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11 janvier 2019

Loft Music sur Sud Radio : Emission spéciale France Gall

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49151024_2229995253993631_8131034602190929920_n.jpgSi le 7 janvier marque dans notre pays le jour de commémoration de l'attentat de Charlie Hebdo, c'est aussi le premier anniversaire de la mort de France Gall. La chanteuse a succombé à un cancer, il y a tout juste un an, à l'âge de 70 ans. Sa mort a fait sombrer la France dans une tristesse insondable, quelques semaines seulement après le décès de Johnny Hallyday.

Pour ce triste anniversaire, Yvan Cujious, a voulu marquer le coup dans son émission Loft Music sur Sud Radio. Il m’a demandé de venir parler de France Gall en tant qu’auteur du livre L’aventure Starmania et spécialiste de la chanson française. J’ai évidemment accepté l’invitation (j’aime beaucoup Yvan), mais je ne suis pas venu seul. Avec la permission de la production de l’émission, j’ai emmené avec moi un grand ami de France Gall, l’auteur-compositeur-interprète Peter Lorne et les chanteuses Centaure et Francoeur. Etaient présents  aussi pour cet hommage, l’un des chanteurs de la comédie musicale Résiste, Victor le Douarec, et le formidable Tété.

Nous avons enregistré l’émission le 14 décembre 2018 au Studio Luna Rossa, mais l’émission n’a été diffusée que le 7 janvier 2018…

Pour l’écouter, il faut cliquer ici (vous n’allez pas le regretter).

Vous le savez, j’aime beaucoup vous montrer les coulisses du métier. Voici quelques photos de l’enregistrement. Les plus belles sont signée Didier Venom.

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Centaure et son musicien monsieur Marion.

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Francoeur, chanteuse-harpiste.

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Centaure shootée par Didier Venom en plein live (avec Francoeur et Victor le Douarec).

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Centaure shootée par Didier Venom en plein live (avec Victor le Douarec).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Centaure).

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Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Dider Venom).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Centaure)

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Avec Peter Lorne (photo Didier Venom).

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Mais que fait ce livre ici?

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Victor le Douarec en plein live (photo Didier Venom).

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Victor le Douarec en interview (photo Didier Venom).

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Victor le Douarec en pleine réflexion (photo Didier Venom).

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Tété chante France Gall (photo Didier Venom).

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Francoeur lors de l'interview (photo Didier Venom).

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Francoeur toujours (photo Didier Venom).

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Francoeur toujours (photo Didier Venom).

Vous pouvez écouter sa superbe et étonnante prestation de "J'ai besoin d'amour" (extrait de Starmania) en version harpe voix. Cliquez ici!

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Centaure lors de l'interview (photo Didier Venom).

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Centaure et Marion (photo Didier Venom).

Vous pouvez écouter leur brillante prestation de "Diego (libre dans sa tête)". Cliquez ici!

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Tété et ses musiciens.

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Avec Centaure (photo : Didier Venom).

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Avec Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Avec Francoeur, Yvan Cujious, Peter Lorne, Centaure et Marion (photo : Didier Venom)

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Bonus :

La mandorisation de France Gall en décembre 1995 pour sa comédie musicale Résiste.

Pour le Huffington Post, je raconte mon rendez-vous manqué avec France Gall.

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Avec France Gall le 3 septembre 2015 (®Bruck Dawit)

04 janvier 2019

Mayerling : interview pour Paranoïa

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

Je ne connaissais pas Mayerling avant de recevoir son nouvel EP. Je l’ai écouté un dimanche, jour de la semaine où je me penche sur toutes les nouveautés reçues récemment. J’avais entendu bon nombre de disques un peu « classiques » et pas vraiment dynamiques avant celui-ci. Donc, soudain, sa pop electro rock inspiré m’a fait du bien. J’ai un peu googlelisé l’artiste et me suis aperçu qu’il n’était pas un débutant. Si six ans et demi séparent les deux premiers albums de Mayerling (en vrai, Rodolphe Bary), un peu plus d’un an après la parution de I Live Here Now, il propose un EP absolument formidable, Paranoïa. Vraiment efficace. J’ai appelé son attachée de presse, amie de moi (Flavie Rodriguez) pour caler une interview très rapidement. Ainsi fut fait le 19 décembre dans une brasserie située en face de la Gare du Nord.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorMini biographie (officielle):

Projet musical mené par Rodolphe Bary, Mayerling apparaît une première fois dans la compilation Ceux Qu’il Faut Découvrir du magazine Les Inrockuptibles, avec le morceau « Countdown ». Instru électro-rock et mélodie pop, le style sera développé dans Confession, premier album sorti en 2011 et remarqué pour « sa pléiade de morceaux hypnotisants ». À l’hiver 2017 sort I Live Here Now, deuxième album où le parisien propose un voyage plus personnel, entre psychédélisme et pop 80’s, qui séduit la critique. Les radios locales soutiennent la sortie du disque et trois titres sont diffusés sur FIP.

Le disque (argumentaire officiel) :mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

Pour ce nouvel EP Paranoïa, Rodolphe s’entoure de trois chanteuses - Marie Derouet, Suzie et Aleea – et change de langue. Le passage au français se fait naturellement, les thèmes abordés fleurent bon le malaise romantique et les désillusions modernes. Pour le reste et comme d’habitude chez Mayerling, riffs de guitares et lignes de basse se promènent autour de boîtes à rythmes qui ne cherchent pas la complication. C’est binaire et rock au premier plan, les synthés prennent la profondeur. L'EP démarre sur le très direct titre éponyme, morceau rapide au riff entêtant où couplets pop et refrains disco s’enchaînent. Projetés dans l’euphorie ambiante, les chœurs chantent la folie et l’amertume, et le tout sonne un peu comme si Abba avait pris conscience du monde qui l’entoure.

On reprend son souffle sur l’intro des « Souvenirs de Toi », apaisé par une basse mélodique et des synthés planants. Accalmie de courte durée où l’on profite de la voix d’Aleea, qui portera cette romance empoisonnée jusqu’à son final intense et submergé d’arpégiateurs. Les machines prennent alors ouvertement le contrôle sur « Meteor », titre héritier des grandes époques synthétiques, électro deep et hédoniste, qui nous promet l’apocalypse. Dansons une dernière fois, avant de disparaître. L’EP se referme sur « Ombre violente », autofiction poignante sur la violence sociale, une chute au ralentie, bercée de nappes romantiques. Une ballade envoûtante à l’image d’un disque qui, sous ses airs de pop bien léchée, nous injecte une dose de folie, d’amour et de souffrance.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorInterview :

Tu as commencé à faire de la musique avec l’excellent François Gauer (mandorisé là en 2012) dans le groupe Folks.

J’ai appris à jouer de la basse en autodidacte à l’âge de 14 ans. A cette époque, j’adorais Metallica et je pensais que les gros sons de guitares du groupe étaient de la basse. Quand mes parents m’ont acheté une basse, j’étais dégouté (rires). Je l’ai tout de même utilisé et ça m’a permis de faire des groupes. J’ai rencontré François Gauer et on a fait du rock indé. De 15 à 20 ans, on n’écoutait que ça.

En parallèle de ta collaboration avec François Gauer, tu as commencé à créer tes propres compositions.

C’était du rock assez simple, avec des beats un peu marqués, des guitares Lo-Fi et une touche d’électronique. J’aime bien le bruit et travailler les matières sonores un peu crades. Même si dans ma musique d’aujourd’hui il y a un côté disco, un côté un peu léché, je n’aime pas que ce soit trop propre. J’aime les aspérités.

De musicien, tu as ajouté l’option « chanteur ».

Au départ, je ne chantais pas. J’ai commencé à chanter par nécessité pour mon précédent album en anglais. Je ne me considère pas comme un chanteur.

Aujourd’hui, dans ce nouveau disque, tu chantes en français.

Oui, et j’adore ça. J’écoutais très peu de musique française à part Serge Gainsbourg et Sébastien Tellier qui avait déjà un côté anglo-saxon dans la composition.

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Tu n’as jamais écouté de chanson française dans ta jeunesse ?

Mon père écoutait tout le temps Brel et Brassens. C’était mon seul contact avec la musique française. Mais  s’il faut parler de mes influences, on peut plus évoquer les Pixies ou dEUS.

Pourquoi chantes-tu en français alors ?

J’ai commencé pour le premier morceau, « Paranoïa ». J’ai trouvé que c’était plus simple d’écrire les paroles dans ma langue, de plus, j’ai constaté que cela voulait dire vraiment quelque chose. Avant, j’écrivais en anglais plus pour remplir mes mélodies. Voyant que j’arrivais à écrire pour le premier titre, j’ai continué pour les autres. Ça a été un vrai plaisir. Je suis sûr de ne jamais revenir en arrière.

Comment travailles-tu ?

Je pars toujours de machines : des samplers, des synthés… je me prends la tête avec cette base-là, puis j’ajoute de la basse, de la guitare. Ensuite j’enregistre les mélodies de chant sur un synthé et j’écris le texte. Je construis tout en même temps, en parallèle.

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

C’est un jeu pour toi de faire de la musique ?

Oui. C’est hyper ludique. Je me sens bien quand je fais de la musique. Quand je suis dans un studio à travailler du son, je peux perdre complètement la notion du temps. J’ai du  mal à redescendre sur Terre. Pour reprendre ma vie normale avec ma femme et mon fils, il me faut un temps d’adaptation d’un quart d’heure.

Je trouve que tu as un sens aigu de la mélodie.

C’est fondamental d’avoir des mélodies efficaces. Je ne peux pas rester sur un morceau qui n’a qu’une mélodie moyenne.

Ta musique est  un mélange de pop, de disco, d’electro, de rock…

C’est marrant, j’ai l’impression de faire plus de rock que ce que les gens me renvoient de ma musique. On ne se voit pas toujours dans la case où on est.

Cherches-tu à faire de la musique « populaire » ?

Je ne travaille pas dans ce sens, mais j’aimerais plus passer à la radio, c’est certain. Je sais que les programmateurs ont une pile de disque en attente de la hauteur de la Tour Eiffel. C’est difficile, car nous sommes nombreux.

Ta musique est enjouée, mais tes textes ne sont pas très gais.

Ce n’est pas simple d’écrire des choses légères. Au cinéma, une bonne comédie, c’est dur à faire… c’est pareil pour une chanson. Parfois, je joue sur le décalé et l’humour noir, comme dans le clip de « Paranoïa ». Dans mes chansons, il y a toujours un côté grinçant.

Clip de "Paranoïa".

Ce clip réalisé par Robin Plessy est détonnant.

Les gens qui le regardent adorent. Le comédien principal est génial. Il n’y a que lui qui pouvait endosser un tel rôle.

C’est toi qui as écrit le script ?

Avec Robin, on a déliré pendant trois heures en créant cet univers. A partir de ça, j’ai construit un clip un peu plus précis.

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Pendant l'interview...

Dans ta bio officielle, j’ai lu que « les thèmes abordés fleurent bon le malaise romantique et les désillusions modernes. »

Parce que j’écris sur le monde des hommes. Je trouve intéressant que dans un disque pop avec des airs très attrayants immédiatement, il y ait des textes qui t’incitent à creuser en profondeur.

La première fois que j’ai écouté ton disque, je me suis laissé emporter par la musique. Ensuite, j’y suis revenu pour écouter les textes.

Ça me fait plaisir parce que je viens de ça : la musique pop. Le fait que tu sois d’abord pris par la musique et les mélodies, c’est ce que je souhaite. Je ne fais pas de la chanson à texte, donc je ne peux pas me vexer de ça.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorParle-moi de ta pochette.

Elle a été faite, comme pour mon précédent disque, par un duo d’illustrateurs qui s’appelle Hublot. Ils sont venus avec trois propositions et j’ai choisi celle-ci. Je la trouve très liée à la chanson « Ombre violente ». Le mouton de la pochette est en fait un humain qui est pris par une autorité sans visage. Dans « Ombre violence » je parle de la violence que tu subis dès  l’enfance à l’école et dans tous les groupes sociaux dans lesquels tu évolues après. Ça peut être l’entreprise ou une autre structure. Il y a toujours une violence latente qui va te construire. Moi, j’ai toujours ressenti ça. Cette pochette est donc liée à ça.

Mayerling, c’est un groupe ou c’est toi ?

C’est moi, mais entouré. Il y a trois femmes qui chantent dans ce disque. Ma compagne, Marie Derouet. Elle chante sur « Paranoïa », « Meteor » et « Ombre violente ». C’est la première fois que l’on enregistre ensemble pour Mayerling. Il y a aussi Suzie qui chante sur « Paranoïa ». J’espère qu’elle chantera un autre titre sur mon album à venir. Enfin, il y a Aleea. Elle était ma pote à la fac. Je savais qu’elle chantait, mais nous n’avions jamais eu l’opportunité de le faire ensemble. C’est fait dans « Souvenirs de toi ». Je suis hyper content du résultat, donc je vais également lui demander de participer à mon prochain album.

Tu parles de ton prochain album. C’est officiel ?

Oui. Je suis déjà en train de le construire. Je ne veux pas faire passer trop de temps entre cet EP et lui.

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Après l'interview, le 19 décembre 2018.

02 janvier 2019

Leïla Huissoud : interview pour Auguste

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leïla huissoud,auguste,interview,mandorLongtemps armée de sa seule guitare et de sa voix magnifique, Leïla Huissoud nous revient aujourd’hui, accompagnée d'une dizaine de musiciens, pour un majestueux deuxième album, Auguste. « Ceux qui connaissent cette artiste le savent bien, son personnage scénique est un mélange de drôlerie, d’attitudes naturelles et de spontanéité quand elle interagit avec son public. Lui est alors venue l’idée de grossir ce trait comique qu’on lui prête et reconnecter avec ses années passées en école de cirque renouant avec l’Auguste, ce contrepoint du clown blanc » explique le dossier de presse*.

A l’écoute de ce disque important, on constate que la supposée fragile et innocente chanteuse ne l’est pas tant que ça, elle serait plutôt la reine de l’autodérision à l’humour grinçant et à l’engagement social déterminé, le tout enrobé d’émotions en tout genre. « Le drôle s’accommode du cruel, l’émouvant du sarcastique. Les états d’âmes personnels de son premier disque ont laissé la place aux histoires sentimentales »*.

Incontestablement, Leïla Huissoud est déjà une grande.

Le 20 décembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Studio des Variétés pour  une première mandorisation (il était temps !)

Argumentaire de presse (officiel) :leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Après un premier album live (L’ombre) qu’elle a voulu très intime et dépouillé, Leïla Huissoud, bercée par Brassens, Moustaki ou Barbara, continue à s’engager dans un style résolument chanson qui laisse les paroles au premier plan et ne s’encombrera pas du kick-électro omniprésent dans les productions contemporaines. L’hommage est plutôt à trouver du côté du jardin d’Henri Salvador, du haut-de-forme d’Agnès Bihl et de la baraque à frites de Thomas Dutronc.

De l’intimité de la mort à la malice d’un vieux couple, de la lâcheté des projecteurs à la révolution du corps, Auguste traite tout de travers. Leïla Huissoud dramatise et dédramatise, questionne tour à tour la place de l’artiste de scène, la famille qui s’éloigne, l’ambition qui s’efface devant la routine, la Suisse, les victimes de Brassens… et l’amour pendant les règles. La femme a grandi et ne s’encombrera pas de tabous pour parler de toute la vie avec tendresse. C’est donc pleine d’autodérision grinçante que Leïla Huissoud joue, en se promenant sur le fil des clichés du spectacle et des sentiments.

Si « chanter ça ne change rien du tout » alors autant le faire de manière spectaculaire : Leïla Huissoud s’élance dans la vie avec les lacets attachés et vous êtes conviés à la chute. Beau et bancal, Auguste présente des chansons avec une larme à l’œil et de très grandes chaussures rouges.

Son site.

Sa page Facebook.

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leïla huissoud,auguste,interview,mandorInterview :

Tu passes d’un premier disque enregistré en live à un disque bien produit avec beaucoup de musiciens.

L’ombre ayant eu un accueil positif, j’ai pu avoir des moyens plus importants pour enregistrer ce deuxième album. De plus, j’avais besoin et envie de ne plus être complexée par ma musique. Je ne voulais plus m’excuser de cette partie-là de mon travail. Autant je pouvais défendre mon écriture, même la jeunesse de mon écriture, mais la musique restait juste un support pour pouvoir chanter mes textes. J’ai conscience de ne pas avoir de compétence musicale, alors j’ai fait appel à Nicolas Vivier pour la direction artistique et Simon Mary pour tous les arrangements.

Simon Mary a décoré tes chansons alors ?

Plus encore. Ayant conscience de mes lacunes, je l’ai autorisé à bouger mes compositions. Il me proposait des idées et le plus souvent j’acceptais parce qu’elles étaient belles. Je suis fière qu’il ait accepté de travailler avec moi et qu’il ait obtenu un si beau résultat. Je l’ai beaucoup observé pendant la réalisation de l’album pour tenter d’apprendre son savoir.

Pourquoi avoir choisi Simon Mary ? leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Je l’ai beaucoup vu sur scène avec Alexis HK. Je suis fan de ce qu’il fait et la contrebasse est un instrument qui me plait beaucoup. Pour moi, dans la chanson, la contrebasse c’est le Graal. Faire arranger mon disque par un contrebassiste m’a paru très intéressant.

Il te connaissait ?

Non. Il a écouté un peu ce que j’avais fait auparavant et il a accepté de me rencontrer. Rapidement, on a tenté un premier titre, qui est le premier de l’album : « La farce ». Je lui ai envoyé un guitare-voix et il m’a renvoyé la chanson avec les arrangements. C’était fou ! J’ai mis mon casque, j’ai écouté la chanson et je me suis mise à pleurer de joie. Il y avait tout. Je lui avais donné deux, trois indications, pas grand-chose, et lui a tout compris immédiatement.

Et après ?

Je lui ai demandé s’il voulait bien continuer pour tout le disque… et c’était parti pour six mois de collaboration.

Clip officiel de "La farce".

« La farce », c’est une entrée en piste, non ?

Exactement. Je voulais une chanson qui ait du panache. Elle parle de l’engagement des artistes. Je me rends compte que l’on me félicite beaucoup de mon culot et de mes petits engagements. Il faut relativiser ça parce que je joue devant un public dont je suis presque certaine qu’il va aller dans mon sens et qu’il va être d’accord avec ce que je dis. J’ai l’impression que je me foutrais de la gueule du monde si je faisais semblant de prendre des risques. Dans « La farce », je me pose la question de savoir si un artiste prend vraiment des risques quand il chante des chansons dites « engagées », mais dans la bien-pensance, devant un  public acquis à sa cause.

