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18 novembre 2012

Héloïse Rôth : interview pour ses concerts aux Décharcheurs

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(Photo : Benloy)

héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorJe vous propose aujourd’hui de découvrir une artiste découverte récemment, Héloïse Rôth au hasard de ma vie et mes recherches virtuelles. J’aime beaucoup l’ambiance musicale de ses chansons et son répertoire séduisant, exigeant, lumineux et tragique. Pour se faire connaitre la chanteuse sera en concert aux Déchargeurs, dans la salle La Bohème depuis jeudi dernier (15 novembre 2012) et ce, jusqu’au 28 février 2013. C’est à 20h, tous les jeudis (relâches exceptionnelles le 27 décembre et le 03 janvier). Son spectacle dure une heure et il est d’une qualité exceptionnelle. Le déchargeur le présente ainsi : « Auteur, compositeur, interprète, Héloïse Rôth a la force tragique et sensuelle d'une femme, l'innocence et la malice de l'enfant. Elle a cette façon de s'offrir sans calcul, de jouer sa vie à chaque chanson s’inscrivant dans la plus pure tradition de la chanson à texte : voix, guitare et contrebasse. »

J’ai demandé à Héloïse Rôth, le 22 octobre dernier, de venir à l’agence pour une mandorisation en règle. J’espère sincèrement que d’autres professionnels s’attarderont sur son cas. Il le mérite. Elle aussi.

héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorExtrait de la biographie officielle :

Héloïse Rôth est née au sein d’une famille nombreuse dans laquelle deux univers artistiques se côtoyaient : la comédie et la musique. Avant de s’embarquer dans le monde de la musique, elle joue dans quelques courts-métrages et une série pour la télévision. Mathieu Kassovitz lui offre ses premiers rôles au cinéma, en 1993 dans Métisse, puis en 1995 dans la Haine. 

C’est à Rome où elle passe son Baccalauréat qu’elle se prend à écrire et à chanter. Elle se découvre une voix particulière et en joue avec plaisir. À son retour, elle s’inscrit au Chantier (ex le Coach), structure pour les jeunes chanteurs auteurs et compositeurs qui lui permet d’arpenter ses premières scènes et rencontrer son public. Elle reprend des cours de piano et de violoncelle. Elle suit également des cours dans deux écoles de jazz : le CIM (Paris XVIIIe) et ARPEJ Paris Xème. Élève de Julia Pelaez, Carole Hemart et Élise Caron, elle perfectionne sa technique vocale. Depuis, la jeune femme au charme sauvage se lance dans la chanson… avec excellence.

Pour commence, voici le nouveau clip d'Héloïse Roth... "Prête-moi ta plume".

Prête-moi ta plume clip Héloïse Rôth from Mathieu Guetta on Vimeo.

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héloïse roth,déchargeurs,interview,mandorInterview :

Tu es issue d’une famille d’artistes.

Ma maman est musicienne, guitariste classique et mon papa est comédien, scénariste, auteur de polars.

Oui, il est même connu puisqu’il s’agit de Christian Rauth.

Il est populaire depuis que la télévision est passée par là.

Et tu as aussi une grande sœur, Julie-Anne Roth qui est aussi comédienne, au théâtre et au cinéma.

Elle écrit également des pièces de théâtre et des scénarios. En ce moment elle est braquée sur l’écriture. J’ai aussi une petite sœur qui sort d’une école de BTS de design, je ne sais pas trop comment ça s’appelle, mais elle sait peindre, dessiner, travailler sur des décors, elle aussi scénographe, bref, elle fait pas mal de choses différentes. Je tiens à préciser que j’ai aussi un frère, mais qu’il ne s’est pas lancé dans un métier artistique. Il est gérant d’une boite d’informatique.

C’est en ayant des parents artistes que tu as décidé de l’être aussi ?

Quel que soit le métier de tes parents, si tu les vois heureux dans ce qu’ils font, ça te donne envie. Je dis ça, mais au départ, je n’avais pas du tout envie d’être chanteuse et musicienne. D’ailleurs, je n’ai pas du tout été au conservatoire. J’avais très envie de faire des études, réussir ma vie, être totalement indépendante. Et puis, les métiers artistiques sont des métiers où les rapports humains sont un peu faussés. On est tous un peu dans la séduction, on est hyper égocentré, mais parce qu’il le faut, sinon on n’avance pas. Comme c’est un métier où on donne de sa personne, physiquement et mentalement, j’ai vu mes parents dans des états un peu difficiles, donc je ne rêvais pas particulièrement de ça. Mais les projets sur lesquels mes parents travaillaient étaient hyper épanouissants et beaux. Je voyais qu’il y avait de la magie dans tout ça. Du coup, c’est magie là m’a finalement séduite. Tu vois, j’ai oscillé entre les deux. J’ai envie, je n’ai pas envie.

Tu as même été comédienne, un temps.

Soyons clair, en tant que « fille de », il m’est arrivé de jouer la fille de mon père à l’écran. Puis, ensuite, des rôles plus personnels. J’ai fait de vraies rencontres, mais mes expériences dans ce milieu m’ont raconté que je n’avais pas trop envie de faire ce métier-là finalement.

Mai 2009. Extrait du court métrage " la Boîte d'Oscar" de Mathieu Guetta.
Paroles et Musique: Héloïse Rôth.
Arrangements: Antoine Pozzo di Borgo, Héloïse Rôth au Chant, Olivier Cantrelle au Piano, Antoine Pozzo di Borgo à la guitare, Jérôme Auguste Charlery à la contrebasse et David Gerbi à la Batterie.

J’ai lu que tu as commencé à écrire de la musique alors que tu étais à Rome.

Oui, là-bas, lueur… J’étais loin de ma famille et de mes amis, du coup je me suis recentrée sur moi et mes envies. J’ai soudain fait des trucs qui me faisaient plaisir à moi et pas seulement aux autres. Je me suis rendu compte qu’écrire me faisait du bien, que ça prenait de l’importance dans ma vie et que je voulais partager le fruit de mon travail.

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(Photo: Benloy)

Après, donc, tu t’es inscrite dans une école de spectacle.

C’est une structure pour les jeunes chanteurs. Je me sentais hyper timide et je me demandais comment j’allais faire pour chanter mon histoire devant des inconnus. Chanter ses propres chansons, c’est se mettre à poil devant des gens qu’on ne connait pas.

C’est un des arts les plus impudiques, c’est vrai.

Et puis là, on est seul. Il n’y a pas un metteur en scène qui croit en toi, qui te regarde, qui est bienveillant et qui te dit ce qu’il faut faire. Là, on est livré à nous même. Mais il faut le faire, il faut monter sur scène, il y a un truc un peu vital dans cette démarche. Il faut se convaincre soi-même que l’on est capable. On est obligé de se prendre en main de A à Z.

Tu as travaillé ta voix ?

Je reprends des cours aujourd’hui, mais de façon très ponctuelle, quand je sens que j’ai une difficulté. Mais je t’avoue que j’ai un petit problème avec l’autorité et l’exigence que l’autre t’impose dans le travail quand il ne se l’applique pas à lui même. Il faudrait que je tombe sur la personne idéale, qui n’est pas frustrée dans son métier, qui donne des cours de chants et qui est heureux de le faire.

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(Photo : Benloy)

Tu as chanté dans beaucoup de bars depuis 2003. L’école la plus formatrice à mon sens.

C’est génial cette expérience. Ce qui n’est pas simple, c’est le brouhaha général, mais ce qui est sympathique, c’est le contact direct et immédiat avec les gens.

En 2003, justement, pendant la semaine de la francophonie, tu es invitée par l’ambassade de France pour une tournée de 5 dates au Chili.

Oui, j’ai fait une grosse tournée avec les chansons des autres. Brassens, Brel, Ferré, Bourvil. Encore aujourd’hui, j’adore chanter ces grands-là. J’aime transmettre aux gens ce qu’il y a eu avant en matière de grandes chansons. Ce qui se passe aujourd’hui vient de ces gens-là. On ne fait que reproduire, voire imiter inconsciemment parfois. On n’a rien inventé.

Interpréter ces grands maîtres de la chanson, c’est sacrément casse-gueule, quand même !

Oui, justement. On ne peut pas y aller à moitié. On doit tout donner et c’est ça que j’apprécie dans la chanson. Le risque et le don de soi.

"Souvenirs d'école" Interprété par Héloïse Rôth. Julien Le Nagard à la guitare et Hervé Verdier à la contrebasse. Réalisation Philippe Wagner. Extrait du concert du 2 décembre 2011 au "Théâtre de la Vieille grille". Paroles Héloïse Rôth. Musique : Héloïse Rôth et Julien Le Nagard.

En écoutant ton disque, j’ai perçu dans tes chansons, une jeune femme à la fois forte, fragile, souvent ironique.Est-ce que tu chantes ce que tu es réellement ?

On  ne peut pas chanter un truc qui nous déplait. Si on veut être un minimum crédible, on chante des chansons qui nous correspondent, qui nous parlent, qui nous plaisent. Heureusement, l’écriture permet une super jolie distance. On fait semblant de raconter soi, mais on enjolive ou dramatise les choses. On s’inspire d’évènements, on imagine et après on gratouille là dedans. On pique l’histoire de plein de gens et ça donne l’histoire d’une personne.

Parfois, il y a aussi de la provocation…

Je suis un peu comme ça dans la vie. C’est de l’ironie tendre que je tente de laisser filtrer dans mes chansons. Ce n’est jamais agressif. L’ambiance générale n’est pas triste, juste un peu sombre. Sombre, ça veut dire qu’il y a quand même un peu de lumière quelque part.

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Tu es en concert aux Déchargeurs, tous les jeudis pendant 3 mois… il faudrait que mes confrères viennent aussi te voir.

C’est dur. Ils sont très occupés ou très difficiles à joindre. Ce n’est pas facile quand on est inconnue. Il me manque de la visibilité pour me faire repérer, pour attirer l’attention des professionnels susceptibles de voir mon travail. C’est un peu le challenge de cette résidence. Accueillir des gens qui peuvent raconter sur ce qu’ils voient sur scène.

A la décharge de mes confrères, nous sommes très sollicités par beaucoup d’artistes et c’est compliqué d’aller voir tout le monde. Il faut faire des choix. Mais, bon, Delerm a commencé comme toi, dans la même salle… et puis, le bouche à oreille a fonctionné.

Oui, je sais bien.  Il a commencé tout seul avec son piano dans la petite salle, comme moi. Et puis, il est passé à la salle de 200 places. Après il a signé et on connait la suite. Bon, moi, je suis déjà contente de commencer ainsi, dans une salle magnifique avec une excellente acoustique et une belle histoire.

Adaptation et Interprétation Héloïse Rôth de "I've seen that face before " ( Piazzolla /Grace Jones.) Julien Le Nagard à la guitare et Hervé Verdier à la contrebasse.

Tu es confiante en ton avenir musical ?

Oui, j’ai toujours été confiante. Il y a juste des moments de solitude à traverser. Mon problème, c’est que je crois toujours que les gens sont bienveillants, alors parfois, je tombe de haut. Mais, bon, pour le moment, j’arrive à vivre de mon métier. Je suis intermittente du spectacle et ça m’a donné un souffle. Cette petite aisance financière permet de ne pas faire n’importe quoi pour juste gagner sa vie. On peut prendre un peu plus de temps pour monter des projets le mieux possible, écrire, répéter, travailler, aller dans des directions artistiques adéquates à tes envies. J’ai passé 10 ans à ne pas pouvoir vivre de mon métier, donc tu es contente quand ça arrive.

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17 novembre 2012

Govrache : interview pour son concert au Sentier des Halles

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Govrache fut la cause de vives discussions entre membres du jury du Pic d’or 2012. Il y avait les « pour » récompenser l’audace d’un artiste qui a slamé plutôt que chanté en finale et les « contre » qui trouvaient un peu fort le café un tel comportement. Je ne vous dirai pas dans quel camps j’étais, mais ce qui est sûr, c’est que nous étions nombreux à avoir été bluffés par son texte. Au final, il a remporté le Prix du texte et le Prix du public. Govrache est un malin qui sait parfaitement mettre son auditoire dans la poche. Il faut être doué pour cela.

Quelques mois plus tard, le 19 octobre dernier, et à l’approche du concert qu’il donner jeudi prochain (le 22 novembre) en co-plateau avec Garance (mandorisée là) et Manon, j’ai demandé à Govrache de venir à l’agence, parler de tout ça.

Je tiens à le féliciter sur sa franchise absolue. Ce que vous allez lire, moi, je ne l’avais jamais entendu de la part d’un artiste.

598426_112601222213766_1320434151_n.jpgLa bio officielle :

C’est en 2008, après avoir promené sa guitare manouche sur une centaine de concerts, que David Hebert est devenu Govrache. Accompagné d'Adrien à la contrebasse et d'Antoine au violon, il fait swinguer ses textes et nos sourires : La gavroche sur la tête, la gratte en bandoulière, il se joue des interdits comme il joue de sa guitare, provoque un peu, se moque beaucoup et témoigne en souriant d’un quotidien qui l’amuse…ou l’afflige. Govrache a la trentaine et ça se sent : son écriture est celle de la jeunesse, mais cette jeunesse qui commence à prendre conscience qu’elle est éphémère.

Les textes sont caustiques et corrosifs d’un coté, tendres et nostalgiques de l’autre. On sourit, on rit, on est ému et puis on rit à nouveau. Ses chansons se suivent et nous ressemblent, parce que son inspiration vient du réel, notre réel.

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Interview :

Ce qui m’a fasciné quand je t’ai vu sur scène la première fois, c’est qu’en deux temps, trois mouvements, tu as réussi à capter l’attention du public présent dans la salle.

C’est une question d’habitude. J’ai pas mal de concerts dans les bars où il faut savoir un peu s’imposer avec ses mots et sa musique. Je chante depuis 10 ans en guitare-voix.

Pas seulement en guitare-voix. Tu as plusieurs formules, si je puis dire.

Je joue seul, en groupe, en duo, en trio. Mes prestations varient selon le budget qu’on me propose.

"Le Bleu de travail", capté sur le Bateau El Alamein à PARIS XIII le 22 septembre 2011.

Tu fais de la chanson à texte.

Oui, c’est comme ça que je qualifie mon travail, mais je suis en train de changer un peu. Je me dirige vers le slam. Je trouve que j’ai des problèmes vocaux sur scène. Je ne suis pas à l’aise avec ma voix de chanteur. Tout le monde me dit que j’ai tort de penser cela, mais c’est comme ça que je ressens les choses. Et puis, même… le slam, c’est une autre écriture, une autre manière de faire qui me correspond plus en vieillissant.

Es-tu un littéraire, comme tes textes pourraient le suggérer?

Non, pas vraiment. J’ai beaucoup lu à une époque, fait une fac de philo et eu le bac A2, mais c’est tout. Par contre, j’ai une manière de vivre un peu littéraire. J’aime bien me poser en terrasse, buller, regarder les gens, prendre des notes et surtout écrire, écrire. Mon truc, en fait, c’est d’écrire, pas de chanter, ni de jouer de la guitare. Je n’aime pas jouer de la guitare. Je ne suis pas un musicien, je suis plus un mec qui aime écrire.

Je retranscris tes propos, là, comme ça, dans l’interview ?

Oui, c’est la réalité. Le fait de jouer de la musique, c’est juste le moyen pour qu’un public entende les textes que j’écris. Je me suis dit que le meilleur moyen de faire passer des messages, c’était de les chanter dans des bars. J’aime bien ce truc de capter l’attention d’un mec qui est là, pas du tout pour toi, au milieu d’un bordel insensé. Si tu arrives à capter l’attention d’un mec ou d’une nana dans ce genre de contexte, tu as gagné ton pari. Du coup, quand tu as un public qui est venu dans une salle normale écouter de la musique, c’est vraiment facile pour moi.

"Merde, j'suis prof" au Pic d'Or 2012. ©Via production vidéo - viaprod@sfr.fr - www.via-production-video.com -

On ne va pas innocemment sur une scène si on n’est pas motivé pour jouer, non ?

J’approche des 40 balais. J’ai toujours fait ça. Je pense que si j’avais réussi mes études pour être prof, je ne ferais pas de scène. La scène c’est mon boulot. C’est la meilleure manière pour moi de gagner ma vie aujourd’hui.  Si je ne fais pas de scène, je suis barman au bar du coin et ça m’emmerde. La scène, ce n’est pas une passion. Si je gagne demain au loto, j’arrête la musique. Je continue d’écrire, mais j’arrête de faire de la musique. Quand je dis ça à mes potes musiciens, ils ne comprennent pas des masses mes propos. Eux, c’est vraiment une passion la musique.

C’est la première fois de ma vie d’intervieweur dans ce milieu que j’entends un tel discours. Je le comprends parfaitement, mais peu d’artistes vivent la chose comme toi. Sinon, tu as fait des progrès en tant qu’artiste de scène, depuis tes débuts où tu as tout de suite été à l’aise ?

La scène, ça s’apprend. Mes premiers concerts, ce n’était pas du tout ça. J’étais caché derrière ma gratte, derrière le micro. Je n’étais pas du tout à l’aise comme je le suis aujourd’hui. En dehors des problèmes de voix, aujourd’hui, il pourrait se passer n’importe quoi, je pourrais gérer sans problème. Sur scène, je suis chez moi.

C’est l’endroit où tu te sens le mieux ?

Non, l’endroit où je me sens le mieux, c’est au lit avec ma copine. (Rires). Sans plaisanter, non, ce n’est pas l’endroit où je me sens le mieux. Je préfère 1000 fois aller boire un coup avec un copain pour discuter et savoir comment il va, plutôt que d’être sur scène en face d’inconnus. Mais, c’est super agréable quand même.

Au-delà des textes de tes chansons, dans tes concerts, il y a toujours beaucoup d’humour.

