Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17 janvier 2017

L'Arthur : interview pour son premier EP.

l'arthur,ep,interview,mandor

l'arthur,ep,interview,mandorAttention, artiste (exceptionnel) en devenir ! Je ne vois pas L’Arthur passer inaperçu encore bien longtemps. Je l’ai découvert avec sa reprise de « Mon amour, mon amie » de Marie Laforêt. Je suis resté KO ! Puis les 5 chansons originales suivantes ont fini de m’achever. En mélangeant production moderne et poésie réaliste, L’Arthur, 27 ans, signe un premier EP original et percutant… avec des chansons dans lesquelles les femmes n’ont pas le beau rôle. Elles sont généralement garces et infidèles. Cet EP est la preuve qu’un petit cœur blessé peut engendrer de grandes chansons universelles.

 

L’Arthur est venu m’expliquer tout ceci à l’agence le 29 novembre 2016.

Biographie officielle :

En 2014, il participe à On a les moyens de vous faire chanter, le radio crochetl'arthur,ep,interview,mandor de France Inter et fait partie des 6 finalistes. Il profite ensuite des retombées du concours pour se produire dans des lieux atypiques durant toute l’année 2014. Tout autant inspiré par les films de Marcel Carné, que par les affiches de mode qui tapissent le métro Parisien, L’Arthur enregistre son premier Ep à l’image d’un bouquet de fleurs dans lequel chaque titre a sa propre identité, sa couleur particulière, son odeur unique mais qui forme un ensemble original et harmonieux. A travers cet EP, il pose les premières bases de son identité artistique qui consiste à créer ce qu’il nomme des « mises en scènes musicales ». Partant d'un texte écrit, chaque chanson intègre un ou plusieurs personnages qui évoluent en fonction de l'environnement musical dans lequel ils se situent.

l'arthur,ep,interview,mandorInterview :

Ton père est le musicien Pierre Sangra. Il a travaillé avec des gens que j’adore comme Thomas Fersen et Vincent Delerm. Peut-on dire que tu es un enfant de la balle ?

J’ai des parents divorcés et j’ai grandi chez ma mère qui, elle, n’est pas musicienne. Elle écoutait un registre musical très populaire, la variété. Après, il ne faut pas s’étonner que je reprenne une chanson de Marie Laforêt.

Et quand, un week-end sur deux, tu allais chez ton père ?

J’écoutais et allais voir les artistes avec lesquels il travaillait, toute la génération du Label tôtOutard qui a explosé il y a 10, 15 ans. Mais, outre cela, il nous a biberonné, ma sœur et moi, au rock, de Led Zeppelin à Queen en passant par les Pink Floyd.

Du coup, as-tu l’impression que ce que tu fais toi-même est un mélange de tout cela ?

Oui. Forcément, on prend de ce qu’on nous inculque quand on est enfant, mais on prend aussi ce que l’on va chercher. J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, dès mon arrivée au collège public, j’ai découvert le rap et j’ai adoré.

Quel genre de rap ?

Ma référence incontestable était MC Solaar. Les textes et la production me paraissaient incroyables. J’ai aussi beaucoup écouté les deux premiers albums de Rohff, ceux de Disiz la Peste. J’aime le rap décalé, comme les Nèg’ Marrons ou plus récemment Vald.  Ça m’ennuie quand on me fait la morale. Le rap conscient, j’en écoute quand il est vraiment très bien fait.

"Burn out". Pour son premier clip, L'Arthur souhaitait un court-métrage musical plutôt qu’un clip illustratif d’un récit à la première personne. 
L'ambiance est sombre mais pas glauque. La voiture et la route bitumée exprime la vie d’avant, subie, non choisie, plongée dans la nuit. Le paysage sauvage, déchiré mais sublime, exprime à la fois la fuite mais aussi le renouveau, rempli de doute et de tourment. L'homme a pris sa vie en main. 
Le GPS, féminin, va vivre sa mue également. Cette femme, robotique et froide, autoritaire par définition, incarne la lueur d’espoir. Humaine, elle va décider d’accompagner cet homme en le laissant s’échapper vers le large…

Tu as commencé la musique très tard.

A la base, je viens du théâtre. J’ai fait un bac littéraire, option théâtre, puis le Conservatoire. Mais un jour, je me suis rendu compte qu’être comédien me saoulait, je préférais faire de la mise en scène. J’ai eu mon diplôme vers 22 ans et j’ai eu envie d’émancipation. Je suis donc allé vivre en Irlande pendant 8 mois.

C’est là que tu as commencé à écrire des chansons ?

J’ai toujours écrit des chansons, mais dans mon coin. C’est vrai qu’en Irlande, j’en ai écrit beaucoup. En revenant en France, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Je me suis isolé et j’ai commencé quelques maquettes.


Radio Crochet Inter - L'Arthur, Passez par franceinter

Et en 2014, tu les proposes à un concours sur France Inter, On a les moyens de vous faire chanter.

C’est un ami qui m’a conseillé de participer. J’ai été auditionné aux Trois Baudets. Ça leur a plu et, du coup, j’ai joué à la maison de la radio. Je suis allé jusqu’en quart de finale.

Qu’as-tu fait après ?

Des petits concerts, à gauche, à droite pendant un an.

Sans l’idée de faire un EP ?

Au début non, puis, après, j’ai senti qu’il fallait que je me lance. Ce que j’ai fait et en totale indépendance. J’ai rencontré Valérie Suder, de la Teamzic. Elle aide aujourd'hui les artistes auto-produits à créer leur structure et à financer leurs projets. A la force de faire des dossiers, j’ai reçu des subventions pour pouvoir créer mon EP.

Clip de "Garce".

As-tu voulu t’affranchir du professionnel qu’est ton papa.

Pas vraiment puisqu’il a joué sur deux morceaux rock dont « L’hymne à la modération ». Mais je suis arrivé avec le matériel. Il a toujours été bienveillant envers mon travail et il m’a toujours encouragé.

Tu composes tout chez toi ?

Oui, et quand j’arrive en studio, je demande à mes musiciens de se caler sur mes lignes mélodiques. En fin de session de studio, je leur demandais, alors qu’ils maitrisaient parfaitement le morceau, de faire ce qu’ils voulaient avec. Je leur demandais ce qu’ils auraient à dire avec leur instrument. Ça me permet d’avoir de la matière et ça m’enrichit énormément.

Etre comédien, ça te sert quand tu montes sur scène ?

Non, cela m’a même desservi. Au concours de France Inter, on m’a reproché d’avoir été trop théâtral. Au début, je le prenais mal, et puis j’ai réfléchi. J’ai revu des vidéos… j’admets que j’en faisais trop. Il y a avait un manque manifeste de simplicité. Ça m’a un peu perdu, du coup, je travaille à être plus simple et plus direct.

Tes textes sont très ironiques, désabusés… et un peu comme Souchon, subversifs mine de rien.

Subversif, ça me va. Souchon aussi ça me va. Il a écrit une chanson que j’aurais aimé écrire : « La vie ne vaut rien ». La mélodie est sublime et le texte est un résumé de la vie que je trouve parfait.

l'arthur,ep,interview,mandor

Le texte est primordial pour toi ?

C’est la base du travail. Pour cet EP, les textes étaient écrits avant les musiques. Je pars toujours sur un texte et je l’habille après.

Es-tu satisfait de ce premier disque ?

On sent encore quelques influences et pour le prochain, il faudra que je ressere l’étau. Je ne suis jamais content de moi, alors quand j’écoute cet EP, je lui vois plein de défauts.

Tu écris beaucoup ?

Tout le temps. Il n’y a que comme ça que je me sens vivre. Dans la création… Il n’y a que quand je crée que je me sens utile.

Tu fais des EP pour quoi ?

Pour bouffer de la scène, pour partir en tournée. D’ailleurs, il faudrait que je trouve un tourneur et un éditeur.

l'arthur,ep,interview,mandor

Après l'interview le 29 novembre 2016.

29 décembre 2016

Pierre Barouh : interview pour Les 50 ans Saravah

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandor

Hier soir, j’étais en train de décrypter mon interview récente de Pierre Barouh à propos de l’album Les 50 ans Saravah. Cela faisait deux heures que je l’écoutais me parler quand j’ai ressenti le besoin de faire une pause. Une pause Facebook (mon péché mignon). Et là, je tombe sur un statut de Laurent Balandras annonçant la mort de Pierre Barouh. Je lui envoie un message spontané tant cela me parait improbable. Un type qui m’a reçu chez lui une bonne partie de la matinée, le 15 novembre dernier, ne peut pas être mort, ça n’a pas de sens. Réflexion idiote, je le sais bien. La mort frappe n’importe qui à n’importe quel moment. Je reste abasourdi.

Je me suis remis à l’écouter et plus rien n’avait le même sens. Je me marrais un peu avant cette terrible nouvelle parce que je m’entendais lui poser des questions sur l’album, mais il me répondait à côté, comme si ça ne l’intéressait pas d’en faire la promo. « C’est ma femme qui s’en est occupée » me répondait-il et il partait sur d’autres sujets… j'ai donc remis un peu en ordre certains de ses propos.

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandorQuand on interviewait Pierre Barouh, il fallait s’attendre à ce que cela parte dans tous les sens, mais tout était intelligent, magnifique et empreint de sagesse. Je l’avais déjà pratiqué (lire ma première mandorisation du personnage en 2007 et photo à gauche). Le 15 novembre dernier, celui qui avait indiqué sur sa carte d’identité à la mention profession, « promeneur », me baladait là où il voulait. Et moi, ça ne m’a jamais dérangé que l’on sorte des sentiers balisés de la promo. Bien au contraire. Je me laisse tout le temps faire si cela est fait avec bienveillance. Et avec cet artiste solaire, c’était toujours avec bienveillance.

Je vous propose donc cette interview dans sa version un peu écourtée.

Mini bio de Pierre Barouh :

L’auteur, compositeur, interprète et éditeur a écrit des paroles restées dans les mémoires, comme «La bicyclette» interprétée par Yves Montand.

Le parolier a également créé Saravah, son label découvreur de talents. Parmi eux : Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Jean-Roger Caussimon, Areski Belkacem, mais également le Bénino-Togolais Alfred Panou, précurseur du slam dans le paysage hexagonal, le Gabonais Pierre Adekengué, aux prémices de la world music, ou encore le percussionniste brésilien Nana Vasconcelos.

«Un homme et une femme», chanson du célèbre film de Claude Lelouch (1966) dont il est le parolier et l’interprète avec Nicole Croisille, sur une musique de Francis Lai, reste comme l’un des monuments de la carrière de cet artiste éclectique et curieux.

L’album"50 ans Saravah"   :

Crée en 1966 par Pierre Barouh, Saravah est l’un des plus anciens labels indépendants français de pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandormusique. Son célèbre slogan : « Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire » définit très bien l’âme de ce label qui aime à se qualifier comme «  Les rois du slow-bizz ». Au-delà de la production phonographique, Saravah, est avant tout une aventure humaine, faite de coups cœurs, de rencontres artistiques;  toujours imprégnées d’une profonde éthique : passion et amour de la découverte de l’autre par les voyages et la création. Face aux obsessions de rentabilité, sa dimension romantique et bohème, semblait pourtant la condamner à court terme…  Pourtant, Saravah est heureuse de fêter cette année : ses 50 ans d’activités! Aujourd’hui, plus que jamais, nous voulons témoigner des talents et du monde qui nous entourent. C’est dans cette optique que nous souhaitons partager notre patrimoine sonore, de 50 ans de productions et d’éditions, en le rendant plus accessible à ceux et celles qui nous suivront demain. Avec Bertrand Belin, Kahimi Karie, Albin de la Simone, Camélia Jordana, François Morel, Yolande Moreau, Bastien Lallemant, Maïa Barouh, Jeanne Cherhal, Séverin, Olivia Ruiz, Bears of Legend et Sheena Ringo. Avec le soutien de la SPPF , l'ADAMI et  la SACEM. Dessin : Charles Berberian.

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandor

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandorInterview :

Vous avez toujours été indépendant et libre. Des hommes comme vous, cela devient rare…

Je n’ai jamais eu aucune ambition de carrière, jamais eu d’imprésario ou d’agent. Je ne crois pas en la liberté, mais je crois en la disponibilité… mais la disponibilité réclame une énorme vigilance. J’adore me rendre disponible. On me dit « viens ! », je viens. Et je ne reviens jamais sur une parole donnée.

Vous êtes un grand et éternel voyageur.

Sur mon tout premier passeport, à la rubrique « profession », j’avais marqué « promeneur ». Mon premier voyage était en Norvège. J’avais ma petite guitare et je faisais du stop. Il m’arrivait de faire du stop alternativement d’un côté et de l’autre de la route. C’est vraiment le symbole de la disponibilité. Se dire que le premier qui s’arrête m’amène vers le nord ou vers le sud.

Vous avez aussi toujours été disponible à la reconnaissance du talent des autres.

Je fais même un prosélytisme qui est très chiant pour les gens qui m’entourent, parce que dès que j’aime quelqu’un, un film ou un livre, je n’arrête pas d’emmerder tout le monde avec ça.

Séverin a invité Pierre Barouh à chanter "Samba Saravah" à l'occasion des Francofolies de La Rochelle 2016. 

Nous sommes chez vous pour parler des 50 ans de votre label Saravah. C’est vertigineux pour vous 50 ans ?

Je n’ai aucun sens du temps. Je vis trop au présent pour remarquer le temps qui passe.

Ce projet de disque n’est pas gênant pour vous, du coup ? Parce que ça veut dire s’arrêter et regarder en arrière…

Mais, ça ne me dérange pas. Je suis rentré du Japon la semaine dernière et là-bas, ils ont fêté cet anniversaire. C’était formidable ! Il y a eu des projections de mes films, des interviews, un concert avec ma fille Maïa et des amis à elle. C’était dans une grande salle et quand ça s’est terminé, les gens étaient en larme d’émotion. C’était vraiment super. J’ai vécu au Japon des aventures d’un romantisme incroyable. J’y vais depuis 1982 et je suis fou de ce pays.

Vous êtes plus honoré là-bas qu’en France.

Je reste spectateur et il n’y a aucune amertume dans ce que je vais vous dire, mais je suis dans une situation très ambigu en France. Je suis un auteur à succès et j’ai passé 50 ans de ma vie à m’occuper du talent des autres. Dans notre pays, c’est suspect. Si je dis que je fais ça par passion, on trouve que c’est infantile. Dans ma vie il y a la chanson, mais il y a aussi le théâtre, le cinéma, du coup, les gens des médias ne savent pas où me placer, il m’ont mis dans un ghetto underground. En ce moment, je suis en train de glisser de ce ghetto au mythe. Ça prend d’ailleurs un parfum nécrologique (rires).

Vous sentez que l’on vous « mythifie » ?

Je le sens parce que je n’ai jamais autant reçu d’hommages qu’en ce moment.

Vous êtes spectateurs de cela, mais avec amusement ?

Oui. J’ai conscience d’être un privilégié total. Je n’ai vécu que de mes passions et je sais que ce n’est pas le cas de grand monde.

Parlons « argent ». C’est le nerf de la guerre. Je me suis toujours demandé si votre label Saravah s’en sortait correctement.

Au-delà du chiffre 3, je ne comprends rien. Je suis incapable de parler d’argent. Je sais que tous les trois mois, je reçois un chèque de la SACEM depuis des années. Avec Saravah, je ne prends pas d’argent. Tout va à a création. Mes rentrées, en priorité, ce sont les droits éditoriaux de mes chansons. Ils nourrissent beaucoup Saravah. J’ai passé ma vie à sauter à pied joints de répartition SACEM en répartition SACEM. Aujourd’hui, je touche une retraite de la SACEM.

Alors qu’un artiste comme vous n’est jamais à la retraite.

Je n’arrête pas puisque, je le répète,  j’ai cette obsession de la disponibilité.

Le 20 octobre 1966, Nicole Croisille et Pierre Barouh interprètent la chanson du film de Claude Lelouch, "Un homme et une femme" écrite par Francis Lai et Pierre Barouh.

Que pensez-vous de ce disque célébrant les 50 ans de Saravah ?

Il est formidable. Ma compagne, Atsuko Ushioda, a joué un grand rôle dans ce projet, tout comme elle a joué un rôle incroyable dans la survie de Saravah. Aujourd’hui, nous sommes le plus ancien label indépendant planétaire et c’est grâce à elle.

Qui s’est occupé du casting des chanteurs qui ont participé à ce disque ?

C’est Atsuko qui a tout géré, je vous dis, je n’ai pas fait grand chose. Je lui fais confiance.

Est-ce que les marques d’affection et d’admiration vous touchent encore ?

Evidemment. Ça m’émeut beaucoup.

Et les critiques ?

(Il réfléchit longuement.) On vit dans une société ou le négatif prend le pas sur le positif. Il y a 300 personnes qui vont me dire que je suis un mec super et trois qui diront le contraire. Ces trois-là vont faire un chemin disproportionné par rapport aux 300 autres.

Pierre Barouh, Des ronds dans l'eau, avec Pierre-François Blanchard au piano au Festival chansons et paroles 2012 de Barjac. Cette chanson écrite par Pierre Barouh a été interprétée par Françoise Hardy.

Je sais que vous vous vous battez depuis longtemps pour que les gens deviennent plus courtois les uns envers les autres…

Comment vous savez cela ? Quand je suis rentré du Japon en 1982, j’ai même fait un dossier que j’ai envoyé au ministère de la culture. Je voulais monter en France une grande campagne de courtoisie. L’élément de la courtoisie est un élément vital dans toute la spirale économique. Je voulais réunir des sociologues et des économistes qui puissent tenter de faire l’inventaire de ce que coûte à la nation le manque de courtoisie élémentaire. C’est inchiffrable. Je n’ai jamais eu de réponse du ministère de la culture (rires).

En tout cas, on sent que vous avez un amour total de la chanson.

Pour moi la chanson, c’est un mode d’expression totalement privilégié et absolument magnifique. Vous pouvez exprimer des sentiments très complexes avec des mots toujours très simples. Le privilège, par rapport à d’autres formes artistiques, c’est que c’est communicable immédiatement.

Excusez-moi la banalité de cette question, mais est-ce difficile ou simple d’écrire une chanson ?

Quand j’ai commencé à écrire à 14 ans, je me suis nourris de gens comme Brassens. C’est lui qui m’a appris que la contrainte sollicite l’imagination, que mon imagination naturelle est pauvre comparée aux contraintes que je m’impose pour écrire. Parfois, je reste 4 mois sur une chanson. La grande satisfaction, c’est de savoir que les gens croient que je l’ai écrite en 12 minutes.

Si je résume, c’est dur de faire simple.

Oui, c’est ça. Par exemple, dans « Le vieux Léon », Brassens a pratiquement tout écrit en octosyllabe. Il fait arriver des rimes très riches au bout du 4e pied. Brassens m’a appris que la vraie élégance, c’est que l’on ne sente pas l’effort. Tout est au service du portrait qu’il trace.

