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31 mars 2016

Parnell : interview pour Ce qu'il en reste

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(Photo : Flora Riffet)

Une jolie découverte aujourd’hui. Parnell est à mi-chemin entre la folk et la chanson. Une voix à faire tomber, un sens inné de la mélodie et une musique élégante. L’homme, que l’on pressent sensible, raconte les difficultés amoureuses (Pour Que Mon CœurElle Passe…), le quotidien et ses tourments (Santé…) et la joie (Le Grand BainMa Vie)…

Parnell est venu me voir à l’agence le 3 mars dernier. J’ai tout de suite beaucoup apprécié cette personne. Question de feeling…

Résumé (officiel) d’une vie musicale :parnell,ce qu'il en reste,interview

La guitare d’abord, puis la voix et les textes. La suite passe par ATLA, à Pigalle en 2006, pour se former, puis par FGO-Barbara, en studio, pour se perfectionner. Le tout mélangé à la scène, plus d’une centaine jusqu’ici, des Trois Baudets à Paris, au Printemps de Bourges 2013, 2014 et 2015 en passant par l’Angleterre et l’Irlande…

Ses premières vibrations de tympans se sont faites avec le rock progressif et la chanson française. Et puis, un jour, il y eu le folk. Approfondi en Irlande où il se rend régulièrement, Parnell y trouve son nom. Il se sert aujourd’hui de sa force, de son indépendance et de sa fragilité pour imaginer des ballades lourdes ou légères, et des rythmes énergiques et puissants. Toujours en français.

En 2014, il rencontre Johan Ledoux qui se prend au jeu pour la réalisation de son 1er album. Une campagne participative (réussie à 201%) lui permet de l’enregistrer en septembre, et de le masteriser au Studio La Source en Octobre.

De ses expériences, de ses écoutes, Parnell prend le temps d'assimiler sans savoir toujours ce qui l’est… Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est qu’il commence à vouloir garder des choses en mémoire. Immortaliser pour ne pas oublier.

parnell,ce qu'il en reste,interviewArgumentaire du disque :

Ce qu’il en reste est un album de mise à plat entre ce qui est arrivé et ce qui va advenir. Un retour aux fondamentaux qui donne envie de voir plus loin. Les atmosphères s’imposent dès les premiers sons de chaque titre. Le guitare-voix est la poutre sur laquelle viennent se greffer des éléments qui subliment l’ambiance recherchée. Du Rhodes au mellotron, en passant par du violoncelle, de la percussion et de la basse, ses éléments habillent les musiques, et soutiennent les textes.

Le ressenti est la base de ses textes. Parnell se plait à observer en profondeur. Savoir ce qu’il se passe dans la tête ou dans le ventre de celui qui vit un événement. Comment on vit, comment on ressent les choses.

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(Photo : Flora Riffet)

parnell,ce qu'il en reste,interviewInterview :

As-tu été élevé dans un environnement musical ?

Dans ma famille, personne ne pratique un instrument. J’ai deux sœurs  et un frère et je suis le petit dernier. Ils ont cinq, neuf et onze ans de plus que moi. Ils étaient fans de musique et c’est ce qui m’a plongé dans cet univers. A dix ans, j’écoutais Freddy Mercury et Neil Young grâce à eux. Mon père, lui, était fan de Clapton et de Cabrel… Il y a une fibre musicale chez nous. 

A 10 ans, tu voulais faire du piano.

On m’a dit non, parce que c’était encombrant. A 15 ans, mon frère a acheté une guitare. J’en avais 10. Six ans plus tard, je me suis mis à cet instrument. Je me rends compte que j’ai été attiré par la musique bien avant d’en faire.

L’Irlande a joué un rôle dans ton amour pour la musique.

J’ai découvert l’Irlande assez tôt, car j’ai une sœur qui vit là-bas. A 12 ans, j’allais dans les rues et il y avait de la musique partout, dehors et dans les pubs. C’est culturel. Il y a un côté direct et instinctif chez les gens qui jouent. Il n’y a pas de calcul. Cela m’a beaucoup plu.

Très vite, tu as chanté ?

Dès que j’ai eu une guitare, j’ai commencé à écrire et très vite à chanter. Mais les gens qui m’écoutaient me signifiaient qu’on n’entendait pas assez ma voix. La guitare était beaucoup trop forte par rapport à la voix.

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(Photo : Flora Riffet)

parnell,ce qu'il en reste,interviewTu as pris des cours de chants ?

J’en ai pris beaucoup, pour avoir confiance en ma voix. J’ai fait une école ATLA à Paris où j’en rencontré une prof de chant, Elisabeth Baïle, avec laquelle j’ai continué à prendre des cours après. Ce n’était pas du travail vocal pur, c’était surtout une prise de conscience de mon corps. On a fait un travail annexe à la musique. Pour moi, la musique et le chant ne sont pas que de la performance pure, c’est aussi très intérieur, méditatif, une sorte de recherche de paix. Cela englobe un tout. Cette professeure avait une approche très orientale.

Entre 16 ans, quand tu as commencé la guitare, et 29 ans, aujourd’hui où tu sors ton premier album, il s’est passé beaucoup de choses.

A partir du moment où on me disait que j’allais pouvoir faire quelque chose avec ma voix, j’ai fait des scènes ouvertes. J’ai foncé tête baissé. Je me suis mis en danger, je suis tombé parfois, mais j’ai persisté. Quand je jouais devant des potes, je leur demandais de me critiquer et d’y aller à fond. La seule chose qui m’intéressait, c’était d’apprendre, de me perfectionner.  Aujourd’hui, je sais un peu plus ce que je veux.

Tu as déjà enregistré un EP autoproduit.

J’ai enregistré d’abord quelques chansons, mais c’était surtout pour apprendre à utiliser les logiciels. J’ai besoin d’apprendre ce sur quoi on travaille pour pouvoir parler correctement avec la personne que j’ai en face de moi ensuite, musicien, arrangeur ou réalisateur. J’ai enregistré un EP il y a 6 ans sous le nom d’Antoine F.  Je ne l’ai jamais utilisé, jamais sorti commercialement. Il n’était pas assez abouti.

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Pour ce premier album, tu es rentré en studio avec une quarantaine de chansons.

Je voulais avoir de la matière, du choix et que ce choix de chansons soit logique.

Pour toi, le solitaire, c’était simple de travailler avec Johan Ledoux à la réalisation?

On a écouté toutes mes chansons et des titres des autres qui me plaisaient. Je voulais qu’il comprenne la musique et le style que je souhaitais. Ce que j’ai apprécié chez Johan, c’est qu’il a une vraie capacité à s’adapter au style des gens avec lesquels il travaille.

Tes références musicales sont plus dans la folk américaine et irlandaise, mais tu chantes en français.

Si je comprends la langue anglaise, je ne la maitrise pas assez pour écrire des chansons qui se tiennent.

Ton pseudo, Parnell, ça vient d’où ?

C’est un personnage historique irlandais. Charles Stewart Parnell, dit « le roi sans couronne d'Irlande », figure de proue du nationalisme. Il a défendu les irlandais contre les méchants anglais.

"Elle passe", version audio.

Ton premier single, « Elle passe », je l’adore. Il se passe beaucoup de choses dedans.

Pour moi, c’est la chanson la plus « grand public » de mon disque. J’ai vu un gamin de 12 ans l’apprécier, tout comme des gens qui ont fait khagne hippokhagne ou d’autres qui ont une grande culture musicale. Je suis étonné par le succès de cette chanson, mais ça me fait plaisir. Mais, les chansons que je préfère sont « Le grand bain » et « Piste noire ». Il y a différentes ambiances dans l’album, mais ces deux-là sont un peu plus folks que les autres.

Tu dis que tu fais de la « chanson folk ».

Ben Mazué dit souvent qu’il ne connait pas la chanson. Je suis comme lui. Je connais un peu Barbara, Brassens, mais sans plus… Quand on dit « chanson » aux gens, ils croient que l’on va faire du Brassens. Moi, j’essaie d’avoir une autre esthétique.

Tes chansons sont-elles très personnelles ?

Oui, elles le sont. Mais elles sont très instinctives. J’écris des chansons très rapidement, dans l’urgence. Elles ne sont pas forcément frontales, mais on les comprend quand même. J’aime faire travailler l’imagination de ceux qui écoutent.

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A ne pas louper pour découvrir Parnell!

C’est un disque mélancolique.

Oui, j’avoue. La mélancolie est en moi. Avant cet album, mes chansons étaient encore plus lourdes et pesantes, voire carrément plus dures. J’ai réussi à trouver un peu de lumière et de légèreté. J’ai trouvé un équilibre pour que mes chansons deviennent plaisantes pour les autres et libératrices pour moi-même.

Cet album, c’est le début d’une carrière ?

Depuis que j’ai 16 ans, ma vie est centrée sur le fait de devenir musicien, auteur, compositeur, interprète et d’en vivre. Toutes mes décisions ont été prises en fonction de ce projet. Ce disque n’est que le début, en effet. Je veux aller plus loin dans la recherche musicale. Je veux que la musique nous porte. Je veux du partage, de l’apprentissage et de la rencontre…

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Le 3 mars 2016, après l'interview.

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28 mars 2016

Erwan Pinard : interview pour Obsolescence programmée

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erwan pinard,obsolescence programmée,interview,mandorErwan  Pinard a un répertoire poético-cynico-dépressives. Ses chansons acides, amères, piquantes, caustiques n’ont rien d’anodines. Il dépeint la gravité de la vie et du monde en nous amusant/faisant réfléchir/angoissant. C’est selon. L’anticonformiste Erwan Pinard est totalement inclassable. Dans son troisième album, Obsolescence programmée, on écoute d’abord ses textes (chansons tiroirs à plusieurs niveaux de lecture). On entend ensuite sa musique et ses orchestrations faussement minimalistes. Une collection de treize nouvelles chansons, témoignages d’une société et d’un citoyen en perte de repères (enregistrées avec ses complices de scène Jérôme et Lionel Aubernon), qui mérite qu’on s’y attarde.

J’ai donc reçu Erwan Pinard à l’agence le 15 février dernier. Si l’homme est une bête de scène, il n’est pas des plus loquaces devant un micro. J’ai fait ce que j’ai pu.

Biographie officielle :erwan pinard,obsolescence programmée,interview,mandor

Après deux albums studios et une centaine de concerts en trio ou solo, Erwan Pinard (de son vrai nom Erwan Pinard) revient avec un troisième album pas pour faire pouet pouet youpi, mais pour remuer encore et encore la boue du cœur et de notre société. Ça n’empêche pas d’en rire, ni d’en pleurer, bien au contraire.

Mi-punk, mi-crooner, il débarque sans mode d’emploi avec ses chansons piégées : baroques, farouches, absurdes et toujours bienveillantes. Des pogos pour dire je t’aime, des slows à s’arracher la calvitie servis sur un bel enrobé d’humour. On ne peut jamais rouler tranquille et pourtant, on en redemande. Va comprendre, va voir.

(Sa page Facebook).

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erwan pinard,obsolescence programmée,interview,mandorInterview :

Comment, jeune, on décide d’intégrer une école de musique à Chassieu ?

Mes parents m’ont un peu poussé à faire une activité. Le foot, le basket ou des sports de ce genre ne me plaisaient pas, alors, j’ai opté pour cette école. J’aimais bien mon prof de trompette. Il m’a beaucoup appris.

Au lycée, vous participez à un premier groupe. Vous jouiez du rock.

Oui, je sais, c’est banal. J’étais chanteur bassiste. J’adorais ça. On s’enfermait dans des caves et on faisait énormément de bruit. Ça m’a donné envie de faire ce métier plein de fantasmes et de mystères. Depuis, je me suis laissé porter pour assouvir tranquillement ce désir de faire de la musique. Me laisser porter, c’est un peu ma nature.

"Tranquille", enregistré dans le backstage de France 3 Rhône-Alpes. Mars 2014.

C’est Gainsbourg et Brassens qui vous donnent envie d’aller vers la chanson.erwan pinard,obsolescence programmée,interview,mandor

Quand j’étais au lycée, j’avais pourtant un hermétisme pour tout ce qui était chanson française. Puis petit à petit, j’ai fini par apprécier. Brassens, je l’ai découvert grâce à mes parents. Quant à Gainsbourg, j’ai entendu son œuvre la première fois en anglais, interprété par un artiste qui avait repris quelques morceaux. Du coup, j’ai écouté ses premiers albums et j’ai adoré ça.

Adolescent, vous écriviez beaucoup?

Pas forcément des chansons. Des bouts de chansons, des pièces de théâtre… c’est vers 22 ans que j’ai commencé à écrire de vraies chansons.

Vous avez fait des études de musicologie. Est-ce que ce genre d’étude n’enlève pas ensuite la spontanéité de la création ?

Pour moi, c’est plus un atout, un cadre assimilé que je m’amuse à contourner. J’ai pour principe de toujours m’amuser en travaillant.

"Compte à rebours", enregistré dans le backstage de France 3 Rhône-Alpes. Mars 2014.

erwan pinard,obsolescence programmée,interview,mandorLa meilleure école, ce sont les bars et les cafés ?

Oui, c’est là que l’on apprend le métier. Il faut capter le public et mettre son ego de côté. Les gens ne viennent pas dans ce genre d’endroit pour écouter religieusement un mec chanter. Il faut s’imposer en douceur.

Vous sortez déjà un troisième album.

Le premier, autoproduit, date de 2010. C’était la démerde totale. Le second date de 2013. J’en sors un tous les trois ans finalement. J’adore les disques. J’ai toujours aimé cet objet-là. En fin de compte, une fois qu’on a un disque, puis deux, puis trois, il ne se passe rien de bien nouveau (rires).

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Cet album, en tout cas, a été conçu pendant une mésaventure sentimentale.

Oui, ça a nettement influencé les textes. Je n’évoque que cela sous différents angles, même si on peut comprendre différemment certaines chansons. J’adore quand des gens me disent qu’ils ont aimé une chanson et qu’elle n’est pas été comprise comme je l’ai conçue à la base. Je trouve fascinant le pouvoir d’une chanson. Chacun peut se l’attribuer à sa manière.

Vous êtes prof de musique. Vos élèves connaissent-ils votre double vie de chanteur ?

Oui, quelques-uns. Ils vont voir ce que je fais en allant sur YouTube ou sur Facebook. En tout cas, il ne m’emmerde pas avec ce que je fais.

Le fait d’avoir un travail rémunérateur enlève la pression de réussir à tout prix pour gagner sa vie, non ?

C’est bien et pas bien à la fois. Si je n’avais pas ce filet de sécurité, peut-être aurais-je pris plus de risque dans ma carrière de chanteur. Au fond, je pense qu’il faut être dans l’urgence pour montrer sa gueule et tout donner. Quand il y a moins d’urgence, on y va à pas feutré. Maintenant, j’aime ces deux boulots et c’est parfait pour mon équilibre.

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Vous sentez-vous proche d’autres artistes de votre génération ?

J’aime beaucoup Nicolas Jules. Je ne connais pas trop la scène française actuelle. Cela fait un moment que je n’ai pas eu la curiosité d’aller voir ce qu’il se passait… je suis un peu centré sur moi et mes soucis en ce moment, alors, les soucis des autres… (Sourire.)

Qu’attendez-vous de la sortie de ce disque ?

Qu’il me permette de jouer davantage et qu’il se vende un petit peu. Si tel n’est pas le cas, cela ne m’empêchera pas de continuer. On peut passer sa vie à faire des albums invendables (rires). 

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11 mars 2016

Anne Cardona : interview pour Oiseau de nuit

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Il y a eu un six titres Je déteste le rose en 2007, l’album Au jour la nuit en 2009, l’EP Hidden Garden sous le pseudo d’Orna Danecan en 2013 (pour lequel j’ai mandorisé cette artiste une première fois). Anne Cardona poursuit son chemin créatif avec Oiseau de nuit, aux dix titres intemporels, enchanteurs et poétiques. Ce premier album est réalisé par Benoit Guivarch et Nicolas Leroux d'Overhead ainsi que de Jean-Louis Piérot. Il contient dix chansons aux influences folks. Cette comédienne qui, le jour, fait de la télévision, du théâtre, des voix off, rêvait de chanter, ce qu’elle fait sur scène depuis déjà un certain temps. Le 11 février dernier, Anne Cardona est venue à l’agence pour une seconde interview.

