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24 juin 2018

Journée Portes ouvertes à Radio Air Show avec André Torrent

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air show, andré torrent, mandor, interview Aujourd'hui, dimanche 24 juin 2018, de 12h à 20h, s’est tenue la journée « Radio Air Show portes Ouvertes ». En direct se sont succédés beaucoup d’artistes et d’animateurs. Pour ma part, j’ai été reçu trois fois par cette web radio (pour parler de mon livre sur Louane, de mon beau-livre sur Starmania et pour poser des questions à la comédienne Sophie Barjac dont j’étais fan étant jeune), il était normal que j'accepte de venir faire un coucou. J’ai juste demandé à Arno Koby, le président de la station et co-animateur de cette très longue émission, de m’intégrer dans cette journée en même temps que l’animateur André Torrent. Je voulais lui poser quelques questions puisqu’il a été l’un des animateurs qui m’a incité à le devenir moi aussi.

Arno Koby a accepté.

Voici quelques photos… ensuite, nous reviendrons sur son parcours. 

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Voici le podcast de l’émission en intégralité (mais André Torrent et moi sommes dans la première heure).

A présent, le parcours en images d’André  Torrent (source du texte : Le Monde du 3 juillet 2015)

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Il fut le premier à faire gagner la fameuse Valise RTL en août 1974. Mais André Torrent a surtout marqué la génération 70-80 en présentant des émissions musicales mythiques comme Le Hit-Parade, Studio 22 ou Stop ou Encore. L'animateur vedette a passé 44 ans à RTL.

Résumer André Torrent à la présentation du seul Hit-Parade serait réducteur. Certes, pour toute une génération, son nom est irrémédiablement associé à ce classement pas très scientifique qui faisait la part belle aux grandes vedettes de la variété française de l’époque : Sheila, Mike Brant, Johnny, Sylvie et Claude François bien sûr.

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Claude François devient très vite un ami de l’animateur au point qu’il fut le témoin de son mariage.

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Claude François au mariage d'André Torrent.

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Quelques photos avec son ami Cloclo.

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André Torrent, né Tollebeeck, est avant tout un passionné qui, dès l’âge de 11 ans, voulait faire de la radio. Sa « chance » viendra de l’incendie du grand magasin bruxellois, l’Innovation, qui fit 323 victimes en mai 1967. Magnéto en poche, le jeune André, alors journaliste pour Télé 7 jours, franchit de façon intrépide les cordons de police. Grâce à quoi il est le premier à recueillir des témoignages qu’Europe 1 diffuse. Cet exploit lui permet de décrocher un stage dans la station.

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André Torrent avec les Rubettes, Frédéric François...

Mais, finalement, c’est à RTL qu’André Torrent va faire ses armes. Anonymement, pour un test tout d’abord, pendant qu’il pige à Europe 1 comme correspondant à Bruxelles. Or, au moment où il passe son essai, un terrible accident de camion survient près de la frontière. Comme il ne peut s’y rendre, Europe 1 le lâche et RTL l’embauche pour animer la Disco de papa. L’émission ne durera qu’un an, car il faut faire de la place pour Philippe Bouvard. André Torrent atterrit à RMC, où il reste trois ans. En 1970, il fait la tournée de la station, de la frontière italienne à la frontière espagnole, au volant d’une Porsche avec son nom écrit sur la portière.

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André Torrent période RMC.

Il cumule les piges et, finalement, RTL lui propose en 1972 la présentation du Hit-Parade. Le principe est simple : les premiers du classement sont opposés aux derniers et ce sont les auditeurs qui les départagent. Très vite, Monique Le Marcis, la directrice de la programmation de l’époque, invente « un coefficient de pondération » appliqué aux votes, après avoir compris que certaines maisons de disques engageaient des étudiants pour soutenir leurs poulains. Nous étions là en plein âge d’or de la variété française. Les succès s’enchaînent.

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Après le Hit-Parade, c’est l’émission Challenger. Puis Stop ou Encore. C’est aussi André Torrent qui fait gagner la première valise de RTL, en 1974.

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air show,andré torrent,mandor,interviewAndré Torrent décline aussi ses émissions à la télévision, sur RTL TV, notamment. Et sur TF1 dans les années 80.

Mais à la radio, dans les années 1980, les choses changent. L’arrivée des radios libres et d’une nouvelle génération de chanteurs, auteurs et compositeurs qui refusent le star-système bouscule la donne. Après les années Hit-Parade, André Torrent est propulsé au Club RTL », où il reçoit les auteurs republiés par France Loisirs.

Il fait ensuite le petit matin en semaine puis le week-end. Après 44 ans d’antenne rue Bayard, André Torrent quitte "sa" maison ce mois en juillet 2015.

20 juin 2018

Jacques et Jacques (Vincha et Laurent Lamarca) : interview pour Le sens de la vie

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jacques et jacques,vincha,laurent lamarca,le sens de la vie,interview,mandorCe projet est fou, fun, frais, bien barré. Il est surtout bien pensé et bien écrit. Il faut dire que Jacques et Jacques ne sont pas des artistes novices. Vincha et Laurent Lamarca (déjà mandorisé en 2013 et aussi un peu là en 2015 lors du 8e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste) ont décidé d’unir leurs voix alors qu’ils viennent d’horizons très différents. Ce qui n’empêche pas une association novatrice est vraiment réussi. Le 8 juin dernier, Jacques et Jacques m’ont donné rendez-vous dans un café de Ménilmontant.

Avant de lire l’interview, voici deux biographies pour le prix d’une.

Biographie officielle (écrite modestement par Laurent Lamarca) :

Vincha et Laurent Lamarca se croisent à Astaffort lors des 38ème rencontres organisées par Voix Du Sud au printemps 2014. Vincha sera très vite subjugué par le talent et l’incroyable charisme de Laurent Lamarca. Il va alors tout faire pour convaincre Laurent de monter un duo ensemble. Et même si aux yeux de Laurent, Vincha est quand même plus un boulet qu’autre chose, multipliant les lacunes et les défauts, il va finalement céder. Car même s’il est un peu simple, Vincha reste tout de même un mec assez sympathique. Ils monteront un répertoire assez vite, non sans l’aide de l’immense créativité de Laurent. Des chansons le plus souvent écrites par Vincha, car il faut bien qu’il apprenne, et le plus souvent composées par Laurent (certainement d’ailleurs la partie la plus intéressante du projet) entre Epoque yéyé et Rap Old School (comme dit Vincha, un peu dépassé par la mode le pauvre). Ce dernier regrettera plus tard d’avoir eu la flemme d’écrire cette bio, et n’aura comme seul recours une triste blague vaseuse sur la mère à Laurent, comme à son habitude…

Note de Mandor : Bon, visiblement, cette première bio un peu avantageuse pour l’un des deux Jacques n’a pas vécu très longtemps… Voici la nouvelle, plus… partageuse.

Biographie officielle (bis) par Jacques:jacques et jacques,vincha,laurent lamarca,le sens de la vie,interview,mandor

Jacques, la tête pensante du groupe, joue de la guitare et chante. Jacques, l’autre tête pensante du groupe, joue des machines et, quand Jacques chancelle, Jacques chante à sa place. Jacques aime Elvis Presley, Chuck Berry, l’innocence des yéyés, et les gens qui claquent des doigts mais en rythme. Jacques, lui, préfère le hip-hop avec sujet+verbe+complément, et les beats qui font que l’on ondule son corps presque malgré soi. Il se dégage de Jacques une certaine forme de nonchalance très Dutronc - le Jacques évidemment. Il se dégage de Jacques une certaine forme de détachement très Eddy - le Michel bien sûr. Sur scène, Jacques & Jacques sont drôles, bourrés… d’énergie, plus en place que plein d’artistes que la décence nous interdit de nommer ici et, ce qui ne gâte rien, très bien habillés. Leurs compositions pleines d’humour et vides de gros mots chantent le droit d’être vieux et à la retraite le plus tôt possible, l'inutilité de l’écologie, l’amour de l’argent, l’amour de l’amour, l’utilité - ou pas - fondamentale des enfants. Dans la vraie vie, le duo est à la tête du Jacquistan, une entité politique située quelque part entre Woodstock et la Corée du Nord. Un pays d'obédience œcuménique dont la présentatrice TV vedette est « noire, handicapée, juive, et pédé ». Je ne sais pas vous mais moi, en ce qui me concerne, aux prochaines élections, je vote pour Jacques… ou pour Jacques. 

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jacques et jacques,vincha,laurent lamarca,le sens de la vie,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes rencontré aux Rencontres d’Astaffort. Quel souvenir en gardez-vous ?

Laurent : C’était exaltant. On a beaucoup travaillé, mais c’était passionnant d’échanger constamment.

Vincha : Je n’ai jamais fait de colonies de vacances, mais c’est comme ça que j’imagine le truc. C’est intense. Tu fais la connaissance de nouvelles personnes avec lesquelles tu deviens potes très vite. A la fin, tu pleures de devoir les quitter. Pour moi, c’est une colo musique, un rêve de gosse presque.

Une élève des dernières Rencontres, Sarah Johnson, m’a donné une définition presque similaire à la tienne : « les Rencontres d’Astaffort, c’est une colonie de vacances, sans les vacances. »

Vincha : Ha ha ha ! C’est tellement ça.

Laurent : Ce que j’aime aussi, c’est que l’on reçoit du soutien de tout le monde, des encadrants aux élèves. Il n’y a que de la bienveillance là-bas.

Vincha : Tout à fait d’accord. Ça n’arrive jamais ailleurs et autrement de mettre les pieds sous la table trois fois par jour, de commencer des morceaux de musique, d’avoir des gens souriants et bienveillants qui viennent pour relever ce qu’ils aiment dans ton travail. De plus, et là c’est très fort, les egos sont complètement mis de côté. Il n’y a pas d’autre but que de faire un spectacle. Personne ne fait rien pour sa gueule, c’est le collectif avant tout.

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(Photo : Jean Fauque. Cliché pris dans "la cour de création" des Rencontres d'Astaffort.)

Vous vous êtes très vite « reconnus » là-bas ?

Laurent : Nous sommes devenus assez vite potes. C’est Vincha qui est venu me voir pour me proposer une chanson un peu plus énergique pour le spectacle. C’est ainsi qu’est né Jacques et Jacques finalement. D’ailleurs, la chanson que l’on a chantée s’appelle « Les enfants » et elle figure sur notre album. Dans celle-ci, on se demande si nos vies n’étaient pas meilleures quand on n’avait pas d’enfants. C’est du second degré, bien sûr… comme dans quasiment toutes nos autres chansons.

En tout cas, ça vous a donné envie de faire un groupe.

Vincha : A Paris, on a même pris un studio ensemble et on a continué à écrire des morceaux. Nous sommes ensuite revenus à Astaffort, considérant que c’était dans ce cadre-là qu’on allait être le mieux pour se mettre en immersion et créer. En une semaine, on a trouvé le concept musical, on a fait la moitié de l’album et on a trouvé le nom de notre groupe.

Le karaoklip de "La révolution?"

Le concept de votre album, c’est de découvrir le sens de la vie. Mazette !

Laurent : C’était très ambitieux, d’ailleurs, nous n’y sommes pas parvenus. A la fin du disque, on comprend pourquoi.

La chanson la plus explicative du sens de la vie serait peut-être c’est « Qui c’est qui ? »

Vincha : C’est la dernière chanson écrite. On n’est pas partie dans l’idée de chercher   réellement le sens de la vie, mais on voulait aborder des grandes thématiques, parler de la société frontalement, mais aussi des amis, du pouvoir, de l’écologie, de la révolution...

Avec des angles particuliers.

Laurent : On aime bien s’amuser avec l’ironie et prendre le contre-pied de la réalité.

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(Photo : Benjamin Pavone)

Il est aussi question des femmes, dans « L’amour? » notamment. Vaste sujet ?

Vincha : Nous concluons ce morceau avec « je t’aime aussi quand t’es là », c’est bien une preuve d’amour, non ?

Laurent : On dit que les femmes se vengeront des hommes un jour et qu’il faut donc en profiter avant ce funeste jour. C’est une chanson super second degré qui, en fait, condamne la place de l’homme dans la société.

Vincha : On « humorise » tous les thèmes abordés, mais on veut être compris quand même. Il faut que les gens qui écoutent les chansons comprennent immédiatement la blague, le sens caché, sinon, on a loupé la chanson.

Karaoklip de "L'écologie?"

Vous êtes tous les deux très complémentaires ?

Laurent : Oui. Vincha trouve souvent les idées de chansons, les façons d’en parler, ensuite, moi je gratte et si je trouve un truc un peu faible on le retravaille.

Vincha : Et musicalement, c’est un peu dans l’autre sens. Notre musique est d’ailleurs très variée car je viens du hip hop et Laurent du rock’n’roll.

Laurent : Mais avec Jacques et Jacques, on est un peu dans les années 60. Le côté yéyé nous plaisait bien, car c’était des chansons naïves.

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Le son Jacques et Jacques, c’est quoi ?

Vincha : C’est une méthode : un breakbeat, une sub-bass et une guitare électrique.

On s’éclate à écouter un album comme ça… mais à faire ?

Vincha : Tu n’imagines pas.

Laurent : On aimerait bien faire un deuxième disque et on a très envie de le commencer. C’est bien la preuve que c’était un sacré plaisir de bosser ensemble. Vu qu’on est perpétuellement dans l’humour, nous nous sommes fait rire mutuellement.

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(Photo : Benjamin Pavone)

Il y a des interludes parlés entre chaque chanson, souvent très drôles.

Vincha : Comme dans les albums de rap des années 90, l’absurdité en plus. La prochaine fois, je crois que nous irons encore plus loin.

Il y a trois guests dans votre disque : Hippocampe Fou, Dieu et Jean Fauque, un autre Dieu, mais du texte.

Laurent : On l’a connu à Astaffort, il était intervenant sur l’écriture. Je suis fan de Bashung, alors évidemment, je respecte énormément son travail.

Vincha : Ce que je ne connaissais pas de Jean Fauque, c’était sa drôlerie. Il fait des blagues tout le temps. On n’a donc pas hésité à lui demander une petite participation dans la chanson « La fête? ».

Clip de "Etre un vieux?" Réalisé par Nico & Juan Produit par Chiips et Zamora Label.

Le projet Jacques et Jacques est un projet parallèle à vos propres carrières solos. Que vous apporte-il ?

Vincha : C’est un projet plaisir 100%. Il faut qu’il soit récréatif, amusant, joyeux. On le fait pour souffler, ce qui n’empêche pas beaucoup de travail. On n’a pas envie de se battre pour imposer Jacques et Jacques, on a juste envie de se régaler à incarner ses deux personnages.

Laurent : A la base, avec Jacques et Jacques, on a eu envie de faire de la musique comme on le faisait au bahut. On ne se pose pas question, on doit juste kiffer. On veut être en mode « loisir et bonheur », même si maintenant on a une petite équipe derrière nous et qu’il faut assumer l’existence de Jacques et Jacques.

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Pendant l'interview (photo : Julien Piraud).

Est-ce que Le sens de la vie est un disque conceptuel ?

Vincha : (Rires) Tout est conceptuel avec Laurent Lamarca. Il a trois passions dans la vie : les guitares électriques, Roland Garros et les concepts.

Laurent : J’aime bien que dans la musique, il y ait des concepts, qu’il y ait des liens partout. Sur mon nouvel album solo, il y a un chiffre fondateur, le 4. Je vais loin là-dedans, alors ça fait marrer Vincha. 

Clip de "Bienvenu au Jacquistan". 

Vous êtes à la tête d’un pays imaginaire, le Jacquistan.

Vincha : C’était un moyen de critiquer la politique au second degré. Comme nous sommes des esprits positifs, on préfère expliquer ce que l’on a envie de faire nous. Le Jacquistan, c’est une manière de parler de ce qui ne nous plait pas en parlant de ce qui nous plait en fait. Au lieu de dire, je suis contre le racisme, contre l’homophobie et contre toutes les intolérances, nous préférons faire présenter le JT du Jacquistan par une femme noire, handicapée, juive, homosexuelle avec un accent marseillais. On est pas mal… on a résolu beaucoup de problèmes en un personnage.

Est-ce que votre message final est : « il faut profiter de la vie, car elle peut ne pas durer » ?

Vincha : Il y a ça et il y a aussi pouvoir rire des choses graves ou sérieuses.

Laurent : La vie ne sert pas à grand-chose, on se contente de la traverser d’une belle manière.

Après le sens de la vie, on peut aller plus loin ?

Laurent : On peut aller ailleurs. 

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Après l'interview... (ça se voit que l'on fait semblant d'être en situation? #actorsstudio)

(Photo : Julien Piraud)

19 juin 2018

David Assaraf : interview pour son premier EP

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(Photo : Yann Orhan)

david assaraf,ep,interview,mandorJ’aime David Assaraf car j’apprécie vivement que l’on fasse preuve d’un cynisme pertinent et d’une sacrée aisance dans le deuxième degré. En écoutant l’EP de cet écorché vif, j’ai vite compris qu’il ne fallait pas compter sur lui pour prendre des chemins consensuels. Comme je l’ai lu sur le site de La Belleviloise : « La mort joue souvent les trouble-fêtes, s’inscrit en trompe l’œil. Elle n’est jamais pesante. Pourquoi ? Parce que David Assaraf insuffle à ses chansons une sacrée gueule d’atmosphère. » Pas mieux.

Il fallait donc que je croise cette vraie personnalité aux multiples talents artistiques. Ainsi fut fait le 6 juin dernier dans un bar de la capitale.

