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27 février 2019

Antoine Sahler : interview pour son 3e album

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(©Aglaé Bory)

Quand on évoque Antoine Sahler, on pense irrémédiablement à François Morel dont il semble indissociable. Ils travaillent ensemble depuis plus de 10 ans dans une parfaite osmose/harmonie/amitié, mais Sahler existe surtout par lui-même. Et de quelle manière! Discrète, mais étincelante. Il n’a pas besoin de l’enchanteur Morel pour créer des chansons subtiles, classieuses, drôles ou tristes (ou les deux en même temps). Des chansons qui peuvent paraitre désuètes alors qu’elles sont d’une rare modernité. C’est troublant. Très.

A l’écoute des chansons de son 3e album (à découvrir ici par exemple), les repères habituels s’évaporent, explosent plutôt. On croit aller quelque part, on se retrouve aux antipodes. Je n’arrive pas à déterminer si Sahler est un magicien ou un sorcier, mais ce dont je suis certain c’est qu’avec ses petites histoires, qui sont finalement de grandes histoires (on n’est pas à un paradoxe près), il sait comme personne envoûter celui qui l’écoute. Dire qu’Antoine Sahler est un orfèvre comme il n’en existe plus beaucoup en France serait d’une impardonnable banalité (même si c’est la plus stricte vérité), je me contenterai de dire qu’il est aujourd’hui le meilleur. Disons, l’un des meilleurs sinon, on va encore prétendre que j’ai l’enthousiasme non mesuré (ce qui est parfaitement faux).

Je suis allé à sa rencontre le 14 février dernier (le jour de la fête des amoureux, mais ça n’a rien à voir) dans un bar de Pigalle et c’était bien.

antoine sahler,interview,le furieux,mandorBiographie officielle:

Antoine Sahler est né en 1970 à Montbéliard. Après des études de piano classique, il s’intéresse au jazz, puis à la chanson française. Publie deux albums chez Harmonia Mundi / Le Chant du Monde (Je suis parti en 2002 et Nos Futurs en 2005). Le deuxième album est repéré par la chanteuse Juliette qui l’invite à faire sa première partie à l’Olympia en 2006. Depuis 2009, il écrit des chansons avec François Morel, qui donnent naissance aux disques et aux spectacles Le Soir, des Lions... puis en 2016, La Vie (titre provisoire) (en tournée actuellement). Il écrit également, seul ou avec François Morel, pour Juliette, Maurane, Juliette Gréco, Joséphine Draï ; il est également auteur-compositeur pour la chanteuse Lucrèce Sassella (spectacle 22h22 en 2012, et album 22 ans en 2015 qui a fait l’objet d’une mandorisation). Antoine écrit également plusieurs musiques pour le théâtre : Cochons d’Inde de Sébastien Thiéry (avec Patrick Chesnais – Molière 2009 de la meilleure pièce comique et du meilleur comédien, La fin du monde est pour dimanche et Hyacinthe et Rose de François Morel. Vous n’aurez pas ma haine, texte d’Antoine Leiris mis en scène par Benjamin Guillard avec Raphaël Personnaz. Il fait également paraître deux livres CD pour la jeunesse, chez Actes Sud Junior : La Tête de l’emploi, puis La Colonie des Optimistes. En 2015, il créé le label associatif Le Furieux et produit des artistes de chanson française comme Armelle Dumoulin (mandorisée ici), Achille, François Puyalto ou Wladimir Anselme (mandorisé là)

Le disque (argumentaire officiel) :antoine sahler,interview,le furieux,mandor

Voici le nouvel album solo d’Antoine Sahler, sur son propre label Le Furieux (distribution Differ-Ant), des chansons pop, où le désenchantement amusé côtoie l’humour absurde. L’écriture épurée, qui cherche la netteté des images, le goût des  harmonies inattendues mais des mélodies faciles inscrivent cet opus dans la tradition des chanteurs français marqués par la pop (Souchon, de la Simone, Katerine ...), où la douceur n’est jamais une faiblesse. Il y est beaucoup question de temps (qui manque ou qui passe), d’amour (qui reste ou qui part), mais aussi du désenchantement du monde et du besoin de consolation. 14 titres entrecoupés de  petits interludes, chantés par un choeur qui serait comme une voix intérieure. Accompagné par d’excellents musiciens, rencontrés au gré des projets, et pour la plupart devenus amis - Jeff Hallam à la basse (Dominique A...), Raphaël Séguinier à la batterie (Arthur H...), Thibaud Defever (lui-même excellent auteur et compositeur) à la guitare - Antoine Sahler utilise l’espièglerie comme arme d’auto-défense. Lucide, il voit le temps passer, mais pas de panique, à la fin, c’est le sourire qui gagne. Enregistré et mixé par David Chalmin au studio K, le studio parisien de Katia et Marielle Labèque (avec qui il a déjà collaboré plusieurs fois, et notamment pour le dernier album de François Morel, La Vie, titre provisoire (Jive-Epic / Sony Music).

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(©Aglaé Bory)

Iantoine sahler,interview,le furieux,mandornterview :

Vous êtes venu à la musique par le jazz, il me semble.

J’ai commencé la musique à 5 ans, là où j’habitais, dans un petit village de Franche-Comté, près de Montbéliard. Mon grand frère faisait du piano alors, comme je voulais tout faire comme lui, j’ai commencé à jouer du piano à la maison. Ce sont des souvenirs marquants pour moi. Je me revois au piano et adorer ça. Ma prof a vite remarqué que j’avais des facilités. C’est elle qui s’est rendu compte que j’avais l’oreille absolue. C’était mon jardin secret qui me prenait pas mal de temps et de place.

C’était évidemment du piano « classique », le jazz est donc venu tout de suite après.

A l’adolescence, j’ai beaucoup écouté de jazz. Je me suis même immergé dedans. Vraiment, j’aimais toutes formes de jazz, mais celle qui m’attrapait sans jamais me lâcher, c’était le jazz que jouait Chet Baker, les ballades assez courtes de Duke Ellington ou plus tard de Thelonious Monk. Ces jazzmen avaient des dimensions mélodiques assez fortes.

Clip de "Merci merci".

Pour vous, la mélodie est importante dans une chanson ?

C’est par rapport à moi. Je n’en fais pas une vérité absolue. J’ai eu ma période où j’adorais les grandes mélopées poétiques de 8 minutes avec un continuum. C’était un amour adolescent. Aujourd’hui, je me suis détaché de cela et ce n’est pas la définition que je donnerais de la chanson.

Quelle est-elle alors ?

A mon sens, une chanson c’est une économie de moyen, l’ellipse et le droit au but. J’aime bien comparer l’exercice de l’écriture de la chanson au dessin de presse ou d’humour comme Voutch ou Sempé. On doit pointer un détail et ce détail doit dire tout le reste. Les chansons que j’adore, ce sont celles où il y a la place pour que l’auditeur finisse la compréhension et, en même temps, où on est très clair sur le propos, même s’il n’est pas adressé frontalement. J’aime les choses de biais.

C’est grâce à votre passage à HEC que vous avez commencé la chanson. La légende dit que c’est parce que vous vous ennuyiez que vous avez commencé à écrire vos premiers textes…

Si je veux être très personnel et très précis, à HEC, je ne me suis pas ennuyé parce que j’ai beaucoup fait la fête avec les futurs dirigeants de l’élite. C’est dur d’y rentrer, mais après, c’est le Club Med. Ce ne sont pas des années douloureuses, mais des années où je me sentais un peu à côté de la plaque. Je me rendais compte que je n’étais pas sur de bons rails, mais je n’avais pas d’animosité particulière pour ce milieu ni pour les gens qui le composaient. Après HEC, je suis parti deux ans en Allemagne faire mon VSNE (volontaires du service national en entreprises). C’était une façon de ne pas faire son service militaire en tant que bidasse pour des gens qui avaient fait des études supérieures.

Clip de "Sénescence".

Tout ne s’est pas passé comme prévu…

J’ai eu un petit raté administratif. A la base, je  pensais aller dans des iles paradisiaques et je me suis retrouvé dans la banlieue de Francfort. C’est là que, réellement, je me suis pas mal ennuyé et que le soir j’ai commencé à écrire des chansons sérieusement.

Dans le but de devenir auteur ?

Non. Dans le but d’être content d’avoir écrit des chansons. Je ne me disais pas que j’allais en faire ma vie.

Après votre VSNE, vous avez travaillé dans la pub.

Pendant un an. Là encore, je me suis ennuyé et j’ai compris que ce n’était pas non plus mon truc. Je commençais à faire des petits concerts à gauche à droite, à fréquenter Le Limonaire et à trouver que c’était formidable d’aller là-bas. J’adorais ce que j’y voyais et l’ambiance qui y régnait.

Vous avez donc pris la décision d’arrêter de travailler pour ne faire que ça.

J’ai démissionné sur un coup de tête. Je suis parti sans chèque, sans droit aux ASSEDIC, sans rien. Au début je me suis dit que j’allais prendre un boulot fixe de pianiste de week-end dans les bars. Quand je me suis mis à écrire des chansons, ça a pris beaucoup de place dans mon cœur et dans ma vie. J’ai compris que je ne pouvais pas faire ça à moitié, mais uniquement à temps plein.

Vous avez fait des boulots alimentaires en attendant.

J’ai donné des cours de piano. Petit à petit, l’oiseau que je suis à fait son petit nid.

antoine sahler,interview,le furieux,mandorEn 2002 sort un premier album, Je suis parti.

Ça me fait marrer de dire ça aujourd’hui, mais je me rends compte que c’était déjà une autre époque. Je jouais aux Déchargeurs et le directeur de l'époque du label Le Chant du Monde est venu me voir à l’issue d’un concert pour me proposer un contrat. Aujourd’hui, ce genre d’histoire n’existe plus pour quelqu’un qui n’a pas de réseau, pas de vues YouTube, mais juste ses chansons. Bon, d’accord, ça ne m’a pas permis d’avoir une villa sur la côte, ni de piscine privée, très peu de drogues, aucune prostituée… mais c’était le début de quelque chose. Ce disque a existé et m’a permis de faire des concerts.

Toujours au Chant du Monde/Harmonia Mundi, en 2005, vous sortez un deuxième disque, Nos antoine sahler,interview,le furieux,mandorFuturs. Ce n’était pas un disque punk et rebelle en tout cas.

Non, ce n’est pas vraiment mon style, même s’il y avait quelques chansons sociétales. J’ai des idées, mais je n’aime pas faire de prêchi-prêcha dans mes chansons. Il y a des gens qui font ça très bien, mais moi je ne suis pas armé pour.

Il y a pourtant beaucoup de choses dites dans vos textes.

Je ne veux pas dire que je ne veux pas mettre de fond dans mes chansons. De façon générale, je n’aime pas que l’on me fasse des sermons, donc je n’en fais pas aux autres.

Beaucoup de vos chansons sont drôles et graves à la fois.

Avec François Morel, c’est une des choses qui nous réunit. On adore la juxtaposition, voire la fusion de l’humour et des choses tristes. Ce sont des émotions qui ont souvent les mêmes racines et quand on arrive à les fondre, c’est jubilatoire. On adore aussi les virages à 180°.

Il y a des chanteurs comiques qui ne sont que comiques. C’est difficile de ne pas être considéré comme cela uniquement ?

J’ai beaucoup d’empathie pour les gens qui ont eu ce destin-là. Dans l’histoire de la chanson, il y a eu des malentendus comme ça. Henri Salvador et Nino Ferrer en ont été victimes. Ils ont été Zorro ou Les cornichons alors qu’ils étaient des auteurs de magnifiques chansons nostalgiques. Je ne me pose pas ces questions-là aujourd’hui sous prétexte que je prends un risque. Je n’abandonnerai pas l’humour parce que c’est constitutif de moi. J’avoue aussi que je fais partie du club des gens qui aiment les chansons sans chute, les chansons qui créent un petit malaise… Je ne déteste pas (rires).

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©Marylène Eytier/Aubondeclic

antoine sahler,interview,le furieux,mandorVous avez rencontré François Morel grâce à Juliette, je crois. 

Il y a eu deux temps dans la rencontre. Au tout début de l’an 2000, avant que je ne sorte mon premier album, François a fait son premier seul en scène, Les habits du dimanche, après la période Jérôme Deschamps. Je l’ai attendu à la sortie du spectacle avec une enveloppe contenant un CD 4 titres et une lettre dans laquelle je disais « Monsieur Morel, un jour vous devriez faire chanteur. Et si un jour vous faites chanteur, vous devriez chanter mes chansons. » Ca l’a fait marrer et il m’a répondu très vite par courrier. En gros, il disait qu’il appréciait mes chansons, que lui n’oserait jamais franchir le pas car il était comédien et pas chanteur. Il a ajouté qu’il m’aiderait en parlant de moi sur les ondes. On en est resté là.

Le deuxième temps arrive 5 ans après. antoine sahler,interview,le furieux,mandor

Mon deuxième album est remarqué par Juliette. Elle m’appelle pour m’inviter dans une émission sur France Musique dans laquelle elle a carte blanche. Elle me propose d’y chanter deux chansons. Un autre invité de l’émission était François. Dans la foulée de l’émission, j’ai fait la première partie de Juliette à l’Olympia. François qui interprétait un duo avec la chanteuse était mon voisin de loge, il est devenu mon camarade de trac de la soirée. Nous sommes devenus copain à partir de ce moment-là. On a commencé très vite à travailler ensemble. Des disques, différentes scènes, musicales ou pas… on ne se quitte plus depuis 10 ans.

Qu’avez-vous pensé du billet de François Morel sur France Inter obligeant les auditeurs à acheter votre disque ? (A écouter là!)

J’étais presque gêné, mais super content. C’est un vrai acte d’amitié.

antoine sahler,interview,le furieux,mandorVous êtes aussi directeur du label Le Furieux. Pourquoi ?

Il y a 5 ans, je faisais la direction artistique d’une amie, Armelle Dumoulin. On avait fait tout le boulot : le studio, les arrangements, le pressage du disque…etc. Le disque existait, mais il n’avait pas de structure pour l’accompagner. Il manquait un étage à la fusée pour qu'il arrive jusqu’aux professionnels dans de bonnes conditions. J’ai donc eu envie de faire exister des projets d’amis que j’aime beaucoup et dont j’admire le travail. On a créé une structure associative qui a accueilli d’abord le projet d’Armelle, puis d’Achille, de Wladimir Anselme et de François Puyalto.

Ça prend beaucoup d’énergie ?

Enormément. Et de temps aussi… un  peu d’argent bien sûr. Régulièrement, je me dis : « si j’arrêtais tout ça ? » Mais en même temps, chaque nouveau projet me galvanise. Quand je vois ce que l’on fait sur la durée, je me dis que, finalement c’est chouette ce que l’on construit ensemble. On a raison de faire exister des choses en se préoccupant surtout de ce qu’on a envie de raconter et en le faisant bien. Ça me récompense de tous les efforts fournis.

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Le 16 juin 2018, de gauche à droite : François Puyalto, Wladimir Anselme, Armelle Dumoulin, Achille et Antoine Sahler à la Blackroom d'Hexagone.

Aucun de vos artistes n’a le même univers que vous. antoine sahler,interview,le furieux,mandor

Il n’y a pas longtemps, on a fait un plateau tous ensemble. On a échangé nos chansons et c’était génial. Je me nourris de nos différences. Je suis passionné par l’écriture, toutes les sortes d’écritures. A partir du moment où une chanson tient debout, je suis impressionné et souvent, ça m’intrigue. Le talent des autres m’impressionne souvent.

On vous compare tout le temps à Souchon et à Katerine, comme si vous étiez un habile mélange des deux. Ça vous convient ?

Ça me va totalement. Ce sont deux artistes que j’admire énormément, dont j’adore le travail et dont je me sens proche sans les connaître. J’ai tous leurs disques. S’ils n’ont pas totalement le même esprit, ils ne sont pas si différents que cela. Ils pointent quelque chose qui peut paraitre anodin, mais qui va dire énormément. Souchon est plus dans le regard, la rêverie, tandis que Katerine est plus un dadaïste, plus mordant, plus dérangeant. Si on me demande de faire une reprise, spontanément, je vais vouloir interpréter soit « Caterpillar » de Souchon, soit « Mort à la poésie » de Katerine.

Parlons de votre voix. Elle est très originale… pas très grave quoi.

Comment vous m’épargnez (sourire)… Vous savez, ça m’arrive souvent que l’on me dise, avant de raccrocher au téléphone, « au revoir madame ». Je m’en suis fait une raison (rires).

A quoi sert les chansons ?

Si elles peuvent être des petits moments de consolation, c’est déjà beaucoup.

Pourquoi faites-vous ce métier ?

Je ne sais pas du tout. Je sais juste que quand je m’assieds à un piano ou que je marche dans la rue et que j’ai un début de chanson qui m’arrive, je suis à un moment et à un endroit de ma vie que j’adore. Je me sens tellement chanceux de pouvoir vivre ça, alors j’en profite.

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Après l'interview, le 14 février 2019.

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25 février 2019

Chloé Mons : interview pour l'album posthume d'Alain Bashung, En amont

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L'album posthume d'Alain Bashung, En amont, a eu un immense succès dès sa sortie il y a deux mois. Vous pouvez l'écouter . Pour le magazine des abonnés de la FNAC, Contact (daté du mois de février 2019), on m'a chargé d'interviewer sa veuve, Chloé Mons. Voici la version condensée d'une demie heure de conversation (avec le petit bonus de fin)… 

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Bonus mandorien :

Vous vous attendiez à ce que ce disque ait un tel succès ?

Non. Ça a été une très grande surprise. J’ai surtout été étonnée par le succès critique de la part des médias. J’ai évidemment toujours cru à la qualité de ce disque, mais je ne pensais pas qu’il allait avoir un tel rayonnement aussi populaire. C’est un disque qui a mis tout le monde d’accord.

Personne n’a critiqué le fait que sorte ce disque posthume. Cela vous a étonné ?

Il s’est passé dix ans entre le départ d’Alain et la sortie de ce disque. Je ne me suis pas précipitée pour éviter ce genre d’écueil. Je croyais beaucoup au potentiel de ces chansons, je ne me suis donc pas découragée.

Vous êtes émue quand vous écoutez ce disque ?

Oui. Je ne peux pas l’écouter chez moi en buvant un thé. Quand je tombe sur un morceau lorsqu’il passe à la radio, bien sûr que c’est émouvant… et très troublant.

Je connais des fans qui ont beaucoup aimé et qui ont été, comme vous, troublés.

C’est comme s’il était revenu juste pour chanter un nouvel album. En plus le disque commence par « Immortel », c’est encore plus troublant. C’est un titre qui lui ressemble très fort. On a travaillé dans cet esprit. 

Clip de "Immortel".

Pour finir (et parce que Mandor aime sortir ses archives, tout imbu de sa personne qu'il est), voici quelques photos d'une interview datant du 14 juin 1989 dans les locaux d'RTL. Il y a près de 30 ans…

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21 février 2019

Séverin : interview pour Transatlantique

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(Photo : Ambroise Tezenas)

22687810_10155666678090390_342518263329711993_n.jpgLe chanteur et compositeur Séverin vient de sortir son cinquième album, Transatlantique, sous le signe de l’Amour et de l’évasion. Sa fausse nonchalance m’a séduit depuis le début de sa carrière, en 2009 avec son album Cheesecake. Ce ciseleur de mots ne se laisse jamais aller à la facilité stylistique musicale et textuelle. Transatlantique est vraiment un disque joyeux, faussement naïf, souvent profond, sans oublier quelques accents de cynisme qui ne sont pas pour me déplaire.

Le 29 janvier dernier, je suis allé à la rencontre de ce garçon extrêmement sympathique et franc dans son studio d’enregistrement. Il était temps…

Vous pouvez écouter l'album ici.

