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09 avril 2015

Bastien Lallemant : interview pour La Maison Haute

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(Photo : Franck Loriou)

4905c7_77e5055873b549adad6d479a32c5e48a.jpeg_srz_p_285_160_75_22_0.50_1.20_0.00_jpeg_srz.jpgJ’écoute Bastien Lallemant depuis Les premiers instants (2003) ; puis j’ai découvert Les érotiques (2005) et Le verger (2010). Mais je n’avais jamais rencontré cet immense artiste (à classer parmi les plus grands orfèvres de la chanson française d’aujourd’hui).

Et ce n’est pas parce qu’il n’avait pas sorti d’album depuis cinq ans qu’il dormait… non, il faisait la sieste. Et pas seul. Bastien Lallemant propose aux quatre coins de la France et à l’étranger une expérience singulière : la sieste acoustique. « Un moment d’abandon et d’écoute inédite durant lequel le public est invité à s’allonger dans l’obscurité et à se laisser bercer par une poignée d’artistes qui chantent et disent des textes sous la lueur toute poétique d’une simple ampoule suspendue. »
Aujourd’hui, Bastien Lallemant revient accompagné de quelques « siesteux » pour un nouvel album, La Maison Haute. Un chef d’œuvre. Pas moins.

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bastienlallemant01.jpgEt à partir d’aujourd’hui (9 avril), il entame sa "tournée internationale" au Théâtre de la Cité Internationale (Paris 14ème) jusqu’au 14 avril... Bastien Lallemant fera résonner son timbre profond dans un cadre acoustique. Des événements ponctueront cette tournée. Entre autres : une lecture musicale avec le romancier Arnaud Cathrine, un spectacle dessiné avec le bédéiste Charles Berberian et un autre dégusté avec une sommelière, et les bientôt fameuses siestes acoustiques où les spectateurs sont invités à somnoler doucement au rythme mélancolique des chansons et des récits de Lallemant et compères.

Teaser de la tournée à la Cité Internationale du 9 au 14 avril 2015.

Une rencontre s’imposait. Elle s’est tenue à l’agence le 9 mars dernier.

11026017_856097157770136_2213475753007237623_n.jpgArgumentaire officiel de l’album :

"L’homme des Siestes Acoustiques", Bastien Lallemant revient avec un 4ème album La Maison Hauteenregsitré au Studio Vega, avec JP Nataf et Seb Martel à la réalisation, et, derrière les micros, Maëva Le Berre, Jean Thevenin, Pascal Colomb, Pierre-Olivier Fernandez, mais aussi Albin de la Simone, Maissiat, Françoiz Breut, Katel, Diane Sorel, les Innocents...
Sans oublier Charles Berberian pour « dessiner » l’enregistrement et illustrer le journal de création qu’on pourra trouver à la sortie des concerts au côté de l’album. Douze chansons où dans un minimalisme musical subtil, on percevra des clins d’œil délibérés au rock américain et des arrangements d’autant plus riches qu’ils ne haussent jamais le ton mais réservent des surprises presqu’à chaque virage.
Bastien Lallemant nous parle droit dans les yeux. De nos amours. La fresque est intime : le pouls en cinémascope, branché sur le coeur.

La Maison Haute est sorti le 2 mars 2015 et Bastien Lallemant sera en tournée en 2015 et 2016.

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(Photo : Fred Chapotat)

548185946.jpgInterview :

Vous faites beaucoup de choses entre deux albums.

Je ne veux pas laisser beaucoup de temps entre deux disques, mais je n’arrive pas à faire autrement. D’abord parce que j’écris très lentement. J’écris beaucoup, mais je jette énormément de chansons. J’attends le moment où je vois poindre un album. C’est un travail sur le temps. Il y a aussi la difficulté de rencontrer à chaque fois un entourage professionnel et des moyens de production suffisant pour faire le disque dont je rêve.

Dans le précédent album, Le verger, c’est Bertrand Belin et Albin de la Simone qui vous accompagnaient, cette fois-ci c’est JP Nataf et Seb Martel. Mazette !

