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23 mars 2019

Val Reiyel : interview pour Irineï et le grand esprit du mammouth

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IMG_9157.JPG« Partez dans la toundra pour une aventure palpitante sur fond de découvertes scientifiques, de vivre ensemble et de protection de la planète ! » nous dit l’argumentaire de presse. Pari tenu et merci à Val Reiyel de tenir cette promesse dans ce diptyque intitulé Irinéï et le grand esprit du mammouth. Vous allez tous vous attacher à ce jeune chaman sibérien de 12 ans qui, à travers son regard, va vous interroger, notamment, sur la préservation et le respect de la vie animale et humaine. Personnellement, et je vous jure que je ne suis pas excessif, j’ai pris de grandes leçons de vie. Il y a des évidences qu’il est utile de rappeler… et, cela, sans jamais faire la morale aux lecteurs. C’est une performance. A lire impérativement !

Le 19 février, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale pour une première mandorisation. (Non pardon, une deuxième, mais la première était à une époque, en 2011, où Val Reiyel écrivait sous son vrai patronyme)

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Au cours d’une expédition scientifique en Sibérie, des paléontologues américains extraient du sol gelé une femelle mammouth parfaitement conservée. A leur retour à Los Angeles, ils se trouvent rapidement face à une incroyable énigme : la femelle mammouth porte un petit, les cœurs de la mère et du bébé battent encore… Seul Irineï, un jeune chaman de 12 ans qui vit dans une tribu de nomades éleveurs de rennes, connaît la clé du miracle: lors d’un voyage dans le monde des Esprits, il a redonné vie au Grand Esprit du Mammouth qui veut reprendre sa place sur Terre… Mais, bien loin des steppes glacées de Sibérie, le mammouth et son petit ne peuvent pas survivre sans Irineï. Pour les sauver, le jeune garçon va vivre loin de chez lui une formidable aventure humaine et spirituelle. Il va se battre pour le respect de la vie des animaux, et l’avenir de la planète.

(Note de Mandor : la fiction de Val Reiyel pourrait rejoindre la réalité. Lire ici.)

L’auteure :

Val Reiyel a plusieurs passions : l'écriture, l'image et la défense du monde animal. Il y a 18 ans, cette auteure, scénariste et comédienne, travaille sur un documentaire relatant l'incroyable découverte d'un mammouth en Sibérie. Elle s'empare de ce sujet et écrit son premier roman jeunesse autour de cette thématique chère à son cœur.

Val Reiyel nous raconte l'histoire d'Irineï sur les lieux du roman (documentaire réalisé par Sébastien Drouin).

IMG_9125 (2).jpgInterview :

Cette histoire, tu la portes depuis longtemps en toi, je crois.

Il y a plus de 20 ans, j’ai écrit pendant 3 mois des sujets dans une boite de prod de documentaires. Cette boite était en train de concevoir un 52 minutes intitulé Sur la piste du mammouth. Il racontait l’extraction d’un mammouth, censé être entier, en Sibérie par une équipe française dirigée par Bernard Buigues. Je voyais des images arriver et l’avancée du projet au fur et à mesure. Je trouvais cette histoire hallucinante et je me disais que ce serait géniale d’en faire une histoire, mais en faisant revivre le mammouth. Comme je ne voulais pas que ce soit un Jurassic Park bis, j’ai cherché ce qui pourrait faire la différence. J’ai donc inventé cet enfant chaman qui a des pouvoirs un peu magiques. A la base, j’ai écrit une trentaine de pages pour qu’il devienne un scénario pour le cinéma.

Tu l’as proposé à des producteurs ?

Oui, mais il y a 20 ans, ils me regardaient avec des yeux ronds. Comment faire vivre des mammouths ? A l’époque il n’y avait pas les effets spéciaux que l’on a aujourd’hui et surtout, on ne parlait pas encore des problèmes d’écologie, de la protection des animaux… Aux yeux de ces producteurs, mon projet est apparu farfelu et très cher à concevoir.

Aujourd’hui, on est en plein dedans.

Il y a deux trois ans, avec mon complice Sébastien Drouin, on a relancé le projet pour le cinéma, mais comme les décisions sont toujours un peu longue à se concrétiser, j’ai décidé d’en faire un roman pour que cette histoire existe concrètement.

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Photo de circonstance.

Ce livre est considéré comme un  roman pour les ados à cause de la magie et des pouvoir du chaman Irinéï?

Oui, alors que les parents et les grands-parents peuvent aussi le lire. Je ne pense pas qu’ils s’ennuieront. Je reçois d’ailleurs plein de mails d’adultes qui adorent l’histoire soit par son côté écolo, défense des animaux, soit par le côté spirituel et chamanique, soit par son côté scientifique. Chacun y trouve le fil rouge qui l’intéresse : Irinéï, les mammouths, les animaux, la vie personnelle des protagonistes de l’histoire… Mon éditrice, Aude Sarrazin, qui épouse complètement l’idéologie véhiculée dans ce roman, considère que c’est un livre à partir de 12 ans, mais extensible.

Il y a de la science dans tes pages, mais accessible à tous et surtout, rigoureusement véridique.

C’est hyper documenté à différents niveaux, mais de manière très simple pour que même les plus jeunes puissent comprendre sans difficulté.

Il y a beaucoup de toi dans certains personnages, j’ai remarqué. Tu pars bénévolement à Bucarest régulièrement ramener des chiens en France pour une association.

De moi, il y a l’amour des animaux que j’ai depuis toujours, le respect de la planète, des peuples premiers qui ont une spiritualité que nous, occidentaux, nous avons complètement oublié. On a oublié le lien avec la nature, mais aussi avec les mondes spirituels.

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Dans tes deux livres, tu rappelles des évidences écologiques.

Ce qui me touche dans les messages que je reçois, c’est que beaucoup me disent que ça les a fait beaucoup réfléchir sur leur façon de vivre et qu’ils ont pris conscience de plein de choses. Je suis heureuse car c’était le but de ce roman. Je rappelle que les causes de l’extinction de certaines espèces ne sont pas naturelles. Elles sont toutes dues à l’activité humaine : la destruction de l’habitat des espèces, la déforestation, la surpêche, la surchasse, la pollution, le changement climatique si rapide… tout cela vient de l’espèce humaine, qui, elle, en revanche, est en surpopulation et en surconsommation. Autre chose, on a perdu 60% des animaux sauvages en 40 ans. Dans 10 ans, il n’y a plus d’éléphants, de lions, d’orangs outangs, il n’y a plus rien. Ça va à une vitesse monstrueuse. On est dans une sorte de dissonance cognitive.  On a les infos, on voit ce qu’il se passe très précisément et en même temps, on n’y croit pas ou on ne veut pas voir…

image006.jpgOn en parle de la disparition des insectes ?

Ce n’est absolument pas anodin et les gens ne s’en rendent pas compte. S’il n’y a plus d’insectes, il n’y a plus d’oiseaux, de fertilisation et de pollinisation. Greenpeace dit que 75% de la nourriture mondiale vient de pollinisation des insectes. S’il n’y en a plus, on fait quoi ? La disparition des espèces entraînent de graves conséquences en cascade sur les écosystèmes.

Pour toi, ce roman n’est pas un roman de plus, tu veux vraiment faire passer des messages primordiaux et salvateurs.

Pour nos enfants et pour nous, il faut que nous ayons tous une prise de conscience sur ce qui est en train de se passer. Dans 10 ans ou, au maximum dans 20 ans, la vie sur Terre deviendra très compliquée… 

Tu as peur ?

Ce n’est pas la peur qui domine chez moi. C’est la tristesse et la colère. On va dans le mur. La question est de savoir quand nous allons le percuter. Dès aujourd’hui, il faut prendre des mesures sérieuses contre le réchauffement.

Quand Irinéï arrive aux Etats Unis, il nous fait prendre que la société de consommation et plus généralement le monde moderne, sont complètement illogiques voire fous.

Il a une sorte de naïveté et une logique sur tout ce qu’il peut voir et constater d’une civilisation qu’il découvre qui rend absurde ce que nous, on connait. Il n’a rien contre les américains, mais il ne comprend pas pourquoi nous vivons ainsi, sans respecter aucune forme de vie, animale ou même humaine.

Hélina, la grand-mère d’Irinéï, elle-même grande chaman, dit : « Ils vont devoir ouvrir leur esprit et apprendre qu’il y a bien plus de choses dans l’univers que ce que leurs yeux peuvent voir ».

Voilà. Tout est résumé dans cette phrase.

Tout est dit aussi dans ce qu’inculque le grand esprit du mammouth à Irinéï, je cite : « Les hommes Gaïa-grille-énergie.jpgdeviennent fous. Dans leur aveuglement et leur égoïsme, il ravage Gaïa, la Terre. Ils ne pensent qu’à leurs besoins immédiats, et pas même à l’avenir de leurs propres enfants. Mais Gaïa est un être vivant qui souffre des mauvais traitements qu’ils lui infligent. Chaque marée noire dans l’océan, chaque accident de centrale nucléaire, chaque forêt qu’on détruit, chaque bombe qui explose, chaque prairie et chaque rivière transformée en poubelles géantes, sont autant de blessures qui la meurtrissent. Les hommes ne réalisent pas qu’en massacrant leur Mère la Terre et en exterminant les animaux, ce sont eux-mêmes qu’ils détruisent. »

Ai-je besoin d’ajouter quelque chose ?

Non. J’aimerais parler du personnage de Marion Delamare, une française basée à Los Angeles qui est à la tête d’une association de défense des animaux. Une activiste qui agit dans le monde entier. Je sais qu’elle t’a été inspirée par Isabelle Goetz, la porte-parole de PETA (People for the Ethical Treatment of Animals).

Oui, c’est une amie à moi. Elle est très inspirante. Je trouve cette femme incroyable. Elle fait tellement d’happening pour faire bouger les choses. Je suis évidemment sympathisante de ce qu’elle défend.

Ce livre compte tellement pour toi, te demandes-tu ce que tu vas bien pouvoir écrire après ça ?

Ecrire d’autres aventures d’Irinéï ne me déplairait pas. Pas forcément avec des histoires qui se suivent… peut-être avec une histoire qui n’a rien à voir.

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Après l'interview, le 19 février 2019 au Pachyderme.

Bonus : 

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J’ai tellement aimé les deux volumes d’Irinéï et le grand esprit du mammouth que, le 15 mars dernier, j’ai accepté avec plaisir d’interroger de nouveau Val Reiyel, mais cette fois-ci au Salon du Livre de Paris sur la scène « Sciences pour tous »... des jeunes lecteurs très intéressés qui posaient plein de questions et des moins jeunes très attentifs. Un débat sympathique et joyeux dont voici quelques photos.

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Et cela s'est terminé avec une longue séance de dédicaces pour Val Reiyel.

Bonus (bis) : Voici un documentaire de 50 mn, réalisé par Tim Walker en 2012. On y retrouve le scientifique Bernard Buigues évoqué par Val Reiyel au début de mon interview, mais ce n'est pas le film dont il est question dans ce même entretien. Il m'a tout de même semblé intéressant de le publier ici, car il y a des accointances avec les propos tenus par l'auteure dans cette mandorisation. 

22 mars 2019

Marjolaine Piémont : interview pour Sans le superflu

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marjolaine piémont,sans le superflu,interview,mandorMarjolaine Piémont dévoile avec élégance le propos d’une femme singulière, espiègle et audacieuse éprise de liberté. « Après un premier EP Presqu’un animal sorti en octobre 2016, cette « femme qui chante » ne griffe pas, mais égratigne en douceur avec ses mots mordants » explique encore l’argumentaire de presse.

Mais tout cela, je l’ai déjà raconté dans ma première mandorisation de la chanteuse datant d’il y a deux ans, à l’occasion de la sortie de ce fameux EP. J’attendais la suite avec impatience tant j’aime la voix, les chansons moderno-ironico-pince-sans-rire et la personnalité de Marjolaine Piémont. Sans le superflu est un disque d’une femme d’aujourd’hui aux textes malins et fins... et hyper bien produit. Un must dans cette production française parfois un peu trop classique. 

Vous pouvez écouter l'album ici.

Le 21 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale.

