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03 décembre 2015

Oxmo Puccino : interview pour La voix lactée

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(Photo : Vincent Desailly)

Voix majeure du rap français en même temps que chanteur et chantre du métissage musical, Oxmo Puccino est l’un des artistes majeurs de la scène française. « Fils des cités comme des chansonniers, Oxmo Puccino milite pour un rap poétique, libéré des clichés et du culte de la réussite. » dixit Télérama. Dans son huitième album, La voix lactée, il fait l'éloge de la lenteur et du temps nécessaire à la réflexion, « une question de survie ». Oxmo Puccino est un observateur de son temps qui noue une relation fraternelle avec son public depuis 20 ans. Ce n’est pas la première fois que je le rencontre, mais c’est toujours agréable d’avoir des conversations qui te portent vers le haut. Le 28 septembre dernier, je l’ai interviewé dans les locaux de sa maison de disque Cinq7.

oxmo puccino,la voix lactée,interview,mandorArgumentaire officiel :

2 disques d'or, 2 victoires de la Musique ont couronné un artiste hors norme, un observateur de son temps qui depuis 20 ans a noué une relation fraternelle avec son public.

Après une parenthèse enchantée Au Pays d'Alice aux côté de Ibrahim Maalouf, Oxmo Puccino revient avec La Voix Lactée un nouvel album coréalisé avec Renaud Letang (Feist, Liane La Havas, Gonzales...). Oxmo Puccino surprend à nouveau et revisite les codes du hip-hop. Il réussit le tour de force de renouveler son écriture, plus directe mais toujours emplie de poésie et d'humour. Tour à tour conteur, rappeur ou chanteur, l'icône du rap français n'a rien perdu de son flow et de sa plume aiguisée.

Synthèse parfaite d'un artiste ayant exploré différents horizons musicaux et revenant à ces premiers amours, on y retrouve la verve du Black Desperado, le côté obscur de l'agent spécial Jonxmoke, la puissance du Black Jack Brel.

Le résultat : un album lumineux et direct, évidemment musical, éternellement hip-hop. Entouré de ses musiciens magiciens, Oxmo Puccino nous partagera ces nouvelles mines de cristal et nous promet une tournée électrisante.

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(Photo : Vincent Desailly)

oxmo puccino,la voix lactée,interview,mandorInterview :

Ce qui est bien dans ce que vous faites, c’est que ce n’est jamais la même chose. Aucun album ne se ressemble.

Ce n’est pas facile de prendre un nouveau chemin à chaque fois. C’est même un risque, mais c’est ce qui permet de ne pas s’ennuyer et de reconnaitre les fervents.

Reconnaitre ceux qui suivent toutes les directions que vous prenez, c’est ça ?

Ce qu’il y a de commun à toutes les directions que je prends, c’est moi. Ma façon de voir les choses, mon point de vue sur les sociétés dans lesquels nous vivons. Donc, ceux qui sont fervents, la plupart du temps, sont ceux qui comprennent que mon travail est une démarche artistique globale.

Vous tissez votre toile d’araignée quoi !

Exactement. Parce que pour moi, tout est lié. Vous pouvez parler de confiture et comprendre le lien avec les insectes. Il suffit de trouver le beau cheminement. Je ne suis jamais en manque d’inspiration, car quand je ne trouve pas l’idée que je cherche dans un panier, je vais la chercher derrière moi… et souvent, je la trouve.

Est-ce que le public vous suit alors ?

J’ai des fans de base qui sont pour moi comme des amis. Non seulement ils me suivent, mais ils montent dans le bateau, indépendamment de ce que je vais proposer. Ils me pardonnent si le voyage ne leur a pas plu, mais ils attendent déjà le prochain départ.

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(Photo : Vincent Desailly)

Textuellement, il y a une certaine continuité, mais pas vraiment dans la musique.

Dans ce nouvel album, la musique est plus synthétique, plus froide, moins organique. Elle est moins fouillée en termes de composition. Elle est plus minimaliste.

Elle est moins fouillée en termes de composition ? Je trouve que c’est exactement le contraire. Ca fourmille d’idée dans tous les sens.

Sincèrement, vous avez peut-être raison. Je manque de recul pour pouvoir décrire la musique de ce disque de manière formelle et cohérente, parce que la peinture est encore trop fraîche. Il y a beaucoup de couches. Certains morceaux comme « Ton rêve », c’est comme une sorte de transe. On se laisse porter par un rythme qui tourne, sans trop de perturbations, mais c’est très riche et dense. Sur mes trois derniers albums, en termes de composition, c’était beaucoup plus fouillé, en termes d’évolution harmoniques aussi d’ailleurs. Là, on a utilisé des boites à rythmes, il y a beaucoup plus de synthétiseurs. Utiliser des synthétiseurs donne un côté « électronique » qui est moins chaleureux qu’une guitare ou qu’un piano.

C’est l’effet Renaud Letang ?

C’est l’effet Renaud Letang/Oxmo Puccino. Nous avons beaucoup travaillé ensemble. Vous savez, j’ai une certaine vision d’un objectif à atteindre. Mais sur le chemin, je peux me rendre compte que je suis en train de me tromper. C’est accepter mes erreurs qui me permet d’évoluer. Un jour, je suis venu voir Renaud sans l’envie de rentrer en studio. Mais au fur et à mesure des discussions et des choses qu’il me faisait écouter, cela m’a provoqué une sorte d’impact. Et très vite, je me suis rendu compte que l’on avait de quoi faire un album qui ne correspondait pas à ce qui avait déjà été fait… et qui était solide. J’ai donc emmené des maquettes qui sonnaient bossa nova, latino, brésilien, colombien et lui s’est chargé de remettre tout ça à l’heure d’aujourd’hui, sans perdre l’émotion que j’avais dans mes maquettes. On a fini l’album comme on l’a voulu, comme on l’a senti.

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(Photo : Vincent Desailly)

Il y a plein de thèmes différents qui peuvent être légers ou graves. Parlez-vous de vous dans vos chansons ?

Je ne suis pas toujours dans les situations que je décris, je m’inspire aussi de ce qu’il se passe dans la vie de mes amis et autour des gens que je fréquente. On pense qu’on est seul au monde à vivre quelque chose, mais d’autres personnes vivent les mêmes faits, même s’ils n’en parlent pas. On peut partager et réduire une souffrance, juste en l’évoquant. Je parle de sujets pas toujours très drôles, mais en tentant de trouver leur penchant positif. Je rentre par une petite porte afin de découvrir quelque chose d’important et d’essentiel.

Une chanson comme « Un week-end sur deux », je me suis demandé si vous l’aviez vécu.

La vie de famille est quelque chose qui est très difficile à maintenir. On est tous les jours au bord d’une faille. Ça fait partie de la vie et forcément, je me suis mis dans le cas de figure où je devrais élever ma fille à distance. J’ai des amis qui ont vécu ça pleinement. J’ai la chance d’avoir assez d’empathie pour me mettre à leur place. Je ne suis pas dans le déni. La question que je me suis posé dans ce titre, c’est : si cela m’arrivait, qu’est-ce qu’il se passerait, comment j’agirais ?

J’adore la façon que vous avez d’interpréter la chanson « Cheval sur ».

C’est le morceau va-t-en-guerre de l’album, en même temps, c’est une démonstration technique de ce qu’est le rap. Dans ce morceau, je suis à cheval sur l’impossible et si on ajoute l’accent circonflexe sur le u, ça devient « A cheval sûr ». Ça veut dire que la manière dont on veut avancer dépend énormément de qui on s’entoure. Il faut toujours prêter attention aux anciens, à ceux qui ont l’expérience, parce qu’ils en sauront toujours plus que vous. Avec l’évolution de la technologie aujourd’hui, quelque chose s’est brisée : le sens de la transmission. Je trouve ça dommage parce que je pense qu’on a toujours besoin d’un mentor pour avancer.

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(Photo : Vincent Desailly)

Dans ce disque, vous parlez beaucoup aux jeunes.

Si on ne fait pas attention à qui on se confie, on finit par être le dindon de la farce. Ce que je remarque dans la nouvelle génération, c’est que pratiquement personne ne retient les leçons des erreurs des ainés. C’est dommage. C’est comme si nous nous étions trompés pour rien.

Il faut pourtant se tromper pour avancer.

Oui, mais on peut limiter les erreurs. Il y a des dégâts qui sont irréparables, ensuite, il faut se les coltiner toute sa vie. Un mentor peut vous éviter cela. Moi, j’ai eu des mentors qui m’ont permis d’éviter beaucoup de choses. Je pense à un de mes premiers managers, Rick vlavo, à celle qui a dirigé pendant douze ans le label musical Delabel, Laurence Touitou et à ma manageuse actuelle, Nicole Schluss. Ils étaient là pour me prévenir des dangers de certains passages de vie.

J’ai l’impression que dans le métier, vous avez désormais une stature de « sage ».

J’ai toujours essayé d’aller dans l’arrangement. Et avec le temps, le ton se fait plus doux.

Vous sentez-vous appréciez de la jeune génération ?

Dans le milieu du rap, les fans ne voient que les artistes qu’ils apprécient et tous les autres n’existent pas. Pour un fan de Youssoupha, de Maître Gims ou d’Abd al Malik, je peux ne rien représenter. Ma position restera toujours incertaine, j’en suis conscient. Rien n’est acquis à vie. Mais j’aime bien ma position un peu à part. Vraiment.

Vous faites attention à ce que l’on dit de vous ?

Non. Je dis toujours que ce que l’on dit de moi est vrai. Il n’y pas de fumée sans feu et tous les malentendus sont possibles. Même si ça ne correspond pas, c’est juste une part de vérité qui a été mal traduite.

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(Photo : Vincent Desailly)

Être connu et reconnu, vous en pensez quoi ?

C’est étrange que la notoriété soit prise comme un caractère de la réussite. C’est étrange également que l’on puisse penser qu’être célèbre, c’est d’avoir réussi. Dans certaines chansons, j’essaie d’apporter une certaine vision sur cette notion qui est totalement incomprise des deux côtés. C’est-à-dire par les personnes qui se font tout un monde de la célébrité et par ceux qui la vivent. Personne n’y comprend rien. La célébrité est un accident et je trouve que ceux qui la cherchent c’est parce qu’ils ont un manque d’affection mal placé.

Vous aimez la célébrité ?

Pas du tout, mais je m’en arrange. Je suis quelqu’un de très discret, je sors peu. Je ne fais rien pour que l’on me reconnaisse.

Pour être artiste, il faut quand même avoir un peu d’ego en soi, non ?

Non. Il faut avoir un amour propre pour pouvoir suivre sa passion en toute intégrité et pour créer quelque chose qui lui ressemble… en suivant sa voie intérieure, bien sûr.

Clip de "Une chance", premier single tiré de l'album La voix lactée.

Le premier single de ce disque est « Une chance ». C’est un message pour dire aux gens de la saisir quand elle se présente ?

Je veux dire : ce qu’il vous arrive de mal est peut-être la conséquence d’avoir manqué la chance. C’est un appel à regarder sur soi et autour de soi. Un appel à faire attention à toutes ces occasions que vous avez manqué et à la prochaine qui pourrait changer votre vie. Il ne faut pas se plaindre de ce que l’on a laissé passer et il ne faut pas mettre cela sur le compte de la malchance.

Avez-vous le temps d’avoir du recul entre deux albums ?

A peine arrivé à la fin d’un projet, je pense déjà aux deux suivants. Je suis dans une machine à laver en permanence, entre le séchage et le lavage. Alors, effectivement, j’ai un peu de mal à prendre du recul et ma vie est dans le chamboulement total.

Vous menez une vie de créativité constante.

Je ne cesse jamais de créer. J’ai trop de sources d’inspiration pour me permettre de m’arrêter. C’est là qu’à la fois je prends énormément de plaisir, que je me repose et que j’ai l’impression de changer le monde. J’échange beaucoup d’idées avec d’autres chercheurs en bien-être.

« Chercheurs en bien-être ». Quelle jolie expression ! C’est ça un artiste ?

Non. Pour moi un artiste révèle la beauté de la nature qui pourrait être invisible à l’œil nu. La musique, ce n’est rien que des chants d’oiseaux ou du bruissement du vent dans une forêt de bambous qui a été harmonisé pour être accessible à tous. Le chercheur de bien-être, c’est celui qui destine cette traduction de manière consciente, c’est celui qui crée pour apporter du bien à son prochain.

Clip de "Slow Life", deuxième single tiré de l'album La voix lactée.

On s’habitue à la sortie d’un nouvel album ou c’est un éternel recommencement ?

A chaque fois, c’est un redémarrage. Le savoir ne change rien à l’affaire. C’est toujours des questionnements et puis, ça arrive toujours à une étape de notre vie qui est nouvelle. On se demande si le discours, la cohérence, l’époque dans laquelle ce disque ce situe est dans le bon timing. Suis-je décalé, dans les temps, en avance, à l’heure ?

J’ai l’impression que ce disque a été aussi pensé pour la scène, non ?

Avec cet album, j’ai vraiment hâte de retourner sur scène. Ça va être plus simple en apparence. Depuis des années j’intègre du jeu, de l’interaction avec le public, il y a un côté théâtral, des directions musicales, une scénographie. Je compte changer tout cela dans la prochaine tournée liée à ce disque. Ce nouvel album est dans l’énergie. Il est plus rythmé, plus relevé, plus rapide. Les refrains sont plus accrocheurs, plus fédérateurs… On va s’éclater.

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Pendant l'interview...

Est-ce que l’on peut dire que La voix lactée est votre album le plus « populaire ».

Je ne sais pas parce que je ne connais pas les critères de ce que nous pouvons qualifier de « populaire ». Ce que je sais, c’est qu’il y a moins de mélancolie et plus de joie. J’ai une amie très proche qui m’a dit que c’était l’album d’un homme heureux. C’est la première fois que l’on me suggère cette idée-là. Elle a sûrement raison. Je trouve que je suis heureux. Je l’ai voulu, envers et contre tout.

Le chemin pour parvenir à une certaine sérénité et à un certain bonheur est long ?

Il est long et tortueux. Il ne passe pas par où on l’a prévu... Ca révèle toute la beauté d’un parcours.

Vous êtes fier de ce disque ?

Extrêmement.

Cela vous est-il arrivé de ne pas être fier d’un disque ?

Non, parce qu’à chaque fois, j’y ai mis de mon mieux. Lorsqu’il y a des lacunes, j’en suis conscient. Mais j’ai toujours des ambitions qui dépassent ce que je peux faire. Il faut viser la lune pour toucher le ciel (rires).

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Après l'interview, le 28 septembre 2015.

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28 novembre 2015

Geneviève Morissette : interview pour Me V'là

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Radios, magazines, webzines (et la Fnac) ne parlent plus que de ce phénomène venu de chez nos cousins d’outre Atlantique… Geneviève Morissette ! Elle vient de sortir en fanfare son premier album, Me v’là (Balandras éditions/ EPM/ Universal). Comme tous mes confrères et certains artistes me parlaient d’elle, je suis donc allé la découvrir aux Trois Baudets, lors de la soirée de lancement du disque. Le 10 septembre dernier. Et là, j’ai vu une pétillante (et excentrique) femme de mots. Une bête de scène comme on n’en fait moins, qui chante l’usure du couple, les menstruations ou l’accent québécois avec une énergie qui vient du rock.
La France est tombée en amour d’elle (Forum Léo Ferré d’Ivry, Manufacture de la chanson de Paris, Printemps de Bourges off…etc) et moi aussi.

J’ai rencontré la divine artiste à l’agence le 7 octobre dernier. Une constatation s’impose : même en interview, la dame est explosive et chaleureuse.

geneviève morissette,me v'là,interview,mandorBiographie officielle, mais modifiée et raccourcie (donc pas si officielle que cela finalement):

A l’adolescence, « la Morissette » hérite d’un vinyl de Janis Joplin dont elle adopte illico le style capillaire. C’est la révélation. La Québécoise serait chanteuse sur glace, et c’est en effet devant l’miroir qu’elle s’exerce en cachette, pendant des années.

Des scènes de concours québécois comme le Festival de la chanson de Granby où elle s’est distinguée avec quatre prix dont le celui des rencontres d’Astaffort dirigé par Francis Cabrel. C’est d’ailleurs là qu’elle croise Oldelaf avec qui elle compose un duo et Émilie Marsh qui devient plus tard, la directrice musicale de son groupe rock. La Morissette marche fièrement sur les traces de ses parents : Robert Charlebois et Diane Dufresne. Tout fraichement débarquée à Paris au début de l’année 2015 avec sa valise avec la ferme intention de mettre ses maudits cousins à genoux, la Morissette petit à petit a fait son nid.geneviève morissette,me v'là,interview,mandor

Olympia en juin 2014 lorsque Lynda Lemay l’a invitée à la rejoindre sur scène pour chanter en rappel de ses concerts. La chanteuse avait pris le pouvoir, offrant ce qu’elle a de meilleur, sa fougue, sa gaucherie désarmante, sa parlure ben québécoise assumée, sa sincérité et sa voix..quelle voix…Elle était là tout’ nu d’vant nous et le public est tombé en amour, tout de suite, inconditionnellement.