Ce sont des amis, des gens que je connais depuis les années 2000. Ils m’ont fait l’amitié d’apprécier mon travail et de me soutenir. Pendant des années, on a partagé beaucoup de scènes où l’on croisait nos répertoires et nous avons eu quelques projets en commun, dont certains atypiques, comme les siestes acoustiques. On se connait parfaitement les uns, les autres.

Et ça, c’est primordial pour travailler avec vous ?

Je travaille vraiment beaucoup mes textes, mes musiques, mes arrangements avant de les confier à une équipe. J'ai besoin que les réalisateurs à qui je confie mon travail soient des gens de confiance qui sachent aller chercher dans les énormes paniers que je remplis d’intentions, de musiques et de notes… et dégager l’essentiel des choses.

Clip de "Un million d'années", réalisé par Charles Berberian et Thomas Pons.

Il y a souvent un fil conducteur dans vos disques.arton254.jpg

Quand je mets un album de qui que ce soit, je veux pouvoir l’écouter de A à Z. J’aime cette idée de cheminer pendant une quarantaine de minutes à travers un univers où les chansons se répondent ou, tout au moins, abordent une thématique sous différents angles.

Et dans cet album, quelle est la thématique ?

L’amour confronté au temps, l’endurance de l’amour, l’endurance des êtres face aux temps, la solitude, ces envies que l’on peut avoir de temps en temps de prendre la tangente. Nous sommes nombreux à se dire que l’on va prendre le premier train qui part en direction de la plaine pour s’absenter du monde. Ce sont des questions et des réflexions qui sont en moi depuis longtemps, mais qui ont réapparu de manière plus soutenue depuis que j’ai la quarantaine. La Maison Haute est un disque que je n’aurais pas écrit à trente ans. Il pose aussi des questions comme « qu’est-ce que l’on va faire, quand les enfants seront partis ? », « est-ce que notre amour va résister au temps ? » Je tiens à préciser qu’il y a de la lumière dans tous ces questionnements. La lumière détermine beaucoup de choses dans mes humeurs, dans ma vie de tous les jours, dans ma vie au long cours.

Est-ce contraignant d’avoir un fil conducteur quand on prépare puis quand on enregistre un disque ?

Pour moi, c’est plutôt une canne. Quand je choisis un thème, comme l’amour par exemple, je vais l’aborder une première fois à travers des personnages et des décors. Vont apparaître des choses intimes et profondes… mais je n’ai pas envie de faire deux ou trois chansons qui vont dire à chaque fois les mêmes choses. Quand j’ai le thème, c’est comme si je tournais autour d’un objet et que je le regardais sous un autre angle. J’aime assez l’idée de multiplier les chansons autour d’un même objet, comme si on gravitait autour du soleil ou d’une planète et que l’on en voyait soudain les faces cachées. Dans cet album, je montre certaines faces cachées de l’amour.

On a l’impression que votre univers est noir, or, il ne l’est pas tant que ça.

Dans mes chansons, il faut souvent gratter et lire entre les lignes. Une chanson comme « Le vieil amour » a plusieurs sens de lectures. On ne sait pas si le couple dont je parle va réinventer son amour ou se réinventer ailleurs, dans d’autres amours, chacun de son côté. Il y a toujours des perspectives, des points de fuites. Je suis plutôt quelqu’un d’assez optimiste, d’assez gai, qui a une vie plutôt posée, mais qui se pose des questions et qui aime bien les émettre en chansons.

Teaser de "Le vieil amour".

lallemant_couv1.jpgVous, ce qui vous intéresse, c’est la farce tragique.

C’est exactement le bon terme.

Votre écriture est littéraire, d'ailleurs vous avez écrit un livre, "Une lentille dans le caillou" dans lequel vous décrivez la création et ses mécanismes. Êtes-vous un grand lecteur ?

Je lis énormément depuis des années. Des auteurs contemporains français, mais essentiellement de la littérature classique. Je ne peux pas me passer de ça dans ma vie. La littérature est un des territoires les plus passionnants que je connaisse. J’ai toujours besoin de cet arrière monde pour m’isoler du vrai monde, pour me ressourcer. Je trouve dans les classiques cette possibilité d’échappée.

Vous parlez souvent de fuite. Fuyez-vous vous-même ?