Biographie officielle :marjolaine piémont,sans le superflu,interview,mandor

C’est en février 1994 que Marjolaine découvre la féminité, l’audace et la fragilité de Barbara sur scène. C’est un bouleversement pour Marjolaine, elle qui chante Purcell et Schubert lors de ses cours de chant au Conservatoire. Désormais, elle se consacrera à la chanson française. Et plus encore à ces femmes, qui osent chanter et affirmer leur indépendance.   Assoiffée de liberté, Marjolaine Piémont prend des trains à travers la plaine d’Alsace et arrive à Paris. L’histoire commence royalement avec Pierre Cardin qui lui offre son premier contrat chez Maxim’s. Elle arpente les scènes des caves de Saint-Germain-des-Prés aux toits de Montmartre, de bars bondés en salles clairsemées, de Kaliningrad à Abidjan, et chante même en japonais ; le Japon, son pays d’adoption qui lui propose une tournée « Hit Songs » de chansons françaises à travers tout le pays.   D’aventure en aventure, elle participe à des équipées fantastiques telles que Sol en Cirque ou encore Mozart l’Opéra Rock.   Cigale, Marjolaine chante mais travaille à aiguiser sa plume. De sa rencontre avec des compositeurs tels que Vincent Baguian, Phil Baron ou Aldebert, Marjolaine va séduire peu à peu par ses chansons, des tremplins et des festivals : Muzik’Elles, Le Mans cité Chansons, Les fils de Georges, Changez d’air, Prix Moustaki ou le Pic d’Or.   En octobre 2016, sort son premier EP Presqu’un animal. Il s’en suit Presqu’une tournée avec notamment les premières parties de Zazie sur sa dernière tournée.

Le 11 janvier 2019, paraît l’album Sans le superflu réalisé par William Rousseau et Edith Fambuena.

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marjolaine piémont,sans le superflu,interview,mandorInterview :

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est qu’elles ont toutes l’air légères, or, pas tant que ça. Dans « Je suis bonne » par exemple, tu parles des femmes soumises…

Souvent quand on veut aborder des sujets graves, je trouve que le message est mieux véhiculé quand on y met un peu d’humour et de dérisoire. J'ai l'impression que ça rend le message sous-jacent plus fort. Cette chanson plait même aux hommes, alors que j’en dénonce certains qui traitent les femmes comme des plantes vertes.

As-tu rencontré des femmes qui se sentent concernées par cette chanson. Ce n’est pas évident d’admettre que l’on est une femme objet.

Il y en a qui l’admettent, mais à un moment donné, elles ont dit stop. Il y en a aussi qui sont dans ce cas de figure, mais qui s’en défendent. En tout cas, ça déclenche beaucoup de discussions.

Clip de "Je suis bonne".

Dans ton clip, il y a tous les clichés possibles et imaginables, c’est ce qui le rend drôle.

Dans les années 80 et 90, j’ai grandi avec une télévision très sexiste. La place de la femme dans Cocoricocoboy par exemple était incroyable. Les femmes avaient les seins à l’air et dansaient. On ne pourrait plus faire ça aujourd’hui. Il y en a d’autres qui retournaient les lettres dans un jeu télévisé, d’autres encore qui présentaient des prix comme si elles se vendaient. J’en passe et des meilleures.

Ça te choquait à l’époque ?

Oui, beaucoup. Je ne comprenais pas pourquoi on ne voyait jamais d’hommes faire ça.

Dans « Il était une fois », tu parles de l’arrivée d’une sœur et de la jalousie qui s’en est suivie.

Même si cette chanson n’est pas complètement autobiographique, je suis l’ainée d’une fratrie. Quand ma sœur est née, j’ai éprouvé de la jalousie et elle m’est restée pendant des années. C’est très difficile pour un enfant de trouver sa place dans une famille. Tu deviens ce que tu es par rapport à l’amour que tu as reçu ou non pendant l’enfance. Vraiment, il faut soigner l’enfance. Aujourd’hui, avec ma sœur, nous nous entendons très bien.

Depuis que j’ai entendu « Serrer la main », je préfère te faire la bise.

(Rires). Un jour, j’avais rendez-vous avec un directeur artistique. A un moment, il est parti aux toilettes uriner et il est revenu très vite. Tellement vite que je me suis dit qu’il n’avait pas pris le temps de se laver les mains. Au moment de partir, il m’a serré la main et ça m’a donné l’idée de cette chanson.

Comme quoi, une chanson tient à peu de choses.

J’adore trouver des thèmes tirés de situations ordinaires, voire anodines de la vie.

Tu rends hommage à ton homme dans « C’est beau un mec à poils » ?

Oui. C’est une des premières chansons que j’ai écrite. Mon homme est de type méditerranéen, assez poilu, donc. Plus généralement, c’est un hymne à ces hommes qui bordent la méditerranée.

Il y a aussi des moments plus mélancoliques, « Le parcours de santé » en est un. Tu te balades dans un cimetière pour aller te recueillir sur la tombe de ton père.

Parfois on se sent encore plus vivant d’être dans un cimetière, mais parfois on se sent triste d’aller dans cet endroit où repose quelqu’un qu’on aime.

Marjolaine Piémont et WEPOP : "Ma beauté intérieure".

Dans « Sans le Superflu », tu évoques les masques et le maquillage que tu portes pour ne  pas te montrer exactement comme tu es.

C’est valable dans mon métier et dans ma condition de femme. On essaie toujours de se montrer sous son meilleur jour. Est-ce que, sans ce travestissement, je serais aimée de la même façon ? Je me pose souvent la question. Parfois je me dis qu’heureusement que j’ai tout ce décorum autour de moi, il me permet de ne pas trop montrer la noirceur qu’il y a en moi.

Est-ce que tes chansons te ressemblent ?

Comme j’ai beaucoup travaillé mes chansons, je peux dire que c’est moi, mais en mieux. Je ne pense pas être très drôle dans la vie, mais il m’arrive parfois de sortir une phrase cinglante. Ça peut surprendre.

Il me semble que « L’amour nous a roulés dans de beaux draps » est une chanson sur la solitude.

Tu as raison, parfois, on peut se sentir seul à deux. La relation avec sa compagne ou son compagnon est sinusoïdal.

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Pendant l'interview...

La solution est de ne pas vivre ensemble ?

Je ne dis pas ça. J’aime beaucoup la vie en couple. J’aime le partage et j’aime le fait de connaître de mieux en mieux l’autre. C’est très intéressant de connaître à ce point quelqu’un. Ca renforce l’amour et le couple. On se rend compte qu’on aime la personne, même avec ce qu’elle a de plus noir ou d’énervant.

La dernière chanson de l’album est « La sol do mi ». Au début je pensais que c’était l’histoire d’un directeur artistique qui voulait « mettre le grappin », sexuellement, sur une chanteuse.

Ce n’est pas une chanson à prendre au premier degré. En fait, je me suis fait voler une chanson par un DA (directeur artistique). J’ai donc eu l’impression qu’on me l’avait faite à l’envers. Je ne veux pas en dire plus, mais elle a très bien marché. Ça a été la chanson phare d’un album d’un immense interprète. Nous avions le même DA et le même compositeur, c’est bizarre…

Ton album est bien accueilli. J’ai lu de beaux papiers sur lui.

Je suis ravie car j’ai de jolies chroniques dans des journaux comme FrancoFans et Hexagone. Ils m’importent beaucoup parce qu’ils sont faits par des personnes qui sont passionnés, pointilleux et qui connaissent parfaitement la chanson. C’est important pour moi la reconnaissance de mes pairs.

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Après l'interview, le 21 février 2019 au Pachyderme.

20 mars 2019

Auren : interview pour Numéro

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(Photo : Ismaël Moumin)

auren,numero,calexico,interview,mandorUn soir d’avril 2016, Calexico joue à l’Epicerie Moderne, à Lyon. A la fin du concert, Auren (mandorisée là en 2013 pour son premier album J’ose) confie à l’un des membres du célèbre groupe venu de Tucson quelques maquettes de ses nouvelles chansons. C’est ainsi que débute l’histoire de ce disque…

Nous nous sommes retrouvés au Studio des Variétés le 15 février dernier pour continuer l’histoire… qui fait désormais partie de son histoire.

Biographie officielle :

Née à Lyon, Auren est d’abord pianiste. Revendiquant son attachement à la variété francophone autant qu’à la simplicité brute d’un Johnny Cash, la jeune musicienne écrit ses titres et trace pas à pas son chemin toute seule, commençant par les petites scènes pour aboutir à des premières parties prestigieuses telles que celles de Chris Isaak ou Francis Cabrel. Débrouillarde et pleine de ressources, elle prend alors le temps de multiplier et triturer ses chansons avant d’enregistrer son album J’ose, sorti sur le label Naïve en 2013, réalisé par Nicolas Dufournet, dans lequel la chanteuse s’enhardit à développer toutes ses facettes musicales. L’album fera l’objet d’une tournée de plus de deux ans, dont quelques dates en compagnie de Benjamin Biolay, Yodelice ou Alex Beaupain. Des prestations toujours très remarquées, puisque encore tout récemment, en 2017, Olivia Ruiz elle-même, conquise par l’artiste, lui demanda d’assurer ses premières parties jusqu’à la fin de sa tournée.

Argumentaire de presse :auren,numero,calexico,interview,mandor

Aujourd’hui, Auren ose encore. Car Calexico, le groupe légendaire, a non seulement flashé sur les chansons de la petite frenchie, mais a décidé de réaliser entièrement le nouvel album. Voilà Auren embarquée pour Tucson. But du voyage, le vaste studio Wavelab, au milieu des cactus de l’Arizona, fréquenté par des artistes comme Amos Lee, Jean-Louis Murat, Dominique A, Giant Sand, Charlotte Gainsbourg et bien d’autres, y compris bien sûr Calexico.

Là, sous la houlette de Joey Burns, le fondateur multi-instrumentiste de Calexico, et de son compère batteur et percussionniste John Convertino, s’élaborent peu à peu les onze chansons de l’album. Des sessions enregistrées live avec la participation d’autres musiciens du gang. Résultat, un écrin sonore analogique et organique, foisonnant et vivant, comme des battements de cœur rythmant l’ivresse des grands espaces.

auren,numero,calexico,interview,mandorLe disque :

A l’unisson du thème de l’album, baptisé Numéro : une galerie de portraits de femmes, glanés au hasard des rencontres, alliage poétique d’observations vécues et de ressentis personnels. De sacrées numéros donc, toutes différentes, attirantes, singulières : l’impatiente, la révoltée, l’amoureuse, l’intrépide, l’excentrique, l’indécise, la paradoxale... Des chansons écrites là-haut sur la montagne savoyarde où vit désormais l’artiste, mises en musique par Romain Galland avec la participation de Gérald Raffalli, et enrichies des climats luxuriants de Calexico. Mais des chansons qui n’appartiennent qu’à Auren, cœur, corps et âme. Ballades folk-pop sur refrains entêtants, le tout servi par une voix à la fois puissante et sensuelle voilà qui fait de cet album, comme de son interprète, un numéro unique.

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(Photo : Ismaël Moumin)

auren,numero,calexico,interview,mandorInterview :

Il faut oser trouver un artiste pour faire écouter son travail. C’est ce que tu as fait un soir de 2016...

Quand Naïve m’a rendu mon contrat, ça devenait un peu plus compliqué pour moi. Je me suis demandé quelles étaient mes rêves et ce dont j’avais envie. Je trouvais que travailler avec Calexico était inatteignable, mais en même temps, qui ne tente rien n’a rien. J’ai donc envoyé les maquettes au management du groupe par mail. La manageuse me dit qu’elle fera passer tout ça à Joey Burns. Un  mois après, elle me répond qu’il n’est pas intéressé.

Ça commence mal, mais tu ne te décourages pas.

Avril 2016 arrive. On va au concert de Calexico à Lyon. A la fin du concert, mon homme m’encourage à me rendre au stand merchandising. Je vois l’un des guitaristes signer des albums et je me présente. Je lui explique que je rêve de travailler avec Joey Burns et John Convertino. Il me promet qu’il va leur remettre ma maquette et ma lettre. A une heure du matin, je reçois un mail me demandant si je suis encore dans les parages. Je n’ai répondu que le lendemain matin puisque je dormais. Je leur propose de venir les rejoindre à Berne 10 jours plus tard, car ils y jouaient.

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(Photo : Ismaël Moumin)

auren,numero,calexico,interview,mandorQue se passe-t-il dans ta tête pendant ces dix jours ?

J’étais surexcitée. Je me posais plein de questions sur ce qu’ils attendaient et sur la manière dont notre rencontre allait se dérouler.

Et donc, 10 jours plus tard ?