Le mot de l’éditeur :49389779_10156735164405390_3860636447564365824_n.jpg

«Ça ira tu verras», chantait-il en 2016, dans le disque éponyme qui avait confirmé l’importance de sa présence au sein de la scène française. Aujourd’hui, ça va encore mieux : avec ce nouvel album, Séverin confirme son talent à part, érigeant un pont reliant la chanson française à une île imaginaire, située quelque part entre l’Amérique du Sud et l’Afrique. Produit par Marlon B (Juliette Armanet, Brigitte…), le bien-nommé Transatlantique ne ménage ni la chèvre, ni le chou, se partage entre cérébralité et sensualité, interrogations existentielles et fausse nonchalance.

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(Photo : Ambroise Tezenas)

IMG_8718.jpgInterview :

Ce dont tu parles dans tes chansons est systématiquement autobiographique ?

Celles que je garde sont celles qui parlent de moi, car j’ai l’impression que je ne triche pas du tout. Ce sont aussi celles dont je ne me lasse pas. J’ai remarqué que quand je fais écouter aux gens qui m’entourent ces chansons encore au stade de maquettes, ce sont celles qu’ils préfèrent également.

Tu parles des autres en parlant de toi ?

J’espère. Quand j’ai rencontré Etienne Daho il y a quelques années, il m’avait dit : « plus tu parleras de toi, plus tu parleras aux autres ». C’est vrai dans les chansons des artistes que j’aime et,  j’ai l’impression, dans les miennes.

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est le côté pince-sans-rire. C’est le cas notamment dans « 30 minutes après ma mort ».

Une chanson est une construction de plusieurs évènements. Il y a d’abord la maladie du RIP sur les réseaux sociaux dès qu’une personnalité meurt. Ça part d’un bon sentiment, mais il y a au bout d’un moment une saturation. Les vrais fans vont rendre un hommage sincère qui ne voudra plus rien dire quand beaucoup qui connaissent peu l’œuvre de la personnalité vont pleurer sans un réel affect. Ça devient un peu malsain. J’ai été choqué par ce phénomène quand Hubert Mounier (ex L’Affaire Louis’Trio) est décédé. Plus grand monde ne s’intéressait à lui et quand il est mort, il est ressorti comme un héros que tout le monde aimait. Enfin, quand mon père est mort, j’ai reçu des lettres le louant. Des lettres que j’aurais aimé lire de son vivant… Je pense qu’il faut célébrer les vivants.

"En vacances" (pour l'émission Basique).

Tu parles beaucoup de ton métier d’artiste.

Je suis très heureux de faire ce métier. Il est difficile, mais il y en a des très très difficiles. Quand on est un artiste indépendant, il faut trouver beaucoup d’énergie, mais je ne me vois pas faire autre chose. C’est un sacerdoce en tout cas.

Etre indépendant, avoir son propre label, produire d’autres artistes, c’est une pression supplémentaire ?

Oui, mais c’est aussi là que tu fais de bonnes choses. Il faut être angoissé pour créer (rire).

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(Photo : Ambroise Tezenas)

C’est un combat de sortir un nouvel album ? Marie Charbonnier.jpg(Photo  à droite : Marie Charbonnier)

Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais écrire 10 chansons, c’est beaucoup de travail. Sur 10 chansons écrites, il y a 90 débuts de chansons qui ont fini à la poubelle.

Es-tu objectif sur ton travail ?

Je suis objectif, mais je peux me tromper. J’ai trois, quatre référents autour de moi auxquels je fais confiance. La réussite d’un artiste tient à ce que la musique lui ressemble, à ce qu’elle soit le reflet de sa personnalité. Ce sont les proches qui peuvent vous le confirmer (ou pas).

Tu as un sens très développé de la mélodie, je trouve.

Merci. Il se trouve que dans cet album, il y a des chansons comme « L’interview » où il n’y a pas de mélodie. C’est plus narratif. Mais évidemment, j’aime les jolies mélodies. L’émotion passe plus par-là que par les textes. Pour moi, le Graal c’est Paul Simon. C’est le mélodiste ultime. 

"Elle est là" (pour l'émission Basique).

PpLtrpM_.jpeg (2).jpgDans « L’interview », « Elle est là » et « 30 mn après ma mort », tu fais du parlé-chanté.

Le disque a été produit par Marlon B (Brigitte, Juliette Armanet…) C’est lui qui m’a guidé dans cette voix et cette voie. C’est d’ailleurs la première fois que je me fais diriger. Je dois devenir mature. Je réussis à faire plus confiance aux autres.

Tu y parvenais difficilement ?

C’est lié à ma génération. On fait de la musique seul avec des ordinateurs, donc on contrôle un peu tout très vite dans sa carrière. On joue moins de la musique en live… Dans ce disque, j’ai décidé de jouer en live. Chaque musicien a trouvé ses propres parties, je n’ai donné aucune indication. Je suis arrivé avec des compositions guitare-voix et eux ont joué à leur façon. L’enregistrement s’est déroulé en une semaine. Je redécouvrais peu à peu mes chansons. J’ai adoré.

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(Photo : Ambroise Tezenas)

Dans « L’interview », tu te moques autant des journalistes (qui parfois le méritent bien) que de Axg79k4g.jpeg (2).jpgl’artiste. J’ai adoré ça.

J’ai eu peur d’en vexer quelques-uns. C’est un foutage de gueule qui concerne les deux forces en présence. Les questions redondantes des journalistes et l’interviewé qui est là pour vendre son produit.

Il y a un côté « à questions connes, réponses connes ».

Il y a un peu ça c’est vrai. Quand tu fais ce métier depuis pas mal d’années et que l’on te demande systématiquement « quelles sont tes influences ? » ou « raconte-moi ton parcours », il y a un moment où c’est un peu épuisant. J’aime bien quand il y a du donnant-donnant. Au début, je ne voulais pas mettre ce titre dans l’album. Je souhaitais juste l’envoyer au journaliste pour la promo de l’album à la place de la bio officielle écrite sur papier. Et puis j’ai changé d’avis.

Clip de "L'interview".

29598296_10156106427750390_7310672325006856102_n.jpgParle-moi du clip de « L’interview ».

Léa Salamé joue le rôle de la journaliste. Je l’avais rencontré, elle avait bien aimé mes chansons… J’ai donc pensé à elle tout naturellement parce que je savais qu’elle était capable d’autodérision. Elle a joué le jeu pour me rendre service et parce que ça l’amusait. Ça peut faire marrer les gens…

« La vie con » me fait penser, dans la thématique, à « Le bagad de Lann-Bihoué ».

C’est une de mes chansons préférées d’Alain Souchon. C’est la chanson la plus cynique du disque. Il n’y a pas beaucoup d’espoir à la fin. J’aime bien que dans mes chansons, ça pique un peu, et cela, dès la première phrase.

Tu as l’impression de progresser de disque en disque ?

Oui. J’ai l’impression d’être un ébéniste qui s’améliore d’expérience en expérience. Je crois que j’ai enfin trouvé mon ton et ma singularité dans ma musique, dans ma façon de chanter et dans le propos.

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(Après l'interview, le 29 janvier 2019).

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16 février 2019

OK Choral : interview pour son premier disque

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ok choral,grégory blanchonJ’avais le premier disque d’OK Choral depuis plusieurs semaines chez moi et je ne l’avais pas encore écouté. Je pensais que ce groupe chantait en anglais. Je ne sais pas pourquoi j’ai parfois des a priori… Bref, faisant un peu de tri des disques reçus pour décider si tel ou tel artiste sera une future mandorisation ou tout simplement rangé dans ma discothèque, j’ai décidé d’écouter une bonne fois pour toute cet album. Bonne surprise ! Textes aiguisés, mélodies entêtantes, sens du rythme diablement efficace, jeu de guitare original, loin d’être lisse.

Le 25 janvier dernier dans un bar de la capitale, j’ai rencontré Grégory Blanchon, le chanteur, tête pensante du groupe, pour en savoir un peu plus sur cette formation qui risque de faire bouger la planète pop française.

Argumentaire de presse officiel :ok choral,grégory blanchon

OK Choral distille un mélange de pop en français, d’electro et une énergie venue du rock. Un mariage qui ne surprend plus quand on sait que le trio est originaire de Reims, qui a vu rayonner aussi bien Yuksek, The Shoes que The Bewitched Hands.

Emmené par le chanteur/auteur Grégory Blanchon, les chansons du premier album (paru en octobre 2018 - 33 Degrees / Universal Music France) parlent essentiellement de rencontres, d’histoires qui se font et se défont. Côté musique, OK Choral est une expérience froide et rythmée. On aperçoit des ombres s’abandonnant sur la piste d’un club, avec pour seule obsession de profiter de l’instant présent. Des corps qui se frôlent et se cognent dans un ballet sensuel futuriste. Un beat efficace, des sons synthétiques et quelques guitares sont là pour nous faire espérer que la nuit sera longue et que demain ne verra pas le jour…

Le groupe OK Choral est composé de Grégory Blanchon (chant, guitare, basse, claviers), Eddy Lambin (guitare) et Arnaud Lesniczek (batterie, percussions).

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ok choral,grégory blanchonInterview :

Tu as vécu dans un milieu familial ou la musique était très présente, je crois.

J’ai toujours été baigné dans un univers de musique. Mon père faisait beaucoup de piano et il était passionné de jazz. Il m’a transmis le virus. Je continue aujourd’hui à collectionner les vinyles de jazz.

Et de la bonne. La variété n’a pas franchi votre maison ?

Je vais te raconter une anecdote. Je suis allé en Irlande il y a une dizaine d’année avec des potes. A un moment, on va au Connemara et soudain, mes quatre potes se sont mis à chanter à tue –tête « Le lac du Connemara ». Je les ai regardés bizarrement, car je ne connaissais pas cette chanson. Par contre, à 8 ans, je savais que Louis Amstrong était trompettiste de jazz (rires).

Tes parents ont voulu que tu fasses du piano.

J’ai pris des cours particuliers pendant 5 ans. A 12 ans, j’ai dit à mes parents que je voulais jouer l’instrument que je voulais, c’est-à-dire la guitare.

Cela dit, les bases acquises en faisant du piano te permettent aujourd’hui de savoir jouer aussi du clavier.

Tu as raison. Je domine bien le solfège et je connais bien la musique il me semble.

Clip de "Collision".

Il faut les bases pour se permettre d’en sortir un peu ?

Pas forcément. Il faut désapprendre une partie de son bagage pour pouvoir se rouvrir l’esprit. Le tout est de ne pas être formaté, comme certains musiciens peuvent l’être en sortant d’une école de musique. Quand tu as un projet artistique, ce qui est intéressant, c’est de mettre de côté la partie technique acquise pour aller chercher ce que tu es. Même tes éventuelles erreurs font que ça sera peut-être intéressant. Personnellement, j’ai un côté brouillon, un peu sale, dans mon jeu de guitare… je me suis attelé à ne pas le gommer. Pour Ok Choral, je l’ai accentué, ou plutôt, je l’ai cultivé. 

Quand as-tu décidé de faire de la musique sérieusement, au point d’en faire ton métier ?

Dès le départ. Au début de mon adolescence,  j’avais un pote fou de guitare et tous les deux, on a bien compris que cet instrument était un des seuls trucs qui nous intéressait dans la vie.

Plus que les filles.

Oui, on avait douze ans, les filles c’était une autre sphère. Vraiment, la  guitare était notre priorité. On a monté un groupe. Be & Be. C’était les deux premières lettres de nos noms de famille. Nous avons tout de suite composés et écrits nos propres morceaux. On avait fait une cassette avec la pochette réalisée à la main. C’était sérieux, quoi !

Tu chantais déjà ?

Oui. Mon ami aussi, mais comme il était vraiment meilleur que moi à la guitare, j’avais tendance à plus chanter que lui pour contrebalancer. On ne faisait pas de reprises, on voulait créer tout de suite quelque chose à nous. On adorait créer… et c’est toujours le cas pour moi aujourd’hui.

Clip de "Le centre du monde".

Tu es resté avec ces amis musiciens jusqu’à l’âge de 20 ans.

Oui, on a changé plusieurs fois de noms, mais globalement, c’était la même équipe. Notre groupe, Huck, avant Ok Choral, a duré un peu quand même. On avait des rendez-vous avec des maisons de disque, on a fait pas mal de tremplins, bref, on a mené notre barque avec sérieux et envie d’en découdre.

Au tout début, tu chantais en Anglais.

Au bout de 3 ans, je me suis dit qu’en France, si tu veux développer un projet, c’est en français qu’il faut le faire. Je suis content d’avoir fait ce choix, mais ça a été long de trouver mon écriture en français.

Le premier concert d’OK Choral s’est tenu sur une scène du  Printemps de Bourges.

C’était en 2013. On s’était fait repérer mais nous n’avions que deux morceaux prêts. On a dû en bosser d’autres et en réadapter certains qu’on avait dans les tiroirs. Je suis repassé par une période de doute musicalement. Faire du pur rock, ajouter des touches electro ?

Et finalement ?

Aujourd’hui, je considère que ce que nous faisons est de la chanson et de la pop française. Pour être plus clair, je pense qu’on a trouvé le bon équilibre entre la chanson, la pop et l’electro.

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(Photo : ArtEos)

Revendiquer la chanson, c’est revendiquer le texte.

Exactement. Les textes ont une place importante dans OK Choral. Je veux marier la langue française avec des ambiances musicales qui ne sont pas forcément françaises.

Tes textes racontent l’histoire d’un jeune un peu désabusé, pas très heureux, qui vit la nuit, qui picole pas mal et qui se cherche un peu.

Dans les chansons, je cherche un peu la noirceur. Je trouve intéressant le côté « dark » des gens. Je présente aussi ma fragilité, je me mets à nu.

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(Photo : Christian Pitot)

Dans la vie, tu es quelqu’un de « dark ».

Pas vraiment. Je suis assez léger et déconneur au quotidien. Il n’y a rien qui m’inquiète vraiment, je relativise tout. A part la santé et le bien-être de mes proches, le reste est accessoire. Je suis comme ça peut-être parce que j’évacue mon côté noir par le biais de mes chansons.

Ça te fait du bien d’écrire de la musique.

Rarement j’atteins une  aussi grande plénitude que quand je sais que je suis en train d’écrire une bonne chanson. Il n’y a pas grand-chose qui égale ce frisson-là. Ça m’a fait ça pour « Collision ». C’est mon titre préféré de l’album et je l’ai écrit en deux heures.

Es-tu content de l’accueil de ce premier album ?

La visibilité de l’album est encore confidentielle, mais il est très bien accueilli par ceux qui l’ont écouté.

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Après l'interview le 25 janvier 2019.

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04 février 2019

Laurent Montagne pour l'album Souviens-moi

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(Photo : Julie Rodriguez)

Ex-chanteur des Acrobates, Laurent Montagne est ensuite repéré en 2007 par Le Chantier des Francofolies. Depuis il sillonne les routes. Francofolies de La Rochelle, Alors chante, Pause Guitare, Printival... Coup de cœur de l’Académie Charles Cros, Il a notamment fait les 1ères parties de Gaëtan Roussel, Emily Loizeau, Jean Louis Murat, Mathieu Boogaerts, Thomas Fersen et bien d’autres encore...

Je l’avais déjà mandorisé en 2013 pour son album A quoi jouons-nous ? et nous avions évoqué son début de parcours. Cette fois-ci, j’ai voulu savoir où il en était. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il continue à être un chanteur en état de marche. Il vient de sortir coup sur coup, un disque « jeune public », La rue Chocolat et un disque de superbes chansons dans lesquelles, la pop et le rock trouvent une belle place, Souviens-moi.

Pour écouter l'album jeune public La rue chocolat, c'est ici.

Pour écouter l'album de chansons Souviens-moi, c'est là.

Le 24 janvier dernier, nous avons conversé autour d’un bon chocolat chaud en terrasse d’un bar parisien.

16864852_10155026805968838_1935717488274116723_n (2).jpgBiographie officielle (photo : Julie Rodriguez):

Toujours en dehors des sentiers battus, Laurent Montagne n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il se pose là où on ne l’attend pas. Il y a d’abord cette poésie, tantôt revendicative, tantôt contemplative où l’âme se raconte à fleur de peau et les sentiments se déclinent en mode espoir.

A la poésie s’ajoute, aujourd’hui, l’énergie et l’élégance d’envolées post rock, de mélodies entêtantes et hypnotiques, portées par un trio de musiciens issus de formations emblématiques de la scène montpelliéraine et valentinoise : Laurent Guillot, Cyril Douay, son ancien acolyte des Acrobates, membres de Poussin, The Chase…, Pierre-Yves Serre, fondateur de Horla, Mes Anjes Noires.

Par-delà la formidable intensité musicale apportée par ces derniers, il y a surtout ce plaisir à être ensemble sur scène. Une complicité irrésistible et addictive partagée en toute simplicité avec le public.

Du sens et du son, voilà le leitmotiv incessant qui baigne les chansons de Laurent Montagne. Des textes où chaque paysage devient un moment de la vie des hommes avec à l’horizon cet espoir, inamovible, qui continue de briller au fil des chansons.

Argumentaire officiel du disque :LaurentMontagne-CoverRVB.jpg

Dans son nouvel album Souviens-moi, Laurent Montagne nous ramène vers ses sujets de prédilection, d’abord la contemplation. Celle des paysages majestueux de la cathédrale de « Maguelone », vaisseau immobile lové sur une langue de terre entre les étangs et la mer, où derrière l’ode poétique, apparaissent les premières vagues d’un puissant crescendo musical. On continue avec la solitude mystique d’ « Un lieu » qui côtoie l’effervescence folle de « Ma Ville », et sa cohorte de promoteurs d’artifices. Puis vient la contemplation des Hommes, celle des ouvriers de sa terre natale dans « La Vallée du Rhône » où les notes égrenées d’une guitare, cèdent d’un seul coup la place à une rafale Post/Rock soulignant la force du vent qui souffle sa colère jusque devant les portes closes des usines désaffectées. Il reste, enfin, la contemplation des artistes qu’illustre la très poétique « Peau d’âme », portée par la belle sobriété d’un duo basse – voix.

Puis viennent les textes plus acérés sur les désillusions de notre monde, les jeux de pouvoir avec toujours en fond cet espoir inamovible qui continue de briller au fil des chansons. Sonne alors l’heure du bal des vampires avec le « Système » un duo à l’accent Orwelien où résonne l’écho des cris de Patrick Mc Goohan, célèbre n°6 de la série le Prisonnier. Ou encore le cinglant « Il pleut » fustigeant la novlangue politique d’un « toi tu dis qu’il pleut et tu nous pisses dessus ».

Place à « Un Homme est mort » chanson rock hypnotique qui explose sa rage face à la lâcheté des hommes. Une chanson qui est un rappel au fait divers relaté dans le film 38 témoin de Lucas Belvaux, et, qui tire son nom d’une BD de Kris et Etienne Davodeau sur les grèves à Brest dans les années 50 filmées par le cinéaste René Vautier. Puis, dans un registre plus en douceur, porté par un texte de toute beauté où les mots s’entrechoquent, arrive « La Rumeur », sublimée par les cordes du Trio Zephyr.  Reste pour définir cet album l’amour, dans sa version espoir, avec la pop très entraînante de « Ça ne te dirait pas ».

« C’est le Laurent nouveau qu’on découvre, et le moins qu’on puisse dire, c’est  qu’il décoiffe et sort des sentiers battus de la chanson formatée prête à consommer. Le temps lui appartient, et l’espace devant lui, avec des formules qui sont de purs diamants. »

Alain Fantapié Président de l’Académie CHARLES CROS 

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IMG_8642 (2).jpgInterview :

Tu commences à avoir une belle discographie.

