis. Mais, parfois c’est compliqué parce que nous sommes habitués à jouer aussi les versions originales, or là, on mélange une chanson française et un standard anglophone. Il faut se débarrasser de nos automatismes.

Jules, comment sélectionnes-tu les chansons/variétés françaises ?

Jules : Il faut que la chanson sélectionnée me crée de l’émotion à un moment donné. Je ne prends pas du tube parce que c’est du tube. Ca peut-être léger comme la chanson de Desirless, « Voyage voyage ». C’est un morceau superbement écrit et la mélodie défonce tout. Ce sont juste les arrangements qui ont mal vieilli. C’est pour ça qu’avec les mashups tu redécouvres les chansons.

Ce qui est bien, c’est que vous réhabilitez la variété, et ça, ça me fait plaisir.

Jules : Il y a des ayatollahs du bon goût qui n’apprécient pas et qui font la différence. Si c’est un peu trop « popu », ce n’est pas bien. Pourquoi oppose-t-on variété et chanson à textes ? Dans « Le chanteur » de Balavoine ou « Veiller tard » de Goldman, il n’y a pas de texte ? Goldman pose d'ailleurs la question : "Pourquoi « Angie », c’est du rock et « Quand la musique est bonne » c’est de la variété?" C’est parce que tu n’as pas l’étiquette ? Pourquoi Nino Ferrer, ce n’est pas de la soul ? Pour moi, il y a deux styles de musique. Celle que j’aime bien et celle que je n’aime pas. La variété, c’est la seule musique dont tu ne peux pas expliquer pourquoi tu l’aimes. Elle nous rentre dans la gueule ou pas.

En tout cas, les gens reviennent plusieurs fois voir le Jules Box, c’est fou !

Jules : Parce que ce n’est jamais le même spectacle. Avant de monter sur scène, on ne sait pas vraiment ce que l’on va jouer. C’est toujours sur le fil. Moi, je veux juste faire oublier l’extérieur aux gens, je veux rendre heureux les personnes présentes pendant une heure et demi. David Desreumaux d’Hexagone a dit quelque chose de très bien : "Le Jules Box, c’est un jeu télé, sans la violence que peut avoir un plateau télé." Ça m’a fait plaisir parce que son magazine n’est pas spécialisé dans la variété, c’est plutôt de la chanson pointue, mais il a adoré.

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Après l'interview le 12 avril 2019, avec Jules et son guitariste Alexis Maréchal, au Pachyderme.

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25 avril 2019

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Primitifs modernes

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la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorCinq faux-frères. Cinq dandys de grand chemin. Depuis 6 albums maintenant, ils ont construit une Horde, patiemment, inlassablement. Leur musique est hors du temps, à la fois primitive et moderne ; c'est par la country qu'ils étaient "entrés en chanson", la vie les a portés aujourd'hui à rebrancher les guitares et les amplis qui avaient pris la poussière dans les garages de leur adolescence... Il était temps ! C’est ainsi que se présente très officiellement La Maison Tellier sur leur site.

Dans Primitifs modernes, Alexandre, Alphonse, Helmut, Léopold et Raoul Tellier, proposent des chansons avec un vrai sens de la poésie, un engagement social discret, et une vision très juste du monde d’aujourd’hui (voici la brillante chronique de ce nouveau disque par mon ami Fred Natuzzi sur le site Clair & Obscur. Je ne peux rien de dire mieux).

Le 13 mars dernier, Helmut Tellier est venu me rejoindre dans un bar de la capitale pour parler de ce disque magnifique et profond. C'est sa troisième mandorisation (la première en 2014 et la seconde en 2016).

Argumentaire de presse officiel :la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandor

Dans les villes traversées à l'occasion des tournées, en face de l'île Tatihou, aux studios ICP de Bruxelles, dans des studios implantés dans la campagne normande ou au cœur du Massif central, le sixième album de La Maison Tellier s'est patiemment construit.
C'est le disque du grand retour des guitares et de chansons enregistrées vives - « live ». Plus que jamais, La Maison Tellier est la réunion de cinq musiciens qui offrent le meilleur d'eux-mêmes pour délivrer des chansons qui s'impriment dans nos mémoires et nous ramènent à nos adolescences, quand tout se noue et que se décide notre aptitude à nous engager, nous lier, nous confronter.
Après les premiers albums qui portaient le regard vers un ailleurs, après Beauté pour tous qui
parfois contemplait le passé, après Avalanche qui scrutait en lui-même, Primitifs Modernes semble regarder droit devant, et tout autour. La musique épouse cet élan en un disque physique et charnel, incarné en onze chansons qui se fraient leur chemin jusqu'à nous, convoquant la mélancolie douce des textes d'Alain Souchon ou Yves Simon, galvanisée par l'électricité d'un rock au classicisme élégant hérité du rock américain des années 90 à la manière de R.E.M.
Quand tout change, trop vite, il faut parfois savoir se rallier au premier, à l'éternel. Primitifs
Modernes
offre ceci : onze chansons qui nous ressemblent et nous ramènent à l'essentiel.

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(Photo : William Lacalmontie)

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorInterview :

Pour ce 6e album, vous avez tout changé de votre environnement professionnel. Il fallait tout déconstruire pour mieux reconstruire ?

Il fallait planter un nouveau cadre de manière artificielle, pour éviter de nous endormir. Tous les cinq, nous avons du savoir-faire, mais aussi des travers qui finissaient par ne plus se remarquer, même par les gens qui bossaient avec nous. Changer d’équipe a permis d’ouvrir les fenêtres et les portes de la Maison, faire rentrer un peu d’air et trouver une manière de se renouveler et sans doute de s’affranchir d’habitudes de vieux garçons.

Se renouveler au bout de 6 albums, c’est une gageure que je comprends parfaitement, mais ça ne doit pas être simple.

Effectivement, nous avons beaucoup de chansons maintenant et je suis conscient que l’on parle souvent des mêmes choses. Après c’est une question de perspective. A quel endroit on va placer la caméra et où va-t-on se placer nous? Nos chansons parlent de rencontres entre des êtres humains, parfois des filles, parfois des garçons, des chansons qui parlent de l’angoisse de mourir, de la joie de vivre…

Ce sont des sujets qui reviennent parce qu’ils te sont obsessionnels ?

Complètement. Mais j’ai l’orgueil de penser que je ne suis pas le seul à avoir ces sujets-là qui me préoccupent. Ce nouvel album est relativement « politique ». Il regarde le monde extérieur là où l’album précédent regardait le moi intérieur. Je me scrutais trop le nombril.

Clip de "Chinatown".

Même l’enregistrement, vous l’avez attaqué différemment. la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandor

Les orchestrations aussi, le choix du réalisateur… Pour se renouveler et nous donner envie de continuer ensemble, tout ceci était important.

A l’écoute de ce disque, on ne se dit pas non plus que c’est un autre groupe. Votre touche « maisontellierrenne » est là, c’est indéniable.

C’est tout un art subtil de changer dans la continuité, sans déboussoler les gens qui nous suivent depuis le début. Il ne faut pas trop non plus se mettre des contraintes énormes. On avait fixé un cadre, mais il n’était pas d’une rigidité extrême.

Pour une fois, vous avez pris les décisions à cinq.

Toutes les décisions concernant les chansons ont été prises de manière démocratique. Tout le monde a donné son opinion, ce qui n’était pas nécessairement le cas pour les autres albums. Avant, je prenais des décisions seuls, parfois à deux… Nous avons décidé que, désormais, nous allions jouer collectif.

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(Photo : William Lacalmontie)

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorVous avez enregistré ce disque dans les conditions live en deux sessions de 10 jours.

Nous sortions de tournée, donc nous avions en nous une énergie rock. Souvent à l’issue des concerts, les gens venaient nous voir en s’étonnant qu’on ne retrouve pas l’énergie que l’on donne en concert sur les disques. On a donc procédé comme si nous étions devant un public et on s’est fait saigner sur nos Gibson (rires). Il fallait aussi trouver un ingénieur du son, en l'occurrence Pascal Mondaz, habitué aux concerts pour obtenir un résultat simple, minimal et efficace. Là où on a l’habitude d’avoir des arrangements très cossus, nous sommes allés à l’os. Je pense qu’il y a une cohérence dans le son et dans le propos. Du coup, le réalisateur va nous accompagner sur scène pour la tournée.

Tu co-écris et co-compose avec Raoul.

C’est devenu bicéphale, symbiotique et très naturel. Nous sommes parfaitement complémentaires. Il a un sens de la musique que je n’ai pas dans la composition, dans la virtuosité sur l’instrument, dans ce qu’il entend que je n’entendrai jamais. De mon côté, j’ai ce truc de savoir comment faire sonner les mots en français, trouver une mélodie qui sera cohérente, pas trop artificielle, ni copiée collée. Parfois, on veut faire rentrer tel mot, telle ligne mélodique sur une grille harmonique. Si ça ne passe pas de manière fluide et naturelle, je le remarque immédiatement.

Vous bossez ensemble de quelle manière. ?

On se met dans une petite baraque avec nos deux guitares, un ordinateur et une carte son pour maquetter. Il en sort toujours quelque chose. Les instrus et les suites harmoniques de Raoul ne sont pas toujours faciles à mettre en mots car tout est assez complexes. Lui, il sait que moi j’aime bien quand c’est un peu simple et que ça file tout droit, il va donc paradoxalement s’efforcer de simplifier comme il peut. A force, nous avons fini par nous apprivoiser. Nous souhaitons que notre musique soit assez immédiate sans tomber dans la complaisance et la facilité. A la fois ambitieux et accessible.

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(Photo : William Lacalmontie)

Dans certaines nouvelles chansons, vous laissez des plages musicales assez importantes pour la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorpermettre à tous les musiciens de s’exprimer, voire de s’éclater.

Nous avons des instrumentistes balaises, c’est bien parfois de le montrer. Il faut aussi gérer ces moments-là qui ne doivent pas non plus être trop démonstratifs.

Primitifs modernes est l’album qui vous ressemble le plus ?

Collectivement, oui, sans hésitation. Individuellement, c’est l’album Avalanche qui me ressemble le plus.

Tu es toujours un peu triste de ne pas faire partie d’une famille musicale dans le paysage français.

Au moment d’Avalanche, j’étais un peu malheureux de dresser ce constat. J’en parle encore dans les chansons « La horde » et « Primitifs modernes ». C’est le besoin le plus primaire d’appartenir à un groupe et pourtant, on a toujours eu l’impression de faire notre chemin en solitaire.

Clip de "La horde".

la maison tellier,helmut tellier,primitis modernes,interview,mandorJe trouve que c’est justement ce qui fait votre différence et c’est aussi ce que j’aime chez vous.

Au fond, c’est peut-être cela le secret de notre longévité. On a 15 ans d’existence et notre « horde » est encore là.

Sur la pochette du disque, on voit une télévision des années 70 avec une main qui sort comme si quelqu’un était enfermé dedans. J’imagine qu’il y a quelque chose de symbolique là-dedans.

Cette main était la même que l’on retrouvait sur les parois des cavernes. La télé qui vit, c’est une référence à des films comme Poltergeist ou Ring. Il y a aussi, le côté d’aller vers la lumière. Un des propos de ce disque c’est : « on essaie de sortir de nos grottes pour trouver un peu de soleil. »

Vous n’écrivez jamais de chansons définitives, qui jugent la société, c’est beaucoup plus subtil que cela.

Depuis le premier album de La Maison Tellier, je raconte ma vie, j’écris ma vie, soit en l’embellissant, soit en l’enlaidissant. Je mets en avant mes préoccupations de mec blanc, hétéro, quarantenaire et occidental. J’aime l’idée que mes préoccupations sur le monde qui m’entoure fassent écho aux gens et deviennent universelles.

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Après l'interview, le 13 mars 2019. 

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21 avril 2019

Angèle Osinski : interview pour son album A l'évidence

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(Photo : Muriel Thibault)

angèle osinski,interview,mandorEn 2015, dans une première mandorisation, j’avais demandé à Angèle Osinski quel était le genre d’artiste qu’elle respectait et aimait. Elle m’avait répondu : « Celui qui propose un truc qui dépasse l’intime et qui rencontre ce que, moi, j’ai de plus intime. Ça me permet de me sentir… moins seule. Intrinsèquement, profondément, charnellement, en tant qu’être humain, il m’arrive de me sentir reliée à un artiste… Ce sont des gens qui, par l’affirmation de leur imaginaire et cette proposition d’aller vers un rapport hyper sincère au fond d’eux-mêmes pour aller inventer, réinventer qui ils sont, qui me touche au plus haut degré. »

C’est en découvrant l'album Élégie de la chanteuse et productrice Katel, qu’Angèle Osinski a compris qu’elle devait, qu’elle allait changer de direction musicale. Katel correspond en tout point à la réponse d’Angèle. Fini la chanson française « traditionnelle » qu’elle nous avait proposée dans son premier EP, Prélude. Ce sera avec ce prodige de la réalisation que sa musique prendra sa nouvelle forme.angèle osinski,interview,mandor

Les deux femmes sont donc entrées dans son studio pour en ressortir quelques mois après « avec des chansons aux mélodies et aux textes forts, qui mêlent une ossature rythmique très groove inspirée du hip-hop et des grilles sophistiquées très pop. Un univers qui se veut ambitieux et accessible, dansant et érudit, construit autour de la voix d'Angèle Osinski aux graves profonds et aux aigus déchirants » indique, à juste titre, sa biographie.

L’album A l'évidence sort le 26 avril 2019 sur le label du trio féminin (toutes mandorisées), Katel, Robi et Emilie Marsh, le bien nommé FRACA.

Le 13 mars dernier, j’ai donné rendez-vous à cette artiste qui a su complètement se réinventer.

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(Photo : Muriel Thibault)

Mini biographie officielle :

Angèle Osinski entre sur scène comme on entre sur un ring, pour livrer dans l'énergie de la danse et l'intensité du chant le plus beau des combats, celui qu'on mène avec soi-même.

À cette image, À l'Évidence est un album de boxe et de danse, d'énergie et de mystère, effrayant et merveilleux.

Chanter, danser, jouer la comédie : quand à l'âge de trois ans on tombe en arrêt devant Singing in the rain, ces disciplines semblent à jamais indissociables et se rêvent en Technicolor. Angèle Osinski se jette dans toutes à corps perdu. Et c’est la musique qui va triompher, là encore sous toutes ses formes, avec l’appétit de celles qui explorent, avant de trouver son Evidence grâce à une rencontre.

angèle osinski,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse officiel) :

Alors que les dix titres sont écrits et composés par Angèle Osinski sur son piano d’enfance, la chanteuse et productrice Katel se voit confier les arrangements et la réalisation de cet album. Les titres s’enrichissent de claviers vintage (casio, pianet, moog, rhodes, …), de boîtes à rythme hip-hop ou électro (tr808, Vermona) et de motifs obsédants de cordes et de cuivres.

Dix morceaux au groove hip-hop imparable, aux harmonies pop, qui avancent par ellipse, par évocation, par images subliminales.

Il s'agit de se relever d'un été (« Passe »), d'un drame qu'on devine aux lumières troubles d'une soirée de fête (« Ne pas vous rencontrer »).

D'accepter ce qui nous a fondé (« D'ici ») pour en faire quelque chose, et avant tout un geste artistique.

À l'évidence est un album miroir qui interroge, qui s'interroge. Sur notre époque (« Amour & Décadence », sur les errements et déplacements de la vie (« À l'évidence », « Bleu piscine », « L’instant d’après », « Interrompez-moi »), sur l'absence (« Chambre 17 »).

Un parcours, un déplacement. De l’intime à l’orchestral.

Angèle Osinski semble poser des questions comme les posent les enfants. Elles placent l'auditeur dans une écoute active, réflexive. De laquelle l'étrange et l'autodérision ne sont jamais absents.

«Dis-moi, quel est le pire après la nuit?» (Après la pluie)

À chacun d'y répondre où de laisser les mots résonner.

