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17 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle (10): Interview Flavien Berger

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandor« Flavien Berger surprend et interpelle pour finalement nous charmer. En jouant avec les mots pour créer des histoires d’amour, en testant des sons tourbillonnants, le compositeur autodidacte s’est fait rapidement un nom en apportant un vent de fraicheur à la scène française. Flavien Berger, membre du Collectif sin~ travaillant sur l’expérimentation, a toujours été intéressé par le bidouillage de machines pour en sortir des sons. Sur ce point, c’est assez difficile de définir son style : Il va au-delà, mélangeant francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorhabilement les passages effrénés et les longues plages de synthétiseurs. Écouter toutes ses sorties ou le voir jouer sur scène confirme son génie à emmener le public dans une expérience émotionnelle profonde, pleine d’imagination.
Il a joué le 14 juillet prochain sur la scène du Théâtre Verdière. Dans la journée, il est passé à la salle de presse pour me parler de ce concert et de son nouvel album (près d’un an après Contre-Temps, sorti l’année passée), Radio contre-temps, une collection de morceaux issus du processus de création de l’album précédent.

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorInterview :

C’est important pour toi ce premier FrancoFolies ?

Je vais te paraître ingrat, mais aucun festival ne me fascine, parce que ce n’est pas du tout ma culture. Avec les Francos, je n’ai pas un rapport très sacré. Après, je découvre ce monde et ce milieu et ça me plait beaucoup parce qu’en effet, quand j’arrive et que je vois des photos de concerts qui ont eu lieu depuis plus de 20 ans, je me dis qu’il s’est passé des choses. De plus, on est fort bien reçus.

Les photos des personnes « mythiques » t’impressionnent?

« Mythiques »… il faut faire attention avec ce terme. Pour moi, aucun homme n’est sacré et

personne ne m’impressionne.

Quand as-tu commencé à faire de la musique ?

Peut-être à partir du moment où j’ai commencé à l’écouter. Et puis, il y a un jour ou ça se développe, ou on se met à produire et à enregistrer. Mon système d’annotation n’était pas par la portée, parce que je ne connais pas le solfège, il a été par le data, la mémoire… j’ai découvert la composition musicale sur ma Playstation 2.

Le fait de ne pas connaître le solfège permet d’aller là où ne vont pas les autres ?

Je ne sais pas. Connaître la musique permet aussi d’aller dans des territoires encore plus précis.

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Quand tu es à pparu en 2015 avec ton premier album Léviathan, tu es devenu francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorimmédiatement l’artiste du moment, un peu à part.

Je m’en foutais un peu. J’étais ravi des retours que l’on me faisait et des mises en avant que j’avais dans certains médias, mais la case de celui qui monte, c’est une case… et les cases me font peur parce qu’une fois qu’on y est, on ne peut qu’en sortir. Je me protège beaucoup d’une possible descente après une ascension. Je crois beaucoup à la racine Huzohide et à l’oscillation. On ne peut pas être dans une croissance et une progression constante. Une carrière, c’est du travail, de la patience, mais je n’ai pas d’attente sur ce métier. Ce n’était d’ailleurs pas un métier que je voulais faire et je ne le ferai certainement pas toute ma vie.

J’ai l’impression que tu as un sérieux détachement sur le milieu musical…

Pour moi, la musique sert plus à rencontrer des gens, à avoir des expériences. Je fais de la musique seul, pour ensuite travailler à plusieurs, que ce soit sur le live et sur la finition de l’album. Ce qui m’arrive, je n’en suis pas détaché, contrairement à ce que tu penses. C’est gratifiant, mais je ne suis pas dans un storytelling de l’artiste qui mène son petit bout de chemin, guitare au dos. Je m’intéresse juste à la création en soi.

francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorJe suppose que tu n’aimes pas trop les interviews.

Si, j’aime bien. J’ai un côté narcissique qui aime bien parler de moi et de mon travail. Je fais juste attention à ne pas mettre mon image en avant. Ça me fait plaisir de parler à des gens qui en ont fait la demande, comme toi. Je ne vois pas pourquoi je refuserais.

Tu viens de sortir un nouvel album, Radio Contre-Temps qui est le pendant du précédent, Contre-Temps.

C’est un disque corollaire à l’album précédent en effet. J’avais une folle envie de sortir un disque en deux semaines. Avec mon label, c’est ce que nous avons fait. Radio Contre-Temps est un disque commenté qui s’adresse à celui qui l’écoute.

Expliquer un disque, ce n’est pas démythifié le truc ?francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandor

J’explique ce que j’aurais aimé qu’il y ait, mais qu’il n’y a pas. J’explique ce que j’aurais aimé faire, mais que je n’ai pas fait. Après, je suis d’accord avec toi, le mystère est hyper important. C’est primordial de ne pas tout donner, de ne pas tout expliquer, de ne pas tout montrer.

On ne peut pas dire que l’on te voit beaucoup dans les médias. On ne sait rien de toi, de ta vie…

Ma vie n’est pas très intéressante. Ce n’est d’ailleurs pas ce que je fais de mieux. Je préfère que l’on creuse les discutions artistiques et culturelles et plus largement politiques.

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorAux Francos, vous êtes combien sur scène ?

Nous sommes 5… mais je suis le seul humain. Je suis entouré de fantômes. Si tu viens au concert, tu auras l’occasion de les voir tourner. Ce sont des présences que j’ai toujours eu dans la tête, mais qui sont matérialisées aujourd’hui. Je suis le seul à faire de la musique, ils se contentent de tourner et de danser.

Tu as un monde imaginaire intense en toi ?

Oui, et que j’ai l’intention de matérialiser un jour dans l’espace physique. La musique c’est physique. Ce sont des ondes qui percent l’air et qui font bouger les molécules. La musique, c’est de la communication à travers de la matière.

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Après l'interview, le 14 juillet 2019.

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Les Francofolies de La Rochelle (9) : Interview Canine

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francofolies de la rochelle,canine,interview,mandor« Elle chante en français, elle chante en anglais, elle chante surtout une langue étrange, personnelle, d'une voix déterminée et languide : on se demande parfois si Canine est homme, est femme. Le chant de Canine est grave, car on ne peut pas tricher avec la soul qu'elle détourne vers une version très personnelle du genre, qui doit autant au R&B de pointe qu'au vintage Phantom Of The Paradise. La voix de Canine ne fut pourtant pas toujours si grave : dans son adolescence passée entre Nice et Paris, elle coloria ainsi des chansons espiègles, aux limites de la pop et du dancefloor. C'est peu dire qu'on est mordu de Canine. Elle s’est produite au Théâtre Verdière le 13 juillet 2019 ! »

Bon, aujourd’hui, après une phase de mystère de quelques mois (sur scène et en promo, elle ne quittait jamais un imposant masque fait de plumes noires), nous savons désormais que la tête pensante du projet Canine est Magali Cotta. Et c’est à visage découvert, le sourire aux lèvres, que l’artiste pluri disciplinaire est venue, le 13 juillet 2019, dans la salle de presse pour me parler de son groupe.

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francofolies de la rochelle,canine,interview,mandorInterview :

Je sais que la musique est arrivée dans ta vie à l’âge de deux ans.

J’étais dans une école d’éveil. On enfermait pendant une heure et demie des enfants de deux ans avec une personne hyper gentille. On avait le droit de toucher tous les instruments. Ça allait des percussions au piano. Je me souviens d’un joyeux bordel. A 3 ans, j’ai continué, mais c’était encore un peu le bordel. C’est à 4 ans que j’ai commencé à apprendre à lire la musique et à travailler le piano. Je considère que j’ai appris mon métier à cet âge-là. Ça a complètement influé sur le reste de ma vie.

Très vite, tu t’es dirigée vers le jazz. D’ailleurs, on l’entend dans la musique de Canine.

Le jazz m’a appris à la fois une exigence, un travail d’harmonie assez complexe… et une grande liberté. Quand tu es dans un bon jazz, tu es dans un lâcher prise sans nul autre pareil.

Avoir une grande technique permet de sortir des cadres imposés habituellement ?

Tout à fait. C’est le cas pour moi et pour mes musiciennes, chanteuses et instrumentistes. Elles ont toutes une technique imparable. Il y en a qui viennent du jazz, mais pas uniquement. Certaines viennent de la soul, du gospel et même deux qui viennent de la comédie musicale. Elles sont toutes malléables, ouvertes et libres.

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Dans ton show, il y a plusieurs chants.

Oui, d’ailleurs, celles qui m’accompagnent sont contentes d’explorer des choses nouvelles, vocalement, pour elles.

Tu as composé toute la musique du projet. Te considères-tu comme un chef d’orchestre ?

C’est exactement ce que je suis sur les lives, mais je suis aussi metteur en son et metteur en scène. C’est presque ce qui m’intéresse le plus.

Ce projet à 5 ans. Je trouve qu’il évolue très vite.

J’ai désormais une petite équipe autour de moi composée de personnes qui me donnent confiance en moi et qui sont excités par le projet. Nous sommes tous heureux de tous travailler ensemble et de faire évoluer Canine à vitesse grand V.

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Canine aux Francofolies le 13 juillet 2019.

J’ai l’impression que tu as du recul par rapport au métier ?

Je ne cours pas derrière le succès à tout prix, en tout cas, sinon, je ferais autre chose. Je suis ravie d’être là, mais ce n’est pas une fin en soi. Je ne me pose pas trop de questions.

Tu ne te demandes pas si scéniquement tu ne vas pas trop loin ?

Non, je ne me bride jamais. Mais parfois, la production me signale que c’est trop cher (rire). Je vois toujours les choses en grand, or, les budgets ne sont pas extensibles. Je n’ai jamais de contraintes artistiques, juste des contraintes financières.

Tes spectacles sont un mélange de danses (sauvages, souvent) et d’expériences vocales.

Au niveau des corps, je voulais qu’ils se reconnectent avec des choses pas du tout cérébrales, mais plutôt animales. Les animaux est un thème qui m’est très cher, autant que notre propre animalité. Dans le chant aussi, nous sommes connectées à nos sensations et à nos corps. C’est un ensemble indissociable.

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Canine aux Francofolies le 13 juillet 2019.

As-tu la volonté de ne rien faire comme les autres ?

Pas du tout, mais c’est une bonne question que je ne me pose pas. Tu es d’ailleurs le premier à m’interroger sur ce sujet. C’est juste un projet que je veux voir, moi. Je suis dans une époque où je suis un peu frustrée avec ce qu’il se passe dans la musique actuellement. Dans la musique mainstream, je ne n’y trouve pas beaucoup mon compte. Il y a des artistes qui ont des projets admirables, mais ils sont méconnus et on n’y a pas accès facilement.

Comme il n’y a que des femmes dans Canine, que tu évoques les femmes de manière non caricaturales, on dit que c’est un projet féministe. Qu’en penses-tu ?

Je voulais montrer un féminin qui a différentes facettes et qui ne soit pas dans les stéréotypes : la vierge, la pute, la maman… En live ou dans les vidéos, je veux mettre en avant des femmes qui peuvent être violentes, douces, agressives, bêtes, intelligentes. Un féminin qui regorge de choses beaucoup plus complexes et intéressantes. Je n’aime pas les sentiers balisés.

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Au début de Canine, tu ne dévoilais pas ton visage et tu ne répondais pas aux sollicitations des journalistes.