Je me dis que les gens qui viennent, c’est aussi pour se marrer, passer un bon moment. J’aime bien instaurer une relation familière avec le public. Je trouve ça primordial. À la fin de mes concerts, d’ailleurs, je reste systématiquement avec le public dans la salle pour discuter avec lui.

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Pourquoi fais-tu des tremplins régulièrement. Comme le Pic d’Or à Tarbes en mai 2012 où je t’ai vu pour la première fois et même remis "le prix du texte" (voir photo ci-dessus).

Parce que ça me permet de rencontrer plein d’autres artistes. Je suis devenu pote avec Pierre Donoré par exemple. Pierrot Panse, c’est un type que je vais revoir, c’est certain. On fait connaissance avec plein de gens et c’est un des aspects positifs de ce métier. Je ne vais pas m’en priver.

Parle-moi de « Panne d’essentiel ». Je trouve que c’est une chanson importante de ton répertoire.

C’est marrant que tu me dises ça, parce que c’est vraiment la chanson que les gens reçoivent le mieux quand je l’interprète. C’est une chanson qui dit qu’il ne faut pas se tromper de vie. Non, pardon, une chanson qui dit qu’il ne faut pas se tromper de priorité plutôt. Il y a des choses plus importantes que de gagner de l’argent. C’est une chanson que je vais continuer à écrire et qui va évoluer avec le temps. Je n’ai pas la télé, mais il m’arrive de regarder le zapping sur internet. Tout tourne autour du bizness. On sauve les banques, mais on ne sauve pas les banquises.

"En panne d'essentiel", extrait du concert du 10 décembre 2011 à Ivry-Sur-Seine

Il y a aussi des chansons légères comme « N’en déplaise » et « Élise »…

Légères pour certains et puis extrêmement graves pour d’autres. Élise, il y en a qui quitte la salle quand ils entendent le texte de cette chanson.

Des cathos intégristes ?

Je ne sais pas, mais je les ai heurtés visiblement.

Ça doit te plaire. Tu as un côté provocateur je trouve.

Enfin, le but, ce n’est pas de faire fuir les gens non plus.

Tu n’es pas encore un artiste « populaire ». Es-tu heureux de la vie d’artiste que tu mènes ?

Oui. Je fais ce que j’aime et ça, c’est le plus important. Si ce n’était pas le cas, je changerais de vie dans la seconde.

Mais pour gagner ta vie, c’est suffisant ?

Je vis petitement. Et je ne consomme pas. Quand tu ne consommes pas, tu n’as pas besoin de beaucoup d’argent.

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La vie pour faire ce que l'on veut... même s'endormir quand Mandor parle.

Ton optique de vie, c’est faire ce que tu veux.

Oui, mais je passe peut-être à côté de plein de trucs. Tu vois, je n’ai pas d’enfant. J’ai un camion tout pourri, 3 T’Shirts et un jean. J’ai d’autres contraintes que quelqu’un qui va travailler tous les jours n’a pas, mais ses contraintes à lui, je ne les ai pas. Mon truc premier, c’est prendre un tout petit peu de plaisir lors de mon passage sur Terre. Depuis que je suis gosse, je suis comme ça et personne ne me changera.

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est que tu ne fais pas la morale aux autres. Il n’y a pas de « voilà la vie, il faut faire comme ci, il faut faire comme ça… » 

Je déteste qu’on me fasse la morale, alors je ne vais certainement pas la faire aux autres. Je passe beaucoup de temps sur mes textes parce que je n’ai pas envie qu’on me prenne pour le donneur de leçons. Malgré tout, j’ai quand même envie de dire ce que je pense, après on le prend comme on veut, mais le but n’est pas de faire la morale. Tu sais, des chansons avec des personnages, ça reste des chansons égocentrées quand même. Les chansons sont tournées vers celui qui les chante. C’est moi qui pense telle ou telle chose, mais ce n’est qu’un regard parmi des milliers.

As-tu l’impression qu’un chanteur doit chanter des chansons qui soient utiles, qui fassent bouger les consciences ?

Des chansons qui fassent réfléchir pourquoi pas ? Bon, mais après, je suis parfaitement conscient que ça ne change pas la donne. Là, tu vois, je viens d’écrire un slam sur les SDF. Je tape un peu sur la société parce que si les SDF sont dans la rue, c’est parce que la société les y laisse. En tout cas, c’est mon point de vue. Si des gens sont touchés par ma chanson, je sais que rien ne changera par-derrière pour autant. Moi non plus je ne fais rien pour changer les choses concrètement. Là, je fais aussi une chanson sur l’écologie et la banquise, parait-il, ne s’arrête pas de fondre. Si on parle en termes d’utilité, j’affirme que ça ne sert à rien une chanson, si ce n’est prendre du plaisir sur un instant T.

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Tu vas être en concert le jeudi 22 novembre au Sentier des Halles. Mais pas tout seul. Tu partages le plateau avec deux autres artistes que j’aime beaucoup, Garance et Manon.

C’est un concert important pour nous. Le but, c’est aussi de faire venir quelques professionnels dans la salle. Ça fait longtemps que je voulais chanter avec Garance. On se connait depuis longtemps et j’adore ce qu’elle fait. Manon, aussi, je trouve vraiment bien son travail. Elle, je l’ai connu au Pic d’Or, mais on s’est tout de suite très bien entendu, au sens propre comme au figuré. Le concert sera bien, tu verras.

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15 novembre 2012

Benjamin Biolay : interview pour la sortie de Vengeance

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(Crédit: Claude Gassian)

Après le succès de La Superbe en 2009, deux Victoires de la Musique, et une tournée mondiale à guichets fermés, Benjamin Biolay livre un nouvel album aux influences new wave ou hip- hop amplifiées et totalement assumées.

Pour le magazine gratuit de la FNAC, ActuFnac, qui a élu Vengeance, album du mois, j’ai rencontré Benjamin Biolay sur la terrasse d’un hôtel de la capitale, le 25 octobre dernier. Il en était au tout début de sa promo marathon. Depuis, il l’a arrêté complètement (et subitement). Il s’est rendu compte qu’on le voyait trop… et que ses propos pouvaient devenir source à polémiques. Dans l'interview qu'il m'a livré, il n'a pas non plus la langue dans sa poche... et c'est appréciable.

(Pour l'anecdote, Benjamin Biolay fut l’un de mes tout premiers mandorisés. C'était en juillet 2006, l’occasion en cliquant ici, de se rendre compte que ce blog a quand même un peu évolué).

Vengeance sur iTunes

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Suite de l'interview non publiée...

Je sais que vous écoutez beaucoup de hip-hop.

Oxmo Puccino, Akhenaton, Oreslan, Joey Star, Booba… j’écoute tout le temps du hip-hop en fait. Quand j’écoute cette musique, ça ne me pollue pas du tout, je n’ai pas l’impression de travailler. Je danse, je reprends des punchlines… bon, ça m’influence un tout petit peu, mais j’en suis très satisfait. Par contre, je ne pourrais pas écouter toute la production francophone de mon style. Parfois j’adore. J’ai écouté le dernier disque de Dominique A en boucle, mais j’avais fini le mien.

Vous travaillez avec beaucoup de monde. Vous n’arrêtez jamais, en fait.

Quand je fais un album pour Isabelle Boulay ou pour Vanessa Paradis, je me lance à fond, comme si c’était pour mes propres albums. C’est à chaque fois 5 mois de ma vie.

Pourquoi tant d’investissement ?

Parce que j’aime la musique et je n’aime pas spécialement en faire tout seul dans mon coin. Je donne autant que je reçois. Et puis, je deviens de plus en plus compétent dans le domaine de la réalisation et je travaille souvent avec des gens qui me font une confiance absolue alors la réciprocité est là.

On a le sentiment que vous souhaitez élever la chanson française vers le haut. Inconsciemment ou non, plaire à beaucoup en leur offrant la qualité maximale.

Oui, enfin, vous savez, il y a beaucoup d’artistes français pour lesquels j’ai énormément de respect. Mais j’avoue que quand je commence un disque, je n’écoute absolument personne d’autre. Certainement pas du pays.

Le clip du premier single, "Aime mon amour".

Je trouve que ce n’est pas saugrenu cette comparaison que vous avez faite avec les sportifs en début d’interviews.

Il y a plein de points communs entre un musicien et un sportif. Par exemple en studio, au début, c’est comme une reprise. On n’est pas trop réactif, on se retrouve un petit peu perdu, on n’a pas la maîtrise qu’on finit par avoir au bout de 15 jours de studio. On est super chaud et c’est là qu’on compose des chansons qui arrivent au dernier moment. Il faut maintenir le cap. Il y a vraiment cette rigueur qu’ont les sportifs rigoureux. Là, je sais que je vais commencer les répétitions et je sais qu’après la première répét, je vais rentrer chez moi déprimé. C’est possible que je sois complètement à la ramasse, que j’aie du mal à m’entendre. Pour le live, il faut vraiment s’entraîner comme un sportif.

Revenons aux doubles lectures dans vos chansons. Dans cet album, Vengeance, c’est plus flagrant qu’à l’accoutumée, je trouve.

Tout a toujours été codé et ce le sera tout le temps.

Dans « Confettis » par exemple.

Au début, quand je dis « ça ma va droit au cœur d’avoir votre estime »… je parle au public, puis, ça n’a plus rien à voir avec ça.

On comprend après que c’est un règlement de compte.

Oui, mais gentil. Dans le sucre glace. C’est la magie de l’anaphore. Quand on répète une phrase en boucle comme ça, après, à chaque phrase, on peut prendre un virage différent.

Dans « Sous le lac gelé », vous évoquez des convois de déportés qui passent en Ile-de-France.

Là on est en plein encodage (sourire). Ce titre aurait pu s’appeler Les fantômes dans le placard, sauf que je les imaginais pas loin de la surface. Sur le lac gelé. C’est une chanson sur toutes les choses qui me révulsent et qui me font mal. Chaque fois que j’emmène ma fille à l’école, je passe devant une plaque où il y a écrit : « À la mémoire des 9 enfants juifs déportés… ». Quand j’entends certains cadres de la droite dite nationale refuser que la France fasse des excuses en bonne et due forme, je suis dégouté. Ce n’est pas le régime de Vichy qui a accepté ça, c’était l’état français. Pareil pour les évènements de Charonne, pour plein d’événements qui se sont déroulés pendant la guerre d’Algérie. Tous les républicains reconnaissent que la terreur, c’est la tache de merde absolue sur la Révolution Française. C’est le sommet de la boucherie, de la bêtise humaine. A partir du moment où on reconnait ça, l’acte de repentance est obligatoire. Il y a certaines nations qui le font et avec succès.

Pourquoi ne pas évoquer tout ceci de manière plus frontale ?

Non, je n’ai pas la légitimité politique pour faire la morale plus que ça. On peut être, ce qui est mon cas, un homme engagé et un chanteur et ne pas mélanger les deux. Moi, je dis de manière éthérée et politique. J’ai toujours milité et j’ai toujours fait des chansons. J’ai commencé au même âge ces deux activités, mais j’ai toujours fait le distinguo. J’ai déjà écrit des brulots, mais je ne les ai jamais enregistrés. Ça aurait mal vieilli. C’est pour ça que je ne fais jamais de name dropping dans mes chansons, c’est le moyen idéal pour les dater.


Benjamin Biolay (Marlène déconne) par Immendorff

Comment vivez-vous le fait de parler de son disque à des journalistes ?

C’est périlleux. Un disque se suffit à lui-même. Les gens qui achètent des disques, on ne va pas leur expliquer ce que signifie telle ou telle chanson. Avec vous, c’est intéressant parce que vous vous êtes rendu compte que je codais comme un cochon. (Rires). Ça ouvre un champ de discussion.

Est-ce que vous êtes étonnés de tout ce qui vous arrive ?

Je vous parle très franchement. J’ai un bol de malade. J’ai toujours eu l’instinct de me dire « ne rate pas cette chance, même si ça va être compliqué ». Il ne faut jamais tourner le dos à la chance. Il faut vraiment savoir la saisir. J’en ai eu tellement, que même moi, ça m’impressionne. Je viens de Villefranche-sur-Saône, d’une famille très cultivée, mais de smicard qui ne connaissait personne dans un quelconque milieu artistique. Ça a été un combat et en même temps beaucoup de joie.

Au début de votre carrière, il y avait les pour et les contre.

Il y avait plus souvent les contre.

Et aujourd’hui, on entend plus que des pour.

Je préfère ça que le contraire.

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Le 25 octobre 2012, à l'issue de l'entretien.

14 novembre 2012

Jorane : interview pour L'instant aimé

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"Peu d’artistes au Québec ont un parcours et un son aussi singuliers que l’auteure-compositrice-interprète de renommée internationale qu’est devenue Jorane. Forte de dix albums, de centaines de spectacles à travers son pays, de plusieurs tournées mondiales et de collaborations artistiques aussi riches que variées, elle séduit public et critique, laissant une trace indélébile dans le paysage culturel".

jorane,l'instant aimé,interview,mandorPrésentation de l’album :

Jorane, découverte grâce aux albums Vent fou et 16mm, fée prodige du violoncelle et des voix aériennes nous revient femme et en pleine possession de sa fougue créatrice. Sur son nouvel album, après 15 ans d'expériences musicales intenses et très variées, Jorane revient à ses premières amours : des compositions instrumentales audacieuses, de longs échanges violoncelle/voix intenses, des chansons à texte poétiques et quelques reprises bien choisies, déconstruites et reconstruites à sa manière.

Jorane est venue à l’agence (merci Flavie Rodriguez…une xième fois), le 18 octobre dernier, présenter son dernier né. Un bijou absolu!

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Interview :

Je ne connais rien de votre vie. Avez-vous été élevé dans la musique?

Elle était très présente en tout cas. On avait un piano à la maison, mais on ne faisait pas de grandes fêtes musicales comme dans certaines familles québécoises ou tout le monde joue de tout. On m’avait inscrit à des cours de piano étant toute jeune. J’ai utilisé le piano comme moyen d’expression, sans apprendre vraiment à en jouer. Ensuite, j’ai appris la guitare classique, puis le violoncelle. Ça a été le coup de foudre pour cet instrument. Je savais que je voulais faire de la musique dans ma vie, mais j’ai été chanceuse que le violoncelle arrive assez tôt dans mon cheminement musical, pour que je puisse en faire mon instrument principal.

Vous venez en France de manière épisodique, mais je crois toujours avec plaisir.

Au début, j’étais ici tout le temps. Les premières fois que je suis venu en France, c’était en 1998, 1999. Je me rappelle d’avoir fait des tournées ici de plusieurs mois d’affilées. Là, ça fait 6 ans que je ne suis pas passé par ici.

En France, tous vos albums ne sortent pas. J’en ai comptabilisé 4 qui sont arrivés jusqu’à nous.

C’est ça. Oui, Vent fou, 16 mm, The You and the Now et puis celui-là, L’instant aimé. Mais, moi, j’en suis à mon dixième disque au Québec.

Teaser de l'album L'instant aimé.

jorane,l'instant aimé,interview,mandorL’instant aimé est le disque d’une artiste exigeante. C’est la première fois que j’entends un album commencer par un texte de René Char.

Je n’ai pas mis souvent des poèmes en musique. Le poème n’a pas besoin de musique pour pouvoir vivre, c’est même un peu délicat de se lancer dans cet exercice. L’an dernier, alors que j’étais en concert, on m’a apporté des cadeaux parce que c’était mon anniversaire. Parmi lesquels un recueil de poèmes de René Char. Je l’ai découvert et quand je suis tombé sur ce poème là, "Allégeance", ça a été un vrai coup de foudre, un véritable choc. Ce poème, je l’ai d’abord mis en musique spécialement pour un concert avec l'ensemble à cordes Imusici de Montréal (Moment de grâce et bougie d'allumage du projet), puis, réinterprété et réarrangé pour l'album.

C’est une sacrée responsabilité tout de même.

Il faut vraiment laisser parler l’instinct, il faut y aller avec nos émotions et il ne faut surtout pas installer des barrières au début, sinon, tout perd de son sens et c’est là qu’il ne se passe rien, que la page reste blanche. Dans l’art, c’est d’abord l’instinct, après on voit si ça vaut la peine d’être partagé.

Faut-il faire en sorte d’aller à contre-courant des autres?

Oui. Ça dépend de l’artiste et de ce qu’il a envie de partager. Moi, par exemple, avec cet album-là, je me suis dit : « OK, je fais une instrumentalisation qui vient me chercher, mais comme je ne suis pas un « band » avec les mêmes musiciens tout le temps, j’ai le plaisir de pouvoir colorer les chansons selon mon bon vouloir ». Il faut oser. Il faut travailler. Bon, je pense que c’est ce que font tous les artistes.

Pas toujours de manières si prononcées. Dans votre deuxième morceau, vous chantez, mais sans paroles. Ce sont des vocalises…

On m’a connu avec l’album 16 mm et tout l’album était élaboré avec ce principe. Il était en entier sans paroles, mais avec la voix partout. Du coup, les gens ont prétendu que c’était un langage à moi, du « joranien ». J’ai gardé ce terme-là parce que ça me fait rire. Je compare ça grossièrement à un crayon. Si on ne prend un crayon que pour écrire des mots, on passe à côté du dessin. Moi, j’utilise ma voix pour en faire de la musique.

C’est amusant, parce que je pourrais tout à fait comprendre ce genre de procédé par quelqu’un qui ne fait pas trop attention aux textes, alors que vous, vous y attachez une forte importance.

Pour que je décide d’inclure des paroles dans une chanson, il faut que ça en vaille la peine. La musique, au départ, c’est mon premier véhicule. Souvent la mélodie m’indique si j’ai besoin d’un texte ou non. Je suis mélodiste et j’aime les rythmes. J’estime que les mots ne sont pas toujours essentiels.

