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14 novembre 2014

Didier Wampas : interview pour Platine "mon rapport avec la variété!"

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didier wampas,platine,variété,interview,mandor,les wampas font la gueuleLes Wampas sont de retour avec un nouvel album qui célèbre leur 31ème année de carrière et la sortie de leur 12ème opus, Les Wampas font la gueule.  En tout, douze nouveaux coups de canif incisifs. Les punks les plus célèbres de France n'ont pas perdu leur énergie et encore moins leur humour acide. Une sorte de pulsion primale les pousse à faire vivre le punk yéyé, encore et encore, avec toujours la même envie. Au Hard Rock Café, le 6 octobre dernier, pour le magazine Platine (n°202), je suis allé à la rencontre du leader du groupe, Didier Wampas, pour lui faire parler de la variété française, tout comme j’avais interrogé Ben l’Oncle Soul précédemment. Didier Wampas est, contre toute attente, un grand fan de ce genre musical là.

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Après l'interview, le 6 octobre 2014, au Hard Rock Café à Paris.

12 novembre 2014

Jean Guidoni : interview pour Paris-Milan

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(Photo : Marc Journeau/ Media Access)

Depuis les débuts de sa carrière à la fin des années 1970, Jean Guidoni a toujours exploré les marges, les à-côtés, et ceux qui s’exemptent des normes. Costume noir de cabaret, maquillage de clown blanc ou bas résilles, le théâtral Guidoni a fait de la chanson un objet de mise en scène. En cela et bien d’autres choses, je l’apprécie.

En fait, j’ai du mal à dire « Revoilà l’artiste ! » parce que le « prodige » marseillais n'était en fait jamais parti. Il s'était simplement orienté vers un répertoire « à dire », donc moins médiatisé, malgré le suivi d'un public constant. Je l’avais d’ailleurs mandorisé une première fois en avril 2007.

Avec « Paris-Milan », Guidoni sort son 13e opus studio, composé de textes inédits d'Allain Leprest. L’occasion pour moi de partir à sa rencontre, le 2 octobre dernier, pour un long entretien (alors qu’il n’est pas précisément amateur des interviews).

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorJean Guidoni (mini biographie extraite de ce site):
Interprète d'exception, Jean Guidoni vit ses passions et ses révoltes sur scène, sans jamais simuler. Jean Guidoni est à la fois son et images; chant, théâtre et danse réunis dans un même théâtre, en un même moment.
Quiconque n'a pas eu le bonheur de voir Jean Guidoni arpenter une scène ne peut mesurer l'incomparable talent de cet artiste, qui sait faire vibrer le public à chaque instant, en lui insufflant un fulgurant courant d'émotions tour à tour empreint de tendresse, de violence et d'une profonde vérité.
Jean Guidoni a parfois la réputation d'être un chanteur "noir" mais seul son humour l'est parfois. Le rire n'est jamais absent de ses spectacles et il faut absolument voir ses chansons magnifiques portées par son interprétation.

Le disque et le récital  Paris-Milan :jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

30 ans après Crimes passionnels, Jean Guidoni revient avec un nouvel album et un nouveau spectacle, Paris Milan, taillé sur mesure:12 textes inédits d'Allain Leprest habillés par les mélodies imparables de Romain Didier, avec, gourmandise, un duo avec Juliette. L’idée de ce projet est née lors du spectacle : Où vont les chevaux quand ils dorment (hommage à Leprest), il est alors apparu évident que Jean trouvait là un auteur à la  mesure de son talent.

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorInterview :

Ce n’est pas votre premier hommage à Allain Leprest.

J’ai en effet participé à l’album Chez Leprest (volume 1) dans lequel j’avais chanté « J’ai peur » et au spectacle Où vont les chevaux quand ils dorment avec Romain Didier et Yves Jamait.

Vous vous sentez proche d’Allain Leprest en quoi ?

L’amour des mots, la façon dont il aborde les choses. Tout est paradoxal dans ses textes et j’aime beaucoup les paradoxes. Il y a aussi un fond d’enfance qui nous lie. Nous avons aussi un désarroi artistique commun. Lui était toujours en attente de quelque chose dans ce métier. Il voulait prouver quelque chose. Moi aussi, d’une certaine manière.

Il représente quoi pour vous ?

Un interprète écorché extraordinaire, fantastique. Je ne le connaissais pas beaucoup, même s’il m’est arrivé de le croiser. Si nos brèves rencontres ont été amicales, je ne peux pas dire que nous étions amis. Je n’ai jamais eu de relations proches avec lui, mais cela n’empêche pas que je lui trouvais un talent fou. Il y a quelques années, j’ai même eu une forte envie de travailler avec lui. L’idée de lui demander de m’écrire des chansons m’a traversé l’esprit plus d’une fois… et puis je n’ai finalement pas osé.

Vous étiez intimidé par lui ?jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

Ce n’est pas ça, mais étant moi-même auteur et interprète, j’ai eu du mal à faire cette démarche. On nous aurait présenté officiellement et on m’aurait proposé une collaboration avec lui, j’aurais accepté immédiatement. J’ai beaucoup de respect pour ce genre de parcours d’homme et d’artiste.

Comment est arrivé ce projet de disque Paris-Milan ?

Un soir de répétition d’Où vont les chevaux quand ils dorment, Didier Pascalis, le producteur d’Allain Leprest, me dit qu’il a trois chansons inédites d’Allain et qu’il aimerait que je les chante sur un album en préparation. J’ai accepté. Le lendemain, il revient me voir pour me proposer finalement d’enregistrer tout un album avec uniquement des inédits d’Allain. J’étais sur un autre projet à ce moment-là, je lui ai donc demandé de patienter le temps de m’organiser avec mon équipe. J’avais quand même très envie de le faire, donc, dès le lendemain, je lui ai dit que j’étais partant.

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Avec Allain Leprest et Romain Didier en novembre 2005 après une interview commune.

Vous aviez déjà travaillé avec Romain Didier, donc vous aviez confiance en la musique qu’il allait vous proposer, je suppose.

Tout à fait. Je sais le talent qu’il a et comment il travaille. De plus, j’ai une manière de travailler un peu spéciale. J’aime bien laisser aux gens qui travaillent avec moi toute la latitude pour qu’ils expriment leur créativité au mieux. Je ne veux pas les enfermer dans des idées que je pourrais avoir. Au début de ma carrière, j’étais un peu dictateur et je peux vous dire que ça ne donne jamais rien de bon (sourire).

Vous avez justement votre propre univers qui est immense et intense. Est-ce facile de rentrer dans un autre univers… tout aussi intense ?

Disons que j’ai l’habitude de m’approprier les chansons. Je fais on sorte qu’on ne sache plus qui a écrit quoi. J’essaie de faire du Guidoni de tout ce que je chante. Je respecte toujours l’auteur que j’interprète, mais je ne le sacralise pas. Je peux même dire que je ne me place pas derrière lui. J’ai l’habitude de travailler avec des auteurs de grands talents, alors c’est devenu un jeu pour moi de m’approprier leurs textes.

Vous avez pensé à Allain Leprest lors de l’enregistrement ?

Oui, mais comme s’il était encore là. Je n’ai pas pensé une seconde qu’il était mort. J’ai fait comme si nous avions discuté ensemble de comment il fallait que j’aborde les chansons.

Extrait de PARIS MILAN from TACET FILMS on Vimeo.

Vous avez choisi uniquement des chansons de lui qui n’étaient pas trop intimes. Pourquoi ?

Il incarnait vraiment ses chansons, au même titre que moi j’incarne les miennes. Donc, quand ce qu’il disait dans les chansons me correspondaient trop profondément, je passais à une autre. J’ai pris des textes qu’il n’avait jamais chantés et dont l’écriture ne m’était pas trop personnelle. Je souhaitais qu’ils soient le plus universels possible. Vous savez, pour moi, Leprest est l’équivalent de Prévert. Il est aussi important.

Beaucoup vous adulent de votre vivant.

Pas tant que ça. Je vois bien que, lorsque je sors de ma tanière pour faire des concerts ou la promo d’un nouveau disque, quelques personnes me disent le bien qu’ils pensent de mes chansons. Ça fait plaisir, évidemment. A la base, j’ai l’impression que personne ne me connait et ne m’aime.

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Jean Guidoni... 1000 personnes debout au Théâtre de la Ville pour un Paris-Milan exceptionnel en octobre 2014. 

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorVous vous êtes senti un peu « artiste maudit », à un moment ?

Mais tout le temps et encore aujourd’hui. Enfin, ça dépend des jours. C’est selon mon moral. Je fais ce métier pour la scène, alors tant que j’en fais, ça va. Je ne suis pas dans une victimisation de ma condition. Depuis que je fais ce métier, je me suis toujours juré de ne jamais être aigri

Il y aurait de quoi ?

On peut devenir aigri si on s’estime en compétition. A mon âge, je ne suis plus en compétition avec personne. De toute manière, je n’ai jamais abordé ce métier ainsi.

Vous savez que vous êtes très important pour les gens qui aiment la chanson française de qualité ?

Je n’ose le croire. On me dit que certains m’attendent entre deux albums, je veux bien le concevoir, mais j’ai du mal à digérer cette information.

Ecrivez-vous beaucoup ?

J’écris quand je le sens, quand j’ai des choses à dire. Je ne suis pas un fana de l’écriture à tout prix. Ça m’est égal si dans un de mes albums, il n’y a pas une chanson de moi. Il y a suffisamment de bons auteurs.

Ce n’est pas la première fois que je vous interviewe et j’ai la sensation d’être devant unejean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor personne un peu timide.

En fait, je ne suis pas si timide que cela, je ne suis pas un dragueur. Ni amicalement, ni amoureusement. Je me demande toujours si j’intéresse les gens qui sont en face de moi. J’ai toujours ce réflexe d’être sur la réserve. Je suis très liant, mais j’observe les gens avant de l’être.

Vous imposez le respect. Quand on vous voit, on n’a pas forcément envie de vous tapez sur l’épaule.

Je le sais (rires).

Sur scène, vous êtes complètement transfiguré.

Je ne me l’explique pas. Je m’en rends compte et je me demande toujours ce qu’il m’arrive. Je vous assure que je n’en joue pas. Ça vient tout seul. Sur une scène, je suis différent. Je me sens différent. C’est peut-être mon vrai moi qui apparaît, je ne sais pas. En tout cas, j’ai toujours envie de donner généreusement.

C’est difficile de durer dans ce métier ?

C’est surtout dur d’être de nouveau naïf à chaque fois. J’ai toujours envie de retrouver une certaine fraîcheur et de me réinventer. Je tente de me remettre en question et en mouvement constamment. Il faut respecter aussi ce que l’on est devenu avec l’âge.

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Avec Denis Péan (leader de Lo'Jo) et Jean Guidoni le 2 octobre dernier au Café des Ondes. Le premier est fan du second et souhaitait le rencontrer sachant que j'allais l'interviewer juste après lui. Les hasards de la vie...

Et n'oubliez pas...

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11 novembre 2014

Valentin Marceau : interview pour "Défendre Alice" et "Sybille Kill"

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La dernière fois que j’ai reçu Jérôme Attal, avant de me quitter, il me demande si je connais le jeune chanteur Valentin Marceau. Je réponds par l’affirmative. Je déballe même ma science infuse en lui ajoutant qu’il était le leader du groupe BoXon avant de se lancer en solo… mais qu’à part ça, je n’en sais pas plus.

Comme Jérôme a écrit pour lui pas mal de chansons pour son album à venir (dont les deux premiers singles, « Défendre Alice » et « Sybille Kill »), j’ai décidé de me pencher sur le cas de ce jeune artiste en devenir.

Ainsi, Valentin Marceau est venu à l’agence le 8 octobre dernier.

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonBiographie officielle (légèrement écourtée) :

L’histoire de Valentin Marceau commence quand il est jeune avec l’inspiration. Celle de Bob Dylan et des grands du rock, qui lui transmettent l’amour du chant et de la guitare et marquent de leur influence folk et rock le paysage musical de Valentin.

Puis vient la passion des instruments alors que Valentin grandit : piano, ukulélé et guitare n’ont à ce jour plus aucun secret pour lui.

Valentin veut quelque chose de beau, de sincère et de vrai. La recherche de la mélodie et de l’harmonie pour la musique, un message à faire passer dans ses textes, Valentin a beaucoup travaillé avec Dominique Blanc-Francard, le réalisateur de son premier album, A nos amours, sorti en juin 2013. Valentin fait voyager et raconte avec poésie et romantisme des histoires auxquelles tout le monde peut s’identifier.

Et l’histoire continue de s’écrire aujourd’hui sur un nouvel album à paraître prochainement. Où rêve et réalité continuent de se mélanger pour conter des histoires. Où Valentin s’épanouit encore et raconte le film de la vie tel qu’il la conçoit aujourd’hui : entre doutes et espoirs, entre joies et peines, empreint du désir irrépressible d’en vivre pleinement chaque instant. Un album concocté entre Lille, Paris, Bruges, Biarritz et la Touraine dans lequel Valentin s’est entouré d’auteurs de talent comme Christian Vié ou Jérôme Attal, le tout réalisé par Tristan Salvati.

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valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonInterview :

Quand et comment as-tu commencé à jouer de la musique ?

Mon père est un vrai mélomane. Ma mère aussi, mais plus discrètement. J’ai donc grandi dans une maison où on écoutait beaucoup de musique, même si on n’en faisait pas. Par contre, mon père est dessinateur et ma mère travaille dans l’événementiel, j’ai donc quand même vécu dans un milieu artistique. Mes parents ont plein d’amis musiciens et un jour, l’un de leur pote a amené une guitare à la maison… c’est comme ça que j’ai commencé.

Très vite, tu t’es dirigé vers le rock.

J’ai même commencé avec le metal, parce que mes grands-cousins en écoutaient. A 11 ans, je chantais du hardcore aigu et j’avais les cheveux longs. Je faisais partie d’un groupe de rockers au collège. C’est un style vers lequel je me suis vite éloigné parce que je me suis rendu compte que ce n’était pas ce qui me plaisait. Très vite, j’ai découvert Nirvana et leur mélodie et leur sensibilité m’ont beaucoup plus parlé que ce que j’écoutais auparavant.

Le groupe auquel tu as appartenu, Boxon, n’était pas très rock, non ?

Ah bon ! Tu trouves ? On était quand même guitare-basse-batterie et on essayait de mettre le feu partout où l’on passait. Je suis d’accord avec toi sur le fait que ce n’était pas du grunge.

Je trouvais ça « pop » énergique.

Oui, ça me va aussi. J’ai toujours défini mon travail comme de la pop folk.

A l’époque de Boxon, écrivais-tu tes textes toi-même ?

Oui. Sur mon premier album, A nos amours, aussi d’ailleurs.

Pour toi, le contenu des propos est-il important ?

Primordial. C’est impossible pour moi de défendre une chanson à laquelle je ne crois pas. Je l’ai déjà fait sur mon premier album et je peux te certifier que ça ne marche pas. Aujourd’hui, on est dans une ère où la pop ne privilégie pas les paroles, je trouve ça dommage. L’essence d’une musique est ce que l’on raconte. Le fond et le style sont importants. C’est pour ça que travailler avec quelqu'un de la trempe de Jérôme Attal est riche d’enseignements.

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Pendant l'interview.

Pourquoi as-tu décidé soudain de laisser le soin à d’autres d’écrire pour toi ?

Ça s’est fait tout seul. Un jour, j’ai moins écrit. Je suis arrivé à une période de ma vie où je n’ai plus eu d’inspiration. J’ai toujours mis plus de temps à écrire un texte qu’une musique. Pour moi, composer est beaucoup plus intuitif. Quand j’ai rencontré Jérôme, j’ai vu sa facilité et son talent, ça m’a calmé (rires).

Vous vous êtes rencontrés comment avec Jérôme ?

Aux Rencontres d’Astaffort. Il m’impressionnait parce qu’il était capable d’écrire plusieurs textes par nuit. Il ne dormait et ne mangeait presque pas. Je considère que Jérôme est une machine de guerre. Ce qui m’a rapproché de lui, c’est que j’ai vite compris que, sans avoir son talent, j’écrivais des textes qui n’étaient pas aux antipodes des siens. J’avais une ambiance d’écriture poétique et de climat, un peu à la Noir Désir ou Bashung. Jérôme à l’art de mélanger ce climat avec quelque chose de plus défini et de plus construit. Il m’a apporté vraiment beaucoup. On travaille ensemble aussi pour d’autres artistes. Vraiment, j’espère que notre collaboration va perdurer. Avec lui, j’ai l’impression d’être un vrai groupe de rock (rires).

Vous n’êtes pourtant pas de la même génération.

Mais Jérôme, c’est un éternel jeune. J'ai l'impression qu'on a le même âge.

Tu vas sortir un album prochainement, la date n’est pas fixée, mais pour le moment, tu sors quelques singles.

J’insiste sur le fait que le but est de sortir l’album au bout. J’ai l’impression que les maisons de disque signent de plus en plus les artistes au single. Je trouve ça dommage, parce que pour découvrir un artiste, il faut aller en profondeur. J’imagine que les labels ne veulent plus prendre de risque en ces temps difficiles.

Clip officiel de "Défendre Alice" (texte de Jérôme Attal).

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxon« Défendre Alice » est un succès radio. C’est encourageant.

Il y a eu beaucoup d’engouement autour de cette chanson. Le clip sur internet a vraiment bien marché (note de Mandor : près de 500 000 vues) et j’ai fait pas mal de concerts et de plateaux grâce à ce titre.

Dans ton album, actuellement en cours d’enregistrement, il y a pas mal de ballades, je crois.