Oui, et je n’oublie pas mes trois albums avec Les Acrobates. J’ai arrêté ce duo quand ça a commencé à bien marcher. Quand je fais de la musique, il faut que je sois en accord 100% avec moi-même, sinon, je fais autre chose.

Tu ne fais aucune concession ?

Je ne peux pas dire ça non plus, je suis quelqu’un d’assez ouvert quand même. J’ai une ligne blanche, de temps en temps je la dépasse. Je joue avec. Avec Les Acrobates, nous étions deux, nous nous sommes éclatés pendant 7 ans, mais à un moment, c’est devenu difficile de partager. Cyril Douay, mon acolyte des Acrobates, voulait jouer dans des stades, faire de la pop anglaise, moi j’avais envie d’aller chez les gens avec ma guitare chanter de la chanson française… Mais, tu vois, Cyril rejoue avec moi dans ce nouveau disque.

Tu as enregistré Souviens-moi avec tes musiciens de scène.

Oui, je joue avec eux depuis trois ans. Dans l’album pour lequel tu m’avais reçu la première fois, A quoi jouons-nous ?,  les musiciens, à une exception près (Pierre-Yves Serre, son guitariste), je les avais rencontrés le jour du studio. Pour Souviens-moi, basse, batterie et guitare électrique ont été enregistrées dans les conditions du live,  parce que l’on se connait par cœur et que l’on avait bossé les morceaux. J’ai juste rechanté par-dessus, en gardant parfois les voix témoins.

Teaser de l'album.

Tous tes musiciens ont laissé la place aux textes.

Parce qu’ils savent que, pour moi, c’est important. Pour un musicien, laisser la place aux textes, ce n’est pas évident… surtout qu’ils viennent de la pop en langue anglaise. Il y a des musiciens avec lesquels je joue depuis 20 ans, alors on peut mettre nos egos de côté. Il y a vraiment entre nous une écoute mutuelle. Ils savent à quel moment, ils vont pouvoir partir dans le post rock et envoyer le bois.

FrancoFans dit que tu fais des chansons à message et que tu as besoin de s’insurger. Es-tu d’accord sur ces deux points ?

Je suis d’accord, mais je mets d’abord la poésie avant tout. Je ne suis pas un représentant de la CGT quand j’écris mes textes (rires). Par contre, il est vrai que j’ai un intense besoin de sens. Quand j’écoute un chanteur, j’aime bien savoir d’où il vient, où il a grandi. Comme nous sommes forgés par les paysages dans lesquels on vit ou dans lesquels on a grandi, j’ai écrit des textes contemplatifs sur les paysages. Personnellement,  j’ai grandi dans la Vallée du Rhône, j’en ai fait une chanson dans cet album.

Sur "Maguelone" aussi.

Oui, car aujourd’hui, je vis à Montpellier. Mais FrancoFans a raison, il y a des chansons plus engagées parce que le pouvoir aussi nous façonne… de manière moins belle que les paysages. Il y a quelque chose qui m’obsède dans le rapport des êtres humains au pouvoir, donc je l’écris en chanson.

Clip de "Le système".

Ta chanson « Le système » est vraiment d’actualité.

Oui, mais je n’utilise aucun mot lié à l’actualité. Il y a ni « Macron », ni « Gilets jaunes » dans ce titre… Malheureusement, ce qu’il se passe aujourd’hui est assez intemporel. Dans quelques années ce seront d’autres personnes et d’autres mouvements…

« Le système » est finalement ta chanson la plus antisystème.

(Rires) On ne me l’avait jamais faite celle-là, mais c’est bien vu. Je ne sais pas si c’est la plus antisystème, parce que j’ai une autre chanson dans ce disque, « Il pleut » qui est sur un sujet similaire. Je parle de ces gens qui vivent dans une tour d’ivoire et qui sont censés nous représenter. Ces hommes ont un savoir, mais ils ne savent pas sentir le peuple, ils ne peuvent donc pas les représenter. Il y a une impasse totale. Avec Les Acrobates, il y a longtemps, nous avions une chanson qui s’appelait « Le journaliste » qui parlait de course à l’information et des personnes qui donnaient l’information sans l’avoir vécu.

Et, avec l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux, ça n’est évidemment plus d’actualité.

Evidemment… ne parlons même pas des chaînes d’infos en continue. Mais déjà à l’époque de la chanson des Acrobates, je me levais et j’écoutais la matinale de France Inter. A la fin, j’étais hyper énervé parce que je réagissais à tout ce qu’ils disaient. Je vivais à un rythme d’un journal par heure. Quand j’ai arrêté d’écouter, j’ai trouvé que le monde allait mieux.

Les Acrobates : clip en animation de "Le journaliste", réalisé par Vincent Farges en 2003.

Et aujourd’hui ?

Je n’écoute plus que des radios musicales, soit des petites radios associatives, soit FIP. C’est très éclectique. Sinon, j’écoute des conférences. J’essaie de ne pas écouter des gens qui pensent comme moi, pour m’ouvrir un peu. Il y a des gens qui me rendent beaucoup plus intelligent que quand j’écoutais la matinale.

Une chanson doit élever ceux qui l’écoutent ?

Je ne suis pas non plus dans la chanson « utile », comme celle d’Etienne Roda Gil pour Julien Clerc, « Utile ». Il chantait : « À quoi sert une chanson si elle est désarmée? Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés… » Pour moi une chanson peut avoir des airs de futilité, mais a des moments, peut aussi toucher à l’essentiel.

Comment apprend-on à écrire avec de la poésie et du sens ?

En écrivant, en lisant beaucoup et aussi en écoutant les autres.

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47032331_10156868600438838_2321929482803347456_n.jpgTu fais de la chanson pour enfant, avec des enfants… et ça donne Rue Chocolat.

Ça a commencé avec le Chantier des Francofolies en 2007. Ils m’ont incité à proposer mes chansons au jeune public. Je venais d’être papa, donc je pense qu’il y avait une part d’enfance qui ressortait en moi. Dans une ville, je suis tombé sur un conseiller pédagogique en musique qui a constaté l’interaction qu’il y avait avec les enfants qui venaient me voir en concert. Il m’a presque imposé de faire de la pédagogie dans les écoles. J’ai donc décidé de tenter de faire écrire des chansons aux enfants. On est parti là-dessus et ça a cartonné.

Comment ça se passe concrètement ?

Je vais plusieurs mois dans une école. Je fais écrire des chansons aux enfants, ensuite on enregistre un disque avec eux. Après cela, accompagnés par mes musiciens, ils viennent faire ma première partie de concerts de chansons rock. Ça fait 7 ans que je fais ça, je dois avoir une cinquantaine de chansons. Parmi elles, il y a des merveilles, je trouve.

Rue Chocolat sur France 3 Languedoc-Roussillon.

Sur le disque, il y a 13 chansons. 42337895_10156711472213838_2273435011359178752_n.jpg

J’ai invité une grande partie de la scène montpelliéraine de chansons et de musiques du monde. Il y a Iaross, Imbert Imbert, DimonéScotch & Sofa, Didier Super, Trio Zephyr, Zob et plein d’autres… J’ai fait ce projet de manière artisanale. On a tout bricolé chez moi et ça a été des rencontres géniales.

Le jeune public est-il le plus exigeant ? Je sais qu’il est incapable de faire semblant d’aimer.

Je n’ai pas ce souci là avec ce public. Ce qui est le plus difficile, c’est qu’il n’a pas toujours les codes. Comme dans mes spectacles il y a un côté ludique et un côté très poétique, c’est un jeu d’équilibre. Il faut être très direct avec les mômes.

Il y a un peu plus de 20 ans que tu es sur scène. Est-ce qu’en 2019, tu es content de ton sort professionnel ?

Je suis content de l’évolution de mon écriture et de celle de ma musique au fil des années. Ce qui est difficile pour moi aujourd’hui, c’est d’accéder aux médias et de faire beaucoup de concerts. J’ai l’impression que c’est plus dur qu’il y a 20 ans. Je trace ma route quand même parce que je pense que c’est là que je suis le plus utile à la société. Je ne sais pas si je le suis, mais c’est la place où je me sens le mieux en tout cas.

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Le 24 janvier 2019, après l'interview.

01 février 2019

Frédéric Lo : interview pour Hallelujah!

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(Photo : Nicolas Despis)

frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorFrédéric Lo est impressionnant. Il s’est bâti une riche et prestigieuse discographie en tant que producteur, réalisateur, compositeur et/ou arrangeur : Daniel Darc (l’album culte, Crève-Cœur, c’est lui), Stephan EicherAlex BeaupainChristophe Honoré, Maxime Le Forestier, Pony Pony Run RunThousand et encore Alain Chamfort (liste non exhaustive, pour les autres, voir là). Il sort enfin la tête de son studio pour nous présenter un troisième disque bien à lui, Hallelujah ! Car, oui, Frédéric Lo est aussi auteur-compositeur-interprète depuis toujours.

« Il a fallu me recentrer sur mes propres compositions après avoir passé tant d’années à arranger et réaliser les chansons d’autres interprètes », explique-t-il.

Quand on m’a proposé de le mandoriser, j’ai accepté avec une joie non dissimulée. « On » me l’avait décrit comme un homme charmant et courtois. J’ai pu constater le 23 janvier dernier à l’Hôtel Grand Amour à Paris qu’ « on » ne m’avait pas menti.

Argumentaire de presse de l’album :frédérci lo,hallelujah !,interview,mandor

À force de voir et lire son nom au générique des disques des autres, on avait fini par oublier le chanteur Frédéric Lo. Dix-huit ans après son deuxième album (Les Anges de verre, 2000), le natif de Rodez s’est enfin décidé à passer la troisième. D’où ce titre en forme de libération en même temps que de clin d’œil à l’immense Leonard Cohen : Hallelujah !

Depuis toutes ces années, Frédéric Lo a accumulé des compositions, trouvant à la faveur de ses collaborations multiples des paroliers amis et inspirés qui confèrent à l’album un déroulé naturel, comme si les onze plages coulaient de source et s’enchaînaient sans coup férir, indistinctement de l’interprète ou du musicien invité. Inclus les participations de Stephan Eicher, Elli Medeiros, Benjamin Biolay, Alex Beaupain & Robert Wyatt.

Ce troisième album oscille ainsi entre pop songs et ballades diaprées, qui font autant ressortir le talent de mélodiste hors pair de Frédéric Lo que sa voix grave et familière. Multi-instrumentiste, il sait néanmoins s’entourer de quelques pointures : le batteur Philippe Entressangle (Étienne Daho, Miossec, Cali), le guitariste François Poggio (Étienne Daho, Lou Doillon, Florent Marchet), le bassiste Nicolas Fiszman (Benjamin Biolay, Jacques Higelin, Vanessa Paradis), sans oublier le courtisé François Delabrière (Daniel Darc, Marc Lavoine, Alain Chamfort) pour le mixage d’Hallelujah!.

À l’écoute de l’album, on est d’ailleurs bluffé par l’addition des talents rassemblés sans que ceux-ci n’altèrent jamais le propos ni le pouvoir d’évocation de Frédéric Lo, qui signe le meilleur disque de sa carrière.

Pour écouter quelques extraits d'Hallelujah!, c'est par ici.

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frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorInterview (photo à gauche 1 Epok Formidable):

Pourquoi revenir en tant que chanteur 18 ans après le précédent album ?

Au début de ma carrière, j’étais dans un groupe, ensuite j’ai fait des disques comme interprète et un jour, j’ai fait Crève cœur de Daniel Darc. Dans ce disque, j’ai tout composé, tout joué,  j’ai produit et réalisé. Pour ne rien vous cacher, une partie de Crève cœur, c’était mon troisième album que j’étais en train de commencer à créer. Je n’avais pas l’intention d’arrêter de faire des disques sous mon nom, mais cet album de Daniel ayant eu un  tel succès critique  que le téléphone n’a jamais arrêté de sonner pour que je travaille pour les autres.

Ce succès à mis un terme provisoire à votre carrière perso de chanteur.

Pour moi, il n’y a aucune différence entre faire un disque pour moi ou faire un disque pour d’autres. C’est exactement le même travail. C’est juste l’aspect promotionnel qui me concerne moins. Ça ne me dérange pas parce que ce que j’aime le plus est la création. Mon chemin a été parsemé de rencontres de beaucoup d’artistes.

Chanter ne vous manquait pas ?

Je n’ai jamais arrêté de chanter ou de composer des morceaux pour moi, juste, je n’en ai pas fait profiter les gens. Mon premier album, La Marne Bleue (1997), je l’ai réalisé seul et je trouvais qu’il y avait des choses qui n’allaient pas. Le deuxième, Les Anges de verre (2000), je l’ai fait avec mon maître en réalisation, Dominique Blanc-Francard. Il avait déjà travaillé avec Eicher, les Pink Foyd, Gainsbourg… Une partie du résultat me plaisait, l’autre moins. Pour ce troisième disque, le challenge pour moi était de faire rencontrer l’interprète que j’avais été et le réalisateur que j’étais devenu. Il y avait un truc un peu schizophrénique. Comment j’allais arriver à obtenir ce que je voulais de l’interprète que je suis aujourd’hui?

Et la rencontre avec vous-même s’est bien passée ?

Nous ne nous sommes pas toujours bien entendus (rires). J’ai trouvé très intéressant d’oublier que la personne qui chante est moi et intéressant aussi de la guider comme si c’était un autre artiste.

Clip de "La clairière".

C’est quoi le plus difficile quand on se dirige seul ?

Soit vous n’êtes pas assez exigeant avec vous-même, soit vous l’êtes trop. Il faut trouver le juste milieu. Quand je réalise un artiste, il y a des moments où je vois bien qu’il faut que je le secoue et à d’autres moments où il faut l’encourager. La psychologie est importante quand on dirige quelqu’un. Quand on est face à soi-même, c’est un peu compliqué.

Vous travaillez dans la souffrance ou dans le plaisir ?

Un peu dans ces deux états. Faire un disque demande des efforts. Ça ne se fait pas en claquant des doigts.

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(Photo : Nicolas Despis)

Vous savez quand une chanson est terminée ?

J’ai une boussole interne qui me l’indique. Je ne dis pas que quand elle est finie, elle n’aurait pas pu être faite autrement. La notion de « finie » est juste la notion de proposition et de ce que l’on donne. Je vais prendre une métaphore d’un autre art. La photo peut être floue, mais elle a une poésie et quelque chose de rare.

Au fond, pourquoi sortir ce troisième album?

Des gens pour lesquels j’ai travaillé sont morts, comme Daniel Darc et Hubert Mounier, ça m’a fait prendre conscience qu’il fallait que j’y retourne un jour. J’insiste là-dessus, ce « retour », je ne le considère pas comme tel, c’est juste un cheminement global de la même chose. C’est aussi pour cela que j’ai invité tous les artistes qui figurent dans mon disque, c’est pour boucler une boucle.

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Frédéric Lo et Daniel Darc.

frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorComment avez-vous connu Daniel Darc ?

J’avais fait sa première partie au New Morning il y a longtemps. Je faisais partie d’un groupe dans lequel il y avait le clavier de Taxi Girl, Laurent Sinclair (le compositeur de « Cherchez le garçon »). Jeune, j’aimais beaucoup Taxi Girl. Un ami me contacte un jour pour que je travaille pour Dani et j’ai eu l’idée de demander à Daniel d’écrire un texte pour elle. C’est ainsi que notre collaboration a commencé. Ce qui est marrant, c’est que l’on était voisin, j’été au 1 d’une rue, lui habitait au 3 mais c’était le même immeuble. Comme dit la chanson, il n’y pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous...

Vous n’en avez pas marre que l’on vous parle de Crève cœur tout le temps ?

Au début, ça me rendait un peu parano. Je vais dire un truc qui est horrible, mais il a fallu que Daniel meure pour que, soudainement, ça m’oblige à me retourner sur ce que l’on avait fait ensemble. J’ai ainsi réalisé à quel point cet album avait compté pour lui et moi. Quand on fait des choses, on ne sait jamais quelles seront leurs portées. Aujourd’hui, j’en suis modestement fier.

Autre collaboration importante, celle avec Alex Beaupin.frédérci lo,hallelujah !,interview,mandor

Oui, notamment pour la BO du film de Christophe Honoré, Les chansons d’amour. Il y était question d'amours contrariées, compliquées, du deuil, de l'absence et de Paris. C’était une belle collaboration. J’ai fait une autre BO avec Alex pour Christophe Honoré, Les Bien-Aimés et un album normal 33 tours. Je ne l’ai jamais perdu de vue depuis. Nous nous aimons beaucoup. C’est pour cela qu’il interprète un duo avec moi sur ce disque, « Dire ».

Cet album, est-ce pour montrer aux autres que vous existez aussi par vous-mêmes ?

Non. C’est juste pour que je puisse m’exprimer différemment. La musique fait partie de moi depuis que je suis enfant. Je ne fais pas de la musique pour faire du théâtre (rires).

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(Photo : Nicolas Despis)

Pour que vous travailliez avec un artiste, il faut que vous l’aimiez profondément artistiquement et humainement ?

Je préfère évidemment m’entendre avec la personne, je préfère aimer ce qu’elle fait, après, il y a des gens qui ont un talent dingue et qui peuvent être exécrables. Je peux être prêt à bosser avec quelqu’un de pas facile dont l’œuvre est intéressante. C’est le résultat qui prime. J’adore le Velvet et Lou Reed, mais j’imagine que ce n’était pas facile de bosser avec ce personnage qui pouvait être odieux.

Qui est le chef quand vous travaillez pour quelqu’un ?

Il n’y a aucune hiérarchie. D’ailleurs, je ne cherche pas à avoir toujours raison. J’ai juste mon point de vue. Si l’artiste n’est pas d’accord, ce n’est pas grave. Quand je réalise un disque, mon rôle est d’apporter des conseils et ma vision, si on ne les veut pas, on n’est pas obligé de s’y soumettre. C’est l’artiste qui s’impose à lui-même mon point de vue… s’il a envie de travailler avec moi. On est dans un échange, c’est un travail collectif. Rien ne se fait seul.

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Frédéric Lo et Stephan Eicher.

frédérci lo,hallelujah !,interview,mandorIl y a un duo avec votre pote Stephan Eicher, « Cet obscur objet du désir ». Je suis étonné d’entendre cette chanson interprétée par deux hommes.

Le titre de ce morceau vient d’un film de Luis Buñuel. Le film raconte l’histoire d’un homme âgé qui tombe amoureux d’une jeune femme. Cette femme est jouée par deux comédiennes, parce qu’il y a une dualité. Une est très prude et innocente et l’autre tout à fait son opposé. Ma chanson parle d’amour et je trouvais intéressant que le narrateur soit schizophrène. Donc le narrateur à deux voix masculines.

Il y a une touche Frédéric Lo, non ?

Il y a un point de vue. J’ai travaillé avec Maxime Le Forestier et avec Pony Run Run, je ne suis pas certain que mon travail se ressemble dans ces deux projets. Il y a des choses qui sont proches et en même temps qui sont très différentes.  Disons qu’il y a une identité reconnaissable.

C’est quoi votre touche ?

Vous insistez avec ce mot là (rires). Elle serait de proposer quelque chose à la fois de tenue et de libérée. Pour moi, une chanson doit être à la fois simple et élaborée. La mélodie doit être si efficace qu’elle doit pouvoir être sifflée dans la rue. C’est ce que j’essaie de réaliser pour tout le monde et pour moi-même.

Qu’est-ce qui est le plus important pour vous, les textes ou la musique ?

C’est la musique qui a pris le dessus ces dernières années, c’est sûr, mais j’aime autant l’écriture. Ce que je trouve intéressant en fait, c’est le bloc terminé.

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Pendant l'interview...

Pourquoi vous n’avez pas écrit tous les textes de ce disque ?