Tu désacralises le métier de chanteuse dans certains textes. Dans « La chianteuse » par exemple.

Tout l’album découle de mes deux précédentes années où j’ai découvert le milieu de la chanson et ses acteurs. Je me suis pris une énorme baffe. Pour être claire, j’ai été super déçue. Bizarrement, ce deuxième album, qui est vraiment parti de cette déception avec la colère comme énergie, a tout changé. J’ai travaillé avec des personnes sérieuses et bienveillantes. Elles ont apaisé mes sentiments négatifs.

Es-tu comme tu te décris dans « Chianteuse » ?

Non. Il me semble être plutôt cool, mais je l’ai assumé pour moi. Sur scène, j’incarne donc ce personnage. J’ai écrit cette chanson sans trop réfléchir et très rapidement. Chianteuse, c’est une vanne que j’ai entendu quand j’ai découvert le métier, alors j’ai eu un peu honte d’être allée vers cette facilité-là tirée du jargon des musiciens. Je deviens de plus en plus féministe et je m’en suis voulu d’avoir « portraitisé » certaines chanteuses ainsi. Pour dire la vérité, je trouve que c’est un des textes les plus faibles de l’album, mais l’arrangement de Simon Mary en a fait une des meilleures finalement.

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(Photo : Marcel Aumard)

Tu as vraiment été malheureuse avant ce nouveau disque ?

Oui, vraiment. Je n’avais pas capté qu’il y avait autant d’acteurs autour de l’artiste et qu’au final il est une toute partie du milieu. Ceux qui entourent les artistes manquent de bienveillance. Ils nous mettent dans une situation de concurrence qui n’a pas lieu d’être. Tout nous pousse à se demander comment plaire au lieu de se demander comment faire quelque chose de bien. Du coup, beaucoup d’artistes font des chansons qui sont éloignées d’eux, parce que c’est ce qui plait en ce moment. De plus, ils le font mal parce que ce n’est pas du tout ce qu’ils savent et ont envie de faire.

La concurrence dont tu parles, n’existe-telle pas dans tous les métiers ?

Certainement, mais moi, je préfère me mettre au service de la chanson. Je n’ai pas l’impression que quand un artiste marche, l’autre ne va pas marcher. Au contraire, on se tire vers le haut. Quelqu’un comme Gauvain (Sers), il a pris plein de « petits » artistes pour ses premières parties, dont moi alors qu’on ne se connaissait pas. Il a fait l’effort de donner un peu de son succès aux autres, c’est généreux. Aujourd’hui, quand je dis que je fais de la chanson française, on ne me rapproche plus de Louane,  mais de Gauvain Sers, ce que je préfère de loin. J’estime avoir un vrai projet « chanson » plus qu’un projet « variété ». Il faut que la variété continue d’exister, mais j’aime que l’on fasse le distinguo entre ces deux identités différentes.

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(Photo : AUUNA / Alexandre Fournel)

C’est quoi la différence entre la chanson et la variété ?

Elle se voit surtout sur scène. Quand on fait de la chanson, on n’a pas l’obligation d’être un divertissement.

Et pourtant, je connais des artistes qui font de la chanson qui me divertissent…

Oui, c’est vrai. Moi, on m’a reproché sur le premier spectacle de ne pas faire de rappel. Je partais sur la dernière chanson, avant la fin de la musique.

Pourquoi ?

C’était une mise en scène qui allait avec ma chanson. Quand tu fais de la variété, tu ne peux pas te permettre cela. Je rapproche la variété du cinéma. J’adore aller voir la dernière comédie romantique de l’année, ça me permet de ne pas réfléchir et de passer un bon moment. Je sais la fin au bout de cinq minutes de film et ça me va bien. Pour moi, la variété est là pour qu’on aille à un concert dans cette optique. Se faire plaisir en posant son cerveau… ou pas. Avec la variété, j’estime qu’il y a l’obligation de passer un bon moment. Moi, je pense que quand tu vas à un concert de chansons, tu peux sortir avec le bide en vrac et pas bien. Au moins, ça a créé quelque chose en toi. La chanson doit éduquer et faire réfléchir. C’est ce que je cherche à provoquer en tout cas.

Je suis désolé de te dire que ton disque m’a aussi divertit.

Je ne me dis jamais : « surtout, il ne faut pas que les gens ce divertisse », mais je ne veux pas provoquer que ça. Je préfère voir des gens un peu fébrile après un concert, qui sont agacés par ma fin, que j’ai un peu piqué… alors, je me dis que j’ai réussi.

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(Photo  : Denis Charmot)

Sur scène, joues-tu un personnage ?

J’ai fait beaucoup de cirque, donc j’ai abordé le spectacle par ce biais-là. J’ai toujours eu envie de faire comme si j’étais sur la piste. J’ai toujours besoin d’amplitude, d’envois vers les gens, d’une projection violente à 360°.

Tu as des chansons dont les sujets sont peu évoqués par les autres artistes. « En fermant les yeux » parle de la masturbation féminine, « Un enfant communiste » (chantée en duo avec Mathias Malzieu) parle de faire l’amour avec une femme qui à ses règles…

On dit souvent qu’on a écrit sur tout. Je ne sais pas si ces deux sujets ont déjà été évoqués, mais j’ai tenté quand même de le faire le plus sincèrement possible… et, j’espère, le plus subtilement (rires).

A travers une collaboration entre les projets lyonnais The Toolshed Studio, Spline Studio, Kosmic Webzine et Woodlark studio, Leïla Huissoud présente “le vendeur de paratonnerres” tiré de son album : Auguste.

« Le vendeur de paratonnerres » est une chanson réponse à « L’orage » de Georges Brassens.

Ca faisait longtemps que j’avais envie de reprendre un morceau de Brassens sur scène ou de l’évoquer d’une manière originale. Mais il y a eu tellement de beau spectacle autour de sa personne que je n’osais pas.

Celui d’Alexis HK, Georges et moi (mandorisé là) était extraordinaire !

Je l’ai vu trois fois. C’était incroyable !

Et donc cette chanson ?

Ce texte est le seul qui n’est pas de moi, mais de Nicolas Vivier. Un jour, je l’ai entendu chanter cette chanson à la guitare. J’ai lourdement insisté pour la lui piquer parce que je trouvais que c’était l’angle idéal pour rendre hommage à Georges Brassens. Ce côté hommage, mais foutage de gueule, si on a vraiment écouté Brassens, on ne pouvait pas rêver mieux. Cela n’aurait eu aucun sens de faire un léchage de postérieur endeuillé et tristounet.

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(Photo : AUUNA / Geoffrey Saint-Joanis)

Ton album n’est pas triste, lui, en tout cas.

C’est gentil de me dire ça. Je suis fière qu’il ne le soit pas. Comme beaucoup d’auteurs, j’écris plus facilement dès que je parle de sujets tristes. Les gens sont plus touchés par les chansons tristes, alors écrire des textes qui ne le sont pas, dans lesquels ils vont se reconnaitre et qui vont les émouvoir sans être plombés, ça me rend heureuse.

Tu envisages ton métier comme une mission ?

C’est la place où je me sens la moins inutile, la moins encombrante en tout cas. Je fais partie d’une génération un peu paumée. Je ne savais pas trop où je voulais aller artistiquement. Je suis devenue chanteuse un peu par hasard, ce qui me pose un problème de légitimité. J’y travaille.

L'EPK de l'album Auguste.

Je sais que tu n’aimes pas que l’on parle de ton physique.

Je déteste que l’on me dise que je suis mignonne. J’ai envie d’être une femme de scène comme peuvent l’être Juliette (mandorisée ici) et Evelyne Gallet (mandorisée là). Ces femmes apportent tellement à la chanson. Quand je les ai vues sur scène, j’avais envie d’être une « bonne femme ». Mon éventuelle sensualité ne m’intéresse pas. Sans perdre mon côté féminin, je le répète, je veux avoir leur côté « bonne femme ». Angèle et Pomme sont aussi de beaux exemples de nanas qui assurent et qui ont une forte personnalité.

Pourquoi ne voit-on pas ta tête sur la pochette d’Auguste ?

Mes nouvelles chansons sont moins premiers degrés que celles du premier album. Je m’y racontais beaucoup. C’était des histoires de jeunes filles. Auguste est un album que l’on peut réécouter plusieurs fois pour que chacun puisse se faire sa propre mosaïque. Avant, j’avais envie que l’on comprenne mes textes, à présent, je préfère que les gens comprennent ce qu’ils ont à comprendre.

Cela n’explique pas pourquoi on voit juste ta gorge sur la pochette.

Si j’avais montré ma tête, cela aurait déjà donné une interprétation de l’album. Si on m’avait vu sourire, on aurait attendu des chansons joyeuses, si on m’avait vu triste… enfin, tu as compris le truc.

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(Photo : David Desreumaux)

Faire la couverture d’Hexagone, en compagnie d’Alexis HK (mandorisé récemment là), ça te prouve que tu es acceptée dans la famille de la chanson d’aujourd’hui ?

C’est très encourageant en tout cas. David Desreumaux, qui dirige la revue, est quelqu’un de doux et bienveillant. Il savait que j’adorais Alexis HK, donc il a estimé que ce serait bien de me faire poser avec lui, sachant que nos albums sortaient presque en même temps et que ça me ferait plaisir. C’est un geste gentil et c’est une des choses qui me réconcilie avec le métier.

Tu te sens accepté par le métier ?

Oui, même si j’ai un peu ramé parce que je suis arrivée là par le biais de The Voice. Le milieu de la chanson indé aime moyennement ça. Aujourd’hui, je crois avoir trouvé une place…

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Pendant l'interview, le 20 décembre 2018, au Studio des Variétés.

Bonus : Le reportage de mon ami Frédéric Zeitoun sur Leïla Huissoud pour Télé Matin diffusé début avril 2019.

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24 décembre 2018

Evelyne Gallet : interview pour La fille de l'air

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(Photo : Nicolas Michel)

Après 2 années de transition-création, revoilà Evelyne Gallet avec de nouvelles chansons, de nouvelles couleurs et plein de nouveaux collaborateurs. En tout, dans La fille de l'air, 15 titres sensibles, tendres, engagés, authentiques, avec cette touche d’humour et de force qui caractérise la chanteuse au caractère bien trempé.

Il est très curieux que nos chemins ne se croisent qu’aujourd’hui étant donné l’estime que je porte à cette artiste. Le 13 décembre dernier, j’ai profité d’une halte parisienne de cette lyonnaise d’adoption pour converser un peu.

Son site internet.

Sa page Facebook.

evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandorMini biographie (officiel) :

Voilà quelques années déjà qu’Evelyne Gallet, la chatoyante, promène son Orange French Folk aux quatre coins du pays et même au-delà. Elle ne cesse d’avancer, elle fonce même, laissant dans son sillage une armée d’admirateurs fidèles séduits par sa verve, son charisme, sa présence volcanique et des textes au vitriol. Ce sacré bout de femme qui n’est pas du genre à couiner mollement « gna-gna-gna-mon-amour-pourquoi ? » trace sa route, encore plus forte et plus indépendante que jamais.

Cette artiste avec 5 albums et plus de 600 concerts à son actif, est un univers à part entière, une personnalité hybride qui se plait à faire rire et pleurer, le grand 8 à chaque concert et l’instant présent, tout le temps.

Entourée de son mixed band, Evelyne Gallet reprendra la route pour exposer sa nouvelle collection. Ses spectacles sont toujours des grands moments de plaisir et de vie qui grattent et qui caressent, qui prennent à rebrousse-poil et remplissent vos verres.

Il y a de la matière, de la chair et de la liberté : cette liberté qu’elle porte  depuis toujours et qui fait tellement de bien partout où elle passe.

Argumentaire de presse (officiel) de l’album :evelyne gallet, la fille de l'air, interview, mandor

C'est dans un ancien atelier canut des pentes de la Croix Rousse qu'Evelyne Gallet confectionne sa nouvelle collection de chansons Haute Couture. Elle dessine, épingle et décatit, avec ses stylistes habituels (Patrick Font, Matthieu Côte, Jeanne Garraud, Stéphane Balmino), mais dautres rejoignent la maison (Dimoné, Martin Luminet, Presque Oui, etc.). Avec des couleurs et des saveurs venues d'horizons bien différents La fille de l’air sera un défilé détonnant fait sur mesure : ça swingue, ça danse, ça dit, ça rit... de l’humain à foison, des émotions à la pelle. Un habillage porté par une seule et même voix qui en fait un tout harmonieux et unique.

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evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandorInterview :

Tu as 22 ans de carrière…

Elle m’interrompt en rigolant.

Mais c’est horrible de dire ça comme ça.

Tu as bien commencé en 1996 avec un duo humoristique, non ?

Ah oui ! Tu as raison. 22 ans. Paf  dans la gueule !

Ça te paraît fou ?

Ça me parait incroyable. En même temps, j’ai toujours eu l’impression de n’avoir fait que ça de ma vie. Pour moi, c’était hier (rires).

Tu as commencé quand la musique très exactement ?

En 1986.

Bon, je ne fais pas le calcul alors.

Je ne préfère pas, non. J’ai commencé par la flute à bec pendant deux ans à l’école municipale de Rumilly, en Haute-Savoie.

C’est un choix volontaire ?

Non. C’était une obligation de la part de mes parents. Mon père était trompettiste de fanfare. Plus exactement, il faisait de la trompette pour supporter le rugby (rires). Ma mère n’a jamais fait de musique et chantait comme une casserole, du coup, ils ont eu envie que je fasse de la musique. A l’âge de six ans, j’ai donc fait de la flute à bec puis pendant six ans, j’ai joué de la flute traversière et un peu de saxophone et autres instruments.

Teaser de l'album La fille de l'air.

Et la guitare est arrivée à quel âge ? evelyne gallet,la fille de l'air,interview,mandor

A 11 ans, parce que j’avais envie de m’accompagner seule.

Il faut préciser qu’en 1991, tu rejoins la compagnie du Chalet dirigé par Patrick Font.

Oui, avec Anaïs Tampere-Lebreton, celle avec qui j’avais monté un duo de café-théâtre.

En 1993, avec Anaïs et une autre artiste, vous avez monté un trio.

Les Body Girls. Ça n’a pas duré longtemps. Ensuite, avec Anaïs, nous nous sommes retrouvées toutes les deux. Quand la compagnie du Chalet à cesser d’exister, on a ressenti le besoin de continuer à faire des spectacles, ainsi est né le duo Les pieds dans le plat. On faisait des sketchs et des chansons. Un jour, à 25 ans, Anaïs m’annonce qu’elle veut faire un bébé. Quand elle m’a dit ça, j’ai paniqué. J’ai joué 10 ans avec elle. Qu’allais-je faire sans Anaïs ?  

Tu pensais à l’époque que, quand on avait un bébé, on ne pouvait plus rien faire de sa vie.

J’étais jeune à l’époque, je ne savais pas. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je chante… et autrement que pour faire rire. Je commençais à avoir une lassitude de cette obligation de faire rire depuis 10 ans. C’était la grande époque des producteurs québéquois. Ils nous disaient qu’il fallait un rire toutes les 30 secondes. Je trouvais insupportable ce diktat du rire.

Tu avais fait le tour de la question ?

Voilà, c’est ça. J’avais envie de me mettre à l’épreuve. Est-ce que j’allais être capable de procurer d’autres émotions sur les gens que le rire.

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Comment as-tu réussi à faire ce virage tant désiré ?

Je suis arrivée à la chanson presque par accident. Il y avait le tremplin de chansons A Tout Bout d’Champ, dans la petite salle en bas de chez moi. J’ai décidé de m’y inscrire. Je suis arrivée en final. Ensuite, tout s’est enchaîné rapidement. Au début, je gardais dans mon répertoire des chansons drôles parce que ça me rassurait. Quand je chantais des chansons pas drôles, je trouvais ça angoissant parce que je n’entendais pas les gens réagir. Le rire, c’est sonore. Quand tu touches quelqu’un au cœur, tu ne l’entends pas. C’était déstabilisant parce que je me nourris beaucoup des gens et de ce qu’il se passe dans la salle.

En 2005, tu sors ton premier album Les confitures.

Je ne m’assumais pas encore comme une chanteuse. Pas plus aujourd’hui d’ailleurs. Dans ma vie, j’ai pris 9 cours de chant d’une demi-heure, alors quand on me demande ce que je fais comme métier, j’ai du mal à répondre « chanteuse ». Je préfère dire « saltimbanque ». Au CP, quand il fallait expliquer ce que je voulais faire plus tard, je me souviens que j’avais répondu avec ce mot, « saltimbanque ». Je savais que je voulais être dans le spectacle, mais je ne savais pas dans quel domaine, musique ou théâtre.

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Ce nouvel album, La fille de l’air, est un album collectif. Il y a même un duo avec Dimoné sur une chanson écrite par Martin Luminet, « On s’emb(a)rasse ».

Je suis fan de Dimoné. Quant à Martin, c’est une des grandes rencontres de cet album. Nous travaillions tous les deux dans le même lieu en résidence, mais on ne se croisait pas. Je l’avais déjà entendu chanter et il m’avait vraiment donné envie d’avoir une relation humaine dans le but de travailler éventuellement une chanson pour ce disque. Ça a été une superbe rencontre. Il est d’une gentillesse et d’une générosité rare.

Il y a aussi des gens avec lesquels tu collabores depuis longtemps.

Oui. Stéphane Balmino que je connais depuis très longtemps et avec qui j’avais déjà collaboré sur l’album précédent, Nuits blanches avec un hibou sage, Thibaud Defever (Presque Oui) que j’ai rencontré lors des spectacles dédiés à Bobby Lapointe, Lapointe repiqué, tout comme Dimoné d’ailleurs. Pour que je travaille avec quelqu’un, la première chose qui compte, c’est l’humain.

Il y a des chansons qui sont des commandes, je crois.

« Je ne sais pas » par l’auteur compositeur lyonnais Reno Bistan. C’est un super artiste, étonnamment très peu connu. Il a des chansons hyper drôles et hyper efficaces. Il sait chanter merveilleusement, mais il n’arrive pas à se faire connaitre plus des médias. Il mériterait de sacrés coups de projecteur. Un jour, je le rencontre à l’école où nous avons tous les deux nos enfants. Je lui explique que j’aimerais qu’il m’écrive une chanson  sur une thématique bien particulière: la pudeur. Pour moi, la pudeur, elle ne se situe pas là où on le pense. C’est oser parler de ses sentiments. Le lendemain, il m’a envoyé cette chanson.

