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24 avril 2014

Radio Elvis : interview pour son premier EP

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Pierre Guénard est le leader de Radio Elvis. Il remet à plat les codes du rock et de la chanson française pour nous en livrer une vision moderne et onirique. Le résultat est là : un rock littéraire et atmosphérique (que j’apprécie beaucoup).

A l'occasion de la sortie de son premier EP, il est passé me voir à l’agence (sur les bons conseils de son pote Simon Autain, que je remercie donc ici) le 6 février dernier… pour une interview où il ne s’interdit aucun propos. Pas lisse le jeune homme, et c’est bien.

pierre guénard,radio elvvis,interview,epBio des inRocks Labs : Ce n’est pas un hasard si Pierre Guénard a débuté sa carrière comme slameur, ouvrant les concerts d’un certain Grand Corps Malade dans son Poitou natal. Délaissant ensuite le flow et la Vienne, Pierre monte à Paris et se baptise Radio Elvis, un pseudo trompant l’ennemi puisque ses compositions francophones sont à mille lieues de Memphis. Parmi ses thèmes récurrents, les marins et les conquêtes espagnoles ont une place de choix, accompagnés de reverbs rehaussant les couleurs de ses voyages introspectifs.

Après avoir écumé les salles de concert seul avec son sampler, Radio Elvis s’entoure de deux autres voyageurs, Colin et Manu, donnant un virage plus pop et désinhibé à ses pérégrinations verbales. S’inspirant des codes de la chanson française (Dominique A et Murat) et des outlaws déglingués de l’ouest sauvage (16 Horsepower, The Gun Club), Radio Elvis se taille un costume de premier choix sur la scène actuelle.

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Interview :

Pourquoi as-tu commencé ta carrière par du slam?

J’ai toujours voulu faire de la musique. Le slam, c’était le moyen de patienter afin de m’adonner à cette activité sérieusement. C’était vraiment une parenthèse.  Je faisais déjà des chansons, mais je ne savais pas avec qui les jouer et comment m’y prendre pour avancer sur ce chemin. Après le lycée, le slam s’est imposé à moi. J’aimais écrire et cet art me permettait de faire de la scène assez facilement. J’ai testé mes textes et je me suis confronté à un premier public réel. C’était un bon apprentissage. Trois minutes sans rien d’autre que sa voix et ses textes, c’est plus dur qu’une heure et demie de concerts avec des musiciens.

Toi qui étais musicien, ça a dû être un peu frustrant, non ?

J’adorais faire du spoken word. J’adorais improviser sur de la musique et faire chanter les mots dessus. À Poitiers, j’ai même monté une scène de spoken word.

Clip officiel de "La traversée" (inspiré du clip d'"I'm Not A Young Man Anymore" de Lou Reed par Andy Warhol (https://www.youtube.com/watch?v=crjeF8G13x8)).

pierre guénard,radio elvvis,interview,epC’est hyper paradoxal par rapport à ce que l’on peut écouter dans ton EP. Tu as une écriture poétique exceptionnelle. Je ne te vois pas improviser tes textes tant ceux de tes chansons ont l’air travaillés.

Quand je faisais du spoken word, je n’improvisais pas. J’improvisais juste dans la forme du texte. Je ne les connaissais pas par cœur, mais j’en avais plein en tête, dont je me foutais du sens.  Ce qui comptait, c’était le son.

Tu as fait ça jusqu’en 2009, ensuite, tu as pris un autre chemin.

Je suis monté à Paris pour faire de la musique. Paris, pour moi, c’est un vieux rêve de gamin. Comme le cliché de la chanson, je suis monté pour être en haut de l’affiche un jour. Je me suis fait une place dans un squat, les anciennes presses du Parisien. Du coup, j’étais en résidence là-bas et je pouvais y aller quand je voulais. Je faisais beaucoup de recherches musicales et parfois, des chansons de dix minutes, avec trois textes différents.

Dans ton EP, il y a des chansons longues. Notamment « Goliath » et « Le continent », et chacune d’elles a pas mal d’influences musicales.

Je suis incapable de ne jouer qu’un style particulier.

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Quand tu es arrivé à Paris, je crois savoir que tu t’es senti un peu seul au début…

C’était même très douloureux pour moi. Je ne connaissais personne, pas même un musicien. Quand je voyais des gens de mon âge réussir, ça me faisait assez mal, parce que j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose. Aujourd’hui, à 26 ans, je suis serein par rapport à ça parce que je joue avec des gens que j’ai choisis. Mais, je me considère encore comme un loup solitaire pas encore intégré dans ce milieu.

Tu souffres déjà de certaines comparaisons, notamment avec Dominique A.

C’est agréable comme souffrance. J’ai découvert très tardivement cet artiste et au départ, je n’aimais pas du tout. Je trouvais ridicule sa manière de chanter. Un peu trop précieux. J’ai mis du temps à aimer, mais quand j’ai découvert l’album Horizon, j’ai fini par beaucoup apprécier. Plus je m’assumais, plus j’aimais Dominique A, plus je devenais moi aussi un peu précieux. Du coup, j’ai écouté très intensément son œuvre pendant un an.

Sur ta chanson « La traversée », on sent une certaine influence de lui.

Oui, on a la même tonalité de voix. Cela dit, quand j’étais ado, on comparait ma voix à celle de Bertrand Cantat. Tant que je ne serai pas passé chez Drucker, on me comparera toujours à quelqu’un d’autre. C’est la loi des débutants que personne ne connait.

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Fais-tu beaucoup de scènes, justement pour te faire connaître ?

J’ai mis un an à faire des concerts en dehors du squat où j’étais. J’ai trois formules : en trio, et deux duos différents selon si je suis avec le batteur ou avec le guitariste. Il faut que je parvienne à faire de plus en plus de scènes, il n’y a qu’ainsi que je pourrai me faire repérer par la profession.

As-tu toujours eu envie d’être chanteur ?

Oui, depuis tout petit. En cachette. Je voulais devenir chanteur ou écrivain. Avec mon métier, j’allie un peu les deux. Même si je ne serai jamais écrivain comme je l’entends. Comme Jack London par exemple.

Parlons de tes références littéraires. Jack London, comme on vient de le dire, mais aussi John Fante. Ce sont vraiment des auteurs que tu as lus ou c’est pour faire bien dans ta bio?

Je ne mens pas dans la bio. J’ai lu très tard. À partir de 2008, donc j’ai pas mal de retard à rattraper. De Fante, je n’ai lu que Demande à la poussière, et de London, là, j’en ai lu pas mal. Beaucoup de nouvelles et Martin Eden. J’ai une passion pour la littérature de voyage. Là, je viens de me faire quasiment l’intégrale de Saint-Exupéry. Je n’arrive pas à m’en remettre.

Les music'ovores : "Demande à la poussière". 

Tes lectures influencent-elles tes écrits ?

Oui, car j’écris en lisant. Je lis et j’ai toujours mon carnet à côté. Parfois, les mots m’inspirent une formule. Lire est le moyen le plus simple et le plus jouissif que j’ai trouvé d’écrire. L’inspiration, c’est tout ce qu’on assimile et qui ressort à un moment, rien de plus. Tout ce que l’on vit ressort. L’inspiration, ce ne sont que des souvenirs un peu modifiés. Il y a aussi des textes que j’ai faits en état de semi-conscience. Je me réveille, j’ai une phrase, je la note immédiatement.

Aimes-tu qu’on ne comprenne pas le sens des textes à la première écoute ?

Je ne le fais pas forcément volontairement, mais je trouve cela très intéressant. Quand j’ai commencé à écrire en 2009, ça me plaisait réellement, aujourd’hui, je considère que si les gens dansent à mes concerts, c’est bien, mais s’ils comprennent le sens de mes textes, c’est encore mieux.

Au début, devenir populaire t’effrayait un peu, c’est ça ?

De manière très prétentieuse, je voyais l’art au sens noble du terme, je me prenais vraiment trop au sérieux. À un moment, j’ai réalisé que ce n’était que de la musique et je me suis mis à démystifier un peu tout ça. J’ai aussi réalisé que je n’étais pas l’élu, que ce n’était pas moi qui allais tout révolutionner et qu’il fallait être humble.

"Goliath" (Froggy's Session)

Tu te considérais un peu comme un poète maudit, que personne ne comprend ?

Oui, et j’en avais marre que les spectateurs quittent la salle avant la fin du spectacle. J’ai toujours eu peur de perdre mon côté rimbaldien, l’énergie que je voulais dégager. Je n’avais peur de rien, j’y allais sans faire aucune concession. J’étais très barré. Je jouais des morceaux de vingt minutes, sans narration, sans savoir-faire. Je ne voulais ni de choses gaies dans mes chansons, ni mélodies. J’étais aussi beaucoup dans le cliché. Aujourd’hui, j’ai gardé cette énergie, mais je la maîtrise mieux. J’apprends à faire les choses de façon plus abordable. Par la lumière on peut montrer plus d’obscurité. Pour parler de la mort ou de choses graves inhérentes à l’homme, on n’est pas obligé d’être dans la tragédie. J’ai compris que c’est en étant soi même qu’on peut être le plus original.

Ton EP a ceci de particulier que plus on l’écoute, plus on l’aime parce qu’on en découvre toutes les richesses. Et elles sont nombreuses…

C’est génial ce que tu me dis là parce que, quand j’aime un artiste, moi, je dois l’écouter plusieurs fois pour tout déceler. Bashung m’a beaucoup marqué avec ses albums, L’imprudence ou Fantaisie militaire par exemple. Il nous donnait la possibilité de ne pas comprendre. Je trouvais cette désinvolture géniale. Je ne comprenais pas où il voulait en venir et plus j’écoutais, plus je commençais à assimiler les choses.

Pourquoi veux-tu être un artiste ?

Désir et orgueil. À la base c’est un rêve. Ce rêve est devenu un sacerdoce par orgueil.

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21 avril 2014

Jewly : interview pour son album Bang Bang Bang

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(Artwork : Markus Lemanovski)

J’ai mandorisé la chanteuse de rock, Jewly, pour la première fois en juillet 2011. C'était à l'occasion de la sortie de son EP No Shoes. Nous avions déjà beaucoup évoqué le pourquoi du comment de sa passion pour la musique. Aussi, aujourd’hui, je vous propose une courte interview, à l’occasion de la sortie de son premier album Bang Bang Bang. Un album rock, énergique et lumineux.

La jeune femme est passée à l’agence en décembre 2013 m’apporter son disque. Je ne l’ai pas laissé filer sans lui poser quelques questions au préalable. Incorrigible Mandor !

catherine-theulin-3.jpgBio inspirée de celle dite « officielle » :

Jewly a les armes en main pour conquérir le monde. Forgées dans le plus précieux des métaux, ce Rock’n'Roll américain, celui des rebelles qui se frayaient, guitares à la main, un chemin vers la liberté d’être, celui né dans les champs de coton dans lesquels les esclaves noirs chantaient pour survivre, celui, qui en passant par l’Angleterre des Rolling Stones, s’est gorgé d’universalité.

Jewly, chanteuse du 21e siècle, aborde les sujets de son époque et de sa condition. Vectrice de ses colères, de ses amours, de ses peurs, de ses erreurs et de ses espoirs, sa voix, marinée dans un velours éraillé, dans une poussière soyeuse, dans une féroce douceur, vous racontera sa vie, celle de ses contemporains.

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Jewly joue beaucoup. Sur les scènes de France, d’outre Navarre, d’Allemagne, du Canada, des USA où elle croisa Rover, Florent Pagny, Axelle Red, Manu Lanvin…, elle porte toujours sa cartouchière de femme reptile ondulante, sa cartouchière de sensualité électrique, sa cartouchière de bête de scène.

Son nouvel album : Bang Bang Bang.

Le deuxième opus de Jewly a été réalisé par Hervé Koster, un ancien Trust, la basse y est jouée par Phil Spalding, un anglais au pedigree tout droit issu du who’s who du Rock international, et ses fidèles musiciens, le guitariste, Sylvain Troesch et le batteur, Raph Schuler, sont aussi de la partie. Ce joyau brut a du coffre, de l’âme, de l’ampleur et délivre une salve de chansons coups de poing qui vous tatoueront l’âme de bonheur.

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La team de Bang bang bang (© Marc Lehmann)

DSC0857ll1.JPGInterview :

Tu t’es entourée d’une équipe de musiciens sacrément réputée pour ton premier album.

J’ai voulu m’entourer d’une équipe professionnelle et aguerrie. La première étape a été de trouver un réalisateur. C’est extrêmement difficile de trouver celui qui puisse te convenir. Il faut avoir beaucoup de qualités : la compétence musicale, l’organisation et aussi le côté humain. J’ai rencontré certaines personnes, avec lesquelles ça n’est pas passé pour cette dernière raison. J’ai trouvé Hervé Koster, l’ancien batteur de Trust, de Noah, de Bertignac… On s’est rencontré et ça a parfaitement collé. Musicalement et humainement.

Ton EP était plus jazz-rock. Avec Bang Bang Bang, là, on est franchement dans le rock pur.

J’ai enregistré l’EP en 2011. Après, nous nous sommes surtout consacrés à la scène et on a beaucoup tourné. Au bout d’un moment, je me suis dit qu’il fallait faire un album. Parce que, d’une part, il y avait des gens qui nous le demandaient, et d’autre part, l’EP ne correspondait plus du tout à ce que l’on jouait en concert. On était beaucoup plus rock, donc ce n’était plus cohérent.

CLIP Jewly / The Other Side Bang Bang Bang. Tiré de l'album BANG BANG BANG.
Sortie Officielle 5 mars 2014

Ce sont tes propres compositions et tes propres textes, pour la majeure partie.

J’ai collaboré avec Mina Moutski sur quatre textes. Pour la musique, je viens avec les mélodies de base, ensuite, on travaille beaucoup avec Sylvain, le guitariste et Raph, le batteur. Ensuite, Hervé, qui avait aussi la casquette d’arrangeur, a un peu remanié les titres.

Tu chantes en anglais parce qu’une rockeuse se doit de chanter dans cette langue ?

Au départ, je pensais que je faisais cela pour une certaine protection… mais en fait, non. C’est vraiment une question de sonorité des mots et de la langue. Il y a quand même deux titres en français. C’était important pour moi de chanter aussi dans ma langue maternelle.

"L'incarcérée". Live "Place Kléber" - Strasbourg - Décembre 2013

C’est toi qui as produit l’album ?

C’est une société de prod que j’ai créée. Je voulais garder la main mise sur tout et prendre toutes les décisions. En France, cette musique, très anglo-saxonne n’est pas évidente à produire. On te pousse forcément à aller dans une certaine direction, une direction peut-être un peu plus « française ». J’ai pu enregistrer cet album grâce à des mécènes.

Es-tu fière de ce premier disque ?

Oui, parce que c’est moi jusqu’au bout. Qui je suis, ce que j’ai envie de dire, la musique que j’ai envie d’offrir. J’ai été entourée de gens qui m’ont beaucoup apporté, mais qui m’ont écoutée. Je ne me suis pas écartée du travail que je voulais faire. C’est l’album le plus authentique qui soit par rapport à ma personnalité et à mes goûts.

Avec Raph Schuler, Herve Koster, Sylvain Troesch et Steven Forward..jpg

Lors de l'enregistrement de l'album, avec Raph Schuler, Herve Koster, Sylvain Troesch et Steven Forward.

Pourquoi ne te montres-tu pas sur la pochette de ton album ?

Je ne voulais pas me mettre en avant. Je préfère que ce soit la musique qui le soit. J’ai aussi peut-être une certaine pudeur.

Es-tu confiante en l’avenir ?

Je crois en ce que j’ai fait. Je sais que cet album est plutôt qualitatif et qu’on n’a pas fait de copié collé sur les autres. C’est un disque original. Maintenant, je sais aussi qu’on est en France et que ce disque ne sera pas facile à défendre. Autant sur scène, je n’ai pas d’inquiétude, car on n’arrête pas de tourner et que ça se passe très bien, autant pour entendre un de mes titres en radio, je sais qu’il va falloir lutter.

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20 avril 2014

Tony Melvil : interview pour l'EP La cavale

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« Tony Melvil est un mec paumé dans ce monde où tout va à toute vitesse, où chacun a ses certitudes, glisse ce dernier en décrivant son personnage. Il n'a pas forcément d'avis sur ce qui se passe autour de lui. Il se débat juste contre quelque chose qui l'agace sans trop savoir quoi, ni sans trouver de solution. » C’est ainsi qu’Étienne Villeminot présente Tony Melvil, le personnage qu’il s’est inventé et avec lequel il commence à petit bout de chemin fort honorable dans le petit monde de la chanson française.

Ce « pessimiste qui se soigne » épanche sur disque et sur scène son désarroi, à la recherche d'une identité qui sans cesse lui échappe. J’ai découvert cet artiste original et touchant grâce à son premier EP Tentative d'évasion. On y découvre un être torturé, mais surtout « à l'ouest » et décalé. Le voici qui revient avec un deuxième EP, encore plus abouti, La cavale (chez At(h)ome)

Je l’adore. Il fallait à tout prix que nous nous croisions. Notre rendez-vous n’a pas été simple à organiser, l’homme habite à Lille, mais Tony Melvil a fini par venir me voir à l’agence. C’était le 18 décembre 2013. J’attendais la sortie de ce deuxième disque pour publier enfin le fruit de notre entretien. Voilà qui est fait.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorBiographie officielle (mais écourtée) :

Né en 1982 à Dijon, Étienne Villeminot, démarre une carrière de musicien en 2002 dans différentes formations lilloises, notamment auprès du chanteur Lulu (mandorisé là) et du groupe de rue Tchobello. Violoniste classique de formation, il se met rapidement à la guitare et au chant et enchaîne de nombreuses expériences de spectacle dans lesquelles il est tour à tour violoniste, guitariste, comédien, choriste, compositeur, figurant, roadie, mais aussi chargé d’administration ou comptable.

