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05 janvier 2013

Loraine B : interview pour 1=3

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(photo : Sylvere H)

Verso cover.jpgJ’ai connu Loraine B, alors qu’elle était stagiaire attachée de presse, mais, je ne savais rien de sa double vie. Le mois dernier, je reçois un mail d’elle dans lequel elle me fait part de son activité musicale avec différents liens pour écouter/voir pas mal de choses. Je lui ai trouvé beaucoup d’originalité et j’ai aimé sa voix. Bien sûr, il y a une marge de progression, mais Loraine B a un potentiel conséquent. Il y a fort à parier qu’on entende beaucoup parler d’elle un jour.

Je lui ai donc demandé de venir à l’agence mi-décembre dernier.

Biographie écourtée :

Cette grande blonde de 23 ans, arrière-petite-fille de l’écrivain Georges Bernanos, présente son cinq titres folk rock monté à coups de guitares, de piano… à coups d’espoir et à coups de gueule. En 2011, elle rencontre Duncan Roberts (label Spozzle et leader du groupe Dictafone) qui la prend sous son aile pour enregistrer son premier EP, une autoproduction de cinq titres écrits, composés par Loraine, et arrangés par Duncan. C’est ainsi que « 1 = 3 » voit le jour…

(Loraine B sera en concert au Sentier des Halles les 19 Janvier et 8 Février 2013.)

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Cr+®dits photos Sylvere H.jpegInterview :

Tu ne débarques pas dans la sphère musicale comme ça. Tu as déjà joué dans quelques groupes avant de commencer ton projet solo actuel.

J’ai commencé la musique à l’âge de 9 ans. J’étais une enfant très calme. Je passais beaucoup de temps à observer, mais il me fallait une activité pour libérer l’énergie accumulée en moi. J’ai donc fait beaucoup de sport, mais un jour, j’ai eu un sérieux problème aux genoux qui a fait que j’ai dû arrêter. Mas parents m’ont donc proposé de faire de la musique. Au début, j’ai dit non et au final j’ai décidé d’apprendre le saxophone. J’en ai fait 4 ans et de fil en aiguille j’ai consacré ma vie à la musique.

Comment décide-t-on de consacrer sa vie à la musique si jeune ?

La théorie m’ennuyait profondément au conservatoire et m’a mis des barrières que je n’aimais pas du tout. Je crois que mon prof de solfège n’a pas un très bon souvenir de moi. Je n’avais pas besoin d’apprendre, j’avais beaucoup de facilité, du coup, j’étais complètement arrogante et je foutais un peu la merde dans son cours. Je voulais que la musique soit associée à l’amusement.

Tu as donc arrêté le saxophone au conservatoire.DSC06290.JPG

Et dans la même foulée, mon grand-père nous a ramené un synthé. Là, j’ai commencé à travailler cet instrument toute seule. J’ai aimé apprendre toute seule.

La théorie t’ennuyait, mais heureusement que tu l’avais, finalement.

Oui, tu as raison, heureusement que j’ai fait 4 ans de solfège ! C’est peu par rapport à d’autres musiciens. Je peux lire une partition, je connais les temps et les mesures, ce qui me facilite la tâche.

La suite logique pour toi a été d’intégrer un groupe ?

J’étais au lycée, je terminais tard et j’ai entendu de la musique rock. J’ai poussé la porte et j’ai vu deux nanas et un mec qui faisaient du punk, je trouvais ça génial. Ça m’a donné envie de me mettre à la basse. Ils n’avaient pas de bassiste et par un lien intermédiaire j’ai postulé pour le groupe et ils m’ont pris. On a fait des concerts et quelques festivals. Trois nanas qui jouent du punk, ça attire l’œil. On a fait le Gibus, l’Élysée Montmartre, la Batofar, le New Morning…

Ce groupe-là a duré jusqu’à la terminale.

Oui parce qu’après, je suis partie au Canada pour étudier. Mon parrain m’avait offert une guitare peu avant mon départ. J’ai tenté de composer des musiques, seule là-bas avec ce que j’avais appris avec le groupe. J’avais 18 ans, j’étais loin de ma famille, je m’occupais ainsi. Quand je suis rentré en France, c’est là que tout à commencé sérieusement.

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Aujourd’hui, il y a un EP. En l’écoutant, je me suis dit « cette nana est complètement déjanté ! ». Tu parles de schizophrénie, de bipolarité, de folie…

C’est le manque de limite qui m’intéresse. Ceux que l’on appelle fous ont des limites tellement plus larges que les nôtres, les gens dits « normaux ». C’est un sujet qui me fascine et j’en ai fait une chanson dont le clip vient de sortir, « Multiple ».

En tout cas, je décèle en toi une farouche volonté de ne pas faire « lisse », de déranger un peu même.

C’est ennuyeux le lisse. C’est comme le caractère des gens. J’aime bien les fortes personnalités. Cela étant, je ne sais pas s’il existe des gens vraiment lisses. J’ai remarqué que quand on gratte un peu, on trouve toujours autre chose.

Cr+®dits photos Sylvere H (4).jpgTu écris tous tes textes et tes musiques seule. Tu es une solitaire ?

Si j’écris seule, c’est un peu par la force des choses. J’aime la solitude autant que je la déteste. Quand personne ne peut le faire pour toi, tu le fais toi-même et advienne que pourra. Duncan Roberts m’a apporté son aide, principalement pour tous les arrangements. Les voix, je les ai enregistrées chez moi et on les a gardées telles quelles. Duncan a considéré qu’on n’arriverait pas à reproduire la même acoustique.

Parlons de la chanson « À vos jouets ».

Pour comprendre cette chanson, je vais t’expliquer l’histoire. Je suis partie toute seule en Normandie, pour écrire. J’étais sur la plage, il y avait beaucoup de familles autour de moi. Une petite fille passe devant moi avec sa mère. Elle lui raconte avec conviction et enthousiasme une histoire passionnante sur un coquillage et sa mère ne l’écoutait pas. Pire encore, une fois que la petite a terminé elle regarde sa mère toute fière et elle de lui répondre : « oui, et ? ». La petite l’a regardé le regard un peu perdu… ça m’a beaucoup touché. Après, j’ai commencé à observer parce que j’ai travaillé avec des enfants et j’ai vu souvent les maladresses des parents envers leurs enfants. On essaie de faire grandir les enfants trop vite et c’est vraiment quelque chose qui me déplait.

110_1759-bernanos.jpgTu es l’arrière-petite-fille de Georges Bernanos. Ton nom d’artiste est Loraine B. Tu refuses de mettre en avant cette parenté ?

Non, juste, je trouvais que mon nom était trop long. Ce n’est pas par souci de tuer l’arrière-grand-père. Concernant Georges Bernanos, ma famille ne m’a jamais poussé à le lire et je n’ai pas vécu avec cette ombre tutélaire. Mes parents m’ont éduqué dans une liberté raisonnable. Ils m’ont bien éduqué et encouragé pour que je m’intéresse à l’art. J’ai eu beaucoup de chance.

Tes parents pensent quoi de ton cheminement ?

Ils ne se rendent pas compte du travail qu’ils ont fait avant pour que j’aboutisse à ce que je fais aujourd’hui. Voyant les facilités que j’avais en musique, ma mère, quand j’ai voulu aller en Économie et Social, au lycée, elle m’a demandé si je ne préférais pas entrer dans une école de musique. Moi, je ne voulais pas de contrainte et j’avais peur d’être écœurée de la musique. Quand j’ai commencé à faire mes concerts, mon père me signait mes absences pour que j’aille faire mes balances, en contrepartie, il fallait que j’aie de bonnes notes. Ça m’a donné une certaine légitimité dans ma liberté. Je peux l’affirmer haut et fort, ça m’a aidé d’avoir une famille artistique qui me comprenait.

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(photo : Maxime Rivault)

Mais quand tu écris des textes, tu sens l’ombre de l’illustre ainé ?

Ça a commencé au collège. Tous les profs de français me demandaient si j’étais de la famille de Georges. Une de mes profs m’a même demandé de faire un exposé sur lui, ce que j’ai fait. C’était bizarre, car il fallait que j’intéresse les autres élèves avec quelqu’un de ma famille. En même temps, je trouve que c’est normal que cela intéresse les gens. Je comprends que l’on veuille me rapprocher de Bernanos, mais ce n’est pas moi qui me mets de la pression parce que ça vient de l’extérieur. J’arrive à me détacher de tout ça. Je fais ce que j’ai à faire sans me soucier de ce qu’en penseront les autres.

Je t’ai connue attachée de presse. Ça t’aide pour promouvoir ton EP ?

Oui, j’ai vraiment beaucoup appris avec Brigitte (note de Mandor : Brigitte Batcave, attachée de presse fort performante et que j’apprécie beaucoup humainement). Je fais tout moi-même : la mise en place, des disques et des concerts, le développement d’une association que je vais créer, la promo, diriger les musiciens en répétition… toutes ces choses auxquelles on ne pense pas forcément quand on commence à envisager ce métier.

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Merci à Sylvere H pour les deux "portraits" de Loraine en noir et blanc.

29 décembre 2012

Céline Righi: interview pour la sortie de l'EP d'Odonata

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céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorParfois, on écoute un disque pour sa musique ou pour la voix de l’interprète. En ce qui me concerne, c’est surtout pour les textes. J’ai découvert Céline Righi en écoutant l’album de Scotch et Sofa (mandorisés ici). Outre la voix de Chloé et la musique de Romain, j'ai été touché et impressionné par les textes que j’entendais. Ils ne se contentaient pas d’avoir une sacrée musicalité ou sonner comme des instruments, il y avait du sens. Et du sens qui me parlait profondément. C’est ainsi que j’ai découvert le travail de Céline Righi, puisque c’est elle l’auteure de toutes ces chansons.

Quand j’ai su qu’elle se lançait elle-même dans la bataille (parce qu’aujourd’hui, monter un groupe et tenter d’exister, c’est une bataille), j’ai voulu en savoir plus, écouter son travail en tant que chanteuse. Elle m’a fait parvenir le premier EP d’Odonata. Là, aussi, gros coup de cœur pour l’ensemble du projet. Et toujours les textes de Céline qui me collent à la peau.

Le  19 décembre dernier, la jeune femme (venue de Strasbourg, quand même) s’est assise sur le nouveau canapé de l’agence pour une interview en bonne et due forme mandorienne.

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Le groupe Odonata :

Un trio sans guitare ni clavier. Chaque chanson se construit à partir de la basse, de la batterie et du chant, en français. La musique d’Odonata est impressionniste, elle parle de multiples langages. Odonata se plaît à faire feu de tous bois et à piocher dans des influences variées et assumées, influences qui sont avant tout l’expression des goûts différents – mais pas incompatibles – des trois « odonates ».

Pour écouter Odonata, c'est là !

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui est Céline Righi ?

Chanteuse et parolière du trio, elle prête aussi sa plume à d’autres artistes (Célia Reggiani, Armelle Ita, Nilem), et en particulier au duo Scotch et Sofa dont elle signe tous les titres de l’album Par petits bouts, à l’exception du titre « Visite des recoins », qu'elle co-signe avec Oxmo Puccino (mandorisé là).
L’aspect rythmique et musical de sa plume s’explique par l’amour qu’elle porte à la musique, au moins tout aussi grand que celui qu’elle réserve aux mots. Plus attirée par le côté rythmique que par les harmonies, réceptive aux fréquences ténébreuses, Céline prend des cours de basse pendant cinq ans, avec, entre autres, le bassiste-contrebassiste Arnaud Grosfilley ( Rumbayazz, album « 73 touches » de Hocus Pocus ).
Son engouement pour les notes et pour la langue française réveille en elle aujourd’hui une belle envie, jusqu’alors assoupie mais néanmoins vivace : celle de chanter.

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Interview :

En lisant tes textes de chansons pour les uns et pour les autres, j’ai bien compris que tu étais une amoureuse des mots.

Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Il y avait beaucoup de livres à la maison grâce à mes parents. Ils ont toujours été portés vers la culture en général et la littérature et le cinéma en particulier. Du coup, j’ai appris à lire très tôt. Je crois que je savais lire avant de rentrer en CP. Mes parents se sont aperçus que je lisais grâce à l’émission « Des chiffres et des lettres ». Ensuite, plus tard, en fac de Lettres, je lisais ce que l’on me demandait de lire. J’ai un DEA de Lettres, le seuil du doctorat. Je devais embrayer avec une thèse sur Henri Michaux, mais la vie m’a emmené ailleurs et c’est très bien comme ça. Très vite, j’ai voulu lire dans les marges. Je ne voulais pas rester dans des lectures académiques.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui sont les écrivains « dans les marges » ?

Henri Michaux, par exemple, ou Tristan Egolf. J’ai toujours été attirée par la différence. Par exemple, mon mémoire de DEA, je l’ai fait sur Michaux, mais sur Michaux qui a greffé sa parole poétique sur des paroles d’aliénés. J’ai toujours été fasciné par l’art psychopathologique. Je me suis toujours mise du côté de ceux qui sont en dehors, des parias, des gens qui sont par terre dans la rue… les marginaux. Un thème qui revient souvent dans mes textes, c’est justement, l’incertitude, le fait que tout soit toujours en mouvement, que l’on peut toujours tout remettre en cause et que rien n’est défini.

Quand on est féru de littérature, on se dit que l’on va écrire soi-même. J’ai tendance à penser que la logique voudrait que l’on se dirige vers les romans, et pas forcément vers la chanson.

Sauf que moi, j’ai un baobab dans la main. Je suis incapable d’écrire un roman. Peut-être que je m’adonnerai à cette activité quand je serai plus âgée. Mais pour l’instant, j’écris seulement des fragments, des bouts. Peut-être que ça vient du fait que j’ai adoré faire des puzzles quand j’étais petite. Ça me permet de reconstituer les choses, je ne sais pas. Je n’arrive pas à écrire quelque chose sur le long terme, quelque chose de longue haleine. Je m’épuise à l’avance. Ça me fait penser à ce que disait l’écrivain voyageur, Nicolas Bouvier. Il n’a pas écrit beaucoup de livres dans sa vie, mais il disait que quand il en écrivait un, il avait l’impression de perdre des litres de sang. Ça me fait un peu ça. Quand j’écris, j’ai l’impression de m’arracher des anticorps. Quand j’ai écrit pendant quelques heures d’affilée, c’est bizarre, mais j’ai souvent besoin d’aller m’aérer ou même de prendre un bain.

De te purifier ?

Oui, tu as raison. Il y a presque de ça. C’est paradoxal, parce qu’en fait, ça me fait du bien d’écrire.

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Tu écris des textes très introspectifs. Par exemple, dans le premier titre de ton EP, « De cimes en abîmes ». On va au tréfonds de toi-même.

Ce texte est un clin d’œil à l’enfance. J’explique que je descends en enfance comme on va au charbon. « Creuser son existence comme un mineur de fond… ». La mine, pour moi, c’est une image forte parce que mes deux grands-pères étaient mineurs dans les mines de fer. C’est une image qui m’a marquée, avec toute sa symbolique. Le fait d’aller au fond du trou, dans le noir, dans les recoins sombres, c’est un peu explorer les fibres obscures de l’inconscience.

Dans mon travail d’intervieweur, j’essaie de repérer les failles chez mes interlocuteurs. Repérer et tenter de m’y engouffrer. Si on ne fait pas ça, on ne fait pas grand-chose. Or, toi, tu emploies le mot faille et c’est un de tes thèmes principaux. Ça me plait beaucoup…

Moi, c’est là-dedans que je puise pour créer. Je ne veux pas employer de grands mots, mais il y a presque quelque chose d’alchimique dans la création artistique. C’est transformer le pas beau en beau. Transformer le plomb en or. Baudelaire disait  qu’avec la boue, il faisait de l’or. Je  suis céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorquelqu’un d’hyper sensible, donc, plutôt que de pleurer sur le monde qui m’entoure, c’est ma façon à moi de mettre un peu de poésie… dans ce monde de brutes.

Tu cites, Baudelaire, je saute sur l’occasion pour parler de « Ô douleur ». 

Pour ce texte, les puristes vont certainement crier au sacrilège. J’ai repris certains vers de « L’ennemi » de Baudelaire, un poème qui m’a toujours touché, mais j’ai écrit mes propres couplets. Il y a une fusion entre le texte de Baudelaire et le mien. Je prends ça au premier degré, presque comme un exercice de style, voire un hommage à ce poète que j’adore vraiment. L’ennemi intérieur est un thème qui me parle. J’en parle aussi dans d’autres chansons, mais autrement.

Évoquons « À l’ouest »... un texte qui me touche aussi beaucoup.

J’ai un sens déplorable de l’orientation, mais c’est dû au fait que je suis très tournée vers l’intérieur. Au point que je peux arriver chez mes parents et dire : « Oh ! Il est chouette le nouveau tableau que vous avez  accroché au mur. » Et  ma mère de me répondre que ça fait 15 ans qu’il est là. C’est à ce point-là. Je ne suis pas observatrice du dehors, mais plutôt du dedans.