1540-1.jpgArgumentaire officiel du disque :

Élégantes, sincères, singulières : ses chansons, sa voix, elle. Anne Cardona ne comprend pas la mode des chansons qu'on ne comprend pas. Pour elle, une vraie chanson, c'est un texte sans mots faiseurs, et une mélodie qui se retient sans se cacher sous des sons éphémères. Mélodies méticuleusement travaillées et pourtant mémorisables, ballades nostalgiques, avec guitares twang aux couleurs 60's et violoncelle envoûtant, ou folk plus sombre, mots choisis en français, alliés à des influences folk-rock anglo-saxonnes : ainsi se dessinent les chansons du premier album d'Anne Cardona. La mélancolie qu'elles distillent - légère, rêveuse, naïve - reste toujours au-delà des modes et modèles, empreinte de simplicité. « Ni rimes choisies, vibrante poésie, juste des mots jolis » (L'Homme de ma vie - de ces temps-ci). Les textes ne cherchent pas à faire, ils racontent.

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P10004971.JPGInterview :

Voilà enfin ton premier vrai album.

J’en avais déjà fait un, mais en autoproduction et il est resté hyper confidentiel.

Qu’a-t-il de différent par rapport à ce faisait Orna Danecan, ton pseudo utilisé pour ton précédent disque ?

Déjà, je chantais en anglais, alors qu’aujourd’hui, je chante en français.

Bravo ! Les français qui chantent en français, c’est un peu ma tasse de thé.

Je le sais. Il n’y a que cela qui a changé. Mais, tu sais, une langue, ça change la musique et la mélodie. Quand j'ai écrit en anglais, ça m’a ouvert des portes musicalement et élargit mon spectre de possibilités. Textuellement, je me suis finalement rendu compte que j’écrivais mieux en français qu’en anglais. Globalement, je suis restée sur les mêmes couleurs musicales, les mêmes influences, le même genre de son. Musicalement, c’est vraiment le prolongement de ce que je fais depuis le début de ma carrière.

Anne Cardona aux 3 Baudets le 29 septembre 2015. Quelques extraits de l'album Oiseau de nuit.

Est-ce que lorsqu’on écrit en français, on peut se permettre d’être moins exigeant avec le texte ?

Oui, surtout si cela est destiné  au marché français. On peut se permettre d’écrire des choses un peu moins littéraire et moins profond. L’anglais a vite fait de bien sonner.

Tu parles beaucoup d’amour. Par exemple, dans « Pas nous », tu expliques qu’il faut lutter contre le quotidien, ce tue l’amour.

Rien n’est jamais acquis. Comme dirait Beigbeder, l’amour dure trois ans, après il y a une sorte d’amitié qui s’installe. Une fois que l’amitié s’est rodée un peu, c’est la routine qui s’installe. S’il n’y a pas de fantaisie, de créativité au sein du couple, je trouve que ça s’étiole. Soit on décide de supporter cela, soit on décide de vivre sa vie ailleurs. Pour moi, c’est un exercice de tous les jours d’alimenter le feu du couple.

"Pas nous"

Il y a un climat de sérénité dans ta musique.562183_166953813462437_942766058_n.jpg

La musique que j’écoute est souvent triste, assez noir, mélancolique et low tempo. Généralement, la musique que l’on écoute déteint sur la musique que l’on fait. Sinon, j’avais aussi des morceaux qui avaient la patate. On ne les a pas sélectionné pour l’album, je les joue donc sur scène.

Avoir des réalisateurs, c’est confortable ?

Oui, surtout quand on passe son temps à douter de soi artistiquement. Je propose des idées d’arrangements, mais je serais incapable de tout réaliser moi-même. Je me suis entouré de personnes dont j’aimais les réalisations et le travail.

Tu es content du résultat de ce disque ?

Il est sorti récemment, mais je l’ai fait il y a presque deux ans. Pour moi, il est presque obsolète tant je suis déjà passé à autre chose. Ce n’est pas pour autant que je ne revendique pas cet album. Je l’aime beaucoup, mais aujourd’hui, je l’aurais fait différemment.

On n’entend pas ton disque à la radio. Je le déplore car il est dans l’esprit de France Inter par exemple.

C’est dur ça. Je suis dans une phase où je me demande où je vais. Quand on n’est pas en playlist sur France Inter, où que l’on n’a pas un article dans Télérama, c’est dur de démarrer un disque. Il faut que je réfléchisse à comment évoluer. Moi, j’irais bien vers l’épure, vers le piano-voix, le violoncelle-voix ou le guitare-voix. Je n’irais pas chercher dans les sons à la mode, juste parce que je vais considérer que c’est la solution pour que cela marche. L’electro eighties, ce sera fini dans deux ans.

Du coup, tu en es où concrètement dans la musique ?

Je gratouille ma guitare, j’écris, je composouille, je cherche, je réfléchis. Mais, je reviendrai. 

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Pendant l'interview, à l'agence, le 11 février 2016.

09 mars 2016

Ivan Tirtiaux : interview pour L'envol

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(Photo : Lara Herbinia)

Le chanteur belge Ivan Tirtiaux publie son premier opus intitulé L’Envol. Il révèle un univers musical country-folk dominé par la guitare et une écriture subtile. Ses mélodies solaires aux accords sophistiqués et aux rythmiques chaloupées explorent les sonorités latines et notamment brésiliennes et Cap-Verdienne. Un vrai bouillonnement qui caresse nos oreilles. La justesse de son écriture, subtil équilibre entre épures et fioritures, ne laisse pas indifférent. Les mots sont choisis, pesés et repesés pour exprimer au mieux un chemin intérieur semé de doutes. Bref, Ivan Tirtiaux se confie à nous et on aime écouter ses confidences.

Le 2 février 2016, l’artiste est venu à ma rencontre à l’agence pour une première mandorisation. Gageons que ce ne sera pas la dernière.

ivan tirtiaux, l'envol, interview, mandoBiographie officielle :

Après s’être frotté à plusieurs instruments, la guitare devient son alter ego.

Chanteur à la voix profonde et souple, il s’invente une chanson folk, en français, à la fois ciselée et organique, empreinte de poésie, de blues et de musique latine. Auteur et compositeur exigeant, il allie un dépouillement narratif à des mélodies raffinées et des harmonies savantes.

Ses chansons célèbrent le hasard, le cours de la vie et les nombreux déboîtements du destin. On y parle de voyages, de villes, de femmes, de libellules, de désastres, de graines d’arbres, d’océans…

Le bonheur d’un spleen belge y retentit lumineux, comme le blues et la saudade d’un Nord traversé par le monde.

Sur scène, le chanteur caresse, martèle, percute sa guitare et habite littéralement la scène, soutenu par des musiciens aux talents rares.

L’album (par Luc Lorfèvre) :

“Ne sachant pas où je vais, j‘ai toujours peur d’être arrivé”, chante Ivan Tirtiaux sur « Les Océans »,  l’uneivan tirtiaux, l'envol, interview, mando des onze chansons de son premier album L’Envol.  Pas de doute,  cet auteur-compositeur interprète qui a déjà bien bourlingué dans le monde de la musique et dans le monde tout court,  possède le sens de la formule. Et si de sa voix profonde, souple et habitée, Ivan Tirtiaux nous avoue qu’il ne  sait pas où il va,  c’est pourtant sans la moindre hésitation que nous le suivons  dans son voyage mélodique.

Folk organique, blues électrique, chansons ciselées avec l’amour du mot, poésie réaliste ou onirique, mélodies  solaires rythmées ça et là d’accords jazz ou de sonorités tropicalistes… Il y a un peu de tout ça dans cet album bien ancré dans le questionnement de notre époque tout en étant réalisé “à l’ancienne” avec un amour de l’artisanat et de la nuance. Entièrement interprété dans la langue d’Aragon, dont Ivan Tirtiaux se réapproprie joliment « La Guitare », L’Envol prend de la hauteur et impose le spleen lumineux d’un artiste nous rappelant que la chanson française n’a jamais été aussi belle que lorsqu’elle ne ressemblait pas tout à fait à de la chanson française.

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ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoInterview :

Tu as vécu ta jeunesse dans une ferme transformée en scène de théâtre où tu as côtoyé toutes sortes d’artistes. C’est ce qui t’a donné envie d’être dans ce milieu ?

J’étais dans un environnement un peu particulier. Il n’y avait pas que des comédiens de théâtre, il y avait aussi des artisans. Dans cette vie communautaire, il y avait un forgeron, un ébéniste, un sculpteur, mon père était maître verrier. Aujourd’hui, j’envisage la musique et la chanson de manière très artisanale. Il y avait des spectacles musicaux, des pièces de théâtre… j’ai vécu dans ce milieu très longtemps, mais moi, j’ai toujours su que mon avenir était dans la musique.

Tu as commencé la musique avec l’accordéon à l’âge de 7 ans.

Dans la région où j’étais, Charleroi, c’est un instrument assez courant. Mes parents jouaient dans un spectacle où il y avait un accordéoniste. J’ai dû dire à un moment que je voulais maîtriser cet instrument. Ils m’ont inscrit à des cours d’accordéon et j’en ai joué quelques années.

La guitare est arrivée dans ta vie à l’adolescence.

L’accordéon, ce n’était pas sexy pour brancher les filles. J’ai donc utilisé la guitare de mon père et j’ai rapidement su créer des mélodies. Je jouais aussi un peu de piano et j’avais mis de l’argent de côté pour m’acheter un clavier. Comme ça coutait trop cher, j’avais juste assez d’argent pour acheter une guitare électrique. Je ne le regrette pas. J’ai une formation de jazz. Aujourd’hui, je suis guitariste professionnel et j’accompagne d’autres artistes.

Mais tu as fait de la musique funk également.

De 17 à 23 ans, je jouais et chantais du funk. C’était mon trip.

Pourtant aujourd’hui, tu sors un disque que je qualifierais de chanson française moderne.

A cette époque-là, comme c’était ce qu’écoutaient mes parents, je voulais tout faire sauf de la chanson française. J’étais en pleine rébellion, mais un jour, cette attirance pour la chanson m’a rattrapé.

Clip de "Charlatan".

Tu fais partie d’une belle famille musicale, celle qui fait de la chanson française autrement : ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoBertrand Belin, JP Nataf, Babx, Dominique A, Barbara Carlotti…

En fait, j’aime la chanson, mais dans toutes les langues. C’est un choix de chanter dans ma langue maternelle et de toucher à quelque chose d’authentique. Cela dit, je suis très influencé par ce que j’écoutais avant, comme Stevie Wonder pour les harmonies par exemple. J’écris en parallèle avec la mélodie et l’harmonie. Je suis très en recherche de l’harmonie. C’est ce qui m’intéresse dans la musique brésilienne, la musique classique et le jazz.

Tu joues beaucoup avec ta voix, je trouve.

J’essaie d’être au niveau des mélodies un peu sophistiquées que j’écris. Pour cela, je dois varier mes tonalités vocales.

Il faut rentrer dans ton univers, mais après, tout devient limpide, clair et d’une redoutable efficacité.

Je le prends comme un compliment parce que les artistes que j’aime le plus sont des gens dont il m’a fallu plusieurs écoutes avant de les apprécier. Ça ne me dérange pas si on me dit que mon univers n’est pas facile d’emblée. Mais je te garantis que je fais tout pour le simplifier. Mes premiers jets sont expérimentaux puis, après, je tente de les simplifier pour qu’ils soient accessibles. Il y a une grande richesse, mais aussi, une grande simplicité.

"Les océans", live studio session @ Sunny Side Inc. Studio, Brussels

C’est ton premier album. Ya-t-il des chansons anciennes ?

La majeure partie sont plutôt récentes, mais la chanson « Les océans » a 15 ans. Je l’ai joué avec mes différentes formations. Plusieurs personnes de mon entourage m’ont dit que cette chanson ne vieillissait pas, alors j’ai décidé de la mettre sur mon premier vrai album.

Toi qui viens de la scène, j’imagine que l’idée de figer tes chansons ne doit être pas très agréable.

J’avais une forme de liberté constante dans l’interprétation, alors, effectivement, tu as raison.

L’album vient de sortir en France, mais il est sorti il y a un an dans ton pays. Comment a-t-il été accueilli ?

Oui, très bien et j’ai fait beaucoup de scène avec. Je sais qu’en France, il y a un vrai public pour la musique que je joue. Chez vous, il y a beaucoup d’artistes qui cassent les schémas traditionnels de la chanson. J’en ai rencontré bon nombre d’entre eux.

"Présage", une réalisation de Stéphane Manzone - une production diFFéré

ivan tirtiaux,l'envol,interview,mandoTes chansons, aussi poétiques soient-elles, sont très autobiographiques.

Oui, mais je mets des filtres (rires). Je travaille beaucoup mes textes pour éviter que mes chansons soient un déversoir. Mais en vrai, ça l’est. L’écriture est un peu un exutoire. Pour chanter quelque chose, j’ai besoin d’un vrai moteur lié à cette chanson pour que l’interprétation soit juste.

Tu écris déjà le prochain ?

Oui, mais comme je suis exigeant, cela prend du temps.

Es-tu content de comment tu vis ton métier et de ta condition d’artiste ?

Oui et non. Ce n’est pas un métier évident pour en vivre, surtout en Belgique. Chez nous, vivre de la chanson est extrêmement dur. En France, le statut d’intermittent est beaucoup plus simple à obtenir et on peut obtenir des subventions. Mais en Belgique, il n’y a pas d’aides pour ce genre d’activité.

Tu es confiant pour l’avenir ?

Tant que je fais ce que j’aime, je reste confiant. J’adore ce métier, j’adore jouer sur scène, rencontrer d’autres artistes, partager, écrire… je ne pourrais rien faire d’autres.

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Après l'interview, le 2 février 2016, à l'agence.

08 mars 2016

Chico & The Gypsies : interview pour "Color 80's"

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Bon, Chico, je l’aime bien. Humainement. Quand il sort un disque, je viens le voir. On aime bien se voir/parler. Déjà mandorisé pour le précédent il y a un an, je récidive avec son nouvel album, Color 80’s. Un disque pour faire la fête. Et en ces temps obscurs, ça ne peut pas vraiment faire du mal. Les chansons reprises font partie de ma vie. Je les ai diffusées à la radio des milliers de fois sur les différentes radios dans lesquelles j’officiais dans les années 80. Et le côté gypsie en plus n’est pas dénué d’intérêt. Voilà, donc pour Le magazine des loisirs culturels Auchan, Chico m’a donné rendez-vous dans les locaux de sa maison de disque le 16 février 2016.

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Clip de "Plus près des étoiles". 

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Après l'interview, le 16 février 2016, chez Sony Music. 