En 2009, poussé par Thibaud Defever (Presque Oui) et Romain Delebarre (Delbi), il se lance en solo sous l’anagramme Tony Melvil et teste ses propres chansons sur scène. Repéré par Tour de Chauffe en 2010, puis par Domaine Musiques en 2011, il enregistre à l’automne 2011 Tentative d’évasion, premier EP 7 titres, arrangé et réalisé par Delbi.

Sorti en février 2012, « Tentative d’évasion » fait sortir Tony Melvil de l’anonymat, grâce à des chroniques élogieuses, notamment dans Télérama et Francofans, mais aussi grâce à des concerts de plus en plus nombreux.

En 2013, Tony Melvil se fait remarquer lors de plusieurs rendez-vous du réseau chanson tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandornational. Ainsi, il obtient des premiers prix lors des concours de la Manufacture Chanson à Paris, de l’AMJA à Angers, et enfin lors du Concours Jeunes Talents du Festival Jacques Brel de Vesoul. Dans le Nord-Pas-de-Calais, Tony Melvil est soutenu par le dispositif de la région « Résidence Musiques Actuelles » aux Arcades de Fâches-Thumesnil et par la Marmite.

Parallèlement, Tony Melvil développe son goût pour les mélanges et a monté en 2012 sa Compagnie Illimitée, dont le but est de créer des spectacles pluridisciplinaires à base de chansons. Son premier spectacle Quand je serai petit, destiné au jeune public, sera mis en scène par Marie Levavasseur (Cie Tourneboulé). Il s’agit d’un duo avec le musicien / producteur lillois Usmar, prévu pour l’automne 2014.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorArgumentaire de l’EP :

Deux ans après sa remarquée « Tentative d’évasion », Tony Melvil revient avec un nouvel EP intitulé La Cavale. La métaphore est filée, la quête de liberté affirmée. Le chanteur lillois ajoute ici au blues introspectif et rugueux du musicien/arrangeur Delbi la chaleur de son violon, baignant de lumière des textes souvent ombrageux. Mixé par Dominique Ledudal (Fersen, Higelin, JP Nataf, Les Innocents) au studio Garage à Paris, La Cavale assoit Tony Melvil et sa personnalité singulière dans le paysage musical français, un personnage aux multiples facettes ayant pour terrain de jeu le second degré et le non-dit.

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tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorInterview :

Quand as-tu décidé de faire de la chanson ton métier ?

Quand il a fallu se projeter professionnellement et qu’il a fallu que je me pose la question de ce que j’allais faire dans ma vie. Vers 22 ans. J’en ai aujourd’hui 31.

Au départ, tu as une formation de violon classique.

J’ai commencé à 4 ans et demi. Je suis issu d’une famille de musiciens amateurs. Mon père est organiste. La musique a toujours eu une place très centrale, mais jusqu’à Bach. Pas plus loin. On n’entendait jamais de la chanson, ni de la musique dite « moderne ».

Tu aimais la musique classique à cette époque ?

Je ne me posais pas la question. C’est à partir du moment où je suis devenu ado que j’ai découvert d’autres musiques. A 13 ans, j’ai écouté Brassens en boucle. Ça devenait tellement obsessionnel que j’ai inquiété mes parents. Ensuite, il y a eu Brel. Puis, j’ai beaucoup écouté des groupes comme Les Têtes Raides ou Noir Désir. Mon goût pour la chanson n’est pas arrivé par hasard...

Et les fondamentaux de la culture rock ?

Seulement à l’âge de 20 ans. Led Zep ou les Beatles, je savais qu’ils existaient, mais je ne savais pas trop ce qu’ils faisaient. Je n’avais entendu que des brides de morceaux, mais j’ai découvert tout ça sérieusement sur le tard.

Les miroirs à l'envers - Clip officiel.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorTu es un autodidacte. Un jour, tu as décidé d’acheter une guitare et d’apprendre seul.

J’ai utilisé la guitare comme un son d’accompagnement et c’est à ce moment que tout a démarré dans ma tête. A 18 ans, je me suis aperçu que j’avais goût à ça. Cinq ans plus tard, ça s’est mis en place.

Tu fais de la chanson française, mais pas si traditionnelle que ça. Tes textes sont très « pince-sans-rire ».

Ce qui m’amuse beaucoup, c’est le décalage. Tu peux tout traiter sans te prendre au sérieux et en restant très léger. A partir du moment où tu es dans le second, voire le troisième degré, tu peux finalement te permettre d’aller beaucoup plus dans le fond des choses.

Tu as beaucoup parlé d’enfermement dans ton premier EP. Dans le second, le thème central est plutôt la liberté, la tentative d’évasion, mais surtout les catastrophes.

Il y a deux chansons qui partent d’un paysage presque post apocalyptique et je m’interroge sur ce qu’il se passe après. On essaie de nettoyer, de faire table rase, mais il reste plein de résidus sous le tapis, derrière les cloisons et même sous la peau. C’est une métaphore sur la société. Ce sont des textes un peu noirs, mais qui se prêtent à une musique un peu plus mordante, un peu plus rock.

Pourtant, tes chansons me font sourire à chaque fois… surtout quand je te vois les interpréter sur scène. Ton attitude va à l’encontre de ce que tu racontes.

J’ai appris la technique du clown un peu moderne. Aujourd’hui, les clowns tristes et les clowns sérieux travaillent beaucoup plus sur le sourire que sur le rire. Moi je travaille sur une atmosphère toujours second degré, une atmosphère où ça peut déraper à chaque instant, chaque phrase.

Du coup, tout ce que tu dis peut-être pris à double sens.

J’aime bien que l’on m’attende quelque part et, soudain, surprendre en renversant la situation.

"Sans langue, sans visage" en live.

Il y a énormément de sorties françaises. Ce n’est pas un peu décourageant ?

Ce qui m’étonne, c’est le nombre de projets de qualité qui sortent. Je trouve épatant la qualité de visions professionnelles des artistes. Parfois, tant de talents, ça décourage, parfois, tu te dis que tu es costaud et que tu vas te battre pour réussir. C’est presque un combat contre soi-même tant c’est une question de motivation. Il faut que je trouve le courage de tenir le temps qu’il faut pour que mon projet continue à se développer. Trouver aussi les moyens de continuer à faire des disques, des concerts… c’est un combat permanent, mais un combat noble.

As-tu une date butoir pour être satisfait de ton sort ?

Je me dis toujours qu’à 35 ans, il faudra que je fasse le point. Ça me laisse encore près de quatre ans.

Tony Melvil est un personnage qui n’est pas tout à fait toi. Est-ce quelqu’un qui te permet de dire et faire des choses que tu ne ferais pas sous ta propre identité ?

Oui, je reviens au parallèle que je faisais avec les clowns d’aujourd’hui tout à l’heure. Tony Melvil, c’est un clown dans le sens de la définition qu’ils en font dans le cirque : sa propre facette, mais dans la maladresse. Je suis en caricature permanente et certains traits de ma personnalité sont gommés parce qu’ils n’ont pas d’intérêt à être mis en spectacle. Tout vient de soi dans le clown.

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Tony Melvil est-il un peu cynique ?

Prendre les choses avec une grosse louche et ne pas être que dans la subtilité, c’est intéressant. Quand on exagère le trait, ça peut très bien passer pour du cynisme. Le prisme de la scène incite à faire les choses en beaucoup plus grand.

Ta voix se libère dans ce deuxième EP, La Cavale.

En effet, je suis moins dans le raconté, moins dans le posé, plus dans le chanté.

Quels sont tes projets immédiats?

En parallèle du projet Tony Melvil, je m’intéresse beaucoup à la danse contemporaine, au théâtre, bref aux autres disciplines du spectacle vivant et à leur manière de travailler. Parfois, on doit aller très vite et on survole certains aspects. La lumière, la mise en scène, le décor… parce qu’on doit être sur des formes très simples et souples. J’ai donc monté une compagnie : La Compagnie Illimitée. Elle a pour vocation de partir de la base de la matière chanson et d’en faire des spectacles qui mélangent d’autres disciplines. Là, on s’est lancé dans un spectacle pour jeune public à partir de six ans, mais qui est avant tout un spectacle pour tous dans lequel il y a plusieurs degrés de lectures. Ça s’appelle « Quand je serai petit ». C’est le regard et l’interrogation d’hommes de trente ans sur leurs souvenirs d’enfance. Qu’aurait pensé l’enfant qu’on était à dix ans de ce qu’on est devenu,  jeune adulte ? Quel rapport a-t-on avec ça ? Est-ce qu’on réalise réellement nos rêves d’artistes ? On bosse beaucoup là-dessus. Les premières sont prévues en octobre 2014.

Les artistes, ne sont-ils pas de grands enfants ?

On grandit, mais on essaie de ne pas vieillir. C’est important d’arriver avec un regard neuf, sans certitude, sans règle, sans marche à suivre. Il faut garder son âme et son regard d’enfant et surtout… savoir se renouveler constamment.

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Tony Melvil et la chanteuse Dyne, mandorisée le même jour. Après les interviews, nous avons discuté chansons et musique.

12 avril 2014

Léonid : interview pour son premier album Léonid

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Léonid m’a été fortement suggéré par la chanteuse Yoanna (mandorisée là en 2007). Quand j’aime bien l’œuvre de quelqu’un et que ce quelqu’un me propose de découvrir l’œuvre d’un autre artiste, j’y jette un coup d’oreille soutenu. Et là, j’avoue, j’ai été conquis immédiatement. Un chanteur à texte comme on en fait de moins en moins. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. On écoute sans se méfier, pourtant Léonid est bien un chanteur engagé. Il ne le revendique pas, mais c’est pourtant clair. De toute la nouvelle génération de chanteur français dit « à texte », il est l’un des plus subversifs.

Léonid a passé 20 ans à travailler avec et pour les autres. Il était temps qu’il sorte le fruit de son travail. Pas grand monde n’est encore au courant, mais il est artiste important que l’on serait bien inspiré d’écouter. Léonid est passé me voir à l’agence le 20 janvier dernier (une semaine avant la sortie de l'album) pour une interview sans concession.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorBiographie officielle:

S'il vit dans la tête de Fafa Daïan depuis l'enfance, Léonid n'a vu le jour qu'en 2010. Une petite vingtaine d'années d'hésitation à venir au monde qui permettra à son géniteur de se forger une expérience.
Entre autres, 13 années de scène, de studio, de composition et d'écriture avec le groupe Sinsemilia, 4 années d'une collaboration passionnée avec la chanteuse suisse Yoanna (
co-écriture, réalisation scène et studio, arrangement), 3 autres années à travailler avec la chanteuse Djazia Satour au développement de son projet solo (réalisation scène et studio, arrangement).
Bien que comblé par des expériences aussi variées que passionnantes, Fafa Daïan reste fermement décidé́ à ne pas avorter le gamin qui lui répétait sans cesse : "quand j'sera grand, j'sera chanteur !"
Alors un beau matin, il se botte le cul, se chauffe la voix entre 2 clopes, enfile son costume de chanteur et dépoussière pour l'occasion son surnom de petit garçon : Léonid !
Au départ, sur scène ils entaient 4 et maintenant ils sont 2.
Multi-instrumentiste autodidacte, sur scène en famille depuis l'âge de 9 ans, Rémi d'Aversa joue l'homme-orchestre pour Léonid avec une humilité et une aisance déconcertantes.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorInterview :

Tu as commencé avec Sinsemilia en tant que trompettiste. Un départ en fanfare, non ?

Oui, un peu par défaut parce que c’est un instrument que j’ai commencé petit, mais qui ne m’a pas vraiment fasciné. J’ai fait dix ans de trompette avec Sinsemilia. Un jour, j’ai prévenu le groupe que soit il me changeait d’instrument, soit je quittais le groupe. Les six dernières années, j’ai été clavier et guitariste.

Tu es resté treize ans au sein de cette formation. C’est quand même énorme !

Oui. J’ai connu la grande époque de Sinsemilia. On a fait les plus grandes scènes de France et d’ailleurs. Cette aventure humaine a été riche et incroyable pour moi. On était une bande de copains qui prenait la route. Nous n’étions pas super bons musiciens au départ, mais il y avait une fureur incroyable quand on montait sur scène. On avait l’impression de jouer nos vies.  En plus, il n’y avait pas une personne mise plus en valeur qu’une autre. C’était très sain.

Et un jour, tu as quitté Sinsemilia. Pourquoi ?léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandor

Au bout de treize ans, je me suis un petit peu lassé. Je ne défendais plus souvent ce que l’on faisait. Je ne veux pas cracher dans la soupe parce que ce passé, pour moi, est extraordinaire. Juste, à un moment, je ne me suis plus reconnu. Je ne prenais plus vraiment de plaisir à monter sur scène. Je trouvais aberrant de jouer dans des salles complètement hystériques. J’avais l’impression qu’on pouvait faire tout et n’importe quoi, de toute façon, les gens allaient hurler. Je regardais ça du haut de la scène et je me faisais la réflexion que je ne comprenais pas et j’avais la sensation que tout ça me correspondait de moins en moins.

Certains auraient été grisés par cela. Toi, ça a été le contraire.

Tant qu’il y avait l’excitation de conquérir le public à la force de notre travail et de notre enthousiasme, c’était bien, mais une fois que c’était installé, que l’on était dans une certaine routine, ça ne m’a pas plu. J’ai commencé à monter des petits projets, à rejouer dans des bars ou des petites salles devant cinquante personnes, à présenter un travail dont j’étais extrêmement fier. J’ai retrouvé ma flamme de départ et ça m’a procuré des sensations incroyables.

Tu chantais déjà ?

Pas tout de suite. J’ai énormément travaillé pour les autres. J’ai envie de chanter depuis que j’ai l’âge de dix ans, mais j’avais une pudeur et un manque de confiance qui ont fait que j’ai mis du temps à me lancer. Là, ça fait quatre ans que j’ose avec Léonid. Petit à petit, j’ose de plus en plus, avec de moins en moins de pudeur. Je commence à trouver ma place.

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Tu as travaillé avec une chanteuse que j’apprécie beaucoup, Yoanna.

J’ai même beaucoup travaillé pour elle. Pendant cinq ans, ça a été toute ma vie. J’ai aidé au développement de ce projet, j’ai réalisé son premier album, j’ai monté son équipe autour d’elle. J’aimais me fondre dans quelqu’un d’autre. J’étais l’ombre de Yoanna.

Cette artiste a une sacrée personnalité.

Une sacrée personnalité et une bête de scène. Je l’ai rencontrée dans les rues à Aurillac, elle faisait des reprises avec son accordéon, je suis resté scotché. Elle avait beaucoup de charisme et dégageait quelque chose de fascinant. Je me suis démerdé pour avoir son numéro et au bout de quatre mois, on est rentré en contact. Et l’histoire musicale entre nous a commencé… et a continué longtemps.

Et puis ça s’est arrêté.

Oui, de manière assez nette. Ça devenait un peu trop passionnel. Ensuite, j’ai repris ma collaboration avec elle comme éclairagiste. Je suis revenu par la petite porte histoire de dire « je ne suis pas loin », mais on s’est quitté musicalement en très bon terme.

J’ai l’impression que quand tu collabores avec quelqu’un, Yoanna ou Djazia Satour, tu ne fais pas les choses à moitié. As-tu besoin de tout régir ?

Exactement, mais j’ai du mal à faire plusieurs choses. C’est pour ça que je suis monomaniaque. J’ai envie de ne pas regretter. Quitte à se lancer dans un projet, il faut donner les moyens pour que ça ait de la gueule. Pour moi, un projet musical qui ait de la gueule, ça ne se résume pas qu’à un bon disque et une série de bonnes chansons. C’est un tout. Il faut aussi un spectacle avec du fond et de la forme, une com’ qui soit cohérente avec l’idée qui est défendue dans les chansons. J’aime bien avoir une vision globale.

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorAujourd’hui, il y a Léonid. C’est qui Léonid ?

C’est moi. Il s’agit de mon surnom de petit garçon. Mon enfance est un moment de ma vie qui n’est pas encore digérée.

Au début de ce « projet », vous étiez quatre, je crois.

Oui. C’était une formation de quatre instrumentistes chanteurs énormément basée sur les harmonies vocales. Pour moi, les mélanges de voix, c’est ce qu’il y a de plus magique. Cette formule a duré trois ans. On a eu des retours dithyrambiques sur nos concerts, mais c’est une histoire qui ne s’est pas du tout développée parce que je suis l’anti commerce incarné. Je suis incapable de me vendre.

Tu te cachais encore beaucoup derrière les autres avec cette première formation.

C’était une machine de guerre quand on montait sur scène. Et effectivement, je me cachais toujours derrière, je n’arrive pas à expliquer pourquoi. C’est un travail que je revendique, mais je ne voulais pas me mettre en avant. J’y allais sans vraiment y aller.

C’est fou ce paradoxe. Tu veux réussir dans la chanson, tu fais tout pour et au final, tu détestes que l’on te voie.

C’est fou, je ne te le fais pas dire. Il y a un côté schizophrène. Mais, je vais te dire la vérité : j’ai des problèmes de crises d’angoisse par rapport à plein de choses, mais notamment, le fait d’avoir la responsabilité d’un spectacle, d’être celui qui est mis en avant. A chaque concert, je me dis que je devrais être partout sauf ici.

Mais sur scène, tu sembles très à l’aise. Tu communiques beaucoup avec ton public.

C’est incroyable. Quand je suis sur scène, il y a un truc en moi qui se réveille et qui sort de ne je ne sais où. Avant c’est l’horreur, pendant, c’est le bonheur.

Teaser 2014 Léonid (duo). Images tirées des concerts à la Bobine de Grenoble les 3 et 4 octobre 2013.

Aujourd’hui, pourquoi as-tu réduit la formation ?

Pour que ce soit plus fluide, au niveau des déplacements, de la logistique et aussi, parce qu’il y avait des soucis de disponibilités des uns et des autres. Mais, au final, le fait de se retrouver à deux avec Rémi, a été un révélateur incroyable.