Quand j’ai monté ce projet, je souhaitais que l’on s’intéresse aux valeurs que je voulais défendre et je sentais que si je me mettais en avant, j’allais être dans un truc personnel et marketé. Pour être très franche, j’étais aussi très timide. Maintenant, je le suis moins et je suis ravie de rendre ce projet lisible parce que j’ai envie qu’il parle au plus grand nombre.

Ce n’est pas dommage d’expliquer un projet ?

Je donne juste des pistes de compréhension. Je parle des sens qui passent par les voix, la musique, mais aussi par le corps. Je ne rentre pas trop dans les détails.

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Quelles sont les valeurs que tu souhaites véhiculer ?

Le féminisme, le combat pour les animaux et la justice sociale et personnelle. La nature aussi, la mer, la montagne, la forêt.... La nature est pour moi un grand refuge et elle est présente dans quasiment tous mes morceaux.

La musique est un combat ?

La musique est un combat politique. Elle permet de revenir à des choses qui semblent inutiles, sans valeurs marchandes, comme le beau, la poésie et les choses gratuites. J’ai l’impression que si on parvient à faire de l’art pour le collectif, on fait un pas en avant.

Est-ce que Magali Cotta et Canine ?

Canine, c’est beaucoup moi puisque c’est mon projet. C’est plus que moi. C’est plus gros que moi… après j’espère que ce n’est pas que moi.

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Avec Magali Cotta "Canine", le 13 juillet 2019, pendant l'interview.

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16 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (8) : interview Ramo

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(c) Jeronimo Acero

francofolies de la rochelle,interview,ramo,mandor« Qu’aurait bien pu penser le célèbre Douanier Rousseau des mélodies tropicales du jeune Ramo ? – Ramo est davantage un fantasme qu’un simple musicien de plus tentant de suivre ses aînés. Lui a commencé par écrire ses musiques tout seul, puis a attendu que les chansons grandissent, comme des plantes.

C’est cette pop écologique sans colorants qui permet aujourd’hui au Français d’aborder les thèmes qui lui tiennent à cœur : des histoires d’hommes qui, à force de ne plus trouver leur place en ville, reviendraient à la nature, et des comptines aux couleurs inspirées par les plus belles œuvres de Miyazaki. Dans la lignée de Voyou, Myd et François & the Atlas Mountain (qui l’a marqué), Ramo est donc ce Robinson Crusoé rêvant d’un écosystème simple où les refrains seraient chantés au premier degré, et la musique conçue comme un engrais à bonnes vibrations. Ecrit tout seul et produit avec Romain Drogoul, cet EP est donc le premier chapitre d’un livre de la jungle qu’on imagine déjà plus grand. »

Toutes ses vidéos, ici.

Le samedi 13 juillet, Ramo s’est produit sur la scène Jean-Louis Foulquier lors des "Intercales" (interplateau) devant 13 000 personnes et le lendemain, à 15h00 au Théâtre Verdière dans le cadre de Première Francos.

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Ramo, le 13 juillet, sur la scène Jean-Louis Foulquier.

Interview :

Tu te sens chez toi aux Francofolies ?

Oui, il y a beaucoup d’affects liés à cet endroit. J’ai passé une semaine aux Chantiers des Francos. C’était hyper intense et positif. Ces moments étaient chargés de bonnes ondes et d’excellentes vibrations. Je suis rentré aux Chantiers, je jouais derrière des machines, un peu comme un DJ. Je chantais avec mes petits synthés. Bref, j’ai remis en question beaucoup de mes comportements scéniques. Vu le propos et mes textes, il est apparu qu’il était évident que je devais me contenter de chanter.

Comment ça se passe les Chantiers ?

Il y a trois groupes. La semaine commence par un concert ensuite tu discutes. Les autres du groupe et un coach te font te poser les bonnes questions : Que veux-tu transmettre ? C’est quoi ton propos ? Pourquoi tu fais de la musique ? C’est quoi un concert idéal ? Que veux-tu que les gens retiennent ? Qu’as-tu déjà essayé et qui n’a pas marché ? Qu’est-ce que tu aimerais essayer et que tu n’as pas encore osé ou eu le temps de faire ? Une fois ces questions posées, la discussion s’engage là-dessus. Ce qui est bien, c’est que tu comprends vers où tu dois aller juste en échangeant entre nous.

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Ramo, pendant les Chantiers des Francos en avril 2019.

A la fin des Chantiers, tu dois te produire de nouveau en concert, mais avec ce que tu as appris dans la semaine.

C’est super parce que c’est une grosse bulle de création, mais la veille du concert, j’ai hyper mal dormi. Je me réveillais toutes les heures pour gamberger sur ma prestation. Et le miracle finit par opérer. Tu trouves une formule dans laquelle tu te sens bien et ou tu parviens à transmettre des choses que tu ne parvenais pas à transmettre avant. C’est hyper gratifiant.

Ce soir, c’est toi « l’intercale » sur la scène Jean-Louis Foulquier pour trois morceaux devant 13 000 personnes. Ce sera donc le Ramo nouveau ?

J’ai fait les Chantiers en avril, donc depuis, j’ai eu quelques dates et j’ai eu le temps de roder cette nouvelle formule. Pour moi, symboliquement, c’est émouvant de revenir ici. Revoir les gens avec qui j’ai partagé plein de bons moments, revoir les endroits que j’ai fréquentés… Notre corps garde la mémoire des émotions et des états d’esprit. Je suis très heureux et reconnaissant de pouvoir jouer ici ce soir. Depuis que je fais de la musique, Les Chantiers des Francos est de très loin le dispositif qui m’a le plus apporté.

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Ramo sur scène.

J’aime bien les artistes de ta génération. Ils jouent une pop à la fois plus positive et plus engagée. Toi, tu passes discrètement des messages écologiques, sans que cela soit culpabilisant pour les autres.

Toutes ces thématiques d’hommes, d’animaux, de forêts…etc. sont venues de manière très instinctive.

D’où viennent-elles?

Quand j’étais gamin, j’habitais à Laval, la ville du Douanier Rousseau. On m’emmenait régulièrement au château de la ville qui est transformé en musée des arts naïfs. J’ai découvert l’art pictural par ce biais. Je passais beaucoup de temps devant les toiles du Douanier Rousseau à réfléchir sur ce qu’il s’y passait, ce que cela me faisait ressentir… Tout ce vocabulaire du vivant, du végétal, de l’animal, de l’homme… me permet aujourd’hui d’évoquer dans mes chansons des thèmes de société qui m’interrogent et m’angoissent. Mon rapport à l’environnement, mon rapport à l’autre, aux animaux, aux végétaux…

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pour participer à créer un imaginaire collectif vers lequel nous devrions tendre. Pas uniquement les musiciens, mais aussi les scientifiques, les cinéastes, les cuisiniers et tous spectres de la société. Il y a beaucoup de défis sociétaux devant nous. Notre gestion de notre manière de vivre, des espaces, des inégalités entre les gens… Il faut arriver à créer quelque chose de désirable dans lequel nous allons nous reconnaître.

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Après l'interview, selfie par et avec Ramo, le 13 juillet 2019.

13 juillet 2019

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (7) : interview Alexis HK

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« Alexis HK est un poète funambule : en équilibre, il chante avec humour mais sans cynisme, avec tendresse mais sans fadeur. Une qualité salutaire au milieu de la grisaille. Si des loops lancinants ont remplacé les batteries, sa finesse d’écriture et son humour lui permettent d’aborder des thèmes plus sombres… même si la lumière n’est jamais loin !
Avec Comme un ours, Alexis nous dévoile une nouvelle facette de son talent, toujours tout en élégance et en poésie…
Rendez-vous ce soir à 23h à la Salle Bleue !

Toutes ses vidéos ici.

Alexis HK m'a rejoint le 13 juillet après-midi à mon bureau du service de presse.

(Pour en savoir plus sur son nouveau disque Comme un ours, vous pouvez lire sa récente mandorisation.)

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francofolies de la rochelle,interview,alexis  hk,mandorInterview :

Tu es un habitué des Francofolies.

La première année où j’aurais dû y jouer, il y a 18 ans, il y a eu la grève des intermittents. C’est la première fois que j’ai entendu à la radio une nouvelle qui me concernait directement. Je me préparais à venir. J’ai allumé France Inter, ils ont dit que le festival était annulé… et je suis allé me recoucher. Après, j’ai été très bien suivi par le festival sur la plupart de mes albums. Pour moi, c’est très important d’être ici. Je fais de la chanson française, il n’y a pas beaucoup de festival de chansons comme celui-là. C’est aussi l’occasion de revoir plein de gens qui sont très importants et que je ne recroise pas forcément dans l’année, car nous sommes tous par monts et par vaux.

Je trouve que tu es de plus en plus drôle entre tes chansons lors de tes spectacles.

Comme je fais de la chanson parfois un peu neurasthénique, j’essaie de la contrebalancer en montrant au public qu’il ne faut pas être dupe, que ça reste de la chanson et qu’on est surtout là pour passer un bon moment et relativiser tous nos petits malheurs. J’aime bien l’idée de proposer à la fois de la chanson et en même temps d’utiliser la chanson pour raconter une histoire dans l’histoire. Il y a ainsi une connivence avec le spectateur qui s’installe.

Dans ce monde où on dramatise tout, c’est agréable de détendre l’atmosphère pesante.

On est dans une époque où on n’arrête pas d’envisager la fin du monde, où on nous dit qu’en 2030, nous serons tous morts. Nous sommes dans quelque chose de très anxiogène et en même temps, on profite du moment présent et on essaye de se régaler. La chanson est un vecteur permettant d’avoir de l’ironie sur le malheur.

Tu es présent dans le métier depuis 18 ans. Cela commence à faire…

J’ai conscience de la chance infinie que j’ai dans mon parcours. Comme tu l’as dit, ça fait 18 ans que je fais cela et que je peux continuer à le faire. On sait à quel point ça peut être difficile. J’ai été suivi dans mes envies par des collaborateurs hyper motivés qui m’ont toujours fait confiance. J’ai toujours été convaincu que la chance était un facteur fondamental dans le déroulé d’une carrière. Je vais citer le chanteur Dave : « Ce métier, c’est travail, talent et chance. » S’il manque l’un des trois, ça devient un petit peu compliqué.

Toi tu ne fais que ça. Travailler.

Je suis intégralement mobilisé pour avoir une nouvelle idée de chanson. Ma vie se mélange perpétuellement à mon activité artistique. Je n’ai aucun mérite à ça parce que j’ai tout le temps pour le faire.

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Pendant l'interview...

Tu es sensible aux critiques ? L’article peu élogieux de Valérie Lehoux sur Comme un ours dans Télérama t’as touché je crois.

Ce n’est pas le premier article d’elle que j’ai eu et qui a été critique à mon égard. Certaines fois, je les trouvais assez pertinentes, mais sur ce dernier article, je n’ai pas eu le sentiment que l’album avait été vraiment écouté. Ça m’a fait de la peine. Télérama est un grand journal qui a de l’influence, alors j’aurais préféré qu’on ne parle pas du tout de mon disque plutôt qu’on en parle de cette façon-là. En plus, généralement, elle est toujours la première à écrire et donc ça met tout de suite une ambiance un peu dure autour d’un projet. Le jour où j’aurais un article élogieux de madame Lehoux, je serais aussi très content parce que je respecte son avis. C’est une vraie chroniqueuse et c’est quelqu’un qui connait bien la chanson.