Comme je réalise, arrange, compose, écrit et produit,  je n’aurais pas eu le temps.  Et puis aussi parce que j’aime le fait d’être en équipe. Prendre des auteurs m’a permis de ne pas rester dans une bulle isolée.

Vous ne travaillez pas beaucoup avec des inconnus ?

Quand les Pony Run Run ont frappé  à ma porte, ils n’avaient encore rien fait. Je n’ai pas de critère de sélection basée sur la notoriété des uns et des autres. Il faut juste que je sente que je peux amener quelque chose et que la personne qui fait appel à moi soit suffisamment structurée et qu’elle ait quelque chose à proposer. J’encourage vivement les jeunes artistes à oser venir me voir.

Quels ont été vos premiers chocs musicaux?

Gamin, c’était les Beatles. J’aimais leur musique, leur mélodie… mais aussi leurs fringues et leur attitude. Après, j’ai écouté de l’After Punk. Elvis Costello, Devo, Blondie, les Talking Heads, Roxy Music, Bowie, le Velvet… c’est cette musique qui m’a vraiment formé.  Ces gens ont énormément de talent, mais on énormément travaillé. Ils ont été mes exemples professionnels.

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Après l'interview, le 23 janvier 2019.

31 janvier 2019

Laurie Darmon : interview pour son EP Dévêtue

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Si j’ai toujours soutenu Laurie Darmon (lire et ) que je trouve fort talentueuse, piquante et originale, j’ai toujours regretté que sa part de mélancolie et de tristesse soit si perceptible. Il n’en parait plus rien aujourd’hui avec ses nouvelles chansons. Légèreté, sexualité et joie de vivre, voilà ce qui ressort de l’EP Dévêtue… et c’est une bonne nouvelle. Cette Laurie désinhibée fait plaisir à voir et à entendre.

Le 24 janvier dernier, je l’ai rencontré une troisième fois pour qu’elle m’explique cette belle évolution.

48191390_2247245482158414_3253975679963758592_n.jpgArgumentaire de presse officiel :

Il s’agit d’un véritable virage artistique résultant d’une créativité et d’un enthousiasme retrouvés suite à une double rupture : tout d’abord avec son entourage professionnel, suivie d’une rupture dans sa vie privée un mois plus tard.

C’est au cœur de cette perte totale de repères emprunte de danger, de risques et d’urgence autant que de liberté et d’énergie intenses que la création vient envahir la jeune femme, qui crache en un mois et demi son deuxième album, totalement conçu seule dans son home studio.

Une renaissance et un renouveau inattendus qui sonnent comme une célébration de la vie. Dévêtue, Laurie Darmon s’aventure ici et là, se laisse vivre et capte alors une lumière féconde et puissante qui la remplit de rythmes, de mélodies et de mots. Des mots, plus crus, qui sonnent comme le manifeste d’une féminité moderne, libérée et décomplexée, pour embrasser la vie comme elle vient, ses petits riens et ses grands feux, sur un tempo qui appelle les déhanchés d’un corps en mouvement perpétuel.

La mélancolie passée de ses premiers textes laisse aujourd’hui place à une musique plus légère, joyeuse et dansante, mâtinée d’une électro-pop singulière, qui traduit l’éclosion d’une femme profondément libre et indépendante succédant à la jeune fille autrefois contenue.

Auteure, compositrice, interprète, arrangeuse, réalisatrice, et productrice de son nouvel EP composé de 5 titres, Laurie s’entoure désormais d’une équipe réduite pour aboutir et mettre en lumière ce travail, dont Gaspard Murphy, ingénieur son et co-réalisateur, ou encore Eléonore Wismes, photographe et graphiste.

Pour écouter l'EP, c'est par ici.

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I50299874_2273329779549984_5172188136842723328_n.jpgnterview :

Tu sors un EP plus léger et dansant que tes précédentes productions.

Peut-être que ce ne serait pas arrivé si je n’avais pas eu de gros changements dans ma vie professionnelle et personnelle. Cette façon d’écrire plus légère est une conséquence naturelle aux ruptures que je viens de vivre. De grave, je suis passée à quelqu’un de plus léger. En termes d’inspiration, il y a eu quelque chose de nouveau qui est venu m’habiter et que je ne pouvais pas garder pour moi. Tous les jours, il y avait des chansons qui sortaient, je ne pouvais pas ne rien en faire. Je pense qu’après mes ruptures, la liberté est arrivée et elle m’a rendu inspirée et productive. Je n’avais plus aucun frein.

Les thèmes abordés dans tes 5 nouvelles chansons n’ont rien à voir avec ce que tu chantais avant.

J’ai dû m’autosoigner en écrivant ces chansons-là. Avoir tout dit sur soi précédemment m’a permis d’accéder à la légèreté. Avant, quand je vivais des ruptures, je les vivais de manière beaucoup plus grave et triste, pour une fois-là, j’ai considéré que ce n’était pas dramatique, que n’était pas un échec. Je ne voyais plus le verre à moitié vide, mais le verre à moitié plein. Je n’étais pas de nature aussi optimiste, je le deviens d’expérience en expérience.

Clip de "On bai."

Quand on écoute « On Bai. », on te sent radieuse et heureuse.

C’est parce qu’il y a une acceptation de soi. Je ne me suis pas remise en question, mais au contraire, je me suis assumée telle que je suis. Mes nouvelles chansons sont à l’image de ce que je veux être aujourd’hui, plus dévêtue, plus à l’aise avec mon corps et plus à l’aise avec la vie en général, en fait. J’avais envie de franchir mes limites habituelles dans ma vie et dans ma musique. Comme j’étais très confinée, que je m’autorisais rarement à être moi-même, que je refoulais très fort qui j’étais, je m’étais imposé beaucoup de barrières. Je suis passée par-dessus.

Peut-on dire que tu as mis longtemps à quitter l’enfance ?

On  peut le dire très nettement. En y réfléchissant, je crois que ça me rendait nostalgique de quitter l’enfance. Je ne voulais pas grandir. Cet EP est le disque de mon émancipation et la preuve que l’on peut guérir de son enfance.

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Il est beaucoup question de sexe dans tes nouvelles chansons…

Dans ma vie de jeune fille, je m’étais, là aussi, imposé beaucoup de limites. Ce disque est la preuve que je deviens femme et que je l’assume. Pourquoi le sexe serait-il un sujet tabou et marginal ? Finalement, ça fait partie de la vie, alors parlons-en directement. Aujourd’hui, je dis ce que je pense sans gêne aucune. En vrai, je ne sais pas trop faire les choses à mi-chemin, donc j’y vais carrément.

La création est-elle pour toi un acte mystérieux ?

On ne sait pas comment vient l’inspiration. On a beau savoir quels sont les accords, comment on a composé la chanson, à quel moment, suite à quoi…etc. Il y a quand même une part de mystère sur comment tout ça arrive en nous. Pour cet EP et l’album qui va suivre, les chansons arrivaient tous les matins et ça me prenait une journée pour les concrétiser. Je ne me posais pas de question. C’était évident, fluide et limpide. En même temps que je créais, je ne m’interdisais pas de sortir, de rentrer tard le soir, de boire, de rire, de vivre. Je n’ai pas du tout vécu comme une ascète pendant cette période, alors je n’avais aucune frustration. Et ça, c’est bénéfique pour bien travailler.

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Avant il y avait beaucoup de parlé-chanté dans tes chansons, plus du tout dans cet EP.

Je murmure beaucoup moins. C’est le fameux lâcher prise dans je te parlais tout à l’heure.

Textuellement, tu es passée de la chanson plutôt littéraire à de la chanson simple et efficace. 

Le lâcher prise encore et encore. J’ai effectivement écrit différemment et je me suis souvent posée la question suivante : « est-ce que c’est assez écrit ? » J’ai décidé d’assumer ça aussi. Avant j’avais besoin de ficeler beaucoup de choses pour ne pas être lue directement, pour ne pas être démasquée en fait. J’avais envie d’être dévêtue.

Tes proches ont vécu comment ton virage ?

Bien. Ils ont compris qu’il y avait aussi une part de fantasme dans ce que je raconte. C’est un mix entre le fantasmé et la réalité. Ils acceptent et semblent apprécier mes nouveaux choix artistiques.

30 janvier 2019

Maud Lübeck : interview pour Divine

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(Photo : Marie Magnin)

Cela fait un moment que je croise Maud Lübeck, que je l’entends chanter et qu’elle a retenu mon attention. Dans ses deux précédents albums, je trouvais sa voix encore un brin fragile, mais ses textes et ses compositions m’intéressaient beaucoup, m’envoûtaient souvent. Je ne sais pas pourquoi j’ai tant attendu avant de l’interviewer. Mais je ne le regrette pas aujourd’hui, car je la rencontre pour un disque qui risque bien de devenir une pièce majeure de la chanson française. C’est élégant, simple et d’une redoutable efficacité pour toucher le cœur et l’âme. Ma première écoute de Divine m’a retourné et depuis, j’y reviens souvent. La sensible Maud raconte comme personne la rencontre amoureuse et les doutes et peurs qui peuvent en découler. On a tous pensé un jour ce qu’interprète brillamment cette chanteuse sur laquelle il va falloir désormais compter.

La rencontre s’est tenue le 21 janvier dernier dans un  bar parisien

Biographie officielle  à lire ici.

maud lübeck,divine,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

Pour exprimer les amours recommencés, la boucle des sentiments, Barbara songeait, fataliste et un rien amusée : "On refait le chemin, en ne se souvenant de rien". De rien. Maud Lübeck écoute ses aîné.e.s, elle les respecte toujours, s’en inspire parfois. Elle ne demande qu’à les croire cependant, pour elle, côté cœur c’est différent : elle refait le chemin, intimement marquée par tout. Par tout. Moins fataliste, moins rieuse. Et tant mieux si elle se consume : les grands tourments forment les grandes chansons.

La preuve. Souvenez-vous de son album autofictionnel d’octobre 2016, Toi non plus - son deuxième album. Chemin faisant et comme en temps réel, elle y racontait la douleur primitive de la rupture. "A la fin", on la laissait seule à son chagrin. Diagnostic : un beau vertige. On ne doutait pas de sa capacité à se remettre sur ses jambes, elles l’ont instinctivement portée jusqu’à son piano, l’omniprésence de sa vie. C’est ainsi qu’à l’été 2017, Maud Lübeck donne à Toi non plus sa suite : le deuxième volet du diptyque de l’intime s’intitule Divine.

Le disque Divine (Chroniques d’une rencontre) :maud lübeck,divine,interview,mandor

Divine, le charme même. Divine, la chronique de l’amour renouvelé, un concept-album scénarisé par Maud Lübeck (ici auteur, compositeur, interprète et arrangeur). Il s’ouvre sur une rencontre délicieusement paralysante ("Divine") ; il s’achèvera par l’abandon de la très souchonienne "Cœur" et la prière faite aux cieux que ce "Dernier amour" ne se meure pas, comme les autres avant lui. Dans l’intervalle, tant d’atermoiements : la révélation ("Amoureuse"), la mémoire du vertige ("A deux"), la déclaration ("L’autre part"). La "Cardiophonie" d’une angoisse - peut-être - marque une respiration instrumentale avant un retour vers le passé : "Ne me dis pas" et "L’absente".

Pour cette audacieuse mise à nue, Maud Lübeck, née en chanson en 2012, immédiatement repérée par Dominique A, est escortée par les chœurs de Maissiat et d'Edward Barrow. Le piano et une rythmique légère accompagnent les confidences que nous délivre la voix devant, lovée dans nos oreilles. Tout nous suggère que Françoise Hardy compte, de près, de loin, parmi ses influences.

Comme elle, comme d’autres avant elle, Maud Lübeck dit tout et toujours avec pudeur. Son art : sublimer les émotions.

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maud lübeck,divine,interview,mandorInterview :

Tout le monde est dithyrambique sur ton nouveau disque. Ça te fait quoi ?

Ça me touche beaucoup. Je le vis comme une déclaration à Divine. Je la sens aimée et ça me fait du bien.

Ça tombe bien pour un disque qui ne parle que d’amour.

En fait, l’amour répond à l’amour.

On  peut dire que c’est un album à thème ? 

Je sortais d’un autre album à thème, Toi non plus, dont le sujet était la séparation. Comme j’étais en train de vivre une rencontre, j’ai ressenti le besoin de parler d’amour et de laisser une grande place à la part positive de ma vie. 

Ne serait-ce pas le disque d’un début d’histoire ?

C’est comme un temps suspendu juste après une rencontre. C’est avant même de s’engager dans une histoire. J’ai peur que cette nouvelle histoire se termine, parce que ça s’est toujours terminé. Alors, c’est le moment où on se dit « j’y vais, je n’y vais pas ? »

Clip de "Ne me dis pas" réalisé par Robi.

Tu ne parles de ce que tu vis alors ?

Je me retrouve à en parler, mais je rends universelle, je sublime ce que je vis et ce que je ressens. Ça aide à être juste, à être dans le vrai. Je travaille mes chansons dans la conscience des autres, avec l’intention de les toucher.

Quand tu écris, tu penses à ceux qui vont écouter ?

Oui. C’est ce qui a rendu mon écriture plus simple. Si je reviens aux origines de mon écriture, j’ai parfois du mal à comprendre ce que j’ai voulu dire (rires). A l’époque, je n’écrivais que pour moi. A partir du moment où tu prends conscience des autres, tu parviens à être plus claire et à toucher plus de monde.

Comment as-tu fait pour faire des chansons si simples et efficaces ?

J’ai lâché prise. Ça s’apprend avec le temps. Je me demande juste pourquoi je ne l’ai pas fait plus tôt.

Ce sont des chansons qui touchent autant les hommes que les femmes.

Rien ne peut me faire plus plaisir. Ça veut dire que j’ai réussi ce que je voulais transmettre. C’est amusant parce que je crois que je ne me suis jamais aussi peu pris la tête pour écrire. Il y a des textes que je n’ai même pas retouchés. C’était souvent des premiers jets immédiats. Ça a été le cas pour les chansons « Cœur » et « Le dernier amour ».

Session acoustique de "Cœur" pour du SON dans mon Salon (Jean-Philippe Boisumeau et Denis Piednoir).

Ça t’a fait du bien d’écrire ce disque ?

Quand je vis des choses fortes, ce que je ressens me sert de matière. C’est tellement intellectualisé que du coup, je n’ai pas l’impression que c’est thérapeutique. Ce qui me fait du bien, c’est de créer. A partir du moment où je crée, je me sens bien. Avec ce disque, je n’ai pas eu l’impression de faire une déclaration d’amour à quelqu’un, même si au final, c’est exactement ça. J’avais surtout envie d’écrire sur « pourquoi ça fait mal d’aimer ? »

Parlons musique. Comment composes-tu ?

La musique, c’est quelque chose qui passe par mon corps. C’est une question d’émotion, contrairement aux textes où là, c’est plus cérébral.

C’est un album que j’ai du mal à interrompre au milieu. Quand je le commence, j’ai envie de l’écouter entièrement.

Ça me plait beaucoup cette remarque. Pour moi, cet album est comme une chanson unique avec un thème divisé en neuf parties qui forment un tout. Je l’ai construit avec une pensée globale.

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(Photo : Marie Magnin)

Les chansons de Divine doivent être agréables à chanter sur scène.

Beaucoup. Ce sont des chansons qui me font vraiment du bien, même si elles sont mélancoliques.

Tu dis beaucoup de choses de toi, de tes préférences, mais avec classe et discrétion, je trouve.

Je dis sans dire. J’ai fait un disque sur une rencontre. Si dans mon histoire c’est une rencontre au féminin, je ne le dis pas dans mes chansons. C’est une rencontre que j’ai voulu universelle. Je n’ai pas envie que l’aspect « deux femmes » prenne le dessus, car ce n’est pas du tout le propos. Je parle juste d’amour.

Quand on te compare à Françoise Hardy, tu trouves que c’est justifié ?

Ça me va parce que j’aime beaucoup son travail, sa voix, ses textes, ses mélodies et son exigence, mais pour moi, ce n’est pas une référence immédiate.

Quelles sont tes références ?

Ce qui m’a marqué quand j’étais ado, c’est la découverte de la musique classique des romantiques. A 14 ans, mon truc c’était d’écouter Bach.

Il t’en reste quelque chose musicalement.

Oui, vraiment, ça m’a beaucoup influencé.

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(Photo : Marie Magnin)

A part la musique classique, tu n’écoutais rien d’autre ?

Si, des musiques de films. J’adore le travail de François de Roubaix par exemple.

Pas de chansons à textes ?

J’avais beaucoup d’admiration pour Gainsbourg. A la maison, on avait le coffret de l’intégrale, j’ai donc découvert ses textes. La chanson de lui qui m’a le plus marquée est « Manon ». C’est vraiment Gainsbourg qui m’a donné envie de mettre des mots sur les musiques que je composais. J’avais 18 ans.

Avant tes trois albums officiels, tu en avais sorti des autoproduits ?

J’ai des tas de démos depuis les années 90, certaines sur cassettes. Beaucoup de chansons n’ont jamais été écoutées. Pour moi, la musique était une forme de refuge, c’était mon endroit. Mais j’avais extrêmement peur de faire de la scène. Ce sont des rencontres qui ont fait que, progressivement, j’ai osé en faire et enregistrer de vrais disques.

Tu avais vraiment peur de la scène ?

C’était comme si je montais à l’échafaud. C’était affreux. Heureusement, maintenant, je suis très heureuse de monter sur scène. Je ne suis plus encombrée par le trac.

Tu viens de me dire que la musique était ton refuge. Tu fuyais la vraie vie et les autres ?

Ado j’étais complètement asociale. J’étais une grande timide, je le suis toujours d’ailleurs, mais je ne suis plus asociale (rires). Quand on est timide, ça peut être un handicap, moi, j’essaie d’en faire une force. J’essaie de détourner ma timidité pour qu’elle ne se retourne plus contre moi.

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(Photo : Marie Magnin)

L’exercice de l’interview, c’est pénible pour toi ?

Ça s’apprend. Ça fait peur quand on n’en fait pas souvent et après, on s’y habitue… c’est comme tout.

Avec le succès de ce disque, te sens-tu  plus légitime dans ce milieu ?

J’en suis encore à me demander si tout ne va pas s’arrêter demain. Je sens que cet album est accueilli, ça me fait du bien, mais j’espère que ça va se poursuivre.

« Ravissant », « délicat », « mélancolique », ce sont des mots qui reviennent beaucoup quand les journalistes parlent de Divine. Ça te va ?

Cet enthousiasme me surprend parce que je n’ai pas l’impression d’avoir fait quelque chose de tellement différent. Soudain, on me dit des choses gentilles. Je suppose que ce nouveau disque est plus ouvert et qu’il touche plus au cœur, mais je suis incapable d’expliquer par quel prodige. Il y a toujours une part de mystère dans la création.

C’est magique parfois ?

Moi, l’inspiration me tombe dessus.  Pour Divine, je savais ce dont je voulais parler, mais je n’avais aucune idée des angles d’approches. Je voulais que cet album se fasse rapidement, en deux-trois mois. Et le matin, quand je me mettais au piano, les choses arrivaient et elles me touchaient. Il fallait que je sois touchée par les mélodies, parce que les morceaux, on les garde longtemps. Il faut bien s’entendre avec eux.

Tu as déjà une idée de ce que sera ton prochain disque ?

J’en ai deux. Ce qu’il se passe autour de Divine me donne envie de retourner dans la création… de toute façon, il n’y a que dans  ces moments que je me sens à ma place.

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Après l'interview, le 21 janvier 2019.