Tu n’arrives pas à te trouver où tu aimes te perdre ?

J’ai envie de répondre par une phrase de chanson que j’ai écrite pour Scotch et Sofa, « Visite des recoins ». « Je vais dans tous les sens, mais je ne m’égare pas. » Je cherche, ça c’est sûr, mais je ne m’égare pas. Plus j’avance dans la vie, plus j’ai l’impression de me rapprocher de moi-même, que tout ce précise et que tout fait sens.

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C’est en écrivant des textes de chansons que tu te trouves ?

Je me sens de plus en plus en paix et en adéquation avec moi-même. Au départ, je n’avais pas conscientisé cela, je ne savais pas que j’écrivais pour cette raison-là. Quand on me demandait pourquoi tu écris, je répondais souvent : « j’écris parce que je ne peux pas ne pas écrire ». Ça fait partie de moi. C’est vraiment imprimé dans chacune de mes cellules. L’écriture a pour moi des vertus apaisantes et ça me permet de découvrir et de soulever d’autres voiles. Je m’aperçois que cette instabilité qui apparaît dans mes textes, elle est mienne aussi. On peut toujours tout remettre en question. Michaux disait : même si c’est vrai, c’est faux.

Sais-tu facilement quand tu as terminé un texte ?

Oui. Je sens quand un texte est fini parce qu’à un moment donné, ça me transperce. Mais je suis d’une exigence avec les mots qui peut être pénible parfois pour les gens qui m’entourent. Quand j’écris des chansons, je fais comme Flaubert. Je dis les textes à voix haute et je sens quand ça raccroche.Ca me fait comme si j’entendais une fausse note. Ça dérange mon oreille, donc je recommence. J’ai un côté très perfectionniste et pointilleux. Je déteste l’approximatif. Ça peut me prendre du temps. Et à un moment donné,  j’ai cette espèce de sentiment d’évidence.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorPour Scotch et Sofa par exemple, ce que chante Chloé Monin, ce sont des histoires qui te racontent ?

Un peu oui. En tout cas, elles sont le reflet de ma réalité, parce que ces textes existaient avant que je rencontre le duo. Les textes ont parlé à Chloé et Romain et la musique de Scotch et Sofa a été tissée sur les textes. Ce qui est amusant, c’est que Chloé est encore plus en accord avec les textes aujourd’hui qu’au début, il y a 8 ans.

Tu écris tout le temps ?

Oui, je suis graphomane.

Tu me disais en off que les livres sont tes voyages…

Je ne suis pas quelqu’un qui voyage beaucoup. Je n’ai pas besoin de me déplacer physiquement pour me nourrir. J’ai un tout petit terrain de jeu. Je suis bien dans mon antre. Ce qui me nourrit ce sont les œuvres d’art de manière générale. Les livres, les tableaux, les sculptures, ça peut me faire voyager pendant des heures.

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Parlons de ton groupe Odonata. Tu t’es dit un jour : « Tiens, si je chantais moi-même mes propres chansons ? »

Le chemin de « j’écris, je mets des mots sur une feuille blanche » à « je chante mes mots » a été long. Mais de manière générale, je suis quelqu’un qui a un développement assez lent. Il faut que les choses infusent avant que j’en prenne conscience. Ce sont des rencontres importantes dans ma vie qui m’ont ouvert les yeux sur certaines choses. Au départ, je voulais être musicienne. Je me suis mise à la basse tard. Mais dans les mots, j’ai détecté la musicalité.  

Tu n’as jamais imaginé que tu pourrais toi-même chanter ?

Non, parce que je ne connaissais pas ma voix et parce que j’étais tournée vers l’écriture de manière très forte... La première rencontre qui m’a donné confiance musicalement, c’est le bassiste Marcello Guiliani (le bassiste d’Érik Truffaz). Il m’a offert une basse et m’a incité à en jouer. Ça a été un élément déclencheur. J’ai commencé à prendre des cours de basse, ensuite, j’ai joué dans des groupes avec cet instrument à Rouen. Déjà, je me suis dit que j’avais envie d’être sur scène. Ensuite, j’ai rencontré une personne qui est très importante pour moi et qui est bassiste aussi, c’est Christophe Piquet, le bassiste d’Odonata. Il m’entendait chanter mes textes et du coup, il m’a demandé pourquoi je ne le faisais pas officiellement. Timidement, j’ai commencé à me mettre devant un micro. Au départ, je susurrais plus que je ne chantais. De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres personnes, dont mon professeur de chant actuel, Hervé Andrione, qui a réussi à faire sauter plein de verrous. Je veux encore travailler et me perfectionner dans cette voie-là. Aujourd’hui, j’ai juste envie d’être sur scène et de chanter.

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Avec Odonata, tu n’as pas encore fait de scène ?

Non, pas encore. Ça me manque d’ailleurs beaucoup. (En souriant). Bon, je suis sur scène un petit peu tous les jours, devant mes élèves. Je suis professeur de français.

Je comprends. Il faut maîtriser le public.

Voilà, c’est ça. Le fait d’être face à un groupe c’est quelque chose que je connais bien depuis 12 ans.

Dans Odonata, vous êtes trois. Christophe Piquet à la basse et à la basse piccolo, Jérémy Steibel, à la batterie et aux percussions et toi aux textes et à la voix.

Christophe et Jérémy sont amis depuis longtemps, puisqu’ils faisaient partie du même groupe, Question d’humeur, il y a quelques années. Ils ont arrêté le groupe qui pourtant commençait à cartonner. Bref, ils sont de nouveau ensemble pour ce projet.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorLa question que je ne pose jamais habituellement, mais là, je suis un peu obligé de le faire parce que ça explique votre musique. Pourquoi Odonata ?

Les odonates, c’est le terme générique qui regroupe toute la famille des libellules et des demoiselles. J’aimais bien ce nom parce qu’il est beau et prononçable dans plein de langues différentes. Il y a une petite consonance latine que j’aime bien. Je trouve que la libellule est un insecte fascinant. Avant de se transformer en belle danseuse aérienne, c’est une larve hideuse et carnivore. Il faut beaucoup de mues de sa part pour pouvoir se transformer et ça me ressemble parfaitement. Ce qui m'intéresse aussi, ce sont les facettes qu’il y a sur les yeux de la libellule, elles sont kaléidoscopiques. Ca ressemble à notre musique parce que Jérémy, Christophe et moi, on ne vient pas du tout des mêmes univers musicaux, mais nous trois mis ensemble, ça donne ce résultat un peu composite.

Du coup, qualifier votre musique est impossible.

Je n’y parviens pas en tout cas. Peut-être rock electro. Il y a aussi un peu de jazz et les lignes de basse sont très inspirées par le funk. Il y a des influences pop et des envolées très lyriques…

Avec cet EP, qu’attendez-vous ?

Que la libellule aille s’envoler partout. Cet EP n’est pas destiné à la vente. C’est plus pour promouvoir le groupe, faire découvrir notre univers. Comme c’est la période des vœux, notre souhait est d’avoir des dates de concerts.

Tu es confiante en l’avenir ?

J’ai des moments de doutes où je tombe dans des gouffres d’incertitude pas possible, mais la trame de fond, elle, elle est constante. Je le sens depuis le début. Pour moi tout a un sens et les choses n’arrivent pas vraiment par hasard. Je sais qu’un jour je vais monter sur une scène et je que serai très heureuse. J’ai juste envie d’aller chanter et de partager avec Christophe et Jérémy et le public…

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Sachez enfin que, désormais, vous pourrez retrouver Céline Righi sur le blog littéraire L'anagnoste (avec Eric Bonnargent, Marc Villemain et Romain Verger).

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07 décembre 2012

Patrick Bruel: interview pour "Lequel de nous"

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Nos chemins se sont déjà croisés. Dans les années 90, en Guyane, et pour son précédent album, Des souvenirs devant. Le 12 novembre dernier, je suis allé à sa rencontre dans les locaux de sa boîte de production. C’est un Patrick Bruel avenant qui m’accueille. Très soucieux de savoir ce que je pense de son album. Il m’informe que je suis le deuxième journaliste à l’interviewer pour Lequel de nous, et qu’il est encore très attentif aux réactions et aux ressentis de ceux qu’il rencontre.

Voici le fruit de notre demi-heure passée ensemble pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté des mois de décembre2012/janvier2013).

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Le premier clip tiré de l'album : "Lequel de nous".

198653_411475722241494_698581708_n.jpgPetit bonus:

Est-ce jubilatoire pour un auteur/chanteur qu’une de ces chansons soit comprise d’autant de manière qu’il y a d’auditeurs ?

C’est le but. Le caractère universel des chansons est indispensable. Il faut que quand vous l’écoutez, ça parle et ça évoque des choses à tout le monde. Soit ça représente quelque chose que vous avez vécu, soit ça représente quelque chose que vous regardez avec intérêt. Ca peut passer du premier degré absolu aux compréhensions qui vont dans tous les sens. C’est magique.

Vous réfléchissez à comment vient une chanson, comment arrive l’inspiration qui permet de créer ? 

J’y réfléchis surtout quand ça ne vient pas. Je me suis demandé pourquoi j’ai eu ce trou de 5 ans sans créativité personnelle, sans pouvoir écrire un nouveau texte. Et d’un coup, c’est reparti. Concentration et beaucoup de travail. Il m’a fallu beaucoup de patience pour cet album. Je ne savais pas où j’allais. J’ai eu du mal à trouver les axes, à faire des choix. Quelque part, je pense que tout arrive quand ça doit arriver. Et si je n’ai pas fait ce disque avant, c’est qu’inconsciemment, j’ai tout fait pour ne pas le faire avant. J’ai fait une tournée acoustique qui n’était pas prévue, j’ai fait une pièce de théâtre que je n’ai pas pu refuser (Le prénom), derrière j’ai fait un livre d’entretien avec Claude Askolovitch. D’ailleurs, s’il n’y a pas ce livre, il n’y a pas l’album. Ensuite, j’ai fait le film de la pièce de théâtre. A un moment, à la force de retarder l’échéance, tu te retrouves face au mur et là, tu es obligé de te lancer. Du coup, c’est devenu une priorité… et quand ça devient une priorité, tu te lances complètement Ca a été profond, douloureux et parfois même violent.

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Après l'interview, dans son bureau, le 12 novembre 2012...

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05 décembre 2012

Manon Tanguy: interview pour "Faux semblants"

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Originaire de Saint-Nazaire, Manon Tanguy fait partie des artistes que j’ai découverts au Pic d’Or de l’année dernière. Son manager, Eddy Bonin, m’en avait parlé quelques semaines avant, mais je ne m’étais pas encore vraiment penché sur son cas. A tort. Quand je l’ai vu sur la scène du théâtre de Tarbes, elle m’a proprement fasciné. Ce petit bout de femme, dont la sensibilité sautait aux yeux, chantait des histoires pas faciles, mais qui touchaient toutes les personnes présentes dans le public. Sans exception. La gravité et la pureté sont rarement réunies dans la même personne.

manon tanguy,interview,pic d'or,mandor,laurent duflanc,jenny galvaoPetite biographie de la jeune femme :

Manon raconte ses histoires, insouciante. Aucun plan de carrière, juste pour le plaisir.
Puis la magie Myspace opère sans qu'elle ne la provoque. Elle enregistre 2 titres avec un bassiste (Laurent Duflanc, dit Lolo), pour la compil RD5. Et une échéance, le 8 mai 2010 qui sera une vraie libération avec ses premiers pas sur la scène du VIP à Saint Nazaire.
Puis les choses s'accélèrent et le duo éphémère est devenu groupe à part entière. Les dates s'enchaînent et les professionnels ne tarissent pas d'éloges sur le talent de cette formation (guitare, basse, piano, ukulélé...). Manon livre en 2011 un CD 6 titres prometteurs, enregistrés chez Philippe Henry (Liz et Jeanne Cherhal, Orange Blossom...). En mai ils sont récompensés par le Prix de la Sacem via Chant' Appart avec le soutien du chanteur Jehan. La formation s'étoffera dans le courant de l'été avec l'arrivée d'une violoniste, Jenny Galvao.manon tanguy,interview,pic d'or,faux semblants,mandor,laurent duflanc,jenny galvao

Manon Tanguy a été finaliste du Pic d'Or 2012 à Tarbes et de France ô Folies ! Elle a joué en 1ères parties de Laurent Voulzy, Mina Tindle, Amélie les Crayons... et elle a été « repérage du Chantier des Francos ».

Le 22 novembre dernier, Manon Tanguy est venue à l’agence avec ses deux excellents musiciens, Laurent Duflanc et Jenny Galvao… et aussi avec Eddy Bonin, le manager de tout ce beau monde. Le soir même, ils jouaient au Sentier des Halles en co-plateau avec Garance et Govrache.

manon tanguy,interview,pic d'or,faux semblants,mandor,laurent duflanc,jenny galvaoInterview :

Comment te vient l’inspiration ?

C’est un mystère. J’ai l’impression que le fruit de mes réflexions arrive malgré moi. Parfois c’est le dictionnaire qui va décider de l’orientation que la chanson va prendre. Par exemple, je me suis retrouvée à écrire un texte sur la pédophilie. Il y a des mots qui me viennent et ça va me guider sans aucune barrière de thème et de style. C’est beaucoup mon inconscient qui parle. L’observation que j’ai pu faire dans mon entourage… sinon, petit à petit, je vis des choses qui peuvent m’inspirer. Je grandis, en fait, et mon inspiration se renouvelle de plus en plus en ce moment.

Dans ce premier EP, il est facile de considérer que tu interprètes des histoires personnelles. C’est facile de faire un transfert entre la chanson à la chanteuse.

Dans mon cas, c’est un tort. Ce ne sont pas mes histoires personnelles. En fait, il y a de tout. De ce que j’ai pu observer, de ce que j’ai pu vivre, de ce que j’ai pu entendre des expériences de mon entourage. C’est très personnel dans le regard et dans l’orientation, mais pas forcément dans le vécu des situations décrites.

Tu as des sujets de prédilection ?

Dans mes anciennes chansons, j’évoque les rapports humains et dresse des portraits de personnages. Cela étant, les prochaines ne seront pas conçues de la même manière et dans le même format. Elles sortent un peu de ce schéma-là.

Manon Tanguy chante "Faux Semblants" pour Quai Baco
Session acoustique enregistrée à La Bouche d'Air

Quand je t’ai vu chanter au Pic d’Or de l’année dernière, ce qui m’a impressionné, c’est que tout le monde est rentré illico dans ton univers. On plonge dedans. Tu captes l’attention. Tu remarques cela ?

Je ne me pose pas la question. (En aparté) J’aime bien les interviews parce que, du coup, je fais le point sur ce qui m’arrive. Pourtant, je me pose pas mal de questions, mais là, je ne sais pas quoi répondre parce que moi-même, je ne me rends pas compte de comment on me perçoit dans la salle. J’ai plus tendance à me dire que je ne suis pas à ma place et que je fais chier les gens. Mes premières scènes, j’avais 16 ans et demi. Au début, je prenais ça à la rigolade, mais je me suis vite rendu compte qu’il y  avait de la visibilité autour de ce projet. Il faut que je me montre à la hauteur. J’avais la hantise de passer pour une pourrie gâtée à qui on donnait trop, alors que finalement, il n’y avait pas de fond et que ce n’était pas justifié. En fait, je ne voulais pas voler la place de quelqu’un d’autre. Aujourd’hui, je suis sorti un peu de ce processus.

C’est courant chez les très jeunes artistes. Tu as eu problème de légitimité.

Oui, parce qu’en plus,  je ne suis rien allée chercher. Ce rêve, je ne l’ai pas particulièrement souhaitée, mais il me tombe dessus et j’en suis super heureuse. Petit à petit, j’apprends à me dire que je n’ai pas volé ma place.

Comment ton entourage prend-il ta vie d’artiste ? Cette double vie en somme, puisque tu es étudiante.

On n’en parle pas beaucoup. Un peu quand j’ai un évènement particulier et puis on passe à autre chose. La chanson, c’est mon quotidien, mon plaisir, mon exutoire. C’est comme quelqu’un qui prendrait des cours de danse le mercredi après-midi. Après, si on m’enlevait cette partie-là de ma vie, je me sentirais perdue.

Manon, finaliste du Pic d'Or 2012.

Récemment, tu as fait plein de premières parties sympathiques. Laurent Voulzy, Amélie-les-Crayons, Mina Tindle…

Laurent Voulzy, j’ai un peu halluciné quand même. En plus, on est toujours reçu par des gens hyper chaleureux. Je trouve dingue que les petites chansons que j’ai écrites dans ma chambre se retrouvent interprétées devant des milliers de personnes.

Tu es dans un état d’esprit à faire ce métier ad vitam aeternam ?

