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07 juillet 2018

Pause Guitare 2018 : interview du gagnant du Prix Magyd Cherfi, Govrache

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Sans cesse à la recherche de la « perle rare », l’association Arpèges & Trémolos, organisatrice du festival Pause Guitare, milite et agit de façon concrète depuis de nombreuses années en faveur de la découverte dans le domaine de la chanson. Membre actif de plusieurs réseaux professionnels à échelles différentes, et de portées différentes, l’association effectue aussi un travail auprès des professionnels de la musique.

Qu’est-ce-que le Prix Magyd Cherfi ? (Tiré du site officiel de Pause Guitare)

Le Prix Magyd Cherfi, appelé auparavant tremplin « Découverte Chanson » est organisé à chaque édition du festival. Le jury se compose de professionnels du spectacle et du grand public, sensibilisé aux enjeux de la scène française actuelle. Deux raisons à cette exposition médiatique pour eux : la présence de professionnels du spectacle sur le tremplin « Jeunes Talents », et l’adhésion du public au spectacle proposé.

Comment se déroule le Prix Magyd Cherfi ?

8 groupes issus de toute la francophonie, choisis pour leur talent, jouent durant 25 minutes chacun. L’ordre de passage est établi par tirage au sort. 3 jurys votent ensuite : les professionnels, le public et le jury La Dépêche du Midi. A l’issue de ces délibérations, chaque jury délivre sa propre récompense : une date de concert de la part des professionnels, un soutien en communication de la Dépêche du Midi et 1000€ offert par La Poste pour le vote du public.

Hier, c’est Govrache (mandorisé là en 2012) qui a remporté haut la main le Prix Magyd Cherfi de cette année. Je l’ai rencontré pour qu’il me fasse part de ses impressions.

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(Photo : Marylène Eytier - aubondeclic.com)

pause guitare,prix magyd cherfi,gavrache,interview,albiInterview :

Tu as remporté deux prix importants, celui du public et du jury.

Le prix du public, c’est toujours avec une petite pointe au cœur parce que c’est génial de savoir que l’on plait au public et qu’il a été touché. Après, j’avoue que je n’avais jamais eu de prix de jury, ni aucun prix de pros… ça fait du bien aussi. Je t’assure que quand j’ai entendu que j’avais gagné je n’y croyais pas. J’ai ressenti vraiment une double émotion intense.

Tu as fait un choix audacieux. Au dernier moment, tu as décidé de ne pas chanter avec une guitare, mais juste slamer sans musique.

J’y ai pensé dans ma chambre d’hôtel ce matin. Soit je faisais ce que je fais habituellement sur un set de 25 minutes, c’est-à-dire mélanger les chansons de mes disques déjà existants et les slams de l’album à venir, soit jouer la carte de l’avenir. J’ai finalement estimé que mes chansons étaient derrière, j’ai donc eu envie de passer à autre chose.

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Après 2 concerts au centre de détention d'Albi, 7 interviews pour différents médias, le prix Magyd Cherfi, voici Govrache fin prêt pour la captation d'un slam dans le centre d'Albi... 3 jours intenses.

C’était un coup de poker.

J’ai décidé de tenter le coup. Mon idée était de susciter l’intérêt, pas forcément de gagner le prix. Je vais te dire franchement, je ne pensais pas gagner un prix sans musique.

Oui, certains ne comprennent pas le choix du jury. 

Je ne sais pas quoi dire sur le sujet, mais si tout le monde est venu dans la même optique que moi, personne ne devrait être énervé. Les huit artistes qui étaient là sont gagnants de toute façon. Ce qui compte, c’est de jouer devant des gens qui ne vont pas nous voir jouer en concert, c’est ça la base. Après il y a un choix du jury… et pour une fois, ça tombe sur moi. Personnellement, j’étais sûr que Dany Terreur gagnerait. J’ai été bluffé par sa prestation. Quelle performance !

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(Photo : Dominique Janin).

C’est ton année, j’ai l’impression, depuis que Gauvain Sers t’a emmené en première partie de sa tournée.

Grâce à Gauvain, effectivement, les choses se sont accélérées. Aujourd’hui, je suis du genre à prendre ce qui arrive sur le moment. J’évite de trop me projeter. Je l’ai fait souvent et j’ai été déçu. Maintenant, je saisi l’instant présent sans me poser de questions et c’est un gros, gros kif.

Le nouvel album arrive quand ?

On rentre en studio au mois d’août ou septembre. Je serai le 16 mars 2019 à La Cigale, normalement l’EP devrait sortir ce jour-là.

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Après l'interview, le 6 juillet 2018. (Photo : Rosanna Granieri).

Depuis le lancement de Découverte en Chanson, en 2007, 13 artistes ont reçu cette récompense :

L’Herbe Folle – 2007 / Manu Galure – 2008 / Garance – 2009 / Pauvre Martin – 2010 / Sarah Olivier – 2011/ Olivier Gil – 2012 / Gilles et Auguste – 2013 / JeserS – 2014 / K – 2015 / Denis K – 2015 / Barbara Weldens – 2015 / Emilie Marsh – 2016 / Zob’ – 2016 / Dalton Telegramme – 2017

04 juillet 2018

Jérémie Bossone : interview pour son roman Crimson Glory

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(© David Desreumaux-Lamao Editions)

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorSi on connait l’œuvre de Jérémie Bossone (mandorisé une première fois ici en 2015), on n’est pas étonné de le voir arriver sur ce terrain-là. Celui de la littérature. La belle en plus. Bossone n’est pas un  chanteur qui écrit, il est écrivain. Il chante aussi. Point barre. On a le droit de bien maîtriser ces deux arts. Dans Crimson Glory, il ne raconte pas sa vie. Il livre une histoire originale où l’on fait la connaissance du facétieux pirate Sean Fountain. Certes, il distille quelques parcelles de son monde à lui, principalement celles liées à son métier d’artiste. Il y a même quelques considérations bien senties sur le petit milieu de la chanson française qui pourront amuser ceux qui en font partie ou ceux qui le connaissent. Hormis cela, l’auteur nous livre un « page turner » palpitant et souvent drôle.

Rendez-vous avec Jérémie Bossone le 14 juin dernier, sur une terrasse de Belleville pour parler littérature et chansons.

4e de couverture : jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandor

Chanteur à la carrière fluctuante, le narrateur voit sa vie bousculée sur une plage lorsqu’une bouteille s'échoue entre ses pieds. A l'intérieur, un message de 1823 l'invite à une chasse au trésor insolite.

Un chassé-croisé mouvementé entre cette nouvelle aventure et sa vie de songwriter s'engage alors.

Aventures imaginaires, autobiographies romancées ?

Un jeu d'équilibriste envoutant !

L’auteur :

Après un passage par le monde du théâtre (Prix du Meilleur Acteur Florent 2004), Jérémie Bossone, auteur-compositeur-interprète, a remporté de nombreux prix (Grand Prix du Centre de la Chanson, Prix Sacem, Prix Adami...).

En 2015 son album Gloires reçoit le Coup de Cœur de l'Académie Charles Cros.

Crimson Glory est son premier roman. 

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(© Lamao Editions)

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorInterview :

Crimson Glory n’est pas ton premier roman je crois.

C’est le 10e que j’écris et c’est le premier publié. Pour moi, le roman est une forme d’écriture complémentaire à la chanson, ce format court où il faut tout dire en quatre couplets. Le roman me permet de dispatcher l’action, la narration, sur du plus long terme. Pour être sincère, j’ai commencé à écrire des romans bien avant ma première chanson.

Que fais-tu de ces romans ?

Je les range dans un tiroir, parce que je n’ai pas envie de me battre pour m’imposer dans le milieu de l’édition, comme je me bats pour m’imposer dans le milieu de la chanson.

Alors pourquoi Crimson Glory sort-il ?

Celui-là, j’ai voulu tenter le coup. J’avais fini le précédent qui faisait 700 pages et je le savais invendable. Crimson Glory, je le sentais plus donc, je l’ai envoyé à quelques maisons d’édition. J’ai eu des réponses presque positives, mais pas tout à fait, y compris dans de grosses maisons. Chez Albin Michel, je suis même arrivé au dernier comité de lecture, mais quelqu’un est passé devant moi. Au même moment, je reçois un mot de Fany Souville m’expliquant qu’un journaliste Bordelais avait écrit un article sur sa maison d’édition, Lamao Editions, dans lequel il était indiqué par erreur que j’avais écrit un livre chez elle. Je lui réponds, un peu sous forme de boutade, que j’aurais pourtant bien aimé.

Et du coup, tu lui as envoyé ton manuscrit par mail, c’est ça ? jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandor

Exactement. Fany (voir photo à droite) l’a lu dans la nuit.

Elle me l’a raconté récemment. Elle l’a lu sur son téléphone et elle n’a pu le lâcher.

Oui, et c’était bon signe.

Bref, vous avez fait affaire. Comment t’es venu l’idée de ce livre ?

Je marchais sur une plage avec un pote, j’étais en train de lui dire que j’étais au bout de mon roman, celui de 700 pages, que je l’avais recommencé trois fois, que ça m’avait demandé cinq ans de travail et que je n’en pouvais plus. Et soudain mon pied cogne une bouteille. Illico, ça a déclenché tout un processus. Celui d’en écrire un autre avec ce point de départ de bouteille sur une plage. En revenant dans le train qui me ramène de Toulon à Paris, je prends quelques notes, même si Proust disait que ça ne servait à rien d’accumuler les notes… Pendant deux ans, j’ai laissé murir tout ça. Un jour, j’ai dit : « C’est maintenant ». J’avais la narration et le schéma, ensuite, ça m’a pris quatre semaines de rédaction. En l’écrivant, j’ai souhaité qu’à chaque fin de page, le lecteur ait envie de tourner la suivante.

Le personnage principal du livre te ressemble beaucoup, non ?

C’est ce que me disent les gens.

Tu parles de ta vie de chanteur, de ton disque, du milieu de la musique… tu t’es un peu amusé à glisser des clefs.

Je savais que le public « chanson » qui me suit depuis quelques années allait éventuellement s’intéresser à ce disque, c’est une sorte de clin d’œil.

Clip de P-P-Patricia.

Tu n’es pas très tendre avec ce milieu.

Pas très, en effet. Il n’a pas toujours été très tendre avec moi non plus.

C’est bizarre parce que j’ai l’image d’un Jérémie Bossone aimé de ce milieu.

Ca dépend, mais globalement, je n’ai pas à me plaindre comparé à d’autres. Maintenant, on va peut-être apprendre à me détester parce que je tente d’autres aventures. En France, on aime un artiste pour une chose, un genre. On l’aime une fois pour quelque chose, on aimerait qu’il continue à faire ce pour quoi on l’a aimé. Le problème, c’est que c’est aux antipodes de ce que je suis. Faire constamment la même chose m’est proprement insupportable. Je ne peux pas. J’ai besoin de changer. J’ai besoin de métamorphoses, de passer par plusieurs formes et je sais que, fatalement, je perds des gens.

Tu as envie de chanter autre chose, avec des textes moins consensuels ?

J’aimerais chanter des sujets différents, scabreux, douteux… j’aimerais être le Roger Nimier de la chanson. J’hésite parce que je sais que les gens ne veulent pas entendre certaines choses. Faut-il leur donner tort ? A la base, la chanson est un art populaire. Si on vogue vers des choses non populaires, ont elles leur raison d’être ? Moi, je pense que oui. Il faut proposer d’autres alternatives.  Il y aura toujours des chansons sur l’amour, sur l’amitié, sur le temps qui passe, mais il ne faut plus qu’il n’y ait que ça. Il y a un continent à explorer et j’ai tendance à vouloir le rejoindre.

Clip de "Playmobil".

Revenons au livre. Il y a toi et il y a le « pirate » Sean Fountain. Par son attitude, lui aussi pourrait être un double de Jérémie Bossone, non ?

Il y a beaucoup de moi dans ce personnage, bien sûr. Je le considère  comme un grand frère, une espèce de modèle. A part que je ne vis pas au XVIIIe siècle, on a effectivement beaucoup de choses en commun.

Ce côté joueur, tu l’as ?

Oui, même s’il va très loin dans le jeu et les facéties. J’aime les gens qui vont loin, même s’ils finissent par être mal vus par une société qui a d’autres manières de fonctionner.

Il est sacrément égoïste.

Très. Je le revendique aussi chez moi, à la fois comme une force et comme une énorme faiblesse. Ce n’est pas un égoïsme qui va dans le mur, il doit être orienté vers quelque chose. C’est comme l’orgueil. Pour moi, l’orgueil est une grande valeur.

Et la vanité ?

C’est le travers de l’orgueil.

Un artiste n’est pas un homme comme tout le monde ?

C’est ce que les gens attendent. Si c’est pour être comme tout le monde, ça ne sert à rien. Il faut aller plus loin quitte à déranger, bousculer, choquer. C’est important parce que ça peut déclencher un réveil chez le public. L’artiste doit donner un coup de pied à l’ordre établi sinon, il n’a aucun intérêt.

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Quelle image penses-tu donner au public ?

Après 10 années de chansons, j’ai été enfermé dans une image d’artiste écorché vif, romantique. C’est de ma faute parce que cela doit être une part de moi que j’ai mis un peu trop en avant. J’aime déconner et rire, mais je n’arrive pas à exprimer ça dans ce que je chante. Quand je tente, ce ne sont pas mes chansons les plus réussies. Proust, encore lui, écrivait que le bonheur n’était pas fait pour être écrit, mais pour être vécu. Ce qui s’écrit, c’est le malheur.

Dans le roman, l’humour est là en tout cas. Un peu noir, second degré, sarcastique.

Je veux tirer dans le tas tout en restant élégant. J’aime les sourires qui dézinguent.

Le narrateur, il ne fait pas bon vivre avec lui quand on est une femme amoureuse.

Dans le livre, Suzanne a eu raison de partir, en effet.  La patience a des limites, j’ai les miennes. Euh… le narrateur à les siennes. A un moment donné, chacun retourne à sa place.

Est-ce que ce livre a été écrit aussi pour que les gens, voire tes proches, te comprennent, te connaissent un peu mieux ?

Je voulais montrer une forme de cynisme qui est en moi et que ne véhiculent pas mes chansons. Je le regrette, mais le peu de fois où j’ai essayé, je me suis ramassé. Ce livre me permet peut-être inconsciemment de faire voler en éclat le romantisme qui me colle à la peau.

Comme ton nouveau personnage musical Kapuche.

Oui, il se moque de tout et de tout le monde. Il n’a pas de place à défendre dans ce milieu musical… il se contente de survivre sur un radeau, et ce n’est pas facile. J’aime beaucoup ce double parce qu’il dit ce qu’il veut, comme il veut.

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Bossone et Kapuche.

jérémie bossone,crimson  glory,lamao éditions,interview,mandorAvec le projet Kapuche, tu veux balayer Jérémie Bossone ?

C’est ça. C’est moi derrière le masque, mais quand je l’endosse, je ne suis réellement plus le même. En termes d’écriture, ça m’envoie encore ailleurs, comme tu pourras le constater quand tu auras écouté le prochain album (dont voici la pochette à gauche). J’ai besoin de ça. 

Tu passes de guitare-voix à du rap insolent.

Le changement est violent, je te l’accorde. J’aimerais pourtant que l’on m’apprécie pour ma manière de passer d’un projet à un autre.

Comme dans tes chansons, dans le livre, tu parles aussi beaucoup d’alcool. Je te cite : « Quand  je pense qu’il existe des gens qui sont réfractaires aux lumières de l’alcool, je n’arrive pas à me figurer une telle étroitesse de vue ».

Je me suis fait remonter les bretelles à cause de cette phrase (rires). Il y a un bouquin à écrire sur l’alcool, sur son panache, sur ce que cela permet…

Blondin a écrit sur l’alcool.

Comme toute la bande des Hussards, ils ont fait un premier pas, il manque la dimension épique.

Tu évoques aussi l’écriture : « Or, ce qui prime en écriture, c’est la puissance ludique. C’est ce plaisir du jeu que procure l’agencement des images et des sonorités. Sans lui, nulle catharsis et les émotions retournent comme des baudruches dégonflées… ». L’écriture est ta passion absolue ?

Elle a une part prépondérante dans ma vie, c’est clair et net. Mais, ma passion absolue est de raconter des histoires. Soit en chanson, en poème, en roman, en série, ou avec des outils vidéo. 

Des outils vidéo ?

On a publié sur YouTube deux épisodes en vidéo sous forme de dessin animé avec Kapuche. Les dessins animés m’ont énormément impactés aussi, et notamment les mangas. Pour moi, c’est la dernière forme d’art qui défend une valeur épique de la narration.

Trailer de Kapuche : La Sparkle Rose.

Je sais que tu ingurgites beaucoup de séries télévisées et que tu lis des mangas. Est-ce que cela peut influencer ta façon d’écrire tes chansons ?

Absolument. Déjà, mon schéma narratif à tendance à se modifier continuellement. Ces derniers temps, contrairement à avant, je suis très porté vers la rime riche. A travers Kapuche, le rap me permet de m’y adonner.

Le rap, ce n’est pas un nouvel amour pour toi.

Non, c’est loin d’être une lubie. Ça fait  20 ans que j’en écoute et ça fait un moment que j’avais envie de m’y mettre. Déjà, pour faire comprendre au milieu « chanson » que l’on pouvait marier la chanson et le rock, ça m’a pris 10 ans. J’estime avoir fait mon job. Il faut que je fasse pareil avec le rap.

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Pendant l'interview...

Pourquoi es-tu pour la violence dans l’art ?

S’il y avait plus de violences dans l’art, il y en aurait moins dans la vie. Je ne dis pas que l’art doit se restreindre à n’être que de la violence, mais allons loin dans la violence dans l’art. Il y aura moins de guerre…

Dans Crimson Glory tu évoques aussi la morale : « Depuis que j’ai une conscience, je me suis toujours essuyé les pieds sur la morale. C’est la moindre des politesses à l’égard de la poésie. « La morale, c’est la faiblesse de la cervelle » dit le frangin Rimbaud et l’ami Proust de surenchérir « on devient moral quand on est malheureux » ». Tu aimes aller à l’encontre de la morale ?

Par posture, un peu, par essence même, par profondeur, oui. Faut dézinguer la sacro-sainte morale. Comme disait Brassens : « Je préfère me tromper tout seul qu’avoir raison avec tout le monde ». J’ai un côté sale gosse qui a envie d’avoir sa place. Une  place différente.

Un artiste, c’est un grand enfant ?

Il faudrait qu’il le soit, malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.

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Après l'interview, le 14 juin 2018.

03 juillet 2018

Les 46e Rencontres d'Astaffort : reportage en plein coeur de l'évènement

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IMG_3439.JPGAstaffort, une localité de 2000 habitants, aux confins du Lot-et-Garonne et du Gers. Un petit village tranquille, dont personne ne parlerait s’il n’y avait l’enfant du pays… Francis Cabrel (mandorisé en 2015 et en 2012) y est né et il continue d’y vivre une bonne partie de l’année. Et surtout, il a décidé de faire du cadre de son enfance un lieu de rencontre autour de la chanson.

Il a créé les Rencontres d’Astaffort  il y a près de 25 ans pour répondre à un sentiment de solitude artistique exprimé par beaucoup d’artistes. Elles sont soutenues par de grands noms, parrains des sessions, comme Alain Souchon, Nolwenn Leroy, Maxime Le Forestier, Grand Corps Malade, Jeanne Cherhal, Julien Doré, Vianney, Renan Luce, Emily Loizeau, ...

Sont passés par là près de 800 artistes dont Emmanuel Moire, Vincent Baguian, Laurent Lamarca, Oldelaf, Gaël Faure, Benoît Dorémus, Vincha, Luciole, Emilie Marsh, S Petit Nico, Pierre-Dominique Burgaud, Ours, Lisa Leblanc, Jérôme Attal, Klo Pelgag, Lisa Portelli, Louis Delort, Valentin Marceau, Guillaume Cantillon, Ben Ricour... 

Anne-Claire Galesne, l’attachée de presse des Rencontres d’Astaffort m’a proposé de m’immerger rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffortpendant deux jours au Centre des Ecritures de la Chanson à Astaffort pour que je comprenne le mode de fonctionnement de l'association. J’ai accepté avec plaisir de venir lors des 46e Rencontres, dont le parrain était Christophe Maé, tant je me sens en adéquation avec le travail de Voix du Sud (j'avais déjà établi une première approche en 2015). Depuis des années, je défends la chanson qu’eux tentent d’élever au plus haut. Il y a une logique à ce que j’aille à la rencontre d’Astaffort.

Dans cette longue chronique mandorienne, j'ai tenté d'expliquer le mieux possible ce que j'ai vu pendant deux jours, mais à ma façon, c'est à dire à travers toute une série d'interviews. 

Commençons avec "la direction".

Tout d'abord, Pascal Bagnara, le directeur de Voix du Sud. 

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Quelle est la priorité de Voix du Sud ?

C’est défendre la chanson francophone qu'elle soit pop, slam, rap, rock, electro, mais également la chanson en langue régionale. On a fait des stages en occitan, alsacien, breton, corse et catalan. On s’aperçoit qu’en termes d’écriture, il y a les mêmes problématiques d’une langue à l’autre.

Que fait concrètement Voix du Sud ?

On permet aux jeunes auteurs, compositeurs, interprètes d’avoir une réflexion sur l’acte de création, de mener de nouvelles méthodologies et de porter un nouveau regard sur leurs habitudes de travail.

Vous les faites sortir de leur confort ?

Oui et parfois, il y a de vrais révélations. Je pense notamment à Emilie Marsh qui a laissé sa guitare sèche pour prendre sa guitare électrique suite à son passage à Astaffort. Quand on voit actuellement où elle en est,  je pense que ça a été le bon choix et la bonne impulsion. Elle est passée du jazz et de la chanson traditionnelle a du bon rock. Elle est revenue à sa source et je pense qu’aujourd’hui, elle en est très heureuse.

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Les artistes sortent de leur solitude.

Effectivement, les artistes créent de façon isolée. Ici, il y a beaucoup de familles de création qui se mettent en place. Par exemple le duo Jacques et Jacques joué par Laurent Lamarca et Vincha et les Bodie, réunissant les chanteuses Joko, Cécile Hercule et Emilie Marsh.

