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02 novembre 2016

Marjolaine Piémont : interview pour son EP "Presqu'un animal"

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Le premier EP de Marjolaine Piémont,  Presqu'un animal est maintenant disponible. Un EP sensuel, espiègle, voire sexy. Le premier extrait « A quoi ça sert » est désinvolte, hyper addictif et entêtant.

La première fois que j’ai remarqué cette chanteuse, c’était à un concert de Vincent Baguian à la Java le 1er décembre 2010. Dans une mandorisation de ce dernier, j’avais écrit concernant ce spectacle, « il y avait aussi la talentueuse, sensuelle et corrosive Marjolaine Piémont ». Sept ans plus tard, elle est restée la même.

Le 30 septembre dernier, nous nous sommes rencontrés à l’agence. Enfin.

Bmarjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandoriographie officielle (sensiblement écourtée) :

Un matin de janvier 1994. Strasbourg, rue Gounod. Une affiche de Barbara en concert. Et c’est un hurlement qui retentit dans une voiture. Oui, c’est Marjolaine qui a crié de joie, son père qui a pilé et de peu, l’accident est évité. Mais dans les yeux de Marjolaine, des étoiles ont brillé.

Enfin, elle va pouvoir découvrir cette femme qui l’émeut profondément par ses chansons et sa voix de cristal. Barbara lui donne envie de faire des infidélités à Purcell et Schubert. Car Marjolaine Piémont prend des cours de chant au Conservatoire. Elle chante très aigu, se passionne pour ces héroïnes créées de toutes pièces par des hommes Carmen, la Reine de la Nuit, Norma,… Mais c’est décidé, Marjolaine Piémont ne chantera plus que des chansons. Des chansons de femme. En langue française. Cette chanson qui a bien plus d’un tour dans son disque, qui nourrit, submerge, apaise et laisse dans son sillon les empreintes du rapport entre les hommes et les femmes.

Assoiffée de liberté, Marjolaine Piémont prend des trains à travers la plaine d’Alsace et arrive à Paris. L’histoire commence royalement avec Pierre Cardin qui lui offre son premier contrat chez Maxim’s. Elle arpente les scènes des caves de Saint Germain des Prés aux toits de Montmartre, de bars bondés en salles clairsemées, de Kaliningrad à Abidjan, et chante même en japonais ; le Japon, son pays d’adoption qui lui propose de chanter lors de la tournée Hit Songs des chansons françaises.

D’aventure en aventure, elle participe à des équipées fantastiques telles que Sol en Cirque ou Mozart l’Opéra Rock.

De sa rencontre avec des compositeurs tels que Vincent Baguian, Phil Baron ou Aldebert, Marjolaine accompagnée par le groupe Zago, va séduire peu à peu par ses chansons, des tremplins et des festivals « Muzik’Elles », « Le Mans cité Chansons », Les fils de Georges », « Changez d’air » ou encore « le Tremplin de Poupet ». En octobre 2016 sort son premier EP  Presqu’un animal.

Argumentaire officiel de l’EP Presqu’un animal : marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Marjolaine Piémont porte le prénom d’une herbe aromatique et démontre avec humour qu’elle n’a rien d’une plante verte. Elle se définit dans ce premier EP comme étant Presqu’un animal. Elle ne griffe pas, juste égratigne en douceur. Un premier EP à découvrir sur toutes les plateformes! 

Marjolaine livre avec élégance ses textes mordants. D’une voix duveteuse, elle pique avec désinvolture et n’hésite pas à appeler un chat un chat. Venez découvrir sa patte sur le premier single de cet EP « A quoi ça sert ». Même si des instruments soufflent des vents contraires, Marjolaine Piémont s’érige et porte haut la parole d’une femme qui petite, disait « Quand je serai grande, je serai…. Un homme » !

Ses chansons sont mises sur un piédestal grâce à Edith Fambuena et William Rousseau qui confèrent à cet opus des reflets cuivrés, des boucles et des refrains entêtants.

Presqu’un animal, c’est de la chanson française féminine piquante comme les poils d’un homme. Et elle s'apprête à le présenter en tournée dans toute la France.

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marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que vos deux parents jouent du piano.

Ma mère est aussi violoniste, mais mes parents n’en ont pas fait leur métier. Donc j’écoutais Schubert, Rachmaninoff, Liszt. Je n’écoutais quasiment que de la musique classique, baroque, romantique…  enfin, toute la musique française de la fin du 19e, début 20e,  m’a nourri. J’ai été aussi bercée aux sons des orgues d’églises. Je suis une grande fan de Gabriel Fauré. Je le place au panthéon des compositeurs.

Et Barbara, dans tout ça ?

C’est ma maman qui l’écoutait beaucoup. A l’adolescence, ses textes m’ont beaucoup parlé. Une chanson comme « Le mal de vivre » m’a touché. A cet âge-là, on se cherche beaucoup et j’avais l’impression qu’elle exprimait précisément ce que je ressentais. Je m’étais fait la promesse de la voir un jour sur scène.

Et vous l’avez vu ?marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Oui. En 1994, trois ans avant son décès. J’ai un peu désobéi à mes parents pour y aller. 

Son répertoire était très grave, il me semble.

Pas seulement. Elle elle reprenait aussi toutes les chansons d’Yvette Guilbert…  des frasques un peu érotiques et ça m’amusait beaucoup. En fait, c’est grâce à ce genre de chansons que Barbara a été découverte dans les cabarets, notamment à L’Ecluse. Vous savez, il y a beaucoup de légèretés dans certaines de ses chansons personnelles comme « Joyeux Noël ». Elle avait une très grande liberté de ton.

Ce sont vos parents qui vous ont poussé à aller à Paris tenter votre chance.

Mes parents sont médecins, ce qui ne les empêche pas d’avoir une grande ouverture d’esprit. Ils m’ont encouragé à continuer sur la voie de mon choix.

marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandorA l’origine, ce n’est pas pour la musique que vous êtes partie à Paris.

J’avais réalisé un court-métrage qui a reçu un prix, j’ai donc décidé de faire une école de cinéma. Un jour, j’ai croisé le chemin d’Alain Robbe-Grillet, un drôle de personnage... et j’ai travaillé comme assistante  à la réalisation, puis à la production. Je voulais écrire des histoires et on me demandait de booker des comédiens.

Et comme ça ne vous plaisait pas, vous avez décidé de tout arrêter.

J’ai réalisé que mes premiers amours artistiques étaient le chant, la danse et le théâtre. Comme je ne voulais pas demander de l’argent à mes parents, j’ai dû trouver du boulot dans ces milieux-là. Un jour, à pôle emploi, j’ai trouvé une annonce qui disait « recherche chanteuse pour le nouvel an chez Maxim’s, audition pour Pierre Cardin ». J’ai postulé. Pierre Cardin m’a regardé chanter des chansons de Barbara. Il m’a demandé si je n’avais pas des chansons plus gaies. Du coup, j’ai chanté des chansons plus légères de femmes. Ça ne me plaisait pas trop, mais il fallait bien que je gagne ma vie. Pierre Cardin m’a choisi. C’était mon premier contrat de chanteuse.

A partir de ce moment-là, vous chantez partout dans Paris.

Oui, j’ai même joué dans des « bars à putes ». J’étais obligée de préciser que je n’étais pas une prostituée, mais juste la chanteuse. C’était drôle. Je suis une passionnée de l’œuvre d’Emile Zola. Il ne jugeait pas et donnait la parole au peuple. Il dépeignait ce qu’il se passait, même dans les endroits interlopes. J’ai toujours fait comme lui. Je regarde, j’essaie de comprendre et je ne porte pas de jugement. Bien sûr, j’ai mes avis féministes, mais ce n’est pas l’endroit pour les exprimer.

Ce sont des années formatrices. Le public ne vient pas pour vous écouter, il faut tenter de les captiver.marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

En plus, on ne choisit pas forcément son répertoire. On me demandait de chanter beaucoup de chansons, dans beaucoup de langues. En tout cas, j’ai une très bonne culture de chanson française tellement j’ai l’impression d’avoir tout chanté.

J’espère que vous aimez la chanson française, alors ?

Mais j’aime la chanson française plus que tout. Pour moi, c’est un témoin historique. J’ai toujours été passionnée d’histoire et de littérature. La chanson raconte notre histoire de France.

Vous avez participé à Mozart, l’opéra rock.

Oui, même si la comédie musicale, ce n’est pas mon truc. Mais celle-ci a sauvé ma vie. Cette opportunité est arrivée peu après un drame familial qui m’a empêché d’écrire pendant pas mal de temps. C’était une aventure incroyable. On a fait 1 million 400 spectateurs.

Mais vous aviez déjà goûté aux salles pleines un an plus tôt, en 2008.

Oui, j’ai fait une tournée de 22 dates au Japon dans des salles de 3000 à 5000 places. Je chantais notamment du Piaf avec « L'hymne à l'amour », mais aussi du Lucienne Boyer avec « Parlez-moi d’amour ».

"Parlez-moi d'amour" et "L''hymne à l'amour" au Shinjuku Bunka Center lors de la tournée Japan Hit Songs en juillet 2008.

Quand on interprète les autres depuis des années, j’imagine que l’on a envie d’être repéré aussi pour ses propres chansons.

Quand on est interprète, on est un peu comédien. On montre une facette de soi, mais pas tout. Dans l’écriture, on se cache toujours un peu, mais je crois qu’on est obligé inconsciemment de se dévoiler beaucoup plus.

Dans cet EP, c’est le cas ?

Ce sont des chansons de femmes qui égratignent les hommes. Je les aime beaucoup et, vous le savez, « qui aime bien, châtie bien ! » J’ai voulu que ma plume serve la cause des femmes d’aujourd’hui.

Des femmes comme vous, libres et libérées… comme vous les représentez dans vos chansons.

Des femmes émancipées aussi. Je chante des chansons de femmes qui s’affranchissent de la tutelle des hommes.

Clip de "A quoi ça sert", tiré de l'EP Presqu'un animal.

William Rousseau, que j’adore (et mandorisé ici), participe à votre album.

Il signe trois arrangements et deux mélodies sur l’EP. Pour moi c’est un technicien de la voix et il a une précision rythmique hors du commun. Il est extraordinaire.

Il y a la participation d’Edith Fambuena, de Vincent Baguian et d'Aldebert.

Avec Edith, on a travaillé sur « La Sol Do Mi » et sur d’autres chansons qui seront sur l’album à venir. J’aime bien ses choix bruts et comment elle rend les univers des artistes avec lesquels elle travaille. Vincent Baguian a créé la mélodie  de "C'est beau un homme à poils" et Aldebert, "Femme mais pas d'un homme". 

Cet EP est une carte de visite.

Oui, car ces chansons me ressemblent beaucoup… en tout cas, elles ne sont pas éloignées de ce que je suis.

Selon vous, on naît artiste où on le devient ?