Audio de "Je ne sais pas".

«La fille de l’air », tout  comme « Je ne sais pas », est un joli portait de toi.

"La fille de l'air" est un texte de Stéphane Balmino. Il me l’a envoyé alors que ça ne correspondait à rien de ce que je lui avais demandé. Il a écrit cette chanson un matin en pensant à moi. Je suis complètement tombée amoureuse de ce texte qui était sa vision de moi.

Qui correspond à ce que tu es ?

Je crois. Il insiste sur le fait que l’on peut être beaucoup de choses à la fois. Les autres nous connaissent mieux que nous-mêmes, il me semble.

J’aime aussi beaucoup « Fais-moi risette ». Il faut toujours faire la paix avec ses amis qui sont devenus amants.

C’est un texte de Mathieu Côte. Il développe le concept du sex friend (rires).

Audio de "La pluie".

Tu étais très proche de Mathieu Côté, artiste surdoué, trop tôt disparu.

Nous étions à l’école ensemble. J’ai même été un court moment sa manageuse. Après mon premier album, Les confitures, je ne savais plus ce que je voulais faire. Je suis retournée à l’école pour faire un master de management de carrière d’artistes. Je venais d’avoir ma fille et Mathieu me voyant indécise sur ma carrière personnelle m’a proposé de m’occuper de lui. J’ai eu la chance pendant 6 mois, d’être sa manageuse. Et ce con est mort. Comme on avait fait beaucoup de concerts ensemble, à sa disparition, j’ai décidé de continuer le métier de chanteuse. Ça a été un déclic.

Musicalement, ce nouvel album est très rock, avec même des guitares saturées. C’est très différent de tes précédents disques qui étaient plus « traditionnels ».

Dans mes albums précédents j’ai beaucoup plus composé. Pour La fille de l’air, j’avais tellement d’auteurs-compositeurs qu’ils m’ont quasiment tous apporté la musique. Je n’ai fait que deux compositions, « Fais-moi risette » et « Ouvert les yeux ».

Audio de "Poupée".

Tu as besoins des autres artistes ?

Oui, parce que seule, j’ai l’impression de tourner en rond. Je peux même dire que sur les textes de Patrick Font, j’étais rentrée dans un ronron de compositions musicales. J’avais besoin de chercher ailleurs mon renouveau. Ainsi la musique est plus rock et je peux me concentrer sur mon rôle d’interprète… et j’adore ce rôle-là ! Chaque chanson, je l’ai pris comme un cadeau.

Peut-on dire que tu es rentrée dans l’univers musical de tout le monde et que tout le monde a respecté le tien ?

Tout à fait. C’est un croisement d’univers.

Celui de Dimoné n’a rien à voir avec celui de Presque Oui, par exemple, et pourtant, l’album n’est pas disparate.

Ca a donné un disque varié et cohérent. C’est grâce au réalisateur Freddy  Boisliveau. C’était la première fois que je travaillais avec un réalisateur et je ne le regrette pas. Il a respecté mes envies et mes idées d’instrumentarium.

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Pendant l'interview...

Le dernier album est-il toujours celui que l’on préfère ?

Clairement, aujourd’hui c’est mon préféré. Est-ce que c’est parce que c’est le nouveau ? Je ne sais pas. Je précise que j’avais plus de moyens pour le produire. Avant, je travaillais à l’économie. J’ai toujours eu conscience de ce que coûtaient les choses. Là, pour la première fois, quelqu’un m’a dit de faire ce que j’avais envie sans regarder l’argent. Je l’ai presque fait (rires). Il y a six musiciens sur le disque et sur scène, nous sommes quatre. J’ai enfin pu faire ce que j’avais en tête depuis longtemps, mais que je ne faisais pas pour des raisons économiques.

C’est quoi ta grande peur artistique ?

J’ai peur de me caricaturer. C’est pour cette raison que j’ai pris ce risque de faire un album différent. Je veux sortir de l’Evelyne Gallet chanteuse un peu marrante, poilante qui joue avec un guitariste. Je veux décoller cette étiquette tenace.

Tu n’as plus cette réputation-là, je t’assure. Beaucoup louent aussi ton côté sensible et profond.

Je ne me rends pas compte de l’image que je projette et je ne sais pas trop ce que les gens pensent de moi. Je me sens un peu « en dehors ». Ce nouvel album est là aussi pour me sortir de la case « chanson » uniquement, en proposant des titres explosifs et irréels pour moi.

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Après l'interview, le 13 décembre 2018.

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23 décembre 2018

Aelle : interview pour son album AMOURS

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(Photo : Vanessa Moselle)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Après avoir participé à l’album STAFF (mandorisation là), Aelle sort son nouvel album, AMOURS. Si la France entière ne la connait pas encore, l’Alsace, (la jeune femme est mi-Bretonne, mi-Haut-Rhinoise) estime cette artiste depuis des années. Elle y joue la comédie, chante, met en scène et dirige la compagnie L’Indocile avec un certain succès.

Elle a pris 2 années pour faire naître les chansons d’AMOURS avec sa talentueuse équipe : Gino Monachello, Foes Vom Ameisedorf, Stephane Escoms, Etienne Kreisel et Sébastien Kanmacher, en première ligne. L’album a été réalisé, arrangé et mixé par David Husser (Depeche Mode, Indochine, Mylène Farmer, Rodolphe Burger...) J’ai lu quelque part : « Ses compositions personnelles et sa musiqueaelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview vous attrapent par les sentiments pour ne plus vous lâcher : un peu pop, un peu rock, sensible et sincère. »

Pas mieux. 

Rendez-vous est donné dans un bar parisien, le 12 décembre dernier. Aelle est venue accompagnée de celui qui a été mandorisé le plus de fois (une bonne dizaine), l’écrivain-auteur-chanteur-musicien Jérôme Attal (tous deux venaient de participer à une émission sur Sud Radio, Loft Music, pour évoquer l’album STAFF.) Puis il nous a laissé pour une interview en tête à tête.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewArgumentaire de presse (officiel) :

Il y a des rencontres qu’on n’oublie pas. Taillée pour le rire au bord des larmes, Aelle a ce quelque chose en plus, « possède l’étoffe des grandes. De celles au magnétisme fou qui n’ont qu’un dénominateur commun: savoir toucher le cœur ».

Petite, à la maison, elle entendait Brel, Ferré, du classique, et aussi beaucoup de rock des années 60-70. C’est de là que vient celle qui nous ouvre aujourd’hui les portes de son premier et nouvel album AMOURS. Les amours d’une vie, pluriels, riches, tortueux ou lumineux, déchirants et passionnés, ou bâtisseurs de tous les possibles. Il y a quelque chose de cinématographique dans le monde atypique d’Aelle. C’est d’ailleurs pour ces raisons que s’est imposé le rêve d’envergure d’enregistrer un orchestre symphonique sur certains titres. La plume est élégante et profonde pour cette originale chanson française pop aux paysages sonores puissants et organiques. Il y a de la sensibilité, et de l’ampleur qui en font une artiste au talent à part, contagieux et séduisant. On dit de cette fille aux yeux noirs comme des promesses, qu’elle a « le feu sacré des planches » !

Son site.

Sa page Facebook.

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(Photo Paola Guigou)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewInterview :

C’est ton premier album ?

Oui. Même si j’en ai fait un premier en 2010. J’ai du mal à dire que c’était un disque à moi, car j’étais juste interprète. Je n’écrivais pas et ne composais pas. C’était ma première apparition sous mon nom de chanteuse. Je considère ce disque comme un essai. En 2013, j’ai sorti un EP avec 5 titres. Mais, vraiment, je revendique AMOURS comme mon premier album. J’ai écrit les paroles et je suis co-compositrice de tous les titres.

Tu es connue en Alsace pour tes deux activités, la musique et le théâtre.

Je n’ai pas envie d’en lâcher une pour l’autre. Ces deux passions font partie de ce que je suis. Cela m’apporte une richesse de vie. En France, se diversifier, ça paraît toujours louche parce que cela veut dire que l’on n’excelle pas dans tous les domaines.

Tu as d’ailleurs eu ton premier cachet en jouant et en chantant,  je crois. C’est un beau symbole.

Effectivement, j’ai commencé avec Les Troyennes de Sénèque. Dans cette pièce, il y a une partition et il fallait que je chante dans la langue des Troyens de l’époque.

Clip de "Elle ose", extrait de l'album AMOURS.

Quand on est chanteuse, le fait d’être comédienne sert-il à quelque chose ? (Photo : Daniels Stanus)aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview

Après les concerts, on m’a beaucoup dit « ça se voit que vous êtes comédienne ! » C’est gentil, mais je ne suis pas d’accord. Je n’ai pas l’impression de jouer la comédie quand je chante mes chansons. En concert, je suis plus proche de moi-même que quand je joue un rôle au théâtre. Je discerne bien ses deux activités. Quand je chante, avec ma voix,  je ressens comme une vraie mise à nue.

J’ai l’impression que cette impression de nudité se niche plus dans ta voix que dans tes textes… alors que ces derniers sont très personnels.

J’ai l’impression que, grâce à la voix, la chanson impacte la transmission d’une vérité, d’une fragilité, d’une mise à nue plus importante. Parfois, je me demande pourquoi je fais ce métier (rires).

Je te le demande alors. Pourquoi fais-tu ce métier ?

La vraie raison ou la raison qui fait bien dans les interviews ?

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(Photos : Paola Guigou)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewLa vraie, je préfère.

Je dis toujours la vérité (sourire). Ce métier est avant tout un métier de partage et de transmission d’émotions, c’est ce qui fait beau sur le papier, mais c’est vrai. Après, je pense profondément que tous les artistes qui montent sur scène ont besoin d’être aimé. Il faut être honnête là-dessus. Nous sommes en recherche d’un amour inconditionnel de la part d’un public. Etre chanteur, c’est quand même une drôle de posture. Il y a quelque chose de l’ordre du sacré. C’est peut-être une réminiscence des cérémonies grecques de l’époque. L’artiste est le nouveau Dieu. Une foule est réunie dont la focale est orientée vers une seule personne qui généralement est un peu plus en hauteur et qui serait censée avoir un truc différent des autres.

Je suis d’accord avec toi, mais tu es la seule à m’avoir dit ça si clairement. Es-tu à la recherche d’une forte notoriété ?

Je te l’ai écrit dans un message pour me présenter. Je n’ai pas de réseau, je ne connais personne dans le milieu, je suis une petite artisane qui travaille toute seule. Je ne crois pas être à la recherche de paillettes et de gloire, par contre j’aspire à ce que ma musique soit plus largement diffusée et à ce que je puisse chanter dans des conditions beaucoup plus faciles qu’aujourd’hui. Donc, ça suppose une mise en avant, une mise en lumière, une visibilité plus importante. On ne fait pas des chansons pour les chanter chez soi dans sa cuisine. On aspire tous à montrer ses chansons, les partager et rentrer dans la vie des gens.

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(Photo : Daniel Stanus)

Tu étais dans la promotion n°45 des Rencontres d’Astaffort, celle qui a pu faire un disque validé par aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewFrancis Cabrel. La classe, non ?

C'est une chance incroyable. Je suis bien tombée. De toute manière, même sans ce disque, on m’avait prévenu que j'allais prendre une grosse claque à Astaffort. Voix du Sud devrait prévoir une cellule psychologique pour quand on doit quitter le stage (rires). Nous sommes 11 jours déconnectés de tout dans cette école.

Ça t’a fait évoluer professionnellement ?

Ça m’a secoué dans mes réflexes d’écriture. Je me suis complètement remise en question. J’avais envie de refaire entièrement mon disque en sortant, ce que je n’ai pas fait, car il était terminé. Les Rencontres d’Astaffort, c’était très riche et bénéfique. La sève des Rencontres, c’est de mêler les solitudes pour voir ce qu’il se passe de créatif. Le fait d’avoir vécu cette aventure dans la promotion des stagiaires ayant pu faire un disque, c’est gravé à jamais en moi. Je suis allée à Astaffort pour vivre chaque seconde intensément… de toute façon, je ne peux rien vivre à moitié.

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Aelle avec notamment Francis Cabrel et Julien Doré lors des 45e Rencontres d'Astaffort.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Parlons de ton disque. Comme son nom l’indique, tu y abordes toutes sortes d’amours.

Les amours que nous traversons, qu’ils soient positifs ou qu’ils se finissent mal, font partie de notre chemin. Ils nous construisent. Je suis une passionnée, je vis les choses passionnément, je suis sur scène passionnément, je vis ma vie passionnément et donc, il y a des écueils et des chutes… mais pas que.

Dans ta chanson « J’ai décidé », tu chantes « le corps que j’habite n’a pas froid aux yeux ». Te considères-tu comme une femme libre et libérée ?

Il y a quatre ans,  je n’aurais pas dit la même chose, aujourd’hui, je commence à me connaître. J’ai grandi, j’ai évolué. La vision que j’avais de moi petite fille n’est pas celle qui finalement existe aujourd’hui. C’est le cadeau merveilleux de la vie. On est aussi là pour se cogner.

Pourquoi « amours» au pluriel ?

Je n’ai pas la prétention de ne donner qu’une seule vision de l’amour. Il y a plusieurs approches, plusieurs angles pour parler d’amour : la fidélité, l’infidélité, les amours… c’est ce qui construit une vie, un chemin. Je pourrais écrire 14 albums sur l’amour. On n’a jamais fini d’écrire sur ce thème. 55 chansons sur 56 qui passent à la radio parlent d’amour. 

Images des résidences de travail d'Aelle à l'Espace Culturel de Vendenheim et à l'Espace Tival pour le live de l'album "AMOURS". Images et montage Marc Muller.

Dans « Je n’oublie pas », il y a de la hargne dans ta façon de chanter. (Photo : Daniel Stanus)aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview

Oui, comme si j’étais une guerrière. C’est marrant, c’est sur cette chanson que la rencontre s’est faite avec Philippe Prohom (mandorisé là). Il est venu en janvier 2017 m’aider à travailler sur la mise en scène du spectacle. Il m’a fait pleurer sur cette chanson, je me suis écroulée devant les musiciens qui m’avaient toujours vu très forte. Il me disait sans cesse « mais qu’est-ce que tu veux dire dans cette chanson ? » C’est une chanson de guerrière, mais c’est aussi un cri d’amour désespéré.

"Kong" est une chanson très rock. Il fallait ça pour évoquer King Kong, « qui a porté aux nues, une blonde ingénue » ?

Cette chanson est à part dans le disque. Elle existe depuis longtemps. En concert, elle impacte beaucoup parce qu’elle a une couleur différente des autres titres. C’est un angle d’attaque pour l’amour qui était intéressant. Le plus grand amoureux de tous les temps, c’est King Kong. Il se heurte à la vie, aux codes, à la bien-pensance, à la société. C’est un bel amoureux.

Puisque tu parles d’amoureux, il y a une chanson qui s’appelle « L’amoureux ». Un amoureux déçu peut être très méchant…

Je raconte la difficulté de garder une bonne relation avec l’autre quand l’histoire d’amour est terminée. Il arrive que la vie ne permette pas que certains amours puissent se vivre. Il faut faire avec ça.

Séance d'enregistrement au Studio St-Germain à Paris + "L'amoureux", extrait de l'album AMOURS.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Il y a un orchestre symphonique sur cette chanson.

Sur « Où nous sommes » également. Entendre sa musique jouer par un symphonique, c’est un rêve réalisé. 

Ce disque est superbement produit.

Je l’ai voulu massif, dense avec de la matière. Il y a donc du monde derrière.

Dans la vie, tu es pudique ?

Je suis pudique dans la souffrance. Je suis très secrète concernant mes problèmes. Mon éducation fait que j’ai peur d’embêter les gens avec mes soucis. Par contre je témoigne très facilement mon amour. Je dis aux gens que j’aime que je les aime. Il  y a tellement de façons d’aimer que c’est beau de le dire et c’est beau de le vivre.

Artiste, c’est le plus beau métier du monde ?

Je pense que oui (rires). Je me sens à la place où je devais être. Je n’ai pas de doute sur cela. Je doute à peu près une seconde sur deux, mais je sais profondément que je prends le bon chemin.

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A la fin de l'interview, le 12 décembre 2018.

22 décembre 2018

Vincent Brunner : interview pour Le rock est mort (vive le rock!) et pour Les super-héros : un panthéon moderne

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vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneVincent Brunner est auteur et journaliste. Je l’ai déjà dit ici, j’ai travaillé avec lui dans un journal culturel. J’aimais bien le croiser et j’avais beaucoup de respect pour ce qu’il écrivait. Je suis donc de près ses publications littéraires.

Vincent écrit sur la musique ou la BD pour Les Inrockuptibles, Libération, Telerama.fr, Topo, Tsugi ou Slate. Il est cocréateur de Tout est vrai (ou presque), programme court diffusé sur Arte qui raconte la vie des grandes personnalités en utilisant des figurines et des objets. Pour Flammarion, il a dirigé Rock Strips et Rock Strips Come Back, deux histoires du rock en BD, et publié En quarantaine avec Miossec et Sex & Sex & Rock & Roll avec Luz. Il a publié en 2014 son premier roman-jeunesse, Platine (mandorisation à lire là), toujours chez Flammarion. En 2010, chez City Editions, il a sorti Jimi Hendrix, electric life (mandorisation à lire ici).

Le 5 décembre dernier, dans un bar de la capitale, j’ai de nouveau mandorisé Vincent Brunner pour son nouveau livre Le rock est mort (vive le rock !) avec des dessins de Terreur Graphique et pour son précédent livre sorti l’année dernière, un essai intitulé Les super-héros : un panthéon moderne.

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLe rock est mort (Vive le rock!)

À l’heure où les patriarches du rock remplissent des stades et font la une des journaux, il est temps de dresser un bilan… de leur état de santé! Avec la complicité de Terreur Graphique et de ses dessins mordants, Vincent Brunner dresse le portrait mi-ironique, mi-attendri de ces vieilles canailles, déglingos, mystiques, sourdingues… Entre les pages de ce livre, se côtoient parmi une centaine d’autres Patti Smith et Catherine Ringer, Roger Waters et David Gilmour, Robert Smith et Boy George!

Interview :

Tu as eu l’idée de ce livre quand, en 2016, ont disparu Prince, George Michael, Leonard Cohen, David Bowie et bien d’autres, ce qui a provoqué des innombrables RIP dans les réseaux sociaux.