Il pleut beaucoup, la route est compliquée, je les préviens que je vais avoir une heure de retard. Ils me disent qu’il n’y a pas de problème, qu’ils écoutent mes chansons et qu’ils trouvent ça vraiment bien. Quand j’arrive à Berne, je rentre dans le club où ils sont en train de faire la balance. Ils me voient, arrêtent tout et Joey descend pour me faire un hug. J’étais très émue.

Ensuite ?

Il m’a présenté à toute l’équipe, puis ils ont continué la balance et après, j’ai discuté longuement avec Joey. Il m’a parlé de mes chansons en me citant les titres, je n’en croyais pas mes oreilles. A un moment, je lui demande s’il serait d’accord pour que j’enregistre mes nouvelles chansons au mythique studio de Tucson. Il me répond qu’il pense que c’est possible.

Il comprend le français ?

Non, mais je lui ai traduit toutes les chansons avant d’aller enregistrer.

Après, vous vous êtes revus en Allemagne.

Oui. J’étais accompagné de Romain Galland, mon guitariste. Joey nous demande de jouer et, après notre prestation, il nous dit que c’est bon. On va enregistrer ensemble à Tucson. Il a réservé le studio et l’endroit où on dormait. Je me suis dit « c’est quoi ce truc qu’il m’arrive ? » Comme quoi, parfois, il faut aller chercher ses rêves…

L'envers du disque… reportage très intéressant sur les coulisses de l'enregistrement avec de nombreux extraits. 

Quelques photos au studio Wavelab à Tucson - Arizona.

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Romain Galland, Auren, Joey Burns et John Convertino.

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(Photos : Martin Cuchet).

Comment as-tu vécu l’enregistrement ?

J’ai appris beaucoup. Il y avait chez Joey et le réalisateur beaucoup d’exigences. Une manière d’enregistrer très différente, beaucoup de live et de « one shot ». D’abord on plantait la rythmique. Tant que guitare-basse-batterie ne sonnaient pas, nous n’allions pas plus loin. Cela dit, avec eux, ça va assez vite (rires). En a enregistré sur bande les instruments additionnels, les voix, les chœurs…   à l’ancienne quoi !

Tout s’est bien passé ?

Oui, dans l’ensemble. J’étais quand même très impressionnée, très intimidée. Et j’ai perdu ma voix pendant 3 jours… mais pour moi, cette aventure a été une vraie école de la musique. Il y a eu un avant et un après.

L’album est celui dont tu rêvais ?

Je suis très heureuse parce que ce n’est pas Auren par Calexico, ni Calexico par Auren. Ils ont réussi à magnifier ce qu’on avait préparé en amont à Paris avec Romain. J’ai mis tout mon cœur et toute mon âme dans ce disque. Je l’adore à 100%. Je suis hyper heureuse du résultat. J’aime même ses défauts, j’aime le son qu’il a. C’est vivant !

"Moi, Jane" - Durango Live Session

Textuellement, tu parles beaucoup des femmes d’aujourd’hui, mais ce n’est pas un disque féministe.

C’est un album de femmes, voire un album d’une femme. Ce sont mes propres ressentis par rapport à ce que je vis et ce que je vois dans la vie des autres. Rien n’est inventé. Dans « Emilio », je raconte l’histoire d’amis à moi qui, après 20 ans de mariage, font chambre à part ou s’en vont parce que le désir s’est éteint. « Edith », c’est l’histoire d’une jeune femme que j’ai croisé pendant que j’animais un stage de chant. Au départ, quand j’ai écrit ces chansons, je ne pensais pas dresser des portraits. En tentant de prendre de la hauteur, il a fallu que je me rende à  l’évidence… si, ce sont uniquement des portraits de femmes.

Je ne parle jamais des titres, mais là, je m’interroge sur Numéro.

Il y a plusieurs sens, mais c’est surtout parce que toutes ces femmes sont toutes de sacrées numéros (rires). Et c’est mon numéro d’artiste. Dans Starmania, opéra-rock que tu connais bien, je crois, Claude Dubois chantait « J'aurais voulu être un artiste, pour pouvoir faire mon numéro »…

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Photo : Martin Cuchet
Tucson - Arizona - 2017

Je trouve que par rapport à ton premier disque Ose, ta voix a évolué. Je me trompe ?

Je crois que j’ai acquis en liberté et en confiance. Les scènes après J’ose m’ont donné confiance et de la technique. Ma vie personnelle aussi. Changement de vie, changement de lieu de vie, changement de conjoint... tout cela a fait que ma voix s’est épaissie et qu’elle est plus libre.

La voix est en rapport avec les événements de ta vie ?

La voix fait partie de la communication à 100%. Mais je vais jusqu’à dire que tout le corps l’est. Je crois beaucoup à ça.

Quand on est heureuse, on chante mieux ?

Oui, je crois. Quand on est plus épanouie, on est plus ouverte, donc on peut aller plus loin dans sa puissance de femme.

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Photo : Martin Cuchet
Tucson - Arizona - 2017 Auren et Romain Galland.

Après avoir travaillé avec Calexico, tu vas aller vers quel autre rêve ?

Je ne sais pas encore. Il y a beaucoup de musiciens qui m’intéressent. Mais pourquoi ne pas recommencer avec eux ? Je ne m’interdis rien.

Tu as gardé des relations avec eux ?

Ils sont contents du disque et continuent à être au petit soin avec moi. Joey m’envoie des messages tout le temps pour savoir où j’en suis, ce qu’en pensent les journalistes… Les journalistes et les gens trouvent que c’est un album agréable dans lequel tu voyages et où il y a de jolies histoires. Tu sens l’ouest américain, mais tu sens aussi la chanson. Je suis heureuse de ne pas être dans la mouvance.

Qu’est-ce qui te fait dire cela ?

Pour rentrer en radio, c’est un peu compliqué pour moi. Je ne suis pas electro pop ou electro rap, je ne sais quoi. Je suis folk chanson.

FIP est partenaire de l’album. C’est la grande classe.

Je suis heureuse de cela. C’est un vrai beau cadeau. Ça fait du bien.

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Photo : Martin Cuchet
Tucson - Arizona - 2017

C’est l’album qui te ressemble le plus ?

Je ne suis jamais allée aussi près de ce que je voulais. J’ai toujours eu peur du temps qui passe et finalement, je trouve que le temps est pour moi un véritable allié dans ma consistance artistique et dans ma profondeur d’artiste. Plus j’avance, plus je sais où je peux aller… et plus ce que je produis me ressemble.

Etre artiste, c’est un combat de tous les instants ?

Oui. Il faut toujours croire en ce que l’on fait. Il faut faire la différence entre ce que l’on fait et sa réussite commerciale. Ce n’est pas parce que ça marche ou ça ne marche pas que ce n’est pas bon.

Ce que tu dis là, pour moi, c’est une évidence.

Au fond, nous les artistes, nous sommes d’éternels insatisfaits, donc on a toujours envie que ça aille plus loin, plus haut, plus fort. On a envie que ce que nous avons créé soit partagé au maximum.

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Après l'interview, le 15 février 2019.

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16 mars 2019

bESS: interview de Guillaume Fanchon pour l'album Metz

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bess,guillaume fanchon,metz,interviewLe Messin Guillaume Fanchon est à l’origine de bESS. Après des débuts en anglais, le groupe aux inspirations anglo-saxonnes s'est mis au français dans son troisième album, Metz (ils reprennent même Michel Legrand, « Les Moulins de mon cœur », voir le clip plus bas). Il n’est pas exagéré d’affirmer que leurs chansons s'autorisent de grands écarts musicaux, mais l'esprit de bESS est toujours là, car cette pop empruntée aux anglais leur colle à la peau.

J’ai rencontré Guillaume Fanchon, le 13 février dernier dans sa loge de La Boule Noire où bESS se produisait deux heures après.

Biographie officielle :

-bESS- (à l’origine brit ESSence) est un groupe français aux inspirations Brit pop. Bercé par The Divine Comedy et Radiohead, c’est sur scène que le quatuor fait ses armes enchaînant plus de 200 dates. Il se pose en studio pour enregistrer son premier album. Everybody wants to have a good life se veut un hymne à la vie. Lyrique, mélodique et rocailleux. Le magazine ELLE loue leurs « mélodies envoûtantes » et Le Magazine Rock One les nommera parmi les meilleurs espoirs rock.

L'histoire du groupe bESS (époque langue anglaise).

Ils remportent la 1ère place du Prix Ricard aux votes du public et enchaînent à 4 une tournée qui les bess,guillaume fanchon,metz,interviewmènera dans des grands Festivals français comme Musilac, Beauregard, Imaginarium et les Déferlantes. Ils enregistrent alors leur 2ème album Human, né de l’observation de ce monde où le beau et le laid se côtoient étrangement. André Margail rejoint le groupe sur ce 2ème opus pour apporter sa touche à la fois rock et aérienne. Guitariste incontournable de nombreux artistes, il a joué avec les plus grands : Jane Birkin, Jacques Higelin, Mark Knopfler... -bESS- partage alors la scène avec Supertramp.

Avec Human, le groupe atteint plus de 20 000 fans sur les réseaux sociaux et le clip « Human » totalise à lui seul plus de 200 000 vues Facebook. « Une Pépite Britpop atmosphérique, qui s’inscrit en droite ligne d’icônes pop » dixit Rolling Stone Mag. Krishoo (FFF) rejoint le groupe à la batterie pour la nouvelle tournée qui accompagne la sortie du nouvel album Metz.

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Le 13 février 2019 à La Boule Noire.

bess,guillaume fanchon,metz,interviewInterview :

Avant bESS, il y a eu un premier groupe qui a quand même remporté le titre de Découvertes du Printemps de Bourges.

C’est au début des années 90, les Tommyknockers. C’était presque du grunge, mais nous étions quand même très inspirés par des groupes comme Radiohead. A l’occasion de la sortie de leur premier album, Pablo Honey, on a fait la première partie de Radiohead en 1993 dans une librairie où ils jouaient en acoustique. On a discuté longuement avec Thom Yorke et Colin Greenwood et nous sommes devenus un peu potes. C’est une vraie rencontre.

Et The Divine Comedy ?

Pareil. On a fait trois concerts avec eux et là encore, nous sommes devenus amis. Avec ces deux groupes, on a perdu le contact aujourd’hui. Ils ont pris tellement d’ampleur…

Je t’interviewe comme jeune artiste alors que tu as plus de 20 ans de carrière.

(Rires). Je suis un artiste en développement toute ma vie. C’est un parcours de vie finalement. Il y a eu les Tommyknockers, London Sofa, In and Out et bESS. Comme je ne me vois pas faire autre chose, que je sois célèbre ou non, ça ne change pas grand-chose. Ça fait 20 ans que j’écris des chansons, que je fais de la musique, que je monte sur scène, que le plaisir est intact…

Est-ce qu’on peut dire que les choses sérieuses ont commencé quand tu es arrivé il y a dix ans à Perpignan ?

Je ne sais pas. J’ai monté un groupe avec le guitariste, Matthieu Tarbouriech. On était en duo pendant trois ans. Très vite, on a fait la première partie de Selah Sue dans un festival à côté de Perpignan. Sylvain Philipon, notre ingénieur du son, nous a repérés à ce moment-là. Lui, il bossait avec Cali et d’autres artistes. Il nous a demandé si on voulait bien enregistrer trois titres ensemble. On a accepté et nous nous sommes retrouvés dans le studio de Cali avec d’autres musiciens, dont certains à lui, parce qu’on ne pouvait enregistrer qu’à deux. Depuis 8 ans, les choses se sont professionnalisées pour nous. Nous avons des musiciens qui ont joué avec Cali, Niagara, FFF… Même si on n’est pas trop connus, j’ai vraiment l’impression d’avancer.

Clip de "Vingt Saint Valentin".

C’est ton premier album en français, mais musicalement, tes musiciens et toi êtes dans la même veine  que les deux albums précédents.

Oui, c’est pop, rock, Britpop… c’est vraiment la musique qui nous fait vibrer. Chanter en français me demande beaucoup plus de concentration  parce que quand on interprète en anglais, la mélodie prend le pas sur les paroles. En France, les gens font moins attention au texte quand ils entendent la langue anglaise, alors que personnellement, je fais toujours très attention à ce que j’écris. Ils vont plus faire attention à l’émotion que va dégager la voix et celle que vont dégager les mélodies. Quand on chante en français, l’attention du public est complètement modifiée.

