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09 février 2014

Robi : interview pour L'hiver et la joie

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(Photo : Franck Loriou)

Robi aime le minimalisme. Quelques notes de synthé, une rythmique asséchée, lancinante. L’hiver et la joie est un disque réellement envoutant. On l’écoute, une fois, deux fois… on ne peut plus s’en passer. Un effet addictif.

C’est de la chanson française, mais une fois que j’ai dit ça, je n’ai rien dit… vous comprendrez en lisant la suite.

Avant son passage à la Gaieté Lyrique, le 12 février prochain, la jeune femme est passée à l’agence pour une longue interview aussi chaleureuse que passionnante.

J’aime les artistes qui ont un discours sur leur œuvre.

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Argu de l’album :

L’hiver et la joie, le premier album de Robi, s’annonce comme une partie de cache cache entre ombre et lumière, où l’on croise l’électropunk cramé de Suicide (Où Suis-Je), la new-waverobi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandor spectrale de Young Marble Giants (Belle Et Bien), ou encore Dominique A, venu donner, en chair et en os, la réplique sur Ma Route, chemin de traverse aux arrangements obsédants. Entre l’immédiateté de On Ne Meurt Plus D’Amour, la chevauchée stroboscopique de Tout Ce Temps et la confession troublante de Cherche Avec Moi, Robi reprend le groupe Trisomie 21 (Il Se Noie), et donne le vertige, ambassadrice d’un minimalisme habité, qui fait du bien là où ça fait mal. Avec une assurance fragile, elle égrène ses chansons, comme destinées à la piste de danse d’un bar paumé, où il ferait bon noyer sa mélancolie à deux pas du dance floor.

Robi vu par les Inrocks :

La chanteuse oscille entre l’obscurité et la lumière, la force et la délicatesse. Sorte de Dominique A au féminin, Robi sort des sentiers battus avec des textes ciselés, précis et cascadeurs. Les chansons sont changeantes. Robi passe du rire aux larmes, de la chaleur à la tristesse de l’hiver sans jamais s’arrêter. Le résultat est noir, poétique, mais terriblement entêtant et efficace.

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(Photo : Franck Loriou).

robi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandorInterview :

Je t’ai vu pour la première fois en première partie d’Arman Mélies à La Maroquinerie. J’ai l’impression qu’il y a quelques artistes qui t’adoubent plus ou moins.

Arman Mélies, je ne le connaissais pas. C’est lui qui a tenu à ce que je participe à son clip « Le plus bel incendie », sur lequel il y a un certain nombre d’autres artistes. Je suis d’ailleurs l’outsider de ce clip, personne ne sait qui je suis. Ça m’a flatté d’autant que j’aime ce que fait Arman. Ensuite, il m’a proposé de faire la première partie de sa Maroquinerie. C’est étrange parce qu’on ne se connait pas plus que ça. Je ne sais absolument pas comment il est tombé sur mon travail. J’ai l’impression que je suis acceptée du milieu d’une certaine chanson un peu tendue, un peu rugueuse, un peu rock. Il n’y a pas tellement de monde sur ce terrain-là.

J’aime bien savoir comment un ou une artiste en arrive à décider de faire ce métier. La musique a commencé comment pour toi ?

Il y a toujours eu de la musique à la maison, mais comme il y en a dans toutes les maisons. Je n’ai pas l’impression que mes parents m’ont orientée vers la musique. J’ai toujours été une amatrice de chanson parce qu’effectivement, on écoutait beaucoup Brel, Brassens, Ferrat, Ferré, mais on écoutait aussi les Rolling Stones, beaucoup de jazz vocal, de blues. La véritable source, elle est plus à l’endroit de l’écriture. Depuis l’âge de 14, 15 ans, comme toute adolescente qui se respecte, je me suis mise à écrire et je n’ai pas su m’arrêter.

Tu écrivais quoi ?

Plutôt de la poésie. Et la poésie implique une musicalité. Suite à certaines rencontres, j’ai pu mettre mes écrits en musique. C’est ce que j’ai fait à 18 ans, arrivée à Paris, dans un cadre très intime au départ. Petits cafés concerts entre copains.

Au départ, tu étais venue pour la musique ?

Non, j’étais venue faire des études de Lettres et un peu de théâtre. Très vite, je me suis aperçue que la Fac n’était pas faite pour moi et que le métier de comédienne non plus. Cette nécessité d’écriture a pris de plus en plus de place dans ma vie et à l’intérieur de moi.

"Ma route" feat. Dominique A.

Pendant très longtemps, tu as travaillé avec des compositeurs.robi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandor

Oui, ils étaient dans des veines très « chansons » dans lesquelles je ne me reconnaissais pas forcément. Moi, j’avais très peu de connaissance musicale. Je n’arrivais pas à me faire comprendre, ni à donner l’impulsion de l’endroit où j’avais envie d’aller, c'est-à-dire vers quelque chose de beaucoup plus brut et tendu. Je me reconnaissais davantage dans des Dominique A, des Murat ou des Bertrand Belin. Des artistes pour qui l’exigence musicale et l’exigence textuelle sont aussi importantes. Ils ne sont pas dans une démarche de chansons forcément narratives avec un début, un milieu et une fin. Comme eux, je préfère quelque chose de plus opaque, mystérieux et étrange.

As-tu mis longtemps à composer toi-même ?

Oui, parce que pendant très longtemps, je ne me suis ni sentie légitime, ni à la hauteur. Je ne me sens pas bonne praticienne de la musique. Le processus a donc été relativement long. Une bonne dizaine d’années. 

À 30 ans, te sens-tu en phase avec toi-même ?

Oui, tout à fait. J’ai lâché un certain nombre d’idées préconçues, de tentatives de ressembler à quelqu’un d’autre.

Il faut se libérer de ses influences ?

Il faut accepter d’être ni Rimbaud, ni Barbara pour n’être que soi et le vivre bien. Il faut se dire que se trouver soi, c’est déjà pas mal. Ça m’a pris du temps pour accepter cette dualité en moi. J’étais très attirée par la musique anglo-saxonne tout en n’ayant absolument pas envie d’écrire en anglais, ne serait-ce que parce que j’en serais bien incapable et parce que ce qui m’intéresse, c’est la langue française. La langue pour moi, c’est vraiment la patrie. J’ai vécu en Afrique toute mon enfance. La seule chose qui me reliait à la culture française c’était la radio sur laquelle on écoutait France Inter, France Culture ou RFI en longues ondes.

"On ne meurt plus d'amour".

robi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandorTu parles de l’Afrique. J’ai l’impression que tes influences liées à ce pays ne viennent pas de la musique.

Ce que j’ai ingurgité bien inconsciemment, c’est le goût de la répétition, le goût de la scansion, le goût de décharner le mot. On approche la dimension organique de la dimension spirituelle. Il en découle une compréhension plus sensitive que cérébrale. C’est ma démarche en tout cas.

Le rythme aussi t’intéresse ?

Je construis tous mes morceaux sur une tournerie rythmique. Je fais pareil pour mes mélodies. Ça a clairement à voir avec mon enfance en Afrique.

Ton album est très épuré, il n’y a pas un mot de trop.

Je ne suis pas dans quelque chose de bavard. J’ai besoin que les choses viennent directement faire écho. Je ne suis pas là pour raconter une histoire. J’essaie d’être au plus près d’un ressenti et de l’épouiller le plus précisément possible. Je dénude l’émotion et les sentiments. La démarche de simplicité est primordiale. Je ne cherche pas à être forcément lisible. J’espère que ça touche et que ça parle quand même à certaines personnes.

Assez rapidement après la sortie de ton EP, tu as été finaliste du Lab 2011 des Inrocks. Ça fait du bien ce genre d’encouragement quand on débute?

Évidemment. C’était une première déclaration d’intention. Ça m’a libérée. Je n’attendais rien, mais quand on commence avoir des signes de gens qui ont l’air de comprendre l’endroit où on est et où on a envie d’aller, c’est une reconnaissance nécessaire. Même si on a besoin d’être au plus près de soi pour créer, sans la peur du regard des autres, on ne crée pas pour chanter dans sa salle de bain. Même si ça part d’une démarche intime, c’est un mouvement vers l’autre. C’est un appel au partage et à la résonance.

"Où suis-je?"

Je trouve que la contradiction est ce qui te caractérise le plus. Le titre de ton album :robi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandor L’hiver et la joie. Tristesse, rire, larmes, joie, bonheur… c’est tout ça ton album.

Moi, je suis profondément comme ça. J’ai l’impression que chaque joie contient une détresse terrible. Chaque bonheur aussi, à l’idée même qu’il se termine, contient un désespoir terrible. A contrario, à l’intérieur de toutes nos grandes peines naissent de belles choses, même si elles sont infimes. Moi qui ai vécu en Afrique toute ma jeunesse, je n’ai connu que l’été éternel.  J’ai appelé mon album L’hiver et la joie parce que, 15 ans plus tard, l’hiver reste pour moi une douleur immense. Mais en même temps, c’est dans cette douleur, dans cette dureté de l’hiver que j’arrive à écrire. C’est dans cette difficulté de vivre que nait en moi la nécessité d’écrire. Tout contient son inverse et la vie même porte ça en elle. Pour être honnête, je n’arrive pas à me remettre de l’absurdité d’être sur Terre et de l’absurdité de devoir mourir un jour. La création m’aide à tenir, mais elle n’est que le reflet de mon rapport au monde.

Comment écris-tu ?

J’écris toujours en marchant. C’est le mouvement, le balancier qui m’aide à me concentrer, je crois. Sinon, je suis un peu trop digressive. J’écris dans ma tête.

Tu retiens comment ?

Je retiens et si je ne retiens pas, ça veut dire que ça ne valait pas le coup. Quand je suis relativement contente, j’enregistre.

"Cherche avec moi" (live à La Boule Noire - mars 2013).

robi,chloé robineau,l'hiver et la joie,interview,mandorLa scène, ça représente quoi pour toi?

Un endroit magique. Je suis extrêmement traqueuse et donc encore un peu sauvage dans mon rapport avec le public. La scène, c’est à la fois un endroit de pudeur et d’impudeur. On livre une intimité très forte dans le cadre d’une scène avec des projecteurs sur soi. Là encore, c’est un énorme paradoxe.

As-tu pris des cours de chant ?

Oui, j’en prends pour la première fois de ma vie. Je me suis retrouvée en tournée et je n’avais jamais chanté à cette fréquence-là, j’avais donc besoin d’apprendre à gérer certaines choses, dont la fatigue.

Ça t’apporte beaucoup ?

Ça me sensibilise sur des choses dont je ne m’apercevais pas forcément. Ma prof de chant me disait récemment que toute la difficulté pour un auteur compositeur c’est de lâcher le texte et de se repenser interprète. Autre difficulté : se laisser traverser par ce qu’on est en train de raconter plutôt que de l’intellectualiser. Pourquoi essayer de surjouer ou de surligner un texte qui se suffit à lui-même ? Il faut arriver à redevenir un passeur.

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Pendant l'interview...

Tu fais de la chanson française, mais peu conventionnelle. Ta musique rock, trip hop, un peu electro, ça déstabilise un peu les journalistes qui parlent de toi, non ?

Cette très belle exigence autour du texte est typiquement française, on ne la trouve pas dans les autres pays. Quand on chante en français, on fait de la chanson française, qu’on le veuille ou pas. J’ai tourné autour de cette question, puis j’ai arrêté.

Disons qu’il y a plein de chansons françaises.

Oui, et surtout, il y a plein d’artistes différents. Que fait un Bertrand Belin ? Il fait du Bertrand Belin. Que fait un Dominique A ? Il fait du Dominique A. Si on accepte de renoncer à se battre contre un moulin qui n’arrêtera jamais de tourner, il faut parvenir à être soi-même et faire du soi-même. Ce qui m’intéresse, c’est d’être en tension sur un fil. Je veux faire ce que j’entends et ce que j’ai besoin de faire. Je veux rester centrée sur la pulsion première.

Es-tu souvent dans le doute ?

Tout le temps. En fait, je bascule de l’un à l’autre. Je suis à la fois très entière et à la fois complètement habitée de multiples doutes et de peurs. Je suis terrifiée en permanence. Mais c’est aussi un moteur, parce qu’il faut trouver des réponses à son état. Bizarrement, ça me donne de l’énergie. Ne serait-ce que pour l’espoir vain de me sortir de tous ces doutes.

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Après l'interview, le 20 janvier dernier.

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(Photo : Franck Loriou).

Merci à Franck Loriou pour sa sélection des photos de Robi. Et merci de m'avoir permis de les utiliser ici.

(Les deux seules qui ne sont pas de lui sont celles prises à l'agence, évidemment... mais parfois, il est bon que les choses soient dites).

02 février 2014

Jean-Philippe Rimbaud : interview pour le projet Retrouver Montcalm

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1378354_521631214582998_489568179_n.jpgRetrouver Montcalm est un projet de Jean-Philippe Rimbaud mêlant film, chansons et écriture, vidéo, cinéma, album, chanson, rock… il est ici question d'amour, de désir, de lassitude et de séparation. Sorte de journal intime, trop intime pour être compris, les textes se transforment en contes bruts à la fois abrupts et poétiques. Chaque auditeur pourra s'y voir, reflété comme dans un miroir déformant. Rimbaud impose son univers entre une certaine chanson française et une pop bricolée où se croisent ses fantasmes de guitares gitanes, de fanfares et d'électricité. Pour ce projet, l’artiste s'est entouré de musiciens de tous horizons pour ciseler des titres rêches, cousinant avec ses influences assumées telles que Dominique A, Bertrand Betsch, Miossec ou encore Pascal Comelade. Jean-Philippe Rimbaud joue avec ses musiciens, avec ses instruments et avec son habilité de réalisateur pour délivrer des chansons aux ambiances étrangement élégantes.

Ce qu'en dit Rock & Folk:

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J’ai reçu Jean-Philippe Rimbaud à l’agence le 13 novembre 2013.

Biographie par Jean Théfaine (CHORUS) :251174_129459920466798_7896259_n.jpg

En 2000, Rimbaud décide de s’y « mettre sérieusement ». Une année entière, pendant les  moments libres que lui laisse son service civil, il compose sur son PC ce qui sera son premier album, Que les jardins, un autoproduit paru en 2001.

Dans le même mouvement, il délaisse les pseudos, s’assume en tant que Rimbaud, participe au Chantier des Francos en 2003, enregistre Le jour de l’explosion, un deuxième opus sombre et angoissé. Un reflet, quasi autobiographique de la rupture sentimentale qui le secoue alors très fort. Cet album, il le défend en solo, avec guitare et sampler, sur une quarantaine de dates.

En parallèle, Trame, un collectif d’artistes transdisciplinaires (musique, vidéo, illustration, photo) se fonde à son initiative et porte dorénavant la réalisation de ses projets.

Les talents de Rimbaud lui même ne s’arrêtent pas à la musique ! Il est aussi vidéaste et concepteur de courts-métrages. Et ses savoir-faire, il les met au service de ses créations.

Ni même en Sibérie, sortie en mars 2008, marquera une étape supplémentaire dans la reconnaissance de la qualité de son travail. Il sera programmé dans des salles parisiennes ou des festivals de premier plan (Divan du monde, Scène Bastille, La Bellevilloise, Fiesta des Suds), et assurera de « belles premières parties » devant Cali, Bashung, The Do, et Ours.

La seule constante dans le travail de Jean-Philippe Rimbaud qui en devient sa marque de fabrique, c’est sa façon assez unique de transformer ses états d’âme en contes bruts de décoffrage foisonnant d’images, faussement bancals, délicatement empoisonnés, définitivement troublants.

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DSC08529.JPGInterview :

Ton projet réunissant film, chansons et livre est impressionnant.

Je ne sais plus quel artiste américain disait qu’il n’aurait jamais fait une œuvre aussi énorme si ses deux, trois premiers disques avaient marché. J’ai sorti un premier album, Le jour de l’explosion, sur un petit label en 2006. J’en ai vendu 270. Le label a continué à me porter en 2008, avec un autre album Ni même en Sibérie. J’en ai vendu plus et j’ai fait plein de premières parties. Mais, tout ça, c’était du faux parce que j’étais soutenu par des institutionnels. Quand tu es en région, les institutionnels jettent leur dévolu sur un ou deux artistes pendant une période assez courte de un ou deux ans. Ils les soutiennent à bout de bras. Fin 2007, j’étais « Découverte Printemps de Bourges » en région PACA et c’est cette région qui m’a soutenu pendant deux ans. J’ai reçu des subventions pour faire avancer le projet, il y a eu du lobbying qui m’a permis de faire les belles premières parties dont je viens de te parler. Mais, je n’ai pas franchi le cap national. Pas de presse, ni de télé ou passage en radio. Les portes étaient fermées.

En 2009, sentais-tu que c’était en train de redescendre ?

Oui. Ma compagne m’a dit qu’il fallait que je prenne le temps. J’ai donc décidé de créer tranquillement un projet énorme. Comme j’avais réalisé des clips et que j’aime manier la vidéo, l’idée m’est venue de faire un petit film lié aux chansons que j’écrivais. J’ai retrouvé des bouts de scénarios que j’avais faits trois ans auparavant et ça parlait de la même chose. Des histoires de séparations, de transformations et de retrouvailles.

Bande Annonce de retrouver Montcalm. Un film court de Jean-Philippe Rimbaud (29 min)

255166_132241603521963_7516212_n.jpgJ’ai vu ton film, ça fait très Nouvelle vague, dans la forme narrative et aussi parce qu’il y a de nombreux flashbacks. Ça fait très Godard période A bout de souffle ou Truffaut période Les quatre cents coups.

Oui, peut-être. Moi, je suis plus inspiré par quelqu’un comme Alain Guiraudie (note de Mandor : réalisateur tarnais, dont le film L’inconnu du lac est nommé aux César 2014, notamment dans les catégories de meilleur réalisateur, meilleur film, meilleur espoir masculin, meilleur acteur dans un second rôle). Le scénario de mon film est devenu une carte avec des séquences qui répondaient ou qui allaient plus loin que mes chansons. Après, j’en ai fait un film.

Tu as fait un blog pour expliquer le projet.

Le nerf de la guerre, c’est la communication. J’avais beaucoup aimé les livres de la collection « La machine aux cailloux ». Ces ouvrages invitent les musiciens à réfléchir et à écrire sur la création artistique et son processus. Il y a avait par exemple Dominique A, Bertrand Betsch, Mathieu Boogaerts, Bastien Lallemant ou encore Bertrand Belin. Je me suis retrouvé dans ce que je commençais à écrire sur mon blog.

Sur ta bio officielle, tu parles plus facilement de Miossec, Dominique A ou Bertrand Betsch, que de Daniel Balavoine ou Dalida. La variété a pourtant traversé ta vie.

Les premiers ont plus influencé ma musique que les seconds…  J’ai trouvé dans ces artistes-là ce que je voulais faire. Cela dit, il y a ce que l’on veut faire, ce que l’on croit faire et ce que l’on fait réellement. Il y a des distorsions énormes. Pour en revenir à ma période variété, elle est plus liée à l’enfance.

"Montcalm" extrait de Retrouver Montcalm. Réalisé par Jean-Philippe Rimbaud et mixé par Gilles Martin

Tu as enregistré ta première cassette en 1993.