J’ai eu l’impression que nous étions devenus des caisses enregistreuses à nécrologie. Ça m’agace un peu, même si je le comprends. Quand des gens si talentueux et ayant des années de carrière disparaissent, il faut prendre conscience que c’est une partie de nous-mêmes que l’on enterre. Ce sont nos souvenirs… Bref, je me suis dit à ce moment-là que ça pouvait être intéressant qu’il existe un objet, en l’occurrence un livre, pour se consoler et se préparer mentalement aux prochaines disparitions, tout en se marrant. On imagine les artistes immortels parce qu’ils continuent albums et tournées…

Tu as procédé comment pour choisir les artistes dont tu parles ?

J’ai commencé par ceux qui étaient âgés. Plus les rockers sont vieux, plus on risque de les pleurer dans peu de temps. J’ai commencé à noter des noms dans un carnet. A un  moment, je n’arrêtais plus de peur d’oublier quelqu’un. Cela m’obsédait et en même temps, je me demandais pourquoi je faisais ce livre (rires).

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il n’y a pas que des vieux dans ce livre… il y a Pete Doherty quand même !

Tout le monde sait qu’il joue avec le feu depuis des années. C’est sûr, il fait baisser la moyenne drastiquement. 

Il y a deux artistes évoqués morts après le bouclage.

Aretha Franklin, morte deux jours après le bouclage et Rachid Taha.

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 (Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il y a plusieurs catégories : « Les déglingos », « les icones des années 80 », « les mystiques », « les vieux conservateurs »…

Il fallait bien que je les classe pour rendre l’ouvrage ludique. Là aussi, c’était amusant de placer les artistes dans une catégorie.

C’est un livre très drôle et absolument pas morbide. L’humour noir est présent à chaque page.

Avec une thématique comme celle-ci, on ne pouvait pas faire dans le premier degré. Il fallait que cela fasse sourire. J’ai écrit des fausses unes et des fausses nécrologies, hormis cela, tout est vrai. J’ai été très influencé par mon expérience d’auteur pour les pastilles diffusées sur ARTE, « Tout est vrai (ou presque) ». On part d’une biographie et on en fait quelque chose d’humoristique.

Il y a du mordant dans les textes, mais également dans les dessins de Terreur Graphique.

Pour ce livre, je l’ai contacté parce que je savais qu’il était capable de partir en vrille. C’est un héritier de Gérard Lauzier et de Claire Brétecher. Je le rapproche aussi de Luz. Il parle de la société par le prisme de l’humour.

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il faut bien regarder les dessins, car ils sont truffés de détails, souvent hilarants.

Oui, tu as raison. Les dessins sont aussi importants que le texte. Terreur Graphique se basait sur ce que j’avais écrit, il regardait des photos récentes de l’artiste en question et son imagination à fait le reste. Je veux préciser que nous ne sommes jamais méchants. Nous sommes toujours tendres dans nos traits d’humour un peu sarcastiques.

Tu as établi un « état de santé » pour chaque artiste évoqué.

J’ai mené l’enquête… Parfois, je n’ai pas pu le faire. Quand je parle de Gérard Manset, on sait tellement peu de choses sur lui qu’il est difficile de dire quelque chose sur sa santé.

Tu as enquêté comment ?

Pour beaucoup, il existe des biographies ou des autobiographies, ça m’a bien aidé, même si je sais qu’il faut se méfier de ce genre de bouquins où les angles sont parfois arrondis. J’ai fait aussi des recherches sur Internet pour savoir si les artistes dont je parle ont eu des problèmes de santé, s’ils ont été hospitalisés, s'ils ont annulé des concerts. J’ai vérifié leurs dernières apparitions publiques. Je n’ai jamais autant consulté les sites « people » que ces deux dernières années, parce qu’à un moment, j’ai été obligé d’en passer par là.

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Vous touchez parfois à des intouchables, Terreur Graphique et toi. Vous n’avez pas eu de plaintes de différents fan-clubs ?

Pas encore. Je suis surpris de ne pas avoir d’insultes sur Twitter ou Facebook. Il semblerait que les lecteurs de cet ouvrage un peu provocateur aient compris le concept et le second degré. Nous rendons humains ces icones. Les désacraliser, ce n’est pas leur manquer de respect, au contraire. Leur œuvre est immortel, nous n’y touchons pas.

On apprend que pas mal d’artistes qui ont beaucoup fait d’excès ont désormais une hygiène de vie irréprochable.

Oui, c’est le cas de Madonna, Nina Hagen, Elton John ou Iggy Pop. Ce dernier a arrêté de prendre des acides chaque jour, il fait de la gym et mange du Tofu. Les rock stars qui sont encore là alors qu’ils se sont bien cramés la gueule pendant des années, c’est parce qu’à un moment, ils se sont repris en main. C’était une question de vie ou de mort.

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Vincent Brunner et Terreur Graphique en dédicace à la librairie Le Merle Moqueur.

Est-ce que le rock est mort ?

Tu es fou ! Le rock sera toujours vivant tant qu’il y aura encore trois gamins qui jouent cette musique dans un garage. Ce sont les figures mythologiques du rock qui sont en train de disparaitre, pas cette musique.

Aujourd’hui, les jeunes s’identifient plus à la musique dite « urbaine ». Rap, RN’B…

Les jeunes qui jouent du rock, et je ne vais pas les citer, sont très bons, mais au niveau du charisme, ce n’est pas hyper intense par rapport aux anciens. Ils ne délivrent plus de messages et n’ont plus d’influence sociale. Ce sont effectivement certains rappeurs ou chanteurs de RN’B qui ont pris le relais. Avant, les rockeurs faisaient bouger les lignes, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Quelques regrets concernant ce livre ?

Johnny est parti trop tôt. Terreur Graphique et moi, nous aurions adoré nous occuper de son cas.

Le 23 décembre 2018, Vincent Brunner interviewé sur le plateau du "64 minutes le monde en français" sur TV5 Monde. 

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Pendant l'interview...

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLes super-héros : un panthéon moderne.

Argumentaire de presse :

Spider-Man et Captain America auraient-ils remplacé Zeus ou Hercule dans l’inconscient collectif ? Umberto Eco voyait déjà en Superman un personnage mythologique. Longtemps méprisés avant d’être réhabilités, désormais omniprésents au cinéma et dans la pop culture, les super-héros ont élargi leur public au-delà des seuls geeks. Hors du domaine du divertissement, ils servent de modèles fantasmés à une humanité en quête de repères. Mais que signifie cet attrait croissant pour ces archétypes ? Et si ces justiciers costumés incarnaient un nouveau panthéon laïc ? En convoquant des penseurs tels que Nietzsche, avec son concept de surhomme, ou Lévi-Strauss, avec les mythes primitifs, Vincent Brunner analyse l’évolution de la figure du super-héros et démontre que Wonder Woman ou les X-Men constituent dorénavant une véritable mythologie contemporaine.

Mini interview :vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderne

Tu es fan des super-héros ?

J’en lisais quand j’étais ado. Après j’ai décroché, puis j’ai repris il n’y a pas très longtemps. Je me suis rendu compte que je découvrais une vraie dimension intéressante que je n’avais pas capté jeune. Les histoires des super-héros sont le reflet de la société. Il y a beaucoup d’antagonismes raciaux et d’extrémismes. Les histoires parviennent à te divertir, tout en te faisant réfléchir. De bons auteurs utilisent ce format qui parait ultra balisé pour en faire quelque chose de très riche et profond. Les personnages de ces comics ont remplacé les Dieux de l’Olympe. Ce sont des totems auxquels tu ne peux pas toucher.

Tu es fasciné par eux ?

Quand j’ouvre une histoire de super-héros, il y a quelque chose du domaine du rêve qui me ramène à l’enfance. Il y a quelque chose d’immédiat qui me met dans un état d’esprit onirique.

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLes super-héros ont véhiculé de la propagande, non ?

Lors de la seconde Guerre Mondiale, c’était effectivement des outils de propagande. Les premiers super-héros sont nés un peu avant, mais beaucoup sont apparus lors de cette guerre. Il fallait montrer des images de surhommes qui puissent rassurer le peuple.

Ton essai est sérieux et très bien documenté… et il est lisible par tous.

Je sais que des professeurs de 3e l’utilisent pour leur classe. J’ai fait en sorte que ce livre puisse répondre aux questions des spécialistes, mais qu’il soit accessible à tout le monde. J’ai eu la chance de m’appuyer sur des penseurs comme Friedrich Nietzsche, Edgar Morin ou Umberto Eco. Cet essai raconte l’histoire des super-héros, l’évolution de notre regard sur eux et les fondations du panthéon. J’ai souhaité aussi donner des pistes de lecture.

En décembre 2015, Vincent Brunner interviewé sur TV5 Monde pour évoquer Les super-héros, un panthéon moderne.

17 décembre 2018

Pur-Sang : interview pour leur premier EP

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Artwork et photo : Caroline Diard-Muriel Thibault.

46262663_354808211941872_4329283569298964480_n.jpgClaire Joseph et Skye sont deux chanteuses aux carrières bien distinctes qui, un jour, se sont rejointes. Après la fabuleuse épopée du trio Sirius Plan sept année durant, elles reviennent avec PUR-SANG. Ce choix de nom leur convient parfaitement tant on les imagine indomptables, indépendantes, fonceuses et infatigables. Elles sont habitées par la musique et rien ne les arrêtera. Comme elles le disent « ce disque a un battement de sabot unique, ça groove sévère en soulevant la poussière ! »

Pour écouter l’EP sur leur page bandcamp.

Rendez-vous est pris avec ces deux chanteuses musiciennes irréprochables… et très sympathiques, dans un bar de la capitale le 5 décembre dernier.

La biographe officielle (la plus courte de l’histoire de la biographie officielle) : Au son d'un Dust-Folk glissant vers le Blues, PUR-SANG avance au rythme du cœur, pour offrir une musique qui se vit en mouvement, droit devant.

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Artwork et photo : Caroline Diard-Muriel Thibault.

IMG_7763.JPGInterview :

Vous vous connaissez depuis 12 ans, je crois.

Skye : On a toujours aimé partager des scènes, chanter ensemble. Nous ne nous sommes jamais dit qu’on allait faire un duo ou un trio, les choses se sont simplement enchaînées comme une évidence. On n’a pas besoin de musique pour s’entendre et se comprendre, mais c’est un lien très essentiel pour faire naître de nous deux, dans n’importe quel projet, quelque chose qui va nous rendre heureuse et plus riche.

Vous avez travaillé avec Christophe Willem, Emmanuel Moire, Lulu Gainsbourg, mais aussi pour des projets plus indépendants comme Nathalie Réaux, Katel, Angèle Osinski…

Claire Joseph : Nous allons là où ça nous parle. Nathalie Réaux et Emmanuel Moire, je les ai rencontrés à Astaffort en 2002.

Skye : Moi, je connais Katel depuis que j’ai 15 ans. Mon premier duo signé en maison de disques, c’est avec elle. 

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Au Forum Léo Ferré, en novembre 2018 (photo :Christèle Fürbringer)

Quand vous avez arrêté Sirius Plan, c’était pour créer Pur-Sang ?

Skye : Quand on a arrêté ce trio, on pensait que chacune allait s’occuper de sa carrière solo. J’étais donc de nouveau partie dans mon projet Skye, mais ça ne s’est pas passé comme prévu. Je montre toujours mes compositions à Claire parce que j’aime son écoute et son regard. Je lui ai dit que j’étais embêtée parce que je considérais que ma première chanson n’était pas pour moi toute seule, mais que j’avais quand même envie de la chanter. Je la joue, Claire commence à mettre son grain de sel, on s’amuse… et on comprend vite qu’un duo s’impose.

Claire Joseph : On trouvait que c’était facile de chanter ensemble ce genre de chanson-là.

Skye : J’ai arrêté de me poser les mauvaises questions. Ça nous plaisait ? Ca nous mettait en joie ? Oui. Quatre chansons sont nées en même pas deux semaines. Les choses se sont enchaînées de façon aussi basique et enfantine que cela.

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Au Café de la Danse, le 26 novembre en 1ere partie de Lulu Gainsbourg.

Vous créez dans la joie ou dans la souffrance ?

Skye : Là, c’était dans la joie et la plénitude la plus complète. Pour avoir connue les deux, personnellement, je trouve que c’est un plaisir sans nom de faire de la musique dans un état positif. On touche à quelque chose de pure qui fait un bien fou.

Claire Joseph : Je suis d’accord avec toi. C’est un luxe. J’ai déjà composé très triste et très malheureuse des chansons que j’adore, mais ces nouvelles chansons ont autant d’intensités alors que nous les avons créées dans l’amusement et le soleil.

Est-ce que vous parvenez à associer les mots « travail » et « musique » ?

Skye : Dans le mot travail, étymologiquement, il y a le mot douleur dedans.

Claire Joseph : Moi, je ne peux pas associer « travail » et « musique ».

Skye : Ce qui ne nous empêche pas de jouer avec beaucoup de sérieux et de respect. Quand on arrive sur scène, nous sommes prêtes vocalement. Les gens payent pour venir voir des gens jouer, il faut les respecter.

Pur-Sang est donc parti de qui ?

Skye : C’est Claire qui l’a verbalisé. Moi, j’ai juste fait la remarque que ces chansons n’étaient pas faites que pour moi.

Claire Joseph : Ca a tracé la route. C’est souvent le cas parce que Skye a une façon de tout transformer en lumière, du coup, si tu t’acoquines à ce un de ses projets, tu prends le virus.

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(Photo : Caroline Diard)

37601754_278857336203627_868169558043656192_n.jpgJe crois qu’il s’est passé quelque chose sur la deuxième chanson, « Soleil ».

Claire Joseph : Un jour, je dis à Skye que ce serait bien qu’on aille chez ma mère, près de la mer méditerranée, afin de prendre le soleil, la chaleur… bref, un peu de bon temps. On arrive là-bas, on pose le pied sur le tarmac et il pleut des cordes. La gosse en moi était désespérée. J’avais 10 ans mentalement et je suis arrivée de très mauvaise humeur chez ma mère. Skye m’a laissé être ce que j’étais à ce moment-là et elle a pris sa guitare pour jouer. On a commencé à écrire un texte qui expliquait que tu peux avoir le pire ciel du monde,  juste au-dessus, il y a le soleil.

Skye : On doit tous s’accrocher à ça pour rester vivants. On a parlé de ce soleil comme quelque chose d’indétrônable auquel on s’accrochera toujours. Ça nous a fait du bien.

Les autres chansons sont venues comment ?

Claire Joseph : Ce sont elles qui sont venues à nous.

Skye : Après, c’était du ping-pong. J’ai ça, Claire ajoute ça et vice versa… et c’est parti.

Claire Joseph : On se connait tellement que tout est matière à rebondissement. Nous étions parfaitement en phase.

Skye : L’inspiration est arrivée rapidement et naturellement… en torrent. 39245203_2478467368833977_4675022664190918656_n.jpg

Claire Joseph : C’est comme si on avait décidé, sans se le dire, qu’on était prête à accueillir ce qui allait arriver.

Skye : Quand tout est juste, que c’est centré, que ça s’aligne, il n’y a pas photo, ça vient. 

Il y a juste quatre chansons dans cet EP, c’est un peu frustrant. 

Skye : Mais pour nous aussi c’est frustrant. On n’avait pas le temps d’en faire plus. On a réussi à avoir une semaine de studio en juillet à la maison des artistes de Chamonix. C’est de l’autoprod, on n’avait pas de gros moyens, donc on a fait un troc génial. On avait l’endroit pour enregistrer et en contrepartie, on a fait deux concerts gratuits.

Claire Joseph : En quatre jours, on a enregistré et mixé quatre titres.

Skye : D’ailleurs merci à Nicolas Falque qui était assisté par Robin Vandamme.

Vous avez déjà quelques années de musique et une réputation positive. Est-ce que monter un projet comme Pur-Sang, c’est repartir à zéro ?

Skye : Oui, mais on a recherché cette « virginité ». Il faut trouver l’équilibre entre l’expérience que nous avons et un jeune projet qui ne doit pas ressembler à ce que nous faisions avant. On se pose des questions sur comment interpréter, quelle intention donner… il faut lutter contre ses automatismes habituels pour rentrer dans un nouveau terrain de jeu. Si tu acceptes cela, tu t’éclates.

42147875_10156489600108211_1187982671263825920_n.jpgClaire Joseph : Moi, je me dis que c’est un nouveau voyage, mais nos bagages sont de mieux en mieux rangés et sont plus solides, du coup, le voyage ne fait pas peur. Avec Sirious Plan, j’ai changé trois fois d’instruments, j’ai placé ma voix en haut, en bas, dans tous les sens… Je me retrouve dans ce nouveau projet avec une voix plus forte et des aptitudes instrumentales plus affinées.

Skye : Avec Claire, à part la grande notoriété, je crois que nous avons à peu près tout connu. Sans être têtes d’affiche, nous avons joué plusieurs fois à l’Olympia, au Zénith, on a enregistré dans de supers beaux studios, nous sommes parties aux Etats Unis… on a vraiment fait des trucs de fous. Et en même temps, on a joué dans les plus petits clubs du monde, on a fait la manche, nous nous mettons au service d’autres artistes en tant que choristes. Tout ça créer un immense décor un peu féérique. Si la notoriété vient, c’est fabuleux, si elle ne vient pas, en tout cas, ce que nous avons vécu et ce que nous vivons en ce moment, on est super d’accord avec.

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(Photo : Caroline Diard)

Musicalement, vous dites que votre son est un Dust-Folk glissant vers le Blues…

Skye : On a inventé ce terme. On avait la sensation d’être dans quelque chose de blues, de folk aussi, de country parfois, mais sans que ce soit ça exactement. En tout cas, on avait les pieds dans la poussière, la poussière vole autour et même ça, c’est joyeux. Dust-Folk, ça nous parlait bien.

Claire Joseph : Ce sont des chansons qui se chantent en voyage.

Vous chantez en français. C’est bien.

Skye : C’était important pour nous. On n’a aucun problème avec la langue anglaise qu’on adore, mais on avait besoin que notre langue maternelle soit là.

Claire Joseph : Nous voulions que le propos soit le plus clair possible.

Photos ©Pur-Sang de l’enregistrement réalisé en quatre jours, dans les conditions du live, en juillet à la Maison des Artistes de Chamonix.jpg

Skye lors de l'enregistrement de l'EP.

Avec Sirius Plan, vous êtes allés en Louisiane, ça se ressent un peu musicalement.

Skye : Ce voyage nous a tellement émues, voire ébranlées. Nous, les français, on cherche la poésie dans toutes nos tournures de phrases, eux, leurs phrases sont très simples, mais mélangées à leur mélodie, c’est d’une redoutable efficacité. On a donc décidé d’aller vers du français le plus simple possible, mais qui crée une poésie après. Une poésie d’images, d’odeurs, de toucher.

