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01 février 2017

Kent : interview pour La grande illusion

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(Photo : Frank Loriou)

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorKent, à bientôt 60 ans et 40 ans de carrière Après un CD intimiste en piano-voix, Le Temps des Âmes (pour lequel je l’ai mandorisé), un livre somptueux  Dans la tête d’un chanteur et une passionnante émission de radio, Vibrato sur France Inter, le chanteur revient à l'esprit rock et pop de ses débuts avec son 18ème album solo, La Grande Illusion. L’artiste lyonnais  s'est inspiré, pour composer et écrire, de ses introspections et de ses indignations. Dans ce disque publié pour la première fois sur le label indépendant At(h)ome (que j’affectionne particulièrement), on redécouvre ainsi la plume engagé et poétique de Kent, dans des textes taillés au couteau écrits avec son cœur. Il y est beaucoup question d’amour et de nostalgie, de contemplation et recueillement. Cela fait longtemps que je le sais, mais il est toujours bon de le rappeler, Kent compte parmi les plus grands auteurs de sa génération. Le 14 décembre 2016, nous nous sommes rejoints dans un café de la Place du Chatelet.

NB: Toutes les photos  de Kent sont signés Frank Loriou (sauf celle avec Hubert Mounier et celle où je suis avec lui).

Argumentaire officiel :

La grande illusion marque le grand retour de Kent dans le paysage de la chanson française. Réalisé par David Sztanke de Tahiti Boy, ce 18ème album solo de l'ex Starshooter regroupe 10 titres universels et intimes, aux couleurs tantôt pop, tantôt rock, écrits avec la plume toujours aussi précise et juste. Plus qu'un bilan, l'auteur-compositeur-interprète a pensé cet album comme un instantané, une photo fidèle à ses introspections et ses émotions du moment. Un disque franc et généreux mais jamais nostalgique, qui marquera les 40 ans de carrière de Kent en 2017 et le début d'une grande tournée française.

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(Photo : Frank Loriou)

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorInterview :

Quand tu écris des chansons, as-tu l’idée préconçue de faire un album ?

Pas du tout.  Je suis même étonné d’en faire encore. Mais quelques chansons se mettent en place en attente de l’engrais. En général, c’est une rencontre qui déclenche le fait d’enregistrer un album. Une fois que je sais avec qui je vais travailler, il y a des chansons qui vont coller et d’autres pas. Je me remets à écrire dans le sens du disque que je vois se profiler au loin.

Je suis sûr que c’est le cas pour une chanson comme « Eparpillée ».

C’est effectivement le cas typique d’un titre que j’ai écrit en sachant avec qui j’allais réaliser l’album.

J’adore ce que tu dis dans cette chanson. Je le pense tellement.

Je raconte que nous sommes tous éparpillés. On porte toujours un masque, et il est différent selon les gens avec qui on est. Par exemple, si on a un rendez-vous galant ou un rendez-vous professionnel, on ne va pas se comporter de la même manière. De toute façon, même si on est naturel, les gens nous voient chacun à leur manière. C’est difficile de vraiment cerner les gens. Nous ne sommes pas qu’un.

Extrait de "Eparpillé".

« Un revenant » évoque un rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo. kent,la grande illusion,athome,interview,mandor

Je n’aime plus coller à l’actualité, parce qu’elle va trop vite. Quand on colle à l’actualité, il y a un risque probant d’être manipulé par elle. Pour cette chanson, c’est différent. Il y a des gens qui m’inspirent et qui me poussent à écrire. C’est le cas du journaliste Philippe Lançon qui écrit dans Charlie Hebdo et Libération. Je le lis depuis des années. J’adore comme il l’écrit. Avant l’attentat, je l’avais même contacté pour que l’on travaille ensemble… et puis il s’est passé ce qu’il s’est passé. Quelques semaines après, Philippe Lançon s’est remis à écrire et il raconte sa renaissance, sa survivance. J’ai trouvé cela extrêmement touchant.  On a tendance à beaucoup parler de ceux qui sont morts, mais ceux qui sont toujours là, nous les oublions. Il y a eu autant de blessés que de morts et je trouvais intéressant de parler de ceux qui sont restés. Je tente d’expliquer ce qu’il se passe quand on revient à la vie bien esquinté.

Dans « L’heure du départ », parles-tu de ton propre décès ?

J’imagine mon décès et comment mes proches vont le vivre. Je rentre dans une tranche d’âge où il y a plus d’enterrements que de naissances et de mariages. Quand je suis à un enterrement, je vois ce qu’il se passe, je vois cette tristesse, ces comportements stéréotypés. Un enterrement devrait coller à la personnalité de celui qui vient de partir.

Jkent,la grande illusion,athome,interview,mandor’ai pensé à ton pote Hubert Mounier en écoutant cette chanson.

Je suis resté d’abord hébété à l’annonce de la mort d’Hubert. Il m’a fallu des jours pour trouver des mots à dire. C’est un proche et on avait tellement de choses en commun que j’ai fini par savoir quoi dire à son enterrement. Le plus difficile est de rester pudique et de ne pas parler de soi, mais de parler de celui qui part. L’important est de penser à celui qui n’est plus là.

Il y a justement une chanson sur l’amitié dans ton disque, "Rester amis". C’est une valeur importante pour toi ?

J’étais enfant unique, donc mes frères et mes sœurs sont mes amis. Je me suis construit ainsi. Les amis que je connais depuis très longtemps sont des balises.

Arrives-tu à te faire de nouveaux amis ?

Pas dans le métier. Il y a des gens que je rencontre avec qui je m’entends, mais pour devenir amis, il faut une réciprocité. Les artistes rencontrent trop de gens, nous sommes trop sollicités. Je vais te dire franchement, mon carnet d’adresse me saoule. Souvent, j’efface des noms parce que c’est sans fin.

Dans ton œuvre, je trouve que rien n’est daté.

Pourtant, je t’assure que si. L’album Le mur du son (1987), c’est vraiment très années 80, l’album Métropolitain (1998), c’était une volonté de coller à une explosion electro des années 90. Mes albums sont le témoignage d’une époque. Des disques intemporels, finalement, on ne sait pas ce que c’est. Pour moi les albums de Simon et Garfunkel sont intemporels, mais pour mon fils, non.

Extrait de "La dérive des sentiments".

kent,la grande illusion,athome,interview,mandorTu reviens à de la chanson très « rock ». Ça faisait longtemps que l’on ne t’avait pas entendu chanter ainsi.

Depuis l’album Panorama en 2009, je pars en tournée avec Fred Pallem et deux guitares, puis avec mon précédent disque, Le temps des âmes, en piano voix. Ça fait donc 7 ans que je tourne a minima. J’avais un gros manque de rythmiques.

De jouer avec plus d’instruments et des boites à rythme, ça modifie la façon de chanter ?

Non, je ne crois pas. Simplement, on n’écoute pas un chanteur de la même manière quand il chante derrière un piano que quand il est accompagné d’un groupe même s’il chante pareillement.

Le premier single est « Chagrin d’honneur ».

Je voulais absolument faire une chanson sur le burn out. Je voyais beaucoup de personnes autour de moi qui en étaient victime. C’est un peu le mal du siècle. Mais je n’aime pas le mot en anglais. Burn out, ça fait presque trendy, chic. Un jour j’écoute à la radio Davor Komplita, un psychiatre suisse qui s’intéresse au burn out. Dans son interview, il dit qu’il déteste ce mot et qu’il préfère le terme « chagrin d’honneur ». J’ai entendu cette appellation, la chanson est venue. Je précise que je lui ai demandé l’autorisation de reprendre son terme. Il a accepté très gentiment.

"Chagrin d'honneur" en intégralité (audio).

C’est jubilatoire le moment où un évènement ou un mot débloque une chanson qui était en stand-by ?kent,la grande illusion,athome,interview,mandor

Oui. C’est un moment formidable parce que tu sais que ta chanson est là. Quand tu es artiste, tu as les antennes qui sont sorties en permanence. Tu captes toutes les ondes autour de toi jusqu’au moment où tu captures un sujet de chanson.

Ce n’est pas fatiguant de tout capter tout le temps ?

Parfois, ça me gonfle d’être comme une éponge. Je t’avoue qu’avant cet album, j’ai décroché. C’était la première fois de ma vie que j’ai décroché volontairement sans trouver ça angoissant. J’ai arrêté de penser aux chansons et à la musique. J’ai vécu plus d’un an autrement. Je dormais mieux. C’était bien (rires).

Au bout de 40 ans de carrière, c’est toujours aussi flippant de sortir un nouvel album ?

Plus que jamais. C’est angoissant parce que je me juge par rapport à ce que j’ai déjà fait. Je me demande toujours si ça va être aussi bien que tel ou tel album. Si je rentre en studio, il faut que cela en vaille la peine. Après 40 ans de carrière, on peut considérer que je fais partie des meubles et que c’est normal que je fasse un disque régulièrement. Quand je sors un disque, il n’y a pas d’attente et de surprise. Alors il faut créer la surprise ou l’attente. C’est une sacrée pression. Il faut être hyper ambitieux pour faire un disque. Je suis exigeant quand j’écris mes textes, quand je compose, quand je choisis mes musiciens, quand je choisis la pochette. Je suis exigeant sur tout, mais parfois je me dis à quoi bon ?

Tes albums sont pourtant réellement attendus. Je connais plein de gens qui sont attentifs à ce que tu fais ?

C’est gentil de me dire ça. Je sais qu’il y a des fidèles et vraiment, c’est important pour moi qu’ils soient là… mais, à chaque album, mon souhait est de capter l’attention aussi de nouveaux auditeurs. Et puis tu sais, entre les gens et l’artiste, il y a tout le reste :  l’industrie, les médias et surtout... il y a l’embouteillage. Le disque sort au milieu d’une centaine d’autres disques, ça m’angoisse.

Il t’arrive d’être désabusé ?

Bien sûr, mais je lutte contre ça. Je lutte contre le cynisme et la « désabusion ». D’abord, on sait tous où ça a mené Nino Ferrer. Je veux penser que pour moi, dans ce métier, tout est encore possible.

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Après l'interview, le 14 décembre 2016.

31 janvier 2017

Cyril Mokaiesh : interview pour Clôture

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Je suis le parcours de Cyril Mokaiesh depuis ses débuts, lorsqu’il était encore avec son groupe Mokaiesh. Ma première mandorisation date de 2008 (presque 10 ans) et la seconde de 2011. Aujourd’hui, à 31 ans, il sort  son 3e album solo, Clôture. Il concilie fond et forme, noirceur des textes et lumière pop-rock. L’originalité de ce disque, c’est qu’il dresse le portrait parallèle d’une rupture amoureuse et d’un pays en plein doute : peur des attentats terroristes, péril de l’extrême-droite au pouvoir, paupérisation croissante… Inutile de le nier, ce disque est très politique (et vous connaissez mon amour pour les textes engagés. Ironie). Mais il est beau, fort, puissant… et vrai. Sa souffrance devient notre souffrance, ses constats, nos constats, sa vie, nos vies. Un disque universel. Sacrément.

Le 12 décembre 2016, Cyril Mokaiesh m’a donné rendez-vous à l’Hôtel Amour (oui, oui) pour une troisième interview.

cover-cyrilmokaiesh_cloture.jpgArgumentaire de l’album :

Dans le nouvel album  de Mokaiesh, il y a le désamour, le vertige, l’insomnie, mais aussi l’élan, la solidarité, la tendresse, l’enfance, la bravoure, la fraternité. Et la saine colère contre l’ordre du monde dont on voudrait nous faire croire qu’il est juste.
La chanson « La Loi du marché » est un coup de poing – un coup de poing qui réveille. Cyril Mokaiesh l’a enregistrée avec Bernard Lavilliers. Stéphane Brizé a tourné le clip de la chanson, qui a repris le titre de son long métrage avec Vincent Lindon. Dans « Ici en France », dans « Houleux », dans « Novembre à Paris », Mokaiesh mesure les deuils, les résiliences, les défaites, les combats. Il ne distingue pas toujours entre l’intime et le politique, entre l’Histoire et nos histoires, puisque qu’au bout du compte ce sont les mêmes cœurs et les mêmes âmes qui dérouillent.

Cyril écrit dans la ville. Il marche des heures, s’arrête dans un bistrot pour laisser ses mots sur le papier, repart, s’attarde, revient, marche encore, écrit « comme un ogre, jusqu’à ce que je n’ai plus faim ». Il en résulte des textes qui foudroient et contemplent à la fois, qui ramassent en quelques vers les désarrois, les illusions et les désespoirs traversant les sociétés comme ils traversent chaque conscience.
Pour prendre la parole sur ce qui nous concerne tous, il a réuni ses compagnons de musique, pour certains fidèles depuis leurs vingt ans : Jan Pham Huu Tri aux guitares, Valentin Montu à la basse, Éric Langlois à la batterie, Laurent Manganas au piano. Élodie Frégé l’a rejoint au micro sur « Houleux » et l’actrice Mélanie Doutey, sur « Les Grands Soirs ». Et l’album s’est enregistré en cinq jours au studio ICP, à Bruxelles, dans la simplicité, l’urgence et la ferveur d’une production indépendante.

Après l’aventure de Naufragés, dans lequel il reprenait des titres des vaincus de l’histoire de la chanson française (Allain Leprest, Bernard Dimey, Daniel Darc, Jacques Debronckart…), Cyril Mokaiesh assume sa double allégeance à un romantisme assumé et à une combativité citoyenne. Il chante ses souffrances, « Blanc cassé » est une magnifique chanson de rupture. Il chante aussi des mots sublimes de droiture sur le sentiment paternel dans « 32 rue Buffault ». Et aussi la force de se relever et d’affronter le monde adverse. Et aussi l’amour qui reprend et ré-enivre…

Cyril Mokaiesh chante des instants d’une vie – la sienne ou chacune des nôtres. Et cela donne courage, et cela nous grandit forcément.

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IMG_0040.JPGInterview :

Ton nouveau disque mélange chansons engagées et chansons d’amour désabusées…

Parfois, les complications d’une vie peuvent amener à la création de chansons. Quand j’écoute une belle chanson de quelqu’un d’autre qui me raconte ma vie, ça peut parfois m’aider à me sentir moins seul ou à me faire du bien. J’espère que mes chansons procurent ce genre de sensation. Je t’avoue franchement qu’écrire a eu une fonction thérapeutique. Ça a fait sortir beaucoup de choses qui étaient en moi… et ça a sublimé le médiocre. Il y a des gens qui se font des tatouages, moi je fais des chansons.

Entre le moment où tu as écrit ces chansons et le moment où tu les présentes, il s’est passé du temps. Tu ne dois pas être dans le même état d’esprit.

C’est toujours comme ça. Quand on va en studio 4 mois après avoir écrit une chanson, on retrouve partiellement la vérité dans laquelle on l’a écrite, mais comme ce sont des chansons très instantanées, on ne ressent plus tout à fait la même chose en les chantant. On ne se remet pas dans le même état que quand on a vécu les choses.

Parlons de ce duo avec Bernard Lavilliers, « La loi du marché ».

J’avais envie de faire une chanson de cet ordre-là et j’étais sûr qu’en allant voir le film du même nom de Stéphane Brizé, ça allait m’inspirer. Je m’adresse aux grands patrons et aux politiques, à tous les gens qui exercent du pouvoir sur ceux qui n’en ont pas.

Clip de "La loi du marché", tiré de l'album Clôture

Tu as toujours été indigné ?6601086_1-0-1012721115_1000x625.jpg

De plus en plus, en tout cas. Aujourd’hui, pour ne pas être indigné, il faut faire exprès de ne pas regarder le monde qui nous entoure. Tous les jours, il y a matière à nourrir une forme d’indignation. J’essaie d’en faire quelque chose pour m’éviter de péter les plombs. Parfois, j’ai des envies de renoncements ou pire… des envies de révoltes très concrètes.

Le monde te désespère ?

Oui, complètement. J’aimerais que l’on parvienne à la vraie relation à l’autre, qu’on enlève tous les masques, qu’on lutte contre l’engrenage dans lequel on a mis nos âmes, nos cœurs, nos conditions de vie, de travail… Ce que l’on nous inflige va à l’encontre de ce que doit vivre un être humain. Il y a la peur de ne plus faire partie du jeu et les politiques surfent là-dessus. Les puissants usent de cette menace perpétuelle. Il y a des tentatives d’étouffement de la révolte et de la culture. Tout va dans le sens de la médiocrité et du rétrécissement de l’âme. Ça ne fait pas des jolies choses. Il y a peu de lyrisme dans le monde d’aujourd’hui. Il n’y a plus qu’une règle : celle de faire de l’argent.

Tu te sens comme Don Quichotte qui se bat contre des moulins à vent ?

Un peu. Je ne sais pas comment tout cela va se terminer, mais je ne vois pas d’autre issue que le chaos.

« Clôture » est le titre de ton album, mais c’est aussi la chanson finale. « C’est un mini testament qui n’a rien à léguer », dis-tu.

Ce texte spontané évoque l’état du monde. Il y a un plan large du monde qui se termine par un plan très serré sur ma vie, tout cela, sans changer de vocabulaire. Il y a des points communs entre l’humeur de l’époque et la mienne.