Rémi, c’est ton cousin germain. Léonid devient une histoire de famille.

Oui, et on a monté un spectacle complètement hybride. Rémi est un musicien génial. Il joue de tout, on l’appelle « la pieuvre ». Il fait l’orchestre. Il a un clavier dans chaque main, une grosse caisse, un pad, il fait les chœurs en même temps. Le tout avec une humilité, une simplicité et une sensibilité qui sont rares et essentielles pour moi. Notre complicité est sans aucune faille.

J’adore tes textes… ils sont un peu cyniques et jamais méchants.

Comme j’ai beaucoup de pudeur, je ne veux surtout pas tomber dans le pathos et le larmoyant. J’ai au fond de moi des peurs et des préoccupations qui sont assez lourdes, j’ai donc trouvé le moyen de les exprimer à travers l’ironie, la légèreté et le cynisme. Je veux que les gens ne sachent pas s’ils doivent sourire ou partir en courant.

Léonid et ses invité(e)s dans "La révolution d'octobre". Images tirées des concerts d'octobre 2013 à la Bobine de Grenoble.

Tu joues beaucoup avec les mots.

Je suis un très grand amateur de textes et de chansons. Brassens par exemple, son travail est fascinant. Après, j’ai grandi avec Renaud. Ce qu’il faisait entre 1975 et 1985 était purement génial. Je suis fou aussi de Gainsbourg et d’Higelin. J’ai grandi avec tous ces gens-là. Du coup, quand je prends mon stylo pour écrire, je pense à eux et je ne veux pas rendre une copie médiocre. Je n’écris jamais à la légère. Je veux de la forme et du fond.

Ca représente quoi pour toi de sortir ton premier album ?

Un énorme bonheur. Ce que j’avais fait jusqu’à présent dans mon métier, je sentais que ça ne touchait pas mes proches. S’ils étaient contents de me voir à la télé avec Sinsemilia, je sentais qu’il n’y avait pas un réel intérêt pour le fond. Ils n’allaient pas me voir en concert, ni n’écoutaient mes disques. Je sentais qu’il y a avait un décalage entre le monde dans lequel j’évoluais dans ma vie personnelle et le monde dans lequel j’évoluais musicalement. Avec cet album, j’ai l’impression qu’il y a un truc qui en en train de se passer. Les deux se retrouvent enfin. Quand je vois ma grande sœur, qui est pour moi une référence, me faire des remarques sur mes chansons, ça me touche beaucoup. Quand j’apprends que ma meilleure amie, qui est une grande amatrice de chanson française, écoute mon disque régulièrement, pour moi, c’est énorme.

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Léonid: "Quand j'entends les questions de Mandor, je m'endors".

léonid,fafa daïan,yoanna,interview,mandorQuand elle a su que je te recevais, Yoanna m’a demandé de te poser deux questions. Voici la première : pourquoi as-tu si peur des silences ?

Long silence…

J’ai arrangé beaucoup de chansons pour elle. J’aime quand il y en a partout. Quand il y a une petite mélodie là, s’il y a un blanc, j’ajoute un truc rythmique qui relance… bref, je n’aime pas quand il n’y a rien. Yoanna m’a toujours dit qu’elle aimait mon travail, mais que ça manquait de silence.

J’ai cru qu’il y a avait une référence à ton attitude dans la vie.

Elle fait peut-être aussi référence à comment je suis dans la vie. J’ai tellement peur de tout dans la vraie vie qu’elle aurait pu simplement poser la question « pourquoi as-tu si peur ? ».

Tu aurais répondu quoi ?

Que je n’en sais rien.

Deuxième question de Yoanna : qu’est-ce que ça fait de commencer sa carrière à l’Olympia en étant disque d’or et aujourd’hui, de devoir jouer devant vingt vieilles, vendre trente albums, le tout produit par un label à chier ? 

(Rires) La réponse est simple. Je redécouvre le bonheur de pratiquer mon métier.

"Instant culture". Une fausse interview qui fait déclencher plus qu'un sourire et quelques extraits de l'album.

Pourquoi es-tu anti-sytème ?

J’ai de qui tenir. Je suis issu d’une famille extrêmement militante. Les membres de ma famille sont tous communistes. Moi, je ne suis pas du tout militant, mais j’ai hérité de toutes les valeurs de ce parti. Je ne suis pas militant, car je suis pessimiste. Dans l’espèce humaine, je ne pense pas que l’homme soit foncièrement bon. Je pense qu’il va droit dans un mur qu’il a construit lui-même. Je vois difficilement comment l’humanité pourrait s’en sortir autrement. En tout cas, je ne veux pas faire comme mon père, du porte-à-porte pour sensibiliser les gens.

Mais, c’est du militantisme de dire des choses importantes dans des chansons, non ?

En tout cas, je dis ce que j’ai dans le bide. Vu que dans mon bide il y a un héritage politique, des messages sortent certainement, mais forcément tournés en dérision.

Pourquoi chantes-tu, au fond ?

Je me pose la question tout le temps. Quand j’étais petit, on m’a offert un disque de Renaud. Je me suis juste dire que je voulais faire pareil. Je suis fasciné par ça depuis mon enfance. Être chanteur, aujourd’hui, pour moi, c’est aussi être aux commandes de ma propre vie. Je n’ai aucun intermédiaire. Je mène ma barque comme je l’entends.

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Après l'interview, le 20 janvier 2014.

09 avril 2014

Kyo : interview pour la sortie de "L'équilibre"

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Dans le monde de la musique d'aujourd'hui, en France, le retour de Kyo était considéré comme un évènement. Il y avait les sceptiques (dont je faisais partie) et les « certains-que-ça-allait-cartonner ». La deuxième catégorie peut se réjouir. Kyo est n°1 des ventes digitales et n°2 des ventes physique dès la première semaine de sortie. Un vrai carton.

Kyo n’est pas mon groupe préféré, je suis vieux. Ce n’était pourtant pas la première fois que je les rencontrais dans le cadre de ma vie professionnelle (voir, par exemple, la mandorisation d’Empyr, il y a deux ans… deux des membres du groupe y participaient, dont le chanteur Benoît Poher). Humainement, rien à dire. Les Kyo sont simples, modestes et lucides. Il y a pire.

Rencontre avec les quatre membres de Kyo pour évoquer l'album L'équibre, dans un hôtel parisien, le 21 mars 2014, à l’heure du déjeuner. Voici le fruit de cet entretien, publié dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc, daté du mois d’avril 2014.

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Clip de "L'équilibre".

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Clip de "Le Graal".

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Après l'interview, le 21 mars 2014, dans le restaurant d'un grand hôtel parisien.

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03 avril 2014

Dyne : interview pour son EP "A la tombée des nues"

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(© Hélène Kérisit)

Voilà une artiste encore inconnue dont j’aime la voix (elle est capable, avec une dextérité étonnante, de descendre dans les graves comme de monter dans les aigus), les textes et les compositions. Pianiste hors pair, Dyne chante et joue avec une sorte d’urgence qui ne peut pas laisser indifférent. Une bonne raison pour s’y intéresser et lui offrir ici un peu de visibilité. Pour le moment, il n'existe encore aucun clip, juste des captations lors de Tremplins ou lors de prestations dans de petites salles.Quand j’ai reçu la chanteuse à l’agence, le 18 décembre dernier, j’ai été très étonné par ses propos. Elle tient un discours inédit pas piqué des hannetons, mais intéressant. J’aime être surpris quand un artiste me parle et là... je n’ai pas été déçu.

dyne,à la tombée des nues,interview,mandorBiographie officielle, à propos de l’EP 6 titres, A la tombée des nues.

Ça parle d’amour. Comme pas mal d’autres avant elle.
Ça parle avec pas grand-chose, un piano, une voix, une contrebasse, parfois une guitare. Ça suffit à évoquer les rêves et les espoirs, les désillusions aussi. Ça parle de quelques-uns sans jamais vraiment les dire et c’est ce qui touche, l’émotion brute et fragile qui s’immisce entre les lignes des notes. Des parcelles de classique, jazz, latino, variété, des parcelles de gens, de vécus, de cœur que Dyne livre sur un plateau d’argent à qui veut l’écouter.

Car Dyne c’est ce mélange d’une intimité si étrange qu’elle en reste ouverte à chacun, là, sous vos oreilles, c’est son émoi qui bat au rythme de ses songes, aux rythmes saccadés, brisés par l’effet de surprise que peut prendre la tournure des vers. En musique, rien ne se répète vraiment, Dyne se joue du piano sur les sentiments… avec sincérité. C’est un mot d’ordre et de droiture, c’est bien sa vie qu’elle met en jeu dans ses textes. Au service d’une mélancolie qui empoigne avec douceur, des mélodies qui n’ont pas de refrain, dont on se souvient pourtant.

Et s’il fallait trouver un but à la démarche, il serait dans l’instant. Creuser dans les silences comme on creuse sa bulle, une brèche dans le temps où l’auditoire est pris d’une même chaleur, partager l’émotion d’un être qui se donne sans carapace l’espace d’une chanson.

Pour en savoir plus sur son actu, suivez sa page Facebook.

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(© Hélène Kérisit)

dyne,à la tombée des nues,interview,mandorInterview :

Tu as un cursus d’arts appliqués. À la base, tu voulais devenir mangaka (auteur de manga)

Oui, j’ai suivi cette voie jusqu’à mon bac, puis j’ai tenté de faire un BTS de design de mode avant de changer d'orientation une nouvelle fois et faire une licence de musicologie. Je voulais raconter des histoires.

Dans le dessin, tu aimes quoi ?

Les gens. Dans le dessin et le design, j’aime croquer les gens. Mais, plus généralement, depuis toute petite, j’écris des romans, des livres dont tu es le héros et je raconte les gens.

Tu ne te contentes donc pas d’un art.

Et je vais même te dire que la forme d’art dans laquelle je suis le moins à l’aise, c’est la chanson. La poésie d’une chanson est extrêmement difficile à trouver. C’est compliqué d’amener des situations, des contextes, des surprises avec des mots épurés. La poésie, les paroles de chansons, ce sont des éclats de surprises.

Comment en es-tu venue à décider de chanter ?

J’ai commencé à composer à l’âge de huit ans. J’aimais inventer. Je me suis mise à écrire des chansons quand je suis tombée amoureuse, à l’âge de douze ans. J’aimais écrire des déclarations. J’ai commencé à chanter parce qu’il fallait bien que quelqu’un interprète le fruit de mon travail d’auteure-compositrice. À cette époque, je n’avais pas spécialement envie d’être sous les projecteurs. Même aujourd’hui, ce qui me plait le plus, c’est inventer.

"Si tu l'as pas compris", version live en 2013.

Tes chansons sont compliquées dans leur structure. Tu ne te contentes pas de trois dyne,à la tombée des nues,interview,mandoraccords…

Elles ne sont pas évidentes à jouer et chanter en même temps, en effet. Je ne fais pas forcément des chansons que l’on a envie de fredonner. Je prends le chant et le texte avec la musique. C’est comme si c’était une voix qui faisait partie de la musique.

C’est rare de créer une chanson texte plus musique en même temps. 

Chez moi, tout vient ensemble. Mais, c’est aussi une volonté. Comme je ne me sens pas la plus douée en la matière, je préfère créer de la manière la plus sincère possible. Donc, je compose et écris uniquement quand ça vient. Il me faut l’inspiration ou une volonté profonde de sortir quelque chose. Quand l’inspiration vient, elle se matérialise en un jet. Et après, je ne retouche pas. J’accepte ce que j’écris sans rien changer parce que c’est venu de mon cœur. Je ne juge pas ce que je fais, sinon je me prends trop la tête.

C’est de l’écriture instinctive ?

Complètement instinctive. C’est même de l’écriture inconsciente. Encore une fois, j’écris des chansons, ensuite, je vois ce que j’ai créé. Il y a des artistes qui ont une intention et qui vont la créer. Moi, je crée et après je vois l’intention que j’ai mise en avant. Il m’arrive de découvrir des phases de ma vie.

Musicalement, c’est pareil ?

Quasiment. Je lis la musique à peu près, mais je ne connais ni les accords, ni les gammes. Rien n’est prémédité. C’est pour cela que mes chansons sont parfois imparfaites. Par contre, elles sont le reflet exact de ce que je suis.

Je trouve ta voix exceptionnelle.

Le problème de la voix, c’est qu’elle fait partie de ton physique, donc, tu peux l’abimer. Et c’est quelque chose qui ne se remplace pas. J’ai donc pris quelques cours avec un professeur incroyable.

Tu t’amuses bien avec elle.

J’ai une voix plutôt « jazz ». J’arrive à sortir des timbres différents.

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As-tu des modèles dans la chanson ?

Je commence tout juste à m’intéresser à la chanson française. Je sais que je vais choquer beaucoup de personnes, mais ça m’a répugnée pendant un moment. Je ne trouvais pas ça bon. J’avais du mal avec les textes et je trouvais la musique pauvre. Alors que non, en fait, évidemment. Mais les premières chansons qui sont arrivées à moi ne m’ont pas marquées. Ça ne m’a pas donné envie de chercher. Même Brassens et Brel, ça ne m’a rien procuré. Par contre, un jour, je suis tombée sur Barbara et je me suis sentie assez proche d’elle.

Tu as fait une fac de musicologie. Tu devrais être ouverte aussi à la chanson, non ?dyne,à la tombée des nues,interview,mandor

C’est d’ailleurs là que j’ai un peu changé d’avis, car il y a avait un cours de chanson française. Par la force des choses, ça m’a amenée à découvrir ce monde-là. Ça m’a davantage intéressée quand j’ai compris les contextes, ce qu’il y a derrière les chansons, les thèmes d’une œuvre…  Mais quand même, j’ai du mal avec les chanteurs morts. Je préfère aller vers le vivant. Je sais que je peux encore être surprise par eux.

Et dans les « vivants », alors, tu apprécies qui ?

J’adore Nicolas Jules par exemple. Ses textes m’ont vraiment étonnée. La chanson, ce n’est pas là où on va trouver la plus grande musique. Moi, je suis très musicale, j’aime le rythme, le groove…

C’est l’hôpital qui se moque de la charité… on ne peut pas dire que ton EP soit hyper groove.

C’est paradoxal, je sais, mais ce que je fais, je ne l’écouterais pas. Ce n’est pas un truc vers lequel je me tournerais. C’est de la chanson. Mais, c’est ce qui sort de moi, je n’y peux rien. Par contre, je t’avoue qu’en ce moment, il y a des nouvelles chansons qui m’arrivent. Elles sont plus « punchy » et plus jazz.

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Qu’est-ce que ça t’apporte de chanter ?

J’ai besoin de m’exprimer au plus juste, de sortir des choses qui me touchent. J’ai remarqué que je pouvais faire de la musique pendant des heures et que je ne m’ennuyais jamais. C’est ça qui m’a poussée à persister dans cette voie. C’est toujours une source de curiosité et d’approfondissement. Mes autres activités, au bout d’un moment, ça pouvait devenir une corvée.

As-tu envie de devenir chanteuse musicienne professionnelle?

Ce n’est pas forcément une envie. C’est un besoin mêlé à un devoir.

Un devoir ?

C’est un devoir que je ressens en moi. Je pense que chacun à son utilité sur Terre et est doué pour quelque chose. Il a donc le devoir de le partager avec les autres. Je sens en tout cas qu’il y a quelque chose dans l’expression que je dois développer.

Je reviens au terme « devoir ». C’est amusant parce que pendant longtemps, je pensais que les artistes avaient pour mission de divertir, faire réfléchir ou sensibiliser. Tu penses quoi du terme « mission » ?

Je n’ose pas l’utiliser parce qu’il est très fort. Le problème du monde dans lequel on vit, c’est que l’on met des valeurs sur la société, mais tout le monde est « à part » et chaque mission est importante. La mission de l’artiste a un rapport avec les autres. Elle est un exemple, un regard et un véhicule.

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Te sens-tu parfois habitée ? Quand tu es sur scène par exemple.

Parfois, je suis tellement partie que j’oublie ce que je fais. Il faut que je parvienne à un équilibre entre la concentration et l’abandon.

Il faut s’abandonner ?

En s’abandonnant, pour ma part, c’est là où je parviens à me connecter aux autres. Plus je m’abandonne, plus les gens me disent que je suis avec eux.

J’ai lu que quand tu écrivais une chanson, tu pensais toujours à une personne. Est-ce toujours le cas ?

Beaucoup moins. J’évolue. Maintenant, un texte peut me venir par rapport à un mot que j’entends. Par exemple, j’ai une chanson récente qui s’appelle « Girouette ». Je suis partie de ce mot. Maintenant que le texte est terminé, je sais à qui s’adresse cette chanson. Je me découvre à partir de mes inspirations.

"Girouette" en concert privé en région aixoise en février 2014. A la contrebasse Renaud Duret.

Est-ce que tu trouves que ta carrière est longue à aboutir ?

En ce moment, je suis découragée. Je continue parce que j’en ai le devoir… et c’est ça qui me permet de tenir.

Te sens-tu différente des autres ?

Tous les gens sont différents, tous les gens sont similaires.

Ton discours est très original. Aucun autre artiste n’ose vraiment l’aborder.

C'est difficile d'en parler ouvertement, il faut pouvoir assumer un tel discours. Ça peut être assimilé à beaucoup de choses. Je ne veux pas être considérée comme quelqu’un d’illuminé, par exemple. Quand tu tiens des propos aussi francs dans une direction, tu sais que ça ne va pas correspondre à plein d’autres directions et de modes de pensée. Je prends le risque. Je veux être la plus sincère possible. Dans mes chansons et dans ma vie.

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Une selfie avec Dyne et mes deux stagiaires de 13 ans, présentes ce jour-là pendant l'interview.