Sur scène, comme vous n’avez que quatre titres, vous faites quoi ?

Claire Joseph : On les joue en boucle (rires).

(C’est pas beau de se moquer, mais ma question était naïve, j’avoue).

Skye : On n’a pas pu enregistrer plus de quatre titres, mais dès que le robinet a été ouvert, ça n’a pas arrêté. Nous avons bien une douzaine de titres finis… et nous les jouons donc.

Vous vous sentez comme des alter ego toutes les deux?

Skye : Je crois. Nous sommes vraiment différentes, mais il y a une complémentarité totale.

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Claire Joseph lors de l'enregistrement de l'EP.

Je sais qu’à la base, vous n’écoutiez pas la même musique.

Claire Joseph : Moi, je suis dingue de la musique dite « black », ça a été ma base vers 13 ans… et en même temps, il y a eu les Beatles et Elvis Presley. Je me sentais faite de tout ça. Après, j’ai constaté qu’Elvis était dingue de musique black. Quant aux Beatles, ils ont fait une sorte de rhythm’n’blues qu’on a fini par appeler la pop. Stevie Wonder et Jimi Hendrix ont repris les Beatles… tout est connecté. Je suis très amatrice de hip hop également.

Skye : Moi, quand j’aime un plat, je le cuisine trente fois. Par exemple Barbara et Brel, j’ai écouté à fond. Tout comme j’ai écouté à fond Prince, Paul Simon, mais aussi Crosby, Still Nash & Young, Joni Mitchell… J’ai eu ma période classique, notamment Robert Shumann.

Claire Joseph : Quand j’avais 15 ans, un voisin m’a offert un CD de Tori Amos et elle est devenue ma religion. C’est elle qui m’a amené vers la musique metal, vers Led Zeppelin, parce qu’elle en a fait une digestion. Elle était fan de Robert Plant, de Joni Mitchell, du coup, je me suis intéressée à tous ces artistes. Kate Bush aussi. 

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Joni Mitchell, c’est le seul nom commun entre vous deux.

Claire Joseph : C’est Francis Cabrel, aux Rencontres d’Astaffort, qui m’a dit que ma voix se rapprochait de la sienne. Je lui ai demandé s’il avait un album d’elle à me conseiller, il m’a dit Blue, un album qui date de 1971. J’ai écouté et j’ai tout compris. J’ai cru que c’était la base de tout.

Vous vivez la musique comme une mission ?

Skye : On a fait le constat que quand on était sur scène et que l’on chantait, on voyait les réactions du public. C’est là que l’on se dit que l’on est peut être fait pour cela. Pour rendre heureux les gens.

Pour moi, l’artiste est le maillon essentiel de la chaine humaine. Sans lui, on ne sort pas de notre quotidien souvent morne.

Claire Joseph : Les artistes sont indispensables. Moi, je pense que nous avons tous une mission. J’ai longtemps hésité. Au départ, je voulais être dans la médecine pour faire du bien, mais aujourd'hui, je pense que la musique peut aussi soigner, différemment. 

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Avec Claire Joseph et Skye, après l'interview.

14 décembre 2018

Christophe Misraki : interview pour l'année hommage à son père Paul Misraki

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christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandorEn 66 ans de carrière, le répertoire du compositeur français Paul Misraki contient plus de 790 titres incluant pas moins de 350 chansons, dont la plupart font partie du patrimoine culturel français du XXè siècle (« Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux », « Tout va très bien Madame la Marquise » pour l'orchestre de Ray Ventura, « Je Chante » pour Charles Trenet… mais Edith Piaf, Yves Montand et les plus grands interprètes ont chanté sur les compositions de Paul Misraki). Le compositeur et pianiste de l'orchestre de Ray Ventura est aussi à l’origine de 185 musiques de films pour les plus grands cinéastes (Et Dieu créa la femme de Vadim, Le Doulos de Melville, Alphaville de Godard, mais aussi pour Buñuel, Chabrol, Welles, Clouzot, Becker…). Ce n’est pas tout, Paul Misraki a aussi composé 7 comédies musicales et opérettes, deux symphonies… et il a écrit quatorze romans et essais autobiographiques, philosophiques et religieux (dont l’un a été couronné par l’Académie Française).

Son site officiel.

Sa page YouTube.

Sa page Wikipédia (très complète).

"Tout va très bien, Madame la Marquise" par Sacha Distel, Jean-Pierre Cassel, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault 

Ray Ventura et ses collégiens : "Qu'est-ce qu'on entend pour être heureux".

Charles Trenet : "Je chante".

2018 est une année riche en anniversaires de Paul Misraki :

Né il y a 110 ans, le 28 janvier 1908,

Mort il y a 20 ans, le 30 octobre 1998,

Il a composé l’un de ses plus grands succès, « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? », en 1938, il y a 80 ans exactement.

Pour célébrer ces multiples anniversaires, une formidable année Paul Misraki 2018 vous est proposée, regorgeant d’événements rendant hommage à l’œuvre de l’artiste entre septembre 2018 et juin 2019.

Citons les plus proches :

-Qu’est-ce qu’on attend pour être mômes ?christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandor

200 enfants et adolescents sur scène, chansons et musiques de films. Christophe Misraki sera sur scène pour des interludes joués. Parrainage par le Grand Orchestre du Splendid.

Au Théâtre Déjazet, les 17 décembre 2018 et 25 mars 2019.

-Conférence de Christophe Misraki : La naissance du thème musical christophe misraki, paul misraki, compositeur, interview, mandordans un film.

A la Médiathèque Municipale de Paris, le 19 décembre, de 19h à 20h30.

-NORMANDIE : comédie musicale en deux actes, de Paul Misraki, Henry Decoin et André Hornez, présentée au public pour le première fois en 1936, est jouée avec l’Orchestre des Frivolités Parisiennes au Théâtre Impérial de Compiègne, en Première le 7 février 2019.

J’ai rencontré dans la maison familiale son fils, Christophe Misraki, grand chef d’orchestre de l’invocation de la mémoire de son père.

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Paul Misraki, chez lui, à la fin de sa vie.

christophe misraki,paul misraki,compositeur,interview,mandorInterview :

Pouvez-vous nous présenter votre père en quelques mots, ce qui doit être extrêmement difficile étant donné la multitude d’activité qu’il avait.

C’est effectivement très dur. Mon père est un compositeur qui a vécu 90 ans dans le XXe siècle, de 1908 à 1998. Il a déposé son œuvre à la SACEM  de 1928 à 1994, il a donc 66 ans de carrière. Il avait un talent fou parce que c’était naturel. La musique lui venait comme ça, instinctivement.

Ce qui est fou, c’est qu’il n’a même pas fait le Conservatoire.

Il n’a pas appris la musique, ça lui venait tout seul. Après, il y a un boulot de fou derrière son œuvre et ses partitions sont hyper complexes. C’est un musicien qui a duré très longtemps parce qu’il avait la possibilité de s’adapter… et il a accepté de s’adapter. Il était aussi moderne en 1972 qu’en 1928. Il était capable de faire une musique de film pour un réalisateur aussi classique que Jean Delannoy, que pour ceux de la Nouvelle Vague.

Votre père était, parait-il, quelqu’un de très gentil.

Je ne vais pas employer mes mots pour parler de comment était mon père. Je vais utiliser ceux de Martin Pénet qui a fait tout une série d’émission sur mon père (à écouter ici) sur France Musique : « Paul Misraki est un musicien surdoué qui a marqué l’histoire de la chanson et de la musique de films de façon indélébile. D’une gentillesse proverbiale, il avait en outre le talent d’aligner les tubes avec une régularité déconcertante. »

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UTOPIA (aka K), en 1951 avec de gauche à droite : Paul Misraki - compositeur, Suzy Delair, Max Elloy (debout), Oliver Hardy, Adriano Rimoldi Designer, Stan Laurel. Bref avec Laurel et hardy, quoi!

Vos grands-parents ne souhaitaient pas que votre père devienne musicien, mais plutôt assureur. Pour quelqu’un qui a composé sa première valse à 8 ans, ça devait être impossible d’emprunter une autre trajectoire que celle de la musique.

Evidemment qu’il ne pouvait pas faire autre chose. Il vivait pour la musique. Il n’a jamais compris comment les notes, voire des orchestrations complètes, lui venaient à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Vous avez vécu dans une atmosphère musicale constante.

Justement pas. Mon père essayait deux trois notes, après il pouvait y avoir une heure et demie de silence total pendant lesquelles il écrivait ce qu’il entendait dans sa tête. Il y avait de longs silences à la maison, parce que dans ces moments-là, il ne fallait pas faire de bruit.

3 musiques de films composées par Paul Misraki.

Le doulos de Jean-Pierre Melleville. 

Chien perdu sans collier de Jean Delannoy.

"Les volets clos" de Jean-Claude Brialy.

Quand il créait, il était dans une certaine fragilité ?

Oui, absolument. C’est pour ça qu’il ne fallait faire aucun bruit. S’il entendait un peu fort un disque à moi, je détruisais le château de cartes qu’il y avait dans sa tête.

Il écoutait de la musique moderne ?

Il était obligé pour rester à la page et écrire des musiques de films modernes. Il écoutait mon disque des Pink Floyd, The Dark Side of the Moon, les Beatles, Simon & Garfunkel… Il essayait de comprendre cette musique électrique et électronique qui apparaissait. Il devait s’adapter constamment. La musique, dans cet appartement où nous sommes, c’était du boulot. Il n’en écoutait jamais pour lui, car ça lui donnait l’impression de travailler.

Vous tentiez vous-même de lui faire écouter des disques que vous appréciez ?

Oui, mais il considérait que c’était de la musique de sauvage. Je me souviens de ce fauteuil à côté de vous où il écoutait Wind and Wuthering de Genesis en 1976. Je ne peux pas vous dire qu’il s’en délectait.

Pourquoi défendez-vous la mémoire artistique de votre père ?

J’ai découvert l’univers de mon père il y a dix ans. Quand j’ai commencé à mettre mon nez dedans, j’ai trouvé que son œuvre était hallucinante. Je m’y suis immergé avec plaisir et j’ai vu arriver 2018, j’ai bien compris qu’il fallait qu’il se passe des choses autour de mon père. Je viens du marketing donc je sais ce que c’est que de créer un évènement ou des actus pour intéresser le public et les journalistes.

Que préférez-vous dans l’œuvre de votre père ?

J’aime bien ses chansons sentimentales avec une petite touche d’humour comme « Le petit souper aux chandelles » interprété par Henri Salvador. Mon père, lui, préférait « Insensiblement » et tout le monde est d’accord avec ça. Dans les musiques de films, on trouve aussi des joyaux. Pour le moment, j’ai un coup de cœur pour le final du film de Godard Alphaville.

Henri Salvador: "Un petit souper aux chandelles".

Alphaville de Jean-Luc Godard : Thème d'amour.

Renée Lebas : "Insensiblement".

Il n’était pas très mondain votre papa…

Il était timide. Quand il parlait musique avec des professionnels, pas de souci, mais dès qu’il s’agissait de faire des mondanités, c’était compliqué pour lui. Parler de son univers à des journalistes, par exemple, ça ne le dérangeait pas. Je suis allé sur le site de l’INA, j’ai vu qu’il y avait 351 extraits d’émissions de télé avec lui.

Lundi prochain, le 17 décembre 2018, il y a un premier spectacle, « Qu’est-ce qu’on attend pour être mômes », un cabaret musical autour des œuvres de Paul Misraki. 200 enfants et adolescents chanteront et joueront des compositions de votre père, tous gens confondus, c’est ça ?

Il y a plusieurs formations musicales d’enfants et d’adolescents qui sont impliquées. Il y aura une première partie « chansons » avec une formation orchestrale ensuite avec un big band d’enfants et d’ados. La deuxième partie, ce sera les musiques de films avec l’Orchestre des Petites Mains Symphoniques.

Vous-même, vous participez au spectacle.

Au lieu de me faire parler devant le public, on me fait jouer un rôle avec deux garçons de 13 ans qui me donnent la réplique. Ce sera un semblant de conflit de générations sur un mode humoristique pour annoncer et raconter les chansons qui vont venir. Je ne suis jamais monté sur scène pour jouer un rôle, c’est donc une grande première pour moi.

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Pendant l'interview...

christophe misraki,paul misraki,compositeur,interview,mandorVotre père écrivait beaucoup de livres sur le questionnement existentiel.

L’ensemble des livres de mon père est cohérent. On ne peut pas prendre un de ses bouquins de façon isolée, je trouve que ça a moins de sens. Le problème de Paul Misraki, c’est qu’il est né dans une famille d’assureurs. Son père voulait qu’il soit dans les assurances et lui ne vivait que pour la musique. A un moment donné, il y a eu un vrai conflit père-fils. A partir de là, il s’est posé beaucoup de questions. Qui suis-je ? A quoi ça sert que je sois ici ? Quel est le sens de tout ça ? Il a rencontré des hommes de religions diverses, il a beaucoup lu… il a fini par se convertir au catholicisme. Ses livres ont tous un rapport avec ça.

Vous les avez lus?

Oui, mais je ne suis pas un grand spécialiste de ses ouvrages. Ma sœur est beaucoup plus intéressée par cet aspect-là de sa création.

Vous êtes fier de votre papa ?

On aurait du mal à ne pas l’être. Mais, pour moi, c’est une découverte tardive. Je n’avais pas pris la mesure de son œuvre. Il a composé 180 musiques de films. Il y a des années, je ne comprends même pas comment c’est possible. En 1956, 1957 et 1958, il fait 12 musiques de films avec des partitions écrites la main, comme je vous les ai montrés dans le placard. Comment on fait ça ? Un par mois… C’est fou ! 

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Avec Christophe Misraki, dans la maison familiale, le 12 décembre 2018.

Bonus : Après mon interview, est arrivé le très sympathique Alain Leroy pour L'œil du spectacle. Voici le fruit de son travail  (parfaitement complémentaire du mien). 

10 décembre 2018

Arthur Ely : interview pour l'EP Standard

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MfmDoWIQ.jpeg.jpg« Débarqué de Strasbourg pour tutoyer la gloire, Arthur Ely s’est construit, pièce par pièce, un univers à sa mesure, un monde dont il est fatalement le prince, le roi. Un univers hérissé de guitares électriques et de beats hip-hop; de dictions fantaisies, de variété française aux rimes acérées. » C’est ainsi qu’est présenté Arthur Ely dans un mail à destination des journalistes musicaux pour nous le faire découvrir. J’y ai vu de la malice et de l’autodérision, pas de la prétention. Le mail nous demande de nous « laisser embarquer dans l'univers totalement fantasque et cliché d'Arthur ELY,  jeune artiste "en quête de gloire, parachuté dans un marché de la musique standardisée" ». Soit, faisons ça !

Après écoute de ce premier EP, Standard, j’ai appelé immédiatement l’attaché de presse de l’artiste tant j’ai eu l’impression rare de déceler un énorme potentiel. Il ne faut pas que je passe à côté de ce jeune homme, de toute  évidence, brillant et malin qui a, nous dit-on, « l'ambition de créer une variét' pertinente ».

Le  4 décembre dernier, rendez-vous est pris dans un bar de la capitale. J’ai devant moi un jeune homme moins insolent qu’il en a l’air, mais sûr de lui et loquace.

Le Pitch (officiel) : "... Ambitieux et décomplexé, le strasbourgeois surfe sur les styles musicaux qui l’ont forgé et fait le pari de rénover une musique endormie : la variété française. Nourrie de ses fantasmes, de sa vie quotidienne et de ses prétentions futures, la musique d’Arthur ELY coupe court à la frilosité ambiante pour assumer une identité forte : des riffs de guitare électriques sur des basses sombres, du rap sur des synthés épiques et des refrains lyriques. Voilà ce qui différencie Arthur ELY des autres produits !..."

Le disque (argumentaire officiel) :IMG_7750 (2).JPG

Standard, son premier EP (re) vient de loin: tennisman en devenir, Arthur Ely ne jure que par la raquette jusqu’à ce qu’un mauvais coup mette un terme à son cursus de Sport Etudes en même temps qu’à ses rêves de Grand Chelem. La guitare servira la catharsis: entre colère et déception, les 6 cordes deviennent une obsession. Jamais naïf, comme il le révèle désormais -« J’fais ça pour la thune », chante-t-il semi-ironiquement sur « À Raison ou À Tort » -, il plonge dans la musique, rêve de Miles Davis et écoute Django Reinhardt, obsédé par la soul, le blues et Jimi Hendrix. Jusqu’à ce que surgisse le rap, monolithique, immense et plein comme un soleil noir. Les manières des stars du genre, le home-studio et la MAO deviennent nouvelle religion  au service d’un ego trip qui sert à la perfection ses rêves de gloire et se décline désormais sur ces 5 titres au creux desquels se mêlent les lignes de l’intime, de l’authentique, et celles du fantasme. Mais il y a plus : on ne sait pas bien si Arthur Ely rappe sur une variété française dont il a envoyé promener le beau-parler, MaBZSWJQ.jpeg.jpgla poésie désuète, au profit d’un verbe egocentrique hanté par les rappeurs  français, ou s’il chante de manière neuve sur les beats  abrasifs  du  hip-hop  moderne  ;  le  fil  est  fin,  le  rasoir  aiguisé,  la  diction  singulière,  repeinte  d’un  chant  personnel, d’inflexions discrètes pillées en secret chez une poignée de rappeurs comme chez les grands conteurs de la variété française.

Propulsé par le clip de son single « Le Dernier homme  », il crève désormais les baffles, armé d’une séduisante désinvolture, d’un verbe lourd et chargé de sens,  tour à  tour moqueur, bourré d’ego ou de mépris  rentré. Un  fantasme de petit garçon arrogant où Blanche-Neige est une pute et où les portes s’ouvrent comme par magie. Une mégalomanie de poche, assumée et parfaitement mise en scène. 

Le rêve, le Grand Chelem et la gloire: voici Standard.

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IMG_7748.JPGInterview :

As-tu l’impression d’être différent des autres artistes de ta génération ?

Naturellement, j’ai toujours l’impression d’être super différent de tout le monde, pas que dans la musique d’ailleurs. J’ai la sensation que ma vie est plus forte et que mes émotions sont décuplées par rapport à celles des autres. Dans le métier, je me sens décalé, parce que j’évoque aussi l’Histoire et la mythologie dans mes chansons, mais je sais qu’il y a beaucoup de choses à choper dans l’énergie vivante des gens de ma génération.

