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12 septembre 2019

Boule : interview pour Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel

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Boule est brillant. Vraiment. Un artiste comme il n’en existe plus beaucoup. Il écrit des textes finement ciselés (expression souvent utilisée, mais qui, dans le cas présent, est parfaitement appropriée). À travers des anecdotes autobiographiques, il propose un récit décalé entre humour et émotion grâce à des chansons poétiques, parfois surréalistes, sur un jeu de guitare précis et riche en influences (Brésil, Grèce, Irlande...) Bref, un Boris Vian qui s’ignore.

Cela faisait un moment que j’observais cet artiste, un peu de loin… peut-être un peu trop de loin, d’ailleurs. A l’écoute de son nouvel album Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel, j’ai compris qu’il fallait se rapprocher pour comprendre le phénomène. (Si vous voulez découvrir le disque, c'est par là que cela se passe.)

Profitant d’un passage dans la capitale, nous nous sommes retrouvés en terrasse d’un café parisien (péruvien, selon les photos), pour une belle conversation dans laquelle l’artiste ne mâche pas ses mots. Boule de talent et de sincérité, donc.

Argumentaire de presse officiel :boule,avion,appareil volant imitant l’oiseau naturel,interview,mandor

Ce nouvel album au titre acronyme, Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel, s’ouvre vers l’extérieur. Un acte artistique prégnant pour quelqu’un contraint jusqu’alors de devoir gérer toutes les étapes de la création.

Aux manettes, on retrouve ici le duo Robin Leduc- Cyrus Hordé (Gauvain Sers, Revolver). Il installe le chanteur dans un écrin classieux et minimaliste, offre de discrètes percées électroniques et fait preuve d’une précision adéquate pour servir au premier plan cette voix si singulière. BOULE, lui, s’envole en duo avec Jeanne Rochette pour «abandonner là les hommes indolents et le désordre structurel » (« Avion »), joue de l’ironie du macabre (« Tout le monde »), assume sans complexe ses retards à répétition (« Je prends le temps »), incarne l’homme bipolaire (« Bicéphale ») et le bienveillant conscient de la méchanceté gratuite (« L’ours polaire »), se cogne à un indifférent de la beauté du monde (« Les pizzas »), invente un territoire pour les puissants qui se gavent à outrance (« Welcome in Hippopotamie », avec Lucrèce Sassella), met en musique un texte de Richard Destandau sur les élans de la nature (« Le lierre et la ronce »). Et quand il se remémore son ami d’enfance, le traitement intimiste impulsé devient universel. Parce qu’on a tous connu un « Franckie ». Définitivement, BOULE de tendresse.

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(Photo : Thibaut Derien)

boule,avion,appareil volant imitant l’oiseau naturel,interview,mandorInterview :

Je crois me souvenir que tu m’avais dit que tes chansons étaient toutes autobiographiques. C’est rare qu’un artiste avoue cela.

Mes chansons sont toujours inspirées de ma vie et de ce que j’observe. C’est mon regard singulier sur une époque. De toute façon, il me semble que toute l’œuvre d’un artiste est en lien avec sa biographie.

Tes histoires sont toujours décalées… entre humour et émotion. C’est un numéro d’équilibriste ?

Je cherche toujours à provoquer deux sentiments. Je ne veux pas qu’une chanson soit comique avec uniquement des blagues. Je préfère faire s’entrechoquer un récit intimiste sensible avec des mots inattendus qui vont paraître humoristiques ou fantaisistes.

C’est le cas d’« Un ours polaire ». Tu finis la chanson en chantant : « va te faire enculer par un ours polaire ». Tu racontes l’histoire d’un petit chef teigneux au management cruel.

On peut croire que je tiens des propos grossiers, mais ce n’est pas moi qui les tiens. C’est le personnage qui est dans la situation d’être harcelé et abusé moralement par un petit patron de merde. La victime est quelqu’un de sensible qui véhicule des valeurs comme la gentillesse, la tendresse et la fraternité. Poussé dans ses retranchements, cet homme est obligé de devenir violent et grossier car il ne supporte plus la condition dans laquelle il est.

Clip de "L'ours polaire", extrait de l'album "Appareil volant imitant l’oiseau naturel ».

L’argumentaire de presse indique que ton regard sur les humains est amusé et tendre. Je ne le trouve pas si tendre que cela. Est-ce que tu trouves « Welcome in hippopotamie » et « Les pizzas » tendres ?

Non, tu as raison. Mon regard sur les humains et de moins en moins tendre. Avec l’âge, mon regard sur eux en tant qu’espèce, je le supporte de moins en moins. Les masses sont plus agaçantes qu’un individu en particulier. Dans son parcours, un individu, on peut toujours lui trouver des explications et des excuses. En ce moment, j’avoue, je suis très agacé.

Tu es agacé par quoi par exemple ?

Ça n’a rien à voir, mais le dernier truc qui m’a vraiment énervé, c’est qu’Augustin Trapenard reçoive dans son émission le rappeur Niska. Le mec est double disque d’or en 2 semaines, donc France Inter, qui fait désormais du jeunisme, se sent obligé de l’inviter. Pour cette radio, faire du jeunisme ne veut pas dire attirer les jeunes avec de la qualité, mais leur proposer ce qu’ils aiment déjà. Du coup, on se retrouve à écouter un type qui ne dit pas beaucoup de choses intéressantes à 8h30 du matin. Ca m’a énervé parce qu’il prend la place à des artistes qui font de la qualité. Cette émission m’a convaincu de ne plus écouter la radio.

Clip de "AVION" (featuring Jeane Rochette), extrait de l'album "Appareil volant imitant l’oiseau naturel ».

Je trouve que tu as un talent fou dans l’écriture et la composition, mais que tu n’es pas assez reconnu. Tu souffres de ne pas être du tout médiatisé ?

Ca dépend des moments. Grace à mon tourneur, Cyrille Cholbi, qui bosse super bien, j’ai la chance de faire beaucoup de concerts. Grace à cela, je vis de la musique, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Il y a eu des moments où j’étais vraiment pauvre et où je galérais, là je suis intermittent du spectacle, donc je ne peux pas dire que je souffre de quoi que ce soit. Je trouve ça injuste qu’il n’y ait aucun accès aux médias, pas uniquement pour moi, mais pour plein d’autres chanteurs de ma génération et de celle qui arrive. Il y a une telle diversité qualitative qu’il est ahurissant de ne pas avoir d’ « endroits » pour la mettre en avant. On entend soit les vieux qui sortent un énième album pas intéressant ou des jeunes qui font de la musique urbaine. Ça manque de variété.

Souchon sort dans quelques jours un nouvel opus. Tu penses à lui quand tu parles des « vieux qui sortent un énième album » ?

Non, il y en a d’autres… Le fait que Souchon sorte un album, ça ne me gêne pas. Il n’y a pas d’âge pour être productif. Victor Hugo a continué d’écrire jusqu’à 81 ans. Je dis juste qu’il n’y a pas beaucoup de place pour la découverte hors musique urbaine. Augustin Trapenard pourrait tous les matins ou au moins une fois par semaine prendre trois minutes pour présenter un inconnu. Il ne le fait pas. Pour moi, c’est comme si un chef d’un grand restaurant décidait de ne faire que ce qui se vend le plus, donc devenir un Mac Do. Par exemple, je trouve scandaleux qu’un artiste comme Nicolas Jules, qui écrit des putains de bonnes chansons et qui vient de sortir un nouvel album, ne soit médiatisé nulle part. Avec le talent qu’il a, est-ce normal qu’on ne l’entende nulle part ? Et Brigitte Fontaine ? Elle a eu très peu d’expositions médiatiques, sauf quand elle a fait quelques coups d’éclat. Elle est devenue une bonne cliente pour faire le buzz et la faire passer pour une folle.

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(Photo : Thibaut Derien)

Brigitte Fontaine, elle fait partie de ta famille artistique de cœur ?

Et comment ! C’est une des grandes auteures de la chanson de notre époque. Elle est une légende vivante. C’est une des personnes les plus libres que je connaisse.

Toi aussi, tu me parais très libre.

J’essaie de l’être, mais j’ai l’impression que ce n’est pas quelque chose que l’on décide forcément. J’ai une incapacité à être autrement. Je me suis très vite rendu compte que j’étais inadapté à un travail et surtout à quelqu’un qui me donne des ordres. J’ai un rapport à l’autorité qui est complètement inexistant. J’ai pris ma liberté à bras le corps, mais je n’aurais jamais pu faire autrement.

Dans « Bicéphale », tu te décris à la fois comme quelqu’un de tendre et de colérique. Es-tu lunatique ou bipolaire ?

Je ne sais pas, mais comme beaucoup de gens, je suis deux. On a tous plusieurs facettes. Il est vrai que je suis capable d’être très en colère, très virulent parfois dans mes propos, pourtant, je te le répète, je n’en veux à personne. Dans « Bicéphale », à la fin, j’explique que j’ai retrouvé une forme de sérénité et de calme intérieur grâce à ma compagne. Elle m’a vraiment beaucoup apaisé.

Tu me parles de ta compagne, ça me fait penser qu’il n’y a aucune chanson d’amour dans ce disque.

Une vraie chanson d’amour qui soit premier degré, je n’en ai jamais écrit.

Par pudeur ?

Probablement. Et puis, j’estime qu’une déclaration, ça se fait de vive voix, en face à face.

Dans « Je prends le temps », la musique est d’inspiration brésilienne. Je connais l’œuvre de Robin Leduc, je suis sûr que ce rythme vient de lui…

C’est un terrain sur lequel nous nous sommes bien entendus. J’adore la musique brésilienne. J’ai même étudié en 2000 la guitare brésilienne à l’école ATLA à Paris. Quand j’ai écrit « Je prends le temps » (d’être en retard), c’était une évidence qu’il y ait cette nonchalance brésilienne. Sur scène, je la joue comme une marche carnavalesque brésilienne. Robin Leduc, lui, a insufflé un rythme de samba.

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(Photo : Thibaut Derien)

C’est Robin Leduc et Cyrus Hordé qui ont réalisé et ont fait les arrangements de ce nouveau disque.

On a commencé par écouter mes maquettes en guitare-voix et, après de nombreuses discussions sur comment j’envisageais la musique, je leur ai laissé les mains libres J’ai eu raison d’avoir confiance en eux. Ils ont fait un très beau boulot.

C’est bizarre d’écouter ses chansons « habillées » par d’autres ?

Oui, surtout quand elles sont bien habillées. Quand il y a une vraie transformation, c’est très enthousiasmant, à tel point que c’est la première fois que j’ai beaucoup aimé mes chansons en les écoutant… Comme si elles n’étaient pas de moi. C’est la première fois que je laissais quelqu’un aux manettes, je ne suis pas déçu.

La chanson « Le lierre et la serre » est la seule que tu n’as pas écrite. Le texte est signé Richard Destondau. On comprend que la nature reprend ses droits quand on en prend soin. Es-tu écolo ?

Aujourd’hui, être écolo, c’est comme si on était différent, alors qu’en fait, c’est juste normal. C’est de ne pas l’être qui devrait être contre-indiqué et qui devrait étonner les gens.

"Tout le monde", extrait de l'album "Appareil volant imitant l’oiseau naturel »
Scopitone extrait de la série réalisée par David Vallet
http://www.scopitoneisnotdead.com
http://facebook.com/scopitoneisnotdead

Dans « Tout le monde », tout le monde y meurt à la fin… et dans « Atome par atome », tu évoques aussi la mort. C’est un sujet qui te traumatise ?

C’est insupportable. Je vois le temps qui passe de manière inexorable. J’ai 46 ans, je vais vers la cinquantaine et je n’ai rien vu. C’est affreux. J’ai l’impression d’avoir encore 25 balais.

La scène, est-ce le lieu où tu te sens le mieux ?

Disons que c’est l’un des lieux où je me sens le mieux. J’aime aussi être avec celle qui partage ma vie et avec mes amis autour d’une bière.