Forcément, si on te demande : est-ce que tu veux vivre un rêve toute ta vie ? Tu réponds oui. Après, dans ma tête, je t’avoue que j’ai du mal à me projeter plus loin que dans un an. J’admire ceux qui disent : « ça dépend de moi, je vais prendre les choses à bras le corps et j’y arriverai ». Je réalise tout ce qu’il se passe, je ne suis pas totalement naïve, mais pour le moment, il est vrai que je me laisse porter par les autres, ceux qui croient en moi dans ce domaine. En fait, je suis un peu dépassée.

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Manon Tanguy, Jenny Galvao et Laurent Duflanc en concert...

Ce que je trouve impressionnant chez toi, c’est la différence entre ton jeune âge et la profondeur de tes chansons. Il y a une gravité chez toi, énorme.

Parfois, on me dit même que j’ai dû avoir une enfance dramatique.  J’ai eu une enfance équilibrée. Juste, tout le monde à ses souffrances. Si ce ne sont pas les siennes, il peut les observer chez ses autres, ses proches, ses intimes…  Mais pour être tout à fait franche, moi aussi, je m’étonne parfois de ce que j’écris. Je ne vais pas jusqu’à dire que c’est une écriture divine, pas du tout, mais je ne comprends pas comment vient mon inspiration. J’ai quand même l’impression que si mes chansons ne sont pas crues, elles seront fades. Mais, tu sais, j’essaie toujours de garder un peu de dérision, même si on ne la voit pas spontanément. Si on fait attention aux textes, je t’assure qu’il y en a.

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que tu n’aimes pas ce qui est lisse.

C’est une question de personnalité, je crois. Il y a des gens qui arrivent très bien à vivre en surface, mais moi, je gratte toujours. Et derrière c’est souvent noir.

Je vais faire de la psychanalyse de comptoir. Tes chansons, c’est peut-être la face noire de ta personnalité… celle que tu ne montres pas au public.

Et celle que je ne connais pas moi-même.

Tu m’as l’air pudique et pourtant tu montes sur scène livrer tes chansons à un public.

Tant que c’est sincère, ça s’impose à moi. Je comprends que les gens, quand ils vont voir des concerts, ont envie de faire la fête. S’ils prennent mal mes chansons parce qu’elles ne sont pas très joyeuses, je l’accepterai, mais, je ne me sentirais pas mal dans le sens où j’aurais fait ce que je sais faire et ce que je peux faire. J’aurais fait ce que je suis plus que ce que je veux faire.

(En souriant) Laisse-moi réfléchir à ce que tu viens de me dire.

(Rire) Bon, je résume. Il y a une phrase de Barbara Carlotti qui m’a marqué : « On ne fait pas ce qu’on veut, on fait ce qu’on est ».

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Manon Tanguy, Jenny Galvao et Laurent Duflanc en répétition...

Je t’ai connu en Manon, te voilà Manon Tanguy.

C’est le nom de famille de ma mère. Mon nom de famille c’est Claude, mais ça faisait trop madame Claude, ce n’était pas possible (rire).  Sérieusement, j’ai pris un nom après mon prénom pour les recherches internet. Ce n’était pas pratique d’arriver à tomber sur moi en tapant mon nom sur Google. J’avoue que c’est Eddy Bonin, mon manager qui s’est occupé de ça. Moi, j’avoue, je n’y avais pas pensé. J’ai vraiment besoin d’aide pour ce qui ne concerne pas la chanson. Chacun à se place.

Bon, ton EP il est bien joli, mais à quand un album ?

Il est en préparation et en réflexion…  Il y aura des chansons de l’EP, pas toutes, et évidemment des nouvelles. Depuis septembre, on a déjà trois nouvelles chansons. Je ne veux plus prendre des angles tragiques. Je ne veux pas mentir sur les humains. Les humains ont des blessures ouvertes, mais en même temps, c’est ce qui fait qu’ils ont une énergie pour faire autre chose, c’est ce qui fait qu’ils ont pris ce chemin-là et pas un autre et qu’ils sont riches. Au fond, je ne trouve pas mes histoires tragiques... c’est simplement la vie.

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04 décembre 2012

Olivia Ruiz : interview pour Le calme et la tempête

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(Crédit: Jean-Baptiste Mondino)

Quasiment invisible dans la sphère médiatique en 2011, Olivia Ruiz a profité de sa mise en retrait pour voyager et effectuer ses grands débuts au cinéma, dans la comédie Un jour, mon père viendra. En 2012, on a pu la retrouver en musique pour quelques reprises de jazz en big band. Hier (le 3 décembre), la chanteuse a sorti son quatrième album studio, Le calme et la tempête. Olivia Ruiz ôte son voile pudiquement. Elle continue à piquer, mais réussit de plus en plus à nous émouvoir. Pour Le magazine des espaces culturels Leclerc, je suis allé à sa rencontre le 7 novembre dernier, en terrasse d’un bar de Montmartre.

J'étais avec ma fille, car j'étais un peu de garde ce jour-là. Elle a assisté sagement à l’interview (voir photos à la fin de l’interview).

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(Crédit: Jean-Baptiste Mondino)

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(Crédit: Jean-Baptiste Mondino)

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Music video by Olivia Ruiz performing My Lomo & Me (Je Photographie Des Gens Heureux). (C) 2012 Polydor/TF1 Entreprises

Et voici deux photos de ma fille Stella avec Olivia Ruiz (qu'elle appelle "La femme chocolat" à cause du clip de cette chanson qu'elle a beaucoup regardé et apprécié) à l'issue de l'entretien. Merci à Olivia pour la tendresse qu'elle a eue pour elle...

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On se quitte avec une page de pub!

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02 décembre 2012

Constance Amiot : interview pour la sortie de Blue Green Tomorrows

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Constance Amiot fait partie de cette catégorie d’artiste dont je suis l’évolution depuis des années avec beaucoup d’intérêt et dont je souhaite continuer à donner une visibilité sur mon blog de temps à autre.

Puissante et douce. Fragile et percutante. Belle et rebelle… C’est tout ce que la jeune femme m’inspire.

La force tranquille, quoi.

Sa folk music est envoûtante. Quand on commence à l’écouter, on ne peut plus s’en passer…

(Constance Amiot sur iTunes, sur Facebook, sur Believedigital.)

À l’occasion de la sortie de son nouvel EP, Blue Green Tomorrows, Constance Amiot est passée par « l’agence », le 6 novembre dernier.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorBiographie officielle (mais raccourcie):

Auteur, compositeur, interprète de chansons en français et en anglais, le parcours de Constance Amiot est atypique et métissé. C'est en Côte d'Ivoire, à Abidjan, qu'elle a vu le jour, mais c'est au Cameroun et dans le Maryland américain qu'elle grandira. Elle débute sa carrière au sein du groupe Virus aux Etats-Unis et sort un premier album autoproduit en France en 2005, Whisperwood. C'est à New-York et à Paris sous la direction de Dominique Ledudal qu'elle enregistre son deuxième album, Fairytale, qui sort en 2007 chez tôt Ou tard. Un album teinté de folk et de groove. Elle se retrouve alors sollicitée pour les premières parties d'artistes comme Da silva, Vincent Delerm ou encore Arno et participe à de nombreux festivals (Francofolies de la Rochelle, Primeurs de Massy, ArtRock, Musik'elles, Tous sur le Pont...). En 2009, elle signe un livre disque pour enfants, À la bonne étoile (Actes Sud/Tôt ou Tard). Elle revient en 2011 avec un album concept, Once, Twice (Tôt ou Tard). Un travail d'écriture et d'interprétation, une adaptation en anglais de l'album "La tendresse des fous" de Da Silva. En 2012, elle enregistre un EP, Blue Green Tomorrows (autoproduit). Aboutissement naturel du parcours et des différentes rencontres qu'elle a pu faire ces dernières années, on y retrouve les allers-retours rythmiques entre la chanson à texte d'ici et la folk song de là-bas.

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Interview :

Tu n’es plus chez tôt Ou tard. Tu es redevenue indépendante. Pour quelle raison ?

Ça faisait un moment que je voulais avancer à mon rythme. Moi, j’écris beaucoup et j’ai besoin de concrétiser rapidement ce que j’entreprends musicalement.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorDepuis ta première mandorisation, à l’occasion de ton premier album, il s’est passé beaucoup de choses pour toi. Je veux revenir sur l’adaptation en langue anglaise de l’album de Da Silva, La tendresse des fous. C’est inédit comme projet.

Le concept m’a beaucoup plu. C’est lui et Vincent Frèrebeau (patron de Tôt Ou Tard) qui me l’ont proposé. Ils étaient en train d’enregistrer son album et ils m’ont appelé pour m’expliquer qu’ils aimeraient que j’adapte l’album de Da Silva. Au départ, je devais juste faire la traduction. Je suis allée écouter les titres et j’ai eu un véritable coup de cœur. Tout retranscrire dans une autre langue était pour moi un challenge très intéressant. Après, ils m’ont dit que j’allais également chanter. Du coup, j’ai pris conscience que j’allais porter ce projet.

Dans cet album, Once twice, tu chantes des chansons imaginées par un homme. As-tu changé quelques phrases pour qu’elles soient crédibles dans la bouche d’une femme ?

Il n’y a rien eu à changer. C’est là que je me suis rendu compte que Da Silva n’écrivait pas des paroles pour les hommes ou pour les femmes. Il a juste un point de vue humain.

Est-ce qu’on se dit, pour ce genre de projet, que ce n’est qu’un album transitoire ?

Mais pas du tout. Je considère que c’était un vrai album parce qu’il y a un vrai travail d’écriture. Je sais que certaines personnes n’ont pas compris ce projet. On m’a beaucoup demandé pourquoi je ne revenais pas avec mes propres chansons… Ça a même été parfois très mal pris.

En  2009, tu signes (paroles, musiques et textes) un livre disque pour enfants, À la bonneconstance amiot,blue green tomorrows,interview,mandor étoile (Actes Sud/Tôt ou Tard) dont le conteur n'est autre que Sanseverino.

C’était une aventure sympa. J’ai adoré cet exercice. Tu sais, j’aime bien que l’on me propose des projets originaux qui me permettent de diversifier mes activités musicales. C’est quelque chose que j’adore faire : changer d’angle, tout le temps.

On a peur de se répéter quand on compose, quand on écrit des textes ?

C’est vrai que malgré nous, les auteurs compositeurs, on se rend compte qu’il y a des thèmes qui reviennent tout le temps. J’essaie de rester dans une émotion avant qu’elle ne file. Comme c’est quelque chose que je fais souvent, forcément il y a des thèmes qui se recroisent. Le temps qui passe, par exemple, le mois de novembre aussi… (rires). Il faudrait peut-être passer à autre chose. Ce sont les autres qui te font remarquer que tu as des obsessions : « Dis donc, tu parles souvent de l’automne… ». Je caricature un peu, mais effectivement, il faut se renouveler.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorCe qui nous intéresse aujourd’hui, c’est ton nouvel EP, Blue Green Tomorrows. 5 nouveaux titres, mais avec toujours la même équipe.

Il y a des gens qui reviennent comme Benoît Caillé, mon harmoniciste. Pour cet EP, j’ai joué avec des personnes que j’ai déjà rencontrées auparavant comme Philippe Entressangle (batterie), on avait fait un Taratata ensemble, David Lewis (trompette) de Paris Combo, lui, je l’avais rencontré sur l’album de Da Silva. Bernard Paganotti, (basse) on avait travaillé ensemble sur un projet, je lui ai donc demandé de participer à mes nouveaux titres… La musique, c’est ça. Ce n’est qu’échange et partage.

Cet EP est là pour annoncer un album ?

Les chansons sont là. Il ne me reste plus qu’à les enregistrer. Ça devrait se faire probablement au printemps. L’EP, c’est un format que je trouve sympa. Plutôt que de me lancer tout de suite sur un album, une auto prod, je préfère commencer petit à petit. On reste indépendant, mais on arrive quand même à sortir des choses.

Teaser "Blue Green Tomorrows" Constance Amiot
Extrait de l'EP Blue Green Tomorrows/Believe Digital
Image: Mathieu Pansard
Réalisation:PierroM

Mais tu cherches un label ?

Pendant un temps, je me suis dit que non. Je me suis dit que je me débrouillerai seule, mais depuis peu, je me suis décidée à en chercher un. Avec l’aide de mon management, Talent Sorcier.

Tes chansons mélangent toutes tes cultures. À commencer par les langues françaises et anglaises…

Cette façon de faire me paraît naturelle. J’ai une écriture qui est assez spontanée finalement. D’ailleurs, créativité et spontanéité, c’est ainsi que je conçois les choses.

L’inspiration te tombe dessus sans que tu t’y attendes?

En tout cas, je ne me mets jamais devant une page blanche en me demandant ce que je vais faire… ça arrive, comme ça. C’est assez chaotique pour tout te dire. L’inspiration me tombe dessus, comme tu dis, de préférence à des moments où je ne m’y attends pas. J’ai l’impression que quelqu’un me tape sur l’épaule et me donne des idées. Dans ces cas-là, j’arrête tout et j’écris mes textes.

C’est valable aussi pour les compositions ?

C’est la même chose. Les mélodies viennent comme des personnages se rappeler à moi. Elles me rattrapent en me disant : « tu te souviens, tu as commencé à écrire quelque chose, il y a 5 ans. Tu m’as laissé en plan et je suis encore là ». Elles étaient encore dans ma tête, mais je les avais gommées. Elles refont surface tout à coup et s’imposent à moi.

C’est marrant, parce que tu collabores tout le temps avec des gens que j’aime beaucoup. JP Nataf par exemple.

Ça faisait un moment que l’on se croisait et que j’avais envie de travailler avec lui. Je lui ai proposé de chanter avec moi sur une chanson, « Résonances »… je lui ai envoyé le titre et il a accepté. Au départ, cette chanson était écrite en anglais, j’ai donc ajouté des phrases françaises qui se fondaient dans le reste de l’histoire, pour qu’il les interprète.

Teaser "Résonances" Constance Amiot & JP Nataf extrait de l'EP Blue Green Tomorrows/Believe Digital
Images: Mathieu Pansard
Réal:PierroM

Il y a aussi « Manhattan », une chanson écrite par Jérôme Attal.

Dans mes disques, il y a aura toujours du Jérôme Attal. Une fois qu’on a commencé avec lui, on ne peut plus s’arrêter. Il  a une telle élégance dans l’écriture… c’est beau ce qu’il écrit. Il y a toujours des fulgurances dans ces textes. Par exemple dans Manhattan, il écrit : « Perdue dans cette effervescence des gens qui passent et qu’on oublie, sont comme de vieux amis d’enfance qui seraient touchés d’amnésie ». Il essaime comme ça des phrases tellement jolies. Il nous laisse assez libre en suggérant beaucoup… notamment  dans les chansons d’amour.

Tu le sais, je suis fan de lui.

Je te comprends, il est extraordinaire. Il a une créativité dingue. On lui demande un couplet, il nous en sort 10. On lui demande une chanson, il en écrit 5. Toutes bonnes.

constance amiot,blue green tomorrows,interview,mandorOn s’est vu la première fois pour la sortie de ton premier album officiel, Fairytale, c’était il y a 5 ans… trouves-tu que ta carrière avance à un rythme normal depuis?

Oui, j’ai l’impression de suivre une évolution normale, parce que je continue à faire ce que j’ai envie de faire, en prenant le temps qu’il me faut. Au niveau de la créativité, j’ai l’impression aussi qu’il se passe quelque chose d’assez naturel. Bon, maintenant, je t’avoue que parfois, c’est un parcours du combattant. Mais, c’est pareil pour tout le monde. On peut être découragé assez facilement, mais en même temps, c’est une passion. Elle nous rattrape toujours.

Par moment, as-tu eu envie de changer radicalement de vie ?

Oui, ça m’est arrivé. J’ai déjà imaginé passer complètement à autre chose. De toute façon, je considère que la musique sera toujours là. Même si le métier est dur, ça ne nous enlève pas la créativité. C’est ce que je me suis toujours dit dans les moments de descente, finalement. Personne ne m’empêchera jamais d’écrire. Personne ne m’empêchera de prendre ma guitare et de jouer. Personne ne m’enlèvera ça, quoi qu’il arrive.

L’objet disque pour toi, c’est important ou tu en sors juste comme prétexte pour pouvoir faire de la scène ?

Je suis encore attachée à l’objet en lui-même. C’est comme une carte postale que l’on va envoyer et que l’on va emmener avec nous sur scène. J’aime l’énergie de la scène parce qu’on a l’impression d’aller vers l’autre. Quand on écrit une chanson au départ, on l’écrit aussi pour qu’elle aille vers quelqu’un, pour qu’il y ait une rencontre. Et puis, ce que j’adore, en général, dans le quotidien, c’est me laisser surprendre par des moments qui sont inattendus. Je trouve que la scène véhicule des moments où on ne sait pas à quoi s’attendre. J’aime quand la vie est imprévisible…

Considères-tu que tu as fait des progrès depuis ton premier EP ?