Lundi 26 novembre 2012, lors d'une soirée privée organisée par le magazine "Plaisirs du Gers" à L'Atelier de Marciac, Pierre Barouh interprète "La bicyclette", chanson qu'il a écrite et qu'a chantée Yves Montand.

C’est un film qui vous a mené à la chanson.

Il n’y a que des hasards objectifs. Il y avait un petit cinéma en bas de chez moi à Levallois-Perret, L’Eden. Je suis allé voir Les Visiteurs du Soir  et je peux dire que ma vie a basculé sur trois mots de Jacques Prévert. Bref, beaucoup de mes chansons ont un découpage totalement cinématographique. C’est le cas de « La Bicyclette » par exemple. Raconter des histoires, provoquer l’imagination des gens, c’est primordial pour moi.

Avez-vous envie de ressortir un disque à vous ?

Si j’ai des nouvelles chansons, bien sûr. J’en ai déjà deux ou trois, écrites récemment. J’ai toujours en tête le souhait de traduire des sentiments ou des évènements par des mots.

C’est toujours une joie intense d’être sur scène ?

Oui, parce que j’ai toujours eu le goût du partage. J’espère en faire encore longtemps.

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandor

A l'issue de l'entretien, chez lui, le 15 novembre 2016.

Le lendemain de cette interview, je me suis rendu à la soirée de lancement du livre de Baptiste Vignol, Les tubes, ça s'écrivait comme ça pour lequel Pierre Barouh avait donné un entretien-fleuve sur sa vie, ses chansons, son amour des rencontres. Je laisse Baptiste raconter la suite (tiré de son blog perso Mais qu'est-ce qu'on nous chante?).  "Pierre Barouh était arrivé tout sourire, son casque sous le bras, entrant dans la librairie Parallèles, rue Saint-Honoré, les doigts dans sa belle chevelure blanche. Il avait retrouvé ce soir-là son vieux copain Frank Thomas qu'il n'avait pas revu depuis au moins vingt ans. «Tu sais qu'on est tous jaloux de toi» lui avait dit Thomas, en l'embrassant. Devant l'air étonné de Barouh, le parolier (Frank Thomas est l'auteur de Marie-Jeanne pour Joe Dassin, du Téléphone pleure pour Claude François, de Dites-moi pour Michel Jonasz…) précisa sa pensée: «“La Bicyclette”, “Les Ronds dans l'eau”… On aurait tous rêvé de les écrire, ces chansons-là!» Après avoir longuement bavardé avec ce complice de toujours, revu François Bernheim, rencontré Vincent Baguian et dédicacé quelques livres à des admirateurs, Pierre Barouh s'en était reparti à scooter dans la nuit de novembre, saluant tout son monde d'un fraternel «À bientôt!»"... 

La suite est à lire ici.

J'ai pris quelques photos de ces moments. Les voici:

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandor

Photo culte (mais floue) : Frank Thomas, Laurent Balandras, Geneviève Morissette Perso, Baptiste Vignol, Pierre Barouh et François Bernheim.

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandor

Frank Thomas, François Bernheim, Geneviève Morissette et Pierre Barouh.

pierre barouh,hommage,les 50 ans saravah,interview,mandor

Frank Thomas, Geneviève Morissette, Baptiste Vignol, Mandor et Pierre Barouh.

27 décembre 2016

Tété : interview pour Les chroniques de Pierrot Lunaire

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandor

Six albums en seize ans de carrière, Tété prend son temps pour écrire, définir le concept général de ses albums et coucher ses humeurs... toujours dans l’air du temps. Les critiques sont unanimement positives et les fans toujours enthousiastes.

Pour Les Chroniques de Pierrot Lunaire, comme d’habitude, les mots ne sont jamais vains, les mélodies jamais convenues et la voix chaleureuse toujours assurée.

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorInterview d’un artiste qui sait se faire discret et qui parle rarement pour ne rien dire. C’était le 19 octobre dernier dans un hôtel de la place Pigalle (lire la première mandorisation, puis la seconde).

Argumentaire officiel de l’album:

L’auteur-compositeur et musicien Tété est de retour avec un 6e et nouvel album Les Chroniques de Pierrot Lunaire entièrement produit par lui-même. Un retour aux sources entre blues et folk, où sa voix limpide renoue avec la simplicité et le dépouillement sonore des débuts. C’est l’histoire « d’un homme qui doit un jour affronter la violence de la réalité. Chanson après chanson, il apprend à changer son regard sur ce qui l’entoure ». Des chœurs entêtants de « Persona Non Grata » à « L’amour à nos chevets », l’album narre une quête personnelle tout en évoquant les méandres kafkaïens de notre société et la course à la consommation.

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandor

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorInterview :

Tu aimes bien la promo ?

Je me suis retrouvé moi-même à interviewer des gens à l’étranger pour une émission de télévision, alors je comprends comment ça se passe. Je ne suis pas journaliste, ce n’est pas mon métier, il m’est arrivé de tomber sur des artistes qui n’avaient pas envie d’être là, j’ai compris ce que cela faisait quand on tient le micro et que l’on pose des questions auxquelles l’autre n’a pas envie de répondre. Du coup, je suis devenu plus humble par rapport aux interviews. Je me dis que je vais juste converser avec quelqu’un qui s’intéresse à mon travail et ça me rend heureux.

6 albums en 16 ans, cela paraît peu, mais je sais que chez vous le temps n’est pas « linéaire ».

Il est un peu comme une matière qui changerait de texture selon qu’il fasse chaud ou froid. La magie du métier, c’est que l'on a pendant 6 ou 7 ans l’âge du dernier album, ce qui n’empêche pas de considérer que les autres vieillissent. Ca « distorse » la sensation du temps qui passe.

Clip de "Persona non grata".

Les chroniques de Pierrot Lunaire est un album concept sur un homme qui décide de voir la vie avec tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorun regard d’enfant.

Le Pierrot dont je parle n’arrive pas à se dépatouiller de l’âpreté du réel. Il finit par se dire que le réel en soi, ce n’est pas ce qui fait le tout. Ce qui fait le tout, c’est le regard que l’on porte sur le réel. A partir de là, il essaie de retrouver son regard d’enfant. Je l’ai appelé Pierrot Lunaire car cela fait penser à la mélancolie, aux rêves et à la flânerie.

Ce Pierrot est un double de Tété ?

C’est peut-être celui que j’aimerais redevenir. Adulte, on vit dans une société qui nous exhorte à être performants. Tout est un peu normé, calibré. Dans l’enfance, on ne regarde pas la montre, on est plus libre, il y a moins d’enjeu. Avec l’absence d’enjeu, vient le plaisir.

Ce n’est pas la première fois qu’il y a un fil conducteur dans un de tes albums. Déjà, il y a pile 10 ans, dans Le Sacre des lemmings et autres contes de la lisière

Tu as raison. Cet album est d’ailleurs très proche du Sacre des lemmings. J’ai eu du temps pour Pierrot Lunaire, du coup, j’ai pu faire en sorte que chaque chanson soit comme un chapitre d’un livre. De chanson en chanson, mon personnage annonce qu’il va partir, mais il ne part jamais. J’ai été comme ça, moi aussi, à un moment donné. Pierrot va apprendre à se réincarner, à se réappartenir et à se rendre compte que la lumière est dans sa capacité à se projeter.

Clip de "Pierrot Lunaire".

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorChanger le regard sur la vie, finalement, ça concerne tout le monde, non ?

C’est ce à quoi nous sommes acculés en tant que citoyens, consommateurs, parents… Par exemple, on doit avoir une conscience environnementale. Avant c’était un truc d’écolo, aujourd’hui, ça nous engage tous. On est tous condamnés à changer notre regard sur les choses et les évènements.

Les artistes ne sont-ils pas tous des grands enfants et n’ont-ils pas déjà ce regard ?

Tu as raison. Au fond, c’est un axiome qui s’applique aux artistes, aux fous et aux enfants.

Tu disais tout à l’heure que nos vies étaient calibrées… toi pour te « décalibrer », tu voyages beaucoup, c’est ça ? Tu es parti récemment au Japon et à Tahiti par exemple.

Oui et non. Qu’est-ce qui fait l’unicité de notre vie ? Est-ce le rythme frénétique auquel on est soumis ? Est-ce que ce sont nos enfants, nos frères, nos amis, nos passions ? Je suis parti au Japon avec ma guitare. C’était une manière de me reconnecter avec le bois. J’ai vécu comme un vagabond, seul avec ma guitare et mes chansons. Tahiti, ce n’est pas pareil, je suis parti en famille… le point commun entre ses deux voyages, c’est l’absence d’enjeu.

Comme nous sommes entre Noël et le jour de l'an, il me paraissait opportun de vous proposer cette vidéo mise en ligne par Tété il y a trois jours... "Joyeuses fêtes" à tous!

Dans ton album précédent, Nu là-bas, il y avait une équipe de 10 personnes, là, tu es quasiment seul.tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandor

C’était génial d’avoir une grosse équipe, mais derrière cela, j’ai eu envie d’incarner mon nouvel album différemment. Cela passait par jouer dans des salles plus petites, seul à la guitare.

Cela t’a apporté quoi de jouer « en solo sans sono » ?

Ça m’a ramené vers la simplicité. Quand on se déplace à 10, c’est un peu la colonie de vacances, on n’a pas la même expérience des lieux où on va. On n’échange forcément moins avec l’autre, car on n’en a moins besoin. La tournée « solo sans sono » se faisait avec un plus petit véhicule, j’avais donc plus de flexibilité. J’ai eu beaucoup d’échanges avec les gens. Ça fait du bien. Et quand je reviens à la maison, j’ai des histoires à raconter.

Pour cette tournée, tu chantais réellement sans micro, c’est dingue !

Oui, mais tu sais, j’ai commencé comme chanteur de rue. C’est une très bonne école de l’humilité. J’ai pu redécouvrir et faire découvrir le son de ma voix, sans effet, sans réverbération… c’était merveilleux !

Les chroniques du Tour 2016... (passionnant).

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandorTu viens d’avoir 40 ans, est-ce que cet album est un peu un bilan d’une première partie de vie ?

C’est un bilan de décennie. Quand j’étais gamin, on parlait beaucoup du démon de midi. Les hommes de 40 ans qui vont avec une femme plus jeune, qui conduisent une voiture de sport… et en fait, arrivé à 40 ans, je me rends compte que j’appartiens à une génération d’adulescents. Des types qui à mon âge portent encore des baskets, qui ont des figurines Star Wars chez eux, qui font des enfants tard. Forcément, la quarantaine est vécue différemment. Ce disque est aussi le bilan d’un type qui apprend à se responsabiliser un peu et essayer de récupérer une part d’humanité perdue dans le fait d’être un homme.

As-tu peur de ne plus avoir d’inspiration ?

Oui. Il faut parvenir à garder sa signature musicale, vocale, textuelle, parce que c’est cela qui nous différencie. Il faut apprendre à incarner et accepter ses défauts. Parfois, le fait de me demander si tel ou tel thème ou telle ou telle musique me ressemble a pour conséquence de me retrouver  devant une page blanche assez longuement.

Te rends-tu comptes que beaucoup de gens apprécient ton travail et que tu as un public très aimant.

Mes copains me disent souvent que je suis parano, je n’ai donc pas conscience de ce que tu viens de me dire. Je me dis que les gens ont le choix, donc je considère que rien n’est jamais joué d’avance. Nos personnalités se cristallisent entre l’âge de 15et 20 ans et, dans cette tranche d’âge, j’étais dans le doute en permanence. Les chansons de moi qui restent sont des chansons d’incapacité. Cela tombe bien, c’est cet état-là qui me pousse à écrire. Quand tout va bien, j’ai plus envie d’aller au parc avec ma famille que d’écrire des chansons.

La vie d’artiste que tu mènes aujourd’hui te convient donc ?

J’avoue, c’est très cool.

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandor

Le 19 octobre 2016, après l'interview.

4 jours après cet entretien, Tété recevait un message d'un autre temps...

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandor

Il a répondu sur sa page Facebook:

Samedi soir, minuit passé. Enchanté par la lecture d'une bio passionnante sur Rick Rubin (le producteur de Jay Z), je m'apprête a éteindre les feux quand un petit bip de mon téléphone porte a mon attention l'arrivée d'un e-mail. J'ignore quel est le mécanisme qui me pousse a ouvrir le dit courriel, moi qui ne consulte jamais ma messagerie après 22 heures (je tiens a mon sommeil), peut être une certaine préscience de l'absurde. C'est a ce moment précis, que je découvre votre commentaire au bas d'un de mes vidéo-clips, François Moretti:

"Musicalement c'est sympa, mais putain c'est un noir, et désolé, mais ça ne passera jamais..."

Et paf. Me voilà en proie a un singulier mélange d'émotions.

Le début de l'assertion est somme toute plein de bienveillance et contraste singulièrement avec la violence de la conclusion. Vous avez un joli sens du contraste, et de la dramaturgie, Mr Moretti.

Passés l'effroi, je savoure la tragique ironie d'un tel message, posté au bas d'une chanson qui parle justement de rejet. C'est assez savoureux, avouez. L'orthographe est impeccable et vous signez même de votre nom, ce qui d'une certaine manière vous singularise puisque ce type d'abomination est d'habitude commis sous le sceau de l'anonymat. Alors je me dis que ce message appelle une réponse. Quelque-chose.

L'album dont la chanson en question est l'ambassadeur, parle de changer son regard sur les choses.

Passé donc l'incrédulité, le dégoût et il faut bien le dire, un certain amusement, j'applique a ma petite personne l'histoire de mon Pierrot Lunaire, et m'applique a changer d'angle:

Ce message a pour but de me stigmatiser dans ce qui m'essentialise n'est ce pas? Ce qui m'a amené a penser a ce qui me définit, au delà de la couleur de ma peau. Je suis noir, certes. Je suis également:

-guitariste.
-allergique aux crustacés.
-poète.
-myope.
-de gauche.
-lecteur gourmand.
-un peu bougon le matin.
-Fan de musique classique
-cinéphile.
-engagé au même titre que tous, sur une voie dont personne ne sait où elle nous mène.

Mais puisqu'il est question de changer d'angle, je reviens a notre popote et me demande comment j'aurais réagi si le message avait dit:

"Musicalement c'est sympa, mais p***** c'est un guitariste, et désolé mais ça ne passera jamais..."

Et là, me voilà parti dans le plus joli fou-rire dont j'ai pu faire l'expérience depuis longtemps, saisi que je suis par l'absurde du truc.

Mais pourquoi donc être "désolé", monsieur Moretti? A l'accoutumée les gens comme vous disent tout haut ce que pensent les autres tout bas, et ce de la plus noble façon qui soit: droit dans vos bottes.

Ce "désolé" ajoute une dimension psychanalytique a votre profil, ce qui finalement vous rend attachant, mr Moretti:

Le classique du censeur, qui se découvre perméable aux abominations qu'il prétend lui-même dénoncer. On est dans la tragédie grecque, c'est absolument génial.

Pour finir, en pensant a votre amertume, c'est moi qui me trouve désolé pour vous, mr Moretti.

D'autres que moi auraient saisi les instances compétentes ( La Licra , au hasard) pour tenter de faire de l'affaire un cas d'école. L'idée m'a effleuré, c'est vrai. Mais tout bien considéré, j'ai vraiment trop de trucs a faire, la tout de suite, mr Moretti.

On parle souvent de la taille du sexe des Noirs. Rarement de celle de leur ego. Revoilà le mien singulièrement boosté finalement: mes mélodies seraient donc tellement chouettes, qu'elles touchent même au dela de l'aversion qu'inspire leur auteur?? Waouw. Hyper touché. Mais moi aussi je vous aime vous savez.

Allez, sans rancune!

Salutations distinguées d'un Noir débordé

PS: méfions nous, j'écris aussi pour d'autres, qui passent encore plus a la radio que moi. Le mal est partout, mais ensemble, on est plus forts. N'est-ce pas, monsieur Moretti?

Et voici sa réponse lors de son dernier Café de la Danse. La classe, tout simplement.

tété,les chroniques de pierrot lunaire,interview,mandor

21 décembre 2016

Grands Prix du Disque et du DVD 2016 de l'Académie Charles Cros

15095496_649285705253012_1528434005141239792_n.jpg

971350_153136021534652_1854479169_n.pngLe 24 Novembre dernier s’est tenue la proclamation des Grands Prix 2016 de l’Académie Charles Cros à la Maison de la Radio. Fondée au lendemain de la guerre, en 1947, cette académie a pour objectifs de soutenir la création autant que la préservation de la mémoire sonore. Une fois par an elle décerne ses Grands Prix internationaux du disque, attentive tant aux compositeurs, auteurs, interprètes qu’à l’esprit d’entreprise et au courage des éditeurs graphiques et phonographiques. 

Cette académie, que beaucoup jugent irréprochable dans ses choix (il se trouve que depuis quatre ans, les jeunes artistes primés correspondent souvent aux mandorisés des mois précédents... preuve que nous avons des goûts similaires) récompense les artistes qui portent et  illustrent la diversité des cultures des peuples qui ont le français en partage. Elle contribue également à établir le lien entre les artistes et les publics, notamment les jeunes, mettant au cœur de ses préoccupations l’accès de chacun à la culture. Elle établit désormais un lien entre l’enregistrement sonore et le spectacle vivant. 

Je m’attarde ici sur les récompenses « CHANSON », laissant de côté la musique classique, le jazz et les musiques du monde (qui ne sont pas précisément mes spécialités). Ainsi, voici les photos (accompagnées de quelques commentaires) de Juliette (grand prix pour l’ensemble de sa carrière), Michèle Bernard, Christian Olivier, Hildebrandt (en découverte discographique), Merlot (pour un disque jeune public), Miossec, Jules et le Vilain Orchestra ainsi que Barbara Weldens, ces trois derniers pour la scène.

(Merci à Jean-Marc Vaudagne  et Elodie Louette  de l’Académie Charles-Cros pour l’invitation… et l’accueil chaleureux et Alain Fantapié pour sa présidence, sa bienveillance et sa gentillesse exceptionnelles).

IN HONOREM INTERPRÈTES :

CHANSON :

JULIETTE (mandorisée là) pour l’ensemble de sa carrière, à l’occasion de la sortie de l’intégrale des albums en 13 CD + 1CD raretés (14 CD Polydor)

Juliette @Pierre Majek.jpg

(Photo : Pierre Majek)

15135936_1218095814945202_7516644770555041885_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

15134818_1218094308278686_8704804337566110256_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

15181144_10153599898509058_3281257293439081082_n.jpg

Le discours de remerciements de Juliette qui n'était pas vraiment un discours convenu, mais qui a bien fait rire l'assemblée. 

15253496_1218095554945228_5787789210882806619_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

Juliette et Alain Fantapié (président de l'Académie Charles Cros).