Malgré le changement de langue, il y a la même patte musicale.

C’est une vraie envie que  j’avais. J’ai fait en sorte d’arranger les morceaux et de placer les guitares de la même manière qu’avant... il fallait que ça sonne encore anglais. Ma culture reste anglaise tout de même. Mon arrière-grand-père était anglais, j’ai vécu en Angleterre…

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Pendant l'interview...

Pourquoi chanter désormais dans ta langue natale ?

Quand j’écris une chanson, ça part toujours d’une émotion, d’un vécu, d’un ressenti… ensuite, je laisse venir les mots. Il s’avère que sur tous les derniers textes que j’ai écrits, ils venaient en français. Je ne sais pas pourquoi. Au final, quand j’ai fait écouter mes nouvelles chansons aux autres musiciens, ils ont été surpris, mais ils ont aimé.

Du coup, chantes-tu de la même façon ?

Non. Ce sont deux langues qui raisonnent sur deux fréquences différentes. La langue anglaise est plus dans les aigus. Ça me plaisait bien parce que cela me permettait d’utiliser ma voix de tête. En français, on est obligé de se poser un peu.

Clip de "Les moulins de mon cœur". Images: Kevin Froly - Aurélien Richter- Archives Idem creative Art school. Musique : Michel Legrand. Texte: Marilyn et Alan Bergman

Tu te cachais derrière les mots en anglais ?

En écrivant en français, je n’ai pas le sentiment d’être plus personnel, sauf qu’inconsciemment, si en fait. Je suis plus dans le sens…

L’album Metz fourmille de trouvaille. Il faut l’écouter plusieurs fois pour tout déceler…

Tu as absolument raison. On a beaucoup travaillé. Il y a plusieurs lectures dans nos chansons donc plusieurs écoutes sont nécessaires pour aller chercher tout ce que l’on a mis dedans. J’aime les albums riches. J’aime quand, à la première écoute, je sens que je n’ai pas tout entendu. Metz est un album qui se découvre par touches.

Clip de "Metz".

Parle-moi de l’histoire de la chanson « Metz ».

Ma maman est tombée malade, je suis donc retourné à Metz il y a un an. Elle a eu un cancer foudroyant et elle est décédée en juillet. Je voulais que cet album s’appelle Metz aussi pour elle. La chanson raconte la ville, ses lieux emblématiques mais aussi un voyage, une vie entière qui nous transporte de Lorraine en Catalogne, les gens que l’on rencontre et ceux qu’on laisse derrière soi. Je jette un regard sur mon passé. Inconsciemment, il y a une symbolique un peu « spirituelle ». C’est bizarre, à la base, j’ai écrit cette chanson pour mon épouse, mais quand je la réécoute aujourd’hui, je me rends compte qu’il y a une double lecture et qu’on peut imaginer que c’est aussi pour ma maman. J’avais écrit le texte avant de la savoir malade. Les hasards…

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Le 13 février 2019 à La Boule Noire.

Tu as des thèmes récurrents dans tes chansons. Notamment sur l’observation du temps.

Oui, l’observation du monde et le temps qui passe. Ça me travaille quand je vois mes enfants grandir. Le temps prend de plus en plus de sens pour moi.

Tiens, je vais faire une lapalissade. La scène, c’est ce que vous préférez dans ce métier ?

C’est là où on est bien et, surtout, c’est là où  le groupe existe. On essaie de faire de jolis disques et de jolis clips, mais finalement, sans médiatisation, sans label connu, sans maison de disques, sans soutien financier derrière, pour faire exister un album, il n’y a que la scène. Ce qui compte le plus, c’est le partage avec le public.

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Après l'interview, le 13 février 2019.

14 mars 2019

BAST : interview pour son premier EP Vertiges

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bast,vertiges,interview,mandorIl y a une nouvelle génération de rockeur (un peu pop) qui arrive depuis quelques mois en France. Des artistes comme Dani Terreur, Arthur Ely, Solal Roubine, Antoine Elie… et BAST. Cette génération (qui peut compter comme grand frère Radio Elvis et Feu! Chatterton) est très enthousiasmante. BAST m’a tout de suite interpellé. Un physique à la James Dean et une attitude rock à la fois naïve et inspirée, très touchante. Son premier EP, Vertiges (que pouvez écouter là, à votre convenance), pas vraiment triste, mais un peu, souvent dansant,  parle d’évasion, de rêve et de décadence. Pas de doute, ce jeune homme de 26 ans cherche la place qu’il occupe dans la société… comme nous tous finalement.

Le 19 février dernier, BAST et sa manageuse m’ont convié dans leur fief, un bar de la capitale dans lequel on se sent bien, pour une première mandorisation…

Biographie officielle : bast,vertiges,interview,mandor

C’est à l’âge de 7 ans que BAST, de son vrai nom Bastien Jorelle, se retrouve sur un piano. Il se met très vite à écrire des chansons et décide d’intégrer la Maitrise des Hauts de Seine, chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris

Il fait ses premiers pas sur scène à l’Opéra Bastille dans le rôle d’un des trois garçons de La flûte enchantée de Mozart et c’est ce jour-là, sous les acclamations du public, qu’il éprouve le désir d’en faire son métier. 

Durant sa mue, Bastien s’intéresse au rock avec Elvis Presley, les Rolling Stones ou encore Joy Division et monte son premier groupe The Croissants. Après plusieurs dates, dont une au Gibus et une autre au New Morning, la formation est finalement dissoute et donne naissance au groupe Inner Brain dont Bastien en deviendra le leader. Un EP  éponyme est auto produit et plus d’une cinquantaine de concerts sont donnés (La Cigale, Le Divan du Monde, Bus Palladium, Festival Les Déferlantes …). 

Inner Brain évoluant dans un style pop rock anglophone, Bastien se lasse et se lance en solo dans sa langue maternelle, le français : c’est ainsi que naît BAST

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(Photo : David Poulain)

bast,vertiges,interview,mandorArgumentaire de presse de l’EP Vertiges :

Il réunit cinq titres, tous écrits et composés par BAST.

Il aborde dans ses textes les thèmes de l’évasion, du rêve et de la décadence de son époque.  Dans « Paradise » et « La Nuit acidulée », l’homme, le protagoniste de ses histoires, apparaît comme dépendant d’une femme aux caractères mystiques.

BAST définit sa musique de « Rock’n’Pop à la française ». Le rock pour les tripes et la recherche d’une authenticité dans l’interprétation. La pop pour un esthétisme sonore et un désir d’efficacité.   

Versez dans un verre une goutte du Velvet Underground et de Jacques Higelin. Ajoutez un zeste de La Femme, de Flavien Berger et vous avez un avant-goût du cocktail préféré de BAST

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bast,vertiges,interview,mandorInterview :

Comment es-tu passé de ton groupe Inner Brain à BAST ?

J’étais le chanteur pianiste du groupe. On a fait un EP, une quarantaine de concerts, surtout à Paris, et pas mal de tremplins qui nous ont permis de jouer dans de grandes salles. C’était du pop-rock en langue anglaise. Au bout de trois ans et demi, on a décidé une reconversion en français. J’avais envie que l’on me comprenne. Ca a pris un peu de temps et le groupe a fini par se séparer. J’avais déjà commencé ma carrière solo en parallèle, ça n’a pas aidé.

Quand on fait partie d’un groupe, il faut l’avis de tout le monde… Tu avais le souci de devenir indépendant ?

Tu as raison. Je me suis rendu compte que j’avais envie de tout contrôler.

Tu es un artiste précoce. A 14 ans, tu avais déjà créé un premier groupe, The Croissants.

Oui, c’était un groupe de rock. Mais avant cela j’étais à la Maitrise des Hauts de Seine et dans le chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris. J’ai fait mes premiers pas sur scène à 11 ans avec La flûte enchanté de Mozart. Quand j’ai commencé à muer, j’ai changé de direction musicale.

On écoutait quoi chez toi à ce moment-là ?

Mon père écoutait Michel Berger, Elton John, Michael Jackson… ce n’était pas tout à fait rock. C’est un pote qui m’a fait découvrir les Stones ou des groupes comme ça.

Il y a eu un déclic ?

J’aimais bien l’énergie que cela dégageait. C’est vraiment l’énergie qui m’intéressait le plus d’ailleurs… et qui continue à m’intéresser aujourd’hui.

Clip de "Franco".

Tu es passé aussi par l’école ATLA, qui forme aux métiers des musiques actuelles et du spectacle bast,vertiges,interview,mandorvivant.

J’y suis allé en sortant du BAC. J’ai fait un cursus autour du chant, de l’interprétation scénique, j’ai fait aussi un peu de travail théâtral. Qu’est-ce qu’on raconte à travers une chanson ? Ce sont des choses comme ça que l’on apprend. Il y avait une salle à disposition où était organisée des jams tous les mercredis et jeudis. J’y allais pour jouer avec plein de monde et c’était très intéressant. Sinon, j’ai aussi fait un stage aux Studios des Variétés avec notamment Olivier Bas. Ça m’a apporté beaucoup également.

Tu dis aujourd’hui que tu fais du « rock’n pop à la française ».

Il faut bien dire quelque chose (sourire). J’ai l’impression d’avoir cette énergie rock, mais avec des arrangements qui rappellent des artistes pop. Je ne peux pas prétendre faire du rock pur parce qu’il n’y a pas de grosses guitares saturées dans mes chansons. 

Clip de "Nos envols".

bast,vertiges,interview,mandorDans ce premier EP, tu as tout fait seul.

Sauf le mastering. J’ai demandé à Jean-Charles Panizza de Climax Mastering de s’en occuper. J’avais besoin d’un regard extérieur.

Quand on travaille seul, ce n’est pas compliqué d’être objectif sur son travail ?

C’est dur de prendre des décisions sans l’avis d’autres personnes, c’est vrai. J’ai perdu pas mal de temps en hésitations. Après plusieurs expériences de groupes, c’était quand même un vrai désir d’assumer seul un projet.

Tu décris un univers noir et un peu désespéré dans tes chansons…

Il y a tout de même un peu d’espoir dans certaines. J’avoue, il y a pas mal de vécu. Je raconte l’histoire d’un jeune homme entre 18 et 25 ans,  qui se cherche un peu, qui va dans des soirées arrosées avec de la drogue qui traîne… ça ne l’aide pas à trouver sa voie. Il y a une part de moi dans ces chansons. Sinon, en vrai, je suis quelqu’un d’assez joyeux.

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Pendant l'interview...

bast,vertiges,interview,mandorLe magazine FrancoFans t’a trouvé des influences avec Daho et Marquis de Sade. Es-tu d’accord avec ces rapprochements ?

Je respecte toutes les comparaisons. Daho, je ne vois pas trop, mais Marquis de Sade, au même titre que Taxi Girl, j’ai beaucoup écouté. Je n’ai pourtant pas l’impression que ça se ressent dans ma musique. C’est dur d’avoir du recul sur ce que l’on fait et je sais que les influences sont souvent inconscientes.

Plus que Taxi Girl, je pourrais te comparer à Daniel Darc…

Dans le son, je suis d’accord.

J’ai lu sur le site Phenixwebzine que comme tu n’étais pas encore très connu, tu pouvais te permettre toutes les audaces. Je cite précisément : « je me vois aujourd’hui comme un homme qui n’a rien à perdre. Je débute musicalement, je peux tout me permettre, j’ai une certaine liberté artistique, je suis complètement indépendant, je me permets d’avoir une audace que je n’aurai peut-être pas par la suite, mais pour l’instant c’est une audace qui peut me permettre d’aller loin. » Je trouve cette réflexion très pertinente.

J’ai l’impression qu’il ne peut rien m’arriver. Je me sens très libre de faire ce que je veux, ce que je ressens, ce que j’ai au fond de moi. Je fais ce métier aussi pour ça. La liberté totale. Si demain j’arrive à gagner ma vie en faisant la musique que je veux, j’aurai réussi quelque chose. C’est ça ma notion de la liberté.

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Après l'interview, le 19 février 2019. 