J’espère que je progresse. Le but n’est pas de rester figé sur les mêmes choses. Tu sais, c’est difficile de juger son propre travail. Ça ferait prétentieux si je te disais de manière sure de moi que je progresse d’album en album.

Tu aimes parler de tes chansons, comme on le fait là ?

Cet exercice est toujours très étrange. Parfois, j’ai l’impression de parler de quelqu’un d’autre. On ne parle que de moments particuliers. Sur la création notamment. Ce sont des petits bouts de moments de vie. Ce n’est pas moi dans mon entier.  Bon, j’essaie de rester le plus possible dans l’authenticité et la sincérité. C’est important pour moi de me présenter aux autres telle que je suis réellement.

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28 novembre 2012

Les Yeux d'la Tête : interview pour Madones

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(Crédit : Le Turk)

Une amie de toujours (hello Valérie !) m’avait alerté il y a quelques mois sur l’existence de ce groupe. « Quoi ! Tu n’as jamais interviewé Les Yeux d’la Tête ! Et tu te dis spécialiste de la chanson française !!! » (Bon, j’exagère un peu, le message m’avait été lancé plus diplomatiquement).  Non seulement je n’avais jamais interviewé ce groupe, mais en plus je ne connaissais que très vaguement son existence. Il fallait que je réagisse, afin de combler cette lacune impardonnable. Or, les hasards de la vie (qui ne cesseront de m’étonner), ont fait que j’ai reçu un message de l’attachée de presse du groupe, avec laquelle je travaille depuis quelques années maintenant (hello Marie !), m’indiquant qu’un nouvel album arrivait, Madones, et qu’une rencontre avec Benoît Savard et Guillaume Jousselin, les deux fondateurs (et guitaristes chanteurs) du groupe était jouable…

Soit.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandorAprès avoir reçu le disque, je n’ai pas hésité. J’ai compris l’enthousiasme de mon amie Valérie et moins bien compris que je sois passé à côté de cette formation si longtemps.
Benoît Savard et Guillaume Jousselin ainsi que les autres membres des Yeux d’la Tête, Eddy Lopez  (Saxophones / Chœurs), Émilien Pottier (Contrebasse / Basse électrique), Pierre Chatel (Batterie) et Antoine Alliese (Accordéon) sont réellement enthousiasmants.
Ils ont parfaitement réussi le savant mélange de rock de musique balkanique et tzigane .Une musique sans frontière et sans étiquette portée par une écriture fine et efficace.

Tout est bon. Textes, musique, ambiance générale. Généreux comme personne !

Biographie officielle :

Après plus de 300concerts dans toute l’Europe, la bande de Montmartre a su lever les foules de Paris à Berlin, de Budapest à l'Italie, du festival Alors chante aux Francofolies... les enivrant d'une ambiance chaleureuse et sincère.

Mis en boîte aux mythiques studios Davout et réalisé par Laurent Jais (Amadou et Mariam, Melissmell, Mano Negra), avec Madones ces rois de la scène offrent un album riche et bien produit à l'image de leur évolution et de leur liberté. Ils vont là où on ne les attend pas : samples hip-hop ou électros, guitares électriques, claviers rétros… tous les mélanges sont permis la qualité pour seule limite, l'émotion et les sensations pour objectifs !

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                                                               (Crédit : Le Turk)
Des sonorités gipsy (« La scène ») une valse mélancolique (« Des bouts de Papier »), mais aussi des chansons explicitement rock (« Parisiennes », « La belle inconnue ») et un carpe diem version dance-floor-balkan-beat-electro (« Profitons-en »)...

Benoît Savard et Guillaume Jousselin, les deux « têtes » pensantes des Yeux d’La Tête, sont venus à l’agence, le 31 octobre dernier.

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Interview :

Vous vous êtes rencontrés comment tous les deux ?

Benoît : Nous nous sommes rencontrés dans une école de musique à Pigalle qui s’appelle ATLA. Avec Guillaume, on était au fond de la salle… on s’est connu comme ça.

Guillaume : D’abord, nous sommes devenus amis. Très vite Benoît m’a fait découvrir tout plein de musique de l’est et la musique manouche. Moi, je venais plus du rock français des années 70. J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette musique acoustique, cette musique tzigane qui touche directement au cœur et à l’âme. À côté, nous avions déjà chacun des groupes. Benoît jouait dans une fanfare et moi dans un groupe de rock. Dans le courant de l’année 2006 est né Les Yeux d’la Tête, version light, très acoustique. Le but était de jouer facilement partout. On n’avait pas d’ambitions spéciales à l’époque. Au début, on a pris beaucoup de plaisir à jouer dans les rues de Montmartre. Ça marchait pas mal. Ensuite, on a fait plein de petits bars dans Paris. La sauce a commencé à prendre petit à petit.

Benoît : Au fur et à mesure des concerts, on voyait que le public venait de plus en plus nombreux. Et avec Guillaume, on a très vite remarqué que ça fonctionnait bien entre nous deux, qu’il y avait une alchimie.

Guillaume : En gros, de 2006 à 2008, on a fait des petits concerts un peu partout… même sur des péniches. On est allé un peu en province aussi, mais on est surtout resté beaucoup à Paris. On voulait profiter de l’engouement qui commençait à monter. Et enfin, en 2008, on a fait notre premier album, « Danser sur les toits ».

Benoît : À partir du moment où un disque existe, ça veut dire que le groupe existe officiellement. C’est un peu comme ça que les gens considèrent les choses.

Guillaume : On avait besoin de marquer implicitement cette période, de définir ce qu’on venait de faire, graver toutes les chansons qu’on avait pour passer à autre chose et repartir de plus belle.

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C’est très dur de se démarquer dans la chanson française aujourd’hui…

Guillaume : Notre disque n’a pas eu forcément un accueil unanime des professionnels, mais la presse nous a suivies. Il y a eu pas mal de bonnes chroniques, ce qui, mine de rien, nous a permis de faire des tournées pendant 4 ans et nous dire qu’on allait faire de Les yeux d’la tête notre vie.

L’une des spécificités du groupe, c’est que vous êtes deux chanteurs.

Guillaume : Il n’y a pas de règles. Il y a des chansons que l’on chante ensemble et d’autres que l’on chante en solo. Dans les albums et dans le show, on essaie d’équilibrer nos interventions parce que c’est important de jouer cette dualité. Ce répondant qu’on a tous les deux fait partie de notre originalité.

L’un de vos tourneurs Patchanka est allemand. D’où une notoriété grandissante dans ce pays.

Guillaume : On a commencé à tourner avec ce tourneur en 2009. Il s’occupait en Allemagne d’autres groupes français, les Mass Hystéria, Karpatt, les fils de Theupu, Syrano. Au début, on se demandait ce qu’on allait bien faire en Allemagne et on s’est retrouvé avec un mec passionné par la chanson française qui se démène pour la faire découvrir en Allemagne. Aujourd’hui, c’est un coup de foudre réciproque entre nous et le public allemand. On y va au moins 3 fois par an.

La Scène. Titre présent sur l'album Madones.
Illustré par quelques images des tournées en France et en Allemagne en mai et juin 2012.
Notamment au Fusion Festival et au TFF Festival à Rudolstadt.

Vous avez même remporté le 1er Prix du festival de Folk européen Folkherbst en Allemagne.

Guillaume : un groupe français a reçu ça en Allemagne, c’est assez marrant.

Du coup, en France, on s’intéresse plus à vous. On se dit « c’est quoi ce groupe qui cartonne dans un autre pays que le sien ? »…

Benoît : Oui, on commence à remarquer cela. On nous en parle de plus en plus. C’est un argument qui incite certaines personnes qui n’osent pas prendre de risque avec un groupe qu’ils ne connaissent pas à, du coup, vouloir nous découvrir. Ils ont peur de passer à côté de quelque chose. Le succès à l’étranger interpelle toujours. C’est bien, c’est une façon comme une autre d’arriver aux oreilles des gens.

Vous êtes passé avec succès aussi en Hongrie, en Croatie, en République tchèque…

Guillaume : Une des beautés de ce métier-là, c’est d’avoir la chance d’aller découvrir ce genre de pays. Moi, je n’y étais jamais allé avant. Le fait d’y aller en tant que groupe, c’est un peu différent que d’y aller en touriste. A chaque fois, ça a été un grand bonheur et des expériences uniques.

À l’étranger, on vous demande de quoi parlent vos chansons ? Est-ce que les textes intéressent le public qui ne comprend pas le français ?

Guillaume : Tout le monde n’est malheureusement pas à cheval sur le sens des mots, mais globalement, il y a tous les cas de figure. Certains se satisfont de la mélodie, de l’intention de l’émotion qu’ils arrivent à choper et il y a ceux qui vont avoir besoin de la signification précise.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandorDans vos chansons, l’écriture est aussi importante que la musique.

Guillaume : Ce n’est pas parce que la musique est très riche, qu’il s’y passe plein de choses, qu’on a délaissé le texte.

Benoît : Moi, je dis même que notre groupe est un groupe de chansons. Une chanson, chez nous, commence toujours par le texte. La composition vient autour. Je dirais plutôt qu’on a laissé autant de place à la musique qu’au texte, que l’inverse. La base part du texte et du sens.

Votre disque s’intitule « Madones ». Les femmes… sujets inépuisables ?

Guillaume : Ca n’a pas fait partie de la démarche initiale. Quand on a réuni toutes nos chansons, on s’est rendu compte qu’on avait beaucoup d’inspirations qui venaient des femmes.  Madones exprime toues les facettes des femmes et toutes ses formes d’inspirations qu’elles ont pu nous procurer, que ce soit dans la joie, la surprise, la tristesse et le burlesque. On est des hommes très intéressés par les femmes et par l’amour.

"Parisiennes" par Les Yeux D'La Tête en Session Live sur RFI
Émission La bande passante - diffusée le 22 septembre 2012.

Vous travaillez comment ?

Guillaume : Au fur et à mesure. On est toujours en création.

Benoît : On n’a pas ce réflexe de faire un moment une tournée et un autre, nous occuper de l’album. Toute la création se fait sur la route, un peu tout au long de l’année, du coup on se montre des musiques, des textes, à n’importe quel moment. On n’a aucune pression. C’est nécessaire que cela se passe comme ça. On fuit le côté pas naturel de la création. Le côté « faut pondre », « faut créer », très peu pour nous ! Évidemment, à un moment on se pose pour peaufiner nos chansons. C’est un peu pour ça qu’on a mis 4 ans à faire le deuxième disque. On n’a pas réussi à arrêter de tourner.

L’objet disque est superbe.

Guillaume : Il y a encore quelques passionnés qui achètent des albums, on s’est dit qu’on allait les récompenser. Aujourd’hui, l’intérêt quand on sort un disque, c’est de faire quelque chose de léché. Un petit bijou.

les yeux d'la tête,interview,madones,mandor

On vous voit habillé en années 30, dans différentes situations. Ça vous a amusé de poser comme ça ?

Guillaume : On a beaucoup aimé se mettre en scène. La séance photo a duré 17h.

Benoît : Il y a eu une journée pour la pochette du disque, la madone, et la même chose pour toutes les photos intérieures.

Guillaume : L’artiste qui a fait tout ça s’appelle le Turk. On a eu un grand coup de cœur pour son univers visuel.

Les Yeux D'la Tête & Danakil - Peur de Tout
cabaret sauvage avril 2011

Vous serez au Café de la danse le 11 décembre.

Guillaume : on a envie de proposer aux gens qui viendront nous voir ce soir-là, l’univers musical et visuel de l’album.

Benoît : Il y aura aussi les invités qui sont venus jouer sur l’album. Tom Fire aux claviers, les Babylon Circus aux cuivres, le scratcheur de Sam Tach aux platines et Étienne Favier à la guitare manouche. Belle soirée en perspective, je vous assure. On va avoir l’occasion de faire quelque chose de très beau. Les gens s’en souviendront !

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25 novembre 2012

Virgule : interview pour la sortie de Précieuses

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Voilà encore une perle. Une artiste à part dont la voix me parle, me fait parfois dresser les poils. Je ne sais pas pourquoi Virgule m’a touché à ce point, mais c'est ainsi. Gros coup de coeur! Il a fallu que je fasse sa connaissance. Ainsi fut fait le 26 octobre dernier.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Sa page Soundcloud.

Les Précieuses sur iTunes.

Les precieuses_visuel.jpgBiographie officielle :

Virgule, auteur compositeur interprète, a appris à respirer dans un Paris qui l'a toujours inspirée, elle y a transformé son asthme en souffle poétique... Après avoir écumé de petites salles, et y avoir changé l'air en or, elle termine ici son premier EP : Les Précieuses. Huit titres sombres, furieux, solaires. Entourée de musiciens aériens et modernes, entre rock sauvage et folk apprivoisé, elle écrit en français et chante le langage du ventre. À mi-chemin entre l'écriture puissante d'un Bashung et les folles envolées musicales d'un Babx, Virgule nous entraine avec Les Précieuses dans un orage de frissons qu'on aime provoquer à l'infini, en touche repeat.

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Interview :

Ça fait une dizaine d’années que tu écris des chansons et 6-7 ans que tu les chantes.

Oui et j’ai fait beaucoup de cafés concerts. Dans les bars, le moment où les gens se taisent pour écouter la chanson, j’ai tout gagné.

Après un premier EP, te voilà avec un premier album. Il est super bien produit.

C’est complètement autoproduit, mais on a essayé de faire ça au mieux. J’y ai mis tout mon argent. C’est une belle carte de visite destinée au public, bien sûr, mais aussi aux journalistes, mais aussi aux directeurs de salle… bref, un moyen de me faire connaître un peu plus. Je suis en train de chercher des tourneurs.

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Cet été, tu as aussi fait une tournée des kiosques des jardins de Paris.

Ça m’a permis de bien roder mon set. Ce qui était étonnant dans cette expérience, c’est que les gens s’arrêtaient vraiment. C’était très agréable parce que l’ambiance était très familiale. On peut dire qu’on est allé à la rencontre des gens et j’en garde une très belle expérience.

Ton travail est assez unique. Tu sais que les journalistes aiment bien faire des comparaisons. Avec toi, je n’ai trouvé aucun autre artiste similaire. Je trouve que, déjà, tu as une identité hyper forte.

C’est très gentil de me dire ça. Après, j’adore la chanson française dans toute sa largesse. Je parle de Brel, Barbara, jusqu’à des artistes d’aujourd’hui comme Babx, Katel, Pauline Croze, Camille…

Elle est Belle la Vie
Extrait du 1er EP de Virgule, "Les Précieuses".

Je te dis franchement, je suis fan de ta voix. C’est rare quand je le dis. J’écoute en boucle « Elle est belle la vie », notamment pour cette raison-là.

C’est marrant, le directeur éditorial de Deezer, qui a fait que j’ai eu un peu plus de publics et des écoutes, a mis en avant cette chanson-là.

As-tu travaillé ta voix?

J’essaie de chanter le plus naturellement possible. Sinon, j’ai fait une année aux ACP, la Manufacture Chanson. J’ai pris des cours de chant collectif. C’était une super expérience et le début de mes petites chansons sur scène.

269223_10150897175623731_829203197_n.jpgLa photo de ta pochette est intrigante. Elle s’explique ?

C’est une photo de ma grand-mère prise en 1952. J’ai fait un voyage en Pologne, il y a deux ans avec elle. Elle n’est ni d’origine polonaise, ni juive, mais elle était orpheline. Pendant la guerre, elle a été dans un orphelinat et comme elle était petite, on lui avait caché que c’était la guerre. Elle ne l’a su qu’en sortant de l’orphelinat. Du coup, toute sa vie, elle s’est intéressée à ça. Un jour, je lui ai proposé d’aller faire un voyage de mémoire là-bas. C’est ce que nous avons fait ensemble. Voilà, c’est aussi un hommage que je voulais lui rendre.

Que pense ta famille de ce que tu entreprends dans la musique ?

Ils sont très contents. Ils me soutiennent beaucoup. Ma maman, notamment, qui vient me voir à toutes les dates. Ils aiment ce que je fais.

Tu écris de quelle manière ?

Quand j’écris, en gros la musique vient avec les paroles. C’est une espèce d’écriture automatique qui arrive et qu’il me suffit de recadrer après. Parfois, je passe trois heures devant ma feuille et rien ne sort, le lendemain, en très peu de temps, j’ai quasiment une chanson toute faite qui me tombe dessus. La magie de la création est fascinante.

Quand tu crées, il faut que tu sois dans un état d’esprit particulier ?

Je suis plutôt une fille très contente de vivre. Plus jeune, je pensais qu’il fallait souffrir pour écrire de belles chansons, et en fait, pas vraiment.