29 mars 2014

Danakil : interview express pour Entre les lignes

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danakil,entre les lignes,interview,mandorDanakil est depuis plus de dix ans l'un des fers de lance du reggae français. Le succès de ce combo ne doit rien au hasard tant il a su faire siennes les inspirations et les influences musicales jamaïcaines en leur ajoutant ce que les textes de chanson française ont de meilleur. Leur quatrième album, Entre les lignes propose une fois de plus, des textes engagés et conscients parlant de l'actualité comme peu sont capables de le faire.

Conversation, le mois dernier, avec Das aka Mathieu Dassieu, saxophoniste, compositeur, manager et coach du groupe.

Interview:

Êtes-vous nombreux à faire partie de la scène française reggae française ?

Nous sommes une ribambelle de groupes à arpenter les routes de France avec cette musique qui est pourtant boycottée par la plupart des grands médias. Nous avons très peu de visibilité médiatique, mais sur la route, dans les salles de concert, il y a un vrai engouement.

Il y a beaucoup de clichés autour des groupes de reggae. Lesquels entendez-vous le plus souvent ?

On réduit le reggae à des textes faibles, qui ne sont que dans la dénonciation et l’anti système. Le reggae est un vrai mouvement qui compte beaucoup d’amateurs qui savent que ce n’est pas que ça. Nous prônons aussi la pensée positive.

Clip de "Hypocrites".

Danakil est un groupe engagé et conscient à l’écriture très poétique. Vous faites attention à écrire de cette manière ?

Nous savons que nous n’avons pas le droit à l’erreur. Nous sommes conscients de nous être adonnés à quelques facilités dans le passé. Aujourd’hui, il faut faire attention aux styles des textes pour ne pas nuire à notre mouvement. L’écriture et les messages que l’ont fait passer sont primordiaux. Il faut tourner les choses le mieux possible.

Vous dénoncez dans vos chansons, mais vous ne franchissez pas la frontière de la démagogie. C’est compliqué ?

On compose tous ensemble, mais c’est Balik, notre chanteur, qui écrit les textes. Il puise son inspiration dans les faits d'actualité qu'il dénonce avec poésie et détermination. Les autres membres ne s’interdisent pas de faire des remarques s'ils estiment que c’est mal tourné ou que telle partie a plus sa place à tel endroit. On est dix à réfléchir dessus, donc, on ne laisse pas passer grand-chose qui ne serait pas honorable. Du coup, on assume à 100% ce qui est écrit et chanté par Balik. Nous ne sommes pas uniquement dans la revendication. Nous faisons aussi des chansons légères qui ne sont pas prises de tête. Il faut aussi savoir se laisser aller et être positif.

Clip de "Le rêve".

Les membres du groupe se connaissent depuis près de 15 ans, vous avez 10 ans de carrière, vous sortez un quatrième album… est-il compliqué de se renouveler ?

Quand on s’est rencontré, on était un groupe de lycéen. Nous avions 18 ans. Nous sommes arrivés à la professionnalisation de notre métier de musicien très progressivement. Chaque album a marqué une progression musicale du groupe. Aujourd’hui, nous avons 30 ans et je trouve que nous ne sommes jamais allés aussi loin de la production d’un album. Entre les lignes est l’album le mieux produit et dont les arrangements sont les plus fouillés.

Il y a des guests dans votre album. C’est le plaisir de partager avec d’autres musiciens avant tout ?

Dans cet album, on a choisi des featurings affectifs. Ce n’est pas le feat avec les Twinkles Brothers qui va nous permettre de vendre 50 000 albums de plus. C’est juste la volonté de travailler avec des gens qu’on écoute depuis qu’on est mômes. Pareil pour Groundation. On a partagé la route avec eux pendant une année, on a donc noué des liens humains avec eux. Ils font vraiment l’unanimité au sein de Danakil. Ce sont des musiciens exceptionnels qui sont de vraies sources d’inspiration pour nous. Il y a aussi Ky-Mani Marley, une vraie référence ultime en reggae pour nous. On l’écoutait quand nous étions jeunes et le fait de jouer avec lui dans un album à nous nous montre que les choses avancent. 

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27 mars 2014

Zachary Richard : interview pour Le fou

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Avec Le Fou, son 20e album, le "Roi du Cajun" Zachary Richard, créateur du tube Travailler, c’est trop dur, renoue avec le public français. Comme à ses débuts, cet écologiste, empreint de spiritualité, défend avec ferveur le français de Louisiane, sur le groove ensoleillé et chantant de sa région natale…

Le grand retour de Zachary Richard en France est donc un évènement! Après cinq ans d’absence, il foule à nouveau ce territoire. Entre ce défenseur hors pair de la musique louisianaise et l’Hexagone, s’établit pourtant une histoire longue, tumultueuse et passionnelle: de celle qui dure.

Rencontre, dans les locaux de TV5 Monde, le 6 mars dernier, avec un musicien amoureux de la langue de ses ancêtres.

zachary richard,le fou,interview,mandorBiographie officielle (extrait) :

Francophone militant, écologiste engagé, poète, chanteur, auteur et compositeur, la musique de Zachary Richard est très enracinée dans sa Louisiane natale. Inspirées par la multitude de styles musicaux de la région, ses chansons dépassent, cependant, les limites d’aucun genre.  Fortes en poésie et riches en atmosphère, elles appartiennent à un univers unique et passionné.

En octobre 2012, Zachary Richard lance le 20e album de sa carrière. Retournant aux racines, Le Fou est imprégné des rythmes et des sons de la Louisiane. C’est un album simple, mais riche en sentiment et émotion.  Les thèmes de résistance (« Laisse le vent souffler ») de séparation (« La chanson des migrateurs ») et de crise identitaire (« Orignal » ou « Caribou ») sont toujours présents, mais l’album est épicé par plusieurs chansons inspirées par la Louisiane comme seul Zachary sait le faire (« Clif’s Zydeco », « Sweet Sweet », « Crevasse Crevasse », « Bee de la manche »). La chanson titre parle de la marée noire de 2010, de quoi, selon l’auteur, devenir fou. 

- le Québec n’est pas TRÈS exportateur

Ce nouvel album reflète la sensibilité et  l’engagement de cet auteur-compositeur difficile à définir dont la carrière nous charme et nous bouscule depuis quarante ans. 

zachary richard,le fou,interview,mandorInterview :

Vous êtes venu il y a cinq ans… cette fois-ci, y a-t-il une différence ?

Oui. Je trouve que les gens sont plus sympathiques. C’est quand même très stressant la vie parisienne, c’est bruyant également, on est toujours bousculé dans tous les sens. En revanche, peut-être que les gens cherchent ici à trouver une sympathie entre eux pour que ce stress puisse être apprivoisé.

Vous avez reçu hier le Prix du Cercle Richelieu-Senghor (remis à "une personnalité dont l'action a contribué de façon exceptionnelle au rayonnement international de la langue française"). Ça vous a touché un tel prix ?

On fait d’abord de la musique parce qu’on aime ça, mais quand on est reconnu, c’est toujours très flatteur. Ce prix, en particulier, me touche parce que Léopold Sédar Senghor est quelqu’un que j’admire et qui est admirable dans sa vision de la francophonie. Cette diversité multi-ethnique, multi-culturelle et multi-raciale, qui était la vision de Senghor est quelque chose qui me bouleverse profondément.

Clip de "Laisse les vent souffler" extrait de l'album Le fou.

Pourquoi défendez-vous la langue française depuis toujours ?zachary richard,le fou,interview,mandor

Parce que je l’aime. Si je revendique la possibilité de s’exprimer en français en Louisiane, c’est parce que cela m’est cher. Il y a deux choses qui me touchent beaucoup en Louisiane : l’environnement naturel et la culture cajun française. Il se trouve que les deux sont menacés, c’est donc normal et naturel pour moi de vouloir venir en aide à l’un et à l’autre. J’ai pris conscience du monde en 1968, dans des États-Unis qui étaient déchirés par la guerre du Vietnam. Moi, j’étais du côté des résistants et donc, ma vision du monde, ma vision musicale et ma vision poétique ont été forgées dans le creuset de 1968. J’ai commencé à composer des chansons, fortement inspirées par des gens comme Bob Dylan ou Neil Young. J’ai commencé à écrire de la poésie inspirée par Gary Snyder et Léonard Cohen… J’ai eu la chance de voir la société à travers les lunettes de cette période-là fort tourmentée et de m’imaginer qu’on pouvait améliorer les choses.

Il y a dans la tradition américaine des chanteurs engagés, c’est pour cela que vous l’êtes vous aussi ?

Je ne suis pas un chanteur engagé, mais je suis assez fier de penser que des choses que je fais ou des chansons que j’écris peuvent avoir une influence positive sur la société. De pouvoir transmettre notre héritage français en Louisiane est extraordinaire. Je refuse la notion qu’on nous l’arrache face à la culture américaine, rouleau compresseur assimilatrice… je résiste.

Le plus grand succès de Zachary Richard, "Travailler, c'est trop dur".

zachary richard,le fou,interview,mandorVous chantez des chansons pour qu’il y ait un impact sur la vie des gens ?

J’écris des chansons, avant tout, pour m’exprimer. Il se trouve que j’exprime plein de choses. J’ai des chansons frivoles, voire ridicules. Ce n’est pas volontaire. Je prends mes chansons comme elles viennent. J’ai les antennes sorties et j’attends que la muse vienne me visiter. Je n’ai jamais écrit une chanson volontairement, je ne me suis jamais considéré non plus comme un prédicateur qui donne des leçons. Je veux juste véhiculer de l’émotion et une pensée que je souhaite subtile et positive. Il se trouve qu’à travers les centaines de chansons que j’ai composées, il y en a qui s’adresse à la conscience collective.

Quand vous dites que vous attendez la muse, caricaturez-vous un peu ?

Non, pas du tout. Je suis très indiscipliné, donc, par la force des choses, j’attends l’inspiration. Mais, il se trouve que je n’ai pas à attendre très longtemps. La vie d’un être humain est pleine d’émotion,  de belles choses, de lumière et de noirceur, donc forcément, ça va surgir un jour. Pour la musique, c’est plus simple, j’entends des mélodies tout le temps. Depuis l’âge de huit ans, ma tête est chargée de mélodies et de musiques. Où que je sois et dans n’importe quelle circonstance je peux entendre la musique des anges.

Être auteur compositeur, est-ce un métier fascinant pour vous ?

Il y a à la fois, le rythme, le son, le son des mots et aussi le sens. J’essaie toujours de dire des choses qui ont du sens et qui vont pouvoir transmettre une émotion ou une pensée de la façon la plus élégante. D’avoir quelque chose à dire vient de l’inconscient et du brouillard, mais elle vient aussi de mon expérience. Sur mes treize nouvelles chansons, je raconte ma vie et uniquement à travers le prisme de choses qui me préoccupent, qui me touchent, qui me font chier ou qui m’exaltent. Ça passe par des processus spirituels, magiques ou mystiques, je n’en sais rien, je m’en fous. Je ne veux même pas tenter d’analyser, j’ai trop peur de perdre mon « modjo ».

Quand vous avez cette matière brute, est-ce jubilatoire pour vous de la travailler ?

La chanson, c’est de l’artisanat. Tout bon artisan a du plaisir à faire son métier. J’ai une satisfaction à bien travailler.

Zacharie Richard, Francis Cabrel et Alain Souchon interprètent "Jolie Louise".

En France, il y a des grands de la chanson qui vous vouent une admiration sans bornes.zachary richard,le fou,interview,mandor Francis Cabrel, Alain Souchon, Julien Clerc par exemple. Mais le grand public ne vous connait pas… je ne le comprends pas.

Ça ne m’ennuie plus, parce qu’il y a des explications à ce phénomène. Je n’ai jamais été très présent sur le territoire français. Je suis très connu au Québec, mais le Québec n’est pas très exportateur de culture, à part Céline Dion, Isabelle Boulay et Lara Fabian… Ma relation avec le territoire français a été un peu « polluée » par une vision nord-américaine. J’étais frustré de ne pas être accueilli à bras ouverts par ce pays parce que je tenais le flambeau de la langue française en Louisiane. J’ai fini par comprendre qu’on ne peut pas imposer la vision ou les préjugés d’une culture sur une autre. J’ai enfin compris que ce n’était pas au public de venir vers moi, mais c’était à moi d’aller vers le public. A partir de là, j’ai commencé à apprécier mes séjours en France.

Cet album s’appelle Le fou. Il reprend le titre d’une chanson sur un Fou de Bassan. Mais, plus généralement, faut-il avoir un grain de folie pour être artiste ?

Je suis mal placé pour répondre, mais je pense qu’on l’est tous un peu. La carrière artistique est très difficile parce qu’on est très vulnérable. On arrive, on ouvre son cœur et les gens peuvent te cracher dessus aussi bien qu’ils peuvent t’embrasser. C’est compliqué de gérer tout ça.

C’est le prix à payer pour exercer ce métier ?

On est à la fois chaman, prêtre, chanteur, guérisseur et « divertisseur ». Parmi nous, il y en a qui sont très adulés, car ils apportent beaucoup de bonheur. Véhiculer du bonheur, ça rend parfois fou parce qu’il y a des histoires d’ego à canaliser. Votre question est difficile parce que moi-même je m’interroge sur ce sujet. Baudelaire prétendait qu’il fallait plonger dans la folie pour créer de l’art, mais moi, je prétends qu’il faut surtout être ouvert à la vie. Les émotions, les passions sont la matière brute de la chanson. Il faut savoir gérer ça pour ne pas aller à la perdition.

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Après l'interview, le 6 mars 2014.

23 mars 2014

Franck Monnet : interview pour Waimarama

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Franck Monnet a choisi de vivre aux antipodes de Paris, dans un petit bout de terre face à l'océan pacifique. Après huit ans de silence, cet orfèvre d'une pop raffinée, présente son nouveau disque, Waimarama. Réalisé par Edith Fambuena (Daho, Higelin, Bashung…), Waimarama frappe par la précision et l'intimité de ses climats, inscrivant Franck Monnet au coeur de la scène d'aujourd'hui ; libre, décomplexée, vagabonde et touchante.

Je l’ai rencontré à l’Hôtel du Nord pour une interview, le 28 février dernier. Je dois dire que j’étais ravi de rencontrer cet artiste majeur de la chanson française (d’autant plus que c’était la première fois).

franck monnet,waimarama,interview,mandorBiographie officielle (largement raccourcie) :

Après huit ans d’absence, celui qu’on a surnommé « le dentellier de la pop » brise le silence. Évidemment, il serait pratique de présenter ce nouvel album de Franck Monnet avec cette formule à l’emporte-pièce : « le meilleur chanteur français de Nouvelle-Zélande », puisqu’il a choisi d’y vivre. Franck Monnet est un auteur-compositeur-interprète accompli, il est un parolier adoubé, notamment par Vanessa Paradis ou Claire Diterzi. On les comprend. D’autant qu’avec le temps, son écriture ne cesse de gagner en limpidité. Waimarama, le titre du disque, est le nom d’un petit paradis face à l’océan pacifique. Musicalement, cet album s’inscrit sous le signe du dépouillement, qui n’a jamais été synonyme d’austérité : des cuivres et des cordes viennent ponctuellement habiller ses mélodies ciselées d’une main d’artisan. Orfèvre d’une pop raffinée, il est de ceux qui savent faire le pont entre le souci du texte et celui du son.

Les chansons qui composent Waimarama ont été écrites et pré-produites entre Paris etfranck monnet,waimarama,interview,mandor Paekakariki : une période de transition qui a vu le chanteur à la fois devenir père et sortir de son dandysme parisien pour s’établir en Nouvelle-Zélande. Elle a été endeuillée par la disparition de la chanteuse Lhasa, à laquelle le titre « Les Faons » est dédié. La suite de l’enregistrement a eu lieu en petit comité à Paris et au studio de la Fabrique, à Saint-Rémy de Provence, en 2013. Edith Fambuena l’a réalisé (Alain Bashung, Etienne Daho, Jacques Higelin...). Elle a eu la mission délicate de draper les chansons sans qu’elles aient l’air trop habillées. Elle est responsable du climat, des profondeurs de son, des samples discrets. Enfin, quatre chanteuses sont venues lui donner la réplique : Pauline Croze et Camelia Jordana pour deux duos, Jeanne Added aux choeurs, rejointe parfois par Lisa Tomlins, chanteuse māori. Franck Monnet est un chanteur discret. Trop, peut-être. Mais qui passe un cap avec Waimarama. Le cap d’une carrière singulière qui va forcément le mener dans la lumière.

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(Photo : Julien Mignot)

Interview :

S’exiler en Nouvelle Zélande tant de temps… Ressens-tu une attente de la part de ton public ?

Je ne me suis pas du tout posé la question de savoir si on m’attendait. J’ai fait mes trucs dans mon coin. J’espérais que ceux qui aimaient bien mes disques précédents seraient contents de me revoir.

Ce départ et cet arrêt brutal ont étonné tout le monde, en tout cas.

Il fallait que je m’arrête. Ca m’avait pris du temps de faire le répertoire de mes quatre premiers albums. Je n’ai jamais été rapide contrairement à ce qu’on aurait pu croire. Quand j’ai fini Malidor et le conte pour enfants, Quand on arrive à Malidor, un livre CD  sorti chez Actes-Sud, j’ai compris que j’étais à la fin d’un cycle et qu’il fallait que je recommence à zéro.

franck monnet,waimarama,interview,mandorIl s’est passé huit ans entre ton précédent album, Malidor et celui-ci, Waimarama. As-tu eu peur que plus personne ne se souvienne de toi ?

Non,  j’espérais juste que les gens qui m’avaient été fidèles jusqu’à présent allaient avoir la curiosité d’écouter mes nouvelles chansons. Ceux qui se sont approchés de moi lors de la première partie de ma carrière ne se sont pas approchés de moi parce que j’étais connu. Parce que, justement, je n’étais pas connu. Ils étaient là pour des raisons profondes, donc aujourd’hui ils sont toujours là. Je n’ai jamais eu de cour de toute façon. Je n’étais pas ce genre de chanteur-là.

