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06 juillet 2014

Moran : interview pour l'album Sans abri

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Ce qui m’a touché illico, chez Moran, c’est sa voix. Rauque, chaude, extrêmement présente et légèrement écorchée. 

Cet artiste québécois que je ne connaissais pas m’a impressionné. Il utilise la langue française avec une habileté et une poésie dignes des plus grands auteurs. Ses textes sont sensibles et sa musique a des sonorités particulières. Dans son troisième album, Sans abri, il est beaucoup question d’amour, celui pour sa douce et tendre (Catherine Major, mandorisées, là) et celui pour ses enfants ; mais pas seulement. Moran est un auteur qui mêle sentiment et réflexion. Des sujets parfois difficiles sont abordés : la schizophrénie, le Darfour, les sans-abris… Là où certains en seraient à donner des leçons, Moran ne fait que suggérer des impressions sur ce qui l’anime ou ce qui le trouble, avec pudeur et tact. C’est toute la subtilité et l’intelligence littéraire de Moran. Côté musique, l’album oscille ente folk et chanson ; entre rusticité et délicatesse.

Moran et ses deux musiciens, Thomas Carbou et Sylvain Coulombe, de passage express à Paris, on fait une petite halte à l’agence le 20 mars dernier. Il faisait tellement beau que nous avons fait l'interview dans la cour de l'agence. À la cool...

moran,sans abri,interview,mandorBiographie officielle, un peu raccourcie :

Moran nait en 1974 au Canada dans une campagne profonde. À la maison, la télé et la radio débitent de l’anglais, mais à table, on parle français. Aucun instrument de musique à l’horizon... 18 ans plus tard, il  quitte le nid familial pour la grande ville (Montréal). Le jeune Jean-François Moran se lance dans le théâtre d’impro et toutes sortes de petits boulots, dans la mode, les décors de cinéma, videur de boite de nuit…

Les mots sont depuis toujours la matière première de Moran, grand fan de Léo Ferré et de Bob Dylan qui caresse volontiers l’idée d’un mariage entre le folk américain et la chanson.

En 2000, Il rencontre la rockeuse Angel Forest. Elle lui demande de traduire des chansons en français. Le producteur, André Gagné, est tellement conquis par son écriture et son sens de la musicalité qu’il demande à Moran de réaliser l’album de la jeune chanteuse.

Pour son trentième anniversaire, ses amis lui offrent une guitare. Moran s’enferme une année entière pour apprendre à jouer, chanter, enregistrer. Et en 2005, il gagne son premier concours: « Ma première place des arts ». Un an plus tard, André Gagné produit son premier album  Tabac et Moran se taille rapidement une place de choix sur la scène musicale québécoise (prix Gilles-Vigneault, prix de l’Agence Québec Wallonie Bruxelles pour la Jeunesse, « Coup de foudre » de l’Académie Charles Cros…). Acteur aussi, il tient le premier rôle de « Victoria », un film écrit et réalisé par Anna Karina.

moran,sans abri,interview,mandorArgumentaire de l’album Sans abri :

2 ans après la sortie de Mammifères primé par l’Académie Charles Cros, le songwriter canadien prolonge sa lune de miel entre folk et chanson poétique. Moran, c’est d’abord une voix profonde, des guitares et percussions entêtantes qui servent de canevas à des textes ciselés presque sous le sceau de la confidence, où l’auteur arpente les paysages sombres et accidentés de la vie, de l’amour ou du désir avec une émotion qui touche parfois à l’incandescence. Ce troisième album est le résultat d’un travail de groupe : Moran a composé tous les titres avec Carbou (guitare) et Coulombe (batterie) à l’exception de "Sans Abri" et "Ourse" qui sont l’œuvre de sa compagne Catherine Major. Cet album vous emportera loin, très loin du train-train quotidien.

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Interview :

Moran, c’est un groupe où c’est toi tout seul ?

C’est un processus qui s’est fait naturellement en créant l’album Sans abri, un peu religieusement. On a décrété finalement qu’on était un « band ». Nous sommes déjà en train de travailler le prochain album tous les trois.

Justement, tu es venu avec tes musiciens. C’est rassurant d’avoir avec soi  ses amis qui sont aussi ses musiciens?

Je n’ai jamais eu d’autres ambitions que de bien faire mon travail, sans aucun compromis. Je me suis toujours juré de ne jamais être aveuglé par la popularité. Le fait de travailler avec de vrais amis facilite les choses et me permet de garder les pieds sur terre. On se retrouve à trois à créer, à porter le matériel, à être dans les mêmes joies ou les mêmes galères. Plus encore, nous sommes devenus nos propres filtres. Ça m’arrive de débarquer avec des idées que je trouvais géniales et d’être vite remis à ma place, avec diplomatie, par les deux autres.

C’est devenu un mode de vie plus qu’un métier, non ?

Voilà, tout à fait ! On est dans le même bateau et on s’en va vers la même direction. Nous sommes peinards, heureux, quoi qu’il arrive.

Vous écoutez énormément de musique, je suppose, quand vous êtes sur la route.

Oui, ça nous ouvre beaucoup musicalement. Sylvain vient du rock-blues, Thomas du jazz world et moi de la chanson. Du coup, chacun se réinvente en fonction des idées des autres. Cela nous permet d’aller plus loin ou d’aller ailleurs.

Extrait de l'album Sans abri : "Donne".

Le climat de ce nouvel album est plutôt calme, par rapport à Mammifères.

En ce moment, nous sommes fondamentalement zens, cela se transpose dans notre musique.

Dans ce nouvel album, Sans abri, les textes sont moins imagés que dans les précédents.

Ça a été long pour moi de trouver cette espèce de langage qui me permet aujourd’hui de ne fixer dans le temps aucune chanson. Même s’il y a des thèmes précis reconnaissables, ça reste « impressionniste ».

Le texte parfait n’existe pas ?

Il y en a quelques-uns quand même qui frisent la perfection. Un de mes préférés, c’est celui d’Aragon : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ». Il y a de tout. Le premier degré, et le centième aussi. « La mémoire et la mer » de Ferré est aussi un chef d’œuvre. Il est difficile de passer après des textes comme ça. Ce sont mes références parce que c’est ce qui m’allume et qui me fait plaisir à lire. Je ne vais pas essayer de faire moins beau. Je ne parviendrais peut-être jamais à ce niveau de texte, mais il faut placer la barre haute et être exigeant envers soi-même.

Tu n’écoutes que des textes « pointus » ?

Non, heureusement. J’aimerais d’ailleurs être capable d’être plus simple, plus premier degré, moi-même. Par exemple, il y a des titres de Noir Désir absolument géniaux. L’album Des visages, des figures est un bijou subtil aux textes parfaits.

Extrait de l'album Sans abri : "Crazy".

Ton disque est un disque qui s’écoute. On ne peut pas se contenter de « l’entendre »…

Dans le processus d’écriture, j’essaie de plus en plus de ramener des passages à un niveau de langage direct. Par rapport aux chansons de l’album Mammifères, j’ai déjà évolué. C’est moins imagé, moins poétique. J’aimerais que mes chansons deviennent des standards de la chanson « comestible ». Je ne veux plus être considéré comme underground. J’essaie de trouver des façons de m’adresser directement aux gens sans négliger la poésie et le style.

Quand on chante des chansons aussi profondes, puissantes et intenses que les tiennes, ça demande beaucoup d’énergie de les interpréter sur scène ?

Oui, mais c’est le but. Cela dit, récemment, pour Radio Canada, j’ai rendu  hommage à Léo Ferré. J’ai interprété quatorze de ses chansons. Quatorze chansons de Léo Ferré, c’est beaucoup plus épuisant que vingt-deux chansons de Moran. J’ai trouvé finalement qu’à côté de lui, j’étais soft.

Extrait de l'album Sans abri : "Mêmes animaux".

Est-on objectif sur son propre travail ?

Je ne pense pas. Tu es un journaliste averti, tu sais que depuis plusieurs années, il y a beaucoup plus de chansons inutiles que de chansons « pratiques ». Il y a énormément de variété. Comme ce n’est pas du tout dans mon tempérament d’aimer la variété et d’avoir envie d’en faire, j’écris des chansons un peu exigeantes en réaction à tout ça. Moi, je prends la parole. Je prétends avoir quelque chose à dire. Il est hors de question que je monte sur scène pour dire que je préfère les voisins aux voisines. La chanson, il faut que ça aille plus loin que ça.

Moi, je pense qu’il faut les deux. Si on ne pouvait écouter que des chansons de Ferré et de Moran, ce serait quand même un peu triste, non ?

Je suis d’accord avec toi. Mais, je te rassure, sur scène, je fais aussi rigoler le public. Il y a souvent des moments de détente et d’humour pour rendre mes chansons comestibles.

J’ai souvent lu que vos concerts, toujours improvisés, étaient extraordinaires.

On travaille les chansons, mais nous ne les fixons jamais. Il n’y a rien d’écrit à l’avance. Je monte sur scène, je discute avec les gens, comme je le fais avec toi actuellement. Ça peut faire une soirée exceptionnelle, comme une soirée merdique. Tout dépend de la réaction des gens et de comment nous, nous sommes sur scène.

Extrait de l'album "Sans abri": Darfour.

Es-tu d’accord, si je dis qu’un artiste est pudique dans la vie et devient complètement impudique sur scène. Il se déshabille complètement.

En tout cas, quand je monte sur scène, je ne joue pas de jeu. Je suis vrai et authentique. De toute façon, je ne pourrais pas tricher parce que mes deux meilleurs amis sont avec moi. Avec eux, il est impossible que je frime.

C’est quoi chanter sur scène pour toi ?

C’est un moyen d’être honnête par rapport à ce qu’on est, par rapport au parcours que l’on a eu. Si tous les soirs, un chanteur raconte la même chose entre les chansons, ça m’emmerde. Ce n’est pas honnête. Il faut faire du théâtre à la place.

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À quel autre art pourrais-tu comparer la scène ?

Sans hésitation au cinéma. Quand je regarde un film, ce qui me fait plaisir, c’est que les acteurs soient honnêtes. J’aime bien rire, pleurer, ressentir des émotions, être surpris. J’aime que cela prenne son temps et que soudain, le rythme s’accélère. Et enfin, j’aime que la musique soit bonne. Tous les trois, c’est ce que nous essayons de procurer comme plaisir aux gens qui viennent nous voir.

Une question plus personnelle pour terminer. Tu vis avec Catherine Major, qui est une artiste que j’adore. Quand on est un couple d’artistes, est-ce qu’on essaie d’impressionner son conjoint ?

Sur son dernier disque, Le désert de solitude, je lui ai écrit cinq textes. Sur son prochain, il y en aura cinq autres. Comme elle est ma femme, à chaque fois que je fais un texte pour elle, je n’ai pas envie qu’elle me dise que ça ne lui parle pas. Quand elle m’écrit des musiques, comme elle l’a fait sur l’album Sans abri, je suppose que c’est la même chose pour elle. Je crois pouvoir affirmer que nous sommes très complémentaires.

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Pendant l'interview, le 20 mars 2014. Avec Moran, Thomas Carbou et Sylvain Coulombe. 

01 juillet 2014

Jean-Pierre Pasqualini : interview pour Platine, 100 tubes variété française

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Jean-Pierre Pasqualini est une grande figure du journalisme musical en France. Il est le « Monsieur variété française ». Une sorte d’encyclopédie vivante consultée en permanence par les médias en quête d’un spécialiste de ce genre musical. Moi qui ne suis pas le dernier à apprécier la variété française, je m’incline devant lui et son savoir. Depuis quelques années, je le croise, le côtoie même (nous sommes tous les deux membres du jury du Prix Georges Moustaki et du Pic d’Or) et c’est toujours un réel plaisir de partager nos savoirs et opinions respectifs. J’ai un profond respect pour cet homme passionné.

Jean-Pierre Pasqualini est le créateur et rédacteur en chef du magazine Platine (la revue référence en matière de variété d'hier et d'aujourd'hui). Il officie aussi à Télé Melody en tant que présentateur, producteur et responsable des programmes en charge des contenus.

Je le reçois ici pour évoquer une compilation : Platine 100 tubes variété française (vendu à 8000 exemplaires et qui va être relancé cet automne avec un nouveau tirage conséquent).

jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandorLa compilation :

Platine, fondé en 1992 par le spécialiste et passionné Jean-Pierre Pasqualini, est devenu en 20 ans le magazine n°1 de la variété française. Pour la première fois, et à l'occasion de ses 20 ans d'existence, Platine sort son premier coffret! Puisant au fond de sa mémoire et de ses connaissances Jean-Pierre Pasqualini vous offre une sélection de titres inédits des origines de la variété française, d'Édith Piaf à Françoise Hardy, de Jacques Brel à Claude François, en passant par Serge Gainsbourg, Sheila ou Gilbert Bécaud.

Vous pourrez retrouver ou (re)découvrir des chansons telles que "Les boutons dorés", "Le tourbillon de la vie", "Méditerranée", "Salade de fruits", "Domino", "J'attendrai", "Étoile des neiges", "Ne me quitte pas", "La ballade irlandaise", "Les comédiens", "Cigarettes, whisky et p'tites pépées"... pas toujours interprétées par leurs créateurs.

jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandorInterview :

Qui t’a proposé de sortir cette compilation ?

Depuis des mois, Wagram voulait sortir un projet avec le magazine Platine. De mon côté, je ne voulais pas faire une compilation comme les autres. Je ne souhaitais pas réunir des tubes évidents,  placés là dans le seul souci de vendre beaucoup d’exemplaires. Il a fallu beaucoup de temps pour que le label me dise : « tu fais ce que tu veux !» J’ai donc conçu un coffret, non pas de titres inconnus, mais de tubes oubliés, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

C’était de vrais tubes à l’époque, mais ils n’ont pas affronté les années. C’est ça ?

J’en ai parlé récemment à un ex de Nostalgie, Stéphane Bosc, qui est aujourd’hui directeur des programmes à Lagardère Active Radio International. Il m’a expliqué pourquoi à l’époque, il ne passait pas sur Nostalgie tous les tubes dont je parlais. Simplement parce que ces artistes étaient sur de petits labels qui ne les ont pas réédités en CD. S’ils ne sont pas en CD, ils ne sont pas numérisés. Voilà comment un tube ne rentre pas sur cette radio et passe à la trappe des souvenirs. Dans cette compilation, il y a par exemple des chansons de Mireille et de Jean Nohain que chante Sophie Darel. On n’avait pas de CD, on est donc parti des vinyles. Il y a dans ces cinq disques, pleins de chansons qui n’existaient pas en CD.

Tu rétablis des vérités sur le succès ou non de tel ou tel tube.

Oui,  par exemple, en 1958, sortait « Le poinçonneur des Lilas » de Gainsbourg. Tout le monde est persuadé que ça a été un succès parce que Gainsbourg a eu la chance de traverser le temps et le talent de créer une œuvre remarquable. Mais ce titre n’a pas marché du tout à l’époque de sa sortie. Les Frères Jacques et Jean-Claude Pascal ont donné une première vie à cette chanson. Si tout le monde pense que la version de Gainsbourg a été un succès, c’est que l’histoire l’a magnifié. Il y a plein d’artistes oubliés des années 50 qui, malheureusement, n’ont pas franchi la barre des yéyés, mais qui ont fait des énormes tubes avant cette période musicale.

Si je comprends bien, tu veux les réhabiliter aujourd’hui?

Je pense qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise chanson, il y a des chansons pour chaque moment de la vie. Après, dans chaque style musical, il y a de la merde.  Il y a des chansons pour faire la fête au mariage de la cousine. On peut danser sur « La chenille » de La bande à Basile et quand on a le blues, on peut écouter Léo Ferré. Dans ce disque, il y a des chansons pour toutes les situations.

Le style, la faconde Pasqualini, sur Télé Mélody, c'est ça!

Comment expliques-tu qu’un artiste parvienne à franchir les années et plaire à plusieurs générations et d’autres, pas du tout ?

Il y a des gens qui sont en avance sur leur temps, comme Gainsbourg. Quand tu es en avance sur ton temps, tu as donc un peu de marge parce que le temps te rattrapera moins vite. Il était auteur compositeur à une époque où ce n’était pas essentiel. C’est après mai 68 qu’on a considéré qu’il fallait écrire ses œuvres. Un interprète pur et simple, ce n’était plus crédible. Dans le cinéma, on ne demande pas aux acteurs d’écrire leur film. Je trouve cela injuste.

Dans cette compilation, il y a cinq CD et 100 chansons. Comment as-tu fait la sélection ?

