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11 janvier 2020

Jean-Louis Bergère : interview pour l'album Ce qui demeure.

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(© Jérôme Sevrette)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor« L’americana de Ce qui demeure célèbre les épousailles de l’acoustique et de l’électrique, comme un refus d’avoir à choisir entre chanson et rock. Loin d’être une collection de cartes postales, ce disque se veut plutôt l’osmose entre une âme contemplative et une pensée métaphysique, liées par un verbe racé et maîtrisé ». David Desreumaux, dans son magazine Hexagone a raison, l’Angevin Jean-Louis Bergère poursuit une carrière discrète à mi-chemin entre americana et chansons à textes. Ce disque, Ce qui demeure, est d’une sensibilité et d’une élégance rare.

Je dois dire que depuis 2001, date de sortie de son premier album, Une définition du temps, je suis passé à côté. Comment ai-je pu ? Un artiste si doué et profond. A l’écoute de son 4e album, Ce qui demeure, j’ai eu envie de rencontrer cet artiste majeur, mais à part… et encore trop méconnu.

Le 25 novembre dernier, Jean-Louis Bergère est passé par Paris pour une première mandorisation. Une belle rencontre...

Sa page Bandcamp, vous permettant d’écouter l’album Ce qui demeure (et ses trois autres albums).

Sa page Facebook officielle.

Argumentaire de presse officiel :jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor

Jean-Louis Bergère est un artiste ovni dans le paysage musical français (France Inter). D’albums discographiques en publications littéraires, ce songwriter angevin à l’écriture lumineuse et à la voix chaleureuse, dépeint à merveille les nuances de l’âme, les sentiments diffus, les paysages intérieurs. "C'est le sensible l'objet de Jean-Louis Bergère. Nommer l'invisible, faire exister ce qui n'est pas, le sentiment naissant, à l'instar d'une Nathalie Sarraute. Chercher, être en quête du soi intérieur. Gratter le dedans, le trouble et l'informulé et révéler l'indicible" (Hexagone). Après le très remarqué Demain de nuits de jours en 2013, unanimement salué par la critique, Jean-Louis Bergère revient avec ce nouvel album écrit autour du thème du « territoire ». Du causse Méjean à la Sécession Viennoise, des émois de l’adolescence au chant de Léonard Cohen, il revisite et interroge ces et ses lieux de narration et de mémoire.

Entouré de ses fidèles musiciens, c’est au discret et talentueux réalisateur Gilles Martin (Dominique A, Miossec, Diterzi…) qu’il a confié la peau sonore de ce quatrième album. Entre textes d’une haute teneur poétique et climats musicaux baignés d'ambiances électriques et acoustiques, Jean Louis Bergère poursuit avec ce nouvel opus sa quête intemporelle au cœur de l’intime. Un univers aussi fragile que puissant. Pour un voyage en apesanteur, entre lyrisme et contemplation.

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(© Jérôme Sevrette)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandorInterview :

David Desreumaux a écrit dans Hexagone que tu « n’as rien de ce qu’il faut pour devenir un artiste à succès ». Tu comprends ce qu’il a voulu dire ?

Oui, très bien. Je ne suis pas dans le format actuel de la chanson française et je ne fais pas d’effort pour me fondre dans le moule. Je ne suis pas non plus dans ce qu’on appelle la variété.

Tu es dans l’introspection.

Depuis toujours, je fais un travail sur l’intime. Je me suis parfois égaré, mais pas sur les deux derniers disques. Ceux-là, je les assume totalement.

Lequel n’assumes-tu pas ?

En 2007, j’ai sorti Au lit d’herbes rouges, un disque qui ne me satisfait plus. J’en enlèverais la moitié. Certains me disent que je suis trop autocritique, mais c’est une condition sine qua non pour avancer. Si on est toujours satisfait de son travail, il y a un problème. C’est seulement depuis l’album de 2013, Demain, de nuits, de jours, que je me dis que je commence à toucher quelque chose.

Clip de "Ce qui demeure", extrait de l'album Ce qui demeure.

Images / captation et réalisation : Yannick Lecoq. Montage : Eregreb © Catapulte 2019

Tu as commencé la musique dans quelle circonstance ? jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor

Adolescent, j’ai fait de la trompette dans une école de musique classique. C’était par défaut parce que j’aurais préféré faire du piano, mais mes parents ont considéré que c’était trop compliqué. Dans la salle à manger, il n’y avait pas la place pour un piano. Entre violon, piano et trompette, j’ai donc choisi ce dernier instrument. En 3e, j’ai fait un deal avec mes parents. Si j’ai mon BEPC, ils m’offrent une guitare. J’ai cravaché et j’ai eu ma guitare. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire des chansons.

C’était important pour tes parents que tu fasses de la musique ?

Ils étaient conservateurs de droite et catholiques de l’ouest… c’était un peu la norme éducative. J’ai reçu une éducation très rigoureuse, parfois même dure. La création a été pour moi un vecteur de rupture. C’est la seule chose que j’ai pu trouver qui pouvait libérer mon esprit. A 18 ans, je suis parti de chez mes parents en claquant la porte et en ayant pris soin de brûler tous les carnets dans lesquels j’écrivais. Un véritable autodafé.

C’est ce que tu racontes dans la chanson « Aurore », non ?

Absolument. Je raconte le jour où j’ai pris le train pour aller à Nîmes pour me rendre chez les Compagnons du Devoir. J’ai vu mon reflet dans la glace et c’est là que j’ai compris que c’était le début de ma vie. Ma seule préoccupation était de gagner de l’argent, donc pendant 10 ans, j’ai mis de côté la musique. A 28 ans, je me suis marié et un an après, nous nous sommes séparés avec ma femme. J'avais un peu peur de cette vie toute tracée. Je ne me voyais pas être papa tout de suite. Je ne me sentais pas les épaules assez larges. J’ai rencontré quelqu’un d’autre, puis j’ai vécu 10 ans seul. C’est pendant ces 10 ans que je me suis remis sérieusement à la musique.

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(© Egna)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor(Photo à gauche : Olivier Coiffard).

Aujourd’hui, tu t’es réconcilié avec tes parents ?

J’ai beaucoup d’amour pour eux. J’ai fait la paix avec mon père avant qu’il ne parte. Dans la vie d’un homme, c’est essentiel d’être en paix avec ses origines.

Après le sud de la France, tu es revenu à Angers.

Oui. Et j’ai commencé à faire des petits cabarets dans lesquels je chantais du Bashung, du Yves Simon, du Souchon et du Ferré… et un peu des chansons à moi, mais elles passaient mal. Ce que j’écrivais à l’époque était très hermétique, voire prétentieux. Je jouais avec la langue dans des textes fleuves. C’était imbitable (rires).

Raconte-moi ta rencontre avec Léo Ferré.

Elle a été très importante pour moi. Il a été le premier à m’encourager. Je suis allé le voir la première fois en 1986, à la fin d’un concert à La Flèche, à côté de chez moi. J’étais très timide, alors je ne lui ai pas dit grand-chose. Je l’ai revu en 1988, alors que j’avais écrit pas mal de chansons. Avec l’inconscience de la jeunesse, j’ai fait un truc que je ne referai plus jamais. J’ai téléphoné à la salle où il devait se produire pour demander de faire la première partie. Cela m’a été évidemment refusé, mais la personne que j’ai eue au bout du fil m’a assuré un rendez-vous avec lui. Elle a tenu parole. J’ai amené à Ferré une cassette et des textes. Il a été très bienveillant avec moi. Nous sommes restés ensemble pendant trois quart d’heure et il a lu mes textes devant moi. Il m’a dit qu’il y avait quelque chose et qu’il fallait que je persévère.

Tu as fait une photo avec lui ?

Son jeune agent me l’a proposé, mais j’ai refusé parce que je ne voulais pas passer pour un fan qui était venu pour ça. Je dois dire que plus tard, j’ai un peu regretté. Ça aurait fait un beau souvenir.

Du coup, tu t’es senti légitime pour continuer à écrire des chansons ?

Si quelqu’un avec une œuvre si monumentale m’encourage, c’est certain, ça rassure. Ferré, ça a été un carburant pour mes forces motrices.

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(© Jérôme Sevrette)

Il y a un autre artiste que tu aimes beaucoup, c’est Léonard Cohen. Dans cet album, tu lui rendsjean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor même hommage (« L’homme qui chante »). (Photo à droite : David Desreumaux)

Comme Ferré, Léonard Cohen m’a donné une force que j’avais envie d’avoir à 30 ans pour me lancer. C’est quelqu’un de primordial pour moi. Je suis très touché par son intégrité dans tous les domaines.

Pourquoi as-tu décidé de faire de la chanson un métier ?

Ce n’était pourtant pas quelque chose d’essentiel pour moi. J’ai pris beaucoup de temps, car au départ je n’en voyais pas l’utilité. De plus, à la fin des années 80, ça coûtait cher. Il n’y avait pas de home studio à cette époque. Ce sont des amis qui m’ont incité à graver mes chansons. J’ai commencé avec des cassettes et je me suis lancé plus sérieusement quand j’ai eu plus de moyens.

Tu n’as sorti que quatre disques en 19 ans de carrière. C’est peu.

C’est peu, mais cela m’a permis de garder mon indépendance économique et ainsi de garder mon indépendance artistique. Avec l’âge, aujourd’hui, je me dis que c’était le bon choix. J’ai été plus lent que les autres, mais je ne me suis pas abîmé dans d’éventuelles concessions.

Clip de "Inouïe", extrait de l'album Ce qui demeure. Captation, réalisation et montage : Renaud De Foville.

Je crois savoir que tu considères la chanson comme un objet sonore global.

Ma quête depuis le début est d’écrire en français et assembler le texte, la musique et la voix sans qu’il y ait une prédominance d’un côté ou de l’autre. Dans le monde de la chanson plus traditionnelle, je sens bien que ça passe difficilement. Ce qui prédomine, c’est le texte avant tout.

Il y en a  pourtant d’autres qui s’y risquent.

Oui, Dominique A avec son disque Remué et Bashung avec L’imprudence ont été des albums radicaux qui ont beaucoup compté pour moi. Que c’est beau ! Tu vois, rien que de t’en parler, j’ai des frissons.

Contrairement à Bashung, qui a commencé en faisant de la variété, toi, dès ton premier disque, Une définition du temps en 2001, tu as été radical.

C’est marrant parce qu’entre ce premier disque et le troisième, Demain de nuits de jours, il y a plus de liens qu’entre le deuxième, Au lit d’herbes rouges et le troisième. Je ne suis pas satisfait du deuxième. J’avais élargi la formation. Il y a avait trop de musiciens d’horizons différents. Je n’ai jamais été un leader et je n’avais pas l’assurance que j’ai maintenant. Chaque musicien donnait son grain de sel, il en a résulté un disque hétéroclite qui n’a pas une grande tenue. Dans les deux derniers albums, j’ai tout choisi, ils sont donc parfaitement cohérents et me ressemblent.

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(© Egna)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandorC’est grâce à tes musiciens avec lesquels tu travailles depuis 10 ans ?

Je me sens privilégié de travailler avec Blaise Desol, Hervé Moquet, Evelyne Chauveau, Franck Durand et Jean-Baptiste Noujaim. On forme une vraie équipe et on s’aime tous. Mes deux derniers albums, c’est aussi leur projet, pas uniquement le mien, même si c’est moi qui mène la barque.

Tu te sens plus dans la catégorie chanson ou rock ?

Ni l’un ni l’autre. Je me sens plus dans la catégorie pop folk… à la Bon Iver ou Syd Matters.

C’est amusant parce que tu ne cites que des artistes qui chantent en anglais.

Comme je te le disais précédemment, ce qui m’émeut le plus, c’est la globalité sonore de l'objet chanson. Celle que je retrouve encore et plus souvent chez les chanteurs anglo-saxons. Je suis un fan total des climats, des ambiances, avec cette exigence de musicalité, peu importe la langue.

Ton nouvel album, Ce qui demeure, est un album qui s’écoute. Il ne faut pas se contenter de l’entendre.

Je considère désormais ma voix, mon chant, comme un instrument à part entière. Je travaille beaucoup sur ça, mais de manière très instinctive. Quant à mes textes, si on me dit qu’on n’a pas tout compris, mais qu’on a été quand même embarqué, je prends ça comme un compliment.

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Pendant l'interview...

Rappelons que tu publies aussi des livres de poésie. jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor

Ça a beaucoup diversifié mon activité. J’ai monté des formules « lecture-concert ». Je tourne beaucoup dans le réseau des médiathèques.

Tu te sens plus poète, chanteur ou poète chanteur ?

Je ne sais pas. Poète chanteur peut-être. Je sais bien que la notion de poète est devenue ringarde, mais je m’en moque. Un poète est quelqu’un qui cherche à traduire toutes les émotions qui sont dans l’air.

C’est quoi ta définition de l’art ?

L’art, c’est apprivoiser l’inquiétude.

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Après l'interview, le 25 novembre 2019.

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09 janvier 2020

Diane Tell : interview pour Haïku

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(Photo : Maxim Morin)

diane tell,haïku,interview,mandorNée à Québec, un 24 décembre, comme un cadeau de Noël à la chanson francophone, Diane Tell, artiste précoce, entre au Conservatoire de Val D'Or à 6 ans. En 1982, elle est devenue une artiste incontournable, novatrice et reconnue, au succès populaire important, qui aura remporté 6 Félix au Gala de l'ADISQ avant d'avoir 25 ans. Sa chanson phare, « Si j’étais un homme », est intronisée au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2017. Notez que ce n’est pas son seul tube. Souvenez-vous aussi de « Faire à nouveau connaissance », « Gilberto », « Souvent, longtemps, énormément », « J’arrive pas j’arrive », « Savoir » ou autre « La légende de Jimmy » (extrait de la comédie musicale de Michel Berger et Luc Plamondon, La légende de Jimmy).

Productrice et éditrice autonome depuis l’album Chimères en 1983, l’auteur-compositeur-interprète a très tôt compris l'importance de rester libre et indépendante.

Après huit ans d’absence, du moins en tant qu’interprète, Diane Tell (déjà mandorisée là) revient à l’avant-plan avec son tout nouvel album Haïku. L’Abitibienne qui vit en Suisse a engagé le détonnant Jeannois Fred Fortin comme réalisateur, qui, en plus de signer trois textes, a enrobé l’album de sa touche unique. Sur les douze titres d’Haïku, Tell et Fortin ont vraiment mélangé leurs univers respectifs. On retrouve la voix toujours vibrante de la chanteuse, mais elle se drape de musiques syncopées, entre le blues, le jazz, la bossa nova et le rock.

Cet album est articulé autour des sentiments humains et des «émotions éphémères». On peut le dire, Haïku est l’album charnière d’une grande artiste libre, en pleine possession de son art.

Le site officiel.

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Pour écouter l'album Haïku.

Pour acheter le disque.

Le 4 décembre dernier, Diane Tell a bien voulu répondre à mes questions dans les locaux du studio Luna Rossa. Moment charmant.

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(Photo : Maxim Morin)

diane tell,haïku,interview,mandorArgumentaire de presse (par Marc Desjardins) :

Un Haïku, dans la tradition japonaise, c’est un très court poème de 3 vers qui évoque l’évanescence du quotidien. Pour Diane Tell, c’est un témoignage magistral, en 12 chansons parfaites, sur l’impermanence des sentiments humains.  

8 ans après le richement folk-rock Rideaux Ouvert, l’artiste surdouée et productrice indépendante assumée ne s’est pas reposée sur ses lauriers et a eu envie de sortir des sentiers battus avec un album remarquablement actuel de chansons originales, dans tous les sens du terme.

Sur Haïku, Diane Tell s’est entourée d’une équipe de brillants iconoclastes qui lui ont permis d’aller jusqu’au bout de ses choix. Sous la gouverne du toujours étonnant Fred Fortin, à la réalisation, ses complices habituels, François Lafontaine, Olivier Langevin, Samuel Joly et Joe Grass ont fait éclater les paroles et les musiques comme autant de feux d’artifices.

L’album (par Marc Desjardins) :diane tell,haïku,interview,mandor

Il se décline comme un itinéraire de l’intime, avec un point de départ et un point d’arrivée. Il décolle avec « Vie » que Fred Fortin a spontanément écrite, paroles et musique, pour Diane. Loin du rock de son groupe, Galaxie, il a plutôt signé la parfaite chanson de la Diane Tell familière, une jolie bossa d’Abitibi, tendre mais douce-amère. Il émaille l’album de 2 autres petits bijoux de nuances et d’âme à vif : « Catastrophe » et « Chat ».

Pour Haïku, Diane a recruté un nouveau collaborateur, l’écrivain suisse d’origine serbe Slobodan Despot qui nourrit les 3 titres qu’il a signés, avec Diane à la musique, de son écriture emplie de philosophie. «On n’jette pas un amour comme ça», premier simple tiré de l’album, valse doucement sur le regret et l’abandon. « Rien », à l’humour mélancolique, sautille sur une mélodie subtilement jazzée. « Questionnaire » termine l’album avec des interrogations fondamentales sur un rock contemporain assumé qui nous rappelle la force de mélodiste de Diane Tell.

diane tell,haïku,interview,mandorDiane s’est gardé la part de la lionne avec 4 chansons fabuleuses, dont elle signe les paroles et la musique. « Il ne m’aime pas » est une déchirante balade du regret, aussi inoubliable que « Si j’étais un homme ». « Evolène », à la rythmique obsédante, est un exorcisme intense mais rieur, coloré des demi-teintes de la Suisse où elle a élu domicile. «Haïku», toute dans la subtilité et le dépouillement, fait de ses mots une incantation intime de l’âme. Sur «Spoiler», Diane s’est lancée tête baissée dans une écriture éclatée, secouante, à la rythmique obsessive, pour tracer un portrait impitoyable de notre vie fragmentée.

L’album est complété par la jolie, tendre et chaleureuse « Moi fille, toi garçon » qu’elle co-signe avec Serge Farley-Fortin et par la très émouvante « J’aurais voulu qu’tu saches » du poète Alain Dessureault sur une musique à fleur de peau de Serge Farley-Fortin. Diane y livre une puissante interprétation qui ébranle quiconque l’écoute. Un grand moment.

Haïku, à réécouter en boucle parce que la vie vaut la peine d’être bien racontée.

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(Photo : Maxim Morin)

diane tell,haïku,interview,mandorInterview :

Plus le temps passe, plus je trouve que vos disques deviennent de plus en plus audacieux.

Je tente de l’être depuis mon premier album éponyme en 1977. C’était déjà très jazz et un peu à contre-courant. En France, on me connait surtout pour « Si j’étais un homme » qui est devenu un classique. Même mes autres tubes tels que « Faire à nouveau connaissance » et « Savoir » étaient déjà un peu plus décalés par rapport aux époques où elles sont sorties. L’audace a toujours fait partie de mes points forts… ou faibles (rires).

Mais dans l’album Haïku, on va vers l’expérimental avec une chanson comme « Spoiler ».

Je voulais faire quelque chose de diffèrent. On ne répète rien avec les musiciens en studio. D’habitude, j’arrive toujours avec mes chansons en guitare-voix. Pour celle-ci, c’était batterie-voix. Du coup, les musiciens se sont donnés à cœur joie pour jouer un peu en free style… je peux même dire que musicalement, ce titre s’approche du free jazz.

Clip de "Spoiler", extrait de l'album Haïku.

Présentez-nous les musiciens de cet album.

Olivier Langevin est à la guitare, Joe Grass à la pedal steel et au banjo, François Lafontaine aux claviers et Samuel Joly à la batterie. Quant à Fred Fortin, il est à la basse. J'ai eu le droit à cinq virtuoses qui ont l'habitude de travailler ensemble.

Fred Fortin, auteur-compositeur-interprète bien connu au Québec (il fait partie du groupe de rock alternatif Galaxie) a fait beaucoup de choses sur ce disque.

Au départ je l’ai engagé juste pour réaliser l’album et spontanément, il m’a proposé trois chansons. J’ai trouvé très intéressant que le réalisateur participe aussi à l’écriture des chansons. C’est très rare. Vous savez, Fred est plus un musicien qu’un réalisateur. Il s’est engagé dans cet album comme un artiste.

Vos deux univers se marient parfaitement.

Je l’ai vite constaté. Nos univers assemblés donnent quelque chose de nouveau que je recherchais depuis longtemps.

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A gauche, je tiens la figurine de Diane Tell (tirée de la première pochette de Diane Tell en 1977). A droite, Diane Tell tenant son smartphone avec la fameuse pochette. "Vas y, on fait la photo, ça va être marrant!" m'a-t-elle dit.

Aucune chanson ne se ressemble dans cet album.

J’aime bien l’idée qu’on ne sache pas ce qu’il va se passer. Comme dans les séries, si on devine le scénario, on s’ennuie vite.

C’est marrant cette remarque sur les séries. Dans la chanson « Spoiler », vous mettez en confrontation l’amour et la façon de filmer les séries.

C’est un angle original pour parler d’amour. Ça devient de plus en plus difficile d’être novateur quand on évoque ce sujet. Et puis, je suis fan de films et de séries. J’aime bien Jean-Marc Vallée et Denis Villeneuve qui sont des cinéastes québécois qui ont fait des choses magnifiques aux États-Unis. Ils m’inspirent…

Vous êtes fière de cet album ?

Oui, parce que j’ai réussi ce que je voulais faire. Parfois, on a de bonnes idées, on réunit des gens pour concrétiser ses envies et au final, ça marche moins bien qu’on l’espérait. Là, c’est l’album que je souhaitais au départ.

Clip de "Haïku", extrait de l'album Haïku.

L’écrivain suisse d’origine serbe Slobodan Despot a écrit 3 chansons pour vous.

C’est un grand auteur. J’ai lu tout ce qu’il a écrit. Un soir, je lui ai demandé si ça lui disait que l’on essaie de faire des chansons ensemble. En fait, il n’a pas écrit pour moi, il m’a envoyé trois poèmes qui existaient déjà sur lesquels j’ai composé de la musique. C’est une première approche. Peut-être que l’on ira plus loin la prochaine fois.

