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07 juillet 2013

Merci Edgar : l'outil idéal pour le développement des projets artistiques des musiciens!

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1001790_205326649622594_592859969_n.jpg« Vous êtes artiste ? Vous n'avez pas encore de tourneur ? Vous n'avez pas le choix, vous devez vous occuper de tout, et tout seul !
Vous aimeriez consacrer davantage de temps à créer, répéter, jouer sur scène plutôt qu'à vous occuper de la communication, des tâches administratives ou commerciales ?
Avec Merci Edgar, vous avez enfin un outil vous permettant d'être plus efficace, organisé dans vos recherches de dates. Bref, vous allez gagner du temps, du temps que vous pourrez consacrer à votre passion, pour le plaisir de votre public ! »

En lisant ce message, tout artiste qui débute ou qui rame un peu à se faire connaître d'un public plus large, devrait être tenté par ce projet (qui n’en est plus un (projet) puisque là, nous parlons bien d’éléments concrets).

J’ai découvert le blog Merci Edgar, il y a quelques mois par l’entremise de son fondateur, Christophe Robillard, responsable développement et musicien auto-produit. J’avoue qu’à la base, je n’avais pas compris tous les tenants et les aboutissants, mais j’avais une vision globale très positive de la chose. Le projet à évolué depuis.

Ce qu’il faut savoir, c’est que Merci Edgar est un outil conçu pour aider les musiciens à développer leur projet artistique. Plusieurs moyens sont proposés :

-Un logiciel pour gérer ses différents contacts professionnels, en faire le suivi, leur adresser des mails en masse (On peut le tester lors d’apéros organisés par Merci Edgar).

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-Des vidéos d’interviews de professionnels de la profession : directeurs de salle, tourneurs, journalistes, chargés de diffusion, attaché(e)s de presse et artistes. Ces vidéos permettant à l’artiste de mieux appréhender l’univers du spectacle vivant. (Et je peux témoigner que Christophe sait poser les bonnes questions. Il interviewe une demi-heure et n’en garde que 10 minutes. Le best of des entretiens, quoi !)

Voici l’interview que je lui ai accordée. C’était le lendemain de l’annonce de l'arrêt des émissions musicales actuelles sur France 2, dont celle à laquelle je collaborais, CD’Aujourd’hui. Christophe Robillard m’a donc fait réagir à ce sujet (notamment).

Entretien d'Edgar #16 : François Alquier, journaliste from Merci Edgar on Vimeo.

Les autres vidéos sont . Personnellement, en les visionnant, j’ai appris beaucoup de choses sur les rouages de cette gigantesque machinerie qu'est le monde de l'industrie de la musique en France. Tous les gens du métier devraient s'y intéresser...)

Pourquoi je décide de mettre un coup de projecteur aujourd’hui sur Merci Edgar ?

robi.jpgD’abord parce que cette initiative est intéressante et peut réellement aider les artistes émergents. Parce que Christophe Robillard est convaincu et convaincant. Parce que j’aime ce genre de type qui parle, qui demande, qui s’interroge, mais surtout qui fait. Des actes à la parole… ça devient suffisamment rare pour être dûment signalé.  

Nous devrions être nombreux à bouger notre cul comme lui et ne pas attendre que les choses se fassent. (Je parle aussi (et beaucoup) pour moi. Aussi.)

Depuis la semaine dernière, Merci Edgar possède un site « vitrine » explicatif (absolument clair et précis). 

Enfin (belle coïncidence qui n'en est pas tout à fait une quand même), sachez qu'il y a aujourd'hui (dimanche 7 juillet), un pique-nique au Parc de la Villette à Paris organisé par Merci Edgar.

Il fait beau, il fait bon... si vous êtes artiste, c'est le temps idéal pour venir jeter un coup d’œil et vous renseigner…

Pour en savoir plus sur le pique-nique, c’est ici que ça se passe.

Longue vie à Merci Edgar!

29 juin 2013

Renaud Hantson: interview pour Homme à failles

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Renaud Hantson fait partie de mon panthéon personnel. Au même titre que Balavoine, Goldman, Berger, Cabrel et autre Souchon. Sauf que lui, il est toujours sorti des sentiers habituellement bien balisés de ce métier. Il a été difficile pour moi, et sans doute pour les autres « fans », de le suivre avec assiduité, car il a pris beaucoup de chemins différents. Et il n’a jamais fait de concessions. Aucune. Ou vraiment très peu. Alors, les chanteurs de sa génération, de sa mouvance, lui sont passés devant sans complexe. Pourtant, les Calogéro-Pagny-Obispo, il les surpassait largement. Mais, à faire du metal, à faire connerie sur connerie dans sa vie personnelle, à se perdre dans la drogue et le sexe pendant 18 ans, on ne fidélise pas vraiment son public. Moi-même, j’ai cessé de le suivre. Presque oublié. De temps à autre, je me demandais ce qu’il devenait, mais sans plus. Le temps est assassin. Il travaillait, même pas mal, mais comme il n’était plus médiatisé (et que Facebook n’était pas encore là), il était difficile de le savoir.

Je l’avais rencontré quelques fois dans les années 90 (voir photos après l’interview) et j’airenaud hantson,homme à failles,interview,mandor toujours bien apprécié nos rencontres.

Et puis cette année, coup sur coup, je l’ai rencontré et interviewé deux fois en un mois à l’occasion de la sortie de sa deuxième biographie, Homme à failles, sexe & drogues & show business, tome 2 (aux Editions du Préau). D’abord et succinctement au Salon du livre de Provins le 14 mars dernier, puis quelques jours plus tard, à l’agence, le 15 mai. Il est venu avec Olivier Vadrot son manager. Le but était qu’il dise ce qu’il pense, sans langue de bois. Je le confirme, la langue de bois, il ne connait pas. J’ai décidé de retranscrire l’interview dans sa quasi-totalité. J’aime quand on sort des conventions, quand le type que j’ai en face de moi se fout complètement des conséquences de ce qu’il raconte parce qu’il est honnête et qu’il n’a plus rien à prouver à quiconque. Ça devient rare. Donc, ne soyez pas choqués par ses propos, ne le jugez pas comme quelqu’un de prétentieux ou d’arrogant, il est juste cash et franc. Il dit ce qu’il pense. Point barre. Renaud Hantson est un survivant, et rencontrer un survivant, ça ne m’arrive pas tous les jours.

renaud hantson,homme à failles,interview,mandor4e de couverture de Homme à failles:

Après son précédent ouvrage où il dévoilait son parcours musical et ses 17 années d’addiction à la cocaïne, l’auteur-compositeur-interprète et comédien Renaud Hantson (Starmania, La Légende de Jimmy, Notre-Dame de Paris) revient avec un deuxième tome encore plus personnel et virulent. Pour faire suite à son autobiographie, c’est sous la forme d un abécédaire que l’auteur a choisi cette fois-ci de s’exprimer. Contrainte des plus difficiles puisqu’il s’est imposé de décliner chaque lettre de l’alphabet en sept mots, comme les sept péchés capitaux ou les sept notes de la gamme en musique. Ainsi, il passe en revue des termes aussi différents qu’animateur, banlieue, drogue, groupies, paranoïa, quinquagénaire, rock, sexe, télévision ou xénophobie. Sans vouloir se substituer aux intellectuels, Renaud Hantson parle du monde dans lequel nous vivons et va encore plus loin dans sa description d’une addiction pernicieuse à la cocaïne afin de prévenir les générations futures des dangers d’une telle descente aux enfers. Une fois de plus, ce livre étonnera par sa sincérité et son réalisme. Dans un show-business où tout n’est que poudre aux yeux, Renaud Hantson fait figure d’OVNI et se met à nu à nouveau pour notre plus grand plaisir. Écrit en collaboration avec Audrey Chariras. Préface du docteur Laurent Karila, psychiatre-addictologue à l’hôpital Paul Brousse à Villejuif. Postface d’Olivier Vadrot, manager.

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorInterview :

En lisant ce livre, je me suis dit que tu étais et es encore le chanteur français le plus rock’n’roll d’entre tous. Je ne sais pas si vous êtes deux à avoir eu ce genre de vie.

Ça a été presque caricatural. En fait, j’ai eu les opportunités de toutes mes idoles. Je monte un groupe de metal, les Satan Jokers de 1983 à 1985 et dans le genre, ça fait un succès considérable. Pour ce groupe, j’ai inventé le terme « les fils du métal ». Il est resté pour désigner un groupe de hard rock. Ça devient un truc culte. Un peu plus tard, je rencontre Michel Berger, les gonzesses me courent après alors que je joue Ziggy dans Starmania, un personnage gay. Je deviens même une égérie dans le circuit gay. J’ai toujours une espèce de difficulté à trouver mes marques sur mes albums solos. Ensuite, j’enchaine avec le rôle principal de La légende Jimmy, le second opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon, mis en scène par Jérôme Savary. Là, je rentre dans l’excès. J’ai un accident de voiture un soir après le spectacle. Personne ne le sait parce que je ne suis pas médiatisé et pas entouré comme une rock star.

Clip de "C'est du sirop" en 1988. Un de ses premiers tubes.

Un extrait de Starmania, version 1988 : "La chanson de Ziggy" par Réjane et Renaud Hantson.

La drogue arrive en 1994.

Oui. Deux ans après la mort de Michel Berger.

C’est lié ?

Ma thérapie a prouvé que c’était lié, en effet. Il était comme un père spirituel. Je lui faisais écouter mes maquettes. Il me donnait son avis et de manière très franche. Indéniablement, il avait une valeur ajoutée. Mais il avait aussi du flair et une lucidité sur le métier. Quand il est parti, je n’avais plus cet ami, je n’avais plus personne à qui faire écouter mes disques. Je me suis senti complètement perdu. Après, je me suis perdu avec des trucs de rock stars. Comme mes idoles.

Et tu n’as rien vu venir.

Je continue à travailler. Donc je triche. Je fais des albums. Je rentre même dans une troisième comédie musicale, Notre Dame de Paris. Plamondon me rappelle après la mort de Michel, il s’engueule avec Cocciante, moi je ne leur fais aucun cadeau, comme une rock star. C'est-à-dire que je leur coûte un bras. En 2000, je suis au pic de mon addiction. Et c’est quand je fais Notre Dame de Paris. J’y allais comme si j’allais à l’usine. Après je continue à faire des disques, mais avec une vision du bizness et du métier qui n’est plus la même. Je comprends pourquoi Berger en 1990 était déjà désespéré par rapport à ce métier, aux médias, à l’évolution des médias, l’évolution des formats, l’évolution du public…etc. Je vois ce qui l’a usé. Bref, je pars encore plus en vrille.

Extrait de la comédie Musicale La légende de Jimmy filmé lors de la soirée hommage à Michel Berger à Paris le 23 avril 2012 au Réservoir.

Tu prends encore du plaisir à quelque chose à ce moment-là ?

Oui, mais juste en matière de sexualité. J’ai utilisé mes « excès » uniquement dans le cadre de  jeux à connotations physiques, avec mes compagnes. C’est une forme d’antidépresseur. Se mettre la tête à l’envers dans la sexualité pendant 3 jours de suite, c’est une façon d’éviter les 4 autres jours de la semaine où on s’est fait chier. Je refais face à la réalité le lundi et je me dis que je fais un métier de merde. Et je me dis que les gens ne sont pas à leur place, que le talent n’est pas reconnu. Je ne pense pas qu’à moi. Je pense à des types comme Gildas Arzel, comme Art Mengo, comme Daniel Lévy. Il y a un paquet de mecs qui ont plus de couilles, de voix, de talents… je me demande pourquoi on n’occupe pas la place des mecs qui sont là depuis 25 ans et qui vendent d’ailleurs de moins en moins de disques, et qui font le même album à chaque fois. Je me demande ça, entre autres, et je me perds dans la drogue.

Tu t’es perdu dans la drogue à cause de cette incompréhension.

Pas uniquement. Il y a des gens, comme moi, qui ont une propension à ça. T’as des gens qui peuvent boire un coup et s’arrêter. Moi, je ne peux pas. En matière de cocaïne, c’est la même chose. Moi, il ne faut jamais que je commence.

Clip de "Apprendre à vivre sans toi", un hommage à son ami et mentor Michel Berger en 1994 (et qui me fait penser irrémédiablement à ma soeur Florence, disparue il y a trois mois, et dont je me remets difficilement du départ précipité).

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorAprès Poudre aux yeux, c’est le deuxième livre que tu sors sur ce sujet. Ca devient addictif d’écrire, de te raconter ?

Le premier livre est moins trash. Il y a eu une très grosse relecture de Flammarion, parce qu’ils savent faire. Mais, en fait, à peu près tout ce qu’ils ont voulu que j’enlève, je l’ai laissé. C’est quand même l’auteur qui a le choix final. C’est sous forme d’autobiographie. Je pars de mes débuts dans la musique avec ma famille. Mes grands-parents qui m’offrent ma première batterie jusqu’à Satan Jokers, la rencontre avec Michel Berger, sa disparition, l’apparition de la drogue dans ma vie, les sorties nocturnes, un peu de sexe, beaucoup de show-biz. J’ai l’impression d’avoir tout dit dans ce bouquin. Suite à la parution de ce livre, je me demande comment ça se fait que je n’aie toujours pas compris. Le deuxième est apparu à cause de ça. J’ai voulu raconter que c’est encore plus compliqué que ce que je croyais. On a longtemps dit aux gens que certaines drogues étaient des drogues festives, alors que les drogues psychologiques sont les plus infernales à arrêter. Bien sûr qu’avec l’héroïne, tu es ferré physiquement. L’alcool, il y a un dealer tous les 100 mètres. La coke, t’as l’impression qu’il y a des choses que tu ne pourras plus jamais faire sans. Les relations sexuelles par exemple. J’ai du réapprendre sans. Le paradoxe, c’est que la drogue n’est pas du tout efficace pour ça. J’ai donc voulu parler de tous les trucs glauques dont je n’avais pas parlé dans le premier livre qui était un peu plus mainstream, un peu plus grand public.

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A l'Elysée en 1989 lors d'une représentation de Starmania devant Lady Di, le Prince Charles, Michel Berger et le Président François Mitterand... 

Je n’ai jamais lu une biographie aussi trash, autant non censurée !

Il y a celles de Clapton et de Keith Richard qui sont aussi pas mal dans le genre. En fait, tu as commencé l’interview en disant exactement la réalité, c’est un truc de fou. Je n’occupe pas la première place du hit-parade, mais je crois être le seul artiste en France à avoir vécu une telle existence de rock star. À part Hallyday bien sûr.

Cette deuxième autobiographie, elle était essentielle pour toi ?

C’était nécessaire. C’est un deuxième acte thérapeutique. Il fallait que toute la merde sorte. Là, ça va. Je n’ai plus rien à sortir.

Une autre facette de Renaud Hantson. Il est aussi le leader des Satan Jokers. Ici au Hellfest 2009, interprétant "Fils du metal".

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorQuand je pense à toi, et Dieu sait si j’adore ce que tu fais depuis longtemps, je ne comprends pas où tu vas. Tu fais du hard rock, tu joues dans des comédies musicales, tu chantes de la bonne variété, tu as un groupe plus folk... je crois que c’est la raison pour laquelle le public n’a pas suivi ta carrière comme tu le méritais. Il était un peu perdu.

C’est possible. Fais du co-management ou deviens co-producteur (rires) ! C’est très exact ce que tu dis. On est dans un truc totalement illogique parce que le seul moment où je suis heureux, le seul moment où je suis complètement opérationnel, c’est quand je suis sur scène ou dans un studio. Le reste de ma vie est totalement dérisoire. En cela, il y a un parallèle avec Johnny. Le reste ne m’intéresse pas. Faire des courbettes aux médias, aller appuyer sur un buzzer dans une émission en prime time, juste pour faire une télé et ne même pas y chanter en direct, ça ne m’intéresse plus.  J’ai 50 balais, je trouve ce métier d’une superficialité sans limites. En même temps, c’était une lâcheté et une facilité de fuir et me réfugiant dans des phantasmes et dans la consommation de drogues. C’était plus dur pour moi de se battre, j’en ai parfaitement conscience. J’aurais dû me battre.

Oui, du coup, tu as laissé la place aux autres.

J’ai laissé passer devant moi des gens pas plus talentueux, dans la même mouvance, mais qui eux, ont su s’entourer. Mon problème, c’est qu’avant de rencontrer quelqu’un comme Olivier Vadrot ou avant de pouvoir parler comme je te parle là, il y a eu des années où je n’étais pas moi-même. Les maisons de disque que j’ai eu dans lesquels j’étais « artiste maison » m’ont fait faire des trucs qui n’étaient pas cohérents. Je ne suis pas un artiste destiné à OK, Podium, Salut les copains !, tout comme je ne suis pas un artiste formaté NRJ. Il y a d’autres moyens de vendre des disques, il y a d’autres moyens de réunir beaucoup de public en concert que ça. Regarde Thiéfaine ou Lavilliers.

Autre tube de Renaud Hantson, "Voyeur", à Agde le 24 juillet 2012. (Avec une battle de batteries en ouverture).

Toi, tu sors souvent des disques, tu fais beaucoup de concert en ton nom propre ou avec tes deux groupes. Tu es vraiment un chanteur en activité.

Moi, ce que je veux, c’est laisser une trace. Tant que le disque physique existe, tant qu’on n’est pas balayé par la technologie, je veux faire un maximum de disques. Là, je prépare un album de blues pour Furious Zoo, je prépare un opéra rock avec Satan Jokers sur les addictions sexuelles avec le docteur Karila et enfin, je vais aussi sortir un nouvel album solo.

Revenons à la littérature. Écrire, c’est pour prévenir,  pour s’en sortir ou pour ne pas retomber.

Les trois. Moi, j’ai récupéré toutes les merdes que l’on peut récupérer à cause de la drogue. Les problèmes respiratoires. Il y a une clim’, je suis malade. Je n’étais pas allergique, je suis allergique. Mes voies respiratoires sont niquées. Il y a deux solutions, soit je mets du Dérinox et pendant trois heures, j’ai les cloisons qui se rebouchent, soit je prends de la coke. Reprendre de la coke, je vais éviter. Je crois que j’ai assez consommé. L’écriture, c’est très simple. C’est prévenir que c’est beaucoup plus galère de s’en sortir pour les générations à venir. Leur dire que les drogues seront de plus en plus addictives, même la fumette. Leur dire que, pour cette espèce d’ersatz de plaisir qu’ils vont trouver, ils vont avoir un mal fou à faire machine arrière. Écrire, pour moi, c’est thérapeutique. Le temps passé à écrire m’évite déjà de penser à faire des conneries.

Tu dis quand même dans tes livres que tu ne seras jamais sorti de l’auberge…

Les anciens addicts restent toute leur vie des anciens addicts. Moi, j’ai une réelle volonté à arrêter les conneries. Je fais de la prévention. Le projet Addictions de Satan Jokers a été validé par la MILDT (la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la Toxicomanie). Je n’ai absolument pas envie d’être un usurpateur. Et je ne suis pas un usurpateur. Il se trouve simplement que je dis haut et fort que j’ai fait déjà 12 faux pas minimum depuis la sortie de ce livre parce que c’est dur. C’est un combat permanent.

Que peux-tu faire concrètement pour que tu t’en sortes réellement et sur le long terme ?

Je n’ai qu’une chose à faire par rapport à l’évolution que je souhaite dans ma vie musicale, artistique et créative, ça s’appelle la thérapie comportementale. Ça implique un changement de carnet d’adresses. Ce que pour l’instant, je m’oppose à faire puisque ça voudrait dire pour moi, quasiment changer de métier.

Eh oui. Parce que toutes tes relations sont des relations professionnelles.

Voilà. Et dans ces relations professionnelles, il y a un 5e de gens qui sont en rapport avec la substance. Je n’ai pas choisi les choses ainsi, mais c’est comme ça. Je suis dans une merde noire.

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Lors de l'entretien, le 15 mai 2013. (Photo de son manager Olivier Vadrot).

Tu veux expliquer quoi d’autre dans « Homme à failles » ?

Je veux expliquer pourquoi je n’ai pas été là 18 ans. Pourquoi je n’ai pas livré bataille avec le show-bizness. Pourquoi j’ai laissé ma place, comme je te le disais tout à l’heure, aux Calogero, Obispo, Pagny et compagnie. C’est très présomptueux de dire ça, mais il n’y a pourtant pas de match entre eux et moi.