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12 mars 2019

Marvin Jouno : interview pour Sur Mars

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(Photo : Mélanie Elbaz)

marvin jouno,sur mars,interview,mandorLe nouvel album de Marvin Jouno est l’histoire du chaos qu’il a traversé ces deux dernières années. Depuis la sortie d’Intérieur nuit il y a deux ans, tout s’est accéléré. Il y a eu les tournées, les médias, les rencontres avec d’autres artistes. « Et puis il y a eu les luttes intimes, les amours imprévues, les déchirements du deuil. Autant d’épreuves que Marvin Jouno exprime avec pudeur mais sans se cacher, mettant sa voix éraillée au cœur de ce marasme personnel. Car au bout de cette période de solitude et d’errances géographiques, il y a la lumière d’un album qui retrouve l’espoir et prend de la hauteur sur les tourments terrestres. Sur Mars donc  » indique le dossier de presse.

Je trouve que ce disque est l’un des meilleurs de cette année. Il devrait faire rentrer Marvin Jouno dans la cour des grands. Il est possible que ce ne soit pas le cas, mais c’est injuste et incompréhensible. Ses chansons sont puissantes, profondes et universelles. La gaieté n’est pas ce qui s’impose à l’écoute de Sur Mars, mais on s’en fout. L’important c’est de vibrer et d’être touché. Je vibre et il me touche. Donc, une mandorisation s’imposait.

Le 15 février dernier, nous nous sommes attablés en terrasse d’un bar parisien. Et c’était bien.

Argumentaire de presse :marvin jouno,sur mars,interview,mandor

Le premier album de Marvin JounoIntérieur nuit (2016), a imposé un ton particulier dans le paysage des auteurs-compositeurs. La suite s’appelle Sur Mars et prolonge cette exploration de la chanson française à travers des influences venues de la pop anglo-saxonne, du hip-hop et des musiques électroniques. Le tout est au service d’une écriture intime et remplie d’images cinématographiques, que Marvin Jouno met en scène avec pudeur mais sans cacher sa sensibilité. Biberonné aux classiques de la chanson française, ce breton installé à Paris embrasse les horizons de son époque en mêlant la passion de la musique à celle du cinéma. La sortie de son premier album a d’ailleurs été accompagnée d’un film, également titré Intérieur nuit et écrit par Marvin Jouno lui-même. Car ce dernier vit ses textes autant qu’il fictionne sa vie, allant chercher en lui de quoi nourrir cette musique si particulière. Sur Mars est donc le nouveau chapitre d’une grande histoire qui reste à écrire. 

En tout, onze nouvelles chansons pensées comme des courts métrages, avec Agnès Imbault à la co-composition (Juniore, Canine…) Angelo Foley (Christine & The Queens, Eddy de Pretto…) à la réalisation et Scott Jacoby (Vampire Weekend, Coldplay…) au mixage.

marvin jouno,sur mars,interview,mandorLettre de Marvin :

En 2016, année de la sortie d’Intérieur Nuit - mon 1er album. J’ai tout perdu ou presque : J’ai détruit un grand amour au long cours, cru à un amour longue-distance impossible, puis perdu ma mère des suites d’une longue maladie. S’en sont suivis des mois d’errance et de débauche. J’ai touché le fond. J’ai erré à Paris ou ailleurs muni d’une simple valise pour y retenir ce qu’il me restait. 

À la manière de ces pionniers, de ces aventuriers qui n’avaient plus rien à perdre, j’ai décidé de partir. Loin, très loin... Pour me réinventer, me reconstruire ou disparaitre, digérer l’inacceptable. Je suis parti en éclaireur vers cet ailleurs, vers ce futur conditionnel que représente Mars. 

J’étais prêt au sacrifice consenti, au suicide probable que représenterait une telle odyssée.

Ce voyage hors du commun aura duré plus de deux années. Deux ans d’une expérience hors du temps où la solitude, l’aridité, le silence, le vide m’auront accompagnés.

J’ai pensé, écrit, composé mon second album Sur Mars - tout là-bas, loin de tout, loin de tous. Ces chansons sont des cartes postales envoyées de l’espace. Certaines s’adressent à ces trois figures féminines qui auront marqué ma vie, et conditionné mon départ. Elles témoignent de mon aventure à la manière d’un carnet de voyage.

Je suis revenu il y a peu. Le retour fût violent et difficile. Il est à présent de mon devoir de raconter, de partager ce que j’ai traversé.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

marvin jouno,sur mars,interview,mandorInterview :

Tu viens du monde du cinéma. C’était ton premier amour artistique.

J’ai fait mes études de mise en scène pendant des années. Un peu par hasard, je suis devenu décorateur. C’était ma première offre de stage à la sortie de l’école. J’y suis allé avec des pieds de plomb, mais j’ai découvert un métier fabuleux. Les 6 premières années étaient épanouissantes. Je faisais pas mal de longs métrages historiques.

Ça a duré 10 ans.

Le cinéma est une aventure collective prenante. C’est long, c’est beaucoup de gens et beaucoup d’argent. A un moment donné, j’ai eu besoin de retrouver une expression artistique plus personnelle. C’est passé par la photo et la musique. J’avais entamé ces deux activités à l’adolescence, mais pas sérieusement.

Tu es un solitaire ?

Oui et c’est de pire en pire.

Clip de "Sur Mars".

Tu as fait cet album seul ?

Ma pianiste, Agnès Imbault, courageusement, est venue me rejoindre quatre fois dans ma tanière située dans un hameau breton. Nous co-composons ensemble quasiment toujours. Je pose les bases de la composition et elle, elle vient étoffer tout ça.   

J’ai su que tu avais fait un voyage Brest-Tokyo sans prendre l’avion en 45 jours. Raconte-moi ça.

C’est un délire d’ado que j’ai fini par assouvir en 2017. J’ai toujours souhaité prendre le transsibérien. Quand je me suis transposé à Vladivostok, j’ai trouvé géniale l’idée de rejoindre le Japon par la mer. J’ai bien complexifié le voyage, j’avoue.

Ce voyage était une parenthèse entre tes deux disques, Intérieur nuit et Sur Mars ?

C’est exactement ça. Pendant 5 ans, je me suis occupé uniquement de ces deux albums, j’ai donc ressenti le besoin de me retrouver face à moi-même. Ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’outre ces 45 jours de voyage, j’ai mis aussi 45 jours pour revenir dans ma tête.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Ce voyage a-t’ il été source d’inspiration ?

Pas du tout. Je n’ai écrit aucune chanson. Je tenais juste un carnet dans lequel j’ai tenté de romancer mon voyage.

Ton prénom vient de la passion de tes parents pour Marvin Gaye je crois.

Oui. La musique a toujours été centrale dans ma vie depuis avant ma naissance. Dans le ventre de ma mère, j’entendais la voix de Nina Simone. Ma mère adorait et l’écoutait souvent. Quand aujourd’hui, j’entends cette chanteuse, sa voix me transperce. Ca a dessiné un paysage musical permanent et aujourd’hui, je passe ma vie à écouter de la musique. Ca embellit tout. Parfois, ça renforce les sentiments et les sensations. La musique triste, quand on ne va pas bien, elle peut aussi faire du mal.

Ton écriture à légèrement changé. Elle est plus simple il me semble.

Je voulais avoir une écriture plus immédiate. J’avais envie d’être plus frontal, moins codé, bref, d’être compris. Il y avait beaucoup de pudeur sur le premier disque et je m’amusais parfois à ne pas être lisible, mais ça n’a aucun sens d’écrire des chansons que personne ne comprend. Je veux tendre à l’universel. Lors de la première tournée, j’ai constaté à quel point une chanson est belle quand elle est accaparée par le public.

Clip de "Je danse".

Sur Mars est un album dense et pas très joyeux.

Je suis inspiré par des trucs qui font mal au ventre et qui rendent tristes. Dans ce disque, j'évoque les trois années qui viennent de s'écouler entre les deux albums. J’ai perdu beaucoup et j’ai vu tout se dérober sous mes pieds. J’ai perdu des personnes très chères. Je suis devenu très solitaire et j’ai vécu dans des conditions de vie assez précaires… c’est tout ce que je raconte.

C’est dur de s’en sortir dans ce métier.

Ce métier est à l’image de notre société. Il y a quatre, cinq projets qui cartonnent et, après, il n’y a que des gens qui galèrent. Il n’y a plus trop de classe moyenne dans le milieu de la musique. J’ai l’impression que l’on se dirige sur une scène francophone ultra indé. Il va falloir se battre ses prochaines années.

Pour moi, ton disque est l’un des plus beaux de cette année.

Merci. Je suis très fier de lui. J’essaie d’être contemporain et d’une certaine modernité. On est dans une grande phase de revival et je ne trouve pas ça très intéressant. On n’est pas là pour revisiter en  permanence le passé.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Tu utilises l’Auto-Tune dans ce disque.

Je sais que c’est très discutable.  Pour certains l’Auto-Tune, c’est le diable, mais moi, cette sonorité m’émeut beaucoup. Il y a quelque chose de très oriental qui me plait beaucoup. J’aime bien l’idée aussi que ce procédé date mon album, comme s’il était témoin de cette époque.

C’est curieux parce que, souvent, les artistes veulent éviter que leur disque soit daté.

Je voulais que mon premier album soit intemporel pour qu’il puisse bien vieillir. Celui-là, je voulais absolument qu’il vieillisse mal. Il y a des albums de Daho des années 80 qui sont très datés et tant mieux.

Il y a du fond, mais tu ne fais pas de chanson engagée…

J’ai beaucoup de mal avec la chanson sociale ou contestataire. Il est hors de question que je fasse la morale.

Dans tes chansons, on sent un homme fragile, pas très bien dans sa peau.

Ça ne va pas en s’arrangeant en plus. Je trouve que le monde de la musique n’est pas équilibrant. Je me suis accroché à cet album pour sortir la tête de l’eau. Je pensais qu’il allait changer mon quotidien, alors qu’en fait, il m’isole beaucoup. En fait, je me sens à la fois fort et fragile, mais surtout, je suis à fleur de peau et hyper sensible. Forcément, la manière dont est appréhendé mon projet me percute aussi.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Mais écrire te fait du bien ?

Oui. C’est du domaine de la catharsis. J’exorcise mes démons. Je m’accapare d’un sujet et j’essaie de l’amener au bout. Parfois, je pense que c’est salvateur.

Tu parles de toi, mais du coup, tu parles des autres…

C’est même le but.

Il y a des figures féminines dans cet album.

Il y en a trois centrales, dont ma mère, et parfois, elles se mêlent.  J’ai créé une espèce de créature hybride qui pourrait être La femme.

On progresse toujours en musique ?

J’ose espérer que quand l’expérience s’accumule, on apprend et on progresse. En termes de compositions et d’écriture, j’ai l’impression que c’est le cas. Le live m’a beaucoup apporté sur la compréhension de mon personnage et sur la compréhension de l’interprétation et du chant. J’ai compris que la voix était un instrument Je chante plus qu’avant. J’ose plus. 

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Après l'interview, le 15 février 2019.

10 mars 2019

Hum Hum (Sophie Verbeeck et Bernard Tanguy) : interview pour leur premier EP

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(Photo: Richard Schroeder)

Hum Hum est un nouveau duo pop très accrocheur  composé de la comédienne Sophie Verbeeck (A Trois on y va de Jérôme Bonnel, Mes Provinciales de Jean-Paul Civeyrace, Le Collier Rouge de Jean Becker...) et le producteur / réalisateur Bernard Tanguy.

Elle écrit et chante. Il compose et joue. Pour se présenter au public, ils sortent un EP 4 titres le 15 mars  prochain, avec deux titres en anglais et deux en français. Ce sont les musiciens qui ont accompagné Etienne Daho sur sa dernière tournée qui jouent sur le disque. A la fois un son eighties, mais moderne, cette pop élégante et poétique va sans nul doute vous séduire.  

J’ai rencontré le très sympathique duo au mythique Hôtel du Nord, le 12 février dernier.

hum hum,sophie verbeeck,bernard tanguy,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

Issue d’une école nationale de théâtre et tournant au cinéma, Sophie rencontre Bernard sur le tournage de son premier long métrage Parenthèse, sorti en 2016, où elle tient l’un des rôles principaux (la musique de Parenthèse est signée Stupeflip, un des groupes préférés de Bernard). Formée au chant lyrique et attirée depuis toujours par la scène musicale, celle-ci chante et écrit des textes tantôt en anglais, tantôt en français. Elle convainc Bernard qui n’avait pas fait de musique depuis 20 ans (il a fait partie du groupe SAF, numéro 1 au Sénégal en 1991) de se remettre au piano et de composer des musiques pour elle. Frédéric Lo (mandorisé récemment là), un voisin de Bernard, est le premier à découvrir les morceaux issus de cette expérience. L’affaire se conclut près des boites aux lettres : Frédéric les signe sur son label Water Music pour un EP (que ce dernier réalise avec l’aide de musiciens de la dernière tournée d’Etienne DahoFrançois Poggio, Marcello Giuliani…) + un album à suivre.