LES GRANDS PRIX INTERNATIONAUX DU DISQUE

DISQUES POUR ENFANTS :

MERLOT pour Marcel le Père Noël (et le petit livreur de pizza) (Little Village / Harmonia Mundi)

15241221_1218095104945273_6953111665853926907_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

15202746_1218102968277820_3881453944579787046_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

15192548_654327604748822_8707022568757344707_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

Merlot (Marcel, le Père Noël) et Cédryck Santens (le petit livreur de pizza), fiers de ce prix.  

CHANSON :

Michèle BERNARD  pour Tout’Manières… (EPM)      

15179228_1218097398278377_799099806599823564_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

15268013_654328778082038_8235442833121179463_n.jpg

Sourire radieux d'une très grande dame de la chanson française (très souvent charlescrossisée et bientôt mandorisée). Que Michèle Bernard soit si peu médiatisée est un grand mystère (cf Anne Sylvestre).

CHANSON :

Christian OLIVIER (mandorisé là) pour On/Off (Mercury / Universal music)

15123348_1378660882144049_6192686351601075115_o.jpg

Dans une loge : Christian Olivier écoutant le Prix Filleul 2015, Thibaut Garcia (guitare classique) (photo : Jean-Marc Vaudagne)

15181668_1218096984945085_5222268076778298802_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

C Olivier @Pierre Majek.jpg

(Photo : Pierre Majek)

C Olivier 2 @Pierre Majek.jpg

(Photo : Pierre Majek)

15253430_1218094894945294_3419027403576243620_n.jpg

15135897_1243470659052745_4085178847615404912_n.jpg

"Z'avez vu mon beau diplôme?"

CHANSON DÉCOUVERTE :

HILDEBRANDT (mandorisé ici) pour Les Animals (At(h)ome)

19 Hildebrandt.jpg

(Photo : Caroline Paux)

Hildebrandt @Pierre Majek.jpg

(Photo : Pierre Majek)

15193534_1218102834944500_3031204251805111339_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

-Acad+®mie Charles Cros 2016 -®Caroline Paux-058.jpg

(Photo : Caroline Paux)

15219968_654329051415344_3333004115502891120_n.jpg

15171331_1158260354209916_2254823375747603429_n.jpg

Joie!

20161124_140134.jpg

Je suis heureux de ce prix, parce qu'Hildebrandt est pour moi l'une des plus grandes découvertes de l'année.

GRANDS PRIX CHARLES CROS SCÈNE avec la Fédération des Festivals de Chanson Francophone  :

GRAND PRIX SCÈNE :

MIOSSEC (absent de la cérémonie) (mais mandorisé ici). Il est distingué pour sa tournée actuelle, qui suit son dixième album, Mammifères, avec des concerts qui se sont parfois déroulés dans des lieux inhabituels (guinguettes, chapelle, vignoble, musée, jardins).

PRIX "RÉVÉLATION SCÈNE"  :

Barbara WELDENS

15137398_1378661325477338_4001993826834139819_o.jpg

Pointe de pied tendue, Barbara Weldens détendue avant de fouler pieds nus la scène du studio 105 (photo : Jean-Marc Vaudagne).

barabara Weldens3  @Pierre Majek.jpg

(Photo : Pierre Majek)

-Acad+®mie Charles Cros 2016 -®Caroline Paux-082.jpg

(Caroline Paux)

15134675_1218096194945164_2520190449592293618_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

barabara Weldens 5 @Pierre Majek.jpg

(Photo : Pierre Majek)

barabara Weldens 6 @Pierre Majek.jpg

Barbara Hammadi (pianiste), Barbara Weldens et Marc Pfeiffer (président de la Fédération des Festivals de chanson francophone) (Photo : Pierre Majek)

Caroline Paux.jpg

(Photo : Caroline Paux)

15135918_1349677328398493_6534092045588067583_n.jpg

Barbara Weldens (Pic d'Or 2016) avec Corinne Labat, présidente du Pic d'Or et Dany Lapointe (la manageuse de la chanteuse).

PRIX "RÉVÉLATION SCÈNE"  :

JULES et son Vilain Orchestra

15122989_1378660765477394_5937406926660814332_o.jpg

Dans les coulisses... Jules et ses compères interprétant les Forbans, juste avant leur entrée en scène (photo : Jean-Marc Vaudagne).

Jules 2 @Pierre Majek.jpg

(Photo : Pierre Majek)

Jules @Pierre Majek.jpg

(Photo : Pierre Majek)

15230802_1218094708278646_3386040581612514186_n.jpg

(Photo : Caroline Paux)

 

-Acad+®mie Charles Cros 2016 -®Caroline Paux-074.jpg

(Photo : Caroline Paux)

-Acad+®mie Charles Cros 2016 -®Caroline Paux-078.jpg

(Photo : Caroline Paux)

Jules 3 @Pierre Majek.jpg

(Photo : Pierre Majek)

20161124_135858 (1).jpg

Un journaliste chelou (mais fan de Jules) s'est incrusté sur cette photo. Sachez le reconnaître. 

15170979_671404849701097_5941003891061306587_n.jpg

La photo de famille...

15 décembre 2016

Thomas Monica : interview pour l'EP DELTA.MYSTIQUE

thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

Un an après son premier EP, L’angle d’Or, Thomas Monica revient avec un nouvel opus. Intitulé DELTA.MYSTIQUE (nom d'un symbole utilisé pour représenter la trinité divine, sous la forme d'un triangle comprenant un œil en son centre), il offre une tendance plus rock teintée de pop, des mélodies lumineuses aux guitares acérées. Les textes souvent graves forment un contraste avec la voix aérienne de Thomas.

Sa guitare a notamment joué aux côtés de Matthieu Chedid,  alors que le jeune artiste bisontin avait gagné en 2013 un concours musical "Be a rock star" lancé par -M-, Paco Rabanne et Black Xs. Repéré par le chanteur, Thomas Monica a accompagné Matthieu Chedid sur plusieurs concerts. Sa musique est un mélange d’électro et pop francophone. Aujourd’hui, avec cet EP, il continue sa route, soutenu par Joseph Chedid et ses synthétiseurs, ou encore David Hachour au mastering (The Avener, Renaud, etc.).

Précisons que l’artiste est nominé au Oui Fm Rock Awards 2017, catégorie Autoprod. Pour le soutenir, c’est ici !

Le 10 novembre dernier, Thomas Monica est venu à l’agence. Gageons que ce ne sera pas sa dernière visite tant je crois en sa carrière…

thomas monica,delta.mystique,interview,mandorArgumentaire officiel :

Le guitariste dandy s’aventure dans les arcanes de la transcendance et du sacré avec ce nouvel opus, nommé DELTA-MYSTIQUE.

Avec ce nouvel EP aux couleurs pop vintage résolument rock, virtuose et francophone, on retrouve sa façon unique de faire vibrer sa guitare et la langue française qui lui ont permis notamment de se faire remarquer par Matthieu Chédid sur plusieurs Zénith en France, et de paraitre en duo sur son album livre Ils.

Mais Thomas Monica propose avant tout un savant mélange de chanson française aux influences anglo-saxonnes et américaines. Comme si Jack White avait croisé le chemin de Serge Gainsbourg.

thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

Thomas Monica à l'agence... dans deux décors que certains pourront reconnaître.

thomas monica,delta.mystique,interview,mandorInterview :

A quel âge à tu commencé la guitare ?

A 9 ans. Je crois que le déclic, ça a été l’écoute de Nirvana et d’autres groupes très « grunges » quand j’étais avec mes copains.

Tu étais quel genre d’enfant ?

J’étais très refermé. J’ai été élevé par mes grands-parents, je n’ai pas connu mon vrai père. La musique m’a permis de m’exprimer plus facilement.

Et fuir une réalité que tu n’aimais pas ?

Fuir, mais en même temps, essayer de construire. C’était plus important pour moi. Je n’étais pas un très bon élève, car un peu lunaire, rêveur. Je me suis tout de suite mis à la guitare, puis plus tard, j’ai monté mes premiers groupes.

Des groupes de quoi ?

De rock, voire de rock un peu costaud. Carrément hard rock même. A 18 ans, on a même fait une petite tournée avec Trust.

A 25 ans, tu as commencé à développer un projet personnel dans lequel il y avait de l’electro.

Oui. Je cherchais un moyen d’expression qui dépassait le cap de la guitare. Avec ce projet, j’ai pas mal voyagé. Je suis allé jusqu’au Japon. J’y ai fait un clip pour une marque française de guitares, Custom 77.

Tu fais d’ailleurs pas mal de musiques publicitaires…thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

Oui, j’adore faire ça car c’est très créatif. Je suis un bourreau de travail, je fais de la musique non-stop. Pour gagner ma vie, je fais de la musique de pub et je suis guitariste  de sessions pour des artistes. En 2016, il faut se diversifier pour gagner sa vie. Le fait de faire des choses pour d’autres personnes permet de ne pas être constamment autocentré.

Revenons à l’année 2013. C’est cette année que Matthieu Chédid intervient dans ta vie.

Il y a eu un concours sur Internet dans lequel il proposait qu’on le défie à la guitare. J’ai donc envoyé une vidéo. J’ai gagné ce concours qui a été très médiatisé, du coup, on a fait beaucoup d’émissions de télé. Je me suis trouvé confronté aux plus gros médias et à la pression que cela apporte. J’ai beaucoup observé Matthieu et d’autres chanteurs musiciens de cet acabit et j’ai réalisé que c’était ce que je voulais faire. J’ai vraiment eu le déclic pour faire ma propre musique. Un an et demi après, j’ai sorti mon premier EP.

thomas monica,delta.mystique,interview,mandorTu as travaillé ta voix pour devenir chanteur ?

Je fais partie de cette vague de chanteurs qui ne l’est pas à la base. Je suis surtout instrumentiste, du coup, j’ai appris à gérer ma voix. Les comparaisons avec celle de –M- ont été fréquentes. J'ai un timbre de voix aigu comme lui. J'essaie de ne plus trop ressembler à la sienne.

A la sortie de ce concours, tu t’es fait alpaguer par des émissions comme The Voice ou La Nouvelle Star.

J’ai évincé toutes les demandes. Je voulais trouver mon propre univers et ne pas me recoller une étiquette « bête à concours ». Je sais que c’est un accélérateur de notoriété, mais je vois la détresse qu’ont les artistes quand ils sortent de ce genre d’émission. Tu as un robinet. On t’ouvre le robinet. Et puis un jour, on te le coupe. Toi tu as encore soif et tu as les boules.

Clip de "Au-delà" tiré de l'EP DELTA.MYSTIQUE.

Tu as fait ce deuxième EP avec Selim, le frère de –M-. Tu as un contrat avec la famille Chédid?thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

Joseph Chédid (alias Selim) m’a juste invité à aller faire les synthés dans sa maison, parce qu’il savait que mon rêve était de jouer sur des gros synthés. Il savait aussi que je n’avais pas beaucoup de moyens financiers. C’est rare un tel comportement. Il m’a connu grâce au concours, puis nous avons fait une date ensemble dans laquelle on a fait un duo. Ca a super bien accroché. Joseph est humainement génial. Cette famille Chédid est exceptionnelle de talent et de générosité.

Tu as enregistré le reste du disque à Besançon, dont tu es originaire, dans un petit studio vintage.

On a enregistré ce disque de façon très rock et brut. J’étais très bien entouré pour ce deuxième EP. Le premier était très « plastique », enregistré sans beaucoup de moyens… et la filiation avec –M- était trop importante, je le reconnais. Pour DELTA.MYSTIQUE, je ne me suis posé aucune question et j’ai fait les choses le plus naturellement possible.

Tu parles plus de toi, il me semble.

Oui, j’ai fait une chanson sur le fait que je n’ai pas connu mon père et pas mal de chansons d’amour. Vaste sujet qui ne sera jamais épuisé.

thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

Ta musique est pop rock, mais je sais que tu tiens à la notion « chanson française ». Pourquoi ?

Mais pas avec le côté ringard que cela peut impliquer parfois. Je fais attention à mes textes. J’essaie d’être le plus honnête possible et de toucher les gens sur des musiques modernes.

Tu as des demandes de maisons de disque ?

Ça commence, mais je patiente. Je préfère encore peaufiner ma musique et continuer à apprendre. La musique est une recherche permanente et on n’a jamais atteint quoi que ce soit. La principale qualité d’un artiste et de n’avoir jamais de certitudes.

Clip de "Perséphone", tiré de l'EP MYSTIQUE.DELTA.

A partir de février, tu vas faire des masters class « guitare ».

Ce sont des écoles de musique qui me demandent cela. Pendant une heure et demie je fais mon concert et après j’explique ma façon de jouer de la guitare et je réponds aux questions. Pour le moment, je commence par Rennes, puis  à Lyon.

thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

Après l'interview, le 10 novembre 2016.

thomas monica,delta.mystique,interview,mandor

14 décembre 2016

Georgia : le conte musical vivement conseillé pour Noël!

unspecified.jpg

C’est bientôt Noël… il m’a semblé important de vous parler de ce conte musical extraordinaire, pour petits et grands, signé Timothée de Fombelle. J'ai eu un vrai coup de cœur pour lui. On y retrouve une pléiade d'artistes exceptionnellement réunis pour raconter et chanter Georgia : Cécile de France, Alain Chamfort, Emily Loizeau, Albin de la Simone, Ben Mazué, Amandine Bourgeois, Pauline Croze, Ariane Moffatt, Raphaële Lannadère, Babx, Rosemary Standley... Une production imaginée et réalisée par l'ENSEMBLE CONTRASTE. Raconté par Cécile de France. Un projet en soutien à l'association SOS Villages d'Enfants avec la participation exceptionnelle d'Anny Duperey, marraine de l'association.

Ce livre-disque a reçu la Pépite 2016 du meilleur livre jeunesse (catégorie moyens) et a été « Coup de cœur » de l'Académie Charles Cros 2016.

Georgia est un conte musical réussi, beau et émouvant, drôle et intelligent, qui laissera rêveurs les petits comme les grands. Il est vivement conseillé pour être glissé sous le sapin.

6293538_1-0-765096125_1000x625.jpg

Argumentaire officiel :

Il est des secrets fondateurs qu’il n’est pas toujours facile de révéler lorsqu’on  est devenue une grande star de la musique...  Un jour, pourtant, arrive  le moment de se livrer : la mémoire déroule alors un à un les souvenirs et les rêves.  Les doutes aussi, qui ont jalonné cette route sinueuse jusqu’au succès.  Le lecteur, aux premières loges, découvre la petite Georgia et une ribambelle  de personnages hauts en couleur, imaginaires pour la plupart, et pourtant  très présents. De ceux qui aident à grandir et à dépasser ses plus grandes peurs.

sans-titre.pngRésumé officiel :

Georgia s’installe dans un nouvel appartement avec sa tante. Sa famille vient d’être dispersée. Georgia, en déménageant, a laissé derrière elle ses petites sœurs, mais elle emmène ses Rêves, personnages espiègles qui ne la quittent pas et chantent autour d’elle. Une nuit, Georgia se rend compte qu’on joue du violon derrière le mur de sa chambre. Une amitié va naître avec Sam, jeune voisin extraordinaire qui joue à la lueur des bougies. Mais qui est ce Sam qui voudrait tant qu’elle chante ? Où vit-il puisqu’il n’y a plus d’immeuble depuis longtemps derrière celui de Georgia ? Elle découvre qu’un siècle est posé entre leurs deux vies. Pourtant, au fil d’une aventure en chansons, malgré l’épaisseur du mur et des années qui les séparent, Sam va remettre la musique au cœur de la vie bouleversée de Georgia.

Interviews :

Timothee-de-Fombelle.jpg

Timothée de Fombelle (auteur) :

Comment est né le conte musical Georgia ? 

Les histoires trouvent toujours un moyen pour prendre vie… Mais celle de Georgia serait peut-être restée au fond de moi si on n’était pas venu me présenter un rêve. C’était le rêve d’un conte raconté, joué et surtout chanté. Quand l’équipe de Contraste Productions m’en a parlé, j’étais impatient de me remettre à un nouveau roman, en solitaire... Mais l’ambition de cette proposition et la chance de travailler avec de grands musiciens m’ont convaincu facilement de faire ce détour passionnant qui a finalement duré un an. La chanson est un art qui m’a construit depuis l’enfance. Et puis, j’avais rencontré des garçons et des filles venus de villages d’enfants quand ils m’avaient remis un prix littéraire pour Tobie Lolness.  J’avais envie de les retrouver à travers ce projet. Je pensais à eux à tout moment de l’écriture.

Quel est votre rapport au genre du conte musical ?

J’aime quand la musique n’est pas là seulement pour le décor. Georgia est ce que j’appellerais « une histoire en chansons ». C’est la musique qui raconte l’histoire, autant que les mots et les dessins. Nous avons travaillé main dans la main, jour après jour, avec Johan Farjot, Arnaud Thorette, Albin de la Simone... Parfois je faisais le premier pas et la musique suivait, parfois c’était le contraire. Les mots et les notes ont cherché leur place jusqu’au dernier moment. En studio, j’étais encore là, dans un coin, à corriger des petites choses ou donner des indications aux chanteurs. Le travail avec Cécile de France a été aussi un bonheur pour moi. Je viens du monde des planches. J’allais voir les spectacles que Cécile jouait quand elle était encore à l’école de théâtre. Depuis des années,  je crois qu’elle a un lien particulier avec les textes que j’écris. On travaille souvent ensemble. L’enregistrement s’est déroulé comme une évidence.

Ben Mazué interprète "Tous mes rêves chantent".

Georgia ou Sam sont-ils un peu de vous enfant ? Aviez-vous des rêves qui vous parlaient?

Mes rêves m’ont souvent fait tenir. Ils ne me parlaient pas mais ils dessinaient un horizon, ils servaient de ligne de fuite pour voir loin, pour m’échapper. Mais très vite j’ai transformé mes rêves en création : fabriquer un radeau, construire un décor de théâtre, écrire une histoire. C’est la force de l’enfance. Je suis très heureux que Benjamin Chaud ait su donner une forme si touchante et drôle à ce petit peuple des rêves. Au début, Georgia dit qu’elle les trouve encombrants comme une équipe de rugby ou une fanfare. La musique va lui permettre de les rendre plus légers, puis de les laisser partir quand ils se réaliseront.

Les rêves nous poursuivent-ils adultes ?

Heureusement, un rêve en chasse un autre. La capacité à rêver est restée mon moteur. Pour mes proches, je suis un peu épuisant, à force de rêver toujours loin devant, de faire à chaque instant des projets possibles ou impossibles…

Quels liens tissez-vous entre vos livres ?

La fuite, l’imaginaire, le temps, la fragilité. Je crois que je laboure toujours le même sillon, mais avec des moyens chaque fois un peu différents. Et quand la musique de Johan ou le dessin de Benjamin s’emparent de mon univers, ils m’entraînent aussi dans leur monde à eux. Ils ouvrent d’autres paysages. C’est un voyage que j’aime beaucoup. Et quelle chance de pouvoir finalement se reconnaître dans chaque note, chaque couleur de cette histoire alors que nous sommes si nombreux à l’avoir fabriquée !

arnaud-thorette.jpg

Arnaud Thorette, de l’Ensemble Contraste (directeur artistique).