Oui, mais elles ne seront pas sirupeuses. La production qu’il y aura derrière va les booster. C’est un album que nous souhaitons assez rock.

Je sais que tu as déjà ton home studio.

Oui, il me permet de travailler continuellement sans me soucier de l’argent et du temps. Le luxe de la génération à laquelle j’appartiens, c’est que l’on a le MacBook et qu’on peut tout faire avec. Pour le disque qui arrive, j’ai fait toute la pré-production et ensuite, on est passé en studio avec Tristan Salvati qui m’aide à rendre les morceaux plus puissants et efficaces.

J’ai eu l’opportunité d’écouter certains de tes prochains titres. Tes chansons ne sont pas aussi lisses qu’elles en ont l’air. Je décèle derrière elles quelqu’un d’un peu torturé.

Je le suis complètement. Ma vie est une catastrophe, mais ce n’est pas grave, c’est ce qui m’aide à persévérer dans ce métier. J’ai envie de dire et sortir beaucoup de choses qui sont en moi. Je ne suis pas quelqu’un de super bien dans ma peau et en ce moment. Pour tout te dire, je suis en pleine période de doutes intenses. Je remets tout en question sur ce que je fais. Par exemple, hier, je suis resté chez moi, complètement contemplatif. Je n’ai rien fait à part réfléchir sur comment j’allais axer de manière la plus intelligente possible cet album.

Souvent, la chanson aide à sortir la tête de l’eau.valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxon

Ça aide même un peu tout le monde. En cas de malheur, écouter une chanson peut-être une putain de thérapie incroyable. Quand tu écoutes une chanson et que tu as envie de pleurer, c’est une sensation curieusement agréable. Quand je chante, j’ai la même sensation, mais en encore plus fort. Bon, je n’ai pas envie de jouer les artistes maudits, parce que ce n’est pas ce que je suis non plus. J’ai ma vie, j’ai ma famille, j’ai mon entourage avec lesquels je suis bien.

Ce besoin d’être sur scène, c’est pour te prouver des choses ? Et pour prouver des choses aussi à ta famille ?

Il y a quelque chose de cet ordre-là, tu as complètement raison. C’est un métier où tu n’es jamais pris au sérieux, sauf si on te voit beaucoup à la télé. Ce qui n’est pas encore mon cas. C’est débile parce que ça ne change rien à notre qualité d’artiste et à ce que l’on fait, mais c’est comme ça.

Mais tes parents croient en toi ?

J’ai toujours été soutenu par ma famille. J’ai juste envie de leur prouver qu’ils ont eu raison. J’aimerais qu’ils soient fiers de moi. C’est important.

Clip officiel de "Sybille Kill" (texte de Jérôme Attal).

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonJ’ai lu que Grand Corps Malade et Jean-Louis Aubert t’ont aidé à te faire connaître. Peux-tu m’expliquer comment ?

J’ai rencontré Jean-Louis Aubert chez Dominique Blanc-Francard, chez qui je faisais mon premier album. Il faisait le sien dans le studio voisin. Parfois, il venait écouter ce que l’on faisait. Plus tard, j’ai lu qu’il parlait de moi dans une interview comme sa dernière "découverte musicale". Bon, après les médias en ont fait tout un truc du genre « c’est le protégé de Jean-Louis Aubert »… en fait, ce n’est jamais allé si loin. Mais, je pense qu’en disant cela, il savait ce que ça allait engendrer derrière. Alors, je le remercie pour ce coup de pouce là.

Et Grand Corps Malade ?

Je l’ai rencontré comme Jérôme aux Rencontres d’Astaffort. On s’est bien entendu et on a beaucoup échangé. Il a accepté de parler pour mon EPK en disant des choses très sympas sur mon premier album et sur ma musique en général. Ce genre de soutien permet à un jeune artiste d’y croire et de continuer à rêver. C’est motivant, car on commence à percevoir une proximité avec ce milieu qui n’est pas facile d’accès. Bon, après, il ne faut pas se leurrer, l’évolution n’est pas radicale. J’avance petit à petit.

Lentement, mais sûrement, quoi !

 Il y a des artistes comme Zaz et Stromae qui ont fait « boum » sur un titre. Aujourd’hui, on est dans une conjoncture où tout le monde recherche son « boum ». Je trouve dommage qu’on oublie qu’il y a des artistes qui avancent progressivement. Moi, à 23 ans, je ne suis pas un artiste qui fait « boum ».

On ne laisse plus le temps aux jeunes artistes de se développer. Personnellement, je trouve cela déplorable.

J’ai quand même de la chance. J’ai un manager qui croit en moi depuis que j’ai 16 ans et qui ne me lâche pas malgré les hauts et les bas que j’ai traversés. C’est une sacrée chance. Et j’ai une maison de disque, Play On, qui est patiente avec moi. Ils ont sorti mon premier album qui n’a pas bien marché, mais ils ne me lâchent pas non plus. En ce moment, le succès de « Défendre Alice » et de "Sybill Kill" rassure tout le monde. Quant à la suite, personne ne la connait...

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Après l'interview, le 8 octobre 2014.

10 novembre 2014

Lo'Jo: interview pour le coffret 310 Lunes

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(Photo : Bogdan Konopka) 

Lo’Jo, c’est une odyssée musicale itinérante et polymorphe, qui croise les cuivres du jazz et ceux d’Europe Centrale. En matière de projets atypiques, cette formation en connait un rayon. L’essence même de sa démarche échappe à tout formatage, à toute idée de limites, tant sur le plan géographique que sur le plan artistique.

Le collectif angevin dresse donc le bilan de son dernier quart de siècle de la meilleure manière qui soit : avec un livre de photos agrémenté de deux CD.

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Ce livre objet est comme un voyage temporel. Il regroupe la réédition de l’introuvable premier album, The International Courabou, ainsi qu’un nouvel album instrumental, où les musiciens de Lo’Jo ont l’audace de s’absenter, confiant la reprise de neuf de leurs anciennes chansons à un orchestre à vent (sur les arrangements de Renaud-Gabriel Pion). Aucun mot n’est prononcé durant 43 minutes. Seuls les instruments ont la parole. Clarinettes, saxophones, tuba, trompettes, flûte, basson, trombone… l'album fait parler le cuivre et le bois, une fanfare-jazz planante, envoûtante et subtile.

Les deux disques entourent un livre de 70 photos de Bogdan Konopka, qui suit Lo’Jo depuis 1989.

Pour évoquer ce projet (et un peu plus), je suis allé à la rencontre de Denis Péan, le créateur et leader de Lo’Jo, au Cafés des Ondes, le 2 octobre dernier.

10409123_10152285986318045_2779650514104856434_n.jpgLe coffret collector de Lo'Jo :

310 Lunes (Lo’Jo / Harmonia Mundi – World Village).

70 photographies de Lo'Jo par Bogdan Konopka pour conter l'aventure en noir et blanc d'Angers à Tombouktou (25 années de poses à travers le monde).

-Un onirique orchestre à vent qui réinvente sans paroles, « Brûlé la mèche », « L'une des siens », « Venerate child »et autres fantaisies de musiques apatrides de Lo'Jo.(Avec les solistes: Erik Truffaz, Magic Malik, Roswell Rudd, Hasan Yarimdünia.

-Un retour, avec la réédition pour la première fois de The International Courabou (1989), aux toutes premières turbulences sonores de ceux qui virent depuis passer 310 Lunes.

Biographie de Lo’Jo (tiré du site .evous):lo-jo-020.jpg

Lo’Jo a été créé au début des années 1980 par Denis Péan et Richard Bourreau. Après avoir progressivement construit son style pendant une dizaine d’année, la formation travaille avec une compagnie de théâtre de rue intitulée Jo Bithume entre 1988 et 1991. Au sortir de cette expérience, elle décide de se concentrer sur son métier de créateur de musiques chantées, sans jamais rompre son lien avec les arts de la rue et du chapiteau.

Le combo part régulièrement en tournée et enregistre plusieurs opus avec un collectif de musiciens. Le premier opus intitulé Fils de Zamal sort en 1993. Mêlant toutes les influences au gré des rencontres et du cheminement de chacun, son style musical prend des accents de jazz, de reggae, de rock, de sons orientaux ou africains. En 1998, Mojo Radio leur permet d’étendre leur notoriété à l’échelle internationale en donnant un concert au festival WOMAD créé par Peter Gabriel.
Au début des années 2000, le projet Lo’Jo publie l’album Bohême de cristal et s’ancre davantage en Afrique, fait la découverte du Sahara et des musiques rebelles d’outre Méditerranée. Après L’Une des Siens paru en 2002 et un premier live intitulé Ce soir-là en 2003, le groupe continue à recevoir de nombreux éloges de la part des médias spécialisés avec Bazar Savant qui sort en 2006.

Après Cosmophono (2009), le groupe Lo’Jo revient sur le devant de la scène en septembre 2012 avec un huitième album intitulé Cinema el mundo. Avec de disque, il continue sur la lancée de ses précédents opus en offrant à son public un univers et un style musical qui puise encore davantage dans les sons du monde.

denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandorInterview :

Avec ce coffret, vous fêtez dignement vos 25 ans de carrière discographique…

Pas du tout. Ce n’est pas pour célébrer quoi que ce soit. Les anniversaires ne m’ont jamais intéressé. Il n’y a aucune raison de fêter 26 ans plutôt que 32. La sortie de ce coffret est donc une coïncidence. D’autant que la date de notre naissance est indécise.

Ce n’est pas ce qui est indiqué sur l’argumentaire envoyé avec le coffret. Quoi qu’il en soit, on trouve votre tout premier disque, The International Courabou. Pourquoi le rééditer ?

A l’époque, il a été diffusé confidentiellement. Nous n’avions ni circuit, ni distributeur, ni organisation à proprement parlé. Nous l’avions fabriqué et distribué nous-mêmes. Il n’y a eu que mille exemplaires, dont la plupart ont été vendus en Allemagne. Il n’y a donc que très peu de gens qui le connaissent. Dans ce disque, il y a le germe de ce qu’est devenu Lo’Jo.

Ensuite, les voyages ont fait grandir Lo’Jo.

Les voyages nous éduquent musicalement et humainement. Tout voyage déjoue les préjugés et les prévisions. Nous l’avons vérifié systématiquement et notamment lorsque nous sommes allés en Chine ou aux États-Unis.

Teaser de la sortie du coffret collector "310 lunes".

Expliquez-nous le titre de ce coffret, 310 Lunes. denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandor

C’est le nombre de lunes qui séparent Lo’Jo de ses débuts. Dans le groupe, nous avons une attirance pour les affaires cosmiques. Personnellement, je suis sensible à cela parce que je suis quelqu’un de la terre, alors je sais à quel point l’astralité joue sur la culture.

Quand j’ai reçu le coffret, j’ai écouté le premier CD… et comme je n’avais pas lu l’argumentaire qui l’accompagnait, j’ai attendu votre voix. J’ai attendu longtemps.

C’est le premier disque instrumental que nous sortons. Cela me tenait à cœur. Il y a d’ailleurs une petite provocation en faisant cela. Bien que je sois chanteur et poète, je trouve les chanteurs un peu lassants. J’aime que l’on se passe du guide qui est le chanteur. Je trouve qu’un chanteur souligne le message. J’aime la musique, j’ai été initié à cet art par le jazz. De nos jours, j’ai constaté qu’une œuvre sonore instrumentale n’était pas courante, alors, ce projet s’est imposé à moi.

Ces morceaux ont-ils été compliqués à réaliser, puis à enregistrer ?

J’ai confié le bébé au compositeur et arrangeur Renaud-Gabriel Pion. Il est spécialisé dans les arrangements de ce type d’orchestre uniquement composé d’instruments à vent.

Renaud-Gabriel Pion est un ancien de Lo’Jo.

Il avait donc la connaissance de notre façon de faire, de voir et d’exister en musique. Il a la faculté et la facilité d’écrire pour un groupe d’instruments à vent. On a assemblé nos forces respectives pour écrire un parcours. Notre parcours. Ce disque est la musique du film de notre vie.

Vous aimez provoquer ?

C’est ce qui m’a permis de tenir aussi longtemps en vie musicalement. Quand j’ai commencé le groupe, si je m’étais conformé, je crois qu’il n’existerait plus. Si je n’avais pas mené mon chemin par une nécessité créative absolue et une vocation à choisir plutôt qu’à subir le marché, les goûts, la mode, Lo’Jo n’existerait plus.

Clip officiel de "Au bar des lilas" (feat Erik Truffaz)

denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandorErik Truffaz est l’un des invités de ce premier CD.

Je suis un grand amateur de trompette. Je trouve que c’est l’instrument le plus sauvage, mystérieux, mystique, imprévisible qui existe. Les grands maîtres de cet instrument peuvent être pris à défaut techniquement et j’adore la trompette pour ça. Quand on était en tournée à New York avec Lo’Jo, on a vu Erik Truffaz dans un club. J’ai vraiment apprécié sa dignité de musicien et son économie de note.

Quand on essaie de définir votre musique, on commence par dire que c’est de la musique tzigane.

C’est une musique sensiblement apatride. On a notre culture fondamentale liée au patrimoine de musique classique européenne, une musique tempérée. Après, je le répète,  le jazz nous a éveillé. On a appris la distorsion et une extrapolation rythmique inédite. Il y a aussi l’Afrique et les pays tziganes qui nous ont beaucoup influencés.

Êtes-vous un musicien pointilleux et exigeant.

D’un certain point de vue, je suis très pointilleux, d’un autre, je peux être désordonné. Je n’ai jamais vraiment beaucoup travaillé. Dans notre musique, tout est fait de bric et de broc et nous fonctionnons de manière anarchique.

"Lo Siempre Jo", extrait audio du Coffret collector "310 Lunes" de Lo'Jo.

denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandorÊtes-vous satisfait de la tournure de votre carrière ?

Non, pas exactement. J’ai des regrets et des frustrations. J’aimerais encore qu’on me laisse trente ans. J’ai l’impression de commencer, de débuter.

Vous avez un public qui vous suit depuis longtemps.

Oui, et il n’a pas été conquis à coup de grandes promotions et de médiatisations assommantes. Ca été du corps à corps. Chaque personne a été gagnée au forceps. Avec ma musique, je veux aussi mettre en avant la transmission locale, familiale, traditionnelle de la musique.

Parlez-vous du photographe Bogdan Konopka et des photos qui figurent dans ce livre.

En 1988, les membres de Lo’Jo n’avaient jamais bougé de leur coin et n’avaient pas encore de vie professionnelle. Ils ont été embauchés comme musiciens par un cirque. Une compagnie de théâtre de rue, plus précisément. Avec elle, on a traversé l’Europe pendant quatre ans. Le pays le plus extraordinaire pour nous a été la Pologne. A Cracovie, nous avons rencontré Bogdan qui était le photographe officiel du festival. Il est venu s’installer en France deux ans après, et depuis, il n’a cessé de nous photographier ici où là, pendant 25 ans. Le projet est vraiment parti de ses photos. J’avais le désir d’en consigner certaines. On en a regardé des centaines et des centaines avant d’en trouver qui étaient représentatives.

Pourquoi enregistrez-vous des disques ?

Quelquefois j’imagine que c’est par orgueil. C’est important de garder une trace de comment on a consigné l’histoire. C’est un témoignage.

C’est dur de continuer ce métier ?

Ça a toujours été dur de se tenir droit. Continuer à faire et à vivre de la musique est une lutte permanente.

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Après l'interview, le 2 octobre 2014.

Et, n'oubliez pas, ce rendez-vous...

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09 novembre 2014

AndonI Iturrioz : interview pour L'insolitude

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(Photo : Thibaut Derien)

A la question posée maintes fois à AndonI Iturrioz ces derniers jours, « pourquoi avoir repris ton vrai nom ? », l’artiste basque a répondu sur son site par une « lettre explicative quant à l’abandon du nom Je Rigole ».

La voici : "J'en ai marre de "Je rigole.", je m'appelle Andoni Iturrioz ! »

Plus sérieusement, j’ai soutenu ici par deux fois l’œuvre de Je Rigole (voir  en 2012 et en 2010), je continue donc à mettre en avant celle d’AndonI Iturrioz.

J’aime ses chansons. Ses textes et sa musique provoquent en moi une véritable tempête intérieure. Je suis touché par sa poésie, son émotion et son ironie… et par la force qu’il dégage.

L’homme vient de sortir un nouvel album, L’insolitude, et il sera en concert à l’ACP La Manufacture Chanson (espace Christian Dente, 124 Av de la République, 11e), les mercredis 12 novembre, 26 novembre et 10 décembre prochain.Lisa Portelli, Bertrand Louis et Xuan Lindenmeyer seront avec lui sur scène.

AndonI Iturrioz est donc passé à l’agence, le 8 octobre dernier pour une troisième mandorisation.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorArgumentaire de l’album L’insolitude (signé Laurent Bosc) :

Deux ans après son premier album, AndonI Iturrioz (anciennement "Je rigole.") revient avec L'insolitude.

Ici, on dit "chut" en hurlant ! Les rythmes sont barbares et doux, la cacophonie mélodieuse.

On embarque sans rien dire, et on a raison ! Il y a du monde dans tous les coins ! Candides coupables, amoureux cachés, chamanes en exorcisme, tous scrutent les passagers d'Andoni comme un bosquet sur du bitume. On y voit l'homme qui rit d'être habité par ce qui le dépasse, des aurores galopantes et des tempêtes tranquilles. Même la fin du Monde est en nuage...

