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11 novembre 2013

Agnès Bihl : interview pour 36 heures de la vie d'une femme...

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Réaliste, engagée, poétique, atypique, drôle et corrosive. Une plume acide trempée dans le volcan jamais éteint de la révolte et de l'indignation. Cette femme de son époque, Agnès Bihl nous livre un nouveau projet. Double. Un disque et un livre intitulés 36 heures dans la vie d'une femme (parce que 24 heures, c'est pas assez). Une sorte de journal dans lequel on peut lire de manière jubilatoire une galerie de portraits débordants d'énergie et d'émotions. 14 nouvelles chansons adaptées en prose, de courtes histoires extrêmement bien écrites et enlevées. On connaissait la magnifique auteure de chansons empreintes de poésie, d’humour et de militantisme discret, son premier livre la confirme comme l'une des plumes les plus inventives… dans la littérature également.

Une rencontre avec Agnès Bihl s’imposait. Ce n’était d’ailleurs pas la première. Le 9 octobre, elle est venue à ma rencontre à l’agence.

agnès bihl,36 heures de la vie d’une femme (parce que 24 c’est pas assez),interview,mandorExtrait de sa biographie officielle :

Toujours aussi exigeante dans l’écriture des textes de son nouvel album 36 heures de la vie d’une femme (parce que 24 c’est pas assez), Agnès Bihl nous offre parmi les plus belles chansons de sa carrière. Elle passe aussi pour la première fois la barrière vers l’édition littéraire pour offrir le prolongement de cet album sous forme d’un recueil de nouvelles surprenant qui enrichit formidablement l’écoute de son disque. Lectrice boulimique, elle se nourrit aussi bien de Romain Gary que de Laurent Binet, de Simone de Beauvoir ou de Fred Vargas que de Denis Lehane ou Joyce Carols Aotes et se permet donc dans ses pages de revisiter tous les univers littéraires qu’elle côtoie, quel qu’en soit le genre. D’une scène de comptoir aux pérégrinations d’un médecin serial killer, d’une manifestation hilarante à l’émotion d’une grossesse en forme de déclaration d’amour maternelle, Agnès Bihl explore les facettes de nos contemporain(e)s avec un style aussi rythmé qu’une de ses chansons dont l’air entêtant se fait littérature captivante et émouvante.

agnès bihl,36 heures de la vie d’une femme (parce que 24 c’est pas assez),interview,mandorInterview :

14 nouvelles chansons que l’on retrouve métamorphosées en nouvelles dans un livre. Quel pari fou !

C’est un exercice de style d’écrire une nouvelle autour de chaque chanson. J’ai changé d’angle parce que je ne voulais pas répéter la même chose. Une chanson mélancolique comme « La déprime » devient une nouvelle très drôle dans le recueil. Il y a de grosses différences de narration. « La plus belle, c’est ma mère » est une chanson d’amour adressée à ma mère et dans le livre, c’est le fœtus qui parle quelques jours avant sa naissance.

J’avais bien remarqué que les points de vue et angles changeaient… hormis « Le baiser de la concierge » qui est quasiment identique.

C’est exactement la même parce qu’il s’agit d’une histoire vraie. Pour les autres chansons et nouvelles, j’ai laissé libre cours à mon imagination et à mon vécu, ensuite j’ai trié. Mais là, comme il s’agissait de la rafle du Vel d’Hiv’, j’avais une gêne, une réticence à créer une œuvre de fiction autour de ce douloureux sujet. Cette histoire est lourde de sens, d’horreurs et de souvenirs atroces. C’est une chanson historique, donc, je n’ai pas voulu travestir la réalité ni m’amuser avec l’histoire.

Montage amateur sur "Le baiser de la concierge".

Comment l’idée vous est venue de décliner vos chansons en nouvelles ?

Un peu par hasard. J’avais un trop-plein d’écriture et encore beaucoup de choses à dire sur les chansons que j’avais écrites. J’avais envie de me confronter à l’exercice de la prose, j’avais envie de m’imposer des contraintes et d’aller voir un autre paysage. Celui du livre.

Sortir un livre vous donne-t-il un peu plus le trac que de sortir un nouveau disque ?agnès bihl,36 heures de la vie d’une femme (parce que 24 c’est pas assez),interview,mandor

Un disque, je l’interprète sur scène. Je vois immédiatement les réactions. L’émotion est palpable. Pour un livre, c’est différent. Je ne suis pas derrière l’épaule de chaque personne qui lit, donc je ne peux pas être témoin des réactions des lecteurs.

Comment et pourquoi Don Quichotte a accepté ce projet ?

Ça s’est passé assez simplement. J’ai écrit trois nouvelles complètement différentes, autant dans le fond que dans la forme narrative. Dans l’ordre : « Le baiser de la concierge », « Pleure pas Casanova » et « Toubib or not toubib ». Je les ai envoyées à trois maisons différentes et c’est Stéphanie Chévrier de Don Quichotte qui m’a appelée en premier. Elle m’a dit qu’elle avait été bouleversée par « Le baiser de la concierge » et qu’elle aimait beaucoup les deux autres nouvelles. Elle m’a donc dit qu’elle était intéressée par mon projet. A partir de ce moment-là, j’ai commencé à être très prise par le temps parce que je n’avais pas fini d’écrire les chansons de l’album et le studio était calé.

Le clip de "La sieste crapuleuse".

Il a fallu que vous mettiez les bouchées doubles pour parvenir à finir votre disque et écrire les autres nouvelles dans un temps très court.

Oui, et en plus, mine de rien, j’avais des concerts à faire et un clip à tourner… bref, j’étais charrette en tout. Je déteste travailler dans l’urgence. Je suis une perfectionniste. Je mets du temps à écrire, car je suis très exigeante. Je corrige beaucoup ce que je fais, en chanson et en prose. Quand j’écris, je me sens vraiment artisan. Il faut que le bois soit exactement celui que je souhaite ensuite, il faut que je prenne le temps de graver mes mots dedans… Malgré tout, le projet m’a tant galvanisée que je suis parvenue à tout réaliser dans les temps.

Votre forte personnalité qui passe d’un extrême à l’autre se ressent dans vos chansons et votre livre.

J’ai des humeurs très entières. Quand ça ne va pas, ça ne va vraiment pas, quand ça va bien, je suis euphorique. Je ne connais pas la tiédeur des choses.

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Il y a beaucoup de jolies formules dans ce recueil. Presque des slogans.

Je m’intéresse beaucoup aux mots. Je suis un rat de bibliothèque. J’adore les définitions, les formules, les détournements de jeux de mots… dans mes 5 albums, on peut déceler tout cela. J’aime le détournement et fatalement, ça se voit dans ma prose. C’est ma façon d’écrire.

Bon, ce n’est quand même pas la joie la vie d’une femme, par votre prisme…

C’est marrant, ma mère vient de me dire ça. Elle m’a dit : « Ton recueil de nouvelles est vraiment très drôle, mais franchement, ma minette chérie, c’est pas la joie ! ».

Pauvres femmes, quand même !

Pour les mecs non plus, ce n’est pas la joie. Personne n’est épargné et de toute manière, pour qui est-ce la joie à 100% ?

"La plus belle, c'est ma mère", dans Vivement Dimanche, invitée par Guy Bedos.

Vos chansons et vos nouvelles sont, certes drôles, mais souvent pathétiques et graves.

Boris Vian disait que «l’humour est la politesse du désespoir ». Molière disait en latin « corriger les mœurs en provoquant le rire ». Dans les pièces de Guitry, les relations hommes/femmes sont à désespérer, mais c’est très drôle. En tant que public, j’aime énormément cette manière de présenter les choses. En littérature je suis une grande fan de Marcel Aymé, de Romain Gary.

Que des auteurs actuels quoi !

Attendez ! Je lis aussi beaucoup d’auteurs d’aujourd’hui. Je viens de lire Freedom de Jonathan Franzen. C’est un bouquin qui m’a fait sourire à plein d’endroits, rire à d’autres, en même temps, il est pathétique et hyper grave. Il passe au crible la société américaine, la middle class d’aujourd’hui. J’aime ce style. Dire des choses en provoquant toutes les émotions possibles. C’est ce que je m’évertue à faire dans mes chansons et dans mes nouvelles.

Dans la chanson actuelle, vous vous sentez proche de qui ?

Yves Jamait (mandorisés ici) par exemple et Alexis HK (mandorisés là) aussi. J’aime leur humour grinçant qui fait à la fois rire, qui fait aussi se poser des questions et qui fait travailler l’esprit critique des gens.

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Ce recueil, c’est comme une excroissance du disque ?

J’ai voulu varier les plaisirs en me bousculant un peu. Au bout de 5 albums, on va dire que je ne suis plus tout à fait débutante dans l’écriture des chansons. Je sais généralement où je vais quand je présente un texte. Le livre n’est pas une excroissance du disque puisque les deux peuvent se déguster indépendamment. Juste, ils se complètent. En y réfléchissant bien, j’ai mis peut-être un peu plus de moi dans le bouquin finalement.

Quand on a déjà enregistré 4 disques, se demande-t-on de quoi on va bien pouvoir parler dans le 5?

J’aime bien avoir des thèmes récurrents, mais il faut que je me renouvelle à l’intérieur de ces thèmes, parce que sinon je m’ennuie et donc, j’ennuie ceux qui m’écoutent. Les angles des chansons drôles, un peu moqueuses que j’écris sur les hommes viennent à moi naturellement. Quand un thème commence à me titiller, c’est qu’il faut qu’il sorte.

Quand on écrit des chansons, puis des nouvelles qui sont publiées, est-ce que ça donne envie de se lancer dans la grande aventure du roman ?

Je ne peux pas vous répondre aujourd’hui, tant je suis essorée. Dans le recueil de nouvelles, il y a certains thèmes qui peuvent être développés en plus long. Franchement, j’y pense sérieusement. Je suppose que je ne vais pas m’arrêter en si bon chemin.

Vous ne pensez qu’à l’écriture ?

Non, artistiquement, je pense aussi à la scène. En vrai, je pense d’abord à ma fille, à mes potes, à ceux qui m’entourent…

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Après l'interview, le 9 octobre 2013.

10 novembre 2013

Caracol : interview pour Blanc mercredi

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(Photo : Maude Chauvin)

Ce mardi 12 novembre, le Zèbre de Belleville accueille deux grandes et réputées chanteuses québécoises Jorane et Caracol. La première a été mandorisée lors de son précédent passage en France, voici la mandorisation de la seconde, rencontrée lors d’un récent aller-retour de la chanteuse. C’était le 17 septembre dernier.

(Toutes les photos hors agence sont de Maude Chauvin. Merci à elle.)

caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandorBiographie officielle :

Enfant, Carole Facal (alias Caracol) étudie le violon. Adolescente, elle poursuit une autre passion: la planche à neige. Pendant 6 ans, elle parcourt le monde à la recherche de montagnes et de glaciers sur les circuits compétitifs de « halfpipe » et « big air ». Une suite d’heureux hasard la ramène finalement à Montréal et à la musique, domaine dans lequel elle fait carrière depuis 2005.

Paru en 2008, son premier album L'arbre aux parfums lui vaut de nombreux prix et nominations: Prix Miroir 2009, Prix des Diffuseurs Européens SODEC/Rideau, nominations au JUNO Awards 2009, Canadian Folk Music Awards 2009, et ADISQ 2009. Elle reçoit le titre de « Révélation Radio-Canada 2009 ».

Le nouvel album :caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandor

Alors qu'il neige dehors, Caracol s'enferme dans un cocon sonore pour composer les pièces de Blanc mercredi. Dans le microcosme feutré de son studio, entourée de ses fidèles instruments, elle écrit, écrit, écrit. Inspirée par des images hivernales, des poèmes d'amour, des livres de peinture et d'art déco, les chansons se mettent à couler. Des textes francophones et anglophones se collent à des musiques aux accents folk, pop-alternatif et rétro-soul. Harmonies vocales raffinées, guitares résonateurs, ukulélés, vieux amplis et percussions de toutes sortes se rejoignent délicatement, créant ainsi une collection de chansons hypersensibles par lesquelles Caracol souhaite rappeler que la beauté existe toujours. Et que les certitudes, aussi rares soient-elles, sont belles.

caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandorInterview :

Dans votre enfance, vous avez baigné dans la musique classique.

Je viens d’une famille où la musique classique était très importante. On en écoutait tout le temps. Quand j’étais petite, j’ai fait du violon classique. J’ai fini par renier cette musique-là tellement je l’ai entendue.

Mais, il en reste des traces dans votre musique…

Toute cette formation classique qui est quelque part dans mon cerveau, consciemment, je la mets de côté quand j’écris des chansons. Je connais des méthodes d’écriture où certaines choses sont admises et d’autres où elles le sont moins. Moi, quand j’écris, je mets tout ça de côté.

Vous essayez de casser les schémas ?

En fait, je me fie plus à mon intuition et à ma naïveté qu’à la technique que je possède. Pour moi, la première idée est toujours la meilleure. Je conçois toutes les parties des instruments  avec ma voix… et aussi avec des onomatopées.

Clip de "Blanc mercredi".

caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandorVous avez un monde clairement à vous.

J’écoute beaucoup de musique et ça me nourrit. Mais quand je compose, je n’écoute jamais rien en référence. Avant d’écrire quelque chose, je repars de zéro. Je fais table rase de ce que je sais faire et de ce que je connais. Depuis le temps que je fais de la musique, j’ai appris à me faire confiance et à faire confiance à mes petits trucs fabriqués main.

C’est votre petit ami qui réalise tous vos albums… ça aide ?

Il me laisse tout faire seule jusqu’à la fin. C’est au moment de l’enregistrement qu’il va ajouter le cachet sonore. C’est l’idéal pour moi. Je n’aime pas que l’on tente de m’influencer pendant la période de création.

Vous parlez de cachet sonore… vous, vous avez commencé dans la sonorisation en 1998.

Il y a eu la partie snowboard dans ma vie, de nombreuses compétitions… et puis un jour, je me suis blessée. Il y a eu à ce moment-là beaucoup de remises en question. Qu’allais-je faire de ma vie ? Je suis toujours impulsive dans mes décisions et je n’ai jamais hésité à faire de grosses coupures pour repartir. Je me suis acheté un sac à dos et une guitare et je suis partie en Europe pendant un an. J’ai fait le tour des grandes capitales et j’ai rencontré plein de gens. C’est pendant ce voyage-là que j’ai commencé à écrire vraiment.

Clip de "Horseshoe Woman".

Que s’est-il passé après ce voyage en Europe ?caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandor

Je suis rentré à Montréal en ayant la certitude d’avoir trouvé le but de ma vie. Faire de la musique. Je ne me voyais tellement pas au-devant de la scène que j’ai décidé d’étudier en sonorisation. Je me rêvais en train de réaliser et enregistrer des albums, je ne me suis jamais rêvée chanteuse. J’ai un côté très timide et je ne me voyais pas me dévoiler devant tout le monde. Mes premières chansons, j’ai été incapable de les chanter devant les gens.

C’est de la timidité ou de la pudeur ?

Plus de la pudeur, vous avez raison. Aujourd’hui, avant chaque concert je me demande pourquoi je fais ça. Me mettre à nu devant un public. On a besoin de cette écoute, mais si on se met à penser que des gens nous écoutent, on ne veut plus être écouté. Je vis tout le temps dans cette contradiction : vouloir de l’attention et ne pas vouloir de l’attention. C’est le combat entre la partie altruiste et la partie narcissique de ma personne.

Tu as fait partie du duo DobaCaracol.

J’écrivais la majorité des chansons et Doriane les interprétait. Elle était beaucoup plus extravertie que moi. Faire partie de ce duo m’a facilité l’approche de la scène, car seule, j’en avais peur. J’avais de la difficulté à me laisser aller. DobaCaracol a été mon école… et une très bonne école parce qu’on a fait beaucoup de concerts sur tous les continents et on a eu un succès tout à fait inattendu. Notre premier album qui n’est pas sorti en France, mais au Québec, en 2001, c’est moi qui l’avais enregistré dans le studio dans lequel je travaillais. Les patrons étaient gentils, ils m’avaient prêté les clefs. On avait la nuit et les week-ends pour travailler dans le studio. À cette époque, je voulais plus m’améliorer en tant que qu’ingénieur du son beaucoup plus que promouvoir mon groupe. Je ne pensais aucunement avoir des chances de succès. 

DobaCaracol : "Étrange" (avec Christophe Mali).

Vous avez gardé un bon souvenir de cette collaboration avec Doriane ?

Oui. Ça a duré longtemps. 10 ans en tout et d’une intensité extraordinaire. Il y a eu des moments formidables et des moments difficiles. On n’était pas préparé à tout ça. On était jeune et on ne connaissait pas l’industrie de la musique. Nous étions chacune mères célibataires… ce n’était pas évident à gérer et de tout assumer. C’est ce qui nous a brûlées, je pense. Aujourd’hui, nous sommes amies et nous sommes contentes d’avoir vécu ça ensemble. Par contre, on n’a pas envie de recommencer. Nous sommes ravies d’être passées à autre chose. Nos projets respectifs nous ressemblent plus.

caracol,blanc mercredi,interview,zèbre de belleville,mandorEn 2008 sort votre premier album solo, L’arbre aux parfums. Vous recevez une pluie de récompenses.