Il y a un manque à un moment ?

Par rapport au métier, ça me manquait sans me manquer. Je faisais mes chansons pour les autres et puis voilà. C’est Paris et mes amis qui me manquaient beaucoup. Moi, j’aime bien la ville. Il y a une densité qui me plait. Je vis à Paekakariki, un village où tout le monde se connait. C’est très chaleureux et très agréable, vraiment. J’ai une vie très douce, mais je te le répète, la France me manque souvent.

Que fais-tu là-bas ?

Je me réfugie pas mal dans la lecture. Je lis beaucoup de littérature du 19e et du 20e siècle. Avec la femme qui partage ma vie, on aime bien aussi regarder les films français. Par exemple, on s’est refait un cycle Jacques Demy récemment. On se souvient qu’on est d’ici.

On se voit là pour la promo de ton nouveau disque. Aimes-tu parler de ton œuvre ?

J’aime bien. Parfois, j’en parle un peu trop d’ailleurs. C’est marrant, on me croit discret, alors que je suis bavard sur ce que je fais. J’aime bien discuter du contenu des chansons, par exemple.

Et bien, c’est tout à fait ce que je ne vais pas faire aujourd’hui, parce que personnellement, je considère qu’il est inutile de faire des explications de textes de chansons qui se suffisent à elles-mêmes.

Tu as raison. Mais moi je crois qu’il y a des chansons qui se prêtent à des discussions et d’autres qui ne s’y prêtent pas. Les chansons énigmatiques, je n’ai pas envie d’en parler, alors que celles qui sont explicites, il me semble que l’on peut avoir envie de développer le sujet évoqué.

Malidor était plus nerveux que Waimarama. C’était beaucoup guitare, basse, batterie…franck monnet,waimarama,interview,mandor

Oui, c’est vrai. J’aime beaucoup Malidor, même s’il était un peu morbide quand même. Le concept de Malidor est né en 2001. J’avais créé un monde gothique  et très urbain, où tu ne pouvais t’échapper que dans les rêves. Je sais que les chansons que j’avais rassemblées pour faire cet album étaient très noires.

Parlons de ce nouveau disque. J’adore « Sans John », la chanson hommage à John Lennon dans laquelle tu te présentes.

C’est une chanson sur un type qui raconte sa vie avec la perspective de la mort de son idole. Ca décrit aussi une génération. Je vois bien dans les chansons des gens de mon âge, même des gens comme Eminem ou Kurt Cobain, une empreinte considérable, avouée ou pas, de l’œuvre de John Lennon. Je vais te donner un scoop. Dans la première version, je disais John Lennon à chaque couplet. Un ami m’a dit que je devrais dire son nom seulement à la fin. Je l’ai écouté et effectivement, la chanson est plus forte ainsi.

John Lennon est-il ta référence absolue ?

Non. Les dernières années, j’ai plus écouté Radiohead que les Beatles. J’écoute aussi beaucoup de musique classique et baroque.

Et chez les français ?

Je ne vais pas être original. D’abord les « classiques » : Brassens, Brel, Barbara, dont je suis très gourmand encore aujourd’hui. Je suis aussi très attentif à ce que fait Souchon, Julien Clerc. Je suis également très fan de Michel Fugain quand il était avec son Big Bazar. En fait, j’aime bien écouter de la variété.

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Pendant l'interview.

Ta voix n’est pas aux antipodes de celles de Souchon et de Jipé des Innocents dans Waimarama.

Jipé, c’est un artiste important pour moi. Quand j’étais étudiant, les Innocents cartonnaient déjà. Je les écoutais en sachant parfaitement que c’était le genre de famille musicale dont je me sentais proche. Il y a aussi les Rita Mitsouko qui m’ont beaucoup marqué.

Pauline Croze participe à ton album sur « Quelqu’un ». Il y a aussi Camélia Jordana sur « Plus rien à me mettre ».

J’ai rencontré Pauline Croze en 2003, juste avant que ça n’explose pour elle. J’étais juré du Chorus des Hauts-de-Seine. J’ai vu arriver cette gamine avec sa guitare. Elle a chanté « T’es beau » et ça a été un choc. La gifle. Je suis allé la voir et on a beaucoup parlé. A l’époque, elle m’avait demandé des chansons, mais je ne suis jamais parvenu à lui en faire.

Tu es beaucoup demandé par les autres artistes.

Je suis toujours assez pessimiste sur l’intérêt que je peux susciter. Mais, je pense que c’est une bonne attitude. Quand on sort un disque, il y a plein de gens qui te disent que ce que tu fais est extraordinaire et tout le monde veut faire des trucs avec toi. En fait, il faut se méfier de ça. Il y a le buzz et il y a la réalité de ce que l’on peut réaliser avec d’autres artistes.

Clip de "Différents".

franck monnet,waimarama,interview,mandorC’est Edith Fambuena qui a réalisé ton album. Cette rencontre ne m’étonne pas.

Ca a été une vraie belle rencontre, en tout cas. Je lui ai dit que j’étais impressionné par sa carrière et les disques de références qu’elle a réalisées. Fantaisie Militaire de Bashung, c’est un monument, une merveille absolue. Edith est une immense artiste et je suis très content d’avoir fait ce disque avec elle. On s’est très bien entendu. Une fois que je suis en studio, je suis plutôt très docile avec le réalisateur du disque.

Tu es un peu aux ordres ?

Oui, limite. Quand j’arrive en studio, mes chansons sont déjà très structurées et posées. A moins que je tombe sur des gens qui me proposent des choses qui me paraissent incohérentes ou un peu trop « au petit bonheur », je peux aller assez loin. Avec Matthieu Chédid, j’étais allé assez loin pour le suivre. Avec Sébastien Martel et Vincent Segal aussi, cela dit.

Ca permet de sortir de ses propres chemins.

C’est l’intérêt de travailler avec d’autres personnes.

Avec Edith Fambuena, on reste proche de ton univers.

Parce que les chansons étaient déjà arrangées. La pré-production était très avancée. J’y ai passé pas mal de temps. Elle, elle a retravaillé le climat des chansons pour que tout cela soit homogène.

Dans ton album, il y a quelques chansons sur le pays dans lequel tu habites désormais.

Oui, par exemple « Anorak » est une chanson qui est inspirée du village où on est. Quand je dis « la maison est froide, les nuits d’hiver… », je parle du bois qu’il faut rentrer… je peux te montrer des photos. Le garage, il est plein de bois pour l’hiver et je peux te dire que c’est absolument indispensable. Les maisons ne sont pas isolées et la température descend à 4°. Dans « Paris », je parle aussi d’éloignement. Mais, « Waimarama » est évidemment la chanson la plus parlante sur ma vie en Nouvelle-Zélande. Mon disque n’est pas spécifiquement néo-zélandais. C’est un album sur un garçon qui est en train de faire le passage. J’ai encore mon passeport accroché.

Clip de "Waimarama".

franck monnet,waimarama,interview,mandorDans « Les faons », tu rends hommage à Lhasa. Son décès t’a remué. 

Bien sûr. C’est une chanson pas du tout larmoyante, mais il y a beaucoup de peine derrière. J’ai d’excellents souvenirs avec elle à Montréal. Et la chanson que nous avons chanté ensemble, « Fiancés », était très importante pour moi. Son décès a consterné tout le monde. Une fois, je l’ai rencontrée par hasard, dans la rue à Paris, elle avait manifesté beaucoup d’enthousiasme par rapport à ce que je faisais à l’époque. C’était, à chaque fois, très encourageant de la voir.

As-tu besoin que l’on t’encourage ?

Comme tout le monde. Ca m’a fait plaisir de retrouver tôt Ou tard pour ça. Tu es loin et tu es tout seul à juger tes chansons et puis un jour on te dit qu’elles sont intéressantes. Tu es content.

Tu t’étais séparé de tôt Ou tard…

Deux fois, même. (Il se met à chanter du Claude François) Ca s’en va et ça revient…

Waimarama est un album magique. Plus tu l’écoutes, plus tu l’aimes. 

C’est la preuve qu’il est très réussi (rires). Je déconne à peine. Il est plus léger que Malidor, il est aussi assez court, ramassé, mais dense. Il y a une première écoute qui incite à penser que ce nouveau disque est plus pop et joyeux, et une écoute plus approfondie où on comprend ce qu’il y a derrière tout ça. J’ai eu une nécessité de faire un auto portrait et de me présenter. L’individu que je suis dans la société et dans sa génération.

Les avis sur cet album sont dithyrambiques. Ca te rassure ?

Je ne sais pas si ça me rassure. (Un long silence). Je reste prudent. Ce métier est très instable et c’est ce qui fait sa beauté en fait. Je ne sais pas si j’ai envie d’être rassuré.

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Après l'interview, le 28 février 2014, à l'Hôtel du Nord.

(Merci à Patrick Swirc et Julien Mignot pour les photos professionnelles).

(Merci à Amélie Mousset pour les photos lors de l'interview).

10 mars 2014

Amel Bent : interview pour Instinct

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Amel Bent, j’avoue, est une artiste que j’apprécie. Bien sûr, ce n’est pas ma musique de référence et je ne passe pas ma journée à l’écouter (c’est le moins que je puisse dire), mais j’aime beaucoup sa voix et aussi sa personnalité. Franche, directe et sans complexe. C’est rare dans le métier. Amel Bent est donc passée ici régulièrement (en 2007 , en 2008 ici et encore , en 2011). Je l’accueille une nouvelle fois à l’occasion de la sortie de son nouvel album Instinct.

Avant de lire l’interview qu’elle m’a accordée dans un bar parisien le 27 février dernier, voici ma chronique sur ce nouvel opus publiée dans Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de février et mars 2014).

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amel bent,instinct,interview,mandorInterview :

Vous avez dix ans de carrière et cinq disques au compteur. Un disque tous les deux ans, c’est le rythme idéal ?

C’est le rythme qui me permet de prendre assez de recul entre deux albums et deux tournées. J’en ai besoin pour me ressourcer.

Votre précédent album était profondément varié, celui-ci est un disque plus énergique à tendance R’nB.

Grâce à ma participation à « Danse avec les stars », j’ai pu montrer d’autres facettes de ma personnalité. Cette émission m'a aidé dans le sens où je me suis rendu compte qu'il y avait une différence entre faire sa star et faire le show. Ce sont deux choses vraiment complètement différentes. J'ai appris à m'octroyer le droit de faire du show, tout en restant la personne que je suis. Pour ce disque, j’avais envie de m’éclater et de complètement me libérer. Donc, nous avons écrit des chansons sur lesquelles je pouvais me laisser aller. Je veux donner beaucoup plus à mon public, tout en gardant ma patte Amel Bent. Avant, j’étais trop timide. Et puis, je ne suis pas une photo. Je ne veux pas jaunir. Il faut évoluer d’album en album, mais en restant soi.

Clip de "Regarde-nous".

Dans la chanson « Regarde-nous » ou « Instinct », vous chantez différemment. Vous en rendez-vous compte ?

J’avais une énergie complètement différente, cela doit influer sur la façon d’interpréter. J’ai dû parfois remuscler la voix tant il fallait que j’aille dans des directions vocales inhabituelles pour moi. Par contre, dans les ballades « En silence» et « Les temps qui courent », je chante plus posément. Je trouve que cet album est le plus équilibré de tous.

« Les temps qui courent » est une chanson très forte.

C’est celle qui me bouleverse le plus de toutes mes chansons. Quand j’interprète ce titre sur scène, je ne peux pas m’empêcher de pleurer. Dans un album dans lequel il y a de nouvelles choses très pêchues et originales, je trouve curieux d’être attachée aussi fortement à la chanson qui est certainement la plus mélancolique de mon répertoire. On ne se refait pas.

Il paraît que pendant l’enregistrement de vos albums, vous avez toujours la même équipe, le même studio, le même micro. Pourquoi ?

Depuis mon premier album, effectivement, j’ai le même micro. Il a été fait pour moi, pour ma tessiture de voix. Il capte toutes mes harmoniques. Je ne peux pas chanter dans un autre micro. Ce n’est pas du fétichisme, c’est technique. Quand je fais de la scène, c’est la même chose, j’ai le même ingénieur du son depuis ma première tournée.

"En silence", version acoustique.

C’est rassurant de travailler avec des gens qui vous connaissent ?

Ce sont surtout des gens qui m’aiment. Volodia, mon réalisateur, c’est un bonheur de travailler avec lui. C’est quelqu’un qui a un fort caractère et une personnalité pas très facile. Il ne s’entend pas avec tout le monde, mais lui et moi, ça a fonctionné immédiatement. C’est inexplicable, mais c’est comme ça. Il a compris tout de suite ce dont j’avais besoin et nous n’avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre.

Cherchez-vous un tube aussi fort et durable que « Ma philosophie », quand vous concevez un album ?

Non, pas du tout. Je veux faire des chansons qui me plaisent. Quand j’ai débuté, j’ai imposé « Ma philosophie» comme premier single. J’avais 18 ans, je n’avais aucune notion de ce qu’était un tube, mais je trouvais que c’était la chanson qui me parlait le plus et je voulais que les gens l’entendent. Depuis le début de ma carrière, de toute façon, quand il y a un tube, c’est un accident. Pareil pour «Où je vais ». Personne ne souhaitait voir ce titre en premier single d’un album. J’ai insisté, le titre a cartonné. C’est un métier où il faut imposer ses convictions.

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Avez-vous peur que le succès s’en aille ?

Pas du tout. Là, je suis en tournée, il y a du monde partout. Je suis reconnaissante d’être à dix ans de carrière et de sortir un cinquième album. Aujourd’hui, je veux durer et garder ce succès, au moins d’estime, que j’ai. Je ne suis plus une petite nouvelle, mais je ne suis pas non plus une grande dame de la chanson française confirmée. Je suis entre les deux.

Amel Bent, justement, en tournée, ça donne quoi ?

Les concerts se découpent en trois parties. “Danse Avec Les Stars” m'a vraiment donné envie de créer des ambiances différentes, d'ajouter de la danse, du show, de changer de tenues... On a beaucoup taffé en termes de lumières par exemple. Et au final, on propose trois tableaux complètement différents. Le premier, je suis un peu en lionne, avec mes danseuses, on fait les morceaux ambiance tribale, un peu africains, tout ça. Dans les thèmes, c'est ambiance warrior. Et on revisite tous les albums. Le deuxième tableau, c'est tout en noir et blanc, c'est acoustique, j'ai la grande robe, Aurélien et son piano qui sont devant, et on reprend les morceaux mélancoliques. Et la troisième partie, c'est celle un peu festive, où je reviens encore en dansant, plein de couleurs, plus pop. Et tout ça dure une heure trente.

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Selfie de et avec Amel Bent après l'interview, le 27 février 2014.

04 mars 2014

Nougaro... 10 ans déjà!

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Il y a 10 ans, le 4 mars 2004, disparaissait Claude Nougaro.
Je reviens donc aujourd'hui sur mon unique rencontre avec lui.

C'était à Cayenne, en Guyane française, le 25 octobre 1991.

Je me souviens qu’il ne voulait pas donner d’interview.

Aucune, à personne.

Le hasard a fait que l’organisateur du concert, Thierry, était un pote doublé de mon voisin du dessous.

Une semaine avant l'arrivée de ce monument de la chanson française, j’ai donc pratiqué du harcèlement. Du vrai.

J’ai fait le forcing chez lui quotidiennement…

 Las de mes assauts répétés, Thierry a fini par me dire :

-Si j’accepte pour toi, les autres journalistes vont me le reprocher… Je ne peux pas me permettre de me froisser avec le peu de médias importants qu’il y a à Cayenne. 

-Et bien, tu n’as qu’à choisir deux autres confrères et on l’interroge à trois.

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Ainsi fut fait.

Je me suis retrouvé pour RFO dans une petite salle de l’aéroport de Cayenne Rochambeau avec mes confrères de CFM100 et Radio Caraïbes International.

Je n’aime pas du tout exercer mon métier dans ces conditions, mais ça s’est plutôt bien passé.

Très bien même.

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nougaro,maurane,le coq et la pendule,nougaro ou l'espérance en l'homme,chronique,culturissimoMes deux confrères et néanmoins amis, n’ont fait que tendre les micros. Pas une question. Ils étaient certainement un peu intimidés (ou alors, j'ai monopolisé tout le temps de parole, je ne sais plus bien.)

Je n'ai aucun souvenir de l'échange avec lui... mais je me rappelle d'un Claude Nougaro aimable, bien qu'un peu fatigué par le voyage.

Après l'interview, un petit verre avec l’artiste.

De l’eau, je crois… (je ne parlerai qu'en présence de ma vodka!)

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Donc, merci Thierry d’avoir capitulé...

Concert intégral de "Hombre et Lumière", un film de Maxime Ruiz.

25 février 2014

Christian Olivier (Têtes Raides) : interview pour Les Terriens

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Lorsque l'on s'intéresse à la poésie et la chanson française engagée, il est impossible de ne pas évoquer les Têtes Raides. Les Terriens raconte qui nous sommes, avec nos qualités et nos travers universels. Rencontre avec la « tête pensante » du groupe, à La Niche (son antre), le 6 janvier dernier.

(Précédente mandorisation de Christian Olivier, ici).

Avant de lire l'interview, je vous propose ma mini chronique sur ce nouvel album, paru dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc, daté du mois de février 2014.

 

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christian olivier,les têtes raides,les terriens,interviews,mandorInterview :

Vous sortez sensiblement un album tous les deux ans depuis 1988.

Nous sommes constants, mais nous avons toujours des choses à dire. Si on n’avait plus rien à dire, nous ferions autre chose. Il faut avoir de la matière pour raconter des histoires, mais il faut aussi avoir la flamme et l’envie de continuer. Une chanson peut être écrite en deux jours ou en six mois. Nous, on raconte toujours des histoires qui vont dans les profondeurs, tant au niveau du sens que de la forme. Têtes Raides, c’est plein de styles mélangés. De la chanson au rock par exemple. On ne se met aucun frein. Souvent, le rythme et la mélodie viennent au moment où j’écris le texte.

