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10 avril 2013

Sarah Zeppilli: interview pour son EP.

Sarah Zeppillli

J’ai reçu récemment, un EP pop élégant contenant des chansons légères (ou un peu moins). Interprétées par une voix douce, sensuelle même. Des histoires qu’on devine parfois personnelles, mais qui tendent vers l’universel. Entre délicatesse et douce nostalgie. Je ne voulais pas que vous passiez à côté, alors j’ai demandé à Sarah Zeppilli de venir à l’agence avant son concert aux Trois Baudets, le 24 avril prochain.

L'interview s'est tenue le 6 mars dernier.

sarah zeppillliBiographie :

Après un parcours  atypique (école de communication, cours de théâtre, petits boulots divers, passage en agence de pub...), Sarah Zeppilli décide de ne se consacrer qu'à l'écriture et à la musique. Le voyage commence en Inde où elle prend ses premiers cours de chant (2002). Puis en rentrant de ce voyage de 3 mois, la chanteuse lyrique Cécile Leray lui fait découvrir son instrument, le souffle, la technique vocale. Ensuite à travers le Brésil en participant aux ateliers de l’exubérante chanteuse Monica Passos. La carrière musicale de Sarah Zeppilli peut commencer.

Quelques années après, on a pu découvrir sa voix à l’occasion de diverses collaborations musicales : bandes originales de films ( Une aventure new-yorkaise d’Olivier Lécot, Le petit marin de Stéphanie Vasseur), nombreuses musiques de pub et collaborations d’album (Diassibo Tchombiano, Orwell). Aujourd’hui, c’est avec un projet personnel ambitieux de chansons intimes qu’elle nous offre les clés de son univers.

sarah zeppillli

Interview :

Tu as eu deux grands-parents musiciens de jazz. Tu as commencé à chanter du jazz. Ça te paraissait naturel d’aller vers ce que tu connaissais ?

Oui, c’était un gout personnel et commencer par ce que l’on connait bien me paraissait logique. Mon côté artistique s’est d’abord exprimé par le théâtre, mais, bon, j’étais une piètre comédienne. C’est en allant voir des concerts que je me suis dit : « mais quel bonheur ce doit être d’être sur scène et de chanter ». Ça m’a paru plus intense que de jouer la comédie. En plus j’adorais chanter… depuis toujours. Je saoulais mon entourage à chanter constamment.

A un moment, il fallait que des professionnels t’aiguillent un peu ?

J’ai toujours fait des choses qui tournaient autour de la conscience du corps parce que chanter c’est beaucoup avoir conscience de son corps, conscience de ce qu’il se passe physiquement. En faisant du théâtre, on faisait beaucoup de relaxation, aujourd’hui, je fais beaucoup de yoga.

Oui, parce que la voix, ce n’est pas que la gorge.

Ce n’est surtout pas la gorge. Tout ça, c’est un masque, il y a des résonateurs.  Enfin, c’est un peu trop abstrait pour que je puisse t’expliquer ici, mais c’est passionnant d’aller à la découverte de ce processus. C’est important d’être guidé par quelqu’un qui a conscience de tout ça.

sarah zeppillli

Ta voix, tu as intérêt à savoir t’en servir. Tu es aussi comédienne voix. Tu fais beaucoup de publicités. (Vous pouvez en écouter certaines là !)

Je fais plein de voix pour la radio, la télé, des répondeurs téléphoniques. J’adore cette activité.

Tu as déjà sorti un EP en 2008, Chansons polaroïds, mais tu ne revendiques pas ce disque comme tel.

C’était juste des maquettes qui ont été masterisées par Discograph pour un concours qui s’appelait « En français dans le texte », que j’ai remporté. Après, j’ai fait des featurings pour d’autres albums. Ça fait un moment que je tourne, mais ce disque est vraiment le premier pour moi.

Tu fais aussi de la musique de film.

Oui, pour le moment pour deux courts-métrage et un long métrage. Un long métrage d’Olivier Lécot, Une aventure New Yorkaise. Un joli film qui est passé sur Arte. On a bossé avec Timothée Régnier, que l’on connait maintenant sous le pseudonyme de Rover. D’ailleurs, sa chanson « Aqualast », la première fois qu’elle est sortie, c’était sur la bande originale de ce film. Sur cet album, je chante deux chansons avec son frère. Lui, accompagne désormais Barbara Carlotti.

Tu travailles seule pour composer ?

Oui parfois. Et parfois, il y a certaines chansons qui sont co-composées. Je connais mes limites, même si j’essaie toujours d’aller au-delà.

Sarah Zeppilli en concert aux Trois Baudets le 24 avril 2013

sarah zeppillliJe trouve que tu as un sens prononcé de la mélodie.

Pour moi, c’est hyper important. Les premières chansons que j’ai composées, je les ai composées en chantant, sans instrument. Souvent, la mélodie vient en premier. Il m’arrive de voir mes musiciens, je chante un truc et ils me posent des accords dessus.

Il y a un orchestre de 30 cordes dans ton disque. C’est énorme.

Oui, j’ai fait un appel à contributions à mes proches et une personne à financé l’orchestre de 30 cordes. Merci à elle !

Tu as un joli univers, musicalement mélancolique.

Je revendique cet aspect mélancolique même si chaque personne à plein de facettes. Je chante avec une certaine douceur et une joie de vivre.

Cet EP, c’est pour dire : voilà ce que je suis capable de faire ?

Oui, même si le résultat final sera l’album qui est presque terminé. Je l’autoproduis donc ça prend du temps. Il manque une chanson et il nous reste tout à mixer. Je me suis entourée de deux musiciens pour le réaliser: David Berland, et Pascal Rodde. J’ai eu la chance de pouvoir bosser avec Philippe Entressangle (Cali, Keren Ann, Olivia Ruiz) à la batterie, Franck Bedèze pour les basses/ contrebasses ou Julien Chirol ( Feist) pour les cuivres avec Nicolas Giraud .

Enregistrement du 1er album de Sarah Zeppilli

Les gens qui l’ont écouté ont l’air d’avoir été charmés par ces chansons.

On ne peut pas plaire à tout le monde, mais c’est vrai que les premières appréciations lues sur Internet sont encourageantes. Nous sommes nombreux à faire ce métier et à le faire bien, alors c’est rassurant de lire des choses positives.

Tu produis cet album seule, il faut le préciser.

Oui. Après tu n’as pas les mêmes moyens pour la promo qu’un label. En même temps, parfois, tu signes sur un label et le disque ne sort pas. Au moins, là, je suis maître à 100%. J’ai un éditeur qui me soutient. Une autre personne qui s’occupe un peu de moi, un peu manager. Sinon, je suis un peu toute seule en effet.

Les musiciens et réalisateurs ont été généreux avec toi.

Oui, je me sens d’ailleurs redevable. Ce disque doit exister. On doit en parler. Ne serait-ce que pour les musiciens qui se sont engagés dessus. David Berland, par exemple, s’est donné jour et nuit durant plusieurs semaines, plusieurs mois même. Ça me met une petite pression supplémentaire et en même temps ça me booste.

Clip non officiel de "J'avais oublié Paris".

sarah zeppillliTu aimes la scène, plus que tout.

Oui, j’ai envie de parcourir la France entière. Ce n’est pas facile, surtout quand tu as un répertoire comme le mien. Assez doux. J’avoue que je ne fais pas danser les gens en concert, par contre, je les fais chanter.

Comment convaincre le public, dans cette masse d’artistes talentueux qui existent, d’aller à la découverte de ton œuvre ?

On est tous différents avec un univers différent à offrir. Plus tu es conscient de ce que tu as à proposer, plus tu es limpide, plus les gens eux-mêmes y voient clair. Il faut les happer, les charmer.

Tes origines italiennes viennent de ton grand-père qui était italien. Tu te sens un peu italienne ?

Oui.

Dans quoi ?

Dans l’appétit. Dans l’appétit de la vie et des pâtes (rires). Plus sérieusement, je me sens italienne dans ma méridionalité, dans mon besoin de soleil, dans mon envie de famille, d’être avec mes amis, dans une envie de tribu.

Tu as besoin d’être entourée tout le temps ?

Non, j’ai besoin d’un équilibre entre ma solitude et être proche des gens que j’aime. J’adore être seule et j’ai besoin des autres aussi.

Tu chantes pour donner du bonheur aux autres ?

Oui. Et j’ai aussi besoin de raconter des histoires qui partent toujours d’une émotion que je ressens. Elles peuvent être liées à des choses extérieures qui me touchent ou à des choses que je vis. Ensuite, l’imaginaire s’en mêle. Après, je me permets de relier les choses qui ne sont pas forcément liées ma propre vie. Ensuite, j’ai envie de partager les émotions et j’ai envie de faire naître d’autres émotions chez les gens. C’est une façon de leur parler.

sarah zeppillli

sarah zeppillli

06 avril 2013

Monsieur Roux : interview pour L'illégalité joyeuse

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Depuis son premier album, Ah si j’étais grand et beau,  j’adore les « chansons méchantes où les gentils gagnent à la fin » de Monsieur Roux. Ses « chansons peuplées de gens à la fois ordinaires et loosers magnifiques » me touchent beaucoup. Il y a dans l’œuvre d'Erwan Roux beaucoup d’autodérision, de tendresse, d’humour et désillusion.

Son troisième album vient de sortir et le 10 avril (mercredi prochain), Monsieur Roux sera en concert à Paris à L'Européen. C'était l'occasion idéale pour organiser une rencontre à l'agence. Ce qui s’est produit le 5 mars dernier grâce à Patricia Espana.

monsieur roux,l'illégalité joyeuse,interview,mandorBiographie officielle (mais raccourcie) de Monsieur Roux :

Quatre ans après son précédent disque, Monsieur Roux revient avec L'illégalité joyeuse, recueil de chansons décomplexées en français, aux airs de ballades lunaires. Enregistré et réalisé à Laval par Romuald Gablin, il aura fallu deux ans pour malaxer des sons et des mots, essayer, chercher, se perdre et puis peut-être au final se trouver pour arriver à ce résultat : Un disque d'une diversité musicale rare en "chanson française", comme si à l'instar de la pochette de l'album, on voulait nous signifier que le monde ne serait plus jamais cette carte bien rangée aux frontières tracées à la règle. On passe ainsi de sonorités africaines à des rythmiques brésiliennes, d'un phrasé hip-hop à une chanson pop sans que cela semble poser problème. Le mix de JB Bruhnes (Bertrand Belin, Emily Loiseau, Arthur H...) apportant pour finir le tout une belle lumière à l'ensemble.

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Interview :

Tout à l’heure, tu me disais en off que parfois on écoutait tes chansons selon l’image que l’on pouvait avoir de toi. Tu penses avoir quelle image dans le métier ?

Déjà, je pense n’en avoir pas vraiment. L’image que peuvent avoir les gens de l’extérieur est liée essentiellement à mon premier album et à quelques chansons un peu plus connues notamment « Petit rasta » ou « P’tite Pouf». Je pense que, du coup, je suis encore dans cette image de chanteur comique.

Je trouve que tes chansons, si elles provoquent parfois un rictus d’amusement, sont aussi teintées de profondeur et d’ironie.

Je pense que quand même, je donne l’image de quelqu’un de pas très sérieux. Mon nom aussi, provoque cela.

Clip de "Je reviens à la vie".

En tout cas, dans ce disque, j’ai l’impression que tu te montres un peu plus tel que tu es.

Comme je n’avais pas du tout d’expérience dans la musique, dans le premier album, j’ai utilisé beaucoup d’ironie et d’humour pour ne pas embêter les gens avec mes états d’âme. Dans le deuxième, Un été caniculaire, j’ai fait le contraire. Il y avait une volonté d’être pris au sérieux et de faire une musique un peu plus rock. Il y avait aussi des chansons un peu engagées parce que je pense que sur le premier album, des chansons avaient été un peu mal comprises. Sur ce troisième album, j’ai donc eu la volonté de faire le disque qui me ressemble le plus et d’assumer ce que j’étais.

Dans ton œuvre, tu dis beaucoup, mais avec une distance, un humour et un second degré assez importants. J’ai l’impression que tu as peur de tomber dans la démagogie.

Je ne sais pas si j’en ai peur, mais en tout cas, je ne me sens pas vraiment engagé politiquement. Même si j’ai des fondamentaux,  je ne sais pas où je suis précisément. Je n’ai jamais été vraiment militant dans des associations ou dans des partis politiques. Dans mes chansons, il y a quand même un parti pris, un point de vue qui est donné.

Je me suis demandé en écoutant l’album, L’illégalité joyeuse, si tu étais un homme optimiste.

Je suis désespérément optimiste ou j’ai l’optimisme désespéré. Je suis assez optimiste en général parce que j’ai confiance en mes semblables, mais parfois, ils me désespèrent un peu. Globalement, j’ai l’impression qu’on est dans une période un peu transitoire et qu’on n’a jamais été aussi évolué quand même.

"J'habite une rue" version acoustico-bucolique.

Cet album porte un message: relativisons les petits malheurs que l’on a.

Généralement, rien n’est vraiment sérieux, rien n’est vraiment très important, surtout quand on est dans des histoires un peu sentimentales. Il faut relativiser nos petites histoires par rapport à ce que peuvent vivre d’autres personnes.

Il y a quelques chansons dites « sociétales » comme « L’illégalité joyeuse », « Peste et choléra », «Jour de gloire » « Pauvre con » et « La dernière pluie ».

C'est-à-dire que je suis devenu un peu pauvre, donc, tout de suite, je me suis rendu compte de certaines choses. Dans la chanson « L’illégalité joyeuse », par exemple,  j’ai voulu expliquer que j’étais fatigué d’entendre des leçons de morale à tout bout de champ de la part de gens qui, eux-mêmes, ne respectent pas la loi et qui en aucun cas n’ont mérité la place qu’ils ont, car ils en ont hérité. Je trouve insupportable que les médias montrent du doigt les gens qui sont aux chômages, ceux qui touchent le RSA en les traitants d’assistés. Ce manque de respect m’agace prodigieusement surtout quand on sait comment ce pays fonctionne socialement. Ces gens qui montrent du doigt n’ont aucune idée de ce que c’est que de vivre avec 500 euros par mois. Ce que je ne comprends pas, c’est comment c’est possible dans notre pays que des gens qui entendent ça à longueur de journée et qui se font humilier de la sorte, ne prennent pas une batte de baseball pour aller défoncer les la gueule des gens dans la rue. Je trouve au contraire qu’ils sont très respectueux et très polis. Ça force le respect.

Toi,  tu en prends ombrage et tu en fais des chansons. Tu en fais même un concept philosophique.

Je prends les choses pas évidentes avec légèreté.

"Peste et choléra" en live à Lyon

As-tu un côté anarchiste ?

Je ne sais pas. A partir du moment où tu as un point de vue social et qu’il ne s’inscrit dans aucun parti politique, on a peut-être tendance à te considérer comme un anarchiste. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que je ne le revendique pas.

Tu revendiques le fait d’être un branleur en tout cas.

Je n’ai pas envie de prendre les choses au sérieux parce que, quand je les prends au sérieux, ça me touche trop. Je préfère en rigoler finalement.

Du coup, les messages que tu souhaites faire passer passent en douceur…

C’est là la farce. Dire des choses assez dures en douceur.

Le tout sur une musique légère et ensoleillée.

Un peu de profondeur dans la futilité.

Tu assumes aussi la sucrerie.

Je trouve que j’ai des chansons assez sucrées. « Ton postiche te lâche » et « Les week-ends en Mayenne » par exemple. J’ai peur qu’elles soient un peu mièvres, mais j’espère qu’elles ne le sont pas.

Vous aussi, apprenez à jouer "La vie est dure" au Ukulélé!

Tu es un chanteur à texte. Ca aussi tu l’assumes ?

A la base, c’est vraiment ça parce que je n’ai pas de formation musicale et je ne suis pas un grand chanteur. J’écris mes textes et je les chante. C’est ça mon métier.

Ta musique incite à penser que tu es un grand voyageur.

Je le suis. J’aime beaucoup voyager et la musique m’a permis de le faire dans un autre cadre que des vacances. Ça m’enrichit parce que partout où je passe, je rencontre des musiciens du coin.

Quels sont tes goûts musicaux personnels ?

Ma base, c’est Renaud et les Beatles. C’est ce que j’écoute depuis que je suis enfant. J’aime bien Nougaro parce qu’il faisait aussi de la chanson métissée et discrètement engagée.  J’apprécie Brigitte Fontaine qui exprime aussi beaucoup d’idées importantes dans ces chansons, tout en ayant l’air cinglée.

Parfois, quand tu crées une chanson, as-tu peur d’être trop influencé par les autres ?

Quand je joue, je sais que parfois je veux le faire « à la manière de ». Par exemple, dans cet album, « Je reviens à la vie » est faite à la manière de JP Nataf, « Il pleut des cordes » avec des batteries inspirées de celle que l’on trouve dans des titres de l’artiste néo-zélandaise tUnE yArDs, enfin les guitares de ce disque sonnent Vampire Weekend.

Un peu de Beatles aussi ?

Oui. La fin de « Le chameau », c’est complètement pompée sur « I Want You ». J’assume complètement toutes ces inspirations.

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Pendant l'interview (photo : Patricia Espana).

As-tu l’impression de trouver ta place dans la « grande famille » de la chanson française ?

Je ne rencontre pas trop les gens du milieu de la chanson. Je ne suis pas très connu et je n’ai jamais été dans les réseaux, dans les grands festivals… et je suis un peu méfiant par rapport à la profession et au grand succès. Quand « Petit rasta » a bien marché, je me suis retrouvé dans un espèce de truc speed que je n’ai pas particulièrement apprécié. J’avais l’impression de ne plus rien contrôler. Faire des interviews de 5 minutes dans des radios très commerciales ne me passionnait pas plus que ça. Je n’ai pas non plus aimé le rapport qu’ont les gens avec toi quand le succès arrive. Finalement, je me sens plus à l’aise aujourd’hui.

Le public qui a vraiment aimé ton premier disque dans son ensemble et pas que « Petit rasta » ou « P’tite Pouf », continue à te suivre aujourd’hui. Il est plutôt fidèle.

Certains nous ont abandonnés, mais il y en a des nouveaux.

Est-ce qu’on a le public qu’on mérite ?

Si c’est le cas, ça veut dire que je suis très méritant (rires).

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Pour finir, un scoop mondial qui va bouleverser le monde de la chanson française. Monsieur Roux et Tony Montana sont très proches..., j'dis ça,j'dis rien.

04 avril 2013

Maissiat : interview pour son album Tropiques

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Récemment, lors de la finale du Prix Georges Moustaki 2013. Discussion entre deux membres du jury avant délibération. Dans ce contexte, évidemment, on parle « chanson française ».

Lui :

-Sinon, que penses-tu de Maissiat ?

Moi :

-Encore elle ? Écoute, je ne comprends pas le raffut que l’on fait autour d’elle. Non, vraiment, je ne vois pas ce qu’on lui trouve d’exceptionnel. C’est sympa, mais sans plus.

-Tu as écouté ?

-Oui. Une fois, rapidement. Mais, tu sais, je suis un peu allergique aux gens dont tout le monde parle comme de la perle du moment…

-Ah bon ! Je te comprends, mais tu devrais un peu insister, sans a priori…

-Toi, visiblement, tu aimes beaucoup.

-Oui, je suis son chef de projet.