01 mars 2016

Sophie Adriansen et Jean-Marie Leau : interview pour Naître et grandir en musique

sophie adriansen,jean-marie leau,naître et grandir en musique,interview,mandorune fois n’est pas coutume,je reçois de nouveau sophie adriansen. cette fois-ci,elle est accompagnée de jean-michel leau. ensemble,ils proposent une collection d'ouvrages destinés à accompagner e,la musique pour la conception,l'oreille du fœtus à la première échographie,l'ouïe qui s'affine à la 35e semaine,l'accouchement en musique,la fin des pleurs et l'éveil musical de l'enfant. ce livre ludiq,instructif et didactique a une forte probabilité d’intéresser le,de musiciens,de médecins et de professionnels de l’accompagnement de la naiss,cet ouvrage est une mine de révélations et de conseils pratiques,pendant et après la naissance. retrouvez « naître et grandir en ,il a fondé l’ensemble vocal « les voisins du dessus » et co-écri,dont sol en cirque. il a enregistré avec zazie,alain souchon,francis cabrel,christophe ou claude nougaro. il propose chaque mois dans le mag,mais j’ai proposé ce projet à jean-marie à partir de son travail,je n’aurais jamais eu cette idée. je connaissais ses chroniques ,un jour,en discutant,je lui ai demandé si d’une manière ou d’une autre,ça ne pouvait pas se transformer en quelque chose d’écrit. un jo,nous avons concrétisé cette envie que j’avais.  jean-marie leau ,l’idée m’a plu immédiatement. ecrire n’est pas naturel pour moi,même quand j’écris mes chroniques. je suis plus dans l’oralité e,c’est-à-dire le lien entre la musique,le son et le reste de la vie.  premier constat,la musique fait partie de nos vies depuis le premier jour,et même avant notre naissance.  jean-marie : la musique,avant d’être une industrie,c’est une expression,voire un outil relationnel. il est important d’en parler dans un,c’est pour cela que nous avons appelé cette collection « les mus,jean-marie,vous êtes né sous x et vous êtes persuadés qu’il y avait de la m,de devenir,de faire,de vivre,c’est grâce à mon vécu et même celui dont je ne me souviens pas.,poétique… nous sommes des êtres musicaux. cette sensibilité est ,on arrive à valider ces concepts-là par l’imagerie cérébrale. so,c’est que,par exemple

Une fois n’est pas coutume, je reçois de nouveau Sophie Adriansen (mandorisées ici). Cette fois-ci, elle est accompagnée de Jean-Marie Leau. Ensemble, ils proposent une collection d'ouvrages destinés à accompagner en musique les meilleurs moments de la vie de chacun. Naître et grandir en musique, le premier volume vient de sortir et il est centré sur le bien-être des bébés au travers d'une dizaine de thèmes. Au programme notamment : un historique des comptines, la musique pour la conception, l'oreille du fœtus à la première échographie, l'ouïe qui s'affine à la 35e semaine, l'accouchement en musique, la fin des pleurs et l'éveil musical de l'enfant. Ce livre ludique, instructif et didactique a une forte probabilité d’intéresser les mamans et les papas d’aujourd’hui. Le 28 janvier dernier, je me suis rendu chez Sophie Adriansen, où le très sympathique Jean-Marie Leau nous a rejoint.

sophie adriansen,jean-marie leau,naître et grandir en musique,interview,mandorune fois n’est pas coutume,je reçois de nouveau sophie adriansen. cette fois-ci,elle est accompagnée de jean-michel leau. ensemble,ils proposent une collection d'ouvrages destinés à accompagner e,la musique pour la conception,l'oreille du fœtus à la première échographie,l'ouïe qui s'affine à la 35e semaine,l'accouchement en musique,la fin des pleurs et l'éveil musical de l'enfant. ce livre ludiq,instructif et didactique a une forte probabilité d’intéresser le,de musiciens,de médecins et de professionnels de l’accompagnement de la naiss,cet ouvrage est une mine de révélations et de conseils pratiques,pendant et après la naissance. retrouvez « naître et grandir en,il a fondé l’ensemble vocal « les voisins du dessus » et co-écri,dont sol en cirque. il a enregistré avec zazie,alain souchon,francis cabrel,christophe ou claude nougaro. il propose chaque mois dans le mag,mais j’ai proposé ce projet à jean-marie à partir de son travail,je n’aurais jamais eu cette idée. je connaissais ses chroniques,un jour,en discutant,je lui ai demandé si d’une manière ou d’une autre,ça ne pouvait pas se transformer en quelque chose d’écrit. un jo,nous avons concrétisé cette envie que j’avais.  jean-marie leau,l’idée m’a plu immédiatement. ecrire n’est pas naturel pour moi,même quand j’écris mes chroniques. je suis plus dans l’oralité e,c’est-à-dire le lien entre la musique,le son et le reste de la vie.  premier constat,la musique fait partie de nos vies depuis le premier jour,et même avant notre naissance.  jean-marie : la musique,avant d’être une industrie,c’est une expression,voire un outil relationnel. il est important d’en parler dans un,c’est pour cela que nous avons appelé cette collection « les mus,jean-marie,vous êtes né sous x et vous êtes persuadés qu’il y avait de la m,de devenir,de faire,de vivre,c’est grâce à mon vécu et même celui dont je ne me souviens pas.,poétique… nous sommes des êtres musicaux. cette sensibilité est,on arrive à valider ces concepts-là par l’imagerie cérébrale. so,c’est que,par exempleNote de l’éditeur :

La musique est le plus fabuleux des médicaments.
C’est particulièrement vrai pour le bien-être des bébés et des enfants.

Savez-vous que l’on peut stimuler auditivement le fœtus dès le sixième mois de grossesse ? Que le chant permet de traverser la douleur des contractions lors de l’accouchement ? Qu’un bébé pleure dans sa langue maternelle ? Qu’un morceau choisi peut l’endormir à coup sûr ? Que la musique est la première fenêtre sur l’art pour un enfant ?

Assorti de témoignages de chanteuses, de musiciens, de médecins et de professionnels de l’accompagnement de la naissance, cet ouvrage est une mine de révélations et de conseils pratiques pour découvrir le pouvoir étonnant de la musique avant, pendant et après la naissance.

Retrouvez Naître et grandir en musique et la B.O. du documentaire L’Odyssée de la vie sur Deezer et Spotify.

Les auteurs :

Jean-Marie Leau est compositeur-interprète. Auteur de nombreux génériques pour la télévision et le cinéma, il a fondé l’ensemble vocal « Les voisins du dessus » et co-écrit plusieurs contes musicaux, dont Sol en Cirque.
Il a enregistré avec Zazie, Alain Souchon, Francis Cabrel, Christophe ou Claude Nougaro.
Il propose chaque mois dans le Magazine de la Santé une chronique sur la musique.

Sophie Adriansen est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages de littérature générale et jeunesse ainsi que de documents autour de la santé.

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Qui est à l’origine de ce livre ?

Sophie Adriansen : C’est un peu moi, mais j’ai proposé ce projet à Jean-Marie à partir de son travail. Sans lui, je n’aurais jamais eu cette idée. Je connaissais ses chroniques qui me passionnaient et, un jour, en discutant, je lui ai demandé si d’une manière ou d’une autre, ça ne pouvait pas se transformer en quelque chose d’écrit. Un jour, nous avons concrétisé cette envie que j’avais.

Jean-Marie Leau : Je ne me suis pas posé de question, l’idée m’a plu immédiatement. Ecrire n’est pas naturel pour moi, même quand j’écris mes chroniques. Je suis plus dans l’oralité et la musique. Je crois que Sophie a eu une vraie bonne idée de me proposer ce projet. Cela donne une nouvelle consistance à ce que j’essaie de développer depuis six ans, c’est-à-dire le lien entre la musique, le son et le reste de la vie.

Premier constat, la musique fait partie de nos vies depuis le premier jour, et même avant notre naissance.

Jean-Marie : La musique, avant d’être une industrie, c’est une expression, voire un outil relationnel. Il est important d’en parler dans une collection telle que nous voulons la mener avec Sophie. Ce sujet n’est pas anodin, c’est pour cela que nous avons appelé cette collection « Les musicaments ».

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Vous, Jean-Marie, vous êtes né sous X et vous êtes persuadés qu’il y avait de la musique dans votre entourage.

Jean-Marie : Ce que la musique m’a permis d’être, de devenir, de faire, de vivre, c’est grâce à mon vécu et même celui dont je ne me souviens pas. Je ressens la musique comme une trace vibratoire, poétique… Nous sommes des êtres musicaux. Cette sensibilité est propre à l’espèce humaine. Aujourd’hui, on arrive à valider ces concepts-là par l’imagerie cérébrale.

Sophie : Ce que je trouve fascinant, c’est que, par exemple, pour les bébés prématurés, qui n’ont pas baigné dans un environnement musical avant de naître, la musique peut jouer le rôle de rassurer et d’envelopper le bébé. Ils peuvent s’en servir comme un cocon. Cela veut dire que l’on nait en étant des êtres musicaux, même quand il n’y a pas eu de conditionnement au préalable.   

Il y a beaucoup de témoignages de femmes dans cet ouvrage.

Sophie : Oui, et elles ont été heureuses de témoigner parce que ce sont souvent de bons souvenirs qu’elles racontent. Il y a aussi des témoignages d’hommes. Moi j’ai interrogé les professionnels de santé et des anonymes et Jean-Marie a interrogé des artistes.

Quel est l’objectif de cette collection ?

Sophie : Nous avons isolé un certain nombre de thèmes dans les chroniques que fait Jean-Marie. La musique est partout, dans toutes les sphères de la vie, on a donc envie de creuser ce sillon très largement.

Que la musique soit là, à tous les âges et tous les moments de la vie, c’est essentiel ?

Jean-Marie : C’est un peu comme si vous me demandiez « conseilleriez-vous aux gens, quand ils sortent, de respirer ? » Pour moi, c’est aussi essentiel. Et en plus, ce n’est pas couteux. Ce n’est pas rien que ce qui peut permettre le développement soit abordable par tous. Quand on parle d’haptonomie (la discipline du « toucher affectif ». Cette méthode permet de créer, pendant la grossesse, un échange entre le bébé et les deux parents et constitue une préparation à l’accouchement) ou d’autres conditions de naissances particulières, tout le monde ne peut pas se l’offrir. Par contre, tout le monde peut chanter et peut écouter de la musique. Cela peut apporter une nourriture et une relation supplémentaire à l’enfant.

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Y-a-t-il une musique à privilégier ?

Jean-Marie : La musique classique c’est très bien, en particulier Mozart, mais si vous allez au fin fond de l’Amazonie ou au Tibet, vous comprendrez que Mozart ne sera pas forcément le premier choix. C’est l’émotion qui prime, ce n’est pas tant le caractère ou la classification de la musique en question. C’est ce qui va être véhicule d’émotion qui prend la force.

Sophie : Ce que l’on a aussi essayé de démontrer, c’est qu’il n’y avait pas des musiques pour les enfants et des musiques pour les adultes. On n’est pas obligé de cantonner les enfants ou les bébés aux compilations de musiques électroniques ou synthétiques. On l’explique dans le livre, un enfant préférera toujours une version instrumentale plutôt qu’une version électronique. On n’est pas obligé de réduire les exigences de qualités parce que c’est un petit. La grande musique ne lui est pas inaccessible.

Les fœtus sont plus sensibles à des sons plutôt qu’à d’autres ?

Jean-Marie : Ils sont plus sensibles aux basses fréquences, après, le spectre auditif de l’enfant va s’élargir au fur et à mesure de son développement et de sa croissance.

Accoucher en musique évite la souffrance ?

Jean-Marie : On chante par le diaphragme et le diaphragme exerce une poussée. Quand on chante, c’est presque comme on accouche. On sait que celles qui pratiquent le chant ont souvent des accouchements plus rapides.

Sophie : Sur notre échantillon, toutes les chanteuses nous ont dit que l’accouchement a été plus rapide et plus facile.

Pourquoi la médecine officielle ne prône-t-elle pas l’accouchement en musique ?

Sophie : C’est en train d’arriver. On a fait un chapitre sur une approche qui s’appelle « Naître enchantés ». Il y a des maternités dans le sud qui sont en train d’avoir des labels « Naître enchantés ». Le problème, c’est que c’est contraire aux côtés cartésiens des médecins. Pour que les médecins acceptent cela, il faudrait qu’ils abandonnent les habitudes qu’ils ont apprises et qu’ils se transmettent depuis des siècles. J’espère que ce livre va contribuer à ce que l’on y vienne petit à petit.

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Le 28 janvier 2016, après l'interview.

21 février 2016

Clarika : interview pour De quoi faire battre mon cœur

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(Photo : Frank Loriou)

A la question, qu’elle est ta chanteuse préférée ? Jusqu’à la réception du nouvel album de Clarika, De quoi faire battre mon cœur, je n’ai jamais su qui répondre. J’apprécie beaucoup de chanteuses, mais Clarika a toujours figuré dans le peloton de tête. Et puis là, encore une fois, à l’écoute de ses chansons, je suis fasciné. Par sa voix, par la profondeur de ses mots, ses histoires qui me touchent au plus haut point (alors que je suis un homme, je suppose qu’elle fait remonter en moi ma part de féminité ou quelque chose comme ça), sa manière de raconter la vie… bref, j’ai décidé qu’à partir d’aujourd’hui, je répondrai « C’est Clarika ma chanteuse préférée ».  Et petit rappel : c’est elle qui, dès le milieu des années 1990, avec La Grande Sophie,  a ouvert la voie aux Jeanne CherhalAnaïs ou Camille d’aujourd’hui. Dans son nouvel album, il n’est question ni de larmoyer, ni de se répandre, elle raconte juste sa vie aujourd’hui, sans le mentor et amoureux d’avant. Cette géniale artiste a indéniablement le talent de l’autodérision.

Je l’adore. Voici donc sa deuxième mandorisation (la première est là). Elle s’est tenue dans le bar d’à côté de « mon agence », le 7 janvier dernier.

clarika,de quoi faire battre mon cœur,interview,mandor,daphné,ivressesArgumentaire de l’album (version raccourcie) :

Un disque à la fois singulier et familier, intime et universel, qui évoque, entre douceur et douleur, le thème de la séparation. Une séparation amoureuse et artistique d’avec son compagnon, le compositeur et arrangeur Jean-Jacques Nyssen, avec qui elle partageait vie et musique depuis vingt-cinq ans.

De quoi faire battre mon cœur, son septième opus, est surtout prétexte à renouveau : changement de ton, d’ambiances et d’équipe, pour prendre le pari de tout chambouler, abandonner le confort des habitudes, quitte à se mettre en danger. Pour la première fois, l’album a été concocté sous la houlette du réalisateur, arrangeur, compositeur et musicien Fred Pallem (Le Sacre du Tympan), avec la complicité de Raoul Tellier (La Maison Tellier), les deux principaux compositeurs. Au fil des plages, on croise aussi Mathieu Boogaerts, Skye, Claire Joseph, Alexis HK, Tony Melvil et même Jean-Jacques Nyssen, crédité de deux titres. Des chansons à la grave légèreté (l’émouvante « Je ne te dirai pas », sans doute l’un des plus beaux textes de Clarika, « La vie sans toi », « Rien de nous », « Dire qu’à cette heure », en duo avec Alexis HK), traversées de souvenirs turbulents (« On a fait », « Le Choix ») et de métaphores éloquentes comme dans « La Cible », en duo avec Helmut Tellier, évocation sous chapiteau d’un amant maladroit lanceur de couteau, « L’Inaperçue », portrait d’une fille transparente, ou « Le Lutétia », inspirée de l’histoire vraie d’un couple âgé venu finir ses jours dans le palace parisien.

Dans les nouvelles chansons de Clarika, il y a des pluies de cordes venues de Budapest, des traversins de clavecins, des basses gainsbouriennes, des guitares tartares et des claviers vintage. Comme la BO d’un grand film moderne qui raconterait la vie et les amours qui passent. Avec des cœurs qui battent à l’unisson. Le sien et les nôtres.

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(Photo : Frank Loriou)

clarika,de quoi faire battre mon cœur,interview,mandor,daphné,ivressesInterview :

C’est le 7e album en 20 ans de carrière.

Oui, et si on veut être précis, le premier album est sorti tout début 1994. Donc ça fait 21 ans.

Tu te sens progresser d’album en album ?

Mes albums me ressemblent, donc ils changent en même temps que je change. Je n’écris évidemment pas les mêmes choses qu’il y a 21 ans, heureusement pour vous. Dans la forme, je tente de ne jamais faire le même album que le précédent, je ne sais pas si j’y parviens. J’aime changer de collaborateurs, mais dans celui-ci, évidemment, c’est plus flagrant puisque ce n’est plus Jean-Jacques Nyssen qui a réalisé.

Du coup c’est le talentueux Fred Pallem qui s’y est collé.

Il a arrangé l’album, mais il a fait aussi quelques compositions. Diversifier la collaboration permet d’aller un peu ailleurs. Fred a permis qu’il y ait une vraie rupture.

