Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09 novembre 2014

AndonI Iturrioz : interview pour L'insolitude

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandor

(Photo : Thibaut Derien)

A la question posée maintes fois à AndonI Iturrioz ces derniers jours, « pourquoi avoir repris ton vrai nom ? », l’artiste basque a répondu sur son site par une « lettre explicative quant à l’abandon du nom Je Rigole ».

La voici : "J'en ai marre de "Je rigole.", je m'appelle Andoni Iturrioz ! »

Plus sérieusement, j’ai soutenu ici par deux fois l’œuvre de Je Rigole (voir  en 2012 et en 2010), je continue donc à mettre en avant celle d’AndonI Iturrioz.

J’aime ses chansons. Ses textes et sa musique provoquent en moi une véritable tempête intérieure. Je suis touché par sa poésie, son émotion et son ironie… et par la force qu’il dégage.

L’homme vient de sortir un nouvel album, L’insolitude, et il sera en concert à l’ACP La Manufacture Chanson (espace Christian Dente, 124 Av de la République, 11e), les mercredis 12 novembre, 26 novembre et 10 décembre prochain.Lisa Portelli, Bertrand Louis et Xuan Lindenmeyer seront avec lui sur scène.

AndonI Iturrioz est donc passé à l’agence, le 8 octobre dernier pour une troisième mandorisation.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorArgumentaire de l’album L’insolitude (signé Laurent Bosc) :

Deux ans après son premier album, AndonI Iturrioz (anciennement "Je rigole.") revient avec L'insolitude.

Ici, on dit "chut" en hurlant ! Les rythmes sont barbares et doux, la cacophonie mélodieuse.

On embarque sans rien dire, et on a raison ! Il y a du monde dans tous les coins ! Candides coupables, amoureux cachés, chamanes en exorcisme, tous scrutent les passagers d'Andoni comme un bosquet sur du bitume. On y voit l'homme qui rit d'être habité par ce qui le dépasse, des aurores galopantes et des tempêtes tranquilles. Même la fin du Monde est en nuage...

On se voit dans un rituel initiatique où la beauté ressuscite les vivants. Le mal essore la vie pour en sortir le jus. La transe est entêtante ! On se balade dans les ruines d'un monde plus vivant que le nôtre.

Le voyage d'Andoni n'est pas de la chanson. C'est un témoignage qui nous parle d’ici, une parabole de ce qu'il y a en nous, caché, profond, sombre, intrépide. C'est un plan d'évasion scandé par un poète qui a touché la grâce.

L'insolitude n'est pas un disque. C'est une percée dans la magie du Monde.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandor

(Photo : Thibaut Derien)

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorInterview :

Revenons une dernière fois sur ton changement de nom.

Ce disque est dans la continuité du premier album de Je Rigole. Nous étions alors vraiment un groupe. Petit à petit, je me suis rendu compte que Je Rigole était devenu mon pseudonyme. On me présentait comme « monsieur Je Rigole ». Être « monsieur Je Rigole » pendant les quinze prochaines années de ma vie, ça ne me tentait pas.

Je comprends. Et puis, ça ne correspond pas vraiment à tes chansons.

On peut rire en m’écoutant, mais c’est un rire noir.

Cet album a été conçu avec Bertrand Louis. Quand je l’ai reçu ici, il était en plein enregistrement de ton album et semblait très enthousiaste. Vous avez deux fortes personnalités, ça a été simple de travailler avec lui ?

Il n’y a eu aucun problème. On s’entend très bien et on se comprend parfaitement. Je l’emmène dans des endroits où il ne va pas d’habitude et lui, il met ses outils et son savoir-faire musical à mon service.

"L'insolitude".

Compositeur : Andoni Iturrioz / Lisa Portelli
Arrangements : Bertrand Louis
Réalisation : Pierre Guenoun
Production : J'ai vécu les étoiles

Ce deuxième album n’est pas aux antipodes du premier. Faut-il toujours préserver une identité musicale forte ?

Il faut préserver sa démarche. J’ai des références et des influences dans différentes musiques et je prends des petites parcelles de chacune pour construire mon univers. Quand je les adapte à mon monde, ça devient autre chose et quand je découvre ce que c’est, ça ressemble à ce que je suis.

Je trouve que cet album est un peu plus chanté que le précédent. Tes textes sont un peu moins scandés.

Je trouve aussi, mais ce qui est drôle, c’est que les avis, à ce sujet, sont très contradictoires. D’autres personnes trouvent que c’est moins chanté que le premier. Je dirais que dans cet album, les voix sont un peu plus posées. Je voulais qu’en m’écoutant, on soit à l’intérieur de soi. Je n’avais pas envie de déclamer. Dans ce disque, il y a des explosions, mais internes.

Il me semble aussi que tes musiques sont plus mélodiques.

Encore une fois, d’autres me disent le contraire. Certains trouvent ce nouvel album plus fermé, plus expérimental. Mais, moi, je suis d’accord avec toi. En tout cas, c’est un disque qui est plus produit et mélodiquement, j’ai essayé d’aller plus loin. Mon premier album était plus en référence à la chanson française « classique ». Avec L’insolitude, on a beaucoup moins de référents. Les textes sont plus personnels, intimistes et très imagés, métaphoriques et poétiques.

C’est ça la magie de ton métier. Tu fais des choses personnelles et chacun le ressent à sa façon.

Je sais juste une chose, et c’est valable pour les deux albums, il faut pouvoir rentrer dans le monde que je propose.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandor

(Photo : Thibaut Derien)

Dans tes nouvelles chansons, tu parles de la société sans la juger, sans donner de leçons.antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandor

Je ne distribue surtout pas de bons ou de mauvais points. Je vis dans le monde, donc dans la société, alors je la miroirise. La société se reflète dans mes chansons. Dans cet album-là, je suis moins dans un thème social que dans un thème existentiel lié à la condition humaine.

Tu l’aimes cette société ?

(Rires) Il y a des tas de choses dans lesquelles je ne me reconnais pas. De toute façon, je suis assez marginal. Je ne me sens pas chez moi dans cette société. N’empêche que je suis avec les gens et le monde et, du coup, la société, c’est comme un vêtement. Moi, je parle de l’être, plus que du vêtement. Mes chansons sont plus de l’ordre de la poésie-philosophico-spirituelle. Ce qui m’intéresse, je le répète, c’est la condition humaine.

Comme dans la chanson « L’insolitude ».

On dit souvent que l’on peut être seul dans la foule, donc la solitude est une misère. Moi, j’ai constaté l’inverse. On peut être seul et ne pas l’être. C’est « l’insolitude ». C’est une richesse, une harmonie avec le monde. Je sens des échos avec le monde que j’essaie de décrire dans cette chanson. Dans « insolitude », il y a aussi le mot « insolite »… parce qu’on est très étonné de sentir qu’il y a des échos qui nous répondent.

Il y a plusieurs degrés/niveaux dans tes chansons.

Oui, parce que j’ai l’impression qu’il en faut pour tout le monde. Il y a plein de gens qui comprennent autre chose que ce que je dis. C’est normal, puisque je brise les images en concevant une chanson comme une boule à facettes. Du coup, chacun arrive à trouver un reflet, une image qui lui parle. Il y a un thème de fond qui est là, si on pénètre dans le texte, on remarque une cohérence réelle.   

Te sens-tu compris ?

Je ne compte plus les fois où l’on m’a dit « je déteste la chanson française, mais j’adore ce que tu fais », ou, à contrario, « j’adore la chanson française, mais je n’aime pas trop ce que tu fais ». C’est très dur de réunir un large public. Je me demande perpétuellement comment toucher ceux qui ne sont pas encore touchés et qui sont susceptibles de l’être.

J’aime bien ton authenticité. Tu ne fais jamais de concession.

Je n’arriverais pas à faire autrement. Si j’avais les moyens de rester moi-même en étant plus efficace, je pense que je le ferais. Je ne vais pas me mettre à faire une chanson pop sous prétexte que j’ai envie de passer à la radio. De toute manière, le résultat serait nul. Si je veux être bon, il faut que je reste proche de moi. Je n’ai pas le choix.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorDans « Bleu nazi », tu parles de la chanteuse Lisa Portelli, ta compagne. C’est une chanson d’amour, pour le moins original.

Là encore, les avis sont partagés. Il y a des gens qui me disent que c’est une magnifique déclaration d’amour et d’autres qui me disent qu’elle leur fait froid dans le dos. Toi tu connais Lisa, donc ça te choque, mais la Lisa de ma chanson n’est qu’un personnage. Je suis parti d’elle et j’ai développé un personnage. Je me suis amusé à écrire une chanson d’amour avec le champ lexical de l‘horreur.

C’est comme le premier titre de l’album, « Apologie naïve de la haine », ce n’est évidemment pas une apologie de la haine.

Je dis qu’on ne peut pas parler de la beauté du monde en niant le monde. Si tu nies la souffrance et la haine de ce monde, tu ne parles pas de la beauté. Dans cette chanson, je fais rentrer la haine dans l’hémicycle de mon expression. Je pense que la haine n’est pas chez les autres, elle est chez soi. En gros, je dis qu’il faut faire l’amour à la haine. Il faut prendre le monde dans son entièreté et l’aimer. La beauté, tu ne l'atteins pas en écartant la souffrance et la haine, mais en la traversant. Dans « Le monde est magique » aussi, j’évoque cela.

Tu te sens proche de quel artiste dans la chanson française ?

J’aime bien Babx et Loïc Lantoine. Sinon, comme frère d’arme, j’ai Bertrand Louis. On est très différent au niveau du style et de la musique, mais j’aime travailler avec lui. J’aime aussi ce que fais Lisa…

Mais ton identité artistique est proche de la tradition des Brel, Brassens, Ferré et Bashung.

Je ne sais pas, mais en tout cas, j'essaye de faire ce qu'a mon sens devrait être la chanson Française au 21e siècle.

La chanson, c’est sérieux ?

Rien n’est sérieux. Quand on fait quelque chose, il faut juste décider que cela le soit.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorAprès l'interview, le 8 octobre 2014, à l'agence.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandor

07 novembre 2014

Les Stentors : interview pour Rendez-vous au Cinéma

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandor

Aussi vrai que les stentors de l’Antiquité relayaient les ordres, nos quatre Stentors actuels, bien dans leur époque, transmettent à leur manière notre patrimoine culturel. Outre le plaisir qu’ils nous donnent, ces chanteurs, en authentiques « passeurs », remplissent une importante mission : faire vivre à nouveau des couplets et des refrains qui demeurent au Panthéon de la chanson française. Il semblerait que le public français suivent et apprécient leur démarche. J’ai rencontré Sébastien Lemoine et Vianney Guyonnet, les deux barytons et Mowgli Laps et Mathieu Sempéré, les deux ténors, dans un bar d'un hôtel de la capitale, le 26 septembre dernier pour une interview collégiale sympathique (et un peu dissipée).

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorBiographie (écourtée) :

Les Stentors, sont quatre voix hors du commun, deux barytons et deux ténors qui depuis maintenant deux ans ont conquis par leur talent et leur répertoire un public bien plus vaste qu’une élite férue de culture et de musique classique.
Et c’est bien là le talent de ces quatre garçons dans le vent : avoir osé un temps déserter l’Opéra et ses fresques dorées pour aller toucher le cœur du plus grand nombre.

Sébastien Lemoine, fondateur du quatuor et baryton émérite, s’il connaît « la grande musique », n’en a jamais pour autant oublié son goût pour la variété française. Après avoir chanté avec bonheur les régions de France et l’Histoire de notre pays, dans
Rendez-vous au Cinéma, les Stentors, passionnés tous les quatre de salles obscures et de B.O de films, ont décidé pour ce troisième opus de revisiter et de s’approprier quelques standards du septième art.

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandor

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorInterview :

Vos deux premiers albums défendaient le répertoire français. C’est même un peu l’ADN des Stentors, non ?

Sébastien Lemoine : Nous sommes nés après des groupes comme Il Divo et nous n’avions pas envie de nous contenter de reprendre des chansons que nous aimions personnellement. Nous voulions un thème fort. Donc, chaque album en possède un que nous avons choisi au préalable tous les quatre avec notre équipe de production.Quand on a fondé le groupe, on a eu envie de rendre hommage aux régions parce que ça n’avait jamais été fait et, comme nous étions des petits nouveaux, on avait envie de frapper fort.  Dans le deuxième album, nous avons souhaité interpréter des chansons qui parlent de l’histoire de France et qui ont marqué la chanson française.

Pour le troisième album, vous avez choisi le 7e art.

Sébastien Lemoine : C’était une évidence. Nous sommes des chanteurs d’opéra, donc notre vie consiste à chanter des histoires imagées sur scène. Et puis, il y a dans le répertoire de musique de films un vivier gigantesque de chansons.

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandor

Quand on est un quatuor comme le vôtre, quelle est la principale difficulté ? Le choix de ce que vous allez interpréter ?

Mowgli Laps : Oui, ce n’est pas le plus simple, en effet. On se réunit avec notre équipe de production et on propose toutes nos idées. Après, il faut choisir les morceaux qui, indéniablement, ont marqué tout le monde sans exception. Il faut trouver des titres universels que l’on va pouvoir défendre avec nos voix lyriques.

Sébastien Lemoine : On veut systématiquement faire revivre des thèmes musicaux qui soient dans l’esprit de tout le monde. Il faut que chacun puisse se retrouver et revoir les images des musiques des films sélectionnées.

Dans ces albums, n’avez-vous pas envie d’intégrer des chansons plus personnelles ?

Vianney Guyonnet : Ce que l’on fait de personnel, c’est notre spectacle. On a écrit des textes, on a fait des mises en scène, on chante les chansons que l’on souhaite… Après, nous sommes tous des artistes indépendants et des créateurs, on a donc tous envie d’intégrer des titres personnels, mais à notre stade, je ne suis pas sûr que ce soit encore une bonne idée.

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandor

Dans vos carrières respectives, Les Stentors, c’est une détente ?

Mathieu Sempéré : C’est beaucoup de travail, beaucoup de temps, beaucoup de sacrifices par rapport à nos vies professionnelles. Nous sommes tous chanteurs d’opéra solistes et on ne peut pas à la fois défendre un album pendant six mois et être sur scène à l’opéra. Les Stentors, c’est un choix que chacun de nous a fait. Ce choix-là me fait plaisir parce qu’il me permet de défendre un répertoire que je n’avais pas l’occasion de défendre.

Mowgli Laps : J’ai toujours été fan de musique de variété, ce projet m’a donc enthousiasmé. D’ailleurs, à la base, j’ai commencé à chanter de la variété avant de me lancer dans l’opéra. Les Stentors, c’est un nouvel univers, une nouvelle technique, une nouvelle façon de chanter avec le micro, mais je ne me sens pas aux antipodes de ce que je fais depuis toujours. Je trouve que c’est très agréable de chanter avec ce groupe. C’est une énergie que j’aime beaucoup.

Vianney Guyonnet : On est tous d’accord que chanter avec les Stentors est un véritable engagement. Aujourd’hui, je reviens à mes envies d’origine qui étaient de faire de la chanson. Appartenir aux Stentors permet d’avoir une vie artistique encore plus riche. L’année dernière, j’étais à l’Opéra Comique pendant six mois. Grâce à mon expérience avec le groupe, j’ai utilisé plein de choses que j’ai développées à titre personnel dans ma voix. Et parallèlement, à l’opéra, j’utilise des choses dont je me ressers chez les Stentors. Ce sont des univers que l’on peut faire coexister et qui peuvent s’enrichir les uns, les autres. Et puis travailler avec quatre potes, c’est génial !

Sébastien Lemoine : Je rebondis sur ce que dit Vianney. Nous passons d’un univers à un autre. Ils ont l’air culturellement différent, mais ils ne le sont pas tant que cela. Quand on raconte une histoire dans un opéra ou dans une chanson, on raconte une histoire, même si on ne l’interprète pas exactement  de la même manière. Quand bien même les genres, les univers, le public, l’exposition médiatique sont différents, on fait le même métier. C’est aussi passionnant de chanter un opéra pour enfant devant 150 personnes à Clermont-Ferrand  que de faire la première partie de Michel Sardou à Bercy. Dans les concerts des Stentors, le public nous manifeste un amour plus fort et spontané que cela peut l’être dans le monde de l’opéra, mais c’est quand même le même métier.

Clip de "Vois sur ton chemin".

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorEst-ce que, du coup, le public qui vous connait grâce aux Stentors, vient vous voir dans vos spectacles personnels ?

Sébastien Lemoine : Dans les Stentors, on a ce qu’on appelle une fan base. Des gens qui nous aiment beaucoup et nous suivent indépendamment les uns des autres. Quand j’ai mis en scène l’opéra « Don Giovanni », il y a des fans des Stentors qui se sont manifestés. Je sais que pour Mathieu et son Mariano, certains se sont déplacés. Idem pour le spectacle de Mowgli au Chatelet et pour Vianney à l’Opéra Comique. Ils s’intéressent à ce que l’on fait.

Mowgli Laps : Le pont que nous développons est à double sens. On fait venir des gens de l’opéra vers la chanson française. On leur montre que les textes sont parfois fantastiques et que les musiques, également, valent le coup. Une chanson, c’est un condensé d’opéra en trois minutes.

Sébastien Lemoine : L’image de l’opéra est tellement loin de la réalité. La plupart des gens pensent que c’est un univers inaccessible. Il y a beaucoup de préjugés et nous nous efforçons de les faire sauter un par un. Petit à petit, nous remarquons que nous sommes en train de démocratiser l’opéra.

Vous êtes-vous demandés comment les gens du monde de l’opéra allaient réagir quand vous vous êtes lancés dans l’aventure Stentors ?

 Sébastien Lemoine : Moi, vous savez, j’ai un parcours atypique. Je suis arrivé dans le monde de l’opéra alors que j’étais un ancien aviateur. J’ai fait la guerre, alors, que l’on me juge parce que je passe d’un monde musical à un autre, je m’en moque un peu.

