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12 mars 2013

Albin de la Simone : interview pour Un homme

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(Photo : Christophe Mereis)

Depuis 2003, Albin de la Simone a publié trois albums, aux chansons à la fois pop et singulières. Ses concerts, en solo, en orchestre à cordes, clavecin, combo pop ou même en duo avec le pianiste classique Alexandre Tharaud, sont toujours l'occasion de revisiter son répertoire et d'expérimenter de nouvelles trouvailles. De la Simone est aussi musicien, producteur ou arrangeur pour d'autres chanteurs : Vanessa Paradis, Alain Souchon, Keren Ann, Arthur H, Mathieu Boogaerts, JP Nataf, Iggy Pop, Alain Chamfort, Salif Keita...

Albin de la Simone est l’homme de très nombreux projets. Tant que je me refuse de les énumérer. Par contre, vous pouvez consulter sa fiche Wikipédia, elle est impressionnante.

Sinon, bon, il a déjà été mandorisé pour son précédent album, Bungalow !

537946_10152423438255201_941771756_n.jpgExtrait de la présentation officielle de l’album Un homme :

« Dans son quatrième disque, il évoque tour à tour, dans un savant mélange de fiction et de vécu, un aménagement, un enterrement, un père qui ressent sur lui le poids de ces responsabilités, un mariage, un amour éteint et un endormissement, sans trop en dire, en restant flou. Albin de la Simone a bouleversé sa façon d'écrire. Plutôt que de s'isoler du monde, « Un homme » est le résultat d'un travail continu où l'écriture s'est intégrée dans sa vie quotidienne. Pour la première fois également, beaucoup de chansons sont nées sur scène, lors des nombreux concerts que l'artiste a pu donner.

Le 17 février dernier, je suis allé à la rencontre de l’artiste, dans le studio même où il a conçu Un homme, au 104 (lieu de création et de production artistique dans lequel il est en résidence depuis 2 ans).

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Albin de la Simone, le jour de l'interview, dans le studio où il a concu l'album Un homme.

Interview :

Ton album est d’une élégance rare. J’ai l’impression qu’il plait à tout le monde.

C’est ce que les gens me disent. Je suis content. C’est super agréable une telle unanimité. J’en ai chié pour le concevoir. Je l’ai écrit ici. J’ai des souvenirs de doutes… profonds.

Quand on te dit que cet album est certainement le plus abouti, voire ton meilleur, tu ne dois pas comprendre pourquoi…

Je vois ce que j’ai cherché à faire dans celui-là que je ne cherchais pas à faire dans les précédents. Chaque album est une tentative différente. Je suis dans une période de la vie dans laquelle je me sens plus en harmonie avec moi-même et moins complexé sans doute. Je peux comprendre qu’à un moment les faisceaux se croisent et que le timing soit bon entre ce que je suis à l’intérieur et ce que j’ai envie de faire.

Clip de "Mes épaules".

Ton premier single «Mes épaules » déclenche une vague d’enthousiasme.

C’est la chanson ambassadrice de l’album, il me semble, d’après ce que j’entends. Elle a l’air de toucher d’autres gens que moi pour les mêmes raisons qu’elle me touche moi. C’est marrant, je me dis : « Tiens ! J’ai peut-être réussi une chanson. » Tu sais c’est rare une chanson qui arrive à résonner auprès de beaucoup.

Habituellement, tu pars au bout du monde pour créer un album. Là, tu es tout fait ici, où nous sommes.

Je voulais plus d’harmonie dans ma vie. Je ne voulais plus, pour parvenir à créer, devoir partir à 5000 bornes. Je commençais à trouver ça un peu bizarre en fait. J’ai eu envie d’essayer autre chose.

Dans « Ma crise », tu parles de toi un peu plus frontalement.

Je suis comme ça. Inconstant. Je suis toujours en train d’essayer des combinaisons qui marcheraient mieux dans ma vie. Je m’adresse à quelqu’un en disant : « Supporte-moi, je t’en supplie.  Je suis chiant avec ça, mais je suis comme ça… on va s’y habituer. » La crise, il faut aussi prendre ce mot au sens littéral. C’est la crise en permanence. Dans les années 80, on en parlait déjà. Il ne faut pas espérer en sortir, il faut juste intégrer que c’est tout le temps la galère, c’est toujours la merde et on est toujours inquiet pour nos enfants, comme la génération d’avant était inquiète pour nous. C’est toujours la panique. Grandir, c’est intégrer tout ça et vivre dans cette espèce de chaos.

Albin de la Simone interprète "Ma crise" pour Le Live, l'émission musicale du Figaro.

Ça t’amuse la perception différente qu’ont les gens de tes chansons…

Oui. Et je joue de plus en plus avec ça. J’adore laisser des vides intersidéraux entre certaines informations qui sont dites et le principal qui n’est pas dit. Dans « La fuite », on ne sait ni qui je suis, ni si j’ai déconné, qu’est-ce que j’ai fait, à qui je le dis… En fait, on ne sait rien. Cette chanson est aussi ambigüe que romanesque. J’adore de plus en plus ce processus d’écriture.

Est-ce que l’on peut affirmer que cet album est celui qui te ressemble le plus ?

J’ai changé au fur et à mesure des albums, mais chaque album était conforme à ce que j’étais quand je l’ai fait. J’espère évoluer. Je suis très critique sur moi-même, sur ce que j’étais il y a 5 ans et les disques que j’ai faits à cette époque. Je me sens plus équilibré, alors, chouette, mon disque à l’air plus équilibré.

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As-tu été un peu parasité par le succès de tes potes autour de toi.

Oui, en effet. Mais, j’ai aussi été parasité par le côté rock que j’ai abordé à un moment. J’ai eu l’envie moi aussi de faire bouger, comme mon ami Mathieu Chédid. Aujourd’hui, j’ai compris quelle était la place où je suis parfaitement installé et où, visiblement, on me comprend mieux.

Quelle est cette place ?

C’est assis derrière un clavier. C’est en chantant assez calmement, souvent même en acoustique, sans micro. Je crois que je suis plus fort dans les formes intimes et douces. Si je ne fais que ça, je me rends compte que tout va bien.

En concert, tu t’en rends compte ?

Je m’en rends compte principalement en concert. Depuis que je suis passé à une version acoustique, puis à une version solo, j’ai découvert ce qui était le ciment entre moi et le public. C’est un truc que je ne peux plus détruire. C’est devenu mon noyau. Pour résumer, j’ai trouvé mon noyau et il est plutôt calme.

65402_10151355836095201_325950078_n.jpgJe suis sûr que c’est l’album qui va te révéler à un public plus large.

La chanson « Mes épaules » passe à la radio. Ça me plait. Et ça me plait qu’elle plaise. Après, ma vie est tellement dense, tellement remplie, je suis tellement content de tout ce que je fais et que l’on me propose de faire, je n’espère pas grand-chose de plus. Je n’ai pas de souffrances, ni frustrations professionnelles. Un succès public plus grand pourrait changer des trucs, mais en même temps, je ne manque pas d’argent, je ne manque pas d’amour et artistiquement, je m’éclate. Je ne dis pas que je ne veux pas avoir plus de succès, je dis juste que, déjà, tout va bien.

Comment cela ? Tu es heureux ? Il ne faut donc pas souffrir pour créer ?

Ce sont des conneries de s’imaginer qu’il faut être dans la douleur pour écrire. Moi, je gamberge tout le temps quand même, d’ailleurs, on le sent bien dans ce dernier disque, c’est le fruit de quelqu’un qui gamberge.

Il y a des chansons dans lesquelles on sent que tu prends un malin plaisir à emmener l’auditeur quelque part, et en fait non. C’est ailleurs…

Tu trouves que je le fais plus que les autres ?

Tu le fais pas mal.

Je n’en ai pas conscience en fait. Mais je ne peux pas n’être que moi qui raconte mes petites histoires. Ça manquerait de relief si tout était au premier degré. L’idée d’inventer des histoires, j’adore ça. En même temps, j’aime bien dire « moi je », même si c’est « lui il ». J’aime bien qu’on puisse imaginer que la personne qui chante vit tout ça. Mes personnages, je les incarne. Par contre, je suis très peu expressif dans mon chant, mais donc, dans le texte, j’y vais à fond.

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Photo : La presse.

Il a quelques invités dans cet album. JP Nataf par exemple… et ce n’est pas la première fois.

Il n’était pas présent sur les disques précédents officiellement, mais il a toujours été là depuis mon premier album. Il écoutait mes maquettes, a toujours critiqué et s’est toujours impliqué. Il m’aidait en temps que pote. Mais là, j’ai eu envie vraiment de son jeu de guitare inimitable.

Et la présence d’Alexandre Tharaud… toi qui es pianiste, c’est inattendu.

Quand on connait Alexandre, on n’est plus pianiste. Le piano que je lui ai demandé de jouer n’est pas du tout un piano virtuose, mais il a une telle façon de jouer qu’il est inégalable. Ce qu’il joue dans mon disque est très simple, mais il le joue avec un touché exceptionnel. La différence, c’est la manière dont il enfonce les touches. Il y a une âme, une profondeur que moi je n’aurais pas su mettre.

Et la présence d’Emiliana Torrini ?

C’est ma chanteuse préférée. Je me suis dit, pourquoi ne pas appeler ma chanteuse préférée ? Je lui ai écrit, lui ai raconté mon admiration et lui ai envoyé ma chanson. Coup de bol, elle y a été sensible. On fait de la musique, on fait de l’art… je suis désormais convaincu qu’il faut être ambitieux. Quand on fait de la musique, il faut être au-delà d’exigeant. Il ne faut lésiner sur rien. Après ce sont des questions de thunes, je sais bien, mais tant qu’on peut, il faut pousser la qualité le plus loin possible. L’exigence paye immédiatement.

L’exigence te permet de travailler pour d’autres artistes.

Quand je travaillais pour Vanessa Paradis et que je réarrangeais ses morceaux pour la tournée qu’on a faite, elle m’a surpris parce qu’elle m’a dit : dis donc, tu ne lâches pas. Elle m’a donné une chance de m’exprimer à travers elle. Je peux dire qu’elle m’a vraiment incité à être exigeant. Après mon expérience avec elle, je me suis dit qu’il était temps que je me considère moi-même et que je me traite avec autant d’exigence que pour elle.

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On y croit au duo? Hum...

06 mars 2013

Barbara Béghin : interview pour la sortie de son premier album

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(Photos et design: Wanda Kujacz)

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor« Son aspiration, Barbara Béghin la puise dans l’air du temps, assise à la terrasse des cafés elle observe, saisit au vol un mot, une idée, capture une image qu’elle note dans ses carnets qui ne la quittent jamais. De ces instants fugaces, Barbara y puise son inspiration pour nous conter toujours avec optimisme et humour la vie des autres. Le résultat est un album composé de 11 chansons, autant de fragments du quotidien, de tableaux représentants l’Homme et ses amours, avec comme élément fondateur et narrateur central : la Femme. »

Ainsi est présenté officiellement le premier album de Barbara Béghin, personnalité à la fois fantasque et mutine.

J’ai fait la connaissance de cette jeune femme il y a déjà quelques mois chez son réalisateur/arrangeur/compositeur, Vincent-Marie Bouvot dans son studio d’enregistrement de Deuil-la-Barre. Je n’étais pas venue pour elle, mais Barbara était présente. Je suis repartie avec son disque. Je l’ai souvent écouté, car je le trouve iconoclaste et très varié (rock, chanson, electro…). Et j’aime beaucoup le grain de sa voix. Je suis très sensible aux voix, je le répète souvent ici.

Pour écouter sur Deezer, c'est ici.

Le 12 février dernier, Barbara Béghin est venue à ma rencontre à l’agence pour évoquer ce premier disque et sa relation avec la musique.

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barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorInterview :

Tu as commencé la musique à l’âge de 4 ans.

Je suis un peu née avec déjà à l’esprit le spectacle.  Le spectacle plus que la chanson, d’ailleurs. Mes parents aimaient ça et ils nous ont installé un grenier ou nous pouvions faire ce que nous voulions avec ma frangine. On a tout de suite été dans la volonté de créer et d’imaginer des choses. On imitait aussi ce que l’on voyait à la télé.

Ta relation à la musique est plutôt ouverte, j’ai l’impression.

Oui. Et aujourd’hui, je sais que j’ai encore beaucoup d’artistes et de genres musicaux à découvrir. J’ai plus une affection pour des chansons que pour des styles. On a d’ailleurs du mal à définir ce que je fais moi comme genre. Je réponds que c’est de la chanson française.

Je reviens à tes parents. Tu as de la chance, ils t’ont encouragé en te faisant faire des cours de danse, de chant, de piano, de théâtre…

Dans le nord, avec ma sœur, on a commencé par la danse. Mon plaisir de la gestuelle et de la scène me vient de là. Après, quand nous sommes allés en Normandie, j’ai fait partie d’une première association de musique, puis d’une seconde, mais de théâtre. À 13 ans, j’ai pris des cours de chant quand ma prof de musique à mis en place un groupe pour faire des prestations, des reprises essentiellement. Je suis devenue la chanteuse du groupe. L’envie du spectacle, c’est aussi le fait de ne pas rester cachée derrière un piano et pouvoir se défouler autrement qu’en jouant de la musique. Ce n’est pas de l’exhibition, c’est le plaisir de ne pas être enterrée, de se dévoiler un petit peu. Ça m’apporte quelque chose que la vie ne m’apporte pas tous les jours.

Clip de "Toujours, Toujours".

Quand tu étais adolescente, tu as même sorti un EP.barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor

Toujours avec cette association de musique en Normandie. J’ai dit à ma prof que j’écrivais des petites chansons… de collégiennes (rires). Elle m’a proposé de faire de la musique dessus ensemble. On a fait un premier 4 titres avec un groupe qui s’appelait Stationnement Interdit. C’était une toute première expérience d’enregistrement et un travail différent de la scène. On prend notre voix en pleine tronche et c’est là que l’on découvre nos premiers petits défauts. Quelques années plus tard, toujours avec le même groupe on a fait un 11 titres.

Depuis ce 11 titres dont tu nous parles et ce premier album solo, tu as l’impression d’avoir fait des progrès ?

Euh… oui, en étant objective, je peux le dire. C’est dû à un travail d’écoute et de réflexion. Et de nouvelles relations aussi. C’est Vincent-Marie Bouvot qui a mis le doigt sur des choses qui n’étaient pas possibles. Quand on fait des reprises, on essaie d’imiter ou d’interpréter de la même façon que les artistes originaux. Après, c’est très dur de retrouver son identité vocale personnelle.

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Pour faire ton disque, tu t’es inscrite sur le site participatif Akamusic en 2009. Ça a marché puisque tu as réuni assez d’argent  pour enregistrer.

C’était le moment où je tournais un peu en rond. Il fallait que j’avance, je ne pouvais pas stagner. J’avais une irrépressible envie de chanter mes propres chansons. Ça finissait par m’obséder. J’avais entendu parler des plates-formes participatives et j’ai tenté le truc. Ça m’a permis de former une équipe que je n’avais plus. J’ai mis des maquettes plutôt bien enregistrées. Avec de l’effort et de l’énergie et la volonté de s’intéresser aux principes communautaires et de tous les réseaux sociaux, la jauge a augmenté et ça m’a permis de sortir un premier single. À partir de là, le directeur artistique d’Akamusic m’a proposé de rencontrer Vincent-Marie Bouvot.

"Comme une allumette".

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorTu le connaissais ?

Non. Le monde des arrangeurs m’était parfaitement inconnu. On m’a vite expliqué qu’il avait travaillé pour Julie Piétri, Elsa et Zazie. J’ai écouté les albums qu’il a réalisés pour elles et j’ai reconnu une patte et un son que j’aimais beaucoup. J’ai eu le sentiment qu’il pouvait m’apporter ce que je voulais dans la recherche des sons et des mélodies. Des mélodies très efficaces…

L'as-tu rencontré pour savoir si vous pouviez travailler ensemble?

Oui. À notre premier rendez-vous, je lui ai fait écouter mes maquettes. Il a eu un regard critique dessus et m’a expliqué comment faire évoluer les chansons. Ça m’a plu tout de suite, car j’ai besoin que l’on m’explique ce qui ne va pas et que l’on me montre comment on peut changer ce qui ne va pas. Il a compris que ce que j’aimais, c’était d’essayer d’écrire des textes qui racontaient des histoires et des musiques qui font bouger avec des mélodies que l’on pouvait chanter facilement et que les gens pouvaient reprendre. On s’est quitté sans se préciser si nous allions nous revoir. Mais moi, j’avais l’impression que tout était bon pour moi. J’ai appris un peu plus tard qu’il était partant aussi.

"Pas seulement pour lui" en studio.

Tu as eu combien d’argent pour faire cet album ?

Au final, 80 000 euros grâce à 800 producteurs.

Une fois que l’album est enregistré, les producteurs suivent ce que tu fais ?

Je leur donne le maximum d’infos possible. Il ne faut pas que les gens pensent que, parce qu’on a fait une production sur un site communautaire, participatif qu’on va sortir plus vite que tous les autres artistes qui rament. Certains pensent que l’on va tout de suite cartonner et que l’on va tous faire comme Joyce Jonathan et Grégoire. Il faut donc les rassurer en leur disant que l’on fait tout notre possible pour que ça marche. Moi, je ne lâche rien. Je mets en place ma scène en ce moment.  

Dans ce disque, ce qui est fou, c’est que ta voix varie de chanson en chanson.

Ça vient des genres différents qu’il y a et qui permettent une interprétation différente.  C’est aussi la volonté avec Vincent-Marie d’aller chercher le maximum de ce que je pouvais faire parfois. J’ai osé des choses que je m’interdisais presque.

Extrait de "Emmeline".

Tu racontes les histoires d’une jeune femme de ton âge, parfois de manière un peu désillusionnée.

Pas tant que ça. J’essaie de positionner mes personnages et j’évite d’exprimer mes positions personnelles  dans mes chansons. Au  niveau de l’interprétation, j’essaie aussi d’avoir la position d’artiste chanteuse qui prend les choses graves avec une pointe de légèreté quand même.  Je  prends les choses comme elles viennent et j’essaye d’habiller mes chansons à ma sauce, en envisageant que la vie peut être sympathique quand on choisit ce qu’on veut faire.

Tu chantes aux Déchargeurs durant plusieurs jours...