Moi, j’ai l’impression que tout le monde est artiste au fond de son cœur. Il y en a qui ne le voient pas et qui font d’autres métiers. Pour ma part, quand j’étais petite, je voulais faire du « pestacle ». Ca a toujours été en moi. Aujourd’hui, plus qu’artiste, j’ai l’impression d’être artisan. J’aime ce métier profondément car il me permet aussi de rencontrer les gens et de m’enrichir auprès d’eux.

Vous faites pas mal de premières parties de Zazie.

C’est une artiste que j’aime beaucoup. Je suis très fière de la confiance qu’elle me donne. C’est une des plus grandes artistes féminines françaises d’aujourd’hui.

Etre artiste aujourd’hui, c’est compliqué ?

Quand je parle avec des gens qui ont d’autres métiers, je me demande si ce n’est pas plus difficile. Notamment parce qu’il faut supporter son travail, ses supérieurs… Je crois que tous les métiers sont compliqués.

Je parlais plutôt de la difficulté d’obtenir de la reconnaissance du public ?

Pour moi, le plus important, c’est l’aboutissement. Fixer mes chansons sur un enregistrement, qu’elles vivent et qu’elles prennent leur chemin.

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Le 30 septembre 2016, après l'interview.

21 septembre 2016

Olympe : interview pour son EP

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Olympe vient d’une émission de télé-crochet. Il y a fait un beau parcours. Puis il est parti en tournée avec ses collègues de l’émission de TF1. Un album de reprises et un album formaté à la « Universal » plus tard, le revoilà enfin avec des chansons qui lui ressemblent vraiment. Son EP (à découvrir ici) touche au cœur et à l’âme. Seul au piano (et quelques violoncelles de-ci de-là), avec une voix exceptionnelle, il nous transporte dans ses histoires (romantiques mais pas neuneus) aussi émouvantes qu’intenses. Emotionnellement parlant, Olympe ne fait pas dans la demi-mesure. Le jeune homme présentera pour la première fois ses titres en solo, le samedi 8 octobre aux Trois Baudets à Paris. Vous seriez bien inspirés d’aller y jeter une oreille.

En attendant, je l’ai mandorisé pour la seconde fois  le 13 septembre dernier (voir la première mandorisation là). Je voulais notamment savoir qui se cachait derrière cette boule d’émotion…

(Merci à son manager Thierry Lecamp)

Bolympe,ep,thierry lecamp,interview,mandoriographie officielle :

L’ancien finaliste de The Voice, saison 2 a grandi depuis l’émission de télévision qui l’a révélé. Après le tourbillon médiatique et des débuts discographiques prometteurs, Olympe a  choisi une nouvelle voie, où plutôt la voie qu’il a toujours voulu prendre, afin de donner à son public ce qu’il lui a offert ces dernières années : une relation à cœur ouvert.

Cet EP sonne donc comme un premier épisode, car désormais Olympe se raconte, sans détour. Marqué par un parcours émotionnel chaotique, il a choisi de livrer derrière son sourire et sa nature enjouée, ses fêlures et ses tourments, comme pour tenter de faire disparaître certaines cicatrices qui restent sensibles… Chanter, pour tourner une page. Avancer pour passer à autre chose.

C’est assis à son piano qu’il a composé les mélodies qui traduisent qui il est réellement. C’est avec Julien Maillet, désormais son auteur, qu’il a choisi les thèmes, lui laissant le choix des mots le plus souvent, précisant parfois de sa plume certaines situations…

Il a invité Yseult sur le titre « Je Cours » comme on partage une quête, retrouvé le pianiste Vincent Lanty (Florent Pagny, Garou, Chef D’Orchestre du spectacle musical Résiste) qui l’avait déjà accompagné sur scène, et rencontré une violoncelliste de rêve : Christelle Heinen (William Sheller). Ensemble, ils ont cherché comment traduire cette sensibilité qui l’habite, souhaité s’inscrire dans le sillon d’une variété élégante, qui va chercher dans le chant et les instruments l’essence même de la sincérité…

Et puis une chanson est arrivée in extremis, après le massacre qui a touché la population homosexuelle d’Orlando ces dernières semaines. Alors, Olympe s’est installé face à un clavier et la livre aujourd’hui dans une première version, à fleur de peau : « Aimer n’est pas un crime. »

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olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus la première fois il y a trois ans, alors que tu étais en plein maelstrom professionnel. Tu sortais de The Voice et on avait l’impression que le monde était à tes pieds. Comment as-tu vécu la période où le succès s’est soudainement calmé ?

J’ai toujours été très lucide. Je savais que ça allait redescendre parce que lorsque l’on passe devant 9 millions de téléspecteurs toutes les semaines et qu’après on est moins médiatisés, l’intérêt s’émousse forcément. Je l’ai bien vécu et pas bien en même temps. Je me disais que j’allais redevenir ce que j’étais et que j’allais retrouver un peu de liberté dans la vie de tous les jours. Et puis parfois, comme on parlait beaucoup moins de moi, je me demandais si j’allais pouvoir continuer à faire de la musique toute ma vie. Le doute prend le pas.

Pendant la période de calme, tu t’es mis à la composition.

Oui, et du coup, je pouvais aussi évoquer des choses qui m’avaient touché pendant mon enfance, mon adolescence et ma vie aujourd’hui. Dans les périodes de doutes, on est plus dans un état d’esprit propice à l’écriture et à la composition.

Tu as eu une enfance, disons compliquée. La musique a tenu un rôle important à ce moment-là, je crois.

A l’âge de cinq ans, j’ai été placé chez mon grand-père avec mon petit frère et ma petite sœur parce que ma mère faisait une dépression quand mon père s’est séparé d’elle. Il était militaire et il a dû partir en Nouvelle Calédonie. Du coup, je n’avais pas trop les repères paternels et maternels. J’étais assez timide et c’est vrai que je n’ai pas très bien vécu mon enfance et mon adolescence. Le collège était une période que je détestais. Je chantais tout le temps. C’était le seul moyen que j’avais pour extérioriser ce que je traversais. Je ne me confiais à personne. C’était la bulle dans laquelle je me sentais bien et où j’aimais me réfugier.

Ton grand-père t’a aidé à faire de la musique.

Un jour, je lui ai dit que j’aimerais bien faire du piano. Il m’a acheté un piano. Ensuite, il m’a inscrit à des cours. Lors du premier cours, ma prof m’a suggéré d’arrêter cet instrument parce que, selon elle, je n’étais pas fait pour ça. Du coup, j’ai appris le piano tout seul. A onze ans, mon grand-père m’a inscrit à un concours de chant sans me prévenir. J’ai accepté d’y participer et j’ai gagné en chantant « D’amour ou d’amitié » de Céline Dion. Après, j’ai été intégré dans une troupe de chanteurs vers Amiens. Je faisais des petits concerts, des cabarets… c’était bien, même si on ne chantait pas ce que l’on voulait. Je suis ensuite parti dans le sud pour participer à un projet musical qui n’a pas eu lieu, du coup, après, je suis revenu à Amiens. Je voulais reprendre des études d’audiovisuel pour créer une boite de montage de clips vidéo. Comme je n’avais pas de contact pour l’alternance, j’ai trouvé un petit job en attendant.

Clip officiel de "Si demain".

C’est à ce moment que tu décides de poser des vidéos sur YouTube.olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandor

Oui et un soir, on m’a contacté pour me demander si je voulais passer une audition. Au début, on ne m’avait pas dit que c’était pour The Voice. Ensuite, tout s’est enchaîné à une vitesse folle.

Tu as enfin vu les paillettes…

Quand tu arrives sur le plateau de The Voice, tu ne comprends pas ce qu’il t’arrive.

Ensuite, tu as sorti un disque de reprises et un disque « original » mais marketé Universal.

J’écrivais et composais déjà, mais on ne m’a pas laissé la possibilité de placer au moins une de mes chansons.

Ce qui est le comble. Là, enfin, tu reviens avec tes propres chansons, entièrement composées par toi et écrites par Julien Maillet.

Ça fait du bien. J’avais des mélodies depuis très longtemps et j’avais l’impression qu’elles n’existaient pour rien. Enfin, j’ai pu les utiliser. Cela dit, c’est aussi stressant. Quand j’ai commencé à faire écouter à mon agent, Thierry Lecamp, et à Julien Maillet mes musiques, j’avais peur qu’ils trouvent cela méga nul. Quand l’EP est sorti, ma deuxième appréhension était les commentaires du public. Pour moi, ce disque est la liberté de pouvoir chanter ce que l’on a envie de chanter, de pouvoir mettre en avant ce qui sort des tripes. C’était salvateur de pouvoir sortir tout ce que je raconte dans ces nouvelles chansons.

Live France Bleu de "Aimer n'est pas un crime". Une chanson écrite à la suite de l'attentat qui a touché la communauté homosexuelle à Orlando.

olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorTu évoques la séparation de tes parents, la disparition de ta grand-mère, tes histoires d’amour… des histoires très personnelles. J’imagine que tu as beaucoup raconté ta vie à Julien Maillet pour qu’il écrive des textes qui te correspondent parfaitement.

Il est venu chez moi à Paris avec une bouteille de vin rouge. Nous nous sommes mis à table, puis nous nous sommes servis un verre et j’ai commencé à lui raconter ma vie. Quand je me livre, je me livre à fond. Je ne fais pas les choses à moitié. Pendant ce temps, il a pris des notes. C’était particulier parce que je ne connaissais pas Julien depuis longtemps. J’espérais qu’il ne me prenne pas pour un taré et que ce que je lui racontais l’inspire. Ça l’a inspiré. Il s’est beaucoup rapproché de ce que je voulais dire. Moi, quand quelque chose me touche trop, je suis incapable de trouver les mots. J’ai toujours peur de ne pas être assez juste.

Ce sont des thèmes qui peuvent toucher beaucoup de personnes.

Si ce ne sont pas leurs histoires personnelles, je m’arrange pour que tout le monde puisse plus ou moins se retrouver dans mes chansons.

Ce sont des textes d’un homme torturé aux multiples blessures. La chanson te permet de tenter de cicatriser?

Pour que j’avance dans la vie, j’ai besoin de tourner les pages. Pour moi, une chanson, c’est une page qui se tourne. De mettre des mots sur mes maux me fait du bien.

Ta musique est très dépouillée. Piano, voix et parfois violoncelle.

Je voulais que l’on soit à l’essence même des mots, que l’on entende bien la mélodie, que mes refrains soient entêtants. Je ne voulais pas surproduire et que l’on entende 50 000 instruments. Ce que j’ai fait est un peu culotté parce que si on part dans l’optique de passer en radio, ce n’est pas la meilleure formule musicale (rires). Je ne voulais pas faire de la musique pour la radio, mais parce que j’aime la musique.

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Toute proportion gardée, si je dis qu’il y a du Sheller en toi, tu en penses quoi ?olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandor

Que c’est un compliment. Il fait partie des artistes français que j’apprécie vraiment. Il y en a peu. J’ajoute Polnareff, Calogero et Zazie et c’est à peu près tout.

Et dans les internationaux ?