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(Photo : Muriel Thibault)

angèle osinski,interview,mandorInterview :

Tu me donnes la sensation d’être une nouvelle artiste.

Comme j’avais écouté beaucoup de chansons françaises dans une certaine tradition, avec mon premier EP, que j’ai fait toute seule, j’avais besoin d’obtenir une espèce de validation. J’avais besoin de prouver aux autres et à moi-même que j’étais capable de faire quelque chose dans cet esprit-là. Mais il y avait de plus en plus de décalage entre ce que j’avais produit et ce que j’écoutais tous les jours.

Tu ressentais beaucoup ce décalage ?

Oui et j’en parlais souvent à tel point que pour mon deuxième disque je voulais absolument travailler avec quelqu’un qui aurait les possibilités de m’amener vers des terrains plus proches de ce que j’écoutais, c’est-à-dire plus proche de l’electro et du hip-hop, plus proche de quelque chose qui allait faire groover. A chaque fois que je rencontrais un réalisateur ou une réalisatrice aussi talentueux/se soit-il/elle, assez vite, je reprenais mes billes. J’avais un problème de rétention d’œuvre (rires).

Et un jour, la révélation.

Un jour, par hasard j’entends au milieu de plein d’autres chansons un titre du dernier album de Katel. Je me suis arrêtée nette, complètement scotchée par son travail. Je connaissais son existence, mais pas du tout ce qu’elle faisait parce que j’écoutais très peu de français.

Tu es donc allée à sa rencontre.

Oui, quelques jours après, je suis allée la voir jouer en acoustique à la Passerelle.2. Là, j’ai complètement craqué. Je n’en revenais pas qu’une telle façon de faire sonner la musique puisse exister. A la fin du concert, nous avons discuté et je lui ai donné mon EP en lui précisant que si elle pouvait envisager de réaliser mon album, j’en serais très heureuse.

Que s’est-il passé ensuite ?

Après l’avoir écouté, elle m’a répondu que dans mon style « classique », c’était parfait et qu’elle ne voyait pas où elle pourrait m’emmener. Je lui ai dit que je voulais, justement, absolument sortir de là. Du coup, j’ai écrit de nouvelles chansons, j’en ai réécrit des déjà existantes, puis il y a eu beaucoup d’allers et retours pour qu’elle me donne ses sentiments sur mes textes et mes musiques. Pas mal de chansons sont passées à la trappe et finalement, nous avons retenu les 10 titres de l’album. Chacune a été validé par Katel, du coup, je ne crains plus personne parce que je trouve qu’elle est l’une des plus audacieuses et talentueuses artistes en France aujourd’hui. Vraiment, je me sens rassurée.

Clip de "Amour et décadence", à l'ambiance très Black Mirror… réalisé par Robi et Zoé Véricel.  

Vous avez co-arrangé les chansons ensemble, mais c’est Katel qui a fait la réalisation.

Et c’est pour moi une ouverture énorme vers ce que j’aime faire. Enfin, je m’autorise à écrire de cette manière-là, c’est-à-dire de sortir d’une certaine idée que je pouvais avoir de la poésie, ou, au minimum, de la langue française bien écrite. Grâce à Katel, j’ai aussi accepté que mes musiques soient une réponse à mes paroles et vice versa. Maintenant, j’ai l’impression que le tout fait sens.

C’était impératif d’aller là où tu n’étais jamais allée ?

J’avais un besoin impératif de déplacement pour me confronter à moi-même. Quand je vais voir un artiste sur scène ou que je l’écoute sur disque, j’ai besoin d’avoir des questions avant tout… je n’ai d’ailleurs pas besoin de réponses. J’ai envie d’avoir l’imaginaire excité.

Et c’est ce que tu provoques. Je ne saisis pas tout ce que tu racontes, mais l’essentiel.

C’est ce que j’aime chez Bashung, Bertrand Belin ou Katel. Ils ont l’art de créer un espace permettant d’avoir une écoute active. Bashung disait la chose suivante : « On entre dans une chanson par la musique et on y reste pour le texte. » J’aime quand je perçois une alchimie entre la musique et le texte qui permettent d’avoir immédiatement des images et des sensations. J’aime encore plus quand on s’aperçoit que la chanson est profonde et ne parle pas de rien.

Clip de "A l'évidence" réalisé par Robi.

Tu es passée à cette écriture facilement ?

Je pense que j’ai été au bout de quelque chose avec mon premier EP. Je n’avais déjà plus grand-chose à dire avec cette forme-là. J’avais besoin d’exprimer des choses encore plus intimes et profondes. Pour qu’elles existent de manière valable artistiquement, il fallait passer par un travail sur la parole et sur l’écrit.

Y a-t-il eu un travail sur la voix ?

Oui. Il est passé par une sorte de désincarnation, une façon de poser simplement mon timbre sur mes musiques et sur mes mots sans chercher quoi que ce soit d’émotionnel et sans chercher à raconter l’histoire.

Tu désincarnes pour mieux réincarner ?

C’est un peu ça.

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Angèle Osinski, première signature du label FRACA, dirigé par Robi, Katel et Emilie Marsh.

angèle osinski,interview,mandorTu es la première signature du nouveau label FRACA.

C’est la première fois de ma vie que je me sens entourée. Il y a une équipe autour de moi qui crois en mon projet. Au début, elles m’ont proposé cela comme un label de transition avant d’aller vers un label plus important. Mais, non. J’ai tenu à ce que FRACA soit mon label officiel. Je suis hyper fière et hyper heureuse parce que j’ai l’impression d’avoir trouvé une deuxième famille.

Tu as été comédienne, j’imagine que tu aimes beaucoup tourner des clips.

Oui, c’est vraiment mon terrain de jeu. Aujourd’hui, j’ai l’impression que mes rêves d’enfance se mettent en place. Quand j’étais petite, j’avais bloqué sur le film Singing in the rain. Il m’a donné envie de chanter, danser, jouer la comédie de manière professionnelle. La façon dont j’envisage mes spectacles et ce qui va autour de ma musique, les clips par exemple, c’est totalement ça.

Avant tu chantais sous le nom d’Angèle, as-tu ajouté ton vrai patronyme parce qu’une autre Angèle est arrivée ?

Non, pas du tout. C’était une envie de ma part de me réapproprier l’intégralité de mon identité. Cela fait sens en terme d’origine et de ce que ça raconte de traversées et de voyages.

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Après l'interview, le 13 mars 2019.

20 avril 2019

Geneviève Morissette : interview pour son Olympia et son passage chez Michel Drucker

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geneviève morisette, olympia, interview, mandorCe lundi, le 22 Avril 2019, Geneviève Morissette foulera les planches de la mythique scène de l’Olympia de Paris aux côtés de l’imitateur Thierry Garcia. Cette soirée unique mariera la chanson et l’humour. Les deux artistes vous présenteront leurs spectacles respectifs et se réuniront lors de sketchs et de chansons en duo.
Le 7 Avril dernier, l’artiste québécoise était invitée sur le plateau du célèbre animateur de Vivement Dimanche Prochain, où elle a enfin pu réaliser un grand rêve : chanter « Michel Drucker» chez Michel Drucker devant Michel Drucker.

Pour ces deux évènements, j’ai mandorisé La Morissette une seconde fois (la geneviève morisette,olympia,interview,mandorpremière, en 2015, est à lire ici), le 12 avril dernier dans un bar de la capitale.

Le spectacle : SHOWS EN COLOCS 

Deux shows en Coloc avec Geneviève Morissette et Thierry Garcia est un spectacle proposé par le Don Camilo où la jeune chanteuse Québécoise pleine d’énergie et l’imitateur aux mille voix et visages (voix des guignols de l’info) vont chacun vous livrer leur dernier spectacle, mélange de chansons, d’humour, d’imitations et de surprises parmi lesquelles des sketchs en commun, des chansons en duos, la chorale de la maîtrise de Reims et le tout avec des effets visuels incroyables grâce à l’utilisation d’hologrammes totalement bluffants, … Un super show à ne pas rater !

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geneviève morisette,olympia,interview,mandorInterview :

Tu réalises deux rêves en un mois, passer en vedette à l’Olympia et être invité dans l’émission de Michel Drucker, c’est assez dingue, non ?

Oui, mais j’avoue que les deux rêves sont liés. J’ai été invité à Vivement Dimanche Prochain parce que je passe à l’Olympia. Mais c’est surtout grâce à Thierry Garcia, avec qui je fais l’Olympia, qui connait bien Drucker parce qu’il a été un de ses chroniqueurs…

Raconte-moi comment s’est passée l’émission ?

D’abord, quand je suis arrivée sur le plateau, Michel Drucker m’a regardé l’air de dire « enfin ! ». Je me suis approchée de lui et je l’ai serré hyper fort. Je n’ai rien pu faire contre cela, tant c’était instinctif. J’ai vu tellement de québécois passer sur son plateau qu’il y avait un symbole très fort pour moi. J’ai apprécié qu’il ait quitté le plateau pendant la répétition afin d’avoir la surprise pendant l’enregistrement.

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geneviève morisette,olympia,interview,mandorQuand tu es arrivée sur ce plateau, tu étais dans quel état psychologique ?

J’étais comme une folle. C’est quand le rideau s’est ouvert pour que l’on pénètre sur le plateau que j’ai réalisé ce qu’il m’arrivait. J’avais tellement rêvé cette situation que j’avais du mal à comprendre que j’y étais vraiment. Le lendemain, c’est idiot, mais j’ai pleuré d’émotion.

C’était un beau moment de télévision en tout cas.

Cerise sur le gâteau quand Éric Antoine est venu nous rejoindre en courant et qu’il a parodié ma chanson "Michel Drucker" (dont vous pouvez voir le clip ici) en se mettant à genoux. Pendant les répétitions, on m’avait dit de ne pas me mettre à genoux parce que Michel Drucker risquerait d’être trop ému. Et quand Eric Antoine a découvert la chanson, qu'il ne connaissait pas, lors de l'enregistrement, ça l'a fait vraiment rire. Il a couru sur le plateau  et a repris la chanson en exagérant, au second degré. C'était super drôle et ça m'a touché qu'il fasse cela. Il est clair qu'on a une folie en commun. 

Geneviève Morissette à Vivement Dimanche Prochain.

Je t’ai senti assez à l’aise. geneviève morisette,olympia,interview,mandor

Oui, mais très émue. J’ai pris ma place même si je me sentais comme une petite fille.

Tu as regardé combien de fois la vidéo ?

Oh ! Pas beaucoup. Juste 15 000 fois (rires).

Quand on vient de vivre un rêve, il faut qu’un autre le remplace, non ?

Je n’ai pas trop le temps d’y penser en ce moment parce qu’il se passe plein de chose pour moi. Outre l’Olympia lundi, je vais présenter à compter de 2020, sur les scènes québécoises mon premier « One-Woman-Show Musical » intitulé « De Chicoutimi à Paris », un mélange entre la chanson et l’humour. J’y évoquerai mon vécu atypique entre l’Europe et l’Amérique dans une proposition artistique unique dans le monde du spectacle québécois. Sinon, j’ai encore un rêve qui n’est pas encore exaucé. Celui que Luc Plamondon m’écrive une chanson sur ma musique, en s’inspirant de ma personnalité.

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Parlons de l’Olympia.

En co-plateau avec l’humoriste imitateur Thierry Garcia. Nous aurons des moments ensemble notamment lors de ma chanson écrite spécialement pour l’Olympia, « Olympia 2019 », qui est un hommage à la chanson française.

C’est surprenant cette association chanteuse-humoriste.

J’adore sortir des sentiers battus. Je n’aime pas faire comme tout le monde.

C’est une consécration de faire l’Olympia ?

Moi, je le prends comme une naissance. J’ai l’impression qu’après, tout pourra commencer.

geneviève morisette,olympia,interview,mandorA l’Olympia, tu vas jouer avec Roland Romanelli, connu pour ses musiques de film et pour avoir été l'un des principaux collaborateurs de Barbara, de Jean-Jacques Goldman, de Vladimir Cosma, de Guy Béart, de Leny Escudero et Francis Lai. Mazette !

Je sais la chance que j’ai. Il a fait des arrangements avec un violoncelle et un piano sur mes chansons rock’n’roll. Il m’a aussi beaucoup aidé sur la structure de mes nouvelles chansons. A ce propos, il me reste juste une chanson et l’album sera terminé. Il y a une forte probabilité qu’il sorte assez rapidement.

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Pendant l'interview...

Tu parleras de quoi dans ce disque ?

J’ai une chanson assez audacieuse sur le père, une chanson très second degré sur le rapport avec le public, une chanson sur ma quête, mon idéal, une chanson sur ma rebelle attitude qui agace pas mal de gens (rires). Il y a aussi des chansons qui disent qu’il faut suivre son instinct, ne pas écouter les autres, faire ce que l'on ressent, se battre, ne pas respecter les conventions… Tu verras à l’Olympia, je chante ces chansons… et le spectacle ressemblera à l’album.

Musicalement, c’est toujours pop rock ?

Oui, mais il sera peut-être un peu plus actuel dans le son que dans le précédent.

Que souhaites-tu à présent?

Trouver un tourneur pour faire des shows avec mon groupe en France.

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Après l'interview, le 12 avril 2019, au Pachyderme.

19 avril 2019

Thibault Eskalt : interview pour son premier EP "A la fin"

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(Photo : Sébastien Ruat)

42754149_2163058220435197_5852951650238464000_n.jpg(Pochette : Cara Mia & Joan Tosi)

Androgyne et exilé dans le silence du désert Islandais, Thibault Eskalt dévoile peu à peu une musique mystérieuse grâce un premier EP, A la fin. Les mélodies volent, sensibles et puissantes, l’émotion en lame de fond. Il chante la mélancolie, celle qu’on trouve au pays des terres brulées par le froid. Sa voix fait écho à Christophe, Bon Iver ou London Grammar, résonnant dans l’immensité. Elle recouvre des plages de synthés et s’élève parmi les guitares. La beauté puissante d’un chanteur qui incarne la solitude et qui rêve assez haut pour guider ceux qui restent à marée basse.

(Son premier clip « Quelqu’un qui m’entend » s’approche des 50 000 vues et c'est très rare pour un artiste "émergent". Il est visible plus bas).

Thibault Eskalt est un immense coup de cœur. Je l’ai donc rencontré.

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(Photo : Sébastien Ruat)

46131283_2254855047922180_8906490724145430528_n.jpgBiographie officielle (photo : Juliette Monier):

C’est sous le pseudo Eskimo que Thibault Eskalt fait ses armes dans les petites salles, les bars et dans le métro Parisien.

En 2013, on l’aperçoit sur la scène des Trois Baudets. L’image, le son et les textes fusionnent déjà pour laisser entrevoir un univers onirique, spatial et envoutant. Sa voix cristalline, repose sur un jeu de guitare aérien, simple et magnétique. Les observateurs lui trouvent la sensibilité de Christophe mais aussi la puissance de Thom Yorke.

Au début, il arpente les couloirs des fiefs de la musique actuelle à Paris, le FGO Barbara, la Manufacture Chanson et le Studio des Variétés. Plus tard, il fera partie du dispositif d’accompagnement Le Labo à Lyon et bénéficiera de journées de résidence à La Vapeur à Dijon.

A partir de 2015, il voyage beaucoup en Europe. C’est sur la route et dans le froid qu’il devient Eskalt. Après s’être exilé en Islande, il entre en résidence aux Studios La Mante à Paris, soutenu par Bidge, musicien, producteur et directeur des lieux. Les guitares s’envolent, les synthés s’installent, la batterie laisse place aux rythmes électro. Les ambiances sonores deviennent cinématographiques, bande son d’un voyage au milieu des cratères. En résulte l’EP A la Fin, dont la sortie est prévue en 2019.

Les concerts se multiplient et en avril 2019 sort "Quelqu’un qui m’entend", premier extrait de l’EP accompagné d’un clip épique présentant l’artiste échoué au milieu des falaises.