27 janvier 2019

Andréel : interview pour L'étrangère

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andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandorJ’avoue, je n’avais jamais entendu parler d'Andréel jusqu’à cette matinée dominicale récente où je m’adonnais à une séance d’écoute. Tiens ! Ce disque, L'étrangère...  très intéressant! Quelques recherches googlesques plus tard, je découvre des clips et extraits musicaux qui m’ont emmené tout droit au Brésil. Pas de doute, Andréel s’inscrit dans la lignée des chanteurs français qui se sont inspirés de la musique populaire brésilienne comme Claude Nougaro, Georges Moustaki, Henri Salvador, Bernard Lavilliers et Pierre Barouh.

Le personnage m’intriguait tant que je lui ai donné rendez-vous dans un  bar de la capitale le 21 janvier dernier.

Biographie (d’après Wikimonde) :andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor

Andréel est le fils d'une mère artiste peintre et d'un père ingénieur. Il grandit à Paris où il apprend le piano à l'Ecole Normale de Musique. Il se consacre à l'écriture dès l'adolescence puis vient au théâtre et à la comédie musicale (il interprétera entre autres Le kabaret de la dernière chance de Pierre Barouh et Oscar Castro). Il se tourne vers la chanson en 1995 et chante au sein du groupe Les P'tits joueurs avec lequel il enregistre un album.

En 2001 Andréel débute une carrière solo. La découverte de la chanson populaire brésilienne marquera un tournant dans son parcours musical. S'il compose et écrit ses chansons, ses deux premiers albums sont arrangés par le jazzman Gilles Normand. Par la suite, Andréel écrira lui-même les orchestrations de ses albums.

En 2017, Andréel chante en duo avec Pauline Croze « Pour que tu existes » dans l'album Que du feu.

En janvier 2019 sort L'étrangère, album où il chante en duo avec Sibel Kekilli et Lolita Chammah.

Article de Valérie Lehoux dans Télérama au sujet du disque L’étrangère:

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andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que tes parents t’ont élevé à grosse dose de musique.

Tous les enfants de la famille ont appris le solfège et un instrument. J’ai fait des années de piano à l’Ecole Normale de Musique. Peut-être un peu trop d’ailleurs… mais pour aller vite, le classique est ce que j’ai le plus écouté dans ma jeunesse.

L’écriture a été très importante pour toi, au même titre que la musique.

A un moment, je me suis retrouvé en pension de garçons. Le soir, on avait énormément de temps à perdre. J’ai commencé à écrire de la poésie, puis quelques années après, j’ai écrit des nouvelles.

Et le théâtre est arrivé dans ta vie.

Je me suis inscrit au Conservatoire des Hauts-de-Seine. J’ai fait du théâtre et j’ai joué dans une comédie musicale, Le Kabaret de la dernière chance, écrite par Pierre Barouh sur des compositions d’Oscar Castro.

A l’époque, tu ne connaissais rien à la chanson Française.

C’est peu de le dire. J’ai découvert Brel par l’entremise d’un voisin qui m’a prêté une cassette VHS de son spectacle à l’Olympia. Ça a été un gros choc. Plus de le voir que de l’entendre d’ailleurs. Je me suis dit qu’il vivait pleinement son métier et que ça devait être sacrément bien. Du coup, ça m’a donné envie d’écrire des chansons. Cette caassette a été le déclic.

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Tu intègres un jour le groupe Les p’tits joueurs.

Là, on est en 1995. Avec eux, pendant 4 ans, on a écumé les bars de la France entière. C’était de la chanson un peu festive avec du texte. A la fin, j’en avais un peu marre. Il y avait des chansons un peu mélancoliques que je n’arrivais pas à placer.

Comment as-tu découvert la musique populaire brésilienne ? andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor

En 1999, une amie me fait découvrir cette musique-là à travers l’intégrale de Caetano Veloso. Je tombe sur le premier disque qu’il a fait en 1967 avec Gal Costa, Domingo. Là, j’ai compris que c’était cette musique que je voulais jouer. Après Brel à l’Olympia, ça a été mon deuxième choc musical.

Qu’aimes-tu dans ce genre musical ?

Il est riche. C’est la fusion de l’harmonie européenne et des rythmiques africaines. La bossa nova est très largement influencée par le jazz traditionnel. J’ai toujours aimé les musiques mélodiques et douces… au Brésil, ils sont parvenus à ne pas les rendre ringardes.

C’est amusant que cette musique te plaise à ce point, alors que tu as travaillé avec Pierre Barouh, qui est quand même celui qui a importé en France la MPB (musique populaire brésilienne).

Ce n’est pas le seul, mais c’est lui qui a passé des années à la mettre en lumière à ce point.

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andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandorTu as enregistré ton premier album en 2001.

Oui, la date je ne peux que la retenir parce que le 11 septembre 2001, j’étais en studio.  A l’époque, je ne composais pas les arrangements de mes chansons. C’est le jazzman Gilles Normand qui s’en occupait. L’album est sorti en 2003.

Tu mènes ta carrière depuis cette période, tu as sorti 6 disques, pourtant peu de monde te connait… 

C’est involontaire. Je ne peux pas t’expliquer pourquoi on n’entend pas plus parler de moi. Je ne fais peut-être pas la musique qui plait au plus grand nombre, alors je fais mon chemin en indépendant.

Que préfères-tu dans le métier de musicien ?

Composer, puis écrire des textes qui aboutissent à de nouvelles chansons. Je prends mon pied à les enregistrer.

Tu as mis du temps à concevoir et enregistrer l’album L’étrangère ?

C’est deux ans de vie. Un an pour l’écrire et un an pour l’enregistrer. Cela équivaut quasiment à une chanson par mois. 

"L'étrangère", Andréel et Sibel Kekilli.

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandorTon album parle notamment de l’injustice sociale… ça colle avec l’actualité. Parle-nous de la chanson « L’étrangère » que tu interprètes avec la comédienne Sibel Kekilli.

L’histoire est tirée du film du même nom dont le rôle principal est tenu par cette actrice. Ça parle d’une femme qui est née en Allemagne dans une famille traditionnelle Turque. Elle est victime d’un mariage arrangé avec un homme qui vit à Istanbul. Donc, elle va vivre là-bas, mais elle est battue par son mari. Elle s’enfuit avec son fils pour rentrer en Allemagne. Elle souhaite se réfugier dans sa famille, mais elle la rejette. Quand j’ai vu ce film, ça m’a beaucoup touché et inspiré, alors j’en ai fait une chanson un peu détournée. 

Tu as tout de suite voulu la chanter en duo avec la comédienne du film ?

Pas du tout. Ça ne m’est pas venu immédiatement. A partir du moment où j’ai pris cette décision, je me suis heurté à deux soucis. Elle ne parle pas français et elle ne chante pas. Mais nous avons franchi ces deux obstacles et ça a donné la chanson que tu connais.

Rappelons que Sibel Kekilli est turque.

L’histoire de L’étrangère n’est pas éloignée de ce qu’elle a pu vivre. C’est aussi ça qui m’a intéressé. Elle a fait un travail d’émancipation par rapport à la condition des femmes dans son pays.

« Un moment excellent » est un deuxième duo avec une actrice, Lolita Chammah, la fille d’Isabelleandréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandor Huppert.

Je me restreins en fait. Je pourrais très bien faire des albums avec uniquement des duos. La vie, c’est rarement des monologues. A cette table, je préfère être avec toi que tout seul. Ce duo avec Lolita a créé un univers et je trouve que sa voix fait décoller la chanson.

Comment tu as rencontré Lolita Chammah ?

Je travaille sur un projet avec Isild Le Besco qui a commencé en même temps que l’enregistrement de mon album. Elle a écrit une quinzaine de textes que j’ai mis en musique. Toutes les chansons vont être chantées par des comédiennes, dont Lolita. C’est comme ça que je l’ai rencontrée. 

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Pendant l'interview… (mes questions sont parfois soporifiques, je l'admets.)

Je trouve qu’Isild Le Besco (mandorisée là) écrit très bien.

Oui, moi aussi. C’est intéressant de mettre en  musique les textes des autres. Il m’est arrivé de me demander pourquoi je n’écrirais pas comme elle. Elle est moins académique que moi. J’adorerais sortir des sentiers battus.

Tu as l’impression d’avoir des automatismes dans l’écriture ?

Oui. J’ai des habitudes qu’il faut que je parvienne à casser.

Tu écris facilement ?

Il me faut de l’inspiration et je n’en ai pas tous les jours. Je travaille un peu comme ma mère qui était peintre. Je fais un premier jet et j’y reviens. Chaque jour je modifie deux trois mots, par petites touches… comme un peintre revient sur sa toile. 

Clip de "J'en ai assez".

andréel,l'étrangère,lolita chammah,sibel kekilli,interview,mandorJ’aime beaucoup ta chanson, « J’en ai assez ». Elle est très revendicative et ironique. C’est une chanson sur l’hypocrisie ambiante de la société.

Je crois que l’on peut considérer que l’on vit un peu dans une hypocrisie générale. Il y a des choses qui m’énervent, j’en ai glissé quelques-unes dans cette chanson.

« Tu as de l’amour » raconte l’histoire d’une femme qui est gentille comme tout, mais qui va être victime de sa gentillesse.

Je connais des hommes et des femmes qui ont vraiment de l’amour en eux, une générosité naturelle, de la bienveillance et rien de calculé. Et après, il y a la réalité de la vie. Les autres profitent de cette gentillesse…

Dans « Danse », tu appelles à la révolte.

 (Rires) Oui, mais en vrai, je suis un non violent. J’ai peur de la violence, mais je ne serais pas contre un bon entartage sur certains, et pas contre donner une bonne fessée à Carlos Ghosn…

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Après l'interview, le 21 janvier 2019.

26 janvier 2019

Collectif 13 : interview pour Chant Libre

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(Photo : Tidash)

Après un premier album en 2015 (10 000 exemplaires vendus) et une tournée de plus de 100 dates le COLLECTIF 13 revient avec Chant Libre. Rappelons que le groupe est composé de Guizmo (Tryo), Gari (Massilia Sound System), Mourad (La Rue Ketanou), Danielito (Tryo), Gerome, Erwann et Fred (Le Pied de la Pompe), Alee, DJ Ordoeuvre, Max (Le P'tit son) et Syrano, En 15 morceaux, ils passent notre modernité au crible, sans aucune concession, mais avec une sacrée bonne dose d’espoir et une bienveillance dont nous avons tous besoin.

Le 17 janvier dernier, j’ai été convié chez Sony pour mandoriser 4 des 11 membres de ce collectif (et non, ils ne sont pas 13) : Gerome Briard de Le Pied De La Pompe, Gari Grèu de Massilia Sound System, Guizmo de Tryo et Mourad Musset de La Rue Kétanou et Mon côté punk. Habituellement, les interviews avec plusieurs personnes, c’est plutôt la croix et la bannière parce qu’il y en a toujours un ou deux qui font les malins. Là, c’était gentillesse et respect. Je n’en étais pas vraiment étonné (ils ont cette réputation-là), mais ça fait du bien quand même…

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandorArgumentaire de presse officiel :

Sur les pas de son prédécesseur et tourné vers des sonorités reggae, rap, électro et rock, ce nouvel album de chansons inédites ne manquera pas d'écorcher, non sans humour et avec une certaine acidité, le président actuel des USA avec le titre “Trumperie”. LE COLLECTIF 13 posera également un regard acerbe sur la capitale des Emirats Arabes Unis, préférant l'authenticité au paradis artificiel et bétonné de “Dubaï”.

“Last Black Friday” épingle haut et fort la folie de notre société de consommation tandis que “Welcome” caricature avec une dérision toute particulière les rêves de célébrité de certains artistes en devenir, le graal ultime étant la diffusion sur les mass medias. “Réseau” pointant du doigt notre besoin insatiable d'être connectés, quitte à nous perdre nous-même… “Invisible” rend hommage à tous ceux qui, “en bas de la pyramide” survivent à un monde qui les oublie. “Il arrive”, ode au farniente, déroule, dans une ambiance très down-tempo cette envie de prendre le temps, un besoin irrépressible de se poser pour profiter, tout simplement.

Quant à “Collègues”, “Place au soleil”, “Mon frère”, “Tu vas t'y faire”, “Collectif et tondus”, “Rien à foutre”, “CQNP” et “Tout petit déjà” sont autant de titres qui véhiculent tout l'ADN du COLLECTIF 13. Un peu comme la colonne vertébrale de ce nouvel album, ces titres, en guise de fil rouge, renvoient à toutes les valeurs que défendent depuis des années, les joyeux membres du COLLECTIF 13 : L'amitié, la solidarité, le partage, la fête, l'humanité et… le bonheur insolent d'avoir réussi une fois de plus à se retrouver tous ensemble pour élaborer donc Chant Libre ce nouvel album généreux de 15 nouveaux titres.

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(Photo : Tidash)

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandorInterview :

Comment vous est venue l’idée de créer ce collectif ?

Guizmo : Tout ça, c’est à cause de Gerome. Il a commencé par nous emmener en tournée en 2011 avec Alee, Zeitoun de la Rue Ketanou et moi. On a fait une quarantaine de dates dans laquelle on a mélangé nos répertoires. Nous nous sommes tellement bien marrés a décidé d’aller plus loin. On a appelé d’autres potes pour nous accompagner. C’est vraiment Gerome qui a été l’organisateur de tout ça. Il a même produit le premier album.

Gerome : Le plus dur a été de synchroniser les plannings parce que tous nos groupes tournent beaucoup. Aujourd’hui, on a réussi à faire en sorte que ce projet-là fonctionne.

Vous êtes tellement nombreux que je me demande bien comment vous pouvez composer et écrire ensemble.

Gari : Il y en a un qui envoie un début de couplet, l’autre qui rebondit dessus. Ça peut donner un résultat improbable… on a frôlé le cadavre exquis par moment. On a fonctionné un peu comme si nous étions un groupe de rap. Chacun a écrit ce qu’il chante, comme ça, on se sent tous impliqué.

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(Photo : Maryline Simonet).

Pas besoin de vous présenter, vous le faites très bien dans les deux premières chansons, « Collègues »collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor et « Tu vas t’y faire ». Dans cette dernière, il y a beaucoup d’ironie sur vous-mêmes.

Mourad : C’est une chanson qui a été amené par Syrano. On a beaucoup aimé cette phrase : « c’est quoi ce collectif de chanteurs ringards ? » L’idée de mettre en avant cette chanson vient du fait que nous pratiquons beaucoup l’autodérision. On aime faire des chansons avec du fond, mais on aime aussi pratiquer le second degré.

Guizmo : Comme le dit Mourad, l’autodérision fait partie du concept de Collectif 13. L’idée, c’était de se marrer et de se chambrer les uns, les autres. Même si on chante des chansons sérieuses, en vrai, nous ne sommes ni des gens sérieux, ni des personnes parfaites. Nous sommes de grands enfants. D’ailleurs dans le clip de « Collègues », ce sont des enfants qui jouent nos rôles, ce n’est pas innocent.

Gerome : Il y a aussi quelque chose qui nous réunit, c’est que l’on continue à garder espoir en ce monde. Et on a un besoin viscéral de le dire.

Clip de "Collègues".

Vos chansons sont d’une redoutable efficacité mélodique et les textes sont compréhensibles immédiatement. C’est difficile de faire simple ?

Gerome : Une chanson qui dénonce l’esclavagisme au Pakistan, on arrive à en parler assez facilement, mais une chanson simple et généreuse, c’est assez dur  à  créer en effet.

Ça fait du bien d’écouter un disque comme le vôtre en ces temps très mouvementés. Ça nous extirpe de notre torpeur.

Gari : Tant mieux parce qu’on a envie de désarçonner les pisses-froids.

La chanson « Invisible » est une chanson importante en plein mouvement « Gilets jaunes ».

Guizmo : C’est un texte fort. Parfois, on aime bien poser notre tristesse, nos craintes, nos peurs et les exprimer vraiment. Dans cette chanson, on parle de tous ces gens que l’on n’entend pas. Certains sont devenus des « Gilets Jaunes », d’autres non. En tout cas, on a porté leur colère en musique.

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(Photo : Tidash)

Ce qu’il se passe aujourd’hui dans la rue, c’était prévisible ?

Mourad : Oui évidemment. Nous, tous autant que nous sommes devant toi, ça fait longtemps que l’on prend part à cette détresse, mais pas uniquement en faisant des concerts de soutien. On travaille et on s’investit beaucoup avec des associations. Ça fait longtemps qu’on assiste à ce ras-le-bol et qu’on essaye de coller quelques pansements sur le cœur et les âmes des gens. On remplace un peu le gouvernement ou les administrations concernées et ça, ce n’est pas normal. Ils lâchent l’affaire et refilent tout aux associations, mais elles ne s’en sortent plus parce qu’il n’y a plus d’argent. Comme on est en contact avec ces gens-là au quotidien, nos albums vont obligatoire refléter ce quotidien.

Gari : Il y a un ras le bol social général. Il faut du lien. La vie est chiante en occident si tu es un oublié. A Marseille, il y a 1000 migrants dans la rue et 10 000 appartements vides… et on n’arrive pas à régler le problème. Si à Ouagadougou tu expliques le concept des mecs qui fouillent dans les poubelles pour manger, ils hallucinent. Là-bas, il y a toujours une assiette pour ceux qui ont faim.

Guizmo : On peut très vite se retrouver dans la rue et je ne comprends pas qu’il y ait si peu la notion de partage en France. On est le 17 janvier, il y a déjà eu 17 morts dans la rue. Il est vraiment temps que cela s’arrête.

Mourad : Il y a des gens qui ont 6 voitures et autant de maisons. En plus, ils font leur fortune sur le dos de personnes qui vont mourir dans l’anonymat et la détresse.

Gari : J’ose espérer que les nouvelles générations consommeront de manières plus éthiques

C’est le thème de « Last black Friday ».

Mourad : Tu te rends compte qu’il y en a qui se battent pour des pots de Nutella en réduction. On devient la caricature des pires choses que l’on pouvait redouter de l’être humain.

Clip de "Réseau".

Vous évoquez aussi les réseaux sociaux, dans la chanson « Réseaux ».

Guizmo : De quelque chose de super, on en arrive à en faire quelque chose de dangereux. Internet est un outil de communication génial et on ne peut pas passer à côté. Il permet d’apprendre, mais avec les abus, il permet aussi de désapprendre et de se retrouver seul. Avec les réseaux, on arrive à mentir aux gens en masse. Ça donne l’arrivée au pouvoir d’un président brésilien et d’un président américain, tous les deux racistes, homophobes et nationalistes… Internet  c’est à  la fois magique, formidable et rapide, mais ça t’enferme et t’isole complètement. Et tu ne vois pas le danger arriver.

Puisque tu parles de Trump, vous lui avez dédié une chanson, « Trumperie ».

Guizmo : L’annonce de la victoire de Trump a été un vrai choc tant il nous fait peur. Je suis arrivé avec une chanson déjà bien écrite et on a tous pris plaisir à vider un peu notre sac. Quel gâchis de mettre des types comme ça au pouvoir d’un pays avec un tel potentiel humain et écologique ! Tryo chante depuis 20 ans l’inverse de ce que prône ce personnage.

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Pendant l'interview...

L’écologie est le thème le plus important pour toi, Guizmo.

Guizmo : Avec Tryo, on se bagarre depuis des années en accompagnant et soutenant des associations comme Greenpeace. Avec Obama, on se disait que les choses avançaient et soudain, l’autre arrive et fait reculer la Cop 21 de 20 pas. Là, on n’a plus le droit de perdre du temps.

Vous pensez que l’on va droit dans le mur ?

Guizmo : Je ne pense pas.

Mourad : On est dans une mutation de la société. Il y a des scientifiques qui continuent à chercher des méthodes alternatives d’énergie. Il faut que l’on continue dans cette direction-là.  

Clip  de "Une place au soleil".

Dans « Il arrive », vous dites aussi qu’il faut parfois oublier tous les soucis et se poser.

Mourad : Chaque personne se doit d’avoir des moments pour contempler l’oisiveté.