Avant cet EP, tu étais plus dans la chanson « poétique ».

Au départ, j’étais simplement guitariste donc je faisais de la musique instrumentale. J’écoutais principalement du hard rock et du jazz. Quand j’ai commencé à écrire seul mes chansons, il est vrai que mon écriture était poétique. L’adolescent que j’étais visait Baudelaire, Rimbaud… c’était le passage obligé. Un jour, l’écriture poétique m’a fatigué parce qu’elle me paraissait désuète, déconnectée et superficielle, je me suis donc mis à écouter du rap. Beaucoup. Cela m’a incité à parler plus frontalement de ce que je vivais, quitte à ce que la poésie qui était encore en moi puisse sortir de manière différente.

Quel est ton rapport à la musique ?

Je suis persuadé, et ce de manière têtue, que je vais faire de la musique mon métier et que j’atteindrai la gloire. J’écris moi-même ma mythologie pour que la prophétie se réalise.

Clip de "Le dernier homme", extrait de l'EP Standard

La plupart de tes chansons évoquent aussi ta musique.XYE2MQLg.jpeg.jpg

J’ai tendance à être fatigué par les artistes qui prétendent que leur création est quelque chose de totalement pure et autonome. Je n’y crois pas. Il y a aussi beaucoup de business derrière. Ca me parait normal et sain, en tant qu’artiste, d’être un peu traversé et perturbé par ces trucs-là. De tout temps, l’art a été contraint par des considérations économiques. Je peux paraitre un peu provocateur sur le monde de la musique, mais je le suis surtout envers moi. Quand je dis « au début, la musique, c’était une passion, maintenant, j’ai l’impression de faire ça pour la thune », je ne dis pas ça pour énerver les gens, c’est quelque chose qui me perturbe vraiment.

Comme chez les rappeurs, il y a beaucoup d’ego trip dans tes chansons.

Quand j’ai commencé à mettre la poésie de côté dans mon écriture, je me suis beaucoup servi de l’ego trip. Ça m’amusait. L’ego trip finalement est plus sincère que tout autre texte poétique et faux modeste… et au final, ça permet de moins se prendre au sérieux et d’être plus direct. C’est aussi une manière de dédramatiser un peu quelque chose que j’ai en moi. Je me choque moi-même de la pulsion que j’ai de vouloir me sentir supérieur aux autres et de vouloir dominer tout le monde. En parler de manière assumée, ça me permet de ne pas être comme ça dans la vie de tous les jours avec ma famille et mes potes… et de ne pas être insupportable.

Je comprends en t’écoutant me parler que tes chansons sont au premier degré, alors que je pensais qu’elles étaient au second.

Tu as raison, il fallait que ça sorte et c’est sorti ainsi. Mais le second degré, je crois l’avoir vis-à-vis de moi-même.

Clip de "A raison ou à tort", extrait de l'EP Standard.

sME_oi5Q.jpeg.jpgEst-ce qu’Arthur Ely est un personnage ?

Ce n’est pas un personnage comme Matthieu Chédid se métamorphose en M par exemple. J’aime juste jouer sur un côté théâtral. Je fais en sorte qu’il y ait plusieurs personnages qui représentent chacune de mes pulsions. Je montre cela dans mes clips.

Es-tu un homme pressé ?ef4newfo.jpeg.jpg

Par rapport au fait d’atteindre la gloire à tout prix, oui. Je suis pressé, mais avec une certaine exigence. Quand je suis arrivé à Paris en guitare-voix, beaucoup me demandaient pourquoi je ne faisais pas The Voice. Je sentais que je n’étais pas encore assez solide et que se presser pour se presser ne servait à rien. Il fallait que je sois plus en accord avec ce que je voulais faire. Oui, je suis pressé, oui, j’ai la dalle, mais en sachant qu’il faut le temps de construire un vrai projet.

Vouloir dominer le monde, c’est bien dans ce métier. Ça permet d’avancer plus vite, sans état d’âme non ?

Ce métier est une grosse compétition quand même. J’ai fait pendant longtemps du sport de compétition, donc j’ai ce truc-là en moi. Il faut croire en soi, c’est le seul moyen d’avancer.

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(Photo : Photograsmique).

Tu sens que l’on s’intéresse à toi de plus en plus, professionnellement. Tu étais la semaine dernière, 3ZGuDdBw.jpeg.jpgl’invité de Didier Varrod dans Foule Sentimentale sur France Inter avec Patrick Bruel et Gringe notamment. Ça te fait bizarre de te retrouver dans ce genre de situation ?

Non, ça ne me fait pas bizarre. Depuis que j’ai commencé la musique, il y a 6 ans, je sais où je veux aller. Ça peut paraître prétentieux, mais je t’assure que ça ne l’est pas. Je ne suis surpris par rien parce que je suis au début de ma carrière et que je continue à construire, alors je n’ai pas le temps d’être subjugué par ce que je traverse. 

Tu es au début de ta période promo. Tu aimes ça ?

Les chansons de l’EP ont été composées entre 6 mois et un an. Je dois défendre des titres alors qu’en termes de création, je suis déjà sur autre chose. Il y a un léger décalage.

Tu sais que tu es un peu clivant ? Tu peux énerver certaines personnes par ton côté un peu arrogant et sûr de toi.

Ça ne me dérange pas. Je ne veux surtout pas être lisse et ne rien provoquer. Je lutte pour ne pas paraître banal. Dans mes chansons, il y a pas mal d’ego trip, je te l’accorde, mais si on écoute bien, il y a aussi beaucoup de sensibilité, de paradoxes. Il y a des jeux contradictoires.

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Tu parles aussi de tes parents. Le père disparu, la maman que tu as envie de gâter pour ne pas qu’elledPYDFzVg.jpeg.jpg ressente la perte de son mari…

Tout est vrai. Ça va avec la prophétie que je me souhaite. La figure de la mère et du père dans les cieux, c’est un peu ma mythologie… j’en ai besoin.

Vocalement, tu varies beaucoup les tonalités de ta voix.

Je me suis aperçu que les chanteurs que j’appréciais étaient ceux qui avaient des modulations différentes. J’essaie de travailler ça. Avoir une voix virile, puis enchaîner avec quelque chose de très rappé, puis plus susurré… je suis à l’étape 10 sur 100 de mon travail vocal, j’en ai conscience.

Te considères-tu comme un produit ?

Oui, et il vaut mieux l’assumer. C’est ce que je fais en appelant mon EP Standard et en mettant en avant une bouteille de parfum. C’est à la fois un produit de luxe et quelque chose que tout le monde peut acheter parce qu’au final, ce n’est pas si cher par rapport à d’autres produits de luxe. Une fois que l’artiste assume que c’est un produit, il est plus libre de créer comme il veut.

C’est dur d’être libre dans ce métier ?

La liberté, il faut savoir où elle est, il faut savoir la préserver, c’est très mouvant. J’essaie d'y penser sans cesse pour me sentir plus libre que je ne le suis. La liberté se construit et doit se maitriser.

Je crois savoir que tu apprécies Daniel Balavoine. Qu’aimes-tu chez lui ?

Le souffle, la voix, la force des paroles et des mélodies. Balavoine, c’est l’idéal que j’essaie d’atteindre.

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A la fin de l'interview, le 4 décembre 2018.

06 décembre 2018

La Pietà : interview pour l'EP Chapitre 5 & 6

La Pietà, chapitre 5 & 6, interview, virginie nourry

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry« Depuis un an La Pietà débarque dans la sphère musicale, à coup de mystères, masques, concerts bruyants, textes énervés, attitude punk, et clips désabusés. La Pietà, c’est décalé, provoc, pluridisciplinaire, actuel… Et en français. Une espèce de Virginie Despentes qui aurait pris un micro, beats electro, guitares noises, punk rap sarcastique et énervant. » C’est ce qu’indique le site de Dessous de Scène (qui fait le booking de l’artiste) et on ne peut mieux dire. La Pietà sort un 3e EP, Chapitre 5 et 6 avant la sortie d’un premier album en octobre 2019. Le projet La Pietà est pluridisciplinaire. Il est lié à la musique, au roman, à l'écriture, à   l'image… Autant vous dire que la rencontrer était pour moi impératif (ce n’était pourtant pas la première fois que j’interviewais celle qui endosse ce personnage, mais elle ne souhaite plus évoquer son autre passé de chanteuse musicienne.)

Elle m’a donné rendez-vous dans les locaux du site participatif Ulule la veille de son concert privé, le 28 novembre dernier, donc.

Présentation de l’artiste (par elle-même) :la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

La Pietà, c'est la mère douloureuse. La femme, la fille, la sœur, la mère, la trainée, la sainte, la folle, la forte, la fragile, la fière, la coup-rageuse, la brisée, la réparée, la cure, la toxique, la douloureuse. Electro-nique, éclectique, électrique, tantôt slameuse, tantôt mélodique, souvent entrainane entraineuse entremetteuse, toujours directe, comme un poing dans la gueule, comme les points sur les i, comme les pointillés qui deviennent horizon. La Pietà n'est pas là pour plaire, mais toujours pour déranger.

" Je ne suis pas devenue une icône, droguée et anorexique, non je ne suis même pas de cette trempe-là. Je suis devenue grosse. C'est moins glamour… je ne suis pas morte, mais pas vraiment en vie. Je la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourrytiens. Pour rien. Je suis de ces fantômes. Je suis la classe moyenne. Le beauf moyen. Le pas très intelligent, mais pas complètement demeuré. Juste assez pour savoir que je ne sais rien. Juste assez pour comprendre que je ne comprends rien. Juste assez pour voir que je ne suis pas comme eux. Juste assez pour voir que le monde fout la gerbe, pas assez pour vomir. Je suis pas vraiment blanche, pas vraiment noire. Je suis pas riche, pas si pauvre. je ne suis ni religieuse, ni athée. Je suis de la pire race, de la pire génération, de ceux qui ne croient en rien, qui ne viennent de nulle part, et qui ne vont nulle part. Je ne suis la fille de personne, mais je ne suis pas abandonnée. Je suis juste moyenne. Je suis la moyenne. A peine." La Moyenne, La pietà.

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(Photo : Brice Bourgeois)

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryInterview :

Je t’ai connu dans un autre projet, mais il est vrai que je trouve que La Pietà te va à ravir.

Mes précédentes expériences musicales n’ont pas été réjouissantes, du coup, il y a 4 ans, j’ai voulu arrêter la musique. J’ai claqué la porte à toute ma vie professionnelle et je suis partie dans le sud. Je pensais ne plus vouloir vivre de ma musique, alors je me suis occupée d’autres artistes en montant mon propre label. Je me suis retrouvée de l’autre côté de la barrière.

En parallèle, tu as commencé à écrire un début de roman, c’est ça ?

Oui et progressivement, je me suis rendu compte que j’avais envie de mettre en musique des extraits de ce roman. A la base, je n’avais pas du tout l’intention de faire écouter le résultat, ce qui m’a permis d’être plus libre artistiquement.

Du coup, tu as abandonné la perspective d’écrire un roman.

Je ne sais pas si c’est un roman. Je ne sais pas comment appeler ça. Ce n’est pas une autobiographie parce que je romance les choses. Même si c’est ma  vision du monde, ce que j’écris est à la fois personnel et à la fois extrapolé.

Pourquoi as-tu décidé de faire écouter tes textes finalement ?

Cela faisait quelques mois qu’un ami m‘obligeait à lui faire écouter. Il a trouvé ça super et m’a proposé de mettre mon travail au propre dans son studio. Ainsi est sorti le titre « La moyenne », dont j’ai réalisé le clip, seule chez moi. Après, il s’est passé beaucoup de choses pour La Pietà, donc je n’ai plus eu de temps du tout pour finir le livre. 

Clip de "Maintenant ou jamais" extrait de l'EP Chapitre 5 & 6.

Le projet La Pietà a vite trouvé la reconnaissance. la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

A la différence de mes précédents projets, j’ai complètement lâché prise. J’ai été plus libre artistiquement, car je n’ai pas cherché à plaire, ni aux gens du métier, ni à personne d’ailleurs. J’ai dit ce que j’avais envie de dire, sans frein. Je pense que les gens ont été intéressés par ma démarche sincère et droite. De plus l’écriture est ce qu’il y a de plus important dans tout mon travail, beaucoup m’ont prouvé une reconnaissance à ce niveau-là, rien ne me fais plus plaisir.

La Pietà est sacrément provocatrice. 

J’avais la hargne par rapport à ce que j’avais vécu avant dans le métier. Le fait de mettre un masque, c’était aussi une manière de faire un pied de nez aux gens du métier. Je ne voulais pas qu’ils aient un préjugé sur ce que je faisais. Le fait qu’on ne sache pas qui j’étais a permis à des gens qui détestaient ce que je faisais de trouver ce projet génial.

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(Photo : Romain Collet)

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryTu es d’accord qu’il peut y avoir un projet qui plaise moins qu’un autre.

Tout à fait. Mais tu sais, ce qui me dérange c’est le fait qu’il y a tellement d’artistes à écouter que les gens du métier ont tendance à se dire : « Cette artiste-là, je sais déjà ce qu’elle a fait avant… » même si on leur dit que c’est un nouveau projet. J’avais envie d’avoir le droit à une page blanche et à aucun préjugé.

En cassant les codes de la chanson, tu mets un bon coup de pied dans la fourmilière.

Je me suis sentie super libre de ne plus m’imposer de devoir vivre de ma musique. Quand on fait ce que l’on veut et que l’on ne dépend pas d’un projet pour vivre, on peut tout faire sans aucune concession. Vous aimez tant mieux, vous n’aimez pas, tant pis.

La Pietà est peut-être ton projet le plus personnel, mais il est déjà en train d’évoluer.

C’est parce que je me suis rendu compte que je m’auto-piégeais. Comme je voulais fuir des cadres que l’on m’imposait dans les maisons de disques, fuir le fait que l’on voulait lisser mon projet, fuir le fait que l’on me colle une étiquette, du coup, j’ai créé mon projet, très sombre, très différent, très énigmatique. Au fur et à mesure que j’avais de plus en plus d’accompagnements, de subventions, de gens autour de moi qui gravitaient, j’étais aussi coincée dans le personnage de La Pietà. Je commençais à entendre des gens me dire que je ne  pouvais pas écrire tel texte car il n’était pas assez sombre, que je ne pouvais pas montrer mon visage parce que La Pietà devait rester énigmatique avec son masque, que je ne pouvais pas ajouter de la couleur… Au printemps dernier, j’ai compris que je m’étais créé moi-même ma propre case. Comme la liberté est justement de ne pas s’enfermer dans un rôle, j’ai fini par casser mes propres codes.

Clip de "La salle d'attente", extrait de l'EP, Chapitre 5 & 6.

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryC’est pour ça que dans ton nouveau clip, La salle d’attente, tu as retiré ton masque ?

Tout à fait. On me voit avec des écritures sur le visage, ça me permet d’enlever le masque progressivement. Des écritures, j’en faisais déjà depuis un moment, notamment sur les bras. J’ai toujours aimé écrire, j’ai toujours aimé les mots. La première fois que je me suis présentée ainsi, c’était au Printemps de Bourges, dans une salle pleine de professionnels qui m’attendaient au tournant.

C’est un soir où ça a cartonné pour toi.

Avant la Pietà, j’avais l’impression d’avoir été jeté de ce métier. On employait des mots très durs envers moi. On me disait qu’on ne comprenait pas que je continue, que je n’avais aucun talent, que j’étais incapable… on avait mis mon estime de moi sous terre. Se relever de tout ça, faire ce projet et que les professionnels et le public y adhèrent assez naturellement, ça a été une bouffée d’air frais. A Bourges, j’ai senti qu’il s’était passé quelque chose. Je suis sortie de scène et j’ai dit à mes musiciens que j’étais satisfaite d’avoir fait ce que je voulais faire. Ca m’a fait me sentir invincible. Je me foutais presque que ça ne plaise pas aux autres, j’étais contente de ce que j’avais donné.

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(Photo : Flora Riffet aux iNOUïS du Printemps de Bourges)

Depuis que tu es devenue La Pietà, es-tu plus heureuse dans ce métier ? la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

J’ai fait la paix avec ce métier. Quand je me suis occupée d’autres artistes, je me suis rendu compte qu’il y avait aussi des gens très bien dans ce métier, des gens passionnés et honnêtes. J’ai compris que j’étais juste tombée sur quelques connards, parce qu’il y en a comme dans tous les métiers. J’ai arrêté de vampiriser les choses.

J’adore ta chanson, « La fille la moins féministe de la Terre ». Tu penses tout ce que tu dis ?

Dans cette chanson, je dis tout et son contraire. Je commence à affirmer quelque chose et je dis l’opposé à la fin. Je m’en amuse, mais en règle générale, dans mes chansons, effectivement,  je pense tout ce que je dis. Par contre, je ne vis pas tout ce que je dis. Beaucoup de gens ont du mal à faire le distinguo entre l’auteure et la narratrice. Cela dit, je le comprends parce que je mets beaucoup de mes émotions dans mon interprétation. L’émotion est vraie, mais les histoires que je raconte, je les multiplie, je les romance, je les mélange avec d’autres histoires que vivent des gens autour de moi. 

Clip de "Je suis la fille la moins féministe de la Terre", extrait de l'EP Chapitre 5 & 6.

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryDans  « Défoncer le cœur », tu emploies des mots très crus et ça passe super bien. Tu es la seule à pouvoir faire ça.

Les gamins adorent cette chanson. Elle parle beaucoup de cul, mais surtout d’amour. C’est juste une histoire d’amour désabusée. Le côté provoc’ de cette chanson, c’était dans un sens humoristique, très second degré. Beaucoup de femmes me remercient d’employer ces mots-là pour une histoire que beaucoup d’entre elles ont vécue.

Es-tu féministe ?

Je préfère me voir comme humaniste que féministe. Le mot « féministe » est devenu un gros mot alors qu’il ne devrait pas l’être. En tout cas, je n’ai pas l’impression d’être une fervente défenseuse des droits des femmes. Je suis juste défenseuse des droits des êtres humains.

Clip de "Manger ta douleur", extrait de l'EP, Chapitre 5 & 6. (Chanson dédiée à son papa, Dominique Gabriel Nourry.)

On dit que ton travail se rapproche de celui de Valérie Despentes. Cela t’agace ou tu prends ?

C’est le côté « femme qui ose utiliser des mots crus ». J’aime beaucoup Virginie Despentes et j’ai lu pas mal de ses livres. Je me considère beaucoup moins trash qu’elle dans ma vision de la vie et dans ma vie à moi. J’ai joué avec elle aux « Femmes s’en mêlent » en mars dernier.

