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21 février 2013

ReDeYe : interview pour End of the season

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(Photo : Renaud De Foville)

530632_10151202679442045_833854753_n.jpgReDeYe propose depuis 2008 une musique folk classieuse et apaisée. Ce projet mené par Guillaume Fresneau, du groupe Dahlia, évoque immanquablement les grands espaces américains. J’en parlais déjà ici à la naissance du projet. Les morceaux de ReDeYe puisent leur inspiration chez les meilleurs songwriters d’outre-Atlantique.

On note des collaborations prestigieuses. Évoquons par exemple la trompette de Jérôme Lorichon (Hermane Düne), les violons de Lucille Vallez (Ex – Pony Express), où encore Raphaël Seguinier (Cocoon, Saul Williams, Nouvelle Vague) et Cyril Bilbeaud (Sloy) qui interviennent tous deux à la batterie.

Sans frontières, ReDeYe propose un folk US sans complexes qui pourrait bien devenir la marque de fabrique d'un groupe affirmé et fort prometteur. À suivre avec attention.

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538132_10151434850633493_1230496429_n.jpgInterview:

C’est un disque intimiste, mais avec du monde autour de toi.

Avec Jean-Charles Versari à la production, on a commencé à faire des voix-guitares les plus convaincantes possibles, ensuite on a étoffé l’affaire en allant chercher des gens qui correspondaient au mieux à nos envies musicales. Mon idée était de faire une musique dans laquelle on se sent bien, dans un univers intime, un peu écarté du monde. Je pense qu’il faut que ça se ressente dès le studio.  Je ne me vois pas appeler un musicien juste pour le cachet. Il fallait que l’on travaille en famille avec des gens qui vivent la musique comme nous.

Les critiques de l’album sont dithyrambiques.

J’ai l’impression que les gens ont compris ce que nous voulions transmettre avec cet album. On a voulu recréer une sorte de petit monde parallèle fait d’espace, de voyages et de contrées lointaines. J’ai envie que les gens voyagent avec ce disque.

Un voyage pour où ?

J’ai grandi au Texas, c’est donc plus le sud des États-Unis. Je suis arrivé aux États-Unis à l’âge de 5 ans et j’y suis resté jusqu’à 12 ans. Il y a dans ma musique la notion d’étendue et d’espace.  Mon père, bien avant de partir là-bas, était complètement imprégné de cette musique-là. Il a toujours été fan de blues, de rock et de folk.

Du coup, il n’a pas été déçu que tu commences ta carrière musicale avec un groupe qui chante en français, Dahlia, plutôt qu’avec les ReDeYe.

Il se moquait gentiment de moi. Il disait, ton disque, dans  les bacs, il est classé dans la chanson française. Musicalement, il me comprenait quand même. Par contre, avec ReDeYe, il est aux anges…

Clip de "Cover me".

On sait que tous les enfants veulent tuer le père. Faire la musique qu’aime son père, ça ne met pas un peu de pression ?

Il y a une sorte d’héritage, en effet. Mais, pour moi, quand on fait de la musique, on fait un lien entre ce qui a existé et ce qui va exister. Je ne crois pas aux musiciens qui sont complètement originaux. Chaque musicien choisit parmi ce qui l’intéresse, le transforme un peu pour le faire avancer. Je crois beaucoup en l’idée qu’on est tous un peu connectés. Chacun a sa propre vision des choses et c’est ça qui fait avancer les choses. Je ne crois pas au miracle musical qui apparait comme ça du jour au lendemain.

Tu es le seul à faire cette folk-là en France en tout cas. C’est un album américain.

Beaucoup de gens me disent ça. Il y a d’autres projets de ce style ou apparentés qui viennent d’Allemagne, d’Angleterre, de Suède. Donc moi je suis content d’être le seul français. Le seul breton même.

On entend moins ton côté breton dans ton disque que dans celui de Nolwenn Leroy !

(Rires). J’aime beaucoup cette réflexion. On la garde !

Dans ce nouvel album, il y a le même climat que l’EP, sauf qu’il y en d’autres… car il y a des instruments nouveaux.

J’ai l’impression de suivre un chemin. L’EP, c’était un essai. Une des idées directrices était d’enlever la batterie et de restreindre au maximum les instruments. Cette fois-ci, je suis parti de la même base, mais j’ai décidé de me projeter  et d’ouvrir mon champ des possibilités musicales. Il y a donc de la batterie sur 3, 4 morceaux, j’ai ajouté aussi des cuivres, des trompettes et un saxophone baryton.

"Out of the Blue" (version live).

Il y a même des titres un peu rythmés.

Oui, « Disappear », par exemple. C’est une de celles que les gens remarquent le plus. Ce titre ouvre peut-être sur la suite, sur la tournure que prendra ce projet. Comme j’étais dans un format album, c’était intéressant pour moi d’amener d’autres choses.

As-tu fait très attention à l’ordre des titres ?

Oui, c‘est pour moi ultra important. Je suis un grand fan d’album et  les albums doivent raconter une histoire. Rien ne doit être laissé au hasard. On a passé deux ans de notre vie et toute notre énergie à cet album, donc on a eu le temps de la penser.

Est-ce que ReDeYe ne devient pas ton projet numéro 1 ?

Maintenant, effectivement, il le devient. Les choses, la vie, les rencontres, les temps de studio font que je n’ai travaillé que sur ce projet. Il faut dire qu’il me colle à la peau complètement.  Je ne me vois même pas faire autre chose en ce moment.

"Disappear" à Lake Travis, Texas.

Si ce disque a une tonalité mélancolique, tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas triste.546955_10151120043627045_2005806029_n.jpg

Ça me fait extrêmement plaisir d’entendre ça. C’est important pour moi que ce disque ne soit pas considéré comme plombant, car on l’a joué dans une bonne humeur totale. Cette mélancolie dont tu parles est une mélancolie que je retrouve quand je vais aux États-Unis. C’est une mélancolie presque cathartique. C’est comme le blues. Le blues, pour moi n’est pas triste, c’est une sorte d’expression de sentiments qui peut aller de la tristesse à la joie, mais sous une forme mélancolique. Pas triste en tout cas. De toute manière, faire de la musique, ce n’est jamais triste.

Si tu es triste, tu ne fais pas de musique ?

Non. Faire de la musique, c’est déjà avoir une énergie et avoir envie de communiquer. Si je joue dans un état de tristesse, j’ai peur que ce soit pleurnichard. Je m’évite le pathétique dans la musique. Je ne me sens pas d’imposer aux gens ce genre de sentiments.

Et l’inverse ? Quand tu es trop heureux ?

C’est pareil. Je ne fais pas de musique non plus parce que je suis dans une sorte de bonheur qui va finir par trop s’entendre… un peu dégoulinant. Il faut être dans un état particulier quand tu fais de la musique. Ni heureux, ni malheureux, c’est une sorte de transe.

Je serais un peu étonné si un jour tu ne t’attaquais pas à la musique de film.

J’ai fait de la musique de courts-métrages, mais le milieu du long métrage est assez fermé. Dans mes morceaux, on voit des images. J’adorerai travailler sur une musique de film, je ne peux pas te dire le contraire. 

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15 février 2013

Magali Ripoll : ce soir aux Sentiers des Halles

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Ce soir, au nouveau Sentiers des HallesMagali Ripoll, auteure, compositrice, interprète et musicienne, que vous pouvez retrouver tous les soirs dans N’oubliez pas les paroles sur France 2, vous invite à découvrir son univers fantaisiste, parfois décalé.  Mêlant l’accordéon, son premier amour, aux musiques actuelles, elle vous charmera par sa personnalité et sa voix électriquement naturelle, à la fois femme enfant, drôle et sensible. Magali Ripoll est passée ce lundi 11 février à l’agence pour une interview fort sympathique (merci à Valérie Motté !)

15617_4641722735149_382054101_n.jpgBiographie officielle (un peu écourtée):

Originaire de Bourgogne, Magali grandit à St Raphaël (Var), dans une famille de musiciens (son grand-père jouait de l’accordéon, du saxophone, de la guitare ; son père de la batterie et son oncle de la guitare). À cinq ans, elle apprend le solfège et très vite l’envie de jouer d’un instrument de musique la titille.

Durant son adolescence, elle gagne son argent de poche en jouant tous les samedis soirs dans les bals et les salles des fêtes, accompagnée à la batterie par son père. Ce sont ses premiers pas sur scène. Puis elle forme un groupe de musique au lycée avec des copains.

Bien vite, elle quitte le Sud pour rejoindre la Capitale et y tenter sa chance. Afin d’enrichir sa palette artistique, elle prend des cours de théâtre, de chant et participe à quelques auditions, qui lui permettent de faire des rencontres musicales.

Depuis une dizaine d’années, elle accompagne de nombreux artistes sur les routes (Charles Aznavour, Lorie, Nâdiya, Richard Gotainer, Emmanuel Moire, Line Renaud…). Elle est également aux côtés de Nagui, sur France 2, dans l’émission N’oubliez pas les paroles où elle chante, joue du clavier et de l’accordéon.

Elle prépare son album solo dont elle écrit et compose la plupart des chansons. Son univers fantaisiste, parfois décalé, donne une tonalité pétillante à ses titres.

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folio2.jpg.pngInterview :

Tu as baigné dans une ambiance assez chanson française dans ta jeunesse…

Oui, avec beaucoup d’accordéons musettes. Mon grand-père maternel était accordéoniste et saxophoniste, d’ailleurs. Il l’est toujours aujourd’hui. Et puis j’ai fait du bal avec mon  père, donc c’est vrai que la chanson française occupait une grande place. Mais, en même temps, à 30 %, mes parents écoutaient à la maison du Deep Purple, du Beatles.

Qu’est- ce que tu trouves à l’accordéon pour qu’encore aujourd’hui, tu ne te sépares pas de cet instrument?

Il est autant touchant que festif. Le son de l’accordéon me procure en tout cas des émotions incroyables. Quand j’entendais le professeur d’accordéon qui habitait à côté de chez nous donner ses cours, je ressentais des tas de sensations inédites qui me touchaient profondément. Une espèce de mélancolie inexplicable, comme si c’était un son que j’avais toujours entendu. J’ai compris qu’avec un accordéon, on pouvait très vite partir en vrille et faire la fête.

Pour l’instant, de ce que j’ai entendu de tes chansons, tu présentes la Magali Ripoll plutôt joyeuse. C’est le cas dans la chanson que tu fais découvrir « Les dessous de la vie » par exemple. (Que vous pouvez écoutez ici, d'ailleurs)

Tu as raison, ce que j’écris et je chante pour le moment est plutôt joyeux et festif. Je pense que c’est pour une question de maturité que je n’ai pas encore acquise complètement. Peut-être que pour le moment, j’ai peur du côté mélancolique de l’accordéon et que j’attends d’être prête. Pour le moment, je crois même que ça m’angoisse, mais j’y viendrai un jour.

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Avec l’accordéon, tu prouves que l’on peut faire ce que l’on veut de cet instrument?

Je veux inventer une sorte de mariage possible entre les musiques actuelles (comprenant celles des 20 dernières années et Anglo-saxonnes) et cet instrument considéré comme franchouillard.

Dans « Les dessous de la vie », on ne l’entend pas beaucoup l’accordéon finalement.

Il y a pas mal de chansons où l’accordéon n’est pas présent. Je ne suis pas obnubilé par cet instrument non plus. Il y a des chansons dans lesquelles, je joue du piano, d’autres dans lesquelles je me contente de chanter sans jouer d’un instrument, d’autres avec l’accordéon, notamment quand je joue du Prince ou du Lenny Kravitz sur scène.

Ce soir aux Sentiers des Halles, on verra ce genre de performance ?

Oui. On essaie de trouver le juste milieu pour faire parler les morceaux qui existent comme « Kiss » de Prince, qui est une chanson intouchable, mais que, paradoxalement, on peut reprendre de 1000 formes différentes. Notre version un peu tango rumba étonnera le public, tu verras.

C’est important d’avoir une formation assez complète de musicienne quand on estfolio3.jpg.jpg chanteuse et choriste ? Je dis ça car je connais des chanteurs qui n’en ont pas.

Ce n’est effectivement pas une obligation, mais moi ça me sert beaucoup. Je ne peux pas faire l’un sans l’autre. Je ne peux pas jouer de mes instruments sans chanter et je ne peux pas chanter sans faire appel à un moment donné à mes instruments. Avoir une formation musicale m’a servi pour des séances de chœurs par exemple. J’avais besoin de me référer à certaines notes et le fait d’être musicienne, de connaître le solfège et la musique, d’avoir une oreille de musicien m’a fait avancer sur mon travail plus d’une fois. Pour le parcours que j’ai, cette connaissance est d’ailleurs un élément essentiel.

Ton envie de faire ce métier a commencé quand tu faisais des bals avec ton père ?

Oui, le fait d’être sur une scène et faire danser les gens, même petite, ça me procurait un plaisir fou. C’était un rêve pour moi de faire ça toute ma vie. Quand j’accompagne des artistes sur scène, en tournée, je prolonge ce rêve.

Tu es musicienne choriste pour pléthores d’artistes, à commencer par Aznavour, Gotainer, Lorie, Line Renaud, Emmanuel Moire… comment t’es-tu fais remarquer la première fois comme choriste ?

La toute première fois, c’est le producteur de la chanteuse Lorie, Johnny Williams, qui m’a repéré dans un casting qu’avait mis en place la maison de disque EMI en 1999. C’était une sorte de Star Academy/Nouvelle Star sans les caméras. J’avais été retenue pour chanter dans un groupe de 7 chanteurs et chanteuses  qui devait sortir un single chez EMI. On a travaillé dans le studio de Johnny Williams, mais finalement le projet n’a pas abouti. Un jour, Johnny m’a rappelé pour que je vienne faire des chœurs dans le studio parce qu’il trouvait que je chantais bien et que je faisais le travail qu’il fallait. Ensuite, il m’a fait partir en tournée avec la première artiste que j’ai réellement accompagnée, Lorie.

Et après, tout s’est enchaîné.

Le directeur musical de Lorie m’a appelé pour accompagner d’autres artistes. Souvent, quand on est musicien, on se fait repérer par le réalisateur de l’album ou le directeur musical, parce que ce sont ces gens-là qui sont vraiment dans les coulisses et qui repèrent les personnes adéquates.

541949_4641718335039_813654111_n.jpgQuand on est chanteuse soit même, comment vit on le fait d’être choriste, c'est-à-dire, au service musical d’un autre chanteur ?

C’est extra parce que c’est tout un wagon de personnes qui avance en même temps derrière l’artiste. Accompagner un artiste et le servir, je trouve que c’est génial. Ce sont des sentiments vraiment très forts sur scène. Il ya une telle communion entre l’artiste et les musiciens que rien que dans parler, ça me donne des frissons.

Je vais te poser une question naïve. Est-ce qu’une choriste doit tenter de moins bien chanter que l’artiste principal pour ne pas lui faire trop d’ombre ?

Non, évidemment. Il y a les choristes et la voix de l’artiste. Peu importe si l’artiste est plus fragile vocalement, nous on fait juste notre boulot de choristes. Nos nappes de chœur doivent être justes et bien chantées. Les chœurs, ce sont des instruments comme les cordes. Elles ne sont pas là pour voler la vedette à l’artiste, mais pour le soutenir le mieux possible.

Quand on chante pour Aznavour par exemple… c’est un truc de fou quand même.

C’est un conte de fées. J’ai vibré plein de fois par des rencontres artistiques. Par exemple quand Peter Kingsberry a voulu m’engager pour sa tournée et qu’il m’a dit avec son accent anglais, « c’est super, c’est au-delà de mes espérances. Tu feras mes claviers et les chœurs », je n’y crois pas un instant. Je me demande quel est le rapport entre cette personne et moi. Pour Aznavour, c’était aussi un truc de fou. J’accompagnais Line Renaud à l’Olympia il y a un an et demi et son concert était diffusé sur France 3 un vendredi soir. Le lendemain de la diffusion du concert, j’étais en déplacement dans un train pour un concert, mon fiancé m’appelle et me dit que le chef d’orchestre de Charles Aznavour  vient d’appeler à la maison. Je suis estomaqué, mais effectivement, il m’appelle sur mon portable quelques minutes après et me dit : « Monsieur Charles Aznavour m’a contacté très tôt ce matin parce qu’il vous a vu hier soir en concert avec Line Renaud  et il voudrait que vous fassiez partie de sa tournée. Si cela vous tente ». J’ai quand même passé une audition… et j’ai été prise. Jamais je n’aurais pensé être à la hauteur, en tout cas être une assez bonne musicienne et choriste pour accompagner quelqu’un comme Aznavour, une telle légende vivante. En fait on n’y pense même pas.

Autre partie importante de ta vie en ce moment. On te voit tous les soirs dans l’émission 269483_2013945482360_7032010_n.jpgde Nagui, « N’oubliez pas les paroles ».

Cette émission, c’est ce que j’ai toujours voulu faire au sein d’un orchestre, mais que je me suis toujours retenue de faire. J’ai fait beaucoup de bals avec des orchestres dans lesquels on avait des chorégraphies, des costumes, bref, des shows qui étaient bien travaillés et ficelés. Mais, avec la personnalité que j’ai, à un moment, j’ai toujours envie de partir en vrille. Je n’arrive plus à être au premier degré de ce que je suis en train de faire. Les chefs d’orchestre pour lesquels je travaillais n’étaient pas toujours contents de mes extravagances. Je tourne toujours tout à la dérision, je n’y peux rien. Dans « N’oubliez pas les paroles », au début, le chef d’orchestre nous avait demandé de jouer sérieusement parce qu’il fallait montrer une image professionnelle jusqu’au bout des ongles. Sur France 2, en live, ça ne plaisante pas. Les premières émissions sont très marrantes parce qu’on a tous la tête sur nos pupitres, très sérieux. Quand on s’est rendu compte naturellement qu’on était quand même dans un jeu ou les gens sont là pour se marrer, pour chanter et pour se faire plaisir, et que la personne qui regarde chez elle a envie de la même chose, à un moment donner, il faut réagir. Comme Nagui et Gérard Pullicino sont quand même des joyeux lurons et ne sont pas les derniers pour la rigolade, ils ont laissé la porte ouverte à mes folies.