D’où l’envie de ce conte musical vient-elle ?

Nous gardons tous en nous une part de notre enfance, faite de rêves, qui nous amène quelquefois sans qu’on y prête attention à imaginer des projets un peu fous. Jeune, j’ai été bercé par Émilie Jolie, une histoire et une musique qui ont marqué toute une génération d’enfants. Aujourd’hui, Georgia naît avec, nous l’espérons, l’idée que ce conte musical fera chanter nos enfants et aidera l’association SOS Villages d’Enfants.

Pourquoi avoir confié à Timothée de Fombelle, auteur de romans pour la jeunesse, l’écriture de l’histoire et des chansons ?

En fait l’idée revient à la productrice du projet,  Hélène Paillette, férue de littérature et qui connaissait l’œuvre de Timothée,  son imaginaire, ses personnages toujours un peu cabossés par la vie, à la recherche d’un paradis perdu, mais aussi parce que c’est un homme de théâtre aimant les collaborations un peu folles et étonnantes. Gallimard Jeunesse a répondu présent. L’aventure a commencé ...

Florian Laconi interprète "Le temps des cerises".

Quels ont été vos critères de choix pour les artistes interprètes, les comédiens, le chœur d’enfants … ?

C’est avant tout un choix du cœur: le premier choix s’est naturellement porté sur Anny Duperey, marraine de l’association SOS Villages d’Enfants, et une bande de copains comédiens très talentueux qui ont eu envie de participer à cette belle aventure collective. Timothée de Fombelle a demandé à Cécile de France qu’il connaît de longue date d’incarner Georgia. Elle a spontanément accepté. J’ai connu la jeune Marie Oppert lorsqu’elle interprétait Les parapluies de Cherbourg avec Michel Legrand au Théâtre du Châtelet. C’est une grande révélation. Quant au rôle de Sam, c’est tout naturellement vers Albin de la Simone que je me suis tourné même si j’assure moi-même la partie de violon ! Le choix des voix des rêves s’est laissé guider par nos envies multiples de collaboration. Ce sont des artistes pour qui j’ai une très grande admiration. Je tenais aussi à ce qu’il y ait de magnifiques voix d’enfants, j’ai donc proposé aux jeunes chanteuses de La Maîtrise de Paris de venir chanter à nos côtés.

unspecified2.jpg

Albin de la Simone lisant Georgia.

Quel a été le rôle particulier d’Albin de la Simone ?

Venant plutôt du monde classique, je tenais à être guidé par un artiste en qui j’avais une confiance absolue pour réaliser un disque de pop. Pour trouver ce son, cette esthétique, c’était pour moi un choix évident. Albin connaît notre monde et il nous a emmenés dans son univers, respectant nos envies et apportant son savoir-faire. Quant à Johan Farjot, nous travaillons ensemble depuis presque 20 ans ! Il a composé et arrangé  la plupart des musiques avec une imagination folle. Nous souhaitions être à la jonction d’un conte et d’une comédie musicale, et il a relevé ce défi avec un immense talent.

(Par manque de temps et à cause de plannings compliqués, il n'a pas été possible de faire les interviews des protagonistes de ce conte avant Noël. Or, l'intérêt de cette chronique était de faire connaître "Georgia" avant les fêtes afin que ce livre-disque puisse devenir cadeau. En accord avec l'attachée de presse de ce projet, vous avez lu deux interviews tirés du dossier de presse. Je n'aime pas cela, mais... cas de force majeure!)

10 décembre 2016

Cécile Hercule : interview pour la sortie de Bonne conscience

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

Cécile Hercule a été, le temps d'une tournée, les claviers de miCkey[3d] (mandorisé ici), aux côtés de Mickaël Furnon (époque La Grande Évasion), puis elle s’est lancée en solo en sortant son premier album en 2010, La tête à l'envers. Six ans plus tard, aujourd’hui donc, la voici de retour avec un deuxième disque, Bonne Conscience. Cécile Hercule s’y raconte et nous conte des histoires de rencontres. L’air de ne pas y toucher, elle dit beaucoup sur le monde, la société, la vie, l’amour…

Cécile Hercule, bonne consciente.

Le 5 octobre dernier, elle est venue à l’agence pour une première mandorisation…

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorBiographie (écourtée) de Cécile Hercule, selon Oldelaf :

Le début, l’éveil, c’est en jonglant avec des balles plutôt qu'avec des mots. Ecole du Cirque à Lyon, sa ville chérie.

Puis elle quitte le cocon familial, et tente l’aventure ailleurs. En faisant jouer son corps et en disant les mots des autres, en tant que comédienne et tous ses rôles dans des séries télé. Mais en 2006, l'appel de la musique est trop fort, famille de musiciens oblige.

Elle devient alors Cécile Hercule, et chante ses mots à elle. Sur les scènes de France avec David Tétard d’abord, puis en tournée avec Mickey 3D.

Ce dernier devient un partenaire artistique privilégié, ils chantent ensemble, écrivent ensemble.

Mais elle se met à aussi à évoluer seule, comme une grande. Mickey l’encourage. C’est lui qui va produire son premier album en 2010.

Cécile se met alors à exister. La Tête à l’envers. Ce premier album renferme des pépites : « Roger », « la nonchalance ». Et permet à Cécile d’asseoir ses envies, ses opinions. Une musique douce et pop, sa voix douce qui s’affine. Et ces mots qu’on découvre enfin. Cet album lui permet de voyager, de faire de nouvelles rencontres. Monsieur Lune qui l’embarque dans l’aventure Gaston et Lucie.

Plus récemment Emilie Marsh et Joko, rencontrées à Astaffort. Ensemble, elles forment Bodie. Aventure musicale conceptuelle moderne et décoiffante.   Mais Cécile ne lâche rien et sait ce qu’elle veut. Elle continue d’écrire. Elle continue de jouer. Elle continue d’avancer.

Le 2ème album, Bonne conscience, selon Oldelaf : Cet album fait du bien. Il parle de ce parcours. Des cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorrencontres. Des mecs. Des filles. Des deux ensemble. De la vie pas toujours jolie mais à laquelle on s'accroche comme des damnés.

Et moi, je trouve que Cécile a un talent fou pour raconter ces choses. Et les rendre jolies. Elle apporte à mon sens quelque chose d’une fraîcheur et d’un renouveau incroyable dans les textes et d’une fragilité totalement touchante. Son sens du « name-droping » me rend jaloux ! On réfléchit, on s’abandonne, on rit jaune parfois, comme dans Bonne conscience sur la dictature du Bio obligatoire, co-écrite avec Oldelaf, un type dont on connaît toutes les qualités puisque c’est moi... Et puis on lit dans les musiques quelques accents pop n’ayant pas peur de flirter avec le rock indé. Des riffs guitares percutants mais jamais violents. Car le mentor de toujours n’est pas loin. Cécile et Mickey se retrouvent pour un duo inédit :

« Isabelle et Serguei » - conte moderne barré sur une histoire d’amour tragique à sourire dans le monde du patinage artistique… On y retrouve, comme tout au long de l’album des claviers vintages à la Jupiter, ou Moog, des nappes et des thèmes bien sentis qui vous emmènent ailleurs et qui servent le propos. Les arrangements de Vincent Bonnet-Gayaso et Jean-Claude Hercule sont léchés. Légers. Pas de surenchère. De petits sons acoustiques de guitare ou ukulélé qui cadencent. Juste la bonne idée au bon moment.

Mais pour être franc, j’ai toujours trouvé que parler d’un album le réduisait considérablement et bouleversait évidemment l’objectivité. Alors que le plus simple ne-serait-il pas de l’écouter ?

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorInterview :

Ton père est Jean-Claude Hercule. Il a fait une grande partie de sa carrière à la Maison  pour tous des Rancy en tant que directeur de la structure. Il est guitariste et professeur de musique. C’est lui qui t’a appris à jouer de la guitare ?

J’avais 16 ans. J’ai appris la guitare dans ses cours collectifs. C’était un peu gênant parce que je n’étais pas une grosse bosseuse. Je devais lui faire un peu honte (rire). Je n’ai fait qu’un an de cours, mais c’était plutôt sympa.

Avant de faire de la musique, tu faisais du cirque.

A 14 ans, j’ai commencé à m’entrainer tous les week-ends dans un atelier de cirque. A 15 ans, je suis parti faire des spectacles de feu et de jonglage, en Ardèche. On gagnait des sous. J’essayais de mettre un peu de poésie dans ce que je proposais. Je ne faisais pas du cirque « classique », mais du cirque contemporain. Plutôt que la technique, ce qui m’intéressait,  c’était de transmettre des émotions.

Ensuite, à 18 ans, tu fais une école de théâtre à Lyon.

J’ai continué le cirque à côté quelques années. J’ai arrêté cette activité à 23 ans.

Tu es montée à Paris, comme toute personne qui veut réussir une carrière d’artiste.

Je suis plus partie pour une histoire sentimentale. Moi, je voulais faire du théâtre à Lyon. Je n’avais pas le rêve de venir à Paris. Une fois sur place, j’ai rencontré un agent qui m’a permis de passer quelques castings. J’ai tourné dans quelques téléfilms.

Clip de "Bonne conscience", tiré de l'album Bonne conscience.

La musique a pris le pas comment ?cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

Ça s’est fait naturellement. J’aimais bien écrire mes petites chansons avec les trois accords que je connaissais à la guitare, mais je ne pensais pas faire des concerts. A un moment, j’ai eu tellement de chansons que je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Je ne connaissais personne dans ce milieu, alors j’en ai parlé à droite à gauche à des gens qui faisaient un peu de musique. J’ai finalement réussi à faire une maquette avec des amis musiciens. J’ai pu faire écouter mes premières chansons. Ce n’est pas devenu une idée obsessionnelle, mais j’avais soudain très envie de faire des concerts.

Tu as fait tes premiers concerts en 2006. Tu fêtes donc tes 10 ans de scène.

C’est vrai. Je n’y ai pas pensé. On pourrait faire une fête ce soir (rires). Je vais préparer un couscous.

Il y a quelques artistes importants qui ont traversé ta vie professionnelle. David Tétard d’abord et Michael Furnon ensuite.

J’ai chanté sur pas mal de chansons du dernier album de David Tétard. Je l’ai adoré et je trouve dommage qu’il n’ait pas eu le succès qu’il méritait.

Clip de "Isabelle et Sergueï" (duo avec Mickey 3D), tiré de l'album Bonne conscience.

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandorEt Michael Furnon ?

Nous nous sommes rencontrés sur un truc qui s’appelait MySpace, je ne sais pas si tu te souviens de ce que c’était (sourire). Il venait juste de s’inscrire et il est tombé par hasard sur ma page. Il m’a fait une demande d’ami. Nous avons discuté, puis je suis allé le voir en concert. Il aimait ce que je faisais et il m’a proposé de produire le premier album. C’était une grande chance pour moi. J’ai joué dans son groupe pendant 4 ans et il m’a proposé de faire les premières parties. Il m’a permis de faire connaitre ma musique et de vendre mes disques à la fin des concerts. Je lui dois beaucoup.

Dans tes chansons, tu traites des sujets sérieux, mais avec humour et ironie.

Quand j’ai des soucis dans la vie, j’aime bien en parler avec légèreté. Je me protège. Mes chansons sont à mon image. Je ne peux pas parler d’histoire d’amour au premier degré,  je trouve cela très difficile. Le second degré est quelque chose que je tente de maîtriser.

Tu continues ta carrière de comédienne ?

Oui. J’aime bien faire des choses différentes. Je trouve cela sain de varier ses activités.

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

Pendant l'interview...

Tu écris comment ?cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

Très vite ou pas. Quand j’ai une idée de thème, je cherche l’angle pour l’aborder. Si je n’ai pas d’idée, je bloque, donc je ne force pas.

Ton père a fait les arrangements de tes chansons les plus « chansons », pas celles qui sont plus « pop ».

Il est très fort pour les chansons avec les cordes comme « Va-t’en ». Depuis le premier album, mon père travaille avec moi. Mon frère aussi. Il réalise des clips et m’écrit des chansons. Je bosse avec eux pas pour leur faire plaisir, mais parce que j’aime ce qu’ils font.

Qui admires-tu dans le métier ?

Une chanteuse comme Clarika m’a vraiment inspiré pour mes premières chansons. J’aime beaucoup son écriture.

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

Après l'interview, le 5 octobre 2016.

Ce qu'en dit Télérama :

cécile hercule,bonne conscience,interview,mandor

05 décembre 2016

Romain Didier : interview pour Dans ce piano noir

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandor

Artiste discret, Romain Didier est l’un des auteurs compositeurs les plus prolifiques de la chanson française, comme en atteste la richesse de sa discographie. Chanteur au style sobre et au talent intemporel, attiré aussi bien par le piano-voix, le jazz ou le symphonique, il nous offre un répertoire teinté de poésie et d’humanisme. Dans ce nouveau disque, Dans ce piano noir, tel un concerto en trois mouvements, il retrace le parcours intime et sans escale de son univers d’auteur-compositeur entouré des mélodies qui l’ont nourri.

C’est ma deuxième rencontre avec Romain Didier. La première s’est tenue le 10 novembre 2005. Il était accompagné de son alter ego, Allain Leprest. J’en garde un riche souvenir que je raconte là.

Le 22 novembre dernier, j’ai eu l’honneur de le recevoir à l’agence. Nous avons parlé de son nouvel album et de son rapport à la musique en général.

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album:

« Quand on fait du piano-voix, on ne le fait pas par défaut ni par manque de moyen, mais par envie. Pour moi, le piano-voix, c’est le fusain ou le crayon par rapport à la peinture. On va à l’essentiel, c’est le plaisir de la ligne droite.  On ne peut pas tricher, c’est un jeu de la vérité » explique Romain Didier.

Dans ce piano tout noir, il y a les chansons de Romain qu’il nous distille sur le ton de la confidence avec en guise d’intermèdes musicaux les perles du répertoire de la chanson francophone: Aznavour, Barbara, Ferré, Lemarque...

Dans ce piano tout noir, il y a les souvenirs, les beaux échos et le temps qui passe, la mémoire sépia parfois, il y a les chansons de toutes ces années qui se répondent.

Dans ce piano tout noir, il y a l’opéra de sa vie... toute l’âme de Romain Didier.

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandor

(Photo : ChanTal Bou Hanna)

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandorInterview :

D’où vous est venu l’idée de faire ce disque piano-voix?

J’avais envie de réunir toutes les chansons de mon répertoire dont j’ai écrit les paroles et composé la musique. Je ressentais le besoin de retrouver mes outils d’artisan que j’ai commencé à utiliser il y a une trentaine d’années et que je continue à manier aujourd’hui. C’est quand je suis au piano que je me sens le mieux. Je m’y sens en état d’équilibre. C’est au piano que je me sens le plus moi, parce que le plus nu, le plus vrai. J’avais aussi envie d’emmener les gens dans un voyage et d’enchaîner les chansons, un peu comme la vie s’enchaîne.

Il y a aussi des extraits de chansons qui ne vous appartiennent pas, mais qui font le lien avec les histoires que vous racontez.

L’extrait, pour ce qui est de la mémoire collective, pour ce qui excite les sens, c’est suffisant. 10 secondes de « Pour un flirt » suffisent à ramener quelqu’un à une époque, à des souvenirs.

Telles que vous interprétez ces chansons, cela donne l’impression qu’elles sont de vous ? C’est très fort.

C’est parce que tout passe par mon filtre. Le danger, c’est que l’on puisse dire que je m’approprie des chansons qui ne sont pas de moi. C’est pour ça que, dans le livret, je crédite les auteurs que je chante. L’avantage du piano-voix, c’est que cela ramène tout à un coté complètement intemporel.

Les chansons des autres que vous avez choisi, sont-elles celles que vous auriez aimé écrire vous-même ?

J’aurais adoré écrire toutes les bonnes chansons. En tout cas, ma démarche n’a pas été de rendre hommage. J’ai pris des chansons qui faisaient miroir avec ce que j’évoque dans les miennes.

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandor

Vous avez sélectionné facilement les chansons de votre répertoire ?

Ça n’a pas été facile. J’ai finalement choisi les chansons avec des sujets qui mettent en valeur une vie qui avance.

Avez-vous tout dit de vous dans vos chansons ?

Est-ce que c’est « tout dire de soi » ou est-ce que c’est « tout dire des autres à travers soi » ? A mon avis, une vie ne suffit pas à faire une œuvre. A moins d’avoir une vie exceptionnelle, une vie amoureuse très dense, sa vie à soi n’a pas grand intérêt. Pour moi, une chanson doit contenir en trois minutes quelque chose qui touche un maximum de monde. Une chanson qui ne réussirait pas à faire en sorte que les autres se reconnaissent dedans serait une chanson loupée. 

A-t-on le droit de faire une chanson uniquement pour soi ?

Je ne vois pas comment faire une bonne chanson sans laisser un peu de part au rêve. Je pars du principe que tout ce que j’ai vécu, tout le monde l’a vécu. La question est : comment faire pour que ce que j’ai vécu puisse devenir universel?

Vous savez que vous êtes une référence pour beaucoup d’autres artistes ?

Il y  a parfois des gens qui me communiquent leur affection et qui me disent que je leur apporte quelque chose. On est tous des maillons et des passeurs de quelque chose, donc je suis content de rentrer dans cette chaine-là. Je suis content de savoir que de jeunes artistes se sont nourris de mes chansons. Mais je n’en tire aucune gloire.

Vous arrive-t-il d’aller voir des concerts de jeunes artistes ?

Très peu. J’écoute beaucoup de musiques classiques, je fais moi-même beaucoup de musiques, j’ai toujours des projets de créations à droite, à gauche. Ca n’arrête pas, alors j’ai peu de disponibilité pour écouter autre chose.

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandor

On peut dire que vous êtes un musicien d’origine « classique » ?

Oui. Mes parents étaient tous les deux des musiciens « classiques », plutôt savants. Mon père a été Prix de Rome de composition, il a dirigé l’Ecole Normale de Musique à Paris et l’Orchestre de chambre de l’ORTF. Il a fait beaucoup de conférences aussi. Ma mère, elle, était cantatrice à l’Opéra de Paris. Je suis né de tout ça. J’ai rattrapé au vol tout ce que je pouvais.

Quand vos parents ont vu et entendu ce vers quoi vous vous dirigiez, la chanson, ils l’ont bien pris ?

J’ai la chance d’avoir eu des parents qui pensaient qu’il n’y avait que de la bonne ou de la mauvaise musique. Ils aimaient bien ce que je faisais, il me semble.

Ce disque que vous sortez, est-ce aussi un moyen pour que l’on redécouvre votre œuvre ?

Avant de réécrire un nouvel album, j’avais juste envie de poser quelque chose. J’ai la chance inouïe de faire ce métier dans des conditions qui ont évolué depuis mes débuts en 1981. J’ai eu la chance inouïe d’avoir rencontré Allain Leprest et d’avoir eu une collaboration de 26 ans avec lui. A sa disparition, il y a 5 ans, je me suis retrouvé légitimement a beaucoup d’hommages. Aujourd’hui, j’ai voulu rappeler que j’étais aussi auteur.