Ma musique était très inspirée des riffs de Nirvana. C’est ce groupe qui m’a donné envie de faire de la musique. Je chantais du rock, mais en langue française. D’ailleurs, c’est une période où j’ai commencé à écouter Noir Désir. Pour moi, l’album Tostaki, c’est le grunge français.

Miossec, en 1994 a aussi déclenché quelque chose chez toi.

Il faisait du rock, mais avec deux guitares sèches. Avec une guitare folk, j’ai joué des morceaux dans l’esprit de ce qu’il faisait. Pour moi, être rock, c’est plus un esprit qu’un monde sonore.

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À la fin du film, tu dis : « Un album, un film… qu’est-ce que je cherche ? » Que jean-philippe rimbaud,retrouver montcalm,interview,mandorcherches-tu toi, parce qu’il n’y a pas la réponse dans le livre.

Je ne sais pas. Je suis un gamin, quelque part, je crois que je cherche l’amour. L’amour du public notamment. C’est peut-être égocentrique, mais j’ai besoin de créer. Et faire dans le vent, ça ne me suffit pas.

Tu n’as pas envie de devenir un artiste maudit, quoi !

J’en prends le chemin (rires). Il faut que mon projet soit vu et entendu.

C’est dur ?

J’avais une maison de disque, mais elle a coulé. Mon nouveau disque est une autoproduction. Dans mon livre, je l’explique, je cherche la bonne personne pour m’aider à faire connaître mon travail et à le développer. Ça peut être un manager, un tourneur, quelqu’un d’influent ou d’investi qui arrivera à mettre le projecteur sur ma musique.

Tu aimerais te faire remarquer par quel genre de maison de disque ?

L’idéal serait par des labels comme Cinq7 ou tôt Ou tard. Pour jouer et faire de belles dates, il faut un disque qui s’est fait remarquer, pour avoir un retentissement, il faut un label, et pour avoir un label, il faut avoir eu un petit retentissement. Ce sont des marches que tu dois monter… j’ai dû en louper une. Je cherche un moyen de continuer et de monter mon spectacle qui inclut musique et vidéos de manière sereine.

Extraits du spectacle "retrouver Montcalm" de Jean-Philippe Rimbaud

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Après l'interview, le 13 novembre 2013.

27 janvier 2014

Prix Georges Moustaki 2014 : votez pour le finaliste de votre choix!

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bandeau-prix(1).jpgDepuis 2011, le Prix Georges Moustaki met à l'honneur les jeunes talents musicaux autoproduits. Thierry Cadet et Matthieu Vincenot sont à l'origine de cet évènement,

Je vous ai dévoilé ici les 7 finalistes du Prix Georges Moustaki 2014. Cela n’a pas été chose aisée, je vous assure. Il n’en reste pas moins que parmi les sept artistes encore en lice, se trouvent les deux gagnants de cette édition. Celui (ou celle) qui remportera le prix du jury et du public.

Ces deux prix sont décernés, l'un par les votes du public durant la finale (et en votant directement ici par exemple), l'autre par les votes d'un jury composé d'une trentaine de personnes issues du milieu de la musique et des médias (dont bibi)

Sachez que :

- Le FestiVal de Marne (Denis Collinot) s’engage à programmer le Prix du Jury.

- Le Magazine FrancoFans (Stéphanie Berrebi) s’engage à une « Sélection FrancoFans » avec mise en avant du Prix du Jury.

- L’Agence multimediaxe (Julien Piraud) s’engage à réaliser le site officiel du Prix du Jury, et la campagne promotion web de l’EP ou l’album durant 3 mois du Prix du Jury, et du Prix du Public.

- Le LaBO, pour la Chanson et les Musiques Actuelles (Juliette Solal) offrira une journée de coaching scénique à l’un des finalistes.

- Le Forum Léo Ferré (Gilles Tcherniak) programmera l’un des finalistes.

- L'Acp La Manufacture Chanson (Stéphane Riva) programmera l’un des finalistes à l’Espace Christian Dente.

- La Dame de Canton (Élodie Mermoz) programmera l’un des finalistes.

- Le Vingtième Théâtre (Cristine Hudin) programmera l’un des finalistes.

Pour écouter deux extraits de chaque finaliste : (Précision importante : JO & CO, c'est en fait Sophie Maurin).

 Pour voter, vous aussi... c'est ici que ça se passe:

Rendez-vous le 27 février prochain à 20h, dans l'amphithéâtre du Centre Malesherbes de l'Université Paris-Sorbonne. Le parrain de l'édition 2014, Cyril Mokaiesh, et la présidente, Clarika, seront présents. L'entrée à l'événement est libre sur réservation, par mail à agenda-culturel@paris-sorbonne.fr ou par téléphone au  01 40 46 33 72.

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25 janvier 2014

Klô Pelgag : interview pour L'alchimie des monstres

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klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorKlô Pelgag déboule avec ses 23 ans et un premier album, L’alchimie des monstres, absolument formidable, en tout point (musicalement, textuellement et vocalement). L’auteure-compositrice-interprète, pianiste et guitariste, impose des gâteries oniriques vêtues de musiques qui se fichent des étiquettes. Elle chante la taxidermie, la chimiothérapie, le Nicaragua, les mariages d’oiseaux ! Des chansons pour le moins originales, remplies d’images fortes et inquiétantes, livrées sur des airs baignés de cordes. Le répertoire de la jeune femme est captivant.

Lors d’un récent passage à Paris, le 15 octobre dernier, Klô Pelgag s’est arrêté à l’agence.

Elle est aussi calme et douce dans la vie qu’elle est vive et déjantée sur scène. Une charmante rencontre…

Autobiographie officielle :

L’essence Pelgagien se puise devant le fleuve St-Laurent. C’est à Rivière-Ouelle qu’est basé le laboratoire de création où un piano sans brassière, accoté à une fenêtre qui offre un regard plongeant jusque dans le creux de la petite baie où les histoires s’inventent. Inspirées par l’art visuel (Botero, Dali, Magritte, Marc Séguin), la littérature et le théâtre (Vian, Ionesco, Réjean Ducharme), le cinéma (André Forcier, Jean-Claude Lauzon, Pierre Perrault, Wes Anderson) et la musique (Chopin, Brel, King Crimson, Gentle Giant etc.), je m’efforce à faire de mes chansons un paysage pour les aveugles. Je veux que la musique et les mots se confondent. Que l’un n’existe pas sans l’autre.

(La suite ici)

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klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorInterview :

Tu arrives subitement en France et le charme opère. Mais tu chantes au Québec depuis plusieurs années.

Ça fait 4 ans que j’écris des chansons. Mais à l’origine, je souhaitais devenir comédienne. Après l’école secondaire, j’ai pris des cours de théâtre. Ça a été super révélateur de mon choix de vie par la suite. C’était la première fois que je me sentais bien dans quelque chose.

Tu ressentais des trucs en toi, mais tu ne savais pas comment les ressortir, c’est ça ?

Comme tout adolescent qui se cherche. En plus, j’habitais un petit village où artistiquement, on ne pouvait rien faire. Il fallait que j’aille chercher l’art, puisque l’art ne venait pas à moi. Je me contentais d’écrire des chansons.

En écoutant les chansons de ton album, j’ai été impressionné par ton univers foisonnant.

J’ai des trucs bizarres dans la tête depuis toute petite. Les choses qui m’intéressent ne sont pas nécessairement les histoires qui parlent de la réalité. Moi, j’aime les histoires qui nous font entrer à l’intérieur de soi ou de quelqu’un. Je suis certaine que tout le monde a ça en lui, mais ne l’exploite pas. J’ai toujours un intérêt pour inventer des histoires. Ce que je raconte est très spontané. Ça jaillit en moi sans que je réfléchisse.

Il y a beaucoup d’images dans tes chansons.

Quand je lis un roman ou que j’écoute une chanson, je ne retiens pas forcément tout, mais plutôt une image qui m’a frappé. Je fonctionne beaucoup en image dans mes chansons parce que c’est ce qui m’intéresse et que je trouve cela percutant.

Clip de "La fièvre des fleurs".

klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorIl y a dans tes chansons des sujets récurrents et très noirs, comme la maladie et la mort. On pourrait croire que c’est anxiogène, et bien  même pas ! La musique plutôt joyeuse et la façon de chanter vive et intense déplombent tout ça.

Dans la vie en général, j’adore les contrastes. Quand je parle de la leucémie dans « La fièvre des fleurs », je ne peux pas utiliser une musique triste. On peut tout chanter, je pense, mais il faut amener la chanson dans la bonne dimension et le bon point de vue.

Tu as des obsessions, quand même !

J’ai remarqué ça quand j’ai terminé l’album. Je ne peux pas analyser les raisons pour lesquelles je pense à tous ces sujets noirs. J’aime les trucs violents. J’aime quand c’est percutant et que ça va chercher au fond de soi. Je n’aime pas les choses sans intérêt, les choses plates.

Il y a aussi un grand rapport au corps dans tes textes.

Le corps, ça concerne tout le monde. Avec notre pensée, c’est la seule chose qui nous appartient.

J’ai écouté tes chansons comme je lis des nouvelles.

Je donne des clés pour que l’on comprenne mes chansons peu à peu, pas frontalement. J’adore pouvoir relire un roman trois fois et redécouvrir des choses à chaque fois. Les différents degrés dans un texte, je trouve ça primordial et riche. C’est fou parce que je procède ainsi presque inconsciemment.

Clip de "Les maladies de cœur".

Quand tu as commencé à écrire, c’était immédiatement dans le but d’en faire des chansons ?

J’ai commencé en écrivant des nouvelles pour des journaux littéraires d’école. Mais je trouve que la chanson est quelque chose de très expressif et qui se partage comme aucun autre art. J’aime quand mon texte colle à mes musiques.

On peut dire que tu es une chanteuse à texte avant tout.

Je ne suis pas d’accord. « Le dermatologue », par exemple, est une chanson plus musicale que textuelle. Pour moi les lignes mélodiques sont très importantes, j’adore les harmonies. Les arrangements prennent une grande place aussi dans ma façon de travailler.

Tu commences par les textes ?

Non, je fais les deux en même temps. Quand je veux créer une chanson, je commence au piano, peu à peu, je rentre dans un genre de bulle. La musique et les accords qui arrivent, au bout d’un moment, me donnent l’idée d’un texte. Les deux s’influencent peu à peu.

Ce qui revient sur toi quand je lis la presse, ce sont des mots comme « absurde », « folle », « délirante », « passionnée », « surréaliste », « poétique »… tous ces mots te conviennent-ils ?

Ça fait longtemps que j’entends et lis ça sur moi, donc je suis habituée. Je vois un sens à ça. Je l’ai un peu cherché quand même. (Sourire).

"Comme des rames", dans l'émission Belle et Bum, le 11 novembre 2013.

"Les corbeaux", dans l'émission Belle et Bum, le 11 novembre 2013.

Regardes-tu dans les journaux ou sur internet ce que disent les gens de toi ou es-tu klô pelgag,l'alchimie des monstres,interview,mandorcomplètement détachée du regard des autres ?

Non, je regarde. C’est intéressant d’avoir les opinions des gens. Dans mes chansons, le voyage est intense et il y a une grande place à l’interprétation qu’on peut faire des textes, donc, je suis curieuse d’en découvrir des différentes des miennes par d’autres personnes.

Y a-t-il des artistes qui t’ont donné envie de faire ce métier ?

Je n’ai jamais eu d’idée fixe sur ce que j’aurais aimé devenir ou faire, mais quand j’ai lu Boris Vian ou Eugène Ionesco, ça a été de gros coups de cœur pour moi et ça m’a donné envie de passer beaucoup de temps avec les mots. Quand j’ai lu leurs œuvres respectives, je me suis dit que je n’étais pas la seule à être folle (rires). Ça m’a incité à faire ce que j’avais au fond de moi, mais que je n’osais pas sortir. Vian et Ionesco m’ont permis de me situer quelque part.

Avec l’imaginaire que tu avais, tu te sentais seule ?

Oui. Quand j’étais adolescente surtout. D’où je viens, les gens n’aimaient pas tellement la littérature, le théâtre ou l’art en général. Ça m’a beaucoup isolée.

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Aujourd’hui, tu deviens une artiste populaire dans ton pays. Ce paradoxe te rassure-t-il ?

Oui, quand même. Comme j’adore faire ce métier, j’adore faire des spectacles, j’adore le contact avec les gens, j’espère qu’il y aura de plus en plus de monde à mes rendez-vous. La scène, pour moi, c’est un art vivant. Il faut se battre et donner de sa personne sans limites. Plus les gens embarquent dans mon univers, plus j’ai envie de donner. C’est tellement un échange les concerts… Je ne fais jamais deux fois le même. J’aime me renouveler constamment.

Qu’est-ce que te donne le public en échange de ta prestation ?

Les réactions, la spontanéité, la surprise… j’aime parfois créer des malaises, tester un peu les gens, aller voir ce que sont leurs limites, alors si personne ne réagit, ce que je fais ou dis tombe à l’eau. Mais c’est rare (sourire).

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Pendant l'interview...

Est-ce que tu es consciente du rôle de l’artiste dans la vie des gens ?

Ce qui m’a amené à faire ce travail, c’est beaucoup l’inconscience. Quand j’ai commencé, pas mal de personnes me disaient que mes textes étaient compliqués et que les gens ne comprendraient rien. Mais il y a aussi des gens qui me disaient que je prenais le bon chemin et qui m’ont encouragée. C’est important de ne pas trop réfléchir, mais d’être conscient de l’utilité de faire de la musique. Je pense que je peux apporter quelque chose de bien, quelque chose de pertinent. Je vais tout faire pour me dépasser continuellement.

Quand tu étais petite, je sais que tu voulais être travailleuse sociale.

Je voulais faire quelque chose qui aide les gens. Au début, quand j’ai commencé à écrire des chansons, je ne savais pas si j’avais pris la bonne voie parce que je ne voyais pas en quoi ça pouvait aider les gens. Aujourd’hui, je reçois tant de lettres de personnes à qui mes chansons font du bien que je me dis que ce que je fais n’est pas si inutile de ça.

Tu sembles un peu timide dans la vie, alors que sur scène, tu exploses…

Je le suis vraiment. Par contre, en concert, c’est moi puissance cinq. Je suis moins gênée dans une salle remplie que devant une personne. C’est paradoxal, parce que je n’aime pas quand il y a plein de monde en société, car je ne peux pas parler profondément avec les gens. Je suis un peu compliquée dans mon fonctionnement. 

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Après l'interview, le 15 octobre 2014...

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18 janvier 2014

DE CALM: Interview pour Amour Athlétic Club

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Après un premier disque paru en 2010, le duo DE CALM  composé de Mickaël Serrano etimage.jpg Guillaume Carayol continue de distiller avec talent ses chansons françaises baignées de douce mélancolie (avec une pointe d’accent méridional). Je n’ai qu’un souhait : que ce deuxième album, Amour Athlétic Club, à la fois sensible, simple et chaleureux, leur permette de franchir un palier et pourquoi pas, de devenir numéro un de la french pop. Ils le méritent.

Le 29 novembre dernier, Guillaume Carayol (seul) à quitté Saint-Baudille (Tarn) pour me rendre visite à l’agence (mais évidemment, il a rencontré plusieurs journalistes pendant son court séjour parisien.)

Biographie largement inspirée de l’officielle (et raccourcie) :

DE CALM, c’est le duo Mickaël Serrano et Guillaume Carayol. Le premier compose et joue, le second écrit et chante. L’alchimie opère ensuite en studio et sur scène, avec la contribution de musiciens qui se fondent dans le collectif.

155894_462275286282_867884_n.jpgDistingué par Les Inrocks lors d’un concours CQFD, DE CALM sort fin 2010, un premier album intitulé Le Film Définitif réalisé par Pierre Rougean (Statics, Cats on Trees).  « L’envie d’Écouter Miossec » et « L’idylle » connaissent une encourageante diffusion auprès des radios françaises et étrangères.

Relayés par les médias (France Inter, FIP en tête), ils effectuent un « Tour Métrage » où chaque soir, une trame narrative différente accompagne leurs chansons. Cette passerelle entre le cinéma et la musique n’est pas une lubie ou un effet de style. Guillaume, qui est aussi réalisateur, la déploie également à travers les clips qu’il réalise pour DE CALM et pour des artistes aussi divers que Le Prince Miiaou, Bertrand Betsch ou dans l’électro avec Sayem.

Leur second album Amour Athlétic Club rassemble onze chansons. On peut bien sûr y voir un1381966_10151692495296283_629922307_n.jpg clin d’œil aux années footballistiques de Guillaume au sein du Toulouse F.C. lorsque son entraîneur n’était autre qu’Élie Baup, l’actuel coach de l’OM. Mais si le sport affleure ici et là, il n’est qu’un prétexte pour des chansons d’amour. Il y a le premier amour (« Un Jour de Mai »), l’amour oublié (« En 601 »), l’amour cinéphile (« Le Film qui ne se fera jamais ») ou encore le désamour de soi (« Les Plongeoirs »)… Onze variations autour du seul thème qui sollicite en permanence nos aptitudes physiques et mentales.

Le disque a été réalisé avec Marc Denis (Bertrand Betsch) dans des conditions singulières, au milieu des machines et des ouvriers dans un immense atelier. Le batteur Philippe Entressangle et le bassiste Marcello Giuliani, qui forment l’habituelle section rythmique d’Étienne Daho, sont venus apporter de l’ampleur au projet. Un vernis pop qui dissimule un aspect plus sombre qu’il n’y parait. C’est plus charnel, plus direct. Les ambiances sont mélancoliques et pourtant enjouées, avec toujours cette volonté de proposer des chansons ambitieuses, sans s’adresser à une élite.

DSC08578.JPGInterview :

Comment as-tu rencontré Mickäel Serrano ?

Nos copines respectives se connaissaient. Nous étions les pièces rapportées. Lui, il composait. Il écoutait Jean-Jacques Goldman, moi j’étais dans la mouvance Miossec et Biolay.

Dans DE CALM, on reconnait plus ta mouvance que la sienne.

(Rire) J’ai réussi à le tordre, à le convertir.

Et tu as pris le dessus musicalement.

Moi, je n’étais pas ouvert à Goldman, mais lui était plus ouvert à la découverte. Ça doit s’expliquer comme cela. Il avait peut-être plus le sentiment de ne pas avoir écouté grand-chose jusqu’à présent. En tout cas, il n’avait écouté que des musiques qui venaient comme ça, par les médias. À partir du moment où j’ai commencé à lui donner des textes, il a ingurgité ce que je lui proposais rapidement. Mikäel a fait un travail de fou. Il a écouté plein de disques, il m’a demandé de lui envoyer des liens d’artistes et de chansons que j’aimais, bref, il a été très curieux et travailleur. Il a quand même rejeté certaines choses, mais du coup, dans la composition, il est allé vers beaucoup de subtilités. Il m’a réellement impressionné.

Clip de "Les plongeoirs".

Réalisation et montage : Guillaume Carayol
Images : Simon Barthes
Images additionnelles : Mickaël Serrano – Guillaume Carayol

548944_10151363956311283_2100352357_n.jpgToi, à l’origine, tu n’étais pas parti pour chanter.

J’avais juste la volonté d’écrire des textes. Je le soumettais à Mickäel et lui les chantait à la guitare pour se faire une idée. Et puis un jour, j’ai essayé de m’y mettre…

Ça m’intrigue toujours ça. Comment peut-on se dire « je vais devenir chanteur » ?