Tu n’as pas peur que ça te desserve, professionnellement, de te comporter ainsi ?

Ça a pu me desservir, mais parfois ça m’a fait remarquer. Mais au fond, je m’en fous que cela déplaise, sinon j’arrêterais ce comportement, je ferais attention et je me tiendrais bien. Moi, finalement, je suis comme ça, il n’y a pas à réfléchir.

Parle-nous de l’album à venir… il est fait ?

Il est quasiment fait. Les chansons sont là, mais il faut qu’elles prennent leur couleur définitive, en termes d’arrangements. En fait, je me suis retrouvée au centre d’une joyeuse pagaille, ayant ces influences musicales différentes et aimant m’en nourrir, il faut que nous parvenions à élaguer tout ça. Mais, ça ne devrait pas tarder.

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11 février 2013

BaliMurphy : interview pour La Déroute

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Photo: Nicolas Bera(t)

balimurphy-pochette.jpgLes Balimurphy sortent un nouvel album. Un bijou intitulé La Déroute (Sam Records / distribution AMG). Voilà un groupe belge qui allie avec merveille, la forme et le fond. Musicalement et textuellement, ce disque est impressionnant. Les trois membres originels de la formation, Cédric Van Caillie, Mathieu Catala et François Delvoye sont venus exprès de Bruxelles pour cette interview exceptionnelle (merci à leur attachée de presse,  Flavie Rodriguez). Le 11 janvier dernier, nous nous sommes réunis dans un bar du 10e arrondissement de Paris. Devant une bouteille de Naoussa, un vin grec, très léger, nous avons conversé tous les quatre. Rarement, j’ai entendu un tel discours sur la façon d’aborder la musique et les textes. Certes, j’ai bu du vin, mais surtout leur parole.

Biographie officielle :

Après quatre années passées sur les routes avec l’album Poussière (2008), le groupe revient avec La Déroute, résultat de deux ans de travail et d’une collaboration avec Kris Dane à la direction artistique. Continuant d’explorer les régions musicales, les rencontres entre sourires en coin et pessimisme lucide et poétique, le groupe a privilégié ici des couleurs plus blues et électriques. Un nouveau développement d’une formation au fonctionnement atypique, avec des textes soumis par Mathieu Catala (textes et percussions) et François Delvoye (textes/guitares) au chanteur/guitariste Cédric Van Caillie et à l’ensemble du groupe composé également de Rodolphe Maquet (basses) et Martin Lauwers (violon, claviers).
L’album La Déroute est empreint d’une certaine noirceur issue des expériences personnelles et des pulsations d’un monde qui court un peu plus vers on ne sait pas toujours très bien quoi.

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Photo : Nicolas Bera(t)

Interview :

Il se passe pas mal de temps entre deux disques chez Balimurphy.

François : Entre Poussière et La déroute, il s’est passé 4 ans. Avant ça, notre rythme était de tous les deux ans, voire tous les ans et demi. Ce n’était pas vraiment des albums officiels, mais plus des démos autoproduits. Avec Poussière, on a pas mal tourné, en Belgique et en Europe, donc on a pris plus de temps pour faire le suivant.

Poussière, c’est vraiment l’album qui vous a donné une plus grande visibilité.

Mathieu : On n’est pas à la une des magazines, certes, mais on a tourné dans des salles de grandes renommées, en France et dans pas mal d’autres pays.

En Belgique, vous êtes déjà très réputés.

François : En Belgique francophone, plus précisément. Quand tu fais de la musique en Français en Belgique, tu touches un public relativement réduit. Bruxelles, la Wallonie, ce n’est pas énorme. Pour nous c’est intéressant de s’exporter partout, même dans les pays non francophones. La barrière linguistique est compliquée à franchir, ce n’est vraiment pas évident dans un sens comme dans l’autre. Il y a le moment ou l’on veut d’abord s’épanouir dans notre propre pays pour commencer à franchir la frontière et finalement, très vite, on se dirige vers la France, comme tous les groupes belges francophones.

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De gauche à droite Cédric Van Caillie, François Delvoye et Mathieu Catala.

13 02 BALIMURPHY 17845-2.jpgPour toucher les deux Belgique, n’aurait-il pas fallu que vous interprétiez vos chansons en français et en anglais ?

François : On fait ce qui ressort de nous. Mathieu et moi, nous écrivons les textes et nous sommes d’expression française avec une écriture littéraire prononcée. On n’a pas envie d’écrire différemment dans le but de s’expatrier et de s’exporter.

Mathieu : Si nous procédons dans une démarche commerciale, ce sera forcément une mauvaise démarche. En revanche, c’est une démarche artistique qui pourrait nous intéresser un jour si nous rencontrons un auteur flamand.

Cédric : Il faudrait que je travaille mon accent alors.

Oui, Cédric, c’est toi qui chantes. Ce serait à toi d’assumer les textes. Bon, on sent que vous aimez les beaux textes et, c’est amusant, François et Mathieu, on a du mal à s’imaginer qu’il y a deux auteurs différents. On ne sait pas trop qui a écrit quoi tant il y a une cohérence entre les deux albums.

François : C’est parce qu’on se connait de mieux en mieux et d’album en album. Je suis plus d’accord avec toi pour La déroute que pour Poussière. On parle beaucoup plus, Mathieu et moi, et intellectuellement, on a compris l’autre. Du coup, il y a tout un univers qui se construit.

Mathieu : On était un peu rassuré dans notre démarche artistique. En tout cas, je parle pour moi, j’étais plus en confiance. François et moi, on a donc proposé un panel de chansons plus important à Cédric.

François : Et il y a eu un travail plus collectif sur les textes apportés. C’est Cédric qui choisit in fine ce qui lui parle. Peut-être que la cohésion dont tu parles vient du choix de Cédric.

Cédric : En fait, moi, je ne m’étais pas posé la question, c’est vraiment venu naturellement. Pour la première fois, dans toute l’histoire de Balimurphy, nous avons eu des réflexions sur les textes, ensemble, à discuter de chaque phrase, de chaque mot, chaque terme utilisé. On se demandait pourquoi ce mot-là, pourquoi pas un autre.

"Les soies précieuses"

Tu n’as pas envie d’écrire toi-même, Cédric ?

Cédric : Jusqu’à présent, je me disais « chacun son travail ». En fait, ça fait des mois que Mathieu, entre autres, me conseille d’essayer d’écrire. Je ne me l’interdis pas de le faire. Peut-être qu’un jour ça viendra. Passer après eux, c’est difficile. Mais tu sais, je suis très fier de chanter leurs mots. Ce sont des mots qui sonnent bien, ce sont des histoires cohérentes et intelligentes. Comme nous l’expliquions tout à l’heure, je n’écris pas sur le papier, mais on contribue tous à la création du morceau. L’acceptation d’un morceau peut prendre aussi bien 10 minutes comme 3 ans, c’est dire les discussions qu’il y a autour d’un texte.

François : Le défi dans cette organisation entre nous, c’est de ne pas perdre la force personnelle de chacun. Dans les textes ou dans la musique, quand trop de propos se mélangent on peut perdre la force originelle de l’apport de chacun.

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Parlons musique à présent. Vos albums Poussière et La déroute ont des atmosphères différentes. La déroute me paraît moins pop rock, il est plus lent…

François : On a souvent qualifié Poussière de rock festif. Pour La Déroute, on voulait donner un peu plus d’atmosphère. On a pris ensemble la décision d’avoir un regard extérieur sur notre travail. On a pris Kris Dane, qui est directeur artistique de l’album et c’est notamment cette décision qui a donné cette couleur. Mais c’était une volonté qu’on avait à la base.

Mathieu : C’est une volonté qui est venue après la création de certains morceaux. On s’est13 02 BALIMURPHY 17875.jpg rendu compte qu’on allait vers ce nouveau chemin. La décision était de bifurquer ou d’aller à fond droit devant. On avait besoin de changer d’atmosphère, de changer notre univers. Et puis, on évolue, on vieillit.

Vous intellectualisez beaucoup votre travail.

Cédric : C’est important d’intellectualiser notre projet. Il faut savoir qui on est tout le temps, ce que l’on veut dire, où on veut aller, qui on veut être, est-ce que ce que l’on raconte est vraiment ce que l’on a envie de raconter. Moi, si je dois chanter un texte, il faut que je le sente et que je sois en totale adéquation avec le propos.

Mathieu : Nous voulons amener le texte au plus près du groupe. Dans cet album-là, on était beaucoup plus décomplexé par rapport au fait que François et moi sommes les seuls dépositaires des textes. Chacun à la possibilité de faire un travail éditorial sur le texte, chacun peut dire ce qu’il en pense sans tabou ni peur de vexer. 

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François Delvoye (textes/guitare) et Mathieu Catala (textes et percussions)

Dites-moi, il faut ranger l’ego dans votre affaire.

François : Personnellement, je ne connais pas beaucoup de groupes qui fonctionnent comme on fonctionne. Deux auteurs et un chanteur qui n’écrit pas, c’est un cas de figure rare, mais intéressant. C’est un laboratoire dans lequel on expérimente. Peut-être que demain, on va changer ce cas de figure.

Mathieu : Ca évolue tout le temps et heureusement. Il n’est pas écrit dans les statuts du groupe que c’est François et moi qui devons écrire les textes.

13 02 BALIMURPHY 17928.jpgParfois, vous pensez à Cédric quand vous écrivez, puisque c’est lui qui chante ?

Mathieu : Non, jamais. On vit des vies, certainement différentes pour pleins de choses, mais  aussi plutôt similaires. On a le même âge, on va dans les mêmes endroits, on vit beaucoup de choses en commun et on écrit sur des thèmes suffisamment universels pour qu’il puisse s’y retrouver quelque part…

François : Cédric, je ne comprends pas. Tu n’as pas beaucoup apprécié mon texte sur la politique intérieure du Guatemala.

Cédric (en riant) : il faut qu’on en discute.

Vos textes parlent de l’être humain, des failles des hommes et de la mort…

François : On n’en a beaucoup discuté entre nous. Parler de la mort, c’est la meilleure façon de vivre. Un texte comme « Millésime », par exemple, est clairement une façon d’exorciser la mort. Pour contrer la société dans laquelle on vit, on occulte complètement la douleur, la maladie, la mort. « Millésime » est une chanson spontanée assez enlevée, relevée, assez légère finalement.

Mathieu : C’est une chanson à la base très personnelle et qui très vite s’est ouverte tant ce sujet est universel. N’importe qui dans la vie a déjà ou va être confronté à quelqu’un qui viendra lui annoncer la mort d’un proche. Comme le dit François, dans la société dans laquelle on vit, on est confronté à un processus extrêmement froid, extrêmement pudique. On n’admet pas la mort, on n’admet pas le mort. Il faut très vite tourner la page et le processus de deuil n’est pas du tout accepté.

François : En quelque sorte, c’est un peu notre façon de faire des rituels traditionnels comme des enterrements avec des explosions de douleurs et de joies.

Mathieu : Ce qui a été agréable pour nous, c’est de chanter cette chanson tous les cinq. Ça ramène à une espèce de veillée plutôt joyeuse ou chacun se renvoie la balle. L’idée est de dire que le deuil n’est pas une expérience personnelle, mais collective ou chacun peut interagir.

"L'Homo Ca Pionce"

Vous n’avez pas franchement une opinion très positive sur l’être humain, il me semble, en écoutant vos textes. Dans « L’Homo ça Pionce », par exemple vous dites que nous sommes une « espèce vaniteuse, futile, inutile ».

François : J’ai une très piètre opinion de l’être humain en effet, mais là, ça n’engage que moi et je me mets dans le même sac. A la base, je suis anthropologue. Ce n’est pas que je n’aime pas les humains avec lesquels je vis, mais je suis consterné par leur vanité, leur prétention et leur vacuité. Parfois, je suis à la limite de la misanthropie. Mais c’est une misanthropie qui peut être très chaleureuse.

Mathieu : Une misanthropie comme celle d’un Céline ou un Brassens.

Le fait d’écrire vous décharge donc un peu.

François : oui, carrément.  Mais, tu sais, il y a des chansons où je me fous de ma propre gueule et quand je vois le public les chanter, c’est une expérience intéressante.

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Cédric Van Caillie (chanteur/guitariste)

Et toi Cédric, tu as quelle opinion du genre humain ?

Cédric : Je suis assez d’accord dans sa globalité, mais je pense que dans l’individualité les choses ne sont pas aussi simples. Quand on fait beaucoup de rencontres, on s’enrichit et c’est là que l’on se rend compte que les gens pris un par un sont intéressants. C’est de ceux-là que l’on se nourrit pour écrire, composer, chanter et pour avancer dans notre projet.

François : Quand tu me posais la question sur ce que je pensais de l’être humain en général, je t’ai donné une réponse qui est plus une approche philosophique. Dans le concret, dans notre rapport entre nous, dans notre rapport avec le public, dans notre rapport avec les gens de la profession, je crois que nous sommes très humains et attentifs aux autres. Ce que je pense philosophiquement de l’être humain ne m’empêche pas d’aimer les gens et d’aimer la vie.

Finalement, Balimurphy, c’est de la philosophie en musique.

François : J’assume tout à fait cela.

Mathieu : Il y a dans notre répertoire, en effet, beaucoup de textes où il est clair que nous sommes navrés pour la condition humaine. Nos chansons sont personnelles, mais deviennent universelles, car nous vivons tous la même chose. On a une vraie compassion pour les autres et pour nous-mêmes, mais encore une fois, de façon globale.

Est-ce que vous pensez qu’une chanson peut changer le cours des choses ou influencer ceux qui l’écoutent ?

François : Je ne pense pas. En tout cas, il ne faut surtout pas que nous soyons moralisateurs. Là, ce serait l’horreur pour nous. De toute manière, le retour qu’on a du public c’est qu’il est plus réactif sur nos chansons d’amour que sur nos chansons philosophiques.

"Les cent planètes"

La chanson qui ouvre l’album « 100 planètes » explique qu’il faut arrêter de nous plaindre de nos vies. Nous sommes tout petits dans l’univers…

François : Je ne comprends pas toujours tout ce que j’écris. La poésie c’est ça. On ne comprend pas toujours ce que l’on dit, mais ça sort. En tout cas, cette chanson est une chanson positive.

Cédric : C’est même la plus positive de l’album. Elle veut dire qu’il faut vivre à fond et ne pas rester face à ses problèmes sans réagir. Il faut se projeter toujours plus loin parce qu’on n’est pas là pour comprendre, on n’est pas là pour durer, profitons-en, vivons 1000 choses.

Dans « La saison des claques », vous expliquez en substance qu’il ne faut pas regarder en arrière, il faut avancer et affronter les problèmes en adulte.

Mathieu : Je cherchais un exemple tout à l’heure d’une phrase de l’un qui devient une chanson de l’autre. L’expression « une saison des claques » a été prononcée par François lors d’une soirée et j’en ai fait une chanson. Je dis qu’on a plutôt intérêt à foncer dans la broussaille épaisse et les ronces de la vie, à tracer à travers sans regarder en arrière. On court dans les branches, on en prend plein la figure, mais il faut continuer.

"La saison des claques"

Vous êtes souvent ensemble tous les trois ?

Cédric : Bruxelles est petit, on a le même cercle d’amis et ça fait 13 ans que l’on fait de la musique ensemble.

Mathieu : On a vécu beaucoup de choses ensemble.

Vous ne vous lassez pas d’être ensemble ?

François : Parfois, surtout quand on est en tournée.

Cédric : En revenant de tournée, on évite de se voir pendant 15 jours, trois semaines.

Mathieu : On se laisse respirer. C’est salvateur.

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Je crois que dans ma vie, je n’ai jamais rencontré un groupe aussi rigoureux que vous, avec une telle approche.

Mathieu : Je ne sais pas si on a de la rigueur. Nous avons des méthodes de cavistes. Il y a des vins qui sont délicieux et qui se boivent tout de suit… et d’autres qui doivent mûrir en cave. Ce n’est pas forcément pour ça qu’ils seront meilleurs que celui qu’on a débouché tout de suite. Ça dépend le plaisir qu’on veut et ce que l’on recherche.

François : Belle métaphore Mathieu !

Mathieu : Merci.

Cédric : Tout ça devant un bon verre de vin grec.

Je sais que vous aimeriez vous lancer dans la musique de film…

François : On a déjà beaucoup de rapport à l’image. Ça se voit dans les gravures sur nos pochettes, on a déjà fait des spectacles avec des visuels cinématographiques. Ça fait partie du projet Balimurphy, on n’est pas un truc monolithique. Si on peut se confronter au théâtre à la danse et au cinéma, ce sont des enjeux et des plaisirs qui nous intéressent terriblement.

Les portraits de Cédric Van Caillie, Mathieu Catala et François Delvoye sont signés Nicolas Bera(t).

L'entretien a été immortalisé par Flavie Rodriguez.