Elle ne devait rester que deux semaines à Paris, mais n’est jamais repartie, couvant son premier album, qui porte la double citoyenneté ! Enregistré à Montréal et à Paris, il a été réalisé par l’artiste québécois Antoine Gratton et quelques titres ont été enregistrés au studio Le Garage avec la précieuse collaboration de Bernard Natier.

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geneviève morissette,me v'là,interview,mandorInterview :

La « légende » dit que tu es venue deux semaines en France et que, finalement, tu n’es jamais repartie.

C’est exactement ce qu’il s’est passé. Lors de précédents passages en France, il m’est arrivé d’être invitée « à l’arrache » sur scène. Par exemple à l’Olympia lors d’un rappel de Linda Lemay (photo à gauche). Ce n’était pas la première fois que l’on m’invitait sur scène alors que je ne m’y attendais pas. Mais, j’adore ce genre de surprise. Pour en revenir à la France, j’ai senti que j’avais rendez-vous avec ce pays, la preuve, j’ai pris un billet ouvert. Quand je ne suis pas partie deux semaines plus tard, je pensais que j’allais tenir trois mois et en fait, ça fait un an que je suis ici.

Le fait d’avoir rencontré Laurent Balandras, désormais ton éditeur, n’est pas pour rien dans ta décision de rester ici.

C’est une rencontre très importante. Un soir, il m’a vu à mon spectacle et immédiatement, il m’a proposé de devenir mon éditeur. Un mois plus tard, il m’a trouvé un deal de disque… j’avais commencé à le concevoir au Québec et je l’ai terminé à Paris. On a fait beaucoup de choses à distance avec mon équipe québécoise. Bref, grâce à Laurent, les choses se sont accélérées pour moi.

Tu as sorti le disque d’abord en France, avant le Québec.

J’adorais cette idée-là. Si c’était un peu téméraire de faire ça, c’était surtout un hasard. On a eu une offre, on a saisi l’opportunité immédiatement.

Mais dans ton pays, tu avais déjà une petite notoriété ?geneviève morissette,me v'là,interview,mandor

J’avais déjà fait la route des concours, ce qui est très important au Québec. J’ai fait les trois tremplins les plus importants : Ma première Place des Arts, le Festival international de la chanson de Granby et le Festival en chanson de Petite-Vallée. Granby, c’est le plus gros festival et c’est là que j’ai gagné les résidences de création à Astaffort, dirigé par Francis Cabrel. C’est là que j’ai rencontré Emilie Marsh et Oldelaf. C’est là aussi que j’ai commencé à collaborer avec des Français. J’ai adoré la manière de travailler avec votre « culte du moment ».

C’est-à-dire ?

Les français sont en amour avec le moment présent. Moi aussi, je suis comme ça. Vivre à fond tout le temps.

Geneviève Morissette dans "Exploser" lors du concert de lancement d'album aux Trois Baudets, le 10 septembre 2015. (Hexagone).

"Comme dans un film" en duo avec Oldelaf (La Bande Sonore).

geneviève morissette,me v'là,interview,mandorDans ton spectacle, tu te moques de toi… et des français.

Il faut savoir prendre du recul et s’amuser des travers de soi et des autres. Et je me moque aussi beaucoup des hommes. Ils s’en prennent plein la gueule. A ma manière, je suis un peu féministe, je crois. Si on a pas mal avancé pour les droits et le respect des femmes, il y a encore des trucs à faire.

Je précise que ton disque n’est pas un disque féministe.

J’hésite à me mettre dans une boite, mais je répète ce que les gens me disent de leur perception de mes chansons, notamment quand on me parle de « La femme en beige » ou de « Crise de nerf ». Ce sont des chansons où la femme est un peu plus forte que l’homme. J’ai eu besoin d’écrire des choses comme ça dans mon art.

Quand on est un homme, ça doit être dur de suivre Geneviève Morissette !

(Rires) Oui, il y a un truc comme ça. Je ne suis pas la petite princesse qui dit « oui mon chéri, qu’est-ce qu’on fait ce soir ? » En vrai, j’aime prendre des initiatives et que l’on me suive. J’ai conscience d’avoir une forte personnalité.

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Geneviève Morissette entourée de son éditeur, Laurent Balandras (qui rime avec  classe) et Luc Plamondon.

Deux extraits du premier album de Geneviève Morissette, "Me v'là!" (Balandras éditions/ EPM/ Universal) réalisé par Antoine Gratton: "M'acheter un jet" et "Gueuler ma vie".

Sur scène, en fait, tu es toi dans la vie.

Je n’ai aucune autre option. Toute autre tentative devient un flop monumental. A mes débuts, j’étais à l’Ecole nationale de la chanson. Au Québec, c’est une école très importante pour les auteurs-compositeurs-interprètes. J’ai essayé plusieurs styles d’écriture et des manières de chanter différentes. A un moment donné, on apprend à descendre au fond de soi, à être complètement ce que nous sommes, avec notre héritage et notre culture. Moi, je chante dans mon français à moi, un français un peu de rue…

Alors que nous parlons la même langue, il y a des variantes de signification entre deux mots similaires.

En québécois, le sens est beaucoup à l’intonation. Pour vous, les Français, chaque mot à une définition. Vous, c’est pur, détaillé, nous c’est vraiment avec l’émotion.

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(Photo : Marylène Eytier - aubondeclic.com)

Tu es une rockeuse ?

Quand j’étais plus jeune, j’ai beaucoup été influencée par Janis Joplin et par Diane Dufresne. Quand je ne suis plus sûre de quelque chose dans la façon de concevoir mon métier, je regarde et écoute Janis. Elle est allée tellement loin que je me dis que je veux aller aussi dans cette direction-là. Il ne faut pas se contenter de peu. Je veux donner le plus possible.

Tu peux être fan d’un autre artiste ?geneviève morissette,me v'là,interview,mandor

Bien sûr. C’est important d’être aussi fan. On a des familles artistiques. Des pères, des mères, des grands-pères, des grands-mères. On vient de quelque part. Il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. J’ai du respect et beaucoup d’admiration pour les gens qui m’ont porté et influencé. J’ai dit à Robert Charlebois, « vous ne le savez pas, mais vous êtes mon père ! »

Ton disque reflète bien ce que tu es sur scène.

Mon côté brut, à fleur de peau, devait se retrouver sur l’album. Il ne fallait pas qu’il soit escamoté. Avec mon réalisateur, on a décidé de faire venir des gens en studio, avec des écouteurs, et on a joué devant. Ça nous a donné beaucoup d’énergie. La majorité des prises sont « live ». Quand tu es en live, tu es sur le qui-vive tout le temps, tu as peur de te tromper, tu as peur que ce soit la dernière fois que tu joues de ta vie… il se dégage quelque chose de cet état.

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Enregistrement live de l'album.

Est-ce que si on écoute ton premier album, on connait Geneviève Morissette ?geneviève morissette,me v'là,interview,mandor

Il y a encore de la matière pour d’autres disques (rires). Me V’là est un album où je mets mon pied dans la porte et où j’essaie de montrer que je ne suis pas comme tout le monde et que je ne vais pas faire pareil que les autres chanteuses. Je suis un peu rebelle et j'ai sans doute la de punk attitude en moi.

Parle-moi de la guitariste-chanteuse qui joue avec toi, Émilie Marsh, et que tu taquines beaucoup sur scène.

Avec sa permission. Ce que j’aime avec l’humour, c’est que l’on peut toujours faire passer des réflexions assez profondes. Émilie, elle est toujours partante pour délirer.

Scopitone de "Michel Drucker".

geneviève morissette,me v'là,interview,mandorQu’est-ce que tu espères désormais, pour ta carrière française.

Je veux passer à la télé. Je veux passer chez Michel Drucker. Pour les artistes québécois, Michel Drucker, il est proche de Dieu. La télé, c’est un média qui me va bien. C’est un peu comme un spectacle. Et puis, franchement, la télé française, ça me fait rêver. Et plus généralement, vous ne vous en rendez pas compte, mais vous êtes un peuple qui fait rêver.

Tu es en France pour combien de temps, du coup ?

Je suis sur le même truc qu’au début. On verra bien. A priori, je suis là pour tout l’automne parce qu’il y des choses de calées, comme La Boule Noire de Paris le 3 décembre. J’espère que je vais exploser, comme ça, je n’aurais pas à rentrer tout de suite (rires).

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Après l'interview, le 7 octobre 2015.

26 novembre 2015

Patrick Sébastien : interview pour Ca va bouger

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Je réitère ce que j’écrivais lors ma précédente mandorisation de Patrick Sébastien (et une autre ). On aime ou on n’aime pas, il n’y a aucune raison que je tente de départager les pour et les contre ici. Il est toutefois indéniable que l’homme est très populaire, fédère très largement et sait écrire des chansons festives. Heureusement que ce genre d’artiste existe. Surtout de nos jours. On ne va pas cracher sur de la légèreté et de la galéjade. Voici ma dernière interview du saltimbanque total, à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Ça va bouger, pour le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de novembre/décembre/janvier 2016).

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Clip officiel de "Ça va bouger".

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09 novembre 2015

Morgane Imbeaud : interview pour Les songes de Léo

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morgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandorNous connaissons tous, Morgane Imbeaud comme la chanteuse du duo clermontois Cocoon, mais cette artiste n’est pas femme d’un seul projet. Cela fait des années qu’elle pense à son projet musical pour enfants Les songes de Léo. Elle a écrit ce texte et composé les musiques qui accompagnent le parcours initiatique de Léo. Puis se sont ajoutés les dessins de l’illustrateur Christophe Chabouté, et quelques chansons écrites spécialement par Jean-Louis Murat. Les songes de Léo ont ainsi pris forme en dix chapitres.   

Le 6 novembre 2015, jour de la sortie de l’album, je suis allé à la rencontre de cette chanteuse épanouie dans une chapellerie. Pourquoi dans un tel endroit ? Parce que l’attachée de presse cherchait un endroit tranquille… et il se trouve que sa maman tenait ce magasin de chapeaux. Bonne idée !

Biographie officielle :

Morgane Imbeaud commence ses études musicales à l’âge de 7 ans avec le violon mais son attirance se morgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandortourne très vite vers le piano.

Son aventure musicale commence lorsqu’elle rencontre Mark Daumail en 2005 pour former Cocoon. Le premier concert a lieu le 2/11/2005. Suit une longue liste de dates en France et à l’étranger, en passant par la Suisse, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Australie, les Etats-Unis, la Chine, les plus grands festivals (Printemps de Bourges, les Vieilles Charrues, les Francofolies, Solidays, les Eurockéennes…) et les plus célèbres scènes parisiennes comme l’Olympia, le Casino de Paris, la Maroquinerie, entre autres, les accueillent.

Leurs deux albums, My friends all died in a plane crash, sorti en 2007 et Where the oceans end, sorti en 2010, sont disques d’or et de platine.
Parallèlement à Cocoon, Morgane collabore avec d’autres artistes : en 2007, elle participe à l’enregistrement du prestigieux album Charles et Léo aux cotés de Jean-Louis Murat et de Denis Clavaizolle. En 2008, elle chante aux cotés de Julien Doré sur son premier album Erzats. La même année, elle apparait sur la chanson « J’irai au Paradis » de Daniel Darc, sur l’album Amours Suprèmes.

En août 2011, après leur tournée d’été, les deux membres de Cocoon décident de faire une pause afin de se consacrer à leurs projets parallèles respectifs.

morgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandorEn 2012, Morgane se lance dans un nouveau projet avec de nouveaux musiciens et crée Peaks. Un EP Love sort le 11 février 2012. Depuis 2014, elle forme le projet Un Orage avec Xavier Caux, qu’elle a rencontré sur les routes. Un EP est à venir très bientôt.

Parallèlement, elle sort son projet solo, un conte musical qu’elle a écrit et mis en musique : Les songes de Léo.

Les Songes de Léo (argumentaire officiel):

Elle en rêvait. Un disque, un livre, un spectacle, autour du même projet. Depuis toujours, Morgane Imbeaud croit en l’émotion unique provoquée par l’association de la musique et des images, un état sans frontière où toute création serait possible. Seule au piano, elle goûte à sa grande expérience de la scène et de l’écriture pop pour donner la vie à Léo, personnage mi-humain mi- félin qui habitera son grand projet.
Bande-originale d’un film imaginaire, conte moderne entre grands classiques et musique contemporaine, où la petite fille renaît entre chaque ligne, Léo est la toute première création de Morgane.

Spectacle longuement écrit et soigneusement interprété, porté depuis des années par une artiste à la sensibilité sans pareille, Léo s’aventure aux confins du conceptuel, et s’adresse à chacun d’entre nous, l’enfant fasciné par la noirceur des sous-bois, comme l’adulte enfermé dans ses certitudes.

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(Photo Alexis Magand)

morgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandorInterview :

Tu dis que Les songes de Léo est le disque de ta vie. Pourquoi ?

Parce qu’il est l’aboutissement de tout ce que j’ai appris depuis que je fais de la musique et parce que je porte cette histoire depuis des années. Quand j’ai intégré Cocoon, je sortais du lycée et c’est à ce moment que j’ai appris réellement à faire de la musique. Ce projet est revenu dans ma tête il y a deux ans, quand je me suis remise à faire des thèmes de piano. J’aime beaucoup le partage et l’échange, c’est pour ça que je travaille beaucoup avec d’autres personnes, mais j’ai aussi élaboré ce projet pour montrer que j’étais capable de faire des choses toute seule. J’ai écrit un conte, mais avec des chansons qui ne sont pas narratives.

Quand tu as attaqué ce projet, a-t-il fallu que tu te désintoxiques  de la pop cocoonesque ?

Non, ça m’a même nourri. On se sert de toutes les expériences acquises et on crée.

Les songes de Léo - Morgane Imbeaud. Teaser.

L’histoire de Léo n’est pas très gaie. En dix chapitres brefs écrits à la première personne, tu racontesmorgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandor la folie, l’enfermement, la normalité, l’acceptation de soi.  

Ce sont des sentiments profondément contemporains vus par les yeux d’un personnage unique et singulier, confronté à la peur primale des rites initiatiques. De par les dessins et de par le fait que l’on emploie le mot « conte », on pense que c’est pour les enfants. Mais alors, pas du tout. C’est un conte qui s’adresse au public de 10 à 77 ans. Je n’ai pas d’enfant, mais je crois pouvoir dire que cette histoire est un peu dure pour les plus jeunes. J’avais envie de parler à l’enfant enfermé dans chaque adulte. Les adultes ont toutes les peurs et les sentiments que tu évoques dans ta question.

Toi aussi, tu les as ?

Jeune, j’ai toujours été très angoissée, très stressée. Aujourd’hui, je suis « guérie ». Je me connais par cœur, de corps en tout cas. Je me sens un peu plus armée que beaucoup de personnes de mon entourage. L’histoire que j’interprète, c’est un peu pour banaliser toutes ses peurs. Je veux faire comprendre que ce sont juste des sentiments normaux, même si je n’aime pas ce mot. Si quelqu’un n’a pas rencontré ces états-là, un jour, ça arrivera.

05 novembre 2015, Froggy's Session de Morgane Imbeaud, pour "Amour suis-moi".

Tu vas mieux depuis l’écriture de ce conte ?

(Rires) Ca va beaucoup mieux. Mais j’avais fait une vraie psychothérapie il y a longtemps et je n’avais plus envie d’en parler. Je me suis très vite dit « vivons et oublions tout ça ! ». Si j’ai voulu y revenir, c’est parce que c’est très présent autour de nous. Nous sommes dans un monde vraiment anxiogène. Quand on est angoissé, on se fait une montagne de tout et on se concentre sur son nombril. Je veux dire que ce n’est pas grave de traverser ces moments de doutes et d’angoisses, cela finit par passer.

Tu t’es entourée de Christophe Chabouté, un célèbre auteur de roman graphique, pour les illustrations et la création des personnages. Il ne participe jamais au projet des autres.