Je t’avoue que j’avais un peu envie d’y aller, avec le sentiment que je n’avais aucun sens du rythme, je ne savais pas trop ce que c’était que la justesse. Mickäel a été d’une patience extrême. J’ai commencé par du chanté-parlé, c’était donc jouable. On a fait écouter à quelques personnes ce qu’on avait commencé à enregistrer. Ils ont trouvé qu’il y avait un truc intéressant dans ma voix. « C’est faux, c’est à côté, mais c’est intéressant ». À ce moment-là, Mickäel a pris les choses en main pour que l’on bosse sérieusement. On est parti de très loin, je t’assure.

Très vite, vous êtes sélectionnés par Les Inrocks pour le concours CQFD.

On sortait vraiment de nulle part. Nous n’avions  fait aucun concert. On a envoyé un titre, assez inécoutable, pour participer à ce concours. Contre toute attente, on s’est retrouvé sur la compilation. Ça a déclenché des réflexions intimes. Nous aurions donc notre place et une légitimité. Cela nous a permis d’être reçus par pas mal de labels. Ça nous a aussi donné du courage pour monter sur scène. Enfin, nous avons commencé à travailler avec Pierre Rougean (qui a réalisé l’album de Cats on Trees) sur Toulouse. Un mec très subtil avec lequel nous avons appris à travailler un morceau, à construire, à structurer, à avoir une pensée pop élégante.

Vous êtes allés chaque semaine chez lui travailler vos morceaux, presque avec vos trousses et vos cahiers…

Oui, ça peut casser l’esprit rock’n’roll de savoir tout ça, mais Pierre Rougean est ainsi. Un laborieux. Pour nous, c’était super. On a tout appris. Il te donne des phrases, des indications et tu repars avec tes devoirs à la maison.

Entre 2006, date de la sortie de la compilation CQFD et 2010, date de la sortie de votrecqfdcd.jpg premier album, il s’est passé 4 ans. Vous avez pris votre temps pour apparaître.

L’une des raisons, c’est que je suis aussi réalisateur. C’est ma formation initiale. J’ai fait l’ESAV, l’école d’audiovisuel à Toulouse. Et Mickäel est instituteur. Ça nous a permis d’avoir un peu de recul et une certaine patience pour avancer. Il n’y avait aucune urgence financière par exemple. C’était confortable.

Dans le premier album Le film définitif, vous parliez beaucoup de cinéma… dans Amour Athlétic Club, il est plus question de sport et d’amour.

Il est toujours question de cinéma dans notre nouvel album, mais de manière plus dissimulée. Je ne voulais pas refaire un autre disque concept sur le cinéma, j’avais peur que nous soyons catalogués.

J’aime bien vos chansons, il y a des couches et des sous-couches qui leur donnent plusieurs sens.

J’adore l’idée que les auditeurs de nos chansons puissent interpréter différemment nos chansons. Pour moi, une chanson doit avoir une part de mystère. Si elle n’a pas une part de mystère, même infime, pour moi, elle est ratée. En même temps, la difficulté, c’est qu’il faut qu’elle soit accessible.

Clip de "Un jour de mai".

Réalisation : Guillaume Carayol
Images : Mickaël Serrano – Guillaume Carayol

Tu ne racontes pas beaucoup ta vie.

Parfois, on peut retrouver des histoires un peu personnelles, mais je suis plus dans l’observation de ce qu’il se passe à côté. Je ne suis pas persuadé qu’un chanteur ait beaucoup de choses à dire sur sa propre existence. C’est facile de mettre à la première personne des histoires qui arrivent aux autres. Cet artifice d’auteur amène de la puissance aux chansons.

Es-tu très méticuleux dans l’écriture d’un texte ?

Le secret, c’est d’avoir une bonne corbeille et de ne pas hésiter à y jeter beaucoup de choses. J’ai une propension à ne pas être satisfait de mes écrits. Il faut pourtant conserver la fraîcheur d’écriture de ce qui arrive spontanément, mais ce n’est pas facile pour moi.

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Mickäel a-t-il son mot à dire sur les textes ?

Son mot, il le dit plus sur les structures, et c’est très confortable pour moi. Quand j’écris un texte, je ne sais pas forcément qu’elles seront les parties qui feront office de couplet ou de refrain… et lui le sait rapidement. Ça me permet de terminer plus facilement une chanson.

Et toi, donnes-tu ton avis sur les arrangements et sur la composition ?

Ça m’arrive. On communique et on échange beaucoup, c’est normal. On se dit les choses avec délicatesse, en tout cas.

Vous avez enregistré ce deuxième album dans un grand hangar avec des machines et des ouvriers. Quelle curieuse idée ?

Oui, on a enregistré dans un immense atelier dans lequel j’avais tourné un clip. On a trouvé l’acoustique originale, alors, même en sachant que ça allait être casse bonbon, on a décidé de tenter le truc. On a eu de la chance parce que le projet a plu au batteur Philippe Entressangle et au bassiste Marcello Giuliani, qui sont habitués aux plus grands studios parisiens. Ils étaient extrêmement motivés de se retrouver en difficulté dans un lieu inhabituel. Bon, on avait une super table de mixage. Nous n’avions pas lésiné sur le matos. Ils se sont éclatés.

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201301221587.jpgLes critiques de ce deuxième album sont dithyrambiques. On dit de vous que vous êtes le renouveau de la pop française. Mazette !

Ça fait plaisir. Après, on a travaillé comme des chiens pour en arriver là. (Rires) Avec Mickäel, on a vraiment envie de construire une carrière sur la durée. Nous ne sommes pas à la recherche du succès fulgurant. Pour nous, l’idéal, ce serait de parvenir à s’ancrer quelque part dans la chanson française. Notre but serait de pouvoir continuer à enregistrer d’autres albums, à notre rythme, en artisan, en conservant un niveau d’exigence élevé.

Le fond, vous l’avez… mais aussi la forme. L’image est importante pour vous.

Je trouve qu’il faut aussi prendre le temps sur les visuels, les pochettes des disques, les clips. Je ne comprends pas les artistes qui se moquent de tout ça. Dans mes créations, de par ma formation audiovisuelle, ça m’a toujours intéressé de mettre une cohérence, des explications et du sens dans tout mon travail artistique.

Même quand tu réalises des clips pour d’autres artistes ?

Oui, j’essaie de glisser des petites passerelles avec l’œuvre de DE CALM, même très discrètes.

Le nouveau clip de Bertrand Betsch "Je voudrais que tu me dises" réalisé par Guillaume Carayol.

Tu diras à Mickäel que je le félicite pour les mélodies très efficaces qu’il compose.

C’est son côté Goldman. Très efficace et en même temps, subtil. Mickaël a une culture populaire et commerciale qu’il ne renie pas. Il sait donc trouver des airs que l’on retient sans difficulté.

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Avec Guillaume Carayol, le 29 novembre 2013, après l'interview.

17 janvier 2014

Orly Chap' : interview pour Valley of Joy

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img627.jpgQuel plaisir de revoir Orly Chap’ ! J’ai connu cette artiste exceptionnelle en 2005, à l’occasion de son premier album (voir photo à gauche) qui m'avait fasciné. Une voix rugueuse et touchante, une écriture abrupte et incisive, des mélodies entêtantes follement pop… Orly Chap' est une poétesse française à l’énergie rock et à l’âme bien trempée et pantelante. Elle a retrouvé aujourd’hui les chemins de l'indépendance et s’est attelée à la réalisation d'un 3e album rock folk pop indie absolument formidable, Valley of Joy. Un vrai coup de cœur !

Le 4 décembre dernier, l’artiste est venue à l’agence pour faire le point sur ses quelques années de carrière.

Biographie :

Auteur, compositeur, interprète, Orly Chap’ a été découverte par Polydor/Universal, et après 2 albums Bouille de Lune (2005) et Ma Lueur Clown (2008), elle revient en 2013 avec un troisième album autoproduit, Valley of Joy. Ce nouveau projet frais et poétique exprimé en Français et en Anglais, parle d’espoir, de rencontre amoureuse, d’enterrement de vie de jeune fille sur une île, de désir d’enfant et du rire.

Des chaudes effluves, un rock un peu stoner, un peu folk voire même country et surtout une 1507-1.jpgvoix rauque qui égratigne et égrène des paroles poétiques, fantaisistes, truffées de jeux de mots et imparfaites. Une voix vraiment atypique, capable d'effets comiques difficilement inimitables, faisant irrémédiablement penser à Janis Joplin par son timbre, mais aussi par l'impression de mise à nu qui se dégage de chaque chanson…

Par ce retour à l'essentiel, Orly Chap’ nous invite à la joie : un album gai, léger qui incite les corps à exulter.

Prix & Collaborations :
Printemps de Bourges, Concours du Festival International de Granby, Chorus des Hauts de Seine. Duo avec Arno « S’il y a de la place » (Ma Lueur clown 2008). Auteur de « Je me souviens de tout » pour Juliette Grégo (Je me souviens de tout 2009).

DSC08592.JPGInterview :

Tes deux premiers albums étaient sortis chez Polydor, un gros label avec une structure conséquente. Que retiens-tu de cette expérience ?

J’ai appris beaucoup de choses. Notamment sur la réalisation et les arrangements d’un disque. Ca m’a beaucoup servi pour celui-ci, Valley of joy. Ce disque a été fait en home studio à la maison, mais j’avais de sérieuses notions de réalisation. J’ai pu parfois aiguiller le réalisateur, André Baille Barrelle.

En étant sous la houlette d’Universal Music France, tu as été entourée de professionnels compétents.

Quand on est dans ce genre de structure, je dois avouer qu’on nous offre de belles opportunités. J’ai continué mon chemin parce que ça me plait et que je suis artiste, mais je ne peux nier le fait que j’ai beaucoup  appris en major. Ça m’a beaucoup servi.

Maintenant que tu es devenue une artiste autoproduite, c’est un peu plus compliqué, je présume.

Dans une major, les tâches sont souvent réparties et chacun à son rôle à jouer. Le chef de projet n’est pas l’attachée de presse et vice versa. Moi, je découvre le monde indépendant. J’ai donc monté une association qui est le label Peaceful. Il faut tout faire soi-même, ce n’est pas évident. Ça représente une sacrée somme de travail. On a quand même trouvé un distributeur et un tourneur de scène.

Tu es encore en contact avec les gens de chez Polydor ?

Oui. J’ai beaucoup de respect pour eux. Même si j’ai été remerciée, je ne peux pas nier qu’il y a des amitiés qui se sont créées. 

Clip de "Less of a loser".

992854_532008050169103_1617845692_n.jpgQuand on est maître de la situation de A à Z sur un disque, j’imagine qu’on a moins de pression.

C’est vrai que toute la création s’est faite à la maison, sans des tas de gens qui donnent des avis sur tout. Il y a une entière liberté, mais c’est soudainement à toi de motiver tes troupes quand tu es en indépendant. Ce n’est pas toujours facile. Il faut intéresser les gens pour porter le projet et ce n’est pas un truc naturel chez moi.

Devoir tout faire soi-même, nuit-il à la création ?

C’est une question d’organisation. On s’y fait, c’est juste différent.

Dans ce disque, on reconnait ta patte habituelle. Un mélange de chansons, de blues et de rock.

Ça reste dans la continuité des deux précédents albums. Pour moi, Valley of joy est un projet pop qui englobe différentes influences. Et puis, j’ai privilégié l’écriture en français, mais de par mes influences d’écoute anglo-saxonne, j’ai décidé d’écrire aussi en anglais.

Il y a même des chansons où tu chantes dans les deux langues.

Pour cela, j’ai été aidée par une artiste qui est issue de la scène bostonienne, qui est d’origine suisse et qui s’appelle Mary Zoo. Elle a adapté certains textes. Nous nous sommes rencontrées lors d’une résidence d’artistes au Québec et nous avons sympathisé. Elle a joué sur le disque et fait quelques chœurs.

Es-tu solitaire dans la création ?

Ça dépend. Je vous ai évoqué la résidence au Québec. Nous étions amenés, artistes européens et canadiens, à composer et à écrire ensemble. Pour le quatrième album, je ne dis pas que ne je ne composerai pas avec d’autres musiciens. Ça ouvre des portes différentes des siennes et c’est passionnant.

Je te sens grave et sombre dans les textes, mais finalement, il y a de la légèreté et de l’humour, quand on écoute bien. Même sur scène.

C’est une volonté d’aller de l’avant, d’être positive, malgré le fait que nous traversions tous des choses difficiles. Plus les années passent, plus j’ai envie de rire de tout ça. On est tous habités par la profondeur d’âme, mais plus on grandit, plus on prend du recul par rapport aux évènements.

On devient sage ?

Je ne sais pas si c’est le mot. J’avais envie que les gens retiennent de cet album l’aspect léger et positif. On peut être sérieux et positif. C’est important de savoir rire et prendre les choses du bon côté.

Valley of Joy - création scénique.

Les premiers retours sur ce troisième album sont excellents. Ça te rassure ?1000176_532563753446866_820236621_n.jpg

Oui, franchement,  les retours sont bons. C’est encourageant.

Quand je pense à toi, je pense rock,  pas forcément chanson.

C’est la voix. Elle a un côté rock’n’roll, je ne dirais pas « sale », parce que la production est soignée, mais il y a un côté un peu « destroy ». J’ai l’impression d’avoir la mission d’être rock’n’roll, tout en étant pop et accessible. Avant, de par mon jeune âge, j’avais l’impression d’être trop torturée en écriture et j’avais envie de prendre du recul par rapport à tout cela et de véhiculer du bonheur.

Tu vas mieux qu’avant ?

Je commence à acquérir une expérience de vie qui ressemble au bonheur. Je vais mieux qu’avant, mais ça ne veut pas dire que je n’ai plus rien à dire. Ça ne veut pas dire que la vie est toute lisse tous les jours, mais j’avais envie d’exprimer autre chose. C’est thérapeutique.

Faut-il être pudique ou impudique quand on chante ?

Monter sur scène, c’est une démarche assez étrange finalement. Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir exprimer des choses artistiquement. Les artistes ont besoin de grandir et de continuer à murir. J’ai toujours l’impression d’être quelqu’un de pudique, mais parfois, quand je dis ça à des proches ou des gens que je rencontre, ils me disent que je rigole.  Pour eux, monter sur scène, il n’y a rien de plus impudique. Alors, qu’en vrai, je suis timide.

Le paradoxe des artistes…

On a tous droit à une sensibilité. Je revendique le droit à être singulière. On fait appel à d’autres formes d’énergie pour créer, pour composer, pour écrire, mais je ne fais pas partie des artistes qui souhaitent perdre pied avec la réalité. Dans le monde social et économique, j’ai envie de garder les pieds sur Terre. Il faut que je me rappelle à la vie, au concret. C’est important de s’inscrire dans la vie, de respecter les autres, faire attention à ceux qui nous entourent.

C’est facile d’être artiste en 2014 ?

Non, ce n’est pas évident. Il y a des hauts et des bas. On ne gagne pas toujours sa vie avec ça. On a besoin de se nourrir intellectuellement en permanence, de lire, de voir des expositions, d’être avec ses amis, sa famille. Je ne crois pas trop au cliché de l’artiste super solitaire, complètement isolé socialement.

orly-chap.jpgÇa t'arrive d’avoir la tentation de baisser les bras ?

Oui. Ça m‘arrive tous les jours encore. Je me demande sans cesse si j’ai pris la bonne décision. Quand j’ai la possibilité d’exercer mon métier, ça va, mais dès qu’il y a un moment de flottement dans ma carrière, je me demande combien de temps, je serai encore là. Moi, je rêve de faire ça toute ma vie, mais c’est extrêmement difficile.

Tu crées tous les jours ?

Ça dépend des périodes. Quand on a engrangé pas mal de rencontres et d’expériences, on a besoin de les exprimer.

Comment vis-tu la période de promotion d’un album ?

C’est super agréable. Parler de ce pour quoi j’ai travaillé pendant plusieurs années, il y a pire comme situation. Pour cet album, il y a eu deux ans de création et cinquante titres composés et écrits… après j’en ai sélectionnés certains.

J’avais l’image de toi de quelqu’un de torturé, je ne me l’explique pas. Cette image que l’on projette, on ne la contrôle pas bien en fait.orly-chap1.jpg

Les gens pensent ce qu’ils veulent. Il n’y a pas de soucis.

Dans ton œuvre, y a-t-il des thèmes récurrents ?

Oui, je fais beaucoup d’éloges à l’amour… mais on me fait remarquer surtout mon côté borderline, toujours sur le fil.

Entre la folie et la raison ?

Oui, un peu. Le côté disjoncté que j’assume au fur et à mesure que le temps passe.

Tu as débuté ta carrière en 2001… nous sommes en 2014. As-tu l’impression d’avoir progressé ?

J’ai l’impression d’avoir acquis de la maturité, mais je ne trouve pas ça spécifique.  J’ai évidemment acquis une expérience technique, une aisance scénique, peut-être un jeu de guitare amélioré… dans la création, à chaque fois, c’est nouveau. Ce sont des rencontres et des interconnexions de plein de choses.

La flamme est toujours là?

Oui, je crois. Quand je ne l’aurai plus, j’arrêterai. Pour l’instant, elle est là.

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Le 4 décembre 2013, après l'interview...

08 janvier 2014

Pierre Lapointe : interview pour PUNKT

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(Photo: David J.Romero)

Je ne vais pas passer par quatre chemins, Pierre Lapointe est un de mes artistes préférés… Il a même été un des premiers mandorisés en 2006 pour son album La foret des mal-aimés (que j’estime être le meilleur album francophone de cette année-là). Ses albums suivants ne m’ont pas tous emballés. Parfois, j’ai été déconcerté, parfois charmé, mais toujours impressionné quand même. Pierre Lapointe est unique, et ce n’est pas son nouvel album PUNKT (fruit d’une collaboration passionnée entre Francis Beaulieu, Philippe Brault, Guido Del Fabbro, Michel Séguin et Pierre Lapointe) qui va me contredire. Insondable, fascinant, ludique et franchement épatant.

Je suis allé à la rencontre de Pierre Lapointe lors de son dernier passage parisien (le 20 novembre dernier), dans les bureaux de son attachée de presse française, Brigitte Batcave (merci à elle!)

pierre lapointe,punkt,interview,mandorBiographie officielle :

La carrière de Pierre Lapointe a vraiment pris son envol en septembre 2001 lorsqu'il a remporté le grand prix du Festival international de la chanson de Granby. Presque quatre ans plus tard (mai 2004), il lançait son premier CD éponyme. Depuis, il en a produit plus d'une dizaine, dont certains ont été distribués en France et en Belgique. Au Québec, les ventes de CD totalisent près de 500 000 exemplaires en 10 ans de carrière.

Il a présenté ses spectacles dans le cadre de plusieurs festivals et événements, au Québec, en France et en Belgique, notamment les FrancoFolies de La Rochelle, de Montréal et de Spa. Il a aussi créé plusieurs spectacles inédits : Pépiphonique, La Forêt des mal-aimés avec l'Orchestre métropolitain de Montréal, qui fut présenté devant plus de 100 000 personnes sur la grande scène des FrancoFolies de Montréal ; Mutantès présenté à Montréal et Québec.

Amateur d'art contemporain, il a travaillé avec David Altmejd pour présenter le Conte crépusculaire. Il a aussi collaboré à l'exposition Big Bang du Musée des beaux-arts de Montréal, avec l'architecte Jean Verville.