Voilà. J’ai fait comme si je n’étais pas gêné. Comme si j’assumais mes propos.

Alors que non. Pas un instant. Je lutte depuis des années contre les a priori. Parfois, je tombe dedans. Et j'ai honte.

maissiat,tropiques,interview,mandorJe suis rentré chez moi. J’ai réécouté Tropiques et j’en compris l’enthousiasme général. Ce disque est beau. Tout simplement. Et je l’ai réécouté. Et j’ai trouvé qu’il était même hypnotisant. Aujourd’hui, avec l’album d’Arman Méliès, c’est le disque français que j’écoute le plus.

Il n’y a que les imbéciles…

Le 27 mars dernier, quelques jours avant son Café de la Danse (ce soir, le 4 avril), j’ai poussé le vice jusqu’à lui demander de venir à l’agence. Pour lui avouer tout ça et puis surtout pour la connaître mieux. (Un grand merci à Patricia Teglia pour ce rendez-vous calé du jour au lendemain).

Extraits de sa biographie officielle :maissiat,tropiques,interview,mandor

La musique de Maissiat prend racine dans une pop raffinée qui donne à la noirceur les atours de la sensualité. On y plonge, ravis du sortilège, sûrs d'en revenir pour mieux y retourner.

Une musique généreuse dans ses appels comme dans la liberté qu'elle offre à qui veut se laisser prendre : ici la voix ondule, se fait plusieurs, parle grave ou s'envole très haut ; ici le texte s'éclate en possibles, se resserre crûment, se floute à nouveau.

L'écrin est fait de pianos qui s'enlacent et se parlent, de rythmiques profondes et alanguies qui s'excitent et deviennent épileptiques, de claviers qui soufflent le froid et le chaud.

" C'est beau ! " Comme ce qui nous semble intime et lointain, comme ce qui vient résonner au fond de nous avec la force de l'insaisissable.

maissiat,tropiques,interview,mandorInterview:

Vous n’avez pas spécialement vécu dans un milieu musical.

Je n’ai pas eu d’éducation musicale en fait. Artistiquement, c’était le grand vide de ce côté-là à la maison. En cherchant un peu, j’ai bien eu un grand-père paternel friand de poésies, mais c’est le seul dans la famille qui avait un atome crochu avec un art. Par contre, depuis l’âge de 6 ans, j’ai toujours voulu faire ce métier. Peut-être qu’inconsciemment, j’ai pallié à un manque, à un vide.

Mais votre mère avait une guitare.

Elle a toujours été là et je ne l’ai jamais vu s’en servir. Mais, c’est grâce à elle que le piano est arrivé à la maison. Petit à petit, je me suis mise à l’apprentissage de cet instrument.

Quand à 6 ans, on décide que la musique va devenir sa vie, on fait quoi ?

J’ai suivi des cours de piano à l’âge de 11 ans, pendant 3 ans. Ce n’était pas le conservatoire, je pratiquais plus comme du loisir. Je chantonnais, j’avais des chansonnettes dans la tête. Je suis fille unique et lorsque nous partions en vacances avec mes parents, je me rappelle avoir eu des moments de solitude, m’être baladée sur les rochers, faire ma vie dans ma tête… j’avais déjà un fort imaginaire.

"Le départ"

Vous avez fait des études autres que musicales.

J’ai fait une école d’attachée de presse, l’EFAP, et j’ai eu mon diplôme. À 21 ans, j’ai travaillé à Lyon dans une boite de prod télé et ciné régionale. J’étais en stage et je m’entendais très bien avec le patron de cette boite, La compagnie Lyonnaise de Cinéma. Il m’a proposé au bout d’un an d’être en CDI et de devenir  assistante de direction en plus d’être chargée de com. Quand il m’a proposé tout ça, j’ai eu un déclic. Je me suis dit « non » parce que si j’acceptais ça, je me projetais dans 10 ans et j’allais y être encore. Ce n’était pas la vie dont je rêvais. Je l’ai remercié de sa confiance et j’ai démissionné.

Ensuite, vous avez cherché des musiciens.

J’ai joué avec d’autres musiciens à St Étienne. En 2005, je connaissais la musique du groupe Subway. J’aimais beaucoup à l’époque et j’apprends que leur chanteuse s’en va. Samantha Julien, la batteuse me contacte pour que je fasse des essais pour remplacer Séverine. Et j’ai intégré le groupe. J’y suis restée 4 ans.

C’était un groupe beaucoup plus rock que ce que vous faites en solo dans ce premier album.

Oui, mais c’est ce que j’aimais quand j’avais 23 ans. J’étais pleine d’envie en arrivant dans ce groupe et la forme rock me permettait d’expulser, de sortir de moi-même, de me déchainer…

Pourquoi avez-vous quitté le groupe ?

C’est le besoin d’évoluer musicalement, d’être curieuse d’autres sons. Je n’avais plus la même émulation, alors que j’en ai besoin en permanence pour travailler et bien faire les choses. Donc, je suis partie.

"Trésor"

On sent dans ce premier album, Tropiques, que vous avez des goûts musicaux variés.

Oui, j’ai une face plus obscure et une face plus claire et tout ça fait l’identité musicale d’une personne. Je suis revenue au piano pour cet album et rien ne dit que je ne repasserai pas à la guitare sur le prochain.

Chaque année, il y a toujours un ou deux albums français dont tout le monde parle en des termes dithyrambiques. C’est le cas de Tropiques.

Ce disque, ce n’est pas que j’en suis fier, mais je me sens bien avec lui. Je me sens à l’aise d’en parler, de le défendre devant la presse ou devant un public. 

Il a été fait avec la collaboration de Katel.

Entre nous, il y a eu une grande confiance mutuelle dès le départ. On a vraiment choisi de travailler ensemble. Je l’avais vu en interview à la sortie de son album Décorum en 2010. J’avais rarement entendu quelqu’un parler de musique de manière aussi brillante. Je ne la connaissais pas du tout à l’époque. Je trouvais que son esprit était fin. Son discours était clairvoyant et lumineux. Je suis allée écouter sa musique, puis je suis allée la voir en concert. À cette époque, j’avais déjà des brouillons, des maquettes… et voilà. Elle a fait un travail considérable sur le disque. Je suis arrivée avec la matière, avec tous les titres et plus qu’il y en a dans l’album…

"Les fins de nuit" (Showcase privé de Maissiat à IVRY le 21 février 2013)

Oui, là, c’est le best of finalement.

Voilà (rires). Mes arrangements étaient trop « arrangés » justement et elle est allée dans l’épure de tout ça. Elle à l’art d’aller à l’essentiel. Katel a été force de proposition sur ce disque et je pense que c’est ce qui lui donne sa patte et son caractère. J’avais besoin de quelqu’un qui me fasse accoucher de quelque chose que je sais déjà, mais que je ne sais pas encore… c’est pour ça que je parle de finalité. Entre le chemin A où je commence à faire mes brouillons et Z, où on est en sortie d’album. À mi-chemin jusqu’au point final, on est en plein dedans : faire sortir les choses de soi. Il y a des arrangements en moins, la voix n’est pas la même et du coup, on ne l’écoute pas de la même manière… c’est ça et bien plus que j’ai trouvé en travaillant avec Katel.

Je sais que vous n’aimez pas trop travailler seule.

Je travaille seule jusqu’à un certain point. Après, j’estime que pour aller au bout de quelque chose, j’ai besoin des autres. Oui, l’idée de travailler seule complètement n’est pas envisageable pour moi. Je fais ce que j’estime savoir faire et quand j’arrive au bout de ça, je sens qu’il faut que des personnes viennent apporter un savoir que je n’ai pas.

Quand j’ai écouté votre album la première fois, je ne suis pas rentré directement dans le disque.  Je ne comprenais d’ailleurs pas ce que mes collègues lui trouvaient de si intéressant. Ensuite, j’ai réécouté et j’ai compris. Plus on l’écoute, plus on l’aime.

Je vous comprends, moi quand j’entends trop parler d’un film, bizarrement, je finis par ne pas aller le voir. Sinon, que mon disque ne soit pas simple d’accès ou « évident » à la première écoute, tant mieux ! J’aime bien les personnalités, musicales ou non, vers lesquelles je vais pouvoir aller creuser, où tout n’est pas dit dès la première rencontre. J’aime bien découvrir les couches, les sous-couches, toutes les strates de quelqu’un. C’est pareil pour les chansons.

"Jaguar" (par Le Cargo)

La comparaison avec Françoise Hardy pour la voix et Alain Bashung pour les textes, vous le prenez comment.

Françoise Hardy, je peux le comprendre, parce que la ressemblance est là. Il y a quelque chose de commun entre nos deux voix, je ne peux pas le nier. J’aime beaucoup les albums de Françoise Hardy, plus anciens. J’ai écouté l’album Gin Tonic quand j’ai composé Tropiques. Quant à Bashung, je lui voue un respect et une admiration musicale totale, donc, que l’on me compare à lui, c’est presque gênant. Je n’ai pas la prétention d’être à son niveau. En écoutant mon disque, que l’on puisse penser à ça, alors tant mieux. Je ne peux que le prendre bien puisque je suis sensible à ce qu’il a fait. Il y a un titre, « Jaguar » qui pourrait éventuellement, dans l’ambiance et par les arrangements, faire penser à des chansons de Bashung.

On ne dit que du bien du disque… vous êtes étonnée, touchée ?

Je ne suis pas du genre à m’emballer. Je suis consciente de ce que je fais, de ce qu’il se passe, de ce qu’il se dit autour de l’album, mais il faut raison garder. J’arrive enfin, avec les années, à être contente, heureuse, de ce qu’il se passe. J’essaie d’être bien et centrée au maximum pour faire ce que j’ai envie de faire.

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maissiat,tropiques,interview,mandorVotre album est mélancolique, mais pas triste.

Je suis fière et contente de cette idée-là.  On parlait de Katel tout à l’heure, je pense qu’elle y est pour beaucoup. C’est vite fait de tomber dans le pathos. Suivant les arrangements qu’on place dans un titre, suivant les mots qu’on emploie et la manière dont on chante, je peux vous garantir qu’un des ingrédients peut changer beaucoup de choses. Il suffit de peu pour que cela devienne trop. Je m’en fous d’être triste, ce n’est pas le problème, mais je ne le suis pas tout le temps et c’est album ne l’est pas.

Quand on écrit une chanson, elle est perçue différemment par les gens qui l’écoutent.

Ce qui est fascinant, c’est de voir la vie d’une chanson. D’où ça vient et jusqu’où ça va. Je me rends compte que je parle parfois des chansons comme je parle de personnes. Ça prend vie, ça prend forme, ça devient mature, c’est sur un disque, ça devient plus formel.

Vous avez un sentiment de dépossession quand les chansons sont sur un disque.

Non, j’ai l’impression qu’elles prennent leur envol. C’est comme un adolescent qui partirait de chez ses parents pour faire sa vie. Mais, comme vous dites, je trouve ça fascinant la perception et l’accueil qu’une chanson peut avoir.

Un artiste déclenche des émotions. C’est une grande responsabilité.

C’est ça notre métier, tout à fait. Déclencher des émotions. C’est mon rôle d’être spectatrice, d’observer et d’en tirer quelque chose qui déclenche quelque chose chez les gens qui m’écoutent.

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31 mars 2013

Axel Bauer : interview pour la sortie de Peaux de serpents

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Le septième album d’Axel Bauer, Peaux de serpents, est sorti il y a un mois. Pour ce retour313315_10151610005847317_107752494_n.jpg attendu, le chanteur a mis l’accent sur les textes et sur une musique rock impeccable. Dans ce disque fort et profond, Marcel Kanche, Gérard Manset, Brigitte Fontaine, Jean Louis Aubert et Pierre-Yves Lebert l’accompagnent avec brio. Loin de "Cargo" ou d’"Éteins la lumière", c’est à Alain Baschung que l’on pense quand on écoute ses nouveaux titres. La voix calme et puissante qu’on ne connaissait pas à Axel Bauer fait son travail : elle nous charme, nous ensorcelle. Il nous rend serpent hypnotisé (bon j’exagère un peu, mais voyez là un lien astucieux avec le titre de son album). Une sorte de force tranquille, de puissance intrinsèque, déborde de ces titres. Ce disque est puissant et magistral. Son meilleur depuis longtemps.

Au matin du 20 février dernier, je me suis rendu à sa rencontre dans un bar parisien pour évoquer cet album… et un peu plus.

a.JPGInterview :

Je trouve ce disque plus grave et profond qu’à l’accoutumée. Votre collaboration avec Marcel Kanche n’y est pas pour rien.

C’est quelqu’un qui aime bien se promener avec son chien dans la nature. C’est quelqu’un qui fuit le tumulte de la ville. C’est un type simple qui fait les choses simplement et avec une redoutable efficacité. Il est capable d’employer et de me faire chanter le mot « hérisson » dans une chanson. C’est une prouesse pour un auteur d’utiliser le mot « hérisson » pour désigner une victime et son bourreau.

Son écriture a-t-elle modifié la vôtre ?

Oui, c’est affreux. Marcel a atteint un certain niveau d’épuration proche de la perfection. Il arrive a condenser un sentiment très fort avec deux phrases, ce que la langue anglaise permet de faire aisément. La langue française est trop ardue pour céder à cette facilité-là. Quand il m’envoyait certains textes, je regardais les miens et je trouvais qu’ils avaient beaucoup trop de mots. J’ai essayé d’épurer comme lui, au maximum. Parfois ça marchait un peu, parfois c’était difficile. Moi, quand j’écris ça vient rapidement dans un premier jet, du coup la remise en question n’est pas évidente.

Vous qui êtes aussi auteur, entrez-vous facilement dans les mots des autres ?

Avec toutes ces années, je me suis rendu compte qu’il y avait un travail même avec ses propres textes. Quand on écrit un texte soit même, comme on se dit que c’est proche de soi, on n’a pas besoin de l’interpréter. C’est une erreur. Il faut aussi avoir de la distance avec ce que l’on écrit. Il faut forger une sorte de visualisation qui nous implique émotionnellement. Je travaille selon la méthode Stanislavski. Je me crée des images, j’essaie de les rattacher à mon vécu et c’est comme ça que je choisis les textes. Pour moi, ce n’est pas la personne qui écrit le texte qui est important, ce qui est important, c’est mon degré d’implication dans ce que me propose la personne. Pour moi le texte est un cadre.

Vous avez presque tout assumé dans cet album. Vous n’êtes plus dans une major, ça change tout ?

On est face à ses propres choix. On ne peut pas s’en remettre à quelqu’un qui serait de la maison de disque, qui accompagnerait, qui dirait que c’est tel ou tel mix qu’il faut prendre. C’est donc un choix d’être le seul décideur et le seul juge de son travail. Ce n’est pas facile à faire. On n’a pas toujours le recul nécessaire, c’est aussi pour ça que j’ai pris du temps pour enregistrer cet album. Je voulais être convaincu de mes choix. Il m’est arrivé quand j’étais chez Universal, d’avoir la sensation que mon disque sortait sans avoir été au bout du processus créatif.

Vous n’avez jamais été homme à compromis, il me semble. Ni aujourd’hui, ni hier.aa.JPG

Quelquefois, mes albums m’ont emmené dans des sphères où on perd un peu pied avec la réalité. C’est peut-être ça, ne pas se compromettre, c’est accepter de perdre pied avec la réalité. Quand je fais des compromis artistiques, ça ne marche pas bien. Je ne dis pas que je n’ai pas fait une ou deux chansons pour passer à la radio. Sachant que je suis guitariste, que j’aime bien jouer avec un son un peu bluesy, avec de la distorsion parfois, j’ai du refaire des intros avec trop de guitares pour qu’une chanson soit diffusée. Finalement, ça enlevait l’essence du morceau et la chanson ne passait que deux ou trois fois, après on la zappait.

Le public et les médias vous aiment bien, en avez-vous conscience ?

Oui, je le ressens comme ça. Depuis l’époque de « Cargo », j’ai pris conscience que l’hyper succès n’était pas quelque chose que je désirais parce que c’est trop envahissant. J’ai suivi une route différente à ce moment-là et les gens ont apprécié cette décision. Je crois.

Vous chantez dans cet album avec une voix plus grave que d’habitude.

 Je crois que c’est la clope qui fait ça. À part ça, c’était quand même un peu conscient de ma part. J’ai beaucoup joué avec des amplis surpuissants et on s’habitue à chanter beaucoup plus aigu que sa propre voix pour passer au-dessus de la fréquence des amplis. Ces derniers temps, sur scène, j’avais plus de plaisir à jouer de la guitare qu’à chanter. Avant de commencer cet album, j’ai réécouté les lives qu’on avait enregistrés et je me suis dit qu’il fallait que je me calme. C’était trop trop. Pas besoin de faire AC/DC tous les soirs surtout avec les textes de Marcel. Être tout le temps dans l’énergie peut tuer l’émotion d’un texte. J’ai voulu travailler dans la descente en soi. J’ai cherché le calme et le côté posé dans la voix.

 

Vous sentez-vous apaisé aujourd’hui ?

(Long silence). Je suis un peu un angoissé quand même. J’ai un côté hypocondriaque. J’ai toujours très peur de la mort, donc je ne suis jamais totalement apaisé. Mais je vais bien. Je suis heureux, j’aime ce que je fais, j’aime cette vie, même si elle n’est pas facile tous les jours. Ce n’est pas évident de n’avoir aucune perspective sur le lendemain.

L’instabilité de ce métier vous fait peur ?

On ne sait pas ce qu’on va gagner dans la musique. On ne sait pas comment on va vivre à court terme. Il y a des moments où je me demande comment je vais faire dans 3 mois parce qu’on a plus rien de prévu. Au moment où je me demande si je vais vendre des guitares, des propositions arrivent, des choses se passent et tout à coup, ça redémarre. Non, cette vie n’est pas simple. Je suis toujours dans l’instant avec très peu de projections sur le futur.

Quand vous faites des concerts, le public est très demandeur de vos succès passés. C’est quelque chose que vous vivez bien ?

Oui. Une chanson comme « Éteins la lumière », c’est facile pour moi de la reprendre. J’ai l’impression d’avoir 15 ans à nouveau quand je la rejoue. Je suis dans un local, j’ai envie de monter un groupe de rock et je m’éclate. Il y a un côté un peu cliché, mais c’est un cliché agréable. Je viens de là. Ce sont les Led Zepellin, les Stones, les Who qui m’ont donné envie de faire de la musique. Après, pour « Cargo », c’est un peu plus compliqué parce que c’est un titre qui ne correspond pas à ce que j’appelle le « line-up » de ce que l’on fait. Le morceau est tellement exigeant au niveau du son et il y a une telle pression pour le refaire bien que du coup, il faut accepter de revenir dans les années 80. C’est le seul morceau qu’on refait presque à l’identique. Je dis bien presque… parce que je suis incapable de refaire la même chose à chaque fois.

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Ci-dessus, avec Axel Bauer le 20 février 2013, à l'issue de l'interview... et ci dessous, le 27 novembre 1987. Le temps passe, quoi!

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Enfin, pour finir, petit rappel : Axel Bauer à publié l'année dernière une autobiographie passionnante, Maintenant tu es seul... que je vous conseille de lire.