Clip de "Clôture", tiré de l'album "Clôture". 

16114169_10154916664294813_7801432177116984413_n.jpgDans « Ici en France », tu évoques le Front National.

Ce parti prend une place démente dans l’espace politique et dans les urnes. Ça fait peur. Il ne faut pas diaboliser les gens qui votent pour ce parti, mais j’ai envie de les raisonner.

Il y a une chanson qui s’intitule « Seul ». Te sens-tu seul dans ce monde ?

On a quelques magnifiques alliés qui nous accompagnent sur la route, mais on est tous seuls. Pour avancer, il faut être devant son propre chaos.

C’est la fameuse « ultra moderne solitude » de Souchon?

C’est exactement ça. On a beau être ultra connecté, je vois bien que depuis 10 ans, on est en train de s’isoler complètement. Regarde derrière toi. Toutes les personnes présentes ont les yeux rivés sur leurs  écrans. Cela me sidère.

Je suis pareil qu’eux. Toi, tu arrives à te déconnecter.

Oui, j’arrive à poser mon cerveau deux heures sur quelque chose de précis. Je me passe très bien d’éléments perturbateurs.

Tu parles des attentats parisiens dans « Novembre à Paris ». C’était difficile de ne pas écrire sur ce sujet ?

Difficile d’écrire dessus, difficile de ne pas écrire dessus… J’espère que « Novembre à Paris » est utile à ceux qui ont vécu quelque chose de très personnel avec cet évènement. C’est une chanson pour communier ensemble.

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13992256.jpgJ’aimerais que l’on évoque ton précédent album, « Naufragé ». Un hommage aux auteurs qui t’ont inspiré.

Cela a été un vrai bain de jouvence. Ça m’a fait replonger dans ces textes magnifiques. Pour moi, ce disque est comme un devoir de mémoire et de reconnaissance à tous ces auteurs qui m’ont beaucoup appris et apporté. J’ai beaucoup progressé en les écoutants.

Est-ce que tu penses avoir fait des progrès, textuellement et musicalement parlant ?

Je ne sais pas si je progresse, mais je sais au moins que j’évolue. Je n’écris, ni ne compose et chante de la même façon qu’avant. Techniquement, il y a des choses qui bougent et je trouve cela plutôt bien. J’ai commencé tard la musique, donc j’apprends toujours.

Ton métier, c’est un combat ?

C’est devenu ça, en effet. C’est très dur d’exister, de finir son mois, de pouvoir prévoir l’avenir… et plus généralement, c’est très dur pour la chanson. Nous ne sommes pas à l’heure de gloire de la chanson française.

Ce disque a été financé de manière difficile.

Je l’ai financé avec mon manager, jusqu’au moment où on a trouvé une distribution. C’est bien parfois d’être dos au mur. Les choses se font au forceps, mais dans la vérité de l’instant… qui peut faire de belles choses. Je suis très fier de ce disque.

Tu es qui, au fond ?

Un type un peu provocateur, mais aussi désabusé. Je me fous un peu de la gueule de la vie par moment.  Par contre, je ne suis pas cynique. J’ai horreur du cynisme.

Parfois, tu as envie de t’arrêter ?

Parfois, j’ai surtout envie de m’énerver. Comme je le dis dans le texte de "Clôture", je me demande combien de fois il faut mourir pour être audible.  

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Après l'interview, le 12 décembre 2016.

30 janvier 2017

Thomas Fersen : interview pour Un coup de queue de vache

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(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorAvec ses 25 ans de carrière et un univers poétique bien à lui, les inconditionnels de l’univers de Thomas Fersen vont être naturellement comblés par ce 10e album, Coup de queue de vache. Les profanes vont découvrir ce personnage chaleureux et généreux, véritable artisan des mots et ciseleur de rimes. Ce nouveau disque (réalisé pour la première fois en indépendant), hors du temps et des modes, en marge d'une industrie musicale dans laquelle le chanteur de 54 ans ne se reconnaît plus vraiment, est encore plus drôle, insolent et décalé que d’habitude. Accompagné d’un quatuor à cordes, d’un banjo et d’une mandoline, on y retrouve un nouveau bestiaire aux traits humains : Des coqs et des cochons, des lièvres et des biches… bref ça sent le terroir et la vie champêtre. L'oiseau rare de la chanson française m’a une nouvelle fois reçu très gentiment (la précédente mandorisation du poète chanteur, en 2013, est à lire ici). C’était le 13 décembre 2016, dans un café de la capitale... et il ne mâche pas ses mots et ses maux.

Argumentaire officiel :

Toutes les chansons se déroulent dans une ferme, les champs et les bois qui l'entourent, mais aussi en ville où la nature s'est installée dans les vies tristes et sauvages, ou encore dans les baisers qu'une jeune fille reçoit de son amoureux au cou de chevreuil. Elles sont accompagnées par un quatuor à cordes, dans lequel s’est glissé un cinquième élément, un « intrus » selon Thomas Fersen - comme le renard rôdant dans la basse-cour - à cordes lui aussi mais issu de l'instrumentarium populaire (mandoline, banjo, ukulele, guitare), piano, contrebasse, batterie.

Ils en parlent...
 
"Ces petits airs content et comptent parmi les plus charmants, les plus cruels et les plus oniriques de la chanson francophone."
 
"Thomas Fersen fait de la langue française un festin"
 
"... L'enchanteur conteur qui nous régale... "

"Des cordes tour à tour harmonieuses et dissonantes, des mélodies pétillantes entraînantes..."
 
"Pourquoi on est fan ? Pour les arrangements soignés. Pour l'humour qui émaille
les paroles. Pour le mystère de la personne qui se cache derrière tout cela..."
 
"Joie des surprises, gourmandise des mots, Thomas Fersen régale son public avec un nouvel album"

"Osons le dire : ce dixième opus de Thomas Fersen est un bon coup !"

"D'intemporelles histoires d'animaux très humains et
des histoires d'humains, ces drôles d'animaux"
 
"11 chansons à l’écriture fine, aux vers ciselés, aux accompagnements
élaborés traversent cet album à l’évidente réussite"

thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandor

(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

 thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorInterview : 

A travers ton nouveau bestiaire, quel est le sujet principal de ton album ? 

Les histoires que je raconte à travers les chansons se déroulent dans une ferme, les champs et la forêt qui l’entourent, et la mer car nous sommes en Bretagne. Et pourtant, par l’intermédiaire d’une jeune femme, nous sommes aussi en ville, où la nature s’est installée dans les vies tristes et sauvages, l’aventure, les vices et tous les instincts. Le sujet, c’est donc l’homme, secoué par " un coup de queue de vache ".

La chanson « Un coup de queue de vache » fait allusion aux attentats parisiens.

C’est une façon imagée de parler de quelqu’un qui se prend un grand coup dans la tronche, le coq étant le symbole de la nation… Tout le monde n’a pas saisi l’image, mais ce n’est pas grave. J’ai toujours écrit par image parce que je n’aime pas traiter les sujets directement. Cette chanson est aussi une allégorie sur la vie de chanteur.  Quand on est chanteur, on prend toujours des coups de queue, vous savez pourquoi ?

Non.

Parce que la voix résonne dans la tête, ça rend un peu moisi. Enfin, moisi, ce n’est pas gentil... disons que ça rend les chanteurs un peu cinglés.

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(Photo : Jean-Baptiste Mondino)

Parfois, j’aime bien me laisser porter par tes textes, sans chercher à savoir ce qu’il se cache derrièrethomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandor tes allégories. Je n’ai pas toujours envie de gratter sous tes couches successives… et puis parfois si.

Il y a beaucoup de densité dans mes disques parce qu’il y a plusieurs « moi-même ». J’ajoute des idées qui me viennent, sur des idées, sur des idées… Je sens que je fabrique des strates et le travail de Joseph Racaille vient en rajouter encore. J’aime l’idée qu’on puisse rentrer dans différents univers, dans différentes profondeurs dans un même disque. Je pense que ça permet à l’imaginaire de se mettre en route. J’aime donner de la matière. C’est peut-être anachronique avec notre époque qui veut que l’on ne passe pas du temps à écouter vraiment un album.

Tu as toujours été anachronique, non ?

Oui, mais je le suis de plus en plus. Le temps passe, moi, je ne change pas, c’est l’époque qui change.

Tu n’es plus chez TôtOuTard, tu es chez Believe, mais juste en distribution.

Oui, donc, je fais tout moi-même. Je passe maintenant 16 heures par jour derrière mon ordi, non pas à écrire des textes, mais à répondre aux mails et à gérer beaucoup de choses.

Ça parasite sacrément la création, non ?

J’ai toujours eu des moments sans création. Lors de l’enregistrement, de la préparation de sortie et exploitation de tous mes albums… et après, ça revient. En vieillissant, le temps se réduit, je n’ai pas envie de consacrer des mois comme ça à quelque chose qui n’est pas mon métier, que je fais par nécessité parce que l’industrie m’a poussé à devenir indépendant. Sinon, je n’avais pas ma liberté. Sinon, on tentait de me faire rentrer dans le rang.

Clip de "Encore cassé", tiré de l'album Un coup de queue de vache.

thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandorOn ne fait pas de Thomas Fersen ce que l’on veut.

Ce n’est pas ça. Ça ne m’intéressait plus de devoir me confronter aux désidératas de l’industrie. Je ne critique pas, elle a ses raisons de fonctionner ainsi, mais moi, je ne veux pas faire ce que l’on me demande de faire. Je veux juste écrire, composer et chanter ce qui m’intéresse.

Pourtant, te revoilà avec un nouvel album.

Que veux-tu, j’avais envie de refaire des chansons avec Joseph Racaille. C’est quelqu’un que j’adore. Il n’y a pas beaucoup de gens à qui je peux donner une carte blanche absolue. C’est même le seul. J’aime fréquenter cet homme. J’aime le voir, j’aime l’entendre, j’aime parler avec lui, j’aime sa conversation, j’aime ses idées, son humour, sa façon de s’amuser…

Tu as fait ce disque juste pour passer des moments avec lui.

Nous vieillissons tous. Je veux en profiter avant qu’il ne soit trop tard. La fête est courte (rires).

Tu n’aimes pas que l’on te dise que tu as encore fait du Fersen.

Non, je n’aime pas ça du tout. C’est me prendre pour un con. Croire que je vais refaire quelque chose que j’ai déjà fait, c’est me prendre pour un con. Mon album précédent, pour lequel nous nous étions vus chez moi, je l’avais confié à un groupe, les Ginger Accident. C’était un moyen que j’avais trouvé pour « changé ». Mais je ne veux plus avoir besoin de faire ce genre de chose pour enregistrer de nouveaux disques.

Parle-moi des monologues que tu clames sur scène dans ta tournée actuelle.

Ce sont des textes qui ne sont pas destinés à devenir des chansons. Déjà que je suis en marge dans ma façon d’écrire des chansons, si je chante mes monologues, on va finir par me regarder bizarrement. Alors, comme je ne veux pas brider mon écriture et que je veux continuer à m’amuser, ses monologues m’ouvrent des perspectives immenses.

Avant ses monologues, tu bridais ton écriture ?

Je faisais attention de ne pas partir trop loin. Toutes mes idées ne pouvaient pas rentrer dans mes chansons. Certains monologues sont très longs et ne peuvent pas se chanter.

Monologue de "Orléans".

Il n’y a que le spectacle vivant qui t’intéresse désormais?thomas fersen,un coup de queue de vache,interview,mandor

Exactement ! Toute ma vie, c’est ça. Tu m’as vu en spectacle ! Tu vois comment je me donne. Je fais des chansons qui sont destinées à être incarnées sur scène, pas pour faire un album destiné à l’industrie musicale. Je n’en ai rien à foutre de ça. Tu sais, ce disque-là est vraiment peut-être le dernier. Je suis mon propre producteur, mon propre promoteur, mon propre marketeur, mon propre tout. Si le sac que j’ai vidé ne se remplit pas, je n’y arriverai plus. Je ne dis pas ça pour faire pleurer ou que l’on s’apitoie sur mon sort, mais c’est ainsi.

Je te trouve un peu pessimiste aujourd’hui. Il y a plein de gens qui t’aiment et qui te suivent.

J’ai la prétention de ne pas en douter. Beaucoup viennent me voir en spectacle, je remplis les salles où je passe… mais les gens n’achètent plus de disques, même ceux qui me suivent depuis longtemps et qui apprécient mon travail.

Ça me rend un peu triste tout ça parce que j’aime depuis longtemps ce que tu fais.

Moi aussi, ça me rend triste, mais c’est mathématique. Si personne n’achète mon disque, je ne pourrai pas en refaire. Les disques m’ont apporté énormément de bonheur dans ma vie, de joie, de consolations à la dureté de la vie, mais malheureusement, la gratuité de la musique a fait que le disque c’est rationnalisé et a perdu de sa poésie pour être efficace. C’est une question de survie pour cette industrie. On a écarté tout ce qui était un peu étrange, fou et poétique. Je n’ai pas d’amertume parce que je le comprends, je n’ai juste plus rien à faire dans cette industrie-là.

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Après l'interview, le 13 décembre 2013.

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27 janvier 2017

Garner : interview pour l'EP En plein coeur

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Avec la sortie de cet EP, En plein cœur, Garner le magnifique persiste, signe et confirme. Sa mélancolique électro, ses magnifiques mélodies et ses textes puissants, voire poignants continuent à m’intriguer/charmer/subjuguer. En tout, 5 nouveaux titres qui prennent aux tripes. Le viril et tendre Garner dit tout sans détours, mais avec un amour infini. Le 12 décembre 2016, il est venu à l’agence, car je voulais en savoir plus sur lui. Le mystérieux Garner s’est un peu dévoilé. Pas trop quand même, l’homme est pudique.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorArgumentaire de l’album (signé Alexis Bernaut est vraiment très écourtée) :

Après la sortie de son album Bas les armes en juin 2015, Garner nous revient avec son dernier Ep En plein cœur, un 5 titres résolument pop électro réalisé et co-signé par son complice Philippe Balzé (Renan Luce, Thiéfaine, Bénabar, Miossec, Saez, Ludéal, Joseph d’Anvers, Jali, Le soldat rose, Maissiat…). La verve du chanteur n’a pas changé et si ce nouvel opus semble en apparence plus léger, il ne quitte pas sa délicieuse ambiguïté. De quoi nous parle-t-il ? D’amour beaucoup, pour ne pas dire essentiellement d’amour. Car en ces temps tumultueux, il était nécessaire d’en parler. Garner est toujours celui qui accepte que l’ailleurs absolu n’existe pas.

Si la part rock du précédent album s’est estompée au profit de l’électro, on y retrouve aussi des rythmiques presque « funky ». Funky, mais sombre. On ne rigole pas, mais ne nous prenons pas non plus au sérieux.

Garner nous invite à l’accompagner (et plus si affinités) dans l’équilibre mystérieux entre légèreté et inquiétude. Mais bien que profondément pudique, il ose aussi l’intime…

On va souffrir, c’est entendu, on finira seul c’est évident, mais il ne faudrait quand même pas que ça nous empêche de danser, ni de rêver… La vie est un sujet trop grave pour ne pas s’amuser.

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garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorInterview :

J’ai fait ta connaissance avec ton album Bas les armes il y a un an.

Et pourtant, j’avais 30 ans quand j’ai fait mon premier projet musical. J’ai ai 47 aujourd’hui. Cela fait donc 17 ans que je suis dans le métier.

Mais pas sous ton nom d’aujourd’hui.

J’avais deux autres projets sous d’autres noms, en effet. Le premier, Les buveurs de lune, dans une configuration, guitare-trombone-voix.  On a ajouté un clavier, une basse, une batterie, alors, comme on devenait plus rock que jazz, on a changé de nom, on est devenu Alias Nautilus. Après, comme j’ai pu avoir une prod, j’ai fidélisé des musiciens autour de moi et de mon projet aux couleurs plus electro. Je suis devenu Garner et je pense que ce projet-là, c’est celui que je garderai jusqu’au bout.

Clip de "Sirop de menthe", tiré de l'album Bas les armes.

On sent que tu aimes la chanson française.

Mes goûts ont évolué au fil du temps. J’ai écouté William Sheller en boucle à un moment de ma vie. Aujourd’hui, il ne fait plus partie de mon quotidien, mais il continue à faire partie de mon ADN et de ma construction musicale. J’ai aussi beaucoup écouté Brel. Aujourd’hui, il me déprime profondément. Il y a un artiste qui résiste encore au temps, c’est Bashung. Il continue de me procurer des sensations dingues. L’album L’imprudence par exemple, il y a des trouvailles extraordinaires et le son est indémodable. Je ne suis pas du genre à être fan. Sauf pour Bashung. J’attendais le prochain album avec une impatience folle. Bashung, c’est la bande son de ma propre existence.

L’imprudence est un disque audacieux. Toi aussi tu vises l’audace ?

Je ne crois pas. Ma compagne me demande si je ne veux pas écrire des chansons plus accessibles, plus immédiates. Je ne me refuse pas à cela, mais je fais les choses telles que je les ressens. J’ai mis mes exigences dans les endroits qui ne sont pas les plus universelles, mais en tout cas, je ne veux pas être élitiste.