Un concert aux Francos, c’est un concert normal ?

Pas tout à fait. D’abord parce qu’on est au milieu de plein d’autres artistes qui se produisent, il y a donc une énergie qui n’est pas la même que quand on fait un concert plus isolé dans un centre culturel. Ici, le public vient à votre concert, mais il va voir plein d’autres artistes. Je ne vis donc pas les choses de la même façon.

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Après l'interview, le 13 juillet 2019.

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (6) : interview Maud Lübeck

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(Photo : Marie Magnin)

66307946_10156674185548768_8490483885526745088_n (2).jpg« Maud Lubeck écoute ses aîné(e)s, elle les respecte toujours, s’en inspire parfois. Elle ne demande qu’à les croire cependant, pour elle, côté cœur c’est différent : elle refait le chemin, intimement marquée par tout. Par tout. Moins fataliste, moins rieuse. Et tant mieux si elle se consume : les grands tourments forment les grandes chansons. Comme elle, comme d’autres avant elle, Maud Lübeck dit tout et toujours avec pudeur. Son art : sublimer les émotions. »

Elle sera à découvrir en ouverture de la Salle Bleue à 16h, en première partie d’Alain Chamfort (mandorisé là) ! 

Toutes ses vidéos ici.

(Pour en savoir plus, voici la récente mandorisation de Maud Lübeck à l’occasion de son album (vrai bijou), Divine.)

Le 12 juillet 2019, Maud Lübeck m'a rejoint au service de presse pour une mini interview.

Interview :

C’est ta première fois aux Francofolies ?

Oui. Je découvre. Je suis un peu comme un enfant qui débarque dans un monde merveilleux et qui regarde tout (rires). J’ai toujours rêvé de jouer ici. Il se trouve qu’en plus, c’est pour faire la première partie d’Alain Chamfort… c’est beaucoup d’émotion.

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Maud Lübeck et Alain Chamfort (photo : Maÿlis Pioux)

Je suis membre du jury depuis 7 ans et chaque année, j'écris ma note sur le Pic d'Or (voir làlà, et .) Je vois passer sous mes yeux de formidables artistes, dont beaucoup pourraient devenir ceux qui compteront dans les années à venir tel Radio Elvis, Pic d’Or 2014 et vainqueurs aux Victoires de la Musique 2017 dans la catégorie "Album Révélation" et Caruso, Pic d’argent 2016 qui vient de signer chez Barclay et qui écrit des chansons pour de nombreux artistes comme Louane (dont il fait actuellement la première partie de la tournée des Zenith). Quant à Dani Terreur, Pic d’Argent 2017, il a rejoint le label AT(h)ome en mars 2018 et prépare la sortie son 1er album.

Mais bien d’autres artistes passés par le Pic d’Or ont largement le niveau pour en faire autant. Après, on  peut contester les choix des jurés, un tremplin ne sera jamais totalement juste et sera toujours sujet à controverse. Mais personne ne pourra contester l’intégrité de tous, de l’organisation au jury. Un seul but : choisir avec le cœur et en notre âme et conscience. 

Je suis membre du jury depuis 7 ans et chaque année, j'écris ma note sur le Pic d'Or (voir làlà, et .) Je vois passer sous mes yeux de formidables artistes, dont beaucoup pourraient devenir ceux qui compteront dans les années à venir tel Radio Elvis, Pic d’Or 2014 et vainqueurs aux Victoires de la Musique 2017 dans la catégorie "Album Révélation" et Caruso, Pic d’argent 2016 qui vient de signer chez Barclay et qui écrit des chansons pour de nombreux artistes comme Louane (dont il fait actuellement la première partie de la tournée des Zenith). Quant à Dani Terreur, Pic d’Argent 2017, il a rejoint le label AT(h)ome en mars 2018 et prépare la sortie son 1er album.

Mais bien d’autres artistes passés par le Pic d’Or ont largement le niveau pour en faire autant. Après, on  peut contester les choix des jurés, un tremplin ne sera jamais totalement juste et sera toujours sujet à controverse. Mais personne ne pourra contester l’intégrité de tous, de l’organisation au jury. Un seul but : choisir avec le cœur et en notre âme et conscience. 

Alain Chamfort fait partie des artistes que tu aimes beaucoup ?

Oui… et depuis l’enfance. J’adore son travail, à toutes les époques.

Tu as fait un duo avec lui.

L’idée était de sortir un nouveau single, « A deux ». J’étais tellement heureuse de faire cette date avec Alain, qu’il m’est venu l’envie d’interpréter cette chanson avec lui. Il a dit oui tout de suite.

Il connaissait ton album Divine ?

Par les hasards, les connaissances en commun, il avait déjà écouté le disque. Me retrouver avec lui en répétition et pendant l’enregistrement, j’ai trouvé ça complètement fou. Chanter avec une de ses idoles donne une bonne dose d’énergie positive.

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Maud Lübeck en répétition avec Alain Chamfort (photo : Maÿlis Pioux)

Il chantera avec toi sur scène ?

C’est prévu.

Cet après-midi, tu chanteras seule ou accompagné ?

Je serai accompagnée aux chœurs par Amandine Maissiat et Edward Barrow, les deux mêmes qui ont fait les chœurs sur l’album. Il y a aura quelques morceaux de Divine saupoudré d’autres chansons de l’album précédent, Toi non plus.

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Après la mini interview, le 12 juillet 2019.

12 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (5) : interview de Terrenoire

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Terrenoire est un duo composé de deux frères, Théo et Raphäel Herrerias… Quelque part entre la musique électronique, le hip-hop et la chanson française, les machines du petit frère se baladent vers la lumière, se tirent vers les ombres : productions raffinées, poignantes, émouvantes, elles sont les images du film que racontent les textes. Le grand, lui, chante comme un point d’interrogation, des histoires de la grande ville, d’excès, de fuites vers les falaises, la voix clame puis se brise, engueule puis supplie. Découvrez Terrenoire en clôture de la Scène de l’Horloge, à 18h00 ce soir !

Ils sont passés me voir une heure avant leur prestation. 

Toutes les vidéos de Terrenoire à voir ici.

terrenoire,francofolies de la rochelle,interview,mandorInterview :

Comment vivez-vous ce début de notoriété ?

Raphaël : Pour le moment, nous avons sorti 8 chansons. Là, nous sommes en train d’enregistrer notre premier album, donc nous sommes au tout début de quelque chose. Nous avons eu la chance d’avoir eu de supers beaux ambassadeurs de notre musique dont notamment Les Inrocks et Didier Varrod. Nous avons juste franchi le premier passage qui a duré un an. J’ai la sensation que nous avons tout à recommencer pour aller toucher d’autres personnes et pour confirmer auprès de ceux qui ont aimé le premier passage. Tout ne se joue pas dans l’immédiat. Le plus beau c’est de dessiner une relation avec le public et nous avons conscience que ça prend du temps.

Tous les médias sont dithyrambiques à votre encontre.

Raphaël : Ca veut dire que notre duo est encore confidentiel. Si nous avions un fort taux de notoriété, dans le lot, il y aurait des avis négatifs.

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Le 1er EP.

Plus vous écrivez des chansons, plus vous vous améliorez ?

Théo : C’est un travail d’artisanat. En japonais, artiste et artisan, c’est le même mot. Pour moi, écrire et composer une bonne chanson, c’est comme construire un beau portail ou une belle porte selon que l’on soit menuisier ou ferronnier. Nous on joue des heures et des heures tous les jours, histoire de se parfaire.

Est-ce que jouer de la musique est un travail ?

Théo : J’aime à le penser. Je me suis toujours inspiré de modèles comme Frank Zappa ou Damon Albarn. Ce dernier raconte dans les interviews qu’il se lève à 8 heures… à 9 heures, il est au travail et à 18 heures, la journée est finie. Zappa, c’est plutôt de 7 heures jusqu’à minuit.

Vous avez une discipline, une rigueur dans le rythme du travail ?

Théo : Oui. Et ce sera encore plus facile de l’être parce que nous aurons un lieu qui nous sera propre.

Raphaël : On achète un studio, ce qui nous permettra de n’être dépendants de personne. « Comment faire pour créer des territoires qui nous appartiennent ? » est un de nos thèmes récurrents. On l’applique dans la vie en ayant ce studio. On pourra aussi inviter d’autres artistes et partager.

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Pendant l'interview...

Libé a dit de vous : « Chansons électroniques Alien qui s’emparent des codes hip-hop et du r’n’b.

Raphaël : J’aime bien l’idée d’Alien parce que nous n’avons jamais suivi les codes traditionnels de la musique populaire. Nous, on aime les artistes qui ont innové et qui ont une voix singulière. Souvent ça dissone pour l’époque et ce n’est pas toujours bien compris. Il faut prendre ses aises avec l’époque.

Vos textes sont littéraires, modernes et simples à comprendre. Ils se fondent parfaitement dans la musique.

Raphaël : On essaie de polir très longtemps nos productions, les prises de voix et les mélodies pour que cela fasse un film global.

Vous travaillez sur un nouvel album. Vous en êtes où ?

Raphaël : Nous sommes en train de créer tout un nouveau langage pour l’album. Nous avons déjà envie d’aller ailleurs de ce que nous avons déjà proposé. On ne va pas faire du réchauffé de ce qu’on a déjà fait, parce qu’on a l’impression qu’on a déjà perdu ce que l’on voulait dire On a envie de raconter autre chose, d’une autre manière..

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Après l'interview, le 12 juillet 2019.

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (4) : interview Renan Luce

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C'est sur la scène du Grand Théâtre de la Coursive que Renan Luce donnera aux FrancoFolies ce soir, à 20h, la primeur de son nouvel album éponyme, avant une tournée à l’automne. Des chansons puissantes et intimes à la fois (évoquant une séparation amoureuse), aux textes poignants et poétiques, portées par une formation inattendue, en écho aux arrangements orchestraux de la chanson française des années 1960.

Toutes ses vidéos ici.

Le 11 juillet, Renan Luce est venu au service de presse pour parler de ce spectacle et de son nouvel album.

les francofolies de la rochelle,interview,renan luce,mandorInterview :

Il y a eu 5 ans de battements entre ton précédent album et celui-ci.

Les trois premières années, j’ai passé beaucoup de temps sur les routes. Ce n’est qu’à l’issue de cette période que je me suis attelé à l’écriture. Ma vie a fait que des grandes émotions m’ont traversé et m’ont inspiré cet album-là. Les chansons sont arrivées les unes après les autres, très naturellement. Mais bon, je suis aussi lent, il faut bien le reconnaître (rires). Je cherche, je fais, je défais, je construis et déconstruis… J’ai besoin de laisser reposer les choses, ensuite, cela me permet d’être plus objectif sur mon travail.

Tu avais aussi besoin de temps pour que l’inspiration revienne ?

J’avais besoin de temps pour ouvrir d’autres portes que je n’avais pas encore ouvertes. Des portes plus intimes, des thématiques plus personnelles, de nouvelles portes musicales, une nouvelle manière de composer, plus au piano…

Il n’y a que des chansons sur ta séparation d’avec la mère de votre enfant.