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(Photo : Sébastien Ruat)

IMG_7150 (2).JPGInterview :

Tu as commencé à chanter en 2008.

Je travaillais avec le Conservatoire de Dijon dans un cursus qui s’appelait « L’atelier chanson ». Au début, je n’avais pas un très bon niveau, mais un bout de la deuxième année, il a commencé à devenir respectable. J’ai vite monté des groupes dans la région. Un jour, Yves Jamait m’a conseillé de faire ma route tout seul. J’ai suivi son conseil. A 21 ans, je suis allé à Paris. Je me suis présenté à La Manufacture Chanson et j’y suis resté deux ans. J’étais très créatif, mais je cherchais mon univers. C’est là que j’ai trouvé ma voix, ma façon d’écrire et de composer… et aussi mon premier pseudo, Eskimo.

C’est amusant parce qu’à Dijon, tu étais dans un univers très chanson, alors que ce n’était pas du tout ta culture musicale.

Jusqu’à 18 ans j’écoutais uniquement de la musique anglo-saxonne, de la folk, de la pop, du rock… et je ne connaissais rien en chanson française. Quand il a fallu que je chante du Yves Jamait ou Les Ogres de Barback, j’étais complètement à côté de la plaque. La première fois où j’ai commencé à être satisfait de moi, c’est quand j’ai chanté « Les dingues et les paumés » de Thiéfaine. Je chantais dans les graves. Là, il y avait un truc dans la musicalité que je comprenais.

Du coup, pour être plus en phase avec la chanson, tu as participé à des ateliers d’écriture.

Oui, ceux d’Allain Leprest et de Rémo Gary. Je suis allé chercher dans la poussière de la chanson française pour pouvoir comprendre cet art, comprendre ce qu’était une structure, ce qu’était un format. Je voulais absolument maîtriser cet art et cette tradition avant d’aller vers mon propre univers.

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(Photo : Sébastien Ruat)

De 2013 à 2015, tu es entré en accompagnement au FGO-Barbara.

Là, j’ai travaillé mon son de guitare. A la suite de ça, j’ai monté un trio avec lequel on a pas mal tourné sur Paris.

Ensuite, tu es parti vivre en Autriche.

Oui, et j’ai aussi voyagé en Irlande, en Islande…

C’est sur la route et dans le froid que tu deviens Eskalt.

J’ai fait un road trip jusqu’aux montagnes du Tyrol. J’ai remonté par le nord de l’Autriche en ne prenant que les petites routes. Alors que je dormais dans ma voiture depuis quatre jours, dehors tout était noir et froid. Les essuies glaces se battaient avec la neige contre le pare-brise. Bon Iver chantait dans les enceintes, la bande son parfaite pour un road trip. J’étais fatigué, je me nourrissait de cacahuètes et de bananes depuis 4 jours. Je n’avais que l’horizon et mes rêves pour compagnie. Je passais la nuit sur la banquette arrière, enroulé dans mon sac de couchage, j’allumais le moteur toutes les heures pour faire tourner le chauffage. Pas un signe de vie, juste du noir et du froid. Comment m’étais-je retrouvé là? Est-ce que j’avais suivi mes rêves trop longtemps pour qu’ils me sèment en chemin ? Le matin s’éveillait. Un no-man’s land de végétation s’étirait devant moi et, à une centaine de mètres, un lac. Il était gelé, bleu et blanc avec des canards, des poules d’eau et des biches qui marchaient sur l’eau. Je parlais tout seul. Il faisait froid, « Es ist kalt » en allemand. Ça a donné mon nom d’aujourd’hui.

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Ensuite, tu reviens en France.

Je m’installe à Lyon et je décide d’apprendre d’autres instruments. J’avais appris à chanter, écrire et travailler le son, mais j’ai ressenti le besoin de devenir plus musicien. Comme je n’avais jamais fait d’étude musicale, j’étais encore trop dépendant des gens autour de moi.

C’est ainsi que tu rejoins le dispositif d’accompagnement Le Labo (Le Labo s'adresse aux jeunes artistes créateurs (groupe ou solo) en musiques actuelles amplifiées (Rock, Chanson, Pop, Garage rock, indie, Folk, etc.))

Cela m’a permis de sortir de la chanson traditionnelle. J’ai travaillé d’autres instruments, comme la batterie, le clavier et la musique par ordinateur. Grace au Labo, j’ai pas mal tourné aussi.

Au même moment sort aux Etats-Unis ton titre « Je ne dors plus » sous le label New Yorkais Estime Records.

C’était un morceau qu’on avait fait avec mon trio. Ce label voulait faire une compilation de chanson mondiale et moderne par des amateurs. On pouvait écouter cette compilation sur Deezer.

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(Photo : Sébastien Ruat)

En 2016, tu rencontres ton complice Bidge, musicien, producteur et responsable des Studios La Mante à Paris.

Après un concert, il m’a proposé que l’on travaille ensemble parce qu’il trouvait mon projet intéressant. Grace à lui, je ne pars plus dans tous les sens et mes chansons se sont affinées. Le son et ma voix sont devenus plus précis. Il a apporté de la simplicité et de la maturité à ce projet.

Pour ce premier EP, tu as fait appel à des paroliers.

Thierry Surgeon a écrit « Quelqu’un qui m’entend », « A la fin » et « Entre nous c’est mort ». Quant à Jeff Demara, il est l'auteur de « Le soleil mort ». Moi, j’ai écrit « Scaphandre ». Ouvrir la création à d’autres personnes m’a ouvert le champ des possibles. Ses chansons m’ont permis de passer un cap que je n’arrivais pas à atteindre.

Clip de "Quelqu'un qui m'entend"... près de 50 000 vues!

Tu parles beaucoup d’amour dans tes chansons.

Oui, à part le cri/l’appel, que je lance dans « Quelqu’un qui m’entend ». J’ai voulu raconter ma solitude d’artiste. Cette chanson m’a boosté et m’a permis de sortir de ma tanière. Elle prouve que je suis mûr et prêt. J’évoque « un passage » dans la chanson et l’EP s’intitule A la fin. C’est un cycle qui se termine pour laisser la place à un nouveau.

« Entre nous c’est mort » raconte la fin d’une histoire d’amour.

Il s’agit surtout de la culpabilité de mettre fin à une relation.

Et « Le soleil meurt » ?

Ça parle de l’insomnie, de la fin du désir, de s’adonner à l’alcool. La fuite d’un amour par la cuite… C’est une période de la vie où tu cesses d’être lumineux… ou même tu t’autodétruis. Derrière la solitude de l’homme, malgré tout, il y a cette femme qui l’aide à se maintenir. En règle générale, dans mes chansons, j’aime bien illuminer la noirceur.

« Scaphandre » est la chanson qui te correspond le plus ?

Certainement, parce que je suis l’auteur du texte. « Je me sens bien dans mon scaphandre », c’est aussi la volonté de dire « je suis seul, mais je me sens bien dans ma peau ». Ce n’est pas parce que je raconte des histoires « dark » que je vais mal.

Je suis fan de ta voix, tu le sais. Tu m’as dit que tu as eu du mal à la trouver…

Ça peut paraître ridicule mais j’ai vécu ça comme un voyage chamanique, comme la découverte d’un super pouvoir. Quand j’étais à la Manufacture Chanson, je passais tous les soirs en studio à bidouiller et à chanter jusqu’à pas d’heure. Je pouvais passer par des états de transe. Un jour, je suis ressorti avec cette voix-là.

Que souhaites-tu à présent ?

Vivre décemment ma vie de chanteur.

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Après l'interview, mars 2019, au Pachyderme (Paris).

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17 avril 2019

Les Louanges : interview pour La nuit est une panthère

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(Photo : Jean-François Sauvé)

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreLes Louanges est le buzz musical québécois de l’année (avec Hubert Lenoir). Seulement quelques mois après sa sortie, son premier album La nuit est une panthère s’est taillé une place sur plusieurs palmarès/prix importants dans son pays. Il est clair qu'aucun artiste n’avait produit ce genre de musique avec autant de finesse et de singularité au Québec.

"La nuit est une panthère est l’album que Les Louanges voulait faire depuis longtemps. Tantôt terre-à-terre, tantôt surréalistes et poétiques, les 14 morceaux témoignent de l’étendue de son talent. Il chante en français et fait partie de la nouvelle génération d’artistes du Québec qui n’hésite pas à déconstruire les genres. Il fait voyager le public à travers ses sonorités éclectiques, tout en gardant des références bien locales à travers ses paroles."

Récemment, il s’est envolé pour la France, pour une série de six spectacles, dont une participation aux INOUïS du Printemps de Bourges demain. Il sera de retour au Québec en mai pour poursuivre la tournée et mettre la touche finale sur son plus gros spectacle en carrière : un concert en tête d’affiche au Club Soda le 18 juin, dans le cadre des Francos de Montréal.

J’ai rencontré Les Louanges hier (le 16 avril 2019) dans un hôtel de la capitale juste avant qu’il ne parte à Bourges.

Son disque est à découvrir ici.

Biographie officielle (Photo de droite : Jean-François Sauvé):les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Les Louanges, c’est Vincent Roberge pis c’est tout. Multi instrumentiste qui joue un peu de tout en studio et qui s’entoure d’autres musiciens sur scène, Les Louanges a balancé un premier EP, Le Mercure, sur son Bandcamp en 2016 avant de le sortir de façon plus officielle l’année d’après avec une cinquième chanson, « Encéphaline ». Il a d’ailleurs été récompensé du Prix de la chanson SOCAN pour celle-ci.

Finaliste aux Francouvertes (2017) et au Festival International de la Chanson de Granby (2015), l’artiste originaire de Lévis, maintenant établi à Montréal, entame un virage vers des sonorités s’apparentant davantage à un chillwave teinté de R&B et de hip-hop sur son premier album La nuit est une panthère sorti en septembre 2018.

Présentées à cinq reprises aux Transmusicales de Rennes en 2018, les pièces de l’album oscillent entre pop et jazz (la pièce « Jupiter »), avec un penchant assumé pour le R&B (« Westcott »), le hip-hop (« Tercel ») et le chillwave. Inspiré par les grands de la musique contemporaine tout comme la nouvelle génération d’artistes aux idées avant-gardistes, le jeune auteur-producteur cite Frank Ocean, Hiatus Kaiyote, BadBadNotGood et Robert Glasper dans ses influences principales.

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les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreInterview :

Tu as 23 ans. Quand as-tu commencé la musique ?

Dès l’âge de 9 ans, j’ai pris des cours de différents instruments. En secondaire, j’ai fait partie de quelques groupes. J’ai aussi beaucoup joué dans la rue. Ce qui sûr, c’est que j’ai toujours su que j’allais gagner ma vie en faisant ce métier.

Tu as fait des études de jazz, je crois.

Oui, quand j’étais entre le lycée et la Fac.

Tes parents t’ont encouragé ?

Ils ont été très cools avec moi. Mes parents sont graphistes avec une vraie fibre artistique. Ils ont leur propre entreprise et aiment faire leur travail en toute indépendance. Ils me laissent donc faire ce que je veux. J’avais la bonne famille pour pouvoir foncer en toute confiance.

Ta sœur aussi fait de la musique.

Oui, c’est surprenant que les deux enfants fassent de la musique, car mes parents ne sont pas du tout musiciens.

Clip de "Pitou".

J’ai écouté et lu les paroles de tes chansons. Il y a un mélange de français, d’expressions québécoises les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreet un peu d’anglais, du coup, ça donne un style littéraire unique.

Notre façon de nous exprimer peut faire peur, mais ça reste essentiellement la même langue, on a juste enlevé quelques lettres et on utilise les mots anglais dans une espèce de syntaxe francophone. On ne capte pas toujours tout bien, mais après plusieurs écoutes, je t’assure qu’on finit par tout saisir (rires). J’ai une amie qui étudie la littérature à la Sorbonne et on a beaucoup de discussion sur ce que la langue québécoise pourrait apporter à la langue française. Nous, quelque part, on écrit et on parle du français américain. Ça fonctionne super bien avec la musique que je fais en tout cas. Il y a beaucoup de contractions, ça rebondit bien, ça se place bien, ça va droit au but dans une chanson.

Il y a des chansons « poétiques » et des chansons plus « premiers degrés ».

Il y a 50% de chaque. J’aime bien partir dans des textes qui n’ont pas nécessairement de sens, parce qu’ils n’en ont pas besoin, mais j’aime aussi raconter ma vie plus concrètement.

Clip de "Tercel".

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreTu écris facilement ?

Non. J’ai un procédé affreusement lent. C’est stressant pour mes deadlines. Je me considère plus comme un musicien que comme un auteur. J’ai amorcé quelques études en littérature, mais j’ai surtout passé ma vie à jouer de la musique. Ecrire sur une musique, je vois ça comme un long puzzle qui prend forme tranquillement dans ma tête. A un moment donné, la chanson apparait. Mais parfois, il faut que je sois patient.

Tu es aussi exigeant avec toi-même musicalement que textuellement ?

Oui, c’est ça. La musique me vient facilement, mais les textes non. Comme je fais de la musique comme je ne l’entends pas ailleurs en ce moment, j’essaie de trouver le moyen de tordre la langue sans trop la tordre, la rendre actuelle dans le style de musique que j’aime et que je joue.

Clip de "DMs".

Parfois, tu ne te dis pas que tu vas trop loin dans l’originalité ? les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Non, je me trouve encore trop facile. Je veux aller beaucoup plus loin. J’ai envie d’oser de plus en plus. Mon but est que ma musique soit accessible d’écoute, mais qu’elle soit très riche… que l’on puisse la décortiquer et que l’on trouve 1000 choses à l’intérieur.

Comment définis-tu ta musique ?

J’estime avoir fait un album à mi-chemin entre une musique alternative et du hip hop. Je voulais plaire à ceux qui aimaient la musique de l’artiste québécois Philippe Brach et ceux qui aimaient Alaclaire Ensemble. Le premier album que j’ai acheté dans ma vie, c’est Demon Days de Gorillaz. Damon Albarn a toujours invité des musiciens de styles différents, ce qui a produit des albums difficile à catégoriser… « Plastic beach », tiré de l’album du même nom, ça commence avec un orchestre indien puis Snoop Dogg rappe dessus. Dans la francophonie, on n’ose pas faire des trucs délirants comme ça, moi, je tente.

Clip de "La nuit est une panthère"

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreTu ne fais aucune concession musicale histoire d’avoir un public très large. C’est rare.

Je n’ai jamais fait de choix artistique par rapport à ce que pourraient penser les gens qui m’écoutent. Je ne veux pas faire de la musique pour être populaire, j’ai toujours fait de la musique que je voulais entendre. Au Québec, il me semble que nous avons moins le poids de la tradition. Notre histoire est assez récente alors, on peut se permettre de tout inventer.

Au Québec, tu fais la collection des prix musicaux. C’est quasiment du jamais vu !

Oui, ça va bien, merci (rires). Cette dernière année, j’avoue, j’ai été gâté. Il y a quelques jours, j’ai reçu le prix Rapsat-Lelièvre (un prix attribué pour souligner l’excellence d’un album de chansons. Il est remis chaque année, en alternance, à un artiste québécois à l’occasion des Francofolies de Spa, et à un artiste de Wallonie-Bruxelles, au Coup de cœur francophone de Montréal.)

Clip de "Westcott".

Est-ce que tous ces prix te permettent de te considérer comme légitime de faire ce métier ?les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Ça fait du bien d’avoir ce genre d’approbation. Les prix qui m’ont le plus touché, ce sont ceux qui m’ont été donnés par mes pairs. Quand des artistes que j’aime beaucoup me témoignent leur vif intérêt pour mon travail, ça me fait très plaisir.

Tu te sens proche de qui chez les artistes québécois ?

Il y a une cuvée d’artistes née en 1993, 1994, 1995, dont la musique fonctionne bien en ce moment. Je suis très pote avec Hubert Lenoir, par exemple. Il était là comme spectateur hier à mon show à la Boule Noire. Je suis content de faire partie de cette vague-là. Il me semble être dans le bon créneau, à la bonne vitesse.