Clip de "Je finirai à Brest", tiré de l'album Bas les armes.

Je trouve que ce que tu fais est plutôt efficace. Ton album Bas les armes, c’était de la bonne popgarner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandor electro…

L’histoire de cet album est un peu particulière. Presque toutes les chansons existaient déjà en live, mais pour les besoins du disque, il a fallu que je rajoute des titres. On a tenté de trouver le trait d’union entre les deux. En créant les nouveaux morceaux, je sentais que je basculais vers quelque chose de plus pop electro, alors que les premiers étaient ancrés rock. On a cherché l’unité en tout cas.

Pourquoi as-tu pris cette direction pop electro ?

Je constate que dans ce que j’écoute aujourd’hui, dans ce qui me touche musicalement,  je suis tourné vers des choses plus pop electro que rock. Je me suis mis à écouter Jay Jay Johanson en boucle et moins Noir Désir, tout simplement. Je me suis aussi rendu compte, à force de pratique, que le champ sémantique et les mots qui sont les miens sont parfois un peu denses. La texture de l’electro collait mieux à mes mots... et elle n’est pas redondante là où le rock peut l’être.

Tu dois composer différemment aujourd’hui.

Avant je composais guitare-voix et après je rajoutais des choses. Maintenant, je fais mes accords guitare-voix, je les transforme en accord piano, puis ensuite, je décompose ces accords pour faire des lignes de basse, j’ajoute des boucles electro et ensuite, je travaille avec mon réalisateur Philippe Balzé. Il a vraiment sa part de créativité dans ce que je fais aujourd’hui.

Clip de "N'en abuse pas", tiré de l'EP En plein cœur.

garner,ep,en plein coeur,arnaud garnier,interview,mandorIl y a des français d’aujourd’hui que tu apprécies ?

Je trouve des choses excellentes chez Florent Marchet. Quand il est trop proche de Souchon, je suis moins fan, mais quand il s’en écarte, au niveau des arrangements et des mélodies, je trouve cela très fort. Son disque, Bambi Galaxy, par exemple est génial. Chez François and The Atlas Mountain, il y a des fulgurances. Chez Lescop aussi d’ailleurs. Mais pour ne rien te cacher, aujourd’hui, j’écoute principalement de la chanson anglophone.

C’est bien, tu chantes en français malgré tout !

Et ça ne me tente pas du tout de chanter en anglais. Je suis très amoureux de la chanson française. En plus j’aime écrire en français, cela me permet d’aller au fond des choses. Si la langue est peut-être moins riche en sonorité, elle offre un paquet de possibilités, d’altérations… on peut jouer avec la langue française. Mon projet est à 50-50 un travail d’auteur et le reste de composition et d’interprétation. Ma nécessité principale de création, c’est d’écrire des textes.

Tu écris autre chose que des chansons ?

Ça fait trois ans que je suis sur un scénario. J’en suis à la 8e version.

C’est vrai que tu as été comédien, mais pas que. Tu as un parcours atypique.

Je vais t’en faire une synthèse. J’ai fait des études d’économie d’abord, ensuite, j’ai été guide de rafting, j’ai fait du théâtre,  j’ai tourné dans des pubs, des films pour la télé, puis je suis retourné vers la chanson. C’est vraiment un résumé parce qu’en fait, ce n’est pas aussi simple que cela.

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Pendant l'interview...

Excuse-moi de parler de ton âge. A 47 ans, comment vis-tu la situation d’être considéré comme un artiste en développement ?

Il m’arrive de le vivre comme un handicap en me disant que j’arrive à un âge où normalement les artistes sont accomplis et ont déjà une belle carrière derrière eux… et, en même temps, c’est un âge où tu prends de la hauteur de vue, du recul, tu considères le chemin parcouru. Aujourd’hui, je ne rêve pas de gloire, de grands succès, juste d’arrêter de me poser la question de ma légitimité qui est propre à tous les artistes et trouver l’équilibre financier pour pouvoir me permettre de continuer de créer sans avoir les angoisses existentielles qui vont avec.

En écoutant tes chansons, je me suis dit que tu étais très complexe, très noir à l’intérieur.

Je pense surtout que je suis un grand mélancolique. Mais un mélancolique qui a réussi à dompter sa mélancolie pour la transcender. J’ai une vraie passion pour l’actualité, la géopolitique, la politique. Je dévore goulument chaque jour ce qui peut influencer mes humeurs et mon regard sur le monde. A l’intérieur de mes chansons, traine toujours une partie de cette obscurité du monde, mais j’essaie de révéler derrière la part de lumière qui existe.

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Le 12 décembre 2016, après l'interview.

22 janvier 2017

Mell : interview pour le double album Déprime et collation

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Déprime et collation est le 6e album de Mell. Ce double-album, en fait, est composé d'une vingtaine de titres en français où l'identité sonore mêle voyage musical et vibration rock. Un disque doux, tendre mélancolique et parfois en colère.

Uppercut garanti à l’écoute de ce  disque new wave-disco-blues-rock-punk-electro qui fait virevolter la tête et les jambes. Assurément l’un des grands albums français de l’année.

J’avais déjà reçu Mell à l’agence il y a trois ans pour son album Relation Cheap (voir ici). Le 25 novembre 2016, elle est revenue pour la deuxième fois… et c’était un pur bonheur.

mell,déprime et collation,interview,mandorArgumentaire de presse (un peu écourtée) :

C’est depuis Montréal que Mell nous livre son sixième album Déprime & Collation. Construit entre chansons et morceaux instrumentaux, ce double-album livre un réel parcours. L’hiver et les amours troubles planent sur un son lo-fi, l’univers reste espiègle et enlevé mais la composition nous plonge dans une nouvelle atmosphère.

Cet album ménage un espace où ambiances haletantes et passages plus méditatifs dansent une gigue tantôt langoureuse, tantôt sur un rythme tendu.

Déprime & Collation marque par la diversité de ses tonalités : la chaleur et la délicatesse côtoient l’amertume et le doute avec une certaine urgence – sans oublier l’ironie et l’insolence qui sont déjà la marque de fabrique de Mell.

L’outre-tombe et l’urgence de vivre s’effleurent dans un flirt risqué. Le versant tête brûlée de la musique de Mell est toujours au rendez-vous mais les mots, insolents, tremblent néanmoins. Les blessures ouvertes fréquentent l’autodérision, le jeu, pour un western émotif qui sait trouver son inquiétante étrangeté.

Mell propose un album audacieux, une expérience d’écoute riche et de belles promesses pour l’à-venir.

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Interview :

Pourquoi t’es-tu exilée à Montréal en 2014 ?

Je me suis rendue là-bas par amour. Il fallait aussi que je trouve des buts professionnels, sinon, ça n’avait pas de sens d’immigrer. Ça faisait longtemps que je voulais faire une école de son, je suis donc partie avec un visa étudiant.

Tu trouvais que tu avais des carences dans ce domaine ?

J’avais des connaissances empiriques assez floues. J’utilisais des logiciels, mais je faisais n’importe quoi. Je mettais beaucoup de temps pour faire sonner ma musique comme je l’entendais et je n’étais jamais vraiment contente. Ça me frustrait. J’ai voulu mettre de l’ordre dans ces connaissances-là. J’ai donc repris tout depuis le début.

Cette école de son était-elle difficile ?

Je ne sais pas. Il ne me semble pas. On m’a dit que j’ai eu les meilleurs résultats depuis que l’école existait.

Ton passé musical a dû t’aider, non ?

Je ne crois pas. J’ai surtout bossé comme une malade.

Clip de "Au cinéma".

Tu as donc appliqué ton nouveau savoir sur ton nouvel album ?

Oui. Pendant l’année, j’ai passé mon temps, soit à l’école qui possède plusieurs studios d’enregistrement, soit dans mon local de répétition. J’ai passé un an à enregistrer et mixer des morceaux pour mes copains ou pour moi, tout en composant.

Tu as même monté ton propre studio.

J’y ai enregistré tous les instrumentaux de mon disque et mixé la moitié.

Par contre, pour ta voix, tu n’as pas pu travailler seule ?

Non, c’est difficile de travailler sur sa voix, c’est même pour moi insupportable. Comme je ne me considère pas comme une bonne chanteuse, j’avais besoin de quelqu’un qui avait du recul. J’ai donc fait appel au réalisateur Laurent Lepagneau. Il me connait bien parce qu’il a déjà travaillé sur mon précédent album, Relation Cheap. C’est une des rares personnes à qui je peux envoyer des bouts d’embryons de chansons et qui est capable de me recadrer immédiatement. Il parvient à m’amener une vision plus large de ce que je propose à la base.

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A une époque où la majeure partie des artistes sortent des EP, toi, tu sors un double album…

Si personne ne va à l’encontre des règles du marché actuel, rien ne peux bouger. Pour moi, faire des EP, c’est se plier aux journalistes qui ne veulent pas écouter beaucoup de chansons, à la maison de disque qui ne veut pas prendre beaucoup de risques…

Oui, mais toi, tu as la chance d’avoir un label qui te soutient.

C’est vrai, j’en ai conscience. Il me fait confiance et il est ouvert. Mon disque n’est pas seulement un double, c’est un double dans lequel on s’est permis de l’expérimentation. Ca invite à prendre son temps et à penser l’album différemment.

Comme David Lynch, je suis certain que tu n’aimes pas que ton œuvre se comprenne comme une évidence.

C’est marrant, c’est la deuxième fois que l’on me parle de Lynch en deux jours. Ça me plait comme remarque en tout cas. David Lynch ou Jim Jarmusch, ce sont plus que des références. J’adore le mystère. J’aime bien qu’il y ait dans ce que je fais plusieurs lectures et dimensions. Que tout ne soit pas accessible à la première écoute.

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A quoi servent les instrumentaux qui figurent sur ton disque ?

Ça permet du relief et de la profondeur à la chanson précédente. Ça permet aussi de faire un break de paroles. Ce que l’artiste se doit d’incarner pour des gens qui travaillent dans des bureaux de 9 heures à 17 heures, c’est la liberté. Dans cet album, je prends clairement la liberté de faire ce que je veux.

Ce qui est bien avec toi, c’est que quand un nouveau Mell arrive, on sait que ce sera toujours différent du précédent.

(Rires) Mais du coup, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire pour le prochain. Pour être franche, je ne sais pas toujours où je vais.

En tout cas, tous les articles sur ce nouvel album sont dithyrambiques. On crie presque au génie.

Ça m’hallucine ! J’ai l’impression que les journalistes ont tous compris ce que je voulais faire. Presque mieux que moi.

J’ai lu dans le dossier de presse : « On s’imprègne d’une atmosphère plus apaisée mais aussi déroutante… Mell nous offre une plongée dans les eaux troubles et profondes de son âme. » Apaisée et eaux troubles de son âme… je trouve que ça ne va pas ensemble.

Tu peux être apaisée avec le trouble de ton âme. Apaisée, c’est faire la paix. Faire la paix avec qui tu es, avec tes fragilités et ta vulnérabilité. Je pense que cet album, c’est exactement ça. C’est un disque qui est sur le fil, qui est un peu fragile. Je me permets des choses, donc je me mets en danger. Je peux justement le faire parce que j’ai fait la paix avec mes eaux troubles. C’est de la philo (sourire).

Clip de "Ton corps j'ai crié".

J’ai lu quelque part que c’était un disque complet et complexe. C’est tellement ce que je pense…

Il faut prendre un moment pour rentrer dans mes chansons. Si quelques personnes prennent le temps de s’arrêter pour écouter, rentrer dans ce que je propose, se laisse aller, pour moi c’est gagné.

Tu trouves qu’il faut faire bouger les lignes bien tracées de la chanson française ?

Je ne réfléchis pas à ça quand je fais un disque. Je ne sais jamais ce qui va se passer quand je commence.

Tu aimes les interviews ?

Elles me permettent parfois de comprendre ce que je viens de faire. Si je ne devais pas répondre à des questions très précises, je n’y réfléchirais pas.

mell,déprime et collation,interview,mandorDésormais, tu es ingénieure du son. Tu gagnes ta vie ainsi à Montréal.

Ça me fait du bien d’être au service d’autres projets. Je travaille du son et ça me rend heureuse. J’adore ça. Je  peux passer des heures à explorer le son. Je me fais embarquer par ça. C’est mon vecteur, c’est ce qui m’attire. Je passe des heures et des heures sur mes logiciels, sur mes machines. Je suis un peu autiste. C’est un peu difficile pour la personne qui vit avec moi. Quand je fais de la musique instrumentale, je rentre dans un état second, je suis un peu en transe.

Tu rêves de quoi dans la musique ?

De faire des musiques de films par exemple. J’en ai déjà fait pour des documentaires et des pièces de théâtre. J’ai la vie devant moi pour atteindre les objectifs que je me suis fixée.

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Après l'interview, le 26 novembre 2016.

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21 janvier 2017

Virgule : interview pour l'EP Maelstrom

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virgule,maelstrom,interview,mandorMaelstrom  est le titre du nouvel EP de Virgule. Six morceaux soutenus par 150 personnes via un financement participatif. Ce disque est aussi mélancolique que vertigineux. On se perd dans les méandres de l’âme humaine et on est secoué par la puissance de la poésie dégagée par cette artiste si sensible.

Déjà mandorisée en 2012 pour son premier EP, Les Précieuses, qui avait déjà « le goût du tragique et de la puissance ». Virgule y dressait le portrait sombre d’une réalité cruelle.

Elle est venue une seconde fois à l’agence pour me parler de ses nouvelles chansons. Notamment. C’était le 14 novembre dernier. Et c’était bien.

Biographie officielle (un peu écourtée) :

La musique de Virgule se déploie telle une broderie où se tissent les contrastes d’une vie de souffles et devirgule,maelstrom,interview,mandor silences. 

En français et accompagnée de musiciens aériens et modernes, elle s’engage cette fois-ci sur des chemins plus apaisés mais tout aussi conscients. Il y a chez Virgule ce fragile équilibre qui surplombe le vide. Toute en délicatesse et en sincérité, elle pose sur l’universel un regard particulier, mûri par des chemins parcourus seule, à deux ou dans la foule. 

La musique apparaît alors comme une aventure partagée : pour Maelstrom, la fine équipe a travaillé deux ans. De parties de campagne pour arranger les chansons au mixage à Paris, après avoir enregistré à Liège sous la direction d'Emmanuel DelcourtMaelstrom  s’est peaufiné au fil des kilomètres, devenant un projet riche de rencontres et d’éclosions. L’art de Virgule se conçoit avec maturation et effervescence, où se rencontrent l’impulsion des instruments et la maitrise littéraire. Les mots gravitent dans des effluves aux milles époques, aux milles textures, aux milles références. On y croise des cordes teintées de lyrisme, des trompettes feutrées, une section rythmique acide ou enflammée, des mouvements perpétuels aux machines et aux guitares. Et puis au bout du chemin, la gravité des chœurs de Dimanche. Virgule construit des chansons marquées par les expériences où le maitre mot est l’indépendance. Musicale. Poétique. Humaine.

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virgule,maelstrom,interview,mandorInterview :

Que s’est-il passé après ton premier EP, Les Précieuses ?

Beaucoup de scènes, notamment à Paris, dans l’est et en région bordelaise. Deux ans après, j’ai eu envie de partir sur un autre disque. Mes nouvelles chansons ont été écrites entre 2014 et 2016. J’en avais beaucoup, mais évidemment les conditions financières et le temps font que j’ai dû faire des choix. On a donc enregistré 6 chansons.

Tu as fait ton disque grâce à un financement participatif.

A la base, c’est un moyen que je voulais éviter. Mais au final, je me suis rendu compte que je ne volais personne. On ne force pas les gens à donner. Ceux qui le font le font avec plaisir, c’est très agréable. C’est une histoire de don et de contre don. Cela créé quelque chose de beaucoup plus intime avec ceux qui donnent. Je remercie à nouveau les 150 personnes qui m’ont aidé à faire Maelstrom.

J’ai l’impression que ce disque est plus posé que le précédent.

Pour Les précieuses, je sortais de l’adolescence. J’avais des choses à régler et à dire. Maelstrom est plus rond, mais il dit beaucoup plus qui je suis. Il me ressemble plus musicalement et personnellement. J’ai bossé avec un réalisateur qui était un ami de lycée. Avec les musiciens et lui, on a beaucoup travaillé. Je tenais à ce que la musique et les textes forment un bloc. Je trouve qu’à ce niveau-là, c’est beaucoup plus équilibré sur Maelstrom que sur Les précieuses.

Le clip de "Autel du Nord".

Vous avez enregistré le disque à Liège en Belgique.

Oui dans un super studio. J’ai laissé mixer le réalisateur et l’ingénieur du son et quand je suis arrivée pour écouter les premiers mix, je n’ai pas reconnu les chansons. Ça a été très déroutant. Du coup, j’ai souhaité qu’il y ait un second mixage, auquel à participer Emmanuel Delcourt, le réalisateur. J’ai voulu garder la main sur mon disque et nous sommes arrivés à un compromis.

Un compromis ?