J’ai le sentiment d’avoir une vie un peu à part. Je travaille essentiellement à Paris, mais je vis à la campagne. Je vis en famille dans un petit cocon qui n’appartient qu’à moi et aux miens proches. Mes chansons reflètent cela. Elles sont presque rurales, rarement urbaines, et elles n’ont pas besoin de s’inscrire dans une démarche contemporaine ou sur une quelconque réflexion sur la chanson. Elles sont ma façon d’exprimer des choses très personnelles et de moins en moins avec la préoccupation de plaire… mais pourtant, ça m’intéresse d’être compris.

Aimeriez-vous être plus « populaire » ?

C’est vrai que j’ai un public qui est très très fidèle, mais qui est très très réduit. Pour autant, il n’y a rien qui me désolerais plus que d’être taxé de chanteur élitiste… littéraire, c’est déjà beaucoup. Je vous assure que je fais vraiment un travail pour que mes chansons soient accessibles. C’est pour ça que je mets si longtemps à en faire. Dès que je débusque une posture dans ma manière d’écrire, une façon de se mettre au-dessus de la mêlée, je rejette ça. Si on se penche réellement sur mes chansons, elles sont simples et accessibles. Certes, ma musique n’est pas toujours très lisse. L’écriture harmonique est comme je peux faire, c’est-à-dire qu’elle est rarement préméditée. J’écris le texte et la musique ensemble, l’un se conformant à l’autre.

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Bastien Lallemant par Charles Berberian.

Vous n’avez pas répondu à ma question précédente.

Oui, j’aimerais bien avoir une audience plus large, parce que je trouve dommage que mes chansons passent à l’as.

Pour vous, la scène se situe dans des endroits pas forcément faits pour cela.Bastien_lallemant.jpg

J’ai fait un travail qui consistait à aller jouer dans des endroits différents des lieux de diffusions de musique.

Par exemple ?

Des médiathèques, des appartements… le public y est beaucoup plus multigénérationnel. J’ai la surprise de découvrir que ça plait à énormément de personnes différentes, d’âges différents. C’est gens me disent qu’ils trouvent qu’il y a une grande application des textes et que ça fait du bien. Ça me fait plaisir d’entendre ça, parce que, mine de rien je travaille beaucoup et les encouragements sont un moteur pour continuer.

Vous êtes un vrai artisan.

En tout cas, je ne suis pas du tout dans une dynamique de production industrielle de mes chansons. Je ne sais pas faire autrement que de prendre mon temps et être méticuleux. Je suis comme un fromager qui fait de petits chèvres artisanaux à qui on demanderait de produire de La Vache Qui Rit. Je ne saurais pas faire, je n’aurais pas les moyens, les outils.

Si j’affirme que vous êtes un chanteur discret et érudit. Êtes-vous d’accord ?

Discret oui. Erudit, je ne crois pas. C’est un mot trop fort. Peut-être cultivé… autant que possible en tout cas.

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Pendant l'interview...

10268412_879986918693796_8177484750054115938_n.jpgParlez-moi des siestes acoustiques qui ont lieu tous les mois à Paris.

J’ai initié ce concept et je m’en occupe personnellement. Il y en a un peu partout en France et quelques fois à l’étranger. On invite les plus proches amis et nous faisons de la musique dans une grande proximité, sans l’enjeu de la scène et l’enjeu du show. On demande aux gens qui sont censés dormir de ne pas applaudir. Le public n’est pas investi dans un rôle de public.

Concrètement, cela se passe comment ?

On se réunit à plusieurs chanteurs et chanteuses, des musiciens, quelque fois des auteurs et nous décidons d’offrir pendant une heure à un public allongé dans la pénombre, le plus confortablement possible, un set ininterrompu où l’on croise le répertoire des uns et des autres. Je peux devenir le bassiste de JP Nataf ou Albin de la Simone, l’accompagnateur de Vanessa Paradis. Moi, je suis devenu le guitariste de Camélia Jordana pour 10441925_893772893981865_2521117973911060316_n.jpgtrois chansons et j’ai trouvé cela très agréable.

Il y a des gens qui dorment réellement ?