Clip de "Drums" (feat. Maky Lavender).

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Après l'interview, le 16 avril 2019.

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14 avril 2019

Florent Vollant : interview pour Mishta Meshkenu

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(Photos : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorAuteur-compositeur-interprète (reconnu du public et des médias aussi bien que des communautés autochtones et non-autochtones) et lauréat du prix du jury européen SODEC/Bourse Rideau en février 2018, Florent Vollant est venu présenter le 18 mars dernier aux Trois Baudets son 6e album Mishta Meshkenu (paru au Canada le 28 septembre 2018), salué par la critique et très apprécié du public.

Un folk délicat chanté en innu, des harmonies étincelantes et des mélodies fines, Mishta Meshkenu (que vous pouvez découvrir ici) c’est aussi une incursion au cœur des ambiances de la culture des Premières Nations avec un son folk, country et même tex-mex. Ses textes visent notamment à partager le vécu des communautés ainsi que la volonté de sauvegarde culturelle historique et linguistique. Complètement inconnu en France, j’ai profité de son passage éclair parisien pour rencontrer Florent Vollant, artiste mythique dans son pays.

Biographie officielle : florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor

Auteur, compositeur et interprète d’origine innue, né au Labrador,Florent Vollant, grandit sur la réserve Maliotenam, à l’est de Sept-Îles. Il amorce sa carrière musicale dans le milieu des années quatre-vingt et contribue alors à la création du Festival Innu Nikamu qui, depuis 1984, réunit annuellement de nombreux musiciens et chanteurs des diverses nations amérindiennes. Avec un autre jeune Innu, Claude McKenzie, il forme le duo Kashtin, premier groupe autochtone du Québec à être reconnu à l’échelle internationale au milieu des années 90.

Véritable icône innue, représentant réputé de la culture innue et des communautés des Premières Nations, son parcours exceptionnel lui valent de nombreuses distinctions prestigieuses, tant pour son engagement auprès des jeunes artistes autochtones, et la défense/préservation de la culture innue, que pour sa production discographique.

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(Photo : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorInterview :

La langue innue reste difficilement en vie. Pourquoi ?

Parce qu’il y a de plus en plus de jeunes de chez nous qui délaissent cette langue et cette culture. C’est une culture de territoire, de montagnes, d’immensité, de grands lacs, de rivières, d’animaux… Les jeunes quittent de plus en plus notre territoire. Moi, je veux tenir vivante cette culture le plus possible.

Votre disque m’a fait partir dans ces fameux territoires que je ne connais pourtant pas sans être pour autant trop dépaysé. C’est une curieuse sensation.

Parce que je fais du country, du folk un peu bluesy… ma musique est tout à fait accessible à tout le monde.

Mais moins la langue. florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor

Si, parce que je crois à la langue du cœur. Avec ce que je transmets, je suis convaincu qu’on peut comprendre mes propos. Je suis sur la route pour chanter depuis l’âge de 18 ans et souvent pour me produire devant des personnes qui ne parlent pas innu. J’ai développé une capacité de transmission et de « raconter ». Sur scène je raconte ce que je chante.

Et vous chantez quoi principalement ?

Le territoire, mes parents, la résilience, la communauté Innue… et le tout avec beaucoup de compassion et de fraternité.

Clip de "Mes blues passent pu dans porte", l'une des deux chansons interprétées en français.

Il y a beaucoup de spiritualité aussi.

Nous n’avons pas une religion, mais plusieurs croyances basées sur l’entraide et le partage.

J’ai entendu dire que la religion catholique s’était imposée chez vous.

Oui, mais nous avons des rituels traditionnels qui n’ont rien à voir. On a l’esprit des animaux avec nous.

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(Photo : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorPour vous, la nature et l’écologie sont des sujets essentiels.

Nos grands-parents ont vécu de chasse et de pêche. Il n’y avait pas autre chose à manger que le caribou, le saumon, le lièvre, la perdrix… Enfant, j’ai grandi avec cette nourriture-là. Les choses ont changé aujourd’hui parce que des gens sont venus nous imposer leur religion, leur langue, leur mode de vie, leur culture. On a perdu beaucoup au contact des premiers arrivants. Notre territoire est occupé par de grosses compagnies minières, il y aussi des gros barrages hydro-électriques, donc notre culture est confronté à ces gros projets. Nous sommes en lutte constante pour la survie et pour défendre notre territoire très sollicité.

Vous, Florent, vous faites partie de l’imagerie du Québec.

C’est vrai. J’ai reçu beaucoup de prix et de reconnaissances officielles. Je crois qu’avec Claude McKenzie et notre duo Kashtin on a fait des choses biens. Nous avons chanté notre coin de pays dans notre langue à travers la planète, pour faire connaitre notre attachement à la culture Innu. À la fin des années 1980, notre chanson "E Uassiuian" (« Mon enfance ») a fait le tour du monde. Depuis quelques années, nous faisons carrière chacun de notre côté.

Clip de Kashtin, "E Uassiuian".

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorVous avez reçu récemment la médaille d’or du Lieutenant-gouverneur du Québec. C’est une très haute distinction.

Au cours de mon parcours, on a reconnu mon travail. Je n’ai évidemment rien demandé.

Dites-moi les principaux prix qui vous ont touché.

J’ai peur que cela fasse prétentieux de dérouler tout ça… En 1994 déjà, j’ai été nommé « Artiste pour la paix » pour ma défense de la nature et des rivières québécoises. Mais plus récemment, en mai 2017, j’ai reçu le titre de Compagnon des arts et des lettres du Québec, importante distinction accordée par le CALQ. J’ai été récompensé des prix du « Meilleur Artiste » et du « Meilleur Album » pour Puamuna au Gala Teweikan, l’automne suivant. L’année dernière, j’ai été lauréat du Prix du jury européen SODEC-Bourse Rideau et, en juin dernier, j’ai reçu la prestigieuse Médaille dont vous venez de me parler.

Lancement de l'album Retrouvailles de Gilles Vigneault. 15 avril 2010 à l'Auberge Saint-Gabriel.

Alors qu’au Québec, tout le monde vous connait, en France, ce n’est pas le cas. Ça vous fait bizarre deflorent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor devoir vous présenter et repartir à zéro ?

Personne ne me connait ici et c’est très bien comme ça. Je fais de la musique et je veux rester l’esprit libre. Je viens ici parce que j’aime faire de la musique. Je viens ici parce qu’on me propose une salle. Je viens ici parce que c’est le début d’une tournée française, puis francophone. Je propose un voyage, une histoire et c’est tout ce qui m’importe. J’ai juste besoin de rencontrer un nouveau public. La notoriété n’a que peu d’importance.

Vous ne dites jamais le mot carrière. Pourquoi ?

Je n’ai pas ça dans mon esprit. Je suis un nomade qui a la chance de faire de la musique et que la musique amène un peu partout. Je suis la musique. La musique chez nous est une médecine. La musique traditionnelle soigne. Alors, maintenant, je gagne ma vie à faire chanter, à faire danser, à faire rêver les gens… je suis heureux de cela. C’est mon privilège.

EPK de l'album Mishta Meshkenu. A voir absolument, car très complémentaire de ma mandorisation. J'ai ôté de mon interview personnelle les nombreux propos  communs qu'il tient sur cette vidéo pour qu'il n'y ait pas de redondance. 

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorEst-ce que dans votre musique il y a quelque chose de l’ordre du chamanisme ?

(Long silence.) Chez nous, la musique, c’est une prière. Les ainés m’ont fait comprendre que quand tu chantes et que tu fais danser les gens, tu as un pouvoir. Tu es un rassembleur. Chez nous, les rassembleurs sont respectés. Il y a un esprit qui m’anime, c’est ça que je veux transmettre.

Pourquoi faites-vous ce métier, au fond ?

Ce n’est pas ce que j’aurais voulu faire. Sans aucune prétention, la musique m’a choisi. C’est devenu ma vie. Ce n’est pas tant que je sois si talentueux, c’est que j’aime ça plus que les autres. Ça fait presque 50 ans que je suis sur la route et je veux à chaque fois faire du bien aux gens qui viennent me voir.

Comment trouvez-vous le monde d’aujourd’hui ?

C’est le chaos. Mais dans mes chansons, je veux parler d’espoir. S’il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus de musique. Je place beaucoup d’espoir dans les prochaines générations. J’ai beaucoup d’espoir quand je les vois marcher pour la planète. J’ai beaucoup d’espoir quand les jeunes s’ouvrent et ils s’ouvrent de plus en plus. Ce sont eux que je veux nourrir d’espoir et que je veux inspirer.

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Le 18 mars 2019, aux Trois Baudets, après l'interview. 

13 avril 2019

Serge Utgé-Royo : interview pour La longue mémoire...

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(Photo : Roger Pichot)

serge.jpgAuteur, compositeur, interprète, comédien, traducteur… Serge Utgé-Royo a aujourd’hui à son actif 17 disques, plus de 200 chansons, des milliers de scènes (France, francophonie, Europe…), plus de 500 000 téléchargements, 2 DVD, 6 livres (romans, contes ou recueils), des rôles et des chansons pour le cinéma et le théâtre.

Dans son nouvel album, La longue mémoire… Serge Utgé-Royo a écrit tous les textes, excepté l’un d’entre eux écrit par le poète libertaire et pacifiste Eugène Bizeau. Les musiques sont signées Utgé-Royo et Léo Nissim, pianiste et orchestrateur. Ils se sont entourés de Jean My Truong (batterie), Jack Ada (guitares), Pascal Sarton (basse, contrebasse), Deborah Nissim (claviers), Gérard Carocci (percussions), Francis Danloy (accordéon).

Serge Utgé-Royo est l’un des derniers artistes à perpétuer une chanson anar, engagée et poétique. Je l’ai retrouvé, accompagné de sa productrice Cristine Hudin et de son attaché de presse, Eric Durand, le 5 mars dernier dans un bar de la capitale.

Avant-propos du disque par Serge Utgé-Royo :couv-la-longue-memoire.jpg

Un dix-septième disque de chansons : est-ce bien raisonnable ?… Quand les musiques volent par les airs, « dématérialisées » et « gratuites », quand les chants disparaissent sous les niaiseries radiophoniques et les tubes à danser… Faut-il encore enregistrer et éditer des chansons sur des CD en plastique, avec des livrets que peu d’amateurs liront ?
Pour faire fi de ces questions, je suis entré en studio avec mes compagnons et compagnes et j’ai eu le bonheur d’y faire ce que je voulais. La mémoire a guidé, encore une fois, mes paroles ; Léo Nissim a composé un grand nombre de mélodies, en ami très proche et très sensible aux images des mots…
Et, pour faire un pied de nez aux marchands, j’ai décidé de faire un gros livre-disque, avec beaucoup de mots – qui rebuteront sans doute quelques paresseux – et des photos, et des reproductions d’œuvres peintes, et des dessins d’autres compagnons de route.
Les amis musiciens de haute volée sont venus jouer avec moi, rire et sourire, enrichir les accords et les notes. Et ça donne La longue mémoire... nostalgique, impertinente, émue, riante et humaine, simplement.

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(Photo : L'Echo)

53735572_774534942932583_4030833941236678656_n.jpgInterview :

Contrairement à vos précédents albums, vous avez ajouté le nom de Léo Nissim sur la pochette. Pourquoi ?

Pour lui rendre justice. Il ne fait pas que m’accompagner, il réalise aussi les arrangements. Il met sa patte à ce que j’écris et ce n’est pas rien. Sur le précédent disque déjà, sur la pochette, je l’avais indiqué en tant que directeur musical. Je trouve cela juste.

Quelle grande carrière vous avez !

Grande n’est pas le terme que j’aurais utilisé spontanément. J’aurais plutôt dit « longue ». Je suis heureux d’avoir pu m’exprimer. J’ai eu une chance extraordinaire et je le sais.

Et ce n’est pas fini. Vous êtes un chanteur anarchiste. Vous acceptez que l’on vous présente ainsi ?

Si je ne revendique pas cette appellation, je l’accepte parce que c’est la réalité des faits en ce qui concerne la philosophie politique qui me gêne le moins. Je ne me considère pas comme un chanteur anarchiste, mais comme un chanteur.

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Mais vous êtes un chanteur qui refuse de chanter des chansons sans consistance sociétale ou politique. 53274761_774535076265903_8640223728413704192_n.jpg

Disons qu’il y a des endroits où mes chansons ne peuvent pas passer. Elles sont trop politiques dans certains lieux. Un jour, un programmateur d’une salle de Neuilly est venu me voir. En sortant, il a dit à Cristine qu’il avait aimé le spectacle, mais que s’il me programmait, il sautait.

Il n’y a pas que de la chanson politique dans vos chansons, mais pourquoi avez-vous choisi d’en faire votre marque de fabrique ?

J’étais beaucoup plus pamphlétaire quand j’ai débuté. Là, je continue, mais je me suis calmé. Les chansons étaient mon arme politique. On peut tuer avec les mots, certes pas aussi vite et aussi facilement qu’une sulfateuse… Je suis sensible à ce que les gens me disent, à ce que certains artistes expriment. Ca me touche et parfois j’y repense après. J’espère que je provoque cela moi aussi.

Vous vouliez changer le monde ?

Oui, d’ailleurs, je le souhaite encore.

Vous considérez-vous comme un poète ?

Le dire serait prétentieux. Pour moi les mots sont importants parce que j’aime beaucoup la langue française. Malheureusement, aujourd’hui, elle perd de son importance au profit de l’image. L’image me touche aussi, mais c’est très réducteur.

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5 (2).jpgJ’ai lu dans une dépêche AFP vous concernant : « A la marge du show-biz, Utgé-Royo apporte la preuve qu’un artiste de variété peut exister sans se conformer aux exigences du système… » Artiste de variété, ce n’est pas ce que j’aurais dit de vous.

C’est un terme qui a vieilli, mais à une époque il voulait dire des choses. Ce n’était pas forcément péjoratif.

Non, mais la chanson dite à texte et politisée, je ne la classe pas dans cette catégorie-là.

J’aime beaucoup la variété, mais en effet je n’ai pas l’impression de faire la même chose. Je suis fidèle à ce que j’ai aimé comme expression politique et sociale à une époque. Rien ne m’a fait dévier de cette séduction. J’ai été séduit par des idées de liberté dans toute son essence. La recherche de la liberté dans la société, mais aussi la recherche de la liberté d’expression. Je suis toujours bien à l’aise dans ce que je défends. Je dois être un vieux con (rires).

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A l'Européen à Paris (photo : Eugenio Prieto Gabriel)

Votre public est très fidèle en tout cas.7 (2).jpg

Avec ce que je chante aujourd’hui, je suis épaté qu’il y ait encore des gens qui fassent la queue pour venir écouter mes chansons.

Peut-être qu’on a besoin d’intelligence, tout au moins de propos sur lesquels on peut réfléchir ?

Il y a des gens qui ont besoin de ça… comme moi j’en ai besoin. Mais je suis obligé de constater que dans mon public, il y a beaucoup de cheveux gris et de cheveux blancs. Je veux dire par là qu’il n’y a pas beaucoup de jeunes. Il y en a un peu, mais j’aurais aimé en voir plus.

Vous, vous écoutiez vos ainés contestataires comme Léo Ferré?

Bien sûr, mais pas uniquement. J’ai eu la chance de naître à une époque où la variété était de haute tenue. Aznavour était un grand écrivain de chansons. J’écoutais aussi Brassens, La Callas, Luis Mariano. J’ai toujours eu des goûts éclectiques.

Vous avez raison, heureusement qu’il n’y a pas que de la chanson à texte intelligente.

Oui, heureusement. Je suis un citoyen lambda qui écoute de tout.

Audio de "Les petits étrangers".

Revenons à votre nouvel album. Dans « Les petits étrangers », vous évoquez un sujet qui vous touche, les exilés.