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David Assaraf est auteur-compositeur-interprète, mais également comédien et metteur en scène. Au théâtre il a notamment joué sous la direction de Didier Bezace dans La Version de Browning (5 nominations-2 Molières). Au cinéma sous celle de Gabriel Le Bomin dans Les Fragments d’Antonin (film nommé aux Césars). À la télévision pour Lucas Belvaux ou encore Jean-Daniel Veraeghe. Il a également mis en scène L’Echange de Paul Claudel au théâtre du Soleil.

Côté musique, il a, entre autres, écrit, composé ou collaboré avec Sylvie Vartan, Arthur H, Keren Ann, Carmen Maria Vega, Matthieu Chedid...

Il a récemment participé à l'écriture et à la composition de Lamomali, l'aventure Malienne de -M-, récompensée par une Victoire de la musique (Musique du Monde).

Son EP de 4 titres est un prémisse de son premier album Ceux qui dorment dans la poussière co-réalisé par Ian Caple (Bashung, Tricky, Tindersticks...) qui sortira à l'automne 2018.

Vincent Polycarpe, Jérôme Goldet ou encore Matthieu Chedid ont notamment participé à l'enregistrement.

4 titres. 4 tableaux. La vie, l'amour, la mort pour fils conducteurs. David Assaraf dessine avec précision ce monde que chacun porte en soi.

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david assaraf,ep,interview,mandorInterview :

Tu es un artiste multidisciplinaire, mais tu as commencé par quoi ?

Quand j’étais gamin, j’ai commencé par la musique. A 5 ans, j’avais un synthé avec la photo de George Michael, période Wham ! dessus. Sur ce synthé il y avait une démo de « La marche Turque » de Mozart. Ça m’a rendu fou. Jusqu’à 19 ans, je n’ai fait que de la musique.

Mais au collège, parallèlement, tu fais un stage de théâtre.

Oui, et ça m’a aussi beaucoup  plu. A 19 ans, je viens à Paris. Je fais du piano-bar et je commence une formation théâtrale. La musique est toujours là, mais le théâtre prend une certaine place. J’ai eu une première décennie plus consacrée au théâtre et à la télé, c’est-à-dire au jeu, à la mise en scène et à l’écriture… mais je continuais à écrire des chansons pour d’autres artistes.

Tu es un grand lecteur, je crois.

Je lis énormément. De la poésie, de la littérature théâtrale, des romans. C’est très formateur pour toutes les formes d’écriture que je pratique.

Tes premières chansons, tu les as écrites à quel âge ?

Avec une visée pour qu’elles soient interprétées, vers 23 ans. C’est à 27 ans que j’ai eu un déclic. J’ai compris que j’avais trouvé une forme d’expression qui me convenait parfaitement.

Ca fait quoi pour un jeune auteur d’être chanté par Sylvie Vartan par exemple ?

On est heureux quand son travail est reconnu par des personnes qui ont de si longues carrières et qui n’ont plus rien à prouver. Cette belle reconnaissance m’a donné envie de continuer. Ça m’a fait beaucoup de bien. Et puis, j’ai eu un peu de fierté parce que Sylvie, ça m’a fait penser à mes parents. C’est comme un cycle, une boucle bouclée. De plus, ma chanson, « Sous ordonnance des étoiles », est un duo avec Arthur H. C’est un artiste que j’aime beaucoup et que je jouais quand je faisais du piano bar.

Duo Sylvie Vartan/Arthur H sur une chanson de David Assaraf, "Sous ordonnance des étoiles".

Tu écoutais surtout son père.

Oui, effectivement,  j’ai grandi en écoutant Jacques Higelin.

Tu as écrit des textes pour qui d’autres?

Les plus récents, c’était pour Carmen Maria Vega et pour Matthieu Chédid. J’ai collaboré à l’écriture ainsi qu’à la composition des titres « Cet air » et Toi-moi » sur l’album Lamomali.

"Cet Air" extrait de Lamomali, l'album Malien de -M-, Toumani et Sidiki Diabaté avec Fatoumata Diawara. Paroles et musique, David Assaraf.

Avant cet EP, il y a eu un précédent disque.

Oui, mais les planètes n’étaient pas alignées pour qu’il sorte dans de bonnes conditions. Il y a eu toute une série de mauvaises circonstances qui ont empêché que ce disque voit finalement le jour. 

david assaraf,ep,interview,mandorCet EP est réalisé par Ian Caple.

Je suis très fan de son travail. J’aime Tindersticks, Tricky, Bashung… et à chaque fois, c’est Ian Caple qui a réalisé. Je lui ai lancé une bouteille à la mer sur Facebook. Il m’a répondu tout de suite. Je lui ai envoyé tous les thèmes au piano et, du coup, tout s’est fait assez vite. Il a été extrêmement moteur. Il m’a permis d’accoucher. C’est un excellent accoucheur. Il a une réelle vision, un son, une couleur qui lui sont propres et qui correspondent parfaitement à l’univers que je cherchais.

Le terme accoucher, ça va bien à la création d’un texte ?

Oui. On accouche parfois de quelque chose de sombre en soi, mais qui devient, dans la création, quelque chose de beau. C’est une laideur à laquelle on donnerait de la beauté, du coup, nous la vivons mieux.

Clip officiel de "Juré cracher sur vos tombes", tiré de l'EP.

david assaraf,ep,interview,mandorPourquoi  un EP avec seulement 4 titres ?

L’EP permet de faire connaître mon travail. C’est une espèce de salutation juste avant de sortir l’album. Cet EP est construit comme un parcours initiatique, une traversée, une exploration de toutes les morts possibles, physiques ou mentales. Je voulais m’exprimer sur ce sujet pour passer à autres choses.

Je n’entends que du bien de cet EP.

Ça m’encourage. Je ne suis précisément pas l’homme le plus confiant du monde. Quand on écrit, on se retourne le bide, on se met à poil… Un jour, je suis euphorique, très heureux et le lendemain, j’ai envie de tout brûler et de tout recommencer.

Sortir un disque, ça légitime le fait d’être chanteur, non ?

Effectivement, quand tu as un disque, c’est inscrit, c’est fait, ça existe. Pour moi, c’est important, car c’est la première fois que j’inscris concrètement quelque chose dans la musique. Mais n’oublions pas qu’il y a d’abord le public, l’attaché de presse, le journaliste qui t’interviewe ou chronique ton disque… c’est tout ça qui rend légitime un artiste.

Session Live de "Si je n'aime la vie j'aime encore ce moment", enregistrée au Studio Motorbass par Rhythmn and Town, Paris, France.

Faire la première partie de Matthieu Chédid devant 9000 personnes, c’est impressionnant ?

Tu m’étonnes. Pour le moment, ma musique est un peu intimiste, je me suis demandé comment j’allais faire à Dijon, devant 9000 personnes. Le public de Matthieu est tellement à l’écoute et bienveillant que ça été merveilleux.

Il y a un duo avec lui sur ton EP, « Les papillons bleus ».

Il a la voix des anges. Quel plaisir de chanter avec lui, surtout que, vocalement, nous sommes aux antipodes. On a cherché a emmener ce morceau ailleurs. On a développé une ambiance d’insectes, de squelettes, de diablotins et d’étrangeté. Avec Ian Caple, on a essayé d’explorer autre chose que simplement le chant. Au début Matthieu ne devait faire que les guitares d’ambiance, mais comme il a beaucoup aimé cette chanson, c’est lui qui m’a proposé de la chanter. Ça m’a fait plaisir.

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(Photo : Fanny Castaing)

Ton album va s’appeler Ceux qui dorment dans la poussière. C’est un titre très biblique, non ?

C’est tiré de la bible en effet. C’est un texte d’Isaïe : « les morts ressusciteront, ils se relèveront, ils se réveilleront avec des chants de joies, ceux qui dorment dans la poussière ».  J’ai vu ça à l’entrée d’un cimetière et ça m’a vraiment marqué.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

C’est avant tout une nécessité. La musique, j’en fais depuis toujours et j’en ai besoin.

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Pendant l'interview...

Tu travailles la musique toujours ?

Je ne peux pas regarder des séries sur Netflix par exemple. Ça me stresse car je reste complètement passif et je le vis très mal. L’inactivité me rend complètement malheureux. Comme j’ai tendance à être un peu triste, créer m’euphorise, me libère, me rend malheureusement heureux.

Faire des chansons, c’est une mission ?

Non, c’est une transmission et elle m’est nécessaire.

C’est presque égoïste ?

Oui, mais c’est pas mal d’être égoïste. On fait les choses pour soi, on ne les fait pas forcément contre les autres. J’ai compris que plus tu es proche de ton intimité, plus tes chansons deviennent universelles. Au final, on partage tous le même temps de vie sur Terre avec nos rêves, nos déceptions, nos échecs, nos réussites… on a tous les mêmes casseroles et on vit tous à peu près les mêmes histoires.

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A la fin de l'interview, le 6 juin 2018.

18 juin 2018

Eddy la Gooyatsh : interview pour le livre-disque Pull Over

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(Photo : Jean Elliot Senior)

L'artiste nancéen Eddy la Gooyatsh, chanteur à guitare et à texte, réalisateur pour d’autres artistes comme Chet et Camille (entre autres) et créateur de spectacles jeunes publics (M le Méchant, Rio Clap Clap Clap...), vient de sortir un livre-disque comportant 13 titres inédits, Pull Over (LamaO Editions).

Vous pouvez l'écouter ici.

Tendre iconoclaste rêveur, Eddy la Gooyatsh, nous propose des textes animés par une verve habile et délicate. De la pop qui redore le paysage musical français dont la langue française est bien souvent mise de côté au profit de l’anglais plus mélodique.

Le 4 juin dernier, de passage à Paris pour jouer en première partie du groupe Ange au Café de la Danse, je l’ai mandorisé dans un bar à proximité de la salle.

eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorArgumentaire officiel (par Olivier Bas), légèrement raccourci :

Quand on cherche un pull-over, on aimerait qu’il soit beau, doux, élégant, chic, rock, original, saillant. Il devrait être de qualité irréprochable et passer au lavage sans rétrécir ni pelucher. On souhaite pouvoir le porter en toute circonstance, qu’il nous tienne chaud les soirs d’hiver et qu’il soit léger les nuits d’été. Qu’il devienne notre pull-over préféré.

Le Pull Over d’Eddy La Gooyatsh est tout ça à la fois ! Doux, élégant, brillant, chaud, original et rock !

Un livre dans lequel on se plonge comme un enfant en s’émerveillant des illustrations et un Album qu’on passe et repasse en boucle, maille après maille, sans s’effilocher.

Eddy La Gooyatsh nous offre avec son 4ème album le pull-over idéal ! 

Ni miaulant, ni rugissant, Eddy la Gooyatsh est le carrefour de ses influences. Des Beatles à Chet Baker en passant par la musique surf, cubaine, hawaiienne, le post-rock ou la noise, cette voix qu’il pensait être un brin n’est pas à mettre au filet, bien au contraire.

Auteur-compositeur-interprète, avec déjà deux livre-disque à son actif pour les enfants, il se dévoile en chanson pour le plaisir des plus grands (mais pas que).

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eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorInterview :

La question originale. Pourquoi ce livre-disque ?

J’en avais déjà fait deux pour les enfants, M le Méchant et Rio clap clap clap, chez LamaO Editions et j’ai bien aimé l’expérience. De plus,  je ne voulais plus faire de disques pour « adultes ». Mon précédent album, Beaurivage, avait été si compliqué à sortir que je n’avais pas le courage de recommencer une telle bataille. Sortir des disques dans des conditions difficiles, je trouve ça un peu vain. C’est donc mon éditrice, Fany Souville, qui m’a suggéré de faire un livre-disque. Au moment où elle m’en a parlé, je n’étais pas sûr d’avoir des choses à dire. Plus tard, nous en avons rediscuté et, à ce moment-là, j’étais en train de perdre quelqu’un de proche. J’avais de nouveau des choses à dire.

Pourquoi as-tu enregistré Pull Over très vite.

Je connaissais les thématiques que je souhaitais aborder, mais je ne voulais pas trop réfléchir à ce que j’allais écrire. Du coup, par soucis d’authenticité, d’honnêteté, de spontanéité et de justesse, j’ai écrit assez vite et on a enregistré dans la foulée dans des conditions live dans une vieille boite de nuit désaffectée.

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L’ambiance du décor est importante pour toi quand tu enregistres ?

Oui. J’ai fait exprès de choisir ce lieu. J’ai un studio chez moi, je pouvais donc très bien rester à la maison. J’ai déplacé mon studio là-bas pour que l’on puisse jouer tous ensemble. J’ai bien fait parce qu’il s’est passé quelque chose entre tous les musiciens.

Il y a dans Pull Over des images, des illustrations, des  collages, des photos…  

J’ai demandé à des artistes que j’aime bien de travailler autour de mes nouvelles chansons. Ensuite, je leur ai proposé de m’envoyer une image pour illustrer celle qu’ils préféraient. J’ai tout gardé, je n’ai rien eu à rediscuter avec quiconque. Pour moi, tout était parfait. J’ai laissé toute liberté à chacun, car j’avais l’impression d’avoir suffisamment donné de moi-même dans chaque chanson.

Dans les studios de France Bleu Lorraine, Eddy La Gooyatsh interprète une version acoustique de " Trompe la mort ", un titre issu de Pull over.

Tu as fait la couverture et quelques dessins à l’intérieur.

(Rires) Je n’ai pas été très courageux. J’en ai fait moins que ce que j’envisageais au départ.

Quand tu étais plus jeune, tu voulais être illustrateur.

Oui, jusqu’à l’âge de 20 ans. A la base, je voulais faire de la bande dessinée. J’ai suivi des études dans un collège spécialisé en art plastique. Finalement, ça ne s’est pas passé comme ça, je suis devenu musicien. Je suis très content de l’être. Cela dit, depuis l’adolescence je faisais aussi de la musique. J’avais des groupes, j’écrivais des chansons. Mais vraiment, je n’avais pas envisagé que musicien devienne mon métier principal.

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Eddy la Gooyatsh au Café de la Danse, une heure après l'interview.

(Photo : Mandor avec son iPhone)

Dans ce livre-disque,  je pensais qu’il y aurait un fil conducteur. En fait, non. Il y a plein de petites histoires indépendantes.

L’album tourne autour du souvenir et de ce que l’on en fait. Plus précisément, que fait-on de la disparition de quelqu’un ? Est-ce que quand les gens ne sont plus là, il n’y a que les bons souvenirs qui restent ? Est-ce qu’au bout d’un moment, cela devient des souvenirs douloureux ? J’ai voulu montrer qu’il faut garder les bons souvenirs comme quelque chose de réconfortant, comme un vêtement qui tient chaud. D’où le nom de l’album, Pull Over.

Il y a évidemment une gravité sous-jacente, mais ce n’est pas un album « grave ».

Je n’ai pas fait des ritournelles pour rigoler, c’est sûr, mais je n’étais pas dans l’état d’esprit de me perdre dans un état de tristesse stérile. Bien sûr, c’est triste de perdre des gens, mais ce que l’on garde, je le répète, il faut que cela soit réconfortant.

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Pendant l'interview... (photo : Fany Souville).

eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorEcrire, ça aide à supporter les choses ?

Ce livre-disque est ce que j’ai fait de plus personnel depuis le début de ma « carrière ». Ça m’a obligé à réfléchir, à me poser des questions. Concernant l’écriture, je ne pars jamais forcément avec un projet hyper structuré. Je pars toujours en écriture comme je pars me balader, sans trop savoir où je vais. Il m’arrive de découvrir des choses de moi-même par le biais de mes textes.

Tu aimes prendre des risques dans la musique ? Chacun de tes albums est différent.

Disons que j’aime me renouveler. Je ne veux pas refaire éternellement ce que je sais faire et qui fonctionnent. C’est ennuyeux. Je me suis toujours dis que j’allais faire chaque disque comme j’en ai envie, en  ne me souciant pas des conseils des uns et des autres.

Tu es venu à la chanson par le biais de la littérature.

Oui, et pas du tout par celui de la chanson française. Ma culture musicale, c’est la pop, la musique instrumentale de toutes sortes comme le jazz ou la world music… J’ai découvert la chanson française en travaillant avec des chanteurs français. C’est ainsi que je me suis forgé ma culture dans ce domaine. J’ai découvert Brel, Brassens, Ferré, Gainsbourg hyper tard. Pour te dire la vérité, l’influence que j'aurais pu avoir de la chanson francophone, elle aurait pu venir plus de Goldman ou de France Gall, mais il me semble que ça ne s'entend pas dans ma création . Ma mère écoutait ce genre de 45 tours, mais au final, ça ne m'a pas beaucoup influencé.

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(Le 4 juin 2018, à l'issue de l'interview)

(Photo : Fany Souville).