Extraits d' "Opera Rock", album de Renaud Hantson comprenant 20 titres extraits des plus grands opéras rock et comédies musicales francophones et internationaux.

C’est sûr, ça n’aide pas à sortir la tête de l’eau.

Il y a un truc qu’on ne peut pas m’enlever, c’est ma voix, les chansons que je sais écrire et la scène que je maîtrise. Moi, depuis 2005, je vais à la bataille. Comme je veux me prouver des choses et parce que j’aime le danger, que j’aime prouver que dans n’importe quelle configuration, je peux assurer, je ne me refuse pas de jouer dans des endroits improbables, des lieux où je ne devrais jamais jouer. Il ne faut pas voir ça comme une chute libre. C’est un vrai parti pris. Je pourrais aller voir des gros tourneurs, mais la réalité, c’est que j’aime ma liberté. Je ne vais que là où on a envie d’aller. Je paye le prix, mais je trouve ça vachement bien. Quand on m’appelle aujourd’hui, moi, je veux avoir un temps de parole. Je veux parler de prévention, je n’ai pas spécialement envie de venir juste vendre ma soupe. Quand on a Renaud Hantson, on a un package.

Mais, c’est peut-être ça le problème. Du coup, tu fais moins de télé.

Je sais. Par contre, je fais des émissions auxquelles je n’aurais jamais eu accès, comme Le journal de la santé et Le journal de 20h qui fait un reportage sur la cocaïne.

Journal de France 2 le 16 octobre 2012.

Après l’écriture de ce livre, as-tu ressenti un vide ?

Énormément. Ces deux livres pour moi sont importants et je pense qu’ils peuvent donner espoir a des gens qui sont dans des problèmes addictifs. Toutes les addictions : la bouffe, le jeu, le sexe, la drogue, l’alcool, la cigarette. J’explique que le seul déclencheur, c’est soi même. Moi, je considère que je suis mon pire ennemi. Ce n’est pas mon entourage le problème, je n’accuse personne. Le problème de l’addiction, c’est qu’une bonne nouvelle me donne envie de faire un excès et une mauvaise nouvelle me donne envie de le masquer en faisant un excès.

Comment envisages-tu ta vie aujourd’hui ?

La dernière partie de ma vie sera la musique et la prévention. Parce que j’ai gaspillé 18 années. Je me suis fait du mal, mais j’ai payé. Je suis un technicien de la voix et je vais rester compétitif. Je vais jouer de plus en plus et je vais continuer la prévention parce que ce sont les deux seuls trucs qui m’excitent encore.

En matière de créativité, moi qui suis ton actu, j’ai parfois du mal à suivre le rythme… et je ne parle pas des pavés que tu écris sur ta page Facebook.

C’est de la psychothérapie publique et ça me fait du bien, je te l’avoue. Ce qui m’intéresse sur internet, c’est qu’on a un contact direct avec les gens. Mes séances de psychothérapie publique sur mes pages Facebook, c’est une manière d’être en contact direct avec les gens qui m’aiment.

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A la fin de l'entretien...

Pour finir, je ressors les archives Hantsonniennes...

Lors de "la nuit des Top" de la radio Top Music, le 21 novembre 1992 au Hall Rhénus de Strasbourg.

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Lors d'une rencontre FNAC de Strasbourg, le 12 janvier 1993.

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Et 20 ans plus tard, lors du dernier Salon du livre de Provins, le 14 mars 2013.

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24 juin 2013

Sophie Maurin : interview pour la sortie de son album eponyme

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« Une cascade de notes qui s’épanche en un ruissellement d’arpèges, un piano ragtime, l’humeur bluesy d’un violoncelle, une voix féminine libre comme l’air qui fait le mur, vocalise, croise l’anglais et le français… » Ainsi est présenté le premier album de Sophie Maurin. L’impression de facilité, de légèreté, qui se dégage de ses chansons est pourtant trompeuse. Elle a minutieusement échafaudé ses arrangements, structuré son projet en soignant le moindre détail : toypiano, kalimba, clarinette, percussions en tous genres, ainsi qu’une splendide section de cuivres, swinguent ensemble ou séparément. La force de la chanteuse-pianiste est d’avoir réussi à rassembler un grand nombre de titres forts avec les auteurs et compositeurs qui l’accompagnent. Sophie Maurin redonne ses lettres de noblesse au terme de "pop". Pas de doute,  elle est promise à un grand avenir.

Ce soir la jeune femme se produira aux Trois Baudets dans le cadre des soirées KLAXON. L’occasion idéale de la découvrir.

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Sophie Maurin est venue à l’agence le 28 mai dernier. Un moment sympathique avec l’une des plus belles découvertes de la chanson française de cette année…

Interview :

Outre auteur-compositeur interprète, tu es aussi architecte.

J’ai réussi à jongler entre la musique et l’archi jusqu’à ma signature en maison de disque. Quand ça a commencé à se professionnaliser, je n’ai plus eu le temps de faire autre chose.

Mais, à la base, tu es spécialisée dans l’architecture de l’urgence.

Oui, je suis spécialisée dans tout ce qui lié aux risques parasismiques, inondations. C’est dans l’humanitaire. J’ai travaillé sur des camps de réfugiés en fait. C’est marrant que tu parles d’architecture…

Parce que cette activité se ressent énormément dans la structure de tes chansons.

On a réalisé cet album à trois avec Florent Livet et Jérémy Verlet et ils étaient très étonnés par ça. Je suis très distraite, mais j’ai un esprit très carré qui est certainement dû à mes études d’architecture. J’avais toujours besoin de noter tout ce que je voulais, quand je le voulais.

Clip officiel de "Far Away".

Dans chacune de tes chansons, rien n’est linéaire. Comme quand on voit un immeuble un peu bizarre, mais qui tient bien sur ses fondations.

Ça me plait bien comme comparaison.

Quand ta vie s’est-elle tournée à 100% vers la musique ?

J’ai eu la chance de commencer les cours de piano à l’âge de 6 ans. Avant cela, j’avais fait de l’éveil musical à la maternelle. Tu vois que ce n’est pas nouveau. J’ai appris les mots en même temps que les notes. Le piano, j’aimais beaucoup ça, en revanche les partitions beaucoup moins. Je n’étais pas très douée pour être honnête. Je n’aimais pas cela. Ce qui me permettait chaque année de passer dans la classe supérieure, c’était la lecture chantée. C’est quelque chose qui me plaisait et mes profs l’avaient remarqué. Ils m’ont proposé d’être l’accompagnatrice au piano de la chorale de mon école de musique, qui par la suite est devenue un conservatoire. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à faire du piano, chanter en même temps et prendre goût à ce jeu simultané entre le piano et la voix. C’est à ce moment-là aussi que j’ai commencé à composer et que mon goût pour la chanson s’est affirmé.

Quand tu as appris la musique, les codes t’ennuyaient.

Oui, mais il y a des morceaux sur lesquels très vite, tu pouvais te faire plaisir. Je voyais l’aspect ludique et je n’étais pas du tout travailleuse. Parfois, j’avais la partition sous les yeux, mais je faisais semblant de lire les notes, alors que c’est  à l’oreille que je recherchais les mélodies. J’ai eu la chance d’avoir un super prof qui m’a permis de faire du classique, mais aussi du boogie, du blues, des ragtimes parce que j’aimais beaucoup ça. 

Ton père, lui, était fan des Beatles. Il t’a transmis cette « passion ».

Il m’avait acheté toutes les partitions de John Lennon pour le piano, je travaillais donc aussi ça en même temps que le reste. La musique classique, elle n’a jamais été toute seule. Pour moi, il y avait un lien entre toutes les musiques.

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J’ai l’impression que tu t’es toujours sentie comme un poisson dans l’eau dès que tu jouais de la musique.

En fait, les premières années, j’avais une prof qui était assez méchante, du coup, ça me plaisait de jouer, mais je n’allais pas aux cours avec plaisir. À un moment, elle a quitté la direction de l’école de musique, dont elle était la directrice, et en CE2 ou CM1, je me suis retrouvée avec un nouveau prof et à partir de ce moment, il y a eu un déclic en moi. Il m’a fait confiance. Il m’a tout de suite fait faire des concerts, m’a fait passer des examens de fin d’année. Il m’a vraiment mis en avant et c’est à ce moment-là que j’ai pris conscience et confiance du bonheur que j’éprouvais en faisant du piano. Vraiment, je le remercie encore une fois.

Après les études officielles, il se passe quoi pour toi ?

Je suis originaire du Var, en Provence. Après le bac, je suis venue à Paris, à la fois pour la musique et pour mes études. Pour gagner de l’argent et un peu pour m’amuser, je faisais des pianos-bars. Je jouais des reprises et des classiques, mais j’intégrais au milieu quelques compos personnelles. Mes premiers concerts avec uniquement mes chansons datent de 2008. Au départ, j’étais en formule piano voix, puis ensuite, j’ai été rejointe par une violoncelliste avec laquelle je faisais mes études et un percussionniste. En 2010, j’ai passé mon diplôme d’archi et dans la foulée, j’ai autoproduit un EP. Un 7 titres. Et c’est à partir de cet EP que les choses ont commencé à devenir sérieuses. J’ai eu des premiers rendez-vous avec des directeurs artistiques, j’ai eu des propositions de contrats d’édition.

À partir du moment où tu commences à constater que les professionnels commencent à s’intéresser à toi, j’imagine que tu commences à hésiter entre l’architecture et la musique.

C’est exactement ça. Cet EP, c’était un peu ma carotte pendant que je passais mon diplôme. Je me disais que si j’arrivais à l’avoir en 6 mois, je me donnerais l’opportunité de réaliser cet EP. Je me disais que si je rentrais dans la vie active en tant qu’architecte, il fallait qu’il me reste une trace de mon travail musical. Pour qu'à 60 ans, je puisse pouvoir réécouter ce que j’ai fait à 20 ans. Je me disais aussi qu'il pouvait tomber dans de bonnes mains, que ça me ferait un support à vendre après les concerts et une belle carte de visite. Au final, il a été un élément déclencheur de belles opportunités et le départ de plein de choses.

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Remise du diplôme Charles Cros " Coup de coeur 2013", le 9 mai 2013 par Alain Fantapié, le Président de l'Académie Charles Cros! (©Francis Vernhet)

Que se passe-t-il dans ta tête quand tu t’aperçois que "la sauce" commence à prendre?

Il y a une petite euphorie. Ça m’a donné confiance en moi. J’ai eu une bourse de la SACEM pour l’auto production, donc je me suis dit que je n’avais pas à rougir de ce que je faisais. Il doit y avoir quelque chose de pas trop mal dans mon travail. Mais, je remarque déjà à quel point tout est éphémère. Parfois, l’équipe avec laquelle je travaille et moi sommes enthousiastes, parfois déçus. Ça oscille d’un jour à l’autre selon les nouvelles que l’on reçoit. J’ai eu la chance de faire un album enregistré dans de bonnes conditions, mais tout reste à faire et je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir vivre de la musique. Je n’attends pas grand-chose parce que j’ai trop peur d’être déçue.

Parlons de ta voix. Tout le monde s’accorde à dire qu’elle est exceptionnelle…

Je le raconte rarement, mais ma façon de chanter est due à un problème de cordes vocales que j’ai eu plus jeune. Un défaut qui, à moyen terme, allait me faire perdre ma voix. J’avais des cordes vocales qui, quand j’émettais un son, n’étaient pas complètement collées. Il y avait de l’air qui passait entre et qui les usait. J’ai dû faire toute une rééducation qui a duré un an pour apprendre à mieux placer ma voix parlée et chantée. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chanter différemment de peur de perdre ma voix. J’ai même amplifié, je pense, tout ce que j’ai appris. Je l’exagère un peu, j’en suis certaine. Maintenant, je fais le travail inverse pour avoir du recul par rapport à ça. Si je hache et saccade les mots, je l’avoue aujourd’hui, c’est à cause de ça.  

L’atmosphère de ton disque est plutôt joyeuse, alors que tes textes ne le sont pas.

La majorité de mes chansons sont tristes. Quand je me mets au piano pour écrire ou composer, je suis toujours dans une mauvaise phase. Il y a quelque chose qui me dérange. Je suis triste, je suis dans un mood plutôt désagréable et le but, c’est de se servir de cette émotion pour créer quelque chose qui fait du bien. Au fond, je dois être un peu optimiste.

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Tu as écrit à peu près la moitié des textes.

J’ai de très bons auteurs aussi, je serais stupide de me priver de leur talent. Et, en règle générale, j’ai toujours des tonnes de musique en stock. Je suis moins prolifique au niveau des textes. Ce n’est pas du tout de la prétention, mais je suis plus douée en tant que musicienne qu’en tant qu’auteure. C’est la musique qui m’a amené à chanter. En revanche, le plaisir des mots et du texte, c’est venu beaucoup plus tard.

Je n’ai pas envie de parler de tes chansons. J’aimerais que les gens les découvrent vierges de tout commentaire.

Je trouve ça très bien. Moi parfois, je suis déçue d’en apprendre trop sur les prémices d’une chanson que j’aime. Le but, c’est qu’on puisse avoir plusieurs interprétations de mes textes et qu’on les ressente par rapport à l’état d’esprit qu’on a au moment où on les écoute.

Plus on écoute ton disque, plus on découvre des choses… il faut explorer toutes les différentes strates.

J’aime bien qu’on écoute mes chansons sans y  réfléchir, sans intellectualiser mes propos. Mais, j’aime bien aussi qu’on y revienne pour gratter et découvrir des choses inattendues musicalement, dans les textes et dans les arrangements. J’espère que l’on peut apprécier ce disque sans se prendre la tête, mais aussi en le découvrant intensément.

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Après l'interview...

Bonus: Comme Sophie Maurin vient d'obtenir les 4 clefs de Télérama (et que ça devient rare), je propose l'article de Valérie Lehoux.

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19 juin 2013

Madeleine Besson : interview pour la sortie de The Walker

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J’ai vu Madeleine Besson pour la première fois sur la scène des Muzik’Elles de Meaux, il y a 3 ans. Elle était « coup de cœur »  de cette manifestation musicale. Sa présence sur scène, mais aussi la fraîcheur de ses compositions avait bluffé les 2000 personnes présentes ce jour-là. Cette chanteuse francophone à la voix joliment éraillée écrit en anglais. Son univers musical a des accents de rhythm and blues américain et de pop music anglaise. Son 1er EP, The Walker vient de sortir, en attendant l’album (prévue à l’automne 2013). Ce disque enregistré en live avec son groupe en une semaine est réalisé par David Coulter (Arthur H, Tom Waits, Les Pogues, Damon Albarn... ). Un bijou dont j’ai tenu à parler avec elle le 14 juin dernier à l’agence.

J’ai souhaité publier cette chronique rapidement, car ce soir (mercredi 19 juin 2013), Madeleine Besson se produit avec d’autres artistes au Petit Bain.

Pub, donc !

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Biographie officielle :

Madeleine Besson est une jeune artiste aux facettes multiples. Sa carrière a commencé au cinéma avec Coline Serreau (sa mère, qui a fait une apparition fugace chez Mandor il y a quelques années) qui lui a confié entre autres rôles celui de Marie dans le film  18 ans après. Madeleine est ensuite passée à la réalisation d’un documentaire sur Benno Besson (son père, homme de théâtre et créateur avec Bertolt Brecht du Berliner Ensemble) en Italie.
Depuis 2006, c’est la musique qui a pris le relais. Après avoir participé à de nombreuses classes de chant, piano, violon et composition, Madeleine Besson a écrit plusieurs musiques originales pour la scène et le cinéma : « Saint-Jacques La Mecque », « L’école des femmes », « Solutions Locales pour un Désordre Global » de Coline Serreau ainsi qu’un spectacle-concert monté à Berlin « Wilhem Busch Traümt Von Paris ».
Depuis 2009, Madeleine se produit sur scène entourée de musiciens avec son propre répertoire. En juin 2010, Madeleine Besson a fait une résidence à la Scène Nationale de Melun-Sénart en partenariat avec Le Coach et la région Franche-Comté suivie en juillet d’une série de concerts dans le cadre du Festival Bancs Publics à Salins-les-Bains (Doubs).
Coup de cœur de la sixième édition du Festival Muzik’elles de Meaux en septembre 2010, une série de concerts s’est mise en place à Paris et en région pour l’année 2011 et 2012, dont la première partie de Cyndi Lauper qui l’invite sur la scène de l’Olympia pour un duo « Girls just wanna have fun ».

En avril 2011, Madeleine Besson emporte le Tremplin des Jeunes Charrues de Saint-Malo ce qui lui donne l’occasion de se produire au festival des Vieilles Charrues à Carhaix le 17 juillet.
Elle est accueillie également au Printemps de Bourges 2011, dans le off, sur « La scène des Tontons ».

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madeleine besson,the walker,interview,mandorInterview :

La musique a toujours fait partie de ta vie.

On peut le dire. J’ai commencé le violon à l’âge de deux ans.

Ta mère t’a un peu forcé et tu as mis presque dix à aimer en jouer. Tu as été traumatisée dans ta jeunesse, dis donc.

Oui, mais c’est parce que je n’aimais pas qu’on me force à faire quelque chose. Aujourd’hui, je suis très contente d’avoir eu cette opportunité de faire de la musique si tôt. Je remercie ma mère. Elle devait savoir, sentir qu’il y a avait quelque chose en moi lié à cet art.

Tu as la double culture franco-américaine. Tu as vécu les 7 premières années de ta vie aux États-Unis, ensuite, tu es venue en France. Dans tes chansons, tu chantes dans les deux langues, parfois dans la même chanson.

J’ai trouvé l’idée de mélanger les deux étaient original et ça m’a amusé de la faire. C’est une liberté que je me suis donnée. Ça me convient et ça me ressemble.

Chanter le blues, ça te vient de tes parents ?

Non, pas du tout. Ma mère, elle écoutait du jazz et beaucoup de classique. Bien sûr, elle m’a fait découvrir aussi un peu de blues, mais sans plus. Moi, c’était vraiment cette musique, mais aussi les Beatles. Aujourd’hui encore, ça me prend aux tripes. Quand j’entends du blues, il se passe quelque chose en moi. C’est très fort à l’intérieur et c’est incontrôlable.

Le 18 mai 2011 au Studio de l'Ermitage.

Te concernant, je lis des comparaisons avec Janis Joplin, Etta James, Aretha Franklin… c’est gênant ?

Ho la la ! Je ne me prends pas la tête là-dessus. D’ailleurs, aujourd’hui, je suis plus attirée par Etta James. J’aime vraiment ce qu’elle fait. Janis Joplin, c’est quand j’étais plus jeune. J’aimais sa façon de chanter, comment elle voyait la vie, comment elle l’a vivait à travers sa musique. Cette profondeur me touchait au plus haut point.

Tu as ta propre identité vocale. C’est difficile de ne pas « imiter » les artistes que l’on aime ?

Je fais très attention à ça. Au début, j’ai voulu imiter pour comprendre leur technique. Ca a fait partie de mon processus d’apprentissage, mais après, il faut s’approprier ce savoir par rapport à comment on le ressent soi-même.

Live in Paris au Divan du Monde le 13 mars 2012

David Coulter a réalisé ce disque.

J’avais commencé à travailler avec un autre réalisateur pendant un an en Angleterre. Ça a été une très belle rencontre musicale et humaine. Mais, je me suis sentie un peu déracinée en bossant là-bas. Je ne m’attendais pas à ce que cela se passe comme cela. Il y a un truc qui n’allait pas, donc, du coup, je suis revenue en France et on a décidé de trouver quelqu’un avec qui le faire en France, qui connaissait la langue anglaise et française à la fois. J’ai rencontré David Coulter qui a bien voulu travailler sur le projet. Ça a tout de suite collé entre nous et il m’a inspiré immédiatement de la confiance. C’est hyper important pour moi.

L’enregistrement s’est effectué à la vitesse grand V.

17 morceaux en 3 jours, oui, c’est pas mal. On a enregistré en live dans le studio. J’ai fait 11 voix sur 13 en une journée.

Pourquoi si rapidement ?