Composer sur les mots des autres, ce n’est pas la première fois que cela vous arrive.

Non, j’ai plaqué ma musique sur des mots de Françoise Hardy, Maryse Wolinski, Maryline Desbiolles… et même Laurent Ruquier (rires). J’aime bien chercher parfois des auteurs qui ne viennent pas du monde de la musique. Cela donne des résultats inattendus et j’aime l’inattendu.

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Diane Tell lors de l'enregistrement de Haïku.

L’indépendance par rapport à l’industrie du disque a toujours été importante pour vous.

Oui, même quand j’étais dans de gros labels. Dès 24 ans, j’étais décidée à être juste en licence. Je suis devenue productrice de mes propres disques. Je voulais me prendre en charge, car je ne voulais plus être dépendante des autres. Je ne voulais rien devoir à personne et surtout rester maître de mon œuvre. Je préférais que les maisons de disque travaillent pour moi, et non le contraire.

Votre précédent album studio de chansons originales date d’il y a 8 ans.

Entre temps, on a fait Une, un album guitare-voix reprenant mes plus grands succès. Nous avons aussi fait quelques albums multi-artistes pour des hommages à Jacques Brel, à Diane Dufresne, à Félix Leclerc…

Vous dites « nous » et pas « j’ai ». C’est curieux.

C’est l’habitude. Je considère que je ne fais pas mes albums toute seule. Il y a beaucoup de gens qui travaillent sur les chansons. Je m’inclue, mais je ne m’individualise pas.

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Pendant l'interview, au studio Luna Rossa (photos : Vincent Capraro)

En France, les gens vous aiment bien. Vous le ressentez ?

Oui. Ils sont bienveillants avec moi et il y a toujours du monde à mes concerts en France. J’aimerais juste que le public d’ici explore un peu plus mon répertoire. Je trouve qu’ils se contentent des deux, trois tubes diffusés sur les radios françaises. Mon répertoire est assez riche et il est disponible sur toutes les plateformes musicales. En règle général, les gens écoutent les « golds » et ne sont pas curieux des nouveaux disques. J’invite les français à se pencher sur Haïku. Ils ne sont pas à l’abri d’apprécier.

Oui, il faut préciser que dans ce nouveau disque, il y a aussi des chansons plus classiques à la « Si j’étais un homme ».

Des chansons comme « On ne jette pas un amour comme ça » ou « Il ne m’aime pas » sont de cet acabit.

Clip de "On ne jette pas un amour comme ça", extrait de l'album Haïku.

Ce ne sont pas des chansons d’amour positives, en tout cas.

C’est l’amour qui est comme ça… c’est toujours difficile. L’amour intense n’est pas toujours partagé. De toute façon, l’amour tranquillou où on s’aime bien et où tout va bien, ce n’est pas un grand moteur pour écrire des chansons (rires).

« Chat », c’est une histoire d’amour violente, au sens propre du terme.

Oui, mais on a aussi envie d’histoire violente et malsaine comme ça dans la vie. Je n’aime pas ce qui est plat.

Vous avez 43 ans de carrière cette année. Je n’arrive pas à réaliser que cela fait si longtemps que l’on vous connait.

En plus, le premier disque qui est sorti en France, en 1980, En flèche, dans lequel il y a « Si j’étais un homme » (qui a franchi le cap des 3 millions d'écoutes sur la plateforme Spotify en début d'année), était pour moi déjà le troisième (avant, il y a eu Diane Tell (1977) et Entre nous (1979)) En flèche va fêter dans quelques jours son 40e anniversaire. Le 17 janvier, il va d’ailleurs se passer des choses autour de ce disque.

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Après l'interview, le 4 décembre 2019.

(Photo : Sylvie Durand).

31 décembre 2019

Octave Noire : Interview pour l'album Monolithe

octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir ,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour ,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

(Photos : Fabien Tijou)

octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vusAuteur d’un premier album remarqué, Patrick Moriceau alias Octave Noire peut s’enorgueillir d’avoir contribué à agrandir l’horizon de la musique d’ici en jetant un pont entre l’électronique vintage et la chanson pop en passant par les soundtracks seventies.

L’électro expérimentale de Kraftwerk comme le synthé de Jean-Michel Jarre lui ont toujours trotté dans un coin de la tête, de même que quelques dignes représentants de la chanson française, surtout Jacques Higelin. Octave Noire a longtemps bidouillé avant de trouver son style, qu’il veut maintenant ouvert et accessible. Après Néon, ce Monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand retour d’Octave Noire et risque bien de devenir un des albums les plus importants de 2020 (trois artistes ont accepté l'invitation d'Octave Noire à poser leurs voix et leurs textes sur cet album : Dominique A sur "J'ai choisi", ARM sur "Monolithe humain" et Mesparrow sur "Parce que je suis".

Sa page Facebook officielle.

vous pouvez dès aujourd'hui précommander Monolithe ici :
https://www.wiseband.com/yo/shop.php?boutique=6707

Le 28 novembre, Octave Noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour une première mandorisation.

L’album Monolithe (argumentaire de presse) :octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

Tels les obélisques égyptiens, qui représentent des rayons pétrifiés. Ce second album nait dans le plaisir solitaire du studio, cette fois en se donnant le temps, notamment d’accoucher de « Los Angeles », le single de l’album. L’écriture creuse le sillon pop-orchestral de Néon, conviant clavinet, moog, mellotron et basses lourdes, dans la lignée des grands arrangeurs français, de Jean-Claude Vannier à François de Roubaix. L’exigence architecturale et les mélodies simples, sur un mélange électronique et cinématographique, portent sa voix au velours grave, parfois presque parlée. On pense autant à Jean-Michel Jarre qu’à Sébastien Tellier, à Justice qu’à Michel Colombier. Monolithe chante la condition humaine, « Le soleil » et les hommes, le rêve américain à « Los Angeles ». « Sous blister » inventorie la récupération publicitaire, jusqu’à la rupture, que rappe ARM invité sur « Monolithe humain ». Mais Octave Noire trempe aussi les douleurs de l’amour dans des crescendos lumineux, de la séparation sur « L’Avalanche », à la disparition de son père sur « Retiens cette image », inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage.

« Parce que je suis » déroule l’incommunicabilité d’un couple, en litanie avec Mesparrow, qui chante tous les chœurs de l’album. « Inland sea », reprise en français d’un morceau anglais d’Aliplays de 2010, intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. Une absence que vient fuir sur « J’ai choisi » Dominique A, qui avait déjà adoré Néon. Si Monolithe touche à la mélancolie, il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire, d’une beauté épique qui sublime nos doutes. C’est la promesse forte et fragile d’Octave Noire, dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faiblesses, nos cœurs ont laissé des adresses, on n’est pas là par hasard ».

octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

(Photo : Fabien Tijou)

octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vusInterview :

On a l’impression qu’avec cet album, tu es reparti de zéro.

C’est exactement ça. J’ai voulu changer d’optique et de direction. L’album de 2017, Néon, était très orienté chanson française avec des arrangements des années 70. J’ai voulu moderniser un peu tout ça. Je viens de la chanson française, certes, mais je viens aussi de l’electro. Dans ce disque, j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus organique.

Qu’est-ce que tu préfères dans la conception d’un album ?

Je prends mon pied dans les arrangements. C’est là que je m’éclate le plus. C’est un jeu de construction, un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous les coups (rires).

Chacune des chansons de Monolithe est différente.

C’est un exercice de style. Quand j’avais 11 ans, les synthétiseurs du magasin Paul Beuscher à Bastille m’ont happé. A l’oreille, je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus à la télé. Bref, j’ai toujours voulu faire de la musique de film ou de pub. Quand on s’adonne à cette activité, c’est quelqu’un d’autre qui t’aiguille sur le chemin à prendre. Il faut s’adapter à son idée. Dans ce disque, le quelqu’un d’autre, c’était moi. Ça m’a permis de m’inventer mon propre univers, mon propre langage. Il n’y a pas beaucoup d’autres domaines dans la vie où on peut faire cela. C’est une liberté qui, pour moi, se transforme en jeu.

octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

(Photo : Fabien Tijou)

Tu as fait des études de musicologie. Tu as aimé?octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

C’est l’université. C’est très formel, théorique et trop académique. On apprend l’histoire de la musique, l’histoire de l’art, un peu d’harmonie… Je me dis qu’à 19 ans, j’aurais dû faire un BTS câblage. Si j’avais été roadie, j’aurais vraiment appris le métier. C’est là qu’on a les mains dans le cambouis et que l’on se construit son réseau. La vie de Jean-Sébastien Bach, c’est super intéressant pour la culture générale, mais ça ne fait pas apprendre le métier.

Tu as aussi appris le piano pendant ces années-là. Avoir une connaissance « classique » de la musique permet peut-être d’en sortir, non ?

Sûrement, mais c’est inconscient. Pendant cette période, en même temps, je jouais dans des groupes, je faisais des musiques pour des spectacles. La musique vivante m’attirait. C’est autant de temps où je ne préparais pas mes cours. Bon, je ne vais pas cracher sur ces années d’études. Tout ce qui est orchestral dans mes chansons, je pense que ça vient de là.

Le son, les synthétiseurs et l’ordinateur t’amènent à Aliplays, pseudonyme sous lequel tu enregistres deux albums d’indielectro qui ne passent pas inaperçus, Todotesorosisland en 2004 et Happy Ours en 2010.

J’étais signé sur un label allemand, ensuite sur un label français. On me passait beaucoup sur Radio Nova. Pour être clair, comme beaucoup d’artistes, j’ai slalomé. On se cherche et on attend qu’on nous trouve.

Clip de "Los Angeles", extrait de l'album Monolithe, réalisé par Gaëtan Chataigner et produit par Ronan Le Borgne.

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Non, je suis juste sur un chemin dans lequel ce que je fais se passe plutôt bien. Il faut simplement essayer de garder le cap.

La musique, c’est aussi pour fuir la réalité ?

Je n’ai jamais vécu la musique comme un refuge contre le monde qui est méchant. J’ai vécu le début de ma vie en Afrique. J’y suis resté 10 ans. Quand je suis rentré en France, la musique m’a permis le développement d’un univers personnel. Ça a été une sorte de béquille qui m’a aidé à me structurer. C’est comme une extension de soi pour développer un manque qu’on peut avoir. Je ne me suis pas enfermé dans une solitude échappatoire.

Ton premier album sous le nom d’Octave Noire, Néon, a été très bien accueilli. On ne compte plus les articles dithyrambiques sur ce disque. Tu en as été surpris ?

Je n’arrive pas trop à intégrer cela dans ma tête. C’est trop abstrait. Je suis très honoré et flatté de ça, mais je me dis que ça va passer. Tous les 15 jours, il y a un nouveau. Ça a été mon moment à cette époque-là, mais il y en eu d’autres ensuite. Je ne suis pas dupe. Il faut relativiser les choses et savoir redescendre. Il faut se dire que le plus dur est à venir, mais que le meilleur aussi.

On dit que le deuxième album est souvent le plus attendu ?

Je préfère me dire que c’est une connerie (rires). Forcément, si ça s’est bien passé pour le premier, la curiosité pour le deuxième est logique. Du coup, il y a une attente. Et dès qu’il y a une attente, on n’est forcément un peu déçu. Mais je vais te dire franchement, j’y ai pensé lors de la création de ce deuxième album. Cela a même été un des moteurs. C’est pour ça que je suis parti dans d’autres directions. Je ne voulais pas tomber dans le piège de refaire le premier album ou un morceau comme « Le nouveau monde » qui a été le titre qui m’a fait vraiment connaître. Il fallait casser les codes, refaire une direction artistique et essayer de s’y tenir.

Clip d'"Un nouveau monde" réalisé par Gaëtan Chataigner et produit par Yotanka, extrait de l'album Néon.

Textuellement, cet album-là est nettement plus personnel. J’ai l’impression que tu te caches moins.

J’avais envie de parler de choses plus intimes, même s’il y a toujours les mêmes thèmes d’universalisme, d’étoiles et de soleil. J’aime évoquer la place de l’homme dans l’univers, le rapport au soleil, le fait que l’on soit, au sens littéral du terme, des enfants du soleil. Dans tout ça, j’ai donc ajouté mes histoires personnelles que beaucoup ont vécues, comme la rupture par exemple. Il faut trouver l’angle et l’éclairage pour en faire des chansons originales.

J’ai l’impression que la musique raconte autant tes histoires que les textes.

C’est même la musique qui raconte le plus le propos. Je commence toujours par composer et c’est seulement quand les musiques sont terminées que je commence à penser aux textes. C’est en écoutant la musique que je me pose la question de savoir ce qu’elle raconte. C’est elle qui me dit de quoi je vais parler.

Tu es un excellent musicien, mais te sens tu un bon auteur ?

Pas vraiment. J’ai un co-auteur, Frédéric Louis, avec lequel je travaille depuis 25 ans et qui a coécrit la moitié des textes de cet album. On se connait par cœur et nous fonctionnons de la même manière, complètement à l’instinct, aux ressentis et aux impressions. J’appuie sur play, lui chante en yaourt en improvisant totalement et grâce aux sonorités, ça finit par donner des mots. Ca sort tout de suite… il ne faut pas que ça sente la sueur.

octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

(Photo : Fabien Tijou)

Comment composes-tu ?

Beaucoup par analogie. Quand j’entends un truc qui me plait à la radio, je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est ça que je veux faire. Je fais le truc et je suis content. Puis j’entends autre chose, et je me dis que finalement, c’est ça que je veux faire. C’est un peu compliqué, car j’ai un côté schizophrène et insatisfait. Mais c’est parce que j’adore la musique, au sens large. Je suis toujours attiré par plein de trucs qui m’aiguillent et qui me font changer de direction. Je suis très influençable, mais je ne copie jamais.

Devenir chanteur, ça a été difficile pour toi ?

J’ai toujours fuit la lumière parce que je suis quelqu’un de plutôt réservé et timide. J’ai passé une grande partie de ma vie à accompagner les autres. Tu sais, je suis le pianiste à côté du chanteur (rires). Un jour, j’ai chanté et je me suis fait prendre à mon propre jeu. Curieusement, ça a marché. Au début, je n’aimais pas du tout et maintenant j’aime bien. Je prends ça comme un rôle. Quand je suis chanteur, ce n’est pas tout à fait moi. C’est quelqu’un d’autre qui monte sur scène.

Clip de "Le soleil et les hommes", extrait de l'album Monolithe.

Tu es plutôt un homme de studio, mais la scène, tu aimes ?

Quand la précédente tournée était presque terminée, c’est là que j’ai commencé à prendre du plaisir. Là, je suis trop content de revenir. On prépare un super show qui va en étonner plus d’un.

Tu vis sereinement la sortie d’un album ?

Je suis d’un caractère fataliste. Ce qui doit arriver arrivera. J’ai fait de mon mieux, après je ne maîtrise pas le reste.

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Après l'interview, le 28 novembre 2019.

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30 décembre 2019

Dalton Télégramme : interview pour l'album Victoria

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dalton télégramme,quentin maquet,victoria,rencontres d'astaffort,interview,mandorLe quatuor liégeois, formé en 2010, Dalton Telegramme est un gang qui a piqué les racines de la musique folk et western pour les faire pousser dans ses propres chansons (en langue française, s''il vous plait) et qui parlent d’aventures, d’amours, d’amitié, des autres et d’eux-mêmes. Le groupe peut s’enorgueillir d’un grand nombre de dates de concerts en Belgique (Dour festival, Francofolies, Botanique…) et à l’étranger. Trois ans après l’album Sous la Fourrure, Dalton Telegramme revient avec Victoria, un disque tourné vers le rock et la mélodie.

Les membres de Dalton Télégramme sont Quentin Maquet (guitare, chant, ukulélé), Rémi Rotsaert (guitare, banjo, harmonica), Olivier Cox (percussions multiples et pipeau) et Bernard Thoorens (contrebasse, guimbarde)… avec en invitée Fanny (du groupe Faon Faon).

En concert le samedi 8 février au Reflektor à Liège.
Infos et tickets =>
Dalton Telegramme au Reflektor le 8 février
Ecouter l'album Victoria :
orcd.co/victoria

Leur site officiel.

Leur page Facebook.

Le 21 novembre dernier au soir, la tête pensante du groupe, Quentin Maquet, m’a donné rendez-vous dans une brasserie de la capitale.

Argumentaire de presse:dalton télégramme,quentin maquet,victoria,rencontres d'astaffort,interview,mandor

Dalton Telegramme revient avec un deuxième album : « Victoria »

Résultat d’un profond désir de la bande de s’embarquer dans une nouvelle aventure, ce disque écrit en partie durant la tournée de leur premier album et au gré de leurs escapades en Baie de Somme et autres « pow wow » bucoliques se veut plus ambitieux et plus doux.

Si le musc et les parfums boisés coloraient leur précédent album, Victoria s’annonce résolument plus féminin, délicat par ses arrangements et profond dans ses cordes. Plus féminin dans la forme aussi car les quatre potes du bord de Meuse accueillent dans le gang Fanny (du groupe Faon Faon), amie du groupe et cousine dans la famille franco-faune belge. Fidèle à leur plaisir coupable de se retrouver en huis clos cocon pour créer et enregistrer, l’album a été mis en boite à la Frette (manoir/studio de légende) sous la houlette de l’excellent Yann Arnaud (Air, Phoenix, Maissiat, Alex Beaupain…).

Un changement de cap pour l’équipage Dalton qui s’éloigne un instant du francophile wild wild west fantasmé de leurs débuts pour s’épanouir ici dans de nouveaux paysages sonores avec le même mot d’ordre… se laisser pousser les envies.

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(Photo : Jean-Philippe Humblet)

dalton télégramme,quentin maquet,victoria,rencontres d'astaffort,interview,mandorInterview :

Vous jouez ensemble depuis l’enfance. Comment avez-vous décidé de devenir professionnels ?

Après avoir beaucoup joué dans des bars et des petites salles, l’idée d’en faire notre vie est venue naturellement. Il faut dire qu’à Liège, il y a une sacrée vivacité musicale. On dénombre beaucoup de groupes, de petites structures, de petits labels, de petits tourneurs… qui font que ce n’est pas si difficile que ça de sortir un album quand on a un minimum d’envie et de talent

Le premier disque, Sous la fourrure, était plus folk, western, rugueux.

Au début du groupe, alors que nous n’avions pas encore notre identité musicale, on est parti jouer au Québec. Là-bas, nous avons découvert la scène qui chante en français, mais qui fait de la musique folk américaine super roots. On a eu un vrai coup de cœur pour cette musique.

Pourtant l'album Victoria n'a plus rien à voir. Il est carrément plus féminin? 

On trouvait que donner un titre féminin à notre album était une bonne idée. Les sonorités sont plus douces, plus sophistiquées, peut-être un peu plus féminins, donc. De plus, l'arrivée de Fanny dans le groupe gomme la masculinité totale que nous avions dans le premier disque. C'est une bonne chose. 

Clip de "Sparadra" réalisé par Louan Kempenaers & Romain Habousha extrait de l'album Victoria.

Votre base musicale à vous, c’était quoi ?

La seule chose que nous voulions, c’est écrire en français. On écoutait –M- ou des gens comme ça, qui savent utiliser la guitare rythmique. En fait, au départ, on était partie pour jouer ce genre-là.

Mais toi, personnellement, tu avais cette culture de chanson francophone ?

Oui, j’écoutais Nougaro, Brel, Stephan Eicher… Je suis aussi passé par la phase Fonky Family, NTM, IAM. Je trouvais les textes très savoureux. J’aime bien quand ça chante en français et que c’est ambitieux dans le jeu et le plaisir de la langue.

Vous avez fait plein de festivals, gagné pas mal de tremplins et de prix avec cette musique folk western. Ce n’est pas risqué de revenir avec un deuxième album différent ?

Après la tournée de notre premier album, nous nous sommes demandé si nous voulions continuer à jouer uniquement ce style. En y réfléchissant, on s’est dit qu’il était inutile de vouloir être plus américain que les américains… on a eu l’impression que cela nous limitait.

Clip de "Le jour du seigneur" réalisé par Lily Rensonnet et Arnaud Gurdal, extrait de l'album Victoria.

C’est une stratégie presque dangereuse de faire deux albums si différents.

On le sait bien, mais tant pis. On prend le risque. On ne veut pas se trahir. Même au niveau de la scène, ça nous posait problème. Comment allions nous jouer nos deux répertoires ? Ce que je peux te dire aujourd’hui, c’est que ce deuxième album est beaucoup plus rock en live.

Prendre ce nouveau chemin, ce n’est pas pour conquérir plus facilement la France ?

Non. D’abord, je ne pense pas que faire de la musique plus généraliste ouvre plus de portes. Je pense qu’aujourd’hui, dans le monde de la musique, il vaut mieux être dans une niche. Deuxièmement, comme je viens de te le dire, cette musique nous est venue naturellement. Chez nous, rien n’est calculé. Nous avons travaillé autour d’un logiciel d’enregistrement et tout était possible. Nous avions une liberté totale pour mettre les couches que l’on voulait et essayer des trucs. Nous ne nous sommes plus donnés de consignes d’identités trop claires.

Toutes les chansons sont différentes, mais elles ont toutes un potentiel tubesque. C’est rare de nos jours.

Nous n’avons pas une culture underground ou alternative, ce n’est donc pas étonnant que l’on écrive des titres qui pourraient devenir « populaires ». Il y a un auteur belge qui s’appelle Jacques Duvall, qui a écrit pour Lio et Alain Chamfort, notamment. En termes d’écriture, c’est mon espèce de Graal. C’est simple mais d’une redoutable efficacité. Il m’a fait comprendre qu’il n’était pas obligatoire d’avoir un sens logique à tout. Avec lui, j’ai découvert que l’écriture pouvait être libre.

Clip de "Si tu reviens, j'annule tout", réalisé par Simon Medard, d'après une idée originale de Quentin Maquet. Extrait de l'album Victoria.

Comme Duvall, tu écris pour les autres ?