C’est comme Platine, c’est un mélange de passion et de marketing. Je sais que si je fais la couverture avec Olivia Ruiz, ça va mieux marcher que si je fais la couverture avec Lucienne Delyle, pourtant, je préfère Lucienne Delyle.  Là, c’est pareil, je me dis Wagram, il leur faut un minimum de tubes donc je place Nougaro qui chante « Le cinéma » et une autre chanson de Nougaro, « Le jazz et la java », mais interprété par Yves Montand, une version moins connue. Aujourd’hui, dans la nostalgie, on a tendance à prendre la version du créateur, alors que parfois, ce sont les versions chantées par d’autres qui ont mieux marché. En tout cas, il n’y a pas une seule chanson dans ces cinq CD où tu ne connais pas au moins le titre ou l’interprète.

Il n’y a pas deux fois le même artiste ?

Non, sauf s’il est en duo. Je ne voulais pas deux fois la même chanson, ni deux fois le même interprète. Quand l’interprète était un peu « faible » en notoriété, comme Simone Langlois, je choisis une chanson très forte, comme « Ne me quitte pas » qu’elle a interprétée un mois avant Brel. Historiquement, c’est elle la créatrice de cette chanson, Brel le reconnaissait.

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Pour Platine (et la Sacem), Monsieur Variété Française organise aussi des interviews croisées d'artistes de la scène française (ici Jeanne Cherhal et Emily Loizeau).

Tu aimes susciter la curiosité. C’est une grande partie de ton travail.

Ce qui est certain, c’est que je n’aime pas enfoncer les portes ouvertes. Quand j’ai créé Platine, j’ai souhaité créer un nouveau titre de presse avec un concept qui n’existait pas. Un journal intelligent sur la variétoche.

Ce que j’aime beaucoup chez toi, c’est que tu assumes tout. Notamment, aimer ce qui pourrait passer pour être ringard.

Je me fous totalement de ce que pensent les autres. J’aime provoquer. J’étais au collège entre 1970 et 1974. C’était les grandes années post-soixante-huitardes. Il ne fallait pas aimer Cloclo. Moi j’adorais et je le disais. Avec mon physique de petit gros, il fallait que je me distingue par quelque chose. Il fallait que j’existe aux yeux des autres pour qu’on arrête de m’appeler Babar. Comme je fais de la psychanalyse aux artistes que j’interviewe, de temps en temps, il est bon de faire la sienne soi-même (rires).

jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandorDans Platine, je suis impressionné par la longueur de tes interviews d’artistes. C’est très rare dans un journal de « faire » si long.

Je ne vois pas pourquoi je n’écrirais pas tout ce qui est intéressant. C’est complètement kamikaze dans un magazine, j’en ai pleine conscience, mais je m’en moque. J’ai la chance d’avoir quelques milliers de lecteurs qui suivent, qui sont super fidèles, beaucoup sont abonnés. Ils me permettent de continuer le journal à ma guise. À part chez Mandor, les interviews longues, ce n’est pas la tendance sur Internet ou dans les magazines.

Pourquoi as-tu créé Platine ?

A l’époque, j’étais dans le tourisme. J’ai passé beaucoup d’années à ramener des disques français des pays dans lesquels j’allais. J’en ai trouvé dans le monde entier. J’ai eu l’idée de faire un magazine de discographie comme Juke Box magazine, mais en montrant les carrières des Français à l’étranger. Les interviews, c’est ce que je faisais en plus en pensant que ça n’intéresserait personne. Et finalement, tout le monde ne me parlait presque plus que de ça. Les gens n’en avaient rien à foutre des discographies. Les interviews ont pris le dessus sur le reste.

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Tu es très franc avec les artistes que tu interviewes. Tu n’hésites pas à les bousculer.

J’ai de la franchise, mais avec beaucoup de tendresse.

Mais quand dans Platine, tu évoques avec Zaz sa supposée homosexualité, ne franchis-tu pas la limite ?jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandor

Pour moi, le sexe fait partie de la vie. Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant.

Tu te permets tout.

Je ne sais pas si je peux, mais je veux tout me permettre. Il y a des gens avec lesquels ça ne s’est pas bien passé. Je pense par exemple à François Feldman. Je lui ai demandé comment il vivait le fait d’avoir été une énorme star pendant quatre ans et être retombé dans l’anonymat,  voire même être considéré comme ringard.

Ce n’est quand même pas très diplomate. Personnellement, je n’aurais pas demandé cela de la même façon.

Je ne suis pas diplomate, je suis psychologue. J’ai aussi une heure de cartonnage sur une cassette avec CharlElie Couture. Il n’a pas du tout aimé mes questions et il m’a répondu violemment. Au bout d’un moment, il m’a mis dehors. C’est vrai que quand tu es un personnage et que tu veux le rester, il n’est pas évident de s’entendre poser des questions un peu indiscrètes. J’ai voulu creuser pour voir ce qu’il y avait derrière, il n’avait pas du tout envie. Il faut que les réponses correspondent au personnage. Dave, par exemple, ressemble à son personnage, je préfère nettement cela.

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Dès qu'il faut parler d'un chanteur de variété, Jean-Pierre Pasqualini est au combat.

Quand tu fais une interview, considères-tu que c’est un travail de psy et est-ce que c’est pour ça que tu fais de longs entretiens ?

Je suis comme ça dans mes rapports humains dans n’importe quelle circonstance de ma vie. Je cherche toujours à en savoir plus que ce que l’on me dit. Depuis longtemps, j’ai le défaut de ne pas savoir faire des conversations de salon.

Tu attaques directement. Moi, contrairement à toi, j’ai tendance à « endormir » un peu les artistes avant d’aller là où je veux aller. Ce sont deux méthodes. Toi, tu es plus frontal.

Je suis frontal dans tout ce que je fais. La vie est courte. Nous sommes des poussières dans l’histoire du monde et on a intérêt à ne pas perdre de temps et à prendre du plaisir dans tout ce que l’on fait. C’est un peu handicapant d’être comme ça dans la vie, parce que beaucoup considèrent que je suis inquisiteur, que je fouille trop, que je me mêle de ce qui ne me concerne pas... Pas que dans les interviews, dans la vie aussi.

Croisière Rivages du Monde et Télé Mélody, du 18 au 26 septembre 2014, avec Jean-Pierre Pasqualini.

jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandorAimes-tu la notoriété ? On voit pas mal ton visage dans Platine, on le voit aussi au dos du disque…

J’ai deux réponses. La première, c’est qu’à la base, je faisais de la radio libre. J’adorais ma voix à la radio. Par contre, quand j’ai commencé la télé, j’ai détesté me voir. Mais, j’ai travaillé avec Karine Le Marchand sur France 3, dans une émission qui s’appelait « Music Musique »,  il y a 15 ans. Un jour, elle m’a dit : « Tu es rédacteur en chef de l’émission, moi je suis présentatrice, mais il faut que tu montres ta gueule, sinon, tu ne seras jamais considéré comme Monsieur Chanson Française. Il y a Sevran, si un jour tu veux exister, il faut que tu sortes du bois. » Je lui ai répondu que je me trouvais gros, que je n’aimais pas mon image et que je n’étais pas fait pour la télé. Elle m’a fait chier longtemps, tant et si bien qu’elle m’a même imposé de faire une rubrique à la fin de l’émission, « J’assume, j’assume pas ». C’est comme ça que j’ai commencé à me montrer.

Mais, j’insiste un peu, dans Platine, on voit beaucoup ton image.

Au début, je ne me suis pas posé la question de savoir si ça me faisait bander ou pas de mettre des photos de moi avec des artistes. Mais si le but était uniquement de frimer, je mettrais uniquement ma gueule avec Michael Bublé, pas forcément mes photos avec Gloria Lasso.

Quand tu es dans une soirée, aimes-tu que l’on te reconnaisse, que l’on vienne vers toi ?

C’est encore plus prétentieux que ça. Ça fait vingt ans que j’essaie de dire que la variété française n’est pas ringarde et quand on me reconnait dans une soirée et qu’on me place bien dans un concert, je me dis que, quelque part, on respecte un peu plus la variété française. Comme personne dans les médias n'a jamais voulu prendre cette place de "Robin des Bois" de la chanson populaire, de porte-parole de la variété française, j'ai pensé que je devais le faire.

Jean-Pierre Pasqualini, seul contre tous (Christophe Conte (Les Inrocks), Marc-Olivier Fogiel et Guy Carlier) pour défendre la tournée "Age Tendre et tête de bois". Pour ça aussi, je l'admire.

En 2014, la variété française est-elle bien représentée ?

Non. Pas du tout. Pour moi, il n’y a pas une bonne nouvelle chanson dans l’année, ni chez les vieux, ni chez les jeunes. C’est quand même catastrophique, une année comme ça.

On dit du bien des nouveaux Obispo et Pagny

Non, non, non. Le dernier Obispo est catastrophique, alors que j’avais adoré « Comment veux-tu que je t’aime » qui était l’inédit de la compilation. Le Pagny, tu as raison, il est pas mal. Moi, cette année, le seul que j’adore est belge. C’est Stromae. Ce n’est pas très original, je sais. Ça, c’est de la bonne variété, parfaitement fédératrice.

D’où te vient ce goût pour la variété française ?

J’ai eu mon premier pickup en 1966, j’avais huit ans. On m’a offert trois 45 tours avec. Un de Cloclo, « Le jouet extraordinaire », un de Monty et un de Nino Ferrer, « Mirza ». Je me souviens que pour moi, le monde a basculé. J’ai immédiatement regardé les pochettes dans tous les sens pour voir qui écrivait les chansons. J’ai toujours aimé les gens de l’ombre.

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As-tu un côté midinette avec les artistes que tu rencontres ?jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandor

Midinette, je ne sais pas, mais fan, sûrement. Je suis un peu triste que les artistes ne le sentent pas.

C’est de ta faute, tu ne le montres pas.

Je dois dégager un truc très sérieux, très cassant, très ours. Aujourd’hui, j’en suis beaucoup plus conscient qu’avant. Quand Platine est né, je voyais que les attachées de presse se foutaient de ma gueule parce que je faisais un magazine de variété. En 1992, elles se demandaient quel était ce gros ringard qui voulait leur faire croire que la variété était mieux que le rock. Je me suis construit une armure et je n’ai rien voulu montrer de mon côté fan. Fan de metal, à la limite, mais fan de variété, ça faisait double peine (rire). Avec mon magazine, je ne voulais pas passer pour un petit rigolo, un petit fan de chanteuse ringard. J’ai joué à l’homme sérieux. Du coup, on me prend pour un journaliste très distant, qui analyse sans cesse, sans jamais lâcher prise.

C’est quoi pour toi, une bonne chanson ?

J’ai beau être auteur, je rejoins ce que dit Goldman : « On vient à une chanson pour la mélodie, on y reste pour le texte. » Moi, s’il n’y a pas une mélodie, je n’écouterais pas un bon texte. Dans les jeunes artistes d’aujourd’hui, il y en a qui ne savent pas ce qui peut les convenir. Une bonne chanson ne l’est pas pour tout le monde. Certains chanteurs peuvent la porter, la sublimer et d’autres non. Une bonne chanson, ce n’est pas interchangeable, elle doit coller à un interprète.

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21 juin 2014

Thierry de Cara : interview pour The Little Home Tour

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(Photo : JC Marmara/Le Figaro)

Quelle initiative originale que ce The Little Home Tour ! Trois ans après un premier ­album, Une vie entière, produit par My Major Company, le chanteur Thierry de Cara crée un concept qui consiste à se produire gratuitement chez les gens. Une ville, un sac à dos avec une barre de fer d'un mètre de long munie d’une minicaméra dirigée vers son visage et une autre dirigée vers le public. Ensuite, il aborde les gens pour être invité le soir même chez l'un des passants où il donnera gratuitement un concert.

thierry de cara,my little home tour,interview,mandorThierre de Cara est venu à l’agence le 3 décembre dernier pour me parler de ce projet qui en était à son balbutiement. C’était il y a six mois, juste après avoir tourné les deux premiers numéros à Arras et à Lille. Il était convenu que je mette en ligne cette mandorisation, quand lui-même aura mis son premier numéro de The little Home Tour. Voilà qui est fait.

Concept :

The Little Home Tour est une web-série dans laquelle un chanteur-auteur-compositeur, Thierry de Cara, parcourt les villes de France et propose, au hasard de ses rencontres, des home-concerts « chez l’habitant ».

Équipé de ses caméras, ce multi-instrumentiste arrive le matin dans une ville de France et se doit de trouver au cours de sa journée un ou des habitant(s) qui accepteront de l’accueillir à leur domicile pour une soirée. C’est d’un exceptionnel concert privé et improvisé dont fera profiter le jeune chanteur-auteur-compositeur- à ses accueillants.

Biographie officielle de Thierry de Cara :

Né à Marseille, Thierry de Cara est initié au piano classique dès son plus jeune âge. Il thierry de cara,my little home tour,interview,mandors’intéresse très vite à l’écriture de chansons et c’est vers l’âge de 15 ans qu’il s’y essaie pour la première fois.

En 2002, il est sélectionné pour participer à un tremplin d’auteurs-compositeurs-interprètes à l’Olympia, la Rose d’Or, qu’il remporte. A la suite, Mireille Darc lui consacre un portrait d’une vingtaine de minutes lors d’un reportage France 2 intitulé « De l’ombre à la lumière ».

Après un premier single produit par Charles Talar (Cabrel, « Notre-Dame de Paris »…), il signe chez My Major Company et devient le deuxième artiste produit par les internautes en France. Son premier album, enregistré à Londres par le producteur Martin Terefe (Jason Mraz, Cat Stevens, Zaz), sort chez Warner quelques mois plus tard. Ce premier disque est soutenu par les radios (NRJ, Chérie FM). Thierry de Cara devient même l’une des « révélations de la chanson francophone France Bleu ».

Depuis quelques mois, il prépare son deuxième album et a repris le chemin de la scène. Partout, sa pop fraîche et tendre, ses textes pleins d’humour et profonds à la fois sur ses mélodies imparables, enflamment le public.

Voici le teaser de The Little Home Tour.

thierry de cara,my little home tour,interview,mandorInterview :

Si je comprends bien, la base de ce projet est : « que puis-je inventer d’original pour me faire remarquer ? »

Je ne me suis pas levé un matin en me disant ça. Ça s’est fait un peu de fil en aiguille. Il y a deux ans, un  ami s’est marié. J’étais témoin et il a fallu que quelqu’un fasse un petit film. Comme je suis l’artiste de la bande, je me suis proposé. Pour ce film de mariage, j’ai commencé à faire du montage vidéo. J’en ai bavé pendant un mois et demi, mais le film a plu et moi, j’ai aimé m’en occuper presque de A à Z. Du coup, ça m’a incité à  réaliser le clip de ma chanson « C’est pas mal déjà ». Autour de ce clip, j’ai eu envie de faire des concerts. J’ai donc décidé d’organiser un jeu autour du clip. Le but était de trouver une énigme. Le gagnant remportait un concert de moi chez lui. J’ai fait deux home concerts et j’ai très vite voulu récidiver. Le projet The Little Home Tour est lié à tout ça.

Ce genre d’initiative remonte-t-il le moral quand son premier disque n’a pas marché ?

Oui, c’est certain. Mais si mon disque n’a pas marché, j’ai eu de jolis résultats radios. J’ai quand même fait des choses sympas autour de ce premier album. Mais, bon, je n’ai pas effectué de tournée. C’était mon rêve d’enfant de parvenir à faire mon métier dans les meilleures conditions. Il n’y a pas eu de signature de deuxième album, donc, j’ai dû tout recommencer de zéro. La création, j’adore ça, mais à un moment donné, on a envie de capter l’énergie des gens.

Ton dixième home concert s’est déroulé à Lille et c’est là que l’idée de ce projet à germé dans ta tête.thierry de cara,my little home tour,interview,mandor

Oui, le lendemain de ma prestation, je me balade dans la grande place de Lille. Des jeunes étudiantes avec une caméra sont venues me poser des questions, souvent saugrenues, voire même complètement barrées. J’ai répondu de manière décalée. Après leur départ, j’ai eu la certitude qu’il fallait que je fasse des choses avec la vidéo. J’ai pensé au concept d’Antoine de Maximy, J’irai dormir chez vous. De fil en aiguille, j’ai regardé sur internet et j’ai acheté le matériel adéquat immédiatement. Il y a eu pas mal d’investissement, mais je savais que le jeu en valait la chandelle. Quand on a une idée dans la vie, il faut foncer.

Ensuite, tu as bossé sur le visuel.

Tout est parti de là pour mon imaginaire. C’est la première fois de ma vie qu’une idée germe et éclot aussi rapidement. Je suis en ce moment dans une espèce d’énergie super positive. Je suis ravi de cette expérience.