15 juin 2018

Nicom : j'ai écrit la biographie de son premier EP, La route

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nicom,la route,interview,mandorAujourd’hui, je vais vous présenter un nouvel artiste « en devenir », Nicom. Je l’ai d’abord connu comme musicien d’un groupe ayant participé au Pic d’Or 2017. Je me souviens m’être dit qu’il avait beaucoup de charisme. Et un jour, je tombe sur une vidéo de lui en tant que chanteur. Je ne suis pas parvenu immédiatement à le resituer… puis le flash. Je l’ai vu à Tarbes. Les lois des hasards et coïncidences ont fait que sa maison de disque Sony (label Jive/Epic) a fait appel à moi pour écrire l’argumentaire de presse de son premier EP, La route. Nous nous sommes donc vus dans les locaux de chez Sony récemment. Nous avons beaucoup parlé. Voici le fruit de notre entretien. Il est devenu la biographie « officielle » de Nicom :

"Remontons dans le temps, mais ne nous y attardons pas trop tant Nicom représente plutôt le présent… et nicom,la route,interview,mandormême le futur de la pop française. Des débuts normaux : 14 ans, groupe de rock qui joue fort, très fort même, au lycée, puis quelques années plus tard, abandon d’une carrière qui ne collait pas à ce qu’il était intrinsèquement : informaticien dans le secteur recherche et développement d’un grand groupe spécialisé dans l’optique, il y a plus sexy. Il quitte Evreux pour Paris. Quitter sa province pour la capitale, un grand classique. S’ennuyant dans son petit studio, il a commencé à chanter ses chansons. Son but était juste de trouver quelqu’un pour les interpréter. En anglais. Paradoxalement, le jeune homme ressent au fond de lui que la langue de Shakespeare n’est pas ce qui lui allait le mieux. Il persiste tout de même dans ce sens. Par contre, là où l’évidence s’impose, c’est dans les mélodies et les refrains que l’on retient. Ça, Nicom sait faire. Il excelle en la matière. Redoutable même. Arrive l’expérience MyMajorCompany. Il obtient 100 000 euros pour enregistrer son premier album, rien que ça (exceptionnel répondit l’écho !) « J’avais du mal à comprendre comment des gens que je ne connaissais pas sortaient leur carte bleue pour miser sur moi ». En découle un album très organique enregistré par Steve Forward (McCartney, Ray Charles, Stevie Wonder et quelques autres débutants), avec aucun instrument électronique. 

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nicom,la route,interview,mandorPrendre un nouveau virage s’impose. Nicom veut aller plus loin. Enregistrer un nouveau disque qui lui correspond vraiment, qui colle à ce qu’il est et à ce qu’il aime écouter. Ce jeune homme solaire et charismatique, complètement dans l’air du temps, cherche une nouvelle maison de disque et la personne idéale qui l’aideront à aller au bout de ses envies musicales.  Hop ! Direction la Suède. Le pointilleux et exigeant réalisateur Frederik Sonefors (qui cartonne dans toute l’Europe avec « Schould’ve Gone Home » interprété par Mans Zelmerlöw et qui empile les disques d’or dans son studio) accepte de travailler avec Nicom dont il loue la voix aérienne et limpide et le sens de la mélodie. Ils enregistrent « La route », le premier single de l’EP. « Je suis scotché par sa façon de produire le morceau. C’est une manière de travailler étrange, très scientifique. Les suédois ont la science du single. Frederik n’a jamais conçu 4 titres pour un seul artiste. Il ne fait habituellement que des singles ». Le titre est d’une efficacité immédiate. Pour Nicom, l’idée de base est d’adapter le format international à la chanson française.

Clip officiel de "La route".

"La route", version acoustique avec Hoshi.

Il souhaite bénéficier d’une production exceptionnelle et obtenir un son rarement entendu en France dans lanicom,la route,interview,mandor pop. Pari gagné !  Les musiques sont enregistrées à distance : « Je suis retourné en suède uniquement pour enregistrer les voix. Frederick ne comprend pas un mot de français, mais il se concentre sur ce qu’il ressent. C’était intéressant de travailler ainsi.»  Pour les textes, Nicom insiste beaucoup sur les sonorités, plus exactement sur les mots qui sonnent, la difficulté étant d’allier le son et le sens. 

L’amour et le temps qui passe sont ses sujets de prédilections. Dans ses chansons il n’évoque que ce qu’il vit, mais en l’universalisant. « J’ai une pudeur qui m’empêche de déballer toute ma vie de but en blanc avec des phrases très explicites. J’aime bien quand les gens s’approprient mes chansons et les interprètent comme ils le souhaitent. Il faut laisser la place à la pensée des autres. » Les 4 titres de cet EP ont un socle commun : l’histoire d’une banale rupture, mais qui touche, décliné en 4 angles.

Session acoustique de "On se retrouvera", avec Tibz. 

nicom,la route,interview,mandorSelon Nicom, on n’a pas besoin de route, il faut juste regarder devant et avancer. (« La route ») « Je veux simplement dire que l’on n’a pas besoin de calquer nos vies sur celles des autres, de suivre le même chemin tout tracé que tout le monde. » Parfois, la vie qui n’est plus possible avec l’autre n’est pas forcément la souffrance, cela peut-être aussi un nouveau départ (« Je respire encore ») « La vie de musicien n’est pas idéale quand on est en couple. Un jour, j’ai décidé de tout plaquer et de recommencer à zéro, sans rien emporter du passé. Parfois il faut savoir prendre les décisions qui s’imposent pour cheminer vers une meilleure direction. »  Après tout, peu importe ce que l’on a fait dans la vie, peu importe où l’on va, si on doit trouver quelqu’un, on le trouvera (« On se retrouvera ») et peu importe qui elle sera et ce qu’elle fera, il sera possible de construire un nouveau monde à deux… Attention ! Scoop ! Oui, l’amour peu renaitre (« Viens »).  A l’écoute de cet EP, on est séduit par cette tenue pop, intense, rythmée, ces textes précis aux mots évocateurs. Nicom est ce genre d’artiste qui peut devenir très vite populaire. Le genre d’artiste que les gens aimeront entendre à la radio, siffloter sous la douche et reprendre en chœur, quand les lumières s’éteindront et que la musique s’allumera. C’est aujourd’hui, c’est notre époque, c’est jubilatoire. Nicom peut devenir une valeur sûre.  Vivement !"

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Nicom et moi dans les locaux de Sony.

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13 juin 2018

Lucas Rocher et Gérald Dahan : interview pour les concerts au Nez Rouge

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gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandorPendant encore 3 jours, et ce depuis hier (du 12 au 15 juin 2018, donc), Lucas Rocher et son gang se produiront sur le bateau théâtre amarré face au 13 quai de l’Oise à Paris 19e, Le Nez Rouge, dirigé par l’humoriste et imitateur Gérald Dahan. Ce dernier est aussi le metteur-en-scène-producteur-manager-impresario du Lucas’ Gang.

Je connais Lucas Rocher de réputation (bonne) depuis plusieurs années sans m’y être réellement intéressé. Et puis, un soir, je suis allé voir son show et il m’a bluffé. Drôle, tendre, un peu provocateur et particulièrement charismatique. Tout ça dans un seul homme, c’est rare. Du coup, le 7 juin dernier, j’ai organisé une rencontre avec lui à proximité du Nez Rouge et j’ai demandé à ce que Gérald Dahan nous rejoigne à un moment. Il m’intéressait de savoir pourquoi il misait beaucoup sur ce « poulain-là ».

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(Photo : Steffie Mer)

Présentation officielle du spectacle :gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandor

Lucas’ Gang c’est un peu comme si Tryo avait ses textes écrits par Gaspard Proust et mis en scène par Alexandre Astier.

Ce groupe est du signe « chanson humoristique » ascendant satirique. Entre les Wriggles et South Park

Un spectacle ingénieux pétillant, où les chansons rient de tout, écorchent les hypocrites, scalpent les beaux-parleurs, transcendent les fous furieux,  les héros malgré eux, et d’ambitieux déchus.

Le tout servi par une formation trans-genres où voix, guitares, violon, et harmonicas s’épousent dans une folie novatrice, et tout en finesse.

Mise en scène : Gérald Dahan

Lucas Rocher : chant, guitare Axel Dachet : violon, chœurs Damien Tartamella : harmonica, chœurs

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Gérald Dahan et Lucas Rocher, ensemble sur scène.

gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandorInterview de Lucas Rocher:

Tu es passé de Lucas Rocher à Lucas et associés et aujourd’hui à Lucas’ Gang. Pourquoi ces changements d’identités ?

J’ai commencé seul en guitare-voix, j’ai ensuite été rejoint par Axel et Damien de manière très ponctuelle. Quand ils sont rentrés officiellement dans le projet, on a ajouté « et associés ». Gérald voulait unifier l’histoire en insistant sur le côté « équipe », tout en restant le leader, car j’écris les textes et la musique, c’est donc devenu Lucas’ Gang… mais je tiens à dire qu’Axel et Damien sont très investis dans l’histoire.

C’est quoi ton parcours ?

J’ai une mère orthophoniste et un père qui s’appelle Thierry Rocher. Il fait depuis des années  la revue de presse de Paris Première. Quand j’étais jeune, j’ai passé beaucoup de temps à voir des auditions d’humoristes, ça m’en a un peu dégouté. Je me suis dit que c’est un métier que je ne ferai jamais. Depuis que je suis dans le spectacle, je n’ai aucune paillette dans les yeux, j’ai trop vu de « galériens » désillusionnés. A l’âge de 16 ans, il m’a fait jouer dans un spectacle avec lui, Patrick Font et Nicolas Bacchus. Grace à ce dernier, j’ai compris que c’était la musique qui m’intéressait. Je suis devenu son musicien pendant 7 ans et c’est lui qui a produit mon premier album.

Et Patrick Font ?

Malgré les sales histoires, il reste pour moi un génie absolu. Il m’a fait jouer dans certaines de ses pièces et j’ai aussi été son guitariste. J’ai beaucoup joué avec Bacchus et Font, cela m’a permis de quitter la banlieue pour m’installer à Paris.

Teaser pour les concerts 2018.

Tu réfutes le fait d’être aussi un humoriste, mais tu ne peux pas nier l’évidence, tu as ça en toi.gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandor

J’ai un peu de cet ADN-là, j’avoue. J’aime bien l’idée de faire rire entre les chansons et de pouvoir improviser. Mais, ce savoir n’est pas essentiel. Certains groupes que j’adore n’ont pas besoin de ça, comme les frères Volo. J’ai quand même dû casser ce que j’avais appris en café-théâtre pour ne pas devenir trop chansonnier. Je préfère que l’on me considère comme un chanteur satirique. 

Tu chantes et évoques la société moderne. Ton spectacle est complètement dans l’air du temps.

Oui, tout en ne voulant pas être moraliste. On a fait une chanson sur l’homophobie. Le type de ma chanson dit « je ne peux pas être homo depuis que je fais du rap ». Le mec, à la force d’aimer les mecs musclés, il a peut-être un rapport bizarre avec ça, c’est ce que je sous-entends. Il y a aussi une chanson dans laquelle je parle de Facebook. Je me moque un peu, mais j’adore Facebook. On peut ironiser sur un sujet et beaucoup l’aimer.

Reportage sur Lucas' Gang sur BFM Paris.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorTu as des goûts musicaux très variés, je crois.

Je peux écouter du jazz hyper pointu comme du Maître Gims. J’ai mis 1000 ans pour comprendre que je n’ai pas besoin de détester quiconque pour savoir qui je suis. Je réfute les cultures autorisées par les ambassadeurs de l’ouverture d’esprit. On a le droit d’aimer Beyonce, Lady Gaga, ça passe, mais par contre M Pokora, on n’a pas le droit. Je ne supporte pas les Ayatollahs du bon gout. Le fait qu’il n’y ait pas de place pour la nuance me rend profondément malheureux.

Tu es passionné par l’écriture de scénario.

Je suis un scénariste raté. J’en ai plein les tiroirs. J’ai lu beaucoup de livres sur la question. La structure, les personnages, la ligne thématique, la trame…

Le format chanson, pour raconter des histoires, c’est compliqué ?

Extrêmement. Je reviens à Volo. Ils m’impressionnent parce qu’il y a une limpidité extraordinaire dans leur format court. Moi, je trouve que c’est plus simple d’avoir 100 pages pour écrire une histoire que d’en avoir une seule.

Il y a une web série qui arrive cet été.gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandor

J’y raconte notre vie professionnelle. En l’occurrence, les deux musiciens sont en train de quitter le groupe parce qu’ils se rendent bien compte qu’on ne fera pas Bercy avec nos chansons. Au moment où ils vont m’annoncer leur départ, je leur dis qu’on a trouvé un producteur qui va nous apporter la gloire. C’est Gérald Dahan qui joue son propre rôle. En fait, c’est un plan que j’ai monté pour garder mes potes. A partir de cela, ils vont partir en vrille. On a plein de guest comme Vincent McDoom et l’humoriste YouTuber Max Bird. Oldelaf, Bruno Solo, devraient être aussi de la partie. Comme j’ai écrit une chanson pour le prochain album de Clara Morgane, on est en pour-parler pour qu’elle nous rejoigne dans l’aventure.

Combien d’épisodes avez-vous tourné ?

Il y a déjà 6 épisodes tournées et montées. Là, on vient de faire la bande son. C’est un gros boulot.

Tu as un double qui est chanteur et qui s’appelle Francis. Peux-tu me le présenter ?

Je travaille énormément la nuit. J’ai une centaine de maquettes de morceaux dont je n’ai rien fait. Il va donc devenir un personnage de la web-série. Je vais vivre une sorte de schizophrénie où la nuit, je deviens Francis.

Tu es un vrai boulimique de travail.

Je suis toujours en train de créer. De plus, je suis prof de guitare dans une école de musique du 11e. J’ai une quinzaine d’élèves qui ont entre 8 et 18 ans. J’aime beaucoup ça, car cela me permet de me cadrer.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorC’est qui ton idole absolu ?

Trey Parker, le cocréateur, réalisateur et principal scénariste de South Park. Ce mec est un génie absolu. Il est aussi le metteur en scène, co-scénariste, co-compositeur et co-parolier de la comédie musicale The Book of Mormon. Il a influencé ma vie, et même, ma philosophie de vie.

Tu es très amateur de comédies musicales.

Je suis extrêmement branché comédies musicales, celles de Broadway notamment. Une trame de comédie musicale est extrêmement difficile à écrire. J’en ai écrit une, mais je ne suis pas satisfait, c’est vraiment très difficile. Gérald me pousse à persister. Je suis un peu sous pression en ce moment.

Ton prochain disque, tu l’as enregistré avec les musiciens de Johnny.

On a déjà enregistré 8 chansons, mais on a décidé de n’en garder que 5 pour lancer un EP. J’avais l’impression d’être en stage. J’étais avec des arrangeurs de folie qui me laissaient prendre des décisions. C’était très agréable d’être écouté et dirigé par rapport à mes souhaits. Grace à Gérald Dahan, on a eu des grosses pointures comme le batteur de Revolver ou le trompettiste de Maceo Parker.

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De gauche à droite, Philippe Almosnino, Jean-Max Méry, Gérald Dahan, Lucas Rocher, Axel Dachet et Damien Tartamella, lors du premier jour de l'enregistrement du disque.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorGérald Dahan a tout financé ? 

Oui. Il a financé le spectacle, la web-série et le disque. En tout,  il a investi pour 70 000 euros. Nous sommes très excités par toutes les perspectives de clips, de tournages… on va aussi faire la première partie des Wriggles deux soirs de suite au Café de la Danse au mois de décembre prochain. C’est pile la cible.

Tu commences à y croire ?

Oui, mais après, je ne me fais jamais d’illusion sur rien. Je reste détaché pour ne pas être déçu. 

Comment se passe la relation avec lui ?

Ça n’a pas toujours été facile. Il sait ce qu’il veut et parfois, ça m’a heurté  parce que je n’étais pas d’accord avec ses propositions. Il a fallu que l’on s’apprivoise. On a un bon rapport parce que l’on se respecte. On arrive à se dire les choses.

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Pendant l'interview...

Igérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandornterview de Gérald Dahan :

Tu as découvert Lucas de quelle manière ?

C’est vraiment un hasard. Lors d’un plateau d’artistes que j’avais monté, l’un d’eux nous a fait faux bond. Alors que le spectacle était déjà commencé, l’humoriste Olivier Perrin m’a proposé d’appeler Lucas et ses musiciens. Je ne les avais jamais auditionnés, donc c’était un risque pour moi. J’ai fait confiance à Olivier. Ils ont déboulé avec leur guitare, leur violon et leur harmonica. Ils ont fait un carton. J’ai trouvé ça très bien. Je leur ai proposé de revenir le lendemain, ils ont accepté. Ils ont refait un carton.

Tu as fini par leur demander de voir leur spectacle entier en audition.

Là, j’ai vu un spectacle étonnant. Ce ne sont pas que des musiciens, mais ce sont aussi des humoristes. Je n’ai pas pu m’empêcher de leur dire que j’avais plein de conseils à leur donner. De fil en aiguille, je suis devenu leur metteur en scène. On a pris le bateau pour partir ailleurs, on a vécu enfermé ensemble du soir au matin et j’ai remis en scène ce spectacle. Entre temps, je suis devenu leur producteur. Tout s’est fait sur le bateau. C’était des moments magiques.

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Gérald Dahan et Lucas Rocher... une bonne entente.

Pourquoi as-tu décidé de devenir producteur du Lucas’ Gang et d’investir beaucoup d’argent ?

Je me suis dit que ce type-là, il ne fallait pas que je le lâche. Je suis persuadé de son talent et je suis persuadé que Lucas va devenir une star. Je le ressens comme ça. C’est un artiste qui a aussi l’étoffe d’une star. Il a un charisme rare. Il dégage quelque chose que l’on ressent assez rarement.

Je le répète, tu as investi beaucoup sur lui.

L’argent investi n’est pas important par rapport au fait de redonner de la confiance à quelqu’un qui doute. Etre artiste, c’est surtout douter de tout et en priorité de soi. Un bon producteur, c’est quelqu’un qui doit rassurer l’artiste et qui doit le convaincre qu’il a bien l’étoffe de star qu’il pense avoir. Ce n’est pas parce qu’il y en a plein d’autres que lui ne va pas sortir du lot.

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Lucas Rocher et Gérald Dahan.

Etre producteur, c’est aussi beaucoup de temps passé avec l’artiste en question, ne rien lui laisser passer…

Comme je suis aussi artiste, je décortique les moindres détails de son spectacle. J’ai un regard extérieur.

Lucas m’a expliqué il n’a pas toujours tout bien pris.