Cela s’est imposé sans que je ne puisse rien y faire. Ses sentiments intenses, quand ils vous traversent, ont tendance à recouvrir tout. Il est parfois difficile de regarder ailleurs, il faut un peu de temps. Cet album a été créé sur deux ans et je suis passé par plusieurs états, ce qui m’a permis d’aborder ce thème avec des angles différents.

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Renan Luce sur scène, avec sa nouvelle formation orchestrale.

Tu n’as pas eu peur de lasser les gens qui écoutent le disque avec ce même thème ?

J’ai eu cette crainte un petit peu, mais je n’ai pas pu faire autrement. Je le répète, c’est plusieurs périodes et plusieurs regards sur une séparation et sur ce que je ressens. Tour à tour de la détresse, de la tristesse, puis de l’espoir, de l’inquiétude, des remises en question…

Tes chansons sont très intimes, mais paradoxalement assez pudiques.

Dans mon tempérament, il y a déjà une pudeur qui m’incite à ne jamais aller trop loin. Ensuite, je pense que le prisme de l’écriture, la démarche plus poétique, fait qu’il y a une petite distance. J’essaie de faire quelque chose provoquant de l’émotion brute.

L’orchestration de cet album est superbe. les francofolies de la rochelle,interview,renan luce,mandor

C’est pour moi un retour aux sources musicales de ce que j’écoutais dans mon enfance. Cette chanson orchestrale des années 60 à la Bécaud, Brel ou Aznavour m’a beaucoup marqué. Il y a une telle richesse entre les vents, les cordes et les percussions, que l’on peut passer à quelque chose de très intime, très cotonneux, à quelque chose de très tumultueux. Pour ces chansons très personnelles, j’avais envie de retrouver ma musique de cœur. J’ai l’impression de revenir à mes essentiels. J’avais besoin d’être dans le confort d’une musique qui me correspond bien.

Chantes-tu de la même façon avec cette orchestration.

J’ai un souffle plus posé, plus installé, pour suivre la largesse de l’orchestre.

Ça fait du bien d’écrire des chansons si intimes ?

Bien sûr. Ça donne une distance aux évènements. Fabriquer de l’art avec des sentiments qui remuent le couteau dans la plaie, ça m’a apaisé.

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Pendant l'interview...

La principale intéressée a écouté l’album ?

Evidemment. Elle a écouté les chansons les unes après les autres. On a cette chance d’être des parents, certes séparés, mais très proches, avec beaucoup d’affection et une belle histoire. Avec ce disque, c’est ce que je voulais faire : terminer une belle histoire.

Aux Francos, ce sera quelle formation ?

Je serai avec un orchestre plus réduit que ce qu’il y a dans l’album, mais nous sommes quand même 16 sur scène. On retrouve les textures du disque : les cordes et les vents, un trio jazz, piano, contrebasse, batterie… et beaucoup d’énergie. Il y aura une force nouvelle différente de l’album.

C’est ta 4eme participation aux Francos.

Oui. Je suis venu à chaque album. C’est pour moi un passage incontournable.

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Après l'interview, au service de presse, le 11 juillet 2019.

11 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (3) : Conférence de presse (express) d'André Manoukian

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Juillet 85, première édition des Francofolies de la Rochelle.

Une idée un peu folle née un soir, très tard, de l’imagination débridée de Jean-Louis Foulquier. Vouloir créer le festival de la scène française aux pieds des tours de la Rochelle son port d’attache.
Juillet 2019, le festival célèbre sa 35ème édition ! Et pour fêter ça, André Manoukian, le pianiste et présentateur de l’émission La vie secrète des chansonssur France 3, vous invite à le retrouver ce soir pour un concert très spécial.
Avec ses amis chanteuses et chanteurs, il revisitera 35 ans de Francofolies à travers les chansons qui ont marqué l’histoire du festival.

Rendez-vous ce soir au Grand Théâtre de la Coursive à 20h00 pour une création inédite !

En collaboration avec la Sacem.

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Voici quelques précisions d’André Manoukian lors de sa conférence de presse de ce matin (et merci au journaliste se voulant spirituel qui pose des questions stupides, sans intérêts pour ses collègues présents... mais qui prennent du temps de réponse sur un temps déjà hyper limité):

Comment avez-vous choisi les chansons ?

Avec le directeur du Festival, Gérard Pont, on a choisi à travers tous les artistes qui sont venus aux FrancoFolies 22 chansons. Après, nous avons fait un casting d’artistes de la nouvelle génération parce qu’il est de notoriété publique que je chante comme un jambon. Ils ont tous une forte personnalité originale et ils amènent tous leur lumière et leur interprétation à cette histoire. Je les accompagnerais au piano avec un quatuor à cordes et je ferai le MC. On a l’impression que chaque chanteur est un invité qui vient s’intégrer dans un son. Du coup, l’homogénéité, elle est dans la musique et le fil conducteur qu’il y a à travers cette jolie histoire.

Ce soir vous raconterez l’histoire des Francos ?

Oui et l’histoire de certaines chansons, mais surtout le rapport des artistes avec les Francofoliesde La Rochelle.

C’est quoi votre souvenir principal des Francos ?

C'est  lorsque l'on s'est retrouvés sur la scène avec Liane Foly, Maurane et d'autres artistes, qui sont venus juste parce que Foulquier avait décroché son téléphone. Quand on est sur la scène du parking Saint-Jean d'Acre, on voit ce public si particulier, qui pogote... mais  sur de la chanson française. C'est  le seul festival qui existe dans notre pays, à ce niveau-là.

Que pensez-vous de la variété française d’aujourd’hui ?

Elle est morte. Aujourd’hui, il y a de la chanson française qui est devenu un genre, le rap et quelques musiques de niche qui sont en train d’arriver. Certains qui viennent du rap ajoutent d’ailleurs de la chanson pure. La grande variété est devenue une musique classique, qu’on peut revisiter. Cela fait partie de l’évolution des choses. Avant, en France, les jeunes artistes se faisaient développer par des majors. Aujourd’hui, tout ça c’est mort, chacun se débrouille dans sa “niche”, puisqu’il faut utiliser des termes de marketing. Du coup, on n’a jamais eu autant de richesses musicales et autant de genres complètement différents. On se trouve dans une autre forme de variété puisqu’on est dans un éclatement de styles et une profusion de créativité de dingue.

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Le 11 juillet 2019, conférence de presse d'André Manoukian.

Edit : Deux photos de la soirée...

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André Manoukian et ses invités, Elodie Frégé, Ben Mazué, Maissiat, Barbara Carlotti et Tim  Dup.

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André Manoukian et ses invités, Elodie Frégé, Ben Mazué, Maissiat, Barbara Carlotti et Tim Dup.

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (2) : interview Gainsbourg for Kids

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francofolies de la rochelle,gainsbourg dor kids,françois guernier,ben ricour,cheveu,mandor,interview« À l’image de « Ce petit garçon nommé Charlie » qui se casse la figure à tous les coins de la ville, chanson touchante et pas si désespérée qu’il avait écrite pour le dessin animé Charlie Brown et qu’il avait sans doute perçu comme un miroir de lui-même, Serge Gainsbourg avait aussi sa part d’enfance. Et comme beaucoup d’enfants, il avait le goût des mots qui sonnent, et des « Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz ! » qui explosent dans les bulles des comic-strips. De quoi donner l’envie à la dreamteam de Wanted Joe Dassin de fouiller dans le répertoire monumental de Gainsbourg, d’en extraire quelques pépites connues et inconnues, et d’imaginer ce nouveau spectacle destiné aux grands enfants et aux familles. Bienvenue dans le comic-strip des Gainsbourg for Kids ! » Ainsi est présenté officielle ce projet.

Avec : Cheveu, François Guernier, Ben Ricour.

Conception et mise en scène : Olivier Prou
Régie et création son : Stéphane Andrivot
Création lumières : Philippe Arbert

Ce matin, aux Francofolies de La Rochelle, les 3 artistes se sont produits dans la salle bleue dans le cadre des Franco Juniors. Cette scène est spécialement dédiée au jeune public, pour le plaisir des petits, mais des grands aussi !

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De gauche à droite : Ben Ricour, Cheveu et François Guernier.

Interview :

Après Nino Ferrer et Joe Dassin, voici un hommage à Serge Gainsbourg. L’idée est de faire découvrir aux enfants un répertoire qu’on entend plus dans les médias ?

François Guernier : Oui, mais c’est surtout leur faire découvrir un répertoire de 600 chansons vers lequel ils n’ont plus accès. Quel enfant connait Serge Gainsbourg aujourd’hui ? L’idée est que son répertoire devienne un élément fédérateur entre les enfants et les parents. C’est bien qu’ils aient un artiste en commun à partager.

Le répertoire de Gainsbourg est parfois sulfureux. J’imagine que vous avez choisi des chansons comme « L’ami Caouette »…

Cheveu : Il y a plein d’autres chansons qui sont accessibles aux enfants. Je rappelle qu’avant Gainsbarre, il y a eu Gainsbourg.

Ben Ricour : Et on a pioché uniquement dans Gainsbourg. Du début de sa carrière à la période reggae, fin 1970, début des années 1980. Dans des chansons comme « Laetitia », il y a des jeux de mots qui sont hyper accessibles.

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Gainsbourg For Kids aux Francofolies de Rochelle, ce matin.

Vos concerts sont scénarisés.

Ben Ricour : On ne fait pas juste de la reprise de Gainsbourg. Il y a une histoire. Nous sommes trois déménageurs qui livrons un piano au 5 rue de Verneuil, là où habitait Gainsbourg. On sonne, il n’y a personne. Que va-t-on pouvoir faire en attendant que le propriétaire arrive ? On fait des histoires, des devinettes et de la chanson. Après, je n’en dis pas plus par respect pour le public qui viendra.

Il n’y a que des chansons interprétées par lui ?

François Guernier : Non, nous avons puisé aussi dans celles qu’il a écrites pour d’autres, comme « La gadoue » pour Jane Birkin et « Pourquoi un pyjama » pour Régine…

Ben Ricour : Il y en a un peu pour tout le monde. Il y a du connu et des chansons très peu connues. Même les fans de Gainsbourg sont souvent surpris.

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Le choix des chansons a dû être draconien ?

Cheveu : Nous avons été aidés par le metteur en scène Olivier Prou. A la base chacun en avait choisi trois que l’on avait maquetté chez nous. Après, Olivier a pioché dans notre listing commun de 35 chansons. On en a pris 18 pour le spectacle.

François Guernier : Ca a mis en évidence la part d’enfance qu’il y avait chez Gainsbourg.

Et musicalement, il pouvait connecter tous les genres musicaux.

François Guernier : T’aimes le rap, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le funk, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le rock, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le reggae, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes la poésie, tu aimes Gainsbourg. Ils sont peu dans ce cas à être se balader de style en style d’époque en époque.

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Après l'interview, le 10 juillet 2019, en terrasse à La Rochelle.

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (1) : Conférence de presse d'Angèle

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(Photo après la conférence de presse: Sébastien Acker)

Les FrancoFolies de La Rochelle 2019, c’est parti ! Pour connaitre la programmation, allez faire un tour ici.

Comme l’année dernière, je vous proposerai au quotidien des interviews d’artistes.

La première, c’est Angèle qui s’est produite hier soir sur la scène Jean-Louis Foulquier. Bon, ce n’est pas une interview en face à face (son succès est tel que les demandes étaient gigantesques), mais une conférence de presse. Un exercice journalistique auquel je n’aime pas m’adonner… sauf quand je n’ai pas le choix. Angèle ne donnera plus d’interviews avant pas mal de temps, elle lève le pied sur la promotion (elle a beaucoup donné depuis un an), il est donc intéressant d’écouter ses propos post silence.