Ton album n’est pas triste du tout, les textes sont un peu sombres, c’est tout.

Même si on peut dire que mes textes sont tristes, j’essaie d’y ajouter toujours un peu de lumière. En grattant, on y trouve plein de choses positives.

Un montage personnel d'Esteban Kang sur la chanson "Les violons secs".

virgule2.jpgComment te vient l’inspiration ?

N’importe quoi peut m’intéresser potentiellement. Je laisse les sujets venir à moi, je ne réfléchis pas vraiment au sujet qui va m’inspirer. Je m’émerveille facilement du monde qui m’entoure.

Sais-tu quand une chanson est terminée ?

Je sais arrêter une chanson dans sa globalité en guitare-voix. Après, les arrangements, j’aurais toujours envie d’aller plus loin, mais il y a des contraintes de temps, d’argent, d’agenda des gens qui jouent avec moi.

Et tu arrives à t’écouter facilement ?

De plus en plus. C’était très difficile au début. C’est pour ça que ça me fait très plaisir tes compliments sur la voix. Au départ je considérais ma voix uniquement comme un instrument pour interpréter mes chansons. C’était simplement ce qui me permettait d’exposer mes chansons au monde. Maintenant, j’aime de plus en plus être une chanteuse et la sensation de chanter, ça commence vraiment à m’intéresser.

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Fais-tu très attention au texte ?

Oui. J’essaie de faire en sorte que mes textes ne me gênent pas à l’oreille. Je ne sais pas si c’est une histoire de pied ou de sonorité, parfois j’écris un mot et je le chante, je me dis que ce n’est pas celui-là, je le change.

Tu es musicienne à la base.

J’ai fait le saxo au conservatoire. J’ai effectué toutes mes études en mi-temps « musique ». J’allais à l’école le matin et au conservatoire l’après-midi. Après, j’ai été opéré des dents de sagesse, je ne pouvais donc plus jouer du saxo. C’est à ce moment-là que j’ai pris une guitare et que j’ai écrit ma première chanson. C’est un nouvel instrument que j’essaie d’apprivoiser chaque jour un peu plus.

As-tu confiance en ton destin musical ?

Oui, je me dis qu’il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas à un moment donné avec autant d’opiniâtreté et d’envie de faire ce métier.

Elle a un Truc
Extrait du 1er EP de Virgule, "Les Précieuses".

virguleconcert1.jpgAs-tu déjà une fan base ?

Oui, mais pour l’instant, elle est petite. Je m’en suis rendu compte avec la sortie de ce disque. Ce qui est hyper cool, c’est que maintenant, il y a des personnes que je ne connais pas. Pas mal sont actifs et ça c’est plutôt positif.

Tu me sembles une fille très positive et heureuse, tes textes ne le sont pas beaucoup. C’est pour expulser le trop-plein du noir qui est en toi ?

Les gens qui me connaissent sont étonnés que j’écrive des chansons comme ça. Mais, quand je tente de faire des chansons plus amusantes, ça ne sort pas. J’ai plein de petites fêlures à l’intérieur et ce n’est pas très marrant en société de les exposer. C’est donc un bon moyen d’en parler.

Tu les évoques avec une pudeur qui me touche beaucoup.

Je suis une fille assez pudique. Mes intimes peuvent comprendre le sens de certaines paroles, mais après, les gens qui me connaissent moins font sans doute leur propre interprétation de mes fêlures à moi. C’est ça la chanson. Chacun prend ce qu’il veut et ça peut éventuellement lui faire du bien.

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Pour finir, voici ses prochaines dates de concerts...

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18 novembre 2012

Héloïse Rôth : interview pour ses concerts aux Décharcheurs

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(Photo : Benloy)

héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorJe vous propose aujourd’hui de découvrir une artiste découverte récemment, Héloïse Rôth au hasard de ma vie et mes recherches virtuelles. J’aime beaucoup l’ambiance musicale de ses chansons et son répertoire séduisant, exigeant, lumineux et tragique. Pour se faire connaitre la chanteuse sera en concert aux Déchargeurs, dans la salle La Bohème depuis jeudi dernier (15 novembre 2012) et ce, jusqu’au 28 février 2013. C’est à 20h, tous les jeudis (relâches exceptionnelles le 27 décembre et le 03 janvier). Son spectacle dure une heure et il est d’une qualité exceptionnelle. Le déchargeur le présente ainsi : « Auteur, compositeur, interprète, Héloïse Rôth a la force tragique et sensuelle d'une femme, l'innocence et la malice de l'enfant. Elle a cette façon de s'offrir sans calcul, de jouer sa vie à chaque chanson s’inscrivant dans la plus pure tradition de la chanson à texte : voix, guitare et contrebasse. »

J’ai demandé à Héloïse Rôth, le 22 octobre dernier, de venir à l’agence pour une mandorisation en règle. J’espère sincèrement que d’autres professionnels s’attarderont sur son cas. Il le mérite. Elle aussi.

héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorExtrait de la biographie officielle :

Héloïse Rôth est née au sein d’une famille nombreuse dans laquelle deux univers artistiques se côtoyaient : la comédie et la musique. Avant de s’embarquer dans le monde de la musique, elle joue dans quelques courts-métrages et une série pour la télévision. Mathieu Kassovitz lui offre ses premiers rôles au cinéma, en 1993 dans Métisse, puis en 1995 dans la Haine. 

C’est à Rome où elle passe son Baccalauréat qu’elle se prend à écrire et à chanter. Elle se découvre une voix particulière et en joue avec plaisir. À son retour, elle s’inscrit au Chantier (ex le Coach), structure pour les jeunes chanteurs auteurs et compositeurs qui lui permet d’arpenter ses premières scènes et rencontrer son public. Elle reprend des cours de piano et de violoncelle. Elle suit également des cours dans deux écoles de jazz : le CIM (Paris XVIIIe) et ARPEJ Paris Xème. Élève de Julia Pelaez, Carole Hemart et Élise Caron, elle perfectionne sa technique vocale. Depuis, la jeune femme au charme sauvage se lance dans la chanson… avec excellence.

Pour commence, voici le nouveau clip d'Héloïse Roth... "Prête-moi ta plume".

Prête-moi ta plume clip Héloïse Rôth from Mathieu Guetta on Vimeo.

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héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorInterview :

Tu es issue d’une famille d’artistes.

Ma maman est musicienne, guitariste classique et mon papa est comédien, scénariste, auteur de polars.

Oui, il est même connu puisqu’il s’agit de Christian Rauth.

Il est populaire depuis que la télévision est passée par là.

Et tu as aussi une grande sœur, Julie-Anne Roth qui est aussi comédienne, au théâtre et au cinéma.

Elle écrit également des pièces de théâtre et des scénarios. En ce moment elle est braquée sur l’écriture. J’ai aussi une petite sœur qui sort d’une école de BTS de design, je ne sais pas trop comment ça s’appelle, mais elle sait peindre, dessiner, travailler sur des décors, elle aussi scénographe, bref, elle fait pas mal de choses différentes. Je tiens à préciser que j’ai aussi un frère, mais qu’il ne s’est pas lancé dans un métier artistique. Il est gérant d’une boite d’informatique.

C’est en ayant des parents artistes que tu as décidé de l’être aussi ?

Quel que soit le métier de tes parents, si tu les vois heureux dans ce qu’ils font, ça te donne envie. Je dis ça, mais au départ, je n’avais pas du tout envie d’être chanteuse et musicienne. D’ailleurs, je n’ai pas du tout été au conservatoire. J’avais très envie de faire des études, réussir ma vie, être totalement indépendante. Et puis, les métiers artistiques sont des métiers où les rapports humains sont un peu faussés. On est tous un peu dans la séduction, on est hyper égocentré, mais parce qu’il le faut, sinon on n’avance pas. Comme c’est un métier où on donne de sa personne, physiquement et mentalement, j’ai vu mes parents dans des états un peu difficiles, donc je ne rêvais pas particulièrement de ça. Mais les projets sur lesquels mes parents travaillaient étaient hyper épanouissants et beaux. Je voyais qu’il y avait de la magie dans tout ça. Du coup, c’est magie là m’a finalement séduite. Tu vois, j’ai oscillé entre les deux. J’ai envie, je n’ai pas envie.

Tu as même été comédienne, un temps.

Soyons clair, en tant que « fille de », il m’est arrivé de jouer la fille de mon père à l’écran. Puis, ensuite, des rôles plus personnels. J’ai fait de vraies rencontres, mais mes expériences dans ce milieu m’ont raconté que je n’avais pas trop envie de faire ce métier-là finalement.

Mai 2009. Extrait du court métrage " la Boîte d'Oscar" de Mathieu Guetta.
Paroles et Musique: Héloïse Rôth.
Arrangements: Antoine Pozzo di Borgo, Héloïse Rôth au Chant, Olivier Cantrelle au Piano, Antoine Pozzo di Borgo à la guitare, Jérôme Auguste Charlery à la contrebasse et David Gerbi à la Batterie.

J’ai lu que tu as commencé à écrire de la musique alors que tu étais à Rome.

Oui, là-bas, lueur… J’étais loin de ma famille et de mes amis, du coup je me suis recentrée sur moi et mes envies. J’ai soudain fait des trucs qui me faisaient plaisir à moi et pas seulement aux autres. Je me suis rendu compte qu’écrire me faisait du bien, que ça prenait de l’importance dans ma vie et que je voulais partager le fruit de mon travail.

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(Photo: Benloy)

Après, donc, tu t’es inscrite dans une école de spectacle.

C’est une structure pour les jeunes chanteurs. Je me sentais hyper timide et je me demandais comment j’allais faire pour chanter mon histoire devant des inconnus. Chanter ses propres chansons, c’est se mettre à poil devant des gens qu’on ne connait pas.

C’est un des arts les plus impudiques, c’est vrai.

Et puis là, on est seul. Il n’y a pas un metteur en scène qui croit en toi, qui te regarde, qui est bienveillant et qui te dit ce qu’il faut faire. Là, on est livré à nous même. Mais il faut le faire, il faut monter sur scène, il y a un truc un peu vital dans cette démarche. Il faut se convaincre soi-même que l’on est capable. On est obligé de se prendre en main de A à Z.

Tu as travaillé ta voix ?

Je reprends des cours aujourd’hui, mais de façon très ponctuelle, quand je sens que j’ai une difficulté. Mais je t’avoue que j’ai un petit problème avec l’autorité et l’exigence que l’autre t’impose dans le travail quand il ne se l’applique pas à lui même. Il faudrait que je tombe sur la personne idéale, qui n’est pas frustrée dans son métier, qui donne des cours de chants et qui est heureux de le faire.

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(Photo : Benloy)

Tu as chanté dans beaucoup de bars depuis 2003. L’école la plus formatrice à mon sens.

C’est génial cette expérience. Ce qui n’est pas simple, c’est le brouhaha général, mais ce qui est sympathique, c’est le contact direct et immédiat avec les gens.

En 2003, justement, pendant la semaine de la francophonie, tu es invitée par l’ambassade de France pour une tournée de 5 dates au Chili.

Oui, j’ai fait une grosse tournée avec les chansons des autres. Brassens, Brel, Ferré, Bourvil. Encore aujourd’hui, j’adore chanter ces grands-là. J’aime transmettre aux gens ce qu’il y a eu avant en matière de grandes chansons. Ce qui se passe aujourd’hui vient de ces gens-là. On ne fait que reproduire, voire imiter inconsciemment parfois. On n’a rien inventé.

Interpréter ces grands maîtres de la chanson, c’est sacrément casse-gueule, quand même !

Oui, justement. On ne peut pas y aller à moitié. On doit tout donner et c’est ça que j’apprécie dans la chanson. Le risque et le don de soi.

"Souvenirs d'école" Interprété par Héloïse Rôth. Julien Le Nagard à la guitare et Hervé Verdier à la contrebasse. Réalisation Philippe Wagner. Extrait du concert du 2 décembre 2011 au "Théâtre de la Vieille grille". Paroles Héloïse Rôth. Musique : Héloïse Rôth et Julien Le Nagard.

En écoutant ton disque, j’ai perçu dans tes chansons, une jeune femme à la fois forte, fragile, souvent ironique.Est-ce que tu chantes ce que tu es réellement ?

On  ne peut pas chanter un truc qui nous déplait. Si on veut être un minimum crédible, on chante des chansons qui nous correspondent, qui nous parlent, qui nous plaisent. Heureusement, l’écriture permet une super jolie distance. On fait semblant de raconter soi, mais on enjolive ou dramatise les choses. On s’inspire d’évènements, on imagine et après on gratouille là dedans. On pique l’histoire de plein de gens et ça donne l’histoire d’une personne.

Parfois, il y a aussi de la provocation…

Je suis un peu comme ça dans la vie. C’est de l’ironie tendre que je tente de laisser filtrer dans mes chansons. Ce n’est jamais agressif. L’ambiance générale n’est pas triste, juste un peu sombre. Sombre, ça veut dire qu’il y a quand même un peu de lumière quelque part.

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Tu es en concert aux Déchargeurs, tous les jeudis pendant 3 mois… il faudrait que mes confrères viennent aussi te voir.

C’est dur. Ils sont très occupés ou très difficiles à joindre. Ce n’est pas facile quand on est inconnue. Il me manque de la visibilité pour me faire repérer, pour attirer l’attention des professionnels susceptibles de voir mon travail. C’est un peu le challenge de cette résidence. Accueillir des gens qui peuvent raconter sur ce qu’ils voient sur scène.

A la décharge de mes confrères, nous sommes très sollicités par beaucoup d’artistes et c’est compliqué d’aller voir tout le monde. Il faut faire des choix. Mais, bon, Delerm a commencé comme toi, dans la même salle… et puis, le bouche à oreille a fonctionné.

Oui, je sais bien.  Il a commencé tout seul avec son piano dans la petite salle, comme moi. Et puis, il est passé à la salle de 200 places. Après il a signé et on connait la suite. Bon, moi, je suis déjà contente de commencer ainsi, dans une salle magnifique avec une excellente acoustique et une belle histoire.

Adaptation et Interprétation Héloïse Rôth de "I've seen that face before " ( Piazzolla /Grace Jones.) Julien Le Nagard à la guitare et Hervé Verdier à la contrebasse.

Tu es confiante en ton avenir musical ?

Oui, j’ai toujours été confiante. Il y a juste des moments de solitude à traverser. Mon problème, c’est que je crois toujours que les gens sont bienveillants, alors parfois, je tombe de haut. Mais, bon, pour le moment, j’arrive à vivre de mon métier. Je suis intermittente du spectacle et ça m’a donné un souffle. Cette petite aisance financière permet de ne pas faire n’importe quoi pour juste gagner sa vie. On peut prendre un peu plus de temps pour monter des projets le mieux possible, écrire, répéter, travailler, aller dans des directions artistiques adéquates à tes envies. J’ai passé 10 ans à ne pas pouvoir vivre de mon métier, donc tu es contente quand ça arrive.

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17 novembre 2012

Govrache : interview pour son concert au Sentier des Halles

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Govrache fut la cause de vives discussions entre membres du jury du Pic d’or 2012. Il y avait les « pour » récompenser l’audace d’un artiste qui a slamé plutôt que chanté en finale et les « contre » qui trouvaient un peu fort le café un tel comportement. Je ne vous dirai pas dans quel camps j’étais, mais ce qui est sûr, c’est que nous étions nombreux à avoir été bluffés par son texte. Au final, il a remporté le Prix du texte et le Prix du public. Govrache est un malin qui sait parfaitement mettre son auditoire dans la poche. Il faut être doué pour cela.

Quelques mois plus tard, le 19 octobre dernier, et à l’approche du concert qu’il donner jeudi prochain (le 22 novembre) en co-plateau avec Garance (mandorisée là) et Manon, j’ai demandé à Govrache de venir à l’agence, parler de tout ça.

Je tiens à le féliciter sur sa franchise absolue. Ce que vous allez lire, moi, je ne l’avais jamais entendu de la part d’un artiste.

598426_112601222213766_1320434151_n.jpgLa bio officielle :

C’est en 2008, après avoir promené sa guitare manouche sur une centaine de concerts, que David Hebert est devenu Govrache. Accompagné d'Adrien à la contrebasse et d'Antoine au violon, il fait swinguer ses textes et nos sourires : La gavroche sur la tête, la gratte en bandoulière, il se joue des interdits comme il joue de sa guitare, provoque un peu, se moque beaucoup et témoigne en souriant d’un quotidien qui l’amuse…ou l’afflige. Govrache a la trentaine et ça se sent : son écriture est celle de la jeunesse, mais cette jeunesse qui commence à prendre conscience qu’elle est éphémère.

Les textes sont caustiques et corrosifs d’un coté, tendres et nostalgiques de l’autre. On sourit, on rit, on est ému et puis on rit à nouveau. Ses chansons se suivent et nous ressemblent, parce que son inspiration vient du réel, notre réel.