Bien sûr. C’est hyper dur d’être objectif sur son travail et d’être mis en scène par quelqu’un d’autre. Lorsque cela arrive et que ça donne du résultat, c’est que l’on fait une totale confiance à l’autre. C’est un peu comme dans une relation de couple. La confiance, c’est une histoire à long terme. Tout n’est pas acquis et je ne dis pas que je ne me suis jamais trompé.

Rappelons que Gérald Dahan est aussi et avant tout un formidable humoriste/imitateur/maître des canulars.

Lucas n’est-il pas un jeune chien fou qui fait trop de choses ?

Je ne trouve pas. Il faut faire ce à quoi on aspire. Dans une vie, on ne fait pas tout le temps la même chose. Chaque chose est enrichissante. Il y a une synergie dans tout ce que l’on entreprend.

C’est jubilatoire de découvrir des artistes comme Lucas ?

Quand on est producteur artiste, ce qui est satisfaisant, c’est de pouvoir dire :  « tant mieux si je transmets des choses. » J’ai pas mal d’années d’expériences, il y a donc des écueils que j’ai envie de faire éviter. J’aime l’idée de transmettre une expérience.

Je sais que souvent, dans ton bateau théâtre, c’est toi qui fais la lumière des artistes qui se produisent. C’est si symbolique.

Tous les moyens sont bons pour mettre en lumière des artistes talentueux…

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Pendant l'interview (bis), le 7 juin 2018.

Edit : le 1er décembre  2018.

Depuis cette interview, Lucas Rocher et son gang a enfin sorti sa chaîne YouTube et, donc, sa web série dont voici les 2 premiers épisodes. 

 

J'ai moi même tourné une scène le 18 septembre dernier pour un épisode à venir…  voici quelques photos. Je joue le rôle d'un journaliste musical (original, non?) qui interviewe le "gang" et son producteur (mais tout ne se passera pas comme prévu).

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Regardez les photos de mes vacances aux Bahamas!

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Photo de fin de tournage.

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07 juin 2018

Richard Gaitet : interview pour Tête en l'air

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(Photo : René Ghilini)

richard gaitet,tête en l'air,paulsen,interview,mandorLes Editions Paulsen publient Tête en l'air, un récit rocambolesque d'initiation à l'alpinisme, du point de vue d'un novice. Le journaliste et facétieux écrivain, Richard Gaitet, est donc le héros de sa propre histoire.

D’une plume habile et maligne, pleine de poésie et d’humour, l’animateur de l’émission culte, la Nova Book Box, juke box littéraire de Radio Nova, raconte une aventure complètement dingue (gravir le mont Blanc, rien que ça), semée d’embuches et de rebondissements. On rit (de lui) autant qu’on frémit (pour lui). Un travail d’orfèvre.

Le 20 mai dernier, sous un soleil éclatant, Richard Gaitet est venu à ma rencontre dans un bar situé à deux pas de chez lui pour une troisième mandorisation (les deux autres, voir à : L’auteur)

4e de couverture :richard gaitet,tête en l'air,paulsen,interview,mandor

Il a survécu à l’aiguille du Midi par l’intervention d’une providentielle main au cul, hurlé de peur dans la vallée d’Aoste, gravi cinq fois de suite en courant les deux premiers étages de la tour Eiffel, descendu sans corde des échelles d’acier sur 250 mètres, découvert les joies de la tomme de Savoie au petit-déjeuner, relu Tolkien, Lionel Terray, Mary Shelley et les mangas d’Akira Toriyama, et surtout… appris le maniement du piolet afin d’aller danser sur des arêtes sommitales de 40 centimètres de large, avec 2 000 mètres de vide de chaque côté, par - 8 °C et le visage battu par des vents de 50 km/h…

Plutôt branché bouquins que bouquetins, Richard Gaitet n’avait, avant cette épopée, aucune expérience de la montagne. Novice attentif à la parole du guide le plus romanesque qui soit, René Ghilini – vainqueur de l’Annapurna et chasseur de cristaux –, il livre l’authentique et drôlissime récit d’une première ascension du mont Blanc par un blond à lunettes inexpérimenté qui, au cours de son voyage, réapprit à marcher.

L’auteur :

Né à Lyon en 1981 par une journée d’automne étincelante, Richard Gaitet est journaliste et écrivain. Depuis 2011, il anime et produit l’émission Nova Book Box de Radio Nova. Parallèlement, il est l’auteur de trois romans publiés aux éditions Intervalles : Les Heures pâles (2013), Découvrez Mykonos hors saison (2014) (mandorisé une première fois ici pour ces deux livres) et L’Aimant (2016, avec les dessins de Riff Reb’s) (mandorisé une seconde fois pour celui-ci).

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(Photo : Richard Gaitet)

richard gaitet,tête en l'air,paulsen,interview,mandorInterview :

Avant de partir conquérir le mont Blanc, il y a eu beaucoup d’entraînements ?

D’abord, à Paris : chaque week-end, de la course à pied, puis monter et descendre des escaliers, pendant environ une heure et demie – avec, une fois, lors d’un dimanche improbable, toutes les marches de la Tour Eiffel gravies cinq fois de suite en courant. Puis, à Chamonix : dix jours d’entraînement extrêmement scrupuleux sous la vigilance de René Ghilini, guide de haute montagne, avec des randonnées tous les jours en augmentant petit à petit le dénivelé, la durée, la difficulté, et de la via ferrata, de la marche sur glace, pratique du piolet et des crampons, nuit en altitude… En fait, j’ai l’impression d’avoir fait le minimum. Dans le chapitre où René m’explique ce que je dois faire, tu vois bien que je n’ai pas suivi strictement le programme. J’ai pleine conscience que ce que j’ai fait, à Paris, j’aurais dû le faire deux fois par semaine.

L’été dernier, quand tu t’es lancé pour de bon dans cette ascension, il y a eu cinq fois plus de morts sur  la voie dite royale ou normale d’accès au mont Blanc.

Depuis 1990, on déplore en moyenne trois morts et huit blessés sur cette voie parcourue chaque année par environ vingt mille personnes. Là, quinze personnes ont perdu la vie, pour des raisons très variées : manque d’équipement ou d’expérience, malchance, chute de pierres... J’insiste sur le fait que chacun est libre à 200% de vivre sa vie comme il l’entend et de prendre les risques qu’il souhaite, néanmoins, il est fortement conseillé d’y aller très entraîné ou encadré par quelqu’un qui sera en mesure de fournir les enseignements nécessaires pour parvenir à aller jusqu’au bout de l’expérience.

Interview très intéressante de l'extraordinaire guide de haute montagne, René Ghilini, au sujet de Richard Gaitet et de ce livre. 

Dans ton livre, tu ne prétends pas que tout le monde peut gravir le Mont Blanc.

Non, moi j’ai été encadré par le meilleur des meilleurs des guides, René Ghilini. Il a gravi les montagnes parmi les plus périlleuses du monde. A 60 ans, c’est encore un sacré athlète avec une philosophie et un caractère pédagogique très affirmé. Il a su transmettre son savoir à un branque comme moi. C’est parce que l’on s’est bien entendu, tous les deux, que j’ai eu confiance, que j’ai réussi à me dépasser. Il a su me motiver.

C’est un personnage de film, ce type-là !

Tout à fait. Il a 1000 vies. Très grand alpiniste, chasseur de pierres précieuses, un des concepteurs des parcs Accrobranches en France, photographe, qui a aussi été chargé de veiller sur Gérard Depardieu quand il avait 19 ans, lors d’un tournage... Contrairement à la majorité des guides de haute montagne qui sont plutôt des gens taiseux, René est un homme joueur, espiègle, bavard, charmeur… Quand on y  pense, la maison d’édition a envoyé un citadin comme moi dans les pattes de ce cow-boy. Sa nature a nourri le livre d’un sentiment de vitalité qui est extraordinaire.

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Richard Gaitet (au premier plan) et René Ghilini (photo : Richard Gaitet)

Il t’a jugé/jaugé en quelques secondes.

Il a tout compris de moi en trois minutes. Je vais te faire une confidence. Lors de notre première rencontre, j’ai fait quelque chose que j’ai déjà observé chez un certain François Alquier : poser les bonnes questions. Faire de bonnes interviews, ça permet aux gens de se rencontrer. Le premier chapitre le concernant est le fruit d’une interview de trois heures  qu’il m’a accordé chez lui. J’avais cinq pages de questions. A la fin des trois heures d’entretien, il s’est dit : « je ne sais pas ce qu’il vaut sur une montagne, en tout cas, je vois qu’on peut se parler et qu’il est attentif ». Le lendemain, il m’a emmené faire un « kilomètre vertical » : mille mètres de dénivelé, bien raides, pour voir si je parvenais à trouver mon chemin sans indication particulière. Il a considéré que je me débrouillais pas mal sur une pente, que mon rythme n’était pas mauvais. Et s’est dit qu’il pouvait tenter de me faire vivre cette aventure.

As-tu souvent douté du bien-fondé de ce projet ?

J’ai douté à fond de mes capacités et de mes possibilités de réussir jusqu’à la veille de l’ascension. Mais, au fur et à mesure, après une première tentative qui a dû être annulée à cause d’une météo très capricieuse et d’un risque élevé de chutes de pierres sur la voie, mes compétences ont légèrement augmentées, sur la glace je me cassais moins la gueule, je pouvais enquiller le dénivelé sans être exténué… Dans le regard de René, j’ai vu qu’il y croyait de plus en plus. Je me dis que ce n’est pas sans risque, mais que je pouvais m’en sortir.

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René Ghilini (photo : Richard Gaitet)

Mais si ça ne l’avait pas fait, tu aurais réagi comment ?

J’aurais été très déçu parce que le livre n’aurait pas eu la même gueule. Le récit d’une aventure qui ne marche pas, c’est moins enthousiasmant… Mais pas forcément moins intéressant sur le plan littéraire et introspectif, ceci dit.

La maison d’édition avait envisagée cette possibilité ?

A demi-mot. En tout cas, il n’était pas question, je crois, que j’y retourne une troisième fois.

Le fait qu’il y ait un livre au bout de cette expérience, ça doit beaucoup aider à trouver la force de parvenir au but.

Ça change tout. Ça aide le mental, c’est sûr. Tu es en train de vivre quelque chose que tu vas devoir consigner et que tu sais que ça va sortir dans une maison d’édition sérieuse et réputée. Ce n’est pas juste toi qui tente de te dépasser, il y a un contrat qui est signé et il faut aller jusqu’au bout.

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(Photo : Richard Gaitet)

Quand il se passe des choses pas faciles, tu peux te consoler en te disant que ce seront de bonnes pages dans ton livre.

Toutes les emmerdes donnent du relief au livre, tu as raison. Il n’a jamais été question de ne pas parler de la première fois qui n’a pas marché parce que cela fait partie intégrante de l’aventure. Ça permet d’expliquer que, quoi qu’il arrive, c’est la montagne qui décide. C’est elle qui dit « Non, là, il fait trop chaud, il y a des pierres qui tombent, il y a des blessés, c’est une saison pourrie, si tu veux continuer à tenter ton aventure, tu reviens la saison prochaine. » Le livre a pris un an de retard, mais ce n’est pas grave.

Que représente René Ghilini pour toi ?

Nous avons eu un rapport de maître à disciple. J’ai suivi avec humilité son enseignement. Ma vie était entre ses mains.

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René Ghilini (photo : Richard Gaitet)

Tu as beaucoup souffert?

Oui, mais jamais de manière insurmontable.

Quel est le moment où tu as le plus peur ?

C’est la scène d’ouverture du livre. La perte d’équilibre sur l’arête de l’aiguille du Midi. René m’a imposé cela pour voir comment je réagis au vertige, au vide et à l’effort soutenu. 

Il y a dans ton livre beaucoup de références à des écrivains qui ont écrit sur l’alpinisme. Tu as lu ces livres avant de partir vivre cette aventure ?

J’ai beaucoup lu avant et pendant. Après aussi. J’ai écrit mon livre en neuf mois. J’ai continué à lire des ouvrages de montagne ou des récits d’alpinistes pour rester dans le bain. Je voulais que mon livre soit aussi agréable à lire pour des gens qui ne connaissent rien à la montagne que pour des gens qui sont professionnels ou familiers de cette activité.

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Richard Gaitet en plein effort dans un décor somptueux (Photo : René Ghilini)

Tu es revenu changé ?

J’ai découvert que je pouvais aussi envisager des aventures physiques. J’entreprends beaucoup de choses, j’ai toujours plusieurs projets sur le feu, je suis assez actif, mais ce sont des choses qui sont plutôt intellectuelles. Là, je sais que je peux mettre en jeu mon corps. Je sais que j’ai une certaine résistance physique. Je suis moins peureux que ce que j’imaginais, donc j’ai plutôt envie d’intégrer ça à d’autres livres. J’ai découvert une extension de mes possibilités. Tu peux être généreux, voire exigeant sur la langue, travailler le style, faire des recherches et s’appuyer sur une expérience du corps extrêmement intense. Utiliser la tête et les jambes, c’est un endroit de littérature qui est magnifique.

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Richard Gaitet (photo : René Ghilini)

Aujourd’hui, tu continues le sport ?

Je pensais que j’allais parvenir à maintenir une certaine hygiène de vie, mais en toute franchise, je n’y parviens pas. J’essaie de courir toutes les trois semaines, mais c’est un peu laborieux. J’ai la flemme de m’y remettre. Ma malédiction, c’est que j’aime beaucoup trop la bière et le jambon. Je suis un bon vivant.

René Ghilini a-t-il lu le livre ?

Après mes éditrices, il a été mon premier lecteur. Son avis était le plus important pour moi. Il l’a lu hyper attentivement. Il m’a appelé un soir et il m’a dit : « Ça roule ma poule ». Il était très content. Il m’a juste fait quelques remarques hyper précises. J’ai parlé de calcaire à propos d’une paroi, il m’a dit que c’était du granit, des trucs dans ce genre… il m’a précisé qu’il y a des choses qu’il n’aurait pas racontées comme moi, mais il n’y a aucune erreur technique, ni erreur factuelle.

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Richard Gaitet au sommet du Mont Blanc. Mission accomplie! (Photo : René Ghilini)

richard gaitet,tête en l'air,paulsen,interview,mandorQuel est ton prochain projet ?

Début juillet, avec quelques amis écrivains (dont la plupart sont certainement dans cette mandorisation), nous allons refaire intégralement, à pied, la seconde fugue d’Arthur Rimbaud.

Rappelons qu’au début d’octobre 1870, alors qu’il va sur ses 16 ans, Rimbaud fuit sa ville de Charleville et une mère étouffante et prend la direction de Charleroi, en Belgique, à travers la forêt des Ardennes. Seul !

Voilà. Nous, on part de la maison de Rimbaud le 2 juillet et on a pour objectif de marcher 111 kilomètres pour aboutir à Charleroi en longeant la Meuse et en suivant au plus près le trajet de cette fugue. Ce serait beau d’écrire un livre collectif sur cette promenade. Il y aura aussi avec nous cinq personnes de Radio Nova pour prendre un maximum de son. L’idée est d’en faire un feuilleton radiophonique qui sera diffusé pour la reprise de la Book Box en septembre. L’aventure est ouverte aux auditeurs. Si vous n’avez rien de mieux à faire du 2 au 7 juillet, venez marcher avec nous !

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Le 20 mai 2018, après l'interview. #soleildanslesyeux #mercifrançois

03 juin 2018

Vilain Coeur : interview pour l'EP eponyme.

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vilain coeur,sofy,cris,mandor,interviewSofi et Cris, nous les avions connus au sein du groupe Glasgow. Aujourd’hui, ils effacent tout et ils recommencent sous l’étrange identité de Vilain Cœur. Leur premier EP vient de sortir (produit par Paul Reeve et mixé par Ian Caple, excusez du peu !)

Vilain Cœur… Comme l’explique le dossier de presse, « rapprocher ces deux mots relève presque de l’oxymore. C’est suggérer que la nature humaine contient autant de beauté que de laideur, qu’elle est force et faiblesse à la fois. Les deux ventricules qui forment ce Vilain Cœur ne pouvaient trouver meilleur qualificatif pour baptiser leur projet musical ». Car leurs chansons, recentrées sur leur tandem, ont cette particularité de raconter nos fêlures sur des mélodies irrésistibles et légères.

Leur premier single « A quoi tu joues » a fait près de 140 000 vues et est diffusé sur NRJ Hits, TV5 Monde, CStar et MCM.

Le 20 mai dernier, je leur ai demandé de me rejoindre à l’agence pour m’expliquer notamment ce changement de trajectoire musicale.

Photos (sauf à l'agence): Éric Soudan et Christian Juillard.

Longue interview de Vilain Cœur sur le site Idoles Mag.

Site officiel : https://www.vilaincoeur.com/
Facebook :
https://www.facebook.com/vilaincoeurmusic
Intagram :
https://www.instagram.com/vilaincoeur/
Twitter :
https://twitter.com/VilainCoeur
Youtube :
https://www.youtube.com/channel/UC2IwbSMV5TUUQ7BfIzi2tug

Biographie (officielle) :vilain coeur,sofy,cris,mandor,interview

L’anatomie de ce duo atypique bouscule tous les clichés : Sofi compose et arrange, Cris manie les mots et les interprète. Sur scène, elle est bouillonnante et énergique. Il est sensible et émouvant. Tous deux se complètent pour ne former qu’une seule entité et faire battre ce Vilain Cœur.