Depuis la disparition d’Allain Leprest, vous vous sentez seul ?

Ce qu’il a écrit était fulgurant et magnifique, mais c’est surtout l’ami qui me manque.

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandor

Pendant l'interview.

Vous écrivez pour d’autres, c’est plus simple pour vous ?

Oui. Il n’y a pas le même  enjeu et le champ du possible est sans limite. Quand on écrit sur soi, on est ce que l’on écrit, avec toute l’impudeur que cela peut représenter. Pour moi, plus ça va, plus c’est difficile d’écrire. J’ai l’impression d’avoir déjà tout raconté.

Les artistes écrivent tous sur les mêmes sujets, non ?

On écrit sur la nostalgie, l’amour, les disparitions, la mort, la vie, les femmes, les enfants, la société… il faut juste éclairer ces thèmes avec sa caméra à soi.

Le monde vit quelques bouleversements assez tragiques depuis quelques mois. Êtes-vous tenté d'évoquer l’actualité immédiate ?

Tout ce qu’il se passe me touche, me bouleverse. Mais il faut que je digère de façon très organique. Une fois que c’est digéré, je peux commencer à entrevoir l’espoir d’en faire une chanson. Le sens de la formule, chez moi, ça se travaille. L’écriture de texte me demande beaucoup plus de temps et de réflexion que l’écriture de la musique qui, elle, est beaucoup plus instinctive. C’est pour ça que c’était bien de travailler avec Leprest. Il avait en permanence une hémorragie de textes et moi de musique. On pouvait faire trois chansons dans la journée.

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandor

Après l'interview, le 22 novembre 2016.

romain didier,dans ce piano noir,interview,mandor

03 décembre 2016

Donoré : interview pour L'amour en deux

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandor

(Photo: Jean-Marc Gourdon)

Jusqu’à présent, on connaissait Donoré dans une couleur plus acoustique… mais son deuxième album, L’Amour En Deux, est un album de chansons françaises plus pop avec des sonorités rock et electro. Je suis ravi de cette évolution musicale. J’apprécie beaucoup cet artiste que je suis depuis longtemps (voir sa première mandorisation en 2012). Le 18 octobre dernier, Pierre Donoré m’a rendu une nouvelle visite à l’agence.

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandorBiographie officielle :

Lauréat du Trophée Serge Gainsbourg en 2003, l’auteur, compositeur, interprète grenoblois Donoré enchaîne depuis les concerts et trace sa route. Ses passages remarqués au Festival International de Louisiane aux USA, à l’Olympia ou au Casino de Paris (1ères parties de Maxime Le Forestier, Michael Bolton, Ray Davies, Zucchero, etc.), lui ont permis d’affiner un univers singulier, teinté d’influences pop et folk.

« Ambitieux et téméraire » selon Télérama, Donoré est un optimiste chevronné qui n’hésite pas à dégainer sa guitare dès qu’il en a l’occasion, chez les gens (concerts à domicile) ou dans le TGV (tournée iDTGV), ou encore chez Francis Cabrel qui l’a récemment accueilli lors des Rencontres d’Astaffort, juste après avoir reçu le Prix Sacem / France Bleue Isère.

En cette rentrée 2016, Donoré publie « L’amour en deux », son 2ème album, faisant suite à l’EP Maintenant paru en 2014 et à son 1er album Je viens à toi, paru en 2010. Avant cela, un 1er EP éponyme était paru en 2007.

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandor

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandorLe nouvel album :

L’amour en deux est le fruit de 6 ans d’écriture et de composition. Ce disque s’inscrit dans la continuité des productions précédentes de Pierre Donoré. On y retrouve toujours des sonorités acoustiques qui lui sont chères depuis le début (« Regarde »), mais Donoré explore ici de nouvelles orientations pop rock (« Vivants », « Une promesse », « Chanter »), et électro (« Barcelone », « Qui me tiendra la main »). La co-réalisation du disque a été confiée à Christophe Battaglia (Maé, Noah, Garou, Miro)…

Des auteurs de renoms ont participé à ce disque, comme Claude Lemesle (« Debout »), Kerredine Soltani (« Mon pote »), ou encore Mad Mahé (« Le Mont Fuji » et « Vivants ») et Christophe Andréani (« Chanter »).

En guest star, le guitariste louisianais Sonny Landreth amène le son unique de sa slide guitar sur une chanson hommage à la guitare et aux premières émotions musicales de Donoré (« Une promesse »).

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandor

(Photo: Seb Pol)

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandorInterview :

Je t’ai vu à l’Européen le 5 octobre dernier. La salle était remplie et acquise à ta cause.

Ca fait des années que je fais des petits concerts et il y a un public qui me suit depuis un moment.

J’en ai même vu au premier rang qui connaissaient tes chansons par cœur, même les nouvelles.

J’ai dans mon public des personnes très fidèles et je trouve rassurant de les savoir près de moi pour mes grosses dates de concert. Je les respecte beaucoup.

A ton concert, j’ai vu Gérard Lenorman, François Bernheim et même Claude Lemesle… d’ailleurs, ce dernier a écrit « Debout » la chanson qui ouvre ton album.

Il organise des ateliers d’écriture qui s’appellent « Les ateliers de Claude Lemesle ». J’y ai participé pendant 3 ans. C’est dans ce cadre-là que j’ai rencontré pas mal d’auteurs avec qui j’ai co-écrit des chansons. Pour Claude, j’attendais d’avoir une mélodie qui me plaise beaucoup pour lui proposer de m’écrire un texte.

Je sais que tu es exigeant au niveau de tes textes.

S’il y a des mots et des images qui ne me conviennent pas, je ne vais pas laisser passer quoi que ce soit, parce qu’après, on vit avec cette chanson ad vitam aeternam. J’ai envie que chaque mot soit pesé. Il faut vraiment qu’il y ait une histoire d’amour avec chaque chanson pour qu’elle existe et qu’elle soit ensuite gravée sur un disque.

"Vivants" (clip à venir).

Il y a moins de chansons d’amour que dans ton précédent album.pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandor

C’est vrai. Mais j’ai l’impression que tout est amour. Dans n’importe quel sujet abordé, l’amour n’est jamais loin.

Après ton premier disque, tu as fait un EP. Pourquoi ?

Ce sont les gens du métier qui conseillent aux artistes désormais de faire un EP avant un album. Finalement, je ne l’ai pas défendu comme si c’était un album, le producteur de spectacles m’a moins suivi parce que ce n’était pas un album, les maisons de disques n’ont pas plus réagit… Aujourd’hui, je reviens avec un album et les choses semblent se débloquer.

Tu n’es pas lassé de ne pas être reconnu à ta juste valeur ?

Je ne peux pas te dire que je trouve agréable le fait qu’aucune maison de disque ne remarque que, même seul, j’arrive à remplir une salle de 350 places à Paris, en semaine, que j’ai un public conséquent dans toute la France et que mes chansons pourraient passer à la radio. J’ai quelques diffusions dans des radios locales. Ça me fait enrager parfois d’entendre certains artistes qui sont signés et qui ne font rien d’original... mais qui ont la chance d'être diffusés et donc portés aux oreilles des auditeurs. 

Tu penses à qui par exemple ?

M Pokora qui reprend Claude François, je ne peux pas te dire que j’apprécie la chose. Les gens nouveaux et les nouveautés mériteraient d’être plus défendus.

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandor

(Photo : Seb Pol)

Je suis persuadé que si un label important te soutenait, tu ferais un carton monumental.

Mais comme ça ne vient pas, j’ai pris une voie parallèle qui me permet d’exister.

Et puis tu fais partie des Garçons, un groupe vocal composé de 8 chanteurs.

Il y a deux ans, un copain m’a proposé de faire partie de ce groupe. On a fait « La France a un incroyable talent » et nous sommes arrivés en demi-finale.

Tu n’as jamais songé à faire de la comédie musicale ? Tu as la voix et le physique pour.

Je n’ai jamais cherché à faire quoi que ce soit dans ce sens. Je n’ai passé aucun casting. Je suis issue de la chanson et je ne connais que ce réseau-là.

Donoré à l'Européen en 2016 (en une minute).

A L’Européen, j’ai constaté que tu maîtrisais parfaitement la scène et que tu arrivais facilement à te mettre le public dans la poche.

J’ai déjà chanté à l’Olympia, au Casino de Paris et sur d’autres grandes scènes comme en Louisiane, mais j’ai plus l’habitude des petites salles de 150 personnes. J’adore cette proximité, du coup, je joue avec le public. La musique, c’est un échange et un partage.

Tu chantes souvent avec le sourire, du coup, même si ce que tu racontes est grave, ce n’est pas plombant. Je pense à la chanson « Mon pote » par exemple.

Cette chanson parle d’une amitié qui s’est arrêtée parce que le pote en question n’est jamais là quand tu en as besoin, alors que tu as toujours été là pour lui.

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandor

Pendant l'interview...

Autre chanson dont le thème est fort et très touchant, c’est celle qui donne son nom à l’album, « L’amour en deux », écrit par Gilles Roucaute.

Ça parle d’un enfant qui est balloté entre deux maisons avec des parents qui ont donc coupé l’amour en deux.

Tu chantes aussi une chanson sur ton métier, « Une promesse ».

C’est amusant, parce que, dans le livret, à la page de ce titre, il y a une photo qui a une histoire. Cette photo a été prise par mon frère et la pellicule est restée 8 ans sur l’armoire de la cuisine. Un jour ma mère la trouve et se demande ce qu’il y a dessus. Elle fait développer et il y a cette photo de moi à 13 ans, le jour où on m’a offert ma première guitare. Sur mes trois disques, il y a des chansons sur ce thème : aller au bout de ses rêves.

Teaser pour le concert du 28 janvier 2016 au Zèbre de Belleville.

Tu ne racontes pas beaucoup d’histoire personnelle dans ce nouveau disque.

Je me suis détaché un peu de moi. J’ai plus ouvert mon regard sur le monde qui m’entoure. « Vivants » est une chanson en réaction aux attentats par exemple. Je voulais sortir des histoires d’amour qui finissent mal pour aborder des thèmes plus universels. Il y a de quoi faire. Il y a une citation de Goldman que j’aime bien : « les chansons, on accroche avec une mélodies et on revient pour le texte ».

Tu es d’ailleurs un formidable mélodiste, je trouve.

Merci. J’adore la chanson française dans ce qu’elle a de plus noble. Les mélodies populaires que tu gardes en toi longtemps, ça me plait vraiment.

Je sais que tu cherches un tourneur.

Oui, je pourrais tourner dans des salles de 300 places sans problème.

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandor

Après l'interview, le 18 octobre 2016.

pierre donoré,l'amour en deux,intterview,mandor

02 décembre 2016

Batlik : interview pour XI Lieux

batlik,11 lieux,interview,mandor

(Photo : Toine)

batlik,11 lieux,interview,mandorBatlik est un artiste sans compromis, authentique au timbre unique, sensible et puissant. 12 ans maintenant qu'il martèle sa guitare et écrit ses textes avec la même énergie, restant fidèle à son art et son indépendance ainsi qu'au public. Après avoir exploré les mauvais sentiments (voir précédente mandorisation de l’artiste) et après avoir pris la casquette de producteur pour Sages Comme des Sauvages, Batlik revient avec un album charmant et profond, XI Lieux.

Le 4 octobre, ce brillant et ténébreux artiste est venu à l’agence m’en parler.

Photo en concert ci-dessus : David Desreumaux/Hexagone.

Celles en studio (qui ornent avec majesté cette chronique): Toine.

Celle à l'agence (tout en bas): Marie Britsch.

Argumentaire (officiel) du disque :

Batlik est devenu musicien à presque 30 ans, sans jamais y avoir songé avant. Est-ce pour rattraper ce batlik,11 lieux,interview,mandorretard qu'il a depuis une décennie enregistré un album par an? 

Suivre son parcours musical revient à feuilleter un album photo. Les thèmes, l'écriture et l'orchestration ont muri avec l'artiste, lentement, pas à pas, mais avec une rare persévérance. La chanson, d'abord réaliste ou militante, soutenue par une voix et un jeu de guitare scandés et percussifs a progressivement cédé la place à une musicalité plus dense, une interprétation plus ample autour de thèmes et d'une écriture toujours plus chargés de poésie. 

Il s'agit de faire de la musique comme on respire, toujours, tout le temps, mais en s'en rendant compte, sans oublier que cela nous fait vivre.

Ce 11ème album, XI LIEUX est l'occasion de revenir à une orchestration épurée guitare/voix, et pour la première fois Batlik s'accompagne de subtiles touches de sample, qui apportent modernité et fraicheur à cet album concept. Batlik a pris en charge l'écriture, la composition, la réalisation, l'enregistrement et le mixage, conférant à ces 11 titres une définition toute particulière.

batlik,11 lieux,interview,mandor

(Photo : Toine)

batlik,11 lieux,interview,mandorInterview :

XI Lieux, c’est pour signifier que c’est le 11e disque ?

11 lieux, 11 albums. Et dans chaque morceau, on retrouve un lieu. Parfois, il est vrai que pour voir le rapport avec un lieu, il faut chercher un peu parce que ce ne sont pas que des lieux géographiques. Par contre, chaque titre est un lieu.

J’adore ton écriture et nous sommes nombreux dans ce cas.

Je la maîtrise pourtant de moins en moins. Je pense que la place que je prends par rapport à l’écriture a changé. Pendant longtemps, j’utilisais l’écriture et j’avais l’impression de la maîtriser pour faire passer un discours. Mes premiers textes étaient d’ailleurs de l’ordre d’un discours, un discours d’homme politique ou un discours de marketing.  Et de plus en plus, comme l’écriture est devenue quelque chose d’important au fil des années, je me rends compte que c’est une idée bien prétentieuse que de s’imaginer qu’on va pouvoir maîtriser les mots. En fait, ce sont eux qui te maîtrisent. Aujourd’hui, j’ai un rapport à l’écriture qui est beaucoup plus humble, voire même soumis. La pire des choses que tu puisses faire avec l’écriture, c’est justement de la maîtriser.

Désormais, ton écriture te surprend toi-même ?

C’est absolument ça.  En écrivant un texte, j’ai l’impression de voir un semblant de sens, mais c’est comme si ce n’était pas moi qui l’avait trouvé. C’est l’écriture qui me l’apporte. Maintenant, j’ai beaucoup de mal à écouter des artistes, à lire des auteurs qui utilisent l’écriture pour arriver à discourir avec.  Je trouve ça trop réducteur. Et,  je le répète, je l’ai fait pendant des années. L’espèce d’ouverture que me procure le fait de ne plus utiliser l’écriture, mais de se laisser utiliser par elle, est insondable. Ça ouvre de très nombreuses perspectives nouvelles.

Quand on n’a plus le contrôle, du coup, c’est plus facile d’écrire ?batlik,11 lieux,interview,mandor

La peur par rapport à l’écriture reste la même. Justement parce que tu sais qu’elle te maîtrise et que du coup, tu ne sais pas non plus ce que cela va engendrer. Mais je pense que je suis plus à l’aise dans la place du contrôlé que celle du contrôlant, du soumis que celle du maître. J’ai désormais une certaine candeur.

Que s’est-il passé pour qu’il y ait eu chez toi cette réflexion sur l’écriture ?

C’est grâce à ma femme qui est psy. Elle ne savait pas que j’étais musicien quand nous nous sommes rencontrés et quand elle l’a su, ça ne l’a pas intéressé plus que ça. Un jour, je lui ai demandé de me dire ce qu’elle pensait de mon travail. Elle m’a dit qu’elle n’appréciait guère l’écriture que j’avais.

Ça t’a vexé un peu ?

Bien sûr. Enfin, ça m’a touché. En même temps, je sentais qu’elle mettait le doigt sur quelque chose que je n’avais pas formulé, mais que je savais déjà. Je me suis rendu compte que, pendant très longtemps, je prenais de haut le métier que je faisais. Mon épouse, qui justement utilise le langage, m’a dit qu’on n’utilisait pas le langage. On croit qu’on peut l’utiliser, mais c’est une erreur. Désormais, j’apprécie les artistes qui ne sont pas maîtres de leur art et qui ne s’en servent pas. On doit être au service de son art, mais on ne doit pas l’utiliser. Aujourd’hui, je suis plus heureux parce que les choses se sont inversées, comme dans un miroir. Je suis devenu le reflet du musicien que j’étais avant.

Clip de "Ailleurs", tiré de l'album XI Lieux.

batlik,11 lieux,interview,mandorCe positionnement par rapport à l’écriture te positionne-t-il différemment par rapport à la musique ?

Certainement. J’avais envie de faire une tournée seul et c’est la tournée qui m’a dicté comment faire ce nouveau disque. J’avais envie de faire des chansons en guitare-voix. Finalement, je n’ai pas été si courageux. J’ai ajouté d’autres instruments.

Mais avec parcimonie.

Il n’y a pas la section rythmique, par exemple. J’ai passé beaucoup de temps sur ce disque-là. Je l’ai écrit, enregistré et mixé tout seul. Il n’y a plus de contrainte et qui dit « plus de contrainte » dit « la plus grande de toutes les contraintes ». Il n’y a pas de choix plus terrible que d’avoir tous les choix. C’était un peu comme d’apprendre une autre langue. Au début, je ne comprenais foutrement rien et au bout de 4 mois, j’ai commencé à m’en sortir.

Tu te sentais seul ?

Oui. C’était éprouvant. J’étais de très mauvaise humeur. J’avais vraiment des crises d’angoisse et de panique. A l’arrivée ça donne un disque qui est étrangement mixé, mais il fallait que je fasse comme ça pour envisager les prochains disques. Ça m’a donné une vision sur ce qu’était le travail de mixeur. Pour les prochains albums, j’aurai vraiment acquis ce petit plus de savoir qui me permettra d’emmerder davantage le type qui mixera le disque.

Clip de "Dans le maintenant", tiré de l'album XI Lieux.

Tu as la réputation d’être quelqu’un d’un peu dur quand tu enregistres, t’es-tu radouci ?

Malheureusement pas. Je continue  m’embrouiller systématiquement avec les gens avec lesquels je travaille. Il y a un moment où je perds le contrôle et où je casse la relation. Les seules personnes avec lesquelles ça dure depuis très longtemps, ce sont des personnes qui n’ont pas accès au langage, ceux qui ne parlent pas. Quand je ne connais pas les gens, je suis quelqu’un de très cordial, mais dès qu’il y a un niveau d’intimité qui s’installe, je n’arrive pas à le gérer. Je n’arrive pas à gérer le rapprochement.

Ta femme ne t’explique pas pourquoi ? C’est pourtant son métier…

C’est son métier, mais je ne suis pas son patient. Cela dit, elle mène ce combat-là aussi. Je me rends compte que tous les gens que je côtoie sont confrontés à ça. A un moment, j’ai considéré que la musique pouvait être de l’ordre de la thérapie, mais non. Ça ne fonctionne pas non plus. Il faut que je trouve autre chose. L’Autre m’énerve, car j’ai la sensation qu’il m’envahit.