Les chansons du futur album en cours de composition, prévu pour l’automne 2019, sont toutes en français.

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(Photo: Richard Schroeder)

hum hum,sophie verbeeck,bernard tanguy,interview,mandorInterview :

Comment avez-vous compris que vous alliez faire de la musique ensemble ?

Sophie : On ne l’a pas compris immédiatement. Nous nous sommes connus sur son film Parenthèse et, un jour, j’ai découvert qu’il faisait aussi de la musique. Il m’a fait écouter ses mélodies que j’ai trouvées très intéressantes. Comme de mon côté j’écrivais, on a rapidement décidé qu’on allait essayer d’allier ses mélodies et mes textes.

Il a fallu chanter pour présenter ces chansons…

Sophie : Je n’ai jamais été chanteuse, mais pendant 3 ans, dans une école nationale d’acteur,  j’ai suivi une formation de chant lyrique. J’étais soprano.

Bernard : Tu chantes aussi dans le film A trois on y va puisque tu joues le rôle d’une chanteuse.

Sophie : J’ai toujours eu très envie de chanter.

Bernard, faire de la musique te manquait ?

Bernard : L’envie ne s’est jamais dissipée. Dès que je vois un piano, je ne peux pas m’empêcher de jouer.

Sophie : Même sur les tournages… (sourire)

Bernard : Je n’ai jamais arrêté de jouer, mais j’ai arrêté de composer. Il y a 20 ans, j’ai eu un blocage. J’avais l’impression que tout ce que je tentais de composer était de la merde. C’était idiot parce qu’à 50 ans, je me suis rendu compte que j’étais capable de composer sans trop rougir du résultat. Je remercie Sophie de m’avoir poussé à récidiver.

Clip de "Blueberries".

Il y a dans votre EP 4  titres, deux titres en anglais et deux  en français. Pourquoi ?

Sophie : Il va y avoir un revirement. Toutes les prochaines chansons seront interprétées en français.

Bernard : Je trouve que Sophie est très douée en français, on a donc décidé d’aller dans ce sens-là.

L’album sera proche musicalement de cet EP ?

Bernard : Oui. Même si dans l’EP, aucune des chansons ne se ressemblent. C’est une carte de visite, alors on a voulu montrer l’étendue de nos possibilités. 

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(Sophie Verbeeck et Frédéric Lo lors de l'enregistrement de l'EP.)

hum hum,sophie verbeeck,bernard tanguy,interview,mandorFrédéric Lo a réalisé ce disque. Il était comment avez-vous ? (Photo à gauche 1 Epok Formidable)

Bernard : Il est gentil, donc c’est hyper sympa de bosser avec lui. C’est une grande rencontre.

Sophie : On a pris notre temps pour enregistrer et il était vraiment à notre écoute.

Bernard : Nous lui amenions des maquettes et il travaillait sur les arrangements. Il a aussi joué de la guitare.

C’est anecdotique, mais comment l’as-tu connu ?

Bernard : C’est un de mes voisins. Un jour, je le rencontre aux boites aux lettres et je lui demande s’il peut écouter certains de nos titres. J’ai vu sa tête qui disait : « Mince ! Encore un voisin qui m’impose son travail. » Mais comme il est gentil, il a accepté. Dès le lendemain, il m’a appelé en me disant qu’il trouvait ça bien. Il nous a donné rendez-vous dans son studio et le feeling a été immédiat entre nous. Il a vraiment apporté quelque chose de primordial dans nos chansons. Elles sonnent tellement mieux que sur nos maquettes. Ce n’est pas pour rien qu’il a cette réputation d’orfèvre et qu’il est très sollicité.

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(Photo: Richard Schroeder)

Bernard, tu composes tes chansons au piano je crois.

Bernard : Ca m’arrive de composer directement sur l’ordinateur, mais effectivement, généralement, c’est au piano.

Sophie : Je préfère recevoir les musiques de Bernard quand elles sont jouées au piano. J’écris plus facilement mes textes avec ce seul instrument. S’il y en a trop, ça encombre ma tête. Je préfère une ligne très économe. Si la mélodie est en détente et elle m’inspire plus facilement des textes. Je n’écris jamais un texte avant d’avoir entendu la musique.

Bernard : Pour composer, j’improvise beaucoup, puis soudain, quelque chose arrive. Pour trouver une mélodie, il y a un côté mathématique. C’est de l’harmonie, des proportions, le rythme, des fréquences… Le philosophe Leibniz affirmait que « la musique, c’est de l’arithmétique inconsciente ». On peut résoudre toute chanson à une équation mathématique.

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(Sophie Verbeeck et Frédéric Lo lors de l'enregistrement de l'EP.)

Vous travaillez facilement tous les deux ?

Bernard : Je trouve. C’est assez naturel. A chaque fois, j’ai trouvé que les textes collaient parfaitement à la musique. Il n’y a quasiment jamais eu de retouches.

Sophie : Parfois, Bernard ne comprend pas mes textes (rires). Il m’interroge sur le sens des certaines des chansons.

Bernard : Elle exagère… je suis très sensible à la poésie de Sophie. Le texte de « Parade », je  le trouve génial. Il me parle vraiment.

Sophie : Parfois, nous nous imposions des contraintes. Nous partions à l’Ile de Ré pour travailler. Bernard devait produire une mélodie ou améliorer une déjà existante et moi j’allais écrire en bas. Ensuite, nous tentions de fusionner le fruit de notre travail. Parfois, nous travaillions aussi de manière isolée.

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Pendant l'interview...

Sophie, tu écris depuis toujours, il me semble.

Sophie : J’ai fait des études de Lettres avant de faire l’Ecole Nationale du Théâtre. J’ai commencé à écrire de la poésie ou des nouvelles très jeune. Quand on écrit, on a l’impression d’être en contact avec un nouveau monde à part entière, de construire un corps. D’ailleurs, j’aime agencer les mots comme de la danse.

Il parait que c’est compliqué d’écrire une chanson.

Sophie : Je ne sais pas. Une fois que je suis rentrée dans la mélodie de Bernard et que je sens comment elle est structurée, l’inspiration me vient très vite. Juste, parfois, il me faut un peu de temps avant de rentrer dans ce sas.

Sophie, tu écoutes facilement vos chansons ?

Sophie : Pas facilement. C’est comme voir un film dans lequel j’ai joué. J’aime le travail, j’aime participer à la fabrique, mais je n’aime pas me retourner vers le résultat… vers le produit. Je ne le fais pas volontiers en tout cas. J’ai déjà envie d’être ailleurs.

Vous êtes surpris par les bons retours des professionnels ?

Bernard : Oui, très surpris. Ca encourage beaucoup à continuer en tout cas.

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Après l'interview, le 12 février 2019.

01 mars 2019

Manu Katché : interview pour The Scope

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(Photo : Arno Lam)

manu katché,the scope,interview,mandorDans l’album The Scope (que vous pouvez découvrir là), Manu Katché explore la formule du quartet et c’est une parfaite réussite. Est-il utile de préciser que ce batteur d’exception a joué au cours de sa carrière avec la Terre entière, dont Joni Mitchell, Sting, Peter Gabriel, Dire Straits, Tears for Fears, The Christians, Paul Young, Tracy Chapman, Youssou N’Dour, Pino Danielle, Simple Minds, Joe Satriani, mais aussi avec ses compatriotes Véronique Sanson, Francis Cabrel, Laurent Voulzy, Stephan Eicher, Michel Petrucciani... une liste étourdissante.

J’avais donc hâte de rencontrer ce musicien dont j’ai le plus grand respect. Ainsi fut fait au Costes, le 18 janvier dernier. Une fois encore, j’ai eu la preuve que les plus grands sont les plus  humbles.

(Toutes les photos studios de cette chronique sont signées Arno Lam).

(Merci à Brigitte Batcave.)

Le disque (argumentaire officiel) :manu katché,the scope,interview,mandor

Avec ce nouveau disque, Manu Katché réunit les racines du groove et la modernité des machines. La pochette signée Arno Lam le présente d’ailleurs cadré de profil, « un profil africain », précise Manu - l’Afrique est le fil musical subtil du CD.

La batterie est au cœur de The ScOpe, un album électro charnel et céleste, frénétique, un chapitre de rupture ou plutôt de prolongement, de plaisir et de renouvellement, ajouté à sa discographie d’expert sollicité entre autres artistes, par Sting ou Peter Gabriel.

Les complices de toujours ou les nouveaux arrivants forment le quartet de The ScOpe: Jérôme Regard (basse), Patrick Manouguian (guitare) et Jim Henderson (claviers), producteur de musiques électroniques.

Viennent s’ajouter les featurings comme Faada Freddy sur « Vice », réchauffant de ses scansions une ambiance hivernale. Puis Jazzy Bazz pose son flow sur le titre « Paris Me Manque », enveloppé d’un bugle déchirant. Enfin la chanteuse américaine Jonatha Brooke nous parle d’amour sur la ballade « Let Love Rule ».

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(Photo : Arno Lam)

Imanu katché,the scope,interview,mandornterview :

Quelle est la différence entre ce nouvel album et vos précédents ?

Je me suis moins tourné vers le jazz, même si, dans l’écriture, ça reste jazzistique parce qu’il me reste en permanence des réminiscences assez fortes de ce genre musical. Dans The Scope, il y a moins d’improvisation, les choses sont très écrites et surtout, je me suis vraiment penché sur le groove. Parfois, dans mes disques, on m’a reproché que la batterie était là plus comme accompagnement, qu’elle était au deuxième plan. C’était vrai et volontaire. Je voulais mettre  plus en avant les mélodies. J’aime les mélodies. C’est ce qui me fait rêver, me plait, me touche, m’embarque et m’émeut. Faire des albums avec des démonstrations de batterie ne m’intéresse absolument pas. Ce n’est pas mon cadre.

Non, vous tournez plutôt autour de la batterie.

Si je compose toujours au piano, je respecte ce que donne la batterie, le beat, l’after beat, le groove, et j’écris en fonction de ça.

Il n’y a pas que des êtres humains qui vous accompagnent, il y a aussi des machines.

J’ai commencé à les utiliser en 1987 lors de la tournée de Peter Gabriel pour l’album So. Il y avait des machines sur scène que j’utilisais avec la batterie. Il a fallu que je trouve ma place au sein des machines, mais depuis j’en ai toujours pour accompagner la batterie. Pour cet album, comme les machines évoluent, j’ai fait appel à un réalisateur, Elvin Galland. Il a apporté un côté electro que j’apprécie, mais que je ne sais pas forcément faire, quant à moi, j’ai apporté le côté classique, jazzistique, soul et pop. Au début, on a commencé à faire 5 titres mixés, mais je n’étais pas content. Ce n’est pas que ce n’était pas bien, mais c’est que ça ne me ressemblait pas assez. On a tout démonté et on a tout refait. Là, tous ses nouveaux titres, je peux les revendiquer parce qu’ils me ressemblent.

Clip de "Vice" feat. Faada Freddy.

manu katché,the scope,interview,mandorElvin Galland est un jeune homme de 26 ans.

Elvin et moi avons mélangé mon expérience de musicien de studio et les siennes, croisé nos influences puisque nous appartenons à des générations différentes même si j’écoute, comme lui, les héritiers de Stevie Wonder ou Marvin Gaye, que sont Kendrick Lamar, Anderson Paak.

Il y a la musique africaine en fil rouge, mais de manière discrète, je trouve. C’est la première fois, en tout cas, dans vos albums.

Je ne me sens pas tellement africain, même si mon père est originaire de Côte d’Ivoire. Je n’ai pas vécu là-bas, mais je suis allé pas mal de fois sur ce continent et je l’adore. J’ai découvert le Sénégal quand j’ai joué avec Youssou N’Dour. J’aime profondément ce pays, mais je ne me sens pas africain, car j’ai grandi en banlieue parisienne. Génétiquement, je ne peux pas nier qu’il y a quelque chose qui m’habite et qu’il y a une résonnance africaine en moi. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai voulu que la guitare qui joue dans The Scope soit « à l’africaine ». Sur le morceau « Keep Connexion » coule même une kora avec un solo écrit spécialement pour Kandia Kouyate. Kandia est un virtuose de cet instrument auquel il ajoute un apport électrique. Ca rentrait parfaitement bien dans l’album.