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(Photo après la conférence de presse: Mandor)

Florilège de quelques questions.

Il s’est passé beaucoup de choses pour vous en un an. Comment avez-vous vécu cette année ?

Super bien. Il y a eu plein de rebondissements. Il y a eu la finition de l’album, le mixage, le mastering ensuite l’album est sorti. A la suite de cela il y a eu une grosse phase où j’étais très présente dans les médias et, en parallèle, il y a eu la préparation de la tournée des SMAC et des Zénith. Je n’ai pas arrêté.

Vous êtes une des nouvelles voix de votre génération, comprenez-vous ce qui plait dans vos chansons aux jeunes d’aujourd’hui ?

Peut-être qu’ils se sentent compris ? Comme je parle de moi, je parle de ma génération, donc certaines jeunes se reconnaissent dans mes chansons.

Et personnellement ?

Ça a été très positif et très intense.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier

C’est quoi pour vous, être chanteuse ?

C’est un métier qui demande énormément d’implications à plein de niveau. Ça peut paraitre idiot, mais pour moi, être chanteuse c’est chanter des chansons que j’ai écrites. C’est un réel exutoire de ressentir des choses et de pouvoir ensuite les exprimer en chanson. Dans la vraie vie, j’ai du mal à exprimer ce que je ressens.

L’année dernière vous étiez aux Francos au théâtre Verdière, une salle fermée, cette année c’est la grande scène mythique Jean-Louis Foulquier. Quelle évolution !

Je trouve ça agréable. On parle de mon évolution en me disant « Ça va, tu tiens le coup ? », comme si, vraiment, j’avais un métier très dur. Il ne faut jamais oublier que c’est un métier que j’aime, que j’ai choisi et que je suis très chanceuse d’exercer. Là où ça peut être difficile, c’est la fatigue physique. Elle peut avoir un impact sur la fatigue mentale. Être constamment comme ça, avec des micros autour de moi et des gens qui m’écoutent, ça me donne l’impression de devoir dire uniquement des choses très intelligentes… et je n’ai pas toujours des choses intelligentes à dire. Etre tout le temps sur scène, ça demande d’être tout le temps en forme et je ne suis pas tout le temps en forme. Quand je marche dans la rue, ça impliquerait que je sois tout le temps souriante avec les gens, et je ne le suis pas tout le temps non plus. Le gros succès est un peu déshumanisant. On attend d’un artiste qu’il soit en permanence apte à faire son métier alors qu’on devrait être en représentation uniquement quand on est sur scène.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier.

Il est compliqué de rester un être humain normal ?

Oui, c’est ça qui est le plus dur à gérer. J’essaie de ne pas m’en plaindre parce que mon succès me fait vivre des moments intenses.

Dans votre chanson « Flou », vous vous interrogez sur la notoriété. Est-ce qu’un an plus tard, c’est toujours aussi flou ?

C’est toujours aussi fou, mais un peu moins flou. Il y a plus d’information à intégrer. Je suis mieux entourée qu’il y a un an. Il n’y a autour de moi que des gens bienveillants et agréables, avec qui je peux partager tous ses moments que je traverse.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier

Malgré le succès phénoménal, continuez-vous à vous sentir illégitime ?

J’avance dans la quête de la légitimité. Je crois que je l’ai trouvé, c’est bon. Si j’en suis arrivée là, c’est que j’ai beaucoup travaillé pour. A force de parler de ma famille, ça m’a fait croire que tout ce qui m’arrivait était dû à leur existence et à leur présence. Je réalise aujourd’hui que ce qui m’a vraiment aidé, c’est d’avoir des parents qui m’ont soutenu psychologiquement. Tout est arrivé tellement vite que je n’ai pas eu le temps d’analyser ce qui me tombait dessus.

Pensez-vous déjà à la suite, à votre prochain album ?

Non, je ne pense pas à un prochain album, mais je ne peux pas m’empêcher d’écrire. Il y a encore des trucs qui se passent dans ma vie dont j’ai besoin de parler. C’est comme ça que je procède. Quand des évènements m’arrivent, positifs ou négatifs, quand des questions s’imposent en moi, en général, ça fini en chansons. Je ne sais pas ce que j’en ferai parce que si c’est trop personnel, peut-être que je ne les partagerai pas.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier.

30 juin 2019

Sylvain Cazalbou : Argumentaire de presse pour son album Dans les pas

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Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. Même si ce n'est pas toujours le style de musique que j'écoute, si la qualité est là et qu'humainement, ça se passe bien avec l'artiste en question, je m'adonne à cette activité avec plaisir. J'adore cela. Etre celui qui synthétise une vie, un début de carrière et une personnalité. C'est même touchant d'être demandé (si, si). 

Ainsi, Sylvain Cazalbou que j'ai rencontré lors de mes deux passages aux Rencontres d'Astaffort (et avec qui le feeling a été immédiat) à fait appel à moi (merci de sa confiance). Je vous livre la version finale de mon travail (bientôt, sur le site officiel de Sylvain.)

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"Elle rêve", nouveau clip de Sylvain Cazalbou. Réalisation : Michel Françoise. Auteurs : Sylvain Cazalbou & Michel Françoise. Musique et arrangements : Michel Françoise

 

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"Tu m'attendais" en duo avec Pablo Villafranca.

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22 juin 2019

Louis Ville : interview pour l'EP Et puis demain...

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LV (E.Sawicki).jpgUn nouveau Louis Ville est toujours un évènement. Même si, sur ce coup-là, il est un peu frustrant. Juste 6 titres alors que l’on en voudrait au minimum le double. Il y a quand même une bonne nouvelle, cet EP, Et puis demain… est annonciateur d’un 7e album qui va sans nul doute nous surprendre. Louis Ville n’est pas artiste/artisan à tourner en rond. Chaque album/pépite est différent et nous emporte dans un nouvel environnement musical encore peu fréquenté.

Pour ceux qui ne connaissent pas Louis Ville, découvrez le en lisant les deux mandorisations que je lui ai consacrées. La première en 2012 pour la sortie de la nouvelle édition de Cinémas, Deluxe Édition et la deuxième en 2017 pour son précédent album Le bal des fous. J’y évoque notamment sa biographie, son passé artistique, son rapport à la musique et aux textes…

Son site (avec la petite phrase de Mandor).

Vous pouvez aussi écouter l'EP là.

Pour sa troisième mandorisation, nous nous sommes retrouvés entre deux émissions et deux trains dans un restaurant de la Gare de l’Est, le 13 juin dernier.

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unnamed.jpgInterview :

L’orientation de ce disque est différente.

C’est mon disque le plus intimiste. Je dévoile plein de choses de moi, de mon vécu, de mes joies, de mes peines, de mes passions…

Tu as nettement amoindri le côté sociétal… comme si tu avais déjà tout dit.

Si je me suis parfois exprimé sur certains faits de société, je n’ai jamais été un chanteur engagé, mais j’ai souvent été ému et touché par l’injustice, donc j’ai voulu en parler, mais je n’en ai jamais fait mon fonds de commerce.

Quelle vision as-tu de la société actuelle ?

Elle est très floue. Je n’arrive pas à cerner ce qu’il se passe aujourd’hui. Politiquement parlant, je ne vois que des gens qui gesticulent.

Le discours dominant est quand même que l’on va droit dans le mur.

Fin 1970, quand j’ai commencé à faire du punk, je me souviens que l’on disait déjà cela. Le mur est partout et tout le temps là. Tant que notre société capitaliste ne se sera pas effondrée pour laisser place à un quelconque renouveau, rien ne changera. Il y a aura tellement d’inégalité que l’on ne pourra toujours pas se sentir apaisé et serein.

Musicalement, cet EP ne ressemble pas à tes précédents albums.

Je n’aime pas rester figé. J’aime les genres, mais ils ne me conviennent pas sur la durée. Rester coincé dans un univers me fait peur. J’ai l’impression qu’il m’étouffe au bout d’un moment. Toute ma vie, je me suis nourri de tas de musiques et d’influences différentes. A terme, tout ce que j’ai écouté assidument a besoin de ressortir.

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Tu as envie de te mettre en danger à chaque fois ?

Exactement. En tout cas, je n’ai pas envie de faire dans la facilité. Je peux me planter ou réussir, peu importe, il faut que ma création soit vive et intense. Je ne peux pas me reposer sur les choses qui existent déjà. Je trouve que ce n’est pas honnête vis-à-vis du public. J’admire les carrières des artistes qui se sont renouvelés fréquemment.

Il y a dans cet EP un instrumental jazzy, « Raphaël ».

C’est un hommage à un ami pianiste qui a une fin de vie pas cool. Comme je l’aime terriblement, ça m’attriste. Un jour, j’ai vu un film qui se déroulait en Amérique du sud dans lequel le final montrait un pianiste complètement habité qui jouait en live. J’ai été subjugué par ce qu’il dégageait. Il rayonnait de joie. J’ai donc voulu jouer un morceau similaire. Je suis parti dans une fulgurance pianistique qui m’a presque dépassé. Il n’y a rien de plus excitant que d’aller dans des terrains musicaux que je n’ai jamais emprunté.

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Dans « Qu’est-ce que tu me trouves », il y a même un coté hispanisant.

Ce n’est pas faux parce que cette suite de deux accords sur un demi ton, c’est très espagnol. Après, dans cette chanson, je voulais rendre hommage à ma manière à David Bowie. La voix est restée très douce, comme une petite discussion intérieure.

A propos de voix, je trouve que tu chantes différemment également. 60489216_10218078295616502_9069925714500780032_n.jpg

Le mode d’expression que j’ai souvent utilisé est le crescendo. Ca partait très doucement et ça montait en puissance. Dans cet EP, je voulais raconter des choses de manière différente, avoir une sorte de recul par rapport aux propos. Dans « Et l’étoile » par exemple, je parle de mon père qui est parti il y a presque deux ans. Je voulais avoir la voix d’un adulte qui a aussi cette fragilité d’enfant. C’est un registre que je n’ai pas l’habitude d’explorer, mais cette thématique m’a incité à exploiter ce filon-là.

Tu déclares ta flamme à celle que tu aimes dans « Qu’est-ce qu’elle me trouve ».

C’est une réflexion intérieure par rapport à l’amour que quelqu’un porte à l’autre. On se demande toujours pourquoi on est aimé de cette manière-là. Il y a des amours qui sont tellement forts, tellement indestructibles, beaux, entiers, qu’il est normal que ceux qui en sont bénéficiaires se demandent s’ils le méritent.

Et ils le méritent ?

Mais non, jamais (rires).

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Tu évoques la maladie d’Alzheimer dans « Je ne me souviens plus ». Ce que j’ai aimé, c’est que cette chanson n’est pas du tout pathos.

Au-delà de l’affect et de la tristesse que l’on peut ressentir quand on a une personne proche qui est atteint de cette maladie-là, il ne faut pas oublier que la victime est dans un autre univers. Elle n’est pas consciente d’être malade, ni de la tristesse qu’elle engendre. Je me suis mis dans la peau de quelqu’un qui commençait à oublier beaucoup de choses. Le texte est enfantin, parce que cette maladie est aussi un retour en enfance. Alzheimer accélère la boucle de la vie.