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30 mars 2013

Prohom : interview pour Un monde pour soi

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(Photo Lynn SK)

Le Lyonnais (comme moi) Philippe Prohom est un artiste aux multiples talents : auteur, compositeur, interprète, comédien, clown, intervenant scénique…

prohom-un-monde-pour-soi.jpgRevenons en quelques mots sur son déjà important parcours. Après avoir sorti deux albums chez Polydor, Prohom (2002) et Peu importe (2004), qui ont reçu un bon accueil tant du public que de la presse, Prohom a conquis la France à travers une tournée de 650 dates  accompagné par 3 musiciens. Ensuite, par souci d’indépendance, il signe justement chez un producteur indépendant un 3e album, Allers retours.

Aujourd’hui, avec un nouvel album, Un monde pour soi, il revient en force avec 12 titres electro Rock d’excellentes factures. Il y chante le processus créatif, la mort, l’amour, mais toujours avec une émotion palpable à chaque instant. Un Monde pour soi est un album sombre et dense, qui se découvre un peu plus à chaque écoute. Il me semblait important de le rencontrer. Ainsi fut fait le 28 février dernier, à l’agence. (Merci à Stéphane Cabane !)

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(Photo : Lynn SK)

DSC06724.JPGInterview:

Faut-il diversifier sa musique, sa façon de concevoir ses textes, tenter d’autres expériences, au risque de "troubler" son public. Là, je fais référence à ton précédent disque Allers retours.

La méthode de travail n’a pas tellement changé. Aujourd’hui je vois la différence d’un album à un autre, notamment dans ce 3e  dont tu me parles. C’est plus au niveau des textes et de la thématique, mais dans la méthode de travail  c’est toujours 3 cordes de guitare, des synthés, des machines… Dans le 3e, je chantais des choses plus légères. J’entends bien que cet album ressemble plus au son du premier, je le vois, mais ce n’est pas une vraie volonté.

Il n’y a rien de réfléchi dans ton travail, c’est plus de l’instinctif ?

Chez moi beaucoup. Surtout sur Un monde pour soi où je me suis vraiment laissé guider par l’évidence. J’avais 30 titres, j’ai pris ceux qui me semblaient importants pour moi, à ce moment-là, de défendre. Je vais te dire la vérité, quand je me suis retrouvé sur scène avec les chansons de mon 3e album, je me suis vite ennuyé.

Ah oui ? C’est emmerdant.

C’est même très emmerdant. Et c’est là que je me suis dit que je n’étais pas fait pour chanter l’Entertainment, pour chanter des trucs légers. Ça ne me nourrit pas assez. Mes nouvelles chansons, elles, me nourrissent.

Dans ce que tu racontes dans tes chansons, tout est essentiel, rien n’est anodin.

Je conçois très bien la chanson Entertainment, qui est là pour distraire. Ça ne m’embête pas du tout, mais ça ne me concerne pas. Je n’ai que 4 albums, c’est important pour moi de laisser une trace, quel que soit le succès de cette trace et le nombre de gens qu’elle touche… c’est ma trace personnelle. Je pense à mon enfant, à ma fierté d’être humain sur mon lit de mort, je veux laisser une trace qui est touchante et importante pour moi et les miens.

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(Photo : Lynn SK)

L’écriture est un exutoire pour toi ?

Oui, depuis très très jeune, je ressens quelque chose de fort, j’ai besoin de le coucher sur du papier. Je ne suis pas un auteur qui se pose dans le but d’écrire sur un sujet déterminé. Si je n’ai rien à dire, je n’écris rien. Je ne veux qu’écrire ce qui est important pour moi.

Dans « L’encre au bout des doigts », tu racontes un peu que l’écriture t’a sauvé.

L’écriture m’a permis d’être plus calme. Les premiers textes que j’ai écrits, à 13 ans, c’était des réactions à la société que je ne comprenais pas. Je me suis rendu compte qu’à la fin de la page, je me sentais mieux. Ca ma permis de prendre beaucoup de recul sur les choses. Quand tu écris, tu comprends mieux, tu as un autre regard, comme si tu changeais l’angle de ta caméra, tu n’es plus dans le viscéral. C’est une thérapie, finalement.

Dans « Comment lutter ? », tu réfléchis sur la lutte, l’engagement, le combat pour honorer ses propres valeurs.

Là encore, c’est une question que je me suis beaucoup posée étant jeune. Je m’étais destiné à une carrière de terroriste écologique, quand je suis sorti de l’armée.

376602_442746819102947_640133886_n.jpgTu es au premier degré, là ?

Oui. Absolument. J’avais la volonté de faire sauter des bulldozers. Et puis non, évidemment. « Comment lutter ? », c’est un constat d’échec dans lequel tu te dis qu’on est écrasé par le poids de ce monde qui marche sur la tête. Tu te demandes ce que tu peux faire. Cet album raconte un peu ça. Quand les gens mettent l’album en boucle, ils mettent « Un monde pour soi », puis « Comment lutter ? ». Si la solution était de se créer un monde autour de soi ? Si on faisait on sorte déjà qu’autour de soi, ce soit bienveillant et le plus rempli d’amour et d’humanité possible ? Que peut-on faire d’autre ? En tout cas, l’art est une façon de rassembler les gens.

Dans « Un monde pour soi », tu parles de ta relation avec le public, mais pas uniquement, si l’on gratte un peu plus.

Oui, je dis qu’il y a du sens à tous nos actes, il y a du sens à toutes les galères que l’on peut vivre dans nos vies. Plus généralement, cet album raconte une période difficile de ma vie, mais qui m’a énormément servi. Je préfère être l’homme que je suis aujourd’hui que celui que j’étais il y a 5 ans sans toutes ses galères et sans toute cette période un peu sombre.

C’est un album de questionnements. Il est profond et intime. Dans « A quoi me fier ? », tu expliques que tu te sens perdu dans le monde et perdu même à l’intérieur de toi. 

Oui, c’est terrible. J’ai perdu beaucoup de repères et quelques certitudes avec mes aventures de ces 5 dernières années.

Tu as dit dans « CD’aujourd’hui », à ma consœur Marion Combecave,  que c’est l’album qui explique le deuil des attentes.

Souvent, dans une relation amoureuse, on idéalise la personne en face, mais on est très souvent amoureux de ce qu’on aimerait qu’elle soit. On croit aimer la personne, alors qu’on aime la « person perfect », or, personne n’est parfait. Plus tu montes dans l’idéalisation, plus quand tu t’aperçois que ce n’est pas ça, de plus haut tu tombes. Je crois que toute la vie est comme ça. J’ai lu le livre « Les quatre accords toltèques », dans ces 4 accords, il y a l’idée de ne pas faire de projection. On est tout le temps dans un monde d’attentes et de frustrations.  On cout après plein de choses et la vie réelle nous échappe. On est toujours dans le plus loin, on est toujours à se faire du souci pour plus tard et on oublie de vivre ce présent-là.

Tu te sens comment aujourd’hui ? Notamment par rapport à ce disque ?

À cette époque, là, au moment où nous faisons cette interview, je suis content de cet album. Tout ce qui arrive en plus, c’est du bonus. Je n’ai besoin de personne pour me dire que cet album est bien ou n’est pas bien. Je le considère à sa juste valeur. J’espère évidemment qu’il sera bien accueilli et que les gens l’écouteront, mais si demain, j’ai une mauvaise critique et qu’un mec dit « il est tout pourri ton album », ça glissera sur moi. Toutes mes récentes épreuves de vie font que je suis détaché de tout ça.

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Au-delà du fait que ton précédent album a moyennement marché, es-tu un artiste dans le doute perpétuel ?

Pas beaucoup.

Tu es sûr de toi, alors ?

Non, pas du tout sûr de moi. C’est une histoire d’âge. Je ne suis plus tout jeune et je sais qui je suis, ce que je veux faire. Je suis conscient de mes qualités et mes défauts. Je ne suis pas Katy Perry. Mon album est sombre, il raconte des choses impliquantes et je sais bien que la majorité des gens ont envie de se marrer. Chacun à sa place et moi, je suis très bien à ma place.

Tu l’as dit, ton album est très sombre, voire désabusé… Ah ! Je viens de voir une réaction sur ton visage, quand j’ai dit "désabusé"…

Parce que je ne le trouve pas désabusé. Mes nouvelles chansons sont toutes pleines d’espoir. Je dis qu’il ne fait pas s’inquiéter, qu’il y a un sens à tout.

"JE VOUDRAIS QUE TU SOIS MORTE" - PROHOM - Clip officiel. from philippe on Vimeo.

Ta chanson, « Je voudrais que tu sois morte », a-t-elle été prise parfois au premier degré ?

Non, la majorité des gens ont compris que c’était une belle histoire d’amour, mais l’histoire d’une souffrance.  Le clip n’a pas été censuré par Facebook, ni par YouTube, donc, on a été compris.

As-tu l’impression d’être un artiste compris ?

Oui, compris de ceux qui me comprennent. Les gens qui m’ont apprécié depuis le premier album ne m’ont pas beaucoup lâché, j’en suis très satisfait. En tout cas, cet album en particulier semble tout à fait compris par ceux qui l’ont écouté. Dès le départ, ça s’est senti. Tout est très clair et j’en suis super ravi.

Te sens-tu un artiste « engagé », terme souvent détesté des artistes qui le sont ?

Indigné et désespéré par la connerie humaine, oui, depuis longtemps. Je ne comprends pas le monde, je ne comprends pas les gens qui vont dans le sens de la marche. Moi, je me sens bien dans la marge.

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Ton engagement, il se trouve dans les messages que tu livres dans tes chansons.

Mon message est simple : soyons passionnés par l’être humain, soyons passionnés par l’art… mon disque est un engagement quand je dis : créez-vous votre monde, soyez cools avec les gens autour de vous, essayer d’être moins con, développez vos qualités d’être humain, essayez d’être le meilleur possible. Je me mets dans le lot, évidemment.

Je déteste les chansons démagogiques ou moralisatrices. Il n’y en a pas dans cet album et je t’en remercie. 

Tu sais, je pourrais chanter « la guerre, c’est pas bien et l’amour, c’est vachement bien », dans tous mes albums (rires). Là aussi je suis premier degré, ce sont des choses qu'on ne chantera jamais assez.

Avant de te rencontrer, j’avais l’image de toi d’un type qui n’aimait pas trop parler de son travail et qui cultivait le mystère.

J’ai un défaut d’image. On me prend toujours pour un mec ténébreux. C’est un souci que j’essaie de corriger pour cet album. Tous les gens que je rencontre me disent que je suis plus cool qu’il n’y paraît. Et sur scène, on se fend la gueule entre les titres, je t’assure.

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18 mars 2013

Les Garçons Trottoirs : interview pour Rien ne va plus

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Photo : P-mod - Make up : Sophie R.

Les Garçons Trottoirs sont des musiciens chanteurs qui donnent la pêche et qui rendent de bonne humeur. Leur énergie et leur sens du spectacle captivent ceux qui viennent les voir en concert ou dans la rue. Oui, parce que ce groupe, outre le fait qu’ils jouent sur de nombreuses scènes françaises, continue à jouer en acoustique dans la rue. Paul d'Amour (guitare, chant), Bruno Derpmann (contrebassine, guitare, chant), Fred Villard (cajon, chant) et Jean-René Mourot (accordéon, trompette, chant) sont passés à l’agence, le 6 février dernier pour me proposer leur deuxième album Rien ne va plus.

25013111.jpgBiographie officielle :

Les Garçons Trottoirs sont des musiciens du bitume. Ils partagent une volonté commune de bannir le matériel encombrant et de revenir à la base de ce qu'est la musique : prendre un instrument, jouer et chanter.

Fondé en août 2006, c'est dans la rue que le groupe forge son actif.

La force des Garçons Trottoirs est l'énergie avec laquelle ils captivent le public, des textes peaufinés, les voix, et surtout un grand sens du contact.

L'attrait de la scène et les invitations à s'y produire se faisant plus présentes, on les retrouve désormais en acoustique sonorisée ou non.

Les textes sont essentiellement en français et abordent des thèmes comme l'amour, la révolution, les mamans ou Jack l'Éventreur. Le style emprunte principalement à la pop, à la chanson, au blues, au cajun et au rock'n'roll. La particularité étant la part belle donnée aux voix et le choix des instruments...!

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De gauche à droite : Fred Villard, Bruno Derpmann, Jean-René Mourot et Paul d'Amour.

Interview :

Qu’est-ce qui vous a réuni ?

Bruno : En fait avec Paul, on a répondu à une commande d’un festival en 2006 pour jouer dans la rue. On a vite monté un répertoire et on a appelé quelques copains. On devait s’arrêter après la manifestation, mais étant donné que ça a plutôt bien marché, on a décidé de continuer. On a fait un album dans la foulée. On était 6 et c’était un peu le bazar. D’ailleurs, sur la durée, le bazar ne pouvait pas durer. Le fait de vouloir aller plus loin a scindé le groupe en deux. Paul et moi, on a appelé Jean-René à la rescousse à l’accordéon et on a tourné quelques mois comme ça. Bruno est arrivé en 2008. Cela fait 5 ans que ça dure et cette formule à 4 nous convient parfaitement.

Vous chantez tous et composez aussi.

Bruno : En général, la personne qui a composé la chanson en est le chanteur. Très vite, on peut se rendre compte qu’une chanson passe mieux quand tout le monde chante ensemble. Avec l’expérience, chacun sait où se poser dans une chanson par rapport à sa voix. On fait ça de manière assez naturelle.

Il est essentiel pour durer de bien s’entendre. Ce ne doit pas être simple tous les jours d’être sur la même longueur d’onde. Il faut être d’accord sur les textes

Bruno : Les textes sont faits avant qu’on les travaille ensemble. Souvent, ce sont ceux de Paul et de Bruno. C’est plus la sauce musicale et l’ambiance que l’on va faire ensemble, mais ça se passe toujours bien.

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(Photo : P-mod.)

Dans les arrangements des titres, tout est assez frontal… ça vous vient de la rue ?

Bruno : Oui, il faut être efficace immédiatement. La rue te forme à ce que l’énergie soit là en permanence et à faire en sorte de ne perdre qui que ce soit pendant la chanson. Il faut captiver l’auditeur et ne jamais le lâcher.

Quand lors d’une prestation, l’un de vous est fatigué, les autres le boostent ?

Paul : C’est un peu comme les cigognes qui migrent. Celles qui sont devant, quand elles sont fatiguées,  passent à l’arrière.

Vous ne vous produisez pas uniquement dans la rue, vous faites pas mal de scènes officielles et pas qu’à Strasbourg.

Bruno : On est content de sortir de nos bases, le Grand Est, l’Alsace Lorraine… on a fait quelques concerts à Lyon, à Rennes, à Marseille, à Angoulême.

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(Photo : Le Républicain Lorrain)

Vous faites participer le public lors de vos concerts. Disons que c’est pas mal interactif.

Jean-René : Quand on joue, on peut discuter avec les gens qui sont dans la salle. Même pendant les chansons. On aime qu’il y ait un échange entre eux et nous. Les faire participer, c’est la base du concert.

Paul : De toute façon quand on joue avec une poubelle, un cajon, une guitare et un accordéon, ça n’aurait pas de sens que l’on fasse un show à l’américaine. On ne va pas commencer à mettre des feux d’artifice et abuser d’un son et lumière de malade. Tout doit se faire humainement.

Mais si un jour, ça cartonne pour vous et que l’on vous donne les moyens de faire un spectacle avec pas mal d’argents…

Paul : Il y a des groupes comme La Rue Kétanou qui, malgré le succès, ne sortent pas de leur principe. Le peu de fois où on a essayé de changer la sauce, via des résidences, on s’est fait chier royalement. Nous, ce qu’on fait n’impose pas une réflexion intense, c’est plutôt de l’acte spontané. Avec notre répertoire, il faut que l’on s’amuse et que l’on soit en roue libre.

Bruno : Quand on arrive sur scène, notre rôle est de trouver une proximité avec les gens qui ferait que, si on était en train de jouer dans leur cuisine, ce serait pareil. Toute la difficulté, c’est que ça ne dépend pas que de nous. Le public y est aussi pour beaucoup.

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(Photo: Olivier Vax)

Vous faites parfois des premières parties. Le public qui ne vient pas pour vous doit être assez surpris…

Bruno : On arrive souvent sur des scènes d’artistes  qui ne nous ressemblent pas du tout.

Fred : Natasha St-Pier et Garou par exemple, on ne peut pas die que nous nageons dans les mêmes eaux. Il y a avait 3500 personnes et je pense qu’ils pensaient que la première partie allait être occupée par un groupe de variété. Ils ont vu 4 fous faire un concert acoustique et déménager en faisant n’importe quoi. Ils ne s’attendaient pas à ça, mais notre prestation a super bien fonctionné avec le public.

Vous êtes nus sur la pochette de votre deuxième disque. Ça a été compliqué à faire cette séance ?

Collégialement : non ! On avait fait faire de beaux costumes pour cette séance et voilà le résultat. Ce sont des photos qu’on a faites à la fin pour se détendre, pour rigoler et surtout pour les garder pour nous. On a réfléchi quelques minutes avant d’accepter que ce soit cette photo-là qui serve pour la pochette. On a pensé à la promo et au moment où on nous posera la question sur le pourquoi du comment d’apparaitre nu sur une pochette. On savait qu’on allait devoir se justifier.

Que souhaitez-vous avec cet album ?

Bruno : Le but premier c’est évidemment d’avoir un public plus large, autant en Bretagne qu’au Pays Basque. On a envie de jouer partout.

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(Photo : Thomas 'laroukss' Kalinarczyk)

Vous avez vendu 6000 exemplaires du premier album, juste dans votre région. Je trouve que c’est déjà beaucoup.

Paul : Ce sont des disques vendus à la fin des concerts, sans l’aide de personne. Ça nous a permis d’avoir un peu d’argent pour enregistrer celui-ci, « Rien ne va plus ». On a voulu passer le cap supérieur, on souhaite vivement que le public s’y intéresse. Je compare ça à un truc qui peut paraître con : c’est comme produire ses carottes et les vendre sur un marché et après, faire le choix d’une distribution nationale chez Leclerc. On joue une nouvelle carte, on  a pris des risques, on attend de voir ce qui va se passer.

Bruno : On essaie surtout de ne pas trop se prendre au sérieux.

En tout cas, on ne peut pas dire que vous soyez un groupe engagé…

Paul : Personnellement, je ne suis pas assez courageux pour tenir un engagement en chansons. Après il faut montrer l’exemple dans la vie. Quand je vois des artistes faire la morale dans les chansons et qu’un peu plus tard, je les vois poser dans les magazines bien habillés, j’ai envie de leur demander d’aller faire du bénévolat aux Secours Populaire au lieu de nous casser les pieds. Il faut être engagé dans la vie réelle. Je ne dis pas que l’art ou la musique ce n’est pas réel, mais je pense que l’engagement ne se fait pas là. L’engagement, c’est dans les actes. Et surtout, il faut une vie qui suit.

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Pendant l'interview...

Du coup, vous avez des textes plutôt légers.

Paul : On parle pas mal d’amour. On peut parler de politique en musique, mais il faut faire attention. Il faut garder un peu de neutralité. Ce sont des choses sérieuses, il faut prendre des pincettes.

Pourquoi faites-vous de la musique ? Pour détendre et faire rêver les gens ?

Fred: Moi, je me suis toujours senti utile comme ça. Quand on fait ce métier-là depuis 15 ans, parfois on a du mal à se trouver une légitimité. Il me semble que quand on monte sur scène et que les gens ont transpiré, qu’ils ont déliré parce qu’on s’est posé là et qu’on a joué, je pense que l’on fait un boulot pour la collectivité.

