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04 janvier 2015

Les Grandes Bouches : interview pour Jaurès! Le bal républicain

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Dans le sillage du Bal républicain, le groupe Les Grandes Bouches poursuivent la commémoration des cent ans de l’assassinat de  Jean Jaurès avec le livre-disque Jaurès ! Le bal républicain, élaboré avec la participation de Charles Silvestre. Un ouvrage splendide, sur le plan artistique, éditorial et pédagogique. Biographie et citations de Jaurès, articles explicatifs, fac-similés de l’Huma, dessins magnifiques d’Ernest Pignon-Ernest, entre autres, précèdent les textes des dix chansons, dont les paroles inspirées sont signées de Francis Ricard et, pour certaines, de Philippe Dutheil, chanteur et polyinstrumentiste du groupe toulousain Les Grandes Bouches. Les musiques du même Dutheil convoquent accordéon, guitare, percussions, belles harmonies vocales (avec Anne-Laure Grellety- Madaule, seconde chanteuse des Grandes Bouches)...

Le charismatique chanteur des Grandes Bouches, Philippe Dutheil, est passé à l’agence le 2 décembre dernier.

philippe dutheil,les grandes bouches,jaurès! le bal républicain,interview,mandorArgumentaire du livre-CD :

Jaurès comme un totem ?
Loin de l’image d’un saint laïc, d’une icône poussiéreuse, il est, cent ans après, un phare de haute mer pour une époque de tempêtes, un pôle magnétique qui nous attire, comme de la limaille, en cercles républicains autour de lui.
C’est un Jaurès vivant et combatif que nous proposent les Grandes Bouches, un Jaurès ancré dans notre quotidien et loin des commémorations, comme une nouvelle façon de chanter la devise des Grandes Bouches : « Partager plus, pour partager plus ».

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Ceux qu’ils en disent :

« Le premier des cinq couplets donne le ton de cet hymne à la résistance des salariés qui ont "collé une grève" à des patrons qui "ne l'ont pas volé". » 
LIBERATION
« Ils auraient pu faire de la politique, ils ont préféré la chanson. Rescapés du collectif Les Motivés et 100% collègues, ces trois Toulousains savent faire de la chanson militante sans qu'on ait l'impression d'être dans une manif. »
TELERAMA

« Les Grandes Bouches dénoncent un patronat qui a "loué des vigiles et des chiens qui aboyaient" pour empêcher les employés d'entrer dans l'usine, et les promesses sans lendemain des politiques. »
LE PARISIEN

« Le propos sonne toujours juste, qu’ils évoquent les inégalités ou qu’ils revisitent des classiques révolutionnaires. » 
FRANCOFANS

« C’est engagé, c’est engageant. Mine de rien, à travers les luttes, ça nous parle de lendemains qui chantent. »
MICHEL KEMPER / NOS ENCHANTEURS

Qui sont les Grandes Bouches?philippe dutheil,les grandes bouches,jaurès! le bal républicain,interview,mandor

Les Grandes Bouches, funambules de la corde vocale, sont reconnus pour leur travail autour du chant polyphonique et militant. Membres fondateurs du groupe Motivés, arrangeurs de la chanson titre de l’album, Les Grandes Bouches ont fait plus de 200 concerts depuis cinq ans avec Le Bal Républicain. Ambassadeurs de la chanson citoyenne et festive, ils ont joué en France et à l’étranger (Équateur, Irlande, Israël, Palestine, Laos...) et là où les luttes sociales pouvaient être accompagnées par leurs chansons (Molex, Sanofi, Conti, le DAL, la Cimade...). « Partager plus pour partager plus ».

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philippe dutheil,les grandes bouches,jaurès! le bal républicain,interview,mandorInterview :

Cela fait 10 ans que Les Grandes Bouches existent, mais tu as une longue carrière de musiciens derrière toi.

Ça a commencé avec Les Motivés. On a créé ce groupe sans trop savoir ce qui allait nous arriver. Nous avons fait ça pour le fun et pour réactiver le chant révolutionnaire. Nous pensions en vendre 200 et quelques centaines de milliers d’exemplaires plus tard, nous ne sommes toujours pas revenus de l’impact de ce projet. Il n’y a pas un jour où l’on ne me parle pas de ce disque et de tout ce qui tournait autour. Cela a marqué les gens et une certaine idée de la militance.

Cela manquait un groupe aussi engagé ?

Visiblement oui. Ce qui a été le plus étonnant, c’est la palette du public qui a adhéré à ce projet. Des plus jeunes aux plus anciens…

Les Grandes Bouches sont arrivés comment ?

On ne voulait pas faire Motivés 2, le retour. Nous nous sommes retrouvés à trois et nous avons adoré chanter, mêler nos voix tout en continuant à réactiver le chant de lutte.

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Avant Jaurès !, en 2012, il y a eu un pré-projet intitulé Le bal Républicain.

On a décidé d’en faire un projet collectif et plus global, avec l’aide d’Ernest Pignon-Ernest et de Francis Ricard. Il réunit une exposition, des conférences, un livre-disque. Nous sommes allés vers des terrains encore non explorés par nous. De la poésie pure. Jaurès a été comme un vecteur, comme une manière de nous retrouver tous autour de quelqu’un d’extrêmement fédérateur.

C’est quoi pour toi la poésie pure ?

C’est la prochaine arme de construction massive.

"Jaurès assassiné".

Pourquoi avoir choisi Jaurès ?

Il est le plus représentatif de ce que nous avons de l’idée de l’humanisme chez un homme. Il représente les valeurs telles que la citoyenneté, l’idée de gauche, le partage et l’éthique. En plus, c’était quelqu’un de chez nous, un sudiste. Il est né à Castres et a beaucoup œuvré à Toulouse. Il vient de notre terre. Comme on avait aussi envie de parler de la dimension occitane, le choix sur lui s’est imposé.

Dans ce projet, avez-vous souhaité montrer un Jaurès différent ?

En tout cas, nous n’avons pas voulu présenter un Jaurès historique. Ce n’est pas notre savoir-faire. On ne voulait pas non plus mettre en avant un Jaurès commémoratif. Il y a tellement de gens cette année qui ont fait ça de manière assez honteuse. On voulait montrer en quoi Jaurès aujourd’hui nous parle encore et en quoi il nous éclaire, nous qui faisons de la chanson citoyenne.

Les commémorations sur Jaurès vous ont déçu ?

Bien sûr. Ernest Pignon-Ernest, ce matin, me disait : « alors que l’on n’attendait rien d’eux, ils ont quand même réussi à nous décevoir ». François Hollande est à peine passé au Café du croissant, là où Jaurès s’est fait assassiner. Il a dit trois banalités et il est parti.

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Jaurès était-il en avance sur son temps ?

Oui. Il y a de la préscience chez lui. Avant la premier mort de la Guerre 14-18, il disait : « si jamais l’Europe rentre en guerre, obligatoirement, cette guerre provoquera des bouleversements en Europe qui appellera une autre guerre encore plus violente ». Quand tu lis ça cent ans après, c’est impressionnant. Doit-on être ébloui par la préscience et la modernité de Jaurès ou doit-on être désespéré ? Il y a des choses sur la condition ouvrière ou sur les rapports avec les hommes qui n’ont absolument pas changé.

J’imagine que votre public comprend votre projet et vient en connaissance de cause.

Oui, mais on fait tout pour faire passer les messages de Jaurès de manière très festive. On voulait montrer ce qu’était un vrai homme politique, mais en divertissant au maximum. En ce moment, on ne peut pas dire que les hommes politiques montrent l’exemple.

Vous avez croisé plus de 3000 lycéens et collégiens.

Notre projet est validé par l’éducation nationale. On a montré à beaucoup de jeunes l’expo et surtout, on leur a beaucoup parlé de ce grand homme et des valeurs qu’il véhicule. Nous faisons œuvre d’éducation populaire en allant parler aux jeunes générations. Il ne faut pas s’étonner que les choses tournent mal si on laisse notre peuple dans une déshérence culturelle absolue. Il ne faut pas s’étonner que les parties politiques xénophobes soient en tête...

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Vous êtes très engagé. Est-ce le rôle d’un artiste d’élever les consciences ?

Pour paraphraser Desproges, « je ne sais pas ce que c’est qu’un artiste dégagé. » Moi, je ne sais pas ce qu’est artiste qui n’est pas engagé. Ceux qui ne le sont pas sont de purs produits du système. C’est de l’Entertainment, de la distraction. Je n’ai aucun mépris pour ces gens-là, mais on ne fait pas le même métier. Être artiste, c’est obligatoirement voir le monde et le retranscrire par son filtre.

Ne penses-tu pas que l’on peut aimer à la fois la chanson engagée et la chanson plus légère ?

Moi, tu sais, je suis aussi un cuisinier. On ne s’appelle pas Les Grandes Bouches pour rien. Mais, j’aime bien aller chez Mac Do de temps en temps. Mes potes ne comprennent pas que je puisse leur faire des plats chiadés et aller dans ce temple de la malbouffe. A ce titre-là, bien sûr que l’on peut tout aimer. Le problème n’est pas de tout aimer, c’est le choix que l’on nous propose, ou plutôt que l’on ne nous propose pas. Je trouve super cette variétoche, ce R’n’B, ce je ne sais quoi… ça ne me dérange pas. Ce qui me dérange c’est que ces musiques prennent la place de toutes les autres.

C’est un complot international ?

Je ne dis pas ça, n’exagère pas. Je trouve juste dérangeant de savoir que tous les grands médias sont tenus soit par des vendeurs d’armes, soit par des banques. Ces gens-là préfèrent donner cette bouffe et cette musique prémâchées. De bonnes chansons avec du contenu dans les textes ou de la bonne littérature auraient peut-être un peu trop tendance à ouvrir les esprits, non ? Tous ces gens très riches n’ont-ils pas intérêt à endormir le peuple ? On se pose la question.

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Comment monte-t-on un projet comme Jaurès ? Il faut de l’argent…

On travaille beaucoup. On fait marcher les réseaux. Et surtout, on a mis tout notre argent dans le projet. Jaurès disait : « il faut que le beau soit disponible pour tout le monde ». Notre somptueux livre CD coûte le prix d’un album normal. Le beau pour tous, c’est jauressien et c’est révolutionnaire.

Vous faites tout vous-même dans ce projet. Il y a aussi un côté administratif conséquent. Est-ce que cela ne parasite pas un peu la création ?

Non, parce que le jeu en vaut la chandelle. Parfois, j’en ai marre, mais comme nous constatons quasiment au quotidien l’intérêt du fruit de nos efforts, ça nous motive. En réalité, je ne changerais ma place pour rien au monde. Franchement, on vit des choses étonnantes et qui sont justes par rapport à notre discours. Avec cette façon de travailler, nous sommes cohérents avec nous-mêmes. Notre manière d’envisager le métier me semble très moderne. Je vois mal comment nous pourrions être différents avec ce que l’on professe et avec les idées que l’on avance. Je vois mal comment on aurait pu faire un projet jauressien en vendant un livre cinquante euros. Je vois mal comment on aurait pu faire un projet jauressien si ce n’est pas moi qui installe l’exposition partout où nous passons. Je vois mal comment on aurait pu faire un projet jauressien si on n’y met pas de la poésie âpre. L’époque nous oblige, nous les artistes, à être en accord avec ce que l’on est.

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Est-ce que la musique est une forme de combat ?

Je ne pars pas en guerre, mais je crois beaucoup à l’effet papillon. Si chacun d’entre nous ne met pas une petite pierre de positivisme, les autres en face en profiteront pour mettre leur petite pierre de ce qui me parait négatif. Je te parle du FN, d’Éric Zemmour et de tous ces gens… si on ne lutte pas au moins au minimum, on va le payer très cher.

Fais-tu parfois du prosélytisme ?

Le seul prosélytisme que l’on fait, il est républicain.

Que penses-tu de la gauche d’aujourd’hui ?

Je pense qu’elle ne devrait plus s’appeler la gauche. Le peuple qui a voté à 51% pour François Hollande est complètement écœuré parce qu’on leur a menti. Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, a dit récemment que la gauche est une étoile morte. Je vois que le premier ministre, Manuel Valls, ne veut plus qu’on dise qu’il est « socialiste ». Je vois que François Hollande est à la dérive. Tous ces gens-là ne sont pas la gauche. Je me sens floué, malheureux et nous sommes nombreux dans ce cas. Il est hors de question, surtout dans cette ambiance, de baisser les bras.

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Philippe Dutheil, après l'interview, le 2 décembre 2014.

03 janvier 2015

Colin Chloé : interview pour Au ciel

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(Photo : Jérôme Sevrette).

Colin Chloé doit son nom d'artiste à L'Écume des jours. Souvenez-vous de Colin et de Chloé dans le roman culte de Boris Vian. Il faut dire qu’Éric Le Corre (son vrai patronyme) est nourri de poésies… comme en témoigne ses chansons joliment troussées.

Il y a quatre ans, à la sortie de son premier album, Appeaux, j’étais passé à côté. J’ai lu ici et là que flottaient sur ses premières chansons enregistrées un air marin. Dans Au ciel, il change d’élément. C’est plutôt la terre et le ciel, l’homme et la nature…l’histoire est millénaire mais elle est essentielle.

Au ciel est un grand disque. Une claque même. Colin Chloé mériterait de devenir prophète en son pays. J’espère que ce deuxième album lui en donnera l’occasion.

Le 26 novembre, j’ai reçu la visite de ce très talentueux artiste "terrien" à l’agence… 

75604_761537473873588_1684391796_n.jpgArgumentaire officiel :

Le chanteur guitariste brestois Colin Chloé a sorti son second album, Au ciel, sur le label indépendant canadien Hasta Luego recordings. L’album a été enregistré en compagnie de Pascal Humbert (16 Horsepower, Detroit) à la basse, d’Yves-André Lefeuvre (Complot, Miossec) à la batterie et de Bruno Green (Santa Cruz, Detroit) à la production et au mixage.

Son premier album Appeaux est sorti en 2010 sur le label YY/Discograph. Si ce premier album de chanson était plutôt acoustique, ce second opus sonne beaucoup plus rock et électrique. Les chansons deviennent plus âpres, plus terriennes. Enregistré live en studio, cet album lorgne du côté de Neil Young ou de Lou Reed, principales influences de Colin Chloé. Les textes en français sont parfois rudes, toujours proches de la nature et des poètes qu’affectionne le chanteur, dont Georges Perros, dont il a adapté un poème sur cet album.

A 45 ans, Colin Choé n’en est pas à ses débuts : il a joué dans plusieurs groupes folk/rock et alternatifs à Lorient et Brest (Moby Dick, Dixit, Éric et son banc). Il a été remarqué en 2004 par les Inrockuptibles sur leur compilation CQFD 04 pour une adaptation d’un poème de Charles Baudelaire. Il a tourné et effectué beaucoup de 1eres parties de concerts ces dernières années (avec Bertrand Belin, Florent Marchet, Arthur H, JP Nataf, Emmanuel Da Silva).

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(Photo : Jérôme Sevrette)

10431497_836918983002103_5262321829721431181_n.jpgInterview :

Quand as-tu commencé à t’adonner à la musique ?

J’ai touché ma première guitare quand j’avais 15 ans. Ça faisait longtemps que j’avais envie de jouer parce que j’écoutais les groupes de rock. J’ai eu mes périodes AC/DC, Clash, des groupes comme ça.

Tu as débuté la guitare en faisant du rock alors ?

Non, plutôt du folk. J’ai commencé avec les morceaux de l’album de Neil Young, Harvest, que j’entendais avec ma sœur qui a sept ans de plus que moi. Elle m’a un peu éduqué musicalement.

Et tes parents, ils écoutaient quoi ?

C’était plus Georges Brassens, Jean Ferrat et Gilles Servat.

Très vite, tu as participé à un duo et tu as commencé à chanter en français.

Oui, en reprenant des chansons de Francis Cabrel. Celles des premiers albums. Je me suis aperçu que chanter en français avait plus de répercussions que quand je chantais en anglais. On m’écoutait avec beaucoup plus d’attention.

Parallèlement, tu as travaillé en groupe sur des reprises anglo-saxonnes.

Avec mon premier groupe, Moby Dick, on jouait Creedence Clearwater, Neil Young encore et toujours, les Beatles, les Stones dans des bistrots, mais j’avais toujours l’idée de commencer à écrire en français. Je n’osais pas encore le faire à cette époque, mais c’est venu petit à petit.