En coréalisation pour 15 représentations du 19 mars au 6 avril. C’est bien parce que cela va me permettre de roder la scène et d’inviter un maximum de professionnels. Je veux leur montrer ce dont je suis capable de faire. On a choisi de faire une proposition guitare-voix et une version guitare-batterie-voix. Il y a aussi la possibilité de m’aider à financer mes scènes. (Là). Le 17 mai, je serai aussi au Sentier des Halles.

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Je sais...

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04 mars 2013

Kent : interview pour Le temps des âmes

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Kent, je le croise depuis des années (la dernière fois, c’était pour une interview filmée). J’ai une profonde admiration pour lui (depuis Starshooter, à la fin des années 70, c’est dire). Mais d’album en album, l’homme crée une œuvre. Franchement mésestimé. Tant qu’il sortira de nouveaux disques, je continuerai à le suivre, à l’interroger et à le mettre en avant. Il est un de nos meilleurs chanteurs/poètes français et il serait bon qu’on commence à le remarquer.

481452_10152353811030573_838870821_n.jpgLe temps des âmes sort aujourd’hui. Voici comment il est présenté officiellement :

« Une voix, un piano, des chansons nouvelles… Le Temps des âmes est un dialogue de Kent avec le piano de Marc Haussmann, le mythique Ian Caple étant d’un bout à l’autre aux manettes. Une aventure de musique, de mots, de liberté, dans laquelle Kent se met à nu et chante sa vérité sur l’amour, le plaisir, le temps qui passe… »

Le 7 janvier dernier, Kent est passé à l’agence (accompagnée de son attachée de presse Flavie Rodriguez. Merci à elle !)

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74388_10150285903385573_1097494_n.jpgInterview :

Pourquoi un album presque entièrement en piano voix ?

Ce n’est pas un album piano voix classique. Ce genre-là m’ennuie souvent, j’ai donc voulu éviter l’écueil. Il y a d’autres instruments, mais tout en discrétion.

Tout a commencé lors d’un concert à Berlin que vous donniez avec le pianiste qui figure sur cet album, Marc Hausmann.

Il y avait des nouvelles chansons sur lesquelles je travaillais, j’essayais plein de versions, mais le résultat ne me plaisait jamais complètement. Ça allait, mais il me manquait quelque chose. Et puis avec Marc, lors de cette soirée, tout s’est enclenché. J’ai laissé tomber immédiatement les maquettes d’avant. J’ai déçu beaucoup de gens qui travaillaient avec moi (rires). En musique et en art en général, il y a un moment ou le propos est plus fort que l’affectif. On fait des dégâts, mais il faut y aller. C’est comme ça qu’on évolue et c’est comme ça qu’on donne quelque chose de beau. Dans la vie, il se passe parfois la même chose, mais c’est beaucoup plus cruel parce que ça engage des couples, des familles. Parfois, pour qu’il se passe des choses, il faut rompre. « Quand on aime, il faut partir » disait Cendrars.

Ce terme « rompre » est intéressant. Il colle bien à votre discographie. Aucun album à vous ne se ressemble. Il y a toujours rupture avec le précédent, il me semble.

Il n’y a que ça qui m’intéresse. Pas seulement dans mon parcours, mais dans ma vie. J’aime être surpris. Je n’aime pas remettre deux fois les pieds dans les mêmes traces. J’évite de me mettre dans des mécaniques et dans un pilotage automatique. Je refuse les recettes évidentes. Il y a très peu de prises de risques. Moi, si je ne prends pas de risques, je m’ennuie.

Et si on s’ennuie, on ennuie les autres ?

Oui, parce que, lorsqu’on s’ennuie, on fait les choses mal. Peut-être que l’on réussit une carrière quand on est détaché de tout… Il faut être égoïste, penser d’abord à l’argent. Moi, j’en suis incapable.

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C’est quoi réussir une carrière ?

Pour moi, c’est plutôt réussir sa vie, en fait… au niveau bancaire.

Il ne faut pas vous plaindre de ne pas être riche. Vous n’avez jamais fait de concessions dans la musique. Vous l’avez cherché.

Mais si, j’en ai fait. Et ça ne m’a jamais rien rapporté. Si c’est pour faire quelque chose dont je ne suis pas fier, qui sort et qui ne marche pas, autant être content de ce que je fais et pouvoir me regarder dans la glace. Aujourd’hui, en 2013, je me dis « advienne que pourra ». Au stade où j’en suis, pour continuer, il faut que ce que je propose soit intéressant et sans aucune concession pour plaire.

Dans ce disque, vos textes sont mis puissamment en avant et c’est une bonne chose parce que vous êtes un grand auteur.

L’essence du propos. J’aime bien l’épure, mais je n’aime pas le minimalisme. Parfois, minimalisme rime avec pauvre. Moi, j’aime bien les accords riches. Quand je travaillais les arrangements de ces nouvelles chansons, j’ai souhaité m’en tenir à l’essentiel. Bon, je ne suis pas tout seul dans cette aventure discographique. Marc quand il se met au piano, c’est un ovni. Il pense à la chanson, mais pas à « dans quel genre la jouer ». C’est un instinctif…

Vous avez enregistré cet album en 5 jours, chez Rodolphe Burger, à Sainte-Marie-aux-Mines.

Oui, c’était un endroit extrêmement tranquille pour travailler, du coup, on était très spontané. C’est un havre de paix où tu fais ce que tu veux. C’est à toi de trouver le bon état d’esprit au bon moment de la journée ou de la nuit. Les chansons, je les avais déjà beaucoup chantées et travaillées en amont. Quand on est arrivé chez Rodolphe, Marc avait les chansons au bout des doigts, moi je les avais au bout des lèvres…

Certaines de ces chansons existaient depuis longtemps.

Moi, j’ai une boite d’archives. Je ne jette rien. Il n’y a jamais de mauvaises idées, il y a simplement de mauvais moments… et parfois il y a aussi la mauvaise personne. Parfois, je tombe sur une vieille cassette de 1987. Tout est nul, sauf subitement une suite d’accords. Je suis capable de la réutiliser en 2013. Ça m’arrive aussi de retomber sur des vieux textes. Subitement, j’en relis un, mes cheveux se dressent et je me dis « ça va coller avec la musique que je viens de faire ». Là, tout s’arrête. Tu n’as plus faim, il ne fait plus nuit, il ne fait plus jour et tu y vas à fond.

"L'éternité" en live enregistré le 08 septembre 2012 à la Japy Factory à l'occasion du vernissage du "Rock Your Art".

Dans « L’éternité », vous expliquez que vous ne croyez pas au destin. Rien n’est inscrit dans le marbre.

L’espoir n’existerait pas s’il y avait un destin. On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, vous savez.

Vous dites que rien n’est fait pour durer. Ce n’est pas très optimiste.

Si quelque chose est fait pour durer, il n’y a plus de liberté. Dans cette chanson-là, ce que je mets en avant, c’est surtout la déveine, quand les dès sont jetés. J’ai voulu dire que cette déveine ne dure jamais. Je parle de l’état d’esprit que l’on met face au bonheur ou au malheur. Je fais partie de ces gens qui, pendant des années, quand il touchait au bonheur, se disaient « ce sera mieux demain encore ». Je ne profitais pas du moment. Ce sont des conneries. Carpe diem. Il faut profiter du bonheur que l’on vit dans l’instant.

Dans « Notre amour », vous racontez la vie agitée d’un couple qui dure, malgré les secousses rencontrées. J’aime beaucoup cet angle inédit.

Dans la chanson, l’amour c’est toujours la plainte et quand on veut chanter l’amour positif, ça devient vite mielleux. Le grand amour, ce n’est pas Holiday On Ice. Un grand amour, ça dure, mais c’est une montagne russe.

"Le temps des âmes"

« Le temps des âmes », ce n’est pas la chanson la plus gaie de l’album… c’est une chanson sur la vieillesse « qui est un drame ».

Moi, je trouve que c’est la chanson la plus gaie de l’album. Elle m’a été inspirée par une lecture sur le post humanisme de Jean-Michel Besnier. J’ai un regard très négatif sur le futur, sur notre avenir par rapport aux machines qui nous envahissent, sur le fait que l’on perde du vécu par rapport à la matière. Le posthumanisme imaginait qu’être là, en chair et en os, c’est juste une étape dans l’humanité. On vit une époque où le corps humain est un poids. C’est pour ça que je dis que la vieillesse est un drame. A 20 ans, on ne s’en rend pas compte, mais à 50, oui. Et pourtant, on a l’impression d’avoir encore 20 ans. Moi, mes genoux commencent à me faire mal, je commence à rouiller. Ça ne va pas aller en s’arrangeant, alors que j’ai encore tant de choses à faire. Et j’ai envie de vivre. Comment aller plus loin ? Peut-être en arrivant à se passer du corps. Bon, ce que je raconte est un peu compliqué, j’en ai conscience. Vous savez, cette chanson est un peu philosophique. Je fais de la poésie, je n’explique pas toujours les choses que je chante.

Vous parlez pas mal du temps qui passe et de la vieillesse. Un artiste vieillit-il moins vite que les autres ?

Ton environnement professionnel ne veut pas que tu vieillisses. Ce n’est pas bon, le murissement, ça ne se vend pas. Il y a un couloir très sombre et assez long dans lequel on entre et d’où on sort au bout d’un moment quand on est un homme… et les femmes rarement. A un moment, il faut revenir avec les cheveux gris, le visage buriné et là, on dit de toi que tu as vécu, voire survécu. Une femme qui a survécu, on n’aime pas trop ça dans la musique. Toute l’industrie du loisir aujourd’hui s’adresse aux jeunes, tout est donc tourné vers eux. On ne demande jamais aux jeunes de se tourner vers les plus âgés.

C’est marrant, c’est ce qui s’est passé dans le rock quand vous étiez jeunes.

On avait 15 ans et on rêvait d’être comme ceux que l’on voyait sur scène et qui étaient plus grands que nous. C’était des grands frères et ils nous donnaient envie de passer à l’âge adulte. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. On nous demande de nous adresser à des enfants de 15 ans…

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Ton public à toi réclame encore du Starshooter et tous tes tubes en solo.

Il ne faut surtout pas flatter les gens qui viennent te voir dans le sens de la nostalgie. Tout le monde attend ça. Tout le monde est aux abus… euh… aux aguets. Je viens de faire un beau lapsus là. Pour un chanteur, c’est une discipline à avoir de se refuser la nostalgie. C’est facile la nostalgie. Moi, je trouve que je chante mieux qu’avant, que mes textes et mes musiques sont plus intéressants aujourd’hui. Pourquoi ressasser le passé ?

Il y a une chanson qui s’appelle « Volontaire ». Elle dit que la vie est trop courte et qu’il faut en profiter. Et surtout, il y a un message important : ne prenons pas de chemin linéaire, tout droit. Prenons les chemins de traverse.

Dans cette chanson, je défends ma ligne de vie. J’ai fait des erreurs certes, qui m’ont conduit dans des impasses. Qu’est-ce qu’une erreur au fond ? Moi, j’ai découvert beaucoup de choses merveilleuses par erreur. C’est l’accident qui peut faire évoluer. C’est encore plus probant dans les sciences. Quand on suit une ligne, quand on devient expert en quelque chose, on oublie ce qu’il se passe autour et donc on a une idée fausse. Soit on a une idée globale des choses, soit on sait que les autres existent et on se tourne parfois vers eux pour son propre compte.

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Pour finir,  voici images, coulisses et confidences sur l'enregistrementen. En 5 épisodes...

25 février 2013

François Raoult : interview pour Vent de face

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François Raoult est un chanteur dont j’avais beaucoup entendu parler par des amis communs. De plus, coïncidence, quelques-uns de ses paroliers ou compositeurs sont des artistes déjà mandorisés (dont j'apprécie le travail, donc). Un jour, son attachée de presse m’a contacté pour que je le rencontre. J’ai accepté sans hésiter parce que son disque, Vent de face, reçu quelques jours auparavant, m’avait enthousiasmé. Particulièrement sa voix et son sens de la mélodie. François Raoult est venu à l’agence le 4 février dernier. Et je dois dire que j’ai été impressionné par sa franchise… et sa gentillesse.

Extrait de la biographie officielle :
Fils de marin, élevé entre les mers du Sud et la mer d’Iroise dans le Finistère, François Raoult ne passera jamais deux années de suite dans la même école. Et pourtant bon élève: solfège, saxophone, bachelier, diplômé, s'ensuivront quelques années professionnelles à Londres et à Paris, avant de tout foutre en l'air pour rejoindre le courant qui l'appelle depuis toujours: chanter ! Tout ira très vite.
Évidemment, on se souvient de La Nouvelle Star, l'émission télévisée où il termine finaliste face à Luce.

françois raoult,vent de face,interview,mandorPuis la grande traversée avec ce premier album, réalisé à deux mains par Benjamin Constant et Benjamin Tesquet. Son premier album, Vent de face.

Treize titres qui couvrent les quatre hémisphères (Nord, Sud, droit et gauche) au gré des ressacs et des courants. Un disque sur l'héritage du temps d'avant et de ses ricochets dans la caboche d'un futur trentenaire. Un travail formé par la jeunesse, écrit entre la capitale et le Finistère : chez lui.
Si François Raoult est auteur, compositeur et que sa patte traîne tout au long de cet album, il a aussi choisi de ne pas voyager en solitaire et s'est entouré pour l'occasion de quelques plumes de la scène actuelle (Bertrand Soulier, Pierre Dominique Burgaud, David Scrima, Jérôme Attal, Benjamin Tesquet).

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Interview :

Tu as commencé à Brest, bien avant que l’on te voie à La Nouvelle Star.

Mon père est un marin d’état, donc j’ai pas mal voyagé. La première fois que je me suis posé, c’était à Paris. J’avais 6 ans, et c’est à ce moment que j’ai commencé le saxo. J’en ai fait 10 ans. Après je suis retourné en Bretagne et j’ai fait de la musique dans un orchestre philharmonique. En 5e, j’ai fait partie de la chorale de mon lycée et de mon collège. J’y allais plus pour draguer les filles. Je n’avais pas encore de potes, j’ai un peu une victime (rires). En seconde, j’ai monté un groupe de rock, ce qui m’a bien aidé à m’intégrer socialement. Ça a marché plutôt pas mal. On a gagné des tremplins et enregistré un CD 5 titres. Il faudrait que je te fasse écouter ça, c’est assez immonde.

françois raoult,vent de face,interview,mandorJe sais qu’à cette époque, tu te demandais si tu avais une assez belle voix pour « faire » chanteur.

C’est vrai. Je voulais continuer dans la musique après le lycée, mais avec mes parents, on a passé un contrat moral. Il fallait que j’aie un bac +2 et un diplôme. Au final, j’ai un bac +6 et j’ai même fait un IUT Tech de Co pendant deux ans. La mère d’un ami qui est directrice de l’IUFM de Bretagne et qui trouvait que j’avais du talent ne voulait pas que j’arrête de chanter. Du coup, elle m’a pris dans sa chorale à Quimper. Après j’ai fait une école de commerce, et parallèlement, j’ai fait partie d’une association de musique. Mais j’avais juste l’impression de chantonner. J’étais très introvertie.

C’est avec La Nouvelle Star 2010 que tu as appris énormément.

Cette émission me donnait des sensations incroyables. Déjà sur les castings, j’avais déjà ressenti beaucoup d’émotions.

Tu es arrivé deuxième. C’est souvent la bonne place, tu sais.

Je le sais parfaitement. Ce que je voulais, c’était être présent à chaque prime. Du coup, je n’ai pas vécu ma deuxième place comme un échec, je t’assure.

Clip de "Aux frais des quatre saisons"

Ton album est arrivé deux ans plus tard.

J’ai trouvé ça long. La frustration est dure à encaisser. Il y a eu beaucoup de journées mortes à  partir de la fin de l’émission, et ça, c’est compliqué à gérer. Et financièrement parlant, c’est super dur.

(Ironique) Quoi ? Tous les gens qui font de la télé ne sont pas riches ?

Moi, j’ai gagné 437,68 euros net avec La Nouvelle Star.

Par semaine ?

Non, en tout. Tu vois, ça n’aide pas à vivre. Après, on a fait un concert à l’Olympia, ça nous a fait gagner un peu de sous, mais pas grand-chose. Le plus dur, c’est de ne pas être indépendant financièrement pendant deux ans vis-à-vis des proches, de la famille, de mes parents qui m’ont payé des études qui coûtent un bras. Aujourd’hui, ils n’ont plus envie que j’arrête ce métier et moi non plus. Il y a encore un mois je me posais la question, là, les choses ont l’air de se débloquer un peu. On commence à rentrer en radio. On a eu que des retours positifs de l’album de la part des professionnels, mais dans la masse populaire il ne se passe pas grand-chose. Le public n’a pas l’air au courant que ce disque existe.

Boule Noire - François Raoult from Simon Guillemin on Vimeo.

Ce disque a été conçu avec la collaboration d’un artiste que j’aime beaucoup, Bertrand Soulier. Je te dis franchement, c’est ce qui m’a fait m’intéresser à ton disque.

Bertrand, c’est comme mon grand frère maintenant. Il a l’impression que je suis lui plus jeune et moi, chaque mot qu’il écrit me parle. Dès qu’il m’envoie un texte, il n’y a rien à changer.

Tu cosignes les textes et les musiques ?

Je suis un bon mélodiste, mais je n’ai pas encore le niveau musical nécessaire pour finir une chanson de A à Z. J’arrive souvent avec des mélodies, je trouve des bons refrains qui percutent, après la gamme d’accords à besoin d’être enrichie donc, je travaille avec des musiciens pour ça. Pour les textes, c’est pareil, j’ai des inspirations, mais je n’arrive pas à retoucher. Je les envoie à Bertrand, il casse tout et il refait la déco.

Tu apprends avec ces gens-là ?

C’est énorme. J’ai travaillé avec Jean Fauque et Bertrand Soulier deux semaines non-stop et ça a été deux semaines de formation intensive. Jean Fauque m’a expliqué comment il écrivait avec Bashung, c’était passionnant. Jean et Bertrand m’ont beaucoup appris.

Tu as pris des cours de chants ?

Oui, avec Nathalie Dupuy, une prof super connue. Elle a un truc supplémentaire, elle est un peu psychiatre. J’ai arrêté au moment où je commençais à trop maîtriser.

François Raoult chante la chanson des Innocents "L'autre Finistère" dans Le Grand Studio d'RTL (juste parce que j'adore cette chanson).

Moi, j’aime la variété et la nouvelle scène. Ton album est un mélange entre les deux.