Tu le connaissais avant de travailler avec lui ?

On se suit de loin depuis longtemps. Pour cet album, ce réalisateur arrangeur a pris les choses en main. J’avais vraiment envie de travailler avec lui et il a accepté rapidement. Notre collaboration s’est faite totalement naturellement.

Quand tu travaillais avec Jean-Jacques Nyssen, vous étiez à la maison, là, la façon de travailler n’est plus la même.

On a fait cet album dans un temps un peu plus cadré qu’avant, mais ça n’a pas trop changé la méthode de travail. Moi, ça m’a fait du bien d’avoir un souffle nouveau et une nouvelle écoute. Même les musiciens ne sont plus les mêmes que pour mes albums précédents. Je ressentais le besoin de tout changer.

"Je ne te dirai pas".clarika,de quoi faire battre mon cœur,interview,mandor,daphné,ivresses

J’ai trouvé que tu étais allée très loin dans les trois chansons sur ta rupture avec Jean-Jacques
Nyssen.

C’était ça ou rien. Je ne pouvais pas faire dans la demi-mesure. Jusqu’à présent, je n’avais jamais écrit de manière viscérale. Il y a parfois des moments incontournables dans la vie qui font que les textes arrivent comme ça et on y peut rien. Ce n’est pas impudique parce que ce que je vis et chante est universel.

Ton premier single « Je ne te dirai pas » parle du manque de l’autre, avec délicatesse et classe. Aucune pleurnicherie.

Ce que je dis est tellement ce que je suis, ce que je vis et ce que je pense. C’est un mélange de douleur et d’espoir. J’ai aussi voulu faire comprendre que l’histoire était belle.

Il faut bien le dire, dans ce disque, il y a moins d’espoir dans tes chansons.

Il y a même de la tristesse, disons-le. Je n’ai pas de chansons dans les tiroirs, donc j’écris ce que je ressens. J’écris telle que je suis. Il raconte deux ans de ma vie récente… Il fallait que ça sorte et franchement, ça fait du bien. Par contre dans l’écriture musicale et les arrangements, on a cherché à rendre tout ça plus léger et digeste.

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(Photo : Frank Loriou)

C’est vrai que ton disque est loin d’être plombant et je trouve ça très fort.

C’est le retour que j’en ai. La gravité est là, mais on a réussi à l’amoindrir avec la musique. Mon équipe avait franchement peur en voyant arriver les chansons au fur et à mesure. Ils se sont dit qu’il y en avait quand même beaucoup sur ma rupture. Dans l’écriture, je suis toujours en phase avec l’état dans lequel je suis et avec la vie que je mène. Je ne peux pas faire autrement.

Tu t’es posée la question de savoir comment ton public allait prendre ces nouvelles chansons ?

Non, pas vraiment. Je sais que les albums que je préfère sont parfois des albums tristes. J’ai le goût de ça artistiquement. Je pense aussi que je suis fidèle à mon écriture habituelle, même si c’est sur des thématiques douloureuses.

Est-ce que le dernier disque est le plus important ? Celui qui compte le plus ?

Oui, pour l’instant. Jusqu’au prochain. Il y a toujours une émotion quand on sait que les gens vont découvrir vos nouvelles chansons, surtout quand elles sont si personnelles.

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(Photo : Frank Loriou)

clarika,de quoi faire battre mon cœur,interview,mandor,daphné,ivressesDepuis quelques mois, tu es en concert avec Daphné. Parle-nous de cette expérience.

On s’est rencontré à l’occasion d’une commande de la Ville de Paris qui nous donnait carte blanche à La Cigale pour clôturer le Festival des Vendanges. Comme nos managers respectifs sont amis, se connaissent et travaillent souvent ensemble et que toutes les deux, nous avions envie de nous lancer dans un projet parallèle aux nôtres, on a décidé de faire ce bout de chemin ensemble. On ne se connaissait pas, mais nous respections beaucoup ce que faisait l’autre. On a créé ce spectacle, « Ivresses ». Nous avons cherché toutes les ivresses, éthyliques, de l’amour, de la vie, des sommets… ça permet quand même un éventail assez large de chansons. On y retrouve quelques poèmes de Prévert ou Baudelaire, des chansons des autres qui vont de Serge Reggiani à Britney Spears en passant par Renaud et Barbara, et quelques chansons à nous.

Daphné et toi, vous êtes différentes.

C’est ce qui nous intéressait. En plus, nos voix collaient bien. C’est amusant parce qu’on a remarqué qu’on a des gens qui nous suivent en commun. On s’éclate vraiment à chanter les autres et c’est une très belle expérience.

Excuse ma question un peu directe. Pour toi, professionnellement parlant, les choses sont difficiles ou ça va ?

Ça va. Je me dis souvent que j’ai eu la chance d’arriver avant la panique dans cette industrie du disque. J’ai eu le temps de fidéliser un public. Si je ne suis pas une grande vendeuse de disque, j’arrive à faire des tournées et remplir les salles. La scène, c’est ce que je préfère faire. C’est la cerise sur le gâteau après l’écriture et l’enregistrement de l’album.

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Après l'interview, le 7 janvier 2016.

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Toutes les photos sont signées de l'excellent Frank Loriou (mandorisé récemment là), sauf celle avec Daphné et celle où  je suis avec Clarika

Clarika : site officiel

12 février 2016

Les révélations des Victoires de la Musique 2016

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Ce soir, France 2 diffuse les Victoires de la Musique. Pour le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de février 2016), j'ai écrit un papier sur cette cérémonie musicale très attendue. J'y présente les nouveautés de cette année et les "révélations". Je trouve excellent le choix de cette année. Tous les artistes sélectionnés ont leur place. Pour le blog, j'ai ajouté un clip par révélation, histoire que vous jugiez vous-même ces stars de demain (ou pas).

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Jeanne Added : clip de "Look at them".

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Jain : clip de "Come".

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Faada Freddy : clip de We Sing In Time".

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Hyphen Hyphen : clip de Just Need Your Love.

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Feu! Chatterton : clip de "Boeing".

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Les "révélations" autour de Virginie Guilhaume et Bruno Guillon, le 13 février 2016, lors de la conférence de presse des Victoires de la Musique au Zébra Square.

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03 février 2016

Pascal Obispo : interview pour Billet de femme

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J’ai quelques interviews de Pascal Obispo au compteur. En voici une ici et une autre là par exemple. De rencontre en rencontre,  je prends de plus en plus de plaisir à lui poser des questions (j’avais eu avec lui une première expérience un peu compliquée). Le 21 janvier dernier, je suis allé le voir dans son studio de Suresnes à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Billet de femme, pour Le magazine des  Espaces culturels Leclerc (daté du mois de février 2016).

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"Le secret perdu" est le premier extrait de cet album arrangé par Jean-Claude Petit. 

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Après l'interview, le 21 janvier, dans le studio de Pascal Obispo (avec un guest intersidéral).

02 février 2016

Tom Poisson : interview pour Heureux comme les cerfs-volants

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Dire que cela fait un moment que je suis cet artiste est un euphémisme. Depuis son premier album en 2004, j’avais remarqué Tom Poisson. Il nageait déjà avec aisance dans les eaux claires de la chanson française de qualité. J’ai suivi son parcours, ses albums solos, ses projets parallèles (Les Fouteurs de Joie et The Nino’s (mandorisés là) notamment). Je l’ai interviewé 3 ou 4 fois, toujours avec un réel plaisir.

Je me suis toujours dit qu’un jour, son talent serait reconnu à sa juste valeur. Ben, pas vraiment, mais lui continue à nous offrir des albums d’une beauté et d’une malice rarement atteint. J’aime ce garçon, musicalement, textuellement et humainement.

Le 7 janvier dernier, sous une pluie battante, Tom Poisson est venu à l’agence pour me parler de son nouveau disque, qui n’est pas qu’un disque. Heureux comme les cerfs-volants est un ensemble de projets qui se croisent et s’entrecroisent (comme expliqué plus bas).

tom poisson,heureux comme les cerfs-volants,interview,mandorBiographie officielle (un chouia écourté, mais quand même pas mal longue) :

Qu’il soit Poisson, The Nino’s ou l’un des Fouteurs de Joie, Tom fait son « drôle de métier » avec envie. Il effectue entre 2010 et aujourd’hui plus de 500 concerts. Son costume de chanteur est un peu étriqué, les formes employées évoluent donc. La sincérité demeure. Chanteur, multi-instrumentiste, comédien, danseur à ses heures, il multiplie depuis quinze ans les expériences artistiques. Poisson aime fabriquer, il fait des chansons comme un gosse qui joue au Lego. Par intuition, par curiosité. Par goût du partage et du bricolage.

Vous auriez pu croisez Tom Poisson en 2000, sillonnant la France à Chevaux et Charrette, jouant le soir en plein air La Double inconstance de Marivaux ou Le Petit Monde de Georges Brassens.

En 2004, il réunit un bouquet de chansons acoustiques et séduit les critiques avec un Tom Poisson fait des chansons plein de candeur, bientôt suivi par un Tom Poisson fait des chansons – Tom-2.

En 2008, Patrick Zelnick lui propose son label Naïve pour sortir les douze titres de Riche à Millions, un album produit à quatre mains avec Alexandre Léauthaud, sur lequel figure deux duos (avec Sanseverino et Clarika). L’album s’assorti d’une jolie tournée nationale de 80 dates.

En septembre 2010, Fred Pallem signe pour Tom une réalisation « brute » qui mêle habilement les guitares folks aux guitares électriques.

Parallèlement, il rend hommage à Nino Ferrer : The Nino’s chantent Ferrer (Naïve jeunesse) font plus de 200 concerts entre 2009 et 2012 notamment sur les scènes jeune public.

En 2013, il écrit L’Homme qui rêvait d’être une girafe (Harmonia Mundi – Le Chant du monde), une fable tom poisson, Heureux comme les cerfs-volants, interview, mandor
musicale contemporaine qui ne ressemble à aucune autre. Les thématiques principale en sont la différence,
l’incommunicabilité et le « goût des autres ».

Le projet  Heureux comme les cerfs-volants :

Une combinaison triangulaire qui s’articule autour de 12 chansons, une nouvelle de 35 pages, un spectacle musical et cinématographique. Sur scène, 4 interprètes (3 musiciens, 1 vidéaste) portent l’histoire grâce aux chansons, au récit, aux projections, parfois interactives. Une forme pluri-artistique ingénieuse dominée toutefois par la musique. C’est l’histoire de Fleur, Hugo, Foued, Lili, Jean-Paul, Chérif… Les amours, les amitiés se nouent et se dénouent, les évènements de la vie sont implacables.

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tom poisson,heureux comme les cerfs-volants,interview,mandorInterview :

Ça fait 12 ans que tu sors régulièrement des disques. Celui-ci est-il le plus abouti au regard de l’expérience acquise?

Je pense avoir toujours su faire des chansons qui tenaient la route, mais après, il y a toujours cette équation insondable de savoir à quoi tient une chanson réussie. Il faut qu’il y ait l’alchimie entre le texte,  la musique, la voix et l’arrangement. Est-ce que l’association de tout va parvenir à toucher le public. Dans ce nouvel album, les passerelles sont mieux tissées. J’ai l’impression que le chanteur a fait le pont plus facilement avec le reste.

Tu n’as pas toujours assumé d’être chanteur ?

Au départ, je pensais que livrer la chanson suffisait. J’avais indéniablement le complexe du chanteur. Je l’ai résolu dans cet album. Fred Pallem, le coréalisateur et coarrangeur du disque,  m’a aidé dans ce sens.

Il est clair que tu as évolué vocalement depuis ton premier album.

Je ressens profondément que l’émotion passe autrement, du fait que le chanteur a évolué.

Le clip de "Conjonctivite", avec la participation exceptionnelle de Alexandre Kinn
Réalisation Fernando De Azevedo / Tom Poisson. Extrait de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS

Pourquoi es-tu en permanence dans la création, dans des projets différents.

C’est essentiel pour mon équilibre psychique. Et puis, ça évite de trop se regarder le nombril. C’est très équilibrant d’avoir des projets différents et des implications différentes dans chacun d’eux. Il est bon de ne pas être tout le temps à la proue du navire, mais d’être un simple membre d’équipage, comme je le suis dans Les Fouteurs de Joie. Dans ce groupe, nous avons tous des spécificités et des qualités différentes. Quand je joue avec eux, il m’arrive d’avoir des frissons. Je suis partie intégrante, mais également spectateur du truc. Aujourd’hui, pour qu’un artiste continue d’exister, il faut qu’il soit multiple, à moins d’être un de ces rares artistes à être signé dans une grosse maison de disque et être pris par la main.

Toi, tu as été chez Naïve.

Mais j’ai toujours mis la charrue avant les bœufs. J’ai toujours réalisé mes albums avant de signer quoi que ce soit. Ils m’ont pris tel quel. Je n’ai jamais attendu quiconque pour commencer à travailler, ni même pour faire aboutir un projet. Je fais et après on voit s’il se passe des choses.

Extrait du spectacle tiré de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS
Sortie nationale, édition médiabook (12 chansons + 1 nouvelle) février 2016

Comment produit-on son propre spectacle seul ?

C’est simple. On vide ses comptes personnels, ceux de sa structure juridique, on emprunte de l’argent à sa vieille mère, on demande des subventions. Ça pèse lourd, j’avoue.

Mais tu t’amuses.

Voilà ! C’est primordial. Ce qui me porte aussi, c’est l’investissement des gens à l’intérieur du projet. Dans l’album Heureux comme les cerfs-volants, Fred Pallem et Emiliano Turi ont donné énormément. Quant au spectacle, tous les gens qui en font partie intégrante ont aussi donné d’eux de manière ahurissante.

Le clip de "Le type en pyjama", avec Sodadeth San, Barbara Cabrita, Colomba Giovanni, Emilie Rambaud
Réalisation Fernando De Azevedo / Tom Poisson. Extrait de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS 

Le projet Heureux comme les cerfs-volants est décliné en spectacle, en disque et en nouvelle.

Je tiens tout de même à préciser que l’on peut voir le spectacle sans avoir écouté le disque, ni lu la nouvelle.

J’ai envie de revenir sur la nouvelle… elle fait 37 pages. Tu n’es pas habitué à écrire des textes si longs.

J’adore le format « chanson ». Dire beaucoup de choses en trois minutes est mon exercice de style préféré. Avec cette nouvelle, je me suis fait violence. Si je me lance de l’écriture d’une nouvelle, j'ai besoin de ne pas savoir ce qu’il y aura d’écrit à la page suivante. C’est un peu comme de l’écriture automatique, parce que j’ai besoin de me surprendre jusqu’au bout.

Le disque s’écoute comme un album de variété.

Je ne voulais pas que ce soit un album concept chiatique. Je voulais que ce soit simple.

Le clip de "Les cerfs-volants". Images : François Berdeaux. Réalisation : Fernando De Azevedo, Tom Poisson
Extrait de l'album HEUREUX COMME LES CERFS-VOLANTS

Il n’y a aucune chanson qui se ressemble. Chaque chanson à son ambiance musicale et textuelle.

Depuis que je fais ce métier, j’ai toujours eu un petit truc en tête : peu importe si les gens n’aiment pas mon univers sonore et mes choix artistiques, mais par contre, je ne veux pas qu’ils s’ennuient. Je veux aussi qu’il y ait de la cohérence dans mes albums. Pour ce disque, j’avais une vingtaine de chansons, j’en ai choisi cinq que j’estimais les meilleures et que j’avais le plus de plaisir à chanter guitare-voix. Ensuite, je suis parti d’elles pour imaginer un fil rouge. Parce que ces chansons existaient, j’avais des contraintes énormes d’évènements, de climat, de prénoms…

Ces chansons parlent un peu de toi ?

Il y a une grosse part d’autobiographie dans chaque personnage. Je suis sincère, les choses sortent sans réfléchir. Soyons clair, c’est une forme de thérapie. Je n’écris pas pour aller mieux, mais je me rends compte qu’écrire débloque des choses chez moi de façon profonde. Depuis le début, ce métier, je l’envisage aussi comme ça. Dans l’album Riche à millions, je me suis rendu compte de la résonance de certaines chansons des années après, dans ma propre vie.