Mowgli Laps : Les trois ténors, Plácido Domingo, José Carreras et Luciano Pavarotti, ont créé une ouverture dans ce domaine, il y a longtemps. Le groupe Il Divo a poursuivi, Roberto Alagna aussi.

Sébastien Lemoine : Roberto Alagna est l’exemple criant. Il s’est fait démonter parce qu’il a sorti des disques où il n’interprétait pas des airs d’opéra. C’est tout de même le plus grand ténor du monde, je pense qu’il a été victime de jalousie. Et il y a une part d’ignorance et d’incompréhension de la part de certains esprits médisants. Nous nous sommes lancés avec passion, amour et authenticité dans l’aventure Stentors, en faisait fi des remarques éventuelles. On ne peut rien nous reprocher, on n’aime ou on n’aime pas, mais on fait ça avec le cœur.

Vous avez eu la grosse artillerie TF1 derrière vous. Ça aide pas mal, non ?les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandor

Sébastien Lemoine : Une grosse artillerie derrière soi, c’est bien, mais ça ne suffit pas. Certes, avec le deuxième album, on a refait triple disque de platine, mais on a eu peu de presse sur nos albums, parce que, justement, les médias se sont dit que nous n’avions pas besoin d’eux pour nous faire connaître.

Vianney Guyonnet : TF1, c’est notre force et notre faiblesse. Ils ont des moyens colossaux, mais du coup, on envoie des informations erronées. Beaucoup pensent que nous sommes un produit fabriqué de toutes pièces. Nous voulons lutter contre cette idée-là. Les gens qui viennent nous voir sur scène le comprennent très rapidement. Nous ne sommes pas si policés et markettés qu’on en a l’air.

Sébastien Lemoine : Quand bien même cet album-là ne trouverait pas le même public que pour les deux précédents, ce ne serait pas un échec. On n’a pas d’obligation de résultat.

Mais quand même, la maison de disque est plus apte à continuer avec un artiste en état de marche.

Mowgli Laps : C'est évident. Notre succès vient aussi beaucoup du bouche à oreille. Nos spectacles sont nos meilleurs ambassadeurs. C’est beaucoup plus fort qu’une promotion sur TF1, je vous assure.

Sébastien Lemoine : On n’a aucun souci avec le côté marketing de TF1. Nous, on vend des disques, on fait donc partie d’une industrie. Entre nous, qui refuserait une force de frappe comme celle que possède TF1. Au nom de quoi devrions-nous nous priver d’une telle exposition pour défendre ce que l’on a envie de défendre ?

Mathieu Sempéré : Le plus important, ce n’est pas l’emballage, c’est ce qu’on a mis dedans. Si le papier cadeau est beau et qu’il a des dorures, tant mieux. Nous, nous sommes fiers de ce qu’il y a à l’intérieur. Nous trouvons tous les quatre que ce troisième disque est le condensé de ce qu’il y a de mieux dans les deux précédents. C’est vraiment l’album le plus abouti. On trouve que c’est de mieux en mieux, et c’est notre fierté.

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandor

Faut-il trouver une nouvelle façon de chanter quand on se lance dans la variété ?

Mowgli Laps : Moi, ça a été très difficile au départ. J’ai mis beaucoup de temps avant de sentir comment chanter devant un micro, comment placer ma voix. A l’opéra, on développe la capacité de chanter très puissamment, d’aller très loin… il faut apprendre à se modérer devant un micro.

Mathieu Sempéré : Il a fallu s’adapter, faire des essais et ça c’est très bien passé. D’album en album, on progresse. On se connaissait un peu, on a chanté deux par deux, mais il a fallu créer une certaine osmose pour chanter tous les quatre. A chaque fois que l’on enregistre, à chaque fois que l’on fait un concert, on apprend toujours un peu.  

Vianney Guyonnet : Personnellement, j’ai progressé dans le chant à quatre. Il faut être attentif à ce que chacun ait un espace. Ce qui est difficile, c’est de passer de soliste à un quatuor. Il n’y a aucune individualité possible dans un quatuor. On doit être toujours à l’écoute de ce que font les autres. En cela, aujourd’hui, le groupe a pris une maturité considérable.  

Comment expliquez-vous le succès des Stentors?

Mathieu Sempéré : Je pense que ce que l’on amène vraiment, c’est notre culture, notre lyrisme et notre vécu sur scène. Même quand on chante « variété », on sent derrière toute la couleur de l’opéra. Cette vibration et cette émotion est différente de celle qu’on a l’habitude d’entendre.

Vianney Guyonnet : Le public aime les grandes voix et les grandes chansons.

Mathieu Sempéré : On modifie nos voix pour les rendre pop quand c’est nécessaire, mais on garde notre côté lyrique.

Sébastien Lemoine : Nous sommes des garçons authentiques. Nous ne sommes pas différents de ce que nous prétendons être. Il y a aussi un côté humain dans notre succès. Nous sommes quatre types ordinaires qui vivons une expérience extraordinaire.

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandor

Avec les Stentors après l'interview, le 26 septembre 2014.

06 novembre 2014

Karen Brunon : interview pour La fille idéale

karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor

Karen Brunon est l’une des découvertes musicales de cette année 2014. La violoniste qui accompagne sur scène ou en studio de grands noms de la chanson est pourtant loin d'être une inconnue. Surtout depuis sa participation à l'aventure du groupe Circus au côté de Calogero, Stanislas, Philippe Uminski et Elsa Fourlon. Mais c'est « son » premier album, produit par l'ami de longue date, Benjamin Biolay, que défend aujourd’hui la compositrice et interprète. Rencontre, le 2 octobre dernier, dans un bar « à thé » de la capitale pour une petite conversation.

karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandorBiographie officielle (très écourtée):

Celle qui présente aujourd’hui son premier album Où je vais est tout sauf une débutante. Sa carrière a explosé très tôt, en 1996 déjà, lors d’un concert de Michel Legrand au Carnegie Hall, où elle tient la place de 1er violon.  

Retour en arrière…

À 5 ans, Karen Brunon convainc sa mère de lui offrir cet instrument qui ne la quittera plus. De l’école de musique du Puy, elle rejoint à 11 ans le Conservatoire de Lyon où elle obtient le 1er prix. Là-bas, elle fait une rencontre déterminante, celle de Benjamin Biolay, alors tubiste. À 15 ans elle entre au Conservatoire de Paris et elle y reçoit à nouveau un 1er prix. Elle a 19 ans, elle quitte le Conservatoire.

Karen Brunon devient peu à peu la violoniste référence de la chanson. Elle est le premier violon de Charles Aznavour, Laurent Voulzy, Étienne Daho, Keren Ann, Brian Wilson, Vanessa Paradis, Mika, Woodkid, Gad Elmaleh, Damon Albarn.

Il y a eu aussi un premier projet personnel, en 1999, avec Keren Ann et Benjamin Biolay. Les trois artistes forment le groupe Shelby, dont l’album sortira chez EMI.

S’en suivra une autre rencontre décisive : Calogero. Depuis quelques années, il projette de créer un groupe. Ainsi naquit Circus. Karen en sera la violoniste et y posera aussi sa voix. Plus de cinquante concerts en France, un disque d’or, enchaînement d’émissions de télé et de radio, succès critique et public… Calogero le mentor lui met définitivement le pied à l’étrier dans le monde de la chanson.

Le disque, La fille idéale :karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor

À l’heure de la remise en question artistique et de la prise de risque, c’est à un vieil ami qu’elle fait appel. Benjamin Biolay assurera la réalisation de son premier album solo. Pour les textes, elle fait appel à Élodie Frégé, Marie Bastide, David Verlant, Biolay aussi. Pour les musiques, elle s’adjoint l’aide de Keren Ann, de Stanislas, de Biolay encore.

Pour en faire ressortir le meilleur, c’est l’ingénieur du son Erwin Autrique (Vanessa Paradis, Charles Aznavour, Indochine…) qui mettra la touche finale au disque.

Résultat, un premier album dont Karen Brunon assure les arrangements et l’interprétation des parties de violon. La rythmique est pop, lourde, cadencée. La voix est là, tantôt en avant, tantôt considérée comme un instrument à part entière.

L’album est féminin, romantique, sensuel. La voix est chaleureuse, embrassante, abrasive.
C’est l’album d’une artiste qui a la chance exceptionnelle de ne pas faire de compromis, d’imposer et d’assumer ses choix quoi qu’ils lui en coûtent. C’est également l’album d’une vie bien remplie, où la musique n’est rien d’autre que l’expression du corps et du cœur.

karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor

karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandorInterview :

Comment avez-vous décidé de faire du violon ?

Dans ma famille, tout le monde est musicien, j’avais donc, tous les instruments autour de moi. J’ai un cousin qui est violoniste et j’ai vite remarqué que cet instrument me plaisait, me fascinait et qu’il me touchait plus que les autres.

Vous avez fait une école de musique puis le conservatoire. J’ai l’impression que vous n’avez pas eu trop besoin de lutter pour vous faire remarquer.

Je n’ai jamais lutté, en effet. Les choses ont été assez fluides, mais j’étais très exigeante avec moi et j’ai beaucoup travaillé. Quand on étudie un instrument aussi intensément, quand on passe autant d’heures de travail, seule dans sa chambre, qu’on vit les concours (une perpétuelle pression), on apprécie les petites choses qui arrivent et qui te changent de ton quotidien ainsi que les gens qui se penchent sur ton berceau pour travailler avec toi.

Quand on a la base « classique » que vous avez et qu’on se met à travailler avec des chanteurs de variété, est-ce simple ?

Il y a juste plus de pressions et d’angoisses parce que, soudain, il y a ton nom sur la pochette. Quand on accompagne des gens, on n’est pas devant, mais on se met au service de quelqu’un. J’ai la chance, heureusement, de m’adapter à toutes sortes d’univers et de musiques. Passer d’Aznavour, à Pagny, Harry Connick Jr, Michel Legrand ou à Ray Charles, ça ne me pose aucun problème. Je trouve ça même très excitant le challenge de changer radicalement de son ou de vibrato. On ne joue pas de la même façon. Au fond, ce que j’aime dans ce métier, c’est la diversité et les prises de risques.

"Cordelia", en studio avec Gonzales.

Vous avez déjà participé à de nombreux albums, mais peut-on dire que La fille idéale estkaren brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor le plus important de votre vie ?

Sans doute, parce qu’il sort aujourd’hui et que j’aime bien l’instant présent. Ce sont les autres qui m’ont nourri pour faire celui-ci. Sans les autres, ceux que j’ai faits avec Benjamin Biolay, Karen Ann ou Calogero (Circus), celui-ci serait-il aussi abouti ? Je me suis aussi nourrie des albums auxquels j’ai participé en tant que violoniste. Je considère que j’étais dans un laboratoire pendant toutes ces années.

Observiez-vous tous ces artistes avec la perspective éventuelle de devenir chanteuse ?

Si je suis opportuniste, c’est dans le côté positif. J’ai rarement provoqué les choses, elles sont beaucoup venues à moi. C’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’elles sont venues tard, parfois (rires).

Mais, vous aviez envie de devenir chanteuse ?

Cette envie-là, je l’avais enfouie en moi depuis longtemps. Je me disais que c’était trop tard et surtout que c’était trop dur aujourd’hui. Le métier est de plus en plus difficile, alors, se lancer dans un métier comme ça…Les opportunités que la vie t’offre peuvent parfois te faire changer d’avis.

Vous êtes instrumentiste et vous travaillez énormément pour les autres. Cela permet-il de ne pas avoir trop de pressions quant à réussir ou non en solo ?

C’est évident. Mais, je ne veux surtout pas arrêter cette activité-là pour me lancer dans la chanson. J’aime mon métier et je n’ai pas du tout envie de l’abandonner. Ces deux manières de faire de la musique sont compatibles. Ce sont juste les emplois du temps qui sont plus difficiles à gérer.

"Rien", en studio avec Benjamin Biolay.

Benjamin Biolay a réalisé cet album. C’est un très bon arrangeur de cordes, mais pour les parties de violons, avait-il son mot à dire ?

Ah oui ! On a fait moitié-moitié sur les arrangements de cordes. Moi, je suis violoniste, mais arrangeur de cordes, c’est encore autre chose. Je l’ai déjà été, mais je n’ai ni son talent, ni son expérience. A ce propos, savez-vous que dans la tournée de Vanessa Paradis, il joue du violon ? Et très bien en plus ! Il sait vraiment tout faire, c’est extraordinaire.

Vous avez composé quelques morceaux vous-même.

J’ai composé « Une aventure », « La fille idéale », « Où je vais », « A fleur de peau » avec Benjamin, « l’amour en cage », « Rien », « Ta muse », « Tu ne sauras pas » et « Voilà » avec Karen Ann.

Par contre, vous n’écrivez pas les textes encore vous-même, il faut donc trouver des gens qui « parlent » en votre nom et qui écrivent bien.

L’album vient de sortir, mais il y a des chansons qui sont écrites depuis des années. Benjamin me connait depuis toujours, donc je n’avais pas de souci sur ce qu’il pouvait écrire pour moi. J’avais aussi envie d’auteure féminine qui parlent des femmes et que ce soit un peu sexy. Elodie Frégé est tombée à pic. J’ai toujours aimé son univers. C’est une auteure incroyable et il serait tant que le métier le comprenne.

Passez-vous du temps avec vos auteurs pour qu’ils vous connaissent un peu plus et saisissent ce que vous êtes ?

On passe beaucoup de temps à parler. Je leur explique les sujets qui me touchent et que je souhaite évoquer.

En studio, le duo Karen Brunon et Keren Ann dans "Le lieu du crime".

Le duo avec Keren Ann, c’était pour boucler une boucle commencée avec le groupe Shelby, que vous formiez avec elle et Benjamin Biolay ?

C’était impossible qu’elle ne soit pas sur mon album. Qu’elle chante avec moi « Le lieu du crime » est un cadeau du ciel. De toute manière, dans cet album, il y a tous les gens que j’aime, tous les gens avec lesquels j’ai commencé la chanson.

Sauf Calogero !

Parce qu’on a écrit nos deux albums en même temps. Il était très occupé. Il n’est pas là, mais il est là quand même. J’ai beaucoup appris de ma participation à Circus. Tous les autres membres du groupe m’ont donné beaucoup de conseils. Mais Calo a une telle expérience qu’on est obligé de l’écouter et de prendre un peu de sa force. Il est d’une rare générosité.

Clip de Circus, "Sur un fil".

Clip de Circus, "Chagrin d'ami".

Comment appelez-vous la musique que vous faites ?

Je ne sais pas. C’est délicat à qualifier. J’ai envie de mettre les mots « élégant », « féminin », mais n’est-ce pas trop présomptueux ?  C’est aussi un disque de variété, dans le sens où il est varié. Je m’en fous des étiquettes.

Votre clip « Où je vais » passe beaucoup à la télé. On vous y voit casser un violon. Y-a-t-il quelque chose de symbolique dans cet acte ?

Non, ce n’est pas pour dire que je casse ma vie passée. J’ai juste trouvé ça rigolo. Je n’ai pas ce côté protecteur par rapport à la musique classique. J’ai voulu dire : « On s’en fout ! Amusons-nous ! » La vie est un peu noire en ce moment, il faut bien que l’on prenne du bon temps et que l’on soit un peu léger et inconscient.

karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor

Certains artistes travaillent beaucoup pour fuir la réalité. Est-ce votre cas ?

A un moment, peut-être, mais aujourd’hui, je pense être bien ancrée dans la réalité.

Après avoir été dans l’ombre de  nombreux artistes pendant longtemps, avez-vous ressenti le besoin d’être désormais « la » vedette ?

Je n’ai pas fait de la musique pour ça. J’ai toujours été bien où j’étais sur scène. J’ai eu une carrière très épanouissante jusqu’à présent, je n’ai donc aucune frustration. J’ai fait le tour du monde et j’ai travaillé avec de très grands artistes. Aujourd’hui, je veux simplement continuer à m’exprimer, mais peut-être en disant des choses plus personnelles.

karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor

Après l'interview, le 2 octobre 2014.

Prochaines dates sur scène...

karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor

04 novembre 2014

Laurie Darmon : interview pour l'EP, Mesure première

laurie darmon,mesure première,interview,mandor

(Photo : Zacharie Elia)

Laurie Darmon, 23 ans, est une jeune femme passionnée par la musique depuis sa tendre enfance. Elle se présente aujourd’hui comme « une auteur-compositeur-interprèteque la scène épanouit ». Après dix années de piano, un parcours scolaire studieux, de la guitare, de la batterie, des chansons sur des questionnements d’une fille de son âge, elle peut enfin se consacrer à l’élaboration de son véritable projet musical. En septembre 2013, elle a entamé la réalisation de son premier disque, un EP de 5 titres, Mesure première (sortie le 10 novembre 2014). Quelques neuf mois ont été nécessaires à ce qu’elle décrit comme « un accouchement d’elle-même ».

La jeune chanteuse prometteuse est passée par l’agence le 30 septembre dernier.

laurie darmon,mesure première,interview,mandorL’EP :

Laurie Darmon propose une musique qui balaye plusieurs registres, tels que le jazz, la pop, la bossa nova, la balade, ou encore la chanson française, mais aussi une musique qui mélange les sons, les couleurs et les humeurs, et où les mots viennent battre la mesure dans un élan tantôt chanté, tantôt parlé. Si ses compositions ont eu une première vie au seul son d’un piano, elle a cependant voulu leur donner un second souffle plus mature et s’est entourée de deux réalisateurs, Wladimir Pariente et Martin B. Janssen, et de plusieurs musiciens dont François Villevieille (du groupe Eléphant).

laurie darmon,mesure première,interview,mandor

(Photo : Zacharie Elia)

laurie darmon,mesure première,interview,mandorInterview :

Vous avez commencé très tôt la musique.