Je suis enfant d’exilé, alors je me sens très proche humainement de ces gens. Je n’épouse pas toutes les raisons pour lesquels ils sont partis de chez eux, mais je comprends la douleur de l’arrachement. C’est un sujet que j’ai traité dans trois chansons de ce disque, c’est dire si cela me touche.

Dans « Ils n’ont pas d’avenir » vous évoquez l’après tuerie de Charlie, des terrasses de café parisiennes, du Bataclan…

Il y a des gens assassinés à Charlie Hebdo qui étaient des gens qui nous avaient accompagnés dans notre jeunesse. Parmi eux, quelqu’un que je connaissais personnellement, Tignous. Cela m’a ratatiné le moral. Après, j’ai été achevé, comme tout le monde, avec le Bataclan et les gens qui s’amusaient en terrasse du 12e arrondissement. J’ai écrit cette chanson en réaction au choc émotionnel ressenti.

Audio de "Ils n'ont pas d'avenir".

Dans « Ce mur n’est pas à vous », vous avez collé deux textes d’Eugène Bizeau. Cette chanson a une histoire.

Eugène Bizeau, mort à 106 ans, était un poète libertaire qui écrivait tous les jours. Tous ses textes, et ils étaient nombreux, ont été publiés en livre, en fascicule, dans des revues de poésie ou des journaux anarchistes comme Le Libertaire. Dans les années 20, Bizeau n’a pas du tout apprécié que le parti communiste, qui devenait important, s’accapare le mur des Fédérés dans le cimetière du Père-Lachaise pour ses cérémonies d’hommage aux Communards. Un jour de mai 1928, un article de L’Humanité a titré « Le mur est à nous ». Ulcéré par cette mainmise, excluant d’autres amis de la Commune, Bizeau a répliqué par deux textes, « Les accapareurs » et « Au mur des fédérés »… que j’ai donc repris.

Audio de "Ce mur n'est pas à vous".

Je ne peux pas ne pas vous poser la question parce que ce sont des personnes dont vous parlez dans vos chansons depuis longtemps. Que pensez-vous du mouvement des gilets jaunes ?

Il y a trois ans, je voyais des atteintes aux droits sociaux scandaleuses envers des gens qui en avaient besoin et je me demandais pourquoi ils ne se réveillaient pas. D’un seul coup, en novembre, arrive cette explosion de personnes qui, pour beaucoup, n’avaient jamais manifesté, jamais levé le poing, jamais gueulé. Enfin, il se passe quelque chose qui n’a jamais existé avant. Grand respect et chapeau bas pour ces gens qui se sont levés malgré ce que ça leur coûte en temps et en argent. Bien sûr, il y a des débordements et du cassage, mais il faut faire le distinguo entre les casseurs et les vrais gilets jaunes.

Vous chantez pour qui ?

Tiens ! Je crois qu’on ne m’a jamais posé cette question. Je chante pour moi.

C’est un peu égoïste, non ?

Oui. Je chante pour moi, pour être en accord avec ce que je pense et pour pouvoir dire, comme je le fais avec vous, ce que je pense en toute liberté. Sur scène, je balance mes mots et c’est le public qui écoute. Je les vois sourire et parfois, à la fin du spectacle, ils me disent « ce que tu as dit là, c’est ce que je pense ». Les retours me touchent profondément. Vraiment, c’est un acte égoïste.

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S’il n’y avait pas cet échange, vous n’écririez peut-être pas avec une telle passion.

Je ne me suis jamais posé cette question, mais c’est probable.

Etes-vous content de votre condition d’artiste en 2019?

Je suis satisfait et épaté d’être encore là et que des gens viennent me voir. C’est parfois un vrai effort à faire, alors je suis très honoré.

Parlons du magnifique livret. C’est une œuvre artistique.

Je suis ravi que vous l’ayez remarqué parce que c’est ce que je voulais. L’âge avançant, je me disais que c’était peut-être mon dernier disque de chansons originales. J’ai donc souhaité accueillir dans ce livret des tas d’amis artistes, peintres, dessinateurs, photographes. Je suis heureux qu’ils soient là.

On dit de vous que vous êtes le dernier des mohicans des chanteurs politiques.

Je suis un diplodocus en voie d’extinction (rires). Il n’y a plus de chanteurs comme moi parce que c’est difficile et pas vendeur du tout. Je préfèrerais que nous soyons plus nombreux à tenter de faire bouger les consciences.

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Après l'interview, le 5 mars 2019 au bar Le Pachyderme (Paris).

05 avril 2019

Frédéric Zeitoun : interview pour son album Duos en solitaire

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(Photo : Pierrick Bequet)

frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicQu’il soit sur un plateau (Télématin, C’est au programme sur France 2) ou sur une scène, Frédéric Zeitoun est un entertainer à l’énergie contagieuse. On le sait moins, mais cet homme de la télé mène en parallèle une belle carrière de parolier et de chanteur, interprétant depuis déjà 10 ans ses spectacles musicaux. Si Frédéric Zeitoun parolier de Hugues Aufray, Louis Bertignac, Carlos, Zaz, Charles Dumont, Frédéric François, Enrico Macias, ou dans un registre plus humoristique Laurent Gerra, a le sens de la formule, Frédéric le poète suggère plus qu’il ne formule.

J’ai mandorisé Frédéric Zeitoun il y a un an pour son spectacle En chanteur et pour l’ensemble de sa carrière (lire ici). Je crois que je peux affirmer que nous sommes devenus très amis depuis…

Bref, j’ai récidivé le 27 février dernier, cette fois-ci à l’occasion de la sortie de son premier album, Duos en solitaire (à écouter là). Il y chante avec (par ordre d’entrée en scène) : Charles Aznavour, Doc Gynéco, Lynda Lemay, Marie-Paule Belle, Yves Duteil, Michel Fugain, Enrico Macias, Manu Dibango, La chorale gospel de Rueil Malmaison, Oldelaf, Sanseverino et Philippe Lavil.

L’album (argumentaire officiel très écourté) :frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy music

1+1 = 2, vraiment ? Chez Frédéric Zeitoun, les additions ne sont pas qu’une simple histoire de chiffres et les équations de la vie riches en inconnues, comme le prouve cet album de duos conçu comme une symphonie chorale. En l’écoutant, on comprend rapidement que le duo n’est pas un face-à-face, mais un unisson. Et si on voulait vraiment coller à la logique mathématique, on préférait la notion de coefficient multiplicateur, de talent en l’occurrence.

Frédéric Zeitoun n’hésite pas à se mettre en scène pour questionner la société et aborder la thématique des différences. Pas de charges frontales ni de pathos chez cet homme qui fuit les regrets, mais des métaphores charnelles, de l’humour caustique et beaucoup d’autodérision.

frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicIl est souvent question de coups du sort, de montagnes russes, de remonter la pente. De vivre sans frein ni rétroviseur. Quelques larmes, mais aussi beaucoup de rires dans ses chansons. Musicalement, cet album dans une esthétique résolument intemporelle, au travers des harmonieux dialogues piano-accordéon, s’inscrit dans la grande tradition de la chanson française. De la variété aussi, dans tous les sens du terme, via les escales dans les rythmes caribéens ou les fièvres rockabilly.

Alors, ces duos tout sauf solitaires : des manifestes humanistes, hédonistes ? Non, Frédéric Zeitoun n’aime ni lews slogans ni les étiquettes.

Sur son dernier spectacle, il se présentait de la sorte : "Voyageur, écriveur, doux rêveur, total glandeur et matinal chroniqueur, Frédéric Zeitoun vous revient... en chanteur ". Il l’a toujours été.

Ce qu'en pense France Info:.

Chez Karl Zéro à Europe 1.

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(Photo : Pierrick Bequet)

frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicInterview :

Comment est arrivé ce projet ?

J’ai joué une année entière tous les dimanches à 18h à L’Alhambra. Au fil du temps, c’est devenu le rendez-vous des potes qui venaient chanter une chanson avec moi. Gérard Davoust, qui est mon éditeur et ami depuis de nombreuses années, venaient pratiquement à chaque représentation, y compris le 31 décembre. Un soir, Gérard rentre chez lui et je vais diner avec Gérard Capaldi, ami, réalisateur et compositeur émérite et Thierry Communal, mon frérot depuis plus de 30 ans. Les idées fuses et à un moment, Gérard me propose de faire des maquettes si je trouve deux ou trois personnes pour venir chanter avec moi. Il trouvait que faire un album avec d’autres artistes m’allaient bien. Thierry nous dit que son studio est le nôtre pour ce projet. Une semaine après, Gérard Capaldi et Thierry Communal se voient avec Gérard Davoust. Tous les trois ont décidé de foncer pour mener à bien ce projet d’album. Ça s’est vraiment fait aussi simplement que ça.

Les chansons qui figurent sur ce disque existaient déjà ?

Elles étaient toutes dans mon spectacle En chanteur, sauf « Duos en solitaire » que j’ai ajouté à la fin pour faire un pied de nez à la thématique du disque.

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frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicCet album s’ouvre sur le duo poignant, "Bien au contraire". C’est le dernier duo enregistré par le grand Charles Aznavour en mai 2018, soit quelques mois avant son départ.

C’est lui qui a fait la musique de cette chanson. Quand Gérard Davoust m’a dit qu’il acceptait de la chanter en duo avec moi, j’ai eu du mal à le croire. Sa seule condition était que nous venions enregistrer chez lui à Mouriès en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le 8 mai 2018 est une journée que je garderai à jamais dans l’agenda de mon cœur. On a passé un long moment fabuleux avec un monsieur gentil et drôle. Il a fait trois prises des trois refrains et c’était bon. Le 7 septembre, il est venu écouter le résultat et il était content. Il a été confondant de gentillesse. Je crois qu’encore aujourd’hui, j’ai du mal à réaliser le cadeau qu’il nous a fait. C’est une des plus jolies rencontres que la vie m’a offerte.

Dans « J’ai appris », tu chantes avec Yves Duteil.frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy music

Le texte de cette chanson, au départ, était prévu pour Céline Dion. Un jour, je le montre à Yves Duteil et il m’annonce qu’il va me faire une musique, toujours pensant que c’était pour Céline Dion. Renseignement pris, il s’avère que Céline Dion n’avait pas besoin d’auteurs, c’était une fausse rumeur véhiculée par la presse française. Avec Yves, on laisse donc tomber. Plusieurs mois passent, Jean-Claude Ghrenassia, le ils d’Enrico Macias, vient à la maison. Il découvre cette chanson et revient quelques jours après avec une magnifique musique. Là, nous sommes fin juillet 2018. Début août, Yves Duteil m’appelle et m’annonce que le fameux texte l’intéresse pour le chanter lui-même pour son propre album qu’il est en train de terminer. Je suis dépité parce que la musique était déjà faite depuis trois jours… Je lui explique et il me dit que c’est dommage. J’étais désolé parce que Duteil est un des auteurs que j’aime le plus. Etre chanté par lui aurait été un honneur.

Tu le revois quelques mois plus tard dans le Loft Music d’Yvan Cujious sur Sud Radio.

Yves Duteil m’invite dans cette émission pour chanter en duo une de ses chansons. Ensuite, j’ai l’opportunité d’interprété une chanson à moi. Je choisis « J’ai appris »… avec la musique qu’Yves ne connaissait pas. Duteil, très élégant, me dit à l’antenne qu’il n’aurait pas fait mieux. Un soir, je lui demande s’il veut bien la chanter pour mon disque, il m’a dit oui tout de suite.

C’est d’ailleurs le cas de beaucoup d’artistes. Ils ont accepté rapidement.

Ça m’a énormément touché parce que je n’ai rien prouvé en tant qu’interprète. En tant qu’auteur oui, mais pas en tant qu’interprète, j’en ai totalement conscience. La confiance de ces artistes installés pour la plupart depuis plusieurs décennies était là. Ça m’a fait chaud au cœur qu’ils prennent le risque de chanter avec un « débutant » en la matière.

L'EPK de Duos en solitaire.

frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicTe sens-tu légitime dans le métier de chanteur ?

C’est une vraie question. Quand on a trente ans de carrière et qu’un artiste te dit qu’il ne se sent pas légitime, on sait bien que c’est de la coquetterie. Moi, par exemple, je me sens légitime en tant qu’auteur, je n’ai pas peur de le dire. Je gagne ma vie en écrivant depuis des années, je ne vais pas faire semblant de ne pas me sentir légitime dans ce domaine. Mais en tant qu’interprète, je peux te dire que je ne me sens pas au même niveau que les autres. Bien sûr que j’aimerais que cet album trouve son public, mais d’avoir mené à bien son existence, avec tous ces grands chanteurs, c’est déjà une réussite. Le cadeau est là : j’ai chanté avec tous les gens que j’adore.

Parmi ces artistes, je ne m’attendais pas à entendre Doc Gynéco. frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy music

Je devais faire une interview de Doc Gyneco pour l’émission de Sophie Davant. Je lui donne rendez-vous à 11h du matin dans un bureau du 7e étage de la SACEM. Il arrive, mais pas tout à fait en état de faire l’interview. Il est très drôle, très bien élevé, très érudit, mais il répond à des questions que je ne lui ai pas posé. Il est joyeux, éclate de rire toutes les cinq minutes. Je sentais qu’il était bien et qu’il avait envie d’être là. Je te passe les détails, mais à la fin, il me dit qu’il aimerait bien que l’on reste en contact. Le soir, je bosse sur l’album et sur la chanson « Comme tout le monde », je ne savais pas avec qui la chanter. Je repense à Doc Gynéco et, justement, comme il n’est pas comme tout le monde, je l’appelle. Après avoir lu le texte, il me rappelle et il me dit : « ça ressemble à du Souchon, je vais être ton Voulzy ». A la séance, malgré ses 4 heures de retard, il a été charmant, super professionnel, attentif à ce qu’il faisait. Je pense que c’est quelqu’un qui joue beaucoup avec lui-même et avec son image. Il est beaucoup plus sérieux et attentif aux autres qu’il ne le montre en public.

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Dans le métro depuis hier...

Tu as signé dans une maison de disque un peu branché, Roy Music. C’est amusant parce que tu es plus dans la chanson française intemporelle.

Je ne suis pas branché, mais les deux responsables de ce label ont accepté le projet très rapidement. J’avoue en être étonné.

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frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicJe vais dire la vérité ici. On se connait bien. Un soir de novembre, tu m’as invité chez toi et tu m’as fait écouter tes chansons. J’avais dans l’esprit que ça allait être assez traditionnel. Et de chansons en chansons, je me suis surpris à tout aimer… et pas qu’un peu.

Ça m’a fait plaisir. Il ne faut jamais s’y croire, mais j’ai commencé à y croire. Je fais bien la différence. Avec tous les doutes qui me submergent, j’espère quand même avoir une carte à jouer dans ce domaine. La vie, les étoiles qui sont au-dessus de nous, ont l’air de vouloir qu’il se passe quelque chose. Je pense que les gens qui ne sont plus là, parfois, nous protègent et nous envoient des bonnes énergies. A 57 ans, je n’ai plus le temps de faire n’importe quoi… je vais exercer ce métier très professionnellement. A moi d’être digne de cette nouvelle ambition et surtout de mon éditeur, Gérard Davoust. Je ne veux pas décevoir celui qui me fait confiance depuis si longtemps. Il a toujours été là pour moi. Que la vie me laisse ce monsieur jusqu’à au moins120 ans.

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Après l'interview, le 27 février 2019.

04 avril 2019

Seemone : l'après Destination Eurovision

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seemone, tous  les deux, interview, destination eurovision, mandorIl y a un an, j’ai accepté pour la première fois de ma vie d’interviewer une artiste qui n’avait pas encore sorti de disque (lire ici). Juste, quelques vidéos de covers étaient visibles sur YouTube.