Oui, c’est mon projet, c’est moi qui le porte, mais je travaille avec des gens et parfois ils ne sont pas d’accord avec ce que je veux faire. Si tout le monde dit oui sauf moi, c’est qu’il y a une raison. Je ne travaille qu’avec des gens en qui j’ai confiance donc on arrive toujours à trouver une solution.

Tu écris facilement ?

En tout cas,  j’écris sans me poser aucune question. Ça vient ou ça ne vient pas. Souvent, le sens me vient après l’écriture et c’est souvent un sens précis. Au bout d’un moment, je finis par savoir exactement de quoi parlent toutes mes chansons. J’écris quand même de manière à ne pas perdre les gens. Il y a une vraie démarche de sincérité dans la musique et dans les paroles. Mais j’ai conscience d’avoir une écriture peut-être à plusieurs couches. La majorité des textes ne sont pas lisibles comme moi je les entends, mais ça, ce n’est pas grave.

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(Photo : Martin Tronquart).

Tu écris comment ?

J’écris toujours en même temps que je compose. La musique ne va pas sans le texte. Les deux viennent en même temps. En général, vient un début de chanson, couplet-refrain, par exemple, et après je décline. Il y a toujours une brèche qui s’ouvre dans laquelle je peux m’engouffrer. Si le voyage vaut le coup, j’y vais et ça fait une chanson.

Arrives-tu à t’écouter facilement ?

De plus en plus. Je suis plus libérée aujourd’hui. J’ai vraiment hâte de la suite parce que je sais que je progresse et que c’est constant.

Tu parles de toi dans tes chansons ?

Oui. Même si j’essaie de dire les choses avec pudeur, en vrai, ce sont des choses très impudiques que je dis.

Qu’est-ce qui anime ta vie ?

Les concerts, le studio, les répétitions, l’écriture, la musique, les compositions… il y a un an, j’ai quitté mon boulot pour vivre ça le plus intensément possible.

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Les avis semblent plutôt positifs, c’est bon signe.

Oui, mais avec ma situation personnelle actuelle, défendre ce disque sera un peu délicat. L’année qui arrive sera un peu différente que ce que j’avais imaginé.

Tu as accepté d’évoquer ton cancer du sein.

Quelque part, ça fait partie de la vie et il va falloir que je compose avec ça. Comme je ne sais pas du tout comment va se passer la suite pour moi, je ne peux pas me permettre de chercher des dates de concert, de me projeter dans un quelconque plan promo. C’est une sortie de disque vraiment étrange.

Quand tu as écrit tes textes, savais-tu que tu avais cette maladie ?

Non, le disque est sorti le 22 septembre et j’ai appris que j’avais un cancer le 4 octobre. J’ai dû annuler un concert et des interviews…

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Pendant l'interview...

Face à ta maladie, tu arrives tout de même à te concentrer pour créer ?

Pour l’instant, non. L’écriture d’une chanson va chercher trop loin. Je me laisse un peu de temps. J’ai plein d’autres envies. Je ne sais pas si elles aboutiront mais avoir des envies et des idées, ça me fait du bien. J’écrirais bien un livre.

Un recueil de nouvelles, un roman ?

Un livre pour raconter ce qu’il se passe pour moi en ce moment. Je vais en avoir besoin et d’ailleurs, ça commence à s’écrire dans ma tête. Je me découvre dans cette épreuve. Je ne pensais pas que j’aimais autant la vie.

Je trouve ça fou que ton album s’appelle Maelstrom, étant donné ce que tu vis.

Oui, je traverse au moins un tourbillon. C’était quasi prémonitoire.

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Après l'interview, le 14 novembre 2016.

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18 janvier 2017

Yucca : interview pour la sortie de l'EP Johnny pour la vie

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(Photo : Séverin)

Après avoir remporté le tremplin des jeunes talents Europe 1 en 2013, Yucca (à l’époque encore nommée Yucca Velux) avait dévoilé un premier EP, LOVE. Son répertoire d’alors était majoritairement en anglais. Heureusement,  trois ans plus tard, c’est en français que la chanteuse a décidé de se tourner (oui, j’avoue, j’aime quand les artistes français chantent dans leur langue. Parce que, comme le soulignait Balavoine, « le français est une langue qui résonne »). Bref, son second EP Johnny pour la vie est sorti le 7 octobre 2016 (et oui, je suis (très) en retard, mais si je n’étais pas en retard, je ne serais pas Mandor).

J’adore la voix de  Yucca : un timbre un peu  rétro, mais un phrasé moderne. Bref, une variété de qualité, moderne et sensible, portée par une excellente chanteuse et des musiciens à la hauteur.

Le 1er décembre 2016, Yucca est venu à l’agence. Et ça m’a bien fait plaisir.

Byucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandoriographie officielle (mais un chouia écourtée) :

Mais qui est Yucca ? Pas facile de décrire ce personnage décalé aux sentiments exacerbés. Une artiste, sans aucun doute. Une interprète hors pair, assurément.

Yucca veut chanter « Des Mots Légers », toucher en plein cœur ceux qui aiment la chanson pop, celle qui puise son essence dans les mélodies pour aller chercher la joie, la tristesse, les hauts, les bas, le rire et les larmes. Et si elle choisit de se livrer à cœur ouvert,  c’est parce qu'elle ne sait pas faire autrement.

Il y a, en ouverture, l’histoire de cette fille qui court après les garçons, une génération fantasmée avec Johnny pour symbole, ou encore Eddy et toute la clique. Un titre dans lequel elle revendique qu’une femme puisse évoquer ses multiples conquêtes et ses déboires amoureux comme un homme.

Au programme également, le pulsionnel et orientalisant « La Chaleur » qui évoque la moiteur des nuits yucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandord’été, entre danse et mysticisme. Et puis, plus loin, on trouve « Le Diable au Corps » titre sulfureux et addictif, qui revisite les slows 50's américains avec des arrangements grandiloquents.

La piquante Yucca peaufine depuis quelques années un répertoire qui a débuté en anglais, sous le patronyme Yucca Velux, parce qu’il n'est pas simple d'assumer des textes en français quand on inscrit à son Panthéon l’écriture de Gainsbourg ou Brassens.

Voici donc une première collection de chansons, comme on pose son cœur sur la table.

Yucca écrit, compose, à la recherche de la mélodie qui va vous trotter dans la tête avec des harmonies déchirantes ! Des textes directs, entre plaisirs de la vie et tourments que l’on connaît tous.

Elle est une femme d’aujourd’hui qui a laissé son armure au placard, rien de tiède chez elle !

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yucca,yucca velux,johnny pour la vie,ep,interview,mandorInterview :

Pourquoi chantais-tu en anglais avant cet EP ? Moi, j’ai un peu de mal avec ça.

Moi aussi en fait. Ça m’agace de plus en plus. J’ai commencé à chanter en anglais parce que j’étais très influencé par ma culture et en particulier par les Beatles. C’était aussi une façon pour moi de masquer ma timidité et une formidable manière d'être quelqu'un d'autre en se déguisant.

En plus, je crois savoir que tu es une admiratrice des grands textes français.

C’est aussi pour cela que je n’osais pas écrire en français. Je ne me sentais pas à la hauteur. En français, même si tu chantes des bêtises, tu te dévoiles plus qu’en anglais. Il y a toutes les émotions liées à la langue, les névroses, ta structure psychique,  ton histoire personnelle, les intonations, les intentions, les doubles sens, les connotations, les mots… tout est plus ressenti et plus pulsionnel. Et quand on est interprète dans sa langue maternelle, une immense palette d’émotions s’imposent. Des émotions que l’on peut nuancer à l'infini.

Alors, pourquoi as-tu décidé de chanter en français aujourd’hui ?

Sur Internet, je suis tombée sous le charme d’une chanson  d’une fille qui s’appelle Sarah Hirschmuller. Du coup, je me suis intéressée à son travail. Je l’ai contacté pour qu’elle m’écrive des chansons. Elle m’a expliqué qu’avant de chanter en français, elle chantait en yiddish et en hébreu. Dès lors qu’elle a commencé à chanter dans la langue de Molière, elle a vécu cela comme une jouissance pas possible. C’est elle qui m’a incité à franchir le pas.

Et du coup, tu as dû apprendre à chanter différemment ?

C’est exactement ça. Au départ, j’étais mal à l’aise dans ma voix et dans mon corps, maintenant, je ne pourrais pas t’expliquer pourquoi,  j’adore ça.

Clip de "Johnny".

Tu es fille d’un père musicien. C’est ce qui t’a incité à suivre ce chemin ?

Il était compositeur et arrangeur professionnel. Aujourd’hui, il continue à jouer et il m’écrit des chansons.

Tu as toujours voulu être chanteuse ?

Oui,  mais je ne le disais à personne. J’ai fait mes études de psycho et en sortant de la fac, quand j’ai eu mon diplôme, j’ai pris la décision de faire de la musique sérieusement. Je chante depuis toujours et être chanteuse est mon rêve absolu.

Clip de "La chaleur".

As-tu pris des cours de chant ?

J’en ai pris il y a trois ans, mais j’ai arrêté. Je suis une autodidacte. J’ai chanté trois heures par jour toute ma vie.

Avant Yucca Velux, y-a-t-il eu un autre groupe ?

Oui. Avec un ami de la fac, nous avons The Rayees. C’était un groupe au style indescriptible. Il y avait des chansons folks, des chansons un peu hip hop, des trucs un peu bizarre à la CocoRosie, voire parfois à la Britney Spears. Ca partait dans tous les sens. Nous chantions à deux voix et en anglais.

"Le diable au corps", version acoustique.

Parlons de ce nouvel EP, Johnny pour la vie. On dirait un disque des années 50. Musicalement et l’imagerie proposée.

C’est ma période préférée. J’aime tout ce qui est vintage. Musicalement et esthétiquement. Cette période-là, très gaie et énergique, est phénoménale. Il y a une époque de ma vie où je n’écoutais que les Beatles. Du coup, tout ce qui a généré les Beatles, j’adore. La magie de cette période-là n’est plus. J’ai l’impression que tout est sombre aujourd’hui.

Ce que tu fais est populaire. C’est de la très bonne variété. Ce mot ne te choque pas ?

Mais pas du tout. Moi, j’aime de plus en plus Joe Dassin (rires). Je trouve que la chanson populaire à de la grâce.

Tu écris sur les musiques des autres. Pourquoi ?

Je ne suis pas très bonne compositrice, il me semble. Si on me propose des musiques que j’adore, je les prends. Je ne me pose plus de questions que cela.

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Pendant l'interview...

C’est dur ce métier ?

C’est super dur. Il faut convaincre. De plus en plus, j’aime les défis. C’est quasiment ce que je préfère. Réussir à rester allante et enthousiaste alors que le travail est difficile, cela me procure un immense plaisir. C’est dur, ça ne me rapporte pas d’argent, mais je suis libre. La liberté est une valeur qui m’est chère.

Tu aimes qui dans la chanson francophone actuelle ?

Je me sens proche de Lise. J’adore Stromae, ce n’est pas très original. Je trouve que c’est un génie. Il a des mélodies simples et populaires qui rentrent dans le crâne et qui n’en sortent pas. C’est exactement, ce que je cherche à faire.

Tu as beaucoup de chansons dans ta besace. Comment as-tu choisis les six chansons qui figurent sur cet EP ?

Ce n’est jamais simple de choisir... Mais j’ai comme projet de sortir deux EP par an, c’est-à-dire 12 chansons par an.

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A l'issue de l'interview, le 1er décembre 2016.

17 janvier 2017

L'Arthur : interview pour son premier EP.

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l'arthur,ep,interview,mandorAttention, artiste (exceptionnel) en devenir ! Je ne vois pas L’Arthur passer inaperçu encore bien longtemps. Je l’ai découvert avec sa reprise de « Mon amour, mon amie » de Marie Laforêt. Je suis resté KO ! Puis les 5 chansons originales suivantes ont fini de m’achever. En mélangeant production moderne et poésie réaliste, L’Arthur, 27 ans, signe un premier EP original et percutant… avec des chansons dans lesquelles les femmes n’ont pas le beau rôle. Elles sont généralement garces et infidèles. Cet EP est la preuve qu’un petit cœur blessé peut engendrer de grandes chansons universelles.

 

L’Arthur est venu m’expliquer tout ceci à l’agence le 29 novembre 2016.

Biographie officielle :

En 2014, il participe à On a les moyens de vous faire chanter, le radio crochetl'arthur,ep,interview,mandor de France Inter et fait partie des 6 finalistes. Il profite ensuite des retombées du concours pour se produire dans des lieux atypiques durant toute l’année 2014. Tout autant inspiré par les films de Marcel Carné, que par les affiches de mode qui tapissent le métro Parisien, L’Arthur enregistre son premier Ep à l’image d’un bouquet de fleurs dans lequel chaque titre a sa propre identité, sa couleur particulière, son odeur unique mais qui forme un ensemble original et harmonieux. A travers cet EP, il pose les premières bases de son identité artistique qui consiste à créer ce qu’il nomme des « mises en scènes musicales ». Partant d'un texte écrit, chaque chanson intègre un ou plusieurs personnages qui évoluent en fonction de l'environnement musical dans lequel ils se situent.

l'arthur,ep,interview,mandorInterview :

Ton père est le musicien Pierre Sangra. Il a travaillé avec des gens que j’adore comme Thomas Fersen et Vincent Delerm. Peut-on dire que tu es un enfant de la balle ?

J’ai des parents divorcés et j’ai grandi chez ma mère qui, elle, n’est pas musicienne. Elle écoutait un registre musical très populaire, la variété. Après, il ne faut pas s’étonner que je reprenne une chanson de Marie Laforêt.

Et quand, un week-end sur deux, tu allais chez ton père ?

J’écoutais et allais voir les artistes avec lesquels il travaillait, toute la génération du Label tôtOutard qui a explosé il y a 10, 15 ans. Mais, outre cela, il nous a biberonné, ma sœur et moi, au rock, de Led Zeppelin à Queen en passant par les Pink Floyd.

Du coup, as-tu l’impression que ce que tu fais toi-même est un mélange de tout cela ?

Oui. Forcément, on prend de ce qu’on nous inculque quand on est enfant, mais on prend aussi ce que l’on va chercher. J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, dès mon arrivée au collège public, j’ai découvert le rap et j’ai adoré.

Quel genre de rap ?

Ma référence incontestable était MC Solaar. Les textes et la production me paraissaient incroyables. J’ai aussi beaucoup écouté les deux premiers albums de Rohff, ceux de Disiz la Peste. J’aime le rap décalé, comme les Nèg’ Marrons ou plus récemment Vald.  Ça m’ennuie quand on me fait la morale. Le rap conscient, j’en écoute quand il est vraiment très bien fait.

"Burn out". Pour son premier clip, L'Arthur souhaitait un court-métrage musical plutôt qu’un clip illustratif d’un récit à la première personne. 
L'ambiance est sombre mais pas glauque. La voiture et la route bitumée exprime la vie d’avant, subie, non choisie, plongée dans la nuit. Le paysage sauvage, déchiré mais sublime, exprime à la fois la fuite mais aussi le renouveau, rempli de doute et de tourment. L'homme a pris sa vie en main. 
Le GPS, féminin, va vivre sa mue également. Cette femme, robotique et froide, autoritaire par définition, incarne la lueur d’espoir. Humaine, elle va décider d’accompagner cet homme en le laissant s’échapper vers le large…

Tu as commencé la musique très tard.

A la base, je viens du théâtre. J’ai fait un bac littéraire, option théâtre, puis le Conservatoire. Mais un jour, je me suis rendu compte qu’être comédien me saoulait, je préférais faire de la mise en scène. J’ai eu mon diplôme vers 22 ans et j’ai eu envie d’émancipation. Je suis donc allé vivre en Irlande pendant 8 mois.

C’est là que tu as commencé à écrire des chansons ?

J’ai toujours écrit des chansons, mais dans mon coin. C’est vrai qu’en Irlande, j’en ai écrit beaucoup. En revenant en France, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Je me suis isolé et j’ai commencé quelques maquettes.


Radio Crochet Inter - L'Arthur, Passez par franceinter

Et en 2014, tu les proposes à un concours sur France Inter, On a les moyens de vous faire chanter.

C’est un ami qui m’a conseillé de participer. J’ai été auditionné aux Trois Baudets. Ça leur a plu et, du coup, j’ai joué à la maison de la radio. Je suis allé jusqu’en quart de finale.

Qu’as-tu fait après ?

Des petits concerts, à gauche, à droite pendant un an.

Sans l’idée de faire un EP ?

Au début non, puis, après, j’ai senti qu’il fallait que je me lance. Ce que j’ai fait et en totale indépendance. J’ai rencontré Valérie Suder, de la Teamzic. Elle aide aujourd'hui les artistes auto-produits à créer leur structure et à financer leurs projets. A la force de faire des dossiers, j’ai reçu des subventions pour pouvoir créer mon EP.

Clip de "Garce".

As-tu voulu t’affranchir du professionnel qu’est ton papa.

Pas vraiment puisqu’il a joué sur deux morceaux rock dont « L’hymne à la modération ». Mais je suis arrivé avec le matériel. Il a toujours été bienveillant envers mon travail et il m’a toujours encouragé.

Tu composes tout chez toi ?