Oui, bien sûr. Il nous arrive d’entendre des gens ronfler. Parfois nous jouons donc avec les ronflements. Les artistes que j’apprécie, j’adorerais les entendre dans ce contexte. Écouter des artistes que l’on aime bien à deux ou trois mètres de soi, isolé du monde, c’est une belle expérience. C’est un laboratoire des voix. On ne les entend pas aussi bien que dans ce contexte.

Qui vous inspire dans la chanson française ?

Brassens, Nougaro, Vian et Gainsbourg. J’aime cette chanson bien troussée. Ce sont des maitres. J’aime quand les chansons ont des formes et des accompagnements différents… et qu’elles soient mouvantes dans le but d’être émouvantes.

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Après l'interview, le 9 mars 2015.

04 avril 2015

Luciole : interview pour la sortie de l'album Une

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(Photo : Renaud Julian)

Je suis la carrière de Luciole depuis le début. Je l’ai mandorisé pour la première fois en 2009, pour son premier album, Ombres. Puis, peu de temps après, je l’ai revu et interviewé de nouveau à la Fnac Val d’Europe lors d’une animation en public liée au Festival Muzik’Elles de Meaux (il y avait aussi Clarika et Sandra N’Kaké). Bref, cette jeune artiste m’intéresse au plus haut point. Et quelle belle surprise lorsque j’ai reçu son deuxième album ! Luciole déploie ses ailes, sa voix, ses textes et sa musique. Entendez par là que son évolution est celle qu’on attendait avec impatience. Elle chante formidablement et ses textes sont subtils et profonds, je n’évoque même pas la musique up tempo qui lui va à ravir.

J’ai reçu Luciole le 26 février dernier à l’agence…

luciole,une,interview,mandorBiographie officielle (écourtée) :

Après un 1er album, Ombres, sorti en 2009, coup de cœur de l’Académie Charles Cros et salué par la critique, puis un EP auto-produit en 2012, Et en attendant… Luciole n’attend plus et revient plus vibrante que jamais, entière… Une.
Durant de longs mois, elle a cherché, expérimenté puis enregistré, toujours en quête de précision, d’une parole et d’une musique sincères, qui lui ressembleraient au plus près. Elle, qui a longtemps gravité entre le théâtre qu’elle a étudié au Conservatoire de Rennes, le Slam et la chanson, s’assume aujourd’hui pleinement en tant que chanteuse, auteur-compositeur-interprète, un nouveau costume qui lui va comme un gant !

Entre force et tendresse, Luciole aime décidément les contrastes et chante, conte, oscille entre poésie et modernité. Et comme elle a le goût des rencontres, des chemins qui se croisent, on peut également retrouver sur ce nouvel opus le chanteur Hugh Coltman ou des collaborations avec des musiciens tels que Pierre Le Bourgeois, Vincha, Manu Larrouy, Arnaud de Bosredon (Caravan Palace) ou Florent Lyonnet (Jamaïca), ainsi qu’un titre écrit lors des 38èmes Rencontres d’Astaffort, quelques mois seulement avant l’entrée en studio…

Après une première tournée et près de 200 concerts, elle défendra cet album sur scène avec un nouveau spectacle créé en décembre 2014 au Théâtre d’Ivry – Antoine Vitez, en co-production avec F2F Music. La voici prête à accoster, à dévoiler sa singularité, plurielle mais toujours une, Luciole fait un pas vers la lumière.

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(Photo : Renaud Julian)

luciole,une,interview,mandorInterview :

Dans ce nouvel album, tu chantes plus que tu ne slames.

Je me suis toujours plus sentie chanteuse que slameuse. Dans mon histoire chronologique, j’ai fait du chant avant de découvrir le slam. C’est en découvrant cette façon de déclamer des textes que j’ai développé cette envie d’écrire en sortant un peu du carcan couplet-refrain et vers réguliers. J’ai trouvé une espèce de liberté et une envie forte de jouer avec les mots. Bon, je précise que sur les scènes Slam, je me suis mise assez rapidement à chanter.

Ton premier album, Ombres, n’était composé pratiquement que de slam.

J’ai adapté des textes écrits pour la scène Slam. C’était des textes parlés en format chanson. Je ne considère cependant pas que ce disque était du slam, car je suis une espèce de puriste qui considère que le slam, c’est la scène ouverte, sur le moment… et pas un genre. Je m’évertue à répéter depuis longtemps que c’est un terrain d’expression et pas un genre musical.