Parce qu’on n’avait pas beaucoup de frics (rires). On n’avait pas trop le choix. Plus sérieusement, j’ai pris pour cet album mes musiciens de scènes, donc on connaissait parfaitement tous les morceaux. On n’a pas eu besoin de se roder. Il y avait une énergie que l’on connaissait tous, alors, tout est allé rapidement. Je suis très contente du résultat parce que je n’ai fait aucune concession. Cet un album qui me ressemble complètement.

Tu travailles avec l’agence Abacaba et Danièle Molko, une vraie pro comme on n’en fait plus beaucoup.

Le travail énorme que fait Abacaba m’impressionne. Elles sont d’une redoutable efficacité. J’adore travailler avec elles. Il y a une histoire de confiance entre nous. C’est profond comme travail, comme écoute des autres… ça me plait beaucoup de travailler comme ça.

Est-ce que tu considères que ta carrière va à un bon rythme ?

Ça ne va jamais assez vite. Avec moi, il ne faut pas que ça traîne, en même temps, je ne contrôle pas les lois du temps. Je me suis longtemps cherchée et j’avais envie de m’entourer des bonnes personnes pour ne pas faire ce métier n’importe comment. Je ne veux pas monter vite et fort pour redescendre aussi vite et fort.

Ouverture de Cyndi Lauper à l'Olympia le 3 juillet 2011.

En France, on ne fait plus ce genre de disque. Du blues rock, comme ça, « à l’ancienne », si je puis dire, ça devient rare.

C’est une musique intemporelle de toute façon. Mais, c’est enregistré de manière très humaine, très organique. Il n’y a pas de superflu. C’est direct, frontal et ça, j’adore.

madeleine besson,the walker,interview,mandorComment tu vis la sortie de cet EP ?

J’ai un peu d’anxiété par rapport à comment il va être reçu. En même temps, ce disque est fait, il ne m’appartient plus vraiment. J’ai le trac, c’est sûr, mais c’est un bon trac.

Je t’ai vu il y a 3 ans aux Muzik’Elles de Meaux. Tu as mis le public dans ta poche en deux temps, trois mouvements.

Depuis que j’ai commencé, j’ai envie que le public soit avec moi immédiatement. J’ai envie de les capter, de les embarquer, de leur parler au cœur, de les toucher. Je fais ce métier pour ça.

Que pense ta mère, Coline Serreau, de ton parcours artistique ?

Elle m’encourage énormément. Elle m’aide beaucoup dans le sens où elle m’apprend beaucoup sur le travail de scène.

Tu es une vraie enfant de la balle.

Moi, j’ai passé ma jeunesse dans les coulisses de théâtre, sur les plateaux de cinéma… j’étais toujours dans cette ambiance. La scène, c’était à la fois fascinant, mais c’était aussi comme à la maison. C’est quelque chose de très proche. En même temps, je ne suis dupe de rien dans ce métier.

Bande annonce de 18 ans après.

madeleine besson,the walker,interview,mandorTu as eu le rôle principal féminin de 18 ans après, le film de ta mère. Tu t’intéresses encore au cinéma ?

Oui, beaucoup. Et j’ai plein de projets à ce niveau-là.

À part des scènes pour défendre tes titres, je sais que tu as beaucoup d’autres activités prévues dans les prochains jours.

Là, je suis en train de composer une musique de film. Je vais faire une tournée dans tout le sud avec la chorale de ma mère que je dirige et dans laquelle je chante. En juillet, je tourne dans un court-métrage.

Est-ce que parfois tu ne te dis qu’il faudrait que tu catalyses ton énergie pour un seul domaine artistique.

(Gros éclat de rire). Ça ne va pas non ? C’est trop bien de pouvoir faire plein de choses. Je sais me concentrer et catalyser mon énergie pour chaque chose, ne t’inquiète pas. On me donne l’occasion de me diversifier, j’en profite. Je sais la chance que j’ai.

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15 juin 2013

Jules : interview pour Le sale gosse

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Je lui ai dit dès son arrivée à l’agence. Cela faisait très longtemps que je n’avais eu un coup de cœur immédiat pour un artiste. Une écoute de Le sale gosse dans son intégralité et hop ! J’ai adhéré à tout. La voix, les textes, ses mélodies d’une redoutable efficacité et une tête à la Docteur House. Difficile de ne pas inviter Jules pour faire sa connaissance. Le 29 mai dernier, l’homme est arrivé et il m’a plu humainement tout aussi rapidement que son œuvre.

Aujourd'hui était le jour idéal pour publier cette chronique. Jules est ce soir au Forum de Vauréal pour un concert exceptionnel où il aura "carte blanche"...

481708_4390482173783_691233095_n.jpgBiographie officielle,  hyper sérieuse et pas du tout drôle (et un peu tronquée, parce que bon, si la bio est plus longue que l’interview, on en sort plus.) :

Quand les filles de l’école se trémoussent sur les tubes pop des 80’s, Jules fume la pipe en se passant les disques de Serge Reggiani, Jacques Brel, Nino Ferrer, Bob Dylan, Renaud ou Goldman. La spirale de la défaite est enclenchée, impossible de faire demi-tour.
En 1988, il enfile une veste en velours et commence la musique avec deux frangins, Sam et Fred, qui deviendront les insupportables Ogres de Barback. Autant dire que ça ne s’arrange pas.

Jules navigue ensuite parmi plusieurs groupes. Il se met au service des autres pour pouvoir acheter du Viagra. Il alterne entre des plateaux télé noir et blanc au piano avec Julio Iglesias, et des sessions de bassiste avec des artistes aussi médiocres que Kent, Jacques Higelin, Bénabar ou Catherine Ringer, dans la variété comme dans le rock alternatif… De pire en pire donc.

Cela aurait pu s’arrêter là si Jules n’avait pas, alors, les deux pires idées de sa vie : Il commence à se couper les poils du nez, alors que, plus tu coupes, plus ça repousse. Mais surtout, il veut écrire ses propres chansons et les défendre sur scène. Oh le con…

Du coup, fiasco total : En 2007 il est élu artiste de son département par l’Adiam et le Conseil 314141_4374496934162_913011114_n.jpgGénéral du Val d’Oise. Il reçoit le soutien incongru (et jamais démenti depuis) du Forum, scène de musiques actuelles de Vauréal (95). Ensuite il est élu « Artiste découverte » à l’Estival de Saint-Germain (78), « Grand Prix du public », « Grand Prix du Jury » et « Prix Claude Lemesle » à « La Ruée vers l’Aure » de Bayeux. Il est également sélectionné comme « Découverte » au Festival ALORS CHANTE de Montauban.
Il a franchi toutes les étapes, tous les statuts labellisés, tous les cols du fémur.

Coup de bol, il se révèle être un véritable homme de scène. Le déambulateur plait aux fans et aux femmes. Jules s’entoure des meilleurs musiciens du monde sur un malentendu et se forge un public fidèle, conquis et sans cesse vieillissant… Les pauvres. Probablement le syndrome de Stockholm…

Aujourd’hui, Jules, c’est une centaine de concerts partout en France, dont la tournée "L’Homme le plus fort du Monde" produite par Béatrice Adnot et qui atteint son point d’orgue Bontempi en janvier 2012 lors d’une date au Divan du Monde épique et archicomble.

Jules-salegosse-visuel.jpgAllez comprendre… C’est aussi deux albums autoproduits : Les années douces et L’Homme le plus fort du Monde (avec 4 204 exemplaires vendus, sous la menace, à ce jour) et ce nouvel album qui vient de sortir sur le label Polychrone.

Un nouvel album, un nouveau spectacle, une nouvelle tournée… Le tout motivé par l’énergie du désespoir. Ne l’encouragez pas. Le type est père de famille. Faites ça pour ses gosses.

En plus « Variété alternative » ça veut rien dire.
Merci pour lui.

Avant l'interview, voici le premier clip tiré de Le sale gosse"

Interview :

C’est ton vrai deuxième album, je ne compte pas le premier autoproduit.

Le disque se vend de moins en moins, mais il reste un outil indispensable pour se faire connaître et trouver des dates de concerts. On a cru à Internet, mais c’est tellement saturé de ce côté-là qu’il faut quand même exister « physiquement ». Le numérique à ces limites aussi, vu que tout le monde balance tout et n’importe quoi. Ca devient plus compliqué de faire le tri en numérique que pour le disque physique.

Le tien, en plus du fond, il y a la forme. Il est très beau.

On avait déjà perdu entre le vinyle et le CD, alors maintenant, si on a même plus le CD… Ma pochette est inspirée de celles de Nino Ferrer et de Jacques Dutronc.

Teaser de l'album "Le sale gosse".

Tu as débuté à la fin des années 80 avec Sam et Fred des Ogres de Barback.

On a eu un groupe pendant 12 ans qui s’appelait Les minoritaires. C’est en allant voir avec Sam la Mano Negra à La Cigale en 1988 qu’on a pris une grosse claque. On avait 13 piges et on s’est dit qu’il fallait faire ça. Sam avait quelques bases, il jouait un peu de guitare. Son père était dans le groupe Il était une fois. Donc il a baigné dans cet environnement musical, contrairement à moi. Mes parents étaient mélomanes, mais pas du tout musiciens.

Vous faisiez quoi comme musique ?

Au début, c’était improbable. On avait un synthé et trois guitares, pas de batterie. Fred est arrivé plus tard avec l’accordéon… c’est une période bénie parce qu’on a trouvé des concerts partout pendant 10 ans. On s’organisait des tournées improvisées et on se payait nos vacances avec ça. On allait voir les mairies et c’était hyper simple.

Vous jouiez vos propres titres ou vous faisiez des reprises ?

Au début, on faisait des reprises et au fur et à mesure, on mettait nos chansons. C’était du rock alternatif, mais hyper maladroit. C’était clairement un joyeux bordel. On était fan de variété comme Goldman et on voulait être la Mano Negra. On n’était pas des brutes de technique, mais il y avait une telle énergie et une spontanéité sur scène que ça marchait. On avait 16 ans et on jouait parfois devant 3000 personnes.

"La bonne nouvelle",enregistré en live au Sax à Achères le 26 janvier 2013.

Après cette expérience, tu as joué dans d’autres groupes ?

J’ai joué dans un autre groupe qui s’appelait Mazette, mais il ne se voulait qu’amateur. Je jouais surtout pas mal pour les autres. Je faisais des plateaux télé. Pendant longtemps, par exemple, j’étais claviériste de Julio Iglesias. Je me souviens d’une émission mémorable sur M6 présentée par Virginie Efira et Magloire sur la culture gay. Julio était invité et je me souviens qu’il y avait deux mecs en slip qui se dandinaient dans une cage et moi j’étais au milieu avec mon petit clavier. C’était un grand moment. Mes premiers pas dans le show bizness étaient éclatants comme tu peux le remarquer.

Tu as bossé avec Polo aussi, l’ancien chanteur des Satellites.

C’est un super auteur compositeur. Il m’a fait rencontrer pas mal de gens, ce qui m’a permis de jouer très épisodiquement avec Bénabar, Catherine Ringer, Kent ou Jacques Higelin.

Jouer avec des gens comme ça, c’est énorme.

J’ai une qualité, c’est que je joue de tout, mais je ne joue rien de très bien. Je ne suis pas un très bon musicien, mais je joue du piano, de la guitare, de la basse, je chante, donc je peux faire les chœurs, et tout ça, pour les prods, dans des équipes réduites, c’est pratique. Souvent, j’ai remplacé des mecs au pied levé.

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Il y a un moment où tu t’es dit que tu allais faire ce métier sérieusement ?

Oui, mais c’était déjà mon métier. Ça fait bien longtemps que je vis grâce à la musique, mais à partir du moment où j’ai eu mon fils, j’ai restreint mes départs en tournée pour les autres artistes. Il y a 10 ans, juste avant que je commence Jules, on m’a proposé de faire la tournée d’Olivia Ruiz à ces débuts. J’ai refusé et c’est à ce moment précis que j’ai décidé de faire mes propres chansons pour décider de mes propres tournées. J’ai décidé de monter mon projet pour ne plus être tributaire des uns et des autres.

Quand tu as enfin créé tes chansons pour Jules, tu as créé le personnage qui allait avec ?

Oui, mais il est venu sans réfléchir. Je suis un « one man song », alors que je ne suis pas une grande gueule et que je suis même très discret dans la vie. Sur scène, oui, c’est un peu « docteur Jekyll et mister Hyde ». J’ai un principe. Je veux absolument dédramatiser  la fonction d’artiste. Je n’ai jamais le trac et j’ai envie que les gens se sentent vraiment proches très très vite. Parfois, ça me dessert, parce que j’ai peut-être tendance à briser trop vite la glace. Je fais un peu le sale gosse et le cabot.

a1812427807_10.jpgC’est marrant d’avoir un double ?

Aujourd’hui, ces deux facettes sont même devenues indispensables. Je suis devenu carrément schizophrène… Si je venais avec mon personnage civil sur scène, ça n’intéresserait personne. Moi, je n’aime pas aller voir des chanteurs sur scène qui s’excuse d’être là. Mon premier album s’appelait L’homme le plus fort du monde, ce n’était pas pour rien. Je me sens parfois l’homme le plus fort du monde. Quand je suis Jules, je me sens un peu invincible, alors que dans la vie,  je suis beaucoup plus mesuré.

Tu es taquin avec le public, quand même.

Oui, un peu. Pas trop ironique. Si, un peu aussi. Selon les soirs, selon comment je sens les choses, il n’y a pas de calcul. Ce qui me fait avancer, c’est que dans nos concerts à nous et lors de toutes les premières parties que nous faisons, on ne prend jamais de four.

Revenons à L’homme le plus fort du monde. Je sais que tu adores ce disque.

Il a beaucoup d’imperfections, mais il m’a permis de rencontrer tous les gens avec lesquels je travaille aujourd’hui, c'est-à-dire Le Vilain Orchestra, mon éditeur et producteur, ma tourneuse… je lui dois tout à cet album.

Et puis, il y a celui-ci, Le sale gosse. J’aimerai que l’on s’attarde sur la chanson, jean-jacques-goldman-mickael-jones-plus-belles-photos-concert_472246.jpg« Jean-Jacques ». Une chanson sur Michael Jones.

J’ai eu la chance de le rencontrer. On a fait ensemble un festival organisé par Gérald Dahan qui s’appelait « Rires et rock ». On a sympathisé assez vite. Moi, je suis vraiment fan de Jean-Jacques Goldman. C’est le mec qui m’a donné envie de faire de la musique. Je voulais faire Jean-Jacques Goldman, comme métier, quand j’étais petit. Quand j’ai rencontré son binôme de « Je te donne », je n’ai pipé mot de Goldman. Mais, je me suis rendu compte que ce type ne pouvait rencontrer quelqu’un qui n’ait envie de lui demander des nouvelles de Goldman. Michael Jones fait une carrière, des disques, des concerts et pourtant, il n’a d’autres choix que de vivre dans l’ombre du géant qu’est Goldman. Ce ne doit pas être évident. Ma chanson n’est pas méchante. Elle est même pleine de tendresse. On s’appelait souvent avec Michaël Jones. Pour L’homme le plus fort du monde, il m’a même donné des conseils. Depuis que je lui ai envoyé ma chanson, je n’ai plus aucune nouvelle. J’attends un appel de son psy qui va me dire que j’ai niqué 30 ans de thérapie.

Ce qui me fascine chez toi, c’est ton sens de la mélodie et de la chanson tubesque. « Mal barré » en est un exemple flagrant.

Ça vient de ma culture variété. Goldman, mais aussi Ferrer, Dutronc père.  Le mot variété est tellement beau… il est juste galvaudé à cause de la variétoche.

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Tu as une voix très grave qui ne correspond pas forcément à ta voix chantée. C’est curieux.

J’ai le syndrome du mec qui a fait beaucoup de concerts dans des conditions pas terribles. Souvent mes tessitures, je les prenais plus haut pour être sûr que l’on m’entende dans les rades où il m’est arrivé de chanter. Comme je me suis beaucoup forcé, mes tessitures sont devenues plus aiguës.

Il y a dans tes chansons autant d’ironie, de second degré, que de mélancolie et de tendresse. Tu es comme ça dans la vie ?

J’essaie d’être optimiste, mais j’ai souvent du mal. Je n’ai aucune nostalgie. Jamais. Je ne regrette pas quand j’avais 18 ans, ni qu’en j’en avais 30. Franchement, j’adore ma vie, même si parfois, mais ça me fait un peu flipper. J’ai un optimisme raisonnable mesuré et mélancolique.

Parle-nous du Vilain Orchestra.

J’ai une chance inouïe. C’est incroyable le talent de ces mecs-là. Je ne suis pas un grand musicien, je le répète, mais j’ai la chance de jouer avec des musiciens fabuleux. Ils sont aussi ingérables que talentueux. Ils ont une sorte de folie douce qui fait qu’il n’y a aucun concert pareil. À la base, ce ne sont pas des copains, ils ont été mes musiciens pour le disque, ils sont devenus des gens que j’aime bien. Des maillons essentiels à ma carrière actuelle. Ils m’amènent beaucoup artistiquement, mais attention, c’est moi le boss. La preuve, quel nom est écrit en plus gros sur la pochette ?

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13 juin 2013

Anoki : interview pour l'EP Allumeur d'étoiles

anoki,l'allumeur d'étoiles,interview,mandor

Anoki est un artiste que j’ai découvert un peu au hasard. A l’écoute de ses titres, j’ai décelé en lui un auteur compositeur-interprète intéressant avec, certes, une marge de progression (comme beaucoup), mais il a indéniablement quelque chose de différent. Un truc en plus. Je sens qu’il peut aller loin s’il persiste et qu’il ne lâche pas ce combat difficile. Car pour réussir quand on est un jeune chanteur, c’est une lapalissade que de dire qu’il faut s’accrocher/lutter/croire en soi.

Le 25 avril dernier, Anoki a quitté sa ville vendéenne pour venir me voir à l’agence… j’ai rencontré un jeune homme sensible, sympathique… et qui sait où il veut aller.

anoki,l'allumeur d'étoiles,interview,mandorSa biographie (selon Akamusic) :

Anoki est « L’Allumeur d’étoiles ».

L'univers d'Anoki est fait de ballades folks et de chansons françaises poétiques. Inspiré par Barbara, Brel, Ferré ou Aznavour et empreint de mélodies douces et accrocheuses, il possède de nombreux arguments pour nous faire rêver avec des textes remplis d’espoir quel que soit le sujet traité.

Sa musique et ses textes s’inspirent profondément de la vie. D’un tout petit détail jusqu'aux sentiments que chacun de nous peut ressentir à un moment ou à un autre, son approche est profondément attachée à l’humain et à sa condition. Nourri d’une somme infinie de styles (musique celtique, folklore français ou folk US, chansons françaises d’hier et d’aujourd’hui, rock, blues, musiques ethniques ou éthériques…), la musique d’Anoki est variée et originale, une musique qui nous fait nous rapprocher les uns des autres pour mieux y revenir.

Le rêve comme prélude au bonheur… …Rêve qui nous invite au voyage.

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anoki,l'allumeur d'étoiles,interview,mandorInterview :

Je n’ai pas trouvé grand-chose de personnel sur toi sur Internet quand j’ai fait mes recherches sur ton cas.

Je suis quelqu’un de très secret et je divulgue les informations au compte-goutte. D’abord, je parle très peu de moi et de ma vie privée. Et je ne raconte que ce qui est concret. Je ne m’avance jamais dans les projets, les choses qui ne sont pas signées. Ce métier n’est pas très sûr, alors je me tais quand les certitudes ne sont pas là. Il faut garder la tête dans les étoiles, mais les pieds sur terre.

Bon, mais moi, je veux en savoir plus sur toi. Tu as des parents militants et mélomanes.

Mes parents étaient agriculteurs. Ils étaient très modestes, mais m’ont ouvert très tôt l’esprit à la culture. Ils m’ont fait lire beaucoup de romans, ils m’emmenaient toujours dans les concerts, et des concerts souvent de choses engagées. Sans être étiquetés politiquement, on ne peut pas dire qu’ils sont de droite, mais en tout cas, j’ai été élevé dans l’engagement.

Tes chansons ne reflètent pas ça.

Pas dans l’EP, mais dans d’autres chansons qui figureront sur l’album, un peu quand même. Raisonnablement, de toute manière.