Oui, et quand j’arrive en studio, je demande à mes musiciens de se caler sur mes lignes mélodiques. En fin de session de studio, je leur demandais, alors qu’ils maitrisaient parfaitement le morceau, de faire ce qu’ils voulaient avec. Je leur demandais ce qu’ils auraient à dire avec leur instrument. Ça me permet d’avoir de la matière et ça m’enrichit énormément.

Etre comédien, ça te sert quand tu montes sur scène ?

Non, cela m’a même desservi. Au concours de France Inter, on m’a reproché d’avoir été trop théâtral. Au début, je le prenais mal, et puis j’ai réfléchi. J’ai revu des vidéos… j’admets que j’en faisais trop. Il y a avait un manque manifeste de simplicité. Ça m’a un peu perdu, du coup, je travaille à être plus simple et plus direct.

Tes textes sont très ironiques, désabusés… et un peu comme Souchon, subversifs mine de rien.

Subversif, ça me va. Souchon aussi ça me va. Il a écrit une chanson que j’aurais aimé écrire : « La vie ne vaut rien ». La mélodie est sublime et le texte est un résumé de la vie que je trouve parfait.

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Le texte est primordial pour toi ?

C’est la base du travail. Pour cet EP, les textes étaient écrits avant les musiques. Je pars toujours sur un texte et je l’habille après.

Es-tu satisfait de ce premier disque ?

On sent encore quelques influences et pour le prochain, il faudra que je ressere l’étau. Je ne suis jamais content de moi, alors quand j’écoute cet EP, je lui vois plein de défauts.

Tu écris beaucoup ?

Tout le temps. Il n’y a que comme ça que je me sens vivre. Dans la création… Il n’y a que quand je crée que je me sens utile.

Tu fais des EP pour quoi ?

Pour bouffer de la scène, pour partir en tournée. D’ailleurs, il faudrait que je trouve un tourneur et un éditeur.

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Après l'interview le 29 novembre 2016.

29 décembre 2016

Pierre Barouh : interview pour Les 50 ans Saravah

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Hier soir, j’étais en train de décrypter mon interview récente de Pierre Barouh à propos de l’album Les 50 ans Saravah. Cela faisait deux heures que je l’écoutais me parler quand j’ai ressenti le besoin de faire une pause. Une pause Facebook (mon péché mignon). Et là, je tombe sur un statut de Laurent Balandras annonçant la mort de Pierre Barouh. Je lui envoie un message spontané tant cela me parait improbable. Un type qui m’a reçu chez lui une bonne partie de la matinée, le 15 novembre dernier, ne peut pas être mort, ça n’a pas de sens. Réflexion idiote, je le sais bien. La mort frappe n’importe qui à n’importe quel moment. Je reste abasourdi.

Je me suis remis à l’écouter et plus rien n’avait le même sens. Je me marrais un peu avant cette terrible nouvelle parce que je m’entendais lui poser des questions sur l’album, mais il me répondait à côté, comme si ça ne l’intéressait pas d’en faire la promo. « C’est ma femme qui s’en est occupée » me répondait-il et il partait sur d’autres sujets… j'ai donc remis un peu en ordre certains de ses propos.

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandorQuand on interviewait Pierre Barouh, il fallait s’attendre à ce que cela parte dans tous les sens, mais tout était intelligent, magnifique et empreint de sagesse. Je l’avais déjà pratiqué (lire ma première mandorisation du personnage en 2007 et photo à gauche). Le 15 novembre dernier, celui qui avait indiqué sur sa carte d’identité à la mention profession, « promeneur », me baladait là où il voulait. Et moi, ça ne m’a jamais dérangé que l’on sorte des sentiers balisés de la promo. Bien au contraire. Je me laisse tout le temps faire si cela est fait avec bienveillance. Et avec cet artiste solaire, c’était toujours avec bienveillance.

Je vous propose donc cette interview dans sa version un peu écourtée.

Mini bio de Pierre Barouh :

L’auteur, compositeur, interprète et éditeur a écrit des paroles restées dans les mémoires, comme «La bicyclette» interprétée par Yves Montand.

Le parolier a également créé Saravah, son label découvreur de talents. Parmi eux : Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Jean-Roger Caussimon, Areski Belkacem, mais également le Bénino-Togolais Alfred Panou, précurseur du slam dans le paysage hexagonal, le Gabonais Pierre Adekengué, aux prémices de la world music, ou encore le percussionniste brésilien Nana Vasconcelos.

«Un homme et une femme», chanson du célèbre film de Claude Lelouch (1966) dont il est le parolier et l’interprète avec Nicole Croisille, sur une musique de Francis Lai, reste comme l’un des monuments de la carrière de cet artiste éclectique et curieux.

L’album"50 ans Saravah"   :

Crée en 1966 par Pierre Barouh, Saravah est l’un des plus anciens labels indépendants français de pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandormusique. Son célèbre slogan : « Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire » définit très bien l’âme de ce label qui aime à se qualifier comme «  Les rois du slow-bizz ». Au-delà de la production phonographique, Saravah, est avant tout une aventure humaine, faite de coups cœurs, de rencontres artistiques;  toujours imprégnées d’une profonde éthique : passion et amour de la découverte de l’autre par les voyages et la création. Face aux obsessions de rentabilité, sa dimension romantique et bohème, semblait pourtant la condamner à court terme…  Pourtant, Saravah est heureuse de fêter cette année : ses 50 ans d’activités! Aujourd’hui, plus que jamais, nous voulons témoigner des talents et du monde qui nous entourent. C’est dans cette optique que nous souhaitons partager notre patrimoine sonore, de 50 ans de productions et d’éditions, en le rendant plus accessible à ceux et celles qui nous suivront demain. Avec Bertrand Belin, Kahimi Karie, Albin de la Simone, Camélia Jordana, François Morel, Yolande Moreau, Bastien Lallemant, Maïa Barouh, Jeanne Cherhal, Séverin, Olivia Ruiz, Bears of Legend et Sheena Ringo. Avec le soutien de la SPPF , l'ADAMI et  la SACEM. Dessin : Charles Berberian.

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pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandorInterview :

Vous avez toujours été indépendant et libre. Des hommes comme vous, cela devient rare…

Je n’ai jamais eu aucune ambition de carrière, jamais eu d’imprésario ou d’agent. Je ne crois pas en la liberté, mais je crois en la disponibilité… mais la disponibilité réclame une énorme vigilance. J’adore me rendre disponible. On me dit « viens ! », je viens. Et je ne reviens jamais sur une parole donnée.

Vous êtes un grand et éternel voyageur.

Sur mon tout premier passeport, à la rubrique « profession », j’avais marqué « promeneur ». Mon premier voyage était en Norvège. J’avais ma petite guitare et je faisais du stop. Il m’arrivait de faire du stop alternativement d’un côté et de l’autre de la route. C’est vraiment le symbole de la disponibilité. Se dire que le premier qui s’arrête m’amène vers le nord ou vers le sud.

Vous avez aussi toujours été disponible à la reconnaissance du talent des autres.

Je fais même un prosélytisme qui est très chiant pour les gens qui m’entourent, parce que dès que j’aime quelqu’un, un film ou un livre, je n’arrête pas d’emmerder tout le monde avec ça.

Séverin a invité Pierre Barouh à chanter "Samba Saravah" à l'occasion des Francofolies de La Rochelle 2016. 

Nous sommes chez vous pour parler des 50 ans de votre label Saravah. C’est vertigineux pour vous 50 ans ?

Je n’ai aucun sens du temps. Je vis trop au présent pour remarquer le temps qui passe.

Ce projet de disque n’est pas gênant pour vous, du coup ? Parce que ça veut dire s’arrêter et regarder en arrière…

Mais, ça ne me dérange pas. Je suis rentré du Japon la semaine dernière et là-bas, ils ont fêté cet anniversaire. C’était formidable ! Il y a eu des projections de mes films, des interviews, un concert avec ma fille Maïa et des amis à elle. C’était dans une grande salle et quand ça s’est terminé, les gens étaient en larme d’émotion. C’était vraiment super. J’ai vécu au Japon des aventures d’un romantisme incroyable. J’y vais depuis 1982 et je suis fou de ce pays.

Vous êtes plus honoré là-bas qu’en France.

Je reste spectateur et il n’y a aucune amertume dans ce que je vais vous dire, mais je suis dans une situation très ambigu en France. Je suis un auteur à succès et j’ai passé 50 ans de ma vie à m’occuper du talent des autres. Dans notre pays, c’est suspect. Si je dis que je fais ça par passion, on trouve que c’est infantile. Dans ma vie il y a la chanson, mais il y a aussi le théâtre, le cinéma, du coup, les gens des médias ne savent pas où me placer, il m’ont mis dans un ghetto underground. En ce moment, je suis en train de glisser de ce ghetto au mythe. Ça prend d’ailleurs un parfum nécrologique (rires).

Vous sentez que l’on vous « mythifie » ?

Je le sens parce que je n’ai jamais autant reçu d’hommages qu’en ce moment.

Vous êtes spectateurs de cela, mais avec amusement ?

Oui. J’ai conscience d’être un privilégié total. Je n’ai vécu que de mes passions et je sais que ce n’est pas le cas de grand monde.

Parlons « argent ». C’est le nerf de la guerre. Je me suis toujours demandé si votre label Saravah s’en sortait correctement.

Au-delà du chiffre 3, je ne comprends rien. Je suis incapable de parler d’argent. Je sais que tous les trois mois, je reçois un chèque de la SACEM depuis des années. Avec Saravah, je ne prends pas d’argent. Tout va à a création. Mes rentrées, en priorité, ce sont les droits éditoriaux de mes chansons. Ils nourrissent beaucoup Saravah. J’ai passé ma vie à sauter à pied joints de répartition SACEM en répartition SACEM. Aujourd’hui, je touche une retraite de la SACEM.

Alors qu’un artiste comme vous n’est jamais à la retraite.

Je n’arrête pas puisque, je le répète,  j’ai cette obsession de la disponibilité.

Le 20 octobre 1966, Nicole Croisille et Pierre Barouh interprètent la chanson du film de Claude Lelouch, "Un homme et une femme" écrite par Francis Lai et Pierre Barouh.

Que pensez-vous de ce disque célébrant les 50 ans de Saravah ?

Il est formidable. Ma compagne, Atsuko Ushioda, a joué un grand rôle dans ce projet, tout comme elle a joué un rôle incroyable dans la survie de Saravah. Aujourd’hui, nous sommes le plus ancien label indépendant planétaire et c’est grâce à elle.

Qui s’est occupé du casting des chanteurs qui ont participé à ce disque ?

C’est Atsuko qui a tout géré, je vous dis, je n’ai pas fait grand chose. Je lui fais confiance.

Est-ce que les marques d’affection et d’admiration vous touchent encore ?

Evidemment. Ça m’émeut beaucoup.

Et les critiques ?

(Il réfléchit longuement.) On vit dans une société ou le négatif prend le pas sur le positif. Il y a 300 personnes qui vont me dire que je suis un mec super et trois qui diront le contraire. Ces trois-là vont faire un chemin disproportionné par rapport aux 300 autres.

Pierre Barouh, Des ronds dans l'eau, avec Pierre-François Blanchard au piano au Festival chansons et paroles 2012 de Barjac. Cette chanson écrite par Pierre Barouh a été interprétée par Françoise Hardy.

Je sais que vous vous vous battez depuis longtemps pour que les gens deviennent plus courtois les uns envers les autres…

Comment vous savez cela ? Quand je suis rentré du Japon en 1982, j’ai même fait un dossier que j’ai envoyé au ministère de la culture. Je voulais monter en France une grande campagne de courtoisie. L’élément de la courtoisie est un élément vital dans toute la spirale économique. Je voulais réunir des sociologues et des économistes qui puissent tenter de faire l’inventaire de ce que coûte à la nation le manque de courtoisie élémentaire. C’est inchiffrable. Je n’ai jamais eu de réponse du ministère de la culture (rires).

En tout cas, on sent que vous avez un amour total de la chanson.

Pour moi la chanson, c’est un mode d’expression totalement privilégié et absolument magnifique. Vous pouvez exprimer des sentiments très complexes avec des mots toujours très simples. Le privilège, par rapport à d’autres formes artistiques, c’est que c’est communicable immédiatement.

Excusez-moi la banalité de cette question, mais est-ce difficile ou simple d’écrire une chanson ?

Quand j’ai commencé à écrire à 14 ans, je me suis nourris de gens comme Brassens. C’est lui qui m’a appris que la contrainte sollicite l’imagination, que mon imagination naturelle est pauvre comparée aux contraintes que je m’impose pour écrire. Parfois, je reste 4 mois sur une chanson. La grande satisfaction, c’est de savoir que les gens croient que je l’ai écrite en 12 minutes.

Si je résume, c’est dur de faire simple.

Oui, c’est ça. Par exemple, dans « Le vieux Léon », Brassens a pratiquement tout écrit en octosyllabe. Il fait arriver des rimes très riches au bout du 4e pied. Brassens m’a appris que la vraie élégance, c’est que l’on ne sente pas l’effort. Tout est au service du portrait qu’il trace.

Lundi 26 novembre 2012, lors d'une soirée privée organisée par le magazine "Plaisirs du Gers" à L'Atelier de Marciac, Pierre Barouh interprète "La bicyclette", chanson qu'il a écrite et qu'a chantée Yves Montand.

C’est un film qui vous a mené à la chanson.

Il n’y a que des hasards objectifs. Il y avait un petit cinéma en bas de chez moi à Levallois-Perret, L’Eden. Je suis allé voir Les Visiteurs du Soir  et je peux dire que ma vie a basculé sur trois mots de Jacques Prévert. Bref, beaucoup de mes chansons ont un découpage totalement cinématographique. C’est le cas de « La Bicyclette » par exemple. Raconter des histoires, provoquer l’imagination des gens, c’est primordial pour moi.

Avez-vous envie de ressortir un disque à vous ?

Si j’ai des nouvelles chansons, bien sûr. J’en ai déjà deux ou trois, écrites récemment. J’ai toujours en tête le souhait de traduire des sentiments ou des évènements par des mots.

C’est toujours une joie intense d’être sur scène ?

Oui, parce que j’ai toujours eu le goût du partage. J’espère en faire encore longtemps.

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A l'issue de l'entretien, chez lui, le 15 novembre 2016.

Le lendemain de cette interview, je me suis rendu à la soirée de lancement du livre de Baptiste Vignol, Les tubes, ça s'écrivait comme ça pour lequel Pierre Barouh avait donné un entretien-fleuve sur sa vie, ses chansons, son amour des rencontres. Je laisse Baptiste raconter la suite (tiré de son blog perso Mais qu'est-ce qu'on nous chante?).  "Pierre Barouh était arrivé tout sourire, son casque sous le bras, entrant dans la librairie Parallèles, rue Saint-Honoré, les doigts dans sa belle chevelure blanche. Il avait retrouvé ce soir-là son vieux copain Frank Thomas qu'il n'avait pas revu depuis au moins vingt ans. «Tu sais qu'on est tous jaloux de toi» lui avait dit Thomas, en l'embrassant. Devant l'air étonné de Barouh, le parolier (Frank Thomas est l'auteur de Marie-Jeanne pour Joe Dassin, du Téléphone pleure pour Claude François, de Dites-moi pour Michel Jonasz…) précisa sa pensée: «“La Bicyclette”, “Les Ronds dans l'eau”… On aurait tous rêvé de les écrire, ces chansons-là!» Après avoir longuement bavardé avec ce complice de toujours, revu François Bernheim, rencontré Vincent Baguian et dédicacé quelques livres à des admirateurs, Pierre Barouh s'en était reparti à scooter dans la nuit de novembre, saluant tout son monde d'un fraternel «À bientôt!»"... 

La suite est à lire ici.

J'ai pris quelques photos de ces moments. Les voici:

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Photo culte (mais floue) : Frank Thomas, Laurent Balandras, Geneviève Morissette Perso, Baptiste Vignol, Pierre Barouh et François Bernheim.

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Frank Thomas, François Bernheim, Geneviève Morissette et Pierre Barouh.

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Frank Thomas, Geneviève Morissette, Baptiste Vignol, Mandor et Pierre Barouh.

27 décembre 2016

Tété : interview pour Les chroniques de Pierrot Lunaire

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Six albums en seize ans de carrière, Tété prend son temps pour écrire, définir le concept général de ses albums et coucher ses humeurs... toujours dans l’air du temps. Les critiques sont unanimement positives et les fans toujours enthousiastes.

Pour Les Chroniques de Pierrot Lunaire, comme d’habitude, les mots ne sont jamais vains, les mélodies jamais convenues et la voix chaleureuse toujours assurée.

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorInterview d’un artiste qui sait se faire discret et qui parle rarement pour ne rien dire. C’était le 19 octobre dernier dans un hôtel de la place Pigalle (lire la première mandorisation, puis la seconde).

Argumentaire officiel de l’album:

L’auteur-compositeur et musicien Tété est de retour avec un 6e et nouvel album Les Chroniques de Pierrot Lunaire entièrement produit par lui-même. Un retour aux sources entre blues et folk, où sa voix limpide renoue avec la simplicité et le dépouillement sonore des débuts. C’est l’histoire « d’un homme qui doit un jour affronter la violence de la réalité. Chanson après chanson, il apprend à changer son regard sur ce qui l’entoure ». Des chœurs entêtants de « Persona Non Grata » à « L’amour à nos chevets », l’album narre une quête personnelle tout en évoquant les méandres kafkaïens de notre société et la course à la consommation.