"La Terre nous attend", extrait live du 2ème album de Colin Chloé "Au Ciel" sorti le 7 avril 2014.
Enregistré à La Carène de Brest, le 27.09.14 (en première partie de Playin'Carver feat John Parish) par l'équipe de la Formation Image et Son de Brest.

L’écriture en français est-elle plus exigeante?10313135_836924243001577_6890801511174406839_n.jpg

Oui. Ce n’est pas facile d’apprendre à écrire une bonne chanson. Il faut trouver sa petite musique, sa propre voix. Il faut accepter ses défauts et son phrasé. Tout ça m’a pris beaucoup de temps. Au début, quand je tentais de placer une ou deux chansons françaises dans un concert en langue anglaise, ça ne fonctionnait pas. Je ne parvenais à rien, du coup, j’ai arrêté de chanter pendant un moment et j’ai tenté de me perfectionner à la guitare. J’ai ensuite travaillé dans différents groupes, tous alternatifs.

A 23 ans, heureusement, tu es revenu à la chanson.

J’ai repris ma guitare acoustique et j’ai recommencé à travailler. Et miracle, j’ai enfin réussi à écrire une chanson aboutie.

C’est la compilation CQFD des Inrocks qui t’a repéré assez vite en 2004.

Oui, j’avais mis en musique un poème de Charles Baudelaire, « Le vin et l’assassin ». A cette époque, je ne savais pas que Ferré s’y était déjà collé. Heureusement, parce que cela m’aurait terrorisé et je n’aurais pas osé m’y mettre.

Clip de "Walden", chanson tirée de l'album Au ciel.

10003733_797110613649607_208446228_o.jpgPourquoi reprends-tu souvent des poèmes ?

Ce qui me fascine, c’est la puissance de ces textes-là. Quand tu commences à chanter Apollinaire ou Baudelaire, tu acquiers une véritable exigence. Cela encourage à travailler tes petits textes personnels pour qu’ils ne soient pas misérables à côté.

Dans ton premier album, Appeaux, certes, il y avait un texte d’Apollinaire et un de Baudelaire… mais tu citais aussi Pascal Quignard…

La Haine de la musique de Pascal Quignard est un livre qui m’a beaucoup marqué. Quignard est un fan de musique baroque et toutes les autres musiques l’insupportent. Pour lui, la musique c’est du bruit organisé. J’ai adoré ce livre. Plus généralement, je veux essayer de rendre abordable les chefs-d’œuvre de ces grands poètes par la musique, la mélodie et les arrangements. Derrière tout le lyrisme de ces textes-là, il y a aussi une forme de simplicité que je veux mettre en avant.

La musique est-elle simple à créer sur ses textes ?

Oui, parce qu’il y a tellement de musiques et de couleurs dans chaque mot que c’est très simple à adapter. Tu peux mettre des centaines de mélodies, ça fonctionnera toujours. Le texte est tellement beau seul qu’il faudrait être un manche pour ne pas trouver une musique adéquate et efficace.

On retrouve chez toi, malgré ton originalité, du Bashung, du Thiéfaine, du Murat. Cela t’agace quand je te dis ça ?

Pas du tout, parce que c’est sans doute vrai. Je sais bien que je ne suis pas aux antipodes de ces artistes-là. Tu as oublié aussi Rodolphe Burger. J’ai beaucoup aimé Kat Onoma. Mais l’album Cheval Mouvement de Rodolphe Burger, avec des adaptations de poèmes d’Olivier Cadiot et d’Anne Portugal, m’a donné envie d’explorer ce terrain-là. Burger a mis en musique des poèmes très contemporains avec très peu de mots, ça m’a plu immédiatement. J’ai vraiment pris exemple sur lui.

"Moulins", extrait du nouvel album de Colin Chloé "Au ciel" réalisé avec Pascal Humbert, Yves-André Lefeuvre et Bruno Green pour Hasta Luego Recordings.

Vocalement, as-tu pris des cours ?

Prendre des cours de chants, pour moi, c’est l’horreur totale. Ce sont les aspérités et les défauts d’une voix qui en font sa personnalité. Cocteau disait que pour être artiste, il fallait cultiver ses défauts.

Tu fais beaucoup de premières parties de Détroit, le groupe de Bertrand Cantat, car deux autres membres de cette formation, Pascal Humbert et Bruno Green ont très largement participé à ton deuxième album.

C’est une affinité musicale et mon amitié pour Pascal et Bruno qui ont permis cela. Quand ils ont terminé l’album avec Bertrand et qu’ils ont dû partir en tournée, ils m’ont souvent choisi pour faire leur première partie. Quand je joue avant eux, je change de division.

"Fontaine", extrait de l'album Au Ciel (2014), de Colin Chloé (Hasta Luego Recordings). Enregistrée en live, le 08 octobre 2014, à l'Ancienne Belgique, Bruxelles, à l'occasion de la première partie de Détroit.

Comment réagissent les fans de Détroit quand tu joues ?

Je joue du rock avec une guitare très saturée. Sur scène, je suis en trio basse, batterie, guitare avec cette culture âpre, rude et électrique. Les gens qui vont voir Détroit sont à 75%, des fans de Noir Désir. Pour moi, c’est du pain béni. J’arrive et je balance du rock français électrique avec des textes assez fouillés. Ce que je peux affirmer, c’est que les gens qui nous ont vus jouer ne nous ont encore jamais lancé de tomates (rires).

Qu’as-tu appris de Bertrand Cantat en le côtoyant ?

J’ai appris à comprendre à peu près qui il était. Je m’attendais à rencontrer quelqu’un de sombre et d’orageux, alors que j’avais devant moi quelqu’un de solaire, drôle parfois et qui parle beaucoup. Enfin, nous ne sommes pas amis. Je le croise avant les concerts et on discute, mais c’est tout.

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Bertrand Cantat et Colin Chloé

(Crédit Photo: Pictures On M@RS (Martial Morvan))

Et toi, quand grâce à Détroit, tu joues devant 4000 personnes, j’imagine que tu donnes beaucoup, mais que tu reçois tout autant.

J’apprends le métier à ce niveau-là. Je joue en club depuis 20 ans, alors, je ne suis pas au fait des énormes tournées. Autant te dire que lorsque je joue devant 4000 personnes, parfois plus, ça me transcende. Tu reçois des vibrations insensées en permanence. C’est extrêmement jouissif pour un musicien de rock de jouer sur une grosse scène devant des gens enthousiastes. Bon, je relativise, car je sais que cette expérience est ponctuelle. J’ai profité de l’instant.

Comme les textes de Détroit, les tiens sont plutôt sombres, non ?

Je ne les trouve pas sombres. Musicalement peut-être parce que j’écris beaucoup en mode mineur. C’est ce qui me vient naturellement. Les harmonies qui en découlent semblent donc mélancoliques. Mon premier album était maritime, celui-ci est terrien. C’est pour ça que mes chansons sont plus électriques et rugueuses.

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Pendant l'interview...

Tu es visiblement très lettré. Lis-tu tout le temps ?

J’ai beaucoup lu et je ne te cache pas que j’ai un peu arrêté ces derniers temps. Je fais une pause parce que je me suis aperçu que je dévorais trop de bouquins et que je ne retenais plus rien. Je vais m’y remettre là.

Quel genre de livre lis-tu ?

Pas beaucoup de littérature française en tout cas. Je la trouve très nombriliste, très autocentrée et ça me gave. Les histoires du quotidien, souvent sordides, je n’arrive pas à m’y intéresser. Je trouve ça chiant. Je lis surtout les américains. Je suis un grand fan de Cormac McCarthy par exemple. Je le lis et le relis régulièrement.

J’ai cru comprendre que tu écris tes textes systématiquement avant de composer.

Ecrire de la musique sans les mots est impossible pour moi. Elle peut éventuellement arriver en même temps, mais jamais avant. Ça vient souvent en marchant soit en bord de mer, soit dans la nature. J’ai besoin du ciel, des oiseaux et de la nature pour trouver l’inspiration.

Des oiseaux ?

Oui. Pour moi, les plus grands musiciens de la Terre, ce sont les oiseaux. Tous les musiciens devraient écouter les oiseaux. Si tu n’écoutes pas les oiseaux, tu n’as rien compris à la musique.

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Après l'interview, le 26 novembre 2014.

29 décembre 2014

Lou Marco : interview pour Sous la peau

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(Photo : Youri Lenquette)

La musique de Lou Marco est un mélange de rock et d’électro : une musique hybride, tout commelou marco,sous la peau,interview,mandor elle à vrai dire. Son premier album, Sous la peau, est sorti il y a quelques mois… il m’avait échappé. Séance de rattrapage obligatoire parce que je ne peux passer sous silence ce disque à la fois grave, intense et lumineux. Un recueil de chansons d’une joliesse mélodique dans un écrin électro-pop. Une belle entrée sur scène pour cette trentenaire longtemps restée dans l’ombre.

Et la voix de Lou…

La jeune femme est venue à l’agence le 19 novembre dernier…

lou marco,sous la peau,interview,mandorBiographie officielle (par Laurence Romance) :

Partout chez Lou Marco, et même dans l'air respiré, règne la musique. Les charmes surannés du passé côtoient des audaces inédites. Ici, John Carpenter rencontre les Gorillaz et l’éclatant Prince frôle l’oubliée Bobbie Gentry ; Johnny Cash unit sa voix immémoriale aux loops synthétiques d'Aphex Twin tandis que les Specials troussent joyeusement Nancy Sinatra. Surf music et dub emplissent l'atmosphère de guitares claires et de basses grondantes.

La fille qui orchestre cette orgie sonique refusera toujours de choisir entre « les trucs sauvages et primitifs, les chansons sophistiquées et les climats étranges ». Elle-même, curieusement contrastée, a poussé telle une herbe folle au milieu des percussions et autres instruments de son père. Là est née sa fascination pour les vieux synthés, pédales d'effets et « machines en tous genres ». 

Lou Marco a d’abord œuvré avec le regretté Nikola Acin, critique rock et musicien lui-même, qui signe la moitié des textes de cet album. En 2008, elle compose la musique de la pub du parfum L'Homme d'Yves Saint Laurent: "Everything Can Go", et il en écrit les paroles.lou marco,sous la peau,interview,mandor

Peu après la sortie de son EP en avril 2013, elle rencontre Arthur H (mandorisé et), qui l’encourage à écrire en français. Lou lui propose alors de reprendre « India Song », fameuse chanson du film éponyme de Marguerite Duras, qui en signa les paroles. Leur duo, empreint d’une précieuse alchimie, donne le ton: les titres de Sous la Peau agissent comme des mantras qui ont le pouvoir d’apaiser les tourments et d’exalter les sens.

Ritournelles disloquées ou rengaines de cabaret à la Tom Waits, les douze chansons de cet album, envoûtant jusqu’au vertige, vibrent d’invocations d’une impérieuse évidence.

lou marco,sous la peau,interview,mandorInterview :

C’est grâce à ton papa que la musique est entrée dans ta vie.

Je n’ai pas été élevée dans le milieu de la musique. Mon père n’en faisait pas son métier, mais il avait une collection de percussions importante. Aussi loin que je m’en souvienne, je crois que j’ai toujours aimé la musique, mais j’ai mis un certain temps à découvrir que j’avais des facilités pour m’y adonner.

Ta mère était aussi passionnée de musique ?

Elle en écoutait beaucoup. Lou Reed, Janis Joplin, Kate Bush… des artistes de cet acabit.

Et pendant ton adolescence, tu es allée vers quoi spontanément ?

J’écoutais pas mal d’électro, puis je suis passée au rock’n’roll, à la musique folk et aux chansons.

Clip de "Sous la peau".

D’après ce que j’ai compris, tu as commencé par la composition et le son avant le chant.lou marco,sous la peau,interview,mandor

Oui, j’ai très vite eu mon Home Studio, mais je ne chantais pas vraiment. Et à un moment donné, comme je gagnais ma vie avec ma voix en faisant de la pub, je me suis mise à chanter. Si ma voix « parlée » plaisait, pourquoi pas tenter une voix « chantée ».

Quand as-tu songé réellement à en faire une carrière ?

J’ai eu une commande pour une musique de pub diffusée dans le monde entier pour Yves Saint Laurent. C’est comme ça que je suis rentrée à la SACEM en tant que compositrice. J’ai commencé à me professionnaliser officiellement à partir de ce moment.


L'Homme Yves Saint Laurent - Olivier Martínez par tvspot

lou marco,sous la peau,interview,mandorCette musique de pub est ta première collaboration avec Nikola Acin (disparu en 2008) qui ensuite a travaillé avec toi sur ton premier EP.

Oui, du coup, dans ce premier album, il y a pas mal de chansons qui ont été écrites à cette époque-là. Ce disque est un mélange de chansons très anciennes et de chansons récentes. Je les aime toutes comme je pourrais aimer mes enfants. Avec Sous la peau, je clos un chapitre pour en ouvrir un autre.

Es-tu déjà sur l’écriture d’un nouvel album ?

Oui et je dois dire que cela m’effraie un peu. Il y a des chansons que j’ai écrites seule, d’autres qui sont des co-écritures. Je travaille avec Olivier Rocabois et également avec Boris Bergman que je ne vais pas te faire l’affront de te présenter. (Pour en savoir plus sur lui, lire sa mandorisation ici)

Dans ce disque, il y a beaucoup de musiques différentes et tu chantes en anglais et en français.

Pour un premier disque, j’ai trouvé que c’était bien d’ouvrir le compas de manière large. Les gens et les journalistes ont été plutôt bienveillants avec moi, donc, je me dis que j’ai bien fait.

Je sais que tu préfères chanter en anglais. Est-ce à cause de la sonorité de la langue ?lou marco,sous la peau,interview,mandor

La langue anglaise est très musicale et la langue française est très chargée de sens. Certains ont réussi à écrire des chansons très belles en français, mais c’est plus difficile. Quand je chante en français, pour moi, c’est à chaque fois un défi parce que je suis très exigeante et je veux exceller dans ce domaine.

As-tu l’impression de faire des progrès depuis tes débuts?

Je travaille beaucoup et quotidiennement, alors j’espère. Par exemple, j’ai découvert il n’y a pas longtemps, grâce à une prof de chant du Studio des Variétés,  que j’étais beaucoup plus alto que ce que j’imaginais, ce qui change beaucoup de choses en terme d’écriture.

Clip d'"India Song" par Lou Marco et Arthur H

lou marco,sous la peau,interview,mandorTu interprètes avec Arthur H « India Song » de Marguerite Duras. La petite histoire explique que vous vous êtes rencontrés au bord d’une piscine chez des amis communs… Les rencontres ont été primordiales pour l’avancée de ta « carrière ».

C’est vrai que j’ai bénéficié de la magie des rencontres assez souvent. Est-ce que ça vient de soi ou est-ce le cosmos qui nous guide ? Je n’en ai pas la moindre idée (rires).

Tu as déjà trois clips de chansons tirées de ce disque. Ils sont tous différents.

A chaque fois, ça a été des collaborations où j’ai été très impliquée. C’est bien de penser à l’image que l'on veut projeter.

Quand on te dit que sur certaines chansons, comme "Don't Care", ta voix fait penser à celle de Prince, tu dis quoi ?

Que veux-tu que je réponde à un truc pareil ? On n’arrête pas de me le dire et je le lis dans plein de chroniques sur mon album. Je suis fan de Prince, certes, mais je ne pense pas avoir sa voix. C’est flatteur en tout cas.

Clip de "Don't Care"

C’est difficile de se faire connaître ?

Le métier n’est pas toujours facile, son économie est assez bancale en ce moment. Mais ce que je sais, c’est que je ne pourrais pas vivre sans faire de musique. Qu’elle devienne populaire ou qu’elle reste confidentielle.

Es-tu confiante pour l’avenir ?

Je ne sais pas. Il faut surtout continuer à produire. Si je ne rencontre pas le succès public avec cet album, j’espère que ce sera avec le prochain.

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Après l'interview le 19 novembre 2014.

26 décembre 2014

Chico : interview pour Chico & The Gypsies & International friends

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(Photo : Carole Mathieu)

A priori, rencontrer Chico Bouchikhi de Chico & The Gypsies n’était pas, dans ma vie professionnelle, une priorité immédiate. Disons que la musique de cette  formation ne me touche pas beaucoup. Mais très vite, je me suis rendu compte que tous les gens autour de moi appréciaient son groupe et me prodiguaient des commentaires élogieux à son encontre. J’entendais des mots comme festif, chaleureux, bonheur, positif…

Je me suis soudain rendu compte que cette musique gitane faisait du bien aux gens. Une arme anti-morosité finalement.