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Interview :

Ce qui m’a fasciné quand je t’ai vu sur scène la première fois, c’est qu’en deux temps, trois mouvements, tu as réussi à capter l’attention du public présent dans la salle.

C’est une question d’habitude. J’ai pas mal de concerts dans les bars où il faut savoir un peu s’imposer avec ses mots et sa musique. Je chante depuis 10 ans en guitare-voix.

Pas seulement en guitare-voix. Tu as plusieurs formules, si je puis dire.

Je joue seul, en groupe, en duo, en trio. Mes prestations varient selon le budget qu’on me propose.

"Le Bleu de travail", capté sur le Bateau El Alamein à PARIS XIII le 22 septembre 2011.

Tu fais de la chanson à texte.

Oui, c’est comme ça que je qualifie mon travail, mais je suis en train de changer un peu. Je me dirige vers le slam. Je trouve que j’ai des problèmes vocaux sur scène. Je ne suis pas à l’aise avec ma voix de chanteur. Tout le monde me dit que j’ai tort de penser cela, mais c’est comme ça que je ressens les choses. Et puis, même… le slam, c’est une autre écriture, une autre manière de faire qui me correspond plus en vieillissant.

Es-tu un littéraire, comme tes textes pourraient le suggérer?

Non, pas vraiment. J’ai beaucoup lu à une époque, fait une fac de philo et eu le bac A2, mais c’est tout. Par contre, j’ai une manière de vivre un peu littéraire. J’aime bien me poser en terrasse, buller, regarder les gens, prendre des notes et surtout écrire, écrire. Mon truc, en fait, c’est d’écrire, pas de chanter, ni de jouer de la guitare. Je n’aime pas jouer de la guitare. Je ne suis pas un musicien, je suis plus un mec qui aime écrire.

Je retranscris tes propos, là, comme ça, dans l’interview ?

Oui, c’est la réalité. Le fait de jouer de la musique, c’est juste le moyen pour qu’un public entende les textes que j’écris. Je me suis dit que le meilleur moyen de faire passer des messages, c’était de les chanter dans des bars. J’aime bien ce truc de capter l’attention d’un mec qui est là, pas du tout pour toi, au milieu d’un bordel insensé. Si tu arrives à capter l’attention d’un mec ou d’une nana dans ce genre de contexte, tu as gagné ton pari. Du coup, quand tu as un public qui est venu dans une salle normale écouter de la musique, c’est vraiment facile pour moi.

"Merde, j'suis prof" au Pic d'Or 2012. ©Via production vidéo - viaprod@sfr.fr - www.via-production-video.com -

On ne va pas innocemment sur une scène si on n’est pas motivé pour jouer, non ?

J’approche des 40 balais. J’ai toujours fait ça. Je pense que si j’avais réussi mes études pour être prof, je ne ferais pas de scène. La scène c’est mon boulot. C’est la meilleure manière pour moi de gagner ma vie aujourd’hui.  Si je ne fais pas de scène, je suis barman au bar du coin et ça m’emmerde. La scène, ce n’est pas une passion. Si je gagne demain au loto, j’arrête la musique. Je continue d’écrire, mais j’arrête de faire de la musique. Quand je dis ça à mes potes musiciens, ils ne comprennent pas des masses mes propos. Eux, c’est vraiment une passion la musique.

C’est la première fois de ma vie d’intervieweur dans ce milieu que j’entends un tel discours. Je le comprends parfaitement, mais peu d’artistes vivent la chose comme toi. Sinon, tu as fait des progrès en tant qu’artiste de scène, depuis tes débuts où tu as tout de suite été à l’aise ?

La scène, ça s’apprend. Mes premiers concerts, ce n’était pas du tout ça. J’étais caché derrière ma gratte, derrière le micro. Je n’étais pas du tout à l’aise comme je le suis aujourd’hui. En dehors des problèmes de voix, aujourd’hui, il pourrait se passer n’importe quoi, je pourrais gérer sans problème. Sur scène, je suis chez moi.

C’est l’endroit où tu te sens le mieux ?

Non, l’endroit où je me sens le mieux, c’est au lit avec ma copine. (Rires). Sans plaisanter, non, ce n’est pas l’endroit où je me sens le mieux. Je préfère 1000 fois aller boire un coup avec un copain pour discuter et savoir comment il va, plutôt que d’être sur scène en face d’inconnus. Mais, c’est super agréable quand même.

Au-delà des textes de tes chansons, dans tes concerts, il y a toujours beaucoup d’humour.

Je me dis que les gens qui viennent, c’est aussi pour se marrer, passer un bon moment. J’aime bien instaurer une relation familière avec le public. Je trouve ça primordial. À la fin de mes concerts, d’ailleurs, je reste systématiquement avec le public dans la salle pour discuter avec lui.

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Pourquoi fais-tu des tremplins régulièrement. Comme le Pic d’Or à Tarbes en mai 2012 où je t’ai vu pour la première fois et même remis "le prix du texte" (voir photo ci-dessus).

Parce que ça me permet de rencontrer plein d’autres artistes. Je suis devenu pote avec Pierre Donoré par exemple. Pierrot Panse, c’est un type que je vais revoir, c’est certain. On fait connaissance avec plein de gens et c’est un des aspects positifs de ce métier. Je ne vais pas m’en priver.

Parle-moi de « Panne d’essentiel ». Je trouve que c’est une chanson importante de ton répertoire.

C’est marrant que tu me dises ça, parce que c’est vraiment la chanson que les gens reçoivent le mieux quand je l’interprète. C’est une chanson qui dit qu’il ne faut pas se tromper de vie. Non, pardon, une chanson qui dit qu’il ne faut pas se tromper de priorité plutôt. Il y a des choses plus importantes que de gagner de l’argent. C’est une chanson que je vais continuer à écrire et qui va évoluer avec le temps. Je n’ai pas la télé, mais il m’arrive de regarder le zapping sur internet. Tout tourne autour du bizness. On sauve les banques, mais on ne sauve pas les banquises.

"En panne d'essentiel", extrait du concert du 10 décembre 2011 à Ivry-Sur-Seine

Il y a aussi des chansons légères comme « N’en déplaise » et « Élise »…

Légères pour certains et puis extrêmement graves pour d’autres. Élise, il y en a qui quitte la salle quand ils entendent le texte de cette chanson.

Des cathos intégristes ?

Je ne sais pas, mais je les ai heurtés visiblement.

Ça doit te plaire. Tu as un côté provocateur je trouve.

Enfin, le but, ce n’est pas de faire fuir les gens non plus.

Tu n’es pas encore un artiste « populaire ». Es-tu heureux de la vie d’artiste que tu mènes ?

Oui. Je fais ce que j’aime et ça, c’est le plus important. Si ce n’était pas le cas, je changerais de vie dans la seconde.

Mais pour gagner ta vie, c’est suffisant ?

Je vis petitement. Et je ne consomme pas. Quand tu ne consommes pas, tu n’as pas besoin de beaucoup d’argent.

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La vie pour faire ce que l'on veut... même s'endormir quand Mandor parle.

Ton optique de vie, c’est faire ce que tu veux.

Oui, mais je passe peut-être à côté de plein de trucs. Tu vois, je n’ai pas d’enfant. J’ai un camion tout pourri, 3 T’Shirts et un jean. J’ai d’autres contraintes que quelqu’un qui va travailler tous les jours n’a pas, mais ses contraintes à lui, je ne les ai pas. Mon truc premier, c’est prendre un tout petit peu de plaisir lors de mon passage sur Terre. Depuis que je suis gosse, je suis comme ça et personne ne me changera.

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est que tu ne fais pas la morale aux autres. Il n’y a pas de « voilà la vie, il faut faire comme ci, il faut faire comme ça… » 

Je déteste qu’on me fasse la morale, alors je ne vais certainement pas la faire aux autres. Je passe beaucoup de temps sur mes textes parce que je n’ai pas envie qu’on me prenne pour le donneur de leçons. Malgré tout, j’ai quand même envie de dire ce que je pense, après on le prend comme on veut, mais le but n’est pas de faire la morale. Tu sais, des chansons avec des personnages, ça reste des chansons égocentrées quand même. Les chansons sont tournées vers celui qui les chante. C’est moi qui pense telle ou telle chose, mais ce n’est qu’un regard parmi des milliers.

As-tu l’impression qu’un chanteur doit chanter des chansons qui soient utiles, qui fassent bouger les consciences ?

Des chansons qui fassent réfléchir pourquoi pas ? Bon, mais après, je suis parfaitement conscient que ça ne change pas la donne. Là, tu vois, je viens d’écrire un slam sur les SDF. Je tape un peu sur la société parce que si les SDF sont dans la rue, c’est parce que la société les y laisse. En tout cas, c’est mon point de vue. Si des gens sont touchés par ma chanson, je sais que rien ne changera par-derrière pour autant. Moi non plus je ne fais rien pour changer les choses concrètement. Là, je fais aussi une chanson sur l’écologie et la banquise, parait-il, ne s’arrête pas de fondre. Si on parle en termes d’utilité, j’affirme que ça ne sert à rien une chanson, si ce n’est prendre du plaisir sur un instant T.

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Tu vas être en concert le jeudi 22 novembre au Sentier des Halles. Mais pas tout seul. Tu partages le plateau avec deux autres artistes que j’aime beaucoup, Garance et Manon.

C’est un concert important pour nous. Le but, c’est aussi de faire venir quelques professionnels dans la salle. Ça fait longtemps que je voulais chanter avec Garance. On se connait depuis longtemps et j’adore ce qu’elle fait. Manon, aussi, je trouve vraiment bien son travail. Elle, je l’ai connu au Pic d’Or, mais on s’est tout de suite très bien entendu, au sens propre comme au figuré. Le concert sera bien, tu verras.

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15 novembre 2012

Benjamin Biolay : interview pour la sortie de Vengeance

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(Crédit: Claude Gassian)

Après le succès de La Superbe en 2009, deux Victoires de la Musique, et une tournée mondiale à guichets fermés, Benjamin Biolay livre un nouvel album aux influences new wave ou hip- hop amplifiées et totalement assumées.

Pour le magazine gratuit de la FNAC, ActuFnac, qui a élu Vengeance, album du mois, j’ai rencontré Benjamin Biolay sur la terrasse d’un hôtel de la capitale, le 25 octobre dernier. Il en était au tout début de sa promo marathon. Depuis, il l’a arrêté complètement (et subitement). Il s’est rendu compte qu’on le voyait trop… et que ses propos pouvaient devenir source à polémiques. Dans l'interview qu'il m'a livré, il n'a pas non plus la langue dans sa poche... et c'est appréciable.

(Pour l'anecdote, Benjamin Biolay fut l’un de mes tout premiers mandorisés. C'était en juillet 2006, l’occasion en cliquant ici, de se rendre compte que ce blog a quand même un peu évolué).

Vengeance sur iTunes

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Suite de l'interview non publiée...

Je sais que vous écoutez beaucoup de hip-hop.

Oxmo Puccino, Akhenaton, Oreslan, Joey Star, Booba… j’écoute tout le temps du hip-hop en fait. Quand j’écoute cette musique, ça ne me pollue pas du tout, je n’ai pas l’impression de travailler. Je danse, je reprends des punchlines… bon, ça m’influence un tout petit peu, mais j’en suis très satisfait. Par contre, je ne pourrais pas écouter toute la production francophone de mon style. Parfois j’adore. J’ai écouté le dernier disque de Dominique A en boucle, mais j’avais fini le mien.

Vous travaillez avec beaucoup de monde. Vous n’arrêtez jamais, en fait.

Quand je fais un album pour Isabelle Boulay ou pour Vanessa Paradis, je me lance à fond, comme si c’était pour mes propres albums. C’est à chaque fois 5 mois de ma vie.

Pourquoi tant d’investissement ?

Parce que j’aime la musique et je n’aime pas spécialement en faire tout seul dans mon coin. Je donne autant que je reçois. Et puis, je deviens de plus en plus compétent dans le domaine de la réalisation et je travaille souvent avec des gens qui me font une confiance absolue alors la réciprocité est là.

On a le sentiment que vous souhaitez élever la chanson française vers le haut. Inconsciemment ou non, plaire à beaucoup en leur offrant la qualité maximale.

Oui, enfin, vous savez, il y a beaucoup d’artistes français pour lesquels j’ai énormément de respect. Mais j’avoue que quand je commence un disque, je n’écoute absolument personne d’autre. Certainement pas du pays.

Le clip du premier single, "Aime mon amour".

Je trouve que ce n’est pas saugrenu cette comparaison que vous avez faite avec les sportifs en début d’interviews.

Il y a plein de points communs entre un musicien et un sportif. Par exemple en studio, au début, c’est comme une reprise. On n’est pas trop réactif, on se retrouve un petit peu perdu, on n’a pas la maîtrise qu’on finit par avoir au bout de 15 jours de studio. On est super chaud et c’est là qu’on compose des chansons qui arrivent au dernier moment. Il faut maintenir le cap. Il y a vraiment cette rigueur qu’ont les sportifs rigoureux. Là, je sais que je vais commencer les répétitions et je sais qu’après la première répét, je vais rentrer chez moi déprimé. C’est possible que je sois complètement à la ramasse, que j’aie du mal à m’entendre. Pour le live, il faut vraiment s’entraîner comme un sportif.

Revenons aux doubles lectures dans vos chansons. Dans cet album, Vengeance, c’est plus flagrant qu’à l’accoutumée, je trouve.

Tout a toujours été codé et ce le sera tout le temps.

Dans « Confettis » par exemple.

Au début, quand je dis « ça ma va droit au cœur d’avoir votre estime »… je parle au public, puis, ça n’a plus rien à voir avec ça.

On comprend après que c’est un règlement de compte.

Oui, mais gentil. Dans le sucre glace. C’est la magie de l’anaphore. Quand on répète une phrase en boucle comme ça, après, à chaque phrase, on peut prendre un virage différent.

Dans « Sous le lac gelé », vous évoquez des convois de déportés qui passent en Ile-de-France.

Là on est en plein encodage (sourire). Ce titre aurait pu s’appeler Les fantômes dans le placard, sauf que je les imaginais pas loin de la surface. Sur le lac gelé. C’est une chanson sur toutes les choses qui me révulsent et qui me font mal. Chaque fois que j’emmène ma fille à l’école, je passe devant une plaque où il y a écrit : « À la mémoire des 9 enfants juifs déportés… ». Quand j’entends certains cadres de la droite dite nationale refuser que la France fasse des excuses en bonne et due forme, je suis dégouté. Ce n’est pas le régime de Vichy qui a accepté ça, c’était l’état français. Pareil pour les évènements de Charonne, pour plein d’événements qui se sont déroulés pendant la guerre d’Algérie. Tous les républicains reconnaissent que la terreur, c’est la tache de merde absolue sur la Révolution Française. C’est le sommet de la boucherie, de la bêtise humaine. A partir du moment où on reconnait ça, l’acte de repentance est obligatoire. Il y a certaines nations qui le font et avec succès.

Pourquoi ne pas évoquer tout ceci de manière plus frontale ?

Non, je n’ai pas la légitimité politique pour faire la morale plus que ça. On peut être, ce qui est mon cas, un homme engagé et un chanteur et ne pas mélanger les deux. Moi, je dis de manière éthérée et politique. J’ai toujours milité et j’ai toujours fait des chansons. J’ai commencé au même âge ces deux activités, mais j’ai toujours fait le distinguo. J’ai déjà écrit des brulots, mais je ne les ai jamais enregistrés. Ça aurait mal vieilli. C’est pour ça que je ne fais jamais de name dropping dans mes chansons, c’est le moyen idéal pour les dater.


Benjamin Biolay (Marlène déconne) par Immendorff

Comment vivez-vous le fait de parler de son disque à des journalistes ?

C’est périlleux. Un disque se suffit à lui-même. Les gens qui achètent des disques, on ne va pas leur expliquer ce que signifie telle ou telle chanson. Avec vous, c’est intéressant parce que vous vous êtes rendu compte que je codais comme un cochon. (Rires). Ça ouvre un champ de discussion.

Est-ce que vous êtes étonnés de tout ce qui vous arrive ?

Je vous parle très franchement. J’ai un bol de malade. J’ai toujours eu l’instinct de me dire « ne rate pas cette chance, même si ça va être compliqué ». Il ne faut jamais tourner le dos à la chance. Il faut vraiment savoir la saisir. J’en ai eu tellement, que même moi, ça m’impressionne. Je viens de Villefranche-sur-Saône, d’une famille très cultivée, mais de smicard qui ne connaissait personne dans un quelconque milieu artistique. Ça a été un combat et en même temps beaucoup de joie.

Au début de votre carrière, il y avait les pour et les contre.

Il y avait plus souvent les contre.

Et aujourd’hui, on entend plus que des pour.

Je préfère ça que le contraire.

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Le 25 octobre 2012, à l'issue de l'entretien.