Bruno : Personnellement, je n’ai jamais rien fait d’autre. Ça m’a pris, j’avais 4 ans et je n’ai depuis, jamais songé à faire autre chose.

Jean-René : Moi, c’est pareil. Même si j’ai fait autre chose, la musique ne m’a jamais quitté. Je trouve tellement agréable de faire du bien aux gens, de les divertir, de les sortir de leur quotidien, de les faire rire ou même chialer. C’est assez jubilatoire.

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17 mars 2013

Paul Merci et Sarah Zine : interview pour l'EP Chansons Françaises

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(Photo : Cédric Paris)

C’est par l’entremise de Sarah Zine que j’ai découvert Paul Merci. La première est la coauteure du deuxième. Elle m’a envoyé un message accompagné d’un lien avec quelques chansons. Intéressantes, variées, noie souvent, voire étranges. Ce que j’aime dans la chanson française. Justement, la première chanson écoutée s’intitulait ainsi « Chansons Françaises ». J’ai demandé à Sarah Zine de m’envoyer l’EP du monsieur. Écouté et largement apprécié. Coïncidence, un peu plus tard, Paul Merci a fait parti des 22 demi-finalistes du Prix Georges Moustaki. J’ai convié le 13 février, Paul Merci et Sarah Zine à l’agence pour me présenter leur projet.

Sinon, jetez un coup d’œil ici, vous pouvez l’aider à réaliser le clip officiel de "Chansons Françaises".

La page Noomiz de Paul Merci.

375429_520313774654786_710829992_n.jpgExtrait de sa biographie officielle (un peu modifiée) :

C’est au théâtre qu’il fait ses premiers pas d’interprète. Amoureux de la scène, il est alors sur le point d’intégrer une troupe professionnelle de comédiens. Le choix est difficile, mais il décide finalement de se consacrer entièrement à la musique. Durant cinq ans, il va travailler sa voix avec rigueur en prenant des cours de chant lyrique. En parallèle, il commence à écrire et composer. À vingt ans, il enregistre huit titres. Par la suite, les projets qu’on lui propose ne correspondent plus à sa sensibilité et Paul n’est pas prêt à faire de concession. Pour cette raison, il préfère travailler dans le milieu de la mode et délaisse ses projets artistiques.
Les années passent jusqu’au jour où il découvre, presque par hasard, l’album de Dani «Laissez-moi rire»… ce sera le déclic ! Au fil des rencontres, il s’entoure d’une famille d’artistes avec laquelle il décide de préparer son premier album. La première à le rejoindre dans ce projet est l’auteure Sarah Zine qui écrit avec lui plusieurs titres. Tous les deux se plaisent à dire qu’ils vouent un culte quasi « insensé » à la langue française et qu’il aurait été inconcevable d’écrire dans une autre langue.

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Interview :
Tu as eu deux vies musicales, Paul, il me semble.

J’ai commencé à faire de la variété, mais j’ai une formation lyrique au départ. Aujourd’hui, ce n’est plus ma façon d’envisager l’interprétation. Je vais plus rechercher l’intention que la performance. L’intensité, elle est plus dans la présence et dans la façon de ressentir le mot. Musicalement, ce que j’écoute et ce qui me fait vibrer, ce sont des gens qui n’ont pas des voix puissantes, mais qui me touchent vraiment. Gainsbourg, Dani, Biolay ou encore Barbara Carlotti, qui elle aussi a une formation lyrique.

Avant de sortir cet EP, tu as toujours été dans le milieu de la musique ?

Oui, mais ça a toujours été ma deuxième vie. J’ai travaillé longtemps dans la mode. Je faisais de la distribution de prêt-à-porter haut de gamme et luxe. Aujourd’hui, je suis coach sportif au quotidien. J’essaie de faire ce que j’aime et m’écouter. J’ai la chance de pouvoir atteindre à chaque fois ce qui me fait plaisir. C’est assez grisant.

La première chanson que j’ai entendue de toi, c’était « Chansons Françaises ». Une chanson qui,  je l’espère, est au second degré. 

C’est à 99% du second degré. Le texte est de Sarah. Un soir que nous travaillions ensemble, je lui ai expliqué que parfois, quand je disais aux gens que je faisais de la chanson française, ils aient un mouvement de recul, un peu comme si j’annonçais que j’avais une maladie et que j’allais mourir demain. Parfois, j’en ai été décontenancé, blessé même… Sarah m’a dit qu’elle savait de quoi je parlais parce qu’elle avait vécu la même chose. Du coup, elle a eu l’idée d’écrire une chanson dans laquelle elle me met à la place des gens qui critiquent la chanson française. Le texte et la gageure m’ont tout de suite plus.

Ceci n'est pas le clip officiel de "Chansons Françaises".

Mais certaines personnes ne connaissent pas le second degré.

Il y a un double sens et il peut ne pas être compris. Mais, je fais confiance à l’intelligence des gens. Il y en a beaucoup qui creusent, tu sais. S’ils s’intéressent à qui est Paul Merci et quel est son identité aujourd’hui, ils n’auront qu’à lire ma biographie et ils sauront que je défends avant tout la langue française et la chanson française.

Cover_simu4-400x400.jpgLes gens que j’ai cités tout à l’heure, Carlotti, Biolay, Gainsbourg, sont-ils tes références absolues ?

Ces artistes-là me donnent plus une impulsion qu’une influence. À aucun moment je n’ai voulu ressembler à qui que ce soit et à aucun moment je n’y pense quand on écrit, quand on compose, quand on bosse sur les arrangements. Ça me donne juste envie de faire de la musique et de dire ce que j’ai à dire et de chanter à ma façon. Je ne suis pas là pour copier ce qui existe déjà.

Je sais que tu te sens proche de l’univers de Barbara Carlotti.

Depuis que son dernier album est sorti, je ne cesse de l’écouter. Je l’ai encore écouté ce matin. Ce disque à l’élégance folle est magique pour moi.

Sarah, toi, tu écris la plupart des textes de Paul. Tu manies bien le second degré, je trouve.

J’aime que les choses soient implicites, un peu poétiques. Je n’aime pas ce qui est trop prosaïque. En général, c’est vrai que je n’aime pas dire clairement.

Et toi Paul, ça te convient ?

Moi, je dis souvent les choses trop clairement, du coup, on a trouvé une combinaison qui est complémentaire. Comme on écrit beaucoup ensemble, elle met beaucoup de nuances à mon côté direct et parfois, je me mets un peu plus de directs à son côté plus nuancé.

Sarah, ton égo d’auteur n’est-il pas trop malmené ?

Avant, je n’avais pas envie de coécrire. Avec Paul, je me suis rendu compte que cet exercice était intéressant. Il apporte quelque chose de nouveau à mon écriture parce qu’il a beaucoup de talent.

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(Photo : Richard Boyer)

Mais, toi Paul, tu n’aurais pas pu écrire seul ?

Je n’avais pas envie, surtout. Pour moi, le partage dans la vi est primordial, quoi que je fasse. J’avais envie de me lancer sur ce nouveau projet, mais d’avoir un échange avec des gens qui pouvaient comprendre comment je vivais les choses et qui pourraient les vivre avec moi, mais naturellement, sans rien leur imposer. Avec Sarah, dès notre première conversation téléphonique, ça a été une évidence qu’il fallait qu’on travaille ensemble. Pour moi, c’est clairement notre projet et j’aime le rappeler.

Sarah, tu écris pour un homme. Il faut que tu te mettes à la place d’un homme ?

J’essaie d’écrire des choses assez universelles. Je ne me pose pas cette question. Cela étant, comme on commence à bien se connaître, je sais ce qui lui correspond. Je sais aussi ce qui va lui plaire et ce qui ne va pas lui plaire.

Paul, c’est amusant parce qu’avec ce que j’ai entendu et vu sur toi, chansons et clip, je m’attendais à accueillir un ténébreux, voire un taiseux. Je ne m’attendais pas à quelqu’un de souriant et de vif.

Peut-être que tu reçois une partie de Paul Merci et de Michael Comparato, mon vrai nom ? J’adore jouer de cette dualité. J’aime bien me projeter dans différents univers et ne pas avoir qu’une image. Même musicalement, il y a vraiment des ambiances différentes. Je ne voulais pas d’un disque linéaire qui ennuierait la personne qui l’écoute. Une chanson pour chaque état d’esprit de chaque jour parce que chaque jour est différent.

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(Photo : Cédric Paris lors du tournage du clip d'"On se croise").

Pour cet EP, vous vous êtes associés également à Philippe Bresson et David Granier ainsi qu’à Bidge, chanteur de Red Lili, pour réaliser certains arrangements. La chanteuse du groupe Magnolia, Jessica Maurin, interprète au côté de Paul « On se croise ». Ces 6 titres sont-ils annonciateurs d’un album à venir ?

Les titres sont en cours et nous en sommes très fiers. Ils sont pas mal avancés. Comme tu dois le savoir, nous ne sommes pas signés aujourd’hui et ce n’est pas tout le temps simple financièrement. On avance donc par étape. Tranquillement, mais sûrement.

Le clip d'"On se croise".

Le clip d’une des chansons les plus noires de l'EP,  « On se croise », est intéressant et... surprenant.

On a rencontré des jeunes super talentueux et humainement, ça a marché tout de suite. C’est toujours délicat de se retrouver devant une caméra. Je n’ai pas l’habitude. Ce clip m’a permis de retrouver les sensations que j’ai eues quand j’étais comédien. J’ai fait 8 ans de théâtre et ça m’a fait du bien de jouer un rôle.

« Rose for Dani » est un hommage à la chanteuse Dani.u0602498323175.jpg

Dani a cette faculté de donner un sens à chaque mot. Quand je l’écoute, j’ai l’impression d’une page qui s’ouvre avec le dictionnaire et tout le sens du mot. C’est l’artiste qui m’a permis de remettre le pied à l’étrier. J’ai traversé un long moment où je me remettais en question musicalement. Je suis allé chez un disquaire un jour, je voulais acheter un album d’Étienne Daho et je suis tombé par hasard sur un CD de Dani, Laissez-moi rire. Je l’ai acheté, je l’ai mis dans la voiture et j’ai été touché dès la première écoute. Ça l’a inspiré et ça m’a donné envie de recommencer.

Quel est l’enjeu de cet EP ?

C’était de faire de la chanson française qui puisse être entendue par plein de monde. La chanson française est parfois regardée de travers. Des gens la prennent en grippe parce qu’ils ne la comprennent pas. Les gens ont l’impression qu’elle cloisonne les gens et les genres. Moi, j’ai voulu faire une chanson française qui ouvre les champs d’écoute.

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12 mars 2013

Albin de la Simone : interview pour Un homme

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(Photo : Christophe Mereis)

Depuis 2003, Albin de la Simone a publié trois albums, aux chansons à la fois pop et singulières. Ses concerts, en solo, en orchestre à cordes, clavecin, combo pop ou même en duo avec le pianiste classique Alexandre Tharaud, sont toujours l'occasion de revisiter son répertoire et d'expérimenter de nouvelles trouvailles. De la Simone est aussi musicien, producteur ou arrangeur pour d'autres chanteurs : Vanessa Paradis, Alain Souchon, Keren Ann, Arthur H, Mathieu Boogaerts, JP Nataf, Iggy Pop, Alain Chamfort, Salif Keita...

Albin de la Simone est l’homme de très nombreux projets. Tant que je me refuse de les énumérer. Par contre, vous pouvez consulter sa fiche Wikipédia, elle est impressionnante.

Sinon, bon, il a déjà été mandorisé pour son précédent album, Bungalow !

537946_10152423438255201_941771756_n.jpgExtrait de la présentation officielle de l’album Un homme :

« Dans son quatrième disque, il évoque tour à tour, dans un savant mélange de fiction et de vécu, un aménagement, un enterrement, un père qui ressent sur lui le poids de ces responsabilités, un mariage, un amour éteint et un endormissement, sans trop en dire, en restant flou. Albin de la Simone a bouleversé sa façon d'écrire. Plutôt que de s'isoler du monde, « Un homme » est le résultat d'un travail continu où l'écriture s'est intégrée dans sa vie quotidienne. Pour la première fois également, beaucoup de chansons sont nées sur scène, lors des nombreux concerts que l'artiste a pu donner.

Le 17 février dernier, je suis allé à la rencontre de l’artiste, dans le studio même où il a conçu Un homme, au 104 (lieu de création et de production artistique dans lequel il est en résidence depuis 2 ans).

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Albin de la Simone, le jour de l'interview, dans le studio où il a concu l'album Un homme.

Interview :

Ton album est d’une élégance rare. J’ai l’impression qu’il plait à tout le monde.

C’est ce que les gens me disent. Je suis content. C’est super agréable une telle unanimité. J’en ai chié pour le concevoir. Je l’ai écrit ici. J’ai des souvenirs de doutes… profonds.

Quand on te dit que cet album est certainement le plus abouti, voire ton meilleur, tu ne dois pas comprendre pourquoi…

Je vois ce que j’ai cherché à faire dans celui-là que je ne cherchais pas à faire dans les précédents. Chaque album est une tentative différente. Je suis dans une période de la vie dans laquelle je me sens plus en harmonie avec moi-même et moins complexé sans doute. Je peux comprendre qu’à un moment les faisceaux se croisent et que le timing soit bon entre ce que je suis à l’intérieur et ce que j’ai envie de faire.

Clip de "Mes épaules".

Ton premier single «Mes épaules » déclenche une vague d’enthousiasme.

C’est la chanson ambassadrice de l’album, il me semble, d’après ce que j’entends. Elle a l’air de toucher d’autres gens que moi pour les mêmes raisons qu’elle me touche moi. C’est marrant, je me dis : « Tiens ! J’ai peut-être réussi une chanson. » Tu sais c’est rare une chanson qui arrive à résonner auprès de beaucoup.

Habituellement, tu pars au bout du monde pour créer un album. Là, tu es tout fait ici, où nous sommes.

Je voulais plus d’harmonie dans ma vie. Je ne voulais plus, pour parvenir à créer, devoir partir à 5000 bornes. Je commençais à trouver ça un peu bizarre en fait. J’ai eu envie d’essayer autre chose.

Dans « Ma crise », tu parles de toi un peu plus frontalement.

Je suis comme ça. Inconstant. Je suis toujours en train d’essayer des combinaisons qui marcheraient mieux dans ma vie. Je m’adresse à quelqu’un en disant : « Supporte-moi, je t’en supplie.  Je suis chiant avec ça, mais je suis comme ça… on va s’y habituer. » La crise, il faut aussi prendre ce mot au sens littéral. C’est la crise en permanence. Dans les années 80, on en parlait déjà. Il ne faut pas espérer en sortir, il faut juste intégrer que c’est tout le temps la galère, c’est toujours la merde et on est toujours inquiet pour nos enfants, comme la génération d’avant était inquiète pour nous. C’est toujours la panique. Grandir, c’est intégrer tout ça et vivre dans cette espèce de chaos.

Albin de la Simone interprète "Ma crise" pour Le Live, l'émission musicale du Figaro.

Ça t’amuse la perception différente qu’ont les gens de tes chansons…

Oui. Et je joue de plus en plus avec ça. J’adore laisser des vides intersidéraux entre certaines informations qui sont dites et le principal qui n’est pas dit. Dans « La fuite », on ne sait ni qui je suis, ni si j’ai déconné, qu’est-ce que j’ai fait, à qui je le dis… En fait, on ne sait rien. Cette chanson est aussi ambigüe que romanesque. J’adore de plus en plus ce processus d’écriture.

Est-ce que l’on peut affirmer que cet album est celui qui te ressemble le plus ?

J’ai changé au fur et à mesure des albums, mais chaque album était conforme à ce que j’étais quand je l’ai fait. J’espère évoluer. Je suis très critique sur moi-même, sur ce que j’étais il y a 5 ans et les disques que j’ai faits à cette époque. Je me sens plus équilibré, alors, chouette, mon disque à l’air plus équilibré.

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As-tu été un peu parasité par le succès de tes potes autour de toi.

Oui, en effet. Mais, j’ai aussi été parasité par le côté rock que j’ai abordé à un moment. J’ai eu l’envie moi aussi de faire bouger, comme mon ami Mathieu Chédid. Aujourd’hui, j’ai compris quelle était la place où je suis parfaitement installé et où, visiblement, on me comprend mieux.

Quelle est cette place ?

C’est assis derrière un clavier. C’est en chantant assez calmement, souvent même en acoustique, sans micro. Je crois que je suis plus fort dans les formes intimes et douces. Si je ne fais que ça, je me rends compte que tout va bien.

En concert, tu t’en rends compte ?

Je m’en rends compte principalement en concert. Depuis que je suis passé à une version acoustique, puis à une version solo, j’ai découvert ce qui était le ciment entre moi et le public. C’est un truc que je ne peux plus détruire. C’est devenu mon noyau. Pour résumer, j’ai trouvé mon noyau et il est plutôt calme.

65402_10151355836095201_325950078_n.jpgJe suis sûr que c’est l’album qui va te révéler à un public plus large.

La chanson « Mes épaules » passe à la radio. Ça me plait. Et ça me plait qu’elle plaise. Après, ma vie est tellement dense, tellement remplie, je suis tellement content de tout ce que je fais et que l’on me propose de faire, je n’espère pas grand-chose de plus. Je n’ai pas de souffrances, ni frustrations professionnelles. Un succès public plus grand pourrait changer des trucs, mais en même temps, je ne manque pas d’argent, je ne manque pas d’amour et artistiquement, je m’éclate. Je ne dis pas que je ne veux pas avoir plus de succès, je dis juste que, déjà, tout va bien.

Comment cela ? Tu es heureux ? Il ne faut donc pas souffrir pour créer ?

Ce sont des conneries de s’imaginer qu’il faut être dans la douleur pour écrire. Moi, je gamberge tout le temps quand même, d’ailleurs, on le sent bien dans ce dernier disque, c’est le fruit de quelqu’un qui gamberge.

Il y a des chansons dans lesquelles on sent que tu prends un malin plaisir à emmener l’auditeur quelque part, et en fait non. C’est ailleurs…

Tu trouves que je le fais plus que les autres ?

Tu le fais pas mal.

Je n’en ai pas conscience en fait. Mais je ne peux pas n’être que moi qui raconte mes petites histoires. Ça manquerait de relief si tout était au premier degré. L’idée d’inventer des histoires, j’adore ça. En même temps, j’aime bien dire « moi je », même si c’est « lui il ». J’aime bien qu’on puisse imaginer que la personne qui chante vit tout ça. Mes personnages, je les incarne. Par contre, je suis très peu expressif dans mon chant, mais donc, dans le texte, j’y vais à fond.

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Photo : La presse.

Il a quelques invités dans cet album. JP Nataf par exemple… et ce n’est pas la première fois.

Il n’était pas présent sur les disques précédents officiellement, mais il a toujours été là depuis mon premier album. Il écoutait mes maquettes, a toujours critiqué et s’est toujours impliqué. Il m’aidait en temps que pote. Mais là, j’ai eu envie vraiment de son jeu de guitare inimitable.

Et la présence d’Alexandre Tharaud… toi qui es pianiste, c’est inattendu.