Comment as-tu vécu ce premier épisode à Arras ?

C’était deux jours exceptionnels. Je ne pensais pas que ça allait être aussi bien. Il me tarde de repartir. C’est une aventure humaine extraordinaire.

Voici le premier épisode de The Little Home tour (tourné à Arras).

Comme tu es compositeur, évidemment, tu as composé toi-même le générique de The Little Home Tour.

C’est ça qui me plait dans ce projet et qui en fait sa force. Je tout fais moi-même, de A à Z. Tournage, montage, générique…. Le côté « home made » me plait vraiment.

Tu bosses seul, mais par contre, tu vois plein de gens.

J’arrive en solitaire dans les villes et je repars avec plein d’amis le lendemain. Que te dire à part que c’est merveilleux.

Tu ne vas pas échapper aux comparaisons avec Antoine de Maximy.

Je le sais bien, mais ça ne me gêne pas. Je l’aime beaucoup. À la base, j’arrive dans les villes. Je sors de ma voiture, je mets mes caméras, je commence à marcher et je vais où le vent me mène. Je rencontre des gens, je parle de mon projet, je leur montre mon premier album pour les rassurer sur le fait que je suis bien chanteur. À la différence d’Antoine de Maximy, mon but à moi, c’est de faire un concert chez les gens, pas de dormir chez eux. Même si ça m’arrive de le faire quand ils me le proposent, mais ce n’est pas le but.

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La trame, c’est la musique, mais il se passe plein d’autres choses.

À Arras, par exemple, j’ai visité le beffroi à 80 mètres de hauteur et je suis allé dans les Boves (réseau de galeries s’étendant sous toute la ville qui a servi d’abri et de lieu de rassemblement aux troupes alliées, en 1917, dans l’attente d’une offensive décisive : "la Bataille d’Arras") pour visiter les souterrains. À partir du moment où j’ai trouvé l’endroit où je vais faire le concert le soir, j’ai le temps de visiter la ville. Tout cela est filmé et est visible dans le premier épisode.

Au niveau du concert en lui-même, tu chantes combien de temps ?

Une heure, mais on en voit que quelques minutes par épisode. Dans celui d’Arras, on en entend juste une en quasi intégralité.

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A l'agence, il y a des gens mystérieux...

En profites-tu pour vendre tes deux albums ?

Ça m’arrive, mais ce n’est l’endroit pour cela. Si des personnes présentes m’en réclament, évidemment, je leur en vends. Pour moi, c’est déjà un cadeau que les gens m’ouvrent leur porte. C’est énorme d’ouvrir sa porte à quelqu’un, de trouver du public et de se mouiller pour remplir son salon en une après-midi.

Comment se comporte le public présent ?

Ça dépend des soirs. À Arras et à Lille, par exemple, le public était complètement différent. Ils n’avaient pas le même âge et venaient d’univers qui n’avaient rien à voir. Des jeunes ne réagissent pas de la même façon que des cinquantenaires. Ce que je relève, c’est qu’ils sont tous surpris quand je monte la scène. Les gens s’imaginent voir débouler un chanteur avec sa guitare acoustique et point barre. Il y a en fait une vraie scène, un kakemono de deux mètres avec le logo, des néons, un clavier, trois micros sur pied, une grande table de mixage, des guitares… ça devient rapidement une vraie salle de concert chez l’habitant.

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Et quand tu joues, ça se passe comment ?

Ils sont toujours agréablement surpris parce que je donne autant d’énergie là que j’en donnerais dans une vraie salle.

Finis-tu par oublier que tu es dans un appartement ?

Oui. Mais tu sais, un concert dans un appartement est plus difficile que dans une vraie salle. Il faut savoir gérer cette proximité immédiate. Au début, les gens sont dans leur salon en train de me regarder avec curiosité et très vite tout le monde se détend. Ils finissent par oublier ce détail et moi aussi. J’aime que mes concerts soient un évènement où que je me produise. J’ai envie que le public vive un vrai moment, alors je donne tout, même s’il n’y a que huit personnes.

C’est un concept qui te ressemble ?

Oui. Je suis un garçon qui aime beaucoup le contact et parler. Se balader dans la rue, trouver des gens qui veuillent bien accueillir mes concerts chez eux, c’est un vrai challenge, mais ce n’est pas impossible. Je suis quelqu’un qui aime prendre des risques et qui me lance dans ce genre d’initiative sans crainte particulière. C’est vraiment un concept qui me colle à la peau.

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Pendant l'interview.

Tu as eu pas mal de presse alors que personne n’a encore vu le résultat. Tu l’expliques comment ?

Je ne l’explique pas. Ça arrive peu de fois dans une vie de sentir qu’un projet est le bon. Ça me permet de rester cool et de ne pas paniquer. Depuis que j’ai commencé les tournages, je reprends confiance en l’humain. Je sais que je vais continuer à rencontrer des gens incroyables et qu’il va se passer encore des choses dingues.

Crois-tu en ta bonne étoile ?

Tu veux dire, si je crois que quelque chose me protège et veille sur moi pour m’emmener au bon endroit ?

Par exemple.

Je crois surtout en ma passion pour ce métier. Il faut être obsessionnel pour être un artiste. Ce métier, c’est toute ma vie, toutes mes pensées, depuis toujours.

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Avec Thierry de Cara, le 3 décembre 2013, après l'interview.

16 juin 2014

Roland Brival : interview pour Circonstances aggravantes

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J’ai rencontré Roland Brival pour la première fois en 1992. Pour RFO Guyane télé, je suis allé l’interviewer lors d’un stage de théâtre et de fabrication de marionnettes (si ma mémoire est bonne) qu’il animait. J’ai un grand respect pour cet artiste martiniquais majeur. Romancier, plasticien, photographe, metteur en scène, auteur-compositeur, interprète. Notamment.

Roland Brival, je le place à côté d’un CharlElie Couture. Même trempe. Un type qui a décidé de ne se donner aucune limite artistique. Barrières explosées. Toujours avec passion et sourire.

Ce que j’aime surtout chez Roland Brival, c’est qu’il maîtrise la valeur du langage, et du mot juste. Chaque phrase, quelle que soit la langue employée, français, créole ou anglais, trouve harmonieusement sa place et son intonation.
 
roland brival,circonstances aggravantes,interview,mandorLes chansons de son nouvel album, Circonstances aggravantes mêlent subtilement le jazz et des rythmiques Caribéennes dans une forme de kréyol jazz qui est sa marque de fabrique. Le tout soutenu par d’excellents musiciens (Rémy Decormeille au piano, Manuel Marches à la contrebasse et Julien Charlet à la batterie). Brival chante la vie, l’amour, la déprime, New York...

Il sera en concert au Sunside, le 19 juin 2014 (vous pouvez réserver dès maintenant, via www.sunset-sunside et bénéficier d'un tarif préférentiel)

J’ai rencontré Roland Brival dans un bar parisien le 29 avril dernier. Passionnant et riche entretien.

Mini bio officielle :

Roland Brival est un artiste polyvalent. Écrivain, plasticien, musicien (chanteur, auteur-compositeur)

Né en Martinique, il a vécu à Londres, New York et à Paris où il a désormais posé ses valises.

15 romans publiés à ce jour chez divers éditeurs parisiens.

6 albums de musique dont le dernier vient de sortir, Circonstances aggravantes.

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roland brival,circonstances aggravantes,interview,mandorInterview :

Circonstances aggravantes est un disque de jazz avec des influences antillaises. Peut-être un peu moins que dans vos précédents.

Les projets naissent d’eux-mêmes. Je fonctionne par rapport à ce qui m’entoure. Aujourd’hui, je vis à Paris. J’ai une relation avec la langue française qui ne cesse de s’approfondir. Du coup, j’ai eu envie de plonger là et de regarder où tout cela m’emmenait. Je suis aussi surpris du résultat que l’auditeur lambda qui va l’écouter.

Pour ce disque, vous avez collaboré de nouveau avec Julien Birot (leader du groupe Wise).

Julien Birot est un producteur artistique avec lequel je travaille depuis quatre albums. Cette fois-ci, je lui ai parlé de mon envie de travailler avec un trio. Je voulais aller plus loin dans la référence d’un travail de trio. Nous avions commencé avec mon précédent album Vol de nuit, mais nous nous étions contentés de frôler les frontières de la pop music tout en restant dans le créneau jazz. Julien m’a proposé de rencontrer un pianiste que je ne connaissais pas, Rémy Decormeille. Quand j’ai écouté les choses qu’il faisait, je me suis aperçu que c’était formidable et que cela correspondait bien à la sensibilité qui était la mienne. On a donc commencé à travailler ensemble.

Vous êtes plasticien, écrivain, musicien, auteur… c’est difficile de définir vos activités et je crois que vous aimez bien ça. Que fait Roland Brival dans la vie ?

C’est un homme qui marche (rires).

Et qui ne regarde jamais en arrière ?

En réalité, les choses de l’arrière, je les mets en avant. Pour moi, le passé c’est l’avenir. J’aime bien inverser le rapport des choses dans le fonctionnement que l’on a avec le temps. Je suis constamment dans l’instant présent. Cela veut dire qu’un projet sur lequel je travaille depuis une année entière peut se retrouver d’une seconde à l’autre complètement modifié parce que l’instant présent m’a dicté cette décision.

C’est donc l’instant présent qui prime ?

Oui, parce que c’est là que l’on vit. On ne vit nulle part ailleurs, alors il faut toujours être à l’écoute des messages que l’on envoie et des retours qui nous sont faits. Je crois que les artistes qui sont capables de s’ancrer dans une trajectoire qui perdure sont forcément des personnes qui sont capables de se remettre complètement en question. Quand on prépare un album, il faut savoir anticiper un an à l’avance l’endroit où les choses vont nous amener. Ce n’est pas toujours évident. Il peut arriver qu’en cours de route, brusquement, se produisent des accidents, parfois même des erreurs. Moi, ça ne me dérange pas. On apprend beaucoup de ses erreurs et de ses accidents de parcours, parce qu’ils nous déstabilisent et nous offrent des solutions auxquelles nous n’aurions jamais pensé avant.

Est-ce que l’on peut dire que vous défendez la tradition de votre pays en la modernisant ?

Oui, bien sûr. Avec mes différentes casquettes, je suis un cas un peu particulier. Je connais un certain nombre d’écrivains qui ne se posent pas la question des traditions musicales. Moi, je suis polyvalent, donc, tout cela m’intéresse. Je pense que le secret de l’écriture est aussi bien derrière un stylo, une bonne concentration et une feuille de papier blanc que derrière les mains d’un tambouyé qui est en train de jouer à la campagne quelque chose qui soudain secoue et vous atteint au plus profond de vous-même. La source d’inspiration est partout et la tradition est un bon pied d’appel.

Clip de "Les mots qui dansent" (extrait de l'album Circonstances aggravantes).

Votre premier single et clip tiré de cet album est « les mots qui dansent ». Ce titre vous va bien, vous qui avez consacré une bonne partie de votre vie aux mots. Vous avez écrit une quinzaine de livres. L’écriture est-elle l’aspect de votre vie artistique le plus important pour vous ?

Les mots, c’est la trajectoire artistique la plus difficile. La musique, même quand on ne sait pas jouer du piano, il suffit que l’on pose ses doigts sur un clavier, il se produit un son et dans le son il y a déjà une émotion. En peinture, si on n’y connait rien, on trace un rouge sur une toile, on la badigeonne, quelque chose déjà se dégage qu’il faut ou non assumer. Mais l’écriture, ça n’a rien à voir. L’écriture n’a aucune générosité dans le processus de communication. Si on ne sait pas lire, on n’a rien. Et pouvoir déclencher des émotions à partir de petits signes inscrits sur une feuille et faire en sorte que quelqu’un se mette à rire ou à pleurer, c’est la plus haute altitude possible dans la trajectoire d’un artiste. Les mots me paraissent fondamentaux. Ils sont le pivot de toute ma démarche.

roland brival,circonstances aggravantes,interview,mandorEn 1976, vous avez fondé le groupe pluridisciplinaire Bwa Bwa, sorte de laboratoire théâtral dans lequel se mêlaient toutes les disciplines artistiques (théâtre, marionnettes, musique, écriture, peinture…). La troupe a tourné à travers le monde pendant quelques années et à même sorti un album, Voltyijé voltijé mwin ! rencontre musicale entre l'Afrique, la Caraïbe et le blues américain.

On va dire que j’ai monté un laboratoire.

Ce que je veux dire par là, c’est que vous avez passé de nombreuses années à partager. Aujourd’hui, vous me paraissez plus solitaire.

Je viens de la mise en scène du théâtre. C’est quelque chose qui vous emmène dans le compagnonnage. On transmet, on donne, on partage. Ce laboratoire de marionnettes et d’art plastique, je l’avais créé lors d’une période de retour aux Antilles. Je m’y suis installé pendant sept ans. À l’époque, je produisais des pièces où je créais des œuvres d’art. C’était un travail haut de gamme reconnu dans différentes parties du monde et quand je suis arrivé aux Antilles avec ça, j’ai compris que ce n’était ni le lieu, ni l’endroit, ni le rendez-vous.

Il a fallu que vous repreniez tout à zéro ?

Je crois qu’un artiste, ce n’est pas quelqu’un qui se balade avec des fantasmes personnels. C’est quelqu’un qui sert de rencontre et de carrefour entre un peuple et une culture. À partir de là, on écoute ce que les gens ont à dire et ce dont ils ont besoin. On se remplit de ce besoin et on va chercher une réponse dans les endroits où personne n’a l’habitude d’aller, sauf vous. J’ai remis toute ma vision, toute mon expérience professionnelle à zéro et j’ai décidé de partir en compagnie des gens qui m’entouraient  pour créer les bases d’une esthétique et d’un théâtre qui pouvaient correspondre à cette culture caribéenne qui était la mienne. Il a fallu la réinventer.

Ce cycle a duré 7 ans.

Au bout de ce cycle d’un voyage perpétuel à travers le monde est venu le besoin de se replier sur moi-même pour passer à d’autres niveaux de travail. Notamment l’écriture. L’écriture exige un acte solitaire. Elle demande de se replier sur soi-même. C’était pour moi une démarche logique qui correspondait au stade de l’inspiration et de l’expiration. Dans le yoga, quand on fait une chose, il faut aussi faire son contraire pour équilibrer un peu les formes. Donc je suis parti dans une intériorisation des choses et j’essaie maintenant de me déplacer sur un terrain où cette lutte et cette démarche sont plus écoutées, plus entendues.

Clip de "Dear Lili" (extrait de l'album Circonstances aggravantes).

Là, je vous reçois en tant que jazzman, mais vous continuez à travailler d’autres arts, chez vous ?

Pour moi, c’est l’invention du travail à la chaîne dans les usines Ford aux États-Unis qui a produit une forme de sélection et de distribution qui s’est installée dans tous les tissus économiques, mais qui s’est installé aussi au niveau de l’art. Du coup, nous, les artistes, on nous demande d’être au bout d’une chaîne et de serrer le boulon 15 si on a choisi le boulon 15 dès le départ et de passer le reste de sa vie à ne serrer que ce boulon. Moi, je crois que la démarche doit être un peu plus proche de ce que ressent l’individu de manière personnelle. L’autre chose c’est que, quand je vous parle, en même temps je vous écoute, en même temps, je vous vois, donc le cerveau fonctionne dans cette simultanéité. Pourquoi commencer à découper des tranches et commencer à dire : « je ne travaille que dans la musique, donc, je ne fais qu’entendre ». On a appris à fonctionner dans ce registre de spécialisation, notamment en occident, et je pense que c’est une erreur.

Grâce à Internet, c’est clairement en train de bouger.

Oui, et c’est rassurant. Le monde d’Internet et de la nouvelle technologie produisent des artistes polyvalents. Des gens qui se lancent dans la musique sans rien n’y connaître, qui partent dans un délire sur les arts plastiques avec un écran et un crayon sur une programmation. Ça nous ramène à cet essentiel de la polyvalence qui est loin d’être du dilettantisme. C’est au contraire une façon organique d’aborder l’art, une façon de faire en sorte que l’art ne s’écarte jamais de ce qui est sa véritable cause, c'est-à-dire l’homme. Lorsqu’il s’agit de produire une œuvre qui vous ressemble et qui est formatée sur un créneau précis, c'est-à-dire le boulon 15, je crois que là, on s’écarte de ce que l’art doit transmettre et de ce que l’art doit produire dans celui qui est en train d’actionner cette manivelle.

Vous êtes dans un état de jubilation quand vous créez ?