Oui, depuis peu. Je suis allé aux Rencontres d’Astaffort, il y a deux ans. Ca a débloqué pas mal de choses en moi. Depuis j’écris plus vite et je suis revenu chez moi avec énormément de confiance parce que là-bas, j’étais valorisé… J’étais dans la fameuse session que Cabrel a beaucoup aimée. A tel point qu’il nous a permis de faire un disque, STAFF (pour en savoir plus, voir la mandorisation ici). Il y a 4 chansons dont j’ai fait les paroles. J’adore écrire pour les autres, mais ce n’est pas si simple. Le but n’est pas d’imposer sa patte, mais de se fondre dans l’univers de la personne pour laquelle tu écris.

Justement, tu écris comment ?

J’essaie d’être totalement immergé mentalement dans l’histoire que je raconte. Tout est précis : l’instant, le décor, les visages… Ecrire une chanson provoque un plaisir narratif et musical. Il n’y rien de plus jouissif qu’un texte que se fond dans une mélodie. Pour moi, le sens est aussi important que le son.

Lyric video de "Ton portrait" réalisé par Marie Cox, extrait de l'album Victoria.

Il n’y aucune chanson triste dans ce deuxième album.

On n’utilise jamais le langage de l’apitoiement. Plutôt qu’être tragique, on essaie d’être plus dans le tragi-comique. On ne va pas faire de chansons plombantes.

Dans Dalton Télégramme, on peut dire que tu l’auteur compositeur…

Je suis celui qui arrive avec une chanson qu’il faut habiller. Les autres membres du groupe en font une chanson encore meilleure que ce que j’imaginais. J’aime être surpris par un arrangement auquel je ne m’attendais pas.

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Avec Quentin Maquet, après l'interview, le 21 novembre 2019.

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17 décembre 2019

Les Goguettes, en trio mais à quatre : interview pour Globalement d'accord

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Depuis 2013 Les Goguettes (en trio mais à quatre) ce sont : des centaines de parodies, près de 25.000 spectateurs, plus de 200 spectacles dans toute la France (+1 au Luxembourg), plus de 3 millions de vues sur leur chaîne YouTube, 1 triomphe au Festival d’Avignon… et l’aventure est loin d’être finie. Ils seront notamment le 7 avril 2020 à La Cigale (pour réserver, c'est là).

Avant de faire plus ample connaissance avec ce quatuor exceptionnel, rappelons ce qu’est une goguette : une parodie de chanson connue pour parler de l’actualité, en prenant le parti d’en rire.

Invité par l’un des membres du groupe, Valentin Vander, que je connais un peu (et mandorisé là en 2016… toujours pas seul), je suis allé voir Les Goguettes (en trio mais à quatre) à l’Alhambra (salle comble et comblée), il y a quelques semaines. J’ai rarement autant ri lors d’un spectacle musical. Du coup, j’ai demandé à Valentin de m’organiser une rencontre avec ses trois acolytes, Aurélien Merle, Stan et la pianiste de formation classique Clémence Monnier. Les agendas des uns et des autres étant un peu chargés, la mission n’a pas été simple.

Le 28 novembre dernier, nous sommes parvenus à nous retrouver dans un bar de la capitale.

Leur site officiel.

Leur page Facebook.

Leur page YouTube (richement fournie en vidéos).

Pour écouter le disque, Globalement d'accord.

Pour commander le disque, Globalement d'accord.

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(@Marylène Eytier)

les goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accordArgumentaire de presse :

En 6 ans de carrière, on peut dire que Les Goguettes (en trio mais à quatre) ont renouvelé avec un certain succès l’art ancestral des chansonniers, grâce à leur humour décapant, incisif, parfois cruel, mais jamais méchant ni vulgaire. Ces quatre auteurs-chanteurs-musiciens piochent dans le répertoire considérable de la chanson populaire d’ici et d’ailleurs pour traiter et maltraiter l’actualité. Ils tentent alors de soigner par le rire tous les agacements et sentiments de ras-le-bol provoqués par notre usage collectif et souvent trop intensif de la télévision, de la presse ou des réseaux sociaux. Face à la saturation d’informations tous azimuts, le rire reste un médicament des plus efficaces.

Biberonnés dans les années 80 et 90 à l’humour des Guignols, du Canard Enchaîné, de Charlie, de Renaud, des Inconnus…, ces goguetiers proposent un spectacle qui s’apparente à un grand jeu de chamboule-tout où tout y passe : la droite, la gauche, le centre, les têtes de gondole (pour rester polis) de l’arène politique, les grands sujets brûlants, les petites polémiques tartes-à-la-crème, la campagne électorale qui vient, la dernière mode à la mode… ils sont capables de se moquer de tout, y compris d’eux-mêmes.

Le teaser du spectacle 2019.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Depuis les années 2000, les scènes ouvertes de « goguettes » redeviennent populaires et se multiplient en France. À Paris, l’une d’entre elles se tient alors tous les lundis dans un restaurant-cabaret célèbre : Le Limonaire. C’est là que nos acolytes vont se rencontrer en 2009 : Stan y chante depuis déjà quelques années, Clémence Monnier vient d’intégrer la bande de musiciens qui accompagnent les chansonniers du lundi soir, et enfin Aurélien Merle et Valentin Vander, tous deux auteurs-compositeurs-interprètes, par l’humour alléchés, se mêlent à cette communauté de joyeux drilles. Quelques années plus tard, ces quatre-là décident d’unir leurs forces et leurs meilleures goguettes pour monter un spectacle, qui ne cessera alors de nécessiter des salles de plus en plus grandes pour accueillir un public toujours plus nombreux.

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(@Marylène Eytier)

Avant mon interview, leur FAQ :

- Ils sont d’où ? Clémence et Aurélien ont grandi près d’Angers, Valentin en Normandie, et Stan à Versailles. Ils se sont connus à Paris.
- Qui écrit les textes ? Chacun écrit dans son coin, propose au groupe. Puis tout est mis en commun, retravaillé, mis en scène par Yéshé Henneguelle.
- Pourquoi ils sont habillés comme ça ? C’est parce qu’à leurs débuts, les affiches de leurs spectacles étaient des parodies d’affiches d’autres groupes. L'une d'elles parodiait le groupe allemand Kraftwerk. Le costume leur allait tellement bien qu’ils l’ont repris tel quel.
- Quand est-ce qu’ils jouent près de chez moi ? Le site www.lesgoguettes.fr met à jour régulièrement le calendrier des spectacles. C’est l’adresse à surveiller pour se tenir au courant.
- Peut-on rire de tout ? Oui.

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(@Marylène Eytier)

les goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accordInterview :

Le groupe à 7 ans, mais vous avez explosé il y a 3 ans.

Valentin : Oui, quand on commencé à jouer dans les théâtres parisiens. A la base, on jouait dans les restos et les cafés. A partir du moment où l’on s’est mis à jouer au Théâtre Essaïon à Paris chaque semaine, le bouche à oreille a fonctionné. On a fini par jouer dans de plus grandes salles, comme le Théâtre Trévise. C’était plus facile pour les gens de venir nous voir quand ils entendaient parler de nous.

Sur l'air de "Elle est d'ailleurs" de Pierre Bachelet. Enregistré en public au Théâtre André Malraux à Rueil-Malmaison le 18 octobre 2018. Avec Valentin Vander au chant et Clémence Monnier au piano.

Le Limonaire a été un endroit important dans votre carrière.

Valentin : Oui, on se retrouvait souvent dans ce cadre pour des scènes ouvertes le lundi soir.

Stan : Désormais, cela se passe à la péniche El Alamein. Nous continuons d’ailleurs à nous y rendre régulièrement.

Valentin : Nous y allons parce que c’est un extraordinaire terrain de création. On peut tester de nouvelles chansons devant un public bienveillant et dans une bonne ambiance. Ça nous maintient dans une espèce d’émulation.

Sur l'air de "Les mots bleus" de Christophe. Enregistré en public au Café de la Danse à Paris le 4 avril 2019.
Avec Aurélien Merle au chant, Clémence Monnier au piano, Valentin Vander dans le rôle du jeune et Stan dans le rôle de la vieille.

Il faut préciser que tout le monde peut venir et participer. Pas besoin d’être professionnel.

Clémence : Il y en a qui ne savent pas chanter et ce n’est pas un problème. Il y a même très peu de professionnels. Ce sont des gens qui viennent pousser un coup de gueule sur un sujet d’actualité avec ce mode d’expression.

Valentin : « La goguette des énervés » a commencé en 2004 au Limonaire et ça se poursuit aujourd’hui. Ca draine beaucoup de jeunes.

Stan : Ca existait déjà dans les années 90, mais pas sous ce nom. C’est le musicien Christian Paccoud et le linguiste Claude Duneton qui étaient à l’origine du premier retour des goguettes (qui existaient déjà au 19e siècle). Au départ, c’était un public et des participants assez âgés, plutôt politisés. On peut dire que c’était des militants de gauche. Maintenant, c’est plus jeune et moins politisé.

Sur l'air de "Quand on arrive en ville" par Daniel Balavoine. Enregistré en public à l'Alhambra à Paris le 9 octobre 2019. Avec Clémence Monnier au chant et au piano.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux goguettes ?

Aurélien : Je faisais de la chanson, mais pas drôle. Je suis quelqu’un d’assez politisé par ailleurs. A la base, je n’aime pas les chansons engagées, mais l’humour permet de faire passer des messages sans donner de leçons. Au début, quand j’allais voir « La goguette des énervés », je ne chantais pas, je me contentais d'observer. J’ai mis 6 mois avant d’oser écrire ma première goguette. C’est vraiment un exercice de style.

Stan : Comme Aurélien, les chansons engagées m’ont toujours saoulé, mais j’écrivais des textes humoristiques depuis longtemps. J’ai mis beaucoup de temps à faire des goguettes, parce que je n’étais pas chanteur, mais je m’y suis mis parce que je trouvais bien de plaquer des textes drôles sur des musiques existantes. Ma première, c’était en 1993 à la Folie en Tête, sur l’air de « Tel qu’il est, il me plait » de Fréhel. Je me suis planté cinq fois, bref, ce n’était pas une parfaite réussite.

Clémence : Je suis musicienne classique, j’ai fait le Conservatoire, une thèse de musicologie, ce qui ne m’a pas empêché d’aimer la chanson depuis toute petite. Un soir, je suis arrivée au Limonaire avec des copines qui m’avaient incité à venir. J’ai immédiatement trouvé ça génial. J’ai commencé les goguettes en accompagnant au piano. J’aimais le côté immédiat et vivant de l’exercice par rapport à ce que je faisais par ailleurs. Au départ, je ne chantais pas, c’est venu petit à petit. C’est d’ailleurs pour cela que l’on a appelé notre groupe Les Goguettes (en trio mais à quatre). Au début, seuls les trois garçons chantaient. Moi, je m’y suis mise bien après.

Valentin : J’aime les goguettes parce que ça relie l’humour et la chanson. C’est une combinaison idéale. Au Limonaire et désormais à la Péniche El Alamein, j’ai trouvé des amis, une sorte de famille même. Je venais d’arriver à Paris, je me suis senti bien avec ces gens et cet art... ça a défini ma vie d’une manière assez entière. Même si, aujourd'hui, c’est moins fondamental parce que j’ai d’autres activités musicales et d’autres connaissances…

Aurélien : Puisque nous étions d’une autre génération, nous sommes arrivés avec d’autres références en termes d’humour, peut-être un peu plus absurdes. On ne traitait pas les sujets de la même façon. Nous avions un autre regard sur la politique, moins binaire il me semble.

Valentin : On a rajeuni aussi la musique. On chantait sur des chansons des années 70 et 80… nous avions mis de côté Fréhel et Damia.

Aurélien : On utilise les tubes qui parlent à tout le monde. Dans notre spectacle actuel, nous sommes très années 80, même s’il n’y a pas que cette période, elle est bien représentée.

Sur l'air de "Les Histoire d'A." des Rita Mitsouko. Enregistré en public au Café de la Danse à Paris le 4 avril 2019. Avec Valentin Vander à la guitare et au chant, Aurélien Merle au chant, Clémence Monnier aux claviers et au chant, Stan à la batterie et aux chœurs.

les goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accordJe vous ai vu à l’Alhambra, j’étais mort de rire du début à la fin. Une goguette doit-elle être toujours drôle ?

Aurélien : Non. Nous, on a choisi cet axe, drôle et caustique, parce que c’est ce que l’on préfère.

Stan : Encore une fois, si on n’est pas drôle, je trouve qu’on est dans le message.

Clémence : Non, regarde ce que fait Patrice Mercier (qui excelle dans l’art des goguettes et mandorisé là). Il n’est pas toujours drôle, mais il ne fait pas la leçon. Ses goguettes sont sociétalement impliqués. Il est toujours très fin dans ce qu’il chante.

Aurélien : Nous sommes tellement dans l’ironie que parfois on nous dit qu’on ne sait pas ce que l’on pense du sujet évoqué. Avec Patrice, on est moins dans l’équivoque.

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Pendant l'interview...

Votre spectacle drôle, moderne et rafraichissant est mis en scène par Yéshé Henneguelle. Vous avezles goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accord ressenti le besoin d’avoir un metteur en scène ?

Aurélien : C’était une évolution logique. C’est arrivé petit à petit.

Clémence : La première fois que Yéshé nous a vus sur scène, il a trouvé ça très intéressant, mais il savait que notre jeu de scène était perfectible, c’est le moins que l’on puisse dire. Ça marchait déjà très bien avec le public sans aucune mise en scène, mais il estimait qu’il y avait encore plein de choses à faire pour parfaire un spectacle.

Valentin : Pendant longtemps, les goguettes, c’était un truc à côté de nos vies. Le but n’était pas que ça marche nécessairement plus. Et puis, quand on a commencé à se professionnaliser, on s’est mis de la pression et on a joué le jeu à fond.

Que faut-il pour faire une bonne goguette ?

Valentin : Un angle et un support parodique percutants.

Aurélien : Il faut ce qu’on appelle « l’effet goguette », c'est à dire un détournement absurde, un double sens avec un à peu près par rapport à une phrase de la chanson d’origine.

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De gauche à droite: Stan, Valentin Vander, Clémence Monnier et Aurélien Merle devant La Cigale, le 28 novembre 2019, après l'interview.

Vous allez vous produire à La Cigale le 7 avril 2020.

Aurélien : Oui, on est hyper contents. Il y aura d’ici là, évidemment, plein de nouvelles chansons.

Clémence : C’est ça qui est intéressant. On ne fait pas un spectacle figé. On suit pas mal l’actualité et il y a beaucoup à dire…

Dernière question pour Aurélien et Valentin. Vous avez tous les deux vos carrières respectives de chanteurs en solo. Est-ce que les goguettes influences vos propres répertoires ?  

Valentin : Les goguettes me permettent de faire l’économie du drôle dans mon répertoire. Ma case drôle est déjà bien remplie, mais il n’y a que là où je suis humoriste. Avec les goguettes, j’ai un terrain de jeu dans lequel je peux me lâcher complètement. Pour mes propres chansons, je n’ai plus envie de faire rire. Disons que ça ne me vient plus.

Aurélien : Moi, ça fait quatre ans que je n’ai pas fait de chansons pour mon répertoire personnel. Je vais bien voir ce qu’il va sortir, mais effectivement, j’ai l’impression qu’il y aura un avant et un après. On peut faire des chansons très autarciques en se faisant plaisir, mais avec les goguettes, j’ai pris conscience qu'il fallait penser aussi à la réception du public.

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Après l'interview, le 28 novembre 2019.

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Bonus :

Quelques prestations pour RTL:

Extrait de l'émission "À la bonne heure" de Stéphane Bern, du vendredi 10 février 2017. Sur l'air de "Femme libérée" de Cookie Dingler.

Extrait de l'émission "À la bonne heure" de Stéphane Bern, du jeudi 9 novembre 2017. Sur l'air de "Allo maman bobo" d'Alain Souchon.

Extrait de l'émission "Les grosses têtes" de Laurent Ruquier, du 26 février 2018. Sur l'air de "Ella, elle l'a" de France Gall.

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Les Goguettes avec Jeanfi Janssens, Laurent Ruquier et Dany Boon. 

16 décembre 2019

Watine : interview pour Phôs : A l'oblique

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(@Nicolas Barrié)

Watine est une artiste à part. Cela fait des années que je l’écoute et que j’observe ses projets. Hors du temps, à la fois complexe et accessible, l’univers de Watine oscille entre le clair-obscur de sa musique et sa voix, lumineuse et profonde.

Avec PHÔS (lumière en grec), elle fait un pas de côté dans son œuvre. Bien plus qu’une simple collaboration, ce disque est le fruit d’un échange artistique rare et puissant avec le compositeur Intratextures (sa page Bandcamp). Album à part dans sa discographie, il ouvre une porte, une de plus, de la Maison Watine.

Le 5 novembre dernier, Catherine Watine m’a reçu très gentiment chez elle pour une première mandorisation.

watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandorArgumentaire de presse :

L’un compose et joue (Intratextures), l’autre écrit et parle (Catherine Watine) Il y a un lien de l’ordre gémellaire entre ces 2 sensibilités, une entité très lumineuse, musicale dans son entier, paroles et musique.

Comme un trou noir qui absorbe la lumière créée tout au long de la gestation de l’album. Deux énergies qui se sont croisées et emmêlées, au point de ne faire plus qu’une, l’énergie d’un temps hors du terrestre.

Si l’on connaît Intratextures pour son projet de dark-electro et de drone music, on le découvre ici dans des courants plus mélodiques. Catherine Watine, musicienne prolifique, a cette fois-ci laissé libre cours à son écriture, comme entraînée par des compositions exceptionnelles, que l’on pourrait qualifier d’electro-rock. Mais ce serait tellement réducteur. Les textes de Watine, s’envolent littéralement grâce à la puissance retenue d’une musique qui rappelle tour à tour les écossais d’Arab Strap, le post-folk de Gravenhurst. Dans cette veine, on peut parler d’un genre qui s’apparente à la Poetic Wave Rock.

Son site officiel.

Groupe Facebook dédié au projet Phôs: A l'oblique.

Sa page Bandcamp où vous pouvez écouter et acheter l'album.

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(@Hervé All)

Biographie (écourtée) de Watine :

Pour lire biographie complète, c’est ici.

Watine fait son apparition en 2005, avec l’album RANDOM MOODS, une aventure punk rock  qui lui fait rencontrer les producteurs electro influents de l’époque : Fila Brazillia, Gus Gus, Riton, Volga Select, The Underwolves, Aaron Carl. Cet album est très vite reconnu en Allemagne et en Angleterre, et circule dans les milieux underground.

En 2006, Watine sort son 1er album de songwriter DERMAPHRODITE, dream electro-folk symphonique qui reçoit un très bel accueil des médias et notamment les labellisations Ecouté et approuvé les Inrocks. Une découverte Trax, la Ferarock et la Fnac Aime.

C’est en 2009 que sort B-SIDE LIFE avec quelques singles qui tournent beaucoup en radio, particulièrement « Nothing else » et son très joli clip qui passera sur M6.

Cette même année, Watine est l’initiatrice du projet INDIE MOODS (20 artistes à découvrir dont Cascadeur, Reza, Maud Lübeck, ….).

En 2011, Watine sort son 3e opus, STILL GROUNDS FOR LOVE, en conviant à nouveau Nicolas Boscovic pour la réalisation.

En 2013 un nouveau projet folk pop réunit Catherine Watine et Paul Levis autour d’une galaxie appelée THIS QUIET DUST qui prend pour prétexte lumineux la poésie sensorielle et échevelée d’Emily Dickinson, son mysticisme mélancolique et ardent, son art de la concision et de la juxtaposition.

2015: l’année de l’album ATALAYE. Quelque part entre le spleen lumineux de Barbara et le soleil noir de Nerval, Watine invite son piano épique au milieu des cordes et des vents. La liberté dans la solitude, la solitude dans l’amour. Un hymne à la vie.

2018 : L’album GEOMETRIES SOUS CUTANEES est cinématographique, electro-acoustique, comme un film dérushé, filtré, déstructuré, répétitif, des inserts électroniques, des orchestrations de cordes, quelque chose comme une incantation spirituelle, parfois hypnotique.

Fin 2019, Watine fait un pas de côté. Elle qui s’appelle la femme-piano, prend le costume de la femme-crayon pour une collaboration rock poétique avec Intratextures. L’album s’appelle PHÔS : A L’OBLIQUE.

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watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandorInterview :

Dans ta carrière, ce qui est impressionnant, c’est que tu n’as jamais fait de concessions.

Je ne cherche ni la gloire ni l’argent. Ca pervertit tout. Je cherche des collaborations avec des artistes dont le travail m’intéresse fortement. Je suis exigeante et sensible à l’esthétique des choses. J’ai envie que ce que je fais soit beau tant musicalement, textuellement, que les pochettes, les visuels et les clips. Il me semble important de travailler autant le fond que la forme.

Dans PHOS : A l’oblique, tu collabores avec le compositeur Intratextures. Comment s’est passé votre rencontre ?

Lukas, comme je l’appelle, est un musicien, un collectionneur de vinyles et un amoureux de la musique depuis tout petit. C’est quelqu’un qui fait tout le temps de la musique, mais qui ne la diffuse jamais. Dès qu’il a composé quelque chose, il le jette. Cet album en duo n’aurait peut-être pas existé sans une conjonction d’évènements qui nous ont poussés à faire connaissance. Il est des hasards ainsi dans la vie qui mettent en présence deux êtres dont les trajectoires ne semblaient pas faites pour se croiser.

Vous correspondiez beaucoup.

Oui, c’était l’occasion de longues discussions autour de la musique, écoutes et découvertes réciproques d’artistes. Un jour, il m’a envoyé des musiques à lui que j’ai trouvées extraordinaires. De mon côté, je lui ai envoyé des textes que j’avais écrit. Quand il a reçu « Mensonges des sentiments », qui fait partie de l’album, il m’a demandé si ça m’ennuyait qu’il fasse une musique dessus. Je lui ai dit en rigolant que ça me faisait plaisir et que si ça marchait, on pouvait même envisager un album. De fil en aiguille, on a monté petit à petit ce disque. Les choses étaient claires. Lukas allait composer toutes les musiques et  moi, j’allais écrire avant de poser ma voix sur les compositions. Il y a juste le texte en anglais « Doorway » qui est signé de Lukas.