Mon père faisait du piano et de la batterie sans prendre de cours. Il s’est mis à jouer très naturellement. Il s’est ensuite construit un home studio qu’il a agrémenté au fur et à mesure.  Quand j’étais petite, mes parents ne m’ont forcé à rien. C’est moi qui étais très volontaire. J’allais pianoter, je dansais aussi sur sa musique. Quand j’avais cinq ans, mon père a fini par me placer un micro dans la main.

Tu chantais par exemple du Christophe, je crois ?

« Les marionnettes » était ma préféré de l’époque, mais j’interprétais aussi « Succès fou », « Senorita » et quelques autres. J’étais fan de Christophe et je connaissais ses chansons par cœur parce que mon père m’avait donné une cassette de lui pour m’endormir le soir.

Tes parents t’ont poussé à faire « L’école des fans ». Celle d’Enrico Macias.

Oui, moi, je ne voulais pas le faire. J’avais peur. A l’époque, je n’étais pas encore dans la démarche de me dire « je veux être chanteuse ». Cette année-là, je voulais être maîtresse d’école, mais je n’ai pas dit ça parce qu’une petite fille l’avait annoncé avant moi, donc, j’ai dit directrice d’école. C’était au-dessus d’elle (rires).

Laurie Darmon à "L'école des fans".

Tu as envisagé de faire de la musique sérieusement à quel âge ?laurie darmon,mesure première,interview,mandor                 

Vers seize ans. Mais avant, j’avais déjà commencé à composer des musiques au piano. Dans mes textes, je racontais des histoires de jeunes filles de mon âge, mais ce n’était jamais ma propre vie. Je racontais des histoires de personnes que je ne connaissais pas vraiment, mais dont je devais certainement fantasmer la vie.

Généralement, quand on commence à écrire des textes, on parle de soi.

C’est deux ans plus tard que j’ai commencé à le faire.

Les chansons qui se trouvent sur l’EP, Mesure première, sont donc personnelles ?

Pas toutes. Il y en a qui ont été écrites quand j’avais seize ans. A l’époque, je n’avais pas connu de rupture, je n’avais pas de copain, donc j’inventais tout. Avec le temps, elles sont devenues personnelles, parce que depuis, j’ai vécu toutes ces choses-là. C’est très curieux ce phénomène.

Tu as fait le conservatoire, donc tu as appris les bases musicales un peu obligatoires. C’était essentiel ?

Oui, parce que c’est ce qui m’a permis de faire du solfège. J’en ai fait quatre ans et j’ai eu mon diplôme. Après ça, je me suis sentie plus libre pour improviser.

C’est amusant de savoir que tu n’as jamais fait de piano au conservatoire, alors que c’est ton instrument de prédilection.

Oui, mais j’en ai beaucoup fait dans un centre culturel. J’ai eu la même prof pendant quinze ans et c’est là que j’ai appris toutes les bases nécessaires pour dominer cet instrument. Et quand tu domines, tu peux te permettre de sortir de ce que tu as appris... et d’improviser.

laurie darmon,mesure première,interview,mandorUne de tes premières expériences scéniques, c’était un spectacle partagé avec Kev Adams.

Kev était dans ma classe, donc nous étions copains. Ils n’osaient pas se lancer et moi j’avais déjà posté mes chansons sur MySpace. Il m’a suggéré de faire un concert, ce que j’ai fait très confidentiellement. Ensuite, Kev est venu me voir et m’a proposé de faire une scène commune dans un bar parisien. Il ne voulait pas jouer tout seul. Cela le rassurait que l’on fasse moitié moitié. C’était l’année de mon bac, c’était un peu compliqué, mais j’ai accepté quand même. On a fait un mois ensemble, ensuite, j’ai arrêté et lui a continué. Aujourd’hui, il est devenu ce qu’il est devenu.

(Les deux photos précédentes de Laurie Darmon sont signées Jessy Zeitoun. Merci à elle!)

Tu le vois encore ?

Oui, mais pas souvent, il est passé à une autre vie.

Ensuite, il y a une autre expérience avec Maureen Angot.

J’ai joué avec Maureen grâce à Brice Conrad. J’avais rencontré ce dernier à une soirée et il voulait que l’on fasse de la musique ensemble. Je n’avais pas accepté parce que j’étais dans mes études et je ne voulais pas me laisser trop me distraire. J’ai fini par accepter de jouer un concert avec lui et Maureen. Depuis, je n’ai plus de nouvelle, mais je vais certainement tenter de la recontacter parce que j’aime beaucoup ce qu’elle fait.

Après, tu as souhaité faire des choses toute seule. Devenir indépendante commençait à te titiller ?

J’ai commencé à jouer seule à 18 ans et j’allais me produire dans un endroit qui s’appelle L’Etage. Mais, c’était toujours à côté de mes études, donc, ce n’était jamais très concret. Quand j’ai terminé mes études, après avoir obtenu ma licence de droit, je me suis plus intéressée aux moyens de m’en sortir dans la musique. J’ai posté des chansons sur YouTube, ce qui m’a permis d’avoir quelques retours. Il y a un an et demi, j’ai été démarchée par My Major Company. C’est à ce moment-là que mon projet s’est concrétisé une bonne fois pour toute avec ce disque.

"Rupture" premier single tiré de l'EP, Mesure première.

Dans cet EP, et principalement dans ta chanson « Rupture », tu as une façon d’interpréter très original. Ce n’est pas du parlé-chanté, mais quelque chose s’en approchant.

Même moi, je ne sais pas trop décrire comment je chante. J’ai une certaine rythmique parce que mes chansons ont beaucoup de mots. Notamment dans le deuxième morceau « Ta voix ». C’est vraiment le rythme qui me plait. Même dans ma façon d’écrire. Pour ça, je suis fan du travail de Michel Berger.

J’ai lu que vous écriviez une chanson en moins d’une heure…

Je ne compose que quand c’est ancré dans ma tête. Ça vient en moi dès que je sais que ce n’est plus possible. En résumé, si j’ai plein de temps devant moi, ça ne vient pas, mais si je suis dans l’urgence, ça vient.

Tu écris beaucoup ?

Oui, mais pas uniquement des chansons. J’écris aussi des nouvelles, des pièces de théâtre et des romans. Tout n’est pas abouti, mais je travaille beaucoup.

laurie darmon,mesure première,interview,mandor

Pendant l'interview...

laurie darmon,mesure première,interview,mandorLa chanson « Rupture » vient de rentrer en play list de France Inter, c’est une sacrée bonne nouvelle pour un jeune artiste, non ?

Le fait d’avoir fini le disque, déjà, je suis contente, mais le fait d’être sur France Inter est un encouragement que j’apprécie à sa juste valeur.

Est-ce long de se faire connaitre ?

Oui, mais ça dépend la démarche que l’on adopte. Moi, je refuse les compromis, donc je sais que ça va moins vite. Quand on accepte pas mal de choses, ça peut-être plus rapide, mais ça peut être aussi éphémère. Je crois qu’il ne faut pas se trahir.

La scène, c’est ce que tu préfères ?

Oui. Pour le moment, je suis seule avec mon piano. Mais, j’aimerais bien être indépendante sur scène. Avoir simplement mon texte à chanter et des musiciens pour m’accompagner. Quand on a juste son corps et sa voix à disposition, on essaie de transmettre autre chose.

Tu crois en ta destinée de chanteuse ?

Je suis toujours positive. Je sais que ça va être très difficile. Pour moi, c’est presque comme un jeu.

Tu es un peu la relève de ton père, puisque la musique était sa passion ?

Oui, lui n’a pas pu aller au bout de sa passion. J’espère y parvenir…

laurie darmon,mesure première,interview,mandor

Après l'interview le 30 septembre 2014.

Premières dates des concerts à venir, à Paris ou ailleurs...

laurie darmon,mesure première,interview,mandor

26 octobre 2014

Zsuzsanna : interview pour la sortie de Bánat Vagabond songs

547667_10151542639942888_210529471_n.jpg

La première fois que j’ai entendu parler de Zsuzsanna, c’est en des termes élogieux : on disait d’elle qu’elle était la Lhasa hongroise. Rien que ça ! Bánat Vagabond songs est son quatrième album et il confirme la singularité de son blues des plaines d’Europe centrale, à la fois sauvage et mélancolique, abrupt et onirique. Les nouvelles chansons de cette interprète, comédienne et accordéoniste hongroise sont comme un carnet de voyage. Un univers poétique avec guitare folk et violons pleureurs dans lequel les chants traditionnels de ses origines se mélangent à ses propres textes et compositions.

Le 4 septembre, Zsuzsanna est passée à l’agence pour évoquer ce nouveau disque et ses carrières de comédienne et de chanteuse.

1507-1.jpgArgumentaire de l’album Bànat Vagabond songs.

Zsuzsanna Vàrkonyi est née en Hongrie. Chanteuse, comédienne, accordéoniste, elle a voyagé à travers le monde. La liberté ce fut d’être comédienne en plusieurs langues et de pouvoir parcourir le monde, et partager la culture de ses racines en chantant dans les bars, dans la rue... Elle vient de terminer son quatrième album, Bànat Vagabond songs, enregistré et réalisé par Philippe Teissier du Cros. Ce nouvel album est comme un carnet de voyage. Un univers poétique dans lequel les chants traditionnels de ses origines se mélangent à ses propres textes et compositions. Elle écrit et interprète ses chansons en hongrois, en rom, en français ou en anglais. On retrouve dans l’ensemble de l’album une atmosphère de blues d’Europe de L’Est. Les chansons sont arrangées par son groupe de musiciens, Csaba Palotaï (guitares), Frédéric Norel (violon), Jeff Hallam (basse) et Sylvain Lemêtre (percussions), avec qui elle travaille et donne des concerts depuis 5 ans. C’est une musique élégante où le rythme prédomine, et la mélancolie tzigane se mêle à des sonorités plus pop, blues ou rock.

La bio complète et instructivede Zsuzsanna est à lire là. Une vie déjà bien remplie...

DSC09401.JPG

Zsuzsanna lors de l'entretien.

IMG_5793.JPGInterview :

La musique est-elle venue tôt dans votre vie ?

Je viens d’une famille où la musique était omniprésente. Ma mère a fait l’Académie de musique en Hongrie. Elle voulait être chanteuse d’opéra, ce qu’elle n’est pas devenue au final. Je pense qu’elle m’a transmis cet amour de la musique classique. J’ai fait le conservatoire trois fois par semaine et j’ai joué du piano classique. Je n’avais pas le droit d’improviser au piano.

Votre grand-père jouait aussi de la musique.

Oui, c’était un homme formidable, autodidacte. Il a d’abord monté un orchestre de guitares et de mandolines et il est devenu chef d’orchestre de la ville. Durant toute mon  enfance, on écoutait des grands opéras à la maison. A 14 ans, dans ma chambre, discrètement,  j’ai ajouté à ma culture les Pink Floyd par exemple.

A un moment, vous en avez eu marre de la musique classique.1394178_211306305707759_2041508783_n.jpg

C’était une forme de rébellion. J’ai arrêté le piano en pleine adolescence. Je me suis mise à écouter beaucoup de jazz. C’est devenu ma passion. J’ai fait des festivals de jazz.

Ensuite, vous êtes partie de chez vos parents pour entrer dans une université de théâtre, en Italie.

Oui, c’était du théâtre alternatif, corporel et très engagé. Un jour, pour payer cette école, j’ai décidé de faire de la musique dans la rue. J’ai donc acheté un petit accordéon et j’ai appris quinze chansons en deux semaines. Je suis restée deux ans dans cette école de théâtre et tous les week-ends, je chantais dans de différentes villes italiennes.

Avec ce groupe de théâtre alternatif, vous jouiez de la musique ?

On chantait et on travaillait avec de vrais musiciens. Ces deux arts étaient très liés. Aujourd’hui, je continue à faire du théâtre dans lequel la musique tient une place importante. J’utilise tout le temps mon accordéon et le chant.

Un extrait de l'album Bánat Vagabond song: "Vàrtam Jöttöd".

10419476_10152506405662888_7300622073434592838_n.jpgQue vous ont appris vos années à chanter dans la rue ?

C’était une période de ma vie assez libre, mais « à l’arrache ». Une jeune fille, blonde, seule avec son accordéon à jouer dans la rue, ce n’était pas toujours évident. C’était très physique en tout cas. C’était un travail tout en projection. J’ai appris une certaine intimité avec le public et, à la fois, une certaine distance.  Mais j’aimais ça et ça m’a permis de gagner de l’argent.

Pourquoi êtes-vous venue vous installer à Paris ?

Je suis d’abord venue trois mois dans une troupe de gens que je connaissais et que j’appréciais beaucoup. On faisait de la danse, du théâtre et de la musique. Pendant ces trois mois, j’ai rencontré des gens formidables qui m’ont proposé de participer à des projets. J’ai chanté dans les bars, ensuite, j’ai rencontré le cinéaste autrichien Hubert Sauper. Nous avons fait un film ensemble, Loin du Rwanda. C’était un film dur sur une réalité dure. Après cette expérience, je ne me suis plus demandé si je voulais rester ou pas à Paris. J’avais un réseau d’amitié et professionnel tellement important que cela coulait sous le sens que je reste.

Je vous considère un peu comme une aventurière. Prête à tout, sans mesurer les risques éventuels.

C’est vrai. Jeune, je vivais dans un petit pays aux frontières fermées. Parcourir le monde a été pour moi un rêve d’enfance. J’avais besoin de connaître la planète et de me plonger dans la culture occidentale. Parfois, je me dis que je me suis peut-être trompée de métier. J’aurais dû être reporter, journaliste de guerre… ou travailler pour l’UNICEF. J’adore voyager, connaître de nouvelles personnes, découvrir de nouveaux endroits.

Vous aimeriez écrire des livres ?

Non, je ne m’en sens pas capable. Je préfère raconter des histoires à travers des chansons. Je me vois plus faire un film en tant que réalisatrice et comédienne.  J’aimerais évoquer mon enfance et cette Hongrie des années 80. J’ai grandi dans un système qu’on appelle en France communiste, et que nous, nous appelions « démocratie populaire ». Je pensais que j’allais vivre ainsi toute ma vie. Un jour, tout s’est écroulé. Les frontières se sont ouvertes et tout a changé.  J’aimerais raconter cette histoire d’un peuple qui, du jour au lendemain, souhaite refaire le monde. Bon, on s’est vite rendu compte que ce n’était pas si simple. J’ai des milliers de choses à raconter là-dessus.

Un extrait de l'album Bánat Vagabond song: "Vagabond Song".

1383611_211304745707915_425806204_n.jpgBánat Vagabond songs est votre quatrième album.

Oui. En 1998, j’ai fait un album en France qui s’appelait Je pars. Je l’ai enregistré en deux après-midi pour une toute petite maison de disques. 18 chansons que je ne trouvais pas abouties, mais le disque a cartonné. Il a été en « sélection FIP ». Aujourd’hui, on me demande souvent où se procurer cet album. Après, j’ai fait un disque Yiddish pour les enfants, Ot Azoy, puis, j’ai sorti une autoproduction qui s’appelait Quelque part.  J’y racontais des histoires de déracinements.

Il me semble que Bánat Vagabond songs est le fruit d’une rencontre importante avec vos musiciens et vous.

Csaba Palotaï et Frédéric Norel sont la base de mon travail depuis de longues années. Csaba amène quelque chose de fantastique. C’est un hongrois, on se comprend au-delà des mots et il amène une ouverture musicale incroyable. A la fois underground, à la fois rock, à la fois… aventure. Frédéric amène mon passé : classique, jazz… et aussi aventure, car c’est un très grand improvisateur. Ce sont des musiciens avec lesquels je travaille sur le moment. On ne prépare rien, en fait. Jeff Pallam m’amène le côté indie. Lui aussi, c’est un aventurier de la musique et un esprit très libre. Quant à Sylvain Lemêtre, il est très créatif. C’est une belle équipe qui me convient totalement. Je n’oublie pas Philippe Teissier, qui a réalisé ce disque. Ces prises de son sont magnifiques. Ma rencontre avec lui a été comme une évidence.

Vous aimez l’improvisation dans la création ?

La création, c’est une cuisine. Chaque musicien apporte quelque chose de lui. On n’a pas besoin de penser ou d’imaginer les choses de la même façon. C’est une alchimie qui se crée naturellement.

Valse Yiddish au Studio de l'Ermitage en 2012.

Je ne parle pas hongrois, mais je me suis laissé quand même porté par vos chansons. Ça 1378409_211606345677755_378489288_n.jpgprend aux tripes. J’ai voyagé et vu des images dépaysantes…

Ça me fait plaisir. Les musiques appartiennent aux images et peut-être aux voyages. L’atmosphère, c’est ce qu’il y a de plus important au cinéma. J’aime bien sortir d’un film comme on sort d’un rêve. Parfois, on ne se souvient pas de l’histoire, mais on se souvient des sensations. Inconsciemment, mes musiciens et moi étions tous dans cette démarche-là.

Quand on vous dit que votre disque est un peu triste, vous réagissez comment ?

J’accepte, mais ce n’est pas une fin en soi. J’adore, le blues, les lamentations et le chant. C’est souvent synonyme de désespoir. Je tente de transposer ce désespoir dans une dimension plus spirituelle.

Votre musique, vous la classez dans quelle catégorie ?

Je cherche encore la réponse (rires). Avec Luc, de L’Autre Distribution, on a hésité à mettre ce disque, Bánat Vagabond songs, au rayon « world music » ou « variété internationale ». Bon, comme je chante en hongrois, que je reprends des airs traditionnels et que j’ai des chansons personnelles qui ont le goût d’airs traditionnels, on n’a pas hésité longtemps. C’est de la world music.

601603_217846355053754_1405382024_n.jpg

1383086_211607685677621_1220369269_n.jpgToutes les chansons de votre album sont traduites en français. Belle initiative !