Au centre des écritures de la chanson Voix du Sud, il n’y a pas que les rencontres…

Les Rencontres font partie d’un grand chapitre qui s’appelle « les formations professionnelles » qui est complété par des stages, « les labos ». En fait ce sont les Rencontres d’Astaffort sur trois jours et non sur dix. Ce sont des stages plus spécifiques pour les artistes indépendants. On a cinq stages par an.

Il y a aussi des stages autour de la structuration professionnelle.

Ça s’appelle « Labo chanson n°2 ». Sur trois jours, on donne tous les repères nécessaires sur l’évolution de l’économie actuelle et sur les grands acteurs des différentes filières de la musique, scène et disque. On évoque les questions de stratégie et de rétroplanning. On a mis en place depuis deux ans un stage long autour de la structuration professionnelle ou l’auto-management avec le Studio des Variétés. 

Il y a aussi « Les rencontres répertoires ». Qu’est-ce que c’est ?

Ce sont des stages de 6 jours. On accueille trois équipes artistiques avec un cahier des charges très particulier parce qu’ils doivent venir en équipe réduite, au maximum quatre personnes. Ils viennent travailler leur répertoire. C’est une étape avant l’enregistrement et le travail scénique. On s’interroge sur le fond du projet avec un auteur, un compositeur-réalisateur. Il s’agit de mieux déterminer la direction artistique, revoir les textes, revoir la musique, simplifier, épurer, éluder et rendre plus efficace.

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Pascal Bagnara, l'un des invités d'Yvan Coujious sur Sud Radio, pour une émission spéciale consacrée aux 46e Rencontres d'Astaffort.

Il y a aussi le stage « L’écriture à la carte ».

C’est une sorte de résidence d’écriture encadrée. Il y a des apports théoriques. Il y a trois auteurs qui viennent et qui travaillent avec un formateur en écriture. Ça peut être Jean Fauque, Jérôme Attal ou Pierre-Yves Lebert.

Avec  Xavier Lacouture, vous allez mettre en fin d’année un stage autour des déclencheurs d’écriture.

C’est un stage qu’il fait actuellement à Paris et à l’étranger. Il veut le faire ici et nous, on est ravis car nous sommes dans la même démarche pédagogique.  

Il y a une quinzaine de stages cette année.

Oui, et n’oublions pas le grand volet qui s’appelle « L’action éducative et culturelle ».

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Francis Cabrel, Philippe Prohom, le coach scénique et les stagiaires des 46e Rencontres d'Astaffort.

C’est quoi la philosophie de Voix du Sud ?

C’est la transmission, la bienveillance et l’entraide. Francis Cabrel a voulu répondre aux demandes qui lui ont été faites et apporter des éléments de réponses concrètes aux jeunes artistes. La « mission » est d’aider et accompagner les jeunes artistes dans un univers qui n’est pas si simple et qui est même de plus en plus dur. On permet aussi de redynamiser et redonner confiance à certains artistes.

Tu as dû en voir passer.

On voit à peu près 130 artistes par an et ça fait 12 ans que je suis là.

Pour résumer:

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Témoignage de Jean Bonnefon, président de Voix du Sud.

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Vous êtes président depuis quand ?

Depuis dix ans. On est une belle équipe composé d’un beau conseil d’administration avec, évidemment, Francis Cabrel qui est président d’honneur et puis des gens qui représentent la Sacem, des organismes qui travaillent avec nous, des Astaffortais, des artistes, des administratifs… Ce CA est composé de gens qui connaissent chacun un morceau du métier et qui peuvent donner leur avis sur tel ou tel aspect des choses, voir des conseils aux jeunes artistes qui viennent ici.

En dix ans, avez-vous vu une évolution chez les artistes ?

Oui, mais je préfère que l’on se projette au début des Rencontres. Il y a 25 ans, il y avait des demandes spontanées d’artistes très amateurs, donc ce n’était pas le même niveau qu’aujourd’hui, même si, dans le lot, il y avait tout de même des pépites comme Vincent Baguian ou Emmanuel Moire. Aujourd’hui, le niveau général est donc plus élevé parce que ce sont des artistes déjà engagés dans le métier. On peut même dire que ce sont de jeunes professionnels. Désormais, il est rarissime qu’aux rencontres d’Astaffort, les artistes n’aient pas déjà été signés, qu’ils ne soient pas chez un éditeur ou qu’ils n’aient pas fait un ou deux albums. La seule chose qu’on ne peut pas mesurer techniquement, c’est la personnalité, l’originalité, la force que doivent avoir ces jeunes artistes pour faire une grande carrière.

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Francis Cabrel, Jean Bonnefon, Pascal Bagnara, des encadrants et les stagiaires de cette 46e édition.

Arrivez-vous à détecter très vite la pépite d’un groupe de stagiaires ?

C’est très compliqué. Sur ce stage, j’ai vu quelques personnalités qui semblent émergentes, mais on ne peut jamais rien prévoir pour l’avenir. C’est très mystérieux ce qui va faire le succès ou non d’un artiste, même pour ceux qui ont ce fameux petit supplément d’âme. En revanche, il y en a dont on sait qu’ils n’iront pas au sommet.

C’est le rôle des Rencontres d’Astaffort de leur dire ?

Non, on ne veut décourager personne, ce n’est pas le but. L’intérêt est qu’ils repartent plus forts que lorsqu’ils sont arrivés.

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Jean Bonnefon et Francis Cabrel en introduction du concert de Clôture des 46e Rencontres d'Astaffort. (Photo : Voix du Sud)

On peut dire que Voix du Sud, ça roule ?

Oui, ça roule, mais ça ne roule pas tout seul. Il y a un savoir-faire et une expérience. Il y a ici sept personnes qui travaillent à temps plein. Ce n’est pas rien pour une association qui défend la chanson. On ne peut pas laisser disparaitre cette chanson française bouffée par le marché américain. C’est une des obsessions de Francis Cabrel. Il est le premier à considérer qu’il est trop programmé en radio, il demande à ce que l’on programme un peu plus les jeunes.

Richard Seff (auteur et membre du conseil d’administration de Voix du Sud) :

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rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffortVous êtes à Voix du Sud depuis le début de l’aventure.

Un jour, Francis Cabrel m’explique qu’il a reçu une subvention pour rénover l’école du village et qu’il souhaite créer un centre d’écriture de chansons. Il aimerait que des gens qui écrivent des textes et des musiques et qui chantent, sortent de leur isolement et se rencontrent pour travailler ensemble. En 1994, j’ai monté les Rencontres d’Astaffort avec lui. Il m’a demandé d’animer la première Rencontre. Il a fallu ensuite trouver le bon modèle d’organisation. Finalement, j’ai fait ça pendant une dizaine d’années.

C’était un véritable challenge.

Oui, parce que nous partions de rien. Dès le départ, le concept était trouvé. Il fallait faire exister des chansons, qu’elles soient jouées et chantées sur scène avec un public. Une chanson n’existe que si elle est écoutée. Ça a marché beaucoup plus qu’on aurait pu l’espérer. La formule a un peu évolué, mais pas énormément.

Vous êtes rentré ensuite dans l’association Voix du Sud.

En arrêtant l’animation des Rencontres, je ne voulais pas me couper de tout ça. Aujourd’hui, je fais partie du conseil d’administration et je suis vice-président de Voix du Sud. 

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Les stagiaires des 46e Rencontres d'Astaffort. (Photo : Voix du Sud)

Trouvez-vous les artistes de plus en plus aboutis au fil des années qui passent?

Oui, un peu. La façon de travailler aujourd’hui est très différente. Quand on a démarré, c’était encore des gens qui venaient avec leur guitare. Aujourd’hui, la nouvelle génération est beaucoup plus habituée à travailler seul avec des machines, à savoir déjà faire des arrangements. Ils sont, pour la plupart, polymorphes et s’adaptent à tout plus facilement. Aujourd’hui, leurs influences musicales sont beaucoup plus larges, ça donne beaucoup plus d’éclectismes. Ce qui n’a pas changé, c’est qu’ils trouvent ici des ressources qu’ils ne soupçonnaient pas chez eux. Il faut être à la hauteur, trouver sa place et ne pas décevoir.

La chanson française se porte-t-elle bien ?

Elle ne se porte pas trop mal. Il y a quand même chaque année des artistes qui sortent et il y a une scène assez vivante, mais le contexte n’est pas favorable pour les développements de carrière. On a des utilisateurs de musique plutôt que des mélomanes. On peut aimer un titre, deux titres et se séparer de l’artiste très vite. Avant, on s’attachait à un artiste, on le suivait d’album en album. On lui laissait le temps. Aujourd’hui, on consomme très vite. Pour exister, certains artistes sortent des singles presque tous les mois, c’est valable surtout pour la musique urbaine. Il y a aussi les problèmes des nouveaux supports de diffusion, le streaming notamment, ou la rémunération des artistes ou des créateurs est minimale. Seule la scène marche bien. Ce que je peux dire, c’est que le vrai talent existe toujours dans une situation économique compliquée.

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Les stagiaires dans "La cour de création".

Beaucoup d’artistes passés par là affirment que les Rencontres d’Astaffort constitue une étape importante de leur carrière, de leur vie. Elles les ont nourris, stimulés, ont  souvent permis de rencontrer des alter-égo artistiques et de développer de nouvelles méthodologies de travail.

Les artistes qui ont participé à des séminaires d’écritures relèvent tous la singularité et la richesse particulière des Rencontres qui leur ont apporté des éléments qu’ils n’ont trouvés nulle part ailleurs. Nombreuses chansons nées à Astaffort figurent sur des albums. Ils le disent “il y a un avant et un après Astaffort”.

Voici quelques témoignages d’élèves de cette  promotion.

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Christophe Briz et Favo:

Vous avez ceci de particulier d’être vous-même enseignants en musique.

Favo : Depuis quatre ans, je mène notamment des ateliers d’écriture et de conception de chansons avec des jeunes. On voit tous les éléments du processus de création musicale.

Christophe : Ca fait une dizaine d’années que je suis dans l’enseignement. Depuis quatre ans, j’enseigne la technique vocale (voix parlée ou voix chantée) en formations ou en cours particuliers. J’accompagne aussi des artistes qui souhaitent avoir des conseils d’arrangements ou des conseils sur la construction de leurs morceaux.

Pourquoi, vous qui enseignez, venez vous dans un endroit où l’on enseigne ?

Christophe : Lors de ses Rencontres, je viens juste en tant que compositeur. J’avais envie de sortir de mon petit studio tranquille où je suis toujours seul. J’ai ressenti le besoin de rencontrer du  monde, d’échanger et de partager. L’enseignement, c’est une partie de mon travail, mais je fais aussi de la musique et je suis dans une dynamique où j’ai envie de donner plus de place à la création musicale et peut-être moins à l’enseignement. Je viens donc pour me tester, me mettre un peu en danger. Il y a un rythme de travail qui est très rapide. On doit composer une chanson en une journée, avec des gens que l’on ne connait pas. C’est intéressant et enrichissant à vivre.

Favo : J’ai dit à mes petits jeunes que j’étais content d’aller à un endroit où l’encadrant ne sera pas moi. J’avais hâte de vivre leur expérience à eux. Je savais que j’allais apprendre des autres. J’ai beaucoup apprécié les intervenants que l’on a eus, car ils m’ont proposés d’autres visions sur des choses que je savais déjà, mais exprimées autrement. Et puis, franchement, ça fait réviser les acquis. Rencontrer d’autres artistes est aussi important. Ce groupe-là était généreux d’empathie et d’entraide… Il y a eu parfois des moments difficiles, mais il y a eu de jolies issues. On a su gérer les problématiques avec recul et bienveillance.

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Favo et Christophe Briz avec Nicolas Gemus (à l'after musical du concert de clôture).

Se faire enseigner quand on est enseignant, ça ne pose pas de problèmes ?

Favo : Ma casquette  d’enseignant, je l’ai laissé chez moi. On était tous à l’écoute des uns et des autres. En tant qu’artistes, il faut oser partager ce que l’on croit savoir, écouter l’autre et construire ensemble.

Christophe : Ce n’est pas parce qu’on enseigne que l’on sait absolument tout, qu’on a forcément raison et qu’on ne peut pas progresser nous aussi. Si on vient ici, c’est que nous sommes prêts à faire évoluer notre propre vision.

Vous allez partir d’ici en sachant que vous allez faire évoluer votre méthode d’enseignement ?

Favo : Oui, je vais renouveler pas mal de choses surtout dans les ateliers d’accompagnement pour les textes. On nous a fait travailler les Haïkus (petits poèmes japonais extrêmement brefs visant à dire et célébrer l'évanescence des choses), ça permet d’aller à l’essentiel. Je ne connaissais pas cette méthode. On nous a fait travailler sur la pertinence du propos, la pertinence mélodique et la pertinence de l’attitude scénique. Même si je ne vais pas changer ma façon d’enseigner, ça m’a permis de monter mon niveau d’exigence.

Christophe : On a vu en un temps très courts des outils très efficaces pour l’aspect interprétation et l’aspect scénique. Je vais essayer de me les approprier et les utiliser.

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Arthedone (Alexandre Gonzales) et M.E.S.S (Christophe Rymland) :

Que saviez-vous des rencontres d’Astaffort ?

M.E.S.S : J’avais identifié ça comme un lieu de travail autour de la chanson française. Je ne connaissais pas le contenu exact du stage avant d’y mettre les pieds, je savais juste qu’on allait devoir travailler entre auteurs, compositeurs et interprètes. Le leitmotiv d’ici c’est de rompre la solitude artistique, ça me convenait très bien.

Arthedone : Je trouvais ça intéressant de faire sonner la langue française dans des styles de musique où on ne l’entend pas toujours. C’est ce que je m’efforce de faire en tout cas. Le patron ici, Francis Cabrel, a fait sonner la musique américaine depuis 40 ans. En cela il est précurseur et j’aimerais suivre son exemple.

Toi, il me semble que ce n’est pas ta première visite à Astaffort.

Arthedone : J’ai déjà fait des labos. Les Rencontres, c’était la voie logique après. Je découvre qu’il y a des auteurs qui sont de vraies machines de guerre. Ils sont capables d’écrire ou de composer des chansons hyper vite. Ca pulse, c’est hyper créatif, c’est génial. Je passe des jours extraordinaires.

M.E.S.S : Moi aussi, j’ai vécu comme un challenge le fait d’écrire des textes seul où à plusieurs dans une durée hyper courte. Quand tu es chez toi, tu as toujours le temps d’arranger tes chansons et au final, elles n’avancent pas. Là, il faut speeder, trancher, percuter donc, tu t’aperçois que tu peux aller au-delà de ce que tu pensais pouvoir faire en temps normal. Outre le fait que ça m’a ouvert bien des portes musicales que je ne pratiquais pas, j’ai écrit quatre textes en quatre jours. Ça ne m’est jamais arrivé.

Arthedone : Avec les autres, tu découvres tes points forts. Pour les textes, j’ai toujours  besoin d’avoir du temps et du  recul. J’essaie de trouver des « punchlines », des approches verbales on pourrait dire en français. Quatre textes en quatre jours, je n’aurais pas été capable, par contre côté musique et mélodie, je me sens beaucoup plus de facilité. J’ai appris que c’était très agréable de collaborer avec d’autres artistes et ça, je ne le savais pas. Il y a beaucoup d’entraides entre nous.

Faut-il enfermer son ego à double tour dans l’armoire ?

Arthedone : Je ne dirais pas ça comme ça. Il faut juste accepter que quelqu’un regarde par-dessus ton épaule, accepter aussi de ne pas avoir peur de tenter des choses, même si on nous dit que c’est pourri. Nous avions deux  intervenants pour l’écriture des textes, Olivier Daguerre et Jérôme Attal. Ils étaient francs, directs et nous disaient la vérité sans nous ménager sur nos textes, on n’est pas forcément habitués à s’entendre dire des choses, mais c’est essentiel pour avancer. On n’a pas de temps à perdre en fioritures ici. Les Rencontres d’Astaffort, c’est un mélange de bienveillance et d’exigence.

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Sarah Johnson et Emji :

Vous deux, vous n’êtes pas du tout dans le même registre de chansons. C’est agréable de se confronter à d’autres univers ?

Emji : Ça donne des idées et de l’air. On est trop centrés sur nos projets, sur la façon que l’on a de faire des chansons. On est venus pour mélanger les univers, les idées. On fait des connaissances, comme avec Sarah. Elle va faire ma première partie, du coup.

Sarah : C’est enrichissant parce que j’apprends à travers les autres. Emji à une maîtrise vocale que je n’ai pas. Dans la chanson humoristique, je n’ose me rendre vers ce terrain vocal là.

Emji : Ici, on nous a dit de sortir de notre zone de confort. Il y a des moments où je me suis dit : « Ah ouais, tiens ! Seule, je n’aurais pas fait comme ça et je suis très contente du résultat. » Ici, je suis venue travailler surtout l’écriture. J’avais envie d’emmener mes textes ailleurs. Ce qui est drôle, c’est que j’ai revu Jérôme Attal. C’est lui qui avait écrit mon single, « Toboggan » en sortant gagnante de La Nouvelle Star en 2015. On n’avait pas eu l’occasion de se revoir et de travailler ensemble depuis. C’était une bonne surprise. Bref, ici, on prend le temps de creuser, creuser, creuser… chose que je fais pas quand je suis seule parce que je n’ai pas d’impératif de temps. Je n’ai pas de boss derrière qui me demande de lui rendre un texte pour le soir.

Sarah : Perso, j’ai vraiment l’impression d’être sortie de cette fameuse zone de confort. On m’a conseillé de faire deux projets, un en anglais et un où je pourrais exploiter mon côté humour. Ça tombe bien, c’était la direction que je voulais prendre puisque la chanson humoristique me parle plus, en tout cas, en ce moment.

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Emji, Sarah Johnson en mode pause avec d'autres stagiaires et Christian Alazard.

Tu es venue chercher quoi ici ?

Sarah : Comme je suis aussi humoriste, j’ai plus l’habitude de travailler avec d’autres humoristes. Là, je me confronte à d’autres chanteurs, auteurs et musiciens et ça me fait un bien fou d’entendre d’autres registres que le mien.

Emji : En plus, il y a des personnalités très fortes, très authentiques et il se passe quelque chose de magique entre nous.

Sarah : Par exemple, j’ai travaillé avec Gurvan Nantel qui est auteur et qui était plus branché émotion. On a fait une chanson « Y’a pas de gomme » qui n’a pas été gardée, mais dans laquelle on a réussi à mêler nos deux univers. J’ai apporté des touches d’humour et lui sa poésie.

Allez-vous partir d’Astaffort différentes ?

Emji : Je vais changer ma manière d’aborder mes chansons, même si je vais garder mes « mauvaises » habitudes. Il faudrait que je refasse les Rencontres tous les mois, ça me permettrait de grimper rapidement des paliers supplémentaires. Sans plaisanter, je vais repartir avec de nouvelles perspectives. Je suis venue m’ouvrir un petit peu, notamment mes méninges qui étaient un peu rouillés ou même parfois bloqués. Je vais repartir pas changée, mais débloquée.

Sarah : Je suis totalement d’accord avec Emji. Je sais que j’ai pris conscience de mes propres limites. J’avais des trucs à travailler que je ne voulais pas forcément voir. En écriture, Jérôme Attal ne m’a pas épargné. Il est très exigeant, mais aussi bienveillant. Il sait nous repousser dans nos limites. Il ne se contente pas d’une simple phrase qui sonne. Ce n’est pas ça l’important. Lui, il veut la meilleure phrase possible pour avoir un meilleur texte possible. Je me demande si je n’aurais pas besoin d’un Jérôme Attal tout le temps derrière mon épaule. Quand tu passes à Astaffort, il y a obligatoirement une volonté d’évoluer.

C’est quoi pour toi les Rencontres d’Astaffort ?

Sarah : Une colonie de vacances… sans les vacances.

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Michel Robichaud et Nicolas Gemus :

Vous êtes les deux québécois de cette session. Que pensez-vous de ce stage ?

Nicolas : J’ai fait beaucoup de stages d’écriture, mais celui-là est particulier. J’ai vécu  une belle expérience de groupe, nous étions merveilleusement encadrés et tout était très professionnel.

Michel : En venant ici, je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne m’étais pas renseigné précisément. Je m’étais dit que je verrais sur place. La seule chose que j’ai faite, c’est d’appeler Antoine Lachance qui y était passé. Il m’a répondu que c’était la meilleure expérience en création de groupe qu’il a vécu. Je suis donc arrivé ici en toute confiance.

Vous deux, vous jouez de la folk et vous donnez beaucoup d’importance à vos mots.

Michel : Sans faire totalement la même musique, c’est vrai qu’il y a beaucoup de ressemblances dans nos répertoires respectifs et dans notre façon de travailler.

Nicolas : D’ailleurs, ici, on a créé une chanson ensemble, « On se tient ».

Vous vous êtes bien intégrés avec les français ?

Michel : Ça fait sept fois que je viens en France et à chaque fois, mon équipe et moi sommes accueillis pas en rois, mais presque. J’ai l’impression que dès qu’on est québécois, on a une immunité et un point de plus.

Nicolas : On fait rire les français avec notre accent et nos mots qui parfois ne veulent pas dire la même chose qu’en France.

Votre passage ici va-t-il changer quelque chose dans votre façon d’écrire ou composer ?

Nicolas : Je pense que mon style était déjà forgé. Je ne suis pas venu pour changer de style, mais pour vivre une expérience, rencontrer des gens. Par contre, j’ai appris à travailler dans l’urgence, alors que je suis plutôt à prendre mon temps. Le fait d’être poussé au pied du mur, d’être stimulé, d’être bien encadré, m’a fait voir que j’étais capable de rapidité et d’écrire des choses plus viscérales.

Michel : J’ai trouvé intéressant de voir les méthodes des autres stagiaires. On est obligés de partager dès le départ nos premières idées alors qu’elles ne sont pas finies, ça donne un coup. Il faut toujours reprendre, accepter les compromis, les idées de l’autre… les trois premiers jours, ça m’a demandé beaucoup de concentration et de lâcher prise.

Nicolas : Moi, je ne croyais pas en la création de groupe. J’ai eu tort. J’ai découvert que cela peut donner de très jolis résultats. Ça a été très enrichissant. Ici, c’est très intense cérébralement, mais aussi émotivement. On vit beaucoup de chose dans un minimum de temps…

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Roxanne Arnal et Michel Ghuzel (Beauty & The beast) :

Musicalement, dans votre duo, il y a un peu de jazz, de la country, du blues, de la pop et de la chanson française. Qu’êtes-vous venus rechercher ici ?