Teaser de l'album Phôs : A l'oblique.

A part pour « Mensonges et sentiments », tu écrivais sur ses musiques.

Exactement, tout le monde pense le contraire. Quand je recevais les musiques, il fallait que je me débrouille. J’écoutais et je devais découvrir les moments où j’allais pouvoir m’insérer. L’harmonie vient de là. Du coup les mots collent parfaitement à la musique. Ça m’a pris un temps fou et ça m’a obligé à la concision la plus ultime.

Avec ce disque, chacun est sortie de sa zone de confort ?

Pour Lukas, ça a été une expérience musicale différente de son parcours de l’époque, musique de drone et punk rock déchiré. Pour ce disque, il a dit vouloir m’offrir des musiques plus apaisées. De mon côté, j’écrivais en pensant à ce qu’il pourrait lui-même vouloir écrire. Expérience nouvelle pour moi aussi, je m’imprégnais pendant de longues heures d'écoute pour laisser venir un paysage, une sensation, un début d’histoire, puis, je veillais à laisser beaucoup d’espace et de silences, pour laisser parler la musicalité. Nous étions chacun au service de l’autre, et c’est ainsi que certains ont pu nous parler de gémellité.

Tu n’as pas écrit de la même façon pour ce projet que pour tes disques habituels…

Je n’aurais sans doute jamais écrit ces textes pour les mettre sur mes propres musiques. Ici, la pudeur s’est effacée, rien n’est tabou, tout est l’histoire de nos vies, des premières émotions aux échecs, souvent répétés, nos peurs, nos soumissions, nos révoltes, tout est là. J’en suis très fière.

Clip de "Dans la brume", extrait de l'album Phôs : A l'oblique.

Réalisation : Renaud de Foville
Avec Flore Layole et Catherine Watine

Tu ne chantes pas dans ce disque, tu récites.

Quand j’ai reçu les musiques de Lukas, spontanément, je n’ai pas eu envie de chanter dessus. Nous avons convenu avec lui que c’était mieux que je prenne ma voix récitée. C’est aussi le parti pris du mix. On n’a pas fait un mix anglo-saxon où on met la voix derrière. La voix est mise en avant.

Est-ce que ce disque est aussi un exercice de style ?

J’écris tout le temps. J’ai écrit un roman, une pièce de théâtre, des essais de pensées… que je n’ai envoyés nulle part. J’ai le sens des formules et le sens des jeux de mots. J’arrive à trouver l’association d’images et la sonorité dans les mots. La sonorité m’arrive même avant les mots. Pour revenir à ta question, comme je n’ai pas fait la musique, il fallait que je sois à la hauteur des compositions. Pour être claire, je voulais que Lukas soit impressionné quand il recevait mes textes.

Et il l’a été ?

Je crois.

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Watine au piano, après l'interview. 

Tu as besoin que la personne avec qui tu travailles soit séduite ?

Je suis en permanence en séduction avec tout le monde, malgré moi. Là encore, ça me ramène à mes terrains de début de vie. Je parle d’abandons, de trahisons, de manque d’amour dans mes textes… on peut deviner que c’est ce qui m’est arrivé. Dès que j’ai quelqu’un en face qui a un regard sur moi, j’ai l’envie que ce regard reste et qu’il m’enveloppe de quelque chose de chaleureux. Pour cela, il faut que je lui montre que je suis capable de faire des choses. Toute ma vie, dans tous les métiers que j’ai faits, j’ai toujours voulu être la meilleure. Pas pour briller, mais pour avoir dans le regard de l’autre de l’admiration.

Il va y avoir récidive ?

L’aventure est terminée, nous ne savons ni l’un ni l’autre si elle se remettra en marche pour un nouvel album. Moi, j’ai adoré le rôle que j’ai joué dans cet album, mais nous avons repris nos vies musicales chacun de notre côté. Le hasard à nouveau décidera pour nous. Laissons pour l'instant vivre cet album.

Intratextures est très mystérieux. On ne sait rien de lui.

Il veut rester absolument dans l’anonymat le plus total. Il n'a pas souhaité affronter la sortie du disque. A tort, il pense ne pas être assez professionnel. Il n’assume pas les coups de projecteurs sur lui, mais avec la sortie de ce disque, il a quand même un sentiment d’accomplissement.

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Catherine Watine, pourtant toujours hors cadre...

Il n’y aura donc pas de scènes pour ce disque ?

Lukas, dès le départ, m’a dit qu’il ne ferait jamais de scène. Il m’a bien précisé qu’il en était incapable. Je lui ai donc demandé si je pouvais monter une équipe dans ce but-là. Il a évidemment accepté. Avec Christian Quermalet de The Married Monk, on a commencé à travailler quelques titres dans l'hypothèse de se montrer en showcase, mais rien n'est encore vraiment décidé.

Toi, artistiquement, tu as confiance en toi ?

Pas tant que ça. Je dis que je suis une artisane, une bidouilleuse. Mais, je ne me retire pas le fait que je sais composer.

Tu m’as dit en off que tu avais trois projets de disques.

Oui, mais pas avec certitude. La suite de Géométries sous cutanées, un album uniquement de compositions au piano et un album en piano voix de chansons françaises qui s’écoutent.

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Après l'interview, le 5 novembre 2019.

14 décembre 2019

Cyril Mokaiesh : interview pour Paris-Beyrouth

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(@Tamina Manganas)

cyril mokaiesh,paris beyrouth,liban,interview,mandorCyril Mokaiesh revient avec son 4ème album solo, Paris-Beyrouth. Ecrit, composé et produit entre la France et le Liban (l’artiste est né d’un père libanais et d’une mère française).

Ce nouvel album est une rencontre entre l’Orient et l’Occident, aussi électronique qu’oriental. « Et cet Orient n’est pas un décor mais une bonne part de sa matière, notamment par des rencontres avec des artistes libanais. Paris-Beyrouth est un retour à ses origines, un album aussi politique que poétique » indique l’argumentaire de presse. « Ce disque est un chemin spirituel, personnel et politique dans lequel le chemin n’apporte pas forcément l’évidence d’une lumière, mais plutôt la certitude que la lumière se déplace avec celui qui chemine… »

Cette interview est ma 4e mandorisation de lui. Quand j’apprécie un artiste, je lui reste fidèle. Je vous conseille de lire la précédente qui date d’il y a deux ans. Il dit beaucoup de lui, de sa vision du monde et de son rapport à la musique.

Le 20 novembre dernier, nous avons parlé de son nouveau disque dans un bar parisien du 10e arrondissement.

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(@Tamina Manganas)

cyril mokaiesh,paris beyrouth,liban,interview,mandorInterview :

Cet album dans lequel tu remontes vers tes origines s’est imposé à toi?

En tout cas, c’était impératif de le faire. Et de l’écrire sur place, à Beyrouth. Après une longue tournée avec l’album Clôture, qui s’est terminée en beauté avec les premières parties de Bernard Lavilliers, je ne me voyais pas écrire dans les brasseries parisiennes, de rester composer dans mon appartement, bref, de reprendre les mêmes habitudes. J’avais envie de voir autre chose, de parler d’autre chose.

Un endroit influence donc les textes et la musique d’un album ?

Si j’étais resté à Paris, je pense que j’aurais été tenté de m’inspirer de l’actualité du monde. Je suis un grand dévoreur de journaux et c’est pour moi une grande source d’inspiration. Je pense que j’aurais été dans une énergie qui n’aurait pas été hyper lumineuse. J’ai ressenti le moment d’aller ouvrir la porte du Liban et de m’y plonger réellement. J’avais envie de fouler une terre vierge, me réveiller avec d’autres parfums, d’autres gens. Chercher quelque chose. Jusque-là, j’y allais en touriste pour passer un peu de temps avec ma grand-mère.

Clip de "Beyrouth", extrait de l'album Paris-Beyrouth.

Tu te sens plus français que libanais ?

Je suis français, mais je tiens à cette part libanaise. Par contre, je ne me sens jamais vraiment à ma place. Je ne me sens pas une culture particulière. Ni au Liban, ni en France, comme si j’étais un étranger partout.

Mais quand tu es au Liban, tu ressens que c’est chez toi ?

J’ai eu envie de jouer les mecs à l’aise, je me suis affirmé à moi-même que j’étais d’ici, mais ça n’a pas marché. Je ne parle pas la langue et je ne connaissais pas toute les richesses et les paradoxes de Beyrouth. Le Liban, de manière générale, est impressionnant et ses habitants sont remarquables. J’ai des sentiments pour ce pays qui a une vraie vitalité, une vraie lumière, mais qui a connu beaucoup de renversements et de chaos.

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(@Tamina Manganas)

Dans cet album, tu rends hommage à ce pays.

Oui, mais aussi à sa culture et surtout à ma famille. A mon père, à sa maman et aux autres membres que je n’ai pas connus.

Ta grand-mère t’a beaucoup influencé dans ta vie ?

Oui. C’est quelqu’un qui est d’une grande écoute, qui ne parle pas pour rien, qui a une grande poésie en elle et une grande sensibilité.

Tu tiens d’elle, on dirait. A chaque fois que je t’interviewe, j’ai remarqué que tu ne parlais jamais pour ne rien dire.

Ah bon ? C’est gentil. Ça vient de plus haut. Le silence, l’observation sont des qualités libanaises assez impressionnantes. Les libanais poétisent facilement.

Tu as toujours besoin d’un moteur assez fort pour démarrer un album ?

C’est exactement ça. Du coup, musicalement, mon disque tire vers l’orient et l’electro. C’est aussi beaucoup grâce à Valentin Montu, rencontré pendant l’enregistrement de mon premier album solo, Du rouge et des passions, en 2011, qui était très motivé par ce projet. Moi, j’avais besoin de me recharger d’une énergie nouvelle et lumineuse.

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(@Tamina Manganas)

Après tes nombreux allers-retours Paris-Beyrouth, tu en es ressorti comment ?

Pas tout à fait pareil. Il y a eu des amitiés qui se sont créées et j’ai encore plus resserré les liens avec ma grand-mère. Aujourd’hui, je me sens concerné par les évènements qui se passent là-bas. Je suis abonné à L’Orient-Le Jour (un quotidien francophone libanais). Si j’ai envie d’y retourner régulièrement, j’adore revenir ici. Je suis un amoureux de Paris.

Clip de "Pardon Paris", extrait de l'album Paris-Beyrouth.

Dans « Pardon Paris », tu lui dis pourtant au revoir.

Parce que j’ai avec cette ville une relation passionnelle. Par moment, j’étouffe à Paris, cette ville m’étrangle… parfois financièrement.

Au Liban, tu t’es trouvé ?

J’ai trouvé quelque chose. J’ai trouvé un réconfort, un horizon, une forme de spiritualité aussi. On ne peut pas passer à Beyrouth sans y échapper. C’est dans l’air, dans les mots, dans la poésie, dans Dieu, pour ceux qui y croient. Je passerais ma vie à chercher d’avantage. Si je ne cherche plus, je n’écris plus. Ce serait dommage pour moi.

Clip de "la vie est ailleurs" feat. Bachar Mar-Khalifé, extrait de l'album Paris-Beyrouth.

Dans ce disque, il y a des artistes libanais, comme le pianiste Bachar Mar-Khalifé dans « La vie est ailleurs ».

Son père était un grand chanteur au Liban, mais lui fait une carrière en France. Il arrive même à faire une tournée au Proche-Orient. Dans ses disques, il chante en arabe. J’avais envie de lui proposer une participation vocale, mais il m’a dit qu’il sentait plus un dialogue avec un piano. Du coup, j’aime bien cet échange voix-piano. Les gens qui ont participé à mon disque, il me semble qu’ils l’ont fait intelligemment.

Dans « Au nom du père », la comédienne Razane Jammal (vue chez Olivier Assayas, Robert Guédiguian ou dans un court métrage de Kanye West) t’accompagne dans une traversée amoureuse de Beyrouth.

"Au nom du père" (feat.Razane Jammal), session studio.

Je l’ai vu dans le court métrage de Kanye West, Cruel Summer, au moment où j’écrivais mes chansons. Ça m’a donné envie de la contacter. Je sentais que le mélange de nos deux voix collées l’une sur l’autre pouvait être intéressant. Elle m’a répondu par l’affirmative immédiatement, ça m’a fait hyper plaisir.

Dans « La Lueur », tu as invité la comédienne et rappeuse Sòphia Moüssa.

Son seule-en-scène m’avait impressionné. Elle décrivait Beyrouth sans concession. Elle est devenue une amie. Elle chante sa vision de Beyrouth en arabe dans un texte qui est un peu dur.

Dans « Le grand changement », tu dis que le prophète est dur en affaire.

La religion est souvent un prétexte pour faire de la politique.

Tu es croyant ?

Non, mais j’aime les symboles. J’aime croire qu’il y a quelque chose qui nous dépasse. J’aime croire aux énergies. Je suis persuadé que les choses arrivent quand on les a imaginées. Il est bon de savoir qu’on n’est pas seulement là pour rien. J’aime l’idée que tout ça est une quête et que l’on va passer par des épreuves qui nous aideront à trouver un début de sagesse.

Diane Dufresne : "Mais vivre" (Paroles et musique : Cyril Mokaiesh), extrait de l'album Meilleur après.

Tu as écrit 3 chansons, paroles et musique, pour le dernier album de Diane Dufresne, Meilleur après.

J’évolue un peu. Ca fait une dizaine d’année que je suis dans le métier, j’ai envie de faire des choses nouvelles. Je fais de rares collaborations, mais cela a toujours été des aventures très belles. Que Diane Dufresne ait craqué sur mon écriture, ça m’a beaucoup touché. Les auteurs ont besoin de signaux très encourageants pour continuer, ça redonne du baume au cœur et ça motive pour poursuivre son chemin. Ce genre de petites étoiles qui s’éclairent sur mon parcours font aussi l’intérêt et la beauté de ce métier.

Tu doutes beaucoup de toi ?

Comme beaucoup d’artistes. Si on se contente de regarder froidement la rentabilité des choses, on peut se poser des questions. Le métier est de plus en plus difficile. On fait des propositions artistiques, on est exigeant avec nous-mêmes, on a envie d’offrir des choses vraies et ambitieuses aux gens, mais on ne s’en sort pas financièrement… et puis, il y a un concert, un moment, un encouragement que l’on va vivre qui va nous faire comprendre que l’on fait tout ça juste pour ça. Tant que ces moments sont encore là, il n’est pas question d’arrêter.

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Pendant l'interview...

Je trouve que tu fais partie des artistes qui prennent des risques à chaque album.

J’ai une part de moi qui considère que les grandes choses arrivent avec le risque et la beauté. Je n’ai pas choisi ce métier pour rester dans mon petit siège pépère. J’ai envie de me surprendre et ensuite, j’ose toujours espérer que les gens seront surpris et aussi remplis que je l’ai été au moment de le faire.

J’ai bien compris que tu ne fais pas les choses pour la rentabilité.

Je ne peux pas parce que sinon ça tuerait ce qui est pour moi le plus précieux, la création. C’est un métier de risques et de passion. J’ai de la chance. Je suis entouré de gens qui m’encouragent dans ce sens-là. J’ai un producteur qui me soutient dans mes choix.

Ton parcours est vraiment atypique.

Je fais partie des artistes qui croient à l’idée de construire une petite œuvre… et ça se construit dans la durée.

Sais-tu pourquoi tu es artiste ?

Non, mais j’aime bien traverser cette vie en laissait quelque photos et si possible qu’elles soient transmises aux générations d’après, à commencer par mon fils, sa copine ou son copain. J’aime traverser la vie comme un voyage dans lequel on met et transmet un peu de sens.

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A l'issue de l'interview, le 20 novembre 2019.

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12 décembre 2019

Sèbe : interview de présentation.

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(@Anne-Laure Etienne)

@Anne-Laure Etienne.jpgSèbe est mon vrai coup de cœur du moment. Je l’ai découvert au Pic d’Or 2019, puis je suis allé le voir récemment en concert à la Dame de Canton. Cet auteur compositeur interprète allie tout ce que j’aime dans la chanson dite « traditionnelle ». La poésie, l’humour, l’autodérision, le second degré et les histoires de looser qui vit des amours un peu ratées (que nous avons tous connus) de Sèbe donnent un répertoire absolument pas « traditionnel », du coup. C’est là sa force et son originalité.

Seul avec sa guitare, on le regarde et on l’écoute chanter avec ravissement (c’est vraiment le mot). Il émeut autant qu’il fait sourire, voire rire. Comme Souchon, c’est un subversif « mine de rien ».

Sèbe est finaliste du concours Centrakor - Loft Music Sud Radio. Pour voter pour lui, c’est ici que cela se passe.

Le 28 novembre dernier, il m’a rejoint dans une brasserie de la Gare du Nord. A la fin de l’interview, j’ai ressenti la furieuse envie qu’il devienne mon pote. Ce gars-là, il te met dans sa poche naturellement en moins de temps qu’il ne faut pour le dire (expression française non utilisée depuis 1975.)

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(@Vincent Assie)

Autobiographie de Sèbe (où je constate que nous sommes frères de second degré ):79419681_2575928459319967_8640402407643152384_n.jpg

Sèbe est un chanteur monoglotte dont la poésie flirte parfois avec le punk. Il est considéré par ses pairs comme le nouveau «diamant brut» de la scène francophone, tant par sa beauté, ses qualités humaines indéniables, et son talent prodigieux (à la limite du concevable) qui le situent au point de rencontre entre l’impossible et l’inouï. L’écriture de Sèbe est ciselée comme du bon persil. On y aborde les thèmes (jusqu’alors inexplorés) de la rupture amoureuse, de l’engagement politique, du paraître et de la violence au sein de nos sociétés normatives. Un spectacle « tendre comme la caresse d’un rayon de soleil » et « frais comme une douce brise d’été » diront certains... Avec son âme en bandoulière, épaulé par ses deux fidèles compères : brio et entrain, Sèbe, est la véritable figure de proue de la “Villeurbanne Touch”, mouvement alliant précarité et absence de beat electro. Il illumine depuis quelques mois la périphérie lyonnaise de sa célèbre “noirceur festive”. Bête de scène incontestable, Sèbe est un gagneur. Sa “win” est évidente, naturelle et sans chichi. Il Alexander Roth-Grisard (2).jpgcommence la guitare au stade fœtal. Plutôt à l’aise, il améliore instantanément un à un, les riffs de Jimmy Hendrix et de Kurt Cobain, les détrônant dans la foulée, et faisant d’eux des artistes de seconde zone. Sèbe a su faire preuve d’humilité ces derniers temps en acceptant les premières parties d’artistes émergents tels que Sanseverino (SMAC les Abattoirs), Oldelaf (Radiant Bellevue), La Rue Ketanou, Barcella (Festival “Changez d’Air”), et en foulant la scène du Festival Les Chants de Mars. Sèbe terminera, en mai dernier, finaliste du Pic dOr 2019 avec deux récompenses (Coup de cœur du magazine Francofans, et le prix du Big Bag Festival). En parallèle, il a irradié la tournée du Mégaphone Tour 2019 et sera mis en lumière cette saison par le TrainThéâtre lors de la soirée Talents SACEM /Chantier des Francofolies. Bon nombre de professionnels pensent déjà qu’il va « tuer le game ».

Merci, je vous aime, bisous.

Ayant remporté le coup de cœur du magazine  FrancoFans lors de l'édition 2019 du Pic d'Or, Sèbe a donc été chroniqué par la membre du jury et journaliste du bimestriel indé de la scène francophone. 

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IMG_5232 (2).jpgInterview :

Dans ta famille, quelqu’un t’a poussé à jouer de la musique ?

Pas vraiment, mais j’avais un cousin rockeur. Il était au Conservatoire et jouait parallèlement dans des groupes de rock assez violents pour l’époque. Il avait une guitare Strat rouge dans sa chambre, ça me fascinait. Je bidouillais des trucs avec elle, puis j’ai demandé à mes parents de m’acheter une guitare.

Tu as fait deux années de guitare classique au Conservatoire, toi aussi.

J’ai arrêté car je ne supportais pas le côté tyrannique des cours. J’avais l’impression de perdre mon temps et je n’avais aucun plaisir à jouer. Je ne m’en rendais pas compte à l’école, mais ça m’a tout de même donné une conscience du son, du touché, de comment faire sonner les cordes correctement.

Je crois savoir qu’après ça, tu as bossé chez toi, à l’oreille.

Oui, c’est là que j’ai commencé à m’éclater. J’ai eu des groupes de punk. On faisait des reprises et je proposais aussi des chansons originales de piètres qualités. Je me souviens d’un titre « Le monde est bad, la planète est crade, mieux vaut crever ». Aujourd’hui, j’essaie de faire plus attention aux textes (rires).

"Valérie Subutex", session au Studio Lancy Road à Genève.

Tu as eu combien de groupes ?

Huit, je crois. Je jouais dans des bars. J’ai été aussi guitariste accompagnant pour des chanteuses telles que Buridane. J’ai fait une tournée de belles salles avec elle, dont le Casino de Paris.

Tu as fait partie d’un groupe qui a eu sa petite réputation, Charlie Tango.

La formule de base était un duo, mais quand j’avais du budget, il y avait tout un groupe derrière moi. On a fait un EP qui a pas mal marché dans la région. C’était un projet qui pouvait se rapprocher de Luke ou Damien Saez. Nous avons eu des touches dans les maisons de disque, mais ça ne s’est pas fait. Chez Wagram, on avait presque le stylo en main pour signer le contrat… et le label a fermé. Finalement, on a arrêté car nous n'avions plus la même énergie. Et puis, pour être sincère, ma copine s’est installée en Chine et c’était simple : soit j’arrêtais tout pour la rejoindre, soit l’histoire était finie. J’ai arrêté tout… et elle a fini par me demander de ne pas venir.

C’est ce que tu racontes dans une de tes chansons, "In Fine".