Alors, j’ai accepté ce rendez-vous avec Chico, le jeudi 27 novembre à l’hôtel de Sers. Et je ne le regrette pas. On m’avait dit qu’il était un vrai gentil. Il l’est. Et qu’il avait des choses à dire. Je valide aussi cette deuxième affirmation.

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracArgumentaire officiel de l’album :

Véritable légende de la musique, ex-leader des Gypsy Kings et co-auteur d’hymnes planétaires tels que « Djobi Djoba » ou « Bamboléo », Chico, a vendu plus de 20 million d’albums.

Depuis plus de 20 ans, avec son groupe Chico & The Gypsies composé de Mounin, Joseph, Kema, Babato, Tané, Kassaka et Rey,  ils parcourent le monde et transmettent partout où ils passent des valeurs de fête et de partage.

Fier ambassadeur de la musique gitane, et également envoyé spécial pour la paix de l’UNESCO, Chico œuvre en faveur du rapprochement entre les peuples.

Avec un rayonnement international, et une carrière ponctuée de belles rencontres, pour ce nouvel album, Chico & The Gypsies & International friends, Chico & The Gypsies chantent aujourd’hui avec plusieurs de leurs amis du monde entier, comme Billy Paul, Kim Wilde, Kassav, Idir, Tony Carreira, Nuno Resende, Jessy Matador, Collectif Métissé et bien d'autres encore…

Spot télé de l'album Chico & The Gypsies & International friends.

Ils seront bientôt sur les routes avec notamment un beau rendez-vous le 28 avril 2015 à l'Olympia. 

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(Photo : Carole Mathieu)

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracInterview :

Qui a eu l’idée de cet album de reprises de chansons internationales ?

Moi. J’ai proposé à ma maison de disque et elle a adoré l’idée. Parfois, les choses se font simplement. On avait déjà fait un premier album sur le même concept, mais en reprenant uniquement des chansons françaises. Ça a très bien marché. Comme on a la chance d’avoir une carrière internationale, les gens nous connaissent dans le monde entier, on a voulu aller encore plus loin. Du coup, on a lancé quelques invitations d’artistes internationaux et tout le monde a répondu présent.

Il y a des rencontres improbables dans ce disque.

Pour moi, il est comme une mosaïque d’amitiés, de cultures et de musiques différentes. Ce disque est un peu comme l’UNESCO, dont je suis l’ambassadeur depuis des années. Ce disque reflète tous les continents et les différences qui en résultent… mais qui sont complémentaires.

On a l’impression que votre musique peut se fondre dans n’importe quel genre musical. Comment avez-vous travaillé avec les artistes ?

On leur a proposé des titres. Lorsque l’artiste a validé, on lui a envoyé une maquette de ce que l’on souhaite faire. Ainsi, il comprend dans quelle direction nous comptons nous rendre. Après, nous avons carte blanche et nous nous retrouvons en studio pour enregistrer… et là, on envoie le bois !

Savez-vous pourquoi tout le monde a accepté de participer à cette aventure musicale ?

Parce qu’apparemment ces artistes apprécient notre travail depuis des années. Dans l’EPK, chacun explique pourquoi il a dit oui à ce projet. Par exemple, j’étais le premier surpris de savoir que Billie Paul adore notre musique. Il raconte qu’il écoute nos disques dans sa voiture avec sa femme. Il suit ce que je fais depuis les Gipsy Kings.  Je trouve ça dingue. Si « Me and Mrs Jones » a été repris de nombreuses fois, c’est la première fois que l’artiste original l’a reprend en lui-même en duo.

EPK Chico & The Gypsies & International friends.

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracVous n’avez pas peur de vous attaquer à des chansons monumentales… comme Hôtel California des Eagles.

C’est une chanson que l’on chante sur scène depuis longtemps. Pour nous, elle fait partie des évidences musicales.

Franchement, ce disque, Chico, c’est aussi une affaire de business, non ? On sait bien que les albums qui se vendent le mieux en ce moment, ce sont les albums de reprises.

C’est d’abord une affaire de musique, d’artistes et de partages… c’est pour ça que dans cet album, on a voulu que l’on ressente tout ceci. Il y a beaucoup d’amour, de chaleur et de sincérité dans ce disque et j’espère que les gens vont sentir que l’on s’est régalé à le faire. Sinon, évidemment, l’idée que cet album se vende bien n’est pas anodine.

Le partage dans la musique, c’est ce que vous faites depuis des années.

L’idée de partage est dans ma nature. J’adore les fusions  et tenter des expériences musicales à priori pas évidentes. Longtemps, je me suis occupé d’un festival qui s’appelait « Mosaïque gitane » en Arles et à Nîmes, dans les arènes. L’idée, c’était de jouer de la musique gipsy avec la participation d’artistes incroyables. J’ai fait venir WillieColón ou Khaled quand il n’était pas connu. Des artistes de tous horizons jouaient notre musique. Quelque part, avec ce disque, je continue cette même ligne.

Chico & The Gypsies avec Billy Paul interprètent Me and Mrs Jones.

Votre disque fait du bien. Un peu de gaité dans ce monde si négatif, c’est plaisant.chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji girac

C’est exactement ça ! On veut donner une bonne énergie pour contrer ce monde si triste actuellement. En vrai, ici, j’ai l’impression de manquer d’air. Ma musique est mon oxygène et je tente d’en donner aux autres.

Votre récompense la plus importante, finalement, c’est de donner du bonheur aux gens?

Vous avez dit le mot. Les gens qui m’arrêtent en général, dans la rue ou ailleurs, me disent : « merci pour le bonheur que vous nous donnez ! » Mon cadeau de Noël, c’est ça.

Vous êtes connus dans le monde entier. Comment gardez-vous la tête sur les épaules ?

Si on doit péter un câble, on le pète vite. Moi, je suis toujours resté zen et lucide. Ça fait 40 ans que je fais de la musique et je n’ai jamais pris ce métier au sérieux. C’est d’ailleurs ce qui m’a valu la séparation d’avec les Gipsy Kings à l’époque.

Comment ça ?

Un jour, alors que c’était une formation que j’ai fondé, j’ai osé demander des comptes à notre producteur de l’époque. Ça m’a valu l’éviction du groupe. Au final, il y a eu un partage. Eux ont gardé le nom, moi j’ai gardé l’âme (sourires).

Avec cette histoire, dans le métier, vous faites figure d’ovni en matière de reconversion immédiate.

Quand vous tombez d’un TGV en pleine marche qui s’appelle Gipsy Kings, normalement vous y laissez quelques morceaux. Moi, j’ai fondé assez vite Chico & The Gypsies. 20 ans après... je ne suis pas mécontent du résultat.

Chico & The Gypsies interprètent un extrait de l'album Chico & The Gypsies & International friends,  "Hotel California", une reprise du groupe Eagles dans Acoustic sur TV5MONDE.

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracVotre longévité est due à quoi ?

Au travail. Et aussi, je garde les pieds sur Terre. Je sais ô combien j’ai de la chance de vivre confortablement d’une telle passion.

J’ai l’impression que la vie est belle pour vous.

Très. Je me régale. Je remercie tous les jours le bon Dieu de m’avoir donné cette chance de faire ce que je fais. Je garde le même enthousiasme et la même passion que depuis le début…  c’est peut-être pour cela que je suis encore là aujourd’hui.  J’ai toujours la flamme. Je dois avoir une belle étoile au-dessus de moi. Elle me guide et m’accompagne dans la vie.

Pourtant, vous avez eu aussi des moments tragiques dans votre vie. Ce qui est arrivé à l’un de vos frères, par exemple.

C’est la blessure de ma vie.Il a été assassiné par le Mossad. Des membres du service secret israélien l’ont confondu avec quelqu’un d’autre. Ils l’ont pris pour un terroriste qui a participé à l’attentat des JO de Munich. Ceux qui ont tué mon frère ont été arrêtés et condamnés en 1973 à Oslo. C’est une tragédie incroyable. Il n’avait que 30 ans. Je ne m’en suis toujours pas remis.

Ce frère-là est celui qui vous a offert votre première guitare, c’est ça ?

Oui. Il n’était pas musicien, mais adorait la musique. C’est lui m’a fait découvrir toutes sortes de musiques. Billie Paul, ça me parle beaucoup, parce que la soul, le blues, c’est mon frère qui m’a fait découvrir et aimé. Je tiens à dire que ni Israël, ni le Mossad, ni le gouvernement, ne se sont excusés de la bavure. Je voulais que quelqu’un s’excuse tant que ma mère était vivante. Aujourd’hui, c’est trop tard.

Parlons de Manitas de Plata (mandorisé là) qui vient de disparaitre. Vous le connaissiez bien ?chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji girac

Je le connaissais depuis toujours. Si Manitas n’avait pas existé, nous ne serions pas là à discuter. Il était l’exemple et notre patriarche musical. Son chanteur était José Reyes qui était mon beau-père. Avec les enfants de José Reyes on a fait Los Reyes, puis les Gipsy Kings. Tous les musiciens qui jouent aujourd’hui dans cet esprit-là, je dois vous dire qu’ils leur doivent beaucoup.

C’est une lourde perte en somme.

Immense ! Tout petit, j’ai grandi avec Manitas de Plata.  C’est lui qui m’a fait faire ma première scène lors de ses dix ans de carrière au Théâtre des Champs-Elysées. Et ma première télé, toujours pour l’accompagner, en 1974, chez Danièle Gilbert. J’avais 20 ans. Je lui dois beaucoup et j’ai essayé de lui rendre ce que je pouvais. Des années après, avec Chico & The Gypsies, je l’invitais avec nous pour des tournées en Amérique du Sud, en Europe, au Moyen-Orient et bien sûr dans toute la France…  Nous avons fait des spectacles extraordinaires. Pour moi, le regarder sur scène était une chose fascinante. C’était un mythe, Manitas.  

(Chico me montre sur son iPhone une série de photos de différentes époques avec le maître).

Chico & The Gypsies et Kendji Girac interprètent Camisa Negra à la fête de la musique 2014.

Aujourd’hui, que pensez-vous du succès de Kendji Girac ?

C’est super ce qu’il fait.  Il ne se prend pas la tête et laisse libre cours à sa belle énergie. Je suis ravi. Depuis le temps que je dis que dans ce peuple et cette culture, il y a un vivier de talent incroyable.

Cette génération, vous l’aidez ?

Pas uniquement la jeune génération. L’année dernière, on a fait deux Olympia où j’ai invité cinquante guitaristes et chanteurs. On s’est retrouvé presque soixante sur scène. C’est ma manière de partager.

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Après l'interview, à l'Hôtel de Sers, le 27 novembre 2014.

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17 décembre 2014

MTatiana : interview pour l'EP Psyché-Délice et pour sa participation à Rising Star

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J’ai découvert MTatiana comme la plupart des gens. En regardant Rising Star.

Je l’ai vu chanter « Jalouse » de Mademoiselle K (voir là) et j’ai flashé. Sur sa voix et son interprétation. Puis la semaine suivante, elle a interprété « Comme un boomerang » de Gainsbourg (voir ici). Pareil. Encore une fois bluffé…

Donc, je lui ai envoyé un message par Facebook, un peu curieux d’en savoir un peu plus sur sa carrière et ses ambitions  futures.

Elle m’a répondu rapidement.

Rendez-vous fut pris dans un bar à côté de mon boulot, le 30 octobre dernier…

Et j’ai vite compris que la demoiselle ne débutait pas dans le métier.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewBiographie :

À 25 ans, cette jeune mezzo, MTatiana s’impose doucement mais sûrement dans le paysage musical. Originaire d'Orléans, fille d'une maman accordéoniste et un père guitariste bassiste, Tatiana Matre, chanteuse récemment découverte ou redécouverte lors de l'émission Rising Star sur M6, a sorti récemment un EP remarquable, Psyché-Délice.

MTatiana a été choriste de Sinclair, premier rôle dans les comédies musicales Peau d'Âne et Footloose, doublure aussi dans « 1789, Les Amants de la Bastille ». La formidable interprète qui a adoré Piaf, Janis Joplin, Brel, Ella Fitzgerald, Billie Holiday, et qui voue une tendre admiration à l'Irlandaise Imelda May est une délicieuse pin-up du rock doublée d'une délicieuse poétesse piquante.

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(Photo : Yann Herve)

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewInterview :

Je t’avoue que je ne te connaissais pas avant Rising Star. Comment es-tu arrivée dans cette émission ?

On m’a contacté parce que j’avais fait auparavant des comédies musicales à Paris. Sur 1789, les amants de la Bastille, pendant deux ans, j’étais comédienne et doublure de trois chanteuses et je dansais dans quelques tableaux. J’ai aussi été l’héroïne principale des comédies musicales Peau d’Âne et Footloose. J’avais déjà un EP et je préparais mon premier album.

Tu as accepté immédiatement ?

Au départ, j’étais hyper réticente parce que, quand tu fais ce genre d’émission, il y a toujours des aprioris et des étiquettes qui s’installent. En fin de compte, j’ai considéré que c’était un bon tremplin et une bonne visibilité pour lancer mon projet et me faire connaître.

Et aujourd’hui, penses-tu toujours que c’était une bonne idée de faire cette émission ?

Oui, parce que même si je n’ai eu que deux passages, ce sont deux passages qui ont marqué les téléspectateurs.

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Avais-tu, toi-même, quelques aprioris ? mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

Un peu. J’avais peur d’avoir les étiquettes Rising Star, M6, télé crochet collées à moi. Comme j’ai fait plein d’autres choses avant cette émission, ça m’ennuyait que l’on me réduise à ça. Après réflexion, j’ai compris qu’il fallait être médiatisé artistiquement pour concrétiser un projet.

Cela dit, ce sont souvent les perdants qui se font plus remarquer que les gagnants.

C’est ce que l’on m’a dit souvent. Je viens d’Orléans, donc pour le moment, j’ai eu pas mal d’interviews dans la Région Centre.

Dans Rising Star, on ne chante pas son propre répertoire. J’imagine qu’il y a un côté un peu frustrant de ne pas montrer ce que l’on sait faire, musicalement et textuellement.

Oui. La production préférait que l’on passe d’abord par un répertoire connu afin que les personnes s’intéressent aux chansons. Le principe est simple : plus on va loin, plus ils nous laissent la possibilité de faire nos chansons personnelles. Moi, je ne suis pas allée assez loin.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewAs-tu été déçue de partir si vite ?

Sur le coup, oui. Lors des duels, il était clair que l’univers de ma concurrente était beaucoup plus actuel que le mien. Je peux comprendre le choix de ceux qui ont voté. Mon public était peut-être un peu plus âgé.

Ton amour de la musique vient sans doute de tes parents, non ?

Mon père avait un groupe de hard rock quand il était plus jeune. Il était guitariste bassiste dans les Hell’s Stress (voir photo ci-dessous). Ils ont fait les premières parties de Trust et de Téléphone. Maman, elle, faisait de l’accordéon et a eu tous ses prix de Conservatoire. Mes sœurs et moi, on a grandi là-dedans, mais je suis la seule à avoir pris ce chemin pour en faire mon métier. Ma voix a muri relativement vite et on a pris conscience qu’il y avait peut-être des choses intéressantes à faire. Mes parents ont créé une association de théâtre qui a duré dix ans et ont été très encourageants avec moi. J’ai été prise dans un café-théâtre à Orléans et tout a débuté-là. J’ai fait du théâtre d’impro, de la comédie musicale, du cabaret… Je suis vite devenu pluridisciplinaire.

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De Gauche à Droite : Hakim Sersar (guitare), Serge Matre, le papa de MTatiana (basse), François Ibanez (chant), Bruno Luccioni (guitare), Franck Dauphin (batterie).

Quand es-tu arrivée à Paris ?

Après mon bac, j’ai pris une année sabbatique pour voir si c’était possible de percer. J’ai fait l’école Richard Cross pendant deux ans et c’est là que j’ai été vraiment formée en technique vocale.

Faut-il faire ce genre d’école pour réussir ?

Je pense que c’est important d’acquérir de la technique. Sans elle, on fatigue plus vite et on gère moins bien le stress. Prendre des cours me parait important, mais chacun fait comme il le sent. 