04 février 2013

Rose : interview pour "Et puis juin"

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Rose fait la une du Magazine des Espaces Culturels Leclerc de ce mois (comme vous l’avez remarqué). Je suis donc allé lui poser quelques questions sur son troisième album, Et puis juin. Ce que j’aime chez Rose c’est qu’elle n’a aucun frein dans ses propos (du coup, l'entretien n'est pas lisse), alors comme l’interview « officielle » doit tenir sur un certain nombre de signes, je vous propose un bonus mandorien…

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831_10151153307420642_120337207_n.jpgLe bonus de Mandor :

Sur votre blog, vous vous dévoilez beaucoup.

J’ai du mal à rester discrète. Même dans les interviews, il faut souvent que je fasse gaffe. Je me complais facilement à balancer des choses sur moi, sur ma vie et je pense parfois que ce n’est pas utile d’aller aussi loin. Mais mon blog, je l’ai créé pour pouvoir dire tout ce que je voulais dire, sans me censurer. Certains sont étonnés que je raconte par exemple que pafois, les dimanches, je peux m’ennuyer avec mon enfant à Paris. Tout à coup, beaucoup de mamans me tombent dessus en me disant merci. On s’emmerde toutes au bac à sable. Moi, j’aimerais bien que des artistes que j’aime fassent des blogs comme le mien.Sincère.

En tant qu’homme, en écoutant les paroles de vos chansons, je me suis dit que ça ne devait pas être facile de vivre avec vous. Ça peut faire peur aux hommes.

Ça tombe bien, je ne leur propose pas de vivre avec moi (rires). Mais, c’est ça. Quand même, je cite mon mec qui dit que « c’est pas la joie tous les jours » et qu’avec moi, « il faut aimer vivre le cœur lourd ». Aujourd’hui, nous les femmes, on est dure à vivre, parce qu’on veut tout, mais j’avoue, qu’autour de moi, mes copines ne m’arrivent pas à la cheville en chiantise. C’est déjà difficile pour moi de vivre avec moi-même, alors pour un homme… Il faut me supporter et j’ai l’impression que je ne m’améliore pas quoi.

Le clip de "Et puis juin".

Sur votre blog, vous dites par exemple : « J'avais un fils, mais j'étais pourtant toujours cette fille qui cherchait l'approbation dans les yeux d'une mère. J'étais femme, mais tellement petite face à cette immensité qui me tombait dessus ».

Parfois, j’ai l’impression que je manque à mes devoirs vis-à-vis de ma mère et de mes parents. J’ai l’impression de trop donner en dessous à la hiérarchie et d’être "une mauvaise fille", comme le nom du roman de Justine Lévy.

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(Photo : Yann Orhan)

Chanter, c’est aussi pour impressionner ses parents ?

Psychologiquement, tout est lié, c’est sûr. Moi, je n’ai jamais su quoi faire de ma vie. Mon père a toujours dit : « mais elle, c’est une artiste ». Lui, il a toujours cru en ce fait. Un jour, il y a 15 ans, il m’a ramené un disque en me disant : « Regarde, elle t’a volé ton nom ». C’était Keren Ann. Je m’appelle Keren et ma sœur s’appelle Anna, il m’a dit: "c’est comme ça que tu aurais dû t’appeler : Keren Ann". J’ai écouté le disque de cette chanteuse et je l’ai trouvé formidable. Je suis devenu fan d’elle. Mon père, quelque part, il m’a porté jusque-là et j’ai fait de lui un homme heureux. Quand je ne chante plus, que je ne suis plus dans les médias, il est triste. Je lui manque. Ca fille ne lui manque pas, mais Rose lui manque.

Pour des parents, ce doit être bizarre de découvrir leur fille à travers des textes de chansons…

Quand mon père a entendu, « Je me manque », il a pleuré en se disant : « ce n’est pas possible, nous on ne voit pas, mais c’est ça que notre fille a dans sa tête ? ».

Vous écrivez pour d’autres artistes…

J’ai fait des chansons pour Jenifer, Amandine Bougeois, Pierre Guimard… là, je travaille avec des chanteurs de The Voice. J’espère que ça va se savoir que je peux faire des textes rapidement et bien. Zazie, par exemple, elle a la carrière que je rêverais d’avoir. Pour elle, elle a fait des chansons les plus tubesques qui soient sans aucune faute de goût. Elle a remis Axel Bauer sous les feux des projecteurs grâce à leur duo « A ma place », elle a écrit « Allumez le feu » pour Johnny, avec Obispo « Les meilleurs ennemis »… À chaque fois qu’elle fait une chanson, c’est dans le mille, quoi. Un jour, j’espère arriver à sa cheville.

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(Photo : Yann Orhan)

Vous avez une "fan base" fidèle. Je le vois sur votre profil Facebook.

C’est un peu factice parfois les relations qu’on entretient sur Facebook. Mes proches me disent : « mais arrête, tu crois que tu es en train de prendre de l’amour. On est sur Facebook, merde. Réalise ! ». Malgré tout, quand je mets une chanson à moi ou que je donne des dates de concerts et qu’il y a plein de gens qui viennent commenter, ça me fait très plaisir et je n’ai pas envie de m’en priver. C’est marrant parce que ces gens-là, ils ne se rendent pas compte à quel point je les connais aussi. Comme je suis très curieuse, souvent, je vais voir leur page. Du coup, je connais pas mal de choses de mes fans.

Vous faites attention à ce que vous écrivez sur votre page ?

Oui. Avant, je mettais trop de choses personnelles. Je suis un peu vanneuse aussi. Sur Twitter par exemple, quand je regarde la Nouvelle Star, je tweete beaucoup, je suis capable de dire que je n’aime pas untel ou untel. Il faut que je fasse gaffe, je suis très tweeteuse instinctive.

Parlons de votre collaboration avec I Music-school. Vous faites des Master class de guitare acoustique. On peut apprendre à jouer à la guitare 22 de vos titres, avec des cours très détaillés, et plus de 200 vidéos!

On me l’a proposé, je ne voulais pas. Je n’y croyais pas. Je leur ai dit qu’ils étaient fous. Mais, au fond, je pense que je suis une bonne guitariste. Ce que je sais faire, je le fais bien. J’ai un bon jeu de guitare parce que je joue depuis l’âge de 3 ans… la guitare, c’est un prolongement de moi-même. Bon, j’étais instit et je joue de la guitare, il était finalement logique que j’associe les deux. En fait, les débutants adorent et moi, je me suis éclatée…

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(Après l'interview, le 16 janvier 2013, chez Sony Music)

03 février 2013

The Earl Grey : interview pour la sortie de We Are Young

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Parfois, il faut que je sorte de mon univers musical. Le premier album du projet solo d’Alexandre Ragon, désormais The Earl Grey, m’en a donné l’opportunité. Ce disque m’a intéressé parce qu’il délivre une musique pop à la fois ambitieuse et accessible, dans un esprit proche des influences pop-rock américaines avec lesquelles le jeune homme a grandi, tout en y ajoutant ses sensibilités indie ou électro. Le 24 janvier, le rockeur est venu à l’agence pour m’expliquer ce projet. (Merci à Sissi Kessaï pour la découverte… alors qu’elle sait qu’à priori, je ne mange pas de ce pain-là.)

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interviewBiographie officielle (et un peu écourtée) :

Après plusieurs années d’expérience au sein de groupes français indie-rock et pop-punk, Alexandre Ragon démarre à l’été 2009 ce projet qu’il veut le plus abouti de toute sa carrière musicale. Après avoir auto-produit en 2010 son premier EP In This Memory, The Earl Grey sillonne la France seul ou aux côtés de groupes internationaux.
En 2011, The Earl Grey signe chez Next Dimension Gears et sort une Édition Deluxe de l’EP In This Memory avec trois titres acoustiques supplémentaires.
En collaboration avec le réalisateur artistique Kevin Fouetillou, il enregistre à Insight Studio (Paris) son premier album We Are Young. Treize titres, masterisés par UE Nastasi (Panic! At The Disco, Cobra Starship, The Summer Set) aux studios Sterling Sound (NY), qui dévoilent pleinement l’univers de cet artiste aux multiples facettes.
Alexandre invite sur cet album les prestigieux groupes rock français Chunk! No, Captain Chunk! et Mary Has A Gun, ainsi que le compositeur pop-folk Olivier Delattre.

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Interview:

Raconte-moi en quelques mots l’avant The Earl Grey.

J’ai monté mon premier groupe quand j’avais 15 ans. C’était une formation pop punk, mais je chantais en français. Le style musical se rapprochait de Blink 182. Après, j’ai navigué dans plein de groupes différents. J’ai été dans des groupes plus screamo, puis plus indie, ensuite je me suis un peu posé avec un groupe de pop punk, cette fois, en anglais et avec lequel on a fait pas mal de premières parties.

Cet amour du rock, tu l’as choppé où ?

Ce sont des restes de mon adolescence. Moi, j’ai toujours aimé les mouvements un peu à contresens, un peu rebelle. J’aime sortir du cadre. J’ai grandi avec cette culture-là, punk, « bad religion », des Sex Pistols jusqu’à Greenday. A partir de ce constat, j’ai étudié un peu la musique. J’ai découvert Johnny Cash. Il faisait de la country, pourtant je t’assure, c’était un vrai punk. Dans l’attitude, il était rock, punk, le plus rebelle d’entre tous.

Sur scène, toi, tu es un vrai dingue.

Oui, ces derniers mois, j’ai appris à me gérer un peu plus. Pendant des années et des années, j’étais un peu comme un fou. Je me roulais par terre enfin, tu vois l’imagerie liée au rock pur et dur. Il y a des gens qui sont timides et très réservés et qui se forcent à exploser. Moi, c’était le contraire, j’avais trop d’énergie en moi et il fallait que je me concentre pour moins libérer d’énergie.

Cette énergie dont tu me parles, il faut aussi la catalyser pour concevoir l’album que tu as fait. C’est du rock, mais plus pop rock…

Pour être un peu plus pop, il faut être un peu plus catchy, c'est-à-dire avoir cette mélodie et un refrain qui va rester un peu plus dans la tête des gens. Les Skip The Use, un groupe que j’affectionne particulièrement joue de la pop, mais sur scène, ils sont très énergiques. Bien plus que les groupes estampillés rock.

Si je comprends bien, tu donnes une grande importance à la mélodie dans tes musiques.

C’est un premier album dont je suis très fier, mais je ne dis pas qu’il n’y a rien à faire évoluer. Moi, je vais toujours m’améliorer et je travaille beaucoup pour cela.

Que penses tes potes qui ont gardé le même style de musique, ceux qui sont restés dans lealexandre ragon,the earl grey,we are young,interview rock, punk, trash… j’en passe et des plus hardcore !

J’ai une certaine intégrité. Quand j’ai joué au Nouveau Casino, j’ai invité tous mes potes musiciens pour qu’ils voient ce que joue aujourd’hui. J’ai gagné en crédibilité, car ils ont vu que je ne tourne pas le dos à ce que je faisais avant et même parfois, je collabore avec eux. Quelque part, je montre une autre facette du metal et du rock un peu plus dur avec des mélodies et des chants entraînants. Je n’ai pas du tout l’impression de trahir mes idéaux musicaux.

Si aux États-Unis beaucoup de groupes font une musique proche de la tienne, en France, il me semble que vous êtes peu nombreux.

C’est une musique difficile à imposer. Au niveau des concerts, il y a tout un réseau de salles de musiques actuelles, mais ils ne savent pas trop ou me caser. Je ne suis « parrainé » par personne… je t’avoue que c’est difficile.

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Est-ce que ta famille t’a déjà vu sur scène ?

Mes parents étaient là au Nouveau Casino. Je pense que j’ai fait mes preuves. Je n’étais pas fait pour les études et je me suis battu longtemps pour qu’ils me laissent faire de la musique. Ils m’ont dit d’aller bosser, ce que j’ai fait. Je suis allé à l’usine, chez Quick, Mac Do, des tas de petits boulots, mais je pouvais jouer de la musique. Je me suis assumé, j’étais crevé, mais c’était le prix de ma liberté.

Mais ils aiment ta musique ?

Ils ne sont pas trop fans des parties violentes, mais des chansons comme « Special », ma mère adore et c’est le plus beau cadeau. Pendant le concert du Nouveau Casino, je lui ai dédicacé un morceau et à la fin, elle m’a dit qu’elle était très fière de moi. J’avais une petite larme…

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(Photo: Brounch)

Concernant tes textes, ce n’est pas « joie de vivre et compagnie » quand même.

Mes chansons, ce sont mes frustrations que je n’ai jamais pu exprimer dans un autre contexte. Avec mes autres groupes, je ne pouvais pas trop parler de choses personnelles. Dans cet album, ça a donc explosé. Je voulais faire des chansons uniquement sur des thèmes qui me tiennent à cœur depuis toujours. Malheureusement, ce sont des choses un peu tristes, parce qu’il est vrai que je n’ai pas un parcours hyper facile.

J’en reviens à ta famille, excuse-moi, mais elle n’est pas trop gênée par ce que tu racontes ?

On n’en parle pas. C’est quelque chose d’assez tabou. C’est vrai que dans ces titres, je me suis vraiment lâché, mais j’en avais besoin. En y réfléchissant bien, cet album a été salvateur. Par exemple, j’ai des rapports très compliqués avec ma sœur, mais depuis qu’elle m’a vu en concert et qu’elle a écouté l’album, les choses vont un peu mieux. C’est toujours compliqué d’avoir son mot à dire dans une famille avec des personnalités fortes. Avec ce disque, ils se sont rendu compte que j’avais construit quelque chose à côté et ils ont entendu ce que j’avais à dire. Du coup, réellement, on s’est tous un peu rapproché.

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Revenons à l’album. On y trouve des collaborations avec Chunk! No, Captain Chunk!, Mary Has A Gun et Olivier Delattre.

Ce sont des gens avec lesquels je m’entends musicalement parfaitement. Je ne voyais pas un premier album sans eux, tout simplement. C’était intéressant parce que leurs musiques sont différentes, même si on appartient un peu à la même scène. Une chanson, c’est un peu comme dans un couple. Ce sont des compromis, des réglages en permanence, mais surtout des expériences enrichissantes pour tous.

Tu es un mec de scène qui n’arrête pas de jouer. Et pas qu’en France.

Avec mon premier groupe, on a joué aussi en Europe. Avec The Earl Grey, j’attaque l’Angleterre. J’ai déjà fait quelques dates.

Tu es mieux perçu qu’en France ?

Je ne dirais pas ça. Ce n’est pas mieux, c’est différent. J’ai aussi tout à prouver là-bas. Encore une fois, rien n’est facile.

Clip de "Heart of Glass".

Tu as fait un clip sur ta chanson « Heart of Glass ». Tu sais que le premier 45t que j’ai acheté avec mes deniers personnels dans ma vie était Heart of Glass de Blondie ?

Génial ! La chanson n’a rien à voir avec celle de Blondie, mais c’est quand même un hommage. J’adore Blondie. Ma chanson « Changes », c’est en hommage à David Bowie. Quand j’ai découvert ses artistes, ils m’ont immédiatement impressionné. Deborah Harry et David Bowie, chacun dans leur genre était bien déjanté.

Tu écoutes quoi hormis ta musique de prédilection ?

À part le metal et le hardcore, j’écoute plein de choses. Du jazz, du blues et même du classique si tu veux savoir. D’ailleurs, le père de ma copine est violoniste de musique classique.

Pas d’electro ?

Non, pas trop.

Pourtant, il y a des pointes d’electro dans ton album.

Oui, mais je ne suis pas trop spécialisé là-dedans. J’aime bien, mais sans plus.

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interviewLes chansons de ton EP, on ne les retrouve pas sur ton album.

J’ai beaucoup de chansons écrites, je ne vais pas remettre les mêmes. Et j’ai besoin de prouver en permanence que je travaille. J’écris et compose tout le temps, je suis un peu superactif. J’ai au moins 30 titres d’avance.

Tu as fait du théâtre. Tu te sers de cette expérience pour les concerts ?

Je suis plus dans l’ordre de l’interprétation que de la mise en scène. Oui, franchement, ça me sert pas mal.

Quand on est artiste, il y a toujours une part de schizophrénie. Tu préfères être Alexandre ou The Earl Grey ?

Je vais te dire un truc perso qui va t’éclairer. Pendant mon adolescence, j’ai été extrêmement gros. J’avais 25 kilos en plus. J’avais évidemment des problèmes avec le regard des autres. En un été, j’ai perdu 10 kilos et une année après, j’avais reperdu 10 kilos. Ça a créé cette personne qui est aujourd’hui sur scène. Aujourd’hui, le regard des gens à complètement changé. Je suis passé du mec gentil, on m’appelait nounours, à un fou fieffé sur scène qui, physiquement, peut plaire aux filles. C’est bizarre ce mélange entre celui que tu es et celui que l’on voit…

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26 janvier 2013

La Goutte : interview pour Drôle de monde

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La Goutte, c’est Gabriel de Villeneuve (chant /guitare), Hugo Lagorsse (guitare/banjo/trompette/soubassophone), Jonathan Testar (violoncelle), Ludivine Vandenbroucke (accordéon/claviers), Pierre Yves Lemay (batterie) et Alexandre Viallet (basse/clarinette).

la goutte,drôle de monde,interview,mandorLa Goutte, c’est d’abord une histoire d’amitié qui s’est forgée autour de la chanson. Un mélange de chansons avec beaucoup d'instruments acoustiques, d'influences arabo-andalouses ou slave et celle de grande chanson française comme Brel, Brassens ou Boby Lapointe. Les membres de La Goutte explorent ces petites choses de la vie qui les touchent et qu'ils veulent partager - réflexions sur l'humanité, sur les vraies valeurs d'un monde confronté au progrès, à l'indifférence - et qu'ils jugent parfois absurde. Le 4 janvier dernier, Gabriel de Villeneuve, Hugo Lagorsse et l’ex-percussionniste du groupe, dont je n’ai pas encore l’identité (faute professionnelle, je sais) sont venus me rejoindre dans un café parisien lors d’un passage parisien rare et rapide…

Biographie officielle :

Au printemps 2012, La Goutte concrétise avec brio son second projet discographique.
Entre conte moderne et réalité urbaine, "Drôle de monde" porte un regard cherchant dans le quotidien l'empreinte d'une valeur que l'on nomme humanité.
Les six musiciens nous livrent un son parfois plus électrique, où la batterie et les cuivres ont su trouver leur place sans dérober au groupe son identité première, résolument acoustique.