Jorane & I Musici - Festival International de Jazz de Montréal 2012
Réalisation et post-production : Andrew David
Caméra : Stefan Nitoslawski, Helmi Nabli et Andrew David
Enregistrement sonore : Geoffrey Applebaum

Quand vous décidez de reprendre les chansons des autres, comme c’est le cas avec celle d’Indochine et celle de Diane Dufresne, c’est toujours d’une manière, disons… surprenante.

C’est une variation sur le thème de.  C’est offrir une autre vision de cette chanson. Ce sont les mêmes accords, les mêmes enchaînements, les mêmes mots, mais l’intérêt de reprendre une chanson, c’est de lui donner une autre couleur.

D’ailleurs, votre précédent album sorti au Québec, Une sorcière comme les autres, était un album de reprise de chansons francophones.

C’est la première fois que j’enregistrais un album d’interprétation. Il y avait notamment deux chansons d’Anne Sylvestre. Je comparais cela à un kaléidoscope. C’est faire passer sa lumière à travers la couleur des autres.

Il faut vraiment faire un effort pour rentrer dans votre univers, mais quand on y est, on n’a plus envie de le quitter.

C’était encore plus difficile dans mes précédents albums. Celui-ci est beaucoup plus accessible, plus ouvert, moins hermétique. Certains de mes anciens albums étaient des albums « cocons ». Pour 16 mm, certains trouvaient cet album super sauvage, mais pour moi, c’était on ne peut plus réconfortant parce que je parlais d’un univers sans limites, qui me correspondais complètement. J’entendais que c’était des albums « dark », plus mélancoliques. Dans mon nouvel album, L’instant aimé, c’est vraiment l’inverse. Après le cocon et la chrysalide, voilà aujourd’hui le papillon. C’est un album confortable et réconfortant. Ça doit aussi venir du fait que je suis maman désormais.

Quand vos albums sont noirs, c’est parce que vous êtes « dark » intérieurement.

Mes disques ont toujours un lien avec mon état d’esprit. Mais, ça vient plutôt de mon côté chercheuse, décortiqueuse, exigeante. Je suis dans un laboratoire musical. Je conçois la musique comme un jeu, parfois joyeux, parfois plus sombre, selon les moments...

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13 novembre 2012

Philippe Manoeuvre : interview pour 10 albums cultes des années 60, 70 et 80

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Une interview express de l'ami Manoeuvre à l'occasion de la sortie de sa collection des 10 albums cultes des années 60, 70 et 80 (une exclusivité FNAC). Le 18 octobre dernier, il a donc accepté de me recevoir dans son QG général. Un bar à côté de chez lui... voici le fruit de cet entretien pour ActuFnac (daté du mois de novembre 2012).

(Bon, parfois, il y a des bugs... l'avant dernière question est tirée d'une autre interview. Ce qu'elle fait là? Un grand mystère. Mais, bon, voilà, ça arrive...).

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11 novembre 2012

Daniel Lavoie : interview pour J'écoute la radio

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Daniel Lavoie a une double actualité : la sortie récente de son album J’écoute la radio et son concert à La Cigale, le 13 novembre prochain.

Star au Québec, certes, mais en France, il est loin d'être un inconnu. Midem d’or à Cannes en 1985 pour la chanson « Ils s’aiment », Victoire de la musique du meilleur Album Francophone pour « Tension Attention » puis « Vue sur mer », sans oublier les Victoires qui ont récompensées Notre-Dame de Paris notamment pour la chanson "Belle" à laquelle il prête sa voix en compagnie de Patrick Fiori et Garou. "Ils s’aiment" est aujourd’hui inscrite au patrimoine de la chanson française, représentative des grands « tubes » des années 80 et reprise à travers le monde.

Je l’avais déjà mandorisé en 2007. L’idée de le recevoir à nouveau m’a traversé l’esprit quand j’ai su qu’il fêtait son 40e anniversaire de carrière. (Merci à Christelle Florence de m’avoir organisé cette interview en deux temps, trois mouvements).

daniel lavoie,j'aime la radio,la cigale,interviewPrésentation officielle de l’album J’écoute la radio :

Pour son 22e album, Daniel Lavoie retrace 40 années de carrière et propose 11 relectures de ses plus grandes chansons, de "Ils s'aiment" à "Je voudrais voir New-York" en passant par "Tension Attention" et "Où la route mène", premier extrait de J'écoute la radio, d'ailleurs complété par une chanson inédite du même titre. Réalisé de façon épatante par Marc Pérusse, J'écoute la radio est un album qui réaffirme toute la stature de l'auteur, compositeur et interprète, de ses textes forts, portés par de nouveaux arrangements riches et habiles, et de sa voix, unique, toujours immense.

Jeudi dernier (le 8 novembre 2012), Daniel Lavoie, accompagné de Virginie d'ABACABA, est venu à l’agence, pour évoquer cet album, sa carrière et son concert à La Cigale.

daniel lavoie,j'aime la radio,la cigale,interviewInterview :

Vous sortez en album tous les deux ans depuis 22 ans. C’est dingue cette régularité !

C’est une habitude qui est devenue au fil des années une façon de vivre. Par contre, rassurez-vous, ça ne devient pas une routine parce qu’on risque notre gueule à chaque fois. Quand on fait un album, c’est toujours difficile, surtout quand on est là depuis longtemps. Comme disait Gilles Vigneault, « on devient un bibelot qu’on oublie d’épousseter ». On ramasse un peu la poussière et il faut se fouetter pour toujours retrouver sa brillance, se renouveler.

Il faut s’épousseter soi-même ?

Oui, c’est exactement ça. Moi, j’ai toujours beaucoup de bonheur à faire de la musique donc je continue à faire ce que j’aime. C’est mon moteur.

Il parait que c’est en faisant vos courses dans une grande surface que l’idée de ce disque à germé. Vous avez entendu une ancienne chanson à vous et vous vous êtes fait la réflexion qu’elle était affreuse. 

Ça s’est passé exactement comme ça. J’ai entendu une chanson qui s’appelle « Je voudrais voir New York » qui a été un gros tube au Québec et ici en France. En écoutant sa réalisation des années 80 avec des montagnes et des océans de réverbérations, d’échos, un gros solo de sax un peu ringard, je me suis dit, « non, ce n’est pas possible ! Cette chanson mérite mieux que cet arrangement.» Pour ce disque, j’ai choisi des chansons que j’aime qui gardaient une pertinence en 2012 et qui correspondent encore à ce que nous vivons. J’ai eu envie de leur donner un habillage beaucoup plus naturel afin qu’elles respirent mieux.

Vous n’avez choisi que des chansons importantes, celles qui ont été des tubes…

Oui, uniquement des number one au Québec. C’était des chansons que le public a choisies. Etonnement, ce sont des chansons qui pour moi ont encore un sens aujourd’hui.

Daniel Lavoie - Lancement J'écoute la radio from Spectra Musique on Vimeo.

Avec vos nouveaux arrangements, cet album unifie vos chansons. On a donc l’impression d’un disque inédit…

J’avais envie que ces chansons-là aient ce genre d’unité. En 40 ans de carrière, j’ai appris beaucoup de choses en technique d’enregistrement, en travail en studio, en choix. Ce n’est pas un disque qui se veut au goût du jour, qui essaie de faire dans le moderne, qui essaie de racoler. C’est un disque qui se veut très naturel, interprété avec de bons musiciens et de bons instruments, avec une prise de son très léchée et très travaillée.

Vous trouvez que vous chantez mieux aujourd’hui qu’à vos débuts?

Indéniablement. Je suis beaucoup plus conscient de ce que je fais quand je chante. Chanter, c’est un métier. Je m’en suis rendu compte avec les années. À mes débuts, je chantais sans y penser. Je ne réfléchissais pas à la technique, mais petit à petit j’ai appris comment me servir de ma voix pour en faire un instrument d’émotion.

Vers 45 ans, vous avez commencé une carrière dans la comédie musicale… vocalement, ça change tout, non ?

Vous ne croyez pas si bien dire. J’ai fait Notre Dame de Paris et Le Petit Prince. Deux expériences très exigeantes vocalement.

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Au point de remettre en question votre façon de chanter ?

Oui. On se rend compte qu’il y a une discipline que l’on doit s’imposer. Avant, je ne m’en imposais aucune. J’y allais et ça tenait toujours le coup, mais là, je n’avais plus le choix. Je n’avais pas le droit ni à l’erreur, ni à la défaillance. Il fallait vraiment que je me discipline et que je travaille. C’est ainsi que je suis arrivé au niveau demandé.

C’est un peu comme un sportif… il faut de l’entraînement constant.

Tout à fait. Il faut s’entraîner. Dernièrement, on a refait les concerts de Notre Dame de Paris en version symphonique.Ca m’a pris un mois de travail très intense pour, de nouveau, réattaquer ce répertoire.

Revenons à ce disque. Il va permettre aussi aux jeunes générations de vous découvrir…

Je ne sais pas si ça va les intéresser, mais en tout cas, ils ont avec cet album un condensé de 40 ans de travail en 12 chansons. C’est le meilleur de mon « œuvre ». Je sais qu’au Québec, il y a des jeunes qui redécouvrent mon travail. J’ai l’impression que l’on saute une génération. Les enfants de ceux de ma génération ne voulaient rien entendre de moi. Leurs parents m’avaient écouté et encore écouté et aujourd’hui, ce sont les petits-enfants qui sont, de nouveau, intéressés.

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Généralement, on aime bien entendre les tubes dans leurs versions originales, avec les arrangements de l’époque.

Je crois que les gens qui connaissent mes chansons trouvent autre chose dans cet album. Beaucoup me disent qu’ils entendent les textes différemment.

Est-ce que vous aussi, avec ces nouvelles orchestrations, vous redécouvrez vos chansons ?

Je retrouve surtout le plaisir de chanter ces chansons. Pendant de nombreuses années, j’en ai trafiqué pas mal, mais je cherchais une forme définitive qui demandait un vrai travail. Très difficile parfois. C’est ce qu’on a fait avec Marc Pérusse. On a pris le temps de décortiquer chaque chanson. D’en faire une, deux, trois versions différentes et de se demander laquelle est la plus crédible et la plus honnête. On a mis une année complète pour enregistrer cet album. « Jour de plaine » par exemple, j’en avais marre de la chanter. En la revisitant, je redécouvre une chanson que j’aime et je reprends grand plaisir à la chanter de nouveau.

Est-ce qu’on peut dire que l’ambiance est folk ?

Mon vocabulaire premier dans cet album, c’est vraiment celui des années 70. Je dirais que la musique s’apparente au folk rock. C'est-à-dire, des batteries, des guitares acoustiques, du piano, de très belles basses et de temps à autre des cuivres.

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Que va-t-on entendre sur la scène de la Cigale mardi soir (13 novembre 2012) ? Ce disque dans son entier ?

J’ai 4 musiciens et la scène nous permet de prendre des libertés par rapport au disque. On en prend donc, mais ce sont quand même les mêmes arrangements. Je vais chanter quasiment tout l’album J’écoute la radio et plus. Je vais même revisiter Notre Dame de Paris. Il faut que je le reconnaisse, il y a des gens qui ne me connaissent qu’à travers cette comédie musicale. Les gens sont très heureux quand je chante ces morceaux.

Et rendre heureux les gens, ça me paraît la moindre des choses pour un artiste.

Voilà pourquoi j’ai dit à Denis Bouchard, qui a fait la mise en scène de mon spectacle, que je voulais faire pour la première fois de ma vie un « feel good », c'est-à-dire un show qui fait plaisir aux gens. J’ai accepté de faire toutes les chansons que veulent entendre les gens. Ça n’a pas toujours été le cas. Je veux qu’ils ressortent avec le sourire aux lèvres.

Globalement, êtes-vous satisfait de la façon dont votre carrière s’est déroulée ?

Je suis en paix avec ce que j’ai fait, les choix, mes décisions. J’en ai pris des mauvaises parfois et elles m’ont coûté très cher. J’ai mangé de bons gros coups sur la gueule, mais j’ai appris plus des coups durs que des succès. J’en ai eu aussi pas mal d’ailleurs. J’ai eu de gros tubes avec des chansons à moi, avec des chansons des autres, j’ai fait de la télé, du cinéma. Je ne suis jamais devenu une icône, mais je m’en fous complètement parce que je ne pense pas que je laisserai grand-chose… et ce n’est pas grave.

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Je sais que vous aimez beaucoup la France.

Oui, pourtant, j’ai conscience d’avoir parfois un peu trop négligé le public français. Je le regrette. J’aurais dû être plus présent. C’est incompréhensible parce que j’adore la France. J’ai passé beaucoup de temps ici et j’y ai beaucoup d’amis. Je connais Paris par cœur. Je suis un grand marcheur. J’y ai marché de fond en comble, de mur en mur. J’aime profondément cette ville.

Je sais qu’au Québec, vous alignez les tubes depuis 40 ans, mais en France, on vous parle toujours de la même chanson : « Ils s’aiment ».

C’est certain que j’aurais bien aimé que d’autres chansons aient des échos similaires pour le public français, mais bon. Il aurait probablement fallu que je vive en France et que je m’y attarde. Il aurait fallu qu’à chaque album je fasse de la promotion comme au Québec. Je peux aussi me dire que je n’ai jamais fait de musique facile d’approche et je n’ai pas toujours fait des chansons commerciales. J’accepte avec sérénité ce phénomène.

daniel lavoie,j'aime la radio,la cigale,interviewParlons à présent d’une activité que je ne connaissais pas de votre part, la littérature. Avec Finutilité, de l'infini au futile et à l'éphémère, vous signez votre première œuvre littéraire.

C’est un recueil de poésies, de pensées. En fait, j’appelle ça des essais poétiques. Ce sont des petits textes philosophiques très courts. C’est ma vision de la vie, mon testament existentiel. C’est un petit peu grâce à la France que ce livre existe. Lors de ma dernière tournée, vous vous en souvenez parce que vous étiez au concert de l’Européen, je lisais entre les chansons. Et les gens, à la fin du spectacle, me demandaient de qui étaient ses textes et où on pouvait se les procurer. J’étais bien obligé de répondre que c’était les miens et qu’ils n’étaient pas édités. À force de me le faire répéter, je me suis dit que c’était une bonne idée de les publier. J’ai proposé à une éditrice manitobaine, c'est-à-dire dans les plaines de mon patelin, si ça l’intéressait. Elle m’a dit oui. Ce livre a plutôt bien marché. Dans ce genre-là, c’est un best-seller au Québec.

Et écrire un roman ?

Non. Je ne suis pas un coureur de fond. Je suis un sprinteur. Ma femme est écrivain. Elle écrit des romans et je vois le travail. C’est autre chose. Moi, je suis quelqu’un qui veut terminer dans la journée ce qu’il a commencé le matin. Le travail de longue haleine, ce n’est pas dans mes gènes.

Écrivez-vous des chansons de plus en plus facilement ?

Oui, très franchement. J’ai trouvé des moments dans la journée pour écrire. Je trouve que quand on prend une habitude et qu’on la garde, il se crée un mouvement qui fait que si, à ce moment-là de la journée, je m’assois et je prends une plume, il y a des choses qui sortent… et ce n’est pas toujours con. Parfois, même, c’est bien.

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Avec Patrick Fiori et Garou pour le revival de Notre Dame de Paris en version symphonique l'année dernière.

Vous travaillez sur des nouvelles chansons, là, en ce moment ?

Je me suis lancé un gros défi. Je travaille sur un opéra rock, une comédie musicale un peu particulière.

Ah bon ! Vous ne pouvez pas m’en dire plus ?

(Il hésite). Le sujet peut m’attirer la foudre. Je n’en parle pas trop, mais je peux vous dire que ça parle des Amérindiens et de leur culture. Ce qu’elle était et ce qu’elle est devenue, ce, par le biais d’un chanteur amérindien qui fait un show rock. Ça va choquer beaucoup de monde, je pense.

En vous voyant m’en parler, j’ai l’impression que ce sujet vous touche. Pourquoi ce thème ? Est-ce lié à quelque chose qui vous concerne ?

C’est un sujet qui est très proche de moi, parce que mes parents ont adopté deux Amérindiennes. J’avais 12 ans quand la première est arrivée chez nous. Elle avait 6 mois. Une deuxième de 4 ans et demi est arrivée après. Elles sont devenues mes sœurs. Je les ai vues grandir. Je les ai vues grandir avec les problèmes des Amérindiens, malgré le fait qu’elles vivaient chez les blancs. Si elles avaient voulu vivre normalement, elles auraient pu, mais la vie, un foutu un bordel de merde, les a rattrapé. Il y en a une qui s’est fait assassiner par la police il y a trois ans et l’autre qui vit aujourd’hui difficilement. C’est un peuple qui peine à s’émanciper parce qu’il est resté accroché à leurs vieilles façons, à leur vieille tradition, comme s’ils refusaient d’évoluer et ça les fait souffrir immensément. C’est terrible.

Et bien… je ne sais pas qui vous dire. Ce projet est bien avancé ?

Très bien avancé. Il y a même une date  de sortie déjà prévue. 2014.

Pour finir, ce disque-là, vos trois soirées à Bercy pour le revival de Notre Dame de Paris en version symphonique, c’est quand même bien la preuve qu’une chanson est vivante. Que si on l’habille autrement, elle peut ressortir et embellir…

Bien sûr et heureusement. Moi, j’espère que mes chansons seront reprises un jour par des jeunes pour que je puisse les voir vivre autrement. Une chanson, ou bien elle vit, revit, ou bien elle disparait et elle meurt. C’est comme nous. Ou bien on fait quelque chose, ou bien on meurt.

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Avc Daniel Lavoie, le 8 novembre 2012.

10 novembre 2012

Gaspard LaNuit : interview pour la sortie de La Trêve

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gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorGaspard LaNuit a sorti le 5 novembre dernier, La Trêve (Trois Heures Moins Le Quart/L'Autre Distribution), son quatrième album. Pop rock, noir, exigeant, pointu, mais accessible et surtout addictif. Une écoute en appelle une seconde, une seconde en appelle une troisième...etc.  L’occasion était belle de le rencontrer cet auteur-compositeur interprète au talent encore mésestimé. (L'écouter sur Deezer).