Avant de monter sur scène, tu es comment ?

Je suis une grande stressée, une grande anxieuse.

Tu attends quoi de ce métier ?

Déjà, le terme métier, c’était important pour moi de m’en détacher, même si aujourd’hui, je vis intégralement de La Pietà, je n’ai pas envie de dépendre d'elle. Je n’ai pas envie de devoir m’enfermer dans quelque rôle que ce soit. Depuis cette année, je mène beaucoup d’actions culturelles, des ateliers d’écriture dans un EHPAD, dans un collège… ça me plait parce que c’est un autre rapport à la musique et à l’écriture. Bientôt on va jouer dans une prison. Je préfère le partage et le côté humain que la mise en avant de l’ego… où on se perd facilement.

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

Avec La Pietà, lors de l'interview, le 28 novembre 2018 dans les locaux d'ULULE.

03 décembre 2018

MESS : interview pour Les radiations de Suzanne Ribbes

mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbes

(Photo : Pierre Beteille)

mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbesMESS, ça veut dire Melodie en sous-sol. Non pour le film mais pour l'esprit de ce titre, explique leur page Facebook. MESS, c’est un duo, disons-le… un couple : Christophe Rymland : Chant / Guitare / Claviers et Megane Fleger-Rymland: Guitare / Claviers.

J’ai rencontré une première fois, Christophe, aux 46e Rencontres d’Astaffort où j’étais invité pour effectuer un reportage (voir là). Je connaissais déjà le duo de réputation (très bonne) et il me tardait de l’interviewer. Ainsi fut fait le 16 novembre dernier dans un bar en face de la Gare du Nord.

(Toutes les photos "studio" sont de Pierre Beteille.)

Biographie officielle :

Sélection FEDECHANSONS 2017, « Coups de Pousses 2017 » du Festival Détours de Chant et repéré par Le Bijou, ils se sont produits sur les off des Francofolies et d’Avignon... Ils ont donné une quarantaine de concerts en à peine une année et demi d’existence. Le groupe est soutenu par Christian Bordarier (Orelsan, Corneille, Pauline Croze) et Virginie Bergier du Bolegason. Christophe Rymland, la moitié masculin du duo, a étémess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbes sélectionnée et a participé aux 46ème Rencontres d’Astaffort en mai 2018 avec Christophe Maé et Francis Cabrel.

Le disque (argumentaire officiel):

Un duo, une femme un homme, des chansons aux sonorités électro aquatiques, une nage synchronisée au sein d’un océan, à la fois légère et perdue dans son immensité... Comment accepter l’autre ? Comment se situer dans la multitude ? Sentiments où se révèlent pêle-mêle l’amour bien sûr, mais aussi la joie, la jalousie, la conquête, la démence ou même la haine.

Chroniques :

 « Il y a longtemps qu’on n’avait pas eu un aussi gros coup de cœur.» Opus

 « Sous les feux lumineux, vivifiants, alternants de blanc, bleu et violet, le public est intéressé́et capté par cette composition made MESS... Un concentré de bonnes surprises !» 2lives.fr

 «Le mélange avec la chanson nous a procuré un effet non escompté. Musique planante, voix posée, textes ciselés. On salue l’entrée de la chanson dans une forme très actuelle de la musique. Tant dans les petits lieux comme le Bijou que sur la belle scène du Bikini, le duo est bien dans ses pompes, on aime ça et on vous invite à le découvrir» Pascal Chauvet, programmateur du Bijou

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(Photo : Pierre Beteille)

mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbesInterview :

MESS est votre première collaboration commune ?

Christophe : Ça fait deux ans que MESS existe. Notre premier concert sous cette appellation s’est tenu en avril 2016, mais notre collaboration artistique est antérieure car fin 2012, nous avons joué ensemble dans un groupe rock appelé Caméra.

Vous vous êtes donc rencontrés par le biais de la musique ?

Megane : Oui. Ils cherchaient une bassiste et voilà.

Et vous vous êtes mariés en mai dernier. C’est beau. Revenons à la musique. Avant de vous rencontrer, chacun jouait déjà dans des groupes ?

Christophe : Moi, je jouais dans un groupe de rock francophone. J’ai toujours eu envie de faire sonner du français sur du rock. Il y a eu un moment avant que l’opéra se chante dans une autre langue que l’italien, pour le rock, ça a mis aussi pas mal de temps de sortir de l’anglais.

Tu le prends comme une mission de chanter en français.

Christophe : Oui. Ma langue, c’est le français, je la défends.

Megane : Je le confirme, quand il entend des anglicismes, il n’est pas content. Moi, j’ai commencé la guitare électrique, mon prof me faisait jouer du Téléphone. Ce n’est pas pour rien que l’on reprend « La bombe humaine » dans notre EP.

Christophe : Le texte est vraiment extraordinaire. Très poétique et abrasif. 

Clip live de "Les radiations de Suzanne Ribbes".

Vous faites du rock, vous ? mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbes

Christophe : Non, je suis partant pour que l’on dise que l’on fait de la variété.

Il y a quand même pas mal de guitares électriques.

Megane : On vient tous les deux de là, c’est normal qu’il nous en reste quelque chose.

Christophe : J’estime que l’on fait de la musique tous public sans être dans aucune niche musicale. Le terme variété, je l’aime bien parce qu’il y a le mot varié dedans… et notre musique est variée.

En tout cas, ce n’est pas purement « chanson ».

Mégane : Mais si. Pascal Chauvet du  Bijou (salle mythique toulousaine qui défend la chanson française) estime que la chanson, ce n’est pas forcément planplan. Ce sont de beaux textes sur lesquels on met la musique que l’on veut. Et tant mieux si elle est moderne.

Christophe : Nous, on écrit des chansons avec différentes couleurs musicales comme le rock, la pop et beaucoup l’electro.

Quelle est ton rôle, Megane, dans le duo ?

Megane : Je suis claviériste, bassiste et un peu chanteuse. Sur le disque, on m’entend moins que lorsque nous jouons en live. Sur scène, je prends de plus en plus de place parce que le côté duo nous tient à cœur. Le côté electro vient beaucoup de moi.

Teaser live.

mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbesSur scène vous être proche de ce que l’on peut écouter sur l’album ?

Christophe : C’est assez proche, maintenant, on ne s’interdit pas le droit de jouer certains titres de manières différentes et de réarranger certaines orchestrations.

Megane : C’est le cas pour « Le bonheur c’est débile » par exemple. On aime bien varier les plaisirs pour ne pas nous ennuyer nous-mêmes.

Qui écrit les textes et la musique ?

Christophe : C’est moi, mais on travaille beaucoup ensemble.

On sent une exigence tant musicalement que textuellement.

Megane : Christophe est hyper exigeant.

Christophe : Je ne suis pas le seul. La plupart des artistes le sont… ou devraient l’être en tout cas.

Clip de "J'attends". 

On vous sent un peu influencé par Noir Désir, Bashung, Dominique A… Pour les gens qui ne vous mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbesconnaissent pas du tout, on pourrait vous comparer à qui ?

Christophe : Quand on nous pose cette question, pour aller vite, je réponds qu’on est un mélange entre Bashung et Björk.  Portishead, Goldfrapp, on aime bien aussi.

Pourquoi chantez-vous ?

Christophe : C’est une question difficile parce qu’on a toujours ce problème de légitimité. Quelle est ma prétention à vouloir faire ce métier ? On aimerait transmettre quelque chose pendant une heure. Ça peut être du bonheur, de la réflexion, un message, un bien-être, qu’il soit sensoriel ou intellectuel.

Megane : Hier, on a entendu  Miossec parler du syndrome de l’imposture. Parfois, on se sent légitimes, parfois moins. On est souvent dans le doute.

Les concerts, c’est ce que vous préférez faire ?

Megane : Oui, on aime partager notre musique. On voit les gens réagir au fruit de notre travail, c’est plaisant.

Christophe : J’aime bien le studio, mais la scène aussi parce que c’est là que tu vois si une chanson marche ou pas.

Cet EP vient juste de sortir, comment voyez-vous la suite ?

Megane : Nous souhaitons sortir un album avec de nouvelles chansons en 2020. On aimerait travailler dans un vrai studio avec plusieurs claviers analogiques et pouvoir trifouiller…

Christophe : On veut travailler encore plus notre univers, notre son, nos arrangements.

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Le 16 novembre 2018, après l'interview.

30 novembre 2018

Vianney : interview pour son album live "Le concert"

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Interview pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté des mois de novembre et décembre 2018.

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"La même" (Live) extrait du CD-DVD "Le concert", enregistré à l’AccorHotels Arena.

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"J'm'en fous" (Live) extrait du CD-DVD "Le concert", enregistré à l’AccorHotels Arena.

21 novembre 2018

Sacha Toorop : interview pour Les tourments du ciel

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(Photo : Lara Herbinia)

Le liégeois Sacha Toorop revient avec un nouvel album à mi-chemin entre jazz, chanson française et pop : "Les Tourments du Ciel". Onze titres qui abordent les thèmes universels des voyages, des clivages, des espoirs. Comme à son habitude, ses titres jazzy-pop au style très personnel sont surmontés de sa voix pleine de sensibilité.

Pour être franc, je ne savais de Sacha Toorop pas grand-chose, sauf qu’il était le batteur emblématique de Dominique A (mandorisé là maintes fois). Quand j’ai écouté son nouvel album, j’ai eu la curieuse sensation d’être passé à côté d’un grand artiste. Il fallait rattraper le temps perdu et rencontrer ce curieux et passionnant personnage  (qui sera demain, le 22 novembre 2018 au Studio de l’Ermitage, à Paris). Ainsi fut fait le 14 novembre dernier dans un bar de la Gare du Nord.

Mini biographie officielle:

Entre collaborations fructueuses – Dominique A, Yann Tiersen ou Axelle Red – et projets musicaux personnels, Sacha Toorop crée depuis quinze ans un univers unique, entre rock expérimental, chansons désabusées et jazz enfumés. Autodidacte passionné, multi-instrumentiste chevronné, Sacha Toorop, c’est cette voix insaisissable, cette plume d’orfèvre qui nous guide vers des contrées inexplorées aux frontières du rêve et de la réalité.

Après 5 albums à la tête du groupe Zop Hop Op et un premier opus en langue française, Sacha Toorop revient avec Les Tourments du Ciel, un nouvel album qui dévoile son plaisir à jouer de la langue française et à expérimenter les musiques qui le transportent.

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse) :

Les Tourments du Ciel est un album à double teinte, clair et obscur, à l’image de son auteur, voguant entre les zones troubles d’ombre jazz et de lumière pop. De sa voix douce et écorchée, Sacha Toorop dépeint avec naïveté et passion onze tableaux des tourments de la vie d’un homme aux prises avec ses angoisses et joies personnelles qui sont aussi universelles. Onze titres, chacun possédant son essence si particulière. «La Route 69» nous emmène aux surprises d’un amour sur un bitume musical brûlant et entêtant. « Orient Occident » décline, au travers des voix de Françoiz Breut et de Sacha Toorop, les clivages entre les antinomies communes. «Je Te Reviendrai» nous rassure sur les intentions de cet homme croisé et aimé. «Aussi Belle Est Douce » nous enamoure pour cette « sirène qui soulève des montagnes » et nous rappelle aux contradictions des jeux de l’amour. La carrière d’ «Anne » nous heurte tendrement à l’envol de nos enfants, parfois loin de nos espérances.

Le tout est chargé d’épaisses volutes sublimées par le jazz et d’éclaircies soutenues par une musique pop assumée. Une invitation intemporelle à éprouver en solitaire ou rassemblés.

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(Photo : Lara Herbinia)

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandorInterview :

Tu as commencé quand ta carrière de musicien ?

J’ai commencé en 1991. Mon arrivée en France, je le dois à Dominique A. J’avais fait une cassette avec 4 titres qu’il avait entendu à l’époque où il cherchait quelqu’un pour compléter un groupe qui existait déjà pour sa tournée « La mémoire neuve ». On s’est rencontrés lors d’un concert à Liège.

Tu t’es senti sur la même longueur d’ondes que cet artiste ?

Pas du tout. Quand j’ai rencontré Dominique, ce qui m’a fait rire, c’est qu’il m’avait parlé d’emblée comme si l’affaire était faite, comme si on allait partir en tournée… alors que je ne connaissais pas ce qu’il faisait. C’est moi qui lui ai dit que si ça se trouve, ça n’allait pas marcher entre nous deux. En fait, ça s’est très bien passé. La première année on avait 60 dates de prévue, on a terminé avec 140 dates au compteur. Ça m’a permis de connaître les salles françaises et le réseau musical de chez vous.

Tu t’es pas mal cherché avant de devenir musicien.

Oui, je faisais à la fois du dessin, de la peinture et un peu de musique. Je ne savais pas trop quoi faire.

Tu as commencé à chanter en anglais avec ton groupe Zop Hop Op.

C’était ma culture musicale à cette époque-là. J’étais jeune et j’écoutais beaucoup de musiques anglophones. Mon papa était musicien, j’ai donc écouté beaucoup de musique  quand j’étais petit, du rock’n’roll et de la country… c’était très américain.

Clip de "Je te reviendrai" extrait de l'album Les tourments du ciel.

Ton premier album en français, Au clair de la Terre, est sorti en 2006.

Au préalable, j’avais fait 6 albums en anglais avec Zop Hop Op. Ils ont été édité dans le Benelux et on a pas mal tourné avec, mais plutôt à l’Est comme en Hongrie et en Tchécoslovaquie… C’est resté un peu underground, mais nous avions un certain public qui nous suivait. Au clair de la Terre, je l’ai sorti sous mon vrai nom, Sacha Toorop. Puisque je chantais entièrement en Français, je trouvais que c’était bien de dissocier Zop Hop Op qui était une musique plus expérimentale, plus rock psychédélique, plus progressive, de cette nouvelle aventure qui était plus « classique ». Ce premier disque en Français m’a ouvert plein de portes et d’opportunités, du coup, j’ai mis Zop Hop Op de côté.

La langue française t’a rendu plus « sage » ?

Peut-être. Cet album a cette image-là en tout cas.

C’était un album de belles chansons, je trouve.

Je n’aime pas le terme « chanson ». Il fait très ancien, très daté, très établi et je n’ai pas le sentiment que ce que je crée est comme ça. Je n’ai pas la prétention de faire des chansons d’ailleurs, je fais plutôt des morceaux de musique, des expérimentations musicales et des expérimentations verbales. Je n’ai pas de structures d’écriture et je ne me sens pas auteur particulièrement. Ce que je couche sur papier, ce sont plutôt des flashs, des idées.

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(Photo : Lara Herbinia)

C’est un problème de légitimité ?

Peut-être. J’ai l’impression qu’il y a une structure dans une chanson que je ne respecte pas toujours.

Parfois, c’est bien de mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Je suis le premier à le désirer, mais de là à dire que je le fais, je n’en sais rien.

Tu es modeste.

Non, je ne suis pas quelqu’un de très modeste. Je connais ma valeur plutôt. Je suis juste réaliste. Je suis un grand mélomane et j’écoute beaucoup de musique. Depuis une quinzaine d’année, j’ai comblé mes lacunes en chansons françaises anciennes. J’ai découvert Mouloudji, je me suis plongé dans toute la discographie de Brel, de Léo Ferré et bien d’autres. J’ai une image de la chanson française qui me semble pas tout à fait correspondre à ce que je propose, qui, encore une fois, est plus de l’ordre de l’expérimentation sonores. Ce que je crée n’est jamais très réfléchi. Je suis un spontané et autodidacte. Je découvre les choses en les faisant.

Clip de "Aussi belle est douce" extrait de l'album Les tourments du ciel.

Dans ton nouveau disque Les tourments du ciel, tes morceaux sont très variés et accessibles à toutes les oreilles en tout cas.

De disque en disque, c’est mon grand souhait : être de plus en plus clair, accessible et lisible.

Tu as travaillé avec des gens aussi différents que Dominique A, Axelle Red, Yann Tiersen, Adamo… tu puises quelque chose dans chacun des artistes que tu as accompagnés ?

Au départ, je ne suis fan d’aucun de ces artistes, mais je le suis devenu parce que j’ai rencontré les personnes. Adamo, il le dit lui-même, une grande période de sa vie, on l’a pris pour un ringard. Moi-même j’ai cru ça. Je pensais qu’il avait fait son temps. Avec le temps et la maturité, on redécouvre des choses impressionnantes dans son répertoire. Ce que j’aime bien aussi chez lui, c’est qu’il a gardé sa naïveté après un si long parcours. Ca inspire le respect.

Alors que tu joues aussi de la guitare, de la basse et du clavier, pourquoi es-tu pris uniquement comme batteur quand tu accompagnes d’autres artistes ?

C’est l’instrument derrière lequel je me suis placé spontanément quand j’ai commencé à jouer de la musique. On me demande plus d’être batteur parce que je pense avoir le feeling pour battre la mesure et amener le rythme quelque part. Au fil du temps, ça s’est presque dessiné tout seul et malgré moi. Au départ, quand je suis rentré dans l’équipe de Dominique A, lors de la première tournée que j’ai faite avec lui, j’étais bassiste, percussionniste et un peu claviériste. De répétition en répétition, de balance en balance, j’ai fini derrière la batterie et Dominique a apprécié mon groove. Pour la tournée de l’album Remué, il m’a demandé d’être son batteur. Au fond de moi, je ne me sens ni batteur, ni guitariste, je me sens simplement musicien.

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(Photo : Lara Herbinia)

Côtoyer Dominique A t’a apporté quoi ?

Ça m’a sans doute un peu décomplexé et peut-être aussi un peu rassuré, ce qui m’a permis d’accepter de chanter en français. Il y a 20 ans, pour moi, c’était impensable.

Dans l’argumentaire de presse, j’ai lu «…voguant entre les zones d’ombres du jazz et la lumière pop ».

Tu as raison, c’est peut-être un peu cliché. C’est une bonne remarque. Le jazz, on l’imagine toujours un peu enfumé, un peu sombre et la pop, on l’imagine un peu solaire. Dans le fond  ce sont des termes qui ne veulent pas dire grand-chose.

Ca correspond à ce que tu es : sombre et lumineux ?

Je crois que ça correspond à ce qu’est tout être humain en général. On est tous pareils. C’est dommage qu’on ne s’en rende pas plus compte que cela, ça éviterait les clivages qui existent aujourd’hui. On est tous des êtres sur une même planète et dans le fond, on a tous besoin des mêmes choses : manger, boire, dormir, avoir de l’amour et de l’attention.