Vous pouvez écouter quelques titres là.

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Interview :

Vous vous connaissez depuis toujours.

Gabriel : Il y en a deux, trois dans le groupe qui se connaissent depuis l’âge de 10 à 15 ans.

C’est bien de se connaître parfaitement. Cela permet d’être solidaire dans une vie de musicien dont on sait qu’elle peut être compliquée…

Gabriel : Ça dépend. Ca peut-être aussi plus compliqué que si c’est juste un rapport de travail. Là, on est dans des rapports mêlés entre amitié et profession. Quand on est dans une phase de professionnalisation, il faut gérer cet aspect-là. On s’en tire plutôt bien.

Vous existez en tant que La goutte depuis 4 ans. Vous avez employé le terme de professionnalisation. Quand se rend-on compte que l’on passe d’amateur à professionnel ?

Hugo : Le fait que les concerts soient fréquentés, ça rend plus crédible. Aujourd’hui, nous avons un tourneur, ça facilite les choses.

Gabriel : Nous n’avons plus du tout le même rythme de travail. Quand nous étions plus jeunes, on se voyait une fois par semaine pour les répétitions et puis c’est tout. Aujourd’hui, on se voit plus souvent…

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Vous avez commencé à jouer ensemble dans la rue. La meilleure école musicale du monde, je présume…

Gabriel : Oui, c’est sûr. Les gens, ils n’en ont rien à battre. Il faut parvenir à capter leur intérêt. C’est une bonne leçon d’humilité aussi. Là, après ton interview, on y retourne.

Ah bon ! Sérieusement ?

Gabriel : Oui. On adore ça. Moi, c’est le fait de jouer qui m’anime. Alors, dans la rue, nous nous sentons complètement libres. C’est génial.

la goutte,drôle de monde,interview,mandorA Lille et dans sa région, vous avez déjà un public conséquent.

Hugo : Disons, qu’on est en train de grappiller sur le territoire pour se faire connaître. On fait pas mal de premières parties pour nous faire repérer. Ob a joué avec Les Ogres de Barback, Alexis HK, Barcella, Rageous Gratoons, Les Fils de Teuhpu, Debout sur le Zinc, Mon Côté Punk, As de Trèfle…

Gabriel : Parfois, on passe aussi en tête d’affiche. Maintenant, pas mal de personnes se déplacent assez loin pour venir nous voir. Beaucoup connaissent les chansons par cœur et ça fait bizarre.

Gabriel, c’est toi qui écris les textes et qui chantes.

Gabriel : Oui, personne d’autre ne se mêle des textes. En général, les autres membres du groupe me font confiance.

Tu écris des textes un peu « engagés », avec toute la réserve que je mets dans ce terme, des chansons humanistes en tout cas et souvent incisives… il faut que tout le monde soit d’accord avec tes propos, je suppose.

Gabriel : Tu as raison, ce n’est pas une évidence. Bon, on est copain depuis toujours, ce n’est pas pour rien non plus. On a tous à peu près les mêmes idées. Parmi les musiciens du groupe, il pourrait y avoir des personnes qui n’ont pas la même manière de penser que moi, mais en fait non.

Hugo : Avant tout, nous, on se concentre sur la composition de la musique.

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De gauche à droite : Hugo Lagorsse, l'ex percussioniste du groupe et Gabriel de Villeneuve).

Moi, j’ai un souci avec les chansons trop engagées. Je déteste ça en fait. Je trouve que la chanson doit plus servir à faire rêver, à permettre à l’auditeur de s’évader. Je n’aime pas les artistes qui donnent des leçons de morale aux gens. Tandis que dans tes textes, Gabriel, tu dis beaucoup de choses importantes, sans en faire des caisses. J’aime ça.

Gabriel : Moi, je chante les constats du monde que je vois et que je vis. Je ne dis jamais les méchants sont là, les gentils sont ici… Je ne prends pas parti. J’évite les préjugés un peu faciles. On peut très vite basculer vers la démagogie. Chanter ce que les gens ont envie d’entendre, être moralisateur bien pensant, c’est très facile tu sais. Donc, moi, je ne rentre pas dans ce truc-là.

Écris-tu « facilement ».

Gabriel : Il y a tous les cas de figure. La chanson « Drôle de monde », qui porte le nom de l’album, je l’ai écrite en deux ans. Quand j’ai commencé à écrire, j’étais plus spontané, aujourd’hui je réfléchis beaucoup à ce que je veux transmettre comme message. Je suis un peu plus long. Il y a des périodes ou je n’ai pas le temps, il y a des périodes où je n’ai rien à dire. Mais, j’ai plein de textes en avance. J’ai la matière pour enregistrer un nouvel album. Je suis d’ailleurs impatient.

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Et musicalement, la création est collégiale. Ce doit être un beau bordel ?

Gabriel : Moi, j’arrive avec une base musicale et on en discute. Parfois, ça plait tel quel, parfois on change tout. Chacun agrémente le squelette.

Votre disque est sorti en mars dernier. C’est une sacrée belle carte de visite. la goutte,drôle de monde,interview,mandor

Hugo : Oui. Nos morceaux sont enfin bien construits et leurs réalisations discographiques nous servent de base dans nos concerts. Et depuis que ce disque est sorti, on a gagné en crédibilité. Les gens ont besoin d’un truc physique pour considérer que l’on fait vraiment ce métier professionnellement. En plus, le disque est plus soigné qu’un premier EP. Il y a 11 titres, on a fait un effort pour le visuel, la réalisation est très satisfaisante. Bref, on a mis les moyens financiers pour avoir un disque dont on soit fier. A nous d’en faire un peu plus pour communiquer dessus.

Vous méritez vraiment qu’on vous connaisse mieux.

Gabriel : On a mis tout notre argent dans le disque. On n’a plus les moyens de nous payer une attachée de presse. C’est compliqué de faire de la promo quand on n’est pas rompu à l’exercice. A la base, se vendre, ce n’est pas notre métier. Par contre, jouer de la musique, on sait faire…

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(Voici leur page Facebook, seul endroit sur le net où l'on peut voir et surtout écouter quelques morceaux...)

(Le chanteur du groupe, Gabriel de Villeneuve, anime des ateliers d'écritures).


21 janvier 2013

Nilem : interview pour son premier EP "Planter le décor"

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(Photo : Emilie Arfeuil)

Nilem vient de sortir son premier E.P, Planter le décor. Un titre annonciateur d’un monde musical imagé, mais aussi une volonté d'écrire une nouvelle page de son histoire personnelle. Après avoir évolué avec un nombre considérable d’artistes, il était temps qu’il sorte de l’ombre. Il le mérite amplement. J’ai demandé à Nilem de venir à l’agence le 3 janvier dernier pour évoquer l’ensemble de sa carrière que cela.

Biographie officielle (extraits) :

Dans la vie ou sur scène, Nilem a donné à sa guitare la dimension d'un véritable compagnon de route. Elle est l'arbre à six cordes qui cache une forêt de savoir-faire, car ce guitariste talentueux est également un arrangeur, réalisateur, multi-instrumentiste qui a su placer tous ses talents au service de nombreuses collaborations : Ben Mazué, Carmen Maria Vega, Madjo, Duberman, You & You (mandorisé là), Kid with no eyes, Jeff Brodnax... Avec qui il a arpenté de nombreuses salles en France et à l'étranger ( Japon, Roumanie, Ukraine, Belgique, Suisse, Croatie, Bosnie, Slovénie, Hongrie ), et de nombreux festivals comme les Francofolies, les Eurockéennes,nilem,planter le décor,interview Paroles et musique, Alors chante, Solidays, Rock en seine, Le printemps de Bourges, le festival chorus.... ).

Nilem a ressenti l'envie de porter sur scène son propre univers. C'est tout d'abord par son grain de voix puissant, rugueux, velouté, pudique et tout en nuance que Nilem étonne. Dans son monde musical, très pictural, en clair-obscur, s'entrelacent l'ombre et la lumière, l'endroit et l'envers, l'ici et l'ailleurs. Au fil de ses compositions, Nilem ne cesse de jouer avec les contrastes. En français ou en anglais, ses chansons aux teintes pop, folk et blues sont souvent traversées par un souffle romantique : correspondances entre l'état d'âme et le paysage extérieur, tableaux nocturnes, endroits ombragés, arpèges cristallins, rythmique énergique et boisée, chœurs enivrants, mélodies exaltées....

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Interview :

C’est grâce à ta maman qui jouait beaucoup de piano à la maison que ton goût prononcé pour la musique a commencé.

Elle a pris l’initiative très tôt de nous inscrire dans des écoles de musique. L’éveil musical, je l’ai depuis tout petit. Ensuite, on rejette toujours ce que nos parents nous obligent à faire. À 9 ans, j’ai un peu arrêté. Plus tard, le rock m’a donné envie de jouer de la guitare. J’ai eu ma période garage et  grunge, puis après j’ai dérivé vers le métal. À partir de ce moment là, naturellement et de moi-même, j’ai eu envie de me remettre à faire de la musique. J’en suis presque devenu autiste.

C'est-à-dire que tu n’as passé ton temps qu’à ça ?

C’était devenu une grosse passion et, effectivement, je ne faisais plus que ça. Pendant mes années lycées, j’étais constamment dans mon univers personnel. J’ai eu l’obligation d’avoir mon bac, mais à 19 ans, je suis parti dans une école de musique.

A la Music Academy International de Nancy.

C’est une école qui te prépare au métier de musicien. On emmagasine beaucoup d’informations musicales, on t’apprend  aussi comment le milieu fonctionne, mais après, tout le travail reste à faire. Il faut à être à la fois patient et s’acharner.

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(Photo du teaser realisé par Germain Lalot)

Tu as beaucoup écouté de jazz et de musique improvisée.

En apprentissage, c’était très important. J’en ai même beaucoup joué à une période, mais plus maintenant.

Tu as aussi joué du funk, de la world music, de la folk, j’en passe et des meilleurs.

À un moment donné, je me suis aperçu que tous les types de musique pouvaient m’apporter quelque chose.

Teaser du EP.

Faut-il tout maîtriser pour rencontrer sa « voie » ?

C’est bien de tout connaître et j’avais envie d’avoir une palette assez vaste. J’aime analyser la musique, j’aime savoir comment tel musicien aborde telle musique, c’est très instructif pour moi et porteur pour ma musique personnelle.

En 2003, tu arrives à Paris.

Oui, je viens de Bordeaux. Arrivé dans la capitale, j’ai fait plein de petits boulots et beaucoup de jams dans des clubs où les musiciens se rencontrent. Il faut rencontrer les gens. C’est un milieu où les gens ne t’acceptent pas comme ça. Il est fermé et il faut savoir s’imposer.

Tu as rencontré des artistes avec lesquels ça s’est très bien passé.

Oui, il fallait que je me fasse violence, j’étais un peu timide, mais j’ai fini par faire les bonnes rencontres. Ben Mazué par exemple, que j’accompagne encore de temps en temps… et quelques autres. De fil en aiguille, avec les années et mes différentes collaborations, c’est devenu mon métier.

Tu as appris beaucoup avec les autres ?

Oui, tu apprends de tout le monde. Les artistes sont des éponges. C’est ce qui est beau dans ce métier-là, c’est très humain. La musique, c’est l’échange et le partage. Et le partage peut être très intense sur scène. Sans vouloir exagérer, ça se rapproche un peu de l’amour, toute proportion gardée. Ces moments-là nous rappellent pourquoi on est là.

Et pourquoi vous êtes là ?

Le plaisir de faire de la musique. Personnellement, c’est la seule chose que je sais faire. Je ne sais pas ce que je ferais si je ne m’adonnais pas à cette activité. On verra dans 15 ans ce qu’il se passera.

Version acoustique de "La discorde".

Tu sors un premier EP, certes, mais malgré cela, tu as déjà fait l’Olympia, la Cigale, la Maroquinerie, l’Alhambra… toutes les salles parisiennes importantes, même si, souvent, c’était en première partie ou pour accompagner d’autres artistes.

Oui, je sais la chance que j’ai. Ce sont des salles mythiques et c’était des moments très forts à chaque fois. Le fait de sortir ce premier EP comme un débutant qui n’a pas fait grand-chose me fait un peu redescendre. Je rejoue dans des petits endroits mes propres chansons. Avec ce projet, je dois recommencer à zéro. Les professionnels me connaissent, mais n’ont pas confiance tout de suite. Je dois faire mes preuves en tant que Nilem. C’est à la fois curieux et super intéressant de défendre son projet personnel.

Je sais que la scène est très importante pour toi.

Ce qui m’excite le plus, c’est l’adrénaline qu’on peut avoir sur scène. Ce que l’on peut ressentir quand on descend, cette angoisse que l’on peut avoir quand on monte et cette envie de remonter quand on descend. C’est ça qui me fait aimer le métier. Ces rencontres, cette interaction avec les gens…

On n’est plus le même quand on monte sur scène ?

Si tu es le même dans la vie que sur scène, c’est que ce que tu fais n’est pas très profond. Le public attend autre chose de toi, tu dois être plus ou moins transformé. C’est comme ça que je vois les choses. Moi, quand je suis sur scène, je suis ailleurs. C’est totalement un autre monde. Les artistes qui me font frissonner sur scène sont ceux qui sont dans le lâcher-prise total, dans l’oublie d’eux-mêmes.

Version live de "Les fauves".

Comment décide-t-on de créer son propre projet ?

Quand on en ressent le besoin. Je suis guitariste à la base, le chant est arrivé beaucoup plus tard. Le fait d’ouvrir la bouche et chanter n’a pas été un truc très naturel pour moi. J’ai découvert ma voix progressivement et j’ai entendu mes amis musiciens ou chanteurs me dirent : « tu t’es écouté chanter ? ». Ils m’ont dit qu’il y avait quelque chose à faire de ce côté-là et ils ont insisté pour que je tente l’aventure. Le temps me manquait, mais l’envie était là. J’ai commencé à composer des chansons et la passion s’est transformée en frustration. J’ai compris qu’il fallait que je mette mon « talent » aussi à mon service et pas seulement à celui des autres. J’ai travaillé ensuite dans ce sens sérieusement, et ce pendant deux ans et demi, mais avec des phases assez éloignées. Ce qu’il me manquait, c’est de m’y plonger vraiment, m’immerger totalement. Ce que j’ai fait au début 2012.

Il a fallu que tu trouves des collaborateurs pour t’écrire tes textes.

Oui, parce que quand j’ai commencé le projet Nilem, je n’écrivais pas beaucoup, je n’avais pas confiance en mon écriture. J’ai donc collaboré avec Céline Righi, Yannick Marais (de La maison Tellier) et Cae, qui eux, ont su mettre en mot avec talent mes idées. Ça prend un peu de temps parce qu’on ne maîtrise pas tout.

Il fallait que ces textes correspondent à ta pensée et à ta personnalité.

Ce n’était pas simple. J’ai expliqué aux auteurs ce que j’avais envie de transmettre dans mes chansons. Ils avaient la musique, on a échangé des idées et des textes sont apparus.

Textuellement, tu voulais transmettre quelque chose, un message particulier.

C’est aujourd’hui que je commence à avoir des envies de textes plus précis. Je commence d’ailleurs aussi à écrire. Ça me permettra de retranscrire réellement ce que j’ai au fond de moi. Je veux que mes compositions, aussi bien que ce que je chante, soient ma quête personnelle à 100%.

Version live de "Brise lame".

Quand le chant est une révélation tardive, on prend des cours ?

Disons que j’ai beaucoup appris avec les artistes/chanteurs/amis que j’ai accompagnés. Ils m’ont donné des conseils, des techniques vocales. Le souffle, l’inspiration, l’endurance, tous ces trucs-là…

Ta musique est un genre de pop, de folk, de blues… et plus. Difficile à déterminer.

J’ai du mal à expliquer ce qu’est précisément ma musique. Au début, j’étais partie dans un truc très folk, très intimiste, et je me suis finalement enflammé dans les arrangements. Inconsciemment, toutes les influences que j’ai eues pendant des années sont un peu là.

Ton EP s’intitule Planter le décor. Ce n’est pas un hasard.

C’est une façon de dire, je pose mes valises, c’est bon. Je présente quelque chose de personnel, je plante le décor, c’est parti et advienne que pourra.

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05 janvier 2013

Loraine B : interview pour 1=3

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(photo : Sylvere H)

Verso cover.jpgJ’ai connu Loraine B, alors qu’elle était stagiaire attachée de presse, mais, je ne savais rien de sa double vie. Le mois dernier, je reçois un mail d’elle dans lequel elle me fait part de son activité musicale avec différents liens pour écouter/voir pas mal de choses. Je lui ai trouvé beaucoup d’originalité et j’ai aimé sa voix. Bien sûr, il y a une marge de progression, mais Loraine B a un potentiel conséquent. Il y a fort à parier qu’on entende beaucoup parler d’elle un jour.