Guizmo : On ne prend plus le temps de se poser, seul, sous prétexte que l’ennui peut arriver. Il faut savoir s’ennuyer parfois pour se retrouver.

Gerome : Les pédiatres disent que pour les enfants, c’est important de s’ennuyer.

Mourad : Il y a eu des études sur la question. Le silence permet à ton cerveau de se régénérer et d’allumer les parties de lui qui ne fonctionnent pas quand tu es tout le temps au contact de la lumière, du son et du bruit.

Parlons de « Welcome ». Vous vous moquez des « artistes » qui souhaitent être connus du jour au lendemain.

Guizmo : On se moque, mais avec tendresse. Nous, artistes et musiciens, on ressent quand même au fond de nous une certaine jubilation quand on entend à la radio une chanson que l’on a créée. Nous avons conscience que c’est un combat de faire rentrer un titre en radio et d’être médiatiser. On peut aussi passer à côté de tout ça et se contenter de chanter ses chansons avec le public dans des festivals…

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Après l'interview, le 17 janvier 2019, chez Sony. 

De gauche à droite : Gerome Briard de Le Pied De La Pompe, Gari Grèu de Massilia Sound System, Guizmo de Tryo et Mourad Musset de La Rue Kétanou et Mon côté punk).

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18 janvier 2019

Caroline Loeb : interview pour l'album Comme Sagan

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(Photo : Jean-Marie Marion)

5 (2).jpgCes dernières années, ce n’est pas par la chanson que Caroline Loeb s’est distinguée, mais par le théâtre. Après son spectacle sur George Sand, George Sand, ma vie, son œuvre, la comédienne-chanteuse s'est attaquée à une autre grande icône de la littérature française, Françoise Sagan. Dans Françoise par Sagan, elle livre un monologue sensible et attachant en s'appropriant la parole de Sagan l'indomptable, sans jamais singer l'auteure. C’est un spectacle formidable (qui continue de tourner) loué autant par les spectateurs que les journalistes.

Aujourd’hui, après 10 ans d’absence discographique, elle sort un album autour de cette même auteure. Il s’intitule Comme Sagan. Voix, textes et mélodies… un must ! L’occasion était belle de se rencontrer. Ce que nous avons fait dans un bar/restaurant de la capitale le 16 janvier dernier.

(Notez que toutes les photos professionnelles de cette "chroniques" sur Caroline Loeb sont de Jean-Marie Marion. Merci à lui!)

Propos de Caroline Loeb :

"Il y a des rencontrent qui changent votre vie. Celle avec Sagan, qui n’était pas mon écrivain préféré, et dont je ne connaissais que le personnage, ce petit moineau toujours la clope à la main, frémissante, drôle et ironique, m’a bouleversée. Je l’ai rencontrée grâce à Alex Lutz, avec lequel j’avais élaboré mon précédent spectacle musical autour de George Sand. Il me parlait régulièrement d’elle, de son style tellement particulier fait de légèreté et de profondeur, jusqu’au jour où Je ne renie rien, le recueil de ses interviews publiées chez Stock, m'est tombé dans les mains. Et là, ça a été le coup de foudre. Pour cette intelligence aigüe, pour son humour, sa tendresse, sa lucidité. J’en ai fait un spectacle, Françoise par Sagan, qui rencontre depuis bientôt trois ans un accueil critique et public assez miraculeux avec une nomination aux Molières."

Argumentaire de presse officiel : (photo de la pochette : Richard Schroeder)49947181_10214908934329856_3373869103621079040_n.jpg

Forte de cette vague Sagan qui semble la porter, Caroline Loeb s'est attachée à l'auteure de chansons, celle qui a écrit pour Gréco, Mouloudji, Dalida ou Nana Mouskouri.

Comme Sagan est une lettre d’amour à Sagan, et, bien sûr, l’occasion d’écrire et de chanter des sentiments qui lui tiennent à cœur… La solitude, cette sensation d’être écorchée par tout, une mélancolie sur le fil du rasoir, et toujours l’amour des mots... Ceux de Sagan, avec la reprise de « Sans vous aimer" et  la mise en musique de certains de ces textes en prose "Bonjour New York", "Les Maisons Louées" mais aussi des créations inspirées par la petite musique de Sagan.

Caroline Loeb a fait appel à Jean-Louis Piérot, qu'elle rencontre grâce à Etienne Daho, pour la réalisation et certaines compositions. Ce dernier a réuni un trio exceptionnel pour poser les bases des chansons: le bassiste Marcello Giuliani (Daho, Truffaz, Higelin, Christophe), le batteur/percussionniste Raphaël Chassin (Tété, Vanessa Paradis, Arthur H), le clavier/trompettiste Alexis Anerilles (Etienne Daho, Edith Fambuena, Sophie Hunger), et le Well Quartet, qui a joué sous la direction d’Agnès Ollier pour la musique du spectacle Françoise par Sagan.

Pascal Mary, Pierre Notte, Thierry Illouz, Wladimir Anselme ainsi que Benjamin Siksou ont mis leur talent au service de ce projet précieux, dans lequel, pour l'occasion, elle retrouve Pierre Grillet son complice de « C’est la ouate », en particulier pour le texte écrit autour d’une phrase de Sagan qu'elle affectionne : On ne sait jamais ce que le passé nous réserve.

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(Photo : Jean-Marie Marion)

IMG_8478 (2).jpgInterview :

Avant qu’Alex Lutz vous parle de Françoise Sagan, c’était une auteure qui vous intéressait ?

Je connaissais mal ses livres, mais j’étais intéressée par le personnage. J’avais vu le film sur elle de Diane Kurys et j’avais lu plusieurs biographies. Mais ses bouquins, même si je les achetais régulièrement, je ne les avais pas lus.

Vous les achetiez, mais vous ne les lisiez pas ?

Je suis une grande chineuse. Je suis souvent tombée sur Bonjour Tristesse ou Aimez-vous Brahms… dans leurs versions de l’époque. Il m’est arrivé de constater que j’avais déjà acheté un de ses livres dans exactement la même édition…

Un jour, vous étiez chez Alex Lutz et il y a eu un déclic je crois.9782234077980-T.jpg

Nous travaillions sur le spectacle consacré à George Sand. J’étais dans sa cuisine et je remarque un livre sur le bar américain. C’était son recueil d’interviews « Je ne renie rien ». Six mois plus tard, on m‘a offert ce livre et j’ai eu un coup de foudre pour ce qu’elle racontait. Je peux dire que j’ai découvert Sagan par ces interviews. A ce moment, la rencontre avec elle a été tellement forte, profonde et intime que je n’ai pas ressenti le besoin de ma gaver d'images d'elle sur YouTube ou autres. Avec ce recueil, j’estimais avoir l’essentiel.

Vous vous sentez proche d’elle ?

Bien sûr. Pour son amour absolu de la littérature, son amour de Proust notamment. Ce qui m’a frappé chez elle, c’est un regard sur le monde très paradoxal. En même temps extrêmement lucide et en même temps plein de tendresse… comme un enfant. Je ne me sens pas aussi enfantine qu’elle, même si je peux être éblouie facilement par la beauté des choses. Je ne peux pas dire que je m’identifie à Sagan, mais elle m’a touchée profondément. Elle était comme un idéal de ce que j’aimerais être.

Avez-vous un peu changé en la côtoyant ?

Sur scène, c’est 100% elle et 100% moi, maintenant, je n’y pense pas particulièrement avant de monter sur scène, ni après. Je mets ma perruque et mon costume et puis j’y vais. Je ne me pose pas de questions. Je ne suis jamais en pilotage automatique. Mon travail est d’être vraie, présente et sincère à chaque seconde sur scène. C’est une heure dix magique tous les jours dans ma vie, mais le reste du temps je suis Caroline Loeb qui court partout. Cela dit, parfois, il y a une phrase qui me traverse avec toute sa vérité et sa force et je remarque que je la comprends profondément.

 Teaser du spectacle "Françoise par Sagan".

Dans le monologue, vous n’imitez pas sa façon de parler.

Je ne parle pas du tout comme elle dans la vie. Je suis quelqu’un qui affirme les choses, elle est tout le temps dans le doute. Elle bégayait, on ne comprenait rien quand elle parlait. La  photographe Marianne Rosensthiel m’a envoyé un texto assez drôle après le spectacle : « Merci. Je l’ai photographiée deux fois, je ne comprenais rien à ce qu’elle disait. Enfin je comprends ». Il y a des gens qui l’ont connue comme son coiffeur, son éditrice, sa libraire…etc. Ils m’ont tous dit qu’ils ne me voyaient pas moi, mais elle. Ça vient de la façon de tenir mon corps, de mettre ma voix dans les aigus, de laisser les phrases en suspens, de placer les lumières de certaines façons... Je n’essaie pas de l’imiter, mais de l’évoquer. Ma rencontre avec elle, j’insiste là-dessus, est une rencontre intime.

51DWmZ6WQ3L.jpgC’est une rencontre avec elle tellement merveilleuse qu’elle vous a amené à la chanson.

Quelqu’un que je connais m’a envoyé un double CD sorti chez Frémaux & Associés autour des chansons de Sagan. Je ne savais pas du tout qu’elle avait écrit des chansons. Je dois dire que je ne me suis pas précipitée pour l’écouter parce que j’avais autre chose à faire. Un jour, j’ai percuté. Sagan-chansons… pourquoi pas ? J’ai écouté, apprécié et eu l’envie de faire un album autour d’elle.

Pourquoi ?

Parce qu’avec les critiques, avec le public et avec les médias, il y a quelque chose qui s’est cristallisé  entre elle et moi. Même si nous sommes très différentes, il y a des points de rencontres.

Lesquels ?

Le succès qui foudroie, le personnage public qui prend le pas sur la réalité de l’œuvre, le rapport à l’argent par exemple. Et puis, comme moi, elle était très curieuse des autres et elle créait dans des domaines différents, mais toujours avec les mots : romans, articles, théâtre, scénarios pour le cinéma et chansons. Quand on aime créer, on aime créer. Toutes les deux, nous nous sommes confrontées à différentes façons de manier notre art.   

EPK "COMME SAGAN" - LE NOUVEL ALBUM DE CAROLINE LOEB from Raphaëlle Chovin on Vimeo.

Pour écrire ses chansons, fallait-il être proche du style de Françoise Sagan ?

Pas du tout et nous ne nous sommes même pas posés cette question. Il y a des textes qu’elle n’aurait jamais pu écrire elle-même et d’autres, par exemple ceux que j’ai écrits avec Thierry Illouz, qui sont très saganesques.

Ecrire des chansons vous provoquent quoi ?

Juste un plaisir fou. Je trouve ça amusant et souvent évident. Sincèrement, je ne trouve pas ça dur. J’aime cette forme, j’aime les contraintes littéraires. A chaque fois que l’on se voit avec Pierre Grillet pour écrire, on s’amuse.

Les chansons sont toutes différentes, mais elles s’assemblent parfaitement et elles sont cohérentes les unes avec les autres.

C’est le grand talent de Jean-Louis Piérot. Il est le réalisateur, l’arrangeur et le compositeur de certains titres. Il a fait un boulot incroyable. Il y a des chansons un peu jazzy, de la pop, des ballades, une valse et il a réussi à faire que tout cela se tienne et soit homogène.

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(Françoise Sagan par Richard Schroeder)

4.jpgVotre voix a évolué. Vous montrez plus l’étendue de vos capacités vocales dans ce disque.

J’ai beaucoup travaillé avec la coach vocal, Ariane Ravier. Elle m’a permis de progresser. Je donne le maximum de ce que mes capacités vocales me permettent.

Vous êtes venue comment à la chanson ?

Par l’écriture parce que j’adorais Gainsbourg… qui n’était pas un grand chanteur non plus. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas forcément la voix, c’est l’émotion d’abord,  les textes et ce que cela raconte. Les gens qui ont plein d’octaves dans la voix, comme disait Chirac, « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre ».

Cela faisait 10 ans que vous n’aviez pas sorti d’album, ça vous manquait ?

Pas du tout. J’étais passée à autre chose. J’étais, et je suis toujours, très heureuse au théâtre. Cela m’est tombé dessus comme une évidence. Il fallait que je fasse quelque chose autour de Sagan en chansons. J’ai retrouvé le plaisir intact de faire des chansons. J’ai essayé d’être la plus sincère possible sur tout. Sur le choix des musiques, des textes et des gens avec lesquels j’ai travaillé. Le résultat dépasse de très loin mes espérances.

Il doit toucher les gens de façon intime, non ?

C’est exactement cela. Il touche d’ailleurs autant les hommes que les femmes. Comme pour le spectacle… Je vois beaucoup d’hommes me dire à la fin du spectacle qu’ils ont l’impression que ça ne parle que d’eux. Ce que disait Sagan n’est pas un discours de femme à femme, c’est un discours profondément humain. Dans le spectacle, j’ai choisi des textes sur le rapport à la mort, au temps qui passe, à l'amour, à la paresse… ça concerne tout le monde. Ce ne sont pas des sujets sexués. Sa pensée est philosophique je trouve, c’est un regard sur la vie qui fait du bien.

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(Photo :  Jean-Marie Marion)

Dans l’album vous parlez de sujets qui ne sont pas évoqués dans le spectacle. 7.jpg

Dans ses interviews, elle ne parlait ni de drogues, ni de sa bisexualité… elle était très secrète là-dessus. Dans l’album, j’en parle parce qu’elle a vécu de grandes histoires d’amour avec des hommes et avec des femmes. La personne avec laquelle elle a vécu le plus longtemps, c’est Peggy Roche, mythique styliste du journal ELLE. Elles sont restées ensemble 20 ans. Comme avec George Sand, je suis intéressée par l’ambivalence et l’ambiguïté. J’ai toujours été fascinée par des femmes comme ça : Marlène Dietrich, Mae West, Dorothy Parker, Arletty…  Moi, j’ai souvent été confrontée à des gens qui me disaient que j’étais comme un mec. Je ne suis pas comme un mec, je suis comme une femme qui décide des choses et qui ne se conforme pas à l’idée de ce que c’est d’être une femme.

Vous êtes un peu comme Sagan, anticonformiste.

Vous avez raison. Je le suis de par tout ce que je fais.

C’est quoi être anticonformiste ?

C’est de ne pas se plier à une attente ou à une non attente, en fait. C’est d’être proche de soi, de son désir, de son envie. Je ne veux rentrer ni dans des codes, ni dans des règles. On peut tout faire et, comme Sagan, on peut tout inventer. On peut aimer des choses très sombres et des choses très délirantes. Moi, j’adore Annie Cordy autant que Marcel Proust, ce n’est pas antinomique. On n’est pas qu’une chose. On n’est pas que sérieux, que drôle, que cultivé ou que déconneur.

Vous n’aimez pas les gens qui restent dans le cadre bien défini par la société.

Disons que j’adore les gens qui ont une façon de penser originale. J’aime quand on manifeste une manière de dire le monde inédite.

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Caroline Loeb reprend Françoise par Sagan à partir du 14 février 2019 au Théâtre Lepic à Paris.

(Photo de l'affiche : Richard Schroeder)

ob_0eebe1_caroline-loeb.jpgAvec tout ce que vous faites autour de Françoise Sagan, n’avez vous pas peur de vous enfermer dans ce personnage et que l’on vous catalogue un peu Loeb = Sagan et point barre ?

Excusez-moi, mais ça me changera de Loeb = "C’est la ouate". Franchement, je préfère être associée quelques années à Sagan qu’être éternellement ramenée à une chanson que j’ai faite il y a 30 ans.

Les gens continuent à vous parler de cette chanson ?

Oui, et je ne renie pas cela. D’ailleurs, comme le titre du livre d’interviews de Sagan, « Je ne renie rien ».

Ce n’est pas fou de faire en album en 2019 ?

Il faut être dingue. N’importe qui de sensé me dirait que ça n’a aucun sens. Mais, je m’en moque. Je conclue mon aventure avec Sagan en musique et c’est mon choix.

Etes-vous heureuse de votre vie artistique aujourd’hui ?

C’est incroyable à quel point je suis heureuse. J’ai vraiment l’impression d’être à ma place, d’être là où j’ai envie d’être, de faire vraiment ce que j’aime comme j’aime. Le principal est de toucher les gens et d’être sincère dans ce que l’on fait. Et comme je me produis seule, je prends les décisions que je veux sans que personne ne m’impose rien. C’est fou et c’est bon. Polanski disait : « le cinéma, c’est tout ce que l’on ne cède pas aux autres ».

Ce métier vous apporte quoi ?

Ca me tient debout, ça me donne de l’énergie et des raisons de me lever le matin... et beaucoup de plaisir!

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Après l'interview, le 16 janvier 2019.

14 janvier 2019

Bastien Lucas : interview pour Fracanusa

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(Photo : Rémi Coignard-Friedman)

J’ai connu artistiquement Bastien Lucas avec un EP 4 titres sorti en 2014, L’autre bout du globe. Puis je l’ai rencontré et vu sur scène car il a participé au Pic d’Or en 2015 (où  il a remporté le Pic d’Argent).  J’ai apprécié ses mélodies mélancoliques, sa poésie et la douceur qui émanait de lui. « Un petit quelque chose du monde de Mathieu Boogaerts qui aurait croisé celui des musiques élaborées d’un William Sheller » explique à juste titre le dossier de presse de l’artiste.

bastien lucas,fracanusa,interview mandorLe voici de retour avec un deuxième album magnifique, Fracanusa, réalisé par Daran (excusez du peu) comprenant 3 chansons qui figuraient sur l’EP précédent (mais remixées) et de nouvelles chansons toutes plus belles les unes que les autres.

Sachez que Bastien Lucas se produira cinq lundis à la Manufacture Chanson, les 28/01, 11/02, 11/03, 25/03 et 08/04 (tous les 15 jours sauf le 25/02 donc). Il jouera aussi son formidable spectacle Mon Cabrel sans guitare le 23/02 au Forum Léo Ferré d’Ivry-sur-Seine.

La mandorisation s'est tenue dans un bar de la capitale, le 12 janvier dernier.

Biographie officielle :

Un détour

Depuis son premier album, Essai, produit par Gabriel Yacoub, et Coup de cœur de l'Académie Charles Cros, Bastien Lucas a préféré apprendre la fugue et la forme sonate au Conservatoire National Supérieur de Musique puis s'est retrouvé professeur agrégé à la Sorbonne...

Un virage

Il y a quatre ans, il décide de mettre l'enseignement de côté pour se consacrer à la création artistique. Il travaille donc la scène, écrit de nouvelles chansons, anime des actions culturelles, accompagne d'autres artistes, et enregistre un album, Fracanusa, réalisé par Daran à Montréal.

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(Photo : Stéphane Merveille)

bastien lucas,fracanusa,interview mandorInterview :

Dès ton plus jeune âge tu as écouté du Souchon et du Cabrel. Ça venait de tes parents ?

Non. Même s’ils écoutaient ce genre de chanteurs, ce sont les premiers artistes que j’ai écouté par choix volontaire, vers l’âge de 6 ans.

Tu comprenais les paroles à ce jeune âge ?

Je sais juste qu’en reprenant Cabrel pour mon spectacle Mon Cabrel sans guitare, j’ai redécouvert ses textes. A cause de ma familiarité enfantine avec son œuvre, je me suis aperçu que pendant longtemps j’avais occulté la vraie signification de ses propos. En me posant la question de choix de chansons, d’arrangements et d’interprétation, j’ai enfin compris la substantifique moelle du sens de ses textes.

Pour ce spectacle de reprises de chansons de Francis Cabrel en piano-voix, tu as réécouté toute son œuvre ?

Oui, cet été. J’ai son intégrale avec aussi des inédits. Ça fait beaucoup de chansons et ça a été très difficile de choisir. Je me suis rendu compte qu’avec juste les tubes, ça remplit déjà deux heures de spectacle, et comme je ne voulais pas uniquement ses succès, les choix furent cornéliens. J’ai essayé de dresser un panorama en essayant de n’occulter aucun album.