Tu as une sacrée connivence avec le public.

En règle générale, j’aime rencontrer les gens et me marrer avec eux. Je n’ai pas envie de leur plomber l’ambiance. J’aime partager la joie et la gaieté avec le public.

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Pendant l'interview...

Ce qui m’amuse le plus, c’est que Boule sur scène ne sourit jamais, tout en étant drôle et sacrément caustique.

Je ne souris pas beaucoup parce que je suis ainsi dans la vie aussi. Quand je sors une blague un peu dérangeante, je vais essayer de ne pas sourire pour voir ce que mes propos provoquent. Et si ça déstabilise, je suis content de mon effet. Dans certaines circonstances de la vie, j’aime bien sortir quelque chose qui n’est absolument pas appropriée à la situation. Si je souriais en le faisant, on devinerait aussitôt que c’est une blague.

Le Boule sur scène, c’est donc le Cedrick dans la vie ?

Disons que le personnage sur scène, c’est moi en exagéré.

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Avec Boule, le 20 mai 2019.

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05 septembre 2019

Hildebrandt : interview pour îLeL

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(Photos : Yann Orhan)

hildebrandt,îlel,mandor,interviewLe 13 septembre prochain, Hildebrandt sortira îLeL, son deuxième album, qui fait suite à Les Animals sorti en 2016, récompensé par le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros. Je l’avais mandorisé pour l’occasion.

En 2019, Hildebrandt revient avec un nouvel album à la fois percussif et très émouvant, dans lequel il ambitionne avec succès de déconstruire les clichés et confondre les genres. Comme l’indique le magazine FrancoFans, sous la plume de Mathieu Gatelier : « Il invoque la recherche d’identité, fait fi des codes établis pour mieux dévoiler cette part de féminité qui l’habite… les douze titres sont une bouteille à la mer qu’on aimerait tous voir échouer dans nos vies ». Bien vu. Ce nouvel album pop rock montre encore une fois la finesse des arrangements dont est capable l'artiste. 

Hildebrandt sera en concert au Studio Garage à Paris le 10 septembre prochain, au Belle du Gabut à La Rochelle les 13, 14 et 15 septembre, à La Boule Noire à Paris le 12 novembre, au Trait d’Union à Mons-en-Baroeul le 23 novembre et au Train Théâtre à Porte-Les-Valences le 17 avril 2020.

A quelques jours de la sortie d’îLeL, Hildebrandt me dévoile les secrets d’un album particulièrement audacieux.

Argumentaire de presse officiel : hildebrandt,îlel,mandor,interview

Depuis son premier album Les Animals en 2016, Hildebrandt a fait du chemin. Après avoir exploré en chanson la recherche d’humanité et la rencontre de sa partie animale, le voilà maintenant en quête de son pendant féminin. Le virage est conséquent, mais la question reste la même : comment trouver sa place quand on ne rentre pas dans les cases ?

Sous des tonalités pop teintées de blues, rock et synthétiques, Hildebrandt étudie son double féminin (Je suis deux, Travesti), s’oppose à l’omnipotence du genre dans les rapports humains (Garde tout bas), et défend l’amour universel libéré des carcans sociaux (Qui de nous, Emilienne).  
îLeL déshabille, démaquille, démasque, et contemple.

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(Photo : Yann Orhan)

hildebrandt,îlel,mandor,interviewInterview :

Je n’aime pas que l’on m’explique le titre d’un disque, mais là, je crois que ça demande quelques éclaircissements…

Depuis de nombreuses années, j’ai été préoccupé par la question du genre. Chez moi, chez mes amis, et encore plus ces derniers temps, de manière inconsciente, par l’actualité. J’ai toujours envie de titiller les aspérités des choses qui sortent un peu de l’ordinaire dans ma personnalité et dans celle des autres. Je me suis beaucoup adressé à mon côté féminin.

Tu as toujours ressenti un côté féminin en toi ?

Depuis l’enfance. Au moment de construire cet album et ce répertoire, j’ai eu l’envie et l’opportunité de m’isoler pour écrire et composer. La première opportunité a été de pouvoir m’isoler en Lozère grâce à Olivier Alle, du festival de Langogne, Festiv’Allier. Je suis resté isolé quatre jours en pleine forêt dans un endroit sans chauffage et sans électricité. J’étais à côté d’une étape connue du chemin de Robert Louis Stevenson dans les Cévennes, donc j’ai lu son livre « Voyage avec un âne dans les Cévennes » (1869) et « L’île au trésor » (1883). A travers ces deux rommans, j’ai fait le parallèle entre la forêt et l’île. Comme j’avais envie de continuer à m’isoler, j’ai décidé d’aller une semaine en résidence d’écriture sur l’Île d’Oléron et une semaine de résidence d’écriture sur l’Île-D’yeu. C’est lors de cette troisième résidence d’écriture qu’il m’a paru évident que la symbolique de l’île pouvait rejoindre l’état d’esprit dans lequel j’étais lors de la création des chansons.

C’est une sacrée dualité !

J’ai toujours était fasciné par les dualités et les ambivalences. En création, je me rends compte que j’ai besoin de m’isoler et j’ai besoin d’être ouvert aussi. J’ai besoin de me protéger et j’ai besoin de me mettre en danger. Je tutoie mon côté masculin et mon côté féminin. J’ai trouvé le parallèle avec l’insularité. C’est là que l’idée d’appeler mon disque îLeL m’est venue. C’était à la fois l’évasion avec les ailes ainsi que le repli et l’isolement avec l’île et puis le masculin et le féminin. La double dualité.

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Tu es allé plus loin que ton disque pour continuer à questionner tout cela. hildebrandt,îlel,mandor,interview

J’ai fait un film où j’ai questionné des artistes qui sont en lien avec l’insularité. J’ai pu rencontrer notamment François Morel, Dominique A, François Atlas, Lescop, Laura Cahen, Féloche et Halo Maud… C’est un court métrage de 20 minutes que l’on pourra voir en complément de mes concerts. On le mettra en ligne dans pas longtemps. La musique est un prétexte pour raconter mes préoccupations en tant qu’artiste, mais là, j’ai trouvé un autre biais.

Quand j’ai reçu ton nouveau disque, j’ai commencé par écouter « Docteur » et je me suis dit immédiatement que c’était dans la mouvance du précédent. Ensuite, en écoutant les autres chansons, j’ai changé d’avis. C’est le changement dans la continuité…

En faisant les titres de cet album, j’ai eu la volonté d’avoir quelques chansons qui étaient dans la filiation de la chanson, « Les animals », du précédent album portant ce titre. Cette chanson était la seule à avoir ce gros riff rock’n’roll qui donne la mélodie du chant à l’unisson… J’en ai fait trois de même facture sur mon nouvel album.

De quoi parle « Docteur » ?

Je suis parti du pessimisme et de la peur ambiante. Les gens ont tout le temps besoin de se soigner. La sonorité un peu afro me donnait envie de m’adresser au docteur en le tutoyant. Ça m’est venu comme ça.

Dans « Garde tout bas », tu dis « j’emmerde la morale quand elle met des bornes au féminin ». Il faut combattre les normes ?

Parfois, je suis bêtement anticonformiste. Les normes, il faut les combattre ou, au minimum, en jouer. Elles sont utiles parce qu’à partir du moment où on vit avec les autres, il faut bien des codes communs. Juste, je dis qu’il faut s’en méfier.

Clip de "Je suis deux" (avec Ava Baya).

hildebrandt,îlel,mandor,interview« Je suis deux », c’est un peu le même sujet que « Garde tout bas ». Tu parles encore du genre.

Là, ce n’est pas la part de féminité de l’ami à qui je m’adresse, mais c’est la mienne. La masculinité et la féminité ne sont pas étanches.

C’est à la mode de parler de genre, de transgenre…

Je te le répète, je me suis fait influencer par l’actualité, même si c’est un sujet qui me tient à cœur depuis longtemps. On a connu une petite révolution avec le mariage pour tous et je trouve que c’est bien de souligner les avancées positives. En tant qu’hétérosexuel, je trouve qu’il y a des avancées, mais peut-être qu’un homosexuel dirait le contraire…

Dans « Travesti » aussi, tu poses la question du genre. Tu n’as pas peur que l’on dise que tu es un homo refoulé ?

Je ne me pose pas la question et ça ne me dérange pas si on pense ça. De toute façon, ça fait longtemps que je m’amuse avec ça.

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Pendant l'interview...

Il y a trois chansons qui parlent de morale dans ton disque.hildebrandt,îlel,mandor,interview

Maintenant que tu me le dis, je m’en rends compte en effet. Ce mot est aussi dans ma chanson « Les animals ». Il y a des mots qui me plaisent parce qu’ils sont forts de sens, ils sont symboliques et ils ont une sonorité. Par exemple, le mot qui revient le plus dans mes chansons, c’est « chien ». A un moment, je l’utilisais dans une chanson sur deux sans m’en rendre compte. C’est encore une question de dualité. Le chien est le meilleur ami de l’homme et en même temps, c’est une insulte : « Sale chien ! ». Ca rejoint mon questionnement sur la morale. Qu’est-ce qui est propre ? Qu’est-ce qui est sale ? Qu’est ce qui est bien ? Qu’est-ce qui est mal ? Pour moi, chien et morale, c’est la même chose.

Dans « Si ça va » et « Revers », tu évoques la danse. Sujet déjà traité dans ton précédent disque.

Si je parle de danse, c’est pour parler d’abord du corps. La vérité et la sincérité, c’est le corps d’abord. C’est ce que j’ai dit dans « Les animals ». Les êtres humains sont des animaux et on l’oublie bien souvent. Dans « Revers », je parle d’assumer son corps et ses maladresses et dans « Si ça va », je parle plus du fait que pour avancer il faut être optimiste et savoir danser.

Dans îLeL, il y a des chansons dansantes et d’autres émouvantes comme « Emilienne », qui parle de ta grand-mère, « Qui de nous », qui évoque ta fille et « Vingt », que tu dédies à ta femme.

Ce sont les trois femmes de ma vie les plus importantes. Dans cet album, j’ai fait beaucoup de chansons qui s’adressent aux gens que j’aime. Tout comme le premier, j’ai fait ce deuxième album avec Dominique Ledudal, un réalisateur de renom devenu un de mes meilleurs amis. On a enregistré le disque à Paris sauf les voix que l’on a fait à La Rochelle. Pour la chanson « Vingt », le premier jour, on n’y arrivait pas. Dominique me disait que rien ne se passait et qu’il fallait recommencer le lendemain. La fatigue aidant, on commence la journée par ça et je commence à sentir la sincérité de la chanson. Soudain, je me suis mis à pleurer sans pouvoir m’arrêter. On a été obligé d’arrêter la session car j’étais envahi par l’émotion. Je n’arrivais pas à chanter. Au bout d’un moment, avec l’aide de Dominique, j’y suis parvenu. L’émotion s’entend dans l’enregistrement. C’est sans doute la chanson la plus personnelle de l’album.

Ces chansons personnelles sur les femmes que tu aimes, tu les chantes pour leur faire plaisir ou pour te faire plaisir ?

Pour leur faire plaisir, mais je crois qu’il y a aussi une part de narcissisme là-dedans. On se fait plaisir en voyant l’émotion que ces chansons suscitent aux intéressées.

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Pendant l'interview...

hildebrandt,îlel,mandor,interviewDans les chansons « Attends » et « Cannibale », tu te présentes comme un ogre. C’est comme ça que tu te vois ?

Oui, parce que je suis un bon mangeur et que ça se voit. Les émotions peuvent un peu vampiriser et je sens un peu ça chez moi. A cause du temps qui passe, j’ai besoin de tout garder en moi parce que j’ai peur que ça s’en aille trop vite. Je me sens parfois ogre à vouloir retenir, manger, ingurgiter ce qui passe.

Enregistrer des disques, c’est retenir ?

Oui.