Cette histoire m’a nourri. Les disques post-ruptures des artistes que j’apprécie sont souvent les plus magnifiques. Ça doit débloquer des choses intérieures dans l’écriture, peut-être un certain lâcher-prise. Donc, finalement, malgré ma peine, ça m’a aussi beaucoup stimulé. Je suis parti en guitare voix. Pas d’effets sur les guitares, juste du bois, de l’acier, un chant et une écriture. En fait, je me suis épanoui comme jamais musicalement et artistiquement. Je pose désormais mon rythme et je fais ce que je veux sur scène. Ces deux dernières années, je ne cesse de kiffer.

Live à la maison de "In Fine". Vidéo : Nicolas Dormont.

As-tu une ambition dans la chanson ?

Celle de ne pas être trop plombant.

Tu es fou, c’est tout le contraire !

Je l’étais avant. Aujourd’hui, quand j’ai des soucis et que je veux les exprimer, j’essaie de trouver des formules pour se marrer. Malgré la vie difficile, je calibre mes chansons de manière à ce qu’elles soient un peu légères quand même.

Sèbe, c’est un personnage ou c’est toi et rien que toi ?

C’est une vraie question. Il y a des chansons où je suis très premier degré, notamment mes ballades un peu romantiques, et d’autres avec lesquelles j’ai envie de m’amuser. Les chansons dans lesquelles j’aborde des problématiques sociales sont très cyniques et très second degré. Globalement, le personnage maladroit et pataud que j’incarne sur scène me ressemble beaucoup, mais j’accentue certains traits. Je vais d’ailleurs amplifier le côté drôle et mordant.

"En apparence", version culinaire. 

Tu as un côté décalé, un peu hors cadre, comme Sophie Le Cam. Ça fait du bien parce que j’en ai marre d’entendre toujours les mêmes chansons « à l’ancienne ». Je trouve que vous êtes deux artistes qu’on devrait mettre nettement en avant.

Merci. Je suis d’accord avec toi, il y a dans la chanson françaises beaucoup « d’héritiers ». Nous sommes jeunes, c’est à nous de créer un nouveau chemin. Attention ! Je ne dis pas que je révolutionne les choses, je fais les mêmes accords que tout le monde, mais j’essaie d’aborder l’écriture différemment. J’essaie juste d’apporter ma touche perso à la chanson.

Tu écris souvent ?

Pratiquement tous les jours. Ce qui m’éclate, c’est le cynisme avec de l’intelligence dedans, parce que ça me fait marrer. J’aime bien racler dans le bas-fond de l’humanité avec une touche d’humour. J’ai encore un peu de mal à y aller complètement… il faudrait que je place mon curseur plus haut. Je suis fan de l’auteur de bande dessinée, Fabcaro. C’est très absurde, mais il y a du cynisme et une noirceur dans le fond. Tout ce que j’aime. Je vais être clair, tout ce qu’il fait en BD, c’est ce que j’aimerais faire en chanson. 

(Découvrir l'univers de Fabcaro, ).

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Live à la maison de "Korben-Dallas". Vidéo : Nicolas Dormont.

Qu’est ce qui t’inspire ?

Le cynisme justement. La violence dans les rapports humains aussi. Quand j’écris sur ça, je fais attention à comment le public pourrait recevoir le texte. Je ne veux pas l’agresser, mais plutôt le faire réfléchir tout en l’amusant. C’est difficile d’expliquer, mais je crois que ça se rapproche de ça.

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Pendant l'interview...

Tu aimes Didier Super ?

Tu fais bien d’en parler, j’ai beaucoup d’admiration pour lui. C’est un vrai personnage qui ne perd jamais le fil, même en interview, il va au bout de sa démarche. Il est d’une intelligence rare. Je connais son régisseur. Il m’a dit qu’il est adorable, qu’il ne se paye pas plus que les autres et qu’il place tout le monde au même niveau. C’est un mec qui vit son truc en étant profondément humaniste. J’ai d’ailleurs remarqué que ce sont souvent les plus misanthropes qui sont les plus humanistes.

Musicalement, même si tu joues des morceaux « pas très énervés », on sent que tu as écouté beaucoup de punk dans ta jeunesse.

C’est totalement vrai. Ça m’a procuré une certaine facilité à faire des refrains. Dans les musiques punks, et aussi dans la pop, il y a un sens du refrain exceptionnel et super efficace.

Reprise de la chanson d'Alain Souchon, "Rien ne vaut le vie". Vidéo : Nicolas Dormont.

Tu t’impliques humainement dans les chansons. Quand je parle de toi, je résume en disant que tu es un petit Souchon, encore plus drôle.

C’est le plus joli compliment que l’on puisse me faire. Il y a tout chez Souchon. Des textes poétiques simples, tendres et d’une redoutable efficacité. Avec lui, nous sommes connectés avec le cœur et avec les tripes. J’aime quand on ne me considère pas juste comme un chanteur drôle, parce que c’est dur de sortir de ça et surtout, je ne suis pas que ça. J’assume de la même façon mes ballades tendres ou romantiques.

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Après l'interview, le 28 novembre 2019.

Ses futurs concerts (cliquez sur la photo pour mieux voir... ou prenez une loupe!)

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09 décembre 2019

Louis Ville : interview pour Eponyme

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(@Quévin Noguès)

louis ville,eponyme,interview,mandor,balandras éditionsJe peux le dire avec certitude, Louis Ville est l’un des meilleurs songwriter français. Il totalise 20 ans de carrière impeccable, mais reste mésestimé. Pourquoi ? Mystère. Vraiment, grand mystère.

Dans ce nouvel album, Eponyme, il poursuit sa quête, celle de comprendre l'Humain à travers ses parts d'ombres et de lumières. Pour ceux qui ne connaissent pas Louis Ville, découvrez le en lisant les trois mandorisations que je lui ai consacrées. La première en 2012 pour la sortie de la nouvelle édition de Cinémas, Deluxe Édition, la deuxième en 2017 pour son précédent album Le bal des fous (J’y évoque notamment son passé artistique et son rapport à la musique et aux textes…) et enfin la troisième en 2019 pour son EP, Et puis demain (à lire aussi car j’y aborde quelques chansons qui figurent sur Eponyme.)

Le 7 novembre dernier, c'est dans une brasserie de la Gare de l'Est que nous nous sommes posés pour une nouvelle conversation.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter ce nouvel album.

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louis ville,eponyme,interview,mandor,balandras éditionsInterview :

Ton éditeur, Laurent Balandras, m’as dit qu’il te considérait comme le Tom Waits français. Tu es d’accord ?

Je ne fais pas du pur blues, c’est un peu de la pop.

Ah bon ? La dominante est pourtant assez blues chez toi.

Dans pop, j’entends « populaire ». Ma musique n’est pas élitiste. Elle est abordable à tous.

Il y a eu une période comme ça, quand même, non ?

C’était plus au niveau des textes. Je n’avais pas trouvé le langage simplifié dont j’avais envie. Ou alors peut-être que je voulais faire trop à la manière de. En fait, tu ne connais jamais ton cheminement intellectuel quand tu écris tes textes. Par contre, ce qui m’est apparu évident depuis deux albums, c’est qu’il fallait que je simplifie au maximum le discours et que j’essaie de trouver les images les plus fortes pour qu’elles parlent à tout le monde. Je ne veux plus de sectarisme du langage dans mes chansons.

Oui, tu fais bien parce que sinon, on s’adresse à un public parfois un peu sectaire.

Ceux qui sont très amoureux et pointilleux de la langue sont souvent déconnectés de tas d’autres langages, qui sont pourtant en français. J’adore les mots, j’adore la langue, mais je ne fais pas partie de ce genre de personnes qui ont une opinion intellectuelle tranchée. Si on est trop sectaire, on se coupe de nouvelles formes d’expression d’aujourd’hui.

Tu veux décloisonner la chanson ?

Je n’ai jamais voulu la cloisonner en tout cas. Quand je me suis vu rentrer dans un cloisonnement, je me suis très vite repris parce que ce n’est pas moi. Je n’ai jamais supporté la moindre forme de sectarisme.

Extrait du nouvel album "EPONYME" (Balandras Editions). Sur une idée d'Yvanna Zoia.
Chorégraphe, danseur : Eliot Joecool. Avec Margot Barnaud, la fille du train. Images : Pierre Goupillon. Réalisation : Pierre et Eliot Goupillon. Merci PANDRAVOX pour les images volées.

Est-ce que ce disque est celui qui est le plus ouvert depuis tes débuts ?

Comme je viens de te le dire, il est plus abordable, parce que j’ai simplifié le discours au maximum.

Dans tes chansons, tu t’es toujours glissé dans la peau de personnages. Moins dans Eponyme.

Disons qu’il y a trois chansons où c’est vraiment moi. Quand je déclare mon admiration/amour pour une certaine personne, dans « Qu’est-ce qu’elle me trouve ? » et la chanson pour mon père, « Et l’étoile »… mais j’essaie de ne pas me placer tout le temps au centre de l’histoire. L’histoire, je la veux universelle.

C’est un album dans lequel tu dis beaucoup de choses. Est-ce que tu te demandes ce que tu vas bien pouvoir raconter la prochaine fois ?

Non, parce que dans cet album, je n’ai pas pu tout mettre. Dans ma tête, il se passe plein de choses et il va falloir que je les couche bientôt.

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Tu viens d’avoir un article dans Télérama et trois clés. Enfin !

C’est bien. Ça me permet une visibilité et de travailler plus facilement. Je suis reconnaissant envers Valérie Lehoux, pour cela. Peut-être qu’un jour, je te recevrai dans une Cadillac (rires).

Avant de te connaître, j’avais l’impression que tu étais quelqu’un de sombre et ténébreux, alors que dans la vie, tu es quelqu’un de solaire, comme en témoigne la pochette de ton nouveau disque.

Beaucoup de gens croient que je passe mes nuits à picoler du Whisky (rire). Personnellement, quand je rencontre des gens qui ont des univers hyper sombres, je constate que ce sont des gens hyper déconneurs et joyeux. Ça s’explique. Ils se débarrassent de tous leurs démons dans leurs supports, romans ou chansons. Et inversement, les gens drôles sur scène ne le sont pas forcément dans la vie. Chacun sa thérapie.

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Louis Ville sur scène...

Ecrire vaut un psy?

Ça vaut 1000 psys, d’une part d’écrire et d’autre part de monter sur scène.

Tu m’as toujours dit que tu avais une vie banale et que tu étais heureux depuis quelques années. Comment trouves-tu tes thèmes de chansons alors ?

L’humain et la bêtise humaine sont autour de moi. Je n’ai pas besoin de vivre des choses dramatiques pour les voir et pour être dans une forme d’empathie afin d’en parler.

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Pendant l'interview...

Tu aimes ce nouveau disque ?

Sur 8 albums, c’est le 3e disque que je commence à apprécier, après Cinémas et Le bal des fous.

As-tu l’impression de progresser ?

Non. Je ne sais pas ce que ça veut dire progresser. Il me semble que j’avance et que j’évolue.

Bonne nouvelle ! Tu sors une intégrale de ton œuvre.

Mon éditeur, Laurent Balandras veut sortir une intégrale de mes disques, en effet. On va y ajouter un disque live inédit. On rentre en résidence pour répéter les 26, 27 et 28 janvier 2020 à la Souris Verte avec un nouveau musicien qui nous rejoint, le contrebassiste, bassiste, Benjamin Cahen (frère de Laura Cahen). On enregistrera ensuite ce fameux live en partenariat avec La Souris Verte, Balandras éditions et le département des Vosges. L’intégrale devrait sortir fin 2021.

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Après l'interview, le 7 novembre 2019.

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Pub dans FrancoFans (avec le petit mot de Mandor…)

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04 décembre 2019

Gérald Genty : interview pour l'album Là-haut

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(@Patrick Cockpit)

gérald genty,là-haut,interview,mandorGérald Genty, ça faisait un moment que je l’écoutais, l’observais, l’appréciais. Mais sans jamais l’avoir rencontré. J’ai toujours été impressionné par sa maîtrise de la musique (au large spectre), ses mélodies imparables et sa capacité à trouver des arrangements limpides. Genty est un multi-instrumentiste chevronné, toujours à la recherche du son parfait. S’il aime les calembours, c’est surtout un adepte de la paronomase (figure de style qui consiste à employer dans une même phrase des mots dont le son est à peu près semblable, mais le sens différent). Il excelle en la matière. Bref, le type est doué. Et trop injustement méconnu du grand public. 

Gérald Genty sera au Zèbre de Belleville le 17 janvier 2020 (avec Julien Carton). Pour les places, c'est ici.

Pour parler de son nouvel album, Là-Haut, nous nous sommes retrouvés le 21 novembre en terrasse d'une brasserie de la Gare du Nord pour une première mandorisation…

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle

Pour écouter son disque

Argumentaire de presse (légèrement raccourcie et remanié) :gérald genty,là-haut,interview,mandor

Voilà, il l’a fait. Ce disque sur la fin, la disparition, celui auquel il songeait lorsque l’urgence de capter les voix fragiles de ses deux jeunes fils l’avait finalement incité à aller au bout du format court avec l’album Hippopopopopopopopopopopotame.

Les précédents disques de Gérald Genty comportaient toujours une ou deux de ces chansons courtes, mais aussi une ou deux plus sérieuses : l’envie d’aller au bout de ces deux formes explique pourquoi arrive maintenant Là-haut, qu’on peut qualifier de concept-album. L’artiste reconnaît qu’il réfléchit désormais « un peu en terme d’œuvre globale » et qu’un disque comme celui-là aurait manqué à sa discographie. Dans Là-haut « il y a encore pas mal de calembours mais ils sont presque invisibles » explique Gérald, « le jeu de mot, lorsque l’on le recouvre de mélancolie, qu’on le baigne dans le drame, il a tendance à disparaitre, il s’efface »...

gérald genty,là-haut,interview,mandorSa voix sur le début de « La Station » évoque Dominique A mais ce n’est pas son inspiration première, loin s’en faut (il aime surtout l’album La Musique). Parmi les artistes qu’il admire figurent surtout Raymond Devos, Bertrand Belin, ou encore Mathieu Boogaerts dont le premier album Super avait durablement marqué Gérald dans son envie de gaîté, de légèreté. Cela a pris le temps, mais Là-haut c’est un peu son Michel. Voire son Tchao pantin.

Si la question de la postérité présente en filigrane de ses deux premiers albums n’est plus vraiment le souci d’un Gérald Genty déjà content d’avoir un public fidèle, il englobe dans la thématique de son nouveau disque la disparition... des radars, de l’actualité, de l’esprit des gens.

S’il est bien trop tôt pour deviner quelle sera la trajectoire de ce nouvel aéronef musical, avouons qu’en guise de calembour, ce serait un joli pied de nez de faire qu’un disque sur la disparition soit finalement un album qui restera.

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(@Patrick Cockpit)

gérald genty,là-haut,interview,mandorInterview :

Là-haut est un disque qui évoque la mort ou la disparition. C’est fini le Gérald Genty aux thèmes plus légers ?

Le disque devait s’appelait Dix End, dix chansons sur la fin, mais je n’ai reçu aucune adhésion sur ce titre-là, à part chez les artistes. Tu sais, j’ai toujours eu dans chaque album des chansons un peu tristes, en tout cas qui n’avaient pas vocation à faire rire… mais elles étaient noyées au milieu de chansons un peu plus déjantées. Dans la globalité des disques, souvent avec des pochettes marrantes, on oubliait ces chansons-là.

J’ai l’image de toi d’un artiste qui a une sacrée plume et qui sait en jouer. Je t’ai toujours trouvé beaucoup de sensibilité. Je ne t’ai jamais considéré comme un chanteur « rigolo » à l’instar d’un Oldelaf, que j’apprécie aussi beaucoup au demeurant.

En tout cas, je n’écoute jamais les chanteurs drôles. Pour ma part, je préfère être rigolo, mais sans faire gaffe. Et je vais te dire la vérité, ce que je préfère dans les chansons, c’est la musique. C’est de jouer de la musique. C’est ça que j’aime explorer et c’est ça qui m’éclate. Quant aux textes, j’ai la sensation qu’ils viennent presque tout seul.

D’ailleurs, tu dis souvent que tu ne te considères pas comme un chanteur à textes.

Parce que j’ai l’impression que, quand on est un chanteur à textes, la musique est derrière. Je ne veux pas que les gens se disent : « Concentrons-nous sur ce que le chanteur dit, c’est ça le plus important ! »

Tu travailles dans ton propre studio ?

Oui, habituellement, je fais tout chez moi. Mais pour cet album, j’ai été épaulé par Julien Carton au piano qui m’accompagne désormais sur scène, et Carol Teillard d’Eyry à la batterie. Ainsi j’ai rompu avec ma façon de travailler en petite séquence, en copier / coller, chaque instrument jouant ici du début à la fin. Je précise aussi que c’est Thomas De Fraguier qui est aux manettes.

"Pour les parents que nous sommes ou serons peut-être et pour les enfants que nous resterons, voici "planeur"! Un clip participatif réalisé avec des bouts d'vous, des bouts d'choux et pas mal de bouts d'ficelle !"

« Planeur » est une chanson magnifique qui parle de la disparition du père et des enfants qui quittentgérald genty,là-haut,interview,mandor le nid un jour…

Je rassure tout le monde, mon père est encore vivant. Mes enfants ont 6 et 8 ans, mais je ne suis pas pressé qu’ils partent faire leur vie. Ça me fait un peu peur de me dire que peut-être, le meilleur est passé. Cette chanson explique qu’il faut essayer d’en profiter malgré le côté éphémère de la chose.

Es-tu devenu plus mélancolique et inquiet depuis que tu as des enfants ?

Je ne pense pas. Je ne sais pas si ça se perçoit dans ma discographie, mais c’est plus tout ce qui touche à l’hôpital qui me fait peur. Cette angoisse, je l’ai casé dans la chanson « Rien ». Ça parle de mon frère qui a eu un truc assez sérieux qui le menaçait vitalement. A Ajaccio, la clinique est au bord d’une plage. On attendait des résultats d’examens en se baladant sur la plage en question. Il y avait un décalage entre ce que l’on pouvait ressentir sur le moment et la pression des résultats à venir. Toute cette beauté devant nous ne servait à rien s’ils n’étaient pas bons. Ils étaient bons.

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(@Michaël Foucault)

gérald genty,là-haut,interview,mandor« Le fil » et « La station » parlent des NDE (« Near Death Experiences »).

Ce sont deux chansons liées. C’est un sujet que je trouve fascinant. J’ai été assez marqué par L’experience interdite de Joël Schumacher, par l’accident de son malheureux homonyme l’ex-pilote Michaël, ou par le livre Le test de Stéphane Allix.

Dans « Le métier qui sort », tu évoques la difficulté d’être un artiste non « mainstream » aujourd’hui. Tu te sens comment dans « le métier » justement ?

L’important pour moi, c’est que d’année en année, je parvienne à continuer à faire de la scène et des disques. Comme je n’ai jamais eu de grands succès, c’est plus facile pour moi d’en rigoler dans des chansons. Je fais beaucoup de dates solos et je dors souvent chez l’habitant. C’est amusant parce que, sur chaque album, je fais une chanson sur « qu’est-ce que ça va être la célébrité ? »

Dans « Le facteur », tu t’es inspiré de l’histoire d’une écrivaine du Nouveau Mexique retrouvée chez elle des mois après son décès.

Je me suis dit que si ça pouvait arriver à une auteure qui a reçu des prix littéraires, ça pouvait aussi arriver à un chanteur. Quand je la joue sur scène, je dis au public que j’imagine que c’est ma propre histoire.

Tu crains la mort ?

Oui, mais ce n’est pas une obsession. Je te le répète, je crains l’hôpital. Le souci, c’est que je ne me surveille pas, du coup. Je ne surveille rien de moi. Je devrais faire des prises de sang et je ne le fais jamais. A 45 ans, je crois qu’il faut faire attention à son corps. Surtout que je mange énormément de Petit Ecolier. J’essaie de faire gaffe, mais c’est pour moi une drogue dure. Je peux m’enfiler deux paquets par jour quand je suis en tournée.

Clip de "MH370".

gérald genty,là-haut,interview,mandorTu as eu un oncle marin qui a sombré dans l’Océan Indien quand tu avais 6 ans. Ce souvenir a été réveillé par la mystérieuse disparition du vol MH370. Tu en as fait une chanson, « MH370 », mais cette fois l’issue de cette superbe chanson est plus heureuse.

Quand il y a eu cette catastrophe –là, je me souviens m’être dit que je préférais que l’on ne retrouve rien et que tout était encore possible.

Tu es tennisman, classé 4/6, et dans cet album, tu as rendu hommage à Roger Federer, dans « Fais des rêves ».

Le jeu de mot est tellement énorme que j’ai dû aller vérifier que cela n’avait pas déjà été maintes fois utilisé. J’ai composé cette chanson après sa victoire surprise à l’open d’Australie en 2017, alors qu’on le disait fini. A la fin de la chanson le gamin qui joue contre lui, c’est moi... Fondamentalement, échanger des balles avec lui est mon rêve absolu. Entre ça et jouer à l’Accord Hôtel Arena et taper la balle avec Federer, je choisis sans hésiter la deuxième proposition. Je ne sais pas comment faire. Il est très sympa, mais quasiment inabordable à cause de son entourage.

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(@Allain Huchet)

Ton frère, dont nous parlions tout à l’heure, est garde forestier en Corse, mais aussi musicien.

Oui, il m’a donné plusieurs chansons, dont « Tu n’es pas » qui est sur l’album Nul si pas découvert en 2009. Dans ce nouveau disque, je lui ai pris le premier couplet d’une chanson qu’il avait faite pour lui et il figure désormais dans « Planeur ». Il est chanteur depuis plus longtemps que moi. C’était lui le musicien de la famille. Moi, j’étais le tennisman. C’est curieux cette situation. Là, j’ai bientôt trois dates à Montpellier, il va me rejoindre. Je vais le faire monter sur scène.

Je sais que tu aimes beaucoup ton frère.

A l'adolescence, j'étais un peu plus éloigné de lui, mais quand j’ai découvert ses chansons sur des cassettes, ça m’a foutu une claque.

C’est ça qui t’a donné envie de faire de la musique ?