Pierre Lapointe a reçu des récompenses de toutes sources : Lauréat du Festival international de la chanson de Granby en 2001 ; gagnant de plus de 13 Félix, le Prix Félix-Leclerc, le Prix Rapsat-Lelièvre, le Prix Charles-Cros, le Prix Raoul-Breton-Sacem. pierre lapointe,punkt,interview,mandor

Aujourd’hui, en France, il sort PUNKT. Avec ce disque sans compromis, Pierre Lapointe affirme son goût prononcé pour la provocation douce, les mélanges éclectiques et les mélodies accrocheuses. On ne peut passer sous silence la dextérité dont il fait preuve en jouant ainsi avec les mots et les musiques. Tantôt troublant, tantôt amusant, PUNKT est un album d'une grande finesse, composé de chansons « pop », oui, mais de chansons « pop » tordues, rigoureuses et résolument personnelles. Avec l'aide de ses amis Philippe Brault et Guido Del Fabbro, à la réalisation et aux arrangements, Pierre Lapointe en arrive à nous suggérer une expérience chansonnière totalement nouvelle et extrêmement accessible.

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(Photo : François Pesant-Le Devoir)

pierre lapointe,punkt,interview,mandorInterview :

Si je dis que PUNKT est un disque conceptuel, je ne sais pas si ça va vous plaire.

Pourquoi pas ? Je suis auteur-compositeur interprète avant tout, mais je suis aussi directeur artistique. J’aime beaucoup créer des équipes. À chaque projet ou album, j’utilise tout ce que je peux comme prétexte pour créer des univers, si possible singuliers, si possible inspirés de mille trucs qui normalement ne devraient pas êtres mariés ensemble. Mon but et d’essayer de trouver un équilibre entre ces mariages incongrus pour arriver à des objets qui, je l’espère, sont inimitables et qui, je l’espère aussi, amène l’auditeur complètement ailleurs.

En faisant ce disque, j’ai l’impression que vous avez songé à ce qui pouvait faire le lien entre la culture pop et des chansons  dites « classiques ».

Il y a une façon d’aborder les thèmes et le vocabulaire très contemporaine. Je n’aurais pas pu utiliser ces mots-là il y a 15, 20 ans. Je fais de la chanson classique, pas forcément sur de la musique actuelle ou expérimentale. Je vous le répète, dans mon travail ce qui est relativement nouveau et unique, c’est de créer des mariages incongrus et de passer d’un univers à l’autre avec une grande liberté. Je pense que le médium de la chanson est un médium qui tourne en rond depuis longtemps.

Clip de "Plus vite que ton corps" (Réalisation: Alexandre Grégoire).

Vous essayez de mettre un coup de pied dans la fourmilière donc ?

Le but, effectivement, c’est de foutre un peu la merde là-dedans. J’utilise un vocabulaire à la limite du bon et du mauvais goût… à la limite du politiquement correct ou du politiquement incorrect.

Moi qui suis sensible aux textes, je trouve ce disque beaucoup plus provocant que les précédents, plus crûs, avec des thèmes comme l’homosexualité et/ou l’amour charnel.  Le terme « enculé », on ne l’emploie pas beaucoup dans les chansons par exemple…

Surtout dans un contexte où c’est une chanson poétisante, avec des arrangements qui font écho à la musique des années 50. Ce mélange-là est très étrange, je vous l’accorde. Je parle aussi d’infanticide. Là, c’est un clin d’œil à la chanson réaliste d’après-guerre et aussi un clin d’œil à un des sujets les plus pop de l’histoire de l’humanité, c'est-à-dire la mort.

Ce disque-là est-il finalement une réflexion sur la culture pop ?

Oui. Mon écriture a évolué et devient de plus en plus réaliste. Il y a beaucoup de choses qui sont autobiographiques et beaucoup de choses qui ne le sont pas. J’essaie d’écrire un certain sentiment universel. Pour y arriver avec l’impact que je voulais avoir, sans vouloir tomber dans la provoc’, il fallait que j’y aille avec un langage plus crû et plus direct. J’ai fait de la poésie très vaporeuse pendant des années et j’en ai fait le tour. Je suis en pleine transition…

Vous n’aviez jamais traité de ces sujets-là ?

Si. Depuis toujours je traite du sexe, de l’amour, du rejet et de la mort. Ce sont des thèmes qui obsèdent  tout le monde. Je pense que le besoin d’être aimé, le fait de consommer, de fonder une famille, découle de la conscience refoulée face à l’idée qu’on a que nous sommes éphémères. On a besoin de "saouler" (NDLR: expression québecoise, je suppose) notre passage ici en occupant le temps. L’amour est la plus belle de façon de se saouler jusqu’à ce que la mort vienne nous chercher. Quand on est créateur, l’important est de laisser une trace. On veut laisser une trace pour essayer de se convaincre qu’on va vivre encore après notre mort.  

Clip de "La sexualité" avec Random Recipe. (Réalisation: Jérémie Saindon)

La question inutile et idiote. Pour vous, qu’est-ce qui est le plus fort, l’amour ou la musique ?

Depuis que je fais ce métier, j’ai utilisé l’enrobage qui vient avec le métier de chanteur, c'est-à-dire la scène et la pression sociale que j’ai au Québec du fait de ma notoriété, pour trouver un équilibre. À un moment, cette volonté-là s’est étendue jusqu’à créer une confusion entre mon travail, ma vie quotidienne, mes amitiés et mon environnement. Mon habitacle est vraiment une espèce d’œuvre d’art très complexe que la majorité des gens aborderaient avec beaucoup de malaises (rire). Il y a chez moi une certaine forme de confusion entre la création musicale, l’amour, les relations amicales, le tout dans une espèce de sérénité presque spirituelle (rire)… et tout ça finit par être amené sur le même plan d’importance. Il sort de moi ce que j’ingère.

Ce qui est certain, c’est qu’on sent chez vous un monde intérieur incroyable. Vous êtes vous créé votre monde parfait ?

Non. La perfection ne m’intéresse pas. Je trouve ça même emmerdant. Je me suis créé un monde où tout pouvait être stimulant. Même ce qui peut être chiant à première vue peut créativement ou humainement devenir intéressant. Je communique aux autres, presque dans une forme d’impudeur, ce que je peux observer pour réussir à toucher l’universel.

C’est bien parce que, si vous êtes malheureux, si vous avez un chagrin d’amour prononcé, vous savez que cela peut se transformer en art. Ça amoindrit la douleur ?

À plusieurs reprises dans ma vie, j’ai eu des moments très difficiles physiquement et émotivement. J’ai la chance d’être bien entouré et c’est ce qui m’a sauvé. Même quand je vis ces moments-là, je suis le premier à rire de cette tristesse, parce que je sais très bien qu’elle va disparaitre et que je pourrai m’en servir. Je suis capable de mettre des mots sur mes maux.

"Nu devant moi" (à Belle et Bum le 12 octobre 2013)

Vos chansons ne parlent pas que de vous…

Mais il y a toujours une part autobiographique parce qu’un artiste se base toujours sur son ressenti. Quand j’écoute les autres et que je transforme leur propos en chanson, j’amplifie. Chanter, je le dis depuis toujours, c’est du théâtre.

Quand vous êtes sur scène, après les concerts, vous demandez au public de rester s’il veut discuter.

C’est vrai et je ne signe pas d’autographes. J’aime juste parler avec eux.

Vous ne signez pas d’autographes ?

C’est très rare. Je trouve ce geste insipide. Je ne comprends pas que l’on me demande d’écrire mon nom sur un bout de papier ou une photo, je préfère discuter. On prend 20 minutes, le rideau est fermé, je m’assois sur scène et les gens me posent toutes les questions qu’ils souhaitent. Là, il y a un lien réel.

La scène est pour vous un espace de jeu.

Je ne suis pas journaliste, je ne raconte pas des évènements. J’écris des histoires dans lesquelles je parle de ce que je vis en amplifiant les choses pour en faire de l’art.

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Punkt est-il le disque le plus équilibré de votre œuvre ?

Oui, vous avez raison, même s’il va dans les extrêmes. J’ai trouvé un équilibre entre quelque chose de très touchant, très vrai, mais très théâtral en même temps. Sur scène, on dirait que j’ai trouvé un équilibre entre le côté très cabotin, très acoustique, très rock, très placé et en même temps spontané. Ça fait plus de 12 ans que je fais ce métier et je pense trouver un équilibre efficace.

Faut-il prendre du plaisir pour en donner aux autres ?

Je pense que oui. Je me suis créé un terrain de jeu partout dans ma vie, où je peux me laisser aller tout le temps. Je m’entoure toujours de créateurs qui sont dans le même genre de recherche, même si elles sont esthétiquement différentes que la mienne. Quand je travaille avec des architectes sur ma musique, on a vraiment des liens forts. Je veux arriver à un « produit » qui touche les gens. Je ne suis pas très ésotérique, mais c’est une sorte d’énergie. Je pense vraiment qu’on communique par la parole et par ce que les gens voient dans notre langage corporel. Il y a 90% de la communication qu’on fait qui est totalement en dehors de ces considérations.

J’ai la conviction depuis toujours que les artistes sont des gens à part. La transmission évidente, l’inspiration, le charisme, le petit supplément d’âme… ça vient bien de quelque part.

Je ne peux pas vous répondre précisément, en tout cas, il y a une capacité et un besoin extrême à communiquer, ça nous amène à faire des choses que les autres n’ont pas besoin de faire. Il y a comme un muscle qui s’installe et qui se met à prendre la puissance. Moi, j’ai toujours dit que je suis né musicien et créateur. Enfant, j’avais le besoin de sortir des trucs.

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(Portrait : Joe Becker)

Vous sentez-vous différents des autres ?

Tout le monde se sent différent. Tout le monde vit la même chose, mais tout le monde à l’impression que c’est différent pour lui. Tout le monde est à part.

Mais quand on est connu, il est légitime de se sentir un peu plus à part que les autres, non ?

On est dans une société où les visages connus peuvent exhiber leur particularité à tout le monde. C’est drôle parce que c’est mon métier, mais j’ai eu la chance de démystifier tout ça à l’âge de 24 ans, j’en ai 32 aujourd’hui. J’ai compris que c’était complètement futile de croire ça. La réalité d’un fonctionnaire est probablement aussi compromettante et difficile que celle d’une personne connue.

Vous êtes un peu à contre-courant en parlant comme ça.

Je m’estime être un artisan. Tous les artistes le sont, je crois. Mais tout autour de nous, quand on a du succès, nous incite à nous mettre dans une position où on a vraiment l’impression d’être à part, voire exceptionnel.

Mais, vous, vous abusez de cela. Je vous ai interviewé plusieurs fois et vous n’hésitez pas à dire que vous voulez révolutionner la musique. Sur le dos de la pochette du disque PUNKT,  vous expliquez que c’est un album magistral…

(Rire) C’est le principe de la pub. Si on nous présente tous les jours un savon en disant que c’est le meilleur, partout à la télé ou à la radio, on finit par s’attacher à ce savon. On arrive à l’hystérie si on ne le trouve pas à l’hypermarché. Ça me fascine de voir à quel point ces principes sont hyper faciles et hyper cons. La meilleure chanson qui décrit cela, c’est celle d’Alain Souchon, « Foule sentimentale ». L’être humain n’a pas changé depuis des milliards d’années. On est tous attirés par les mêmes choses, celles qu’on nous martèle. Ces principes-là, je sais qu’ils marchent, donc je joue avec, comme tout le monde. Je ne cache aucunement mon jeu.

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Cela vous apporte quoi de travailler avec un autre créateur?

Quand je dis que je fais de la chanson, je me sens comme un poseur de feuilles d’arbre à côté de quelqu’un qui travaille avec une imprimante 3D. Je m’allie avec des architectes, avec des artistes en art visuel qui eux poussent les limites plus loin et sont dans la constante réflexion. Mon but est d’arriver avec une image forte qui va imprégner les esprits. On en a marre des images aseptisées, on veut des images fortes.

Vous vous êtes inspirés de Cendrars pour un morceau…

Tout est post-moderne en ce moment. Aujourd’hui, on fait du patchwork, on fait des associations de vieux avec du récent. En art contemporain, ça fait longtemps que c’est arrivé, mais pas en chanson. Dans mon travail en tout cas, j’utilise beaucoup ce procédé. Dans « Les enfants du diable », c’est un clin d’œil à Jean Cocteau et à Jean Genet. Je chante un érotisme d’une autre époque qui n’existe plus aujourd’hui. Pour moi, cette chanson-là, c’est du Pierre et Gilles. Je fais de la recherche artistique qui est appuyée par des arrangements, des mélodies et des mots.

Cette œuvre, qui se situe entre le film d'art et le vidéo-clip, a vu le jour dans une installation immersive de Dominique Pétrin au centre d'artistes AXENÉO7. On y voit et entend Pierre Lapointe chanter une version épurée de sa chanson NOS JOIES RÉPÉTITIVES dans un contexte visuel saisissant.
Cette vidéo est une réalisation de Philippe Craig et Pierre Lapointe sous la direction artistique de Dominique Pétrin et Pierre Lapointe. Ce projet est présenté grâce à la collaboration d'Audiogram, du Musée d'art contemporain de Montréal, des Francofolies de Montréal, des Productions 3PM et d'AXENÉO7.

J’adore « Nos joies répétitives » qui est une chanson classique en piano-voix.

C’est une de mes fiertés en tant qu’auteur. J’ai atteint une dextérité d’auteur de chansons qui me permet de me sentir bien.

C’est rare qu’un artiste dise cela franchement.

Il y a dans ce métier une certaine forme d’hypocrisie, de fausse modestie. Je ne suis pas comme ça, la vie est trop courte. Je sais que j’ai fait aussi des chansons légères, un peu nunuches comme « L’étrange route des amoureux », je les assume tout autant parce qu’elles ne sont pas mauvaises.  « La sexualité » aussi est une chanson qui est complètement conne, mais elle a donné naissance à un clip qui est superbe. Je trouve ça inutile de jouer les faux culs.

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Pendant l'interview...

Considérez-vous que PUNKT est votre meilleur album ?

Ce disque-là est extrêmement lié à tous les autres et tous les autres sont inter reliés. D’ailleurs, je ne comprends pas le métier de critique. Pour moi, on a le droit de juger une œuvre qu’après la mort de l’artiste. Si on réécoute ce disque-là dans 30 ans et qu’on le remet dans son contexte, on va avoir un vrai regard objectif sur la réelle portée que ce disque avait par rapport au courant de l’époque. Quel impact il a eu 10 après ? Est-ce qu’il prend de l’importance ou pas ? L’exemple le plus connu, c’est Melody Nelson de Gainsbourg. Gainsbourg, on a le droit de le juger aujourd’hui parce que cela fait 20 ans qu’il est mort.

On ne peut juger qu’en comparant un disque à l’ensemble de l’œuvre, c’est ça ?

C’est ça. Le spectacle que j’ai fait, Mutantes, a fait naître l’album Sentiments humains. J’ai écrit cet album en 10 jours dans un sentiment très fort d’urgence. Si on ne sait pas qu’il y a eu un spectacle avant, on ne peut pas comprendre ce disque avec exactitude. Et puis, j’ai travaillé avec des artistes d’art contemporain qui sont connus dans ce milieu, mais qui dans 30 ans seront extrêmement connus par tout le monde. Quand dans quelques années on se demandera avec qui j’ai travaillé pour tel spectacle, tel disque, tel évènement, là on pourra juger si mon travail a de la valeur ou pas.

Après 12 années de chansons en tant que professionnel, vous sentez-vous compris ?

Je ne comprends pas tout de mon œuvre moi-même, alors je ne vais pas demander aux gens de tout comprendre de ce que je fais. Je ne m’attends pas à ce qu’on fasse une thèse de mon travail, non plus. Cela dit, j’ai l’impression d’être compris. Mes disques se vendent bien et beaucoup de personnes viennent voir mes shows.

Il paraît que vous ne vous droguez pas ! Je suis surpris.

(Rire) Je n’ai jamais pris de drogue de ma vie, je ne bois presque pas, je n’ai jamais fumé et je mange super bien. Je suis tout le temps là et réceptif à tout. Quand je rencontre un artiste qui est dans la souffrance, je lui dis qu’autour de moi, il n’y a que des créateurs, que tout le monde est sympathique et fait de grandes choses.

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Le 20 novembre 2013, après l'interview...

19 décembre 2013

Jonathan Dassin : interview pour son premier album

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(Photo : Pascal Bignolais).

C’est ma deuxième mandorisation de Jonathan Dassin en un an, c’est dire si cet artiste m’intéresse. Dans la première, j’ai surtout fait sa connaissance. Il n’y avait pas encore d’album. Juste un single et deux, trois titres qui trainaient sur le Net. Cette fois-ci, son premier album est sorti. Évidemment, ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, vocalement, on pense immédiatement à son père Joe Dassin. La comparaison s’arrête là. Musicalement, Jonathan a choisi de ne pas suivre les traces du père. Et c’est tant mieux.

Le 6 novembre dernier, Jonathan Dassin est revenu me voir à l’agence. Nous avons évoqué ses nouvelles chansons et abordé des sujets un peu plus sensibles sans langue de bois.

Et ça… j’aime !

564417_214925328631426_2008126868_n.jpgBiographie officielle (par Laurent Petitguillaume):

JD…Comme Jonathan Dassin

La question ne s'est jamais posée, dès son plus jeune âge, Jonathan savait que la musique accompagnerait sa vie. Comme son frère Julien, tous deux ont hérité d'un nom qui résonne toujours dans le cœur du public : petit-fils d'un réalisateur de cinéma de génie Jules Dassin, fils de l'inoubliable Joe Dassin, leur enfance a pourtant été plus rythmée par les voyages que par une éducation musicale. Les Antilles et la Grèce, où leur mère les emmène régulièrement, offriront sans doute très tôt, à Jonathan le goût pour les musiques empreintes de chaleur.

À 13 ans, il monte son premier groupe « Limelight ». Jonathan chante en anglais des textes qu'il écrit avec sa tante Richelle.

À 16 ans, il quitte, avant d'avoir son bac, le lycée où il était en Belgique. Il part à Belgrade et découvre les influences slaves et se passionne pour la trompette.

S'en suit une année à Tahiti, une période fondatrice de sa vie, dit-il. Les rencontres et les 179695_188259561298003_467315470_n.jpgénergies locales lui inspirent beaucoup de mélodies et de textes dont « Pays lointain ».

À son retour, grâce à la trompette, il intègre le groupe « Nassara ». Pendant près de 5 années, à leurs côtés, il se familiarise avec le soukouss, le zouk, le reggae, la musique africaine et antillaise.

Puis, Jonathan change de décors et d'entourage. Il se remet à chanter seul à Autouillet, auprès de ses tantes Ricky et Julie. Il écrit et compose au piano : « Pays lointains », « Pourquoi faire semblant ».

La suite est faite de périodes fastes, mais aussi de moments de doute, d'« Idées noires » et de « Désert » une chanson née d'un voyage initiatique au Maroc.

Les collaborations se succèdent et le répertoire s'étoffe, Sylvain Inglebert « Ma gueule », Fabrice Colombani « Un autre matin », Michel-Ange Pecci « Quand je serai grand », Ludovic Gaudez et Jeff Lebrun « Ma voisine », Franck Compper « Sans raison » …

La route fut longue, mais ce n'est que le début pour JD… comme Jonathan Dassin.