Tu as deux invités dans ton disque, la chanteuse du groupe This Is the Kit, Kate Stables et Albin de la Simone.

Commençons par la chanteuse parce que j’ai vraiment craqué sur sa voix. Elle fait les chœurs sur six chansons et elle est en duo avec moi dans « Attends ». Ensuite, je voulais un pianiste de renommé qui connaisse bien Dominique Ledudal. En fait, c’est lui qui m’a proposé de travailler avec Albin de la Simone. Il a joué sur cinq titres. Ça a été un vrai bonheur. A un moment, je lui parle d’une chanson de Raphael que j’aime bien, « Terminal 2B », dans l’album Pacifique 231. Ça commence par une batterie pleine de reverb et un piano qui faisait un son très saccadé que j’adorais. Pour ma chanson « Vingt », j’avais très envie de quelque chose de similaire. J’explique ça à Albin pour qu’il comprenne ce que je voulais précisément. Au bout d’un moment, il réalise que c’est lui qui était au piano dans « Terminal 2B ». Parfois, il n’y a pas de hasards. Avoir Albin de la Simone au piano est une vraie plus-value. C’est un magnifique pianiste.

Parlons de ton look et de tes visuels. Tu te présentes désormais habillé en costard rouge. hildebrandt,îlel,mandor,interview

Je voulais avoir une image assez rock et en lien avec l’éventuel exotisme que peut nous inspirer l’insularité. C’est aussi revenir au corps et à la vie. Le rouge, c’est violent, mais c’est la vie et le sang.

Tes deux albums ne sont pas aux antipodes, ils sont même complémentaires je trouve.

Les premières personnes à qui j’ai fait écouter les chansons de îLeL, deux professionnels, m’ont dit qu’elles étaient dans la continuité du premier. Pour le troisième disque à venir, je me pose la question de rester dans la continuité ou de tout bouleverser. Je ne sais pas tourner les pages, je suis toujours dans des histoires dans le long terme. Je n’arrive pas toujours à anticiper, analyser et à réfléchir les choses, c’est souvent très organique, je reste donc dans la continuité.

Tu es content quand tu entends cet album ?

A part pour ma voix, oui. Je me pose toujours des questions sur ma voix, je ne l’aime pas trop. Mais faire cet album a été un bonheur véritable, je t’assure. Constater que tout ce que j’avais imaginé a fonctionné m’a rendu fier. Je n’avais jamais été aussi heureux en studio. Je vis une période où je ne me suis jamais senti aussi épanoui et accompli artistiquement. Je me sens heureux dans ce que je construis en tant qu’artiste.

Tu arrives à te considérer comme un artiste ?

Je n’ai pas honte de dire que je suis un artiste. Ce n’est ni un gros mot ni un mot sacralisé. Un artiste, c’est quelqu’un qui fait de l’art. L’art, c’est une production humaine dont le seul but est de créer de la beauté. C’est ce que j’essaie de faire.

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Hildebrandt et ses musiciens : Pierre Rosset, Anne Gardey-Des Bois et Emilie Marsh.

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03 septembre 2019

Sophie Le Cam : interview pour l'EP Veuillez croire

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(Photo : David Desreumaux/Hexagone)

sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandorSophie Le Cam sort son deuxième EP, Veuillez-croire, demain. Les articles de presse la concernant disent que ses chansons sont à mi-chemin entre Renaud et Philippe Katerine. Comparaison n’est pas raison… mais dans le cas présent, un peu quand même. La chanteuse au regard acéré et d’une extrême lucidité écrit principalement sur les gens, le couple, le temps qui passe et l’enfance. A travers sa vie, elle raconte nos vies. Souvent la réalité rejoint l’absurde, c’est rare dans une même chanson.

Je l’avais déjà mandorisé pour son premier EP, Les gens gentils, il y a deux ans, j’ai été ravi de la rencontrer une nouvelle fois le 22 août dernier en terrasse sur la place de la République. Sophie Le Cam mérite VRAIMENT d’être plus haut qu’elle ne l’est actuellement. Je trouve même que ce n’est pas normal qu’aucune personne du métier ne l’ait encore repéré. On a besoin d’artistes comme elle, toujours en autodérision, pour nous distraire de ce monde pas toujours très beau (ah bon ?)

Biographie officielle :sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandor(photo à droite : Chloé Kaufmann)

En 1987, profitant de l’essor irrésistible du minitel en France, Sophie Le Cam nait au nord de la Loire et au sud de la Manche. En 2001, elle est vice-championne de France de badminton des collèges par équipe, ce qui ne l’empêche pas d’écouter Renaud, mais beaucoup, vraiment. Elle ne le sait pas encore mais l’obtention, en 2005, du Bac ES option maths avec mention très bien, ne lui sera d’aucune utilité. Finalement, on retrouve Sophie Le Cam au conservatoire d'art dramatique du 9eme arrondissement de la capitale de la France. Elle y apprend à jouer, ce qu’elle savait faire spontanement quand elle était petite, mais elle avait oublié depuis, c’est pour ca. Trêve d’enfantillages, penchons-nous sur l’essentiel, l’année 2014, ou Sophie Le Cam devient chanteuse. Cette année-la, elle écrit donc ses premières chansons, obtient le deuxieme prix Interprète de Le Mans Cite Chanson, fait la première partie de Loic Lantoine au Festival de Marne, est programmée aux Trois Baudets et chante en direct dans l'émission « A'live » de Pascale Clark sur France Inter.

En 2016, elle sort un premier EP intitulé Les gens gentils. Depuis, 5 clips plus chatoyants les uns que les autres sont sortis sur les internets et de nombreux concerts en trio, avec Antoine Candelot (guitare, claviers, percussions) et Palem Candillier (guitare aussi mais pas la même, ils ont chacun la leur) sont offerts contre de l’argent à un public toujours plus nombreux, sauf parfois. En 2018, sa déclaration d'amour chantée à André Manoukian est relayée par Laurent Ruquier aux Enfants de la télé et Michel Drucker retweete son clip « Tous les Michel » dans lequel elle parle de tous les Michel. Cette même chanson est diffusée par Emilie Mazoyer dans l’emission « Musique » sur Europe 1, mais pas en entier. En 2019, la sortie de son deuxième EP intitulé Veuillez croire lui vaudra d’être interviewée par France Bleu Picardie en raison de ses origines et il sera relayé par les magazines Héxagone, Francofans et Longueur d'ondes en raison de sa qualité artistique. Avec candeur et impertinence, elle y développe d’une voix percutante un univers rétro-sixties, tendre et décalé, qui n’est pas sans rappeler Renaud, Dutronc ou Philippe Katerine. Artiste engagée, Sophie Le Cam réhabilite le port de la cagoule en laine. Veuillez croire.  

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(Photo : Chloé Kaufmann)

Pour écouter l'EP, c'est ici que ça se passe!

sophie le cam,veuillez croire,ep,interview,mandorInterview :

Il était temps que tu sortes un deuxième EP !

Quand tu sors un premier disque avec beaucoup de candeur et de naïveté, tu finis par mettre du temps à sortir un deuxième disque qui soit réfléchit et cohérent avec ce que le projet est devenu. Entre le Les gens gentils et Veuillez croire, le projet a grandi.

Et il faut trouver de l’argent.

Voilà. Il faut également trouver les bonnes personnes avec lesquelles travailler. J’ai aussi appris à connaître le métier et le milieu beaucoup plus intensément. Ca a changé beaucoup de choses sur le plan logistique, organisationnel et sur l’entourage professionnel. C’est tout cela qui a pris trois ans.

Tu as enregistré ce nouvel EP en Picardie.

La majeure partie des instruments a été enregistrée pendant une semaine dans cette région avec le réalisateur Chadi Chouman (guitariste de Debout sur le Zinc), notamment toutes les batteries, les guitares, les claviers et une partie des instruments additionnels. C’est à Paris que nous avons enregistré toutes les voix et d’autres instruments additionnels.

Quand j’ai écouté l’EP, je me suis rendu compte que je les connaissais toutes parce que tu les chantes déjà sur scène (accompagnée de ses deux excellents et drôles musiciens, Antoine Candelot et Palem Candillier).

J’ai besoin d’éprouver les chansons sur scène. Je serais super angoissée de sortir un disque avec des chansons non testées devant un public. En les interprétant souvent, au bout de quelques prestations, il m’arrive d’avoir des idées de nouveaux arrangements ou de nouvelles structures. Une chanson, c’est vivant… j’essaie d’enregistrer la meilleure version.

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(Photo : Chloé Kaufmann)

J’ai l’impression que tu commences à prendre de l’importance dans le milieu de la chanson. Alors que ton EP sort le 4 septembre, j’ai déjà lu des articles dithyrambiques dans FrancoFans, Hexagone, Longueurs d’Ondes, Ouest France, France Bleue…

Ça m’encourage à continuer. Dans le réseau chanson, ça commence effectivement à devenir intéressant, mais j’espère élargir à d’autres réseaux.

Je pense qu’il faudrait que les « décideurs » de ce métier fassent l’effort de venir te voir sur scène où tu exploses réellement. C’est drôle, audacieux, culotté, déjanté et émouvant. Personnellement, je suis venu trois fois en un an. Et chez moi c’est rare…

Je sais que si je peux convaincre, c’est par la scène, mais c’est difficile de faire venir les gens du métier.

Il te faudrait un tourneur à présent.

Oui, parce que j’ai fait le tour des caf’conc parisiens. Pour se développer ailleurs, seule, c’est un peu compliqué.

J’aime beaucoup ton sens rare de l’absurde, même dans ton disque. « Tous les Michel » et « Sujet limite », il faut oser les enregistrer. Je n’aime pas les comparaisons, mais quand on dit de toi que tu es la Katerine au féminin, ce n’est pas tout à fait faux.

Quand j’écoute Philippe Katerine sur disques, je constate qu’il n’hésite pas à inclure des chansons courtes surréalistes alors qu’à priori, on se dit qu’elles ne fonctionneraient que sur scène. Antoine Sahler (mandorisé ici) aussi a fait ça sur son dernier album. Il a des plages très courtes entre les chansons. Je trouve que ça aère le disque et c’est très agréable.

Tu écris des chansons qui peuvent parfois paraître drôles, mais qui ne le sont pas vraiment. « La loose » par exemple. Tu y parles de la condition d’une artiste qui pointe à Pole emploi, d’une rupture…

La situation dans laquelle j’étais quand j’ai écrit cette chanson n’était pas drôle du tout. J’étais en phase de dépression. On a fait un clip un peu kitch et déjanté pour désamorcer tout ça.

Réalisé par Sophie Le Cam et Fabien Drugeon. Avec: Boris Vernis et Bertrand Carbonneau.

Dans « Le couple, la banlieue, les enfants, le dimanche », tu projettes une vision du couple peu attractive.

Je ne suis pas contre la vie de couple, mais c’est quand il y a tout ça assimilé que ça devient problématique (rires). Enfin, je trouve ça à la fois beau et à la fois très angoissant. Je ne me moque de personne précisément, mais un peu de moi-même, parce que tout le monde peut se retrouver un jour dans ce cas de figure. Dans mes chansons, il n’y a jamais de jugement de toute façon.

Tu as écrit une chanson sur ta nièce, « Margaux ».

C’est aussi une chanson très mélancolique sur le temps qui passe trop vite. On ne fait que passer dans ce monde…

Dans « Deauville-Paris », tu parles d’une histoire d’amour qui a foiré. Finalement on s’en relève.

Non seulement on s’en relève, mais on se dit : « Pourquoi je me suis mise dans cet état ? » 

Clip de "Sujet limite". Réalisation: Sophie Le Cam
Avec: Boris Vernis, Pierre Antoine Combard, Etienne Fischer. Image: Seb Houis

Dans « Sujet limite », chanson très Dutronnienne, tu as convoqué la Torah, le Coran et la Bible… Tu dis des choses sans les dire franchement. C’est malin.  