Clip de "Brune Blonde"

Tes chansons personnelles racontent ta vie personnelle.mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

Oui, elles racontent mes histoires. « Brune Blonde », le premier single, c’est moi en audition. Je raconte avec humour ce qu’il se passe et comment j’agis.

Ton EP a un côté swing pop, un peu manouche.

J’aimerais que l’on soit plus rock. Mon projet est appelé à évoluer de toute façon. Cet EP est très propre, mais je sais que ces chansons-là, en live, seront beaucoup plus pêchues.

Es-tu confiante ?

Oui, parce que j’en ai marre d’être toujours dans le doute. Là, j’y ai mis tout mon cœur. S’il y a des choses à modifier, je le ferai avec plaisir, mais je crois en ce projet.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewQui aimes-tu dans la jeune génération ?

Emilie Simon, Camille, Olivia Ruiz. Des gens qui ont une personnalité musicale et vocale forte.

Et dans l’ancienne génération ?

Jacques Brel. J’adore ses textes et la passion avec laquelle il interprétait ses chansons. Ma maman était fan de Piaf, du coup, elle m’a beaucoup touché.

Qu’écoutais-tu principalement quand tu étais jeune ?

Beaucoupde jazz. En fait, dans ma jeunesse et mon adolescence, je n’écoutais pas beaucoup de musique de mon temps. Je me suis ouverte à l’actualité musicale, il y a peu.

Tu écris des textes souvent ?

Oui. Mais pas que des chansons. Des poèmes, une pièce de théâtre aussi… Les mots sont ma passion.

Pour toi, quelle serait la carrière idéale ?

Celle d’Imelda May. Je m’en inspire énormément. J’adore son univers rockabilly à fond. Je suis allée voir ses concerts. Je m’inspire beaucoup d’elle, visuellement et musicalement parlant.

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Après l'interview, le 30 octobre 2014 (photo : Stella Alquier)

14 décembre 2014

Ottilie [B] : interview pour Histoires d’O Deux [live]

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10404105_744515545642830_8415760718074310611_n.jpgOttilie [B] revient un an après la sortie de son premier album Histoire d’O2. Je ne vais pas revenir sur sa biographie et son premier album, car l’artiste a été le sujet d’une longue mandorisation explicative sur son œuvre et sa démarche (à lire ici). Cette fois-ci, elle revient avec un EP Live, Histoires d’O Deux [live], contenant quatre titres de son album et deux inédits. Et le résultat est magistral. J’ai donc décidé de l’accueillir une seconde fois pour en savoir plus sur ce deuxième disque et sur l’évolution de sa carrière naissante. Rendez-vous dans un bar de la capitale, un beau jour d’octobre dernier…

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Ottilie [B] avec Didier Simione et Pascal Colomb (photo de Rodolphe Julienne).

Argumentaire de l’EP :10714297_148754741961563_6856475991457435982_o.jpg

Ottilie [B] poursuit sa démarche d’innovation artistique et d’affirmation de son projet en intégrant de nouveaux musiciens et un nouveau directeur artistique à son projet initial Histoires d’O2.

Le groupe, formé par Didier Simione aux machines/clavier/basse et Pascal Colomb à la batterie/guitare/clavier, s’approprie les chansons d’Ottilie [B] sous la co-direction artistique de Nicolas Repac du label No Format dans cet EP de 6 titres Live.

Ensemble, ils proposent au public une performance live dont la qualité d’orchestration et l’arrangement n’ont d’égal que les folies numériques avant-gardistes du collectif Adrénaline-Dopamine (projections vidéo/multimédia pour le dernier live de Stromae).

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IMG_6057.JPGInterview :

Cet EP live sort un peu plus d’un an après ton premier album.

J’avais envie de montrer ce que donnaient certaines de mes chansons en live. Je trouvais mon album assez retenu, assez conceptuel. Ce n’est pas une question d’esthétique, mais de dynamique. Il y a eu un travail de direction musicale avec Nicolas Repac qui m’a beaucoup apporté en termes de liens. Son regard extérieur m’a apporté une richesse que je ne pouvais pas laisser au placard. Aujourd’hui, il est en playlist sur France Inter et je suis ravie.

Je trouve que réunir vos deux univers est une sacrée bonne idée. Ils ne sont pas aux antipodes l’un de l’autre.

Nous sommes, il me semble, de la même famille d’artistes. Nous mettons en lumière des choses sombres. Je suis allé le voir parce que j’adorais sa façon d’utiliser les samples, de travailler la matière organique, d’utiliser des beats electros pas clinquants mais texturés…  On a eu tout de suite un échange artistique hyper prolifique dans une atmosphère particulièrement intéressante. Ça a duré une bonne dizaine de jours et ensuite, nous avons mixé ensemble.

Live Concept "Donne tes elles"
Histoires d'O.deux (IN/EX Music 2014 / L'Autre Distribution)
Réalisation : Transfuges

Qu’est que Nicolas Repac aime chez toi ?10403420_744515482309503_7677936459111018419_n.jpg

D’après ce qu’il m’a dit, la voix et l’écriture. Il m’a dirigé et c’était délectable. J’ai pu me concentrer plus particulièrement sur l’interprétation. Il m’a permis de déployer ma voix. C’est comme ça, en tout cas, que je le ressens.

C’est un EP live, mais nous n’entendons aucun applaudissement.

Il existe la version avec les applaudissements, mais on a préféré les shunter. C’est un choix permettant d’être diffuser en radio.

Tu écris de nouvelles chansons en ce moment ?

Oui. Je suis quelqu’un de très maniaque. Je suis capable de ciseler un texte très longtemps ou d’en pondre dans l’urgence et la rapidité. C’est un peu au cas par cas. S’il y a une méthodologie, il n’y a pas de recette miracle.

10 novembre 2014, Froggy's Session de Ottilie [B], Le Chêne, Villejuif.
Titre : Au Bord des Lèvres
Cette session a été enregistrée par Froggy's Delight avec l'aimable autorisation des artistes.

10264322_744515678976150_737810954950320245_n.jpgTon nouvel album avance, alors ?

Petit à petit. Il évoquera le passage de la vie à la mort… la traversée. Ça ne va pas être un disque plombant et triste, je te rassure. Ça parle juste d’un changement d’état et son voyage. A priori, ce sera un double album : une partie en studio et une partie en voyage. Je mettrai en avant le côté world music qui est en moi et le chant originel. Je vais être dans le rétro futur. Je cherche en permanence le lien avec le futur, tout en restant le plus moderne possible.

Tu as un lien très fort avec les ancêtres, les origines et avec le futur. As-tu l’impression d’établir un trait d’union entre le passé et le modernisme le plus absolu ?

Oui, par quelque chose de l’ordre de l’instant. L’absolu présent c’est le désir premier d’être ensemble et de se rencontrer. Le lien, c’est ce qui résume le passé et le futur. Mon propos est de questionner sur ce qui est réel ou sur ce qui est virtuel. Dans mes concerts d’ailleurs, il y a un hologramme. En voyant un hologramme commencer un morceau et moi qui arrive en chantant en vrai implique, j’espère, que les gens se demandent ce qui est vrai et ce qui est faux… A qui et à quoi on donne du crédit ?

Depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, tu as été sélectionné dans pas mal de prix prestigieux. Sélection Meilleur Premier Album France Inter/Télérama et Coup de cœur Académie Charles Cros, notamment.

Ce qui est bien c’est quand tu ne t’y attends pas et que tu ne vas pas à la cherche d’un prix. Ce n’est pas un concours, ni un tremplin, ça te tombe dessus comme ça.

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Après l'interview, en octobre 2014.

09 décembre 2014

Les Yeux d'la Tête : interview pour l'EP I don't speak English

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Les Yeux d’la Tête est un groupe parisien de chanson fondé en 2006 par les chanteurs guitaristes Benoît Savard et Guillaume Jousselin. J’ai déjà parlé dans une première mandorisation datant du mois de novembre 2012. Le 29 octobre dernier, à l’occasion de la sortie de leur EP I don’t speak english, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar parisien.

lydlat1.jpgArgumentaire de l’EP I don’t speak english :

Une sensation made in France de fabrication parisienne, tout en énergie et en finesse.

Avec leur nouvel EP I don’t speak English, Les Yeux d’la Tête livrent quatre pépites éclectiques de chansons accrocheuses et rythmées, à découvrir d’urgence!

La beauté et la poésie des textes en français, la chaleur des musiques balkaniques et gipsy, l’énergie du punk et du rock, le groove du hip-hop, la transe de l’électro, Les Yeux d’la Tête offrent un hymne à la joie et à la danse, authentique et résolument ancré dans son temps.

Porté par six talentueux multi-instrumentistes, Les Yeux d’la Tête sont composés de deux leaders Benoit Savard et Guillaume Jousselin guitare/chant. Accompagnés de leurs complices de toujours, Eddy Lopez au saxophone et Antoine Allièse à l’accordéon. On notera l’arrivée de deux nouvelles recrues Emilien Pottier à la basse et Xavier Hamon à la batterie et aux percussions.

Les Yeux nous bercent avec classe vers une musique libre, prenante, touchante et ardente. Dans ce10009854_822209744459209_2357145767837642414_n.jpg nouvel EP, ils illustrent avec brio cet amour pluriel de la musique et défendent leur foi en leur langue maternelle (« I Dont’ speak english »), toujours avec une pointe d’humour et d’ironie, (« Sois belle et tais toi ») et cette envie de croiser les cultures (« Balkan Boogie »), d’explorer des routes musicales avec détours et double sens. Entrez dans la danse (« Hasta la vida »)... Les Yeux d’la Tête ont le vent en poupe, déjà considéré comme un groupe «kulte» en Allemagne, ils poursuivent leur chemin sur leur terrain de jeu favori, la scène!

Depuis 2006, Les Yeux d’la Tête, forts de plus 300 concerts dans 10 pays de Paris à Berlin, de Budapest à l’Angleterre, sillonnent le monde avec leurs chansons remplies d'émotions, de groove, d’humour et de générosité. Une musique sans frontière, sans étiquette, à partager sans modération.

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le3.jpgInterview :

Nous nous sommes rencontrés il y a pile deux ans. Que s’est-il passé depuis ?

Benoît Savard : Après la sortie de Madones, on a trouvé un tourneur, 3C. Il nous a fait faire une belle tournée. On a participé à beaucoup de festivals français et internationaux, Angleterre, Allemagne, Autriche, Italie, Belgique, La Réunion… etc.

Vous avez donc créé ces nouveaux morceaux sur la route ?

Guillaume Jousselin : Voyager n’empêche pas d’écrire et de composer. Au contraire.Cela nous a beaucoup inspiré.

C’est la première fois que vous sortez un EP.

Sortir un EP en non un album est pour nous une nouvelle façon de fonctionner. On a d’autres chansons sous le coude. Il n’est pas interdit de penser que l’on sorte un vrai troisième album au printemps prochain.

Benoît Savard : A ce propos, j’ai l’impression qu’un EP est moins impactant qu’un album. Les gens qui achètent des disques physiques sont un peu déçus parce qu’on ne peut pas trouver l’EP en magasin. Dans l’inconscient collectif, les gens se disent qu’un EP, c’est un disque transitoire. Ils s’imaginent que l’album va arriver bientôt. Non, c’est vraiment une œuvre à part entière.

Teaser de "I don't speak English".

La chanson "I don't speak English" en audio.

Dans « I don’t speak english , vous vous moquez un peu des groupes français qui chantentLYDLAT2.jpg en anglais.

Benoît Savard : L’idée de base était de faire un clin d’œil à tous les groupes français qui veulent à tout prix chanter en anglais. Nous, nous défendons la chanson française dans le monde, alors on a voulu s’amuser un peu. Mais ce n’est pas méchant du tout. Nous, on ne veut pas succomber à la facilité et à la tentation de chanter en anglais des morceaux plus pop ou plus « mainstream ». Nous sommes dans le sens et décrire du sens en anglais nous paraît très compliqué.

Les deux titres « Hasta la vida » et « Balkan Boogie » sont plus dans l’esprit de vos deux albums.

Guillaume Jousselin : Oui, c’est dans le même style. Mais on continue à chercher à innover, à partir dans des directions un peu nouvelles pour nous. Si ces deux chansons ressemblent à ce que l’on a fait précédemment, c’est dans la façon dont on les a produites.

Êtes-vous en recherche d’évolution musicale?

Benoît Savard : Dès qu’une chanson ressemble un peu trop à ce que l’on a déjà fait, on s’efforce de la modifier.

Guillaume Jousselin : Il faut évoluer tout le temps parce que la musique, elle-même, évolue. Ça nous excite d’emmener la chanson française dans des terrains pas encore fréquentés, en mettant par exemple des pointes électro ou des rythmes hip-hop dessus. Bon, en même temps, on reconnait notre patte dans toutes nos chansons. 

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Comment vous perçoivent les pays non francophones ?

Guillaume Jousselin : Selon ce que certains nous disent, nous leur apportons un peu de fraîcheur. Ils ne sont pas habitués à un genre musical comme le nôtre. Ils trouvent aussi que nous sommes généreux sur scène. On n’a jamais eu de problème de public qui n’a pas été réceptif ou qui n’a pas compris notre travail. Même s’ils ne comprennent pas les paroles, le lien se fait immédiatement. Nous nous intéressons beaucoup aux pays dans lesquels nous chantons et le public s’en aperçoit.

Benoît Savard : On dit quelques mots dans la langue du pays, sinon, on parle en anglais et quasiment tout le monde comprend.

aaaa.jpgSur la pochette de l’EP, on voit deux gamins en train de s’engueuler.

Benoît Savard : Il y a une part d’enfance et de jeu. On souligne qu’il ne faut pas se prendre au sérieux et garder son âme d’enfant… innocent.  

C’est un peu vous deux ? Êtes-vous de grands enfants ?

Benoît Savard : Oui, encore un peu. Ce que j’aime dans cette photo, c’est qu’elle fait bicéphale. Comme Guillaume et moi. Nous somme chacun auteur-compositeur et c’est un projet à deux, c’est donc une photo assez symbolique.

Maintenant que cet EP est sorti, que se passe-t-il pour vous ?

Benoît Savard : On n’était pas rentré chez nous depuis deux mois, donc nous allons nous reposer un peu. Très vite, nous allons nous mettre en mode « création » pour la suite. On va mettre en forme les chansons déjà écrites, nous allons les parfaire… et bien sûr, nous en écrirons d’autres.

Guillaume Jousselin : Et sinon, je tiens à signaler une date importante à retenir. Nous serons en concert à la Flèche d'Or le samedi 4 avril 2015.

Musicalement, ça ira dans quel sens ?

Benoît Savard : On n’en sait encore rien, mais on ne se donne jamais de ligne fixe dans la création.

Guillaume Jousselin : Nous sommes très spontanés. Une idée arrive et nous voyons où elle nous amène. Nous allons certainement aborder des thèmes inédits et aller dans des directions musicales influencées par nos voyages. On a déjà testé quelques rythmes différents mélangés aux nôtres et nous sommes plutôt satisfaits. On continue à expérimenter en fait.

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Après l'interview, le 29 octobre 2014. (Nous tentons l'imitation parfaite de la pochette de l'EP.)

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08 décembre 2014

Rodrigue : interview pour #SpectaculaireDiffus

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(Photo : Nam Thai Lai)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorAprès Le jour où je suis devenu fou et L'Entre-Mondes, le lillois Rodrigue sort son troisième album #SpectaculaireDiffus, dans lequel il adresse notamment une critique à la société du spectacle (et à la société tout court). Rodrigue est un nouveau fou chantant, qui met un sacré coup de pied dans la fourmilière chanson. À l'occasion de cette sortie, cet amoureux des mots est venu à l’agence le 20 octobre dernier pour une deuxième mandorisation (la première est ).

Argumentaire officiel :rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

Du rock français sans lipstick mais qui flirte insolemment avec la pop, parfois libertaire et
insouciante, souvent sombre et engagée.En solo ou en groupe, avec en sept ans, plus de300 concerts au compteur, trois albums, deux dvds et un livre de nouvelles, le projet a aujourd'huiatteint une maturité et une force sans précédent.Plume à la fois acide et passionnée, l'artiste est inclassable, créatif et survolté.Rodrigue tord les vers et efface les codes pour offrir en live un set qui n'a de cesse d'interpeller et de venir secouer les âmes pour les éprouver. #SpectaculaireDiffus, troisième album, interroge la vérité de l'information, des amours, des émotions. Il interroge aussi ce qu’entretient l’homme face à lui-même, à l’autre, à la société. la poésie et la sincérité comme sérums libérateurs.