"Saint-Nazaire" en acoustique avec Sages comme des sauvages (morceau original sur l'album XI Lieux).

Puisque c’est ta femme qui est à l’origine de ton changement d’écriture. Que pense-t-elle du Batlik nouveau ?

Elle aime beaucoup plus ce que je fais aujourd’hui. Comme dans la vie de tous les jours je suis quand même un enfoiré, il faut que je me rattrape sur ce que je fais pour séduire ma femme. Je me rends compte qu’elle m’inspire énormément. Récemment, je regardais les séminaires qu’elle avait faits ses dernières années et les textes que j’avais écrits. Je suis obligé de constater qu’il y a une espèce de calque. Je lui dis souvent qu’un jour, il faudrait faire des choses ensemble. Il faudrait que ses paroles à elle et mes chansons à moi se croisent. J’espère que ça se fera un jour.

Ton épouse est ta muse ?

J’espère bien. C’est la base. Les gens qui écrivent, écrivent tout le temps pour quelqu’un. L’écriture est forcément un rapport à l’autre. Au début, j’ai écouté Duras dire qu’on écrivait par vengeance, à l’époque ça m’avait beaucoup parlé. Je découvre depuis quelques années, que tu peux aussi écrire par séduction. On écrit pour avoir un pouvoir sur l’Autre. Mais l’autre, ça devient moi. Ça ne veut pas dire que ça devient vraiment moi, ça veut dire que j’ai de plus en plus de facilité à faire de moi un autre. Et ça, je crois que ça plait à ma femme (sourire).

"Paradis" en version acoustique (morceau original sur l'album XI Lieux).

Regrettes-tu que certaines anciennes chansons existent ?

Je regrette toutes mes chansons d’avant l’album de 2012, Le poids du superflu. Je crois que j’ai commencé à écrire depuis ce disque-là. Ceux d’avant, je n’écrivais, je discourais. Et comme je te l’ai dit tout à l’heure, discourir n’est pas écrire.

Te moques-tu de ce que l’on pense de toi et de ton œuvre ?

Je ne m’en moque pas. Ça n’a rien à voir avec moi, c’est tout. Il y a des chansons que les gens adorent et que je déteste et vice versa. Il n’y a pas de jugement de valeur à avoir. C’est comme c’est.

Tu as écrit une chanson sur les attentats du 13 novembre en France, « Barbarie ». Tu t’es demandé s’il fallait traiter ce sujet étant donné que beaucoup d’artistes l’ont fait aussi ?

C’est la chanson la plus difficile que j’ai eu à écrire parce qu’effectivement, le discours existait. Alors comment faire quand on veut s’extraire du discours mais que l’idée est déjà là ? J’ai écrit la chanson maintes fois et quand je la relisais, je me voyais parler. A un moment, enfin, le mot barbarie est sorti. Je me suis mis à tourner autour de ce mot-là.

batlik,11 lieux,interview,mandor

A l'issue de l'interview, le 4 octobre 2016.

batlik,11 lieux,interview,mandor

01 décembre 2016

Jules et son Vilain Orchestra : interview pour l'EP Nos vedettes

13256532_871634769626294_6578905618134323075_n.jpg

13529094_10154279545018674_7965824980467076651_n.jpgLe 18 novembre dernier, à mon retour du concert de Jules et son Vilain Orchestra au Café de la Danse, en pleine nuit, j’ai écrit une lettre au chanteur. Je l’ai publié sur ma page Facebook. Je me permets de vous la proposer :

« Cher Jules, je t'envoie ce message en privé pour que ta modestie ne soit pas heurtée. Ce soir, au Café de la Danse, j'ai pris une bonne grosse claque comme rarement. Je n'ai pas vu Ferrat, Goldman, Dalida ou un quelconque Goldman (je sais, je l'ai cité deux fois, mais Goldman, on a le droit de le citer autant de fois que l'on veut), j'ai vu un Jules éblouissant, étincelant, éclatant qui m'a beaucoup fait rire, fait parfois pleurer (mais bon, ça je te le dis pas, ch'uis pas une gonzesse). (Ton vilain orchestre, je n'en parle même pas tant ils sont bons et que ça se voit que vous vous aimez). Je vais te dire Jules, j'me suis fait la réflexion en voyant la salle remplie à craquer, debout, applaudir à tout rompre, te faire un triomphe : "mais pourquoi diable, cet artiste n'est pas une star en France?" C'est incompréhensible et absolument incompréhensible (Je sais, je l'ai dit deux fois, mais c'est pour appuyer mon désarroi). Oh non que tu n'es pas qu'un chanteur de variété, terme que tu revendiques pourtant avec force! Tu es un chanteur hors norme avec des mélodies imparables et des textes à faire pâlir de jalousie tout plein d'autres artistes "populaires" (mais que je ne citerai pas, certains sont mon fond de commerce). Je ne te retiens pas plus longtemps, mais sache que je. En toute amitié. François  (On me dit que je me suis trompé. Ce message ne serait pas en privé. Pardon pour ta modestie, donc). »

Vous l’avez compris, j’aime ce garçon. Autant humainement qu’artistiquement (voir sa première mandorisation). Aussi, quand son éditrice et productrice du disque, Danièle Molko (d’Abacaba), m’a proposé de l’interviewer pour l’argumentaire de presse de son nouvel EP, Nos Vedettes, j’ai accepté immédiatement. Et avec enthousiasme (voire fierté). Les journalistes et les programmateurs recevront le CD accompagné de mon interview.

Que voici :

Cela faisait très longtemps que je n’avais eu un coup de cœur immédiat pour un artiste. Une écoute de son3700187662110_230.jpg nouvel EP, Nos vedettes, dans son intégralité et hop ! J’ai adhéré à tout. La voix, les textes, ses mélodies d’une redoutable efficacité. Le style corrosif de Jules prouve que l’on peut rire de tout si l’on sait y mettre les formes. Véritables hymnes à la vie, à l’humour ou à la dérision, ses performances " live " offrent un grand moment de joie et de rythme saupoudré d’un peu de cynisme. Difficile de ne pas vouloir faire la connaissance de Jules. Le docteur House de la chanson française est arrivé dans ce café  d’Enghien et il m’a plu humainement tout aussi rapidement que son œuvre. Attention, ça déménage !

Après avoir travaillé avec les Ogres de Barback, puis épisodiquement avec Bénabar, Catherine Ringer, Kent ou Jacques Higelin, il créé Jules.

Quand tu as enfin créé tes chansons pour Jules, tu as créé le personnage qui allait avec ?

Oui, mais il est venu sans réfléchir. Je suis un « one man song », alors que je ne suis pas une grande gueule et que je suis même très discret dans la vie. Sur scène, c’est un peu « docteur Jekyll et mister Hyde ». J’ai un principe. Je veux absolument dédramatiser  la fonction d’artiste. Je n’ai jamais le trac et j’ai envie que les gens se sentent vraiment proches très vite. Quand je suis Jules, je me sens un peu invincible, alors que dans la vie,  je suis beaucoup plus mesuré.

Dans les 7 nouveaux titres de ton dernier EP , il y a toujours de l’humour et une certaine causticité.

Quand tu dis des choses graves, des choses lourdes de sens, avec le sourire, ça passe toujours mieux. Je me méfie beaucoup du pathos, c’est pour ça que je n’enfonce jamais le clou. Avec ses nouvelles chansons, ce qui est sûr, c’est que je suis plus dans la tendresse.

Tes 7 chansons s’adressent à 7 femmes différentes. Elles sont souvent chiantes, comme dans la chanson « T’es chiante », par exemple.

C’est une coïncidence si je ne parle que de nanas, de leur côté tendre jusqu’au côté les plus obscurs. Dans « T’es chiante », je parle de ma sœur. Mais, en vrai, je n’ai pas de sœur, c’est un rôle de composition complet.

Clip de "T'es chiante".

jules et son vilain orchestra,ep,nos vedettes,interview,mandorPour toi, c’est important le rôle de l’interprète ?

Oui, quand je joue mes chansons, je laisse la possibilité à l’interprète que je suis de recréer la chanson. C’est un vrai travail de création. J’aime raconter des histoires…Quand j’étais petit, je me souviens avoir beaucoup lu les « Alfred Hitchcock présente ». Tout se dénouait à la derrière ligne. Nous étions embarqués dans quelque chose d’assez plaisant, et à la fin, tout le décor et les couleurs changeaient… l’histoire n’avait plus le même sens. J’adore utiliser cette « recette ».

Je trouve que tu es le juste compromis entre la scène française « undergroud » et la bonne variété.

En Angleterre, c’est beaucoup plus simple. Tout le monde fait de la pop. Pour moi, la pop, c’est de la variété. Les Beatles, c’est de la variété. Je revendique bec et ongles ce terme me concernant. Je veux que l’on dise que je fais de la variété, parce que c’est vraiment ce que je fais. C’est ce que j’aime, ce que j’écoute beaucoup, bref c’est ma culture. Il n’y a pas plus noble comme terme que « variété ». Le mot, lui-même est splendide.

Dans « Tu me fais peur », tu évoques Marine Le Pen. En gros, tu dis que, maintenant qu’elle est devenue « fréquentable », la donne a changé.

Elle a réussi son plan de route. Elle est désormais banalisée. Maintenant qu’elle ne fait plus peur, elle me fait peur. Je ne fais jamais de chansons réellement contestataires, mais quand je fais des chansons politiques ou religieuses, je pose un ou des constats. Mais ce n’est pas mon rôle de dire pour qui voter, ce qu’il faut manger ou je ne sais quoi d’autres.

Dans « Ma petite fille de gauche », tu évoques une altermondialiste de gauche catho.

C’est ce que j’appelle une « ouach ouach » ! Ce ne sont pas des filles méchantes. Si elles sont un peu moralisatrices, elles ont des combats nécessaires. J’ai pensé à quelques filles pour écrire cette chanson. Celles qui écoutent les joueurs de djembé à trois heures du matin et qui boivent du café Malongo, tu vois… Quand c’est à l’adolescence que ça se passe, c’est cool, mais quand c’est à l’âge adulte, j’ai envie de leur dire de se reprendre un peu.

« Reste pas toute seule » raconte l’histoire d’une femme comme il y en a plein, ordinaire, banale, ni jules et son vilain orchestra,ep,nos vedettes,interview,mandortrop laide, ni trop belle.

Cette chanson me vient d’une chanson de Nino Ferrer, « L’inexpressible ».  J’aurais aimé l’écrire. Quand j’étais petit, à l’école, je faisais partie de la bande des mecs cools. J’ai toujours eu de l’empathie pour les garçons ou les filles qui n’arrivaient pas à se fondre dans les groupes parce qu’ils ne s’y sentaient pas bien.

Comment tu réagis si une de tes chansons n’est pas comprise comme tu l’imaginais.

J’adore ça. Il faut se foutre de l’auteur. Je préfère parler en tant qu’interprète qu’en tant qu’auteur-compositeur. L’auteur, une fois qu’il a écrit sa chanson, il doit disparaitre. Les chansons appartiennent aux gens et à l’interprète. Si tu chantes ta chanson en tant qu’auteur-compositeur, tu ne la donnes pas aux gens, tu la gardes pour toi. Je l’ai vérifié 100 fois. .

Parle-nous du Vilain Orchestra.

J’ai une chance inouïe. Je ne suis pas un grand musicien, mais j’ai la chance de jouer avec des musiciens fabuleux. Ils sont aussi ingérables que talentueux. Ils ont une sorte de folie douce qui fait qu’il n’y a aucun concert pareil. À la base, ce ne sont pas des copains, ils ont été mes musiciens pour le disque, ils sont devenus des maillons essentiels à ma carrière actuelle. Ils m’amènent beaucoup artistiquement, mais attention, c’est moi le boss. La preuve, quel nom est écrit en plus gros sur la pochette ?

Je te laisse le mot de la fin.

La musique est hyper importante. Pour moi, c’est un des trucs les plus importants au monde. On se rencontre, on s’embrasse, on baise sur de la musique… il n’y a rien de grave dans la musique. Le verbe de notre métier c’est jouer, il ne faut jamais l’oublier. Jouer en s’amusant. C’est ce que je fais.

Contact : Danièle MOLKO – 06 11 38 30 57 – dmolko@abacaba.net

20161124_135858 (1).jpg

Le 24 novembre 2016, Jules et son Vilain Orchestra a reçu le Prix Charles Cros Révélation Scène 2016 (ex-aequo avec Barbara Weldens).

30 novembre 2016

Laurent Kebous : interview pour le premier album du groupe Télégram

15192796_1273975446006985_3776948043615290285_n.jpg

Vous connaissez certainement Les Hurlements d'Léo, le groupe de Laurent Kebous (déjà mandorisé là il y a un an). Télégram est son nouveau projet. Une nouvelle aventure  pour cet artiste qui tourne depuis vingt ans déjà.  Il est accompagné de sa femme Chloé Legrand à la guitare électrique, de Julien Perugini à la contrebasse et aux stomps, de Vincent Serrano aux instruments du monde (oud, kora, saxophone, clavier…).

« Télégram est un jeune groupe sur le fil de l’émotion -stop- qu’elle vienne de l’énergie d’une résistance –stop- de la beauté du sentiment –stop- de la douceur d’une mélodie. Un petit monde ouvert sur le grand –stop- à savourer non-stop. »

Le 18 octobre, c’est un Laurent Kebous essoufflé par la vie parisienne qui m’attend dans un bar pour me parler de ce beau projet.

e9c1cf_1efe157ac0044be6bc98c1e240633b5f.jpgBiographie officielle :

Voix, textes, poésie crue et lucide, c’est ce qu’offre TÉLÉGRAM. TÉLÉGRAM, c’est aussi une rencontre, celle d’une bande de musiciens, tous passionnés, tous différents, aux expériences musicales passées multiples, qui s’accordent pour vous offrir une nouvelle rencontre musicale au fil d’arrangements à la fois dépouillés et sincères, où les climats différents s’enchainent, se heurtent et se rencontrent. Ce mélange est rythmé par les instruments aussi multiples que les atmosphères qu’ils créent, guitare folk, violon, oud, Steel guitare, guitare électrique, contrebasse, stomp, et bien sûr voix donnent aux mots de TÉLÉGRAM une musicalité toute particulière qui charme celui qui l’écoute comme un serpent… Mais rien à craindre, ce charmeur, composé de Laurent Kebous des « Hurlements d’Léo », de son comparse Vincent Serrano, lui aussi « Hurlements d’Léo », Chloé Legrand de « La Cafetera Roja » et Julien Perrugini de « Damage Case », vous veut du bien et vous emmène au fil de ses mélodies nouvelles et inconnues, mais aussi au fil de chansons plus connues qu’ils sauront vous faire redécouvrir comme celles de Mano Solo, de Léonard Cohen ou même de Serge Gainsbourg. Et nul doute que ce « TÉLÉGRAM sera la plus beau de tous les télégrammes que vous recevrez jamais. »

13669226_1140764005994797_8203029873282660147_n.jpg

IMG_1619.JPGInterview :

Tu aimes beaucoup les projets parallèles dis donc !

J’aime beaucoup les projets. Ils ne sont pas parallèles. Sur cet album de Télégram, je me retrouve avec des gens que j’ai croisés lors de mon hommage à Mano Solo. Sans cet album, je ne sais pas si Télégram existerait.

Comment est né Télégram ?

Je donne un concert des Hurlements d’Léo le 12 décembre 2012, donc le 12.12.12. Au lieu de la fin du monde, c’est plutôt la naissance d’une histoire entre un homme et une femme, c’est-à-dire, Chloé Legrand, qui joue dans un groupe domicilié à Barcelone qui s’appelle La Cafetera Roja et moi, Laurent. La Cafetera Roja et les Hurlements d’Léo jouent dans cette ville sur la même scène… et nous tombons amoureux.

Ensuite, Chloé vient habiter en France avec toi, à côté de Bordeaux.

Oui. Et on fait de la musique chez nous. On voulait faire des morceaux folks qui tiennent debout en guitare voix. On commence à avoir quelques chansons et on se dit que ce serait bien si on en faisait quelque chose, donc on les enregistre. J’ai demandé à mes copains de route, Vincent Serrano qui est multi-instrumentiste et Julien Perrugini qui est contrebassiste, de venir nous rejoindre. Télégram commence à voir le jour. On va en studio, on enregistre les morceaux. Je veux faire un duo avec Arno Future, le chanteur des Sales Majestés. Il vient donc avec plaisir et il repart avec les morceaux chez lui. Il fait écouter ça à un directeur d’une maison de disque. Il trouve le projet intéressant donc on se met en relation. Il accepte de sortir notre album. Je parle de ça à mon tourneur et il accepte de me monter une tournée. Les choses se sont faites en un an et demi, c’est donc un projet tout neuf. On a l’impression de recommencer comme au début. On joue dans des clubs, on fait des premières parties. Tout cela s’est fait par enchantement.

"Houmama", avec la participation d'Aurélia CAMPIONE de La Cafetera Roja (voix féminine)

Tu es en tournée avec ta petite amie. C’est bien ?14089234_1165769876827543_8734552721315777193_n.jpg

Ouais (rires). C’est très bien. Ce sont des heureux hasards qui ont fait boule de neige, du coup, on se retrouve à être en tournée aujourd’hui pour un long moment.

Musicalement, ça n’a rien à voir avec ce que tu fais avec Les Hurlements d’Léo.

Pour résumé, c’est un mix de chansons et de musiques du monde. Mais évidemment, ce n’est pas aussi simple que cela.

Il y a des chansons comme « Tainted Love »… j’ai l’impression que vous vous êtes bien amusés à faire ce disque.

Nous nous sommes poilés. C’est super important d’avoir cette soupape-là.

Il y a moins de chansons engagées dans ce groupe, non ?

C’est effectivement beaucoup plus imagé. Mais par exemple « Houmama » est une critique sur la société de consommation dans laquelle on est. Je fais plus attention aux mots que j’utilise pour noyer le poisson. J’ai envie d’avoir une écriture un peu plus poétique et littéraire. « Moins qu’un chien » évoque l’exil, la traversée des frontières, l’accueil sordide qu’on réserve à ceux qui fuient leur pays. On ne peut pas dire que ce soit une chanson légère, même si on peut l’écouter ce cette manière.

"Moins qu'un chien".

Tu chantes aussi en anglais dans ce disque. De ta part, j’ai trouvé ça surprenant.

J’estime avoir correctement servi et défendu la chanson française, je m’autorise des incursions dans cette autre langue. Et puis tu sais, j’ai commencé à chanter en reprenant des standards de Dr Feelgood. Je n’avais pas le bon accent, mais ça n’avait pas d’importance.

Le public qui vient voir Télégram, c’est un peu le public qui te connait, toi et Les Hurlements d’Léo, non ?