Tu as commencé par le théâtre.

Disons que mes activités artistiques se sont mélangées immédiatement. J’ai fait des allers-retours et j’ai emprunté des chemins pas très droits. Le parcours d’un artiste fait qui il est. Du coup, après ce premier disque, j’ai voulu m’assumer un peu plus en tant que chanteuse.

Disons le franchement, l’étiquette slam commençait à t’agacer ?

A la fois elle m’allait et à la fois elle ne m’allait pas. J’entendais souvent « ça ne m’intéresse pas, je n’aime pas le slam ! » Je répondais « oui, mais tu n’écoutes même pas ! » Les gens imaginaient que je faisais du Grand Corps Malade et qu’il suffisait de parler sur de la musique. J’avais envie de montrer que je n’étais pas que ça et que, surtout, je n’étais pas ça. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je ne dis pas « slameuse », mais « chanteuse ». Je suis même auteure-compositeur-interprète. Encore une fois, slamer n’est pas un métier, c’est un hobby, un plaisir, une passion, une pratique.  

Teaser de la sortie du disque Une.

Pour cet album, tu dévoiles plusieurs aspects de tes capacités vocales. As-tu repris des luciole,une,interview,mandorcours ?

J’ai toujours pris des cours et j’en ai particulièrement pris pendant la période de mon premier album. Un peu moins par la suite. Je prenais mes cours de chant au Studio des Variétés et je les enregistrais. J’ai toujours entretenu ma voix chantée en réécoutant ses cours et en appliquant à la maison. Mais j’ai l’impression que c’est plutôt la scène qui m’a fait évoluer vocalement.

Quand on chante, les mots ne sont pas posés de la même façon.

Je n’écris pas du tout de la même manière quand j’écris pour dire où quand j’écris pour chanter. J’écris en chantonnant et en cherchant la mélodie en même temps. Je suis incapable d’écrire à voix basse. Il y a toujours eu une histoire de sonorité que ce soit dans mes premiers projets où celui-là. La différence, c’est qu’il y a l’élaboration de la mélodie qui se fait au fur et à mesure que le texte s’écrit.

Ta matière première reste le texte.

C’est le noyau dur, en effet.

Clip officiel de "Une".

luciole,une,interview,mandorTes chansons se teintent de sons électroniques, de basses synthétiques qui viennent se mêler aux guitares acoustiques, aux chœurs, aux saxophones… ta musique est beaucoup plus énergique.

Ce sont les textes qui imposent cela. Les thématiques ne sont plus les mêmes qu’avant. Le premier projet contenait des histoires assez tristes. Et puis, après ma première tournée, j’ai fait le constat que je préfère chanter des chansons rythmiques et enlevées plutôt que des chansons tristes, même si je sais que ça fait du bien dans un concert.

Tu as public que te suit depuis le début de ta carrière. Sais-tu ce qu’il pense de ta métamorphose ?

Pour l’instant, j’ai l’impression que les gens qui aiment mon travail le vivent plutôt bien (rires). Les retours semblent positifs. Je t’avoue que c’était une de mes inquiétudes parce que lorsqu’un artiste à un nouveau parti pris, il est possible que le public n’adhère pas.

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(Photo : Renaud Julian)

Il est beaucoup question de réflexions intérieures dans cet album.luciole,une,interview,mandor

Avant, j’interprétais des histoires d’amour. Aujourd’hui, je me suis penchée sur la construction de soi. J’évoque le fait de grandir, de se chercher, de répondre aux questions que l’on se pose, d’avancer même si on a fait des erreurs, de garder la tête haute, de s’assumer en restant « une », en restant entière. Mes textes effleurent les opposés : l’enfance et l’âge adulte, l’ombre et la lumière, le froid et le chaud, l’immobilité et le mouvement. Mes sources d’inspirations sont aussi beaucoup ce qui m’entourait pendant l’écriture de l’album, que ce soit des personnes à qui je peux m’adresser, le temps qu’il fait, ce que cela provoque en moi… des sensations, des émotions. Ce disque est une photo prise à un moment donné dans ma vie. Je suis passée du stade d’une femme enfant qui a envie de s’assumer à une femme tout court.