Quand j’ai lu qu’il ne travaillait avec personne, je me suis dit que j’étais en train de me tirer une balle dans le pied. Je l’ai contacté grâce à Facebook et il a accepté. Je suis super contente parce que le résultat est extraordinaire.

morgane imbeaud,les songes de léo,interview,cocoon,mandorJean-Louis Murat  a écrit quelques textes de chansons. C’est loin d’être votre première collaboration.

Même si on se connait, il fallait que le projet lui plaise. Il me connait tellement bien qu’il a réussi à me toucher avec ses mots, là où je ne pensais pas que cela soit possible.

Il y a des textes en anglais. C’est un peu désarçonnant.

J’ai arrêté de me bloquer là-dessus. Merci à Christine & The Queens  et Emilie Simon qui n’ont jamais hésité à chanter dans les deux langues. Il y a des chansons que j’ai pensées en anglais. Ce que j’ai envie de dire de primordiale, je ne peux le faire qu’en anglais.

Vous en êtes où avec Cocoon ?

Le nouvel album, Welcome Home sort le 27 mai prochain, mais comme je suis sur tous mes projets, Peaks, Un Orage et Les Songes de Léo, je n’y participe pas.

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Pendant l'interview.

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Après l'interview, le 6 novembre 2015. 

L'EPK du projet Les songes de Léo.

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04 novembre 2015

Zaz : interview pour le CD-DVD Sur la route.

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zaz,sur la route,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorDeuxième interview de Zaz. Je l’avais mandorisé il y a cinq ans, quelques jours avant la sortie de son premier album. Elle n’était alors qu’une artiste « en devenir ». Elle est aujourd’hui la chanteuse française la plus populaire dans le monde, rien de moins. A l'occasion de la sortie de son CD-DVD, Sur la route, la chanteuse a répondu à mes questions il y a trois semaines de cela, pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de novembre 2015). Elle est restée la jeune femme sympathique que j’ai connue la première fois, mais elle est plus sûre d’elle… Le succès rassure.  

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Zaz : bande annonce de Sur la route.

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"Si jamais j'oublie", 1er single extrait du CD / DVD "Sur la route"

27 octobre 2015

Arman Méliès : interview pour Vertigone

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(Photo : Frank Loriou)

arman méliès,vertigone,interview,mandor« D’Arman Méliès, on connaissait le folk astral des premiers disques, les miniatures cinématographiques, la poésie surréaliste, et les relectures post-punk du dernier album en date, AM IV. A l’évidence, il faudra désormais compter avec lui sur le terrain de l’indie-rock épique et impétueux, avec ce nouvel album sanguin, lyrique et ombrageux, Vertigone » explique le dossier de presse.

Personnellement, je tiens Vertigone pour un chef d’œuvre, au sens non galvaudé du texte. « Il dévoile un univers sanguin qui fait la part belle à un lyrisme libérateur ». J’avais déjà rencontré Arman Méliès pour le précédent, AM IV, que je pensais inégalable tant il m’avait ébloui. Mais ce génie s’est surpassé, musicalement, textuellement et même vocalement. Oui, Arman Méliès est aussi un puissant chanteur de rock, ce qu’il nous avait caché pendant des années. On ne peut que s’incliner devant un disque si vertigineux. Hop ! Levons-nous tous et applaudissons à tout rompre ce magicien/maestro. Je peux vous parier que cet album majeur (au minimum l'album français de l'année), deviendra un jour un album culte.

Biographie officielle (largement écourtée) :arman méliès,vertigone,interview,mandor

En cinq albums, Arman Méliès s’est construit un patronyme solide dans le monde de la création française. Un nom de musicien, un compositeur réputé voyageur, pour lui ou d’autres (Bashung, Thiéfaine…), capable de glisser d’une pop oblique jusqu’aux contrées électroniques. Un curieux, défricheur, cascadeur même. Sa dernière expérience AM IV  était synthétique… et le revoilà, avec Vertigone, amoureux des racines, interprète, taillant dans les guitares ce qu’il avait sondé auparavant dans les claviers. L’homme n’a pas changé, il est fils d’exigence mais il « avait des envies de chanteur, voulait retrouver la magie du guitare-voix sans se cacher derrière la technologie ». Toutes les chansons ont donc été composées à l’ancienne, dans la tradition : avec un rythme, une guitare et une ligne de chant. Retour aux bases toute ! Donc. Quand le son est proche de l’os, que l’essence blues ronge les guitares et que la voix raconte l’histoire dans un instant d’exultation et de don. La musique, Arman Méliès la veut maintenant comme une vibration pure, une exploration sans filet, une expérience sans prismes, ni filtres, ni masques…
Arman Méliès est là. Et si Vertigone est certainement son album le plus rugueux, il n’a rien de minimal, au contraire. Peut-être tient-il là son disque le plus foisonnant et le plus extraverti. En studio, les arrangements ont fait leur œuvre pour venir « chatoyer » les rudesses d’origine et le plaisir des enjolures a parfait la pureté de l’intention. L’orchestration, jamais bavarde, y sert la limpidité du chant et la musique naturelle du texte.

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 (Photo : Frank Loriou)

arman méliès,vertigone,interview,mandorInterview :

Cinquième album. Cela commence à faire une œuvre.

On s’en approche doucement. A mon sens, il faut flirter avec la dizaine pour constituer une œuvre qui se tienne. Cela dit, Jeff Buckley n’a fait qu’un disque, mais c’est une œuvre tout de même. Un chef d’œuvre, pour être tout à fait exact. Le nombre d’album n’a pas d’importance, au fond, mais quand je regarde mes camarades de jeu comme Dominique A ou Jean-Louis Murat, ils en sont à un certain nombre de disques que je n’ai pas atteint.

Il me semble que c’est ton précédent album, AM IV, qui t’a révélé. Pour moi, ce disque a été un choc en tout cas.

Il a été effectivement un peu plus exposé. Sur les trois premiers disques, j’avais réussi à m’installer comme un auteur compositeur qu’il fallait un peu suivre. Le fait d’avoir collaboré avec Bashung, Thiéfaine et Julien Doré, m’a donné un peu de crédit auprès des gens de la profession. Le fait d’avoir détourner, à peine, un discours politique de Sarkozy a fait un peu parler. Le clip de « Mon plus bel incendie » où un tueur à gage extermine mes collègues chanteurs et chanteuses françaises s’est aussi fait remarquer. Toutes ces choses-là réunies font qu’on pose un regard un peu plus important sur ma petite personne. Ça a permis d’éclairer un peu mieux la sortie d’AM IV. C’est curieux parce que je continue aujourd’hui à le trouver difficile d’accès.

Clip de "Mon plus bel incendie" tiré de l'album AM IV.

Revenons au clip de « Mon plus bel incendie ». Bousiller tous vos confrères, je trouvaisarman méliès,vertigone,interview,mandor l’idée énorme.

Il y avait l’idée de jouer sur le climat ultra concurrentielle que l’on peut vivre, je parle en termes économiques et politiques, pas forcément dans le milieu de la chanson, même si je me suis amusé à tuer mes amis artistes. En vrai, ce n’est pas parce qu’untel marche que l’autre ne va pas marcher. On est plutôt à s’entraider les uns, les autres selon les petites familles musicales que nous nous sommes créés. Je n’ai jamais senti de concurrence.

Le climat ultra concurrentiel dont tu me parles, tu le ressens en tant qu’artiste ?

Moi, non franchement. Je fais partie des artistes un peu privilégié, un peu à part. Cela dit, dans la vie de tous les jours, je vois bien que les gens en bavent, que certaines personnes sont lourdées comme des moins que rien. Je trouve qu’il y a une violence économique aujourd’hui dans le monde dans lequel nous vivons. Encore une fois, je sais que je fais partie des privilégiés parce que je fais un métier que j’adore, que je ne considère pas comme du travail, mais comme une passion, parce que j’arrive à en vivre, parce que je fais des concerts partout en France et parfois même dans le monde. C’est ambivalent, parce qu’on a beau être ancré dans une certaine réalité et être sensible à cela, en même temps, on sait très bien que nous, artistes, on est en train de vivre notre rêve de gosse.

Clip officiel de "Constamment je brûle". Titre extrait de l'album Vertigone.

arman méliès,vertigone,interview,mandorEst-ce que tu fais ce métier aussi pour fuir cette réalité ?

Je ne le considère pas comme une fuite, même si j’ai toujours été un peu rêveur. Même enfant, j’avais tendance à m’échapper dans mon monde. En tout cas, je n’ai pas opté pour la musique pour fuir tout ça. Sans doute que, par moment, cela préserve un peu. Cela permet de réenchanter le monde et d’en voir les effets les plus positifs sur la réalité.

Tu as employé un mot que j’aime bien : « réenchanter ». Des gens comme toi donnent du bonheur. Ils redécorent le monde de manière jolie et positive.

Tu as raison, même si ce n’est pas exclusivement cela. C’est de l’ordre du don de permettre d’offrir une vision un peu différente au public et de proposer le monde sous un autre axe pour envisager le réel.

Est-ce que Vertigone est la continuité d’AM VI ?

Je ne sais pas, mais c’est un album logique dans ma discographie. Ce cinquième album est l’aboutissement temporaire d’une évolution qui me parait naturelle. Quand j’ai commencé à écrire Vertigone, dans un souci de ne pas me répéter, j’avais la volonté de me démarquer d’AM IV. J’essaie de faire en sorte de ne jamais concevoir deux fois le même disque. J’envisageais AM IV comme un album très conceptuel, froid, voire un peu désincarné. A l’inverse, là, j’avais envie de faire quelque chose qui était très incarné avec des chansons qui prennent chair. C’est aussi pour cela que je les chante différemment.

Teaser 1 de l'album Vertigone.

Tu te lâches avec ta voix. J’adore !

Ça m’est venu naturellement. Sur les deux premiers disques, j’avais une crainte d’être un peu trop lyrique et que ce lyrisme transforme mes chansons en quelque chose de grandiloquent. J’ai donc fait profil bas et j’ai retenu cet élan vocal pour obtenir quelque chose qui soit de l’ordre de la sobriété et du minimalisme. Aujourd’hui, avec l’envie de la scène, l’expérience et l’âge, le chant s’est transformé. Au fur et à mesure, je me suis aperçu que je poussais plus ma voix et que j’y trouvais énormément de plaisir.

Tu as été musicien de Julien Doré (mandorisés là) sur sa dernière tournée à succès. Vous avez fait de arman méliès,vertigone,interview,mandornombreuses dates et il y avait du monde partout. Est-ce que cela a influencé la conception de ton dernier album ?

Oui, dans une certaine mesure. Il y avait quelque chose de très pop, très lumineux, très arrangé dans l’album de Julien. Sur la tournée qui a suivi, on était dans quelque chose de l’ordre du contrôle. En réaction à cela, je crois que j’ai eu envie de lâcher les chevaux. Quand j’ai commencé à écrire mes chansons, j’ai eu envie de me livrer un peu plus.

Tu as écrit tes chansons lors de la tournée de Julien Doré.

Oui, en fin de matinée, début d’après-midi, avant les balances du concert du soir. J’ai moins de problème pour trouver l’inspiration que la méthode de travail. On est dans un cadre où nous changeons de salle tous les jours. On peut se retrouver dans une petite loge sans fenêtre. Parfois nous sommes plusieurs dans la même salle. Chacun est sur son ordinateur pour ne pas trop déranger les autres. Parfois, on est seul et on peut faire un peu plus de bruit. On n’est pas toujours dans une situation très confortable pour l’écriture, mais ça venait naturellement. Comme un ouvrier, tous les jours, je me mettais au travail.

Teaser 2 de l'album Vertigone.

arman méliès,vertigone,interview,mandorPeut-on dire que cet album s’est fait facilement ?

Oui. J’avais du temps chaque jour, donc je l’ai utilisé à cela. Peu à peu, je voyais où j’allais et à quoi je voulais que mon album ressemble.

Tu as jeté beaucoup de chansons ?

C’est la première fois que j’en jette autant, en tout cas. Pour mes précédents albums, lorsque je les concevais, je ne jetais presque rien. Là, j’ai écrit plus que d’habitude. En tout, près de 25 chansons. J’ai beaucoup élagué.

Tu voulais te diriger vers où avec ce disque ?

Je voulais revenir aux guitares. Je souhaitais concevoir un disque « classic rock» et qu’il ne soit pas nostalgique d’une époque, ni qu’il soit référencé par rapport à tel courant musical ou tel artiste. Je voulais aussi quelque chose qui soit contemporain et qui ressemble à notre époque.

Tu m’impressionnes musicalement, mais aussi textuellement. Tu n’écris comme personne d’autre. On se laisse embarquer dans des histoires que l’on ne comprend pas toujours. Enfin, là, je parle pour moi.

Le travail de mes textes consiste à ce qu’ils ne soient pas hermétiques. Je veux que l’on puisse se raconter quelque chose assez vite en écoutant les textes. Si on ne comprend pas ce que je raconte, on peut au moins s’en faire une interprétation. Il y a plusieurs degrés de lecture et chacun, selon sa vie personnelle, selon ses références, selon ses influences, se raconte sa propre histoire. Les textes se doivent d’être vraiment subjectifs. Je joue avec la subjectivité de l’auditeur.

Teaser 3 de l'album Vertigone.

Dans ton nouvel album, on est transporté dans la mythologie.arman méliès,vertigone,interview,mandor

Les chants sont « épiques ». Certains de mes textes sont mêmes des odes à la vie.

D’où te vient l’inspiration de ces textes ?

Elles me sont un peu sorties comme ça. Après je fais du tri dans ce qu’il me tombe dessus, parce que parfois, il y a des choses qui ne font pas sens. Il y a des thèmes que l’on retrouve d’une chanson à l’autre, parfois même une même phrase ou des mots en commun. Toutes les chansons ont des liens entre elles.

On fait un disque comme on fait un puzzle ?

Je comparerais ça à un mini recueil de mini nouvelles.

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Pendant l'interview...

arman méliès,vertigone,interview,mandorAimerais-tu écrire un livre ?

Oui. J’ai des collègues qui se sont adonnés à cette activité. Dominique A et Bertrand Belin par exemple. Je n’envisage d’écrire des nouvelles ou un roman qu’assis derrière un bureau pendant des semaines, voire des mois et je n’en ai pas la patience. J’ai déjà fait des tentatives de romans, mais je n’arrive pas à les terminer. Il y a toujours un moment où je préfère reprendre la guitare et écrire une chanson. Je n’arrive pas à m’astreindre à une discipline très difficile. Peut-être qu’aucun de mes romans n’aboutira.

Toutes les critiques sur ce nouveau disque sont extrêmement élogieuses, cela te rassure ?

Bien sûr. Je lis la plupart des critiques par curiosité et je dois dire qu’en ce moment, je suis gâté. Mais, si l’album n’avait pas trouvé l’adhésion des critiques musicaux, j’aurais eu au moins la fierté d’avoir fait l’album que je voulais. Je suis très satisfait et fier de lui. Aujourd’hui, il ne m’appartient plus.

Je trouve superbe la pochette et l’artwork de ton disque signé Franck Loriou.

On a flirté avec le vintage, mais on ne voulait pas être dans le cliché du vieil album. Je trouve que la pochette ressemble aux chansons : classique et classe.

(A noter que toutes les photos qui "décorent" cette chronique mandorienne sont de Frank Loriou, sauf celle avec Julien Doré et, évidemment, celles prises à l'agence). 

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Après l'interview, à l'agence, le 6 octobre 2015.

20 octobre 2015

Babx : interview pour Cristal automatique#1

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(Photo : Julien Mignot)

Chanteur virtuose doté d’une grande sensibilité littéraire, Babx écrit, compose et arrange ses disques lui-même. Il m’a toujours impressionné par l’ampleur et la sophistication de ses textes, l’atmosphère fiévreuse et planante de ses chansons. Ces albums, Babx (2006), Crystal Ballroom (2009) et Drones personnels (2014) placent cet artiste au-delà de la concurrence.

Pour son 4e album, Cristal automatique#1, il a décidé de mettre en musique des textes de Rimbaud, Baudelaire, Kerouac, Aimé Césaire, etc... sur son propre label, Bisonbison.

C'est aussi audacieux que délicieux !

Une rencontre s’imposait. Elle s’est tenue le 2 septembre, par un beau jour ensoleillé… dans la cour de l’agence (parce que l’artiste voulait fumer à volonté).

babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorUn extrait du mot de Babx au sujet de Cristal automatique#1 :

Il m'a toujours été impossible de créer des mots à partir d'une musique, c'est-à-dire emporter la musique vers la parole. À l'inverse, les mots ont toujours été pour moi vecteurs de musiques, d'espaces, de rythmes, de couleurs, de silences et de voix.