C’est cela que l’on cherche. L’artiste jubile et s’émerveille. La jubilation et l’émerveillement  sont les choses les plus contagieuses au monde, à condition d’avoir reçu ses deux états au départ, soi-même, pour pouvoir transmettre la même chose. L’émerveillement et la jubilation, c’est juste une question d’attitude. Ça n’a rien de très compliqué. Il suffit de faire un pas de côté, par rapport à nos perceptions habituelles quotidiennes et tout devient merveilleux. Dans l’émerveillement, tout ce que je redécouvre m’amène un rapport neuf à la réalité. L’art est supposé servir à ça.

Clip de "New-York Song" (extrait de l'album Circonstances aggravantes).

C’est quoi pour vous le véritable message de l’art ?

C’est qu’il n’y a pas de message. On marche sur un chemin, tout notre équilibre et notre déséquilibre autour de cette marche, c’est le processus de la réponse et c’est cela qui nous alimente.

Vous n’êtes pas un chanteur à message, ce qui ne vous empêche pas de parler de l’état du monde en des termes peu optimistes sur l’avenir. Dans « Ma chère cousine », notamment.

Dans cette chanson, par exemple, il y a quand même de l’humour. Dans « Ma chère cousine », je tourne tout ça en dérision. Je n’ai pas voulu plomber l’ambiance, mais relever les choses et que l’on s’amuse de cette histoire.

Vous êtes un artiste exigeant.

Je cherche à toucher les gens, mais je ne cherche pas à modifier ma démarche artistique pour ça. Un artiste n’est pas là pour faire du merchandising. On essaie juste de faire en sorte de rester disponible, à la portée des gens. Le plus difficile, c’est de pratiquer une forme d’art sans concession, rigoureuse et exigeante et qui, en même temps, garde une trace populaire.

Je reviens aux livres. Que doit provoquer la lecture d’un de vos ouvrages aux lecteurs ?

Quand un lecteur ouvre les pages d’un roman, il se met dans un état de silence. C’est un silence qui correspond à un état de non-bruit. Au moment où il lit la dernière ligne, là, il doit rentrer dans un moment de silence total. Le silence où je l’ai emmené n’a rien à voir avec le silence de départ. C’est un silence qui correspond tout à coup à une chute libre dans la profondeur de soi-même et ou, tout à coup, on s’aperçoit qu’on est beaucoup plus loin que l’on l’imaginait.

Et pour la musique ?

C’est pareil.

roland brival,circonstances aggravantes,interview,mandorDans cet album, il y a des chansons qui parlent d’amour. C’est difficile d’être original quand on écrit une chanson de cette nature-là ?

Oui. Je crois même que ce sont les chansons les plus compliquées. Comment ne pas tomber dans le romantisme à deux balles ? Il faut constamment renouveler son regard sur la chose. À la limite, une bonne chanson d’amour devrait commencer par « je ne t’aime pas » pour en arriver à l’endroit où on a quelque chose à se dire.

Vous utilisez votre voix parfois même comme un crooner…

Sur un disque, les chansons accompagnent la vie quotidienne des gens. Il faut essayer de penser que, quelque part, ce que l’on dit doit pouvoir se murmurer, doit pouvoir séduire, même au premier degré, doit pouvoir être là dans un rapport affectif. Quand on est chanteur, on murmure à l’oreille des gens. J’aime bien quitter ma voix qui claironne pour, soudain, arriver à un message intime, parce que dans la vie, les moments se succèdent ainsi. Un album qui ne comporterait pas toutes ces altitudes, tous ces paysages émotionnels serait forcément incomplet.

Est-ce facile de travailler avec Roland Brival ?

Les nouveaux qui travaillent avec moi, quand je les repère, je sais qu’ils ont la capacité de cœur. S’ils n’ont pas la technique, ils ont l’attitude. C’est d’abord l’attitude qui m’intéresse. De l’attitude découleront tout le fonctionnement et le processus créatifs.

Votre monde personnel me paraît très secret. On ne sait rien sur vous.

Très peu de gens passent la porte de mon monde. Parce que j’ai besoin d’un espace personnel où je peux gérer tout ça. Mais il n’empêche que les portes sont là. Elles ne sont pas fermées, elles sont visibles.

Voulez-vous dire que vous n’avez pas beaucoup d’amis parce que vous ne laissez pas grand monde s’approcher de votre espace vital ?

Je suis obligé de le reconnaître. Je fonctionne sur un registre qui n’a rien à voir avec celui de la plupart des gens. C’est très particulier. J’ai des codes, des façons d’être et de réfléchir. Quand les gens pleurent, moi je ris. Je suis codé d’une façon qui n’a rien à voir l’éducation d’un individu normal. Je ne peux donc pas laisser entrer n’importe qui chez moi dans ce contexte-là. Quand quelqu’un rentre chez moi, je préfère prévenir qu’il arrive dans un autre univers. Si vous voulez venir, entrez libre. Je dis bien entrez avec EZ à la fin.  

Pour finir avec un énorme cliché… le dernier album est-il toujours le meilleur ?

Je vais vous répondre avec un énorme cliché, moi aussi alors. Le meilleur album, c’est toujours celui que l’on n’a pas fait (rires).

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Le 29 avril 2014, dans un bar parisien, à l'issue de l'interview.

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12 juin 2014

Fabien Martin : interview pour l'EP Littoral

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(Photo : Armande Chollat-Namy)

C’est bien simple, pour moi, Fabien Martin est l’un des chanteurs les plus importants de la scène française. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. Avec sa douce révolte, ses chansons polies disent des choses lucides et intenses. Fabien Martin est un artiste délicieusement subversif.

Je suis fan de Fabien Martin. C’est une expression que je n’emploie que très rarement. Avant, j’étais fan de Daniel Balavoine, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel et Alain Souchon, aujourd’hui je suis fan de Fabien Martin, Pierre Lapointe, Alexis HK et Babx.

Et Fabien Martin, après six ans de silence, sort un nouveau disque. Une merveilleuse mise en bouche. Un EP que tout amateur de bonne chanson française se doit de posséder.

Hier, à l’agence, il est passé m’en parler. Et ça m’a rendu heureux.

fabien martin,littoral,interview,mandorBiographie officielle (à peine raccourcie) :

Fabien Martin nous revient, après deux premiers disques, Ever Everest et Comme un seul homme, qui exploraient la chanson française sur des airs de poésie et de cinéma. Six ans qu’on n’avait pas entendu sa voix ni sa musique. Pendant ces quelques années, il a fait d’autres choses, il a gouté d’autres chemins. Il a voyagé, beaucoup, il a fait du cinéma, des rencontres, des enfants. Mais surtout, il a écrit des chansons.
Heureusement, parce que Fabien Martin écrit joli. Il possède sa propre grammaire, sa signature. Une écriture soignée, mais précise, ciselée, mais essentielle. Et heureusement, enfin, parce que Fabien Martin chante bien.

Littoral, l’EP qui vient de sortir, est une sélection, en instantané, de ses dernières productions.fabien martin,littoral,interview,mandor Six titres qui parlent de la vie qui passe, mais pas toujours comme on voudrait. Avec un humour un peu revêche, avec une distance un peu mélancolique, et une mélancolie généreuse, mais pas seulement. Derrière la pudeur se cache une joie fondamentale. Une force, un espoir. Si Fabien a enregistré un peu partout avec ses amis musiciens (dont Mathieu Boogaerts à la batterie), au gré de ses pérégrinations, entre vieux synthés dénichés sur le net, guitares folk et boîtes à rythmes triturées comme il faut, il a ensuite posé ses plates bandes une semaine au mythique studio Davout entre les mains d’Aymeric Letoquart, le mixeur de Murat.

Fabien Martin aime joindre les deux bouts de sa culture - la poésie de Jacques Prévert et les productions de Danger Mouse -, naviguer entre deux eaux, marier les inattendus. Et surtout varier les rythmes ; en effet, après la sortie de ce six titres et une série de concerts, Fabien proposera un prochain album inédit début 2015.

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(Photo : Armande Chollat-Namy)

fabien martin,littoral,interview,mandorInterview :

Avant-hier, tu as fait ton premier concert en appartement. Ça s’est bien passé ?

C’était un moment très particulier. Les gens avaient l’air ému et plutôt content. Moi aussi j’étais content, car c’était le premier concert avec cette équipe et ce n’était pas simple.  On a joué dans un endroit intime, mais avec un vrai son et pas mal de matériel. Nous avions batterie, claviers, plein de guitares, une séquence, une sono, un ingénieur du son… bref, nous étions dans les mêmes conditions électriques d’un concert. Ce qui est bizarre, c’est la promiscuité avec le public. Il était à 20 cm de nous. C’était plus flippant que je ne me l’imaginais. J’ai mis deux chansons à me détendre, mais j’espère que personne ne l’a remarqué. On a fait des chansons de l’EP, des anciens albums et même du prochain album. On va récidiver dans les mêmes conditions, tellement c’était bien.

Note de Mandor : Prochain concert appartement, le 2 juillet prochain dans un loft du 17e arrondissement de Paris à 20h. Tous les renseignements sur le site de l'artiste : http://www.fabienmartin.fr/ Mais, je vous le dis, il faut réserver obligatoirement, il donne l'adresse exacte + le code dès qu'il reçoit la résa. Tarif : 10€ ou pack place + EP à 15€.

Les nouvelles chansons ont-elles été bien accueillies ?

Je pense qu’il y avait pas mal de personnes du public qui avaient déjà l’EP. J’ai l’impression qu’ils ont saisi ce que j’ai voulu dire dans mes chansons.  Ils ont compris la légèreté et l’humour que je peux apporter à des choses qui peuvent me heurter, m’affecter ou m’énerver. J’aime bien quand les gens qui m’écoutent relèvent la deuxième couche que j’essaie d’intégrer dans mes chansons.

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Le 10 juin 2014, concert privé en appartement (photo : Annaïk Debono)

Dans ce nouvel EP, il y a six titres qui évoquent, notamment, la vie qui passe. Il y a toujours une distance mélancolique dans tes chansons et une certaine ironie. Te sens-tu désabusé dans ce monde ?

« Désabusé » n’est pas du tout un mot que j’aime. Je ne suis pas un vieux qui a tout vécu et qui n’attend plus rien de la vie. Hier, je parlais avec un copain. Il me disait qu’il était un optimiste malheureux. Moi, c’est l’inverse. Je suis un pessimiste heureux. J’ai beaucoup de joies dans ma vie. Ces dernières années, j’ai vécu beaucoup d’évènements forts. J’ai perdu des gens que j’aimais et j’ai vu des petits bouts naitre et arriver dans ma vie. Je suis passé par plein d’extrêmes comme ça. Cela m’a éveillé totalement. Je suis dans la pleine présence et conscience des choses que je traverse dans ma vie. J’essaie toujours d’avoir l’émerveillement dans les yeux et dans l’âme en regardant les choses autour de moi. Vraiment, je suis tout sauf désabusé.

Extrait de "La croisière s'emmerde".

Je me fais volontairement l’avocat du diable, mais dans «La croisière s’emmerde » etfabien martin,littoral,interview,mandor « J’aime pas », il y a de l’ironie, voire du cynisme, non ?

Je suis désolé de te contredire, mais il faudrait trouver le mot juste. L’époque est cynique et moi, j’essaie de ne pas l’être. Je tente juste d’être sincère et frontal. Je suis premier degré, mais avec des images. Cela dit, je ne vis pas tout ce que je raconte en permanence. Je peux être traversé par des moments que je n’aime pas et ça donne une chanson qui s’appelle « J’aime pas ». Parfois, j’ai la sensation que la vie me dépasse ou qu’elle me laisse un peu de côté, mais ça ne veut pas dire que je passe toute ma journée à ne pas aimer la vie.

Tu chantes l’ironie de l’histoire, de la société et de la vie.

Ce qui m’intéresse ce sont les choses dont on rêvait quand on était enfant, adolescent et finalement la réalité qui s’installe. Des choses belles ou moins belles qu’on n’attendait pas forcément. Dans mes chansons, il faut percer à jour la mélancolie des êtres et les choses qui nous échappent. Je chante le rapport aux autres. Dans la chanson de Trenet, « Y a de la joie », il n’y a justement pas que de la joie.

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Tu manies à la perfection l’humour noir. Là, j’espère que tu es d’accord.

Oui. Autant rire des choses dures et tragiques. C’est de famille, ça. Cela doit venir de mes origines slaves.

Dans « J’aime pas », tu dis : « non, je n’aime pas mon histoire, je ne sais plus où m’assoir ».

C’est le cas de plein de gens. C’est difficile de trouver sa place, dans la relation avec ses amis, ses parents, ses enfants, son amoureux ou son amoureuse.

Clip de "Le phare".

Tu parles de toi, pour mieux parler des autres ?

J’espère. Je n’ai pas une vie exceptionnelle, j’ai une vie comme tout le monde. En allant au plus profond de moi, j’espère toucher les gens de manière universelle. Je crois que les gens, quand ils sont tristes, les chansons tristes leur font du bien. Ils se disent : « Ça va, je ne suis pas tout seul. C’est cool. »

Justement, quand tu écris une chanson, penses-tu aux gens qui vont l’écouter ?

Ce serait l’idéal. Mais se demander si une chanson peut devenir universelle, se demander comment faire pour que sa chanson touche tout le monde, c’est le meilleur moyen pour qu’elle ne touche personne. Cela dit, je n’ai pas de tubes ou de chansons immortelles à mon actif, je me sens donc mal placé pour donner des conseils ou ériger des règles.

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Tu dis que tu fais de la « variété mal rasée ».

C’est une musique et des textes qui se veulent accessibles et populaires si possible, mais avec des déstructurations, des éléments inattendus  ou des choses qui ne tournent pas forcément rond. Je fais comme ça et je ne sais pas faire autrement. Mon centre d’intérêt reste la mélodie et ça depuis mon premier album. J’aime quand mes chansons restent dans la tête des gens.

Cela faisait six ans que tu n’avais pas sorti de disque. As-tu l’impression d’avoir évolué depuis ?

En fait, je n’ai jamais arrêté d’écrire et de composer. Juste, je ne faisais rien écouter. Je n’étais pas forcément content du résultat. Entre le deuxième album et l’EP qui vient de sortir, tu as loupé l’évolution progressive.

Dans les textes, par exemple, il me semble que tu es plus dans l’économie des mots.

Tu as raison. Je deviens moins bavard, je synthétise un peu plus les choses.

Clip de "Pas une mouche".

Es-tu un solitaire dans la création ?

Pour l’écriture oui, mais pour la musique, de moins en moins. Il y aura irrémédiablement un moment où je vais vouloir partager. Le moment n’est jamais immédiat. Il faut que cela murisse.

Comment vis-tu la période de ton retour ?

Je suis content, mais je ne suis pas particulièrement rassuré. Je crois beaucoup en ces titres-là que j’ai créés il y a un an et demi. Je trouve que tous les morceaux tiennent la route. Certains titres passent en radio et les critiques semblent, pour le moment, positives. Pour un indépendant comme moi, ça fait chaud au cœur.

Pourquoi sortir un EP au lieu d’un album ?

Avec un EP, on peut très bien raconter une histoire. C’est un vrai support aujourd’hui. Six titres c’est bien, pour des gens qui écoutent ça dans leur voiture ou chez eux. Se taper quarante-cinq minutes d’un même chanteur, je ne sais pas si c’est encore ce qu’on a envie de faire. En vingt minutes, comme un court métrage, on peut bâtir une histoire, un état du lieu de l’histoire. C’est fini l’album de douze titres tous les deux ans. Il faut arrêter avec ça.

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05 juin 2014

La bande à Renaud : interviews et réactions.

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la bande à renaud,interviews,jean-louis aubert; nolwenn leroy,élodie frégé,grand corps malade,coeur de pirate,alain lanty,dominique blanc francardJe suis fan de Renaud depuis l’album Amoureux de Paname en 1975 jusqu’à Putain de camion en 1988. Ensuite, j’ai continué à suivre sa carrière et son œuvre, mais de manière moins enthousiaste. Si j’ai trouvé certains albums assez inégaux, évidemment, il y a toujours eu quelques pépites dedans.

Renaud est un grand. Je rejoins la cohorte de fans qui lui crie : "reviens"!

J’ai eu la chance de le mandoriser en 2006 pour la sortie de son disque Rouge Sang. Un grand moment!

Pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de juin 2014), j’ai posé quatre mêmes questions à cinq des artistes ayant participé à cet album hommage : Jean-Louis Aubert, Nolwenn Leroy, Élodie Frégé, Grand Corps Malade et Cœur de Pirate.

Le projet, "La bande à Renaud", on aime où on n'aime pas, mais force est de constater que l’œuvre de ce grand poète chanteur est indémodable et toujours bien présente dans nos cœurs et nos souvenirs.