Peut-être les avez-vous connus dans une vie musicale antérieure ? Sous un autre nom, ils ont écumé les salles de concert et sorti plusieurs albums. Puis, ils ont souhaité s’affranchir de la vie de groupe et revenir à l’essentiel. De ce renouveau artistique est né un premier EP tout en contrastes et en nuances. Car avec Vilain Cœur, il est interdit de s’interdire... Pourvu que le résultat soit authentique !

vilain coeur,sofy,cris,mandor,interviewLe disque (argumentaire officiel) :

Sofi et Cris ont produit, trituré et joué avec les sons et les textures. Il émerge de cette liberté des ritournelles décomplexées qui font la part belle aux sons organiques tout autant qu’aux expérimentations électroniques. Pas surprenant donc que ce Vilain Cœur ait fait palpiter celui de Paul Reeve (Muse, Razorlight, Supergrass…) et de Ian Caple (Tindersticks, Tricky, Bashung…) qui se sont impliqués, l’un dans la réalisation et l’autre dans le mixage de ce projet.

Ces cinq morceaux racontent les travers de l’humain sans jamais tomber dans le pathos, transformant des situations de la vie en chansons subtiles et exaltantes. De “Mon absence”, où l’intime d’une disparition s’adresse à chacun d’entre nous, au “Zèbre”, qui croque notre instinct animal : il n’y a jamais de jugement, mais de l’autodérision et beaucoup de lucidité.

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vilain coeur,sofy,cris,mandor,interviewInterview :

Vous vous êtes rencontrés avec Glasgow ?

Sofi : Nous sommes originaires de Lyon, mais j’ai vécu à Glasgow ou j’ai fait pas mal de musique très rock. En rentrant à Lyon, j’ai cherché à jouer au sein d’une formation. Je suis tombé sur l’annonce de Cris qui avait un groupe appelé Glasgow, j’y ai vu un signe.

Cris : Moi, je voulais absolument travailler avec une fille guitariste. Je me lassais de jouer uniquement avec des mecs. Mon souhait s’est exhaussé.

Ca a « matché » immédiatement ?

Oui, mais juste entre nous deux. Pas avec la totalité du groupe (rires). Les deux autres musiciens du début sont partis, alors, on en a cherché d’autres. Ça fait un moment que nous sommes complices Sofi et moi…

Peut-on affirmer aujord’hui que c’est la fin de Glasgow ? vilain coeur,sofy,cris,mandor,interview

Cris : On n’a pas l’habitude de courir plusieurs lièvres en même temps. Sans l’affirmer de manière ferme et définitive, aujourd’hui, je crois quand même que Glasgow, c’est fini.

Sofi : Le fait de nous être recentrés sur notre duo nous a permis de créer beaucoup plus de chansons qu’à l’accoutumée. On n’a plus besoin de convaincre les autres en palabrant pendant des heures et on ne fait plus du tout de compromis. C’est agréable et libérateur.

Cris : A deux, c’est plus facile d’être disponible qu’à quatre. On a la même motivation pour Vilain Cœur que l’on a eu pour Glasgow, sauf qu’on a plus la contrainte de dépendre d’éléments extérieurs. Pour être très clair, le fait de travailler tous les deux est parti d’un constat très simple. Le batteur que nous avions à l’époque a décidé de vivre de nouvelles aventures, à partir de là, on s’est dit que l’on ferait sans. On a tellement changé de musiciens qu’on en a eus un peu marre. Comme j’ai toujours donné les indications des parties rythmiques aux batteurs, j’ai décidé de m’y coller moi-même Les compositions et les arrangements étaient déjà ceux de Sofi. L’évidence s’est imposé : nous n’avions pas besoin d’autres musiciens.

Clip du "A quoi tu joues?"

Avec Vilain Cœur, vous avez l’impression de redémarrer à zéro ?

Sofi : Oui, très clairement. Il y a une fraicheur qui nous stimule et nous ravie.

Cris : Avec Glasgow, on a fait presque 300 concerts. Les dernières années, on avait l’impression d’être vieillissants. On n’évoluait plus. Devenir un vrai duo, ça nous titillait depuis un moment, mais nous n’étions pas sûre d’en être capable.

Sofi : La décision n’a pas été cash et immédiate. Cela s’est fait petit à petit. On a commencé à rentrer dans les programmations, dans les arrangements électroniques et on s’est rendu compte qu’on y parvenait. C’est là que l’on a pris la décision de faire ce disque à deux.

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Sofi compose et Cris écrit les textes. C’est comme ça que Vilain Cœur fonctionne ?

Cris : Après, rien ne nous empêche d’aller sur le terrain de l’autre discrètement. On parle, on échange, on partage.

Sofi : On se titille même (rires). Parfois, je lui demande d’élaguer un texte, sinon la chanson ferait 10 minutes.

Cris : Il m’arrive d’avoir tendance à écrire des textes un peu alambiqués. Ce nouveau projet m’incite à être plus clair, plus simple, moins dans l’image. C’est la chanson « Le zèbre » qui a initié ce changement et qui m’a libéré dans l’écriture. J’ai senti soudainement que je n’avais plus de contraintes. 

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Glasgow était plus rock que Vilain Cœur. Là, vous êtes plus dans la pop électronique.

Sofi : C’est la forme que nous voulions. C’est la ligne directrice qui nous plait et nous parle… et je crois que l’on peut dire que nous n’avons jamais été aussi sincère dans notre démarche artistique.

Cris : C’est un projet hyper positif et il m’a donné un regain d’énergie. A un moment, très franchement, j’ai pensé abandonner la musique. Tu te frottes à un métier qui est difficile, surchargé, avec des gens qui ne sont pas toujours agréables. Parfois, j’ai été affecté humainement, alors, je n’avais plus envie de continuer. Je le répète, Vilain Cœur m’a reboosté. Il m’a redonné les sensations de mes débuts. Là, on a envie d'être présent pour longtemps.

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Le 20 mai 2018, après l'interview.

29 mai 2018

Flor del Fango : interview de Marucha Castillo et Napo Romero pour Hekatombeando

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(Photo : Raphael Rinaldi)

Fflor del fango,marucha castillo,napo napero,hekatombeando,interview,mandorormé à la fin des années 90, Flor Del Fango est composé de membres issus de la scène rock alternative des années 80. Ils sont réunis autour d'un projet musical latino rock psychédélique (Espagne, Mexique, Pérou) engagé aux côtés des Zapatistes et des minorités en lutte. 

Avec un seul album sorti en 2000, ce groupe n’avait pas vocation à renaitre un jour, et pourtant, Flor del Fango revient bel et bien pour une série de concerts et ce deuxième album, Hekatombeando. Douze nouvelles chansons qui respirent le soleil et les rythmes festifs. Elles évoquent des amours contrariés, des luttes collectives et des désirs de justice. On y retrouve vraiment l’esprit du premier album éponyme, dont on avait gardé un souvenir déjà plein de chaleur et de bonnes vibrations. Le groupe s’amuse, les rythmes changent d’une mesure à une autre et la chanteuse alterne entre l’espagnol et le français. C’est cette dernière, Marucha Castillo et l’un des membres éminents du groupe, Napo Romero (déjà mandorisé là pour parler d’un projet concernant Mano Solo) que j’ai rencontré en terrasse d’une brasserie parisienne le 16 mai dernier. 

Le disque (argumentaire de presse officiel) :flor del fango,marucha castillo,napo napero,hekatombeando,interview,mandor

Flor del Fango revient dans un style évidemment latino mais repousse les limites du genre en explorant des hybridités musicales surprenantes. Le groupe s’amuse, les rythmes changent d’une mesure à une autre et la chanteuse alterne entre l’espagnol et le français. Les chœurs lui répondent aussi bien que les guitares. Flor del Fango nous offre un voyage où toutes les composantes de la musique s’entremêlent. En ressort une musique fantaisiste et festive, construite avec le souci du détail. On se laisse facilement surprendre par l’inventivité et la virtuosité des musiciens. Chaque chanson est semblable à une peinture surréaliste, des couleurs et des émotions inattendues, jusque dans leur nom : « Hekatombeando », « Melancolia sideral » ou « La punta del iceberg ».

Line Up :

Composé de musiciens de Manu Chao, Mano Negra, Parabellum, Chihuahua, Mano Solo, Frères Misères, Melissmell... tous réunis autour d'un projet musical rock latino! Marucha Castillo (chant lead), Napo Romero (guitares charango), Daniel Jamet (guitares), Madjid Fahem (guitares), Philippe Teboul (batteries percussions), Alejandro Marassi (basse), chant, Patrick Lemarchand (batteries percussions), F.R.Matuzenski (claviers).

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(Photo : Raphael Rinaldi)

flor del fango,marucha castillo,napo napero,hekatombeando,interview,mandorInterview :

Après 20 ans d’absence, le public semble ravi de vous retrouver.

Marucha : Ils sont contents comme nous le sommes nous.

Napo : Il faut relativiser, nous n’avons pas eu le même succès que la Mano Negra, mais l’accueil que l’on nous fait pour notre retour est super sympa. En Amérique du Sud, l’effervescence est grande. Notre premier disque avait bien marché là-bas.

Pourquoi revenez-vous ?

Napo : Le truc c’est qu’on ne s’est jamais séparés. On a arrêté par la force des choses, mais on n’a jamais annoncé la fin officielle du groupe. C’était juste une longue pause. A l’époque, on avait 24 morceaux jamais sortis, mais enregistrés, mixés et masterisés. L’année dernière, un copain du label Sabor Discos nous a appelés pour  nous dire qu’ils allaient casser la tirelire pour sortir ces chansons qui datent de 2003, 2004 et 2005. Il a fallu recontacter tout le monde et tout le monde a accepté de revenir. C’est bien parce qu’on était tous bien occupés.

Marucha : J’étais frustrée de savoir ces merveilles dans un tiroir. Je suis heureuse qu’enfin, le public puisse en profiter.

Napo : On ne pouvait pas ne pas les partager. Ce sont des chansons qu’on aime et qu’on écoute souvent.

Il manque à l’appel le guitariste d’origine, Sven Polhammer, qui n’est plus.

Napo : Il était un membre fondateur et c’est lui qui avait trouvé le nom du groupe, Flor del Fango. Il est irremplaçable aujourd’hui et il nous manque énormément.

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(Photo : Raphael Rinaldi)

Il n’y a que des potes dans cette formation.

Napo : On se connait tous depuis 1981. On a une relation qui va au-delà de la musique. De toute manière, je ne peux pas travailler avec des gens avec lesquels je n’ai pas de feeling. Là, c’est du bonheur. Parfois, on parle ou on se marre tellement que l’on a du mal à jouer.

Flor del Fango à quoi de particulier par rapport à vos autres projets ?

Napo : Ce projet latino est notre petit port de pêche, un coin à nous qu’on aime bien, qui nous fait plaisir au-delà du commerce ou de la pression du business.

Marucha : C’est notre projet le plus engagé. On a donné notre premier concert lors d’une soirée de soutien à la cause des indiens du Chiapas et aux Zapatistes qui s’est tenue au Zénith à Paris en novembre 1997. Nous sommes des enfants d’une génération qui a souffert du franquisme ou des dictatures latino-américaines. On a grandi au son de Victor Jara, Atahualpa Yupanqui, Chavela Vargas, Violeta Parra, Camaron, Pata Negra mais aussi de Chuck Berry, Gene Vincent, Ry Cooder ou Santana. Personnellement, ça me réjouit d’être utile socialement.

Napo : On est tous issus du mouvement alternatif créé par nous-mêmes. Beaucoup des membres du groupe ont été formés dans la rue, dans des squats anarchistes, ça a beaucoup marqué notre parcours. Dans un mois, on sort un single sur la guerre d’Espagne. Demain, on parlera d’autre chose. Du jeune de 24 ans qui est devenu clochard et qui est dans la merde absolue. On est dans un monde super dur, on ne peut pas faire comme si ça n’existait pas. On s’engage dans un combat révolutionnaire et républicain pour ce pays. Nous sommes autant habités par la poésie que la politique. Comme disait Mano Solo, nous autres les artistes, nous sommes les journalistes de notre temps.

"Hekatombeando" (audio).

Le fond est grave, mais la musique festive.

Napo : On  ne fait  pas que des chansons revendicatives. C’est même loin d’être la majorité de notre travail. Si on prenait au premier degré les revendications dans la musique, ce serait super chiant en fait. 

Marucha : C’est rigolo parce que parfois, les gens dansent sur des textes qu’ils ne comprennent pas, mais qui veulent dire beaucoup.

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(Photo : fb-photographe)

Musicalement, c’est quoi Flor del Fango ?

Napo : Sven a apporté son influence chilienne, mais il y a aussi l’Argentine, l’Espagne, le Mexique et bien d’autres pays. C’est un mélange de notre culture latine qui est hyper large. Et le rock s’immisce dans toutes ses influences.

Marucha : Il y a la personnalité musicale de chaque membre du groupe. C’est quand même bien barré ! Il y a une putain d’énergie et ça, ça vient de l’entente, de l’amour et du respect  que nous avons les uns pour les autres.

Napo : Si tu fouilles, il y a tout un monde dans  notre  musique.

Cantina Esperanza de FLOR DEL FANGO. C'est le regretté Sven Pohlhammer, guitariste du groupe, qui avait écrit ce morceau d'anthologie.

Il faut gratter ou se laisser aller ?

Napo : Les deux. Il faut écouter puis réécouter. C’est super vivant… une véritable fourmilière. De par notre parcours, on ne peut pas faire un disque moyen, il faut rester inventif et explosif. On n’a pas envie que l’on dise que nous sommes trop vieux, donc fatigués.

Marucha : L’ambition que nous avons va au-delà de nous-même.

Marucha, tu es la seule femme du groupe. Il y a 7 garçons et toi… ça se passe bien ?

Marucha : On est pote depuis toujours, il n’y a aucun problème de cette nature-là.

Napo : Au départ du groupe, il y a avait aussi Ana. C’était un duo vocal féminin donc pas un groupe de mec. De toute façon, nous sommes tous respectueux des femmes. On aime Marucha et on la soutient à fond.

Marucha : Ils me  soutiennent pour la musique et leur attitude envers moi est irréprochable. Je comprends que tu poses la question en ce moment,  mais ça ne touche pas le groupe.

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Marucha Castillo et Napo Romero pendant l'interview...

Vous n’êtes plus beaucoup à jouer cette musique aujourd’hui, alors que dans les années 90, des groupes comme le votre pullulaient. As-tu une explication à cela ?  

Napo : Il y a deux explications. Aujourd’hui, la musique est faite avec des machines, des DJs. Tourner à 8 aujourd’hui, c’est un truc de fou absolument pas raisonnable. En plus, nous nous battons pour que  nos places de concert ne soient pas chères… ce n’est pas comme ça que l’on gagne beaucoup d’argent. Les jeunes d’aujourd’hui sont conditionnés par le pognon, donc notre façon de faire ne leur donne pas envie.

La deuxième explication ?

Napo : C’est que pour beaucoup de gens, la révolution, c’est foutu. Nous, la révolution, on la poursuit contre vents et marées dans ce monde hyper nombriliste. On essaie de partager quelque chose sans faire semblant. La Flor nous tire vers le haut. Quand on a cette relation-là dans un groupe, on s’oblige à être bon, valeureux, amical, à laisser à la porte nos soucis, tout le bad que l’on trimballe.

Marucha : Pour nous, c’est super important d’agir avec justesse et justice. On ne laisse pas l’ego rentrer. Ce qui nous importe, ce sont les autres.

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Après l'interview, le 16 mai 2018.

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24 mai 2018

Sting et Shaggy : interview pour l'album 44/876

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sting, shaggy, 44/876, interview, mandor, ragga, reggaeJ'avoue, interviewer deux stars mondiales en même temps, j'aime bien. Surtout quand on est fan de l'une depuis tout gosse (non, mais le chanteur de Police, quoi!). Pour un journal à très fort tirage, le 13 avril dernier, je me suis retrouvé dans un palace parisien pour rencontrer Sting et Shaggy. En effet, Sting renoue avec les sonorités reggae pop et caraïbéennes qui ont fait le succès de certains de ses tubes comme « So Lonely ». Ce nouvel opus, intitulé 44/876 (en référence aux indicatifs téléphoniques de l’Angleterre et de la Jamaïque) est donc un album collaboratif avec la star jamaïcaine Shaggy. L’album reflète l’amour partagé des deux chanteurs pour la Jamaïque, sa musique, l’âme de son peuple et le dynamisme de sa culture.

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Interview :

Sting, vous jouiez déjà du reggae avec Police. Qu’aimez-vous dans ce genre musical ?

Sting : Le reggae est avec le rock, la musique la plus révolutionnaire. Il y a des messages d’espoir et des messages spirituels que n’ont pas le rock. Le rythme du reggae et le message véhiculé par lui me parle, me touche profondément. Le reggae est ancré en moi depuis toujours.

Shaggy, comme Sting, vous êtes fan de Bob Marley. Que représente-t-il pour vous ?

Shaggy : Pour moi, c’est la personne la plus importante de la culture jamaïcaine et de la musique mondiale. Il a influencé le monde avec ses messages de paix et il m’a influencé personnellement pour mes chansons.

Sting : C’est une icône pour moi aussi.

Clip de "Don't Make Me Wait".

Dans votre album, il y a beaucoup de messages de paix. Avez-vous essayez d’être à la hauteur de Bobsting,shaggy,44876,interview,mandor,ragga,reggae Marley ?

Sting : (rires) Ce serait prétentieux de dire que nous avons atteint son niveau. On a essayé, mais il est inégalable.

Peut-on dire que c’est un album de reggae ?

Sting : Non. La base musicale, c’est de la pop, mais le reggae est ce qui nous relie avec  Shaggy.  Si le reggae est présent, c’est dans différents genres. On l’a mélangé à la pop, au rock, au jazz…

Shaggy et Sting, que vous êtes-vous apporté mutuellement ?

Shaggy : Nous avions chacun notre style, notre univers. Nous avons échangé nos connaissances. Nous avons chacun une voix très particulière, mais nous avons remarqué que quand on chantait ensemble, ça donnait quelque chose de magique.