« A noir, E blanc, I rouge » disait Rimbaud. Les lettres et les mots comme une palette de couleurs universelles qui attendraient qu'on les mélange, un orchestre d'orphelins qui s'accorderaient pour les retrouvailles. La langue de Kerouac, cymbale nerveuse, Arthur Rimbaud, Organiste Vaudou saturé, Gaston Miron, Bison élégiaque, Prévert, bal populaire avec ses hauts parleurs branchés sur l'enfance…

Parfois, souvent, les mots se suffisent à eux-mêmes et rajouter de la musique dessus serait comme un maquillage un peu vulgaire. Quand Olivier Chaudenson m'a proposé une création autour des textes qui m'ont accompagné ou « influencé », je me suis demandé comment réunir la musique et ces mots-là, sans que l'un serve de « faire-valoir » à l'autre. Alors j'ai essayé tout simplement de partirbabx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandor de l'émotion pure que m'inspiraient certains textes et de composer leurs jumeaux musicaux. Un peu comme on écrirait de la musique en se souvenant d'un tableau, ou comme un tableau qui se souviendrait d'une musique.

Ce qu’en pense Didier Varrod :

« Ceci est un disque courageux. Ceci est un album qui sonne comme une nécessité. Une alarme lancée à une industrie discographique en pleine déroute. Le sonneur s’appelle Babx, de son vrai nom David Babin. Il est auteur compositeur interprète et le voilà qui prend le maquis après avoir sorti trois albums dans les circuits normalement balisés. Puisque tout le monde a semble-t-il  peur de la chute des ventes de disques, Babx prend le risque se faire peur lui-même en revenant aux grands textes et à cette poésie abrasive des grands brulés de la littérature. Pour redonner un sens à notre chanson et à sa tradition... »

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babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorInterview :

Babx m’interrompt au moment où je commence à poser ma première question…

La dernière fois que nous nous sommes vus, j’étais avec L dans un bar. Tu étais venu l’interviewer pour la sortie de son tout premier EP et moi, je l’accompagnais.

Tu as une bonne mémoire. Je m’en souviens, c’était en mars 2008. Ça m’avait fait plaisir que tu sois là parce que je te suis et t’interviewe depuis ton premier disque. Je ne m’attendais pas à te voir.

C’était avant qu’elle devienne Mylène Farmer (rire).

Pour commencer, j’aimerais que tu me parles de Bisonbison, le label indépendant que tu as créé.

J’ai essayé d’arrêter de comprendre ce que l’on me demandait dans les labels où j’officiais. J’ai mis trois disques à réaliser que, vraiment, je n’y comprenais rien. J’essaye de m’écarter un peu de l’idée « d’industrie de la musique » pour revenir à quelque chose qui s’apparente plus à une sorte d’artisanat. Je veux faire, sans restriction aucune, la musique que j’ai envie de faire sans me poser la question du marketing et de l’image. J’ai réalisé qu’il y avait toujours une étape où ça commençait à m’échapper en termes de sens. En gros, je faisais un album. Je passais un an à y réfléchir comme un malade, je l’enregistrais avec tout mon cœur avec l’idée de ce que je m’en faisais. Quand cet album sortait, il était pris en relais par des gens qui n’avaient pas du tout le passif lié à l’album. Arrivé à cette étape-là, je commençais à ne plus rien comprendre de ce qu’on était en train de faire de mon disque, ni ce que l’on était en train de raconter… tout à coup, il fallait avoir une image, une représentation d’apparence extérieure qui rompait avec ce que je voulais faire jusque-là.

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(Photo : Julien Mignot)

Tu as compris que tu ne pourrais pas demander aux gens des maisons de disque d’être dans ton rythme et réciproquement, c’est ça ?

Tu ne peux pas mieux résumer. Je ne leur reproche rien et je ne suis pas en train de partir en croisade contre les maisons de disque, mais je pense que je n’avais plus rien à y faire. Le fait d’avoir initié Bisonbison avec cet album-là, un disque avec uniquement les textes des autres, c’était pour retrouver un sens à tout ça. Pour les maisons de disque, il fallait d’abord faire une carrière avant de faire de la musique et ça ne me convenait pas. Bisonbison est né de ce constat.

Avoir son propre label, ça veut dire le gérer. Ce qui implique de donner du temps et babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorde l’énergie que l’on pourrait consacrer à la création, non ?

Ce sont des soucis, je te l’accorde, mais qui provoquent une énergie assez saine. Tu dois parer aux éventuels problèmes sans attendre des autres qu’ils les règlent pour toi. Tout devient concret. Je contrôle plus ma production, je sais pourquoi je fais telle chose et à qui ça s’adresse. Je ne veux pas forcément parler à la masse, mais si quelques personnes s’intéressent profondément à mon travail, c’est déjà pas mal.

Ton premier disque labélisé Bisonbison est celui pour lequel je te reçois aujourd’hui, Cristal Automatique#1. Un disque dans lequel tu mets en musique des textes de Rimbaud, Baudelaire, Kerouac, Aimé Césaire, etc. Un disque très exigeant sans aucune concession.

Avec L, on avait ce réflexe naturel de mettre des poèmes en musique, cela fait donc longtemps que je pratique cet exercice. Un jour Olivier Chaudenson, pour son festival de Manosque, m’a demandé de faire un concert basé autour de mes influences littéraires et poétiques. En réitérant ce concert de manière spontanée et surtout pas régulière, j’ai constaté que cela nous apportait quelque chose d’essentiel par rapport à la musique. On avait des retours du public vraiment très fort. Un jour, je me suis fait engueuler par un spectateur présent qui m’a lancé « mais, putain, il est où votre album ? Vous ne pouvez pas faire ça et nous laisser rentrer chez nous sans pouvoir réécouter ce que vous nous avez proposé ! » J’ai obtempéré. J’ai sorti ce disque comme je le voulais. Sans aucune vanité, je suis très fier de lui et je suis certain qu’il concerne beaucoup de personnes. Ce sont des textes que je vénère plus que tout. Ce disque n’est pas des cacahuètes en attendant de bouffer, contrairement à ce qu’insinuait ma précédente maison de disque quand je leur ai proposé ce projet. C’est un vrai disque de Babx, pas un « en attendant le prochain ».

“Cristal Automatique” : Un concert littéraire de Babx. Enregistrement réalisé à la Maison de la poésie, le 11 avril 2014 et diffusé sur les ondes de France Culture. Sur des textes d’Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Jean Genet, Antonin Artaud, Tom Waits, Gaston Miron, Aimé Césaire et Barbara. Au violoncelle et à la guitare électrique : Julien Lefèvre. À la batterie : Frédéric Jean. Au piano et au chant : Babx.

babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorCe disque est présenté en édition limité.

Je voulais être cohérent dans la manière dont j’allais le présenter. Cette édition limitée est numérotée, tirée à 350 exemplaires, fabriquée par une relieuse et illustrée par le plasticien, Laurent Allaire. J’ai reconvoqué le travail de la main au moment où on constate que tout est très dématérialisé. Je fais toujours le parallèle avec la cuisine, parce que ce sont mes deux passions. Ce disque est la différence entre ce qui est fait chez Flunch et le plat maison préparé avec amour chez soi. Dans mon label, quand on dit qu’on fait de la musique, on fait réellement de la musique.

Quand on a les mots de Rimbaud, de Genet, d’Arthaud, Kerouac et les autres, leur coller de la musique doit être une montagne à gravir, non ?

Je ne le vois pas du tout comme ça. Je le vis très spontanément. Je n’ai jamais été écrasé par les figures de ces gens-là. Pour moi, ce sont des gentils sorciers. Leurs textes m’ont accompagné depuis très longtemps, je ne suis donc pas intimidé de m’attaquer à ces œuvres. La règle du jeu de mon travail est simple : il faut que la musique que j’écris pour ces textes soit quasi automatiques, d'où le nom de l'album. Je ne voulais pas que cela me prenne plus d’un quart d’heure par texte. Je me suis posé deux questions : Qu’est-ce que le texte m’amène comme émotion ? Si tu lis ce texte-là, comment tu le raconterais en musique. Finalement, tout est venu très vite et je n’ai pas eu à y réfléchir.

Il y a parfois de longues plages musicales.babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandor

Je voulais laisser le temps aux textes de résonner longuement à travers la musique. J’avais l’idée que l’on reste longtemps avec le sentiment du poème qui dégénère musicalement.

Presque tous les titres sont enregistrés en live.

C’était pour garder une sensation de fraîcheur et de spontanéité.

Les douze textes choisis sont ceux que tu préfères ?

Ils font partie de mes préférés, mais ce sont surtout ceux pour lesquels il était facile de faire de la musique. Il y a des textes qui se refusaient à une mise en musique et je pense qu’il y a des textes qui n’appellent à absolument aucune musique d’ailleurs. André Breton a demandé dans son testament à ce que l’on ne mette jamais de musique sur ses textes. Si j’avais eu l’inspiration pour mettre une musique sur un texte de Breton, je n'aurais pas respecté la volonté du défunt.

Tu irais à l’encontre des dernières volontés d’un auteur ?

Sans aucun problème. Les gens morts sont morts, après, les vivants font ce qu’ils veulent (rire).

Tu ne t’interdis rien ?

Pourquoi je m’interdirais quelque chose ? Dans le très beau film italien Il Postino, le facteur en question dit « la poésie n’appartient pas à ceux qui l’écrivent, mais à ceux qui l’entendent. » Je suis persuadé de ça. Une fois que l’on a créé quelque chose, il faut savoir lâcher prise.

Et si quelqu’un reprenait une de tes chansons ?

Je n’aurais rien à dire. Si cette chanson est sortie, elle est sortie aussi pour prendre l’air. Une création n’est pas faite pour rester enfermée chez son créateur, donc oui, je m’en fous.

Quand tu lis un recueil de poèmes, tu arrives à ne pas avoir de musique qui s’impose ?

Bien sûr. Je pense à une musique sur un texte uniquement si je me dis que j’ai envie de le mettre en musique. Je suis un lecteur « normal ». Je n’ai aucune interférence de ce type.

Quand j’ai su l’existence de ce disque, je me suis dit qu’il n’y avait que toi pour faire ça.

Il y a aussi Bertrand Belin qui a fait un truc magnifique sur Christophe Tarkos. L peut très bien s’adonner à ça aussi. Je pense que nous allons être de plus en plus nombreux à le faire et je m’en réjouis.

Tu viens de réaliser le disque de Grand Corps Malade.

Son album s’appelle Il nous restera ça et il a invité plein de gens comme Aznavour, Thiéfaine, Jeanne Cherhal et Renaud a écrire un poème et le dire eux-mêmes. Avec Angelo Foley, on a fait la musique là-dessus. J’ai l’impression que, quelque part, il y a une nécessité de poésie en ce moment. La musique accompagne cette nécessité-là.

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Babx et Angelo Foley lors de la réalisation du disque de Grand Corps Malade.

Le teaser de l'album de Grand Corps Malade, Il nous restera ça.

Les gens ont-ils un besoin viscéral de poésie ?

Oui, j’en suis persuadé. Ça me rappelle des choses que j’ai pu voir au Pakistan. Il y a un idiome musical qui s’appelle le qawwali. Ce sont des poèmes mystiques chantés. Les gens se ruent pour aller écouter ça. La tradition veut que l’on recouvre les musiciens de billets. Les gens qui assistent à ça sont généralement des gens qui n’ont pas d’argent du tout. Ils doivent choisir entre bouffer ou donner de l’argent aux musiciens.

Il y a donc une ferveur à l’écoute de ces textes-là ?

Oui. Je me rends compte que cet état-là, il n’y a que la poésie qui peut le donner. Il y a des concerts de Cristal automatique qui sont vraiment dingues dans la manière dont les gens s’abreuvent de ces mots et de cette poésie-là.

Toi-même, tu fais de la poésie ?

La poésie, je ne sais pas ce que c’est (rire).

Non, mais sans rire.

J’essaie, en tout cas. La poésie n’est pas un style littéraire, c’est une manière de voir la vie, de la transcender, de l’appréhender. C’est un filtre par lequel on voit la vie. On peut faire de la poésie dans tout. On est un être poétique ou on ne l’est pas.

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Pendant l'interview...

babx,cristal automatique#1,interview,bisonbison,mandorTu travailles pour pas mal de gens connus (comme Camélia Jordana) et aussi pour des jeunes en devenir. Parle-nous de Karoline Rose.

C’est une immense artiste et la première signature de Bisonbison. C’est une artiste franco-allemande, ancienne metalleuse, dans le mouvement des Riot Girls, un peu post punk quoi !  Elle est venue me demander de réaliser son disque qui est en anglais et en français. C’est du rock électronique assez punk.

Un peu une nouvelle Nina Hagen ?

Oui, il y a un peu de ce genre de personnalité, mais en bien plus moderne dans le son.  

Teaser#1. Karoline Rose sera à la Cigale le 20 octobre, en première partie de Jeanne Added. 

Tu te sens proche de quels artistes, outre ceux avez lesquels tu as travaillé ?

Si je ne dois pas citer ceux avec lesquels j’ai travaillé, il n’en reste plus beaucoup. Je ne me sens pas proche de Bertrand Belin, mais je respecte énormément son travail. Il y a aussi Feu Chatterton que je trouve superbe, parce qu’ils osent vraiment des choses. Le groupe Grand Blanc aussi est intéressant. Fauve, aussi. Pas du tout dans leur musique, mais dans leur attitude, dans leur envie de ne pas jouer le jeu. Je me sens proche des gens qui prennent un peu de risque. J’aime les gens qui s’abandonnent dans une sorte d’expérimentation et qui ont envie de rendre le public plus curieux en sortant de leur concert que quand ils y sont rentrés. Je me sens proche de gens qui incarnent quelque chose de l’ordre de la liberté. Je considère que quand on est artiste, on a la vocation de prendre une liberté. Les gens qui vont voir les concerts payent pour voir des gens qui prennent une liberté qu’eux n’osent pas prendre.

Tu te sens compris dans ta démarche ?

Oui, la preuve, nous nous parlons. Je te le répète, je n’ai pas à être compris par la masse. Je ne suis pas un politicien, je n’ai pas à être élu. Je souhaite juste un public qui s’intéresse à mon travail… mais qui s’intéresse profondément.

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 Après l'interview, le 2 septembre 2015.

Et n'oubliez pas...

J'y serai. J'en jubile d'avance.

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13 octobre 2015

Babel (Sébastien Rousselet) : interview pour la sortie de l'EP "BLESS(E) YOU"

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(Photo : Juliette Rozzonelli)

Le retour de Babel est une sacrée bonne nouvelle. BLESS[E] YOU  est une vraie bombe. A grand coup de sons electro ultra-contemporains se mêlant au violoncelle et piano, ce disque est une grenade dégoupillée. Ça explose de partout au milieu de mélodies magnifiques et particulièrement efficaces. Étonnant et addictif.

Musicien, comédien, slameur, chanteur, Sébastien Rousselet manie le verbe avec verve. « Radicaux mais pas indécents » dit-il. Les textes de Babel ressemblent à leur auteur. Il est venu à l’agence le 14 septembre dernier pour me parler de ce deuxième EP (que j’écoute réellement en boucle).

Comme j’ai déjà reçu Sébastien (accompagné par Nino Vella, le clavier du groupe) dans une première mandorisation, il y a deux ans, je vous épargne les débuts du groupe et tout le toutim.

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(Photo : Corentin Luis).

10012530_895521440491841_2548012861792848734_n.jpgNous sommes passés directement à l’essentiel.

Argu officiel :

Babel c’est une organique machine. Du boom boom sensible. Du chant-son. En français dans le texte. Pour danser et penser. Chant, scratches, violoncelle, claviers. On brûle sur scène pour te réchauffer. On te cueille au ventre, donne des coups et des caresses qui te bénissent et te blessent. Après un album et un EP auto-produits, un tour aux Francofolies en passant par le Chantier et plus d’une centaine de concerts aux 6 coins de l’hexagone, Babel revient avec son nouvel EP, BLESS(E) YOU et un show explosif, punchy et touchant.

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(Photo : Benjamin Pavone)

DSC00742dd.JPGInterview :

Il y a une sacrée évolution entre votre précédent EP et celui-ci.

On a cherché à développer le son qu’on avait commencé à trouver avec le précédent EP, La vie est un cirque. A cette époque, je trouve qu’on allait encore bouffer à tous les râteliers. On était encore un peu dans la chanson. Aujourd’hui, malgré l’éclectisme de ces nouveaux titres, je considère que nous avons gagné en cohérence. On est moins dans la variété, dans le sens « varié », on est moins hybride.