On se voit dans un rituel initiatique où la beauté ressuscite les vivants. Le mal essore la vie pour en sortir le jus. La transe est entêtante ! On se balade dans les ruines d'un monde plus vivant que le nôtre.

Le voyage d'Andoni n'est pas de la chanson. C'est un témoignage qui nous parle d’ici, une parabole de ce qu'il y a en nous, caché, profond, sombre, intrépide. C'est un plan d'évasion scandé par un poète qui a touché la grâce.

L'insolitude n'est pas un disque. C'est une percée dans la magie du Monde.

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(Photo : Thibaut Derien)

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorInterview :

Revenons une dernière fois sur ton changement de nom.

Ce disque est dans la continuité du premier album de Je Rigole. Nous étions alors vraiment un groupe. Petit à petit, je me suis rendu compte que Je Rigole était devenu mon pseudonyme. On me présentait comme « monsieur Je Rigole ». Être « monsieur Je Rigole » pendant les quinze prochaines années de ma vie, ça ne me tentait pas.

Je comprends. Et puis, ça ne correspond pas vraiment à tes chansons.

On peut rire en m’écoutant, mais c’est un rire noir.

Cet album a été conçu avec Bertrand Louis. Quand je l’ai reçu ici, il était en plein enregistrement de ton album et semblait très enthousiaste. Vous avez deux fortes personnalités, ça a été simple de travailler avec lui ?

Il n’y a eu aucun problème. On s’entend très bien et on se comprend parfaitement. Je l’emmène dans des endroits où il ne va pas d’habitude et lui, il met ses outils et son savoir-faire musical à mon service.

"L'insolitude".

Compositeur : Andoni Iturrioz / Lisa Portelli
Arrangements : Bertrand Louis
Réalisation : Pierre Guenoun
Production : J'ai vécu les étoiles

Ce deuxième album n’est pas aux antipodes du premier. Faut-il toujours préserver une identité musicale forte ?

Il faut préserver sa démarche. J’ai des références et des influences dans différentes musiques et je prends des petites parcelles de chacune pour construire mon univers. Quand je les adapte à mon monde, ça devient autre chose et quand je découvre ce que c’est, ça ressemble à ce que je suis.

Je trouve que cet album est un peu plus chanté que le précédent. Tes textes sont un peu moins scandés.

Je trouve aussi, mais ce qui est drôle, c’est que les avis, à ce sujet, sont très contradictoires. D’autres personnes trouvent que c’est moins chanté que le premier. Je dirais que dans cet album, les voix sont un peu plus posées. Je voulais qu’en m’écoutant, on soit à l’intérieur de soi. Je n’avais pas envie de déclamer. Dans ce disque, il y a des explosions, mais internes.

Il me semble aussi que tes musiques sont plus mélodiques.

Encore une fois, d’autres me disent le contraire. Certains trouvent ce nouvel album plus fermé, plus expérimental. Mais, moi, je suis d’accord avec toi. En tout cas, c’est un disque qui est plus produit et mélodiquement, j’ai essayé d’aller plus loin. Mon premier album était plus en référence à la chanson française « classique ». Avec L’insolitude, on a beaucoup moins de référents. Les textes sont plus personnels, intimistes et très imagés, métaphoriques et poétiques.

C’est ça la magie de ton métier. Tu fais des choses personnelles et chacun le ressent à sa façon.

Je sais juste une chose, et c’est valable pour les deux albums, il faut pouvoir rentrer dans le monde que je propose.

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(Photo : Thibaut Derien)

Dans tes nouvelles chansons, tu parles de la société sans la juger, sans donner de leçons.antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandor

Je ne distribue surtout pas de bons ou de mauvais points. Je vis dans le monde, donc dans la société, alors je la miroirise. La société se reflète dans mes chansons. Dans cet album-là, je suis moins dans un thème social que dans un thème existentiel lié à la condition humaine.

Tu l’aimes cette société ?

(Rires) Il y a des tas de choses dans lesquelles je ne me reconnais pas. De toute façon, je suis assez marginal. Je ne me sens pas chez moi dans cette société. N’empêche que je suis avec les gens et le monde et, du coup, la société, c’est comme un vêtement. Moi, je parle de l’être, plus que du vêtement. Mes chansons sont plus de l’ordre de la poésie-philosophico-spirituelle. Ce qui m’intéresse, je le répète, c’est la condition humaine.

Comme dans la chanson « L’insolitude ».

On dit souvent que l’on peut être seul dans la foule, donc la solitude est une misère. Moi, j’ai constaté l’inverse. On peut être seul et ne pas l’être. C’est « l’insolitude ». C’est une richesse, une harmonie avec le monde. Je sens des échos avec le monde que j’essaie de décrire dans cette chanson. Dans « insolitude », il y a aussi le mot « insolite »… parce qu’on est très étonné de sentir qu’il y a des échos qui nous répondent.

Il y a plusieurs degrés/niveaux dans tes chansons.

Oui, parce que j’ai l’impression qu’il en faut pour tout le monde. Il y a plein de gens qui comprennent autre chose que ce que je dis. C’est normal, puisque je brise les images en concevant une chanson comme une boule à facettes. Du coup, chacun arrive à trouver un reflet, une image qui lui parle. Il y a un thème de fond qui est là, si on pénètre dans le texte, on remarque une cohérence réelle.   

Te sens-tu compris ?

Je ne compte plus les fois où l’on m’a dit « je déteste la chanson française, mais j’adore ce que tu fais », ou, à contrario, « j’adore la chanson française, mais je n’aime pas trop ce que tu fais ». C’est très dur de réunir un large public. Je me demande perpétuellement comment toucher ceux qui ne sont pas encore touchés et qui sont susceptibles de l’être.

J’aime bien ton authenticité. Tu ne fais jamais de concession.

Je n’arriverais pas à faire autrement. Si j’avais les moyens de rester moi-même en étant plus efficace, je pense que je le ferais. Je ne vais pas me mettre à faire une chanson pop sous prétexte que j’ai envie de passer à la radio. De toute manière, le résultat serait nul. Si je veux être bon, il faut que je reste proche de moi. Je n’ai pas le choix.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorDans « Bleu nazi », tu parles de la chanteuse Lisa Portelli, ta compagne. C’est une chanson d’amour, pour le moins original.

Là encore, les avis sont partagés. Il y a des gens qui me disent que c’est une magnifique déclaration d’amour et d’autres qui me disent qu’elle leur fait froid dans le dos. Toi tu connais Lisa, donc ça te choque, mais la Lisa de ma chanson n’est qu’un personnage. Je suis parti d’elle et j’ai développé un personnage. Je me suis amusé à écrire une chanson d’amour avec le champ lexical de l‘horreur.

C’est comme le premier titre de l’album, « Apologie naïve de la haine », ce n’est évidemment pas une apologie de la haine.

Je dis qu’on ne peut pas parler de la beauté du monde en niant le monde. Si tu nies la souffrance et la haine de ce monde, tu ne parles pas de la beauté. Dans cette chanson, je fais rentrer la haine dans l’hémicycle de mon expression. Je pense que la haine n’est pas chez les autres, elle est chez soi. En gros, je dis qu’il faut faire l’amour à la haine. Il faut prendre le monde dans son entièreté et l’aimer. La beauté, tu ne l'atteins pas en écartant la souffrance et la haine, mais en la traversant. Dans « Le monde est magique » aussi, j’évoque cela.

Tu te sens proche de quel artiste dans la chanson française ?

J’aime bien Babx et Loïc Lantoine. Sinon, comme frère d’arme, j’ai Bertrand Louis. On est très différent au niveau du style et de la musique, mais j’aime travailler avec lui. J’aime aussi ce que fais Lisa…

Mais ton identité artistique est proche de la tradition des Brel, Brassens, Ferré et Bashung.

Je ne sais pas, mais en tout cas, j'essaye de faire ce qu'a mon sens devrait être la chanson Française au 21e siècle.

La chanson, c’est sérieux ?

Rien n’est sérieux. Quand on fait quelque chose, il faut juste décider que cela le soit.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorAprès l'interview, le 8 octobre 2014, à l'agence.

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07 novembre 2014

Les Stentors : interview pour Rendez-vous au Cinéma

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Aussi vrai que les stentors de l’Antiquité relayaient les ordres, nos quatre Stentors actuels, bien dans leur époque, transmettent à leur manière notre patrimoine culturel. Outre le plaisir qu’ils nous donnent, ces chanteurs, en authentiques « passeurs », remplissent une importante mission : faire vivre à nouveau des couplets et des refrains qui demeurent au Panthéon de la chanson française. Il semblerait que le public français suivent et apprécient leur démarche. J’ai rencontré Sébastien Lemoine et Vianney Guyonnet, les deux barytons et Mowgli Laps et Mathieu Sempéré, les deux ténors, dans un bar d'un hôtel de la capitale, le 26 septembre dernier pour une interview collégiale sympathique (et un peu dissipée).

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorBiographie (écourtée) :

Les Stentors, sont quatre voix hors du commun, deux barytons et deux ténors qui depuis maintenant deux ans ont conquis par leur talent et leur répertoire un public bien plus vaste qu’une élite férue de culture et de musique classique.
Et c’est bien là le talent de ces quatre garçons dans le vent : avoir osé un temps déserter l’Opéra et ses fresques dorées pour aller toucher le cœur du plus grand nombre.

Sébastien Lemoine, fondateur du quatuor et baryton émérite, s’il connaît « la grande musique », n’en a jamais pour autant oublié son goût pour la variété française. Après avoir chanté avec bonheur les régions de France et l’Histoire de notre pays, dans
Rendez-vous au Cinéma, les Stentors, passionnés tous les quatre de salles obscures et de B.O de films, ont décidé pour ce troisième opus de revisiter et de s’approprier quelques standards du septième art.

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les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorInterview :

Vos deux premiers albums défendaient le répertoire français. C’est même un peu l’ADN des Stentors, non ?

Sébastien Lemoine : Nous sommes nés après des groupes comme Il Divo et nous n’avions pas envie de nous contenter de reprendre des chansons que nous aimions personnellement. Nous voulions un thème fort. Donc, chaque album en possède un que nous avons choisi au préalable tous les quatre avec notre équipe de production.Quand on a fondé le groupe, on a eu envie de rendre hommage aux régions parce que ça n’avait jamais été fait et, comme nous étions des petits nouveaux, on avait envie de frapper fort.  Dans le deuxième album, nous avons souhaité interpréter des chansons qui parlent de l’histoire de France et qui ont marqué la chanson française.

Pour le troisième album, vous avez choisi le 7e art.

Sébastien Lemoine : C’était une évidence. Nous sommes des chanteurs d’opéra, donc notre vie consiste à chanter des histoires imagées sur scène. Et puis, il y a dans le répertoire de musique de films un vivier gigantesque de chansons.

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Quand on est un quatuor comme le vôtre, quelle est la principale difficulté ? Le choix de ce que vous allez interpréter ?

Mowgli Laps : Oui, ce n’est pas le plus simple, en effet. On se réunit avec notre équipe de production et on propose toutes nos idées. Après, il faut choisir les morceaux qui, indéniablement, ont marqué tout le monde sans exception. Il faut trouver des titres universels que l’on va pouvoir défendre avec nos voix lyriques.

Sébastien Lemoine : On veut systématiquement faire revivre des thèmes musicaux qui soient dans l’esprit de tout le monde. Il faut que chacun puisse se retrouver et revoir les images des musiques des films sélectionnées.

Dans ces albums, n’avez-vous pas envie d’intégrer des chansons plus personnelles ?

Vianney Guyonnet : Ce que l’on fait de personnel, c’est notre spectacle. On a écrit des textes, on a fait des mises en scène, on chante les chansons que l’on souhaite… Après, nous sommes tous des artistes indépendants et des créateurs, on a donc tous envie d’intégrer des titres personnels, mais à notre stade, je ne suis pas sûr que ce soit encore une bonne idée.

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Dans vos carrières respectives, Les Stentors, c’est une détente ?

Mathieu Sempéré : C’est beaucoup de travail, beaucoup de temps, beaucoup de sacrifices par rapport à nos vies professionnelles. Nous sommes tous chanteurs d’opéra solistes et on ne peut pas à la fois défendre un album pendant six mois et être sur scène à l’opéra. Les Stentors, c’est un choix que chacun de nous a fait. Ce choix-là me fait plaisir parce qu’il me permet de défendre un répertoire que je n’avais pas l’occasion de défendre.

Mowgli Laps : J’ai toujours été fan de musique de variété, ce projet m’a donc enthousiasmé. D’ailleurs, à la base, j’ai commencé à chanter de la variété avant de me lancer dans l’opéra. Les Stentors, c’est un nouvel univers, une nouvelle technique, une nouvelle façon de chanter avec le micro, mais je ne me sens pas aux antipodes de ce que je fais depuis toujours. Je trouve que c’est très agréable de chanter avec ce groupe. C’est une énergie que j’aime beaucoup.

Vianney Guyonnet : On est tous d’accord que chanter avec les Stentors est un véritable engagement. Aujourd’hui, je reviens à mes envies d’origine qui étaient de faire de la chanson. Appartenir aux Stentors permet d’avoir une vie artistique encore plus riche. L’année dernière, j’étais à l’Opéra Comique pendant six mois. Grâce à mon expérience avec le groupe, j’ai utilisé plein de choses que j’ai développées à titre personnel dans ma voix. Et parallèlement, à l’opéra, j’utilise des choses dont je me ressers chez les Stentors. Ce sont des univers que l’on peut faire coexister et qui peuvent s’enrichir les uns, les autres. Et puis travailler avec quatre potes, c’est génial !

Sébastien Lemoine : Je rebondis sur ce que dit Vianney. Nous passons d’un univers à un autre. Ils ont l’air culturellement différent, mais ils ne le sont pas tant que cela. Quand on raconte une histoire dans un opéra ou dans une chanson, on raconte une histoire, même si on ne l’interprète pas exactement  de la même manière. Quand bien même les genres, les univers, le public, l’exposition médiatique sont différents, on fait le même métier. C’est aussi passionnant de chanter un opéra pour enfant devant 150 personnes à Clermont-Ferrand  que de faire la première partie de Michel Sardou à Bercy. Dans les concerts des Stentors, le public nous manifeste un amour plus fort et spontané que cela peut l’être dans le monde de l’opéra, mais c’est quand même le même métier.

Clip de "Vois sur ton chemin".

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorEst-ce que, du coup, le public qui vous connait grâce aux Stentors, vient vous voir dans vos spectacles personnels ?

Sébastien Lemoine : Dans les Stentors, on a ce qu’on appelle une fan base. Des gens qui nous aiment beaucoup et nous suivent indépendamment les uns des autres. Quand j’ai mis en scène l’opéra « Don Giovanni », il y a des fans des Stentors qui se sont manifestés. Je sais que pour Mathieu et son Mariano, certains se sont déplacés. Idem pour le spectacle de Mowgli au Chatelet et pour Vianney à l’Opéra Comique. Ils s’intéressent à ce que l’on fait.

Mowgli Laps : Le pont que nous développons est à double sens. On fait venir des gens de l’opéra vers la chanson française. On leur montre que les textes sont parfois fantastiques et que les musiques, également, valent le coup. Une chanson, c’est un condensé d’opéra en trois minutes.

Sébastien Lemoine : L’image de l’opéra est tellement loin de la réalité. La plupart des gens pensent que c’est un univers inaccessible. Il y a beaucoup de préjugés et nous nous efforçons de les faire sauter un par un. Petit à petit, nous remarquons que nous sommes en train de démocratiser l’opéra.

Vous êtes-vous demandés comment les gens du monde de l’opéra allaient réagir quand vous vous êtes lancés dans l’aventure Stentors ?

 Sébastien Lemoine : Moi, vous savez, j’ai un parcours atypique. Je suis arrivé dans le monde de l’opéra alors que j’étais un ancien aviateur. J’ai fait la guerre, alors, que l’on me juge parce que je passe d’un monde musical à un autre, je m’en moque un peu.

Mowgli Laps : Les trois ténors, Plácido Domingo, José Carreras et Luciano Pavarotti, ont créé une ouverture dans ce domaine, il y a longtemps. Le groupe Il Divo a poursuivi, Roberto Alagna aussi.

Sébastien Lemoine : Roberto Alagna est l’exemple criant. Il s’est fait démonter parce qu’il a sorti des disques où il n’interprétait pas des airs d’opéra. C’est tout de même le plus grand ténor du monde, je pense qu’il a été victime de jalousie. Et il y a une part d’ignorance et d’incompréhension de la part de certains esprits médisants. Nous nous sommes lancés avec passion, amour et authenticité dans l’aventure Stentors, en faisait fi des remarques éventuelles. On ne peut rien nous reprocher, on n’aime ou on n’aime pas, mais on fait ça avec le cœur.

Vous avez eu la grosse artillerie TF1 derrière vous. Ça aide pas mal, non ?les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandor

Sébastien Lemoine : Une grosse artillerie derrière soi, c’est bien, mais ça ne suffit pas. Certes, avec le deuxième album, on a refait triple disque de platine, mais on a eu peu de presse sur nos albums, parce que, justement, les médias se sont dit que nous n’avions pas besoin d’eux pour nous faire connaître.

Vianney Guyonnet : TF1, c’est notre force et notre faiblesse. Ils ont des moyens colossaux, mais du coup, on envoie des informations erronées. Beaucoup pensent que nous sommes un produit fabriqué de toutes pièces. Nous voulons lutter contre cette idée-là. Les gens qui viennent nous voir sur scène le comprennent très rapidement. Nous ne sommes pas si policés et markettés qu’on en a l’air.