Il y a un peu de ça. Comme nous ne sommes pas dans une major avec un budget de plusieurs millions de dollars, ça ne nous dérange pas que les gens sachent qu’il y a derrière ce groupe des artistes qui tournent depuis longtemps. Mais la musique de Télégram, du blues un peu rythmé, est assez loin de ce que l’on peut faire dans nos groupes respectifs.

Ça fait du bien de se diversifier ?

Ça fait du bien de ne pas être identifié qu’à un seul projet. Toi, je sais que tu fais plein de choses, j’imagine que tu n’aimerais pas être catalogué juste « chroniqueur » pour tes magazines… On a tous pleins d’activités qui nous permettent de nous servir de l’art et de la culture pour pouvoir dire des choses et c’est bien comme ça.

Clip officiel de "L'amour à vif".

Tu partages en permanence et tu es toujours à l’origine de multiples projets. Il y a une raison précise à cela ?

J’apprécie beaucoup ça parce que, longtemps, je n’ai pas su comment me placer. Je propose des choses, des gens suivent, d’autres pas. Ceux qui suivent ne sont pas des « suiveurs » au sens péjoratif du terme, ils participent à quelque chose.

Est-ce qu’il t’arrive d’être découragé par ce métier ?

Parfois oui. Je me considère plutôt comme un artisan que comme un artiste, parce qu’il y a un amour du travail bien fait. Mais quand je vois comment on considère les intermittents du spectacle, je suis outré. Nous ne sommes pas des cancrelats. Je suis déçu de la tournure que prennent les choses. J’ai l’impression que nous sommes dans une idiocratie où on tire tout vers le bas. Les artistes qui vont rester, je ne sais pas si ce seront les meilleurs pour notre intellect.

J’imagine que tu apprécies une chanson comme « Belinda » de Claude François reprise par M Pokora.

Claude François était un chanteur de variété très honorable, tout comme Joe Dassin. N’importe qui ne peut pas reprendre n’importe quoi. « Belinda » dans la bouche d’M Pokora, c’est un peu fadasse. Ce que l’on nous vend et ce que l’on nous oblige à écouter, ce n’est pas de la culture de terrain, c’est un peu le carnaval.

2323422_119_13489170_1000x500.jpg

(Photo : Sud Ouest)

Ça doit te faire du bien de savoir que tu es reconnu par tes pairs.

C’est toujours agréable de rencontrer des gens que tu as apprécié, comme Miossec, et de bien s’entendre avec eux. C’est bon de sentir que l’on fait partie de la même famille d’artiste. J’ai passé une semaine à Astaffort avec Jean Fauque, l’un des paroliers de Bashung. Je me suis retrouvé à gratter avec lui. En ce moment, nous sommes en train de co-écrire deux chansons. Je vais te dire un truc. Mon rêve actuel serait d’arriver à écrire des chansons pour d’autres et être moins sur la route.

D’ailleurs, j’ai l’impression que tu passes ta vie sur la route.

Oui, mais j’ai trouvé un équilibre ainsi. Le temps que j’ai pour moi, je le consacre à mes filles de  7 et 10 ans. Du dimanche au jeudi, je suis avec elles, sinon, je suis sur la route. Elles ont toujours été habituées comme ça et je crois même qu’elles ne souhaitent pas que cela change.

Tu as une volonté de laisser une trace derrière toi ?

La trace, je l’ai déjà laissé. J’ai sorti 20 disques.

14449956_10154593446932704_603777289972624951_n.jpg

Laurent Kebous aux Rencontres d'Astaffort en 2016 avec les autres élèves.

Aux Rencontres d’Astaffort, qu’es-tu allé faire ?

D’abord, je tiens à préciser que j’y suis allé comme stagiaire, pas comme intervenant. Tous les jours, un artiste, même un artiste qui a fait 20 disques, doit se remettre en question. Il doit surprendre et aller là où on ne l’attend pas. Je suis donc allé à la rencontre des jeunes artistes que je ne connaissais absolument pas et qui ne me connaissais pas non plus. J’aurais été con de me priver de cet enrichissement. J’ai par exemple rencontré un auteur fabuleux qui s’appelle Sancho, du coup, on écrit des chansons ensemble en ce moment pour le prochain album des Hurlements d’Léo qui sortira pour nos 20 ans d’existence en janvier 2018. Moi aussi, j’ai besoin de renouveler ce que je dis et la façon dont je le dis.

C’est intéressant cette lucidité de te dire que tu as besoin d’aide.

Ça ne m’a jamais dérangé de tendre la main à quelqu’un pour qu’il la prenne et qu’on avance ensemble.

Pourquoi un artiste est fragile ?

Parce qu’il se met en danger. C’est dangereux de se montrer sur scène, d’avoir des succès, de ne pas en avoir, c’est dangereux d’avoir des déceptions, des échecs, c’est dangereux de recevoir autant d’amour d’un coup, c’est dangereux aussi d’en recevoir beaucoup moins. Ce yoyo permanent peut déstabiliser un homme.

IMG_1616.JPG

Le 18 octobre 2016, après l'interview.

29 novembre 2016

K! : interview pour le Fantastik Show

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandor

(Photo : Alain Fretet).

J’ai connu K ! au Pic d’Or en 2014. Elle y a remporté le Pic d’Argent. Depuis, je la suis et vais la voir sur scène régulièrement. Elle y est seule avec son clavier et son ordinateur. Seule ? Non, pas tout à fait. Dans son jardin extraordinaire on y trouve… Non, je préfère me taire. Enfin, au moins un monde envoûtant… à la fois onirique, mystérieux, étrange, parfois déroutant et inquiétant, mais toujours doux et poétique.

Dans le Fantastik Show de K!, les « freaks », c’est chic.

Le 18 novembre dernier, la dame est venue à l’agence répondre à mes questions (et m’assassiner à la fin de l’entretien.) (Et ça, c’est pas chic)

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandorBiographie officielle :

Autodidacte, Karina s'entoure de claviers, tablettes et ordinateur encastrés dans un décor baroque pour donner corps à son univers délirant et décalé. Depuis 2012 le projet a plusieurs fois évolué. Initialement accompagnée d'un guitariste, puis d'un pianiste, elle est aujourd'hui seule sur scène au milieu des machines. Dans la chanson française contemporaine, K ! propose un univers et un son nouveau mâtiné de pop synthétique.

Sa voix puissante, sait, au service de l’interprétation se faire murmure et nous bercer. Son imagination n’a pas de frontières. Sa parole est farouchement authentique surtout s’il s’agit de braver ses propres démons que sont ses émotions de femme. Assurément comédienne, elle prend à bras le corps la scène, comme elle empoigne l’amour pour le tordre, le distordre et lui faire rendre l’âme.

Après quatre années d'existence ponctuées de récompenses et de reconnaissances professionnelles, elle offre aujourd'hui un show « seule en scène ». Un univers singulier peuplé de personnages étranges et fantastiques. Petite cousine inavouée de Tim Burton, maniant un humour - "nonsense" - à la Terry Gilliam, K ! nous invite dans les limbes d'un conte musical pour enfant punk avec le plaisir d'emmener le public au milieu du pays des rêves. A moins qu'il ne s'agisse de celui des cauchemars. Fantastik !

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandor

(Photo : Thomas Bader)

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandorInterview :

A la base, c’était mal parti pour que tu te lances dans la musique, non ?

Disons que la musique n’était pas un métier pour des gens comme nous. J’habitais à la campagne, mes parents étaient ouvriers. Pour eux, ce domaine appartenait à une intelligentsia qui ne venait pas du fin fond de la Sarthe. Pour eux, devenir musicien était de l’ordre de l’utopie.

Mais, tu as eu envie très tôt de faire de la musique.

Oui, mais on m’avait tellement gavé le crâne que je n’y arriverais pas que je n’y croyais pas vraiment. Du coup, c’est arrivé presque par hasard.

Comment est-ce arrivé alors ?

Il y a 20 ans, j’étais bibliothécaire dans un collège. Mon mari d’alors était tatoueur. Il a tatoué un type qui était musicien. Ce dernier lui dit qu’il a concert dans trois semaines et que le chanteur l’a lâché. Mon ex-mari lui parle de moi et je suis prise à l’essai. Je fais le concert et c’est une catastrophe. On faisait des reprises de morceaux rock. Le bassiste me dit que le groupe de bal dans lequel il joue cherche une chanteuse. Je passe les sélections et je suis prise. En trois mois, je deviens chanteuse professionnelle.

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandor

(Photo : Annie Claire Hilga)

De fil en aiguille, tu chantes dans les bals pendant 15 ans.

C’est une sacrée bonne école, mais il faut en sortir à un moment parce que sinon on est absorbé par ceux que l’on interprète. On devient vite une sous Céline Dion ou une sous qui tu veux.

Et les concerts sont très longs.

Oui, on chante pendant 7 heures. Avec trois ou quatre  heures de montage et autant de démontage.

Ce que je vois sur scène de toi aujourd’hui est expliqué par ce que tu me racontes. Tu as une étendue vocale extraordinaire.

Dans les bals, on est obligé de bosser toutes les tonalités, ça forge les cordes vocales.

On est tenté d’imiter ceux que l’on chante ?

On est plus que tenté. C’est un jeu.

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandor

(Photo : David Didier)

Finalement, tu as réussi à te sortir des bals ?

Parce que j’étais trop rock’n’roll, trop anticonformiste. J’avais des groupes à côté, j’écrivais des textes en anglais. Je préférais aller chanter dans les caves pour 20 personnes bourrées que faire du bal. J’ai commencé à m’absenter, j’ai changé d’orchestre…

Petit à petit, tu t’es éloignée de ça.

Oui, jusqu’à la cassure. Je commençais à comprendre que j’étais en train de me pervertir. Je ne vivais plus pour la musique, mais je faisais de la musique pour vivre.

Que se passe-t-il quand tu arrêtes les bals réellement ?

Je me dis que je vais travailler dans autre chose et que la musique deviendra juste un plaisir.

Ça ne s’est pas passé du tout ainsi.

A l’époque je travaillais avec un guitariste, Elie Gaulin. On a des chansons un peu pop avec des textes en Français. Lui compose. C’est con, mais à la mort de mon père, je prends conscience qu’on va tous mourir un jour. Je ne peux plus attendre. Il y a 7 ans, je monte donc à Paris pour tenter le tout pour le tout. J’ai des entrées dans un studio, je trouve des dates, mais finalement, Elie ne souhaite pas me rejoindre à Paris. Il arrête. Je me retrouve seule dans la capitale. J’habite sur un petit bateau, il n’y a pas d’eau chaude, peu d’électricité, j’ai laissé mes enfants en région centre... Je me dis que j’ai fait tout ça pour rien et c’est la catastrophe.

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandor

(Photo : Alex Monville).

Et que se passe-t-il ?

Un jour, quelqu’un toque sur ma coque de bateau. Je vois un jeune homme qui s’est trompé de quai. En fait, c’est le destin qui frappe ma porte. Je lui raconte mon histoire et, quelques jours plus tard,  je me réveille et j’ai un piano sur le bateau avec un petit mot qui explique que maintenant je n’ai plus le choix. Cet homme va devenir mon mari.

Belle preuve d’amour, en effet. Mais tu savais jouer du piano ?

Non. Je m’enferme et j’apprends. Les premières mélodies et les premières chansons arrivent. En même temps, je continue à faire la serveuse pour gagner ma vie à Montreuil. Là, je rencontre Freddy Cats, un homme qui organise des soirées dans les lofts. Il me propose de chanter. Je n’avais que quatre chansons, mais il m’a permis de les interpréter. Ce soir-là, il y a le frère de Sophie Bellet, Xavier. Sophie travaille au Studio des Variétés et elle est, à l’époque, manageuse de Bertrand Belin. Après l’avoir supplié 15 fois de venir à un concert, elle finit par obtempérer. Là, ça s’enchaîne hyper vite. Je rentre aux studios de Variétés, je fais des formations, je rencontre plein de gens… ça bouge rapidement et des portes s’ouvrent… qui  en ouvrent d’autres.

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandor

(Photo : Annie-Claire Hilga)

Un jour, tu joues dans un endroit improbable : un café Turc.

Oui, et le mec qui me fait le son s’appelle Jérémie Kokot. Il tombe amoureux du projet et on décide de bosser ensemble. Il y a 6 ans, c’est ainsi que naît K ! C’était un duo. Jérémie m‘a emmené vers la musique assistée par ordinateur. Moi, j’avais envie de ça depuis longtemps, mais je n’avais jamais osé franchir le pas.

Ce duo était proche de ce que tu fais aujourd’hui ?

Oui. L’univers était déjà complètement barré. Je n’étais pas encore satisfaite. Ça n’allait pas jusqu’où je voulais aller. J’ai passé deux ans avec Jérémie. J’ai appris plein de choses. J’étais un peu le moteur de ce projet, parfois ça le gavait. Il est ingénieur du son confirmé et aime son travail. Il sent que ça va se bousculer au portillon et qu’il ne pourra plus faire son boulot et le projet comme il le souhaite, donc, en 2014, on décide d’arrêter de bosser ensemble.

Là, tu comprends qu’il faut que tu te prennes en main.

Oui. Ça tombe bien. Je pars seule en tournée avec le Mégaphone Tour, cela me permet de roder la formule en solo.

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandor

(Photo : David Didier)

Ton projet K ! existe depuis plus de deux ans.

C’est un cabaret electro un peu chaotique. Les gens ne sont pas habitués à voir le cabaret sous un format « chansons ». C’est pour ça qu’il ne s’impose pas facilement.

Moi, dès que je t’ai vu la première fois, je suis tombé raide dingue de ta performance. C’était en 2014 au Pic d’Or. Tu as remporté le Pic d’Argent. Je t’ai revu l’année suivante au Prix Georges Moustaki. C’est un passage obligé les tremplins ?

C’est une très belle vitrine, mais il faut choisir ses tremplins. Des gens qui s’occupent de tremplins comme le Mégaphone Tour, le Pic d’Or ou le Prix Georges Moustaki, ce sont plus que des professionnels, ce sont des partenaires. Des gens bienveillants, des gens qui passent beaucoup de temps, de manière gratuite, à soutenir la chanson. Ces tremplins-là n’ont pas la même démarche que Ricard ou Emergenza.

Présente nous le Fantastik Show, ton conte musical pour enfant punk,  que tu présentes sur la Scène du Canal jusqu’en décembre.

Il y a de la magie, des effets spéciaux, de la rêverie, de la poésie. Les chansons que j’interprète ont été écrites sur trois ans, donc elles font partie de mon parcours de vie.

Cela ne t’a pas échappé que l’on compare ton univers à celui de Tim Burton.

J’ai un souvenir mémorable d’Edward aux mains d’argent. C’est la première fois que je voyais un mec faire des films d’horreur pour les mômes. Mais, déjà toute petite, cet univers m’intéressait. J’avais un imaginaire incroyable qui touchait autant à l’enfance qu’à l’adulte.

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandor

(Pendant l'interview).

On ne lâche jamais tous les monstres qu’on a dans notre tête quand on est petit, n'est-ce pas?

On apprend en grandissant que ceux que l’on va rencontrer seront largement pires que ceux dont on avait peur et qui étaient censés être planqués dans nos placards. Cela dit, aujourd’hui encore, quand je m’endors la nuit, s’il y a une chaise avec un manteau, je peux le transformer en vieux monsieur qui essaie de s’accrocher à mon lit.

Et plus généralement, l’imaginaire est-il en danger ?

Je le pense vraiment. Les enfants grandissent trop vite. On ne leur laisse plus le temps d’être des enfants. On est dans une société qui est remplie de désillusions. Quand il n’y a plus d’illusion, il n’y a plus de magie.

Un album arrive au printemps 2017 et tu le feras en indé. Tu es fière d’être indépendante ?

Oui, vraiment beaucoup même. Ce n’est pas facile de l’être, mais c’est une belle famille. Il faut vraiment que les artistes indépendants soient fiers de l’être. Il faut qu’on arrête de pleurer parce qu’on n’a pas de papiers dans Libé ou Télérama. Il faut que nous soyons fiers d’être dans FrancoFans, Hexagone ou chez Mandor. On doit tous se soutenir dans cette famille.

Ce métier t’aide à fuir la réalité ou c’est l’envie que les gens fuient la réalité à travers toi.

J’espère que c’est la dernière partie de ta phrase. Un jour, quelqu’un du métier qui est très importante pour moi m’a demandé pourquoi je voulais faire ce métier. Après une nuit de réflexion, j’ai enfin trouvé la réponse : je veux faire ce métier pour émerveiller les gens.

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandor

A l'issue de l'interview, un indice (discret) me montre que K! était moyennement contente des questions posées...

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandor

22 novembre 2016

Minou : interview pour l'album Vesperal

minou, vesperal, interview, point éphémère, mandor

Minou est un nouveau duo electro pop. Je l'ai découvert sur scène lors de la dernière édition d’Alors Chante. Sonorité eighties, chant aérien, textes ciselés et sensibles. Sous le charme…

Un peu plus tard, j’ai reçu leur premier disque, Vesperal. Sous le charme (bis)…

Le 21 octobre, je suis allé à la rencontre de Sabine Stenkors et Pierre Simon dans les locaux de leur label, Cinq7 pour essayer de comprendre qui se cachait derrière ce duo.

minou, vesperal, interview, point éphémère, mandorBiographie officielle (un peu écourtée):

Minou est un groupe, un duo qui ne fait qu’un, complice et complexe, qui donne naissance ou renaissance à une chanson pop-électro décomplexée. Tellement décomplexée que cet album, chanté tout en français, n’a rien à envier dans ses sonorités à nos amis Anglo-Saxons. Minou nous rappelle la new wave des années 80, l’indie d’outre-atlantique mais aussi ce que la pop française a de meilleur. Minou s’écoute, Minou se danse. C’est normal car leurs Rolling Stones à eux s’appellent les Daft Punk, première claque reçue, premières envies, émotions. Territoires nouveaux à explorer, la magie d’un monde à réinventer pour une génération qui a grandi et s’est libérée sur les textes de Daho ou la musique de MGMT. Ce nouveau langage, Pierre Simon et Sabine Stenkors le précise depuis leur rencontre au lycée. Plusieurs groupes et bientôt 10 ans plus tard, ce langage est devenu commun, mélange de leurs expériences et collaborations issues de cette période. Un mélange savant aussi bien organique qu’électronique, décoction curieuse et ambitieuse des genres et deux voix qui n’en font qu’une. Sonorités rêveuses, fausse naïveté et refrains tenaces, voilà une partie des éléments qui composent l’élixir de Minou et nous obligent à tomber immédiatement sous leur charme. Minou c’est un vaisseau spatial piloté, mixé, réalisé par Julien Delfaud (Phoenix, Superdiscount, Benjamin Biolay, Woodkid) qui atterrit en douceur sur un volcan synthétique cracheur de riffs, d’amour et d’espoirs. France Inter ne s’y est pas trompé en les sélectionnant pour « La Relève », prix dont Minou furent les heureux gagnants en 2015.

minou,vesperal,interview,point éphémère,mandor

minou,vesperal,interview,point éphémère,mandorInterview :

Vous venez de familles de musiciens ?