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tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorInterview :

Tu aimes bien la promo ?

Je me suis retrouvé moi-même à interviewer des gens à l’étranger pour une émission de télévision, alors je comprends comment ça se passe. Je ne suis pas journaliste, ce n’est pas mon métier, il m’est arrivé de tomber sur des artistes qui n’avaient pas envie d’être là, j’ai compris ce que cela faisait quand on tient le micro et que l’on pose des questions auxquelles l’autre n’a pas envie de répondre. Du coup, je suis devenu plus humble par rapport aux interviews. Je me dis que je vais juste converser avec quelqu’un qui s’intéresse à mon travail et ça me rend heureux.

6 albums en 16 ans, cela paraît peu, mais je sais que chez vous le temps n’est pas « linéaire ».

Il est un peu comme une matière qui changerait de texture selon qu’il fasse chaud ou froid. La magie du métier, c’est que l'on a pendant 6 ou 7 ans l’âge du dernier album, ce qui n’empêche pas de considérer que les autres vieillissent. Ca « distorse » la sensation du temps qui passe.

Clip de "Persona non grata".

Les chroniques de Pierrot Lunaire est un album concept sur un homme qui décide de voir la vie avec tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorun regard d’enfant.

Le Pierrot dont je parle n’arrive pas à se dépatouiller de l’âpreté du réel. Il finit par se dire que le réel en soi, ce n’est pas ce qui fait le tout. Ce qui fait le tout, c’est le regard que l’on porte sur le réel. A partir de là, il essaie de retrouver son regard d’enfant. Je l’ai appelé Pierrot Lunaire car cela fait penser à la mélancolie, aux rêves et à la flânerie.

Ce Pierrot est un double de Tété ?

C’est peut-être celui que j’aimerais redevenir. Adulte, on vit dans une société qui nous exhorte à être performants. Tout est un peu normé, calibré. Dans l’enfance, on ne regarde pas la montre, on est plus libre, il y a moins d’enjeu. Avec l’absence d’enjeu, vient le plaisir.

Ce n’est pas la première fois qu’il y a un fil conducteur dans un de tes albums. Déjà, il y a pile 10 ans, dans Le Sacre des lemmings et autres contes de la lisière

Tu as raison. Cet album est d’ailleurs très proche du Sacre des lemmings. J’ai eu du temps pour Pierrot Lunaire, du coup, j’ai pu faire en sorte que chaque chanson soit comme un chapitre d’un livre. De chanson en chanson, mon personnage annonce qu’il va partir, mais il ne part jamais. J’ai été comme ça, moi aussi, à un moment donné. Pierrot va apprendre à se réincarner, à se réappartenir et à se rendre compte que la lumière est dans sa capacité à se projeter.

Clip de "Pierrot Lunaire".

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorChanger le regard sur la vie, finalement, ça concerne tout le monde, non ?

C’est ce à quoi nous sommes acculés en tant que citoyens, consommateurs, parents… Par exemple, on doit avoir une conscience environnementale. Avant c’était un truc d’écolo, aujourd’hui, ça nous engage tous. On est tous condamnés à changer notre regard sur les choses et les évènements.

Les artistes ne sont-ils pas tous des grands enfants et n’ont-ils pas déjà ce regard ?

Tu as raison. Au fond, c’est un axiome qui s’applique aux artistes, aux fous et aux enfants.

Tu disais tout à l’heure que nos vies étaient calibrées… toi pour te « décalibrer », tu voyages beaucoup, c’est ça ? Tu es parti récemment au Japon et à Tahiti par exemple.

Oui et non. Qu’est-ce qui fait l’unicité de notre vie ? Est-ce le rythme frénétique auquel on est soumis ? Est-ce que ce sont nos enfants, nos frères, nos amis, nos passions ? Je suis parti au Japon avec ma guitare. C’était une manière de me reconnecter avec le bois. J’ai vécu comme un vagabond, seul avec ma guitare et mes chansons. Tahiti, ce n’est pas pareil, je suis parti en famille… le point commun entre ses deux voyages, c’est l’absence d’enjeu.

Comme nous sommes entre Noël et le jour de l'an, il me paraissait opportun de vous proposer cette vidéo mise en ligne par Tété il y a trois jours... "Joyeuses fêtes" à tous!

Dans ton album précédent, Nu là-bas, il y avait une équipe de 10 personnes, là, tu es quasiment seul.tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandor

C’était génial d’avoir une grosse équipe, mais derrière cela, j’ai eu envie d’incarner mon nouvel album différemment. Cela passait par jouer dans des salles plus petites, seul à la guitare.

Cela t’a apporté quoi de jouer « en solo sans sono » ?

Ça m’a ramené vers la simplicité. Quand on se déplace à 10, c’est un peu la colonie de vacances, on n’a pas la même expérience des lieux où on va. On n’échange forcément moins avec l’autre, car on n’en a moins besoin. La tournée « solo sans sono » se faisait avec un plus petit véhicule, j’avais donc plus de flexibilité. J’ai eu beaucoup d’échanges avec les gens. Ça fait du bien. Et quand je reviens à la maison, j’ai des histoires à raconter.

Pour cette tournée, tu chantais réellement sans micro, c’est dingue !

Oui, mais tu sais, j’ai commencé comme chanteur de rue. C’est une très bonne école de l’humilité. J’ai pu redécouvrir et faire découvrir le son de ma voix, sans effet, sans réverbération… c’était merveilleux !

Les chroniques du Tour 2016... (passionnant).

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorTu viens d’avoir 40 ans, est-ce que cet album est un peu un bilan d’une première partie de vie ?

C’est un bilan de décennie. Quand j’étais gamin, on parlait beaucoup du démon de midi. Les hommes de 40 ans qui vont avec une femme plus jeune, qui conduisent une voiture de sport… et en fait, arrivé à 40 ans, je me rends compte que j’appartiens à une génération d’adulescents. Des types qui à mon âge portent encore des baskets, qui ont des figurines Star Wars chez eux, qui font des enfants tard. Forcément, la quarantaine est vécue différemment. Ce disque est aussi le bilan d’un type qui apprend à se responsabiliser un peu et essayer de récupérer une part d’humanité perdue dans le fait d’être un homme.

As-tu peur de ne plus avoir d’inspiration ?

Oui. Il faut parvenir à garder sa signature musicale, vocale, textuelle, parce que c’est cela qui nous différencie. Il faut apprendre à incarner et accepter ses défauts. Parfois, le fait de me demander si tel ou tel thème ou telle ou telle musique me ressemble a pour conséquence de me retrouver  devant une page blanche assez longuement.

Te rends-tu comptes que beaucoup de gens apprécient ton travail et que tu as un public très aimant.

Mes copains me disent souvent que je suis parano, je n’ai donc pas conscience de ce que tu viens de me dire. Je me dis que les gens ont le choix, donc je considère que rien n’est jamais joué d’avance. Nos personnalités se cristallisent entre l’âge de 15et 20 ans et, dans cette tranche d’âge, j’étais dans le doute en permanence. Les chansons de moi qui restent sont des chansons d’incapacité. Cela tombe bien, c’est cet état-là qui me pousse à écrire. Quand tout va bien, j’ai plus envie d’aller au parc avec ma famille que d’écrire des chansons.

La vie d’artiste que tu mènes aujourd’hui te convient donc ?

J’avoue, c’est très cool.

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Le 19 octobre 2016, après l'interview.

4 jours après cet entretien, Tété recevait un message d'un autre temps...

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Il a répondu sur sa page Facebook:

Samedi soir, minuit passé. Enchanté par la lecture d'une bio passionnante sur Rick Rubin (le producteur de Jay Z), je m'apprête a éteindre les feux quand un petit bip de mon téléphone porte a mon attention l'arrivée d'un e-mail. J'ignore quel est le mécanisme qui me pousse a ouvrir le dit courriel, moi qui ne consulte jamais ma messagerie après 22 heures (je tiens a mon sommeil), peut être une certaine préscience de l'absurde. C'est a ce moment précis, que je découvre votre commentaire au bas d'un de mes vidéo-clips, François Moretti:

"Musicalement c'est sympa, mais putain c'est un noir, et désolé, mais ça ne passera jamais..."

Et paf. Me voilà en proie a un singulier mélange d'émotions.

Le début de l'assertion est somme toute plein de bienveillance et contraste singulièrement avec la violence de la conclusion. Vous avez un joli sens du contraste, et de la dramaturgie, Mr Moretti.

Passés l'effroi, je savoure la tragique ironie d'un tel message, posté au bas d'une chanson qui parle justement de rejet. C'est assez savoureux, avouez. L'orthographe est impeccable et vous signez même de votre nom, ce qui d'une certaine manière vous singularise puisque ce type d'abomination est d'habitude commis sous le sceau de l'anonymat. Alors je me dis que ce message appelle une réponse. Quelque-chose.

L'album dont la chanson en question est l'ambassadeur, parle de changer son regard sur les choses.

Passé donc l'incrédulité, le dégoût et il faut bien le dire, un certain amusement, j'applique a ma petite personne l'histoire de mon Pierrot Lunaire, et m'applique a changer d'angle:

Ce message a pour but de me stigmatiser dans ce qui m'essentialise n'est ce pas? Ce qui m'a amené a penser a ce qui me définit, au delà de la couleur de ma peau. Je suis noir, certes. Je suis également:

-guitariste.
-allergique aux crustacés.
-poète.
-myope.
-de gauche.
-lecteur gourmand.
-un peu bougon le matin.
-Fan de musique classique
-cinéphile.
-engagé au même titre que tous, sur une voie dont personne ne sait où elle nous mène.

Mais puisqu'il est question de changer d'angle, je reviens a notre popote et me demande comment j'aurais réagi si le message avait dit:

"Musicalement c'est sympa, mais p***** c'est un guitariste, et désolé mais ça ne passera jamais..."

Et là, me voilà parti dans le plus joli fou-rire dont j'ai pu faire l'expérience depuis longtemps, saisi que je suis par l'absurde du truc.

Mais pourquoi donc être "désolé", monsieur Moretti? A l'accoutumée les gens comme vous disent tout haut ce que pensent les autres tout bas, et ce de la plus noble façon qui soit: droit dans vos bottes.

Ce "désolé" ajoute une dimension psychanalytique a votre profil, ce qui finalement vous rend attachant, mr Moretti:

Le classique du censeur, qui se découvre perméable aux abominations qu'il prétend lui-même dénoncer. On est dans la tragédie grecque, c'est absolument génial.

Pour finir, en pensant a votre amertume, c'est moi qui me trouve désolé pour vous, mr Moretti.

D'autres que moi auraient saisi les instances compétentes ( La Licra , au hasard) pour tenter de faire de l'affaire un cas d'école. L'idée m'a effleuré, c'est vrai. Mais tout bien considéré, j'ai vraiment trop de trucs a faire, la tout de suite, mr Moretti.

On parle souvent de la taille du sexe des Noirs. Rarement de celle de leur ego. Revoilà le mien singulièrement boosté finalement: mes mélodies seraient donc tellement chouettes, qu'elles touchent même au dela de l'aversion qu'inspire leur auteur?? Waouw. Hyper touché. Mais moi aussi je vous aime vous savez.

Allez, sans rancune!

Salutations distinguées d'un Noir débordé

PS: méfions nous, j'écris aussi pour d'autres, qui passent encore plus a la radio que moi. Le mal est partout, mais ensemble, on est plus forts. N'est-ce pas, monsieur Moretti?

Et voici sa réponse lors de son dernier Café de la Danse. La classe, tout simplement.

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21 décembre 2016

Grands Prix du Disque et du DVD 2016 de l'Académie Charles Cros

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971350_153136021534652_1854479169_n.pngLe 24 Novembre dernier s’est tenue la proclamation des Grands Prix 2016 de l’Académie Charles Cros à la Maison de la Radio. Fondée au lendemain de la guerre, en 1947, cette académie a pour objectifs de soutenir la création autant que la préservation de la mémoire sonore. Une fois par an elle décerne ses Grands Prix internationaux du disque, attentive tant aux compositeurs, auteurs, interprètes qu’à l’esprit d’entreprise et au courage des éditeurs graphiques et phonographiques. 

Cette académie, que beaucoup jugent irréprochable dans ses choix (il se trouve que depuis quatre ans, les jeunes artistes primés correspondent souvent aux mandorisés des mois précédents... preuve que nous avons des goûts similaires) récompense les artistes qui portent et  illustrent la diversité des cultures des peuples qui ont le français en partage. Elle contribue également à établir le lien entre les artistes et les publics, notamment les jeunes, mettant au cœur de ses préoccupations l’accès de chacun à la culture. Elle établit désormais un lien entre l’enregistrement sonore et le spectacle vivant. 

Je m’attarde ici sur les récompenses « CHANSON », laissant de côté la musique classique, le jazz et les musiques du monde (qui ne sont pas précisément mes spécialités). Ainsi, voici les photos (accompagnées de quelques commentaires) de Juliette (grand prix pour l’ensemble de sa carrière), Michèle Bernard, Christian Olivier, Hildebrandt (en découverte discographique), Merlot (pour un disque jeune public), Miossec, Jules et le Vilain Orchestra ainsi que Barbara Weldens, ces trois derniers pour la scène.

(Merci à Jean-Marc Vaudagne  et Elodie Louette  de l’Académie Charles-Cros pour l’invitation… et l’accueil chaleureux et Alain Fantapié pour sa présidence, sa bienveillance et sa gentillesse exceptionnelles).

IN HONOREM INTERPRÈTES :

CHANSON :

JULIETTE (mandorisée là) pour l’ensemble de sa carrière, à l’occasion de la sortie de l’intégrale des albums en 13 CD + 1CD raretés (14 CD Polydor)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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Le discours de remerciements de Juliette qui n'était pas vraiment un discours convenu, mais qui a bien fait rire l'assemblée. 

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(Photo : Caroline Paux)

Juliette et Alain Fantapié (président de l'Académie Charles Cros).

LES GRANDS PRIX INTERNATIONAUX DU DISQUE

DISQUES POUR ENFANTS :

MERLOT pour Marcel le Père Noël (et le petit livreur de pizza) (Little Village / Harmonia Mundi)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

Merlot (Marcel, le Père Noël) et Cédryck Santens (le petit livreur de pizza), fiers de ce prix.  

CHANSON :

Michèle BERNARD  pour Tout’Manières… (EPM)      

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(Photo : Caroline Paux)

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Sourire radieux d'une très grande dame de la chanson française (très souvent charlescrossisée et bientôt mandorisée). Que Michèle Bernard soit si peu médiatisée est un grand mystère (cf Anne Sylvestre).

CHANSON :

Christian OLIVIER (mandorisé là) pour On/Off (Mercury / Universal music)

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Dans une loge : Christian Olivier écoutant le Prix Filleul 2015, Thibaut Garcia (guitare classique) (photo : Jean-Marc Vaudagne)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Pierre Majek)

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"Z'avez vu mon beau diplôme?"

CHANSON DÉCOUVERTE :

HILDEBRANDT (mandorisé ici) pour Les Animals (At(h)ome)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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Joie!

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Je suis heureux de ce prix, parce qu'Hildebrandt est pour moi l'une des plus grandes découvertes de l'année.

GRANDS PRIX CHARLES CROS SCÈNE avec la Fédération des Festivals de Chanson Francophone  :

GRAND PRIX SCÈNE :

MIOSSEC (absent de la cérémonie) (mais mandorisé ici). Il est distingué pour sa tournée actuelle, qui suit son dixième album, Mammifères, avec des concerts qui se sont parfois déroulés dans des lieux inhabituels (guinguettes, chapelle, vignoble, musée, jardins).

PRIX "RÉVÉLATION SCÈNE"  :

Barbara WELDENS

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Pointe de pied tendue, Barbara Weldens détendue avant de fouler pieds nus la scène du studio 105 (photo : Jean-Marc Vaudagne).

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(Photo : Pierre Majek)

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(Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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Barbara Hammadi (pianiste), Barbara Weldens et Marc Pfeiffer (président de la Fédération des Festivals de chanson francophone) (Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

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Barbara Weldens (Pic d'Or 2016) avec Corinne Labat, présidente du Pic d'Or et Dany Lapointe (la manageuse de la chanteuse).

PRIX "RÉVÉLATION SCÈNE"  :

JULES et son Vilain Orchestra

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Dans les coulisses... Jules et ses compères interprétant les Forbans, juste avant leur entrée en scène (photo : Jean-Marc Vaudagne).

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

 

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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Un journaliste chelou (mais fan de Jules) s'est incrusté sur cette photo. Sachez le reconnaître. 

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La photo de famille...

15 décembre 2016

Thomas Monica : interview pour l'EP DELTA.MYSTIQUE

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Un an après son premier EP, L’angle d’Or, Thomas Monica revient avec un nouvel opus. Intitulé DELTA.MYSTIQUE (nom d'un symbole utilisé pour représenter la trinité divine, sous la forme d'un triangle comprenant un œil en son centre), il offre une tendance plus rock teintée de pop, des mélodies lumineuses aux guitares acérées. Les textes souvent graves forment un contraste avec la voix aérienne de Thomas.