Sébastien Lemoine : Quand bien même cet album-là ne trouverait pas le même public que pour les deux précédents, ce ne serait pas un échec. On n’a pas d’obligation de résultat.

Mais quand même, la maison de disque est plus apte à continuer avec un artiste en état de marche.

Mowgli Laps : C'est évident. Notre succès vient aussi beaucoup du bouche à oreille. Nos spectacles sont nos meilleurs ambassadeurs. C’est beaucoup plus fort qu’une promotion sur TF1, je vous assure.

Sébastien Lemoine : On n’a aucun souci avec le côté marketing de TF1. Nous, on vend des disques, on fait donc partie d’une industrie. Entre nous, qui refuserait une force de frappe comme celle que possède TF1. Au nom de quoi devrions-nous nous priver d’une telle exposition pour défendre ce que l’on a envie de défendre ?

Mathieu Sempéré : Le plus important, ce n’est pas l’emballage, c’est ce qu’on a mis dedans. Si le papier cadeau est beau et qu’il a des dorures, tant mieux. Nous, nous sommes fiers de ce qu’il y a à l’intérieur. Nous trouvons tous les quatre que ce troisième disque est le condensé de ce qu’il y a de mieux dans les deux précédents. C’est vraiment l’album le plus abouti. On trouve que c’est de mieux en mieux, et c’est notre fierté.

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Faut-il trouver une nouvelle façon de chanter quand on se lance dans la variété ?

Mowgli Laps : Moi, ça a été très difficile au départ. J’ai mis beaucoup de temps avant de sentir comment chanter devant un micro, comment placer ma voix. A l’opéra, on développe la capacité de chanter très puissamment, d’aller très loin… il faut apprendre à se modérer devant un micro.

Mathieu Sempéré : Il a fallu s’adapter, faire des essais et ça c’est très bien passé. D’album en album, on progresse. On se connaissait un peu, on a chanté deux par deux, mais il a fallu créer une certaine osmose pour chanter tous les quatre. A chaque fois que l’on enregistre, à chaque fois que l’on fait un concert, on apprend toujours un peu.  

Vianney Guyonnet : Personnellement, j’ai progressé dans le chant à quatre. Il faut être attentif à ce que chacun ait un espace. Ce qui est difficile, c’est de passer de soliste à un quatuor. Il n’y a aucune individualité possible dans un quatuor. On doit être toujours à l’écoute de ce que font les autres. En cela, aujourd’hui, le groupe a pris une maturité considérable.  

Comment expliquez-vous le succès des Stentors?

Mathieu Sempéré : Je pense que ce que l’on amène vraiment, c’est notre culture, notre lyrisme et notre vécu sur scène. Même quand on chante « variété », on sent derrière toute la couleur de l’opéra. Cette vibration et cette émotion est différente de celle qu’on a l’habitude d’entendre.

Vianney Guyonnet : Le public aime les grandes voix et les grandes chansons.

Mathieu Sempéré : On modifie nos voix pour les rendre pop quand c’est nécessaire, mais on garde notre côté lyrique.

Sébastien Lemoine : Nous sommes des garçons authentiques. Nous ne sommes pas différents de ce que nous prétendons être. Il y a aussi un côté humain dans notre succès. Nous sommes quatre types ordinaires qui vivons une expérience extraordinaire.

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Avec les Stentors après l'interview, le 26 septembre 2014.

06 novembre 2014

Karen Brunon : interview pour La fille idéale

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Karen Brunon est l’une des découvertes musicales de cette année 2014. La violoniste qui accompagne sur scène ou en studio de grands noms de la chanson est pourtant loin d'être une inconnue. Surtout depuis sa participation à l'aventure du groupe Circus au côté de Calogero, Stanislas, Philippe Uminski et Elsa Fourlon. Mais c'est « son » premier album, produit par l'ami de longue date, Benjamin Biolay, que défend aujourd’hui la compositrice et interprète. Rencontre, le 2 octobre dernier, dans un bar « à thé » de la capitale pour une petite conversation.

karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandorBiographie officielle (très écourtée):

Celle qui présente aujourd’hui son premier album Où je vais est tout sauf une débutante. Sa carrière a explosé très tôt, en 1996 déjà, lors d’un concert de Michel Legrand au Carnegie Hall, où elle tient la place de 1er violon.  

Retour en arrière…

À 5 ans, Karen Brunon convainc sa mère de lui offrir cet instrument qui ne la quittera plus. De l’école de musique du Puy, elle rejoint à 11 ans le Conservatoire de Lyon où elle obtient le 1er prix. Là-bas, elle fait une rencontre déterminante, celle de Benjamin Biolay, alors tubiste. À 15 ans elle entre au Conservatoire de Paris et elle y reçoit à nouveau un 1er prix. Elle a 19 ans, elle quitte le Conservatoire.

Karen Brunon devient peu à peu la violoniste référence de la chanson. Elle est le premier violon de Charles Aznavour, Laurent Voulzy, Étienne Daho, Keren Ann, Brian Wilson, Vanessa Paradis, Mika, Woodkid, Gad Elmaleh, Damon Albarn.

Il y a eu aussi un premier projet personnel, en 1999, avec Keren Ann et Benjamin Biolay. Les trois artistes forment le groupe Shelby, dont l’album sortira chez EMI.

S’en suivra une autre rencontre décisive : Calogero. Depuis quelques années, il projette de créer un groupe. Ainsi naquit Circus. Karen en sera la violoniste et y posera aussi sa voix. Plus de cinquante concerts en France, un disque d’or, enchaînement d’émissions de télé et de radio, succès critique et public… Calogero le mentor lui met définitivement le pied à l’étrier dans le monde de la chanson.

Le disque, La fille idéale :karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor

À l’heure de la remise en question artistique et de la prise de risque, c’est à un vieil ami qu’elle fait appel. Benjamin Biolay assurera la réalisation de son premier album solo. Pour les textes, elle fait appel à Élodie Frégé, Marie Bastide, David Verlant, Biolay aussi. Pour les musiques, elle s’adjoint l’aide de Keren Ann, de Stanislas, de Biolay encore.

Pour en faire ressortir le meilleur, c’est l’ingénieur du son Erwin Autrique (Vanessa Paradis, Charles Aznavour, Indochine…) qui mettra la touche finale au disque.

Résultat, un premier album dont Karen Brunon assure les arrangements et l’interprétation des parties de violon. La rythmique est pop, lourde, cadencée. La voix est là, tantôt en avant, tantôt considérée comme un instrument à part entière.

L’album est féminin, romantique, sensuel. La voix est chaleureuse, embrassante, abrasive.
C’est l’album d’une artiste qui a la chance exceptionnelle de ne pas faire de compromis, d’imposer et d’assumer ses choix quoi qu’ils lui en coûtent. C’est également l’album d’une vie bien remplie, où la musique n’est rien d’autre que l’expression du corps et du cœur.

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karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandorInterview :

Comment avez-vous décidé de faire du violon ?

Dans ma famille, tout le monde est musicien, j’avais donc, tous les instruments autour de moi. J’ai un cousin qui est violoniste et j’ai vite remarqué que cet instrument me plaisait, me fascinait et qu’il me touchait plus que les autres.

Vous avez fait une école de musique puis le conservatoire. J’ai l’impression que vous n’avez pas eu trop besoin de lutter pour vous faire remarquer.

Je n’ai jamais lutté, en effet. Les choses ont été assez fluides, mais j’étais très exigeante avec moi et j’ai beaucoup travaillé. Quand on étudie un instrument aussi intensément, quand on passe autant d’heures de travail, seule dans sa chambre, qu’on vit les concours (une perpétuelle pression), on apprécie les petites choses qui arrivent et qui te changent de ton quotidien ainsi que les gens qui se penchent sur ton berceau pour travailler avec toi.

Quand on a la base « classique » que vous avez et qu’on se met à travailler avec des chanteurs de variété, est-ce simple ?

Il y a juste plus de pressions et d’angoisses parce que, soudain, il y a ton nom sur la pochette. Quand on accompagne des gens, on n’est pas devant, mais on se met au service de quelqu’un. J’ai la chance, heureusement, de m’adapter à toutes sortes d’univers et de musiques. Passer d’Aznavour, à Pagny, Harry Connick Jr, Michel Legrand ou à Ray Charles, ça ne me pose aucun problème. Je trouve ça même très excitant le challenge de changer radicalement de son ou de vibrato. On ne joue pas de la même façon. Au fond, ce que j’aime dans ce métier, c’est la diversité et les prises de risques.

"Cordelia", en studio avec Gonzales.

Vous avez déjà participé à de nombreux albums, mais peut-on dire que La fille idéale estkaren brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor le plus important de votre vie ?

Sans doute, parce qu’il sort aujourd’hui et que j’aime bien l’instant présent. Ce sont les autres qui m’ont nourri pour faire celui-ci. Sans les autres, ceux que j’ai faits avec Benjamin Biolay, Karen Ann ou Calogero (Circus), celui-ci serait-il aussi abouti ? Je me suis aussi nourrie des albums auxquels j’ai participé en tant que violoniste. Je considère que j’étais dans un laboratoire pendant toutes ces années.

Observiez-vous tous ces artistes avec la perspective éventuelle de devenir chanteuse ?

Si je suis opportuniste, c’est dans le côté positif. J’ai rarement provoqué les choses, elles sont beaucoup venues à moi. C’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’elles sont venues tard, parfois (rires).

Mais, vous aviez envie de devenir chanteuse ?

Cette envie-là, je l’avais enfouie en moi depuis longtemps. Je me disais que c’était trop tard et surtout que c’était trop dur aujourd’hui. Le métier est de plus en plus difficile, alors, se lancer dans un métier comme ça…Les opportunités que la vie t’offre peuvent parfois te faire changer d’avis.

Vous êtes instrumentiste et vous travaillez énormément pour les autres. Cela permet-il de ne pas avoir trop de pressions quant à réussir ou non en solo ?

C’est évident. Mais, je ne veux surtout pas arrêter cette activité-là pour me lancer dans la chanson. J’aime mon métier et je n’ai pas du tout envie de l’abandonner. Ces deux manières de faire de la musique sont compatibles. Ce sont juste les emplois du temps qui sont plus difficiles à gérer.

"Rien", en studio avec Benjamin Biolay.

Benjamin Biolay a réalisé cet album. C’est un très bon arrangeur de cordes, mais pour les parties de violons, avait-il son mot à dire ?

Ah oui ! On a fait moitié-moitié sur les arrangements de cordes. Moi, je suis violoniste, mais arrangeur de cordes, c’est encore autre chose. Je l’ai déjà été, mais je n’ai ni son talent, ni son expérience. A ce propos, savez-vous que dans la tournée de Vanessa Paradis, il joue du violon ? Et très bien en plus ! Il sait vraiment tout faire, c’est extraordinaire.

Vous avez composé quelques morceaux vous-même.

J’ai composé « Une aventure », « La fille idéale », « Où je vais », « A fleur de peau » avec Benjamin, « l’amour en cage », « Rien », « Ta muse », « Tu ne sauras pas » et « Voilà » avec Karen Ann.

Par contre, vous n’écrivez pas les textes encore vous-même, il faut donc trouver des gens qui « parlent » en votre nom et qui écrivent bien.

L’album vient de sortir, mais il y a des chansons qui sont écrites depuis des années. Benjamin me connait depuis toujours, donc je n’avais pas de souci sur ce qu’il pouvait écrire pour moi. J’avais aussi envie d’auteure féminine qui parlent des femmes et que ce soit un peu sexy. Elodie Frégé est tombée à pic. J’ai toujours aimé son univers. C’est une auteure incroyable et il serait tant que le métier le comprenne.

Passez-vous du temps avec vos auteurs pour qu’ils vous connaissent un peu plus et saisissent ce que vous êtes ?

On passe beaucoup de temps à parler. Je leur explique les sujets qui me touchent et que je souhaite évoquer.

En studio, le duo Karen Brunon et Keren Ann dans "Le lieu du crime".

Le duo avec Keren Ann, c’était pour boucler une boucle commencée avec le groupe Shelby, que vous formiez avec elle et Benjamin Biolay ?

C’était impossible qu’elle ne soit pas sur mon album. Qu’elle chante avec moi « Le lieu du crime » est un cadeau du ciel. De toute manière, dans cet album, il y a tous les gens que j’aime, tous les gens avec lesquels j’ai commencé la chanson.

Sauf Calogero !

Parce qu’on a écrit nos deux albums en même temps. Il était très occupé. Il n’est pas là, mais il est là quand même. J’ai beaucoup appris de ma participation à Circus. Tous les autres membres du groupe m’ont donné beaucoup de conseils. Mais Calo a une telle expérience qu’on est obligé de l’écouter et de prendre un peu de sa force. Il est d’une rare générosité.

Clip de Circus, "Sur un fil".

Clip de Circus, "Chagrin d'ami".

Comment appelez-vous la musique que vous faites ?

Je ne sais pas. C’est délicat à qualifier. J’ai envie de mettre les mots « élégant », « féminin », mais n’est-ce pas trop présomptueux ?  C’est aussi un disque de variété, dans le sens où il est varié. Je m’en fous des étiquettes.

Votre clip « Où je vais » passe beaucoup à la télé. On vous y voit casser un violon. Y-a-t-il quelque chose de symbolique dans cet acte ?

Non, ce n’est pas pour dire que je casse ma vie passée. J’ai juste trouvé ça rigolo. Je n’ai pas ce côté protecteur par rapport à la musique classique. J’ai voulu dire : « On s’en fout ! Amusons-nous ! » La vie est un peu noire en ce moment, il faut bien que l’on prenne du bon temps et que l’on soit un peu léger et inconscient.

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Certains artistes travaillent beaucoup pour fuir la réalité. Est-ce votre cas ?

A un moment, peut-être, mais aujourd’hui, je pense être bien ancrée dans la réalité.

Après avoir été dans l’ombre de  nombreux artistes pendant longtemps, avez-vous ressenti le besoin d’être désormais « la » vedette ?

Je n’ai pas fait de la musique pour ça. J’ai toujours été bien où j’étais sur scène. J’ai eu une carrière très épanouissante jusqu’à présent, je n’ai donc aucune frustration. J’ai fait le tour du monde et j’ai travaillé avec de très grands artistes. Aujourd’hui, je veux simplement continuer à m’exprimer, mais peut-être en disant des choses plus personnelles.

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Après l'interview, le 2 octobre 2014.

Prochaines dates sur scène...

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04 novembre 2014

Laurie Darmon : interview pour l'EP, Mesure première

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(Photo : Zacharie Elia)

Laurie Darmon, 23 ans, est une jeune femme passionnée par la musique depuis sa tendre enfance. Elle se présente aujourd’hui comme « une auteur-compositeur-interprèteque la scène épanouit ». Après dix années de piano, un parcours scolaire studieux, de la guitare, de la batterie, des chansons sur des questionnements d’une fille de son âge, elle peut enfin se consacrer à l’élaboration de son véritable projet musical. En septembre 2013, elle a entamé la réalisation de son premier disque, un EP de 5 titres, Mesure première (sortie le 10 novembre 2014). Quelques neuf mois ont été nécessaires à ce qu’elle décrit comme « un accouchement d’elle-même ».

La jeune chanteuse prometteuse est passée par l’agence le 30 septembre dernier.

laurie darmon,mesure première,interview,mandorL’EP :

Laurie Darmon propose une musique qui balaye plusieurs registres, tels que le jazz, la pop, la bossa nova, la balade, ou encore la chanson française, mais aussi une musique qui mélange les sons, les couleurs et les humeurs, et où les mots viennent battre la mesure dans un élan tantôt chanté, tantôt parlé. Si ses compositions ont eu une première vie au seul son d’un piano, elle a cependant voulu leur donner un second souffle plus mature et s’est entourée de deux réalisateurs, Wladimir Pariente et Martin B. Janssen, et de plusieurs musiciens dont François Villevieille (du groupe Eléphant).

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(Photo : Zacharie Elia)

laurie darmon,mesure première,interview,mandorInterview :

Vous avez commencé très tôt la musique.

Mon père faisait du piano et de la batterie sans prendre de cours. Il s’est mis à jouer très naturellement. Il s’est ensuite construit un home studio qu’il a agrémenté au fur et à mesure.  Quand j’étais petite, mes parents ne m’ont forcé à rien. C’est moi qui étais très volontaire. J’allais pianoter, je dansais aussi sur sa musique. Quand j’avais cinq ans, mon père a fini par me placer un micro dans la main.

Tu chantais par exemple du Christophe, je crois ?

« Les marionnettes » était ma préféré de l’époque, mais j’interprétais aussi « Succès fou », « Senorita » et quelques autres. J’étais fan de Christophe et je connaissais ses chansons par cœur parce que mon père m’avait donné une cassette de lui pour m’endormir le soir.

Tes parents t’ont poussé à faire « L’école des fans ». Celle d’Enrico Macias.

Oui, moi, je ne voulais pas le faire. J’avais peur. A l’époque, je n’étais pas encore dans la démarche de me dire « je veux être chanteuse ». Cette année-là, je voulais être maîtresse d’école, mais je n’ai pas dit ça parce qu’une petite fille l’avait annoncé avant moi, donc, j’ai dit directrice d’école. C’était au-dessus d’elle (rires).

Laurie Darmon à "L'école des fans".

Tu as envisagé de faire de la musique sérieusement à quel âge ?laurie darmon,mesure première,interview,mandor                 

Vers seize ans. Mais avant, j’avais déjà commencé à composer des musiques au piano. Dans mes textes, je racontais des histoires de jeunes filles de mon âge, mais ce n’était jamais ma propre vie. Je racontais des histoires de personnes que je ne connaissais pas vraiment, mais dont je devais certainement fantasmer la vie.