J’aime beaucoup Kate Bush, Tori Amos, Adele. Elles ont toutes des voix et des mélodies exceptionnelles. Musicalement et vocalement, il y a toujours des rebondissements dans leurs chansons. Elles n’interprètent pas, elles vivent ce qu’elles chantent.

Tu as une fanbase importante depuis The Voice. Elle te suit sur ce projet ?

Étonnamment, elle préfère même ce que je fais actuellement. Les gens qui m’aimaient depuis le début comprennent que cet EP représente le vrai Olympe. Ils décèlent la sincérité qui émane de toutes ses chansons. Ils disent qu’ils apprécient que je me confie et que je sois dans l’émotion.

Je pense que cet EP te rendra ta légitimité et qu’on arrêtera de te parler de The Voice.

Que Dieu t’entende (rires). The Voice, c’est une super vitrine, ça t’ouvre plein de portes et je ne serais sans doute pas là pour parler avec toi si je n’étais pas passé par cette émission. Le souci est que, quand tu es estampillé The Voice, tout le monde considère que tu n’es qu’une voix et que tu ne peux pas être également auteur et compositeur.

Tu repars donc à zéro.

Oui et c’est très bien. Je redéfinis mon univers.

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Pendant l'interview.

olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorÇa doit être le bon moment pour que les gens te découvrent tel que tu es.

En effet. Peut-être que je n’avais pas encore assez de maturité à l’époque pour sortir les chansons qui figurent sur mon EP.

Tu es toujours dans le doute ?

Oui et heureusement. Si je n’ai pas le doute en moi, je n’arriverais pas à me surpasser.

Continues-tu à écrire et composer, même en période de promo ?

Je suis toujours à fond. J’ai plein d’idées en permanence. J’ai déjà 35 compositions et nous avons le projet de faire un album. Dans le même style que l’EP, avec peut-être un peu plus de cordes.

Pour conclure, qu’as-tu envie de dire ?

Il faut toujours suivre la petite voix qui nous guide à l’intérieur de nous. Il faut s’accrocher et ne jamais baisser les bras.

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Après l'interview, le 13 septembre 2016.

27 juillet 2016

Makja : interview pour son premier EP

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(Photo : Philippe Prevost)

12311031_544931389009220_5688007632063953473_n.jpgMakja a eu sa première révélation musicale à l'âge de dix ans en écoutant une cassette de chants grégoriens. Mais un peu plus tard, c'est vers les mots qu'il se tourne. En plein boom du hip-hop, il se lance à quinze ans dans l'écriture de ses premiers textes. Après l'EP Un Camp aux textes forts et aux magnifiques arrangements (sorti en mars), Makja prévoit la sortie de deux autres EP, en parallèle de sa tournée.

J’ai découvert Makja au Pic d’Or de cette année. Avec Thierry Lecamp, je lui ai remis le prix du texte. Il aurait pu tout aussi bien recevoir le prix de l’interprétation. Cet artiste nous tient en équilibre sur un fil. L’intention est forte et les émotions fragiles. Sa musique prend aux tripes et ses textes touchent l’âme. 

La devise de Makja est : « Si tu ne viens pas au maquis, Makja viendra à toi… »  C’est ce qu’il a fait le 29 juillet dernier, à l’agence.

Présentation officielle de Makja :MAKJA_300.jpg

En ces terres arrière, royaume des ronces tenaces où les arômes errent, la plume et la voix de MAKJA se jouent des lois de la gravité.

Pas d’artifice, juste une présence, une parole singulière portée dans la tradition des plus grands interprètes.

Dès la première écoute, tout s’impose comme une invitation incontournable,
comme un appel à l’émotion. MAKJA a tout du buisson ardent : La densité et la révélation.

Dans un kaléidoscope de tableaux sauvages de paysages musicaux aux influences variées, MAKJA nous laisse entrevoir sa soif de multiplicité. Il est de ces rencontres qui nous marquent ; Ses mots touchent et laissent place à l’effet papillon ; d’oreilles à bouches, de rues à places, de caves à pavillons.

Récompenses :

- Prix SACEM du texte au Pic d'or 2016
- Prix Centre des écritures de la chanson 2016
- Médaille de Bronze de la chanson 2016 de Saignelégier (Suisse)

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makja par pierre wetzel.jpgInterview :

Avant cet EP, Makja en tant qu’artiste n’existait pas.

Pour beaucoup, les premiers concerts autour de la sortie de l’EP, c’était la première fois où les gens rencontraient Makja. Avant, mon nom d’artiste était Kalam. Je me suis dit un jour que j’allais travailler avec des musiciens et que l’interprétation de Kalam avec des musiciens deviendrait Kalam Makja.

D’où vient l’artiste que tu es ?

Je viens de l’écriture. J’ai fait 15 ans d’ « action culturelle ». J’accompagnais les prises de paroles artistiques d’enfants, de parents de grands-parents. Je travaillais dans les prisons, avec des traumatisés crâniens, avec des sourds, bref, avec tous types de personnes. J’aime travailler avec des humains qui sont composés de sensibles. Dans l’action culturelle, je stimulais leur sensible pour qu’ils puissent donner vie à une chanson, pour qu’ils puissent être vus dans l’espace public par leur création et non par leur statut d’handicapé ou de prisonnier. J’ai fait ça pendant 15 ans, de 1999 jusqu’à aujourd’hui. J’étais un acteur de la mise en mouvement du potentiel artistique de chacun.

Cette mise en mouvement prenait forme sous un acte artistique ?

L’idée, c’était de permettre à chacun d’être vu sous l’angle de la création et derrière, d’ouvrir une matrice de dialogue. Avec la personne elle-même déjà. Il fallait qu’elle écrive sur une feuille ce qu’elle pense, son point de vue, son doute, ses certitudes et ensuite confronter ce point de vue-là à un tiers. Ça peut être sa famille, son voisin, son éducateur. Le but était aussi de créer des passerelles entre les gens par la création. Reprendre confiance dans sa plume, dans ses mots c’est aussi reprendre confiance dans son corps, dans son image, dans le regard de l’autre.

Ce que tu viens de me raconter me donne une nouvelle approche de ce que tu racontes dans tes textes et m’explique pourquoi je ressentais une telle sensibilité en toi.

J’aime les gens. J’ai eu la chance d’avoir eu des parents qui m’ont fait découvrir la signification du  mot amour. J’ai été élevé dans l’amour, j’ai été bien éduqué, je me suis fait mes propres armes avec le temps pour pouvoir essayer d’exister dans ce monde-là. Gamin, j’ai vu très tôt que les mots avaient un pouvoir. Les mots étaient une clé et plus on avait de clefs  plus on pouvait ouvrir des portes pour se faire comprendre et pour comprendre les autres. Parce que méditerranéen à la base, j’avais un peu de fierté, je voulais écrire mes propres textes pour ne pas que l’on parle à ma place. J’ai écrit mes premières chansons et quand j’ai vu que je pouvais dire ce que je pensais sur feuille, c’était important que chacun puisse dire aussi. Se permettre de faire tomber la carapace le temps d’un rapport avec la feuille, je trouvais cela essentiel. J’ai développé des ateliers d’expression où j’ai appris aussi à accepter l’autre, à découvrir ses angles de vue, comment l’autre va regarder une certaine réalité et va la regarder différemment de mon point de vue.

"Un camp" (live).

Tu t’es nourri de cette richesse et de cette diversité-là ?

Oui. Dans les champs lexicaux, dans les sensibilités, dans les façons d’exprimer les choses, dans la temporalité pour passer aux mots, pour passer du ressenti aux mots. Me nourrissant de cela depuis des années, j’avais besoin artistiquement de réinvestir ces acquis.

C’est-à-dire d’expulser ce que tu emmagasinais depuis des années ?

Je ne dirais pas les choses comme ceci. L’action culturelle en elle-même est nécessaire dans une société et elle est nécessaire pour moi, mais le fait de recevoir toutes ses paroles, artistiquement, j’ai eu un besoin individuel de dire, d’amener ce kaléidoscope de visions, de pensées, dans la société. Au travers de la langue française, c’est mon devoir de donner à voir des tableaux différents.

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Makja continue aujourd'hui les ateliers d'écriture.

C’est presque une mission ?

Oui, je le pense ainsi. C’est peut-être un peu dingue, mais en tout cas, j’ai pris ce chemin-là  pendant ces années. C’est un besoin et un devoir, on peut donc parler de mission.

Abandonner ton statut de directeur de ta structure d’Action Culturelle pour te lancer à fond dans l’aventure Makja, ce  n’est pas un peu risqué ?

Je ne peux pas faire les choses à moitié. Je n’avais pas envie de m’inscrire dans une direction de ressources humaines pour les prochaines années et ma fonction de directeur commençaient à m’y obliger. J’ai envie de secouer les pesanteurs, j’ai envie d’être la caresse et l’épingle, j’ai envie, au sein de la société, de capter l’attention, de livrer des œuvres et de stimuler le sensible chez celui qui le reçoit en disant « vous avez un pouvoir d’agir ». Ouvrir des prismes, des champs de vision qui sont autres.

Clip de "Seule".

Tes premiers textes datent de 1996 et nous sommes en 2016. Tu n’apparais au public que 20 ans après…

Quand j’étais tout gamin, je savais que j’avais un monde intérieur dense et j’avais du mal à connecter ce monde intérieur avec l’extérieur.

Une forme d’autisme ?

Je n’emploierais pas ce mot parce que je l’ai bien vécu. J’étais bien dans cet intérieur, une sorte de bulle dans laquelle je pouvais rester des heures.

Comment arrivent en toi tes premiers textes ?

Adolescent, je déménage. Je pars de la banlieue toulonnaise pour Bordeaux. J’arrive là-bas en pleine culture hip hop, dans les années 95, 96, 97 et là, j’écris mes premiers textes. Je trouvais ça hyper stimulant de se réapproprier la langue française et de dire les choses. Il y avait une certaine minorité qui prenait le micro et donc, il y a avait un rôle entre le mot et la société. J’ai rappé de 1996 jusqu’à 1999.

C’est à ce moment que tu animes tes premiers ateliers d’écritures en tant  qu’animateur de centre social.

J’ai travaillé avec des jeunes de 1999 à 2003. En 2002, j’ai monté une association et en 2003, j’ai monté la structure d’Action Culturelle.

Tu as toujours pratiqué, toujours écrit, dans une culture hip hop jusqu’en 2010.

Ensuite, j’ai commencé à travailler avec des cordes, un violoncelle, ça m’a touché et très ému. J’ai donc décidé de travailler avec des instruments « vivants » et, en 2012, est né Makja.

Tu as pas mal rappé dans des groupes, le solo, ce n’était pas ton truc.

J’ai appris de mes erreurs. Des erreurs de gestion de groupes. J’ai pris la décision de monter mon propre projet. J’ai décidé de m’entourer de celui qui voudra m’accompagner à la musique. J’écris des propos sur feuille et j’ai besoin de les habiller avec des couturiers qui vont essayer de dessiner la tenue. A chaque fois, ce sera une tenue singulière en fonction du morceau. Je n’arrivais pas avec une logique d’esthétique, je venais avec la réflexion de ce qu’il se dit dans une chanson, de quel allait être le propos et comment on allait pouvoir habiller tout ça.