14 novembre 2012

Jorane : interview pour L'instant aimé

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"Peu d’artistes au Québec ont un parcours et un son aussi singuliers que l’auteure-compositrice-interprète de renommée internationale qu’est devenue Jorane. Forte de dix albums, de centaines de spectacles à travers son pays, de plusieurs tournées mondiales et de collaborations artistiques aussi riches que variées, elle séduit public et critique, laissant une trace indélébile dans le paysage culturel".

jorane,l'instant aimé,interview,mandorPrésentation de l’album :

Jorane, découverte grâce aux albums Vent fou et 16mm, fée prodige du violoncelle et des voix aériennes nous revient femme et en pleine possession de sa fougue créatrice. Sur son nouvel album, après 15 ans d'expériences musicales intenses et très variées, Jorane revient à ses premières amours : des compositions instrumentales audacieuses, de longs échanges violoncelle/voix intenses, des chansons à texte poétiques et quelques reprises bien choisies, déconstruites et reconstruites à sa manière.

Jorane est venue à l’agence (merci Flavie Rodriguez…une xième fois), le 18 octobre dernier, présenter son dernier né. Un bijou absolu!

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Interview :

Je ne connais rien de votre vie. Avez-vous été élevé dans la musique?

Elle était très présente en tout cas. On avait un piano à la maison, mais on ne faisait pas de grandes fêtes musicales comme dans certaines familles québécoises ou tout le monde joue de tout. On m’avait inscrit à des cours de piano étant toute jeune. J’ai utilisé le piano comme moyen d’expression, sans apprendre vraiment à en jouer. Ensuite, j’ai appris la guitare classique, puis le violoncelle. Ça a été le coup de foudre pour cet instrument. Je savais que je voulais faire de la musique dans ma vie, mais j’ai été chanceuse que le violoncelle arrive assez tôt dans mon cheminement musical, pour que je puisse en faire mon instrument principal.

Vous venez en France de manière épisodique, mais je crois toujours avec plaisir.

Au début, j’étais ici tout le temps. Les premières fois que je suis venu en France, c’était en 1998, 1999. Je me rappelle d’avoir fait des tournées ici de plusieurs mois d’affilées. Là, ça fait 6 ans que je ne suis pas passé par ici.

En France, tous vos albums ne sortent pas. J’en ai comptabilisé 4 qui sont arrivés jusqu’à nous.

C’est ça. Oui, Vent fou, 16 mm, The You and the Now et puis celui-là, L’instant aimé. Mais, moi, j’en suis à mon dixième disque au Québec.

Teaser de l'album L'instant aimé.

jorane,l'instant aimé,interview,mandorL’instant aimé est le disque d’une artiste exigeante. C’est la première fois que j’entends un album commencer par un texte de René Char.

Je n’ai pas mis souvent des poèmes en musique. Le poème n’a pas besoin de musique pour pouvoir vivre, c’est même un peu délicat de se lancer dans cet exercice. L’an dernier, alors que j’étais en concert, on m’a apporté des cadeaux parce que c’était mon anniversaire. Parmi lesquels un recueil de poèmes de René Char. Je l’ai découvert et quand je suis tombé sur ce poème là, "Allégeance", ça a été un vrai coup de foudre, un véritable choc. Ce poème, je l’ai d’abord mis en musique spécialement pour un concert avec l'ensemble à cordes Imusici de Montréal (Moment de grâce et bougie d'allumage du projet), puis, réinterprété et réarrangé pour l'album.

C’est une sacrée responsabilité tout de même.

Il faut vraiment laisser parler l’instinct, il faut y aller avec nos émotions et il ne faut surtout pas installer des barrières au début, sinon, tout perd de son sens et c’est là qu’il ne se passe rien, que la page reste blanche. Dans l’art, c’est d’abord l’instinct, après on voit si ça vaut la peine d’être partagé.

Faut-il faire en sorte d’aller à contre-courant des autres?

Oui. Ça dépend de l’artiste et de ce qu’il a envie de partager. Moi, par exemple, avec cet album-là, je me suis dit : « OK, je fais une instrumentalisation qui vient me chercher, mais comme je ne suis pas un « band » avec les mêmes musiciens tout le temps, j’ai le plaisir de pouvoir colorer les chansons selon mon bon vouloir ». Il faut oser. Il faut travailler. Bon, je pense que c’est ce que font tous les artistes.

Pas toujours de manières si prononcées. Dans votre deuxième morceau, vous chantez, mais sans paroles. Ce sont des vocalises…

On m’a connu avec l’album 16 mm et tout l’album était élaboré avec ce principe. Il était en entier sans paroles, mais avec la voix partout. Du coup, les gens ont prétendu que c’était un langage à moi, du « joranien ». J’ai gardé ce terme-là parce que ça me fait rire. Je compare ça grossièrement à un crayon. Si on ne prend un crayon que pour écrire des mots, on passe à côté du dessin. Moi, j’utilise ma voix pour en faire de la musique.

C’est amusant, parce que je pourrais tout à fait comprendre ce genre de procédé par quelqu’un qui ne fait pas trop attention aux textes, alors que vous, vous y attachez une forte importance.

Pour que je décide d’inclure des paroles dans une chanson, il faut que ça en vaille la peine. La musique, au départ, c’est mon premier véhicule. Souvent la mélodie m’indique si j’ai besoin d’un texte ou non. Je suis mélodiste et j’aime les rythmes. J’estime que les mots ne sont pas toujours essentiels.

Jorane & I Musici - Festival International de Jazz de Montréal 2012
Réalisation et post-production : Andrew David
Caméra : Stefan Nitoslawski, Helmi Nabli et Andrew David
Enregistrement sonore : Geoffrey Applebaum

Quand vous décidez de reprendre les chansons des autres, comme c’est le cas avec celle d’Indochine et celle de Diane Dufresne, c’est toujours d’une manière, disons… surprenante.

C’est une variation sur le thème de.  C’est offrir une autre vision de cette chanson. Ce sont les mêmes accords, les mêmes enchaînements, les mêmes mots, mais l’intérêt de reprendre une chanson, c’est de lui donner une autre couleur.

D’ailleurs, votre précédent album sorti au Québec, Une sorcière comme les autres, était un album de reprise de chansons francophones.

C’est la première fois que j’enregistrais un album d’interprétation. Il y avait notamment deux chansons d’Anne Sylvestre. Je comparais cela à un kaléidoscope. C’est faire passer sa lumière à travers la couleur des autres.

Il faut vraiment faire un effort pour rentrer dans votre univers, mais quand on y est, on n’a plus envie de le quitter.

C’était encore plus difficile dans mes précédents albums. Celui-ci est beaucoup plus accessible, plus ouvert, moins hermétique. Certains de mes anciens albums étaient des albums « cocons ». Pour 16 mm, certains trouvaient cet album super sauvage, mais pour moi, c’était on ne peut plus réconfortant parce que je parlais d’un univers sans limites, qui me correspondais complètement. J’entendais que c’était des albums « dark », plus mélancoliques. Dans mon nouvel album, L’instant aimé, c’est vraiment l’inverse. Après le cocon et la chrysalide, voilà aujourd’hui le papillon. C’est un album confortable et réconfortant. Ça doit aussi venir du fait que je suis maman désormais.

Quand vos albums sont noirs, c’est parce que vous êtes « dark » intérieurement.

Mes disques ont toujours un lien avec mon état d’esprit. Mais, ça vient plutôt de mon côté chercheuse, décortiqueuse, exigeante. Je suis dans un laboratoire musical. Je conçois la musique comme un jeu, parfois joyeux, parfois plus sombre, selon les moments...

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13 novembre 2012

Philippe Manoeuvre : interview pour 10 albums cultes des années 60, 70 et 80

philippe manoeuvre,les 10 albums cultes des années 60,70 et 80

Une interview express de l'ami Manoeuvre à l'occasion de la sortie de sa collection des 10 albums cultes des années 60, 70 et 80 (une exclusivité FNAC). Le 18 octobre dernier, il a donc accepté de me recevoir dans son QG général. Un bar à côté de chez lui... voici le fruit de cet entretien pour ActuFnac (daté du mois de novembre 2012).

(Bon, parfois, il y a des bugs... l'avant dernière question est tirée d'une autre interview. Ce qu'elle fait là? Un grand mystère. Mais, bon, voilà, ça arrive...).

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11 novembre 2012

Daniel Lavoie : interview pour J'écoute la radio

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Daniel Lavoie a une double actualité : la sortie récente de son album J’écoute la radio et son concert à La Cigale, le 13 novembre prochain.

Star au Québec, certes, mais en France, il est loin d'être un inconnu. Midem d’or à Cannes en 1985 pour la chanson « Ils s’aiment », Victoire de la musique du meilleur Album Francophone pour « Tension Attention » puis « Vue sur mer », sans oublier les Victoires qui ont récompensées Notre-Dame de Paris notamment pour la chanson "Belle" à laquelle il prête sa voix en compagnie de Patrick Fiori et Garou. "Ils s’aiment" est aujourd’hui inscrite au patrimoine de la chanson française, représentative des grands « tubes » des années 80 et reprise à travers le monde.

Je l’avais déjà mandorisé en 2007. L’idée de le recevoir à nouveau m’a traversé l’esprit quand j’ai su qu’il fêtait son 40e anniversaire de carrière. (Merci à Christelle Florence de m’avoir organisé cette interview en deux temps, trois mouvements).

daniel lavoie,j'aime la radio,la cigale,interviewPrésentation officielle de l’album J’écoute la radio :

Pour son 22e album, Daniel Lavoie retrace 40 années de carrière et propose 11 relectures de ses plus grandes chansons, de "Ils s'aiment" à "Je voudrais voir New-York" en passant par "Tension Attention" et "Où la route mène", premier extrait de J'écoute la radio, d'ailleurs complété par une chanson inédite du même titre. Réalisé de façon épatante par Marc Pérusse, J'écoute la radio est un album qui réaffirme toute la stature de l'auteur, compositeur et interprète, de ses textes forts, portés par de nouveaux arrangements riches et habiles, et de sa voix, unique, toujours immense.

Jeudi dernier (le 8 novembre 2012), Daniel Lavoie, accompagné de Virginie d'ABACABA, est venu à l’agence, pour évoquer cet album, sa carrière et son concert à La Cigale.

daniel lavoie,j'aime la radio,la cigale,interviewInterview :

Vous sortez en album tous les deux ans depuis 22 ans. C’est dingue cette régularité !

C’est une habitude qui est devenue au fil des années une façon de vivre. Par contre, rassurez-vous, ça ne devient pas une routine parce qu’on risque notre gueule à chaque fois. Quand on fait un album, c’est toujours difficile, surtout quand on est là depuis longtemps. Comme disait Gilles Vigneault, « on devient un bibelot qu’on oublie d’épousseter ». On ramasse un peu la poussière et il faut se fouetter pour toujours retrouver sa brillance, se renouveler.

Il faut s’épousseter soi-même ?

Oui, c’est exactement ça. Moi, j’ai toujours beaucoup de bonheur à faire de la musique donc je continue à faire ce que j’aime. C’est mon moteur.

Il parait que c’est en faisant vos courses dans une grande surface que l’idée de ce disque à germé. Vous avez entendu une ancienne chanson à vous et vous vous êtes fait la réflexion qu’elle était affreuse. 

Ça s’est passé exactement comme ça. J’ai entendu une chanson qui s’appelle « Je voudrais voir New York » qui a été un gros tube au Québec et ici en France. En écoutant sa réalisation des années 80 avec des montagnes et des océans de réverbérations, d’échos, un gros solo de sax un peu ringard, je me suis dit, « non, ce n’est pas possible ! Cette chanson mérite mieux que cet arrangement.» Pour ce disque, j’ai choisi des chansons que j’aime qui gardaient une pertinence en 2012 et qui correspondent encore à ce que nous vivons. J’ai eu envie de leur donner un habillage beaucoup plus naturel afin qu’elles respirent mieux.

Vous n’avez choisi que des chansons importantes, celles qui ont été des tubes…

Oui, uniquement des number one au Québec. C’était des chansons que le public a choisies. Etonnement, ce sont des chansons qui pour moi ont encore un sens aujourd’hui.

Daniel Lavoie - Lancement J'écoute la radio from Spectra Musique on Vimeo.

Avec vos nouveaux arrangements, cet album unifie vos chansons. On a donc l’impression d’un disque inédit…

J’avais envie que ces chansons-là aient ce genre d’unité. En 40 ans de carrière, j’ai appris beaucoup de choses en technique d’enregistrement, en travail en studio, en choix. Ce n’est pas un disque qui se veut au goût du jour, qui essaie de faire dans le moderne, qui essaie de racoler. C’est un disque qui se veut très naturel, interprété avec de bons musiciens et de bons instruments, avec une prise de son très léchée et très travaillée.

Vous trouvez que vous chantez mieux aujourd’hui qu’à vos débuts?

Indéniablement. Je suis beaucoup plus conscient de ce que je fais quand je chante. Chanter, c’est un métier. Je m’en suis rendu compte avec les années. À mes débuts, je chantais sans y penser. Je ne réfléchissais pas à la technique, mais petit à petit j’ai appris comment me servir de ma voix pour en faire un instrument d’émotion.

Vers 45 ans, vous avez commencé une carrière dans la comédie musicale… vocalement, ça change tout, non ?

Vous ne croyez pas si bien dire. J’ai fait Notre Dame de Paris et Le Petit Prince. Deux expériences très exigeantes vocalement.

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Au point de remettre en question votre façon de chanter ?

Oui. On se rend compte qu’il y a une discipline que l’on doit s’imposer. Avant, je ne m’en imposais aucune. J’y allais et ça tenait toujours le coup, mais là, je n’avais plus le choix. Je n’avais pas le droit ni à l’erreur, ni à la défaillance. Il fallait vraiment que je me discipline et que je travaille. C’est ainsi que je suis arrivé au niveau demandé.

C’est un peu comme un sportif… il faut de l’entraînement constant.

Tout à fait. Il faut s’entraîner. Dernièrement, on a refait les concerts de Notre Dame de Paris en version symphonique.Ca m’a pris un mois de travail très intense pour, de nouveau, réattaquer ce répertoire.

Revenons à ce disque. Il va permettre aussi aux jeunes générations de vous découvrir…

Je ne sais pas si ça va les intéresser, mais en tout cas, ils ont avec cet album un condensé de 40 ans de travail en 12 chansons. C’est le meilleur de mon « œuvre ». Je sais qu’au Québec, il y a des jeunes qui redécouvrent mon travail. J’ai l’impression que l’on saute une génération. Les enfants de ceux de ma génération ne voulaient rien entendre de moi. Leurs parents m’avaient écouté et encore écouté et aujourd’hui, ce sont les petits-enfants qui sont, de nouveau, intéressés.

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Généralement, on aime bien entendre les tubes dans leurs versions originales, avec les arrangements de l’époque.

Je crois que les gens qui connaissent mes chansons trouvent autre chose dans cet album. Beaucoup me disent qu’ils entendent les textes différemment.

Est-ce que vous aussi, avec ces nouvelles orchestrations, vous redécouvrez vos chansons ?

Je retrouve surtout le plaisir de chanter ces chansons. Pendant de nombreuses années, j’en ai trafiqué pas mal, mais je cherchais une forme définitive qui demandait un vrai travail. Très difficile parfois. C’est ce qu’on a fait avec Marc Pérusse. On a pris le temps de décortiquer chaque chanson. D’en faire une, deux, trois versions différentes et de se demander laquelle est la plus crédible et la plus honnête. On a mis une année complète pour enregistrer cet album. « Jour de plaine » par exemple, j’en avais marre de la chanter. En la revisitant, je redécouvre une chanson que j’aime et je reprends grand plaisir à la chanter de nouveau.

Est-ce qu’on peut dire que l’ambiance est folk ?

Mon vocabulaire premier dans cet album, c’est vraiment celui des années 70. Je dirais que la musique s’apparente au folk rock. C'est-à-dire, des batteries, des guitares acoustiques, du piano, de très belles basses et de temps à autre des cuivres.

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Que va-t-on entendre sur la scène de la Cigale mardi soir (13 novembre 2012) ? Ce disque dans son entier ?

J’ai 4 musiciens et la scène nous permet de prendre des libertés par rapport au disque. On en prend donc, mais ce sont quand même les mêmes arrangements. Je vais chanter quasiment tout l’album J’écoute la radio et plus. Je vais même revisiter Notre Dame de Paris. Il faut que je le reconnaisse, il y a des gens qui ne me connaissent qu’à travers cette comédie musicale. Les gens sont très heureux quand je chante ces morceaux.

Et rendre heureux les gens, ça me paraît la moindre des choses pour un artiste.

Voilà pourquoi j’ai dit à Denis Bouchard, qui a fait la mise en scène de mon spectacle, que je voulais faire pour la première fois de ma vie un « feel good », c'est-à-dire un show qui fait plaisir aux gens. J’ai accepté de faire toutes les chansons que veulent entendre les gens. Ça n’a pas toujours été le cas. Je veux qu’ils ressortent avec le sourire aux lèvres.