Généralement, quand on commence à écrire des textes, on parle de soi.

C’est deux ans plus tard que j’ai commencé à le faire.

Les chansons qui se trouvent sur l’EP, Mesure première, sont donc personnelles ?

Pas toutes. Il y en a qui ont été écrites quand j’avais seize ans. A l’époque, je n’avais pas connu de rupture, je n’avais pas de copain, donc j’inventais tout. Avec le temps, elles sont devenues personnelles, parce que depuis, j’ai vécu toutes ces choses-là. C’est très curieux ce phénomène.

Tu as fait le conservatoire, donc tu as appris les bases musicales un peu obligatoires. C’était essentiel ?

Oui, parce que c’est ce qui m’a permis de faire du solfège. J’en ai fait quatre ans et j’ai eu mon diplôme. Après ça, je me suis sentie plus libre pour improviser.

C’est amusant de savoir que tu n’as jamais fait de piano au conservatoire, alors que c’est ton instrument de prédilection.

Oui, mais j’en ai beaucoup fait dans un centre culturel. J’ai eu la même prof pendant quinze ans et c’est là que j’ai appris toutes les bases nécessaires pour dominer cet instrument. Et quand tu domines, tu peux te permettre de sortir de ce que tu as appris... et d’improviser.

laurie darmon,mesure première,interview,mandorUne de tes premières expériences scéniques, c’était un spectacle partagé avec Kev Adams.

Kev était dans ma classe, donc nous étions copains. Ils n’osaient pas se lancer et moi j’avais déjà posté mes chansons sur MySpace. Il m’a suggéré de faire un concert, ce que j’ai fait très confidentiellement. Ensuite, Kev est venu me voir et m’a proposé de faire une scène commune dans un bar parisien. Il ne voulait pas jouer tout seul. Cela le rassurait que l’on fasse moitié moitié. C’était l’année de mon bac, c’était un peu compliqué, mais j’ai accepté quand même. On a fait un mois ensemble, ensuite, j’ai arrêté et lui a continué. Aujourd’hui, il est devenu ce qu’il est devenu.

(Les deux photos précédentes de Laurie Darmon sont signées Jessy Zeitoun. Merci à elle!)

Tu le vois encore ?

Oui, mais pas souvent, il est passé à une autre vie.

Ensuite, il y a une autre expérience avec Maureen Angot.

J’ai joué avec Maureen grâce à Brice Conrad. J’avais rencontré ce dernier à une soirée et il voulait que l’on fasse de la musique ensemble. Je n’avais pas accepté parce que j’étais dans mes études et je ne voulais pas me laisser trop me distraire. J’ai fini par accepter de jouer un concert avec lui et Maureen. Depuis, je n’ai plus de nouvelle, mais je vais certainement tenter de la recontacter parce que j’aime beaucoup ce qu’elle fait.

Après, tu as souhaité faire des choses toute seule. Devenir indépendante commençait à te titiller ?

J’ai commencé à jouer seule à 18 ans et j’allais me produire dans un endroit qui s’appelle L’Etage. Mais, c’était toujours à côté de mes études, donc, ce n’était jamais très concret. Quand j’ai terminé mes études, après avoir obtenu ma licence de droit, je me suis plus intéressée aux moyens de m’en sortir dans la musique. J’ai posté des chansons sur YouTube, ce qui m’a permis d’avoir quelques retours. Il y a un an et demi, j’ai été démarchée par My Major Company. C’est à ce moment-là que mon projet s’est concrétisé une bonne fois pour toute avec ce disque.

"Rupture" premier single tiré de l'EP, Mesure première.

Dans cet EP, et principalement dans ta chanson « Rupture », tu as une façon d’interpréter très original. Ce n’est pas du parlé-chanté, mais quelque chose s’en approchant.

Même moi, je ne sais pas trop décrire comment je chante. J’ai une certaine rythmique parce que mes chansons ont beaucoup de mots. Notamment dans le deuxième morceau « Ta voix ». C’est vraiment le rythme qui me plait. Même dans ma façon d’écrire. Pour ça, je suis fan du travail de Michel Berger.

J’ai lu que vous écriviez une chanson en moins d’une heure…

Je ne compose que quand c’est ancré dans ma tête. Ça vient en moi dès que je sais que ce n’est plus possible. En résumé, si j’ai plein de temps devant moi, ça ne vient pas, mais si je suis dans l’urgence, ça vient.

Tu écris beaucoup ?

Oui, mais pas uniquement des chansons. J’écris aussi des nouvelles, des pièces de théâtre et des romans. Tout n’est pas abouti, mais je travaille beaucoup.

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Pendant l'interview...

laurie darmon,mesure première,interview,mandorLa chanson « Rupture » vient de rentrer en play list de France Inter, c’est une sacrée bonne nouvelle pour un jeune artiste, non ?

Le fait d’avoir fini le disque, déjà, je suis contente, mais le fait d’être sur France Inter est un encouragement que j’apprécie à sa juste valeur.

Est-ce long de se faire connaitre ?

Oui, mais ça dépend la démarche que l’on adopte. Moi, je refuse les compromis, donc je sais que ça va moins vite. Quand on accepte pas mal de choses, ça peut-être plus rapide, mais ça peut être aussi éphémère. Je crois qu’il ne faut pas se trahir.

La scène, c’est ce que tu préfères ?

Oui. Pour le moment, je suis seule avec mon piano. Mais, j’aimerais bien être indépendante sur scène. Avoir simplement mon texte à chanter et des musiciens pour m’accompagner. Quand on a juste son corps et sa voix à disposition, on essaie de transmettre autre chose.

Tu crois en ta destinée de chanteuse ?

Je suis toujours positive. Je sais que ça va être très difficile. Pour moi, c’est presque comme un jeu.

Tu es un peu la relève de ton père, puisque la musique était sa passion ?

Oui, lui n’a pas pu aller au bout de sa passion. J’espère y parvenir…

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Après l'interview le 30 septembre 2014.

Premières dates des concerts à venir, à Paris ou ailleurs...

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26 octobre 2014

Zsuzsanna : interview pour la sortie de Bánat Vagabond songs

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La première fois que j’ai entendu parler de Zsuzsanna, c’est en des termes élogieux : on disait d’elle qu’elle était la Lhasa hongroise. Rien que ça ! Bánat Vagabond songs est son quatrième album et il confirme la singularité de son blues des plaines d’Europe centrale, à la fois sauvage et mélancolique, abrupt et onirique. Les nouvelles chansons de cette interprète, comédienne et accordéoniste hongroise sont comme un carnet de voyage. Un univers poétique avec guitare folk et violons pleureurs dans lequel les chants traditionnels de ses origines se mélangent à ses propres textes et compositions.

Le 4 septembre, Zsuzsanna est passée à l’agence pour évoquer ce nouveau disque et ses carrières de comédienne et de chanteuse.

1507-1.jpgArgumentaire de l’album Bànat Vagabond songs.

Zsuzsanna Vàrkonyi est née en Hongrie. Chanteuse, comédienne, accordéoniste, elle a voyagé à travers le monde. La liberté ce fut d’être comédienne en plusieurs langues et de pouvoir parcourir le monde, et partager la culture de ses racines en chantant dans les bars, dans la rue... Elle vient de terminer son quatrième album, Bànat Vagabond songs, enregistré et réalisé par Philippe Teissier du Cros. Ce nouvel album est comme un carnet de voyage. Un univers poétique dans lequel les chants traditionnels de ses origines se mélangent à ses propres textes et compositions. Elle écrit et interprète ses chansons en hongrois, en rom, en français ou en anglais. On retrouve dans l’ensemble de l’album une atmosphère de blues d’Europe de L’Est. Les chansons sont arrangées par son groupe de musiciens, Csaba Palotaï (guitares), Frédéric Norel (violon), Jeff Hallam (basse) et Sylvain Lemêtre (percussions), avec qui elle travaille et donne des concerts depuis 5 ans. C’est une musique élégante où le rythme prédomine, et la mélancolie tzigane se mêle à des sonorités plus pop, blues ou rock.

La bio complète et instructivede Zsuzsanna est à lire là. Une vie déjà bien remplie...

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Zsuzsanna lors de l'entretien.

IMG_5793.JPGInterview :

La musique est-elle venue tôt dans votre vie ?

Je viens d’une famille où la musique était omniprésente. Ma mère a fait l’Académie de musique en Hongrie. Elle voulait être chanteuse d’opéra, ce qu’elle n’est pas devenue au final. Je pense qu’elle m’a transmis cet amour de la musique classique. J’ai fait le conservatoire trois fois par semaine et j’ai joué du piano classique. Je n’avais pas le droit d’improviser au piano.

Votre grand-père jouait aussi de la musique.

Oui, c’était un homme formidable, autodidacte. Il a d’abord monté un orchestre de guitares et de mandolines et il est devenu chef d’orchestre de la ville. Durant toute mon  enfance, on écoutait des grands opéras à la maison. A 14 ans, dans ma chambre, discrètement,  j’ai ajouté à ma culture les Pink Floyd par exemple.

A un moment, vous en avez eu marre de la musique classique.1394178_211306305707759_2041508783_n.jpg

C’était une forme de rébellion. J’ai arrêté le piano en pleine adolescence. Je me suis mise à écouter beaucoup de jazz. C’est devenu ma passion. J’ai fait des festivals de jazz.

Ensuite, vous êtes partie de chez vos parents pour entrer dans une université de théâtre, en Italie.

Oui, c’était du théâtre alternatif, corporel et très engagé. Un jour, pour payer cette école, j’ai décidé de faire de la musique dans la rue. J’ai donc acheté un petit accordéon et j’ai appris quinze chansons en deux semaines. Je suis restée deux ans dans cette école de théâtre et tous les week-ends, je chantais dans de différentes villes italiennes.

Avec ce groupe de théâtre alternatif, vous jouiez de la musique ?

On chantait et on travaillait avec de vrais musiciens. Ces deux arts étaient très liés. Aujourd’hui, je continue à faire du théâtre dans lequel la musique tient une place importante. J’utilise tout le temps mon accordéon et le chant.

Un extrait de l'album Bánat Vagabond song: "Vàrtam Jöttöd".

10419476_10152506405662888_7300622073434592838_n.jpgQue vous ont appris vos années à chanter dans la rue ?

C’était une période de ma vie assez libre, mais « à l’arrache ». Une jeune fille, blonde, seule avec son accordéon à jouer dans la rue, ce n’était pas toujours évident. C’était très physique en tout cas. C’était un travail tout en projection. J’ai appris une certaine intimité avec le public et, à la fois, une certaine distance.  Mais j’aimais ça et ça m’a permis de gagner de l’argent.

Pourquoi êtes-vous venue vous installer à Paris ?

Je suis d’abord venue trois mois dans une troupe de gens que je connaissais et que j’appréciais beaucoup. On faisait de la danse, du théâtre et de la musique. Pendant ces trois mois, j’ai rencontré des gens formidables qui m’ont proposé de participer à des projets. J’ai chanté dans les bars, ensuite, j’ai rencontré le cinéaste autrichien Hubert Sauper. Nous avons fait un film ensemble, Loin du Rwanda. C’était un film dur sur une réalité dure. Après cette expérience, je ne me suis plus demandé si je voulais rester ou pas à Paris. J’avais un réseau d’amitié et professionnel tellement important que cela coulait sous le sens que je reste.

Je vous considère un peu comme une aventurière. Prête à tout, sans mesurer les risques éventuels.

C’est vrai. Jeune, je vivais dans un petit pays aux frontières fermées. Parcourir le monde a été pour moi un rêve d’enfance. J’avais besoin de connaître la planète et de me plonger dans la culture occidentale. Parfois, je me dis que je me suis peut-être trompée de métier. J’aurais dû être reporter, journaliste de guerre… ou travailler pour l’UNICEF. J’adore voyager, connaître de nouvelles personnes, découvrir de nouveaux endroits.

Vous aimeriez écrire des livres ?

Non, je ne m’en sens pas capable. Je préfère raconter des histoires à travers des chansons. Je me vois plus faire un film en tant que réalisatrice et comédienne.  J’aimerais évoquer mon enfance et cette Hongrie des années 80. J’ai grandi dans un système qu’on appelle en France communiste, et que nous, nous appelions « démocratie populaire ». Je pensais que j’allais vivre ainsi toute ma vie. Un jour, tout s’est écroulé. Les frontières se sont ouvertes et tout a changé.  J’aimerais raconter cette histoire d’un peuple qui, du jour au lendemain, souhaite refaire le monde. Bon, on s’est vite rendu compte que ce n’était pas si simple. J’ai des milliers de choses à raconter là-dessus.

Un extrait de l'album Bánat Vagabond song: "Vagabond Song".

1383611_211304745707915_425806204_n.jpgBánat Vagabond songs est votre quatrième album.

Oui. En 1998, j’ai fait un album en France qui s’appelait Je pars. Je l’ai enregistré en deux après-midi pour une toute petite maison de disques. 18 chansons que je ne trouvais pas abouties, mais le disque a cartonné. Il a été en « sélection FIP ». Aujourd’hui, on me demande souvent où se procurer cet album. Après, j’ai fait un disque Yiddish pour les enfants, Ot Azoy, puis, j’ai sorti une autoproduction qui s’appelait Quelque part.  J’y racontais des histoires de déracinements.

Il me semble que Bánat Vagabond songs est le fruit d’une rencontre importante avec vos musiciens et vous.

Csaba Palotaï et Frédéric Norel sont la base de mon travail depuis de longues années. Csaba amène quelque chose de fantastique. C’est un hongrois, on se comprend au-delà des mots et il amène une ouverture musicale incroyable. A la fois underground, à la fois rock, à la fois… aventure. Frédéric amène mon passé : classique, jazz… et aussi aventure, car c’est un très grand improvisateur. Ce sont des musiciens avec lesquels je travaille sur le moment. On ne prépare rien, en fait. Jeff Pallam m’amène le côté indie. Lui aussi, c’est un aventurier de la musique et un esprit très libre. Quant à Sylvain Lemêtre, il est très créatif. C’est une belle équipe qui me convient totalement. Je n’oublie pas Philippe Teissier, qui a réalisé ce disque. Ces prises de son sont magnifiques. Ma rencontre avec lui a été comme une évidence.

Vous aimez l’improvisation dans la création ?

La création, c’est une cuisine. Chaque musicien apporte quelque chose de lui. On n’a pas besoin de penser ou d’imaginer les choses de la même façon. C’est une alchimie qui se crée naturellement.

Valse Yiddish au Studio de l'Ermitage en 2012.

Je ne parle pas hongrois, mais je me suis laissé quand même porté par vos chansons. Ça 1378409_211606345677755_378489288_n.jpgprend aux tripes. J’ai voyagé et vu des images dépaysantes…

Ça me fait plaisir. Les musiques appartiennent aux images et peut-être aux voyages. L’atmosphère, c’est ce qu’il y a de plus important au cinéma. J’aime bien sortir d’un film comme on sort d’un rêve. Parfois, on ne se souvient pas de l’histoire, mais on se souvient des sensations. Inconsciemment, mes musiciens et moi étions tous dans cette démarche-là.

Quand on vous dit que votre disque est un peu triste, vous réagissez comment ?

J’accepte, mais ce n’est pas une fin en soi. J’adore, le blues, les lamentations et le chant. C’est souvent synonyme de désespoir. Je tente de transposer ce désespoir dans une dimension plus spirituelle.

Votre musique, vous la classez dans quelle catégorie ?

Je cherche encore la réponse (rires). Avec Luc, de L’Autre Distribution, on a hésité à mettre ce disque, Bánat Vagabond songs, au rayon « world music » ou « variété internationale ». Bon, comme je chante en hongrois, que je reprends des airs traditionnels et que j’ai des chansons personnelles qui ont le goût d’airs traditionnels, on n’a pas hésité longtemps. C’est de la world music.

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1383086_211607685677621_1220369269_n.jpgToutes les chansons de votre album sont traduites en français. Belle initiative !

Mes chansons parlent d’évasion, d’exil, de lointain, de l’impossibilité de l’amour et je voulais que tout le monde comprenne le sens de ce que j’interprète.

Vos chansons vous ressemblent-elles ?

(Long silence). Oui, je le pense. Je les choisis et elles me ressemblent dans la vraie vérité de l’être. C’est d’ailleurs quand je les chante que je me sens le plus moi-même. Le quotidien est difficile pour moi. Quand je suis sur scène, je deviens quelqu’un d’entier dans un monde qui me convient mieux.

Maintenant que Bánat Vagabond songs est sorti, quelle est la suite de votre aventure musicale ?

J’ai déjà douze chansons en anglais prêtes. Je cherche maintenant les moyens de les enregistrer et je souhaiterais que ce soit avec la même équipe que pour Bánat Vagabond songs.

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Avec Zsuzsanna, à l'issue de l'interview, dans la cour de l'agence.

24 octobre 2014

Jean-Louis Murat : interview pour Babel

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(Photo : Julien Mignot)

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandorA 62 ans, Jean-Louis Murat  (déjà mandorisé en 2009 ici et en 2006 ) recueille avec la formation clermontoise Delano Orchestra (six musiciens folk avec violoncelle, guitares, trompette) vingt chansons aussi sublimes que subtiles. Babel (clin d’œil à un petit village qui s’appelle Saint Babel) est « le chaînon manquant, le lien qui unit le monde et l’Auvergne ». Enregistré en dix jours, les vingt nouvelles chansons de Murat se révèle plus campagnardes que jamais, mais touche nos âmes de citadins. Musicalement, la force identitaire du Delano Orchestra se teinte d'une charmante instabilité, entre gravité tendue et élégance de musique de chambre. Les envolées poétiques de Murat entrent en douce collision avec le phrasé musical du groupe. Cette alchimie débouche finalement sur une musique sombre et brillante, dense et puissante.