Il y a une chanson dans laquelle tu dis : « j’ai la clef du problème, je ne trouve pas la serrure ».

(Rires). Dans ce disque, je pose plus de questions que je n’y réponds. Je n’ai pas l’impression d’écrire des histoires avec un début, un milieu, une fin, une chute, une morale. J’essaie toujours d’écrire des choses assez ouvertes. Je sais quel sens j’y mets et pourquoi j’écris la chanson, mais j’aime bien ne pas donner toutes les clés afin que les gens puissent se l’approprier et se raconter leur propre histoire.

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Pendant l'interview.

luciole,une,interview,mandorLe premier album avait été réalisé par Dalcan, cette fois-ci, tu as fait appel au nouveau duo de réalisateurs BAAB, Benoît Guivarch et Antoine Kerninon, qui t’accompagnaient jusqu’alors sur scène. Les deux musiciens se sont attelés à te créer un univers cousu main.

C’est leur première réalisation et ils ne font que commencer dans ce domaine tant ils sont forts. Outre le fait qu’ils ont réalisé l’album, ce sont aussi mes partenaires musicaux principaux. Je leur envoyais le texte et la mélodie bruts, parfois avec des indications, des notes d’intentions sur des choses que je voulais, des chansons de références… et ensuite, ils ont fait le choix de me proposer quelque chose qui allait soit dans mon sens, soit pas du tout. Je prenais ou je ne prenais pas. Mais souvent, j’ai pris. Ils m’emmenaient vers des territoires inconnus de moi et c’était assez exaltant. Utiliser des chœurs « autotunés » comme instrument de musique, j’avoue que je n’y aurais jamais pensé moi-même. Ils ont su me convaincre. C’est intéressant de faire confiance, cela permet de sortir de la zone de confort habituelle. Cela permet de ne pas faire toujours la même chanson.

Faire un disque, c’est faire un jeu de construction ?

En tout cas, ce disque-là était clairement un jeu de construction. D’ailleurs, à un moment donné, il faut savoir s’arrêter dans la construction. Ajouter ou enlever une brique, c’est tentant constamment.

Je ne peux passer sous silence la participation de Hugh Coltman sur la chanson « Fix You ». Enfin, il fait une petite apparition.

Il m’a fait l’honneur de chanter en français, alors que je sais qu’il n’aime pas trop cela. Tout s’est fait simplement. J’ai souhaité l’avoir, je l’ai contacté directement sans passer par les intermédiaires, il est venu au studio et il a enregistré sa voix. Il ne fait qu’une courte apparition dans la chanson, mais j’aime bien la frustration que ce ne soit pas un vrai duo.

Luciole chante "Paris Couleur Novembre" (feat Sandra N'Kaké) au Théâtre Antoine Vitez à Vitry-sur-Seine, le 20 décembre 2014.

C’est personnel comme perception, mais je te trouve plus sereine et plus zen qu’avant.

Je travaille dessus. Cet album participe à ce travail. Les chansons qui y figurent parlent beaucoup de tempêtes, de tumultes intérieurs. Le fait d’extérioriser apaise un peu mon âme et me « zénifie ». Depuis quelques années, et encore aujourd’hui, j’essaie de travailler sur l’épanouissement personnel et le fait d’être apaisé. Je suis quelqu’un de très anxieux, de très tonique, de très volontaire, de très perfectionniste, j’ai donc parfois besoin de faire taire toute cette énergie débordante que je tente de contenir.

Es-tu confiante par rapport à la sortie récente de cet album ?

Oui et non, ça dépend des jours. Je suis plutôt confiante parce que je n’ai aucun regret et je suis contente de ce que j’ai fait. Je crois en la qualité de ce disque, même si les doutes sont inévitables en tant qu’artiste. Je vais continuer à porter mon projet pour le faire vivre le plus intensément et le plus longtemps possible.

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Après l'interview, le 26 février 2015.