(Sa page Facebook).

(Sa page Noomiz)

Pour faire plus ample connaissance, voici sa biographie très largement inspirée de l’« officielle » et un peu raccourcie :

Marc Chonier, bientôt quadragénaire, a fait tout plein de boulots avant d’intégrer différentes écoles de musique et de spectacle. Il a « créé » en 1997, Gaspard LaNuit, cet autre lui-même, ce fantôme qu’il trimballe dans ses poches trouées et à qui il fait dire, raconter, chanter ce qu’il ne sait dire autrement.

Après Comme un chien paru en 2009 (album Sélection FIP, en playlist sur France Inter & Radio Néo, Le Mouv', RFI…), et une création avec John Parish autour des écrits de Raymond Carver, Gaspard LaNuit sort un 4ème album. On y décèle les influences de John Parish, Grinderman, The Ex, … Ses textes français mélancoliques à l’humour grinçant se mélangent à sa verve et à son énergie, renforcés d’une écriture précise, subtile et sans concessions.

Gaspard LaNuit est venue à l'agence, le 29 octobre dernier.

Interview :

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gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorGaspard LaNuit n’est pas un artiste qui débarque aujourd’hui. Il est né en 1998…

Ce nouvel album est le quatrième. Le premier date de 2003. J’étais en piano-contrebasse-voix, après ça a évolué en piano-contrebasse-clarinette-voix. C’était entre « rive gauche » et des gens que j’aime beaucoup comme Allain Leprest et Romain Didier. Je voulais vraiment m’inscrire dans cette famille là.

Pourquoi as-tu pris un pseudonyme ?

Je voulais mettre une barrière entre ce moi là et l’autre moi. Je voulais créer un personnage par rapport à la scène… et même au disque. J’étais encore aux ACP, qui s’appellent maintenant La manufacture chanson,  quand j’ai créé le nom. Tous les autres élèves me disaient que ce nom ne m’irait pas du tout. C’était assez drôle. Ils me connaissaient « rive gauche », alors ils ne comprenaient pas.

Mais toi, à la base, tu es plutôt rock.

Oui, mais j’ai vraiment été nourri au rock et à la chanson française. Ça fait partie de mon ADN. J’ai une sœur qui a 9 ans de plus que moi. Quand on était petit, nous étions dans la même chambre et elle écoutait Pink Floyd, Todd Rundgren, Police, Jimi Hendrix, Randy Newman, King Crimson… mais en même temps, mes parents écoutaient, Brel, Brassens, la musique yiddish, Farid El-Atrach et Oum Kalsoum, un peu de jazz, une peu de classique, le « stop ou encore » sur RTL, tous les samedis et dimanches. J’écoutais beaucoup de variétés, donc. D’ailleurs, quand j’étais ado, j’écoutais Souchon, Jonasz… et j’aspirais à devenir ce type d’artiste, en fait.

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Finalement, toi tu es passé de la chanson dite « réaliste » à des chansons rock sombres.

Mais, ça s’est passé progressivement. J’ai cherché, j’ai provoqué le glissement. À la fois, j’aimais Allain Leprest et Romain Didier, deux artistes que j’ai connus vers l’âge de 20 ans, mais j’écoutais aussi, à la même époque, Tom Waits, Randy Newman et toute cette pop dont j’étais complètement fou. Et je savais que j’allais tendre vers ça. Il y a eu une rupture musicale avec mon pianiste,  qui était celui de l’école, presque une rupture sentimentale. C’était si douloureux que je me demandais si j’allais pouvoir rebondir. Je ne voulais pas jouer seul sur scène. J’ai fini par rencontrer le frère de la clarinettiste avec laquelle je jouais, Boris Boublil, qui joue avec moi depuis plus de 10 ans maintenant. Et avec lui, on a commencé à électriser ma musique. On a trouvé un moyen de pour faire des sons crunchy. En fait, j’avais envie de salir ce que je faisais.

C’est marrant que tu dises cela, parce que j’ai ressenti cela sur ton nouvel album, La trêve. Surtout dans tes 6 derniers titres.

Oui, c’est pour ça qu’on les a mises dans la deuxième moitié du disque. Avec cet album, c’est encore une autre étape. Dans le premier album, Ton fantôme, qui est très chanson jazz, il y avait beaucoup de place à l’improvisation, avec quelques plages très électriques. Je me cherchais un peu, je pense. Juste après la sortie de cet album, je rencontre un musicien qui s’appelle Fred Pallem. Aujourd’hui, il bosse pour plein de gens, mais on a travaillé tous les deux 8 ans ensemble et on a fait deux albums. Il était temps et Comme un chien. Fred m’a amené vers une musique très gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorélectrique. Il fallait que je me débarrasse de ma vieille peau du mec qui n’écoutait que Neil Young ou Nick Cave. Ce n’était plus ce que j’avais envie de donner sur scène. Avec Comme un chien, on a été au bout de ça. J’ai senti une limite. Il fallait que j’aille encore ailleurs. Je me suis donc séparé de Fred. Je me suis resserré, avec Boris, dans un petit noyau. On a fait ce nouveau disque à trois, avec aussi Guillaume Magne.

Tes références en écriture, je les aime beaucoup. Boris Bergman, Jean Fauque et Wladimir Anselme.

Wladimir, c’est d’ailleurs lui qui a fait l’Artwork de mon album. Ca fait 20 ans que l’on se connait, mais juste 10 que l’on se connait bien. Pour moi, c’est l’un des plus brillants auteurs français depuis longtemps. Je trouve son travail complètement dingue. Avec son album Les heures courtes, j’étais persuadé qu’il n’allait plus rester confidentiel.

Comme lui, tu ne fais aucune concession par rapport à la musique que tu veux jouer.

Sur ce nouveau disque, il n’y a aucune concession, mais alors, vraiment aucune. Je l’ai pensé presque comme un concert. Je sais que ça ne va pas être simple d’emmener le public dans mon univers, à la frange entre un son anglais dans l’écriture musicale et français dans les textes.  Il y a très rarement des couplets/refrains. Bon, j’ai quand même fait en sorte de ne pas faire de la musique trop hermétique. La chanson qui me touche le plus dans le disque, c’est Le fossé. Je l’ai mise en premier sur le disque parce que j’avais l’impression que c’était presque plus épidermique et qu’elle permettait de rentrer petit à petit dans ma musique.

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Je sais que tu as du mal à écrire un texte. J’imagine que c’est parce que tu es très exigeant.

C’est un enfer. Plus le temps passe, pire c’est. Parce que j’essaie de ne pas me répéter. J’essaie d’utiliser un champ sémantique différent. Dans le précédent, il y a un certain vocabulaire, une certaine manière qui est assez marquée. Dans le nouveau, ma manière d’écrire a rendu mes chansons plus mélodiques. L’écriture, pour moi, ça peut-être douloureux ou spontané.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorTu m’expliquais en off, qu’il y a des chansons qui te tombent dessus sans que tu n’y puisses rien. Quasi de l’écriture automatique. Tu ne trouves pas ça dingue ce genre d’inspiration ?

Ça ne m’apparait pas comme dingue. Ça ne m’étonne pas. Ça me fascine, mais ça ne m’étonne pas. Et heureusement que parfois, ça se passe comme ça, sinon, je ne suis pas sûr de continuer à écrire. (Rires). Je vis ça comme si on autorisait  l’ouverture d’une porte que d’autres personnes ne veulent pas ouvrir. C’est une sorte de porte de sensibilité. Après, derrière ça, il y a une histoire de travail. Aujourd’hui, ce qui me tombe, c’est juste deux trois phrases, après, je vais au charbon.

Tu luttes pour ne pas écrire de la même façon d’album en album?

Oui, c’est pour ça que j’aime bien des types comme Bertrand Belin. Je tends à me diriger vers une écriture comme la sienne. Je cherche à évoluer à l’intérieur de mon travail. Je ne m’interdis rien. Qu’est-ce qu’on recherche dans ce métier ? L’excitation.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandor

Playing Carver avec de gauche à droite, Marta Collolica, Boris des Atlas Crocodile, Gaspard Lanuit et John Parish.

Tu n’as pas que ta carrière Gaspard LaNuit. Tu participes à deux autres projets.

Un que nous avons créé au mois de mai avec Boris et d’autres musiciens, un projet qui s’appelle Playing Carver qui est autour des nouvelles et des romans de Raymond Carver. C’est un spectacle qu’on a conçu en mai dernier avec John Parish, l’alter ego de PJ Harvey, qui est une personne qu’on vénère. Il y a un autre projet que j’avais monté il y a deux ans avec une chanteuse qui s’appelle Clarys et Guillaume Magne, mon guitariste. C’était une espèce de commande qui s’appelle « Dommages à Bashung ». Il fait partie de mes grands maîtres. Le but de ce projet, que l’on va rejouer en mars, c’était de quasiment ne pas jouer de Bashung. C’était plutôt de jouer des morceaux qui l’avaient influencé ou qu’il avait chantés, mais qui n’étaient pas de lui. Du Moody Blues, du Manset, du Christophe et deux, trois chansons à lui.

gaspard lanuit,la trêve,interview,mandorBashung, il m’impressionne parce qu’il a déstructuré la façon de chanter.

Il a déstructuré la façon de penser un album, la façon de penser l’écriture, tu peux ajouter. Je me souviens de son album L’imprudence, en 2003, qui est pour moi l’album clef de Bashung. J’étais en train d’enregistrer mon premier album. Ça a été une souffrance absolue.

Pourquoi ? L’étude comparative ?

Oui. J’étais à un niveau, dans l’idée et dans le travail et à ce moment, Bashung sort ce chef d’œuvre avec que des musiciens que j’admire, qui viennent de la musique improvisée américaine, new-yorkaise et que j’écoute depuis que je suis ado. Pendant un an, j’ai écouté cet album au moins une fois par jour.

Tu t’es fait du mal tout seul. C’est maso comme comportement.

Je ne pouvais pas faire autrement. Je crois que cet album a été ma plus grande claque dans la gueule. Il a vraiment créé une école.

Tu es à la Java lundi (12 novembre 2012).

Oui, je vais présenter ce nouvel album et la nouvelle formule parce qu’on est passé de trois musiciens à quatre. On va monter sur le ring pour défendre ce disque. La musique, c’est quand même un combat.

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09 novembre 2012

Je rigole : interview pour Qui chante le matin est peut-être un oiseau

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauEn février 2010, je parlais déjà de ce groupe ici même. Je trouvais que leur EP/maquette, déjà très abouti renversait complètement la chanson française d’aujourd’hui. Une chanson française traditionnelle qui se moquerait complètement des codes à respecter, qui pulvériserait le chemin tout tracé, qui prendrait les chemins de traverse complètement hors des clous, qui partirait en live sans qu’on y trouve à redire.

Je rigole s’éclate. Et l’auditeur comprend qu’il navigue dans un océan de liberté musicale unique et salvatrice.

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauVoici la biographie d’Andoni Iturrioz, le leader et l’âme pensante du groupe:

Originaire du Pays Basque, Andoni Iturrioz partage son enfance entre Paris, Barcelone et Londres, puis prend la route à 19 ans. Cinq ans de voyage autour du monde s’achèvent à Barcelone, où il s’installe et décide, à 24 ans, d’apprendre la guitare. Andoni écrivait déjà. Arrivé à Paris, Andoni rencontre Christelle Florence en 2007. Ils enregistrent les premières maquettes du futur album, et embarquent Xuan Lindenmeyer à la contrebasse deux ans plus tard. Je rigole. se révèle sur scène. Après l’arrivée de Jean-Brice Godet aux clarinettes en 2010, Andoni décide d’enregistrer le premier album de Je rigole.

Le 17 octobre dernier, à l'occasion de la sortie de Qui chante le matin est peut-être un oiseau, quelques jours plus tôt, Andoni Iturrioz est venu (accompagnée de Christelle Florence, ancienne Je rigole devenue manager du groupe).

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseau

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseauInterview :

On l’attendait depuis longtemps ce disque…

On a fait repousser la date sans cesse parce qu’on a tout fait tout seul. Il a fallu donc apprendre tous les métiers. Le jeu en valait la chandelle puisqu’on est super content du résultat et l’album est bien accueilli.

Il a ceci de particulier qu’on ne se lasse jamais de l’écouter tellement on découvre des strates différentes d’écoute en écoute. Ce disque est à la fois accessible à tous et à la fois pointu. C’est curieux et très rare.

Tant mieux, parce que, vraiment, c’est ce que l’on voulait. Que tout le monde puisse y trouver son compte.  Bon, c’est plus un album à écouter qu’un album sur lequel on peut danser. J’ai fait attention qu’il soit très ouvert, qu’il ne soit pas un assommoir malgré sa profondeur. J’ai la capacité à aller plus loin, et c’est ce qu’il se passera peut-être dans le deuxième album.

Ce sont les musiciens avec lesquels tu travailles qui te « modèrent » ?

Disons que c’est un dialogue que j’ai avec eux et avec moi-même. Ils me servent de miroir. Je le répète, je ne voulais pas faire un album de marginal, j’ai le souci qu’il touche le plus de monde possible. Quand je vois dans leurs yeux « attention, je ne comprends plus ! », je rectifie le tir.


Je rigole. : "MOUVEMENT" (Clip officiel) par jerigoleofficiel

A la base, toi, tu es un homme de scène. Le disque est-il primordial pour toi ?

Un disque, à priori, est un objet qui va traverser le temps, du coup, ça devient essentiel pour moi parce que c’est ce qui sauve les chansons. Le côté éphémère de la scène est à la fois jouissif, à la fois dangereux… enfin triste pour les chansons.

Dans tes chansons sombres, il y a beaucoup de générosité et un peu d’espoir.je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseau

Ce qui donne un côté sombre à mes musiques, c’est mon goût pour les dissonances et les ambiances un peu torturées. Après, le propos de mes chansons peut-être sombre, mais jamais fermé. Au contraire, toujours ouvert sur quelque chose de lumineux. J’ai l’impression d’avoir deux mains. Une main qui exorcise, on fait de la beauté avec des violences, et une autre main qui guérit, avec des chansons comme « Paris » ou « Dans l’air », des chansons avec plus d’espoir…  en fait, ces deux mains ont la même fonction : soigner.

Il y a certaines chansons qui existent depuis longtemps, que je connaissais de ton premier EP en 2010. Sont-elles retravaillées pour l’album. Je te demande par là si tu as changé certains textes ou modifié des passages musicaux ?

C’est très dur à modifier plus tard les chansons. J’ai changé une phrase ou une formulation, de-ci, de-là, mais vraiment pas grand-chose. Si, un vers de « Crève la France », une chanson qui date de 2005. Les émeutes de cette année-là ont d’ailleurs commencé pendant que j’écrivais ce texte. C’est triste, mais 7 ans après, cette chanson reste d’actualité.


Je rigole. présente son premier album ! par jerigoleofficiel

Je sais que tu fuis les chansons narratives. Tes textes sont des suites d’images poétiques.

Je ne remets pas en question la chanson narrative, en France, il y en a qui font ça très bien. Moi, je trouve que pour la narration, l’outil de la chanson n’est pas le plus adapté. Moi, j’aime donner de la profondeur en racontant une histoire, mais un peu comme une boule à facettes. On brise la narration par des images poétiques qui fait qu’on a des sens dans le sens général, du coup, les personnes qui écoutent peuvent s’approprier ce qu’ils ressentent.

Tu n’as pas envie, non plus, de t’emmerder.

C'est-à-dire que j’ai besoin d’accroche. De vriller les sons, de vriller la musique, ça me semble être très riche et pourtant, le retour qu’on a de l’album, en gros, c’est que c’est sobre. C’est te dire, si on peut se l’approprier de toutes les manières.

C’est tout le contraire de ce que je pense moi, en tout cas. Je ne vois pas le dépouillement.

Nous non plus. Je trouve qu’il y a une richesse dingue. Si on morcelle la narration, les retours d’écoute de l’album peuvent l’être aussi. Chacun fait ce qu’il veut dans cette histoire finalement. Il y a une deuxième chose que j’ai constatée. Chaque chanson est la préférée de quelqu’un. Personne n’est d’accord. Il n’y a pas de tube.

Comment peut-on définir ta musique. Du free folk ? Non, parce que ça part vers le jazz, le folk, la chanson…

Ça, c’est lié au rassemblement des personnes. Moi, je fais de la chanson et mes musiciens viennent du free jazz.

Tu te demandes comment les gens peuvent accéder à ta musique la première fois ?

A priori, la première fois, ce n’est pas facile. Même les gens qui nous soutiennent et qui ont aimé l’album, ils sont passés par trois ou quatre écoutes avant de pouvoir en parler et le « juger ».

Il y a une démarche d’intégration à ton univers.

Peut-être oui. Mais une fois que les gens sont rentrés, ils deviennent nos meilleurs défenseurs.

"J'ai vécu les étoiles" avec la participation de Lisa Portelli. Captation live en avril 2012.

Parle-nous des musiciens qui participent à l’album.

Xuan Lindenmeyer, c’est un contrebassiste et un musicien hallucinant. Il est le pilier musical du projet. Moi, je suis beaucoup plus auteur que musicien. Lui, c’est la stabilité et la puissance. Jean-Brice Godet, à la clarinette, lui, c’est le vent. C’est tout ce qui est écume, ce sont des vagues mémorables de sons.

Quand il a fallu que tu les choisisses et qu’ils acceptent de jouer avec toi, quand ils ont écouté ton œuvre, ils se sont dit : « c’est quoi ce fou ! ».