On vous le reprochait ?

Un peu, oui. Et nous, parfois, quand on faisait des concerts, on avait l’impression de faire de la musique d’un autre groupe. Le retour des programmateurs étaient symbolisé par une question : c’est qui Babel ? C’est de la chanson, de l’electro, du slam ? Ils nous reprochaient d’aller partout et nulle part.

C’est chiant de s’entendre dire ça ?

Évidemment. Le public ne se pose jamais ce genre de questions. Ce ne sont que les professionnels qui te remettent en question et qui ne savent pas où te cataloguer.

"Bless(e) You" en live @ Au fil du Son 2015. Image : Corentin Luis - Joris Favraud. Montage : Corentin Luis.

J’ai toujours trouvé qu’il y avait une unité chez vous et que tout était cohérent.

Pendant un an et demi, on a cherché une certaine évolution, mais on a galéré. Il a fallu que l’on trouve la place de chacun, que l’on détermine comment on compose, qui emmène quoi. Personnellement, j’écris les textes et je participe un peu à la musique. Je peux emmener une compo guitare-voix, mais de plus en plus, j’ai laissé le champ libre aux autres membres du groupe. De plus en plus, j’essaie de me détacher de l’aspect composition et harmonie, parce que, très honnêtement, il y en a qui le fond mieux que moi. Chez nous, tout le monde peut composer. C’est à la fois riche et compliqué.

Toi, tu écris en utilisant la méthode Boris Vian. C’est quoi cette méthode.

Il écrivait une musique, puis il écrivait un texte dessus ensuite, un autre compositeur refaisait une musique sur le texte. C’est ce que je fais parce que j’ai besoin de musique pour écrire mes textes.

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(Photo: Carmen M au Festival Epipapu)

Ce que j’apprécie dans votre son « electro pop rock chanson », c’est le sens de la mélodie.

La mélodie est primordiale dans une chanson. Même dans les chansons dites « à texte », comme celles de Georges Brassens. Chez tous les amateurs de Brassens, il n’y a au fond que 10% qui connaissent les paroles, mais tout le monde fredonne la mélodie. Ça te reste tellement dans la tête que ça en devient diabolique.

"Climb the Tower" en live @ Au Fil du Son 2015. Image : Corentin Luis - Joris Favraud. Montage : Corentin Luis.

Vos concerts, actuellement, font l’unanimité. C’est une vraie claque pour tout le monde. 

On essaie de faire en sorte que notre spectacle soit léché. Nous sommes tous assez exigeant par rapport à nos décors, nos sons et nos lumières. Nous voulons être fiers de ce que l’on présente, aussi visuellement.

Votre public est de plus en plus nombreux.

Nous sentons que la mayonnaise prend. Nous avons des passages clips à la télé… et des choses se profilent à l’horizon. Je ne t’en dis pas plus, parce que tant que ce n’est pas fait ça reste du vent.

Bon, il y a des maisons de disque et des radios qui sont intéressés, c’est ça ?

Advienne que pourra.

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(Photo: Eric Coehoorn)

Vous êtes dans une période positive, là, j’ai l’impression.

Oui et c’est agréable parce que nous sommes passés par une grosse période de doute. On ramait un peu et comme je te l’ai dit tout à l’heure, nous nous cherchions artistiquement. Un jour, tout s’est débloqué et c’était parti. On a eu envie d’aller vers quelque chose de moins hip hop, qui était un peu la marque de fabrique du premier, pour aller vers une musique plus « épique »… un peu « musique de film » avec du texte dessus, tout en gardant le côté electro.

Voilà, on peut vous cataloguer. Vous faite de l’electro épique ! Tu valides ?

Je valide complètement. On aime bien les grandes envolées lyriques…

Dans vos chansons, tu dis beaucoup sur l’état de la société d’aujourd’hui, mais sans faire la morale. Tu constates, point barre.

Je déteste qu’on me fasse la morale, ce n’est pas pour la faire aux autres. Je ne fais aucune chanson manichéenne non plus. Comme je m’intéresse au monde et que ça me touche, j’écris sur ce qui me touche. Je parle de ce que je ressens plus de ce que je pense. Il y a des idées qui en ressortent, forcément.

Clip officiel de "Bless(e) You".

Dans « Bless(e) You », tu parles au peuple et il y a de la colère.

Il y a une forme de désespoir dans cette chanson. La chanson engagée, genre anti militariste de base, je n’y arrive pas. Dans cette chanson, je tape sur l’armée, la guerre, pas sur les militaires. Eux, ils font leur travail. Le militaire que « j’interprète » a cru au bien-fondé de la guerre qu’il est obligé de mener, mais il se rend compte qu’il s’est fait baiser la gueule, qu’on a utilisé des idées pour l’utiliser lui et ses camarades. Dans les chansons engagées, on est dans le jugement, moi, je ne prends jamais cette direction. Je ne veux pas faire mon chanteur de gauche de merde (rires).

Vos fans suivent votre évolution d’album en EP. Comment ont-ils réagi à ces nouvelles chansons ?

Les retours sont globalement positifs. Il n’y a pas de sentiment de trahison. Le fait que nous nous éloignons de la chanson traditionnelle pour une musique plus électrique et électronique ne semble pas choquer grand monde.

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(Photo : Arnaud Grislin).

Je me suis fait la réflexion que l’on n’a pas l’habitude d’avoir de bons textes sur ce genre de musique.

C’est notre challenge. J’essaie de bien écrire, de bien tourner les compliments… je suis très exigeant et je me donne du mal pour amener du fond. Pour moi, ce n’est pas un exemple, mais Stromae a bien réussi ça. C’est très populaire sans avoir vendu son âme. Il est très sincère, ses textes sont d’enfer. C’est très simple, mais ce n’est pas simpliste. C’est accessible et ça envoie d’enfer ! Sans faire la même musique, j’essaie de faire en sorte que l’on prenne une direction de cette nature. Faire danser sur des textes noirs, j’aime l’idée.

Tu as envie de produire une œuvre classe… et qui touche tout le monde.

Je me sens populaire aussi. Je viens de là. Autant j’aime la grande littérature et les films d’auteurs, autant j’aime le dernier Mad Max. Je veux tirer les gens, modestement, vers le haut, mais en faisant de la musique qui plaise à un maximum de gens.

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Le 14 septembre 2014, après l'interview.

09 octobre 2015

Amaury Vassili : interview pour Chansons populaires

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AMAURY-MICRO-08-©YVES-BOTTALICO-LIGHT.jpgJ'ai interviewé le jeune chanteur (ténor) Amaury Vassili à l'occasion de la sortie de son album Chansons populaires. Un album de pure variété. Je m'attendais à être déçu (les aprioris ont la vie dure), mais finalement, j'ai été agréablement surpris. Évidemment, je préconise l'écoute des versions originales... mais si ce disque permet la découverte de certaines de ses chansons, soit.

(Je tiens tout de même à ajouter que je me demande s'il n'y a pas un GROS souci dans les maisons de disque. Pourquoi ces albums de reprises à profusion (entre autres Renaud, Goldman, Téléphone et bientôt Balavoine...) ? Réponse simple comme bonjour : parce que c'est facile à faire, les chansons ont fait leur preuve, on ne prend pas trop de risque et ça se vend très bien. Soit.)

(Mon métier m'empêche de développer plus... mais je n'en pense pas moins).

(Sinon, Amaury Vassili est aussi bon interprète que sympathique).

(Ce qu'il fait, il le fait bien et, j'ai l'impression, avec passion et envie).

Voilà donc le fruit de notre interview pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d'octobre 2015).

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Le premier clip tiré de l'album Chansons populaires : "J'ai encore rêvé d'elle" (en duo avec Barbara Opsomer).

07 octobre 2015

Hippocampe Fou : interview pour la sortie de ☆ CÉLESTE ☆

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Hippocampe Fou, fine et inventive plume du rap français, revient avec l’album CÉLESTE . L’artiste extrêmement doué se surpasse techniquement et s'accompagne de textes aérés et de refrains aériens. Voyages, vie quotidienne, expériences personnelles, désillusions, religion, sont quelques-uns des thèmes traités sans ego trip ni vulgarité avec subtilité, poésie et créativité. C’est finalement assez rare pour que ce « détail » soit signalé.

Le 29 juillet, Hippocampe pas si Fou que ça est passé à l’agence pour une mandorisation en règle.

hippocampe fou,celeste,interview,mandor,video rapBiographie officielle (très raccourcie) :

Après avoir exploré les fonds marins avec °°AQUATRIP°°, rencontré un public nombreux et enthousiaste, ce grand enfant d’Hippocampe Fou, toujours dans la lune refuse de quitter son pays imaginaire et nous invite à un voyage insolite et surréaliste, à la recherche de l'extase, avec son nouvel album ☆ CÉLESTE ☆. Accompagné de productions musicales redoutables, Hippo manie flows, jeux de mots et story-telling avec une dextérité surprenante. Sa langue affûtée bouscule l'imagination et suscitent la réflexion en visitant un nouvel espace : le Ciel. Suivi de très près sur le net (avec 5 millions de vues sur sa chaîne YouTube), Hippo livre un album pétillant qui revient avec humour et profondeur aux sources du rap français.

Amoureux des images et des mots, avide d'évasion, dans ce nouvel opus Hippo déroule ses chansons comme des courts-métrages. Ce conteur moderne explore une multitude de style : mélancolique ("Las Estrellas"), romantique ("Mes échecs"), introspectif ("Si j'étais..."), onirique ("Presque rien"), burlesque ("La grande évasion"), historique ("Chasse aux sorcières"), grotesque ("Chorale des orphelins à la langue coupée"), autobiographique ("Arbuste généalogique »)... Artiste protéiforme, il soigne le fond et la forme.

Reconnu pour son flow fluide au débit ultra rapide, sa technique qui oscille entre slam et rap, il hippocampe fou,celeste,interview,mandor,video rappeut se vanter de réussir à rapper sur tout type de rythme et de bpm. Classé 2ème sur la liste des rappeurs français possédant le vocabulaire le plus large, selon le Huffington Post, Hippo maîtrise assonances, allitérations et métaphores percutantes, ce qui en fait un MC complet.

Dans ce nouvel album, des oreilles curieuses pourront croiser, entre autres, les métaphores du sage Gaël Faye, le flow inimitable des Américains The Procussions, les chœurs des sirènes Mary May & EMJI (qui a remporté l'édition 2015 de la Nouvelle Star), la flûte traversière enchanteresse de Marine Thibault (Cat's Eyes), l'harmonica du virtuose Greg Zlap et même un refrain chanté par le père d'Hippo : Francisco Gonzalez.

Avec ☆ CÉLESTE , l'homme derrière le cheval de mer se réinvente. Il a grandi, déterré ses émotions et s'aventure dans les sombres recoins de notre existence. À la manière d'un Charlie Chaplin, Hippo y défend un rire empreint d'émotion. Son style populaire, intemporel est toujours à la recherche de l'inédit. Créer l'extraordinaire en détournant l'ordinaire.

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hippocampe fou,celeste,interview,mandor,video rapInterview :

Tu vis de ta musique, ce n’est pas donné à tout le monde.

Depuis quelques années, je suis intermittent du spectacle. Entre les concerts et les ateliers, j’arrive à vivre de mon art.

Tu as fait des webs séries sur YouTube. Cela a largement contribué à ta notoriété.

C’est partie d’une envie de m’amuser avec mes proches dans un premier temps et avec les gens, par la suite. La web-série « Video rap » a bien plu. En 2009, ça a fait pas mal de bruit, notamment grâce au réalisateur de la web série, Le visiteur du futur », François Descraques. Il a partagé sur son blog quelques épisodes, ce qui a eu pour effet de me ramener beaucoup de gens, dont certains sont restés fidèles. Je suis passé de 300 vues à 10.000. A partir de ce jour-là, c’est devenu plus sérieux et moins confidentiel.

Video Rap: "Chez moi y a un Lama" (2010).

J’ai regardé pas mal de tes vidéos. On sent une âme de comédien.

J’aime bien jouer des scénettes humoristiques qui amènent quelque chose de plus sérieux derrière. J’aime jouer le passage du looser au brillant rappeur. Je suis un mix de ces deux personnages.

Dans tes vidéos et dans tes chansons, je sens de l'ironie et du second degré.

C’est sans doute une forme de pudeur. Je ne fonctionne pas en disant les choses frontalement.  Même dans le quotidien, quand quelque chose va mal, je suis plus du genre à lâcher la petite phrase cynique ou ironique qui parfois peut mettre mal à l’aise les gens… mais je suis comme ça.

Clip de "La grande évasion" (en duo avec Céo).

Dans « La grande évasion », sous couvert d’une chanson un peu délirante, le fond est triste.

On ne rigole jamais autant que quand c’est dramatique. Moi, j’aime bien aller carrément dans le burlesque. C’est le principe des films de Chaplin ou de Buster Keaton. Il y a toujours la notion de souffrance, mais avec le sourire.

Présente nous Céo.

C’est mon acolyte scénique. Je ne voulais plus être seul sur scène parce que je commençais à faire de gros concerts. Il est beatmaker, graphiste, rappeur entre autres. Sur « La grande évasion », c’est lui qui a fait l’instru.

Il y a des guests tel que Gaël Faye (mandorisé là) dans "Presque rien" par exemple.

Lui, il a la métaphore très facile. Je lui ai proposé le feat trois semaines avant qu’on l’enregistre et il a commencé à écrire sa partie dix jours avant. Il y a plein de belles images et de jeux de mots d’une finesse rare. Il écrit très bien et j’ai beaucoup d’admiration pour lui.

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 Gaël Faye et Hippocampe Fou.

Toi aussi tu joues avec les mots comme personne.

J’aime jouer sur différents lexiques, entrechoquer les mots, jongler avec. Je joue entre le sens et la forme.

Le son des mots, c’est un instrument de musique ?

Bien sûr. Je suis le fils d'un guitariste et compositeur colombien. Je l’ai vu travailler ses gammes et morceaux très longuement. Il avait des problèmes de vue, il ne pouvait pas lire les partitions, donc il devait mémoriser les morceaux en les jouant sans cesse. Il a voulu m’apprendre la guitare, mais ça m’ennuyait et ça me faisait mal aux doigts, j’ai donc refusé. Du coup, quand j’ai commencé à m’intéresser à la possibilité de raconter des histoires avec des mots qui peuvent groover, je me suis dit qu’il était possible de vivre en devenant conteur. Je savais que j’allais pouvoir faire sonner les mots, comme mon père pouvait faire sonner les cordes de sa guitare.

Le mot « conteur » te convient bien.

A ma disparition, j’aimerais bien que l’on place « conteur » sur ma tombe. Je trouve ce terme ultra classe.

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Que pense ton père de ton travail ?

Alors que je finissais mes études de cinéma, je suis parti en Colombie avec lui pour faire un documentaire sur sa personne. Je voulais faire un film sur la composition, la musique et l’exil. Pendant ce voyage, je lui ai fait écouter deux morceaux dont j’étais fier. Il m’a dit qu’il trouvait ça bien et m’a encouragé à en faire d’autres. Aujourd’hui, je vis de ma musique, je sors mon deuxième album et je suis très heureux.

Tu as commencé en animant des soirées slam.

C’était des années avec des hauts et des bas. Alors que je faisais deux heures de textes et d’impro, il m’arrivait, à la fin d’une soirée, de repartir avec une fortune. Deux euros (rire). Quand on a connu ce genre de galère, on est content quand une vingtaine de personnes, qui ne sont pas tes amis, se déplacent pour venir te voir à un concert. Aujourd’hui, j’alterne les gros festivals, les grosses scènes et des trucs plus intimes.

Tu fais aussi des ateliers d’écriture.

Je me retrouve face à dix jeunes qui ne me connaissent pas et qui ont leurs propres références. Je dois les convaincre avec un morceau qu’ils n’ont jamais écouté que ce que je fais est bien et que l’on va faire des trucs cools ensemble. J’ai une pression soudaine qui est plus grande que si j’étais devant 1000 personnes.

"Freestyle Céleste"

Il n’y a pas un clip de toi qui ressemble à un autre. Pourquoi ?

Je travaille toujours avec des gens différents qui ont des savoir-faire personnels. Je ne veux pas refaire deux fois le même clip. Je veux surprendre le public. Je cite souvent Kubrick et Lars Von Trier qui sont deux de mes réalisateurs cultes. Ils ont su se renouveler à chaque film et proposer une forme cinématographique différente. J’aime les gens qui savent se réinventer.

Chez les chanteurs, tu peux me donner des exemples ?

Oui, Camille. A chaque album, elle a su changer de style de manière inattendue.