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Clip "Dès que la vent soufflera" par toute la bande.

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Clip de "Mistral Gagnant" par Cœur de Pirate.

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04 juin 2014

Bernard Lavilliers et le Festival Fnac Live 2014!

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Pour sa quatrième édition, le Festival Fnac Live reprend ses quartiers d’été en ouverture de Paris Plages, du 17 au 20 juillet, pour quatre soirées de concerts gratuits dans le cadre prestigieux du parvis et des salons de l’Hôtel de Ville.

Voici le communiqué officiel évoquant les premiers noms des artistes participants à ce festival :

« La Fnac dévoile aujourd’hui la première partie de sa programmation 2014, qui consacre le meilleur de la scène musicale française et internationale. Une trentaine d’artistes viennent confirmer cette volonté intacte de révéler de nouveaux talents et d’accueillir des artistes confirmés.

Ainsi, la grande scène du parvis fait la part belle aux sensations francophones et anglo-saxonnes avec Julien Doré, , Gaëtan Roussel, Casseurs Flowters, Gregory Porter ou encore Bernard Lavilliers et laisse aussi la place à de jeunes talents comme Mina Tindle, Glass Animals, Nach ou Arthur Beatrice.

Teaser du Festival Fnac Live 2014.

L’expérience exceptionnelle des concerts dans les salons, initiée en 2013, sera renouvelée et développée. Fort de son succès l’été dernier, ce ne sont plus deux mais quatre soirées qui seront proposées dans le grand Salon de l’Hôtel de Ville. Au programme notamment : Arthur H pour une présentation en avant-première du répertoire de son prochain album, Emily Loizeau, Jeanne Cherhal, Melanie de Biasio ou encore Nosfell.
Les places, en nombre limité, seront à retirer gratuitement dans les billetteries Fnac Paris Ile-de-France à partir du 16 juillet.

Cette édition est un nouveau pari que la Fnac entend bien réussir ! 60 ans qu’elle met son énergie à soutenir la création et à mettre en scène la rencontre entre le public et les artistes. Tout est donc savamment préparé pour que chacun profite de cette programmation riche et éclectique. »

Sachez enfin que les 8 derniers artistes seront dévoilés le 30 juin prochain.

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Le 28 mars dernier, j’ai rencontré Bernard Lavilliers (qui clôturera le Festival le dimanche 20 juillet), à l'occasion de ses concerts à l'Olympia pour son nouvel album Baron Samedi. Le chanteur stéphanois, revient dans une interview filmée, sur sa carrière, le soutien de la Fnac depuis le début de celle-ci et sa participation au Festival Fnac Live 2014.

Pour voir cette interview dans son contexte.

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Après l'interview, le 28 mars 2014, dans sa loge de l'Olympia.

01 juin 2014

David Carreira : interview pour son début de carrière en France

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Il y a quelques mois, j’ai rencontré un jeune artiste, superstar au Portugal. La maison de disque française de l’artiste (Warner) m’a incité à le rencontrer en me disant qu’elle misait beaucoup sur lui. Curieux, je suis allé voir sur Internet de qui il s’agissait. Effectivement, David Carreira semblait mettre le public (pas mal féminin, d’ailleurs) en transe, dans son pays. Affirmer que ce qu’il joue et chante est ma tasse de thé serait prendre les habitués de ce blog pour des pignoufes. Il n’en reste pas moins que je m’évertue à ne pas porter d’œillères et à m’intéresser aussi, parfois (mais à dose homéopathique), à des artistes calibrés pour des gens plus jeunes que moi aux goûts peu similaires aux miens. Ici, j’ai déjà ouvert la porte à Tal, Keen V, M Pokora et autres Maître Gims et je n’en suis pas mort.

David Carreira m’a donc reçu dans un grand hôtel parisien. Un jeune artiste souriant, simple, chaleureux, voire drôle parfois (juste un peu trop beau) avec lequel il a été très agréable de converser…

Biographie officielle (Copyright 2014 Music Story François Alvarez) :david carreira,interview

David Carreira est né le 30 juillet 1991 à Dourdan. Il est le fils du chanteur Tony Carreira et le frère de Mickael Carreira, lui aussi artiste. David Carreira se dirige d'abord vers le football et joue dans les catégories de jeunes du Sporting Clube du Portugal. Une blessure lui ferme définitivement la porte du football en 2002. David Carreira s'essaye ensuite avec succès au mannequinat en 2008.

Finalement, le virus familial de la musique le rattrape et David Carreira fait sensation au Portugal en 2011 avec l'album N. 1. Son style actuel de pop Latino mâtinée de dance et de R&B remporte les suffrages et le propulse à la première place des ventes locales avec comme tube le single « Esta noite » avec J-Mi Sissoko. Pour David Carreira, les frontières du Portugal sont bien étriquées et il démontre sa volonté d'internationalisation en invitant Snoop Dogg sur A Força Está em Nós en novembre 2013. Le succès est à nouveau important avec une deuxième place au top lusitanien. C'est avec le rappeur français Dry que David Carreira fait équipe en décembre 2013 pour son premier tube en France avec la chanson « Obrigado la famille ». Il vient de sortir un nouveau titre/clip, « Boom ».

david carreira,interview

david carreira,interviewInterview :

Tu es né à Dourdan, en France et tu es resté quelques années ici jusqu’à l’âge de 10 ans. Pourquoi es-tu reparti dans ton pays ensuite

On est reparti au Portugal à cette époque parce que mon père a commencé à avoir beaucoup de succès là-bas. Au départ, il a commencé à chanter ici, pour les petites communautés portugaises en France, puis l’un de ses titres a fait un carton au Portugal. Les gens voulaient le voir sur place. Il a décidé de revenir dans son pays avec toute sa famille.

Et le fait de revenir en France de temps en temps, ça te fait du bien ?

C’est un peu comme revenir aux origines. Je reviens en France pour produire mes albums portugais. Je suis très attiré par la culture musicale française. Le rap français, la variété et la pop française me touchent beaucoup. J’ai produit le premier album en France avec Tefa.

Mais c’est quoi ta culture de base ?

Je suis très pop française et très rap comme Mc Solaar, Doc Gynéco, Mafia K’1 fry.

Tu me cites des gens qui sont balèzes au niveau de l’écriture. Tu écris toi-même ?

Je suis toujours très actif dans le choix de ce dont je veux parler. Sur mon premier album portugais, j’ai écrit un petit peu, sur le deuxième, beaucoup plus, et sur celui qui va sortir en français, j’essaie d’être présent sur l’écriture de presque tous les titres. Tunisiano m’a donné un sacré coup de main.

Ton premier album portugais est sorti en 2011 et il a bien marché.

J’ai été surpris, car, à la base, je ne voulais pas être chanteur. Je souhaitais devenir comédien. J’ai d’ailleurs tourné dans deux séries au Portugal. Dans la première, il fallait que je chante aussi. J’ai commencé à aimer la musique et à écrire quelques petites chansons grâce à cette aventure télévisuelle. J’étais dans un état d’esprit d’amusement, donc je n’étais pas prêt à tout ce qu’il s’est passé musicalement pour moi. Tout est allé si vite…

Le deuxième album portugais, sorti l’année dernière, avec les participations de Snoop Dogg, Boss AC, Anselmo Ralph, Diana Chaves et la chanteuse française Léa Castel, s’est bien vendu aussi. Snoop Dogg, mazette !

Oui, c’était comme un rêve de môme. Le premier album que j’ai acheté dans ma vie était un album à lui. J’aime bien tout ce qui est symbolique.

A Força Está em Nós (feat. Snoop Dogg)

Sur ton album français, il y aura des featuring internationaux et d’artistes d’ici.

Quand je fais un featuring, c’est principalement pour le plaisir. Dans mon disque français, il y en aura avec des gens très peu connus, mais dont j’aime la sensibilité artistique, dont j’apprécie le travail et qui me permettent d’évoluer. Les featurings, c’est aussi l’idée de partager. Je mets beaucoup de gens dans mon album, des producteurs et des compositeurs, alors que je pourrais plus ou moins tout faire. Je pense qu’en travaillant avec beaucoup de monde, on enrichit ses chansons. J’aime m’entourer de talents et partager nos savoir-faire.

Le marché du disque portugais et le français sont deux marchés complètement différents. Pourquoi aimes-tu passer de l’un à l’autre ?

Parce que je ne fais pas la même chose. Au Portugal, je suis plus hip-hop, funk, soul. Ici, je me lance dans quelque chose de plus punchy, urbain, mais aussi un peu variété. Dans les deux cas, c’est de la pop urbaine, mais vue sous deux angles différents.

Passer du Portugal à la France en permanence, tu le vis comment ?

C’est deux fois plus de travail, mais c’est aussi deux fois plus de fun.

Nouveau clip portugais : ABC (featuring BOSS AC)

L’idée de faire carrière en France te taraudait ?

Oui, mais je ne pensais pas que cela pouvait arriver. Cette aventure dans la musique est récente. Je ne chante que depuis quatre ans. Je tiens à te préciser que je ne vois pas la musique du côté commercial. Je ne veux pas spécialement faire ce que les gens veulent écouter à tout prix. Je veux faire ce que j’aime et peut-être qu’il y aura des gens qui vont apprécier le fruit de mon travail.

Tu ne fais pas de la variété pure, bien que tu aimes beaucoup ce style.

J’aime les Obispo, Goldman et Dion, par exemple, mais je ne fais pas ce genre-là. Peut-être que ma musique est légèrement imprégnée aussi de variété, parce que j’écoute un peu de tout et que j’essaie d’aller chercher dans chaque genre ce qui me plait. Ça devient mon style, mon univers.

Le nouveau clip français de David Carreira, "Boom".

Écrire de beaux textes sur de la musique pop urbaine en France, peu d’artistes y parviennent, je trouve. Relèves-tu le défi ?

Je vais essayer de changer ça alors. Pour moi, la musique pop urbaine doit avoir aussi de beaux textes. Depuis tout petit, je suis très rap littéraire. Je reviens à MC Solaar et Doc Gynéco. Ces gens-là écrivaient de vrais et magnifiques textes. À mon humble avis, je pense que, petit à petit, dans la musique urbaine en France, on avait perdu l’importance du texte. Mais, je trouve aussi que c’est en train de revenir. Dans ce pays, plus que n’importe où, les gens sont très attachés au propos et aux textes et je trouve ça bien. Je t’assure que je fais très attention aux textes. Je lance un appel… Un de mes souhaits serait de faire un duo avec MC Solaar.

david carreira,interviewParlons de ta famille. Outre ton père Tony, super star portugaise,  il y a aussi ton frère Mickaël qui chante et qui est également très populaire.  Ce sont eux qui t’ont donné envie de chanter ?

Non, je t’assure que ce n’est pas ma famille. Par esprit de contradiction, j’ai toujours voulu me démarquer et faire autre chose. Je voulais être joueur de foot. J’ai été en formation dans un club portugais de première division, le Sporting Clube de Portugal, le club où Cristiano Ronaldo a commencé. Bon, j’ai arrêté parce que je me suis blessé et, il faut être honnête, je ne jouais pas assez bien. Du coup, je suis devenu comédien dans des séries portugaises. Et grâce à l’une d’elles qui se passait dans le milieu de la musique, je me suis laissé prendre au jeu.

Mais, je reviens sur les membres de ta famille qui chantent. Malgré tout, tu as vécu dans cet environnement musical intense, ça t’a forcément influencé.

Oui, peut-être…

Il y a de la concurrence aujourd’hui entre ton père et ses deux fils ?

Oui, mais cette concurrence nous amuse.  On en rigole. Il est fréquent que lorsqu’un de nous sort un nouveau disque, il détrône l’autre. On est tous numéro un à chaque fois. On a tous les trois des styles différents, mais on se donne nos opinions entre nous et on essaie de s’aider. Il y a beaucoup de solidarité.

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(Pendant l'entretien. Photo prise par l'attaché de presse.)

Vous retrouvez-vous parfois tous les trois dans le top portugais ?

Oui, c’est déjà arrivé. C’est un cas unique, je crois, même dans le monde. Trois membres de la même famille qui cartonnent musicalement dans leur pays en faisant, en plus, une musique différente.

Ton père est-il fier de toi ?

J’espère. Enfin, oui, parce qu’il me le dit. Moi, je suis plus timide pour dire ce que je pense à ceux que j’aime. Il attend avec impatience l’album français.

Tu as 22 ans, tu vis ta popularité de manière très classe, je trouve. Comment fait-on pour ne pas péter un câble ?

Il faut être bien entouré. Et ma famille m’a appris à rester humble et lucide sur ce métier. Je sais ce qu’il faut faire et ne pas faire. Rien ne dure toujours… pour le moment, je travaille et je m’amuse, c’est aussi simple que cela.

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Après l'interview, le 5 décembre 2013.

30 mai 2014

Marcel et son Orchestre : pourquoi le groupe s'arrête!

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Marcel et son Orchestre mêle un punk rock aux mélodies entrainantes. Alliant des chansons revendicatives, des chansons à textes festifs, voire des chansons politiques, leur volonté artistique s'exprime dans le triptyque « danse, déconne et dénonce ». Pendant plus de 20 ans, sans se soucier des modes, des codes et des façons, Marcel a trimballé son mauvais esprit, ses riffs et ses refrains convulsifs sur toutes les scènes, de la plus modeste à la plus prestigieuse.

Le groupe emblématique du Nord-Pas-de-Calais, originaire de Boulogne-sur-Mer, a décidé récemment de raccrocher les micros et les instruments.
Les Marcel, ambassadeurs de leur région, restent l'un des groupes les plus populaires de la région.

Franck Vandecasteele, dit Mouloud, le chanteur du groupe est passé à l’agence le 17 février dernier pour m’expliquer, notamment, pourquoi le groupe arrêtait sa carrière en pleine gloire.

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 marcelqmq.jpgInterview :

Doit-on croire à la fin de vie de Marcel et son orchestre ?

La fin de vie est un complot international, ça n’existe pas (rires). Sérieusement, nous nous sommes toujours dit que le jour où on allait se fatiguer, où on allait sentir une lassitude, on arrêterait sans regret. On ne se doit rien, il n’y a aucune obligation. Nous n’étions pas liés contractuellement avec une maison de disque, on ne devait pas d’album à personne, bref, nous avions l’absolue liberté de nous arrêter quand nous le souhaitions.

Il y a peu de groupes français qui ont perduré pendant 20 ans.

Magma ou Ange ont fait davantage, mais pas avec le même line-up. Quand tu regardes Marcel et son orchestre, tu as cinq des sept membres qui ont enregistré tous les albums.

Au niveau des chanteurs, ça a un peu bougé, non ?

Oui, parce que je ne voulais pas être chant lead. On était en binôme devant, j’aimais beaucoup ça et puis un jour, on est revenu à la formule moi en « front ». Si je résume un peu, sur les trois premiers disques, on est deux à chanter, sur les 4 derniers, c’est moi seul.

Le chanteur d’un groupe est toujours considéré comme le leader. Est-ce que cela t’a gêné ?

On en jouait un peu. On disait toujours que Marcel et son Orchestre n’avait pas de leader, mais un Lidl… un leader pas cher (rires). Mais, on a toujours été un collectif, on partageait vraiment les tâches et chacun avait une place aussi importante que celle des autres.

Cela dit, ce ne doit pas être toujours simple…

Justement, c’est ce qui peut précipiter la fin d’un groupe. Dans le milieu artistique, on a tous un certain ego et l’idée de consensus est compliquée. Je pense qu’on a arrêté aussi parce qu’on a remarqué qu’on était plus d’accord. On avait envie de dire la même chose, mais on n’avait plus envie de le dire de la même façon. On y mettait plus le même enthousiasme. Je pense aussi qu’on se connaissait trop. Nous commencions à devenir prévisibles. Pour se protéger, pour ne pas gâcher cette belle histoire, je pense qu’il fallait y mettre un terme.

Teaser du double CD DVD, C'est ma dernière surprise party!!!

Tu regardes souvent le passé ?

Avec Marcel et son Orchestre, on n’a jamais regardé dans le rétroviseur. On a mené cette aventure un peu à la va comme ça vient. Quand on se rappelle qu’on a fait sept albums en vingt ans, deux fois la scène principale des Francos, 3 fois celle des Solidays, 2 fois celles des Vieilles Charrues et que certaines tournées étaient sold out, on se dit que c’était pas mal à vivre. Sauf qu’on a vécu tout ça dans l’instant. On ne s’est jamais posé de questions. Il y a faire et faire savoir… nous, ce qui nous plaisait, c’était de faire et partager.