Ce sont les textes qui rythment la chanson ?

Un peu des deux. Sur Les Terriens, il y a eu au moins quatre titres qui sont partis de la musique. On a eu la volonté de travailler sur un son assez nouveau pour nous. On a pris un autre chemin. Par rapport à l’album précédent où il y avait un travail sur les cordes, violons, violoncelles et les cuivres, là on est sur un son et une rythmique plus électriques. On a trois guitares électriques. Si je dois schématiser, je dis que c’est un album blues rock. C’est même parfois rockabilly, par exemple dans « Moderato » et « Les Terriens ». Autant dire que Brian Setzer (ex leader des Stray Cats) est passé nous voir.

Teaser n°2.

Chantez-vous différemment selon la matière sonore que vous utilisez ?

Obligatoirement. Il y a un mouvement qui se fait naturellement. Je n’arrive pas à forcer dans le chant. Pour moi, il est l’aboutissement entre la matière sonore et l’harmonie. Au bout d’un moment, le chant se place tout seul. J’ai une manière de chanter un peu brute ou, disons... naturelle. Je la travaille et la cherche, mais je ne fais jamais d’effet. J’essaie de rester sur le ressenti et le sens. Je me demande constamment ce que cela peut procurer comme émotion. La voix, pour moi, c’est un instrument et une matière sonore. Selon l’harmonie, je vais toujours chercher la profondeur et l’émotion tout au fond de moi.

Selon les chansons, on ne chante pas de la même façon ?

Non, ça bouge. C’est un vrai instrument de musique. L’interprétation et la tonalité vont être différentes.

Vous êtes dans l’instinctif ?

Oui, mais on peut prendre du temps. Quand on rentre dans l’album, on est proche de ce que l’on aimerait avoir, mais pour aller un peu plus loin, le chemin peut être compliqué parce que l’on peut se perdre.

Teaser n°4.

Dans « Moderato » et « La Tache », vous évoquez le retour du fascisme en France. L’actualité abonde dans votre sens, non ?

Oui, et nous le déplorons. L’histoire nous amène à penser qu’il faut toujours rester sur ses gardes. Ce qui est le plus choquant, c’est l’histoire qui se répète et même qui s’aggrave parfois. L’histoire devrait servir à ne pas faire deux fois les mêmes conneries.

La chanson « Les Terriens » parle aussi du genre humain. Par contre, vous ne dites pas s’ils sont bons ou vauriens…

Les vauriens sont parfois de bons terriens, vous savez. Mes chansons, contrairement à ce que l’on pourrait penser, sont toujours positives. Les gens ont pu penser que non, mais si. Même si je ne chante pas des choses toujours drôles, il y a toujours une grosse lumière au bout.

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Vous êtes bien, vous, parmi les Terriens ?

Je suis bien parce que j’ai réussi à faire avancer un univers et que j’arrive à faire bouger des choses à mon niveau. Je suis bien, mais c’est un combat de tous les jours. Je n’apprends à personne que la vie est un combat perpétuel.

N’êtes vous jamais tenté d’aborder des thèmes un peu plus légers ?

Je ne choisis pas. Je ne suis pas quelqu’un qui construit les choses en essayant d’édulcorer, même si parfois il y a de l’humour. Quand j’évoque l’amour, je ne peux pas faire dans la légèreté, car c’est toujours compliqué. Je suis toujours dans la recherche d’une certaine beauté et d’une certaine grâce. 

Teaser n°5.

Travaillez-vous encore votre voix ?

Je la travaille quand j’écris des morceaux, quand je suis en train de répéter. Naguère, j’ai fait un an de cours de chant classique qui m’avait donné les bases fondamentales. La respiration, le ventre... pour moi le chant vient de là. Que l’on soit fatigué ou pas, il faut pouvoir chanter.

Êtes-vous satisfait de cet album maintenant qu’il est terminé et qu’il est bientôt à la disposition du public ?

Je suis super heureux de cet album. Dès que j’entends la première chanson, je trouve qu’il y a quelque chose de nouveau dedans. J’ai pris beaucoup de plaisir à l’enregistrer et surtout, je suis heureux du son nouveau qu’il contient.

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C’est quoi les Têtes Raides ?

Dans tout disque des Têtes Raides, il y a la musique, le texte, le sens et puis l’histoire humaine qui est là. L’album s’est enregistré en studio en live. C’est un animal à plusieurs têtes. On joue des chansons très lentes, mais à l’énergie toujours très forte. Dans nos textes, il y a des couches, des strates à gratter pour comprendre tout.

Il y a une chanson en anglais. Pourquoi ?

Généralement, les chansons en anglais sortent comme ça. Je suis très mauvais en anglais, mais en même temps, je suis très bon. L’un des premiers textes que j’ai écrit en anglais, c’est « Lesson number six ». L’anglais a un côté musical que le français n’a pas.

Il y a des thèmes majeurs dans votre œuvre.

J’écris beaucoup sur l’absence, l’attente et l’oubli. Dans mon écriture, il y a plusieurs niveaux. Quand je raconte une histoire, j’aime bien quand il y a une autre histoire qui est en train de se jouer. J’aime bien les couches et les strates.

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Après l'interview, le 6 janvier 2014.

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22 février 2014

Elisa Tovati : interview pour Cabine 23

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elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandorCabine 23, le nouveau disque/projet d’Élisa Tovati nous emmène direction Irkoutsk en Sibérie pendant18 chansons et 56 minutes. Une expédition musicale au départ de Paris. On suit une jeune femme qui part sans laisser d'adresse, à la recherche de ses origines et de surprises. Un retour à l'essentiel salvateur.

On visite Venise, Vienne, Athènes, Istanbul, ou Moscou... Élisa Tovati réalise même quelques-uns de ses fantasmes à travers ce personnage installé dans la Cabine 23, voiture 3 : rencontres, flirts, découvertes et révision des langues étrangères.

Un carnet de voyage signé Bertrand Soulier (l’homme providence) et Pierre-Dominique Burgaud à qui l'on doit les deux Soldat Rose. Les frères Souchon ou Élodie Frégé ont également collaboré.

J’ai rencontré Élisa Tovati (déjà mandorisée pour son précédent album) le 18 décembre dernier, dans un bar « select » de la capitale. En résulte un riche et long entretien dans lequel la chanteuse se dévoile beaucoup.

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elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandorInterview :

Quand l’album précédent a très bien marché, du coup, on entre dans la phase de création avec un peu plus de pressions ?

C’est l’inverse ! Moi ça m’a détendue ! Parce que je savais que si  Le syndrome de Peter Pan  n’avait pas marché, je n’aurais probablement pas eu la chance de faire un autre album. Le marché étant si difficile, ça aurait été compliqué de trouver des producteurs et  maisons de  disques qui veuillent investir de l’argent. Le fait d’avoir rencontré un vrai succès populaire sur cet album me donnait la possibilité immédiate de continuer à faire de la musique et un autre album, donc j’étais déjà ravie. En plus, du coup on m’a fait encore plus confiance. On m’a laissée tranquille, dans mon petit coin. On m’a laissé trouver où j’avais envie de m’en aller, comment j’avais envie de raconter des histoires aux gens, donc en fait, on a fait quelque chose d‘assez rigolo.

Excuse-moi, mais pourquoi dis-tu toujours « on » ?

Parce que je travaille avec Bertrand Soulier en binôme. Donc on crée, on pense, on réfléchit, on fantasme, on écrit, on va jusqu’au bout du bout tous les deux ensemble.  On a fini par trouver l’idée de cet album après des jours de réflexions et c’est devenu comme une évidence. On a donné rendez-vous aux producteurs quand tout a été terminé. Je suis arrivé avec les chansons, mais aussi une pochette, un livret, un univers, un synopsis. Je voulais qu’ils comprennent tout… et donc ils ont été assez scotchés. Ils étaient très étonnés, très heureux de voir à quel point on était allé loin.

Clip de "Eye Liner".

Je me souviens que pour l’album précédent, déjà avec Bertrand, vous vous étiez isolés tous les deux en vase clos. Avez-vous fait la même chose pour Cabine 23

Oui sauf que, dès qu’on a commencé à avoir des textes, on a voulu élargir notre cercle avec d’autres compositeurs. Parfois, on avait un texte qu’on donnait à un ou deux compositeurs différents. Nous voulions voir quelle était la chanson qui ressortirait le mieux par rapport à notre concept. C’était très compliqué parce qu’à  la fin, on savait que c’était un puzzle où les chansons devraient s’imbriquer selon un ordre précis, selon l’ordre du voyage. Il ne fallait pas raconter la même chose, sur tous les textes qu’on voulait exploiter. On voulait évoquer mes origines, parler des autres, du voyage, de cet Orient-Express mythique, parler d’histoires d’amour, d’amitié, du devoir de mémoire.

Vaste programme !

Oui, du coup, on a écrit beaucoup de chansons, presque quarante, je crois. Ensuite,  il y a des chansons qui se sont éliminées toutes seules.  Les moins bonnes s’effaçaient jusqu’à ce que le puzzle soit construit le mieux possible.

Quels sont les autres auteurs principaux ?elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandor

Bertrand Soulier  était l’auteur principal, ensuite, il y certains textes où il s’est fait aider par Pierre-Dominique Burgaud. Il a fini par faire partie de la boucle. Il s’intéressait énormément. On lui donnait des nouvelles du projet tous les jours. Il y a aussi Élodie Frégé, l’une de mes  meilleures amies. Je lui ai expliqué que c’était un album un peu comme un film musical sur l’Orient-Express, le train, l’histoire d’une fille qui voyage d’ouest en est, etc. Et donc elle m’a proposé «  Au train où vont les choses » et je l’ai acceptée. Elle avait parfaitement compris ce que nous voulions.

Et concernant les compositeurs ?

J’ai tout de suite fait appel aux frères Souchon, Pierre et Ours, que j’adore ! Toutes mes rencontres sont aussi importantes humainement que qualitativement. Pierre et Ours, je pourrais passer des jours, des mois, des  années à travailler avec eux tellement ils me font du bien et tellement c’est agréable.

Tu ne peux travailler qu’avec des gens positifs ?

Je ne peux absolument pas travailler dans un univers hostile, dans des tensions ou dans l’urgence. Il faut que ce soit de vrais moments intenses, de vraies récréations où le moment est suspendu. Tous mes compositeurs sont des gens avec lesquels humainement, il y a beaucoup d’atomes crochus et qui ont beaucoup de talent. Il me faut les deux.

Duo avec Brice Conrad : "Tout le temps".

Très honnêtement en tant que journaliste, quand j’ai vu arriver ton disque, je me suis dit : « Oh mince ! Un album concept ! » Puis, j’ai écouté. Et je l’ai trouvé très beau, aussi bien musicalement que textuellement. Il y a vraiment des chansons qui chamboulent.

J’ai l’impression que dans cet album, pour une fois, il y a la tête et les jambes. C’est un album que j’achèterais bien volontiers. Parce que dans les albums, qu’est-ce que j’aime ? J’aime que les textes soient intelligents. J’aime que la musique me fasse voyager. J’aime apprendre des choses sur les artistes.

Et qu’est-ce que tu n’aimes pas ?

Je déteste les textes qui sont futiles, où tu ne comprends jamais rien, mystérieux, abstraits et tout ça. J’ai vraiment besoin que ce soit des minis scénarios, qu’un disque raconte quelque chose.  

Cabine 23, c’est ton disque le plus personnel ?

C’est une évidence. En plus, j’avais très envie de montrer une image plus glamour et moins bohème. Dans ce disque, je regroupe tout.  Il y a la comédienne, il y a la chanteuse , il y a l’être humain. Je dis effectivement des choses très personnelles que l’on comprend ou que l’on ne comprend pas d’ailleurs. Il y a plusieurs tiroirs sur certaines chansons. J’avais vraiment envie de présenter aux gens quelque chose de consistant que je serais fière de montrer à mes enfants dans quelques années.

Les chansons ont un ordre évidemment pensé parce qu’il y a le parcours du voyage. C’était une difficulté supplémentaire ? 

Oui, parce que tu ne pouvais pas avoir cinq chansons en France et aucune en Russie, il fallait que tout soit équilibré. Donc, il y a eu des choix pas évidents à faire de temps en temps. 

Extrait de "Je voyage".

Je reviens à Bertrand Soulier qui est un auteur-compositeur-interprète que j’aime beaucoup. Ça s’imposait que tu travailles de nouveau avec lui ?

On est très proche, d’abord. C’est comme une histoire d’amour. J’ai appris à vraiment bien le connaître. Il sait où sont mes qualités où sont mes défauts. Il connait ma famille, mes enfants. Il a partagé énormément de choses avec moi. Étant donné que j’aime avoir des albums très personnels, c’est essentiel. Retravailler avec lui a été un  gain de temps énorme. C’est un peu comme si tu dois reprendre un psy, toute la démarche à faire pour en trouver un nouveau est fatigante. Rien que pour ça je reste avec le mien ! (rires). Sans plaisanter, Bertrand a un talent monstre et  moi, j’ai besoin de travailler avec des gens qui n’ont pas d’égo et qui savent accepter quand on leur dit « non, je n’aime pas, ça ce n’est pas pour moi, il faut transformer ça… »  J’ai eu des tonnes d’expériences avec des gens qui étaient tellement chiants ! Tous les jours je me dis : « Quelle chance j’ai eue de rencontrer Bertrand !» Il m’aide sur tous les plans et quoi que je lui demande.

Qui a eu l’idée de ce concept de voyage ?

Moi. Il y  a plein de raisons qui ont fait que c’était évident. D’abord j’ai été conçue dans un train, donc quand j’ai raconté ça à Bertrand, ça l’a bien fait rire. C’était un train qui faisait Paris-Saint Raphaël. Ensuite le train a toujours eu une importance énorme pour moi. Toute ma famille a pris des trains de la mort pendant  la Deuxième Guerre mondiale et elle n’est jamais revenue. Donc le train, c’est quelque chose qui est lourd de significations pour moi. Troisième chose, plus légère, j’aime le train, car je suis une fille extrêmement  speed et que nous sommes dans un monde où on ne prend le temps de rien. Quand tu es dans un train, tu prends le temps de voir les paysages qui défilent, de voir les gens qu’il y a autour de toi par exemple.  

Ça devenait essentiel de parler de tes origines ?

Oui, je ressentais le besoin de me montrer telle que je suis. Moitié nord, moitié sud. Je voulais expliquer ce qu’il s’était passé dans ma famille, pourquoi je suis comme je suis. Je n’ai pas eu de famille à part mes parents. Je veux mériter le fait d’être moi ici, alors que d’autres n’ont pas eu la chance d’être là. Tu sais, les gens qui sont très gais, alors que ce sont des gens qui travaillent jusqu’au soir, des gens qui ont peur du vide et qui remplissent de nombreuses pages, ce n’est pas pour rien.

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Est-ce que cet album est aussi pour « remettre les pendules à l’heure » ? Pour que l’on sache qui se cache derrière la toujours souriante Élisa Tovati ?

Quand tu es comédienne, tu passes ton temps à brouiller les pistes. Tu joues des rôles de pute, d’infirmière, de moche. Franchement, je n’ai jamais eu envie de prouver quoi que ce soit à quiconque. Dans la vie de tous les jours, je suis une fille pleine d’énergie, très souriante et qui essaye d’avoir beaucoup de respect pour les autres, d’être très bien élevée. Après les gens jugent ou pas, mais je suis comme ça et j’ai mes raisons de l’être. C’est vrai que de temps en temps, c’est bien de divulguer quelques secrets profonds.

Tout à l’heure, tu as employé le mot « psy » et c’est vrai que quand on parle de soi dans ses chansons, qu’on fait référence à sa  famille, qu’on exprime ce qu’il y a au fond de soi… ça permet d’aller mieux ?

Si tu t’exprimes dans la vie, si tu dis les choses, si tu ne les gardes pas pour toi, normalement,  tu n’as  pas besoin d’aller voir qui que ce soit pour parler. Parfois, il y a des choses à l’intérieur de soi qui sont difficiles à exprimer. Moi j’ai appris qu’on a dit que je m’appelais Tovati, car je n’assumais pas ma religion et mes origines. Ça m'a beaucoup choquée, parce qu’une petite fille d’ancien déporté, je te jure qu’elle a l’étoile gravée dans le corps. Tovati, c’est une coquille qui date de nombreuses années, j’avais 16 ans. J'étais annoncée ainsi pour un concert espagnol. Les organisateurs ont confondu Touati avec Tovati. C’est juste ça. Rien à voir avec le fait que je me cache et que je n’assume pas et tout ça …

Je trouve que Cabine 23 est un disque culotté.

À travers cet album, on ressent beaucoup de choses. De la solitude, un peu d’amusement avec les hommes, évidemment du glamour et un côté un peu mystérieux. On ne peut pas utiliser n’importe quel mot dans n’importe quel album et cet album-là nous permettait quelques audaces, quelques textes un peu désuets, quelques jeux de mots un peu rigolos, voilà, des choses un peu plus culottées, comme tu le dis.  

C’est la gravité dans la légèreté.

Voilà.

C’est un petit peu ta marque de fabrique, je l’ai remarqué depuis le début de ta carrière. Je trouve que c’est vraiment un très bel album. Il faut gratter et c’est ça qui est  intéressant. Comme tu l’as dit tout à l’heure il y a des gens qui comprennent des choses et d’autres qui ne comprennent pas. 

Et d’ailleurs, c’est vraiment très étonnant parce que j’ai commencé un peu la promo et si tu savais, à l’intérieur, ce que ça me fait d’en parler. J’ai l’impression de naviguer en permanence, c’est-à-dire que des tonnes de fois je me retiens, je suis sur le point de pleurer. C’est idiot, mais c’est tellement personnel, ça remue tellement de choses à l’intérieur de moi que je suis vraiment prise par l’émotion. Je me dis : « Tu ne vas pas pleurer devant le journaliste quand même ! »

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À ce point-là ?