Je lui ai donc demandé de venir à l’agence mi-décembre dernier.

Biographie écourtée :

Cette grande blonde de 23 ans, arrière-petite-fille de l’écrivain Georges Bernanos, présente son cinq titres folk rock monté à coups de guitares, de piano… à coups d’espoir et à coups de gueule. En 2011, elle rencontre Duncan Roberts (label Spozzle et leader du groupe Dictafone) qui la prend sous son aile pour enregistrer son premier EP, une autoproduction de cinq titres écrits, composés par Loraine, et arrangés par Duncan. C’est ainsi que « 1 = 3 » voit le jour…

(Loraine B sera en concert au Sentier des Halles les 19 Janvier et 8 Février 2013.)

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Cr+®dits photos Sylvere H.jpegInterview :

Tu ne débarques pas dans la sphère musicale comme ça. Tu as déjà joué dans quelques groupes avant de commencer ton projet solo actuel.

J’ai commencé la musique à l’âge de 9 ans. J’étais une enfant très calme. Je passais beaucoup de temps à observer, mais il me fallait une activité pour libérer l’énergie accumulée en moi. J’ai donc fait beaucoup de sport, mais un jour, j’ai eu un sérieux problème aux genoux qui a fait que j’ai dû arrêter. Mas parents m’ont donc proposé de faire de la musique. Au début, j’ai dit non et au final j’ai décidé d’apprendre le saxophone. J’en ai fait 4 ans et de fil en aiguille j’ai consacré ma vie à la musique.

Comment décide-t-on de consacrer sa vie à la musique si jeune ?

La théorie m’ennuyait profondément au conservatoire et m’a mis des barrières que je n’aimais pas du tout. Je crois que mon prof de solfège n’a pas un très bon souvenir de moi. Je n’avais pas besoin d’apprendre, j’avais beaucoup de facilité, du coup, j’étais complètement arrogante et je foutais un peu la merde dans son cours. Je voulais que la musique soit associée à l’amusement.

Tu as donc arrêté le saxophone au conservatoire.DSC06290.JPG

Et dans la même foulée, mon grand-père nous a ramené un synthé. Là, j’ai commencé à travailler cet instrument toute seule. J’ai aimé apprendre toute seule.

La théorie t’ennuyait, mais heureusement que tu l’avais, finalement.

Oui, tu as raison, heureusement que j’ai fait 4 ans de solfège ! C’est peu par rapport à d’autres musiciens. Je peux lire une partition, je connais les temps et les mesures, ce qui me facilite la tâche.

La suite logique pour toi a été d’intégrer un groupe ?

J’étais au lycée, je terminais tard et j’ai entendu de la musique rock. J’ai poussé la porte et j’ai vu deux nanas et un mec qui faisaient du punk, je trouvais ça génial. Ça m’a donné envie de me mettre à la basse. Ils n’avaient pas de bassiste et par un lien intermédiaire j’ai postulé pour le groupe et ils m’ont pris. On a fait des concerts et quelques festivals. Trois nanas qui jouent du punk, ça attire l’œil. On a fait le Gibus, l’Élysée Montmartre, la Batofar, le New Morning…

Ce groupe-là a duré jusqu’à la terminale.

Oui parce qu’après, je suis partie au Canada pour étudier. Mon parrain m’avait offert une guitare peu avant mon départ. J’ai tenté de composer des musiques, seule là-bas avec ce que j’avais appris avec le groupe. J’avais 18 ans, j’étais loin de ma famille, je m’occupais ainsi. Quand je suis rentré en France, c’est là que tout à commencé sérieusement.

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Aujourd’hui, il y a un EP. En l’écoutant, je me suis dit « cette nana est complètement déjanté ! ». Tu parles de schizophrénie, de bipolarité, de folie…

C’est le manque de limite qui m’intéresse. Ceux que l’on appelle fous ont des limites tellement plus larges que les nôtres, les gens dits « normaux ». C’est un sujet qui me fascine et j’en ai fait une chanson dont le clip vient de sortir, « Multiple ».

En tout cas, je décèle en toi une farouche volonté de ne pas faire « lisse », de déranger un peu même.

C’est ennuyeux le lisse. C’est comme le caractère des gens. J’aime bien les fortes personnalités. Cela étant, je ne sais pas s’il existe des gens vraiment lisses. J’ai remarqué que quand on gratte un peu, on trouve toujours autre chose.

Cr+®dits photos Sylvere H (4).jpgTu écris tous tes textes et tes musiques seule. Tu es une solitaire ?

Si j’écris seule, c’est un peu par la force des choses. J’aime la solitude autant que je la déteste. Quand personne ne peut le faire pour toi, tu le fais toi-même et advienne que pourra. Duncan Roberts m’a apporté son aide, principalement pour tous les arrangements. Les voix, je les ai enregistrées chez moi et on les a gardées telles quelles. Duncan a considéré qu’on n’arriverait pas à reproduire la même acoustique.

Parlons de la chanson « À vos jouets ».

Pour comprendre cette chanson, je vais t’expliquer l’histoire. Je suis partie toute seule en Normandie, pour écrire. J’étais sur la plage, il y avait beaucoup de familles autour de moi. Une petite fille passe devant moi avec sa mère. Elle lui raconte avec conviction et enthousiasme une histoire passionnante sur un coquillage et sa mère ne l’écoutait pas. Pire encore, une fois que la petite a terminé elle regarde sa mère toute fière et elle de lui répondre : « oui, et ? ». La petite l’a regardé le regard un peu perdu… ça m’a beaucoup touché. Après, j’ai commencé à observer parce que j’ai travaillé avec des enfants et j’ai vu souvent les maladresses des parents envers leurs enfants. On essaie de faire grandir les enfants trop vite et c’est vraiment quelque chose qui me déplait.

110_1759-bernanos.jpgTu es l’arrière-petite-fille de Georges Bernanos. Ton nom d’artiste est Loraine B. Tu refuses de mettre en avant cette parenté ?

Non, juste, je trouvais que mon nom était trop long. Ce n’est pas par souci de tuer l’arrière-grand-père. Concernant Georges Bernanos, ma famille ne m’a jamais poussé à le lire et je n’ai pas vécu avec cette ombre tutélaire. Mes parents m’ont éduqué dans une liberté raisonnable. Ils m’ont bien éduqué et encouragé pour que je m’intéresse à l’art. J’ai eu beaucoup de chance.

Tes parents pensent quoi de ton cheminement ?

Ils ne se rendent pas compte du travail qu’ils ont fait avant pour que j’aboutisse à ce que je fais aujourd’hui. Voyant les facilités que j’avais en musique, ma mère, quand j’ai voulu aller en Économie et Social, au lycée, elle m’a demandé si je ne préférais pas entrer dans une école de musique. Moi, je ne voulais pas de contrainte et j’avais peur d’être écœurée de la musique. Quand j’ai commencé à faire mes concerts, mon père me signait mes absences pour que j’aille faire mes balances, en contrepartie, il fallait que j’aie de bonnes notes. Ça m’a donné une certaine légitimité dans ma liberté. Je peux l’affirmer haut et fort, ça m’a aidé d’avoir une famille artistique qui me comprenait.

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(photo : Maxime Rivault)

Mais quand tu écris des textes, tu sens l’ombre de l’illustre ainé ?

Ça a commencé au collège. Tous les profs de français me demandaient si j’étais de la famille de Georges. Une de mes profs m’a même demandé de faire un exposé sur lui, ce que j’ai fait. C’était bizarre, car il fallait que j’intéresse les autres élèves avec quelqu’un de ma famille. En même temps, je trouve que c’est normal que cela intéresse les gens. Je comprends que l’on veuille me rapprocher de Bernanos, mais ce n’est pas moi qui me mets de la pression parce que ça vient de l’extérieur. J’arrive à me détacher de tout ça. Je fais ce que j’ai à faire sans me soucier de ce qu’en penseront les autres.

Je t’ai connue attachée de presse. Ça t’aide pour promouvoir ton EP ?

Oui, j’ai vraiment beaucoup appris avec Brigitte (note de Mandor : Brigitte Batcave, attachée de presse fort performante et que j’apprécie beaucoup humainement). Je fais tout moi-même : la mise en place, des disques et des concerts, le développement d’une association que je vais créer, la promo, diriger les musiciens en répétition… toutes ces choses auxquelles on ne pense pas forcément quand on commence à envisager ce métier.

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Merci à Sylvere H pour les deux "portraits" de Loraine en noir et blanc.

29 décembre 2012

Céline Righi: interview pour la sortie de l'EP d'Odonata

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céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorParfois, on écoute un disque pour sa musique ou pour la voix de l’interprète. En ce qui me concerne, c’est surtout pour les textes. J’ai découvert Céline Righi en écoutant l’album de Scotch et Sofa (mandorisés ici). Outre la voix de Chloé et la musique de Romain, j'ai été touché et impressionné par les textes que j’entendais. Ils ne se contentaient pas d’avoir une sacrée musicalité ou sonner comme des instruments, il y avait du sens. Et du sens qui me parlait profondément. C’est ainsi que j’ai découvert le travail de Céline Righi, puisque c’est elle l’auteure de toutes ces chansons.

Quand j’ai su qu’elle se lançait elle-même dans la bataille (parce qu’aujourd’hui, monter un groupe et tenter d’exister, c’est une bataille), j’ai voulu en savoir plus, écouter son travail en tant que chanteuse. Elle m’a fait parvenir le premier EP d’Odonata. Là, aussi, gros coup de cœur pour l’ensemble du projet. Et toujours les textes de Céline qui me collent à la peau.

Le  19 décembre dernier, la jeune femme (venue de Strasbourg, quand même) s’est assise sur le nouveau canapé de l’agence pour une interview en bonne et due forme mandorienne.

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Le groupe Odonata :

Un trio sans guitare ni clavier. Chaque chanson se construit à partir de la basse, de la batterie et du chant, en français. La musique d’Odonata est impressionniste, elle parle de multiples langages. Odonata se plaît à faire feu de tous bois et à piocher dans des influences variées et assumées, influences qui sont avant tout l’expression des goûts différents – mais pas incompatibles – des trois « odonates ».

Pour écouter Odonata, c'est là !

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui est Céline Righi ?

Chanteuse et parolière du trio, elle prête aussi sa plume à d’autres artistes (Célia Reggiani, Armelle Ita, Nilem), et en particulier au duo Scotch et Sofa dont elle signe tous les titres de l’album Par petits bouts, à l’exception du titre « Visite des recoins », qu'elle co-signe avec Oxmo Puccino (mandorisé là).
L’aspect rythmique et musical de sa plume s’explique par l’amour qu’elle porte à la musique, au moins tout aussi grand que celui qu’elle réserve aux mots. Plus attirée par le côté rythmique que par les harmonies, réceptive aux fréquences ténébreuses, Céline prend des cours de basse pendant cinq ans, avec, entre autres, le bassiste-contrebassiste Arnaud Grosfilley ( Rumbayazz, album « 73 touches » de Hocus Pocus ).
Son engouement pour les notes et pour la langue française réveille en elle aujourd’hui une belle envie, jusqu’alors assoupie mais néanmoins vivace : celle de chanter.

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Interview :

En lisant tes textes de chansons pour les uns et pour les autres, j’ai bien compris que tu étais une amoureuse des mots.

Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Il y avait beaucoup de livres à la maison grâce à mes parents. Ils ont toujours été portés vers la culture en général et la littérature et le cinéma en particulier. Du coup, j’ai appris à lire très tôt. Je crois que je savais lire avant de rentrer en CP. Mes parents se sont aperçus que je lisais grâce à l’émission « Des chiffres et des lettres ». Ensuite, plus tard, en fac de Lettres, je lisais ce que l’on me demandait de lire. J’ai un DEA de Lettres, le seuil du doctorat. Je devais embrayer avec une thèse sur Henri Michaux, mais la vie m’a emmené ailleurs et c’est très bien comme ça. Très vite, j’ai voulu lire dans les marges. Je ne voulais pas rester dans des lectures académiques.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui sont les écrivains « dans les marges » ?

Henri Michaux, par exemple, ou Tristan Egolf. J’ai toujours été attirée par la différence. Par exemple, mon mémoire de DEA, je l’ai fait sur Michaux, mais sur Michaux qui a greffé sa parole poétique sur des paroles d’aliénés. J’ai toujours été fasciné par l’art psychopathologique. Je me suis toujours mise du côté de ceux qui sont en dehors, des parias, des gens qui sont par terre dans la rue… les marginaux. Un thème qui revient souvent dans mes textes, c’est justement, l’incertitude, le fait que tout soit toujours en mouvement, que l’on peut toujours tout remettre en cause et que rien n’est défini.

Quand on est féru de littérature, on se dit que l’on va écrire soi-même. J’ai tendance à penser que la logique voudrait que l’on se dirige vers les romans, et pas forcément vers la chanson.

Sauf que moi, j’ai un baobab dans la main. Je suis incapable d’écrire un roman. Peut-être que je m’adonnerai à cette activité quand je serai plus âgée. Mais pour l’instant, j’écris seulement des fragments, des bouts. Peut-être que ça vient du fait que j’ai adoré faire des puzzles quand j’étais petite. Ça me permet de reconstituer les choses, je ne sais pas. Je n’arrive pas à écrire quelque chose sur le long terme, quelque chose de longue haleine. Je m’épuise à l’avance. Ça me fait penser à ce que disait l’écrivain voyageur, Nicolas Bouvier. Il n’a pas écrit beaucoup de livres dans sa vie, mais il disait que quand il en écrivait un, il avait l’impression de perdre des litres de sang. Ça me fait un peu ça. Quand j’écris, j’ai l’impression de m’arracher des anticorps. Quand j’ai écrit pendant quelques heures d’affilée, c’est bizarre, mais j’ai souvent besoin d’aller m’aérer ou même de prendre un bain.

De te purifier ?

Oui, tu as raison. Il y a presque de ça. C’est paradoxal, parce qu’en fait, ça me fait du bien d’écrire.

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Tu écris des textes très introspectifs. Par exemple, dans le premier titre de ton EP, « De cimes en abîmes ». On va au tréfonds de toi-même.

Ce texte est un clin d’œil à l’enfance. J’explique que je descends en enfance comme on va au charbon. « Creuser son existence comme un mineur de fond… ». La mine, pour moi, c’est une image forte parce que mes deux grands-pères étaient mineurs dans les mines de fer. C’est une image qui m’a marquée, avec toute sa symbolique. Le fait d’aller au fond du trou, dans le noir, dans les recoins sombres, c’est un peu explorer les fibres obscures de l’inconscience.

Dans mon travail d’intervieweur, j’essaie de repérer les failles chez mes interlocuteurs. Repérer et tenter de m’y engouffrer. Si on ne fait pas ça, on ne fait pas grand-chose. Or, toi, tu emploies le mot faille et c’est un de tes thèmes principaux. Ça me plait beaucoup…

Moi, c’est là-dedans que je puise pour créer. Je ne veux pas employer de grands mots, mais il y a presque quelque chose d’alchimique dans la création artistique. C’est transformer le pas beau en beau. Transformer le plomb en or. Baudelaire disait  qu’avec la boue, il faisait de l’or. Je  suis céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorquelqu’un d’hyper sensible, donc, plutôt que de pleurer sur le monde qui m’entoure, c’est ma façon à moi de mettre un peu de poésie… dans ce monde de brutes.

Tu cites, Baudelaire, je saute sur l’occasion pour parler de « Ô douleur ». 

Pour ce texte, les puristes vont certainement crier au sacrilège. J’ai repris certains vers de « L’ennemi » de Baudelaire, un poème qui m’a toujours touché, mais j’ai écrit mes propres couplets. Il y a une fusion entre le texte de Baudelaire et le mien. Je prends ça au premier degré, presque comme un exercice de style, voire un hommage à ce poète que j’adore vraiment. L’ennemi intérieur est un thème qui me parle. J’en parle aussi dans d’autres chansons, mais autrement.

Évoquons « À l’ouest »... un texte qui me touche aussi beaucoup.

J’ai un sens déplorable de l’orientation, mais c’est dû au fait que je suis très tournée vers l’intérieur. Au point que je peux arriver chez mes parents et dire : « Oh ! Il est chouette le nouveau tableau que vous avez  accroché au mur. » Et  ma mère de me répondre que ça fait 15 ans qu’il est là. C’est à ce point-là. Je ne suis pas observatrice du dehors, mais plutôt du dedans.

Tu n’arrives pas à te trouver où tu aimes te perdre ?

J’ai envie de répondre par une phrase de chanson que j’ai écrite pour Scotch et Sofa, « Visite des recoins ». « Je vais dans tous les sens, mais je ne m’égare pas. » Je cherche, ça c’est sûr, mais je ne m’égare pas. Plus j’avance dans la vie, plus j’ai l’impression de me rapprocher de moi-même, que tout ce précise et que tout fait sens.

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C’est en écrivant des textes de chansons que tu te trouves ?

Je me sens de plus en plus en paix et en adéquation avec moi-même. Au départ, je n’avais pas conscientisé cela, je ne savais pas que j’écrivais pour cette raison-là. Quand on me demandait pourquoi tu écris, je répondais souvent : « j’écris parce que je ne peux pas ne pas écrire ». Ça fait partie de moi. C’est vraiment imprimé dans chacune de mes cellules. L’écriture a pour moi des vertus apaisantes et ça me permet de découvrir et de soulever d’autres voiles. Je m’aperçois que cette instabilité qui apparaît dans mes textes, elle est mienne aussi. On peut toujours tout remettre en question. Michaux disait : même si c’est vrai, c’est faux.