Tout à fait ! (rires).  Xuan, je suis allé vers lui, parce que même s’il venait du free jazz, j’avais constaté qu’il était capable de jouer dans des projets très classiques. Il accompagnait des gens de la chanson française avec une virtuosité et une sensibilité admirable et à côté de ça, il était aussi dans des projets, mais alors barré de chez barré.  Il rejoignait mes deux pieds. La tradition et l’expérimentation. Jean-Brice, qui vient aussi du free jazz n’a pas mis longtemps à comprendre ce que je voulais faire. En plus, il a une oreille pour le texte.

je rigole,qui chante le matin est peut-être un oiseau

Toi, en tant qu’auteur, tu te demandes si tu ne vas pas trop loin, si tu es clair dans ce que tu veux exprimer?

J’ai la chance, à ce niveau-là, d’avoir une bonne assurance. J’ai une vision dans l’écriture et une vision sur l’écriture. Je sais ce que je veux et j’arrive à le situer dans l’environnement. Je fais ça seul et je n’ai pas de conseiller, ni de miroir. J’en ai besoin pour l’enregistrement ou la sonorité, mais pas pour l’écriture. Pour ça, j’ai un GPS au ventre qui fait que je me dirige tout seul.

Maintenant que le disque est là, tu es dans quelle disposition ?

C’est marrant, parce que je l’ai tellement attendu que finalement, je n’attendais plus rien. Mes attentes, je les ai semées en route. Moi, je suis complètement dans l’écriture du deuxième album. Je ne dis pas qu’il n’y pas un peu de stress et que je suis complètement zen, mais en gros, je suis en période de détachement. Ce disque ne nous appartient plus.

Ton amour pour la chanson française, je sais que ça te vient de Brassens, Brel, Renaud première période. Mais, ton côté barré, il vient de quelles influences musicales?

Ça viendrait plutôt de mon adolescence. J’écoutais des disques comme les Sonic Youth et autres groupes expérimentaux. Ça vient aussi de mon côté basque. Du côté espagnol, ils ont été opprimés sous Franco pendant très longtemps. Ils n’avaient pas le droit de parler basque par exemple, d’avoir des noms basques. Ils se sont donc approprié une liberté artistique vraiment dingue. Il y a tout un mouvement de sculpteurs, de musiciens, de peintres qui ont une liberté proprement hallucinante et folle. Le grand écart entre la tradition et l’expérimentation, dont je te parlais tout à l’heure, me vient de là.

Clip officiel de "Crève la France".

Tu t’adresses tout de même et avant tout aux amateurs de bonne chanson française.

Oui, mais le problème avec la chanson française, c’est qu’elle s’adresse à un petit public. Comme c’est un petit public, on a besoin de tout ce public pour pouvoir vivre de la musique, même raisonnablement. Dans la musique anglo-saxonne, le public est tellement large et il y a tellement de monde que, même si on fait une musique marginale, tous les musiciens s’y retrouvent. Pas en France, du coup, les gens essaie d’être le plus large et fédérateur possible. Ça donne beaucoup d’artistes au milieu de la route et consensuels. Pas tous, mais beaucoup.

Pour finir, sur une note positive… il y a de l’humour dans tes textes. Un peu sous-jacent, mais il est là.

Malgré notre nom, Je rigole, le propos est sérieux. Mais ça n’empêche pas l’humour. C’est très naturel et très simple de tourner en dérision les drames et les difficultés de la vie. Je ne peux pas imaginer la chanson sans humour, ironie et second degré.

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02 novembre 2012

Daguerre : Interview pour la sortie de Mandragore

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(Photo : Eric Vernazobres)

Il y a parfois des artistes dont je ne comprends pas que nos routes ne se soient pas encore croisées. Daguerre, j’ai tous ses disques et j’observe de loin sa carrière depuis des années. J’aime sa voix et ses chansons écorchées. C’est un rockeur qui s’est caché dans la chanson française. Pour foutre son bordel dans un genre musical parfois un peu plan-plan. Lui aime bousculer et prendre aux tripes.

Daguerre est donc venu à l’agence, le lendemain de la sortie de son disque Mandragore. Merci à lui, car il était assez tôt (et était en concert au Zèbre de Belleville la veille). L’interview s'est donc tenue sous intraveineuse de café fort.

522632_443956845628388_251678131_n.jpgBio officielle (légèrement tronquée) :

A 20 ans, Olivier Daguerre fait ses premiers pas d'auteur-compositeur interprète en créant en 1990 le groupe rock parisien "Les veilleurs de nuit". L'aventure va durer 10 ans avec 3 albums produits et plus de 600 concerts. En 2000 le groupe se sépare, Daguerre part s'installer dans le Pays Basque de son enfance.
Ce n'est que 4 ans plus tard, en 2004, qu'il se lance dans un nouveau projet musical qui portera son propre nom.
En 2005, Daguerre sort Ici je, un premier album autoproduit. La même année il croise la route de deux artistes majeurs: Francis Cabrel qui produit en 2006 "Ô désirs" son deuxième opus, et Cali, qui en 2008 prend Daguerre sous son aile via son label "BCBA Music" qu'il vient de créer avec son ami Bruno Buzan. Un troisième album "le cœur entre les dents" voit le jour.

487123_495218813835524_1112032688_n.jpgSon quatrième album, Mandragore (BCBA Music/Wagram) est sorti le 8 octobre dernier.
Fidèle à ses valeurs et en amitié, comme le sont ses dignes parrains artistiques Cali (qui assure avec Geoffrey Burton la réalisation de ce nouvel album) ou encore Francis Cabrel (invité pour un joli duo "Carmen" en hommage au poète Théophile Gautier), Daguerre nous propose onze nouvelles chansons aux arrangements incisifs, palette de sentiments transcendée tantôt par des rifts tranchants tantôt par des cordes mélancoliques.

Voici sa page Facebook officielle.

Interview:

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Tu as une carrière de chanteur rock punk dans un groupe, il y a quelques années.

C’est assez classique dans le parcours d’un groupe, surtout si on se remet dans le contexte. Le premier album, j’avais 17 ans, fin des années 80, début des années 90. J’ai vécu toute l’utopie du rock alternatif français de l’époque. Tout était désintéressé. On savait à peine jouer qu’on était déjà sur scène. On faisait 110 concerts par an. On était souvent à huis clos et au bout d’un moment, tu deviens chanteur éducateur. Ça a duré presque une dizaine d’années activement.

Moi, j’ai vécu cette période comme journaliste et spectateur. Je voyais bien qu’il se passait beaucoup de choses entre tous les groupes. Il y avait à la fois beaucoup d’insouciance et beaucoup de partage. Ça faisait plaisir à voir.

Cet état d’esprit a complètement disparu. Quand je parle de cette époque à de jeunes musiciens, ils ne comprennent pas toujours. Et puis, je sens dans leurs yeux que ça fait un peu vieux con. C’était des années où en un an, tu vivais 5 ans.

Le clip de "Pour deux".

T’expliques-tu pourquoi, aujourd’hui, les choses ont tant changé dans le milieu artistique?

C’est un phénomène sociétal. C’est à l’image de ce qu’il se passe maintenant. A cette époque, on était moins individualiste. Tout était démarqué de tout enjeu financier. Il y avait moins de pression parce qu’il y avait un énorme réseau d’autoproduction et de petits lieux dans lesquels on jouait. C’était presque de la survie, mais tout le monde était content. On vivait au jour le jour, mais on vivait à 100% en faisant notre métier. On partageait les scènes avec les Satellites, la Mano, les Béru, les Têtes Raides, la Tordue, Louise Attaque… des groupes comme ça. C’était d’une richesse absolue.

Un jour, tu décides de sortir un EP perso… Il marchotte on va dire.

Le groupe s’est séparé parce qu’on a constaté qu’on n’avait plus de plaisir a monter sur scène. J’ai fait une petite pose de 4 ans. J’ai eu un enfant, j’avais besoin d’arrêter cette vie trépidante. Puis, je me suis remis à écrire. Le premier projet Daguerre, c’était en 2005. Mon autoproduit a eu un petit succès, mais en Aquitaine, où je m’étais installé. La région aquitaine a décidé de m’accompagner pendant deux ans et très rapidement, je commence à faire des premières parties assez importantes, puis j’atterris à Astaffort.

Évoquons Les rencontres d’Astaffort, c’est important, cette expérience, dans votre vie. De stagiaire, tu as fini professeur. En fait, tu es devenu pote avec Francis Cabrel.

A Astaffort, j’ai  rencontré d’abord Michel Françoise, son guitariste et alter ego musical. Très vite, nous avons convenu qu’il m’aiderait à faire mon premier album solo, Ô désir.  Francis est venu nous écouter un peu par hasard et discrètement. Il a décidé de me produire. C’est allé très vite après l’EP, puisqu’on est rentré en studio, un an plus tard, en 2006. J’ai travaillé deux mois dans les studios de Francis avec Michel Françoise. Pour moi, c’était inattendu. Voir Francis Cabrel passer presque timidement tous les jours, ça ne me paraissait pas logique.

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Quand on parle de tes références, on cite, Renaud, Brassens. Francis Cabrel n’est pas forcément cité. C’était quelqu’un qui comptait pour toi ?

Oui. On a tous des chansons de Francis dans la tête, qu’on le veuille ou non. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour son œuvre et sa discrétion. Je ne l’avais pas vu sur scène, mais j’avais des disques de lui et son écriture m’intéressait. Comme Renaud et Souchon, ils ne sont pas nombreux à être orfèvres des mots avec un style bien à eux. Au fur et à mesure que l’on faisait connaissance, on s’est aperçu, avec Francis, qu’on avait beaucoup de choses en commun dans les goûts musicaux malgré notre différence générationnelle. On écoutait Johnny Cash, Bob Dylan ou Léonard Cohen. J’ai été aussi surpris par son sens de l’humour. Il me fait vraiment beaucoup rire.

Puisque l’on parle de Cabrel, on peut parler de « Carmen », chanson de ton album à laquelle il prête sa voix pour un beau duo. Mazette, un duo avec Cabrel ! Tout le monde ne peut pas s’en vanter…

Ça s’est fait tout naturellement. Comme s’est construite notre amitié. Petit à petit. Jamais rien n’est provoqué volontairement, ça s’écoule dans le temps. Il y a eu un projet « jeune public » qui s’est monté à Astaffort, « L’enfant porte », un conte imaginé par Yannick Jaulin, co-réalisé par Francis Cabrel et Michel Françoise. On a fait une tournée d’un an et demi et lui jouait comme musicien dans notre petite troupe. J’enregistrais Mandragore pendant cette tournée-là et lui me demandait souvent où j’en étais. « Carmen », c’est un poème de Théophile Gautier que j’ai mis en musique. Quand j’ai composé la musique, j’entendais derrière, la voix de Francis chanter en voix de tête. Je trouvais que ça allait bien avec ma musique. Un soir, en buvant un verre, je lui dis ça et il me propose qu’on écoute ma musique. Il me propose d’abord de me faire la guitare, puis très vite, il a bien voulu chanter avec moi. Comme ça, naturellement. Deux jours après, on enregistrait le titre.

Interview de Daguerre + interview de Francis Cabrel + extrait live duo avec Francis Cabrel à Strasbourg le 15 mars 2012 pour la soirée "Remise des Prix Centre des écritures de la Chanson Voix du Sud".

420000_365908803433193_1960955822_n.jpgOn sent dans ton écriture que tu aimes la belle littérature et les poèmes, notamment dans la chanson, « Sans beaucoup d’estimance ».

En toute honnêteté, j’ai beaucoup lu, mais aujourd’hui, je ne lis plus beaucoup. Entre 17 et 23 ans, j’ai eu une boulimie de lecture. De Dostoïevski à Kundera en passant par beaucoup de poésies assez classiques, Verlaine, Baudelaire, Prévert. D’ailleurs, la seule chose que je lis encore, c’est de la poésie. Mais, tout ce que j’ai lu avant, tout ce que j’ai écouté comme chanson française de mes maîtres, c’est un bagage qui reste à vie. Mon identité a été créée par tout ça.

Je veux parler d’une personne qui apparait sur plusieurs chansons, c’est Bertille Fraisse. Elle est violoniste, mais on l’entend beaucoup chanter.

Ça vient vraiment des productions de Léonard Cohen. Il a toujours des choristes incroyables. Il mélange sa voix très basse à des envolées lyriques formidables. En ce qui me concerne, ça a été une rencontre, comme toujours dans ce métier. Bertille jouait avec Kebous, le chanteur des Hurlements de Léo. J’ai été impressionné quand je l’ai vu sur une scène que nous partagions. Comme je voulais une disparité de grain dans mon album, j’ai pensé longtemps à sa voix, alors je lui ai demandé si ça l’intéressait de m’accompagner musicalement et vocalement sur mon disque.


montage daguerre et bertille fraisse par VOIXDUSUD47. "De la lumière".

431079_365908900099850_1145250628_n.jpgTu as dit : « l’amour est la seule croyance qui nous reste de nos jours ». C’est d’ailleurs le sujet principal de ton nouvel album. Mais pas que.

Dans ce monde, quand mal désabusé, pour ne pas être aigri, c’est ce qui nous sauve. L’entité de l’amour au sens large. Bon, une chanson d’amour, quel que soit l’angle, c’est sans arrêt traité par tous les chanteurs du monde entier. Après, il y a la façon d’amener ce sujet universel. Il y a l’art et la manière, si je puis dire. On n’est pas obligé d’en faire quelque chose de banal. Dans mes chansons, j’ai une priorité : que l’émotion saisisse au ventre. C’est une recherche physique.

Il y a une chanson qui parle d’un petit garçon qui part en vacances grâce à l’état, « Une journée à la mer ». Une des chansons les plus émouvantes, je trouve.

Je travaille beaucoup avec des adolescents sur des ateliers d’écriture, dans des endroits un peu défavorisés. Ces gamins sont complètement ignorés par les adultes, alors si tu t’intéresses à eux et qu’ils t’acceptent, ils débordent d’amour. Ils ne savent pas comment l’exprimer. La chanson leur a permis de dire beaucoup de choses, d’expulser des sentiments ou des évènements. C’est suite à ces rencontres bouleversantes que me viennent ce genre de chansons là.

Parlons de Cali à présent. Il a produit et réalisé cet album, comme il l’avait fait pour le précédent « Le cœur entre les dents ».

Lui, c’est différent de Cabrel. On est de la même génération et on s’est rencontré il y a dix ans. Pour mon premier concert sous le nom de Daguerre, je faisais sa première partie, alors qu’il n’était pas encore connu. Il y avait 100 personnes dans la salle. Il a explosé avec « C’est quand le bonheur ? », six mois après.

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Ensuite, pour faire vite, vous vous êtes recroisés souvent, avez pas mal fait la fête et une amitié est née.

Cali m’a beaucoup aidé, sans le dire. Il parlait toujours de partage. Jamais, il ne m’a montré qu’il avait plus de notoriété que moi. Il me disait simplement : « Viens en tournée, on fait dix dates ensemble ». Il disait toujours « on ».  Il m’a fait vivre des expériences extraordinaires, sur des tournées de Zénith par exemple. Ensemble, on rit, on parle et on fait pas mal la fête.

Tu attends quoi de ce quatrième album ? Enfin la rencontre avec un plus large public ?

Pour être tout à fait franc, je n’attends pas grand-chose. Comme je te le disais tout à l’heure, je viens du milieu alternatif ou il fallait constamment se démerder. Ça m’est resté encore aujourd’hui. Je n’anticipe jamais le lendemain. Tout se fait au jour le jour, je suis comme ça, je n’y peux rien. Ce n’est pas très confortable. Moi, ce que je veux, c’est un prétexte pour faire de la scène. Maintenant que cet album est sorti, je veux juste faire partager mes émotions au public. C’est une de mes raisons de vivre.

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28 octobre 2012

Amélie-les-Crayons : interview pour Jusqu'à la mer

202528_10151017499873317_1003863353_o.jpgCinq ans après son dernier album studio, La Porte Plume, Amélie-les-Crayons (déjà mandorisée ici et aussi là) revient avec Jusqu’à la Mer, un disque chargé d’embruns et de couleurs, de falaises, de rochers et de créatures merveilleuses, servi par les instruments hétéroclites de l’arrangeur Olivier Longre (lyre, dulcimer, banjo…). Amélie-les-Crayons, mi-chanteuse, mi-fée, est venue à l’agence le jour de la sortie de son nouveau disque, le 8 octobre dernier. L’occasion d’évoquer ses nouvelles chansons, sa façon de travailler, la scène et ses 10 ans de carrière.

1433035500-1.jpgPrésentation officielle de Jusqu’à la mer.

2002-2012. Dix ans déjà !

L'eau a coulé sous les ponts depuis la sortie du premier 6 titres Le Chant des Coquelicots en 2002. 10 ans de tournée, 2 albums autour de 2 spectacles originaux et surprenants immortalisés sur DVD et pour la rentrée 2012, un nouveau projet, album et spectacle : Jusqu'à la Mer, encore plus ambitieux, mais toujours dans cet esprit si caractéristique d'Amélie-les-Crayons où la magie se mêle à la musique, le théâtre au concert et le rêve à l'humour...

Interview :

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorVous avez réussi, encore une fois, à nous emmener dans un nouvel univers. Toujours magique et féérique, mais nouveau.

C’est grâce au regard et à la complicité de mes acolytes. En l’occurrence Olivier Longre,  Bruno Cariou  et Samuel Ribeyron pour les illustrations. C’est vraiment à quatre que nous avons conçu et fabriqué l’album. Ces univers dont vous parlez sortent de mon imaginaire, mais ils les subliment.

Pour cet album, je me suis laissé dire que vous avez beaucoup jeté de chansons.

Je trouvais que ça ressemblait à ce que je faisais avant.  Peut-être que dans tout ce que j’ai jeté, ce n’était pas le cas.

J’irais bien fouiner dans votre corbeille à papier…

(Rires)

Il y a toujours eu de la musique celtique dans vos albums. Cette fois-ci,  un peu plus.