Roxanne : J’ai appris l’écriture à travers Michel. Quand le duo s’est créé j’avais 16 ans. Je n’avais pas encore de personnalité. J’avais besoin d’un autre regard sur mon travail que celui de Michel, de me mêler à plein de personnalités et, du coup, de m’émanciper dans l’écriture.

Michel : Je me suis dit que ça pouvait être sympa de voir comment les autres font pour exprimer des sentiments, des idées à travers des chansons... Quand je lis des textes de Léonard Cohen, Bob Dylan ou des auteurs français, je me rends compte que leur manière d’écrire exprime des choses très profondes avec extrêmement peu de mots. Ca a un impact terrible. Je suis venu ici pour voir si je pouvais m’approcher de cette façon d’écrire.

Avez-vous appris ce que vous souhaitiez ?

Roxanne : J’ai eu beaucoup de mal à m’affirmer. Je suis arrivée pas sûre de moi du tout et très timide. J’ai réussi peu à peu à me placer comme compositrice, donc, j’ai fini par être plus à l’aise. Ici, on travaille à trois cerveaux dans la contrainte du temps. On n’a pas le choix et ça nous met dans une incroyable énergie. Ce qui est génial, c’est qu’on a tous nos faiblesses, alors les stagiaires s’entraident beaucoup.

Michel : Le fait de travailler à plusieurs, ça m’a montré que ça pouvait servir à aller plus vite. On est parfois coincé sur un mot, une phrase que l’on trouve géniale, or c’est justement cette phrase qu’il faudrait virer pour continuer à avancer. On nous met le nez sur les écueils à éviter.

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Roxane Arnal et Michel Robichaud, dans la cour de création.

Jérôme Attal et Olivier Daguerre vous ont donc beaucoup aidé ?

Michel : Oui, même si nous n’étions pas toujours d’accord avec eux. C’est plus dans la philosophie d’aborder la chanson et de la construire qu’ils nous ont aidé. Le style d’écriture n’est pas le propos de ce stage. Il faut juste réussir des chansons en commun dans un temps limité.

Roxanne : Ce qui est fou, c’est que les encadrants n’hésitent pas à rester jusqu’à tard le soir, voire la nuit pour nous aider, nous motiver. Ils ne nous abandonnent jamais. Il n’y a qu’ici que l’on voit cela.

Michel : On doit terminer une chanson, ils restent avec nous jusqu’à ce qu’elle soit terminée.

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Ned et Bérénice Andréa :

Ici, c’est dix jours complétement fou. Vous avez-vécu la chose ainsi ?

Bérénice : Ce sont des conditions d’urgence très stimulantes et très fructueuses. Une chanson par jour, c’est de la folie.

Ned : Je n’avais pas conscience que ça allait être aussi intense. Je savais que nous allions apprendre des choses, mais je ne pensais pas qu’on allait devoir les mettre en pratique immédiatement. Quand on fait un texte, il arrive que l’on s’y reprenne à vingt fois, pareil pour les accords…

Pourquoi vous êtes-vous inscrite à ce stage ?

Ned : Je ne suis dans la musique que depuis quatre ans, j’avais besoin de ressentir de la légitimité. Je voulais savoir si avec d’autres professionnels, j’allais me sentir en décalage. Aujourd’hui, je suis rassurée sur ce que je suis. Je suis aussi venue pour l’écriture. J’avais besoin d’évoluer et, du coup, je pense avoir acquis pas mal de choses dont je vais pouvoir me resservir par la suite.

Bérénice : Moi, je m’attendais à ça parce que j’avais participé au Labo. Sur trois jours, c’est déjà très intense, donc je savais parfaitement que nous serions rincés à l’issue de ces dix jours. Je suis venue à ces Rencontres pour me challenger. J’aime le fait de me confronter aux univers des autres et de voir ce qui sort d’un mix de trois univers différents.

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Ned et Bérénice Andréa accompagnées des autres stagiaires, en pleine "effervescence".

Qu’avez-vous acquis principalement ici ?

Bérénice : De la rapidité, moins d’hésitation. Je suis sûre que je ne passerai plus trois mois sur une chanson.

Ned : Moi, c’est l’inverse. J’ai tendance à aller trop vite. Je travaille sur un album. J’avais huit chansons sur dix et là, je suis en train de me dire qu’il y en a trois qui vont dégager. J’ai compris des choses ici que je ne savais pas. Je vais rectifier certaines erreurs. Il est clair que je vais avoir une grosse remise en question personnelle.

Bérénice : Je te rejoins sur un point. Ici, on nous a appris à ne pas avoir peur de jeter.

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Jyzzel et Gurvan Nantel :

En arrivant ici, vous aviez des envies de connaissances spécifiques ?

Jyzzel : J’avais eu une première approche avec Voix du Sud en Alsace, mais c’était un stage en langue régionale. J’avais envie de récidiver, mais en langue française. J’ai un projet d’album, donc j’espérais trouver d’autres ressources en moi, d’entendre d’autres sons de cloche et perfectionner ma manière d’écrire et de composer. Ça a été le cas. Je suis dans un groupe génial avec des personnalités et des univers parfois à l’opposé du mien. C’est riche, car ça permet d’explorer beaucoup de choses.

Gurvan, tu es là uniquement comme auteur.

Gurvan : Ça fait quelques années que j’écris, parfois avec des jolis noms dans la musique comme Christian Vié, Rick Allison et même avec Jérôme Attal. Mais, je me suis rendu compte que j’écrivais toujours dans le même style. Je suis venu ici pour essayer d’emprunter d’autres chemins, voire changer complètement d’orientation musicale.

Jyzzel : Ici, on est déstabilisés, mais dans le bon sens. Au début, c’est dur. On doute, on ne se sent pas légitime, mais au final, on comprend que l’on a sacrément avancé.

Gurvan : En ce dernier jour, moi, je n’ai pas encore assez de recul pour mesurer le chemin parcouru durant ces Rencontres. J’ai besoin de laisser passer un peu de temps. Je ferai le bilan dans quelques jours.

Jyzzel : Je me rends compte qu’il y a des choses à améliorer dans mon écriture. J’aimerais être beaucoup plus efficace, comme me l’a appris ici Jérôme Attal. Moi, j’ai tendance à être trop « poétique » ou utiliser trop de métaphores.

Toi qui es auteur Gurvan, tu as envie d’écrire pour un des stagiaires ?

Gurvan : Je vais essayer d’écrire une chanson pour chaque stagiaire de cette promotion.

Ce matin, j’ai assisté à la répétition du spectacle de ce soir. J’ai vu Philippe Prohom vous coacher scéniquement… ça vous apporte beaucoup ?

Jyzzel : Ce travail-là est même impératif. Philippe nous bouscule en nous faisant faire des choses improbables tout en chantant. On est obligés de chercher dans ses tripes et de donner le maximum. On ne pense plus à son texte et à la musique, il faut être dans l’émotion. Ça fait du bien de se lâcher et de dédramatiser le truc.

Gurvan : Sa phrase, c’est « retenir l’intention de la chanson ». Ce qui est certain en tout cas, c’est que ce que nous fait faire Philippe soude énormément le groupe. 

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Yves Bertrand (La Deryves) :

Quelle est la raison de ta présence aux Rencontres d’Astaffort ?

J’étais venu au Labo il y a deux ans. J’avais beaucoup apprécié, mais ce qui m’avait le plus touché, c’était le module vocal sur la racine de la voix qui avait été proposé par Christian Alazard. J’ai appris beaucoup avec lui. Il nous a demandé de chanter des chansons a cappella devant les autres stagiaires qui doivent dire ce qu’ils en pensent après. Christian, lui, m’a dit que je chantais très bien, mais que ce n’était pas moi l’interprète. Il m’a demandé si j’avais fait du bal. J’ai répondu par l’affirmative. En fait, il m’a fait prendre conscience que je chantais beaucoup par mimétisme. Je reprenais la façon de chanter d’autres artistes. Il m’a aidé à trouver mon interprétation personnelle avec ma vraie voix.

Travailler avec les autres, c’est compliqué ?

Oui. J’écris et compose vraiment seul, ce n’est pas du tout une évidence. Je veux vraiment apprendre ça. C’est amusant parce que, l’autre jour, Francis Cabrel est venu manger à notre table et je lui ai dit que c’était difficile pour moi de partager les idées, de faire des concessions et de mettre mon ego de côté. Il m’a répondu que ce que nous faisions ici, il en serait incapable. C’est drôle parce que la raison d’être de cette école c’est l’échange et le partage.

Quinze stagiaires, quinze personnalités différentes, tu  as géré ça comment ?

Le mieux possible. On a bien vécu ce moment, mais je ne sais pas si je recommencerai tout de suite. La semaine prochaine, je prendrai un moment pour faire un debrief de ce que j’ai vécu là, pour l’instant, je suis encore trop dedans.

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Les « Astagiaires » sont aidés par des intervenants musiciens ou paroliers. J’ai rencontré tous ceux de cette 46e édition. Pour la première fois tous s'expriment sur leur rôle précis et donnent leur vision de leur travail en tant qu'enseignant. 

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Jérôme Attal en pleine séance d'écriture avec les stagiaires des 46e éditions des Rencontres d'Astaffort.

(Photo : Voix du Sud)

Jérôme Attal et Olivier Daguerre, intervenants en écriture :

Avez-vous été stagiaire aux Rencontres d’Astaffort ?

Jérôme : Deux fois. J’ai vécu des moments magiques là-bas, de création. Des moments inoubliables. Une émulation saine, créatrice, un travail d’équipe. Tout ce qui me plait dans la musique.

Olivier : J’ai participé aux rencontres d’Astaffort en 2005 en tant qu’élève.

Comment et pourquoi êtes-vous devenus encadrant ?

Jérôme : J’ai reçu un appel de Pascal Bagnara, le directeur de Voix du Sud, qui m’a demandé de rejoindre l’équipe des intervenants. J’ai accepté dans l’idée d’essayer de créer pour les stagiaires les conditions d’une expérience aussi magique que celle qui avait été la mienne. Et bien sûr faire des chansons les plus crédibles, les plus intenses possibles. Créer des bonnes chansons, ok, excellentes, ok, qui puissent être défendues et utilisées par la suite, sur le répertoire des uns ou des autres, mais aussi créer des moments de création magiques, pouvoir challenger, mettre une pression enthousiaste, bienveillante et nécessaire pour que la chanson triomphe des individualités qui la compose et donne quelque chose de formidable au final (au moins pour celles et ceux qui ont participé à sa création).

Olivier : Me concernant le mot rencontre n’a jamais aussi bien porté son nom. Suite à mon passage, l’état d’esprit unique, sensible et singulier que j’ai trouvé à Voix du Sud m’a emmené à être encadrant dans l’association.

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Olivier Daguerre en pleine séance d'écriture avec les stagiaires des 46e éditions des Rencontres d'Astaffort.

(Photo : Voix du Sud)

Êtes-vous souvent épatés par les capacités des stagiaires ?

Jérôme : Je suis épaté par la qualité des chansons, des créations, par la manière dont après les premières heures d’adaptation, les stagiaires oublient ce qui les séparent, l’égo, le confort, le contentement de soi, les habitudes et les manies, pour donner ensemble le meilleur d’eux-mêmes. Rares sont ceux qui ne jouent pas le jeu. Après, le travail des intervenants - outre une expertise la plus réaliste et la plus efficace possible - est de pouvoir créer des conditions où tout le monde est heureux et trouve sa place dans une dynamique de groupe. Pour moi, en tant qu’intervenant, cet aspect de la création m’intéresse tout autant.

Olivier : Les stagiaires sont à chaque fois des artistes épatants. Les découvertes sont belles.

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Cours avec Jérôme Attal dans "la cour de création".

Qu’est-ce que cela vous apporte ?

Jérôme : Je ne sais pas. Je ne réagis pas en termes de ce que ça m’apporte. Je fonce dans la mêlée créative. J’essaye de donner confiance aux artistes que j’épaule, je veux qu’ils sortent de là avec des chansons de dingue, complètement ragaillardis par cette expérience unique. Ce grand luxe d’être ensemble et de trouver comme sur un cours de tennis des joueurs à son niveau.

Olivier : Chaque session des Rencontres est généreuse, étonnante, passionnante. Les élèves me bouleversent systématiquement. Je fais le plein d’émotions.

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Olivier Daguerre et Rania Serrano (l'assistante essentielle de Voix du Sud).

La transmission, c’est primordial ?

Jérôme : La création c’est primordial. C’est ce qui fait respirer. Et Francis Cabrel et Voix du Sud offrent à des artistes issus de toute la francophonie de pouvoir se rencontrer mais aussi mieux s’appartenir, se resserrer sur leur création, parfois la repositionner vers quelque chose d’encore plus fort. C’est un grand luxe et je conseille à chaque artiste de se porter candidat à ce genre d’expériences si rares en France.

Olivier : La chanson m’a sauvé la vie. Transmettre ma passion viscérale, est un besoin vital pour moi et un plaisir absolu. C’est une chance de partager. Je me sens vivre.

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Philippe Prohom, coach scénique :

D’artiste à temps plein, tu as bifurqué vers cette activité de coach scénique. Comment ça s’est passé ?

Il y a 15 ans,  j’ai fait le Chantier des Francofolies de la Rochelle, en tant qu’artiste. A cette époque-là, c’était Philippe Albaret (l’actuel directeur du Studio des Variétés) qui s’en occupait. Je fais des séances avec lui et en 2005, il m’annonce qu’il compte quitter les Francos et qu’avec Jean-Louis Foulquier, ils ont pensé à moi pour le remplacer. Immense fierté. Philippe Albaret est pour moi un mentor de ma vie d’interprète. Il y a eu avant lui et après lui. Il m’a pris sous son aile et m’a formé pendant un an et demi. Je l’ai suivi sur tous les Chantiers et sur d’autres résidences. Un jour, j’ai volé de mes propres ailes. Ça fait douze ans que je suis coach scénique. Quand j’ai commencé ce métier, j’ai trouvé que c’était aussi exaltant que de faire de la musique.

Qu’est-ce que tu aimes dans cette activité ?

Tu rentres dans l’intimité d’un artiste. Tu as un contrat de confiance incroyable, tu vis des choses uniques. C’est très exaltant et gratifiant sur le moment. Aider les gens est presque aussi fort qu’être sur scène, ça m’épanouit complètement.

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C’est difficile de coacher scéniquement des gens ?

Je discute d’abord avec les artistes, je cherche à savoir quelles sont leurs attentes, ce qu’on leur dit de manières récurrentes quand ils sortent de scène, ce qu’ils ressentent quand ils sortent de scène. Ils se produisent ensuite devant moi, c’est ce qu’on appelle un filage, et je leur donne un diagnostic de ce que j’ai vu. C’est là que je mets en jeu ma crédibilité. Tout est différent à chaque fois, il faut réinventer tout par rapport à qui tu as en face de toi. Pour tout le monde, il y a des problématiques qui reviennent, ce sont notamment la confiance, la légitimité, la setlist aussi.

Ici, tu as quinze stagiaires d’un coup.

Je prends une journée pour faire leur connaissance. Je les écoute chanter et après je commence à les conseiller pour défendre les émotions qu’ils veulent communiquer dans leur chanson. Tout est important : attitude corporelle, façon d’interpréter, les arrangements…  etc. A Astaffort, la difficulté c’est de faire une setlist et de créer un spectacle, alors que, la veille, tu ne connaissais pas les morceaux. C’est un travail en urgence, en flux tendu.

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Philippe Prohom lors du filage du concert de Clôture.

Tu arrives à régler tous les problèmes ?

Je suis comme un psy. Si je ne suis pas capable de régler un problème, je ne le soulève pas. Je veux que l’artiste reparte avec des pistes de travail, pas avec des doutes.

Il faut s’adapter à chaque artiste ?

Evidemment. Je respecte la personnalité de chacun. Un artiste est très réservé, j’exploite sa réserve. Je ne vais pas essayer de le changer. Je le répète, c’est un boulot de compréhension psychologique de la personne. Tu touches à leur art, tu touches au plus profond d’eux, donc tu n’as pas intérêt à dire une connerie.

Je t’ai observé coacher tout à l’heure. Tu donnes beaucoup d’énergie.

C’est primordial. Je bosse debout, je suis devant la scène, j’y vais. Il faut être présent physiquement pour donner du répondant. Je ne suis pas là pour faire le show, mais les artistes doivent voir un type énergique qui sait ce qu’il dit.

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Julien Lebart et Christian Alazard, intervenants « musique ».

Christian, tu es là depuis le tout début de l’aventure,  il y a 25 ans. Quel est ton rôle ici ?

Christian : j’anime un module sur l’identité vocale. C’est une réflexion que j’ai depuis longtemps sur l’approche des chanteurs de variété et de leur identité vocale. Je m’étais aperçu que, souvent, un interprète est en recherche d’une sonorité qui va se déformer au fur et à mesure par rapport à ses goûts, par rapport aux artistes qu’il adore. Peu à peu, il y a une identification vocale qui se crée et ils oublient juste leur vraies voix. (Voir témoigne plus haut d’Yves Bertrand) J’ai donc un peu travaillé là-dessus en créant tout un tas d’exercices de travail extrêmement court.

Julien, tu es intervenant depuis une dizaine de Rencontres, cela fait donc cinq ans. Qu’enseignes-tu ?

Julien : Je n’anime pas de module en particulier, mais avec Christian, nous sommes tous les deux présents pour aider les stagiaires à la composition. Quand je dis « aide », il faut comprendre un regard extérieur. J’aide aussi sur les arrangements qui vont figurer dans le spectacle final. Je suis un peu plus au fait que Christian sur ce qui est machines, sur ce qui est plus electro, étant moi-même claviériste. Les machines, la programmation, c’est un peu mon quotidien. Ce qui est savoureux dans cette aventure-là, c’est que nous essayons de suivre les modes. On ne peut diviser les choses entre ce qui est le passé et ce qui est le présent, mais on essaie de répondre aux propositions artistiques que présentent les artistes qui viennent là.

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Christian Alazard et son module sur l'identité vocal avec les stagiaires des 46e Rencontres d'Astaffort. (Photos : Voix du Sud)

Christian, toi qui as vu des milliers de stagiaires passer ici, es-tu souvent épaté par le talent de certains artistes ?

Christian : Tout le temps. Chaque session est un nouveau plat plus ou moins pimenté, avec des saveurs connues ou originales. On est surpris très souvent… c’est ça la magie d’Astaffort.

Julien : On part de l’inconnu parce que ce sont les artistes qui fournissent le matériel musical et leur personnalité. Selon les compétences d’instrumentistes que l’on a dans la promo, le spectacle va être comme ci ou comme ça. Au-delà du style, on utilise les forces en présence, cela modèle donc l’esthétique musicale que l’on travaille.

Vous-mêmes, vous apprenez des autres ?

Christian : Ce sont nos stages à nous. Nous sommes intervenants et en même temps, on accumule les connaissances de ces jeunes. Ils viennent d’horizons différents avec des cultures différentes, on est obligé d’apprendre énormément d’eux.

Julien : On prend vraiment des tartes dans la figure. J’ai l’impression de recevoir autant que je donne. 

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Le parrain des 46e Rencontres d'Astaffort, Christophe Maé, avec les stagiaires.

Dernière interview, celle du parrain de ces 46e Rencontres d’Astaffort, Christophe Maé : rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffort

Aurais-tu pu suivre ce stage ?

Complètement. C’est un moyen de rencontrer des artistes et de partager la musique dans une formidable dynamique. L’idée d’arriver les mains dans les poches, de s’enfermer, de créer sans interruption pendant dix jours avec des gens que tu ne connais pas, on ne voit ça nulle part ailleurs. La démarche est hyper intéressante. Ce n’est pas pour rien que les Rencontres d’Astaffort existent depuis 25 ans.

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rencontres d'astaffort,voix du sud,francis cabrel,astaffortPourquoi as-tu accepté d’être parrain de cette promotion ?

Francis Cabrel m’en avait parlé alors que nous étions dans les coulisses d’une émission de télé en Corse il y a deux ans. Il m’avait dit qu’il aimerait bien me recevoir ici. J’ai accepté immédiatement, tant j’aime la philosophie de ces rencontres.

En tant que parrain, tu as fait quoi ?

J’ai partagé un peu avec les stagiaires. Enfin, stagiaires… pour moi, ce sont tous des artistes confirmés. Il y a du niveau dans cette promotion. J’ai été à leur écoute et j’ai répondu à leurs questions. Je donne mon avis. Ce n’est pas obligatoirement la vérité, en tout cas, c’est ma vérité. Il faut soigner ses chansons, peaufiner, avoir un univers, trouver de la subtilité, prendre son temps pour faire ses chansons… et surtout, il faut croire en son talent, se fixer un but et ne pas le lâcher.

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A l'issue de l'interview, Christophe Maé et Philippe Prohom.

L'aboutissement de chaque rencontre, c'est  le concert de Clôture donné systématiquement au Music'Halle d'Astaffort en première partie du concert du parrain. Ce vendredi 1er juin 2018, les spectateurs présents ont donc pu assister à ce que vous pouvez voir sur cette vidéo. 

Voilà, j'espère que vous avez compris l'esprit de ces rencontres et que, si vous êtes artiste, cela vous incitera à tenter l'expérience. Pour postuler pour les prochaines Rencontres, merci d’envoyer un dossier de candidature à formations@voixdusud.com.

Quant à moi, je remercie l'équipe entière de Voix du Sud, Anne-Claire Galesne et tous les stagiaires pour l'accueil qui m'a été réservé. Evidemment, je n'avais plus envie de partir. Evidemment, je reviendrai… pour la prochaine session. 

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02 juillet 2018

Pause Guitare 2018 : J-1 !

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pause guitare 2018,albi,programmeÀ partir de mardi et ce jusqu'à dimanche soir, la 22e édition du festival Pause Guitare propose une semaine de concerts. De Pratgraussals au Grand Théâtre en passant par l'Athanor et le Off sur la place du Vigan, la ville va vivre au son des découvertes et des stars.

Depuis cinq  ans, je me rends à ce festival situé à  Albi (81). Il est l'un des plus enthousiasmants de l'été (voici mes bilans de l’année dernière, de 2016 et de 2015).