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Makja reçoit le Grand Prix des Voix du Sud 2016 par Francis Cabrel et Elodie Suego.

La confrontation avec le public quand on est seul, c’est dur ?

On aime rencontrer un public accueillant et bienveillant, mais quand on crée, la bienveillance du public, il faut la mériter, elle n’est pas acquise. Je dis les choses parce que  je considère que c’est important que je les dise, mais un morceau peut ne pas passer. Quand on livre une œuvre, on n’est pas dans l’adhésion de fait. On est dans quelque chose qui est exposé. Ça peut questionner, ça peut mettre mal à l’aise. On n’est pas toujours là pour être la caresse.

Tu ne cherche pas à te demander si le public a aimé ou pas.

Quand on joue un jour en collège et le lendemain en prison et après en concert en appartement, on ne va pas avoir le même public et les résonnances ne vont pas être les mêmes. Peut-être que dans un lieu, la rencontre sera belle et que dans un autre, ça ne va pas le faire. On est dans une société qui est morcelé. Doit-on penser ses œuvres en fonction des lieux ? Non. On doit créer.

Il y a des latitudes différentes dans tes chansons.

Oui, c’est pour ça que j’emploie le terme « secouer les pesanteurs ». Il y a parfois des gravités, parfois de la légèreté. Il faut créer des contres points de vue dans cette société. Je n’aime pas la lisibilité immédiate dans une œuvre. J’ai fait le choix de venir sur scène défendre un texte et je viens avec tout ce que je suis. On a besoin des arts pour nous permettre de voir différemment.

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Pendant l'interview...

Depuis que tu te consacres entièrement à ton projet artistique, en apprends-tu plus sur Makja l’artiste ?

Pour moi, je suis un jeune qui vient juste d’arriver. Je braque le présent pour le faire mien, je veux qu’il soit en ma possession. J’en découvre tous les jours un peu plus. Je travaille la voix, le corps, pour ne pas tous les jours ressortir la même chose.

Tu pourrais être un gourou, dis donc !

C’est pour cela que je veux travailler le contre point de vue. Il n’y a pas de parole d’évangile. J’arrive et je dis que moi-même je suis dans les questionnements, dans les errances.

Pour quelle raison participes-tu à des tremplins, comme tu l’as fait au Pic d’Or?

C’est pour braquer. Se montrer. Dire « Makja est là ». Je me considère un peu comme un compagnon du devoir, parce que je fais de l’artisanat. Avec mes musiciens, nous sommes des artisans du sensible et on travaille la matière. Alors, partout où je peux montrer notre travail, j’essaie. J’ai bien prévenu mes musiciens que nous pouvions venir que pour un morceau. Je leur ai dit : « est-ce qu’on y va ou pas ? Moi, j’ai envie d’y aller ! » On est venu et on vous a rencontré pendant un morceau.

Puis pour d’autres morceaux.

J’ai vu beaucoup d’artistes sensationnels, des artistes à voix, à texte, le niveau était très haut. Tu sais que mon slogan est « Si tu ne vas pas au maquis, Makja viendra à toi », le Pic d’Or a été une très bonne opportunité de rencontres.

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Makja reçoit le Prix du texte lors du Pic d'Or 2016.

Tu as reçu le Prix du texte, mais tu aurais mérité aussi celui de l’interprétation. Tu préfères quel prix ?

C’est une histoire de regard. Je vis avec ces deux facettes, l’interprète et l’auteur. Le regard s’est posé sur le prix du texte.

Il y a avait plusieurs regards.

Oui, c’est en tout cas un curseur qui s’est arrêté sur moi et qui aurait pu s’arrêter sur quelqu’un d’autre. Je sais que je suis interprète, mais c’est Flow qui a reçu le prix. Elle me touche beaucoup et c’était plus que mérité. Moi, je veux être reconnu par mon interprétation, mais ce qu’il se passe derrière un tremplin, ça ne me m’appartient plus. Je ne m’arrête plus sur des choses qui ne sont pas dans mes cordes.

recto.jpgSi je te dis que lorsque l’on écoute ton EP, on ressent moins la force de ton interprétation et de tes textes que lorsque l’on te voit sur scène, ça t’embête ?

Non, parce que tu as raison. Makja ça se vit. On est touché ou non, mais sur scène, ça ne laisse personne insensible. Moi, en studio, je suis une petite graine. En  concert, je suis stimulé par ce qu’il s’opère autour. On a réalisé cet EP il y a déjà un an et demi, j’ai déjà beaucoup évolué depuis. J’ai de plus en plus de mélodies, la voix prend de plus en plus de place par rapport aux arrangements. Cet EP, c’est une photographie d’un instant, d’une période de création. Je pense que le deuxième sera très fortement différent. Mon boulot sera de faire vivre ses interprétations aussi en studio. Je pense que ce qui arrive est assez prometteur.

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Après l'interview, le 29 juillet 2016.

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24 juillet 2016

Lucas Gabriel : interview pour son premier EP

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Lucas Gabriel interprète des textes d’une beauté stupéfiante, enveloppée par le son aérien de sa guitare électrique. Ils nous bercent dans un univers mélancolique, où se mêlent mélodies aux influences anglo-saxonnes et aux paroles en langue française. Il vient de publier un premier EP chic et poignant.

Lucas Gabriel a tout pour réussir. Talentueux, sens évident de la mélodie, voix profonde qui touche au cœur, charismatique et beau garçon. Ce n’est pas cet EP (malgré ses nombreuses qualités) qui le fera exploser et le rendra populaire, mais l’album qui suivra. J’en fais le pari.

Après un premier rendez-vous manqué (à cause de ma légendaire étourderie, qu’il veuille bien me pardonner), le 29 juin dernier, ce jeune artiste parisien de 24 ans est venu à l’agence pour une première mandorisation… qui ne sera pas la dernière.

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lucas gabriel,ep,interview,mandorBiographie officielle (un chouilla modifié) :

Spleen contemporain. C’est peut-être ce qui caractérise le plus la musique de Lucas Gabriel.
A l’écoute de son premier EP, on situe tout l’intérêt de l’artiste : les arrangements épurés font la part belle au timbre, et à une plume qui ose un lyrisme littéraire. «Comment fait-on pour vivre lorsqu’on se sait moyen ? » scande-t-il, insufflant un souffle singulier avec une verve désabusée. Lucas Gabriel a appris la musique en autodidacte.
Rapidement, il se met à écrire ses propres compositions, sans pour autant avoir l’ambition de faire sortir ses chansons de sa chambre. Néanmoins, presque par accident, il se voit du jour au lendemain propulsé sur le devant de la scène par Benjamin Clementine.

C’est en 2013, lorsqu’ils se retrouvent fortuitement dans le même hôtel pendant des vacances en Italie, que la route des deux hommes se croise pour la première fois. Lucas Gabriel est au piano quand Benjamin Clementine vient lui parler, avant qu’ils ne partent tous les deux dans un jam improvisé. Une amitié était née.

C’est près d’un an après leur rencontre que Benjamin Clémentine écoute pour la première fois les compositions de Lucas. Très vite, il lui a proposé de faire ses premières parties. Un coup de pouce, qui permet à Lucas Gabriel de monter seulement trois mois plus tard sur la scène du Transbordeur pour son premier concert, qu’il enchaîne avec deux Trianon.

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Seul sur scène, accompagné par une voix riche et trainante à la Bashung et une guitare claire façon Jeff Buckley, la réponse du public est immédiate.
Lucas Gabriel s’entoure désormais de deux musiciens, un bassiste et un batteur, venus enrichir le projet, sans rien enlever à l’intensité et à l’intimité avec la salle. Il décide alors d’enregistrer son premier EP, entièrement autoproduit et masterisé par les soins de Chab.
On est saisi par ses ballades intimes, perdues dans l’écho d’une guitare douce. 
Après avoir été sélectionné pour les auditions parisiennes des Inouïs du Printemps de Bourges, Lucas Gabriel a récemment remporté le prix du jury et le prix Beside Label au tremplin Sorbonne Live.

lucas gabriel,ep,interview,mandorL’EP :

Avec « Seul dans le Noir » et « Ni Anges Ni Dieux », Lucas Gabriel affectionne les ambiances de fin de nuit, les mélancolies de derniers verres. « Drifting Away » est une promenade dans un Paris spleenétique, pleine de fulgurances poétiques. Dans « Sentiments En Soute », Lucas Gabriel chante les affres désordonnées des jeunes amours. Çà et là, on entend quelque chose de Léo Ferré, dans son lyrisme à fleur de peau, sa fragilité vocale quasi-exubérante. Bien qu’ayant fait le choix d’écrire et de chanter en français, Lucas Gabriel opère un joli mélange des genres, citant à l’envie aussi bien King Krule ou Ry X que Benjamin Biolay parmi ses influences.
Tout au long de l’enregistrement, c’est une image un rien romantique qu’il dessine, celle d’une jeunesse qui « ne croit plus à son destin » et qui, à défaut de spiritualité, retrouve un peu de mysticisme dans la musique.

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lucas gabriel,ep,interview,mandorInterview :

Quand as-tu décidé de faire de la musique ?

J’ai commencé par jouer de la guitare et, assez rapidement, mes propres compositions. C’était à l’époque où il y avait les « baby rockers », comme les BB Brunes. C’est plus tard que j’ai commencé à écrire de vraies chansons.

Tout a commencé en première année de Sciences-Po Lyon, je crois ?

Oui, j’ai rencontré un garçon qui était à fond dans l’espoir de gagner sa vie avec la musique. Il avait trouvé un manager qui lui avait demandé d’écrire des chansons en français et, comme on partageait les mêmes goûts en matière de littérature, il m’a demandé de l’aide. J’ai accepté et je me suis rendu compte qu’écrire commençait à me plaire sérieusement. Comme je lui envoyais les chansons interprétées par moi, il m’a fait remarquer que je chantais bien et il m’a conseillé de persister dans cette voie. Ca été mon déclic pour me lancer sérieusement dans cet art-là.

Tu n’échapperas pas à la question sur ta rencontre avec Benjamin Clementine.

Il y a trois ans, je l’ai vu par hasard en concert en première partie de Sébastien Tellier et j’ai commencé à le suivre sur les réseaux sociaux. Quelques temps plus tard, je suis parti en vacances avec mes parents et mon frère et, coïncidence, Benjamin était au même endroit et dans le même hôtel. Il y avait un piano, avec mon frère ou s’amusait à jouer un peu n’importe quoi. Puis nous nous sommes assis pas très loin. Après nous, Benjamin s’est mis au piano puis il s’est retourné pour me demander si c’était bien moi qui jouais au piano précédemment. Aujourd’hui, nous sommes devenus potes.

Mais, quand tu étais dans cet hôtel lui as-tu dit que tu faisais des chansons ?