Quand on connait Alexandre, on n’est plus pianiste. Le piano que je lui ai demandé de jouer n’est pas du tout un piano virtuose, mais il a une telle façon de jouer qu’il est inégalable. Ce qu’il joue dans mon disque est très simple, mais il le joue avec un touché exceptionnel. La différence, c’est la manière dont il enfonce les touches. Il y a une âme, une profondeur que moi je n’aurais pas su mettre.

Et la présence d’Emiliana Torrini ?

C’est ma chanteuse préférée. Je me suis dit, pourquoi ne pas appeler ma chanteuse préférée ? Je lui ai écrit, lui ai raconté mon admiration et lui ai envoyé ma chanson. Coup de bol, elle y a été sensible. On fait de la musique, on fait de l’art… je suis désormais convaincu qu’il faut être ambitieux. Quand on fait de la musique, il faut être au-delà d’exigeant. Il ne faut lésiner sur rien. Après ce sont des questions de thunes, je sais bien, mais tant qu’on peut, il faut pousser la qualité le plus loin possible. L’exigence paye immédiatement.

L’exigence te permet de travailler pour d’autres artistes.

Quand je travaillais pour Vanessa Paradis et que je réarrangeais ses morceaux pour la tournée qu’on a faite, elle m’a surpris parce qu’elle m’a dit : dis donc, tu ne lâches pas. Elle m’a donné une chance de m’exprimer à travers elle. Je peux dire qu’elle m’a vraiment incité à être exigeant. Après mon expérience avec elle, je me suis dit qu’il était temps que je me considère moi-même et que je me traite avec autant d’exigence que pour elle.

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On y croit au duo? Hum...

06 mars 2013

Barbara Béghin : interview pour la sortie de son premier album

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(Photos et design: Wanda Kujacz)

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor« Son aspiration, Barbara Béghin la puise dans l’air du temps, assise à la terrasse des cafés elle observe, saisit au vol un mot, une idée, capture une image qu’elle note dans ses carnets qui ne la quittent jamais. De ces instants fugaces, Barbara y puise son inspiration pour nous conter toujours avec optimisme et humour la vie des autres. Le résultat est un album composé de 11 chansons, autant de fragments du quotidien, de tableaux représentants l’Homme et ses amours, avec comme élément fondateur et narrateur central : la Femme. »

Ainsi est présenté officiellement le premier album de Barbara Béghin, personnalité à la fois fantasque et mutine.

J’ai fait la connaissance de cette jeune femme il y a déjà quelques mois chez son réalisateur/arrangeur/compositeur, Vincent-Marie Bouvot dans son studio d’enregistrement de Deuil-la-Barre. Je n’étais pas venue pour elle, mais Barbara était présente. Je suis repartie avec son disque. Je l’ai souvent écouté, car je le trouve iconoclaste et très varié (rock, chanson, electro…). Et j’aime beaucoup le grain de sa voix. Je suis très sensible aux voix, je le répète souvent ici.

Pour écouter sur Deezer, c'est ici.

Le 12 février dernier, Barbara Béghin est venue à ma rencontre à l’agence pour évoquer ce premier disque et sa relation avec la musique.

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barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorInterview :

Tu as commencé la musique à l’âge de 4 ans.

Je suis un peu née avec déjà à l’esprit le spectacle.  Le spectacle plus que la chanson, d’ailleurs. Mes parents aimaient ça et ils nous ont installé un grenier ou nous pouvions faire ce que nous voulions avec ma frangine. On a tout de suite été dans la volonté de créer et d’imaginer des choses. On imitait aussi ce que l’on voyait à la télé.

Ta relation à la musique est plutôt ouverte, j’ai l’impression.

Oui. Et aujourd’hui, je sais que j’ai encore beaucoup d’artistes et de genres musicaux à découvrir. J’ai plus une affection pour des chansons que pour des styles. On a d’ailleurs du mal à définir ce que je fais moi comme genre. Je réponds que c’est de la chanson française.

Je reviens à tes parents. Tu as de la chance, ils t’ont encouragé en te faisant faire des cours de danse, de chant, de piano, de théâtre…

Dans le nord, avec ma sœur, on a commencé par la danse. Mon plaisir de la gestuelle et de la scène me vient de là. Après, quand nous sommes allés en Normandie, j’ai fait partie d’une première association de musique, puis d’une seconde, mais de théâtre. À 13 ans, j’ai pris des cours de chant quand ma prof de musique à mis en place un groupe pour faire des prestations, des reprises essentiellement. Je suis devenue la chanteuse du groupe. L’envie du spectacle, c’est aussi le fait de ne pas rester cachée derrière un piano et pouvoir se défouler autrement qu’en jouant de la musique. Ce n’est pas de l’exhibition, c’est le plaisir de ne pas être enterrée, de se dévoiler un petit peu. Ça m’apporte quelque chose que la vie ne m’apporte pas tous les jours.

Clip de "Toujours, Toujours".

Quand tu étais adolescente, tu as même sorti un EP.barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor

Toujours avec cette association de musique en Normandie. J’ai dit à ma prof que j’écrivais des petites chansons… de collégiennes (rires). Elle m’a proposé de faire de la musique dessus ensemble. On a fait un premier 4 titres avec un groupe qui s’appelait Stationnement Interdit. C’était une toute première expérience d’enregistrement et un travail différent de la scène. On prend notre voix en pleine tronche et c’est là que l’on découvre nos premiers petits défauts. Quelques années plus tard, toujours avec le même groupe on a fait un 11 titres.

Depuis ce 11 titres dont tu nous parles et ce premier album solo, tu as l’impression d’avoir fait des progrès ?

Euh… oui, en étant objective, je peux le dire. C’est dû à un travail d’écoute et de réflexion. Et de nouvelles relations aussi. C’est Vincent-Marie Bouvot qui a mis le doigt sur des choses qui n’étaient pas possibles. Quand on fait des reprises, on essaie d’imiter ou d’interpréter de la même façon que les artistes originaux. Après, c’est très dur de retrouver son identité vocale personnelle.

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Pour faire ton disque, tu t’es inscrite sur le site participatif Akamusic en 2009. Ça a marché puisque tu as réuni assez d’argent  pour enregistrer.

C’était le moment où je tournais un peu en rond. Il fallait que j’avance, je ne pouvais pas stagner. J’avais une irrépressible envie de chanter mes propres chansons. Ça finissait par m’obséder. J’avais entendu parler des plates-formes participatives et j’ai tenté le truc. Ça m’a permis de former une équipe que je n’avais plus. J’ai mis des maquettes plutôt bien enregistrées. Avec de l’effort et de l’énergie et la volonté de s’intéresser aux principes communautaires et de tous les réseaux sociaux, la jauge a augmenté et ça m’a permis de sortir un premier single. À partir de là, le directeur artistique d’Akamusic m’a proposé de rencontrer Vincent-Marie Bouvot.

"Comme une allumette".

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorTu le connaissais ?

Non. Le monde des arrangeurs m’était parfaitement inconnu. On m’a vite expliqué qu’il avait travaillé pour Julie Piétri, Elsa et Zazie. J’ai écouté les albums qu’il a réalisés pour elles et j’ai reconnu une patte et un son que j’aimais beaucoup. J’ai eu le sentiment qu’il pouvait m’apporter ce que je voulais dans la recherche des sons et des mélodies. Des mélodies très efficaces…

L'as-tu rencontré pour savoir si vous pouviez travailler ensemble?

Oui. À notre premier rendez-vous, je lui ai fait écouter mes maquettes. Il a eu un regard critique dessus et m’a expliqué comment faire évoluer les chansons. Ça m’a plu tout de suite, car j’ai besoin que l’on m’explique ce qui ne va pas et que l’on me montre comment on peut changer ce qui ne va pas. Il a compris que ce que j’aimais, c’était d’essayer d’écrire des textes qui racontaient des histoires et des musiques qui font bouger avec des mélodies que l’on pouvait chanter facilement et que les gens pouvaient reprendre. On s’est quitté sans se préciser si nous allions nous revoir. Mais moi, j’avais l’impression que tout était bon pour moi. J’ai appris un peu plus tard qu’il était partant aussi.

"Pas seulement pour lui" en studio.

Tu as eu combien d’argent pour faire cet album ?

Au final, 80 000 euros grâce à 800 producteurs.

Une fois que l’album est enregistré, les producteurs suivent ce que tu fais ?

Je leur donne le maximum d’infos possible. Il ne faut pas que les gens pensent que, parce qu’on a fait une production sur un site communautaire, participatif qu’on va sortir plus vite que tous les autres artistes qui rament. Certains pensent que l’on va tout de suite cartonner et que l’on va tous faire comme Joyce Jonathan et Grégoire. Il faut donc les rassurer en leur disant que l’on fait tout notre possible pour que ça marche. Moi, je ne lâche rien. Je mets en place ma scène en ce moment.  

Dans ce disque, ce qui est fou, c’est que ta voix varie de chanson en chanson.

Ça vient des genres différents qu’il y a et qui permettent une interprétation différente.  C’est aussi la volonté avec Vincent-Marie d’aller chercher le maximum de ce que je pouvais faire parfois. J’ai osé des choses que je m’interdisais presque.

Extrait de "Emmeline".

Tu racontes les histoires d’une jeune femme de ton âge, parfois de manière un peu désillusionnée.

Pas tant que ça. J’essaie de positionner mes personnages et j’évite d’exprimer mes positions personnelles  dans mes chansons. Au  niveau de l’interprétation, j’essaie aussi d’avoir la position d’artiste chanteuse qui prend les choses graves avec une pointe de légèreté quand même.  Je  prends les choses comme elles viennent et j’essaye d’habiller mes chansons à ma sauce, en envisageant que la vie peut être sympathique quand on choisit ce qu’on veut faire.

Tu chantes aux Déchargeurs durant plusieurs jours...

En coréalisation pour 15 représentations du 19 mars au 6 avril. C’est bien parce que cela va me permettre de roder la scène et d’inviter un maximum de professionnels. Je veux leur montrer ce dont je suis capable de faire. On a choisi de faire une proposition guitare-voix et une version guitare-batterie-voix. Il y a aussi la possibilité de m’aider à financer mes scènes. (Là). Le 17 mai, je serai aussi au Sentier des Halles.

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Je sais...

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04 mars 2013

Kent : interview pour Le temps des âmes

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Kent, je le croise depuis des années (la dernière fois, c’était pour une interview filmée). J’ai une profonde admiration pour lui (depuis Starshooter, à la fin des années 70, c’est dire). Mais d’album en album, l’homme crée une œuvre. Franchement mésestimé. Tant qu’il sortira de nouveaux disques, je continuerai à le suivre, à l’interroger et à le mettre en avant. Il est un de nos meilleurs chanteurs/poètes français et il serait bon qu’on commence à le remarquer.

481452_10152353811030573_838870821_n.jpgLe temps des âmes sort aujourd’hui. Voici comment il est présenté officiellement :

« Une voix, un piano, des chansons nouvelles… Le Temps des âmes est un dialogue de Kent avec le piano de Marc Haussmann, le mythique Ian Caple étant d’un bout à l’autre aux manettes. Une aventure de musique, de mots, de liberté, dans laquelle Kent se met à nu et chante sa vérité sur l’amour, le plaisir, le temps qui passe… »

Le 7 janvier dernier, Kent est passé à l’agence (accompagnée de son attachée de presse Flavie Rodriguez. Merci à elle !)

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74388_10150285903385573_1097494_n.jpgInterview :

Pourquoi un album presque entièrement en piano voix ?

Ce n’est pas un album piano voix classique. Ce genre-là m’ennuie souvent, j’ai donc voulu éviter l’écueil. Il y a d’autres instruments, mais tout en discrétion.

Tout a commencé lors d’un concert à Berlin que vous donniez avec le pianiste qui figure sur cet album, Marc Hausmann.

Il y avait des nouvelles chansons sur lesquelles je travaillais, j’essayais plein de versions, mais le résultat ne me plaisait jamais complètement. Ça allait, mais il me manquait quelque chose. Et puis avec Marc, lors de cette soirée, tout s’est enclenché. J’ai laissé tomber immédiatement les maquettes d’avant. J’ai déçu beaucoup de gens qui travaillaient avec moi (rires). En musique et en art en général, il y a un moment ou le propos est plus fort que l’affectif. On fait des dégâts, mais il faut y aller. C’est comme ça qu’on évolue et c’est comme ça qu’on donne quelque chose de beau. Dans la vie, il se passe parfois la même chose, mais c’est beaucoup plus cruel parce que ça engage des couples, des familles. Parfois, pour qu’il se passe des choses, il faut rompre. « Quand on aime, il faut partir » disait Cendrars.

Ce terme « rompre » est intéressant. Il colle bien à votre discographie. Aucun album à vous ne se ressemble. Il y a toujours rupture avec le précédent, il me semble.

Il n’y a que ça qui m’intéresse. Pas seulement dans mon parcours, mais dans ma vie. J’aime être surpris. Je n’aime pas remettre deux fois les pieds dans les mêmes traces. J’évite de me mettre dans des mécaniques et dans un pilotage automatique. Je refuse les recettes évidentes. Il y a très peu de prises de risques. Moi, si je ne prends pas de risques, je m’ennuie.

Et si on s’ennuie, on ennuie les autres ?

Oui, parce que, lorsqu’on s’ennuie, on fait les choses mal. Peut-être que l’on réussit une carrière quand on est détaché de tout… Il faut être égoïste, penser d’abord à l’argent. Moi, j’en suis incapable.

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C’est quoi réussir une carrière ?

Pour moi, c’est plutôt réussir sa vie, en fait… au niveau bancaire.

Il ne faut pas vous plaindre de ne pas être riche. Vous n’avez jamais fait de concessions dans la musique. Vous l’avez cherché.

Mais si, j’en ai fait. Et ça ne m’a jamais rien rapporté. Si c’est pour faire quelque chose dont je ne suis pas fier, qui sort et qui ne marche pas, autant être content de ce que je fais et pouvoir me regarder dans la glace. Aujourd’hui, en 2013, je me dis « advienne que pourra ». Au stade où j’en suis, pour continuer, il faut que ce que je propose soit intéressant et sans aucune concession pour plaire.

Dans ce disque, vos textes sont mis puissamment en avant et c’est une bonne chose parce que vous êtes un grand auteur.

L’essence du propos. J’aime bien l’épure, mais je n’aime pas le minimalisme. Parfois, minimalisme rime avec pauvre. Moi, j’aime bien les accords riches. Quand je travaillais les arrangements de ces nouvelles chansons, j’ai souhaité m’en tenir à l’essentiel. Bon, je ne suis pas tout seul dans cette aventure discographique. Marc quand il se met au piano, c’est un ovni. Il pense à la chanson, mais pas à « dans quel genre la jouer ». C’est un instinctif…

Vous avez enregistré cet album en 5 jours, chez Rodolphe Burger, à Sainte-Marie-aux-Mines.

Oui, c’était un endroit extrêmement tranquille pour travailler, du coup, on était très spontané. C’est un havre de paix où tu fais ce que tu veux. C’est à toi de trouver le bon état d’esprit au bon moment de la journée ou de la nuit. Les chansons, je les avais déjà beaucoup chantées et travaillées en amont. Quand on est arrivé chez Rodolphe, Marc avait les chansons au bout des doigts, moi je les avais au bout des lèvres…

Certaines de ces chansons existaient depuis longtemps.

Moi, j’ai une boite d’archives. Je ne jette rien. Il n’y a jamais de mauvaises idées, il y a simplement de mauvais moments… et parfois il y a aussi la mauvaise personne. Parfois, je tombe sur une vieille cassette de 1987. Tout est nul, sauf subitement une suite d’accords. Je suis capable de la réutiliser en 2013. Ça m’arrive aussi de retomber sur des vieux textes. Subitement, j’en relis un, mes cheveux se dressent et je me dis « ça va coller avec la musique que je viens de faire ». Là, tout s’arrête. Tu n’as plus faim, il ne fait plus nuit, il ne fait plus jour et tu y vas à fond.

"L'éternité" en live enregistré le 08 septembre 2012 à la Japy Factory à l'occasion du vernissage du "Rock Your Art".

Dans « L’éternité », vous expliquez que vous ne croyez pas au destin. Rien n’est inscrit dans le marbre.

L’espoir n’existerait pas s’il y avait un destin. On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, vous savez.

Vous dites que rien n’est fait pour durer. Ce n’est pas très optimiste.

Si quelque chose est fait pour durer, il n’y a plus de liberté. Dans cette chanson-là, ce que je mets en avant, c’est surtout la déveine, quand les dès sont jetés. J’ai voulu dire que cette déveine ne dure jamais. Je parle de l’état d’esprit que l’on met face au bonheur ou au malheur. Je fais partie de ces gens qui, pendant des années, quand il touchait au bonheur, se disaient « ce sera mieux demain encore ». Je ne profitais pas du moment. Ce sont des conneries. Carpe diem. Il faut profiter du bonheur que l’on vit dans l’instant.

Dans « Notre amour », vous racontez la vie agitée d’un couple qui dure, malgré les secousses rencontrées. J’aime beaucoup cet angle inédit.

Dans la chanson, l’amour c’est toujours la plainte et quand on veut chanter l’amour positif, ça devient vite mielleux. Le grand amour, ce n’est pas Holiday On Ice. Un grand amour, ça dure, mais c’est une montagne russe.

"Le temps des âmes"

« Le temps des âmes », ce n’est pas la chanson la plus gaie de l’album… c’est une chanson sur la vieillesse « qui est un drame ».

Moi, je trouve que c’est la chanson la plus gaie de l’album. Elle m’a été inspirée par une lecture sur le post humanisme de Jean-Michel Besnier. J’ai un regard très négatif sur le futur, sur notre avenir par rapport aux machines qui nous envahissent, sur le fait que l’on perde du vécu par rapport à la matière. Le posthumanisme imaginait qu’être là, en chair et en os, c’est juste une étape dans l’humanité. On vit une époque où le corps humain est un poids. C’est pour ça que je dis que la vieillesse est un drame. A 20 ans, on ne s’en rend pas compte, mais à 50, oui. Et pourtant, on a l’impression d’avoir encore 20 ans. Moi, mes genoux commencent à me faire mal, je commence à rouiller. Ça ne va pas aller en s’arrangeant, alors que j’ai encore tant de choses à faire. Et j’ai envie de vivre. Comment aller plus loin ? Peut-être en arrivant à se passer du corps. Bon, ce que je raconte est un peu compliqué, j’en ai conscience. Vous savez, cette chanson est un peu philosophique. Je fais de la poésie, je n’explique pas toujours les choses que je chante.

Vous parlez pas mal du temps qui passe et de la vieillesse. Un artiste vieillit-il moins vite que les autres ?

Ton environnement professionnel ne veut pas que tu vieillisses. Ce n’est pas bon, le murissement, ça ne se vend pas. Il y a un couloir très sombre et assez long dans lequel on entre et d’où on sort au bout d’un moment quand on est un homme… et les femmes rarement. A un moment, il faut revenir avec les cheveux gris, le visage buriné et là, on dit de toi que tu as vécu, voire survécu. Une femme qui a survécu, on n’aime pas trop ça dans la musique. Toute l’industrie du loisir aujourd’hui s’adresse aux jeunes, tout est donc tourné vers eux. On ne demande jamais aux jeunes de se tourner vers les plus âgés.

C’est marrant, c’est ce qui s’est passé dans le rock quand vous étiez jeunes.