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Tom "Nike" Poisson. 

(Ceci n'est pas un placement de produit, ceci est une blague).

Tu as quatre clips déjà pour ce disque. C’est énorme !

Dans ma tête, ce projet était assez cinématographique depuis le début. Ce que nous faisons sur scène est qualifié par ceux qui ont vu le spectacle comme poétique et cinématographique. Ce projet est un tout. Il y a de quoi lire, de quoi voir, de quoi écouter.

Tu n’as pas peur que ce projet soit trop ambitieux, que les gens ne comprennent pas ?

Maintenant que c’est fait, j’ai peur de ça. Mais je n’avais pas peur avant. Je fais toujours les choses de manières intuitives. Advienne que pourra.   

Tu n’as jamais autant travaillé que depuis que c’est la crise. Tu es tout le temps sur la route.

En 6 ans, j’ai fait 500 concerts. Mes scènes perso, Les Fouteurs de Joie, les Nino’s m’ont bien occupé. Et ma parenthèse jeune public… j’ai fait 200 dates aves L’homme qui rêvait d’être une girafe. Au passage, c’est grâce à ce spectacle que j’ai compris que c’était possible de raconter une histoire avec de l’image, du théâtre et des chansons. Avec le spectacle Heureux comme les cerfs-volants, je confirme la chose. Le public pourra en juger le 11 février au Café de la Danse.

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Après l'interview, le 7 janvier 2016, Tom et moi, heureux comme des Poisson sous l'eau. 

29 janvier 2016

Valérian Renault : interview pour l'album Laisse couler

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(Photo : Catherine Cabrol)

Ex-Vendeurs d'enclumes, l’orléanais Valérian Renault troque l'énergie du rock alternatif pour un projet plus personnel. Avec sa voix grave, il nous dévoile ses écorchures avec une fausse douceur, une grâce amère qui ne peuvent laisser indifférent. Cet auteur-compositeur nous offre un premier disque solo Laisse couler dans lequel il joue, jongle avec les émotions… et les nôtres en particulier. Une « véritable arme d'émotions massives » ai-je lu quelque part. Valerian Renault, c'est de la chanson poétique directe qui parle d'amour et de rupture, de lien avec le père, ou qui joue avec les mots.

Le 5 novembre 2015, Valérian Renault est venu me rendre visite à l’agence pour une passionnante conversation.

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorBiographie (tiré du site Éclats Spectacle) :

Valérian Renault est un personnage authentique et délicat, doté d´un charisme éclatant. Après s´être formé à la fois à l´art dramatique, au chant lyrique et au chant jazz, c´est dans la poésie des mots qu´il va se jeter à corps perdu.

Jeune auteur compositeur interprète, c´est à 20 ans qu´il rassemble autour de ses chansons une équipe de musiciens à l´énergie endiablée et au talent détonant. Les Vendeurs d´enclumes sont nés.

Pendant plus de 10 ans ils parcourront l´espace francophone, écumant les salles de concert et récoltant les prix. Mais c´est avant tout la personnalité impétueuse et la plume singulière de Valérian Renault qui font le succès des Vendeurs d´enclumes.

C´est donc tout naturellement qu´en 2012 Valérian décide de prendre son envol et de créer un nouveau répertoire sous son nom. Son interprétation trouve alors un souffle nouveau, dans le dénuement du concert solo. Il dévoile enfin la force phénoménale de son jeu délicatement puissant ainsi que la précision et la finesse de son écriture.

Valérian Renault s´engage totalement dans son art, il investit organiquement son corps-instrument et sa voix rugueuse et envoutante dans l´émotion de ses chansons.

Il vient nous chercher où que nous soyons, il nous trouve et nous trimballe dans une fausse douceur, dans une douleur veloutée, jusqu´au KO.

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(Photo: Catherine Cabrol)

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorInterview :

Viens-tu d’une famille de musiciens ?

Non et, en plus, on écoutait assez peu de musique. En revanche, mon père était administrateur d’une compagnie de théâtre. J’ai eu assez tôt l’habitude de voir des gens sur scène et donc assez tôt l’envie d’y être aussi. La première fois que je suis rentré dans une école d’art, c’était au conservatoire de théâtre. C’est par la suite que j’ai appris la musique.

Comment t’es-tu dirigé vers la chanson ?

J’ai dû écrire ma première chanson sur un air déjà existant vers 10 ans. Je pastichais des chansons. C’est un moyen d’expression qui m’a paru naturel très vite. Un jour, j’ai découvert quelques artistes, dont Brel, et j’ai eu envie de faire exactement comme eux.

Depuis tu écris des chansons continuellement ?

Non, ce sont des moments fugaces. Je peux passer un an à écrire trois chansons. J’ai des périodes où c’est un exercice régulier, et d’autres où c’est plus lointain. Dès qu’il se passe quelque chose d’important, j’ai besoin de le traduire en chanson.

Extrait de l'album Laisse couler, la chanson titre "Laisse couler" (audio).

Dans cet album, il est beaucoup question d’amour et de femme(s). Tu avoues, contrairement à d’autresvalérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandor artistes, que les chansons parlent de ce que tu vis. « Joueuse », par exemple, est une chanson très dure.

J’étais fâché avec la femme en question (rires). Mes chansons sont effectivement très personnelles, mais je ne suis pas sûr que ce soit très intéressant de le savoir. Ça ne change rien en la perception que doivent avoir les gens qui écoutent mes chansons. Le fait que ce soit vrai simplifie les choses, il y a moins besoin d’inventer. Et c’est aussi un exutoire de balancer sa colère et ce que l’on a sur le cœur. Cela peut aussi me permettre de comprendre beaucoup mieux ce qu’il s’est passé et ce que l’on ressent.

Tu as toujours un angle inédit pour aborder tes histoires.

Dans la chanson et dans l’écriture en général, ce qui me passionne, c’est d’avoir un point de vue. Qui parle ? D’où on se place pour raconter une histoire ? Les thèmes que j’aborde dans mes chansons n’ont rien d’originaux, c’est la mort, l’amour, la vie. C’est rassurant quand on est auteur ou créateur de savoir que ce que l’on fait, personne d’autre ne peut le faire car il n’est pas à notre place. Ce que je fais est unique parce qu’il n’y a que moi qui suis à ma place et à partir de là, il n’y a que moi qui voit le monde d’où je suis. Le monde que je décris, si je ne le décris pas, personne ne pourra le connaître. Je trouve que c’est un voyage dépaysant de regarder le monde dans les yeux d’un autre.

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Quand tu écris une chanson, penses-tu au côté universel qu’elle doit avoir?

Je n’y pense pas quand je l’écris, mais quand je l’écoute après et que je la critique. C’est ce qui fait que je m’éloigne d’un courant de la chanson française actuelle qui ne me parle pas du tout parce qu’il est très anecdotique et très ciblé. Chanter le quotidien ne m’intéresse pas.

Mais c’est terminé ces histoires de chanteurs qui racontent leur quotidien. Les Dominique A, Bertrand Belin et autre Arman Mélies, ils sont loin de tout ça.

Oui, c’est en train de se terminer, tu as raison. En tout cas, cela fait 15 ans que je suis sûr scène et ça fait 15 ans que j’entends Bénabar à la radio et les chanteurs que j’aime dans les petits bistrots. Bon, je te l’accorde, c’est en train de bouger. On va vers une écriture poétique et ouverte… et qui tend vers l’universel.

Tu es un « formaliste ».

Tout à fait. La forme, l’emplacement des rimes, de la métrique, des césures m’importent par-dessus tout. C’est ça qui fait qu’un auteur est un musicien et c’est là où, pour moi, la chanson est un lieu de rencontre entre la musique et le texte. Il y a un poète que j’adore, c’est Paul Valéry. Dans un de ses plus beaux poèmes extraits de Charmes, Les grenades,  il raconte en une quinzaine de vers l’univers tout entier en décrivant un fruit. Il décrit tous les mystères de la vie, de la mort… il s’agit de la description d’une nature morte et il arrive à nous bouleverser. Quand la forme se rapproche le plus possible de l’idée de la beauté, de l’harmonie, on touche à la vérité ultime.

valérian renault,laisse couler,les vendeurs d'enclumes,interview,mandorLe poème en question :

Dures grenades entr’ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !

Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-bâillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que l’or sec de l’écorce
À la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.

Quand tu écris, t’imposes-tu des contraintes ?

Oui, des contraintes presque oulipiennes. J’aime que chaque syllabe soit à sa place, j’aime savoir pourquoi cette syllabe est à cette place là et pas à une autre.

A ce point-là !

Mais je m’amuse. C’est comme si je faisais un puzzle ou un sudoku.

L'EPK de l'album Laisse couler.

Charles Aznavour a participé à une chanson.

C’est fou ! C’est une grosse surprise, car c’est un homme que je ne connais pas et que je n’ai même jamais croisé. J’avais écrit le texte de « Tes hanches », j’avais une petite mélodie en tête, mais qui ne me plaisait pas beaucoup. J’explique à Danièle Molko, mon éditrice, la difficulté que j’ai à trouver une bonne musique. Je lui précise « je voudrais une musique un peu à la Charles Aznavour, avec des envolées lyriques et en même temps quelque chose de léger, dans les tonalités majeures  ». Elle me répond « on a qu’à demander à Charles Aznavour ! »

Evidemment ! C’est si simple…

Je croyais qu’elle plaisantait. Pas du tout. Encouragé par elle, j’ai écrit un mail à Charles Aznavour en lui envoyant le texte. A ma grande surprise, il a accepté.

Tu as une écriture très littéraire. Tu lis beaucoup ?

Non. J’ai des périodes où je peux lire beaucoup et d’autres pas du tout. Par contre, je suis très doué pour parler de livres que je n’ai pas lus, pour parler de poètes que je ne connais pas… pour faire illusion il y a du monde (rires).  Franchement, ma culture est très disparate et hasardeuse.

Tu écris vite ?

Je dois vivre, ressentir des choses. J’ai besoin d’être suffisamment plein pour avoir envie de chanter et d’écrire quelque chose. Mais une fois que je suis suffisamment plein, le moment de l’écriture est très rapide. Je ne fais quasiment pas de corrections et je ne reviens pas sur ce que j’écris. Je ne commence pas à écrire tant qu’il n’y a pas un jeu de formes qui va m’amuser. Pour le fond, je laisse exprimer ce que je ressens, la forme va se construire toute seule, il suffit de laisser les mots s’agencer entre eux et ensuite, ça coule assez rapidement.

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Pendant l'interview...

Tu as passé tellement d’année avec Les vendeurs d’enclume que ça doit te faire bizarre d’être seul sur scène, non ?

Je me sens tout nu. Nous étions cinq et ils étaient tous d’excellents musiciens, donc il n’y avait aucune question à se poser avant de monter sur scène. Nous faisions de la chanson « maximaliste » avec beaucoup d’arrangements. D’un coup, je pars à l’opposé, dans le dépouillement et l’épure total.  Ce qui est marrant, c’est que je chante aussi des chansons que je faisais avec eux, comme c’est moi qui les écrivais. Je m’aperçois depuis que je suis en solo qu’une chanson peut exister avec rien, enfin, avec pas grand-chose.

Sur ta pochette, on voit de l’encre qui sort de ta bouche…

L’album s’appelle Laisse couler. La coulure d’encre était donc dans le thème. Cela symbolise mon rapport à l’écriture. Le fait que ce soit une coulure qui tâche tout et que ce soit dégueulasse, c’est aussi parce que j’aime ça dans l’écriture. Il peut y avoir une recherche d’harmonie et de beauté dans la forme et, à la fois, j’aime bien quand ça sent un peu des pieds. Il y a des imperfections, de la violence, des mots sales, des idées pas tout à fait correctes. J’aime bien mélanger une jolie forme et un fond dégueulasse.

Tes histoires se terminent rarement bien, j’ai remarqué.

Je ne le fais pas exprès, mais tu as raison. Il n’y a pas beaucoup de happy end. Il faudrait que je m’y mette, si je veux vendre un peu à l’international (rires).

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Après l'interview, le 5 novembre 2015.

Bonus :

Et comme j'aime bien Claude Fèvre, voici son avis éclairé pour le site Nos Enchanteurs

25 janvier 2016

Frédéric Fromet : interview pour Ça Fromet!

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Mais qui est Frédéric Fromet ? Si vous êtes un fidèle auditeur de France Inter vous connaissez celui que ses copains de l’émission Si tu écoutes, j’annule tout appellent le barde. Chaque vendredi après-midi avec ses chansons sur l’actualité où il tire sur tout ce qui bouge, il fait marrer tout le monde. Il chante des atrocités, mais l’hilarité gagne ceux qui l’écoutent. Impossible de résister à sa prose décapante et irrésistible.

Ceux qui n’écoutent pas cette station de radio peuvent aussi le connaître également, mais plus comme chansonnier, dans la plus pure tradition du genre. Quoi qu’il en soit, il vient de sortir une sélection de « chansons vaches », mises en musique par les Ogres de Barback. Un petit concentré de méchanceté qui fait du bien à écouter.

Le 9 novembre 2015, Frédéric Fromet, m’a reçu dans un bar où il a ses habitudes, égal à lui-même, drôle et impertinent.

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorBiographie officielle :

Repéré au festival d’Avignon 2008 par le directeur du Caveau de la République, Frédéric Fromet est embauché dans ce célèbre théâtre parisien, où il fera ses armes jusqu’en avril 2014 en croquant chaque semaine l’actualité sous forme de chansons satiriques. Sa ligne de conduite : ne rien prendre au sérieux, à commencer par soi-même. Sa tronche de gentil facilitant l’expression de son esprit foncièrement frondeur, sans se départir d’une humanité certaine. Le 12 juillet 2013, Alex Vizorek, son confrère au Caveau de la République, l'invite à faire le barde en direct sur France Inter dans Le Septante-Cinq Minutes. Frédéric interviendra dès lors tous les vendredis de juillet-août 2013 et 2014 dans l'émission estivale de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek. Depuis septembre 2014, il sévit chaque vendredi à 17h55 en direct sur France Inter dans Si tu écoutes, j annule tout, toujours sous la houlette de Charline et Alex. Jouissant d’une remarquable liberté de parole, il s’amuse chaque semaine à brocarder l’actualité tous azimuts. Suite aux attentats de janvier 2015, sa chanson « Coulibaly Coulibalo » rencontre un auditoire notable. Il se retrouve invité à plusieurs reprises dans la matinale de Patrick Cohen. Si Frédéric s'éclate aussi à la scène. En tournée quasi-permanente avec un accordéoniste et un contrebassiste, il s’amuse et entraîne le public dans sa joie de vivre. Cet été 2015, son spectacle a affiché complet durant tout le festival d'Avignon. Le 6 novembre 2015 est paru son album Ça Fromet!

Argumentaire officiel du disque :frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandor

Le disque de Frédéric Fromet contient 17 chansons. Où tout le monde en prend pour son grade, écrirait un gratte-papier ô combien inspiré (qui pourrait même ajouter qu' « avec des textes ciselés et une sensibilité à fleur de peau, Frédéric Fromet est un artiste décalé et plein d'autodérision à qui l'on donnerait le bon dieu sans confession et qui pourtant tire à boulets rouges sur tous les travers de notre société dans un opus jubilatoire qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale tant il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas »).

L'album s'ouvre sur « Je suis bobo ». A son descriptif fouillé, on devine une charge autobiographique. Une façon de dire « Maintenant que je me suis bien foutu de ma tronche, je vais pouvoir m'occuper de la vôtre... ». Le festival peut alors battre son plein. Au tableau de chasse : les provinciaux (« Chez les bouseux »), les mômes insupportables (« Morveux »), le jargon d'entreprise (« Les jeunes cadres dynamiques »), les footeux (« Shoote, shoote, shoote »), les joggeurs (« Je cours »), les chanteurs rive gauche qui roulent les r (« La Chanson Française »), l'extrême-droite (« Mawine Le Peigne »), l'extrême-gauche (« Je suis plus de gauche que vous »), la foire des intermittents du spectacle (« Juillet à Avignon »), le trop bio pour être vrai (« C'est du bio »), la société numérico-débilo-narcissique (« A cause d'un clic » et « Le Siècle des Lumières »).