J’ai l’impression que vous n’aviez rien à faire du star-system. Je me trompe ?

Disons que nous nous sommes construits autour d’une carrière qui nous semblait plus pertinente que le punk rock ou le rock’n’roll.

À Boulogne-sur-Mer, Fabrice et toi, les deux créateurs du groupe, vous avez grandi dans la maison des jeunes de votre quartier.

Je pense que c’est ce qui nous a sauvé la vie. Honnêtement, je suis passé des Rubettes et de Michel Sardou aux textes d’Henri Tachan, de Pierre Vassiliu, de Jean-Roger Caussimon et de Font et Val. Ce sont nos éducateurs qui nous ont fait découvrir tout ça. Leurs textes étaient des textes de rebelles. On s’est dit : « les voilà nos modèles ! »

Tu cites Font et Val qui disaient : « Quand on voit la gueule de la réussite, ça nous donne envie d’échouer. »

Ça nous a fait réfléchir. Quand on a décidé de monter un groupe, on a fait le contraire de ce qu’il fallait faire. On a pris le nom le plus baltringue et handicapant possible. On voulait voir jusqu’ou on pouvait pousser ce handicap dans ce monde du paraître et de la frime. C’est une attitude assez punk au départ, mais nous on ne calculait rien.

Marcel et son Orchestre avec Skip The Use et Mamatth (La Familya) dans "Body Building".

Marcel et son Orchestre a fabriqué son look en prenant le parfait contre-pied de la rock’n’roll attitude, en accumulant les fautes de goût avec une joie jamais dissimulée.

On a voulu voir si on pouvait être considérés comme de grands rockeurs en pantoufles, comme des rebelles en sandalettes… On a joué de ça. Ça nous amusait de travailler là-dessus. 

Tu penses que le public a compris ce que vous souhaitiez prouver ?

Oui, même si une partie du public nous a aussi pris pour des clowns, ce que nous étions aussi un peu, d’ailleurs. Dans notre région, le Pas-de-Calais, il y a une grande tradition de carnaval. Le carnaval, c’est le moment de l’année où tu peux mettre à mal les codes de bonne conduite. Tu vas rire de l’autorité, de l’institution, de la religion, des attitudes vestimentaires, aussi. C’est un exutoire. Je pense que les gens savaient, en venant nous voir, que l’on pouvait sortir du cadre, du rang et qu’on pouvait se libérer. C’était l'une des clés de notre succès.

Quand on a pour référence Caussimon ou Tachan, on n’a pas l’impression, avec un groupe tel que le tien, de faire le contraire de ce qu’on aime ?

On s’est questionné sur le fond et la forme. Fallait-il avoir une forme sérieuse pour dire des choses déconnantes ? Quand un clown veut montrer qu’il n’est pas con, doit-il prendre une forme académique ? Est-ce que pour faire intelligent, il faut faire chiant ?

Vous avez revendiqué le droit d’être multiple, en tout cas.

C’est exactement ça. Nous avons des chansons qui sont exutoires contre la bêtise avec des messages clairs, compulsifs, frontaux et d’autres, plus écrites,  jolies, soignées. Ces dernières sont prises comme des morceaux mous de Marcel et son Orchestre et non pas comme de belles chansons. Parfois, ça fait un peu chier.

franck vandecasteele,mouloud,marcel et son orchestre,interview,'est ma dernière surprise party!!Vous avez décidé d’arrêter le groupe après la sortie de votre précédent album, Tous les coups sont permis. Tout le monde était d’accord ?

Non, mais c’est de ma faute. J’ai été maladroit sur cette affaire. Je n’ai pas réussi la concertation. J’étais sur la création d’une pièce de théâtre, ensuite nous devions participer à une fête des indignations en soutien aux Roms. Un journaliste qui avait entendu dire que c’était la tournée d’adieu de Marcel m’a fait parler et comme j’avais un peu picolé, j’ai lâché l’affaire devant tout le monde, de manière informelle. Sauf que le lendemain, il a fait la une de La Voix du Nord avec ça. J’étais fou de rage et les copains me sont tombés dessus… et ils avaient raison. On avait émis cette décision, mais on ne l’avait pas acté.

Vous tous, vous avez réfléchi à l’après Marcel ?

Non, personne n’a anticipé, personne n’avait de meilleures opportunités. Nous sommes arrivés au bord de la falaise et nous nous sommes jetés dans l’inconnu. Je ne dis pas qu’on ne va pas se casser la gueule et qu’on ne va pas descendre plusieurs marches, mais en même temps, on aura été honnête jusqu’au bout. Marcel et son Orchestre n’aura jamais triché.

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Pour « fêter » cette fin d’aventure musicale, il y a un double DVD+CD qui est sorti, C’est ma dernière surprise-party. Un best of en public.

C’est tiré de nos deux derniers concerts. On a composé pas loin de cent cinquante chansons et on a joué cinquante titres par soir. Quatre heures de concert à chaque fois. Un marathon hallucinant pour remercier tous les gens qui nous ont soutenus pendant toutes ces années et qui ont porté notre histoire. On l’a dit mille fois, mais c’est le public qui a fait l’histoire de Marcel.

Quand on décide de partir, on est vite regretté, même par des gens qui ne vous suivaient pas particulièrement, non ?

Lors de la dernière tournée, les gens savaient qu’on n’allait pas revenir sur notre décision.  C’est un groupe qui a donné sans compter, particulièrement généreux, intègre dans les combats et les attitudes. Tu ne peux pas lutter contre la société de consommation et être un homme-sandwich de ce système. Pour moi, c’est le point de rupture avec le rock’n’roll. Des mecs qui se disaient engagés, mais étaient habillés par une marque de fringues, je ne comprenais pas. Je voyais tellement de contradictions que je trouvais que notre projet prenait tout son sens. Ça nous permettait de rire de tout ça. Je crois que le rock’n’roll est une musique de droite. Le rock’n’roll, c’est extrêmement conservateur. Il y a les dix commandements du rockeur. Ne pas rire, les lunettes noires, l’attitude, les perfectos… etc. Il y a l’uniforme, tu ne joues pas des codes. On ne rigole pas beaucoup dans le rock’n’roll, on ne rigole pas de soi-même. Nous, on a débarqué en disant que tout ça, c’est du flan. On a donc été reçu comme un chien dans un jeu de quilles.

"Megafun" en live.

Vous avez été heureux pendant toutes ces années ?

Quoi qu’on ait dit de la scène du rock français, on a fait partie d’un mouvement qui a aussi conscientisé une partie des gamins. Moi, la chanson m’a conscientisé. Je dois à Renaud et Lavilliers de m’avoir expliqué ce qu’était l’Apartheid par exemple. Je dois à Pierre Perret de m’avoir éveillé à beaucoup de choses. Je me dis qu’avec cette scène-là, on a fait gueuler des slogans anti fascistes à des jeunes.

969694_578134842219712_1968893327_n.jpgParle-moi du projet Lenine Renaud.

Avec Cyril Delmote, le guitariste des VRP, on avait envie de travailler ensemble. On chante et joue tous les deux. Sur des airs de pas y toucher, nos chansons taillent de tendres ou féroces portraits, racontent la grande aventure du quotidien, la revanche des causes perdues, ricanent des marchands de certitudes, ou encore des fous de Dieu.

Tu ne veux pas sortir quelque chose sous ton vrai nom ?

Je n’y arrive pas. J’ai trop le sens du collectif.  

Et le sens du partage.

Je suis travailleur social de formation. J’ai le défaut de ce métier. J’ai besoin d’être un passeur. Quand je découvre quelque chose, une belle idée, une belle image,  j’ai besoin de faire circuler.

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Avec Franck Vandecasteele, dit Mouloud, après l'interview, le 17 février 2014. 

27 mai 2014

Cantinero : interview pour la sortie de leur premier EP

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Un jour, j’ai reçu un single d’un groupe inconnu (de moi en tout cas), Cantinero, « La roue tourne ». La radio et la télé jouent ce premier titre régulièrement, mais je ne suis jamais chaud pour recevoir un artiste dont je n’ai écouté qu’un morceau. Comme j’ai beaucoup aimé ce titre, je me suis laissé influencer par leur attaché de presse, le redoutable Pierre-Henri Janiec (oui, j’aime citer les attachés de presse.) Leur premier album est prévu pour l’automne 2014, mais leur premier EP sort le 9 juin 2014.

Le 26 février dernier, Karim et Brice sont venus se présenter à l’agence.

cantinero,interview,la roue tourne,je suis ton hommeBiographie officielle (un peu raccourcie) :

C'est dans la moiteur des salles de boxe et sur les champs de battle de la scène hip hop que Karim Ebel (chant, textes), a appris l'art de l'esquive et de la remise qui fait mouche.
Sa rencontre avec Brice Chandler (composition, guitares) va donner naissance à Cantinero.

L’histoire du groupe a débuté comme dans un bon Sergio Leone, sous un ciel sans nuage.
Les deux gringos ont longtemps chevauché, depuis leur base dans le désert de l’Est parisien, à la recherche d’une nouvelle frontière musicale où le folk, la country et le rock indé défient en duel la musique du Mexique.

Repéré et produit par David Salsedo (Silmarils, Superbus, Run Fast Records), et signé sur le label Jo &Co, Cantinero mélange poésie urbaine et ambiances cinématiques, où l'on traverse villes fantômes, western moderne, suivant le road trip d'un homme désabusé.

Le tout servi par une voix grave et chaude, reconnaissable entre mille, qui n'est pas sans rappeler la profondeur d'un Everlast et qui deviendra sans doute le signe distinctif de Cantinero dans les années à venir.

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Interview :

Vous venez chacun d’un univers différent. Tu viens d’où Karim ?

Karim : J’ai fait du rap avant de connaître Brice, notamment dans un groupe qui s’appelle Neochrome. C’était un groupe du genre Les sages poètes de la rue. Ce n’était pas revendicatif, mais nous faisions très attention aux textes. Je suis allé vers le rap parce que c’était plus simple pour moi. À la base, je ne suis pas musicien.

Et toi, Brice?

Brice : Je viens du folk. Mais j’ai fait beaucoup de musique classique. Sur certains de nos titres, ça s’entend un tout petit peu.

L’idée de vous allier est venue comment ?

Brice : Nous avions des amis communs qui faisaient de la musique. À force de discuter « son » ensemble, on nous a conseillé de nous rencontrer, comme ça, tout à fait naturellement.

Karim : Nous nous sommes tout de suite bien entendus. On  s’est vu un an avant de travailler ensemble. On écoutait plein de musique ensemble.

Et un jour, vous avez décidé de monter un projet sérieux ?

Karim : C’est arrivé comme ça. On a fait une chanson, Sad Mariachi, un morceau assez épique avec des trompettes mexicaines. Et ça nous a donné envie d’aller plus loin.

Venir de deux univers différents permet des échanges fructueux ?

Brice : Oui, c’est très intéressant. Parfois, on fait aussi quelques concessions.

Karim : Brice prodigue de bons conseils. Quand je lui propose un texte, il me donne toujours son avis. J’écris l’intégralité des paroles, mais si Brice n’est pas d’accord, on ne le fait pas. Pareil pour la musique. Si je ne sens pas un truc, on l’arrête tout de suite.

Comment vous vivez ce projet ? J’ai l’impression que vous êtes zen…

Karim : C’est tout à fait ça. Enfin du stress, il nous arrive d’en avoir. Là, on est bien reçu, c’est pour ça que l’on te parait à l’aise.

Brice : On fait nos chansons et on essaie de se faire plaisir.

Clip officiel de "La roue tourne".

Votre premier single « La roue tourne » commence à bien fonctionner. On l’entend pas mal en radio et on voit le clip à la télé. Comment vit-on un début de carrière ?

Brice : Avec plein d’espoir. Nous sommes contents que notre musique arrive aux oreilles d’un plus large public.

Karim : C’est vrai que de s’entendre à la radio, c’est très bizarre.

Brice : J’imagine que ça l’est plus pour toi parce que c’est ta voix qu’on entend.

Le clip de « La roue tourne » à été conçu en Californie.

Karim : On a eu beaucoup de chance. Brice connaissait bien la région, moi, je l’ai découverte. Pour un premier clip, tourner dans le désert, c’était une sacrée chance.

Nous vous découvrons, mais quelle va être la suite de vos aventures ?

Brice : On veut jouer le plus possible. Ce n’est pas facile de trouver des dates. Nous n’avons pas encore de tourneur. On ne veut pas aller trop vite. Nous voulons faire des petites scènes pour débuter. Des endroits intimistes pour apprendre à sentir les gens. Nous ne sommes pas contre les premières parties d’artistes.

Nouveau single (sorti aujourd'hui), "Je suis ton homme".

cantinero,interview,la roue tourne,je suis ton hommeIl y a dans votre musique des influences « americana ».

Karim : Il y aura dans notre album, des titres à la Tom Waits, des morceaux un peu épiques à la Morricone. Il y a aura aussi un peu de rocks. On n’a pas de cahier des charges. Nous allons toujours là où l’inspiration nous porte.

Tes textes parleront de quoi Karim ?

Karim : En tant qu’ancien rappeur, je n’ai pas pu m’empêcher de faire de l’ego trip. Il y aura des chansons sur le temps qui passe. J’aime bien les gens comme Everlast ou Johnny Cash. Ils viennent de la rue et ont des trucs à dire. J’ai du mal à écrire des textes joyeux. C’est toujours un peu désabusé.

Brice : « La roue tourne », on a l’impression que c’est notre chanson la plus positive de l’album, bien qu’elle soit finalement assez mélancolique.

Ce que tu écris est-il au premier degré ?

Karim : Non, j’utilise beaucoup la métaphore. Je regarde énormément de DVD, c’est donc souvent le ciné qui me donne envie d’écrire et qui m’influence beaucoup. Je prends l’écriture très au sérieux. Je ne me sentirais pas de chanter des textes qui n’ont pas vraiment de sens.

Cover de la chanson des Brigitte, "Battez-vous".

Quand on forme un duo, veut-on impressionner l’autre ?

Karim : Bien sûr. Si je sens un doute sur un texte venant de Brice, ça me blesse un peu. Mon amour propre est touché.

Brice : Moi pareil, quand Karim n’aime pas une de mes compos, il y a 24 heures de « bouderie ». Et puis après on finit toujours par comprendre et constater que l’autre a raison.

Karim : On essaie mutuellement de tirer l’autre vers le haut.

Vous avez été repérés par David Salsedo, d’ailleurs l’ambiance générale de vos chansons n’est pas aux antipodes de son univers.

Karim : Il a découvert Cantinero par MySpace, il y a quelques années. Il est venu nous voir plusieurs fois en concert au Réservoir. Il nous a proposé une première partie au Nouveau Casino à l’époque de la sortie de son disque Wine & Pasta. Ensuite, on lui a fait écouter des maquettes, puis des morceaux plus aboutis. Il a fini par nous proposer de produire le disque. Ça s’est fait vraiment par étape et il s’est beaucoup investi. Ce grand artiste est une référence majeure pour moi.

Vous vous retrouvez sur certains artistes français ?

Brice : Je crois qu’on a en commun Thomas Fersen. Ce que j’aime chez lui c’est qu’il ne te raconte jamais une histoire standard. L’instrumentation derrière part vraiment dans tous les sens. On se rejoint aussi sur MC Solaar et NTM.

Vous allez bientôt sortir un EP ?

Oui, le 9 juin prochain et un album à l’automne 2014.

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Le 26 février 2014, après l'interview...

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20 mai 2014

Arthur H : Interview pour L'or d'Eros

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(Photo : Franck Loriou)

Ce soir et demain, Arthur H (déjà mandorisé là) et le compositeur Nicolas Repac se produisent au 104 (à Paris).  D’abord, ils ont conçu ensemble L'Or Noir, superbe voyage sensoriel autour de la poésie créole contemporaine, d'Aimé Césaire, chantre de la négritude, au contemporain Dany Laferrière en passant par le regretté Édouard Glissant. L'occasion de sonder la part noire de deux musiciens assumant allègrement des identités métisses. Pour L'Or d'Éros, le second volet qui vient de paraître, tous deux rendent hommage aux auteurs les plus libres et les plus sulfureux du XXe siècle. Pour parler de ce projet, Arthur H m’a reçu dans une chambre d’un hôtel de la capitale, le 25 mars dernier.