Avant, j’habitais à Lyon, aujourd’hui, j’habite en Bretagne. Du coup, je pense que je suis imprégné encore plus.

Vous n’écoutez que ça ?

Non, pas  du tout, même si je vais danser le festnoz régulièrement. Entre le brouillard, la pluie, la mer, il y a quelque chose qui appelle certaines mélodies, certains sons. Et le granite fabrique une énergie particulière…

Cela étant, je sais que la création, pour vous, garde une part de mystère.

Depuis que je fabrique des chansons, c’est curieux, mais je sens que ce sont elles qui nous guident. Mises bout à bout, ça donne une ambiance générale. Avec de la mesure, bien entendu. Il y a des choses que viennent de nos propres réflexions. Mais, globalement, on essaie de rester à l’écoute des chansons pour se laisser guider.

"Tout de nous", extrait de l'album "Jusqu'à La Mer" (sortie : octobre 2012)
images : David Caen
montage : Bruno Cariou
Texte & Musique : Amélie-les-crayons
Arrangements : Olivier Longre
(c)(p) Neômme/Rouge Poppi 2012

Dans Jusqu’à la mer, on entend de nouveaux instruments que vous n’aviez pas utilisés amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandoravant.

Ça, c’est l’effet Olivier Longre. Chez moi, dans ma chambre, il y a un piano et une guitare, c’est tout. Par contre, chez lui, on ne peut pas marcher par terre tellement il y a d’instruments. Parfois, j’en entends un qu’il me fait découvrir et je me dis que ce serait bien si on arrivait à la placer dans un morceau. Lui, il se moque d’où vient l’instrument, c’est le son qui l’intéresse.

Vous arrivez avec vos chansons en guitares-voix, ensuite, vous la décorez ?

Moi, je ne fais rien. A partir de ce moment-là, c’est Olivier qui s’y attelle. Je lui donne quelques pistes de temps en temps, mais pas toujours.

Parfois, vous découvrez un morceau terminé?

Complètement. Il travaille pendant dix jours, on ne peut d’ailleurs pas lui parler. Et puis, quand il a fini, il nous livre le fruit de son travail. Donc, effectivement, je suis dans une totale redécouverte du morceau. Pour moi, à chaque fois, c’est un beau cadeau d’anniversaire.

Ça vous arrive de contester un fichier qui arrive ?

Oui, bien sûr. Nous travaillons dans un véritable échange de création et nous avons une vraie affinité musicale. Moi, quand j’écris une chanson, j’ai l’impression qu’il comprend tout de suite la vision de l’après, la vision de ce que je veux qu’elle devienne. Je pense que c’est une histoire de connivence intense. Ce n’est pas juste une connivence musicale, c’est aussi une vraie histoire d’amitié et de complicité. On travaille dans le plaisir. Lui il se fait plaisir dans le fait d’habiller mes chansons et moi de les entendre habillées ainsi. Ce qu’il y a de génial, c’est que l’on rigole bien.

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Il s’est passé 5 ans entre La Porte Plume et Jusqu’à la mer.

On a fini la tournée de La Porte Plume en décembre 2009. Ensuite, j’ai eu besoin de tranquillité pour me ressourcer. Depuis 2001, depuis le début de l’histoire d’Amélie-les-Crayons, nous ne nous étions pas arrêtés. Du coup, je pense qu’il était nécessaire pour moi de faire le point pour savoir où j’en étais. Et puis, très franchement, à chaque fois que j’arrête une tournée, j’ai envie de changer de métier.

Ah bon ! Expliquez-moi ça.

Ça ne dure pas longtemps, mais deux fois, ça m’est arrivé et je me suis dit qu’en fait, je voulais faire de l’agriculture. Complètement autre chose, quoi.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorMais pourquoi ? Quand vous faites des concerts, les salles sont systématiquement remplies, votre public est d’une fidélité sans réserve...

Oui, tout à fait. Mais j’ai trop peur d’être malhonnête à un moment donné. J’ai peur de ne pas écrire les chansons qu’il faut. Je veux que mes créations musicales soient hyper justes et sincères et à chaque fin de tournée, j’ai l’impression que je ne vais jamais plus y arriver.

Ah d’accord ! Le doute de l’artiste, en somme.

Non, il ne faut pas prendre cela à la légère, c’est plus profond. C’est comme une mini dépression. Ça dure quelques mois.

Et qu’est-ce qui fait que vous revenez finalement ?

J’ai recommencé à faire quelques petits concerts complètement informels, pour faire plaisir à des personnes qui me le demandent. Et je me suis rendu compte qu’être confrontée au public, c’est ce que j’aime. Il y a vraiment un endroit où je me sens à ma place, c’est sur scène, quoi.  Et pour que le monde aille bien, il faut que chacun soit à sa place.

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Avez-vous déjà fait de la scène avec cet album ?

On a fait une petite résidence au Train Théâtre à Porte-lès-Valence. On est encore dans des réflexions. Le spectacle n’a pas encore été présenté tel quel, mais ce que je peux dire, c’est qu’en terme de mise en scène, ce sera un peu plus épuré qu’à l’accoutumée. Ce sera plus « concert » que ça ne l’a été avec La porte plume. Moins théâtral. C’est marrant comme les aventures, les projets ont tous leur vie, un caractère, une personnalité en fait.

Qui peut vous échapper parfois ?

Complètement. Mais, c’est ça qui est magique et extraordinaire. J’aime arriver à me laisser porter par les chansons, même si parfois, c’est difficile.

Vous me faites la gentillesse de venir à ma rencontre le jour même de la sortie de l’album, le 8 octobre, je vous en remercie. Vous êtes comment le jour de la sortie d’un nouveau disque ?

On ne s’habitue pas. En plus, ce n’est que mon troisième. Ce qui est génial, enfin, ce qui est flippant, c’est de se demander s’il va plaire aux gens parce qu’on y a mis tout notre cœur, et aussi notre âme. Après, il y a des gens dont l’avis est particulièrement important. Ma sœur par exemple.

Elle est le baromètre officieux ?

Voilà, c’est ça. J’ai eu un mail d’elle dans lequel elle me disait qu’elle avait beaucoup aimé, donc, je suis un peu rassurée… une chape de plomb qui tombe. Après, il y a les journalistes comme vous, les gens proches, les gens avec lesquels on travaille et puis après, et surtout, il y a le public.

amélie-les-crayons,jusqu'à la mer,interview,mandorVous fêtez cette année vos 10 ans de carrière. Ça commence à faire une belle carrière…

Je n’ai pas l’impression que cela fait 10 ans. Je n’ai pas vu le temps passer, du coup, ça ne me donne pas envie de fêter cet anniversaire. Mine de rien, il n’y a eu que trois projets et ce n’est pas beaucoup. Peut-être au qu’au dixième album, je ferai un anniversaire, mais là, c’est trop tôt.

Vous me disiez tout à l’heure, que chaque album, chaque spectacle à sa vie ? Peut-on considérer qu’à chaque fois, ce sont des petites carrières ?

Voilà, c’est exactement comme ça que j’envisage la chose. Du coup, le travail d’équipe, c’est ce qu’il y a de plus génial. On part de zéro et grâce au talent de chacun, on arrive à faire des trucs un peu hallucinants. Toute seule, je n’y arriverai jamais. Ce travail en équipe me gratifie très fort. Le rapport au public, l’échange, tous les retours qu’on peut avoir, complètement délirants parfois, des gens sont une sacrée récompense. Quand ils nous renvoient que ce que nous fabriquons à une utilité, il n’y a rien de plus qui puissent nous faire plus plaisir. Parce que, dans l’absolu, on a tendance à se dire que ça ne sert à rien de faire des chansons.

Alors que c’est tout le contraire. Vous faites le plus beau métier du monde. Donner du rêve aux gens, les sortir de leur morosité, de leur quotidien…

Effectivement, mais les trois dernières années que je viens de passer sans être confronté à un public m’ont fait perdre cette conscience-là. Il est arrivé pourtant que quelqu’un m’explique que ce que nous avons fabriqué les accompagne dans leur vie, d’une manière même très intime. C’est super émouvant et très fort pour moi. Je suis souvent étonnée et je suis bouleversé de savoir que j’ai une place dans la vie de telle ou telle personne. Quand je reçois ce genre de témoignage, je me dis que c’est une bonne raison de continuer.

Vous êtes venus ici avec votre bébé de 3 mois. Ça a changé quelque chose dans vos textes cette période où vous étiez enceinte ?

Il y a quelques chansons qui ont été écrites pendant la grossesse. Même si j’étais dans un état particulier, je ne sais pas si ça a vraiment influencé l’écriture ou les compositions de ce nouvel album. Je pense que ce sera sur mes prochaines chansons que l’on sentira l’écho de ma vie de jeune maman.

"Si tu veux", 2eme extrait de l'album Jusqu'à la Mer,
écrit et composé par : Amélie-les-Crayons
arrangements : Olivier Longre
prises de vue : David Caen
montage : Bruno Cariou
(c) (P) Neômme/Rouge Popi

Pour cet album, vous me disiez en off que l’on vous a fait le coup de « l’album de la maturité »…

(Rires). Vous seriez gentil, François de ne pas prononcer cette phrase. Mais effectivement, ça fait 10 ans qu’Amélie-les-Crayons existe et en 10 ans, on vit plein de choses différentes, on évolue donc on change, on grandit.

En termes d’écriture, vous avez la sensation d’avoir progressé.

En tout cas, je suis plus exigeante. Je ne sais pas si ça se voit, mais en tout cas, je travaille plus. Même si je suis toujours à la recherche de la liberté et de la spontanéité, le fait de se laisser guider, d’être dans un état ou c’est plus l’instinct qui parle que la tête qui réfléchit, je peux tout de même affirmer que le travail de l’écriture, j’y reviens plus qu’avant. Pour résumé, j’ai un premier jet un peu instinctif et après, je le retravaille.

Vous faites le distinguo entre écrire des textes et écrire des chansons.

Absolument. Mais, je peux aller encore plus loin. En fait, j’écris à des gens. Quand j’écris, je pense toujours à quelqu’un. Du coup, mes chansons ne sont pas informelles, mais chacun à une lecture qui lui est personnelle. Dans cet album, il y a de vraies chansons d’amour. Je les ai écrites pour mon amoureux… et comme on vit tous plus ou moins les mêmes histoires, à un moment donné, chacun peut s’y retrouver.

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(Merci à Patricia Espana sans qui ce rendez-vous n'aurait pas eu lieu. Ou peut-être, si, mais quand même.)

24 octobre 2012

Delphine Volange : interview pour Et de Delphine Volange, le ciel était toujours sans nouvelles

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« Raffinée, surprenante. Inédite. Les mots sont ses alliés, elle n’en a pas peur, mais sa délicatesse nous laisse comme deux ronds de flan. Delphine est belle et vulnérable. Prenez soin d’elle ». C’est par ces mots que l’écrivain Marie Nimier présente Delphine Volange. Pour faire plus ample connaissance avec la jeune femme, je parcours son dossier de presse, et je lis : « L’écriture raffinée servie par des mélodies et arrangements tout à la fois sobres et sophistiqués laisse percevoir une nature romanesque et sensuelle. Chaque séquence semble comme échappée d’une toile de maître ». Je me méfie toujours de ce qu’indique un dossier de presse. Mais là, après écoute. C’est ça. Pas un mot à modifier.

Réalisé par David Aron-Brunetière, l'album Et de Delphine Volange, le ciel était toujours sans nouvelles, majoritairement composé par Bertrand Belin offre également une touche Gainsbourienne grâce à la complicité de Jean-Claude Vannier (HÔTEL CHOPIN).

delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandorLe 3 octobre dernier, Delphine Volange est passée à l’agence en compagnie de l’éditeur Laurent Balandras, à l’origine de la carrière d’Olivia Ruiz. Celui-ci décide de soutenir activement son travail.

J’ai lu aussi ceci dans le dossier de presse : « Fragile et drôle, elle offre à qui veut l’entendre sa sensualité singulière et la tendre extravagance dont elle a le secret. Elle semble réveiller le doux fantôme d’un passé éternel, diva de cinéma, pimpante ou poignante, qui joue sur scène - non sans dérision - ce qu’elle est au naturel à la ville, dans ses toilettes distinguées et subtilement anachroniques. ». J’ai pensé la même chose pendant l’instant passé avec elle lors de l’interview. Cette femme s’est trompée d’époque, certes, mais elle transporte ce qu’elle est dans des chansons élégantes et finalement très modernes. Chapeau bas !

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delphine volange,et de delphine volange,le ciel était toujours sans nouvelles,interview,mandorInterview :

Beaucoup vont penser que vous débutez. Rien n’est moins faux.

Effectivement, ça fait quelques années que je chante, mais très vite, je suis tombée sur un compositeur dont j’ai fini par devenir une sorte de muse et qui, très vite, a essayé de composer des choses pour que je puisse poser mes mots dessus et chanter. J’ai donc joué les cocottes un petit temps.

Joué les cocottes ?

J’avais la nostalgie des salons à la française où, dans les après-midi un peu voluptueuses, on chantait des chansons un peu à la Yvonne Printemps. Je me suis beaucoup éloignée de cette période et de ce genre là de répertoire, mais je ne peux pas renier cette part de moi-même qui était un peu nostalgique. C’est ma voix qui m’emmenait vers ce genre de répertoire… Mais je dois dire que j’étais entourée de musiciens classiques et de professeurs qui avaient tendance à valoriser cet aspect-là de moi, et comme j’étais plutôt comédienne de nature, il y avait une manière un peu théâtrale de jouer ces chansons-là qui me plaisaient. Ça me permettait de m’amuser beaucoup.

Et donc, vous vous êtes éloignée de tout ça.

Oui, j’ai commencé à transposer des textes de Thérèse d’Avila et de Saint Jean de la Croix en espagnol. Alors, c’est devenu quelque chose d’un peu tragique. J’adore les histoires de reines à qui il arrive des malheurs. J’adore aussi jouer les saintes éplorées, mais je vous rassure, ça n’a pas duré très longtemps. J’ai vite senti cet appel à autre chose.

Après il y a eu un peu de cabarets…

Non, ce n’était pas vraiment du cabaret. Disons que c’étaient des gens qui avaient la nostalgie du cabaret qui ont employé ce terme. Peut-être avais-je une manière un peu folâtre de me manifester sur scène ?

En tout cas, vous avez eu plusieurs types de répertoire.

Celui de cette période était plutôt inspiré de l’opérette, ensuite je suis tombé sur un autre compositeur qui était plus jazzy. Il est vrai qu’aujourd’hui j’arrive comme ça avec cet album, comme tombée du ciel, mais en même temps j’aurais pu déjà enregistrer deux disques de chansons, dont je ne peux pas dire que je regrette qu’elles n’aient pas été enregistrées. Si je ne les renie pas, je préfère nettement apparaître avec des chansons qui sont pleinement les miennes.

Ce premier album « Et de Delphine Volange, le ciel était toujours sans nouvelles » est composé par Bertrand Belin. Il y a deux duos avec lui d’ailleurs sur le disque.

J’ai eu le sentiment en rencontrant Bertrand que, d’une certaine façon, sa personne d’artiste répondait chez moi à un désir impérieux et très personnel. En le trouvant, j’ai eu la sensation que mon désir avait été tellement puissant que j’avais réussi à le manifester. J’ai trouvé avec lui la vibration idéale, celle à laquelle j’aspirais pour moi. Il y a eu un genre de tropisme positif, ça arrive dans le monde végétal, un rapprochement réflexe, ce qui a fait que je me suis sentie accueillie. Après cela, le temps à imposé sa loi de patience. Ça ne s’est pas fait tout de suite, mais j’ai eu raison d’attendre.

Peut-on affirmer que Bertrand Belin est un double musical ?

Oui, ce qui ne l’empêche pas de collaborer avec d’autres personnes. A la base, avec Bertrand, on ne s’est pas dit que l’on allait faire un album, on s’est dit qu’on allait faire une chanson. Puis une autre, puis une autre… chaque chanson était un monde à part.

Il y a un titre qui s’intitule « Sublimons ». Est-ce qu’il faut sublimer la musique ?

Intuitivement, je dirai que c’est un élan naturel chez Bertrand. C’est instinctif. Cette exigence musicale lui colle au corps.

Ce disque est ce vers quoi vous vouliez parvenir ?

Oui et c’est énormément grâce au réalisateur de l’album, David Aron-Brunetière, dont on n’imagine pas à quel point son rôle est essentiel. Il a eu à cœur de respecter le son acoustique, boisé, charnel des instruments, de ne pas tout passer au robot mixeur des ordinateurs, même si on n’y échappe pas complètement, mais il a été très vigilant là-dessus. Du coup, l’aspect davantage formel, classique, très tenu de mes textes, croisé avec cette musique plutôt contemporaine, donne ce résultat qui, pour moi, m’inscrit dans aujourd’hui.

Ceci n'est pas un clip, je répète, ceci n'est pas un clip. Juste une chanson. Monceau.

Vos textes sont indéniablement très littéraires et poétiques. Lisez-vous beaucoup ?

Je ne suis pas très lettrée, même si j’ai beaucoup lu quand j’étais petite. Les choses me viennent ainsi naturellement. Je ne peux pas revendiquer une influence littéraire qui soit très précise. Même Bertrand s’amusait parfois à comparer une phrase, par-ci par-là, à des auteurs. Mettons que j’ai l’âme romantique.

Depuis le début de notre conversation, je vous trouve… habitée. Un peu hors-norme.

Pour moi, être habitée, ce n’est pas hors norme. Je ne suis pas la seule à penser cela, mais je trouve que nous vivons dans un temps qui a tendance à abolir la ferveur et l’ardeur et la passion et la flamme. Il est beaucoup question de flamme et de feu dans cet album d’ailleurs. Après coup, dans un miroir, je me suis dit que, oui, finalement, je porte cette flamme. Vous savez, nous sommes nombreux à ne pas vouloir nous éteindre. Il est vrai que je pense beaucoup au ciel et à la part d’invisible des choses. Pour moi, elle est presque palpable. C’est là tout le temps. Il est naturel que parfois, certaines personnes sensibles le ressentent au travers de ce qui peut parfois émaner de moi.