Entre °°AQUATRIP°° et ☆ CÉLESTE ☆, il y a un monde ?

L’eau de mer s’est évaporée, ça a formé des petits nuages et moi, en tant que créature aquatique, j’ai sorti mes petites nageoires de l’eau, des petites pattes ont poussé et j’ai commencé à marcher sur la terre ferme et j’ai regardé les nuages. L’idée de cet album, ce n’est pas de partir dans les plus lointaines galaxies, c’est simplement l’envie d’aller au-delà des nuages. Il y a une envie de rêver éveillé en marchant sur les nuages avec l’auditeur.

Il y a différents niveaux de lectures dans tes textes.

Oui, je m’amuse un peu, mais j’ai quand même du mal à être trop abstrait. Il y a certains artistes que je ne saisis pas. Par exemple Christine and the Queens, il y a des chansons que j’aime beaucoup, mais je ne comprends pas toujours ce qu’elle veut dire. C’est un peu trop ésotérique pour moi. J’ai envie que les gens comprennent ce que je raconte et que l’image soit claire. J’aime emmener les gens dans mon univers, de temps en temps, au détour d’une phrase, les perdre et puis finir par les récupérer. J’aime déconcerter, mais en douceur. Si j’étais une œuvre, je serais plus au Louvre qu’au Palais de Tokyo.

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Pendant l'interview...

Tu as du mal à trouver tes rimes ou c’est plutôt facile ?

Je recherche les punchlines. Il faut que ça sonne au niveau des allitérations et des assonances et, en même temps, il ne faut pas que ce soit juste un jeu sonore, il faut que cela veuille dire quelque chose de bien. Comme je dis dans le freestyle « Céleste » : «quand j’écris, je réfléchis jusqu’à ce que je sue. » Je cherche toujours le juste mot.

A quel public t’adresses-tu ?

Mon but n’est pas d’être le plus technique des rappeurs, mais de raconter des .histoires dans lesquels un petit de 4 ans, quelqu’un de l’âge de mes parents ou une personne âgée puissent se retrouver à un moment… et reconnaître la poésie que j’y mets tout en restant fidèle à mes envies.  

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Après l'interview, dans la cour de l'agence, le 29 juillet 2015.

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06 octobre 2015

Clip de "Octobre Rose" (de Faby Perier) pour sensibiliser à la lutte du cancer du sein.

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Des chanteurs, comédiens, journalistes et musiciens ont uni leurs voix pour Octobre Rose. Il s’agissait-là de sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein.

J’ai accepté de prêter ma voix à cette chanson et de participer à ce clip parce que je connais Faby Perier et son combat de tous les instants depuis de longues années. Elle a même été mandorisée il y a deux ans. Est-ce que cela sert à quelque chose ? Je n’en sais rien. Mais, si ça peut aider moralement au moins une personne, je me dis qu’une après-midi à enregistrer cette chanson n’est pas du temps perdu.

Dans ce clip pour apprécierez les voix de (par ordre alphabétique) Zakia Abasse, Méliane Abasse, François Alquier, Anne Bernex, Noemie Caillault, Pauline Cartoon, Jimmy James, Lizzy Ling, Ahmed Mouici (ex Pow Wow), Julia Nuret, Marie Sang de Bourbe et Slimane.

Paroles : Faby Perier
Musique : Rabah Bahloul
Arrangements : Chris Richard
Studio Human : Simon Cloquet-Lafollye
Mixage : Steven Forward

Musiciens : Romain Fitoussi, Romain Molist, Chris Richard, Nicolas Ramassamy

Réalisation et montage : Jenny Bardelaye

MCKS Prod : Rachid Abasse ( Fouz DK ) et Faby Perier

Et attention! Une soirée à ne pas louper!

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Quelques photos de l'enregistrement...

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Faby Perier, l'instigatrice de cette "aventure" musicale et humaine.

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Méliane Abasse.

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Ahmed Mouici (ex Pow Wow)et Faby.

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Le même, mais seul.

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Le collectif (1).

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Faby Perier et Jean-Jacques Goldman (il me semble).

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Là, c'est avec Johnny Hallyday (il me semble aussi).

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Le collectif (2).

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De gauche à droite, les chanteuses Julia Nuret et Lizzy Ling (http://www.lizzyling.com/), la comédienne Anne Bernex (http://www.annebernex.fr/), bibi (l'homme de la bande), la chanteuse Faby Perier (l'instigatrice du projet http://www.fabyofficiel.com/), l'humoriste Pauline Cartoon (http://www.pauline-cartoon.com/) et Méliane Abasse.

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Arrangement : Chris Richard

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Réalisation et montage : Jenny Bardelaye

01 octobre 2015

Angèle : Interview pour son EP, Prélude

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(Photo : Guillaume Ougier)

Angèle (Osinski) est une artiste que j'ai découvert au Pic d'Or. Voilà ce que j’en disais dans ma récente chronique mandorienne consacré à ce tremplin tarbais (j’adore m’autociter) : « Textes et musiques exigeants, une présence remarquable et une voix belle et singulière (allez, disons le, pas aux antipodes de celle de la chanteuse L. Avec son répertoire, Angèle ne sera pas la reine des tremplins, mais peut toucher un public conséquent si elle sort des disques honorablement produits. Elle a tout. Charme et chansons. Deux atouts qu'il faudra que cette artiste sache faire fructifier. »

Je suis ensuite allé la voir dans une petite salle parisienne peu de temps après.

Et puis je l’ai mandorisé, juste avant l’été (ce qui signifie que je crois en son fort potentiel).

angèle,interview,mandorBiographie officielle :

Chanteuse, auteure-compositrice, Angèle nous offre des textes ciselés et des compositions sensuelles et oniriques interprétés avec délicatesse et puissance.Nourrie aux airs de Barbara, Tom Waits et Lhasa, elle livre, avec son premier EP « Prélude » (sélectionné par le Prix Georges Moustaki en 2014 et par le Pic d’Or en 2015), une œuvre profonde et lumineuse, mystérieuse et incarnée. Elle est aujourd’hui en préparation de son premier album: « Nocturne ».

Angèle a longtemps chanté les chansons des autres. Après une formation classique (piano, solfège, chant au Conservatoire du VIème arrondissement de Paris), elle s’est immergée dans diverses traditions: jazz, chants tsiganes, tango, musique brésilienne… Elle a appris, au contact de musiciens, au hasard des rencontres, de concerts en concerts, leur musique, leur culture et un peu de leur langue.

Les morceaux de son EP, Prélude, ont été enregistrés par Stéphane Prin (notamment ingénieur du son pour Jean-Louis Murat, Camille, Bashung, Miossec, etc…) avec Manu Chehab (« Fedayi Pacha » et « Elektraum » chez Hammerbass) à la guitare électrique, au oud et à la scie musicale, Catherine Gauduchon et Angèle au piano et Marc Heullant à la batterie et aux percussions. Depuis octobre 2014, Didier Goret (pianiste notamment pour Juliette, Anne Sylvestre, Allain Leprest, etc…) a rejoint Angèle sur scène, au piano et aux arrangements.

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(Photo : Cédrick Nöt)

angèle,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que tes parents écoutaient beaucoup de musiques quand tu étais plus jeune.

Ils écoutaient chacun un style différent. Ma mère était une fan de chansons françaises et de variétés. Dans le film La femme d’à côté de François Truffaut, à un moment, Gérard Depardieu vient voir Fanny Ardant. Ils ont une histoire d’amour tumultueuse. Il lui apporte un petit transistor pour qu’elle écoute de la musique. Il a un air méprisant parce qu’elle aime écouter des chansons. Elle lui dit que « la chanson, c’est l’art de raconter des choses qui servent à la vie en trois minutes ». Pour elle, c’est un grand art. Ma mère était pareille. Elle aimait aussi bien Fréhel, Piaf, Barbara que Souchon et Voulzy par exemple. Par contre, mon père était à fond musique classique et jazz. Mes parents se retrouvaient sur le jazz vocal. Billie Holiday était une voix de mon enfance.

Ce que tu fais aujourd’hui est l’intégration de tout ça ?

Oui, mais d’autres influences encore. J’ai mon parcours de rencontre musical personnel. J’ai une formation de piano classique. J’étais au Conservatoire à Paris en piano, solfège et chant. Je ne suis pas restée longtemps.

Ton père jouait du violon étant petit.

Oui, il est juif polonais. Il est né en France de justesse. Il était issu d’une famille très pauvre et il fallait s’en sortir par le talent et la musique. Ma grand-mère faisait les chœurs à l’opéra de Varsovie et mon grand-père était basse dans le même opéra. Il y avait dans ma famille, une culture de la musique.

Au bout d’un moment, tu as vécu la musique comme une obligation.

Oui, alors je m’en suis éloignée. J’ai toujours adoré lire, écrire et les mots m’ont toujours fasciné… le théâtre m’a interpellé pendant longtemps.

Clip de "Prélude".

Tu as souhaité devenir comédienne ?

J’ai tellement vu de comédie musicale quand j’étais gamine que, pour moi, devenir comédienne, ça voulait dire chanter, danser et jouer de la musique. Dans ma tête, c’était un ensemble. Après, je me suis rendu compte que non, alors j’ai privilégié la comédie, le jeu… mais tout en écrivant.

L’écriture est une constante dans ta vie ?

Oui, l’écriture de nouvelles, de romans, de poèmes… je crois que je me suis adonnée à toutes les formes à part les scénarii et du théâtre.

Paradoxalement, c’est pendant ton parcours de comédienne que tu t’es rapprochée de la musique. 

Dans ce métier-là, il y avait une forme de superficialité et je ne comprenais pas la logique de certaines choses. Au moins, la musique, c’était concret. Tu chantes juste, tu chantes faux, tu triches, tu ne triches pas… les choses sont claires.

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(Photo : Frédéric Petit)

Tu as recommencé la musique en allant à la Chope des Puces, à Paris.

C’était des guitaristes de jazz manouche qui jouaient là tous les samedis et les dimanches. J’y suis allée tous les dimanches pendant deux ans. Les musiciens qui m’ont entendu chanter m’ont dit que j’avais une belle voix, j’ai fini par chanter du jazz manouche et des chants tziganes avec eux. Par le biais de ces musiciens, j’en ai rencontré d’autres qui étaient brésiliens et j’ai aussi chanté avec eux. Pendant très longtemps, au hasard des rencontres, j’ai chanté dans une langue qui n’était pas la mienne, à chaque fois en m’immergeant dans une culture différente. Je me vis comme une éternelle étudiante en musique. Mes petites études au Conservatoire, par rapport à ce que je découvrais là, ce n’était pas grand-chose. L’enseignement de la musique en France est très dogmatique, tandis que mes expériences musicales ont fait exploser les barrières. J’ai découvert que l’on pouvait chanter, écrire et composer de plein de manières différentes.

Clip de "Colin-maillard".

Aujourd’hui, tu es revenue vers une facture un peu plus classique de la chanson.

Les rares fois où je chantais en français, je sentais qu’il y avait une connexion immédiate, parce que c’était la langue du public qui venait me voir. Le français est ma langue et chaque mot était chargé de mon histoire. En tant que chanteuse, j’ai eu l’impression de vivre la vraie rencontre avec le public à ce moment-là. Je me suis mise de plus en plus à écrire en français et j’ai eu envie de m’entourer d’une équipe pour aller chanter mes chansons sur scène.

Après ton EP, tu travailles sur de nouvelles chansons ?

Je suis en train de travailler à une forme qui ira plus loin que ce que j’ai proposé jusqu’à présent. J’ai beaucoup tourné en piano voix pour des raisons économiques, mais là, j’ai envie d’une formule à deux ou trois musiciens sur scène avec des sonorités hyper importantes pour moi. Je voudrais une guitare électrique, une batterie et un oud … A long terme, je cherche à être entourée. Pour l’instant, tout est fait maison.

Tu as ta propre personnalité et ton propre univers, mais parfois flotte un air de Babx ou de L. Tu n’es pas aux antipodes en tout cas, ce qui, de ma part, est un sacré compliment.

Je connais un peu Babx, nous nous sommes croisés à une période de nos vies, mais on ne s’est pas vus depuis des années. Je sais juste que nous avons écouté les mêmes choses et que nous avons les mêmes goûts en matière de musique, donc forcément, puisque nous avons des influences communes, il y a des choses qui vont se retrouver dans la façon d’écrire et dans la façon d’être en scène face aux gens. J’assume très bien les similitudes. C’est même flatteur que l’on m’en fasse la remarque.

Extrait d'un concert d'Angèle à l'ACP Manufacture Chanson, "Boite à musique" (avec au piano, Didier Goret).

Etre artiste en 2015, c’est dur ?

Oui, c’est un combat, mais jalonné de moments très intenses, très beaux. C’est très « cliché » ce que je vais te dire, mais je suis heureuse de me lever tous les matins en me disant que je vais écrire et composer. Pour répondre à ta question. C’est un combat que j’accepte de vivre.

Quel est le genre d’artiste que tu respectes et aimes ?

Celui qui propose un truc qui dépasse l’intime et qui rencontre ce que, moi, j’ai de plus intime. Ça me permet de me sentir… moins seule. Intrinsèquement, profondément, charnellement, en tant qu’être humain, il m’arrive de me sentir reliée à un artiste. Ça m’a fait ça avec la regrettée Lhasa que j’avais vu en concert au Grand Rex. Ce sont des gens comme ça qui, par l’affirmation de leur imaginaire et cette proposition d’aller vers un rapport hyper sincère au fond d’eux-mêmes pour aller inventer, réinventer qui ils sont, qui me touche au plus haut degré. Comme je suis très ambitieuse, c’est ce que j’essaie de proposer aux gens qui viennent me voir.

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(Photo : Thomas Bader)

angèle,interview,mandor(A gauche: Angèle, notre ami commun, le subtil et délicat Bastien Lucas et Mandor).

Quand tu écris, il n’y a pas quelque chose de l’ordre du mystique ?

Je pars souvent d’une phrase banale liée à des choses que j’ai vécues, des choses personnelles ou que j’ai pu observer, mais souvent, ce sont des événements sur lesquels je ne me suis pas attardée. Sur le moment, j’ai cru que ça n’avait pas vraiment d’importance. De cette phrase naît tout un processus d’imbrication de pensées, de mots qui forment, au bout d’un moment, une chanson. Je rejoins ta question… par moment, j’ai l’impression que cela m’est dicté.

Et pour la musique ?

J’écris d’abord les paroles et la musique vient ensuite. Une des phrases du morceau va sonner d’une certaine manière et l’intonation va induire une musique. Tout est logique dans la musique. On croit que ça forme une contrainte, mais au contraire, ça offre beaucoup de libertés. Il faut juste trouver le chemin le plus proche de ce que tu as voulu exprimer dans la chanson. Quand j’écris une chanson, j’ai l’impression de forer un puits.

Un artiste est souvent pudique, pourtant il se déshabille sur scène.

Dans la vie, je suis très pudique et sur scène, ce que je cherche, c’est la transparence, c’est-à-dire que je suis encore plus qu’à poil. C’est le dénuement le plus total. C’est ce que je ressens intimement, profondément, que je vais laisser voir. Je ne vais pas le montrer, je vais juste le laisser voir. Et désormais, je ne vais plus hésiter à plonger dans les failles…

Il faut avoir des failles pour chanter des chansons qui montrent les failles ?

Ça peut-être pratique oui.

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Après l'interview, à l'agence.

Bonus : LA B.A.C - EPISODE 2 - PRÉLUDE

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Le numéro 2 de la géniale série hexagonale. Un trio de choc qui enquête dans le milieu de la chanson. Cette fois-ci, Mad, Mercier et Desreumaux s'en prennent à Angèle.  

10 septembre 2015

Emmanuel Moire : interview pour La rencontre

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Interview d'Emmanuel Moire réalisé pour Le magazine des Espace Culturel Leclerc (daté du mois de septembre 2015) à l'occasion de la sortie de son quatrième album, La rencontre. C'est de la variété classique et populaire, et dans le genre, c'est ce que l'on fait de mieux actuellement. Et le bonhomme est un vrai gentil. Bref, je l'aime bien.

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L'intro en version plus lisible...

Deux ans après Le Chemin, Emmanuel Moire revient avecLa Rencontre. L’ancien premier rôle du Roi-Soleilse livre un peu plus à chaque chanson, comme si ce rendez-vous promis par le titre du disque était celui du chanteur avec lui-même.Voilà donc le temps du bilan, ou en tout cas de l’introspection. De l'attirance et ses premiers émois à la peur de l'usure du temps, toutes les saisons du cœur sont déclinées. Cette "rencontre" nouvelle avec Emmanuel Moire est un enchantement et certainement l'album de la résilience.