Après le succès de DobaCaracol, je me demandais bien comment allait se passer la suite. J’avais une pression parce qu’il ne fallait pas que je rate mon coup. Ça a été un soulagement de constater que cet album a été bien accueilli et donc que j’étais capable de poursuivre seule ma carrière avec succès.

C’était un album plutôt sombre.

J’avais accumulé pas mal de frustrations et j’avais besoin de les exprimer. L’arbre aux parfums et Blanc mercredi, c’est vraiment l’ombre et la lumière. Ces deux albums montrent deux aspects de ma personnalité à deux époques différentes. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus positive.

Clip de "J'ai soif".

C’est vrai que Blanc mercredi est un album lumineux et positif, mais avec une touche de mélancolie.

La mélancolie, c’est moi (rires). J’ai beaucoup plus de facilités à tomber dans la mélancolie que dans la joie et le bonheur. La mélancolie n’est pas toujours synonyme de tristesse et de désespoir. J’aime la nostalgie. Je trouve que c’est une belle émotion.

Vous chantez en trois langues. C’est très rare…

Ma mère est Suisse, mon père est Uruguayen et moi je suis née au Québec.  Ma langue maternelle est le français, mais j’ai beaucoup voyagé. Je suis partie très jeune de la maison pour suivre mon rêve de devenir snowboardeuse professionnelle.  J’ai vécu en Colombie britannique, dans l’ouest du Canada, aux États-Unis, en Europe…  j’ai donc beaucoup pratiqué la langue anglaise. Mes premières chansons, je les ai écrites en anglais et en espagnol. Oui, parce que j’ai passé beaucoup de temps à Madrid, puis à Barcelone. Ce qui est amusant, c’est que j’ai utilisé ma langue maternelle en dernier pour écrire des chansons.

Parce que c’est plus compliqué d’écrire en français ?

Oui.  C’est une langue que je trouve plus compliquée à dompter pour la chanson. Pour que mes textes me plaisent en Français, il faut que je travaille beaucoup plus que ceux en anglais ou en espagnol. Mais, je suis perfectionniste. Toutes les chansons enregistrées sont abouties.

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Après l'interview, le 17 septembre 2013.

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08 novembre 2013

Dry : interview pour Maintenant ou jamais

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dry,maintenant ou jamais,interviewÉvoquer Dry, c’est à la fois se souvenir de l’âge d’or du hardcore et évoquer l’actualité rapologique grand public. Le rappeur Dry, membre de la Mafia K’1fry, connu et reconnu pour sa discographie au sein du groupe Intouchable (qu’il forme avec Demon One) revient avec un troisième album qu’il a mis plus d’un an à réaliser, Maintenant ou jamais. Toujours signé chez Wati B, on constate que Dry n’a rien perdu de son flow et de sa technique… après plus de 15 ans de rap derrière lui, ce n’est pas franchement étonnant. Dry pose sur des prods plutôt enjouées avec des thèmes qui parlent à toutes les générations, mais principalement aux ados.
Comme à l’accoutumée, Dry a invité la Sexion D'Assaut sur un morceau. Le groupe avait déjà participé à l'enregistrement des deux précédents opus du rappeur, tout comme Maître Gims, qui impose son style sur le single "Le choix". Parmi les autres featurings, Shin Sekai, Tal, Kayna Samet, Amalya et Dr Berize. Entre autoportrait grinçant, sons festifs, morceaux très personnels ou hardcore.

Teaser de l'album Maintenant ou jamais.

Dry est venu me voir à l’agence le 21 octobre dernier…

dry,maintenant ou jamais,interviewInterview :

Ton nouveau disque est très éloigné de ce que tu faisais avec les groupes Intouchable et Mafia K’1fry. Tu es devenu plus « édulcoré ».

C’est la vie qui veut ça. C’est une question d’évolution. Après, il y a une chose qui m’a frappé quand je faisais les concerts avec la Sexion. J’arrivais avec mes morceaux et mes textes d’avant et je sentais bien que le public que j’avais en face de moi n’était pas très client de ce que je faisais. J’avais beaucoup de flow, beaucoup de débit, un argot assez spécial. Les jeunes qui m’écoutaient, me regardaient ne comprenaient pas tout de ma démarche. J’ai donc pris un peu de recul et j’ai essayé de comprendre comment il fallait que j’envisage mon prochain album pour toucher un maximum de personnes. Il fallait que je me déradicalise.

Tu as deux enfants. Ça calme son homme ?

Oui. Il se trouve qu’aujourd’hui, ils peuvent écouter ma musique. Ma mère aussi. Avant ce que je faisais était un peu gore, un peu hardcore. Mais, j’étais dans la rue, je ne menais pas la même vie. Aujourd’hui, c’est différent, je suis beaucoup chez moi. Je pourrais m’inventer une image, garder celle d’avant. Le mec qui fait la loi dans sa cité. Je ne suis plus ça, je n’interprète plus ça.

Ta réputation te précède. Tu n’as plus rien à prouver à quiconque ?

C’est intéressant de continuer à prendre des risques. Je dis juste : qui m’aime me suive et tant pis pour ceux qui ne m’aiment pas.

Clip de "On fait pas semblant" (feat Dr Beriz de l'Institut).

Tu n’as pas peur que les puristes de rap disent que tu t’es sérieusement adouci ?

Bien sûr, mais je ne fais pas de la musique pour eux. Je fais la musique que j’aime aujourd’hui. J’ai vu d’autres rappeurs changer, comme Oxmo Puccino, ça leur a bien réussi. Moi, je ne vois pas rapper ce que je rappais il y a 25 ans. Oui, c’est édulcoré, mais ma vie s’est édulcorée.

Il y a déjà une différence entre ton précédent album Tôt ou tard et celui-ci, Maintenant ou jamais.

J’ai plus osé dans le dernier. Je me suis beaucoup plus livré et j’ai beaucoup plus assumé mon chant. C’est un cap que j’ai enfin réussi à passer. On m’avait toujours dit que je pouvais le faire, mais je n’ai jamais vraiment eu confiance donc j’y allais avec des pincettes. Sortons de groupes comme Intouchable ou Mafia K’1 fry, j’avais un peu honte de mes capacités en solo.

En plus, tu chantes avec Maître Gims qui a une voix extraordinaire… tu n’as peur de rien dis donc ?

Lui, il m’a incité à chanter en me disant qu’il fallait que je prenne ce risque. Il était sûr que j’y parviendrais, ça m’a beaucoup encouragé. Mais, il n’y a pas que lui qui m’a bousculé pour que je tente la chose…

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Dry au Stade de France.

Tu as chanté au Stade de France et en première partie de Sexion d’Assaut partout en France. Ça te plait d’être sous la lumière grâce à Wati B ?

Ce n’est que du bonheur. Le problème, c’est qu’on s’habitue à tout ça. Il faut que je fasse attention. J’ai fait des tournées avec 113, avec Kery James aussi. Ça n’a rien à voir avec ce qu’il se passe aujourd’hui. Désormais, on réunit des familles et il y a beaucoup de monde. C’est magnifique, je t’assure.

Tu racontes ton envie de succès dans ton dernier disque.

Oui, parce que j’ai galéré. Aujourd’hui,  je suis encore là et je gagne ma vie. Pour finir, ce serait bien d’avoir un trophée.

Un trophée ? C’est quoi ?

Je ne sais pas au fond. Ma réussite, c’est ma continuité, mais je ne serais pas contre un disque d’or.

Clip de "En place".

Il y a plein de featurings avec que des artistes qui cartonnent, comme Maître Gims et Tal par exemple. dry,maintenant ou jamais,interview

J’ai toujours fait des morceaux avec les gens de Wati B. Après, avec Kayna Samet ou Amalya, une jeune femme qui a fait The Voice, ce sont des artistes que j’apprécie beaucoup. Quant à Tal, j’ai chanté sur son album, elle m’a rendu la pareille sur le mien.

Dans le rap, j’ai remarqué que, soit il y a beaucoup de solidarité, soit ça clashe sévère.

J’ai toujours pensé que dans le rap, il était extrêmement difficile d’y arriver seul. Même si on y parvient, ça ne dure pas longtemps. Si on n’y va en équipe, entre amis, on a plus de chance de durer.

Mafia K’1 fry a enregistré des maquettes. Est-ce que cela va aboutir à un album et est-ce que tous les membres comme vous, Rohf et Kery James en feront partie ?

Je pense qu’il y aura tout le monde sauf Rohf. Pour le moment rien n’est fait. Il y a quelques morceaux et l’envie, mais on se dit que ce serait dommage de ternir l’histoire. On a fait des bons albums qui sont devenus des disques d’or. Je crains un retour, car nous ne sommes plus beaucoup d’actualité et le rap change. Je vois bien ce que les gens aiment aujourd’hui. Ça n’a rien à voir avec ce que fait la Mafia K’1 fry. Si on sort un disque, il faut être au top, nous n’avons pas le choix. On ne veut pas faire un album pour faire un album.

Et un retour d’Intouchable ?

C’est exactement la même problématique. Si c’est pour faire moins bien, ça ne sert à rien de revenir de ce côté-là non plus. Il faut trouver des bons thèmes et une bonne cohésion entre Demon One et moi.

Comment vis-tu la sortie de Maintenant ou jamais ?

Je suis un peu angoissé par les résultats. Je suis confiant parce que c’est un bon album. Il est très ouvert. J’ai montré que sur chaque morceau il y a un style différent et que je m’en suis sorti sur chacun d’eux. Ce disque raconte une histoire avec un sens et un fil conducteur. Je n’ai en aucune manière transigé avec ce que je suis aujourd’hui.

Clip de "Bloqué".

Dans le clip de « Bloqué », on dirait que tu es un superhéros.

C’est marrant que tu utilises le terme de superhéros. Souvent pendant la tournée, je regarde mes collègues de Sexion d’Assaut ou quand je me vois sur scène en vidéo, seul face au public, j’ai l’impression qu’on est des superhéros.

Quand tu es sur scène devant parfois 10 000 personnes comme au Stade de France, on se sent comment ?

On se sent fort quand les gens vous aiment. Quand ils vous font ressentir qu’ils apprécient ce que vous faites. C’est une sensation que je ne retrouve nulle part ailleurs.

C’est dur de redescendre sur Terre après ?

Non. La vie nous rappelle toujours à son bon droit.

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Chifoumi avec Dry, après l'interview, le 21 octobre 2013.

07 novembre 2013

Norig : interview pour son deuxième album Ionela

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(Photo : Marguerite Mai)

Ce soir Norig se produit au Café de la Danse. Un spectacle à ne pas manquer tant la jeune femme à du talent et sait toucher le cœur et l’âme. Norig est un jour tombée amoureuse du chant tzigane, ce « cri » dans lequel elle se reconnait. Tant mieux pour nous. Depuis, elle n'a eu de cesse de s'imprégner de cette culture pour se l'approprier à sa façon, poétique et puissante. Aujourd’hui, elle chante en français et le résultat est remarquable. Plume, musique et voix exceptionnelles, Norig enchante.

L'artiste est passée me voir à l'agence, le 4 octobre dernier.

norig,ionela,interview,café de la danseArgumentaire :

Après un premier album, Gadji, (vendu à plus de 10 000 exemplaires en 2006), une bande originale pour Tony Gatlif, une tournée européenne avec le spectacle Django Drom (Salle Pleyel, Jazz in Marciac, Les Nuits de Fourvière…), Norig revient aujourd’hui avec Ionela, nouvel album riche d’histoires sensibles, contées en Français, et de mélodies d’où s’envolent des vapeurs balkaniques.

Forte d'une écriture sincère et poétique, des histoires plein la tête et plein le cœur, la chanteuse écrit désormais ses textes. Désireuse de raconter et chanter avec ses propres mots, pour partager ses rencontres, ses héroïnes, ses errances et sa poésie, sa capacité à écrire de vrais récits répond en écho lyrique aux compositions du musicien Sébastien Giniaux. Il crée sur Ionela une mosaïque musicale aux inspirations multiples : Jazz, classiques et rock.
Des mélodies pleines, des valses, l'orchestration épique d'un tango laissent la place à une guitare qui s’électrise en phrasés balkaniques, et se ballade en Nougaro (mandorisé là)…

L'album Ionela nous embarque sur une vague d'émotion, nous attache à une nostalgie, une mélancolie, sublimées par l'incroyable voix de Norig, émouvante, puissante et grisante.

norig,ionela,interview,café de la danseInterview :

As-tu toujours eu un goût prononcé pour la musique ?

J’ai abordé la musique par besoin et presque dans l’urgence. Je n’ai pas pris des cours de chant pour prendre des cours de chant, il fallait que je prenne des cours de chant. Je sentais qu’il fallait que j’exprime quelque chose à travers la voix. Je viens d’un milieu familial où on faisait de la musique. Mon père est guitariste classique. J’ai beaucoup écouté Villa-Lobos et de musique baroque. J’ai vraiment beaucoup baigné dans la musique classique.

Tu as pris des cours de chant avec qui ?

Avec Martina Catella. Elle travaillait sur les techniques vocales du monde entier. Je suis arrivée dans cette école par hasard, je ne m’imaginais pas qu’un jour je ferais de la musique tsigane. Après, tout est affaire de hasards et de concours de circonstances. Après mes premiers cours de chant, j’ai vu Le temps des gitans d’Émir Kusturica. J’ai eu un choc émotionnel en voyant ce film. Je suis tombée amoureuse de la chanson qui revient en boucle, Erdelesi. J’ai dit à ma prof que je voulais la chanter. Ensuite, j’ai rencontré Sébastien Giniaux. Lui qui était violoncelliste de formation s’est mis à la guitare. Lui et moi avions beaucoup d’intérêt pour cette musique-là, donc on a travaillé ensemble pendant 12 ans.

Les héroïnes + interview.

Tu t’es reconnue dans la musique tsigane ?norig,ionela,interview,café de la danse

Je me suis parfaitement retrouvée dans cette musique qui est arrachée.

Tes grands-parents maternels sont espagnols.

Oui et mes parents sont nés à Montpellier dans des quartiers populaires, il y avait une certaine proximité avec les quartiers gitans. On croisait Manitas de Platas (mandorisé là) dans la rue, j’ai un oncle gitan par alliance.... Bref, quand j’écoute du flamenco, je sens que ça réveille des choses en moi.

Le fait que tu joues cette musique, du coup, ce n’est pas que le fruit du hasard.

Peut-être qu’il n’y a pas de hasard, en effet. On ne se retrouve jamais quelque part sans raison. Cette influence est un peu impalpable.

Le premier album, Gadji, était plus radical que Ionela. Ce n’était que de la musique tsigane.

C’est le disque avec lequel tout commence. Un disque à part parce qu’il y avait beaucoup de compositions originales et donc il ne rentrait pas dans la catégorie de musique traditionnelle. On ne se posait pas de questions. C’était évident qu’il fallait que je fasse ce disque-là comme ça, à ce moment-là.

Dans tes deux albums, il y a une chanson de Gainsbourg. « Les petits papiers » dans l’un et « L’aquoiboniste » dans l’autre. 

J’aime beaucoup le Gainsbourg de l’époque « Ce mortel ennui » ou « La javanaise ». Il jouait avec les mots et avec la résonnance des mots. Je sais que Gainsbourg aimait beaucoup le jazz manouche.

"Ionela".

Dans cet album, Ionela, tu as écrit de nombreux textes. Plus que dans le premier.

La musique tsigane est la musique dans laquelle je me retrouve émotionnellement. Les gens ne comprennent pas nécessairement ce que je raconte, mais ça touche leur âme. A un moment, j’ai réalisé qu’il me manquait quelque chose : ma culture française. J’avais besoin de m’exprimer dans ma propre langue et de raconter des choses qui m’appartiennent plus. Cet album me dévoile complètement. Ce n’est pas très confortable de se mettre à nu sans rien cacher, mais je ne fais pas de la musique pour être dans le confort.

Tu es méticuleuse dans ton écriture poétique ?

Oui. J’ai essayé de m’imposer des écritures cadrées avec strophes, refrains. Ça m’amuse de chercher la rime, la phrase, l’image. Parfois, je sais où je vais, parfois, je ne sais pas.

Quels artistes t’impressionnent en matière d’écriture ?

Les textes de Bashung (mandorisé ici) m’impressionnent. Je les trouvais beaux, parce qu’ils étaient libres. La liberté dans l’écriture me fascine. J’écoute beaucoup de musiques anglo-saxonnes, Noir Désir, de la chanson française un peu passée, de la musique traditionnelle. Je peux écouter une chanson jusqu’à ce que mort s’en suive. J’aime beaucoup les textes de Léo Ferré et de Philippe Léotard (chez Mandor ici).

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Comment tu vis ton Café de la Danse à venir (ce soir) ?

Je fais beaucoup de concerts en tzigane et en roumain et je m’y sens à l’aise. C’est plus effrayant de présenter ses textes personnels en français, mais je suis très excitée de le présenter au public. Il y aura tout de même des chansons tsiganes, celles qui me paraissent les plus importantes et qui auront un sens dans ce spectacle. On jouera sur scène le disque parce que le disque a été enregistré quasiment en live. Il y aura peut-être un invité ou deux. Il faudra venir vérifier sur place.

Tu as un fond mélancolique.

C’est mon côté Mylène Farmer, mais il ne faut pas le dire (rires).

Tu fais de la musique pour qui ? Pour toi, pour les autres, pour aller mieux ?