C’est un album pop, en français, sans paillettes, ni cotillons, à la fois classe et animal, sensible comme un Boris Vian, désinvolte comme un vieux punk, explosif comme l’absinthe, avec ce petit quelque chose d’un film d’auteur façon Truffaut.

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(Photo : Pierre Urbaniak)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorInterview :

Première constatation, #SpectaculaireDiffus est très bien produit.

D’album en album, je deviens de plus en plus exigeant et l’expérience aide à faire des progrès. Les musiciens qui m’accompagnent et moi « grandissons » aussi et donc, heureusement, nous nous améliorons.

C’est la première fois que tu fais un album avec les musiciens qui sont avec toi sur scène.

Sur mes précédents disques, quand j’avais un réalisateur, je me laissais parfois influencer par eux. Ils souhaitaient travailler avec tel ou tel musicien. Là, comme j’ai été plus indépendant, j’ai effectivement choisi mes musiciens de scène. On se connait pas mal puisque nous jouons ensemble depuis longtemps. On a pris le temps de bien faire les choses, car nous n’avions pas de contrainte de temps pour le studio.

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Rodrigue et ses musiciens. (Photo : Benoît Poix)

A l’écoute de ce troisième album, il me semble qu’il y a moins de folie que dans tes deux précédents, même s’il en reste encore une sacrée part. #Spectaculaire Diffus, n’est-il pas plus premier degré ?

Disons que les chansons sont plus calibrées pour être « grand public », avec de gros guillemets. Par rapport aux autres albums, la créativité se place autre part. Peut-être moins dans l’imaginaire et le fantastique que dans des positions philosophiques. Ce n’est pas un album moins fou. Des chansons comme « 1911 », « International » ou « Mi ange, mi démon » sont un peu borderline quand même.

J’adore « Un petit mot de travers ». Tu y attaques les médias et surtout l’uniformisation de l’information…

Ce sont des sujets qui me touchent, en tant qu’artiste et en tant qu’humain. Nous sommes dans un monde où on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui n’est plus vrai. On rentre dans un monde où tout est devenu spectacle.

Clip de "Un petit mot de travers".

Tu chantes «la société du spectacle » de Debord, alors ?

Tu ne crois pas si bien dire.Ma chanson « Sa chatte » aussi est représentative de cette société-là. Mon nouvel album s’habille de ses plus belles parures, ce qui n’implique pas que je chante désormais des chansons mièvres et sans saveurs. C’est pour ça que mon disque se termine en poésie.

Il y a beaucoup de chansons qui n’ont pas de refrain.

Oui, tu as raison. Mais ça monte toujours crescendo. Et à aucun moment il n’y a de propos inutile. C’est un peu parlé-chanté au début et, petit à petit, il y a une explosion des instruments. J’aime casser le système habituel couplet/refrain, tout en restant pop.

Tu n’aimes pas les chansons construites de manière conventionnelles.

Et cela depuis mon adolescence. C’est pour ça que j’écoutais beaucoup de metal. Dans le metal, les groupes ont l’habitude de faire des chansons qui durent cinq minutes et qui finissent par avoir des ruptures assez brutales.

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Peux-tu m’en dire plus sur la chanson « Ta chatte », un chouia provocatrice ?

Ce n’est pas une chanson sexuelle. C’est une chanson sur la société du spectacle. J’explique que, quand on a trouvé un concept, on l’utilise à fond jusqu’à le galvauder. A la base, le concept publicitaire, il est beau. A la base, une femme, c’est beau. Mais, ce qu’on en fait, c’est du spectacle. Je t’avoue que la première fois que j’ai interprété cette chanson sur scène, j’ai pris mon pied. Je savais ce que j’allais faire et je me demandais comment le public allait réagir. Il y a des gens qui avaient le sourire et qui ont commencé à rigoler, d’autres qui me semblaient un peu choqués. J’adore parce que j’ai l’impression de faire quelque chose d’inconvenant.

Je n’aime pas poser cette question, mais dans ce cas, elle s’impose. Pourquoi as-tu appelé ton album #SpectaculaireDiffus ?

Je joue avec le fait que cet album sera pesé, soupesé, comparé, jugé dans un océan de sorties.

As-tu besoin d’être rassuré de la qualité de tes dernières chansons ?

Mais qui n’a pas besoin de l’être ? Je suis comme tout le monde. Quand, toi-même, tu m’as dit tout le bien que tu pensais de l’album, ça m’a rassuré. Quand j’ai vu que des gens m’ont aidé à financer l’album grâce à Ulule, ça m’a rassuré. Je me dis que je ne suis pas si seul dans mon petit monde. Il y en a qui l’apprécie.

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(Photo : Benoît Poix)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorPourquoi prends-tu ton temps entre deux albums ?

Je suis incapable d’en sortir tous les ans. Tous les trois ans, ça me parait bien. Il y a beaucoup de scènes entre deux disques, tu sais.

Ta fan base est fidèle et patiente, alors.

Ceux qui sont là depuis le début sont encore présents aujourd’hui… et ils le sont encore à fond. Cela ne cesse de m’étonner.

Cet album contient aussi pas mal de chansons d’amour. Tu n’en parles ni de manière classique, encore moins de manière positive. Les chansons « Stone » et « La tâche » en témoignent.

Je traite ce sujet universel en choisissant des angles bien particuliers. Dans « Stone », c’est quelqu’un qui se parle à lui-même. C’est un peu schizophrénique. Il parle à sa deuxième facette.  Dans « La tâche », ce sont des questionnements d’amour adultes. Mais l’imaginaire est toujours sous-jacent.

Teaser présentation en live et en clips de Rodrigue...

Dans « La route », j’ai l’impression qu’à la fin, tu te demandes si tu ne t’es pas trompé de chemin, si dans ta vie tu n’as pas blessé des gens, si tu n’as pas été injuste avec telle ou telle personne. Une sorte de chanson mea culpa.

C’est une chanson qui compte beaucoup pour moi, sur l’amour filial.

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(Photo : Benoît Poix)

Sur la pochette, on voit un zèbre et sur tes nouvelles photos « promo », tu es maquillé en zèbre. Pourquoi ?

C’est un animal qui a beaucoup de contradictions. Il ne voulait pas choisir entre le blanc et le noir, il s’est dit qu’il allait prendre les deux (rires). Nous sommes tous un peu rayés. On ne sait pas choisir entre deux directions. On peut être un zèbre avec une crête et être habillé en costard avec une cravate à pois. C’est un peu moi.

Ce que j’apprécie dans ton œuvre, c’est qu’elle n’est pas démagogique…

Elle a pu parfois l’être au début, mais je fais désormais très attention. Je préfère faire des chansons plus sophistiquées et suggérer plutôt que montrer.

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Après l'interview, le 20 octobre 2014. (Notez le petit démon derrière nous...)

04 décembre 2014

Charlie : interview pour Les fleurs sauvages

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Il y a quelques mois (le 7 avril 2014), la chanteuse Charlie a proposé au public son deuxième album, Les fleurs sauvages (AT(h)HOME). A cette occasion, le 16 octobre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar parisien.

Jolie rencontre pour joli album.

Biographie officielle (écourtée) :1441318_10152290960152457_151735812_n.jpg

La première fois qu’on l’a aperçue, il y a six ans, Charlie était invitée sur le disque de Mauss sur un duo, « Je recherche ». Depuis, Charlie s’est lancée seule sur la route avec un premier album éponyme, emmené par un tube pop « Le sapin ». Elle chantait des chansons enlevées, mais rêvait en secret de climats plus intimes et des formats miniatures. Sa rencontre avec Emmanuel Da Silva va précipiter le rêve en mélodies. Ensemble, ils ont monté un petit atelier de musiciens : Scaba Palotaï aux guitares, Baptiste Brondy derrière la batterie, Jeff Hallam en mode basse et Fréderic Fortuny préposé aux claviers… pour confectionner une dizaine de mini-métrages pop doux-amers.
Charlie voulait du grain, du relief dans le son et du confort dans les arrangements, entendre la noblesse des matières simples, organiser un petit voyage dans des contrées acoustiques ou tendrement électriques.
Emmanuel Da Silva lui a apporté les premiers titres et Charlie s’est glissée dans ces écrins de guitares dans l’écho ; elle a délicatement soufflé ses textes au fil de ces déambulations en apesanteur, épousé ces ballades dans de grands espaces au parfum d’Amérique.
Autour des ingrédients de base, des harmonicas, des pianos droits et quelques cordes vont intégrer la caravane sur la route.
Avec ses acolytes, Charlie s’autorise à parler ses mélodies, ose les cassures dans sa diction, et s’évader de l’orthodoxie pop pour dessiner des ciels changeants. Elle transporte The Kills au pays de Lewis Caroll (« Tout ce qui brille »), XX dans la prose française (« Les vents contraires », « Les pluies ») et rejoint Keren Ann ou Emily Loizeau sur les terres précieuses de la musique d’ici, décomplexée et décadenassée.

1146606_10152290980387457_46690622_n.jpgInterview :

Quelle a été votre première confrontation avec le monde de la musique ?

Avec un copain batteur, on a monté un groupe quand on était au lycée. Petit à petit, on a continué, chacun de notre côté. Je me suis mise à apprendre la guitare et j’ai commencé à créer mes chansons toute seule. Le fonctionnement en groupe ne me correspondait pas vraiment. J’ai appris sur le tas, au niveau de la voix, du chant et de la façon d’écrire. A cette époque-là, déjà, j’ai compris que je n’aimais pas les contraintes collectives.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec Da Silva ?

J’aimais beaucoup ses albums. J’avais le sentiment que son univers correspondait parfaitement à celui que je voulais avoir. En plus, je savais qu’il avait l’habitude de réaliser des albums pour des artistes.

Il y avait aussi l’envie d’avoir un réalisateur pour ce deuxième album ?

Oui, je voulais être dirigée. Ce qui m’impressionne chez Emmanuel Da Silva, c’est qu’il arrive à se fondre dans l’univers de l’artiste pour lequel il travaille, mais en laissant sa patte et sa couleur. Il se met vraiment au service des artistes. Il a un côté caméléon impressionnant. Il a une grande intelligence de la musique.

"Sans commentaire" en duo avec Da Silva.

Vous avez beaucoup discuté pour qu’il saisisse qui vous êtes ?1486821_10152082356397457_499266391_n.jpg

Tout à fait. On a parlé de ma vie, mais aussi de couleurs musicales, de choix d’instruments et même de choix de musiciens. Nous avons aussi beaucoup évoqué les chansons et leur relief. J’avais beaucoup de morceaux très calmes, du coup, on a co-écrit pour essayer d’avoir quelque chose de dentelé. On voulait éviter le plat et le lisse. Il m’a beaucoup apporté. Le fait d’avoir une vraie direction et une vraie réalisation, c’était nouveau pour moi. Je suis ravie du résultat parce que je n’avais pas envie que mon deuxième album ressemble au premier.

Vous semblez appréciez que les artistes français chantent dans leur langue. Pourquoi ?

La langue française, il faut l’apprivoiser. Plus que l’anglais en tout cas. On peut dire n’importe quoi en anglais, tout passe. Si on transpose n’importe quel tube de Michael Jackson en français, c’est une catastrophe. En anglais, on peut ne pas rechercher les effets de style.

Dans la chanson française, il faut la forme et le fond…

Ça fait beaucoup, mais c’est ce que je trouve intéressant.

"Si seulement si".

10177875_10152318715027457_1077689901_n.jpgEn matière de chanson française, quelles sont vos références ?

Il y a Murat, Daho, Bashung… tous ces grands noms. En artistes femmes, j’aime beaucoup Emily Loizeau et Émilie Simon. J’aime les gens qui ont des choses à proposer en termes d’imageries.

Musicalement, comment pourrait-on qualifier votre album ?

Mon idée de départ était qu’il soit folk, chanson aussi, mais il est devenu un peu pop.

Il y a des chansons quand même intimes… c’est compliqué de les partager ?

Je trouve que ce qui est intéressant dans l’écriture, c’est de raconter des choses personnelles, toujours un peu maquillées et métaphoriques. J’aime quand il faut gratter pour comprendre un texte.

Quand vous écrivez, vous vous dites quoi ?

Je me demande systématiquement quelle histoire j’aimerais que l’on me raconte. J’espère être sincère et moi-même au maximum. Il faut transmettre quelque chose d’immédiat et de spontanée. Quand j’écris, tout est évident. Ça reste un jeu que j’essaie de maîtriser en m’amusant.

Créer pour soi et faire en sorte que cela devienne universel, c’est un peu curieux, non ?

Si je suis vraiment sincère, je dois avouer que je fais d’abord de la musique pour moi. Il y a pas mal de périodes dans ma vie où je n’en joue pas. Quand je n’ai rien à dire ou que je n’ai pas envie, je reste silencieuse. Il faut de la ressource pour créer et des histoires à raconter. On ne peut pas toujours écrire des choses pertinentes et belles.

"Le naufrage".

Vocalement, vous avez une jolie voix, mais il me semble que vous n’êtes pas dans la charlie16.jpgperformance.

Par rapport au premier album, je voulais une interprétation plus simple. Être dans la performance ne me procure aucune émotion. J’essaie d’aller à l’essentiel et de chanter le plus simplement possible. La voix est un outil. Il y a une palette d’interprétations beaucoup plus vaste que sur une guitare et un piano. Je persiste à dire que la voix est plus riche qu’un instrument.

C’est compliqué de perdurer dans l’industrie du disque en 2014 ?

Il faut se battre. C’est une lutte de tous les instants. Il faut être créatif et savoir s’imposer. Rien n’est joué d’avance. Il y a aussi le facteur chance. Tu peux faire de la très bonne musique et ne jamais avoir un focus porté vers toi.

Si vous aimez la scène, est-ce parce que vous êtes une ancienne danseuse ?

Très certainement. Pendant 25 ans, j’ai fait du classique et du contemporain. La scène, c’est un peu chez moi, du coup, je ne peux concevoir ce métier sans ce passage.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

L’amour, la simplicité, les voyages, l’introspection, un livre, un film, des images, une photo… Ce que je vis et ce que vit mon entourage aussi. Cela aboutit à des chansons… ou non.

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Après l'interview, le 16 octobre 2014.

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03 décembre 2014

Les Ogres de Barback : interview pour leur 20 ans de carrière

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(Photo : Pierre Wetzel)

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandorLes Ogres de Barback fêtent en fanfare (c’est le cas de le dire) leur 20 ans d’existence. Pour l’occasion ils se sont offert depuis le 24 octobre jusqu’au samedi 6 novembre prochain un «joyeux bordel» avec des invités et trois heures de concert tous les soirs.

Les Ogres n'ont pas leur pareil pour dénoncer l'intolérance et revendiquer la liberté. D'autant qu'ils le font avec un talent indéniable. Chansons sans frontières aux mots et aux mélodies suspendues à nos cœurs. Ils ont l’art de mettre en musique les réalités du quotidien qui les touchent, en mêlant poésie et humour. Pétri d’influences diverses, le groupe aime mettre en valeur ses différentes inspirations musicales. Elles vont de la chanson française (Brassens, Renaud…) à la musique du monde, notamment des pays de l’Est, en passant par la scène alternative.les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandor

Pour les fans de la fratrie sort un coffret en édition limitée qui retrace en sons, images et objets inédits vingt ans d’histoire(s) au travers d’un double CD (inédits, collaborations avec d’autres artistes, morceaux live jamais édités…), la réédition de la toute première K7 audio, un 45 tours, les affiches, un portfolio… la totale, quoi !

Je suis allé à la rencontre de deux des quatre frères et sœurs : Fred et Alice, le 15 octobre dernier, à la Maison de la Radio.

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandorArgumentaire officiel :

20 ans ! Ce n’est même pas l’âge qu’avaient Alice, Mathilde, Sam ou Fred quand ils sont devenus Ogres.

20 ans d’une histoire foncièrement singulière et profondément marquée du sceau de la liberté, à tous niveaux. Une histoire si dense en projets et riches en expériences variées qu’on ne peut ici qu’en exposer les grandes lignes.