Argumentaire officiel de ce deuxième volet de la collection Poetika Musika :

Un superbe voyage sensoriel autour de la poésie créole contemporaine. Après « L’Or Noir » consacré à la poésie de la Caraïbe francophone, Arthur H & Nicolas Repac se penchent sur la poésie érotique. Lu, interprété, par Arthur H. Musique Nicolas REPAC.

arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repacL'Or d'Éros c'est l'émotion du sexe, quand le sexe rentre en résonance avec le coeur et produit de la poésie. Une poésie totalement dégagée des carcans du conditionnement social, un vrai espace de liberté, d'invention et de dévoilement de soi; plus les délices, l'excitation et les labyrinthes d'un jeu sans fin. Nicolas Repac a conçu la musique comme un long film, déchirant parfois, ou tendu, ou tendre, mais toujours voluptueux, oscillant entre les largesses symphoniques et les grooves sexuels-mathématiques. Arthur H, habite chaque mot comme si les écrivains étaient tous des musiciens. Sa voix effleure le chant pour produire une hypnose sensuelle. Tous les deux rendent hommage aux auteurs du 20e siècle les plus libres et les plus sulfureux.

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arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repacInterview :

Présentez-nous cette collection, Poétika Musika, dont vous êtes à l’origine.

C’est une collection qui se propose de colorer les grands classiques de la poésie du XXe siècle avec un filtre musical, spatial et cinématographique. Sans l'aide du chant, il s'agit de retrouver l'ADN musical qui repose dans la cellule poétique, afin de faciliter l'accès à des textes difficiles et de redonner le goût de lire.

Quel est le but de cette collection ?

C’est de mélanger totalement la musique et la poésie et d’avoir une approche musicale de la poésie, mais sans la chanter. Quand on commence, je pose mes voix et Nicolas construit des musiques autour. Lorsque les musiques sont créées, je me recale un peu sur lui.

Vous qui êtes musicien, mettez-vous votre grain de sel dans les compositions de Nicolas Repac ?

Il est totalement maître de la situation, mais je donne souvent mon avis. Mon oreille traîne sans cesse et avec Nicolas, nous conversons.

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(Photo : Yaël Hirsch)

Est-ce votre amour de la littérature qui vous a incité à vous lancer dans ce projet ?

Non, c’est l’amour du cinéma. Je trouve que la poésie, c’est un cinéma pour pauvre. Ce sont des images à l’état brut et sauvage avec le moins de moyens possible et imaginable. Un poème, c’est l’expression la plus dépouillée et la plus désossée possible. Pour tout vous dire, je ne suis pas un grand lecteur, mais je constate que la poésie est très efficace pour créer de la manière la plus directe possible un monde.

C’est quoi la poésie pour vous ?

La poésie, c’est comme le sexe finalement. C’est un monde avec lequel on a une grande intimité et en même temps, qui sera toujours inconnaissable. Je n’ai jamais vu la poésie comme une espèce de fantasmagorie onirique, ni de doux délire pour les gens qui ne sont pas vraiment sur Terre et qui ont besoin de s’échapper de la réalité. Pour moi, c’est absolument le contraire. C’est un outil extrêmement précis pour observer des choses intimes de soi qu’on ne peut pas voir de manière frontale. Souvent, on est obligé d’avoir un regard oblique pour les remarquer, du coup, la poésie peut être pris comme un moyen très technologique pour percer la carapace et aller de l’autre côté. Ça permet de se rendre compte ce qu’est notre vraie présence au monde et notre vraie intimité.

C’est quoi être poète quand on écrit ?

C‘est tout simplement prendre de la liberté avec la langue, avec l’idée de voir l’envers du décor. Ca peut être aussi écrire un texte très cru et très simple sur le réel. En réfléchissant, je peux dire que la poésie est un moyen de faire face au réel, de manière détournée ou très frontale, le plus honnêtement possible.

Comment avez-vous choisi les textes qui figurent sur L’Or d’Éros ?arthur h,l'or d'éros,interview,mandor,nicolas repac

J’ai choisi des textes qui génèrent une émotion très immédiate, qui tout de suite délivrent des images et qui sonnent. Il faut qu’il y ait une musicalité du texte et un rythme évident. La poésie, c’est de la musique visuelle.

Est-ce que parler demande plus de concentration que de chanter ?

On doit tenir son énergie, mais on doit se laisser traverser par elle. C’est plus nourrissant de chanter que de parler, mais finalement, c’est un peu la même chose à la base. Je ne ressens aucune frustration en tout cas. Dans cet exercice de style, j’ai été très influencé par Jean-Louis Trintignant. Je l’ai vu sur scène et j’ai même écrit un poème sur mon album Baba Love pour qu’on le récite ensemble. Il a une prononciation et une articulation démoniaque. J’essaie de lui arriver au moins à la cheville en le copiant au maximum.

Il y a des textes très sexuels et d’autres plus sensuels. L’élaboration de cet album a-t-elle été une question de dosage ?

J’ai pris les textes qui avaient l’émotion, des images et du son, comme je vous le disais précédemment. Des textes très crus, en poésie, je n’en ai pas lu et vu beaucoup. Des textes trop sentimentaux, ça ne m’intéressait pas. Mes deux textes préférés sont pourtant ceux qui mélangent les deux. « La lettre à Nora » de James Joyce et « Mademoiselle mon cœur » de Georges Bataille. Je trouve que le sexe est l’émotion est reliée à une forme de vérité. Quand on fait l’amour, on éprouve une émotion en même temps. Cela me paraît indissociable.

"Lettre à Nora" de James Joyce.

Faire un disque de chansons, c’est plus simple ?

Non, au contraire. On doit inventer un monde, cela implique beaucoup de gens, il y a toujours des choix déments à faire. Moi, quand j’enregistre un disque, je me sens souvent dans une sorte de labyrinthe. Il y a toujours un moment où je me tape la tête contre les murs. Là, on n’a pas à écrire des paroles… en plus elles sont sublimes. Nicolas prend son pied à les accompagner… bref, c’est le projet plaisir ! Il n’y a aucune contrainte artistique et ça devient rare de nos jours.

Lou Doillon interprète avec vous « L’amour » d’André Breton et Paul Eluard.

Sur ce texte, une participation féminine me paraissait naturelle.

Il n’y a pas de textes de femmes. Pourquoi ?

Je n’en ai pas trouvé. Il y avait bien du Duras, mais c’était un peu trop cérébral. Sinon, j’ai trouvé des textes de femmes, mais trop cash par rapport aux aspects positifs et de beauté que nous cherchions.

Avant votre prochain album plus personnel, ce genre de projet vous fait-il du bien ? Est-ce une respiration ?

C’est un vrai ressourcement. Se frotter à ces grands auteurs est toujours positif. C’est une expérience qui m’enrichit beaucoup. Ça me donne envie d’être plus exigeant avec mes propres textes.

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Après l'interview, le 25 mars 2014.

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(Photo : Franck Loriou)

12 mai 2014

Talisco : interview pour la sortie de Run

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De Talisco, alias Jérôme Amandi, on ne connait pas grand chose. L'homme reste très mystérieux. Le single Your Wish avait déjà fait parler de lui en fin d’année 2013 dans un EP aux influences folk, pop et électro. Dans une semaine (le 19 mai 2014), Talisco sort son premier album, Run, soit onze morceaux d’évasion à la découverte des plaines californiennes. Pour essayer d’en savoir plus sur ce personnage mystérieux et fortement talentueux, je suis allé à sa rencontre, le 17 février 2014, chez Paul Beuscher Paris Bastille.

talisco,jérôme amandi,run,interviewBiographie officielle (mais raccourcie) :

Talisco s’aventure dans de nouvelles contrées musicales. S’enfonçant toujours plus loin dans ses expérimentations électro-folk, toujours ailleurs. Nous l’avions découvert dans les plaines americana et le folk-rock downtown, via son premier EP My Home. Depuis, le brun ténébreux à la voix d’ange a rajouté quelques cartouches à sa six-cordes et pas mal de bornes au compteur. Son premier album s’intitule Run… la course folle d’un écorché́ vif.
Dans ce nouveau road-trip, le songwriter parisien s’est baladé dans des décors somptueux, ces étendues vierges à perte de vue qu’il se plait à mettre en musique. C’est dans son home studio que Talisco s’est enfermé pour accoucher de ce recueil de contes imaginaires. C’est là, sur son établi multi- pistes, qu’il a façonné́ ses pépites, loin des recettes toutes faites et des discours formatés.
Run pourrait être un livre d’images. Talisco chemine dans les grands espaces, ses silences et ses mid-tempo hypnotiques, avant de laisser exploser cordes, beats et chants chorales quand percent enfin les lumières de la ville. Il court, Talisco, traversant les plaines westerns aux dentelles acoustiques et les déserts californiens qu’il troue de lézardes électriques et de réverbes vintage. Les titres défilent, les plans-séquences s’enchainent. L’écriture emprunte au 7ème art, l’auteur noircit des storyboards. Et, en filigrane de ces étonnants courts métrages musicaux, cette impression de chevauchée sauvage.

talisco,jérôme amandi,run,interview

talisco,jérôme amandi,run,interviewInterview :

J’ai cherché des choses sur vous sur Internet et je n’ai rien trouvé qui explique comment vous avez commencé la musique.

C’est normal que vous ne trouviez rien sur Internet. Je suis monsieur tout le monde qui fait juste de la musique. En vrai, j’ai commencé très sérieusement la musique à l’âge de 11 ans. J’ai pris notamment des cours de guitare. J’ai monté mon groupe à l’âge de 13 ans alors que j’étais encore au collège. C’était un groupe de rock et j’étais déjà très à fond. On a arrêté à l’âge de 19 ans. Très honnêtement, ce n’était pas génialissime ce que l’on faisait.

Qu’avez-vous fait ensuite ?

J’ai bossé pour manger. J’étais dans la stratégie de communication pendant quelques années.

Vous qui avez bossé dans l’événementiel et le marketing, ça doit vous servir pour vous faire repérer dans la musique, non ?

Au contraire, c’est un peu déstabilisant. J’étais dans un milieu professionnel où je me devais d’être très carré, alors que dans la musique, il faut au contraire tout lâcher. J’ai été obligé de me détacher de certaines règles commerciales ou marketing qui étaient en moi, bien en place depuis plusieurs années. Vous savez, la seule chose qui compte quand on va voir une maison de disque, c’est d’arriver avec de bons morceaux. Mon personnage n’est absolument pas mis en avant, c’est d’abord ma musique.

"Lovely" (Live @ Microbe studios).

Ne pas montrer sa tête dans les clips et rester un peu mystérieux, c’est aussi une talisco,jérôme amandi,run,interviewméthode pour qu’on s’interroge sur la personne qui est derrière la musique qu’on entend.

Pour moi, c’est juste une direction artistique. Je n’ai pas envie de faire de la pop caricaturale où le personnage est mis en avant. J’existe, certes, mais je veux que ce soit la musique et l’univers musical qui priment.

Avant votre album, vous avez sorti un EP. Avant lui, aviez-vous sorti des disques plus confidentiels ?

Quand je vous dis que j’ai arrêté la musique à l’âge de 19 ans, ce n’est pas vrai. J’ai continué en dilettante. J’ai fait beaucoup d’electro. Je suis un peu bidouilleur, un peu artisanal, et je n’ai jamais cessé de travailler ma musique pour m’amuser. Il y a eu des projets et des collaborations par plaisir. Pour tout vous dire, j’ai repris sérieusement la musique, il n’y a que trois ans.

"Your wish" est la musique de la pub Balzamik.fr

"Your wish" est aussi la musique du teaser du Disquaire Day 2014 qui s'est tenu le samedi 19 avril 2014. Le Disquaire Day vient célébrer les disquaires indépendants de France. C'est plus de 230 boutiques qui ont été, durant une journée, à l'honneur.

C’est fou parce qu’aujourd’hui, c’est quasiment l’explosion pour vous. Merci la pub Balzamik.fr qui a mis en avant « Your wish » ?

Cette pub me permet d’avoir une reconnaissance énorme et subitement. C’est une sorte de conte de fée que je vis en ce moment. Je m’éclate. Après, méfiance, méfiance. L’industrie du disque réserve bien des surprises et rien n’est jamais gagné.

On peut dire qu’il se passe des choses autour de vous… et même à l’international.

J’étais confiant quand j’ai signé dans la maison de disques, parce qu’il n’y avait encore rien de prévu, à part la sortie de l’EP. On était sur une base zéro, alors il n’y avait pas de pression. Avoir une reconnaissance auprès d’un label, pour moi, c’était déjà parfait. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’attente auprès du disque qui va sortir dans quelques jours. Ça me fait un peu flipper.  

Vous restez très lucide, dites donc.

J’ai pas mal de potes qui sont dans la musique et qui ont pris des gadins monumentaux. On ne peut pas s’exciter parce qu’on peut tomber de la falaise. Par contre, je profite de la situation. Ce serait con de passer à côté. Il faut jongler entre l’exaltation et la prudence.

Clip de "Your Wish".

talisco,jérôme amandi,run,interviewComment peut-on définir votre musique ?

Il y a un côté song writer parce que j’écris ma musique à la guitare. Sur l’EP, il y a une énergie un peu pop, folk et même électro. Il y a vraiment trois identités. Sur l’album, j’emmène la musique encore ailleurs. Il y a un côté plus rock et très dense. Puisque vous voulez une définition, je dirais que mon album est un peu rock-électro-indé.

C’est ce que vous écoutez comme musique ?

La musique que je joue n’est pas nécessairement celle que j’écoute. Juste, j’aime ce type d’énergie, dense et positif. J’écoute du rock très indé, de l’electro un peu pointu en passant par de la pop très commerciale. À partir du moment où c’est bon et que ça me parle, je prends.

Si votre musique est qualitative, elle est aussi commerciale. Tous vos titres sont des tubes potentiels, je trouve.

L’album a un côté « efficace ». Il est frontal. Ça démarre, ça s’arrête. Introduction, conclusion. Je n’ai surtout pas la prétention de dire que tous mes morceaux sont des singles, c’est aux autres de le dire ou pas. Pour être honnête, cet album je l’ai composé le plus rapidement possible. C’est presque une technique. Je ne voulais surtout pas réfléchir à ce que je faisais. Peut-être que dans mes prochains albums, je conceptualiserai, mais là, je ne le souhaitais pas. Dès que je passais trop de temps sur un morceau… poubelle ! Cet album s’appelle Run. C’est une métaphore. Dans « run », il y a action, il y a courir, il y a l’évasion, il y a l’aventure. J’ai composé ce disque le plus spontanément possible pour faire passer les émotions les plus sincères.

Trois titres accompagnent ce court métrage d'une dizaine de minutes. Sorrow, Follow me et My Home.

Vous avez un sens de la mélodie assez évident.

Un morceau qui me plait passe d’abord par une mélodie. D’accord, il y a l’énergie et la mélodie. Mais les paroles aussi sont importantes. Elles font partie de l’énergie de la chanson. Tout est très cohérent dans cet album. Quand je dis que je l’ai fait dans l’urgence, ce n’est pas dans l’urgence bâclée. Je bosse, je suis quelqu’un de perfectionniste et j’ai besoin d’aller au bout des choses.

Talisco figure aussi dans la BO du film 3 Days To Kill (sorti le 19 mars dernier). On entend sa chanson au début de cette bande annonce.

Vous me parliez tout à l’heure du côté bidouilleur qui vous caractérise. Ça se ressent surtalisco,jérôme amandi,run,interview l’album… comment allez-vous le reproduire sur scène ?

Je ne retranscrirai pas la même chose. J’aime les concerts qui transpirent, où les choses ne sont pas calculées, où rien n’est figé. Je peux même dire que j’aime l’erreur. Mes concerts ont une tendance rock. C’est indéniablement plus rock et brut que l’album.

Si un jour Talisco a la même notoriété que Daft Punk, par exemple, resterez-vous l’homme que vous êtes aujourd’hui ?

Je ne peux pas penser à ce genre de choses. Ça reste de l’ordre du phantasme… moi, déjà, si ce disque me permet de continuer à jouer de la musique tous les jours, ce sera déjà pas mal.

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Le 17 février, après l'interview, au milieu des pianos de chez Paul Beuscher Paris Bastille.

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10 mai 2014

Romain Lateltin (et un peu Théophile Ardy) : interview pour Pas de chichi entre nous

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Dans ma première mandorisation de Romain Lateltin (en juillet 2012 pour Le râleur made in France), j’expliquais pourquoi j’aimais cet artiste. Il avait un côté irrévérencieux, ironique, drôle et classe assez impressionnant. L’artiste vient de sortir un nouvel album, Pas de chichi entre nous, dans lequel il se présente sous un autre jour. Tendre, émouvant, nostalgique et profond. Un album très fort, autant mélodiquement que textuellement, qui rend honneur à la belle chanson française.

Le 14 février dernier, Romain Lateltin est venu à l’agence avec sa team presque au complet, dont l’auteur-compositeur-interprète Théophile Ardy (à qui j’ai aussi posé des questions).