Je pense qu’on ne peut pas commencer la musique pour les autres. Il faut commencer pour soi. Je me souviens, quand je montais sur scène, les musiciens avec lesquels je travaillais me disaient « il faut qu’on s’écoute, il faut qu’on soit ensemble, après on reverse tout au public ». Pour que le public ressente les émotions, il faut bien qu’entre les musiciens et moi, il se passe quelque chose.

Techniquement, quand on chante en roumain ou en français, on chante de la même façon ?

Pas moi. Il faut accepter d’entendre la voix différemment. Ce ne sont pas les mêmes consonances, on ne place pas la voix de la même manière. Le roumain, c’est une langue latine, il y a des voyelles qu’on n’utilise pas du tout en français. Pour moi c’est impensable de chanter en français comme on chante en tsigane.

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(Photo : Marguerite Mai)

Il faut parvenir à se défaire des chanteurs ou chanteuses illustres dont on aime le travail ?

Oui. Ma prof de chant, au début, me déculpabilisait sur le fait que j’imitais des chanteuses. Elle me disait qu’au début, c’était normal. J’ai donc beaucoup imité et recopié les voix. Les années ont passé et ma voix a changé très naturellement. Une voix, c’est comme la calligraphie, il y a des pleins et des déliés. Je veux qu’au moment où j’envoie ma voix délicatement, il y ait du sens et que l’émotion soit très présente. En tout cas, j’ai envie d’interpréter mes chansons en langue française avec la même ferveur que j’ai dans la musique tsigane.

Tu me sembles être quelqu’un de nostalgique…

Oui, mais pas dans la nostalgie mélancolique. Ça ne veut pas dire ne pas vivre dans le présent, ça veut dire juste procurer une sensation douce dans le souvenir.

Je sens que ce disque est fait avec le cœur.

Je ne sais pas où je serai dans quelques années, j’ai donc toujours l’impression que c’est le dernier. J’ai mis du temps à écrire ces textes et donc,  j’aimerais que les gens les écoutent. Mais c’est pareil pour la musique. Ce que j’aime dans ces chansons, c’est qu’il y a de vraies mélodies. C’est important les mélodies. C’est ce que l’on retient.

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Norig et Mandor, après l'interview le 4 octobre 2013.

04 novembre 2013

Von Pariahs : interview pour la sortie de Hidden Tensions

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Hidden Tensions est le premier album des Von Pariahs, groupe rock venu du grand ouest. Après 4 ans de concerts rageurs et fulminants, voilà enfin couchées sur disque leurs chansons brûlots. Un album totalement maîtrisé, sans temps mort.

Le 12 septembre dernier, j’ai reçu à l’agence Théo Radère (Guitare), Sam Sprent (chanteur) et Marc-Antoine Riot (guitare).

von pariahs,hidden tensions,interviewBiographie d’Adrien Toffolet (que je ne connaissais pas, mais qui, après enquête Googlienne se révèle être Journaliste indépendant, ex-rédacteur en chef adjoint de Voxpop et cofondateur de DumDum.) :

En seulement quelques années d’existence, des concerts à la pelle, un EP avec deux tubes en puissance, « Someone New » et « Skywalking », sans oublier un passage triomphal par les Transmusicales 2012, les nantais des Von Pariahs ont déjà marqué les esprits.

Leur musique est en phase avec leur époque : un mélange de mélodies rock, punk, brutes et franches, qui rencontre la puissance des années 80, de la cold wave à la no wave en passant par le shoegaze. Le tout chanté d’une voix sincère et singulière en anglais – Sam, le chanteur, est originaire de Jersey. Bref, leur musique est celle d’une génération d’artistes qui, grâce au net, a digéré rapidement toute l’histoire de la musique pour mieux la disséquer, n’en retenir que le meilleur et composer de vraies chansons originales tournées vers l’avenir.

Sur scène, le groupe domine tout l’espace de sa présence, l’honnêteté transpire en chaque note et leurs morceaux prennent une forme encore plus intense, à la fois humaine et sauvage. Luz, dessinateur et grand amateur de rock, après les avoir vus en concert a même trouvé les mots justes pour qualifier le groupe : « Ian Curtis n’est pas mort, il se bourre la gueule à Nantes avec le plus prometteur des jeunes groupes français, les Von Pariahs, voix interpolesque et son Joy-Strokesien ! »von pariahs,hidden tensions,interview

Aujourd’hui, les 6 membres des Von Pariahs présentent l’aboutissement de tous leurs efforts : Hidden Tensions. Mixé par Stefan Brändström (Holograms) et enregistré aux studios Black Box par David Odlum (Tinariwen…) et au studio Odyssey par Michael Declerck, ce premier album a tout pour faire entrer les Von Pariahs dans l’Histoire du rock français : de vraies chansons, intelligentes et bourrées de rage. À l’image de la pochette d’Hidden Tensions, création de l’artiste plasticien Théo Mercier, ils jouent un rock fort, mais tout en sobriété. 

(Les Von Pariahs ont uploadé leur album sur Soundcloud... pratique pour écouter et partager.)

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Interview :

Êtes-vous tous arrivés en même temps au sein du groupe ?

Sam : Non. J’ai rencontré Théo à l’âge de 9 ans quand je suis arrivé en France. On n’était pas dans la même école, mais nous nous voyions au centre de loisirs de notre ville. Théo a fait quelques groupes avec Guillaume Cibard, notre batteur et un jour, il a eu envie de faire un projet de groupe pop rock anglais, de la britpop. Il y avait la copine de Guillaume, Mélodie, qui faisait de la guitare. Ils étaient trois, mais il manquait un chanteur. Théo me connaissant, sachant que je chantais un peu et qu’en plus j’étais anglais, m’a proposé de les rejoindre. Je les avais déjà vus sur scène, donc j’avais très envie de les rejoindre.

Live de "Gruesome".

Vous vous appeliez alors Fat Pandas. Rapidement, vous avez joué dans des petites salles de Fontenay-le-Comte.

Sam : Il n’y avait pas beaucoup d’endroits, mais il y avait notamment le Blues Bar, un bar assez rock’n roll. Après, on a surtout joué dans des fêtes de la bière.

Théo : Dans des bars des villes alentour aussi.

On apprend beaucoup dans ce genre d’endroit, notamment capter l’attention d’un public qui ne vient pas pour vous.

Théo : Effectivement, on se retrouve confronté à un public qui n’est pas forcément réceptif à ce que l’on joue. Ce sont des gens qui sont là plus par habitude que pour aller à un concert. Parfois, il y avait des familles avec des enfants en bas âge, alors que l’on joue un rock énergique. C’était un peu bizarre et pas toujours évident. En même temps, ça nous a permis de renforcer notre confiance en nous. On a appris à se donner à 100% sur chaque date, chaque concert. Peu importe le contexte.

Il y a 4 ans, Mélodie est partie et Marc Antoine, Hugo et Romain vous ont rejoint pour former les Von Pariahs. Vous avez évolué  musicalement…

Sam : L’évolution est perpétuelle et encore là aujourd’hui, mais notre identité s’est vraiment forgée à ce moment-là.

Théo : Le spectre d’influence était plus ou moins dessiné, après c’est vrai que nos influences sont difficilement définissables. On écoute beaucoup de musiques de beaucoup de styles différents.

Live (Nouvelles Scènes 2013) : "Skywalking".

Il y a des noms qui reviennent souvent quand on parle de vous. Von Pariahs, ce serait Gang Of Four qui se mixe avec Jesus And Mary Chain, Joy Division et Talking Heads. Ça vous fait plaisir ?

Sam : Ce qui nous fait plus plaisir, à vrai dire, c’est ce que ressentent les gens et ce que notre musique leur procure comme émotion. Après, on comprend très bien que le public ait besoin de références pour savoir le style qu’on a à peu près. Moi, les Joy Division, je les ai bien découverts après avoir vu en 2007 le film Control, qui relate la vie de Ian Curtis. Mais, je tiens à dire qu’on ne fait pas que de la cold wave, on a juste des influences. On joue un rock ouvert à plein d’autres univers.

Quand on vous voit sur scène, on est obligé de constater que vous êtes encore plus énergiques que dans votre disque Hidden Tensions.

Théo : Un groupe, c’est avant tout un groupe de live, sinon, ça n’a aucun intérêt. La musique est faite pour être vécue en réalité. Le disque est une technologie qui a permis au groupe de pouvoir s’élargir à un public plus grand et c’est aussi un univers à part entière parce qu’il y a la production qui rentre en jeu. Il n’en reste pas moins que je pense qu’on ne connait pas vraiment un groupe si on ne la pas vu au moins une fois en live.

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(Photo : Mc Nema)

À quel moment, vous êtes-vous rendu compte que le public commençait à s’intéresser à vous ?

Sam : Le vrai déclic au niveau du public, c’était il y a 5 ans, quand nous nous sommes basés sur Nantes. On a eu plus d’opportunités de jouer. Il y a pas mal de lieux et d’associations qui ont envie de programmer de jeunes groupes. Je crois que notre première date, c’était à une Fête de la Musique, dans un bar blindé. Ça s’est super bien passé.

Théo : À partir de ce moment-là, notre nom a commencé à circuler. Les gens ne s’attendaient pas à voir des petits vendéens débarquer avec ce genre de musique. On a toujours aimé être les outsiders et ça nous a toujours réussi. L’année dernière, pour la première fois, le Printemps de Bourges organisait un prix récompensant une des 32 Découvertes. Personne ne nous attendait, et au final, on a gagné ce prix.

Remporter ce genre de Prix, ça rassure et donne de l’énergie ?

Sam : On a toujours cru en notre musique

Théo : Croire en notre groupe, ça a été assez naturel. C’est une lapalissade de dire que si tu n’es pas bien dans ta peau, si tu ne sais pas où tu vas, ça devient plus compliqué. Nous, on s’est trouvé, on a été dans une cohésion assez immédiate. Depuis que les Von Pariahs existent, on a conscience que c’est l’aventure de notre vie.

Clip de "Still Human".

Vous avez la niaque, ça se sent…

Sam : C’est la vie quoi ! Il faut se battre.

Vous êtes six. C’est beaucoup… ça se passe bien la vie en communauté ?

Sam : C’est super enrichissant parce qu’on a des personnalités très différentes et atypiques.

Théo : On se connait tous depuis qu’on est ado. On s’est retrouvé par rapport à des goûts musicaux. On ne s’est pas vraiment choisi, ça s’est imposé comme ça. La chance qu’on a eue dans notre vie, c’est d’être tout de suite ensemble et que ça fonctionne.

Il y a une hiérarchie dans votre groupe ?

Théo : Il y a une grosse hiérarchie même. Je compose tous les instruments des morceaux, ensuite le groupe joue le fruit de mon travail et y apporte finalement sa richesse de jeu. Chaque musicien va donner une âme aux parties que j’apporte. Il y a une cohésion si forte entre nous qu’on ne sait même pas d’où elle vient. Jouer ensemble nous transcende, on ne peut pas expliquer d’où ça vient.

Et c’est Sam qui écrit les textes. Ca aussi, c’est bien déterminé.

Sam : Je chante mes propres textes et il ne peut en être autrement.

Je sais que tu écris les textes sur la musique que t’apporte Théo, jamais le contraire.

Sam : Sur sa musique, je créer la ligne de chant, puis les paroles. Nous procédons toujours ainsi.

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(Photo : William Beaucardet)

Tout le monde s’accorde à dire que vos morceaux rappellent un peu ce que faisaient les anciens sus cités, mais que vous avez quand même votre propre style original et moderne.

Théo : Rien ne peut nous faire plus plaisir.

Votre musique est très mélodique, mais enrobée parfois de musique expérimentale.

Théo : Non. On n’incorpore pas des choses qui peuvent paraître plus expérimentales. On ne veut pas aller trop loin, il faut toujours clarifier son propos musical. C’est comme ça qu’on arrive à trouver la vraie essence du morceau qu’on veut développer.

Êtes-vous satisfaits à 100% de l’album ?

Théo : On ne s’imaginait pas poser sur l’album des chansons dont nous étions à moitié satisfaits. De la première à la dernière seconde, tout ce qui est présent sur ce disque est mûri et complètement abouti.

Sam : La grosse différence pour nous maintenant que le disque est sorti, c’est que les gens qui viendront nous voir en concert connaitront nos morceaux. Ça fait toute la différence.

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Après l'interview, le 12 septembre 2013 de gauche  à droite Théo Radère (guitare et compositions), Sam Sprent (chanteur et auteur) et Marc-Antoine Riot (guitare).

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02 novembre 2013

Cats on Trees : interview pour leur premier album

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Voilà un duo indie-pop fort rafraîchissant. Formé en 2007 par la chanteuse et pianiste Nina Goern et le batteur Yohan Hennequin, Cats On Trees joue intensément depuis quelques années déjà. Les textes sont prenants, intimes tout en touchant des thématiques universelles.

J’ai rencontré les deux sympathiques jeunes gens, le 10 septembre dernier dans un bar parisien.

983603_10151671630071858_124711940_n.jpgBiographie officielle (un peu raccourcie) :

Une fille, un garçon. Un piano, une batterie et une voix envoutante. De la virtuosité et de l’énergie. Cats on Trees a trouvé l’osmose idéale, le mélange de sons et de rythmes qui parlent au corps et à l’âme.

Né en 2007, révélé par des prestations scéniques et un premier EP repérés par la presse spécialisée. Épris de liberté ces félins-là ont pris leur temps. Le temps d’aller au fond des choses.

Trois ans durant, Nina Goern et Yohan Hennequin ont laissé mûrir leur projet d’album, testant, gommant, recommençant, explorant. Pas en chercheurs maniaques plutôt en philosophes. Le vécu comme matière première. Des petits contes du quotidien sur ce qui compte vraiment. Du très perso qui devient de l’universel. Le tout greffé sur un squelette innovant : une ossature batterie-piano aux émotions inédites. Mais logiques. Au fil des rencontres, l’album prenant corps, se sont ajoutés d’autres regards, d’autres sons, comme ces intenses vagues de cordes qui étoffent le propos. Celles d’un véritable orchestre avec la complicité d’Albin de la Simone aux arrangements de cordes. Ou celles des guitares acoustiques de Pierre Rougean et Jean-Christophe Urbain, coréalisateurs de l’album.
Alternent pour finir de la pop brillante ou légère, toujours bien enracinée.

DSC08420.JPGInterview :

Vous vous êtes rencontrés comment ?

Nina : Grâce à une amie qu’on a en commun avec qui on a formé un projet. Il s’est passé quelque chose d’inexplicable humainement et artistiquement, entre nous. On a senti qu’il fallait que l’on travaille ensemble parce qu’on se comprenait immédiatement. Tout paraissait simple quand on composait tous les deux. L’alter ego, il n’est pas que dans la musique, il est aussi dans la vie et l’amitié.

Yohan : Ce que l’on fait ensemble est un projet humain. On aurait pu jouer n’importe quel instrument, il fallait que l’on fasse quelque chose tous les deux. C’était évident. On le ressent encore aujourd’hui dans notre travail. On continue à se comprendre presque sans se parler. On compose de manière très fluide et très spontanée. C’est une collaboration très riche.

C’est une fusion totale entre vous deux ?

Nina : Une fusion sans concession.

Yohan : On a une visée commune sur laquelle on n’a pas besoin de débattre pour être d’accord.

Nina : Quand bien même, il y a des moments de désaccords, on trouve toujours rapidement une solution.

Vous existez et tournez depuis 2007. Considérez-vous que les choses sont allées vite avantAna Bloom.jpg de signer chez tôt Ou tard ?

Nina : Les choses se sont faites assez naturellement et plutôt rapidement. De 2007 à 2013, on a fait pas mal de concerts, ensuite, nous avons pris notre temps pour enregistrer.

Yohan : C’est une évolution dans la durée, mais jalonnée de beaucoup de chance. Déjà avec Nina, on s’est trouvé. C’est une rencontre humaine énorme et une rencontre artistique super complice. Musicalement, on fait tout ensemble. Un premier EP, quelques concerts. On a trouvé un tourneur avec lequel on travaille toujours. Nous avons gagné le Printemps de Bourges en 2010, on a donc eu une exposition un peu plus grande. Nous avons également trouvé un directeur artistique et c’est grâce à lui qu’on a rencontré l’équipe de tôt Ou tard. On a eu énormément de chance parce qu’ils nous ont laissé le temps, avec des moyens extraordinaires, de faire l’album que nous voulions réaliser. On a mis trois ans, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

En effet, ils n’étaient pas pressés !

Yohan : On a fait plein de morceaux et on a ensuite sélectionné ceux que nous estimions les meilleurs. Ça a été dur de faire un best of. Un premier album, tu as une vie pour le préparer. C’est le condensé de plein d’années de boulot et d’expériences de vie. On est super content du résultat.

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Clip officiel de Sirens call.

Vous avez été surpris par l’accueil réservé à votre premier single, Sirens call ?

Nina : On a été très étonné, en effet. Nous avons la chance d’avoir beaucoup de passages sur des radios importantes et les radios locales nous suivent de manière conséquente depuis le début. C’est gratifiant et encourageant.

Les textes de vos chansons ne sont pas toujours positifs.

Nina : Chaque chanson raconte des histoires que l’on a vécues et elles ne sont pas toutes heureuses. Mais il y a toujours une résolution positive à la fin parce qu’on a pris chaque histoire avec beaucoup de philosophie et de recul.