Comme je le répète depuis que j’écris sur ce festival, avec ses 950 bénévoles (mené par le couple Alain et Annie Navarro), ses 80 concerts dont la moitié sont gratuits, ses 7 scènes disséminées à travers Albi, ville classée à l’UNESCO, Pause Guitare est aujourd’hui le second festival du Sud-Ouest. Il est réellement porteur d’un projet humain et culturel très fort pour le territoire. C'est aussi un événement unique de par le nombre de personnes reçues, sa qualité artistique et ses conditions d'accueil, tout public confondu. Précisons que c'est l'association Arpèges et Trémolos, dirigé par Alain Navarro, qui organise cet événement.

Teaser "Pause Guitare 2018".

C'est demain soir que le clap de début retentira. 

Des forfaits 3 jours sont proposés afin de profiter pleinement de cet évènement incontournable du Sud-Est (disponibles dans les points de ventes habituels). En voici les points forts (tirés du dossier de presse de Pause Guitare 2018).

Enfin pour creuser, se renseigner, en savoir plus sur le pourquoi du comment et pour connaître toutes les infos pratiques, c'est ici que ça se passe

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pause guitare 2018,albi,programmeLe festival, c’est du rock, de la pop... mais aussi de la chanson, car Pause Guitare, c’est aussi des "scènes découvertes" avec des artistes internationaux, où le Canada francophone est particulièrement mis en valeur! Accélérateur de talents, le festival albigeois travaille activement à l’émergence et à l’accompagnement de nouveaux artistes. Enfin, avec ses 4 scènes gratuites, dont 1 soirée dans les bars d’Albi et une programmation "hors-les-murs" Pause Guitare se veut être un événement populaire et accessible.

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01 juillet 2018

Lonny Montem et G. Charret : interview pour l'album Tara

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louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor« En fait, à la base Louise aka Lonny Montem a son propre projet solo. Et moi j’ai Yules mais ça tu le sais déjà (effectivement, mandorisés là il y a 8 ans). Louise a sorti un premier EP intitulé What kind of music do you play ?  et sur lequel j’ai chanté une chanson en duo avec elle, j’ai également mixé cet album. Et c’est à l’occasion de cette semaine de mixage que nous avons décidé de faire un disque ensemble en partant de l’idée d’un duo à la Simon & Garfunkel ou plus récemment Lady & Bird. » C’est ainsi que m’explique  Guillaume Charret le projet Lonny Montem et G. Charret. J’écoute le lien de l’album Tara et j’entends ce que les songwriter ont fait de mieux dans les années 70. Sans copier qui que ce soit. Nous avons affaire à deux musiciens très inspirés dont les voix apaisantes nous mènent dans un joli continent musical. Comme le dit à leur propos Nicolas Vidal sur son excellent site musical Faces : « Il est toujours touchant de voir des artistes pour qui la mode ne compte pas, pour qui écrire est plus important que poser. »

Le 21 juin dernier,  jour de la fête de la musique, j’ai rejoint Louise et Guillaume dans un bar de la capitale pour une mandorisation (très bruyante, entre un match de l’équipe  de France et un DJ en pleine forme).

Argumentaire officiel (par Henri Rouillier) :louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor

Louise Lhermitte aime Yules. Guillaume Charret aime Lonny Montem. Explorant les sillons creusés par Simon & Garfunkel, Belle & Sebastian ou Lady & Bird, les deux amis ont décidé, une fois le printemps venu, d’enregistrer un disque ensemble. Sept chansons qui brosseraient le portrait de Tara, cette maison auvergnate où ils se sont enfermés une semaine durant, au bord de la cheminée, pour écrire et composer. Sept chansons convoquant fantômes et souvenirs fragmentaires, compilant en ballades l’écho des vies qui se sont un temps arrêtées en ces murs. Tara comme un écrin pour la quiétude. Tara comme le nom de l’EP que Lonny Montem et G. Charret vous présentent aujourd’hui.

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(Photo : Nicolas Vidal)

louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes rencontrés lors d’un stage de structuration professionnelle au Studio des Variétés. 

Louise : Nous étions entourés d’artistes qui faisaient ou de la chanson, ou de l’electro pop. Guillaume et moi étions les seuls à faire de la folk, on s’est donc très vite reconnus et appréciés.

Comment avez-vous pris la décision de travailler ensemble?

Louise : Il y a eu plein d’étapes avant d'en arriver là. Guillaume, avec Yules, avait un quatuor à cordes pour reprendre Léonard Cohen dans l’album I’m your man naked. Comme je suis altiste, j’ai monté le quatuor parisien de ce projet pour la scène. Ça a été notre première collaboration.

Guillaume : Ensuite, tu as écrit un duo, "Parallel Ride" pour ton premier EP What kind of the music do you play ? et tu m’as appelé pour le chanter. A chaque nouvelle collaboration, on ressentait l’envie d’aller plus loin musicalement ensemble.

Louise : Plus le temps passait, plus on apprenait à se connaître… et il était clair que nous étions sur la même longueur d’onde.

Guillaume : Je pense que Louise n’osait pas trop me demander plus d’investissements avec elle parce qu’il y avait un obstacle géographique. On se parlait beaucoup au téléphone et elle me posait des questions du genre « est-ce que tu connais quelqu’un qui pourrait faire les mastering de mes chansons ? »

Louise : Et un jour, je l’appelle désespérée et dépitée pour lui annoncer que la personne qui devait mixer mon EP ne le mixe plus.

Guillaume : A un moment, Louise me demande qui je prends pour mixer mes albums, ce à quoi que je réponds que je le fais moi-même avec Bertrand, mon frère. Du coup, elle m’a proposé de mixer le sien. Comme je connaissais déjà une partie des chansons et que je suis très sensible à sa musique, j’ai accepté immédiatement. C’est le premier projet que j’ai vraiment mixé seul et je me suis découvert une passion pour cela. A la fois, je lui rendais service et elle me rendait service.

Louise : Cette semaine de mixage était géniale. Je suis allée chez lui en immersion dans son studio pendant cinq jours. J’ai compris à quel point le mixage était hyper important dans la musique folk. Le son que tu as est déterminant. 

"Little lovers" pour la chaine YouTube Du son dans mon salon.

Quelle est la difficulté du mixage dans la folk ? louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor

Guillaume : De ne pas briser le naturel. Du naturel brouillé, brouillon, c’est assez facile à faire en mixage, mais du naturel clair, c’est difficile.

Louise : Un bon mixage dans la folk, c’est rendre honneur à la sensation que tu avais en studio. Il faut retranscrire l’émotion que tu avais en enregistrant la chanson.

Guillaume : Il y avait des titres longs de 8 minutes, très orchestrés, avec des mouvements, des chœurs qui apparaissent, ou soudain une batterie qui déboule à la 7e minute… Il y avait aussi énormément de prises « live », beaucoup d’acoustiques, des cordes, bref, c’était complexe.

En mixant ce disque, vous vous êtes rendus compte qu’il fallait que vous fassiez un album ensemble.

Louise : Oui, pour un disque moins chargé, plus épuré. Je dis à Guillaume que j’ai une maison en Auvergne et que j’aimerais l’y emmener pour voir s’il est possible de concevoir des chansons ensemble. Au départ, c’était pour un album à moi et au bout de quelques temps, j’ai compris que c’était un album de duo qu’il fallait faire. C’était devenu une évidence. J’entendais deux voix.

Clip de "Big Big House" réalisé à Tara par Anna Farnoux et monté par Justine Dely.  

louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorDans cette maison qui appartient à ton père, l’ambiance était propice à ce genre de musique.

Louise : Là, c’est le calme absolu. Il n’y a pas d’habitant à côté.

Guillaume : Je trouve que ce disque rend hommage à  l’ambiance qu’il y a dans cette maison. Il n’aurait pas été comme ça si on l’avait enregistré dans un autre endroit. C’est vraiment le disque de Tara, c’est pour ça qu’on l’a intitulé du nom de la maison. C’est un témoignage sur comment être à Tara et comment y vivre.

Un lieu peut influencer une musique ?

Guillaume : Je suis convaincu que c’est le cas. Je pense que le trip hop n’aurait pas pu naître ailleurs qu’à Bristol, que le reggae n’aurait pas pu naître ailleurs qu’en Jamaïque. Il y a des lieux propices à des musiques particulières.

Louise : Je sais que je ne peux pas écrire à mon bureau à Paris.

Guillaume : A moins que tu fasses de la folk urbaine, mais la folk, c’est plutôt un truc contemplatif. Il y a un lien évident avec la nature.

Vous étiez donc en vase clôt pour travailler 7 jours.

Louise : On avait déjà structures, paroles, mélodies et accords. Mais nous n’avions pas du tout d’arrangement.

Guillaume : Nous avions aussi une chanson inachevée que nous avons terminée là-bas.

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Toutes les chansons sont écrites par Louise, mais il y a deux reprises. Une de James Taylor et l’autrelouise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandor de Simon et Garfunkel.

Louise : Simon et Garfunkel, c’était complètement l’esprit du disque. La chanson que nous avons reprise est « Old Friends ». Ça nous a fait marrer parce que nous, nous sommes des young friends. C’est une chanson incroyable sur l’amitié, et nous on vit cette amitié qui est rare. Surtout, entre homme et femme. En plus, on a 52 ans d’écart tous les deux (rires).

Guillaume, ça ne te fait pas bizarre de travailler avec un autre binôme ?

Guillaume : Evidemment, travailler avec Louise, c’est très différent que de travailler avec mon frère. Avec lui, c’est d’abord la fratrie. Là, notre amitié est née sur la musique, ce n’est pas la même chose.

Ton frère n’a pas eu envie de mettre son grain de sel dans ce projet ?

Guillaume : Bertrand a masterisé le disque. Mon frère ne s’immisce jamais, c’est quelqu’un de discret. Il me regarde m’envoler de mes propres ailes avec bienveillance.

Louise : Je crois que cet album n’aurait pas eu cette tronche là si on n’avait pas été deux fous enfermés dans cette maison. A plus, on n’aurait pas atteint cette folie.

Cette folie ?

Louise : Oui, parce que nous devenions fous. On oubliait le temps, on ne voyait pas les heures passer. On se levait, on mangeait et hop ! Nous étions partis pour des heures et des heures de travail. Le dernier jour, on avait des têtes de fous, je crois.

15 mars 2018, Froggy's Session de "Please Look After Me" à la Maison Muller / La Splendens Factory, Paris

louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorLouise, tu écoutes de la folk depuis toujours ?

Louise : J’ai eu une révélation avec Joan Baez à 14 ans. J’ai eu aussi ma période Bob Dylan, Patty Smith, Tim Buckley, les Who, les Beatles. Au lycée, j’ai eu la chance d’avoir un groupe de potes musiciens, du coup, nous nous nourrissions de tous des disques de nos parents.

Jamais de la variété n’est arrivée à tes oreilles ?

Louise : Je ne te cache pas que j’écoute un petit Balavoine de temps en temps. Je trouve qu’il a des mélodies extraordinaires. Yves Simon a aussi écrit des chansons hallucinantes. Il y a également Souchon que je trouve très importants. Mais, attention, pour moi, Souchon est un folkeux. C’est notre Dylan français. 

Tu as fait un tour en Angleterre à l’âge de 18 ans, après ton bac, et je crois savoir que, musicalement, ça t’a beaucoup influencé.

Louise : C’était en 2011. Pile l’année où il y avait dans le top 5, Noah and the Whale, Laura Marling, Mumford and Sons, tous ces artistes-là faisaient partie du mouvement new folk anglais. Ça m’a fait rêver et c’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais beaucoup de sensibilité à cette musique et que c’était celle que je voulais faire.

En France, finalement, vous n’êtes pas nombreux à jouer ce genre musical.

Louise : Ça a été très à la mode il y a dix ans, mais maintenant plus trop, en effet. Tant mieux, il y a de la place. On a une double page dans le Guitare Magazine de ce mois avec notre partition au milieu.

Guillaume : Quand on est guitariste, avoir sa tablature dans ce magazine, c’est une concrétisation (rires).

Clip de "Blue Rose Case" réalisé par Philippe Muyl et monté par Antoine Lhonoré-Piquet. 

Votre clip de « Blue Rose Case » a été bien mis en avant par les Inrocks. Il est présenté comme un louise lhermitte,lonny montem,guillaume charret,tara,interview,mandorhommage au film Twin Peaks de David Lynch.

Louise : Le webzine Indie Rock Mag a demandé à Guillaume et à d’autres artistes de faire une compil’ autour de Twin Peaks.

Guillaume : On n’avait pas encore conçu Tara. Je savais que Louise aimait ce film et qu’elle écrivait en anglais, donc je lui ai proposé de participer avec moi. Je ne voyais pas Yules sur ce projet.

Louise : La vérité, c’est aussi que tu m’as dit que tu n’avais pas trop le temps d’écrire. Moi, j’ai écrit cette chanson en 15 minutes (rires).

Guillaume : Je n’étais pas du tout inspiré par le sujet. J’écris des textes assez personnels, je ne me sens pas auteur de commande. Je ne sais pas écrire un texte idéal  sur un sujet imposé. Louise, je savais qu’elle en avait les capacités. Elle m’envoie la maquette et là, tout de suite, j’entends Nancy Sinatra et Lee Hazlewood. Nous sommes donc partis dans ce sens. Elle vient, on enregistre sa voix, et dans la semaine qui a  suivi,  j’ai enregistré tous les instrus. En une semaine, c’était bouclé. Cette chanson a beaucoup plu, mais il ne pouvait pas figurer sur un album. On a donc décidé d’en faire un clip.

Et le clip est signé par un brillant réalisateur, Philippe Muyl. Comment est-il arrivé dans cette aventure ?

Louise : Avec Guillaume, nous étions dans un diner mondain autour de Michael Lonsdale. A notre gauche, il y avait Philippe Muyl. On finit par chanter des chansons. En se rasseyant, je demande à mon voisin ce qu’il fait. Il me répond qu’il est réalisateur. Je ne le connaissais pas, mais au culot, je lui ai dit que l’on cherchait quelqu’un pour faire un clip. Je  ne m’attendais pas une seconde à ce qu’il accepte. En fait, ça l’a intéressé et trois jours après, il a dit oui.

Ce n’est pas un peu une facétie du destin ? Tu te retrouves à côté de lui à un diner…

Guillaume : Ces histoires-là, quand on les entend, on se demande si elles existent vraiment. Mais oui, les contes de fées existent. En plus, c’est une boucle qui est bouclée parce que c’est une chanson inspirée par le cinéma et par l’univers d’un cinéaste… et c’est un cinéaste qui fait le clip de cette chanson.

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Après l'interview, le 21 juin 2018.

30 juin 2018

LAïN : interview pour l'EP Matelot

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(Photo : Alexandre Aldavert)

laïn,matelot,interview,mandorAttention, très gros coup de cœur pour LAïN ! Son premier EP, Matelot (sorti sur le label Néogène Musique), textuellement, c’est carrément le coup de  poing. Uppercut dans le cœur. Dans ses chansons, « elle explore les méandres de nos obsessions, l’urgence de nos émotions et la sempiternelle vacuité des « petites choses » de la vie ». LAïN travaille avec Hipsta, qui est depuis la fin de 2016 son réalisateur et arrangeur en studio comme à la scène. Ces deux-là se sont bien trouvés. Le duo parfait pour un EP parfait.

LAïN, on va beaucoup en entendre parler dans les prochains mois… foi de Mandor ! Le 21 juin dernier, j’ai pris rendez-vous avec cette artiste brillante, charismatique et carrément au-dessus de la mêlée. Pour rien au monde, je ne serais passé à côté de cette pépite en voie d’explosion.

(Avant de vous laisser lire l'interview, je ne peux pas ne pas vous mettre le lien de la cover de "Femmes" de Nicole Croisille par LAïN. Un bijou absolu!)

Biographie officielle :laïn,matelot,interview,mandor

Ces quatre lettres finiront par vous obséder. LAïN. Celle qui est tapie dans l'ombre de ce patronyme évanescent en découdra avec vos sentiments. Elle creuse dans vos émotions pour en ressortir le beau tout le temps, le dur souvent, l'inavouable parfois... LAïN... Elle est Parisienne, elle est aussi discrète qu'excentrique et imprévisible. Elle a choisi la musique pour explorer son for intérieur, mais c'est aussi du votre qu'elle parle. LAïN fait dans l'electro, la pop sombre et c'est dans la langue de Bashung qu'elle a décidé de s'exprimer. Et elle a bien fait, tant ses métaphores crépusculaires sont comme des coups de poings reçus en pleine face. Pile dans nos égos. LAïN est sensuelle comme son écriture, douce comme son piano mais sait aussi être profane, directe, presque possédée par une violence contenue dès qu'elle monte sur scène. Elle n'est pas seulement musicienne et chanteuse, elle est aussi metteur en scène de ses chansons denses, poignantes. La dimension cinématographique est primordiale pour LAïN. Sa musique est film tendre et fou, sexy et violent. Un film brutal où l'on ne voit rien. Un film pudique où l'on sent tout... LAïN est tendre et puissante, gracile mais pas docile, subtile mais pas fragile, désarmante de sincérité et pourtant si armée… Armée pour vous faire chavirer.

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(Photo : Alexandre Aldavert)

laïn,matelot,interview,mandorInterview :

Tu as fait un peu de musique classique en Conservatoire, puis tu t’es dirigée vers le jazz.

Vers 17 ans, je suis devenue chanteuse de jazz. J’étais nourrie de cette musique par mon père qui en écoutait beaucoup. J’ai donc jouée dans des pianos-bars et des clubs de jazz pendant pas mal de temps. J’y interprétais des standards, mais un peu revisités. En parallèle, je commençais à écrire et composer pour moi, tout en cherchant des gens avec lesquels collaborer.

En 2015, tu as travaillé avec un premier groupe pour ton répertoire à toi.

Ils étaient mes premiers musiciens et arrangeurs. Ensuite j’ai rencontré Hipsa et là, ça a été le déclic. Avec lui, ça a collé immédiatement et j’ai senti qu’il allait devenir mon alter ego. On échange, on communique, on est capable de revenir sur un morceau que l’on pensait déjà abouti sans que cela crée des tensions. Il y a un travail de fond et un feeling entre nous qui sont très importants.

Cette rencontre a été comme une évidence ?

On a quand même passé presque un an à s’apprivoiser artistiquement. Aujourd’hui, on travaille beaucoup plus vite sur mes compos et ses arrangements. Notre collaboration est hyper enrichissante. 

Tu as employé le terme « apprivoiser ». C’est à ce point-là ?

Oui, ce que nous faisons est de l’ordre de l’intime. Il faut que la relation humaine soit très forte. Parfois, on se dit des choses pas très agréables à entendre sur notre travail, il faut pouvoir le supporter et être capable de se remettre en question. 

"Matelot" dans l'émission de Didier Varrod, "Foule sentimentale".

Dans ce premier EP, il y a du beau texte. Je le souligne, car c’est plutôt rare quand c’est à ce point. laïn,matelot,interview,mandorOn sent que les grands de la chanson ont fait partie de ta vie musicale.

Mon père m’a fait découvrir Philippe Léotard. Je suis tombée amoureuse de son œuvre et de son histoire. J’ai tout de suite sentie un truc dingue chez lui. Il m’a toujours bouleversé. Je me rappelle d’une chanson de lui assez forte qui s’appelle « Drôle de Caroline » dans laquelle il parlait de la drogue. Cette écriture n’était pas évidente, il fallait vraiment l’écouter et s’en imprégner. Il fallait s’ouvrir pour comprendre de quoi il parlait. C’est ça que j’aime. Quand les choses ne sont pas forcément évidentes dans l’écriture. C’est pour ça aussi que j’aime les textes de Jean Fauque, on ne comprend pas tout. Un peu comme quand on regarde un film de David Lynch. C’est bon de ne pas toujours tout comprendre et d’être dans l’interrogation. Ça ouvre les portes de l’imaginaire et de la sensibilité des gens.

Tu as cette manière d’écrire ?

J’ai une forme de pudeur dans l’écriture parce que je suis quelqu’un de très pudique. Quand on n’est pas dans le premier degré, quand on utilise des métaphores pour dire les choses, on se met à nu, mais on parvient à dissimuler ses émotions.

Une manière de se cacher ?

Oui, un peu.

"Le reflet des drapeaux" en écoute. 

laïn,matelot,interview,mandorComment écris-tu ? (Photo à gauche : Thomas Bader)

De manière impulsive, voire habitée. Ensuite, j’y reviens et je retravaille le texte. C’est la partie que j’aime le moins. C’est plus compliqué pour moi. Je préfère quand les choses viennent d’un jet, simplement. Je me rends compte aujourd’hui que cette deuxième partie de travail est aussi importante que la première, si ce n’est plus.

Un de tes disques cultes et Fantaisie militaire de Bashung  dont quasiment toutes les chansons sont co-signées Jean Fauque. Ça t’a fait bizarre de l’avoir rencontré ?

Je l’ai vu aux Francofolies de La Rochelle en 2015. Je lui ai joué mes chansons en piano-voix. Il m’a dit : « J’adore ta chanson « Marianne », j’aurais aimé l’écrire. » Je me suis pris une émotion de dingue. Après, ça a été fabuleux de travailler avec lui. Là, aussi, cet homme est humainement incroyable.

Tu as été influencée par le jazz et la chanson à texte, pourtant, tu fais de la pop electro. Pourquoi ?

Parce que j’ai d’autres  influences et que j’aime beaucoup d’artistes. J’admire James Blake par exemple. Ce qu’il fait est fascinant. Après, j’aime le côté laborantin que l’on a avec Hipsa. On va chercher des sons un peu particuliers, on bidouille et on trouve des sonorités inédites.

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(Photo : Alexandre Aldavert)

L’inspiration te vient facilement ? (Photo à droite : Thomas Bader)laïn,matelot,interview,mandor

Il faut travailler régulièrement pour qu’elle arrive. Je lis beaucoup, je regarde des films,  j’écoute des disques, ça me nourrit. Les sons des autres me font naître des idées, des images que je transforme pour qu’il colle à mon univers.

Je t’ai entendu plusieurs fois dans Foule sentimentale, l’émission de Didier Varrod sur France Inter.