61NfpSCsdVL.jpgTa chanson « La fille du train » a-t-elle un rapport avec le best-seller du Paula Hawkins ?

Absolument. J’ai dévoré ce livre. Je trouvais que ce qui était écrit dans ce roman pouvait devenir un excellent thème de chanson. Du coup, le texte m’est venu de manière fulgurante. Il y avait plein d’images qui défilaient dans ma tête. Le rythme que j’ai trouvé a facilité l’écriture. Je voyais un film et il se transformait en mots.

J’ai l’impression que dans cet EP, tes textes sont moins « poétiques », plus frontaux.

J’avais envie de simplifier mon langage. Être le plus simple possible est un objectif que je me suis fixé afin de devenir de plus en plus universel. Je n’ai pas envie de plaire à tout le monde, je plais à qui veut, mais j’ai envie que mon discours soit compris par tous.

Il y a tout de même toujours des paraboles, des métaphores…

J’essaie d’être toujours dans l’imagerie, mais en tentant d’être plus direct et abordable

C’est dur de faire simple ?

C’est hyper compliqué même. Il m’a fallu de temps et pas mal d’albums pour y parvenir.

J’ai lu quelque part que tu n’aimes pas te présenter comme un « artiste ».

Sur l’instant, on peut offrir du rêve, un voyage à quelqu’un, mais il y a une échelle de valeur à remettre correctement en place. L’escalier que tu utilises tous les jours, fabriqué par un artisan qui a travaillé avec passion, tu ne le remarques pas. On l’utilise pourtant beaucoup plus que l’on entend une chanson.

D’accord, mais l’art est primordial pour les êtres humains.

Je sais bien et personne n’est déméritant. Tu n’as pas idée combien je respecte certains plasticiens, cinéastes, chanteurs… Il faut juste remettre les choses à leur place.

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Pendant  l'interview...

Tu dis quoi quand on te demande ton métier ?

Chanteur de variété.

De variété ?

Je ne veux pas être un chanteur de chansons. Ce que je fais est un peu pop, un peu folk, un peu rock, un peu songwriter. C’est varié, alors je suis un chanteur de variété.

Si je ne peux pas te classer dans la catégorie « chanteur de variété », je ne saurais pas où te classer pour autant.

Tu vois, je n’appartiens pas à une famille spécifique. Je dois donc être inclassable.

Désormais, tu écris des musiques pour les documentaires et le cinéma.

J’ai toujours voulu faire de la musique de commande, ne pas travailler constamment et uniquement pour mon propre univers. J’y arrive petit à petit. C’est une démarche complètement différente et super intéressante. C’est très inspirant. A terme, cela pourrait me faire dévier sur mes créations personnelles.

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Après l'interview, le 13 juin 2019. 

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09 juin 2019

Cat Loris : argumentaire de presse pour son album Hypersensible

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(Photo : Gilles Crampes)

Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. Même si ce n'est pas toujours le style de musique que j'écoute, si la qualité est là et qu'humainement, ça se passe bien avec l'artiste en question, je m'adonne à cette activité avec plaisir. J'adore cela. Etre celui qui synthétise une vie, un début de carrière et une personnalité. C'est même touchant d'être demandé (si, si). 

Ainsi l'hypersensible Cat Loris à fait appel à moi (merci de sa confiance). Je vous livre la version finale de mon travail (que Cat a un peu écourté pour son site (lire   et ) et les argumentaires de presse envoyés aux journalistes).

Pour écouter et acheter le disque, c'est par ici que ça se passe.

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Aragon disait « on pense à partir de ce qu’on écrit, jamais le contraire ». Pour la sensible Cat Loris ce serait plutôt « si je n’écris pas, je n’existe pas ». Dans sa vie, l’écriture est même de l’ordre de la catharsis : « Si je n’écris pas, je tombe malade, je me perds, je ne me comprends plus. »

La chanson à texte, elle aime depuis toujours.

C’est à 8 ans, en écoutant « L’encre de tes yeux » de Francis Cabrel qu’elle décide d’embrasser le métier d’auteur de chansons. D’autres artistes vont plus tard être des révélateurs d’elle-même, des tuteurs. Clarika et Renaud en tête de liste. « Renaud, c’est un mineur de fond. Il va chercher de l’or en lui pour nous, alors que c’est difficile parce qu’il y a aussi beaucoup de charbons en soi. »

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(Photo : Gilles Crampes)

Cat commence à écrire des poèmes et à chanter seule en imitant les autres… France Gall par exemple. Elle souhaite jouer du piano, apprendre le solfège, mais c’est trop onéreux pour sa famille, elle va donc inventer un système pour écrire à sa manière la musique qu’elle invente. Elle confie à son cousin qu’elle veut devenir chanteuse, il l’encourage. Cette envie irrépressible est dans sa tête et deviendra le phare qui lui permettra de garder le cap pour y parvenir.

Ses études reflètent ensuite son obsession : apprendre le plus possible sur la création artistique, les techniques d’art, l’histoire des arts, les écrits des philosophes et des artistes, bref Cat Loris se plonge dans l’apprentissage de manière jusqu’au-boutiste (ce qu’elle est par ailleurs en règle générale). Elle commence à peindre mais c’est une autre histoire. Pour mettre un peu d’argent de côté, elle pose comme modèle d’atelier. Le don de soi au service de la créativité des autres, c’est noble.

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(Photo : Gilles Crampes)

Peur de rien blues. Dans le même temps, elle prend des cours de chant. Comme tout être normalement constitué, elle ne craint pas le paradoxe. A 20 ans, elle enregistre une première maquette dans le studio d’un ami sur une chanson de Whitney Houston, « I Will Always Love You ». Bingo. Elle se retrouve un peu plus tard à chanter dans un groupe de Hard Rock. Des professionnelles de la voix lui signalent qu’avec ce genre de chant il y a un risque qu’elle perde ses aigus. Elle se tourne alors vers le piano-voix avec une amie qui a une formation « classique » et elle commence à prendre la direction qui est la sienne aujourd’hui.

Cat commence peu à peu à tourner dans les cafés concerts parisiens, avec ses amis Jean Olivet (pour qui elle a écrit deux textes sur son album sorti en 2007) et Jean-Marie Desbeaux, des artistes fondateurs et fondamentaux pour elle. Une famille de cœur. Des gens qui partagent sa sensibilité. Bonne élève qui veut tutoyer l’excellence, Cat Loris suit l’atelier d’écriture du légendaire auteur Claude Lemesle. Pour continuer « encore et encore » à apprendre.

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Dans les chœurs, de gauche à droite, Chadi Chouman, Armelle Yons, Cat Loris et Marine Williamson.

(Photo : Gilles Crampes)

Elle lance le chantier « album », en 2016. Il s’appellera Hypersensible, ce qu’elle est intrinsèquement. « Mon premier album, c’est comme le lest que je balance pour que la montgolfière pique enfin vers le ciel. J’ai fait ce disque pour sceller ce qui a été, pour pouvoir avancer… et je l’ai fait aussi pour mon fils. »

Elle s’est tournée vers Chadi Chouman (guitariste de Debout sur le zinc), dix ans après l’avoir rencontré sur Myspace. Il a accepté de réaliser ce premier album. «Avec Chadi, j’ai appris énormément. Il n’a pas la langue de bois. Il m’a managée, coachée et il a secoué le cocotier. Il m’a débarrassée du trop-plein de moi-même et je me suis souvent demandé s’il avait raison… mais au final, il avait toujours raison. Cette épure a mis du béton dans mes failles. »

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Cat et Chadi Chouman qui a réalisé l'album, joué, composé et co-composé...

(Photo : Gilles Crampes)

Autour d’eux, une bande d’instrumentistes et de choristes réunis par le simple plaisir d’enregistrer de bonnes chansons : Salvador Douézy (batterie/percussions), Cédric Ermolieff (batterie), Thomas Benoit (basse/contrebasse), Chadi Chouman (guitares, ukulélé, banjo, trompettes, percussions, claviers), Tchoubine Colin (trombone, percussions), Romain Sassigneux (clarinette), Brice Mirrione (clavier Rhodes et Wurlitzer), Sébastien Ménard (piano), Simon Mimoun (violons), Tony Meggiorin (piano et orgue), Frédéric Longbois (piano) et Cat Loris, Armelle Yons, Marine Williamson, Chadi Chouman, Tchoubine Colin (chœurs).

Dans les chansons ciselées de Cat Loris, à la simplicité et proximité désarmante, il y a de la nostalgie, ses peurs, ses plaies, ses joies, ses espoirs. Ce qui est sombre n’est pas forcément triste, ce qui est nostalgique ne fait pas couler nécessairement de larmes. Tout est nettement plus subtil que cela et c’est bien là la signature de l’artiste : jouer sur nos émotions et nos références passées, solliciter notre délicatesse d’analyse, nous dévoiler une autre interprétation des choses. Un style et des influences au service d’un travail de composition méticuleusement pensé.

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Au piano et à la composition de "Mauvais présage", Frédéric Longbois.

(Photo : Gilles Crampes)

Elle chante qu’il faut apprendre à aimer ce que l’on est et en faire une force (« Hypersensible »), qu’on peut aider quelqu’un à porter ses valises, mais qu’il faut savoir lui rendre rapidement (« Monsieur L’escale »), que le fait d’être rattrapé par la réalité de ses sentiments est une réussite qui peut se transformer en guérison, voire mener vers la liberté (« Mon cœur, parle-moi »), que dans un couple le rapport dominant-dominé est versatile (« Ça le fait marrer »), qu’il faut profiter du moment présent et de ses côtés insaisissables (« Bonheur éphémère »), qu’il faut suivre son cœur, pas ses peurs (« Et l’amour dans tout ça ?»), qu’on peut être une femme et avoir les boules (« J’ai les boules ») et qu’il est drôle parfois d’être une garce (« Reste dormir avec moi »). Elle chante aussi la fin de l’adolescence et l’entrée dans le monde adulte (« Lâcher prise »), son côté Pierrette Richard, distraite et maladroite, dont elle préfère rigoler (« Calamitas »), la non réciprocité de l’amour (« Oublie-moi »), l’espoir qu’il y ait quelque chose après la vie (« Mauvais présage »). Enfin, elle fait un clin d’œil à son mari (« Cerf-volant ») et rend hommage à une grande résistante, Colette Longbois, la mère du chanteur Frédéric Longbois (« L’ombre »)

Clip de "Hypersensible". Réalisation : Cyrielle Boucher (http://cyrielleboucher.com/)
Artwork : Cat Loris. Photos : Collection personnelle et David Desreumaux.

Hypersensible est un album de femmes. Multiple. A l’image de Cat Loris. Singulière, impatiente, à fleur de peau, révoltée, amoureuse, intrépide, excentrique ou indécise. Mettre en mots les sensations de la vie, profondes ou légères, telle est l’ambition réussie de son écriture. Elle puise dans l’humain et l’éloquent. Si l’amour fait évidemment partie du cœur narratif du disque, ce n’est pas sa seule préoccupation : « S’il fallait que je tatoue trois mots sur moi, ce serait liberté, amour et rire. » Cat Loris a l’idée chevillée au corps et au cœur que l’espoir, même lors des moments les plus sombres, est là si on sait le voir. Cette auteure, compositeure, interprète va vous toucher parce qu’elle est touchante. Et son album est poétique et vibrant. Indispensable donc.