Yohan : C’est important de partir d’expérience propre pour garder la sensibilité et le côté touchant d’une histoire. Ce qui nous parle dans l’art, au cinéma, en peinture ou en littérature, ce sont des œuvres dans lesquelles tu sais ou devines une vulnérabilité de l’artiste. On veut voir l’humain sans masque. Il  faut donc que nos chansons soient sincères et que cela évoque quelque chose à l’auditeur.

Vous avez un sacré sens de la mélodie. À tel point que chacun de vos titres est un tube potentiel.

Yohan : On adore la mélodie. C’est un truc primordial.

Nina : Ce qu’on aime dans la mélodie, c’est qu’elle parle d’elle-même, sans avoir besoin forcément d’un texte.

Yohan : Après, on attache de l’importance au sens du texte. Le texte fait partie d’une pierre angulaire du morceau autant que la mélodie. Il faut que la musique sublime le texte et que le texte sublime la musique. Tout est intrinsèquement lié.

"Tikiboy" live au Studio Ferber 2013.

Il y a des noms connus qui ont collaboré à votre album.

Yohan : Albin de la Simone, Jean-Christophe Urbain… on a eu un orchestre de 12 cordes sur 4 morceaux. Nous sommes réellement gâtés.

Pourquoi chanter en anglais ?

Yohan : On adore des chanteurs français tels que Thomas Fersen, Dominique A ou Vincent Delerm, mais si on avait chanté en français, on aurait eu l’impression que le texte passait avant la musique. Dès qu’il y a un texte en français, on focalise dessus et la musique passe au second plan. C’est en tout cas comme ça que l’on ressent la chose.

C’est difficile d’avoir sa propre identité ?

Yohan : Je vois ce que tu veux dire, mais je pense que quand tu te montres tel que tu es avec tes défauts et tes qualités, c’est ça qui fait que tu es une personne unique et que tu as un truc différent à proposer. Nous, on se montre tels que nous sommes, on ne se cache pas derrière des masques. Ce n’est jamais bon de trop se maquiller.

Comment vivez-vous ce qui se passe autour de vous en ce moment ?

Nina : On ne peut pas nier qu’on a une pression. On fait de cette pression une source d’inspiration aussi. On est déjà en train de faire les titres du deuxième album. Ca nous permet aussi de ne pas nous focaliser sur comment les gens vont prendre le premier disque.

Votre pochette est à l’image de vos chansons, je trouve. Très travaillée.

Yohan : La photographe, Anna Bloom et le graphiste, André  Palais, nous ont bien cernés. Il y a le côté organique et humain qui correspond bien aux morceaux amples et sensibles qui se développent sur la longueur. Après, il y a le côté plus pop, plus moderne, plus spontané.

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25 octobre 2013

Thomas Fersen : interview pour Thomas Fersen & The Ginger Accident

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(Photo : Mathieu Zazzo)

Thomas Fersen-2013-Mathieu Zazzo -5672-41-WEB.jpgThomas Fersen, je lui suis fidèle depuis son premier album, Le bal des oiseaux. Ce n’est d’ailleurs pas sa première apparition chez Mandor. Il est certainement le chanteur français le plus original. Hors du temps, hors des codes, dans un autre monde. Celui de l’enfance, celui de pays qui n’existent pas.

A l’occasion de la sortie de son nouvel album, Thomas Fersen et The Ginger Accident,  Thomas Fersen m’a reçu une troisième fois chez lui. J’aime converser avec lui, l’homme n’est pas avare de confidences sincères et parfois étonnantes (je ne parle même pas de ses fulgurances !) Avant de lire la substantifique moelle de notre long entretien, voici ma chronique publiée dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2013).

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DSC08418.JPGInterview :

Qu’est-ce qui vous a incité à laisser le soin de la réalisation de cet album à Cédric de la Chapelle ?

J’ai découvert ce groupe sur une compilation. The Ginger Accident sortait vraiment du lot. J’ai entendu cette production, cette instrumentation, cette dynamique. Ça m’a épaté. Je venais de finir l’enregistrement du disque au Studio Garage comme je l’avais fait pour le précédent. J’étais en train de me poser des questions sur des arrangements et quand je les ai écoutés, j’ai tout remis en question. Ce n’est pas facile, mais je n’ai pas hésité. La première fois que je suis allé voir Cédric de la Chapelle sur scène avec son groupe The Ginger Accident, je sentais que l’association des textures, c'est-à-dire de leur musique et de ma voix, allait être prometteuse. Ce n’était pas forcément une question de personne, mais plutôt d’alchimie.

Fouinez-vous souvent pour repérer des gens avec lesquels vous pourriez travailler éventuellement ?

On me donne souvent des disques, on me parle de telle ou telle personne… comme je suis quelqu’un de curieux, j’écoute toujours.

Est-ce que travailler avec quelqu’un d’extérieur à son univers permet de se remettre en question soi-même ?

La remise en question, elle va de soi. C’est un métier de désir. Refaire ce que l'on vient de faire, c’est beaucoup moins excitant que d’essayer de construire quelque chose avec un jeune compositeur talentueux et motivé.

Vous avez parfois besoin de la jeunesse ?

On a toujours besoin de la jeunesse parce que c’est la jeunesse qui refait le monde.

Ce disque à un son très sixties pourtant.

C’est la vision des sons d’avant qu’en ont les jeunes qui ont 30 ans aujourd’hui. Les gens qui font du sixties sans la modernité, c’est du musée, c’est autre chose.

Teaser "Donne-moi un petit baiser".

Il y a des chansons comme « Donne-moi un petit baiser » qui me font penser à des productions comme celles de Nino Ferrer.

Vous avez raison. Le texte est très simple comme ceux qu’il faisait dans les années 60. Il y a peu de mots, mais ils sont bien choisis, les phrases sont efficaces (rires). Le fait qu’il n’y ait pas beaucoup de texte colle bien à mon personnage de paresseux et de nonchalant que j’incarne déjà depuis plusieurs années à travers des chansons comme Deux pieds ou Les cravates. J’aime l’idée que ce personnage récurrent revienne taper à la porte. Il prend plus la parole que dans le passé. C’est lui qui habite ce disque.

Vous incarnez un personnage, ce ne sont donc jamais des chansons autobiographiques ?

Il y a beaucoup de moi, mais je raconte tout à travers le personnage que j’incarne. C’est un filtre. Mais, mon souci principal dans mon travail, c’est de faire en sorte qu’il y ait de l’espace et de la matière pour que les gens puissent fixer leur imaginaire. Ou au moins pour qu’ils puissent se mettre en marche.

Vous aimez incarner…

C’est un plaisir enfantin. Les enfants jouent à être, mais ils y croient vraiment.

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(Photo : Mathieu Zazzo)

La chanson est-elle un jeu ?

La chanson, c’est jouer et c’est pour cela que c’est un métier qui me fait toujours envie et avec lequel j’ai toujours des désirs.

Le désir, c’est votre moteur ?

J’ai en moi, inscrit très profondément, un réflexe de désobéissance qui fait que, quand je fais un disque, j’éprouve le besoin irrépressible de me définir autrement. C’est un désir de fuite qui est très présent dans ma personne. Je ne peux pas m’attacher sur une chaise, sinon, je souffre. Et donc, j’en ai besoin. C’est ce qui me pousse à la création et c’est ce qui fait que j’ai cette régularité de travail qui peut parfois surprendre.

Un psy serait intéressé par votre cas.

Je pense avoir déjà mis le doigt sur mes soucis. A la maternelle déjà, on m’attachait sur une chaise parce que je m’enfuyais de l’école. Quand j’ai fait la rentrée scolaire avec mes plus jeunes enfants, il y en a un qui avait envie de partir de l’école, c’était moi. J’ai comme une phobie de l’école. Me sentir enfermé est insupportable. C’est aussi pour ça que je fais ce métier. J’ai voulu être en dehors. Je veux toujours partir.

Vous avez du mal à rester dans un même lieu ?

Et dans ma personne. Et dans ce que je définis de ma personne. Je pense que c’est un élan vital très fort. Quand on ne bouge plus, c’est qu’on est mort. J’ai peut-être une réaction à la mort. Vous me faites faire de la psychologie de comptoir, là (rires).

Clip officiel de "Mais oui, mesdames".

Avez-vous déjà été tenté d’écrire des chansons sans incarner ?

Je ne sais pas faire. Je ne saurais pas trouver ce qui est juste. Je n’ai pas de repère. C’est pour ça que j’ai parfois du mal à écrire pour les autres.

Ce n’est pas vous qui réalisez le disque, mais faites-vous attention qu’il y ait la patte Fersen quand même ?

Oui, mais elle ne demande qu’à s’élargir et à s’enrichir. Il y a des choses auxquelles je n’ai pas pensé, même si c’est quelqu’un de l’extérieur qui a mis la lumière dessus,  je suis ravi qu’elles viennent augmenter mon univers.

Cédric de la Chapelle n’est intervenu que sur les arrangements, pas sur la composition et les textes, je présume.

Si. Il intervient sur les structures. Il a allongé des trucs, il a parfois coupé parce qu’il trouvait que c’était trop long. Mais, le plus difficile, c’est par rapport à l’auteur que je suis. Quand la chanson est un peu longue, comme sur « La boxe à l’anglo-saxonne », il a fait sauter un couplet à la fin. Bon, il avait raison. En fait, c’est ça qui est intéressant quand on travaille avec quelqu’un d’autre, c’est qu’il n’hésite pas à vous dire « là, je m’emmerde ! ».

C’est vexant ?

Il faut qu’il le dise. C’est son travail. S’il ne le dit pas, il y a une forte probabilité que tout le monde s’emmerde à ce moment-là. Au contraire, je suis très reconnaissant.

Teaser "Les femmes préfèrent".

Pourquoi les chansons de ce disque sont-elles très courtes ?

Les chansons de 4 minutes, c’est terminé aujourd’hui. Je ressens que c’est trop long. J’ai le souci de ne pas ennuyer l’auditeur.

Ça vous gêne de parler de vos chansons ?

Pas du tout. Juste, je n’aime pas la question : « dites-moi ce que raconte cette chanson ? » Je l’ai raconté du mieux que j’ai pu à travers la chanson. Si on insiste, à ce moment-là, je vais dire le texte sinon ce que je vais raconter va être en dessous. Je peux raconter la genèse, pourquoi j’ai écrit cette chanson et éventuellement les éléments autobiographiques qui sont à l’intérieur, mais pas l’histoire. Une chanson, ça s’écoute et éventuellement, ça se ressent… mais ça ne se raconte pas.

Mais, vous faites quand même des interviews…

J’aime bien parler et j’aime bien parler de moi (rires). Mais par exemple, après notre interview là, je ne pourrai pas travailler. Parce que je me suis livré, je n’ai plus ce désir. C’est toujours une question de désir. Dès qu’on sort du désir, on est fatigant, on est laborieux. Toutes mes chansons arrivent par totale fantaisie ou spontanéité. Ce ne sont jamais des choses qui sont ultra travaillées. Après, oui, il y a du travail pour fluidifier le texte ou pour le fignoler… mais la langue me vient spontanément.

Vous répondez à mes questions parce qu’on est dans une société qui veut ça. Il faut défendre son album pour qu’il se vende.

Je ne sais pas si, aujourd’hui, on en est encore à défendre un disque pour qu’il se vende, c’est plutôt pour dire qu’il existe. C’est la différence entre l’information et la promotion. Je ne pense pas être extrêmement offensif marketingment parlant.

Mais, ce n’est pas un peu répétitif de passer sa journée à ça ?

Ça ne l’est pas encore. Je suis au tout début de ce travail-là et vous êtes le premier à m’interviewer pour cet album, alors je découvre un peu avec vous. Et ce n’est pas désagréable (sourire). Et j’ai une certaine fraîcheur qui va s’estomper. Mes premières interviews sont toujours les meilleures. Après, on a cerné son sujet et on essaye de redire ce qu’on a déjà dit, c’est plus difficile. 

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(Photo : Mathieu Zazzo)

Pour la jeune génération, vous êtes un exemple.

Je n’en sais rien. Je ne m’en rends pas compte. On ne me le dit pas. Je n’ai pas l’impression d’être connu des gens. Surtout de la jeune génération. J’ai justement l’impression que tout est toujours à refaire.

Il n’y a pas des jeunes qui viennent vous voir à la fin des concerts pour vous donner des maquettes ou pour vous demander des conseils ?

À force de tourner, j’ai fait plus de 1000 concerts dans ma vie, ça m’est déjà arrivé en effet. J’ai reçu beaucoup de marques de sympathie de parents et d’enfants.

Ca vous fait quoi de recevoir l’affection du public?

C’est très dans l’instant. Ce n’est pas un magot que je me constitue et que je vais savourer après. C’est dans l’instant et puis j’oublie. Je pense que j’ai raison parce que les gens oublient eux aussi. On oublie tout et tout le monde. Il y a trop d’informations partout et constamment.

Teaser "Mes compétences".

Vous vous rendez compte que vous avez de l’importance pour des personnes ?

Dans la mesure où des artistes ont eu de l’importance pour moi, j’imagine, qu’effectivement, ma présence peut parfois inciter à ce genre d’affection. Mais, je suis un peu sceptique sur la question.

Vous pensez au public quand vous écrivez des chansons ?

Avant de faire de la scène, j’écrivais des chansons, mais je ne savais pas en écrire des partageables. Je n’avais pas ce sens du public, je ne savais pas m’adresser à quelqu’un. Je chantais des chansons pour me mettre en valeur (rires). Et ça ne marchait pas du tout. Les gens n’ont pas envie qu’on parle de nous, ils veulent qu’on parle d’eux. Avant Le bal des oiseaux, j’avais fait un 45 tours qui n’avait pas marché. Je ne faisais pas de scène. J’ai commencé à avoir la conscience du public quand j’ai fait du piano-bar. Quand quelqu’un vous écoute, vous voyiez bien que vous ne pouvez pas lui chanter n’importe quoi.

L’état de création vous met dans quel état ?

C’est du bonheur pur. On est seul face à un mystère. Un mystère qui est extatique.  

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Avec Thomas Fersen, le 10 septembre 2013, après l'interview.

23 octobre 2013

Yodelice : interview pour Square Eyes

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J’ai rencontré Yodelice pour son tout premier album en 2006. Il n’avait pas encore son pseudo. Maxime Nucci, un jeune homme déjà plein de talent avec un début de carrière bien singulier. Producteur du premier album des L5 en 2001, il collabore ensuite avec Jenifer, avec qui il aura un enfant en 2003. Après un rôle important dans le film Alive, il décide de publier un album solo en 2006, qui ne trouvera pas son public. Après cet échec, et quelques années plus tard, en 2009, Maxime Nucci devient Yodelice… à partir de ce moment, le carton absolu. Des disques qui se vendent à la pelle, des tournées nombreuses et sold out, une apparition fort remarquée dans le film Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet, une Victoire de la musique dans la catégorie « Album révélation de l'année » avec Tree of Life en 2010, une tournée la même année (avec Marion Cotillard qui l'accompagne sur scène sous le nom de Simone), plusieurs chansons pour Johnny Hallyday en 2011 pour l’album Jamais seul.

Yodelice m’a reçu le 20 septembre dernier à l’occasion de la sortie de son 3e et très addictif album, Square Eyes. Voici le fruit de notre entretien, pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’octobre 2013).

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"Au hasard du hasard, j'ai découvert les "Moustaches Brothers". La force qu'ils dégagent et leurs talents respectifs m'ont bouleversé et ouvert la route pour l'écriture de mon nouvel album. Je voulais partager avec vous les images de cette rencontre avec eux, leur témoigner mon amour, pour toujours." Yodelice ("Time")

yodelice,square eyes,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorPetit plus mandorien :

Même si la musique n’est plus la même, on sent la patte Yodelice.

Je ne l’identifie pas, mais il paraît. Avant de chanter, j’étais un technicien de cette industrie. Je travaillais sur des projets ou il y avait des codes et des formats… il fallait toujours faire l’effort pour essayer de rentrer dans les cases. Maintenant, je ne me pose plus ce genre de questions. Mais, je ne m’explique pas la touche Yodelice qu’on reconnait dans mes albums.

Cacher  Maxime Nucci derrière Yodelice, ça permet d’aller plus loin ?

C’était vraiment le but. Maintenant il y a avait une autre raison à cela. Je voulais me libérer au niveau de la scène et créer un clown m’offrait toute la liberté possible. Paradoxalement, au bout d’un moment, être toujours dans la mise en scène permanente, avec tout ces costumes et ce maquillage, je me suis senti enfermé par ce personnage. C’est pour ça que j’ai fait une longue pause de 2 ans entre la dernière date de tournée et ce disque. Je voulais retrouver le pourquoi du comment. Vivre 4 ans avec un personnage et avoir une exigence visuelle de mise en scène, ce n’est pas évident à gérer. Je ne voulais plus être prisonnier de lui.

Musicalement, tu regrettes d’être Français ?

Quand j’étais môme, je me disais que j’étais né dans le mauvais pays, mais plus du tout aujourd’hui. En plus, je crois que dans Yodelice, même si on sent cette influence anglo-saxonne très forte et que je chante en anglais, il y a quand même une touche très européenne. Quand je fais écouter ma musique à des Américains, pour eux, c’est très original. Ce n’est pas comme la musique de chez eux. Ils reconnaissent des codes, mais c’est tout de même différent.

Le clip officiel de "Fade Away".

yodelice,square eyes,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorTu as un public très fidèle.