Votre travail d’artiste, vous le faites pour dire au public la même chose de ce que vous venez de me confier ?

Sûrement. Mais vous savez tout ça est très instinctif, ce n’est pas cérébral. Je dois vous dire que je suis surprise moi-même de ce que je viens de vous dire. Je le sentais, je le savais, je le pressentais, mais là, je le vois posé à l’extérieur de moi, alors ça me trouble un peu. En même temps, c’est un vertige qui n’est pas désagréable.

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(Copyright: David Ignasweski)

Je sens que vous faites très attention aux mots que vous prononcez, que vous contrôlez vos propos.

C’est une réflexion que l’on me fait, même dans la vie courante. Je redoute toujours de poser un mot qui ne soit pas juste.

Comme dans vos chansons. Ce n’est pas fatigant de faire attention en permanence ?

Nous sommes en interview. Je ne suis pas toujours en train de m’observer. Là, je sais que les choses seront inscrites, donc je prends garde parce que c’est toujours désagréable de lire sa pensée déformée, malmenée. Je ne suis pas seule en cause dans cette histoire. Il y a aussi Bertrand, il y a David… et toute l’équipe qui a travaillé sur ce disque. Sinon, pour répondre à votre question, non, ce n’est pas fatigant… enfin ça peut être fatigant pour qui m’écoute (rires).

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Que représente la scène pour vous ?

C’est le pourquoi de tout. Il y a pour moi, une nécessitée absolue à aller partager.

Vous voyagez beaucoup grâce à la musique, ces derniers temps.

Oui, nous sommes allés au Japon par exemple. Puis, j’ai fait un concert à Londres, puis à Cuba. Au Japon on a fait trois concerts. D’ailleurs, je reviens sur le fait que vous disiez que je cherchais mes mots pour ne pas dire n’importe quoi. Ce qui était très troublant au Japon, c’est que les gens ne comprenaient rien du tout de ce que je disais et qu’ils s’en foutaient même royalement. J’étais très fascinée par ça. Vous vous rendez compte, une fille comme moi qui baragouine des choses que personne ne comprend. Manifestement, le public ne pouvait être sensible qu’à la voix, qu’au son, qu’à la vibration. Pour moi, ça, c’était comme une forme de libération. Cela ouvre tout de même de manière conséquente le champ des possibles et cela remet les choses à leur juste place. Les chansons, elles sont faites pour être chantées. Ce sont des sons, c’est de la musique. J’étais finalement infiniment touché que les gens soient eux-mêmes touchés par ce qui émanait de la chanson, au-delà du sens. Peut-être que le sens subliminal est beaucoup plus important et transcende le reste. Pour moi, c’était une sorte de révélation.

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Delphine Volange, le 3 octobre 2012. En haut, avec Mandor. En bas, avec Tony Montana.

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(Merci à Patricia Espana, l’attachée de presse de la chanteuse en néanmoins amie, pour l’organisation de cette interview en deux temps, trois mouvements.)

19 octobre 2012

Céline Mastrorelli : interview pour Elle était une fois

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(Photo : Stéphanie Gac)

J’ai découvert Céline Mastrorelli lors des Muzik’Elles 2009. Elle avait remporté avec brio le tremplin Nouv’Elles. Nous nous étions rencontrés à cette occasion. Depuis, je suis de loin (pas de si loin que ça d'ailleurs) son évolution musicale. Son album est sorti le mois dernier et il est brillantissime. Elle écrit et compose, textes et mélodies, classe ce premier album et sa musique comme de la pop minimaliste. C’est de la chanson française, inspirée par Gainsbourg, Brel, Barbara, avec des cordes et des violons… et aussi de l’électro… Céline Mastrorelli nous offre un premier album soigné et pétillant dédié aux femmes qui aiment les hommes qui aiment les femmes, et qui saura séduire le plus grand nombre. La chanteuse cannoise est venue à l’agence le 28 septembre dernier pour une interview mandorienne fort agréable.

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorExtrait de la biographie signée Henry Michel (je ne sais pas qui est ce monsieur, mais comme le laïus était signé, je rends à César ce qui… etc.) :

Céline Mastrorelli vient de la « chanson française, » qu’on prend enfin plaisir à prononcer à nouveau sans son voile de poussière. Ayant accompagné en première partie Biolay, Chamfort, Raphaël ou Le Forestier, Céline croit encore aux jolies phrases.

Céline croit encore aux jolis mots, et aime jouer avec, parfois en trapèze, mais ne tombe jamais. Céline croit encore aux chansons qui racontent des choses, comme elle croit encore au prince charmant. Des chansons qui, en concert, font sourire hommes et femmes. Les unes, se retrouvant dans ces récits, les messieurs, grimaçant peut-être à l’évocation de crimes passés ou pire encore : à venir.

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céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorInterview :

Tu as mis longtemps pour sortir cet album…

J’ai perdu beaucoup de temps, mais à la fois, ce temps perdu m’a servi. S'il y a 8 ans on m’avait dit que mon album sortirait en 2012, j’aurais arrêté tout de suite. Mais comme tu ne sais jamais ce genre de chose par avance, ça ne pouvait pas me décourager. Tu sais, j’ai commencé tard à écrire des chansons. J’avais 25 ans. Très vite, mon style s’est affirmé. Chaque fois, j’estimais que la chanson d’après était meilleure que celle d’avant. Quand tu rentres dans cette logique de te dire que la prochaine sera meilleure alors on va l’attendre, tu perds des années. J’avais très peur de graver quelque chose qui existe et que je renie.

Ensuite, il a fallu trouver les bonnes personnes pour faire cet album.

J’ai surtout cherché longtemps un label qui lui-même pourrait me trouver les bonnes personnes. En fait, ça faisait beaucoup d’intermédiaires tout ça et beaucoup de perte de temps. Quand j’ai eu 30 ans, je me suis dit que c’était maintenant. Chacun à l’investissement de sa vie. D’aucuns s’achètent un appart, l’autre une bagnole, un troisième des voyages. Moi, mon investissement il est là. J’ai tout mis dans la production de cet album.

Le teaser de l'album.

On sent qu’il y a les moyens derrière…céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandor

Oui, par exemple, je voulais, un joueur de Thérémin. C’est un des premiers instruments électroniques de tous les temps qui produit des sons à base d'ondes et de champs magnétiques. C'est le déplacement des mains dans l'espace qui produit le son, un truc presque irréel un peu comme si on dessinait sans feuille. Je voulais aussi un quatuor de cordes, un bon pianiste, un bon réalisateur, un bon studio, bref, je voulais le meilleur pour mon album. Je voulais quelqu’un qui comprenne ce que j’avais envie de rendre. J’ai donc fait appel à Benjamin Tesquet et Benjamin Constant. Et les deux ont été incroyables. On est rentré en studio en octobre 2010, il y a deux ans.

Il y a deux ans ? Du coup, tes chansons ne sont pas toutes récentes.

Comme je savais que j’allais mettre longtemps avant de réussir à sortir cet album, je voulais sélectionner les chansons qui seraient pour moi intemporelles, qui auront toujours un sens et celles dont je savais que j’aurais toujours autant de plaisir à chanter. Je n’ai d’ailleurs pas choisi de potentiels singles.

Tu racontes des histoires personnelles, mais toutes les femmes peuvent se retrouver dans tes chansons.

Quand j’étais petite, je pensais que j’étais différente. Quand j’ai grandi, je me suis dit que j’étais finalement comme tout le monde. Et aujourd’hui, je m’aperçois que je suis différente comme tout le monde. Chacun est unique et tout le monde est différent. C’est pour ça que mon histoire personnelle parle à tout le monde. On aime, on déteste, on a le cœur brisé, on vit des moments extraordinaires. C’est vrai que ce sont des chansons de filles dans le sens où c’est une fille qui les raconte, mais l’angle de la caméra est de temps en temps placé vers la fille, de temps en temps placé vers l’homme. Tout le monde devrait se retrouver.

Le premier clip officiel: "Robe de Cocktail".

Tu manies à merveille l’autodérision dans tes textes ?céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandor

Je trouve qu’arriver à se moquer de soi même, c’est tellement plus simple. Tout est plus relatif, tout prend une dimension beaucoup moins grave. Mais surtout, l’auto dérision, c’est ce qui sauve.

Je lis sur ton Facebook beaucoup de belles réactions par rapport à la sortie de cet album.

C’est incroyable. Ça te fait presque oublier les 8 ans de patience. En plus, il y a 79 radios, grandes et petites, qui ont souhaité me programmer. J’ai un quota d’écoute en streaming sur Spotify ou sur Deezer qui est assez incroyable. Je parle bien sûr dans le cas de quelqu’un qui n’a pas de promo.

On peut difficilement te ranger dans une case en tout cas.

Oui, personne ne sait si c’est dans la case variété variété, ou intello intello. Le « entre les deux » n’est pas très pratique à situer. Je trouve, en tout cas, que c’est faux de penser que la variété ne peut pas être intello. Depuis quand il faudrait écrire des textes débiles pour faire de la variété ?

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorTon album commence par un magnifique instrumental. On dirait presque une musique de film.

Si mon album est une histoire, j’ai envie de faire un générique de début et un générique de fin. J’ai composé vraiment une musique qui explique que l’on rentre dans une histoire.

L’ordre des chansons est donc important.

Ça a été un véritable casse-tête. J’ai fais en sorte qu’il y ait un sens logique. Tout commence avec « Lost in Paris ». Cette chanson ne peut pas bouger, c’est sa place. Et évidemment, tout fini avec « A mes amours ». C’est une manière de dire aux hommes qui ont traversé ma vie: voilà, j’en ai chié, vous m’en avez fait baver, mais merci parce que, grâce à vous j’ai appris, grâce à vous, je suis ce que je suis devenue aujourd’hui. Et maintenant, je suis prête à nouveau à aimer. Ça y est, je sais comment ça marche.

Enregistrement de "T'oublies or not T'oublies" (1ere version) en duo avec Benjamin Tesquet.

céline mastrorelli,elle était une fois,interview,mandorParlons de « T’oublies or not t’oublies », ton duo avec Joseph d’Anvers. Je n’ai pas reconnu sa voix, d’ailleurs.

Non, parce qu’il ne chante pas comme d’habitude. Pour ce duo, j’avais deux chanteurs en tête. Marc Lavoine et lui. J’aime les voix graves, je trouve ça tellement beau.  C’est marrant, dans cette chanson, il a un timbre de gros fumeur, alors qu’il ne fume pas.

"Ex en Provence" est ta chanson préférée. Pourquoi ?

Je l’aime aussi pour ce qu’elle raconte : la fin d’une très jolie histoire. Mais, il y a une lecture pour les personnes qui veulent écouter cette chanson au premier degré. En fait, dans chaque phrase, tu as vraiment un deuxième sens… J’aime aussi l’arrangement.

Le 22 octobre, tu joues au Réservoir, avec Pauline Brooks en première partie.

C’est le concert de ma sortie d’album. Donc j’ai envie de faire un peu la fête. Sur scène, il y aura évidemment les chansons de l’album, et je ferai des duos avec deux trois amis chanteurs. Par exemple Vincent Lieben avec notamment la reprise de « Mademoiselle liberté », le chanteur du groupe Super Pop Corn et Pauline Brooks. On sera 6 sur scène… Ce sera plus une fête qu’un concert.

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(Photo d'ouverture de l'interview : Sand Mulas).

15 octobre 2012

Mathieu Boogaerts : interview pour son album éponyme

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mathieu boogaerts,eponyme,interview,mandorMathieu Boogaerts a sorti son nouvel album éponyme le 1er octobre dernier. Il propose des chansons dont il doit être lassé de s’entendre dire qu’elles sont minimalistes. Disons qu’elles sont aussi simples qu’elles sont sophistiquées. Il suit sa route sans les paillettes, mais avec une impeccable rigueur. Je l’ai déjà mandorisé pour son précédent album, c’était en 2008, dans un bar de la capitale. Cette  fois-ci, le lieu est plus personnel. Il m’a reçu le 26 septembre dans son petit studio, à deux pas de sa salle fétiche, La Java. Un endroit coupé du monde dans lequel il aime venir réfléchir, travailler et désormais, donner ses interviews…

Interview :

À la Java, tu as rodé tes nouvelles chansons quelques mois. Était-ce aussi pour les tester auprès du public avant de les inclure dans l’album ?

Pas du tout. Quand on fait un concert, ce n’est pas un disque. On n’a pas d’applaudimètre pour savoir si telle ou telle chanson marche mieux que l’autre.

Mais un artiste sait si la chanson capte l’attention du public, quand même…

Dans un spectacle, une chanson peut avoir un succès parce qu’elle amène une énergie, parce qu’elle arrive au bon moment,  alors que quand on fait la vaisselle chez soi, on s’en fout. Néanmoins, le fait d’avoir joué ses chansons régulièrement sur scène, quand j’étais derrière mon micro, en studio pour les enregistrer, j’avais un supplément de confiance et de foi que je n’aurais pas eu autrement. 80% de la matière audible sur le disque ont été faits en deux après-midi. Basse, batterie, guitare. J’ai pris un peu plus de temps pour faire des voix, mais ça a été plutôt rapide quand même.

Clip de "Avant que je m'ennuie".

Cette réputation que tu as d’être pointilleux en studio est-elle exagérée ?

Je ne suis pas pointilleux pendant les enregistrements, mais je suis pointilleux quand j’écris les textes, pointilleux quand j’écris les mélodies, pointilleux pendant l’enregistrement, pointilleux pendant le mixage, pointilleux pour l’ordre des chansons, pointilleux pour la pochette. C’est pour ça que j’ai la prétention de sortir un disque et de le vendre au public. Si je n’étais pas pointilleux, ce serait malhonnête de ma part.

Dans ce disque, on sent que tu t’es amusé avec les sons et les mots. Cela étant, c’est valable pour tous tes albums précédents.

Merci de cette dernière précision. L’exigence du son des mots et du sens du texte fait partie du métier d’auteur-compositeur-interprète de chansons. Une chanson c’est la rencontre entre des mots et de la musique. Les mots doivent évoquer les sentiments, un sens, mais ils doivent aussi sonner et vibrer avec les accords… bref, c’est un tout. En aucun cas, il n’y a pas de chansons avec lesquels je suis plus ambitieux et pointilleux. Le curseur est au même niveau pour chaque chanson.

Est-ce que c’est une création mathématique d’écrire une chanson ?

C’est mathématique dans le sens où il y a un cadre. Une mélodie, ça a un certain nombre de pieds. Voilà, j’ai 12, 12, 6, 6, 7, 12… donc effectivement, il y a un peu de mathématique qui intervient dans la création d’une chanson. La musique, c’est mathématique.

Et le rôle d’un auteur compositeur est-il aussi d’inventer de nouvelles formules ?

Personnellement, même si je suis forcément conditionné, j’essaie au maximum de me libérer de toute convention. Par exemple, il y a certaines fautes de français dans mes textes, mais comme je les fais volontairement, j’assume tout à fait. Quand Nino Ferrer chante « Gaston, y a l’téléfon qui son », ça n’a pas le même impact que « Gaston, y a le téléphone qui sonne ».

Parfois, crains-tu que ton second degré assez fréquent ne soit pas toujours perçu comme tel ?

Je peux me dire que telle ou telle phrase est potentiellement confuse ou pourrait être mal interprétée. Pour la première fois, quand je l’ai remarqué, je l’ai un peu modifié, parce que pour ce disque, j’avais vraiment envie d’être compris plus que d’habitude. J’ai été soucieux d’être le plus limpide possible, tout en gardant ma patte personnelle.

Pourquoi as-tu le souci de ne pas envisager la musique et les textes comme les autres ?

Parce que pour moi, cela va de soi. Être artiste et sortir un disque à 20 euros, si on revendique que ça vaut le coup de l’acheter, c’est aussi parce que ce n’est pas le même que celui du voisin. Mon métier, c’est de traduire en chanson des sentiments par lesquels je suis passé avec un langage personnel et original.

Pour la première fois, un de tes albums n’a pas de titre…

Je crois qu’on a le droit d’utiliser ce procédé une fois. Je ne veux pas que cet album ait un statut différent des précédents, mais sur les autres, le titre s’est imposé. Là, je n’ai eu aucun déclic, du coup, il était hors de question que je nomme ce disque avec un titre que j’aurais été susceptible de regretter. Inconsciemment, ça à un peut-être un sens, mais que je ne maîtrise pas.

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Dans cet album, il y a deux chansons d’amour, très premier degré, comme « Sylvia » et « Je sais ». C’est rare dans ton répertoire que tu ne cherches pas à créer des effets stylistiques quand tu chantes quelque chose de très personnel.

Cette remarque me fait plaisir. Je reviens à ce que je te disais tout à l’heure, je veux que cet album soit plus « abordable ». En gros, je suis sur une plage l’été, il y a un feu de camp, il ya une guitare sèche qui passe, je sens que la chanson, tout le monde peut la chanter en chœur avec moi et comprendre de quoi je parle.

C’est difficile pour toi de faire simple ?

Le plus beau compliment que l’on puisse me faire quand on écoute une de mes chansons, ce serait « mais bon sang, bien sûr, il fallait y penser ! ». C’est comme le mec qui a inventé le carré, le rond ou le triangle, ça paraissait évident, mais ça n’existait pas avant que quelqu’un y pense. Ça peut paraître bizarre, mais je t’assure que j’ai toujours été à la recherche de la simplicité, tout en étant original et nouveau si possible.

Tu écris parfois pour les autres, récemment pour Luce, Camélia Jordana et en ce moment pour Vanessa Paradis. 5 titres en tout. C’est énorme !