DSC08521.JPGInterview :

La dernière fois que je t’ai vu, tu étais chez Wagram et ton album n’était pas encore sorti… tu ne l’es plus et l’album vient de sortir. C’est compliqué.

Je peux te dire qu’il a fallu le mériter cet album. La dernière fois que je suis venu te voir, j’étais avec des gens de chez Wagram. Depuis, nous nous sommes séparés parce que l’on s’est rendu compte que nous n’étions pas exactement sur la même longueur d’onde. Nous nous sommes quittés en très bons termes. Cela dit, après, il a fallu que je me remette au boulot.

Mais, le travail était déjà bien commencé.

Oui, les chansons étaient là. Après l’interview, je t’avais même fait écouter des chansons qui sont aujourd’hui sur cet album. On était vraiment sur la fin de cet enregistrement, mais il n’était pas tout à fait terminé. Il nous a fallu savoir dans quel cadre on pouvait continuer l’aventure.

Tu as finalement terminé cet album en indépendant et tu as trouvé un distributeur. Au fond, est-ce que ce n’est pas mieux ?

(Rires) Il y a des avantages à être indépendant. Je l’ai fait de mes mains, sans cadre, ni limite. Mais il y a aussi des avantages à être dans une major. Notamment, la force de frappe publicitaire inégalable qu’elle peut t’apporter. Dans les deux cas de figure, il y a des avantages et des inconvénients. Honnêtement, je n’ai pas vraiment choisi d’être indépendant, mais aujourd’hui, j’en suis fier. Je n’ai pas baissé les bras.

Clip officiel de "Le désert".

Il y a des chansons que je connaissais et qui existaient déjà il y a un an comme « Le désert » et « Ma gueule ».

Oui, mais elles ont été complètement remixées. Pour « Le désert », on n’a vraiment plus l’impression d’entendre la même chanson. C’est le jour et la nuit entre le premier et le deuxième mixage.

Dans ce disque, il y a pas mal de morceaux qui parlent d’évasion et de l’acte de tout quitter. « Le désert » ou encore « Faut que je me taille » ou « Pays lointain ».

J’aime beaucoup les voyages. Parfois même je suis resté dans des pays un petit moment. Quand j’avais 18 ans, je suis resté à Tahiti un an, par exemple… et j’ai écrit ma première chanson là-bas. C’est justement « Pays lointain » que j’ai décidé de mettre dans cet album.

Et « Faut que je me taille », elle a une histoire ?

À la base, cette chanson s’appelle « Faut de la maille » et ce n’était pas ma chanson. Je suis tombé amoureux de ce titre, mais je ne pouvais pas chanter « faut de la maille », donc j’ai refait tout le texte. Je me suis réapproprié cette chanson et j’en ai fait autre chose. Je suis reconnaissant aux auteurs originaux de m’avoir laissé faire ce que je souhaitais.

Il y a un truc qui m’étonne. Pourquoi as-tu voulu aller à Tahiti ? On sait que c’est là-bas que ton père est décédé.

Il y a plusieurs raisons et, comme tu le soulignes, il doit y avoir un rapport avec le fait que mon père aimait ce pays. J’y été déjà allé à l’âge de 3 ans et j’ai gardé de ce premier voyage là-bas de beaux souvenirs dans ma tête.

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(Photo : Pascal Bignolais).

Il y a des chansons que tu n’as pas du tout écrites, comme « Ma voisine » et « Quand je serai grand ».

Oui, mais ce sont des chansons que j’aime beaucoup et que j’ai envie de porter. « Quand je serai grand », franchement, elle n’est pas éloignée de ce que j’aurais pu écrire moi-même.

Quand tu étais jeune, pensais-tu que tu serais comme tu es à l’âge que tu as aujourd’hui ?

J’imaginais que j’allais être musicien. Je ne savais pas comment ça allait se passer. Disons que cela fait des années que je me dis : « cette année, c’est la bonne ! » Là, j’espère que ça va être le cas. Sincèrement, je pensais que ça allait être plus facile, que j’allais y arriver plus tôt, que j’aurais moins à me battre.

C’est d’être le fils de ton père qui finalement t’a desservi ?

Maintenant, je peux l’affirmer, ça a été une épée à double tranchant. Il y a eu peut-être trop de questionnements de la part des maisons de disque. J’entendais dire qu’ils ne savaient pas vraiment comment faire un travail de développement avec un « fils de ». J’imagine très bien que ça puisse être compliqué. Mais, j’ai eu un peu d’intérêt de la part des médias. Je leur suis très reconnaissant de passer outre les aprioris.

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Ta condition de « fils de » n’implique pas que tu sortes un mauvais album. Il est très honorable et surtout, malgré une voix similaire à celle de ton père, tu te détaches nettement de son répertoire. C’est très intéressant.

Ce serait dur de reproduire ce que faisait mon père. Tu t’imagines si je calquais ses chansons…

Ton disque est très ensoleillé et très pop.

Il est très varié. D’ailleurs, il ne s'intitule pas, c'est un album éponyme. Il ne peut pas s'intituler, car ce n'est pas une idée, mais le condensé de cette tranche de vie, avec ses transformations perpétuelles. C'est mon histoire, mon travail, ma passion. Il y a des anciennes chansons, des chansons écrites par d’autres et des chansons que j’ai écrites très récemment.

Y en a-t-il une que tu préfères ?

Peut-être « Idées noires ». C’est la chanson la plus personnelle, celle où je n’ai guère laissé la possibilité aux autres de s’exprimer.

C’est l’histoire d’un homme tourmenté qui n’est pas forcément très sympathique.

Je l’ai écrite de mauvaise humeur et dans un moment de solitude. J’ai dû avoir des périodes très courtes où j’étais tourmenté. Ce qui est important dans une chanson, c’est d’aller au-delà de ses petites contrariétés et ne jamais ne s’apitoyer sur son sort ou ses actes.

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(Photo : Pascal Bignolais)

Il y a un instrumental, « Amnesia ». C’était pour montrer que tu es bon musicien ?

Non, parce qu’il n’a pas une technicité incroyable dans ce morceau. Juste, j’aime la musique. Et parfois la musique sans paroles. Cette musique, je l’ai depuis longtemps et j’ai toujours su que je n’allais jamais y ajouter des paroles. Et puis, j’aimais bien l’idée de terminer sur quelque chose de doux.

Dans « Un autre matin » et « Pourquoi faire semblant », tu parles d’histoires d’amour et de manière peu positive.

Aujourd’hui, je vois l’amour de façon différente, car ma vie amoureuse est différente. Ma compagne et ma petite fille me comblent. Dans « Pourquoi faire semblant », je trouve qu’il y a beaucoup d’humour. L’homme en question dans cette chanson est un salaud. Mais, parfois dans ma vie d’avant, je n’ai pas été tendre.

Dans « Sans raison », c’est presque sexuel !

Oui, là on est dans le positif (rire).

Dans « Ma gueule », il y a beaucoup d’ironie.

C’est ce que je voulais. On est tous un peu égotiques. Je souhaitais que tout le monde puisse se reconnaître avec un peu de second degré et à la fois, tout le monde peut reconnaître quelqu’un de son entourage.

Sinon, tu l’aimes ta gueule ?

Ca dépend des jours. Je ne me trouve pas particulièrement beau, mais je m’assume ainsi.

Clip officiel de "Ma voisine".

544471_193053430818616_734965663_n.jpgJe trouve dommage le choix du premier single « Ma voisine ». Ce morceau n’est pas du tout représentatif de l’album. C’est la plus légère et j’ai peur que l’on dise que ton album est léger. Ce n’est pas le cas.

Je suis un peu d’accord avec toi. C’est la plus légère et un peu un ovni. Cette chanson nous a porté chance… mais le prochain single sera très différent.

Sur Youtube, j’ai regardé ta prestation dans Le Grand Cabaret… j’ai senti Patrick Sébastien très ému. Il a bien connu ton père, je crois.

Patrick  m’a dit qu’il avait beaucoup aimé « Ma voisine ». J’apprécie beaucoup sa personnalité et je crois qu’il est sincère. Sur le plateau, je me disais simplement : « Pourvu que je ne chante pas faux ! Pourvu que je donne ce qu’il faut donner !»

Tu as des retours sur ton album, hormis la famille et les amis ?

J’en ai quelques-uns sur mon site, sur Facebook et sur internet plus généralement. Il semblerait que les gens aiment. Il semblerait… Maintenant, il faut que je le fasse connaître. J’ai autour de moi une toute petite structure et je n’ai pas une grande force de frappe au niveau de la publicité. J’espère que cet album fera ton chemin grâce à des gens comme toi et par le bouche à oreille.

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Jonathan et ses parents...

Peut-on parler du disque de duo entre Hélène Ségara et ton père ?

Euh… oui.

Il est dit partout que ton frère et toi étiez de la partie. C’est vrai ?

Sans polémique, j’ai rencontré une fois Hélène Ségara dans un hôtel. Nous nous sommes dit bonjour. La vérité, c’est que, personnellement, je n’ai pas participé à ce projet. Je vais à l’encontre de ce que dit la chanteuse dans sa communication. Non, je n’ai jamais dit qu’elle était la Joe Dassin féminine. C’est faux. Hélène Ségara n’est pas le Joe Dassin féminin. Mais, je ne veux pas créer de polémique, ce n’est pas grave. Je suis très content qu’il marche. Juste, que l’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit.

Un jour, rendras-tu un vrai hommage à ton père ?

Oui. Mais, je ne veux pas me faire connaître comme ça. Je n’ai jamais voulu me faire connaître ainsi. Je rendrai hommage à mon père un jour. À ma manière. Je le ferai autrement en tout cas.

Tu as écouté le disque ? Qu’en as-tu pensé ?

Bip ! Je ne veux pas parler de ça. Mais, je ne suis pas très respecté dans cette partie-là. Il faut savoir que depuis plus de 15 ans, on ne m’a jamais inclus dans la communication de mon père.  Mais, moi, ça m’a convenu, parce que je faisais autre chose. Mais, qu’on me sorte du chapeau aujourd’hui, je l’ai un peu de travers.

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Revenons à du positif. J’aime ton album parce que je trouve qu’il donne la pêche, même s’il y a des textes graves.

J’entends dire que cet album est plutôt gai et ça me plait. Je trouve ça étonnant, mais c’est très chouette pour moi. J’ai l’impression que j’ai tendance à mettre de côté les aspects les plus graves de ma vie. Je suis loin d’avoir tout dit et j’ai même encore beaucoup de choses à dire.

Tu écris beaucoup ?

Je ne suis pas un foudre de guerre. Mais si je regarde derrière moi, oui, j’ai pas mal écrit et j’écris toujours régulièrement.

Préfères-tu écrire des textes ou composer de la musique ?

J’ai eu un moment ou faire sortir la musique était beaucoup plus simple. Écrire n’était pas évident. Presque une souffrance. Depuis pas très longtemps, ça va beaucoup mieux. Je laisse tomber les peurs et les barrières et j’arrive à écrire beaucoup plus librement. Je trouve que la qualité des textes s’en ressent. J’ai hâte de sortir le deuxième.

Es-tu confiant pour la suite de ta carrière ?

Je suis dans un état d’esprit très positif. Je suis plein d’espoir, relativement confiant, mais absolument pas bercé d’illusions.  Il peut se passer n’importe quoi avec cet album. Ce qui est sûr, c’est que je continuerai à faire de la musique. Et je me donnerai les moyens de faire d’autres albums. Cet album dit que je suis musicien, donc, je vais continuer…

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Avec Jonathan Dassin, après l'interview, le 6 novembre 2013.

16 décembre 2013

OTTiLiE [B] : Interview pour Histoires d’O2

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ottilie [b],histoires d’o2,interview,mandorÀ l’écoute de l'album d’OTTiLiE [B],  Histoires d’O2, on tombe un peu à la renverse… de bonheur et d’étonnement. Cet album de quatorze morceaux a été conçu en réaction à l'œuvre littéraire érotique,  Histoire D'O, écrite par Pauline Réage. Cette jeune artiste, auteure compositeur est adepte des expérimentations musicales. Loin du conformisme de bien des premiers albums, celui-ci étonne et séduit immédiatement. Une brillante réussite qui éveille la curiosité. Il me semblait primordial de rencontrer cette étrange et exceptionnelle artiste. OTTiLiE [B] est donc venue à ma rencontre à l’agence le 15 octobre dernier.

Biographie officielle :ottilie [b],histoires d’o2,interview,mandor

Femme libre aux origines multiples (Kabylie, Mongolie, Italie …) OTTiLiE [B] joue avec les codes et les références pour mieux les détourner.

Pour elle, tout s’inspire et tout l’inspire ! Ses influences se promènent de Björk à James Blake en passant par Fink, Gainsbourg, Satie, Les Elles et encore Sainkho Namtchylak ou Abida Parveen.

Avec OTTiLiE [B] le virtuel devient concret : l’utilisation d’un lap top piloté de ses pieds nus (pédalier MIDI) et l’accordéon est dépoussiéré par un jeu nerveux, minimaliste et actuel, sa musique singulière réunit poétique et musicalité des mots soulignée par un live électro et des chants du monde (chant diphonique, soufi). La spontanéité de ce tourbillon et sa générosité nous invite les sens et les titille avec humour.

En live, on perçoit quelque chose de primaire, sauvage, du cri primal et primitif quelque chose qui sort de la féminité et l’incarne au plus profond. Dans sa façon d’empoigner ses instruments de tordre les notes et les mots, elle travaille comme de la glaise la matière sonore et humaine.

Sans oublier que la musique est une vibration, un mouvement d’air et qu’il peut être pur et violent tout à la fois…respirez profondément et joignez-vous à l’expérience pour faire vibrer vos cordes sensibles !

ottilie [b],histoires d’o2,interview,mandorInterview :

Ottilie [B] est une identité assez récente. 

Ottilie, c’est mon vrai prénom de naissance. A un moment, le fait que mon prénom soit aussi mon nom d’artiste, j’ai trouvé ça hyper lourd. J’avais besoin de différencier mon projet de ma personne. Du coup, en 2010, j’ai rajouté un [B].

Je n’ai rien trouvé sur toi sur internet datant d’avant 2010…

J’ai essayé de tout enlever (rires). J’ai réellement commencé en 2007, sous le nom d’Ottilie. Je jouais avec deux percussionnistes différents. J’ai chanté dans la rue, dans des bars, comme plein d’artistes qui débutent.

 Quel était ton genre de répertoire ?

J’étais plus dans la chanson dite « traditionnelle ». Le côté [B] que j’ai rajouté, c’est le côté plus électronique. Un jour, j’ai fait une formation en MAO (musique assistée par ordinateur), ça m’a ouvert un espace infini de possibilités et surtout d’arrangements qui m’étaient propres. J’ai pu faire ce que je voulais. J’ai pris les rênes de mes envies musicales.

Ce que tu fais est vraiment unique en France. Par exemple, les voix chevauchent la musique. On ne sait plus ce qu’on entend… mais c’est délicieux.

Je trouvais ennuyeux le format des chansons classiques, où on entend une musique qui traîne derrière, avec une voix hyper mise en avant. Je considérais que le travail de la voix pouvait être utilisé comme une matière, comme un instrument. Cela étant, les textes sont aussi très importants pour moi. Je voulais qu’ils soient intelligibles. J’avais envie que le tout fasse partie d’un ensemble, mais d’une manière plus fluide.

Tu cherchais à brouiller les pistes ?

Oui. C’est exactement cela. J’aime cet instant magique où on ne sait pas trop où on va. Mais grâce au travail de mixage, j’ai tout maîtrisé de A à Z. Qu’est-ce qui est réel ? Est-ce que c’est ce que l’on entend vraiment ? Est-ce que c’est ce que l’on voit ? D’ailleurs je vais continuer mon travail dans ce sens, peut-être avec de la vidéo, de l’hologramme parce que l’expérience de l’instant m’intéresse. Maintenant, elle peut être « illusionnée ».

Clip de "Survive (Je suis l'étoile)".

Tu es dans la lignée des Camille et autre Claire Diterzi… des "chanteuses chercheuses" en quelque sorte.

Ça me va. Mon projet, lui, était un concept graphique à la base. J’étais partie d’un morceau central avec des équations. Des questions-réponses sur des morceaux. Mes chansons se répondent entre elles.

C’est architectural et mathématique ta façon de concevoir une chanson.

Quand j’ai eu l’idée de travailler la musique, les éléments sonores comme de la matière, ce qui m’intéressait, c’est que l’on ne puisse plus juger le bien du mal. Musicalement et dans le propos poétique, je ne voulais pas que l’on puisse déterminer ce qui est bien où ce qui est mal. Je voulais un équilibre de force qui réponde au concept graphique que je souhaitais. Telle chanson est assez sombre et telle autre lumineuse. Mises en face, ça fait un ensemble. C’est comme une vie. Dans une vie, il y a bien des choses que l’on reçoit de manière positive et d’autres de manière négative. En même temps, la vie est telle quelle. Il faut dépasser tout ça.

En t’écoutant, je me dis que ta façon de travailler n’est pas simple.

(Rires.) Si j’osais, je dirais que c’est presque spirituel. Je voulais dépasser la notion du bien et du mal avec des équilibres. Ce qui peut sembler des contraires au départ, dans des émotions, dans des textes, dans des sons, je voulais en faire quelque chose qui soit un ensemble. Je voulais une unification.

"Chapeau d'O" en live.

Tu ne t’es pas demandé si cette œuvre-là n’allait pas être un peu compliquée pour les gens ?

Non, mais franchement, ce sont des petites chansons abordables pour tout le monde. Je n’utilise pas des termes hyper compliqués. Je sais qu’il y a tout un cheminement de plusieurs jours derrière mes textes, parce que j’ai cherché le mot juste. La justesse dans un album, dans un texte ou dans une présence scénique, ce n’est pas forcément esthétique. C’est ça que je cherchais dans ce disque : être juste. Parfois même, je suis allée jusqu’à chanter volontairement faux. Notamment dans « L’automne », j’ai cherché des minis comas un peu faux pour créer, non pas des dissonances, au contraire, mais des choses qui me paraissaient justes. C’est difficile à expliquer.

Tu as le trac avant de monter sur scène ?

Je ne sais pas. Ça dépend. Ça m’arrive d’être dans tous mes états, parce que je suis très émotive. Il ne faut pas que quelque chose m’émeuve trop avant un concert, car ça peut me déstabiliser. Mais, bon, je suis professionnelle, j’arrive à faire un concert même si je suis tracassée…

Quand sait-on qu’on est professionnelle ?

Pour moi, la reconnaissance du métier, c’était déjà d’être intermittente du spectacle, ce que je suis depuis 6 ans. Je dis même que je suis artiste. Je fais du théâtre, de la musique du film, je dessine… enfin, j’ai des tas d’expériences artistiques. J’aime bien que ce soit global.

ottilie [b],histoires d’o2,interview,mandorLa première fois que j’ai écouté ce disque, je ne savais rien de toi. Ce qui m’a d’abord surpris, c’est le son, la musique et les textes souvent très osés, charnels, voire sexuels.