Mes chansons parlent d’évasion, d’exil, de lointain, de l’impossibilité de l’amour et je voulais que tout le monde comprenne le sens de ce que j’interprète.

Vos chansons vous ressemblent-elles ?

(Long silence). Oui, je le pense. Je les choisis et elles me ressemblent dans la vraie vérité de l’être. C’est d’ailleurs quand je les chante que je me sens le plus moi-même. Le quotidien est difficile pour moi. Quand je suis sur scène, je deviens quelqu’un d’entier dans un monde qui me convient mieux.

Maintenant que Bánat Vagabond songs est sorti, quelle est la suite de votre aventure musicale ?

J’ai déjà douze chansons en anglais prêtes. Je cherche maintenant les moyens de les enregistrer et je souhaiterais que ce soit avec la même équipe que pour Bánat Vagabond songs.

IMG_5801.JPG

Avec Zsuzsanna, à l'issue de l'interview, dans la cour de l'agence.

24 octobre 2014

Jean-Louis Murat : interview pour Babel

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandor

(Photo : Julien Mignot)

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandorA 62 ans, Jean-Louis Murat  (déjà mandorisé en 2009 ici et en 2006 ) recueille avec la formation clermontoise Delano Orchestra (six musiciens folk avec violoncelle, guitares, trompette) vingt chansons aussi sublimes que subtiles. Babel (clin d’œil à un petit village qui s’appelle Saint Babel) est « le chaînon manquant, le lien qui unit le monde et l’Auvergne ». Enregistré en dix jours, les vingt nouvelles chansons de Murat se révèle plus campagnardes que jamais, mais touche nos âmes de citadins. Musicalement, la force identitaire du Delano Orchestra se teinte d'une charmante instabilité, entre gravité tendue et élégance de musique de chambre. Les envolées poétiques de Murat entrent en douce collision avec le phrasé musical du groupe. Cette alchimie débouche finalement sur une musique sombre et brillante, dense et puissante.

J’ai interviewé Jean-Louis Murat (de nouveau) pour un des journaux auquel je collabore. La voici enfin sur mon blog, un mois après sa publication initiale.

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandor

(Photo : Julien Mignot)

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandorVous avez joué vos nouvelles chansons avec The Delano Orchestra. A part le fait que ce soit un excellent groupe auvergnat, qu’est-ce qui a fait que vous avez décidé d’enregistrer tout un album avec eux ?

J’ai joué avec eux pour les cinquante ans de France Inter et j’ai apprécié ce moment. L’idée d’enregistrer avec eux m’est venu soudainement au mois de décembre dernier. Je ne prémédite jamais rien. J’ai eu envie, j’ai fait, c’est tout. Je laisse toujours le hasard mener les choses.

Vous aimez bien changer de musiciens régulièrement. C’est pour se renouveler plus facilement?

C’est là qu’est l’intérêt du job. J’aime faire de la musique avec des personnalités différentes et en ne travaillant pas de la même façon que la fois précédente. Je prends ce que les musiciens extérieurs peuvent apporter à mes chansons. J’ai une sorte de curiosité quand je ne connais pas bien les gens.

Les gens qui collaborent à vos disques doivent abandonner leurs habitudes musicales pour faire du Murat. C’est simple pour eux de s’abandonner à vous ?

Je préviens toujours les musiciens avant d’enregistrer. Ils sont ici pour faire du Murat. Je ne veux pas d’état d’âme. Je ne leur demande pas de réfléchir, mais de garder leur nature de musicien sur la musique et un thème que je leur propose. Il y a très peu de bla-bla et d’explications. Il faut rester instinctif et discuter au minimum. C’est ça ou rien. Mais, il n’y a jamais de soucis en fait.

En dix jours, vous avez enregistré vingt chansons. C’est votre rythme habituel ?

Oui, j’aime quand ça va vite, quand on arrive à enregistrer deux titres par jour, je suis très satisfait. Je suis un impatient de nature. Si je ne conclue pas après avoir passé trois ou quatre heures sur une chanson, c’est que ça ne prend pas. Je change donc de chanson.

Pour y revenir ensuite ?

Deux, trois jours après, j’essaie une autre version, en effet. C’est ce qui s’est souvent passé avec The Delano Orchestra.

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandor

(Photo: Julien Mignot)

Dans cet album, vous parlez plus de la campagne que de la ville, non ?

Certainement. J’ai du mal à faire le tri entre ce qui est citadin et campagnard, mais mon inspiration se développe beaucoup plus dans un milieu campagnard. J’ai enregistré ce disque en Auvergne… d’ailleurs, tout s’est fait essentiellement à Clermont-Ferrand. Le disque, la pochette, le clip, les photos, la bio. Tout est auvergnat, mais c’est le hasard des rencontres.

Le titre de votre album, Babel, est un hommage à un petit village qui s’appelle Saint Babel. On pensait plus à la Tour du même nom et ce qu’elle véhicule comme idées et fantasmes.

Je sais, mais avec moi, tout est toujours plus simple qu’on ne le pense. J’ai toujours un peu craint la « surpoétisation » de l’écriture de chanson. Je trouve aussi que mes amis chanteurs en font beaucoup trop avec leur « œuvre » et ce n’est pas toujours de très bon aloi. Moi, j’ai une façon de travailler qui ressemble beaucoup à du bricolage. L’univers poétique, c’est toujours un peu « Bricorama » en action.

Si d’autres en font trop, vous, vous faites le minimum auprès des médias.

Je trouve que les artistes desservent beaucoup ce qu’ils font en parlant dans tous les sens. Je refuse que l’on fasse appel à moi pour avoir un avis sur toutes sortes de choses qui ne concernent pas la musique. Je crois qu’un artiste doit rester silencieux dans sa tour d’ivoire. Il ne faut pas se présenter comme monsieur ou madame tout le monde, sinon les gens n’achèteront pas le disque de monsieur ou madame tout le monde. Le monde du disque s’écroule aussi peut-être un peu à cause de ça.

Clip du premier titre extrait de Babel, "J’ai fréquenté la beauté", réalisé par Alexandre Rochon, Production Éxécutive : Kütu Folk Records.

A chaque rentrée, son Murat nouveau. Un peu comme Amélie Nothomb qui sort son livre à chaque rentrée littéraire.

D’abord, c’est beaucoup plus simple d’écrire un disque que d’écrire un roman. Je ne vois pas pourquoi les romanciers pourraient être productifs tous les ans et pourquoi les chanteurs ne le seraient pas. Pour moi, un disque par an, c’est le minimum et je suis très heureux de travailler comme ça.

Une année, vous en avez même sorti deux.

Une année, les Beatles en ont sorti trois et ça ne dérangeait personne.

Quand vous n’écrivez pas, vous mourrez, dites-vous parfois. Exagérez-vous un peu ?

Une journée avec une chanson à la fin est une bien meilleure journée qu’une journée sans chanson. Ça m’arrange la vie, je vous assure. Je dors mieux, je vis mieux.

Vous êtes un homme de livres et de bibliothèques. Vous lisez beaucoup, est-ce que vous aimeriez écrire un roman ?

Ça ne me tente pas du tout parce que j’ai trop de respect pour la littérature et les livres. Je ne peux pas me prendre pour un romancier ou un écrivain. Au contraire, plus j’aime les livres, plus je me tiens à distance.

Avez-vous déjà essayé ?

Oui, mais faire un livre ne me paraît pas être le sujet pour moi. J’écris tous les jours, j’ai un rapport constant à l’écriture, mais ce n’est pas pour être publié.

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandor

(Photo : Julien Mignot)

Morgane Imbeaux, la chanteuse du duo Cocoon, chante avec vous sur quelques titres. Ce n’est pas votre première collaboration avec cette auvergnate, d’ailleurs.

J’ai enregistré avec elle tout un album de textes de Baudelaire avec des musiques de Ferré, il y a longtemps. C’était il y a sept ans, bien avant le succès de Cocoon.

Oren Bloedow, guitariste et compositeur d’Elysian Fields, fait les guitares de « Chant Soviet ». Tiens, en voilà un qui n’est pas de chez vous !

Oui, mais il pourrait très bien être auvergnat en tout cas. Il connait bien le coin, c’est un ami et il vient souvent ici me voir.

Quelle est la thématique de ce disque ?

Thématique est un mot trop sérieux. Le thème pourrait être : « qu’est-ce que je fais, là où je suis ? ». J’aime étudier le rapport entre la géographie et l’histoire. Je chante simplement mes racines auvergnates. Ça ne va pas plus loin que ça, je crois.

Pour Alcaline, Jean-Louis Murat interprète "Blues du Cygne" en live.

Quand on vous interviewe, c’est difficile de parler de vos chansons. Elles sont poétiques et second degré.

Je vois ce que vous voulez dire. Pour moi, les chansons doivent rester mystérieuses et je ne me sens pas devoir développer des explications sur mes textes. Une chanson, c’est comme une pomme, il n’y a pas d’explication. Une pomme, c’est une pomme, une chanson, c’est une chanson.

Elles sont comme des contes d’antan. Vous êtes d’accord ?

J’aime beaucoup toute la littérature pour les enfants. J’ai lu tous les jours des livres de l’univers enfantin. Cela a laissé des traces en moi. Alice au pays des merveilles, dans la mythologie enfantine, c’est extrêmement important… raison pour laquelle j’ai écrit inconsciemment la chanson « Vallée des merveilles ».

L’inspiration vous vient-elle de manière inconsciente?

Je n’en sais rien du tout. Je trouve qu’il y a une sorte d’hypocrisie et de manœuvres basses a expliquer ce que l’on a pu écrire alors qu’on se sait pas vraiment ce qu’on a voulu écrire. Il y a un entre-deux où l’on doit rester assez flou, je crois.

Les gens font ce qu’ils veulent des chansons, de toute façon !

Je donne beaucoup de concerts et je rencontre beaucoup le public. Je suis toujours étonné de l’interprétation que les gens font de mes chansons. Je leur dis qu’ils ont raison parce que les gens ont toujours raison. Le chanteur ne doit pas donner de clefs pour rentrer dans son univers. Il faut que tout cela soit nimbé de mystères. Chaque auditeur doit pouvoir s’accaparer l’univers supposé de la chanson.

Vous êtes votre propre producteur, vos disques ont donc intérêt à se vendre. Vous y pensez beaucoup quand un album sort ?

A chaque sortie d’album, je suis très impliqué dans la conception du suivant. Ça m’évite le stress de ce genre de période. Je suis les choses, mais comme elles m’échappent, j’essaie de ne pas prendre ça trop à cœur. Plus j’avance dans le métier, plus je me rends compte que les règles sont incompréhensibles et complètement aléatoires. Je n’ai pas de temps à perdre à essayer de comprendre ce qui ne peut pas se comprendre. Je prends ma carrière album après album comme je prends ma vie jour après jour.

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandor

(Photo: Franck Loriou)

23 octobre 2014

Forever Gentlemen 2 : interview de Roch Voisine, Claire Keim, Damien Fargues, Sinclair....

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandor

Le principe de Forever Gentlemen est simple : des duos et trios font revivre les belles heures du Rat Pack et du Paris des années 50 et 60.

Devant le succès remporté par le premier volet de ce projet (triple disque de Platine), un deuxième opus a vu le jour ce lundi, Forever Gentlemen 2. Roch Voisine, Dany Brillant, Vincent Niclo, Corneille, Sofia Essaïdi, Bruce Johnson, Philippe Lellouche, Damien Sargue et Sinclair (qui réalise l’album) sont rejoints par les sublimes ladies Claire Keim, Camille Lou et Tal et par quelques nouveaux gentlemen comme Ben l’Oncle Soul, Philippe Lellouche, Antoine Duléry et Amir.16 chanteurs de charme actuels autour d’un "répertoire de légende". On y retrouve des classiques de Franck Sinatra, Nat King Cole, Charles Trenet, Henri Salvador, Sacha Distel ou encore Charles Aznavour.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandorLe 1er octobre dernier, quelques journalistes ont été conviés sur une péniche pour rencontrer certains des artistes ayant participé à ce deuxième Forever Gentlemen. L’idée était louable. Mais, personnellement, sans faire ma diva, j’ai trente ans d’interviews et j’ai passé l’âge de faire mon travail médiocrement. Je ne suis pas du tout amateur du procédé qui consiste à avoir quatre personnes devant un micro pendant dix minutes. Je ne suis pas un intervieweur qui se contente de poser une question à chaque personne et qui s’en va (ce qui, globalement, a été ce que j’ai fait ce jour-là). Il me faut du temps pour mettre en confiance la personne en face de moi et obtenir des propos « intéressants » susceptibles d’intéresser des lecteurs. J’imagine que les attaché(e)s de presse (au demeurant sympathiques et professionnels) ont dû se dépatouiller au mieux pour faire un maximum d’interviews en une après-midi. Ce n’est pas évident étant donné le peu de disponibilité de certains de ces artistes. Ce qui est certain, c’est que je ne participerai plus à ce genre de journée promo. Des petits jeunes qui débutent y trouveront leur compte. Pas moi.

Je vous propose ici, le résultat de mes 2 x10 minutes avec deux plateaux de quatre artistes.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandorInterview  1er plateau : Roch Voisine, Claire Keim, Damien Sargue et Sinclair.

Claire Keim, est-ce impressionnant d’entrée dans un projet existant avec une équipe déjà formée ?

Claire Keim : Ce qui est  impressionnant, c’est de s’attaquer à des chansons qui font partie de l’inconscient collectif des gens. On connait tous ces standards, même si on ne maîtrise pas bien les paroles, on sait les siffloter ou les chantonner sous la douche.Ca fait donc un peu peur. D’un autre côté, c’est tellement un plaisir et un rêve de rejoindre une telle aventure qu’on fonce tête baissée. J’avais trouvé le premier volet tellement classe et tous ces artistes élégants que j’avais très envie de les rejoindre et de partager des moments avec eux.

Sinclair, quelle est la difficulté principale quand on réalise un tel album ?

Sinclair : Le plus dur est de refaire ces chansons universelles sans les dénaturer, mais sans pour autant en faire des copies conformes. Pour y parvenir, je me suis fait plaisir et me suis entouré de personnes avec lesquelles j’aime travailler. Quand je réalise un disque, il faut que ça me plaise, que ça me fasse vibrer et qu’il se passe quelque chose d’émotionnel. J’ai eu un bon arrangeur et un bon ingénieur du son, du coup, le résultat a été à la hauteur de nos espérances. Autre gageure : que les artistes prennent du plaisir également. Ces versions-là ne sont pas à 100 kilomètres des versions originales, mais elles ont leurs particularités. Ce n’est pas évident, parce qu’on peut être très rapidement de l’autre côté de la barrière. Soit trop, soit pas assez. Il faut trouver le juste équilibre. Il ne faut être ni ringard, ni élitiste.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandor

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandor

Roch Voisine, quand on interprète ce genre de chansons éternelles, chante-t-on forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandordifféremment ?

Roch Voisine : Ce qui est important dans n’importe quel projet où l’on interprète des reprises, c’est d’adopter le style du répertoire en question. Mais, attention, il faut éviter le mimétisme. Dans le cas de Forever Gentlemen, il faut apporter du swing supplémentaire dans sa façon de chanter. Pour bien réussir une reprise, il faut la personnaliser. Il faut se laisser aller et ne pas penser à ceux qui l’ont chanté avant, sinon, ça peut devenir stressant.

Sinclair : Avec toi, Roch, ça a été du pain béni. Tu soulèves ce problème, mais il ne te concerne pas car, lorsque tu te mets derrière un micro, on reconnait immédiatement ta voix. Ta façon de chanter reste du Roch Voisine, mais avec du swing supplémentaire. Il ne faut pas changer sa voix, il faut juste interpréter la musique différemment. Il ne faut pas se dire, « je vais la chanter comme Sinatra ».

Claire Keim : Ce qui est agréable dans ce projet, c’est d’évoquer une époque. Ils sont venus nous chercher aussi parce qu’ils voulaient qu’on apporte un peu de nos personnalités. On a pris du plaisir à rentrer dans les codes, tout en conservant une certaine fraicheur.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandor

Premier clip tiré de Forever Gentlemen: LOVE, par Claire Keim, Roch Voisine et Corneille.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandorInterview : 2e plateau :

Bruce Johnson, Sofia Essaïdi, Amir et Camille Lou.

Sofia Essaïdi et Bruce Johnson, comment avez accueilli les deux nouveaux, à côté de vous, Amir et Camille Lou?

Sofia Essaïdi : On essaie d’accueillir les bras grands ouverts. Nous sommes ravis qu’ils viennent partager avec nous cette merveilleuse aventure. C’est plaisant de voir l’équipe s’agrandir.

Amir : Ah bon ? J’ai entendu qu’il y avait un before sur la péniche et ils ne nous ont pas laissé rentrer.

Sofia : Ce n’est pas vrai (rires).

Amir, ce doit être impressionnant, quand on débute sa carrière, de mettre les pieds dans ce genre de projet avec des artistes confirmés depuis des années, non ?

Amir : Parce que, justement, c’est un projet qui est fait par des gens qui ont de l’expérience et qui sont très talentueux, le fait d’intégrer leur équipe me permet de me sentir plus en sécurité. Je me sens bien entouré. J’espère juste que ma présence ne va pas nuire à cette recette qui a eu du succès. J’essaie d’être optimiste en me disant que ce deuxième disque pourra faire aussi bien que le premier et que je m’embarque dans une belle aventure.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandor

Et vous, Camille Lou ?

Camille Lou : Ce que vient de dire Amir est tout à fait vrai. Je n’en reviens pas d’avoir été contacté pour participer à cet album. Je trouve cela génial et prends cela comme un grand privilège. Cette équipe et la musique nous donnent l’impression d’être dans un cocon, un espèce de gros câlin. Je suis très heureuse.

Sofia, vous, vous avez récidivé.Ca veut dire que la première expérience a été bonne ?