C’est elle qui est venue vers moi parce qu’elle a beaucoup aimé la chanson « Moi c’est » que j’ai écrite pour Camélia Jordana. J’en ai fait 6, elle a gardé 5. Elle semble très enthousiaste de mes chansons et j’en suis ravi parce que je les aime aussi beaucoup. J’ai développé des musiques et des textes en fonction de l’idée de ce que je me fais de ce qu’elle a dans la tête.

Il faut se prendre pour Vanessa Paradis pour écrire pour Vanessa Paradis.

C’est pareil qu’au cinéma. Il faut se prendre pour Antoine Doinel pour jouer Antoine Doinel.  Dans tous mes albums, chaque chanson est un prétexte pour aller explorer un personnage enfoui au fond de moi. Quelque part, j’ai un peu de Vanessa Paradis en moi. J’ai un peu de femme en moi. C’est marrant ce que je te dis là, c’est la première fois que je formule les choses comme ça.

En fait, tu joues un peu la comédie pour interpréter ce que tu as de plus caché en toi.

C’est difficile à expliquer. Pourquoi je passe tout d’énergie, tant d’amour, tant de temps, à écrire des chansons, à les enregistrer, à les trouver justes, à les mettre sur un disque, enfin… d’employer autant d’énergie à tout cela ? Inconsciemment, je dois avoir un déficit de communication dans la vraie vie, et donc, c’est une façon d’exister, de créer un lien avec le reste du monde. Quand je suis sur scène, ce sont des moments de jouissance au sens propre du terme. Ce n’est pas de l’orgasme sexuel, mais le corps exulte réellement. Ce sont des moments où je me sens vraiment vivant.

Le teaser du disque.

Est-ce que tu vis ta vie d’artiste de la manière la plus idéale ?

Mon opinion est qu’on ne peut pas vivre sa vie d’artiste idéalement. Je vais un peu loin dans ma théorie, mais un artiste, par définition, est toujours à la recherche de quelque chose. Si on refait un disque, c’est que le précédent n’était pas comme on voulait qu’il soit parce qu’il manquait quelque chose. Moi, je suis toujours frustré. C’est une composante inhérente à mon travail. Cela étant, il y a des jours où je vois le verre à moitié vide et d’autres jours, le verre à moitié plein.

Et ça se traduit comment ?

Quand je le vois à moitié vide, je me dis : « J’ai 41 ans, j’en suis à mon 6e album. Je fais toujours partie des artistes confidentiels, toujours dans la case « spé ». Pourquoi, je ne vends pas autant de disques qu’Étienne Daho, qu’Alain Souchon ou que Benjamin Biolay ? ».  Je ne comprends pas donc je suis un peu jaloux, un peu frustré, un peu aigri.

Et quand tu vois le verre à moitié plein ?

A ce moment, je me dis : « Ça fait 17 ans que je fais exactement la musique que je veux, comme je veux. J’en vis correctement, je n’ai pas de problèmes d’argent. Le matin quand je me réveille, ma seule problématique professionnelle, c’est de me demander quel type d’accord, quel mot je vais choisir, quel typo je vais prendre pour l’affiche ? ». Dans ce sens, je sais que c’est un luxe énorme et  je me sen hyper privilégié.

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13 août 2012

Jonathan Dassin : interview avant la sortie de son premier album

jonathan dassin,interview

C’est rare quand je demande à un artiste dont je n’ai pas entendu l’album de venir me voir. Dans le cas de Jonathan Dassin, je n’ai écouté que deux titres, Dans le désert et Ma gueule… Mais cet artiste est un cas particulier. Il est impossible de ne pas voir en lui son père, Joe Dassin. Et pourtant il a beaucoup lutté contre cette ressemblance. Puissamment. Aujourd’hui, il a cessé de lutter. Il assume cette filiation vocale et physique. Du coup, il avance plus vite et plus honnêtement.

Les textes de son premier album, selon son dossier de presse, sont « romantiques et effrontés. Sa musique est à la frontière de la soul, du funk et de la variété. L’univers du premier album de Jonathan Dassin joue sur les contrastes, entre mélodies enjouées et textes désenchantés. Sa voix grave nous  rappelle celle de son père, mais son univers bien particulier épouse la nouvelle scène française ». Jonathan Dassin est venu à « l’agence » le 19 juillet dernier. Merci à son attaché de presse, Pierre-Henri Janiec, d’avoir tenu parole... et si vite. Comme d’habitude.

jonathan dassin,interviewInterview :

Vous avez commencé à composer à 13 ans vos premières chansons, en anglais, au sein du groupe pop Limelight. 

Je faisais traduire les chansons que j’écrivais en français en langue anglaise par ma tante, Richelle Dassin, la sœur de mon père. Je trouvais que ça sonnait mieux et c’était aussi une question de facilité. Quand on chante dans une langue que l’on ne maîtrise pas, pas besoin de raconter des histoires fabuleuses ou d’être excellent dans l’écriture.

Vous avez donc changé d’avis, aujourd’hui.

Oui, puisque je ne chante plus qu’en français. Je me suis sérieusement penché sur cet aspect-là de mon travail. Pour chanter en français, il fallait que je fasse murir quelque chose qui n’était pas forcément naturel pour moi.

En 1997, à l’âge de 18 ans, vous accompagnez à la trompette et au bugle le groupe afro Nassara.

C’était une très grande expérience. A ce moment-là, je me disais que le chant n’était pas fait pour moi, mais je voulais continuer la musique. Je me suis donc mis à la trompette avec ce groupe. Avec Nassara, j’ai élargi mes horizons musicaux et multiplié les concerts. Le groupe a fait les premières parties de Manu Dibango et des Wailers, et a été la tête d’affiche d’un concert au Bataclan en 1998. Cette expérience m’a beaucoup appris. Musicalement et dans les rapports humains… c’était une grande famille.

Vous avez quitté le groupe pour pouvoir vous recentrer sur un projet personnel et chanter de nouveau.

Oui. Chanter n’a jamais été un grand problème pour moi. Ce qui a été compliqué long et fastidieux, c’est d’accepter la voix que j’avais. Il fallait que j’accepte que ma voix ressemble à celle de mon père. Pendant une grande période de ma vie, j’ai essayé de m’en éloigner. Cela m’obsédait, un peu trop d’ailleurs. Je suis baryton et je ne chantais pas dans ma tonalité. Je chantais plus ténor, alto parce que je n’assumais pas la ressemblance vocale avec Joe Dassin.

jonathan dassin,interviewQu’est-ce qui a fait que finalement, vous avez décidé d’assumer cette voix ?

Le temps et ma maturité ont fait leur travail. J’ai fini par réaliser que ça ne servait à rien de fuir la réalité des faits.

Quand on est le fils de Joe Dassin on a envie de crier : « écoutez-moi pour mon travail et pas parce que je suis le fils d’un chanteur populaire » ?

Je suis au début de ma carrière et je sais pertinemment que je ne passerai pas à côté de la comparaison. Je sais ce que je veux faire et je me suis toujours un peu éloigné du répertoire de mon père. Je me suis démarqué volontairement de ses chansons… je suis confiant en moi et en mes chansons. Ce que je vis en ce moment est un moment de vérité. Je travaille pour que l’on reconnaisse mon travail et je ne veux surtout pas profiter de la notoriété de mon père.

Les comparaisons avec lui, vous vous y attendez.

J’entends ça depuis que je suis enfant… j’y suis habitué.

1er clip officiel : Dans le désert.

Vous faites des chansons éloignées de la variété pure et simple. Ma gueule ou Le désert, par exemple, ne sont pas des chansons « faciles ».

J’adore la musique américaine et ma musique peut se rapprocher de la soul, du funk, parfois c’est plus « ambiance », parfois elle tire vers le reggae. J’ai finalement une palette assez large. Ça va vous étonner, mais je considère que je fais aussi de la variété.

Vous aimez qui musicalement ?

J’adore Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Prince, Ben Harper par exemple. Chez les Français, c’est Gainsbourg et Brassens.

Et les chansons de votre père, vous ont-elles influencées ?

J’ai eu une période, dans ma petite enfance, où je n’écoutais que lui. Ensuite, j’ai complètement zappé. Il avait une manière de faire de la musique et de chanter qui était unique.

Êtes-vous admiratif de ce papa que vous n’avez presque pas connu ?

Honnêtement, je pense qu’aujourd’hui, je suis objectif. En progressant personnellement dans la musique, j’ai pu mieux comprendre pourquoi il était bon.

Pourquoi alors ?

Alors que beaucoup de musiciens sont à la recherche de la complexité, lui, cherchait la simplicité et l’efficacité. Un musicien n’est jamais aussi bon que quand il cherche à faire simple. C’est à ce moment que le public est touché. Moi, dans mon évolution, je tends à cela. Je me bats pour simplifier.

Un extrait de Ma gueule.

Votre album est annoncé depuis longtemps. Il tarde un peu à venir.

On vient de signer chez Wagram, il faut patienter encore un peu. J’ai beaucoup composé ces dernières années, mais j’ai du choisir parmi une douzaine de titres ceux qui allaient figurer sur mon album. Le choix fut difficile. Je ne suis pas mécontent d’avoir mis du temps à sortir ce disque, car je sais que maintenant je présente un travail mature. Nous allons retourner en studio en septembre et en octobre. Il y a des textes un peu second degré, un peu cynique aussi, voire méchant parfois. J’aime bien un peu provoquer.

Avez-vous déjà des « fans » ?

Un petit peu. J’ai aussi pas mal de fans de mon père qui observent ce que je fais et qui m’encouragent. Ça ne me dérange pas, je le comprends parfaitement.

jonathan dassin,interview

Le souci, dans votre cas particulier, c’est qu’il y a un a priori immédiat. Le fils de Joe Dassin, qui a la même voix et la même tête, chante lui aussi. Même moi, j’ai dû freiner ce réflexe de suspicion.

Je sais bien. Il faut passer cette première étape et être curieux pour découvrir mon univers. Faire de la musique est une démarche personnelle puisque je n’ai pratiquement pas connu mon père et que ma mère ne nous a jamais incités à nous lancer dans ce domaine. Mon frère et moi, nous nous sommes débrouillés tout seuls pour aller dans cette direction.

Une chanson de Joe Dassin dédiée à son fils Jonathan. Paroles très troublantes...

A 17'30'', Joe Dassin parle de Jonathan et de son éventuel envie qu'il devienne chanteur lui aussi...

Votre frère cadet, Julien, justement, il chante aussi.

Oui, mais nous n’avons pas la même démarche musicale et je ne parle jamais à sa place.

Avez-vous peur du jugement des autres ?

Pas trop. Si c’est négatif, bien sûr, ça va me plaire moyennement, mais j’ai plutôt confiance en moi. Il le faut pour avancer.

Est-ce qu’il y a quelque chose de l’ordre de « je crois en ma bonne étoile » ?

Je ne me suis jamais posé cette question. Je sais que c’est ce que je veux faire tout en ayant pleine conscience que les choses peuvent très bien se passer ou pas aussi bien que je l’espère. En ce moment, je suis heureux. J’ai la possibilité d’enregistrer mes chansons, puis de les faire connaître, c’est une belle période. J’ai envie d’en découdre avec le public. J’ai hâte d’avoir son avis…

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18 juin 2012

Céline Ollivier : interview pour "La femme à l'éventail"

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(Photo : Nicolas Berat)

Quand j’ai reçu le disque de Céline Ollivier, j’ai d’abord trouvé la pochette très belle. Un peu osée, mais pas trop. Je ne vous cache pas que je regarde aussi la provenance de l’envoi. Il y a des attachées de presse dont je sais qu’elles sont exigeantes dans leur choix personnel et qui sélectionnent les artistes qu’elles souhaitent que je rencontre (par rapport à ce qu’elles savent que je suis susceptible d’être intéressé). Ce n’est pas toujours le cas. Mais Flavie Rodriguez, oui. C’est agréable.

Dès la première écoute (c’est là le plus important),  je suis tombé sous le charme de la voix de Céline Olliver. Quelques chansons me paraissent même des évidences tubesques, comme par exemple « Le flore » et « La femme à l’éventail »… 

Vous pouvez écouter 6 extraits de l'album sur son site, celineollivier.com.

Une rencontre s’imposait donc.  Elle s’est tenue le 7 juin dernier. J'ai découvert une jeune femme sympathique dont la langue de bois n'est pas la spécialité.

Avant de lire le fruit de notre entretien, voici sa bio officielle.

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céline ollivier,la femme à l'éventail,interview,mandorInterview :

Tu es passée par le groupe Maximum Kouette

J’étais sur la tournée du 3e album, One, two, très fort ! en 2005. C’était ma première grosse expérience professionnelle. La première fois que je me retrouvais sur de grosses scènes. On était souvent en tête d’affiche ou en fin de plateau de gros festivals avec parfois plus de 8000 personnes.

Leur musique n’était pas franchement ton univers, il me semble ?

Pas vraiment. Tu sais, ils avaient besoin d’une vraie guitariste qui chante. Ils m’ont demandé si je me sentais de faire des rythmiques un peu reggae. Je n’y connaissais pas grand-chose au rock steady et au dub, mais je me suis lancée.

Tu as fait le conservatoire de musique. Ça permet de pouvoir s’adapter à tous les genres de musique, il me semble…

Oui, parce qu’au conservatoire, tu apprends à être polyvalent. Tu peux lire n’importe quelle grille, tu es armé et bien outillé.

Le chant, c’est inné chez toi ?

J’ai pris des cours de chant avec plusieurs professeurs. Il y a deux ans, j’en ai rencontré une super qui m’a remise dans ma voix, qui m’a replacé, parce que je chantais tout beaucoup trop bas.  Mes autres professeurs pensaient que j’étais alto. Erreur de diagnostic vocal, puisqu’en fait, j’ai une voix de soprano. Aujourd’hui, je chante là où je dois chanter.

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(Photo : Nicolas Berat)

Sur ton album, il y a des chansons sur lesquelles tu vas loin vocalement et d’autres où tu parles comme « Mes adieux ».

Je ne me suis pas posé la question comme ça. C’est plus le sens du texte qui donne l’interprétation, l’intention à la voix. J’aimerais aller plus loin dans la liberté, dans la manière de s’affranchir et de tout se permettre. Pour tout ça, il faut bien se connaître et grâce au cours que je continue à suivre, je suis encore en train de découvrir des choses.

Tu as travaillé et enregistré cet album avec le talentueux Martin Gamet.

Quand on s’est rencontré, tout de suite, on a parlé artistique et pas argent. Travailler avec lui était comme une évidence. C’est lui qui a composé l’équipe de musiciens qui m’accompagne. Moi, j’avais juste très envie de Benjamin Brillant qui jouait de la guitare avec moi sur scène.

Dans ce disque, la musique est parfois « chaude »…

J’aime bien dire qu’elle est un peu blues du sud, un peu fado. Il y a Sébastien Martel qui est venu rentrer des  guitares et c’était une grande leçon.

Quand tu entends ton œuvre, ta création, joué par des musiciens professionnels, ça t’émeut.

Il y a une élévation que ce que tu as créé. Je n’imaginais pas qu’on aurait pu aller jusque-là avec mes chansons. C’est magnifié sérieusement. Entre mes maquettes et l’enregistrement ainsi que les changements de tonalité avec ma prof de chant, il y a du chemin parcouru.

Ce disque a été enregistré en 3 semaines.

Oui, plus précisément, en 3 fois une semaine. Les respirations entre deux sessions sont essentielles. On est plus objectif quand on reprend. Franchement, cet enregistrement s’est déroulé de manière idyllique.

La chanson « Flore », ton premier single, évoque Jane Birkin. Je n’arrive pas à déceler si c’est un hommage ou une déception.

J’aime bien que chacun s’en fasse une libre interprétation. Je peux être piquante, douce ou pince sans rire quand je chante cette chanson sur scène… j’aime le fait qu’il y ait un vrai éventail d’interprétation. De toute manière, on est tous là à écouter les chansons avec notre parcours et notre histoire.

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(Photo : Nicolas Berat)

Il y a une chanson à part dans ce disque, « Jardin du Luxembourg ».

C’est une commande de Naïve pour Enzo Enzo. Je parle d’une femme et de sa relation avec son amant. J’ai masculinisé cette histoire d’amour, contrairement, effectivement, aux autres chansons. Souvent, c’est vrai, il est question de femmes, d’amantes.

céline ollivier,la femme à l'éventail,interview,mandorSur la pochette, tu es nue, mais pudiquement.

J’avais envie de réfléchir sur cette question : est-ce que c’est parce qu’on est nue que l’on se livre et est-ce que c’est parce qu’on est habillée, au sens esthétique du terme, que l’on se cache. Il y a quelque chose d’artistique dans la prise de vue de cette photo, dans le travail du photographe.

Textuellement, trouves-tu que tu te dénudes dans cet album ?

C’est proche de moi dans les humeurs. Douce ou piquante, c’est tout à fait ce que je suis. Des chansons d’amour, d’une certaine manière, il y en a dans le disque, mais ce qui est important, c’est comment l’auteur interprète aborde l’amour, ce qu’il vit, ce qu’il voit. Pour moi, c’est plus une histoire de ton, d’angle de vue.  Est-ce que ce serait intéressant de rentrer plus dans certains détails. Je n’en suis pas certaine.

Tu as une très belle écriture, l’utiliser autrement, ça te tente ? Genre des nouvelles ou un roman…

J’ai découvert le blog de l’écrivain Mathieu Simonet (note de l’auteur : mandorisé la même semaine) sur lequel il propose des sujets imposés. Je ne réponds pas à tous les textes, mais j’y participe souvent. C’est une merveilleuse idée ce blog, ça désacralise l’écriture. On n’est obligé de rien et ça me fait du bien. Écrire sans notes, c’est vraiment un autre exercice pour moi. La mise en musique influe beaucoup sur la tonicité des mots, le rythme, le flow. Ce sont deux exercices que j’aime beaucoup.

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