J’ai lu Histoire d’O de Pauline Réage sur le tard. Je devais avoir 25 ans. Le fantasme que je m’en faisais, c’est que c’était un chef-d’œuvre de la littérature érotique. Du coup, je l’ai lu en le prenant avec cet apriori. En fait, le livre est vraiment trash. C’est quand même l’histoire d’une femme qui s’« objectise » et qui se donne par amour. Elle est destituée de ce qu’elle est et elle se « chosifie ». Il est beaucoup question d’O dans mon disque. Je lui rends hommage. A la fin du livre, j’avais l’impression que mes ailes étaient coupées. J’avais besoin d’air, j’avais besoin que ça se passe autrement pour elle. Dans le livre, la fin est tragique. Je voulais refaire l’histoire en fait. Ce livre m’a choquée. J’avais envie de pouvoir parler de ces choses. Comment parfois on s’oublie, comment on donne son corps, comment on reçoit le corps de l’autre, comment ça peut être fait en étant acteur et en assumant complètement ce qu’il se passe même si ce n’est pas quelque chose d’agréable. Dans Histoire d’O, à la fin, tellement O ne s’appartient plus, elle demande à l’homme qu’elle aime si elle peut se suicider. Il lui dit oui et elle le fait. C’est juste quelqu’un qui s’est mis dans les rails et qui n’a plus osé ou voulu choisir autre chose.

Clip de "Crayons" réalisé par Otillie [B].

Est-ce que certaines personnes, après avoir écouté ton disque, t’ont demandé si tu étais féministe.

Non, mais il y a des gens qui viennent me remercier pour ce que l’album vient toucher chez eux et pour ce qu’il vient réveiller de ce qu’il y en eux de militantisme.

Tu n’as pas l’impression de militer ?

Non, même si, dans un de mes textes, je dis : « j’ai mal au fond du vagin ». Il y a des gens que ça choque et limite, ça me choque aussi. C’est ça qui est craignos, parce que je ne comprends pas pourquoi ça me choque. Je parle juste du sexe de la femme, ça dépasse la sexualité. Ça devrait être banal de pouvoir en parler et ça m’arrive d’être mal à l’aise de chanter ce texte en public. Si je dois synthétiser mes propos, je dirais que je fais du militantisme envers moi-même. Je ne prêche aucune vérité aux gens et je n’ai aucun message à délivrer.

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Curieusement, si la structure de tes chansons est compliquée, les mélodies sont, paradoxalement, simples.

Quand je fais une chanson, la mélodie est imbriquée avec les mots ou les sonorités, parce que parfois ce sont des onomatopées. Pour moi, ça va ensemble avec le langage. La musique, c’est aussi un vocabulaire à utiliser. Je l’utilise de manière instinctive.

Le texte est donc un instrument de musique ?

Oui,  je l’utilise comme ça. Parfois, j’utilise un mot uniquement pour sa sonorité. Il va en découler un sens qui a un autre sens un peu plus profond, auquel je ne m’étais pas attachée.

Le CD'Aujourd'hui (paix à son âme!) que nous avions consacré à OTTiLiE [B] il y a 6 mois. (Elle est interviewée par mon excellente consœur Marion Combecave).

D’où vient ton inspiration ?

Je ne sais pas, mais ce que je sais, c’est qu’il y a dans mon travail une quête de sens et une quête spirituelle.  

Le succès n’est pas venu vite, mais j’ai l’impression que ça commence à bouger autour de ta personne…

Il était temps. Je suis au bout de mon investissement, maintenant, j’aimerais bien recevoir.

Quand on vient de faire un album de cette nature, aussi fort et original, sait-on ce que l’on va faire après ?

Oui. Je vais travailler sur le passage entre la vie et la mort. Ca ne va pas être plombant… j’aime quand des sujets difficiles deviennent parfois drôles. J’aime aussi le bon humour. L’humour bienveillant.

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14 décembre 2013

Auren : interview pour la sortie de J'ose

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Le paysage musical français accueille une nouvelle venue, Auren. Cette jeune femme trentenaire arrive avec un album dont le titre annonce la couleur : J'ose. Et elle ose. Les choix, les multiples facettes, les grandes scènes.

Et Auren a « osé » me contacter. Sa démarche et sa façon de faire m’ont plu. Elle s’est présentée (humblement en plus), mais ce n’était pas la peine… je l’avais déjà repéré, avec l’idée de la contacter moi-même un jour. Les grands esprits…

Le 18 octobre dernier, Auren est venue à l’agence pour que nous fassions connaissance, micro ouvert, évidemment. Comme elle sera ce lundi 16 décembre au Divan du Monde, l’occasion était belle de publier enfin le fruit de notre conversation.

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auren,j'ose,interviewBiographie officielle (mais raccourcie):

J’ose est le pétillant premier album d’Auren.

À l’origine, il y a une artiste, une musicienne, une voix où se joignent fausse candeur et réelle mutinerie, et des chansons où l’astuce des textes et la folie mélodique sont vécues comme un acte d’insoumission. Ainsi armée, Auren s’est adjoint les services d’un savant fou de la pop en la personne de Nicolas Dufournet. L’ancien bassiste des Oui-Oui est donc celui qui fait rentrer en collision cet univers de chanson française délurée avec toute une caverne d’Ali Baba de sonorités, où le vintage tendance sixties. 

Née à Lyon, Auren est d’abord pianiste. Revendiquant son attachement à la variété francophone autant qu’à la simplicité brute d’un Johnny Cash, la jeune musicienne écrit ses titres et trace pas à pas son chemin toute seule, commençant par les petites scènes pour aboutir à des premières parties prestigieuses telles que celles de Chris Isaak ou Francis Cabrel, qui compte parmi ses influences revendiquées. Débrouillarde et pleine de ressources, elle prend alors le temps de multiplier et triturer ses chansons avant d’enregistrer son album, toujours soucieuse de rester fidèle à son étrange mélange de malice, de chic et de simplicité.

Si les textes parlent d’amour, c’est pour mieux en varier la couleur : tantôt délicieusement provocateurs (« Crocodile »), tantôt coquins (« Seule dans mes draps »), tantôt égoïstes (« Changer la donne »), tantôt libertaires (« L’échappée belle »), ils se répondent comme un inépuisable kaléidoscope. L’univers de J’ose est donc une utopie, où pop et variété ne s’excluent pas, où le passé et le présent peuvent jouer ensemble, où l’amour rime toujours avec l’insoumission.

auren,j'ose,interviewInterview :

Tu es lyonnaise et tu es restée dans ta ville jusqu’à l’âge de 20 ans. As-tu commencé la musique là-bas ?

Oui, parce que ma grand-mère était pianiste et elle a enseigné cet instrument à tous ses petits-enfants. J’ai touché mes premiers claviers à 6 ans. C’était beau d’échanger la musique avec ma grand-mère. Elle m’a appris la musique classique jusqu’à l’âge de 15 ans et ensuite, je lui ai apporté des partitions pop. Jusqu’à ce qu’elle décède en 2011, nous avons toujours partagé nos musiques respectives. 

Quand as-tu pris la décision de consacrer ta vie à la musique ?

Déjà, ado, je sentais une vibration particulière quand j’écoutais de la musique. Je suis allée voir beaucoup de concerts quand j’étais jeune, seule ou avec mes parents. J’ai vu Véronique Sanson, Patricia Kaas… ce genre d’artistes. Mon père écoutait beaucoup de chansons françaises, ma mère, elle, écoutait plus d’anglais. J’ai beaucoup entendu l’album des Pink Floyd, The Wall, à fond à la maison. Moi, j’allais vers des artistes comme Vanessa Paradis, Nirvana.

Teaser de l'album J'ose.

auren,j'ose,interviewTu as fait des études « sérieuses », prépa HEC, l’EDHEC… Rien ne te préparait à une carrière musicale.

Mes premières chansons étaient des échappatoires pendant mes études. J’ai chanté dans des bars, sur la place des Célestins lors de la Fête de la Musique. Quand je suis parti à Nice faire des études, j’ai continué à chanter dans des petits bars, des clubs. J’ai même monté une association de musique qui me permettait d’interpréter mes propres chansons.

Tu es ensuite venue à Paris, dans le cadre d’un stage.

Oui, j’ai rencontré Paul Ives. Il m’a aidé à structurer le projet. Je ne savais pas réaliser une chanson. C’était vraiment instinctif. On a écrit le premier album ensemble. Moi aux textes et nous deux à la co-composition en musique.

En 2006, tu as rencontré Michael Jones.

Il a pris le pari fou de me prendre en première partie sur toutes ses dates en piano-voix. Je me suis dit que j’avais peut-être ma place dans ce métier. C’est à ce moment-là qu’a commencé mon addiction à la scène.

Après, tu as fait les Rencontres d’Astaffort avec Francis Cabrel.

Oui et j’ai fini par faire ses premières parties. Lors de l’une d’elles, un entrepreneur m’a vue et a décidé de m’aider. Je viens du mécénat finalement. J’ai pu sortir un premier disque.

Clip de "L'échappée belle".

auren,j'ose,interviewTu as signé ton deuxième album chez Naïve. C’est une belle maison. C’est encourageant pour une jeune artiste ?

Oui, évidemment. Sur le premier disque, j’avais écrit des chansons d’adolescence. Il ne présentait qu’une seule face de ma personnalité. C'était bien d'être auto-produit. Je me cherchais encore. Ce deuxième disque, beaucoup plus mature, présente toutes les autres facettes. Je parle de sujets qui concernent la femme trentenaire.

Si on écoute ton deuxième disque, sait-on qui est la vraie Auren ?

Oui, c’est celle qui n’a pas fait de compromis. J’aime bien l’éclectisme, la couleur, le contraste. Avec Nicolas Dufournet, on a beaucoup marché à l’instinct. Après ce sont les chansons qui nous ont guidées. Elles nous mettaient nos propres limites.

Tu évoques l’amour sous toutes ses formes.

Je ne chante que des choses qui me touchent. Je parle de l’amour du couple, l’amour de Frida Kahlo pour Diego Rivera, l’amour de ma grand-mère pour son mari après 60 ans de mariage, toujours identique. Je parle aussi de l’insoumission. Je dis que je ne vais pas me laisser faire par l’homme que j’aime. En fait, si je dois résumer, c’est un disque sur la place de la femme dans le couple et dans la société.

Je reviens sur la chanson sur Frida Kahlo… c’est un très bel hommage.auren,j'ose,interview

C’est une femme qui a marqué les femmes de ma famille. Ma mère et ma tante me l’ont fait découvrir au moment de la sortie du film avec Salma Hayek, Frida, en 2002. Après, je me suis beaucoup intéressée à elle. Elle a une force incroyable. Son histoire d’amour avec Diego est impressionnante. Dans les années 30 au Mexique, elle était parmi les premières à faire des choses pour la défense des femmes et permettre leur insoumission.

L’insoumission revient souvent dans tes chansons.

C’est quelque chose que possède chaque femme en soi en 2013.

La place de la femme n’est toujours pas là où elle devrait être ?

C’est mieux, mais ce n’est pas encore ça. Des femmes comme Frida Khalo, ce sont des vraies leçons de vie. Elle a souffert, mais elle a fait de sa souffrance une beauté. Dans ses tableaux ça se voit.

Derrière tes textes, on décèle quelqu’un d’ironique aussi.

Je suis pas mal second degré. « J’ose », c’est vraiment la phase de vie dans laquelle je suis en tant qu’artiste et en tant que femme. Je m’affirme, j’ose dire qui je suis et j’ose déplaire surtout. C’est grâce à la musique que j’ai pu devenir qui je suis vraiment.

Session acoustique de "En face".

auren,j'ose,interviewAs-tu peur de la page blanche, de la perte de l’inspiration ?

Un peu. Parfois, je sens qu’il y a des moments où ça ne veut pas venir.

Que fais-tu dans ces cas-là ?

J’appelle à l’aide le ciel (rires).

Ah ! D’accord ! La création a une origine divine !

Peut-être pas, mais il y a quelque chose de cet ordre-là. Il y a beaucoup de magie dans la création. La chanson que j’ai écrite pour ma grand-mère s’est imposée à moi 3 jours après son départ.

Elle a peut-être agi de là-haut.

Je ne sais pas (sourire).

Tu as fait pas mal de premières parties. On apprend quoi quand on chante dans ces conditions ?

On apprend à être sur scène. On est inconnu et on a un public qui ne nous attend pas. C’est comme un saut dans le vide. C’est du sang froid, de l’adrénaline, la gestion du trac et c’est donner. Donner vraiment au public. Quand tu fais les premières parties de Chris Isaak,  Benjamin Biolay ou Francis Cabrel, je t’assure qu’il ne faut pas se démonter parce que les gens qui sont devant toi sont de grands fans des artistes en question.

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Je pose souvent cette question. Une artiste, c’est quoi ?

On ne monte pas sur scène si on n’a pas un léger problème d’ego. On se met en hauteur et on se fait applaudir… c’est de l’ordre de la névrose. Mais qui n’est pas névrosé aujourd’hui ? J’aime vraiment partager. Partager avec les musiciens et partager avec le public. J’aime les gens et le contact avec eux. Il y a quelque chose qui nous remplit.

Y a-t-il une carrière que tu envies ?

Celle de Zazie est une jolie carrière. Elle est toujours là depuis 20 ans tout en faisant ce qu’elle a voulu. Elle est restée simple et semble authentique.

Dans les thématiques de tes chansons et dans la musique, tu n’es pas aux antipodes d’elle, d’ailleurs.

En tout cas, je me sens proche de cette femme. J’aime comme elle parle et j’apprécie son discours.

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Avec Auren, après l'interview, le 18 octobre 2013

12 décembre 2013

Mélanie Pain : interview pour Bye Bye Manchester

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Mélanie Pain s'est fait connaître avec le groupe Nouvelle Vague dont elle est la chanteuse depuis 2004 et avec qui elle a enregistré 4 albums. Tout en continuant de participer à cette aventure, elle entame rapidement une carrière solo pour se consacrer davantage à l'écriture et développer un univers plus personnel. Cette jeune femme pleine de charme ne fait rien comme les autres. Une mandorisation s’imposait…

À l’occasion de la sortie de son deuxième album solo, Bye-Bye Manchester, nous nous sommes retrouvés le 24 octobre dans un café de Montreuil. Son antre.

Biographie officielle :

En 2004, avec pour seule expérience celle de fredonner chez elle par-dessus les disques qu'elle aime (des Smiths à Sonic Youth) elle s'improvise chanteuse pour donner de la chair aux morceaux electro pop de son ami Benoît de Villeneuve. Quelques semaines après, Marc Collin craque sur sa voix et l'invite à participer au projet de reprises new wave sur lequel il travaille.

À force d'être invitée sur les disques des autres (M83, Villeneuve, Nouvelle Vague), Mélanie Pain a eu envie de son disque à elle. En 2009, c'est chose faite avec My name qui voyagera pendant plus de 2 ans entre la France, l'Angleterre, l'Asie, l'Australie, l'Allemagne.mélanie pain,bye bye manchester,interview

Pour écrire son deuxième album, Mélanie décide de poser ses valises à Manchester. Dans ses bagages, une autoharpe, un petit synthé Casio, un ukulele et un dictaphone. Son nouvel album Bye, Bye Manchester naît donc en Angleterre pendant l'hiver 2011, et paradoxalement s'affranchit des vapeurs de la brit-pop pour laisser libre cours à des ambiances tout en contrastes, allant de la pop électronique à l'acoustique.

Dans ses textes, Mélanie Pain est tiraillée entre l'envie d'aller de l'avant ("Bye Bye Manchester", "Je laisse tomber", "Ailleurs") et la peur de tomber ("7 ou 8 fois", "Ça grandit").

De retour à Paris, elle confie ses chansons à Albin de la Simone qui enregistre et arrange Bye-Bye Manchester. Fidèle à son style retro pop, elle compose désormais, écrit et explore un son personnel, plus fougueux, plus intense en abusant sans complexe de programmations et des synthés vintage.

mélanie pain,bye bye manchester,interviewInterview :

J’aime bien savoir comment l’artiste que j’ai en face de moi en est arrivé à faire de la musique.

Pour ma part, ça n’a pas été une évidence. Mes parents ont toujours essayé de me mettre à la musique, mais je n’aimais pas particulièrement. J’ai suivi des cours de batterie. Ils avaient mis l’une de mes sœurs à la guitare, une autre sœur au saxo… moi, je suis tombée sur la batterie. J’ai fait un an de conservatoire, je me suis cassé une cheville, alors, pour la batterie, c’était foutu. Du coup, je n’ai jamais repris aucun autre instrument.

Et bien, dis donc ! Tu n’étais pas partie pour devenir musicienne.

Pas du tout, même. J’ai fait Sciences-Po. À la base, il était question que je fasse une carrière « sérieuse ». Je suis montée à Paris pour faire de la communication et pour, éventuellement, devenir journaliste. J’ai commencé à bosser dans une agence de pub assez grosse, ensuite, j’ai trouvé des boulots à droite à gauche dans le web. C’était l’époque où le web explosait de partout.

Ça ne m’explique pas comment tu as mis un pied dans la musique…

Je n’ai jamais voulu devenir musicienne, mais je sortais toujours avec des musiciens. Ce n’est peut-être pas un hasard, mais à l’époque, je ne m’en rendais pas compte. Je sentais que la musique était importante dans ma vie, mais plutôt en tant que fan. Un jour, mon mec de l’époque, Villeneuve, me dit qu’il cherche une chanteuse. Il m’a donc tout naturellement fait interpréter quelques morceaux enregistrés sur une démo, juste pour qu’il puisse aller démarcher une chanteuse. Les gens qui écoutaient la démo demandaient à qui appartenait la voix. Ils se demandaient pourquoi Villeneuve cherchait une voix féminine alors qu’il l’avait déjà.

C’est comme ça que Marc Colin, le leader de Nouvelle Vague, a entendu ta voix pour la première fois. 

Oui. Il m’a demandé d’aller enregistrer direct avec lui. J’ai hésité, estimant que je n’étais pas chanteuse. Mais au bout d’un moment, j’ai changé d’avis. Marc ne voulait pas forcément d’une fille qui savait chanter, mais d’une fille qui avait un grain de voix original et une personnalité. En trois mois, ma vie a subitement changé. Je me demandais ce qu’il m’arrivait et en même temps, je trouvais ça génial.

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Le groupe Nouvelle Vague.

Tu as fait ton premier concert avec Nouvelle Vague, quasiment, six mois plus tard.

Oui, j’étais avec Camille. On était censé faire une heure et demie de concert toutes les deux et on ne se connaissait pas. Elle avait déjà un niveau incroyable et moi, je débutais. J’ai appris la scène dans ce contexte… avec une certaine pression.

À cette époque, tu avais 24 ans, je crois.

C’est ça. Je me demandais pourquoi je n’avais pas ressenti ce besoin d’être sur scène bien avant.  J’ai tout balancé de ma vie d’étudiante à Sciences-Po. Je me suis sentie incapable de revenir à ce genre de vie.

mélanie pain,bye bye manchester,interviewPersonne ne s’attendait à ce que Nouvelle Vague décolle aussi vite et aussi loin. Vous êtes allés partout dans le monde…

J’ai eu beaucoup de chance, mais j’ai toujours ressenti l’impression de ne pas mériter ce qu’il m’arrive.

Sérieusement, as-tu eu parfois un peu de culpabilité d’être dans ce tourbillon involontaire?