En recevant mon EP, Didier Varrod a eu un coup de cœur. C’est quelqu’un de formidable et de rare. Laisser sa chance à des artistes qui débarquent juste parce qu’on le sent, parce qu’on le renifle et que ça provoque quelque chose, c’est rare. En janvier, il m’a passé sur Inter et en mars, il m’a proposé d’être en résidence dans son émission. C’est allé très vite. Je peux dire que c’est lui qui m’a jeté à la mer, mais il a pris soin de m’offrir de grosses bouées (rires).

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LAïN au Silencio.

laïn,matelot,interview,mandorOù en es-tu de l’enregistrement de cet album ?

On enregistre au mois de juillet. Il sortira en 2019.

Tu as hâte ?

Non. J’aime bien les étapes. J’aime notamment celle que je traverse actuellement. J’aime bien la période de créativité que je vais traverser dans notre grotte avec Hipsa. Nous allons remettre le nez dans des chansons déjà existantes et en enregistrer des nouvelles.

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Pendant l'interview...

Et la scène, tu aimes ?

Au début, je n’aimais pas. Je ne voulais pas me mettre en avant sur scène et maintenant j’adore.

Pourquoi chantes-tu ?

C’est une bonne question. Déjà, je ne sais pas si je sais faire autre chose. J’ai l’impression qu’il y a plein de choses en moi qui sont assez sombres, c’est ma manière à moi de les sortir, d’arriver à avancer et à vivre.

Quelle serait la carrière idéale ?

J’aimerais bien ne pas être un feu de paille. J’aimerais prendre mon temps et m’installer dans le temps justement. J’aimerais imposer des textes exigeants, pour moi et, pourquoi pas, pour les autres.

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Après l'interview, le 21 juin 2018.

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29 juin 2018

Nicolas Vidal : interview pour la sortie de Bleu piscine

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nicolas vidal, bleu piscine, interview, mandorComme l’explique sa bio officielle, «Nicolas Vidal navigue dans les eaux underground de la pop française depuis son premier album Des Ecchymoses sorti en 2011. Après Les nuits sereines n’existent pas (2016), album sous influence(s) Jacno/Mikado, son 3ème album Bleu piscine joue les prolongations pop. Nicolas Vidal n’est donc  plus tout à fait un jeune premier qui aurait découvert la synth-pop dans un lot de 33 tours au coin d’une brocante. Après une première vie dans le théâtre et la radio et une vie parallèle dans la mode, cet autodidacte considère la musique comme faisant partie d’un processus créatif, au même titre que la photographie ou l’écriture. »

Bleu piscine n’a rien à envier aux récents albums de ses ainés, Alain Chamfort et Etienne Daho. La pop française à un nouvel arrivant, accueillons le comme il le mérite.

(Découvrez aussi le webzine pop en noir et blanc, Faces, de Nicolas Vidal. Un travail exceptionnel !)

Le 12 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar branchouille de République pour une  deuxième mandorisation (la première n’a jamais été publiée).

L’album (argumentaire de presse) :nicolas vidal, bleu piscine, interview, mandor

Bleu piscine, écrit et composé en majorité au printemps 2017 entre la Corse, Paris et Bangkok, et enregistré dans la foulée, a la spontanéité des hits estivaux, totalement hantés par les figures artistiques qui ont accompagné cet «Eté dandy» (David Hockney, Jacques De Basher, Isabelle Adjani). Solaire et emprunte d’une sensualité plus apparente («Roche», «Sous ton ombrelle»), la pop de Nicolas Vidal se fait plus dansante, tout en étant de plus en plus personnelle («Bleu piscine», «La vie d’avant»). Délaissant parfois les effluves lo-fi qui composaient la majorité de son deuxième album, Nicolas Vidal opte pour une pop un peu plus urbaine («AR mon amour, «Transe»), aidé en cela par la production plus électro clash de Valentin Aubert (aka Aube) dont le travail sur le son et les arrangements a été primordial pour emmener les chansons en dehors de leur zone de confort. Mais les amours de jeunesse ne passent pas si facilement et un détour par la case eighties était obligatoire pour parler de la fin d’une histoire d’amour façon nouvel Hollywood («Balboa») ou pour évoquer la chute d’une idole fashion façon Erasure en compagnie d’Une Femme Mariée («John»). Les textes, moins autocentrés, font place à une actualité teintée d’intime (le pré Brexit «Pop Boy à Paris», le manifeste sur la norme amoureuse «L’amour qui penche») et constituent la bonne surprise de ce nouveau disque.

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nicolas vidal, bleu piscine, interview, mandorInterview :

La dernière fois que je t’ai interviewé, c’était en 2016, avec Emma Solal. J’ai perdu le son de l’interview quand on m’a volé mon iPhone,  donc je n’ai jamais publié cette double rencontre. Mais, par  contre, je crois savoir que depuis, vous avez décidé de travailler ensemble…

C’était effectivement le début de notre complicité.

On y reviendra tout à l’heure. Tu as écrit et composé seul (hormis une chanson avec Constance Petrelli) ce nouvel album en trois semaines.

Oui, pendant mes vacances en Corse et en Thaïlande. En Août, quand je suis revenu en France, on a enregistré dans la foulée, ce qui ne m’était jamais arrivé.

Le lieu où tu es influence-t-il ta façon d’écrire ?  

Le lieu m’influence même beaucoup. Tout le coté solaire du disque, ce sont des chansons que j’ai écrites au soleil. Deux chansons particulièrement, m’ont été inspirées par le moment présent. « Roche », je l’ai composé dans ma tête sur un bateau en Corse, entouré de touristes. J’ai eu la mélodie tout de suite et, pour ne pas la perdre, je suis allé dans les toilettes du bateau  pour la chanter sur mon iPhone. Concernant « Bleu piscine », j’étais en Thaïlande, il y avait une piscine, un décor paradisiaque, mais il s’est dégagé une certaine tristesse de ce moment trop parfait. J’ai donc imaginé une histoire d’amour qui serait à sens unique.

Clip de "Pop boy à Paris"

Cet album est plus dansant que les précédents. Par contre, les textes restent très mélancoliques. nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandor

Cet album est un peu plus ouvert. Je parle un peu moins de moi. Sur une chanson comme « L’amour qui penche », j’ai eu envie d’évoquer sans faire aucune morale, toutes les histoires qu’il y a eu autour de la manif pour tous, le mariage entre personnes du même sexe, la transsexualité… La musique pop m’a permis de traiter ces sujets avec un peu plus de légèreté et de poésie. Le côté péremptoire et sérieux, très peu pour moi.

J’ai effectivement remarqué que tu donnes ton opinion sur pas mal de sujets, sans faire la morale… et c’est très appréciable.

La morale n’a pas lieu d’être dans la chanson. A mon sens, la chanson doit rester comme une bulle de savon. Les Alain Chamfort, Arnold Turboust où autres Etienne Daho, font ça très bien, eux aussi.

Je te place sans hésitation dans cette famille musicale.

J’ai beaucoup écouté ces artistes. Quelque part, ils m’ont influencé. Je reste persuadé que la musique que tu entends enfant te marque à jamais. Mon premier 45 tours, si tu enlèves Chantal Goya et Karen Cheryl, c’est la chanson interprété par Lio, « Banana Split ». Mes parents écoutaient tous les Brel, Brassens, Ferré, Ferrat et, pour moi, c’était insupportable parce que moi j’aimais Lio, Daho, Elie Medeiros, Indochine…

nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandorTa pop est à la fois moderne et nous rappelle celle des années 80. Comment on trouve le juste milieu ?

En travaillant avec un producteur de 25 ans, Valentin Aubert, qui n’a pas ces références-là en tête. Il a celles de son époque. Ce qui est drôle, c’est qu’il n’aime pas cette musique des années 80, du coup, ça a été super de travailler avec lui parce qu’on se retrouvait sur des références comme Phoenix, Metronomy ou Tame Impala. On a essayé de se sortir de la pop française et des sonorités eighties. Valentin a été un parfait contrepoids à mes références parfois passéistes.

Dans tes chansons, il t’arrive de ne pas cacher ton homosexualité.

Je la revendique même complètement. Je suis ravi qu’un Eddy de Pretto soit numéro1. Il raconte son homosexualité très naturellement. Dans les chanteurs de ma génération et celle d’avant, il y en a peu qui l’ont fait. Il y a pourtant bien des homos, des hétéros, des bisexuels, des trans… vivons avec.

Sur la pochette de Bleu Piscine tu as utilisé une imagerie homosexuelle. C’est volontaire ?

Absolument. Et sur le nouveau clip d’Emma Solal, « Baisers illicites », qui est un duo avec moi qui figurera sur son prochain disque, on ne s’est pas gênés non plus. Garçons et filles, on se roule tous des pelles.

Clip d'Emma Solal (avec Nicolas Vidal), "Baisers illicites".

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Archives : Interview en 2016 avec Emma Solal et Nicolas Vidal (jamais diffusée pour cause de perte de son).

Au moment où tu as enregistré l’album, tu lisais la biographie de Jacques de Bascher. Il a influencénicolas vidal,bleu piscine,interview,mandor au moins un texte. Qui était cet homme ?

C’était un dandy mondain dans les années 70-80. Il a été l’amant d’Yves Saint-Laurent et de Karl Lagerfeld. La chanson « Eté dandy » m’a été inspiré par lui.

Dans le même temps, tu as vu l’exposition de David Hockney à Beaubourg.

Lui aussi est homosexuel. Quand j’ai décidé de faire cette couverture et d’appeler l’album Bleu piscine, j’avais ce type d’artiste dans ma tête.

En revendiquant ton homosexualité, tu n’as pas peur de « segmenter », d’avoir moins de public ?

Les gens qui n’ont pas envie d’écouter ma musique parce que je suis homosexuel, je n’ai pas envie qu’ils m’écoutent. Je préfère même qu’ils ne l’écoutent pas. Mais honnêtement, je crois que maintenant les gens s’en foutent de la sexualité du chanteur. Au concert d’Eddy de Pretto, la majorité des gens était des filles qui se moque bien de sa sexualité.

Clip de "Bleu piscine".

nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandorTu n’as pas encore la notoriété que tu mérites. Selon toi, que te manque-t-il pour accéder au stade supérieur ?

Il me manque certainement un entourage, même si j’ai conscience que ce n’est pas parce que tu as un entourage que tu as obligatoirement du succès. Si j’avais un bon attaché de presse, un bon manager et un bon label, ça m’ouvrirait à des médias qui, potentiellement, pourrait s’intéresser à mon travail. C’est plus difficile quand tu es tout seul à faire ton petit bonhomme de chemin. Et puis, quand tu fais de la pop, les médias, c’est plutôt restreint.

Les jeunes, la pop, ils s’en foutent un peu non ?

Oui, sans faire de généralité, ils préfèrent les musiques urbaines. Ce que je fais intéressera plus les quarantenaires. Cela dit, je ne me sens pas en déconnexion avec des artistes comme Clara Luciani ou Fishbach qui ont trouvé leur public, donc, je ne désespère pas. Moi, je continue à faire mes albums coûte que coûte et on verra bien où ça va me mener.

Parfois, tu ne te dis pas « à quoi bon ? »nicolas vidal,bleu piscine,interview,mandor

De temps en temps, mais je pense qu’il faut trouver la bonne économie pour sortir tes projets. Avec un home studio, tu peux faire des albums qui ne coûtent pas très cher. Pour moi, la musique, c’est vitale. Je te le répète, je n’ai pas du tout envie d’arrêter.

Tu as failli solliciter Arnold Turboust pour ton disque.

Quand je me suis demandé avec qui je pourrais faire un disque, il a toujours été dans un coin de ma tête. Entre temps, j’ai rencontré Valentin Aubert et je suis parti vers autre chose, mais vraiment, un jour, j’aimerais travailler avec Arnold Turboust. Il est un super musicien et arrangeur.

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Parle-moi de ta collaboration avec Emma Solal.

Je suis avec Valentin Aubert, arrangeur et réalisateur de son prochain disque. A la base, Emma m’a juste demandé des chansons, mais ensemble, on a écouté mon album et elle m’a dit que c’était vers ce genre de musique composé de  sonorités très « electro » qu’elle voulait se diriger. Les excellents Pierre Faa, Éric Chemouny, Jérémie Kisling et Une Femme Mariée (Constance Petrelli) ont aussi collaboré à ce disque…  Je te garantis que la pop lui va très bien.

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Le 12 juin 2018, après l'interview.

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28 juin 2018

Marco Moustache : interview pour Autopsie d'un poil rebelle

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(photo: Hashka/ÿz)

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorLa chanteuse-pianiste aux mille facettes, Marco Moustache revient avec un deuxième album, Autopsie d’un poil rebelle, véritable manifeste pour la liberté et la féminité. Son credo : « la vie n’a pas de sens sans amour et sans humour ! » Paru chez En Garde! Records en mars dernier, le disque est distribué par Inouïe Distribution. Cet album est une joyeuse bouffée d’air frais à découvrir absolument.

Le 12 juin dernier, dans un bar de la capitale, Marco Moustache et moi avons fait connaissance… et avons parlé musique et féminisme.

Marco Moustache en quelques dates:

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marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorArgumentaire de presse de l’album :

Aiguisé, percutant, engagé et sans concession, Autopsie d’un poil rebelle est à la croisée des chemins entre hip-hop, chanson et jazz.

Une poésie posée sur des grooves affranchis de toutes définitions, une voix chaude planant au-dessus d’un duo original clavier/batterie, le deuxième album de Marco Moustache n’en finit plus de nous prendre et nous surprendre. Ici, on n’a peur ni des codes, ni des genres, ni du grand méchant rap, ni des machines made in ailleurs. Pas la moindre trace de strass, ni la plus petite miette de paillette, une fine moustache et quelques mots suffisent à nous toucher. Ils ont la saveur douce d’une sensualité moderne et la puissance amère d’une conscience actuelle.

Marco est une artiste qui a autant de cris que de sourires sous la moustache, autant de convictions que de désinvolture. Qu’il pique ou qu’il chatouille, il est franc ce poil rebelle qui pousse au fond de son cœur.

13 titres, 6 invité.e.s, une seule envie : briser les lisses silences qui nous rendent si seul.e.s.

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(Photo : Hashka/ÿz)

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorInterview :

Tu as commencé la musique à l’âge de 7 ans.

Mes parents m’ont proposé de faire de la danse et du piano, j’ai dit oui. J’ai adoré les deux.

Tu as fait de la danse longtemps ?

De 4 à 26 ans. Avant même de faire de la musique sur scène, j’avais déjà l’habitude d’être sur une scène et de bouger. Aujourd’hui, quand je suis sur une scène, je sais quoi faire de mon corps.

En musique, tu as débuté par le jazz. Tu as vite senti des facilités ?

Pas du tout. Le jazz demande un lâcher-prise et une liberté hors du commun… et je ne les avais absolument pas. La liberté et le choix, on sait tous que ce n’est pas facile.

Je crois que c’est un milieu dans lequel il y a beaucoup de compétitions.

Moi, tel un bisounours, je croyais que le milieu des artistes étaient super sympas. Ce n’est pas du tout le cas, du  moins, dans ce contexte-là. Pour arranger le tout, j’étais la plus jeune et la seule fille. Je t’avoue ne pas l’avoir très bien vécue. Cette pression totale que j’avais en permanence n’ont pas fait de ces années les meilleures de ma vie.

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(Photo : Hashka/ÿz)

Avant la création du personnage de Marco Moustache, chantais-tu déjà ?

J’ai fait toutes mes études de jazz en tant que pianiste ? Ces études étaient surtout axées sur la composition et l’arrangement. La dernière année, on devait mettre des textes en musique. J’avais trouvé ce travail très exigeant, mais passionnant. J’en ai profité pour mettre en musique un extrait des « Femmes savantes » de Molière, histoire de me venger un peu de mes camarades de classe.

Mais, à cette époque, tu écrivais déjà des textes pour toi ?

J’écrivais des poèmes. Et aussi des sketchs. Je ne l’ai jamais dit en interview, mais j’ai une grosse culture d’humoriste. J’adore ça.

Clip de "Comme une fille".

Tu as fini par écrire aussi des chansons.

Oui. Mais comme j’étais très timide, j’ai demandé à un copain de les chanter à ma place. Je l’accompagnais au piano, mais nous avons arrêté de travailler ensemble. A la fin de mes études, j’ai décidé de tenter le coup moi-même, alors que je ne savais ni chanter, ni gérer mon souffle. Je suis allée chez ma copine chanteuse de jazz, Lou Tavano. Elle et son amoureux et pianiste, Alexey Asantcheeff, m’ont dit qu’il fallait que ses chansons sortent de mon salon. D’autorité, ils m’ont trouvé une date de concert. C’est ainsi que j’ai plongé dans le grand bain.

Tu étais déjà Marco Moustache ?

Non, j’avais pris un premier pseudo qui était le diminutif d’enfance de mon vrai prénom Emilie. Je me suis donc appelé Milou.

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorTu as fait un disque sous ce nom-là ?

Oui. C’était un disque de chansons, Où que tu pousses. Assez loin de ce que je fais maintenant.

Tu as tourné longtemps avec ce projet ?

De 2009 à 2012. Tous les concerts étaient scénarisés et il y avait toujours un fil rouge. C’était des spectacles avec accessoires et décors.

Sous l’ère Milou, tu as sorti une chanson « Les mamans des lascars ». C’était le début de ta métamorphose ?

C’était un rap satirique qui faisait hurler de rire tout le monde. C’était à une époque où je commençais à fréquenter la scène slam et des rappeurs, alors je commençais à écrire des titres qui étaient de moins en moins chantés et de plus en plus parlés. J’ai aussi intégré une batterie… et changer de nom de scène.

Le 4 mars 2016 en première partie d'Inna Modja à L'Ouvre-Boîte de Beauvais

Marco Moustache est née et elle s’est dirigée vers le spokenword, ce mélange de hip hop et de chanson. Toi, tu as appelé ça de la proësie groove.

(Rires) Le nom est arrivé après un gros brainstorming avec ma maman. On a trouvé « proësie groove » marrant.

Je crois que tu as trouvé l’idée de la moustache avant de trouver ton nouveau pseudo.

Je savais que j’allais me diriger vers une musique plus urbaine, mais je n’avais pas encore l’idée du personnage.

C’est un ultime concert toute seule en piano-voix au Café Universel qui a tout déclenché.

Je venais tout juste d’écrire « J’aime pas le rose » qui est sur mon premier album en tant que Marco Moustache. J’y fais parler un violeur. Je voulais tenter cette chanson sur scène, alors, j’ai pris un crayon pour les yeux et je me suis dessinée une moustache. J’ai tout de suite constaté l’effet de cette moustache sur les gens, alors que j’étais en robe et en talon. La moustache a un effet déguisement qui fait rire tout le monde, du coup, ça a détendu l’atmosphère. J’ai compris ce soir-là que je tenais quelque chose.

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(Photo : Hashka/ÿz)

Cette moustache t’aide donc à raconter plus de choses en te cachant derrière elle ?

Je peux raconter mes convictions, mais avec une distance. Cette  distance que crée la moustache me permet d’avoir un discours plus léger et humoristique sur ce que mes proches ou moi ont vécu, tout en posant de vraies questions.

Il y a des opinions franches et tranchées dans les chansons de cet album.

Je dois être un peu compliquée, mais je trouve que, soit les artistes ne racontent rien, donc ils m’ennuient, soit ils sont trop donneurs de leçons et ça m’agace. Un artiste n’est pas là pour donner des leçons. J’ai horreur des moralisateurs, des justiciers qui savent ce qu’il faut être et faire… et qui te le disent.

C’est là que ta moustache rentre en jeu.

Oui, je le répète, elle me permet d’avoir une distance faite d’humour et d’autodérision. Je suis une personne gaie dans la vie. Je me marre beaucoup, du coup, mon écriture est influencée.

Clip de "Les tartelettes".

C’est quoi exactement ton spectacle lié à ton disque Autopsie d’un poil rebelle ?

J’effectue vraiment l’autopsie d’un poil rebelle. Je porte une blouse, il y a une table d’opération et j’ai une pince à épiler. Je pars du principe que l’on vit dans une société où les codes de la féminité sont inversés, puisque la féminité, c’est la moustache. Une femme a été arrêtée parce qu’on l’a soupçonnait de s’être épilée un poil de moustache dans le RER. C’est complètement absurde, mais les gens rigolent tout en ayant compris les messages que j’ai voulu faire passer.

Evidemment, on aura compris en écoutant les paroles de tes chansons que la féminité est un sujet qui te préoccupe beaucoup.

Même dans ma vie personnelle. Aujourd’hui, la féminité  à des codes qui font de la femme l’objet de désir de l’homme. Il y a un vrai questionnement sur le fait de se réapproprier notre féminité. Plus l’idéal féminin est éloigné de la réalité, plus on va faire consommer et plus certaines femmes vont acheter du maquillage et des produits de beauté. De plus, l’idéal féminin change tous les 6 mois et il est inatteignable car « photoshopé »… tout ça devient ridicule.

Là, tu n’es pas maquillée.

Je ne me maquille plus, même sur scène. Je ne dessine que ma moustache.

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(Photo : Hashka/ÿz)

marco moustache,autopsie d'un poil rebelle,interview,mandorQuel est ton rapport à ton corps ?

Toutes les femmes sont en souffrance par rapport à leur féminité et leur rapport à leur propre corps. Je n’échappe pas à la règle. Quand je discute avec des copines, elles ont des mots atroces pour définir leur corps. Je crois pouvoir dire que nous sommes toutes complexées et schizophréniques par rapport à ça. Je conseille de lire un merveilleux essai de Nancy Huston, Reflets dans un œil d’homme. Elle y explore les tensions contradictoires introduites dans la sexualité en Occident par deux phénomènes modernes : la photographie et le féminisme. Elle parvient à nous démontrer l’étrangeté de notre propre société, qui nie tranquillement la différence des sexes tout en l’exacerbant à travers les industries de la beauté et de la pornographie.

Je veux insister sur un point, ton album n’est pas anti homme.

Je suis très agacée quand on associe féminisme et misandrie (sentiment de mépris ou d’hostilité à l’égard des hommes). Ça n’a rien à voir. J’ai rencontré autant de femmes misogynes, parfois très sexistes, que d’hommes qui sont profondément féministes. Le féminisme n’est rien d’autre que la revendication de l’égalité de droit entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas une inversion des rapports de domination. Ramener le féminisme à une guerre des sexes et injuste pour la plupart des hommes.

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On a parlé et beaucoup ri aussi.