Je l’aime à la folie. Je suis admiratif de ces artistes qui font peu de promos, voire pas du tout, et qui remplissent des tournées de Zénith sans problème. Je trouve ça dément. Ce n’est pas donné à tout le monde. C’est le fruit de beaucoup de travail et de beaucoup de concerts.

Quel rapport as-tu avec la notoriété ?

Pour être artiste, il faut forcément beaucoup d’ego. C’est trop difficile de faire ce que l’on fait si on n’a pas d’ego. Si je fais des disques, si je me donne en spectacle, c’est que j’ai quand même envie d’une reconnaissance. J’ai envie qu’elle soit à travers la musique et pas à travers autre chose. Je refuse de prendre des responsabilités de position politique. J’ai les miennes et elles sont pour moi. C’est une grosse responsabilité et je ne me sens pas plus intelligent qu’un autre.

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Avec Yodelice, le 20 septembre 2013, après l'interview.

19 octobre 2013

Bertrand Louis : Interview pour la sortie de SANS MOI

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C'est simple, l'album de Bertrand Louis, SANS MOI (qui sort ce lundi) est, pour moi, le disque le plus jubilatoire et exaltant de cette année. Mettre en musique douze poèmes ténébreux de Philippe Muray (1945-2006), extraits du recueil Minimum respect publié en 2003 était un projet ambitieux et casse-gueule. Mais au final c’est un exercice d'appropriation exécuté magistralement.

Bertrand Louis est venu me rendre visite à l’agence le 5 juillet dernier.

bertrand louis,sans moi,philippe muray,interview,mandorBiographie (signée Philippe Barbot) :

Il y a des rencontres qui ne doivent rien au hasard. Question d'atomes crochus, avec ou sans croches. Ainsi, la réunion aux sonnets de Bertrand Louis, artiste non conformiste et chantre des travers de l'époque, et de Philippe Muray, philosophe du désespoir ironique et chroniqueur de l'absurdité moderne, pouvait sembler inexorable.

C'est chose faite, à travers SANS MOI, un album mis en musique par le premier sur des textes du second. Des poèmes corrosifs et tendres, sombres et flamboyants, sortes d'odes au désastre contemporain, extraits d'un recueil intitulé Minimum Respect, publié en 2003, peu avant la disparition de son auteur. bertrand louis,sans moi,philippe muray,interview,mandor

Lorsque Bertrand Louis a eu le coup de foudre pour l'œuvre de Philippe Muray, découverte via une interview de Michel Houellebecq, il avait déjà composé la plupart des musiques. Puzzle idéal, les textes se sont imbriqués d'eux-mêmes dans l'électro rock tissé de guitares rageuses, de synthés sauteurs et d'un piano agile qui scandent tout l'album.

À l'image de l'opus précédent, Le Centre Commercial, romances noires contant le pétage de plombs d'une victime de la société de consommation, SANS MOI évoque tout à la fois la détestation du monde et l'amour d'une femme.

Avec des Moog qui mugissent, des cordes qui malaxent l'oreille et des tas de gros mots qui grommellent. Avec la participation de Lisa Portelli (mandorisées plein de fois) pour deux chansons.

"On n'est pas à l'abri d'un succès", chantait Bertrand Louis dans son précédent album. D'une réussite non plus. La preuve.

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bertrand louis,sans moi,philippe muray,interview,mandorInterview :

Tu as découvert Philippe Muray en entendant Michel Houellebecq l’évoquer dans une interview, c’est ça ?

Comme j’avais mis en musique un poème de Houellebecq sur l’album précédent, un jour quelqu’un m’appelle en me disant que Houellebecq parle de moi dans une interview. Je suis allé l’écouter sur un site. Et effectivement, il parlait aussi de Muray. Ça m’a mis la puce à l’oreille, du coup, je suis allé voir ce qu’il écrivait. Je crois même que j’ai acheté directement Le minimum respect. Ça a été le coup de foudre immédiat.

Tu avais déjà entendu parler de Philippe Muray ?

Pas du tout. Ça me paraît fou aujourd’hui.

Qu’est-ce qui t’a plu chez lui ?

C’est difficile de répondre à cette question. J’écoute beaucoup les autres personnes parler de Muray, des intellectuels notamment, et ils ont toujours du mal à parler de lui. Ils le disent tous, c’est très difficile de le définir. Il y a deux choses, Minimum respect, que j’ai mis en musique, ce sont des réflexions anti poétiques rimées. Et puis il y a tout le reste, les essais notamment. Ce qui m’a plu, c’est le ton et les sujets évoqués. J’avais l’impression que je l’attendais. Depuis plusieurs années, il y avait des choses que je ressentais par rapport à la société, mais que je n’arrivais pas à exprimer. Je me suis rendu compte que lui les exprimait.

Tu as tout lu de lui ?

Oui et ça m’a pris quelques années, mais sans enchaîner, parce que c’est quand même lourd à digérer.

En écoutant ton précédent album, Le centre commercial, je me dis qu’il n’y a pas un bertrand louis,sans moi,philippe muray,interview,mandorgouffre entre ce que raconte Muray et le sujet de tes chansons depuis longtemps.

D’une certaine façon, c’est vrai, j’avais déjà esquissé des thèmes similaires. Il y a en commun une détestation de la société, mais c’est dans un but créatif. Quand je suis allé voir la veuve de Philippe Muray pour lui demander l’autorisation de mettre en musique ses textes, je lui ai fait écouter notamment la chanson « 20 heures ». (Voir là.)

J’ai lu dans ton auto-interview que la musique existait déjà. C’est étonnant de savoir que tu as pu plaquer des textes de Muray sur une musique déjà composée.

Il y a eu comme une évidence et une magie. Je dis ça d’une façon très humble, mais je te le répète, c’est comme si je l’attendais.

Clip de Lâche-moi tout.

Tu écris toujours dans un deuxième temps, je crois.

Oui, surtout depuis l’album Centre commercial. J’ai besoin de trouver un thème qui m’accroche. Un peu comme un écrivain qui cherche un thème à son roman. Il me faut du temps pour le trouver. Et c’est vrai que je me sens plus musicien qu’auteur proprement dit. Des musiques, j’en ai beaucoup. J’en fais tout le temps quasiment. Pour ce projet-là, il m’a fallu prendre mon temps pour choisir les musiques qui pouvaient coller parfaitement aux textes. Et ça a collé. Sans devenir mystique ou quoi, Philippe Muray et moi, c’est une belle rencontre. Il y avait quelque chose de naturel et d’évident entre nous.

Les textes que tu interprètes sont parfois un peu modifiés, raccourcis.

J’avais demandé l’autorisation à sa veuve. J’ai respecté l’ordre chronologique des textes, mais certains font 10 pages, donc j’ai dû raccourcir parce que je voulais que ça reste aussi des chansons. J’ai évité que ça devienne un projet trop intellectuel.

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Se lancer dans un projet comme celui-ci est une sacrée gageure. Est-ce que ça t’a fait un peu peur au départ ?

Si je prends un peu de recul sur la genèse de ce disque,  je me souviens qu’au départ, j’ai foncé tête baissée inconsciemment parce que j’ai senti le truc. J’ai envoyé un message sur le site de Philippe Muray, j’ai pu être en contact avec sa veuve immédiatement alors que j’avais à peine commencé les maquettes… j’ai besoin de me bousculer comme ça. Après, quand j’ai commencé à me retrouver devant la phase de la construction de l’album, il y a eu des moments de doute très forts. Il fallait en même temps que j’assimile l’œuvre de Muray et ma relation avec lui.

Tu as vu au théâtre les lectures de Luchini des textes de Muray.

Oui, j’ai adoré. Surtout la première fois. Lui, il faisait ressortir le côté comique de Muray que je n’avais pas forcément décelé à ce point quand j’ai lu cet auteur. Avec Luchini, j’étais plié de rire du début à la fin. Moi, dans l’album, j’ai voulu montrer plus son côté teigneux, passionné, exalté du propos.

L'existence de Dieu.

Muray raconte le monde, la société, d’un côté, disons… pas très positif et surtout grinçant. En écoutant tes disques depuis longtemps, je t’ai toujours senti comme ça.

Je pense que j’ai toujours été comme ça, mais que je l’ignorais ou que je n’osais pas l’assumer totalement. J’ai toujours eu du mal avec les autres, avec le monde, du coup, ça me fait avoir un recul. Encore une fois, Muray m’a fait comprendre qu’on pouvait faire de son état désillusionné et lucide quelque chose de créatif.

Tu le faisais déjà avant. Je voulais aussi parler de la réputation que tu as. Celle d’un type qui n’aime pas trop parler, pas trop faire d’interview, pas trop justifier son œuvre.

C’est très bizarre la réputation qu’on peut avoir. J’aime bien faire des interviews parce que, justement, ça permet de prendre du recul sur soi même et sur son travail. C’est aussi une manière de me détendre après le travail accompli. La réputation qu’on a est due à des choses qu’on ne contrôle pas.

As-tu peur de la réaction des puristes de Philippe Muray ?

J’ai essayé de ne pas trop y penser. J’avais conscience que de mettre en chansons ses textes allait me placer dans une frontière un peu délicate. D’un côté, le public « chanson » qui ne connait pas Muray et de l’autre, les gens qui adulent l’auteur et qui ne connaissent pas mes chansons. Je ne m’en suis pas préoccupé parce que les adorateurs de Muray ont tendance à se le garder pour eux. Il ne faut surtout pas qu’il devienne populaire. Il était très individualiste, donc je peux comprendre… j’ai juste essayé d’aller dans son sens par rapport à ce que je suis aussi et dans la continuité de mes disques. Que je m’attaque à Muray est cohérent, mais je ne veux pas le « vulgariser » pour que plus de monde l’apprécie. Il a suffisamment miné son propos pour ne pas être récupéré de toute façon.

C'est la rentrée (teaser réalisé par Thibaut Derien).

Guy Debord s’est bien fait récupérer !

Et bien je n’espère pas qu’il en soit de même pour Muray. Ce n’est surtout pas mon but, en tout cas.

bertrand louis,sans moi,philippe muray,interview,mandorPhilippe Muray n’a jamais été populaire.

Non, mais aujourd’hui, il devient une référence intellectuelle. Il a un côté Cassandre. Celui qui dit la vérité, mais qui est condamné parce que personne ne le croit. Dans les entretiens qu’il a eus avec Élisabeth Lévy dans Festivus Festivus, elle  lui reproche d’aller beaucoup trop loin. 10 ans après, elle reconnait qu’il avait raison. Tout ce qu’il annonçait se passe. 

Il était incompris parce que  trop en avance sur son temps ?

Il y a de ça, mais surtout, la société n’aime pas qu’on la critique.

Aurais-tu aimé rencontrer Philippe Muray ?

Dèjà, je pense que j’aurais eu peur. Ça m’aurait intéressé si la rencontre avait eu lieu naturellement. Mais sinon, je ne crois pas. On est toujours déçu de rencontrer quelqu’un qu’on admire.

Pas toujours, je t’assure. Comment toi tu vis ta condition de musicien/auteur/chanteur ? Tu me sembles avoir une personnalité à ne pas te sentir bien dans ce monde.

Non, je n’y suis pas très bien. Mais, ça va beaucoup mieux depuis que je porte ce projet. Je me suis toujours senti à côté de la plaque. Je sentais que ça ne collait pas, que je n’étais pas à ma place. Je ne suis pas très communicant, donc j’ai du mal à rentrer dans le petit jeu du show-biz, comme bon nombre de chanteurs d’aujourd’hui.

Futur éternel de substitution (teaser réalisé par Thibaut Derien).

Et réaliser pour les autres, ça t’apporte quoi ?

Ça m’apporte beaucoup. C’est une façon aussi pour moi de murir et de trouver ma place. J’ai déjà une place, mais il faut se battre pour la garder.

Professionnellement, le métier reconnait ton talent.

Enfin, à chaque fois que je veux faire un disque, j’ai du mal à trouver un label,  j’ai du mal à trouver un tourneur, c’est un peu « casse-couille ». C’est toujours très difficile entre deux albums.

Qu’est-ce qui fait que tu continues quand même à faire ce métier ?

La musique est dans mes gènes. Je ne m’imagine pas faire autre chose. J’ai carrément l’impression d’avoir de plus en plus envie, si tu veux savoir.

C’est rassurant, parce que si à la base, tu as des doutes sur ton propre travail et que tu n’es pas motivé, c’est mal barré.

Tu sais, je connais plein de gens qui ont arrêté parce que ça ne marchait pas et qu’ils avaient envie d’essayer de faire autre chose. Ils ont fait un choix que je ne pourrais pas prendre moi. À un moment, on est sur un chemin et on ne peut pas reculer.

Tu travailles pour qui en ce moment ?

Je réalise le deuxième album de Je Rigole (mandorisé deux fois ici). C’est très intéressant parce que c’est moi qui fais les arrangements.

Parlons littérature à présent. Qui sont tes auteurs de prédilection ?

J’hésite entre Dostoïevski et Flaubert. Ce sont les deux pans de ma personnalité. Le côté très construit et bourgeois de Flaubert et le côté lâché et fou de Dostoïevski. J’aime aussi beaucoup Balzac. Tiens, d’ailleurs Muray aussi était fan de Balzac.

Ce que j'aime (teaser réalisé par Thibaut Derien).

Ton disque m’a incité à relire Muray.

Je conseille de lire au moins Minimum respect. C’est un livre à part.

Dis donc, réécrire des chansons personnelles après être passé par Muray, ça va être un peu duraille, non ?

Il est clair qu’au niveau texte, je suis KO. Après, quand on cherche, on trouve. Je pense que je veux avoir une bonne période de réflexion avant de passer à autre chose.

C’est aussi ça l’intérêt de ce métier. Mettre la barre plus haute encore de projet en projet, de disque en disque…

Oui, mais j’ai besoin de ça. J’ai un côté fainéant, j’ai donc besoin de me donner des challenges. Après Muray, il va falloir assurer. J’ai déjà des idées, mais c’est trop tôt pour en parler.

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Après l'interview, avec Bertrand Louis, le 5 juillet 2013.

14 octobre 2013

Stacey Kent : interview pour la sortie de The Changing Lights

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Stacey Kent est considérée comme l’une des plus étonnantes et élégantes révélations du jazz vocal actuel. Sa voix unique, mêlant le swing, la sensualité et la limpidité font d’elle une grande diva de jazz. Américaine de naissance, neuf albums à son actif, couronnée de prix prestigieux (dont le BBC Jazz Award en 2007), Stacey Kent est une chanteuse de l’âme. Il n’est pas évident de placer Stacey Kent dans une case. Une Américaine qui parle couramment le français, de même que le portugais, l’italien et l’allemand. Elle franchit sans effort les frontières entre les genres et, dotée d’un timbre de voix à la fois vif et tendre, Stacey Kent colore de façon swing et dynamique des chansons jazz intemporelles.
Elle a signé en 2007 sur le label Blue Note/EMI (aujourd’hui Parlophone) et a vendu plus d’un demi-million d’albums à travers le monde.

Je suis allé à sa rencontre (elle était accompagnée par son mari et compositeur Jim Tomlinson) le 2 juillet dernier dans le jardin de sa maison de disque française, à l’occasion de la sortie de son nouvel album The Changing Lights, dont j’ai écrit la chronique pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2013).

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stacey kent,the changing lights,interview,mandorInterview :

Précision : Stacey Kent a fait l’effort de répondre à mes questions en langue française. Parfois, j’ai un peu reformulé les phrases, mais en faisant très attention de ne pas trahir sa pensée initiale.

C’est le 10e album. Ça constitue une œuvre conséquente en peu de temps finalement.

J’aime beaucoup le parcours qu’a pris ma carrière. Quand j’ai commencé à enregistrer, j’ai fait des albums à la chaîne et pour être honnête j’estime qu’on a bougé un peu trop vite au début. Comme j’ai eu beaucoup de succès, j’ai fait beaucoup de tournées, et j’ai enregistré trop vite entre deux albums. Il fallait que je réfléchisse plus à là où je voulais aller. Après l’album The Boy Next Door, tout à changé pour le mieux.

Vous n’avez pas enregistré pendant 4 ans.

J’ai juste fait des concerts. J’ai donc eu beaucoup de temps pour réfléchir sur ce que je voulais faire pour l’album suivant. J’ai beaucoup aimé The Boy Next Door, mais je dirais que c’est vraiment la fin d’une époque. Blue Note est venue me voir sur scène à Paris et ils m’ont proposé d’intégrer leur label. Tout à coup, la vie a changé. J’ai pu prendre mon temps et j’ai envisagé ce métier autrement.

Dans ce monde du jazz, vous êtes chanteuse, mais vous êtes aussi une formidable raconteuse d’histoire.

A un moment donné, je voulais pouvoir chanter une histoire entière dans les 3-4 minutes d’une chanson. Les gens avec lesquels j’ai commencé à collaborer après The Boy Next Door m’ont écrit des chansons comme ça. Une chanson, une vie. Contrairement à avant, la musique devait s’intégrer aux textes, du coup, parfois, elle devait s’improviser. Ça donnait un résultat très intense. J’ai l’impression que ça m’a permis de mieux m’exprimer. Je me suis sentie beaucoup mieux dans ce milieu du jazz. J’ai enfin compris où était ma place.

Songs from The Changing Lights (teaser officiel).

Dans l’album d’il y a deux ans, Raconte moi, vous repreniez quelques standards français,stacey kent,the changing lights,interview,mandor mélangés à des titres originaux. Dans The Changing Lights, vous reprenez des classiques brésiliens, mais vous les intégrez parmi des morceaux nouveaux. Vous n’aimez pas faire des albums de reprises sans valeur ajoutée personnelle ?