Sting : Nous avons collaboré de manière complètement naturelle. Si on a appris quelque chose l’un de l’autre, c’est inconscient. A partir du moment où un artiste respecte un autre artiste, il n’y a personne qui mène le jeu. On s’apporte des choses mutuellement.

 

Sting et Shaggy clôturent le Festival de Cannes de cette année.

sting,shaggy,44876,interview,mandor,ragga,reggaeY a-t-il eu de l’improvisation dans votre façon de travailler ?

Sting : Oui. Tout a été spontané. Nous nous sommes rencontrés, nous avons commencé à jouer et tout s’est passé comme si nous nous produisions ensemble depuis des années. Nous nous sommes très bien entendus. Ce n’était que de la joie pendant les 6 mois d’enregistrement. 

Vous avez-voulu vous épater mutuellement ?

Shaggy : S’il y a eu une compétition, elle a été très amicale. Bien sûr, nous ne voulions pas décevoir l’autre. C’est normal. Je ne le connaissais pas, j’étais juste fan de sa musique, de son son. C’est un artiste unique. J’ai l’impression d’avoir grandi en ayant travaillé avec Sting.

Sting : Je le répète, tout a été si naturel entre nous que je ne me suis jamais posé ce genre de question.

Pub (très second degré!)

Sting, vous avez cette volonté de ne jamais faire deux fois le même album. Pourquoi ?

Sting : Parce que les surprises, c’est ce qu’il y a de plus beau.

Vous avez hâte de savoir ce que le public va penser de votre disque en commun ?

Sting : Oui. On espère que ce sera une belle surprise pour ceux qui écouteront notre disque. Cette connexion avec Shaggy parait très curieuse pour tout le monde, alors on a hâte de savoir si le public va aimer cette association. 

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Avec Sting et Shaggy, après l'interview le 13 avril 2018.

23 mai 2018

Lucien Chéenne : interview pour Pied Tendre

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lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockLucien Chéenne, nous l’avons découvert au sein de son groupe Chéenne de vie, puis avec deux EPs solo dont l'inspiration allait de Johnny Cash à Félix Leclerc en passant par Caussimon, Desjardins et Dylan. Aujourd’hui, avec son nouvel album Pied Tendre, Chéenne chante la vie et l’amour (souvent avec ironie), en folk, en blues et country, parfois taquiné par des cuivres diablement efficaces. Bref, j’aime beaucoup. Une mandorisation s’imposait donc.

Le 15 mai dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar de la place de la République.

Biographie officielle :

Il y a les voyages qui forment la jeunesse. Il y a ceux qui ouvrent de nouveaux horizons. La boucle par Tadoussac, trésor caché du Québec où le souffle des baleines envahit le fleuve Saint-Laurent, a eu raison de ses certitudes. Choc émotionnel, humain et artistique. Remise en question, en 2014, à la sortie de ce précieux festival de chanson dans lequel il était invité à participer aux chemins d'écriture. Lucien Chéenne envoie alors valser le rock twist-surf des années 50, la batterie - excepté sur disque - et les textes à tiroirs. Une trajectoire comme un destin. Et surtout une volonté manifeste de professionnalisme. Donc Lucien Chéenne, trentenaire bavard, volubile et qui a le goût des autres. Tombé dans la marmite chanson à l'âge de seize ans sous l'influence d'un ami de la famille. Les premiers élans se passent sur la côte bretonne. Il fait la manche là-bas puis retourne dans sa Sarthe natale. Au sein de son premier groupe Chéenne de vie, il détale déjà devant la conformité de masse et s'affiche comme un fidèle allié de la langue française. Cinq ans en collectif et c'est l'échappée belle solo.

Lucien Chéenne a l'originalité qui déborde. Mais une originalité d'historien de la musique populaire. Johnny Cash, Bob Dylan, Hank Williams d'un côté. Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Félix Leclerc, de l'autre. Et l'amour sans limite de ses aïeuls folk aussi : Michel Corringe, Jean-Roger Caussimon, Michel Tonnerre.

Le disque (argumentaire officiel):lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rock

Enregistré au Garage Hermétique à Nantes par Nicolas Moreau (Pete Doherty, Raoul Petite, Dominique A) s'intitule Pied Tendre. Entendre par là : le nom donnée par les Amérindiens aux colons blancs qui refusaient de marcher pieds nus par snobisme. C'est un disque chaleureux et accueillant d'un chanteur en liberté. Lucien Chéenne a le profil du type qui ne se la raconte pas. Il enfourche autant le vieux canasson country-folk que la bécane vrombissante d'un blues-rock brut de décoffrage. Il peut se le permettre puisque il chante à cœur ouvert. Des chansons tissées à partir de souvenirs à la fois respirés et observés. Des chansons injectant du kérosène au réalisme des situations. Des chansons jamais contraintes par la norme et l'époque. On pense à Dylan et son illustre opus Highway 61. Il se dit même que Lucien Chéenne a failli appeler l'album Desolation row.

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lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockInterview :

Avant la création de ton groupe Chéenne de vie, tu faisais déjà de la musique ?

J’ai commencé cette activité tout seul à 8 ans. J’avais un tout petit piano ridicule et je faisais de la batterie sur des sceaux. C’était la pleine époque du hard FM. J’avais envie de faire du hard avec des permanentes (rires). Sinon, j’écoutais les Guns N’ Roses, mais aussi les Frères Jacques. J’ai des parents très anciens qui m’ont appris beaucoup de choses vraiment « old school ».

Tu comprenais quoi au hard rock à 8 ans ?

Rien, mais c’était un exutoire. J’adorais voir les mecs qui pétaient des câbles. Il y en avait plein et vraiment, ça m’a donné envie de faire pareil.

A quelle âge as-tu écris tes premières chansons ?

A 16 ans. Je composais et j’écrivais les textes, ensuite, j’allais les chanter dans les rues en Bretagne. Je chantais tout en Français parce que c’est ma langue.  

Le public dans la rue était réceptif ?

Je voyais que les gens s’arrêtaient et écoutaient. On me disait que j’avais une voix.

Clip de "Tout pris".

Je crois que tu étais « punk » à l’époque.

Oui, j’avais une crête et tout. Mon groupe Chéene de vie, que j’ai monté à 18 ans, était presque un groupe punk, même si on chantait des chansons. Mais avant cette formation, j’ai joué dans plein d’autres. Je cherchais où était ma place et ce que je voulais faire exactement. J’ai appris à grandir et à m’émanciper dans cette jungle avec toute cette faune-là.

Jungle ?

C’était la petite jungle dans la grosse jungle. C’est ça qui est bien avec l’alternatif. Il faut toujours se battre et éviter les dangers.

lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockUn jour, tu montes donc Chéenne de vie ?

Je ne comprenais rien aux « musiques actuelles », à ce qui se faisait de très « hype » et très contemporain. J’avais donc besoin d’être entouré et d’être dans cette musique et culture indépendantes. On a bien tourné sur les scènes alternatives. Chéene de vie, ça a été une grosse aventure… très formatrice.

Pourquoi as-tu arrêté le groupe?

A un moment donné, j’en ai eu ras le bol. Quand on dit qu’un groupe, c’est comme une famille, c’est de la poudre aux yeux. On est très seul, même si on est accompagné. Par la force des choses, c’est un peu « chacun pour sa gueule ». Si t’es trop gentil, tu te fais bouffer, si tu es trop méchant, tu restes tout seul. J’ai préféré me prendre en main sans l’aide des autres.

Tu as étudié la musique de l’intérieur.

Grace à la musique, et au travers d'elle, j'ai pu faire de la sociologie, recouper, tester, apprendre sur moi et sur les autres. La musique est une véritable loupe qui permet de mieux comprendre le monde, son histoire, ses répétitions; ses erreurs. Grâce à elle, on peut apercevoir un tas de trucs qui nous parlent tout de suite. La génération qui chantait pour la paix a été remplacée par celle qui chantait le pognon. Aujourd'hui, quels sont les messages?

Teaser de l'album Pied Tendre.

lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockJe te trouve engagé quand tu me parles, mais tes chansons ne le sont pas.

Avec Chéenne de vie, on était engagés, avec mon projet personnel, je voulais l’être moins, sortir de cette ornière-là. J’estime que mon engagement ne regarde que moi. Le rôle du musicien ou de celui qui écrit des chansons, ce n’est pas de faire la morale aux autres. A un moment, Bob Dylan a fait la bascule. Il s’est transformé en moraliste. A partir de là, on a commencé à le siffler en concert. Quand on bascule dans la morale, ça n’intéresse plus personne. Ce n’est pas ce qu’on a envie d’entendre. Ce qui nous intéresse, c’est éventuellement un réveil des consciences, une piqure de rappel, pas que l’on nous récite un dogme. On est au XXIe siècle, les grandes aventures sociales sont finies, les quêtes humaines aussi. La quête individuelle semble être celle qui a le plus de sens, même si cela reste largement discutable

Tu as surtout la volonté de divertir ?

Oui, complètement.

Tu pratiques pas mal l’autodérision dans tes chansons ?

C’est une de mes forces, une marque de fabrique.

Musicalement, ton disque donne aussi envie de danser.lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rock

Dans ma musique, il y a une grosse influence Johnny Cash. Je peux dire que je fais du country rock en français.

Ce n’est pas un peu désuet en France ?

Sûrement. Mais comme la musique électronique. Je te signale que Pierre Henry a inventé ça dans les années 60. La mode, c’est vulgaire. L’intéressant, c’est justement le désuet.

Quel est l’artiste dont tu aimerais avoir une carrière similaire ?

Serge Gainsbourg. C’est la classe internationale ! Quand il faisait un disque, il pensait déjà aux deux suivants. Il a toujours eu des coups d’avance et ses textes sont purs et limpides. Gainsbourg indique toujours un futur. Aujourd’hui, les jeunes sont très  influencés par lui. « La carte postale » de Juliette Armanet, c’est du Gainsbourg. Julien Doré, il ne fait pas du Gainsbourg période L’homme à la tête de chou ? Non, vraiment, il est présent aujourd’hui chez plein de gens.

Mais il ne t’a pas influencé toi ?

Tu plaisantes ? Serge Gainsbourg a de superbes morceaux de country. « Un violon, un jambon », par exemple.

"Un violon, un jambon" par Serge Gainsbourg (réalisé par Jean Bacque le 20/11/65).

Tu es plus exigeant en musique ou en textes ?

Les deux mon général ! Un peu d’exigence, un peu de compassion et beaucoup d’écoute. On a le droit de faire des erreurs. Parfois, les erreurs ont un sens.

Tu travailles déjà sur un nouveau disque ?

Oui. Et comme Gainsbourg, ce qui m’intéresse, c’est de travailler sur un contre-pied.

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Pendant l'interview...

Quelle tournure aimerais-tu que ta « carrière » prenne ?

Je n’ai pas envie de devenir Johnny Hallyday non plus, d’ailleurs, de ce côté-là, il n’y a pas de risques. Mais, il ne faut pas se leurrer, à partir du moment où on fait un métier sur scène, un métier où on se fait voir et où on cherche la lumière, il y a forcément une volonté d’aller toujours plus loin et d’être reconnu par le plus grand nombre. Si je ne suis pas plus connu que je ne le suis aujourd’hui, ce n’est pas grave. La vie que je mène aujourd’hui est déjà exceptionnelle pour moi.

C’est long de construire une carrière ?

Très long. Il y en a qui vont très vite, je ne sais pas comment ils font.

Doutes-tu souvent ?

Oui. Si je ne doutais pas, je n’aurais pas fait musicien, mais trader (rires).

Pour finir, je vais demander à ton tourneur, JB ce qu’il pense de toi (il était à nos côtés lors de l’interview) ?

JB : Pour aborder mon métier, je choisis l’humain plutôt que l’industrie Avec Lucien, on se connaît depuis le lycée. J’ai toujours aimé son univers. Je le suis depuis Chéenne de vie. J’ai envie de le  mettre dans la lumière parce que son discours et sa musique sont vraiment intéressants. Il y a un chemin à faire avec lui et si je peux apporter la pierre à l’édifice en le poussant loin, j’en serais très heureux.

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Après l'interview, le 15 mai 2018.

21 mai 2018

Franck Thilliez : interview pour Le manuscrit inachevé

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franck thilliez,le manuscrit inachevé,fleuve noir,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandorAvis aux amateurs d’énigmes et de thrillers habilement ficelés, le nouveau Franck Thilliez est sorti. Quoi de plus mystérieux qu’un roman dont on vous annonce dès les premières pages qu’il n’a pas de fin ? Dans son 17e thriller, Thilliez se joue du livre, des lecteurs et s’amuse avec les mots et les énigmes tout en nous proposant une intrigue de haut-vol. 

Pour Le magazine des loisirs culturel Auchan (daté des mois d'avril et mai 2018), j'ai rencontré l'auteur dans un café parisien, el 26 mars dernier. Voici le fruit de notre heure passée ensemble + le bonus mandorien. 

(Ici, sa première mandorisation en 2011).

4e de couverture :franck thilliez,le manuscrit inachevé,fleuve noir,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandor

Une enquête sans corps. Une défunte sans visage. Un thriller sans fin.

Aux alentours de Grenoble, une voiture finit sa trajectoire dans un ravin après une course-poursuite avec la douane. Dans le coffre, le corps d’une femme. A la station-service où a été vu le conducteur pour la dernière fois, la vidéosurveillance est claire : l’homme n’est pas le propriétaire du véhicule. Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L’institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète. Sa vie ? Un mariage dont il ne reste rien sauf un lien, l’Inspirante, villa posée au bord des dunes de la Côte d’Opale, et le traumatisme de l’enlèvement de sa fille Sarah. L’agression soudaine de son mari va faire resurgir le pire des quatre années écoulées.   Dans le vent, le sable et le brouillard, une question parmi d’autres se pose : vers qui, vers quoi se tourner, quand l’unique vérité est que tout vous devient étranger.

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franck thilliez,le manuscrit inachevé,fleuve noir,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandorBonus mandorien :

En n’évoquant dans tes livres que des gens dont l’âme humaine n’est pas reluisante, les vois-tu de manière très sombre ?

On a tous une partie sombre au fond de nous. Tous les gens qui sont dans ce café avec nous ont ça en eux. Ils ne vont pas l’exprimer devant nous, mais ils vont l’exprimer d’une manière ou d’une autre ailleurs, à un certain moment de leur existence. Je ne dis pas que tout le monde est pourri et que tous les gens sont mauvais. Ceux qui le sont ne sont pas forcément des gens que l’on trouve dans les bas-fonds, ils peuvent faire partie des hautes sphères politiques, de la haute hiérarchie d’une entreprise. J'ai lu qu'il y a 10% de psychopathes chez les grands patrons,  c’est hallucinant. Et ils font beaucoup de dégâts.

Parallèlement à la sortie du Manuscrit inachevé, Sharko vient de ressortir en poche. franck thilliez,le manuscrit inachevé,fleuve noir,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandor

Quand j’ai rendu le manuscrit, je pensais ne jamais écrire un livre mieux que celui-ci. Lucie Henebelle et Franck Sharko, mes deux flics du 36 quai des Orfèvres, unis à la ville comme à la scène, ont fortement déconné. En dehors de toute procédure légale, dans une cave perdue en banlieue sud de Paris, Lucie a tué un homme. Pour la protéger, Franck a maquillé la scène de crime. Une scène désormais digne d’être confiée au 36, car l’homme abattu n’avait rien d’un citoyen ordinaire. Il a fallu lui inventer une mort à sa mesure. Lucie, Franck et leur équipe vont donc récupérer l’enquête et s’enfoncer dans les brumes de plus en plus épaisses de la noirceur humaine.

Reprendre un personnage récurent est compliqué ?

Oui, parce qu’il faut être à la hauteur des livres précédents.

Pourquoi tes livres sont volumineux ?

Comme il y a beaucoup d’intrigues tordues, complexes, qu’il y a toujours deux points de vue, j’ai besoin d’au moins 500 pages. Il faut trouver des rebondissements à chacune d’elle pour que le lecteur ait envie de continuer  à lire.

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Pendant l'interview...

Tu es considéré comme le maitre du polar français. Tu le vis comment ?

Je le prends avec beaucoup de recul. Tous les jours, quand je suis devant mon bureau, je me dis que c’est une chance incroyable. Depuis La chambre des morts, les choses sont allées au fur et à mesure. Maintenant, je sais que les gens achètent le nom, pas forcément le livre. C’est bien d’en arriver là. C’est un sacré gage de confiance, mais si les gens sont déçus par l’histoire que je leur raconte, ils sont déçus par moi, pas par le livre. Ça change la donne.

Pourquoi sors-tu un livre tous les ans, à la même période.

C’est mon rythme. Je travaille tous les jours de 8 heures à 17h, sauf le week-end, comme la plupart d’entre nous. J’adore écrire, mais j’aimerais bien ne pas le faire un certain temps. Le rendez-vous annuel est parfait pour être là, pour exister. La complexité est dans l’épuisement des idées. A peine je termine un livre, je dois enchainer avec le suivant… et des idées neuves. Pour cela, mon cerveau est perpétuellement en éveil. J’ai la passion de l’écriture, quand je ne l’aurai plus, je ne suis pas certain de pouvoir continuer. Pour le moment, en tout cas, je suis toujours très motivé.

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Après l'interview, le 26 mars 2018.