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorTrois chansons sont directement inspirées par une actualité récente. « Coulibaly Coulibalo » rend hommage aux victimes des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo et l'Hypercacher en janvier 2015 et se conclut par « Les fous de Dieu sont des tocards »... « Gad Elmallette » évoque une vedette qui aime sa banque en France tout en fraudant le fisc avec des placements en Suisse (révélés par le journal Le Monde en février 2015). Enfin, « Badaboum lé péti

yélico » s'inspire de cet accident d'hélicoptères en mars 2015 au cours du tournage d'une émission de télévision qui vend du temps de cerveau disponible. L'album se termine sur un enregistrement live lors de la tournée des 20 ans des Ogres de Barback, avec lesquels

Frédéric Fromet chante « J'ai tout plein d'amis au Medef ».

Les Ogres de Barback, justement, ont signé les arrangements musicaux et joué sur tous les morceaux.

A noter que les superbes illustrations de la pochette et du livret sont l'œuvre d'Aurel, sollicité pour son univers proche de celui de Frédéric à travers ses dessins de presse.

Effectivement, Ça Fromet !.

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(Photo : Fabien Espinasse)

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorInterview :

Il y a un projecteur braqué sur vous depuis deux ans, mais vous écrivez et chantez depuis combien de temps ?

Avant j’avais un vrai travail, j’étais un jeune cadre dynamique. Le 1er janvier 2009, j’ai été embauché par le Caveau de la République. Déjà, je devais écrire une chanson par semaine sur l’actu. Mais cette fois-ci, je la chantais sur scène, devant un public. J’ai fait ça jusqu’à ce que cet établissement ferme ses portes, en avril 2014. C’est au Caveau de la République que j’ai rencontré Alex Vizorek et c’est lui qui m’a permis d’accéder à la radio.

Vous avez pris la décision d’arrêter votre travail de « jeune cadre dynamique ». C’était risqué.

J’ai pris une année sabbatique pour tester et comme j’étais toujours accepté au Caveau de la République au bout de cette année, j’ai continué. J’ai largué mon ancienne vie. Ce qui n’empêche pas des remises en question perpétuelles. Par exemple, à la radio, j’ai l’impression de recommencer à zéro chaque semaine. Je vis désormais à la semaine la semaine. C’est ce qui fait le sel de cette activité. Ça m’oblige à donner le meilleur de ce que je suis capable de produire.

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L'équipe de Si tu écoutes, j'annule tout.

Depuis que vous faites l’émission, Si tu écoutes, j’annule tout, quasiment toutes les vidéos de vos frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorprestations sont relayées…

Ca a réellement démarré à partir de janvier. On m’a engagé dans cette émission au dernier moment, du coup au début, comme un feignant, j’ai écoulé mon stock de chansons existantes. Elles ne portaient pas sur l’actualité de la semaine, elles se contentaient donc de marchoter. L’impact n’était pas très puissant, je dois l’avouer. Depuis que je traite de l’actualité immédiate, ce que je chante parle à plus de monde.

Nous nous en serions bien passés, mais c’est suite aux attentats du 7 janvier 2015 que tout a basculé pour vous.

Oui, j’ai chanté « Coulibaly Coulibalot » et cette chanson a eu un succès phénoménal. Pour moi, ce n’était qu’une chanson de plus pour rigoler. Je n’aurais jamais imaginé une seule seconde l’impact qu’elle aurait pu avoir.

Frédéric Fromet explique aux enfants de France les attentats de ces méchants pas beaux Djihadistes.

La France pleurait ses morts et vous, vous parlez des meurtriers en nous faisant rire…

Mais vous savez, ça m’a fait du bien à moi d’abord. Après, on m’a expliqué que ça a été une catharsis pour plein de monde. Beaucoup m’ont dit que c’était la première fois qu’ils riaient après les attentats. 

Quand on écrit ce genre de morceau, sait on jusqu’où on peut aller ? Plus précisément sait-on quelle est la limite à ne pas dépasser et s’impose-t-on des limites?

Mais quelle question chiante ? (Rires) Le mot limite n’est pas le bon mot. J’essaie juste d’être en accord avec moi-même. Depuis « Coulibaly Coulibalot », je réfléchis davantage à ce que j’écris. Il y a eu des conséquences que je n’avais pas mesurées. Tant que les chansons circulaient dans un réseau assez restreint, ça allait puisque les gens avaient les codes pour la comprendre. Celle-ci est arrivée sur les réseaux sociaux à des oreilles qui ne comprenaient pas ce que je voulais dire derrière tout ça. Il y a eu parfois une incompréhension totale de cette chanson. Il y a notamment un couplet pour dénoncer les amalgames qui a été compris au premier degré par certaines personnes… et pas par les plus tolérantes. Maintenant, je me pose la question de savoir si mon second degré ne va pas être compris au premier.

La chanson de Frédéric Fromet consacrée au port de la kippa: Où t'es kippa, où t'es?"

Ce n’est pas dommage pour le créateur que vous êtes. Vous êtes obligés de vous freiner du coup, non ?Je fais plus attention à ma façon d’écrire. Je fais en sorte que mon second degré et mon ironie soient plus perceptibles à tout le monde.

Vous n’avez jamais peur de conséquences plus importantes par rapport à ce que vous dites dans vos textes ?

Avec « Coulibaly Coulibalot », j’ai eu des problèmes. Je n’ai pas envie de m’étaler dessus, mais du coup, là, j’ai vraiment eu peur. Pendant au moins deux semaines, j’ai été un peu « bousculé ».

Vous lancez des textes « costauds » avec une musique légère, voire enjouée et une voix gentille, voire presque féminine…

Il y a beaucoup d’auditeurs de France Inter qui appellent pour connaître le nom de la fille qui chante. Ça ne me vexe pas. C’est ma voix, c’est comme ça. J’ai l’impression que ce sont tous ces points que vous évoquez qui font ma force. Cela me permet de dire beaucoup sans agresser et au contraire, provoquer un sourire. Récemment, j’ai vu un groupe qui faisait des reprises de mes chansons, je suis parti au bout de trois chansons tellement j’ai eu peur.

C’est compliqué de rendre l’actualité, souvent morose et sordide,  hilarante ?

Ma ligne de conduite est de ne rien prendre au sérieux dans ma vie et dans la chanson. Dans ce que j’écris, le problème majeur est de trouver l’angle. En ce moment je me mets beaucoup de pression dans la mesure où je sais que c’est beaucoup relayé sur les réseaux que j’appelle asociaux.

Cela vous embête d’être relayé, j’ai l’impression, non ?

Je ne vais pas me plaindre de cette forme de médiatisation, mais elle implique plus de vigilance de ma part. A la base, moi, je fais juste de la radio, mais à partir du moment où elle est filmée et relayée au plus grand nombre, ce n’est plus de la radio. J’ai mis un moment à comprendre cela.

Vous n’aimez pas les réseaux sociaux, mais vous avez-vous-même une page Facebook dans laquelle vous relayez vos chansons diffusées dans l’émission de France Inter. C’est un peu paradoxal, non ?

Je suis quelqu’un de paradoxal et plein de contradictions… mais un peu comme tout le monde.

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Vous montrez vos textes à Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek avant de les chanter dans l’émission ?

Jamais. Ils tiennent à garder la spontanéité de leurs réactions. Je tiens à souligner que j’ai une liberté incroyable. Personne ne sait de quoi je vais parler. C’est vraiment l’émission où on peut tout se permettre.

Vous n’avez pas peur du dérapage ?

Non, parce que je fais quand même gaffe à ce que j’écris. Ça ne m’intéresse pas de déraper. Je ne suis pas pour la provoc’ à deux balles !

Je n’ai jamais compris comment les gens comme vous pouvaient savoir ce qui va passer et ce qui ne va pas passer tant parfois la frontière est mince.

Je me suis posé la question sur une chanson sur le petit Aylan. J’ai hésité à reprendre telle quelle la chanson « Hélène » de Roch Voisine, qui faisait « seul sur le sable, les yeux dans l’eau… ». Je l’ai chanté.

Il y a une autre chanson un peu tendancieuse, c’est « Badaboum lé péti Yélico ». Là, on parle de 10 morts dans deux accidents d’hélicoptère…

Il y a un passage sur la viande grillée, même moi, je me suis dit que j’étais allé un peu loin. Mais quand je me dis « je ne vais pas oser faire ça », c’est bon signe. En fait, si on écoute bien, c’est une chanson qui dénonce les travers de la téléréalité.


"Bioman, le djihadiste vert" : la chanson de... par franceinter

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandorVous interprétez votre chanson à la radio le vendredi. Vous travaillez une semaine complète pour faire la suivante ?

Je me repose le week-end et le lundi. Le mardi, je commence à suivre sérieusement les informations et lire la presse, mais concernant l’écriture, je ne m’y mets qu’à partir du mercredi.

Il y a un côté jubilatoire à écrire une chanson pour faire marrer les gens ?

L’idée c’est de m’amuser d’abord moi-même. Cela dit, l’équipe de France Inter peut en témoigner, je suis rarement content de ce que je fais. La seule fois où j’ai été content d’une chanson, c’était quand j’ai fait un titre sur le directeur de Radio France, Mathieu Gallet. Là, j’étais content de moi.

Avez-vous la volonté de faire bouger les consciences ?

Pas du tout. Je ne fais que des chansonnettes. Je veux que dans mes chroniques, il y ait un minimum de fond, mais je ne fais pas de la chanson engagée. Ce n’est pas mon créneau. Je veux juste que les gens qui m’écoutent trouvent le sourire.

frédéric fromet,ça fromet!,interview,si tu écoutes,j'annule tout,mandor

Quand Télérama parle de Frédéric Fromet.

S’améliore-t-on de texte en texte, de semaine en semaine ?

J’espère. Je fais en sorte de m’améliorer. Mais, je ne peux pas savoir si j’y parviens ou pas. Ce n’est pas à moi de le dire, d’ailleurs.

Dans vos chansons, vous vous moquez de la société, de nous-mêmes et aussi de vous.

Oui, je ne m’épargne pas. Il y a une chanson sur la course à pied, je parle de moi. Il y a une chanson sur la nourriture bio, je mange bio. Pour se permettre de se moquer des autres, il faut savoir se moquer de soi.

Comment avez-vous choisi les chansons qui figurent dans votre disque ?

Ce sont des chansons déjà chantées dans l’émission, hormis « Le Siècle des Lumières ». Il a fallu faire un choix parmi un stock conséquent de chansons. J’ai choisi des chansons d’actualité, mais qui ne soient pas trop périssables rapidement. Ce sont aussi des chansons qui ont été jouées sur scène maintes et maintes fois. Elles ont toutes un vécu.  

"J'ai tout plein d'amis au Medef", enregistré en live avec Les Ogres de Barback.
Extrait de l'album Ça Fromet ! de Frédéric Fromet. Réalisé, arrangé et orchestré par Les Ogres de Barback.

Quel est le rôle des Ogres de Barback dans ce disque ?

Je n’aime pas les disques, mais je voyais qu’il y avait de la demande et qu’il fallait en faire un. Je me suis adressé aux Ogres qui m’avaient invité sur leur tournée des 20 ans. Après s’être réunis, ils ont accepté de m’aider, mais à condition qu’ils réalisent et qu’ils jouent dessus. C’était Noël pour moi. Ils se sont formidablement occupés de ce disque.

Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Le plus simplement du monde. Je leur ai envoyé mes chansons en guitare voix et, ensuite, ils ont proposé leurs arrangements. Je n’ai jamais eu une remarque à faire. Ils sont vraiment très forts et très gentils. Je les aime beaucoup.

J’ai l’impression que vous êtes dans le doute permanent et que vous n’aimez pas ce que vous faites.

Au début, je pensais que c’était un frein, mais aujourd’hui, je m’aperçois que c’est plus un moteur. Ça pousse à ne jamais relâcher la pression.

Et je suis sûr que vous n’aimez pas les compliments.

Je déteste ça. Je trouve toujours une pirouette pour désamorcer un compliment. Les critiques font plus avancer que les compliments.

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Après l'interview, le 9 novembre 2015, dans un bar de la capitale. 

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15 janvier 2016

Tony Carreira : interview pour Mon Fado

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(Photo:Yves Bottalico)

Le nouvel album de Tony Carreira, le plus populaire de tous les chanteurs portugais, sort aujourd’hui. Après avoir enregistré une vingtaine d’albums, tous couronnés par un public à la ferveur impressionnante, le chanteur a choisi de se pencher sur la tradition musicale de son pays. Il m’a donné rendez-vous au sein de sa maison de disque, Sony, le 27 octobre 2015. L’homme, pourtant une véritable star, est simple, souriant, abordable et extrêmement sympathique... et il ne connait pas la langue de bois.

(J'avais mandorisé son fils, David Carreira, superstar portugaise, lui aussi.)

Argumentaire officiel du disque :tony carreira,mon fado,interview

Après Nos fiançailles, France/Portugal certifié platine en 2014, Tony Carreira revient avec un nouvel album pour son public de France : Mon Fado.

Le fado, genre musical traditionnel portugais, musique du cœur et de l’âme, dont les mélodies se sont propagées dans le monde entier, « c’est l’identité musicale de tout un peuple, ainsi qu’un état d’esprit... le Portugal ! C’est mon fado, peut aussi vouloir dire... C’est mon destin !

C’était peut-être mon destin de revenir un jour vers la France avec l’identité de mon peuple dans mes chansons… C’est mon Fado. »

Pour ce nouvel album, Tony Carreira collabore avec Serge Lama, Gioacchino, Jacques Veneruso ou encore Jorge Fernando, célèbre auteur/compositeur de fado au Portugal qui a travaillé avec Amalia Rodrigues, Ana Moura et aujourd'hui avec la jeune génération dont Mariza, et qui assure sur l’album de Tony la direction des guitares, « ces guitares uniques ».

Tony Carreira dévoile ici plusieurs titres inédits et revisite également de grands airs tels que « Canção Do Mar » (devenu « Elle tu l’aimes » d’Hélène Ségara en France) « Casa Portuguesa », « Avril au Portugal » ou encore « Sodade » de Cesaria Evora.

Tony Carreira en quelques chiffres…

- 28 ans de carrière

- 18 albums

- 60 platines

- Plus de 4 millions de disques vendus.

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(Photo:Yves Bottalico)

tony carreira,mon fado,interviewInterview :

Pourquoi ne donnez-vous plus d’interviews depuis des années au Portugal ?

Il n’y a plus grand chose à dire. J’ai une très bonne relation avec la presse et les médias, moins avec la presse people. Ma vie a été disséquée dans tous les sens. Il y a des mensonges qui sont devenues des vérités. Si je donne encore des interviews, neuf fois sur dix, je connais les questions qu’ils vont me poser. Il n’y a plus d’intérêt. Je ne veux pas qu’on me dise que je radote, que je deviens vieux (rires). C’est une forme de protection. En France, les journalistes me découvrent, n’ont aucun à priori et tout me semble positif et nouveau.

Vous venez de plus en plus souvent en France. Souhaitez-vous avoir une carrière aussi importante que celle que vous avez dans votre pays ?

Au départ de ma vie de musicien, j’ai joué en France quinze ans. Il y a entre moi et ce pays une vraie histoire. Des Olympia, des Zénith, des Palais des Congrès,  des Palais des Sports, j’en ai fait beaucoup. Ces salles ont toujours été pleines, mais uniquement de portugais de France. C’est vrai que j’aimerais beaucoup que les français me découvrent comme artiste portugais.

Vous êtes l’artiste le plus populaire au Portugal, vous avez vendu des millions de disques… ça ne vous suffit pas ?