Clip de "La chute".

Tu écris beaucoup et pas que des chansons.

J’ai écrit deux pièces de théâtre en Alexandrin, mais avec une histoire moderne et deux romans. C’est mon jardin secret.

Tu ne veux pas tenter de les faire publier ?

Non, c’est pour moi.

Je ne comprends pas que l’on écrive des romans ou des pièces et qu’on veuille les garder uniquement pour soi.

Pour le moment, je ne dis pas que je ne les proposerai pas dans quelques mois. Même mes chansons, ça fait 10 ans qu’elles sont écrites. Elles sont évidemment retravaillées, mais la base est là depuis une dizaine d’années. Il faut que mon travail d’écriture murisse longtemps. Un jour je me suis dit que pour mes chansons, c’était le moment d’agir.

D’où ton pseudo, Anoki.

Oui, en amérindien, ça veut dire « celui qui agit », dans le sens « qui agit sur sa vie ».

Tu a des origines amérindiennes ?

Non, je suis attiré par sa culture. J’aime beaucoup les valeurs dégagées par ce peuple. Des valeurs non matérialistes. Ils n’ont pas le sens de la propriété privée. Pour eux, tout ce qui est naturel ne leur appartient pas. Intellectuellement, je me sens assez proche de cette philosophie, tout en gardant mon côté matérialiste.

Clip (studio) de "L'allumeur d'étoiles".

Tu as aussi fait du théâtre.

Oui, ça m’a d’ailleurs beaucoup apporté.  J’ai suivi des cours d’un professeur qui a exercé aux cours Florent et Simon dans les années 70. On ne peut pas faire un travail sur scène, sans être un peu comédien. A moins d’être chanteur à voix et là, c’est la technique vocale qui va l’emporter. Moi, je suis loin de ça.

Tu as suivi des cours à la Music Academy International de Nancy.

C’est une grande école formatrice de musicien professionnel. La plupart des professeurs qui officient dans cette école jouent pour les grosses pointures françaises, voire certaines, internationales.

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Aujourd’hui, tu concrétises tes années de "musique" et d’"écriture" en sortant un EP. Tu es passé par le label belge Akamusic pour ça. C’est un site participatif en fait.

J’ai presque 250 producteurs qui ont investi 35 000 euros. C’est flatteur d’avoir eu autant de soutien. Ca encourage et surtout, on n’a pas du tout envie de décevoir tous ces gens qui ont eu confiance en moi. C’est le grand public qui met de l’argent, ce ne sont pas des professionnels. Je trouve cela très positif.

J’imagine que ça te donne de la responsabilité par rapport aux « investisseurs ».

Ils se sont engagés et je me dois donc de donner le maximum de moi-même pour pouvoir réussir. Il est vrai qu’il faut être patient. Tout ceci demande du temps, du travail sans arrêt. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Clip (studio) de "Nos vieux".

Tu as un travail « rémunérateur » lié à la musique.

Je suis professeur de guitare indépendant, en effet. C’est ça qui me permet de manger, de vivre un petit peu.

Il y a de nombreuses radios qui diffusent tes chansons.

Près de 70 en Belgique et en France. Et le 14 juin, je vais avoir une première nationale sur le réseau RCF. Dans le 11h-13h, je vais faire un mini concert de 7 ou 8 morceaux pour 60 stations.

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Tu exerces en tant que guitariste depuis 10 ans. Ça doit faire bizarre d’être considéré comme un débutant.

Mais, le projet en lui-même a démarré il y a à peine un an. Il y a eu un an de préparation avant. Ça fait donc deux ans.

Il est indiqué dans ta bio que tu t’es inspiré de la belle chanson française, genre Barbara, Brel, Aznavour.

C’est ma culture. Surtout les textes de Brel. J’ai longtemps admiré sa manière de vivre les mots. L’interprétation, c’est porter le texte en exprimant des émotions.

Quand on aime ces artistes-là, ça doit mettre un peu de pressions quant à l’écriture des textes.

Je ne me mets aucune pression. Ils ont du génie et moi je ne suis que moi, à ma petite échelle. Je n’ai pas dit que je voulais les imiter ou que j’avais leur talent. Juste, je veux faire un travail honorable en me servant des bases de ma culture musicale.

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Tu trouves les sujets de tes chansons facilement ?

Oui. « Nos vieux » par exemple, l’inspiration m’est venue après avoir vu deux vieux qui se promenaient, au bord de la mer. J’écris d’une traite quand j’ai l’idée. Pour les mélodies, c’est la même chose. Elles peuvent me venir la nuit. Je me lève et enregistre en chantant la mélodie que j’ai en tête. Ensuite, je mets les accords dessus.

Tes textes sont très personnels, mais beaucoup peuvent s’y retrouver.

Dans cet EP, il y a quand même 3 chansons d’amour. Il y en a une éthérique, une très personnelle et une plus universelle.

Tu as l’impression d’être impudique parfois.

Sur scène, il faut que je le sois, mais sinon, je suis au contraire très pudique.

Tu en as où dans la conception de ton premier album ?

Tout est presque composé. Il faut que l’on arrange les chansons avec mes trois musiciens. Ce disque est pré-produit, mais il n’est pas encore produit. Pour cela, il faut des fonds où une signature dans un label… en fait, je cherche des fonds pour monter mon propre label et financer cet album. (Voir son site où tout est expliqué).

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09 juin 2013

Charles-Baptiste : interview pour son premier album à venir Sentiments inavouables

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Charles-Baptiste est un garçon tout à fait étonnant et original. Un grand jeune homme, toujours tiré à quatre épingles, cheveux bouclés, lunettes disproportionnées,  un peu décalé, qui chante des chansons françaises aussi graves qu’elles semblent légères. Un peu pop, un peu variété, beaucoup classe. 

Avant de sortir un album très bientôt, « Sentiments inavouables » (chez Mercury/Universal), j’ai reçu un EP comportant quelques extraits de ce disque à venir. Énorme coup de cœur pour ce qu’il dégage, pour les propos qu’il chante et surtout pour son sens rare de la mélodie. Sa grande force à mon avis.

Charles Baptiste se produit demain aux 3 baudets.  Il est passé à l’agence le 31 mai dernier histoire que nous fassions connaissance. J’avais hâte de le rencontrer. Je n’ai pas été déçu. Un artiste sympathique, très fin,  la tête sur les épaules et charismatique.

charles-baptiste,sentiments inavouables,interview,mandorBiographie de Universal (un chouia abrégée):

Vous vous souvenez de Claude Rich, dans Les Tontons Flingueurs ? Le gendre idéal à qui Lino Ventura rêvait de mettre une gifle ? Le type très énervant qui se révèle finalement très attachant quand on apprend à le connaître ?

Comme lui, Charles-Baptiste joue du piano, question d’éducation. Comme lui, Charles-Baptiste a une allure d’intellectuel, et une âme d’artiste. Comme lui, Charles-Baptiste ose la franchise, mais avec les manières.

Ses textes sont à la fois émouvants et étrangement drôles, les compositions mêlant culture classique et délire pop. Surtout, Charles-Baptiste promet de dire la vérité, toute la vérité. Même si elle est cruelle. Surtout si elle touche au cœur.

Si vous aussi vous passez vos week-ends cachés dans votre chambre à écouter des 33 tours de variété française des années soixante-dix, sortez au grand jour, Charles-Baptiste vous comprend.

N’ayez pas peur.

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Interview :

En cherchant à savoir comment tu as débuté et comment tu en es venu à consacrer ta vie à la musique, je n’ai rien trouvé rien sur Internet. On a l’impression que tu es né en 2002.

J’ai toujours l’impression que les artistes racontent le même discours, comme les actrices qui disent qu’elles ont toujours voulu faire du cinéma. En fait, je ne sais pas si c’est intéressant que je te dise que moi aussi, j’ai toujours voulu faire de la musique et que j’ai commencé le piano à tel âge…

Moi, ça m’intéresse, je t’assure.

Bon, je te raconte autrement la chose. Tout se décide à l’adolescence. Il y a ceux qui réussissent à l’adolescence, qui couchent avec plein de filles et il y a ceux qui ont eu du mal, qui ont eu quelques frustrations, ce qui a été mon cas… et qui développe donc une sensibilité autre. Quand on est une star au lycée, il n’est pas certain qu’on devienne une star dans la vie (rires).

Clip de "Aussi cool que toi".

Les chanteurs plaisent aux filles, tu as raison, c’est bien connu.

Des types comme Mick Jagger et Paul Mc Cartney ont commencé pour plaire aux filles. Après ils se sont pris au jeu et c’est devenu un truc fondamental. Quand un artiste débute, il y a toujours la notion de plaire aux autres, puis très vite ça devient une drogue dont ils ne peuvent plus se passer.

À l’adolescence, tu as commencé à chanter, à écrire des textes, à composer?

Non, je me contentais d’écrire des lettres enflammées à des filles. Un peu partout en France, on peut trouver des filles qui ont reçu mes missives.

Mais sinon, musicalement, tu as une formation classique.

Je viens du sud-ouest et là-bas, j’ai fait du piano au conservatoire de Pau et ensuite un peu à Bordeaux. Pendant que mes copains allaient au foot, au tennis et aux anniversaires, moi je travaillais mon piano. À 17 ans, j’ai un peu hésité. Je me suis dit que ce n’était pas ma voie. Je n’avais pas envie de ne pas devenir Glenn Gould. Je n’avais pas envie d’être au milieu.

Tu es arrivé à Paris à 18 ans. Du coup.

Oui, et je me suis vite rendu compte qu’aller vers les gens, et vers les filles en particulier, avec un piano, c’était trop compliqué. En plus, en 2001, c’était les Strokes, les Libertines, les White Stripes qu’on entendait. Le piano était un instrument qui n’avait aucun intérêt.

Tu te sentais déjà décalé ?

Oui, un petit peu. Et c’était une période où beaucoup de jeunes artistes français chantaient en anglais. À partir de 2004, j’ai appris les basiques accords de guitares et je me suis mis à chanter dans les bars ou les tout petits endroits ou on pouvait chanter. On peut dire que j’ai bien ramé. J’ai même fondé une formation rock, un peu comme les BB Brunes. C’était un peu le passage obligé. Eux ont tracé, moi, je suis resté sur place (rires). À cette époque, j’ai eu des propositions qui n’ont pas abouti. Je me suis donc remis à travailler. J’y suis retourné en 2007, ça n’a toujours pas marché, j’ai continué à travailler et en 2009, enfin, j’ai eu une proposition d’un éditeur.

Clip de "Piquez-moi avant".

Il faut beaucoup d’années avant de se faire remarquer. C’est presque une lapalissade….

Sur un plateau de Drucker, Michel Berger a dit un jour qu’il fallait 10 ans pour se faire remarquer. Drucker lui a demandé de ne pas en parler pour ne décourager personne…

Moi, ça fait deux ans que j’entends parler de toi comme un type qui revendique le fait d’être un chanteur de variété. Je vais te dire franchement, je t’ai trouvé intrigant. Je me demandais qui se cachait derrière cet artiste-là.

Quand j’ai commencé à chanter dans un habillage rock, en 2007, c’était parce que sinon, je savais qu’on n’allait intéresser personne. Mais, comme je chantais déjà en Français, quand on me demandait dans les soirées ce que je faisais, je répondais, sous forme de provocation, « de la variété ».  Pour certains, c’était intrigant, pour d’autres, ils se taillaient… 

Mais, tu l’aimes cette variété.

Oui, fondamentalement. Je pense à l’âge d’or de la variété des années 70. Julien Clerc, William Sheller, Christophe, Michel Polnareff. Mais je peux aussi évoquer celle des années 80. Il y a un désir de mélodie et de chanson qui est immense. Ils cherchaient à écrire des titres qui pouvaient être chantés par tout le monde. Je fais la même chose aujourd’hui.

Les artistes que tu viens de citer sont des mélodistes hors pair, mais des mélodistes qui portent une attention toute particulière aux textes. Toi, tu as un côté léger et amusant dans ton personnage. J’ai peur que, du coup, le public ne remarque pas la profondeur de tes textes.

Je revendique une forme de fraîcheur et de légèreté. Tu as vu le temps qu’il fait ? Il y a des trucs affreux dans les journaux. Non, je n’ai pas besoin de rajouter à la sinistrose ambiante.

Que tes textes ne soient pas hyper positifs ne m’a pas échappé Charles-Baptiste.

J’utilise des mélodies légères pour évoquer des choses graves. Je crois qu’on n’a pas besoin de sombrer dans le pathos dès qu’on exprime des choses profondes. Je suis en recherche de sens et d’expression de sens, je veux dire des choses, mais à travers une recherche très humaine. Une chanson comme « Non négociable », c’est un type qui est désespéré, qui rampe et qui en devient attendrissant.

Beaucoup de tes personnages sont pathétiques, non ?

Oui, ils sont pathétiques, mais tous profondément humains. Le fait qu’ils le disent, qu’ils s’expriment… déjà, ils s’en sortent.

Clip de "C'est cette année".

Avant cet EP, il y en a eu un précédent.

Je n’avais jamais présenté de musique enregistrée. Je sentais qu’il fallait que je présente quelque chose qui montre ce que j’ai envie de faire. Qu’il en reste quelque chose. Je voulais aussi montrer une étape de la construction d’un disque, comme une sorte de photographie. Quand on regarde les croquis d’un grand peintre, on découvre ce qu’il y a, mais on ne voit pas encore le sourire de la Joconde. On devine juste ce que ça va éventuellement devenir.

Es-tu du genre à revenir encore et encore sur tes textes et ta musique ?

Non, je suis quelqu’un d’impulsif. Les chansons que je considère comme les meilleures sont celles dont j’ai eu l’idée en 15 minutes. Maintenant, j’écris beaucoup de choses dans mon I Phone. Je note juste des petites phrases très parlées. Je bénéficie d’un temps créatif, celui du demi-sommeil. Souvent j’écris au moment où je suis en train de m’endormir ou au moment où je suis en train de me réveiller. C’est quasiment systématique. J’ouvre alors mon I Phone et j’écris avec les yeux brulés par la lumière de l’appareil de façon automatique quasiment toute la chanson. Ensuite, je me rendors, je la laisse macérer et pendant la journée, je la joue 50 fois au piano.

Depuis 9 ans que tu fais ce métier-là, as-tu l’impression d’avoir progressé ?

Si j’ai progressé, c’est parce que désormais, je sais quel est mon style. Je sais ce qui fait ma marque de fabrique et ce qui continuera à la faire dans les années futures. Cette marque là fera que je serai aimé ou décrié.

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Pendant l'interview.

Toutes ces années que tu estimes « galère » t’ont permis de te trouver, finalement.

Je suis comme un laboureur. Comme je viens du sud, les agriculteurs font partie de ma culture. On passe et on repasse dans les champs. Il y a des artistes qui cherchent à se réinventer tout le temps, moi, j’ai l’impression que je vais passer ma vie à creuser ce sillon.  Cette idée de progrès est intéressante. Quand je réécoute les chansons que je faisais en 2005-2006, je n’arrive pas à les décrier parce qu’il y a quelque chose quand même dans l’aspect juvénile qui est dans une énergie intéressante. Pas l’énergie du désespoir, mais l’énergie de l’espoir justement. Aujourd’hui, je suis peut-être un peu plus réfléchi.

Ton album va sortir chez Mercury. Te voilà rassuré sur ton sort ?

Personne n’est jamais rassuré dans ce monde-là et à cette époque. C’est une étape supplémentaire et c’est très encourageant. J’ai toujours voulu signer pour un gros label, parce que le style que je fais, la variété française, qu’on appellera peut-être « de la pop en français », c’est assez difficile de passer par d’autres moyens.

Tu restes libre en termes d’image ?

Tout à fait. Ils m’ont connu, puis signé pour ce que suis et représente. Je sais que pour les purs interprètes, c’est plus difficile d’imposer une image. Ils sont beaucoup plus pris en charge, couvés, on leur impose des chansons. Disons qu’on leur propose intensivement. Comme j’écris toutes mes chansons, les compose, je signe tous les arrangements, je sais donc parfaitement où je vais et comment je vais y aller. J’ai une vision assez forte des choses. Dans mon travail, je suis radicalement moi, en fait. Une chanson, elle touche si elle sincère, si elle n’est pas sincère, elle passe à la trappe.

(Petite pause... qui montre que Charles-Baptiste est aussi talentueux qu'il est malin.)

L'adaptation française de "Get Lucky", le dernier tube de Daft Punk. Ce clip a bénéficié d'un gros buzz!

Maintenant que tu es chanteur, tu te sens mieux ?

Se considère-t-on chanteur ? C’est un peu dangereux de se considérer chanteur. En tout cas, c’est juste fabuleux de pouvoir faire ce métier. Je dis souvent que la chance que j’ai de pouvoir tourner en France, c’est de pouvoir gouter tous les vins et les fromages français.

Bon, tu ne réponds pas vraiment à ma question qui était plus psychanalytique qu’elle en paraissait… Parlons de la scène. J’ai remarqué que le contact entre le public et toi s’établissait immédiatement.

Si on vient en concert, c’est pour sortir de son quotidien et partir un peu ailleurs. Il y a deux choses. À la fois une énergie positive, une façon de dire « ça va mal, mais ça va bien, ça ira mieux demain, vous verrez » et puis, évidemment, il y a des moments de mélancolie. Mais, ces moments-là de mélancolies, je les qualifie de chaudes.

La mélancolie est effectivement sous-jacente dans tes chansons.

Tu crois que le bonheur intéresse les gens, que les gens complètement heureux attirent le public ? Le bonheur, tout le monde s’en fout. Georg Wilhelm Friedrich Hegel disait « le bonheur sont les pages blanches de l’histoire ». Chez un chanteur, on a besoin de sentir une petite fracture qui nous rappelle nos fractures intimes et c’est comme ça qu’a lieu l’échange entre un chanteur et le public. L’écrivain, Anne Serre disait que chez un écrivain, elle sentait la cicatrice. Et elle voyait la qualité de l’écrivain si sa cicatrice était de la même taille que les siennes.

Tu as beaucoup de cicatrices ?

(Rires) Ça cicatrise toute la vie, c’est ça qui est bien. Une chanson, c’est à chaque fois un peu de mercurochrome. Mercurochrome, le pansement des héros !

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Un artiste a-t-il une mission ?

Tu brandis là, je le sens, la dimension d’utilité publique. On peut aller du divertissement aux messages politiques engagés. Ce que je fais se situe entre les deux. L’artiste a un rôle social qui est notamment de tisser du lien. Avant, il y avait les prêtres, les rabbins et les imams, maintenant, il y a les artistes. Les concerts, c’est comme la messe, non ?

Tu n’es pas un chanteur engagé. Merci.

Je n’aime pas les donneurs de leçon. Ça m’insupporte, ces gens qui disent des choses et qui en privé font le contraire. « À mort les riches depuis mon hôtel 4 étoiles ! »

Tes parents sont du milieu ?

Pas du tout. Ils sont tous médecins dans ma famille. Mes parents et ma sœur aussi.

Comment prennent-ils la direction de ta vie ?

Ils sont très bienveillants. Bon, ils font attention dans les interviews quand je parle d’eux. Ils me disent « Oh ! Tu y vas un peu fort. On ne t’a jamais obligé à faire du piano. » En fait, je pense qu’ils voient que je fais ce métier avec beaucoup de rigueur. C’est quelque chose que je ne cherche pas à montrer, mais je travaille beaucoup.

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08 juin 2013

Loïc Lantoine : interview pour la sortie de J'ai changé

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Loïc Lantoine est un ovni dans le paysage de la chanson française. Cela fait longtemps que je voulais le rencontrer. Ses textes faits de sombres pensées et de tendre humanité me touchent au plus haut point. Je ne suis pas le seul, je sais. Ses mots traînent beaucoup d'entre nous jusque dans les tréfonds de nos conneries et de notre folie. Poète de notre temps, conteur d'un autre temps, l’homme n’est pas fan des interviews. Mais son attachée de  presse, la très efficace Sissi Kessaï, fait en sorte de lui faire faire de la (bonne) promo à l’occasion de la sortie de son nouvel album J’ai changé. Une rencontre mandorienne était donc une évidence (surtout pour moi). Le 24 avril dernier, nous nous sommes retrouvés dans un café (mais devant une bière. Non, deux ou trois, je ne sais plus bien).