Ce n’est pas un album que je sors pour vendre du disque. Je demande aux journalistes : « Je vous en supplie, prenez cinquante minutes pour écouter cet album d’un bout à l’autre sans vous arrêter et vous me comprendrez. Ne volez pas deux-trois chansons comme ça, des bouts de chansons  n’importe comment, prenez le temps de rentrer dans mon univers ». C’est le seul truc que je veux avant que l’on m’interviewe. C’est comme pour un film. S’il y a un mec qui fait une interview et qui n’a regardé que deux-trois scènes du film, j’ai envie de dire : « Mais regardez le film d’un bout à l’autre. Vous serez surpris, étonnés ou vous détesterez, mais au moins, vous vous ferez votre opinion ! »

Ce qui est bien dans tes chansons, c’est que c’est un mélange d’Histoire avec un grand « H » et l’histoire avec un petit « h ». C’est personnel et universel et c’est assez fort d’arriver à ce bon compromis. J’ai raison de dire ça ? 

Oui, tu as totalement raison de dire ça. Il y a des chansons comme « Les langues étrangères » ou « S’embrasser » qui sont des petites choses un peu sucrées et tu as des chansons plus graves comme « La mémoire », « Pitchipoï » ou « Tout le temps ».

Même si c’est grave, ce n’est pas plombant. Je me suis dit qu’il y avait surement une volonté de ne pas faire un album comme ça.

Tu as raison, ce n’est pas plombant. Par exemple, la chanson préférée de mes enfants, c’est « Pitchipoï » parce que la sonorité est rigolote. « Je t’emmène à Pitchipoï, ma petite mémoire cowboy » qui fait bien rire mon fils. En fait, c’est de très loin la chanson la plus dramatique de cet album. C’est la chanson la plus grave. Celle que j’ai mis le plus de temps à chanter. C’est une chanson à double tiroir. Pitchipoï, c’est juste Auschwitz. Pitchipoï c’est le nom que donnaient les gens à la destination finale de ces trains de la mort. 

Extrait de "Pitchipoï".

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandorÀ la fin de « Pitchipoï », on entend des hommes qui chantent. Ça m’a touché, alors que je n’ai pas compris ce qu’ils chantaient.

Le Kaddish, c’est la prière des morts. Moi j’ai presque 180 personnes de ma famille qui sont mortes dans les camps, donc à la fin, il y a la prière des morts. Je vais te dire très sincèrement, ma mère quand elle l’a écoutée j’ai mis deux heures et demie à la récupérer après. Quand tu entends les paroles : « c’est un conte de fer, un chemin de fée, peut-être qu’on trouvera le Golem, on retrouvera tous les gens qu’on aime, c’est des histoires qu’on dit dans le noir aux enfants… », si tu sais de quoi on parle, forcément, ça n’a pas la même signification. 

« La mémoire » aussi est une chanson très forte.

C’est une chanson qui est, elle aussi, plus profonde qu’il n’y parait. Je ne pouvais pas traverser ces pays sans aborder des sujets forts et difficiles. Mon disque n’est pas un film d’Alexandre Arcady !

Est-ce que ce disque a remué beaucoup de choses en toi ? 

Je me suis beaucoup battue pour qu’il existe et pour qu’il soit à la hauteur. J’ai eu l’impression que rien n’a été facile. En fait j’ai eu l’impression d’être sur une piste d’athlétisme et d’avoir des haies à sauter. Mais dès que j’en sautais une, il fallait se concentrer sur celle d’après pour ne pas chuter et pour ne pas les faire tomber. Encore aujourd’hui, j’ai cette impression. J’ai la conviction qu’il faut emmener jusqu’au bout ce projet parce qu’il le mérite. Et à la fois c’est dur. Tu vois il faut convaincre les gens, il faut être là, derrière tout le temps.

Et ta maison de disque ne te dit pas : « elle est chiante, maintenant » ? 

Non, elle trouve ça fantastique, parce que les gens qui y travaillent n’ont jamais vu quelqu’un qui s’implique autant dans tout, qui va acheter les fringues, qui coud pour les musiciens… Ils trouvent ça dingue, quoi !

As-tu peur que ce disque ne soit pas compris et qu’il ne trouve pas son public ?

Est-ce que l’album va avoir du succès ou pas.  Je n’en sais rien et ça ne sera pas en rapport avec sa qualité. Maintenant ce qui est génial c’est vraiment d’avoir quelque chose dans la tête et de le réaliser d’un bout à l’autre. C’est ça qui est fantastique. 

Est-ce l’album de ta vie ? 

Je ne pense pas. Tu sais c’est toujours le dernier album que tu estimes le plus.

Mais tu n’es jamais allée aussi loin. Là ce n’est plus qu’Élisa Tovati, c’est la famille, le passé… 

Je n’ai pas du tout envie de penser au prochain album parce que j’ai déjà tout à faire avec celui-là, mais à un moment donné, j’ai un peu le tournis en me disant : « Mon Dieu, après un album comme ça on fait quoi ? » Ce n’est pas que je trouve qu’il est bon et qu’il n’y a pas mieux à faire, pas du tout, mais j’ai donné tellement de choses personnelles qu’après, il va vraiment falloir que je me secoue pour retrouver des bonnes idées et avoir surtout un projet qui me donne autant envie de me lever le matin. Je venais d’accoucher quand j’ai commencé cet album. J’ai fait beaucoup de sacrifices professionnels puisque j’ai refusé des tonnes de films et des sacrifices personnels puisque j’ai dû faire des choix entre mon bébé et le projet. Donc si tu veux, j’ai eu l’impression d’avoir sacrifié beaucoup de choses pour ce projet.

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Pour toi, quelle est la chanson la plus importante ?

Pour des raisons différentes, j’aime beaucoup  « La petite Tour Eiffel ». J’aime beaucoup l’ambiance de cette chanson et j’aime la poésie du texte. J’aime cette chanson parce que l’héroïne de mes chansons est au bout du voyage et qu’elle se rend compte que finalement Paris lui manque. C’est un sentiment que j’ai beaucoup eu à des moments de ma vie ou j’étais loin de Paris. J’aime beaucoup « Pitchipoï » parce que je suis fière de l’avoir faite et qu’elle existe dans l’album. « S’embrasser », je pense que c’est une chanson élégante donc j’adore la chanter. « Au départ, Paris », aussi est important pour moi. Je rêvais d’avoir une chanson qui parle à la fois de mes origines grâce à la musique et qui lance aussi bien le projet.

Tes parents ont-ils été touchés ?

J’ai toujours peur de les décevoir. Mais ils sont très fiers de ce disque. Ils sont fiers, ils l’écoutent, ils le montrent, ils suivent ce que je fais. Il y a des chansons qui ont été plus dures à entendre que d’autres. Et il y a aussi des chansons qui ont suscité des réactions. Ma mère a eu le double effet sur Pitchipoï. Au début, c’était choquant pour elle. Elle n’a pas pu aller jusqu’au bout de la chanson, donc elle a arrêté. Elle était en colère et a commencé à s’énerver. Et puis elle a réécouté la chanson d’un bout à l’autre et elle a pleuré. Elle a fini par me remercier.

Pourquoi cette réaction ?

C’est un peu comme si quelqu’un meurt. Tu n’oses pas toucher pas à ses affaires, ni à sa chambre. Il y a quelque chose d’un peu sacré. Et puis, il y a quelqu’un de bienveillant de ta famille qui se dit : « mais pour qu’elle puisse avancer, il faut faire place nette ». Cette personne met tout dans un carton et tout d’un coup, la chambre est vidée et nettoyée. Tu as envie de foutre une paire de baffes à la personne en disant « mais pourquoi t’as enlevé mes souvenirs ?» et à la fois tu as envie de lui dire : «  Merci, parce que je n’aurais pas eu le courage de le faire ». Donc c’est un peu ça. Tu vois, c’est un petit mélange. J’ai quand même marché sur des œufs. Il y a un mot que j’ai été obligée d’enlever. C’était une demande très ferme.

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Avais-tu prévenu ta famille que tu étais sur un tel projet ?

On en parlait comme ça, mais j’ai été très secrète sur cet album. Je n’en parlais pas à mon compagnon, ni à mes producteurs. Je n’ai rien fait écouter, car j’avais peur de la réaction des gens. Je ne voulais pas me laisser distraire, ni me laisser influencer. J’avais envie qu’ils prennent le projet comme il était. C’était à prendre ou à laisser.

Un train, de toute manière, ça ne fait pas des demi-tours facilement. 

C’est ça. Le train était en route et il fallait le laisser arriver à la gare pour le présenter.

Tu te sens mieux maintenant que ce disque est fait ?

Oui, ce disque est une lourde responsabilité et je l’ai fait. J’ai besoin de me coucher le soir en me disant que dans la journée j’ai fait des choses utiles et que j’ai appris des choses par rapport au matin. J’ai besoin d’avancer. J’ai besoin d’être sur le chemin, vraiment. C’est le chemin, la route, le voyage. C’est vraiment un truc qui est très fort en moi. Que ce soit des sillons tortueux ou droits, il faut que j’avance parce que j’ai le devoir d’avancer.

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Avec Élisa Tovati le 18 janvier 2013.

12 février 2014

Da Silva : interview pour Villa Rosa

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Ça fait un moment que je suis la carrière de Da Silva. Depuis son premier opus, en fait. J’ai chroniqué bon nombre de ses albums pour différents journaux. Mais, je n’ai jamais eu l’opportunité de le rencontrer. Voilà qui est fait. Et bien fait. L’homme est sympathique, disert et dit ce qu'il pense.

Il est passé à l’agence quelques jours avant son concert au Café de la Danse, le 12 février 2014.

Avant de lire le fruit de notre conversation, je vous propose ma chronique de son nouveau disque, Villa Rosa, publiée dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc, datée du mois de février.

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da silva,villa rosa,café de la danseInterview :

Sur ce nouveau disque, l'ambiance est moins minimaliste. Mais ce changement avait déjà commencé avec l’album précédent « La distance », non ?

Il y a un truc qui est assez étonnant. C’est mon 5e album, j’ai fait près de 400 dates et très honnêtement, j’ai toujours fait la même chose. En tout cas, je dis toujours la même chose. C’est le propre d’un artiste, on a quelques obsessions, on n’arrive pas à s’en défaire.

Quelles sont les tiennes ?

Le deuil, la mort, la joie, la vie, le rapport à l’autre, les sentiments amoureux… des problèmes existentiels. Je me pose toujours les mêmes questions dans mes chansons, mais je change ma façon de le dire. Je creuse mon sillon.

Mais la musique varie d’album en album.

Je suis en perpétuelle recherche. J’ai commencé avec un disque très dépouillé, Décembre en été, enregistré en guitare-voix avec notamment le titre « L’indécision ». Les deux albums suivants, De beaux jours à venir et La tendresse des fous, avec Joseph Racaille aux cordes, aux vents et aux cuivres, étaient plus orchestrés. Pour le quatrième album, La distance, je suis passé à un format plus pop avec des basses, batteries et claviers. D’un seul coup, avec ce 5e disque, les gens te disent « c’est plus enjoué ». C’est juste plus orchestré. J’ai enrobé un peu le poivre dans un bonbon. J’ai réussi à tromper l’ennemi.

Qui est l’ennemi ?

Moi. J’ai réussi à m’étonner de mon propre travail. J’ai réussi à me renouveler. Un artiste qui ne se renouvelle pas, il est mort.

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C’est vrai que tous les artistes parlent de la même chose ? 

Ce qui différencie un artiste d’un autre, c’est le style. Cela dit, on ne raconte pas tous la même chose. Il y a des chanteurs engagés, des chanteurs sentimentaux, des chanteurs romantiques, d’autres qui sont très crus… Moi, dans mon écriture, j’emploie des métaphores. J’essaie aussi de mettre un peu de distance entre le sentiment et le ressenti, avec un peu de pudeur.

Tu es chanteur de quoi, toi ?

C’est très dur de le définir. J’ai très peu de recul sur moi. C’est comme quand on me demande mes influences, j’ai beaucoup de mal à répondre. L’influence, ça travaille dans ton dos. C’est inconscient. Ce qui est inspirant pour moi, c’est une photo. J’aime bien quand l’image est arrêtée. Ça me permet de fantasmer. Je me demande ce qu’il s’est passé avant et qu’est ce qu’il s’est passé après. Tout m’est permis sur une image arrêtée. Ça me fait chier les clips !

Pourtant, tu en as fait quatorze et déjà trois pour ce 5e album.

(Rires). Ne te moque pas ! J’aime les images arrêtées, je te dis.

Clip de "Villa Rosa" extrait de l'album Villa Rosa.

J’ai l’image de toi d’un artiste qui ne fait aucune concession.                      

Je fais zéro concession. On ne va pas me faire faire la tartignolle à la télé, tu vois. Je viens du punk rock, quand j’ai commencé j’avais 17 ans. Aujourd’hui, j’ai 38 ans. J’ai passé 21 ans de ma vie à essayer de m’aimer un peu, à essayer d’aimer les autres, à essayer d’être un mec « bien », de ne pas être un salaud. À travers tout ça, j’ai une seule liberté et elle a canalisé toute ma vie et mon esprit. C’est la musique. Et jamais un producteur ne m’a imposé quelque chose. Le reste, c’est de l’intelligence. Quand on me dit qu’il faut que j’aille faire une séance photo avec machin, une interview avec truc, je dis toujours oui. Moi, je considère que je ne fais pas de promo. Je vais rencontrer un mec, on va discuter ou pas, ça va être super ou ça va être nul. Je ne suis jamais en représentation. Je ne m’habille pas de façon exceptionnelle, je ressemble au voisin d’à côté, je fais 1m60, je suis chauve, il n’y a rien à dire sur moi de transcendant. Je ne joue pas au chanteur beau gosse ! Moi, je ne pense qu’à la musique et je sais que si je perds la main là-dessus, ma vie s’écroule.

Pourquoi es-tu parti de chez tôt Ou tard ?

Un label, c’est un deal que tu signes à deux. On te propose un contrat, tu viens avec ton avocat et tu signes ou pas. Quand tu signes un contrat, tu es content et quand tu n’es plus content, tu t’en vas. Je devais leur rendre un album et j’ai refusé. Je me suis tiré au quatrième album. Je dois te dire que je ne me suis pas fait que des copains.

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Il faut que tu te sentes bien tout le temps avec les gens qui t’entourent professionnellement ?

C’est la moindre des choses. Mais, en général, j’ai du mal à me sentir bien. J’arrive à dire « je me suis senti bien »,  « j’ai été bien » ou « j’étais bien », mais il est très difficile pour moi de ressentir le bien-être au présent.

Tu n’arrives pas à profiter des moments intenses que tu vis ?

Je n’arrive pas à synthétiser le plaisir dans l’instant. Je donne. Je peine à recevoir.

Mais ton pessimisme légendaire se transforme peu à peu en optimisme, non ?

Quand j’ai eu conscience de la vie, très tôt, je me suis dit que tout ça n’irait pas loin. Je le sentais comme ça. Je trouvais que la vie était un bordel, un véritable chaos. C’est bien après que je me suis dit que la vie, c’était quand même bien. Aujourd’hui, je suis satisfait de celle que je mène. J’ai une fille, ça, c’est le plus important. Et aussi, j’ai fait cinq albums, je suis toujours là, il y a encore des gens qui ont encore envie de venir me voir en concert et ils sont heureux quand ils viennent.

Clip de "Le coureur de fond" extrait de l'album Villa Rosa.

Tu fais le plus beau métier du monde ?

Je ne le conseillerais pas à tout le monde. Mais j’ai toujours rêvé de faire ce métier et aujourd’hui j’y suis. Qui peut s’enorgueillir de faire le métier dont il a rêvé gamin ? C’est une petite victoire sur la vie, non ?

Tu as donc le sentiment d’avoir réussi ta vie ?

Réussir sa vie, ce n’est pas que ça. Réussir sa vie, c’est ce que tu as réussi à apporter aux autres, ce que tu as réussi à faire passer comme message. Chaque jour, j’essaie d’apporter un peu de bonne humeur autour de moi. Tu vois, quand je suis arrivé tout à l’heure, j’ai déconné pour que l’ambiance soit cool directement et que les choses se passent bien.

Ce comportement est-il naturel ou te fais-tu violence ?

Je ne sais pas si c’est naturel, mais c’est une philosophie de vie. Je ne veux pas emmerder les gens. Je ne dis jamais « je veux », mais « il serait souhaitable ».

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C’est marrant parce que je m’aperçois que tu es plutôt hyperactif depuis que tu es là et pourtant tes chansons sont souvent calmes. Je ne parle pas de celles de tes deux derniers albums…

J’aime bien ce petit livre de Stig Dagerman, « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ». Quand j’ai lu ce bouquin, je me suis dit que ma musique devait avoir la fonction de faire du bien et de consoler. Ce que je dis dans mes chansons est très dur, mais ça rassure quand même. Tu te dis qu’il y a pire que ce que l’on vit soi-même. Je fais de la musique qui console.

Elle console les gens, mais te console-t-elle aussi ?

Oui, un peu. Elle me réconcilie avec moi, avec la vie, avec ce qui nous passe entre les doigts, avec ce que l’on rate, avec ce que l’on réussit et ce que l’on ne réussira plus. J’ai décidé de ne pas vivre comme un légume. J’ai décidé d’avoir conscience d’être vivant.

Quand tu fais quelque chose qui est nase, tu le reconnais ?

On ne peut pas faire bien tout le temps. Moi, je fais du mal aux gens, souvent. Mais oui, je le reconnais, je leur dis pardon.

Faut-il mentir parfois ?

Oui… mais bien. Il faut bien mentir. Connais-tu la différence entre la sincérité et la franchise ?

Non.