Plus maintenant, mais au départ oui. J’ai passé trois ans à être sur scène, en tournée dans le monde entier. À chaque fin de concert, je me demandais ce que je foutais là. Quand je parlais avec les gens qui étaient autour de moi, c’était tous des musiciens incroyables qui ont bossé leurs instruments pendant des années. J’en côtoyais qui essayaient de percer depuis dix ans et moi je débarquais là, un peu par hasard. J’avais un gros problème de légitimité. Surtout que pendant tous les concerts, j’étais à côté de Camille. Il fallait donc que j’assure. Mais la joie et l’excitation que j’avais sur scène dépassaient cette culpabilité. Je n’ai jamais laissé la culpabilité me faire louper des opportunités.

Aujourd’hui, ce sentiment a complètement disparu ?

Oui, vraiment. Ca fait 10 ans que je chante pour Nouvelle Vague avec 200/300 concerts par an. Je me sens quand même légitime d’être là.

En 2009, tout de suite après la sortie de ton premier album solo, My Name, tu as faitmélanie pain,bye bye manchester,interview beaucoup de scènes à l’étranger.

Je suis le type de chanteuse française qui est mieux identifié et qui marche mieux à l’international. Les gens sentent que je suis française, que je fais de la chanson, mais que j’ai aussi un background un peu pop et indé. C’est aussi le cas de Françoiz Breut et Coralie Clément. On a toutes les trois une image qui est claire et nette.

En France, tu es donc plus difficile à identifier ?

Oui, parce que je ne fais pas de la variété, ni de la grosse pop commerciale, ni de la chanson française intello… du coup, ici, c’est plus difficile de sortir du lot. À l’étranger, les gens ne se posent pas la question de savoir dans quel genre te cataloguer. Ils aiment bien mes chansons, ils viennent me voir et voilà !

Nul n’est prophète en son pays, donc.

Un peu, je t’avoue. Ça me rend assez triste que ce soit difficile en France pour moi. C’est difficile d’avoir des concerts et de faire des tournées. Je reviens sur la difficulté de ne pas être identifiée du tout. C’est peut-être ma faute, je ne sais pas. Les gens me connaissent, savent que j’existe, ont entendu parler de mon nom, mais ne savent pas trop ce que je fais. J’en ai tout à fait conscience.

Moi, j’ai l’image d’une fille un peu rétro.

C’est ce que je projetais avant, mais ce n’est plus la vérité aujourd’hui. Bon, je ne panique pas. Je sors juste mon deuxième album. Il ne faut pas que je sois trop pressée. Je ne m’estime pas encore arrivée. Je sais que j’ai du chemin à faire…

Clip de "7 ou 8 fois" tiré de l'album Bye Bye Manchester.

Tu as enregistré Bye Bye Manchester à Manchester en revenant de tournée.

Tout le monde me demandait quand allait arriver le deuxième album. Beaucoup voulaient écouter les chansons que j’avais écrites pour me donner leur avis. C’est un peu par la force des choses que j’ai du aller m’isoler à Manchester. Me retrouver seule, sans écouter de musique ni parler à des musiciens. Je savais juste que je voulais faire l’album avec Albin de la Simone. Avec mes petits claviers, j’ai tenté de manigancer des sons qui me convenaient et qui me ressemblaient et j’ai écrit des textes en Français. Il y a deux, trois chansons dont je suis très fière. Ce sont des textes qui sont à la fois faciles d’accès, mais qui t’emmènent dans un voyage grâce à leur sonorité.

Il y a beaucoup de claviers sur ton disque. Ce n’est pas un reproche, j’adore ça !

J’ai tout fait avec le clavier que tu vois là, à mes pieds. Un Casio des années 80. Je peux produire des sons qui me touchent énormément et que je ne retrouve pas dans les claviers d’aujourd’hui. Albin de la Simone, lui, a une collection de Yamaha des années 80. On a mis en commun tous nos claviers. On a ajouté en plus des vrais instruments en studio, mais on ne s’est pas amusé à faire toute une rythmique sur ordinateur avec des sons de Pro tools. On a fait une musique qui ressemble à celle de la pop des années 80.

As-tu enregistré cet album dans la jubilation ?

Beaucoup plus que pour mon premier album, My Name. Ça s’était passé dans des conditions assez horribles. Je rentrais chez moi tous les soirs et je pleurais. Les chansons étaient dures pour moi, à ce moment-là. Elles faisaient écho à ma vie personnelle. J’étais pétrie de doutes. Pour Bye-Bye Manchester, ça a été le contraire. On a passé le premier jour de studio à déconner, tout en faisant trois morceaux. Ça a été d’une simplicité déconcertante. A chaque fois qu’Albin me faisait des propositions d’arrangements, ça m’allait parfaitement. Je ne trouvais pas ça normal que j’adhère à chaque fois à tout. On était sur la même longueur d’onde. Cela étant, avec Albin, on s’était vu beaucoup avant de rentrer en studio. Il avait compris ma démarche et la direction que je souhaitais prendre.

Clip de "Black Widow" feat. Ed Harcourt, tiré de l'album Bye Bye Manchester.

mélanie pain,bye bye manchester,interviewIl y a un duo avec Florent Marchet et un avec Ed Harcourt.

 Il me faut toujours des duos avec des mecs dans mes albums.

Pourquoi ?

Bonne question. Je ne sais pas. Dans les deux cas présents, ce sont des gens pour lesquels j’ai un profond respect et avec lesquels j’avais envie de bosser depuis longtemps.

Tu as été toi-même « feat » pour pas mal de gens. J’ai l’impression que tu adores chanter en partageant.

J’aime bien le côté collectif. C’est ce que je vis en permanence avec Nouvelle Vague. Mais, c’est aussi hyper inspirant de bosser avec des gens à égalité. C’est ça les featuring.

J’avais de toi l’image d’une artiste qui faisait des choses un peu élitistes. Avec cet album, je te retrouve plus accessible et ouverte musicalement.

J’ai l’impression que les gens pensent que je fais des trucs un peu rétro. Je ne fais pas de l’electro pointu, certes, mais je ne suis pas non plus dans la chanson française traditionnelle. Le côté rétro, ça doit venir de mes pochettes et des photos officielles. J’ai conscience que l’imagerie qu’il y a autour de moi n’est pas très branchée.

C’est toi qui choisis tes visuels… ce n’est donc pas innocent.

Oui, c’est vrai, mais tout ça me dépasse. Ça m’embête un peu. Il faudrait que je parvienne à casser cette image.

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Tu te sens dans une famille de la chanson française ?

Oui, dans celle d’artistes comme Florent Marchet, Julien Doré, Albin de la Simone, Camille, Loane, Arman Mélies, Dominique A, Bertrand Belin, Mathieu Boogaerts. Ce ne sont pas des gens hyper populaires, mais je me sens proche d’eux.

Ce disque est-il celui qui te ressemble le plus ?

Oui, parce que c’est la première fois que je me sors les vers du nez et que je me suis demandé ce que j’avais envie de dire et de chanter. Il fallait que je trouve mon son et ma manière d’écrire. Mon premier album était très référencé… un peu folk, sixties. Il y avait trop de collaborations textes et musiques pour que ce soit tout à fait mon bébé. Dans Bye Bye Manchester, je sais pourquoi il y a tel mot ici et tel son là. J’ai façonné cet album pour qu’il me ressemble au mieux.

Clip de "Non", tiré de l'album Bye Bye Manchester.

Après avoir écrit des textes personnels, se sent-on mieux après ?

Ce que je peux te dire, c’est que je me sens beaucoup mieux sur scène avec mes textes. Partager ses propres histoires avec les gens, c’est un truc énorme. Quand ce ne sont pas tes chansons à toi, tu as toujours un petit détachement, tu joues un peu un rôle, tu te mets dans la peau d’un personnage.

C’est intéressant que tu me dises qu’une chanteuse peut se mettre dans la peau d’un personnage. Y a-t-il un travail de comédienne ?

Je pense que c’est très difficile à doser. Il faut se mettre un peu en scène, mais pas trop, sinon, ça sonne faux. Les gens veulent connaître l’artiste à la fin du show, ils veulent sentir que c’est naturel, honnête, sincère…etc. J’essaie d’être le plus sincère possible. Sur scène et dans mes disques.

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Avec Mélanie Pain, après l'interview, le 24 octobre 2013.

10 décembre 2013

Gael Faure : interview pour De silences en bascules

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Cela faisait un petit moment que je voyais Gael Faure dans des clips. J’en entendais parler… en bien. Mais tant qu’il n’y avait pas d’album en prévision, j’avais décidé de ne pas encore me pencher sur son cas, je ne sais pas trop pourquoi. Et un jour, je reçois De silences en bascules, son premier album qui sort le 10 février 2014 chez Jive Epic/Sony Music. Confirmation que, décidément, ce jeune homme est très intéressant. Vocalement, musicalement et textuellement, tout est bon à prendre chez ce jeune homme à la forte personnalité.

Gael Faure sera en concert aux Trois Baudets le 12 décembre prochain. L'occasion est belle de publier l'entretien qu'il m'a accordé le 23 octobre dernier dans les locaux de sa maison de disque, Sony. (Merci à son attachée de presse, Delphine Caurette).

gael faure,de silences en bascules,interview,mandorBiographie presque officielle :

Ce chanteur est un grand compositeur, un de ces chamanes qui, avec deux accords, fabriquent des airs qui soudain emplissent les oreilles, le cœur et l’âme.
Et sa voix porte un sortilège curieux, difficilement définissable. Il a cette grâce des artistes dont le talent éclate en évidences, abolissant les questions d’origine et de parcours.

Au commencement, il y a dix-huit ans en Ardèche. Chez lui, la musique n’existe pas beaucoup, éclipsée par d’autres soucis : la nature, le soin d’autrui, les dérèglements de la société. Car il est le fils du fermier et de l’infirmière.

Il a quatorze ans quand il va voir Louise Attaque qui passe près de chez lui. C’est son premier concert. Tout est choc : les instruments, l’énergie, l’émotion. Il achète une guitare. Il progresse lentement, en complet autodidacte.

En pleines études d’architecte paysager, il se fait embarquer vers la quatrième saison de La Nouvelle star. Sans regret ni remord. Il a surtout compris que la célébrité télévisée n’est rien à côté de ce qui lui reste à parcourir. Il choisit la voie patiente…gael faure,de silences en bascules,interview,mandor

Des centaines de concerts et la construction d’un répertoire, pour laquelle il a besoin d’auteurs. Le premier choisi est Fabien Bœuf, dont la maison était voisine de celle de Gael, jadis en Ardèche. Fabien écrira la moitié de l’album.
À Tété, Gael donne une mélodie qui lui évoque un ailleurs nordique et qui deviendra « On dirait l’Islande ». Avec Ben Ricour, il se trouve une sorte de grand frère généreux, il goûte à l’écriture farfelue de Barcella, aux inventions de Chet… Ces auteurs contribuent à un album aussi rêveur qu’enraciné dans le monde réel, aussi sophistiqué qu’il est simple à aborder. Car, peu à peu, les chansons se polissent dans les premières parties d’Alexis HK, Tété, Michel Jonasz, Daran, Rover, Barcella… Puis le doux orfèvre Jean-Louis Piérot vient produire l’album, après avoir œuvré pour Alain Bashung, Étienne Daho, Miossec, Renan Luce, Brigitte Fontaine

On commence par l’entendre parler de sa vie et on réalise qu’il parle surtout de la nôtre. Et voici que Gael Faure bascule en pleine lumière.

gael faure,de silences en bascules,interview,mandorInterview :

Avant de commencer, je voulais te dire que j’ai complètement craqué sur ta chanson « Un peu ».

Moi aussi, c’est ma préférée… enfin, je ne sais pas. Je l’adore, mais c’est difficile de dire quelle est sa chanson préférée. J’aime ce que raconte cette chanson et aussi son arrangement. On m’a fait confiance sur ce que je voulais en terme de son. Une chanson comme « Un peu » montre toute l’ambition et l’envergure que je voulais pour ce premier album.

Tu voulais obtenir quoi exactement ?

Je voulais que mes chansons soient comme de la peinture… ou comme un film plutôt. C’est un peu cliché de dire ça, en même  temps, c’est vrai. J’aime bien lier l’aspect cinématographique aux chansons. Sur les titres, j’aime bien aussi l’idée de vagues. J’écoute beaucoup de chansons anglo-saxonnes et américaines et je trouve qu’en France, ce n’est pas quelque chose que l’on fait beaucoup. C’était mon défi de faire des chansons avec des textes en Français qui se prête à ça.

Tu aimes des instruments rarement utilisés.

J’aime le vibraphone, mais aussi des guitares électriques avec un E-bow qui donnent un son lancinant… qui provoquent des nappes et procurent la sensation de voyage. « On dirait l’Islande » et « Avoir sans être » sont des morceaux très ouverts où l’on peut voir et ressentir beaucoup de choses. Il me semble.

Je trouve aussi. La première chose que j’écoute quand je découvre un artiste, par-dessus tout, c’est sa voix. Et j’aime énormément la tienne.

Ça me fait plaisir. Très sincèrement.

Clip de "Tu me suivras".

Dans De silences en bascules, tu as de bons auteurs : Fabien Bœuf, Tété, Ben Ricour, gael faure,de silences en bascules,interview,mandorBarcella et Chet. Mazette !

Je voulais une écriture différente, mais avec une logique et une uniformité. Le but est d’avoir la sensation d’avoir le même auteur pour tous les titres. On a beaucoup travaillé sur ça. Dans ce disque, j’ai de belles collaborations et un vrai choix artistique.

Fabien Bœuf est l’auteur qui signe le plus de chansons.

Il est le socle, car il a écrit six titres. Il est le premier artiste avec qui j’ai vraiment travaillé sur cet album. Je suis allé chez lui, dans sa maison des Landes. J’ai amené les thèmes et on a bossé ensemble les chansons. Je suis co-auteur des idées des thèmes et je les chante comme si j’avais tout fait. J’ai des choses à dire. Je suis conscient que je vais me prendre en pleine gueule le fait que je ne suis pas auteur. En France, si tu n’écris pas, tu n’es pas vraiment considéré.

Ça, je ne le comprends pas, car c’est un métier d’écrire de belles chansons !

Exactement. Je ne me sentais pas prêt à le faire. J’ai préféré m’entourer de bons auteurs qui voulaient participer à ce projet, plutôt que de tout faire à tout prix, mais moins bien. Aujourd’hui, ces textes, je me sens légitime de les défendre.

Qu’est-ce qu’un bon texte pour toi ?

En dehors du fait que le texte doit signifier quelque chose, il faut que ça sonne. En Français, mon défi est de faire rebondir les choses et que ça passe comme une lettre à la poste. C’est beaucoup de travail. On a un premier thème, un premier jet, on épure, on ramifie un peu des choses. Je trouve ça formidable de travailler en totale cohésion et amitié avec les auteurs. Il y a beaucoup de discussions et d’échanges.

Clip de "On dirait l'Islande".

gael faure,de silences en bascules,interview,mandorSi je te dis que je trouve que ton album se situe entre la variété française, le folk et la chanson dite « traditionnelle », tu en penses quoi ?

C’est une définition qui me va assez. Je suis pareil que toi, je n’arrive pas à définir mon album. Si plus de gens pensaient comme toi, on ne serait pas obligé de me mettre dans une case. Coller des étiquettes est une spécialité française.

Autre point fort de ton travail, ton sens de la mélodie.

Les mélodies me viennent assez spontanément et instinctivement. Puisque mon corps de métier n’est pas vraiment auteur, heureusement que j’ai des facultés pour composer (sourire). Composer me tient, me tire par les tripes. Si une mélodie me parle, je le sens immédiatement. Par contre, se rendre compte si elle est de qualité ou pas, j’ai un peu de mal… ça ne m’appartient pas de le dire. J’aime la mélodie à proprement parlé. J’aime qu’elle paraisse simple, mais qu’elle ne soit pas racoleuse.

Tu as entrepris des études d’architecte paysagiste, envisages-tu la musique comme de l’architecture ?

Si on part du principe que l’architecture c’est de la mathématique, tu as raison. La musique, c’est un peu ça. Je n’avais jamais songé à cette question, mais ce n’est pas indissociable, effectivement. On construit une chanson. Elle arrive, je ne sais pas comment, à l’instinct, après on la travaille.

Trouves-tu le cheminement de ta carrière assez rapide ?

C’est une très bonne question, parce que je me sens bien dans le timing. Cet album est le fruit de cinq ans de travail. Je l'ai conçu à des âges où on se construit, une période où on décide de sa vie.

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Ça fait un an que l’on entend parler de toi de nouveau. L’album sort en janvier 2014… c’est quand même long. Je suppose que tu as hâte qu’il soit dans les bacs.

Si le timing me plaît, par contre, l’attente est très longue. Ce n’est pas que de mon ressort. Il y a toute une maison de disques derrière et je ne suis pas maître de tout. J’ai appris que pour faire ce métier au mieux, il faut savoir être patient.

Vas-tu voir ce qu’il se dit sur toi sur les réseaux sociaux ?

J’essaie de me restreindre, mais je vais quand même jeter un coup d’œil de temps en temps.  C’est humain d’aller voir ce que l’on dit sur soi.

Dans ton cas, ça doit te rassurer, car je n’ai jamais rien lu de négatif…

C’est rassurant, mais, évidemment, on voudrait toujours mieux (rires). Sans plaisanter, je suis assez content de ce que je lis sur moi, notamment ce que l’on dit de mes prestations en live. C’est ça qui me tient par les couilles. Que les gens viennent me voir et qu’ils ne jugent mon travail que par ça, je serais le plus heureux des hommes. La vérité ne transpire que par la scène.

On ne connait pas bien un artiste si on ne la pas vu sur scène, je suis d’accord.

Je sais que je suis à ma place. J’aime ça parce que je me retrouve avec mes musiciens à chanter mes morceaux. C’est le luxe énorme ! J’aime ce que cela me procure et bizarrement, je suis incapable de dire ce que cela me procure.

Francofolies 2013, "Tu me suivras" en live.

Cet été, aux Francofolies, tu as chanté sur la scène principale extérieure devant 12 000 personnes. Qu’as-tu ressenti ?

Étant donné que j’avais fait le chantier des Francofolies, des mois en amont, je m’étais peut-être un peu plus préparé psychologiquement que si j’arrivais sur un site que je découvrais. Dans l’après-midi, j’avais fait un concert au théâtre Verdière devant 500 personnes. Places assises, en intérieur. Bizarrement, ça m’a paru beaucoup plus impressionnant. Bon, sur la grande scène, les gens ne m’attendaient pas spécialement. Tu arrives entre Lou Doillon et –M-, et tu chantes deux chansons que tu connais bien. J’ai tout donné, mais j’étais moins stressé que dans l’après-midi.

Comment vis-tu cette période où ton disque n’est pas sorti et où tu es un peu dans l’attente des réactions ?

C’est une période un peu bâtarde. Je suis dans l’attente des premiers retours du public et des journalistes. Pour pallier à cela, j’envoie plein de trucs à mes potes auteurs… hier j’ai appelé Charles Souchon (Ours) pour que l’on bosse afin que je puisse penser à autre chose. Et puis surtout, je fais pas mal de concerts et de premières parties. Je m’occupe.

Es-tu optimiste sur ton devenir dans ce milieu ?