Je souhaiterais qu’on nous laisse un peu tranquille avec les religions et qu’on laisse les religions tranquilles aussi. J’aimerais que tout cela ne soit pas un sujet et que quand cela en est un, qu’il ne soit pas un sujet limite.

Parlons de ta pochette très kitch. Tu as toujours fait gaffe aux visuels.

C’est Chloé Kaufmann qui a réalisé la conception visuelle et la photographie. L’image est un media par lequel j’arrive à faire passer quelque chose que je ne pourrais pas faire passer par l’écoute, donc ça m‘intéresse énormément.

Désormais, j’ai remarqué aussi qu’il y a une identité dans tes clips.

J’essaie de faire en sorte que tout soit cohérent. Les chansons, les visuels, les clips…

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Après l'interview, le 22 août 2019.

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01 septembre 2019

Thomas Gunzig : interview pour Feel Good

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thomas gunzig,feel good,au diable vauvert,interview,mandorThomas Gunzig est depuis quelques années une figure littéraire et médiatique majeure en Belgique. J’aime tellement son œuvre que je l’interviewe le plus souvent possible. Une première fois en 2013, là, pour l’excellent Manuel de survie à l’usage des incapables et plus récemment en 2017, pour un magnifique roman d’amour, drôle, lyrique, cruel, sombre et optimiste, La vie sauvage. Une réflexion profonde sur la sauvagerie de notre époque qui ne m’a pas laissé indifférent. Cette fois-ci, l’auteur revient avec « un roman en abyme où humour noir et fatalisme côtoient rage de vivre et espoir sans faille, Feel Good (au Diable Vauvert) ne pouvait porter meilleur titre. Alternant des passages hilarants sur le phénomène littéraire du moment et description lucide de son temps, Gunzig parvient, avec beaucoup d’intelligence, à croiser son roman avec celui de son héroïne, pour mieux s’amuser de la littérature et brosser son époque. » (dixit le site anneetarnaud.com)

Le 22 aout dernier (jour même de la sortie du roman), j’ai rejoint Thomas Gunzig, au Zimmer, une brasserie parisienne, pour évoquer ce feel-good book qui est loin de n’être que ça.

4eme de couverture :thomas gunzig,feel good,au diable vauvert,interview,mandor

« Ce qu’on va faire, c’est un braquage. Mais un braquage sans violence, sans arme, sans otage et sans victime. Un braquage tellement adroit que personne ne se rendra compte qu’il y a eu un braquage et si personne ne se rend compte qu’il y a eu un braquage, c’est parce qu’on ne va rien voler. On ne va rien voler, mais on aura quand même pris quelque chose qui ne nous appartenait pas, quelque chose qui va changer notre vie une bonne fois pour toutes. »

Quel est le rapport entre un écrivain sans gloire, le rapt d’enfant et l’économie de la chaussure ?
Vous le saurez en lisant la nouvelle satire sociale de Thomas Gunzig.

À propos de l'auteur :

Thomas Gunzig, né en 1970 à Bruxelles, est l’écrivain belge le plus primé de sa génération et il est traduit dans le monde entier. Nouvelliste exceptionnel, il est lauréat du Prix des Éditeurs pour Le Plus Petit Zoo du monde, du prix Victor Rossel pour son premier roman Mort d’un parfait bilingue, mais également des prix de la RTBF et de la SCAM, du prix spécial du Jury, du prix de l’Académie Royale de Langue et de Littérature Française de Belgique et enfin du très convoité et prestigieux prix Triennal du Roman pour Manuel de survie à l’usage des incapables. En 2017 il reçoit le prix Filigranes pour son roman La Vie sauvage. Star en Belgique, ses nombreux écrits pour la scène et ses chroniques à la RTBF connaissent un grand succès. Il a publié et exposé ses photos sur Bruxelles, Derniers rêves. Scénariste, il a signé le Tout Nouveau Testament aux deux millions d’entrées dans le monde, récompensé par le Magritte du meilleur scénario et nominé aux Césars et Golden Globes. Sont aussi parus au Diable vauvert, ses romans : 10 000 litres d’horreur pure, Assortiment pour une vie meilleure, Et avec sa queue il frappe.

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(Photo : Hannah Gunzig)

thomas gunzig,feel good,au diable vauvert,interview,mandorInterview :

Dans ton nouveau livre, tu donnes ta définition d’un feel good book : « Un livre pour se sentir bien. En gros, on doit présenter la vie sous un angle positif, faire des portraits de personnages qui traversent des épreuves compliquées mais qui s’en sortent grandis. Ce sont des histoires dans lesquelles l’amitié triomphe de l’adversité, dans lesquelles l’amour permet de surmonter tous les obstacles, dans lesquelles les gens changent, mais aussi pour devenir meilleurs que ce qu’ils étaient au début ». As-tu appliqué tout cela dans ton livre ?

Oui et non. Je raconte l’histoire de personnes qui sont dans des difficultés réelles et qui finiront par en sortir en étant peut-être meilleures à la fin. Par contre, dans l’écriture, ce n’est pas réellement du feel good.

Comment ça dans l’écriture ?

Dans le vrai pur feel good, l’écriture doit être stéréotypée. L’usage du lieu commun... Moi, j’essaie quand même de développer un certain niveau littéraire.

Tu aimes bien t’attaquer à des genres littéraires et en casser les codes.

C’est vrai que j’ai écrit de l’épouvante, de la science-fiction, du roman d’amour initiatique… Au fond de moi je cherche toujours quelque chose qui me mobilise. Je reprends les mots d’André Breton, je recherche « l’étincelle motrice » et puis j’y vais.

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Pourquoi le feel good cette fois-ci ? thomas gunzig,feel good,au diable vauvert,interview,mandor

Parce que quelqu’un m’a dit : « Thomas, si tes livres ne marchent pas très bien, c’est parce que tu racontes des histoires vraiment bizarroïdes et parfois très violentes. Ce qui marche, c’est le feel good… tu devrais essayer. » J’ai donc essayé, mais à ma façon, en y glissant des thèmes qui me tenaient à cœur. Notamment la question de l’argent dans la classe moyenne fragilisée. Je fais de la radio, j’écris des scénarios, des livres, des pièces de théâtre… mais les apparences sont trompeuses, je fais partie de cette classe moyenne fragilisée depuis 25 ans. Je suis tributaire des commandes des autres et tout peut s’arrêter pour moi du jour au lendemain.

Il y a donc beaucoup d’angoisses personnelles dans celles de tes deux héros, Alice et Tom ?

Oui, mais ce sont des angoisses dont je parle aussi beaucoup autour de moi. Quand j’ai commencé ce livre, il y a deux ans, j’avais eu une commande de scénarios de manga comics et elle s’est arrêtée brusquement à cause du dessinateur. Je comptais dessus pour finir l’année financièrement. Il ne me restait que 3000 euros pour tenir trois mois. Les impôts arrivaient, c’était dur. Aujourd’hui, ça va un peu mieux car je travaille sur un scénario. L’angoisse de Tom, écrivain sans succès, c’est la mienne. Je pars du principe qu’une émotion, même l’angoisse, est toujours un bon sujet de roman.

Donc Tom, c’est complètement toi ?

Oui, franchement. J’écris des livres depuis plus de 25 ans. Comme Tom, je ne suis pas un inconnu, mais je ne suis pas très connu non plus. Quelques-uns de mes bouquins sortent en poche, mais je n’en vends pas assez pour vivre. Je n’ai pas la carte. Je ne vais pas dans les grandes émissions de télé, je n’ai pas la grande presse, je ne suis pas dans les sélections de prix, du coup, qu’on le veuille ou non, se pose la question du talent. Ne suis-je pas en train de complètement me bercer d’illusions ? Si mes livres n’intéressent pas grand monde, ne serait-ce pas parce qu’ils ne sont pas terribles ? Tom se pose ses questions parce que je me les pose. Dans ce livre, je décris, de la manière la plus transparente possible, ces questionnements qui traversent beaucoup d’écrivains.

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(© SAMUEL SZEPETIUK)

thomas gunzig,feel good,au diable vauvert,interview,mandorTom, par ses écrits un peu « bizarroïdes », pensent éventuellement devenir un auteur culte à sa mort.

Je me rassure comme Tom en me disant que quand Herman Melville, Franz Kafka ou John Kennedy Toole sont morts, personne ne les connaissait (rires). Chez Tom, il y a quand même quelque chose qui fait qu’il y croit encore et qui le pousse à chaque fois à remettre le couvert.

Tu évoques aussi ce que vit un écrivain qui n’est pas une star de l’édition.

J’ai trouvé intéressant de parler de ce dont les écrivains ne parlent jamais, c’est-à-dire la solitude dans les salons du livre, la jalousie entre auteurs, l’incompréhension que tu peux ressentir quand tu vois des ouvrages médiocres portés aux nues, le fait d’aller sur Amazon pour voir en quelle position se trouve son nouveau livre…

Parlons d’Alice à présent. Je la trouve très audacieuse.

Quand tu n’as plus d’autres possibilités, tu as de l’audace. Elle n’a plus rien à perdre et elle est fâchée. Elle s’effondre un peu, mais se reprend très vite parce qu’elle a des enfants. Sa colère lui est extrêmement fertile et lui est utile pour la mobiliser.

Pour gagner de l’argent, elle va même tenter la prostitution à son domicile.

Dès le premier client, elle a pris le côté brutal de la prostitution dans la gueule. Ca va la démolir et elle va arrêter immédiatement l’expérience.

Alice ira jusqu’à kidnapper un bébé pour obtenir une rançon. Mais pas de chance…

C’est l’élément déclencheur du livre, mais n’en disons pas plus.

Elle finit par écrire un livre elle-même… qui devient best-seller.

Le succès d’un livre est quelque chose d’extrêmement mystérieux. Il y a certainement du talent, pas toujours. Il y a certainement la machine marketing, pas toujours. Il y a le facteur chance, toujours. Il y a un dosage entre tout ça pour qu’un livre trouve son public.

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Pendant l'interview.

Finalement, Feel good, c’est un livre sur quoi ?

C’est un roman sur la fragilité, la précarité, sur le questionnement des auteurs, sur ce que c’est d’écrire, sur ce que la littérature n’est pas et, je le répète, sur les sentiments négatifs qui traversent beaucoup d’auteurs…

Que penses-tu des émissions littéraires ?

Tout ronronne dans les émissions littéraires, c’est sans doute pour cette raison qu’elles ont tendance à disparaitre. Elles sont très codifiées, les auteurs reçus sont feutrés… il n’y a rien qui dépasse.

As-tu été approché par de grandes maisons d’édition?

Oui. Mais accepter serait une fausse bonne idée. J’ai beaucoup de copains qui publient dans les grandes maisons, Gallimard, Grasset, Seuil. Dans ces maisons, il y a toujours un ou deux écrivains qui se font remarquer, mais pour 30 romans publiés. Si tu fais partie des 28 autres qui n’ont pas marché, c’est bien pire que d’être un bon cheval du Diable Vauvert. J’ai le rêve qu’un jour mes livres se vendent beaucoup et que ce soit dans ma maison d’édition actuelle. J’adore mon éditrice, Marion Mazauric. Si je partais ailleurs, j’aurais l’impression de la trahir.

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Après l'interview, le 22 août 2019, au Zimmer à Paris.

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09 août 2019

Jérôme Minière : interview pour Une clairière

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(Photo : Dan Popa)

Exilé au Québec depuis 25 ans, Jérôme Minière y a construit une belle carrière mais le revoici en France avec Une clairière, signé sur le label monté par Rémy « Chevalrex » Poncet (qui a réalisé ce nouvel album), Objet Disque. « On y retrouve la poésie rare des sons et des mots, abrupte mais lumineuse, d’un des artistes les plus attachants et singuliers de ce côté ou l’autre de l’océan », dixit sa biographie. « Perles pop entêtantes, groove foutraque ou longue balade en clair-obscur, entrer dans Une clairière va donner envie de redécouvrir toute une œuvre synthétisée ici avec brio ».