Les hommes et les femmes ont été élevés avec des codes quasi ancestraux bien ancrés en nous. Il est forcément compliqué de s’en débarrasser.

Je suis absolument d’accord avec toi, c’est pour ça que je pense que les hommes et les femmes devraient être main dans la main pour réfléchir à la féminité. Mon cher et tendre, qui est féministe, me dit que je suis trop optimiste, pourtant, je crois en ce que je dis. Dans cette société ou la domination masculine est clairement établie, la plupart des hommes ne sont pas mauvais et sont même des chics types qui n’en profitent pas.

En t’écoutant, j’ai l’impression d’écouter la version sérieuse de ce que tu dis avec humour dans ton disque.

Tu ne peux pas me faire plus plaisir. C’est la définition de l’art pour moi : communiquer des idées ou des émotions en les rendant agréablement accessibles.

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Le 12 juin 2018, après l'interview.

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26 juin 2018

Wladimir Anselme : interview pour L'esclandre

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(Photo: Frank Loriou)

wladimir anselme,l'esclandre,interview,mandorQuel plaisir de retrouver Wladimir Anselme ! Il nous avait offert un album exceptionnel en 2011, Les heures courtes, (mandorisé ici pour l’occasion), le voici de retour avec le tout aussi somptueux L’esclandre, un album folk tinté de sonorités rock aux douces harmonies. En écoutant ses chansons fortes et puissante, on s’interrogerait presque sur le sens de la vie.

L’homme aux multiples autres activités artistiques n’a pas chômé entre ses deux albums. Nous nous sommes donné rendez-vous le 11 juin 2018 pour faire le point sur ces 7 dernières années et pour évoquer cet album essentiel.

Biographie officielle :wladimir anselme,l'esclandre,interview,mandor

Wladimir Anselme est un songwriter impétueux et délicat, qui gravite dans le paysage musical, en tête brûlée, en doux excessif. Il nous délivre ses romances sauvages, à la mélancolie frondeuse et à la grâce désarmée, aux mélodies superbes qui cherchent autant du côté des interprétations lumineuses du brésilien Caetano Veloso que des gumbos rock déglingués de The Red Krayola.

Le nouvel album est enregistré en prenant son temps, et en famille – œuvre à la fois d’un franc-tireur et d’un groupe soudé. Où l’on retrouve ce mélange si singulier de poésie chantée et de rock débraillé, de tropicalisme doux et de folk indé, qui, depuis Les Heures Courtes, nourri par la scène et les aventures, a gagné en puissance et en sérénité.

Le précédent album reçoit un très bel accueil des médias (FIP, France Inter…) et le coup de cœur Chanson de l’Académie Charles Cros 2012 !

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(Photo : Frank Loriou)

wladimir anselme,l'esclandre,interview,mandorInterview :

Tu es auteur-compositeur-interprète, mais également dessinateur, vidéaste et feuilletoniste.

Je fais aussi des sites internet si tu veux tout savoir. Ça m’amuse de faire tout ça. J’ai fait des études de math, du coup, j’aime bien faire un peu de codes, mais ce n’est pas ce que je mets en avant.

Une chanson, c’est mathématique ?

Il y a beaucoup de gens qui font de la musique en utilisant les mathématiques, mais moi, je ne crois pas le faire. Ou alors, très inconsciemment, mais pas tant que ça. Ce que j’avais gardé des mathématiques, c’était le vocabulaire. « Une démonstration par l’absurde », j’aime bien cette phrase par exemple.

Si je précise tes autres activités, c’est parce que j’aimerais savoir si elles nourrissent consciemment ou inconsciemment tes chansons.

Oui, bien sûr, il y a des va-et-vient entre tout ce que j’écris. J’ai toujours cherché des formes de narrations très diverses, mais ces derniers temps, j’ai surtout écrit des feuilletons « fictionnels » pour France Culture ou Arte radio. Evidemment, ça s’interpénètre avec mes chansons métaphoriques, du moins un peu codées. Il y en a plusieurs inspirées par certaines fictions. Contrairement à mes albums précédents qui exploraient plus les sentiments, dans celui-ci, la plupart des chansons sont des mises en scène et n’ont rien d’autobiographiques. A chaque fois, même si je l’assume en employant le « je », c’est un héros qui vient d’ailleurs.

Teaser 1 de l'album L'esclandre.

Le texte de « Trois bécasses » peut avoir plein de significations… c’est ça la magie d’une chanson.

C’est surtout la magie d’un certain type de chanson. J’aime bien aussi une chanson réaliste avec un début, un  milieu et une fin. J’ai juste un peu de mal quand  il y a une chute. Ça  m’arrive d’en écrire quand je le fais pour une comédie musicale, mais ce n’est pas ce qui me plait le plus quand je chante moi.

Tu as quelques chansons courtes dans cet album. Il y en a deux qui ne dépassent pas les deux minutes…

Quand elles sont courtes, c’est parce que je n’arrive pas à faire plus long. Ce n’est pas calculé.

Tu as commencé cet album deux ans après Les heures courtes et il n’arrive que maintenant. Pourquoi ?

J’ai passé beaucoup de temps à écrire des arrangements de cordes, à essayer de réunir les musiciens pour les enregistrer. Parfois, je prenais conscience que ce que je voulais faire ne fonctionnait pas. J’ai souvent recommencé pour finalement tout virer. J’ai fait les voix plusieurs fois, refait pas mal de textes, bref, je te passe les détails, mais comme je n’avais pas de deadline, j’ai pris mon temps. Trop peut-être.

Tes chansons, tu les essayes sur scène avant de les enregistrer ?

Oui. Dès qu’elles existent, je les ajoute à mon répertoire. Je n’attends pas spécialement de les enregistrer. Quelques-unes ne franchissent pas le cap de l’enregistrement. Par contre, certaines prennent du poids quand on les enregistre, grâce aux arrangements, je suppose.

"Planetarium", version audio.

Tu as gardé les mêmes musiciens que pour Les heures courtes.

Je suis très heureux de cette fidélité mutuelle. On a fait pas mal de scènes ensemble, mais pas seulement. On est parti vers d’autres projets comme, par exemple, le disque-livre, sorte de space-opera pour enfant, « Les Cromosaures de l’Espace » (Actes Sud Junior), illustré par Brecht Evens.

J’adore avoir des expériences avec d’autres musiciens, mais j’aime par-dessus tout travailler avec les miens (Csaba Palotaï (guitares), Boris Boublil (orgues, piano, basse) et Marion Grandjean (batterie)). J’ai appris beaucoup de choses avec eux en enregistrant le premier disque. Ils m’ont incité à me recentrer sur la chanson en guitare-voix et à lui trouver un habillage pertinent. Maintenant, je connais parfaitement leur son, leur façon de jouer… il y a tout un échange entre nous qui est très beau.

Dans Les heures courtes, il me semble que c’était un chouia plus pop.

Même si ce n’était pas évident à le constater. J’avais envie que ce soit expérimental et avant-gardiste, mais je ne voulais pas que cela se voit. C’est paradoxal, je sais.

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Pendant l'interview...

Et dans L’esclandre ?

Je souhaitais que ça donne des chansons agréables à écouter et que ça ait l’air simple. Une fois le disque fini, je me suis rendu compte que s’il y avait des leitmotivs, il n’y avait pas un refrain, ni des mélodies évidentes. Malgré cela, L’esclandre  a été bien accueilli par les médias.

Tu préfères quoi dans ce métier, la scène ou le studio ?

Sans conteste, le studio. C’est vraiment là où la création est à son summum. On a du temps et on peut inventer ce que l’on veut.

Tu te sens comme un laborantin ?

Pas forcément comme un laborantin. Je cherche juste à faire de la musique. Quand elle commence à exister et qu’elle devient vivante et humaine, qu’elle prend un chemin que je n’aurais pas imaginé, c’est jubilatoire. Je suis juste à la recherche de chansons pertinentes et précises. On s’arrête quand on est en deçà de notre niveau d’exigence, mais c’est ça qui est beau aussi parce que c’est humain. 

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Après l'interview, le 11 juin 2018.

25 juin 2018

Christian Olivier : interview pour l'album After, avant

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(Photo : Sabine Normand)

christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandorChristian Olivier (la tête pensante des Têtes Raides) sort un album solo (le second), After, avant. Il y crie son désir de voir revenir la fraternité, la solidarité et l’amour entre tous les hommes. Il est bon d’entendre encore des artistes parfois utopistes, mais profonds, humains et généreux. 

La troisième mandorisation de Christian Olivier (la première ici en 2007 et la seconde en 2014) s’est tenue le 15 juin dernier sur une terrasse du 10e arrondissement. Passionnant, comme toujours.

Biographie officielle :christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandor

Après avoir prêché du côté des Têtes Raides et des Chats Pelés, Christian Olivier revient avec un deuxième album solo,  After Avant, qui sortira le 8 juin. Véritable amoureux d'art, ce touche-à-tout a exploré la musique sous toutes ses coutures : en collectif ou en duo, à travers des lectures (Prévert) ou des musiques de films (On a 20 ans pour changer le monde, sorti en salle le 11 avril).

Avec ce nouvel opus aux couleurs et aux atmosphères riches et lumineuses, Christian Olivier propose une palette entièrement renouvelée : "J’avais envie d’ouvrir d’autres portes" explique-t-il. Au milieu des 14 titres, "Micorazón" attire l'oreille et nous entraîne dans des envolées World Music soutenues par des paroles toujours aussi poétiques.

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christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandorInterview :

Pourquoi un deuxième album solo ?

Je souhaitais revenir à la source artistiquement et rejouer dans des petits lieux… avant de basculer dans des salles plus importantes. J’aime jouer dans des endroits atypiques. Hier on jouait dans un pub de bikers et bientôt dans un bowling. Avec le groupe qui joue avec moi, je vais tourner un an en tant que Christian Olivier avant de retrouver les Têtes Raides. Je suis content parce que les musiciens avec lesquels je tourne ont une belle énergie. 

Comment vas-tu faire puisque tu vas jouer ton spectacle sur Prévert avec Yolande Moreau  dans quelques semaines en province et à Paris ?

Je vais alterner les deux spectacles. Il faut juste gérer les dates.

Tu as parfois besoin de faire une pause « Têtes Raides » ?

Oui, à tous les niveaux, que ce soit artistique ou humain. Ça fait trente ans que Têtes Raides existe, il est important parfois de s’isoler. C’est bien aussi pour l’écriture et les compositions. Quand j’écris pour Têtes Raides, il y a des choses que j’entends tout de suite musicalement, comme par reflexe. Il faut que je sorte de mes automatismes et de ma manière de travailler.

C’est pour ça qu’il est important de rencontrer d’autres musiciens ?

C’est primordial. Ça me permet de creuser et de chercher autre chose. C’est comme ça que l’on évolue.

Dans les deux premiers morceaux, « Kids » et « Non », il y a des touches electros.

J’aime écouter des styles de musique différents depuis toujours. « Kids », c’est l’introduction à l’album, il donne le ton et il démontre que quelque chose a bougé, que je suis allé vers une autre matière sonore et d’autres rythmes.

Chaque morceau a son univers. christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandor

Exactement. Il y a aussi des morceaux qui rejoignent mon univers habituel. Tu sais, je continue à travailler à l’instinct. Même si je bascule sur des ambiances et des rythmes différents, je continue à penser le disque comme un voyage. Mon souhait est que les gens entrent dans la première chanson et qu’ils se laissent embarquer pour le voyage que je propose.

« Non » est un plaidoyer pour un retour d’une Europe qu’on aime, une Europe plus solidaire et unie.

Il y a de cela, mais dans mes chansons, il y a toujours plusieurs messages. Un message principal et des tiroirs que l’on peut ouvrir. Si on fouille dedans, on peut y trouver bien des choses. J’aime les lectures différentes. Dans « Non », je parle des petites choses de la vie de tous les jours ou de la société qui existent encore, mais qui ont du mal à survivre aujourd’hui. Il y a des choix à faire et on ne les fait pas. On est plus dans une phase de repli que d’ouverture. C’est assez tragique.

christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandorDans « Love » et « Esperanza » tu évoques la fraternité qu’on devrait retrouver.

Je traite de ce sujet depuis longtemps, mais à chaque fois avec un angle différent. J’espère que ça amène une pierre de plus sur la compréhension, que cela fait se poser des questions et provoquer un déclic. Le but étant de faire réagir les gens. Mais, attention, ce n’est que de la chanson.

Ce n’est que de la chanson ? Je suis étonné de cette formule venant de toi qui essaie de faire changer les consciences à travers cet art.

(Rires) Je dis ça, mais je sais ce qu’il y a derrière. L’émotion peut provoquer des choses chez les gens. Quand je dis que ce n’est que de la chanson, je veux dire par là que la chanson ne reste qu’une amorce. Mais les amorces, c’est vrai, c’est important. Les petites choses déclenchent parfois les grandes.

Et quand je te dis que tu tentes d’élever les consciences, tu prends ?

Quand j’écris, la conscience est comprise dedans. Mais j’écris aussi avec la notion de plaisir. Les mots, c’est une matière que je respecte énormément. Ce jeu avec la langue m’intéresse particulièrement. J’ai envie que ça sonne bien, que ce soit joli et en même temps que cela raconte quelque chose.

Clip de "Micorazon".

Dans « Micorazon », tu joues beaucoup avec les mots et les sonorités.christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandor

Oui, c’est vrai. J’ai encore plus affiché mon goût des mots. C’est une chanson assez simple, mais qui résonne par la musicalité des mots. Sur scène, cette chanson fonctionne à merveille.

La chanson « Ailleurs » a ceci de particulier qu’il y a un refrain que l’on retient facilement. C’est une chanson tubesque…

Dans l’album, cette chanson rock détonne un peu. Elle va parfois chatouiller la pop. Mais au fond, j’ai l’impression que toutes détonnent les unes des autres.

Le morceau « After avant » parle d’une révolution à faire. Tu penses qu’il faudrait une bonne révolution pour repartir à zéro ?

Bon, les révolutions, on a vu aussi ce que cela donnait. Le résultat n’a pas été que positif. Je parle plus d’une révolution que chacun mènerait soi-même. Après, on pourrait envisager des choses en collectif.

Dans « Le bien le mal », tu dis notamment que personne n’est manichéen.

On navigue tous entre ses deux extrêmes. La vie est un équilibre et nous sommes tous des funambules. On est sur un fil, on peut tomber de n’importe quel côté… et comment on fait pour rester debout ?

christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandorPourquoi la reprise de la chanson d’Arno, « Putain, putain » ?

L’Europe encore parce qu’il y a urgence. Parce que les migrants, parce que le repli sur soi, parce qu’on ferme les portes. Pour moi l’Europe doit être tout sauf ça. Il faut qu’il y ait une réaction. Cette chanson devrait être l’hymne européen.

Ta voix, tu t’en sers comme un instrument de musique. Selon ce que tu fais ou ce que tu chantes, tu t’en sers différemment.

En parallèle des concerts, je fais des lectures de textes. J’aime bien lire de la poésie avec de la musique derrière. J’ai aussi un spectacle qui s’appelle Chut ! dans lequel je reprends des tubes de Bashung, Ferré ou Rita Mitsouko par exemple, mais que je lis avec une bande son avec du bruit et pas de musique. C’est une façon de redécouvrir les textes, donc ma voix tient un rôle important dans ce cas de figure et j’en joue beaucoup.

L’histoire de ce disque est liée à une musique de film que tu as écrit en parallèle, On a 20 ans pourchristian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandor changer le monde, sorti en salle le 11 avril dernier.

Au moment où j’ai commencé à écrire l’album, j’ai effectivement composé la musique de ce film formidable d’Hélène Medigue. Le sujet m’a touché. Que va-t-on avoir demain dans nos assiettes ? Elle pose les bonnes questions écologiques et sociétales. Bref, musicalement, il y a des bouts de mélodies que j’ai écrit pour le film qui ont fini sur l’album et vice-versa.

Le lien et l’enchevêtrement, tu les utilises depuis tout le temps dans toutes les formes artistiques que tu pratiques.

L’image, le dessin, le graphisme, le théâtre, ce sont des choses qui se croisent en permanence dans ma vie. La matière de mes disques vient aussi de toutes ces activités.

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christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandorIl y a un bel article sur toi et ce disque dans Marianne. J’ai relevé deux phrases que j’aimerais que tu commentes. Pour commencer, le journaliste dit que tu donnes des nouvelles du monde sans jamais nous déprimer.

Dans mes chansons, il y a toujours de la lumière. Il y a toujours une ampoule qui nous  éclaire. Pour ceux qui connaissent « Ginette », il y a toujours une Ginette qui reste allumée. Dans mes chansons, c’est vrai, il n’y a pas que des propos très drôles, mais en revanche, il y a toujours l’énergie d’aller vers quelque chose de plus beau. 

Ce que j’aime, c’est que tu ne donnes jamais de leçons.christian olivier,after avant,têtes raides,interview,mandor

Je me contente de suggérer, de proposer, à la fois dans le sens et dans le non-sens. Le sens vient parfois du non-sens. Et puis, faire la morale, c’est idiot. Personne ne détient la vérité.

Deuxième phrase lue dans Marianne : Tendre utopiste qui continue à nous réveiller.

L’utopie, c’est quelque chose qui n’existe pas, mais où il faut aller quand même. L’utopie permet la découverte et l’ouverture à tout.

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Le 15 juin 2018.

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20 juin 2018

Jacques et Jacques (Vincha et Laurent Lamarca) : interview pour Le sens de la vie

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jacques et jacques,vincha,laurent lamarca,le sens de la vie,interview,mandorCe projet est fou, fun, frais, bien barré. Il est surtout bien pensé et bien écrit. Il faut dire que Jacques et Jacques ne sont pas des artistes novices. Vincha et Laurent Lamarca (déjà mandorisé en 2013 et aussi un peu là en 2015 lors du 8e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste) ont décidé d’unir leurs voix alors qu’ils viennent d’horizons très différents. Ce qui n’empêche pas une association novatrice est vraiment réussi. Le 8 juin dernier, Jacques et Jacques m’ont donné rendez-vous dans un café de Ménilmontant.

Avant de lire l’interview, voici deux biographies pour le prix d’une.

Biographie officielle (écrite modestement par Laurent Lamarca) :

Vincha et Laurent Lamarca se croisent à Astaffort lors des 38ème rencontres organisées par Voix Du Sud au printemps 2014. Vincha sera très vite subjugué par le talent et l’incroyable charisme de Laurent Lamarca. Il va alors tout faire pour convaincre Laurent de monter un duo ensemble. Et même si aux yeux de Laurent, Vincha est quand même plus un boulet qu’autre chose, multipliant les lacunes et les défauts, il va finalement céder. Car même s’il est un peu simple, Vincha reste tout de même un mec assez sympathique. Ils monteront un répertoire assez vite, non sans l’aide de l’immense créativité de Laurent. Des chansons le plus souvent écrites par Vincha, car il faut bien qu’il apprenne, et le plus souvent composées par Laurent (certainement d’ailleurs la partie la plus intéressante du projet) entre Epoque yéyé et Rap Old School (comme dit Vincha, un peu dépassé par la mode le pauvre). Ce dernier regrettera plus tard d’avoir eu la flemme d’écrire cette bio, et n’aura comme seul recours une triste blague vaseuse sur la mère à Laurent, comme à son habitude…

Note de Mandor : Bon, visiblement, cette première bio un peu avantageuse pour l’un des deux Jacques n’a pas vécu très longtemps… Voici la nouvelle, plus… partageuse.

Biographie officielle (bis) par Jacques:jacques et jacques,vincha,laurent lamarca,le sens de la vie,interview,mandor

Jacques, la tête pensante du groupe, joue de la guitare et chante. Jacques, l’autre tête pensante du groupe, joue des machines et, quand Jacques chancelle, Jacques chante à sa place. Jacques aime Elvis Presley, Chuck Berry, l’innocence des yéyés, et les gens qui claquent des doigts mais en rythme. Jacques, lui, préfère le hip-hop avec sujet+verbe+complément, et les beats qui font que l’on ondule son corps presque malgré soi. Il se dégage de Jacques une certaine forme de nonchalance très Dutronc - le Jacques évidemment. Il se dégage de Jacques une certaine forme de détachement très Eddy - le Michel bien sûr. Sur scène, Jacques & Jacques sont drôles, bourrés… d’énergie, plus en place que plein d’artistes que la décence nous interdit de nommer ici et, ce qui ne gâte rien, très bien habillés. Leurs compositions pleines d’humour et vides de gros mots chantent le droit d’être vieux et à la retraite le plus tôt possible, l'inutilité de l’écologie, l’amour de l’argent, l’amour de l’amour, l’utilité - ou pas - fondamentale des enfants. Dans la vraie vie, le duo est à la tête du Jacquistan, une entité politique située quelque part entre Woodstock et la Corée du Nord. Un pays d'obédience œcuménique dont la présentatrice TV vedette est « noire, handicapée, juive, et pédé ». Je ne sais pas vous mais moi, en ce qui me concerne, aux prochaines élections, je vote pour Jacques… ou pour Jacques. 

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jacques et jacques,vincha,laurent lamarca,le sens de la vie,interview,mandorInterview :

Vous vous êtes rencontré aux Rencontres d’Astaffort. Quel souvenir en gardez-vous ?

Laurent : C’était exaltant. On a beaucoup travaillé, mais c’était passionnant d’échanger constamment.

Vincha : Je n’ai jamais fait de colonies de vacances, mais c’est comme ça que j’imagine le truc. C’est intense. Tu fais la connaissance de nouvelles personnes avec lesquelles tu deviens potes très vite. A la fin, tu pleures de devoir les quitter. Pour moi, c’est une colo musique, un rêve de gosse presque.

Une élève des dernières Rencontres, Sarah Johnson, m’a donné une définition presque similaire à la tienne : « les Rencontres d’Astaffort, c’est une colonie de vacances, sans les vacances. »

Vincha : Ha ha ha ! C’est tellement ça.

Laurent : Ce que j’aime aussi, c’est que l’on reçoit du soutien de tout le monde, des encadrants aux élèves. Il n’y a que de la bienveillance là-bas.

Vincha : Tout à fait d’accord. Ça n’arrive jamais ailleurs et autrement de mettre les pieds sous la table trois fois par jour, de commencer des morceaux de musique, d’avoir des gens souriants et bienveillants qui viennent pour relever ce qu’ils aiment dans ton travail. De plus, et là c’est très fort, les egos sont complètement mis de côté. Il n’y a pas d’autre but que de faire un spectacle. Personne ne fait rien pour sa gueule, c’est le collectif avant tout.