Oui, je le suis. Il faut l’être. Mais, je doute énormément… la conjoncture actuelle de ce milieu n’est pas rassurante. Mais, bon, le plus dur est derrière. J’ai bossé cinq ans ce disque, j’ai gagné ma vie par la musique, je suis dans une grande maison de disques. Disons que j’avance, mais que je ne suis dupe de rien. Je sais que rien n’est acquis. Mon projet, je l’ai fait sincèrement, avec des artistes choisis. On m’a laissé le temps de faire ces compositions et c’est pour moi la meilleure des victoires.

Les textes de cet album ont quatre ou cinq ans. Tu es à un âge ou tout évolue vite et où, généralement, on vit un tas d’expériences. N’as-tu pas peur de chanter des chansons qui ne te correspondent plus ?

C’est vrai que je suis un peu en décalage quelque part. Mais, il se passe vraiment quelque chose sur scène avec les musiciens avec lesquels je joue, du coup, je ne m’embête jamais. Ce n’est pas du copié-collé. C’est vraiment du live. On fait des recherches de son.

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Tu es très rock sur scène, alors que tu as l’air d’être un mec un peu lisse. Venir de la Nouvelle Star n’arrange rien.

Je sais. On m’a découvert quand j’avais 18 ans, j’étais timide, alors c’est normal que certaines personnes restent à ce niveau de lecture de ma personne. Mais, je suis tout sauf ça. Il faut juste venir me voir jouer sur scène…

Ton côté beau gosse qui fait se pâmer les femmes ne te dessert-il pas ?

Moi, au bout d’un moment, entendre ça m’emmerde. Je pense que j’ai des choses à dire et, à cause de la gueule que j’ai, les médias peuvent passer à côté. Je chante aussi des chansons d’amour, mais quand tu es mignon, que tu as une belle voix, tout de suite, on te catalogue comme un chanteur à midinettes ou comme un chanteur de variété. Le même mec, avec un œil en moins, qui chante les mêmes chansons, tout de suite, on va l’écouter de manière différente.

J’ai interviewé récemment Yodelice et Julien Doré… Eux et toi, vous êtes des artistes calmes, doux dans la vie, en tout cas en interview, mais vous êtes des fous fieffés en concert. C’est dingue le changement radical que la scène opère sur vous.

Inconsciemment, on devient un peu quelqu’un d’autre, mais en restant un minimum soi-même parce qu’on veut être sincère par rapport à la proposition. Les gens qui viennent te voir sur scène, ils ont envie de sortir de leur ordinaire. Ils veulent découvrir quelque chose ou quelqu’un qui les divertissent et les enchantent. Moi, j’essaie juste de ne pas jouer ce que je ne suis pas, d’ailleurs, je le ferais très mal, mais parfois on se surprend à être qui on est sur scène. Un double plus extraverti. C’est parfois un peu perturbant et, en même temps, c’est jouissif.

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Avec Gael Faure, après l'interview le 23 octobre 2013, chez Sony.

09 décembre 2013

Vincent Delerm : interview pour Les amants parallèles

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Le dernier album de Vincent Delerm, Quinze chansons, datait de 2008. Mais l’artiste n’est pas resté inactif depuis, bien au contraire… il a mené plusieurs projets parallèles : 23 janvier-18 juillet 2009, livre de textes et photos de tournée + DVD live au Bataclan (2009), Léonard a une sensibilité de gauche, livre-disque pour enfants dit par Jean Rochefort (2011) et Memory un spectacle théâtral et musical mis en scène avec la complicité de Macha Makeïeff (2012-2013).

vincent delerm,les amants parallèles,interview,mandorAujourd’hui, Vincent Delerm revient avec un cinquième opus,  Les amants parallèles. Ce disque renoue avec le concept album qui connut ses heures de gloire dans les années 60 et 70. Il raconte en treize chansons les hauts et les bas d'une histoire d'amour.
Cet album a ceci de particulier que l'intégralité des sons (basses, percussions, cordes) a été créée à partir de pianos, à l'aide de crins d'archet glissés sur les cordes de l'instrument, de morceaux de métal, de capteurs optiques, de percussions jouées sur le bois du piano.
Seuls quatre pianistes ont joué sur le disque : Clément Ducol (collaborateur régulier de la chanteuse Camille) auteur des arrangements de l'album et co-réalisateur avec Maxime Le Guil (qui l’a également enregistré et mixé), Alexis Anérilles, Yannaël Quennel et Vincent Delerm.

Le 14 novembre dernier, je suis allé à la rencontre de Vincent  Delerm (précédente mandorisation ) dans un bar de la capitale situé à côté de chez lui… son antre.

vincent delerm,les amants parallèles,interview,mandorInterview :

Ce disque est le premier qui fait quasiment l’unanimité.

Oui, je suis le premier surpris. Je sentais que les gens autour de moi ne croyaient pas tous en ce projet. Ils trouvaient que le traitement musical n’était pas évident, voire que c’était même un peu fragile à réaliser.

Quand j’ai reçu ton disque, j’ai lu l’argumentaire et j’ai eu peur qu’à l’écoute, ce soit trop conceptuel. Pas du tout… c’est même peut-être le disque le plus « grand public » de ta carrière.

C’est un disque très produit. Il y a un empilement musical par strates. A chaque fois, les musiciens revenaient à la base, un petit piano rythmique très feutré, mais ils ajoutaient des basses différentes à chaque relecture. C’était super long parce qu’ils jouaient les notes une par une. Souvent quand tu enregistres un disque, tu as ce qu’on appelle des mises à plat. Des niveaux conçus un peu intuitivement, ce qui crée un charme. Ensuite, tu écoutes l’album et tu te dis que tu ne peux pas laisser les violons tout en bas, il faut les remonter un peu. Du coup, tout est au même niveau et donc ton disque est « normalisé ». Là, les musiciens n’ont pas cédé à ce genre d’habitude. Ils sont allés loin dans l’inhabituel.

Comme ce disque a été long à enregistrer, ça ne t’a pas enlevé de spontanéité ?

Concrètement, dans les faits, j’enregistrais sur un simple piano mon truc à mon pulse, à mon rythme, après, les gars s’occupaient de tout. Parfois, je revenais écouter et je mettais mon mini grain de sel, mais c’est tout. J’ai beaucoup plus délégué que sur les autres disques. Tu n’as plus qu’à espérer qu’avec la charte voulue et assez rigoureuse, les morceaux parviennent à ne pas être des copiés collés les uns des autres.

Tu n’avais jamais trop délégué jusqu’à présent.

Si je n’ai pas souvent délégué, c’était sûrement un manque de confiance. Aujourd’hui, j’y parviens plus facilement. Je grandis (sourire).

Tu as aussi délégué pour le clip des « Les amants parallèles ».

On a donné la chanson à des gens qu’on aimait bien et en qui on avait complètement confiance. Ils étaient libres de faire ce qu’ils souhaitaient. Moi, je n’aurais jamais songé à un tel clip. Ça parle d’un couple vivant à Paris et les images ont toutes été réalisées à Marseille. J’adore ce décalage.

Clip de "Les Amants parallèles".

vincent delerm,les amants parallèles,interview,mandorEn quoi ton spectacle, Memory, a-t-il influé sur ce disque, comme je l’ai lu ?

Principalement, dans le goût d’avoir un sujet unique. Dans Memory, je posais des questions : Qu’est-ce qu’on fait de sa vie ? À quoi ça sert d’être sur Terre ? Que fait-on de son passé ? Des sujets relativement protéiformes. Dans ce disque, c’était pareil : un sujet unique développé sous plusieurs angles. Je ne me sentais plus du tout de trouver treize sujets de chansons qui n’avaient rien à voir les unes avec les autres. J’ai trouvé plus simple et plus intéressant de creuser dans une même idée.

Le sujet du couple, tu connais, et surtout, cela concerne tout le monde.

C’est souvent comme ça. Les sujets que l’on connait bien, intéressent tout le monde. Parce que ma vie n’est pas si différente de celles des autres. Quand je fais le bilan de ce que j’ai écrit, je crois qu’il y a à peine deux chansons et demie qui ne font pas allusion du tout à l’idée d’amour. J’ai souvent évoqué le début du couple, dans « L’heure du thé » ou « Je pense à toi » par exemple. Les chansons de rupture, je trouve que ce sont des chansons « faux culs » où tu ne risques rien et où tu es un peu protégé. Le mec s’est fait plaquer, tu ne peux pas non plus lui dire que sa chanson est pourrie (rires). Il y a toujours un devoir de réserve sur un mec qui raconte que sa nana est partie.

Dans le disque, tu traverses toutes les étapes de l’amour.

Toutes les phases de l’amour m’intéressent. Tu es toujours la même personne, mais tu évolues et tout évolue autour de toi. C’est une période très longue où tu passes par beaucoup de chemins. Il est impossible d’évoquer un amour de manière lapidaire, c’est en cela que ça m’a intéressé de faire ce disque.

Qu’est-ce qui est plus difficile, écrire sur le début, sur le milieu ou sur la fin d’une  histoire ?

La zone qui m’a intéressé le plus et qui était la plus intéressante, c’était le début, même si c’était la moins évidente à écrire. J’ai vécu des histoires sans enfant et des histoires avec enfants. Ça m’intéressait également de faire ce genre de comparaison, même si elle n’est pas concrète et explicite.

Teaser de "L'avion".

As-tu dit plus sur toi dans cet album que dans les précédents ?vincent delerm,les amants parallèles,interview,mandor

J’ai dit des choses qui sont plus lisibles comme étant des trucs personnels, mais finalement, j’en ai un paquet très intime sur les albums précédents. Mais, quand tu sors un nouveau disque, tu es toujours tenté de te dévoiler un peu plus. Tu es très près du moment des émotions que tu as vécues quand tu as écrit telle ou telle chanson. En réfléchissant, je crois que je ne suis jamais parvenu à écrire une chanson qui ne soit pas liée à ma vie. J’évoque souvent les amours que je traverse, ma peur de l’abandon, ma peur du vieillissement ou des choses comme ça.

Ces peurs existent-elles toujours où, justement, ça va mieux en le chantant?

La peur du vieillissement, ça ne s’arrange pas du tout (rires). Dans Memory, j’ai mis carrément les pieds dans le plat. Souchon m’a dit quand il est venu voir le spectacle : « Tu parles uniquement des sujets qui nous angoissent et tu nous fais marrer avec ça ! ». C’est tout à fait juste. Formuler mes angoisses me calme, alors, je ne me prive pas de le faire. Rassure-toi, je ne me sens pas hyper névrosé quand même. J’aime l’idée de comparer les époques, les âges, les gens… j’ai toujours tendance à faire ces équations-là.

Tu ne restes jamais inactif. Entre deux albums, tu fais plein de choses dans des domaines artistiques variés. Tu as besoin de ça pour nourrir tes albums suivants ?

À la fin de la tournée « 15 chansons », j’ai vraiment compris le fait que je ne pouvais plus aligner un disque tous les deux ans, comme j’avais l’habitude de la faire avant. Je me trouvais trop productif. Dans la carrière des gens que j’aime bien, généralement, je n’écoute que deux albums, même si j’ai 8 disques d’eux.

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Tes prochains concerts seront juste en piano voix.

J’avais besoin de quelque chose de très épuré et que les chansons soient très au centre.

Les textes de cet album, tu les as conçus rapidement ?

Non, c’était long. Il n’y a pas eu un moment où je me suis dit : « J’ai trouvé l’idée, maintenant j’ai 13 titres à écrire ». Au départ, il y a eu 4-5 chansons avec cette thématique de couple, je me suis demandé ce que j’allais en faire. J’ai finalement décidé d’aller au bout de ce que j’avais déjà.

A chaque fois que j’entends la chanson « Na na na », où vous vous dites que vous auriez dû dire telle ou telle chose aux questions connes que vous posent certains journalistes, je pense à mes rencontres avec vous…

J’ai traumatisé les mauvaises personnes avec cette chanson. Toutes celles qui me disent qu’ils pensent à cette chanson sont comme par hasard des gens qui ne sont pas du tout concernés et qui font leur boulot intelligemment. Finalement, ça se pose assez rarement et surtout, de moins en moins. Moi, j’étais plus confronté à ça quand j’ai commencé, parce que je faisais beaucoup plus d’interviews et parfois dans des endroits ou des émissions où je n’avais rien à faire.

"Na, na, na"... version solo au Bataclan 2009.

vincent delerm,les amants parallèles,interview,mandorÀ un moment, on ne t’a pas épargné. Il y avait de sérieux débats autour de ta personne.

Ça m’a un peu durci. Aujourd’hui, les gens n’ont plus un jugement sur moi, épidermique et à l’emporte-pièce. Ils ont compris mon évolution et surtout, ils se rendent compte qu’évolution il y a.

Qu’attends-tu d’une interview ?

Pas forcément que la personne qui est en face de moi soit particulièrement originale, parce que c’est difficile de l’être quand on parle d’un album. Je veux que le mec s’intéresse à la question qu’il pose. Et ça je le sens rapidement. En fait, moi, tu sais, j’aime bien les interviews. Quand tu restes longtemps seul avec ton projet, en plus, je suis un putain de fils unique, assez sauvage, tu aimes bien communiquer, voir d’autres visages que ceux de ton entourage permanent. Le moment où tu rencontres des gens et où il y a un écho à ce que tu viens de faire, c’est plaisant. En plus sur un album comme celui-là, il n’y a pas à se justifier, mais à expliquer certaines choses…

J’ai bien écouté toutes les chansons et je n’ai pas su définir si le couple était un couple qui s’entendait bien ou un couple qui vacille.

Ah ! Tant mieux ! Je voulais vraiment qu’il soit interprété comme tu l’interprètes. Ça a été difficile à obtenir. Ça impliquait qu’il y ait beaucoup de moments forts et d’autres plus banals. Je voulais faire comprendre que la vie en couple, ça peut être bien, mais il n’y a aucune morale du genre : « Allez-y tous ! Soyez en couple ! ». D’ailleurs, les gens qui ont écouté le disque me disent tout et son contraire sur la solidité du couple en question.

Est-ce que tu te sens une responsabilité envers les personnes qui écoutent tes chansons ?

Je dis souvent qu’il ne faut pas qu’un artiste se serve de sa notoriété pour soutenir un candidat ou prêcher la bonne parole politique. Si on a une responsabilité quelque part, c’est une responsabilité émotionnelle sur la demi-heure où les gens mettent votre disque. Il y a aussi le fait que les gens passent une soirée correcte quand ils viennent te voir en spectacle.

C’est ton 5e disque. Il semble très bien accueilli. Es-tu rassuré ?

Il faut savoir que déjà, que je fasse encore des disques en 2013, je le prends comme un miracle. En plus, la maison de disque m’a fait un super livret avec du beau papier. Elle a fait un vinyle… c’est un luxe, je le sais. Je trouve ça génial. Mais pour répondre à ta question, bien sûr, lire des critiques positives rassure, mais je ne vis pas avec l’énergie que je vais me planter. J’ai un peu peur qu’on me dise que ce que je fais est moins bien qu’avant, mais ça ne va pas plus loin.

As-tu de la distance par rapport à ta discographie ?

Je ne sais pas. Mes chansons me paraissent de bonne foi. C’est toujours ce que j’ai ressenti et voulu dire à un certain moment. Parfois, quand je réécoute tel ou tel titre, je regrette une phrase ou deux, mais franchement, rien de catastrophique. J’ai comme l’impression que je ne peux pas compter sur les autres pour comprendre son œuvre. On apprend toujours ce que les gens pensent d’un disque quand sort le suivant. Certains te disent : « ouais, avec le précédent, j’avais eu un peu plus de mal ». Ça relativise ton œuvre, non ?

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Une selfie avec Vincent Delerm, après l'interview...

06 décembre 2013

Le Prix Georges Moustaki 2014, c'est parti!

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531908_653159891370173_210390257_n.jpgJe suis très fier d’être membre du jury du Prix Georges Moustaki (pour la deuxième année consécutive), car il correspond en tout point au travail que j’effectue depuis des dizaines d’années : faire découvrir de jeunes artistes qui n’ont pas encore de visibilité médiatique.

Il est important de rappeler que le Prix Georges Moustaki a été fondé en 2010 par Thierry Cadet et Matthias Vincenot. Il récompense l’artiste indépendant et/ou autoproduit de l’année, pour les auteurs, compositeurs et interprètes (ou groupes) sans distinction de style.

(Voir ici, toutes mes mandorisations sur la version 2013 de ce prix).

La première étape du Prix Georges Moustaki 2014 (parrainé cette année par Cyril Mokaiesh) s’est tenue avant-hier soir (mercredi 4 décembre 2013) dans une salle de La Sorbonne.

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De 18 heures à 21 heures 30, quelques membres du jury 2014 (présidé cette année par Clarika et dont la liste officielle est là) ont décidé de la vingtaine de demi-finalistes parmi 95 CDs reçus et écoutés. Et le choix s’est révélé cornélien. Il n’y a pas eu que des évidences…

Les pré-selectionnés seront bientôt soumis aux votes de tout le jury par Internet.

Et puis, il y a aura de nouveau une réunion de jury le 14 janvier prochain qui décidera des 7 finalistes. Quant à la finale, elle se tiendra en public le 27 février à 20 heures.

Quelques photos des délibérations d'hier soir, dans une salle de classe de La Sorbonne.

De gauche à droite: Stéphanie Berribi (FrancoFans), Denis Collinot (Festival de Marne), Marie-Catherine Mardi (RFI), Gilles Tcherniak (Forum Léo Ferré), Jean Fauque (auteur et administrateur de la SACEM), Laurent Balandras (Balandras Éditions), Christophe Maury et Sabine Geoffroy (Blue Line).

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De gauche à droite, Romain Blanc (Longueurs d'Ondes), Julien Piraud (fondateur de PTiTBloG et directeur de l’Agence Multimediaxe) et Patrick Engel (discothèques de la ville de Paris).

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Thierry Cadet et Matthias Vincenot en pleine sélection des disques à faire écouter aux membres du jury présents...

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(Là, je cherchais discretos le meilleur angle pour faire des photos essentielles pour ce blog qui ne l'est pas moins. Hum!)

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Les pour, les contre, les intermédiaires (autant dire, ceux qui nous font hésiter).

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Matthias Vincenot, Sabine Geoffroy (Blue Line), Stéphanie Berrebi (FrancoFans).

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Du beau monde dans le jury: Jean Fauque (auteur de chansons légendaires, notamment pour Alain Bashung), Laurent Balandras (de Balandras Editions), une bible vivante sur la chanson française et une jeune journaliste musique de RFI, Marie-Catherine Mardi.

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Une selfie avec Stéphanie Berrebi, journaliste dissipée (alors que je suis un modèle de sagesse) du magazine FrancoFans.

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05 décembre 2013

Pascal Obispo: interview pour Le Grand Amour

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Pascal Obispo est incontestablement un mélodiste hors pair et un très honorable chanteur (personnellement, j'ai toujours beaucoup aimé les voix haut perchées). Son dernier album, Le Grand Amour, est d’un très haut niveau et je le retrouve comme je l’apprécie. Faiseur d'une pop/variété française de qualité.

Cela faisait 4 ans que je ne l’avais pas rencontré (précédente mandorisation ici)… l’homme me semble aujourd’hui moins sur la défensive. Disons qu’en interview, le journaliste que je suis (plutôt acquis à sa cause depuis toujours) a même ressenti un peu de chaleur humaine, ce qui n’était pas précisément sa marque de fabrique.

Voici mon interview pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de décembre 2013-janvier 2014).

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Clip de "Ave Maria".

Les dates de la fin de la tournée 2013 de Pascal Obispo.

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