Romain Lateltin.jpgArgumentaire officiel de Pas de chichi entre nous:

À contre-courant d'une époque qui associe exigence avec performance, Romain Lateltin préfère application et sincérité. Il nous propose une parenthèse douce et sucrée, un moment de délectation sans chichi, une pause bien méritée pour qui veut retrouver son âme d'enfant.
Le râleur de l'album précédent laisse désormais place au rêveur apaisé qui retrouve, dans le souvenir d'une jeunesse candide, la joie des bonheurs partagés, de la tendresse et des plaisirs simples.
Pas de chichi entre nous vous rappelle qui vous étiez, vous fait aimer qui vous êtes et vous donne le sourire d'être là, à savourer l'existence comme on dévore des bonbons. Un régal, tout bonnement.

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Interview :

Tu as financé ton troisième album par le biais d’un site participatif. Au début, il me semble que tu étais un peu réfractaire à ce système.

Je n’osais pas. C’est toujours gênant de demander de l’argent aux amis, à la famille, aux collègues, aux connaissances… Mais, il faut bien l’avouer, c’est très pratique et surtout, j’ai eu de belles surprises. Des gens que je ne connaissais pas ou des gens que je connaissais très peu ont participé aussi. Parfois de manière conséquence.

C’est réconfortant, rassurant et motivant, non ?

Cela permet d’être serein financièrement et ce n’est pas un détail. Mais, ça te force aussi à proposer autre chose. J’ai sorti par exemple des clés USB, un coffret collector en format vinyle avec des cartes grand-formats…

Tu as gardé la même équipe que d’habitude.

Je travaille quasiment avec les mêmes personnes depuis le début. Notamment Christian Morfin qui réalise tous mes albums. Il évolue, j’évolue, ma voix évolue. Fred Gayot, avec qui j’écris les textes, a lui aussi beaucoup évolué. Je veux dire par là que nous avons tous avancé et progressé depuis le précédent album Râleur made in France.

Clip de "Pas de chichi entre nous".

97da97c82c0ca0ccd52eb2f99d41b1e4.jpgCe nouvel album est plus poétique, moins premier degré.

Je suis content que tu me dises cela. Il est plus poétique, mais aussi plus nostalgique et plus gourmand, il me semble.

Pourquoi fais-tu à chaque fois des albums conceptuels ?

J’aime bien quand il se passe quelque chose du début à la fin.

Pourquoi y a-t-il des instrus ?

Pour créer l’imagination chez ceux qui écoutent. Ce sont des pauses pour qu’ils réfléchissent sur ce qui a été dit entre deux titres. Pour moi, un album, c’est comme un livre, une série, un film, une nouvelle. Je ne conçois pas un disque sans un fil conducteur, sans un début et une fin qui se tiennent.

Ce virage vers l’enfance, ça vient de quoi ?

Je suis devenu papa. Cet album-là en est la conséquence. À force de regarder son enfant, on se rappelle de sa propre enfance. Je me suis projeté de nouveau dans ma jeunesse, dans les relations que j’ai eues avec mes parents. Beaucoup de souvenirs sont remontés à la surface.

As-tu décidé d’aborder le thème de l’enfance très vite ?

Le premier titre que j’ai trouvé pour cet album est « Principes et bienséance ». J’y raconte que je viens d’une famille plutôt traditionnelle dans laquelle on ne disait pas trop « je t’aime ». Tout est parti de cette chanson. Malgré le fait que tous mes albums soient conceptuels, au départ, rien n’est réfléchi. Je me laisse porter par l’inspiration et finalement, les chansons se relient entre elles. 

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Tu n’es pas un solitaire dans la création.

Musicalement, si. Pour les textes, je ne le suis plus depuis Le râleur made in France. Par contre, pour les arrangements, j’aime bien laisser la place aux autres musiciens, tout en sachant ce que je veux quand même.

Je sais que tu as beaucoup d’attachement envers ton album précédent, Le râleur made in France. Cela dit, je trouve Pas de chichi entre nous beaucoup mieux produit, beaucoup plus professionnel.

Tout le monde me le dit, à commencer par mon entourage musical qui est plutôt franc avec moi. Pour le moment, je n’ai eu aucun retour négatif. Peut-être que ceux qui n’aiment pas ne me le disent pas, mais je suis épargné des mauvaises critiques. Je suis mal placé pour dire que cet album est bon, mais je suis fier de lui. On a passé un an à le faire parce que nous sommes des perfectionnistes et des éternels insatisfaits.

Beaucoup d’artistes, entre deux albums, sortent des EP. Pas toi.

Nous, on voulait sortir un vrai album directement. À l’ancienne. En prenant le temps de faire les choses. La chanson « L’art du travail bien fait » semble marquer les gens qui ont écouté cet album… c’est vraiment la philosophie de ce que nous sommes maintenant et de ce que nous faisons avec le label que nous avons monté. Nous essayons d’être le plus en accord avec nous même.  

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Cet album est une autre facette de toi. Le râleur laisse la place à l’homme tendre.

L’homme tendre était déjà là sur mon tout premier album, A l’intérieur de soi-même. Sur Pas de chichi entre nous, le côté plus tendre, poétique, profond et nostalgique est particulièrement présent, je te l’accorde. En fait, ce nouveau disque, c’est juste l’enfance du râleur. J’ai un côté râleur en vrai, mais j’ai été aussi l’enfant de ce nouvel album.

Une chanson comme « Les dollars » est faussement naïve. En fait, tu dis beaucoup de choses importantes et sociétales dans tes chansons, mine de rien.

Pour faire passer un message, de temps en temps, il faut parvenir à faire croire qu’on est un peu futile ou naïf. Tu as le choix avec mes textes. Soit tu prends tout au premier degré, soit tu grattes un peu et tu vas plus loin. Tous les sujets ont été évoqués dans les chansons. L’enfance, l’amour, la paternité… je n’ai rien inventé. Il faut juste trouver l’angle original pour en parler.

Parle-moi de Théophile Ardy qui est venu avec toi aujourd’hui.

C’est un artiste avec lequel j’ai monté un label, Amstar Prod. On se connait depuis longtemps, on s’est dit qu’on allait se mutualiser, se structurer professionnellement. Du coup, en ce moment, on fait des co-plateaux sur Paris et on envisage de produire d’autres artistes plus tard si le label se porte bien. Pour le moment, nous semons, nous arrosons, mais nous ne savons pas quand ça va pousser. C’est la nature qui fait le reste.

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Théophile, raconte-moi comment tu as décidé de t’allier avec Romain.DSC08813.JPG

On se connait depuis 10 ans. Nous nous sommes croisés dans des concours, des tremplins, des concerts. Bref, nous nous sommes toujours suivis. Nous prenions souvent l’autre en première partie de nos concerts. Un échange de bon procédé, ou plutôt, une forme d’entraide qui nous plaisait beaucoup. Romain et moi, c’est presque un Pacs artistique. Dernièrement, on a voulu aller un peu plus loin en montant ce label, parce que nous avons la sensation de multiplier le fruit de nos efforts par dix. Tout va beaucoup plus vite. On se complète et on complète nos forces. À la base, j’ai plus de sensibilité scénique et Romain m’a beaucoup apporté de sensibilité à la musique enregistrée. Nous nous sommes échangés nos spécificités.

Théophile, comme Romain est mon invité principal aujourd’hui, peux-tu me dire ce que tu penses de lui professionnellement.

Quand il a enregistré ce dernier album, parfois je passais en studio. Je suis tombé amoureux de ce que j’ai entendu. C’était magique. Il y a un titre qui me tire la larme à chaque écoute, à chaque refrain, c’est la chanson dont il a parlé tout à l’heure, « L’art du travail bien fait ». C’est tout ce que je recherche dans une chanson. L’émotion captée, emprisonnée, qui se libère à chaque fois que tu appuies sur "play". En écoutant cet album, je me suis dit que Romain avait franchi un cran au-dessus. C’est un travail d’orfèvre vraiment très rare.

Théophile, avec votre structure, finalement, vous êtes producteurs  l’un de l’autre.

Oui, du coup, il y a beaucoup d’émulations entre nous. Et tout cela est basé sur l’humain. Romain est un garçon tout à fait charmant et, du coup, c’est facile de travailler avec lui.

Quelles sont vos différences, Théophile ?

On est complémentaire. Moi, je suis un peu rentre-dedans et lui, il est hyper diplomate. On n’a pas la même approche du métier, mais nous convergeons.

ulule.jpgEs-tu d’accord Romain ?

Oui, complètement. J’ai du mal à m’engueuler avec les gens. Les caractères des uns et des autres sont différents, il faut parvenir à s’adapter. Moi, j’aime les gens un peu barjots. Ceux qui m’entourent aujourd’hui le sont tous pour diverses raisons et différemment. Si moi, je suis un peu fade, je n’aime pas traîner avec des gens qui sont ainsi. J’aime bien être bousculé.

Je suis impressionné par ta pochette de disque.

C’est en partie grâce à toi, tu le sais. La dernière fois que je suis venu te voir, tu m’as dit que ce qui t’avait rebuté dans mon précédent disque, c’était la pochette… et tu m’avais incité à faire des efforts de ce côté-là. Ton conseil était constructif et je savais que c’était pour mon bien. Je me rends compte que lorsque les gens achètent le disque, ils sont heureux d’avoir ce bel objet. Je ne me rendais pas compte de cela avant. Tout est important. Le fond et la forme.

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Chrystèle Lacombe (voir ci-dessous), Théophile Ardy et Romain Lateltin. pendant l'interview.

Booking pour Romain et Théophile:
DES ROULETTES
Contacter Chrystèle Lascombes
clascombes@wanadoo.fr
T : 01 48 99 17 76 / 06 85 83 87 02

09 mai 2014

Miossec : interview pour l'album Ici-bas, ici même

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Miossec, je suis très amateur. Nous sommes nombreux dans ce cas. C’est ma deuxième mandorisation du monsieur. C’est dans le même hôtel que la maison de disque me donne rendez-vous, le 11 mars dernier. Toujours aussi souriant, disponible et sincère. C’est un vrai plaisir d’interviewer cet artiste-là.

Avant de lire l’entretien, je vous propose ma chronique de son nouvel album, Ici-bas, ici-même, publié dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’avril 2014).

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miossec,ici-bas,ici même,interview,mandorInterview:

L’année prochaine, vous allez fêter vos vingt ans de carrière. Avez-vous vu le temps passer ?

Non, ça passe à une allure extraordinaire, c’est dingue. Malheureusement, plus tu vieillis, plus ça s’accélère. On a tous un temps imparti, c’est la règle du jeu et je l’accepte.

Êtes-vous inquiet du succès ou non d’un album ?

Ça dépend de la situation dans laquelle on est. Si financièrement on dépend de cet album, il en découle votre vie entière. Si le disque se retrouve rejeté et que personne n’en veut, il faut changer de métier. Je connais plein d'artistes qui vivent ce cas de figure et là, c’est terrible. Pour le moment, moi, j’ai la chance de pouvoir concevoir un disque sans penser au succès commercial et aux radios.

Ici-bas, Ici même est une phrase tirée de la chanson Qui nous aime. Pourquoi l’avoir choisie comme titre de l’album ?

Pour souligner que ce disque est quelque chose de profondément athée et qu’il n’y a absolument rien de spirituel dans ces propos. Il n’y a pas à chercher Dieu, ni le paradis, encore moins le pardon.

Vous avez conçu cet album à trois, avec Albin de la Simone et Jean-Baptiste Brunhes. Étiez-vous le chef de la bande ?

On était tous les trois les chefs de la bande, sans distinction. On avait la possibilité d’intervenir dans le domaine de l’autre. Nous nous sommes bien emmêlés. Rien n’était hiérarchisé et chaque parole entre nous avait son importance.

Vous avez travaillé tous les trois dans l’humanité la plus totale.

Je suis à la recherche de ça dans mon métier de musicien. Quand on m’a proposé de travailler avec Albin, je ne voyais pas ce qu’il pouvait m’apporter. Nous n’avions pas les mêmes goûts musicaux, à priori, mais finalement, on s’est rendu compte que si. Le jazz et la musique black des années 70 par exemple nous ont rapprochés. Quelque chose entre nous est passé.

Clip de "On vient à peine de commencer".

Tout le monde s’accorde à dire qu’Ici-bas, ici même rappelle vos premiers albums.miossec,ici-bas,ici même,interview,mandor Êtes-vous d’accord ?

Je ne sais jamais quoi répondre à ce genre d’affirmation. J’avais juste envie de tout composer dans mon coin avec une guitare. Je souhaitais que tout se tienne debout. Je suis moins allé dans la virtuosité des choses. Je pense que la simplicité et l’épure permettent d’aller plus droit au cœur. J’avais mon cadre bien déterminé qui imposait l’interdiction de faire des couches, des arrangements superposés. On était peu nombreux à faire cet album, mais j’ai l’impression que tout le monde a donné tout son cœur et ses tripes. C’était beau à voir. La notion d’effort et de travail est très importante. Quand je vois Albin de la Simone travailler, je suis très impressionné. Et il est l’un des rares artistes à se mettre complètement au service de la personne pour laquelle il collabore.

Cet album a été conçu et réalisé très rapidement.

On a fait des stages de trois fois trois journées et trois nuits. Entre les différentes sessions, chacun a fait un chemin. Nous nous sommes aperçu que lorsque les choses se reposent, c’est idéal. A la base, on a procédé ainsi parce que l’agenda d’Albin était très chargé. Ce qui était au départ une contrainte s’est avéré un avantage. Cet artiste, au sens large du terme, est vraiment bluffant.

La chanson  Répondez par oui ou par non  a été coécrit par Sophie Calle et l’écrivain Grégoire Bouillier. Pourquoi cette collaboration ?

On avait travaillé ensemble sur cette chanson avec Sophie et finalement, j’ai trouvé que ce que j’avais écrit n’était pas bon. Parfois, ça me fait du bien de ne pas me retrouver en position d’auteur. Du coup, on devient uniquement musicien et interprète. C’est agréable.

Est-ce qu’au bout de neuf albums, on ne vient pas à bout de ce qu’on a envie de dire ?

Je ne me pose pas ce genre de question tant que l’inspiration est toujours là. D’ailleurs, j’aimerais bien savoir comment une chanson arrive. C’est un mystère…


Miossec - Nos morts en live dans le Grand... par rtl-fr

« Les touristes » et « Nos morts » parlent du même sujet. La mort…

J’ai 50 ans et je vois autour de mois des cancers partout. J’ai perdu dans l’année deux copains de 51 ans. Je suis marqué par ces disparitions.

Si on vous dit que vous avez du talent, vous dites quoi ?

A mon goût, je n’ai rien de suffisamment solide sur mes neuf disques. Je suis toujours en train de travailler dans le but de me prouver que je fais de la qualité. Mais, je ne parviens jamais à me satisfaire.

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Vous écrivez aussi pour Juliette Gréco, Melody Gardot, Johnny Hallyday ou Nolwenn Leroy, qui sont de formidables interprètes. Vous ne vous interdisez aucune collaboration ?

J’ai aussi travaillé avec Baptiste Trotignon sur son disque de jazz, Song, song, song. On n’est pas là pour s’emmerder. J’adore devoir me confronter à l’écriture quand je dois écrire pour quelqu’un d’autre. C’est une sorte d’obligation d’aller au combat et de devoir se battre avec mes propres armes : des registres de vocabulaire différents. Quand on écrit pour Gréco ou pour Hallyday, on n’utilise pas les mêmes dictionnaires. Il ne faut pas être raide et ne pas avoir un ego trop fort.

Vous habitez dans le Finistère, ça vous aide à ne pas donner trop d’importance à ce métier ?

En tout cas, je ne sais pas si c’est normal de rester chez soi à regarder l’océan (rires). C’était mon fantasme quand j’étais adolescent. Le fait que via la musique, j’arrive à être là sur cette falaise est ma plus grande réussite. Si je ne fais pas de bon boulot avec tout ça, c’est que, vraiment, je suis le roi des cons.

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Après l'interview, le 11 mars 2014.

06 mai 2014

Patrick Fiori : interview pour ses 20 ans de carrière et l'album Choisir

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Première rencontre avec Patrick Fiori, pur et bon chanteur de variété. À l’occasion de ses 20 ans de carrière, je suis allé l’interviewer dans les locaux de sa maison de disque, le 11 avril dernier. C’était son premier jour de promo, il était donc fort enthousiaste et motivé pour parler de son album, Choisir. Voici le fruit de cet entretien pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2014).

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Clip de "Elles" (Jean-Jacques Goldman).

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Après l'interview, le 11 avril 2014, chez Sony Music.