71tSgtUbQ9L._SL1083_.jpgBiographie par Philippe Barbot (pardon à lui, mais nettement raccourcie) :

Déjà presque dix ans que le loustic Lantoine fait tanguer la langue, chavirer la rime et culbuter les strophes. Avec son complice et alter-égal François Pierron, le chantre de la chanson pas chantée a baroudé de bars en gîtes, de clubs en bouges avec une inaltérable constance et trois albums sous les aisselles : Badaboum , premier essai tapageur en 2004, suivi de Tout est calme deux ans après et du live À l'attaque , en 2008, ont forgé sa réputation de poète routard déglinguant les conventions littéraires et musicales avec un bagout et une pépie dignes d'un Bukowski ch'timi ou d'un Tom Waits nordiste. Loïc Lantoine est revenu. Il a changé, mais pas trop. Juste ce qu'il faut. En mieux. Il a changé. C'est du moins ce qu'il prétend dans le titre de ce nouvel album, aux chansons rodées comme d'habitude sur scène, pendant deux années de tournée. C'est vrai, y'a du nouveau dans cet album. Si l'on y retrouve la familière diction rocailleuse et les singuliers sonnets en vers et contre tous, on ne peut pas ne pas remarquer que le champion de la chanson chahutée s'est mis à... chanter. Loïc Lantoine le duo est devenu Loïc Lantoine le gang. Pour souder cet éclectique club des cinq, il fallait un lien, un regard extérieur, un arrangeur ni trop arrangeant ni trop dérangé : Daniel Yvinec, musicien maestro et directeur de l'Orchestre National de Jazz, a signé une réalisation à la fois dense et précise.

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loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorInterview :

Tes nouvelles chansons bénéficient de nouveaux musiciens. Elles sont donc plus musclées que d’habitude.

Ça s’est fait naturellement. Avec François Pierron, à la sortie du deuxième album, on tournait avec deux personnes supplémentaires, mais qui changeaient souvent. Parmi ces gens-là, il y avait Éric Philippon et Joseph Doherty. On a eu l’envie de figer les choses, alors on leur a demandé s’ils voulaient créer des nouvelles chansons à quatre. Ils ont dit oui. On était content. Thomas Fiancette est arrivé en renfort à la batterie un peu après. Nous voilà cinq maintenant. Mais rien n’était prémédité.

Du coup, vous avez créé pas mal de chansons, tous ensemble, en résidence.

Il y avait quelques textes qui préexistaient, mais je prends de plus en plus de plaisir à écrire en compagnie des musiciens. Ils sont en train de répéter, il m’arrive de les arrêter sur quelque chose qui me touche, ils restent un peu dessus. Une fois que j’ai accroché quelques vers, que je vois où je pourrais aller, je vais m’isoler, je termine la chanson et je leur fait écouter. On essaie de trucs. Parfois même la musique change complètement parce qu’ils ont trouvé autre chose… Ce n’est pas très réfléchi tout ça. Les trois quarts de ces chansons ont été écrits en leur compagnie.

Tu n’es donc pas un solitaire dans la création.

J’ai commencé comme ça, vraiment tout seul, et maintenant, beaucoup moins. Mes musiciens trainent d’autres émotions, d’autres sensibilités et ça m’ouvre l’esprit. J’ai tendance à penser que les chansons ne m’appartiennent pas, donc je trouve ça bien d’être influencé par d’autres. Ça donne des chansons plus riches.

De plus, ce qui est bien, c’est que tes musiciens ont vraiment des influences musicales différentes les unes des autres.

Joseph, c’est un irlandais qui jouait dans Son of the Desert. Il vient du rock pur et dur. Éric, dit « Fil », c’était le guitariste de la Tordue. Quant à Thomas, autant il va s’éclater à jouer de la batterie sur de la valse musette que sur du rock qui tache. Et François, c’est mon compagnon et contrebassiste de toujours… Ils auraient pu jouer n’importe quoi, je les ai choisis aussi pour leur côté humain. L’important, ce sont les bonshommes avant tout.

Clip de "Je ferme". Réalisation : Laurent Benhamou.

J’ai souvent lu que par rapport à ta musique et à ta voix, tu n’étais pas sûr de toi.

Je ne suis pas sûr de moi en général. Pour ma coupe de cheveux, comme pour mon pull ou pour mon chant. J’ai du mal à me revendiquer comme chanteur. Ca me fait toujours marrer parce que j’ai l’impression que c’est un malentendu gigantesque.

Tu as un public nombreux depuis des années.

Il n’est pas si nombreux que tu le dis, mais il est fidèle et varié et ça, ça nous fait plaisir. Il y a des gens qui nous ont découverts par le biais de la chanson traditionnelle et, avec le temps, des gens sont arrivés par d’autres entrées. Parce qu’on joue aussi du rock, monsieur !

Après les concerts, tu aimes bien parler avec ton public.

De moins en moins. Je suis un peu gêné parfois. C’est compliqué, j’ai autant de mal à recevoir les compliments que les insultes. Quand on me dit des choses très gentilles, je ne sais jamais quoi répondre et j’ai les mains qui deviennent moites. Je n’aime pas avoir les mains moites.

C’est une forme de timidité.

Oui. D’ailleurs, c’est marrant dans ce boulot le nombre de gens timides. J’ai un peu réfléchi là-dessus, ce n’est pas une histoire de thérapie. La timidité doit être une qualité parce qu’elle permet d’avoir de la pudeur. Les gens qui sont un peu plus tête brulée sont sans doute plus « évident ». C’est pour ça que ça marche un peu mieux pour les gens un peu torturés.

Pourtant, chanteur, c’est quand même un métier sacrément impudique. loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandor

C’est justement quand on est dans le paradoxe qu’une certaine richesse arrive. C’est un métier qui est complètement aberrant, il ne faut pas faire ça. Quand tu es timide, dire à des gens « taisez-vous, c’est moi qui parle », c’est absolument n’importe quoi.

Y a-t-il deux Loïc Lantoine. Celui qui est sur scène et celui qui est dans la vie ?

Disons que celui qui est sur scène est une caricature de celui qui traine ses guêtres dans la vie. Je ne pense pas que l’on puisse réellement me connaître à travers ce que l’on voit de moi sur scène. Tous les traits sont là, mais j’exagère tout. Je suis bien plus quelconque que ce que je peux donner à voir. Je ne me réveille pas tous les matins en faisant une déclaration d’amour infernale à ma femme, par exemple (rires).

Tu as testé tes nouvelles chansons sur scène avant de les enregistrer. Pourquoi ?

C’est un rapport qui s’est inversé. La logique voudrait qu’on enregistre des chansons et après qu’on les tourne. C’est bien beau d’imaginer comment on va assumer une chanson devant les gens, mais tant qu’on ne l’a pas fait, on ne sait pas ce que ça va donner. Ce qu’on a « boxé » en studio, sur scène, on s’aperçoit que ça passe mieux en douceur. Parfois l’inverse, on a envie de muscler une chanson qu’on a enregistrée trop cul-cul. On ne sait jamais comment on investit une chanson, alors je trouve que roder une chanson avant de la graver est un bon procédé.

Ce n’est donc pas pour voir la réaction du public ?

Non, c’est juste pour voir comment on assume les chansons. Il faut être un peu schizo dans ce métier. Quand j’écris, j’essaie de me plaire en tant que public potentiel. Si je dois commencer à prendre la température des goûts des gens, je suis mort. Je fais des chansons pour le Modem après.

Tiède. Milieu quoi !

Voilà.

Tu ne te censures jamais ?

Je ne m’interdis rien dans la chanson. Mais il y a une petite alarme intérieure qui clignote parfois. Surtout sur les intertextes, parce qu’il m’arrive de sortir de grosses conneries sur scène. Je suis là pour faire passer un bon moment aux gens, alors souvent, je vais à fond. Parfois trop, mais les gens aiment quand même bien déconner. Moi aussi.

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Chanter des nouvelles chansons à un public, ça doit faire un peu peur.

On a créé ce nouveau spectacle à Évreux. Il y avait 17 nouvelles chansons et on les a toutes jouées. Je n’étais vraiment pas à l’aise. J’étais en panique même. Quand on a joué une chanson 30 fois, on est quand même plus à l’aise dedans. Tout est une question de rodage.

loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorPour les amateurs de chansons françaises dites traditionnelles, tu es une très grosse référence. Un peu à l’instar d’un Allain Leprest (mon hommage mandorien ici).

Leprest, c’est mon papa de métier, c’est lui qui m’a mis un peu le pied à l’étrier. Mon entrée dans le boulot c’était de coécrire avec Allain des chansons pour le chanteur Jehan. C’était pour moi hallucinant parce qu’ils étaient mes deux artistes français préférés, chacun dans leur domaine. Avec Allain, on s’est côtoyé jusqu’à sa mort.

Tu n’aimes pas du tout les comparaisons avec d’autres artistes.

Je ne comprends pas pourquoi on me compare à Allain Leprest. Léo Ferré aussi revient loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorbeaucoup. Peut-être parce que je fais des phrases trop longue. Arno, à la limite, là je comprends parce que j’ai une voix de fumeur, mais c’est tout. Je suis beaucoup moins connu que ces artistes-là en tout cas. C’est pour ça que je continue ce qu’on fait là.

La promo ?

Oui. Ce n’est pas un truc qui m’est très agréable. Je n’aime pas parler de moi. Mais l’idée de donner la possibilité au plus grand nombre de gens de me connaître m’intéresse. Après, ils feront le choix de m’écouter ou pas. Je joue le jeu des interviews, mais, encore une fois, ce n’est pas très agréable. (Il me regarde, se demande si je suis vexé, puis ajoute). Non, mais avec toi, ce n’est pas pareil…

Je sais très bien qu’il y a des artistes que je vais emmerder. Je sais très bien que tu n’es pas hyper fan des interviews, mais je m’en fous, je viens quand même parce que j’ai envie de te connaître. C’est égoïste de ma part,  je le sais bien.

Non, mais j’ai besoin de communiquer sur mon travail, mais je préférerais boire un coup avec toi, sans micro. Tu vois ce que je veux dire.

Dans chaque album, ce sont souvent les mêmes thèmes. L’amitié, l’amour, un bar qui se ferme… L’œuvre de Loïc Lantoine, c’est toujours pareil sauf que c’est jamais pareil.

Tu as raison. Je ne sais pas de quoi parler si ce n’est de ces choses-là. J’ai de l’admiration pour les gens qui sont capables de raconter des petites histoires surréalistes. Je trouve quelques chansons de Thomas Fersen très réussies et complètement dingues. Il invente des mondes, moi j’en suis bien incapable. Quand il raconte l’histoire d’une bille qui tombe des escaliers, je le trouve très très fort. Avec moi, la bille, elle rencontre un copain dans l’escalier. Ils vont au bar d’à côté boire un coup, mais le bar il est fermé (rires).

Ce qui compte plus que tout pour toi, c’est l’émotion qui se dégage d’une chanson.

Oui. Les émotions fortes. De mes chansons, il faut que se dégage de la colère, de la tendresse, de la nostalgie, de la fraternité, l’amour fou, une musique, un instant, une idée qui va me mettre en branle. Je veux faire naitre des émotions variées chez les gens. On est fabriqué pour vibrer. Une chanson n’est jamais belle. Si la personne qui l’écoute ressent de belles choses, c’est cette personne qui est belle. La chanson, on s’en fout.

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Après l'interview, le 24 avril 2013, dans un café parisien.

04 juin 2013

Christophe Maé : interview pour Je veux du bonheur

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J’interviewe une fois par an (à peu près) Christophe Maé. (2 interviews filmées là, et une première mandorisation à l’époque où je cachais encore mon identité).

Maé est un artiste dont on peut penser ce que l’on veut (et que je n’écoute pas moi-même spontanément), mais on ne peut pas lui reprocher de ne pas être une bête de scène et de ne pas transporter les foules. Même les moins motivés par sa personne reconnaissent son incroyable présence et ses performances irréprochables.

Et le type est simple, voire même super sympathique (qui a dit « il ne manquerait plus que ça ! » ? Dehors !) Donc, j’aime bien le rencontrer.

Bref, voici ma toute récente interview. Pour Le Magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de juin 2013). Plus un bonus mandorien…

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Clip de "Tombé sous le charme".

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christophe maé,je veux du bonheur,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien:

Je trouve que c’est bien d’avoir une nouvelle couleur musicale après deux albums…

Je n’ai pas l’impression que ce soit non plus aux antipodes de ce que j’ai fait jusqu’à présent. La musique cajun a une couleur métissée. Le sud des États-Unis, c’est un mélange d’influences caribéennes, africaines et autres, car il y a beaucoup d’Haïtiens, d’Espagnols, de Français, d’Irlandais. Finalement, je n’ai pas été plus dépaysé que cela. J’ai retrouvé beaucoup de couleurs musicales que j’avais déjà utilisées et qui m’inspirent.

Dans « Ma jolie », vous évoquez la culture de cette région-là. Et vous parlez des chamans. Vous croyez en leur pouvoir ?

Je ne suis pas à fond là-dedans, mais j’y crois. En Louisiane, il y a énormément de vaudous. Le vaudou est né là-bas et c’est quelque chose qui me fait un peu flipper, je vous l’avoue. J’ai une éducation catholique, je crois forcément en certaines choses.

Revenons à Serge Lama qui a écrit « Je veux du bonheur ». J’ai vraiment été étonné, car il n’a pas pour habitude d’écrire ce genre de chanson là. On a l’impression qu’il s’est mis à votre place.

Je suis allé chez lui toute une journée et on a avancé le texte ensemble. Il s’est vraiment mis à mon service. Ce n’est pas le Serge Lama de « Je suis malade », c’est sûr. C’est l’opposé. Mais, c’est intéressant ce métier. Il me permet de rencontrer des artistes de cet acabit. Il fait partie de mes pères dans sa façon d’écrire. Je ne l’ai pas sollicité par hasard. Je suis ravi de chanter ces mots.

Autre collaboration, celle avec Mike Ibrahim. Là, ce sont deux chansons, « Charly » etchristophe maé,je veux du bonheur,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor « La poupée ». Deux chansons dont les sujets sont difficiles.

Ce sont des histoires qui me collent à la peau et c’est moi qui ai suggéré ces deux thèmes à Mike. Pour « Charly », c’est l’histoire d’une petite fille de 8 ans que j’ai connu et qui est morte d’une tumeur au cerveau. Personne ne peut rester indifférent à ça. C’est une histoire tragique, elle est partie en quelques mois. Mike Ibrahim est arrivé à une profondeur et une gravité supplémentaire à ma façon d’écrire personnelle. Moi, j’écris cash. Comme je parle, j’écris. Lui emmène de la poésie à tout ça. Pour « La poupée », c’est pareil. Il y avait une SDF qui était en bas de chez moi. J’ai pris l’habitude de parler avec elle pendant des mois et elle a disparu du jour au lendemain. Je la trouvais tellement belle que je l’appelais « ma poupée ».

Vous ne l’avez jamais revu ?

Non. Si un jour je la croise, je lui dirai qu’une chanson sur elle existe désormais.

Mike Ibrahim est de votre génération. Vous devez vous comprendre parfaitement.

Oui, on forme un vrai binôme. Il est descendu chez moi des mois dans le sud de la France. On écrivait ensemble, comme on jouait au ping-pong. Les mots fusaient de toutes parts et on se les échangeait.

Il y a aussi une reprise de « It’s Only Mystery ». Pourquoi cette reprise tirée de la BO de Subway ?

C’est une chanson que j’adore depuis sa sortie.  J’ai fait 10 ans de piano-bar et quand j’arrivais dans un établissement, je commençais toujours par ce morceau. C’est à la fois un titre coup de cœur et porte-bonheur pour moi. J’avais failli l’enregistrer pour le premier album, puis pour le deuxième, puis j’ai même tenté d’en faire une version française, mais ça ne marchait pas. Cette fois-ci, j’ai vraiment eu envie de la mettre sur mon troisième disque.

Elle vous vient comment généralement l’inspiration ?

Soit en regardant un film ou en lisant un livre… et ça me fait rebondir sur un thème. Ou alors en voyageant. Il n’y a pas 36 possibilités.

(Et pour finir, parce qu'il est évident que Christophe Maé a besoin de Mandor pour que les salles se remplissent, voici les première images du concert enregistré le 13 mai dernier au Théâtre de Paris. A retrouver dans un cinéma près de chez vous les 7 et 8 juin prochains.

De rien Christophe!

03 juin 2013

Emma Solal : interview pour Robes du soir

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Pierre Faa est un auteur-compositeur interprète doublé d’un talentueux journaliste musical. Si je ne le connais pas très bien, quand nous nous voyions, on a l’impression d’être pote depuis longtemps. Bref, j’aime bien son travail et j’aime bien nos rencontres. Quand j’ai su qu’il avait travaillé (et pas qu’un peu) avec une jeune femme, Emma Solal, je me suis donc intéressé de près à son travail.

«  D’histoires d’amour, fragiles et mystérieuses, piquantes ou légères, du désir d’Italie, de la beauté tragique des fleurs, Emma Solal butine un jardin musical empreint de couleurs et de fragrances, oscillant entre langueur et facétie ».

Du coup, j’ai demandé à Pierre de me mettre en contact avec la chanteuse. Ainsi le 11 avril dernier, elle est venue à l’agence pour que nous fassions connaissance... (son site, ici).

emma solal,robes du soir,pierre mc faa,interview,mandorBiographie officielle, mais un raccourcie :

Emma Solal écrit, chante, rêve... Elle réinvente cette chanson colorisée qu'ont pratiquée Paris Combo, Pink Martini, Enzo Enzo… Il y a en elle des souvenirs de Saint Germain des Prés. On imagine bien cette longue fille brune et lunaire dans la bande à Gréco, époque Rose Rouge, entre Queneau, Boris Vian et Sagan. En même temps, Emma est radicalement de son temps, avec des émotions aussi diverses et spontanées que les couleurs de sa pochette.
Après le succès de sa résidence au théâtre des Déchargeurs, elle sort son premier album « Robes du soir » très encouragé par les internautes. Pour ce premier opus, Emma choisit sa bande, ses amis de musique, avec le talent pour toute considération marketing.
Ça s'appelle la liberté, la fraîcheur, le changement.

Hormis ses créations, il y a des chansons de Pierre Faa (son groupe Peppermoon a séduit l'Asie), un texte d’Éric Chemouny (auteur notamment de "Sang pour sang" d'un certain Johnny Hallyday), Giuseppe Cucè, des musiques de Joël Ducourneau, Charles Rouah...

À vous d'entendre son grain de folie, les saveurs de sa voix et le bel avenir qui l'attend !

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(Photo : Stéphane Chouan)

emma solal,robes du soir,pierre mc faa,interview,mandorInterview :

Comment a commencé ton histoire d’amour avec la musique ?

Ça a toujours été là. J’ai fait du piano toute jeune et j’ai poursuivi en chorale universitaire. Ma mère a toujours organisé des concerts de musique classique, donc j’ai toujours été bercée par cet environnement.

Tu tentes de vivre de ta musique aujourd’hui, mais tu as eu une autre vie avant de prendre cette décision.

J’étais économiste pendant longtemps dans des services de recherches économiques, mais tout en faisant de la musique. D’ailleurs, je suis partie en Italie pendant 4 ans pour faire ma thèse d’économie. C’est à mon retour que j’ai commencé à travailler avec des pianistes sur des répertoires de chansons, notamment celles de Serge Rezvani, Mireille, Dalida, des artistes comme ça. Je négociais des temps partiels avec mes employeurs de manière à gagner du temps pour la musique. Concrètement, j’ai mené de front les deux activités pendant 10 ans. Pendant ces 10 ans, j’ai vu que la musique prenait une place fondamentale, cruciale, vitale. J’ai donc fini par cesser l’économie pour me consacrer uniquement à la musique. Quand je suis partie de la banque dans laquelle je travaillais, la crise est arrivée, je pense qu’il y a un lien de cause à effet (rire).

Clip de "Robes du soir".

Il y a donc un moment où on ressent le besoin de choisir.

Oui, la vie est courte et on a tellement de belles choses à faire. Et puis, c’était deux activités un peu trop parallèles.

Tu as investi Les déchargeurs de mars à juin 2011.