Non, je préférais avoir une relation amicale et désintéressée. Mais, un peu plus tard, sous l’insistance de mon frère, j’ai fini par lui dire. C’est là qu’il m’a proposé direct de faire ses premières parties.

La première fois, c’était au Transbordeur de Lyon.

Oui, la scène est immense. J’ai mis un tabouret au milieu, j’ai pris ma guitare et je me suis lancé. C’était super impressionnant, mais je ne me suis pas senti mal à l’aise. J’ai ressenti des sensations extraordinaires et inconnues de moi jusqu’à présent. De plus, les retours du public étaient sympas. J’y suis allé sans savoir à quoi m’attendre. Le but était juste de ne pas faire n’importe quoi pour ne pas décevoir Benjamin.

Clip de "Drifting Away".

Tu as enregistré un EP assez rapidement, je trouve.

J’étais frustré que les gens qui venaient me voir en concert ou qui me découvraient un peu par hasard, au grès de premières parties, ne puissent pas acheter un disque en sortant. Et pire, encore, l’idée qu’ils ne trouvent rien en tapant mon nom sur Google me dérangeait franchement. D’où la décision d’enregistrer très vite 5 chansons. C’est une carte de visite, une trace.

Si tu n’as pas encore beaucoup de presse, ce que je lis sur toi est fort élogieux.

Je me dis que les gens n’écrivent sur quelqu’un que s’ils aiment bien. En tout cas, il faut être indulgent. C’est un premier disque, fait tout seul.

Je le trouve très joli et bien produit. Il n’y a pas de fioritures, tu vas à l’essentiel. De plus je te félicite de chanter en français. Habituellement, ceux qui jouent le genre de musique que tu fais chantent en anglais.

Je veux mettre en avant, la voix, le texte et la musique. C’est important que je puisse être compris à ces trois niveaux. Quitte à écrire en français autant faire un effort sur le style et sur le propos. Je chante en français pour faire vivre la langue française. Je trouve que c’est important.

"Sentiments en soute", live à la Maroquinerie, en janvier 2016 dans le cadre des Inouïs du Printemps de Bourges.

En France, on a tendance à juger un morceau d’abord sur le texte, ensuite sur la musique.

Sans être condescendant, je n’aime pas que l’on me dise que je fais de la chanson française. Je préfère dire que je fais de la chanson en français, parce que le texte n’est pas ce qui définit ma musique.

On te compare à juste titre à Jeff Buckley, il y a pire comme référence.

Je sais que ça permet de situer le genre, mais je ne peux pas décemment dire : « vous avez raison, ma musique rappelle Jeff Buckley ! ». Ce serait prétentieux.

Vocalement, j’ai lu que ta voix se rapprochait de celle de Biolay, moi, elle m’a rappelé parfois celle de Bashung. Pourtant, tu as ta propre identité vocale, je te rassure.

Cela dit, tous ces artistes cités, sont des gens qui font partie de ma culture musicale, même si j’écoute beaucoup de choses. Le seul dont je connais toute l’œuvre par cœur, même les chansons rares, c’est Gainsbourg. Bashung, je ne connais pas plus que ça.

"Comment Fait-on ?" (Live Session)

Penses-tu avoir trouvé ta voix ?

Un peu plus, grâce aux concerts. Chanter, c’est se mettre à nu. Au début, j’avais une voix monocorde, je n’osais pas trop la mettre en avant. Je ne m‘étais jamais défini comme chanteur, aujourd’hui, je commence à comprendre ce que je peux faire avec ma voix !

Es-tu pudique, timide dans la vie ?

Disons que je suis assez réservé. Dans un premier temps, je ne parle pas trop. J’observe. Ensuite, je me décoince petit à petit. Pour ne rien te cacher, en ce moment, je fais des efforts de sociabilité. C’est paradoxale avec ce que nous sommes en train de faire tous les deux, mais par exemple, parler de moi, ce n’est pas quelque chose que j’aime et que je fais facilement. Ca me met mal à l’aise.

Ce métier te permet-il de sortir des choses qui sont en toi ?

Ce qui permet d’exorciser pas mal de trucs, c’est l’écriture. C’est un sacré exutoire. En plus, recevoir des retours de gens que je n’ai jamais vu, qui me disent qu’ils ont été touchés, m’encourage à continuer.

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Pendant l'interview...

Que t’as apporté cet EP ?

Cela m’a permis de rencontrer des gens du métier. D’ailleurs, des choses se précisent… mais je ne peux pas t’en parler.

(En fait si, mais il m’a demandé de garder ça en off. Mais si cela se concrétise, c’est du lourd !)

Dans la génération actuelle d’artistes français, il y a des gens que tu aimes bien ?

Fauve, par exemple. Ils ont eu beaucoup de succès, mais ils ont pris pas mal de coups, de critiques, alors que leur projet était canon. Je les trouve sincère et ils ont décomplexé pas mal d’artistes par rapport à la langue française. J’aime aussi beaucoup Feu ! Chatterton, Radio Elvis ou encore Grand Blanc. Comme moi, ils ont une culture très anglo-saxonne, mais gardent leur culture française.

Pas de femmes ?

Si, j’aime beaucoup Alma Forrer. Clara Luciani aussi. Cette dernière n’est pas encore très connue, mais je suis sûr que dans moins d’un an, tout le monde parlera d’elle. Je fuis les artistes qui sont dans le revival. J’aime ceux qui renouvellent la chanson et qui propose des choses qui n’existent pas encore dans le paysage musical français.

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Après l'interview, le 29 juin 2016, à l'agence.

31 mars 2015

Camille Saillant : interview pour son premier EP

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« Rêves de gloires perdues et fantômes personnels planent au-dessus des chansons de Camille Saillant. Elle s'y livre, sans pudeur ni mensonges ». J’ai découvert Camilla Saillant parce qu’un ami, Benoît Clerc, lui écrit et compose des chansons. J’ai été charmé par la personnalité (un peu exalté) et le talent de la jeune femme (comédienne et chanteuse). Je suis donc allé la voir aux Trois Baudets le 10 mars dernier et j’ai rarement vu une salle si enthousiaste pour une artiste encore inconnue. Trois jours plus tard, j’ai reçu Camille Saillant à l’agence pour sa première mandorisation.

camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteBiographie officielle :

L’amour, la cocasserie, la douleur, le regret et la volupté sont les événements les plus communs et les plus intimes au monde.
Camille Saillant chante les siens et ils paraissent être de votre vie. À une époque de surenchère artistique, elle trouve ce qu’il y a de mutuel dans la musique : une mélodie, un texte, et une voix qui donnent envie d’être dans la même pièce qu'elle.
On l’écoute comme on peut aller, dans sa mémoire, renouer avec quelques gloires secrètes, nos frasques d’enfant, cet au-revoir qu’on a dit mais qu’on ne pensait pas, et les chemins délaissés du passé qui sont une réserve d’aventure.camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissette

Camille Saillant chante en noir et blanc parce qu’elle raconte les choses qui ne mourront jamais.
Démonstratif et ambigu, bienveillant et un peu vache, son premier EP arrive sur la scène de la chanson française au printemps, quelque part entre les esprits d’Emily Loizeau et de Bashung.
Aux côtés de l’auteur/compositeur Benoît Clerc, accompagnée par le Studio des Variétés, arrangée par Frédéric Féraud et mise en émotion par ses musiciens, elle prépare un premier album. En attendant, son premier EP, est sorti le 10 mars 2015.

Vous pouvez écouter les quatre chansons de l'EP ici!

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camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteInterview :

Comme je n’avais jamais entendu parler de toi, je vais te poser une question un peu brutale : d’où sors-tu ?

Je chante depuis longtemps, mais je me suis surtout occupée de ma vie de comédienne. J’ai été aussi assistante de prod dans l’audiovisuel, journaliste déco… j’ai fait pas mal de choses avant de me lancer dans ce projet. Le chant m’a toujours attiré, mais j’ai mis du temps à me lancer dans la musique.

En te voyant pour la première fois sur scène, aux Trois Baudets, j’ai eu le sentiment de voir en Camille Saillant un personnage, pas une simple chanteuse qui débute. J’ai vu un look et un comportement étudié, contrôlé. Ai-je tort ?

Ah bon ? Ça veut dire que je fais bien mon travail. Le fait d’avoir été comédienne me nourrit aujourd’hui dans cette nouvelle activité. J’ai commencé ce projet en épousant ce que me proposait l’auteur compositeur Benoît Clerc. Ce qu’il me proposait me plaisait, mais je n’ai pas décidé de faire de la chanson française un peu folk. J’aime bien quand Barbara dit : « Je suis une femme qui chante ». Je me sens plus une femme qui chante qu’une chanteuse. J’ai envie de chanter les histoires que je raconte en cherchant la vibration du chant. J’ai beaucoup plus de plaisir à chanter qu’à jouer, en fait.

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As-tu pris des cours de chant ?

J’ai commencé à prendre des cours de chant il y a longtemps, mais de manière assez épisodique, voire même décousue. Tant que je ne me lançais pas réellement, il y avait d’autres projets qui venaient télescoper ce profond désir. Plus le désir est grand pour moi, plus il est effrayant, parce qu’à chaque fois, j’y mets beaucoup de moi-même. Maintenant que je me suis engagée dans cette aventure, je ne sais pas ce qui aboutira, mais je sais que j’irai le plus loin possible. J’y vais à fond et je m’y consacre totalement.

Comment peut-on qualifier ta musique ?

C’est de la chanson française traditionnelle très écrite. Les textes sont vraiment devant, car j’y attache beaucoup d’importance. Cela dit, la direction artistique, de concert en concert, devient de plus en plus rock. Ce n’est pas encore Alain Bashung ou Joseph d’Anvers, mais c’est le chemin que je veux prendre.

Avec la personnalité que tu as, tu devrais écrire avec Benoît et même essayer quelques textes seule, je suis sûr qu’il en sortirait quelque chose d’original.

Au début, j’étais très frileuse sur la question parce qu’il y a beaucoup d’auteurs que j’admire. A ce propos, j’ai un ami que tu connais, Olivier Bas (du Studio des Variétés), qui m’a conseillé, presque ordonné d’écrire mes textes. J’en ai écrit un, « Super », que Benoît a mis en musique. Je suis assez tiraillée parce que j’aime beaucoup les textes de Benoît et, à la fois, je sens que ça va être un enrichissement de chanter mes textes.

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Que représente l’EP qui vient de sortir ?

C’est une étape importante, une carte de visite et un investissement important en énergie.

Et un investissement financier ?

A ce niveau-là, j’ai beaucoup de chance car j’ai un mécène qui a financé l’EP. C’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’amitié. Il m’a toujours suivi et soutenu. 

On peut savoir qui est cet homme ?

Non. Il m’a donné de l’argent de manière discrète et désintéressée, alors je ne vais pas donner son identité. Je l’appelle LC dans les remerciements du disque.

Tu parles beaucoup d’amour dans tes chansons. C’est un sujet universel.