31 mars 2015

Camille Saillant : interview pour son premier EP

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« Rêves de gloires perdues et fantômes personnels planent au-dessus des chansons de Camille Saillant. Elle s'y livre, sans pudeur ni mensonges ». J’ai découvert Camilla Saillant parce qu’un ami, Benoît Clerc, lui écrit et compose des chansons. J’ai été charmé par la personnalité (un peu exalté) et le talent de la jeune femme (comédienne et chanteuse). Je suis donc allé la voir aux Trois Baudets le 10 mars dernier et j’ai rarement vu une salle si enthousiaste pour une artiste encore inconnue. Trois jours plus tard, j’ai reçu Camille Saillant à l’agence pour sa première mandorisation.

camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteBiographie officielle :

L’amour, la cocasserie, la douleur, le regret et la volupté sont les événements les plus communs et les plus intimes au monde.
Camille Saillant chante les siens et ils paraissent être de votre vie. À une époque de surenchère artistique, elle trouve ce qu’il y a de mutuel dans la musique : une mélodie, un texte, et une voix qui donnent envie d’être dans la même pièce qu'elle.
On l’écoute comme on peut aller, dans sa mémoire, renouer avec quelques gloires secrètes, nos frasques d’enfant, cet au-revoir qu’on a dit mais qu’on ne pensait pas, et les chemins délaissés du passé qui sont une réserve d’aventure.camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissette

Camille Saillant chante en noir et blanc parce qu’elle raconte les choses qui ne mourront jamais.
Démonstratif et ambigu, bienveillant et un peu vache, son premier EP arrive sur la scène de la chanson française au printemps, quelque part entre les esprits d’Emily Loizeau et de Bashung.
Aux côtés de l’auteur/compositeur Benoît Clerc, accompagnée par le Studio des Variétés, arrangée par Frédéric Féraud et mise en émotion par ses musiciens, elle prépare un premier album. En attendant, son premier EP, est sorti le 10 mars 2015.

Vous pouvez écouter les quatre chansons de l'EP ici!

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camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteInterview :

Comme je n’avais jamais entendu parler de toi, je vais te poser une question un peu brutale : d’où sors-tu ?

Je chante depuis longtemps, mais je me suis surtout occupée de ma vie de comédienne. J’ai été aussi assistante de prod dans l’audiovisuel, journaliste déco… j’ai fait pas mal de choses avant de me lancer dans ce projet. Le chant m’a toujours attiré, mais j’ai mis du temps à me lancer dans la musique.

En te voyant pour la première fois sur scène, aux Trois Baudets, j’ai eu le sentiment de voir en Camille Saillant un personnage, pas une simple chanteuse qui débute. J’ai vu un look et un comportement étudié, contrôlé. Ai-je tort ?

Ah bon ? Ça veut dire que je fais bien mon travail. Le fait d’avoir été comédienne me nourrit aujourd’hui dans cette nouvelle activité. J’ai commencé ce projet en épousant ce que me proposait l’auteur compositeur Benoît Clerc. Ce qu’il me proposait me plaisait, mais je n’ai pas décidé de faire de la chanson française un peu folk. J’aime bien quand Barbara dit : « Je suis une femme qui chante ». Je me sens plus une femme qui chante qu’une chanteuse. J’ai envie de chanter les histoires que je raconte en cherchant la vibration du chant. J’ai beaucoup plus de plaisir à chanter qu’à jouer, en fait.

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As-tu pris des cours de chant ?

J’ai commencé à prendre des cours de chant il y a longtemps, mais de manière assez épisodique, voire même décousue. Tant que je ne me lançais pas réellement, il y avait d’autres projets qui venaient télescoper ce profond désir. Plus le désir est grand pour moi, plus il est effrayant, parce qu’à chaque fois, j’y mets beaucoup de moi-même. Maintenant que je me suis engagée dans cette aventure, je ne sais pas ce qui aboutira, mais je sais que j’irai le plus loin possible. J’y vais à fond et je m’y consacre totalement.

Comment peut-on qualifier ta musique ?

C’est de la chanson française traditionnelle très écrite. Les textes sont vraiment devant, car j’y attache beaucoup d’importance. Cela dit, la direction artistique, de concert en concert, devient de plus en plus rock. Ce n’est pas encore Alain Bashung ou Joseph d’Anvers, mais c’est le chemin que je veux prendre.