C’était tous les samedis soirs. Et c’était complet tout le temps. Bon, cette salle ne peut contenir que 22 personnes, mais pour quelqu’un qui débutait, c’était déjà extraordinaire. La promiscuité avec le public, la chaleur qui s’en dégageait, j’ai adoré. Cette expérience a été très formatrice en tout cas.

Tu as rencontré Pierre Faa, 6 mois avant d’avoir signé le contrat avec la programmatrice du lieu.

Pierre est une rencontre fondamentale dans ma vie musicale. Il a écrit des chansons, paroles et musiques de plus de la moitié des chansons, mais il a fait aussi l’artwork, il m’a mis en contact notamment avec l’arrangeur qui est un de ses amis d’adolescence et les musiciens qui ont participé à mon album.

Quand on l’écoute, c’est le jazz qui domine, mais pas que. Ce que je trouve étonnant, c’est cette musique un peu « d’avant », finalement d’une modernité absolue.

C’est un peu à l’image de ce que je suis, je pense. Un peu antique et moderne. J’aime beaucoup de choses en fait. J’aime la « variété ». À la fin de mon album, il y a même une tendance electro. Je ne ferme la porte à rien. Il y a des chansons mélancoliques et d’autres plus up tempo, plus solaires… j’ai des origines italiennes par ma grand-mère, alors, le soleil est souvent là.

Clip de "A toi enfant".

Tu as fait appel à un site participatif, Ulule pour faire ton disque.

Grâce à Ulule, j’ai pu financer cet album sans problème. Il fallait 3500 euros… que j’ai eus facilement. Comme je te l’ai expliqué en évoquant mon parcours, ce n’est pas un caprice cette histoire de musique. Ça s’est vraiment ancré dans ma vie progressivement. Et je suis très persévérante, très déterminée. Ça a pris le temps que ça a pris, mais nous y sommes parvenus.

Ce disque est une très belle carte de visite pour se présenter aux gens, pour montrer l’étendue de ton travail.

J’y tenais vraiment, même si le disque n’est plus vraiment le sens de l’histoire.

Quand on t’évoque Saint-Germain-des-Prés, Gréco, Vian… c’est une époque dans emma solal,robes du soir,pierre mc faa,interview,mandorlaquelle tu aurais réellement vivre ?

J’aurais bien aimé, mais je suis bien aussi en 2013. Ce sont des références de chansons qui me touchent et avec lesquelles j’ai grandi.  Ce que j’aimais à cette époque, c’est une certaine légèreté et une audace. Ces chansons étaient plus distancées, ironiques, joyeuses, plus drôles même… on est aujourd’hui dans une époque anxiogène, à tous les niveaux, ce n’est pas pour autant que je suis passéiste. Je trouve juste qu’il y a beaucoup de choses aujourd’hui à réinventer, à proposer. C’est un challenge intéressant.

Il y a une chanson très poétique, « J’ai racheté la tour Eiffel ». Je crois qu’elle s’est fait repérer ailleurs qu’en France.

En Asie, elle figure sur une compilation distribuée en chine, Taïwan Hong Kong. Elle s’appelle French Café. Sinon, certaines de mes chansons ont été relayées sur des radios étrangères avec plus de facilité qu’en France. Espagne, Hollande, Angleterre, Pays-Bas. Il y a moins de catégorisation à l’extérieur. En France, j’ai l’impression que dès lors qu’on n’est pas clairement identifiable, tout devient compliqué. Les programmateurs hésitent à te diffuser, car ils ne savent pas dans quelle case te ranger.

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(Photo : Stéphane Chouan)

La question qui tue. Tu chantes pour quoi ? T’épanouir ou rendre les autres heureux ?

Les deux à la fois. Il y a quelque chose de très, non pas thérapeutique parce que ce n’est pas ça, mais de très essentiel dans ce rapport à la vibration, au corps, à la respiration… quelque chose de très basique qui vient des tripes. Chanter, c’est un accès au corps qu’on n’a pas forcément dans la vie de tous les jours. Au-delà de ça, le plaisir de partager, de proposer un univers. J’adore la scène et ses moments de partages autant avec les musiciens qu’avec le public. C’est émouvant de constater qu’il y a quelque chose qui passe dans ce qu’on a envie de dire. Ce sont des moments de vie uniques et incroyables.

Tu écoutes quoi chez tes confrères et consœurs  de la chanson française.

J’adore Barbara Carlotti, Clarika, la Grande Sophie, Loane, Nicola Son… mais aussi Arthur H, des gens comme ça.

emma solal,robes du soir,pierre mc faa,interview,mandorCe métier est-il difficile ?

C’est tellement agréable d’être dans son désir et faire des choses qu’on aime. En France, il y a un peu trop le discours comme quoi tout est difficile. Il faut travailler, il faut y aller, même si le climat est quand même très morose.

Tu recherches un tourneur, pas forcément une maison de disque.

J’ai l’impression qu’il y a des artistes qui perdent beaucoup de temps et beaucoup d’énergie a essayé de rentrer en contact avec les maisons de disque qui sont, elles même en difficulté. C’est peut-être dans l’autre sens qu’il faut le faire. Il faut proposer et voir si on peut capter l’attention de quelqu’un.

Es-tu positive pour l’avenir ?

Oui. Je crois aux chances que l’on se donne soi-même. Je crois au fait que quand on est dans son désir, le monde répond. S’il ne répond pas, ce n’est pas grave. Il y a plein d’autres choses à faire.

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01 juin 2013

Marie Cherrier : interview pour la sortie de Billie

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(Photo: Jean-Marc Lubrano)

3 ans qu’on n’avait pas eu de nouvelles de Marie Cherrier. Elle manquait. L’amateur de chanson française suit cette jeune femme depuis la sortie de son premier album, Ni vue ni connue, en 2004. Je l’ai déjà mandorisé à l’occasion de son album Live à La Cigale. Je m’étais amusé à expliquer pourquoi je l’aimais (l’artiste, évidemment, mais j’avais laissé planer le doute).

Marie Cherrier est passée à l’agence le 8 avril dernier pour évoquer son 3e disque studio Billie (dans les bacs depuis le 27 mai dernier). Comme d’habitude, j’ai passé un bon moment…

Marie-Cherrier-3-JM-Lubrano.jpgBiographie officielle (et un peu raccourcie):

Marie Cherrier, auteur-compositeur-interprète de la scène française grandit à Onzain (Loir-et-Cher). À 17 ans elle se produit dans des bars pour interpréter ses chansons, et complète son répertoire en reprenant Renaud et Serge Gainsbourg.
Elle enregistre son premier album Ni vue ni connue en 2004, réalisé par Jean-François Delfour (compositeur de Caroline d’MC Solaar et directeur artistique des Rencontres d’Astaffort auxquelles Marie participe).
Début du succès : elle est invitée au journal de France 2, France Inter, dans les grands festivals (Printemps de Bourges, Francofolies, Alors Chante à Montauban…), dans les salles parisiennes (Casino de Paris, Trianon, Bataclan…), et en première partie de Francis Cabrel, Juliette Gréco, Thiéphaine, …
Distingué par le coup de coeur de l’Académie Charles Cros et les 3 clés de Télérama : l’album Ni vue ni connue se vend à plus de 20 000 exemplaires.
Alors quoi? Son deuxième album, sort en 2007. Plus grave, avec un regard sans concession sur le monde (et avec une chanson coup de poing pour réveiller Renaud). La tournée continue en France, en Europe, ainsi qu’au Maroc, Laos, Colombie…, et se termine sous les acclamations du public à la Cigale en mars 2008. Cette soirée est enregistrée, et gravée dans un Live à la Cigale.

En 2010, Marie décide de prendre du recul et observe le monde changer.
Elle fait une rencontre déterminante avec Michael Désir, batteur de renom. Il  lui propose une collaboration musicale et devient co-compositeur et réalisateur de son nouvel album.
Portée par des musiques pop, la fougue revient de plus belle. Marie créé un personnage sauvage, audacieux et iconographique qui incarne la liberté : Billie.

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DSC0743nn5.JPGInterview :

Billie est un personnage fictif. Pourquoi as-tu endossé la peau de ce personnage qui est toi et pas tout à fait toi ?

Elle est plus que moi. Plus extraordinaire. Moi je suis chanteuse, auteur-compositeur interprète, Billie, elle, est plus une femme d’aventures. Tout ce qu’elle est, c’est ce que j’admire chez une femme, du coup, j’essaie de lui ressembler. Elle est ce que l’on ne peut pas être parce que sinon, on n’aurait pas de vie sociale correcte. Ce personnage est sans limites, un peu mystérieux et solitaire. Moi, j’aime la solitude, mais j’aime aussi  les gens, l’amitié… Billie, en fait, c’est plus une attitude, un charisme qu’une vraie personne. C’est un modèle d’attitude pour récupérer un peu de fierté qui me manque terriblement. C’est aussi pour se souvenir qu’être entier, c’est être vivant. Billie personnalise la vie. Il ne faut pas oublier les sentiments les plus puissants que l’on a. Elle, elle s’assume pleinement. Billie, c’est la sauvagerie d’un être.

Dire que Billie n’est pas toi, ça permet de dire beaucoup plus de choses dans ton album… bien que tu n’as jamais eu la langue dans la poche dans les disques précédents.

Je n’ai jamais eu l’habitude de planquer mes sentiments, même sous mon nom… c’est dans l’ordre des choses. Billie, c’est un nom et un être plus sauvage, un peu androgyne. Moi, je me suis bien reconnu dans Lucky Luke, un homme peut bien se reconnaître dans Billie.

Billie est présentée comme sauvage, libre, révoltée, j’ajoute rebelle. Je persiste à dire 431835_356012727831706_943301722_n.pngqu’elle te ressemble au moins en partie. Derrière tes textes, que je connais bien et depuis longtemps, c’est la trace de toi qui est restée en moi.

Disons que c’est ma petite sœur Billy. Mais sans limites. C’est marrant que tu me parles de « laisser une trace ». C’est quelque chose à laquelle je n’ai jamais pensé. Sauf depuis cette année en fait.  J’ai presque 10 ans de carrière. J’ai écrit mon premier disque à 18 ans, j’en ai 28 aujourd’hui. Après m’être arrêté à peu près 3 ans et que je constate que, lorsque je reviens, il reste encore des gens qui sont encore là à m’attendre, je me rends compte que mes chansons ont vécu. Je n’avais pas la notion de durée dans le temps et d’impact à long terme. Dans mes chansons, j’ai toujours envie de laisser une petite philosophie de vie, tant mieux si elles perdurent, alors.

D’ailleurs, quel regard as-tu sur tes deux premiers albums studio ?

J’ai beaucoup de tendresse pour eux. Je m’aperçois que ce que je pense et fais aujourd’hui est juste une continuité de ce que je faisais avant. Je n’ai pas changé radicalement de vision des choses. J’ai toujours chanté des histoires de choses cassées par un réel trop dur. Je suis assez contente et fière d’avoir laissé des chansons comme celles-ci. Pendant qu’elles existent, moi, je continue à évoluer, à progresser.

Billie a plein de valeurs.

Elle est attachée à des choses puissantes. L’amour, la passion… et puis aussi la violence, là aussi c’est puissant. Je le répète, elle est comme ça, un peu extrême et radicale parce qu’elle veut se sentir vivante.

Mais, toi non plus, j’ai l’impression que tu ne fais pas les choses à moitié.

J’aime bien aller au bout des choses, je ne m’arrête pas avant. Juste, si j’étais comme Billie, je n’aurais plus d’amis parce qu’elle est trop extrême dans sa passion. Elle en devient égoïste. Dans la vraie vie, il faut composer, il faut faire attention. Moi, j’essaie d’être au maximum telle que je suis réellement, mais ce n’est pas toujours possible de lutter contre les conventions. Il faut être extrême, comme il faut être réservé. Elle n’a pas ce côté réservé, elle n’y pense pas, elle n’a pas ce côté dans sa vie.

"La cavale" (Live aux 5 Baudets le 7 mai 2013)

Dans la chanson « La cavale », dans laquelle tes inspirations gainsbouriennes sont marquées, c’est une déclaration d’amour nerveuse, mais alors, pas du tout gnangnan.

Je n’aime pas le gnangnan. J’ai toujours balancé mon côté très féminin avec des mots un peu tranchés. J’ai des références très masculines en termes de chansons et de textes. J’ai peu d’idoles féminines. À part peut-être Édith Piaf. Dans l’écriture, je l’ai toujours dit, ceux que je respecte sont Renaud, Brassens et Brel. Du coup, mon vocabulaire est très masculin et m’empêche donc de tomber dans le côté gnangnan, comme tu dis.

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(Photo : Fifou)

« Collée à ta bouche » est aussi une chanson aussi gainsbourienne, mais surtout très… charnelle.

Là, j’ai pris une autre direction. Je suis très contente d’avoir ce genre de morceau, parce que cela exprime de façon différente une histoire d’amour. Jusqu’à présent, j’étais plus terre à terre. C’était toujours sous forme de petite comptine. 

La chanson « Billie brouillard », fait-elle référence à « La ballade Willy Brouillard » de Renaud ?

Pour le titre, oui, il y a une légère inspiration (sourire). Cependant, la chanson n’a rien à voir et c’est peut-être celle qui ressemble le moins à mes chansons inspirées de son œuvre. Dans cet album, c’est « T’es où » qui se rapproche le plus de lui. Je ne peux pas dire le contraire, il y a toujours eu un peu de Renaud dans mon travail.

Clip de "T'es où?"

Parlons de « T’es où » justement.  Qui sont les « bandits honnêtes qui changeaient la vie » ?

J’ai écrit cette chanson en 2008 et il y a encore des révolutionnaires en 2013, heureusement. Mais en 2008, je n’avais pas encore internet, et je me demandais où ils étaient passés. Je croyais qu’ils étaient tous morts. J’ai toujours eu besoin d’aimer les grands hommes,  les grandes personnalités, que ce soit en chanson, en cinéma, en politique… des gens pour qui on a envie de dire « je suis avec toi, je pense comme toi ». Ces gens m’aident à être plus exigeante avec moi. Il y a des êtres humains qui savent dire et faire les choses, qui savent mener, qui savent faire rêver, qui savent porter plus haut. Ça, ça m’a toujours fasciné, porté et aidé tous les jours. Là, récemment, il y en a un qui vient de mourir, Hugo Chavez.

Hugo Chavez ? Je suis étonné.marie cherrier,billie,mandor,interview

Oui, je lui ai dédié  « T’es où ». Tous les grands personnages sont décriés. Comme je n’écoute pas les médias et que je vais voir les vidéos à leur source, du coup, j’ai écouté des discours entiers. Je peux affirmer que cet homme-là m’a beaucoup touché. Et bien avant qu’il ne meure. C’était quelqu’un que je respectais énormément et que je respecte encore. Il me donne envie de continuer à lever le poing.

Tu as dû être révolutionnaire dans une autre vie !

Je respecte les grandes idées et les philosophies de vie qui font que ça avance.  On peut espérer autre chose que la médiocrité ambiante.

Mais, dans la vie, on est tous un peu médiocres et on n’y peut rien.

Oui, mais chacun peut prendre la décision de s’élever. Les gens, effectivement, c’est médiocre, l’individu, pas du tout. Chacun à son libre arbitre pour faire le bien, au moins un peu, et ne pas se laisser bouffer par la médiocrité.

"J'm'appelle Billie" (clip officiel signé Neels Castillon)

Michael Désir, batteur de renom, est devenu co-compositeur et réalisateur de cet album. Une vraie collaboration artistique qui a rendu ce disque carrément rock parfois. Du coup, ta façon de chanter est sensiblement différente sur certains titres.

Oui. C’est plus d’exigence encore. En travaillant ensemble, on a mélangé deux mondes. Moi, je viens de la pure chanson française et lui, plus de la pop. Michael a baigné dans Michael Jackson, Toto et compagnie. Il a joué aussi bien avec Keziah Jones, Ayo qu’avec Obispo ou Christophe Maé. Il y avait quelque chose à trouver pour que l’on puisse travailler ensemble. Ça passait aussi forcément par un travail sur la voix. Là, il y a une place énorme pour la rythmique, donc c’était une autre façon de placer le chant. J’ai laissé une place aux chœurs, ce que je n’avais jamais fait avant parce que c’est moins dans la tradition de la chanson. Il fallait trouver le bon mélange et le bon dosage. Il a fallu que je défende d’où je venais, tout en étant très attirée par le monde de l’autre, en voulant même me l’approprier, mais du coup, en faisant attention de ne pas perdre ce qu’on a à apporter. Ça a été délicat à ficeler et en même temps, très naturel. Ce qui est marrant, c’est que les compositions ont été faites très vite, mais c’est dans la réalisation qu’il a fallu faire attention. Ça m’a apporté énormément. J’avais beaucoup à apprendre musicalement parlant.

marie cherrier,billie,mandor,interviewIl y a une discipline de vie à acquérir quand on fait un album.

Oui, mais avant, je n’en avais aucune conscience. Ma discipline de vie, c’était vivre et en profiter. Je n’avais aucune barrière. 

Tu ne fumes plus par exemple ?

Je fume beaucoup moins et je ne garde que les cigarettes qui vont me faire vraiment plaisir. Certains, après m’avoir vu sur scène, m’en ont fait la remarque. Quand je vois dans quel état est Renaud, je suis triste pour lui. Il a manqué de quelqu’un qui lui dise de se calmer à ce niveau-là. Moi, de toute manière, mes modèles ont toujours été des gens qui se détruisaient… Entre Gainsbourg et Renaud, tu vois de quoi je parle ? Je ne veux pas tomber dans un trip autodestructeur pour pouvoir continuer à créer et m’exprimer sur scène.

marie cherrier,billie,mandor,interview

C’est marrant parce qu’avant que je reçoive ce nouvel album et que l’on se voit ici aujourd’hui, je me demandais ce que tu étais devenue.

Moi aussi, je me demandais quand j’allais revenir (rires).

Pourquoi ce long moment de silence ?

Ma rencontre avec Michael Désir m’a un peu fâché avec le monde de la chanson. J’étais fâché contre le manque d’exigence, de travail, du laisser-aller des artistes.  C’est un travail d’écrire des chansons, si on ne va pas au bout, il y a plein de choses qu’on laisse passer. J’étais fâché que tout le monde trouve tout sympa et que tout le monde s’en contente. J’étais ravie, du coup, de tomber sur quelqu’un de très exigeant autant avec lui-même qu’avec les autres. J’ai pris du recul et je reviens plus apaisée par rapport à ce métier. Avec Michael, on a eu la même ambition démesurée de travailler à tout prix sur quelque chose, jusqu’au bout, et le penser un peu large. On a refusé la facilité ou le commercial. C’était une grande aventure menée par deux grands amoureux de la musique. J’espère que le public sera touché.

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Pour découvrir (ou redécouvrir) cette artiste, si vous habitez à Paris ou en région parisienne...

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Bonus: le point de vue de ma copine es blog musical Le blog de la blonde (qui est allée la voir aux 3 Baudets).

19 mai 2013

Lena Ka et Cédric Barré : interview pour le single Nos Amor

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La chaine du cœur avec Lena Ka, est une nouvelle association créée pour venir en aide aux orphelins du Cap-Vert. Elle est portée par la chanteuse Lena Ka, dans le but de les approvisionner en cartons remplis de fournitures scolaires et autres produits d’hygiène. Pour parler de ce « projet » (qui n’en ai plus un puisqu’il est déjà en route), deux invités pour le prix d’un. Lena Ka, elle-même et Cédric Barré qui a « produit » le single « Nos amor » (composée par l'excellentissime Cyril Paulus qu'il va bien falloir que je mandorise un jour, nom de Zeus!) dont les bénéfices de la vente reviendront à l’opération sus citée.

Le 22 mars dernier, ils sont venus à l’agence pour évoquer leur collaboration commune, mais aussi leur carrière respective… et l’industrie du disque. C'était d'ailleurs la première fois qu'il se rencontrait physiquement.

182531_375428992561752_909681635_n.jpgLena Ka :

Lena Ka démarre sa carrière de chanteuse à dix-huit ans, en entrant au Studio des Variétés, pour y suivre des cours de chant classique. Puis elle se forme aux Ateliers de la Chanson de Paris, aujourd’hui La Manufacture Chanson, durant deux années. Parallèlement à cette formation, elle commence à être engagée comme choriste et effectue son premier passage télé au Hit Machine d’M6, en 1995. Elle intègre deux orchestres et remplace une chanteuse dont la carrière décolle … une certaine Hélène Segara.