Elle s’appelle Seemone (fille de Marc Simoncini, entrepreneur de renom et fondateur de Meetic) et, à la première écoute, j’ai senti en elle une graine de star. J’ai même senti qu’elle pourrait conquérir le monde. Carrément. Oui, une conquête à la Céline Dion. Quelques mois plus tard, les projecteurs européens se sont braqués sur elle grâce à sa participation à Destination Eurovision 2019 (avant le monde, l'Europe, c'est déjà un bon début). Elle est arrivée en finale et a « perdu » face à Bilal Hassani. Si elle ne représentera pas la France lors de l’Eurovision, elle a déjà conquis un très large public et imposé sa voix.

Un an après la première mandorisation, voici la seconde alors qu’elle n’a toujours pas de disque. Juste le clip de « Tous les deux ». Le 13 mars 2019, une rencontre dans un hôtel parisien, histoire de faire le point sur cette carrière naissante. Bref,  je ne la lâche pas. 

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Biographie officielle :

Lorsqu’on écoute Seemone pour la première fois, on est forcément marqué par son grain de voix si particulier. Un grain de voix naturel, qui n’a pas toujours été facile à accepter, et à faire accepter par les autres.

Mais, à aujourd’hui 21 ans, la jeune artiste a choisi de faire de cette singularité une force, d’assumer pleinement ce qui fait partie de son identité et, désormais, de sa signature musicale : une voix à la fois chaude, puissante et fragile.

Pourtant, la volonté et la ténacité ne suffisent pas toujours, et une carrière est aussi faite d’heureux hasards et de rencontres. Celle avec Fabrice Mantegna a été décisive : à travers un travail rigoureux et bienveillant, c’est lui qui met le pied à l’étrier de la jeune chanteuse en devenir, il y a un peu plus de 4 ans.

Avec elle, il a notamment co-écrit et co-composé la chanson ‘Tous Les Deux’, déclaration d’amour pudique et bouleversante d’une fille à son père.

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seemone,tous  les deux,interview,destination eurovision,mandorInterview :

Depuis un an, il s’est passé beaucoup de choses pour toi. Notamment Destination Eurovision 2019.

C’est une jolie pierre à l’édifice. Je suis arrivée dans cette aventure parce que deux années de suite, les équipes de The Voice m’ont demandé de participer à ce programme. J’ai refusé car je n’étais absolument pas prête et je n’avais pas envie de chanter des reprises. Comme c’est la même maison de production qui s’occupe de Destination Eurovision, ils m’ont proposé le casting. Là, il fallait chanter une chanson originale.

« Tous les deux » existait déjà?

Ce qui est fou, c’est qu’elle avait été créée deux mois avant que l’on me propose ce casting. Grâce à cette chanson, je me suis retrouvée du jour au lendemain dans une aventure qui est démesurée. Je n’avais aucune idée dans quoi j’embarquais. Je n’avais jamais chanté sur une scène, ni devant un public. Et soudain, j’arrive devant des milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs. C’était complètement fou. Les résultats aussi d’ailleurs.

Tu es arrivée deuxième.

Derrière Bilal.

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(Photo : Sylvia Galmot)

Au fond, ce n’est pas mieux d’arriver à cette place ? Non seulement tu as eu un coup de projecteur incroyable, les gens t’ont découvert et fortement apprécié, mais en plus tu évites les reproches en cas de mauvais résultat.

Je sais que c’est une aventure à double tranchant. Sans parler de l’Eurovision en lui-même, rien que dans Destination Eurovision, j’avais l’option de passer inaperçue, de terminer dernière, au milieu ou en première position. Je m’attendais à tout et à rien en même temps.

Tu as un peu craquée sur scène en direct...

Tu imagines la pression que j’ai eue pour une première scène ? Tout le monde m’a vu pleurer. J’ai eu peur que les gens se disent que je n’avais pas les épaules. Apparemment, ça n’a dérangé personne puisque je suis arrivée seconde et que j’ai eu la majorité des votes des jurés. Pour moi, ça a été la consécration. Je ne pouvais pas être déçue.

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Qu’est-ce qu’il se passe dans la tête d’une jeune fille de 21 ans qui reçoit soudainement tant d’amour de tant de gens ?

Je me sentais tellement privilégiée d’être là. Je n’avais pas de mot et donc, les larmes ont coulé. Je souhaite à tout le monde de ressentir ça. Je souhaite à tout le monde, pas forcément qu’aux artistes, de voir l’amour dans les yeux de quelqu’un quand il a fourni un travail. J’étais fière de moi, pas parce que j’avais fait quelque chose de joli, mais parce que j’avais fait quelque chose.

Est-ce à ce moment-là que tu t’es dit que tu étais vraiment chanteuse ?

(Rires) Je me suis considérée chanteuse à partir du moment où j’ai été validée vocalement par mon prof de chant. J’ai une profonde admiration envers lui alors, quand il m’a dit que j’avais compris l’essence du chant, je me suis qualifiée de chanteuse… même si c’était une chanteuse qui devait progresser.

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Quel impact l’Eurovision ! Tu es désormais connue de beaucoup.

Je t’assure que je n’en ai absolument pas conscience. En tout cas, je trouve ça génial parce que je suis arrivée avec ce que je suis. Je n'en ai pas fait des caisses pour attirer l’œil des gens. J’ai eu le luxe d’être moi-même et d’être surexposée à un moment de ma vie où j’étais prête à cela et où j’en avais envie.

Ce qui m’impressionne chez toi, c’est ta volonté de prendre le temps. C’est de la sagesse, de la maturité, de la raison, de la lucidité ?

Je pense qu’il y a un peu de tout ça, mais il y a surtout de la pudeur. Je n’ai pas envie de me transformer pour plaire à des gens. Et ça n'aurait pas été moi si j'avais sorti un album bâclé, juste parce que je venais d’avoir de la lumière sur moi. Je ne peux pas écrire douze chansons en trois semaines. Je préfère faire les choses bien, doucement et sereinement. Je veux du sur-mesure. Je ne veux pas faire de faux pas. J’ai 21 ans et si je rate mon entrée, je m’en voudrais toute ma vie. Je n’ai pas envie de décevoir les gens qui croient en moi. Un des principaux traits de mon caractère c’est cette peur de décevoir…

Clip de "Tous les deux".

seemone,tous  les deux,interview,destination eurovision,mandorTu viens de me parler de pudeur. Il y a de la pudeur dans la chanson pour ton père (photo à gauche), « Tous les deux » ?

Non, elle est complètement impudique. C’est une déclaration d’amour publique à mon père. L’être humain n’est pas à un paradoxe près. Je me protège beaucoup, alors je tente d’être pudique quand il le faut. Par contre, je peux ne plus l’être pour livrer quelque chose dans mes chansons. Je veux qu’on écoute le propos, pas forcément ma voix. Je ne veux pas être une fille qui chante bien, je préfère être une fille qui chante vraie… avec son âme.

Ton père a-t-il été touché ?

Oui. Il l’avait écouté avant Destination Eurovision, mais il était présent dans la salle et ma mère m’a dit qu’il avait pleuré. C’est un papa très présent dans ma vie, il m’aime beaucoup. On se le dit tout le temps, mais j’avais besoin de lui dire différemment.

Dans ma première interview de toi, tu m’as dit que la chanson n’était pas forcément faite pour divertir le public. Tu es toujours d’accord avec toi-même ?

Je pense cela pour mon cas. Je ne suis pas une artiste capable de divertir les gens ou de les faire danser. C’est pour ça que je suis très admirative du travail de Bilal qui sait faire cela formidablement bien.

Divertir, c’est aussi être touché, pas forcément faire de la musique dansante.seemone,tous  les deux,interview,destination eurovision,mandor

J’ai une vision du divertissement qui est plus légère. J’ai l’impression que la musique qui divertit n’est pas celle qu’on écoute profondément, mais celle qui détend. Quand je chante une chanson, je ne sais pas le faire sans la prendre à cœur. Je veux toucher les gens de la même manière que je suis touchée quand je chante. Je ne sais pas cacher quoi que ce soit. Dans le divertissement, je pense que l'on cache un peu.

Que se passe-t-il pour toi aujourd’hui ?

Je suis en train de fabriquer mon album… comme une artisane. C’est long parce que j’écris mes textes. Chanter mes mots, ça n’a pas de prix. J’ai aussi envie de co-composer mes chansons pour ressentir mes chansons encore plus. Je souhaite tout faire moi-même, avec mon équipe très restreinte composée d’Alexandre Mazargil et de Fabrice Mantegna. Nous faisons les choses très méticuleusement tous les trois ensemble, mais les idées et l’énergie viennent de moi parce que c’est mon projet. Chacun amène ce qu’il sait faire et mes deux acolytes savent faire beaucoup (rires).

Tu as une date de sortie quand même ?

J’adorerais qu’il sorte avant 2020. Pour le moment, nous avons six titres au stade de maquette. C’est long parce que je suis capable de réenregistrer huit fois une chanson s’il y a quelque chose qui ne me plait pas. Je veux être capable de chanter chaque chanson corps et âme, alors il faut que je sois très fière d’elle.

Tu ne fais que ça en ce moment ?

A part aujourd’hui, je suis en studio du matin au soir. Le soir, je rentre chez moi, j’ouvre mon ordinateur, j’écris jusqu’à minuit. Je m’endors. Le lendemain, je me lève, je vais au studio etc… Mais quelle belle vie ! La rigueur que j’ai me rassure et me permet de rester constante dans mon travail.

Quels seront les thèmes abordés dans ce premier disque ?

Je suis une grande amoureuse de la vie et l’amour me fascine. Toutes les formes d’amour. Je raconterai ce que je ressens quand j’aime et quand je suis en contact avec d’autres personnes. Je passe par tellement d’émotion. L’amour ça va avec la tristesse, la mélancolie, la joie, la bêtise. Je suis une hyper sensible au sens premier du terme. J’ai toujours été à fleur de peau, je pleure pour rien et pour tout. Pour moi, la musique est une vraie psychanalyse. Je ne vais jamais aussi bien que quand je chante.

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Après l'interview, le 13 mars 2019.

02 avril 2019

Clarika : interview pour A la lisière

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(Photo : Julie Oona)

clarika, à la lisière, interview, mandorClarika, l’une des plus belles plumes de la chanson française, affiche plus de 20 ans de carrière et son public lui est fidèle. J’en fais partie et ce depuis son premier album en 1993, J’attendrai pas cent ans. Elle s’est construit un répertoire irréprochable et une carrière scénique qui forcent le respect et l’admiration de tous. Dans ma précédente mandorisation, en introduction,  j’ai écrit : « A la question, « qu’elle est ta chanteuse préférée ? » je n’ai jamais su qui répondre. J’apprécie beaucoup de chanteuses, mais Clarika a toujours figuré dans le peloton de tête. Et puis là, encore une fois, à l’écoute de ses chansons, je suis fasciné. Par sa voix, par la profondeur de ses mots, ses histoires qui me touchent au plus haut point (alors que je suis un homme, je suppose qu’elle fait remonter en moi ma part de féminité ou quelque chose comme ça), sa manière de raconter la vie… bref, j’ai décidé qu’à partir d’aujourd’hui, je répondrai « C’est Clarika ma chanteuse préférée ». » Je ne change pas à mot aujourd’hui. C’est même la confirmation la plus totale à l’écoute de son  8e album, A la lisière.

Pour parler de ce nouveau disque (à découvrir ici), le 1er mars dernier, elle m’a convié dans un bar de son quartier. Xième mandorisation, mais jamais je ne me lasse…

Argumentaire de presse officiel (mais un peu écourté) :clarika, à la lisière, interview, mandor

C’est à la frontière entre les ineffables vertiges de l’amour et les grandes bascules de l’existence que l’on retrouve Clarika. Pour son huitième album, À la lisière, l’autrice et interprète française dessine en filigrane, avec finesse et causticité, le portrait éclaté d’une femme aux prises avec son époque. 

Et Clarika s’est relevée des combats qui marquent une destinée, de la rupture amoureuse qui appelle à réinventer une vie. Voici donc qu’elle affronte le monde qui vient, conjuguant de front le sentiment prégnant de l’incertitude comme celui, tenace, de la combativité. Bien souvent chez Clarika, l’appréhension des soubresauts de la vie rencontre un fulgurant désir de légèreté.

On croise dans À la lisière un astronaute neurasthénique, une femme bousculant les codes du genre ou la dentellière de Vermeer rêvant à des nuits d’amour avec la Joconde, depuis son cadre du Louvre. Cette galerie de personnages, surprenants et fantasques, sont autant de chemins de traverse que Clarika utilise pour se dévoiler.

Ces ballades entêtantes et ces mantras piquants ont été conçus en tandem avec le compositeur Florent Marchet (Bernard Lavilliers, Calogero, Frère Animal…). Une symbiose qui avait déjà fait mouche lors de l’album très remarqué de Clarika, Moi en mieux, en 2008. À ce duo vient s’ajouter la touche singulière du guitariste et compositeur François Poggio (Etienne Daho, Lou Doillon, Pony Pony Run Run). Un véritable laboratoire d’expérimentations musicales qui mêle aux textes ciselés de la parolière des influences issues de l’électro-rock (MGMT, Charlotte Gainsbourg, Beck ou St Vincent) et des envolées symphoniques façon cinéma. On retrouve également, sur deux titres, le compositeur Jean-Jacques Nyssen.

Avec À la lisière, Clarika est donc là où ne l’attend pas, mutine et bravache face aux aléas du monde, déterminée à prendre la vie comme la mort à bras-le-corps, appelant à faire fi de la peur pour plonger dans l’inconnu.

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(Photo : Julie Oona)

clarika,à la lisière,interview,mandorInterview :

Pourquoi  avoir fait appel à Florent Marchet pour réaliser ton disque (avec François Poggio).

C’est quelqu’un que j’aime depuis longtemps humainement et artistiquement. Notre collaboration s’est faite en deux temps. D’abord, je lui ai envoyé trois textes pour qu’il me donne simplement son avis et éventuellement des conseils. Il m’a répondu le lendemain avec des musiques. En les écoutants, j’ai compris qu’il fallait que ce soit lui qui réalise. François Poggio nous a rejoints un peu après pour coréaliser certains morceaux.

Ton précédent album, De quoi faire battre mon cœur, avait comme thématique bien appuyé la rupture. Dans celui-ci, on est plus dans la reconstruction après la rupture.

Tu crois que mes chansons parlent de moi ? Pas toujours. Ce que je pense n’est pas très intéressant, ce sont les chansons qui parlent…

Oui, d’accord, mais j’ai quand même l’impression qu’il y a beaucoup de toi dans tes chansons.

Bon, j’avoue, dans celles qui sont un peu personnelles, j’ai du mal à tricher avec la vérité. Mais il faut que ce que je chante n’intéresse pas que moi, alors il ne faut pas que sois axée uniquement sur ma personne.

La lisière est le titre de l’album et celui de la première chanson. Elle se trouve où cette lisière ?  

Je dis dans la chanson : « tout est devant, tout est derrière, tout reste à faire ». On a un vécu derrière, il faut vivre le devant qui peut parfois être vertigineux, excitant… et faire peur. Cette lisière peut arriver à différents moments de sa vie, notamment à la suite d’une rupture, mais pas que.

Clip de "Même pas peur" (tournée à Venise).

Dans « Même pas peur », tu racontes le monde à la Clarika, souvent en disant l’exact contraire de ce que tu penses. J’adore ça depuis toujours chez toi.

J’aime bien raconter notre société avec dérision, distance et mauvaise foi, tout en faisant en sorte que le message de base soit bien reçu.

Dans « Ame ma sœur âme », tu t’interroges sur toi-même.

J’interroge une part de moi que je ne connais pas bien. Comment suis-je réellement par rapport à ce que je montre et à ce que les gens perçoivent de moi. Est-ce que mon âme est si bonne que ça ? Est-ce que moi, je suis si bonne que ça ? Comme tout le monde, je sais que j’ai une part de moi assez noire que je ne montre pas. On est tous un peu Docteur Jekyll et Mister Hyde. Il est bon de faire le point avec soi-même de temps en  temps. Me concernant, je ne dois pas être aussi bonne que j’aimerais l’être.