J’ai interviewé Jean-Louis Murat (de nouveau) pour un des journaux auquel je collabore. La voici enfin sur mon blog, un mois après sa publication initiale.

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(Photo : Julien Mignot)

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandorVous avez joué vos nouvelles chansons avec The Delano Orchestra. A part le fait que ce soit un excellent groupe auvergnat, qu’est-ce qui a fait que vous avez décidé d’enregistrer tout un album avec eux ?

J’ai joué avec eux pour les cinquante ans de France Inter et j’ai apprécié ce moment. L’idée d’enregistrer avec eux m’est venu soudainement au mois de décembre dernier. Je ne prémédite jamais rien. J’ai eu envie, j’ai fait, c’est tout. Je laisse toujours le hasard mener les choses.

Vous aimez bien changer de musiciens régulièrement. C’est pour se renouveler plus facilement?

C’est là qu’est l’intérêt du job. J’aime faire de la musique avec des personnalités différentes et en ne travaillant pas de la même façon que la fois précédente. Je prends ce que les musiciens extérieurs peuvent apporter à mes chansons. J’ai une sorte de curiosité quand je ne connais pas bien les gens.

Les gens qui collaborent à vos disques doivent abandonner leurs habitudes musicales pour faire du Murat. C’est simple pour eux de s’abandonner à vous ?

Je préviens toujours les musiciens avant d’enregistrer. Ils sont ici pour faire du Murat. Je ne veux pas d’état d’âme. Je ne leur demande pas de réfléchir, mais de garder leur nature de musicien sur la musique et un thème que je leur propose. Il y a très peu de bla-bla et d’explications. Il faut rester instinctif et discuter au minimum. C’est ça ou rien. Mais, il n’y a jamais de soucis en fait.

En dix jours, vous avez enregistré vingt chansons. C’est votre rythme habituel ?

Oui, j’aime quand ça va vite, quand on arrive à enregistrer deux titres par jour, je suis très satisfait. Je suis un impatient de nature. Si je ne conclue pas après avoir passé trois ou quatre heures sur une chanson, c’est que ça ne prend pas. Je change donc de chanson.

Pour y revenir ensuite ?

Deux, trois jours après, j’essaie une autre version, en effet. C’est ce qui s’est souvent passé avec The Delano Orchestra.

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(Photo: Julien Mignot)

Dans cet album, vous parlez plus de la campagne que de la ville, non ?

Certainement. J’ai du mal à faire le tri entre ce qui est citadin et campagnard, mais mon inspiration se développe beaucoup plus dans un milieu campagnard. J’ai enregistré ce disque en Auvergne… d’ailleurs, tout s’est fait essentiellement à Clermont-Ferrand. Le disque, la pochette, le clip, les photos, la bio. Tout est auvergnat, mais c’est le hasard des rencontres.

Le titre de votre album, Babel, est un hommage à un petit village qui s’appelle Saint Babel. On pensait plus à la Tour du même nom et ce qu’elle véhicule comme idées et fantasmes.

Je sais, mais avec moi, tout est toujours plus simple qu’on ne le pense. J’ai toujours un peu craint la « surpoétisation » de l’écriture de chanson. Je trouve aussi que mes amis chanteurs en font beaucoup trop avec leur « œuvre » et ce n’est pas toujours de très bon aloi. Moi, j’ai une façon de travailler qui ressemble beaucoup à du bricolage. L’univers poétique, c’est toujours un peu « Bricorama » en action.

Si d’autres en font trop, vous, vous faites le minimum auprès des médias.

Je trouve que les artistes desservent beaucoup ce qu’ils font en parlant dans tous les sens. Je refuse que l’on fasse appel à moi pour avoir un avis sur toutes sortes de choses qui ne concernent pas la musique. Je crois qu’un artiste doit rester silencieux dans sa tour d’ivoire. Il ne faut pas se présenter comme monsieur ou madame tout le monde, sinon les gens n’achèteront pas le disque de monsieur ou madame tout le monde. Le monde du disque s’écroule aussi peut-être un peu à cause de ça.

Clip du premier titre extrait de Babel, "J’ai fréquenté la beauté", réalisé par Alexandre Rochon, Production Éxécutive : Kütu Folk Records.

A chaque rentrée, son Murat nouveau. Un peu comme Amélie Nothomb qui sort son livre à chaque rentrée littéraire.

D’abord, c’est beaucoup plus simple d’écrire un disque que d’écrire un roman. Je ne vois pas pourquoi les romanciers pourraient être productifs tous les ans et pourquoi les chanteurs ne le seraient pas. Pour moi, un disque par an, c’est le minimum et je suis très heureux de travailler comme ça.

Une année, vous en avez même sorti deux.

Une année, les Beatles en ont sorti trois et ça ne dérangeait personne.

Quand vous n’écrivez pas, vous mourrez, dites-vous parfois. Exagérez-vous un peu ?

Une journée avec une chanson à la fin est une bien meilleure journée qu’une journée sans chanson. Ça m’arrange la vie, je vous assure. Je dors mieux, je vis mieux.

Vous êtes un homme de livres et de bibliothèques. Vous lisez beaucoup, est-ce que vous aimeriez écrire un roman ?

Ça ne me tente pas du tout parce que j’ai trop de respect pour la littérature et les livres. Je ne peux pas me prendre pour un romancier ou un écrivain. Au contraire, plus j’aime les livres, plus je me tiens à distance.

Avez-vous déjà essayé ?

Oui, mais faire un livre ne me paraît pas être le sujet pour moi. J’écris tous les jours, j’ai un rapport constant à l’écriture, mais ce n’est pas pour être publié.

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(Photo : Julien Mignot)

Morgane Imbeaux, la chanteuse du duo Cocoon, chante avec vous sur quelques titres. Ce n’est pas votre première collaboration avec cette auvergnate, d’ailleurs.

J’ai enregistré avec elle tout un album de textes de Baudelaire avec des musiques de Ferré, il y a longtemps. C’était il y a sept ans, bien avant le succès de Cocoon.

Oren Bloedow, guitariste et compositeur d’Elysian Fields, fait les guitares de « Chant Soviet ». Tiens, en voilà un qui n’est pas de chez vous !

Oui, mais il pourrait très bien être auvergnat en tout cas. Il connait bien le coin, c’est un ami et il vient souvent ici me voir.

Quelle est la thématique de ce disque ?

Thématique est un mot trop sérieux. Le thème pourrait être : « qu’est-ce que je fais, là où je suis ? ». J’aime étudier le rapport entre la géographie et l’histoire. Je chante simplement mes racines auvergnates. Ça ne va pas plus loin que ça, je crois.

Pour Alcaline, Jean-Louis Murat interprète "Blues du Cygne" en live.

Quand on vous interviewe, c’est difficile de parler de vos chansons. Elles sont poétiques et second degré.

Je vois ce que vous voulez dire. Pour moi, les chansons doivent rester mystérieuses et je ne me sens pas devoir développer des explications sur mes textes. Une chanson, c’est comme une pomme, il n’y a pas d’explication. Une pomme, c’est une pomme, une chanson, c’est une chanson.

Elles sont comme des contes d’antan. Vous êtes d’accord ?

J’aime beaucoup toute la littérature pour les enfants. J’ai lu tous les jours des livres de l’univers enfantin. Cela a laissé des traces en moi. Alice au pays des merveilles, dans la mythologie enfantine, c’est extrêmement important… raison pour laquelle j’ai écrit inconsciemment la chanson « Vallée des merveilles ».

L’inspiration vous vient-elle de manière inconsciente?

Je n’en sais rien du tout. Je trouve qu’il y a une sorte d’hypocrisie et de manœuvres basses a expliquer ce que l’on a pu écrire alors qu’on se sait pas vraiment ce qu’on a voulu écrire. Il y a un entre-deux où l’on doit rester assez flou, je crois.

Les gens font ce qu’ils veulent des chansons, de toute façon !

Je donne beaucoup de concerts et je rencontre beaucoup le public. Je suis toujours étonné de l’interprétation que les gens font de mes chansons. Je leur dis qu’ils ont raison parce que les gens ont toujours raison. Le chanteur ne doit pas donner de clefs pour rentrer dans son univers. Il faut que tout cela soit nimbé de mystères. Chaque auditeur doit pouvoir s’accaparer l’univers supposé de la chanson.

Vous êtes votre propre producteur, vos disques ont donc intérêt à se vendre. Vous y pensez beaucoup quand un album sort ?

A chaque sortie d’album, je suis très impliqué dans la conception du suivant. Ça m’évite le stress de ce genre de période. Je suis les choses, mais comme elles m’échappent, j’essaie de ne pas prendre ça trop à cœur. Plus j’avance dans le métier, plus je me rends compte que les règles sont incompréhensibles et complètement aléatoires. Je n’ai pas de temps à perdre à essayer de comprendre ce qui ne peut pas se comprendre. Je prends ma carrière album après album comme je prends ma vie jour après jour.

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(Photo: Franck Loriou)

23 octobre 2014

Forever Gentlemen 2 : interview de Roch Voisine, Claire Keim, Damien Fargues, Sinclair....

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Le principe de Forever Gentlemen est simple : des duos et trios font revivre les belles heures du Rat Pack et du Paris des années 50 et 60.

Devant le succès remporté par le premier volet de ce projet (triple disque de Platine), un deuxième opus a vu le jour ce lundi, Forever Gentlemen 2. Roch Voisine, Dany Brillant, Vincent Niclo, Corneille, Sofia Essaïdi, Bruce Johnson, Philippe Lellouche, Damien Sargue et Sinclair (qui réalise l’album) sont rejoints par les sublimes ladies Claire Keim, Camille Lou et Tal et par quelques nouveaux gentlemen comme Ben l’Oncle Soul, Philippe Lellouche, Antoine Duléry et Amir.16 chanteurs de charme actuels autour d’un "répertoire de légende". On y retrouve des classiques de Franck Sinatra, Nat King Cole, Charles Trenet, Henri Salvador, Sacha Distel ou encore Charles Aznavour.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandorLe 1er octobre dernier, quelques journalistes ont été conviés sur une péniche pour rencontrer certains des artistes ayant participé à ce deuxième Forever Gentlemen. L’idée était louable. Mais, personnellement, sans faire ma diva, j’ai trente ans d’interviews et j’ai passé l’âge de faire mon travail médiocrement. Je ne suis pas du tout amateur du procédé qui consiste à avoir quatre personnes devant un micro pendant dix minutes. Je ne suis pas un intervieweur qui se contente de poser une question à chaque personne et qui s’en va (ce qui, globalement, a été ce que j’ai fait ce jour-là). Il me faut du temps pour mettre en confiance la personne en face de moi et obtenir des propos « intéressants » susceptibles d’intéresser des lecteurs. J’imagine que les attaché(e)s de presse (au demeurant sympathiques et professionnels) ont dû se dépatouiller au mieux pour faire un maximum d’interviews en une après-midi. Ce n’est pas évident étant donné le peu de disponibilité de certains de ces artistes. Ce qui est certain, c’est que je ne participerai plus à ce genre de journée promo. Des petits jeunes qui débutent y trouveront leur compte. Pas moi.

Je vous propose ici, le résultat de mes 2 x10 minutes avec deux plateaux de quatre artistes.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandorInterview  1er plateau : Roch Voisine, Claire Keim, Damien Sargue et Sinclair.

Claire Keim, est-ce impressionnant d’entrée dans un projet existant avec une équipe déjà formée ?

Claire Keim : Ce qui est  impressionnant, c’est de s’attaquer à des chansons qui font partie de l’inconscient collectif des gens. On connait tous ces standards, même si on ne maîtrise pas bien les paroles, on sait les siffloter ou les chantonner sous la douche.Ca fait donc un peu peur. D’un autre côté, c’est tellement un plaisir et un rêve de rejoindre une telle aventure qu’on fonce tête baissée. J’avais trouvé le premier volet tellement classe et tous ces artistes élégants que j’avais très envie de les rejoindre et de partager des moments avec eux.

Sinclair, quelle est la difficulté principale quand on réalise un tel album ?

Sinclair : Le plus dur est de refaire ces chansons universelles sans les dénaturer, mais sans pour autant en faire des copies conformes. Pour y parvenir, je me suis fait plaisir et me suis entouré de personnes avec lesquelles j’aime travailler. Quand je réalise un disque, il faut que ça me plaise, que ça me fasse vibrer et qu’il se passe quelque chose d’émotionnel. J’ai eu un bon arrangeur et un bon ingénieur du son, du coup, le résultat a été à la hauteur de nos espérances. Autre gageure : que les artistes prennent du plaisir également. Ces versions-là ne sont pas à 100 kilomètres des versions originales, mais elles ont leurs particularités. Ce n’est pas évident, parce qu’on peut être très rapidement de l’autre côté de la barrière. Soit trop, soit pas assez. Il faut trouver le juste équilibre. Il ne faut être ni ringard, ni élitiste.

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Roch Voisine, quand on interprète ce genre de chansons éternelles, chante-t-on forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandordifféremment ?

Roch Voisine : Ce qui est important dans n’importe quel projet où l’on interprète des reprises, c’est d’adopter le style du répertoire en question. Mais, attention, il faut éviter le mimétisme. Dans le cas de Forever Gentlemen, il faut apporter du swing supplémentaire dans sa façon de chanter. Pour bien réussir une reprise, il faut la personnaliser. Il faut se laisser aller et ne pas penser à ceux qui l’ont chanté avant, sinon, ça peut devenir stressant.

Sinclair : Avec toi, Roch, ça a été du pain béni. Tu soulèves ce problème, mais il ne te concerne pas car, lorsque tu te mets derrière un micro, on reconnait immédiatement ta voix. Ta façon de chanter reste du Roch Voisine, mais avec du swing supplémentaire. Il ne faut pas changer sa voix, il faut juste interpréter la musique différemment. Il ne faut pas se dire, « je vais la chanter comme Sinatra ».

Claire Keim : Ce qui est agréable dans ce projet, c’est d’évoquer une époque. Ils sont venus nous chercher aussi parce qu’ils voulaient qu’on apporte un peu de nos personnalités. On a pris du plaisir à rentrer dans les codes, tout en conservant une certaine fraicheur.

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Premier clip tiré de Forever Gentlemen: LOVE, par Claire Keim, Roch Voisine et Corneille.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandorInterview : 2e plateau :

Bruce Johnson, Sofia Essaïdi, Amir et Camille Lou.

Sofia Essaïdi et Bruce Johnson, comment avez accueilli les deux nouveaux, à côté de vous, Amir et Camille Lou?

Sofia Essaïdi : On essaie d’accueillir les bras grands ouverts. Nous sommes ravis qu’ils viennent partager avec nous cette merveilleuse aventure. C’est plaisant de voir l’équipe s’agrandir.

Amir : Ah bon ? J’ai entendu qu’il y avait un before sur la péniche et ils ne nous ont pas laissé rentrer.

Sofia : Ce n’est pas vrai (rires).

Amir, ce doit être impressionnant, quand on débute sa carrière, de mettre les pieds dans ce genre de projet avec des artistes confirmés depuis des années, non ?

Amir : Parce que, justement, c’est un projet qui est fait par des gens qui ont de l’expérience et qui sont très talentueux, le fait d’intégrer leur équipe me permet de me sentir plus en sécurité. Je me sens bien entouré. J’espère juste que ma présence ne va pas nuire à cette recette qui a eu du succès. J’essaie d’être optimiste en me disant que ce deuxième disque pourra faire aussi bien que le premier et que je m’embarque dans une belle aventure.

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Et vous, Camille Lou ?

Camille Lou : Ce que vient de dire Amir est tout à fait vrai. Je n’en reviens pas d’avoir été contacté pour participer à cet album. Je trouve cela génial et prends cela comme un grand privilège. Cette équipe et la musique nous donnent l’impression d’être dans un cocon, un espèce de gros câlin. Je suis très heureuse.

Sofia, vous, vous avez récidivé.Ca veut dire que la première expérience a été bonne ?

J’aime tout dans ce projet. C’est le style que j’aime, qui me touche et qui me parle. Le jazz, le blues, je trouve cela tellement élégant et raffiné. Chanter ce genre de chanson, c’est jouissif. Ce qui est génial, c’est que l’on joue le jeu à fond. On se maquille, on se coiffe, on s’habille comme à cette époque. Soudain, on est transporté des années en arrière. On a l’impression que Franck Sinatra va débarquer. C’est magique.

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Bruce Johnson, vous êtes peut-être l'artiste le plus légitime dans cet exercice, non ?

J’adore cette musique depuis longtemps. J’ai eu la chance, dans les années 80, de travailler avec des musiciens qui ont eux-mêmes travaillé avec Glenn Miller ou Sammy Davies Junior. Le jazz est une musique que je côtoie depuis toujours.

C’est bien de faire un album de jazz de manière abordable, en tout cas.

Sofia Essaïdi : En France, le jazz est considéré comme une niche, et là, d’un coup, cette musique est ouverte au grand public. Moi, je suis folle amoureuse du jazz. J’en suis même fanatique. Je n’écoute que ça chez moi, dans ma voiture, partout, depuis tout le temps. D’ailleurs, le premier single que j’avais sorti, c’était une reprise de « Roxanne » du groupe Police en version jazzy. Vraiment, ma participation à ce projet est un cadeau du ciel.

Et vous Camille Lou, vous mettre à cette musique là, ça a été facile ?