Sais-tu facilement quand tu as terminé un texte ?

Oui. Je sens quand un texte est fini parce qu’à un moment donné, ça me transperce. Mais je suis d’une exigence avec les mots qui peut être pénible parfois pour les gens qui m’entourent. Quand j’écris des chansons, je fais comme Flaubert. Je dis les textes à voix haute et je sens quand ça raccroche.Ca me fait comme si j’entendais une fausse note. Ça dérange mon oreille, donc je recommence. J’ai un côté très perfectionniste et pointilleux. Je déteste l’approximatif. Ça peut me prendre du temps. Et à un moment donné,  j’ai cette espèce de sentiment d’évidence.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorPour Scotch et Sofa par exemple, ce que chante Chloé Monin, ce sont des histoires qui te racontent ?

Un peu oui. En tout cas, elles sont le reflet de ma réalité, parce que ces textes existaient avant que je rencontre le duo. Les textes ont parlé à Chloé et Romain et la musique de Scotch et Sofa a été tissée sur les textes. Ce qui est amusant, c’est que Chloé est encore plus en accord avec les textes aujourd’hui qu’au début, il y a 8 ans.

Tu écris tout le temps ?

Oui, je suis graphomane.

Tu me disais en off que les livres sont tes voyages…

Je ne suis pas quelqu’un qui voyage beaucoup. Je n’ai pas besoin de me déplacer physiquement pour me nourrir. J’ai un tout petit terrain de jeu. Je suis bien dans mon antre. Ce qui me nourrit ce sont les œuvres d’art de manière générale. Les livres, les tableaux, les sculptures, ça peut me faire voyager pendant des heures.

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Parlons de ton groupe Odonata. Tu t’es dit un jour : « Tiens, si je chantais moi-même mes propres chansons ? »

Le chemin de « j’écris, je mets des mots sur une feuille blanche » à « je chante mes mots » a été long. Mais de manière générale, je suis quelqu’un qui a un développement assez lent. Il faut que les choses infusent avant que j’en prenne conscience. Ce sont des rencontres importantes dans ma vie qui m’ont ouvert les yeux sur certaines choses. Au départ, je voulais être musicienne. Je me suis mise à la basse tard. Mais dans les mots, j’ai détecté la musicalité.  

Tu n’as jamais imaginé que tu pourrais toi-même chanter ?

Non, parce que je ne connaissais pas ma voix et parce que j’étais tournée vers l’écriture de manière très forte... La première rencontre qui m’a donné confiance musicalement, c’est le bassiste Marcello Guiliani (le bassiste d’Érik Truffaz). Il m’a offert une basse et m’a incité à en jouer. Ça a été un élément déclencheur. J’ai commencé à prendre des cours de basse, ensuite, j’ai joué dans des groupes avec cet instrument à Rouen. Déjà, je me suis dit que j’avais envie d’être sur scène. Ensuite, j’ai rencontré une personne qui est très importante pour moi et qui est bassiste aussi, c’est Christophe Piquet, le bassiste d’Odonata. Il m’entendait chanter mes textes et du coup, il m’a demandé pourquoi je ne le faisais pas officiellement. Timidement, j’ai commencé à me mettre devant un micro. Au départ, je susurrais plus que je ne chantais. De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres personnes, dont mon professeur de chant actuel, Hervé Andrione, qui a réussi à faire sauter plein de verrous. Je veux encore travailler et me perfectionner dans cette voie-là. Aujourd’hui, j’ai juste envie d’être sur scène et de chanter.

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Avec Odonata, tu n’as pas encore fait de scène ?

Non, pas encore. Ça me manque d’ailleurs beaucoup. (En souriant). Bon, je suis sur scène un petit peu tous les jours, devant mes élèves. Je suis professeur de français.

Je comprends. Il faut maîtriser le public.

Voilà, c’est ça. Le fait d’être face à un groupe c’est quelque chose que je connais bien depuis 12 ans.

Dans Odonata, vous êtes trois. Christophe Piquet à la basse et à la basse piccolo, Jérémy Steibel, à la batterie et aux percussions et toi aux textes et à la voix.

Christophe et Jérémy sont amis depuis longtemps, puisqu’ils faisaient partie du même groupe, Question d’humeur, il y a quelques années. Ils ont arrêté le groupe qui pourtant commençait à cartonner. Bref, ils sont de nouveau ensemble pour ce projet.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorLa question que je ne pose jamais habituellement, mais là, je suis un peu obligé de le faire parce que ça explique votre musique. Pourquoi Odonata ?

Les odonates, c’est le terme générique qui regroupe toute la famille des libellules et des demoiselles. J’aimais bien ce nom parce qu’il est beau et prononçable dans plein de langues différentes. Il y a une petite consonance latine que j’aime bien. Je trouve que la libellule est un insecte fascinant. Avant de se transformer en belle danseuse aérienne, c’est une larve hideuse et carnivore. Il faut beaucoup de mues de sa part pour pouvoir se transformer et ça me ressemble parfaitement. Ce qui m'intéresse aussi, ce sont les facettes qu’il y a sur les yeux de la libellule, elles sont kaléidoscopiques. Ca ressemble à notre musique parce que Jérémy, Christophe et moi, on ne vient pas du tout des mêmes univers musicaux, mais nous trois mis ensemble, ça donne ce résultat un peu composite.

Du coup, qualifier votre musique est impossible.

Je n’y parviens pas en tout cas. Peut-être rock electro. Il y a aussi un peu de jazz et les lignes de basse sont très inspirées par le funk. Il y a des influences pop et des envolées très lyriques…

Avec cet EP, qu’attendez-vous ?

Que la libellule aille s’envoler partout. Cet EP n’est pas destiné à la vente. C’est plus pour promouvoir le groupe, faire découvrir notre univers. Comme c’est la période des vœux, notre souhait est d’avoir des dates de concerts.

Tu es confiante en l’avenir ?

J’ai des moments de doutes où je tombe dans des gouffres d’incertitude pas possible, mais la trame de fond, elle, elle est constante. Je le sens depuis le début. Pour moi tout a un sens et les choses n’arrivent pas vraiment par hasard. Je sais qu’un jour je vais monter sur une scène et je que serai très heureuse. J’ai juste envie d’aller chanter et de partager avec Christophe et Jérémy et le public…

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Sachez enfin que, désormais, vous pourrez retrouver Céline Righi sur le blog littéraire L'anagnoste (avec Eric Bonnargent, Marc Villemain et Romain Verger).

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07 décembre 2012

Patrick Bruel: interview pour "Lequel de nous"

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Nos chemins se sont déjà croisés. Dans les années 90, en Guyane, et pour son précédent album, Des souvenirs devant. Le 12 novembre dernier, je suis allé à sa rencontre dans les locaux de sa boîte de production. C’est un Patrick Bruel avenant qui m’accueille. Très soucieux de savoir ce que je pense de son album. Il m’informe que je suis le deuxième journaliste à l’interviewer pour Lequel de nous, et qu’il est encore très attentif aux réactions et aux ressentis de ceux qu’il rencontre.

Voici le fruit de notre demi-heure passée ensemble pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté des mois de décembre2012/janvier2013).

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Le premier clip tiré de l'album : "Lequel de nous".

198653_411475722241494_698581708_n.jpgPetit bonus:

Est-ce jubilatoire pour un auteur/chanteur qu’une de ces chansons soit comprise d’autant de manière qu’il y a d’auditeurs ?

C’est le but. Le caractère universel des chansons est indispensable. Il faut que quand vous l’écoutez, ça parle et ça évoque des choses à tout le monde. Soit ça représente quelque chose que vous avez vécu, soit ça représente quelque chose que vous regardez avec intérêt. Ca peut passer du premier degré absolu aux compréhensions qui vont dans tous les sens. C’est magique.

Vous réfléchissez à comment vient une chanson, comment arrive l’inspiration qui permet de créer ? 

J’y réfléchis surtout quand ça ne vient pas. Je me suis demandé pourquoi j’ai eu ce trou de 5 ans sans créativité personnelle, sans pouvoir écrire un nouveau texte. Et d’un coup, c’est reparti. Concentration et beaucoup de travail. Il m’a fallu beaucoup de patience pour cet album. Je ne savais pas où j’allais. J’ai eu du mal à trouver les axes, à faire des choix. Quelque part, je pense que tout arrive quand ça doit arriver. Et si je n’ai pas fait ce disque avant, c’est qu’inconsciemment, j’ai tout fait pour ne pas le faire avant. J’ai fait une tournée acoustique qui n’était pas prévue, j’ai fait une pièce de théâtre que je n’ai pas pu refuser (Le prénom), derrière j’ai fait un livre d’entretien avec Claude Askolovitch. D’ailleurs, s’il n’y a pas ce livre, il n’y a pas l’album. Ensuite, j’ai fait le film de la pièce de théâtre. A un moment, à la force de retarder l’échéance, tu te retrouves face au mur et là, tu es obligé de te lancer. Du coup, c’est devenu une priorité… et quand ça devient une priorité, tu te lances complètement Ca a été profond, douloureux et parfois même violent.

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Après l'interview, dans son bureau, le 12 novembre 2012...

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05 décembre 2012

Manon Tanguy: interview pour "Faux semblants"

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Originaire de Saint-Nazaire, Manon Tanguy fait partie des artistes que j’ai découverts au Pic d’Or de l’année dernière. Son manager, Eddy Bonin, m’en avait parlé quelques semaines avant, mais je ne m’étais pas encore vraiment penché sur son cas. A tort. Quand je l’ai vu sur la scène du théâtre de Tarbes, elle m’a proprement fasciné. Ce petit bout de femme, dont la sensibilité sautait aux yeux, chantait des histoires pas faciles, mais qui touchaient toutes les personnes présentes dans le public. Sans exception. La gravité et la pureté sont rarement réunies dans la même personne.

manon tanguy,interview,pic d'or,mandor,laurent duflanc,jenny galvaoPetite biographie de la jeune femme :

Manon raconte ses histoires, insouciante. Aucun plan de carrière, juste pour le plaisir.
Puis la magie Myspace opère sans qu'elle ne la provoque. Elle enregistre 2 titres avec un bassiste (Laurent Duflanc, dit Lolo), pour la compil RD5. Et une échéance, le 8 mai 2010 qui sera une vraie libération avec ses premiers pas sur la scène du VIP à Saint Nazaire.
Puis les choses s'accélèrent et le duo éphémère est devenu groupe à part entière. Les dates s'enchaînent et les professionnels ne tarissent pas d'éloges sur le talent de cette formation (guitare, basse, piano, ukulélé...). Manon livre en 2011 un CD 6 titres prometteurs, enregistrés chez Philippe Henry (Liz et Jeanne Cherhal, Orange Blossom...). En mai ils sont récompensés par le Prix de la Sacem via Chant' Appart avec le soutien du chanteur Jehan. La formation s'étoffera dans le courant de l'été avec l'arrivée d'une violoniste, Jenny Galvao.manon tanguy,interview,pic d'or,faux semblants,mandor,laurent duflanc,jenny galvao

Manon Tanguy a été finaliste du Pic d'Or 2012 à Tarbes et de France ô Folies ! Elle a joué en 1ères parties de Laurent Voulzy, Mina Tindle, Amélie les Crayons... et elle a été « repérage du Chantier des Francos ».

Le 22 novembre dernier, Manon Tanguy est venue à l’agence avec ses deux excellents musiciens, Laurent Duflanc et Jenny Galvao… et aussi avec Eddy Bonin, le manager de tout ce beau monde. Le soir même, ils jouaient au Sentier des Halles en co-plateau avec Garance et Govrache.

manon tanguy,interview,pic d'or,faux semblants,mandor,laurent duflanc,jenny galvaoInterview :

Comment te vient l’inspiration ?

C’est un mystère. J’ai l’impression que le fruit de mes réflexions arrive malgré moi. Parfois c’est le dictionnaire qui va décider de l’orientation que la chanson va prendre. Par exemple, je me suis retrouvée à écrire un texte sur la pédophilie. Il y a des mots qui me viennent et ça va me guider sans aucune barrière de thème et de style. C’est beaucoup mon inconscient qui parle. L’observation que j’ai pu faire dans mon entourage… sinon, petit à petit, je vis des choses qui peuvent m’inspirer. Je grandis, en fait, et mon inspiration se renouvelle de plus en plus en ce moment.

Dans ce premier EP, il est facile de considérer que tu interprètes des histoires personnelles. C’est facile de faire un transfert entre la chanson à la chanteuse.

Dans mon cas, c’est un tort. Ce ne sont pas mes histoires personnelles. En fait, il y a de tout. De ce que j’ai pu observer, de ce que j’ai pu vivre, de ce que j’ai pu entendre des expériences de mon entourage. C’est très personnel dans le regard et dans l’orientation, mais pas forcément dans le vécu des situations décrites.

Tu as des sujets de prédilection ?

Dans mes anciennes chansons, j’évoque les rapports humains et dresse des portraits de personnages. Cela étant, les prochaines ne seront pas conçues de la même manière et dans le même format. Elles sortent un peu de ce schéma-là.

Manon Tanguy chante "Faux Semblants" pour Quai Baco
Session acoustique enregistrée à La Bouche d'Air

Quand je t’ai vu chanter au Pic d’Or de l’année dernière, ce qui m’a impressionné, c’est que tout le monde est rentré illico dans ton univers. On plonge dedans. Tu captes l’attention. Tu remarques cela ?

Je ne me pose pas la question. (En aparté) J’aime bien les interviews parce que, du coup, je fais le point sur ce qui m’arrive. Pourtant, je me pose pas mal de questions, mais là, je ne sais pas quoi répondre parce que moi-même, je ne me rends pas compte de comment on me perçoit dans la salle. J’ai plus tendance à me dire que je ne suis pas à ma place et que je fais chier les gens. Mes premières scènes, j’avais 16 ans et demi. Au début, je prenais ça à la rigolade, mais je me suis vite rendu compte qu’il y  avait de la visibilité autour de ce projet. Il faut que je me montre à la hauteur. J’avais la hantise de passer pour une pourrie gâtée à qui on donnait trop, alors que finalement, il n’y avait pas de fond et que ce n’était pas justifié. En fait, je ne voulais pas voler la place de quelqu’un d’autre. Aujourd’hui, je suis sorti un peu de ce processus.

C’est courant chez les très jeunes artistes. Tu as eu problème de légitimité.

Oui, parce qu’en plus,  je ne suis rien allée chercher. Ce rêve, je ne l’ai pas particulièrement souhaitée, mais il me tombe dessus et j’en suis super heureuse. Petit à petit, j’apprends à me dire que je n’ai pas volé ma place.

Comment ton entourage prend-il ta vie d’artiste ? Cette double vie en somme, puisque tu es étudiante.

On n’en parle pas beaucoup. Un peu quand j’ai un évènement particulier et puis on passe à autre chose. La chanson, c’est mon quotidien, mon plaisir, mon exutoire. C’est comme quelqu’un qui prendrait des cours de danse le mercredi après-midi. Après, si on m’enlevait cette partie-là de ma vie, je me sentirais perdue.

Manon, finaliste du Pic d'Or 2012.

Récemment, tu as fait plein de premières parties sympathiques. Laurent Voulzy, Amélie-les-Crayons, Mina Tindle…

Laurent Voulzy, j’ai un peu halluciné quand même. En plus, on est toujours reçu par des gens hyper chaleureux. Je trouve dingue que les petites chansons que j’ai écrites dans ma chambre se retrouvent interprétées devant des milliers de personnes.

Tu es dans un état d’esprit à faire ce métier ad vitam aeternam ?

Forcément, si on te demande : est-ce que tu veux vivre un rêve toute ta vie ? Tu réponds oui. Après, dans ma tête, je t’avoue que j’ai du mal à me projeter plus loin que dans un an. J’admire ceux qui disent : « ça dépend de moi, je vais prendre les choses à bras le corps et j’y arriverai ». Je réalise tout ce qu’il se passe, je ne suis pas totalement naïve, mais pour le moment, il est vrai que je me laisse porter par les autres, ceux qui croient en moi dans ce domaine. En fait, je suis un peu dépassée.

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Manon Tanguy, Jenny Galvao et Laurent Duflanc en concert...

Ce que je trouve impressionnant chez toi, c’est la différence entre ton jeune âge et la profondeur de tes chansons. Il y a une gravité chez toi, énorme.

Parfois, on me dit même que j’ai dû avoir une enfance dramatique.  J’ai eu une enfance équilibrée. Juste, tout le monde à ses souffrances. Si ce ne sont pas les siennes, il peut les observer chez ses autres, ses proches, ses intimes…  Mais pour être tout à fait franche, moi aussi, je m’étonne parfois de ce que j’écris. Je ne vais pas jusqu’à dire que c’est une écriture divine, pas du tout, mais je ne comprends pas comment vient mon inspiration. J’ai quand même l’impression que si mes chansons ne sont pas crues, elles seront fades. Mais, tu sais, j’essaie toujours de garder un peu de dérision, même si on ne la voit pas spontanément. Si on fait attention aux textes, je t’assure qu’il y en a.

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que tu n’aimes pas ce qui est lisse.

C’est une question de personnalité, je crois. Il y a des gens qui arrivent très bien à vivre en surface, mais moi, je gratte toujours. Et derrière c’est souvent noir.

Je vais faire de la psychanalyse de comptoir. Tes chansons, c’est peut-être la face noire de ta personnalité… celle que tu ne montres pas au public.

Et celle que je ne connais pas moi-même.