On avait 15 ans et on rêvait d’être comme ceux que l’on voyait sur scène et qui étaient plus grands que nous. C’était des grands frères et ils nous donnaient envie de passer à l’âge adulte. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. On nous demande de nous adresser à des enfants de 15 ans…

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Ton public à toi réclame encore du Starshooter et tous tes tubes en solo.

Il ne faut surtout pas flatter les gens qui viennent te voir dans le sens de la nostalgie. Tout le monde attend ça. Tout le monde est aux abus… euh… aux aguets. Je viens de faire un beau lapsus là. Pour un chanteur, c’est une discipline à avoir de se refuser la nostalgie. C’est facile la nostalgie. Moi, je trouve que je chante mieux qu’avant, que mes textes et mes musiques sont plus intéressants aujourd’hui. Pourquoi ressasser le passé ?

Il y a une chanson qui s’appelle « Volontaire ». Elle dit que la vie est trop courte et qu’il faut en profiter. Et surtout, il y a un message important : ne prenons pas de chemin linéaire, tout droit. Prenons les chemins de traverse.

Dans cette chanson, je défends ma ligne de vie. J’ai fait des erreurs certes, qui m’ont conduit dans des impasses. Qu’est-ce qu’une erreur au fond ? Moi, j’ai découvert beaucoup de choses merveilleuses par erreur. C’est l’accident qui peut faire évoluer. C’est encore plus probant dans les sciences. Quand on suit une ligne, quand on devient expert en quelque chose, on oublie ce qu’il se passe autour et donc on a une idée fausse. Soit on a une idée globale des choses, soit on sait que les autres existent et on se tourne parfois vers eux pour son propre compte.

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Pour finir,  voici images, coulisses et confidences sur l'enregistrementen. En 5 épisodes...

25 février 2013

François Raoult : interview pour Vent de face

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François Raoult est un chanteur dont j’avais beaucoup entendu parler par des amis communs. De plus, coïncidence, quelques-uns de ses paroliers ou compositeurs sont des artistes déjà mandorisés (dont j'apprécie le travail, donc). Un jour, son attachée de presse m’a contacté pour que je le rencontre. J’ai accepté sans hésiter parce que son disque, Vent de face, reçu quelques jours auparavant, m’avait enthousiasmé. Particulièrement sa voix et son sens de la mélodie. François Raoult est venu à l’agence le 4 février dernier. Et je dois dire que j’ai été impressionné par sa franchise… et sa gentillesse.

Extrait de la biographie officielle :
Fils de marin, élevé entre les mers du Sud et la mer d’Iroise dans le Finistère, François Raoult ne passera jamais deux années de suite dans la même école. Et pourtant bon élève: solfège, saxophone, bachelier, diplômé, s'ensuivront quelques années professionnelles à Londres et à Paris, avant de tout foutre en l'air pour rejoindre le courant qui l'appelle depuis toujours: chanter ! Tout ira très vite.
Évidemment, on se souvient de La Nouvelle Star, l'émission télévisée où il termine finaliste face à Luce.

françois raoult,vent de face,interview,mandorPuis la grande traversée avec ce premier album, réalisé à deux mains par Benjamin Constant et Benjamin Tesquet. Son premier album, Vent de face.

Treize titres qui couvrent les quatre hémisphères (Nord, Sud, droit et gauche) au gré des ressacs et des courants. Un disque sur l'héritage du temps d'avant et de ses ricochets dans la caboche d'un futur trentenaire. Un travail formé par la jeunesse, écrit entre la capitale et le Finistère : chez lui.
Si François Raoult est auteur, compositeur et que sa patte traîne tout au long de cet album, il a aussi choisi de ne pas voyager en solitaire et s'est entouré pour l'occasion de quelques plumes de la scène actuelle (Bertrand Soulier, Pierre Dominique Burgaud, David Scrima, Jérôme Attal, Benjamin Tesquet).

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Interview :

Tu as commencé à Brest, bien avant que l’on te voie à La Nouvelle Star.

Mon père est un marin d’état, donc j’ai pas mal voyagé. La première fois que je me suis posé, c’était à Paris. J’avais 6 ans, et c’est à ce moment que j’ai commencé le saxo. J’en ai fait 10 ans. Après je suis retourné en Bretagne et j’ai fait de la musique dans un orchestre philharmonique. En 5e, j’ai fait partie de la chorale de mon lycée et de mon collège. J’y allais plus pour draguer les filles. Je n’avais pas encore de potes, j’ai un peu une victime (rires). En seconde, j’ai monté un groupe de rock, ce qui m’a bien aidé à m’intégrer socialement. Ça a marché plutôt pas mal. On a gagné des tremplins et enregistré un CD 5 titres. Il faudrait que je te fasse écouter ça, c’est assez immonde.

françois raoult,vent de face,interview,mandorJe sais qu’à cette époque, tu te demandais si tu avais une assez belle voix pour « faire » chanteur.

C’est vrai. Je voulais continuer dans la musique après le lycée, mais avec mes parents, on a passé un contrat moral. Il fallait que j’aie un bac +2 et un diplôme. Au final, j’ai un bac +6 et j’ai même fait un IUT Tech de Co pendant deux ans. La mère d’un ami qui est directrice de l’IUFM de Bretagne et qui trouvait que j’avais du talent ne voulait pas que j’arrête de chanter. Du coup, elle m’a pris dans sa chorale à Quimper. Après j’ai fait une école de commerce, et parallèlement, j’ai fait partie d’une association de musique. Mais j’avais juste l’impression de chantonner. J’étais très introvertie.

C’est avec La Nouvelle Star 2010 que tu as appris énormément.

Cette émission me donnait des sensations incroyables. Déjà sur les castings, j’avais déjà ressenti beaucoup d’émotions.

Tu es arrivé deuxième. C’est souvent la bonne place, tu sais.

Je le sais parfaitement. Ce que je voulais, c’était être présent à chaque prime. Du coup, je n’ai pas vécu ma deuxième place comme un échec, je t’assure.

Clip de "Aux frais des quatre saisons"

Ton album est arrivé deux ans plus tard.

J’ai trouvé ça long. La frustration est dure à encaisser. Il y a eu beaucoup de journées mortes à  partir de la fin de l’émission, et ça, c’est compliqué à gérer. Et financièrement parlant, c’est super dur.

(Ironique) Quoi ? Tous les gens qui font de la télé ne sont pas riches ?

Moi, j’ai gagné 437,68 euros net avec La Nouvelle Star.

Par semaine ?

Non, en tout. Tu vois, ça n’aide pas à vivre. Après, on a fait un concert à l’Olympia, ça nous a fait gagner un peu de sous, mais pas grand-chose. Le plus dur, c’est de ne pas être indépendant financièrement pendant deux ans vis-à-vis des proches, de la famille, de mes parents qui m’ont payé des études qui coûtent un bras. Aujourd’hui, ils n’ont plus envie que j’arrête ce métier et moi non plus. Il y a encore un mois je me posais la question, là, les choses ont l’air de se débloquer un peu. On commence à rentrer en radio. On a eu que des retours positifs de l’album de la part des professionnels, mais dans la masse populaire il ne se passe pas grand-chose. Le public n’a pas l’air au courant que ce disque existe.

Boule Noire - François Raoult from Simon Guillemin on Vimeo.

Ce disque a été conçu avec la collaboration d’un artiste que j’aime beaucoup, Bertrand Soulier. Je te dis franchement, c’est ce qui m’a fait m’intéresser à ton disque.

Bertrand, c’est comme mon grand frère maintenant. Il a l’impression que je suis lui plus jeune et moi, chaque mot qu’il écrit me parle. Dès qu’il m’envoie un texte, il n’y a rien à changer.

Tu cosignes les textes et les musiques ?

Je suis un bon mélodiste, mais je n’ai pas encore le niveau musical nécessaire pour finir une chanson de A à Z. J’arrive souvent avec des mélodies, je trouve des bons refrains qui percutent, après la gamme d’accords à besoin d’être enrichie donc, je travaille avec des musiciens pour ça. Pour les textes, c’est pareil, j’ai des inspirations, mais je n’arrive pas à retoucher. Je les envoie à Bertrand, il casse tout et il refait la déco.

Tu apprends avec ces gens-là ?

C’est énorme. J’ai travaillé avec Jean Fauque et Bertrand Soulier deux semaines non-stop et ça a été deux semaines de formation intensive. Jean Fauque m’a expliqué comment il écrivait avec Bashung, c’était passionnant. Jean et Bertrand m’ont beaucoup appris.

Tu as pris des cours de chants ?

Oui, avec Nathalie Dupuy, une prof super connue. Elle a un truc supplémentaire, elle est un peu psychiatre. J’ai arrêté au moment où je commençais à trop maîtriser.

François Raoult chante la chanson des Innocents "L'autre Finistère" dans Le Grand Studio d'RTL (juste parce que j'adore cette chanson).

Moi, j’aime la variété et la nouvelle scène. Ton album est un mélange entre les deux.

Je suis d’accord et c’était notre plus gros problème au début. Les gens ont eu un peu de mal à savoir où on se plaçait. J’ai voulu faire un disque qui soit plus le proche dans l’âme et dans l’atmosphère de ce que j’écoute : Bashung, Gainsbourg… je voulais que ce soit aussi noble. Mais moi, je suis plus jeune et ça manque de rock dans la réalisation et dans les textes. On a voulu mettre trop de couches. Le prochain album sur lequel je suis déjà en train de bosser sera résolument plus simple, plus organique, plus accessible. Les nouvelles chansons sont beaucoup plus frontales. Je pense, j’espère être un chanteur populaire.

Comment définis-tu ta musique alors ?

De la pop variété. Désormais, je vais trouver une bonne mélodie de voix, un bon texte et un riff de guitares qui soit efficace après le reste suivra.

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Tu m’as dit en off que tu étais un peu trop hermétique au niveau des mots.

Je déteste les mots et les images faciles. Ça peut me rendre dingue. Je n’assume pas les mots « amour », « toujours », « hirondelle »… Tu vois ce que je veux dire ? J’ai besoin de mettre des images plus sombres et plus fortes, mais on me dit que mes images ne sont pas assez compréhensibles au grand nombre. Bertrand Soulier m’a aidé un peu à ce niveau-là.

Je sais que tu as plein d’autres projets.

Je développe une série télé, des concepts d’émissions. La télé, ça m’attire énormément. Quand je suis sorti de La Nouvelle Star, j’ai rencontré toutes les boites de prod de France qui m’ont convoqué pour que je sois animateur télé. J’ai répondu que je voulais faire de la musique d’abord. Sinon, j’adorerais réaliser un long métrage. Pour moi, tout ça, c’est le même métier. J’adore la création.

Tu lis beaucoup ?

Là, en ce moment, je lis Louis-Ferdinand Céline. Depuis que j’ai commencé la lecture de ses œuvres, c’est un truc de fou, ça part dans tous les sens dans ma tête.

Pour terminer, c’est quoi ton rêve dans la musique ?

Mon rêve suprême ce n’est pas l’Olympia. Mon Olympia à moi, ce sont Les Vieilles Charrues. Le jour où je fais la grande scène des vieilles charrues, je serais comme un dingue.

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(Cette photo est une photo artistique. C'est un genre. New style. Signé: Mandor Mauvaisefoi)

24 février 2013

Le Larron : Interview pour la sortie de Original

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le-larron-original.jpgIl y a trois ans Le Larron sortait son premier album, saisissant d’audace textuelle et d’aisance scénique. Vient de paraître, son 2e opus intitulé Original. Les 6 titres + 1 remix qui le composent sont des perles de cynisme et d’humour noir dont la marque de fabrique est toujours de la provoc habile, mais jamais méchante, portée par une plume affûtée et poétique. Le Larron est passé à l’agence le 30 janvier dernier pour une interview sans concession.

Il existe une version officielle de la biographie de Le Larron, mais elle décrit ce dont nous parlons dans l’interview, donc aucun intérêt de la publier… en revanche, sur sa page Facebook officielle, l’artiste, qui n’a décidément pas la langue dans sa poche, explique ce qu’il pense des biographies « officielles ».

J’adore.

« J’ai toujours adoré lire les (auto)biographies d’artistes en herbe. Je voue une grande 1162_58233832232_8133_n.jpgadmiration aux rédacteurs de ces petits bijoux littéraires. Et en général plus l’artiste est mauvais et plus belle est la biographie, comme s’il était possible de convaincre le lecteur de ces panégyriques du talent que l’artiste n’a pas su mettre dans son travail.
Ainsi, si l’on en croit sa biographie L’Artiste fait toujours preuve d’une sensibilité exacerbée doublée d’un incroyable talent de mélodiste qui lui fit composer dès l’âge de 4 ans des pièces majeures de l’art du 20e siècle. Ses textes mordants qui rappellent toujours le meilleur de Ferré sont immanquablement lovés dans de subtils arrangements aux accents gainsbouriens… Et dire qu’on avait loupé ça à l’écoute…
Donc pour ma part je ne vous dirais pas ce qu’il faut penser de ma musique, vous n’avez qu’à écouter. Et si vous trouvez ça un peu con, c’est normal, ça a toujours été mon ambition, et si vous n’aimez pas, ce n’est pas grave, tous les goûts sont dans la nature ! Et merci de laisser Ferré et Gainsbourg en dehors de tout ça. »

Sinon, la vraie bio est .

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Interview :

Cet EP est le deuxième, mais tu estimes qu’il est le premier.

Je fais de la musique depuis longtemps, mais j’ai toujours accompagné, écrit ou arrangé pour les autres. J’étais sûr d’avoir une voix de merde, donc je n’ai jamais essayé de chanter. Quand on me demandait de faire les chœurs pour les autres, c’était un vrai calvaire. A me retrouver comme un crétin avec des chansons que personne ne voulait chanter, j’ai dû les maquetter avec ma voix pour les présenter à des éditeurs. Par hasard, ces chansons sont tombées dans les mains d’un distributeur qui m’a conseillé de les chanter moi-même. C’est ce que j’ai fait et le disque  a fini par sortir, mais ce n’était pas prévu. Je n’avais pas de label ni de tourneur. Je ne m’étais pas positionné en interprète sur ce disque, j’étais juste auteur compositeur. Il n’y a avait pas de couleur musicale bien déterminée.  

Désormais, tu te sens plus légitime en tant que chanteur, c’est ça ?

Je me suis posé des questions en tant qu’interprète. Avec Original, j’ai fait un disque du Larron. Ce n’est pas un disque qui pourrait être chanté par n’importe qui. J’ai fait trois ans de tournée avant de sortir cet EP, donc, j’ai un peu progressé en chant. Je ne force plus la voix, je fais gaffe à la respiration, bref, j’ai acquis une « technique ».

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Sur scène, tu ne fais pas que chanter et jouer de la musique…

Ce que j’aime, c’est aussi le côté show man. Moi, j’ai un côté un peu clown. Emmerder un peu le public, râler, ça j’adore.

Tu as d’ailleurs un peu cette réputation dans le métier. On te décrit ainsi : bougon, exigeant, perfectionniste, maniaque…

C’est vrai, j’avoue. Je ne m’énerve pas beaucoup, mais je peux râler, grogner. Je suis exigeant avec moi-même, je suis donc exigeant avec ceux qui travaillent avec moi. Je n’ai aucun problème pour dire à quelqu’un que ce qu’il a fait, c’est de la merde. Il faut au moins accepter ça quand on bosse avec moi. Si c’est bien, je suis ravi, si ce n’est pas bien, je le dis. Il y a des gens qui sont habitués à ce que l’on prenne des précautions avec eux… ils ont un peu de mal avec ça.

La diplomatie, ce n’est pas ton fort ?

Ce n’est pas ultra mon fort, non. Je n’ai pas envie de perdre du temps avec des gens qui ne font pas le boulot. Quand je bosse avec des gens dont j’adore le travail, ça se passe très bien. Au fond, je suis un garçon gentil.

Tu as accompagné pas mal d’artistes au clavier et tu as fait de nombreuses scènes avec ton premier album. Tu es rodé.

La première fois que je suis monté sur scène pour chanter, c’était le 8 janvier 2009 et l’album sortait le 24 avril 2009. On était 150 à « L’opéra », un bistrot de Bastille. Tous mes potes sont venus, c’était blindé et il y a eu une ambiance de folie. Je me suis dit : « si c’est ça être chanteur, je veux bien recommencer ! »  Un an après, j’étais sélectionné à Montauban et c’est allé très vite. À part les Francos, on a été un peu partout. On a eu les prix Vesoul, les prix de la Sacem, le Prix France Bleu-Grand Zebrock, le Prix Fondation la Poste, on a tout gagné aux Mans Cité Chanson, sélections de l'académie Charles Cros et du Festival Alors Chante… Ce qui m’a fasciné, c’est que les professionnels ou le public qui votaient reconnaissaient l’interprète. Je n’en revenais pas. Moi, mon rêve était juste de réaliser des albums pour d’autres artistes. Je n’avais jamais pensé être devant.

Tu reviens donc avec un EP de 8 titres. Avec des textes toujours pince-sans-rire…

Oui, je n’ai pas changé l’écriture.

Bon, il y a « Le labyrinthe » qui n’était pas de toi.

Qui n’est pas mal écrit quand même… par un certain Victor Hugo. Cette adaptation n’est pas du tout réfléchie. Je suis un énorme fan de roman noir français et particulièrement de l’œuvre de Thierry Jonquet. Dans un de ces bouquins, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, qui parle des émeutes dans les banlieues en 2005, « Le labyrinthe » sert de filigrane à tous les chapitres. Pour chaque chapitre, il prend un vers ou deux. J’ai cherché ce poème, je l’ai lu et je l’ai pris en pleine poire. J’avais envie sur ce disque-là de faire une chanson plus politique, de parler de la société et pas uniquement d’amour contrarié. C’est compliqué parce qu’il ne faut pas être donneur de leçon.

Clip de "Je t'aime".

Une chanson comme « Je t’aime » m’amuse beaucoup.

C’est la première fois que j’écrivais un texte sur de la musique totalement terminée. On me reprochait de ne pas faire une chanson d’amour qui se termine bien. J’ai donc écrit un texte avec « je t’aime » dedans, à la Lara Fabian. Comme je suis un peu tordu, j’ai forcé quelqu’un à dire « je t’aime » à quelqu’un d’autre. La méthode Coué, donc. Le mec qui chante n’a rien compris à l’amour, évidemment.

Je sens que tu aimes bien casser tous les codes.

C’est un peu le rôle d’un artiste.

61SGJM57BSL._SL500_AA300_.jpgTon album provoque en moi un truc paradoxal. Les textes sont noirs, mais il fout la banane.

C’est un peu comme l’album Les idées noires de Franquin. Tu lis ça, tu es mort de rire et pourtant ce qu’il raconte est affreux. Je suis très noir dans mes chansons, mais si tu viens à un de mes concerts, tu seras mort de rire.

Lisa Portelli chante dans deux de tes chansons. Pourquoi ?

J’avais prévu qu’elle n’apparaisse qu’une fois dans « Tes yeux verts ». Au début, je la chantais tout seul et puis finalement, je me suis dit qu’il serait intéressant de faire un duo avec une jolie jeune fille avec des yeux verts. Je n’ai pas trouvé tout de suite. Un jour, je vais voir Lisa en concert et j’ai vu cette nana lisa-portelli.jpgavec ses yeux verts et sa guitare électrique, je me suis dit immédiatement que c’était elle. Je lui ai proposé, elle a aimé la chanson, elle est venue dans mon studio et elle a chanté la chanson. Et il se trouve qu’en même temps j’étais en train de bosser sur « Je t’aime ». Je trouvais que sans une voix féminine la chanson était un peu trop glauque, elle ne fonctionnait pas. J’ai demandé à Lisa de me faire juste une voix témoin. Elle l’a fait, j’ai bossé pendant 3 mois sur cette chanson en faisant plein d’essais avec d’autres interprètes, mais ça ne me convenait pas. Du coup, Lisa m’a dit qu’elle aimait aussi beaucoup cette chanson, presque plus que « Tes yeux verts ». J’ai donc gardé la voix témoin de Lisa.