François Alquier

30 mai 2019

Buzy : interview pour Cheval fou

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(Photo : Lo Bricard)

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorAlors que L’Harmattan réédite Engrenages (récit de la vie de Buzy jusqu’au début des années 2000), son nouvel album, Cheval Fou vient prouver de la plus belle des manières que cette artiste se conjugue aussi bien au présent qu’au futur. Soyons clair, la toujours aussi inspirée Marie-Claire Buzy n’a rien perdu de sa superbe et son retour (le 14 juin prochain) est une bonne chose pour le rock français.

Cheval Fou séduit sur tous les plans. Voix impeccable, mélodie imparable, texte puissant et profond.

Le site officiel de Buzy.

Pour commander le disque Cheval Fou.

Buzy, je l’avais déjà mandorisé là (avec deux artistes de la nouvelle génération qui lui rendaient hommage).

Le 9 mai dernier, je me suis rendu chez elle pour une deuxième interview, cette fois-ci en tête à tête. Et c’était bien.

Biographie officielle (par Christophe Basterra) :buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandor

Neuf ans, dans un univers qui a la mémoire aussi courte, autant dire que cela s’apparente à une éternité. Neuf ans, donc, qu’est sorti Au Bon Moment, Au Bon Endroit, le dernier album de Marie-Claire Buzy. Un silence juste brisé par un disque hommage, où quinze artistes de la scène indépendante française rappelaient la pertinence d’une chanteuse pour laquelle tout a commencé en 1980.

Depuis, il y a eu huit albums studio, une quinte de hits (à commencer par « Dyslexique », « Adrian », « Body Physical », « Engrenage », « Baby Boom »…), une compilation, des collaborations prestigieuses comme autant de “moments de magie” (feu Serge Gainsbourg et Daniel Darc, Jean Fauque, Rodolphe Burger, Gérard Manset, excusez du peu) et un nouveau métier au début des années 2000, elle est aujourd’hui psychothérapeute. Une aussi longue mise entre parenthèses n’est bien sûr pas innocente. Il y a d’abord eu l’absence de toute motivation pour retourner se frotter à “un milieu compliqué”.

Il y a surtout eu de ces deuils dont il faut du temps pour cicatriser. Et, puis, petit à petit, cette envie d’écrire qui revient – cette écriture qui chez elle est comme une seconde nature, l’ami qui lui propose d’y retourner.

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorLe disque : argumentaire officiel par Christophe Basterra) :

La genèse de Cheval Fou est d’une simplicité absolue. Marie-Claire a donc repris la plume, d’autant qu’elle avait des choses à dire, consternée par une société où tout n’est que “cris, chaos, rétrécissements et renfermement sur soi-même …”.

Et l’indifférence n’est pas à son programme. Alors, sur fond de rock incarné (parfois, souvent, on pense à un Bashung au féminin), ce nouvel album se dévoile sous le jour d’un disque “poétique et politique”. Un disque qui doit aussi beaucoup à ce qu’elle appelle joliment des “collaborations heureuses” avec des artistes d’une même sensibilité. Comme l’ami de longue date Arnold Turboust, qui a habillé de son plus beau piano « Journées Nuages ».

Comme l’actrice Anna Mouglalis, qui est venue prêter sa voix grave à la Nico sur le si bien nommé « Prière », chanson épurée qui résonne comme un mantra. Comme Bertrand Belin qui, après une rencontre de trois heures dans un bistrot parisien, a imaginé la musique du virevoltant « Où Vont Mourir Les Baleines », amer allégorie sur le sort des migrants. En dix chansons, Marie-Claire Buzy fait ainsi « Le Tour De Nos Têtes », mais aussi et surtout le tour de ses craintes et de ses espoirs.

Parfois, le temps de « Murmures », où elle propose de construire “des ponts contre les murs”, elle dresse le portrait d’une société qui ne fait pas toujours envie. Elle parle aussi d’amours impossibles et continue de mener une « Expérience Humaine ».

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(Photo : Lo Bricard)

buzy,cheval fou,engrenages,interview,mandorInterview :

Tu es chanteuse, mais tu ne caches pas le fait que tu es aussi psychothérapeute depuis 18 ans. Est-ce une des raisons pour lesquelles tu peux prendre 9 ans entre deux albums originaux ?

Avant de faire de la musique, j’ai fait une année de médecine et psychologie en fac. On peut donc dire que je suis retournée à mes premiers amours. Contrairement aux années 80 et 90, aujourd’hui, mon cabinet est devenu ma profession et la musique un hobby… un hobby de luxe. Economiquement, j’ai parfaitement compris qu’à moins de faire des plateaux « années 80 » et chanter « Body Physical » et « Dyslexique », je n’allais pas m’en sortir. J’ai switché parce que vivre de la musique pour moi était impossible. J’ai eu le nez fin car il n’y a presque plus de disques dans les magasins et les mises en place sont désastreuses. Les téléchargements, c’est bien, mais ils nous rapportent une misère. Ça devient un luxe de faire un album.

Tu n’aimes pas les concerts « années 80 » ?

Je ne crache pas du tout dessus et je comprends que certains artistes y participent. Moi, psychologiquement, ça ne me convient pas. Vraiment, ce n’est pas un jugement sur ceux qui s'y adonnent.

Pourquoi te relances-tu dans cette bataille qu’est sortir un disque aujourd’hui ?

Un ami qui a lu mes textes m’a un peu forcé à me remettre sur ces rails-là. C’est comme un engrenage, c’est le cas de le dire (rires). J’ai rencontré un arrangeur, Damien Someville, avec lequel on a fait une grande partie de l’album. J’ai avancé à mon rythme, pas très rapide parce que j’avais mon cabinet à côté.

"Cheval fou", lyrics video.

Une fois le disque terminé, il fallait le sortir.

Là, je n’avais pas à ce point conscience des difficultés. J’ai pris des gens qui ont démarché les labels pour moi. Sans succès. Au bout d’un moment, j’ai pris la décision de mettre l’album en distribution et de prendre tout en charge financièrement. J’ai investi l’argent d’une voiture neuve d’un bon standing. Je m’aperçois que ce métier devient artisanal, mais j’ai un caractère à aller au bout du bout.

Toi qui as connu le succès dans les années 80, tu as donc aussi connu les années fastes de l’industrie musicale française.

A cette époque, les gens achetaient des disques et comme nous rapportions de l’argent, nous étions chouchoutés. Plus les années passaient, plus je voyais le déclin de cette industrie. Aujourd’hui, j’ai une vision du spectre très large du problème puisque je fais tout, productrice et distributrice.

C’est un disque « poétique et politique » nous dit-on dans l’argumentaire de presse. En quoi est-il politique ?

Je suis très affolée par tout ce qu’il se passe actuellement dans le monde, écologiquement parlant. Ça me rend malade les dauphins, les baleines, les poissons qui bouffent du plastique à cause de nous et qui viennent s’échouer sur les plages en suffoquant. J’en ai fait la chanson: « Où vont mourir les baleines ». On est dans une période aberrante sur le plan écologique. Je ne sais pas combien de scientifiques et d’artistes tirent la sonnette d’alarme, mais la prise de conscience n’est pas telle qu’elle devrait être. Apparemment, le gouvernement n’arrive pas à surmonter les lobbys. Ce qu’il se passe est super grave. Dans mes chansons, je veux parler de tout ça de manière assez douce et poétique pour que le message passe mieux.

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Tu es écolo ?

A fond. Je ne mange pas de viande depuis 25 ans. Je suis quand même rassurée quand je vois les enfants de 14-15 ans défiler dans la rue pour l’écologie, le climat. Cette génération-là sera peut-être celle qui sauvera la planète.

La société de consommation prend le pas sur le reste, non ?

C’est exactement ça. Les gens changent leur smartphone tous les 6 mois, achètent des fringues comme des malades alors que l’on sait que l’industrie textile pourrit les rivières… Cette génération va être dans un processus de décroissance, j’en suis certaine.

Dans « Murmures », tu dis « construire des ponts contre les murs ».

On voit que tous les pays sont en train de se refermer sur eux-mêmes et se transformer en petite dictature.

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Tu as parlé de « Où vont mourir les baleines ». C’est un duo avec Bertrand Belin.

Dès que j’ai découvert ce garçon, j’ai adoré. Je lui ai envoyé ce texte, nous nous sommes rencontrés dans un troquet et nous sommes restés ensemble pendant trois heures. Il m’a dit un truc sympa, mais qui m’a interpellé : « Tu sais Buzy, tu as de la chance d’avoir fait des tubes ». Plus tard, il m’a renvoyé la chanson en ayant arrangé plus de 85%. Je lui ai demandé s’il voulait faire des chœurs dessous. Il a accepté. C’est ce qu’on appelle un featuring.

A ne pas confondre avec un duo, comme il y en un avec Anna Mouglalis sur « Prière ».

Nous avons toutes les deux des voix graves, mais à côté d’elle, j’ai une voix aigüe (rires). J’adore cette femme depuis toujours. Dans le biopic sur Gainsbourg, elle jouait Gréco… elle était formidable.

En studio, ça s’est bien passé avec elle ?

Ça a été un moment de grâce. Diriger une artiste comme elle, c’était un luxe. Elle est très instinctive, très intelligente, très engagée aussi.

Cheval fou est un album qui te ressemble énormément.

Il n’y a pas tellement de différences entre mes chansons et ce que je suis. Je suis relativement brut de décoffrage, complètement cash. Je ne trafique rien, ni en tant qu’artiste, ni en tant que thérapeute.

Parlons de « Journées Nuages » composé par notre ami commun, Arnold Turboust.

Arnold est quelqu’un de très élégant et sa musique lui ressemble.

Tu l’as connu comment ?

A l’époque de « Body Physical » il sortait « Adélaïde », donc on a fait de la promo ensemble à l’époque. Aujourd’hui, nous avons à peu près la même éthique artistique. Nous n’aimons pas faire les plateaux des années 80, par exemple.

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Est-ce que l’on peut dire que c’est un album rock ?

Oui, on ne peut pas dire que ce soit un album de variété. J’ai toujours été comme ça. Je ne me mets pas une étiquette rock sur la tête pour faire bien, c’est naturel. Mais tu sais, Arnold aussi est rock. Il est rock dandy, moi je suis rock poétique.

Il y a une chanson qui m’a beaucoup touché c’est « Cosmic Brother ».

C’est une histoire vraie. Mon frère est décédé il y a 6 ans. J’ai mis longtemps à l’écrire parce que j’ai été très très affectée par la mort de mon cadet.

Sortir un nouvel album, cela provoque quoi ?

De la douleur. Je sais pourquoi j’ai arrêté. C’est comme un bébé. Je le vis vraiment comme un accouchement. C’est très anxiogène. Heureusement, mes fans me rassurent. Ils adorent l’album.

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Chez et avec Buzy, le 9 mai 2019, après l'interview.

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Bonus : quelques anciens succès.

Dyslexique (1981).

Engrenage (1981).

Adrian (1983).

Adrénaline (1983).

Gainsbarre (1985).

I Love You Lulu (1985).

Body Physical (1986).

Baby Boom (1987).

Shepard (1989).