Universel et, finalement, inépuisable. Comme le dit la chanson, les histoires d’amour finissent mal. Souvent en tout cas. Je parle aussi des amours saphiques, l’amour entre deux femmes. C’est un sujet que j’aborderai encore. Je n’ai pas envie de l’épuiser, car c’est un sujet qui me touche particulièrement et qui me concerne.

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Pendant l'interview...

camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteVous êtes nombreux à sortir des EP ou des albums et beaucoup sont talentueux. Sais-tu que tu t’apprêtes à mener un long combat ?

Je le sais parfaitement. Je sais aussi que personne ne m’attend. Je n’ai aucun rendez-vous, pas de bureau, aucun collègue, ni patron. C’est une aventure et tant que je vais au bout d’elle, peu importe le résultat. J’ai une foi en la vie qui est assez forte. Je ne me sens pas meilleure que plein d’artistes que j’écoute, mais je suis certaine que ce projet va aboutir à quelque chose de sérieux. Je n’ai jamais ressenti une telle intensité de réussite avant cela.

Tu me sembles pressée de réussir.

Non, je suis impatiente. Il y a une nuance. Je suis impatiente, mais je suis contente de me mettre des échéances. Je sens une certaine incandescence en moi, ce qui me rend très volontaire. Je ne suis pas pressée parce que je ne veux pas non plus bâcler ce que je fais.

Tu te donnes combien de temps pour vivre de ton projet ?

Je ne me donne pas dix ans.

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"Dès que la sécurité les auront relâchées, elles te donneront un spectacle que tu n'oublieras pas de si tôt! Fougue, insolence et sex appeal au rendez vous."

Le 1er avril, tu es sur scène au forum Léo Ferré à Ivry-sur-Seine avec Pauline Paris et Geneviève Morissette pour « Les filles qui s'affichent ».

C’est une rencontre par l’association « Les beaux esprits ». Garance m’a invité récemment à jouer avec elle, ainsi que Geneviève. Gilles Tcherniak, du Forum Léo Ferré, cherchait un co-plateau un peu décalé et décapant. Il a pensé à nous trois, mais Garance n’était pas libre, donc Geneviève a proposé à Pauline.

Tu espères quoi aujourd’hui ?

J’espère écrire des textes moi-même et qu’ils soient mis en musique. Je souhaite aussi faire un album et que les professionnels le remarquent.

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Après l'interview, le 13 mars 2015.

24 avril 2014

Radio Elvis : interview pour son premier EP

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Pierre Guénard est le leader de Radio Elvis. Il remet à plat les codes du rock et de la chanson française pour nous en livrer une vision moderne et onirique. Le résultat est là : un rock littéraire et atmosphérique (que j’apprécie beaucoup).

A l'occasion de la sortie de son premier EP, il est passé me voir à l’agence (sur les bons conseils de son pote Simon Autain, que je remercie donc ici) le 6 février dernier… pour une interview où il ne s’interdit aucun propos. Pas lisse le jeune homme, et c’est bien.

pierre guénard,radio elvvis,interview,epBio des inRocks Labs : Ce n’est pas un hasard si Pierre Guénard a débuté sa carrière comme slameur, ouvrant les concerts d’un certain Grand Corps Malade dans son Poitou natal. Délaissant ensuite le flow et la Vienne, Pierre monte à Paris et se baptise Radio Elvis, un pseudo trompant l’ennemi puisque ses compositions francophones sont à mille lieues de Memphis. Parmi ses thèmes récurrents, les marins et les conquêtes espagnoles ont une place de choix, accompagnés de reverbs rehaussant les couleurs de ses voyages introspectifs.

Après avoir écumé les salles de concert seul avec son sampler, Radio Elvis s’entoure de deux autres voyageurs, Colin et Manu, donnant un virage plus pop et désinhibé à ses pérégrinations verbales. S’inspirant des codes de la chanson française (Dominique A et Murat) et des outlaws déglingués de l’ouest sauvage (16 Horsepower, The Gun Club), Radio Elvis se taille un costume de premier choix sur la scène actuelle.

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Interview :

Pourquoi as-tu commencé ta carrière par du slam?

J’ai toujours voulu faire de la musique. Le slam, c’était le moyen de patienter afin de m’adonner à cette activité sérieusement. C’était vraiment une parenthèse.  Je faisais déjà des chansons, mais je ne savais pas avec qui les jouer et comment m’y prendre pour avancer sur ce chemin. Après le lycée, le slam s’est imposé à moi. J’aimais écrire et cet art me permettait de faire de la scène assez facilement. J’ai testé mes textes et je me suis confronté à un premier public réel. C’était un bon apprentissage. Trois minutes sans rien d’autre que sa voix et ses textes, c’est plus dur qu’une heure et demie de concerts avec des musiciens.

Toi qui étais musicien, ça a dû être un peu frustrant, non ?

J’adorais faire du spoken word. J’adorais improviser sur de la musique et faire chanter les mots dessus. À Poitiers, j’ai même monté une scène de spoken word.

Clip officiel de "La traversée" (inspiré du clip d'"I'm Not A Young Man Anymore" de Lou Reed par Andy Warhol (https://www.youtube.com/watch?v=crjeF8G13x8)).

pierre guénard,radio elvvis,interview,epC’est hyper paradoxal par rapport à ce que l’on peut écouter dans ton EP. Tu as une écriture poétique exceptionnelle. Je ne te vois pas improviser tes textes tant ceux de tes chansons ont l’air travaillés.

Quand je faisais du spoken word, je n’improvisais pas. J’improvisais juste dans la forme du texte. Je ne les connaissais pas par cœur, mais j’en avais plein en tête, dont je me foutais du sens.  Ce qui comptait, c’était le son.

Tu as fait ça jusqu’en 2009, ensuite, tu as pris un autre chemin.

Je suis monté à Paris pour faire de la musique. Paris, pour moi, c’est un vieux rêve de gamin. Comme le cliché de la chanson, je suis monté pour être en haut de l’affiche un jour. Je me suis fait une place dans un squat, les anciennes presses du Parisien. Du coup, j’étais en résidence là-bas et je pouvais y aller quand je voulais. Je faisais beaucoup de recherches musicales et parfois, des chansons de dix minutes, avec trois textes différents.

Dans ton EP, il y a des chansons longues. Notamment « Goliath » et « Le continent », et chacune d’elles a pas mal d’influences musicales.

Je suis incapable de ne jouer qu’un style particulier.

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Quand tu es arrivé à Paris, je crois savoir que tu t’es senti un peu seul au début…

C’était même très douloureux pour moi. Je ne connaissais personne, pas même un musicien. Quand je voyais des gens de mon âge réussir, ça me faisait assez mal, parce que j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose. Aujourd’hui, à 26 ans, je suis serein par rapport à ça parce que je joue avec des gens que j’ai choisis. Mais, je me considère encore comme un loup solitaire pas encore intégré dans ce milieu.

Tu souffres déjà de certaines comparaisons, notamment avec Dominique A.

C’est agréable comme souffrance. J’ai découvert très tardivement cet artiste et au départ, je n’aimais pas du tout. Je trouvais ridicule sa manière de chanter. Un peu trop précieux. J’ai mis du temps à aimer, mais quand j’ai découvert l’album Horizon, j’ai fini par beaucoup apprécier. Plus je m’assumais, plus j’aimais Dominique A, plus je devenais moi aussi un peu précieux. Du coup, j’ai écouté très intensément son œuvre pendant un an.

Sur ta chanson « La traversée », on sent une certaine influence de lui.

Oui, on a la même tonalité de voix. Cela dit, quand j’étais ado, on comparait ma voix à celle de Bertrand Cantat. Tant que je ne serai pas passé chez Drucker, on me comparera toujours à quelqu’un d’autre. C’est la loi des débutants que personne ne connait.

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Fais-tu beaucoup de scènes, justement pour te faire connaître ?

J’ai mis un an à faire des concerts en dehors du squat où j’étais. J’ai trois formules : en trio, et deux duos différents selon si je suis avec le batteur ou avec le guitariste. Il faut que je parvienne à faire de plus en plus de scènes, il n’y a qu’ainsi que je pourrai me faire repérer par la profession.

As-tu toujours eu envie d’être chanteur ?

Oui, depuis tout petit. En cachette. Je voulais devenir chanteur ou écrivain. Avec mon métier, j’allie un peu les deux. Même si je ne serai jamais écrivain comme je l’entends. Comme Jack London par exemple.

Parlons de tes références littéraires. Jack London, comme on vient de le dire, mais aussi John Fante. Ce sont vraiment des auteurs que tu as lus ou c’est pour faire bien dans ta bio?

Je ne mens pas dans la bio. J’ai lu très tard. À partir de 2008, donc j’ai pas mal de retard à rattraper. De Fante, je n’ai lu que Demande à la poussière, et de London, là, j’en ai lu pas mal. Beaucoup de nouvelles et Martin Eden. J’ai une passion pour la littérature de voyage. Là, je viens de me faire quasiment l’intégrale de Saint-Exupéry. Je n’arrive pas à m’en remettre.

Les music'ovores : "Demande à la poussière". 

Tes lectures influencent-elles tes écrits ?

Oui, car j’écris en lisant. Je lis et j’ai toujours mon carnet à côté. Parfois, les mots m’inspirent une formule. Lire est le moyen le plus simple et le plus jouissif que j’ai trouvé d’écrire. L’inspiration, c’est tout ce qu’on assimile et qui ressort à un moment, rien de plus. Tout ce que l’on vit ressort. L’inspiration, ce ne sont que des souvenirs un peu modifiés. Il y a aussi des textes que j’ai faits en état de semi-conscience. Je me réveille, j’ai une phrase, je la note immédiatement.

Aimes-tu qu’on ne comprenne pas le sens des textes à la première écoute ?

Je ne le fais pas forcément volontairement, mais je trouve cela très intéressant. Quand j’ai commencé à écrire en 2009, ça me plaisait réellement, aujourd’hui, je considère que si les gens dansent à mes concerts, c’est bien, mais s’ils comprennent le sens de mes textes, c’est encore mieux.

Au début, devenir populaire t’effrayait un peu, c’est ça ?

De manière très prétentieuse, je voyais l’art au sens noble du terme, je me prenais vraiment trop au sérieux. À un moment, j’ai réalisé que ce n’était que de la musique et je me suis mis à démystifier un peu tout ça. J’ai aussi réalisé que je n’étais pas l’élu, que ce n’était pas moi qui allais tout révolutionner et qu’il fallait être humble.

"Goliath" (Froggy's Session)

Tu te considérais un peu comme un poète maudit, que personne ne comprend ?

Oui, et j’en avais marre que les spectateurs quittent la salle avant la fin du spectacle. J’ai toujours eu peur de perdre mon côté rimbaldien, l’énergie que je voulais dégager. Je n’avais peur de rien, j’y allais sans faire aucune concession. J’étais très barré. Je jouais des morceaux de vingt minutes, sans narration, sans savoir-faire. Je ne voulais ni de choses gaies dans mes chansons, ni mélodies. J’étais aussi beaucoup dans le cliché. Aujourd’hui, j’ai gardé cette énergie, mais je la maîtrise mieux. J’apprends à faire les choses de façon plus abordable. Par la lumière on peut montrer plus d’obscurité. Pour parler de la mort ou de choses graves inhérentes à l’homme, on n’est pas obligé d’être dans la tragédie. J’ai compris que c’est en étant soi même qu’on peut être le plus original.