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(Photo : Julie Oona)

Tu parles de la mort assez frontalement dans cette chanson. Tu y penses souvent ?

C’est difficile de ne pas y penser quand tu prends de l’âge, que tu as des enfants… nous naissons pour mourir un jour.

Dans « Tout tout de suite », tu dis : « De toute façon, un jour t’es mort, alors autant qu’on en profite tout tout de suite ».

Comme la mort est inéluctable, elle me fait peur. Je n’ai aucun détachement par rapport à ça.

Tu chantes avec Pierre Lapointe, dans « Venise ».

Je l’ai connu lors des Nuits de Champagne, à Troyes. Il y avait un projet qui consistait à chanter Brel avec 900 choristes. Après, nous nous sommes retrouvés sur un projet de Sophie Calle. Avec Florent, on a très vite pensé à lui pour cette chanson. C’était limpide, comme une évidence.

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Florent Marchet, Clarika et Pierre Lapointe, en studio.

Je t’avoue que je n’ai pas compris la chanson écrite par Jean-Jacques Nyssen, « Je suis ton homme ».

J’avais en tête cette phrase « je suis ton homme », mais je ne trouvais pas l’angle pour aborder le sujet. Jean-Jacques a eu l’idée d’aborder plein d’axes. En général, j’aime bien que mes chansons soient assez claires, mais, sur celle-là, je n’ai pas envie de faire une explication de texte parce que je trouve amusant de brouiller les pistes. Certains peuvent penser que l’on règle nos comptes… ce n’est tellement pas ça.

Ce qui te caractérise, c’est que tu peux aborder n’importe quel sujet, il y aura chez toi un angle jamais écouté ailleurs.

L’écriture sert à trouver des nouveaux axes. Je travaille beaucoup le fond et la forme.

Au bout de huit albums, n’a-t-on pas tout dit ?

Le premier se fait dans l’insouciance, le deuxième, ça va aussi, mais à partir du troisième, effectivement, on se demande ce que l’on va raconter la prochaine fois. En plus, je n’ai jamais de fond de tiroir. Il m’arrive de noter des choses pour ne pas les oublier. Une idée, une formule. J’écris vraiment dans l’urgence d’un album à un intant T de ma vie. C’est une machine à remettre en route et au bout d’un moment, il y a un déclic et ça revient… Mais j’ai besoin de rigueur et une organisation de travail.

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(Photo : Julie Oona)

En 2019, tu es toujours une artiste en état de marche avec un public très fidèle.

Je ne me plains pas de mon sort, mais je sais que c’est de plus en plus compliqué d’être programmé dans les salles. J’ai la chance de faire des tournées depuis un moment et que mon public me suive, mais il ne faut pas croire que tout est simple. Je suis impactée, comme tout le monde, sur ce qu’il se passe dans l’industrie de la musique, notamment, en termes de vente de disques.

Tu seras à la Cigale, le 3 avril. Cela doit être jouissif de jouer les nouvelles chansons, non ?

Oui, en plus on réactualise les anciennes. Nous sommes contents, car nous avons trouvé de chouettes versions pour elles. Et puis, La Cigale, j’adore. Je fais cette salle quasiment à chaque sortie d’album. Le décor sera super beau et les lumières particulièrement soignées. Pour moi la scène doit être un peu magique. Je ne veux pas que ce soit tiède, au contraire, il faut impérativement que cela provoque des émotions.

clarika,à la lisière,interview,mandorOn disait à l’époque où tu arrivais avec La Grande Sophie et deux trois autres chanteuses, que les femmes prenaient le pouvoir dans la chanson. On redit ça aujourd’hui avec l’arrivée de Clara Luciani, Angèle, Fishbach, Juliette Armanet…

Quand nous sommes arrivées avec La Grande Sophie, il y avait plus d’interprètes que de nanas qui écrivaient leurs textes. Depuis, il y en a eu plein. Aujourd’hui, je suis ravie car il y a autant d’hommes que de femmes dans la chanson.

As-tu peur de ne plus être dans le « moove », de ne plus être à la page ?

J’imagine que je ne le suis plus. Mais de part ce que j’écris et les collaborations que je choisis, j’essaie d’aller vers la modernité. En  même temps, je ne vais pas aller vers quelque chose que je ne suis pas. Je ne suis pas une jeune femme de 22 ans, par exemple. J’essaie d’être cohérente.

Penses-tu être estimée à ta juste valeur ?

Oui. Je vois toujours le verre à moitié plein. Je suis toujours là en 2019, j’ai fait huit albums studio, alors que le métier est super compliqué et que j’ai plein de « collègues » qui ont disparu de la circulation. Je me dis que j’ai de la chance d’avoir encore une équipe professionnelle qui m’entoure. Un tourneur, un manager, un éditeur, une maison de disque, des gens qui croient encore en moi… Quand je ne ferai plus de concerts, je serai peut-être un peu déprimée, mais tant que j’en fais, tout va bien.

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Le 1er mars 2019, après l'interview.

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30 mars 2019

Ysé Sauvage : interview pour l'EP Scenario

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(@Amelie Grimber)

ysa sauvage,scenario,interview,mandorJ’ai connu l’existence d’Ysé Sauvage le jour où je suis passé voir mon ami Olivier Bas au Studio des Variétés, le 15 février dernier. Il animait son émission Ricochets pour Radio Néo et avait comme invités Nolwenn Leroy, Marvin Juno et donc, cette jeune artiste en devenir. Habituellement, je ne suis pas prompt à défendre des projets de français qui chante en anglais, mais parfois, je fais exception. Quand c’est exceptionnel ! Et là, c’était clairement le cas. Une voix mélancolique et habitée, une musique folk envoutante, des arrangements subtils et une aisance scénique impressionnante. Durant l’interview d’Olivier (que vous pouvez écouter ici), j’entends un discours mature et volontaire. Sûre d’elle sans une once de prétention. Elle semble savoir parfaitement où elle veut aller, comme si tout était de l’ordre de l’évidence.

Il fallait que je creuse un peu la personnalité d’Ysé Sauvage. Ainsi nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale, le 1er mars dernier.

Argumentaire de presse officiel :ysa sauvage,scenario,interview,mandor

Il souffle dans la musique d’Ysé un vent de chaleur et d’intimité. Agée de seulement 20 ans et multi-instrumentiste, elle s’accapare, plus jeune encore, la technique classique au violoncelle, puis au piano, accompagnée par sa mère, elle-même pianiste. Guitare, percussions : elle gagne son indépendance musicale et s’initie à la création.

Sur scène, accompagnée de ses deux musiciens, elle vous embarque pour un voyage pop-folk orchestral et vocal. Avec une voix innocente et pure, elle déroule ses histoires avec une maturité étonnante.

Baignée dans la culture anglophone dès l’enfance, c’est naturellement qu’elle compose ses titres en anglais. Elle s’aventure ainsi sur les pas d’artistes tels Feist, Bob Dylan ou encore Bon Iver, artistes originaires d’Amérique du Nord où elle a également vécu.

Yael Naim, Alela Diane, Jeanne Added, Tété, Sarah Blasko : depuis la sortie de son tout premier opus, Ysé Sauvage a multiplié les premières parties d’exception. Son concert au théâtre des Etoiles à Paris en novembre 2018 affiche complet et elle est ensuite repérée sur le prix Ricard Live Music 2019. Une avancée sereine qui lui permet de magnifier son petit univers, égaré entre ses angoisses intériorisées, et un phrasé libérant les âmes juvéniles de ses désirs.

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(@Amelie Grimber)

ysa sauvage,scenario,interview,mandorInterview (photo de gauche, Léone Lallemant) :

Ta mère était pianiste et chanteuse lyrique. Elle faisait ses vocalises à la maison ?

Je me souviens qu’elle répétait le soir après nous avoir couchés. Enfant, j’étais très curieuse de son métier. Elle chantait aussi bien dans des opéras que des opérettes. Il y avait donc du texte, alors il m’arrivait de la faire répéter. A 8 ans, je travaillais la diction de ma mère. J’adorais ça.

Ton père écoutait du classique aussi ?

Lui, c’était du rock. Les Rolling Stones par exemple.

Ta mère a souhaité que tu ailles au Conservatoire de Lagny-sur-Marne.

J’ai d’abord pris un an de cours particulier de violoncelle à l’âge de 3 ans. A 4 ans, j’ai continué cet instrument au Conservatoire. Puis, à 12, j’ai dit à mes parents que je continuerais le violoncelle si on me laissait aussi jouer de la guitare. Le piano est venu plus tard, en autodidacte.

Clip de "Same Old".

Tu as rencontré l’univers folk quand tu es partie au Canada en 2012, c’est ça ? ysa sauvage,scenario,interview,mandor

Il y avait une guitare dans la famille où je vivais et je me suis mise à en jouer sérieusement, tout en étant imprégnée de la musique que j’entendais là-bas. La musique folk m’a parlé immédiatement.

C’est quand tu rentres en France en 2013 que tu as commencé à écrire ?

Oui, immédiatement. En un an, je me suis fait repérer et je me suis fait accompagner par le File 7, la salle de concert de Magny le Hongre. En 2015, à l’âge de 15 ans, j’ai fais un premier EP et quelques pros m’ont remarqué aussi.

Mais on chante quoi à 15 ans ? Pas des chansons d’amour ?

J’étais persuadée que c’était possible. Ça me fait rire de réécouter ce que j’écrivais à ce moment-là. C’était naïf, mais à l’époque j’avais l’impression d’avoir des choses à dire sur le sujet. Je me référais évidemment à ce que les autres vivaient et je reliais ça à ma vie. En tout cas, j’étais très étonnée qu’il y ait un accueil, des médias qui me suivent et des premières parties qui me soient proposées… C’est allé doucement, mais avec efficacité. L’ambition de faire ce métier est venu après.

Avec ce nouvel EP, 5 ans plus tard ?

Oui, aujourd’hui, je me sens plus à ma place et je sais un peu plus où je veux aller. J’avais des envies que je n’avais pas sur le premier EP. J’ai eu le temps de me nourrir de plein d’autres styles. Pour moi, créer est naturel, j’espère juste créer de mieux en mieux…  Par exemple, je sais où je veux aller dans l’écriture.

"Blue" pour Le bruit des gravier. Réalisation : Sébastien Brodart.

ysa sauvage,scenario,interview,mandorC’est important pour toi l’écriture ?

C’est primordial. Ecrire, c’est aller au fond de soi, creuser et extraire des choses cachées. Ecrire, c’est pour aller mieux. Il peut m’arriver n’importe quoi, j’en fais une chanson et ça devient du concret.

Tu fais des études de Licence économie et gestion. C’est pour un jour, éventuellement, monter ta maison de production ?

J’ai plus envie de parler de ma musique que de mes études. Je ne veux pas que l’on pense que j’ai un plan de carrière tout tracé. Mais, effectivement, j'ai envie de posséder les outils nécessaires pour produire d’autres gens plus tard. Je me connais suffisamment bien pour savoir qu’écrire, être sur scène, c’est ce que j’aurai envie de faire pendant un certain nombre d’années. Peut-être qu’un jour, quand j’arrêterai de chanter ou en parallèle de ma propre carrière, j’aurais envie de faire vivre les chansons des autres.

Je sens que tu es du style à mener de front plusieurs activités.

Quand j’ai deux minutes de libre, il faut que je les remplisse. Intellectuellement, et pour écrire principalement, je ressens le souhait de me mettre dans des situations où j’ai besoin de réfléchir. Je suis curieuse de tout et j’ai besoin de savoir, d’apprendre continuellement… c’est pour ça aussi que je fais des études en même temps que des chansons.

"I Went too Far". Session live filmée dans le cadre de la finale du Prix Société Ricard Live Music 2019.

Ton nouvel EP est bien accueilli. Tu as eu le prix du public Ricard Live.ysa sauvage,scenario,interview,mandor

C’était une belle surprise. Je sens que ça bouge un peu autour de mon travail. J’ai désormais une équipe et  j’ai pas mal de dates de concerts de prévues. J’ai l’impression que tout se joue maintenant.

Pourquoi chantes-tu en anglais ?

Je n’ai pas trop le choix. C’est naturellement ce qui sort de moi. Les gens n’arrivent pas à comprendre que ce n’est pas une volonté réelle de chanter en anglais. C’est une question d’émotion, de ressenti. Ça m’arrangerait de bien savoir écrire en français. Comme je ne me sens pas de le faire moi, peut-être demanderai-je à des auteurs de le faire pour moi ?

Il faut dire que l’anglais est la langue que tu parles depuis que tu es enfant.

A la maison, depuis toujours, ma mère nous parle dans cette langue. Je précise que j’ai fait des études en Angleterre. Je parle aussi bien l’anglais que le français.

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(@Malik Chaib)

ysa sauvage,scenario,interview,mandorChanter en anglais ou en français, ce n’est pas la même chose vocalement non plus.

Ce ne sont effectivement pas les mêmes tessitures et les mêmes caisses de résonnance. Le jour où je chanterai en français, je vais devoir interpréter autrement.

Dans tes chansons, tu parles d’amour et du temps qui passe. A 20 ans, on pense au temps qui passe ?

J’ai l’impression d’avoir des angoisses de personnes âgées. Par exemple, la mort me terrifie vraiment. A l’âge que j’ai, je sais que je devrais me moquer de tout ça. Le temps qui passe, je veux absolument bien l’exploiter. J’angoisse de mal l'utiliser. C’est pour ça que je remplis énormément mes semaines.

Je reviens à ta maman. Te donne-t-elle des conseils ?

Il y a énormément de pudeur entre nous. Il lui arrive de me donner des vrais conseils professionnels, mais elle sait que ce n’est pas son rôle. Elle me laisse donc faire mon chemin respectueusement. Mes parents suivent ma carrière, viennent me voir sur scène, mais n’interviennent pas quant aux choix que je fais. J’ai vraiment de la chance de les avoir.

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Après l'interview, le 1er mars 2019, au Pachyderme.

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29 mars 2019

Emilie Marsh : interview pour la sortie de son album éponyme

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(© Gil Lesage)

emilie marsh,fraca,interview,mandorJ’adore l’idée d’écouter un disque d’un(e) artiste qu’on ne peut comparer à aucun(e) autre. C’est rare. Dans l’album d’Emilie Marsh qui sort aujourd’hui sur le nouveau label FRACA, on est dans du pop-rock qui, à coups de riffs de guitares saturées et de textes en français écrit avec précision, tend vers un rock énergique, moderne, avec du sens (je suis donc assez d'accord avec la revue trimestrielle Hexagone). C’est assez inédit en France.

J’observe cette artiste depuis des années et je ne peux que louer son évolution. D’un début balbutiant (comme tout le monde), elle maitrise désormais parfaitement son chemin, sa musique, son attitude… et les codes et ficelles du métier qu’elle peut désormais contourner facilement.

L’oiseau tombé du nid est devenu puissant aigle.

Le 7 mars dernier, nous avons conversé un moment dans un bar de la capitale pour évoquer son album, son label (dont elle est à l’origine avec Katel, mandorisée ici, et Robi mandorisée là)… et de bien d’autres sujets.

Biographie officielle :

Sur scène, une guitare blanche Duesenberg se détache sur une silhouette noire, soulignée de rouge à lèvres : Émilie Marsh est une femme guitariste. La formule révèle une attitude et une filiation.

Elle prolonge l'odyssée des héroïnes pop ou rock, qui ont redoublé de talents et d'énergie pour s’imposer parmi les hommes. Depuis quelques années, elle se fraie un chemin jusqu'aux plus grandes scènes en tant que guitariste ou leadeuse (Francofolies, Pause Guitare, Printemps de Bourges...). Elle y apparaît seule, en groupe (BODIE) ou aux côtés d'artistes de renom comme Dani, avec qui elle forme un duo complice (« Sur les ondes »). Elle participe aussi à divers projets musicaux et littéraires : Scènes d’Amour avec Simon Mimoun, et La Nuit Ne Dure Pas en compagnie d’Emmanuelle Seigner et Dani. En mars 2019, elle fera une apparition au cinéma, dans Nos Vies Formidables de Fabienne Godet, dont elle a aussi composé la chanson du générique.