Dans ce spectacle, tu parles beaucoup entre les chansons.

J’explique pourquoi j’ai choisi telle chanson et ce que cela m’évoque. Je raconte les anecdotes d’un jeune garçon fan d’un artiste, tout ce qu'on peut faire par admiration pour un répertoire et pour un homme. Entre les chansons, je narre donc mon enfance avec ça… et le public a l’air d’apprécier. J’ai conçu le spectacle pour que les gens qui n’aiment pas spécialement Cabrel puissent apprécier aussi en les réarrangeant exclusivement au piano, ce qui leur donne de nouvelles couleurs.

Clip officiel de "21 décembre".

Parlons de ton album. Les arrangements sont fabuleux !

Merci ! J’ai fait des études d’écriture, d’orchestration et d’harmonie au Conservatoire… j’ai appris à écrire des symphonies. Je considère qu'un album est le lieu pour essayer d'atteindre un peu ça, cet idéal sonore qu'on ne peut pas emporter partout en tournée. C’est pour cela que j’essaie de bien m’entourer. Pour le premier album, j’ai eu comme réalisateur Gabriel Yacoub et Daran pour le second.

bastien lucas,fracanusa,interview mandorTon premier disque sorti en 2007 s’appelle Essai. C’était modeste comme titre.

Il y avait dans ce disque une démarche expérimentale. Gabriel Yacoub, complètement autodidacte de la musique, a mis le bazar dans mes arrangements très écrits. Il m’a déstabilisé, mais j’ai adoré ça et c’est ce que je recherche constamment.

Tu avais la faculté et les connaissances pour faire toi-même tes arrangements, non ?

Oui, mais j’avais peur d’être redondant si j’arrangeais moi-même ce que j’avais composé. Je considère qu’une autre personne verra obligatoirement des choses que je n’aurais pas vues. J’ai beaucoup apprécié ce qu’a fait Gabriel Yacoub de mes chansons.

Et ce qu’a fait Daran dans ton nouveau disque ?

Ça m’a aussi beaucoup plu. Il a un talent fou. Je lui envoyé pas mal de chansons en piano-voix. Il a pioché dans celles qui l’intéressaient et je lui ai donné carte blanche pour qu’il en fasse ce qu’il voulait.

Tu n’as jamais eu envie de mettre ton grain de sel ?

Assez peu. Je réserve ce grain de sel pour des albums que je ferai moi-même. Je cherche les collaborations pour que les gens m’emmènent ailleurs. Ce que j’espérais avec Daran, c’est son savoir-faire rock et qu’il puisse m’amener une nouvelle énergie. Il y a tout de même des chansons douces, mais sur certaines, il m’a aidé à monter en puissance.

Après ton premier disque, Essai, tu as repris tes études de musique. Pourquoi ? (Photo : Rémi Coignard-Friedman)bastien lucas,fracanusa,interview mandor

Pour moi, ce premier album est arrivé presque trop tôt. J’étais en train de finir mes études à Tours, dans un Conservatoire régional, et à la fin de mes études, une de mes profs m’a dit qu’il fallait que je continue et que j’aille à Paris, au Conservatoire. Ce que j’ai fait. J’étais tellement passionné parce que j’y apprenais que je ne voulais pas m’arrêter sous prétexte que l'on me proposait de jouer à droite ou à gauche. Je n’avais pas fini d’apprendre, j’ai donc voulu aller au bout de mes études. J’ai mis du temps à accepter d’arrêter les études parce que j’adorais cette posture d’apprentissage permanent. J’avais besoin de me sentir légitime.

Tu viens de quel milieu ? 

Mon père était artisan, ma mère secrétaire. Ils ont une vision de la carrière qui doit comprendre la sécurité de l’emploi, les diplômes, les revenus réguliers… J’ai pu faire de la musique avec leur bénédiction parce que mes études restaient académiques. Inconsciemment, j’ai dû aussi me dire que je me sentirais légitime si on me donnait des diplômes de musiciens.

A la fin de tes études, tu as enseigné toi-même.

C'était la suite logique de mes diplômes supérieurs : on m’a demandé de donner des cours d’écriture. J’ai donc enseigné la musique en collège, et l'harmonie en fac à la Sorbonne. Enseigner à la Sorbonne, ça m’a fait briller les yeux.

Tu as arrêté d’enseigner assez rapidement. Pour quelle raison ?

Parce que ça me prenait trop de temps et que ça m’empêchait d’avancer dans ma carrière. Il y a quatre ans, j’ai décidé de tout arrêter pour me plonger dans ce deuxième album, Fracanusa.

Filmé à la Manufacture Chanson le 16 mars 2018. "Un tour du moi en solitaire", un spectacle mis en scène par Xavier Lacouture.

Ça veut dire quoi Fracanusa ?

C’est un mot qui évoque le lieu où a été enregistré cet album, c’est-à-dire une espèce de no man’s land entre France, Canada et USA. Ces différentes et très riches cultures ont eu des conséquences dans le son, dans le choix des chansons et dans les arrangements.

Enregistrer les batteries à New York, ça a été une expérience intéressante ?

Ça a été génial parce que le batteur et l’ingé son ne comprenaient rien aux paroles, mais ils étaient complètement dans la musique. Ils s'intéressaient au contenu des grilles, des enchainements, des mélodies. On ne m’avait jamais parlé de mes chansons comme ça. En France, on parle tout le temps du texte, jamais de la musique.

Pourquoi appelles-tu tes chansons des « cantates de poche » ?

Parce que ça évoque le classique et « de poche » parce qu’on est sur des formats courts.

C’est dur pour toi d’écrire des œuvres courtes ?

Non, je me suis naturellement habitué a énormément raboter tout ce qui est musical dans mes chansons. Du coup, je me rends compte qu’il n’y a pas beaucoup de moments musicaux. Dans « Si tu » il y a une longue plage instrumentale entre mes textes, mais c’est l’exception qui confirme la règle. J’ai eu un plaisir fou à privilégier la musique à ce moment-là de ma chanson.

Promoscope filmé par Bastien Lucas et réalisé par Soren pour Utuh.

Dans « Si tu », tu joues beaucoup avec les mots.

Si on considère qu’une chanson, c’est du sens et du son, pourquoi forcément donner le sens au texte et le son à la musique, ça peut-être aussi du son par le texte et du sens par la musique…

La musique et les textes sont très liés ?

Il y a constamment la recherche d’un procédé quand j’écris et compose une chanson. Ça part d’une envie de provoquer quelque chose et ensuite, je cherche les outils pour y aboutir. Mes études m’ont permis d’avoir tous ces outils nécessaires pour arriver exactement là où je veux aller.

bastien lucas,fracanusa,interview mandor(Photo : Cédrick Nöt) Quand on a fait des études de musique, est-ce qu’on n’est pas enfermé dans un carcan ?

Je le craignais, mais avoir fait des études de musique permet en fait d’avoir un panorama plus large d’approches de musique. C’est plus agréable de se dire qu’on transgresse une règle parce que l’effet produit est bien, que d’avoir un truc qui a l’air de marcher, mais dont on n’est pas sûr qu’il n’y ait pas mieux. Avoir cette base de compréhension me permet d’aller partout et de solutionner beaucoup de problèmes.

Tu es un chanteur avec souvent des chansons calmes, tu as voulu changer ça pour cet album ?

Oui, parce que je me suis rendu compte que ma passion pour l'harmonie et la mélodie m'a trop souvent fait vibrer pour des choses belles mais calmes. J'ai essayé de travailler davantage sur le rythme pour aider ce contenu musical à emporter davantage le public. Mais cette puissance ne se joue pas forcément dans le volume sonore.

Tu vas donc emmener une batterie ou des machines sur scène par exemple ?

Absolument pas. Pour moi, ce serait une fausse énergie. J’essaie d’être à l’échelle des lieux dans lesquels je joue. En concert, quand il y a le son de l’album grâce à des machines, je trouve que ça sonne faux et que ça crée une distance avec le public. Je veux être naturel et ne pas avoir un mur de son.

Je ne comprends pas que tu n’aies pas plus de notoriété que ce que tu as. T’étonnes-tu de ne pas être plus connu ?

Répondre par l’affirmative serait hyper prétentieux. Je suis juste persuadé, au moment où j’écris une chanson, qu’elle pourrait faire du bien à beaucoup de gens. De temps en temps j'écris une chanson un peu audacieuse, mais la plupart du temps, j’ai juste l’impression de faire de jolies choses avec un petit contenu.
Je me dis que ce serait bien que cela circule un peu plus. J’ai l’impression que mes chansons pourraient être « populaires » et je me questionne sur le fait que ça ne passionne pas les pros ou le public. Ce disque, je n’ai pas pu le sortir avec un label. Je m’en étonne, c’est tout.

Je trouve que tu es le nouveau William Sheller. Tu le prends comment ?

Je trouve la comparaison flatteuse. On a un point commun. On fait de la musique exigeante à écrire, mais pas exigeante à écouter. C’est un artiste très bien considéré qui a composé et écrit des chansons qui resteront dans l’histoire de la chanson française. Ce qui est drôle, c’est que ce n’est absolument pas une référence pour moi. Je suis plus Cabrel que Sheller. Bizarrement, ça me fait plaisir de ne pas ressembler à celui que j’ai écouté le plus.

Dans « Pourquoi », tu chantes différemment. On saisit l’étendue de tes capacités vocales.

En bossant avec Daran, je m’attendais à ce qu’il me pousse plus souvent, parce que c’est ce que j’adore dans sa voix. Il n’a rien fait dans ce sens. Parfois, dans les musiques que j’ai envie de faire, j’aimerais que ma voix aille plus loin. J’ai donc pris des cours de chant pour chanter plus.

bastien lucas,fracanusa,interview mandor

Pendant l'interview...

bastien lucas,fracanusa,interview mandorTu as travaillé ton spectacle solo avec Xavier Lacouture.

Il m’a beaucoup questionné sur l’interprétation et je le ressens maintenant sur scène. Comment être autre chose qu’un simple instrumentiste de la voix ?

Quand tu parles d’amour, tu es très pudique. Je trouve que tu ne te livres pas beaucoup…

Avant, je faisais beaucoup de jeux de mots dans mes chansons pour détourner un peu l’attention. Ça me permettait de me cacher derrière et surtout, que les gens qui écoutent puissent se faire leurs images personnelles. Aujourd’hui, je fais en sorte d’être un peu plus franc du collier tout en ne mettant pas trop de détails. Il faut que chacun puisse s’y retrouver.

Dans tes chansons toujours un peu mélancoliques, il y a tout de même un peu de rayon de soleil à la fin.

Tu as raison. Dans mes chansons, il n’y a jamais de fin triste, il y a toujours une acceptation. J’aime creuser dans mes moments un peu tristes  pour repérer ce qu’il y a de beau dedans. Ce qui me motive dans une chanson, c’est quand il y a une contradiction, parce que je vais essayer de réconcilier cette contradiction pour voir que c’est ça qui rend la vie aussi riche..

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Après l'interview le 12 janvier 2019.

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11 janvier 2019

Loft Music sur Sud Radio : Emission spéciale France Gall

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49151024_2229995253993631_8131034602190929920_n.jpgSi le 7 janvier marque dans notre pays le jour de commémoration de l'attentat de Charlie Hebdo, c'est aussi le premier anniversaire de la mort de France Gall. La chanteuse a succombé à un cancer, il y a tout juste un an, à l'âge de 70 ans. Sa mort a fait sombrer la France dans une tristesse insondable, quelques semaines seulement après le décès de Johnny Hallyday.

Pour ce triste anniversaire, Yvan Cujious, a voulu marquer le coup dans son émission Loft Music sur Sud Radio. Il m’a demandé de venir parler de France Gall en tant qu’auteur du livre L’aventure Starmania et spécialiste de la chanson française. J’ai évidemment accepté l’invitation (j’aime beaucoup Yvan), mais je ne suis pas venu seul. Avec la permission de la production de l’émission, j’ai emmené avec moi un grand ami de France Gall, l’auteur-compositeur-interprète Peter Lorne et les chanteuses Centaure et Francoeur. Etaient présents  aussi pour cet hommage, l’un des chanteurs de la comédie musicale Résiste, Victor le Douarec, et le formidable Tété.

Nous avons enregistré l’émission le 14 décembre 2018 au Studio Luna Rossa, mais l’émission n’a été diffusée que le 7 janvier 2018…

Pour l’écouter, il faut cliquer ici (vous n’allez pas le regretter).

Vous le savez, j’aime beaucoup vous montrer les coulisses du métier. Voici quelques photos de l’enregistrement. Les plus belles sont signée Didier Venom.

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Centaure et son musicien monsieur Marion.

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Francoeur, chanteuse-harpiste.

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Centaure shootée par Didier Venom en plein live (avec Francoeur et Victor le Douarec).

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Centaure shootée par Didier Venom en plein live (avec Victor le Douarec).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Centaure).

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Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Dider Venom).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Centaure)

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Avec Peter Lorne (photo Didier Venom).

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Mais que fait ce livre ici?

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Avec Peter Lorne et Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Victor le Douarec en plein live (photo Didier Venom).

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Victor le Douarec en interview (photo Didier Venom).

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Victor le Douarec en pleine réflexion (photo Didier Venom).

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Tété chante France Gall (photo Didier Venom).

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Francoeur lors de l'interview (photo Didier Venom).

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Francoeur toujours (photo Didier Venom).

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Francoeur toujours (photo Didier Venom).

Vous pouvez écouter sa superbe et étonnante prestation de "J'ai besoin d'amour" (extrait de Starmania) en version harpe voix. Cliquez ici!

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Centaure lors de l'interview (photo Didier Venom).

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Centaure et Marion (photo Didier Venom).

Vous pouvez écouter leur brillante prestation de "Diego (libre dans sa tête)". Cliquez ici!

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Tété et ses musiciens.

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Avec Centaure (photo : Didier Venom).

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Avec Yvan Cujious (photo Didier Venom).

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Avec Francoeur, Yvan Cujious, Peter Lorne, Centaure et Marion (photo : Didier Venom)

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Bonus :

La mandorisation de France Gall en décembre 1995 pour sa comédie musicale Résiste.

Pour le Huffington Post, je raconte mon rendez-vous manqué avec France Gall.

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Avec France Gall le 3 septembre 2015 (®Bruck Dawit)

04 janvier 2019

Mayerling : interview pour Paranoïa

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

Je ne connaissais pas Mayerling avant de recevoir son nouvel EP. Je l’ai écouté un dimanche, jour de la semaine où je me penche sur toutes les nouveautés reçues récemment. J’avais entendu bon nombre de disques un peu « classiques » et pas vraiment dynamiques avant celui-ci. Donc, soudain, sa pop electro rock inspiré m’a fait du bien. J’ai un peu googlelisé l’artiste et me suis aperçu qu’il n’était pas un débutant. Si six ans et demi séparent les deux premiers albums de Mayerling (en vrai, Rodolphe Bary), un peu plus d’un an après la parution de I Live Here Now, il propose un EP absolument formidable, Paranoïa. Vraiment efficace. J’ai appelé son attachée de presse, amie de moi (Flavie Rodriguez) pour caler une interview très rapidement. Ainsi fut fait le 19 décembre dans une brasserie située en face de la Gare du Nord.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorMini biographie (officielle):

Projet musical mené par Rodolphe Bary, Mayerling apparaît une première fois dans la compilation Ceux Qu’il Faut Découvrir du magazine Les Inrockuptibles, avec le morceau « Countdown ». Instru électro-rock et mélodie pop, le style sera développé dans Confession, premier album sorti en 2011 et remarqué pour « sa pléiade de morceaux hypnotisants ». À l’hiver 2017 sort I Live Here Now, deuxième album où le parisien propose un voyage plus personnel, entre psychédélisme et pop 80’s, qui séduit la critique. Les radios locales soutiennent la sortie du disque et trois titres sont diffusés sur FIP.

Le disque (argumentaire officiel) :mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

Pour ce nouvel EP Paranoïa, Rodolphe s’entoure de trois chanteuses - Marie Derouet, Suzie et Aleea – et change de langue. Le passage au français se fait naturellement, les thèmes abordés fleurent bon le malaise romantique et les désillusions modernes. Pour le reste et comme d’habitude chez Mayerling, riffs de guitares et lignes de basse se promènent autour de boîtes à rythmes qui ne cherchent pas la complication. C’est binaire et rock au premier plan, les synthés prennent la profondeur. L'EP démarre sur le très direct titre éponyme, morceau rapide au riff entêtant où couplets pop et refrains disco s’enchaînent. Projetés dans l’euphorie ambiante, les chœurs chantent la folie et l’amertume, et le tout sonne un peu comme si Abba avait pris conscience du monde qui l’entoure.

On reprend son souffle sur l’intro des « Souvenirs de Toi », apaisé par une basse mélodique et des synthés planants. Accalmie de courte durée où l’on profite de la voix d’Aleea, qui portera cette romance empoisonnée jusqu’à son final intense et submergé d’arpégiateurs. Les machines prennent alors ouvertement le contrôle sur « Meteor », titre héritier des grandes époques synthétiques, électro deep et hédoniste, qui nous promet l’apocalypse. Dansons une dernière fois, avant de disparaître. L’EP se referme sur « Ombre violente », autofiction poignante sur la violence sociale, une chute au ralentie, bercée de nappes romantiques. Une ballade envoûtante à l’image d’un disque qui, sous ses airs de pop bien léchée, nous injecte une dose de folie, d’amour et de souffrance.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorInterview :

Tu as commencé à faire de la musique avec l’excellent François Gauer (mandorisé là en 2012) dans le groupe Folks.

J’ai appris à jouer de la basse en autodidacte à l’âge de 14 ans. A cette époque, j’adorais Metallica et je pensais que les gros sons de guitares du groupe étaient de la basse. Quand mes parents m’ont acheté une basse, j’étais dégouté (rires). Je l’ai tout de même utilisé et ça m’a permis de faire des groupes. J’ai rencontré François Gauer et on a fait du rock indé. De 15 à 20 ans, on n’écoutait que ça.

En parallèle de ta collaboration avec François Gauer, tu as commencé à créer tes propres compositions.

C’était du rock assez simple, avec des beats un peu marqués, des guitares Lo-Fi et une touche d’électronique. J’aime bien le bruit et travailler les matières sonores un peu crades. Même si dans ma musique d’aujourd’hui il y a un côté disco, un côté un peu léché, je n’aime pas que ce soit trop propre. J’aime les aspérités.

De musicien, tu as ajouté l’option « chanteur ».

Au départ, je ne chantais pas. J’ai commencé à chanter par nécessité pour mon précédent album en anglais. Je ne me considère pas comme un chanteur.

Aujourd’hui, dans ce nouveau disque, tu chantes en français.

Oui, et j’adore ça. J’écoutais très peu de musique française à part Serge Gainsbourg et Sébastien Tellier qui avait déjà un côté anglo-saxon dans la composition.

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Tu n’as jamais écouté de chanson française dans ta jeunesse ?

Mon père écoutait tout le temps Brel et Brassens. C’était mon seul contact avec la musique française. Mais  s’il faut parler de mes influences, on peut plus évoquer les Pixies ou dEUS.

Pourquoi chantes-tu en français alors ?

J’ai commencé pour le premier morceau, « Paranoïa ». J’ai trouvé que c’était plus simple d’écrire les paroles dans ma langue, de plus, j’ai constaté que cela voulait dire vraiment quelque chose. Avant, j’écrivais en anglais plus pour remplir mes mélodies. Voyant que j’arrivais à écrire pour le premier titre, j’ai continué pour les autres. Ça a été un vrai plaisir. Je suis sûr de ne jamais revenir en arrière.