Cet album est produit par toi…

Seul, dans mon studio. Je n’ai pas le choix. On ne trouve pas de producteur pour ce que je fais. Mais j’ai assez de connaissances du bizness parce que j’ai passé deux ans à Virgin Music. C’était un boulot alimentaire, mais j’ai compris comment les choses fonctionnaient. Grâce à ça, j’arrive à m’en sortir. Ce qui est triste, c’est qu’il y a plein de mecs qui sont juste des auteurs compositeurs surdoués, mais qui sont incapables de se démerder à comprendre comment marche une demande de subvention, monter un label etc… Ils risquent, eux, d’avoir beaucoup plus de difficultés pour s’en sortir.  Le truc le plus compliqué en ce moment, qu’on soit en indépendant ou pas, c’est que les revenus généraux ont été divisés par 5 ou 10, du coup, on a du mal à boucler les fins de mois.

Le_Larron_31.jpgAujourd’hui, payer ses musiciens ça devient compliqué, je sais bien.

Là, ils sont tous plus ou moins bénévoles. Je me démerde pour lâcher un peu de sous parce que je ne veux pas qu’ils travaillent pour rien. Il y a 5 ans, c’était plus simple. Je savais que j’allais vendre au moins 10 000 disques. Là, si ça ne marche pas trop, j’en vends 300 et ça ne couvre même pas la fabrication de la pochette et le graphiste. Je ne me fais pas de l’argent sur leur dos, s’il y a de l’argent qui rentre, youpi, on partage. On va devoir attendre un an ou deux que la Sacem me rétribue pour qu’il y ait un peu d’argent afin que je puisse les payer. Il y a 5 ans, ils auraient eu un salaire tout de suite qui leur aurait permis d’être intermittents tout de suite, qui leur aurait permis de bosser sur d’autres projets…etc. Cela étant, ça a cassé l’industrie et du coup, il y a plein d’artisans qui ont retrouvé de la place. Mais, c’est dur pour eux aussi.

Tu cites Winston Churchill : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme ». Toi, tu n’as jamais eu d’échec.

Je n’ai pas besoin du Larron pour gagner ma vie. Je fais de la musique de commande, je réalise des albums pour d’autres gens. J’ai fait Le Larron comme une récrée et ça a commencé à bien marcher. Je n’ai pas de clients là-dessus… Le Larron, c’est mon jouet. J’en fais ce que je veux. Aujourd’hui, j’ai 36 balais, je n’ai toujours pas de disque d’or. Le moindre connard qui sort de la Star Ac a vendu plus que moi. Je fais de la musique depuis 20 ans sérieusement, quand même, et je n’ai pas l’impression d’être un incontournable. 

Ça va peut-être venir. Tu rentres en playlist sur France Inter, le Mouv’, FIP, France Bleu, Europe 1…

C’est une grosse surprise. Je pensais sortir un EP en numérique et les choses se précipitent un peu. Je voulais juste dire, « coucou, dans 6 mois, j’arrive avec un disque !». Ça se passe super bien, mais je ne sais pas jusqu’où ça ira.

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Bonus :

6ème soirée de remise du prix Centre des Ecritures de la Chanson Voix du Sud / Fondation La Poste - jeudi 28 mars au studio Raspail à Paris, avec LE LARRON. Soirée animée par Didier Varrod (France Inter) et Francis Cabrel.


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21 février 2013

ReDeYe : interview pour End of the season

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(Photo : Renaud De Foville)

530632_10151202679442045_833854753_n.jpgReDeYe propose depuis 2008 une musique folk classieuse et apaisée. Ce projet mené par Guillaume Fresneau, du groupe Dahlia, évoque immanquablement les grands espaces américains. J’en parlais déjà ici à la naissance du projet. Les morceaux de ReDeYe puisent leur inspiration chez les meilleurs songwriters d’outre-Atlantique.

On note des collaborations prestigieuses. Évoquons par exemple la trompette de Jérôme Lorichon (Hermane Düne), les violons de Lucille Vallez (Ex – Pony Express), où encore Raphaël Seguinier (Cocoon, Saul Williams, Nouvelle Vague) et Cyril Bilbeaud (Sloy) qui interviennent tous deux à la batterie.

Sans frontières, ReDeYe propose un folk US sans complexes qui pourrait bien devenir la marque de fabrique d'un groupe affirmé et fort prometteur. À suivre avec attention.

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538132_10151434850633493_1230496429_n.jpgInterview:

C’est un disque intimiste, mais avec du monde autour de toi.

Avec Jean-Charles Versari à la production, on a commencé à faire des voix-guitares les plus convaincantes possibles, ensuite on a étoffé l’affaire en allant chercher des gens qui correspondaient au mieux à nos envies musicales. Mon idée était de faire une musique dans laquelle on se sent bien, dans un univers intime, un peu écarté du monde. Je pense qu’il faut que ça se ressente dès le studio.  Je ne me vois pas appeler un musicien juste pour le cachet. Il fallait que l’on travaille en famille avec des gens qui vivent la musique comme nous.

Les critiques de l’album sont dithyrambiques.

J’ai l’impression que les gens ont compris ce que nous voulions transmettre avec cet album. On a voulu recréer une sorte de petit monde parallèle fait d’espace, de voyages et de contrées lointaines. J’ai envie que les gens voyagent avec ce disque.

Un voyage pour où ?

J’ai grandi au Texas, c’est donc plus le sud des États-Unis. Je suis arrivé aux États-Unis à l’âge de 5 ans et j’y suis resté jusqu’à 12 ans. Il y a dans ma musique la notion d’étendue et d’espace.  Mon père, bien avant de partir là-bas, était complètement imprégné de cette musique-là. Il a toujours été fan de blues, de rock et de folk.

Du coup, il n’a pas été déçu que tu commences ta carrière musicale avec un groupe qui chante en français, Dahlia, plutôt qu’avec les ReDeYe.

Il se moquait gentiment de moi. Il disait, ton disque, dans  les bacs, il est classé dans la chanson française. Musicalement, il me comprenait quand même. Par contre, avec ReDeYe, il est aux anges…

Clip de "Cover me".

On sait que tous les enfants veulent tuer le père. Faire la musique qu’aime son père, ça ne met pas un peu de pression ?

Il y a une sorte d’héritage, en effet. Mais, pour moi, quand on fait de la musique, on fait un lien entre ce qui a existé et ce qui va exister. Je ne crois pas aux musiciens qui sont complètement originaux. Chaque musicien choisit parmi ce qui l’intéresse, le transforme un peu pour le faire avancer. Je crois beaucoup en l’idée qu’on est tous un peu connectés. Chacun a sa propre vision des choses et c’est ça qui fait avancer les choses. Je ne crois pas au miracle musical qui apparait comme ça du jour au lendemain.

Tu es le seul à faire cette folk-là en France en tout cas. C’est un album américain.

Beaucoup de gens me disent ça. Il y a d’autres projets de ce style ou apparentés qui viennent d’Allemagne, d’Angleterre, de Suède. Donc moi je suis content d’être le seul français. Le seul breton même.

On entend moins ton côté breton dans ton disque que dans celui de Nolwenn Leroy !

(Rires). J’aime beaucoup cette réflexion. On la garde !

Dans ce nouvel album, il y a le même climat que l’EP, sauf qu’il y en d’autres… car il y a des instruments nouveaux.

J’ai l’impression de suivre un chemin. L’EP, c’était un essai. Une des idées directrices était d’enlever la batterie et de restreindre au maximum les instruments. Cette fois-ci, je suis parti de la même base, mais j’ai décidé de me projeter  et d’ouvrir mon champ des possibilités musicales. Il y a donc de la batterie sur 3, 4 morceaux, j’ai ajouté aussi des cuivres, des trompettes et un saxophone baryton.

"Out of the Blue" (version live).

Il y a même des titres un peu rythmés.

Oui, « Disappear », par exemple. C’est une de celles que les gens remarquent le plus. Ce titre ouvre peut-être sur la suite, sur la tournure que prendra ce projet. Comme j’étais dans un format album, c’était intéressant pour moi d’amener d’autres choses.

As-tu fait très attention à l’ordre des titres ?

Oui, c‘est pour moi ultra important. Je suis un grand fan d’album et  les albums doivent raconter une histoire. Rien ne doit être laissé au hasard. On a passé deux ans de notre vie et toute notre énergie à cet album, donc on a eu le temps de la penser.

Est-ce que ReDeYe ne devient pas ton projet numéro 1 ?

Maintenant, effectivement, il le devient. Les choses, la vie, les rencontres, les temps de studio font que je n’ai travaillé que sur ce projet. Il faut dire qu’il me colle à la peau complètement.  Je ne me vois même pas faire autre chose en ce moment.

"Disappear" à Lake Travis, Texas.

Si ce disque a une tonalité mélancolique, tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas triste.546955_10151120043627045_2005806029_n.jpg

Ça me fait extrêmement plaisir d’entendre ça. C’est important pour moi que ce disque ne soit pas considéré comme plombant, car on l’a joué dans une bonne humeur totale. Cette mélancolie dont tu parles est une mélancolie que je retrouve quand je vais aux États-Unis. C’est une mélancolie presque cathartique. C’est comme le blues. Le blues, pour moi n’est pas triste, c’est une sorte d’expression de sentiments qui peut aller de la tristesse à la joie, mais sous une forme mélancolique. Pas triste en tout cas. De toute manière, faire de la musique, ce n’est jamais triste.

Si tu es triste, tu ne fais pas de musique ?

Non. Faire de la musique, c’est déjà avoir une énergie et avoir envie de communiquer. Si je joue dans un état de tristesse, j’ai peur que ce soit pleurnichard. Je m’évite le pathétique dans la musique. Je ne me sens pas d’imposer aux gens ce genre de sentiments.

Et l’inverse ? Quand tu es trop heureux ?

C’est pareil. Je ne fais pas de musique non plus parce que je suis dans une sorte de bonheur qui va finir par trop s’entendre… un peu dégoulinant. Il faut être dans un état particulier quand tu fais de la musique. Ni heureux, ni malheureux, c’est une sorte de transe.

Je serais un peu étonné si un jour tu ne t’attaquais pas à la musique de film.

J’ai fait de la musique de courts-métrages, mais le milieu du long métrage est assez fermé. Dans mes morceaux, on voit des images. J’adorerai travailler sur une musique de film, je ne peux pas te dire le contraire. 

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15 février 2013

Magali Ripoll : ce soir aux Sentiers des Halles

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Ce soir, au nouveau Sentiers des HallesMagali Ripoll, auteure, compositrice, interprète et musicienne, que vous pouvez retrouver tous les soirs dans N’oubliez pas les paroles sur France 2, vous invite à découvrir son univers fantaisiste, parfois décalé.  Mêlant l’accordéon, son premier amour, aux musiques actuelles, elle vous charmera par sa personnalité et sa voix électriquement naturelle, à la fois femme enfant, drôle et sensible. Magali Ripoll est passée ce lundi 11 février à l’agence pour une interview fort sympathique (merci à Valérie Motté !)

15617_4641722735149_382054101_n.jpgBiographie officielle (un peu écourtée):

Originaire de Bourgogne, Magali grandit à St Raphaël (Var), dans une famille de musiciens (son grand-père jouait de l’accordéon, du saxophone, de la guitare ; son père de la batterie et son oncle de la guitare). À cinq ans, elle apprend le solfège et très vite l’envie de jouer d’un instrument de musique la titille.

Durant son adolescence, elle gagne son argent de poche en jouant tous les samedis soirs dans les bals et les salles des fêtes, accompagnée à la batterie par son père. Ce sont ses premiers pas sur scène. Puis elle forme un groupe de musique au lycée avec des copains.

Bien vite, elle quitte le Sud pour rejoindre la Capitale et y tenter sa chance. Afin d’enrichir sa palette artistique, elle prend des cours de théâtre, de chant et participe à quelques auditions, qui lui permettent de faire des rencontres musicales.

Depuis une dizaine d’années, elle accompagne de nombreux artistes sur les routes (Charles Aznavour, Lorie, Nâdiya, Richard Gotainer, Emmanuel Moire, Line Renaud…). Elle est également aux côtés de Nagui, sur France 2, dans l’émission N’oubliez pas les paroles où elle chante, joue du clavier et de l’accordéon.

Elle prépare son album solo dont elle écrit et compose la plupart des chansons. Son univers fantaisiste, parfois décalé, donne une tonalité pétillante à ses titres.

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folio2.jpg.pngInterview :

Tu as baigné dans une ambiance assez chanson française dans ta jeunesse…

Oui, avec beaucoup d’accordéons musettes. Mon grand-père maternel était accordéoniste et saxophoniste, d’ailleurs. Il l’est toujours aujourd’hui. Et puis j’ai fait du bal avec mon  père, donc c’est vrai que la chanson française occupait une grande place. Mais, en même temps, à 30 %, mes parents écoutaient à la maison du Deep Purple, du Beatles.

Qu’est- ce que tu trouves à l’accordéon pour qu’encore aujourd’hui, tu ne te sépares pas de cet instrument?

Il est autant touchant que festif. Le son de l’accordéon me procure en tout cas des émotions incroyables. Quand j’entendais le professeur d’accordéon qui habitait à côté de chez nous donner ses cours, je ressentais des tas de sensations inédites qui me touchaient profondément. Une espèce de mélancolie inexplicable, comme si c’était un son que j’avais toujours entendu. J’ai compris qu’avec un accordéon, on pouvait très vite partir en vrille et faire la fête.

Pour l’instant, de ce que j’ai entendu de tes chansons, tu présentes la Magali Ripoll plutôt joyeuse. C’est le cas dans la chanson que tu fais découvrir « Les dessous de la vie » par exemple. (Que vous pouvez écoutez ici, d'ailleurs)

Tu as raison, ce que j’écris et je chante pour le moment est plutôt joyeux et festif. Je pense que c’est pour une question de maturité que je n’ai pas encore acquise complètement. Peut-être que pour le moment, j’ai peur du côté mélancolique de l’accordéon et que j’attends d’être prête. Pour le moment, je crois même que ça m’angoisse, mais j’y viendrai un jour.

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Avec l’accordéon, tu prouves que l’on peut faire ce que l’on veut de cet instrument?

Je veux inventer une sorte de mariage possible entre les musiques actuelles (comprenant celles des 20 dernières années et Anglo-saxonnes) et cet instrument considéré comme franchouillard.

Dans « Les dessous de la vie », on ne l’entend pas beaucoup l’accordéon finalement.

Il y a pas mal de chansons où l’accordéon n’est pas présent. Je ne suis pas obnubilé par cet instrument non plus. Il y a des chansons dans lesquelles, je joue du piano, d’autres dans lesquelles je me contente de chanter sans jouer d’un instrument, d’autres avec l’accordéon, notamment quand je joue du Prince ou du Lenny Kravitz sur scène.

Ce soir aux Sentiers des Halles, on verra ce genre de performance ?

Oui. On essaie de trouver le juste milieu pour faire parler les morceaux qui existent comme « Kiss » de Prince, qui est une chanson intouchable, mais que, paradoxalement, on peut reprendre de 1000 formes différentes. Notre version un peu tango rumba étonnera le public, tu verras.

C’est important d’avoir une formation assez complète de musicienne quand on estfolio3.jpg.jpg chanteuse et choriste ? Je dis ça car je connais des chanteurs qui n’en ont pas.

Ce n’est effectivement pas une obligation, mais moi ça me sert beaucoup. Je ne peux pas faire l’un sans l’autre. Je ne peux pas jouer de mes instruments sans chanter et je ne peux pas chanter sans faire appel à un moment donné à mes instruments. Avoir une formation musicale m’a servi pour des séances de chœurs par exemple. J’avais besoin de me référer à certaines notes et le fait d’être musicienne, de connaître le solfège et la musique, d’avoir une oreille de musicien m’a fait avancer sur mon travail plus d’une fois. Pour le parcours que j’ai, cette connaissance est d’ailleurs un élément essentiel.

Ton envie de faire ce métier a commencé quand tu faisais des bals avec ton père ?

Oui, le fait d’être sur une scène et faire danser les gens, même petite, ça me procurait un plaisir fou. C’était un rêve pour moi de faire ça toute ma vie. Quand j’accompagne des artistes sur scène, en tournée, je prolonge ce rêve.

Tu es musicienne choriste pour pléthores d’artistes, à commencer par Aznavour, Gotainer, Lorie, Line Renaud, Emmanuel Moire… comment t’es-tu fais remarquer la première fois comme choriste ?

La toute première fois, c’est le producteur de la chanteuse Lorie, Johnny Williams, qui m’a repéré dans un casting qu’avait mis en place la maison de disque EMI en 1999. C’était une sorte de Star Academy/Nouvelle Star sans les caméras. J’avais été retenue pour chanter dans un groupe de 7 chanteurs et chanteuses  qui devait sortir un single chez EMI. On a travaillé dans le studio de Johnny Williams, mais finalement le projet n’a pas abouti. Un jour, Johnny m’a rappelé pour que je vienne faire des chœurs dans le studio parce qu’il trouvait que je chantais bien et que je faisais le travail qu’il fallait. Ensuite, il m’a fait partir en tournée avec la première artiste que j’ai réellement accompagnée, Lorie.

Et après, tout s’est enchaîné.

Le directeur musical de Lorie m’a appelé pour accompagner d’autres artistes. Souvent, quand on est musicien, on se fait repérer par le réalisateur de l’album ou le directeur musical, parce que ce sont ces gens-là qui sont vraiment dans les coulisses et qui repèrent les personnes adéquates.

541949_4641718335039_813654111_n.jpgQuand on est chanteuse soit même, comment vit on le fait d’être choriste, c'est-à-dire, au service musical d’un autre chanteur ?

C’est extra parce que c’est tout un wagon de personnes qui avance en même temps derrière l’artiste. Accompagner un artiste et le servir, je trouve que c’est génial. Ce sont des sentiments vraiment très forts sur scène. Il ya une telle communion entre l’artiste et les musiciens que rien que dans parler, ça me donne des frissons.

Je vais te poser une question naïve. Est-ce qu’une choriste doit tenter de moins bien chanter que l’artiste principal pour ne pas lui faire trop d’ombre ?

Non, évidemment. Il y a les choristes et la voix de l’artiste. Peu importe si l’artiste est plus fragile vocalement, nous on fait juste notre boulot de choristes. Nos nappes de chœur doivent être justes et bien chantées. Les chœurs, ce sont des instruments comme les cordes. Elles ne sont pas là pour voler la vedette à l’artiste, mais pour le soutenir le mieux possible.

Quand on chante pour Aznavour par exemple… c’est un truc de fou quand même.