Je suis d’accord et c’était notre plus gros problème au début. Les gens ont eu un peu de mal à savoir où on se plaçait. J’ai voulu faire un disque qui soit plus le proche dans l’âme et dans l’atmosphère de ce que j’écoute : Bashung, Gainsbourg… je voulais que ce soit aussi noble. Mais moi, je suis plus jeune et ça manque de rock dans la réalisation et dans les textes. On a voulu mettre trop de couches. Le prochain album sur lequel je suis déjà en train de bosser sera résolument plus simple, plus organique, plus accessible. Les nouvelles chansons sont beaucoup plus frontales. Je pense, j’espère être un chanteur populaire.

Comment définis-tu ta musique alors ?

De la pop variété. Désormais, je vais trouver une bonne mélodie de voix, un bon texte et un riff de guitares qui soit efficace après le reste suivra.

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Tu m’as dit en off que tu étais un peu trop hermétique au niveau des mots.

Je déteste les mots et les images faciles. Ça peut me rendre dingue. Je n’assume pas les mots « amour », « toujours », « hirondelle »… Tu vois ce que je veux dire ? J’ai besoin de mettre des images plus sombres et plus fortes, mais on me dit que mes images ne sont pas assez compréhensibles au grand nombre. Bertrand Soulier m’a aidé un peu à ce niveau-là.

Je sais que tu as plein d’autres projets.

Je développe une série télé, des concepts d’émissions. La télé, ça m’attire énormément. Quand je suis sorti de La Nouvelle Star, j’ai rencontré toutes les boites de prod de France qui m’ont convoqué pour que je sois animateur télé. J’ai répondu que je voulais faire de la musique d’abord. Sinon, j’adorerais réaliser un long métrage. Pour moi, tout ça, c’est le même métier. J’adore la création.

Tu lis beaucoup ?

Là, en ce moment, je lis Louis-Ferdinand Céline. Depuis que j’ai commencé la lecture de ses œuvres, c’est un truc de fou, ça part dans tous les sens dans ma tête.

Pour terminer, c’est quoi ton rêve dans la musique ?

Mon rêve suprême ce n’est pas l’Olympia. Mon Olympia à moi, ce sont Les Vieilles Charrues. Le jour où je fais la grande scène des vieilles charrues, je serais comme un dingue.

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(Cette photo est une photo artistique. C'est un genre. New style. Signé: Mandor Mauvaisefoi)

24 février 2013

Le Larron : Interview pour la sortie de Original

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le-larron-original.jpgIl y a trois ans Le Larron sortait son premier album, saisissant d’audace textuelle et d’aisance scénique. Vient de paraître, son 2e opus intitulé Original. Les 6 titres + 1 remix qui le composent sont des perles de cynisme et d’humour noir dont la marque de fabrique est toujours de la provoc habile, mais jamais méchante, portée par une plume affûtée et poétique. Le Larron est passé à l’agence le 30 janvier dernier pour une interview sans concession.

Il existe une version officielle de la biographie de Le Larron, mais elle décrit ce dont nous parlons dans l’interview, donc aucun intérêt de la publier… en revanche, sur sa page Facebook officielle, l’artiste, qui n’a décidément pas la langue dans sa poche, explique ce qu’il pense des biographies « officielles ».

J’adore.

« J’ai toujours adoré lire les (auto)biographies d’artistes en herbe. Je voue une grande 1162_58233832232_8133_n.jpgadmiration aux rédacteurs de ces petits bijoux littéraires. Et en général plus l’artiste est mauvais et plus belle est la biographie, comme s’il était possible de convaincre le lecteur de ces panégyriques du talent que l’artiste n’a pas su mettre dans son travail.
Ainsi, si l’on en croit sa biographie L’Artiste fait toujours preuve d’une sensibilité exacerbée doublée d’un incroyable talent de mélodiste qui lui fit composer dès l’âge de 4 ans des pièces majeures de l’art du 20e siècle. Ses textes mordants qui rappellent toujours le meilleur de Ferré sont immanquablement lovés dans de subtils arrangements aux accents gainsbouriens… Et dire qu’on avait loupé ça à l’écoute…
Donc pour ma part je ne vous dirais pas ce qu’il faut penser de ma musique, vous n’avez qu’à écouter. Et si vous trouvez ça un peu con, c’est normal, ça a toujours été mon ambition, et si vous n’aimez pas, ce n’est pas grave, tous les goûts sont dans la nature ! Et merci de laisser Ferré et Gainsbourg en dehors de tout ça. »

Sinon, la vraie bio est .

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Interview :

Cet EP est le deuxième, mais tu estimes qu’il est le premier.

Je fais de la musique depuis longtemps, mais j’ai toujours accompagné, écrit ou arrangé pour les autres. J’étais sûr d’avoir une voix de merde, donc je n’ai jamais essayé de chanter. Quand on me demandait de faire les chœurs pour les autres, c’était un vrai calvaire. A me retrouver comme un crétin avec des chansons que personne ne voulait chanter, j’ai dû les maquetter avec ma voix pour les présenter à des éditeurs. Par hasard, ces chansons sont tombées dans les mains d’un distributeur qui m’a conseillé de les chanter moi-même. C’est ce que j’ai fait et le disque  a fini par sortir, mais ce n’était pas prévu. Je n’avais pas de label ni de tourneur. Je ne m’étais pas positionné en interprète sur ce disque, j’étais juste auteur compositeur. Il n’y a avait pas de couleur musicale bien déterminée.  

Désormais, tu te sens plus légitime en tant que chanteur, c’est ça ?

Je me suis posé des questions en tant qu’interprète. Avec Original, j’ai fait un disque du Larron. Ce n’est pas un disque qui pourrait être chanté par n’importe qui. J’ai fait trois ans de tournée avant de sortir cet EP, donc, j’ai un peu progressé en chant. Je ne force plus la voix, je fais gaffe à la respiration, bref, j’ai acquis une « technique ».

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Sur scène, tu ne fais pas que chanter et jouer de la musique…

Ce que j’aime, c’est aussi le côté show man. Moi, j’ai un côté un peu clown. Emmerder un peu le public, râler, ça j’adore.

Tu as d’ailleurs un peu cette réputation dans le métier. On te décrit ainsi : bougon, exigeant, perfectionniste, maniaque…

C’est vrai, j’avoue. Je ne m’énerve pas beaucoup, mais je peux râler, grogner. Je suis exigeant avec moi-même, je suis donc exigeant avec ceux qui travaillent avec moi. Je n’ai aucun problème pour dire à quelqu’un que ce qu’il a fait, c’est de la merde. Il faut au moins accepter ça quand on bosse avec moi. Si c’est bien, je suis ravi, si ce n’est pas bien, je le dis. Il y a des gens qui sont habitués à ce que l’on prenne des précautions avec eux… ils ont un peu de mal avec ça.

La diplomatie, ce n’est pas ton fort ?

Ce n’est pas ultra mon fort, non. Je n’ai pas envie de perdre du temps avec des gens qui ne font pas le boulot. Quand je bosse avec des gens dont j’adore le travail, ça se passe très bien. Au fond, je suis un garçon gentil.

Tu as accompagné pas mal d’artistes au clavier et tu as fait de nombreuses scènes avec ton premier album. Tu es rodé.

La première fois que je suis monté sur scène pour chanter, c’était le 8 janvier 2009 et l’album sortait le 24 avril 2009. On était 150 à « L’opéra », un bistrot de Bastille. Tous mes potes sont venus, c’était blindé et il y a eu une ambiance de folie. Je me suis dit : « si c’est ça être chanteur, je veux bien recommencer ! »  Un an après, j’étais sélectionné à Montauban et c’est allé très vite. À part les Francos, on a été un peu partout. On a eu les prix Vesoul, les prix de la Sacem, le Prix France Bleu-Grand Zebrock, le Prix Fondation la Poste, on a tout gagné aux Mans Cité Chanson, sélections de l'académie Charles Cros et du Festival Alors Chante… Ce qui m’a fasciné, c’est que les professionnels ou le public qui votaient reconnaissaient l’interprète. Je n’en revenais pas. Moi, mon rêve était juste de réaliser des albums pour d’autres artistes. Je n’avais jamais pensé être devant.

Tu reviens donc avec un EP de 8 titres. Avec des textes toujours pince-sans-rire…

Oui, je n’ai pas changé l’écriture.

Bon, il y a « Le labyrinthe » qui n’était pas de toi.

Qui n’est pas mal écrit quand même… par un certain Victor Hugo. Cette adaptation n’est pas du tout réfléchie. Je suis un énorme fan de roman noir français et particulièrement de l’œuvre de Thierry Jonquet. Dans un de ces bouquins, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, qui parle des émeutes dans les banlieues en 2005, « Le labyrinthe » sert de filigrane à tous les chapitres. Pour chaque chapitre, il prend un vers ou deux. J’ai cherché ce poème, je l’ai lu et je l’ai pris en pleine poire. J’avais envie sur ce disque-là de faire une chanson plus politique, de parler de la société et pas uniquement d’amour contrarié. C’est compliqué parce qu’il ne faut pas être donneur de leçon.

Clip de "Je t'aime".

Une chanson comme « Je t’aime » m’amuse beaucoup.

C’est la première fois que j’écrivais un texte sur de la musique totalement terminée. On me reprochait de ne pas faire une chanson d’amour qui se termine bien. J’ai donc écrit un texte avec « je t’aime » dedans, à la Lara Fabian. Comme je suis un peu tordu, j’ai forcé quelqu’un à dire « je t’aime » à quelqu’un d’autre. La méthode Coué, donc. Le mec qui chante n’a rien compris à l’amour, évidemment.

Je sens que tu aimes bien casser tous les codes.

C’est un peu le rôle d’un artiste.

61SGJM57BSL._SL500_AA300_.jpgTon album provoque en moi un truc paradoxal. Les textes sont noirs, mais il fout la banane.

C’est un peu comme l’album Les idées noires de Franquin. Tu lis ça, tu es mort de rire et pourtant ce qu’il raconte est affreux. Je suis très noir dans mes chansons, mais si tu viens à un de mes concerts, tu seras mort de rire.

Lisa Portelli chante dans deux de tes chansons. Pourquoi ?

J’avais prévu qu’elle n’apparaisse qu’une fois dans « Tes yeux verts ». Au début, je la chantais tout seul et puis finalement, je me suis dit qu’il serait intéressant de faire un duo avec une jolie jeune fille avec des yeux verts. Je n’ai pas trouvé tout de suite. Un jour, je vais voir Lisa en concert et j’ai vu cette nana lisa-portelli.jpgavec ses yeux verts et sa guitare électrique, je me suis dit immédiatement que c’était elle. Je lui ai proposé, elle a aimé la chanson, elle est venue dans mon studio et elle a chanté la chanson. Et il se trouve qu’en même temps j’étais en train de bosser sur « Je t’aime ». Je trouvais que sans une voix féminine la chanson était un peu trop glauque, elle ne fonctionnait pas. J’ai demandé à Lisa de me faire juste une voix témoin. Elle l’a fait, j’ai bossé pendant 3 mois sur cette chanson en faisant plein d’essais avec d’autres interprètes, mais ça ne me convenait pas. Du coup, Lisa m’a dit qu’elle aimait aussi beaucoup cette chanson, presque plus que « Tes yeux verts ». J’ai donc gardé la voix témoin de Lisa.

Cet album est produit par toi…

Seul, dans mon studio. Je n’ai pas le choix. On ne trouve pas de producteur pour ce que je fais. Mais j’ai assez de connaissances du bizness parce que j’ai passé deux ans à Virgin Music. C’était un boulot alimentaire, mais j’ai compris comment les choses fonctionnaient. Grâce à ça, j’arrive à m’en sortir. Ce qui est triste, c’est qu’il y a plein de mecs qui sont juste des auteurs compositeurs surdoués, mais qui sont incapables de se démerder à comprendre comment marche une demande de subvention, monter un label etc… Ils risquent, eux, d’avoir beaucoup plus de difficultés pour s’en sortir.  Le truc le plus compliqué en ce moment, qu’on soit en indépendant ou pas, c’est que les revenus généraux ont été divisés par 5 ou 10, du coup, on a du mal à boucler les fins de mois.

Le_Larron_31.jpgAujourd’hui, payer ses musiciens ça devient compliqué, je sais bien.

Là, ils sont tous plus ou moins bénévoles. Je me démerde pour lâcher un peu de sous parce que je ne veux pas qu’ils travaillent pour rien. Il y a 5 ans, c’était plus simple. Je savais que j’allais vendre au moins 10 000 disques. Là, si ça ne marche pas trop, j’en vends 300 et ça ne couvre même pas la fabrication de la pochette et le graphiste. Je ne me fais pas de l’argent sur leur dos, s’il y a de l’argent qui rentre, youpi, on partage. On va devoir attendre un an ou deux que la Sacem me rétribue pour qu’il y ait un peu d’argent afin que je puisse les payer. Il y a 5 ans, ils auraient eu un salaire tout de suite qui leur aurait permis d’être intermittents tout de suite, qui leur aurait permis de bosser sur d’autres projets…etc. Cela étant, ça a cassé l’industrie et du coup, il y a plein d’artisans qui ont retrouvé de la place. Mais, c’est dur pour eux aussi.

Tu cites Winston Churchill : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme ». Toi, tu n’as jamais eu d’échec.

Je n’ai pas besoin du Larron pour gagner ma vie. Je fais de la musique de commande, je réalise des albums pour d’autres gens. J’ai fait Le Larron comme une récrée et ça a commencé à bien marcher. Je n’ai pas de clients là-dessus… Le Larron, c’est mon jouet. J’en fais ce que je veux. Aujourd’hui, j’ai 36 balais, je n’ai toujours pas de disque d’or. Le moindre connard qui sort de la Star Ac a vendu plus que moi. Je fais de la musique depuis 20 ans sérieusement, quand même, et je n’ai pas l’impression d’être un incontournable. 

Ça va peut-être venir. Tu rentres en playlist sur France Inter, le Mouv’, FIP, France Bleu, Europe 1…

C’est une grosse surprise. Je pensais sortir un EP en numérique et les choses se précipitent un peu. Je voulais juste dire, « coucou, dans 6 mois, j’arrive avec un disque !». Ça se passe super bien, mais je ne sais pas jusqu’où ça ira.

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Bonus :

6ème soirée de remise du prix Centre des Ecritures de la Chanson Voix du Sud / Fondation La Poste - jeudi 28 mars au studio Raspail à Paris, avec LE LARRON. Soirée animée par Didier Varrod (France Inter) et Francis Cabrel.


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21 février 2013

ReDeYe : interview pour End of the season

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(Photo : Renaud De Foville)

530632_10151202679442045_833854753_n.jpgReDeYe propose depuis 2008 une musique folk classieuse et apaisée. Ce projet mené par Guillaume Fresneau, du groupe Dahlia, évoque immanquablement les grands espaces américains. J’en parlais déjà ici à la naissance du projet. Les morceaux de ReDeYe puisent leur inspiration chez les meilleurs songwriters d’outre-Atlantique.

On note des collaborations prestigieuses. Évoquons par exemple la trompette de Jérôme Lorichon (Hermane Düne), les violons de Lucille Vallez (Ex – Pony Express), où encore Raphaël Seguinier (Cocoon, Saul Williams, Nouvelle Vague) et Cyril Bilbeaud (Sloy) qui interviennent tous deux à la batterie.

Sans frontières, ReDeYe propose un folk US sans complexes qui pourrait bien devenir la marque de fabrique d'un groupe affirmé et fort prometteur. À suivre avec attention.

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538132_10151434850633493_1230496429_n.jpgInterview:

C’est un disque intimiste, mais avec du monde autour de toi.

Avec Jean-Charles Versari à la production, on a commencé à faire des voix-guitares les plus convaincantes possibles, ensuite on a étoffé l’affaire en allant chercher des gens qui correspondaient au mieux à nos envies musicales. Mon idée était de faire une musique dans laquelle on se sent bien, dans un univers intime, un peu écarté du monde. Je pense qu’il faut que ça se ressente dès le studio.  Je ne me vois pas appeler un musicien juste pour le cachet. Il fallait que l’on travaille en famille avec des gens qui vivent la musique comme nous.

Les critiques de l’album sont dithyrambiques.

J’ai l’impression que les gens ont compris ce que nous voulions transmettre avec cet album. On a voulu recréer une sorte de petit monde parallèle fait d’espace, de voyages et de contrées lointaines. J’ai envie que les gens voyagent avec ce disque.

Un voyage pour où ?

J’ai grandi au Texas, c’est donc plus le sud des États-Unis. Je suis arrivé aux États-Unis à l’âge de 5 ans et j’y suis resté jusqu’à 12 ans. Il y a dans ma musique la notion d’étendue et d’espace.  Mon père, bien avant de partir là-bas, était complètement imprégné de cette musique-là. Il a toujours été fan de blues, de rock et de folk.

Du coup, il n’a pas été déçu que tu commences ta carrière musicale avec un groupe qui chante en français, Dahlia, plutôt qu’avec les ReDeYe.

Il se moquait gentiment de moi. Il disait, ton disque, dans  les bacs, il est classé dans la chanson française. Musicalement, il me comprenait quand même. Par contre, avec ReDeYe, il est aux anges…

Clip de "Cover me".

On sait que tous les enfants veulent tuer le père. Faire la musique qu’aime son père, ça ne met pas un peu de pression ?

Il y a une sorte d’héritage, en effet. Mais, pour moi, quand on fait de la musique, on fait un lien entre ce qui a existé et ce qui va exister. Je ne crois pas aux musiciens qui sont complètement originaux. Chaque musicien choisit parmi ce qui l’intéresse, le transforme un peu pour le faire avancer. Je crois beaucoup en l’idée qu’on est tous un peu connectés. Chacun a sa propre vision des choses et c’est ça qui fait avancer les choses. Je ne crois pas au miracle musical qui apparait comme ça du jour au lendemain.

Tu es le seul à faire cette folk-là en France en tout cas. C’est un album américain.

Beaucoup de gens me disent ça. Il y a d’autres projets de ce style ou apparentés qui viennent d’Allemagne, d’Angleterre, de Suède. Donc moi je suis content d’être le seul français. Le seul breton même.

On entend moins ton côté breton dans ton disque que dans celui de Nolwenn Leroy !

(Rires). J’aime beaucoup cette réflexion. On la garde !

Dans ce nouvel album, il y a le même climat que l’EP, sauf qu’il y en d’autres… car il y a des instruments nouveaux.

J’ai l’impression de suivre un chemin. L’EP, c’était un essai. Une des idées directrices était d’enlever la batterie et de restreindre au maximum les instruments. Cette fois-ci, je suis parti de la même base, mais j’ai décidé de me projeter  et d’ouvrir mon champ des possibilités musicales. Il y a donc de la batterie sur 3, 4 morceaux, j’ai ajouté aussi des cuivres, des trompettes et un saxophone baryton.