Comme le rappel très justement le site de Longueur d'Ondes, "Jérôme Minière fut l’un des premiers bedroom producers pop à travailler à la maison en mélangeant hip-hop, lo-fi, séquenceurs, boîtes à rythmes et textes intimes. En redéfinissant ainsi son espace intérieur en territoire pop, il préfigura d’une certaine façon ce qui aujourd’hui est devenu la norme, chacun depuis sa chambre peut produire des chansons."

J’ai déjà mandorisé Jérôme Minière en 2012 pour la sortie de son album Le vrai le faux, nous avions donc abordé son début de carrière et les raisons qui l’ont poussé à s’exiler au Canada… nous n’y revenons pas cette fois-ci. L’homme qui hybride la « French touch » avec la chanson a un beau et sincère discours, comme j'ai pu une nouvelle fois en juger le 9 juillet dernier.

L8M7BaeQ.jpeg.jpgMini bio (officielle) :

Originaire d’Orléans mais installé à Montréal depuis plus de 20 ans, c’est bien malgré nous que l’œuvre complètement unique de Louis Minière s’est progressivement éloignée de la France, ses albums étant très rarement distribués ici. Nous passerons sur la dizaine de très bons disques parus qui, tous à leurs manières, n’ont fait que creuser le sillon ouvert à ses débuts. Nous passerons également vite sur les prix qu’il a obtenu là-bas, notamment ses Felix (équivalents des Victoires de la musique à Québec) en 2002, 2003 ou 2013 comme « Auteur-compositeur de l’année » ou encore « Meilleur album électronique », pour nous concentrer sur son nouvel album, le premier qui sortira réellement en France depuis 1998.

Le disque (argumentaire de presse) :JeromeMiniere_UneClairière_cover.jpg

Une clairière se présente comme l’un des disques de Jérôme Minière les plus cohérents, homogènes et ramassés. On y retrouve la poésie qui a toujours traversé ses titres, ses motifs de prédilections, mais tout se déploie ici dans un clair / obscur qu’on lui aura rarement connu sur l’ensemble d’un disque. Cet album a aussi la particularité de former un diptyque avec Dans la forêt numérique, paru en décembre 2018 au Canada. Une clairière en est le versant le plus abrupt mais reste complètement lumineux. Là où les chansons de Dans la forêt numérique nous conduisaient en douceur de chemins ombragés en sommets plus solaires, Une clairière nous donne à entendre les titres les plus inquiets et émouvants que son auteur ait écrits. Comment ne pas être frappé par la force de certaines images : « J’apprivoise la mélancolie parce que je travaille pour une boîte et pas pour l’horizon» (« Vaste ») ? Le point de jonction de ces deux volets (pourtant complètement autonomes) du diptyque réside dans le morceau d’ouverture, « La vérité est une espèce menacée », présent sur les deux disques mais ici orchestré avec des cordes spectrales. Cette clairière se découvre dès lors comme le disque qui relie le plus intimement Jérôme Minière à ses origines et ses deux albums inauguraux. Le morceau de bravoure de 9 minutes 25, « La beauté », qui ouvre la face B résonne comme un véritable manifeste et nous donne sûrement une clé de lecture de l’ensemble de l’œuvre de Jérôme Minière. À travers ce souci permanent d’équilibre et de justesse, c’est un regard intime et politique sur le monde qui se révèle, qui documente plus qu’il ne commente. C’est de la place d’un auteur en plein cœur d’une époque mais également complètement à part dont il est question : la musique et l’écriture comme terrain de jeux et espace de résistance. Ce sont sûrement ses mots qui mettent le mieux en lumière ce qu’il interroge : « Aujourd’hui la beauté ça n’a pas changé, ça prend toujours l’éternité » (« La beauté »).  

Vous pouvez écouter La clairière ici et Dans la forêt numérique .

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(Photo : Dan Popa)

IMG_2864 (2).jpgInterview :

La première fois que nous nous sommes rencontrés en France, c’était en 2012. Tu n’es plus jamais revenu ici depuis. Pourquoi ?

J’ai eu un point de rupture dans ma vie à ce moment-là qui a fait que j’ai décidé de ne plus bouger du Québec. Il fallait que je sois là pour ma famille. Professionnellement, je me suis plus orienté vers la production. En 2016, j’ai quitté mon label québécois, La Tribu, avec lequel j’étais depuis 15 ans. Ensuite, j’ai réfléchi à la manière de continuer ce métier parce que je ne me sentais plus en adéquation avec l’industrie de la musique actuelle. Pendant ma réflexion, j’ai notamment été compositeur de 8 pièces de théâtre du même metteur en scène. (Note de Mandor : Sur sa fiche Wikipédia, vous pourrez constater que l’homme n’a pas chômé de 2012 à aujourd’hui).

Le théâtre a-t-il influencé ta façon d’écrire ?

Oui, c’est certain. J’ai toujours eu un souci d’éclectisme. Le théâtre a été une forme d’école qui m’a permis d’aller au-delà de mes limites. J’ai dû chanter du Kurt Weill en allemand, reprendre une pièce de Schubert, alors que je ne suis pas super à l’aise pour lire et écrire des partitions. Ça a été de sacrés défis qui ont enrichi mon univers. Ça m’a donné une conscience plus grande de mes limites et de mes qualités, si j’en ai, et de mes défauts.

Clip de "Cascades". Extrait de l'album "Une clairière".
℗ & © 2019 Jérôme Minière under exclusive licence to Objet Disque.

Finalement, tu as fait le choix de l’autoproduction.

C’est aussi un choix me permettant de gagner un peu mieux ma vie. J’ai réalisé que je pouvais devenir un vrai artisan qui contrôle plus ce qu’il fait et qui récupère l’ensemble de ses billes… même dans le monde numérique. Au Québec, il n’y a pas d’intermittence, mais par contre il y a un efficace système de bourse. Comme je suis établi là-bas depuis longtemps, j’en ai obtenu une pour écrire. Ça m’a permis de vivre pendant 6 mois sans prendre trop de contrats externes. J’ai écrit beaucoup de chansons, sans me limiter.

jérôme minière,une clairière,dans la forêt numérique,objet disque,chevalrex,interviewC’est là qu’intervient Rémy « Chevalrex » Poncet.

Il m’a contacté pour un remix d’une de mes chansons. On a tout de suite sympathisé sur WhatsApp. L’été dernier, je lui ai dit à que j’étais en train de préparer un album, mais que j’avais trop de chansons. Je lui ai demandé s’il voulait bien écouter des morceaux pour qu’il me donne des conseils.

Il te connaissait bien ?

On doit avoir 10 ans d’écart, mais il écoutait les artistes du label Lithium quand il était ado, à la fin des années 90. Il en avait gardé des souvenirs très précis. Le travail que l’on a fait sur Une clairière, c’est la rencontre improbable de quelqu’un qui m‘avait écouté à mes débuts et qui est lui-même artiste et moi. On a créé un album à mi-chemin entre le rêve de Rémy et le mien. Il avait plus un travail d’éclairage et de choix par rapport à des choses qui étaient déjà là. Tous ses conseils étaient judicieux. Par exemple, je suis souvent dans la prolifération, mais là, il n’y a que 8 titres, c’est donc un de mes disques les plus condensés… grâce à Rémy.

Clip de "La vérité est une espèce menacée", version de l'album "Dans la forêt numérique". 

La Clairière fait résonnance à l’album québécois de l’année dernière, Dans la forêt numérique.jérôme minière,une clairière,dans la forêt numérique,objet disque,chevalrex,interview

Je considère ces disques faisant partie d’un diptyque parce que les chansons ont été écrites au même moment. La chanson « La vérité est une espèce menacée » figure dans les deux albums, mais pas avec les mêmes arrangements.

J’aime le fait que tu casses les codes. Par exemple, plus personne ne fait de chansons de plus de 10 minutes, comme « La beauté »…

Je ne me l’étais encore jamais autorisé, mais cette fois-ci, je voulais rendre compte d’un certain présent. Le présent que je vis aujourd’hui est très paradoxal, très complexe et insaisissable. Il me fallait beaucoup de mots pour l’exprimer. Et encore une fois, Rémy a trouvé que c’était suffisamment intéressant pour qu’on l’intègre au disque. De mon côté, j’hésitais. C’est lui qui m’a permis d’oser la placer.

Clip de "La beauté". Extrait de l'album "Une clairière".
℗ & © 2019 Jérôme Minière under exclusive licence to Objet Disque.

Dans la chanson « Le beau vide », tu parles de cette facilité que nous avons à mettre notre vie en scène sur les réseaux sociaux ou sur YouTube ?

J’ai peur qu’il y ait des malentendus sur ce que je voulais exprimer. Malgré certains passages qui pourrait le faire penser, ce n’est pas une chanson qui fait la morale et qui juge. C’est comme si je réglais un compte, mais en l’écrivant, je me suis rendu compte que peut-être je me trompais. Tu sais, je ne suis pas toujours d’accord avec ce que je raconte (rires).

Audio de "Le beau vide". Extrait de l'album "Une clairière".
℗ & © 2019 Jérôme Minière under exclusive licence to Objet Disque.

jérôme minière,une clairière,dans la forêt numérique,objet disque,chevalrex,interviewTu parles aussi des réseaux sociaux dans « Une clairière ». On est tous plus sur nos écrans que dans la vie réelle.

Aujourd’hui, il y a moins d’interactions qu’avant. Là non plus, je ne juge pas parce que je fais la même chose, mais quand même, je trouve que l’on se « machinise » à grande vitesse. Je ne sais pas bien si c’est bien ou mal, mais ça a été très très rapide. Ça fait un peu peur.

Tu écris même : « Ça faisait du bien quand on était attentif plutôt que productif, que l’on donnait du temps plutôt que des données ».

C’est marrant que tu cites cette phrase parce que c’est l’une de mes préférées (rires).

J’ai remarqué que tu emploies le « je » souvent dans tes chansons.

C’est dangereux d’utiliser le « je » parce que ça peut très vite être pris comme du nombrilisme… pourtant, je l’utilise juste pour assumer mes points de vue.

Clip de "De vives voix", extrait de l'album Dans la forêt numérique.

Considères-tu faire des chansons sociétales ?

Jusqu’à un certain point oui, mais sans le vouloir. Il y a aussi un coté plus poétique ou abstrait qui se mélange.

Tu es très intéressé par les questions environnementales, mais il n’y a pas de chansons sur ce sujet dans tes disques.

J’ai essayé d’écrire sur ça, mais je tombais chaque fois dans le prêchi-prêcha. En prenant de l’âge, je suis de plus en plus méfiant par rapport au fait de faire la morale. Plus je vieillis, moins je suis dans les certitudes, je suis plutôt dans le doute.

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Pendant l'interview...

En tant qu’auteur et compositeur de chansons, aujourd’hui, es-tu sûr de ton art ?

Non. Je doute plus qu’avant. Je suis aussi plus dur et exigeant avec moi-même... moins complaisant. Je ne peux pas nier que j’ai acquis beaucoup d’expérience et un certain savoir-faire, j’ai travaillé dans plein de domaines en musique, mais le danger serait de m’assoir là-dessus. Il ne faut pas s’auto stériliser.

Après 25 ans de carrière, qu’est-ce qui te fais continuer le métier ?

J’ai désormais une patte, un style et j’ai encore des choses à proposer. Bien sûr, je ne peux pas jouer sur la nouveauté, la jeunesse, la fraîcheur, la beauté… mais je veux rester le plus honnête possible. J’ai toujours été dans la fragilité, mais aujourd’hui je l’endosse en l’assumant. Je n’ai pas honte, c’est comme ça que je suis et je vais essayer de faire quelque chose de beau avec. C’est ce que je raconte dans « Haut bas fragile » dans l’album Dans la forêt numérique.

Clip de "Haut bas fragile", extrait de l'album Dans la forêt numérique.

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Avec Chevalrex et Jérôme Minière, le 9 juillet 2019.