Globalement, êtes-vous satisfait de la façon dont votre carrière s’est déroulée ?

Je suis en paix avec ce que j’ai fait, les choix, mes décisions. J’en ai pris des mauvaises parfois et elles m’ont coûté très cher. J’ai mangé de bons gros coups sur la gueule, mais j’ai appris plus des coups durs que des succès. J’en ai eu aussi pas mal d’ailleurs. J’ai eu de gros tubes avec des chansons à moi, avec des chansons des autres, j’ai fait de la télé, du cinéma. Je ne suis jamais devenu une icône, mais je m’en fous complètement parce que je ne pense pas que je laisserai grand-chose… et ce n’est pas grave.

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Je sais que vous aimez beaucoup la France.

Oui, pourtant, j’ai conscience d’avoir parfois un peu trop négligé le public français. Je le regrette. J’aurais dû être plus présent. C’est incompréhensible parce que j’adore la France. J’ai passé beaucoup de temps ici et j’y ai beaucoup d’amis. Je connais Paris par cœur. Je suis un grand marcheur. J’y ai marché de fond en comble, de mur en mur. J’aime profondément cette ville.

Je sais qu’au Québec, vous alignez les tubes depuis 40 ans, mais en France, on vous parle toujours de la même chanson : « Ils s’aiment ».

C’est certain que j’aurais bien aimé que d’autres chansons aient des échos similaires pour le public français, mais bon. Il aurait probablement fallu que je vive en France et que je m’y attarde. Il aurait fallu qu’à chaque album je fasse de la promotion comme au Québec. Je peux aussi me dire que je n’ai jamais fait de musique facile d’approche et je n’ai pas toujours fait des chansons commerciales. J’accepte avec sérénité ce phénomène.

daniel lavoie,j'aime la radio,la cigale,interviewParlons à présent d’une activité que je ne connaissais pas de votre part, la littérature. Avec Finutilité, de l'infini au futile et à l'éphémère, vous signez votre première œuvre littéraire.

C’est un recueil de poésies, de pensées. En fait, j’appelle ça des essais poétiques. Ce sont des petits textes philosophiques très courts. C’est ma vision de la vie, mon testament existentiel. C’est un petit peu grâce à la France que ce livre existe. Lors de ma dernière tournée, vous vous en souvenez parce que vous étiez au concert de l’Européen, je lisais entre les chansons. Et les gens, à la fin du spectacle, me demandaient de qui étaient ses textes et où on pouvait se les procurer. J’étais bien obligé de répondre que c’était les miens et qu’ils n’étaient pas édités. À force de me le faire répéter, je me suis dit que c’était une bonne idée de les publier. J’ai proposé à une éditrice manitobaine, c'est-à-dire dans les plaines de mon patelin, si ça l’intéressait. Elle m’a dit oui. Ce livre a plutôt bien marché. Dans ce genre-là, c’est un best-seller au Québec.

Et écrire un roman ?

Non. Je ne suis pas un coureur de fond. Je suis un sprinteur. Ma femme est écrivain. Elle écrit des romans et je vois le travail. C’est autre chose. Moi, je suis quelqu’un qui veut terminer dans la journée ce qu’il a commencé le matin. Le travail de longue haleine, ce n’est pas dans mes gènes.

Écrivez-vous des chansons de plus en plus facilement ?

Oui, très franchement. J’ai trouvé des moments dans la journée pour écrire. Je trouve que quand on prend une habitude et qu’on la garde, il se crée un mouvement qui fait que si, à ce moment-là de la journée, je m’assois et je prends une plume, il y a des choses qui sortent… et ce n’est pas toujours con. Parfois, même, c’est bien.

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Avec Patrick Fiori et Garou pour le revival de Notre Dame de Paris en version symphonique l'année dernière.

Vous travaillez sur des nouvelles chansons, là, en ce moment ?

Je me suis lancé un gros défi. Je travaille sur un opéra rock, une comédie musicale un peu particulière.

Ah bon ! Vous ne pouvez pas m’en dire plus ?

(Il hésite). Le sujet peut m’attirer la foudre. Je n’en parle pas trop, mais je peux vous dire que ça parle des Amérindiens et de leur culture. Ce qu’elle était et ce qu’elle est devenue, ce, par le biais d’un chanteur amérindien qui fait un show rock. Ça va choquer beaucoup de monde, je pense.

En vous voyant m’en parler, j’ai l’impression que ce sujet vous touche. Pourquoi ce thème ? Est-ce lié à quelque chose qui vous concerne ?

C’est un sujet qui est très proche de moi, parce que mes parents ont adopté deux Amérindiennes. J’avais 12 ans quand la première est arrivée chez nous. Elle avait 6 mois. Une deuxième de 4 ans et demi est arrivée après. Elles sont devenues mes sœurs. Je les ai vues grandir. Je les ai vues grandir avec les problèmes des Amérindiens, malgré le fait qu’elles vivaient chez les blancs. Si elles avaient voulu vivre normalement, elles auraient pu, mais la vie, un foutu un bordel de merde, les a rattrapé. Il y en a une qui s’est fait assassiner par la police il y a trois ans et l’autre qui vit aujourd’hui difficilement. C’est un peuple qui peine à s’émanciper parce qu’il est resté accroché à leurs vieilles façons, à leur vieille tradition, comme s’ils refusaient d’évoluer et ça les fait souffrir immensément. C’est terrible.

Et bien… je ne sais pas qui vous dire. Ce projet est bien avancé ?

Très bien avancé. Il y a même une date  de sortie déjà prévue. 2014.

Pour finir, ce disque-là, vos trois soirées à Bercy pour le revival de Notre Dame de Paris en version symphonique, c’est quand même bien la preuve qu’une chanson est vivante. Que si on l’habille autrement, elle peut ressortir et embellir…

Bien sûr et heureusement. Moi, j’espère que mes chansons seront reprises un jour par des jeunes pour que je puisse les voir vivre autrement. Une chanson, ou bien elle vit, revit, ou bien elle disparait et elle meurt. C’est comme nous. Ou bien on fait quelque chose, ou bien on meurt.

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Avc Daniel Lavoie, le 8 novembre 2012.

10 novembre 2012

Gaspard LaNuit : interview pour la sortie de La Trêve

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gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorGaspard LaNuit a sorti le 5 novembre dernier, La Trêve (Trois Heures Moins Le Quart/L'Autre Distribution), son quatrième album. Pop rock, noir, exigeant, pointu, mais accessible et surtout addictif. Une écoute en appelle une seconde, une seconde en appelle une troisième...etc.  L’occasion était belle de le rencontrer cet auteur-compositeur interprète au talent encore mésestimé. (L'écouter sur Deezer).

(Sa page Facebook).

(Sa page Noomiz)

Pour faire plus ample connaissance, voici sa biographie très largement inspirée de l’« officielle » et un peu raccourcie :

Marc Chonier, bientôt quadragénaire, a fait tout plein de boulots avant d’intégrer différentes écoles de musique et de spectacle. Il a « créé » en 1997, Gaspard LaNuit, cet autre lui-même, ce fantôme qu’il trimballe dans ses poches trouées et à qui il fait dire, raconter, chanter ce qu’il ne sait dire autrement.

Après Comme un chien paru en 2009 (album Sélection FIP, en playlist sur France Inter & Radio Néo, Le Mouv', RFI…), et une création avec John Parish autour des écrits de Raymond Carver, Gaspard LaNuit sort un 4ème album. On y décèle les influences de John Parish, Grinderman, The Ex, … Ses textes français mélancoliques à l’humour grinçant se mélangent à sa verve et à son énergie, renforcés d’une écriture précise, subtile et sans concessions.

Gaspard LaNuit est venue à l'agence, le 29 octobre dernier.

Interview :

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gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorGaspard LaNuit n’est pas un artiste qui débarque aujourd’hui. Il est né en 1998…

Ce nouvel album est le quatrième. Le premier date de 2003. J’étais en piano-contrebasse-voix, après ça a évolué en piano-contrebasse-clarinette-voix. C’était entre « rive gauche » et des gens que j’aime beaucoup comme Allain Leprest et Romain Didier. Je voulais vraiment m’inscrire dans cette famille là.

Pourquoi as-tu pris un pseudonyme ?

Je voulais mettre une barrière entre ce moi là et l’autre moi. Je voulais créer un personnage par rapport à la scène… et même au disque. J’étais encore aux ACP, qui s’appellent maintenant La manufacture chanson,  quand j’ai créé le nom. Tous les autres élèves me disaient que ce nom ne m’irait pas du tout. C’était assez drôle. Ils me connaissaient « rive gauche », alors ils ne comprenaient pas.

Mais toi, à la base, tu es plutôt rock.

Oui, mais j’ai vraiment été nourri au rock et à la chanson française. Ça fait partie de mon ADN. J’ai une sœur qui a 9 ans de plus que moi. Quand on était petit, nous étions dans la même chambre et elle écoutait Pink Floyd, Todd Rundgren, Police, Jimi Hendrix, Randy Newman, King Crimson… mais en même temps, mes parents écoutaient, Brel, Brassens, la musique yiddish, Farid El-Atrach et Oum Kalsoum, un peu de jazz, une peu de classique, le « stop ou encore » sur RTL, tous les samedis et dimanches. J’écoutais beaucoup de variétés, donc. D’ailleurs, quand j’étais ado, j’écoutais Souchon, Jonasz… et j’aspirais à devenir ce type d’artiste, en fait.

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Finalement, toi tu es passé de la chanson dite « réaliste » à des chansons rock sombres.

Mais, ça s’est passé progressivement. J’ai cherché, j’ai provoqué le glissement. À la fois, j’aimais Allain Leprest et Romain Didier, deux artistes que j’ai connus vers l’âge de 20 ans, mais j’écoutais aussi, à la même époque, Tom Waits, Randy Newman et toute cette pop dont j’étais complètement fou. Et je savais que j’allais tendre vers ça. Il y a eu une rupture musicale avec mon pianiste,  qui était celui de l’école, presque une rupture sentimentale. C’était si douloureux que je me demandais si j’allais pouvoir rebondir. Je ne voulais pas jouer seul sur scène. J’ai fini par rencontrer le frère de la clarinettiste avec laquelle je jouais, Boris Boublil, qui joue avec moi depuis plus de 10 ans maintenant. Et avec lui, on a commencé à électriser ma musique. On a trouvé un moyen de pour faire des sons crunchy. En fait, j’avais envie de salir ce que je faisais.

C’est marrant que tu dises cela, parce que j’ai ressenti cela sur ton nouvel album, La trêve. Surtout dans tes 6 derniers titres.

Oui, c’est pour ça qu’on les a mises dans la deuxième moitié du disque. Avec cet album, c’est encore une autre étape. Dans le premier album, Ton fantôme, qui est très chanson jazz, il y avait beaucoup de place à l’improvisation, avec quelques plages très électriques. Je me cherchais un peu, je pense. Juste après la sortie de cet album, je rencontre un musicien qui s’appelle Fred Pallem. Aujourd’hui, il bosse pour plein de gens, mais on a travaillé tous les deux 8 ans ensemble et on a fait deux albums. Il était temps et Comme un chien. Fred m’a amené vers une musique très gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorélectrique. Il fallait que je me débarrasse de ma vieille peau du mec qui n’écoutait que Neil Young ou Nick Cave. Ce n’était plus ce que j’avais envie de donner sur scène. Avec Comme un chien, on a été au bout de ça. J’ai senti une limite. Il fallait que j’aille encore ailleurs. Je me suis donc séparé de Fred. Je me suis resserré, avec Boris, dans un petit noyau. On a fait ce nouveau disque à trois, avec aussi Guillaume Magne.

Tes références en écriture, je les aime beaucoup. Boris Bergman, Jean Fauque et Wladimir Anselme.

Wladimir, c’est d’ailleurs lui qui a fait l’Artwork de mon album. Ca fait 20 ans que l’on se connait, mais juste 10 que l’on se connait bien. Pour moi, c’est l’un des plus brillants auteurs français depuis longtemps. Je trouve son travail complètement dingue. Avec son album Les heures courtes, j’étais persuadé qu’il n’allait plus rester confidentiel.

Comme lui, tu ne fais aucune concession par rapport à la musique que tu veux jouer.

Sur ce nouveau disque, il n’y a aucune concession, mais alors, vraiment aucune. Je l’ai pensé presque comme un concert. Je sais que ça ne va pas être simple d’emmener le public dans mon univers, à la frange entre un son anglais dans l’écriture musicale et français dans les textes.  Il y a très rarement des couplets/refrains. Bon, j’ai quand même fait en sorte de ne pas faire de la musique trop hermétique. La chanson qui me touche le plus dans le disque, c’est Le fossé. Je l’ai mise en premier sur le disque parce que j’avais l’impression que c’était presque plus épidermique et qu’elle permettait de rentrer petit à petit dans ma musique.

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Je sais que tu as du mal à écrire un texte. J’imagine que c’est parce que tu es très exigeant.

C’est un enfer. Plus le temps passe, pire c’est. Parce que j’essaie de ne pas me répéter. J’essaie d’utiliser un champ sémantique différent. Dans le précédent, il y a un certain vocabulaire, une certaine manière qui est assez marquée. Dans le nouveau, ma manière d’écrire a rendu mes chansons plus mélodiques. L’écriture, pour moi, ça peut-être douloureux ou spontané.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorTu m’expliquais en off, qu’il y a des chansons qui te tombent dessus sans que tu n’y puisses rien. Quasi de l’écriture automatique. Tu ne trouves pas ça dingue ce genre d’inspiration ?

Ça ne m’apparait pas comme dingue. Ça ne m’étonne pas. Ça me fascine, mais ça ne m’étonne pas. Et heureusement que parfois, ça se passe comme ça, sinon, je ne suis pas sûr de continuer à écrire. (Rires). Je vis ça comme si on autorisait  l’ouverture d’une porte que d’autres personnes ne veulent pas ouvrir. C’est une sorte de porte de sensibilité. Après, derrière ça, il y a une histoire de travail. Aujourd’hui, ce qui me tombe, c’est juste deux trois phrases, après, je vais au charbon.

Tu luttes pour ne pas écrire de la même façon d’album en album?

Oui, c’est pour ça que j’aime bien des types comme Bertrand Belin. Je tends à me diriger vers une écriture comme la sienne. Je cherche à évoluer à l’intérieur de mon travail. Je ne m’interdis rien. Qu’est-ce qu’on recherche dans ce métier ? L’excitation.

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Playing Carver avec de gauche à droite, Marta Collolica, Boris des Atlas Crocodile, Gaspard Lanuit et John Parish.

Tu n’as pas que ta carrière Gaspard LaNuit. Tu participes à deux autres projets.

Un que nous avons créé au mois de mai avec Boris et d’autres musiciens, un projet qui s’appelle Playing Carver qui est autour des nouvelles et des romans de Raymond Carver. C’est un spectacle qu’on a conçu en mai dernier avec John Parish, l’alter ego de PJ Harvey, qui est une personne qu’on vénère. Il y a un autre projet que j’avais monté il y a deux ans avec une chanteuse qui s’appelle Clarys et Guillaume Magne, mon guitariste. C’était une espèce de commande qui s’appelle « Dommages à Bashung ». Il fait partie de mes grands maîtres. Le but de ce projet, que l’on va rejouer en mars, c’était de quasiment ne pas jouer de Bashung. C’était plutôt de jouer des morceaux qui l’avaient influencé ou qu’il avait chantés, mais qui n’étaient pas de lui. Du Moody Blues, du Manset, du Christophe et deux, trois chansons à lui.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorBashung, il m’impressionne parce qu’il a déstructuré la façon de chanter.

Il a déstructuré la façon de penser un album, la façon de penser l’écriture, tu peux ajouter. Je me souviens de son album L’imprudence, en 2003, qui est pour moi l’album clef de Bashung. J’étais en train d’enregistrer mon premier album. Ça a été une souffrance absolue.

Pourquoi ? L’étude comparative ?

Oui. J’étais à un niveau, dans l’idée et dans le travail et à ce moment, Bashung sort ce chef d’œuvre avec que des musiciens que j’admire, qui viennent de la musique improvisée américaine, new-yorkaise et que j’écoute depuis que je suis ado. Pendant un an, j’ai écouté cet album au moins une fois par jour.

Tu t’es fait du mal tout seul. C’est maso comme comportement.

Je ne pouvais pas faire autrement. Je crois que cet album a été ma plus grande claque dans la gueule. Il a vraiment créé une école.

Tu es à la Java lundi (12 novembre 2012).

Oui, je vais présenter ce nouvel album et la nouvelle formule parce qu’on est passé de trois musiciens à quatre. On va monter sur le ring pour défendre ce disque. La musique, c’est quand même un combat.

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