La franchise c’est l’idée de dire tout ce que tu penses. La sincérité, c’est de penser tout ce que tu dis. Là, ça prend son sens parce que tu réfléchis avant de dire quelque chose. Moi, la franchise, je n’en ai rien à foutre, mais j’adore la sincérité. Bon, après tout le monde se réclame de la sincérité, c’est très noble. Personne ne se réclame d’être une ordure, alors qu’on est constitué de 50% de ça.

Ah bon ?

L’homme a des vices. Il est poussé par la facilité. Il faut toujours lutter pour retrouver un peu de noblesse, d’élégance et d’humanité.

LSDR #4 - Da Silva - Un jour peut être extrait de "Villa Rosa" from Tomat'Prod on Vimeo.

da silva,villa rosa,café de la danseLa scène, pour toi, c’est quoi ?

Il faut créer un spectacle, revisiter et réorchestrer toutes les chansons, aller les chercher dans cinq répertoires, proposer des inédits. Il faut soigner son entrée, soigner sa sortie, et au milieu être captivant. Il faut être aimé, il faut se faire aimer et il faut aimer. Un artiste, il devient beau quand il sort de scène, que la salle est debout, que les gens tapent dans les mains et qu’ils ne veulent pas qu’il parte.

Ça fait du bien a l’ego ?

Oui, les applaudissements sincères flattent l’ego. C’est une sorte d’adrénaline dont il est difficile de rester insensible.

C’est aussi une satisfaction par rapport à tes parents ?

Mon père est ouvrier et ma mère femme de ménage. Mon père voulait que je devienne soit médecin, soit avocat même s’il n’a jamais été ni chez l’un, ni chez l’autre. Ma mère voulait juste que je ne fasse pas les ménages parce que c’est galère. Après mon père, constatant mon taux d’absentéisme à l’école, s’est contenté de vouloir que je devienne ouvrier à l’usine. A 17 ans, je leur ai dit que je voulais devenir Garcimore, parce que j’étais fan de ce magicien qui loupait toujours ses tours, tu imagines le tableau.

J’ai l’impression que tu ne sacralises personne.

Je ne suis fan de personne. J’ai trop écouté de musique pour ne m’attacher qu’à un groupe ou à un chanteur. Et puis, plus généralement, je t’accorde à toi autant de crédit que si je parlais au barman du coin, je suis désolé de te dire ça, mais c’est vrai.

Ça ne me dérange pas. Je ne me sens pas plus important.

Je ne sacralise personne, de fait, cela agit comme un miroir. Je ne peux pas avoir le melon.

Tu écris beaucoup pour d’autres artistes. Tu es très sollicité ?

Oui et, à chaque fois, je le prends comme un compliment. Ce que j’aime bien c’est poser mon regard sur quelqu’un, c’est fantasmer. On me fait un brief sur la personne à qui je dois écrire des chansons. Quand je travaille pour Claire Denamur ou Mélanie Pain qui font des albums de chansons exigeantes et qualitatives ou pour une chanteuse de variété pop comme Jenifer, quand elles m’appellent, j’ai le brief. Mon envie est de leur dessiner une robe qui leur va bien.

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(Photo : Guillaume Depagne)

Par rapport à ton répertoire, j’avais l’image de toi d’un type un peu dark. En fait, tu es tout le contraire.

Je n’ai jamais été un mec désagréable ou « dark » comme tu dis. Mais, tu sais, il n’y a jamais plus triste qu’un clown et donc, vice versa.

Parfois ça cache des choses !

Il faut bien rendre la vie meilleure qu’elle n’est, non ?

Pour cet album, tu as travaillé avec deux réalisateurs. C’était plus confortable pour toi ?

Non, ce n’est pas plus confortable. J’ai fait des maquettes guitares, voix, basses, guitares, batteries et j’ai confié mes maquettes à deux de mes musiciens qui sont aussi deux amis. C’est difficile de faire un cumul des mandats plus explosif. C’était pimenté. Il y a la fête, l’amour que tu as pour les gens, leur projection qu’ils ont de ta musique, la projection que toi tu en as. Nous nous connaissons très bien et parfois, nous n’avons pas eu la même vision des titres. Personne n’a rien lâché. Ça a explosé, mais cela a fait exactement l’album que je voulais et l’album qu’ils voulaient. On a réussi à ne pas faire de compromis. Personne n’a tort ou raison, il y a juste des visions différentes. Au lieu d’empiler les visions et faire des compromis, on peut aussi se désaxer et regarder les choses de façons différentes et trouver un arrangement qui soit transversal. Il faut faire du jus de cerveau, tu ne fais pas un disque en regardant pousser les pâquerettes.

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C’est le disque que tu voulais faire ?

Il est fidèle à mon évolution musicale et textuelle. Il y a tout ce que je voulais. Il y a des titres pop, comme « La tasse », avec un orchestre de cinquante cordes et juste un son de batterie.

Cinquante musiciens! Tu n’as pas eu peur de perdre ta chanson, ou en tout cas la réalisation de ta chanson ?

Pendant très longtemps, j’enregistrais mes disques chez moi et je jouais tous les instruments. Je pensais que lorsque tu faisais jouer les instruments par d’autres musiciens, ça diluait le propos de ta chanson. Dans la musique, il y a le temps fort et le temps faible. On a tous une rythmique intérieur, un groove à soi, un battement,  une pulsation. Je me disais que si quelqu’un mettait sa pulsation dans ma pulsation le château allait s’effondrer par le centre. J’ai compris qu’il n’en était rien et qu’il fallait que j’aille rechercher dans les ressources des gens. J’ai ouvert la vanne, maintenant ça déborde (rires). Le prochain album, ça va chier.

Le prochain sera hyper orchestré ?

J’ai très envie de faire un album uniquement avec un orchestre.

Un best of en version symphonique ?

Un best of, c’est un peu embêtant étant donné que je ne sais pas ce qui est best et ce qui est of chez moi !

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Après l'interview, le 5 février 2014.

11 février 2014

Nilda Fernandez : interview pour Basta Ya!

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Révélé par "Madrid Madrid", puis par « Nos fiançailles » et encore « Mes yeux dans ton regard », Nilda Fernandez a rapidement affiché sa double culture franco-espagnole. Au cours des années, il a exploré des univers musicaux différents qui l'ont emmené du Québec, à la Russie en passant par l'Amérique du Sud. Personnage atypique, il n'a jamais réellement intégré le milieu du show-biz français.

Et c’est pour cela, aussi, que j’apprécie le personnage.

Le 5 février dernier, le troubadour est passé par l’agence pour me parler de son nouvel album et son passage au New Morning

nilda fernandez,basta ya,interview new morning,mandorMini biographie officielle :

Nilda Fernandez a toujours tendu à fuir les projecteurs trop violents. Avec sa recherche d’une existence nomade, il passe d’une langue à l’autre et provoque une forte adhésion de la part de ses admirateurs dans les différents pays où il passe. Sa trajectoire revendique en permanence une responsabilité totale de l'artiste face à sa création.

Lucide par rapport à son art et au rôle ambigu que l'artiste peut jouer dans les sociétés contemporaines, il réussit le tour de force d'exister aujourd'hui en s'étant affranchi des limites étrangères à son art et aux aspirations de ceux qui le suivent.

Ce chanteur talentueux, plein d'intégrité artistique, hostile à toute routine, n'en finit pas d'être à la recherche de nouvelles aventures musicales, de nouveaux lieux ou de nouveaux visages qui lui fournissent une riche source d'inspiration pour des chansons merveilleusement originales.

Son dernier album, Basta Ya ! composé puis enregistré dans la pure tradition folk-rock, en témoigne une fois de plus. Pour le vendre, Nilda Fernandez a choisi de s'appuyer uniquement sur son site internet avec un système original. L'acheteur précommande le disque au prix de 6 euros, mais il ne reçoit les chansons qu'une par une, à intervalle irrégulier.

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nilda fernandez,basta ya,interview new morning,mandorInterview :

On ne peut pas dire « Nilda Fernandez revient ». Vous êtes toujours pas monts et par vaux. Vous passez votre temps à partir et à revenir… c’est une constante.

C’est une technique de vie que j’ai adopté. Aussi dans ma vie personnelle et affective. Je ne veux pas me créer de lassitude et d’usure. L’usure, ça m’a beaucoup préoccupé.

Vous sentez qu’il y a de l’usure en vous ?

Non, mais j’ai senti que cela pouvait arriver. Je pense que lorsqu’on atteint l’usure, c’est trop tard.

C’est bien d’avoir la lucidité de se dire qu’elle est en train d’arriver.

Je crois que tout le monde est capable de cette lucidité. Après, c’est la peur qui fait que l’on ne réagit pas.

Il faut du courage pour partir comme vous l’avez fait, en Russie, à Cuba, par exemple, pour tenter de nouvelles expériences personnelles et musicales.

Si le courage, c’est juste de maîtriser ses peurs, alors oui je suis courageux. La peur c’est une paralysie, le courage, c’est empêcher cette paralysie. C’est donc à la portée de tout le monde.

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nilda fernandez,basta ya,interview new morning,mandorVous sortez un nouvel album Basta Ya ! Pour se le procurer, il faut aller sur votre site.

Avec des amis, nous avons beaucoup travaillé sur mon site pour qu’il soit aussi une plate forme de téléchargement consacrée à ma musique uniquement. Pour obtenir mes nouvelles chansons, on télécharge ce qui est mis en ligne petit à petit. Celui qui achète dès le départ aura deux chansons directement, puis d’autres au fur et à mesure.

Pourquoi ce procédé ?

On a réfléchi au fait que lancer un album maintenant, comme ça, d’un coup, c’est une forme de galvaudage immédiat. On picore dedans, on prend ci, on prend ça… il n’y a pas vraiment un respect de l’ensemble. Pour moi, chaque chanson à sa raison d’être différente des autres.

Ce n’est pas un peu compliqué pour l’amateur de vos chansons?

Un peu parce que tout le monde est conditionné, de l’acheteur aux médias. C’est super dur de dire « on va faire autrement ». Cet « autrement » à autant de valeur que la démarche habituelle. En réalité, je fais des singles avec un album à la clef.

Ce qui est clair, c’est que vous êtes devenu producteur indépendant et que vous n’êtes plus attaché à l’industrie du disque. Pourquoi êtes-vous sorti de cette industrie ?

Disons que le dernier contrat que j’ai eu dans un gros label, c’était au moment où je suis parti en Russie. J’ai eu un choix à faire. On me demandait de faire un album ou de vivre ma vie en Russie comme il se profilait. Le type qui à l’époque tenait ce label m’a déconseillé de partir parce que ce n’était pas une bonne décision stratégique. Le best of venait de sortir et il m’a dit que « les médias étaient chauds ». Je lui ai demandé ce que cela voulait dire. Cette phrase m’a paru tellement stupide que je n’ai pas hésité une seconde. Je lui ai dit que je ne voulais pas faire l’album qu’il attendait et que je savais que par rapport à mon contrat j’étais en faute. Comme il avait besoin d’économiser sur les avances des artistes qui étaient budgétés, parce qu’il avait perdu du fric avec l’album de Michael Jackson, on a décidé de se séparer d’un accord commun. Ça nous arrangeait tous les deux. Tout ça, c’est du passé, je n’ai aucune rancœur.

Ça vous a fait du bien d’être indépendant ?

Oui. Je me suis servi de l’industrie du disque de manière très opportuniste. Elle m’a servi, mais je n’ai aucun état d’âme là-dessus. Ce n’est pas une fidélité à un individu, ce sont des actionnaires derrière. À un moment, ils étaient intéressants parce qu’ils investissaient réellement. Ce n’étaient pas des philanthropes, mais il y avait des gens avec une certaine fibre. Ils ont disparu peu à peu. Aujourd’hui, l’industrie du disque n’a aucun intérêt. Mais vraiment aucun ! Tous les artistes sont capables de s’en passer et de mener une carrière en dehors des structures.

Avez-vous fait parfois des concessions dans votre carrière ?

J’ai vraiment la fierté de dire que je n’en ai jamais fait, mais avec les conséquences que cela suppose. Quand tu mets le doigt dans le « je fais semblant», il est compliqué d’en sortir.

Vous comparez les artistes à un paysan métayer du moyen-âge. nilda fernandez,basta ya,interview new morning,mandor

C’est le système des avances. Nous les artistes, on ne sait pas ce que l’on gagne. On nous donne une somme et ensuite, on passe notre temps à rembourser des dettes. C’est une comptabilité de créances. J’ai eu la chance de côtoyer Nougaro (sur la photo, à droite, en compagnie aussi de Georges Moustaki), à Moscou au début des années 2000. Je l’ai fait venir pour le faire connaître au public de là-bas. Il était affecté par le fait qu’il commençait les répétitions avec des musiciens pour préparer sa tournée et qu’il devait déjà de l’argent. Il partait en tournée endetté. Psychologiquement, ce n’est pas rien.

Bon, j'avoue, je me fais plaisir. Je suis fan de Nino Ferrer (mandorisé ici)... le voir chanter "Le sud" avec Nilda Fernandez, c'est un véritable délice.

Ce que j’aime bien chez vous, c’est que vous n’avez pas la langue dans votre poche. C’est rare.

Je suis prudent parfois, parce que je me demande si j’ai raison ou si j’ai le droit d’affirmer des choses qui ne seraient pas totalement juste. Quand je suis convaincu de quelque chose, je ressens le besoin de le dire parce que ça fait du bien. Je ne veux plus être dans le gris et de ménager Pierre ou Paul. Si on n’est pas méchant, on ne sait pas qu’on est bon. Si on n’est pas dur, on ne sait pas qu’on est doux. Pour moi, il y a des choses à dire parce que les gens sont paumés.

Est-ce que vous montrez l’exemple en jetant à la face du monde votre liberté ?

L’artiste se doit de donner l’exemple de quelqu’un qui ne se laisse pas piquer sa liberté et sa liberté de faire.

Êtes-vous plus engagé que lorsque vous avez commencé ?

Dans ce monde-là, bien confus sur le plan des idées et des valeurs, je crois qu’il est bon de glisser quelques messages dans des chansons. J’aime le faire avec discrétion dans être moralisateur.

Le regretté Grégory Lemarchal reprend en 2006, à l'Olympia, l'un des plus grands succès de Nilda Fernandez, "Nos Fiançailles".

Vous n’aimez pas parler de vos textes en interview.

Quand on commence à parler d’un texte, c’est qu’il est raté.

Au New Morning, vous allez jouer l’intégralité de Ya Basta ! ?

Oui, pour la première fois de ma vie, je peux dire que je joue tout mon dernier album. Je vais le mélanger avec des anciens titres…

C’est frustrant de savoir que le public n’attend que des chansons comme « Nos fiançailles » ou « Madrid Madrid » ?

C’est un plaisir parce que c’est la serrure de toutes les autres. J’ai toujours de la reconnaissance pour des chansons qui ont ouvert les portes. Quand je les ai écrites, j’espérais qu’elle me suivrait toute la vie. Je me suis aperçu que quand une chanson atteint quelque chose de profond chez des gens, elle peut accompagner leur vie dans de grands moments. Il y a des gens qui se sont mariés sur « Nos fiançailles ».

Nilda Fernandez "Mes yeux dans ton regard" à Taratata.

Qu’est-ce que c’est être artiste pour vous ?

Je ne sais pas. J’ai plus réfléchi sur la notion de l’art.

Alors, qu’est-ce que l’art ?

C’est ce qui ne sert à rien et qui n’a aucune utilité. On ne peut pas l’utiliser pour autre chose que ce qu’il est. C’est quelque chose d’indispensable, mais qui est irrécupérable. L’art sert à se rendre compte qu’on est humain et à absorber des émotions et des sentiments. Il ne sert à rien d’autre. J’en veux beaucoup à ceux qui le détournent pour en faire de l’utilitaire.

Comment vivez-vous la célébrité ? Est-ce facile de garder la tête froide ?

Oui, c’est parfois difficile. Il est facile de se prendre pour ce que tu n’es pas. Si tu te regardes que dans le regard des autres, tu es perdu. Si tu ne t’aimes pas, tu vas chercher dans les yeux des autres leur amour pour t’aider à t’aimer toi.

Vous aimez-vous ?

Oui.

"Sinfanai Retu"

Vous aimez ce que vous êtes devenu ?

Oui. Je ne veux pas mettre de bémol à ce constat, ça voudrait dire qu’on n’arrive jamais à rien. S’aimer c’est le contraire d’être narcissique. Je ne suis pas narcissique. Narcisse, ce n’est pas quelqu’un qui s’aime, c’est quelqu’un qui cherche son image en permanence et pour qui les autres n’existent pas. S’aimer, c’est aussi accepter que l’autre ait le droit de s’aimer.

Et s’accepter avec ses propres défauts.

Et accepter de se dire que ses défauts sont des débordements de qualités. Le défaut, c’est une qualité qui va trop loin.

Menez-vous la vie dont vous aviez rêvé enfant ?

Oui. Quand j’étais gamin, je me rêvais à l’arrière des tramways. À Barcelone, quand j’étais petit, je voyais le mec qui recevait les billets. Ils discutaient avec tout le monde, il était tranquille, tout le monde le payait (non, parce que je croyais que l’argent était pour lui). Les rêves de l’enfance sont les projections de l’avenir et moi je me projetais comme receveur de billets dans le tram, mais aussi comme voyageur. J’ai commencé à découvrir qu’il existait une rue devant chez moi, qu’il existait d’autres rues autour de la mienne, qu’il existait une ville dans laquelle était incluse ma rue et les rues avoisinantes et petit à petit, le monde s’élargit. Et l’enfant que j’étais se demandait « ça va jusqu’où ? » J’ai très vite eu envie de voir autre chose pour corriger ma vision des choses et du monde.

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Après l'interview le 5 février 2014.

Cadeau bonus:

Amusons-nous un peu... voici une photo des mêmes protagonistes, il y a 20 ans, à 10 jours près (le 1er février 1994, à Top Music à Strasbourg).

Personne n'a changé, je sais. 

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