"Out of the Blue" (version live).

Il y a même des titres un peu rythmés.

Oui, « Disappear », par exemple. C’est une de celles que les gens remarquent le plus. Ce titre ouvre peut-être sur la suite, sur la tournure que prendra ce projet. Comme j’étais dans un format album, c’était intéressant pour moi d’amener d’autres choses.

As-tu fait très attention à l’ordre des titres ?

Oui, c‘est pour moi ultra important. Je suis un grand fan d’album et  les albums doivent raconter une histoire. Rien ne doit être laissé au hasard. On a passé deux ans de notre vie et toute notre énergie à cet album, donc on a eu le temps de la penser.

Est-ce que ReDeYe ne devient pas ton projet numéro 1 ?

Maintenant, effectivement, il le devient. Les choses, la vie, les rencontres, les temps de studio font que je n’ai travaillé que sur ce projet. Il faut dire qu’il me colle à la peau complètement.  Je ne me vois même pas faire autre chose en ce moment.

"Disappear" à Lake Travis, Texas.

Si ce disque a une tonalité mélancolique, tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas triste.546955_10151120043627045_2005806029_n.jpg

Ça me fait extrêmement plaisir d’entendre ça. C’est important pour moi que ce disque ne soit pas considéré comme plombant, car on l’a joué dans une bonne humeur totale. Cette mélancolie dont tu parles est une mélancolie que je retrouve quand je vais aux États-Unis. C’est une mélancolie presque cathartique. C’est comme le blues. Le blues, pour moi n’est pas triste, c’est une sorte d’expression de sentiments qui peut aller de la tristesse à la joie, mais sous une forme mélancolique. Pas triste en tout cas. De toute manière, faire de la musique, ce n’est jamais triste.

Si tu es triste, tu ne fais pas de musique ?

Non. Faire de la musique, c’est déjà avoir une énergie et avoir envie de communiquer. Si je joue dans un état de tristesse, j’ai peur que ce soit pleurnichard. Je m’évite le pathétique dans la musique. Je ne me sens pas d’imposer aux gens ce genre de sentiments.

Et l’inverse ? Quand tu es trop heureux ?

C’est pareil. Je ne fais pas de musique non plus parce que je suis dans une sorte de bonheur qui va finir par trop s’entendre… un peu dégoulinant. Il faut être dans un état particulier quand tu fais de la musique. Ni heureux, ni malheureux, c’est une sorte de transe.

Je serais un peu étonné si un jour tu ne t’attaquais pas à la musique de film.

J’ai fait de la musique de courts-métrages, mais le milieu du long métrage est assez fermé. Dans mes morceaux, on voit des images. J’adorerai travailler sur une musique de film, je ne peux pas te dire le contraire. 

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15 février 2013

Magali Ripoll : ce soir aux Sentiers des Halles

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Ce soir, au nouveau Sentiers des HallesMagali Ripoll, auteure, compositrice, interprète et musicienne, que vous pouvez retrouver tous les soirs dans N’oubliez pas les paroles sur France 2, vous invite à découvrir son univers fantaisiste, parfois décalé.  Mêlant l’accordéon, son premier amour, aux musiques actuelles, elle vous charmera par sa personnalité et sa voix électriquement naturelle, à la fois femme enfant, drôle et sensible. Magali Ripoll est passée ce lundi 11 février à l’agence pour une interview fort sympathique (merci à Valérie Motté !)

15617_4641722735149_382054101_n.jpgBiographie officielle (un peu écourtée):

Originaire de Bourgogne, Magali grandit à St Raphaël (Var), dans une famille de musiciens (son grand-père jouait de l’accordéon, du saxophone, de la guitare ; son père de la batterie et son oncle de la guitare). À cinq ans, elle apprend le solfège et très vite l’envie de jouer d’un instrument de musique la titille.

Durant son adolescence, elle gagne son argent de poche en jouant tous les samedis soirs dans les bals et les salles des fêtes, accompagnée à la batterie par son père. Ce sont ses premiers pas sur scène. Puis elle forme un groupe de musique au lycée avec des copains.

Bien vite, elle quitte le Sud pour rejoindre la Capitale et y tenter sa chance. Afin d’enrichir sa palette artistique, elle prend des cours de théâtre, de chant et participe à quelques auditions, qui lui permettent de faire des rencontres musicales.

Depuis une dizaine d’années, elle accompagne de nombreux artistes sur les routes (Charles Aznavour, Lorie, Nâdiya, Richard Gotainer, Emmanuel Moire, Line Renaud…). Elle est également aux côtés de Nagui, sur France 2, dans l’émission N’oubliez pas les paroles où elle chante, joue du clavier et de l’accordéon.

Elle prépare son album solo dont elle écrit et compose la plupart des chansons. Son univers fantaisiste, parfois décalé, donne une tonalité pétillante à ses titres.

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folio2.jpg.pngInterview :

Tu as baigné dans une ambiance assez chanson française dans ta jeunesse…

Oui, avec beaucoup d’accordéons musettes. Mon grand-père maternel était accordéoniste et saxophoniste, d’ailleurs. Il l’est toujours aujourd’hui. Et puis j’ai fait du bal avec mon  père, donc c’est vrai que la chanson française occupait une grande place. Mais, en même temps, à 30 %, mes parents écoutaient à la maison du Deep Purple, du Beatles.

Qu’est- ce que tu trouves à l’accordéon pour qu’encore aujourd’hui, tu ne te sépares pas de cet instrument?

Il est autant touchant que festif. Le son de l’accordéon me procure en tout cas des émotions incroyables. Quand j’entendais le professeur d’accordéon qui habitait à côté de chez nous donner ses cours, je ressentais des tas de sensations inédites qui me touchaient profondément. Une espèce de mélancolie inexplicable, comme si c’était un son que j’avais toujours entendu. J’ai compris qu’avec un accordéon, on pouvait très vite partir en vrille et faire la fête.

Pour l’instant, de ce que j’ai entendu de tes chansons, tu présentes la Magali Ripoll plutôt joyeuse. C’est le cas dans la chanson que tu fais découvrir « Les dessous de la vie » par exemple. (Que vous pouvez écoutez ici, d'ailleurs)

Tu as raison, ce que j’écris et je chante pour le moment est plutôt joyeux et festif. Je pense que c’est pour une question de maturité que je n’ai pas encore acquise complètement. Peut-être que pour le moment, j’ai peur du côté mélancolique de l’accordéon et que j’attends d’être prête. Pour le moment, je crois même que ça m’angoisse, mais j’y viendrai un jour.

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Avec l’accordéon, tu prouves que l’on peut faire ce que l’on veut de cet instrument?

Je veux inventer une sorte de mariage possible entre les musiques actuelles (comprenant celles des 20 dernières années et Anglo-saxonnes) et cet instrument considéré comme franchouillard.

Dans « Les dessous de la vie », on ne l’entend pas beaucoup l’accordéon finalement.

Il y a pas mal de chansons où l’accordéon n’est pas présent. Je ne suis pas obnubilé par cet instrument non plus. Il y a des chansons dans lesquelles, je joue du piano, d’autres dans lesquelles je me contente de chanter sans jouer d’un instrument, d’autres avec l’accordéon, notamment quand je joue du Prince ou du Lenny Kravitz sur scène.

Ce soir aux Sentiers des Halles, on verra ce genre de performance ?

Oui. On essaie de trouver le juste milieu pour faire parler les morceaux qui existent comme « Kiss » de Prince, qui est une chanson intouchable, mais que, paradoxalement, on peut reprendre de 1000 formes différentes. Notre version un peu tango rumba étonnera le public, tu verras.

C’est important d’avoir une formation assez complète de musicienne quand on estfolio3.jpg.jpg chanteuse et choriste ? Je dis ça car je connais des chanteurs qui n’en ont pas.

Ce n’est effectivement pas une obligation, mais moi ça me sert beaucoup. Je ne peux pas faire l’un sans l’autre. Je ne peux pas jouer de mes instruments sans chanter et je ne peux pas chanter sans faire appel à un moment donné à mes instruments. Avoir une formation musicale m’a servi pour des séances de chœurs par exemple. J’avais besoin de me référer à certaines notes et le fait d’être musicienne, de connaître le solfège et la musique, d’avoir une oreille de musicien m’a fait avancer sur mon travail plus d’une fois. Pour le parcours que j’ai, cette connaissance est d’ailleurs un élément essentiel.

Ton envie de faire ce métier a commencé quand tu faisais des bals avec ton père ?

Oui, le fait d’être sur une scène et faire danser les gens, même petite, ça me procurait un plaisir fou. C’était un rêve pour moi de faire ça toute ma vie. Quand j’accompagne des artistes sur scène, en tournée, je prolonge ce rêve.

Tu es musicienne choriste pour pléthores d’artistes, à commencer par Aznavour, Gotainer, Lorie, Line Renaud, Emmanuel Moire… comment t’es-tu fais remarquer la première fois comme choriste ?

La toute première fois, c’est le producteur de la chanteuse Lorie, Johnny Williams, qui m’a repéré dans un casting qu’avait mis en place la maison de disque EMI en 1999. C’était une sorte de Star Academy/Nouvelle Star sans les caméras. J’avais été retenue pour chanter dans un groupe de 7 chanteurs et chanteuses  qui devait sortir un single chez EMI. On a travaillé dans le studio de Johnny Williams, mais finalement le projet n’a pas abouti. Un jour, Johnny m’a rappelé pour que je vienne faire des chœurs dans le studio parce qu’il trouvait que je chantais bien et que je faisais le travail qu’il fallait. Ensuite, il m’a fait partir en tournée avec la première artiste que j’ai réellement accompagnée, Lorie.

Et après, tout s’est enchaîné.

Le directeur musical de Lorie m’a appelé pour accompagner d’autres artistes. Souvent, quand on est musicien, on se fait repérer par le réalisateur de l’album ou le directeur musical, parce que ce sont ces gens-là qui sont vraiment dans les coulisses et qui repèrent les personnes adéquates.

541949_4641718335039_813654111_n.jpgQuand on est chanteuse soit même, comment vit on le fait d’être choriste, c'est-à-dire, au service musical d’un autre chanteur ?

C’est extra parce que c’est tout un wagon de personnes qui avance en même temps derrière l’artiste. Accompagner un artiste et le servir, je trouve que c’est génial. Ce sont des sentiments vraiment très forts sur scène. Il ya une telle communion entre l’artiste et les musiciens que rien que dans parler, ça me donne des frissons.

Je vais te poser une question naïve. Est-ce qu’une choriste doit tenter de moins bien chanter que l’artiste principal pour ne pas lui faire trop d’ombre ?

Non, évidemment. Il y a les choristes et la voix de l’artiste. Peu importe si l’artiste est plus fragile vocalement, nous on fait juste notre boulot de choristes. Nos nappes de chœur doivent être justes et bien chantées. Les chœurs, ce sont des instruments comme les cordes. Elles ne sont pas là pour voler la vedette à l’artiste, mais pour le soutenir le mieux possible.

Quand on chante pour Aznavour par exemple… c’est un truc de fou quand même.

C’est un conte de fées. J’ai vibré plein de fois par des rencontres artistiques. Par exemple quand Peter Kingsberry a voulu m’engager pour sa tournée et qu’il m’a dit avec son accent anglais, « c’est super, c’est au-delà de mes espérances. Tu feras mes claviers et les chœurs », je n’y crois pas un instant. Je me demande quel est le rapport entre cette personne et moi. Pour Aznavour, c’était aussi un truc de fou. J’accompagnais Line Renaud à l’Olympia il y a un an et demi et son concert était diffusé sur France 3 un vendredi soir. Le lendemain de la diffusion du concert, j’étais en déplacement dans un train pour un concert, mon fiancé m’appelle et me dit que le chef d’orchestre de Charles Aznavour  vient d’appeler à la maison. Je suis estomaqué, mais effectivement, il m’appelle sur mon portable quelques minutes après et me dit : « Monsieur Charles Aznavour m’a contacté très tôt ce matin parce qu’il vous a vu hier soir en concert avec Line Renaud  et il voudrait que vous fassiez partie de sa tournée. Si cela vous tente ». J’ai quand même passé une audition… et j’ai été prise. Jamais je n’aurais pensé être à la hauteur, en tout cas être une assez bonne musicienne et choriste pour accompagner quelqu’un comme Aznavour, une telle légende vivante. En fait on n’y pense même pas.

Autre partie importante de ta vie en ce moment. On te voit tous les soirs dans l’émission 269483_2013945482360_7032010_n.jpgde Nagui, « N’oubliez pas les paroles ».

Cette émission, c’est ce que j’ai toujours voulu faire au sein d’un orchestre, mais que je me suis toujours retenue de faire. J’ai fait beaucoup de bals avec des orchestres dans lesquels on avait des chorégraphies, des costumes, bref, des shows qui étaient bien travaillés et ficelés. Mais, avec la personnalité que j’ai, à un moment, j’ai toujours envie de partir en vrille. Je n’arrive plus à être au premier degré de ce que je suis en train de faire. Les chefs d’orchestre pour lesquels je travaillais n’étaient pas toujours contents de mes extravagances. Je tourne toujours tout à la dérision, je n’y peux rien. Dans « N’oubliez pas les paroles », au début, le chef d’orchestre nous avait demandé de jouer sérieusement parce qu’il fallait montrer une image professionnelle jusqu’au bout des ongles. Sur France 2, en live, ça ne plaisante pas. Les premières émissions sont très marrantes parce qu’on a tous la tête sur nos pupitres, très sérieux. Quand on s’est rendu compte naturellement qu’on était quand même dans un jeu ou les gens sont là pour se marrer, pour chanter et pour se faire plaisir, et que la personne qui regarde chez elle a envie de la même chose, à un moment donner, il faut réagir. Comme Nagui et Gérard Pullicino sont quand même des joyeux lurons et ne sont pas les derniers pour la rigolade, ils ont laissé la porte ouverte à mes folies.

Tu n’as pas peur que ça te desserve, professionnellement, de te comporter ainsi ?

Ça a pu me desservir, mais parfois ça m’a fait remarquer. Mais au fond, je m’en fous que cela déplaise, sinon j’arrêterais ce comportement, je ferais attention et je me tiendrais bien. Moi, finalement, je suis comme ça, il n’y a pas à réfléchir.

Parle-nous de l’album à venir… il est fait ?

Il est quasiment fait. Les chansons sont là, mais il faut qu’elles prennent leur couleur définitive, en termes d’arrangements. En fait, je me suis retrouvée au centre d’une joyeuse pagaille, ayant ces influences musicales différentes et aimant m’en nourrir, il faut que nous parvenions à élaguer tout ça. Mais, ça ne devrait pas tarder.

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11 février 2013

BaliMurphy : interview pour La Déroute

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Photo: Nicolas Bera(t)

balimurphy-pochette.jpgLes Balimurphy sortent un nouvel album. Un bijou intitulé La Déroute (Sam Records / distribution AMG). Voilà un groupe belge qui allie avec merveille, la forme et le fond. Musicalement et textuellement, ce disque est impressionnant. Les trois membres originels de la formation, Cédric Van Caillie, Mathieu Catala et François Delvoye sont venus exprès de Bruxelles pour cette interview exceptionnelle (merci à leur attachée de presse,  Flavie Rodriguez). Le 11 janvier dernier, nous nous sommes réunis dans un bar du 10e arrondissement de Paris. Devant une bouteille de Naoussa, un vin grec, très léger, nous avons conversé tous les quatre. Rarement, j’ai entendu un tel discours sur la façon d’aborder la musique et les textes. Certes, j’ai bu du vin, mais surtout leur parole.

Biographie officielle :

Après quatre années passées sur les routes avec l’album Poussière (2008), le groupe revient avec La Déroute, résultat de deux ans de travail et d’une collaboration avec Kris Dane à la direction artistique. Continuant d’explorer les régions musicales, les rencontres entre sourires en coin et pessimisme lucide et poétique, le groupe a privilégié ici des couleurs plus blues et électriques. Un nouveau développement d’une formation au fonctionnement atypique, avec des textes soumis par Mathieu Catala (textes et percussions) et François Delvoye (textes/guitares) au chanteur/guitariste Cédric Van Caillie et à l’ensemble du groupe composé également de Rodolphe Maquet (basses) et Martin Lauwers (violon, claviers).
L’album La Déroute est empreint d’une certaine noirceur issue des expériences personnelles et des pulsations d’un monde qui court un peu plus vers on ne sait pas toujours très bien quoi.

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Photo : Nicolas Bera(t)

Interview :

Il se passe pas mal de temps entre deux disques chez Balimurphy.

François : Entre Poussière et La déroute, il s’est passé 4 ans. Avant ça, notre rythme était de tous les deux ans, voire tous les ans et demi. Ce n’était pas vraiment des albums officiels, mais plus des démos autoproduits. Avec Poussière, on a pas mal tourné, en Belgique et en Europe, donc on a pris plus de temps pour faire le suivant.

Poussière, c’est vraiment l’album qui vous a donné une plus grande visibilité.

Mathieu : On n’est pas à la une des magazines, certes, mais on a tourné dans des salles de grandes renommées, en France et dans pas mal d’autres pays.

En Belgique, vous êtes déjà très réputés.

François : En Belgique francophone, plus précisément. Quand tu fais de la musique en Français en Belgique, tu touches un public relativement réduit. Bruxelles, la Wallonie, ce n’est pas énorme. Pour nous c’est intéressant de s’exporter partout, même dans les pays non francophones. La barrière linguistique est compliquée à franchir, ce n’est vraiment pas évident dans un sens comme dans l’autre. Il y a le moment ou l’on veut d’abord s’épanouir dans notre propre pays pour commencer à franchir la frontière et finalement, très vite, on se dirige vers la France, comme tous les groupes belges francophones.

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De gauche à droite Cédric Van Caillie, François Delvoye et Mathieu Catala.

13 02 BALIMURPHY 17845-2.jpgPour toucher les deux Belgique, n’aurait-il pas fallu que vous interprétiez vos chansons en français et en anglais ?

François : On fait ce qui ressort de nous. Mathieu et moi, nous écrivons les textes et nous sommes d’expression française avec une écriture littéraire prononcée. On n’a pas envie d’écrire différemment dans le but de s’expatrier et de s’exporter.

Mathieu : Si nous procédons dans une démarche commerciale, ce sera forcément une mauvaise démarche. En revanche, c’est une démarche artistique qui pourrait nous intéresser un jour si nous rencontrons un auteur flamand.