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19 mai 2018

Thomas Chaline : interview pour Alain Souchon, la vie en vrai et Indochine, la véritable histoire

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Thomas Chaline fait partie d’une nouvelle génération de biographe. Il est jeune et écrit aussi bien sur des nouveaux artistes comme Tal et Zaz (je l’avais d’ailleurs mandorisé pour cette biographie) que sur des « monstres » de la chanson française comme Souchon et Indochine (les deux chez City Editions). C’est d’ailleurs ces deux derniers qui nous intéressent aujourd’hui. Pour en parler, j’ai reçu l’auteur le 12 avril dernier chez moi.

Les livres :

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorAlain Souchon, la vie en vrai :

Éternel adolescent, rebelle tranquille et nostalgique… Alain Souchon promène sa silhouette dégingandée sur les scènes françaises depuis plus de quarante ans, enchantant des générations de fans avec des tubes inoubliables, de J’ai dix ans à La ballade de Jim ou Allo maman bobo. Qui aurait deviné que cet homme fragile, doutant toujours de son talent, ferait une carrière aussi exceptionnelle ? Obscur chanteur de la Rive gauche parisienne, Alain Souchon lui-même ne croyait pas en sa bonne étoile. Il aura fallu dix ans de galère et la rencontre décisive avec son alter ego Laurent Voulzy pour que tout change. L’auteur de cette biographie est parti sur les traces d’un artiste unique. Un homme secret qui, dans ses chansons, raconte nos vies pour mieux dissimuler la sienne. Un homme authentique, simple et sensible. Vrai.

Alain Souchon intime : la biographie d’un artiste authentique.

Indochine, la véritable histoire : thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandor

Bientôt quarante ans... Indochine est le seul groupe de rock français à avoir su traverser les époques et les modes en touchant de nouvelles générations de fans. Des débuts confidentiels au Rose Bonbon jusqu’aux gigantesques concerts du Stade de France, Indochine a tout vécu. Adulé dans les années 80, détesté dans les années 90, avant de renaître triomphalement dans les années 2000, Indochine a un parcours incroyable, unique. Grâce à un homme: Nicola Sirkis, dont l’envie et l’énergie n’ont jamais faibli, malgré les difficultés, les doutes, les trahisons et les tragédies. C’est cette exceptionnelle saga musicale que l’auteur nous fait vivre, notamment à travers des entretiens inédits. L’histoire d’un groupe entré dans la légende et qui n’a pas fini de faire parler de lui…

De L’Aventurier à 13: dans l’intimité du groupe culte.

Interview :

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Première partie : Alain Souchon.

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorAlain Souchon, tu l’aimais bien à la base ?

J’adorais quand j’étais ado, entre 15 et 18 ans. Après il s’est absenté pas mal d’années, de 1999 avec l’album Au ras des pâquerettes à 2005 et La vie Théodore, donc je suis passé à d’autres artistes entre temps.

Avant d’enquêter sur lui, j’imagine que tu te disais qu’il était un personnage intéressant…

Pour sortir des textes comme les siens, forcément, il faut avoir du fond derrière et une histoire. Il y a une grande sensibilité chez Souchon. Quand on regarde son parcours, on se dit qu’il revient de loin. Son enfance n’a pas été facile.

Tu racontes l’accident de voiture dont il a été victime. Il a perdu son père et sa mère et son frère ont été grièvement blessés… c’est atroce.

On est en 1959. L’ambulance part avec sa famille et lui il rentre en stop. C’est vraiment du Zola. Aujourd’hui, au moindre accident, il y a une cellule psychologique et c’est tant mieux. Lui, à l’époque, à 13 ans, on le laisse seul. Il a été évidemment marqué par cet évènement.

Tu expliques dans le livre qu’il lui a fallu bien du temps pour être sûr de son talent. Il était dans le doute permanent.

C’est un anxieux de nature. Michel Cœuriot, son réalisateur et arrangeur, m’a confié qu’en studio, Souchon n’est jamais confiant, mais qu’il assure en une prise de voix ce qu’il a à faire. Il connait de jeunes artistes imbus d’eux-mêmes et trop sûrs d’eux avec lesquels c’est la croix et la bannière pour travailler.

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En 1985 à Nostalgie Montpellier.

Alain Souchon a toujours cru que le succès n’allait pas durer.

Comme il avait mal démarré dans la vie, il se disait qu’il n’aurait jamais de chance. Pendant très longtemps, il a considéré qu’il était à la mode à un  moment donné, mais que ça allait s’arrêter.

Et aujourd’hui, il pense quoi de sa carrière ?

Il est toujours aussi humble. Il prend tout ça avec beaucoup d’humilité. Il a en tête ses maîtres comme Brassens ou Ferré. Pour lui, il n’a jamais atteint ce niveau-là. Je ne sais pas s’il a conscience de l’importance qu’il a dans la chanson aujourd’hui.

En écrivant cette biographie, tu as appris des choses que tu ne savais pas ?

Je soupçonnais ce côté très anxieux qu’il a sous son éternel allure d’enfant perdu sous sa bulle, mais pas à ce point. J’ai aussi compris que pour exorciser ou oublier un peu les drames qu’il a vécus, il s’est réfugié dans la poésie, la littérature et la création. Ça l’a sauvé. 

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Parle-moi de l’amitié Souchon-Voulzy.

Ils sont copains, mais sans plus. Ils ont toujours eu besoin l’un de l’autre professionnellement, mais c’est tout. Voulzy a quand même déclaré après leur tournée commune il y a deux ans que ça ne les avait pas rapprochés. Ils se sont rendu compte de leurs différences. Ils n’avaient pas la même vision artistique. Voulzy voulait faire les Zénith, Souchon les théâtres. Souchon voulait une formation réduite, Voulzy voulait sortir la grosse artillerie. Finalement, contrairement à ce que prétend la légende, ils ne se voyaient pas beaucoup sauf pendant les périodes de travail. Ils partaient en Bretagne ou sur la côte d’azur trois semaines et ils bossaient. Ils savent ce qu’ils se doivent l’un et l’autre, ils ont ce lien très fort, au-delà de ça, ce ne sont pas les prétendus meilleurs amis du monde. 

Quand tu écris un livre sur Souchon, tu écoutes du Souchon ?

Tout à fait. J’ai besoin d’être dans son univers. Quand on connait sa vie, ça lève le voile sur beaucoup de textes. Il sait traduire la faiblesse et la sensibilité des hommes comme personne.

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Charles (Ours), Alain et Pierre Souchon.

J’ai l’impression qu’actuellement, il met en avant ses enfants, comme s’il voulait passer le relais.

Il a 74 ans cette année, ses enfants ont la quarantaine. Il a toujours dit qu’il ne voulait pas que le public le vire, mais qu’il préférait partir de lui-même. Alors, c’est vrai qu’en ce moment, avec notamment le troisième volet du Soldat Rose signé Alain, Charles (Ours) et Pierre Souchon, il les porte plus qu’à l’accoutumée. Ces enfants ont beaucoup de talents, c’est indéniable, et je trouve que c’est bien qu’il agisse ainsi. Je crois qu’il passe le relais tranquillement. 

C’est un mec bien Alain Souchon ?

J’en suis convaincu. Il a comme nous tous ses défauts, il ne faut pas non plus l’idéaliser. Même si il a un petit ego, il vit très tranquillement et normalement.

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En juillet 2005, à l'hôtel Régina (Paris)

Comment expliques-tu son succès ?

Les blessures amoureuses, les amours platoniques, les regrets, le mal être… ce sont des choses que tout le monde vit. Il a le courage de mettre tous ces thèmes en chansons. De plus, ses mots sont bien portés par la musique de Voulzy et la réalisation de Michel Cœuriot. Sa popularité vient aussi du fait qu’il parait très léger. Il arrive sur un plateau comme s’il arrivait dans sa cuisine. On dirait que rien ne l’effraie alors que c’est tout l’inverse.

Il est peut-être plus zen aujourd’hui ?

Oui, je l’espère.

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En mars 2010, chez EMI.

Il aime son côté Pierrot lunaire ?

Non. Il ne s’aime pas tellement et regrette sa nature. Il est souvent dans la lune avec les choses du quotidien. Beaucoup de choses lui échappent. Il est dans une bulle.

Ton livre se vend bien, tu es surpris ?

Souchon est populaire. Personne ne le déteste. Au maximum, on s’en fout. Les gens ont voulu aller au-delà du chanteur pour essayer de comprendre qui il est, connaitre sa vie et les dessous de ses albums.

Il n’a pas interdit la sortie de ce livre ?

Il est au courant, mais je crois qu’il s’en fout un peu. A son âge, il a d’autres préoccupations.

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2eme partie : Indochine

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorPourquoi un livre sur ce groupe ?

Je suis un grand fan. Tout à l’heure je te disais que j’étais très amateur de Souchon entre 15 et 18 ans, c’est Indochine qui a pris le relais. J’ai découvert ce groupe avec « J’ai demandé à la lune ». Après l’écoute de ce titre, je me suis intéressé à ce qu’ils avaient fait avant et j’ai adhéré à l’œuvre dans son ensemble. Je suis moins amateur de la fin des années 80, mais j’adore la période suivante. Il y a deux albums dont j’étais fou, c’est en 1993, Un jour dans notre vie et en 1996, Wax.

Là, pour le coup, il y a eu beaucoup de livres sur Indochine. Qu’apportes-tu de nouveau ?

Chaque auteur à sa patte et sa façon d’aborder le sujet.

Mais l’histoire reste la même. Un fan qui va acheter trois biographies d’Indochine, je pense qu’il a fait le tour de la question, non ?

Je mets en avant une période et des chansons qui m’ont plus touché, parfois même des chansons cachées. Le public ne les connait pas forcément. Je préfère les mettre plus en avant que « L’aventurier », « Canary Bay » ou « Trois nuits par semaine ».

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Avec Dimitri Bodianski (saxophone, synthétiseur, 1981-1989) et Nicola Sirkis en 1985 à Montpellier.

Les fans de Nicola Sirkis n’aiment pas qu’on touche à lui et à son œuvre. thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandor

Indochine, c’est aujourd’hui une machine très protégée, très ficelée. Et bien, curieusement, les avis sur mon livre sur les réseaux sociaux et sur Amazon sont très positifs. J’ai même eu deux avis d’ultra fans qui étaient très sceptiques sur ma démarche, qui ont reconnu que mon travail était d’une bonne qualité. Je ne me suis pas fait allumer.

Tu as réussi à obtenir beaucoup de témoignages ?

Quelques-uns dont un très important pour moi, Alexandre Azaria, le co-compositeur et co-réalisateur de Wax dont Nicola Sirkis dit que c’est l’album qui marque la première pierre du nouvel Indochine. On y entend les prémices de ce que va devenir Indochine. Il y avait des rumeurs pas très reluisantes à son sujet qu’il a pu démentir. On le disait fâché avec son binôme Jean-Pierre Pilot alors que pas du tout. Au contraire, à 25 ans, il ne sentait pas de réaliser seul un disque d’un groupe qui avait autant d’années d’existence. Il se disait aussi que ça s’était mal passé avec Nicola Sirkis, qu’il s’était quitté fâché, alors que pas du tout. C’est bien de rétablir quelques vérités.

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorComment expliques-tu la longévité de la carrière d’Indochine ?

Nicola Sirkis a le don de bien savoir s’entourer. Il a un côté intuitif qui lui réussit bien. Indochine, c’est le rôle de sa vie, sa flamme. Artistiquement, depuis 15 ans, il y a OLi dE SaT qui est guitariste compositeur et réalisateur des albums. C’est lui qui a donné le nouveau son d’Indochine. Le succès qui perdure vient aussi des paroles qui sont hyper simples, faciles à retenir, avec pas mal de métaphores dedans, mais d’une redoutable efficacité. Nicola Sirkis a créé sa patte et son univers et il n’a jamais dévié de trajectoire... tout en évoluant.

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Pendant l'interview...

Nicola Sirkis me parait proche de ses fans.

Il l’est. Il s’est toujours senti redevable du public. Indochine et son public, c’est une histoire commune. Un jour, il a reçu une Victoire de la Musique et il l’a remis à un fan qui était assis devant lui. Il sait que c’est le public qui décide. Il se souvient que dans les années 90 les albums ne se vendaient pas, mais que les concerts étaient pleins à craquer. Les fans ont toujours fait en sorte que Nicola Sirkis ne lâche jamais.

Contrairement à Alain Souchon, Nicola Sirkis fait attention à son image. Il n’aurait pas le syndrome de Peter Pan ?

C’est ce que l’on dit toujours. Après, il y a les gènes qui font qu’il ne s’en sort pas trop mal (rires). Passé la vingtaine, il a eu une sérieuse hygiène de vie. Je ne suis pas certain qu’il ait beaucoup touché aux drogues et à l’alcool. Il y a deux ans, pour le retour de Renaud, il avait déclaré dans une émission de Drucker : « prendre soin de soi, c’est respecter son public ». Ce n’était pas forcément une pique contre Renaud, mais il voulait expliquer que le public attend l’artiste qu’il aime, qu’il soutient, il ne peut pas le décevoir.

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Le 12 avril 2018 après l'interview.

15 mai 2018

Arnaud Dudek : interview pour Tant bien que mal.

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arnaud dudek,tant bien que mal,roman,interview,mandorEvidemment, quand on lit le nouveau roman d’Arnaud Dudek (photo à gauche: Molly Benn), une des fines plumes françaises actuelles, on se demande s’il raconte son histoire. Evidemment, quand je me suis trouvé devant lui pour cette mandorisation, j’avais envie de lui demander si le petit garçon de sept ans abusé par un adulte dans une voiture, c’était lui.

Je ne suis pas toujours délicat, certes, mais je me suis abstenu. Dudek, lui, en a eu à revendre de la délicatesse pour raconter cette histoire. Le récit est toujours sur le fil. On craint la dégringolade. Non, l’équilibre est parfait. Jamais un mot de trop, pas de pathos. Ceux qui connaissent son œuvre savent que la résilience fait partie des thèmes de l’auteur, ce livre là est le puis puissant sur la question.

Une nouvelle rencontre s’imposait, car ce livre est important. Très court, mais si intense.

J’ai déjà mandorisé Arnaud Dudek en 2013 pour son deuxième livre Les Fuyants et en 2015 pour son troisième, Une plage au pôle Nord. Pour joindre l’utile à l’agréable, le 13 avril dernier, nous avons déjeuné dans un restaurant (délicieux) de Montparnasse et je lui ai posé quelques questions sur ce roman qui ne laissera personne indifférent.

A propos du livre :

Un petit garçon rentre de l’école. Un homme portant une boucle d’oreille lui demande s’il peut l’aider à retrouver son chat. Il conduit une Ford Mondeo. La forêt est toute proche.

Le petit garçon de sept ans est mort en partie ce soir-là et n’en dira rien à personne.

Délicatement, Arnaud Dudek monte sur le ring. Il raconte comment vit et grandit un enfant violé. Comment il devient adulte, père. Et ce qu’il fait lorsque, vingt-trois ans après les faits, il reconnaît l’homme à sa voix.

A propos de l’auteur : arnaud dudek,tant bien que mal,roman,interview,mandor(Photo à droite : France 2)

Arnaud Dudek vit et travaille à Paris. Selon des sources concordantes, ce garçon discret serait né à Nancy, en 1979. Dans ses nouvelles (pour la revue littéraire Les Refusés ou pour Décapage) et dans ses romans (tous publiés chez Alma), il raconte les gens ordinaires avec humour et tendresse. Son premier roman, Rester sage (2012) a fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman et a été adapté au théâtre par la Compagnie Oculus. Le second, Les fuyants (2013), a été sélectionné pour le prix des lycéens et apprentis de Bourgogne. Le troisième, Une plage au pôle Nord (2015) est traduit en allemand. Les vérités provisoires (2017) est son quatrième roman. Tant bien que mal (2018), son dernier ouvrage est un texte épuré, un concentré brut des thèmes qui lui sont chers : l’enfance, l’identité, la fuite.

Il est par ailleurs co-organisateur des rencontres littéraires AlternaLivres, dont la dernière édition s’est tenue en octobre 2015 à Messey-sur- Grosne en Saône-et- Loire (et que j’ai animée).

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(Photo : Mandor)

arnaud dudek,tant bien que mal,roman,interview,mandorInterview :

Ce livre-là n’était pas franchement attendu. Je crois que tu étais sur un projet de livre politique.

Oui, depuis près d’un an. Un livre plus politisé et beaucoup plus long que les précédents. Il est presque terminé, mais il m’a demandé un travail différent. J’ai dû mener une enquête, beaucoup me documenter, faire quelques interviews pour maitriser au mieux mon sujet. J’interroge sur le sens de la politique, j’ai donc rencontré des élus de différents partis, de différents niveaux, pour affiner ce roman autour d’un jeune homme politique trentenaire qui découvre ce milieu. Ce projet, ne me satisfait pas encore, alors je l’ai laissé de côté pour le moment. J’ai écrit Tant bien que mal en décembre 2017. Ça fait un moment, que je tourne autour de l’histoire de ce petit garçon, mais je trouvais le sujet très lourd, donc je repoussais son écriture.

Comment est né ce projet de livre ?

Quand ma compagne est tombée enceinte. Quasiment, au même moment, il y a eu ce fait divers atroce d’une petite fille enlevée, torturée et qui a réussi à s’échapper de son tortionnaire. En tant que futur papa, j’ai peut-être aussi voulu conjurer le mauvais sort…

Tu t’es dit que si tu écrivais sur ce thème, ça ne pourra pas arriver à ton enfant ?

C’est ça. C’est un peu ridicule. C’est avec un recul de six mois que je me le suis avoué.

Y-a-t-il aussi des choses un peu plus personnelles qui t’ont incité à réfléchir sur ce thème ?

Oui, mais pas directement. En tout cas, ça m’intéressait de tenter de répondre à ces questions : Qu’est-ce qu’un enfant fait après ? Comment il vit ? 