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(Photo : Lara Herbinia)

L’être est paradoxal.

Paradoxal et un peu idiot même. Très idiot même. Je ne veux pas faire de philosophie à cinq francs, mais c’est dommage que l’on soit sur un si bel endroit, que nous soyons portés par une magie aussi gigantesque, qu’on soit si petit face à cette grandeur là… et qu’on soit dirigés par de si petits hommes.

A ta façon, tu as des textes engagés ?

Mes mots ne définissent pas un cycle d’histoire de A à Z. Il n’y a pas de fil précis à suivre, mais à travers mes mots qui émettent certaines images, on peut ressentir quelque chose de commun… Ecrire des textes engagés, c’est pourtant mon but, mais pas de façon frontal. Avec une certaine forme de poésie, de beauté et d’humour. Mon but est de fédérer des gens pour que l’on se retrouve en force.

Un artiste est là aussi pour changer le monde ?

Ce serait bien que la marche du monde prenne un autre pli. Si c’est par l’intermédiaire d’un écrivain, d’un chauffeur de taxi, d’un boulanger, d’un restaurateur, d’un camionneur ou d’un chanteur, je suis pour.

Et divertir les gens, c’est déjà pas mal, non ?

Ce serait génial que j’y parvienne. Je ne pense pas que mon style de musique peut divertir. J’ai l’impression que c’est trop sombre et trop compliqué.

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(Photo : Lara Herbinia)

Ce n’est pas du tout ce que j’ai ressenti en écoutant ce disque. Je le trouve presque solaire…

Ça vient de moi, je me demande toujours si ce que je fais n’est pas trop pesant, si des gens vont vouloir écouter ça… Mon disque s’intitule Les tourments du ciel. Cela me semble refléter un état d’esprit commun aux gens que je vois autour de moi. Tout le monde est trop tourmenté, alors que ça pourrait être si simple. Comment on se complique la vie, c’est dingue !

Un chanteur doit-il être politique ?

Nous sommes politiques sans être politicien. Mais, s’adresser à un public et chanter un texte, c’est un acte politique, en effet. Peut-être qu’un chanteur devrait être politicien, tu as raison. Ça pourrait éclaircir plein de choses ou que ça accélèrerait certains processus.

Tu aimes la promo ?

Je n’ai pas fait 1000 disques, donc sortir un album, ça reste un évènement. Je suis très touché par l’intérêt que portent les médias en Belgique et en France aux Tourments du ciel. On me reçoit, on me pose des questions, on me demande d’où je viens, d’expliquer ce que je fais. C’est agréable de voir qu’on s’intéresse à mon travail, qu’on le chronique. C’est autant enrichissant que réjouissant.

Ce n’est pas gênant de parler de son œuvre ?

Non. C’est gratifiant. On a tous besoin qu’on s’intéresse à nous. Moi, je me cherche toujours un peu, je suis pétris de doutes, ça me touche donc beaucoup que l’on me donne la parole et que l’on me demande des explications pour approfondir certaines choses. 

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Le 14 novembre 2018, après l'interview.

20 novembre 2018

ÜGHETT : interview de Diane Villanueva et de Goulwen Courtaux pour l'EP Nectar"

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(Ella Hermë)

Diane Villanueva, Goulwen Courtaux, et Harold Kabalo sont les trois membres du groupe electro pop Üghett. C’est lors des 47e Rencontres d’Astaffort que j’ai rencontré la chanteuse de cette formation. Tout de suite, j’ai remarqué cette jeune femme à la forte personnalité aussi charismatique que sympathique. Nous avons fait connaissance et elle m’a fait découvrir Üghett. Je lui ai promis qu’à notre retour à Paris, je la contacterais pour une mandorisation. Ainsi le 6 novembre dernier, j’ai donné rendez-vous à Diane et Goulwen (Harold étant excusé en Bretagne) dans un bar de la Gare du Nord.

Leur premier EP, Nectar sortant le 23 novembre prochain (dans 3 jours) et leur Release party étant le 28 novembre au Klub,  je publie l’interview aujourd’hui.

üghett,diane villanueva,goulwen courteaux,harold kaboloBiographie officielle :

Ce trio musical aspire l'air du temps et se l'approprie au gré de leurs compositions singulières. Le groupe Üghett fait un remous libérateur et décadent dans l’immense océan de la chanson. Puissant, cocasse et léger à la fois, des vibrations résolument techno et dance promettent de semer un agréable trouble dans les eaux calmes où se reflètent tant de mélodies consensuelles. Voilà un ouragan de bonnes ondes à la rythmique joviale et décomplexée impulsée par la voix de Diane, une diva excentrique au charme électrique, de Goulwen, le geek des synthés et d'Harold, un Dj aux influences électro et tribales. La fusion humaine et artistique est immédiate. Unis par une indéfectible amitié, ils forment un trio idyllique. Le groupe nait d’un délire entre potes où les idées saugrenues jaillissent et se muent en projet sérieux. Üghett fut l’enfant divin qui naquit d’un fruit semé dans ces trois esprits déjantés. Se ranger dans une case ? Pas question. A travers l’identité du groupe, le voyage dans le temps est garanti. Là où la techno underground fait écho, l'influence des Rita Mitsouko prend tantôt le dessus, en passant par la grivoiserie très 60’s de Colette Renard. Tabous au placard, le trio démarre une route artistique sans embûches, se passant de la bienséance et du politiquement correct. Üghett scande une ode au sexe avec une subtilité hilarante. Ajoutez à cela des sets travaillés avec précision, entre sons organiques et voix érotiques.

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(Photo : Ella Hermë)

üghett,diane villanueva,goulwen courteaux,harold kaboloInterview :

Dans quel contexte avez-vous fait connaissance ?

Goulwen : Diane et moi nous sommes rencontrés avant de connaître Harold. J’étais à la recherche d’une chanteuse à cette époque-là pour monter un groupe. MaJiKer, qui a bossé avec Camille et sur le précédent disque de Zaza Fournier, m’a dit qu’il connaissait bien une bonne  chanteuse qui recherchait un projet. Il a considéré que ça pouvait « matcher » entre nous. Nous nous sommes donc retrouvés tous les trois à une terrasse de café pour faire connaissance. C’est amusant, car nous étions très prudents, vraiment en mode observation l’un et l’autre. La semaine d’après, nous nous sommes revus chez moi et on a commencé à parler « prod » ensemble.

Diane : On a commencé ce projet, qui n’était pas Üghett, mais ça ne nous convenait pas encore tout à fait. On voulait un DJ pour ramener cette force electro. On a rencontré Harold, parce que c’était son truc. Il a fait partie d’une des premières vagues de techno française. Avec lui, on a donc construit Üghett il y a deux ans. On est complètement reparti à zéro. Les garçons m’ont poussé à écrire en français, alors qu’avant, je n’écrivais qu’en anglais. Ils m’ont mis en confiance pour que je me jette à l’eau, parce que je ne croyais pas vraiment en mes aptitudes à utiliser notre langue pour écrire des textes.

Vous vous  êtes cherchés un peu pour trouver le style d’Üghett ?

Goulwen : Nous nous sommes cherchés avant Üghett. Nous avons décidé d’aller une semaine chez Harold en Bretagne dans sa maison pour monter un projet tous les trois en nous disant que s’il n’y avait rien de concret pendant ces 7 jours, on allait passer à autre chose. Dès le premier jour, on a créé « Enfin je m’abandonne ». On a compris que c’était bon. C’était comme une évidence de travailler tous les trois.

Clip de "Enfin, je m'abandonne".

Vous vous êtes accordés sur une direction musicale, un style. Lequel ?

Goulwen : Techno, chanson française avec des textes qui correspondent à Diane. C’est une femme qui a un caractère prononcée et une histoire forte. Nous voulions qu’elle porte ce projet avec sa sensibilité et les propos qu’elle a envie de tenir.

Diane : Ensemble, il n’y avait plus de compromis, contrairement à notre ancien projet. Par contre, on a mis longtemps pour créer les autres chansons parce que nous étions pointilleux sur le son, la forme et le sens.

Au moindre détail qui ne plaisait pas à un autre, vous abandonniez la chose ?

Diane : Non. On tournait autour. Nous tentions de trouver la bonne clef en testant les choses, en chamboulant, en restructurant… On a toujours trouvé la solution parce que l’on se connait bien. Pour moi, Goulwen et Harold, ce sont mes deux frères. On s’entend admirablement.

Goulwen : Je ne comprends pas comment on peut travailler dans la douleur, dans la souffrance. Pour faire de la musique, on a besoin d’être bien dans nos vies et bien ensemble.

Diane : C’est pour cela que nous nous sommes isolés chez Harold. Dès 9 heures, nous bossions toute la journée en asseyant d’être assez carrés. Après une session de création, on se faisait des supers bouffes avec de bons produits locaux. C’est idiot, mais ça nous mettais dans un état de kiff total.

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Goulwen, l’argumentaire de presse te présente comme « geek des synthés ».

Goulwen : Je suis passionné par les synthétiseurs. J’aime passer du temps à faire des sons. J’ai une grande connaissance des synthés des années 70 jusqu’à ceux d’aujourd’hui.

Il parait que les premiers synthés étaient les meilleurs. C’est vrai ?

Goulwen : Oui et non. On  parle d’analogique et de numérique. Je compose indifféremment avec les deux. Avec les synthés d’avant, il y avait le charme de l’époque, mais aujourd’hui on réédite les synthés d’il y a 30 ans, mais en mieux, avec des mémoires…

Quand on écoute tes paroles Diane, on comprend vite que c’est un peu provocant, très charnel, sensuel…

Diane : C’est assez drôle parce qu’en fait, elles ne sont pas toutes de cet ordre-là quand tu écoutes l’EP. Dans l’album, il n’y aura pas que des chansons de cul, parce que j’ai beaucoup à dire. Mais pour celles dont tu parles, qui sont des chansons de culs élégantes, elles sont venues un peu comme ça. Il y a d’ailleurs toujours une double lecture. J’aime l’idée d’avoir pensé à quelque chose en écrivant un texte et qu’une autre personne va penser à une autre chose en l’écoutant. Par exemple, j’ai écrit une chanson, « Amour tannique ». Certains qui l’ont écouté pense que je parle d’amour ou de cul, mais pas du tout. Je parle de l’amour du vin. Tout le lexique que j’utilise est celui qui concerne le vin.

C’est ça la magie d’une chanson.

Diane : C’est ça qui me plait en tout cas. J’essaie de laisser une place à l’imaginaire des autres.

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(Photo : Victor Steve)

Ce sont des chansons féministes ?

Diane : C’est compliqué de dire ça parce que j’ai certaines idées, mais je ne veux pas rentrer dans des débats trop poussés ou extrémistes sur la condition de la femme. Je ne suis d’ailleurs pas sûr qu’une féministe apprécie le texte de Colette Renard que nous avons repris, « Les nuits d’une demoiselle ».

« Enfin je m’abandonne » aussi pourrait énerver quelques féministes.

Goulwen : Ceux qui trouvent ces chansons dégradantes pour la femme n’ont rien compris. C’est tout le contraire ! Dans ces deux titres, ce sont des femmes qui parlent, elles ont le droit elles aussi d’aborder ces sujets, d’assumer leurs désirs en les revendiquant. De sortir ces morceaux-là maintenant, nous trouvons que ça a du sens.

D’ailleurs, expliquez-moi pourquoi vous avez repris cette chanson « licencieuse » datant de 1963 ?

Diane : J’écoute cette chanson depuis que je suis pré-ado. Je me souviens que la première fois que je l’ai entendu, j’ai explosé de rire tout en me disant « quelle bijou ! » Quand il y avait du monde chez moi, je la faisais toujours écouter à ceux qui ne la connaissaient pas. Comme on nous a souvent reproché de ne pas faire de reprises et que cela m’énervait, un jour, je suis arrivée avec cette chanson et j’ai demandé à Harold et Goulwen si on pouvait essayer de l’adapter. Ils ont été très motivés. On a réussi à en faire une chanson qui colle bien à notre style. 

Clip de "Les nuits d'une demoiselle".

Ce qu’écrit Diane est facile à mettre en musique ?

Goulwen : Je ne peux pas te répondre parce qu’à 80%, on fait d’abord la musique en partant parfois d’une thématique, après ça inspire des paroles à Diane.

Diane : Je peux avoir des bouts de textes, des idées de chansons, je me dis que je peux les développer parce que ça me parle avec le son qu’Harold et Goulwen me proposent.

Vous travaillez les textes et la musique ensemble ?

Diane : Goulwen et Harold composent les premières idées sans aller trop loin, moi j’écris de la même façon. Ensuite, on va en studio et on développe tout ensemble.

Goulwen : Parfois quand Diane cale sur un mot, elle nous demande de l’aide ou un conseil. C’est vraiment du travail commun.

Diane : Ce tricotage à trois nous permet d’avoir du recul sur ce que l’on fait. 

Quel est le rôle d’Harold, le DJ de la bande?

Goulwen : Il compose comme moi. Sur la musique, on essaie d’être aussi actif l’un que l’autre. On vient d’envoyer une dernière fournée de productions à Diane. On a dû faire cinq compositions chacun. Nous sommes très à cheval sur le fait de travailler autant les uns que les autres.

Diane : Pour la SACEM par exemple, on va jusqu’à déposer nos chansons en divisant en trois.

Goulwen : Les gens de chez BMG, qui nous éditent, nous ont dit que c’était ainsi que l’on évitait la discorde au sein d’un groupe.

Diane : Ils étaient contents que l’on règle le problème de nous-même.

Comment BMG vous a connu ?

Diane : Ça s’est passé aux Studios des Variétés. Au début d’Üghett, on a été en résidence un an chez eux. En 2017, ils ont organisé un speed meeting consacré aux Directeurs Artistiques. C’est ainsi que j’ai rencontré Sylvain Gazaignes, Directeur Artistique chez BMG. On s’est très vite bien entendu. Une semaine après, tous les trois, nous sommes allés le voir dans son bureau. On a signé trois mois après.

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(Photo : Ella Hermë)

Vous trouvez que les choses vont vite pour Üghett ?

Goulwen : Pour Üghett oui, mais ça fait des années que tous les trois nous sommes dans la musique. Il est temps que ça bouge un peu. Avec Üghett, les choses s’enclenchent vite, en effet.

C’est parce que votre projet ne peut pas laisser insensible. Il est insolent et musicalement original et moderne.

Goulwen : On a un côté OVNI. Ce n’était pas calculé, mais avec les premiers morceaux produits, on s’est vite rendu compte qu’on avait quelque chose de singulier. On peut difficilement nous comparer à d’autres groupes.

Diane : En tant que musicienne, j’écoute beaucoup de choses. Ce qui me plait dans les projets, c’est l’originalité et la sincérité. Par contre, professionnellement et médiatiquement, ce ne sont pas les plus simples à travailler. La porte n’est pas toujours ouverte à ce qui n’est pas déjà existant et référencé. Il faut pourtant que le public puisse t’identifier pour qu’il ait envie de venir te voir aux concerts. C’est le problème.

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(Pendant l'interview).

Cet esprit un peu « décadent » que vous avez fait du bien à la chanson. Est-ce que vous considérez que la chanson est un peu tristounette aujourd’hui ?

Diane : Ah ! Tu nous obliges à ouvrir un débat délicat là. Il y a des projets qui sont extraordinaires parce que c’est bien chanté et bien écrit, alors peu importe dans quel style ils sont, parce que c’est subjectif. Moi, je peux être touchée par quelque chose, même si ce n’est pas ce que je vais écouter tous les jours. Il y a tellement de styles et de voix différents qu’on peut se demander ce qu’est la chanson.

Goulwen : J’ai eu beaucoup de mal pendant des années avec la variété française, pas vocalement, ni textuellement, mais principalement à cause de la musique. Aujourd’hui, l’electro s’est vraiment injecté dans la chanson. Même les gros artistes de variété qui sont là depuis 20 ans se sont mis à ajouter de l’electro.

Diane : C’est très bien, parce que je trouve que la variété française avait besoin d’être dépoussiérée.

Goulwen : Notre génération est née avec les synthés, la techno, le rap, elle s’est donc réappropriée tout ça pour l’injecter dans sa production.

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(Photo : Rom Ain)

üghett,diane villanueva,goulwen courteaux,harold kaboloÜghett, sur scène, ça donne quoi ?

Goulwen : On a une certaine facilité de passer des prods au live parce que tout est déjà dans le logiciel que l’on va utiliser sur scène. Je vais reprendre certains des synthés et Diane utilise une petite boite d’effet sur scène. On essaie de coller à ce qu’on a livré dans le disque. Mais nous voulons aller plus loin que ça, notamment dans les transitions. Même s’il y a une belle part en live, on a articulé le set comme un set DJ. On essaie de choper les gens et de ne pas les lâcher. Il n’y a quasiment aucun arrêt.

Diane : Je ne suis pas toujours sur le devant de la scène, parfois, je joue du synthé avec les garçons sans chanter, du coup, ça permet aux gens de pouvoir danser, s’éclater, sans s’occuper de la chanteuse. Si je chante sans cesse, les gens vont être occupés à me regarder, à essayer de comprendre ce que je raconte… donc, on leur offre une respiration pour leur permettre de lâcher prise.  

Le groupe est articulé autour de toi, Diane ?

Diane : Comme il y a deux garçons et une nana et que c’est moi qui chante, il y a un espèce de lead qui se crée inconsciemment.

Goulwen : C’est clair. On est un groupe, mais c’est un projet que l’on fait autour de Diane.

Diane : Ce n’est pas eux qui me font des chansons et ce ne sont pas mes musiciens, c’est un groupe à 100%. Il y a une vraie différence.

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Avec Diane Villanueva et Goulwen Courtaux, le 6 novembre 2018.

18 novembre 2018

Fabien Lecoeuvre : interview pour 50 tubes de Johnny Hallyday

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Spécialiste de la chanson française, Fabien Lecœuvre est aux côtés de Patrick Sébastien depuis plus de dix ans dans l’émission Les Années Bonheur sur France 2.

Il est auteur de nombreux ouvrages consacrés à la chanson. Ses livres rassemblent d’incroyables histoires et de fabuleuses anecdotes. Des ouvrages référentiels, richement illustré, qui se classent régulièrement dans les meilleures ventes de livres. Le dernier en date s'intitule 50 tubes de Johnny Hallyday racontés par Johnny Hallyday. Interview téléphonique pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté des mois de novembre et décembre 2018).

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Quelques tubes inoubliables de Johnny Hallyday (INA.fr).