J’aime tout dans ce projet. C’est le style que j’aime, qui me touche et qui me parle. Le jazz, le blues, je trouve cela tellement élégant et raffiné. Chanter ce genre de chanson, c’est jouissif. Ce qui est génial, c’est que l’on joue le jeu à fond. On se maquille, on se coiffe, on s’habille comme à cette époque. Soudain, on est transporté des années en arrière. On a l’impression que Franck Sinatra va débarquer. C’est magique.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandor

Bruce Johnson, vous êtes peut-être l'artiste le plus légitime dans cet exercice, non ?

J’adore cette musique depuis longtemps. J’ai eu la chance, dans les années 80, de travailler avec des musiciens qui ont eux-mêmes travaillé avec Glenn Miller ou Sammy Davies Junior. Le jazz est une musique que je côtoie depuis toujours.

C’est bien de faire un album de jazz de manière abordable, en tout cas.

Sofia Essaïdi : En France, le jazz est considéré comme une niche, et là, d’un coup, cette musique est ouverte au grand public. Moi, je suis folle amoureuse du jazz. J’en suis même fanatique. Je n’écoute que ça chez moi, dans ma voiture, partout, depuis tout le temps. D’ailleurs, le premier single que j’avais sorti, c’était une reprise de « Roxanne » du groupe Police en version jazzy. Vraiment, ma participation à ce projet est un cadeau du ciel.

Et vous Camille Lou, vous mettre à cette musique là, ça a été facile ?

Camille Lou : Il n’y a pas une façon de chanter pour un style de musique, on a sa façon de chanter. Il faut juste chanter et dire ce que l’on à dire.

Amir : Si je suis d’accord avec Camille, de mon côté,  je me laisse influencer par les arrangements des chansons. On entend l’esprit dans lequel elle a été refaite. Cela crée une atmosphère et, naturellement on s’adapte, et on devient plus jazzy.

Bruce Johnson : La chanson, c’est comme une maison qu’on ne connait pas. On nous jette dedans et il faut qu’on s’adapte avec les moyens que l’on a. Et ce qui est le plus important, c’est de respecter la maison.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandor

22 octobre 2014

Jean-Michel Ribes et François Bernheim : interview pour le festival Touche française

10362528_10152788419627948_3631769664496727355_n.jpg

12 artistes pour 7 concerts exceptionnels, voilà ce que vous propose le Théâtre du Rond-Point de Jean-Michel Ribes, le 25 et 26 octobre prochain. Au programme du festival Touche française : Dick Annegarn, Babx, Bagarre, Louis Chedid, Jeanne Cherhal, Dawn, Gontard !, Juniore, Patricia Kaas, Maissiat, Milk Coffee & Sugar et William Sheller.

Ce théâtre est celui des auteurs vivants  et comme les auteurs-compositeurs-interprètes en sont, le Rond-Point les accueille cette année avec joie. Avec la complicité artistique de la radio internet PiiAF
et de François Bernheim, le Théâtre du Rond-Point a inventé deux jours de fête où se croisent de grands artistes de la chanson francophoneet de nouvelles voix. Inconnus, découvertes ou références, ceux qui chantent, susurrent, slamment, rappent, composent… viendront dans leur plus simple apparat, « unplugged », partager leurs mots, leurs mélodies et leurs rêves avec vous.

Au programme de ce week-end : quatre concerts en salle Renaud-Barrault, deux premières parties, trois concerts en salle Jean Tardieu, dont une scène découverte, un plateau radio avec PiiAF aux commandes et des artistes en interview, un restaurant et un bar qui vibrent aux sons francophones et proposent une carte spéciale.


Touche française - 7 concerts exceptionnels au... par WebTV_du_Rond-Point

Pour parler de Touche française, j’ai rencontré le 8 octobre dernier (et réellement en exclusivité) les deux protagonistes principaux de ce mini festival, Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre et François Bernheim, auteur-compositeur-réalisateur-chanteur.

(Outre celle de Babx, les vidéos qui ornent cette chronique sont celles des artistes "découvertes" de ce festival.)

ribes.jpgJean-Michel Ribes :

Auteur dramatique, metteur en scène et cinéaste, Jean-Michel Ribes revendique la fantaisie subversive et l’imaginaire, poursuivant un parcours créatif libre, à la frontière des genres. Il dirige le Rond-Point depuis 2002, où il défend l’écriture dramatique d’aujourd’hui. Il est auteur et metteur en scène d’une vingtaine de pièces.

Pour la télévision, il a écrit les deux séries cultes Merci Bernard (1982 à 1984) et Palace (1988 à aujourd’hui).

Pour le cinéma, il écrit et réalise Rien ne va plus (1978), La Galette du Roi (1986), Chacun pour toi (1993), Musée Haut, Musée Bas (2008) et Brèves de comptoir (2014).

François Bernheim :bernheim-infrarouge.jpg

Producteur, compositeur et interprète, François Bernheim a donné naissance à des carrières aussi prestigieuses que celle des Poppys ou de Patricia Kaas. Parmi ses interprètes, figurent Brigitte Bardot, Gérard Lenorman et Serge Reggiani. François Bernheim est aussi le réalisateur du premier disque de Guillaume Depardieu, Post Mortem.

Je reviendrai plus longuement sur la carrière, très riche, de François Bernheim puisqu’il sera mon invité (et en solo) ici-même dans quelques jours.

DSC0948hhh9.JPGInterview :

Pourquoi ce festival, Jean-Michel Ribes ?

Jean-Michel Ribes : Au Rond-Point, on avait envie de prolonger ce que l’on faisait au théâtre, c’est-à-dire, saluer les auteurs vivants. Avec ma collaboratrice, Mélanie Lheureux, la responsable des événements exceptionnels, on a voulu ouvrir une fenêtre sur la chanson francophone, qui est aussi porteuse de textes. J’ai demandé à François Bernheim s’il voulait bien travailler sur ce projet avec nous. A partir de là, on a construit ensemble ces deux jours.

François Bernheim : On a élaboré une programmation qui est digne de l’endroit. L’évènement principal, c’est que ces concerts se passent au Théâtre du Rond-Point.

Avez-vous eu des exigences particulières concernant le casting de ce week-end musical ?

Jean-Michel Ribes : Nous avons voulu que ce soit de la chanson française, qu’elle soit dans la tradition ou pas. Evidemment, moi, j’aime bien quand elle sort de la route.

François Bernheim : Le cahier des charges, c’est que les artistes viennent avec une formation très simple, voire très light.

C’est-à-dire, guitare-voix ou piano-voix maximum.

Jean-Michel Ribes : Nous souhaitions présenter des artistes qui soient interprètes avec de beaux textes et de jolies musiques. L’idée que des personnes connues présentent des artistes francophones qui le sont moins n’est pas novatrice, mais nous trouvions cela essentiel.

Bagarre : clip officiel de Mourir au club.

Moi qui suis dans ce milieu, je vous avoue que je ne connais pas la totalité des artistes présents.

François Bernheim : Nous travaillons en collaboration avec une radio sur le net, PiiAF. Cette radio a pour vocation de découvrir et programmer des gens qui n’auraient pas l’opportunité de l’être de manière classique. Ces artistes ont des contrats avec des maisons de disque ou pas, ils ont des CD ou pas, mais en tout cas, ils font beaucoup de scènes. Nous avons fait une sélection parmi ces jeunes en devenir.

Il y a clairement la volonté de faire découvrir de jeunes artistes.

Jean-Michel Ribes : C’est un festival d’émergence. Louis Chédid, Jeanne Cherhal, William Sheller, Patricia Kaas, Maissiat, Dick Annegarn attirent le public et, en même temps, ce même public va avoir la joie d’accueillir des chanteurs qui vont devenir des gens qui vont occuper les ondes.

François Bernheim, quand vous travailliez chez Barclay, dans les années 70, vous avez découvert Chédid et Sheller. Puis, au début des années 80, vous avez lancé Patricia Kaas… curieusement, ils sont tous présents pendant lors de ce festival.

François Bernheim : Je peux vous dire que c’est un hasard. Certes, je les ai appelés, mais c’est le cœur qui parle avec ces gens-là. Cela dit, il faut que ça marche, alors, je n’appelle pas n’importe qui.

Jean-Michel Ribes, on connait votre rapport à la littérature et au théâtre, mais quel est-il avec la chanson française ?

Jean-Michel Ribes : Comme tous les gens qui chantent très faux, on aime bien entendre le contraire de soi. Jeune, je me souviens être allé à l’Ecluse, voir une longue dame brune qui chantait : Barbara. Elle m’a beaucoup ému. J‘ai eu également la chance de connaître un peu Gainsbourg, les Rita Mitsouko et d’autres comme Philippe Chatel, qui a fait la musique d’un de mes films. Par rebonds et sursauts, j’ai rencontré pas mal de chanteurs. Je suis très sensible à la chanson française, à tel point que, quand je l’écoute, je l’écoute. Je ne peux pas faire autre chose en même temps.

François Bernheim : Quand Jean-Michel parle de chanson française, il n’y a rien de poussiéreux là-dedans. Il est innovateur, c’est même un explorateur. Il le prouve tous les jours au théâtre, mais aussi en permettant cette programmation de chansons assez inédites pour ce qui est du tremplin des révélations.


Babx en Deezer Session : "Lettera" par deezer

Il y a des artistes exigeants dans cette programmation. Babx par exemple.

Jean-Michel Ribes : C’est bien que vous citiez Babx. J’ai rencontré ce jeune chanteur ici quand j’ai organisé la soirée « La culture contre la haine ». Quand j’ai vu Babx, j’ai été immédiatement accroché par lui et j’ai pensé qu’il était impératif qu’il participe à ce festival.

Ce qui est bien, c’est que vous mélangez les styles. Il y a un monde entre Patricia Kaas et Babx.

François Bernheim : Vous allez être étonné de ce qu’elle va faire sur scène. Elle s’est adaptée au concept de ces deux soirées. Elle sera seule sur scène avec deux musiciens. Elle interprétera six chansons qui seront très fortes, car dénudées, voire squelettiques. C’est sa voix avant tout.

Il y aura aussi Jeanne Cherhal.

François Bernheim : Elle sera seule au piano. C’est une prise de risque pour tous les artistes que de chanter ainsi.

Vous parlez de « prise de risque », pour vous Jean-Michel Ribes, c’en est une d’organiser ce festival ?

Jean-Michel Ribes : Cela fait douze ans que ce théâtre est une prise de risques de six heures du matin à six heures du matin, donc, ça ne me change pas beaucoup. Je pense justement qu’une des raisons pour lesquelles nous ne nous sommes pas cassés la gueule, c’est que l’on prend des risques en permanence. Rien ne peut exister sans prise de risques. Quand il n’y a pas de risque, il n’y a pas de mouvement. S’il n’y a pas de mouvement, il n’y a pas de changement. S’il n’y a pas de changement, autant rester chez soi. Toute approche artistique, que ce soit au cinéma, au théâtre, dans la chanson ou la littérature, c’est quand même pour faire bouger les choses.

Dawn, dans une reprise de "Sur un trapèze" initialement interprété par Alain Bashung.

Il y a une notion de « transmission » dans ce projet ?

Jean-Michel Ribes : Non. Il s’agit plus de donner à de jeunes talents la possibilité qu’ils existent.

François Bernheim : C’est aussi un environnement, un décor que tous ces jeunes n’ont pas encore côtoyé. Ils sont plus habitués à jouer dans des bars ou des petites scènes qui ne sont pas forcément folichonnes.

Vous avez vus récemment ces jeunes artistes ?

Jean-Michel Ribes : Oui. Ils ont le trac, évidemment… et c’est bien.

Ce n’est pas la première fois que vous accueillez des chanteurs dans votre théâtre.

Jean-Michel Ribes : C’est vrai. Georges Moustaki, par exemple, a fait quatre concerts ici. Il n’y avait plus aucune place de disponible. Je ne marche qu’au coup de cœur. Ici, on ne fait pas une programmation marketing. On a envie de voir évoluer des gens que l’on aime.

Juniore: clip de "La fin du monde".

Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux?

Jean-Michel Ribes : On a deux enfants ensemble (rires).

François Bernheim : Avec Elisabeth Depardieu, nous avions conçu un spectacle chanté où nous étions tous les deux sur scène. On devait investir l’ancien Bobino deux soirs de suite. Elisabeth, qui connaissait Jean-Michel, lui a demandé de nous mettre en scène. Nous ne savions pas trop comment évoluer sur le plateau et il a accepté de nous aider. Amicalement, vite et bien… et gracieusement, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.

Vous pouvez mettre en scène « n’importe qui », Jean-Michel Ribes ?

Jean-Michel Ribes : Je ne peux mettre en scène que des gens que j’admire et que j’aime. Il faut qu’il y ait un échange et une grande confiance les uns envers les autres pour que je puisse les emmener ailleurs que vers eux-mêmes.

Gontard! :"Dans la musique".

Chacun à votre manière, vous défendez la langue française.

François Bernheim : On a suffisamment de gens qui chantent en anglais autour de nous pour que l’on prenne la peine de se pencher un peu plus sur la chanson française avec de beaux mots.

Jean-Michel Ribes : Il y a quelque chose dans la culture anglo-saxonne qui est magnifique, mais qui est aussi dangereuse. Il y a une espèce d’anesthésie de la langue. Il suffit que ce soit anglais pour que l’on n’écoute plus que la musique. Je crois qu’il y a, en France, une langue qui peut être très musicale. Il faut que l’on revienne à cette langue française parce qu’elle a des saveurs que d’autres n’ont pas.

François Bernheim : Moi, je vais plus loin que Jean-Michel. Je pense qu’il y a une vraie colonisation de la langue anglaise sur la création française. A nous de conserver notre identité. Par la culture, c’est un bon moyen de lutter.

Jean-Michel Ribes : Beaucoup de chanteurs français chantent en anglais. Mais, ce problème est également valable pour le cinéma. Je viens de faire le film Brèves de comptoir. C’était limite si on ne me demandait pas de le mettre en scène avec des comédiens anglais. Il y un moment, ça va. Il faut réagir en agissant.

DSC09488.JPG

Avec François Bernheim et Jean-Michel Ribes, le 8 octobre dernier (dans le bureau de Jean-Michel Ribes).

touche-francaise-beau-projet-theatre-rond-poi-L-bkAD3k.jpeg

20 octobre 2014

Garz : interview pour la sortie de Issues

garz,issues,interview,mandor

(Photo : Sacha Lenormand)

Je ne connaissais pas Garz. Pourtant, cela fait un moment qu’il traîne ces guêtres dans le monde musical français. Cela dit, l’homme n’a rien fait pour faciliter les choses puisqu’il a changé de nom à chaque projet. Et il en a eu… Difficile à suivre donc.

Aujourd’hui, Garz (diminutif de Matthieu Garczynski) semblerait être déterminé à se stabiliser. Il sort un album qui s’intitule Issues. La pochette est un labyrinthe. Symboliquement, on comprend qu’il s’agit ici d’évoquer les méandres complexes de la vie et la difficulté de choisir le bon chemin. Ce disque pop (tendance calme) est une auto-analyse, entre sincérité et humour, dans lequel, les quidams que nous sommes, se retrouveront souvent.

Le 16 septembre dernier, l’artiste est passé par l’agence afin de se présenter et évoquer ce subtil album plein de surprises.

(Toutes les photos, hormis celles prises à l'agence, sont signées Sacha Lenormand. Merci à lui.)

garz,issues,interview,mandorBiographie :

Auteur, compositeur et interprète, Garz, vogue depuis la fin des années 80 sur des musiques pop, rock ou new-wave, tandis que son écriture, intime et personnelle, exprime une forte quête d’identité et de sens.

En 2008, il créé sous ce nom une série de EP’s et travaille parallèlement pour le théâtre (compagnies Habaquq, Dodeka…) dont il compose les musiques de scène. Installé en Normandie depuis 2010, il reçoit le soutien d’acteurs culturels locaux (Conseil Général de la Manche, Comité d’aide aux groupes de Caen, Relais Culturel du Pays de la Baie du Mont Saint-Michel, SMAC Le Normandy à Saint-Lô) et se lance dans la réalisation d’un album avec Laurent Beaujour (co-arrangeur et réalisateur). Ensemble ils ont cherché une forme musicale pour chaque chanson et travaillé les arrangements en relation étroite avec les mots et les images des textes pour leur offrir un écrin pop, rock, country, blues, électro ou trip-hop et nous embarquer dans des univers denses, d’une grande intensité. L’album s’écoute alors comme un cheminement de pensées, d’émois et d’expériences.

Le disque :garz,issues,interview,mandor

Avec Issues, son nouvel album, Garz affirme ses thèmes de prédilection et leur trouve une issue/des issues… 

Chacune des dix chansons est une tentative de fuite, cherche, avec sincérité et humour, une échappatoire aux chagrins du jour, aux angoisses des nuits, au temps qui passe, invente une alternative à soi-même et part en quête d’un ailleurs.
Chez Garz la douceur des corps à corps est une réponse à ses questionnements, réponse amoureuse ou sensuelle. La nature aussi est une réponse, belle et chaude avec son peuple d’animaux étranges, ou bien le passé qu’il explore pour comprendre coûte que coûte de quelle étoffe il est fait, et la musique bien sûr dont il s’enivre…

garz,issues,interview,mandorInterview :

Tu es musicien depuis ta tendre enfance ?

Petit, j’ai voulu faire de la trompette, mais mes parents ont préféré que je fasse du hautbois. Plus tard, à 14 ans, j’ai commencé à vouloir composer au piano. J’ai ressenti un fort besoin de m’approprier la musique.

Quand as-tu décidé d’en faire ton métier ?

J’ai fait du droit jusqu’à 24 ans. Mais, c’était plus fort que moi, je sentais que je ne pouvais pas devenir juriste, par exemple. L’idée de me lancer dans un métier normal me terrorisait. J’ai préféré vivre une vie de saltimbanque en choisissant de consacrer ma vie à la musique.