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(Photo : Jean Fauque. Cliché pris dans "la cour de création" des Rencontres d'Astaffort.)

Vous vous êtes très vite « reconnus » là-bas ?

Laurent : Nous sommes devenus assez vite potes. C’est Vincha qui est venu me voir pour me proposer une chanson un peu plus énergique pour le spectacle. C’est ainsi qu’est né Jacques et Jacques finalement. D’ailleurs, la chanson que l’on a chantée s’appelle « Les enfants » et elle figure sur notre album. Dans celle-ci, on se demande si nos vies n’étaient pas meilleures quand on n’avait pas d’enfants. C’est du second degré, bien sûr… comme dans quasiment toutes nos autres chansons.

En tout cas, ça vous a donné envie de faire un groupe.

Vincha : A Paris, on a même pris un studio ensemble et on a continué à écrire des morceaux. Nous sommes ensuite revenus à Astaffort, considérant que c’était dans ce cadre-là qu’on allait être le mieux pour se mettre en immersion et créer. En une semaine, on a trouvé le concept musical, on a fait la moitié de l’album et on a trouvé le nom de notre groupe.

Le karaoklip de "La révolution?"

Le concept de votre album, c’est de découvrir le sens de la vie. Mazette !

Laurent : C’était très ambitieux, d’ailleurs, nous n’y sommes pas parvenus. A la fin du disque, on comprend pourquoi.

La chanson la plus explicative du sens de la vie serait peut-être c’est « Qui c’est qui ? »

Vincha : C’est la dernière chanson écrite. On n’est pas partie dans l’idée de chercher   réellement le sens de la vie, mais on voulait aborder des grandes thématiques, parler de la société frontalement, mais aussi des amis, du pouvoir, de l’écologie, de la révolution...

Avec des angles particuliers.

Laurent : On aime bien s’amuser avec l’ironie et prendre le contre-pied de la réalité.

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(Photo : Benjamin Pavone)

Il est aussi question des femmes, dans « L’amour? » notamment. Vaste sujet ?

Vincha : Nous concluons ce morceau avec « je t’aime aussi quand t’es là », c’est bien une preuve d’amour, non ?

Laurent : On dit que les femmes se vengeront des hommes un jour et qu’il faut donc en profiter avant ce funeste jour. C’est une chanson super second degré qui, en fait, condamne la place de l’homme dans la société.

Vincha : On « humorise » tous les thèmes abordés, mais on veut être compris quand même. Il faut que les gens qui écoutent les chansons comprennent immédiatement la blague, le sens caché, sinon, on a loupé la chanson.

Karaoklip de "L'écologie?"

Vous êtes tous les deux très complémentaires ?

Laurent : Oui. Vincha trouve souvent les idées de chansons, les façons d’en parler, ensuite, moi je gratte et si je trouve un truc un peu faible on le retravaille.

Vincha : Et musicalement, c’est un peu dans l’autre sens. Notre musique est d’ailleurs très variée car je viens du hip hop et Laurent du rock’n’roll.

Laurent : Mais avec Jacques et Jacques, on est un peu dans les années 60. Le côté yéyé nous plaisait bien, car c’était des chansons naïves.

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Le son Jacques et Jacques, c’est quoi ?

Vincha : C’est une méthode : un breakbeat, une sub-bass et une guitare électrique.

On s’éclate à écouter un album comme ça… mais à faire ?

Vincha : Tu n’imagines pas.

Laurent : On aimerait bien faire un deuxième disque et on a très envie de le commencer. C’est bien la preuve que c’était un sacré plaisir de bosser ensemble. Vu qu’on est perpétuellement dans l’humour, nous nous sommes fait rire mutuellement.

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(Photo : Benjamin Pavone)

Il y a des interludes parlés entre chaque chanson, souvent très drôles.

Vincha : Comme dans les albums de rap des années 90, l’absurdité en plus. La prochaine fois, je crois que nous irons encore plus loin.

Il y a trois guests dans votre disque : Hippocampe Fou, Dieu et Jean Fauque, un autre Dieu, mais du texte.

Laurent : On l’a connu à Astaffort, il était intervenant sur l’écriture. Je suis fan de Bashung, alors évidemment, je respecte énormément son travail.

Vincha : Ce que je ne connaissais pas de Jean Fauque, c’était sa drôlerie. Il fait des blagues tout le temps. On n’a donc pas hésité à lui demander une petite participation dans la chanson « La fête? ».

Clip de "Etre un vieux?" Réalisé par Nico & Juan Produit par Chiips et Zamora Label.

Le projet Jacques et Jacques est un projet parallèle à vos propres carrières solos. Que vous apporte-il ?

Vincha : C’est un projet plaisir 100%. Il faut qu’il soit récréatif, amusant, joyeux. On le fait pour souffler, ce qui n’empêche pas beaucoup de travail. On n’a pas envie de se battre pour imposer Jacques et Jacques, on a juste envie de se régaler à incarner ses deux personnages.

Laurent : A la base, avec Jacques et Jacques, on a eu envie de faire de la musique comme on le faisait au bahut. On ne se pose pas question, on doit juste kiffer. On veut être en mode « loisir et bonheur », même si maintenant on a une petite équipe derrière nous et qu’il faut assumer l’existence de Jacques et Jacques.

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Pendant l'interview (photo : Julien Piraud).

Est-ce que Le sens de la vie est un disque conceptuel ?

Vincha : (Rires) Tout est conceptuel avec Laurent Lamarca. Il a trois passions dans la vie : les guitares électriques, Roland Garros et les concepts.

Laurent : J’aime bien que dans la musique, il y ait des concepts, qu’il y ait des liens partout. Sur mon nouvel album solo, il y a un chiffre fondateur, le 4. Je vais loin là-dedans, alors ça fait marrer Vincha. 

Clip de "Bienvenu au Jacquistan". 

Vous êtes à la tête d’un pays imaginaire, le Jacquistan.

Vincha : C’était un moyen de critiquer la politique au second degré. Comme nous sommes des esprits positifs, on préfère expliquer ce que l’on a envie de faire nous. Le Jacquistan, c’est une manière de parler de ce qui ne nous plait pas en parlant de ce qui nous plait en fait. Au lieu de dire, je suis contre le racisme, contre l’homophobie et contre toutes les intolérances, nous préférons faire présenter le JT du Jacquistan par une femme noire, handicapée, juive, homosexuelle avec un accent marseillais. On est pas mal… on a résolu beaucoup de problèmes en un personnage.

Est-ce que votre message final est : « il faut profiter de la vie, car elle peut ne pas durer » ?

Vincha : Il y a ça et il y a aussi pouvoir rire des choses graves ou sérieuses.

Laurent : La vie ne sert pas à grand-chose, on se contente de la traverser d’une belle manière.

Après le sens de la vie, on peut aller plus loin ?

Laurent : On peut aller ailleurs. 

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Après l'interview... (ça se voit que l'on fait semblant d'être en situation? #actorsstudio)

(Photo : Julien Piraud)

19 juin 2018

David Assaraf : interview pour son premier EP

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(Photo : Yann Orhan)

david assaraf,ep,interview,mandorJ’aime David Assaraf car j’apprécie vivement que l’on fasse preuve d’un cynisme pertinent et d’une sacrée aisance dans le deuxième degré. En écoutant l’EP de cet écorché vif, j’ai vite compris qu’il ne fallait pas compter sur lui pour prendre des chemins consensuels. Comme je l’ai lu sur le site de La Belleviloise : « La mort joue souvent les trouble-fêtes, s’inscrit en trompe l’œil. Elle n’est jamais pesante. Pourquoi ? Parce que David Assaraf insuffle à ses chansons une sacrée gueule d’atmosphère. » Pas mieux.

Il fallait donc que je croise cette vraie personnalité aux multiples talents artistiques. Ainsi fut fait le 6 juin dernier dans un bar de la capitale.

Biographie officielle :david assaraf,ep,interview,mandor

David Assaraf est auteur-compositeur-interprète, mais également comédien et metteur en scène. Au théâtre il a notamment joué sous la direction de Didier Bezace dans La Version de Browning (5 nominations-2 Molières). Au cinéma sous celle de Gabriel Le Bomin dans Les Fragments d’Antonin (film nommé aux Césars). À la télévision pour Lucas Belvaux ou encore Jean-Daniel Veraeghe. Il a également mis en scène L’Echange de Paul Claudel au théâtre du Soleil.

Côté musique, il a, entre autres, écrit, composé ou collaboré avec Sylvie Vartan, Arthur H, Keren Ann, Carmen Maria Vega, Matthieu Chedid...

Il a récemment participé à l'écriture et à la composition de Lamomali, l'aventure Malienne de -M-, récompensée par une Victoire de la musique (Musique du Monde).

Son EP de 4 titres est un prémisse de son premier album Ceux qui dorment dans la poussière co-réalisé par Ian Caple (Bashung, Tricky, Tindersticks...) qui sortira à l'automne 2018.

Vincent Polycarpe, Jérôme Goldet ou encore Matthieu Chedid ont notamment participé à l'enregistrement.

4 titres. 4 tableaux. La vie, l'amour, la mort pour fils conducteurs. David Assaraf dessine avec précision ce monde que chacun porte en soi.

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david assaraf,ep,interview,mandorInterview :

Tu es un artiste multidisciplinaire, mais tu as commencé par quoi ?

Quand j’étais gamin, j’ai commencé par la musique. A 5 ans, j’avais un synthé avec la photo de George Michael, période Wham ! dessus. Sur ce synthé il y avait une démo de « La marche Turque » de Mozart. Ça m’a rendu fou. Jusqu’à 19 ans, je n’ai fait que de la musique.

Mais au collège, parallèlement, tu fais un stage de théâtre.

Oui, et ça m’a aussi beaucoup  plu. A 19 ans, je viens à Paris. Je fais du piano-bar et je commence une formation théâtrale. La musique est toujours là, mais le théâtre prend une certaine place. J’ai eu une première décennie plus consacrée au théâtre et à la télé, c’est-à-dire au jeu, à la mise en scène et à l’écriture… mais je continuais à écrire des chansons pour d’autres artistes.

Tu es un grand lecteur, je crois.

Je lis énormément. De la poésie, de la littérature théâtrale, des romans. C’est très formateur pour toutes les formes d’écriture que je pratique.

Tes premières chansons, tu les as écrites à quel âge ?

Avec une visée pour qu’elles soient interprétées, vers 23 ans. C’est à 27 ans que j’ai eu un déclic. J’ai compris que j’avais trouvé une forme d’expression qui me convenait parfaitement.

Ca fait quoi pour un jeune auteur d’être chanté par Sylvie Vartan par exemple ?

On est heureux quand son travail est reconnu par des personnes qui ont de si longues carrières et qui n’ont plus rien à prouver. Cette belle reconnaissance m’a donné envie de continuer. Ça m’a fait beaucoup de bien. Et puis, j’ai eu un peu de fierté parce que Sylvie, ça m’a fait penser à mes parents. C’est comme un cycle, une boucle bouclée. De plus, ma chanson, « Sous ordonnance des étoiles », est un duo avec Arthur H. C’est un artiste que j’aime beaucoup et que je jouais quand je faisais du piano bar.

Duo Sylvie Vartan/Arthur H sur une chanson de David Assaraf, "Sous ordonnance des étoiles".

Tu écoutais surtout son père.

Oui, effectivement,  j’ai grandi en écoutant Jacques Higelin.

Tu as écrit des textes pour qui d’autres?

Les plus récents, c’était pour Carmen Maria Vega et pour Matthieu Chédid. J’ai collaboré à l’écriture ainsi qu’à la composition des titres « Cet air » et Toi-moi » sur l’album Lamomali.

"Cet Air" extrait de Lamomali, l'album Malien de -M-, Toumani et Sidiki Diabaté avec Fatoumata Diawara. Paroles et musique, David Assaraf.

Avant cet EP, il y a eu un précédent disque.

Oui, mais les planètes n’étaient pas alignées pour qu’il sorte dans de bonnes conditions. Il y a eu toute une série de mauvaises circonstances qui ont empêché que ce disque voit finalement le jour. 

david assaraf,ep,interview,mandorCet EP est réalisé par Ian Caple.

Je suis très fan de son travail. J’aime Tindersticks, Tricky, Bashung… et à chaque fois, c’est Ian Caple qui a réalisé. Je lui ai lancé une bouteille à la mer sur Facebook. Il m’a répondu tout de suite. Je lui ai envoyé tous les thèmes au piano et, du coup, tout s’est fait assez vite. Il a été extrêmement moteur. Il m’a permis d’accoucher. C’est un excellent accoucheur. Il a une réelle vision, un son, une couleur qui lui sont propres et qui correspondent parfaitement à l’univers que je cherchais.

Le terme accoucher, ça va bien à la création d’un texte ?

Oui. On accouche parfois de quelque chose de sombre en soi, mais qui devient, dans la création, quelque chose de beau. C’est une laideur à laquelle on donnerait de la beauté, du coup, nous la vivons mieux.

Clip officiel de "Juré cracher sur vos tombes", tiré de l'EP.

david assaraf,ep,interview,mandorPourquoi  un EP avec seulement 4 titres ?

L’EP permet de faire connaître mon travail. C’est une espèce de salutation juste avant de sortir l’album. Cet EP est construit comme un parcours initiatique, une traversée, une exploration de toutes les morts possibles, physiques ou mentales. Je voulais m’exprimer sur ce sujet pour passer à autres choses.

Je n’entends que du bien de cet EP.

Ça m’encourage. Je ne suis précisément pas l’homme le plus confiant du monde. Quand on écrit, on se retourne le bide, on se met à poil… Un jour, je suis euphorique, très heureux et le lendemain, j’ai envie de tout brûler et de tout recommencer.

Sortir un disque, ça légitime le fait d’être chanteur, non ?

Effectivement, quand tu as un disque, c’est inscrit, c’est fait, ça existe. Pour moi, c’est important, car c’est la première fois que j’inscris concrètement quelque chose dans la musique. Mais n’oublions pas qu’il y a d’abord le public, l’attaché de presse, le journaliste qui t’interviewe ou chronique ton disque… c’est tout ça qui rend légitime un artiste.

Session Live de "Si je n'aime la vie j'aime encore ce moment", enregistrée au Studio Motorbass par Rhythmn and Town, Paris, France.

Faire la première partie de Matthieu Chédid devant 9000 personnes, c’est impressionnant ?

Tu m’étonnes. Pour le moment, ma musique est un peu intimiste, je me suis demandé comment j’allais faire à Dijon, devant 9000 personnes. Le public de Matthieu est tellement à l’écoute et bienveillant que ça été merveilleux.

Il y a un duo avec lui sur ton EP, « Les papillons bleus ».

Il a la voix des anges. Quel plaisir de chanter avec lui, surtout que, vocalement, nous sommes aux antipodes. On a cherché a emmener ce morceau ailleurs. On a développé une ambiance d’insectes, de squelettes, de diablotins et d’étrangeté. Avec Ian Caple, on a essayé d’explorer autre chose que simplement le chant. Au début Matthieu ne devait faire que les guitares d’ambiance, mais comme il a beaucoup aimé cette chanson, c’est lui qui m’a proposé de la chanter. Ça m’a fait plaisir.

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(Photo : Fanny Castaing)

Ton album va s’appeler Ceux qui dorment dans la poussière. C’est un titre très biblique, non ?

C’est tiré de la bible en effet. C’est un texte d’Isaïe : « les morts ressusciteront, ils se relèveront, ils se réveilleront avec des chants de joies, ceux qui dorment dans la poussière ».  J’ai vu ça à l’entrée d’un cimetière et ça m’a vraiment marqué.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

C’est avant tout une nécessité. La musique, j’en fais depuis toujours et j’en ai besoin.

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Pendant l'interview...

Tu travailles la musique toujours ?

Je ne peux pas regarder des séries sur Netflix par exemple. Ça me stresse car je reste complètement passif et je le vis très mal. L’inactivité me rend complètement malheureux. Comme j’ai tendance à être un peu triste, créer m’euphorise, me libère, me rend malheureusement heureux.

Faire des chansons, c’est une mission ?

Non, c’est une transmission et elle m’est nécessaire.

C’est presque égoïste ?

Oui, mais c’est pas mal d’être égoïste. On fait les choses pour soi, on ne les fait pas forcément contre les autres. J’ai compris que plus tu es proche de ton intimité, plus tes chansons deviennent universelles. Au final, on partage tous le même temps de vie sur Terre avec nos rêves, nos déceptions, nos échecs, nos réussites… on a tous les mêmes casseroles et on vit tous à peu près les mêmes histoires.

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A la fin de l'interview, le 6 juin 2018.

18 juin 2018

Eddy la Gooyatsh : interview pour le livre-disque Pull Over

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(Photo : Jean Elliot Senior)

L'artiste nancéen Eddy la Gooyatsh, chanteur à guitare et à texte, réalisateur pour d’autres artistes comme Chet et Camille (entre autres) et créateur de spectacles jeunes publics (M le Méchant, Rio Clap Clap Clap...), vient de sortir un livre-disque comportant 13 titres inédits, Pull Over (LamaO Editions).

Vous pouvez l'écouter ici.

Tendre iconoclaste rêveur, Eddy la Gooyatsh, nous propose des textes animés par une verve habile et délicate. De la pop qui redore le paysage musical français dont la langue française est bien souvent mise de côté au profit de l’anglais plus mélodique.

Le 4 juin dernier, de passage à Paris pour jouer en première partie du groupe Ange au Café de la Danse, je l’ai mandorisé dans un bar à proximité de la salle.

eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorArgumentaire officiel (par Olivier Bas), légèrement raccourci :

Quand on cherche un pull-over, on aimerait qu’il soit beau, doux, élégant, chic, rock, original, saillant. Il devrait être de qualité irréprochable et passer au lavage sans rétrécir ni pelucher. On souhaite pouvoir le porter en toute circonstance, qu’il nous tienne chaud les soirs d’hiver et qu’il soit léger les nuits d’été. Qu’il devienne notre pull-over préféré.

Le Pull Over d’Eddy La Gooyatsh est tout ça à la fois ! Doux, élégant, brillant, chaud, original et rock !

Un livre dans lequel on se plonge comme un enfant en s’émerveillant des illustrations et un Album qu’on passe et repasse en boucle, maille après maille, sans s’effilocher.

Eddy La Gooyatsh nous offre avec son 4ème album le pull-over idéal ! 

Ni miaulant, ni rugissant, Eddy la Gooyatsh est le carrefour de ses influences. Des Beatles à Chet Baker en passant par la musique surf, cubaine, hawaiienne, le post-rock ou la noise, cette voix qu’il pensait être un brin n’est pas à mettre au filet, bien au contraire.

Auteur-compositeur-interprète, avec déjà deux livre-disque à son actif pour les enfants, il se dévoile en chanson pour le plaisir des plus grands (mais pas que).

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eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorInterview :

La question originale. Pourquoi ce livre-disque ?

J’en avais déjà fait deux pour les enfants, M le Méchant et Rio clap clap clap, chez LamaO Editions et j’ai bien aimé l’expérience. De plus,  je ne voulais plus faire de disques pour « adultes ». Mon précédent album, Beaurivage, avait été si compliqué à sortir que je n’avais pas le courage de recommencer une telle bataille. Sortir des disques dans des conditions difficiles, je trouve ça un peu vain. C’est donc mon éditrice, Fany Souville, qui m’a suggéré de faire un livre-disque. Au moment où elle m’en a parlé, je n’étais pas sûr d’avoir des choses à dire. Plus tard, nous en avons rediscuté et, à ce moment-là, j’étais en train de perdre quelqu’un de proche. J’avais de nouveau des choses à dire.

Pourquoi as-tu enregistré Pull Over très vite.

Je connaissais les thématiques que je souhaitais aborder, mais je ne voulais pas trop réfléchir à ce que j’allais écrire. Du coup, par soucis d’authenticité, d’honnêteté, de spontanéité et de justesse, j’ai écrit assez vite et on a enregistré dans la foulée dans des conditions live dans une vieille boite de nuit désaffectée.

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L’ambiance du décor est importante pour toi quand tu enregistres ?

Oui. J’ai fait exprès de choisir ce lieu. J’ai un studio chez moi, je pouvais donc très bien rester à la maison. J’ai déplacé mon studio là-bas pour que l’on puisse jouer tous ensemble. J’ai bien fait parce qu’il s’est passé quelque chose entre tous les musiciens.

Il y a dans Pull Over des images, des illustrations, des  collages, des photos…  

J’ai demandé à des artistes que j’aime bien de travailler autour de mes nouvelles chansons. Ensuite, je leur ai proposé de m’envoyer une image pour illustrer celle qu’ils préféraient. J’ai tout gardé, je n’ai rien eu à rediscuter avec quiconque. Pour moi, tout était parfait. J’ai laissé toute liberté à chacun, car j’avais l’impression d’avoir suffisamment donné de moi-même dans chaque chanson.

Dans les studios de France Bleu Lorraine, Eddy La Gooyatsh interprète une version acoustique de " Trompe la mort ", un titre issu de Pull over.

Tu as fait la couverture et quelques dessins à l’intérieur.

(Rires) Je n’ai pas été très courageux. J’en ai fait moins que ce que j’envisageais au départ.

Quand tu étais plus jeune, tu voulais être illustrateur.

Oui, jusqu’à l’âge de 20 ans. A la base, je voulais faire de la bande dessinée. J’ai suivi des études dans un collège spécialisé en art plastique. Finalement, ça ne s’est pas passé comme ça, je suis devenu musicien. Je suis très content de l’être. Cela dit, depuis l’adolescence je faisais aussi de la musique. J’avais des groupes, j’écrivais des chansons. Mais vraiment, je n’avais pas envisagé que musicien devienne mon métier principal.

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Eddy la Gooyatsh au Café de la Danse, une heure après l'interview.

(Photo : Mandor avec son iPhone)

Dans ce livre-disque,  je pensais qu’il y aurait un fil conducteur. En fait, non. Il y a plein de petites histoires indépendantes.