28 mai 2019

Elmer Food Beat : interview pour Back in Beat

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

elmer food beat,back in beat,interview,mandor Elmer Food Beat c’est 1 million de disques vendus, des disques d’or et de platine, l’Olympia à guichet fermé, une Victoire de la Musique, plus de 1 000 concerts (de 20 à 20 000 personnes), des millions de kilomètres parcourus et des milliers de filles aimées….

Leur 6ème album, Back in Beat vient de sortir. Vous y trouverez des influences à la AC/DC, à la Ramones voire quelques accents à la Stéréophonics si vous tendez l’oreille. Avec ce disque, le groupe nantais prouve une fois de plus que l’humour est le rock ne sont pas inconciliables. Les riffs de guitares que l’on peut entendre dans ce nouveau disque sont dignes des plus grands musiciens de rock. Les nouveaux titres des Elmer sont souvent délirants, parfois surprenants, jamais répétitifs.

L'album est écoutable ici.

Le 8 mai dernier, et oui, un jour férié, j’ai rejoint deux membres éminents du groupe, Manou Ramirez (chant) et Vincent Nogue (batteur) au bar Les Ondes, à côté de La Maison de la Radio où il devait se rendre juste après notre interview. Manquait à l’appel, Grand Lolo (Laurent Lachater) et Kalou (Pascal Ambroset).

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

L’album (argumentaire de presse officiel, mais un peu écourté) :elmer food beat,back in beat,interview,mandor

Ce 6ème opus d’Elmer Food Beat intitulé Back in Beat est un clin d’œil au groupe mythique AC/DC. Clin d’œil tout d’abord graphique puisque la pochette, toute de noir et blanc vêtue avec une touche de rouge, fait référence à la non moins légendaire pochette de Back in Black des frères Young sortie en 1980. Il existe aussi un lien affectif entre Back in Black et Back in Beat. Le premier a servi d’éloge funèbre au très charismatique Bon Scott, décédé quelques mois avant la sortie du disque. Le second sort après la disparition de Twistos, guitariste, parolier et co-fondateur de Elmer. Mais la comparaison s’arrête là.

Back in Beat n’est certainement pas un album funèbre. C’est un album fun.

L’ensemble des titres célèbre plutôt un mode de vie dédié au rock. (« Ça c’est rock » ou « On a du bol »). Réalisé à Bruxelles dans le mythique studio ICP, les 4 membres d’Elmer se sont immergés pendant plusieurs semaines pour en sortir un son léché, quasi cousu main. Rien d’agressif ou de râpeux, plutôt une production tendue axée sur la guitare. Même si les filles et leurs atouts sont toujours aussi présents et sujets à convoitise, telle la belle « Lucille », c’est bien la guitare qui, avec ses courbes voluptueuses, reste la maitresse sans égale d’Elmer Food Beat (« Ma Guitare »).

Car Back in Beat est encore et toujours un album d’amour. Amour inconditionnel aux femmes et à tout ce qu’elles représentent, prenant même le parti engagé, en ces temps de #MeToo et autre #BalanceTonPorc, de s’adresser directement aux « lourdaux qui ne comprennent pas que l’on puisse refuser » et que « Quand la dame » dit non, et bien c’est non, ironisant même sur le train de vie libidineux d’un DSK dans « Dans ce cas ».

Cet album est peuplé d’excellentes chansons et taillé pour la scène où il n’est plus à prouver qu’Elmer prend corps et tout son sens. Loin de la vision étriquée d’un groupe qui chante des paroles égrillardes, Elmer Food Beat est composé de vrais et d’excellents musiciens. Et Back in Beat en est la preuve.

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

elmer food beat,back in beat,interview,mandorInterview :

Votre album est encore plus rock que le précédent.

Manou : Nous avons évolué depuis que nous nous sommes reformés en 2010. Nous nous sommes tracés un chemin dans lequel nous évoluons à chaque étape. Twistos ayant disparu juste avant de créer Back in Beat, Lolo a pris plus de place dans les compositions. Cela a donc accentué le mouvement, mais il était déjà initié depuis un moment.

Vincent : J’ajoute que cela faisait un moment que l’on voulait faire des disques qui se rapprochent de notre façon de jouer sur scène. On a donc joué plus brut et énergique. Bravo à Lolo qui a su adapter sa façon d’écrire les textes et la musique à la façon Elmer Food Beat. Il nous prouve bien qu’il a un gros niveau d’analyse musicale. Grand respect pour ce qu’il a fait.

Du coup, l’enregistrement s’est passé plus rapidement ?

Manou : En studio, nous n’avons pas les mêmes automatismes que sur scène. Si nous sommes parfois allés plus vite, c’est que nous avons beaucoup bossé les morceaux en amont. Tout était prêt quand nous sommes arrivés au studio ICP. En 15 jours, nous avons enregistré tous les titres… et sans pression.

"Ça c'est Rock" (clip officiel), extrait de l'album "Back In Beat". Réalisé par David Vallet.

Il y a dans ce disque des chansons qui font partie de votre ADN, mélange de cul et d’amour…

Manou : On ne peut pas s’empêcher de baser nos chansons sur le sexe, les filles, l’amour, le romantisme… parce que oui, nous sommes des grands romantiques.

Dans « Quand la dame », vous expliquez que vous vous êtes bien éclatés avec les femmes, mais uniquement si elles étaient d’accord.

Manou : C’est une chanson engagée. Nous traitons du sexe entre un homme et une femme. Moi, depuis tout petit, c’est une question d’éducation, j’ai toujours respecté les femmes. Tous les membres du groupe sont comme ça. On sait tous que « non », ça veut dire « non ». Ça ne veut pas dire « oui, peut-être ».

Vincent : On a souvent traité de sujets de société importants sous couvert d’humour. En 1991, on a parlé des capotes dans « Le plastique c’est fantastique ».

Manou : On constate qu’en concert, les filles n’hésitent pas à s’amuser avec nous, à monter sur scène… elles ont compris qu’on est juste là pour rigoler et que ce n’est pas parce qu’on raconte souvent des histoires de cul que nous sommes des gros salauds. On s’amuse ensemble, mais d’un commun accord.

Vincent : Il n’y a jamais rien de libidineux chez nous ou d’attitudes déplacées.

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(Photo : Jean-Marie Jagu)

« De toutes tailles » est un hommage aux seins des femmes.

Vincent : Tu as interprété cette chanson ainsi, c’est bien, mais ce n’est pas que ça.

Manou : Disons qu’on ne nomme aucune partie de l’anatomie, mais que les femmes et les homos pourraient aussi se sentir concernés par cette chanson.

C’est la seule ballade du disque.

Manou : J’ai fait cette commande à Lolo. Je voulais un slow comme dans l’album 30 cm et la chanson « Brigitte ». Là, je lui ai même demandé de faire un slow à la Scorpion ou à la Metallica… un slow où les filles tombent comme des mouches quoi ! (Rires).

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(Photo : Gilles Simon)

Vous reprenez une chanson de Bijou, « Sidonie ». On dirait vraiment de l’Elmer Food Beat.

Manou : C’est Kalou qui nous a demandé de reprendre ce titre. Je le connaissais, mais en relisant le texte avec attention, j’avais l’impression que c’était du Elmer. C’était incroyable !

Depuis votre retour en 2010, vous sortez un disque tous les trois ans et n’arrêtez pas de faire des concerts. Elmer Food Beat est toujours en mouvement ?

Manou : Oui parce que lorsque nous sortons un disque, cela relance la machine pour deux-trois ans. Nous sommes tout le temps sur la route avec quelques pauses, mais c’est plutôt intensif. Moi, je ne fais pas de sport, mais j’ai besoin de faire des concerts pour sortir mon trop plein d’énergie. C’est quasi vital pour moi.

"Daniela", extrait du DVD Live des 30 ans filmé le 11 Juin 2016. Avec les caméras de TV Nantes, le son de France Bleu Loire Ocean, Les Machines de L'Ile, Stéréolux et la Ville de Nantes

Vous jouez vos nouvelles chansons, évidemment, mais aussi vos incontournables.

Manou : C’est agréable de jouer tous les nouveaux titres de l’album. C’est la première fois que l’on fait ça d’ailleurs. Mais on prend quand même beaucoup de plaisir à jouer les « tubes », car nous savons que le public les attend. On joue notamment presque en intégralité 30 cm, qui est un album culte, et quelques morceaux des autres disques.

Vincent : On adore interpréter Back in Beat car le public tente de nous suivre, mais il connait moins bien ces chansons. Ils sont très attentifs à tout et commence à s’approprier les nouveaux titres en même temps que nous. Par contre, dès que « Daniela » ou « Le plastique c’est fantastique » démarre, c’est de la folie totale.

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(Photo : Gilles Simon)

elmer food beat,back in beat,interview,mandorVotre public est fidèle et il évolue.

Manou : Nous sommes la Madeleine de Proust de certains. Nous leur rappelons leurs jeunes années, leurs premiers émois amoureux ou autres. Je vais dire un truc prétentieux, mais je le pense. Elmer, ça traverse les générations et c’est indémodable. 30 ans après, les gens disent qu’Elmer Food Beat c’est pareil qu’avant… c’est énorme !

Vincent : Nos fans de l’époque viennent désormais avec leurs enfants.

Manou : On n’est pas encore comme Aznavour où il y avait 4 générations, mais bon, si on tient encore un peu, qui sait ? Pour l’instant, nous sommes à deux générations.

Qui est le plus sage du groupe ?

Manou : Ca dépend des moments. Nous sommes tous à peu près sages ou à peu près pas sages.

Vincent : Le groupe, dans son ensemble, est plutôt sage, poli, bien élevé, modéré, réfléchi. Si en apparence on reflète un grand n’importe quoi, nous sommes tout l’inverse.

Manou : On a les pieds sur terre. Avec le recul, la sagesse et l’expérience, on profite à fond de ce qui nous arrive aujourd’hui.

"Les filles trop belles" et "Mytho", deux titres en acoustique d'ELMER FOOD BEAT pour La boite Noire du Musicien.

Vous êtes surpris d’être encore là ?

Manou : Parfois. Quand tu remplis des salles et que tu vois plein de gens chanter les chansons du groupe, tu n’en reviens pas. Nous savons que nous avons de la chance.

Vincent : Par contre, il y a une chose qu’il ne faut pas nous enlever : à chaque fois que l’on monte sur scène, c’est comme si nous repartions à zéro. Chaque soir, il faut prouver que nous méritons notre place. Nous ne nous sommes jamais reposés sur nos lauriers.

Manou : Twistos disait toujours, et ce depuis le début, que nous n’avions pas le droit de décevoir notre public : « Hier on était bons, mais il faut être bons ce soir parce que ce n’est pas le même public qu’hier. »

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(Photo : Gilles Simon)

Tout au long de votre carrière, les femmes vous jetaient des petites culottes et des soutiens-gorge. Ça se fait toujours aujourd’hui ?

Manou : De moins en moins, mais quand même un peu. Ce week-end, il y en a une qui l’a fait. J’en ai plein à la maison. Depuis 30 ans, j’ai deux gros sacs de sous-vêtements (rires).

Vous avez un gros capital sympathie.

Manou : C’est vrai que partout où nous passons, nous sommes superbement bien accueillis, et par les professionnels et par le public. Il parait que nous sommes sympathiques aussi dans la vie, ça doit y faire un peu.

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Avec Manou et Vincent, après l'interview, le 8 mai 2019 au bar Les Ondes.