Camille Lou : Il n’y a pas une façon de chanter pour un style de musique, on a sa façon de chanter. Il faut juste chanter et dire ce que l’on à dire.

Amir : Si je suis d’accord avec Camille, de mon côté,  je me laisse influencer par les arrangements des chansons. On entend l’esprit dans lequel elle a été refaite. Cela crée une atmosphère et, naturellement on s’adapte, et on devient plus jazzy.

Bruce Johnson : La chanson, c’est comme une maison qu’on ne connait pas. On nous jette dedans et il faut qu’on s’adapte avec les moyens que l’on a. Et ce qui est le plus important, c’est de respecter la maison.

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22 octobre 2014

Jean-Michel Ribes et François Bernheim : interview pour le festival Touche française

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12 artistes pour 7 concerts exceptionnels, voilà ce que vous propose le Théâtre du Rond-Point de Jean-Michel Ribes, le 25 et 26 octobre prochain. Au programme du festival Touche française : Dick Annegarn, Babx, Bagarre, Louis Chedid, Jeanne Cherhal, Dawn, Gontard !, Juniore, Patricia Kaas, Maissiat, Milk Coffee & Sugar et William Sheller.

Ce théâtre est celui des auteurs vivants  et comme les auteurs-compositeurs-interprètes en sont, le Rond-Point les accueille cette année avec joie. Avec la complicité artistique de la radio internet PiiAF
et de François Bernheim, le Théâtre du Rond-Point a inventé deux jours de fête où se croisent de grands artistes de la chanson francophoneet de nouvelles voix. Inconnus, découvertes ou références, ceux qui chantent, susurrent, slamment, rappent, composent… viendront dans leur plus simple apparat, « unplugged », partager leurs mots, leurs mélodies et leurs rêves avec vous.

Au programme de ce week-end : quatre concerts en salle Renaud-Barrault, deux premières parties, trois concerts en salle Jean Tardieu, dont une scène découverte, un plateau radio avec PiiAF aux commandes et des artistes en interview, un restaurant et un bar qui vibrent aux sons francophones et proposent une carte spéciale.


Touche française - 7 concerts exceptionnels au... par WebTV_du_Rond-Point

Pour parler de Touche française, j’ai rencontré le 8 octobre dernier (et réellement en exclusivité) les deux protagonistes principaux de ce mini festival, Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre et François Bernheim, auteur-compositeur-réalisateur-chanteur.

(Outre celle de Babx, les vidéos qui ornent cette chronique sont celles des artistes "découvertes" de ce festival.)

ribes.jpgJean-Michel Ribes :

Auteur dramatique, metteur en scène et cinéaste, Jean-Michel Ribes revendique la fantaisie subversive et l’imaginaire, poursuivant un parcours créatif libre, à la frontière des genres. Il dirige le Rond-Point depuis 2002, où il défend l’écriture dramatique d’aujourd’hui. Il est auteur et metteur en scène d’une vingtaine de pièces.

Pour la télévision, il a écrit les deux séries cultes Merci Bernard (1982 à 1984) et Palace (1988 à aujourd’hui).

Pour le cinéma, il écrit et réalise Rien ne va plus (1978), La Galette du Roi (1986), Chacun pour toi (1993), Musée Haut, Musée Bas (2008) et Brèves de comptoir (2014).

François Bernheim :bernheim-infrarouge.jpg

Producteur, compositeur et interprète, François Bernheim a donné naissance à des carrières aussi prestigieuses que celle des Poppys ou de Patricia Kaas. Parmi ses interprètes, figurent Brigitte Bardot, Gérard Lenorman et Serge Reggiani. François Bernheim est aussi le réalisateur du premier disque de Guillaume Depardieu, Post Mortem.

Je reviendrai plus longuement sur la carrière, très riche, de François Bernheim puisqu’il sera mon invité (et en solo) ici-même dans quelques jours.

DSC0948hhh9.JPGInterview :

Pourquoi ce festival, Jean-Michel Ribes ?

Jean-Michel Ribes : Au Rond-Point, on avait envie de prolonger ce que l’on faisait au théâtre, c’est-à-dire, saluer les auteurs vivants. Avec ma collaboratrice, Mélanie Lheureux, la responsable des événements exceptionnels, on a voulu ouvrir une fenêtre sur la chanson francophone, qui est aussi porteuse de textes. J’ai demandé à François Bernheim s’il voulait bien travailler sur ce projet avec nous. A partir de là, on a construit ensemble ces deux jours.

François Bernheim : On a élaboré une programmation qui est digne de l’endroit. L’évènement principal, c’est que ces concerts se passent au Théâtre du Rond-Point.

Avez-vous eu des exigences particulières concernant le casting de ce week-end musical ?

Jean-Michel Ribes : Nous avons voulu que ce soit de la chanson française, qu’elle soit dans la tradition ou pas. Evidemment, moi, j’aime bien quand elle sort de la route.

François Bernheim : Le cahier des charges, c’est que les artistes viennent avec une formation très simple, voire très light.

C’est-à-dire, guitare-voix ou piano-voix maximum.

Jean-Michel Ribes : Nous souhaitions présenter des artistes qui soient interprètes avec de beaux textes et de jolies musiques. L’idée que des personnes connues présentent des artistes francophones qui le sont moins n’est pas novatrice, mais nous trouvions cela essentiel.

Bagarre : clip officiel de Mourir au club.

Moi qui suis dans ce milieu, je vous avoue que je ne connais pas la totalité des artistes présents.

François Bernheim : Nous travaillons en collaboration avec une radio sur le net, PiiAF. Cette radio a pour vocation de découvrir et programmer des gens qui n’auraient pas l’opportunité de l’être de manière classique. Ces artistes ont des contrats avec des maisons de disque ou pas, ils ont des CD ou pas, mais en tout cas, ils font beaucoup de scènes. Nous avons fait une sélection parmi ces jeunes en devenir.

Il y a clairement la volonté de faire découvrir de jeunes artistes.

Jean-Michel Ribes : C’est un festival d’émergence. Louis Chédid, Jeanne Cherhal, William Sheller, Patricia Kaas, Maissiat, Dick Annegarn attirent le public et, en même temps, ce même public va avoir la joie d’accueillir des chanteurs qui vont devenir des gens qui vont occuper les ondes.

François Bernheim, quand vous travailliez chez Barclay, dans les années 70, vous avez découvert Chédid et Sheller. Puis, au début des années 80, vous avez lancé Patricia Kaas… curieusement, ils sont tous présents pendant lors de ce festival.

François Bernheim : Je peux vous dire que c’est un hasard. Certes, je les ai appelés, mais c’est le cœur qui parle avec ces gens-là. Cela dit, il faut que ça marche, alors, je n’appelle pas n’importe qui.

Jean-Michel Ribes, on connait votre rapport à la littérature et au théâtre, mais quel est-il avec la chanson française ?

Jean-Michel Ribes : Comme tous les gens qui chantent très faux, on aime bien entendre le contraire de soi. Jeune, je me souviens être allé à l’Ecluse, voir une longue dame brune qui chantait : Barbara. Elle m’a beaucoup ému. J‘ai eu également la chance de connaître un peu Gainsbourg, les Rita Mitsouko et d’autres comme Philippe Chatel, qui a fait la musique d’un de mes films. Par rebonds et sursauts, j’ai rencontré pas mal de chanteurs. Je suis très sensible à la chanson française, à tel point que, quand je l’écoute, je l’écoute. Je ne peux pas faire autre chose en même temps.

François Bernheim : Quand Jean-Michel parle de chanson française, il n’y a rien de poussiéreux là-dedans. Il est innovateur, c’est même un explorateur. Il le prouve tous les jours au théâtre, mais aussi en permettant cette programmation de chansons assez inédites pour ce qui est du tremplin des révélations.


Babx en Deezer Session : "Lettera" par deezer

Il y a des artistes exigeants dans cette programmation. Babx par exemple.

Jean-Michel Ribes : C’est bien que vous citiez Babx. J’ai rencontré ce jeune chanteur ici quand j’ai organisé la soirée « La culture contre la haine ». Quand j’ai vu Babx, j’ai été immédiatement accroché par lui et j’ai pensé qu’il était impératif qu’il participe à ce festival.

Ce qui est bien, c’est que vous mélangez les styles. Il y a un monde entre Patricia Kaas et Babx.

François Bernheim : Vous allez être étonné de ce qu’elle va faire sur scène. Elle s’est adaptée au concept de ces deux soirées. Elle sera seule sur scène avec deux musiciens. Elle interprétera six chansons qui seront très fortes, car dénudées, voire squelettiques. C’est sa voix avant tout.

Il y aura aussi Jeanne Cherhal.

François Bernheim : Elle sera seule au piano. C’est une prise de risque pour tous les artistes que de chanter ainsi.

Vous parlez de « prise de risque », pour vous Jean-Michel Ribes, c’en est une d’organiser ce festival ?

Jean-Michel Ribes : Cela fait douze ans que ce théâtre est une prise de risques de six heures du matin à six heures du matin, donc, ça ne me change pas beaucoup. Je pense justement qu’une des raisons pour lesquelles nous ne nous sommes pas cassés la gueule, c’est que l’on prend des risques en permanence. Rien ne peut exister sans prise de risques. Quand il n’y a pas de risque, il n’y a pas de mouvement. S’il n’y a pas de mouvement, il n’y a pas de changement. S’il n’y a pas de changement, autant rester chez soi. Toute approche artistique, que ce soit au cinéma, au théâtre, dans la chanson ou la littérature, c’est quand même pour faire bouger les choses.

Dawn, dans une reprise de "Sur un trapèze" initialement interprété par Alain Bashung.

Il y a une notion de « transmission » dans ce projet ?

Jean-Michel Ribes : Non. Il s’agit plus de donner à de jeunes talents la possibilité qu’ils existent.

François Bernheim : C’est aussi un environnement, un décor que tous ces jeunes n’ont pas encore côtoyé. Ils sont plus habitués à jouer dans des bars ou des petites scènes qui ne sont pas forcément folichonnes.

Vous avez vus récemment ces jeunes artistes ?

Jean-Michel Ribes : Oui. Ils ont le trac, évidemment… et c’est bien.

Ce n’est pas la première fois que vous accueillez des chanteurs dans votre théâtre.

Jean-Michel Ribes : C’est vrai. Georges Moustaki, par exemple, a fait quatre concerts ici. Il n’y avait plus aucune place de disponible. Je ne marche qu’au coup de cœur. Ici, on ne fait pas une programmation marketing. On a envie de voir évoluer des gens que l’on aime.

Juniore: clip de "La fin du monde".

Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux?

Jean-Michel Ribes : On a deux enfants ensemble (rires).

François Bernheim : Avec Elisabeth Depardieu, nous avions conçu un spectacle chanté où nous étions tous les deux sur scène. On devait investir l’ancien Bobino deux soirs de suite. Elisabeth, qui connaissait Jean-Michel, lui a demandé de nous mettre en scène. Nous ne savions pas trop comment évoluer sur le plateau et il a accepté de nous aider. Amicalement, vite et bien… et gracieusement, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.

Vous pouvez mettre en scène « n’importe qui », Jean-Michel Ribes ?

Jean-Michel Ribes : Je ne peux mettre en scène que des gens que j’admire et que j’aime. Il faut qu’il y ait un échange et une grande confiance les uns envers les autres pour que je puisse les emmener ailleurs que vers eux-mêmes.

Gontard! :"Dans la musique".

Chacun à votre manière, vous défendez la langue française.

François Bernheim : On a suffisamment de gens qui chantent en anglais autour de nous pour que l’on prenne la peine de se pencher un peu plus sur la chanson française avec de beaux mots.

Jean-Michel Ribes : Il y a quelque chose dans la culture anglo-saxonne qui est magnifique, mais qui est aussi dangereuse. Il y a une espèce d’anesthésie de la langue. Il suffit que ce soit anglais pour que l’on n’écoute plus que la musique. Je crois qu’il y a, en France, une langue qui peut être très musicale. Il faut que l’on revienne à cette langue française parce qu’elle a des saveurs que d’autres n’ont pas.

François Bernheim : Moi, je vais plus loin que Jean-Michel. Je pense qu’il y a une vraie colonisation de la langue anglaise sur la création française. A nous de conserver notre identité. Par la culture, c’est un bon moyen de lutter.

Jean-Michel Ribes : Beaucoup de chanteurs français chantent en anglais. Mais, ce problème est également valable pour le cinéma. Je viens de faire le film Brèves de comptoir. C’était limite si on ne me demandait pas de le mettre en scène avec des comédiens anglais. Il y un moment, ça va. Il faut réagir en agissant.

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Avec François Bernheim et Jean-Michel Ribes, le 8 octobre dernier (dans le bureau de Jean-Michel Ribes).

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20 octobre 2014

Garz : interview pour la sortie de Issues

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(Photo : Sacha Lenormand)

Je ne connaissais pas Garz. Pourtant, cela fait un moment qu’il traîne ces guêtres dans le monde musical français. Cela dit, l’homme n’a rien fait pour faciliter les choses puisqu’il a changé de nom à chaque projet. Et il en a eu… Difficile à suivre donc.

Aujourd’hui, Garz (diminutif de Matthieu Garczynski) semblerait être déterminé à se stabiliser. Il sort un album qui s’intitule Issues. La pochette est un labyrinthe. Symboliquement, on comprend qu’il s’agit ici d’évoquer les méandres complexes de la vie et la difficulté de choisir le bon chemin. Ce disque pop (tendance calme) est une auto-analyse, entre sincérité et humour, dans lequel, les quidams que nous sommes, se retrouveront souvent.

Le 16 septembre dernier, l’artiste est passé par l’agence afin de se présenter et évoquer ce subtil album plein de surprises.

(Toutes les photos, hormis celles prises à l'agence, sont signées Sacha Lenormand. Merci à lui.)

garz,issues,interview,mandorBiographie :

Auteur, compositeur et interprète, Garz, vogue depuis la fin des années 80 sur des musiques pop, rock ou new-wave, tandis que son écriture, intime et personnelle, exprime une forte quête d’identité et de sens.

En 2008, il créé sous ce nom une série de EP’s et travaille parallèlement pour le théâtre (compagnies Habaquq, Dodeka…) dont il compose les musiques de scène. Installé en Normandie depuis 2010, il reçoit le soutien d’acteurs culturels locaux (Conseil Général de la Manche, Comité d’aide aux groupes de Caen, Relais Culturel du Pays de la Baie du Mont Saint-Michel, SMAC Le Normandy à Saint-Lô) et se lance dans la réalisation d’un album avec Laurent Beaujour (co-arrangeur et réalisateur). Ensemble ils ont cherché une forme musicale pour chaque chanson et travaillé les arrangements en relation étroite avec les mots et les images des textes pour leur offrir un écrin pop, rock, country, blues, électro ou trip-hop et nous embarquer dans des univers denses, d’une grande intensité. L’album s’écoute alors comme un cheminement de pensées, d’émois et d’expériences.

Le disque :garz,issues,interview,mandor

Avec Issues, son nouvel album, Garz affirme ses thèmes de prédilection et leur trouve une issue/des issues… 

Chacune des dix chansons est une tentative de fuite, cherche, avec sincérité et humour, une échappatoire aux chagrins du jour, aux angoisses des nuits, au temps qui passe, invente une alternative à soi-même et part en quête d’un ailleurs.
Chez Garz la douceur des corps à corps est une réponse à ses questionnements, réponse amoureuse ou sensuelle. La nature aussi est une réponse, belle et chaude avec son peuple d’animaux étranges, ou bien le passé qu’il explore pour comprendre coûte que coûte de quelle étoffe il est fait, et la musique bien sûr dont il s’enivre…

garz,issues,interview,mandorInterview :

Tu es musicien depuis ta tendre enfance ?

Petit, j’ai voulu faire de la trompette, mais mes parents ont préféré que je fasse du hautbois. Plus tard, à 14 ans, j’ai commencé à vouloir composer au piano. J’ai ressenti un fort besoin de m’approprier la musique.

Quand as-tu décidé d’en faire ton métier ?

J’ai fait du droit jusqu’à 24 ans. Mais, c’était plus fort que moi, je sentais que je ne pouvais pas devenir juriste, par exemple. L’idée de me lancer dans un métier normal me terrorisait. J’ai préféré vivre une vie de saltimbanque en choisissant de consacrer ma vie à la musique.

Tes parents t’ont-ils encouragé dans ce sens ?

Disons qu’ils ne m’ont pas empêché. C’est le fait que je souhaite devenir artiste qui n’est pas rassurant pour des parents. Comme ils avaient les moyens de m’aider s’il le fallait, ça s’est bien passé. Cela dit, même aujourd’hui, ils sont encore un peu inquiets.

Clip vidéo réalisé par Alban Van Wassenhove pour la chanson de GARZ "Quelqu'un d'autre (pas moi)" tirée de l'album ISSUES le 7 octobre 2014. Avec GARZ (Matthieu Garczynski)

C’est donc ton premier album sous le nom de Garz.

J’ai sorti un disque en 1998 sous le nom d’Oblomov. Il s’intitulait Rock de chambre. J’assume moyennement ce disque malgré le fait qu’il sa réalisation a été faite dans de bonnes conditions.

Ta carrière en tant que Garz a commencé en 2008.

Oui, mais c’est le prolongement de ce que je faisais avant. J’ai cette espèce de maladie de beaucoup changer de nom. J’ai un gros problème avec ça. Ca me vient d’une quête d’identité de soi-même, de « qu’est-ce qu’on fait de sa vie ? » J’ai toujours eu envie de changer d’identité, mais j’arrive désormais à me contrôler.