08 août 2019

Théophile : interview pour son futur premier EP

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(Photos : Morgan Roudaut)

ob_9c25cc_theophile-morganroudaut-0975c.jpgNous sommes au début du mois d’août. J’en profite pour vous parler de Théophile. A seulement 26 ans, ce jeune homme originaire d'Angers va beaucoup faire parler de lui à la rentrée. Il a sorti coup sur coup, trois clips, « Face Caché », « Andy » et « Laisse-moi » tiré d'un premier EP (à paraitre cet automne). Sa voix profonde et ses textes ciselés me touchent beaucoup… et je suis certain que je ne vais pas être le seul à apprécier ce nouveau venu dans la pop/chanson française. Naissance d’un futur grand.

Le 3 juillet dernier, en terrasse devant deux citronnades, nous avons fait connaissance... et ce jeune artiste m’a beaucoup plu humainement et intellectuellement.

Mini biographie (officielle) :
Le projet solo de Théophile a séduit d’emblée : textes à l’ambitieuse poésie, sens de la mélodie qui vous reste en tête, production exigeante et décomplexée.  
Aussitôt, il a enchaîné les premières parties d’Arthur H, Gaël Faye, Ibeyi, Gauvain Sers ou Juliette, les scènes aux Francofolies et d’autres festivals...
Il retisse le lien entre la guitare et la poésie de l’instant, sans doute parce qu’il a vécu successivement plusieurs passions fondatrices : la guitare classique assez longtemps pour se dégoûter des leçons de musique, puis les poèmes adolescents avant de naviguer dans Bashung, Thiéfaine… et Logic Audio – dans cet ordre-là. Aujourd’hui, le voici initiateur d’une nouvelle mue de la pop francophone.

Son premier EP:Copie de EP_Theopile_1440x1440RGB_300DPI.jpg
Théophile se voit en « compositeur de chanson française aux sonorités nouvelles ». On imagine volontiers Brassens avec une MPC.
Son EP révèle à la fois son souci du sentiment juste, son aspiration à l’envol pop et l’acidité de son regard sur la société. Avec un lyrisme contenu à la Dominique A ou à la Bertrand Belin, des arrangements panoramiques à la Woodkid et une production travaillée avec Nino Vella (notamment quart de Babel), Théophile se dévoile, aussi profond dans l’introspection qu’acéré dans son regard sur l’époque.
 Un chanteur militant ? Pas exactement, mais il aurait choisi un métier d’engagement et d’attention aux autres s’il n’avait pas été musicien. Après tout, il a grandi à Rablay-sur-Layon, où un solide réseau associatif a piloté la mue culturelle et écologique du village. Ses chansons ressemblent à ses convictions : rien n’est jamais seulement noir ou blanc, tout est affaire de nuances, de petits pas patients vers la vérité, de compréhension profonde de l’humain. On a rarement l’occasion d’entendre un chanteur qui écoute autant autour de lui.

Ils en parlent déjà :

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Elle (26 avril 2019)

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(Photo : Morgan Roudaut)

IMG_2660.jpgInterview :

A 6 ans, directement, on t’a mis une guitare entre les mains.

Oui, mais j’ai toujours voulu faire de la musique. A la base, j’avais choisi le violon, ma mère a préféré que je joue de la guitare. Je m’y suis donc mis jusqu’à l’adolescence, période pendant laquelle j’ai fait une pause parce que j’avais autre chose en tête. J’ai recommencé à faire des chansons à 15 ans.

Avant de te lancer en solo, tu as monté un duo acoustique, Gram Astram, avec Hugo Séchet.

C’était une expérience très intéressante commencée au lycée et qui a duré 6 ans. On a joué dans plein de bars et cafés associatifs. C’est ce duo qui m’a lancé dans la musique.

Pourquoi vous êtes-vous séparés ?

Hugo est parti étudier dans une école de cinéma sur Nantes, nous n’avions donc plus trop le temps de nous voir… et puis, je pense qu’on avait fait le tour du projet. Il a monté le sien. On se suit toujours, mais chacun de notre côté.

Ce que vous faisiez à deux ne correspondait plus à tes ambitions?

J’avais surtout besoin de me construire seul.

Clip de "Laisse moi", réalisé par Baptiste Chevalier.

Tu as fait une école de son à Nantes. théophile,ep,interview,mandor

J’aime la musique, mais j’aime aussi la technique. Aujourd’hui, je suis technicien son.

Très vite, tu as su que tu allais faire ce métier ?

Je ne sais pas encore totalement si « chanteur » va être mon métier, car je continue aujourd’hui à faire de la technique. Pour le moment, je cumule ces deux activités. Je sens que les choses évoluent pour moi dans la musique, mais très doucement, alors je reste prudent. Ce qui est certain, c’est que je voulais prendre mon temps pour sortir un premier EP qui soit présentable de A à Z.

théophile,ep,interview,mandorTu as travaillé sur cet EP avec l’excellent réalisateur Nino Vella.

Nous sommes de la même région. On a commencé à travailler ensemble à Cholet, puis il a déménagé à Paris… on continue ici. Il a une oreille et une sensibilité hors du commun. Tous les deux, nous sommes tellement sur la même longueur d’onde qu’on est capable de faire une chanson par jour. C’est ce qu’il s’est passé avec les chansons de l’EP.

J’ai vu dans la bio qui te concerne que tu aimes Bashung. Il y a deux chansons dans laquelle tu dis le mot « Bijou », « Andy » et « Face cachée ». Clin d’œil à « Bijou bijou » ?

Bien joué, c’est la première fois que l’on me fait cette remarque, mais c’est vrai. C’était conscient dans « Andy », pas dans « Face cachée ».

Chez les français, tu aimes qui ?

J’écoute vraiment de tout. Ce sont surtout les paroles qui me touchent. Brel, Brassens, Thiéfaine étaient exceptionnels. Mais, au niveau du son, je suis très inspiré par ce qui est moderne. Je tente de mélanger les beaux textes et la musique d’aujourd’hui.

Tu as beaucoup aimé Noir Désir, aussi. théophile,ep,interview,mandor

Je les ai beaucoup écouté, en effet. Très souvent, on me disait que ma voix et ma façon d’écrire étaient proches de celles de Bertrand Cantat. J’ai gommé cela, je crois. Il est difficile d’extirper de soi ses influences, mais c’est possible. Je crois que ce que je fais aujourd’hui me ressemble.

Tes textes sont poétiques, mais parfaitement compréhensibles.

Je ne veux pas écrire de textes trop hermétiques. Quand j’écoute une chanson, j’aime bien qu’elle soit poétique, mais il faut également que je comprenne le sens sans être obligé de l’écouter 50 fois. Après, cela n’empêche pas que l’on puisse y ajouter des doubles ou triples sens.

C’est amusant de penser à un sujet et de le rendre poétique pour en faire une chanson ?

C’est ce que j’adore faire. Cela donne une toute autre dimension à ce que l’on vit ou aux sentiments qu’on a envie de transmettre à quelqu’un. J’ai fait une chanson pour mon frère intitulée « Oiseau » et je lui dis des choses que je lui ai déjà dites, mais avec une toute autre ampleur. L’émotion est décuplée.

Enregistré en condition live, dans le hall de la salle 'La Vapeur' en novembre 2018.

théophile,ep,interview,mandorTu t’es fait connaître grâce à tes trois clips.

C’est comme ça que l’on procède aujourd’hui. La vidéo est très importante. Les gens regardent la vidéo avant d’aller écouter un titre… si la vidéo est mauvaise, ça donne une mauvaise connotation.

C’est quoi ta musique ?

De la pop un peu electro chantée en français.

Il y a de l’émotion dans ce que tu fais et un sens prononcé de la mélodie.

J’essaie de caler les bons mots sur la bonne mélodie.

Clip de "Face cachée" réalisé par Simon Junot-Pixel Procced.

Dans « Face cachée », tu parles de poète maudit. Tu ne te sens pas ainsi ?

Pas du tout. Pas déjà en tout cas (rires). Dans cette chanson, je veux dire que tout le monde porte un masque.

Tes chansons sont au départ assez noires, mais finissent avec de l’espoir.

Je n’écris pas pour me plaindre et faire des constats de choses qui me rendent tristes. J’essaie d’emmener une lueur d’espoir, voire une solution. Dans la vie, je suis très positif. Avant, j’étais assez torturé, maintenant, je le suis moins, même si je continue à me poser beaucoup de questions.

Tu te connais mieux, peut-être ?

C’est exactement ça. A la vingtaine, nous sommes toujours face à des paradoxes. Nous sommes tiraillés par plein de choses. On a des convictions qu’on ne peut pas toujours assumer… Quand on prend de l’âge, on prend du recul sur tout ça. On apprend à se connaître et on fait ce que l’on a envie de faire. Depuis deux ans, je suis devenu plus positif.

Clip de "Andy" réalisé par Hugo Séchet.

Parlons de la chanson « Andy ». Lors d’un concert dans la maison d’arrêt d’Angers organisé par théophile,ep,interview,mandorl’association Le Genepi, tu as eu l’occasion de jouer et de discuter avec des résidents pendant 2h, sans la présence de gardien. Andy a été le plus à l’aise pour parler de ses conditions de détention, de sa réalité face aux incarcérations. (Photo de droite : Richard Vella)

Ce moment était riche et touchant, or, j’écris sur les sentiments que j’éprouve à un moment donné. Cette rencontre devait être racontée par mon moyen de prédilection, la musique. J’ai vécu ce moment avec Hugo, du coup, il a fait le clip. J’ai posé plein de questions à Andy. « Est-ce que les conditions de détentions sont comme dans les films ? » par exemple. Le milieu carcéral est tellement mystérieux pour moi. Ce qui est fou, c’est qu’il s’était rangé depuis 7 ans et avait même créé une famille… mais il a été rattrapé par une histoire antérieure.

Tu lui dis dans la chanson que tu vas l’aider à « s’évader »… par l’esprit évidemment. Pour toi, les personnes emprisonnées ne sont pas que des prisonniers.

Quand on me demande « qui est Andy ? », je ne réponds pas que c’est un prisonnier. Son statut n’est pas « prisonnier », c’est un homme avant tout, qui a fait des conneries, et qui est détenu dans une prison. La nuance est importante.

Il sait qu’il y a une chanson sur lui ?

Je ne crois pas. Si jamais il l’entend et qu’il me contacte, j’en serai heureux, mais je ne ferai rien de mon côté pour qu’il le sache.

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Le 24 juin 2019, en  première partie de Vanessa Paradis, à l'Olympia. (Photo : Sébastien Hoog).

théophile,ep,interview,mandorJe sens que le côté humain est important chez toi. Tu ne joues pas à l’artiste.

Je n’aime pas le décalage entre artistes et les autres corps de ce métier. Tout le monde doit être au même niveau. On se parle tous de la même façon.

Ce genre de discours, on le tient quand on n’est pas encore très connu. Le succès peut faire changer de comportement un artiste. Depuis 30 ans que je fais ce métier, je l’ai vu 1000 fois.

Ça dépend aussi du milieu dans lequel tu évolues. Je n’habite pas Paris et je ne fréquente pas d’autres musiciens. Je ne suis pas du tout showbiz. Quand je suis chez moi, sur Angers et Tours, je ne parle quasiment jamais de musique. Je ne traine qu’avec des éducateurs spécialisés.

Pourquoi avec des éducateurs spécialisés ?

Parce que ma copine l’est et que si je n’avais pas été musicien, je l’aurais été aussi.

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Pendant l'interview...

Tu fais aussi de la technique, ça doit te faire relativiser.

Oui, parce que je connais tous les rouages du métier. Je n’ai pas l’impression qu’un jour, je prendrai la grosse tête. Tu me le diras si tu trouves que si (rires).

Pour toi, l’évolution de ta carrière est encore un peu abstraite ?