J’ai eu des propositions pour partir au Brésil faire carrière, j’ai refusé parce que j’étais bien où j’étais et je n’avais pas envie de m’exiler là-bas un an pour faire de la promo. J’ai eu des propositions en langue espagnole à Miami que je n’ai pas accepté pour les mêmes raisons. Il n’y a que la France où je me trouve légitime pour faire une deuxième carrière. J’ai vécu ici pendant 27 ans, ce n’est pas rien.

Clip de "Mon Fado".

Le nom de votre disque porte à confusion. Il laisse supposer qu’il n’y a que du fado dedans.tony carreira,mon fado,interview

Je ne suis pas un chanteur de fado. J’ai trop de respect pour ces artistes qui font leur métier extrêmement bien. Je n’ai jamais été un très fan de fado, à part celui d’Amalia Rodriges. C’est une artiste à part qui a traversé toute les générations. Même si elle est la reine du fado, elle dépasse ce genre musical. C’est une diva.

Et vous, vous êtes quoi ?

Je suis un artiste de variété, tendance pop. Je suis un enfant immigré qui a vécu en France et dont l’école musicale, c’est plutôt la variété française des années 70-80, comme Mike Brant ou Joe Dassin. Je voudrais amener en France quelque chose de différent que ce qu’amènent les artistes extraordinaires que vous avez ici. Si je fais la même chose, je ne vois pas l’intérêt.

Vous chantez avec Adamo, une de mes chansons préférées de lui, « C’est ma vie ».

Adamo, c’est vraiment un immense monsieur. J’ai eu le privilège, dans l’album Nos fiançailles, de rencontrer des artistes de ce gabarit. Lui, il a enregistré sa voix à Bruxelles et j’ai enregistré la mienne à Lisbonne. On ne se connaissait absolument pas. On ne s’était jamais parlé. On s’est rencontré sur une émission de Michel Drucker et nous nous sommes plu immédiatement. Après les répétitions, je l’ai raccompagné en voiture. Sur la route, je lui ai offert une caisse de vin portugais qu’il a beaucoup apprécié.

Tony Carreira - Tour 2016 promo.

Tout à l’heure, en arrivant, je vous ai vu fumer tranquillement devant Sony. Ça, vous ne pouvez pas le faire au Portugal, je pense. Ça vous fait du bien d’être un peu tranquille dans la rue ?

J’aime les deux situations. Mais je vous avoue que si quelqu’un ne me reconnait pas au Portugal, ça m’inquiète (rires). Je suis aussi à l’aise dans les deux cas de figure. Cela dit, en France, il y a pas mal de Portugais et je ne peux pas marcher trop longtemps sans que l’on me demande des autographes ou des selfies…

Tout à l’heure, vous m’avez dit que vous étiez un chanteur de variété, tendance pop. En France, « chanteur de variété » à une connotation un peu ringarde. Vous, vous assumez.

Chez nous c’est pareil, mais je m’en fous. Je ne me prends pas la tête et je n’ai pas pour habitude de cracher dans l’assiette dans laquelle je mange. Je suis fier de ce que je fais. A partir du moment où j’aime ce que je fais et qu’il y a un public qui apprécie le fruit de mon travail, je suis un artiste heureux. Point barre.

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(Photo:Yves Bottalico)

Même après l’incroyable succès que vous avez, est-ce que vous vous habituez à la sortie d’un nouveau disque ?

Quand on a sorti de nombreux albums très bien accueillis, la pression est toujours là pour celui qui arrive. On sait que fatalement un jour, un album aura moins de succès. Comme on estime que le dernier est toujours le meilleur, on a un peu peur. Dans un an, je penserai différemment. Je serai plus objectif. Quand je regarde derrière moi, sur dix-sept albums, je sais que j’en ai trois merveilleux, qu’aujourd’hui j’écoute encore avec énormément de plaisir. J’en ai une dizaine que je trouve un peu en dessous et trois que j’estime franchement mauvais. Ça fait partie du parcours, c’est ce qui m’a permis d’arriver à ce stade de ma carrière.

On ne peut pas vous interviewer sans parler de votre famille. Vous avez deux fils et une fille qui suivent votre trace.

Et pourtant, je ne voulais pas. C’est compliqué pour moi de dire ça, mais pour comprendre, je suis obligé de m’expliquer. J’ai réussi une carrière dans mon pays qui est juste dingue. Mon dernier spectacle de fermeture de tournée, je peux vous montrer une photo, il y avait 300 000 personnes. C’est un truc de ouf. J’ai conscience que faire plus fort que ça, c’est quasi impossible. Je me disais que si mes enfants rentraient dans le monde de la musique, ils seraient éternellement comparés à moi. Je ne voulais pas qu’ils portent ce fardeau d’être comparé au père. J’aurais préféré qu’ils fassent un autre métier, j’ai insisté, je n’ai pas réussi.

Et puisqu’ils sont déjà plongés dedans et qu’ils ont du succès, est-ce qu’au final, ils sont comparés à vous ?

Pas du tout. Au début, Mickaël un peu, mais pas David. Ce sont deux grandes stars portugaises. Leur popularité est extraordinaire.

Le concert de ses 25 ans de carrière à Lisbonne en 2013.

Le plus extraordinaire, c’est que parfois, vous êtes les trois premiers du top portugais.

C’est complètement dingue. J’étais récemment à Lisbonne pour voir Mickaël dans la plus grande salle du Portugal, plus grand que Bercy. Comme il est gentil, il m’a invité sur scène pour chanter avec lui. Je trouve cela extraordinaire. J’ai toujours pris mon métier au sérieux tout en le faisant avec plaisir. Je crois qu’ils ont pris ça de moi. Ils ont vu comment j’ai géré ma carrière et mon comportement… ils ont été à bonne école (rires).

Et votre fille Sara, qui a 16 ans ?

Elle démarre en France. Récemment, elle a participé au conte musical Martin et les fées et jouait le rôle de la fée Célia. Je suis content pour elle, parce que je sais qu’elle s’amuse. Je me suis fait une raison, mes enfants suivent ma trace, je ne peux plus lutter.

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(Photo:Yves Bottalico)

Et vous, vous vous amusez toujours ?

Evidemment ! C’est trop bien de pratiquer un métier que l’on a choisi. C’est un luxe de nos jours. Je monte sur scène, je gagne bien ma vie, les gens m’applaudissent et me disent qu’ils m’aiment. C’est vraiment un métier de privilégié.

Quand on chante devant 300 000 personnes, comment fait-on pour garder la tête froide, pour ne pas se prendre pour Dieu ?

Un jour, Vincent Niclo m’a dit : « Quand je suis allé au Portugal, il y a avait Dieu et Tony au-dessus. » Une phrase que je répète, mais qu’il ne faut pas mal interpréter, c’est de l’humour. En vrai, c’est plus dur de faire un spectacle devant 100 personnes que devant 300 000. Mes shows, c’est de la grosse production, des scènes immenses avec de la lumière partout, de la vidéo… j’aime beaucoup que les gens en aient pour leur argent et je crois pouvoir affirmer que c’est une des clés de ma réussite. Devant 100 personnes, je ne peux pas me cacher derrière tout cet attirail, il faut être à la hauteur.

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Pendant l'interview... (photo: Nathalie Dias).

Vous faites du bien aux gens, ils vous le rendent.

J’ai beaucoup de gratitude envers eux, car ils ont changé ma vie. Il y a 25 ans, je travaillais dans une usine en région parisienne, aujourd’hui, j’ai la vie que j’ai. Il y a du travail, certes, un éventuel talent, mais il y a aussi une petite étoile et de la chance. Je crois que nos vies dépendent un peu de tout ça.

Pensez-vous qu’il y a une entité supérieure qui s’est occupée de votre cas ?

Oui, franchement, je le crois. Mais vous savez, j’ai toujours été un vrai passionné et un rêveur. Quand on est comme ça, on est capable d’écraser des montagnes, parce que vous ne voyez pas les difficultés.

A votre niveau de popularité, que peut-on vouloir de plus dans ce métier ?

Avoir la santé et chanter jusqu’à la fin. Aznavour est l’exemple de la carrière parfaite. Quand on fait ce métier et que le public vous aime depuis 28 ans, dont 18 ans toujours en haut, on ne pense pas à la retraite.

Pour paraphraser Jean-Jacques Goldman, êtes-vous allé au bout de vos rêves ?

La vie m’a donné plus que je ne souhaitais. Et je dis ça depuis longtemps.

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Après l'interview, le 27 octobre 2016 (photo : Nathalie Dias).

14 janvier 2016

Michel Kemper : interview pour Johnny Hallyday, Chansons à la Plume et au Pinceau

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michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandor« J’ai un collègue et ami qui écrit actuellement un livre sur Louane. Ça m’a fait sourire de l’apprendre : je me dis qu’il doit y avoir peu à écrire sur cette jeune fille qui n’a qu’un disque et un film à son actif. Moi, avec Johnny, j’ai un monstre de la scène et plus d’un demi-siècle de Chanson. De chansons et de l’Histoire de la Chanson : et c’est, angle original, dans cette Histoire passée et présente que je le situe dans ce livre. Mais, chut, je n’en dis pas plus. Si ce n’est que c’est gorgé de belles images, souvent irrésistibles, de l’ami Héran. Ça parait le 19 novembre 2015, entre la sortie du cinquantième album studio de Johnny et ses concerts parisiens, tous à guichets fermés. »

Voilà ce qu’a écrit mon ami et confrère Michel Kemper sur son site Nos Enchanteurs, le quotidien de la chanson, le 14 octobre 2015, à propos de la sortie de son livre Johnny Hallyday, Chansons à la Plume et au Pinceau. Au passage, il m’égratigne gentiment, mais Michel Kemper châtie bien quand il aime bien, alors j’ai souri devant cette belle marque d’affection à mon égard. (Oui, parce le collègue et ami qui écrivait à l’époque un livre sur Louane, c’est moi (il sort d’ailleurs le 18 février prochain, soit dit en passant). Et le moqueur Kemper a même participé à cette « biographie »).

Bref, il est chez Mandor pour parler de Johnny, je n’aurais pas parié sur une telle chose il y a un an.

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Argumentaire officiel du livre :

En plus de 250 bouquins, des plus érudits aux livres de photos, tout a été dit sur Johnny, et plus encore. Qu’y apporter de plus ? Michel Kemper et Héran importent le sang neuf d’une plume et d’un pinceau qui ne se prennent pas pour un fan, amènent d’autres angles de vue, une autre focale, d’autres fragrances, un peu d’impertinence et bien sûr de l’humour. Leur grande culture chanson remet Hallyday à sa juste place : celle d’un grand parmi ses pairs, ses impairs aussi, celle d’un navire amiral de la chanson et de ses bateaux-remorqueurs.

Chaque chanson de Johnny fait ici thématique autant qu’écho à d’autres héros, connus ou moins, des paroles et des musiques. De notre patrimoine chanson dont Johnny Hallyday est manifestement un des plus beaux faits d’arme. Mais pas le seul.

L’auteur (biographie volée sans vergogne au site du Centre la Chanson):michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandor

Le 9 octobre 1978 Jacques Brel décède à l’hôpital de Bobigny. Bouleversé par la mort du chanteur, celui qui n’est encore « que » typographe au  quotidien régional Libération Champagne, mais rêve de devenir journaliste, déboule le lendemain à la rédaction son « hommage » à la main. Une « nécro » est déjà prête, mais la chef du service culture préfèrera cependant publier l’article du jeune Kemper. Son premier « papier » ! Pendant 9 ans il signera toutes les chroniques concerts et critiques CD de la région de Saint-Etienne. La plume est précise, travaillée, documentée parfois mordante et sans concession ! Le style tranche avec les comptes rendus  bâclés des localiers plus à l’aise à la fête du cochon qu’à un concert de Loïc Lantoine. La suite logique, ce sera Chorus, auquel il collabore jusqu’à l’arrêt de la revue de référence. La tribu chanson sous le choc erre alors de blogs en blogs parfois mal fagotés jusqu’au jour où, de ce cyber-foisonnement, émerge le site d’un Kemper bien décidé à redonner espoir à une planète «  chanson » désenchantée : NosEnchanteurs est né ! Et en quelques années, l’auteur d’une biographie pour le moins boycottée de Bernard Lavilliers va séduire de nombreux  lecteurs visiblement preneurs d’une information quotidienne sur l’actualité d’une chanson dont la profusion est inversement proportionnellement à la pauvreté des médias du secteur. Pour de nombreux artistes, un seul mot d’ordre: obtenir le label Kemper !

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michel kemper,johnny hallyday,chansons à la plume et au pinceau,interview,mandorInterview :

Ce livre fait partie d’une collection, peux-tu m’en parler ?

Une collection qui est née en 2013, avec un premier tome sur Brassens, partagé entre Jean-Paul Sermonte et Jean-Marc Héran. Puis en 2014 avec Renaud : là ; c'était Baptiste Vignol et Héran. C'est par Baptiste que j'ai découvert cette collection et que je me suis lié d'amitié avec Jean-Marc. Il y a eu ensuite au printemps 2015 le Brel, entre Bruno Brel et Héran. Et un jour, Héran m'a proposé le Hallyday. Le soir même, je domptais mon oreille en écoutant l'idole des toujours-jeunes.

Peux-tu comprendre que ceux qui te connaissent et qui connaissent ton travail s’étonnent du sujet de ton livre ?

Oui, bien sûr. Si on m'avait dit un jour que j'écrirais un livre sur Hallyday, je n’y aurais pas cru. Mais j'avais donné la réponse en fait il y a bien longtemps. J'étais pigiste au Progrès, spécialisé dans la chanson. Et ma chef de service m'a demandé un jour si je considérais qu'Hallyday c'était aussi de la chanson. J'ai répondu que oui, c'était trop difficile de soutenir le contraire. Et j'ai suivi Hallyday dans l'enfer vert de Geoffroy-Guichard. Le site NosEnchanteurs, qu'on considère un peu comme l'héritier de Chorus, est né, lui, de trois papiers sur Hallyday. Comme quoi... Hallyday c'est de la chanson et, de la façon dont je l'ai traité, les gens qui connaissent mon travail, qui certes ont été surpris (parfois pas qu'un peu), se retrouvent dans mon livre. Car j'y parle d'abord et avant tout de chanson. Et c'est fou comme ce livre grouille de chanteurs et de chansons. Je vais faire un aparté puisque l’on parle de chansons: j'ai un ami et collègue qui vient d’écrire un livre sur Louane. Si, si, ne riez pas ! Lui aura plus de mal à justifier son livre que moi le mien !

(Et bim ! Deuxième cassage en règle. Michel arrête de m’aimer s’il te plait !)

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Johnny Hallyday représente quoi pour toi, grand amateur de belles chansons françaises ?

D'abord le souvenir des années soixante et soixante-dix, quand la radio familiale déversait des tonnes de tubes, parmi lesquels « Oh ma jolie Sarah », « Que je t'aime » et « Noir c'est noir ». Ensuite il représente l'industrie du disque – à priori pas ma tasse de thé, donc –. Et un mystère tout de même : 55 ans de carrière, les hauts les bas, toutes les modes, comme un caméléon (en un seul mot, svp). Moi, ça m'a donné l'occasion d'explorer ce demi-siècle avec gourmandise.

Il y a 43 chansons décryptées, des très connues et d’autres plus confidentielles. Choix cornéliens ?

Ça ne m'a pas ébranlé. J'ai fait un choix composé de grands titres, d'époques différentes et de chansons pour moi inconnues qui me semblaient pouvoir être prétextes à raconter des bouts de vie, celle d'Hallyday comme la mienne, les nôtres. Par des thématiques parfois surprenantes telles que la défense de l'environnement ou la publicité. Jean-Marc Héran, le dessinateur, m'a soufflé deux ou trois titres auxquels il tenait particulièrement. Et l'ami Yves Jamait, dès qu'il a sût sur qui je bossais, a tenu à me conseiller des titres, lui le très grand amateur de Johnny. J'en ai pris quelques-uns effectivement, et pas les plus faciles.