Peut-être. J’étais bassiste et je faisais des reprises des Pixies. C’est vraiment quand je suis tombé sur ses chansons que je me suis dit que la chanson, c’était pas mal.

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(@Carolyn Caro)

Tu as l’impression d’appartenir à une famille dans la chanson, celle de Mathieu Boogaerts par exemple.

Mathieu Boogaerts, c’est vraiment quelqu’un qui a compté pour moi. Son album Super en 1996, a été une claque. Je me souviens d’avoir été au Virgin Megastore de Bordeaux et d’avoir écouté ce disque sans être convaincu. A l’époque, j’étais dans le rock indépendant. Dans la nuit, mon cerveau travaille, je retourne écouter et paf ! J’adore ! Je deviens raide dingue de ce disque.

Il t’a influencé dans tes premiers disques ?

Il était tellement important pour moi qu’il a fallu que je m’en sépare complètement, que je ne l’écoute plus du tout pendant des années. Il m’influençait trop. Quand j’ai sorti mon premier album chez Wagram, ils ont mis le paquet. J’ai eu des pubs sur Canal Plus, j’avais des clips qui tournaient sur M6. Complètement matraqués partout, les fans de Mathieu Boogaerts qui sont tombés sur moi ont considéré que j’étais un connard de plagieur. En plus, je lisais tout. J’allais sur les forums qui lui étaient consacrés. Je m’en prenais plein la gueule. Je me suis bien fait du mal.

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Pendant l'interview.

gérald genty,là-haut,interview,mandorTu fais une carte blanche en avril 2020 avec lui.

C’est un fan à moi qui me propose cette carte blanche chaque année. C’est très compliqué de construire une carte blanche. La dernière fois, j’avais Vincent Baguian et Emmanuel Donzella. Là, j’ai choisi Mathieu Boogaerts. Puisqu’il est aussi batteur, je vais lui demander de faire mon set avec lui à la batterie. Evidemment, il va aussi chanter.

En ce moment, tu es en première partie du groupe Archimède.

C’est marrant comment cela s’est produit. Parfois, je tape mon nom dans Google pour voir s’il se dit des choses sur moi. Un jour, je suis tombé sur un article concernant Archimède dans lequel ils disaient que je faisais partie des artistes qu’ils appréciaient beaucoup. Je les ai contactés pour les remercier et ils m’ont proposé des dates.

gérald genty,là-haut,interview,mandor

Après l'interview, le 21 novembre 2019.

30 novembre 2019

Mélodie Lauret : interview pour son premier EP 23h28

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandor

(Photo : Sarah Balhadere) 

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorJ’ai découvert Mélodie Lauret, lors du MaMA (festival et convention destinés aux professionnels de la musique) de cette année. Elle jouait au Cuba Café le 18 octobre dernier. J’étais mal placé et je ne voyais pas grand-chose, hormis une artiste qui me paraissait jeune, mais diablement douée. Textuellement, je me souviens avoir été impressionné. Des chansons d'amour, mais bien plus que cela.

Quelques jours plus tard, pour en avoir le cœur net, je suis allé découvrir quelques morceaux sur une plateforme de téléchargement (je sais, c’est pas bien). Et j’ai compris qu’il y avait un sacré quelque chose incitatif à surveiller cette Mélodie Lauret.

Et magie de la vie, je reçois une proposition d’interview de la part de sa maison de disque pour la sortie de son premier EP (le 29 novembre 2019), 23H28. Que j’accepte immédiatement. L’artiste m’intrigue. Je lui trouve quelque chose d’à part. Une précocité hors du commun. Ensuite, je lis son argumentaire de presse qui mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorprécise, « c’est à l’âge de 5 ans que Mélodie a compris qu’elle était à part. Que sa vie ne pourrait se passer ailleurs que sur scène. Aussi, depuis ses 15 ans, un Baccalauréat prématurément décroché, elle enchaîne conservatoire de théâtre, comédie musicale, écriture, composition, scène, studio. Aucune discipline ne semble l’effrayer. Aucune émotion qui ne soit source d’inspiration. Elle raconte à seulement 20 ans de manière intime et dense l’amour charnel, parle sans complexe de sexualité, de son identité queer, mais sans voyeurisme, et avec au cœur de son art l’universalité du sentiment amoureux… »

Bref, j’allais faire la connaissance d’un phénomène. Ce qui fut fait le 21 novembre dernier dans un salon de thé de la capitale. Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu.

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorMélanie Lauret par le chanteur Chaton :

Rares sont ces artistes capables en quelques mots de déloger votre cœur pour vous le rendre changé quelques chansons plus tard. Chargé aussi. Incapable de savoir si c’est ce timbre tellement particulier ou l’histoire qu’il vient de vous raconter qui vous a bouleversé. Ecouter Mélodie Lauret, c’est comme si une galaxie qui vous était jusqu’alors étrangère prenait votre être tout entier dans ses bras. Vous rendant aussi unique et singulier que l’est cette artiste précocement géniale. Ils sont d’ailleurs si rares, ces artistes, ceux qui semblent depuis quelques mois ouvrir la brèche d’un nouveau paradigme musical et créatif qu’on en oublierait presque que c’est sans doute ça au fond, un artiste. Un artiste entier. Complet. Une personne qui se livre à un point qu’il vous laisse à la fois rassuré et déchiré par une même chanson.

Car Mélodie, du bout de la voix jusqu’à celui des ongles, semble en pleine conscience. De son temps, de celui qui passe, de celui dont elle ne veut jamais gâcher la moindre seconde. A la ville comme à la scène, l’amour semble absolu, passionné, ultime. La vision est tranchante. Les mots sont choisis comme peu d’auteurs savent les choisir. Et l’interprétation d’une pureté inouïe. Qu’elle n’ait que 19 ans est un détail. Une promesse sublime certes, mais un détail. Car cet amour-là, cette fougue insensée qui détruit pour mieux reconstruire, qui use, brûle, cette fougue n’a aucun âge. Aucun genre. Aucune règle. Si ce n’est celle de ne pas mentir, jamais… 

Mélodie Lauret sur :
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https://www.instagram.com/meslolos/

Elle sera aux Déchargeurs les 18 et 19 décembre 2019. Pour prendre vos places, c'est là!

Pour écouter l'EP, 23h28, c'est ici!

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(Photo Sarah Balhadere) 

mélodie laurent,ep,23h28,interview,mandorInterview :

J’ai été très étonné d’apprendre que vous n’aviez que 5 ans quand vous avez su que vouliez devenir une artiste.

Non seulement je savais, mais je n’ai absolument pas changé d’avis. Ca fait tellement partie de moi que je ne suis plus étonnée de cela.

Vous avez commencé par le théâtre.

D’après mes souvenirs, quand j’étais petite, j’ai suivi une copine qui voulait faire un cours d’essai. J’ai donc moi-même participé et j’y suis restée. Mais je ne voulais déjà pas que l’on m’impose des choses que je trouvais ridicule. Un jour, pour la première pièce que j’ai joué, on m’a demandé de mettre un nez de souris. J’ai refusé catégoriquement parce que je considérais que je pouvais être une petite souris sans mettre un nez de souris (rire). Pour autant, je n’ai plus jamais lâché le théâtre parce que je ne pouvais plus m’en passer.

C’était un refuge ?

Oui, surtout pendant mon adolescence. J’avais beaucoup de mal à aller à l’école. Je faisais une phobie scolaire. En 4e, j’avais une réelle peur panique. J’ai été déscolarisée pendant un an. J’ai repris en 3e pour passer un brevet et aller au lycée. Les seules interactions que j’avais à l’époque étaient un prof qui venait une fois par semaine me donner des cours de math et mes cours de théâtre. Le théâtre était le seul endroit où je pouvais aller et voir du monde. Il était hors de question que je rate un cours. C’était un endroit dans lequel je me réfugiais et dans lequel j’existais vraiment parce que je jouais des personnages et je portais les mots d’autres gens. J’avais soif des mots, tout simplement. J’avais l’envie d’être bavarde.

L’envie d’être bavarde ?

Oui. Dans la vie, j’étais hyper timide, je n’avais pas d’amis. J’en avais seulement sur internet. Je parlais beaucoup sur les forums… J’ai pris l’habitude d’écrire en discutant avec les gens sur internet. Au théâtre, sur scène, je n’avais pas peur de parler parce que je n’étais pas moi. Quand je joue Phèdre, je parle avec des mots qui ne m’appartiennent pas et qui ne sont même pas ceux de mon époque.

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(Photo Sarah Balhadere) 

Dans la musique, vous êtes moins un personnage.

Vous avez raison, c’est beaucoup plus moi. Je parle de moi dans mes chansons, donc je ne me cache plus derrière quelqu’un d’autre. Sur scène, pour le moment, j’ai moins d’aisance pour chanter que quand je suis sur scène pour exprimer les mots des autres.

Dans tout ça, je crois comprendre que c’est l’écriture qui vous intéresse. Vous avez même dit « je chante pour écrire ».

J’ai dit ça ?

Oui, il me semble.

Non, mais c’est bien comme phrase. Je vais préciser. Je ne chante pas pour écrire, mais pour vivre. Mes émotions et mes histoires existent. Elles viennent de mon cerveau et à différentes choses liées à lui qui les rendent trop fortes et qui me font rentrer dans un spleen immense. Ces émotions sont trop fortes pour les gens, pour moi et pour la société dans laquelle on est. Mon moyen de les mettre un peu en cage, c’est de les écrire sous une forme poétique. Ainsi, elles existent différemment et je les tiens à distance.

Comment écrivez-vous ?

Ça commence souvent par une phrase poétique qui me vient en tête. De là découle des choses. Il m’arrive aussi de savoir que je veux que ma phrase se termine par un mot en particulier. A partir de ce moment-là, j’articule les choses autour. Dans « 23h28 », j’avais en tête le mot bourrasque, il fallait impérativement que je place ce mot.

Clip de "23h28", réalisé par Guillaume Genetet.

Vos chansons racontent votre histoire, mais en version romancée, c’est ça ?

Oui, on peut dire ça. Mais je n’ai pas cherché à les rendre universelles. Je suis égoïste quand j’écris une chanson. Je ne pense pas aux autres. Au début, elles n’avaient pas vocation à devenir publiques. Pas à ce point en tout cas. Je ne me dis jamais : « Est-ce que ça va plaire aux gens ? », sinon, je ferais de la pop commerciale. Ce serait même plus simple. Mais je ne sais pas mentir sur ce que j’ai envie de faire. Même ma mère m’a demandé pourquoi je ne faisais pas une chanson joyeuse, une chanson qui fasse danser. C’est simplement parce que je n’y arrive pas. Ce n’est pas mon essence.

Qu’aimez-vous dans les mots ?

C’est le fait de pouvoir les assembler de manière maligne pour que ce soit joli. Quand j’ai une phrase qui sonne bien dans mon esprit, je suis surexcitée. Je suis beaucoup plus émue par le fait de lire une jolie phrase que de voir un joli paysage. Une phrase finement écrite me rend dans une très grande joie.

Dans la chanson française, vous appréciez Barbara. C’est celle qui vous touche le plus ?

Je ne peux pas répondre à cela parce que je n’ai pas tout écouté. Je ne supporte pas l’idée de me dire que telle ou telle chose est ce que je préfère parce que je sais qu’il y a des choses que je ne connais pas encore. Quant à Barbara, j’aime profondément cette artiste, mais j’aime aussi son identité autant visuelle qu’artistique. Elle a des chansons merveilleuses. Après, il y a des artistes contemporains qui m’inspirent aussi énormément. Raphaële Lanadère, Babx… Quand j’avais 8 ans, j’étais follement fan de Camélia Jordana (qui fait partie du giron de Babx). C’est un peu elle qui m’a donné envie de chanter.

Clip de "Quand j'entends les gens", réalisé par Guillaume Genetet. 

Ce qui me fascine chez vous, c’est votre précocité. Là, je constate que depuis le début de l’interview, vous n’avez pas le discours d’une jeune femme de 20 ans.

Je suis précoce diagnostiquée. Je ne le dis pas habituellement parce que cela a une connotation très pédante. Il y a 1000 mots pour dire ça dont surdouée, précoce, zèbre, haut potentiel. Je n’aime pas en parler parce que je sais aussi que les gens ne savent pas ce que cela provoque chez quelqu’un. Personnellement, ça m’a provoqué plus de problèmes que de joies dans ma vie. En même temps, je sais que mon inspiration et mon hyper sensibilité viennent de là. Mais, il y a beaucoup de choses qui me portent encore préjudice... dont une anxiété immense.

Vous ne vous sentez pas à votre place avec des gens de votre âge, je présume.

J’ai toujours été attirée par ceux qui étaient plus vieux que moi. Quand j’avais 12 ans, j’avais des amis de 26 ans et c’était normal pour moi. Aujourd’hui, je me vois mal être entourée de personnes de 20 ans. J’aurais l’impression qu’il y a une vie qui nous sépare. C’est le propre de la précocité, il y a un décalage immense et c’est ce décalage qui est compliqué à vivre. Je n’ai pas forcément envie que l’on me regarde comme celle qui est en avance sur tout et comme celle qui est décalée.

Clip de "Elles avaient 15 ans", réalisé par Guillaume Genetet.

Vous avez écrit une pièce de théâtre il y a deux ans, "J'irai danser tes 20 ans". C’est un exercice autrement plus compliqué qu’une chanson, non ?

Oui, assurément. Je n’ai pas vraiment choisi d’écrire cette pièce. A 18 ans, pour mon anniversaire, ma mère m’a offert la location d’une salle de théâtre, le Mélo d'Amélie. Elle m’a dit d’en faire ce que je voulais. C’était merveilleux parce que tout ce que je voulais, c’était d’être sur scène. Ce cadeau est bien la preuve que ma mère me connait on ne peut mieux. Du coup, puisqu’il fallait que je fasse quelque chose de cette scène, j’ai écrit une pièce en un temps très réduit, puis j’ai fait la mise en scène, cherché des décors… et enfin, on l’a joué. Pour aller plus loin dans ma réponse, la difficulté a été de mettre en scène mes émotions. Dans les chansons, c’est facile, il n’y a pas besoin d’explications. Dans les chansons, mes émotions sont sans filtre et on les prend comme elles sont.

Interview de Céline Héranval au sujet de la pièce de Mélodie Lauret.  

Je reviens à votre précocité. Votre projet musical et votre personnalité sont, à mon avis, bien parti pour vous emmener vers le succès. Qui dit succès dit centre d’attention et obligation d’affronter beaucoup de personnes. Comment pensez-vous vivre cela ?

La différence avec la vraie vie, c’est qu’il y a un cadre. Là, nous nous parlons, mais je sais qu’il y a un enjeu professionnel. Nous nous sommes donné rendez-vous pour parler précisément d’une chose et je le sais en avance. Dans les rapports sociaux de la vraie vie, ce qui me fait peur, c’est qu’il n’y a aucun cadre. Quand je bois un verre avec des amis, je gère beaucoup moins bien. Au début je me forçais à aimer ce genre de moment et d’ambiance. Je me forçais à exister pleinement dans cette circonstance. Un jour, j’ai compris que mon écoute suffisait pour exister. Je n’avais pas besoin de parler… Ma seule présence est une existence et c’est suffisant. En tout cas, j’ai accepté que cela suffise.

Ça doit être fatiguant de vivre ainsi…

En général, les gens sont fatigués physiquement quand ils ont eu une dure journée et qu’ils ont traversé des choses compliquées. Moi, j’ai une fatigue émotionnelle qui est constante parce qu’il n’y a rien qui n’est pas fatiguant, parce qu’il n’y a rien qui est vécu à un stade normal. Chez moi, même une joie est une joie fatigante. L’euphorie comme la tristesse peuvent devenir une solitude. Tout est décuplé et changeant en moi à une vitesse phénoménale.

Là, vous pouvez changer dans quelques secondes ?

Oui. Avec vous, je vais très bien, mais il se peut que dans deux secondes je sorte parce que j’ai vu une lumière qui ne m’a pas plu et que cela me mette dans un état immensément triste. Il y a quelque chose de très mouvant en moi et je ne sais jamais à quoi m’attendre.

Clip de "Minuit quelque part", réalisé par Guillaume Genetet. 

Parlons de vos chansons. A l’exception d’une, « Minuit quelque part », ce ne sont que des chansons d’amour…

Et c’est la seule que je n’ai pas écrite. Si je n’écris que sur l’amour, c’est parce que c’est un des sujets qui m’anime le plus. Je trouve qu’il est sans limite et sans fin.

Ce sont des amours féminines.

Parce que c’est ce que je suis, et c’est parce que c’est le seul amour que je connais. Par contre, je ne veux pas que l’on pense que c’est un acte de revendication quelconque. J’écris des chansons d’amour, c’est tout. Si des gens osent me dire un jour qu’ils se sentent exclus parce que je parle d’amour de femmes, je trouverais ça totalement stupide. Je suis une femme lesbienne et j’écoute des chansons d’amour d’hommes qui parlent à des femmes… ça ne me gêne pas. Par contre, si des femmes lesbiennes se sentent concernées par mes chansons, j’en suis ravie. 

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Pendant l'interview...

Si je peux me permettre, votre position est importante en 2019. C’est bien qu’il y ait cette visibilité-là.

J’aimerais juste que les amours entre deux personnes du même sexe soient normalisés. J’ai envie que les amours homosexuels ne soient même plus un sujet. A la limite, ce qui est militant, c’est de rendre tout ça banal.

Est-ce que les choses évoluent ?

Elles ont l’air d’évoluer bien, mais ça ne suffira jamais. L’homophobie, la lesbophobie et la transphobie n’existent pas que dans la violence physique ou verbale. Vous, en tant qu’homme blanc hétéro, vous ne pouvez pas avoir la même vision et la même intériorité que moi ou que d’autres parce qu’il y a des choses minimes qui sont extrêmement violentes pour nous. Par exemple, jusqu’à il y a deux mois, si on tapait le mot « lesbienne » sur Google, on ne tombait que sur du porno. C’est extrêmement violent. Il n’y a pas que les agressions dans la rue qui nous touchent, c’est aussi ces « petites » choses qui sont loin d’être anodines.

Vous-mêmes, vous êtes victime de remarque dans la rue ?

Quand je marche main dans la main avec ma copine, il n’y a tout simplement pas un jour où je n’ai pas de réactions négatives. Beaucoup ont, à notre endroit, des regards et des paroles terriblement déplacés. Quand un couple hétérosexuel se roule des pelles sur le quai d’une gare ça ne choque personne. Du coup tenir la main d’une femme quand on est une femme, ça devient un acte militant.

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Après l'interview, le 21 novembre 2019.

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26 novembre 2019

Isabelle Piana : interview pour Seule La Nuit-Solo la Notte.

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(Photo : Sara Galimberti)

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiComme l’indique l’argumentaire de presse, "c'est lors d'un séjour en Grèce que la speakerine d’RTL, Isabelle Piana, découvre l'étonnante voix de la chanteuse Italienne Stefy Gamboni.

A travers les réseaux sociaux, les deux artistes font connaissance et partagent leur passion pour le même univers musical. Cela les conduit, rapidement, en studio pour donner cet album duo Seule la Nuit - Solo la Notte. Il ne restait donc plus qu'à se retrouver sur scène... Ce qui sera le cas pour deux concerts exceptionnels, les 4 et 5 décembre prochain, dans le cadre des Soirées Musicales "AkJeudi" des Rendez-Vous d'Ailleurs, le nouveau Théâtre-seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,isabelle piana,stefy gamboni,papik,nerio poggiCabaret tendance de l'Est Parisien. En attendant, bien-sûr, d'autres dates dans leurs pays respectifs…"

Le disque est à écouter sur toutes les plateformes musicales.

Symboliquement, j’ai donné rendez-vous à Isabelle Piana le 5 novembre dernier chez Savy, un bistrot situé rue Bayard, en face des anciens locaux d’RTL. C’est là que nous nous étions connus à la fin des années 90 (voir photo à droite… j’ai été notamment monsieur météo de cette station pendant un an).

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(Photo : Sara Galimberti)

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiInterview :

Quand je travaillais avec toi à RTL, tu ne m’avais jamais dit que tu chantais.

(Rires). J’ai le droit d’avoir mon jardin secret. J’ai arrêté de chanter, il y a plus de 30 ans, quand je suis arrivée à Paris pour travailler à RTL. Mais en 1987, avec une équipe toulousaine, j’ai failli sortir un single. Ça ne s’est pas fait parce que j’ai été obligée de quitter la région. Radio France Toulouse avait fermé et il fallait bien que je continue à bosser, donc je suis partie à Paris. J’ai été très frustrée pendant longtemps par ce projet avorté.

Mais tu as fait de la musique dans ta jeunesse ?

J’ai fait du piano et maman en jouait aussi beaucoup. J’ai baigné dans la musique classique, jazz…

Raconte-moi ta rencontre avec Stefy Gambony. J’ai bien compris que la première fois que tu as isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggientendu sa voix, c’était à travers un poste de radio sur une plage en Grèce…

C’était en juillet de l’année dernière. J’entends en effet une musique qui me charme vraiment. C’est jazzy, un peu bossa, ça fleure bon le Brésil. Bref, mon univers. Un son bien rond et très joli. Grâce à Shazam, je télécharge l’album Cocktail Mina de Papik. J’écoute tous les artistes présents sur le disque et je tombe en extase sur la voix de Stefy, que je ne connaissais pas. J’ai appris par la suite qu’elle chantait depuis 30 ans dans sa région, à Ostia, au sud de Rome. Elle fait deux trois concerts pas semaine. Elle vit de ce métier. Elle a une très belle réputation. Il fallait que je rentre en contact avec elle. J’ai fini par la trouver sur Facebook.

Et tu te lies d’amitié avec elle.

Il y a eu un feeling immédiat entre nous. Nous avons à peu près le même âge et les mêmes goûts musicaux. Très vite, je lui propose de reprendre ensemble la chanson « Parole, parole », en version bossa, chantée en français et en italien, avec la collaboration de Papik. Il n’y a jamais eu une version féminine de cette chanson. Je trouvais que c’était intéressant de le faire. Elle me répond qu’elle lui va poser la question, puis qu’elle reviendra vers moi.