20 ans à défendre, sans aucune concession à « l’air du temps », leur conception de la chanson française : décloisonnée et ouverte sur le monde, qu’elle se fasse « classique » ou métissée, acoustique ou électrique, clin d’œil aux glorieux anciens ou directement en prise avec les sonorités du nouveau millénaire, poétique ou survoltée, amoureuse ou contestataire, pour les petits ou pour les grands ou pour les deux à la fois…

En trois phrases :

Télérama – Valérie Lehoux : « Formation culte, dont la longévité ne doit rien ni à la mode ni aux médias » 

Le Figaro – Bertrand Dicale : « En dehors de tous les circuits du show-business, une carrière au succès exemplaire » 

Aujourd’hui en France – Emmanuelle Marolle : « Bienvenue chez les Ogres de Barback, une histoire unique en France » 

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(Photo : Camille Simeray et Lionel Le Guen)

Interview d’Alice et Fred :

Fêter ses 20 ans d’existence, ça signifie quoi pour les Ogres ?

Alice : Ce qui est certain, c’est que nous n’avons pas vu le temps passer. Quand on a décidé de fêter nos 20 ans, on avait l’impression d’avoir fêté nos 10 ans récemment. Comme on a eu des milliards de projets et qu’on ne s’est jamais arrêté, du coup, c’est passé à la vitesse de la lumière.

Fred : Par contre, on a vu les kilomètres passer. On a fait une dizaine de disques, plus de 2000 concerts. Des concerts tous différents ! Assis, debout, calmes, rock'n'roll… On est des boulimiques de travail et de musique. On ne s'est jamais ennuyé.

Vous êtes toujours en évolution et dans l’action.

Alice : Concrètement, en tant que groupe indépendant, c’est difficile d’arrêter. Mais c’est aussi dans notre caractère. On a du mal à ne rien faire. Nous ne nous lassons pas de faire des disques, des concerts et avoir toutes sortes de projets. Quand on a une envie, il faut qu’elle aboutisse, sinon, cela nous frustre.

Retour rapide en images sur 20 ans d'une histoire marquée par la multiplicité et la diversité d'aventures humaines menées en toute indépendance.

On a l’impression que vous consacrez votre vie à la musique.

Fred : Oui, c’est un peu vrai, mais on a réussi à concilier cela avec une vie familiale.

Faut-il décrocher de ce métier parfois ?

Fred : On ne décroche jamais parce que, lorsque nous sommes à la maison, nous préparons le projet d’après. On a choisi un chemin qui est plus fourni que si une maison de disque s’occupait de nous. Nous faisons des réunions pour décider de la pochette,  du livret, de la sortie. On a toujours du boulot. Et je ne parle même pas  de ce qui est administratif.

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Est-ce que votre situation est confortable ?

Fred : Oui. Par chance, ça marche bien pour nous. On arrive à ramener beaucoup de monde dans les salles où nous nous produisons. Je ne vous cache pas qu’avec la chute du disque, on a commencé à avoir peur. Mais on se dit que tant qu’il y a du monde à nos concerts, nous continuons.

Vous avez beaucoup de fans qui vous suivent depuis le début. Ils sont d’une fidélité exemplaire.

Fred : Depuis deux ans et principalement sur cette tournée des 20 ans, on commence à avoir des gens qui nous ont écoutés adolescents. Ils ont arrêté parce qu’ils sont passés à autre chose, puis nous ont redécouvert avec Pitt’Ocha et enfin, reviennent nous voir en concert avec leurs enfants. Vous savez, nous faisons des concerts en essayant de ne pas nous foutre de la gueule des gens. On s’applique et on se donne le plus possible. Quand certaines personnes nous disent que c’est leur 20e concert qu’ils voient de nous, c’est notre récompense.

Pour cette tournée anniversaire, les Ogres se sont acoquinés avec la Fanfare Eyo'nlé, du Bénin.
Retour sur la création de ce spectacle, et premières images de live !

Quand on joue depuis 20 ans, est-ce que la principale difficulté est de savoir se renouveler ?

Alice : On essaie de faire en sorte que les gens qui viennent nous voir tous les deux ans depuis 20 ans n’assistent pas au même concert. La grande question systématique c’est : qu’avons-nous déjà fait et que peut-on bien faire de nouveau.

Pour votre tournée 2014, vous êtes partis avec Eyo’nlé, fanfare béninoise rencontrée il y a quelques années. C’est ça aussi se renouveler ?

Fred : Si on fait le bilan, on a accompagné l’ex chanteur des VRP, Néry, pendant 6 mois. Avec les Hurlements d’Léo, on a tourné pendant deux ans, puis on est parti sur les routes avec une fanfare belge, la fanfare du belgistan, pendant deux ans encore. Entre tous ses projets, nous faisions des concerts un an ou deux seuls. Toutes ces expériences nous ont permis d’aller sur d’autres terrains musicaux et de ne pas s’enliser. Nous, à la base, c’était quatre instruments et de la chanson française traditionnelle.

Et les voyages vous ont apporté beaucoup.

Fred : S’il n’y avait pas eu les voyages, nous ne serions sans doute plus là. Nous avons besoin de nous intéresser à d’autres cultures. Par exemple, la musique du monde est arrivée bien après nos deux premières influences, la chanson française et le rock punk. Ce sont les voyages qui nous ont donné le goût prononcé pour ce genre musical.

Etape 13 - St Etienne - 28.11.14
avec Pierre Perret, Les Tit' Nassels, Reno Bistan, la fanfare Eyo'nlé, et Nico Quintin à la batterie.

Quand vous entendez quelqu’un comme Pierre Perret vous prendre comme exemple de ce qui se fait de mieux dans la chanson d’aujourd’hui, ça vous fait quoi ?

Fred : Je ne sais pas. Je ne comprends pas trop l’importance musicale qu’on nous trouve. J’ai conscience qu’on a rien révolutionné à ce niveau-là. Je sais qu’il y a des gens qui écoutent de la techno, du punk, du hard et qui font référence aux Ogres de Barback. Nous sommes depuis le début sans concession aucune sur notre carrière. Indépendants du début à la fin, donc libres de faire ce que nous souhaitons… et c’est ça qui doit impressionner pas mal de monde.

Vous avez fait le choix de ne pas vous exposer. Pourquoi ?

Alice : On cultive notre non starification. A la fin des concerts, on va voir les gens, on discute avec eux, on peut aller dans un bar avec certains. Nous sommes abordables.

Fred : On ne nous reconnait pas dans la rue et ça nous va très bien. Personnellement, on m’a reconnu trois fois dans la rue en 20 ans de carrière. Ne pas accepter les invitations à la télé et ne pas mettre nos tronches sur les photos… cela nous préserve.

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Après l'interview, le 15 octobre 2014, avec Fred, Alice et quatre membres de la fanfare béninoises Eyo'nlé. 

01 décembre 2014

Interview : Vianney pour Idées Blanches

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Quand on fait le métier que je fais, immanquablement, on me demande quel est mon coup de cœur de ces derniers mois en matière de musique/littérature française d’aujourd’hui. Pendant très longtemps, je n’ai su que répondre. J’ingurgite trop, sans prendre le temps d’apprécier à leur juste valeur ce que je lis/j’écoute.

Mais en musique, ça y est ! J’ai un nom. Vianney.

Il a 23 ans et vient de sortir son premier album

Alors qu'il a fait les premières parties de Florent Pagny cette année, Vianney s'est vite fait remarquer, notamment grâce au titre "Je te déteste", qui passe sur les ondes depuis cet été. Depuis le 20 octobre, Idées Blanches est dans les bacs. Ses textes sont soignés, ses refrains entêtants (notamment le titre "Pas là"), sa voix est charismatique et ses mélodies rythmées. Pourtant Vianney ne pensait pas vivre de sa musique un jour, même si depuis ado, il n'a cessé de jouer et d'écrire des chansons. Les douze titres d'Idées Blanches ont été écrits pendant l'été 2013, chez Antoine Essertier, en Auvergne. Vianney est à découvrir en concert le 1er décembre au Zénith de Paris et le 31 janvier au Café de la Danse !

Je suis allé à la rencontre du chanteur le 15 octobre dernier dans un bar de la capitale.

couv via.jpgBiographie officielle :

Ses morceaux ont la couleur et la chaleur des feux de joie, le rayonnement des grands embrasements populaires. Chanteur à textes et à voix, Vianney s’impose avec son premier album. Sans effort ni cliché.

A 23 ans à peine, l’auteur-compositeur-interprète se dévoile entre tempérance et flamboyance. Avec application et fougue, l’autodidacte qu’est Vianney, fraîchement diplômé d’un cursus Haute Couture, tisse la toile de ses rêves et lustre ses accords, qu’il double de bure ou de satin. 

A la sortie du lycée militaire de Saint-Cyr, où il est pensionnaire trois ans durant, Vianney fait d’abord des études de commerce entre la France et Londres, puis une école de stylisme à Paris. Sa passion pour la musique ne date pourtant pas de la veille : dès son plus jeune âge, son père, fin mélomane, l’a initié aux joies d’une discothèque francophone, dorée sur tranche, entre Barbara et Dick Annegarn, Thomas Fersen ou Maxime Le Forestier.

Mélodiste subtil autant que fin styliste, il pratique, comme une seconde nature, l’art du gimmick via 2.jpgmusical. Ses textes empreints de fausse simplicité frappent aussi par leur naturelle bienveillance et une constante acuité portée sur l’autre.

Pour capter l’essence de ce disque, Vianney a fait appel à Antoine Essertier (Daran et les Chaises, Soha, Boulevard des Airs). Au carrefour de la pop et d’une folk vivace, au gré parfois aussi de méandres électro, le résultat de ces sessions studio est organique et très rond. 

Enregistré sur trois semaines en Auvergne, Idées Blanches a également bénéficié de la présence de Julien Tekeyan à la batterie, de son frère Geoffroy à la basse et de Cyril Barbessol au piano.

Idées Blanches : un disque profond, sous des airs légers et des refrains entêtants. Entre chanson d’auteur et variété millésimée, la musique de Vianney construit des ponts. 

DSC09507.JPGInterview :

Tu sors ton premier album à 23 ans et tout le métier parle de toi comme la découverte de l’année.

Il n’y a que l’avenir qui donne raison à ce que l’on dit. Je ne sais pas comment interpréter les commentaires sur ce sujet. C’est génial si tu me dis ça, mais je n’en ai pas encore vraiment conscience. Je sais que mon label a de bons échos, il n’en reste pas moins que le démarrage reste coton.

Coton… c’est à dire ?

C’est-à-dire que rien n’est gagné et qu’il y a tout à faire.

Tes deux premiers singles, « Je te déteste » et « Pas là » ont cartonné. Pour un inconnu c’est extrêmement rare.

Cartonné n’est pas le mot, mais je me suis un peu fait repérer.

Clip de "Je te déteste".

Tu joues de la guitare depuis l’âge de 12 ans. via 6.jpg

Et un peu de piano aussi. Je n’ai pas officiellement appris la musique et quand tu arrives à un certain niveau, ça devient un défaut. Je suis au stade où j’aimerais bien évoluer. Je suis encore un peu limité parce que je ne sais pas lire la musique.

Si tu ne connais pas le solfège,  comment fais-tu ?

Je fais tout au feeling. Je ne suis pas un grand chanteur, mais en même temps, ça fait partie de ce que je suis.

J’ai lu que ton père était très amateur de chansons françaises. Il aimait Dick Annegarn, Thomas Fersen, François Béranger et Maxime Le Forestier, des artistes comme ça.

Pour moi, le plus grand a toujours été Dick Annegarn. Quand j’étais petit, c’est l’artiste qui a provoqué des  trucs chez moi assez contradictoires. Il y a des chansons de lui qui m’énervaient, elles me paraissaient je-m’en-foutiste et pourtant, je les écoutais .J’aime quand quelqu’un de talentueux me perturbe

Tu as eu de la chance d’avoir un père aussi pointu en musique française.

En plus, il est dans la logique de la transmission. Quand il a vu que je savais jouer de la guitare, de son côté, il n’a plus jamais joué. C’est révélateur de sa volonté de transmettre sa culture musicale, l’amour de la chanson française que lui-même a reçu de ses parents et que je transmettrai, moi, à mes enfants.

Il doit être content de ce qu’il t’arrive.

Oui. Et ma mère aussi d’ailleurs. Je peux même dire qu’ils sont très contents. Ils savent que je fais ça depuis toujours, alors ils ne sont pas inquiets. Ils ont conscience que je ne peux que m’épanouir parce que je fais un métier qui m’a toujours passionné. La différence, c’est qu’aujourd’hui, je le pratique à plein temps. Désormais, quand je joue dans ma chambre, je ne culpabilise plus (rire).

Clip de "Pas là".

Via 7.jpgQuand as-tu su que ta voie (et ta voix) allait te mener à la chanson, officiellement ?

Je me suis dit que c’était le chemin à suivre en juin dernier, quand j’ai terminé mes études. Au moment où tous les étudiants partaient en stage, j’ai compris que je n’en n’avais pas envie. J’ai pris la décision de ne faire que de la musique. C’était le bonheur absolu.

Etant donné le succès que tu commences à avoir et tout ce que tu dois doit faire pour te faire connaitre encore plus, promo, scènes, plateaux, je suppose que tu commences à être un peu dépassé…

C’est exactement ça. Je ne contrôle plus grand-chose. Avant, je connaissais toutes les personnes qui étaient derrière mon projet. Maintenant, j’ai des abonnés, des followers, tout ça… je n’étais pas dans ce trip.

Tu n’as pas peur que tout ceci te change ?

Non, je sais que je peux rester honnête. En tout cas, je veux le rester. Je ne me déguise pas. Je suis honnête sur tout ce que je fais et sur tout ce que je dis. Je sais qu’il y a des gens qui lisent ce que je peux raconter et qui peuvent même en penser quelque chose. Je dois donc montrer que je suis fidèle à ce que je chante. Je ne veux surtout pas mentir.

Mais quand tu es sur scène, tu deviens forcément quelqu’un d’autre, non ?

Quand je suis sur scène, je ne dois penser qu’au public, pas à moi. J’ai compris que l’on pouvait faire rêver les gens et c’est quelque chose que je n’imaginais pas. Quand j’étais en première partie de Florent Pagny, lors de sa tournée, je regardais la tête des gens pendant son concert. Je les trouvais éclairés et heureux. Ils écoutent et ont la banane. Du coup, j’ai compris également que je pouvais apporter un peu de bien à des gens.

Et cela met un peu de pression ?

Non, parce que je me présente tel que je suis depuis le début. Je n’ai qu’à continuer ce que j’ai toujours fait. J’imagine que les gens qui viennent à mes concerts sont des gens qui adhèrent à ce que je suis et ce que je fais.


Vianney : "Chanson d'Hiver", extrait de l'album... par francemusique

Il y a beaucoup d’humours noirs, de seconds degrés et d’ironies dans tes chansons… tu esvia 8.jpg comme ça dans la vie ?

Je suis comme ça, en effet. J’essaie de prendre de la distance avec les choses difficiles que je peux évoquer dans l’album. L’humour sert à oublier les soucis ou les envisager sous un angle différent.

Votre album s’intitule « Idées blanches ». C’est parce qu’il est optimiste ?

Oui, mine de rien, il est très positif sur plein de choses. Il y a un soupçon d’idéalisme, voire même de naïveté. On est sur la frontière. Je pense être un idéaliste de plein de choses. Notamment, de l’amour et de l’éthique.

Parfois, il me semble que tu es désillusionné. Dans « Le débutant de l’amour » par exemple. Je trouve curieux qu’à 23 ans, tu écrives ce genre de chanson.

Tu as pris un super exemple. J’ai écrit cette chanson quand j’étais un peu seul. C’était un peu difficile amoureusement. Le constat que je dresse est que l’amour ne fonctionne pas s’il est vécu en dilettante. Il n’y a que l’amour entier qui fonctionne. L’amour ne tiendra pas s’il est à trois, s’il est partagé, s’il n’est pas entier. C’est une vision très idéaliste de l’amour.

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Dans tes chansons, il y a plusieurs couches de compréhensions.

Ce n’est quand même pas ultra métaphorique.

Si. Une chanson comme « Je te déteste » n’est pas interprété  au premier degré.

Disons que c'est chanté au 3e degré autour d'une histoire vraie. C’était la seule et première fois que je détestais quelqu’un. Une jeune fille s’est mal comportée envers moi, celle dont je raconte l’histoire dans « Je te déteste » et « Pas là ».

C’est une sacrée muse, dis donc !

J’ai souffert, mais j’ai tenté de prendre de la hauteur en écrivant ces deux chansons. Il n’y a aucune perfidie, juste de l’humour noir par rapport aux évènements.

via 9.jpgY-a-t-il une chanson au premier degré ?