L’album tourne autour du souvenir et de ce que l’on en fait. Plus précisément, que fait-on de la disparition de quelqu’un ? Est-ce que quand les gens ne sont plus là, il n’y a que les bons souvenirs qui restent ? Est-ce qu’au bout d’un moment, cela devient des souvenirs douloureux ? J’ai voulu montrer qu’il faut garder les bons souvenirs comme quelque chose de réconfortant, comme un vêtement qui tient chaud. D’où le nom de l’album, Pull Over.

Il y a évidemment une gravité sous-jacente, mais ce n’est pas un album « grave ».

Je n’ai pas fait des ritournelles pour rigoler, c’est sûr, mais je n’étais pas dans l’état d’esprit de me perdre dans un état de tristesse stérile. Bien sûr, c’est triste de perdre des gens, mais ce que l’on garde, je le répète, il faut que cela soit réconfortant.

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Pendant l'interview... (photo : Fany Souville).

eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorEcrire, ça aide à supporter les choses ?

Ce livre-disque est ce que j’ai fait de plus personnel depuis le début de ma « carrière ». Ça m’a obligé à réfléchir, à me poser des questions. Concernant l’écriture, je ne pars jamais forcément avec un projet hyper structuré. Je pars toujours en écriture comme je pars me balader, sans trop savoir où je vais. Il m’arrive de découvrir des choses de moi-même par le biais de mes textes.

Tu aimes prendre des risques dans la musique ? Chacun de tes albums est différent.

Disons que j’aime me renouveler. Je ne veux pas refaire éternellement ce que je sais faire et qui fonctionnent. C’est ennuyeux. Je me suis toujours dis que j’allais faire chaque disque comme j’en ai envie, en  ne me souciant pas des conseils des uns et des autres.

Tu es venu à la chanson par le biais de la littérature.

Oui, et pas du tout par celui de la chanson française. Ma culture musicale, c’est la pop, la musique instrumentale de toutes sortes comme le jazz ou la world music… J’ai découvert la chanson française en travaillant avec des chanteurs français. C’est ainsi que je me suis forgé ma culture dans ce domaine. J’ai découvert Brel, Brassens, Ferré, Gainsbourg hyper tard. Pour te dire la vérité, l’influence que j'aurais pu avoir de la chanson francophone, elle aurait pu venir plus de Goldman ou de France Gall, mais il me semble que ça ne s'entend pas dans ma création . Ma mère écoutait ce genre de 45 tours, mais au final, ça ne m'a pas beaucoup influencé.

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(Le 4 juin 2018, à l'issue de l'interview)

(Photo : Fany Souville).

15 juin 2018

Nicom : j'ai écrit la biographie de son premier EP, La route

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nicom,la route,interview,mandorAujourd’hui, je vais vous présenter un nouvel artiste « en devenir », Nicom. Je l’ai d’abord connu comme musicien d’un groupe ayant participé au Pic d’Or 2017. Je me souviens m’être dit qu’il avait beaucoup de charisme. Et un jour, je tombe sur une vidéo de lui en tant que chanteur. Je ne suis pas parvenu immédiatement à le resituer… puis le flash. Je l’ai vu à Tarbes. Les lois des hasards et coïncidences ont fait que sa maison de disque Sony (label Jive/Epic) a fait appel à moi pour écrire l’argumentaire de presse de son premier EP, La route. Nous nous sommes donc vus dans les locaux de chez Sony récemment. Nous avons beaucoup parlé. Voici le fruit de notre entretien. Il est devenu la biographie « officielle » de Nicom :

"Remontons dans le temps, mais ne nous y attardons pas trop tant Nicom représente plutôt le présent… et nicom,la route,interview,mandormême le futur de la pop française. Des débuts normaux : 14 ans, groupe de rock qui joue fort, très fort même, au lycée, puis quelques années plus tard, abandon d’une carrière qui ne collait pas à ce qu’il était intrinsèquement : informaticien dans le secteur recherche et développement d’un grand groupe spécialisé dans l’optique, il y a plus sexy. Il quitte Evreux pour Paris. Quitter sa province pour la capitale, un grand classique. S’ennuyant dans son petit studio, il a commencé à chanter ses chansons. Son but était juste de trouver quelqu’un pour les interpréter. En anglais. Paradoxalement, le jeune homme ressent au fond de lui que la langue de Shakespeare n’est pas ce qui lui allait le mieux. Il persiste tout de même dans ce sens. Par contre, là où l’évidence s’impose, c’est dans les mélodies et les refrains que l’on retient. Ça, Nicom sait faire. Il excelle en la matière. Redoutable même. Arrive l’expérience MyMajorCompany. Il obtient 100 000 euros pour enregistrer son premier album, rien que ça (exceptionnel répondit l’écho !) « J’avais du mal à comprendre comment des gens que je ne connaissais pas sortaient leur carte bleue pour miser sur moi ». En découle un album très organique enregistré par Steve Forward (McCartney, Ray Charles, Stevie Wonder et quelques autres débutants), avec aucun instrument électronique. 

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nicom,la route,interview,mandorPrendre un nouveau virage s’impose. Nicom veut aller plus loin. Enregistrer un nouveau disque qui lui correspond vraiment, qui colle à ce qu’il est et à ce qu’il aime écouter. Ce jeune homme solaire et charismatique, complètement dans l’air du temps, cherche une nouvelle maison de disque et la personne idéale qui l’aideront à aller au bout de ses envies musicales.  Hop ! Direction la Suède. Le pointilleux et exigeant réalisateur Frederik Sonefors (qui cartonne dans toute l’Europe avec « Schould’ve Gone Home » interprété par Mans Zelmerlöw et qui empile les disques d’or dans son studio) accepte de travailler avec Nicom dont il loue la voix aérienne et limpide et le sens de la mélodie. Ils enregistrent « La route », le premier single de l’EP. « Je suis scotché par sa façon de produire le morceau. C’est une manière de travailler étrange, très scientifique. Les suédois ont la science du single. Frederik n’a jamais conçu 4 titres pour un seul artiste. Il ne fait habituellement que des singles ». Le titre est d’une efficacité immédiate. Pour Nicom, l’idée de base est d’adapter le format international à la chanson française.

Clip officiel de "La route".

"La route", version acoustique avec Hoshi.

Il souhaite bénéficier d’une production exceptionnelle et obtenir un son rarement entendu en France dans lanicom,la route,interview,mandor pop. Pari gagné !  Les musiques sont enregistrées à distance : « Je suis retourné en suède uniquement pour enregistrer les voix. Frederick ne comprend pas un mot de français, mais il se concentre sur ce qu’il ressent. C’était intéressant de travailler ainsi.»  Pour les textes, Nicom insiste beaucoup sur les sonorités, plus exactement sur les mots qui sonnent, la difficulté étant d’allier le son et le sens. 

L’amour et le temps qui passe sont ses sujets de prédilections. Dans ses chansons il n’évoque que ce qu’il vit, mais en l’universalisant. « J’ai une pudeur qui m’empêche de déballer toute ma vie de but en blanc avec des phrases très explicites. J’aime bien quand les gens s’approprient mes chansons et les interprètent comme ils le souhaitent. Il faut laisser la place à la pensée des autres. » Les 4 titres de cet EP ont un socle commun : l’histoire d’une banale rupture, mais qui touche, décliné en 4 angles.

Session acoustique de "On se retrouvera", avec Tibz. 

nicom,la route,interview,mandorSelon Nicom, on n’a pas besoin de route, il faut juste regarder devant et avancer. (« La route ») « Je veux simplement dire que l’on n’a pas besoin de calquer nos vies sur celles des autres, de suivre le même chemin tout tracé que tout le monde. » Parfois, la vie qui n’est plus possible avec l’autre n’est pas forcément la souffrance, cela peut-être aussi un nouveau départ (« Je respire encore ») « La vie de musicien n’est pas idéale quand on est en couple. Un jour, j’ai décidé de tout plaquer et de recommencer à zéro, sans rien emporter du passé. Parfois il faut savoir prendre les décisions qui s’imposent pour cheminer vers une meilleure direction. »  Après tout, peu importe ce que l’on a fait dans la vie, peu importe où l’on va, si on doit trouver quelqu’un, on le trouvera (« On se retrouvera ») et peu importe qui elle sera et ce qu’elle fera, il sera possible de construire un nouveau monde à deux… Attention ! Scoop ! Oui, l’amour peu renaitre (« Viens »).  A l’écoute de cet EP, on est séduit par cette tenue pop, intense, rythmée, ces textes précis aux mots évocateurs. Nicom est ce genre d’artiste qui peut devenir très vite populaire. Le genre d’artiste que les gens aimeront entendre à la radio, siffloter sous la douche et reprendre en chœur, quand les lumières s’éteindront et que la musique s’allumera. C’est aujourd’hui, c’est notre époque, c’est jubilatoire. Nicom peut devenir une valeur sûre.  Vivement !"

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Nicom et moi dans les locaux de Sony.

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13 juin 2018

Lucas Rocher et Gérald Dahan : interview pour les concerts au Nez Rouge.

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gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandorPendant encore 3 jours, et ce depuis hier (du 12 au 15 juin 2018, donc), Lucas Rocher et son gang se produiront sur le bateau théâtre amarré face au 13 quai de l’Oise à Paris 19e, Le Nez Rouge, dirigé par l’humoriste et imitateur Gérald Dahan. Ce dernier est aussi le metteur-en-scène-producteur-manager-impresario du Lucas’ Gang.

Je connais Lucas Rocher de réputation (bonne) depuis plusieurs années sans m’y être réellement intéressé. Et puis, un soir, je suis allé voir son show et il m’a bluffé. Drôle, tendre, un peu provocateur et particulièrement charismatique. Tout ça dans un seul homme, c’est rare. Du coup, le 7 juin dernier, j’ai organisé une rencontre avec lui à proximité du Nez Rouge et j’ai demandé à ce que Gérald Dahan nous rejoigne à un moment. Il m’intéressait de savoir pourquoi il misait beaucoup sur ce « poulain-là ».

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(Photo : Steffie Mer)

Présentation officielle du spectacle :gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandor

Lucas’ Gang c’est un peu comme si Tryo avait ses textes écrits par Gaspard Proust et mis en scène par Alexandre Astier.

Ce groupe est du signe « chanson humoristique » ascendant satirique. Entre les Wriggles et South Park

Un spectacle ingénieux pétillant, où les chansons rient de tout, écorchent les hypocrites, scalpent les beaux-parleurs, transcendent les fous furieux,  les héros malgré eux, et d’ambitieux déchus.

Le tout servi par une formation trans-genres où voix, guitares, violon, et harmonicas s’épousent dans une folie novatrice, et tout en finesse.

Mise en scène : Gérald Dahan

Lucas Rocher : chant, guitare Axel Dachet : violon, chœurs Damien Tartamella : harmonica, chœurs

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Gérald Dahan et Lucas Rocher, ensemble sur scène.

gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandorInterview de Lucas Rocher:

Tu es passé de Lucas Rocher à Lucas et associés et aujourd’hui à Lucas’ Gang. Pourquoi ces changements d’identités ?

J’ai commencé seul en guitare-voix, j’ai ensuite été rejoint par Axel et Damien de manière très ponctuelle. Quand ils sont rentrés officiellement dans le projet, on a ajouté « et associés ». Gérald voulait unifier l’histoire en insistant sur le côté « équipe », tout en restant le leader, car j’écris les textes et la musique, c’est donc devenu Lucas’ Gang… mais je tiens à dire qu’Axel et Damien sont très investis dans l’histoire.

C’est quoi ton parcours ?

J’ai une mère orthophoniste et un père qui s’appelle Thierry Rocher. Il fait depuis des années  la revue de presse de Paris Première. Quand j’étais jeune, j’ai passé beaucoup de temps à voir des auditions d’humoristes, ça m’en a un peu dégouté. Je me suis dit que c’est un métier que je ne ferai jamais. Depuis que je suis dans le spectacle, je n’ai aucune paillette dans les yeux, j’ai trop vu de « galériens » désillusionnés. A l’âge de 16 ans, il m’a fait jouer dans un spectacle avec lui, Patrick Font et Nicolas Bacchus. Grace à ce dernier, j’ai compris que c’était la musique qui m’intéressait. Je suis devenu son musicien pendant 7 ans et c’est lui qui a produit mon premier album.

Et Patrick Font ?

Malgré les sales histoires, il reste pour moi un génie absolu. Il m’a fait jouer dans certaines de ses pièces et j’ai aussi été son guitariste. J’ai beaucoup joué avec Bacchus et Font, cela m’a permis de quitter la banlieue pour m’installer à Paris.

Teaser pour les concerts 2018.

Tu réfutes le fait d’être aussi un humoriste, mais tu ne peux pas nier l’évidence, tu as ça en toi.gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandor

J’ai un peu de cet ADN-là, j’avoue. J’aime bien l’idée de faire rire entre les chansons et de pouvoir improviser. Mais, ce savoir n’est pas essentiel. Certains groupes que j’adore n’ont pas besoin de ça, comme les frères Volo. J’ai quand même dû casser ce que j’avais appris en café-théâtre pour ne pas devenir trop chansonnier. Je préfère que l’on me considère comme un chanteur satirique. 

Tu chantes et évoques la société moderne. Ton spectacle est complètement dans l’air du temps.

Oui, tout en ne voulant pas être moraliste. On a fait une chanson sur l’homophobie. Le type de ma chanson dit « je ne peux pas être homo depuis que je fais du rap ». Le mec, à la force d’aimer les mecs musclés, il a peut-être un rapport bizarre avec ça, c’est ce que je sous-entends. Il y a aussi une chanson dans laquelle je parle de Facebook. Je me moque un peu, mais j’adore Facebook. On peut ironiser sur un sujet et beaucoup l’aimer.

Reportage sur Lucas' Gang sur BFM Paris.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorTu as des goûts musicaux très variés, je crois.

Je peux écouter du jazz hyper pointu comme du Maître Gims. J’ai mis 1000 ans pour comprendre que je n’ai pas besoin de détester quiconque pour savoir qui je suis. Je réfute les cultures autorisées par les ambassadeurs de l’ouverture d’esprit. On a le droit d’aimer Beyonce, Lady Gaga, ça passe, mais par contre M Pokora, on n’a pas le droit. Je ne supporte pas les Ayatollahs du bon gout. Le fait qu’il n’y ait pas de place pour la nuance me rend profondément malheureux.

Tu es passionné par l’écriture de scénario.

Je suis un scénariste raté. J’en ai plein les tiroirs. J’ai lu beaucoup de livres sur la question. La structure, les personnages, la ligne thématique, la trame…

Le format chanson, pour raconter des histoires, c’est compliqué ?

Extrêmement. Je reviens à Volo. Ils m’impressionnent parce qu’il y a une limpidité extraordinaire dans leur format court. Moi, je trouve que c’est plus simple d’avoir 100 pages pour écrire une histoire que d’en avoir une seule.

Il y a une web série qui arrive cet été.gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandor

J’y raconte notre vie professionnelle. En l’occurrence, les deux musiciens sont en train de quitter le groupe parce qu’ils se rendent bien compte qu’on ne fera pas Bercy avec nos chansons. Au moment où ils vont m’annoncer leur départ, je leur dis qu’on a trouvé un producteur qui va nous apporter la gloire. C’est Gérald Dahan qui joue son propre rôle. En fait, c’est un plan que j’ai monté pour garder mes potes. A partir de cela, ils vont partir en vrille. On a plein de guest comme Vincent McDoom et l’humoriste YouTuber Max Bird. Oldelaf, Bruno Solo, devraient être aussi de la partie. Comme j’ai écrit une chanson pour le prochain album de Clara Morgane, on est en pour-parler pour qu’elle nous rejoigne dans l’aventure.

Combien d’épisodes avez-vous tourné ?

Il y a déjà 6 épisodes tournées et montées. Là, on vient de faire la bande son. C’est un gros boulot.

Tu as un double qui est chanteur et qui s’appelle Francis. Peux-tu me le présenter ?

Je travaille énormément la nuit. J’ai une centaine de maquettes de morceaux dont je n’ai rien fait. Il va donc devenir un personnage de la web-série. Je vais vivre une sorte de schizophrénie où la nuit, je deviens Francis.

Tu es un vrai boulimique de travail.

Je suis toujours en train de créer. De plus, je suis prof de guitare dans une école de musique du 11e. J’ai une quinzaine d’élèves qui ont entre 8 et 18 ans. J’aime beaucoup ça, car cela me permet de me cadrer.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorC’est qui ton idole absolu ?

Trey Parker, le cocréateur, réalisateur et principal scénariste de South Park. Ce mec est un génie absolu. Il est aussi le metteur en scène, co-scénariste, co-compositeur et co-parolier de la comédie musicale The Book of Mormon. Il a influencé ma vie, et même, ma philosophie de vie.

Tu es très amateur de comédies musicales.

Je suis extrêmement branché comédies musicales, celles de Broadway notamment. Une trame de comédie musicale est extrêmement difficile à écrire. J’en ai écrit une, mais je ne suis pas satisfait, c’est vraiment très difficile. Gérald me pousse à persister. Je suis un peu sous pression en ce moment.

Ton prochain disque, tu l’as enregistré avec les musiciens de Johnny.

On a déjà enregistré 8 chansons, mais on a décidé de n’en garder que 5 pour lancer un EP. J’avais l’impression d’être en stage. J’étais avec des arrangeurs de folie qui me laissaient prendre des décisions. C’était très agréable d’être écouté et dirigé par rapport à mes souhaits. Grace à Gérald Dahan, on a eu des grosses pointures comme le batteur de Revolver ou le trompettiste de Maceo Parker.

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De gauche à droite, Philippe Almosnino, Jean-Max Méry, Gérald Dahan, Lucas Rocher, Axel Dachet et Damien Tartamella, lors du premier jour de l'enregistrement du disque.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorGérald Dahan a tout financé ? 

Oui. Il a financé le spectacle, la web-série et le disque. En tout,  il a investi pour 70 000 euros. Nous sommes très excités par toutes les perspectives de clips, de tournages… on va aussi faire la première partie des Wriggles deux soirs de suite au Café de la Danse au mois de décembre prochain. C’est pile la cible.

Tu commences à y croire ?

Oui, mais après, je ne me fais jamais d’illusion sur rien. Je reste détaché pour ne pas être déçu. 

Comment se passe la relation avec lui ?

Ça n’a pas toujours été facile. Il sait ce qu’il veut et parfois, ça m’a heurté  parce que je n’étais pas d’accord avec ses propositions. Il a fallu que l’on s’apprivoise. On a un bon rapport parce que l’on se respecte. On arrive à se dire les choses.

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Pendant l'interview...

Igérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandornterview de Gérald Dahan :

Tu as découvert Lucas de quelle manière ?

C’est vraiment un hasard. Lors d’un plateau d’artistes que j’avais monté, l’un d’eux nous a fait faux bond. Alors que le spectacle était déjà commencé, l’humoriste Olivier Perrin m’a proposé d’appeler Lucas et ses musiciens. Je ne les avais jamais auditionnés, donc c’était un risque pour moi. J’ai fait confiance à Olivier. Ils ont déboulé avec leur guitare, leur violon et leur harmonica. Ils ont fait un carton. J’ai trouvé ça très bien. Je leur ai proposé de revenir le lendemain, ils ont accepté. Ils ont refait un carton.

Tu as fini par leur demander de voir leur spectacle entier en audition.

Là, j’ai vu un spectacle étonnant. Ce ne sont pas que des musiciens, mais ce sont aussi des humoristes. Je n’ai pas pu m’empêcher de leur dire que j’avais plein de conseils à leur donner. De fil en aiguille, je suis devenu leur metteur en scène. On a pris le bateau pour partir ailleurs, on a vécu enfermé ensemble du soir au matin et j’ai remis en scène ce spectacle. Entre temps, je suis devenu leur producteur. Tout s’est fait sur le bateau. C’était des moments magiques.

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Gérald Dahan et Lucas Rocher... une bonne entente.

Pourquoi as-tu décidé de devenir producteur du Lucas’ Gang et d’investir beaucoup d’argent ?

Je me suis dit que ce type-là, il ne fallait pas que je le lâche. Je suis persuadé de son talent et je suis persuadé que Lucas va devenir une star. Je le ressens comme ça. C’est un artiste qui a aussi l’étoffe d’une star. Il a un charisme rare. Il dégage quelque chose que l’on ressent assez rarement.

Je le répète, tu as investi beaucoup sur lui.

L’argent investi n’est pas important par rapport au fait de redonner de la confiance à quelqu’un qui doute. Etre artiste, c’est surtout douter de tout et en priorité de soi. Un bon producteur, c’est quelqu’un qui doit rassurer l’artiste et qui doit le convaincre qu’il a bien l’étoffe de star qu’il pense avoir. Ce n’est pas parce qu’il y en a plein d’autres que lui ne va pas sortir du lot.

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Lucas Rocher et Gérald Dahan.

Etre producteur, c’est aussi beaucoup de temps passé avec l’artiste en question, ne rien lui laisser passer…

Comme je suis aussi artiste, je décortique les moindres détails de son spectacle. J’ai un regard extérieur.

Lucas m’a expliqué il n’a pas toujours tout bien pris.

Bien sûr. C’est hyper dur d’être objectif sur son travail et d’être mis en scène par quelqu’un d’autre. Lorsque cela arrive et que ça donne du résultat, c’est que l’on fait une totale confiance à l’autre. C’est un peu comme dans une relation de couple. La confiance, c’est une histoire à long terme. Tout n’est pas acquis et je ne dis pas que je ne me suis jamais trompé.

Rappelons que Gérald Dahan est aussi et avant tout un formidable humoriste/imitateur/maître des canulars.

Lucas n’est-il pas un jeune chien fou qui fait trop de choses ?

Je ne trouve pas. Il faut faire ce à quoi on aspire. Dans une vie, on ne fait pas tout le temps la même chose. Chaque chose est enrichissante. Il y a une synergie dans tout ce que l’on entreprend.

C’est jubilatoire de découvrir des artistes comme Lucas ?

Quand on est producteur artiste, ce qui est satisfaisant, c’est de pouvoir dire :  « tant mieux si je transmets des choses. » J’ai pas mal d’années d’expériences, il y a donc des écueils que j’ai envie de faire éviter. J’aime l’idée de transmettre une expérience.

Je sais que souvent, dans ton bateau théâtre, c’est toi qui fais la lumière des artistes qui se produisent. C’est si symbolique.

Tous les moyens sont bons pour mettre en lumière des artistes talentueux…

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Pendant l'interview (bis), le 7 juin 2018.