On se projette et on a toujours des rêves, mais moi je vis vraiment le truc au jour le jour pour le moment. Je suis très heureux comme je suis aujourd’hui. Si ça évolue, c’est génial, mais je n’ai pas d’aspiration particulière. Je n’ai pas un profond désir de devenir une star. Je pense que si on a ce profond désir, on peut changer et devenir mauvais.

Tu te fais du bien quand tu écris ?

Bien sûr. C’est classique ce que je vais te dire, mais l’écriture est une thérapie. Tu sors les mots de ta tête et ça te fait évoluer.

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Le 3 juillet 2019, après l'interview, au Sylon de Montmartre.

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Concert de sortie d'EP au Chabada à Angers. 

17 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle (10): Interview Flavien Berger

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandor« Flavien Berger surprend et interpelle pour finalement nous charmer. En jouant avec les mots pour créer des histoires d’amour, en testant des sons tourbillonnants, le compositeur autodidacte s’est fait rapidement un nom en apportant un vent de fraicheur à la scène française. Flavien Berger, membre du Collectif sin~ travaillant sur l’expérimentation, a toujours été intéressé par le bidouillage de machines pour en sortir des sons. Sur ce point, c’est assez difficile de définir son style : Il va au-delà, mélangeant francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorhabilement les passages effrénés et les longues plages de synthétiseurs. Écouter toutes ses sorties ou le voir jouer sur scène confirme son génie à emmener le public dans une expérience émotionnelle profonde, pleine d’imagination.
Il a joué le 14 juillet prochain sur la scène du Théâtre Verdière. Dans la journée, il est passé à la salle de presse pour me parler de ce concert et de son nouvel album (près d’un an après Contre-Temps, sorti l’année passée), Radio contre-temps, une collection de morceaux issus du processus de création de l’album précédent.

Sa page Facebook.

Tous ses clips ici.

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorInterview :

C’est important pour toi ce premier FrancoFolies ?

Je vais te paraître ingrat, mais aucun festival ne me fascine, parce que ce n’est pas du tout ma culture. Avec les Francos, je n’ai pas un rapport très sacré. Après, je découvre ce monde et ce milieu et ça me plait beaucoup parce qu’en effet, quand j’arrive et que je vois des photos de concerts qui ont eu lieu depuis plus de 20 ans, je me dis qu’il s’est passé des choses. De plus, on est fort bien reçus.

Les photos des personnes « mythiques » t’impressionnent?

« Mythiques »… il faut faire attention avec ce terme. Pour moi, aucun homme n’est sacré et

personne ne m’impressionne.

Quand as-tu commencé à faire de la musique ?

Peut-être à partir du moment où j’ai commencé à l’écouter. Et puis, il y a un jour ou ça se développe, ou on se met à produire et à enregistrer. Mon système d’annotation n’était pas par la portée, parce que je ne connais pas le solfège, il a été par le data, la mémoire… j’ai découvert la composition musicale sur ma Playstation 2.

Le fait de ne pas connaître le solfège permet d’aller là où ne vont pas les autres ?

Je ne sais pas. Connaître la musique permet aussi d’aller dans des territoires encore plus précis.

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Quand tu es à pparu en 2015 avec ton premier album Léviathan, tu es devenu francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorimmédiatement l’artiste du moment, un peu à part.

Je m’en foutais un peu. J’étais ravi des retours que l’on me faisait et des mises en avant que j’avais dans certains médias, mais la case de celui qui monte, c’est une case… et les cases me font peur parce qu’une fois qu’on y est, on ne peut qu’en sortir. Je me protège beaucoup d’une possible descente après une ascension. Je crois beaucoup à la racine Huzohide et à l’oscillation. On ne peut pas être dans une croissance et une progression constante. Une carrière, c’est du travail, de la patience, mais je n’ai pas d’attente sur ce métier. Ce n’était d’ailleurs pas un métier que je voulais faire et je ne le ferai certainement pas toute ma vie.

J’ai l’impression que tu as un sérieux détachement sur le milieu musical…

Pour moi, la musique sert plus à rencontrer des gens, à avoir des expériences. Je fais de la musique seul, pour ensuite travailler à plusieurs, que ce soit sur le live et sur la finition de l’album. Ce qui m’arrive, je n’en suis pas détaché, contrairement à ce que tu penses. C’est gratifiant, mais je ne suis pas dans un storytelling de l’artiste qui mène son petit bout de chemin, guitare au dos. Je m’intéresse juste à la création en soi.

francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorJe suppose que tu n’aimes pas trop les interviews.

Si, j’aime bien. J’ai un côté narcissique qui aime bien parler de moi et de mon travail. Je fais juste attention à ne pas mettre mon image en avant. Ça me fait plaisir de parler à des gens qui en ont fait la demande, comme toi. Je ne vois pas pourquoi je refuserais.

Tu viens de sortir un nouvel album, Radio Contre-Temps qui est le pendant du précédent, Contre-Temps.

C’est un disque corollaire à l’album précédent en effet. J’avais une folle envie de sortir un disque en deux semaines. Avec mon label, c’est ce que nous avons fait. Radio Contre-Temps est un disque commenté qui s’adresse à celui qui l’écoute.

Expliquer un disque, ce n’est pas démythifié le truc ?francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandor

J’explique ce que j’aurais aimé qu’il y ait, mais qu’il n’y a pas. J’explique ce que j’aurais aimé faire, mais que je n’ai pas fait. Après, je suis d’accord avec toi, le mystère est hyper important. C’est primordial de ne pas tout donner, de ne pas tout expliquer, de ne pas tout montrer.

On ne peut pas dire que l’on te voit beaucoup dans les médias. On ne sait rien de toi, de ta vie…

Ma vie n’est pas très intéressante. Ce n’est d’ailleurs pas ce que je fais de mieux. Je préfère que l’on creuse les discutions artistiques et culturelles et plus largement politiques.

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorAux Francos, vous êtes combien sur scène ?

Nous sommes 5… mais je suis le seul humain. Je suis entouré de fantômes. Si tu viens au concert, tu auras l’occasion de les voir tourner. Ce sont des présences que j’ai toujours eu dans la tête, mais qui sont matérialisées aujourd’hui. Je suis le seul à faire de la musique, ils se contentent de tourner et de danser.

Tu as un monde imaginaire intense en toi ?

Oui, et que j’ai l’intention de matérialiser un jour dans l’espace physique. La musique c’est physique. Ce sont des ondes qui percent l’air et qui font bouger les molécules. La musique, c’est de la communication à travers de la matière.

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Après l'interview, le 14 juillet 2019.

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Les Francofolies de La Rochelle (9) : Interview Canine

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francofolies de la rochelle,canine,interview,mandor« Elle chante en français, elle chante en anglais, elle chante surtout une langue étrange, personnelle, d'une voix déterminée et languide : on se demande parfois si Canine est homme, est femme. Le chant de Canine est grave, car on ne peut pas tricher avec la soul qu'elle détourne vers une version très personnelle du genre, qui doit autant au R&B de pointe qu'au vintage Phantom Of The Paradise. La voix de Canine ne fut pourtant pas toujours si grave : dans son adolescence passée entre Nice et Paris, elle coloria ainsi des chansons espiègles, aux limites de la pop et du dancefloor. C'est peu dire qu'on est mordu de Canine. Elle s’est produite au Théâtre Verdière le 13 juillet 2019 ! »

Bon, aujourd’hui, après une phase de mystère de quelques mois (sur scène et en promo, elle ne quittait jamais un imposant masque fait de plumes noires), nous savons désormais que la tête pensante du projet Canine est Magali Cotta. Et c’est à visage découvert, le sourire aux lèvres, que l’artiste pluri disciplinaire est venue, le 13 juillet 2019, dans la salle de presse pour me parler de son groupe.

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francofolies de la rochelle,canine,interview,mandorInterview :

Je sais que la musique est arrivée dans ta vie à l’âge de deux ans.

J’étais dans une école d’éveil. On enfermait pendant une heure et demie des enfants de deux ans avec une personne hyper gentille. On avait le droit de toucher tous les instruments. Ça allait des percussions au piano. Je me souviens d’un joyeux bordel. A 3 ans, j’ai continué, mais c’était encore un peu le bordel. C’est à 4 ans que j’ai commencé à apprendre à lire la musique et à travailler le piano. Je considère que j’ai appris mon métier à cet âge-là. Ça a complètement influé sur le reste de ma vie.

Très vite, tu t’es dirigée vers le jazz. D’ailleurs, on l’entend dans la musique de Canine.

Le jazz m’a appris à la fois une exigence, un travail d’harmonie assez complexe… et une grande liberté. Quand tu es dans un bon jazz, tu es dans un lâcher prise sans nul autre pareil.

Avoir une grande technique permet de sortir des cadres imposés habituellement ?

Tout à fait. C’est le cas pour moi et pour mes musiciennes, chanteuses et instrumentistes. Elles ont toutes une technique imparable. Il y en a qui viennent du jazz, mais pas uniquement. Certaines viennent de la soul, du gospel et même deux qui viennent de la comédie musicale. Elles sont toutes malléables, ouvertes et libres.

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Dans ton show, il y a plusieurs chants.

Oui, d’ailleurs, celles qui m’accompagnent sont contentes d’explorer des choses nouvelles, vocalement, pour elles.

Tu as composé toute la musique du projet. Te considères-tu comme un chef d’orchestre ?

C’est exactement ce que je suis sur les lives, mais je suis aussi metteur en son et metteur en scène. C’est presque ce qui m’intéresse le plus.

Ce projet à 5 ans. Je trouve qu’il évolue très vite.

J’ai désormais une petite équipe autour de moi composée de personnes qui me donnent confiance en moi et qui sont excités par le projet. Nous sommes tous heureux de tous travailler ensemble et de faire évoluer Canine à vitesse grand V.

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Canine aux Francofolies le 13 juillet 2019.

J’ai l’impression que tu as du recul par rapport au métier ?

Je ne cours pas derrière le succès à tout prix, en tout cas, sinon, je ferais autre chose. Je suis ravie d’être là, mais ce n’est pas une fin en soi. Je ne me pose pas trop de questions.

Tu ne te demandes pas si scéniquement tu ne vas pas trop loin ?

Non, je ne me bride jamais. Mais parfois, la production me signale que c’est trop cher (rire). Je vois toujours les choses en grand, or, les budgets ne sont pas extensibles. Je n’ai jamais de contraintes artistiques, juste des contraintes financières.

Tes spectacles sont un mélange de danses (sauvages, souvent) et d’expériences vocales.

Au niveau des corps, je voulais qu’ils se reconnectent avec des choses pas du tout cérébrales, mais plutôt animales. Les animaux est un thème qui m’est très cher, autant que notre propre animalité. Dans le chant aussi, nous sommes connectées à nos sensations et à nos corps. C’est un ensemble indissociable.

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Canine aux Francofolies le 13 juillet 2019.

As-tu la volonté de ne rien faire comme les autres ?

Pas du tout, mais c’est une bonne question que je ne me pose pas. Tu es d’ailleurs le premier à m’interroger sur ce sujet. C’est juste un projet que je veux voir, moi. Je suis dans une époque où je suis un peu frustrée avec ce qu’il se passe dans la musique actuellement. Dans la musique mainstream, je ne n’y trouve pas beaucoup mon compte. Il y a des artistes qui ont des projets admirables, mais ils sont méconnus et on n’y a pas accès facilement.

Comme il n’y a que des femmes dans Canine, que tu évoques les femmes de manière non caricaturales, on dit que c’est un projet féministe. Qu’en penses-tu ?

Je voulais montrer un féminin qui a différentes facettes et qui ne soit pas dans les stéréotypes : la vierge, la pute, la maman… En live ou dans les vidéos, je veux mettre en avant des femmes qui peuvent être violentes, douces, agressives, bêtes, intelligentes. Un féminin qui regorge de choses beaucoup plus complexes et intéressantes. Je n’aime pas les sentiers balisés.