Avec Jim, on a fait ça dans les trois derniers albums. Vous avez oublié Breakfast on the Morning Tram, il y avait pas mal de reprises dont quelques-unes de Gainsbourg ou de Pierre Barouh. Je trouve qu’intégrer ces reprises au milieu de chansons originales donne plus de logique à l’ensemble. J’ai la chance d’avoir des chansons écrites pour moi par mon mari qui me connait mieux que quiconque comme artiste et comme femme. On fait une balance entre ces chansons inédites écrites pour moi et des chansons déjà écrites, mais que je choisis parce qu’elles me correspondent totalement.

Ça demande beaucoup de recherches, je présume, pour trouver les bons morceaux.

Oui, pour The Changing Lights, par exemple, on a mis quatre ans. Il faut réfléchir, il faut du temps aussi pour bouger, discuter et pour faire des découvertes.

Je sais que vous discutez beaucoup avec Jim Tomlinson sur votre musique.

Oui, du matin au soir, voire même la nuit. C’est un mélange de notre vie personnelle et de notre travail. C’est marrant parce que nous en parlions ce matin au petit déjeuner. On passe beaucoup de temps ensemble, mais c’est chaque jour de plus en plus intense entre nous. On ne sait pas où notre relation commence et où elle se termine.

Ce n’est pas lassant de travailler et de vivre avec la même personne ?

Non. Vraiment, au contraire. On vit dans un dialogue personnel et musical 24 heures par jour et on adore.

C’est un luxe ?

Oui, tout à fait. Je ne dis pas que c’est l’idéal pour tout le monde. Ça l’est pour nous. Ça marche très bien. J’ai très confiance en Jim et en moi. Là, on vient de déménager. On était dans un petit appartement dans le Colorado et on a trouvé une maison avec beaucoup d’espace et de tranquillité. Nous n’avons pas de distraction, pas de télévision, pas de voisin. Que des animaux, des arbres et des montagnes. Tout ceci nous inspire. On discute, on se sépare pour continuer nos travaux différents, on se rejoint, on rediscute et on finit par jouer de la musique ensemble. On est vraiment habité…

Le premier single de l'album The Changing Lights, "One Note Samba".

Votre amour de la musique brésilienne, ce n’est pas qu’avec ce nouvel album que vousstacey kent,the changing lights,interview,mandor nous le prouvez. Ce n’est pas la première fois que vous en interprétez dans des disques.

Pour Jim et moi, ce disque n’est pas un disque brésilien. Je dirais que c’est un album à la sensibilité brésilienne spirituellement. Le Brésil est un immense pays avec beaucoup de musiques différentes qui viennent d’Europe ou d’Afrique. Pour moi, ce qui compte c’est l’esprit de bossa-nova qui est très intense, mais très calme. Il y a beaucoup de percussions, mais joués à l’économie. C’est ce minimaliste qui compte pour moi parce que la fondation de ma musique c’est la clarté, la tranquillité, la légèreté et l’intensité. C’est un peu ma personnalité aussi. Je suis attirée par ce qui me ressemble.

Quand on reprend des chansons connues, il faut être au moins au même niveau que la version originale.

On peut se réapproprier des chefs d’œuvres joués par des maîtres sans avoir peur. On a confiance en notre propre son et style et on ne passe pas notre temps à comparer les versions. Il faut prendre plaisir à rendre à ces chansons notre personnalité à nous. Ce n’est pas arrogant de ma part. Je remercie tous ces « monstres » d’avoir créé ces morceaux légendaires et exceptionnels.

Ce qui est amusant, c’est que, du coup, on a l’impression que même vos chansons à vous sont des standards.

On fait en sorte que nos chansons se mêlent aux standards de manière à former un même univers.

Cet album a été fait dans le sud de Londres et pas au Brésil. Pourquoi ?

On a juste un musicien brésilien. Avec Jim, on s’est beaucoup demandé s’il fallait ou non aller là-bas pour enregistrer. On a estimé qu’il n’était pas utile de se rendre au Brésil pour trouver la sensibilité brésilienne parce que cette sensibilité est déjà dans nos cœurs et nos esprits. 

Un autre extrait de The Changing Lights, "This Happy Madness".

Pourquoi dites-vous, je vous cite dans le communiqué de presse que j’ai reçu,  que « c’est un album crucial » ?

Quand la maison de disque indique cela, c’est vrai. Nous dialoguons beaucoup avant de sortir un communiqué de presse me concernant. Donc, oui, c’était crucial. Je vais vous dire quelque chose d’important que je n’ai dit nulle part ailleurs. Quelque chose un peu dramatique s’est passée dans ma vie personnelle il y a quelques années. Après cela, j’ai décidé de réfléchir sur moi et ce que je voulais faire de ma vie.

Un long silence.

Je reprends.

N’en parlez pas si c’est trop dur…

Bon, c’est juste pour expliquer qu’il y a cinq ans, j’ai dit à Jim : « je veux apprendre le Portugais », il a répondu que lui aussi. On a arrêté de faire des tournées pendant trois étés, ce qui est une décision importante parce que c’est une période où on est très sollicité, pour rentrer dans un monde lusophone, portugais. On a abandonné la langue anglaise complètement pendant sept semaines pour ne parler qu’en Portugais. On a fait des découvertes musicales, sociales, personnelles. On a pris des cours intensifs de Portugais dans une université. C’était vraiment une histoire d’amour entre nous deux. Je sens que c’est un peu abstrait comme j’explique, excusez-moi. Ce que je veux dire, c’est que cet album n’est pas la seule preuve d’amour que l’on porte au Brésil. Vraiment pas…

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Avec Stacey Kent, le 2 juillet 2013 (photo Jim Tomlinson) 

13 octobre 2013

Orna Danecan (Anne Cardona): interview pour... un futur EP

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Orna Danecan, (Anne Cardona) fait partie d’une mouvance d’artistes que j’aime beaucoup. Exigeante et qualitative. 

Avant, Anne Cardona, c’était des textes malins, malicieux, poétiques, qui parlaient à tout le monde. Aujourd’hui, Orna Danecan, c’est une nouvelle chanteuse, un autre style (voire biographie ci-dessous). Mais elle vise toujours là où ça fait mal parfois, là où ça fait du bien souvent. Ce qui est sûr, c’est que ses chansons font mouche toujours.
Pour écouter quelques nouvelles chansons, cliquer là !

J’ai reçu Anne Cardona pour me parler de son double Orna Danecan le 1er juillet dernier.

Biographie officielle :

Orna Danecan a une voix. Grave. Élégante. Singulière. Théâtres, télé, radio, depuis toujours sa voix lui montre la voie.
Ballades pop ou folk sombre, accompagnées de violoncelle et de guitares twang, la musique d’Orna, onirique, mêle mélancolie et délices d’une enfance effacée.
On pense à Mazzy Star, Jesse Sykes, Rufus Wainwright ou Lee Hazelwood.
Écriture enfantine ou crépusculaire, Orna Danecan ne sacrifie pas les mots et les intègre harmonieusement à ses influences musicales folk rock anglo-saxonnes.

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Interview :

Tu m’as envoyé une maquette. Habituellement, je ne mandorise pas sur maquette, mais là, j’ai vraiment beaucoup aimé. Tu es donc l’exception qui confirme la règle.

Il y a six titres. Le premier, qui est censé être un single, « L’homme de ma vie d’en ce moment », est plus produit, mais les autres sont volontairement épurés. Il n’y a que guitare, violoncelle, voix. Je vais évidemment faire un EP dans les mois qui viennent et il sera plus produit. Cette maquette est juste un outil de démarchage.

Tu as fait pas mal de scènes. Les Trois Baudets et le Divan du Monde par exemple l’année dernière avec tes nouvelles chansons.

Oui, mais j’ai fait beaucoup de concerts avec mon ancien projet et donc, avec mon ancien nom, qui est mon vrai patronyme, Anne Cardona. Pour ce nouveau projet, c’est encore un peu neuf, tout est en train de se préparer en fait.

Changer de nom, d’ailleurs, ça ne brouille pas un peu les pistes pour ceux qui te suivent depuis Anne Cardona ?

Tu sais, je pense que je les ai perdus. Ça faisait deux ans que je n’avais pas fait de scène, donc mon public, pas très nombreux à la base, a dû m’oublier.

532035_173323419492143_592117076_n.jpgPourquoi as-tu changé de nom ? J’insiste parce que ce n’est pas d’une logique implacable.

J’avais fait beaucoup de scènes, gagné des tremplins, obtenu pas mal d’articles dans la presse, ça, c’est le côté positif. Mais, j’avais fait aussi une grosse vague de démarchage dans les maisons de disques, les labels, les éditeurs, les tourneurs et, je vais être franche avec toi, j’ai eu zéro réponse. Ce n’est pas aussi simple que ça, il y a eu des opportunités qui ont capoté, des promesses non tenues… bref, comme ça arrive à plein de jeunes artistes. Ça m’a totalement déprimée et j’ai pris la décision de tout arrêter. Comme je suis bilingue, un peu plus tard, je me suis mis à écrire et composer en anglais. Comme ce que je composais musicalement était fondamentalement différent, j’ai décidé de changer de nom. Mais entre temps, je suis revenue à mes premiers amours, les textes en français, mais je ne pouvais déjà plus rechanger de nom une troisième fois (rires). Je vais essayer de garder celui-là longtemps.

Orna Danecan, ça sonne irlandais.

Ce n’est pas un hasard. J’ai passé énormément de temps de ma vie en Irlande. C’est d’ailleurs là où j’ai appris à parler anglais. Bon, tu l’avais compris, accessoirement, c’est une anagramme d’Anne Cardona. J’ai fait mon Boris Vian.

D’où te vient ta culture musicale ?

Mes parents m’ont un peu aidée, mais globalement, je me l’ai acquise seule. Mais, je n’ai pas une culture musicale incroyable. Je suis assez monomaniaque en fait. Cette année par exemple, j’ai écouté trois, quatre albums, mais en boucle. Je les connais par cœur, note par note. Par exemple celui de Sharon van Etten. Une Américaine folkeuse qui a beaucoup travaillé avec The National. C’est d’ailleurs Aaron Dessner, guitariste et clavier du groupe, qui a réalisé son disque. Si je dois t’en citer un autre, un français, celui de Camille, Ilo Veyou. Bon, il y en a d’autres… mais pas des masses.

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Tes textes, de drôles dans ta première partie de carrière de chanteuse, sont devenus plus grinçants et mélancoliques.

Je me suis sans doute assagie. Avant, je faisais plus rire les gens, parce que le rire, c’est un super mode d’adhésion. Mais à un moment, j’ai remarqué que j’en avais marre de faire rire. Je pense que je masquais mes faiblesses par ça. Dans la vie, je ne dis pas que je suis une fille sinistre, mais je suis plus mélancolique qu’hilarante. Ce n’est pas pour rien que j’ai travaillé avec Bertrand Louis pour la réalisation d’un disque. C’est l’un des artistes les plus talentueux de notre génération, mais ce n’est pas le plus drôle. Je vais peut-être ramer un peu plus pour faire venir les gens à mes spectacles, mais en tout cas, je me sens mieux dans mes chansons d’aujourd’hui.

Sur scène, tu es réceptive à ce qu’il se passe dans le public.562183_166953813462437_942766058_n.jpg

Oui, je sens quand ça marche et quand ça ne marche pas. Tu sais, je vois très mal, j’ai une maladie aux yeux. Du temps où je faisais du théâtre, c’était dur parce que je voyais le public, mal parce que c’était dans le noir,  mais maintenant, je ne vois rien réellement. Ça m’aide pour le trac, du coup, mais en revanche, il y a des trucs que je ne perçois pas. Je ne vois pas les gens dans la salle, je vois à peine mes musiciens… La perception, pour moi, est de l’ordre du feeling auditif.

En enquêtant sur toi sur Internet, je suis tombé sur une page où on peut écouter plein de pubs avec ta voix. Ce n’est pas un pan de ta vie que tu caches, on peut donc en parler.

Ça fait quinze ans que je fais des voix de pubs. Je fais tout sauf du doublage. C'est-à-dire du documentaire, de la bande-annonce, de la pub, des films institutionnels. C’est avec ça que je mange.

Depuis un an, tu animes aussi une émission de télé pour la chaîne Voyage, une chaîne du câble.

Je suis allée en Islande, au Cambodge, en Guinée-Bissau, en Roumanie, en Bolivie. À chaque fois, je pars 15 jours. Ces émissions seront multi diffusées cet hiver.

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Tu as fait le cours Florent, et donc aussi du théâtre. Tu es vraiment pluridisciplinaire.

Quand j’étais gamine, je voulais être actrice. C’était donc cette activité mon premier cheval de bataille, j’ai donc fait ça pas mal de temps au théâtre et à la télé. A un moment, je me suis inscrite à l’école ATLA et après au Studio des Variétés.

Tu avais des textes depuis pas mal de temps.

Oui, donc avec un ami, on a monté un répertoire piano-voix. Je me suis carrément prise au jeu, mais au départ, ce n’était pas ça que je voulais faire.

Que vas-tu faire à présent que cette maquette existe ?

Je suis en train de chercher des réalisateurs pour faire un EP. Je rencontre des gens dont j’ai envie, mais il faut qu’ils aient envie de moi également. Il faut que financièrement on puisse trouver un accord et souvent, les gens dont j’ai envie sont des gens chers. Donc, ce n’est pas simple. Mon idée est quand même de produire un EP pour que plus personne ne puisse me dire : « c’est chouette tes chansons, mais je ne sais pas exactement où tu vas. »

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12 octobre 2013

Faby Perier : interview pour sa carrière et sa lutte contre le cancer

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(Photo : Sylvie Pedroni)

Faby Perier et moi, c’est une longue histoire… de rendez-vous manqués. Depuis 2008, elle m’envoyait régulièrement des messages pour que nous nous rencontrions et qu’elle m’explique son travail. J’avais compris qu’elle interprétait une chanson qui évoquait son cancer. Je n’avais pas creusé et je dois dire que j’étais peu enthousiaste à l’idée de la mandoriser. La maladie, inconsciemment, me rebutait. Je ne me le suis pas avoué ainsi, mais au fond, mon refus venait de là. Et puis, un jour, le cancer a emporté ma sœur. Le cancer, je l’ai regardé en face en le traitant de connard. Ma mère, ma sœur… ça suffit comme ça !

L’homme est un sale égoïste, il s’intéresse à des trucs uniquement quand il est concerné.

Et Faby m’a recontacté une énième fois. J’ai approfondi mes recherches sur elle et j’ai compris qu’elle faisait beaucoup pour la lutte contre le cancer (du sein notamment). Et j’ai compris qu’il était temps de se croiser.

Ainsi fut fait à l’agence le 16 septembre dernier… 

(De plus, durant ce mois d’octobre, c’est l’opération Octobre Rose. Pour la 20ème année consécutive en France, la campagne de lutte contre le cancer du sein,  organisée par l'association "Le Cancer du Sein, Parlons-en !" vous propose de lutter contre le cancer du sein en vous informant et en dialoguant. Convaincre les femmes du rôle primordial du dépistage précoce et faire progresser la recherche, telle est la vocation de cette campagne et de l'Association. Pour en savoir plus, voir là. Faby Perier va beaucoup chanter pour Octobre Rose durant cette période. Voir ici)

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Biographie officielle :

Ce n'est pas un hasard, si l'univers de Faby est empreint de la sensibilité d'une femme qui a croisé aux détours de rencontres les bouleversements de cette vie qui nous touche, nous surprend et à laquelle nous tenons tant.

Après une enfance bousculée, une éducation musicale plutôt classique où elle apprend le piano, le violoncelle et la guitare, Faby découvre la pop music et la chanson française grâce à des artistes de pianos-bars ; elle comprend alors que les textes sont aussi porteurs d'émotions.

En 2003, l'envie d'écrire devient de plus en plus présente et c'est avec sa sœur jumelle qu'elle écrira à quatre mains l'album "Authentique". Pourtant, cet album ne lui ressemble pas vraiment et l'envie de se retrouver seule devant sa page blanche se révèle à elle comme une évidence.

C'est ainsi qu'en avril 2008, son deuxième album Au nom de celles voit le jour. Un album résolument féminin où elle chante avec une tendresse perceptible, les femmes, l'amour, la vie, ses bonheurs, ses douleurs, de toute la puissance de sa sincérité.

Cet album n'aurait dû être que la réalisation de son rêve qu'elle voulait partager avec le public. Mais la vie en a décidé autrement... Elle apprend en avril 2008 qu'elle est atteinte d'un cancer. Pourtant malgré cette épreuve difficile, elle n'a de cesse que de croire en l'avenir pour atteindre ce rêve.

3775000068004.jpgSon troisième album Au fil de nos vies commence à se dessiner en 2009 et le premier "Ce matin-là" nait de l'annonce de sa rémission du cancer du sein, l'épreuve qu'elle a rencontrée. Au fil des interviews radio, des échanges sur la toile, ce titre est devenu l'emblème de toutes ces personnes qui se battent contre le cancer. Des internautes fans s'emparent de cette chanson-hymne, la partagent sur les réseaux internet et la font découvrir aux associations de lutte contre le cancer pour lesquelles Faby se mobilise également fréquemment.