Cédric : Il faudrait que je travaille mon accent alors.

Oui, Cédric, c’est toi qui chantes. Ce serait à toi d’assumer les textes. Bon, on sent que vous aimez les beaux textes et, c’est amusant, François et Mathieu, on a du mal à s’imaginer qu’il y a deux auteurs différents. On ne sait pas trop qui a écrit quoi tant il y a une cohérence entre les deux albums.

François : C’est parce qu’on se connait de mieux en mieux et d’album en album. Je suis plus d’accord avec toi pour La déroute que pour Poussière. On parle beaucoup plus, Mathieu et moi, et intellectuellement, on a compris l’autre. Du coup, il y a tout un univers qui se construit.

Mathieu : On était un peu rassuré dans notre démarche artistique. En tout cas, je parle pour moi, j’étais plus en confiance. François et moi, on a donc proposé un panel de chansons plus important à Cédric.

François : Et il y a eu un travail plus collectif sur les textes apportés. C’est Cédric qui choisit in fine ce qui lui parle. Peut-être que la cohésion dont tu parles vient du choix de Cédric.

Cédric : En fait, moi, je ne m’étais pas posé la question, c’est vraiment venu naturellement. Pour la première fois, dans toute l’histoire de Balimurphy, nous avons eu des réflexions sur les textes, ensemble, à discuter de chaque phrase, de chaque mot, chaque terme utilisé. On se demandait pourquoi ce mot-là, pourquoi pas un autre.

"Les soies précieuses"

Tu n’as pas envie d’écrire toi-même, Cédric ?

Cédric : Jusqu’à présent, je me disais « chacun son travail ». En fait, ça fait des mois que Mathieu, entre autres, me conseille d’essayer d’écrire. Je ne me l’interdis pas de le faire. Peut-être qu’un jour ça viendra. Passer après eux, c’est difficile. Mais tu sais, je suis très fier de chanter leurs mots. Ce sont des mots qui sonnent bien, ce sont des histoires cohérentes et intelligentes. Comme nous l’expliquions tout à l’heure, je n’écris pas sur le papier, mais on contribue tous à la création du morceau. L’acceptation d’un morceau peut prendre aussi bien 10 minutes comme 3 ans, c’est dire les discussions qu’il y a autour d’un texte.

François : Le défi dans cette organisation entre nous, c’est de ne pas perdre la force personnelle de chacun. Dans les textes ou dans la musique, quand trop de propos se mélangent on peut perdre la force originelle de l’apport de chacun.

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Parlons musique à présent. Vos albums Poussière et La déroute ont des atmosphères différentes. La déroute me paraît moins pop rock, il est plus lent…

François : On a souvent qualifié Poussière de rock festif. Pour La Déroute, on voulait donner un peu plus d’atmosphère. On a pris ensemble la décision d’avoir un regard extérieur sur notre travail. On a pris Kris Dane, qui est directeur artistique de l’album et c’est notamment cette décision qui a donné cette couleur. Mais c’était une volonté qu’on avait à la base.

Mathieu : C’est une volonté qui est venue après la création de certains morceaux. On s’est13 02 BALIMURPHY 17875.jpg rendu compte qu’on allait vers ce nouveau chemin. La décision était de bifurquer ou d’aller à fond droit devant. On avait besoin de changer d’atmosphère, de changer notre univers. Et puis, on évolue, on vieillit.

Vous intellectualisez beaucoup votre travail.

Cédric : C’est important d’intellectualiser notre projet. Il faut savoir qui on est tout le temps, ce que l’on veut dire, où on veut aller, qui on veut être, est-ce que ce que l’on raconte est vraiment ce que l’on a envie de raconter. Moi, si je dois chanter un texte, il faut que je le sente et que je sois en totale adéquation avec le propos.

Mathieu : Nous voulons amener le texte au plus près du groupe. Dans cet album-là, on était beaucoup plus décomplexé par rapport au fait que François et moi sommes les seuls dépositaires des textes. Chacun à la possibilité de faire un travail éditorial sur le texte, chacun peut dire ce qu’il en pense sans tabou ni peur de vexer. 

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François Delvoye (textes/guitare) et Mathieu Catala (textes et percussions)

Dites-moi, il faut ranger l’ego dans votre affaire.

François : Personnellement, je ne connais pas beaucoup de groupes qui fonctionnent comme on fonctionne. Deux auteurs et un chanteur qui n’écrit pas, c’est un cas de figure rare, mais intéressant. C’est un laboratoire dans lequel on expérimente. Peut-être que demain, on va changer ce cas de figure.

Mathieu : Ca évolue tout le temps et heureusement. Il n’est pas écrit dans les statuts du groupe que c’est François et moi qui devons écrire les textes.

13 02 BALIMURPHY 17928.jpgParfois, vous pensez à Cédric quand vous écrivez, puisque c’est lui qui chante ?

Mathieu : Non, jamais. On vit des vies, certainement différentes pour pleins de choses, mais  aussi plutôt similaires. On a le même âge, on va dans les mêmes endroits, on vit beaucoup de choses en commun et on écrit sur des thèmes suffisamment universels pour qu’il puisse s’y retrouver quelque part…

François : Cédric, je ne comprends pas. Tu n’as pas beaucoup apprécié mon texte sur la politique intérieure du Guatemala.

Cédric (en riant) : il faut qu’on en discute.

Vos textes parlent de l’être humain, des failles des hommes et de la mort…

François : On n’en a beaucoup discuté entre nous. Parler de la mort, c’est la meilleure façon de vivre. Un texte comme « Millésime », par exemple, est clairement une façon d’exorciser la mort. Pour contrer la société dans laquelle on vit, on occulte complètement la douleur, la maladie, la mort. « Millésime » est une chanson spontanée assez enlevée, relevée, assez légère finalement.

Mathieu : C’est une chanson à la base très personnelle et qui très vite s’est ouverte tant ce sujet est universel. N’importe qui dans la vie a déjà ou va être confronté à quelqu’un qui viendra lui annoncer la mort d’un proche. Comme le dit François, dans la société dans laquelle on vit, on est confronté à un processus extrêmement froid, extrêmement pudique. On n’admet pas la mort, on n’admet pas le mort. Il faut très vite tourner la page et le processus de deuil n’est pas du tout accepté.

François : En quelque sorte, c’est un peu notre façon de faire des rituels traditionnels comme des enterrements avec des explosions de douleurs et de joies.

Mathieu : Ce qui a été agréable pour nous, c’est de chanter cette chanson tous les cinq. Ça ramène à une espèce de veillée plutôt joyeuse ou chacun se renvoie la balle. L’idée est de dire que le deuil n’est pas une expérience personnelle, mais collective ou chacun peut interagir.

"L'Homo Ca Pionce"

Vous n’avez pas franchement une opinion très positive sur l’être humain, il me semble, en écoutant vos textes. Dans « L’Homo ça Pionce », par exemple vous dites que nous sommes une « espèce vaniteuse, futile, inutile ».

François : J’ai une très piètre opinion de l’être humain en effet, mais là, ça n’engage que moi et je me mets dans le même sac. A la base, je suis anthropologue. Ce n’est pas que je n’aime pas les humains avec lesquels je vis, mais je suis consterné par leur vanité, leur prétention et leur vacuité. Parfois, je suis à la limite de la misanthropie. Mais c’est une misanthropie qui peut être très chaleureuse.

Mathieu : Une misanthropie comme celle d’un Céline ou un Brassens.

Le fait d’écrire vous décharge donc un peu.

François : oui, carrément.  Mais, tu sais, il y a des chansons où je me fous de ma propre gueule et quand je vois le public les chanter, c’est une expérience intéressante.

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Cédric Van Caillie (chanteur/guitariste)

Et toi Cédric, tu as quelle opinion du genre humain ?

Cédric : Je suis assez d’accord dans sa globalité, mais je pense que dans l’individualité les choses ne sont pas aussi simples. Quand on fait beaucoup de rencontres, on s’enrichit et c’est là que l’on se rend compte que les gens pris un par un sont intéressants. C’est de ceux-là que l’on se nourrit pour écrire, composer, chanter et pour avancer dans notre projet.

François : Quand tu me posais la question sur ce que je pensais de l’être humain en général, je t’ai donné une réponse qui est plus une approche philosophique. Dans le concret, dans notre rapport entre nous, dans notre rapport avec le public, dans notre rapport avec les gens de la profession, je crois que nous sommes très humains et attentifs aux autres. Ce que je pense philosophiquement de l’être humain ne m’empêche pas d’aimer les gens et d’aimer la vie.

Finalement, Balimurphy, c’est de la philosophie en musique.

François : J’assume tout à fait cela.

Mathieu : Il y a dans notre répertoire, en effet, beaucoup de textes où il est clair que nous sommes navrés pour la condition humaine. Nos chansons sont personnelles, mais deviennent universelles, car nous vivons tous la même chose. On a une vraie compassion pour les autres et pour nous-mêmes, mais encore une fois, de façon globale.

Est-ce que vous pensez qu’une chanson peut changer le cours des choses ou influencer ceux qui l’écoutent ?

François : Je ne pense pas. En tout cas, il ne faut surtout pas que nous soyons moralisateurs. Là, ce serait l’horreur pour nous. De toute manière, le retour qu’on a du public c’est qu’il est plus réactif sur nos chansons d’amour que sur nos chansons philosophiques.

"Les cent planètes"

La chanson qui ouvre l’album « 100 planètes » explique qu’il faut arrêter de nous plaindre de nos vies. Nous sommes tout petits dans l’univers…

François : Je ne comprends pas toujours tout ce que j’écris. La poésie c’est ça. On ne comprend pas toujours ce que l’on dit, mais ça sort. En tout cas, cette chanson est une chanson positive.

Cédric : C’est même la plus positive de l’album. Elle veut dire qu’il faut vivre à fond et ne pas rester face à ses problèmes sans réagir. Il faut se projeter toujours plus loin parce qu’on n’est pas là pour comprendre, on n’est pas là pour durer, profitons-en, vivons 1000 choses.

Dans « La saison des claques », vous expliquez en substance qu’il ne faut pas regarder en arrière, il faut avancer et affronter les problèmes en adulte.

Mathieu : Je cherchais un exemple tout à l’heure d’une phrase de l’un qui devient une chanson de l’autre. L’expression « une saison des claques » a été prononcée par François lors d’une soirée et j’en ai fait une chanson. Je dis qu’on a plutôt intérêt à foncer dans la broussaille épaisse et les ronces de la vie, à tracer à travers sans regarder en arrière. On court dans les branches, on en prend plein la figure, mais il faut continuer.

"La saison des claques"

Vous êtes souvent ensemble tous les trois ?

Cédric : Bruxelles est petit, on a le même cercle d’amis et ça fait 13 ans que l’on fait de la musique ensemble.

Mathieu : On a vécu beaucoup de choses ensemble.

Vous ne vous lassez pas d’être ensemble ?

François : Parfois, surtout quand on est en tournée.

Cédric : En revenant de tournée, on évite de se voir pendant 15 jours, trois semaines.

Mathieu : On se laisse respirer. C’est salvateur.

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Je crois que dans ma vie, je n’ai jamais rencontré un groupe aussi rigoureux que vous, avec une telle approche.

Mathieu : Je ne sais pas si on a de la rigueur. Nous avons des méthodes de cavistes. Il y a des vins qui sont délicieux et qui se boivent tout de suit… et d’autres qui doivent mûrir en cave. Ce n’est pas forcément pour ça qu’ils seront meilleurs que celui qu’on a débouché tout de suite. Ça dépend le plaisir qu’on veut et ce que l’on recherche.

François : Belle métaphore Mathieu !

Mathieu : Merci.

Cédric : Tout ça devant un bon verre de vin grec.

Je sais que vous aimeriez vous lancer dans la musique de film…

François : On a déjà beaucoup de rapport à l’image. Ça se voit dans les gravures sur nos pochettes, on a déjà fait des spectacles avec des visuels cinématographiques. Ça fait partie du projet Balimurphy, on n’est pas un truc monolithique. Si on peut se confronter au théâtre à la danse et au cinéma, ce sont des enjeux et des plaisirs qui nous intéressent terriblement.

Les portraits de Cédric Van Caillie, Mathieu Catala et François Delvoye sont signés Nicolas Bera(t).

L'entretien a été immortalisé par Flavie Rodriguez.

04 février 2013

Rose : interview pour "Et puis juin"

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Rose fait la une du Magazine des Espaces Culturels Leclerc de ce mois (comme vous l’avez remarqué). Je suis donc allé lui poser quelques questions sur son troisième album, Et puis juin. Ce que j’aime chez Rose c’est qu’elle n’a aucun frein dans ses propos (du coup, l'entretien n'est pas lisse), alors comme l’interview « officielle » doit tenir sur un certain nombre de signes, je vous propose un bonus mandorien…

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831_10151153307420642_120337207_n.jpgLe bonus de Mandor :

Sur votre blog, vous vous dévoilez beaucoup.

J’ai du mal à rester discrète. Même dans les interviews, il faut souvent que je fasse gaffe. Je me complais facilement à balancer des choses sur moi, sur ma vie et je pense parfois que ce n’est pas utile d’aller aussi loin. Mais mon blog, je l’ai créé pour pouvoir dire tout ce que je voulais dire, sans me censurer. Certains sont étonnés que je raconte par exemple que pafois, les dimanches, je peux m’ennuyer avec mon enfant à Paris. Tout à coup, beaucoup de mamans me tombent dessus en me disant merci. On s’emmerde toutes au bac à sable. Moi, j’aimerais bien que des artistes que j’aime fassent des blogs comme le mien.Sincère.

En tant qu’homme, en écoutant les paroles de vos chansons, je me suis dit que ça ne devait pas être facile de vivre avec vous. Ça peut faire peur aux hommes.

Ça tombe bien, je ne leur propose pas de vivre avec moi (rires). Mais, c’est ça. Quand même, je cite mon mec qui dit que « c’est pas la joie tous les jours » et qu’avec moi, « il faut aimer vivre le cœur lourd ». Aujourd’hui, nous les femmes, on est dure à vivre, parce qu’on veut tout, mais j’avoue, qu’autour de moi, mes copines ne m’arrivent pas à la cheville en chiantise. C’est déjà difficile pour moi de vivre avec moi-même, alors pour un homme… Il faut me supporter et j’ai l’impression que je ne m’améliore pas quoi.

Le clip de "Et puis juin".

Sur votre blog, vous dites par exemple : « J'avais un fils, mais j'étais pourtant toujours cette fille qui cherchait l'approbation dans les yeux d'une mère. J'étais femme, mais tellement petite face à cette immensité qui me tombait dessus ».

Parfois, j’ai l’impression que je manque à mes devoirs vis-à-vis de ma mère et de mes parents. J’ai l’impression de trop donner en dessous à la hiérarchie et d’être "une mauvaise fille", comme le nom du roman de Justine Lévy.

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(Photo : Yann Orhan)

Chanter, c’est aussi pour impressionner ses parents ?

Psychologiquement, tout est lié, c’est sûr. Moi, je n’ai jamais su quoi faire de ma vie. Mon père a toujours dit : « mais elle, c’est une artiste ». Lui, il a toujours cru en ce fait. Un jour, il y a 15 ans, il m’a ramené un disque en me disant : « Regarde, elle t’a volé ton nom ». C’était Keren Ann. Je m’appelle Keren et ma sœur s’appelle Anna, il m’a dit: "c’est comme ça que tu aurais dû t’appeler : Keren Ann". J’ai écouté le disque de cette chanteuse et je l’ai trouvé formidable. Je suis devenu fan d’elle. Mon père, quelque part, il m’a porté jusque-là et j’ai fait de lui un homme heureux. Quand je ne chante plus, que je ne suis plus dans les médias, il est triste. Je lui manque. Ca fille ne lui manque pas, mais Rose lui manque.

Pour des parents, ce doit être bizarre de découvrir leur fille à travers des textes de chansons…

Quand mon père a entendu, « Je me manque », il a pleuré en se disant : « ce n’est pas possible, nous on ne voit pas, mais c’est ça que notre fille a dans sa tête ? ».

Vous écrivez pour d’autres artistes…

J’ai fait des chansons pour Jenifer, Amandine Bougeois, Pierre Guimard… là, je travaille avec des chanteurs de The Voice. J’espère que ça va se savoir que je peux faire des textes rapidement et bien. Zazie, par exemple, elle a la carrière que je rêverais d’avoir. Pour elle, elle a fait des chansons les plus tubesques qui soient sans aucune faute de goût. Elle a remis Axel Bauer sous les feux des projecteurs grâce à leur duo « A ma place », elle a écrit « Allumez le feu » pour Johnny, avec Obispo « Les meilleurs ennemis »… À chaque fois qu’elle fait une chanson, c’est dans le mille, quoi. Un jour, j’espère arriver à sa cheville.

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(Photo : Yann Orhan)

Vous avez une "fan base" fidèle. Je le vois sur votre profil Facebook.

C’est un peu factice parfois les relations qu’on entretient sur Facebook. Mes proches me disent : « mais arrête, tu crois que tu es en train de prendre de l’amour. On est sur Facebook, merde. Réalise ! ». Malgré tout, quand je mets une chanson à moi ou que je donne des dates de concerts et qu’il y a plein de gens qui viennent commenter, ça me fait très plaisir et je n’ai pas envie de m’en priver. C’est marrant parce que ces gens-là, ils ne se rendent pas compte à quel point je les connais aussi. Comme je suis très curieuse, souvent, je vais voir leur page. Du coup, je connais pas mal de choses de mes fans.

Vous faites attention à ce que vous écrivez sur votre page ?

Oui. Avant, je mettais trop de choses personnelles. Je suis un peu vanneuse aussi. Sur Twitter par exemple, quand je regarde la Nouvelle Star, je tweete beaucoup, je suis capable de dire que je n’aime pas untel ou untel. Il faut que je fasse gaffe, je suis très tweeteuse instinctive.

Parlons de votre collaboration avec I Music-school. Vous faites des Master class de guitare acoustique. On peut apprendre à jouer à la guitare 22 de vos titres, avec des cours très détaillés, et plus de 200 vidéos!