Oui, c’est « Mon étoile ».

Tu parles vraiment d’une danseuse étoile ?

Oui. Ce titre est assez réaliste et je donne des images qui sont assez claires.

Les gens s’approprient les chansons. Comment tu le vis ?

Il y a beaucoup de choses qui me touchent parce que je constate que l’on a un pouvoir par les mots.

Il y a une puissance tubesque dans tes chansons.

Je ne le fais pas consciemment, mais j’aime l’équilibre entre la chanson et la variété. Je fais en sorte que la mélodie soit accessible immédiatement et que les textes soient dans des degrés divers. Je n’ai aucune vocation à être un artiste incompris.

Veux-tu devenir populaire ?

Si ça veut dire plaire et être compris d’un grand nombre de gens, oui, j’aimerais bien. Mais dans mes chansons, il y aura un contraste entre le haut et le petit niveau.

Ton plan de carrière à l'air réfléchi !

Non, mais toi, par exemple, tu me fais réfléchir à ces choses, mais je n’en avais pas conscience avant d’être confronté à ton regard.

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Comme Stromae, tu as un look un peu désuet.

Je ne le fais pas exprès. Je m’habille toujours comme ça depuis que j’ai huit ans. Je ne changerai jamais mon look, parce que j’ai toujours été comme ça. J’ai toujours porté des chemises. Je me sens nu si je n’ai pas de col. Il y a des chanteurs qui se déguisent très bien.et ça leur va super bien. Stromae est déguisé tout le temps et le résultat est génial. Moi, je ne suis pas fait pour ça.

Sans te comparer à lui, je trouve que vous n’êtes pas aux antipodes dans la façon d’envisager le métier.

C’est gentil de me dire ça. Je ne sais pas si je mérite un tel compliment. S’il y a une carrière idéale souhaitable, c’est la sienne.

Aimes-tu la variété ?

Il y a une certaine variété que j’adore. Pour moi, Joe Dassin était une bête. Polnareff, Delpech, Bécaud… et bien d’autres aussi. Ils ont chanté des chansons d’un niveau très élevé. Aujourd’hui, je trouve le niveau très triste, alors qu’il y a de bons arrangeurs.

Aimes-tu la promo ?

Ça dépend de l’interlocuteur. Si on m’amène dans des directions hors promo, j’aime bien. Cabrel dit que ça ne sert à rien de lui poser des questions sur ses chansons parce que tout est dedans… moi, c’est un peu la même chose.

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Le 15 octobre 2014, après l'interview.

Edit (5 juin 2015):

vianney; idées blanches,interview,mandor,je te déteste,pas làJ'avais hâte de voir Vianney sur scène... parce que ce n'est qu'ainsi que l'on peut juger de la qualité véritable d'un artiste. Et là, je dois dire que je n'ai pas été déçu. 

Au Trianon, le jeudi 4 juin dernier, seul à la guitare (hormis une chanson où un pianiste l'accompagne), le surdoué de la chanson française a conquis/soulevé son public du début à la fin du concert... je n'ai jamais vu une telle performance. Une heure trente de concert sans artifice. C'est rare.

Personnellement, j'aurais aimé parfois la présence de musiciens supplémentaires et de choristes. Mais, bon, les personnes avec lesquelles je suis allé voir n'étaient pas d'accord avec moi. 

On est en tout cas tous d'accord pour prétendre que Vianney est là pour longtemps. Très longtemps. 

Voici un reportage de BFM TV sur la soirée...

Et quelques photos dans les coulisses, après le concert de Vianney.

Ici, selfie avec mon pote Thierry Cadet et le chanteur. 

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Le Prix Georges Moustaki était dans la place. Thierry Cadet (le cofondateur du Prix) et moi, ainsi que quelques artistes du cru 2015 : Laurie Darmon, Baptiste W. Hamon et la première partie de Vianney ce soir, Alma Forrer (qui chante avec Baptiste W. Hamon régulièrement).

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Après le concert... il est de coutume de saluer l'artiste quand on le connait un peu. 

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Mon ami Jean-Pierre Pasqualini (Platine, Melody TV) était avec nous... Platine lui a consacré 6 pages d'interview. C'est bien la première fois que Vianney a eu le droit à autant d'espace pour s'exprimer dans un magazine.

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J'ai revu Vianney quelques mois plus tard lors de la 30e édition d'Alors Chante! à Castelsarrasin. Nous avons posé comme deux touristes au bord de la Garonne… 

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26 novembre 2014

Il Divo : interview du français du groupe, Sébastien Izambard, pour A musical Affair

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il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorIl Divo a toujours su lier avec génie l’opéra à la musique pop. Après avoir vendu plus de 26 millions d’albums (dont plus de 800 000 en France), classé plus de 50 titres numéro1 et reçu plus de 160 disques d’or et de platine dans 33 pays, revoici le groupe pour un disque compilant des classiques de comédies musicales françaises et américaines, A musical Affair. Urs Bühler, Carlos Marin, David Miller et Sébastien Izambard chantent des extraits de Notre-Dame de Paris, Les Dix Commandements, Roméo et Juliette, Les Misérables en compagnie de vedettes françaises telles que Florent Pagny, Hélène Ségara, Lisa Angell, Natasha St-Pier, Anggun et Vincent Niclo. Ce septième album reprend aussi Some Enchanted Evening (« South Pacific »), Bring Him Home (« Les Misérables ») ou encore Tonight (« West Side Story »), interprétés avec émotion et romantisme, véritable signature du groupe. Le 21 octobre dernier, dans un palace parisien, j’ai rencontré le seul français du groupe, Sébastien Izambard, de passage pour une demi-journée en France.

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Interview :il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandor

Depuis 10 ans, vous n’avez jamais arrêté.

C’est vraiment le cas de le dire. On n’a jamais cessé d’être en tournée et d’enregistrer des disques. Nous sommes des boulimiques du travail. On est dépendant de ça, c’est même notre raison d’être.  Il Divo a marché très vite dans le monde entier, sauf en France d’ailleurs.

Au début, les français vous ont suivi.

Oui, c’est vrai. Pour les deux premiers albums. Mais plus après. Parfois, ça marche moins bien, alors il faut présenter un répertoire différent et essayer de reconquérir le public. C’est un combat de tous les instants. Il est impossible de rester sur nos acquis.

Cela dit, vous avez une longévité exceptionnelle.

C’est vrai. Au début du projet, on était sûr de rien. Pour être honnête, nous pensions que nous allions pouvoir exister quatre ou cinq ans, pas plus.

Nouvel album « A Musical Affair » - version française
16 chansons de légende issues des plus grandes comédies musicales
En duo avec Vincent Niclo, Hélène Ségara, Natasha st-Pier, Anggun, Lisa Angell…

il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorQui a choisi les personnalités françaises qui ont participé à cet album, A musical Affair ?

C’est notre nouvelle maison de disque française, Sony BMG, qui nous a proposé des artistes. J’ai trouvé le choix judicieux parce que les voix sont toutes exceptionnelles. Personnellement, je me retrouve à chanter avec mon copain Florent Pagny. Il m’a connu tout jeune. Je retrouve aussi Vincent Niclo que j’ai rencontré il y a un an dans une émission de télé en Allemagne. Je lui avais dit, dans les coulisses, que ça serait sympa que l’on enregistre ensemble. Le destin est facétieux parce qu’il a réalisé ce que j’ai demandé.

Est-ce difficile de chanter avec des chanteurs de variété ?

Pas vraiment. Ce sont eux qui se sont calés sur nous. Cet album est fait pour nous représenter, pas pour les représenter eux. C’est très égoïste, mais très logiquement, c’était à eux de se plonger dans notre univers. Ils l’ont compris et ont parfaitement joué le jeu. On leur a demandé de ne pas changer leur personnalité. Parce qu’on les aime tels qu’ils sont… sans Il Divo.

Il y a dix ans, Il Divo était le seul groupe qui mélangeait opéra et pop. Depuis, ce genre il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorde groupe pullule.

Oui, nous avons de nombreux enfants (rires). Mon collègue d’Il Divo, Carlos Marin, dit toujours que les gens peuvent faire des infidélités en allant voir les enfants, mais ils finissent toujours par revenir voir papa.

Le groupe est resté le même depuis le début. Il n’y a eu aucun changement de casting.

Parce que personne n’a voulu faire son Robbie Williams. L’ambiance est aussi bonne qu’au début de l’aventure. En plus, maintenant, nous nous connaissons parfaitement et on s’apprécie les uns les autres.

Sébastien, vous habitez en Angleterre depuis 11 ans. Vous ne vous sentez plus français, je suppose ?

Même si j’aime la France, j’ai plus l’impression de faire partie du monde. Mon endroit préféré, c’est le Japon. J’adore aller là-bas. En plus, nous sommes très populaires dans ce pays. J’emmène souvent mes enfants où je vais. Pas tout le temps, mais quand ils peuvent. Du coup, je les sens très ouvert.

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Avec Sébastien Izambard, après l'interview, le 21 octobre dernier.

25 novembre 2014

Laetitia Shériff : interview pour Pandemonium, Solace and Stars

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Dix ans tout juste après la sortie de son premier album et après six ans de relatif silence discographique (si on oublie des albums avec le groupe Trunks, des BO pour des films documentaires, du cinéma, du théâtre, des spectacles de danse, des collaborations à foison…), Lætitia Shériff revient avec son troisième opus, Pandemonium, Solace and Stars, tout aussi furieusement désespéré que doux et salvateur. Un voyage au cœur de la nature humaine. Lætitia Shériff brouille les pistes sans ne jamais perdre en route le cercle de ses admirateurs. Je l’apprécie aussi pour cela.

Le 15 octobre dernier, la chanteuse musicienne est venue à l’agence située à quelques numéros de là où elle a passé son enfance.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorBiographie officielle :

Contrairement au patronyme qu'elle s'est choisi, Lætitia Shériff n'est pas du genre à (faire) respecter la loi. Elle serait même plutôt de ceux qui la transgressent avec gourmandise, comme en atteste la liste de ses collaborateurs par le passé, tous des vandales de la bien-pensance musicale (l'immense saxophoniste de jazz François Jeanneau, la diva punk Lydia Lunch, le producteur de musiques électroniques Robert Le Magnifique, l'expérimentateur Noël Akchoté ou encore le guitariste polymorphe Olivier Mellano...).

En dix ans, sans aucun plan de carrière réfléchi à l'avance, la chanteuse/bassiste a su laisser son empreinte indélébile sur une poignée de disques exigeants, sous son nom ou bien sous un autre (Trunks), mais également dans des BO de documentaires, au cinéma, au théâtre ou dans des spectacles de danse.

Néanmoins la véritable performance de Lætitia Shériff, c'est de réussir à justement canaliser laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorcette soif de liberté, à formater son audace formelle. Son dernier disque, Pandemonium Solace and Stars, est ainsi une petite merveille de rage lumineuse, de désespoir fertile, qui l'autorise désormais à marcher dans les pas d'illustres ainés comme Scott Walker, Neil Young ou Nick Cave. Bien sûr, dans sa discothèque personnelle, on imagine que les disques de Sonic Youth, Dominique A ou The Breeders tiennent également une place de choix. Elle en partage les obsessions en tout cas. Et l'art de la mélodie sournoise.

Elle est épaulée par son vieil ami Thomas Poli (guitariste de Montgomery et collaborateur de Dominique A), le batteur Nicolas Courret (Eiffel) ainsi que la violoniste Carla Pallone (Mansfield.Tya) invitée sur trois titres. Au grain de sa voix, au son de ce disque équilibriste, on sent qu'elle ne triche pas. Qu'elle ne peut pas.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorInterview :

D’où t’es venue ta passion pour la musique ?

De mon éducation familiale. Il y avait de la musique tout le temps à la maison. J’ai deux grands frères et une grande sœur. Mes parents aussi étaient mélomanes.Tout ce beau monde écoutaient de la musique, mais tendance rock...

Tu as fait partie d’un groupe lorsque tu étais au lycée.

J’étais bassiste. Dans les groupes, il manque toujours un(e) bassiste, alors j’ai réussi facilement à m’intégrer. Pour moi, c’était un moyen d’expression parallèle. Quand tu es adolescent, tu as des choses à dire, mais tu n’y arrives pas forcément. La musique m’a aidé. Même si, à cette époque, j’enregistrais déjà sur magnéto cassette, je ne voulais pas en faire un métier.

Tu es autodidacte. Tu as appris seule la basse et la guitare en jouant avec d’autres musiciens.

Oui, mais je tiens à dire que j’ai pris des cours de solfège il y a deux ans. Comme je suis intervenante dans les écoles, je voulais être au niveau. Il y a un minimum de codes à respecter... et ça rassure les directeurs d’école.

Teaser du nouvel album de Laetitia Shériff : "Pandemonium, Solace and Stars".

Quand tu quittes ton logement familial, tu te retrouves dans un quartier populaire à Lille.laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandor

Oui, du coup, c’était assez facile de me retrouver à jouer dans des bistrots ou participer à des « open micros ». Après, tout s’est fait naturellement entre 1998 et 2003. J’ai été poussée par des amis musiciens, j’ai rencontré des tas de gens et, finalement, en 2004, c’est la sortie du premier disque.

Quand on commence amateur, on se demande toujours quand on devient professionnelle, non ?

On met du temps à se décréter comme telle, en effet. Quand tu arrives à remplir tes papiers administratifs en indiquant « musicienne » dessus, c’est que tu as franchi un cap. Par contre, j’ai toujours l’impression d’être « artiste en développement ». Ou plutôt « en émergence ». Je préfère ce terme.

Entre ton premier album et celui qui vient de sortir, Pandemonium, Solace and Stars, on sent une évolution notable. Mais ta patte est toujours là. C’est dur de garder le cap ?

Il suffit d’honorer ta musique. Il faut qu’elle continue à te faire du bien. J’essaie de rester spontanée, ce n’est pas toujours facile quand ton travail commence à prendre de l’importance.

"The Living Dead" - Extrait du nouvel album de Laetitia Shériff : "Pandemonium, Solace and Stars.

Réalisation : Marie Larrivé. 

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorTu travailles avec les mêmes personnes depuis longtemps. As-tu besoin de repères durables ?

Oui, ce sont des curseurs affectifs qui font qu’on ne se sent jamais tanguer, même durant les traversées du désert. Dans une carrière, il y a des moments où on stagne. Mais je crois que ces périodes sont nécessaires parce qu'on est en phase d’observation. Tu vas chercher quelque chose qui va te sauver de cette impasse. Moi, je regarde les autres et je m’imprègne du monde dans laquelle je vis.

Ta musique est plutôt sombre.

Ça vient peut-être du fait qu’elle est électrique. Si je suis optimiste, je me sens aussi révoltée et indignée. En utilisant ce son-là, cette électricité, j’espère éviter la démagogie. Dans ma musique, il y a des paysages… c’est plutôt cinématographique. Et puis, je joue avec la complexité du monde et ses paradoxes.

Je te vois comme une laborantine.

Oui, c’est exactement ça. D’où le fait que j’écrive en anglais et que je mélange les sons. A la fin, ça donne quelque chose de brut.

"Fellow", extrait de l'album Pandemonium, Solace and Stars (Froggy's session).

Tu as été l’une des premières à jouer de la musique rock indie.

On me dit ça souvent. Je ne suis pas d’accord parce que nous sommes nombreux et nombreuses à faire ce genre de musique depuis des années. C’est juste une question de curiosité et de visibilité. Comme je suis en période de promo, on me voit pas mal en ce moment, donc on peut se faire une opinion sur ce que je fais… J’ai conscience qu’il y a de nombreux artistes qui existent depuis très longtemps et qui font ce genre de musique-là avec un talent fou.

Outre ta carrière solo, tu diversifies tes activités musicales.

J’ai besoin de la diversité dans ce métier. Il est bon aussi de ce mettre « en danger ».

Comment faut-il aborder ta musique ?

« Elle est ta toi cette chanson… », chantait Brassens. Chacun fait ce qu’il veut d’une chanson. Dans ce disque, j’ai abordé plus de choses. C’est certainement mon disque le plus intime. Il y a un mélange de fantastique et de réalité. J’aborde l’enfer ou les étoiles. C’est à celui qui écoute les chansons de choisir là où il veut aller. Mon disque, s’il fallait que je le schématise, je dirais que c’est comme une journée qui commence mal et qui finit bien.

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Après l'interview, le 15 octobre 2014.