Elle finit par te faire rencontrer le fameux Papik.

Je suis venu en Italie après les fêtes de Noël. Stefy ne voulait même pas que je lui envoie des maquettes avec ma voix dessus. J’ai trouvé ça à la fois fou, simple et naturel. Ils savaient juste que je faisais de la radio et que j’avais fait un peu de musique avant, rien de plus.

"Parole, parole" (version audio).

En janvier dernier, tu rentres donc en studio pour enregistrer juste « Parole, parole ».

Oui. Et là, on remarque immédiatement que nos deux voix matchent parfaitement. Ensuite, je rentre à Paris, je fais écouter ça à mon directeur d’RTL, Christopher Baldelli. Il me regarde du coin de l’œil et il me dit : « J’adore ! » On va le passer cet été. J’étais comme une folle. Une gamine de 4 ans. Comme c’est un titre estival, RTL l’a diffusé pendant l’été, mais bien avant, il y a eu une première diffusion dans l'émission "Laissez-vous tenter". 

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiComme « Parole, parole » a été bien accueilli, tu as décidé qu’il ne fallait pas en rester là.

Je ne voulais pas laisser seul ce pauvre petit single. J’ai décidé de produire l’album avec mes propres sous. J’appelle Stefy. Elle considère que c’est de la folie, mais elle accepte. Je fais de même avec Nerio Poggi, le vrai nom de Papik, et cela l’intéresse aussi. C’était parti. Je choisis toutes les chansons. Je lui annonce que l’on va faire des reprises, des adaptations, mais que je veux aussi au moins une nouveauté. Il m’a proposé « Solo la notte », une chanson uniquement en italien. J’ai insisté pour que la chanson soit franco-italienne. Avec l’accord du créateur de cette chanson, Daniele Bengi Benati (voir photo au début de cette question), j’ai donc intégré des paroles en français ayant un rapport avec l’histoire italienne originale. Nerio, quant à lui, a réalisé tous les arrangements de l’album… c’est le meilleur.

"Seule la nuit Solo la notte" (version audio).

isabelle piana,stefy gamboni,seule la nuit - solo la notte,interview,mandor,papik,nerio poggiVous avez enregistré le disque en combien de temps ?

En une semaine. On a beaucoup travaillé.

Comme tu as des origines italiennes, j’imagine que c’est la raison pour laquelle il y a beaucoup de chansons italiennes.

C’est aussi une manière de rendre hommage à mes parents qui ne sont plus là. Ils seraient comme des fous en entendant ce disque. Ce sont des chansons qu’ils aimaient beaucoup. Ce projet est quelque chose de fort et je regrette qu’ils ne soient plus là. J’y pense tous les jours…

C’est un disque élégant, glamour, jazzy et même un peu sexy. Le disque idéal pour passer la soirée avec la personne qu’on aime.

Tu as tout à fait raison. Tu bois un verre, bien accompagné, ce sera le début d’une bonne soirée, je pense.

Il y aura une suite à cet album ?

Je n’en sais rien. Ce disque existe et c’est déjà ça.

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Et il y a deux concerts qui se profilent à l’horizon.

Oui, les 4 et 5 décembre, au théâtre cabaret Les Rendez-Vous d’Ailleurs.

Tu as le trac ?

Je suis complétement flippée, tu veux dire. Ça fait 30 ans que je ne suis pas retournée sur une scène devant un public. Je suis très excitée par la perspective de ces concerts.

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Pendant l'interview...

(Photo : Cléo Marie)

Mais sur RTL, tu parles dans des émissions où il y a un public.

Quand je fais mes pubs dans les émissions en public, comme chez Stéphane Bern par exemple, ça n’a rien à voir. Je me contente de parler. Tandis que sur scène (et dans le disque), je chante en deux langues. Ce n’est pas du tout le même exercice.

Ça te rend heureuse de monter sur scène ?

Je suis sur mon nuage. J’en rêvais depuis très longtemps. Et puis, je t’avoue que j’aimerais que ça puisse permettre à Stefy de se faire repérer en France. Elle a une voix tellement exceptionnelle.

Ça te rend heureuse et ce disque peut rendre des gens heureux.

C’est aussi très important pour moi. Je trouve que ce sont des musiques qui rendent heureux quand on les écoute. Les mélodies italiennes sont à tomber.

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Après l'interview, le 5 novembre 2019. 

(Photo : Cléo Marie)

24 novembre 2019

Marlène Rodriguez : interview pour Histoire de C

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(@Sally)

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorAuteure, compositrice et interprète, Marlène Rodriguez vient de sortir son premier album Histoire de C (disponible depuis le 25 octobre). « Un album naturel, non prémédité, non formaté, non « ciblé » pour un public ou un autre, dont le ton, la diversité se sont imposés d’eux-mêmes, au fur et à mesure, une suite d’évidences, une harmonie. » explique l’argumentaire de presse. Un très bel album de variété, au sens propre du terme et dans le sens qu’il est très varié. Il pourrait même devenir populaire.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Sa page Instagram.

Et pour écouter son premier disque, Histoire de C, c’est ici.

Le 5 novembre dernier, j’ai rencontré cette nouvelle artiste dans les bureaux de Music Media Consulting (qui s’occupe de sa promotion).

Argumentaire de presse :marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandor

Depuis toujours elle avait chanté, voulu chanter avant tout, mais plutôt ses chansons que celles des autres … et ce n'était pas venu.

Et tout d'un coup, en juin 2016, le besoin s’est imposé, presqu’inexplicable: une soudaine envolée magique de textes et de mélodies est sortie d’elle, dix, bientôt quinze chansons en quelques semaines, un signal fort.
Pas question d’en faire abstraction, comme si elles n'existaient pas, n'avaient aucun sens, aucune raison d’être. Le moment, son moment, était venu, elle le savait.

Peu après, le hasard (en l’occurrence le tennis), la providence mettent sur sa route un complice expérimenté, JP Domboy (conseiller en communication, agent artistique et musicien) qui est immédiatement séduit par le projet ; il contacte et convainc facilement ses amis musiciens/réalisateurs/arrangeurs Celmar Engel et JJ Cramier de se joindre à l’aventure. La décision est prise d’enregistrer sans tarder quelques titres, en auto-production histoire d’avancer vite et de maîtriser, rester libre.

Été/automne 2017: journées en studio pour enregistrer les trois premiers titres (« Comment », « L’Arrêté » et « La Septième »). Dans la foulée est réalisé un premier clip sur sa chanson « Comment »… Un premier show-case au Réservoir, à Paris, le 11 juin 2018; excitant et si convaincant que Marlène prend la décision d’enregistrer sept autres chansons pour constituer son premier album. 

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorLe disque :

Les textes traitent presque tous d’histoires de Cœur, des relations amoureuses, de couple, si complexes, différentes, belles ou difficiles: abandon, fusion, séparation, amour fou ou foutu, parfois unilatéral, la désinvolture masculine, le plaisir du partage, l’espoir du retour, la fameuse et cruciale septième année du couple (habilement entremêlée ici à la septième note de la gamme de do, le Si). Elle évoque aussi les gens qui ont choisi de ne plus continuer à vivre.

Une dizaine de titres multicolores (rock, blues, zouk, rumba, valse, reggae, ballade,…) sur ses textes très personnels, soignés et marqués d’un vrai style, la participation de musiciennes/ciens rares et formidables : guitaristes, claviers, cuivres, choristes, bassistes, violoncelliste, percussionniste, accordéoniste, musiciens / ingésons / réalisateurs comme Fred Jaillard ou Sergio Tomassi... qui ont travaillé avec Jean-Jacques Goldman, Barbara, Thomas Dutronc, Carla Bruni, Charles Aznavour, Kassav, Michel Berger, Richard Gotainer

Le 31 décembre 2018 Marlène Rodriguez a mis officiellement un terme à son activité dans la finance pour enfin réaliser, sans filet, pleinement son rêve, sa certitude de toujours: être une chanteuse auteure/compositrice à 100%.

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(@Sally)

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorInterview :

Tu viens de la finance internationale où tu occupais des postes à responsabilité entre Londres et Paris.

Si la musique ne m’était pas tombée dessus, j’avais une carrière toute tracée. Je suis restée dans ce milieu une dizaine d’années et puis j’ai tout arrêté pour la musique.

Revenons en arrière. Dans ta jeunesse, tu as fait de la danse classique, de la chorale, du chant classique, de la flûte traversière au conservatoire de ta ville (Clamart, 92)… Toi et la musique, ce n’est donc pas une rencontre subite ?

Pas d u tout. A un moment, à la suite de toutes ces études de musique au Conservatoire, s’est posée la question de me professionnaliser ou pas. J’ai rencontré des gens formidables qui m’ont donné le goût de l’effort et du travail. Ma prof de flûte, par exemple, a été quelqu’un de fondamental dans ma vie. Elle m’a construite avec cette phrase : « La vitesse se travaille lentement. » Dans n’importe quel domaine, on a envie de réussir vite, alors que c’est en prenant son temps, en ayant de la patience, de l’écoute et du travail que les choses arrivent.

Tes parents ont été derrière toi pour faire de la musique ?

Oui. Ma maman était particulièrement assidue. Elle répétait beaucoup avec moi. C’était drôle parce que quand je répétais la flute, alors qu’elle ne lisait pas le solfège, elle repérait tout de même les erreurs que je pouvais faire dans une partition. Elle me faisait reprendre, reprendre, jusqu’à ce que l’erreur s’efface. Elle avait l’oreille musicale ou alors, à force d’écouter mes répétitions, elle savait que je ne faisais pas la même chose que précédemment.

J’ai bien compris que tu as eu une maman et des professeurs qui t’ont donné le goût de l’effort, mais aimais-tu les examens de Conservatoire pour passer d’une classe à l’autre?

J’en ai passé pour la danse, pour la flute et plus tard pour le chant. Il fallait « prouver » qu’on était assez bon pour être accepté au niveau supérieur. Je ressentais du stress parce qu’il y avait un enjeu social. En tout cas, curieusement, ça m’a donné ce goût d’être exposée.

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(@Sally)

Un beau jour de 2016, tout ce que tu as gardé en toi pendant des années est sorti soudainement. Onmarlène rodriguez,histoire de c,interview,mandor peut expliquer l’écriture de tes premières chansons ainsi ?

C’était une gestation. Quelque chose d’écrit dans l’ADN. Pendant deux ans, entre 2016 et 2018, j’ai beaucoup été dans l’écriture et la composition. C’était surprenant pour moi parce que, quand vous avez attendu quelque chose toute la vie et que vous avez la conviction absolue que ça va arriver, le jour où ça arrive, on a du mal à réaliser. J’ai conscience de la chance incroyable que cette conviction se soit réalisée.

C’était de l’écriture automatique ?

Oui. C’est comme si mon cerveau se mettait sur off pour laisser la place à la création. J’utilisais le logiciel Evernote sur mon téléphone. J’écrivais les paroles et j’enregistrais ma voix presque en même temps que les paroles sortaient. Quand je rentrais le soir chez moi, j’écrivais, je maquettais sur mon piano et je chantais avec mon micro. J’extrayais ça en MP3 et j’écoutais sans savoir si c’était bien où pas. Mais au fond, c’est comme tout dans la vie. Est-ce que l’on se trompe vraiment en étant dans l’action ? Surtout quand l’action est menée par quelque chose qui est plus fort que vous.

Tu as compris tes textes immédiatement ?

Tu as raison de me poser cette question. Je n’ai pas toujours tout compris. En tout cas, beaucoup de choses étaient obscures pour moi, et parfois même, elles le sont restées. Il y a une inconscience profonde dans la conception de ces titres. En tout cas, j’ai remarqué que quand je chantais ces chansons, cela provoquait un défoulement d’émotions à l’intérieur de moi.

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(@Sally)

Pendant ces deux années, entre 2016 et 2018, tu menais de front ton activité dans la finance internationale et ta création artistique. Est-ce que l’on continue à bien faire son boulot rémunérateur principal ?

Tu mets le doigt sur le point qui m’a préoccupé très vite. En mai 2018, j’ai annoncé à mes équipes que je ne pouvais plus faire les deux. Je leur ai dit que j’étais prête à sauter dans l’océan. Ils m’ont répondu très gentiment qu’ils allaient voir comment ils allaient aménager mon temps pour que je puisse faire les deux. Il y avait vraiment de la bienveillance dans cette démarche. Ils étaient très soutenants dans ce projet. Mais, à cette époque, ils ne savaient pas que cela faisait déjà deux ans que je menais ceux deux vies en même temps. En règle générale, j’ai du mal à faire les choses à moitié, je suis plutôt du genre à les faire à 300%. Là, je sentais que je pouvais devenir un peu moins bonne et moins énergique dans la finance. Je l’ai quitté 6 mois plus tard, le temps de trouver quelqu’un pour me remplacer.

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorTa rencontre avec Jean-Pierre Domboy (photo de gauche) est importante dans ton histoire musicale, puisque c’est lui qui a fait la direction artistique de ton disque.

Mon papa et lui sont dans le même club de tennis. Un soir, il voit Jean-Pierre avec Véronique Sanson dans une émission. Quelques semaines après, c’est-à-dire six mois après que j’ai commencée à écrire, ils se voient au club. Papa lui demande ce qu’il faisait dans la vie avant. Il lui explique ensuite que sa fille écrit des chansons et qu’elle a attendu ça depuis toujours. Jean-Pierre lui répond que se lancer dans la musique est hyper compliqué. Il n’était pas du tout dans l’objectif de remettre un pied dans la musique, mais il demande à mon père que je lui envoie mes maquettes. Au moins, il me dira vraiment ce qu’il en pense. Je lui ai envoyé une dizaine de chansons. Nous nous sommes rencontrés en mars 2017 et tout s’est enchainé parce qu’il a aimé. Aujourd’hui, à cause de moi, il a de nouveau les deux pieds dans ce milieu-là (rires).

Tu viens de parler de Véronique Sanson. Je crois savoir que c’est une chanteuse que tu aimes marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorbeaucoup.

C’est quelqu’un que j’ai toujours beaucoup écouté. J’étais présente lors de son 70e anniversaire qu’elle a fêté au Palais des Sports. Jean-Pierre a pu avoir des places et nous l’avons rencontré à l’issue du concert (voir photo à droite). Quand elle parle ou quand elle chante, je me sens concernée par ce qu’elle raconte. Il y a beaucoup d’artistes que j’apprécie, mais elle, c’est différent. J’ai l’impression de vivre les choses avec elle. Cette sensibilité qu’elle arrive à partager, ça m’a toujours beaucoup touché.

Qu’est-ce qui fait qu’à 15 ans, on envoie des lettres à Jean-Jacques Goldman (ma relation avec lui expliquée ici) ?

C’est à cause de sa tournée « Chansons pour les pieds ». Je l’ai vu une première fois au Zénith de Paris. J’ai tellement été emportée par son spectacle, j’ai senti une telle communion avec les gens, que j’ai voulu y retourner. Deux jours après, c’est ce que j’ai fait. J’ai ressenti le besoin de lui écrire. Je ne me souviens plus de ce que je lui ai raconté, mais ça faisait six pages. Un an plus tard, chez mes parents, je reçois une petite lettre qui venait de Chamonix. Il me conseillait de poursuivre mes études, de trouver un groupe, de commencer à chanter dans les mariages ou dans quelques fêtes de la musique. Il m’a dit que le chemin était long, mais merveilleux. C’est fou, Goldman répond toujours à ceux qui lui écrivent.

Clip de "Comment". 

marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandorRevenons à ton album. Musicalement, aucune chanson ne ressemble à une autre.

Les idées qui ont été mises en place sont venues très naturellement. On ne s’est pas dit « on va faire différent ». L’inspiration a été très variée, donc les chansons le sont aussi. C’est un album multicolore qu’on ne peut pas mettre dans une case. Enfin, si. Je pense qu’on peut quand même le mettre dans la case chanson française, pop à textes.

Tu chantes l’amour, mais qui ne finit pas toujours bien. Parfois tu utilises des mots en rapport avec la musique. Par exemple dans « L’arrêté », tu chantes : Sur une portée en quelques lignes, et en deux temps, trois mesures, ont résonné fortissimo de longs silences.

C’est exact. Il y a des parallèles qui se sont faites de manière extrêmement inconsciente. J’ai eu une formation musicale qui a duré très longtemps, de 5 ans à 18 ans, il y a donc des chansons dans lesquelles se retrouvent des mots qui ont rapport avec la technique musicale. C’est bizarre quand la technicité se met au service de l’émotion, sans qu’on y pense plus.

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Pendant l'interview...

Tes musiciens sont des grands. J’imagine que tu mesures ta chance de les avoir eus. marlène rodriguez,histoire de c,interview,mandor

Ce sont de grands musiciens, je le sais, mais ce sont surtout des personnes qui ont une sensibilité incroyable. Ils ont mis leur talent au service de la mienne et de mes chansons. On ne se connaissait pas, mais en studio, il y a quelque chose qui s’est passé entre nous. Devant eux, j’ai donné ce que je suis. J’ai été complètement transparente, je n’ai pas essayé d’être quelqu’un d’autre. Ils ont apprécié, je crois.

Le titre de l’album s’appelle Histoires de C. Tu joues un peu sur l’ambiguïté là. 

La limite est fine sur le C (rires). Au milieu de tous ses titres, il y a une phrase que j’ai écrite qui était : « Parce que tout commence souvent par une histoire de cœur ». Cette phrase est très représentative de ma vie. Mes rencontres dans ma vie amoureuse ou professionnelle ont été conduites par le cœur. C’est comme cela que je suis mon chemin. Je m’étais toujours dit que si je sortais un album un jour, je l’appellerai Histoire de C.

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Après l'interview, le 5 novembre 2019.

23 novembre 2019

Cléo Marie : interview pour l'EP La Cadence

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(@Nacera Laamari)

Quel beau projet que celui de la chanteuse, bassiste et guitariste Cléo Marie. Il réunit poésie, mélodie, humour (très second degré) et délicatesse. La Cadence est un premier EP de 5 titres enchanteurs aux textes intimes, étranges et espiègles, le tout sur des mélodies ciselées et particulièrement efficaces. 

Il ne faudra pas la louper le 15 janvier 2020 sur la scène du très bel auditorium de la cité internationale des arts. Elle y présentera ce premier EP... Et bien plus encore. La billetterie de l'évènement est ici.

Son site officiel.

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Sa page Instagram

Pour écouter l'EP, La Cadence.

J’ai rencontré Cléo Marie, le 5 novembre dernier, dans une brasserie proche des Champs-Elysées.

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorArgumentaire de presse :

La cadence, si elle évoque la progression rythmique de sons ou de mouvements, revêt une notion bien particulière pour Cléo Marie. Artiste puissante et gracile à la fois, ses multiples visages se déclinent au gré de mélodies tour à tour subtiles et brutes. La Cadence, titre du premier EP de la musicienne, est tout cela à la fois : un univers où Cléo rencontre Marie, et vice versa. Un recueil de chansons à textes portées par une voix espiègle à la singulière particularité, où les mélodies à la guitare et à la basse forment une berceuse qui aurait été composée pour des adultes…

Habitée, inspirée et animée par une théâtralité évanescente, Cléo Marie tricote ses textes poétiques en usant de métaphores douces-amères emmenées par un tempo pop entrainant (« La Cigarette »). Qui est Cléo ? Qui est Marie ? Une bicéphalie créatrice se développe sur « Les Fleurs », où l’ambiance se fait intimiste et inquiétante, grâce à cette plume mystérieuse et ces arrangements riches et entêtants, mêlant synthés et électronique.

C’est aussi dans ses balades que la chanteuse, bassiste et guitariste déploie une mélancolie qui ne semble cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorparadoxalement jamais renoncer à un renouveau, une renaissance, comme sur le titre éponyme « La Cadence », que l’on peut écouter autant comme une comptine que comme une confession à cœur ouvert. Sur scène, Cléo Marie a l’élégance d’introduire ses chansons avec une généreuse dose d’humour. Un second degré qui crée de véritables respirations entre ses titres profonds.

Seule à la réalisation de cette œuvre très personnelle, Cléo Marie a elle-même enregistré les basses, guitares, voix et programmations de cet EP qui ne vous quitte plus dès lors que vous avez baissé la garde. Se laisser happer par cette grâce, se prendre au jeu mélodique de sa voix captivante : voilà la bonne attitude à adopter devant cette Cadence douce et prenante. « L’amour, je n’y crois pas », susurre Cléo Marie avec malice. A l’écoute de son premier EP, on a tout simplement encore envie d’y croire pour elle.

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(@Nacera Laamari)

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandorInterview :

Cléo Marie est plus une entité composée de deux personnes que toi toute seule, si j’ai bien compris.

Dans l’imaginaire de ce projet-là, il y a deux entités. Je m’appelle réellement Cléo et mon deuxième prénom est Marie. Cléo, c’est moi. La nana musicienne qui écrit ses chansons dans sa chambre et Marie, c’est une forme d’inspiration. Cela pourrait être une vraie femme qui m’inspire dans les sujets de mes chansons, mais c’est aussi cette chose difficilement identifiable qui tu traverses quand tu écris.

On appelle ça l’inspiration, non ?

C’est exactement ça. Ça touche beaucoup de gens qui créent. Quand je suis à la maison, je sens le moment où ça va arriver. Soudain, je ressens le besoin de sortir ce qui s’impose en moi avec le style d’écriture qui m’est propre. Je me demande toujours si cette émotion fulgurante m’appartient complètement.

Peut-on parler d’écriture automatique ?

C’est quand même souvent le fruit d’un minimum de réflexion, mais une réflexion qui est différée. Je vais être touchée par un sujet, je vais ensuite me renseigner sur ce sujet et ensuite l’inspiration fait son chemin. En tout cas, ma façon d’écrire est très viscérale, mais empreinte de douceur.

Dans quel état tu dois être pour écrire ?

Principalement quand je suis dans des états émotionnels un peu forts, que ce soit négatifs ou positifs.

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(@Mehdi Demaked)

A la base, tu es connue pour être une bassiste émérite.