On me l’a proposé, je ne voulais pas. Je n’y croyais pas. Je leur ai dit qu’ils étaient fous. Mais, au fond, je pense que je suis une bonne guitariste. Ce que je sais faire, je le fais bien. J’ai un bon jeu de guitare parce que je joue depuis l’âge de 3 ans… la guitare, c’est un prolongement de moi-même. Bon, j’étais instit et je joue de la guitare, il était finalement logique que j’associe les deux. En fait, les débutants adorent et moi, je me suis éclatée…

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(Après l'interview, le 16 janvier 2013, chez Sony Music)

03 février 2013

The Earl Grey : interview pour la sortie de We Are Young

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Parfois, il faut que je sorte de mon univers musical. Le premier album du projet solo d’Alexandre Ragon, désormais The Earl Grey, m’en a donné l’opportunité. Ce disque m’a intéressé parce qu’il délivre une musique pop à la fois ambitieuse et accessible, dans un esprit proche des influences pop-rock américaines avec lesquelles le jeune homme a grandi, tout en y ajoutant ses sensibilités indie ou électro. Le 24 janvier, le rockeur est venu à l’agence pour m’expliquer ce projet. (Merci à Sissi Kessaï pour la découverte… alors qu’elle sait qu’à priori, je ne mange pas de ce pain-là.)

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interviewBiographie officielle (et un peu écourtée) :

Après plusieurs années d’expérience au sein de groupes français indie-rock et pop-punk, Alexandre Ragon démarre à l’été 2009 ce projet qu’il veut le plus abouti de toute sa carrière musicale. Après avoir auto-produit en 2010 son premier EP In This Memory, The Earl Grey sillonne la France seul ou aux côtés de groupes internationaux.
En 2011, The Earl Grey signe chez Next Dimension Gears et sort une Édition Deluxe de l’EP In This Memory avec trois titres acoustiques supplémentaires.
En collaboration avec le réalisateur artistique Kevin Fouetillou, il enregistre à Insight Studio (Paris) son premier album We Are Young. Treize titres, masterisés par UE Nastasi (Panic! At The Disco, Cobra Starship, The Summer Set) aux studios Sterling Sound (NY), qui dévoilent pleinement l’univers de cet artiste aux multiples facettes.
Alexandre invite sur cet album les prestigieux groupes rock français Chunk! No, Captain Chunk! et Mary Has A Gun, ainsi que le compositeur pop-folk Olivier Delattre.

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Interview:

Raconte-moi en quelques mots l’avant The Earl Grey.

J’ai monté mon premier groupe quand j’avais 15 ans. C’était une formation pop punk, mais je chantais en français. Le style musical se rapprochait de Blink 182. Après, j’ai navigué dans plein de groupes différents. J’ai été dans des groupes plus screamo, puis plus indie, ensuite je me suis un peu posé avec un groupe de pop punk, cette fois, en anglais et avec lequel on a fait pas mal de premières parties.

Cet amour du rock, tu l’as choppé où ?

Ce sont des restes de mon adolescence. Moi, j’ai toujours aimé les mouvements un peu à contresens, un peu rebelle. J’aime sortir du cadre. J’ai grandi avec cette culture-là, punk, « bad religion », des Sex Pistols jusqu’à Greenday. A partir de ce constat, j’ai étudié un peu la musique. J’ai découvert Johnny Cash. Il faisait de la country, pourtant je t’assure, c’était un vrai punk. Dans l’attitude, il était rock, punk, le plus rebelle d’entre tous.

Sur scène, toi, tu es un vrai dingue.

Oui, ces derniers mois, j’ai appris à me gérer un peu plus. Pendant des années et des années, j’étais un peu comme un fou. Je me roulais par terre enfin, tu vois l’imagerie liée au rock pur et dur. Il y a des gens qui sont timides et très réservés et qui se forcent à exploser. Moi, c’était le contraire, j’avais trop d’énergie en moi et il fallait que je me concentre pour moins libérer d’énergie.

Cette énergie dont tu me parles, il faut aussi la catalyser pour concevoir l’album que tu as fait. C’est du rock, mais plus pop rock…

Pour être un peu plus pop, il faut être un peu plus catchy, c'est-à-dire avoir cette mélodie et un refrain qui va rester un peu plus dans la tête des gens. Les Skip The Use, un groupe que j’affectionne particulièrement joue de la pop, mais sur scène, ils sont très énergiques. Bien plus que les groupes estampillés rock.

Si je comprends bien, tu donnes une grande importance à la mélodie dans tes musiques.

C’est un premier album dont je suis très fier, mais je ne dis pas qu’il n’y a rien à faire évoluer. Moi, je vais toujours m’améliorer et je travaille beaucoup pour cela.

Que penses tes potes qui ont gardé le même style de musique, ceux qui sont restés dans lealexandre ragon,the earl grey,we are young,interview rock, punk, trash… j’en passe et des plus hardcore !

J’ai une certaine intégrité. Quand j’ai joué au Nouveau Casino, j’ai invité tous mes potes musiciens pour qu’ils voient ce que joue aujourd’hui. J’ai gagné en crédibilité, car ils ont vu que je ne tourne pas le dos à ce que je faisais avant et même parfois, je collabore avec eux. Quelque part, je montre une autre facette du metal et du rock un peu plus dur avec des mélodies et des chants entraînants. Je n’ai pas du tout l’impression de trahir mes idéaux musicaux.

Si aux États-Unis beaucoup de groupes font une musique proche de la tienne, en France, il me semble que vous êtes peu nombreux.

C’est une musique difficile à imposer. Au niveau des concerts, il y a tout un réseau de salles de musiques actuelles, mais ils ne savent pas trop ou me caser. Je ne suis « parrainé » par personne… je t’avoue que c’est difficile.

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Est-ce que ta famille t’a déjà vu sur scène ?

Mes parents étaient là au Nouveau Casino. Je pense que j’ai fait mes preuves. Je n’étais pas fait pour les études et je me suis battu longtemps pour qu’ils me laissent faire de la musique. Ils m’ont dit d’aller bosser, ce que j’ai fait. Je suis allé à l’usine, chez Quick, Mac Do, des tas de petits boulots, mais je pouvais jouer de la musique. Je me suis assumé, j’étais crevé, mais c’était le prix de ma liberté.

Mais ils aiment ta musique ?

Ils ne sont pas trop fans des parties violentes, mais des chansons comme « Special », ma mère adore et c’est le plus beau cadeau. Pendant le concert du Nouveau Casino, je lui ai dédicacé un morceau et à la fin, elle m’a dit qu’elle était très fière de moi. J’avais une petite larme…

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(Photo: Brounch)

Concernant tes textes, ce n’est pas « joie de vivre et compagnie » quand même.

Mes chansons, ce sont mes frustrations que je n’ai jamais pu exprimer dans un autre contexte. Avec mes autres groupes, je ne pouvais pas trop parler de choses personnelles. Dans cet album, ça a donc explosé. Je voulais faire des chansons uniquement sur des thèmes qui me tiennent à cœur depuis toujours. Malheureusement, ce sont des choses un peu tristes, parce qu’il est vrai que je n’ai pas un parcours hyper facile.

J’en reviens à ta famille, excuse-moi, mais elle n’est pas trop gênée par ce que tu racontes ?

On n’en parle pas. C’est quelque chose d’assez tabou. C’est vrai que dans ces titres, je me suis vraiment lâché, mais j’en avais besoin. En y réfléchissant bien, cet album a été salvateur. Par exemple, j’ai des rapports très compliqués avec ma sœur, mais depuis qu’elle m’a vu en concert et qu’elle a écouté l’album, les choses vont un peu mieux. C’est toujours compliqué d’avoir son mot à dire dans une famille avec des personnalités fortes. Avec ce disque, ils se sont rendu compte que j’avais construit quelque chose à côté et ils ont entendu ce que j’avais à dire. Du coup, réellement, on s’est tous un peu rapproché.

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Revenons à l’album. On y trouve des collaborations avec Chunk! No, Captain Chunk!, Mary Has A Gun et Olivier Delattre.

Ce sont des gens avec lesquels je m’entends musicalement parfaitement. Je ne voyais pas un premier album sans eux, tout simplement. C’était intéressant parce que leurs musiques sont différentes, même si on appartient un peu à la même scène. Une chanson, c’est un peu comme dans un couple. Ce sont des compromis, des réglages en permanence, mais surtout des expériences enrichissantes pour tous.

Tu es un mec de scène qui n’arrête pas de jouer. Et pas qu’en France.

Avec mon premier groupe, on a joué aussi en Europe. Avec The Earl Grey, j’attaque l’Angleterre. J’ai déjà fait quelques dates.

Tu es mieux perçu qu’en France ?

Je ne dirais pas ça. Ce n’est pas mieux, c’est différent. J’ai aussi tout à prouver là-bas. Encore une fois, rien n’est facile.

Clip de "Heart of Glass".

Tu as fait un clip sur ta chanson « Heart of Glass ». Tu sais que le premier 45t que j’ai acheté avec mes deniers personnels dans ma vie était Heart of Glass de Blondie ?

Génial ! La chanson n’a rien à voir avec celle de Blondie, mais c’est quand même un hommage. J’adore Blondie. Ma chanson « Changes », c’est en hommage à David Bowie. Quand j’ai découvert ses artistes, ils m’ont immédiatement impressionné. Deborah Harry et David Bowie, chacun dans leur genre était bien déjanté.

Tu écoutes quoi hormis ta musique de prédilection ?

À part le metal et le hardcore, j’écoute plein de choses. Du jazz, du blues et même du classique si tu veux savoir. D’ailleurs, le père de ma copine est violoniste de musique classique.

Pas d’electro ?

Non, pas trop.

Pourtant, il y a des pointes d’electro dans ton album.

Oui, mais je ne suis pas trop spécialisé là-dedans. J’aime bien, mais sans plus.

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interviewLes chansons de ton EP, on ne les retrouve pas sur ton album.

J’ai beaucoup de chansons écrites, je ne vais pas remettre les mêmes. Et j’ai besoin de prouver en permanence que je travaille. J’écris et compose tout le temps, je suis un peu superactif. J’ai au moins 30 titres d’avance.

Tu as fait du théâtre. Tu te sers de cette expérience pour les concerts ?

Je suis plus dans l’ordre de l’interprétation que de la mise en scène. Oui, franchement, ça me sert pas mal.

Quand on est artiste, il y a toujours une part de schizophrénie. Tu préfères être Alexandre ou The Earl Grey ?

Je vais te dire un truc perso qui va t’éclairer. Pendant mon adolescence, j’ai été extrêmement gros. J’avais 25 kilos en plus. J’avais évidemment des problèmes avec le regard des autres. En un été, j’ai perdu 10 kilos et une année après, j’avais reperdu 10 kilos. Ça a créé cette personne qui est aujourd’hui sur scène. Aujourd’hui, le regard des gens à complètement changé. Je suis passé du mec gentil, on m’appelait nounours, à un fou fieffé sur scène qui, physiquement, peut plaire aux filles. C’est bizarre ce mélange entre celui que tu es et celui que l’on voit…

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26 janvier 2013

La Goutte : interview pour Drôle de monde

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La Goutte, c’est Gabriel de Villeneuve (chant /guitare), Hugo Lagorsse (guitare/banjo/trompette/soubassophone), Jonathan Testar (violoncelle), Ludivine Vandenbroucke (accordéon/claviers), Pierre Yves Lemay (batterie) et Alexandre Viallet (basse/clarinette).

la goutte,drôle de monde,interview,mandorLa Goutte, c’est d’abord une histoire d’amitié qui s’est forgée autour de la chanson. Un mélange de chansons avec beaucoup d'instruments acoustiques, d'influences arabo-andalouses ou slave et celle de grande chanson française comme Brel, Brassens ou Boby Lapointe. Les membres de La Goutte explorent ces petites choses de la vie qui les touchent et qu'ils veulent partager - réflexions sur l'humanité, sur les vraies valeurs d'un monde confronté au progrès, à l'indifférence - et qu'ils jugent parfois absurde. Le 4 janvier dernier, Gabriel de Villeneuve, Hugo Lagorsse et l’ex-percussionniste du groupe, dont je n’ai pas encore l’identité (faute professionnelle, je sais) sont venus me rejoindre dans un café parisien lors d’un passage parisien rare et rapide…

Biographie officielle :

Au printemps 2012, La Goutte concrétise avec brio son second projet discographique.
Entre conte moderne et réalité urbaine, "Drôle de monde" porte un regard cherchant dans le quotidien l'empreinte d'une valeur que l'on nomme humanité.
Les six musiciens nous livrent un son parfois plus électrique, où la batterie et les cuivres ont su trouver leur place sans dérober au groupe son identité première, résolument acoustique.

Vous pouvez écouter quelques titres là.

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Interview :

Vous vous connaissez depuis toujours.

Gabriel : Il y en a deux, trois dans le groupe qui se connaissent depuis l’âge de 10 à 15 ans.

C’est bien de se connaître parfaitement. Cela permet d’être solidaire dans une vie de musicien dont on sait qu’elle peut être compliquée…

Gabriel : Ça dépend. Ca peut-être aussi plus compliqué que si c’est juste un rapport de travail. Là, on est dans des rapports mêlés entre amitié et profession. Quand on est dans une phase de professionnalisation, il faut gérer cet aspect-là. On s’en tire plutôt bien.

Vous existez en tant que La goutte depuis 4 ans. Vous avez employé le terme de professionnalisation. Quand se rend-on compte que l’on passe d’amateur à professionnel ?

Hugo : Le fait que les concerts soient fréquentés, ça rend plus crédible. Aujourd’hui, nous avons un tourneur, ça facilite les choses.

Gabriel : Nous n’avons plus du tout le même rythme de travail. Quand nous étions plus jeunes, on se voyait une fois par semaine pour les répétitions et puis c’est tout. Aujourd’hui, on se voit plus souvent…

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Vous avez commencé à jouer ensemble dans la rue. La meilleure école musicale du monde, je présume…

Gabriel : Oui, c’est sûr. Les gens, ils n’en ont rien à battre. Il faut parvenir à capter leur intérêt. C’est une bonne leçon d’humilité aussi. Là, après ton interview, on y retourne.

Ah bon ! Sérieusement ?

Gabriel : Oui. On adore ça. Moi, c’est le fait de jouer qui m’anime. Alors, dans la rue, nous nous sentons complètement libres. C’est génial.

la goutte,drôle de monde,interview,mandorA Lille et dans sa région, vous avez déjà un public conséquent.

Hugo : Disons, qu’on est en train de grappiller sur le territoire pour se faire connaître. On fait pas mal de premières parties pour nous faire repérer. Ob a joué avec Les Ogres de Barback, Alexis HK, Barcella, Rageous Gratoons, Les Fils de Teuhpu, Debout sur le Zinc, Mon Côté Punk, As de Trèfle…

Gabriel : Parfois, on passe aussi en tête d’affiche. Maintenant, pas mal de personnes se déplacent assez loin pour venir nous voir. Beaucoup connaissent les chansons par cœur et ça fait bizarre.

Gabriel, c’est toi qui écris les textes et qui chantes.

Gabriel : Oui, personne d’autre ne se mêle des textes. En général, les autres membres du groupe me font confiance.

Tu écris des textes un peu « engagés », avec toute la réserve que je mets dans ce terme, des chansons humanistes en tout cas et souvent incisives… il faut que tout le monde soit d’accord avec tes propos, je suppose.

Gabriel : Tu as raison, ce n’est pas une évidence. Bon, on est copain depuis toujours, ce n’est pas pour rien non plus. On a tous à peu près les mêmes idées. Parmi les musiciens du groupe, il pourrait y avoir des personnes qui n’ont pas la même manière de penser que moi, mais en fait non.

Hugo : Avant tout, nous, on se concentre sur la composition de la musique.

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De gauche à droite : Hugo Lagorsse, l'ex percussioniste du groupe et Gabriel de Villeneuve).

Moi, j’ai un souci avec les chansons trop engagées. Je déteste ça en fait. Je trouve que la chanson doit plus servir à faire rêver, à permettre à l’auditeur de s’évader. Je n’aime pas les artistes qui donnent des leçons de morale aux gens. Tandis que dans tes textes, Gabriel, tu dis beaucoup de choses importantes, sans en faire des caisses. J’aime ça.

Gabriel : Moi, je chante les constats du monde que je vois et que je vis. Je ne dis jamais les méchants sont là, les gentils sont ici… Je ne prends pas parti. J’évite les préjugés un peu faciles. On peut très vite basculer vers la démagogie. Chanter ce que les gens ont envie d’entendre, être moralisateur bien pensant, c’est très facile tu sais. Donc, moi, je ne rentre pas dans ce truc-là.

Écris-tu « facilement ».

Gabriel : Il y a tous les cas de figure. La chanson « Drôle de monde », qui porte le nom de l’album, je l’ai écrite en deux ans. Quand j’ai commencé à écrire, j’étais plus spontané, aujourd’hui je réfléchis beaucoup à ce que je veux transmettre comme message. Je suis un peu plus long. Il y a des périodes ou je n’ai pas le temps, il y a des périodes où je n’ai rien à dire. Mais, j’ai plein de textes en avance. J’ai la matière pour enregistrer un nouvel album. Je suis d’ailleurs impatient.

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Et musicalement, la création est collégiale. Ce doit être un beau bordel ?

Gabriel : Moi, j’arrive avec une base musicale et on en discute. Parfois, ça plait tel quel, parfois on change tout. Chacun agrémente le squelette.

Votre disque est sorti en mars dernier. C’est une sacrée belle carte de visite. la goutte,drôle de monde,interview,mandor

Hugo : Oui. Nos morceaux sont enfin bien construits et leurs réalisations discographiques nous servent de base dans nos concerts. Et depuis que ce disque est sorti, on a gagné en crédibilité. Les gens ont besoin d’un truc physique pour considérer que l’on fait vraiment ce métier professionnellement. En plus, le disque est plus soigné qu’un premier EP. Il y a 11 titres, on a fait un effort pour le visuel, la réalisation est très satisfaisante. Bref, on a mis les moyens financiers pour avoir un disque dont on soit fier. A nous d’en faire un peu plus pour communiquer dessus.

Vous méritez vraiment qu’on vous connaisse mieux.

Gabriel : On a mis tout notre argent dans le disque. On n’a plus les moyens de nous payer une attachée de presse. C’est compliqué de faire de la promo quand on n’est pas rompu à l’exercice. A la base, se vendre, ce n’est pas notre métier. Par contre, jouer de la musique, on sait faire…

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(Voici leur page Facebook, seul endroit sur le net où l'on peut voir et surtout écouter quelques morceaux...)

(Le chanteur du groupe, Gabriel de Villeneuve, anime des ateliers d'écritures).