Faby se mobilise toujours auprès des associations de lutte contre le cancer et est la marraine d'une association qui a pour but d'offrir des places de spectacles aux personnes qui ont rencontré l'épreuve du cancer.

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Interview :

J’ai l’image de vous de « la chanteuse qui chante pour lutter contre le cancer », ce qui est parfaitement réducteur parce que vous chantez depuis 15 ans.

J’étais chanteuse de piano-bar. J’ai sorti il y a longtemps un premier album auto produit en 2003. Je l’ai écrit avec ma sœur jumelle et je ne m’y retrouvais pas du tout. Et en 2008, juste avant que j’apprenne que j’ai un cancer, j’ai préparé un album en auto production. Je n’ai rien fait avec parce que j’ai reçu l’album pressé au moment où je venais de me faire opérer d’un cancer du sein. Ce que j’avais écrit, du coup, n’avait aucun sens par rapport à ce que je vivais.

Alors, peu de temps après, vous avez écrit une chanson, « Ce matin-là », qui raconte votre histoire, votre cancer, et ce de manière frontale.

Je crois qu’il faut parler de sa maladie. J’ai essayé de toucher les gens en racontant comment j’ai vécu l’annonce du cancer. Quand je vois les campagnes à la télé, je trouve qu’elles ne sont pas touchantes et surtout, on n’arrive pas à se dire que ça peut nous arriver.

Le clip de "Ce matin-là".

De livrer sa vie en chanson, ça a été un exutoire pour aller mieux?

Ce n’est même pas ça. J’ai appris que j’avais un cancer au mois d’avril 2008, je suis rentrée à l’hôpital au mois d’octobre 2008 et j’ai appris que j’étais en rémission. En sortant de l’hôpital, j’ai libéré ce que j’avais dans les tripes. J’ai écrit cette chanson et, très vite, j’ai eu le besoin irrépressible de l’enregistrer en studio. Quand je l’ai enregistrée, je sortais de traitement, donc je n’avais pas beaucoup de souffle, mais j’ai toujours souhaité garder cette version-là.

Pendant les 6 mois où vous avez été malade, vous n’avez rien dit à personne.

Je me suis éloignée de tous quand j’étais en plein dans la maladie. Dès que j’ai su que j’étais en rémission, je me suis dit que j’allais communiquer sur cette maladie. Je me suis servie de ma condition d’artiste pour faire passer un message.

Beaucoup de gens ont apprécié cette chanson.

Beaucoup de femmes qui ont traversé cette épreuve considèrent que je suis leur porte-parole.. Elles voient que je suis encore là, bien vivante et que je fais des choses.

Vous allez bien ?

Je réponds toujours que je vais bien aujourd’hui. Avec toujours la peur au ventre.

Pour moi, votre nom est associé à la lutte contre le cancer. Vous n’avez pas peur d’être 1013515_10201466694730436_1770950096_n.jpgcataloguée ?

J’ai fait ce choix-là. Disons que ce choix s’est imposé à moi. Tant pis si c’est compliqué. Je suis une femme qui accepte les défis et qui va au combat. Après, ça devient compliqué de faire découvrir son univers en dehors de la lutte contre le cancer. Mais, les artistes sont parfois là aussi pour mettre sous les projecteurs des choses difficiles.

Vous n’avez pas peur que ce soit un peu anxiogène ?

Vous savez, dans mon répertoire, il y a des chansons qui parlent d’amour et des chansons qui parlent de la vie. De toute manière, la vie est plutôt anxiogène.

On a justement peut-être besoin d’en sortir, non ?

Quand on regarde quelqu’un comme Renaud, il n’a jamais fait des chansons qui étaient très gaies. Tout le monde connait Renaud et beaucoup l’aiment.

C’était plus des chansons sociétales, la maladie, ça fait peur.

Mes chansons ne sont pas faites pour faire peur, mais pour donner de l’espoir. J’ai écrit « Ce matin-là », par exemple, pour dire au gens que ça n’arrive pas qu’aux autres. Elle peut servir aussi aux associations qui luttent contre cette maladie et qui ont besoin d’une chanson. Elle est une sorte d’hymne. La ligue contre le cancer la reprend régulièrement…

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Que pensez-vous des chaînes féminines sur Facebook pour la prévention du cancer du sein. Celles où on donne la couleur de son string par exemple. Moi, ça m’exaspère, je me suis fait houspiller quand j’ai dit ça sur mon mur.

 Très honnêtement, je ne suis pas contre… On peut considérer que ça n’apporte pas grand-chose, mais si. Ça apporte l’échange.

Moi, j’ai contesté le fait que les hommes soient bannis de cette histoire-là.

Ça, c’est vrai que c’est un peu con parce que le cancer du sein touche aussi les hommes. Mais, mon avis est qu’on ne peut pas être contre quelque chose qui amène à la discussion.

Je trouve que c’est mieux d’être plus direct.

Oui, mais autour du cancer, les gens ont du mal à être directs. Le cancer est extrêmement tabou. On le voit bien ne serait-ce qu’en regardant la communication faite par certaines associations.

Revenons à vous. Psychologiquement, quand vous allez chanter là où il y a des malades, comme ça vous arrive souvent, ce n’est pas un peu lourd à porter, à voir, à supporter ?

C’est dur, mais si pour ces personnes malades ce sontt trois minutes de bonheur et d’espoir, c’est trois minutes de gagnées. J’ai choisi le fait d’être porte-parole, il faut que j’assume le fait que ce n’est pas toujours simple. Mais, je dois aussi préciser que cela me donne beaucoup aussi.

Vous êtes à l’origine de l’association  Au Nom de Celles.

Oui, on  organise des évènements, des spectacles avec le soutien d'artistes et de partenaires pour permettre d'offrir le divertissement aux personnes qui ont rencontré l'épreuve du cancer. On est à la recherche de salles de spectacles qui nous offrent des places de spectacles gratuits. On essaie de faire des évènements où je suis en avant et des évènements où il y a plusieurs artistes.

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Votre  4e disque va sortir bientôt, car je crois que vous avez trouvé le financement nécessaire sur Ulule.

En 32 jours la somme était réunie grâce aux internautes. Je suis en train de terminer l’album. J’espère qu’il sera pressé pour le 25 octobre.

Vous êtes la seule chanteuse a parler du cancer. Je sais que d’autres ont cette maladie et se taisent.

Je pense que c’est difficile à porter. On m’a dit plein de fois que je faisais une connerie d’en parler et que je foutais ma carrière en l’air. Moi, je pense qu’il faut parler de la différence et ne pas la cacher. Je suis une femme de combat, je viens de la DASS et j’ai un passé un peu lourd, alors je me moque de ce qu’on dit de moi.

Vous n’avez pas envie de poser les valises ?

Si, parfois. J’aimerais trouver quelqu’un qui s’occupe de moi pour que je puisse vraiment me consacrer à ma carrière artistique et aux messages que je veux faire passer. Je suis ma propre attachée de presse et je suis lasse de cela. J’en ai ras le bol parce qu’un artiste qui doit se vendre lui-même, c’est contre nature.  

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Et un rendez-vous important, ce mardi...

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10 octobre 2013

Ayo : interview pour la sortie Ticket to the World

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Ticket to the world, le nouvel album d'Ayo est depuis lundi matin dans les bacs. Un album que la chanteuse allemande d'origine nigériane et tzigane a voulu résolument cosmopolite. Un disque dans lequel Ayo est 100% elle-même. Ticket to the world contient en son titre la philosophie de ce 4e opus. La musique comme passeport pour le monde. Un souffle de liberté. Un mélange d'influences issues du brassage.

Pour MusiqueMag, je suis allée rejoindre la talentueuse Ayo dans un bar de la capitale, le 19 juillet dernier. Elle a répondu aux questions dans un Français plus qu’honorable (et toujours avec un sourire toujours rayonnant).

Avant que vous lisiez l'interview, voici la chronique que j'ai réalisée pour Le Magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois d'octobre 2013).

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Le clip de "Fire" en duo avec Youssoupha.

DSC0838lll8.JPGInterview :

Vous chantez dans cet album des chansons plus universelles, moins portées sur votre propre vie.

Sans doute, mais je le fais sans m’en rendre compte. Quand je fais de la musique, je deviens bête. Je ne le fais pas avec ma tête, mais à l’instinct. Je ne conceptualise rien. Les textes arrivent comme ça. D’ailleurs, je n’écris pas dans le but de faire des disques. Au bout de 20 chansons écrites en tournée ou n’importe où, je me dis : « Tiens ! Si je faisais un nouveau disque ? »

C’est un métier qui se fait uniquement dans le plaisir ?

Ce n’est pas uniquement le plaisir, c’est un besoin profond. Si je ne compose pas et si je n’écris pas, je deviens triste, voire méchante. Dans  la vie, je suis joyeuse et j’aime bien les gens, mais si je ne fais pas de musique je perds tout mon équilibre. Pour moi, la musique, c’est une thérapie. C’était ça au début et ça l’est encore.

Vous allez mieux aujourd’hui ? C’est en tout cas ce que l’on ressent dans ce disque.

Vous savez, la vie est une vague. C’est comme un cœur qui bat… ça va plus ou moins vite. Ce sont des hauts et des bas, ce n’est jamais une ligne. Si c’est une ligne, ça veut dire qu’on est mort. C’est très important d’accepter que la vie soit ainsi faite.

Artiste, c’est quand même le seul métier où on peut se servir de ses malheurs pour en faire quelque chose de beau.

Ca console. Parfois, mes amis se moquent de moi en me disant qu’il faut qu’ils me créent des problèmes pour que je puisse écrire de bonnes chansons.

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Avez-vous plus de facilité à écrire quand ça ne va pas ?

Pour moi, la musique, c’est tellement quelque chose de spirituel. Tout comme l’amour d’ailleurs. Quand j’écris ou que je chante une chanson, je suis capable de pleurer, il se passe quelque chose de réellement divin. Ensuite, je me sens beaucoup mieux.

Et que cette chanson touche les gens. C’est magique, non ?

Lors de l’un de mes concerts, j’ai vu récemment une dame qui pleurait. Je l’ai regardée et je me suis demandé comment c’était possible qu’une femme ressente la même chose que moi pour une chanson qui est, pourtant, très personnelle. J’ai compris que mon histoire, c’était aussi son histoire. Quand on est artiste, on partage plus qu’on ne le pense. Une chanson livrée au public n’appartient plus à la personne qui l’a créée.

Les artistes ont finalement un pouvoir phénoménal.

En tout cas, personnellement, je ne pense pas avoir du pouvoir. C’est la musique qui détient ce pouvoir. Je le sais, elle m’a sauvée alors, je connais ses bienfaits sur l’Homme. Elle m’a fait sortir d’un trou énorme.

Mais, c’est vous qui la créez, cette musique !

Je l’ai créée, mais je crois que c’est un cadeau du ciel. J’ai la certitude que demain, tout peut se finir. Je peux très bien continuer de chanter et que plus personne ne ressente rien pour mes chansons. La musique, c’est une affaire de connexion.

Divine ?

Oui, je crois. Je le répète, je ne crois pas que la musique que je crée vienne de moi. Je suis persuadée que c’est un cadeau. J’ai la sensation que si demain, je deviens arrogante, prétentieuse, méchante, tout va s’arrêter. Si je change, je crois que je ne sentirai plus cette connexion. Ce que j’aime avec la musique, c’est qu’elle permet de communiquer avec tous les gens du monde entier. C’est une même et seule langue.

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Vous êtes en train de me dire que vous avez peur que tout s’arrête parce que c’est un métier fragile ?

De tout mon cœur, je vous assure que je ne crois pas que ce que je fais est spécial. Ce qui est spécial, c’est l’énergie qu’il y a entre le public et moi lors des concerts. Les âmes se rencontrent et c’est comme de la magie.

Vous inspirez la sympathie, vous vous en rendez compte ?

Oui, je sens bien l’affection qu’ont les gens pour moi quand je marche dans la rue et qu’ils me reconnaissent. Je me sens parfois adoptée par eux. J’aime quand des personnes viennent échanger des choses avec moi. J’aime les gens, parce que je suis comme eux. Je ne me sens pas exceptionnelle et différente des autres.

Je sais que vous n’aimez pas le star-system.

Je suis contre le star-system. Je hais ça. Bien sûr, il m’arrive de vouloir me protéger, de souhaiter être tranquille, mais il y a des façons de le faire. Hier, j’étais avec mes enfants, un groupe de filles a voulu me prendre en photo, j’ai expliqué avec le sourire que lorsque je n’étais pas seule, je ne le souhaitais pas. Elles étaient super gentilles et ont très bien compris. On n’a pas besoin de garde du corps, des gens pour faire la sécurité ou je ne sais quoi. Franchement, je trouve ça débile.

On va revenir à l’album. Vous travaillez toujours avec la même équipe.

Je suis quelqu’un de fidèle. Avec mon producteur notamment. C’est un peu comme un mariage. Quand on a trouvé la bonne personne, pourquoi aller chercher ailleurs ? Mon précédent album n’a pas bien marché, mais ce n’est pas grave. On recommence avec les mêmes. J’aime bien que l’on vive les bons et les moins bons moments ensemble. Mes musiciens jouent incroyablement bien et ils me font grandir aussi. Quand on joue avec des gens qui frisent la perfection, on veut être à leur hauteur. J’ai besoin de m’élever en permanence. Par exemple, quand on travaille avec le bassiste de Sting ou de Stevie Wonder, il faut s’accrocher (rires). Je tiens à dire aussi que je ne peux travailler qu’avec des musiciens humains et humbles.

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On dit de vous que vous êtes si honnête que vous dites toujours la vérité aux gens. Est-ce vrai ?

Oui, c’est la pure vérité et c’est peut-être un problème. Quand j’étais petite, ma famille et mes amis me disaient que j’étais trop directe et trop honnête. Je n’ai pas de filtre. Et aujourd’hui, je suis encore comme ça. Je ne peux pas changer. Je n’aime pas tromper le monde, j’ai l’impression de me tromper moi-même. Je ne veux pas jouer à être ce que je ne suis pas, ni dire ce que je ne pense pas.

C’est un album à tendance douce, très folk, mais il y a un peu de hip-hop, de la soul, de la country, de la musique africaine.

C’est un peu comme dans mes deux premiers disques en fait, qui étaient très variés avec pas mal de titres très rythmiques. Dans le 3e, c’était très différent, j’avais envie de jouer de la guitare électrique parce que j’en avais un peu marre de l’acoustique.

Parlez-moi du premier single. Une nouvelle version du premier titre du disque, « Fire », en duo avec Youssoupha.

Youssoupha est un grand rappeur et il a quelque chose à dire. J’ai entendu dire qu’il voulait travailler avec moi. Avant qu’il sorte son disque, je voulais travailler avec lui. J’avais vu une vidéo de lui sur YouTube et je m’étais dit qu’il était très bon. Quand on m’a demandé avec quel rappeur français je voulais interpréter Fire, je n’ai pas hésité une seconde. On m’a répondu qu’il me « kiffait », alors les choses se sont faites naturellement et dans le respect l’un de l’autre.

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Avec Ayo, après l'entretien, le 19 juillet 2013.

09 octobre 2013

Vitaa et Maître Gims : interview pour le single "Game Over"

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Cela faisait presque 4 ans que l'on n'avait pas entendu parler de Vitaa. Pendant son silence médiatique, la chanteuse a construit sa vie de famille et est devenue maman. Quant à Maître Gims, il est partout et sur tous les fronts. Le rappeur chanteur charismatique de Sexion D'Assaut a délaissé ses camarades pour un album solo (Subliminal) qui cartonne. Aujourd’hui, il s'autorise une escapade musicale avec Vitaa pour un duo electro pop énergique et surprenant.

(Il est extrêmement rare que je fasse une interview pour la sortie d’un single. Mais, parfois, pour MusiqueMag, je fais des choses auxquelles je ne m'adonne pas habituellement pour les autres médias pour lesquels je travaille. J’ai accepté cette interview parce que ça me change de mon quotidien de chanteurs/teuses à texte. Ce n’est pas la première fois que je m’adonne à cet exercice de style, certains lecteurs de ce blog en sont un peu « perturbés » (et me reprochent parfois aussi mes quelques écarts éditoriaux). Moi, ça m’amuse follement de rencontrer les idoles des jeunes d’aujourd’hui comme Tal, Keen V et autres M Pokora. Ce n’est pas ma came, vous le savez, (j’ai 46 ans, quoi !) mais j’aime bien aussi essayer de comprendre qui se cache derrière ces artistes-là. Faire preuve d’ouverture n’a jamais tué personne (et génère même un sacré trafic sur ce blog, pour ne rien vous cacher).

Et surtout, le soir, quand je rentre à la maison, je suis l’idole de ma fille de 8 ans. Et ça, franchement, quand je lui montre les photos où je pose avec ses artistes préférés et que je vois des étoiles dans ses yeux, ça n’a pas de prix. J’aime crâner devant ma progéniture.)

Je suis donc allé à la rencontre de Vitaa et Maître Gims dans les locaux d’NRJ, le 3 octobre dernier pour évoquer leur collaboration et ce single (déjà en tête des ventes).

Le clip de "Game Over".

vitaa,maître gims,game over,interview,mandor,musique magInterview :

Vitaa, pourquoi avoir sollicité Maître Gims pour ce single ?