Ton EP a ceci de particulier que plus on l’écoute, plus on l’aime parce qu’on en découvre toutes les richesses. Et elles sont nombreuses…

C’est génial ce que tu me dis là parce que, quand j’aime un artiste, moi, je dois l’écouter plusieurs fois pour tout déceler. Bashung m’a beaucoup marqué avec ses albums, L’imprudence ou Fantaisie militaire par exemple. Il nous donnait la possibilité de ne pas comprendre. Je trouvais cette désinvolture géniale. Je ne comprenais pas où il voulait en venir et plus j’écoutais, plus je commençais à assimiler les choses.

Pourquoi veux-tu être un artiste ?

Désir et orgueil. À la base c’est un rêve. Ce rêve est devenu un sacerdoce par orgueil.

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12 juillet 2013

Simon Autain: interview pour son premier EP

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorJ’ai découvert Simon Autain au Pic d’Or de cette année. Je peux même dire, sans vexer personne (j’espère), que c’était ma plus belle découverte de cette édition. (Même si je connaissais la moitié des artistes sélectionnés, mais ça n’a rien à voir). Le jeune homme est arrivé sur scène, habillé en dandy d’un autre temps, puis s’est mis à jouer au piano. Puis à chanter. Pendant ce temps, je me suis mis à frissonner. Avec le public et avec la quasi-totalité de mes amis jurés. Une vraie claque ! Puis quand nous l’avons revu chanter une seconde chanson, on a tendu la joue gauche.

J’avais déjà écouté son EP reçu quelques semaines avant, mais l’effet n’avait pas été le même sur moi. Un Simon Autain, certes, ça s’écoute, mais surtout ça se regarde et ça se ressent. Et ça déclenche toutes sortes d’émotions.

Pour la petite histoire, Simon Autain est reparti bredouille du Pic d’Or. C’est à peine simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorcroyable. Un cas d’école. Largement favori lors de la demi-finale et de la finale, l’artiste nous a déçus lors de sa dernière prestation. Déception à la hauteur du choc qu’il nous avait procuré lors de ses deux premières prestations, du coup, nous avons été intraitables (et à mon sens parfaitement injustes. Je m’inclus, car je ne l’ai pas défendu non plus). Après coup, j’ai d’énormes remords. Il a fait deux mauvais choix de chansons lors de la finale (préférant interpréter des chansons personnelles et importantes pour lui plutôt que des chansons universelles et touchantes pour le public). Et il y a eu des remarques au public, disons… maladroites. Étant donné que certains autres artistes finalistes très talentueux sont allés, eux, crescendo dans la progression, le jury n’a plus su où placer Simon Autain.

L’artiste n’a pas non plus compris pourquoi il n'avait reçu aucun prix parmi les 5 proposés. Mais il a su très vite reprendre du poil de la bête et entendre avec humilité et intelligence ce que nous lui avons dit (chacun de nous il me semble).

Simon Autain, un mois plus tard (le 31 mai dernier) est passé me voir à l’agence. Et évidemment, nous avons notamment reparlé de sa mésaventure du Pic d’Or. Franche et diplomate explication entre l’artiste et l’un des jurés.

Biographie officielle (mais réarrangée et raccourcie) :

Originaire de Montpellier, Simon Autain passe son temps entre Poitiers et Paris. Quand il a découvert les Beach Boys, la pop est entrée dans sa vie et ne l’a plus lâché. Parce que les harmonies vocales, la beauté de la chose. Et l’histoire qui va avec. Une histoire de famille, de mort, qui lui inspira d’ailleurs un morceau, « Marina Del Rey ».

Mais avant, il y eut dix années de piano. Puis les premiers groupes, en tant que guitariste. Avant de devenir ce qu’il est aujourd’hui : chanteur, auteur, compositeur, et, fait assez rare pour un aussi jeune artiste, arrangeur. Et très vite, naît cette envie de ne pas souffrir d’une étiquette. Simon ne sera ni chanson, ni pop, et privilégiera la simplicité des textes, qui n’est pas la facilité.

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorEn studio avec Dominique Blanc-Francard (et Bénédicte Schmitt), Simon joue de (presque) tout, convoque quelques potes, quelques rencontres, et accouche de ce premier EP. Au détour de ces cinq titres, il raconte une belle histoire. On y croise des questionnements sur la mort, sur la véritable importance de l’Amour, du couple… La vie.

Ce premier EP, cette première déclaration, le place sur l’échiquier pop des futurs grands, des têtes à suivre. Un artiste singulier, une voix reconnaissable entre mille au service de textes mêlant le noir et le lumineux.

Notez le bien, il s’appelle Simon. Simon Autain.

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Interview:

Tu as 24 ans et tu as commencé à faire de la musique à l’âge de 9 ans. Plutôt précoce comme garçon.

Je pianotais tout seul à la maison et mes parents m’ont donc proposé de prendre des cours particuliers de piano classique avec une prof. J’y ai trouvé beaucoup d’intérêts. Je jouais tout le temps, ce qui me permettait d’avancer assez vite. Mais je travaillais très peu les cours. D’ailleurs, aujourd’hui, le solfège, je le lis super mal alors que j’en ai fait pendant 10 ans. J’en ai fait d’ailleurs malgré moi parce que je tentais les concours du conservatoire en candidat libre. J’apprenais mes morceaux, mais le solfège, ça m’a toujours gonflé. Je les apprenais plus en écoutant des CD.

Je crois savoir que tu étais en 5e quand tu as pris la décision nette et définitive de faire ce métier-là.

Oui. J’ai dit à mes parents que je voulais faire de la musique. J’ai ajouté que l’école me saoulait. Je voulais l’arrêter à 16 ans pour ne faire que de la musique, mais ils n’ont pas voulu. Pour faire plaisir à ma mère, il fallait au minimum que j’aie le bac.

Donc tu jouais parallèlement à l’école ?

J’ai joué en tant que guitariste dans des groupes forts différents les uns des autres. Certains très bourrins, assez metal. J’ai commencé à chanter dans un groupe folk de mon lycée qui était assez théâtral, complètement barjo, The Flower Dicks.

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorDans ta bio, je lis que tu as découvert les Beach Boys à l’âge de 10 ans.

C’est vraiment le groupe de mon enfance. Mon père était un immense fan des Beach Boys. Il écoutait ça tout le temps. Même à Noël il mettait les disques de Noël des Beach Boys. J’écoutais ça avec mon frère, avec lequel j’avais une relation assez forte, du coup, ces histoires de frères résonnaient pas mal en nous.

Hormis les histoires qu’ils racontaient, leurs harmonies étaient fascinantes.

Évidemment. Et j’ai été très touché par l’histoire de Brian Wilson, qui était un vrai autiste. Il refusait parfois de partir en tournée, il refaisait toutes les voix des albums lui-même, il engueulait tout le monde parce qu’il n’était pas content…

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(Photo: Nöt Pixbynot)

Au Pic d’Or, le jury t’a trouvé bluffant et très mature lors de tes deux premières prestations.

À Tarbes, j’ai montré d’abord une facette de mon univers qui est très intime, assez premier degré, assez mélancolique, mais il n’y a pas que ça dans mon travail. Je pense que j’ai grillé mes cartouches très rapidement en chantant deux chansons qui me tenaient à cœur dès le départ. J’aurais dû les garder pour la finale et commencer avec des titres un peu plus légers. Et surtout, je ne peux pas passer d’un extrême à un autre extrême. Au Pic d’Or, j’aurais dû choisir juste une facette. En fait, j’ai trop cru en la victoire. Il ne faut jamais y croire et se battre. J’avoue qu’avant de rentrer sur scène, je me suis dit que ça allait le faire… j’ai pris des risques qui n’étaient pas nécessaires. C’est bizarre ma réaction, parce que ce n’est pas mon mode de fonctionnement habituel. Je ne suis pas un arriviste. Parfois, j’ai juste le goût du « ça passe ou ça casse ».

Mais, tu sais très bien que je suis allé te voir le premier soir pour te dire tout le bien que je pensais de toi. Je crois t’avoir influencé involontairement. Arnold Turboust m’a d’ailleurs gentiment remis dans le droit chemin à ce sujet… Je t’ai donné trop de confiance en te communiquant mon enthousiasme. Je le regrette profondément.

Ça a dû jouer, mais c’est à moi de contrôler ce genre de chose. Si tout le monde te dit « c’est génial !», il ne faut surtout finir par y croire. Sans devenir pour autant « artiste maudit » qui n’accepte pas les compliments. Il faut arriver à rester concentré. Rester dans le calme et ne pas bouger de sa sincérité. C’est difficile, mais ça fait partie du métier. Tu sais, on fait un boulot de risques dans lequel on doit surprendre les gens et se surprendre soi-même. Lors du Pic d’Or, je suis allé dans la provoc. J’ai mal joué mon truc parce que tout le monde a eu l’impression que j’agressais le public. Rien n’est jamais acquis, c’était donc une bonne leçon pour moi.

Il n’en reste pas moins que ta voix nous a fascinées.

Pour moi, c’est le plus important. En ce moment, je bosse avec deux potes sur mon album (qui devrait sortir en septembre). Comme ils ne viennent pas de la chanson, je leur répète souvent que là, on est dans les arrangements, on est dans le son, certes, mais que tout ça c’est du vent. On s’en fout. Le plus important, c’est la voix, il n’y a pas à tergiverser. Un mec comme Tom Waits, il peut chanter n’importe quoi, tu vois.

Tu joues beaucoup avec le public ?

Oui, j’adore ça. Je ne l’ai pas fait au Pic d’Or ou du moins, je ne l’ai pas bien fait. On ne peut pas faire la même chose sur la longueur d’un concert que sur un tremplin. Je n’avais pas encore l’expérience nécessaire pour le comprendre.

Le clip de "Le voyage en douce".

Je reviens à ton EP réalisé par Dominique Blanc-Francard. Une sacrée belle carte de visite !

C’est mon label qui m’a proposé Dominique Blanc-Francard et sa compagne Bénédicte Schmitt. Je n’étais quasiment jamais rentré en studio, à part pour des tout petits projets. Moi, j’ai toujours fait seul mes maquettes et mes arrangements. Et là, la démarche de studio m’angoissait terriblement. Je me suis retrouvé devant des gens adorables et compétents. 

Mais, tu ne renouvelles pas l’expérience pour ton album.

Humainement, c’était génial. J’ai eu une légère frustration au niveau du temps. C’est un studio qui coûte quand même cher, on ne peut pas prendre notre temps. Il faut constamment tracer et on arrive au mixage, on a plus que deux jours. Comme je suis un grand fan de post prod, quand je bosse tout seul, je prends énormément de temps pour tout bien placer. Je suis de plus en plus passionné par le son et ça me dérange de ne pas aboutir ce travail-là, car je le considère aussi important que le reste. Alors, je précise. Il y a la voix d’abord, comme nous le disions tout à l’heure, ensuite,  il y a, au même niveau, le texte et la chanson et le son et les arrangements. Je suis très pointilleux là-dessus.