Tu m’as l’air pudique et pourtant tu montes sur scène livrer tes chansons à un public.

Tant que c’est sincère, ça s’impose à moi. Je comprends que les gens, quand ils vont voir des concerts, ont envie de faire la fête. S’ils prennent mal mes chansons parce qu’elles ne sont pas très joyeuses, je l’accepterai, mais, je ne me sentirais pas mal dans le sens où j’aurais fait ce que je sais faire et ce que je peux faire. J’aurais fait ce que je suis plus que ce que je veux faire.

(En souriant) Laisse-moi réfléchir à ce que tu viens de me dire.

(Rire) Bon, je résume. Il y a une phrase de Barbara Carlotti qui m’a marqué : « On ne fait pas ce qu’on veut, on fait ce qu’on est ».

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Manon Tanguy, Jenny Galvao et Laurent Duflanc en répétition...

Je t’ai connu en Manon, te voilà Manon Tanguy.

C’est le nom de famille de ma mère. Mon nom de famille c’est Claude, mais ça faisait trop madame Claude, ce n’était pas possible (rire).  Sérieusement, j’ai pris un nom après mon prénom pour les recherches internet. Ce n’était pas pratique d’arriver à tomber sur moi en tapant mon nom sur Google. J’avoue que c’est Eddy Bonin, mon manager qui s’est occupé de ça. Moi, j’avoue, je n’y avais pas pensé. J’ai vraiment besoin d’aide pour ce qui ne concerne pas la chanson. Chacun à se place.

Bon, ton EP il est bien joli, mais à quand un album ?

Il est en préparation et en réflexion…  Il y aura des chansons de l’EP, pas toutes, et évidemment des nouvelles. Depuis septembre, on a déjà trois nouvelles chansons. Je ne veux plus prendre des angles tragiques. Je ne veux pas mentir sur les humains. Les humains ont des blessures ouvertes, mais en même temps, c’est ce qui fait qu’ils ont une énergie pour faire autre chose, c’est ce qui fait qu’ils ont pris ce chemin-là et pas un autre et qu’ils sont riches. Au fond, je ne trouve pas mes histoires tragiques... c’est simplement la vie.

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04 décembre 2012

Olivia Ruiz : interview pour Le calme et la tempête

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(Crédit: Jean-Baptiste Mondino)

Quasiment invisible dans la sphère médiatique en 2011, Olivia Ruiz a profité de sa mise en retrait pour voyager et effectuer ses grands débuts au cinéma, dans la comédie Un jour, mon père viendra. En 2012, on a pu la retrouver en musique pour quelques reprises de jazz en big band. Hier (le 3 décembre), la chanteuse a sorti son quatrième album studio, Le calme et la tempête. Olivia Ruiz ôte son voile pudiquement. Elle continue à piquer, mais réussit de plus en plus à nous émouvoir. Pour Le magazine des espaces culturels Leclerc, je suis allé à sa rencontre le 7 novembre dernier, en terrasse d’un bar de Montmartre.

J'étais avec ma fille, car j'étais un peu de garde ce jour-là. Elle a assisté sagement à l’interview (voir photos à la fin de l’interview).

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(Crédit: Jean-Baptiste Mondino)

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(Crédit: Jean-Baptiste Mondino)

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Music video by Olivia Ruiz performing My Lomo & Me (Je Photographie Des Gens Heureux). (C) 2012 Polydor/TF1 Entreprises

Et voici deux photos de ma fille Stella avec Olivia Ruiz (qu'elle appelle "La femme chocolat" à cause du clip de cette chanson qu'elle a beaucoup regardé et apprécié) à l'issue de l'entretien. Merci à Olivia pour la tendresse qu'elle a eue pour elle...

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On se quitte avec une page de pub!

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02 décembre 2012

Constance Amiot : interview pour la sortie de Blue Green Tomorrows

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Constance Amiot fait partie de cette catégorie d’artiste dont je suis l’évolution depuis des années avec beaucoup d’intérêt et dont je souhaite continuer à donner une visibilité sur mon blog de temps à autre.

Puissante et douce. Fragile et percutante. Belle et rebelle… C’est tout ce que la jeune femme m’inspire.

La force tranquille, quoi.

Sa folk music est envoûtante. Quand on commence à l’écouter, on ne peut plus s’en passer…

(Constance Amiot sur iTunes, sur Facebook, sur Believedigital.)

À l’occasion de la sortie de son nouvel EP, Blue Green Tomorrows, Constance Amiot est passée par « l’agence », le 6 novembre dernier.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorBiographie officielle (mais raccourcie):

Auteur, compositeur, interprète de chansons en français et en anglais, le parcours de Constance Amiot est atypique et métissé. C'est en Côte d'Ivoire, à Abidjan, qu'elle a vu le jour, mais c'est au Cameroun et dans le Maryland américain qu'elle grandira. Elle débute sa carrière au sein du groupe Virus aux Etats-Unis et sort un premier album autoproduit en France en 2005, Whisperwood. C'est à New-York et à Paris sous la direction de Dominique Ledudal qu'elle enregistre son deuxième album, Fairytale, qui sort en 2007 chez tôt Ou tard. Un album teinté de folk et de groove. Elle se retrouve alors sollicitée pour les premières parties d'artistes comme Da silva, Vincent Delerm ou encore Arno et participe à de nombreux festivals (Francofolies de la Rochelle, Primeurs de Massy, ArtRock, Musik'elles, Tous sur le Pont...). En 2009, elle signe un livre disque pour enfants, À la bonne étoile (Actes Sud/Tôt ou Tard). Elle revient en 2011 avec un album concept, Once, Twice (Tôt ou Tard). Un travail d'écriture et d'interprétation, une adaptation en anglais de l'album "La tendresse des fous" de Da Silva. En 2012, elle enregistre un EP, Blue Green Tomorrows (autoproduit). Aboutissement naturel du parcours et des différentes rencontres qu'elle a pu faire ces dernières années, on y retrouve les allers-retours rythmiques entre la chanson à texte d'ici et la folk song de là-bas.

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Interview :

Tu n’es plus chez tôt Ou tard. Tu es redevenue indépendante. Pour quelle raison ?

Ça faisait un moment que je voulais avancer à mon rythme. Moi, j’écris beaucoup et j’ai besoin de concrétiser rapidement ce que j’entreprends musicalement.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorDepuis ta première mandorisation, à l’occasion de ton premier album, il s’est passé beaucoup de choses pour toi. Je veux revenir sur l’adaptation en langue anglaise de l’album de Da Silva, La tendresse des fous. C’est inédit comme projet.

Le concept m’a beaucoup plu. C’est lui et Vincent Frèrebeau (patron de Tôt Ou Tard) qui me l’ont proposé. Ils étaient en train d’enregistrer son album et ils m’ont appelé pour m’expliquer qu’ils aimeraient que j’adapte l’album de Da Silva. Au départ, je devais juste faire la traduction. Je suis allée écouter les titres et j’ai eu un véritable coup de cœur. Tout retranscrire dans une autre langue était pour moi un challenge très intéressant. Après, ils m’ont dit que j’allais également chanter. Du coup, j’ai pris conscience que j’allais porter ce projet.

Dans cet album, Once twice, tu chantes des chansons imaginées par un homme. As-tu changé quelques phrases pour qu’elles soient crédibles dans la bouche d’une femme ?

Il n’y a rien eu à changer. C’est là que je me suis rendu compte que Da Silva n’écrivait pas des paroles pour les hommes ou pour les femmes. Il a juste un point de vue humain.

Est-ce qu’on se dit, pour ce genre de projet, que ce n’est qu’un album transitoire ?

Mais pas du tout. Je considère que c’était un vrai album parce qu’il y a un vrai travail d’écriture. Je sais que certaines personnes n’ont pas compris ce projet. On m’a beaucoup demandé pourquoi je ne revenais pas avec mes propres chansons… Ça a même été parfois très mal pris.

En  2009, tu signes (paroles, musiques et textes) un livre disque pour enfants, À la bonneconstance amiot,blue green tomorrows,interview,mandor étoile (Actes Sud/Tôt ou Tard) dont le conteur n'est autre que Sanseverino.

C’était une aventure sympa. J’ai adoré cet exercice. Tu sais, j’aime bien que l’on me propose des projets originaux qui me permettent de diversifier mes activités musicales. C’est quelque chose que j’adore faire : changer d’angle, tout le temps.

On a peur de se répéter quand on compose, quand on écrit des textes ?

C’est vrai que malgré nous, les auteurs compositeurs, on se rend compte qu’il y a des thèmes qui reviennent tout le temps. J’essaie de rester dans une émotion avant qu’elle ne file. Comme c’est quelque chose que je fais souvent, forcément il y a des thèmes qui se recroisent. Le temps qui passe, par exemple, le mois de novembre aussi… (rires). Il faudrait peut-être passer à autre chose. Ce sont les autres qui te font remarquer que tu as des obsessions : « Dis donc, tu parles souvent de l’automne… ». Je caricature un peu, mais effectivement, il faut se renouveler.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorCe qui nous intéresse aujourd’hui, c’est ton nouvel EP, Blue Green Tomorrows. 5 nouveaux titres, mais avec toujours la même équipe.

Il y a des gens qui reviennent comme Benoît Caillé, mon harmoniciste. Pour cet EP, j’ai joué avec des personnes que j’ai déjà rencontrées auparavant comme Philippe Entressangle (batterie), on avait fait un Taratata ensemble, David Lewis (trompette) de Paris Combo, lui, je l’avais rencontré sur l’album de Da Silva. Bernard Paganotti, (basse) on avait travaillé ensemble sur un projet, je lui ai donc demandé de participer à mes nouveaux titres… La musique, c’est ça. Ce n’est qu’échange et partage.

Cet EP est là pour annoncer un album ?

Les chansons sont là. Il ne me reste plus qu’à les enregistrer. Ça devrait se faire probablement au printemps. L’EP, c’est un format que je trouve sympa. Plutôt que de me lancer tout de suite sur un album, une auto prod, je préfère commencer petit à petit. On reste indépendant, mais on arrive quand même à sortir des choses.

Teaser "Blue Green Tomorrows" Constance Amiot
Extrait de l'EP Blue Green Tomorrows/Believe Digital
Image: Mathieu Pansard
Réalisation:PierroM

Mais tu cherches un label ?

Pendant un temps, je me suis dit que non. Je me suis dit que je me débrouillerai seule, mais depuis peu, je me suis décidée à en chercher un. Avec l’aide de mon management, Talent Sorcier.

Tes chansons mélangent toutes tes cultures. À commencer par les langues françaises et anglaises…

Cette façon de faire me paraît naturelle. J’ai une écriture qui est assez spontanée finalement. D’ailleurs, créativité et spontanéité, c’est ainsi que je conçois les choses.

L’inspiration te tombe dessus sans que tu t’y attendes?

En tout cas, je ne me mets jamais devant une page blanche en me demandant ce que je vais faire… ça arrive, comme ça. C’est assez chaotique pour tout te dire. L’inspiration me tombe dessus, comme tu dis, de préférence à des moments où je ne m’y attends pas. J’ai l’impression que quelqu’un me tape sur l’épaule et me donne des idées. Dans ces cas-là, j’arrête tout et j’écris mes textes.

C’est valable aussi pour les compositions ?

C’est la même chose. Les mélodies viennent comme des personnages se rappeler à moi. Elles me rattrapent en me disant : « tu te souviens, tu as commencé à écrire quelque chose, il y a 5 ans. Tu m’as laissé en plan et je suis encore là ». Elles étaient encore dans ma tête, mais je les avais gommées. Elles refont surface tout à coup et s’imposent à moi.

C’est marrant, parce que tu collabores tout le temps avec des gens que j’aime beaucoup. JP Nataf par exemple.

Ça faisait un moment que l’on se croisait et que j’avais envie de travailler avec lui. Je lui ai proposé de chanter avec moi sur une chanson, « Résonances »… je lui ai envoyé le titre et il a accepté. Au départ, cette chanson était écrite en anglais, j’ai donc ajouté des phrases françaises qui se fondaient dans le reste de l’histoire, pour qu’il les interprète.

Teaser "Résonances" Constance Amiot & JP Nataf extrait de l'EP Blue Green Tomorrows/Believe Digital
Images: Mathieu Pansard
Réal:PierroM

Il y a aussi « Manhattan », une chanson écrite par Jérôme Attal.

Dans mes disques, il y a aura toujours du Jérôme Attal. Une fois qu’on a commencé avec lui, on ne peut plus s’arrêter. Il  a une telle élégance dans l’écriture… c’est beau ce qu’il écrit. Il y a toujours des fulgurances dans ces textes. Par exemple dans Manhattan, il écrit : « Perdue dans cette effervescence des gens qui passent et qu’on oublie, sont comme de vieux amis d’enfance qui seraient touchés d’amnésie ». Il essaime comme ça des phrases tellement jolies. Il nous laisse assez libre en suggérant beaucoup… notamment  dans les chansons d’amour.

Tu le sais, je suis fan de lui.

Je te comprends, il est extraordinaire. Il a une créativité dingue. On lui demande un couplet, il nous en sort 10. On lui demande une chanson, il en écrit 5. Toutes bonnes.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorOn s’est vu la première fois pour la sortie de ton premier album officiel, Fairytale, c’était il y a 5 ans… trouves-tu que ta carrière avance à un rythme normal depuis?

Oui, j’ai l’impression de suivre une évolution normale, parce que je continue à faire ce que j’ai envie de faire, en prenant le temps qu’il me faut. Au niveau de la créativité, j’ai l’impression aussi qu’il se passe quelque chose d’assez naturel. Bon, maintenant, je t’avoue que parfois, c’est un parcours du combattant. Mais, c’est pareil pour tout le monde. On peut être découragé assez facilement, mais en même temps, c’est une passion. Elle nous rattrape toujours.

Par moment, as-tu eu envie de changer radicalement de vie ?

Oui, ça m’est arrivé. J’ai déjà imaginé passer complètement à autre chose. De toute façon, je considère que la musique sera toujours là. Même si le métier est dur, ça ne nous enlève pas la créativité. C’est ce que je me suis toujours dit dans les moments de descente, finalement. Personne ne m’empêchera jamais d’écrire. Personne ne m’empêchera de prendre ma guitare et de jouer. Personne ne m’enlèvera ça, quoi qu’il arrive.

L’objet disque pour toi, c’est important ou tu en sors juste comme prétexte pour pouvoir faire de la scène ?

Je suis encore attachée à l’objet en lui-même. C’est comme une carte postale que l’on va envoyer et que l’on va emmener avec nous sur scène. J’aime l’énergie de la scène parce qu’on a l’impression d’aller vers l’autre. Quand on écrit une chanson au départ, on l’écrit aussi pour qu’elle aille vers quelqu’un, pour qu’il y ait une rencontre. Et puis, ce que j’adore, en général, dans le quotidien, c’est me laisser surprendre par des moments qui sont inattendus. Je trouve que la scène véhicule des moments où on ne sait pas à quoi s’attendre. J’aime quand la vie est imprévisible…

Considères-tu que tu as fait des progrès depuis ton premier EP ?

J’espère que je progresse. Le but n’est pas de rester figé sur les mêmes choses. Tu sais, c’est difficile de juger son propre travail. Ça ferait prétentieux si je te disais de manière sure de moi que je progresse d’album en album.

Tu aimes parler de tes chansons, comme on le fait là ?

Cet exercice est toujours très étrange. Parfois, j’ai l’impression de parler de quelqu’un d’autre. On ne parle que de moments particuliers. Sur la création notamment. Ce sont des petits bouts de moments de vie. Ce n’est pas moi dans mon entier.  Bon, j’essaie de rester le plus possible dans l’authenticité et la sincérité. C’est important pour moi de me présenter aux autres telle que je suis réellement.

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28 novembre 2012

Les Yeux d'la Tête : interview pour Madones

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(Crédit : Le Turk)

Une amie de toujours (hello Valérie !) m’avait alerté il y a quelques mois sur l’existence de ce groupe. « Quoi ! Tu n’as jamais interviewé Les Yeux d’la Tête ! Et tu te dis spécialiste de la chanson française !!! » (Bon, j’exagère un peu, le message m’avait été lancé plus diplomatiquement).  Non seulement je n’avais jamais interviewé ce groupe, mais en plus je ne connaissais que très vaguement son existence. Il fallait que je réagisse, afin de combler cette lacune impardonnable. Or, les hasards de la vie (qui ne cesseront de m’étonner), ont fait que j’ai reçu un message de l’attachée de presse du groupe, avec laquelle je travaille depuis quelques années maintenant (hello Marie !), m’indiquant qu’un nouvel album arrivait, Madones, et qu’une rencontre avec Benoît Savard et Guillaume Jousselin, les deux fondateurs (et guitaristes chanteurs) du groupe était jouable…

Soit.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandorAprès avoir reçu le disque, je n’ai pas hésité. J’ai compris l’enthousiasme de mon amie Valérie et moins bien compris que je sois passé à côté de cette formation si longtemps.
Benoît Savard et Guillaume Jousselin ainsi que les autres membres des Yeux d’la Tête, Eddy Lopez  (Saxophones / Chœurs), Émilien Pottier (Contrebasse / Basse électrique), Pierre Chatel (Batterie) et Antoine Alliese (Accordéon) sont réellement enthousiasmants.
Ils ont parfaitement réussi le savant mélange de rock de musique balkanique et tzigane .Une musique sans frontière et sans étiquette portée par une écriture fine et efficace.

Tout est bon. Textes, musique, ambiance générale. Généreux comme personne !