21 janvier 2013

Nilem : interview pour son premier EP "Planter le décor"

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(Photo : Emilie Arfeuil)

Nilem vient de sortir son premier E.P, Planter le décor. Un titre annonciateur d’un monde musical imagé, mais aussi une volonté d'écrire une nouvelle page de son histoire personnelle. Après avoir évolué avec un nombre considérable d’artistes, il était temps qu’il sorte de l’ombre. Il le mérite amplement. J’ai demandé à Nilem de venir à l’agence le 3 janvier dernier pour évoquer l’ensemble de sa carrière que cela.

Biographie officielle (extraits) :

Dans la vie ou sur scène, Nilem a donné à sa guitare la dimension d'un véritable compagnon de route. Elle est l'arbre à six cordes qui cache une forêt de savoir-faire, car ce guitariste talentueux est également un arrangeur, réalisateur, multi-instrumentiste qui a su placer tous ses talents au service de nombreuses collaborations : Ben Mazué, Carmen Maria Vega, Madjo, Duberman, You & You (mandorisé là), Kid with no eyes, Jeff Brodnax... Avec qui il a arpenté de nombreuses salles en France et à l'étranger ( Japon, Roumanie, Ukraine, Belgique, Suisse, Croatie, Bosnie, Slovénie, Hongrie ), et de nombreux festivals comme les Francofolies, les Eurockéennes,nilem,planter le décor,interview Paroles et musique, Alors chante, Solidays, Rock en seine, Le printemps de Bourges, le festival chorus.... ).

Nilem a ressenti l'envie de porter sur scène son propre univers. C'est tout d'abord par son grain de voix puissant, rugueux, velouté, pudique et tout en nuance que Nilem étonne. Dans son monde musical, très pictural, en clair-obscur, s'entrelacent l'ombre et la lumière, l'endroit et l'envers, l'ici et l'ailleurs. Au fil de ses compositions, Nilem ne cesse de jouer avec les contrastes. En français ou en anglais, ses chansons aux teintes pop, folk et blues sont souvent traversées par un souffle romantique : correspondances entre l'état d'âme et le paysage extérieur, tableaux nocturnes, endroits ombragés, arpèges cristallins, rythmique énergique et boisée, chœurs enivrants, mélodies exaltées....

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Interview :

C’est grâce à ta maman qui jouait beaucoup de piano à la maison que ton goût prononcé pour la musique a commencé.

Elle a pris l’initiative très tôt de nous inscrire dans des écoles de musique. L’éveil musical, je l’ai depuis tout petit. Ensuite, on rejette toujours ce que nos parents nous obligent à faire. À 9 ans, j’ai un peu arrêté. Plus tard, le rock m’a donné envie de jouer de la guitare. J’ai eu ma période garage et  grunge, puis après j’ai dérivé vers le métal. À partir de ce moment là, naturellement et de moi-même, j’ai eu envie de me remettre à faire de la musique. J’en suis presque devenu autiste.

C'est-à-dire que tu n’as passé ton temps qu’à ça ?

C’était devenu une grosse passion et, effectivement, je ne faisais plus que ça. Pendant mes années lycées, j’étais constamment dans mon univers personnel. J’ai eu l’obligation d’avoir mon bac, mais à 19 ans, je suis parti dans une école de musique.

A la Music Academy International de Nancy.

C’est une école qui te prépare au métier de musicien. On emmagasine beaucoup d’informations musicales, on t’apprend  aussi comment le milieu fonctionne, mais après, tout le travail reste à faire. Il faut à être à la fois patient et s’acharner.

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(Photo du teaser realisé par Germain Lalot)

Tu as beaucoup écouté de jazz et de musique improvisée.

En apprentissage, c’était très important. J’en ai même beaucoup joué à une période, mais plus maintenant.

Tu as aussi joué du funk, de la world music, de la folk, j’en passe et des meilleurs.

À un moment donné, je me suis aperçu que tous les types de musique pouvaient m’apporter quelque chose.

Teaser du EP.

Faut-il tout maîtriser pour rencontrer sa « voie » ?

C’est bien de tout connaître et j’avais envie d’avoir une palette assez vaste. J’aime analyser la musique, j’aime savoir comment tel musicien aborde telle musique, c’est très instructif pour moi et porteur pour ma musique personnelle.

En 2003, tu arrives à Paris.

Oui, je viens de Bordeaux. Arrivé dans la capitale, j’ai fait plein de petits boulots et beaucoup de jams dans des clubs où les musiciens se rencontrent. Il faut rencontrer les gens. C’est un milieu où les gens ne t’acceptent pas comme ça. Il est fermé et il faut savoir s’imposer.

Tu as rencontré des artistes avec lesquels ça s’est très bien passé.

Oui, il fallait que je me fasse violence, j’étais un peu timide, mais j’ai fini par faire les bonnes rencontres. Ben Mazué par exemple, que j’accompagne encore de temps en temps… et quelques autres. De fil en aiguille, avec les années et mes différentes collaborations, c’est devenu mon métier.

Tu as appris beaucoup avec les autres ?

Oui, tu apprends de tout le monde. Les artistes sont des éponges. C’est ce qui est beau dans ce métier-là, c’est très humain. La musique, c’est l’échange et le partage. Et le partage peut être très intense sur scène. Sans vouloir exagérer, ça se rapproche un peu de l’amour, toute proportion gardée. Ces moments-là nous rappellent pourquoi on est là.

Et pourquoi vous êtes là ?

Le plaisir de faire de la musique. Personnellement, c’est la seule chose que je sais faire. Je ne sais pas ce que je ferais si je ne m’adonnais pas à cette activité. On verra dans 15 ans ce qu’il se passera.

Version acoustique de "La discorde".

Tu sors un premier EP, certes, mais malgré cela, tu as déjà fait l’Olympia, la Cigale, la Maroquinerie, l’Alhambra… toutes les salles parisiennes importantes, même si, souvent, c’était en première partie ou pour accompagner d’autres artistes.

Oui, je sais la chance que j’ai. Ce sont des salles mythiques et c’était des moments très forts à chaque fois. Le fait de sortir ce premier EP comme un débutant qui n’a pas fait grand-chose me fait un peu redescendre. Je rejoue dans des petits endroits mes propres chansons. Avec ce projet, je dois recommencer à zéro. Les professionnels me connaissent, mais n’ont pas confiance tout de suite. Je dois faire mes preuves en tant que Nilem. C’est à la fois curieux et super intéressant de défendre son projet personnel.

Je sais que la scène est très importante pour toi.

Ce qui m’excite le plus, c’est l’adrénaline qu’on peut avoir sur scène. Ce que l’on peut ressentir quand on descend, cette angoisse que l’on peut avoir quand on monte et cette envie de remonter quand on descend. C’est ça qui me fait aimer le métier. Ces rencontres, cette interaction avec les gens…

On n’est plus le même quand on monte sur scène ?

Si tu es le même dans la vie que sur scène, c’est que ce que tu fais n’est pas très profond. Le public attend autre chose de toi, tu dois être plus ou moins transformé. C’est comme ça que je vois les choses. Moi, quand je suis sur scène, je suis ailleurs. C’est totalement un autre monde. Les artistes qui me font frissonner sur scène sont ceux qui sont dans le lâcher-prise total, dans l’oublie d’eux-mêmes.

Version live de "Les fauves".

Comment décide-t-on de créer son propre projet ?

Quand on en ressent le besoin. Je suis guitariste à la base, le chant est arrivé beaucoup plus tard. Le fait d’ouvrir la bouche et chanter n’a pas été un truc très naturel pour moi. J’ai découvert ma voix progressivement et j’ai entendu mes amis musiciens ou chanteurs me dirent : « tu t’es écouté chanter ? ». Ils m’ont dit qu’il y avait quelque chose à faire de ce côté-là et ils ont insisté pour que je tente l’aventure. Le temps me manquait, mais l’envie était là. J’ai commencé à composer des chansons et la passion s’est transformée en frustration. J’ai compris qu’il fallait que je mette mon « talent » aussi à mon service et pas seulement à celui des autres. J’ai travaillé ensuite dans ce sens sérieusement, et ce pendant deux ans et demi, mais avec des phases assez éloignées. Ce qu’il me manquait, c’est de m’y plonger vraiment, m’immerger totalement. Ce que j’ai fait au début 2012.

Il a fallu que tu trouves des collaborateurs pour t’écrire tes textes.

Oui, parce que quand j’ai commencé le projet Nilem, je n’écrivais pas beaucoup, je n’avais pas confiance en mon écriture. J’ai donc collaboré avec Céline Righi, Yannick Marais (de La maison Tellier) et Cae, qui eux, ont su mettre en mot avec talent mes idées. Ça prend un peu de temps parce qu’on ne maîtrise pas tout.

Il fallait que ces textes correspondent à ta pensée et à ta personnalité.

Ce n’était pas simple. J’ai expliqué aux auteurs ce que j’avais envie de transmettre dans mes chansons. Ils avaient la musique, on a échangé des idées et des textes sont apparus.

Textuellement, tu voulais transmettre quelque chose, un message particulier.

C’est aujourd’hui que je commence à avoir des envies de textes plus précis. Je commence d’ailleurs aussi à écrire. Ça me permettra de retranscrire réellement ce que j’ai au fond de moi. Je veux que mes compositions, aussi bien que ce que je chante, soient ma quête personnelle à 100%.

Version live de "Brise lame".

Quand le chant est une révélation tardive, on prend des cours ?

Disons que j’ai beaucoup appris avec les artistes/chanteurs/amis que j’ai accompagnés. Ils m’ont donné des conseils, des techniques vocales. Le souffle, l’inspiration, l’endurance, tous ces trucs-là…

Ta musique est un genre de pop, de folk, de blues… et plus. Difficile à déterminer.

J’ai du mal à expliquer ce qu’est précisément ma musique. Au début, j’étais partie dans un truc très folk, très intimiste, et je me suis finalement enflammé dans les arrangements. Inconsciemment, toutes les influences que j’ai eues pendant des années sont un peu là.

Ton EP s’intitule Planter le décor. Ce n’est pas un hasard.

C’est une façon de dire, je pose mes valises, c’est bon. Je présente quelque chose de personnel, je plante le décor, c’est parti et advienne que pourra.

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05 janvier 2013

Loraine B : interview pour 1=3

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(photo : Sylvere H)

Verso cover.jpgJ’ai connu Loraine B, alors qu’elle était stagiaire attachée de presse, mais, je ne savais rien de sa double vie. Le mois dernier, je reçois un mail d’elle dans lequel elle me fait part de son activité musicale avec différents liens pour écouter/voir pas mal de choses. Je lui ai trouvé beaucoup d’originalité et j’ai aimé sa voix. Bien sûr, il y a une marge de progression, mais Loraine B a un potentiel conséquent. Il y a fort à parier qu’on entende beaucoup parler d’elle un jour.

Je lui ai donc demandé de venir à l’agence mi-décembre dernier.

Biographie écourtée :

Cette grande blonde de 23 ans, arrière-petite-fille de l’écrivain Georges Bernanos, présente son cinq titres folk rock monté à coups de guitares, de piano… à coups d’espoir et à coups de gueule. En 2011, elle rencontre Duncan Roberts (label Spozzle et leader du groupe Dictafone) qui la prend sous son aile pour enregistrer son premier EP, une autoproduction de cinq titres écrits, composés par Loraine, et arrangés par Duncan. C’est ainsi que « 1 = 3 » voit le jour…

(Loraine B sera en concert au Sentier des Halles les 19 Janvier et 8 Février 2013.)

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Cr+®dits photos Sylvere H.jpegInterview :

Tu ne débarques pas dans la sphère musicale comme ça. Tu as déjà joué dans quelques groupes avant de commencer ton projet solo actuel.

J’ai commencé la musique à l’âge de 9 ans. J’étais une enfant très calme. Je passais beaucoup de temps à observer, mais il me fallait une activité pour libérer l’énergie accumulée en moi. J’ai donc fait beaucoup de sport, mais un jour, j’ai eu un sérieux problème aux genoux qui a fait que j’ai dû arrêter. Mas parents m’ont donc proposé de faire de la musique. Au début, j’ai dit non et au final j’ai décidé d’apprendre le saxophone. J’en ai fait 4 ans et de fil en aiguille j’ai consacré ma vie à la musique.

Comment décide-t-on de consacrer sa vie à la musique si jeune ?

La théorie m’ennuyait profondément au conservatoire et m’a mis des barrières que je n’aimais pas du tout. Je crois que mon prof de solfège n’a pas un très bon souvenir de moi. Je n’avais pas besoin d’apprendre, j’avais beaucoup de facilité, du coup, j’étais complètement arrogante et je foutais un peu la merde dans son cours. Je voulais que la musique soit associée à l’amusement.

Tu as donc arrêté le saxophone au conservatoire.DSC06290.JPG

Et dans la même foulée, mon grand-père nous a ramené un synthé. Là, j’ai commencé à travailler cet instrument toute seule. J’ai aimé apprendre toute seule.

La théorie t’ennuyait, mais heureusement que tu l’avais, finalement.

Oui, tu as raison, heureusement que j’ai fait 4 ans de solfège ! C’est peu par rapport à d’autres musiciens. Je peux lire une partition, je connais les temps et les mesures, ce qui me facilite la tâche.

La suite logique pour toi a été d’intégrer un groupe ?

J’étais au lycée, je terminais tard et j’ai entendu de la musique rock. J’ai poussé la porte et j’ai vu deux nanas et un mec qui faisaient du punk, je trouvais ça génial. Ça m’a donné envie de me mettre à la basse. Ils n’avaient pas de bassiste et par un lien intermédiaire j’ai postulé pour le groupe et ils m’ont pris. On a fait des concerts et quelques festivals. Trois nanas qui jouent du punk, ça attire l’œil. On a fait le Gibus, l’Élysée Montmartre, la Batofar, le New Morning…

Ce groupe-là a duré jusqu’à la terminale.

Oui parce qu’après, je suis partie au Canada pour étudier. Mon parrain m’avait offert une guitare peu avant mon départ. J’ai tenté de composer des musiques, seule là-bas avec ce que j’avais appris avec le groupe. J’avais 18 ans, j’étais loin de ma famille, je m’occupais ainsi. Quand je suis rentré en France, c’est là que tout à commencé sérieusement.

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Aujourd’hui, il y a un EP. En l’écoutant, je me suis dit « cette nana est complètement déjanté ! ». Tu parles de schizophrénie, de bipolarité, de folie…

C’est le manque de limite qui m’intéresse. Ceux que l’on appelle fous ont des limites tellement plus larges que les nôtres, les gens dits « normaux ». C’est un sujet qui me fascine et j’en ai fait une chanson dont le clip vient de sortir, « Multiple ».

En tout cas, je décèle en toi une farouche volonté de ne pas faire « lisse », de déranger un peu même.

C’est ennuyeux le lisse. C’est comme le caractère des gens. J’aime bien les fortes personnalités. Cela étant, je ne sais pas s’il existe des gens vraiment lisses. J’ai remarqué que quand on gratte un peu, on trouve toujours autre chose.

Cr+®dits photos Sylvere H (4).jpgTu écris tous tes textes et tes musiques seule. Tu es une solitaire ?

Si j’écris seule, c’est un peu par la force des choses. J’aime la solitude autant que je la déteste. Quand personne ne peut le faire pour toi, tu le fais toi-même et advienne que pourra. Duncan Roberts m’a apporté son aide, principalement pour tous les arrangements. Les voix, je les ai enregistrées chez moi et on les a gardées telles quelles. Duncan a considéré qu’on n’arriverait pas à reproduire la même acoustique.

Parlons de la chanson « À vos jouets ».

Pour comprendre cette chanson, je vais t’expliquer l’histoire. Je suis partie toute seule en Normandie, pour écrire. J’étais sur la plage, il y avait beaucoup de familles autour de moi. Une petite fille passe devant moi avec sa mère. Elle lui raconte avec conviction et enthousiasme une histoire passionnante sur un coquillage et sa mère ne l’écoutait pas. Pire encore, une fois que la petite a terminé elle regarde sa mère toute fière et elle de lui répondre : « oui, et ? ». La petite l’a regardé le regard un peu perdu… ça m’a beaucoup touché. Après, j’ai commencé à observer parce que j’ai travaillé avec des enfants et j’ai vu souvent les maladresses des parents envers leurs enfants. On essaie de faire grandir les enfants trop vite et c’est vraiment quelque chose qui me déplait.

110_1759-bernanos.jpgTu es l’arrière-petite-fille de Georges Bernanos. Ton nom d’artiste est Loraine B. Tu refuses de mettre en avant cette parenté ?

Non, juste, je trouvais que mon nom était trop long. Ce n’est pas par souci de tuer l’arrière-grand-père. Concernant Georges Bernanos, ma famille ne m’a jamais poussé à le lire et je n’ai pas vécu avec cette ombre tutélaire. Mes parents m’ont éduqué dans une liberté raisonnable. Ils m’ont bien éduqué et encouragé pour que je m’intéresse à l’art. J’ai eu beaucoup de chance.

Tes parents pensent quoi de ton cheminement ?

Ils ne se rendent pas compte du travail qu’ils ont fait avant pour que j’aboutisse à ce que je fais aujourd’hui. Voyant les facilités que j’avais en musique, ma mère, quand j’ai voulu aller en Économie et Social, au lycée, elle m’a demandé si je ne préférais pas entrer dans une école de musique. Moi, je ne voulais pas de contrainte et j’avais peur d’être écœurée de la musique. Quand j’ai commencé à faire mes concerts, mon père me signait mes absences pour que j’aille faire mes balances, en contrepartie, il fallait que j’aie de bonnes notes. Ça m’a donné une certaine légitimité dans ma liberté. Je peux l’affirmer haut et fort, ça m’a aidé d’avoir une famille artistique qui me comprenait.

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(photo : Maxime Rivault)

Mais quand tu écris des textes, tu sens l’ombre de l’illustre ainé ?

Ça a commencé au collège. Tous les profs de français me demandaient si j’étais de la famille de Georges. Une de mes profs m’a même demandé de faire un exposé sur lui, ce que j’ai fait. C’était bizarre, car il fallait que j’intéresse les autres élèves avec quelqu’un de ma famille. En même temps, je trouve que c’est normal que cela intéresse les gens. Je comprends que l’on veuille me rapprocher de Bernanos, mais ce n’est pas moi qui me mets de la pression parce que ça vient de l’extérieur. J’arrive à me détacher de tout ça. Je fais ce que j’ai à faire sans me soucier de ce qu’en penseront les autres.

Je t’ai connue attachée de presse. Ça t’aide pour promouvoir ton EP ?