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Clip de "Bienvenue" extrait de l'album La rencontre.

09 septembre 2015

Laurent Kebous et Napo Romero : interview pour Les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo

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Mano Solo est au centre d'un album/hommage imaginé par le groupe Les Hurlements D'Léo avec une pléiade d'invités. Les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo est une belle somme "dans l'esprit de..." qui rassemble autour du chanteur libertaire toute une famille de musiciens alternatifs. Ils ont puisé largement dans le répertoire des débuts (pas moins de dix titres sont extraits de son premier album) et des Frères Misère, son éphémère groupe de punk. Epaulés par les compagnons de route du sieur Solo – dont le guitariste de tous ses groupes, Napo Romero - et une belle brochette d'invités issus pour la plupart de la scène festive (Les Ogres de Barback (mandorisés là), Debout sur le Zinc, Babylon Circus, La Ruda…)

Le 25 juin dernier, j’ai pris un café en compagnie de Laurent Kebous (chanteur leader des Hurlements d'Léo) et de Napo Romero (guitariste des Gutter Rats, des Chihuahuas et des Frères Misère, les trois groupes qu'a emmené Mano Solo en marge des disques en son nom).

les hurlements d'léo,les hurlements d'léo chantent mano solo,laurent kebous,napo romero,mano solo,interview,mandorArgumentaire de presse :

Chanter Solo. A huit. Hurler sa rage, porter son énergie rock, distiller sa poésie héritée des plus grands auteurs français. Cela ne pouvait qu’être eux. Les Hurlements d’Léo s’attaquent à Mano, en petits frères de la même trempe. Celle qui noue le ventre et illumine les rires.

Celle qui rend la vie plus intense. Celle qui ne se résigne pas à voir les fascismes en tous genres ramper dans les cerveaux d’une France malade de ses peurs. Celle dont les colères se chantent haut et fort. Les Hurlements ne pouvant penser que collectif, l’idée d’enregistrer les chansons avec des invités fait rapidement son chemin. Sur des cuivres délicats, Nilda Fernandez (mandorisé ici)apporte une belle sensualité à « Allo Paris », la grande Francesca Solleville porte « Le monde entier » avec une tremblante intensité. Romain Humeau (Eiffel) dépose « Le limon » avec une grâce touchante.

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Ne pas se fier à leur ragga lent aux senteurs d’orient : les Toulousains de Zebda (mandorisé ici) regardent « Les habitants du feu rouge » avec la même fraternité déchirée. Et déchirante. La copine Mell (mandorisée là (« Y’a maldonne »), l’incandescente Melissmell (mandorisée ici) (« La rouille »), le compagnon de route bordelais Bertrand Cantat (« Allez viens »), les potes des Ogres de Barback (« Sacré cœur »), les copains de Debout sur le zinc (« Une image ») et les autres…

Derrière chacun dans le studio, les Hurlements épaulés de Napo Romero toujours, assurent une toile de fond à la couleur musicale commune donnant aussi au disque sa cohérence dans sa diversité.

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les hurlements d'léo,les hurlements d'léo chantent mano solo,laurent kebous,napo romero,mano solo,interview,mandorInterview :

Laurent, c’est toi qui es l’initiateur de ce projet. 

Laurent Kebous : J’ai eu cette idée dans un camion, à la fin de la tournée « Bordel de luxe ». J’ai lâché ça en ne sachant pas trop avec qui j’allais le faire, ni comment. Les autres membres du groupe m’ont dit qu’ils étaient bien chauds pour participer à l’aventure eux aussi. Ça m’a fait plaisir de monter ce projet avec cette famille-là. Au départ, je voulais enregistrer ce disque avec plein de gens de l’extérieur… mais c’est très bien que cela se soit déroulé ainsi.

Quand les Hurlements d’Léo ont dit qu’ils participaient, il a fallu mettre le projet en route.

Laurent : Le rendez-vous qui a été primordial, c’était celui avec Fatia. La manageuse de Mano Solo a été la clef qui a ouvert toutes les portes. On s’est donné rendez-vous à Paris et on a discuté pendant trois heures.

Tu voulais son accord ?

Laurent : Non, je voulais lui dire que l’on voulait faire ce projet, je voulais aussi lui parler du parcours des Hurlement d’Léo et pourquoi on en était arrivé là. Mais, elle a trouvé notre démarche intéressante et nous a promis de la soutenir. Cela dit, je tiens à préciser que le répertoire de Mano Solo ne nous appartient pas et que nous ne sommes pas les gardiens du temple. Tant mieux si un autre projet autour de Mano Solo voit le jour.

C’est Fatia qui t’a mis en contact avec Napo Romero, le guitariste de Mano Solo et de sesles hurlements d'léo,les hurlements d'léo chantent mano solo,laurent kebous,napo romero,mano solo,interview,mandor groupes.

Laurent : J’appelle Napo et on parle un long moment. Nous nous étions déjà croisé sur des festivals, mais sans plus. En parlant, on se rend compte que nous avons des idées et des idéologies communes.

Vous l’avez donc inclus dans le projet ?

Laurent : On a laissé faire les évènements et les choses se sont mises en place. Quand Napo est arrivé, le projet a pris vie avec tous les protagonistes et c’est devenu ce que tu connais aujourd’hui.

Napo, quand Laurent t’a parlé de ce projet, tu as pensé quoi ?

Napo Romero : A ce moment-là, j’avais dans l’idée de remonter les Frères Misère, l’un des groupes de Mano dont j’étais guitariste. Mano étant parti en 2010, j’estimais que le temps de deuil était passé et que c’était le moment de faire quelque chose pour lui rendre hommage. J’ai donc proposé à Laurent de créer des co-plateaux Hurlement d’Léo / Frères Misère. Mais très vite, je me suis rendu compte que Frères Misère, ce n’était pas pour demain et que son projet à lui était bien pour demain.  

Mano Solo reprend en public un titre de l'album des "Frères Misère", groupe dont il était la voix et le parolier. "Je me suis fait du mal" (Mano Solo / Frères Misère, Polygram, 1996).

Avec Mano Solo, vous vous êtes connus jeunes ?

Napo : On avait 17 ans. Nous avons eu de rapports assez spéciaux. De douleur, d’amour, de combat, de haine… on a tout connu, tout traversé. Je suis super content parce qu’avec ce projet, je retrouve un truc là où je l’ai laissé. Moi, j’ai travaillé pour les deux premiers albums de Mano et l’album des Frères Misère et, il se trouve que les Hurlement d’Léo, dans leur choix de morceaux, ont surtout choisi des morceaux de ces trois albums.

Laurent : Avec Erwan Naour, avec qui j’ai monté les Hurlements d’Léo,  nous avons appris à jouer sur des chansons de Mano Solo du premier album. C’est un peu lui qui nous a permis de nous décomplexer par rapport à l’écriture et à aller vers cette poésie crue, lucide et ancrée dans son temps. Les deux premiers disques et l’album des Frères Misère, c’est vraiment ce qu’on a préféré de cet artiste.

Napo : Je voudrais ajouter qu’il y avait un grand intérêt pour moi de rencontrer une génération de musiciens que j’avais laissé échapper. Je connaissais Les Hurlements d’Léo, Les Ogres de Barback, toute cette mouvance, mais juste de nom. Avec ce projet, j’ai la chance de les connaître de l’intérieur. Cette génération-là est un peu héritière de Mano Solo ou de Renaud, des gens qui disaient des vraies choses et surtout rien d’inutile. Ils enlevaient leur pudeur pour pouvoir le faire.

Mano Solo chante "Trop de silence" en 1995 au Bataclan.

Laurent, tu as rencontré Mano Solo une fois, je crois ?

Laurent : Oui, c’était en 1997, à Vitrolles. Une salle de spectacle, Le Sous-Marin, a été fermée par le Front National dès qu’ils ont pris les clefs de la ville. Les associations militantes sur place se fédèrent. Elles louent un chapiteau et l’installent à la limite de la ville, juste devant le panneau Vitrolles. Ils organisent quatre jours de débats et de concerts. Mano est invité et nous aussi. On se croise et on discute dix minutes. Cet entretien a été très furtif.  Le gars n’était pas là pour rien et c’est de cela que nous avons parlé. Se servir de sa musique et de ses propos pour défendre ou combattre quelque chose, c’était son credo.

C’est le rôle de l’artiste ?

Napo : Oui, le rôle de l’artiste, c’est un rôle de journaliste. On écrit sur son temps et on parle de ce que l’on voit et de ce que l’on ressent.

On peut considérer que le reste peut exister ? Faire de la musique pour divertir ou détendre…

Laurent : Oui, ce n’est pas notre cas, comme tu le sais. On prend position pour ou contre des choses.

Napo : Les Hurlements d’Léo n’est pas un groupe engagé, c’est un groupe qui s’engage.

Laurent : On est impliqué. On vit notre temps et on voit ce qu’il se passe, donc on en parle. Parfois, ça fait un peu chier les gens, mais il n’y a pas que ça sur une heure et demie de concert. On a aussi de très belles chansons d’amour. Les mecs qui parlent de leur nombril toute la journée et qui envahissent les ondes, ils nous pourrissent les esgourdes, je suis désolé.

Napo : En ce moment, en France, on est avec des ennemis. Les fascistes sont des ennemis. Historiquement, ma famille a quitté l’Espagne avec Franco et moi, aujourd’hui, je me demande si je vais devoir quitter la France quand le FN sera au pouvoir. Merde ! Il y a un moment où tu ne peux pas ne rien dire. Toute ma vie, je me suis battu contre les fascistes et contre les Lepen. Quand je vois où nous en sommes aujourd’hui, je me dis qu’on a bien fait de combattre, sinon, ce serait encore pire. On ne peut pas ne rien dire. On ne peut pas venir chanter sa petite chanson d’amour à la télé ou à la radio. Il faut prendre la parole dès que c’est possible. Le peuple a besoin de parler et les artistes sont aussi les représentants du peuple.

As-tu l’impression que l’artiste est mal vu aujourd’hui dans la société?

Napo : Mais tu as vu le statut de l’artiste ? On est déconsidéré sur tous les points de vue. Nous, les intermittents du spectacle, nous sommes des profiteurs du système. Nous sommes devenus des bobos… Avec tous les gouvernements de droite successifs, on s’en est pris plein la gueule. Et tous les métiers de l’art, c’est comme ça. Je veux prendre la route et chanter des chansons d’amour et des chansons révolutionnaires. Je suis désolé, je ramène tout à ça, mais on n’en peut plus. J’ai envie de gueuler.

Laurent, tu es moins radical que Napo, il me semble ?

Laurent : Je le suis autant, mais pas de la même façon. Avec mon autre groupe, El Comunero, on fait des chants révolutionnaires espagnols. J’ai cette soupape pour gueuler au monde entier que ça va mal.

Napo : Je te parle de ça parce que, pour moi, Mano Solo, c’est aussi ça. C’est quelqu’un qui dit ce qu’il pense au moment où il le pense. J’ai l’impression que tout le monde fait des chichis et que personne ne dit la vérité. On enjolive tout, on fait gaffe de ne vexer personne. Un artiste n’a pas à se préserver pour conserver son public. On n’est pas artiste pour vendre des disques.

Teaser #1 de l'album Les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo.

En tout cas, c’est bien de permettre que l’œuvre importante de Mano Solo soit connue d’une nouvelle génération.

Laurent : On voulait toucher le plus largement possible un auditoire qu’il n’avait plus beaucoup à la fin. C’est pour cela qu’il y a beaucoup d’invités. Mano, il a été plébiscité plus pour sa maladie que pour sa musique. Beaucoup de femmes adulaient ce mec dans les concerts. Il était beau, flamboyant et il criait à tout le monde qu’il était en train de crever, mais qu’il était plus vivant que tout le monde. Il donnait une énergie incroyable à ceux qu’il rencontrait et à ceux qui venaient le voir en concert. Il en avait ras le bol que les médias ne parlent que de son Sida et pas de ses chansons. A la fin, je crois que Mano Solo était boudé des ondes parce qu’il critiquait trop le système médiatique.

Napo : C’était un artiste difficile. Lui-même était un outsider dès le départ. Il était parfois un peu extrême.

Sur le disque, je ne m’attendais pas à trouver un groupe comme Zebda.

Laurent : On s’est connecté avec eux, on a discuté et on s’est aperçu que la femme d’Akim, un des chanteurs du groupe, aime beaucoup Mano Solo. Du coup, ils nous proposent de changer le morceau qui leur avait été attribué. Ce que nous avons accepté. Ils ont vraiment fusionné leur musique avec celle de Mano.

Napo : Quand tu entends un membre de Zebda dire qu’il a découvert un artiste et qu’il n’a pas fini de le découvrir, je trouve ça génial. Il pensait que toutes ses chansons parlaient de ses problèmes personnels. De leur côté, les Zebda ont découvert qu’il pouvait aussi chanter l’amour, la vie, la résurrection, la force, le combat.

Quand le projet a fait le tour de ce monde-là, est-ce que des artistes ont sonné à votre porte pour en être ?

Laurent : Il y en a qui ont pu agir ainsi, mais plus finement que tu ne poses la question. Tous les gens qui sont sur cet album sont des gens assez fins.

Napo : Ce n’est pas la bande à Renaud !

Laurent : Notre album est garanti 100% sans Enfoiré.  Il y en a qui, par des détours, nous ont dit qu’ils étaient intéressés et d’autres que nous sommes allés chercher. Certains ont accepté, d’autres pas.

Il y a eu des refus ?

Laurent : Juste un, parce qu’il ne se sentait pas défendre une chanson de Mano Solo. C’est un chanteur qu’on aime bien, issu de la scène française metal.

Dis-moi qui.

Après tout, ce n’est pas un secret d’état. C’est Renaud de Lofofora (mandorisé là). On lui a proposé un morceau des Frères Misère, il a écouté et il nous a dit que ça ne lui évoquait rien et qu’il refusait donc de participer. Mais il l’a dit très gentiment et c’est honnête de sa part. Sinon, je regrette la non-participation de Christian Olivier. Il était occupé à préparer une expo. Après, on a été au plus simple. Quand on avait trop d’entremetteurs pour toucher un artiste, on a botté en touche. On voulait rester sur la rencontre et sur l’humain.

Napo : On n’a pas fait appel qu’à des gens connus. Je trouve ça très bien que ce disque serve à faire connaître de nouveaux artistes qui ont de très gros talents.

"Allez viens" par Bertrand Cantat.

J’ai entendu dire que Mano Solo n’aimait pas Bertrand Cantat, or, on le retrouve dans le disque. Cela m’a étonné.

Laurent : Mano Solo n’aimait pas Noir Désir, ce qui est tout à fait différent. Il n’a jamais rien dit d’autre. Ca coupe court à tout débat.

Napo : Cela dit, autant Melismell a transcendé « La rouille », autant lui n’a pas transcendé « Allez viens ! » Je le trouve trop serré, trop tendu.

Laurent : Ah bon ? Mais par rapport au texte, je le trouve super. C’est pour cela qu’il est dans ce registre-là, je pense. Cantat et ses copains Noir Désir ont inspiré certains jeunes gens qui commençaient à faire de la musique et ils ont insufflé une idée de comment se positionner par rapport à son rôle d’artiste. Utiliser certains médias, mais ne pas être tout le temps dans l’opportunisme de se montrer partout en faisant n’importe quoi.

Napo : Il a dit dans un film que l’on a fait pour un teaser : « Mano Solo, c’est comme moi. C’est de la drogue dure, c’est trop violent, c’est trop dangereux, il faut consommer avec modération ». Ce passage n’est pas dans le teaser, mais il a été filmé.

"La rouille" chantée par Melissmell.

Dans ce projet, il fallait garder une cohésion musicale.

Laurent : Comme Les Hurlements d’Léo jouent sur tous les morceaux, elle est là la cohésion musicale. En ce sens, ce disque n’est pas vraiment un « tribute ». Un « tribute » est fait par des gens qui enregistrent chacun de leur côté et qui rendent leur copie quand elle est terminée. Là, tous les artistes étaient invités dans notre studio. On a joué ces morceaux pendant 50 dates en live, je pense qu’on peut considérer qu’on les maitrise… Il y a notre son présent sur les 26 titres.

Il y a eu des fusions avec des groupes ?

Laurent : Bien sûr et heureusement. On parlait de Zebda tout à l’heure, mais il y a eu aussi Babylone Circus et Melissmel, par exemple.

Vous êtes sur ce projet depuis deux ans. Craignez-vous que cet album ne trouve pas son public ?