Biographie officielle :

Après plus de 300concerts dans toute l’Europe, la bande de Montmartre a su lever les foules de Paris à Berlin, de Budapest à l'Italie, du festival Alors chante aux Francofolies... les enivrant d'une ambiance chaleureuse et sincère.

Mis en boîte aux mythiques studios Davout et réalisé par Laurent Jais (Amadou et Mariam, Melissmell, Mano Negra), avec Madones ces rois de la scène offrent un album riche et bien produit à l'image de leur évolution et de leur liberté. Ils vont là où on ne les attend pas : samples hip-hop ou électros, guitares électriques, claviers rétros… tous les mélanges sont permis la qualité pour seule limite, l'émotion et les sensations pour objectifs !

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                                                               (Crédit : Le Turk)
Des sonorités gipsy (« La scène ») une valse mélancolique (« Des bouts de Papier »), mais aussi des chansons explicitement rock (« Parisiennes », « La belle inconnue ») et un carpe diem version dance-floor-balkan-beat-electro (« Profitons-en »)...

Benoît Savard et Guillaume Jousselin, les deux « têtes » pensantes des Yeux d’La Tête, sont venus à l’agence, le 31 octobre dernier.

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Interview :

Vous vous êtes rencontrés comment tous les deux ?

Benoît : Nous nous sommes rencontrés dans une école de musique à Pigalle qui s’appelle ATLA. Avec Guillaume, on était au fond de la salle… on s’est connu comme ça.

Guillaume : D’abord, nous sommes devenus amis. Très vite Benoît m’a fait découvrir tout plein de musique de l’est et la musique manouche. Moi, je venais plus du rock français des années 70. J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette musique acoustique, cette musique tzigane qui touche directement au cœur et à l’âme. À côté, nous avions déjà chacun des groupes. Benoît jouait dans une fanfare et moi dans un groupe de rock. Dans le courant de l’année 2006 est né Les Yeux d’la Tête, version light, très acoustique. Le but était de jouer facilement partout. On n’avait pas d’ambitions spéciales à l’époque. Au début, on a pris beaucoup de plaisir à jouer dans les rues de Montmartre. Ça marchait pas mal. Ensuite, on a fait plein de petits bars dans Paris. La sauce a commencé à prendre petit à petit.

Benoît : Au fur et à mesure des concerts, on voyait que le public venait de plus en plus nombreux. Et avec Guillaume, on a très vite remarqué que ça fonctionnait bien entre nous deux, qu’il y avait une alchimie.

Guillaume : En gros, de 2006 à 2008, on a fait des petits concerts un peu partout… même sur des péniches. On est allé un peu en province aussi, mais on est surtout resté beaucoup à Paris. On voulait profiter de l’engouement qui commençait à monter. Et enfin, en 2008, on a fait notre premier album, « Danser sur les toits ».

Benoît : À partir du moment où un disque existe, ça veut dire que le groupe existe officiellement. C’est un peu comme ça que les gens considèrent les choses.

Guillaume : On avait besoin de marquer implicitement cette période, de définir ce qu’on venait de faire, graver toutes les chansons qu’on avait pour passer à autre chose et repartir de plus belle.

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C’est très dur de se démarquer dans la chanson française aujourd’hui…

Guillaume : Notre disque n’a pas eu forcément un accueil unanime des professionnels, mais la presse nous a suivies. Il y a eu pas mal de bonnes chroniques, ce qui, mine de rien, nous a permis de faire des tournées pendant 4 ans et nous dire qu’on allait faire de Les yeux d’la tête notre vie.

L’une des spécificités du groupe, c’est que vous êtes deux chanteurs.

Guillaume : Il n’y a pas de règles. Il y a des chansons que l’on chante ensemble et d’autres que l’on chante en solo. Dans les albums et dans le show, on essaie d’équilibrer nos interventions parce que c’est important de jouer cette dualité. Ce répondant qu’on a tous les deux fait partie de notre originalité.

L’un de vos tourneurs Patchanka est allemand. D’où une notoriété grandissante dans ce pays.

Guillaume : On a commencé à tourner avec ce tourneur en 2009. Il s’occupait en Allemagne d’autres groupes français, les Mass Hystéria, Karpatt, les fils de Theupu, Syrano. Au début, on se demandait ce qu’on allait bien faire en Allemagne et on s’est retrouvé avec un mec passionné par la chanson française qui se démène pour la faire découvrir en Allemagne. Aujourd’hui, c’est un coup de foudre réciproque entre nous et le public allemand. On y va au moins 3 fois par an.

La Scène. Titre présent sur l'album Madones.
Illustré par quelques images des tournées en France et en Allemagne en mai et juin 2012.
Notamment au Fusion Festival et au TFF Festival à Rudolstadt.

Vous avez même remporté le 1er Prix du festival de Folk européen Folkherbst en Allemagne.

Guillaume : un groupe français a reçu ça en Allemagne, c’est assez marrant.

Du coup, en France, on s’intéresse plus à vous. On se dit « c’est quoi ce groupe qui cartonne dans un autre pays que le sien ? »…

Benoît : Oui, on commence à remarquer cela. On nous en parle de plus en plus. C’est un argument qui incite certaines personnes qui n’osent pas prendre de risque avec un groupe qu’ils ne connaissent pas à, du coup, vouloir nous découvrir. Ils ont peur de passer à côté de quelque chose. Le succès à l’étranger interpelle toujours. C’est bien, c’est une façon comme une autre d’arriver aux oreilles des gens.

Vous êtes passé avec succès aussi en Hongrie, en Croatie, en République tchèque…

Guillaume : Une des beautés de ce métier-là, c’est d’avoir la chance d’aller découvrir ce genre de pays. Moi, je n’y étais jamais allé avant. Le fait d’y aller en tant que groupe, c’est un peu différent que d’y aller en touriste. A chaque fois, ça a été un grand bonheur et des expériences uniques.

À l’étranger, on vous demande de quoi parlent vos chansons ? Est-ce que les textes intéressent le public qui ne comprend pas le français ?

Guillaume : Tout le monde n’est malheureusement pas à cheval sur le sens des mots, mais globalement, il y a tous les cas de figure. Certains se satisfont de la mélodie, de l’intention de l’émotion qu’ils arrivent à choper et il y a ceux qui vont avoir besoin de la signification précise.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandorDans vos chansons, l’écriture est aussi importante que la musique.

Guillaume : Ce n’est pas parce que la musique est très riche, qu’il s’y passe plein de choses, qu’on a délaissé le texte.

Benoît : Moi, je dis même que notre groupe est un groupe de chansons. Une chanson, chez nous, commence toujours par le texte. La composition vient autour. Je dirais plutôt qu’on a laissé autant de place à la musique qu’au texte, que l’inverse. La base part du texte et du sens.

Votre disque s’intitule « Madones ». Les femmes… sujets inépuisables ?

Guillaume : Ca n’a pas fait partie de la démarche initiale. Quand on a réuni toutes nos chansons, on s’est rendu compte qu’on avait beaucoup d’inspirations qui venaient des femmes.  Madones exprime toues les facettes des femmes et toutes ses formes d’inspirations qu’elles ont pu nous procurer, que ce soit dans la joie, la surprise, la tristesse et le burlesque. On est des hommes très intéressés par les femmes et par l’amour.

"Parisiennes" par Les Yeux D'La Tête en Session Live sur RFI
Émission La bande passante - diffusée le 22 septembre 2012.

Vous travaillez comment ?

Guillaume : Au fur et à mesure. On est toujours en création.

Benoît : On n’a pas ce réflexe de faire un moment une tournée et un autre, nous occuper de l’album. Toute la création se fait sur la route, un peu tout au long de l’année, du coup on se montre des musiques, des textes, à n’importe quel moment. On n’a aucune pression. C’est nécessaire que cela se passe comme ça. On fuit le côté pas naturel de la création. Le côté « faut pondre », « faut créer », très peu pour nous ! Évidemment, à un moment on se pose pour peaufiner nos chansons. C’est un peu pour ça qu’on a mis 4 ans à faire le deuxième disque. On n’a pas réussi à arrêter de tourner.

L’objet disque est superbe.

Guillaume : Il y a encore quelques passionnés qui achètent des albums, on s’est dit qu’on allait les récompenser. Aujourd’hui, l’intérêt quand on sort un disque, c’est de faire quelque chose de léché. Un petit bijou.

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On vous voit habillé en années 30, dans différentes situations. Ça vous a amusé de poser comme ça ?

Guillaume : On a beaucoup aimé se mettre en scène. La séance photo a duré 17h.

Benoît : Il y a eu une journée pour la pochette du disque, la madone, et la même chose pour toutes les photos intérieures.

Guillaume : L’artiste qui a fait tout ça s’appelle le Turk. On a eu un grand coup de cœur pour son univers visuel.

Les Yeux D'la Tête & Danakil - Peur de Tout
cabaret sauvage avril 2011

Vous serez au Café de la danse le 11 décembre.

Guillaume : on a envie de proposer aux gens qui viendront nous voir ce soir-là, l’univers musical et visuel de l’album.

Benoît : Il y aura aussi les invités qui sont venus jouer sur l’album. Tom Fire aux claviers, les Babylon Circus aux cuivres, le scratcheur de Sam Tach aux platines et Étienne Favier à la guitare manouche. Belle soirée en perspective, je vous assure. On va avoir l’occasion de faire quelque chose de très beau. Les gens s’en souviendront !

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25 novembre 2012

Virgule : interview pour la sortie de Précieuses

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Voilà encore une perle. Une artiste à part dont la voix me parle, me fait parfois dresser les poils. Je ne sais pas pourquoi Virgule m’a touché à ce point, mais c'est ainsi. Gros coup de coeur! Il a fallu que je fasse sa connaissance. Ainsi fut fait le 26 octobre dernier.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Sa page Soundcloud.

Les Précieuses sur iTunes.

Les precieuses_visuel.jpgBiographie officielle :

Virgule, auteur compositeur interprète, a appris à respirer dans un Paris qui l'a toujours inspirée, elle y a transformé son asthme en souffle poétique... Après avoir écumé de petites salles, et y avoir changé l'air en or, elle termine ici son premier EP : Les Précieuses. Huit titres sombres, furieux, solaires. Entourée de musiciens aériens et modernes, entre rock sauvage et folk apprivoisé, elle écrit en français et chante le langage du ventre. À mi-chemin entre l'écriture puissante d'un Bashung et les folles envolées musicales d'un Babx, Virgule nous entraine avec Les Précieuses dans un orage de frissons qu'on aime provoquer à l'infini, en touche repeat.

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Interview :

Ça fait une dizaine d’années que tu écris des chansons et 6-7 ans que tu les chantes.

Oui et j’ai fait beaucoup de cafés concerts. Dans les bars, le moment où les gens se taisent pour écouter la chanson, j’ai tout gagné.

Après un premier EP, te voilà avec un premier album. Il est super bien produit.

C’est complètement autoproduit, mais on a essayé de faire ça au mieux. J’y ai mis tout mon argent. C’est une belle carte de visite destinée au public, bien sûr, mais aussi aux journalistes, mais aussi aux directeurs de salle… bref, un moyen de me faire connaître un peu plus. Je suis en train de chercher des tourneurs.

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Cet été, tu as aussi fait une tournée des kiosques des jardins de Paris.

Ça m’a permis de bien roder mon set. Ce qui était étonnant dans cette expérience, c’est que les gens s’arrêtaient vraiment. C’était très agréable parce que l’ambiance était très familiale. On peut dire qu’on est allé à la rencontre des gens et j’en garde une très belle expérience.

Ton travail est assez unique. Tu sais que les journalistes aiment bien faire des comparaisons. Avec toi, je n’ai trouvé aucun autre artiste similaire. Je trouve que, déjà, tu as une identité hyper forte.

C’est très gentil de me dire ça. Après, j’adore la chanson française dans toute sa largesse. Je parle de Brel, Barbara, jusqu’à des artistes d’aujourd’hui comme Babx, Katel, Pauline Croze, Camille…

Elle est Belle la Vie
Extrait du 1er EP de Virgule, "Les Précieuses".

Je te dis franchement, je suis fan de ta voix. C’est rare quand je le dis. J’écoute en boucle « Elle est belle la vie », notamment pour cette raison-là.

C’est marrant, le directeur éditorial de Deezer, qui a fait que j’ai eu un peu plus de publics et des écoutes, a mis en avant cette chanson-là.

As-tu travaillé ta voix?

J’essaie de chanter le plus naturellement possible. Sinon, j’ai fait une année aux ACP, la Manufacture Chanson. J’ai pris des cours de chant collectif. C’était une super expérience et le début de mes petites chansons sur scène.

269223_10150897175623731_829203197_n.jpgLa photo de ta pochette est intrigante. Elle s’explique ?

C’est une photo de ma grand-mère prise en 1952. J’ai fait un voyage en Pologne, il y a deux ans avec elle. Elle n’est ni d’origine polonaise, ni juive, mais elle était orpheline. Pendant la guerre, elle a été dans un orphelinat et comme elle était petite, on lui avait caché que c’était la guerre. Elle ne l’a su qu’en sortant de l’orphelinat. Du coup, toute sa vie, elle s’est intéressée à ça. Un jour, je lui ai proposé d’aller faire un voyage de mémoire là-bas. C’est ce que nous avons fait ensemble. Voilà, c’est aussi un hommage que je voulais lui rendre.

Que pense ta famille de ce que tu entreprends dans la musique ?

Ils sont très contents. Ils me soutiennent beaucoup. Ma maman, notamment, qui vient me voir à toutes les dates. Ils aiment ce que je fais.

Tu écris de quelle manière ?

Quand j’écris, en gros la musique vient avec les paroles. C’est une espèce d’écriture automatique qui arrive et qu’il me suffit de recadrer après. Parfois, je passe trois heures devant ma feuille et rien ne sort, le lendemain, en très peu de temps, j’ai quasiment une chanson toute faite qui me tombe dessus. La magie de la création est fascinante.

Quand tu crées, il faut que tu sois dans un état d’esprit particulier ?

Je suis plutôt une fille très contente de vivre. Plus jeune, je pensais qu’il fallait souffrir pour écrire de belles chansons, et en fait, pas vraiment.

Ton album n’est pas triste du tout, les textes sont un peu sombres, c’est tout.

Même si on peut dire que mes textes sont tristes, j’essaie d’y ajouter toujours un peu de lumière. En grattant, on y trouve plein de choses positives.

Un montage personnel d'Esteban Kang sur la chanson "Les violons secs".

virgule2.jpgComment te vient l’inspiration ?

N’importe quoi peut m’intéresser potentiellement. Je laisse les sujets venir à moi, je ne réfléchis pas vraiment au sujet qui va m’inspirer. Je m’émerveille facilement du monde qui m’entoure.

Sais-tu quand une chanson est terminée ?

Je sais arrêter une chanson dans sa globalité en guitare-voix. Après, les arrangements, j’aurais toujours envie d’aller plus loin, mais il y a des contraintes de temps, d’argent, d’agenda des gens qui jouent avec moi.

Et tu arrives à t’écouter facilement ?

De plus en plus. C’était très difficile au début. C’est pour ça que ça me fait très plaisir tes compliments sur la voix. Au départ je considérais ma voix uniquement comme un instrument pour interpréter mes chansons. C’était simplement ce qui me permettait d’exposer mes chansons au monde. Maintenant, j’aime de plus en plus être une chanteuse et la sensation de chanter, ça commence vraiment à m’intéresser.

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Fais-tu très attention au texte ?

Oui. J’essaie de faire en sorte que mes textes ne me gênent pas à l’oreille. Je ne sais pas si c’est une histoire de pied ou de sonorité, parfois j’écris un mot et je le chante, je me dis que ce n’est pas celui-là, je le change.

Tu es musicienne à la base.

J’ai fait le saxo au conservatoire. J’ai effectué toutes mes études en mi-temps « musique ». J’allais à l’école le matin et au conservatoire l’après-midi. Après, j’ai été opéré des dents de sagesse, je ne pouvais donc plus jouer du saxo. C’est à ce moment-là que j’ai pris une guitare et que j’ai écrit ma première chanson. C’est un nouvel instrument que j’essaie d’apprivoiser chaque jour un peu plus.

As-tu confiance en ton destin musical ?

Oui, je me dis qu’il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas à un moment donné avec autant d’opiniâtreté et d’envie de faire ce métier.

Elle a un Truc
Extrait du 1er EP de Virgule, "Les Précieuses".

virguleconcert1.jpgAs-tu déjà une fan base ?

Oui, mais pour l’instant, elle est petite. Je m’en suis rendu compte avec la sortie de ce disque. Ce qui est hyper cool, c’est que maintenant, il y a des personnes que je ne connais pas. Pas mal sont actifs et ça c’est plutôt positif.

Tu me sembles une fille très positive et heureuse, tes textes ne le sont pas beaucoup. C’est pour expulser le trop-plein du noir qui est en toi ?

Les gens qui me connaissent sont étonnés que j’écrive des chansons comme ça. Mais, quand je tente de faire des chansons plus amusantes, ça ne sort pas. J’ai plein de petites fêlures à l’intérieur et ce n’est pas très marrant en société de les exposer. C’est donc un bon moyen d’en parler.

Tu les évoques avec une pudeur qui me touche beaucoup.

Je suis une fille assez pudique. Mes intimes peuvent comprendre le sens de certaines paroles, mais après, les gens qui me connaissent moins font sans doute leur propre interprétation de mes fêlures à moi. C’est ça la chanson. Chacun prend ce qu’il veut et ça peut éventuellement lui faire du bien.

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Pour finir, voici ses prochaines dates de concerts...

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