Mi-loup, mi-chaperon rouge, c'est une artiste double : une guitariste vouée aux énergies pop et rock, et une auteure-compositrice habitée par la sensibilité poétique. Osmose des contraires. Son jeu transporte une sueur animale drapée d’élégance. Ses accords électriques se mêlent à la douceur de sa voix pour envelopper des mots ciselés.

Teaser de l'album réalisé par Tristan Sébenne. 

L’album (argumentaire officiel) :emilie marsh,fraca,interview,mandor

Émilie Marsh joue et chante le rock au féminin. Sur son album, elle cultive un style hybride et singulier, combinant le son et le sens. Le thème des textes trouve de l’écho dans les compositions et la production, résolument ancrées dans le présent. Elle revendique le droit au désir, sans engagement, ni étiquette. Le désir charnel, sensuel, et surtout le désir de vivre l’intensité du moment, de jouir de l’instant (« J’embrasse le premier soir »). Au fil de l’album, sa musique traque l’ivresse de l’instant. Elle retient toute l’intensité du moment vécu, 31 minutes pour faire durer le plaisir.

Ecrit et composé par Emilie Marsh sauf « Sur les ondes » écrit par Pierre Grillet, composé par Emilie Marsh et « Vents Violents » écrit par Céline Ollivier (mandorisée là) composé par Emilie Marsh.

Réalisé par Katel & A.L.B.E.R.T mixé par Fabien Martin (mandorisé ici) sauf « Sur les ondes » réalisé par Adrien Daucé mixé par Fabien Martin.

Vous pouvez écouter l'album ici.

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(© Gil Lesage)

emilie marsh,fraca,interview,mandorInterview :

Ce disque est arrivé tranquillement mais sûrement, non ?

Cela s’explique par le fait que j’accompagne de nombreux artistes sur scène à la guitare. Au-delà de ça, il y a eu plusieurs essais, plusieurs versions… De s’extraire de son propre projet permet de voir les choses autrement. Et puis, je voulais d’abord jouer les chansons sur scène pour savoir lesquelles j’allais garder. Ce temps-là a permis de murir le projet et de savoir vers quel son j’allais me diriger. Par contre quand on a enregistré le disque, c’est allé très rapidement. Il me semble que l’on ressent cette urgence dans l’album.

Tu commences à avoir l’image de la chanteuse à la guitare électrique. Il n’y en a pas beaucoup en France.

C’est devenu mon identité. Corporellement, quand j’ai ma guitare électrique, il se passe un truc chez moi que je n’arrive pas à définir. Mais j’ai du mal à m’en passer désormais.

Tu as joué du rock  avec plein d’artistes, évidemment, ça rejaillit sur ton disque.

Je ne sais pas si c’est conscient ou pas, mais en tout cas, j’assume ce côté guitariste rock. L’énergie que je donne sur scène, j’ai essayé de l’intégrer lors de l’enregistrement de l’album.

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Ce soir, Emilie Marsh fête une nouvelle fois la sortie de son disque à Toulouse dans la mythique salle du Bijou. Et ça déménage grave (selon ceux qui ont assisté au concert hier).

J’ai connu plusieurs Emilie Marsh. As-tu l’impression que tu as vraiment trouvé ton style?

Oui, et ça a été long. Au départ, j’étais dans une esthétique plus rock encore que ce que je fais aujourd’hui, ensuite,  j’ai fait une tentative plus pop. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir trouvé l’équilibre entre les deux.

C’est amusant parce que tu n’as pas une voix de rockeuse. Elle est plutôt claire et douce.

J’en ai fait une force en créant un contraste entre la musique et la voix. Pour moi, le rock c’est plus une énergie, une attitude, une manière de gérer la scène et une vision des choses.

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(Photo : Marie Monteiro)

Tu écris et compose toi-même tes chansons. A deux exceptions près. D’abord sur ton duo avec Dani, « Sur les ondes » dont le texte est signé Pierre Grillet, auteur de centaines de chansons pour, entre autres, Alain Bashung, Johnny Hallyday, Marc Lavoine, Sylvie Vartan, Vanessa Paradis, Feist, Caroline Loeb…

Je voulais symboliquement qu’il y ait un duo avec Dani sur l’album parce qu’on a beaucoup tourné ensemble ces dernières années, mais je ne suis pas parvenue à écrire des paroles sur la musique que j’avais composée. J’ai donc choisi un auteur important qui a beaucoup écrit pour Dani. Comme il l’a connait bien, il a vraiment su trouver le bon ton.

Autre chanson dont tu n’as pas fait le texte, « Vents violent ». L’auteure est Céline Ollivier.

Pour cette chanson, j’ai un peu calé sur l’angle et les mots. J’ai donc fait appel à une écriture que je connais bien et qui est assez aérienne. Je trouve que ça collait bien avec ma musique. 

Clip de "J'embrasse le premier soir".

Parlons du très sensuel et audacieux clip de « J’embrasse le premier soir ».

On voulait montrer une vague de baisers qui arrivaient soudainement. C’était un plan séquence absolument fabuleux à tourner. Les figurants ont bien joué le jeu et ont été parfaits.

Dans ce disque, tu n’as vraiment pas peur de revendiquer tes désirs, charnels ou pas.

C’est le sujet de toutes mes chansons : l’importance de l’instant, assumer ses désirs et cette soif de vivre à fond et au présent. Saisir le moment, prendre des risques aussi. Dans mon disque, il n’y a aucun texte au passé ou au futur. Tout est au présent.

Es-tu féministe ?

Je le suis complètement dans ma façon de vivre et dans mon attitude. Tant qu’il y a des inégalités, il faut les combattre. Mes textes n’évoquent pas forcément ça, mais ma vie oui.

Live session de "Goodbye comédie" réalisée par Robi.

As-tu conçu l’album idéal ?

J’ai fait l’album que je voulais faire. Je suis vraiment contente et je l’assume à 200%. C’est la somme de ce que j’ai pu accumuler ces dernières années et la photographie d’un moment. Ce disque me ressemble et c’est pour ça que je ne lui ai pas donné de titre.

Te sens-tu légitime dans ce métier ?

Oui, depuis que je fais beaucoup de scènes avec différents artistes. Le regard sur moi a un peu changé, mais je ne peux pas te dire plus précisément comment et/ou pourquoi.

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Emilie Marsh, Katel et Robi, les créatrices du label FRACA.

emilie marsh,fraca,interview,mandorParle-moi du label FRACA (Fraternité Cannibale) que tu as monté avec Katel et Robi.

Nous sommes trois chanteuses aux compétences différentes. Katel a son studio ; elle fait de la réalisation et de la production musicale, Robi réalise des clips et moi je fais de la scène avec plein de gens et beaucoup d’ateliers. Cela faisait un moment que l’on s’entraidait. Nous faisions même des « soirées chanteuses » où nous évoquions nos problématiques de femmes dans le métier de la musique. Un jour, on a décidé de mutualiser nos forces de manière structurelle. C’est devenu un label. Nous maitrisons maintenant toute la chaine et nous avons une réflexion globale.

Vous n’avez pas la même esthétique musicale et êtes très différentes les unes des autres.

Nous sommes complémentaires et c’est bien là le principal. Nous avons uni nos réseaux pour qu’il s’élargisse. On sait où on va et on se bat pour défendre l’image et l’efficacité de ce label dirigé par des femmes. Je n’ai pas peur de dire que FRACA est un label engagé.

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Pendant l'interview...

Il y a ce que vous appelez « Les nuits FRACA » qui remporte toujours un succès considérable.

On veut que la joie soit liée à notre label. C’est pour cela que l’on rassemble plein de gens pour faire la fête de temps en temps.

Clip de "L'aventure".

Tu es artiste intervenante pour l’organisme de formation de Voix du Sud.

Comme d’autres artistes, j’interviens dans des établissements scolaires, des hôpitaux psychiatriques, parfois des foyers de femmes. Je fais des ateliers d’écriture qui aboutissent à un concert des chansons crées dans la semaine avec des gens qui ne sont pas du tout musiciens.

Pourquoi fais-tu ça ?

Parce que j’adore ça et que j’en ai vraiment besoin. Etre dans la transmission donne du sens à sa propre vie. Je n’en fais que trois ou quatre par an, car cela puise beaucoup d’énergie.

Clip de "Haut le cœur" d'après des images tirées du film Nos vies formidables. 

emilie marsh,fraca,interview,mandorTu joues et chantes dans le film de Fabienne Godet, « Nos vies formidables », actuellement au cinéma.

On a tourné ce film sur le collectif et la solidarité des gens qui sortent de l’addiction il y a deux ans. Au départ, j’avais juste un rôle en tant que comédienne. De fil en aiguille dans une scène se situant dans un atelier musique, la réalisatrice m’a demandé de jouer quelque chose au piano, puis de chanter ce que je voulais. J’avais en tête la chanson « Haut le cœur » qui existait déjà et je trouvais que c’était celle qui collait le mieux au film. La chanson n’est pas sur cette scène là, mais a été gardée pour le générique de fin. C’est un film magnifique qui parle des humains, qui parle de tout le monde. Il faut vraiment le voir.

Une chanteuse est un peu une comédienne ?

C’est plus un dépassement, un prolongement, une extension de ce que je suis, mais surtout pas un rôle. J’essaie de ne pas être différente dans la vie que sur scène. Si je deviens un personnage, ce n’est absolument pas conscient. En concert, je veux vraiment rester naturelle, tout en étant dominante. Dans « Goodbye comédie » je préconise l’idée d’être au maximum nous-mêmes… je suis donc ce que les préceptes dont je parle dans mes chansons.

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A l'issue de l'interview, le 7 mars 2019 au bar Le Pachyderme. 

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26 mars 2019

Loane : interview pour Alone

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(Photo : Dimitri Menchikoff)

27545238_10155047884246277_1965921315291560955_n.jpgJ’ai toujours considéré que Loane était en avance sur son temps. Son deuxième album, Le lendemain, était complètement dans ce qu’on loue aujourd’hui (Jeanne Added, Clara Luciani et autre Angèle). Huit ans après elle revient avec Alone (à écouter ici). Un album pop aux ambiances électro et aux arrangements délicieusement organiques. Elle y évoque de sa plume élégante son histoire récente, ses réflexions sur la vie, le monde, l’amour…

Il serait bon qu’enfin Loane soit reconnue à sa juste valeur.

Le 20 février dernier, je suis allé à sa rencontre dans un bar parisien… (avec l'amicale visite de son amie et néanmoins chanteuse, Rose, après l'interview).

Argumentaire de presse officiel :IMG_9172.jpg

Après avoir collaboré avec la Légende Christophe (“Boby”) ou Lenny Kravitz (“Save us”) sur son album précédent, Loane revient avec Alone, un album qu’elle a réalisé en indé entourée de ses complices ingénieurs du son Ambroise Boret et Yann Arnaud

Seule derrière ses textes, son piano et ses machines, elle livre 11 chansons organiques et sensibles aux mélodies imparables. Quelques invités de prestige l’accompagnent dans ses voyages intérieurs : Michel Gondry  pour un duo (“Ne m’oublie pas”), Stéphane Milochevitch aka Thousand (co auteur de “Before Sunrise”), Auden (co arrangeur de “Before Sunrise”), Olivier Marguerit alias O (co arrangeur de “Andrea”), Rose (co auteure de “Partout”).

Suis-je bien normale, chante-t-elle solaire et solitaire, entourée de son double imaginaire, bercée et guidée par son goût pour les claviers et les beats électroniques. Ayant trouvé l’inspiration entre Paris, New York et Chicago, Loane nous fait voyager à travers son univers passionnant, son grain de voix fissuré et sa sensibilité à fleur de peau. 

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(Photo : Benjamin Decoin)

image1.jpegInterview :

Pourquoi es-tu allée vivre à Chicago pendant près de trois ans ?

Même si je faisais pas mal d’allers-retours, j’avais envie de changer un peu de vie, de mode de vie et de faire de nouvelles rencontres. Il est bon parfois de quitter ses repères. Cette période « américaine » m’a été très profitable. Je ne suis pourtant pas une grande voyageuse. Je le suis tellement dans ma tête.

J’ai lu que tu ne sais pas faire une chanson s’il n’y a pas un soupçon de vérité dedans.

Tu as raison. Ce n’est pas pour rien que j’ai fait du théâtre. Au théâtre, il n’y a plus du tout de vérité. On donne du sens à un texte en se mettant dans la peau de quelqu’un d’autre. Dans la chanson, je joue, chante, porte les textes. Ça vient de quelque part en moi. Je tricote entre la réalité et l’imagination. Je modifie certaines choses pour le bien de la chanson, mais la base est réelle.

Je trouve que ta voix est plus mise en avant dans ce disque que dans les deux précédents. Elle n’est pas mangée par les instruments de musique ou les machines.

On a beaucoup travaillé sur les mixages. Je voulais absolument que ma voix soit au centre pour ne plus me cacher. Dans l’album précédent, j’ai conscience que parfois je me cachais. Avant d’enregistrer Alone, j’ai beaucoup écouté de chanteuses qui m’ont influencée comme Banks, FKA Twigs, Hundred  Waters, Shura ou Rhye. Dans ce qu’elles font, il n’y a rien de trop. Il y a même de l’air, du silence parfois et la voix est mise en avant. Ça m’a certainement influencée.

Clip de "Normale".

Dans ton clip « Normale », tu converses à un double imaginaire ?

Je suis avec moi-même. Quand j’étais seule, j’imaginais que j’allais rencontrer quelqu’un qui pourrait m’accompagner dans tous mes projets. J’imaginais que c’était quelqu’un qui était en tout point comme moi, quelqu’un qui me comprendrait parfaitement. Un double moi-même. Un complément.

IMG_9259.JPG

loane,alone,rose,interview,mandorIl y a une chanson co-écrite avec Rose (mandorisée ici), « Partout ».

J’ai collaboré sur ses deux albums précédents, Et puis juin et Pink Lady, dont la musique de son duo avec Jean-Louis Murat, « Pour être deux ». Comme nous sommes copines et que nous nous voyons de temps en temps, un jour, je lui ai chanté mon refrain de « Partout » et elle m’a donné quelques idées lumineuses.

Tu collabores aussi avec Olivier Marguerit, alias O, un artiste qui vient de sortir un album, A Terre, que j’écoute en boucle. 

Il a arrangé la chanson dédiée à ma fille, « Andrea »… il a aussi posé des guitares très solaires qui n’étaient pas prévus. C’est amusant parce que, quand j’étais enceinte, j’écoutais beaucoup son premier album, Un torrent La boue.

Il y a aussi une chanson avec le réalisateur Michel Gondry (voir photo à droite),  « Ne m’oublie pas ». 48125586_10155675611531277_8583253963644600320_n.jpg

Nous étions voisins et nous nous sommes croisés dans un video club. Il est avenant donc nous avons parlé immédiatement. Ensuite, nous nous sommes recroisés souvent et de fil en aiguille, il a accepté de chanter avec moi. Nous nous sommes bien amusés en studio.

Ton album est très bien accueilli.

J’ai lu de belles choses qui m’ont vraiment touché. C’est une reconnaissance de mon travail qui a été long, massif et profond. Mon but n’est pas de faire un coup, mais d’aller au bout de ce projet nécessaire. Nécessaire.

Clip de "Etat limite".

Tu écoutes Alone avec plaisir ?

Oui, même si je ne l’écoute jamais spontanément. Il faut qu’il y ait une raison bien précise. Mais à chaque fois, je me dis que j’aime vraiment tout. Il n’y a rien de trop. J’ai tellement cherché à être proche de ce que j’aime que je trouve que tout me correspond toujours. Pour résumer, j’ai fait un album que j’aurais aimé écouter. 

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Le 20 février 2019 (photo : Rose)