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Il y a de très nombreuses biographies sur Johnny. Tu n’as pas eu peur de ressasser ?

Ah non, je n’ai pas fait une bio, surtout pas. J'ai lu ou survolé quelques bouquins sur Hallyday et je me suis ennuyé. Pleins de choses, des chiffres à la pelle, mais ça me semblait manquer de vie. Moi, par 43 entrées, j'essaye de retrouver cette vie mais aussi la vie de la chanson. Avec des pirouettes, de l'humour. Un peu d'impertinence aussi.

Ce doit être difficile de trouver des choses inédites à dire…

La matière chanson que j'ai utilisée est, à peu de chose près, inédite. J'ai voulu mettre Hallyday dans la chanson, le considérer par cette focale-là. J’ai eu surtout du mal à limiter mes textes pour qu'ils entrent dans les pages leur étant attribuées. Le sujet « Hallyday » est passionnant pour qui daigne s'y intéresser.

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Chaque chanson, sa période et sa thématique. C’est une vraie enquête sociologique sur la France des années 60 à nos jours finalement.

Oui, j'aime à retrouver des moments, des périodes Des endroits aussi. Dans mon livre sur Lavilliers, c'était pareil sauf que j'avais plus de place pour détailler, décrire... L'exercice Hallyday consistait à restituer une chanson en 3000 signes. Le pourquoi, le comment si besoin est, la situation de Johnny à ce moment-là, l'odeur, l'ambiance de l'époque et ce qui se chantait à l'unisson des chansons de Johnny. C'était passionnant et souvent drôle. Ma documentation allait tous azimuts, parfois très loin du sujet initial. De toute façon, pour en revenir à ta question, je tiens la chanson en son ensemble pour un traité de sociologie. Je suis content aussi d'amener aux amateurs de Johnny d'autres pistes, d'autres chanteurs, d'autres chansons. Profiter d'un livre sur Johnny pour parler de Brassens, de Bécaud, de Loïc Lantoine, de La Blanche, des Fatals Picards, de Barbara, de Yannick Le Nagard, de Cali, de Souchon et d'autres, ça me plait : je suis dans mon élément, dans l'éducation populaire !

Les dessins de Jean-Marc Héran sont souvent drôles. Tu as écrit tes textes après avoir vu les dessins ?

Oui ils sont souvent drôles. Mais pas tous, un dessin n'ayant pas toujours la fonction d'être drôle. Quand, tout fier de moi, j'ai dit un soir à Héran que je venais d'écrire sur une chanson traitant du viol (« Les chiens de paille », une idée d'Yves Jamait), j'ai senti, à l'autre bout du fil, que Jean-Marc ne débordait pas d'enthousiasme à l'idée de dessiner un viol. Voyez ce qu'il en a fait dans le livre : c'est une des plus belles pages. Jean-Marc de son côté, moi de l'autre, avons, lui par le pinceau, moi par la plume, tenté une lecture de chaque chanson. Je n'ai pas écrit sur ses dessins, lui n'a pas illustré mes textes, ce n’est pas le principe de cette collection. Mais parfois on se retrouve sur la même idée.

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Johnny, au fond, tu l’aimes ?

Ce qui est sûr c'est que je ne le déteste pas, encore moins maintenant. Surtout s'il contribue à ma fortune (rires). C'est un bonhomme important de la chanson. Et je suis content que ce livre soit tombé sur moi. Au moment de dire oui à ce livre, je le connaissais moins que le moindre de ses fans. Mais j'ai fait des progrès, je peux à présent tenir la conversation y compris avec des licenciés ès-Hallyday. J'aime bien le personnage malgré des tas de trucs qui m'irritent au plus haut point. Il m'est devenu un personnage littéraire. Et j'aime ça.

Johnny, en trois mots ?

Sylvie, Nathalie, Laeticia. J'ai adoré les faire vivre dans ce livre !

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09 janvier 2016

Raphaële Lannadère : interview pour la sortie de L.

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Raphaële Lannadère, alias L., est une artiste que je suis depuis son premier EP. Je me trompe souvent sur le devenir des artistes, mais là, il me semble que je n’étais pas passé à côté. En 2008 (il y a 8 ans), dans ma première mandorisation, je lui prédisais un bel avenir. Dans la seconde, en 2011, elle est en session acoustique devant des caméras et déjà, elle avait pris de l’assurance. Il faut dire que tout lui souriait.

Cette jeune artiste française, auteure, compositrice et interprète, ose un chant très personnel. Sensuelles et féminines, ses chansons mêlent rock, electro, trip-hop ou tango. C’est cet alliage-là qui fait la singularité de Raphaële Lannadère.
Elle s’inscrit dans la grande lignée d’une chanson intemporelle, tout en s’ancrant dans une réalité et des considérations très contemporaines.
Le 1er décembre 2015, je me suis rendu dans les locaux de sa maison de disque, tôt Ou tard, pour une troisième interview, le lendemain de son concert enthousiasmant au Café de la Danse.


raphaële lannadère,interview,l.,mandorBiographie officielle (écourtée et triturée) :

C’est sa voix qui vous happe.
Sa voix que l’on retient, comme un sortilège antique, irrésistible, sirène des temps modernes. Pour le public et les professionnels, l'histoire commence en 2008. Cette année-là, son EP  Premières Lettres suscite rapidement la curiosité des médias. Il lui permet d’être repérée par les Inouïs du Printemps de Bourges, le chantier des Francos.
Deux ans plus tard, celle qui se fait encore appeler L., signe avec le label tôt Ou tard, et poursuit l'élaboration de son premier album. Initiale voit le jour en avril 2011, réalisé par BabX. C'est l’engouement : Prix Barbara, prix Félix Leclerc de la chanson, finaliste du prix Constantin, nomination « artiste révélation » aux Victoires de la musique 2012, et disque d’or. Tout le monde reconnaît là un auteur-compositeur comme on n’en avait plus vu depuis longtemps. A sa Une, Télérama va jusqu'à titrer : « La chanson française, c’est L ». Saluant l'éclosion d'une artiste rare.




Ses mots, leur sensibilité, leur force ont déjà conduit de grands interprètes à faire appel à ses talents de « faiseuse de chansons » (Camélia Jordana, Patrick Bruel ou Julien Clerc).

L’argumentaire de l’album L. :raphaële lannadère,interview,l.,mandor

Aujourd'hui, ses mots s’affinent encore. Dans ce second album, ils se précisent. Figurent une poésie moderne et une vision du monde qui témoignent d'un état de grande porosité, à l'égard de ce qui l'intrigue, l'amuse, la bouleverse. Le verbe est juste ; les textes, fluides. Ils nous entraînent au cœur de ses pensées et d'émotions tant universelles que personnelles. Après une tournée riche de plus de 150 dates, Raphaële Lannadère prend alors la route, seule, au volant d’une petite voiture, pour retrouver, réaménager, formuler, malaxer ou inventer ses mots en changeant d’air. Son chemin la mènera au pied du Mont Ventoux, où elle va poser ses valises et ses instruments, travailler en solitaire, chercher la trame de ce nouvel album, avant de retrouver ses musiciens et donner vie à ses chansons.

Pour cette nouvelle aventure, c’est avec Julien Perraudeau (Diving with Andy, Jacques Higelin, Christophe, Rodolphe Burger) son bassiste d’alors, qu’elle a choisi de collaborer. Ensemble, ils ont réalisé et construit L., un album ouvertement et délicatement électro. Empreint de sincérité et d’élégance.

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raphaële lannadère,interview,l.,mandorInterview :

Hier, au Café de la Danse, j’ai trouvé que tu étais plus libre, plus détendue, plus à l’aise que d’habitude. Je me trompe ?

C’est très juste. La musique de cet album y est certainement pour beaucoup, mais pas seulement. J’ai fait beaucoup de scènes ces deux dernières années et peut-être aussi que l’âge que je prends me fait évoluer ainsi. Je suis beaucoup plus heureuse aujourd’hui. Plus le temps passe, plus je suis épanouie et plus je trouve tout plus facile. La vie notamment. A presque 35 ans, j’ai plus de facilité à être dans le monde. J’ai moins peur et je me sens mieux dans ma peau.

Ça se voit sur scène, je t’assure. 

Tout est plein, doux et rond quand je suis sur scène. Je me sens vivante comme jamais. Hier, avec l’accueil des gens, les applaudissements entre tous les morceaux, j’ai eu la sensation de n’avoir jamais vécu un truc pareil. Parfois, j’avais envie de pleurer tellement j’étais émue. Je n’en revenais pas. J’ai trouvé que c’était d’une intensité dingue.

J’ai remarqué que les morceaux du premier album, en version plus electro, ça le fait aussi !

Avec mes musiciens, quand on a commencé à répéter, on a été très surpris que ça marche. A la base, Julien Perraudeau et moi, nous n’étions pas motivés pour transformer les anciens morceaux. On a commencé avec « Jalouse » et, grosse surprise, on a vite remarqué que ça marchait. Du coup, cela nous a motivés pour continuer à transformer musicalement les titres du premier disque.

Tu viens de citer Julien Perraudeau. Vous n’étiez que tous les deux pour concevoir cet album… C’est l’idéal de travailler ainsi ?

Je ne sais pas si c’est l’idéal, mais j’ai adoré travailler avec lui comme ça. C’était un grand bonheur.

Clip officiel de "J'accélère" tiré de l'album L.

Il y a un changement de direction musicale évident entre tes deux albums.

Quand j’ai commencé à enregistrer seules mes premières maquettes pour cet album, c’était de l’electro. Ça a donné la direction vers laquelle je souhaitais aller. J’ai un peu fait ça pour me marrer et parce que c’est ce genre musical que j’écoute. Enfin, j’écoute surtout des gens qui font de la musique un peu hybride. J’aime écouter des couleurs musicales qui m’intriguent. Avec Julien, on a utilisé beaucoup de petits synthés, ni analogiques, ni chics. L’idée, c’était de se dire qu’il fallait faire des chansons qui devaient supporter n’importe quelle orchestration. Le support, on s’en foutait. Ce n’était pas le propos.

Ça m’a frappé hier  quand je t’ai vu et entendu sur scène. Tes mots ont du sens, mais ont aussi un son qui s’intègre parfaitement à la musique.

Quand il n’y a pas de sens, je m’ennuie. Il est impératif qu’il y ait les deux. Ça permet de se mettre dans un rythme. C’est ludique de faire sonner les mots. Bon, en règle générale, les gens qui écrivent bien savent faire sonner les mots.

La chanson doit-elle nécessairement transmettre un message fort à chaque fois ?

Je ne sais pas. Même quand je fais passer des messages, je ne le fais jamais trop au premier degré. Je trouve que sinon, c’est un peu rêche. Je parle juste de sujets qui me touchent, qui me concernent et dont je pense qu’ils peuvent concerner d’autres personnes.

"Elle flâne" (en version acoustique) tiré de l'album L. (avec BabX au piano).

Est-ce que tu t’amuses quand tu écris des chansons ?

Oui, quand j’écris des chansons qui ne me sont pas destinées. Quand j’écris mes propres chansons, elles sont souvent très denses et ça me demande tellement d’investissement, de concentration et de disponibilité que c’est fatiguant émotionnellement. Je plonge si profondément en moi que je ressors très éprouvée.

On sait que tu as écrit pour Camélia Jordana, mais aussi pour des artistes comme Patrick Bruel et Julien Clerc…

Je suis très flattée, car ce sont eux qui m’ont demandé. Bon, Camélia, c’est la famille, donc je n’en parle pas. Pour Julien Clerc, ça a été difficile pour moi car il m’a demandé quelque chose que je sais moins bien faire. Il m’a demandé d’écrire un texte sur une musique déjà existante… ce n’est pas ce que je préfère faire. Patrick Bruel, lui, m’a demandé une chanson, alors ça, quel bonheur !

Je crois savoir que votre rencontre a été très touchante.

D’abord, il m’a invité comme « découverte » dans l’émission de Michel Drucker. Il est venu me voir dans les loges pour me dire qu’il était très heureux de me rencontrer, qu’il adorait mon premier disque et aussi qu’il adorait les deux premiers disques de David (Babx) et l’album de Camélia Jordana, bref, tout mon univers musical. Là, j’ai compris qu’il ne se moquait pas de moi (rires). Il a commencé à comparer ces quatre albums-là en argumentant. Il connait presque par cœur les chansons, j’ai halluciné. Il s’est même mis à chanter la chanson que j’avais écrite pour Camélia, « Je pars ». J’ai failli tomber par terre. J’ai compris qu’il aimait vraiment ce que l’on faisait et défendait. Il m’a juste donné son numéro, sans prendre le mien, ce que j’ai trouvé d’un chic exquis. Sa proposition était simple : « J’aimerais avoir une chanson de toi pour mon prochain album. Si tu en as envie, si tu as une idée, j’en serais très heureux.»

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C’est amusant parce qu’on s’imagine mal Raphaële Lanadère écrire pour Bruel. Ce n’est, à priori, tellement pas le même monde musical.

C’était génial de se mettre dans sa peau à lui. Je vais t’avouer une chose. Quand j’étais petite, je l’écoutais. Quand j’avais huit ans, mes trois premiers CD étaient Thriller de Michael Jackson, le double blanc des Beatles et un album live de Bruel. Ça m’a donc hyper touché de travailler pour lui

Il y a d’autres artistes pour lesquels tu aimerais écrire et composer ?

Les grands artistes de variétés me fascinent. J’adorerais travailler pour Johnny Hallyday, Patricia Kaas, Lara Fabian... tous ces interprètes m’intéressent énormément.

Michel Sardou ?

Pas du tout. Il est trop de droite. Pour moi ce serait impossible de travailler pour lui. Il a des chansons tellement pétainistes

Mets-tu toujours un peu de toi dans tes chansons ?

Oui, évidemment. Ce n’est pas possible de s’extirper de sa condition, de sa vie, de son expérience, quand on écrit une chanson. Après, ce qui est rigolo, c’est de mélanger la part fictionnelle et véridique. J’ai l’impression de faire des allers-retours entre la réalité et l’invention en permanence.

Parfois, on écrit une chanson avec un thème bien précis et l’auditeur en comprend un autre. Cela vous amuse ?

J’adore qu’une personne s’approprie une de mes chansons en la comprenant comme il le souhaite. Il y a des chansons de Ferré dont on peut avoir soi-même différentes compréhensions à différentes époques de sa vie. Certaines de ses chansons sont vraiment des compagnons pour moi. Je n’en avais pas les mêmes lecteurs à 18, 28 et aujourd’hui à 35 ans. Je trouve ça génial les différents niveaux de lectures.

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Vous aimez Ferré et bien d’autres poètes. Vous font-ils de l’ombre lorsque vous écrivez ?

Avant, mais aujourd’hui c’est fini. Ça reviendra peut-être, mais j’ai l’impression de m’en être affranchie. Il faut s’autoriser à écrire sans penser aux maîtres. A ce sujet, il faut lire Aragon. En gros, dans l’introduction de « Les yeux d’Elsa »,  il écrit « rassurez-vous les mecs, il n’y a pas de création, il faut juste pomper, pomper… et recréer ». C’est génial !

Aragon dit qu’on n’invente pas grand-chose alors ?

On parle tous de la même chose depuis la nuit des temps. Finalement, c’est touchant de se rendre compte que ce sont les mêmes événements et sentiments qui nous étonnent et qui nous émeuvent depuis toujours. Après chacun raconte ça avec son propre regard, son angle, son style.

Vous lisez beaucoup ?

Pas assez. Je lis beaucoup moins depuis que j’écris. J’adore lire de la poésie parce que c’est très court. Ça me convient très bien. Pour lire un roman, il faudrait que je sois peinarde… et je le suis de moins en moins. C’est bizarre ce que je vais te dire, mais depuis que j’écris, j’ai de plus en plus de mal à m’attacher aux personnages des autres. Je trouve ça dommage, mais je n’y peux rien.

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Après l'interview, le 1er décembre 2015, dans les locaux de sa maison de disque.

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