Sa guitare a notamment joué aux côtés de Matthieu Chedid,  alors que le jeune artiste bisontin avait gagné en 2013 un concours musical "Be a rock star" lancé par -M-, Paco Rabanne et Black Xs. Repéré par le chanteur, Thomas Monica a accompagné Matthieu Chedid sur plusieurs concerts. Sa musique est un mélange d’électro et pop francophone. Aujourd’hui, avec cet EP, il continue sa route, soutenu par Joseph Chedid et ses synthétiseurs, ou encore David Hachour au mastering (The Avener, Renaud, etc.).

Précisons que l’artiste est nominé au Oui Fm Rock Awards 2017, catégorie Autoprod. Pour le soutenir, c’est ici !

Le 10 novembre dernier, Thomas Monica est venu à l’agence. Gageons que ce ne sera pas sa dernière visite tant je crois en sa carrière…

thomas monica,delta.mystique,interview,mandorArgumentaire officiel :

Le guitariste dandy s’aventure dans les arcanes de la transcendance et du sacré avec ce nouvel opus, nommé DELTA-MYSTIQUE.

Avec ce nouvel EP aux couleurs pop vintage résolument rock, virtuose et francophone, on retrouve sa façon unique de faire vibrer sa guitare et la langue française qui lui ont permis notamment de se faire remarquer par Matthieu Chédid sur plusieurs Zénith en France, et de paraitre en duo sur son album livre Ils.

Mais Thomas Monica propose avant tout un savant mélange de chanson française aux influences anglo-saxonnes et américaines. Comme si Jack White avait croisé le chemin de Serge Gainsbourg.

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Thomas Monica à l'agence... dans deux décors que certains pourront reconnaître.

thomas monica,delta.mystique,interview,mandorInterview :

A quel âge à tu commencé la guitare ?

A 9 ans. Je crois que le déclic, ça a été l’écoute de Nirvana et d’autres groupes très « grunges » quand j’étais avec mes copains.

Tu étais quel genre d’enfant ?

J’étais très refermé. J’ai été élevé par mes grands-parents, je n’ai pas connu mon vrai père. La musique m’a permis de m’exprimer plus facilement.

Et fuir une réalité que tu n’aimais pas ?

Fuir, mais en même temps, essayer de construire. C’était plus important pour moi. Je n’étais pas un très bon élève, car un peu lunaire, rêveur. Je me suis tout de suite mis à la guitare, puis plus tard, j’ai monté mes premiers groupes.

Des groupes de quoi ?

De rock, voire de rock un peu costaud. Carrément hard rock même. A 18 ans, on a même fait une petite tournée avec Trust.

A 25 ans, tu as commencé à développer un projet personnel dans lequel il y avait de l’electro.

Oui. Je cherchais un moyen d’expression qui dépassait le cap de la guitare. Avec ce projet, j’ai pas mal voyagé. Je suis allé jusqu’au Japon. J’y ai fait un clip pour une marque française de guitares, Custom 77.

Tu fais d’ailleurs pas mal de musiques publicitaires…thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

Oui, j’adore faire ça car c’est très créatif. Je suis un bourreau de travail, je fais de la musique non-stop. Pour gagner ma vie, je fais de la musique de pub et je suis guitariste  de sessions pour des artistes. En 2016, il faut se diversifier pour gagner sa vie. Le fait de faire des choses pour d’autres personnes permet de ne pas être constamment autocentré.

Revenons à l’année 2013. C’est cette année que Matthieu Chédid intervient dans ta vie.

Il y a eu un concours sur Internet dans lequel il proposait qu’on le défie à la guitare. J’ai donc envoyé une vidéo. J’ai gagné ce concours qui a été très médiatisé, du coup, on a fait beaucoup d’émissions de télé. Je me suis trouvé confronté aux plus gros médias et à la pression que cela apporte. J’ai beaucoup observé Matthieu et d’autres chanteurs musiciens de cet acabit et j’ai réalisé que c’était ce que je voulais faire. J’ai vraiment eu le déclic pour faire ma propre musique. Un an et demi après, j’ai sorti mon premier EP.

thomas monica,delta.mystique,interview,mandorTu as travaillé ta voix pour devenir chanteur ?

Je fais partie de cette vague de chanteurs qui ne l’est pas à la base. Je suis surtout instrumentiste, du coup, j’ai appris à gérer ma voix. Les comparaisons avec celle de –M- ont été fréquentes. J'ai un timbre de voix aigu comme lui. J'essaie de ne plus trop ressembler à la sienne.

A la sortie de ce concours, tu t’es fait alpaguer par des émissions comme The Voice ou La Nouvelle Star.

J’ai évincé toutes les demandes. Je voulais trouver mon propre univers et ne pas me recoller une étiquette « bête à concours ». Je sais que c’est un accélérateur de notoriété, mais je vois la détresse qu’ont les artistes quand ils sortent de ce genre d’émission. Tu as un robinet. On t’ouvre le robinet. Et puis un jour, on te le coupe. Toi tu as encore soif et tu as les boules.

Clip de "Au-delà" tiré de l'EP DELTA.MYSTIQUE.

Tu as fait ce deuxième EP avec Selim, le frère de –M-. Tu as un contrat avec la famille Chédid?thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

Joseph Chédid (alias Selim) m’a juste invité à aller faire les synthés dans sa maison, parce qu’il savait que mon rêve était de jouer sur des gros synthés. Il savait aussi que je n’avais pas beaucoup de moyens financiers. C’est rare un tel comportement. Il m’a connu grâce au concours, puis nous avons fait une date ensemble dans laquelle on a fait un duo. Ca a super bien accroché. Joseph est humainement génial. Cette famille Chédid est exceptionnelle de talent et de générosité.

Tu as enregistré le reste du disque à Besançon, dont tu es originaire, dans un petit studio vintage.

On a enregistré ce disque de façon très rock et brut. J’étais très bien entouré pour ce deuxième EP. Le premier était très « plastique », enregistré sans beaucoup de moyens… et la filiation avec –M- était trop importante, je le reconnais. Pour DELTA.MYSTIQUE, je ne me suis posé aucune question et j’ai fait les choses le plus naturellement possible.

Tu parles plus de toi, il me semble.

Oui, j’ai fait une chanson sur le fait que je n’ai pas connu mon père et pas mal de chansons d’amour. Vaste sujet qui ne sera jamais épuisé.

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Ta musique est pop rock, mais je sais que tu tiens à la notion « chanson française ». Pourquoi ?

Mais pas avec le côté ringard que cela peut impliquer parfois. Je fais attention à mes textes. J’essaie d’être le plus honnête possible et de toucher les gens sur des musiques modernes.

Tu as des demandes de maisons de disque ?

Ça commence, mais je patiente. Je préfère encore peaufiner ma musique et continuer à apprendre. La musique est une recherche permanente et on n’a jamais atteint quoi que ce soit. La principale qualité d’un artiste et de n’avoir jamais de certitudes.

Clip de "Perséphone", tiré de l'EP MYSTIQUE.DELTA.

A partir de février, tu vas faire des masters class « guitare ».

Ce sont des écoles de musique qui me demandent cela. Pendant une heure et demie je fais mon concert et après j’explique ma façon de jouer de la guitare et je réponds aux questions. Pour le moment, je commence par Rennes, puis  à Lyon.

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Après l'interview, le 10 novembre 2016.

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14 décembre 2016

Georgia : le conte musical vivement conseillé pour Noël!

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C’est bientôt Noël… il m’a semblé important de vous parler de ce conte musical extraordinaire, pour petits et grands, signé Timothée de Fombelle. J'ai eu un vrai coup de cœur pour lui. On y retrouve une pléiade d'artistes exceptionnellement réunis pour raconter et chanter Georgia : Cécile de France, Alain Chamfort, Emily Loizeau, Albin de la Simone, Ben Mazué, Amandine Bourgeois, Pauline Croze, Ariane Moffatt, Raphaële Lannadère, Babx, Rosemary Standley... Une production imaginée et réalisée par l'ENSEMBLE CONTRASTE. Raconté par Cécile de France. Un projet en soutien à l'association SOS Villages d'Enfants avec la participation exceptionnelle d'Anny Duperey, marraine de l'association.

Ce livre-disque a reçu la Pépite 2016 du meilleur livre jeunesse (catégorie moyens) et a été « Coup de cœur » de l'Académie Charles Cros 2016.

Georgia est un conte musical réussi, beau et émouvant, drôle et intelligent, qui laissera rêveurs les petits comme les grands. Il est vivement conseillé pour être glissé sous le sapin.

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Argumentaire officiel :

Il est des secrets fondateurs qu’il n’est pas toujours facile de révéler lorsqu’on  est devenue une grande star de la musique...  Un jour, pourtant, arrive  le moment de se livrer : la mémoire déroule alors un à un les souvenirs et les rêves.  Les doutes aussi, qui ont jalonné cette route sinueuse jusqu’au succès.  Le lecteur, aux premières loges, découvre la petite Georgia et une ribambelle  de personnages hauts en couleur, imaginaires pour la plupart, et pourtant  très présents. De ceux qui aident à grandir et à dépasser ses plus grandes peurs.

sans-titre.pngRésumé officiel :

Georgia s’installe dans un nouvel appartement avec sa tante. Sa famille vient d’être dispersée. Georgia, en déménageant, a laissé derrière elle ses petites sœurs, mais elle emmène ses Rêves, personnages espiègles qui ne la quittent pas et chantent autour d’elle. Une nuit, Georgia se rend compte qu’on joue du violon derrière le mur de sa chambre. Une amitié va naître avec Sam, jeune voisin extraordinaire qui joue à la lueur des bougies. Mais qui est ce Sam qui voudrait tant qu’elle chante ? Où vit-il puisqu’il n’y a plus d’immeuble depuis longtemps derrière celui de Georgia ? Elle découvre qu’un siècle est posé entre leurs deux vies. Pourtant, au fil d’une aventure en chansons, malgré l’épaisseur du mur et des années qui les séparent, Sam va remettre la musique au cœur de la vie bouleversée de Georgia.

Interviews :

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Timothée de Fombelle (auteur) :

Comment est né le conte musical Georgia ? 

Les histoires trouvent toujours un moyen pour prendre vie… Mais celle de Georgia serait peut-être restée au fond de moi si on n’était pas venu me présenter un rêve. C’était le rêve d’un conte raconté, joué et surtout chanté. Quand l’équipe de Contraste Productions m’en a parlé, j’étais impatient de me remettre à un nouveau roman, en solitaire... Mais l’ambition de cette proposition et la chance de travailler avec de grands musiciens m’ont convaincu facilement de faire ce détour passionnant qui a finalement duré un an. La chanson est un art qui m’a construit depuis l’enfance. Et puis, j’avais rencontré des garçons et des filles venus de villages d’enfants quand ils m’avaient remis un prix littéraire pour Tobie Lolness.  J’avais envie de les retrouver à travers ce projet. Je pensais à eux à tout moment de l’écriture.

Quel est votre rapport au genre du conte musical ?

J’aime quand la musique n’est pas là seulement pour le décor. Georgia est ce que j’appellerais « une histoire en chansons ». C’est la musique qui raconte l’histoire, autant que les mots et les dessins. Nous avons travaillé main dans la main, jour après jour, avec Johan Farjot, Arnaud Thorette, Albin de la Simone... Parfois je faisais le premier pas et la musique suivait, parfois c’était le contraire. Les mots et les notes ont cherché leur place jusqu’au dernier moment. En studio, j’étais encore là, dans un coin, à corriger des petites choses ou donner des indications aux chanteurs. Le travail avec Cécile de France a été aussi un bonheur pour moi. Je viens du monde des planches. J’allais voir les spectacles que Cécile jouait quand elle était encore à l’école de théâtre. Depuis des années,  je crois qu’elle a un lien particulier avec les textes que j’écris. On travaille souvent ensemble. L’enregistrement s’est déroulé comme une évidence.

Ben Mazué interprète "Tous mes rêves chantent".

Georgia ou Sam sont-ils un peu de vous enfant ? Aviez-vous des rêves qui vous parlaient?

Mes rêves m’ont souvent fait tenir. Ils ne me parlaient pas mais ils dessinaient un horizon, ils servaient de ligne de fuite pour voir loin, pour m’échapper. Mais très vite j’ai transformé mes rêves en création : fabriquer un radeau, construire un décor de théâtre, écrire une histoire. C’est la force de l’enfance. Je suis très heureux que Benjamin Chaud ait su donner une forme si touchante et drôle à ce petit peuple des rêves. Au début, Georgia dit qu’elle les trouve encombrants comme une équipe de rugby ou une fanfare. La musique va lui permettre de les rendre plus légers, puis de les laisser partir quand ils se réaliseront.

Les rêves nous poursuivent-ils adultes ?

Heureusement, un rêve en chasse un autre. La capacité à rêver est restée mon moteur. Pour mes proches, je suis un peu épuisant, à force de rêver toujours loin devant, de faire à chaque instant des projets possibles ou impossibles…

Quels liens tissez-vous entre vos livres ?

La fuite, l’imaginaire, le temps, la fragilité. Je crois que je laboure toujours le même sillon, mais avec des moyens chaque fois un peu différents. Et quand la musique de Johan ou le dessin de Benjamin s’emparent de mon univers, ils m’entraînent aussi dans leur monde à eux. Ils ouvrent d’autres paysages. C’est un voyage que j’aime beaucoup. Et quelle chance de pouvoir finalement se reconnaître dans chaque note, chaque couleur de cette histoire alors que nous sommes si nombreux à l’avoir fabriquée !

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Arnaud Thorette, de l’Ensemble Contraste (directeur artistique).

D’où l’envie de ce conte musical vient-elle ?

Nous gardons tous en nous une part de notre enfance, faite de rêves, qui nous amène quelquefois sans qu’on y prête attention à imaginer des projets un peu fous. Jeune, j’ai été bercé par Émilie Jolie, une histoire et une musique qui ont marqué toute une génération d’enfants. Aujourd’hui, Georgia naît avec, nous l’espérons, l’idée que ce conte musical fera chanter nos enfants et aidera l’association SOS Villages d’Enfants.

Pourquoi avoir confié à Timothée de Fombelle, auteur de romans pour la jeunesse, l’écriture de l’histoire et des chansons ?

En fait l’idée revient à la productrice du projet,  Hélène Paillette, férue de littérature et qui connaissait l’œuvre de Timothée,  son imaginaire, ses personnages toujours un peu cabossés par la vie, à la recherche d’un paradis perdu, mais aussi parce que c’est un homme de théâtre aimant les collaborations un peu folles et étonnantes. Gallimard Jeunesse a répondu présent. L’aventure a commencé ...

Florian Laconi interprète "Le temps des cerises".

Quels ont été vos critères de choix pour les artistes interprètes, les comédiens, le chœur d’enfants … ?

C’est avant tout un choix du cœur: le premier choix s’est naturellement porté sur Anny Duperey, marraine de l’association SOS Villages d’Enfants, et une bande de copains comédiens très talentueux qui ont eu envie de participer à cette belle aventure collective. Timothée de Fombelle a demandé à Cécile de France qu’il connaît de longue date d’incarner Georgia. Elle a spontanément accepté. J’ai connu la jeune Marie Oppert lorsqu’elle interprétait Les parapluies de Cherbourg avec Michel Legrand au Théâtre du Châtelet. C’est une grande révélation. Quant au rôle de Sam, c’est tout naturellement vers Albin de la Simone que je me suis tourné même si j’assure moi-même la partie de violon ! Le choix des voix des rêves s’est laissé guider par nos envies multiples de collaboration. Ce sont des artistes pour qui j’ai une très grande admiration. Je tenais aussi à ce qu’il y ait de magnifiques voix d’enfants, j’ai donc proposé aux jeunes chanteuses de La Maîtrise de Paris de venir chanter à nos côtés.

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Albin de la Simone lisant Georgia.

Quel a été le rôle particulier d’Albin de la Simone ?

Venant plutôt du monde classique, je tenais à être guidé par un artiste en qui j’avais une confiance absolue pour réaliser un disque de pop. Pour trouver ce son, cette esthétique, c’était pour moi un choix évident. Albin connaît notre monde et il nous a emmenés dans son univers, respectant nos envies et apportant son savoir-faire. Quant à Johan Farjot, nous travaillons ensemble depuis presque 20 ans ! Il a composé et arrangé  la plupart des musiques avec une imagination folle. Nous souhaitions être à la jonction d’un conte et d’une comédie musicale, et il a relevé ce défi avec un immense talent.

(Par manque de temps et à cause de plannings compliqués, il n'a pas été possible de faire les interviews des protagonistes de ce conte avant Noël. Or, l'intérêt de cette chronique était de faire connaître "Georgia" avant les fêtes afin que ce livre-disque puisse devenir cadeau. En accord avec l'attachée de presse de ce projet, vous avez lu deux interviews tirés du dossier de presse. Je n'aime pas cela, mais... cas de force majeure!)