Vitaa : Je voulais bosser avec lui sur mon album, mais à la base, je ne savais pas du tout ce qui allait se passer. C’est l’artiste du moment. À l’époque où je lui ai demandé, il ne participait pas trop aux albums des autres. Finalement, ça c’est fait. Il a produit un titre de l’album et « Game Over » s’est fait dans la foulée, mais ce n’était pas prévu initialement. On a trouvé le résultat tellement chanmé que c’est le titre qu’on a mis en avant directement.

Maître Gims, tu connaissais Vitaa évidemment…

Maître Gims : Depuis longtemps. C’est la seule fille qui pouvait poser avec des rappeurs et qui pouvait aussi chanter avec d’autres chanteuses. Elle est capable de faire de la variété. Non, vraiment, elle peut vraiment tout faire. Quand Vitaa a eu du succès, j’étais encore dans mon quartier à rapper et je n’étais pas du tout connu. À cette époque-là, on m’aurait dit que j’avais la possibilité de faire un son avec elle, j’aurais dit oui direct. Et plus tard, quand ça a marché aussi pour moi, je n’ai pas hésité.  Si je faisais un son avec une fille, ça ne pouvait être qu’avec elle. Voilà qui est fait. Ça correspond à mon style.

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Maître Gims et Vitaa (chez Cauet) quelques minutes avant notre interview...

Qui a écrit et composé « Game Over » ?

Maître Gims : On l’a vraiment travaillé ensemble. Les questions, les réponses, le clash… on l’a vraiment écrit à deux. Il faut être ensemble pour écrire un tel titre. Il faut être d’accord sur tout.

Vitaa : Dans ce morceau-là et dans tout ce qu’on a fait ensemble, il m’a amené dans un autre univers que le mien. Habituellement, je suis très fermée musicalement. Maître Gims a un truc très moderne dans ses mélodies et son son. Pour moi, « Game Over » est important. Pour lui, c’est juste un hit de plus. (Rires)

Maître Gims : Au début, tu n’aimais pas mes propositions. Dis-le.

Vitaa : Il est arrivé avec « J’aimerais te dire » et j’ai été surprise. Oui, tu as raison, je n’aimais pas parce que ce n’était pas ce que je faisais d’habitude. Ça m’a un peu déstabilisée. Ça faisait un peu du Goldman, mais en plus urbain. J’aime Goldman, mais je ne savais pas comment aborder cette chanson pour moi. Il m’a dit « laisse-moi faire ! ». Et il m’a présenté un morceau dont je raffole maintenant. Mais de toute façon, même « Game Over », je ne m’y serais pas risquée seule. Ce n’est pas ma musique habituelle.

Maître Gims, tu voulais qu’elle sorte de son univers.

Maitre Gims : Je lui disais tout le temps, depuis longtemps en plus. Elle veut toujours rester dans sa musique à elle alors qu’elle peut faire plein de choses. Moi, je la verrais bien dans le reggae. Le reggae moderne.

Pourquoi ne pas avoir réalisé l’ensemble ?

Maître Gims : Si j’avais eu le temps, je l’aurais fait avec plaisir. De toute façon, je suis arrivé au milieu du projet.

Vitaa : J’ai vu comme il bossait. Franchement, il va très très vite. Il vient, il a des idées, il a toute une équipe qui fait les prods avec lui. C’est hallucinant comme ça roule avec lui. Maitre Gims, c’est une machine de guerre.

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Ton album sort quand Vitaa ?

Pour l’instant, on ne sait pas trop. En novembre, peut-être. Il sera à tonalité pop urbaine.

Il va s’appeler comment ?

On est en train d’y réfléchir.

Tout est secret, alors ?

Non, mais nous sommes en train de définir tout ça actuellement.

Tu as hâte de revenir ?

Vitaa : Oui, vraiment. J’ai fait un break parce que j’ai eu un petit garçon, mais là, j’ai vraiment envie d’y retourner. Et quand je vois le succès du single, je suis d’autant plus motivée.

Maître Gims, il paraît que Jean-Jacques Goldman t’a appelé pour participer aux Enfoirés. C’est vrai ?

Maître Gims : Oui, il m’a fait cette proposition. Je n’ai pas encore répondu officiellement. Mais, je n’ai pas refusé. Ça m’a surpris, c’est quand même un truc de dingue.

Vitaa, trouves-tu que la situation a changé dans le monde de la musique depuis 2006 ?

Vitaa : Oui. Déjà le digital a pris une place qui me dépasse. Aujourd’hui, quand tu es en haut sur iTunes, tu es en haut en physique. Le single a disparu en physique. Les réseaux sociaux sont devenus hyper importants pour un artiste. Moi, je dois réapprendre à communiquer avec mon public. J’exagère un peu, mais il y plein de choses nouvelles pour moi. Je suis sûre que je vais m’en sortir.

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Vitaa, Mandor et Maître Gims, le 3 octobre 2013 après l'interview à NRJ.

06 octobre 2013

The Popopopops : interview pour la sortie de Swell

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J’avais vaguement entendu parler de ce groupe pop rennais au nom bizarre The Popopopops. Je savais que depuis 4 ans, ils avaient remporté pas mal de prix et qu’ils faisaient des tournées mondiales alors qu’ils n’étaient pas encore prophètes en leur pays. Aujourd’hui, ils arrivent avec leur premier disque, Swell. Selon les Inrocks, « The Popopopops n’a pas perdu en force de frappe, mais gagné en précision et en élégance. On sent, tout au long de Swell, que le groupe a su dompter son explosivité juvénile et s’autoriser à visiter certaines terres jusque-là bien éloignées de son bastion originel. On croise sur cet audacieux premier album à l’armature pop des tentatives plutôt réussies de hip-hop (Text Me Call Me) et d’electro-pop (Cross the Line, Wavelength). »

Rencontre à l’agence, le 16 juillet dernier, avec Victor Solf (Chant, claviers, compositions) et Simon Carpentier (Chant, basse, compositions et textes).

the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandorBiographie officielle (raccourcie) :

Depuis leurs débuts, The Popopopops enchaînent les concerts en France (Transmusicales, prix CQFD Les Inrocks, Zénith, Olympia en support de Skip The Use …) et à l’étranger (Hollande, Allemagne, Russie, Canada…). La réputation qu’ils acquièrent par leur live électrisant ne les détourne pas d’un travail ininterrompu de compositions. Les quatre Rennais signent en mai 2012 « A Quick Remedy », un EP intense. Ils y affirment ainsi leur identité singulière : celle d’un groupe alliant énergie scénique et audace des compositions.

Ces nombreuses expériences ont permis au groupe d’évoluer et de digérer les multiples influences à l’origine de leur vocation, telles que Frank Zappa, Television, TV On The Radio et The Whitest Boy Alive. Les pistes explorées dans l’EP, notamment avec l’hymne « My Mind Is Old », se sont cristallisées pour aboutir à l’écriture de ce premier album, Swell.the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandor

En juillet 2012, ils entament donc un enregistrement exigeant sur plus de 6 mois. Dans 5 studios différents, ils ont minutieusement recherché différentes sonorités, ambiances et atmosphères, pour transcender leur son live et authentique et l’adapter à l’exigence des productions studio actuelles.

Ils organisent les collaborations et marient les gênes rock du réalisateur anglais Tom Peters (Klaxons, Cradle of Filth) avec l’élégance de l’école française du mix grâce à Maxime Le Guil (Concrete Knives, Camille, Joey Starr). Dans la recherche de cette alchimie, le groupe a été accompagné par Mickaël Declerck, leur ingénieur son live et studio, véritable cinquième membre du groupe.

the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandorInterview :

Vous venez de Rennes, une ville avec une école de rock français hallucinante. Je me souviens de Marquis de Sade par exemple. Vous étiez jeune à l’époque ce cette mouvance du rock rennais, mais ça vous parle ?

Victor : Nous n’étions pas nés quand ils ont commencé. Mais nous les connaissions tous. Beaucoup sont encore là.

Simon : On se souvient d’Étienne Daho, Marquis de Sade, Kalashnikov, j’en oublie plein, mais tous ces groupes sont un héritage pour nous. C’est une force pour une ville qui a déjà beaucoup de caractère.

Il y a donc une nouvelle scène rock qui a pris la suite de ces groupes mythiques.

Victor : Il y a beaucoup de groupes dans beaucoup de styles différents. Dans notre style en particulier, on répète dans les mêmes lieux, donc ça crée une émulation et des échanges entre nous. Avec les Juvéniles par exemple, ou le groupe Manceau. Il y a une tradition, des lieux, beaucoup de bars dans lesquels on peut commencer, un héritage…

Tout a réellement commencé au lycée Émile Zola. Ce n’est pas une légende ?

Victor : Au début, il n’y avait que le batteur, Guillaume, et moi. A la base, on était amis et on voulait juste faire un duo de reprises de blues. On n’était pas du tout dans l’esprit de faire des compos. Mais, on s’est rendu compte que piano/batterie, au bout d’un moment, c’était assez limité. On a donc cherché des musiciens dans le lycée. C’est comme ça qu’on a rencontré les deux guitaristes. Simon, bassiste chanteur ici présent avec moi, est arrivé plus tard.

Une fois que le groupe est créé, il faut se faire connaître.

Victor : Oui, mais ça s’est fait naturellement. Chaque concert en amenait un autre. Notre premier concert, c’était au bal du lycée, il y a 6 ans. A ce concert-là, il y avait une femme qui animait la semaine d’après un concert sur la place du centre-ville. Nous y sommes allés, et nous avons rencontré là-bas une autre dame qui nous a vus et qui organisait une soirée de clôture d’un prix Goncourt, je ne sais plus bien, dans un lieu prestigieux. Elle nous a embarqués… nous avons toujours fonctionné ainsi. Après cette expérience-là, nous avons voulu continuer sérieusement parce que nous avons senti que nous adorions ça. Nous avons donc pressé un CD que nous avons donné à tous les bars de Rennes. Dans l’année qui a suivi, nous avons fait la fête de la musique.

C’est à cette Fête de la musique que vous avez rencontré Jean-Louis Brossard, directeur des rencontres Trans Musicales.

Victor : Oui, il nous a dit qu’il allait nous embarquer partout. Nous avons ouvert son festival au Parc Expo et nous avons fait sa tournée des Trans. Nous avions 6 mois pour être prêts alors que le groupe avait un an.

Quand vous avez fait les Trans, vous étiez dans quel état d’esprit ?

Victor : Nous ne nous rendions pas vraiment compte. Nous étions complètement innocents et complètement seuls. Pour 99% des groupes, les Trans Musicales, c’est une expérience que tu vis avec toute une équipe de promoteurs, de managers, qui sont là et qui t’accompagnent. (En souriant) Je pense que clairement, on n’était pas fini.

"Sign", live au Festival Art Rock.

Après ça, vous avez tourné pendant deux ans dans le monde entier.

Victor : Oui, nous pouvons dire qu’aujourd’hui, nous avons une vraie bouteille scénique. Nous sommes vraiment capables de gérer n’importe quelle scène. Quand tu as 17 ans et que tu joues devant 3000 personnes, tu apprends beaucoup.

Au début de votre carrière, à Rennes, on vous prenait pour des babys rockers, parce que c’était un  peu la mode avec le BB Brunes et ce genre de groupe.

Victor : Oui, comme Rennes est une ville très rock pur et dur, on nous l’a fait payer très durement. Le milieu nous comparait aux babyrockers, il trouvait que ce n’était pas intéressant, pas profond, dans les textes, la musique, l’attitude. Au début, nous étions très vexés. Très triste même. Je pense que se faire aimer de sa propre ville est le truc le plus dur. Au final, nous avons transformé ça en force.

Et c’est pour ça qu’on ne vous voit jamais sur les pochettes de disque et que vous apparaissez très peu dans vos clips ?

Victor : Nous voulons détacher nos personnes de la musique que l’on fait.

Vous faites jeunes parce que vous êtes jeunes.

Victor : Nous ne voulons pas que notre musique le soit, en tout cas.

Clip de "Cross The Line".

En 2009, vous remporter le prix des Inrocks CQFD.

Victor : Ça nous a bien encouragés. Mais, nous étions obsédés par le live. Nous sommes allés à Montréal, à Moscou, en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas, en Hollande… il nous ait arrivé de jouer devant 15 000 personnes. C’était génial, mais nous n’étions pas encore passés par la phase « que va-t-on faire en studio, qu’est-ce que l’on veut être » ?

Avant ce disque, il n’y avait eu qu’un EP.

Victor : Et avant ça, nous n’avions sorti qu’un single. On n’avait qu’un titre qui nous portait pour faire des dates. Quand la tournée s’est calmée, avec Simon, nous avons décidé de se poser. On vit dans un monde ou tout est très rapide, où tout doit se faire dans l’instant. Nos partenaires nous demandaient de sortir quelque chose dans les deux mois. Nous avons dit non et nous avons mis un an à faire l’EP.

Vous avez fait l’Olympia en première partie de Skip The Use et le Zénith en première partie de Pony Pony Run Run.

Simon : C’était bien. Une très belle expérience, après ce n’est pas la même chose que si les gens étaient venus pour nous voir nous.

Clip de "Hypnotise Me".

Cet album, c’est ce que vous êtes après 5 ans de vie de groupe ?

Simon : Nous sommes très bien entourés. Il y a Michael Declerck, un ingénieur son live et studio qui nous suit tout le temps.

Victor : Nous avons vécu ensemble, il s’est imprégné de notre musique… et il a fini par créer ce son-là. Il a parfaitement fait la passerelle entre ce que nous faisions en live et ce qu’il avait envie d’entendre en studio.

Simon : Nous nous sommes permis des choses en studio qu’on ne s’est jamais permis en live. Sur l’album, nous avons ajouté des couches de claviers avec des sons acoustiques et des sons analogiques parce que l’opportunité nous a été donnée de bénéficier de plein de claviers de toutes sortes. Sur scène, nous n’avons qu’un seul clavier, c’est celui de Victor, du coup, on épure, nous gardons les meilleurs riffs.

Victor : En live c’est très brut et plus rock en fait.

Si je vous dis que votre musique me rappelle par moment celle de Depeche Mode, c’est une insulte ?

Victor : Pas du tout, nous aimons beaucoup et on nous le dit souvent.

Clip de "My Mind Is Old".

Vous avez chacun vos influences musicales et pourtant, il y a une parfaite osmose dans l’album…

Victor : Nous, on aime le hip-hop,  le rock, la pop… Nous en sommes complètement imprégnés. Alors, nous jonglons avec nos influences et nous les transformons en force. En France, ce qui manque, ce sont des prises de risques. Les Anglais et les Américains n’hésitent pas à se jeter à l’eau. Je pense beaucoup au dernier album de Kanye West. Il est tellement parti loin dans ce qu’il voulait que son album a été très mal accueilli, mais une semaine après, le monde a crié au génie. C’est ce que je déplore ici, on se met trop dans des carcans et pas assez en danger.

Votre disque est aussi complexe et pointu qu’il est facile d’accès. C’est un paradoxe rare.

Victor : Une de nos préoccupations principales est pourtant de rester dans un format pop dans le sens couplet refrain, couplet refrain… Nous ne serons jamais un groupe de fusion, un groupe expérimental. Nous allons toujours vers le plus évident.

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Vous deux, vous êtes les têtes pensantes du groupe.

Simon: Moi, j’écris la plupart des paroles et nous composons tous les deux. Ensuite, nous proposons au reste du groupe quand on estime qu’une chanson est aboutie. Après il y a l’étape primordiale. C’est de la jouer en répétition pour voir ce que cela donne avec tous les instruments.

Vous arrive-t-il de vous engueuler lors des phases de créations.

Victor : Comme nous sommes chacun très indépendants, que nous sommes capables de faire une chanson de A à Z, ça a toujours été assez conflictuel entre nous. Nous avons fait récemment une session de voix plutôt houleuse. Mais c’est du très bon conflit. C’est sain.

Simon : Le jour où nous ne nous engueulerons plus, c’est qu’on n’aura plus envie de prendre le temps de bien faire. C’est une question d’émulation. En plus, l’un veut impressionner l’autre, ça nous fait avancer.

Clip de "Pure".

Je sais que vous continuez à apprendre à travailler votre voix.

Victor : Mon expérience vocale a été pendant très longtemps aléatoire et approximative. J’ai été passionné par la voix quand j’été à la fin de l’école primaire, début du collège. Je faisais partie d’une chorale. J’étais choriste soliste. J’ai arrêté du jour au lendemain, à l’adolescence. Je n’ai repris que depuis quelques mois le travail sur la voix au Studio des Variétés. J’ai réussi à prendre confiance en moi et avoir beaucoup plus de certitude sur ce que j’étais capable de bien faire. En fait, je voulais apprendre à connaître ma voix et à bien chanter. J’étais dans l’instinctif, l’émotion et la puissance, mais c’était quelque chose qui n’était pas du tout contrôlé. Maintenant j’apprends à contrôler et, du coup, à m’en servir d’autant plus. Maintenant, c’est moi qui contrôle ma voix et non l’inverse.

Simon : Moi aussi je prends des cours avec une personne. Dès que tu te mets à travailler avec des professionnels de la voix, tu te rends compte que c’est un instrument comme l’est une basse ou une guitare, sauf qu’il est à l’intérieur de ton corps, il faut avoir une technique et une rigueur énormes si tu veux avoir de l’endurance et faire passer les émotions que tu souhaites.

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Quelques prochaines dates de tournées...

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A noter que The Popopopops est dans la compilation Fier comme un coq réalisée par Les Inrockuptibles avec "Cross The Line".

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