Laurent : On est heureux d’avoir porté ce projet jusqu’au bout. Ça n’a pas toujours été une entreprise très facile. On savait que l’on s’attaquait à un monument. Pour certains, Mano Solo est Dieu le père.

Napo : Il y a plein de gens qui ne pouvaient pas s’imaginer que l’on pouvait reprendre Mano Solo. Quand ils ont vu et entendu notre travail, ils n’ont pu que constater le respect de l’œuvre et de l’artiste.

Laurent : Il y avait des gens sceptiques qui se raccrochent aujourd’hui aux wagons parce qu’ils ont compris.

Il était impossible qu’il n’y ait qu’un chanteur qui s’attaque à ce répertoire…

Laurent : Tu as raison. Si on avait choisi une seule personne pour être le porte-voix de Mano Solo, le projet crevait dans l’œuf. Personne ne peut se prendre pour lui tant il était unique.

Fred des Ogres de Barback a accompagné les Hurlements d'Léo sur la tournée les Hurlements d'Léo chantent Mano Solo.

Chanter Mano Solo, ça ne doit pas être évident.

Napo : Pour moi, ce qui est important, c’est qu’il y ait une intensité dans le chant.

Laurent : Moi, je suis dans l’interprétation, mais on a un timbre, Mano Solo et moi, qui n’est pas aux antipodes.

Napo : On a essayé de ne pas dénaturer les lignes de chant.

Laurent : On n’a pas touché aux mots, ni aux mélodies vocales. Avec les arrangements, par contre, on n’y a pas été avec le dos de la cuillère. On voulait quand même que ça reste Les Hurlements d’Léo chantent Mano Solo.

Napo : Ce qui est chouette, c’est que l’on a la chance que ce ne soit pas le énième projet sur Mano Solo.

Oui, et il va falloir s’accrocher pour faire mieux.

Napo : Nous, on a fait ça avec une approche, une réflexion. Ce n’est pas tout le monde qui se donne ces moyens-là pour rendre hommage à un artiste.

Laurent : Mano Solo est l’un des auteurs majeurs de sa génération. Je pense même que c’est le meilleur. Il fallait être digne de lui.

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Après l'interview le 25 juin 2015, avec Laurent Kebous (à gauche) et Napo Romero (à droite) au bar La Fourmi (Pigalle).

25 août 2015

Frank Darcel : interview pour l'EP de Republik (et l'album Elements... à venir)

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(Photo : Philippe Boulben)

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorFranck Darcel (à gauche, au début des années 80, avec Etienne Daho et Arnold Turboust), je le connaissais comme le créateur et leader du groupe rennais Marquis de Sade et comme le réalisateur des deux premiers albums d’Etienne Daho. Je savais qu’il continuait à jouer de la musique à droite à gauche… mais pas grand-chose d’autre.

Un jour, j’ai reçu l’EP de Republik. Du rock à l’américaine des années 70. Pas ma musique de prédilection, mais il se dégage quelque chose de puissant et d’envoutant dans ces quatre morceaux. Puis je remarque que Franck Darcel est le créateur, leader et chanteur du groupe. Son attachée de presse (que j’apprécie beaucoup), Sissi Kessaï, me demande si je suis intéressé de le rencontrer en vue d’une mandorisation. On ne refuse pas un musicien qui a marqué le rock français. Et j’étais curieux de me retrouver face à cet homme qui me paraissait un peu rustre et peu enclin à répondre aux interviews. En réalité, le 3 juin dernier, c’est un homme à l’exact opposé à qui j’ai posé des questions (sacré à priori !)

Biographie : Les premiers éléments (par Antonio de Bragança) :

Ancien guitariste de Marquis de Sade et d’Octobre (qui avait comme lead vocal Pascal franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorObispo... voir photo à droite), producteur entre autres d’albums d’Étienne Daho, d’Alan Stivell, GNR au Portugal ou très récemment de James Chance, Frank Darcel revient à ses premiers amours : la guitare électrique. Le nouveau Republik, groupe dans lequel Darcel assure maintenant également le chant, cite parfois l’errance des dowtown rockers d’une ville fruit qu’on imagine éternelle. Rien de nostalgique ici pourtant puisque le projet se nourrit autant des chutes de murs et autre changement de siècle et compte sur les mordants Stéphane Kerihuel à la guitare, Eva Montfort à la basse et Federico Climovich à la batterie.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorÀ l’écoute de ces quatre titres annonçant l’album à venir de Republik, Elements, on pense à d’autres films, tournés en ocre et gris, avec des pointes de bleu, des films existant ou pas encore tournés.

« Saleen », balade aux accents faulknériens, frappe juste d’entrée avec ce soupçon d’electro et une mélodie imparable servie avec sensualité par la chaude voix du rocker rennais. Sur l’habité « Winter Of Love », ce n’est ni plus ni moins la section rythmique de Talking Heads et Tom Tom Club qui se mêle avec brio à la partie, quand Tina Weymouth officie à la basse et Chris Franz à la batterie. Dans cet hiver de l’amour qui évoque une ville qu’on ne peut quitter, Tina Weymouth prend aussi les chœurs en main avec son amie Wendy James. Vient ensuite « Reality », insolente saillie rock’n roll, imaginée par Darcel en hommage à son ami Jacno. Le quatre titres, pris d’une nostalgique et toute lisboète langueur, s’achève par le sombre et écorché « Move », serti par les claviers d’Adriano Cominotto.

Une des expériences les plus originales et excitantes du rock hexagonal et de ses extensions atlantiques.

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(Photo : Philippe Boulben)

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorInterview :

Qu’avez-vous fait ses dernières années avant de créer Republik ?

J’ai vécu une partie des années 90 au Portugal. Je me suis retrouvé là-bas à produire une artiste française au début des années 90, Arielle. J’ai découvert Lisbonne que je connaissais très peu et je suis tombé amoureux de la ville. Du coup, j’ai essayé de voir s’il n’y avait pas moyen de travailler pour des groupes portugais. L’opportunité m’en a été donnée en 1993. J’ai produit un groupe de cette ville et le titre que nous avons fait est devenu un très gros tube radio. C’est même devenu l’hymne des supporters du Benfica. C’est mon premier disque d’or portugais.

En 1995, vous décidez de vous installer là-bas.

Pour Sony, j’ai commencé à travailler avec un artiste qui s’appelle Paulo Gonzo. On a fait cinq albums ensemble. C’est un peu le Eros Ramazzoti portugais. Avec le deuxième album, nous avons été numéro un pendant six mois. J’ai vécu là-bas en famille et je suis rentré en 2000. Entre temps, j’ai fait un peu de musique capverdienne, du fado. J’ai travaillé aussi avec un groupe de Porto qui s’appelle GNR. Vu de France, il est logique que j’aie été porté disparu de la scène puisque je n’y étais plus.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorQu’avez-vous fait en rentrant en France en 2000 ?

J’ai produit un album d’Alan Stivell, Back to Breizh. Ça m’a plu parce que c’était une manière assez sympa de revenir en Bretagne. Après, j’ai eu un petit accident d’oreille. Des acouphènes, à cause d’une sirène d’alarme. J’ai donc dû m’écarter des studios pendant quelques années. Je ne pouvais plus écouter fort. Je n’osais plus m’approcher d’une guitare parce que je savais que ça allait siffler un peu plus. A l’écart du monde musical, j’ai démarré une petite carrière de romancier avec un livre qui est sorti chez Flammarion, Le dériveur.

Ce n’était pas votre premier roman, il me semble.franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandor

En effet, j’avais écrit un roman à Lisbonne. Un ami, critique littéraire l’avait lu et trouvé pas mal. Il m’a mis en contact avec Flammarion. Je racontais ma vision de Lisbonne, c’était un peu mystique et, du coup, ça ne tenait pas vraiment debout. L’éditrice n’avait pas trop aimé, mais elle m’a demandé d’écrire quelque chose que je maîtrisais plus, comme par exemple, mon retour en Bretagne.  J’ai pris comme base la ville de Lorient et j’ai raconté l’histoire d’un ancien commando marine qui part en errance aux Etats-Unis. J’ai écrit ce livre en deux mois en demi et il a été publié. J’ai eu des bonnes critiques et on en a vendu un peu. Mon éditrice m’en a demandé un deuxième. A l’époque, je continuais à faire de l’édition musicale, ça m’évitait d’aller en studio, mais me permettait de rester en contact avec la musique. Je n’ai donc pas écrit de deuxième roman, mais j’ai proposé de retravailler mon premier roman portugais. Il a fini par sortir sous le titre L’ennemi de la chance, mais je pense que c’était une erreur de ma part de revenir sur ça.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorParlez-moi de, Rok, l’anthologie du rock en Bretagne.

Je me suis dit qu’en Bretagne, il y avait quelque chose à raconter sur l’épopée du rock depuis le départ. La première vague rennaise vient du groupe dont je faisais partie, Marquis de Sade.  C’est autour de notre groupe que les Trans Musicales de Rennes se sont fondées. En discutant avec des musiciens du coin, je me suis rendu compte que des villes portuaires comme Brest et Saint-Nazaire avait eu une histoire très particulière avec le rock’n’roll. Saint-Nazaire, grâce à la base américaine qui était là. On a fait un vrai travail d’historien incluant des enquêtes universitaires. Ce projet complètement fou s’est avéré ne pas tenir en un tome. Le tome 1 est sorti en 2010 et raconte les années 60, 70 et 80. Le tome 2 est sorti il y a deux ans et raconte les années 90 à nos jours.

Vous qui avez été un agitateur musical de la scène rennaise, vous la suivez toujours de près ?

A Rennes, entre les anciens et la jeune vague, il y a très peu de liens. On ne fréquente pas les mêmes endroits, car il manque un endroit fédérateur où tout le monde pourrait se retrouver. Le fait que j’ai monté Republik depuis quelques mois a pour conséquence que nous nous retrouvons un peu en compétition.

Vous venez d’employer le mot compétition. C’est une compétition avec les autres groupes ?

Oui et c’est assez sain. Au début des années 80, il y avait beaucoup moins de groupes à Rennes, mais on se tirait un peu la bourre… ce qui était normal. Quelque chose a changé aujourd’hui. Comme les projets permettent moins aux jeunes de vivre de la musique, ils ont tendance à jouer dans plusieurs groupes. Ca complique énormément les choses au niveau des emplois du temps et à l’esprit de corps. Avant, quand on appartenait à un groupe, on le défendait à fond. Ça s’est un peu perdu. Quand on voit le même batteur ou le même guitariste dans trois groupes différents, on ne sait plus trop avec qui il joue.  

Selon vous, cela représente quoi Franck Darcel pour les jeunes musiciens rennais ? franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandor

Je sais que le groupe rennais Montgomery, dont je m’occupais et qui a sorti deux albums chez Naïve, était des grands fans de La Notte, la Notte d’Etienne Daho. Ils écoutaient souvent cet album et ils savaient que j’en étais le réalisateur. Je sentais qu’ils avaient du respect pour moi. Sinon, pendant les années 90, lors de ma période portugaise, quand je revenais à Rennes,  je crois que Marquis de Sade ne pesait plus grand-chose. C’est quand l’émission Les enfants du rock d’Antoine De Caunes a été mis sur YouTube en 2004 que les jeunes rennais ont pu voir ce que l’on représentait et ce que l’on faisait sur scène. Sans internet, je ne sais pas si le « mythe », entre guillemet, aurait pu durer longtemps.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorMarquis de Sade a été un des premiers groupes de rock français important. Et pas qu’à Rennes !

On a dû un peu marquer l’époque, mais, en même temps, nous n’étions pas si nombreux que cela à faire ce genre de musique.

Mais, comment expliquez-vous que vous êtes devenus mythiques ?

Quand on s’arrête au bout de deux albums, en phase ascendante, il n’y a rien de mieux pour laisser un bon souvenir. Aujourd’hui, à Rennes, on reparle de nouveau de nous avec un certain respect.

Vous revenez avec Republik.  Ça n’a rien à voir avec Marquis de Sade, mais c’est un groupe tout de même très électrique, tendance années 70.

Depuis Marquis de Sade, en matière de rock, j’ai toujours été plus intéressé par ce qu’il se passait à New York que par ce qu’il se passait à Londres. J’avais la chance d’avoir un oncle d’Amérique qui vivait à New York. Dès 1975, j’ai commencé à aller là-bas. J’ai passé l’été 1978 à aller voir tous les groupes. J’ai été très influencé par eux. Richard Hell, Television, Talking Heads. Je reste dans cette mouvance-là.

Clip officiel de "Saleen".

Republik a changé plusieurs fois de formule.franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandor

Au départ, je ne me destinais pas au chant. J’avais peu d’expérience dans ce domaine, à part en tant que choriste. J’ai commencé à faire venir une section rythmique, puis on a répété et petit à petit, on est arrivé à une formule qui me paraissait intéressante. J’ai cherché un chanteur sur MySpace et on en a trouvé un. J’ai fait venir à la guitare Xavier Géronimi qui est un vieux compère, avec qui on a fait les premiers Daho, qui a été un guitariste de Bashung et qui est venu travailler avec moi au Portugal. Cette formule-là a trouvé ses limites assez rapidement. On a fait quelques concerts, dont un Nouveau Casino à Paris. Il y avait du monde, mais je crois que le groupe n’avait pas vraiment d’identité. Je l’ai donc mis en stand-by un moment. Comme le chanteur que nous avions jouait dans deux autres groupes, lorsque nous  voulions répéter plus, il n’était jamais là. Partager un batteur avec une autre formation, c’est faisable, mais partager son chanteur, ça devient plus compliqué. J’ai fini par me mettre à chanter.

Vous avez sorti un premier quatre titres, il y a trois ans.

Jean-Louis Brossard des Trans Musicales l’a écouté et nous a programmés en 2013. On n’avait plus de bassiste à l’époque. Le guitariste solo a invité Eva Monfort, une jeune fille qui joue très bien de la basse. Comme les Trans se sont bien passés, on s’est dit qu’on allait revenir dans cette configuration sérieusement.

franck darcel,republik ep,elements,marquis de sade,mandorDans ce deuxième EP, il y a des invités, notamment, Chris Franz et Tina Weymouth, la rythmique de Taking Heads.

Il y avait une espèce de légende urbaine qui disait que Tinaétait originaire du coin. Gilles Le Guen, qui a écrit dans le tome 2 de Rok, l’anthologie du rock en Bretagne, connaissait des gens qui connaissaient bien Tina et Chris. Il a envoyé un mail et un jour Tina a répondu qu’elle était bien originaire du coin. On s’est vu un été à Paimpol et nous sommes devenus très potes rapidement. J’ai été les voir eux Etats-Unis, puis eux sont venus nous voir en studio l’année dernière, alors que nous étions en plein enregistrement. Ils ont voulu écouter et ils ont trouvé que c’était vraiment bien. J’ai demandé à Chris s’ils joueraient sur un titre. Il nous a demandé de lui envoyer le titre en question. Début septembre j’ai reçu les sessions de« Winter of love ». En plus, Tina a fait des chœurs, ce que je ne lui avais pas demandé. J’ai trouvé ça génial. Avec les anglo-saxons, les choses se font naturellement.

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Pendant l'interview...

Cet EP est l’avant-première de l’album à venir, Elements.

On devrait le terminer incessamment. James Chance ou encore Yann Tiersen ont participé, eux aussi, à l’album, en plus des guitaristes Xavier Géronimi et Yann Le Ker. On prévoit qu’il soit dans les magasins vers la fin du mois d’octobre. On a sorti le clip en janvier, l’EP en juin et l’album sort en octobre. On fait avancer le projet Republik lentement, mais sûrement.

Vous êtes quelqu’un d’important dans le monde de la musique française et on a l’impression qu’avec ce projet, vous redémarrez à zéro, comme un débutant. Ce n’est pas un peu difficile parfois ?

Il y a toujours beaucoup de remises en questions. J’ai été dans des tas de projets. Certains ont marché, d’autres pas. J’évolue dans ce milieu de la musique toujours avec humilité. Je ne peux pas dire que je recommence tout à fait à zéro, car mon nom m’apporte tout de même quelques facilités, soyons honnête. Avoir Tina et Chris, par exemple, n’aurait pas été possible sans mon background. Accéder à quelques médias aussi, parce que je ne suis pas un inconnu. Il y a un effet de curiosité des journalistes. Comme vous par exemple.

Tout à fait. Avez-vous eu des premiers retours sur cet EP ?

Ce que j’ai lu ces dix derniers jours est en tout cas très encourageant. Ça bouge aussi en radio. C’est trop tôt pour être complètement optimiste…

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Pendant l'interview le 3 juin 2015, à l'agence.

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