Tes parents t’ont-ils encouragé dans ce sens ?

Disons qu’ils ne m’ont pas empêché. C’est le fait que je souhaite devenir artiste qui n’est pas rassurant pour des parents. Comme ils avaient les moyens de m’aider s’il le fallait, ça s’est bien passé. Cela dit, même aujourd’hui, ils sont encore un peu inquiets.

Clip vidéo réalisé par Alban Van Wassenhove pour la chanson de GARZ "Quelqu'un d'autre (pas moi)" tirée de l'album ISSUES le 7 octobre 2014. Avec GARZ (Matthieu Garczynski)

C’est donc ton premier album sous le nom de Garz.

J’ai sorti un disque en 1998 sous le nom d’Oblomov. Il s’intitulait Rock de chambre. J’assume moyennement ce disque malgré le fait qu’il sa réalisation a été faite dans de bonnes conditions.

Ta carrière en tant que Garz a commencé en 2008.

Oui, mais c’est le prolongement de ce que je faisais avant. J’ai cette espèce de maladie de beaucoup changer de nom. J’ai un gros problème avec ça. Ca me vient d’une quête d’identité de soi-même, de « qu’est-ce qu’on fait de sa vie ? » J’ai toujours eu envie de changer d’identité, mais j’arrive désormais à me contrôler.

garz,issues,interview,mandor

Pendant l'interview.

La quête d’identité est le thème principal de tes nouvelles chansons, notamment dans « Garczynski ».

A travers cette chanson, j’ai essayé de comprendre d’où je venais. Au 19e siècle, la Pologne était occupée par les prussiens et les russes. Les polonais ont dû se battre contre les occupants, dont des membres directs de ma famille. Quand j’avais 7 ans, mes parents m’ont emmené en Pologne et ça m’a marqué. Quand on a un nom comme le mien, on s’interroge sur le passé familial.

De quoi te nourris-tu pour t’inspirer ?

Je me nourris de ce que je vis et ce que ressens. J’essaie de retranscrire dans chaque chanson une émotion différente.

Clip réalisé dans le cadre de Kino Caen 2014 par Denis Levrat sur une idée originale de Matthieu Garczynski (GARZ). Avec Anastasia Parquet. "Vous revoir" est extrait de l'album Issues.

Tu dis que ta musique est de la pop. J’y vois plus de la chanson.

J’ai une prédilection pour la pop, mais pas celle qui est sucrée et commerciale. De toute manière, le mot pop en musique rassemble large. Au fond, moi, ce qui m’importe, c’est la mélodie. Il faut qu’elle porte la chanson et qu’elle fasse passer mes textes plutôt graves de manières plus légères.

Ta première chanson date de 1987. Ca fait donc plus de 25 ans que tu écris. C’est difficile de se renouveler ?

Oui, c’est ça la difficulté principale. Je passe mon temps à écrire et jeter parce que je trouve que ce n’est pas assez original où que j’estime que j’ai déjà fait une chanson de  ce type-là. Je veux changer perpétuellement la forme et le fond. Je passe beaucoup de temps à tenter de résoudre cette problématique.

Malgré tes années de musique et d’expériences individuelles ou collectives, tu n’as pas encore une grande notoriété. Trouves-tu le temps un peu long ?

Je l’ai vécu de manière un peu chaotique jusqu’à il y a trois ans. J’ai compris qu’il fallait que j’arrête de faire les choses à l’arrache et j’ai su m’entourer. J’ai fini par comprendre que les choses ne marcheraient pas si je restais tout seul. Issues est le premier disque pour lequel je me suis donné un peu plus les moyens. J’ai trouvé les financements avant de l’écrire. A la base, je ne voulais plus enregistrer de disque. Me contenter de faire de la scène me suffisait. Dans ma région, la Normandie, on me répondait qu’il me fallait de l’actu. Parce qu’il y a un comité d’aide aux groupes qui existe à Caen, le directeur d’une salle dans laquelle je voulais jouer m’a poussé et aidé à remplir un dossier de subvention. On m’a donc attribué une petite somme d’argent et j’ai pu faire ce disque. J’ai voulu bien le produire, j’ai trouvé un réalisateur compétent et j’ai pris quelqu’un pour la promo.

garz,issues,interview,mandor

(Photo : Sacha Lenormand)

As-tu besoin de notoriété ?

De reconnaissance, plutôt. Je rêve d’avoir un public et de pouvoir partager les choses. Je veux être écouté en fait, ce qui est normal pour un artiste. 

Laurent Beaujour a coréalisé l’album.

C’est quelqu’un du Cargo, à Caen, qui me l’a présenté. Au début, je voulais juste faire un EP, mais le travail avec lui m’a tellement plu qu’on a fait un album. Comme je ne sais pas s’il y en aura d’autres après, j’ai mis tout ce que je suis et tout ce que je sais faire. Ce disque résume tout ce que j’ai pu faire avant, mais en mieux.

Tu te livres franchement dans Issues. Es-tu pudique dans la vie ?

Ca dépend du contexte. Je peux être pudique quand je ne connais pas du tout les gens, mais en privé, je ne le suis pas trop. Je peux même être assez trash (rires). Même sur scène… j’ai fait des cochonneries.

Bien que je ne te connaisse pas dans la vie, je ne te vois pas comme ça.

J’ai deux facettes. Un côté un peu imagé, littéraire, poétique et un côté trash, brut, plus direct. Il m’est arrivé de réunir ses deux aspects de ma personnalité et artistique. Pour ce disque, j’ai choisi la profondeur plutôt que la provocation.

"En dormant", une chanson tirée de l'album Issues et des images de GARZ (aka Matthieu Garczynski).

garz,issues,interview,mandorTu te sens proche de quels artistes ?

Dans ceux d’hier, l’Etienne Daho des années 80. Et dans ceux d’aujourd’hui, j’aime bien Bertrand Belin et principalement son album Hypernuit. Cet album m’a donné envie d’en refaire un. J’aimais bien aussi Les créatures de Philippe Katerine. C’est à la fois, poétique, décalé et élégant. J’aime bien aussi Albin de la Simone.

Tu attends quoi de la sortie de ce disque ?

Je ne sais pas où cela va me mener. J’ai peur de l’après. Est-ce que cela va me permettre de passer un cap, trouver des partenaires, de pouvoir faire un autre disque ? Si, ça n’évolue pas, je n’aurai pas le courage de recommencer.

Le titre de cet album a une signification précise, je suppose.

Je me suis demandé ce que pouvait relier toutes les chansons. Je me suis soudain rendu compte que toutes les chansons parlaient de fuites. Issues m’est venu assez rapidement. C’est un mot concret et en même temps abstrait. Un peu comme je suis et comme sont mes chansons.

garz,issues,interview,mandor

Le 16 septembre 2014, après l'interview.

07 octobre 2014

Yseult : interview pour son premier album.

tumblr_n7ozgqOZ7q1rjz92mo3_r1_1280.jpg

10509504_268406386690247_6740427072489106516_n.jpgYseult sortait largement au-dessus du lot lors de la dernière édition de La nouvelle star. Même si elle n'a pas remporté l'émission, elle est arrivée avec son univers et sa façon de chanter hors du commun. Quelques mois après cette saison 10, cette jeune artiste de 19 ans sort déjà son premier album.
Signée chez Polydor, elle s'est bien entourée. D’abord, il y a Da Silva (récemment mandorisé là), un des auteurs les plus sollicités en France. Il s'est chargé de la réalisation. Deux hommes de l'ombre, Fred Fortuny et Pierrick Devin ont produit le projet, des hommes de l'ombre qui ont déjà travaillé avec des groupes comme Lilly Wood and The Prick, Cassius et Phoenix.

Le résultat va en surprendre plus d’un.

Pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois d’octobre 2014), j’ai rencontré la chanteuse de 20 ans dans un bureau de chez Universal.

001.jpg

002.jpg

Clip du premier single de l'album, "La vague".

005.jpg

Nouvelle star 2014, "Lettre à France" de Michel Polnareff.

003.jpg

Teaser du deuxième single, "Pour l'impossible".

IMG_5947.JPG

Après l'interview, sur un balcon d'Universal, le 22 septembre 2014.

04 octobre 2014

Lofofora : interview de Reuno pour L'épreuve du contraire.

lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor

Le groupe Lofofora est pionnier du rock fusion metal (guitares saturées, phrasé rappé, envolées punk). Il nous propose son huitième album avec 14 titres qui révèlent une formation en paix avec ses racines fusion et dont le discours est toujours aussi percutant et réaliste. Lofofora est un groupe qui pense, use de sa conscience de son monde, en tire des mots, des sons, pour faire aussi penser ses auditeurs.

25 ans que la plume de Lofofora sévit en criant sur les injustices, interrogations du mal être actuellofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor de notre société ou cette violence omniprésente.

Le chant-parlé de Reuno est toujours aussi tranchant. Instrumentalement, c'est incisif au possible. Fusion, metal, hardcore, stoner, punk rock et acoustique, le groupe n'a plus peur de proposer des pistes différentes. Mis en valeur par une production efficace et un mix faisant une belle part à la guitare et au chant, le groupe continue à provoquer, surprendre et régaler son auditoire... avec toujours autant de force et de passion.

Reuno, le chanteur leader du groupe est passé à l’agence le 10 septembre dernier pour évoquer notamment le nouvel album de Lofofora, L’épreuve du contraire.

lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandorInterview :

Lofofora a 25 ans d’existence. As-tu vu le temps passer ?

Pas tellement. Mais, quand tu es papa, il y a un compteur qui se met en route. J’ai une fille de 24 ans et une fille de 3 mois. Bon, je n’aime pas parler de ma vie privée. Je préfère parler de mes chansons. En tout cas, j’ai passé plus de la moitié de ma vie à faire ce groupe. Ça prend beaucoup de temps et on ne fait que ça.

Comme tous les artistes, as-tu le syndrome de Peter Pan ?

Le temps qui passe, je m’en fous. J’ai plutôt le syndrome des poupées russes. Je sais que je suis en train de murir et vieillir. Je le vois dans ma glace. A l’intérieur, le jeune que j’étais, pas celui de 25 balais, il était vraiment con celui-là, je parle de l’adolescent, il est toujours vivant. Moi, je bloque sur les rayons de jouets, mais je ne veux pas rester jeune, enfant et innocent. Ce n’est pas du tout mon but. Je suis heureux de prendre de l’âge. Si je ne suis pas si mal dans mes pompes, il a fallu que je passe par toutes les étapes pour en arriver là où je suis aujourd’hui, même les moins reluisantes. C’est ça qui m’a fait aujourd’hui.

"Contre les murs"- clip officiel.

Depuis le début du groupe, les thèmes évoqués restent les mêmes.lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor

Gamin, je faisais un cauchemar récurrent. Je voyais le monde détruit par un champignon atomique. J'avais l’angoisse d’un pouvoir totalitaire. Je me voyais aussi souvent dans une casse de voitures. Des mecs en costards m’entouraient et voulaient me fusiller. J’évoque donc toujours la monstruosité de l’être humain et sa prétention hors norme. Dans l’album, il y a une chanson qui s’appelle « Double A ». Je suis hyper sincère quand je dis « il vit planqué dans mon crâne, un gamin qui ricane en regardant parler les adultes, il les voit comme des clowns descendus de la lune, gavés de certitudes. » J’ai encore cette vision du monde et c’est ça qui me fait écrire le plus.

Ce serait intéressant à psychanalyser.

Puis-je m’allonger sur ton canapé ? Non, tu vois, j’ai peur de rentrer dans le moule, de ne pas vivre la vie comme elle vient, de ne pas voir les bonnes choses quand elles arrivent. J’ai toujours envie d’être aux aguets pour capter toutes les bonnes choses, éventuellement pour décrier les mauvaises. Si je rentrais dans d’autres projets musicaux, j’aurais peut-être d’autres façons d’écrire. Avec Lofofora, les riffs de guitares sont comme des coups de poing dans la gueule. Je réponds à cela dans mes textes. Il y a quelques années, j’ai écrit une chanson qui s’appelle « Auto-pilote ». C’était un pari entre moi et moi d’essayer de faire une chanson positive, une chanson de bonheur, sans que cela devienne de « La ballade des gens heureux ». Je n’ai pas dû réussir parce qu’une journaliste m’a demandé pourquoi j’avais fait une chanson sur le suicide (rires). Merde, c’était une chanson pleine d’espoir !

Le Reuno de la vraie vie est-il le même que celui qui monte sur scène ?

On est tous comme un diamant plus ou moins brut avec de multiples facettes. Dans Lofofora, j’ai une ou plusieurs facettes de ma personnalité qui sont un peu vus à la loupe. Mais il y a d’autres Reno qui existent. Il m’arrive de rencontrer des gens pour la première fois qui s'étonnent de me trouver sympa, alors que je crie tout le temps dans mes chansons. Mais si je gueulais comme ça dans la vraie vie, je n’aurais aucun ami.

"Pornopolitique" (audio).

lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandorTu ne veux pas parfois calmer ta façon d’interpréter tes textes ?

Non. Je ne ferai jamais un truc tout clean. D’ailleurs, je ne vois pas la vie comme ça. La vie est parfois douce, mais elle est surtout rugueuse et piquante, c’est ça qui la rend savoureuse.

Pourquoi chantes-tu en français ?

Ça m’est venu naturellement d’écrire. Je ne me suis même pas posé la question. C’était au début de l’histoire du hip-hop français. Soudain, il y a eu des tas de mecs qui ont voulu démontrer qu’il n’y avait pas que Gainsbourg et Nougaro qui arrivaient à faire groover la langue française. J’ai sans doute voulu rentrer dans ce sillage… 

C’est quoi votre public ?

Il oscille entre treize et soixante ans. Au tout début de « Lofo », on a vite remarqué que nous n’aurions pas un public de clones. Il y avait des mecs avec des dreadlocks, d’autres avec des crêtes, d’autres avec des casquettes et des maillots de basket façon New York- Brooklyn. L’uniformité est un des trucs qui me fait le plus peur. Je trouve cohérent, par rapport à nos propos, que les gens qui viennent nous voir soient à l’opposé de ça.

Cet album ressemble un peu à ce que vous faisiez dans le premier disque éponyme, en 1995. Tu as pris 25 ans de plus, ne te demandes-tu jamais si tu n’es pas un peu trop vieux pour continuer à jouer ce genre de musique ?

Si Lemmy est crédible dans Motörhead à 68 ans et Iggy Pop à 67, je ne vois pas pourquoi je ne le serais plus aujourd’hui. Quand j’aurai des varices, j’arrêterai de mettre des shorts, c’est tout (rires). Si on compare ce dernier disque au premier, c’est qu’il est de nouveau très diversifié. Le précédent, Monstre ordinaire, était tout metal, tout bourrin, tout « rentre dedans ». Dans celui-ci, au niveau des sentiments qu’on a eu envie de partager à travers les chansons, un côté patchwork s’est imposé à nous, comme cela se faisait facilement dans les années 90. On a pas mal galéré pour choisir l’ordre des morceaux.

Teaser officiel de L'épreuve du contraire.

Ce métier est une sorte d’élixir de jouvence, non ?lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor

Une des principales choses qui fait vieillir les gens prématurément, c’est d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Un rockeur, si tu l’es vraiment, est libre. Tu n’as pas de patron. Ton patron, c’est toi, ton groupe et tes copains. Nous sommes seuls décisionnaires de nos vies et la manière dont on va gérer notre « profession ». Ça aide à se sentir bien…

Tu as dit « rockeur ». C’est du rock que Lofofora fait ?

Oui, évidemment.

Ce n’est pas du metal ?

Mais le metal, c’est une forme de rock quand même. Le rock, c’est une attitude. C’est avoir un côté empêcheur de tourner en rond et fouteur de merde. Un rockeur, c’est un mec qui dit non avant de penser qu’il peut dire oui. C’est comme ça que je voyais les choses quand j’étais gamin et j’ai l’impression aujourd’hui de le vivre encore comme ça. On a une soif de liberté et on le dit haut et fort à coup de riffs dans la tronche des gens. C’est quoi la traduction de rock ? C’est secouer.

"L'innocence" (audio).

Tu as commencé en chantant le bordel de ce monde… en 2014, c’est encore pire, non ?

Notre monde a toujours été chaotique. La différence, c’est qu’aujourd’hui, on est au courant de tout. Et sur internet, c’est le pire qui passe en premier à travers le filtre médiatique. Les occasions de se fendre la gueule devant nos écrans ne sont pas si nombreuses. C’est la façon dont le malheur est hiérarchisé aujourd’hui que je trouve hyper malsain.

Es-tu un anarchiste ?

Je préfère « anarchiste » à « engagé ». Si ça m’arrive de signer personnellement des pétitions, je ne dicte à personne ce qu’il doit faire. J’ai horreur qu’on me le fasse, alors, je ne le fais pas aux autres.

Lofofora n’est pas HK et les Saltimbanks.

Non, mais eux, ils sont pénibles. On ne va pas faire un chapitre sur ce groupe, mais avant, ils avaient un truc qu’ils appelaient «ministère des affaires populaires ». On a joué avec eux, mais j’avais envie de leur jeter des cailloux. Les mecs, ils jouent « La Marseillaise » pour la faire siffler par le public. Mais, vous n’avez pas autre chose à nous donner ? Pour moi, c’est de la démagogie de bas étage. Attention, tous autant que nous sommes, on peut être démagogue, mais à ce point-là, non. Pour moi, HK et les Saltimbanks, c’est du Patrick Sébastien avec des paroles écrites par Jean-Luc Mélanchon.

lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor

Pendant l'interview.

Quel est votre engagement à vous ?

Pas grand-chose. On fait juste un peu de place sur nos tables de merchandising. On invite des gens de « Sortir du nucléaire », parce que c’est un thème qui nous tient à cœur. On va faire venir aussi des gens de chez « Sea Shepherd », une association genre Greenpeace, mais que pour la mer et en mode assez musclé. Là s’arrête notre engagement publique. On présente ces organismes à notre public, il s’arrête ou ne s’arrête pas.