C’est un conte de fées. J’ai vibré plein de fois par des rencontres artistiques. Par exemple quand Peter Kingsberry a voulu m’engager pour sa tournée et qu’il m’a dit avec son accent anglais, « c’est super, c’est au-delà de mes espérances. Tu feras mes claviers et les chœurs », je n’y crois pas un instant. Je me demande quel est le rapport entre cette personne et moi. Pour Aznavour, c’était aussi un truc de fou. J’accompagnais Line Renaud à l’Olympia il y a un an et demi et son concert était diffusé sur France 3 un vendredi soir. Le lendemain de la diffusion du concert, j’étais en déplacement dans un train pour un concert, mon fiancé m’appelle et me dit que le chef d’orchestre de Charles Aznavour  vient d’appeler à la maison. Je suis estomaqué, mais effectivement, il m’appelle sur mon portable quelques minutes après et me dit : « Monsieur Charles Aznavour m’a contacté très tôt ce matin parce qu’il vous a vu hier soir en concert avec Line Renaud  et il voudrait que vous fassiez partie de sa tournée. Si cela vous tente ». J’ai quand même passé une audition… et j’ai été prise. Jamais je n’aurais pensé être à la hauteur, en tout cas être une assez bonne musicienne et choriste pour accompagner quelqu’un comme Aznavour, une telle légende vivante. En fait on n’y pense même pas.

Autre partie importante de ta vie en ce moment. On te voit tous les soirs dans l’émission 269483_2013945482360_7032010_n.jpgde Nagui, « N’oubliez pas les paroles ».

Cette émission, c’est ce que j’ai toujours voulu faire au sein d’un orchestre, mais que je me suis toujours retenue de faire. J’ai fait beaucoup de bals avec des orchestres dans lesquels on avait des chorégraphies, des costumes, bref, des shows qui étaient bien travaillés et ficelés. Mais, avec la personnalité que j’ai, à un moment, j’ai toujours envie de partir en vrille. Je n’arrive plus à être au premier degré de ce que je suis en train de faire. Les chefs d’orchestre pour lesquels je travaillais n’étaient pas toujours contents de mes extravagances. Je tourne toujours tout à la dérision, je n’y peux rien. Dans « N’oubliez pas les paroles », au début, le chef d’orchestre nous avait demandé de jouer sérieusement parce qu’il fallait montrer une image professionnelle jusqu’au bout des ongles. Sur France 2, en live, ça ne plaisante pas. Les premières émissions sont très marrantes parce qu’on a tous la tête sur nos pupitres, très sérieux. Quand on s’est rendu compte naturellement qu’on était quand même dans un jeu ou les gens sont là pour se marrer, pour chanter et pour se faire plaisir, et que la personne qui regarde chez elle a envie de la même chose, à un moment donner, il faut réagir. Comme Nagui et Gérard Pullicino sont quand même des joyeux lurons et ne sont pas les derniers pour la rigolade, ils ont laissé la porte ouverte à mes folies.

Tu n’as pas peur que ça te desserve, professionnellement, de te comporter ainsi ?

Ça a pu me desservir, mais parfois ça m’a fait remarquer. Mais au fond, je m’en fous que cela déplaise, sinon j’arrêterais ce comportement, je ferais attention et je me tiendrais bien. Moi, finalement, je suis comme ça, il n’y a pas à réfléchir.

Parle-nous de l’album à venir… il est fait ?

Il est quasiment fait. Les chansons sont là, mais il faut qu’elles prennent leur couleur définitive, en termes d’arrangements. En fait, je me suis retrouvée au centre d’une joyeuse pagaille, ayant ces influences musicales différentes et aimant m’en nourrir, il faut que nous parvenions à élaguer tout ça. Mais, ça ne devrait pas tarder.

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11 février 2013

BaliMurphy : interview pour La Déroute

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Photo: Nicolas Bera(t)

balimurphy-pochette.jpgLes Balimurphy sortent un nouvel album. Un bijou intitulé La Déroute (Sam Records / distribution AMG). Voilà un groupe belge qui allie avec merveille, la forme et le fond. Musicalement et textuellement, ce disque est impressionnant. Les trois membres originels de la formation, Cédric Van Caillie, Mathieu Catala et François Delvoye sont venus exprès de Bruxelles pour cette interview exceptionnelle (merci à leur attachée de presse,  Flavie Rodriguez). Le 11 janvier dernier, nous nous sommes réunis dans un bar du 10e arrondissement de Paris. Devant une bouteille de Naoussa, un vin grec, très léger, nous avons conversé tous les quatre. Rarement, j’ai entendu un tel discours sur la façon d’aborder la musique et les textes. Certes, j’ai bu du vin, mais surtout leur parole.

Biographie officielle :

Après quatre années passées sur les routes avec l’album Poussière (2008), le groupe revient avec La Déroute, résultat de deux ans de travail et d’une collaboration avec Kris Dane à la direction artistique. Continuant d’explorer les régions musicales, les rencontres entre sourires en coin et pessimisme lucide et poétique, le groupe a privilégié ici des couleurs plus blues et électriques. Un nouveau développement d’une formation au fonctionnement atypique, avec des textes soumis par Mathieu Catala (textes et percussions) et François Delvoye (textes/guitares) au chanteur/guitariste Cédric Van Caillie et à l’ensemble du groupe composé également de Rodolphe Maquet (basses) et Martin Lauwers (violon, claviers).
L’album La Déroute est empreint d’une certaine noirceur issue des expériences personnelles et des pulsations d’un monde qui court un peu plus vers on ne sait pas toujours très bien quoi.

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Photo : Nicolas Bera(t)

Interview :

Il se passe pas mal de temps entre deux disques chez Balimurphy.

François : Entre Poussière et La déroute, il s’est passé 4 ans. Avant ça, notre rythme était de tous les deux ans, voire tous les ans et demi. Ce n’était pas vraiment des albums officiels, mais plus des démos autoproduits. Avec Poussière, on a pas mal tourné, en Belgique et en Europe, donc on a pris plus de temps pour faire le suivant.

Poussière, c’est vraiment l’album qui vous a donné une plus grande visibilité.

Mathieu : On n’est pas à la une des magazines, certes, mais on a tourné dans des salles de grandes renommées, en France et dans pas mal d’autres pays.

En Belgique, vous êtes déjà très réputés.

François : En Belgique francophone, plus précisément. Quand tu fais de la musique en Français en Belgique, tu touches un public relativement réduit. Bruxelles, la Wallonie, ce n’est pas énorme. Pour nous c’est intéressant de s’exporter partout, même dans les pays non francophones. La barrière linguistique est compliquée à franchir, ce n’est vraiment pas évident dans un sens comme dans l’autre. Il y a le moment ou l’on veut d’abord s’épanouir dans notre propre pays pour commencer à franchir la frontière et finalement, très vite, on se dirige vers la France, comme tous les groupes belges francophones.

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De gauche à droite Cédric Van Caillie, François Delvoye et Mathieu Catala.

13 02 BALIMURPHY 17845-2.jpgPour toucher les deux Belgique, n’aurait-il pas fallu que vous interprétiez vos chansons en français et en anglais ?

François : On fait ce qui ressort de nous. Mathieu et moi, nous écrivons les textes et nous sommes d’expression française avec une écriture littéraire prononcée. On n’a pas envie d’écrire différemment dans le but de s’expatrier et de s’exporter.

Mathieu : Si nous procédons dans une démarche commerciale, ce sera forcément une mauvaise démarche. En revanche, c’est une démarche artistique qui pourrait nous intéresser un jour si nous rencontrons un auteur flamand.

Cédric : Il faudrait que je travaille mon accent alors.

Oui, Cédric, c’est toi qui chantes. Ce serait à toi d’assumer les textes. Bon, on sent que vous aimez les beaux textes et, c’est amusant, François et Mathieu, on a du mal à s’imaginer qu’il y a deux auteurs différents. On ne sait pas trop qui a écrit quoi tant il y a une cohérence entre les deux albums.

François : C’est parce qu’on se connait de mieux en mieux et d’album en album. Je suis plus d’accord avec toi pour La déroute que pour Poussière. On parle beaucoup plus, Mathieu et moi, et intellectuellement, on a compris l’autre. Du coup, il y a tout un univers qui se construit.

Mathieu : On était un peu rassuré dans notre démarche artistique. En tout cas, je parle pour moi, j’étais plus en confiance. François et moi, on a donc proposé un panel de chansons plus important à Cédric.

François : Et il y a eu un travail plus collectif sur les textes apportés. C’est Cédric qui choisit in fine ce qui lui parle. Peut-être que la cohésion dont tu parles vient du choix de Cédric.

Cédric : En fait, moi, je ne m’étais pas posé la question, c’est vraiment venu naturellement. Pour la première fois, dans toute l’histoire de Balimurphy, nous avons eu des réflexions sur les textes, ensemble, à discuter de chaque phrase, de chaque mot, chaque terme utilisé. On se demandait pourquoi ce mot-là, pourquoi pas un autre.

"Les soies précieuses"

Tu n’as pas envie d’écrire toi-même, Cédric ?

Cédric : Jusqu’à présent, je me disais « chacun son travail ». En fait, ça fait des mois que Mathieu, entre autres, me conseille d’essayer d’écrire. Je ne me l’interdis pas de le faire. Peut-être qu’un jour ça viendra. Passer après eux, c’est difficile. Mais tu sais, je suis très fier de chanter leurs mots. Ce sont des mots qui sonnent bien, ce sont des histoires cohérentes et intelligentes. Comme nous l’expliquions tout à l’heure, je n’écris pas sur le papier, mais on contribue tous à la création du morceau. L’acceptation d’un morceau peut prendre aussi bien 10 minutes comme 3 ans, c’est dire les discussions qu’il y a autour d’un texte.

François : Le défi dans cette organisation entre nous, c’est de ne pas perdre la force personnelle de chacun. Dans les textes ou dans la musique, quand trop de propos se mélangent on peut perdre la force originelle de l’apport de chacun.

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Parlons musique à présent. Vos albums Poussière et La déroute ont des atmosphères différentes. La déroute me paraît moins pop rock, il est plus lent…

François : On a souvent qualifié Poussière de rock festif. Pour La Déroute, on voulait donner un peu plus d’atmosphère. On a pris ensemble la décision d’avoir un regard extérieur sur notre travail. On a pris Kris Dane, qui est directeur artistique de l’album et c’est notamment cette décision qui a donné cette couleur. Mais c’était une volonté qu’on avait à la base.

Mathieu : C’est une volonté qui est venue après la création de certains morceaux. On s’est13 02 BALIMURPHY 17875.jpg rendu compte qu’on allait vers ce nouveau chemin. La décision était de bifurquer ou d’aller à fond droit devant. On avait besoin de changer d’atmosphère, de changer notre univers. Et puis, on évolue, on vieillit.

Vous intellectualisez beaucoup votre travail.

Cédric : C’est important d’intellectualiser notre projet. Il faut savoir qui on est tout le temps, ce que l’on veut dire, où on veut aller, qui on veut être, est-ce que ce que l’on raconte est vraiment ce que l’on a envie de raconter. Moi, si je dois chanter un texte, il faut que je le sente et que je sois en totale adéquation avec le propos.

Mathieu : Nous voulons amener le texte au plus près du groupe. Dans cet album-là, on était beaucoup plus décomplexé par rapport au fait que François et moi sommes les seuls dépositaires des textes. Chacun à la possibilité de faire un travail éditorial sur le texte, chacun peut dire ce qu’il en pense sans tabou ni peur de vexer. 

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François Delvoye (textes/guitare) et Mathieu Catala (textes et percussions)

Dites-moi, il faut ranger l’ego dans votre affaire.

François : Personnellement, je ne connais pas beaucoup de groupes qui fonctionnent comme on fonctionne. Deux auteurs et un chanteur qui n’écrit pas, c’est un cas de figure rare, mais intéressant. C’est un laboratoire dans lequel on expérimente. Peut-être que demain, on va changer ce cas de figure.

Mathieu : Ca évolue tout le temps et heureusement. Il n’est pas écrit dans les statuts du groupe que c’est François et moi qui devons écrire les textes.

13 02 BALIMURPHY 17928.jpgParfois, vous pensez à Cédric quand vous écrivez, puisque c’est lui qui chante ?

Mathieu : Non, jamais. On vit des vies, certainement différentes pour pleins de choses, mais  aussi plutôt similaires. On a le même âge, on va dans les mêmes endroits, on vit beaucoup de choses en commun et on écrit sur des thèmes suffisamment universels pour qu’il puisse s’y retrouver quelque part…

François : Cédric, je ne comprends pas. Tu n’as pas beaucoup apprécié mon texte sur la politique intérieure du Guatemala.

Cédric (en riant) : il faut qu’on en discute.

Vos textes parlent de l’être humain, des failles des hommes et de la mort…

François : On n’en a beaucoup discuté entre nous. Parler de la mort, c’est la meilleure façon de vivre. Un texte comme « Millésime », par exemple, est clairement une façon d’exorciser la mort. Pour contrer la société dans laquelle on vit, on occulte complètement la douleur, la maladie, la mort. « Millésime » est une chanson spontanée assez enlevée, relevée, assez légère finalement.

Mathieu : C’est une chanson à la base très personnelle et qui très vite s’est ouverte tant ce sujet est universel. N’importe qui dans la vie a déjà ou va être confronté à quelqu’un qui viendra lui annoncer la mort d’un proche. Comme le dit François, dans la société dans laquelle on vit, on est confronté à un processus extrêmement froid, extrêmement pudique. On n’admet pas la mort, on n’admet pas le mort. Il faut très vite tourner la page et le processus de deuil n’est pas du tout accepté.

François : En quelque sorte, c’est un peu notre façon de faire des rituels traditionnels comme des enterrements avec des explosions de douleurs et de joies.

Mathieu : Ce qui a été agréable pour nous, c’est de chanter cette chanson tous les cinq. Ça ramène à une espèce de veillée plutôt joyeuse ou chacun se renvoie la balle. L’idée est de dire que le deuil n’est pas une expérience personnelle, mais collective ou chacun peut interagir.

"L'Homo Ca Pionce"

Vous n’avez pas franchement une opinion très positive sur l’être humain, il me semble, en écoutant vos textes. Dans « L’Homo ça Pionce », par exemple vous dites que nous sommes une « espèce vaniteuse, futile, inutile ».

François : J’ai une très piètre opinion de l’être humain en effet, mais là, ça n’engage que moi et je me mets dans le même sac. A la base, je suis anthropologue. Ce n’est pas que je n’aime pas les humains avec lesquels je vis, mais je suis consterné par leur vanité, leur prétention et leur vacuité. Parfois, je suis à la limite de la misanthropie. Mais c’est une misanthropie qui peut être très chaleureuse.

Mathieu : Une misanthropie comme celle d’un Céline ou un Brassens.

Le fait d’écrire vous décharge donc un peu.

François : oui, carrément.  Mais, tu sais, il y a des chansons où je me fous de ma propre gueule et quand je vois le public les chanter, c’est une expérience intéressante.

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Cédric Van Caillie (chanteur/guitariste)

Et toi Cédric, tu as quelle opinion du genre humain ?

Cédric : Je suis assez d’accord dans sa globalité, mais je pense que dans l’individualité les choses ne sont pas aussi simples. Quand on fait beaucoup de rencontres, on s’enrichit et c’est là que l’on se rend compte que les gens pris un par un sont intéressants. C’est de ceux-là que l’on se nourrit pour écrire, composer, chanter et pour avancer dans notre projet.

François : Quand tu me posais la question sur ce que je pensais de l’être humain en général, je t’ai donné une réponse qui est plus une approche philosophique. Dans le concret, dans notre rapport entre nous, dans notre rapport avec le public, dans notre rapport avec les gens de la profession, je crois que nous sommes très humains et attentifs aux autres. Ce que je pense philosophiquement de l’être humain ne m’empêche pas d’aimer les gens et d’aimer la vie.

Finalement, Balimurphy, c’est de la philosophie en musique.

François : J’assume tout à fait cela.

Mathieu : Il y a dans notre répertoire, en effet, beaucoup de textes où il est clair que nous sommes navrés pour la condition humaine. Nos chansons sont personnelles, mais deviennent universelles, car nous vivons tous la même chose. On a une vraie compassion pour les autres et pour nous-mêmes, mais encore une fois, de façon globale.

Est-ce que vous pensez qu’une chanson peut changer le cours des choses ou influencer ceux qui l’écoutent ?

François : Je ne pense pas. En tout cas, il ne faut surtout pas que nous soyons moralisateurs. Là, ce serait l’horreur pour nous. De toute manière, le retour qu’on a du public c’est qu’il est plus réactif sur nos chansons d’amour que sur nos chansons philosophiques.

"Les cent planètes"

La chanson qui ouvre l’album « 100 planètes » explique qu’il faut arrêter de nous plaindre de nos vies. Nous sommes tout petits dans l’univers…

François : Je ne comprends pas toujours tout ce que j’écris. La poésie c’est ça. On ne comprend pas toujours ce que l’on dit, mais ça sort. En tout cas, cette chanson est une chanson positive.

Cédric : C’est même la plus positive de l’album. Elle veut dire qu’il faut vivre à fond et ne pas rester face à ses problèmes sans réagir. Il faut se projeter toujours plus loin parce qu’on n’est pas là pour comprendre, on n’est pas là pour durer, profitons-en, vivons 1000 choses.

Dans « La saison des claques », vous expliquez en substance qu’il ne faut pas regarder en arrière, il faut avancer et affronter les problèmes en adulte.

Mathieu : Je cherchais un exemple tout à l’heure d’une phrase de l’un qui devient une chanson de l’autre. L’expression « une saison des claques » a été prononcée par François lors d’une soirée et j’en ai fait une chanson. Je dis qu’on a plutôt intérêt à foncer dans la broussaille épaisse et les ronces de la vie, à tracer à travers sans regarder en arrière. On court dans les branches, on en prend plein la figure, mais il faut continuer.

"La saison des claques"

Vous êtes souvent ensemble tous les trois ?

Cédric : Bruxelles est petit, on a le même cercle d’amis et ça fait 13 ans que l’on fait de la musique ensemble.

Mathieu : On a vécu beaucoup de choses ensemble.

Vous ne vous lassez pas d’être ensemble ?

François : Parfois, surtout quand on est en tournée.

Cédric : En revenant de tournée, on évite de se voir pendant 15 jours, trois semaines.

Mathieu : On se laisse respirer. C’est salvateur.

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Je crois que dans ma vie, je n’ai jamais rencontré un groupe aussi rigoureux que vous, avec une telle approche.

Mathieu : Je ne sais pas si on a de la rigueur. Nous avons des méthodes de cavistes. Il y a des vins qui sont délicieux et qui se boivent tout de suit… et d’autres qui doivent mûrir en cave. Ce n’est pas forcément pour ça qu’ils seront meilleurs que celui qu’on a débouché tout de suite. Ça dépend le plaisir qu’on veut et ce que l’on recherche.

François : Belle métaphore Mathieu !

Mathieu : Merci.

Cédric : Tout ça devant un bon verre de vin grec.

Je sais que vous aimeriez vous lancer dans la musique de film…

François : On a déjà beaucoup de rapport à l’image. Ça se voit dans les gravures sur nos pochettes, on a déjà fait des spectacles avec des visuels cinématographiques. Ça fait partie du projet Balimurphy, on n’est pas un truc monolithique. Si on peut se confronter au théâtre à la danse et au cinéma, ce sont des enjeux et des plaisirs qui nous intéressent terriblement.

Les portraits de Cédric Van Caillie, Mathieu Catala et François Delvoye sont signés Nicolas Bera(t).

L'entretien a été immortalisé par Flavie Rodriguez.