Pierre : On n’a pas de parent musicien, mais il y avait beaucoup de musiques chez moi ou chez Sabine, c’est ce qui a constitué notre culture musicale et notre première approche à la musique. Par contre nous n’avons pas été éduqués musicalement de la même manière. En tout cas, tous les deux, nous avons des parents assez intelligents pour nous avoir laissé persévérer dans ce domaine.

Je ne peux pas ne pas vous demander comment vous vous êtes connus ?

Sabine : Tout simplement au lycée. Il y avait une salle qui était dédiée à la musique et nous y passions beaucoup de temps. Nous avions 16 ans, on écoutait du rock comme les Smashing Pumpkins.

Pierre : Moi, je te filais des CDs de truc zarbis, du rock electro progressif. Soit j’écoutais du punk rock, soit de la new wave ou des musiques expérimentales électroniques. J’ai eu une approche de la musique électronique très jeune. Mes premiers CDs étaient ceux de Queen, Alan Parson Project et Daft Punk. Quand j’étais môme, je les mettais dans mon baladeur et j’allais à l’école en écoutant ça. J’étais en décalage avec mes potes qui, eux, écoutaient tout le mouvement rap et hip-hop de ces années-là.

Clip de "Hélicoptères".

Quand vous vous êtes réunis pour faire de la musique, vous avez commencé par quel genre ?

Pierre : On a pas mal tâtonné. Sabine est bassiste, moi je suis guitariste, en plus, on a commencé avec un batteur, ça faisait plutôt un combo rock. Petit à petit, on a commencé à inclure des synthés… On a appris de nouvelles façons de composer avec de nouveaux outils. Aujourd’hui, on se sert autant de nos instruments de prédilections que des machines. Sur scène, aujourd’hui, je fais moitié clavier, moitié guitare.

Il y a un côté bidouille, sampling dans votre musique.

Pierre : Dans les machines, il y a déjà de la musique. Quand on branche un synthé, on peut avoir immédiatement une atmosphère, on peut inventer plus de choses. Aujourd’hui, pour nos chansons, on part d’une compo d’arrangement de clavier et les guitares arrivent après.

Quel est le rôle de chacun ?

Sabine : Généralement Pierre écrit les textes et nous nous occupons de la musique ensemble.

Pierre : On fonctionne un peu en ping-pong. Sabine peut être plus inspirée sur un titre et moi sur un autre… et quand ça plait à tous les deux, on garde.

Clip de "Alphalove".

Quand avez-vous décidé de vous lancer dans la musique sérieusement ?

Sabine : Je faisais des études de graphisme, mais je ne me voyais pas faire ce métier, passer ma vie dans un bureau devant un ordinateur. J’ai arrêté, puis j’ai fait des petits boulots pour me payer mes premiers instruments.

Pierre : Pour tout jeune artiste, c’est un espèce  de Graal de signer dans un label et d’être accompagné dans l’enregistrement d’un album. Avant Minou, on était déjà dans un groupe, à Tours, avec deux autres personnes. On a fait pas mal de concerts, on a récupéré un peu d’argent et on a enregistré un 6 titres.

Sabine : Ce qui était le plus important pour nous, c’était de faire de la scène. On a beaucoup bossé le live.

Quand vous avez créé Minou, du coup, vous deviez déjà avoir un réseau.

Pierre : Oui, et on l’a bien utilisé. On a pu faire des concerts tout de suite. Dès la première année, on faisait des premières parties dans des Zénith, le lendemain, on se retrouvait dans un bar. Cela dit, parfois, on passe un excellent concert devant 30 personnes qui sont là pour nous et parfois, dans une première partie devant énormément de monde, ça peut être très froid, rien ne se passe. Il n’y a pas de règles. C’est important de continuer à jouer dans les petits lieux. On est là pour donner notre musique, peu importe combien de gens la reçoive.

Live de "Montréal" à la Flèche d'Or.

On apprend en faisant des premières parties ?

Pierre : Beaucoup. C’est un peu comme quand tu fais un show case à Paris devant des pros. On ne peut pas juste prendre et s’imprégner de la musique, il faut aussi analyser ce que l’on fait. On apprend par exemple à gérer une set list le plus intelligemment possible.

Vous êtes chez Cinq7 aujourd’hui. Vous connaissiez ce label ?

Oui, et nous voulions vraiment que ce soit ce label qui nous signe. On adore leurs artistes et on trouve qu’ils les développent super bien.

Ils vous ont repéré comment ?

Pierre : Grâce au concours « La relève » de France Inter. Quand on a gagné ce tremplin, j’ai pleuré. Je n’ai pas pu me contrôler. J’étais persuadé que ce n’était pas pour nous tant les artistes qui étaient présents étaient talentueux.

Sabine : Je crois qu’ils ont aimé notre sens des mélodies et de la ritournelle.

minou,vesperal,interview,point éphémère,mandor

Si le son est très années 80, il y a derrière une modernité.

Pierre : Le son très moderne provient du travail de Sabine.

Sabine : C’est vrai que si je t’écoutais, nous ferions du 100% années 80 (rires).

Pierre : Je l’assume complètement. Mais c’est aussi pour cela que nous avons choisi Julien Delfaud comme réalisateur. C’est quelqu’un qui a l’habitude de travailler avec « des groupes à synthés », mais de manière très moderne. C’est fou comme il sait tirer la musique vers le haut!

La musique est plutôt « enjouée » et les textes assez sombres.

Pierre : Ce sont des chansons qui peuvent évoquer des choses tristes, mais il y a toujours beaucoup d’espoir. Effectivement, la musique permet d’amoindrir le côté noir du propos

Comment vivez-vous cette période où le public découvre votre disque ?

Sabine : C’est très flippant et excitant. C’est vraiment l’ascenseur émotionnel.

Pierre : Ça fait 12 ans que nous jouons ensemble avec Sabine et on avait toujours en tête de sortir un album. Il est là aujourd’hui. C’est à la fois une sensation bizarre et effrayante. Je suis fier de cet album. Je suis content des chansons, de la manière dont elles sonnent, mais je ne sûr de rien et encore moins de comment l’album va  être accueilli.

J’ai l’impression qu’il y a une nouvelle vague de groupes qui se remettent à faire de la musique pop électronique comme celle des années 80.

Pierre : C’est vrai, mais personne n’essaie de faire du Daho ou du Niagara 2016, car on a digéré ces artistes… et ça ressort d’une autre manière. On aime bien Fishbach et Minuit par exemple. Je trouve qu’il y a une vraie effervescence autour de la pop française.

minou,vesperal,interview,point éphémère,mandor

Pendant l'interview...

Le concert du 22 novembre prochain au Point Ephémère sera un peu particulier.

Pierre : C’est le concert de présentation de l’album. Nous allons le jouer en intégralité et c’est la première fois. On a préparé des trucs sympas, vous verrez.

Pour finir, Pierre, qu’admires-tu chez Sabine ?

Pierre : J’admire son immédiateté et son sens de l’arrangement. Elle a une vision qui est plus moderne que la mienne et ça me fait du bien de travailler avec elle. Elle est plus courageuse que moi aussi.

Comment cela ?

Pierre : Moi, je suis optimiste et Sabine est courageuse. Dans le doute, elle fonce quand même.

Et toi Sabine, qu’admires-tu chez Pierre ?

Sabine : Sa capacité à écrire des textes rapidement. Cela m’aide à avancer. Je suis pessimiste et il me rassure tout le temps. Il est patient avec moi. Je ne pourrais pas être avec quelqu’un comme moi (rires).

minou,vesperal,interview,point éphémère,mandor

A la fin de l'interview, le 21 octobre 2016.

minou,vesperal,interview,point éphémère,mandor

19 novembre 2016

Fred Rollat (auteur et chanteur de Karpatt) : interview pour Angora

karpatt-frigos-46.jpg

Malgré leurs 22 années d’existence, les trois membres de Karpatt ont gardé une fougue communicative de partager de la bonne humeur, des bons mots et des explosions d’émotions. Le trio parisien revendique une identité scénique farouche imprégnée de jazz manouche et de chanson française. Leur musique métissée, reggae, java ou rythmes cajuns et leur humour suscitent une énergie et un enthousiasme communicatifs!  Cinq ans après Sur le Quai, les revoici avec Angora. Le 4 octobre dernier, le chanteur du groupe, Fred Rollat, est venu à l’agence pour évoquer ce disque… et un peu plus.

12801400_10153597095024234_5586982112957979125_n.jpgArgumentaire de presse signé Stéphanie Berrebi (un tout petit peu raccourcie, mais pas beaucoup quand même):

Déjà vingt ans que Karpatt sème ses chansons, dans les bars et salles de France mais aussi à travers le monde. Le sixième album s’appelle Angora, titre hautement symbolique pour le trio. L’Angora, c’est le nom du lieu parisien où les chansons de ce disque sont nées.

Depuis les “chansons roots” de l’album À l’Ombre du Ficus, Karpatt aura fait un sacré chemin, de bars en salles de concerts, de Paris à l’Amérique Centrale en passant par l’Europe de l’Est et l’Indonésie. Une route ponctuée de titres devenus cultes pour son public fidèle. « Soulève ta jupe », « Fan de maman », « Le fil », « Léon », « Lino » ou plus récemment « Palais Royal », dédié à Mano Solo (sûrement le premier “fan” du groupe), ou « Un jeu » qu’ils se sont amusés à remixer sur ce dernier album. Autant de refrains qui ont marqué quelques milliers d’esprits ces vingt dernières années. Avec légèreté et simplicité, avec des émotions sur le fil ou avec humour, Karpatt a construit une relation complice avec un public qui a suivi le trio dans toutes ses aventures, dans toutes ses orientations musicales.

Chanson française, jazz manouche, rock, et aujourd’hui explorant les rythmiques sud-américaines, ajoutant Karpatt-Frigos-56-SITE-611x449.jpgdes petites touches électro çà et là, il n’y a pas de frontières dans les musiques créées par le guitariste Gaëtan Lerat , le contrebassiste Hervé Jégousso et le chanteur Fred Rollat, qui composent au gré des envies, mais aussi au gré des voyages et des rencontres ayant ponctué la vie de ces musiciens curieux, guidés surtout par l’envie de partager des émotions, d’emmener l’auditeur ailleurs.

Un désir que l’on ressent également à travers la plume de Fred Rollat. Toujours sincères, ses histoires nous touchent, qu’il s’agisse de textes intimistes (« Partage »), ou d’observation d’un monde qui part à vau-l’eau (« Moulinette », « Encombrants »). Tel un peintre en sentiments, ce fin observateur trouve toujours les mots pour nous faire sourire, avec parfois un soupçon de nostalgie (« Un jeu », « Amours d’été »). La portée de ses histoires souvent vécues, ses mots simples et ses refrains entêtants est universelle.

10347088_10152482948714234_7277301631535006986_n.jpg

IMG_1502.JPGInterview :

Karpatt a déjà 22 ans d’existence. Pourquoi n’avez-vous rien fait pour vos 20 ans ?

On ne fête pas les anniversaires. Ainsi, on a l’impression que le temps passe moins vite. On vit la musique de façon atypique. On tourne constamment, du coup notre vie est une longue ligne droite où le temps n’a pas sa place.

Vous avez fait juste un petit break avant cet album, je crois.

Effectivement, nous nous sommes miss un peu sur le bord de la route. Ça nous a fait du bien parce que nous avons des enfants. Et puis j’écris les textes du groupe, du coup j’avais envie de ne pas avoir la sensation de me répéter.

C’est dur de ne pas se répéter pendant 22 ans ?

Oui. Je vais piocher souvent dans mes souvenirs d’enfance pour me nourrir de ça. Quand j’aborde des sujets de société, j’essaie de décaler le sujet pour que cela soit plus digeste.  C’est ce que j’ai fait dans ce nouvel album sur les chansons « Un jeu » ou « Les encombrants ». Cela me permet d’assumer le fait de dire des choses sociétales. Je ne veux pas être donneur de leçon. Je n’aime pas m’exprimer de manière frontale. Je me sens à côté de la plaque si je le fais. Ça doit venir de mon éducation. Chez moi on écoutait du Brassens, mes parents me faisaient lire les fables de Jean de La Fontaine. Il y avait toujours du décalage, toujours une histoire banale, mais derrière, toujours une idée forte. Tu rentres dans une jolie image, tu regardes et là tu prends une claque. C’est plus fort que des textes écrits au premier degré.

Audio : "Les amours d'été" extrait de l'album Angora.

Est-ce que ton écriture continue à évoluer d’album en album ?

En 20 ans, nous avons vécu beaucoup de choses sur la route et dans nos vies personnelles. Nos vies sont différentes, donc j’écris différemment. Quand on me demande de jouer des anciennes chansons, j’aime bien. Je me rends compte qu’il y avait des maladresses, mais il y avait aussi beaucoup de spontanéités. C’est touchant. Aujourd’hui, au détriment de cette spontanéité, j’écris peut-être des textes un peu plus ciselés. Cependant, aavec le temps, je pense qu’on perd en énergie brut.

Tu aimes bien que le public gratte derrière tes mots pour découvrir le sens réel de tes chansons ?

J’adore ça. J’attends ça. Mais il y a des chansons qui ne le demandent pas. Dans ce disque, « Péniche » raconte un camarade qui est parti. Je ne lui ai pas dit au revoir, donc j’ai ressenti le besoin de lui dire dans un texte. Ça a été un exutoire. Je ne m’attends pas à ce que les gens grattent derrière, elle est suffisamment claire. Je ne fais pas trop de chansons comme ça parce que, même si ça va toucher des gens, j’ai l’impression d’être extrêmement impudique. D’ailleurs, je ne chante pas cette chanson dans les gros concerts, je préfère les petits lieux. Ils s’y prêtent plus.

Tu écris d’une manière particulière ?

Je prends des petites notes à droite, à gauche. En voyage, il m’arrive d’être dans des endroits inspirants, cela me donne des idées que j’écris sur un carnet de voyage, mais je ne sais jamais si ça va finir en chanson ou pas.  Un jour, je prends tout ça et j’essaie de jouer avec les sonorités. Je rentre dans la chanson comme ça. J’essaie de faire rebondir les mots entre eux et les rendre musicaux.

Le son des mots est pour toi comme un instrument de musique, c’est ça ?

Exactement. J’essaie de voir s’il se passe quelque chose dans les sonorités sans réfléchir au sens. Une fois que j’ai ces musiques de mots, j’essaie d’en faire sortir un sens.

Version acoustique de "Partage", extrait de l'album Angora.

Tu sais quand un texte est fini ?

Oui, par la force des choses et parce qu’il faut bien terminer l’enregistrement… mais j’aime faire évoluer une chanson en concert. Par exemple, dans ce disque, il y a une chanson qui s’appelle « Partage » et dans laquelle je raconte l’arrivée d’une petite fille au sein d’un couple. En live, j’ajoute un couplet. En studio, j’ai eu la sensation qu’il manquait quelque chose…

A la base, la musique de Karpatt c’est jazz manouche/chanson française, après, vous l’alimentez avec les musiques des pays que vous avez traversés, c’est ça ?

A l’origine des Karpatt, on était trois et nous jouions avec une contrebasse et deux guitares, c’était pratique de faire du jazz manouche. C’était sonore et puissant, on chantait avec trois voix et nous parvenions à défendre nos textes ainsi, de façon simple. Au bout d’un moment, nous nous sommes lassés et on a voulu ajouter autre chose.

Mais la priorité, c’est de défendre vos textes.

Oui, alors je prends ma guitare et comme je ne connais pas 10 000 accords, ma main droite essaie de changer le rythme. J’aime bien explorer tout ce qui existe, notamment l’univers rock et folk.

Audio : "Salvador" extrait de l'album  Angora.

Vous êtes toujours dans un mode acoustique en tout cas.

C’est notre marque de fabrique, même si dans cet album, il y a des pointes d’electro. Avec parcimonie pour ne pas se perdre là-dedans.

Votre public est fidèle. Et dans le monde entier.

On véhicule une bonne dose de bonne humeur, de dynamisme et d’énergie. On transpire, on va les défendre nos chansons. Ce n’est pas un ring de boxe, mais on y va physiquement. A l’étranger, si les gens ne comprennent pas tout ce que l’on dit, ils ressentent l’envie de mouiller la chemise et de partager.

On en revient à « faire sonner les mots musicalement », du coup, ça devient universel.

Tu as raison, je n’y avais pas pensé. Sinon, j’ajoute que je fais l’effort de dire des mots dans la langue du pays qui nous reçoit. La musique est un prétexte à la rencontre. En règle générale, je suis en concert comme si j’étais chez des amis. Je leur raconte ce que je suis en train de vivre.

Karpatt à Quetzaltenango au Guatemala.

Se produire à l’étranger, ça change quoi ?

La première fois que nous avons chanté à l’étranger, c’était à Venise, lors du Carnaval. J’avais bossé « Bella ciao » pour avoir au moins une chanson en italien. Nous sommes montés sur scène avec la pétoche. On s’est vite rendus compte que la barrière de la langue n’était pas un problème si le reste suivait. Les valeurs qu’il y a derrière nos concerts passent aussi bien en France qu’ailleurs dans le monde.

Plus on fait des concerts, meilleur on est sur scène ?

L’expérience fait surtout que tu arrives à capter le public qui est devant toi. Il y a plein de cas de figures qu’avec le temps, nous avons croisé. Si le public est constitué d’abonnés de salles et qu’il ne nous connait pas, on ne va jamais brusquer les choses. Nous allons prendre notre temps pour que le public comprenne notre univers. Si on arrive à le choper sur un détail, ensuite, on les capte pour tout le reste.

14484791_10154570315373674_1273724413051863891_n.jpg

Pendant l'interview...

Après 22  ans, qu’est-ce qu’on attend encore de ce métier ?

J’aime l’idée de faire des disques pour laisser quelque chose derrière moi, une petite trace par exemple. J’aime l’idée que certaines chansons soient susceptibles de rester dans l’histoire de certaines personnes. J’aime l’idée de ne pas être juste passé.

Je te verrais bien écrire des romans ?

Les livres, je laisse cela à mon père. Il est journaliste politique (note de Mandor : Alain Rollat, effectivement brillant journaliste). Il écrit des livres historiques. Peut-être par contradiction, j’ai choisi d’écrire dans un petit format. Je me suis toujours senti un peu trop petit pour me lancer dans la littérature. Une chanson d’une cinquantaine de vers me convient parfaitement. Mon père me dit d’ailleurs que ce serait compliqué pour lui de raconter une histoire en si peu de mots.

Il est admiratif de son fiston ?

Je crois, oui. Il aime bien. Comme tout papa, je ne sais pas s’il est super objectif. Pour mon père, il faut que l’acte d’écrire soit engagé, donc il aime bien que j’évoque des choses sociales avec un prisme original.

14492359_10154570316773674_911731966946516716_n.jpg

Après l'interview, le 4 octobre 2016.