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21 novembre 2014

Raùl Paz : interview pour la sortie de Ven Ven

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(Photo : Christophe Berlet)

Raul Paz s’est toujours senti affranchi. C’est cela qui l’avait poussé à quitter son pays, à l’âge de 24 ans, pour le Brésil, d’abord, l’Uruguay, puis la France. Cela aussi qui lui a permis d’éviter tous les clichés, d’ouvrir une voie musicale sans complexe. Peu de jeunes musiciens cubains ont réussi à séduire un aussi large public : en France, Raul Paz a vendu 200 000 disques, et 300 000 à l’international. Il a atteint un niveau de célébrité à l'international auquel peu de jeunes musiciens cubains osent imaginer accéder un jour, et ce n'est certainement pas grâce à du marketing bien ficelé. Je suis allé à sa rencontre le 13 novembre dernier dans un bar de Cuba... euh... non, dans un bar parisien. Pardon.

raul paz,ven ven,interview,mandorCourte biographie :

Après 200.000 albums vendus en France, et 4 ans d'absence, Raul Paz revient en force avec son dixième album studio, Ven Ven. Enregistré à Cuba avec une section de cuivres, puis mixé à Paris par Florent Livet (Phoenix, Bloc Party, Elephanz, Coeur de Pirate...).

Raùl Paz a toujours voulu s'éloigner des clichés de la musique cubaine, et il a su plonger ses racines dans un bain décapant de musiques urbaines, rap, dub, reggae, funk, créant une musique métissée, chaleureuse et originale. Son authenticité, sa vitalité, sa voix exceptionnelle et le choix de musiciens servant impeccablement sa musique font de chaque concert de Raul Paz un événement. C'est ce qui lui a permis au fil des années et de ses cinq précédents albums de se créer un public fidèle et de plus en plus nombreux.

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raul paz,ven ven,interview,mandorInterview :

Vous venez de sortir votre 10e album… ça devient une belle carrière, non ?

Ce qui est amusant, c’est que l’on commence le métier en se disant que l’on fait un album et tout s’enchaîne rapidement. On ne voit pas le temps passer, mais on travaille, on sort des disques et la vie passe à une allure folle. Là, je viens d’ailleurs de finir mon nouveau disque.

Vous êtes cubain, mais vous avez la volonté de montrer que la musique de votre pays a évolué, s’est modernisée. Est-ce que vous trouviez la musique cubaine « désuète » ?

L’idée n’est pas de montrer que je ne fais pas une musique cubaine, mais qu’au contraire, elle est très cubaine, mais très cubaine d’aujourd’hui. Pour moi, c’est un combat qui est presque politique. La seule façon que mon pays sorte de ce sommeil éternel artistique, qu’on a depuis 50 ans, c’est en démontrant au monde entier qu’on existe dans le monde actuel. Nous ne sommes pas figés dans les années 50 même si nous sommes fiers de cette musique. Personnellement, j’ai besoin de dire autre chose et de manière différente.

Clip de "Ven Ven".

Vous appartenez à un petit groupe d’artistes qui habitait à l’étranger et qui a eu envie deraul paz,ven ven,interview,mandor rentrer à Cuba à  partir de 2005.

Oui et ce groupe s’appelle comme mon album précédent, Havanization. Ce sont des artistes de l’art plastique, du théâtre et de la musique qui sont revenus à Cuba pour tenter d’ouvrir des portes. On commence à avoir les armes pour dire « Ok ! Je peux garder des choses, mais j’ai mon mot à dire. »

C'est l’état Cubain qui est venu vous chercher pour que vous reveniez habiter à Cuba.

Il y a à Cuba une nouvelle génération de politiciens qui tente de moderniser l’art. Ils sont nés avec la révolution, mais ils savent qu’ils ont fait des conneries. Ils ont jeté tout le monde, il faut maintenant en récupérer certains.

Vous n’avez pas eu l’impression de vous faire récupérer par l’état cubain?

Je me suis posé la question. Mais après réflexion, je me suis demandé si moi aussi, je pouvais récupérer quelque chose en étant là-bas, ou, au moins, apporter quelque chose à mon pays. Je me suis senti des responsabilités civiques à donner l’exemple.

Teaser de "Chiquita".

raul paz,ven ven,interview,mandorC’était important de revenir à Cuba pour vous ?

Oui, mais j’avais peur. Très vite, j’ai senti que les gens comprenaient ce que je voulais faire et surtout qu’ils l’acceptaient. Je ne nie pas la tradition et je ne veux surtout pas tuer la musique cubaine. De toute façon, Cuba est un carrefour d’influences.

Votre musique était déjà rentrée clandestinement à Cuba.

Et on me disait que j’étais le symbole de la modernité. Ma musique est aussi bien influencée par la musique cubaine que par la musique européenne. Je voulais montrer que notre musique était autre chose qu’une carte postale.

Entre temps, vous êtes devenu français.

Ça m’a enlevé tous mes complexes. La France m’a accueilli, je suis français, maintenant j’appartiens à ce monde-là. J’en ai fini avec la nostalgie basique.

Vous vous sentez français ?

Oui. Comme vous, j’ai une soif illimitée de liberté. Je peux désormais dire ce que je crois et ce que je pense.

Teaser "Nadie Sabe".

Pour cet album Ven Ven, vous avez écrit 40 chansons pour n’en retenir qu’une dizaine… raul paz,ven ven,interview,mandorvous êtes très productif.

Pour moi, il y a deux mondes. Celui du spectacle et celui de la création. Je compose pour moi et pour plein d’autres artistes. A Cuba, je viens de terminer un album qui est la bande originale d’une télénovela. Toutes les chansons sont de moi, mais sont interprétées par d’autres artistes. J’adore écrire pour les autres. Ici, j’ai écrit pour Florent Pagny par exemple. J’écris surtout pour des artistes espagnols et bien sûr des artistes cubains aussi.

Avez-vous peur que cela s’arrête ?

Honnêtement, je ne vois pas comment cela pourrait s’arrêter. Je compose de plus en plus. Je vais faire la mise en scène de la Traviata. Je dirige un festival dédié à la francophonie à Cuba. On me propose plein de projets, je n’arrive pas à tous les accepter. Non, vraiment, tout va bien dans ma vie.

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Après l'interview, le 13 novembre 2014 dans un bar parisien.

16 novembre 2014

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Beauté partout

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(Photo : François Berthier)

Que de chemin parcouru depuis la sortie de Beauté pour tous en octobre 2013 pour La Maison Tellier ! Un album unanimement salué par la critique (3 singles playlistés par France Inter, Radio Nova, 4 Clefs Télérama,…), des prestations scéniques remarquées en : France, Etats Unis, Angleterre, Quebec, Belgique et Suisse.

Si vous avez adoré cet album, découvrez maintenant la magie qu'ils dégagent en concert avec Beauté Partout, leur album live. A l'occasion de cette sortie, Beauté pour tous est également réédité en édition deluxe 2 cd (Studio + Live).

Le 8 octobre dernier, Helmut Tellier, le cofondateur et chanteur de la formation normande, est passé me voir à l’agence pour évoquer leur 10 ans de carrière et cet album live… majestueux !

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Argumentaire officiel (écourté) à l’occasion de la sortie de Beauté pour tous:

Lorsqu’en 2010, la Maison Tellier revient pour L’Art De La Fugue, un troisième album en forme d’ode au voyage et à l’errance, on entendait déjà le vent souffler dans les plaines poussiéreuses et le train siffler trois fois tout au loin. Se rappelaient aussi à notre bon souvenir, leurs deux premiers disques (La Maison Tellier et Second Souffle, enregistrés pratiquement à la suite en 2006 et 2007) qui étaient parvenus à réunir les fans de Neil Young, Calexico, Moriarty et les amateurs d’un certain rock français élégant (pensez Dominique A ou Alain Bashung).

la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorLorsqu’il est question de retourner en studio pour un quatrième opus, Helmut et Raoul Tellier veulent insuffler une nouvelle dynamique à leur musique. Pour la première fois, les deux songwriters écrivent toutes les chansons de l’album ensemble… et en langue française. Exit le chant en Anglais, donc. C’est aussi un moyen se défaire un peu de l’étiquette de cowboy acoustique accolée au groupe depuis ses débuts.

Beauté Pour Tous est à nouveau un récit de voyage. Un voyage dans le temps. Un voyage extraordinaire inspiré de steampunk, des films de Georges Meliès, des illustrations d’Alphonse de Neville et d’Edouard Riou (L’Exposition Universelle) ou par Octave Mirbeau (Prison D’Eden).

Malgré sa grâce et son gout pour le verbe délicat, Beauté Pour Tous est un mélange de saveurs vintage et de textures modernes, de pop et de rock, de Vieux Continent et de Nouveau Monde.

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la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorInterview :

10 ans de carrière… l’heure des bilans a sonné ?

Je ne regarde jamais en arrière. Avec les autres membres du groupe, on se connait vraiment bien et nous savons aller plus vite à l’essentiel quand nous travaillons des nouvelles chansons ou un live. Franchement, j’ai l’impression que tout est allé vite, d’autant que c’est une suite de hasards qui a fait que l’on s’est retrouvé musicien. Nous n’étions pas partis pour devenir ce que nous sommes devenus.

Racontez-nous ce hasard-là.

Avec Raoul, le guitariste avec lequel j’ai fondé le groupe, on était déjà dans la vingtaine bien entamée. Nous avions allégrement commencé des vies de fonctionnaires bien ennuyeuses. Sans le savoir, lui et moi, nous avions ce rêve-là en nous. Lui était un guitariste chevronné qui jouait dans son coin et moi, j’avais très envie d’écrire des chansons. Tout seul, je ne parvenais pas à me dépatouiller. Il est arrivé et il a mis sa patte et de l’ordre dans mon travail. Nous avons fini par faire des petits concerts dans notre ville, Rouen. Un jour, on est tombé sur un promoteur, un gars qui avait un label et une boite d’édition. Il nous a proposé de faire un disque. Ensuite, tout est allé très vite sans que nous l’ayons voulu et sans que l’on y croie particulièrement.

Considérez-vous comme une chance d’être présent dans le monde de la musique et de sortir des disques depuis 10 ans ?

On n’a jamais réfléchi de manière globale. Ce qui est fait est fait. Il y a plein de choses qu'on aimerait modifier sur les disques qu’on a déjà sortis. Aujourd’hui nous sommes tournés vers l’avenir parce que nous voulons faire perdurer notre carrière. On n’a pas du tout envie de revenir à nos vies d’avant. C’est pour cela que l’on veut continuer à enregistrer des disques et qu’ils soient les meilleurs possible.

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Vous avez une très bonne réputation dans le métier et un public qui vous suit depuis le début, mais vous n’êtes pas encore reconnus par un large public.

C’est cliché de dire cela, mais avoir un public fidèle, que l’on croise au fil des concerts, c’est déjà quelque chose de très important pour nous. Me dire que l’on fait partie de la vie de certaines personnes, c’est un truc qui me touche vraiment.

Vous n’avez pas d’ambition de starification, j’ai l’impression.

On est dans une période où l’on se dit que l’on va essayer de rendre nos chansons plus « populaires » avec de gros guillemets, pour toucher plus de monde et continuer à vivre de notre musique. On ne se contente plus de faire de la musique uniquement pour nous.

Faire des chansons qui vous plaisent et qui plaisent aussi au public. Trouver un juste compromis… Est-ce que vous pensez à cela quand vous écrivez des chansons ?

Avec le temps, de plus en plus. On se rend compte qu’il peut y avoir des petites choses qui peuvent faciliter le lien entre nous et le public. Sur le dernier album, Beauté pour tous, nous avons travaillé avec un mixeur renommé qui excelle en la matière. Il sait créer un son qui peut intéresser les radios, sans dénaturer notre travail. C’est un équilibre subtil à trouver. Aujourd’hui, passer en radio est une question de survie. Nous sommes en quête du tube ultime, un titre qui soit exigeant pour nous et qui pourrait plaire à beaucoup de monde. Dans notre dernier album, Beauté pour tous, la chanson « Sur un volcan », nous a permis d’accéder à un public un peu plus large. Il y a des gens qui sont venus à nous par le biais de cette chanson-là et qui y sont restés.

Clip de "Sur un volcan".

Je trouve votre musique addictive. Quand on commence à l’écouter, on a du mal à s’en extirper.

Merci de le dire. Il y a dans le groupe des maniaques de la composition. Les arrangements sont pas mal travaillés, de ce point de vue-là, peut-être y trouvez vous quelque chose.

Vous-même, je trouve que vous avez évolué dans votre façon d’écrire.

Au début, j’avais tendance à écrire des petites histoires, des mini scénarios. Je me suis rendu compte que ce sont des chansons qui s’épuisent assez vite. Aujourd’hui, j’essaie de trouver l’équilibre entre ça et des chansons un peu plus ésotériques, ce que je ne sais pas encore bien maîtriser. J’aime beaucoup Murat, mais parfois, je reste un peu sur ma faim. Pour moi, ses paroles sont trop poétiques.

C’est amusant que vous me disiez ça parce que je l’ai interviewé récemment pour son dernier album, Babel. Quand je lui ai dit que l’on ne comprenait pas toujours le sens de ses chansons, il m'a répondu que ça lui était complètement égal.

C’est une très bonne attitude de sa part. Il fait ce qu’il veut parce que c’est un vrai poète.

Murat écrit beaucoup. Et vous ?

Je n’écris pas beaucoup. Je suis un besogneux. Je n’arrive pas à écrire dix chansons pour en avoir une. Si le groupe et moi pensons que nous sommes dans la bonne direction dans une chanson, je vais passer beaucoup de temps dessus en essayant de la peaufiner au maximum.

Clip de "Un bon français".

J’aimerais revenir sur le nom du groupe, La Maison Tellier. J’ai l’impression que vous aimez jouer avec le public. Vous avez longtemps fait croire que les autres musiciens étaient vos frères. Ils s’appellent tous Tellier.

Inconsciemment, on a considéré au début que c’était bien de créer un truc un peu mystérieux. C’était aussi une manière de ne pas nous mettre en avant directement. Nous sommes des garçons plutôt réservés. Pour nous, c'était un déguisement, un masque. Les gens pensaient que nous étions frères et nous n’avons jamais démenti parce que, La Maison Tellier, c’est comme une entreprise familiale.

Encore aujourd’hui, je sais que des gens y croient ?

Oui, et ça devient un peu embarrassant parce que cela fait des années que l’on s’amuse avec ça. Nous sentons bien que beaucoup ont envie de croire que nous sommes cinq frangins. Je finis par répondre que nous sommes des frères de sons, des frères qui se sont choisis. Peut-être que le prochain album s’appellera Faux frères et que l’on fera tomber les masques une bonne fois pour toute.

La question qui tue : quel est le style de votre musique ?

J’aime bien dire que nous faisons de la variété. Ce terme est devenu galvaudé, mais ce qui est un fait chez nous, c’est que nos influences sont variées. Je sais que l’on traîne la réputation d’être un groupe de folk. Cela dit, on l’a bien cherché (rires). Aujourd’hui, nous avons l’ambition d’approcher le travail de Bashung qui était à la fois exigeant et populaire et qui a mis du temps à y arriver. C’est un vrai exemple pour nous.

Teaser Beauté partout.

Pourquoi sortir un live ?

Très sincèrement, c’est AT(h)OME qui nous l’a proposé. Nous, nous y sommes allés à reculons parce que nous ne voyions pas l’intérêt de la chose. Personnellement, dans ma discographie, je n’ai pas de disque en concert, je ne suis pas très amateur de cela. On doit au label d’avoir insisté et de nous avoir donné les moyens de faire le meilleur album live possible. A l’arrivée, on est super content du résultat. Je pense que ce disque peut intéresser au moins ceux qui nous suivent depuis le début. Nos chansons en ressortent plus énergiques et reflètent plutôt bien notre travail.

Il y a principalement les chansons de Beauté pour tous.

Oui, et deux ou trois chansons de l’album précédent, L’art de la fugue, ainsi que deux inédits. Dans la prochaine tournée, on fera plus une rétrospective de notre carrière. Nous piocherons dans la cinquantaine de morceaux enregistrés.

Avez-vous le sentiment d’avoir progressé depuis 2004 ?

J’espère. En tout cas, au niveau de ma voix, j’ai enfin l’impression de l’avoir trouvé. Au début, je chantais plus instinctivement, aujourd’hui, c’est plus « maîtrisé ».

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Avec Helmut Tellier, le 8 octobre 2014.