Après avoir rencontré les producteurs de Lââm, elle leur fait écouter sa version de « Tous les cris les SOS » de Daniel Balavoine, réarrangée dans un esprit pop acoustique, comme elle affectionne. C’est le début d’une nouvelle aventure musicale… Les producteurs craquent pour sa version, le single sort en mars 1999 et entre très rapidement dans le classement des meilleures ventes.

 "Tous les cris, les SOS" par Lena Ka (+interview de Thierry Cadet sur Télé Melody).

Lena compose les chansons de son premier album depuis un certain temps, mais ce n’est qu’en 2002 que celui-ci sort, chez Warner, après le lancement fracassant du duo avec Umberto Tozzi, « Ti amo ». Entre les mots comporte plusieurs singles, les deux reprises, mais également « Sur mon épaule » que Lena a composé, ou « Aussi loin que tes rêves », qu’elle a adaptée en français pour le dessin animé Atlantide l’empire perdu et les Studios Disney.

Lena réussit à trouver le temps de composer pour Pauline et … Johnny Hallyday !

En mars 2010, Lena sort son deuxième album en autoproduction, avec le soutien de la Sacem Cinquième saison.

487641_4156746591789_1820349248_n.jpgCédric Barré :

Auteur, compositeur, interprète et producteur, Cédric Barré sort son premier album Ether en 2003, en autoproduction et enregistré en solo. Le disque sera très vite remarqué et remportera le 1er prix régional du tremplin Universal et 3e prix national. L’album est également coup de cœur SACEM.
Ce sera l’occasion de faire ses armes sur scène avec des premières parties pour Jeanne Cherhal, Yves Duteil, Chamfort et d’être sélectionné pour la finale de la Rose d’or à l’Olympia…

En 2006 il participe aux prestigieuses rencontres d’Astaffort en compagnie de Francis Cabrel, Mickaël Jones ou encore Sanseverino et sort son deuxième album La ronde. Il écrit pour d’autres artistes et crée en 2007 avec Thierry Cadet le collectif des Marguerites contre Alzheimer avec 26 artistes pour qui il écrit l’hymne « J’y étais pas », au profit de France Alzheimer.
Pendant cette période il réalise un projet instrumental et expérimental autour du Marquis de Sade, Donatien qui paraît en 2012.

2013 voit naître le dernier E.P 4 titres, On m’a dit réalisé par Usmar dans un univers plus pop et actuel qui marque de nouveau une évolution dans sa carrière en prévision de son nouvel album.

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598740_10200238761786545_1605169513_n.jpgInterview :

Lena, parle-nous du projet Opération Cap Vert.

Lena : J’ai une copine au Cap-Vert, Amelia. Je lui demande quand je peux venir la rejoindre. Quelques jours après sa réponse, me voilà embarquée dans l' "opération Cap-Vert": une collecte de fournitures scolaires, vêtements, jouets et produits d'hygiène pour le cabinet d’action sociale de Mindelo, qui s'occupe de nombreux orphelins de l'île.

Connaissais-tu l'immense pauvreté de ce pays ?

Lena : Non. De cet ensemble d'îles, je ne connaissais que la voix de Cesaria. En un mois, une grande chaîne d'entraide et de générosité s’est mise en place. Au total, une trentaine de cartons m’ont été envoyés de partout en France et de pays limitrophes. Après neuf mois de recherche d’un transporteur franco-capverdien, et grâce à Teofilo Chantre ainsi qu’à Julia Sarr, j’ai pu contacter le directeur du label de Cesaria, qui lui même m’a mise en contact avec son transporteur. Le 23 décembre dernier, après plusieurs démarches auprès du consulat cap-verdien en France, ainsi qu’auprès de la douane de Mindelo, les cartons ont enfin pu être distribués aux enfants, juste avant Noël …

Grâce à ce soutien matériel et financier, tu as pu monter l’association “La chaîne du Cœur avec Lena Ka”.

Lena : Grâce aux donateurs, des enfants et adolescents ont un peu plus pour écrire, s’habiller, se laver et jouer.

"Nos amore", nouveau single de Lena Ka avec la participation de Teofilo Chantre. Les bénéfices des ventes de ce disque seront reversés à l'association "La chaîne du coeur avec Lena Ka" au profit des enfants du Cap-Vert.

Cette aventure aussi spontanée qu'inattendue t’a naturellement amenée à enregistrer une chanson-hommage à Cesaria Evora, “Nos amor”, avec la participation exceptionnelle d’un autre immense artiste cap-verdien, Teofilo Chantre.

Lena : Cette chanson composée  par Cyril Paulus, écrite par Hans Stoiber, arrangée par Franck Perrolle et enregistrée par Valentin Devaux est sortie en avril 2013 sur le label de Cédric Barré, Midi 52.

Cédric : J’ai tout de suite adhéré à ce projet et j’ai décidé de produire cette chanson. Lena avait déjà enregistré la version acoustique avec Cyril. J’ai trouvé cette musique très « musique du monde » et très ensoleillé. J’ai contacté Léna, elle m’a dit OK ! On est parti sur le fait que tout le monde serait bénévole sur le projet. Je le sors sur mon label, mais je ne tire aucun bénéfice sur cette chanson. L’idée était qu’il y ait une ligne directrice et un fil conducteur à tout ça et que ça ne s’éparpille pas dans tous les sens. Mon rôle était de réunir tout le monde dans la bulle et de faire avancer le projet. J’ai demandé au guitariste Franck Perrolle de nous rejoindre pour avoir une version plus « arrangée ». Puis la photographe et réalisatrice de clip, Sand Mulas, est venue aussi. C’est un projet de pote qui s’est créé autour de cette chanson, finalement. Du coup, on est tous motivés de la même façon pour que ça vive aussi et que ça aille le plus loin possible.

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Lena Ka et Teofilo Chantre.

Vous vendez la chanson uniquement sur internet.

Cédric : Au prix où nous vendons la chanson, 5 euros, il vaut mieux. Sur 5 euros, on va verser à l’association 3 euros. Ne pas passer par un distributeur permet de supprimer les frais de grossiste, de distribution et de retour. On compte sur le soutien des internautes pour se mobiliser, vendre ce titre autour d’eux, en devenir les ambassadeurs. Il faut qu’ils y croient autant que les artistes. Symboliquement, on veut remettre un beau chèque à la fin.

lena-ka-cinquieme-saison-album-inedit-2010-897054554_ML.jpgParlons à présent de vos carrières respectives. Lena, ton dernier album Cinquième saison est en vente aussi sur internet.

Lena : Après ma rupture de contrat avec Warner, j’ai arrêté de faire de la musique quelque temps. Je n’avais plus envie. J’étais un peu écœurée par le système, très franchement. Bon, je ne peux pas me passer de la musique, j’y suis donc revenue. J’ai eu envie de faire mon truc un peu toute seule, de façon artisanale, mais avec l’aide de la SACEM. J’ai fait un album qui me plait en prenant mon temps, sans aucune pression. Maintenant que j’ai pris du recul par rapport à ce système, j’ai beaucoup d’admiration envers les artistes qui tracent et qui continuent malgré l’énorme pression du métier. Il faut être vraiment armé psychologiquement.


Lena Ka / Comme un dix septembre / Clip officiel réalisé par Sand Mulas par chartsinfrance.

Mais tu continues la scène ?

Lena : Oui, régulièrement. Et je donne beaucoup de cours de chant. C’est une vraie passion que j’ai. Transmettre aux autres mon savoir. Et j’essaie aussi de continuer à composer.

Je me souviens que tes deux premiers albums étaient assez sombres…

Lena : Oui, et cette chanson, « Nos amore » est solaire. En tant que Parisienne, j’ai besoin de soleil et désormais dans la musique aussi. Écrire un album entier dans l’esprit ce single, ça me plairait beaucoup.

Cédric, tu n’as jamais été dans la grosse machinerie qu’a connue Lena.cedric-barré-on-ma-dit-2013-interview.jpg

Cédric : Pour mon projet collectif Les marguerites contre Alzheimer, on était chez EMI, quand même.

Oh oui ! Pardon.

Cédric : Du coup, je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis Léna. Dès que tu mets un doigt là dedans, c’est ton bras qui y passe complètement. Tu te fais happer. En même temps, je comprends qu’il y ait des exigences importantes pour les grosses maisons de disque. Pour mon projet solo, je n’ai connu que des labels indépendants, avec des pressions moindres, donc. L’inconvénient d’un album indépendant, c’est qu’il ne fait pas forcément le travail que nous, artistes, nous attendons. C’est frustrant de se dire qu’on a un beau projet, qu’il est prêt à vivre et qui au final, n’est pas mis en avant parce qu’il n’y a pas l’équipe et la force de frappe suffisantes pour le défendre.

Ton premier disque date de 2003, en complète autoproduction.

Cédric : Je l’avais fait pour le plaisir et aussi pour démarcher. Ça a plutôt bien fonctionné parce que ça m’a permis d’obtenir une bourse de la SACEM pour l’autoproduction, de faire quelques scènes, d’être repéré pour les rencontres d’Astaffort avec Cabrel… et j’ai fait pas mal de scènes, dont l’Olympia pour La Rose d’Or. Comme j’ai eu un petit succès d’estime, 3 ans plus tard, je me suis dit qu’il fallait que je continue. C’est là que j’ai monté mon propre label pour sortir mon deuxième album, La ronde. Il a moyennement marché d’ailleurs. Je me suis mis à écrire pour d’autres, composer, réaliser des albums et je me suis rendu compte que je m’éclatais plus en faisant tout ça. Je suis assez en retrait. Je n’aime pas trop être mis en avant. Ça m’a fait un bien fou pendant deux ans. Après, je ne sais pas. Peut-être un problème d’ego, mais ça m’a manqué. J’avais envie de refaire des choses pour moi, j’avais envie de créer des choses pour moi.

"J'y étais pas" (2007) - Les Marguerites
23 artistes indépendants s'engagent contre la maladie d'Alzheimer (avec quelques mandorisés tels que Chloé Clerc, Mickael Miro et Thierry Cadet).

307629_2222161708376_1442572_n.jpgEt c’est à ce moment que Thierry Cadet intervient.

Cédric : Il m’a contacté en 2007 pour me dire qu’il était tombé sur ma chanson « J’y étais pas » (sur l’album La ronde). Il avait perdu sa grand-mère de la maladie d’Alzheimer et il se retrouvait complètement dans ma chanson. Il avait envie de monter un collectif, on a donc fini par travailler ensemble sur un single au profit de la lutte contre la maladie d’Alzheimer. On a contacté France Alzheimer qui a dit banco, mais qui ne nous a pas du tout soutenu, c’est le moins que l’on puisse dire… On a aussi trouvé un distributeur, EMI. Du jour au lendemain, on est passé d’une fabrication artisanale de 2000 exemplaires à 15 000. Ça nous a mis une grosse pression. Aujourd’hui, je pense que les projets, il faut les laisser à leur juste mesure. On repart sur un deuxième single très bientôt et chaque année on fait un concert. On a que des artistes indépendants… Il faut garder le côté humain. Il n’y a pas que les artistes surexposés qui ont le droit de faire des choses. Les fonds permettent à des malades de partir en vacances dans une ferme pédagogique, pour garder le contact avec les animaux. C’est la raison pour laquelle il faut qu’on en vende le plus possible.

Toi aussi Léna, avec ton association, tu fais du bien à ceux qui en ont besoin. Un artiste, ça sert aussi à ça ?

Léna : Oui, un artiste a besoin de se sentir utile. A ma petite échelle, j’ai compris à quel point c’était compliqué de gérer une association caritative. Mais, le projet de Cédric ou le mien, ce qui est intéressant, c’est que l’on sait où va l’argent. Tout est clair.

Nouveau single de Cédric Barré.
Réalisé par Sand Mulas - une co-production Horscene
Textes et musique: Cédric Barré, produit et réalisé par Usmar
Copyright Midi 52 2012

Cédric, revenons à toi. Il y a un EP qui vient de sortir, « On m’a dit ».

Cédric : Après 3 ans de réflexions, avec ce disque, aujourd’hui, j’affirme là où je veux aller musicalement. En général, je faisais tout tout seul. Là, j’ai travaillé avec un producteur, Usmar, un artiste qui fait de l’electro. Cet artiste-là, je l’ai rencontré aux rencontres d’Astaffort. Il fait ce que j’ai toujours voulu faire moi-même, de l’electro et en même temps, de la chanson, le tout restant accessible. Je lui ai demandé de travailler avec moi. On est parti sur trois titres pour voir ce que ça allait donner. « On m’a dit » est pas mal diffusé en radio, sans aucune promo. On va peut-être faire un album entier l’année prochaine.

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A l'issue de l'interview, le 22 mars 2013.

(Merci à Sand Mulas pour (notamment) les deux photos des biographies de Lena Ka et Cédric Barré.)

15 mai 2013

Manu : interview pour La dernière étoile

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La voix de Manu m’est familière depuis des années puisque je l’ai beaucoup écouté dans les années 90, alors qu’elle était la chanteuse du groupe Dolly (groupe rock majeur qui n’a pourtant pas aujourd’hui la reconnaissance qu’il mérite). Du coup, quand il y a 5 ans, son premier album Rendez-vous, est sorti, j’ai suivi l’évènement de près. Puis deux après, quand son DVD live est sorti, Rendez-vous à l'Elysée Montmartre, aussi (mandorisation ici). Manu sort ces jours-ci un deuxième album solo, La dernière étoile. Un passage à l’agence s’est donc imposé le 20 mars dernier pour évoquer ce disque intense, lumineux et profond.

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Emmanuelle Monet, “Manu”, c’est avant tout l’ex-chanteuse du groupe culte Dolly, un groupe largement présent dans la petite galaxie du rock français des années 1990, un groupe ayant à son actif quatre albums vendus à plus de 370 000 exemplaires et qui après dix ans de succès (on se rappelle tous de leur plus gros tube sorti en 1997 « Je n' veux pas rester sage ») s’est tragiquement interrompu par la mort du bassiste Micka en mai 2005. S'ensuivront deux années d'écriture pour Manu, en mode exutoire, ses chansons les plus personnelles, qu'elle décidera finalement de coucher sur disque avec l'aide précieuse de Nikko, son ex-compère et guitariste de Dolly, ainsi que Ben et Nirox. Ce premier album solo Rendez-Vous réalisé et mixé par Jean-François Delort et Nikko sortira le 29 septembre 2008. Un disque écoulé à plus de 10 000 exemplaires, capable d’aligner avec une facilité presque insolente des mélodies qu’on pourrait écouter jusqu’à l’usure, une sincérité parfois troublante, mais non dénuée de poésie. Manu partira alors en tournée dans toute la France, tournée qui s'achèvera en novembre 2009 par un Rendez-Vous à l'Élysée Montmartre, cd/dvd Live sorti en 2010. Après quelques dates en 2011, Manu compose à nouveau. Ce deuxième album, ce nouveau rendez-vous très attendu, s'intitule La Dernière Étoile. Réalisé par Nikko et mixé par Clive Martin, il est sorti le mois dernier.

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Manu avec son "band" : Shanka, Manu, Nirox, Ben.

Interview :

Vous retravaillez avec  les mêmes personnes que pour votre premier album solo Rendez-vous, dont Nikko.

Je le considère comme mon binôme. On se comprend sans se parler, je peux lui demander des choses  que peu de personnes comprendraient. C’est important de trouver la personne avec qui on peut travailler facilement. Je suis fan de ce qu’il fait, donc pour arranger et sublimer mes petits morceaux, je pense à lui directement.

Vous avez participé un peu plus à la réalisation de ce deuxième album, il me semble…

Nikko m’a incité à le faire seule parce qu’il n’était pas disponible au départ, il était en tournée avec Eiffel. Au départ, créer tout seule ne m’amusait pas. J’aime bien le partage dans la musique. Par obligation, j’ai dû me plier à cela, mais au final, ça m’a plu. Je suis rentrée dans les détails, j’ai fait mes petites programmations moi-même, ce que je n’avais jamais fait jusqu’à présent. Ensuite, il a revu tout ça avec ma base. J’étais rassurée dans le sens où je savais qu’il ne laisserait rien passer de médiocre.

Cet amour du partage vient aussi du fait que vous avez toujours été très entourée.

Je viens d’une expérience de groupe. Mon école s’est faite à plusieurs. Aujourd’hui, il est certain que je peaufine davantage ce que je fais. Je ne me contente pas d’acoustique/ chant, je vais chercher plus loin. 


MANU Clip "Que fais tu ?" Tekini Records (2013) par ManuOfficialTv

Rendez-vous était décrit comme un album « exutoire » après la mort tragique de Micka. Est-ce que l’album, La dernière étoile, peut être considéré comme plus serein ?

Oui, parce que je vais beaucoup mieux. Et puis, j’ai arrêté de me regarder le nombril. Pour certaines chansons, j’étais plus dans l’observation. Je prenais beaucoup de notes, donc j’avais de la matière à l’avance. Ça m’a servi pour des chansons comme « J’attends l’heure » ou « Le paradis ». Les textes sont venus assez spontanément avec la mélodie.

Je reviens sur le fait que vous vous regardiez le nombril. Vous considérez que le premier album solo était trop auto centré ?

Depuis Dolly, la plupart des thèmes que j’aborde sont toujours liés à ce que je vis et ce que je ressens.

Comme tous les autres artistes qui chantent leurs propres chansons.

Oui, mais c’est bien de se faire l’interprète de ce que l’on observe. Au bout d’un moment, moi-même, je me saoulais. J’avais l’impression de tourner en rond. Bon, en même temps, c’est aussi pour cela qu’avec mon public, on partageait les mêmes émotions. Mes doutes et mes questionnements, on les retrouve chez beaucoup de gens et eux-mêmes s’approprient les chansons par rapport à ce qu’ils vivent. Mais, j’avais quand même envie de m’ouvrir un peu et d’observer ce qu’il se passe autour de nous.

(Vous me connaissez, je suis hyper corporate... voici donc le CD'Aujourd'hui (que je n'ai pas fait) consacré à Manu).

Dans le disque, il n’y a pas beaucoup de musiciens.

Nikko a fait la quasi-totalité des instruments. Il a laissé des parties de batteries à Nirox et Ben est venu faire quelques guitares quand même. On a gardé des bouts de basse à moi et une ou deux de mes guitares.

Il y a des chansons sur la vieillesse, le temps qui passe, la jalousie, l’amour et la mort… des thèmes récurrents ?

« Que fais-tu », la chanson sur la femme qui attend son homme à la maison, ça m’a fait marrer de la faire parce que le thème de la jalousie est un thème récurrent chez moi, notamment dans les deux premiers Dolly. Aujourd’hui, je me suis assagi, je contrôle la situation, il a donc fallu que je me remette dans la peau de quelqu’un de jaloux. Je pense ne plus avoir ce problème-là.

"Je pars avant", session Noir et Blanc de Radio Néo (avec Nirox, Ben et Shanka).

Il y a deux textes de France Cartigny.

C’est une très bonne amie. Je lui ai confié deux textes parce que je n’arrivais pas bien à les faire. Je bloquais un peu. Je suis fan de ce qu’elle fait, alors j’avais toute confiance en elle.

Il y a pas mal de chansons encore un peu sombres, mais la lumière apparaît plus. C’est un album d’espoir finalement.

Je voulais qu’il soit moins plombant et plus lumineux que le premier. Il est la somme de ce que je suis en ce moment. Mon écriture correspond toujours à mon état d’esprit et mon moral du moment. Ce disque s’appelle La dernière étoile, parce qu’il réconcilie le désabusement et l’espoir.

Là, je me dirige vers un gros cliché, je le sais. Puisque tu vas mieux, ça a été plus compliqué d’écrire ?

Il est indéniable qu’on a beaucoup plus de matière quand on n’est pas bien. On peut se regarder le nombril aisément, puisqu’on est malheureux. Alors, je peux dire qu’effectivement, le processus d’écriture a été plus long. Mais, c’est aussi agréable d’écrire quand on va bien, il m’a fallu juste un déclic. Le déclic de prendre des notes par exemple. Avant, j’attendais d’avoir la musique et la mélodie. C’est ça qui m’inspirait les mots. Maintenant, je fais de la musique pour aller avec un texte. C’est une autre façon de travailler.