Vous n’avez jamais fait du free jazz dans vos disques…

Le principe du free jazz, c’est qu’il n’y a pas de structures. On part sur une harmonie et on en fait ce que l’on veut. On peut totalement la déconstruire. Personnellement, j’ai toujours fait un jazz accessible et lisible par et pour tous avec des mélodies qui revenaient régulièrement.

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(Photo : Arno Lam)

Dans ce nouveau disque, vous chantez un peu, même si votre voix est légèrement trafiquée.manu katché,the scope,interview,mandor

Il y a un peu de vocoder. Je n’avais pas une envie spécifique de chanter, mais je voulais apporter ce grain-là surtout en pensant à la scène. Chanter sur scène, c’est extrêmement jouissif. Il y a un vrai passage à l’acte avec le public.

Vous vous servez de votre voix comme d'un instrument de musique ?

Oui, c’est tout à fait ça. Je me suis rendu compte que, quand on écoute de la musique, peu importe laquelle, on va se retrouver à chantonner quelque chose et, généralement, c’est une mesure en boucle qui vous a marqué l’esprit. Pourquoi ? Je n’en sais rien. J’avais donc envie de proposer des gimmicks chantés un peu récurrents, qui vous restent dans la tête et qui vous marque. C’était ça l’idée de chanter. Ce n’était pas de devenir chanteur.

Comment s’est passé le casting vocal ?

J’ai beaucoup cherché. J’aurais pu appeler Peter Gabiel ou Sting, mais comme ce disque-là est un point précis de ma carrière, il représente toutes mes années à écouter de la musique, à aller voir des concerts pour ce que cela procure, j’avais peur qu’appeler mes potes soit un peu restrictif. Ils ont été importants dans ma carrière, mais ils ne représentent pas tout ce que j’ai aimé en musique. J’avais donc envie d’aller plus loin avec des voix qui me rappellent Marvin Gaye, Stevie Wonder, Otis Reding…

Vous vouliez aussi que ce disque fasse danser.

C’était l’idée première. Moi, j’aime danser. Je ne le dis jamais, mais ma mère m’avait inscrit dans une école de danse quand j’étais tout petit. J’en ai fait deux ans. J’étais trop timide pour ça, il y avait trop de filles (rires). Mais la gestuelle de la danse me plait encore aujourd’hui beaucoup.

Le public jazz n’est pas le même que celui pop. Il ne bouge pas des masses.

Parfois, ça m’a procuré d’énormes frustrations. J’avais envie de dire au public de se lâcher, qu’il pouvait y aller à fond, mais non. Le public jazz est fin, mais un peu statique. Il est plus dans l’écoute que dans le déhanchement.

Clip de "Paris me manque" feat. Jazzy Bazz.

manu katché,the scope,interview,mandorEn tant que musicien, arrivez-vous à aller voir un concert avec détachement, sans observer les autres musiciens ?

C’est difficile. Comme un cuisinier qui va dans un restaurant. Je peux me laisser aller quelques instants quand je prends le concert en pleine face, mais il y a toujours un moment où j’observe comment tel ou tel musicien joue.

J’ai connu Manu Katché avec le groupe Préface en 1986. Vous assumez cette expérience ?

Mais parfaitement. C’est marrant que vous me parliez de ça parce qu’ils viennent de rééditer le maxi 45 tours de « Palace Hôtel ». J’ai appris qu’ils en ont déjà vendu plus de 700.  

Vous qui avez 11 albums solo à votre actif, vous repartiriez en tournée pour un autre artiste ?

Oui, sans hésitation. Vous vous rendez bien compte que j’aime ça. Je ne  repartirais peut-être pas deux ans comme je le faisais avant, mais si Sting ou un autre artiste que je respecte, m’appelle demain pour une tournée d’un mois ou deux, je lui dis oui. J’ai partagé  tellement de choses richissimes avec ces gens-là qu’y retourner me ferait très plaisir. Je parle autant musicalement qu’humainement.

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Pendant l'interview… (Photo : Brigitte Batcave).

manu katché,the scope,interview,mandorVous avez sorti un livre de souvenir en 2013, Roadbook, dans lequel vous racontez de nombreuses anecdotes sur les artistes avec lesquels vous avez joué. Je me suis laissé dire qu’un deuxième livre allait arriver dans les mois prochains chez Grasset…

A la base je voulais faire la suite du premier en continuant à raconter des anecdotes, mais cette fois-ci avec les artistes Français. Et puis finalement, je n’ai pas trouvé que c’était très intéressant. Les anecdotes n’apportaient pas grand-chose et ne faisaient pas franchement rêver. Je suis donc allé plus dans l’introspection et j’ai réfléchi sur ce qu’est un musicien, le regard des autres, les jalousies, les doutes, la longévité, l’essayisme… C’est intéressant.

Ce livre sera aussi un livre bilan ?

Ce ne sera pas un bilan de ma vie, mais un bilan de ce que l’on vit. On n’a pas changé de monde, mais on a changé le monde.

Qui on ?

Notre génération. Ce n’est pas affolant, c’est juste très différent.

Et en matière de musique ?  

Cela m’effraie un peu. J’ai connu la musique avec des musiciens qui jouaient sur scène, qui se penchaient sur des instruments, qui étaient très méticuleux et perfectionnistes,  qui prenaient du temps en studio pour mixer, pour avoir une qualité sonore irréprochable… Aujourd’hui, la musique c’est démocratisé. C’est génial, on peut faire dans son coin un album avec un smartphone ou un ordinateur. Mais je ne suis pas sûr qu’en faisant un album de cette manière, on finisse par marquer son époque comme les Beatles, les Stones ou Led Zeppelin. 

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Après l'interview, le 18 janvier 2019. (Photo Brigitte Batcave)

27 février 2019

Antoine Sahler : interview pour son 3e album

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(©Aglaé Bory)

Quand on évoque Antoine Sahler, on pense irrémédiablement à François Morel dont il semble indissociable. Ils travaillent ensemble depuis plus de 10 ans dans une parfaite osmose/harmonie/amitié, mais Sahler existe surtout par lui-même. Et de quelle manière! Discrète, mais étincelante. Il n’a pas besoin de l’enchanteur Morel pour créer des chansons subtiles, classieuses, drôles ou tristes (ou les deux en même temps). Des chansons qui peuvent paraitre désuètes alors qu’elles sont d’une rare modernité. C’est troublant. Très.

A l’écoute des chansons de son 3e album (à découvrir ici par exemple), les repères habituels s’évaporent, explosent plutôt. On croit aller quelque part, on se retrouve aux antipodes. Je n’arrive pas à déterminer si Sahler est un magicien ou un sorcier, mais ce dont je suis certain c’est qu’avec ses petites histoires, qui sont finalement de grandes histoires (on n’est pas à un paradoxe près), il sait comme personne envoûter celui qui l’écoute. Dire qu’Antoine Sahler est un orfèvre comme il n’en existe plus beaucoup en France serait d’une impardonnable banalité (même si c’est la plus stricte vérité), je me contenterai de dire qu’il est aujourd’hui le meilleur. Disons, l’un des meilleurs sinon, on va encore prétendre que j’ai l’enthousiasme non mesuré (ce qui est parfaitement faux).

Je suis allé à sa rencontre le 14 février dernier (le jour de la fête des amoureux, mais ça n’a rien à voir) dans un bar de Pigalle et c’était bien.

antoine sahler,interview,le furieux,mandorBiographie officielle:

Antoine Sahler est né en 1970 à Montbéliard. Après des études de piano classique, il s’intéresse au jazz, puis à la chanson française. Publie deux albums chez Harmonia Mundi / Le Chant du Monde (Je suis parti en 2002 et Nos Futurs en 2005). Le deuxième album est repéré par la chanteuse Juliette qui l’invite à faire sa première partie à l’Olympia en 2006. Depuis 2009, il écrit des chansons avec François Morel, qui donnent naissance aux disques et aux spectacles Le Soir, des Lions... puis en 2016, La Vie (titre provisoire) (en tournée actuellement). Il écrit également, seul ou avec François Morel, pour Juliette, Maurane, Juliette Gréco, Joséphine Draï ; il est également auteur-compositeur pour la chanteuse Lucrèce Sassella (spectacle 22h22 en 2012, et album 22 ans en 2015 qui a fait l’objet d’une mandorisation). Antoine écrit également plusieurs musiques pour le théâtre : Cochons d’Inde de Sébastien Thiéry (avec Patrick Chesnais – Molière 2009 de la meilleure pièce comique et du meilleur comédien, La fin du monde est pour dimanche et Hyacinthe et Rose de François Morel. Vous n’aurez pas ma haine, texte d’Antoine Leiris mis en scène par Benjamin Guillard avec Raphaël Personnaz. Il fait également paraître deux livres CD pour la jeunesse, chez Actes Sud Junior : La Tête de l’emploi, puis La Colonie des Optimistes. En 2015, il créé le label associatif Le Furieux et produit des artistes de chanson française comme Armelle Dumoulin (mandorisée ici), Achille, François Puyalto ou Wladimir Anselme (mandorisé là)

Le disque (argumentaire officiel) :antoine sahler,interview,le furieux,mandor

Voici le nouvel album solo d’Antoine Sahler, sur son propre label Le Furieux (distribution Differ-Ant), des chansons pop, où le désenchantement amusé côtoie l’humour absurde. L’écriture épurée, qui cherche la netteté des images, le goût des  harmonies inattendues mais des mélodies faciles inscrivent cet opus dans la tradition des chanteurs français marqués par la pop (Souchon, de la Simone, Katerine ...), où la douceur n’est jamais une faiblesse. Il y est beaucoup question de temps (qui manque ou qui passe), d’amour (qui reste ou qui part), mais aussi du désenchantement du monde et du besoin de consolation. 14 titres entrecoupés de  petits interludes, chantés par un choeur qui serait comme une voix intérieure. Accompagné par d’excellents musiciens, rencontrés au gré des projets, et pour la plupart devenus amis - Jeff Hallam à la basse (Dominique A...), Raphaël Séguinier à la batterie (Arthur H...), Thibaud Defever (lui-même excellent auteur et compositeur) à la guitare - Antoine Sahler utilise l’espièglerie comme arme d’auto-défense. Lucide, il voit le temps passer, mais pas de panique, à la fin, c’est le sourire qui gagne. Enregistré et mixé par David Chalmin au studio K, le studio parisien de Katia et Marielle Labèque (avec qui il a déjà collaboré plusieurs fois, et notamment pour le dernier album de François Morel, La Vie, titre provisoire (Jive-Epic / Sony Music).

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(©Aglaé Bory)

Iantoine sahler,interview,le furieux,mandornterview :

Vous êtes venu à la musique par le jazz, il me semble.

J’ai commencé la musique à 5 ans, là où j’habitais, dans un petit village de Franche-Comté, près de Montbéliard. Mon grand frère faisait du piano alors, comme je voulais tout faire comme lui, j’ai commencé à jouer du piano à la maison. Ce sont des souvenirs marquants pour moi. Je me revois au piano et adorer ça. Ma prof a vite remarqué que j’avais des facilités. C’est elle qui s’est rendu compte que j’avais l’oreille absolue. C’était mon jardin secret qui me prenait pas mal de temps et de place.

C’était évidemment du piano « classique », le jazz est donc venu tout de suite après.

A l’adolescence, j’ai beaucoup écouté de jazz. Je me suis même immergé dedans. Vraiment, j’aimais toutes formes de jazz, mais celle qui m’attrapait sans jamais me lâcher, c’était le jazz que jouait Chet Baker, les ballades assez courtes de Duke Ellington ou plus tard de Thelonious Monk. Ces jazzmen avaient des dimensions mélodiques assez fortes.

Clip de "Merci merci".

Pour vous, la mélodie est importante dans une chanson ?

C’est par rapport à moi. Je n’en fais pas une vérité absolue. J’ai eu ma période où j’adorais les grandes mélopées poétiques de 8 minutes avec un continuum. C’était un amour adolescent. Aujourd’hui, je me suis détaché de cela et ce n’est pas la définition que je donnerais de la chanson.

Quelle est-elle alors ?