C’est pour ça que tu bosses en ce moment avec des musiciens qui travaillent beaucoup dans l’électronique ?

Oui, avec ce genre musical, tu n’as pas toujours la compo, mais tu as toujours le son. Mais, ne t’inquiète pas, je ne suis pas en train d’enregistrer un album électro. Ça reste très acoustique. Il y a bien un ou deux synthés à droite à gauche mélangés à des cordes… Moi, j’adore chanter sur de la musique orchestrée. Il y a beaucoup de violons et par moment, c’est même grandiloquent, avec des envolées...

Mai 2013: Simon Autain prépare son premier album studio. Première étape, enregistrement des parties basse batterie au studio Soyuz de Paris.

Tu trouves que les choses bougent vite en ce moment pour toi ?

Si je veux que les choses aillent plus vite, il faut que ça vienne de moi. Attendre d’un label, c’est un peu une erreur. Si on attend de lui, on est frustré. Un label, c’est un plus. Les gens des labels ne peuvent pas penser à notre place, ils ne peuvent pas prendre des décisions artistiques à la place du principal concerné, l’artiste. Si on n’a pas envie de se sentir dépossédés par ses créations, il faut anticiper. Il faut dire : « Tiens, j’ai fait ma pochette, ça va ressembler à ça ! Qu’est-ce que vous en pensez ? Elle est déjà faite… » Moi, je suis quelqu’un d’autonome. On n’est jamais mieux servi que par soi même…  Quand on a des idées et qu’on a envie, on va s’investir 10 fois plus que n’importe qui. Les gens qui passent deux heures sur mon projet et qui me conseillent, j’ai un peu de mal parce que moi, j’y ai passé un temps fou. Je suis accro à ça et c’est ma vie…

Tu ne décroches jamais de la musique ?

Je suis toujours dedans, en effet. Je compose, j’écris tout le temps.       

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Quand tu es en studio, tu sais que c’est bon ou tu as du mal à t’arrêter ?

Je suis un gourmand. Tant qu’on ne m’arrête pas, je ne m’arrête pas.

Comme Voulzy ?

Non, pas du tout parce que moi, je suis un fan des prises spontanées. Il y a beaucoup de sons que j’avais faits sur la maquette et que je garde. J’adore l’instantané. Voulzy, c’est tout sauf ça. Il est méticuleux, mais pour moi, il l’est trop. Du coup, il perd le côté spontané de la musique. Moi, j’m’en fous s’il y a du bruit, s’il y a un souffle dans ce qu’on enregistre. Si ça le fait, je garde. Je ne me pose pas trop de questions.

Outre ton album, tu bosses sur d’autres projets, dont un avec Benjamin Paulin (mandorisé là). 

Là, je bosse avec lui sur son disque. J’ai coécrit et co-composé la moitié des chansons… C’est un mec hyper talentueux, un vrai auteur.

Si je te dis que ce que tu fais me rappelle le meilleur de la variété des années 70 et 80. William Sheller, Julien Clerc, des gens comme ça, tu ne m’en veux pas ?

William Sheller, je suis très fan. Julien Clerc, il y a juste quelques chansons du début que j’aime vraiment. J’ai beaucoup écouté l’album intitulé N°7 et notamment une chanson qui est dingue « Souffrir par toi n’est pas souffrir » écrite par Étienne Roda-Gil. C’est une chanson magnifique.

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Bonus : L'interview de Simon Autain par HorsCène. Très complémentaire ce celle-ci...

01 mai 2013

Swann Ménigot : interview pour son prochain EP

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(Photo : Sand Mulas)

Swann Ménigot, est né à Paris, a grandi en Champagne et habite désormais  à Lyon. L’homme chante de jolies chansons qui, s’il était un peu médiatisé, trouveraient certainement un large public…

5 nouveaux titres sont à découvrir sur Noomiz. Indéniablement Swann Ménigot à une très jolie voix et un sacré sens de la mélodie.

C’est mon ami et confrère Thierry Cadet qui me l’a fait découvrir. Il est d’ailleurs son manager. Tous les deux sont venus à l’agence le 21 février dernier pour une mandorisation en règle.

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swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandorInterview :

Tu as pas mal tourné en faisant des reprises dans des groupes.

C’est ma partie alimentaire. Reprendre les chansons des autres avec différentsgroupes, dans des bals, thés dansants, pubs… c’est ce qui me fait manger.

C’est une sacrée école en tout cas.

C’est en tout cas différent que lorsque je travaille pour mon projet perso. Quand je compose, je suis moi, je propose mon vrai univers. Quand je suis avec les groupes, on me demande de faire du Johnny ou du Goldman. Ce sont deux aspects du métier qui n’ont rien à voir.

Passer du temps à interpréter les chansons des autres, est-ce que ça influence ta façon de chanter ? Même inconsciemment ?

Ça fait 10 ans que je fais ce taf, et pendant 10 ans, je suis passé par plein de blocages. Je n’arrivais plus à chanter, j’avais des trous de mémoire pour certaines chansons. J’avais des blocages psychologiques quand je chantais mes propres titres. Quand j’ai compris que c’était deux exercices différents, ça m’a débloqué. Je ne peux pas faire de la création quand je fais de la reprise et je ne peux pas imiter Goldman quand je chante mes chansons… le plus difficile a été de faire le distinguo.

Du coup, tu dois savoir mieux que personne ce qu’attendent les gens.

C’est bouleversant. Goldman n’a pratiquement fait que des tubes. Quand tu commences à vouloir créer avec cette idée-là, c’est mort. J’ai compris qu’il fallait que je me fasse plaisir avant tout. Si j’ai du plaisir, peut-être que le public aura du plaisir.

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Tu as commencé comment ta carrière solo?

J’ai fait le tremplin Rhône-Alpes Découvertes 2008. J’ai gagné le droit d’enregistrer une maquette en studio. D’une maquette, j’ai pris la décision de faire un album et à partir de ce moment-là, j’ai commencé à tourner.

Tu as donc un premier album complètement auto produit.

Comme c’est un premier album, je lui trouve pas mal de défaut et aujourd’hui, je sais que je l’aurais fait autrement. Mais, je l’aime comme un premier bébé.

Swann Ménigot interprète l'acoustique du "P'tit bonheur", présente sur son nouvel à venir...
Une production Horscene
Réalisation et montage : Sand Mulas
Son : Cédric Barré

Tu as l’impression d’avoir beaucoup progressé ?swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandor

Ça va paraître bizarre, mais c’est parce que je suis monté à Paris beaucoup plus souvent. Au début, je pensais naïvement que mon autoproduit était déjà bien. J’ai bien vite compris que le son que j’avais n’était pas très actuel. Les professionnels que j’ai rencontrés connaissent bien le métier, savent ce qui se fait ou pas. Ils m’ont apporté un regard et surtout une écoute.

Sur Noomiz, on peut entendre 5 nouvelles chansons.

Ce sont des titres qui sont le fruit des conseils que l’ont m’a apporté. Avant j’étais entre la chanson et la variété, c’est à la fois une force et une faiblesse. Là, je trouve même qu’on se rapproche de la pop music. J’essaie de faire en sorte que les gens qui tombent sur mes chansons écoutent attentivement mes textes et aient envie de bouger, de danser.

C’est quoi ta culture musicale, à la base ?

Un peu de tout. Ado, j’ai beaucoup écouté Mettalica, Led Zeppelin, Brassens, Frédéric Chopin… tu vois, je vais dans tous les sens. Aujourd’hui, je fonctionne au coup de cœur. Je suis capable d’écouter une chanson en boucle pendant des mois.

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swann ménigot,blonde ou brune,interview,ep,thierry cadet,mandorT'es-tu isolé pour écrire tes nouvelles chansons ?

Non, c’est l’inverse, on a fait un travail de fond avec toute mon équipe et ceux qui croient en moi. Contrairement à d’habitude, j’ai plutôt ouvert les portes.

Acceptes-tu facilement les conseils ?

J’ai appris a accepter, parce que c’était chaud au départ. Ça a un rapport direct avec l’ego. Ce que tu as créé, tu as envie que personne n’y touche au départ. Je me dis qu’il faut avancer, alors j’écoute ce que l’on me dit.

Tu as un sacré sens de la mélodie, je trouve.

Je fais attention à ça. En cela, je suis plus pop que chanson française. La musique me porte en premier et le texte est secondaire. Le texte, j’ai l’impression que c’est le conscient qui l’analyse, tandis que la musique va directement toucher ton inconscient. La musique est reliée directement à l’émotion. Quand je crée une mélodie, qu’elle me fait vibrer et que je me la répète toute la journée, c’est gagné. 

Il y a un clip de « Blonde ou brune », titre qui vient d’être lancé en radio.

C’est un clip de fans. J’ai lancé un appel il y a quelques mois sur internet pour proposer à des fans d’y participer. Ça donne le clip que tu as vu.

Tu as déjà des fans, donc.

Pas encore beaucoup, mais ils sont fidèles.

Tu prépares un EP avec de nouvelles chansons pour la rentrée prochaine.

Il faut que les gens puissent écouter ce que je fais. Le support physique est important pour beaucoup. On va regrouper les chansons qui nous ont servis à faire la maquette et qui sont écoutables sur Noomiz et on va les retraiter un petit peu. On ajoutera un ou deux titres en plus sur l’EP.

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Tu as rencontré l’année dernière, Thierry Cadet, qui est devenu ton manager. Je vais lui poser des questions sur toi. Tu veux bien ?

Oui.

Thierry, pourquoi t’es-tu intéressé à Swann ?

Thierry Cadet : J’ai aimé immédiatement son sens des mélodies et son timbre de voix. Quand je l’ai vu, je l’ai trouvé tellement seul que j’ai eu envie de m’occuper de lui. S’il avait été entouré, je n’aurais même pas eu l’idée de le manager. Sur le Prix Moustaki 2012, là où je l’ai rencontré, il était le seul à être en autoprod, les autres étaient dans des petits labels. Il avait le fond et pas du tout la forme. Je trouvais ça dommage qu’il ne sache pas se vendre alors qu’il a tout pour réussir. Un putain de talent d’auteur, de compositeur et il a timbre de voix très chaud, très chaleureux, très solaire… bref, je n’avais pas envie de le laisser filer. Je me suis dit que j’avais envie d’avancer professionnellement avec lui.

Swann : Mais, ton regard sur mes chansons, sur la pochette et les photos pourraves que j’avais pour mon premier disque, m’a aidé à vouloir changer, évoluer le mieux possible.

Thierry : Oui, avec Sandrine Mulas, on a refait des photos pour changer un peu ton image. Je sais qu’avec le recul, tu en as conscience. C’est aussi ce que j’aime chez toi… tu es lucide et tu acceptes ce que l’on te dit… et c’est rare.

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