Oui, j’ai vraiment beaucoup appris avec Brigitte (note de Mandor : Brigitte Batcave, attachée de presse fort performante et que j’apprécie beaucoup humainement). Je fais tout moi-même : la mise en place, des disques et des concerts, le développement d’une association que je vais créer, la promo, diriger les musiciens en répétition… toutes ces choses auxquelles on ne pense pas forcément quand on commence à envisager ce métier.

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Merci à Sylvere H pour les deux "portraits" de Loraine en noir et blanc.

29 décembre 2012

Céline Righi: interview pour la sortie de l'EP d'Odonata

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céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorParfois, on écoute un disque pour sa musique ou pour la voix de l’interprète. En ce qui me concerne, c’est surtout pour les textes. J’ai découvert Céline Righi en écoutant l’album de Scotch et Sofa (mandorisés ici). Outre la voix de Chloé et la musique de Romain, j'ai été touché et impressionné par les textes que j’entendais. Ils ne se contentaient pas d’avoir une sacrée musicalité ou sonner comme des instruments, il y avait du sens. Et du sens qui me parlait profondément. C’est ainsi que j’ai découvert le travail de Céline Righi, puisque c’est elle l’auteure de toutes ces chansons.

Quand j’ai su qu’elle se lançait elle-même dans la bataille (parce qu’aujourd’hui, monter un groupe et tenter d’exister, c’est une bataille), j’ai voulu en savoir plus, écouter son travail en tant que chanteuse. Elle m’a fait parvenir le premier EP d’Odonata. Là, aussi, gros coup de cœur pour l’ensemble du projet. Et toujours les textes de Céline qui me collent à la peau.

Le  19 décembre dernier, la jeune femme (venue de Strasbourg, quand même) s’est assise sur le nouveau canapé de l’agence pour une interview en bonne et due forme mandorienne.

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Le groupe Odonata :

Un trio sans guitare ni clavier. Chaque chanson se construit à partir de la basse, de la batterie et du chant, en français. La musique d’Odonata est impressionniste, elle parle de multiples langages. Odonata se plaît à faire feu de tous bois et à piocher dans des influences variées et assumées, influences qui sont avant tout l’expression des goûts différents – mais pas incompatibles – des trois « odonates ».

Pour écouter Odonata, c'est là !

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui est Céline Righi ?

Chanteuse et parolière du trio, elle prête aussi sa plume à d’autres artistes (Célia Reggiani, Armelle Ita, Nilem), et en particulier au duo Scotch et Sofa dont elle signe tous les titres de l’album Par petits bouts, à l’exception du titre « Visite des recoins », qu'elle co-signe avec Oxmo Puccino (mandorisé là).
L’aspect rythmique et musical de sa plume s’explique par l’amour qu’elle porte à la musique, au moins tout aussi grand que celui qu’elle réserve aux mots. Plus attirée par le côté rythmique que par les harmonies, réceptive aux fréquences ténébreuses, Céline prend des cours de basse pendant cinq ans, avec, entre autres, le bassiste-contrebassiste Arnaud Grosfilley ( Rumbayazz, album « 73 touches » de Hocus Pocus ).
Son engouement pour les notes et pour la langue française réveille en elle aujourd’hui une belle envie, jusqu’alors assoupie mais néanmoins vivace : celle de chanter.

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Interview :

En lisant tes textes de chansons pour les uns et pour les autres, j’ai bien compris que tu étais une amoureuse des mots.

Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Il y avait beaucoup de livres à la maison grâce à mes parents. Ils ont toujours été portés vers la culture en général et la littérature et le cinéma en particulier. Du coup, j’ai appris à lire très tôt. Je crois que je savais lire avant de rentrer en CP. Mes parents se sont aperçus que je lisais grâce à l’émission « Des chiffres et des lettres ». Ensuite, plus tard, en fac de Lettres, je lisais ce que l’on me demandait de lire. J’ai un DEA de Lettres, le seuil du doctorat. Je devais embrayer avec une thèse sur Henri Michaux, mais la vie m’a emmené ailleurs et c’est très bien comme ça. Très vite, j’ai voulu lire dans les marges. Je ne voulais pas rester dans des lectures académiques.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui sont les écrivains « dans les marges » ?

Henri Michaux, par exemple, ou Tristan Egolf. J’ai toujours été attirée par la différence. Par exemple, mon mémoire de DEA, je l’ai fait sur Michaux, mais sur Michaux qui a greffé sa parole poétique sur des paroles d’aliénés. J’ai toujours été fasciné par l’art psychopathologique. Je me suis toujours mise du côté de ceux qui sont en dehors, des parias, des gens qui sont par terre dans la rue… les marginaux. Un thème qui revient souvent dans mes textes, c’est justement, l’incertitude, le fait que tout soit toujours en mouvement, que l’on peut toujours tout remettre en cause et que rien n’est défini.

Quand on est féru de littérature, on se dit que l’on va écrire soi-même. J’ai tendance à penser que la logique voudrait que l’on se dirige vers les romans, et pas forcément vers la chanson.

Sauf que moi, j’ai un baobab dans la main. Je suis incapable d’écrire un roman. Peut-être que je m’adonnerai à cette activité quand je serai plus âgée. Mais pour l’instant, j’écris seulement des fragments, des bouts. Peut-être que ça vient du fait que j’ai adoré faire des puzzles quand j’étais petite. Ça me permet de reconstituer les choses, je ne sais pas. Je n’arrive pas à écrire quelque chose sur le long terme, quelque chose de longue haleine. Je m’épuise à l’avance. Ça me fait penser à ce que disait l’écrivain voyageur, Nicolas Bouvier. Il n’a pas écrit beaucoup de livres dans sa vie, mais il disait que quand il en écrivait un, il avait l’impression de perdre des litres de sang. Ça me fait un peu ça. Quand j’écris, j’ai l’impression de m’arracher des anticorps. Quand j’ai écrit pendant quelques heures d’affilée, c’est bizarre, mais j’ai souvent besoin d’aller m’aérer ou même de prendre un bain.

De te purifier ?

Oui, tu as raison. Il y a presque de ça. C’est paradoxal, parce qu’en fait, ça me fait du bien d’écrire.

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Tu écris des textes très introspectifs. Par exemple, dans le premier titre de ton EP, « De cimes en abîmes ». On va au tréfonds de toi-même.

Ce texte est un clin d’œil à l’enfance. J’explique que je descends en enfance comme on va au charbon. « Creuser son existence comme un mineur de fond… ». La mine, pour moi, c’est une image forte parce que mes deux grands-pères étaient mineurs dans les mines de fer. C’est une image qui m’a marquée, avec toute sa symbolique. Le fait d’aller au fond du trou, dans le noir, dans les recoins sombres, c’est un peu explorer les fibres obscures de l’inconscience.

Dans mon travail d’intervieweur, j’essaie de repérer les failles chez mes interlocuteurs. Repérer et tenter de m’y engouffrer. Si on ne fait pas ça, on ne fait pas grand-chose. Or, toi, tu emploies le mot faille et c’est un de tes thèmes principaux. Ça me plait beaucoup…

Moi, c’est là-dedans que je puise pour créer. Je ne veux pas employer de grands mots, mais il y a presque quelque chose d’alchimique dans la création artistique. C’est transformer le pas beau en beau. Transformer le plomb en or. Baudelaire disait  qu’avec la boue, il faisait de l’or. Je  suis céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorquelqu’un d’hyper sensible, donc, plutôt que de pleurer sur le monde qui m’entoure, c’est ma façon à moi de mettre un peu de poésie… dans ce monde de brutes.

Tu cites, Baudelaire, je saute sur l’occasion pour parler de « Ô douleur ». 

Pour ce texte, les puristes vont certainement crier au sacrilège. J’ai repris certains vers de « L’ennemi » de Baudelaire, un poème qui m’a toujours touché, mais j’ai écrit mes propres couplets. Il y a une fusion entre le texte de Baudelaire et le mien. Je prends ça au premier degré, presque comme un exercice de style, voire un hommage à ce poète que j’adore vraiment. L’ennemi intérieur est un thème qui me parle. J’en parle aussi dans d’autres chansons, mais autrement.

Évoquons « À l’ouest »... un texte qui me touche aussi beaucoup.

J’ai un sens déplorable de l’orientation, mais c’est dû au fait que je suis très tournée vers l’intérieur. Au point que je peux arriver chez mes parents et dire : « Oh ! Il est chouette le nouveau tableau que vous avez  accroché au mur. » Et  ma mère de me répondre que ça fait 15 ans qu’il est là. C’est à ce point-là. Je ne suis pas observatrice du dehors, mais plutôt du dedans.

Tu n’arrives pas à te trouver où tu aimes te perdre ?

J’ai envie de répondre par une phrase de chanson que j’ai écrite pour Scotch et Sofa, « Visite des recoins ». « Je vais dans tous les sens, mais je ne m’égare pas. » Je cherche, ça c’est sûr, mais je ne m’égare pas. Plus j’avance dans la vie, plus j’ai l’impression de me rapprocher de moi-même, que tout ce précise et que tout fait sens.

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C’est en écrivant des textes de chansons que tu te trouves ?

Je me sens de plus en plus en paix et en adéquation avec moi-même. Au départ, je n’avais pas conscientisé cela, je ne savais pas que j’écrivais pour cette raison-là. Quand on me demandait pourquoi tu écris, je répondais souvent : « j’écris parce que je ne peux pas ne pas écrire ». Ça fait partie de moi. C’est vraiment imprimé dans chacune de mes cellules. L’écriture a pour moi des vertus apaisantes et ça me permet de découvrir et de soulever d’autres voiles. Je m’aperçois que cette instabilité qui apparaît dans mes textes, elle est mienne aussi. On peut toujours tout remettre en question. Michaux disait : même si c’est vrai, c’est faux.

Sais-tu facilement quand tu as terminé un texte ?

Oui. Je sens quand un texte est fini parce qu’à un moment donné, ça me transperce. Mais je suis d’une exigence avec les mots qui peut être pénible parfois pour les gens qui m’entourent. Quand j’écris des chansons, je fais comme Flaubert. Je dis les textes à voix haute et je sens quand ça raccroche.Ca me fait comme si j’entendais une fausse note. Ça dérange mon oreille, donc je recommence. J’ai un côté très perfectionniste et pointilleux. Je déteste l’approximatif. Ça peut me prendre du temps. Et à un moment donné,  j’ai cette espèce de sentiment d’évidence.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorPour Scotch et Sofa par exemple, ce que chante Chloé Monin, ce sont des histoires qui te racontent ?

Un peu oui. En tout cas, elles sont le reflet de ma réalité, parce que ces textes existaient avant que je rencontre le duo. Les textes ont parlé à Chloé et Romain et la musique de Scotch et Sofa a été tissée sur les textes. Ce qui est amusant, c’est que Chloé est encore plus en accord avec les textes aujourd’hui qu’au début, il y a 8 ans.

Tu écris tout le temps ?

Oui, je suis graphomane.

Tu me disais en off que les livres sont tes voyages…

Je ne suis pas quelqu’un qui voyage beaucoup. Je n’ai pas besoin de me déplacer physiquement pour me nourrir. J’ai un tout petit terrain de jeu. Je suis bien dans mon antre. Ce qui me nourrit ce sont les œuvres d’art de manière générale. Les livres, les tableaux, les sculptures, ça peut me faire voyager pendant des heures.

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Parlons de ton groupe Odonata. Tu t’es dit un jour : « Tiens, si je chantais moi-même mes propres chansons ? »

Le chemin de « j’écris, je mets des mots sur une feuille blanche » à « je chante mes mots » a été long. Mais de manière générale, je suis quelqu’un qui a un développement assez lent. Il faut que les choses infusent avant que j’en prenne conscience. Ce sont des rencontres importantes dans ma vie qui m’ont ouvert les yeux sur certaines choses. Au départ, je voulais être musicienne. Je me suis mise à la basse tard. Mais dans les mots, j’ai détecté la musicalité.  

Tu n’as jamais imaginé que tu pourrais toi-même chanter ?

Non, parce que je ne connaissais pas ma voix et parce que j’étais tournée vers l’écriture de manière très forte... La première rencontre qui m’a donné confiance musicalement, c’est le bassiste Marcello Guiliani (le bassiste d’Érik Truffaz). Il m’a offert une basse et m’a incité à en jouer. Ça a été un élément déclencheur. J’ai commencé à prendre des cours de basse, ensuite, j’ai joué dans des groupes avec cet instrument à Rouen. Déjà, je me suis dit que j’avais envie d’être sur scène. Ensuite, j’ai rencontré une personne qui est très importante pour moi et qui est bassiste aussi, c’est Christophe Piquet, le bassiste d’Odonata. Il m’entendait chanter mes textes et du coup, il m’a demandé pourquoi je ne le faisais pas officiellement. Timidement, j’ai commencé à me mettre devant un micro. Au départ, je susurrais plus que je ne chantais. De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres personnes, dont mon professeur de chant actuel, Hervé Andrione, qui a réussi à faire sauter plein de verrous. Je veux encore travailler et me perfectionner dans cette voie-là. Aujourd’hui, j’ai juste envie d’être sur scène et de chanter.

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Avec Odonata, tu n’as pas encore fait de scène ?

Non, pas encore. Ça me manque d’ailleurs beaucoup. (En souriant). Bon, je suis sur scène un petit peu tous les jours, devant mes élèves. Je suis professeur de français.

Je comprends. Il faut maîtriser le public.

Voilà, c’est ça. Le fait d’être face à un groupe c’est quelque chose que je connais bien depuis 12 ans.

Dans Odonata, vous êtes trois. Christophe Piquet à la basse et à la basse piccolo, Jérémy Steibel, à la batterie et aux percussions et toi aux textes et à la voix.

Christophe et Jérémy sont amis depuis longtemps, puisqu’ils faisaient partie du même groupe, Question d’humeur, il y a quelques années. Ils ont arrêté le groupe qui pourtant commençait à cartonner. Bref, ils sont de nouveau ensemble pour ce projet.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorLa question que je ne pose jamais habituellement, mais là, je suis un peu obligé de le faire parce que ça explique votre musique. Pourquoi Odonata ?

Les odonates, c’est le terme générique qui regroupe toute la famille des libellules et des demoiselles. J’aimais bien ce nom parce qu’il est beau et prononçable dans plein de langues différentes. Il y a une petite consonance latine que j’aime bien. Je trouve que la libellule est un insecte fascinant. Avant de se transformer en belle danseuse aérienne, c’est une larve hideuse et carnivore. Il faut beaucoup de mues de sa part pour pouvoir se transformer et ça me ressemble parfaitement. Ce qui m'intéresse aussi, ce sont les facettes qu’il y a sur les yeux de la libellule, elles sont kaléidoscopiques. Ca ressemble à notre musique parce que Jérémy, Christophe et moi, on ne vient pas du tout des mêmes univers musicaux, mais nous trois mis ensemble, ça donne ce résultat un peu composite.

Du coup, qualifier votre musique est impossible.

Je n’y parviens pas en tout cas. Peut-être rock electro. Il y a aussi un peu de jazz et les lignes de basse sont très inspirées par le funk. Il y a des influences pop et des envolées très lyriques…

Avec cet EP, qu’attendez-vous ?

Que la libellule aille s’envoler partout. Cet EP n’est pas destiné à la vente. C’est plus pour promouvoir le groupe, faire découvrir notre univers. Comme c’est la période des vœux, notre souhait est d’avoir des dates de concerts.

Tu es confiante en l’avenir ?

J’ai des moments de doutes où je tombe dans des gouffres d’incertitude pas possible, mais la trame de fond, elle, elle est constante. Je le sens depuis le début. Pour moi tout a un sens et les choses n’arrivent pas vraiment par hasard. Je sais qu’un jour je vais monter sur une scène et je que serai très heureuse. J’ai juste envie d’aller chanter et de partager avec Christophe et Jérémy et le public…

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Sachez enfin que, désormais, vous pourrez retrouver Céline Righi sur le blog littéraire L'anagnoste (avec Eric Bonnargent, Marc Villemain et Romain Verger).

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07 décembre 2012

Patrick Bruel: interview pour "Lequel de nous"

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Nos chemins se sont déjà croisés. Dans les années 90, en Guyane, et pour son précédent album, Des souvenirs devant. Le 12 novembre dernier, je suis allé à sa rencontre dans les locaux de sa boîte de production. C’est un Patrick Bruel avenant qui m’accueille. Très soucieux de savoir ce que je pense de son album. Il m’informe que je suis le deuxième journaliste à l’interviewer pour Lequel de nous, et qu’il est encore très attentif aux réactions et aux ressentis de ceux qu’il rencontre.

Voici le fruit de notre demi-heure passée ensemble pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté des mois de décembre2012/janvier2013).

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Le premier clip tiré de l'album : "Lequel de nous".

198653_411475722241494_698581708_n.jpgPetit bonus:

Est-ce jubilatoire pour un auteur/chanteur qu’une de ces chansons soit comprise d’autant de manière qu’il y a d’auditeurs ?

C’est le but. Le caractère universel des chansons est indispensable. Il faut que quand vous l’écoutez, ça parle et ça évoque des choses à tout le monde. Soit ça représente quelque chose que vous avez vécu, soit ça représente quelque chose que vous regardez avec intérêt. Ca peut passer du premier degré absolu aux compréhensions qui vont dans tous les sens. C’est magique.

Vous réfléchissez à comment vient une chanson, comment arrive l’inspiration qui permet de créer ? 

J’y réfléchis surtout quand ça ne vient pas. Je me suis demandé pourquoi j’ai eu ce trou de 5 ans sans créativité personnelle, sans pouvoir écrire un nouveau texte. Et d’un coup, c’est reparti. Concentration et beaucoup de travail. Il m’a fallu beaucoup de patience pour cet album. Je ne savais pas où j’allais. J’ai eu du mal à trouver les axes, à faire des choix. Quelque part, je pense que tout arrive quand ça doit arriver. Et si je n’ai pas fait ce disque avant, c’est qu’inconsciemment, j’ai tout fait pour ne pas le faire avant. J’ai fait une tournée acoustique qui n’était pas prévue, j’ai fait une pièce de théâtre que je n’ai pas pu refuser (Le prénom), derrière j’ai fait un livre d’entretien avec Claude Askolovitch. D’ailleurs, s’il n’y a pas ce livre, il n’y a pas l’album. Ensuite, j’ai fait le film de la pièce de théâtre. A un moment, à la force de retarder l’échéance, tu te retrouves face au mur et là, tu es obligé de te lancer. Du coup, c’est devenu une priorité… et quand ça devient une priorité, tu te lances complètement Ca a été profond, douloureux et parfois même violent.

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Après l'interview, dans son bureau, le 12 novembre 2012...

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