A mon sens, une chanson c’est une économie de moyen, l’ellipse et le droit au but. J’aime bien comparer l’exercice de l’écriture de la chanson au dessin de presse ou d’humour comme Voutch ou Sempé. On doit pointer un détail et ce détail doit dire tout le reste. Les chansons que j’adore, ce sont celles où il y a la place pour que l’auditeur finisse la compréhension et, en même temps, où on est très clair sur le propos, même s’il n’est pas adressé frontalement. J’aime les choses de biais.

C’est grâce à votre passage à HEC que vous avez commencé la chanson. La légende dit que c’est parce que vous vous ennuyiez que vous avez commencé à écrire vos premiers textes…

Si je veux être très personnel et très précis, à HEC, je ne me suis pas ennuyé parce que j’ai beaucoup fait la fête avec les futurs dirigeants de l’élite. C’est dur d’y rentrer, mais après, c’est le Club Med. Ce ne sont pas des années douloureuses, mais des années où je me sentais un peu à côté de la plaque. Je me rendais compte que je n’étais pas sur de bons rails, mais je n’avais pas d’animosité particulière pour ce milieu ni pour les gens qui le composaient. Après HEC, je suis parti deux ans en Allemagne faire mon VSNE (volontaires du service national en entreprises). C’était une façon de ne pas faire son service militaire en tant que bidasse pour des gens qui avaient fait des études supérieures.

Clip de "Sénescence".

Tout ne s’est pas passé comme prévu…

J’ai eu un petit raté administratif. A la base, je  pensais aller dans des iles paradisiaques et je me suis retrouvé dans la banlieue de Francfort. C’est là que, réellement, je me suis pas mal ennuyé et que le soir j’ai commencé à écrire des chansons sérieusement.

Dans le but de devenir auteur ?

Non. Dans le but d’être content d’avoir écrit des chansons. Je ne me disais pas que j’allais en faire ma vie.

Après votre VSNE, vous avez travaillé dans la pub.

Pendant un an. Là encore, je me suis ennuyé et j’ai compris que ce n’était pas non plus mon truc. Je commençais à faire des petits concerts à gauche à droite, à fréquenter Le Limonaire et à trouver que c’était formidable d’aller là-bas. J’adorais ce que j’y voyais et l’ambiance qui y régnait.

Vous avez donc pris la décision d’arrêter de travailler pour ne faire que ça.

J’ai démissionné sur un coup de tête. Je suis parti sans chèque, sans droit aux ASSEDIC, sans rien. Au début je me suis dit que j’allais prendre un boulot fixe de pianiste de week-end dans les bars. Quand je me suis mis à écrire des chansons, ça a pris beaucoup de place dans mon cœur et dans ma vie. J’ai compris que je ne pouvais pas faire ça à moitié, mais uniquement à temps plein.

Vous avez fait des boulots alimentaires en attendant.

J’ai donné des cours de piano. Petit à petit, l’oiseau que je suis à fait son petit nid.

antoine sahler,interview,le furieux,mandorEn 2002 sort un premier album, Je suis parti.

Ça me fait marrer de dire ça aujourd’hui, mais je me rends compte que c’était déjà une autre époque. Je jouais aux Déchargeurs et le directeur de l'époque du label Le Chant du Monde est venu me voir à l’issue d’un concert pour me proposer un contrat. Aujourd’hui, ce genre d’histoire n’existe plus pour quelqu’un qui n’a pas de réseau, pas de vues YouTube, mais juste ses chansons. Bon, d’accord, ça ne m’a pas permis d’avoir une villa sur la côte, ni de piscine privée, très peu de drogues, aucune prostituée… mais c’était le début de quelque chose. Ce disque a existé et m’a permis de faire des concerts.

Toujours au Chant du Monde/Harmonia Mundi, en 2005, vous sortez un deuxième disque, Nos antoine sahler,interview,le furieux,mandorFuturs. Ce n’était pas un disque punk et rebelle en tout cas.

Non, ce n’est pas vraiment mon style, même s’il y avait quelques chansons sociétales. J’ai des idées, mais je n’aime pas faire de prêchi-prêcha dans mes chansons. Il y a des gens qui font ça très bien, mais moi je ne suis pas armé pour.

Il y a pourtant beaucoup de choses dites dans vos textes.

Je ne veux pas dire que je ne veux pas mettre de fond dans mes chansons. De façon générale, je n’aime pas que l’on me fasse des sermons, donc je n’en fais pas aux autres.

Beaucoup de vos chansons sont drôles et graves à la fois.

Avec François Morel, c’est une des choses qui nous réunit. On adore la juxtaposition, voire la fusion de l’humour et des choses tristes. Ce sont des émotions qui ont souvent les mêmes racines et quand on arrive à les fondre, c’est jubilatoire. On adore aussi les virages à 180°.

Il y a des chanteurs comiques qui ne sont que comiques. C’est difficile de ne pas être considéré comme cela uniquement ?

J’ai beaucoup d’empathie pour les gens qui ont eu ce destin-là. Dans l’histoire de la chanson, il y a eu des malentendus comme ça. Henri Salvador et Nino Ferrer en ont été victimes. Ils ont été Zorro ou Les cornichons alors qu’ils étaient des auteurs de magnifiques chansons nostalgiques. Je ne me pose pas ces questions-là aujourd’hui sous prétexte que je prends un risque. Je n’abandonnerai pas l’humour parce que c’est constitutif de moi. J’avoue aussi que je fais partie du club des gens qui aiment les chansons sans chute, les chansons qui créent un petit malaise… Je ne déteste pas (rires).

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©Marylène Eytier/Aubondeclic

antoine sahler,interview,le furieux,mandorVous avez rencontré François Morel grâce à Juliette, je crois. 

Il y a eu deux temps dans la rencontre. Au tout début de l’an 2000, avant que je ne sorte mon premier album, François a fait son premier seul en scène, Les habits du dimanche, après la période Jérôme Deschamps. Je l’ai attendu à la sortie du spectacle avec une enveloppe contenant un CD 4 titres et une lettre dans laquelle je disais « Monsieur Morel, un jour vous devriez faire chanteur. Et si un jour vous faites chanteur, vous devriez chanter mes chansons. » Ca l’a fait marrer et il m’a répondu très vite par courrier. En gros, il disait qu’il appréciait mes chansons, que lui n’oserait jamais franchir le pas car il était comédien et pas chanteur. Il a ajouté qu’il m’aiderait en parlant de moi sur les ondes. On en est resté là.

Le deuxième temps arrive 5 ans après. antoine sahler,interview,le furieux,mandor

Mon deuxième album est remarqué par Juliette. Elle m’appelle pour m’inviter dans une émission sur France Musique dans laquelle elle a carte blanche. Elle me propose d’y chanter deux chansons. Un autre invité de l’émission était François. Dans la foulée de l’émission, j’ai fait la première partie de Juliette à l’Olympia. François qui interprétait un duo avec la chanteuse était mon voisin de loge, il est devenu mon camarade de trac de la soirée. Nous sommes devenus copain à partir de ce moment-là. On a commencé très vite à travailler ensemble. Des disques, différentes scènes, musicales ou pas… on ne se quitte plus depuis 10 ans.

Qu’avez-vous pensé du billet de François Morel sur France Inter obligeant les auditeurs à acheter votre disque ? (A écouter là!)

J’étais presque gêné, mais super content. C’est un vrai acte d’amitié.

antoine sahler,interview,le furieux,mandorVous êtes aussi directeur du label Le Furieux. Pourquoi ?

Il y a 5 ans, je faisais la direction artistique d’une amie, Armelle Dumoulin. On avait fait tout le boulot : le studio, les arrangements, le pressage du disque…etc. Le disque existait, mais il n’avait pas de structure pour l’accompagner. Il manquait un étage à la fusée pour qu'il arrive jusqu’aux professionnels dans de bonnes conditions. J’ai donc eu envie de faire exister des projets d’amis que j’aime beaucoup et dont j’admire le travail. On a créé une structure associative qui a accueilli d’abord le projet d’Armelle, puis d’Achille, de Wladimir Anselme et de François Puyalto.

Ça prend beaucoup d’énergie ?

Enormément. Et de temps aussi… un  peu d’argent bien sûr. Régulièrement, je me dis : « si j’arrêtais tout ça ? » Mais en même temps, chaque nouveau projet me galvanise. Quand je vois ce que l’on fait sur la durée, je me dis que, finalement c’est chouette ce que l’on construit ensemble. On a raison de faire exister des choses en se préoccupant surtout de ce qu’on a envie de raconter et en le faisant bien. Ça me récompense de tous les efforts fournis.

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Le 16 juin 2018, de gauche à droite : François Puyalto, Wladimir Anselme, Armelle Dumoulin, Achille et Antoine Sahler à la Blackroom d'Hexagone.

Aucun de vos artistes n’a le même univers que vous. antoine sahler,interview,le furieux,mandor

Il n’y a pas longtemps, on a fait un plateau tous ensemble. On a échangé nos chansons et c’était génial. Je me nourris de nos différences. Je suis passionné par l’écriture, toutes les sortes d’écritures. A partir du moment où une chanson tient debout, je suis impressionné et souvent, ça m’intrigue. Le talent des autres m’impressionne souvent.

On vous compare tout le temps à Souchon et à Katerine, comme si vous étiez un habile mélange des deux. Ça vous convient ?

Ça me va totalement. Ce sont deux artistes que j’admire énormément, dont j’adore le travail et dont je me sens proche sans les connaître. J’ai tous leurs disques. S’ils n’ont pas totalement le même esprit, ils ne sont pas si différents que cela. Ils pointent quelque chose qui peut paraitre anodin, mais qui va dire énormément. Souchon est plus dans le regard, la rêverie, tandis que Katerine est plus un dadaïste, plus mordant, plus dérangeant. Si on me demande de faire une reprise, spontanément, je vais vouloir interpréter soit « Caterpillar » de Souchon, soit « Mort à la poésie » de Katerine.

Parlons de votre voix. Elle est très originale… pas très grave quoi.

Comment vous m’épargnez (sourire)… Vous savez, ça m’arrive souvent que l’on me dise, avant de raccrocher au téléphone, « au revoir madame ». Je m’en suis fait une raison (rires).

A quoi sert les chansons ?

Si elles peuvent être des petits moments de consolation, c’est déjà beaucoup.

Pourquoi faites-vous ce métier ?

Je ne sais pas du tout. Je sais juste que quand je m’assieds à un piano ou que je marche dans la rue et que j’ai un début de chanson qui m’arrive, je suis à un moment et à un endroit de ma vie que j’adore. Je me sens tellement chanceux de pouvoir vivre ça, alors j’en profite.

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Après l'interview, le 14 février 2019.

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25 février 2019

Chloé Mons : interview pour l'album posthume d'Alain Bashung, En amont

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L'album posthume d'Alain Bashung, En amont, a eu un immense succès dès sa sortie il y a deux mois. Vous pouvez l'écouter . Pour le magazine des abonnés de la FNAC, Contact (daté du mois de février 2019), on m'a chargé d'interviewer sa veuve, Chloé Mons. Voici la version condensée d'une demie heure de conversation (avec le petit bonus de fin)… 

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Bonus mandorien :

Vous vous attendiez à ce que ce disque ait un tel succès ?

Non. Ça a été une très grande surprise. J’ai surtout été étonnée par le succès critique de la part des médias. J’ai évidemment toujours cru à la qualité de ce disque, mais je ne pensais pas qu’il allait avoir un tel rayonnement aussi populaire. C’est un disque qui a mis tout le monde d’accord.

Personne n’a critiqué le fait que sorte ce disque posthume. Cela vous a étonné ?

Il s’est passé dix ans entre le départ d’Alain et la sortie de ce disque. Je ne me suis pas précipitée pour éviter ce genre d’écueil. Je croyais beaucoup au potentiel de ces chansons, je ne me suis donc pas découragée.

Vous êtes émue quand vous écoutez ce disque ?

Oui. Je ne peux pas l’écouter chez moi en buvant un thé. Quand je tombe sur un morceau lorsqu’il passe à la radio, bien sûr que c’est émouvant… et très troublant.

Je connais des fans qui ont beaucoup aimé et qui ont été, comme vous, troublés.

C’est comme s’il était revenu juste pour chanter un nouvel album. En plus le disque commence par « Immortel », c’est encore plus troublant. C’est un titre qui lui ressemble très fort. On a travaillé dans cet esprit. 

Clip de "Immortel".

Pour finir (et parce que Mandor aime sortir ses archives, tout imbu de sa personne qu'il est), voici quelques photos d'une interview datant du 14 juin 1989 dans les locaux d'RTL. Il y a près de 30 ans…

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