Que pensent tes parents de leur rejeton ?

Ils sont assez fiers. Ils comprennent mon travail et comment je le pratique. Ce sont eux qui m’ont fait et qui m’ont rendu comme je suis, ils n’ont qu’à assumer (rires). Ils m’ont inculqué une fibre un peu humaniste et écolo. Un certain respect de la vie.

Après 25 ans de carrière, on craint encore la sortie d’un nouvel album ?

Oui, parce qu’on a envie de continuer à enregistrer des disques. Avec mon dernier relevé de ventes de disques, j’ai eu un chèque de trente euros. Chaque membre du groupe gagne vingt centimes par exemplaires vendus. Contrairement à certains fantasmes que peut avoir le public, des musiciens comme nous ne sont pas riches. Je ne suis toujours pas propriétaire et je roule dans une bagnole d’occasion qui a 150 000 kilomètres. Mais je vis bien comme ça. C’est la vie que j’ai choisi. Je fais ce que j’aime. Je me sens riche d’émotions et d’expériences.

lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor

Après l'interview, le 10 septembre 2014.

26 septembre 2014

Maladroit : interview pour Old & Poor

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandorSur ce blog, j’aime varier les plaisirs, aller là où on n’attend pas Mandor. Ainsi, j’accueille les deux chanteurs d’un groupe de punk-rock, MALADROIT. Bien sûr que leur musique n’est pas ma tasse de thé. Mais dans le genre, ce sont deux des meilleurs chanteurs/musiciens. Till Lemoine (chanteur de Guerilla Poubelle) et Olivier Portnoi (chanteur des Dead Pop Club, déjà mandorisé en 2010) ont accepté de prendre une bière avec moi le 28 août dernier, histoire qu’ils me parlent de leur groupe et de leur nouveau disque, Old & Poor.

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandorBiographie officielle :

Side projet activé par des membres de Guerilla Poubelle, Dead Pop Club, Crossing The Rubicon et Marxmallows, MALADROIT a donné plus de 250 concerts depuis 2009, aussi bien en France, Allemagne, Hollande, Angleterre, Ecosse, Belgique qu'au Canada et aux Etats-Unis. Son pop punk accrocheur, ses solos à un doigt, ses oh oh oh et ses chansons de filles pour les garçons (à moins que cela ne soit l'inverse) lui ont permis de  jouer au Fest à Gainesville en Floride, (festival punk rock de référence), par deux fois au Pouzza Fest à Montreal et de partager la scène avec Dear Landord (US), Murderburgers (Ecosse), Off With Their Heads (US), Dead To Me (US), The Apers (Hollande), Priceduifkes (Belgique), Sainte Catherines (Québec), Against Me! (US), Masked Intruder (US), Brixton Robbers (Québec), Charly Fiasco (Fr), Fortune Cookie Club (Québec) et plein d'autres.maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandor

Le dernier disque de MALADROIT est OLD & POOR

OLD & POOR : Pour fêter les 5 ans de MALADROIT, voilà une compilation CD des tous les titres du groupe éparpillés et jusqu'à présent uniquement disponible en vinyle sur des singles, des splits EP, des compiles, des vidéos de voyage en tapis volant. En bonus un nouveau titre 100% inédit "I Wanna Kill Zombies With You".

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandorInterview :

Till, tu es l’initiateur du groupe ?

Till : Non, on a décidé la création de ce groupe avec Olivier il y a cinq ans. On déjeunait ensemble au moins une fois par semaine et un jour l’idée nous a traversé l’esprit. C’est parti comme un projet annexe. Tous les membres de Maladroit jouent dans d’autres groupes qui restent leur priorité.

Olivier : Ce qui nous a incités à faire groupe commun, c’est justement l’envie de jouer avec d’autres gens que les « habituels » et de s’essayer à autre chose musicalement. De plus, on avait tous du temps de libre.

Till : Il est vrai que le groupe principal dans lequel je joue, Guerilla Poubelle, était plus en stand-by que d’habitude. Au lieu de faire une centaine de dates par an, on n’en faisait plus que quarante.

Vous vous êtes connus comment les uns les autres ?

Olivier : La musique que l’on joue fait partie d’un petit monde musical. La scène punk, c’est un peu une niche, donc, du coup, quand on va voir des concerts, on rencontre toujours les mêmes personnes. Tout le monde se connait depuis longtemps. On s’est tous vu en sur scène maintes fois.

Le clip le plus Mila Kunis.

Du coup, il n’y a pas un « gros » public pour le genre musical que vous jouez.maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandor

Till : Je trouve qu’il y a suffisamment de gens qui viennent nous voir pour nous permettre de nous éclater sur scène.

Olivier : Si le public de Maladroit est petit, dans plein de villes, il existe quand même, donc ça nous permet de jouer partout. Même s’ils ne sont pas très nombreux, ils sont intéressés par ce que l’on fait.

Aujourd’hui, Maladroit est plus connu que vos groupes respectifs ?

Till : Ca dépend desquels.

Dead Pop Club et Guerilla Poubelle par exemple, dont vous êtes les deux chanteurs…

Till : Dead Pop Club et Guerilla Poubelle sont largement plus connus que Maladroit. Ils sont plus anciens et surtout, ils sont connus des gens qui écoutent du punk rock.

Olivier : Je ne suis pas sûr que les gens qui écoutent Maladroit connaissent Dead Pop Club. Le public de Maladroit est nettement plus jeune.

Till : J’ai vu des jeunes qui sont venus pour te parler de Dead Pop Club.

Olivier : Guerilla Poubelle est hors catégorie puisqu’il est l’un des plus gros groupes de punk rock français depuis quelques années. Il ramène vraiment beaucoup plus de monde que nous. Ce n’est pas comparable. Till revient justement d’une tournée nord-américaine de cinq semaines avec Guerilla Poubelle. Ça lui arrive souvent de revenir d’une longue série de concerts avec Guerilla et d’enchaîner sur d’autres dates avec Maladroit. Parfois, il jongle.

Le clip le plus iPhone.

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandorTill, quand tu passes d’un groupe à l’autre, tu t’y retrouves vite ?

Till : Ce n’est pas comme coucher avec ta femme et dire le nom de ta maîtresse. Tu sais très bien là où tu es.

Olivier : Moi, je trouve ça même super plaisant. Ça ne m’était jamais arrivé de passer d’un groupe à l’autre et je trouve ça assez fun de switcher. Ça change complètement. Ce ne sont pas les mêmes personnes et ce n’est pas la même dynamique musicale, mais c’est agréable.

Till : En général, en tournée, tu passes 30 minutes par jour à faire de la musique, les 23h30 qui restent, tu les passes avec les gens avec qui tu es en tournée.

Olivier : Assis dans un camion, assis près des loges ou assis dans un bar.

Till : C’est ce temps « vide » entre les concerts qui est cool à occuper avec des potes.

Avec Maladroit, vous chantez en français et en anglais. Moi qui connais bien Olivier, je suis surpris de l’entendre chanter dans la langue de Molière.

Olivier : Pour la petite histoire, la première fois que j’ai chanté en français, c’était sur le deuxième album de Guerilla Poubelle. J’étais curieux de le faire parce que je commençais à bien connaître Till et nous nous entendions bien. C’est con à dire, mais ce n’était pas facile pour moi, alors que le français est ma langue natale. Ayant grandi en Californie, ce n’est simplement pas ma culture musicale de départ. Tu ne chantes pas de la même façon en anglais qu’en français. En anglais, c’est plus naturel pour moi. De plus, je suis incapable d’écrire un seul texte en français.

Pour toi, Till, pas de souci, parce qu’avec Guerilla Poubelle, ce ne sont que des textes en français.

Je suis à l’aise dans les deux langues. Dans Maladroit, on chante beaucoup plus en anglais. C’est le style du cahier des charges que nous nous sommes imposés qui veut ça.

Le clip le plus touristique et tapis volant.

C’était quoi votre cahier des charges, précisément ?

Till : Faire un truc à deux chanteurs. Toutes les chansons sont chantées à deux. Musicalement, on voulait faire des trucs pop punk à l’ancienne, genre les Screeching Weezel, Queers et les Ramones ou plus récemment Dear Landlord, Off With Their Heads, Teenage BottleRocket. On se revendique de cette école-là.

Olivier : Nous jouons une musique assez simple, très instinctive, souvent composée assez vite et qui a une idée principale. Les morceaux sont très courts, pas plus de deux minutes, donc la mélodie doit être simple et efficace. Une idée, une mélodie, un morceau… c’est notre credo.

Till : On est instinctif et on adore écrire des chansons très vite.

Ça veut dire que les textes n’ont pas grandes importances ?

Till : Non, mais il faut que ce soit une évidence. Si au bout d’un quart d’heure, elle ne fonctionne pas, c’est que n’est pas une bonne chanson.

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandor

Jean-Louis Murat, que j’ai interviewé ce matin, m’a dit que lui, si au bout de quatre heures la chanson ne marchait pas, il l’abandonnait. Vous, c’est quinze minutes…

Olivier : Till est particulièrement rapide. Moi, je mets une heure de plus (rires).

Till : C’est tellement infini le nombre de chansons que tu peux écrire, le nombre d’idées que tu peux avoir…

Olivier : Avec Maladroit, nous n’avons aucune prétention musicale ou textuelle, mais ce n’est pas pour ça que c’est bâclé. 

Till : On ne se prend pas au sérieux, mais on fait les choses sérieusement.

Vous n’avez pas l’air de vous prendre la tête en tout cas.

Till : Il manquerait plus qu’on s’emmerde. Maladroit, c’est notre groupe d’à côté, donc on ne veut en tirer que du plaisir.

Olivier : Avec nos groupes principaux, on va mettre plus de temps à faire nos morceaux et à faire des disques. On se pose beaucoup plus de questions. Maladroit, on l’aborde de façon plus fun et légère.

Till : Il y a trois chansons sur notre premier 45 tours. A la base, il y en avait seize. On en a jeté treize pour ne garder que les meilleures.

Le clip le plus Natalie Portman et acoustique.

Votre nouveau disque Old & Poor réunit tous vos 45 tours.maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandor

Till : Il y a aussi des inédits et des raretés que l’on ne trouvait que sur des compils.

Olivier : C’était bien de les réunir parce que tout le monde n’a pas de platine vinyle et n’achète pas forcément des 45 tours.

Till : Et les vieux disques de Maladroit sont épuisés.

Vous ne faites que des 45 tours, jamais  de CD single ?

Till : On ne fait que du vinyle pour les petits formats. C’est un choix.

J’adore vos clips. Ils sont tous originaux.

Olivier : Ce n’est même pas calculé. Ce sont souvent des clips improvisés.

Till : Quand on a l’idée, on est souvent tous ensemble, alors on le fait immédiatement avec les moyens du bord. Si on ne le fait pas tout de suite, on ne le fait jamais.

Olivier : Finalement, c’est aussi rapide que la composition de nos morceaux.

On les achète où vos disques ?

Olivier : A la fin des concerts et sur internet. Till s’occupe d’un label qui s’appelle Guerilla Asso et qui existe depuis plus de onze ans. Ce CD de Maladroit est la 136e sortie du label.

Le clip le plus on attend un membre de Maladroit qui n'arrive pas.

Vous avez fait pas mal de concerts à l’étranger ?

Till : On a joué au Canada, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Autriche, en Angleterre, en Hollande et en Belgique…

Olivier : Je suis surpris de la facilité que l’on a, pour un petit groupe comme le nôtre, d’aller à l’étranger.

Till : Avec Maladroit, nous sommes dans une scène qui est relativement internationale, contrairement à Dead Pop Club, même si vous chantez en anglais.

Olivier : A l’étranger, ce qui les intéresse chez nous, ce n’est justement pas nos chansons en anglais. Ils préfèrent les chansons en français, ça les fait beaucoup plus marrer. Aux Etats-Unis, Maladroit à un côté « exotique ». La plupart du public américain n’a jamais entendu quelqu’un chanter en français.

Till : Je vais plus loin, la plupart du temps, c’est même la première fois qu’ils voient un groupe français.

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandor

La scène punk rock en France, ça représente combien de groupes en France?

Olivier : C’est une scène underground, un peu sous-terraine. C’est difficile de quantifier.

Till : Des groupes qui tournent comme nous, il y en a des centaines. C’est très vivace.

Olivier : C’est ce qui m’avait plu dans le punk rock au début. Le côté immédiat. Tu es près de chez toi, tu peux aller dans un bar, une petite salle de spectacle, et tu vois un groupe. Les types sont comme toi et, du coup, ça te donne envie de faire la même chose. Il y a un côté « proximité » très différent des groupes de rock « classiques » qui jouent dans de vraies salles, de vrais réseaux.

C’est rare un groupe avec deux chanteurs. Il y a une rivalité ou une émulation ?

Olivier : On fait partie d’une scène où c’est assez courant.

Till : On est dans le partage. Et on sait rapidement quelle partie est idéale pour l’un ou l’autre.

Olivier : Il n’y a aucune compétition entre nous.

Till : A la fin du concert, je n’ai pas l’impression d’avoir chanté. J’ai l’impression d’avoir fait les chœurs, alors qu’on a chanté à l’identique. Juste, on s’appuie l’un sur l’autre.

Olivier : Il y a vraiment une émulation. On se tire mutuellement vers le haut. Ou le bas, c’est à voir (rires).

maladroit,dead pop club,guerilla poubelle,till lemoine,olivier portnoi,interview,mandor

Après l'interview, avec Till Lemoine (à gauche) et Olivier Portnoi (à droite), le 28 août 2014.

13 septembre 2014

Gaëlle Vignaux : interview pour J'aime tes ex

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandor

(Photo : Sand Mulas)

Gaëlle Vignaux observe le quotidien du haut de son mètre 54. Elle cueille les peurs, les bonheurs et les banalités, puis en fait des chansons. Drôles ou acerbes ou poétiques, parfois tout ça à la fois. Cela fait deux ans que je la croise. En concert ou dans des tremplins. Ce charmant petit bout de femme a beaucoup de talent.

Elle sera du 17 au 27 septembre aux Rencontres d’Astaffort (parrain: Alexis HK) et le 03 octobre à l’Espace Christian Dente  (ACP – La Manufacture Chanson – 75) en trio. (Première partie : Cyril Adda).

Son troisième album, J’aime tes ex, est sorti en mai dernier, une mandorisation s’imposait…

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandorBiographie officielle:

Le jour ou Gaëlle peut enfin s’acheter ses propres disques, au revoir Michel Jonasz ou Piaf qui l’ont bercée, elle se jette sur Slayer et Metallica. A ses 1m54, elle cesse de grandir mais laisse pousser ses cheveux.

Et puis, le drame se produit. Lors d’un concert de Sépultura, elle balance sa tête d’arrière en avant, comme tout le monde dans la salle, et se cogne à  son voisin d’en face qui faisait la même chose. Le lendemain, on lui découvre un pou. Le surlendemain, elle a les cheveux courts. Sa veste en jean dégueux (des années de travail !!!) recouverte d’écussons ne la sauvera pas de l’exclusion, lente mais certaine, de ce qui était devenue sa famille musicale d’adoption. S’en suit une boulimie de découvertes. Des chants Inuits à  Allain Leprest, en passant par les Pixies, Bowie ou Dvorjak…leurs disques cohabitent dans une harmonie confuse et délicieuse.

Afin de constater ce qui subsiste de ces multiples aventures musicales, elle entre aux Ateliers Chansons de Paris. Au cours de ces deux années, elle abandonne l’idée d’appartenir à  un style en particulier, se fabrique une plume, et fait de belles rencontres dont Gaspard Lanuit qui compose sur ses premiers textes (Gaëlle…avec 2 L – premier album autoproduit en partenariat avec la SACEM).

En 2006, Clément Petit (violoncelliste) intègre le projet en tant que musicien, puis arrangeur (Cité Thorez – second album). Leur complicité les mènera à co-composer “J’aime tes ex”, qui sortira en mai 2014.

Argumentaire de J’aime tes ex :

De ses deux ailes, Gaëlle a gardé sa plus belle plume pour ce troisième album.gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandor
Et c’est portée par ses musiciens qu’elle explore une chanson plus dense, moins minimaliste.
Clément Petit, violoncelliste, co-compositeur, arrangeur et réalisateur de l’album l’a invitée à oser…

Oser des chansons qui, pour la plupart, ont pris vie à l’écoute des compositions.
Des musiques qui, à elles seules, ont parfois suggéré l’idée même de textes « cousus sur les mesures ».
On peut, face à une page blanche, s’interdire mille et un sujets. Mais quand une musique
vous le suggère violemment, l’exercice n’en est que plus délicieux.

A oser des arrangements plus étoffés tout en préservant  l’intimité des mots.
Des partitions ciselées, mais toujours au service de la dérision, de l’humour, du doux chagrin.
Des cuivres aux sonorités second line, comme un pied de nez à la thanatophobie, comme on danse aux funérailles à la Nouvelle Orléans.
Une batterie aux airs de cuisine, préparée par le chef du Tremens Delirium.
Un quatuor à cordes très masculin sous les talons d’une Mini miss ratée.

Et puis, à oser inviter d’autres artistes…Nicolas Jules et Presque Oui.

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandorInterview :

Es-tu issue d’une famille d’artistes ?

Pas du tout. Mon papa de cœur, avec lequel j’ai vécu, travaillait à la SACEM. Il écoutait tellement de musique à son travail que, du coup, à la maison, il n’en mettait pas beaucoup. Et s’il en écoutait, c’était de la variété de cette époque. Julien Clerc, Michel Jonasz… des gens comme ça. Sinon, dans ma famille, il n’y a qu’une personne qui chantait, c’était mon papi. Il chantait pour lui, mais tout le temps. C’était son moyen d’expression.  Dès qu’il se passait quelque chose dans la vie, il trouvait une chanson qui illustrait le propos. Parfois, c’était énervant.