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Au début de Canine, tu ne dévoilais pas ton visage et tu ne répondais pas aux sollicitations des journalistes.

Quand j’ai monté ce projet, je souhaitais que l’on s’intéresse aux valeurs que je voulais défendre et je sentais que si je me mettais en avant, j’allais être dans un truc personnel et marketé. Pour être très franche, j’étais aussi très timide. Maintenant, je le suis moins et je suis ravie de rendre ce projet lisible parce que j’ai envie qu’il parle au plus grand nombre.

Ce n’est pas dommage d’expliquer un projet ?

Je donne juste des pistes de compréhension. Je parle des sens qui passent par les voix, la musique, mais aussi par le corps. Je ne rentre pas trop dans les détails.

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Quelles sont les valeurs que tu souhaites véhiculer ?

Le féminisme, le combat pour les animaux et la justice sociale et personnelle. La nature aussi, la mer, la montagne, la forêt.... La nature est pour moi un grand refuge et elle est présente dans quasiment tous mes morceaux.

La musique est un combat ?

La musique est un combat politique. Elle permet de revenir à des choses qui semblent inutiles, sans valeurs marchandes, comme le beau, la poésie et les choses gratuites. J’ai l’impression que si on parvient à faire de l’art pour le collectif, on fait un pas en avant.

Est-ce que Magali Cotta et Canine ?

Canine, c’est beaucoup moi puisque c’est mon projet. C’est plus que moi. C’est plus gros que moi… après j’espère que ce n’est pas que moi.

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Avec Magali Cotta "Canine", le 13 juillet 2019, pendant l'interview.

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16 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (8) : interview Ramo

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(c) Jeronimo Acero

francofolies de la rochelle,interview,ramo,mandor« Qu’aurait bien pu penser le célèbre Douanier Rousseau des mélodies tropicales du jeune Ramo ? – Ramo est davantage un fantasme qu’un simple musicien de plus tentant de suivre ses aînés. Lui a commencé par écrire ses musiques tout seul, puis a attendu que les chansons grandissent, comme des plantes.

C’est cette pop écologique sans colorants qui permet aujourd’hui au Français d’aborder les thèmes qui lui tiennent à cœur : des histoires d’hommes qui, à force de ne plus trouver leur place en ville, reviendraient à la nature, et des comptines aux couleurs inspirées par les plus belles œuvres de Miyazaki. Dans la lignée de Voyou, Myd et François & the Atlas Mountain (qui l’a marqué), Ramo est donc ce Robinson Crusoé rêvant d’un écosystème simple où les refrains seraient chantés au premier degré, et la musique conçue comme un engrais à bonnes vibrations. Ecrit tout seul et produit avec Romain Drogoul, cet EP est donc le premier chapitre d’un livre de la jungle qu’on imagine déjà plus grand. »

Toutes ses vidéos, ici.

Le samedi 13 juillet, Ramo s’est produit sur la scène Jean-Louis Foulquier lors des "Intercales" (interplateau) devant 13 000 personnes et le lendemain, à 15h00 au Théâtre Verdière dans le cadre de Première Francos.

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Ramo, le 13 juillet, sur la scène Jean-Louis Foulquier.

Interview :

Tu te sens chez toi aux Francofolies ?

Oui, il y a beaucoup d’affects liés à cet endroit. J’ai passé une semaine aux Chantiers des Francos. C’était hyper intense et positif. Ces moments étaient chargés de bonnes ondes et d’excellentes vibrations. Je suis rentré aux Chantiers, je jouais derrière des machines, un peu comme un DJ. Je chantais avec mes petits synthés. Bref, j’ai remis en question beaucoup de mes comportements scéniques. Vu le propos et mes textes, il est apparu qu’il était évident que je devais me contenter de chanter.

Comment ça se passe les Chantiers ?

Il y a trois groupes. La semaine commence par un concert ensuite tu discutes. Les autres du groupe et un coach te font te poser les bonnes questions : Que veux-tu transmettre ? C’est quoi ton propos ? Pourquoi tu fais de la musique ? C’est quoi un concert idéal ? Que veux-tu que les gens retiennent ? Qu’as-tu déjà essayé et qui n’a pas marché ? Qu’est-ce que tu aimerais essayer et que tu n’as pas encore osé ou eu le temps de faire ? Une fois ces questions posées, la discussion s’engage là-dessus. Ce qui est bien, c’est que tu comprends vers où tu dois aller juste en échangeant entre nous.

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Ramo, pendant les Chantiers des Francos en avril 2019.

A la fin des Chantiers, tu dois te produire de nouveau en concert, mais avec ce que tu as appris dans la semaine.

C’est super parce que c’est une grosse bulle de création, mais la veille du concert, j’ai hyper mal dormi. Je me réveillais toutes les heures pour gamberger sur ma prestation. Et le miracle finit par opérer. Tu trouves une formule dans laquelle tu te sens bien et ou tu parviens à transmettre des choses que tu ne parvenais pas à transmettre avant. C’est hyper gratifiant.

Ce soir, c’est toi « l’intercale » sur la scène Jean-Louis Foulquier pour trois morceaux devant 13 000 personnes. Ce sera donc le Ramo nouveau ?

J’ai fait les Chantiers en avril, donc depuis, j’ai eu quelques dates et j’ai eu le temps de roder cette nouvelle formule. Pour moi, symboliquement, c’est émouvant de revenir ici. Revoir les gens avec qui j’ai partagé plein de bons moments, revoir les endroits que j’ai fréquentés… Notre corps garde la mémoire des émotions et des états d’esprit. Je suis très heureux et reconnaissant de pouvoir jouer ici ce soir. Depuis que je fais de la musique, Les Chantiers des Francos est de très loin le dispositif qui m’a le plus apporté.

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Ramo sur scène.

J’aime bien les artistes de ta génération. Ils jouent une pop à la fois plus positive et plus engagée. Toi, tu passes discrètement des messages écologiques, sans que cela soit culpabilisant pour les autres.

Toutes ces thématiques d’hommes, d’animaux, de forêts…etc. sont venues de manière très instinctive.

D’où viennent-elles?

Quand j’étais gamin, j’habitais à Laval, la ville du Douanier Rousseau. On m’emmenait régulièrement au château de la ville qui est transformé en musée des arts naïfs. J’ai découvert l’art pictural par ce biais. Je passais beaucoup de temps devant les toiles du Douanier Rousseau à réfléchir sur ce qu’il s’y passait, ce que cela me faisait ressentir… Tout ce vocabulaire du vivant, du végétal, de l’animal, de l’homme… me permet aujourd’hui d’évoquer dans mes chansons des thèmes de société qui m’interrogent et m’angoissent. Mon rapport à l’environnement, mon rapport à l’autre, aux animaux, aux végétaux…

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pour participer à créer un imaginaire collectif vers lequel nous devrions tendre. Pas uniquement les musiciens, mais aussi les scientifiques, les cinéastes, les cuisiniers et tous spectres de la société. Il y a beaucoup de défis sociétaux devant nous. Notre gestion de notre manière de vivre, des espaces, des inégalités entre les gens… Il faut arriver à créer quelque chose de désirable dans lequel nous allons nous reconnaître.

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Après l'interview, selfie par et avec Ramo, le 13 juillet 2019.

13 juillet 2019

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (7) : interview Alexis HK

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« Alexis HK est un poète funambule : en équilibre, il chante avec humour mais sans cynisme, avec tendresse mais sans fadeur. Une qualité salutaire au milieu de la grisaille. Si des loops lancinants ont remplacé les batteries, sa finesse d’écriture et son humour lui permettent d’aborder des thèmes plus sombres… même si la lumière n’est jamais loin !
Avec Comme un ours, Alexis nous dévoile une nouvelle facette de son talent, toujours tout en élégance et en poésie…
Rendez-vous ce soir à 23h à la Salle Bleue !

Toutes ses vidéos ici.

Alexis HK m'a rejoint le 13 juillet après-midi à mon bureau du service de presse.

(Pour en savoir plus sur son nouveau disque Comme un ours, vous pouvez lire sa récente mandorisation.)

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francofolies de la rochelle,interview,alexis  hk,mandorInterview :

Tu es un habitué des Francofolies.

La première année où j’aurais dû y jouer, il y a 18 ans, il y a eu la grève des intermittents. C’est la première fois que j’ai entendu à la radio une nouvelle qui me concernait directement. Je me préparais à venir. J’ai allumé France Inter, ils ont dit que le festival était annulé… et je suis allé me recoucher. Après, j’ai été très bien suivi par le festival sur la plupart de mes albums. Pour moi, c’est très important d’être ici. Je fais de la chanson française, il n’y a pas beaucoup de festival de chansons comme celui-là. C’est aussi l’occasion de revoir plein de gens qui sont très importants et que je ne recroise pas forcément dans l’année, car nous sommes tous par monts et par vaux.

Je trouve que tu es de plus en plus drôle entre tes chansons lors de tes spectacles.

Comme je fais de la chanson parfois un peu neurasthénique, j’essaie de la contrebalancer en montrant au public qu’il ne faut pas être dupe, que ça reste de la chanson et qu’on est surtout là pour passer un bon moment et relativiser tous nos petits malheurs. J’aime bien l’idée de proposer à la fois de la chanson et en même temps d’utiliser la chanson pour raconter une histoire dans l’histoire. Il y a ainsi une connivence avec le spectateur qui s’installe.

Dans ce monde où on dramatise tout, c’est agréable de détendre l’atmosphère pesante.

On est dans une époque où on n’arrête pas d’envisager la fin du monde, où on nous dit qu’en 2030, nous serons tous morts. Nous sommes dans quelque chose de très anxiogène et en même temps, on profite du moment présent et on essaye de se régaler. La chanson est un vecteur permettant d’avoir de l’ironie sur le malheur.

Tu es présent dans le métier depuis 18 ans. Cela commence à faire…

J’ai conscience de la chance infinie que j’ai dans mon parcours. Comme tu l’as dit, ça fait 18 ans que je fais cela et que je peux continuer à le faire. On sait à quel point ça peut être difficile. J’ai été suivi dans mes envies par des collaborateurs hyper motivés qui m’ont toujours fait confiance. J’ai toujours été convaincu que la chance était un facteur fondamental dans le déroulé d’une carrière. Je vais citer le chanteur Dave : « Ce métier, c’est travail, talent et chance. » S’il manque l’un des trois, ça devient un petit peu compliqué.

Toi tu ne fais que ça. Travailler.

Je suis intégralement mobilisé pour avoir une nouvelle idée de chanson. Ma vie se mélange perpétuellement à mon activité artistique. Je n’ai aucun mérite à ça parce que j’ai tout le temps pour le faire.

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Pendant l'interview...

Tu es sensible aux critiques ? L’article peu élogieux de Valérie Lehoux sur Comme un ours dans Télérama t’as touché je crois.

Ce n’est pas le premier article d’elle que j’ai eu et qui a été critique à mon égard. Certaines fois, je les trouvais assez pertinentes, mais sur ce dernier article, je n’ai pas eu le sentiment que l’album avait été vraiment écouté. Ça m’a fait de la peine. Télérama est un grand journal qui a de l’influence, alors j’aurais préféré qu’on ne parle pas du tout de mon disque plutôt qu’on en parle de cette façon-là. En plus, généralement, elle est toujours la première à écrire et donc ça met tout de suite une ambiance un peu dure autour d’un projet. Le jour où j’aurais un article élogieux de madame Lehoux, je serais aussi très content parce que je respecte son avis. C’est une vraie chroniqueuse et c’est quelqu’un qui connait bien la chanson.

Un concert aux Francos, c’est un concert normal ?

Pas tout à fait. D’abord parce qu’on est au milieu de plein d’autres artistes qui se produisent, il y a donc une énergie qui n’est pas la même que quand on fait un concert plus isolé dans un centre culturel. Ici, le public vient à votre concert, mais il va voir plein d’autres artistes. Je ne vis donc pas les choses de la même façon.

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Après l'interview, le 13 juillet 2019.