10 décembre 2016

Cécile Hercule : interview pour la sortie de Bonne conscience

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Cécile Hercule a été, le temps d'une tournée, les claviers de miCkey[3d] (mandorisé ici), aux côtés de Mickaël Furnon (époque La Grande Évasion), puis elle s’est lancée en solo en sortant son premier album en 2010, La tête à l'envers. Six ans plus tard, aujourd’hui donc, la voici de retour avec un deuxième disque, Bonne Conscience. Cécile Hercule s’y raconte et nous conte des histoires de rencontres. L’air de ne pas y toucher, elle dit beaucoup sur le monde, la société, la vie, l’amour…

Cécile Hercule, bonne consciente.

Le 5 octobre dernier, elle est venue à l’agence pour une première mandorisation…

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorBiographie (écourtée) de Cécile Hercule, selon Oldelaf :

Le début, l’éveil, c’est en jonglant avec des balles plutôt qu'avec des mots. Ecole du Cirque à Lyon, sa ville chérie.

Puis elle quitte le cocon familial, et tente l’aventure ailleurs. En faisant jouer son corps et en disant les mots des autres, en tant que comédienne et tous ses rôles dans des séries télé. Mais en 2006, l'appel de la musique est trop fort, famille de musiciens oblige.

Elle devient alors Cécile Hercule, et chante ses mots à elle. Sur les scènes de France avec David Tétard d’abord, puis en tournée avec Mickey 3D.

Ce dernier devient un partenaire artistique privilégié, ils chantent ensemble, écrivent ensemble.

Mais elle se met à aussi à évoluer seule, comme une grande. Mickey l’encourage. C’est lui qui va produire son premier album en 2010.

Cécile se met alors à exister. La Tête à l’envers. Ce premier album renferme des pépites : « Roger », « la nonchalance ». Et permet à Cécile d’asseoir ses envies, ses opinions. Une musique douce et pop, sa voix douce qui s’affine. Et ces mots qu’on découvre enfin. Cet album lui permet de voyager, de faire de nouvelles rencontres. Monsieur Lune qui l’embarque dans l’aventure Gaston et Lucie.

Plus récemment Emilie Marsh et Joko, rencontrées à Astaffort. Ensemble, elles forment Bodie. Aventure musicale conceptuelle moderne et décoiffante.   Mais Cécile ne lâche rien et sait ce qu’elle veut. Elle continue d’écrire. Elle continue de jouer. Elle continue d’avancer.

Le 2ème album, Bonne conscience, selon Oldelaf : Cet album fait du bien. Il parle de ce parcours. Des cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorrencontres. Des mecs. Des filles. Des deux ensemble. De la vie pas toujours jolie mais à laquelle on s'accroche comme des damnés.

Et moi, je trouve que Cécile a un talent fou pour raconter ces choses. Et les rendre jolies. Elle apporte à mon sens quelque chose d’une fraîcheur et d’un renouveau incroyable dans les textes et d’une fragilité totalement touchante. Son sens du « name-droping » me rend jaloux ! On réfléchit, on s’abandonne, on rit jaune parfois, comme dans Bonne conscience sur la dictature du Bio obligatoire, co-écrite avec Oldelaf, un type dont on connaît toutes les qualités puisque c’est moi... Et puis on lit dans les musiques quelques accents pop n’ayant pas peur de flirter avec le rock indé. Des riffs guitares percutants mais jamais violents. Car le mentor de toujours n’est pas loin. Cécile et Mickey se retrouvent pour un duo inédit :

« Isabelle et Serguei » - conte moderne barré sur une histoire d’amour tragique à sourire dans le monde du patinage artistique… On y retrouve, comme tout au long de l’album des claviers vintages à la Jupiter, ou Moog, des nappes et des thèmes bien sentis qui vous emmènent ailleurs et qui servent le propos. Les arrangements de Vincent Bonnet-Gayaso et Jean-Claude Hercule sont léchés. Légers. Pas de surenchère. De petits sons acoustiques de guitare ou ukulélé qui cadencent. Juste la bonne idée au bon moment.

Mais pour être franc, j’ai toujours trouvé que parler d’un album le réduisait considérablement et bouleversait évidemment l’objectivité. Alors que le plus simple ne-serait-il pas de l’écouter ?

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cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorInterview :

Ton père est Jean-Claude Hercule. Il a fait une grande partie de sa carrière à la Maison  pour tous des Rancy en tant que directeur de la structure. Il est guitariste et professeur de musique. C’est lui qui t’a appris à jouer de la guitare ?

J’avais 16 ans. J’ai appris la guitare dans ses cours collectifs. C’était un peu gênant parce que je n’étais pas une grosse bosseuse. Je devais lui faire un peu honte (rire). Je n’ai fait qu’un an de cours, mais c’était plutôt sympa.

Avant de faire de la musique, tu faisais du cirque.

A 14 ans, j’ai commencé à m’entrainer tous les week-ends dans un atelier de cirque. A 15 ans, je suis parti faire des spectacles de feu et de jonglage, en Ardèche. On gagnait des sous. J’essayais de mettre un peu de poésie dans ce que je proposais. Je ne faisais pas du cirque « classique », mais du cirque contemporain. Plutôt que la technique, ce qui m’intéressait,  c’était de transmettre des émotions.

Ensuite, à 18 ans, tu fais une école de théâtre à Lyon.

J’ai continué le cirque à côté quelques années. J’ai arrêté cette activité à 23 ans.

Tu es montée à Paris, comme toute personne qui veut réussir une carrière d’artiste.

Je suis plus partie pour une histoire sentimentale. Moi, je voulais faire du théâtre à Lyon. Je n’avais pas le rêve de venir à Paris. Une fois sur place, j’ai rencontré un agent qui m’a permis de passer quelques castings. J’ai tourné dans quelques téléfilms.

Clip de "Bonne conscience", tiré de l'album Bonne conscience.

La musique a pris le pas comment ?cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

Ça s’est fait naturellement. J’aimais bien écrire mes petites chansons avec les trois accords que je connaissais à la guitare, mais je ne pensais pas faire des concerts. A un moment, j’ai eu tellement de chansons que je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Je ne connaissais personne dans ce milieu, alors j’en ai parlé à droite à gauche à des gens qui faisaient un peu de musique. J’ai finalement réussi à faire une maquette avec des amis musiciens. J’ai pu faire écouter mes premières chansons. Ce n’est pas devenu une idée obsessionnelle, mais j’avais soudain très envie de faire des concerts.

Tu as fait tes premiers concerts en 2006. Tu fêtes donc tes 10 ans de scène.

C’est vrai. Je n’y ai pas pensé. On pourrait faire une fête ce soir (rires). Je vais préparer un couscous.

Il y a quelques artistes importants qui ont traversé ta vie professionnelle. David Tétard d’abord et Michael Furnon ensuite.

J’ai chanté sur pas mal de chansons du dernier album de David Tétard. Je l’ai adoré et je trouve dommage qu’il n’ait pas eu le succès qu’il méritait.

Clip de "Isabelle et Sergueï" (duo avec Mickey 3D), tiré de l'album Bonne conscience.

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorEt Michael Furnon ?

Nous nous sommes rencontrés sur un truc qui s’appelait MySpace, je ne sais pas si tu te souviens de ce que c’était (sourire). Il venait juste de s’inscrire et il est tombé par hasard sur ma page. Il m’a fait une demande d’ami. Nous avons discuté, puis je suis allé le voir en concert. Il aimait ce que je faisais et il m’a proposé de produire le premier album. C’était une grande chance pour moi. J’ai joué dans son groupe pendant 4 ans et il m’a proposé de faire les premières parties. Il m’a permis de faire connaitre ma musique et de vendre mes disques à la fin des concerts. Je lui dois beaucoup.

Dans tes chansons, tu traites des sujets sérieux, mais avec humour et ironie.

Quand j’ai des soucis dans la vie, j’aime bien en parler avec légèreté. Je me protège. Mes chansons sont à mon image. Je ne peux pas parler d’histoire d’amour au premier degré,  je trouve cela très difficile. Le second degré est quelque chose que je tente de maîtriser.

Tu continues ta carrière de comédienne ?

Oui. J’aime bien faire des choses différentes. Je trouve cela sain de varier ses activités.

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Pendant l'interview...

Tu écris comment ?cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

Très vite ou pas. Quand j’ai une idée de thème, je cherche l’angle pour l’aborder. Si je n’ai pas d’idée, je bloque, donc je ne force pas.

Ton père a fait les arrangements de tes chansons les plus « chansons », pas celles qui sont plus « pop ».

Il est très fort pour les chansons avec les cordes comme « Va-t’en ». Depuis le premier album, mon père travaille avec moi. Mon frère aussi. Il réalise des clips et m’écrit des chansons. Je bosse avec eux pas pour leur faire plaisir, mais parce que j’aime ce qu’ils font.

Qui admires-tu dans le métier ?

Une chanteuse comme Clarika m’a vraiment inspiré pour mes premières chansons. J’aime beaucoup son écriture.

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Après l'interview, le 5 octobre 2016.

Ce qu'en dit Télérama :

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05 décembre 2016

Romain Didier : interview pour Dans ce piano noir

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Artiste discret, Romain Didier est l’un des auteurs compositeurs les plus prolifiques de la chanson française, comme en atteste la richesse de sa discographie. Chanteur au style sobre et au talent intemporel, attiré aussi bien par le piano-voix, le jazz ou le symphonique, il nous offre un répertoire teinté de poésie et d’humanisme. Dans ce nouveau disque, Dans ce piano noir, tel un concerto en trois mouvements, il retrace le parcours intime et sans escale de son univers d’auteur-compositeur entouré des mélodies qui l’ont nourri.

C’est ma deuxième rencontre avec Romain Didier. La première s’est tenue le 10 novembre 2005. Il était accompagné de son alter ego, Allain Leprest. J’en garde un riche souvenir que je raconte là.

Le 22 novembre dernier, j’ai eu l’honneur de le recevoir à l’agence. Nous avons parlé de son nouvel album et de son rapport à la musique en général.

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album:

« Quand on fait du piano-voix, on ne le fait pas par défaut ni par manque de moyen, mais par envie. Pour moi, le piano-voix, c’est le fusain ou le crayon par rapport à la peinture. On va à l’essentiel, c’est le plaisir de la ligne droite.  On ne peut pas tricher, c’est un jeu de la vérité » explique Romain Didier.

Dans ce piano tout noir, il y a les chansons de Romain qu’il nous distille sur le ton de la confidence avec en guise d’intermèdes musicaux les perles du répertoire de la chanson francophone: Aznavour, Barbara, Ferré, Lemarque...

Dans ce piano tout noir, il y a les souvenirs, les beaux échos et le temps qui passe, la mémoire sépia parfois, il y a les chansons de toutes ces années qui se répondent.

Dans ce piano tout noir, il y a l’opéra de sa vie... toute l’âme de Romain Didier.

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(Photo : ChanTal Bou Hanna)

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandorInterview :

D’où vous est venu l’idée de faire ce disque piano-voix?

J’avais envie de réunir toutes les chansons de mon répertoire dont j’ai écrit les paroles et composé la musique. Je ressentais le besoin de retrouver mes outils d’artisan que j’ai commencé à utiliser il y a une trentaine d’années et que je continue à manier aujourd’hui. C’est quand je suis au piano que je me sens le mieux. Je m’y sens en état d’équilibre. C’est au piano que je me sens le plus moi, parce que le plus nu, le plus vrai. J’avais aussi envie d’emmener les gens dans un voyage et d’enchaîner les chansons, un peu comme la vie s’enchaîne.

Il y a aussi des extraits de chansons qui ne vous appartiennent pas, mais qui font le lien avec les histoires que vous racontez.

L’extrait, pour ce qui est de la mémoire collective, pour ce qui excite les sens, c’est suffisant. 10 secondes de « Pour un flirt » suffisent à ramener quelqu’un à une époque, à des souvenirs.

Telles que vous interprétez ces chansons, cela donne l’impression qu’elles sont de vous ? C’est très fort.

C’est parce que tout passe par mon filtre. Le danger, c’est que l’on puisse dire que je m’approprie des chansons qui ne sont pas de moi. C’est pour ça que, dans le livret, je crédite les auteurs que je chante. L’avantage du piano-voix, c’est que cela ramène tout à un coté complètement intemporel.

Les chansons des autres que vous avez choisi, sont-elles celles que vous auriez aimé écrire vous-même ?

J’aurais adoré écrire toutes les bonnes chansons. En tout cas, ma démarche n’a pas été de rendre hommage. J’ai pris des chansons qui faisaient miroir avec ce que j’évoque dans les miennes.

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Vous avez sélectionné facilement les chansons de votre répertoire ?

Ça n’a pas été facile. J’ai finalement choisi les chansons avec des sujets qui mettent en valeur une vie qui avance.

Avez-vous tout dit de vous dans vos chansons ?

Est-ce que c’est « tout dire de soi » ou est-ce que c’est « tout dire des autres à travers soi » ? A mon avis, une vie ne suffit pas à faire une œuvre. A moins d’avoir une vie exceptionnelle, une vie amoureuse très dense, sa vie à soi n’a pas grand intérêt. Pour moi, une chanson doit contenir en trois minutes quelque chose qui touche un maximum de monde. Une chanson qui ne réussirait pas à faire en sorte que les autres se reconnaissent dedans serait une chanson loupée. 

A-t-on le droit de faire une chanson uniquement pour soi ?

Je ne vois pas comment faire une bonne chanson sans laisser un peu de part au rêve. Je pars du principe que tout ce que j’ai vécu, tout le monde l’a vécu. La question est : comment faire pour que ce que j’ai vécu puisse devenir universel?

Vous savez que vous êtes une référence pour beaucoup d’autres artistes ?

Il y  a parfois des gens qui me communiquent leur affection et qui me disent que je leur apporte quelque chose. On est tous des maillons et des passeurs de quelque chose, donc je suis content de rentrer dans cette chaine-là. Je suis content de savoir que de jeunes artistes se sont nourris de mes chansons. Mais je n’en tire aucune gloire.

Vous arrive-t-il d’aller voir des concerts de jeunes artistes ?

Très peu. J’écoute beaucoup de musiques classiques, je fais moi-même beaucoup de musiques, j’ai toujours des projets de créations à droite, à gauche. Ca n’arrête pas, alors j’ai peu de disponibilité pour écouter autre chose.

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On peut dire que vous êtes un musicien d’origine « classique » ?

Oui. Mes parents étaient tous les deux des musiciens « classiques », plutôt savants. Mon père a été Prix de Rome de composition, il a dirigé l’Ecole Normale de Musique à Paris et l’Orchestre de chambre de l’ORTF. Il a fait beaucoup de conférences aussi. Ma mère, elle, était cantatrice à l’Opéra de Paris. Je suis né de tout ça. J’ai rattrapé au vol tout ce que je pouvais.

Quand vos parents ont vu et entendu ce vers quoi vous vous dirigiez, la chanson, ils l’ont bien pris ?

J’ai la chance d’avoir eu des parents qui pensaient qu’il n’y avait que de la bonne ou de la mauvaise musique. Ils aimaient bien ce que je faisais, il me semble.

Ce disque que vous sortez, est-ce aussi un moyen pour que l’on redécouvre votre œuvre ?

Avant de réécrire un nouvel album, j’avais juste envie de poser quelque chose. J’ai la chance inouïe de faire ce métier dans des conditions qui ont évolué depuis mes débuts en 1981. J’ai eu la chance inouïe d’avoir rencontré Allain Leprest et d’avoir eu une collaboration de 26 ans avec lui. A sa disparition, il y a 5 ans, je me suis retrouvé légitimement a beaucoup d’hommages. Aujourd’hui, j’ai voulu rappeler que j’étais aussi auteur.

Depuis la disparition d’Allain Leprest, vous vous sentez seul ?

Ce qu’il a écrit était fulgurant et magnifique, mais c’est surtout l’ami qui me manque.

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Pendant l'interview.

Vous écrivez pour d’autres, c’est plus simple pour vous ?

Oui. Il n’y a pas le même  enjeu et le champ du possible est sans limite. Quand on écrit sur soi, on est ce que l’on écrit, avec toute l’impudeur que cela peut représenter. Pour moi, plus ça va, plus c’est difficile d’écrire. J’ai l’impression d’avoir déjà tout raconté.

Les artistes écrivent tous sur les mêmes sujets, non ?

On écrit sur la nostalgie, l’amour, les disparitions, la mort, la vie, les femmes, les enfants, la société… il faut juste éclairer ces thèmes avec sa caméra à soi.

Le monde vit quelques bouleversements assez tragiques depuis quelques mois. Êtes-vous tenté d'évoquer l’actualité immédiate ?

Tout ce qu’il se passe me touche, me bouleverse. Mais il faut que je digère de façon très organique. Une fois que c’est digéré, je peux commencer à entrevoir l’espoir d’en faire une chanson. Le sens de la formule, chez moi, ça se travaille. L’écriture de texte me demande beaucoup plus de temps et de réflexion que l’écriture de la musique qui, elle, est beaucoup plus instinctive. C’est pour ça que c’était bien de travailler avec Leprest. Il avait en permanence une hémorragie de textes et moi de musique. On pouvait faire trois chansons dans la journée.

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Après l'interview, le 22 novembre 2016.

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