Les réactions de l’enfant, le déni… c’est comme ça que réagit un enfant qui se fait violer ?

Je n’en ai aucune idée et je n’ai pas cherché à intellectualiser ses réactions. Ma sensibilité, mon côté éponge ont dû les inspirer. Je me suis peut-être juste demandé ce que j’aurais fait si ça m’était arrivé, comment je l’aurais vécu et comment j’aurais réagi. Tel que j’étais enfant, je pense que je n’aurais rien dit.

Les parents ont quand même bien fermés les yeux devant le changement comportemental du jeune garçon. Ils sont passés outre sans creuser.

Peut-on se rendre compte de certaines choses ? Quels signaux peut-on voir et ne pas voir ? On peut très bien passer à côté du mal être de son enfant.

La scène de viol n’existe pas. Tout est suggéré.

Il était hors de question que je décrive cette scène. L’idée était d’en faire un cheminement universel. On a nos blessures d’enfance, plus ou moins profondes, plus ou moins guéries… L’enfant aurait pu être victime de violences ou de harcèlement scolaire, ce que, sans doute, beaucoup d’entre nous ont vécu sans mettre de mots derrière. Ce traumatisme à sept ans aurait pu être aussi familial. Comment on réagit ? Comment et pourquoi on tait les choses et comment on revient à la vie ? C’est l’éternel thème de la résilience.

Tu as lu des livres sur la question ?

Je n’ai pas voulu. Je ne voulais pas tomber dans la théorie, je préférais que l’on soit dans l’affect. J’ai écrit à l’instinct, ce qui ne me ressemble pas forcément, mais c’était nécessaire pour ce thème.

Tu savais où tu allais en commençant à écrire ?

J’avais en tête le premier chapitre, je savais comment je voulais démarrer. Aller dans le polar, c’était hors de question, ça ne pouvait être que du fond. Une fois que c’était clair, j’ai mis trois jours à écrire le livre.

Tu l’as écrit en 3 jours ?

Oui, alors que d’habitude, pour mes autres livres, il y a au moins six mois de rédaction. Bon, il n’y a que 90 pages dans celui-ci…

Quelle a été la plus grosse décision à prendre avant de commencer le livre ?

Est-ce que j’écris à la première personne du singulier ou pas ? J’ai choisi de dire « je ».

En employant le « je », ça fait sacrément questionner le lecteur… « C’est lui ou pas ? » 

Dans un premier temps, je n’ai pas forcément anticipé. Ce qui est clair, c’est que, pour donner du poids au personnage, pour qu’il tienne bien debout, il fallait que je mette de moi. Pas frontalement, mais dans mon parcours d’adolescent et dans mon parcours de vie.

Tu n’as pas eu peur que ta famille, tes amis, tes proches se demandent si tu as vraiment vécu cela ?

J’y ai pensé, mais pas forcément immédiatement. Je me suis dit que s’il fallait des « warnings » pour les vrais proches, il y aura. Après lecture, il y a eu la pudeur de certains. Quant à mes parents, on n’en a pas parlé. Je les ai prévenus. Ils savent ce qui est vrai dans le texte, car ils me connaissent suffisamment bien. Ce que je n’avais pas mesuré, c’est le degré supérieur comme les amis de mes parents ou des gens que je connais un peu…

Il fallait que tu sortes ce que tu avais en toi une bonne fois ?

Le fait que ce sujet soit aussi important pour moi maintenant vient peut-être de quelque chose de profond que je n’ai pas encore décelé.

Le titre du livre est bien choisi. L’enfant avance « tant bien que mal », mais il avance. Il n’a pas laissé son drame submerger sa vie.

Malgré ses tocs, son incapacité à prendre des décisions, il a su se construire une vie sociale. Il a des amis, il s’est épanouit dans une première vie de prof, puis d’écrivain. Il a soigné ses maux par des mots, c’est un grand classique.

J’étais habitué à des pointes d’humour dans tes livres précédents…

Là, ce n’était pas possible. Pour laisser respirer les gens, il y a des pages blanches (sourire). Mais, si tu regardes bien, mes romans précédents ne sont pas très gais non plus. Dans Rester sage, je parle d’une mère qui emmène son fils en vacances dans la cave. Dans Les fuyants, il est question d’un père qui se suicide sans donner d’explications à son fils. Dans le troisième, c’est une veuve dont le mari s’est suicidé en allant cambrioler un casino… Ça n’a jamais été très léger, mais, effectivement, jusqu’à présent, j’avais ajouté une pincée d’humour.

Se cache-t-on derrière l’humour ?

Sans doute. C’est de la mise en distance facile, mais je pense que je continuerai dans cette voie-là dans mes prochains projets. Sur un sujet comme celui de Tant bien que mal, exceptionnellement, je ne voulais rien maquiller.

Tu as peur des  réactions des gens qui ont vécu ce qu’a vécu A. (c’est ainsi qu’est nommé l’enfant) ?

Je commence à avoir des réactions. Il y en a qui me remercient d’avoir su trouver les mots.

Ta promo sera compliquée, car il va falloir que tu te justifies tout le temps. A. est-il Arnaud ?

Je sais bien, mais j’espère que le côté littéraire de l’exercice ne sera pas mis de côté.

Est-ce que l’Arnaud Dudek que j’ai rencontré en 2013 est le même que celui d’aujourd’hui.

Sans doute pas. Il y a l’expérience engrangée, la vie qui passe avec ses joies et ses épreuves. Le fait d’être papa, le fait aussi d’être publié régulièrement. Même si je ne suis pas Marc Lévy, j’ai mon petit lectorat (enfin j’espère).

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Après l'interview, le 13 avril 2018.

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14 mai 2018

Lembe Lokk : interview pour l'EP Comment te traduire

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Qui n’a pas rencontré la chanteuse estonienne Lembe Lokk ne peut pas comprendre ce personnage aux 1000 vies. Il a été d’ailleurs extrêmement compliqué pour moi de résumer son parcours au maximum afin qu'on le comprenne.

« Elle interprète des chansons libres, dans un français qui se questionne et qui s’exulte. On y retrouve des textes sur l’exil et l’amour, sur l’autre qu’on essaie de comprendre. Un étonnant mélange d’intimité et d’expressionisme » est-il indiqué dans une biographie.

Le 24 mars dernier, nous nous sommes retrouvés une heure en terrasse d’un café des Grands Boulevards.

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorBiographie officielle :

D’origine estonienne, Lembe Lokk est une chanteuse et comédienne versatile, poétesse publiée et performeuse dans l’espace publique. Un éclectisme assumé qui donne toutes ses couleurs à ses chansons, à sa voix, aux histoires qu’elle raconte.

L’univers de cette chanteuse et musicienne est à la fois très charnel et poétique. Sa voix navigue avec sincérité entre le simple parler-chanter, une étendue lyrique et la force d’une rockeuse. Elle évoque tour à tour la sensibilité d’une Barbara, l’étrangeté d’une Laurie Anderson ou encore de Diamanda Calas ou bien la force et le magnétisme d’une Annie Lennox. Sa présence est simple et profonde, elle laisse volontiers voir sa fragilité d’humain et partage avec générosité sa poésie. Un étonnant mélange d’intimité et d’expressionisme.

Le disque (argumentaire officiel):lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

Comment te traduire est un EP de 6 titres en français, écrit et composé par Lembe Lokk. Un enregistrement studio live avec le violoncelliste Karsten Hochapfel, volontairement épuré et acoustique pour rendre hommage à une belle série de concerts (semi)acoustiques que l’artiste a effectuée depuis un an et pour donner un aperçu de son univers. Des « chansons en liberté » selon les uns, des textes qui ouvrent de nouvelles portes sur la langue française, selon d'autres.

Habituellement, l’écriture de Lembe Lokk se fait tour à tour dans trois langues : le français, l’estonien, l’anglais. Dans son EP, elle a pourtant choisi de se concentrer sur la langue française pour mieux creuser sa poésie et les questions qu’elle fait surgir. Ainsi dans ces chansons, elle questionne sa place entre lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorses origines estoniennes et sa culture d’adoption, la compréhension (im)possible entre deux êtres, l’absence, la distance, la présence à soi-même. Elle joue également de la langue française comme d’un instrument, avec l’acuité et le décalage d’une étrangère qui en fait une musique autant qu’un récit.

Sur ce disque, il s’agit bien de la chanson, mais nous sommes loin des structures habituelles et des formules. D’une balade transe à une chanson fleuve chantée-parlée avec maîtrise et sensualité on passe par des envolées vocales et mélodies inattendues. Un timbre de voix personnel et agréable, des arrangements simples qui font ressortir toute la beauté des chansons. Un dialogue entre deux musiciens extraordinairement sensibles et à l’écoute l’un de l’autre.

Musiques et paroles de Lembe Lokk
Réalisé par Malcolm Crespin
Enregistrement "live" & mixage par Ambroise Boret @ BKLEX Studio (Montreuil)
Mastering : Raphaël Jonin

Lembe Lokk : chant, guitare (sauf sur « tiens »), chœurs
Karsten Hochapfel : guitare portugaise, guitares, violoncelle, chœurs

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lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorInterview :

Tu as commencé ta vie d’artiste en France ou en Estonie ?

J’ai commencé ici. J’écrivais depuis toujours, mais c’est une part de moi que j’avais oublié pour d’obscures raisons. Après le bac, je rêvais de devenir comédienne, mais je ne suis pas allée au bout de ce rêve dans mon pays. J’ai fait toutes sortes de choses très différentes. De la céramique et du dessin, mais je n’ai pas osé faire les Beaux-Arts. J’avais l’impression que ce n’était pas pour moi. J’ai fait aussi un peu de théâtre et j’ai chanté dans une chorale pendant 10 ans. Mais je n’avais pas l’impression d’avoir une vie artistique. J’ai fait beaucoup de choses : secrétaire de nuit du président d’Estonie pendant un an, assistante réalisatrice, journaliste pigiste. L’Estonie est un petit pays, je sentais qu’il fallait que j’aille voir ailleurs.

En France, tu as « bourlingué » avant de devenir artiste.

Je suis arrivée le 27 décembre 1997. En arrivant, j’ai gardé des enfants, j’ai vendu des glaces, je distribuais de flyer…

Mais pourquoi es-tu venue en France ?

Pour étudier les cultures africaines. Je t’explique sans trop rentrer dans les détails, car c’est assez compliqué. En Estonie, j’ai étudié la philologie russe, pendant ce temps-là, un grand chagrin d’amour m’a frappé. J’ai vu une petite annonce à l’université qui disait en substance : « cherche étudiant d’échange pour aller vivre au fin fond de la Russie ». Comme j’étais perdue, j’ai postulé et je suis partie. Là-bas, j’ai rencontré des africains qui m’ont donné envie de partir en Afrique. De retour en Estonie, je me suis retrouvée dans une soirée où se trouvait aussi l’attachée culturelle française. Je lui ai expliqué que j’avais comme projet d’étudier les cultures francophones africaines. Elle m’a répondu qu’elle avait justement une bourse pour cela que personne n’a demandée. Elle m’a donc proposé d’étudier ça à Paris trois mois après. C’est ainsi que je suis arrivée dans la capitale française.

Une nouvelle série en coordination entre Only French et Mandolino : Chanson Voyage.

Le ministère de la culture estonien t’a récompensé pour ton travail sur la culture à Paris. Pour quelles raisons ?

J’ai créé une école estonienne à Paris en 2008. Quand j’ai eu ma première fille, j’ai constaté que toutes les théories sur le bilinguisme s’avéraient complètement fausses. Je lui parlais en estonien, elle me répondait toujours en français. Un jour, elle m’a dit : « si tu ne veux pas que je te parle en français, j’attends que papa rentre et je lui parlerai (rires). Du coup, j’ai souhaité qu’elle voit d’autres enfants estoniens et j’ai créé cette école. Je chantais aussi avec un groupe estonien en estonien et j’ai participé à l’organisation de la saison culturelle estonienne de l’Institut Français en 2011. On a donc jugé que je devais être récompensé pour tout ça.

Et un jour tu décides de devenir chanteuse…

Un mercredi soir, à 20h, j’ai décidé de devenir chanteuse. Je me souviens de ce moment précisément. Je m’étais tellement cachée ce désir que mon corps s’est battu contre sa réalisation. Quand j’ai pris la décision de devenir chanteuse, mes poumons se sont remplis de ganglions et mon corps à gonflé. J’ai été hospitalisé et j’ai été sous cortisone pendant des années. Pour la médecine française, j’aurais dû rester comme ça. J’avais 25 ans, je marchais comme une mémé… Aujourd’hui je suis complètement guérie. 

Making of de l'EP Comment te traduire.

Parlons de cet EP. Les chansons du disque te sont arrivées rapidement ?

Il a fallu que je m’instaure une discipline. Je me suis trouvée un endroit pour travailler au calme. J’ai fait comme si j’allais au bureau tous les matins. Je me mettais devant mon clavier et à ma guitare et j’écrivais ou composais mes chansons.

Les chansons « Comment te traduire » et « T’inquiète pas » viennent de textes que tu as présentés à un festival de poésie, c’est ça ?

Oui. Mais je trouvais que ces textes méritaient de devenir des chansons. J’ai fait en sorte qu’elles le deviennent un an plus tard.

Dans ce disque, tu chantes, tu parles, il y a des envolées lyriques. C’est très déstructuré… tu te rends compte que tu casses les codes de la chanson ?

Non. Ce n’est pas volontaire en tout cas. Je ferai attention pour le prochain album (rires).

Je ne dis pas ça dans un sens négatif, au contraire. C’est ce qui fait ton style et ton originalité. Tu devrais continuer comme tu as commencé.

En fait, je doute de moi. Dès que l’on me dit quelque chose sur mon travail, je ne sais pas si c’est bien ou pas.

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Le 2 mars 2018, Lembe Lokk au  TEDx de Tallina Vangla en Estonie, dans la prison de Tallinn Magasini. dans le pris

Tu es d’origine estonienne, mais tu maîtrises parfaitement notre langue.

On m’a dit que j’avais une écriture surprenante. Ce doit être parce que pour les français, la langue française est une routine. Moi, je ne connais pas cette routine, alors j’écris autrement. Je dois la maîtriser le mieux possible, alors je fais attention à chaque mot.

Peut-on dire que c’est un disque aux textes graves ?

Tu trouves que c’est grave ? Je n’ai pas l’impression tant que ça. Pour moi, c’est poétique. Les histoires « lourdes » que je raconte, j’ai l’impression de les tourner de façon à ne pas plomber l’ambiance.

On sent une profondeur dans ta poésie…

Je n’essaie pas de cacher ma fragilité, ni mes émotions, du coup ça libère les gens dans leur fragilité. Ca les autorise à être fragile également. Les gens pleurent parfois sur mes textes. Mais c’est souvent sur mes chansons en estonien. Je crée peut-être des vibrations qui font vibrer les gens, je ne sais pas.

"Il est si tard", version audio.

Tu es auteure, compositrice, interprète, mais aussi comédienne, performeuse… peut-on dire que tu es artiste et point barre.

Je pense que c’est la solution. Je me pose la question régulièrement : est-ce bon de partir dans tous les sens ? Aujourd’hui, je laisse plus de place à la chanson, parce que je reconnais que j’aimerais que mon travail de chanteuse trouve son public. Je commence à voir ce que mes chansons provoquent sur les gens, du coup, j’ai envie qu’il y en ait encore plus qui traversent les émotions que je propose.

Mais chassez le naturel, il revient au galop ?

Tu as raison. Je ne peux pas m’empêcher d’écrire des textes qui ne deviendront pas des chansons et j’ai plein d’idées de performances que je n’ai pas encore réalisées. Si je veux que « l’autre » m’entende, il faut que je me rende compréhensible, d’une manière ou d’une autre. Mais au fond, il y a une logique et une cohérence à ce que je fasse toutes ses choses.

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(Photos extraites du spectacle M.A.MA.E, meurtre artistique, munitions, action, explosion).

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorOui, là par exemple, tu joues dans une pièce de théâtre. Tu as été engagée parce que tu es chanteuse.

Je joue dans une pièce de Nadège Prugnard,  M.A.M.A.E, meurtre artistique, munitions, action, explosion. J’y fais aussi une sorte de performance. J’adore m’adonner à des trucs excentriques, bizarres…

(Pour en savoir plus sur toutes ses expériences, lire ici, à la rubrique : Autrement…)

Parle-moi du clip de « Comment te traduire » dont l’animation est signée Barbara Creutz et qui a été déjà sélectionné à TMFF à Glasgow (Ecosse) et Simply Shorts Film Festival à Brisbane (Australie).

C’est une artiste qui a fait le clip de mon premier groupe Rouge Madame, « Kaua », mais surtout, elle fait des vidéos pour des opéras du monde entier. Elle a aussi réalisé des films d’animation. Avec elle, on a estimé qu’il fallait créer toute une imagerie. Comme un couple, on a traversé des moments pas évidents et on a fini par sortir quelque chose qui m’a convaincu à 100%.

Clip officiel de "Comment te traduire" de Lembe Lokk par Barbara Creutz.

Il y a aussi un joli livret avec tes textes et ses dessins. Par contre il est plus grand que l’EP.

Il s’agit d’un EP, donc ce n’était pas cohérent de faire une énorme dépense de livret. Du coup, on a voulu que ce livret soit quelque chose que l’on conserve indépendamment du disque. Nous étions frustrées de ne pas pouvoir publier, Barbara ses dessins et moi mes textes. La personne qui a fait la mise en page du disque et du livre m’a proposé de faire un livret de la taille d’un 45 tours. Ça reste un format musical, mais qui n’a rien à voir avec un EP.

Tu les vends à la fin de tes concerts.

Oui et sur la boutique de mon site.

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Après l'interview, le 24 mars 2018.