J’ai bossé pour des spectacles et des artistes en tant que bassiste, en effet. Je gratouille aussi la guitare depuis quelques années, mais je m’en sers uniquement pour moi. Dans mes concerts, j’alterne ces deux instruments.

Cléo Marie est ton premier projet en tant que chanteuse. Qu’est-ce qui t’a poussé à te mettre un peu plus en avant ?

J’ai commencé à écrire des chansons avec des mélodies dans la tête sans me dire que j’allais les chanter moi-même. C’était ma catharsis et ça m’a fait un bien fou. Je me suis sentie apaisée. A un moment, je me suis dit que j’allais chanter ses textes moi-même tant ils étaient intimes. A partir de là, j’ai développé le chant et l’interprétation en prenant des cours. Je n’ai pas l’ambition ou la prétention de devenir une grande chanteuse à voix, mais j’ai eu envie, pour mon épanouissement personnel artistique, de développer ça en un projet officiel.

Tu as employé le mot catharsis. C’est un mot fort.

Ecrire ce que je ressens m’évite peut-être de passer par la case "brûler des maisons ou tuer des bébés chats (rires).

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(@Dan Piper)

Tu gères toute seule ce projet ?

Complètement. J’ai le contrôle sur tout, de mon image à ce que je vais raconter dans mes textes et entre mes morceaux.

On ne se connait pas, mais tu me sembles humble et discrète. Tu arrives facilement à te mettre en avant ?

Je me cache souvent derrière une petite dose d’humour. Selon les contextes, je peux être assez intimidée, mais je me suis rendu compte qu’en lead, seule, j’ose quand même pas mal de choses. Là, tout repose sur moi, mais ma démarche est tellement sincère que finalement, je me sens légitime. J’ai de vraies choses à raconter qui sont complètement moi.

Tu continues à accompagner des gens ?

Oui. J’aime continuer à être derrière. Les bassistes ont la réputation d’avoir un tempérament assez discret. Bref, j’aime bien faire les deux, mais comme je viens de te le dire, je me sens plus épanouie maintenant que j’ai ce projet.

Tous tes textes parlent de toi. Ce que j’aime, c’est que tu poétises tes histoires. Rien n’est clair, mais tout est compréhensible.

Comme ce sont des émotions qui me traversent, ce n’est pas forcément ultra claire et limpide. Quand j’ai fini d’écrire, je me rends compte qu’il peut y avoir plusieurs interprétations de mes textes. Les émotions ne m’appartenant pas, ce que j’écris devient malgré moi universel.

Clip de "Les fleurs" réalisé par Sébastien Angel. Lumières: Jean-Luc Chanonat. Image: Alice Gelmi et Sébastien Angel.

Dans « Les fleurs », par exemple, je n’ai pas su déceler de quoi tu parlais exactement.

C’est la chanson la plus compliquée pour moi à raconter. Je dirais que c’est une femme qui peut développer des relations avec les gens de manière complètement candide et bienveillante, sans forcément se poser la question de l’attachement et de l’engagement… sauf que les personnes qu’elle rencontre ne sont pas dans la même optique.

La chanson la plus claire est « Nathan ». Tu parles d’un homme qui est avec une femme, qui a un enfant avec elle, mais qui est homosexuel.

Il a construit sa vie avec une femme qu’il aime et on ne sait pas s’il va finir par assumer son homosexualité. Pour être heureux, il faudrait qu’il l’assume…

J’aime beaucoup « Berceuse de comptoir ». Dans cette chanson, tu es l’alcool.

Je me positionne du côté de la substance addictive. Je suis l’alcool qui parle à cette femme alcoolique, c’est un peu le serpent dans Le livre de la jungle. J’interprète cette chanson comme une comptine pour enfant, avec beaucoup de douceur. Dans l’alcool, il y a de la douceur, c’est apaisant. Cette chanson peut-être aussi un discours amoureux.

Clip de "La cigarette", réalisé par Marc Lahore. Conception marionnette / Comédienne : Eve Bigontina.
Maquillage : Sarah Pariset. Accessoires : Sarah Pariset / Alexis Hayere.

Après l’alcool, tu évoques aussi « La cigarette ». De manière imagée, tu racontes la fin d’un amour… un amour qui se consume ?

Tu peux le voir comme ça. Pour moi, la protagoniste de « La cigarette », je l'ai imaginé comme une vieille dame qui perd la mémoire. Tout lui échappe, ses souvenirs et son corps qui commence à décroitre… C’est assez violent. Parfois, on me dit que la cigarette, c’est aussi le temps qui passe…

« La cadence », c’est une chanson sur l’amour pas encore trouvé et l’espoir qu’on le trouvera un jour?

Là encore, on peut voir de deux manières différentes cette chanson. Ton option ou l’amour qui est toujours présent. Tant qu’il y a de la vie, il y a de la cadence et de l’amour.

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(@Alice Gelmi)

Tu ne « genres » pas les chansons et les personnes dans cet EP. Pourquoi ?

Je ne me suis pas dit « il ne faut pas genrer ». Peut-être qu’on peut penser que dans les chansons d’amour, je me positionne comme un homme parce que j’aime les femmes. Quand une femme fait une chanson d’amour sur quelqu’un qui lui a fait du mal, tout le monde pense que c’est un mec, mais non, une femme aussi peut faire du mal à une autre femme.

Il se dégage de ce disque un climat mélancolique. Ca reflète ta personnalité ?

Oui, je suis comme ça. En tout cas, ça reflète mon état d’esprit émotionnel au moment où j’ai écrit ces chansons. J’ai un coté mélancolique, mais si tu écoutes bien, dans toutes les chansons, il y a l’espoir toujours présent. Je crois vraiment en la beauté de l’être humain, en la douceur de l’humanité et de la nature. Je crois aussi en la résilience.

Et ce second degré que l’on retrouve dans tes textes, il te ressemble ?

Je ne suis pas souvent premier degré, en effet.

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Pendant l'interview…

cléo marie,la cadence,ep,interview,mandor(@Thomas Guerigen) Pourquoi sortir un disque aujourd’hui ?

Quand on veut sortir un EP aujourd’hui, je crois que chaque artiste se demande à quoi bon. Mais au fond, c’est le meilleur moyen de présenter ce que l’on est capable de faire. J’ai une vingtaine de chansons sous le coude qui sont en construction, donc, j’ai un projet d’album. Comme pour l’EP, j’ai quasiment tout fait seule, chez moi. Là, j’aimerais bien travailler avec un arrangeur, cela me permettrait de bosser uniquement sur les textes et les mélodies. Ce qui est bien dans le fait d’avoir travaillé seule, c’est que j’ai commencé à trouver une couleur. Ce sera donc plus facile pour un arrangeur de comprendre ce que je veux par la suite.

Tu as un tourneur ?

Non, tu fais bien d’en parler. Ça m’aiderait beaucoup d’en avoir un. J’ai envie de tourner dans le réseau « chanson française », dans des scènes un peu intimistes pour des gens qui viennent écouter du texte. Sur scène, je suis seule avec ma guitare et ma basse et un kick electro qui me permet de rajouter un peu de rythmique sur certains morceaux un peu plus enlevés. Mais je ne veux pas m’enfermer dans la métrique. Je veux pouvoir, aux grès des émotions, faire des ralentis ou des grosses nuances.

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Après l'interview, Chez Savy, le 5 novembre 2019.

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Et n'oubliez pas...

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22 novembre 2019

Marcel et son orchestre : interview pour Hits, hits, hits, hourra!!!

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(Photo : Deborah Priem)

Depuis plus de 30 ans, l'esprit de Marcel et son Orchestre fait la différence : un rock'n'roll exutoire dans des habits de Carnaval.

J’avais reçu en 2014, le chanteur de la formation de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), Franck Vandecasteele. Il était venu m’expliquer pourquoi le groupe arrêtait sa carrière en pleine gloire. Et puis en 2017, ils sont revenus au Grand Sud de Lille. Le groupe a même repris la route en 2018 et en 2019 pour une tournée "Sans Complexe". Aujourd'hui, les Marcel sortent une super compilation

Pour évoquer (notamment) ce retour très attendu par leurs nombreux fans, le 24 octobre dernier, j’ai donné rendez-vous à trois membres éminents du groupe : Franck Vandecasteele (« Mouloud » chant et percussions), Jean-Baptiste Jimenez (« JB » guitare) et Pierrick Viard (« Bidingue », claviers).

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

En août 2017, après cinq ans d’absence, Marcel et son orchestre annonçait son retour pour trois dates à Lille. L’engouement du public est là, tout comme l’énergie et l’envie. S’en suivront deux tournées en 2018 et 2019 réunissant à chaque date plusieurs milliers de personnes.

Pour remercier ce public, toujours fidèle après plusieurs années d’absence, quel meilleur cadeau qu’une compilation réunissant 47 titres sur un double digipak et 26 titres sur un double vinyle ? Quoi de mieux qu’une compilation qui retracerait la discographie du groupe ? Pour ce faire, de nombreux mois ont été nécessaires pour récupérer les premiers enregistrements et les inédits oubliés.
N’aillant pas pour habitude de faire les choses à moitié, le groupe réalise ensuite un véritable travail d’orfèvre sur chacun des titres : la plupart sont remixés et certaines pépites de la discographie sont même réenregistrés. Pris dans cette dynamique positive, le groupe ira même jusqu’à composer et enregistrer un nouveau titre (« Plus c’est con, plus c’est bon » présent sur le CD2).

Après son retour sur le devant de la scène, Marcel et orchestre est désormais de retour dans les bacs avec une compilation qui illustre, son tout aussi bien que son triptyque fédérateur – « Danse, Déconne, Dénonce » - ce qu’est Marcel : un exutoire où le rire devient une arme.

Le site officiel.

La page Facebook.

La compilation est écoutable sur ces différentes plateformes.

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(Photo : Deborah Priem)

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorInterview :

Franck, je t’ai reçu en 2014 à l’annonce de l’arrêt du groupe. Qu’est-ce qui a fait que vous revenez aujourd’hui ?

Franck : Comme dans les bonnes cantines, un jour ou l’autre, tu y retournes manger. On ne s’était pas interdit de revenir, mais il fallait faire une pause pour que chacun se retrouve et fasse des choses pour lui. On a eu l’occasion de rejouer ensemble pour des fêtes d’anniversaire ou des départs de potes et on a fini par nous faire des propositions. On nous a mis un local à disposition pour répéter et c’était reparti.

Dès que vous avez annoncé votre retour sur scène, le public s’est jeté sur les réservations.

Franck : On a mis en vente les places de concerts de décembre au mois d’aout à 10h00 du matin. A 10h10, il y avait 1800 places vendues. A midi, les 4000 places étaient achetées. Il y a eu 6000 demandes de places non satisfaites. Un truc de taré.

Le teaser du Sans Complexe Tour 2019.

Dans vos chansons, vous revendiquez des faits de société avec humour. Il n’y a plus beaucoup de groupes comme le vôtre.

Franck : Je suis désolé, mais quand Christophe Maé chante « il est où le bonheur ? », il prend des risques. Sans plaisanter, ce matin, dans une  émission de radio, on a chanté « Nous n’avons plus les moyens ». Le traitement médiatique qu’il y a eu sur la crise des gilets jaunes était juste odieux. Les gens manifestent parce qu’ils n’arrivent pas à vivre décemment et on les traite de beauf.

Il y a certains de vos textes qui collent encore à l’actualité d’aujourd’hui.

Franck : Le monde est pire aujourd’hui. La solution du libéralisme, c’est de dire : « Méfiez-vous, si ce n’est pas nous, c’est le chaos ! » Quelque part, c’est la confiscation du choix. Ce qu’il y a d’épouvantable là-dedans, c’est que l’on nous vend l’inéluctable. On voudrait que les gamins aient foi en l’avenir, mais on leur vend un système implacable qui ne peut pas bouger. On te dit : « il faut sauver la planète » et, en même temps, on donne le pouvoir à n’importe qui. Par exemple, on met l’extrême droite au pouvoir au Brésil. Il faut appeler un chat un chat. Ce sont les multinationales qui ont voulu que ce soit Jair Bolsonaro qui soit président du Brésil, histoire de lever le moratoire sur les terres indiennes. L’idée et de faire tous les forages possible n’importe où et aussi récupérer des métaux rares pour mettre dans nos Smartphones et nos tablettes.

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(Photo : Deborah Priem)

Ça me rappelle, dans votre album de 1998, Crâne pas, t’es chauve, la chanson « Si ça rapporte ».

Oui, mais la situation a empiré. Aujourd’hui, on a une économie qui considère que le problème, c’est l’humain, parce que ce qui coûte cher, c’est la main d’œuvre. Une économie qui n’est pas au service de l’humain, mais qui est au service du profit, ne peut pas générer des choses belles. On est carrément dans une économie qui veut se débarrasser de l’humain. On le voit avec la robotisation et l’intelligence artificielle… A moyen terme, je ne sais pas qui va rester employable.

C’est aussi valable pour le monde de la musique. Que pensez-vous des plateformes pour écouter de la musique gratuitement ?

Franck : Si c’était pour moi, je m’en branlerais. Ce qui nous est arrivé avec Marcel, c’est 100 fois au-dessus de ce à quoi on prétendait. Il y a des injustices que tu ne perçois pas forcément pour toi-même. Juste, les artistes sont les dindons de la farce. Quand on était chez Wagram, on touchait 20 centimes d’euro par album vendu. Avec les droits périphériques, Adami ou autre Sacem, ça faisait sensiblement un euro dans notre poche par album vendu. 100 albums vendus, 100 euros dans ta poche. Aujourd’hui sur les streamings, tu es rémunéré 0, 0024 centimes par titre. En clair, il faut que tu aies un million de vues pour commencer à gagner 100 balles. C’est un problème de répartition. Ces plateformes ont compris qu’il n’y avait plus à répartir. Aujourd’hui, on rémunère le contenant, mais pas le contenu.

Je me fais l’avocat du diable, mais on peut voir les choses autrement. Ces plateformes permettent de découvrir Marcel et son orchestre très facilement. Et ensuite, ça peut donner envie d’aller les voir en concert…

Franck : J’entends ce que tu dis, mais je ne suis pas d’accord. Les fournisseurs d’accès disent aux artistes : « Ne vous plaignez pas, vous êtes dans ma vitrine, donc, je vous rends attractifs. » Je réponds que si ta vitrine est attractive, c’est que nous sommes dedans. Il ne faut pas inverser les choses. Aujourd’hui, celui qui gagne du pognon, c’est le portier de la boite de nuit. On est en train d’assister à une uberisation de tout. Celui qui crée, c’est le con de l’affaire.

Jibé : C’est le même problème dans le rapport des agriculteurs avec les supermarchés.

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Vous évoquez des sujets de société, parfois graves, mais toujours avec humour. C’est le meilleur moyen de faire passer les messages…

Jibé : En tout cas, l’humour a toujours été l’angle pour aborder un sujet sérieux.

Franck : En plus, une chanson doit faire 3 minutes. En 3 minutes, tu ne peux pas faire thèse, antithèse, synthèse. Pour nous, l’humour est notre oxygène. Comme dirait l’autre, c’est le dernier rempart avant le désespoir.

Vous ne donnez jamais de leçon dans vos chansons.

Franck : Les donneurs de leçons sont pénibles. On n’est pas du tout là-dedans.

Jibé : On n’aime surtout pas enfoncer des portes ouvertes. La guerre, c’est mal, le racisme, ce n’est pas bien… on ne va jamais sur ces terrains-là.

Franck : L’engagement, ce n’est pas chercher les causes entendues. S’indigner, tout le monde sait le faire. Et une fois que tu t’es indigné, qu’as-tu à dire ? Si tu ne t’attaques pas aux causes, tu déplores simplement les effets.

J’ai un gros problème avec la chanson engagée.

Franck : Nous aussi, mais ça dépend laquelle. Dans la chanson engagée, tu mets François Béranger, Bernard Lavilliers ou Pierre Perret ? Moi, ce sont des gens qui m’ont conscientisé. Vraiment.

Pierrick : Il y a une façon de dire et de faire la chanson engagée. Souvent, comme dans un scénario de films, c’est la façon de raconter les choses qui est importante.

Franck : Je ne me pose jamais la question de savoir si une chanson est engagée ou pas, c’est juste un sujet qui s’impose à moi. Point.

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(Pendant l'interview…)

Y a-t-il des chansons innocentes ? marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandor

Non, je ne crois pas. Même dans les chansons d’amour. Dans « Je vais t’aimer », Michel Sardou chante l’amour, mais il reste Sardou. Sa façon de voir les choses, sa façon de voir la femme subsiste. Il commence sa chanson ainsi : « A faire pâlir tous les Marquis de Sade, à faire rougir les putains de la rade, à faire trembler les murs de Jéricho, je vais t’aimer… » Quand il chante ça, qu’est-ce qu’il dit à la gonzesse ? « Tu vas prendre cher ! ». C’est terrible. On croit que c’est une chanson d’amour, sauf que c’est d’un machisme parfait.

J’adore ! Sardou vu par Marcel et son orchestre !

Franck : Je trouve que Sardou est un des pères du rap français.

En effet, si on part du principe que c’est un clasheur.

Franck : Il a compris que pour buzzer, il faut d’abord choquer. Il a toujours utilisé la punchline qui va bien ou le mot qui dérape sur des sujets un peu glissants.

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorVous revenez avec une super compilation. Comment avez-vous choisi ces 46 chansons ?

Franck : Avec Marcel, il y a au minimum 150 titres enregistrés. Franchement, l’idée d’une compil’, c’est plutôt l’idée d’une maison de disque. Ce n’est pas plus excitant que cela de réfléchir à compiler des morceaux. Ce n’est pas très créatif. En plus, on se demande à qui cela s’adresse parce que les fans ont déjà tout. Peut-être que ça s’adresse à des nouveaux qui pourraient apprécier le groupe. Il y a encore des gens qui nous découvrent.

Je crois savoir que ça a fini par vous amuser de farfouiller dans vos archives.

Franck : On a récupéré tous nos masters et en numérisant les bandes, nous nous sommes aperçus qu’il y avait plein d’inédits, des morceaux que nous avions même oublié. C’était la première fois qu’on jetait un coup d’œil dans le rétroviseur pour regarder notre histoire. On a finalement eu du plaisir à réécouter et redécouvrir certaines chansons.

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Vous saviez quels été vos hits ?

Pierrick : Tu as raison de poser cette question parce que nous n’avions pas tous les mêmes. On a hésité à enfoncer les portes ouvertes ou à mettre des morceaux plus surprenants. On a essayé de faire un bon dosage entre les hits et les raretés.

Ce que j’aime bien chez vous, c’est que vous vous moquez des autres autant que vous faites preuve d’autodérision. Dans votre nouveau single « Plus c’est con, plus c’est bon », vous ne vous épargnez pas.

Pierrick : Les seules personnes qui peuvent se moquer de nous sans que l’on se vexe, c’est bien nous.

L'inédit de cette compilation, "Plus c'est con, plus c'est bon".

Vous comprenez pourquoi le public est ravi de vous revoir ?

Jibé : On ne sait pas pourquoi les gens nous aiment bien. On a lancé une campagne Ulule et un paquet de gens ont adhéré et ont donné pas mal de sous. Comme les temps sont durs, nous savons que ce n’est pas facile de donner de l’argent.

Mais comme les temps sont durs, les gens ont besoin d’entendre et de voir des artistes qui les détendent…

Pierrick : Les chanteurs d’aujourd’hui sont souvent très tristes et sombres. Ils en ont marre de la vie et se prennent au sérieux. Cette ambiance glauque devient très standardisée. Le public a donc besoin de légèreté et de folie.

Franck : Marcel et son orchestre promènent un carnaval. On a tous les codes du carnaval, mais on n’en a pas le répertoire. Nous ne faisons pas de chansons à boire, ni de chansons grivoises. C’est quoi le carnaval ? C’est le jour des fous en même temps que l’exutoire. C’est le moment où tu vas rire de l’autorité, de l’institution et de la religion, mais dans un cadre libérateur. Le carnaval, c’est le complet lâcher prise.

marcel et son orchestre,franck vandecasteele,mouloud,jean-baptiste jimenez,jb,pierrick viard,bidingue,interview,mandorLes artistes qui font aussi rires ne sont pas souvent pris au sérieux. Cela m’agace un peu.

Franck : Dans tous les domaines artistiques, c’est le même problème. Quand tu fais une comédie, la critique va dire « ce film n’a pas d’autres prétentions que de faire rire ». Je me souviens d’un édito du dessinateur Gotlib (voir photo de gauche), un génie, dans Fluide Glacial. Il répondait à cette injonction : « mais elle est énorme cette prétention de faire rire ». Le ressort comique, c’est de la mécanique de précision. Il faut une métrique parfaite et les sonorités au bon endroit. Dans la chanson, j’ai beaucoup d’admiration pour Gotainer. C’est un maître en la matière. En bande dessinée, je suis immensément fan de Franquin. Il a changé ma vie. Dans Gaston Lagaffe, tout est là. Les considérations écologiques, les cadences infernales au travail… c’est insensé. Je considère que dans la poésie de Gaston, c’est le rebelle parfait.

Vous repassez à l’Olympia le 22 février prochain. C’est une date normale ou il y a un quelque chose en plus dans cette salle mythique ?

Franck : On a fait les quéqués la première fois que l’on a jouée dans cette salle. Je suis parti du principe que c’est plus glorieux de faire 3000 spectateurs dans la Creuse, parce que les gens font en moyenne 250 bornes pour venir au concert, que de de faire complet à l’Olympia. Nous l’avions donc abordé "branleurs". Au moment du concert, il s’est passé un truc curieux. Tu sais, nous, les Marcel, on se claque la bise, mais nous ne sommes pas des tactiles. Nous avons une vraie pudeur les uns envers les autres. Nous sommes des tendres et des affectifs, mais on ne l’exprime pas. On ne va pas se dire « je t’aime », mais on va se charrier et c’est notre façon de nous témoigner de l’affection. Eh bien, ce jour-là, avant de monter sur scène, nous nous sommes pris dans les bras. Cela n’était jamais arrivé. Pas de doute, faire l’Olympia, c’est chargé.

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Après l'interview, le 24 octobre 2019.

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