Tu es une chanteuse dont l’importance des textes est primordiale. Ecoutais-tu des chanteurs dits « à texte » justement.

J’ai découvert des textes profonds et intéressants quand je suis rentré aux ACP la Manufacture Chanson. Nous avions des ateliers d’écriture dans lesquels nous nous retrouvions confrontés à des textes superbes. C’est ainsi que j’ai découvert par exemple Allain Leprest.

C’est lui qui t’a donné envie d’écrire de beaux textes ?

Lui et d’autres. Mais, je n’ai jamais eu envie de l’imiter. Allain Leprest à une écriture particulière et incomparable. C’est difficile de le copier, c’est même impossible. Il y a des choses que j’adore manger, mais que je n’ai pas envie de cuisiner. Il parvient à mettre aux mots des sensations ou des émotions d’une forte intensité. Il a une facilité extraordinaire.

Quand tu écris, penses-tu à tel ou tel artiste en te demandant : « Qu’aurait-il écris à ma place ? », « est-ce que je suis de son niveau ? »gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandor

Non, surtout pas. J’essaie de trouver l’image, la métaphore la plus juste et naturelle qui soit, avec mon langage. J’essaie que ce ne soit pas trop éloigné de la façon dont je parle et que ce soit assez lisible pour tout le monde.

Finalement, tu estimes faire de la chanson « populaire » ?

Je veux surtout que mes chansons soient comprises par un grand nombre, sans pour autant céder à la facilité.

Dans ton répertoire, il y a des chansons qui se comprennent au premier degré et parfois, il faut un peu gratter la première couche pour découvrir toutes les subtilités.

Oui, c’est le jeu.  Au lycée, j’adorais les interprétations de textes qu’on nous donnait à faire. Je trouvais génial cette liberté de pouvoir interpréter à notre façon ce qu’écrivait quelqu’un d’autre.  Dans un texte, on peut dire beaucoup de choses, mais c’est mieux quand on garde un peu de pudeur. Je laisse pas mal de portes ouvertes pour permettre à celui qui écoute de ressentir ce que je chante avec son propre vécu.

Tu écris soit des chansons drôles, soit des chansons un peu mélancoliques ou  émouvantes. J’imagine que ce sont deux aspects importants de ta personnalité ?

J’ai l’impression d’être comme ça. Je peux pleurer vite, mais de joie ou de tristesse. Vraiment pour un rien. Je suis une chialeuse. Paradoxalement, parfois, j’écris une chanson triste et, finalement, on la trouve drôle. C’est le cas de « La moche » par exemple. En général, les gens rient quand je la chante.

Gaëlle Vignaux en live (Pic d'Or 2014) chante "La moche".

« La moche », c’est du vécu. Quand on te regarde, tout porte à croire que non.

Oui, c’était moi quand j’étais plus jeune. J’étais bouboule jusqu’à la fac. Il y a des situations que je chante dans la chanson que j’ai effleurée dans ma propre vie.

Tu ne racontes que des histoires vécues ou vues dans ton entourage ?

Je crois que mon activité préférée, c’est d’être dans un endroit où il y a énormément de monde et d’observer. Puis, éventuellement, de raconter dans des chansons.

Le monde que tu racontes n’est pas un monde toujours joli…

Je ne suis pas très optimiste. J’adore la vie, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai super peur de la mort. J’ai un peu de mal à me laisser aller au bonheur et cela se ressent dans les chansons que j’écris. Je crois au bonheur, il est bien là, mais il est souvent au bout d’un chemin difficile. Il n’est pas donné comme ça.

J’ai l’impression que tu aimes bien mettre des coups de pied dans la fourmilière.

J’ai du mal à réagir du tac au tac dans une conversation. Dans un débat, j’ai toujours peur de dire des choses que je pourrais regretter. La chanson me permet de me poser et de dire ce que je pense après réflexions, de façon assumée, une bonne fois pour toute.

Gaëlle Vignaux en dui avec Nicolas Jules, "Notre ombre".

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandorIl y a un duo avec Nicolas Jules, « Notre ombre ». Je n’ai jamais su si c’était une chanson négative ou positive sur le couple.

Les deux. Ce n’est pas du vécu chez moi, mais c’est de l’observation de couples d’amis. Je les trouvais fusionnels et ça me paraissait génial. En vérité, il en découlait qu’ils n’étaient plus eux-mêmes. Ils se sont oubliés. Je crois, moi, qu’il faut garder une part d’indépendance.

A la fin de cette chanson, tu dis « nous ne sommes plus que l’ombre de nous-même ».

Disons qu’il faut faire attention quand on est en couple. Moi, le jour où on tentera d’écraser ma personnalité, ça se passera moyennement (rires).

A ce propos, il me semble que tu as une sacrée personnalité.

Je fais vraiment tout pour être une personne agréable, mais je crois que je suis un peu une chieuse quand même.

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandor

(Photo : Sand Mulas)

Il y a un duo avec Presque Oui. Tu aimes chanter en duo, dis donc.

Sur les deux précédents albums, il n’y a aucun duo, alors que j’avais très envie d’en faire. Mais, je suis trop timide. Là, j’ai osé, parce qu’on s’est dit, avec Clément Petit, qu’il fallait qu’on se fasse plaisir sur cet album. J’aime l’univers des deux personnes qui chantent avec moi sur mon disque et en plus, ils sont très humains.

Tu as reçu quelques prix pour cet album. C’est important, ce genre d’encouragement ?

Oui, j’ai besoin d’encouragement. Je suis passé d’un album guitare-violoncelle-voix à un album où nous sommes douze, avec des cuivres, un quatuor à cordes… j’avais hâte d’avoir le retour des gens qui avaient écouté les précédents. L’encouragement, pour moi, c’est plus par rapport à la programmation en concert. C’est ça que j’attends et là, ça devient plus compliqué.

As-tu l’impression que d’album en album, tu fais des progrès ?

Je sens que je gagne en maturité et en écriture. Mais comme c’est toujours moi qui raconte, le caractère et la façon de voir les choses restent les mêmes. Il y aura toujours ce petit côté, « je vais vous raconter un truc qui pique un peu, mais en mettant de l’humour dedans » ou «  je vais vous raconter un truc drôle, mais on ne va pas se marrer tout le temps ». La vie est faite ainsi, de toute façon.

gaëlle vignaux,j'aime tes ex,interview,mandor

Après l'interview...

11 septembre 2014

Camélia Jordana : interview pour Dans la peau

le magazine des espaces culturels leclerc,camélia jordana,interview,babx,mandor

(Photo : Bérengère Valognes)

Après le succès de son premier album éponyme (150 000 albums vendus) en 2010 et une tournéele magazine des espaces culturels leclerc,camélia jordana,interview,babx,mandor de deux années, Camélia Jordana, aujourd’hui âgée de 22 ans, a su prendre son temps pour revenir. Pour cela, elle s’est entourée de son ami de toujours, BabX, présent presque partout, aux arrangements, à la réalisation, à l'écriture et à la composition de plusieurs titres, et en partenaire de duo sur l'inquiétant A l'aveuglette. Camélia Jordana s'est construit sa famille de chanson, littéraire, exigeante, soudée. Je suis allée à sa rencontre, pour la seconde fois (voir première mandorisation, là), pour évoquer ce nouveau disque qui porte haut la chanson française d’aujourd’hui.

C’est une jeune femme souriante, pas tout à fait détendue, mais très disponible qui m’attendait sur la terrasse de l’Hôtel du Nord, au début du mois de juillet. « A chaque nouvel album, c’est toi le premier à m’interviewer… je suppose que tu me portes chance », me dit-elle, espiègle. Oui, évidemment, c’est grâce à moi.

Clip de "Dans la peau".

Voici donc, le fruit de notre entretien publié dans Le magazine des espaces culturels Leclerc daté du mois de septembre 2014 et sur le site des espaces culturels Leclerc...

LM59 - MUSIQUE-1ss.jpg

le magazine des espaces culturels leclerc,camélia jordana,interview,babx,mandor

le magazine des espaces culturels leclerc,camélia jordana,interview,babx,mandor

le magazine des espaces culturels leclerc,camélia jordana,interview,babx,mandor

le magazine des espaces culturels leclerc,camélia jordana,interview,babx,mandor

Après l'interview, à l'Hôtel du Nord, le 2 juillet 2014.

Pour terminer, voici cinq autres "chansons" tirées de l'album Dans la peau.

En studio, "A l'aveuglette", duo avec Babx.

En studio, "Comment lui dire".

Clip officiel de "Ma gueule".

"Miramar" (audio).

"Brigitte dit vrai" (audio).

04 septembre 2014

Archimède : interview pour Arcadie

archimède,arcadie,interview

(Photo : Valérie Archeno)

archimède,arcadie,interviewLes deux premiers albums d’Archimède ont largement été plébiscités : deux nominations aux Victoires de la Musique, des clips totalisant 2 millions de vues ; plus de 200 dates de concerts... Il faut dire que ce groupe est très doué. Des textes français servis de mélodies à l'anglaise, le duo ne s'interdit rien. Nico (chant) et Fred Boisnard (guitares) se sont isolés pour construire ce troisième projet. De la trentaine de maquettes qui en a résulté, onze titres seulement ont été retenus. Le meilleur du meilleur. Cette nouvelle aventure est marquée par la collaboration avec A.L.B.E.R.T, trois musiciens et réalisateurs connus pour leur travail avec Arthur H, Jean Louis Aubert ou encore Alain Souchon. Leur collaboration a permis d’élargir la palette des sons et des thèmes abordés. Archimède 2014 devrait conquérir un public encore plus large. C’est tout le bien (mérité) qu’on leur souhaite.

Le 26 juin dernier, je suis allé à la rencontre de Fred et Nico Boisnard dans les locaux de leur maison de disque, Sony.

Interview :archimède,arcadie,interview

Après votre précédent album Trafalgar, je trouve qu’Arcadie est, lui aussi, très bien reçu par la presse musicale et généraliste.

Nico : Nous aimons les mélodies, mais nous avons un attachement très fort aux textes. Quand les journaux disent que l’on raconte vraiment des choses fortes et que ça les touche, ce sont des retours sur le travail que l’on a fourni qui sont importants.

Avez-vous l’impression de faire des progrès d’album en album ?

Fred : Musicalement, oui. Moi, j’ai beaucoup appris entre le premier disque de 2009 et celui-ci, principalement dans le jeu de guitare et dans ce que l’on peut insuffler dans certaines mélodies. On apprend et on se pose des questions que l’on ne se posait pas forcément avant. Nous tentons d’abandonner ce que l’on a l’impression de faire depuis toujours.

Il faut éliminer les réflexes ?

Fred : Oui, sans perdre la spontanéité et la naïveté non plus. C’est hyper important de sortir une mélodie et de se dire que le premier jet est réussi. Sans intellectualiser, il faut faire en sorte que ce premier jet soit magnifié.

Nico : C’est la même chose pour les textes. Je n’aurais pas réussi à écrire un « Dis-le nous » ou « Le grand jour » sur les deux premiers albums. Quand on évoque des sujets douloureux, il faut avoir un peu de pratique et avoir progressé dans le cheminement de la langue. Il faut savoir évoquer un sujet sans que ce soit de manière frontale. C’est bien d’utiliser les chemins de traverse.

Premier clip tiré de l'album Arcadie, "Julia".

Pour « Le grand jour » qui parle d’un enfant malade à Necker, c’est pourtant frontal.

Fred : Non, c’est juste la dernière phrase qui est frontale. Sans elle, on ne saisit pas le sens de la chanson.

Nico : Dans le texte, je joue avec un champ lexical et tout passe par des images. Il fallait trouver un angle fort pour parler des enfants malades. L’angle en question, c’est le jour où le clown leur rend visite. Il s’agit de leur lueur hebdomadaire.

Pourquoi avoir écrit cette chanson ?

Fred : Cette chanson a été écrite quand on a perdu un pote de notre âge, il y a presque deux ans. Ça a fait resurgir des émotions relatives à notre adolescence où mon frère avait perdu un copain. J’avais 13 ans et je me souviens que je trouvais horrible d’être hospitalisé en long séjour.

Nico : J’exorcise aussi peut-être la hantise de vivre la chose. Mes enfants ont eu des petits ennuis de santé à leur naissance. Ça me touche donc beaucoup.

Dans « Dis-le-nous », vous racontez l’annonce de l’homosexualité en milieu rural.

Nico : C’est une chanson hyper sincère qui s’adresse à un proche qui est homosexuel et qui ne le dit pas. On vient d’un département, la Mayenne, où ce n’est pas aisé de s’annoncer comme tel.

Mine de rien, il y a beaucoup de chansons où on se fait piéger. On croit écouter une histoire et on comprend sur un mot que ce n’est pas du tout ça.

Nico : On donne souvent les clefs du thème de la chanson aux deux tiers. Une bonne chanson, c’est aussi créer un suspens. Il ne faut pas être bas de plafonds. A ce niveau-là, dans cet album, je trouve qu’on a muri.

Chez vous, la création doit-elle être ludique ?

Fred : Dans cet album, on a mis beaucoup de nos émotions dans les musiques et dans les textes. On se sent concernés dans tout ce qui est dit. Mais, il faut aussi s’amuser pour ne pas tout dévoiler à la première écoute. On aime que l’auditeur soit concentré à la première écoute pour comprendre le thème de la chanson. Les fois suivantes, il peut se laisser aller à une écoute plus intuitive.

archimède,arcadie,interview

Beaucoup d'articles très positifs pour cet album...

Tous les deux, vous travaillez indépendamment. Vous n’êtes jamais ensemble.

Fred : J’ai besoin de m’enfermer. Je suis dans une petite pièce, huit heures par jour avec un ordinateur, un clavier et une guitare. C’est de l’acharnement.

Nico : Moi non. Les idées viennent quand je me promène. Je ne peux pas me mettre derrière un bureau pour écrire un texte. Je suis tout le contraire de mon frère. Soit ça vient, soit ça ne vient pas.

Parlons de la chanson la plus rock « Allons enfants ». Nico, ça te gène si je dis que tu chantes un peu comme Bertrand Cantat époque Noir Désir ?

Nico : J’ai la même scansion. En écrivant la chanson, je me suis rendu compte qu’elle devenait efficace en terme de sens à partir du moment où je hachais la langue et où on se plaçait dans un registre de rythmique et de métrique très saccadé.

Fred : On a essayé de contrebalancer dans la prod avec des guitares un peu « japonaises » avec des effets un peu « plastiques ». On n’a pas voulu la grosse guitare distordue.

Nico : Nous ne sommes pas issus de ce genre-là musical. On est plus dans une pop mélodique. Les Français qu’on aime, c’est Renaud, Dutronc, Polnareff ou Nino Ferrer. Si on ne nomme pas Noir Désir dans nos influences, il n’empêche qu’on les a beaucoup écoutés et qu’on les admire.

Ça Fly Away (live at RTL2)

Abordons le thème de la chanson « Ça fly away ». Même s’il y a beaucoup de seconds degrés, vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère. Vous critiquez les artistes français qui chantent en anglais.

Nico : C’est une chanson à charge, je l’avoue. On ne peut pas faire dans la demi-mesure quand on écrit sur ce thème-là.

Fred : On rencontre beaucoup de groupes français qui chantent en anglais dans les festivals.

Nico : Je le répète, une chanson doit être à charge. Il faut qu’elle aille au fond du sujet. Après, en interview, on modère le propos. Nous ne sommes pas des patriotes écervelés. Nous ne sommes pas contre les groupes français qui chantent en anglais. On surligne la chose, c’est tout. Il ne faut pas prendre cette chanson comme quelque chose de revanchard. C’est un tacle sur le mode de la joke.

Fred : Ce qui est amusant, c’est qu’on pourrait nous reprocher de faire une production complètement anglaise sur cette chanson. Il y a de nombreux clins d’œil à la musique anglaise. On contrebalance ainsi sur ce que l’on balance. Il faut se calmer, ce n’est qu’une chanson ironique.

archimède,arcadie,interview

Vous avez travaillé avec le collectif A.L.B.E.R.T. Il faut parfois changer d’équipe ?

Fred : Il faut surtout parfois se poser des questions. Les deux premiers albums ont été très bien réalisés par Philippe Paradis. Dans ce troisième album, on a juste ouvert les oreilles sur ce qui peut se faire ailleurs. On a un style bien à nous. Il faut chercher des sonorités différentes. J’ai tapé à la porte de ces gens-là parce que je me suis dit que c’était bien de glaner vers des claviers un peu à l’ancienne. On a fait des essais et ça a été concluant immédiatement. Ils ont apporté autre chose à Archimède.

Nico : Ce sont des magiciens du son. Nous sommes arrivés avec les compositions et l’écriture terminées. Ils ont filé une grosse claque à certaines de nos maquettes,  sur les arrangements et la production, mais nous restions les seuls maîtres à bord de l’œuvre.

Chez vous, il n’y a jamais de chansons anodines. C’est à la fois gai dans les musiques et sombre dans les textes.

Nico : Comme Dutronc et Ferrer, on parle de la société avec un petit rictus au bord des lèvres. Dans nos chansons, il y a plus de fond qu’il n’y parait.

Fred : On est dans cette filiation-là. On aime bien le télescopage entre le fond et la forme.

Nico : L’illustration parfaite de cette idée-là étant la chanson « Toi qui peines au bureau ». On a une chanson hawaïenne, chaloupée, à base de ukulélé et en même temps, c’est une carte postale d’un actionnaire à ses ouailles. Nous avons donc une chanson engagée dans le fond et très dégagée pour la forme. Quand nous trouvons un équilibre comme ça, nous sommes ravis.

archimède,arcadie,interview

Avec les Archimède à l'issue de l'interview... selfie (avec perche discrète) le 26 juin 2014.