Vu ce que rapporte la musique actuellement, pourquoi continues-tu à faire des disques ?

Parce que je suis passionnée. Ce qui m’intéresse, c’est de progresser, d’avancer, pas de devenir riche. Je suis très lucide sur ce métier.

"Talk (about)" en live acoustique du Cargo (avec Nikko et Matt).

Je trouve qu’au bout du deuxième disque, on reconnait une « touche » Manu. Il y a une vraie continuité entre les deux albums.

J’espère. Trouver une couleur et une cohérence, c’est un peu l’objectif quand on crée.

Tu aimes bien travailler vite sur les chansons.

Oui, parce que sinon, on se perd. Je peux passer plusieurs jours sur un texte, mais si c’est plusieurs semaines, j’abandonne. Quand ça vient tout de suite, c’est tellement magique. Je travaille beaucoup à l’instinct, mais Nikko est mon garde fou qui protège tout ça.

La dernière étoile est-il un album rock ?

Oui, complètement. Même s’il y a de la pop aussi et un petit côté folk « bluegrass », le folk des Bayous, le folk poisseux (rires).

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13 mai 2013

Féfé : interview pour Le charme des premiers jours

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(Photo Jean-Marc Lubrano)

Féfé sort son très attendu deuxième album solo, Le Charme des premiers jours, la semaine prochaine (le 20 mai).  Le 22 avril dernier, je suis allé à sa rencontre dans son QG, un bar nommé Le Bidule. Avant de lire son interview, voici ma chronique publiée dans Le magazine des Espaces culturels Leclerc (daté du mois de mai 2013).

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féfé,le charme des premiers jours,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorInterview :

Cet album a été fait un peu à l’instinct. C’est la sensation qu’il donne à son écoute en tout cas.

Pour le premier album, je m’étais posé beaucoup de questions avant de faire chaque titre. C’était très difficile pour moi parce que je sortais d’un groupe. J’apprenais de nouveaux instruments et une nouvelle manière de faire des chansons. Pour celui-ci, je ne savais pas du tout où j’allais aller. Il n’y avait rien de prémédité. Juste je voulais plus de rap et plus de chansons. Y arriver à tel point qu’on ne sache plus différencier l’un de l’autre.

Je trouve que cet album est plus chanté que rapé.

Ma sœur me dit exactement le contraire. Chacun y trouve ce qu’il y trouve. Les notes sont mélangées aux flows, aux mélodies, aux chants... Je suis ravi qu’on me dise tout et son contraire. C’est ma victoire.

L’évadé du rap, ça vous convient comme appellation ?

On me voit un peu comme un électron libre. Je suis un peu fou-fou. Incontrôlable musicalement. Depuis toujours, je suis dans ma bulle. Quand j’étais dans Saïan Supa Crew, j’étais un peu plus réservé, aujourd’hui, je m’exprime complètement. Je vais là où j’ai envie d’aller sans plus me poser de questions. Je fais de la manière la plus pure et la plus simple possible.

Dans le premier titre de l’album, « Le chant d’une étoile », vous expliquez que vous allez mettre un coup de pied dans la fourmilière musicale et que vous allez casser les codes.

Je n’aime pas la panoplie, j’essaie de tout casser. Dans cet album, j’ai enfin accepté d’être musicien. Je ne suis pas un grand guitariste, mais j’ai mon doigté, la manière de faire les choses. Je fais des chansons avec tous les outils qui sont les miens et de mon époque. J’ai commencé avec le rap, j’utilise donc le sample et les autres techniques liées à ce genre, mais j’utilise aussi aujourd’hui  la composition pure. J’essaie plein de choses. Bref, je sors des limites que je m’imposais moi-même sans raison.

"Parodie" (audio).

Qu’est-ce que c’est votre culture musicale de départ ?

Elle vient de mon père. Il écoutait beaucoup tout ce qui est Motown, Stax, beaucoup de Fela, parce qu’on est du Nigeria, mais aussi du Nougaro, du Hallyday, de la country, comme Kenny Rogers. Il y a des gens qui me disent qu’ils ne sentent pas de frontière dans ma musique, mais ça vient de toutes ces années à écouter beaucoup de choses variées.

Le succès de votre premier disque aide à se sentir à l’aise avec le deuxième.

Il m’a même complètement libéré. Pour le premier, je me suis jeté dans le vide et beaucoup de monde s’est intéressé à mon travail, même des gens du milieu « urbain ». J’ai constaté que plus tu es toi, plus les gens le voient, et plus les gens t’acceptent.

Dans « La somme », vous dévoilez le Féfé papounet. Vous dites à vos enfants, « je ne suis pas parfait, mais je fais et donne le maximum pour vous ».

Je dis aussi, « ce que je vous lègue, ce ne sont pas des leçons, c’est la somme de ce que j’ai moi-même vécu, positif ou négatif et après faites en ce que vous voulez ».

Dans « Cause toujours », vous évoquez aussi la condition de l’artiste aujourd’hui.  Elle est plus difficile qu’avant…

En ce moment, en effet, c’est très compliqué. On vend moins de disques, les concerts, ça va encore, mais on sent aussi une petite baisse de fréquentation. Il faut s’accrocher. Je me demande quelle est la finalité de tout ça pour un artiste. C’est là où on va voir ceux qui font vraiment ce métier par passion et ceux qui veulent juste encaisser des chèques.

Le clip de "Le charme des premiers jours".

féfé,le charme des premiers jours,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorCet album s’appelle Le charme des premiers jours, c’est aussi le premier single. Vous parlez de la difficulté d’aimer une personne du début à très longtemps après avec la même puissance.

J’ai écrit cette chanson parce qu’autour de moi, il y avait des couples qui avaient l’air solide et qui se sont séparés. Ça m’a ramené à mon propre couple. Il y a des hauts et des bas comme dans tous les couples. Parfois, quand il y a du mou, on se demande pourquoi l’autre l’aime… il faut se battre, il n’y a jamais rien d’acquis. Au début, c’est toujours magique, il faut se battre pour que cela le reste toujours.

Dans « Ailleurs », on est en Jamaïque.

C’est du pur reggae. C’est la seule chanson dans laquelle j’ai moins cherché à mélanger les genres. Je dis dans cette chanson qu’il faut arrêter de chercher cet éternel Eden, arrêter de croire que l’herbe est plus verte à côté.

Dans « 3 Words », vous dites que vous n’avez pas de cause à brandir.

Je n’ai pas envie de rentrer dans le cliché du mec qui émet ses opinions tel un gourou dont il faut prendre le discours comme argent comptant. Je ne suis pas là non plus pour représenter telle cause ou telle cause. Je ne me sens pas assez grandiloquent pour ça. J’évoque juste des prises de tête d’un mec banal.

C’est une façon de dire « laissez-moi à ma place ! »

Ne me montez pas plus haut que je ne le suis, mais ne me descendez pas non plus. Laissez-moi à ma place, oui, c’est la bonne formule.

féfé,le charme des premiers jours,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor

Vous n’aimez pas la starification extrême de l’artiste?

Je déteste ça. En concert, par exemple, je descends dans le public pour casser l’éventuelle barrière qu’il y a entre nous. C’est une façon de dire : « Il y a de la lumière, vous me voyez, je suis exactement comme vous, sauf que moi, mon kiff, c’est faire de la musique ». En ce moment, on starifie tout et n’importe qui.  C’est symptomatique de l’époque.

J’ai l’impression qu’un artiste grandit/vieillit moins vite qu’un autre…

Personnellement, j’ai toujours cette part en moi d’enfance. Je grandis beaucoup moins vite que les gens de mon entourage. Même mes enfants me disent que je suis un gamin. Plus je grandis, moins je sais. Pourtant, j’en apprends de plus en plus…

Vous êtes fier de ce deuxième album ?

Pour quelques instants musicaux ou quelques phrases. Mais, je ne me fais pas encore rêver. Je vise des choses inatteignables pour continuer à être sur la brèche  et me pousser encore plus en avant.

La musique c’est toute votre vie ?

Oui, et en même temps, ce n’est rien. Pour moi, la musique c’est tout, et ce n’est rien du tout. Juste, quand j’arrive à divertir les gens et que les gens sont heureux, ça me rend heureux. Il faut relativiser ce métier…

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12 mai 2013

Babel : interview pour l'EP La vie est un cirque

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(Photo : Juliette Rozzonelli)

Babel, ce n’est pas un groupe de chansons, mais (comme les membres le précisent eux-mêmes), un groupe de chants-sons. Textes impressionnants et profonds et énorme place accordée aux traitements du son très actuel. Ce disque donne une pêche incroyable. C’est un de mes très gros coups de cœur de ces derniers mois.

L’aventure commence en 2011, ils s’appelaient à l’époque Babel Quartet. Leur premier album, L’Évadé sort rapidement. Le disque s’écoule à un bon millier d’exemplaires. Chemin faisant, leur répertoire se construit et de nouveaux titres naissent. L'EP, La vie est un cirque, en témoigne.

Babel, c’est Sébastien Rousselet (textes et chants), Nino Vella (claviers), Solène Comsa (violoncelle, scie musicale) et DJ Slade (platines, sampleur).

Le 14 mars dernier, de passage à Paris pour un concert au Canal 93 de Bobigny (soirée organisée par Francofans), Sébastien Rousselet et Nino Vella sont passés boire un coup avec moi dans un troquet, à côté de l’agence…

babel,la vie est un cirque,interview,mandorBiographie officielle :

En 2011 on avait sorti L’évadé. Pour s’échapper en musique dès nos débuts. On s’appelait Babel Quartet. Chant violoncelle clavier platines. On voulait lier ces 4 mondes pour en faire un 5e qui serait à nous. Mots-électro ? Word music ? Non, chant-son ! Hip-hop hop hourrah ! S’il faut une étiquette, ce sera celle-là. On passe en radio : France Inter, Fip, France Culture, etc.

En 2012 on joue dans des cuisines aux Chant’appart, on transpire au Chantier des Francos, on dresse un Cabaret sauvage à Paname et on bourlingue aux Francofolies de la Rochelle. Grosse année, gros boulot. Le son devient plus puissant, le show se peaufine en lumières et en costards, et le groupe s’appelle maintenant Babel…tout court. De nouveaux titres sont écrits.

On s’était réuni pour ne pas devenir des clones, mais on est tous des clowns. Alors en 2013 on sort La vie est un cirque.
Y a 5 titres à écouter sur ce disque. Comme un avant-goût de l’album chapiteau qui sortira de nos têtes et de nos mains en 2014.

On danse, on pleure, on se marre!
On vous avait prévenu. La vie est un cirque.

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Interview :

Comment est né Babel?

Sébastien : Nous venons tous les quatre de Maine-et-Loire. Moi, je viens d’à côté, La Mayenne. À l’origine, j’étais tout seul en guitare-voix. Un ami m’a dit que si j’avais envie d’étoffer mes chansons, de les étoffer de façon plus charnue, il pouvait me faire rencontrer les personnes adéquates. Il m’a fait rencontrer Nino, ici présent, puis les autres membres… et tout de suite, le feeling et la cohésion étaient là. Dès les premières répétitions, j’ai mis mes chansons sur la table et ils ont en fait ce qu’ils en ont voulu. J’ai aimé immédiatement. C’était la première étape avant que l’on se mette à composer ensemble. Sur l’EP La vie est un cirque, chacun a composé au moins un morceau. Le premier album, en 2011, sous le nom de Babel Quartet, L’évadé, c’était un collectif au niveau des arrangements, mais les chansons ont été  interprétées sur une base qui était la mienne. Aujourd’hui, avec ce nouvel EP, ce sont vraiment les chansons d’un groupe.

"La vie est un cirque" (clip officiel).

Nino, quand on t’a contacté pour rejoindre Sébastien, tu as accepté rapidement ?

Nino : Au début, ça m’a inquiété. J’étais étudiant quand on s’est rencontré et j’avais déjà un groupe. Je ne voulais pas vraiment m’éparpiller. Un copain musicien m’a dit qu’il jouait dans 6 groupes, alors, ça m’a incité à essayer avec Sébastien. Et c’est devenu très vite mon projet principal, le projet dans lequel j’ai eu envie de m’investir le plus.

Et toi, Sébastien, ça t’a fait bizarre de passer de guitare-voix à un groupe complet ?

Sébastien : J’avais vraiment envie de ça, mais au départ, ça défrise un peu. Moi, j’avais l’habitude d’être seul tout le temps. Quand tu écris et composes, quand tu es sur la route, tu gères tout, tu ne t’engueules avec personne, tu es ton propre dictateur, mais quand tu fais partie d’un groupe, tu dois partager les idées des uns et des autres, échanger sur tout, parlementer, c’est plus riche, mais c’est vite le bordel. Au départ, il a fallu que je m’acclimate, mais très vite, tout est devenu naturel. J’étais en demande de ça, donc, ça ne pouvait que bien se passer.

Il a fallu restructurer toutes tes chansons originelles quand le groupe s’est formé.

Sébastien : Il y avait le squelette des chansons en guitare-voix. Après, on a ajouté, élagué, modifié… c’était un travail aussi important qu’intéressant.

Même pour tes textes ?

Sébastien : Oui, on n’a rien épargné. Je t’avoue que c’est chiant d’épurer un texte, mais il fallait bien que je laisse de la place aux musiciens.

Nino : Mais souvent, tu as remarqué que c’était pour la bonne cause. On était à la recherche de l’efficacité et tes changements ont rendu « efficaces » toutes tes chansons.

"Le bal" (live 2013-La Bouche d'air - Salle Paul Fort)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorVotre premier album, L’évadé, s’est vite fait remarquer par les professionnels de la chanson. L’année suivante, en 2012, ça a été directement une grosse année.

Sébastien : on a fait le chantier des Francos, c’était énorme pour nous. Avant, on avait fait le Chainon manquant, les Chant’appart, ce genre de réseau qui fait rayonner la chanson française.

C’est avec ce nouvel EP, La vie est un cirque, que vous avez enfin trouvé votre vrai son.

Sébastien : Tout à fait. En tout cas, on est là où on a envie d’être, mais je te garantis qu’on a envie d’aller ailleurs, plus loin encore dans l’audace. 

Vous avez l’impression d’avoir trouvé la bonne formule ?

Nino : La direction qu’on a commencé à prendre dans l’EP nous plait beaucoup, même si nous savons qu’elle est perfectible.

Sébastien : Nous garderons cette énergie qui caractérise nos chansons, ainsi que la rage qui en découle.

"J'aime bien ce qu'est vieux" (audio)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorLes textes m’impressionnent. Ce sont des textes que j’appelle  « mine de rien ». On peut les écouter sans faire gaffe, mais si on est attentif, on découvre des couches, des sous-couches où beaucoup de choses sont dites. Du grand art !

Sébastien : Dans la chanson « J’aime bien ce qu’est vieux », par exemple, il y a un côté qui est hors compétition et aujourd’hui, on est dans le monde de la compétitivité et de la compétition. Il faut être le plus fort, il faut écraser la gueule de l’autre pour y arriver. Il faut être beau, musclé, faire 1m 80, être blond, toujours dans l’attention du regard de l’autre et dans la compet’. Pour moi les vieux, c’est comme les enfants, ils sont inutiles pour la société et ça j’aime bien.

Mais, le groupe Babel est obligé de rentrer dans une certaine compétition pour se faire connaître.

Sébastien : Iil y a un côté un peu comme ça, mais on essaie d’y échapper. Dans la compétition, il y a la notion d’arriver le premier, comme si il n’y avait pas de la place pour tout le monde. Nous, on ne se bat pas contre les autres, on est dans une logique solidaire. Même si, nous ne sommes pas encore très connus, on essaie d’aider nos potes qui le sont encore moins. Malgré tout, il faut se dépasser, communiquer pour faire connaitre le groupe. Ce n’est pas ce que nous préférons faire, mais c’est un mal nécessaire.

Nino : On préférerait passer plus de temps sur la musique, mais il y a des moments où on est obligé de le faire.

Sébastien : J’aimerais passer ce temps-là à écrire mes textes, ma musique, répéter, c’est sûr.

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Pendant l'entretien. Sébastien Rousselet et Nino Vella, le 14 mars 2013.

Il y a quelques chansons, non pas engagées, mais revendicatives… pas moralisatrices en tout cas. Ouf !

Sébastien : Entre nous, ça ferait chier tout le reste du groupe si j’avais ce langage là de moralisateur. Je pense, Nino, que tu serais le premier à me le faire remarquer. J’ai horreur qu’on me fasse la morale dans la vie, je ne vais pas la faire aux autres. Mon travail est d’abord un travail sur les mots avant d’être un travail sur les idées. Ce sont les émotions qui priment avant les réflexions. Mes chansons ne sont pas des prétextes à idées, même si j’essaie d’y mettre du sens et du son. Il est hors de question que je chante des fadaises et des conneries pour autant. Je veux qu’il y ait une profondeur.

Nino, tu es toujours d’accord avec ce qu’écrit Sébastien ?

Nino : Moi, je reviens uniquement sur l’aspect musical et rythmique… sur le sens, il n’y a jamais de source de discorde entre nous.  

Je trouve qu’il y a aussi une fraicheur qui fait du bien dans vos morceaux.

Dans mon écriture, il y a une fougue, une énergie et quelque chose de vivant, mais un fond qui peut sembler douloureux et pas toujours reluisant. Ce que j’essaie de dire dans mes textes et dans ma musique, en gros, c’est : « c’est la merde, mais ce n’est pas grave. On fait ce constat-là et on va s’en sortir. Il y a du chemin à faire, mais ce chemin-là est praticable donc on va y aller. Il y a de la lumière au bout du tunnel, vous verrez ! »

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Et concernant la musique, là, tout le monde à son mot à dire ?

Nino : Il y a beaucoup de conversations. Ça peut prendre du temps pour se mettre d’accord.

Sébastien : Comme on vient de quatre univers différents. Nino vient à l’origine du conservatoire classique et de jazz.  Nico (DJ Slade)  vient vraiment du hip-hop, il a appris lui-même, même s’il s’est perfectionné au département de musiques actuelles au conservatoire. Solène vient du classique, mais excelle en jazz rock et musique traditionnelle tibétaine. Moi, chanteur, conteur, un peu comédien, blues, un peu rock, pas mal rock même. Les quatre ensembles, ça fait un truc qui peut paraître compliqué sur le papier, mais en fait, nous créons des passerelles. Même s’il faut beaucoup discuter. C’est très riche.

Nino : Du coup, on a tous évolué dans nos goûts. On est beaucoup plus ouvert qu’avant. Tout le monde s’habitue aux styles et aux préférences des autres. Je trouve ça formidable.

Cet EP, La vie est un cirque, contient 5 titres, c’est frustrant.

Sébastien : C’est pour donner faim avant l’album. On a des chansons déjà faites, donc qui sont en cours de préparation et on va créer encore jusqu’à la fin de l’été. On va enregistrer nous-mêmes des préproductions. Après, on fera le tri dans les chansons qu’on a envie de garder pour le disque. On a envie de sortir ce deuxième album au printemps prochain.

"Au feu" (live 2012 aux Francofolies de La Rochelle).

Les titres présents sur l’EP y seront.

Sébastien : Il y a de grandes chances, mais rien n’est encore bien déterminé.

Vous testez les chansons sur scène pour voir celles qui accrochent le public ?

Nino : On les teste sur scène, déjà pour nous. On n’est pas uniquement sur le : « est-ce que ça plait aux gens » ? Est-ce que ça nous plait quand on est sur scène, comment les ressentons-nous ? Ca aussi, c’est important.

Vous avez déjà un public qui vous suit fidèlement. 

Sébastien : On sent une émulsion ? Bon, on n’est pas hyper connu sur la toile, donc on n’est pas hyper connu tout court. Aujourd’hui, les artistes existent beaucoup par le web. Mais, ce qui est certain, c’est que, quand on fait des concerts devant des gens qui ne nous connaissent pas, quel que soit l’âge, ça se passe toujours super bien.

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Bonus : "La chanson, ça fait chier", un titre en acoustique à prendre au second degré, mais pas que.