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Pendant l'interview.

La quête d’identité est le thème principal de tes nouvelles chansons, notamment dans « Garczynski ».

A travers cette chanson, j’ai essayé de comprendre d’où je venais. Au 19e siècle, la Pologne était occupée par les prussiens et les russes. Les polonais ont dû se battre contre les occupants, dont des membres directs de ma famille. Quand j’avais 7 ans, mes parents m’ont emmené en Pologne et ça m’a marqué. Quand on a un nom comme le mien, on s’interroge sur le passé familial.

De quoi te nourris-tu pour t’inspirer ?

Je me nourris de ce que je vis et ce que ressens. J’essaie de retranscrire dans chaque chanson une émotion différente.

Clip réalisé dans le cadre de Kino Caen 2014 par Denis Levrat sur une idée originale de Matthieu Garczynski (GARZ). Avec Anastasia Parquet. "Vous revoir" est extrait de l'album Issues.

Tu dis que ta musique est de la pop. J’y vois plus de la chanson.

J’ai une prédilection pour la pop, mais pas celle qui est sucrée et commerciale. De toute manière, le mot pop en musique rassemble large. Au fond, moi, ce qui m’importe, c’est la mélodie. Il faut qu’elle porte la chanson et qu’elle fasse passer mes textes plutôt graves de manières plus légères.

Ta première chanson date de 1987. Ca fait donc plus de 25 ans que tu écris. C’est difficile de se renouveler ?

Oui, c’est ça la difficulté principale. Je passe mon temps à écrire et jeter parce que je trouve que ce n’est pas assez original où que j’estime que j’ai déjà fait une chanson de  ce type-là. Je veux changer perpétuellement la forme et le fond. Je passe beaucoup de temps à tenter de résoudre cette problématique.

Malgré tes années de musique et d’expériences individuelles ou collectives, tu n’as pas encore une grande notoriété. Trouves-tu le temps un peu long ?

Je l’ai vécu de manière un peu chaotique jusqu’à il y a trois ans. J’ai compris qu’il fallait que j’arrête de faire les choses à l’arrache et j’ai su m’entourer. J’ai fini par comprendre que les choses ne marcheraient pas si je restais tout seul. Issues est le premier disque pour lequel je me suis donné un peu plus les moyens. J’ai trouvé les financements avant de l’écrire. A la base, je ne voulais plus enregistrer de disque. Me contenter de faire de la scène me suffisait. Dans ma région, la Normandie, on me répondait qu’il me fallait de l’actu. Parce qu’il y a un comité d’aide aux groupes qui existe à Caen, le directeur d’une salle dans laquelle je voulais jouer m’a poussé et aidé à remplir un dossier de subvention. On m’a donc attribué une petite somme d’argent et j’ai pu faire ce disque. J’ai voulu bien le produire, j’ai trouvé un réalisateur compétent et j’ai pris quelqu’un pour la promo.

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(Photo : Sacha Lenormand)

As-tu besoin de notoriété ?

De reconnaissance, plutôt. Je rêve d’avoir un public et de pouvoir partager les choses. Je veux être écouté en fait, ce qui est normal pour un artiste. 

Laurent Beaujour a coréalisé l’album.

C’est quelqu’un du Cargo, à Caen, qui me l’a présenté. Au début, je voulais juste faire un EP, mais le travail avec lui m’a tellement plu qu’on a fait un album. Comme je ne sais pas s’il y en aura d’autres après, j’ai mis tout ce que je suis et tout ce que je sais faire. Ce disque résume tout ce que j’ai pu faire avant, mais en mieux.

Tu te livres franchement dans Issues. Es-tu pudique dans la vie ?

Ca dépend du contexte. Je peux être pudique quand je ne connais pas du tout les gens, mais en privé, je ne le suis pas trop. Je peux même être assez trash (rires). Même sur scène… j’ai fait des cochonneries.

Bien que je ne te connaisse pas dans la vie, je ne te vois pas comme ça.

J’ai deux facettes. Un côté un peu imagé, littéraire, poétique et un côté trash, brut, plus direct. Il m’est arrivé de réunir ses deux aspects de ma personnalité et artistique. Pour ce disque, j’ai choisi la profondeur plutôt que la provocation.

"En dormant", une chanson tirée de l'album Issues et des images de GARZ (aka Matthieu Garczynski).

garz,issues,interview,mandorTu te sens proche de quels artistes ?

Dans ceux d’hier, l’Etienne Daho des années 80. Et dans ceux d’aujourd’hui, j’aime bien Bertrand Belin et principalement son album Hypernuit. Cet album m’a donné envie d’en refaire un. J’aimais bien aussi Les créatures de Philippe Katerine. C’est à la fois, poétique, décalé et élégant. J’aime bien aussi Albin de la Simone.

Tu attends quoi de la sortie de ce disque ?

Je ne sais pas où cela va me mener. J’ai peur de l’après. Est-ce que cela va me permettre de passer un cap, trouver des partenaires, de pouvoir faire un autre disque ? Si, ça n’évolue pas, je n’aurai pas le courage de recommencer.

Le titre de cet album a une signification précise, je suppose.

Je me suis demandé ce que pouvait relier toutes les chansons. Je me suis soudain rendu compte que toutes les chansons parlaient de fuites. Issues m’est venu assez rapidement. C’est un mot concret et en même temps abstrait. Un peu comme je suis et comme sont mes chansons.

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Le 16 septembre 2014, après l'interview.

07 octobre 2014

Yseult : interview pour son premier album.

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10509504_268406386690247_6740427072489106516_n.jpgYseult sortait largement au-dessus du lot lors de la dernière édition de La nouvelle star. Même si elle n'a pas remporté l'émission, elle est arrivée avec son univers et sa façon de chanter hors du commun. Quelques mois après cette saison 10, cette jeune artiste de 19 ans sort déjà son premier album.
Signée chez Polydor, elle s'est bien entourée. D’abord, il y a Da Silva (récemment mandorisé là), un des auteurs les plus sollicités en France. Il s'est chargé de la réalisation. Deux hommes de l'ombre, Fred Fortuny et Pierrick Devin ont produit le projet, des hommes de l'ombre qui ont déjà travaillé avec des groupes comme Lilly Wood and The Prick, Cassius et Phoenix.

Le résultat va en surprendre plus d’un.

Pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois d’octobre 2014), j’ai rencontré la chanteuse de 20 ans dans un bureau de chez Universal.

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Clip du premier single de l'album, "La vague".

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Nouvelle star 2014, "Lettre à France" de Michel Polnareff.

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Teaser du deuxième single, "Pour l'impossible".

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Après l'interview, sur un balcon d'Universal, le 22 septembre 2014.

04 octobre 2014

Lofofora : interview de Reuno pour L'épreuve du contraire.

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Le groupe Lofofora est pionnier du rock fusion metal (guitares saturées, phrasé rappé, envolées punk). Il nous propose son huitième album avec 14 titres qui révèlent une formation en paix avec ses racines fusion et dont le discours est toujours aussi percutant et réaliste. Lofofora est un groupe qui pense, use de sa conscience de son monde, en tire des mots, des sons, pour faire aussi penser ses auditeurs.

25 ans que la plume de Lofofora sévit en criant sur les injustices, interrogations du mal être actuellofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor de notre société ou cette violence omniprésente.

Le chant-parlé de Reuno est toujours aussi tranchant. Instrumentalement, c'est incisif au possible. Fusion, metal, hardcore, stoner, punk rock et acoustique, le groupe n'a plus peur de proposer des pistes différentes. Mis en valeur par une production efficace et un mix faisant une belle part à la guitare et au chant, le groupe continue à provoquer, surprendre et régaler son auditoire... avec toujours autant de force et de passion.

Reuno, le chanteur leader du groupe est passé à l’agence le 10 septembre dernier pour évoquer notamment le nouvel album de Lofofora, L’épreuve du contraire.

lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandorInterview :

Lofofora a 25 ans d’existence. As-tu vu le temps passer ?

Pas tellement. Mais, quand tu es papa, il y a un compteur qui se met en route. J’ai une fille de 24 ans et une fille de 3 mois. Bon, je n’aime pas parler de ma vie privée. Je préfère parler de mes chansons. En tout cas, j’ai passé plus de la moitié de ma vie à faire ce groupe. Ça prend beaucoup de temps et on ne fait que ça.

Comme tous les artistes, as-tu le syndrome de Peter Pan ?

Le temps qui passe, je m’en fous. J’ai plutôt le syndrome des poupées russes. Je sais que je suis en train de murir et vieillir. Je le vois dans ma glace. A l’intérieur, le jeune que j’étais, pas celui de 25 balais, il était vraiment con celui-là, je parle de l’adolescent, il est toujours vivant. Moi, je bloque sur les rayons de jouets, mais je ne veux pas rester jeune, enfant et innocent. Ce n’est pas du tout mon but. Je suis heureux de prendre de l’âge. Si je ne suis pas si mal dans mes pompes, il a fallu que je passe par toutes les étapes pour en arriver là où je suis aujourd’hui, même les moins reluisantes. C’est ça qui m’a fait aujourd’hui.

"Contre les murs"- clip officiel.

Depuis le début du groupe, les thèmes évoqués restent les mêmes.lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor

Gamin, je faisais un cauchemar récurrent. Je voyais le monde détruit par un champignon atomique. J'avais l’angoisse d’un pouvoir totalitaire. Je me voyais aussi souvent dans une casse de voitures. Des mecs en costards m’entouraient et voulaient me fusiller. J’évoque donc toujours la monstruosité de l’être humain et sa prétention hors norme. Dans l’album, il y a une chanson qui s’appelle « Double A ». Je suis hyper sincère quand je dis « il vit planqué dans mon crâne, un gamin qui ricane en regardant parler les adultes, il les voit comme des clowns descendus de la lune, gavés de certitudes. » J’ai encore cette vision du monde et c’est ça qui me fait écrire le plus.

Ce serait intéressant à psychanalyser.

Puis-je m’allonger sur ton canapé ? Non, tu vois, j’ai peur de rentrer dans le moule, de ne pas vivre la vie comme elle vient, de ne pas voir les bonnes choses quand elles arrivent. J’ai toujours envie d’être aux aguets pour capter toutes les bonnes choses, éventuellement pour décrier les mauvaises. Si je rentrais dans d’autres projets musicaux, j’aurais peut-être d’autres façons d’écrire. Avec Lofofora, les riffs de guitares sont comme des coups de poing dans la gueule. Je réponds à cela dans mes textes. Il y a quelques années, j’ai écrit une chanson qui s’appelle « Auto-pilote ». C’était un pari entre moi et moi d’essayer de faire une chanson positive, une chanson de bonheur, sans que cela devienne de « La ballade des gens heureux ». Je n’ai pas dû réussir parce qu’une journaliste m’a demandé pourquoi j’avais fait une chanson sur le suicide (rires). Merde, c’était une chanson pleine d’espoir !

Le Reuno de la vraie vie est-il le même que celui qui monte sur scène ?

On est tous comme un diamant plus ou moins brut avec de multiples facettes. Dans Lofofora, j’ai une ou plusieurs facettes de ma personnalité qui sont un peu vus à la loupe. Mais il y a d’autres Reno qui existent. Il m’arrive de rencontrer des gens pour la première fois qui s'étonnent de me trouver sympa, alors que je crie tout le temps dans mes chansons. Mais si je gueulais comme ça dans la vraie vie, je n’aurais aucun ami.

"Pornopolitique" (audio).

lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandorTu ne veux pas parfois calmer ta façon d’interpréter tes textes ?

Non. Je ne ferai jamais un truc tout clean. D’ailleurs, je ne vois pas la vie comme ça. La vie est parfois douce, mais elle est surtout rugueuse et piquante, c’est ça qui la rend savoureuse.

Pourquoi chantes-tu en français ?

Ça m’est venu naturellement d’écrire. Je ne me suis même pas posé la question. C’était au début de l’histoire du hip-hop français. Soudain, il y a eu des tas de mecs qui ont voulu démontrer qu’il n’y avait pas que Gainsbourg et Nougaro qui arrivaient à faire groover la langue française. J’ai sans doute voulu rentrer dans ce sillage… 

C’est quoi votre public ?

Il oscille entre treize et soixante ans. Au tout début de « Lofo », on a vite remarqué que nous n’aurions pas un public de clones. Il y avait des mecs avec des dreadlocks, d’autres avec des crêtes, d’autres avec des casquettes et des maillots de basket façon New York- Brooklyn. L’uniformité est un des trucs qui me fait le plus peur. Je trouve cohérent, par rapport à nos propos, que les gens qui viennent nous voir soient à l’opposé de ça.

Cet album ressemble un peu à ce que vous faisiez dans le premier disque éponyme, en 1995. Tu as pris 25 ans de plus, ne te demandes-tu jamais si tu n’es pas un peu trop vieux pour continuer à jouer ce genre de musique ?

Si Lemmy est crédible dans Motörhead à 68 ans et Iggy Pop à 67, je ne vois pas pourquoi je ne le serais plus aujourd’hui. Quand j’aurai des varices, j’arrêterai de mettre des shorts, c’est tout (rires). Si on compare ce dernier disque au premier, c’est qu’il est de nouveau très diversifié. Le précédent, Monstre ordinaire, était tout metal, tout bourrin, tout « rentre dedans ». Dans celui-ci, au niveau des sentiments qu’on a eu envie de partager à travers les chansons, un côté patchwork s’est imposé à nous, comme cela se faisait facilement dans les années 90. On a pas mal galéré pour choisir l’ordre des morceaux.

Teaser officiel de L'épreuve du contraire.

Ce métier est une sorte d’élixir de jouvence, non ?lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor

Une des principales choses qui fait vieillir les gens prématurément, c’est d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Un rockeur, si tu l’es vraiment, est libre. Tu n’as pas de patron. Ton patron, c’est toi, ton groupe et tes copains. Nous sommes seuls décisionnaires de nos vies et la manière dont on va gérer notre « profession ». Ça aide à se sentir bien…

Tu as dit « rockeur ». C’est du rock que Lofofora fait ?

Oui, évidemment.

Ce n’est pas du metal ?

Mais le metal, c’est une forme de rock quand même. Le rock, c’est une attitude. C’est avoir un côté empêcheur de tourner en rond et fouteur de merde. Un rockeur, c’est un mec qui dit non avant de penser qu’il peut dire oui. C’est comme ça que je voyais les choses quand j’étais gamin et j’ai l’impression aujourd’hui de le vivre encore comme ça. On a une soif de liberté et on le dit haut et fort à coup de riffs dans la tronche des gens. C’est quoi la traduction de rock ? C’est secouer.

"L'innocence" (audio).

Tu as commencé en chantant le bordel de ce monde… en 2014, c’est encore pire, non ?

Notre monde a toujours été chaotique. La différence, c’est qu’aujourd’hui, on est au courant de tout. Et sur internet, c’est le pire qui passe en premier à travers le filtre médiatique. Les occasions de se fendre la gueule devant nos écrans ne sont pas si nombreuses. C’est la façon dont le malheur est hiérarchisé aujourd’hui que je trouve hyper malsain.

Es-tu un anarchiste ?

Je préfère « anarchiste » à « engagé ». Si ça m’arrive de signer personnellement des pétitions, je ne dicte à personne ce qu’il doit faire. J’ai horreur qu’on me le fasse, alors, je ne le fais pas aux autres.

Lofofora n’est pas HK et les Saltimbanks.

Non, mais eux, ils sont pénibles. On ne va pas faire un chapitre sur ce groupe, mais avant, ils avaient un truc qu’ils appelaient «ministère des affaires populaires ». On a joué avec eux, mais j’avais envie de leur jeter des cailloux. Les mecs, ils jouent « La Marseillaise » pour la faire siffler par le public. Mais, vous n’avez pas autre chose à nous donner ? Pour moi, c’est de la démagogie de bas étage. Attention, tous autant que nous sommes, on peut être démagogue, mais à ce point-là, non. Pour moi, HK et les Saltimbanks, c’est du Patrick Sébastien avec des paroles écrites par Jean-Luc Mélanchon.

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Pendant l'interview.

Quel est votre engagement à vous ?

Pas grand-chose. On fait juste un peu de place sur nos tables de merchandising. On invite des gens de « Sortir du nucléaire », parce que c’est un thème qui nous tient à cœur. On va faire venir aussi des gens de chez « Sea Shepherd », une association genre Greenpeace, mais que pour la mer et en mode assez musclé. Là s’arrête notre engagement publique. On présente ces organismes à notre public, il s’arrête ou ne s’arrête pas.

Que pensent tes parents de leur rejeton ?

Ils sont assez fiers. Ils comprennent mon travail et comment je le pratique. Ce sont eux qui m’ont fait et qui m’ont rendu comme je suis, ils n’ont qu’à assumer (rires). Ils m’ont inculqué une fibre un peu humaniste et écolo. Un certain respect de la vie.

Après 25 ans de carrière, on craint encore la sortie d’un nouvel album ?

Oui, parce qu’on a envie de continuer à enregistrer des disques. Avec mon dernier relevé de ventes de disques, j’ai eu un chèque de trente euros. Chaque membre du groupe gagne vingt centimes par exemplaires vendus. Contrairement à certains fantasmes que peut avoir le public, des musiciens comme nous ne sont pas riches. Je ne suis toujours pas propriétaire et je roule dans une bagnole d’occasion qui a 150 000 kilomètres. Mais je vis bien comme ça. C’est la vie que j’ai choisi. Je fais ce que j’aime. Je me sens riche d’émotions et d’expériences.

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Après l'interview, le 10 septembre 2014.