Comment travailles-tu ?

Je pars toujours de machines : des samplers, des synthés… je me prends la tête avec cette base-là, puis j’ajoute de la basse, de la guitare. Ensuite j’enregistre les mélodies de chant sur un synthé et j’écris le texte. Je construis tout en même temps, en parallèle.

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

C’est un jeu pour toi de faire de la musique ?

Oui. C’est hyper ludique. Je me sens bien quand je fais de la musique. Quand je suis dans un studio à travailler du son, je peux perdre complètement la notion du temps. J’ai du  mal à redescendre sur Terre. Pour reprendre ma vie normale avec ma femme et mon fils, il me faut un temps d’adaptation d’un quart d’heure.

Je trouve que tu as un sens aigu de la mélodie.

C’est fondamental d’avoir des mélodies efficaces. Je ne peux pas rester sur un morceau qui n’a qu’une mélodie moyenne.

Ta musique est  un mélange de pop, de disco, d’electro, de rock…

C’est marrant, j’ai l’impression de faire plus de rock que ce que les gens me renvoient de ma musique. On ne se voit pas toujours dans la case où on est.

Cherches-tu à faire de la musique « populaire » ?

Je ne travaille pas dans ce sens, mais j’aimerais plus passer à la radio, c’est certain. Je sais que les programmateurs ont une pile de disque en attente de la hauteur de la Tour Eiffel. C’est difficile, car nous sommes nombreux.

Ta musique est enjouée, mais tes textes ne sont pas très gais.

Ce n’est pas simple d’écrire des choses légères. Au cinéma, une bonne comédie, c’est dur à faire… c’est pareil pour une chanson. Parfois, je joue sur le décalé et l’humour noir, comme dans le clip de « Paranoïa ». Dans mes chansons, il y a toujours un côté grinçant.

Clip de "Paranoïa".

Ce clip réalisé par Robin Plessy est détonnant.

Les gens qui le regardent adorent. Le comédien principal est génial. Il n’y a que lui qui pouvait endosser un tel rôle.

C’est toi qui as écrit le script ?

Avec Robin, on a déliré pendant trois heures en créant cet univers. A partir de ça, j’ai construit un clip un peu plus précis.

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Pendant l'interview...

Dans ta bio officielle, j’ai lu que « les thèmes abordés fleurent bon le malaise romantique et les désillusions modernes. »

Parce que j’écris sur le monde des hommes. Je trouve intéressant que dans un disque pop avec des airs très attrayants immédiatement, il y ait des textes qui t’incitent à creuser en profondeur.

La première fois que j’ai écouté ton disque, je me suis laissé emporter par la musique. Ensuite, j’y suis revenu pour écouter les textes.

Ça me fait plaisir parce que je viens de ça : la musique pop. Le fait que tu sois d’abord pris par la musique et les mélodies, c’est ce que je souhaite. Je ne fais pas de la chanson à texte, donc je ne peux pas me vexer de ça.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorParle-moi de ta pochette.

Elle a été faite, comme pour mon précédent disque, par un duo d’illustrateurs qui s’appelle Hublot. Ils sont venus avec trois propositions et j’ai choisi celle-ci. Je la trouve très liée à la chanson « Ombre violente ». Le mouton de la pochette est en fait un humain qui est pris par une autorité sans visage. Dans « Ombre violence » je parle de la violence que tu subis dès  l’enfance à l’école et dans tous les groupes sociaux dans lesquels tu évolues après. Ça peut être l’entreprise ou une autre structure. Il y a toujours une violence latente qui va te construire. Moi, j’ai toujours ressenti ça. Cette pochette est donc liée à ça.

Mayerling, c’est un groupe ou c’est toi ?

C’est moi, mais entouré. Il y a trois femmes qui chantent dans ce disque. Ma compagne, Marie Derouet. Elle chante sur « Paranoïa », « Meteor » et « Ombre violente ». C’est la première fois que l’on enregistre ensemble pour Mayerling. Il y a aussi Suzie qui chante sur « Paranoïa ». J’espère qu’elle chantera un autre titre sur mon album à venir. Enfin, il y a Aleea. Elle était ma pote à la fac. Je savais qu’elle chantait, mais nous n’avions jamais eu l’opportunité de le faire ensemble. C’est fait dans « Souvenirs de toi ». Je suis hyper content du résultat, donc je vais également lui demander de participer à mon prochain album.

Tu parles de ton prochain album. C’est officiel ?

Oui. Je suis déjà en train de le construire. Je ne veux pas faire passer trop de temps entre cet EP et lui.

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Après l'interview, le 19 décembre 2018.

02 janvier 2019

Leïla Huissoud : interview pour Auguste

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leïla huissoud,auguste,interview,mandorLongtemps armée de sa seule guitare et de sa voix magnifique, Leïla Huissoud nous revient aujourd’hui, accompagnée d'une dizaine de musiciens, pour un majestueux deuxième album, Auguste. « Ceux qui connaissent cette artiste le savent bien, son personnage scénique est un mélange de drôlerie, d’attitudes naturelles et de spontanéité quand elle interagit avec son public. Lui est alors venue l’idée de grossir ce trait comique qu’on lui prête et reconnecter avec ses années passées en école de cirque renouant avec l’Auguste, ce contrepoint du clown blanc » explique le dossier de presse*.

A l’écoute de ce disque important, on constate que la supposée fragile et innocente chanteuse ne l’est pas tant que ça, elle serait plutôt la reine de l’autodérision à l’humour grinçant et à l’engagement social déterminé, le tout enrobé d’émotions en tout genre. « Le drôle s’accommode du cruel, l’émouvant du sarcastique. Les états d’âmes personnels de son premier disque ont laissé la place aux histoires sentimentales »*.

Incontestablement, Leïla Huissoud est déjà une grande.

Le 20 décembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Studio des Variétés pour  une première mandorisation (il était temps !)

Argumentaire de presse (officiel) :leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Après un premier album live (L’ombre) qu’elle a voulu très intime et dépouillé, Leïla Huissoud, bercée par Brassens, Moustaki ou Barbara, continue à s’engager dans un style résolument chanson qui laisse les paroles au premier plan et ne s’encombrera pas du kick-électro omniprésent dans les productions contemporaines. L’hommage est plutôt à trouver du côté du jardin d’Henri Salvador, du haut-de-forme d’Agnès Bihl et de la baraque à frites de Thomas Dutronc.

De l’intimité de la mort à la malice d’un vieux couple, de la lâcheté des projecteurs à la révolution du corps, Auguste traite tout de travers. Leïla Huissoud dramatise et dédramatise, questionne tour à tour la place de l’artiste de scène, la famille qui s’éloigne, l’ambition qui s’efface devant la routine, la Suisse, les victimes de Brassens… et l’amour pendant les règles. La femme a grandi et ne s’encombrera pas de tabous pour parler de toute la vie avec tendresse. C’est donc pleine d’autodérision grinçante que Leïla Huissoud joue, en se promenant sur le fil des clichés du spectacle et des sentiments.

Si « chanter ça ne change rien du tout » alors autant le faire de manière spectaculaire : Leïla Huissoud s’élance dans la vie avec les lacets attachés et vous êtes conviés à la chute. Beau et bancal, Auguste présente des chansons avec une larme à l’œil et de très grandes chaussures rouges.

Son site.

Sa page Facebook.

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leïla huissoud,auguste,interview,mandorInterview :

Tu passes d’un premier disque enregistré en live à un disque bien produit avec beaucoup de musiciens.

L’ombre ayant eu un accueil positif, j’ai pu avoir des moyens plus importants pour enregistrer ce deuxième album. De plus, j’avais besoin et envie de ne plus être complexée par ma musique. Je ne voulais plus m’excuser de cette partie-là de mon travail. Autant je pouvais défendre mon écriture, même la jeunesse de mon écriture, mais la musique restait juste un support pour pouvoir chanter mes textes. J’ai conscience de ne pas avoir de compétence musicale, alors j’ai fait appel à Nicolas Vivier pour la direction artistique et Simon Mary pour tous les arrangements.

Simon Mary a décoré tes chansons alors ?

Plus encore. Ayant conscience de mes lacunes, je l’ai autorisé à bouger mes compositions. Il me proposait des idées et le plus souvent j’acceptais parce qu’elles étaient belles. Je suis fière qu’il ait accepté de travailler avec moi et qu’il ait obtenu un si beau résultat. Je l’ai beaucoup observé pendant la réalisation de l’album pour tenter d’apprendre son savoir.

Pourquoi avoir choisi Simon Mary ? leïla huissoud,auguste,interview,mandor

Je l’ai beaucoup vu sur scène avec Alexis HK. Je suis fan de ce qu’il fait et la contrebasse est un instrument qui me plait beaucoup. Pour moi, dans la chanson, la contrebasse c’est le Graal. Faire arranger mon disque par un contrebassiste m’a paru très intéressant.

Il te connaissait ?

Non. Il a écouté un peu ce que j’avais fait auparavant et il a accepté de me rencontrer. Rapidement, on a tenté un premier titre, qui est le premier de l’album : « La farce ». Je lui ai envoyé un guitare-voix et il m’a renvoyé la chanson avec les arrangements. C’était fou ! J’ai mis mon casque, j’ai écouté la chanson et je me suis mise à pleurer de joie. Il y avait tout. Je lui avais donné deux, trois indications, pas grand-chose, et lui a tout compris immédiatement.

Et après ?

Je lui ai demandé s’il voulait bien continuer pour tout le disque… et c’était parti pour six mois de collaboration.

Clip officiel de "La farce".

« La farce », c’est une entrée en piste, non ?

Exactement. Je voulais une chanson qui ait du panache. Elle parle de l’engagement des artistes. Je me rends compte que l’on me félicite beaucoup de mon culot et de mes petits engagements. Il faut relativiser ça parce que je joue devant un public dont je suis presque certaine qu’il va aller dans mon sens et qu’il va être d’accord avec ce que je dis. J’ai l’impression que je me foutrais de la gueule du monde si je faisais semblant de prendre des risques. Dans « La farce », je me pose la question de savoir si un artiste prend vraiment des risques quand il chante des chansons dites « engagées », mais dans la bien-pensance, devant un  public acquis à sa cause.

Tu désacralises le métier de chanteuse dans certains textes. Dans « La chianteuse » par exemple.

Tout l’album découle de mes deux précédentes années où j’ai découvert le milieu de la chanson et ses acteurs. Je me suis pris une énorme baffe. Pour être claire, j’ai été super déçue. Bizarrement, ce deuxième album, qui est vraiment parti de cette déception avec la colère comme énergie, a tout changé. J’ai travaillé avec des personnes sérieuses et bienveillantes. Elles ont apaisé mes sentiments négatifs.

Es-tu comme tu te décris dans « Chianteuse » ?

Non. Il me semble être plutôt cool, mais je l’ai assumé pour moi. Sur scène, j’incarne donc ce personnage. J’ai écrit cette chanson sans trop réfléchir et très rapidement. Chianteuse, c’est une vanne que j’ai entendu quand j’ai découvert le métier, alors j’ai eu un peu honte d’être allée vers cette facilité-là tirée du jargon des musiciens. Je deviens de plus en plus féministe et je m’en suis voulu d’avoir « portraitisé » certaines chanteuses ainsi. Pour dire la vérité, je trouve que c’est un des textes les plus faibles de l’album, mais l’arrangement de Simon Mary en a fait une des meilleures finalement.

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(Photo : Marcel Aumard)

Tu as vraiment été malheureuse avant ce nouveau disque ?

Oui, vraiment. Je n’avais pas capté qu’il y avait autant d’acteurs autour de l’artiste et qu’au final il est une toute partie du milieu. Ceux qui entourent les artistes manquent de bienveillance. Ils nous mettent dans une situation de concurrence qui n’a pas lieu d’être. Tout nous pousse à se demander comment plaire au lieu de se demander comment faire quelque chose de bien. Du coup, beaucoup d’artistes font des chansons qui sont éloignées d’eux, parce que c’est ce qui plait en ce moment. De plus, ils le font mal parce que ce n’est pas du tout ce qu’ils savent et ont envie de faire.

La concurrence dont tu parles, n’existe-telle pas dans tous les métiers ?

Certainement, mais moi, je préfère me mettre au service de la chanson. Je n’ai pas l’impression que quand un artiste marche, l’autre ne va pas marcher. Au contraire, on se tire vers le haut. Quelqu’un comme Gauvain (Sers), il a pris plein de « petits » artistes pour ses premières parties, dont moi alors qu’on ne se connaissait pas. Il a fait l’effort de donner un peu de son succès aux autres, c’est généreux. Aujourd’hui, quand je dis que je fais de la chanson française, on ne me rapproche plus de Louane,  mais de Gauvain Sers, ce que je préfère de loin. J’estime avoir un vrai projet « chanson » plus qu’un projet « variété ». Il faut que la variété continue d’exister, mais j’aime que l’on fasse le distinguo entre ces deux identités différentes.

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(Photo : AUUNA / Alexandre Fournel)

C’est quoi la différence entre la chanson et la variété ?

Elle se voit surtout sur scène. Quand on fait de la chanson, on n’a pas l’obligation d’être un divertissement.

Et pourtant, je connais des artistes qui font de la chanson qui me divertissent…

Oui, c’est vrai. Moi, on m’a reproché sur le premier spectacle de ne pas faire de rappel. Je partais sur la dernière chanson, avant la fin de la musique.

Pourquoi ?

C’était une mise en scène qui allait avec ma chanson. Quand tu fais de la variété, tu ne peux pas te permettre cela. Je rapproche la variété du cinéma. J’adore aller voir la dernière comédie romantique de l’année, ça me permet de ne pas réfléchir et de passer un bon moment. Je sais la fin au bout de cinq minutes de film et ça me va bien. Pour moi, la variété est là pour qu’on aille à un concert dans cette optique. Se faire plaisir en posant son cerveau… ou pas. Avec la variété, j’estime qu’il y a l’obligation de passer un bon moment. Moi, je pense que quand tu vas à un concert de chansons, tu peux sortir avec le bide en vrac et pas bien. Au moins, ça a créé quelque chose en toi. La chanson doit éduquer et faire réfléchir. C’est ce que je cherche à provoquer en tout cas.

Je suis désolé de te dire que ton disque m’a aussi divertit.

Je ne me dis jamais : « surtout, il ne faut pas que les gens ce divertisse », mais je ne veux pas provoquer que ça. Je préfère voir des gens un peu fébrile après un concert, qui sont agacés par ma fin, que j’ai un peu piqué… alors, je me dis que j’ai réussi.

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(Photo  : Denis Charmot)

Sur scène, joues-tu un personnage ?

J’ai fait beaucoup de cirque, donc j’ai abordé le spectacle par ce biais-là. J’ai toujours eu envie de faire comme si j’étais sur la piste. J’ai toujours besoin d’amplitude, d’envois vers les gens, d’une projection violente à 360°.

Tu as des chansons dont les sujets sont peu évoqués par les autres artistes. « En fermant les yeux » parle de la masturbation féminine, « Un enfant communiste » (chantée en duo avec Mathias Malzieu) parle de faire l’amour avec une femme qui à ses règles…

On dit souvent qu’on a écrit sur tout. Je ne sais pas si ces deux sujets ont déjà été évoqués, mais j’ai tenté quand même de le faire le plus sincèrement possible… et, j’espère, le plus subtilement (rires).

A travers une collaboration entre les projets lyonnais The Toolshed Studio, Spline Studio, Kosmic Webzine et Woodlark studio, Leïla Huissoud présente “le vendeur de paratonnerres” tiré de son album : Auguste.

« Le vendeur de paratonnerres » est une chanson réponse à « L’orage » de Georges Brassens.

Ca faisait longtemps que j’avais envie de reprendre un morceau de Brassens sur scène ou de l’évoquer d’une manière originale. Mais il y a eu tellement de beau spectacle autour de sa personne que je n’osais pas.

Celui d’Alexis HK, Georges et moi (mandorisé là) était extraordinaire !

Je l’ai vu trois fois. C’était incroyable !

Et donc cette chanson ?

Ce texte est le seul qui n’est pas de moi, mais de Nicolas Vivier. Un jour, je l’ai entendu chanter cette chanson à la guitare. J’ai lourdement insisté pour la lui piquer parce que je trouvais que c’était l’angle idéal pour rendre hommage à Georges Brassens. Ce côté hommage, mais foutage de gueule, si on a vraiment écouté Brassens, on ne pouvait pas rêver mieux. Cela n’aurait eu aucun sens de faire un léchage de postérieur endeuillé et tristounet.

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(Photo : AUUNA / Geoffrey Saint-Joanis)

Ton album n’est pas triste, lui, en tout cas.

C’est gentil de me dire ça. Je suis fière qu’il ne le soit pas. Comme beaucoup d’auteurs, j’écris plus facilement dès que je parle de sujets tristes. Les gens sont plus touchés par les chansons tristes, alors écrire des textes qui ne le sont pas, dans lesquels ils vont se reconnaitre et qui vont les émouvoir sans être plombés, ça me rend heureuse.

Tu envisages ton métier comme une mission ?

C’est la place où je me sens la moins inutile, la moins encombrante en tout cas. Je fais partie d’une génération un peu paumée. Je ne savais pas trop où je voulais aller artistiquement. Je suis devenue chanteuse un peu par hasard, ce qui me pose un problème de légitimité. J’y travaille.

L'EPK de l'album Auguste.

Je sais que tu n’aimes pas que l’on parle de ton physique.

Je déteste que l’on me dise que je suis mignonne. J’ai envie d’être une femme de scène comme peuvent l’être Juliette (mandorisée ici) et Evelyne Gallet (mandorisée là). Ces femmes apportent tellement à la chanson. Quand je les ai vues sur scène, j’avais envie d’être une « bonne femme ». Mon éventuelle sensualité ne m’intéresse pas. Sans perdre mon côté féminin, je le répète, je veux avoir leur côté « bonne femme ». Angèle et Pomme sont aussi de beaux exemples de nanas qui assurent et qui ont une forte personnalité.

Pourquoi ne voit-on pas ta tête sur la pochette d’Auguste ?

Mes nouvelles chansons sont moins premiers degrés que celles du premier album. Je m’y racontais beaucoup. C’était des histoires de jeunes filles. Auguste est un album que l’on peut réécouter plusieurs fois pour que chacun puisse se faire sa propre mosaïque. Avant, j’avais envie que l’on comprenne mes textes, à présent, je préfère que les gens comprennent ce qu’ils ont à comprendre.

Cela n’explique pas pourquoi on voit juste ta gorge sur la pochette.

Si j’avais montré ma tête, cela aurait déjà donné une interprétation de l’album. Si on m’avait vu sourire, on aurait attendu des chansons joyeuses, si on m’avait vu triste… enfin, tu as compris le truc.

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(Photo : David Desreumaux)

Faire la couverture d’Hexagone, en compagnie d’Alexis HK (mandorisé récemment là), ça te prouve que tu es acceptée dans la famille de la chanson d’aujourd’hui ?

C’est très encourageant en tout cas. David Desreumaux, qui dirige la revue, est quelqu’un de doux et bienveillant. Il savait que j’adorais Alexis HK, donc il a estimé que ce serait bien de me faire poser avec lui, sachant que nos albums sortaient presque en même temps et que ça me ferait plaisir. C’est un geste gentil et c’est une des choses qui me réconcilie avec le métier.

Tu te sens accepté par le métier ?

Oui, même si j’ai un peu ramé parce que je suis arrivée là par le biais de The Voice. Le milieu de la chanson indé aime moyennement ça. Aujourd’hui, je crois avoir trouvé une place…

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Pendant l'interview, le 20 décembre 2018, au Studio des Variétés.

Bonus : Le reportage de mon ami Frédéric Zeitoun sur Leïla Huissoud pour Télé Matin diffusé début avril 2019.

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