Avec la personnalité que tu as, tu devrais écrire avec Benoît et même essayer quelques textes seule, je suis sûr qu’il en sortirait quelque chose d’original.

Au début, j’étais très frileuse sur la question parce qu’il y a beaucoup d’auteurs que j’admire. A ce propos, j’ai un ami que tu connais, Olivier Bas (du Studio des Variétés), qui m’a conseillé, presque ordonné d’écrire mes textes. J’en ai écrit un, « Super », que Benoît a mis en musique. Je suis assez tiraillée parce que j’aime beaucoup les textes de Benoît et, à la fois, je sens que ça va être un enrichissement de chanter mes textes.

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Que représente l’EP qui vient de sortir ?

C’est une étape importante, une carte de visite et un investissement important en énergie.

Et un investissement financier ?

A ce niveau-là, j’ai beaucoup de chance car j’ai un mécène qui a financé l’EP. C’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’amitié. Il m’a toujours suivi et soutenu. 

On peut savoir qui est cet homme ?

Non. Il m’a donné de l’argent de manière discrète et désintéressée, alors je ne vais pas donner son identité. Je l’appelle LC dans les remerciements du disque.

Tu parles beaucoup d’amour dans tes chansons. C’est un sujet universel.

Universel et, finalement, inépuisable. Comme le dit la chanson, les histoires d’amour finissent mal. Souvent en tout cas. Je parle aussi des amours saphiques, l’amour entre deux femmes. C’est un sujet que j’aborderai encore. Je n’ai pas envie de l’épuiser, car c’est un sujet qui me touche particulièrement et qui me concerne.

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Pendant l'interview...

camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteVous êtes nombreux à sortir des EP ou des albums et beaucoup sont talentueux. Sais-tu que tu t’apprêtes à mener un long combat ?

Je le sais parfaitement. Je sais aussi que personne ne m’attend. Je n’ai aucun rendez-vous, pas de bureau, aucun collègue, ni patron. C’est une aventure et tant que je vais au bout d’elle, peu importe le résultat. J’ai une foi en la vie qui est assez forte. Je ne me sens pas meilleure que plein d’artistes que j’écoute, mais je suis certaine que ce projet va aboutir à quelque chose de sérieux. Je n’ai jamais ressenti une telle intensité de réussite avant cela.

Tu me sembles pressée de réussir.

Non, je suis impatiente. Il y a une nuance. Je suis impatiente, mais je suis contente de me mettre des échéances. Je sens une certaine incandescence en moi, ce qui me rend très volontaire. Je ne suis pas pressée parce que je ne veux pas non plus bâcler ce que je fais.

Tu te donnes combien de temps pour vivre de ton projet ?

Je ne me donne pas dix ans.

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"Dès que la sécurité les auront relâchées, elles te donneront un spectacle que tu n'oublieras pas de si tôt! Fougue, insolence et sex appeal au rendez vous."

Le 1er avril, tu es sur scène au forum Léo Ferré à Ivry-sur-Seine avec Pauline Paris et Geneviève Morissette pour « Les filles qui s'affichent ».

C’est une rencontre par l’association « Les beaux esprits ». Garance m’a invité récemment à jouer avec elle, ainsi que Geneviève. Gilles Tcherniak, du Forum Léo Ferré, cherchait un co-plateau un peu décalé et décapant. Il a pensé à nous trois, mais Garance n’était pas libre, donc Geneviève a proposé à Pauline.

Tu espères quoi aujourd’hui ?

J’espère écrire des textes moi-même et qu’ils soient mis en musique. Je souhaite aussi faire un album et que les professionnels le remarquent.

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Après l'interview, le 13 mars 2015.

27 mars 2015

Cali : Interview pour L'âge d'or

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(Photo : Yann Orhan)

C’est déjà le sixième album de Cali et il est l’un des plus brillants, touchants et émouvants de sa production discographique. En tout, treize chansons qui frappent directement au cœur. Le troubadour engagé en appelle à la mémoire de l’auditeur et aux souvenirs de l’enfance qui permettent, selon lui, de mieux conjuguer la vie au présent. L’âge d’or est un album concept élégant, euphorique et énergique sur tous ces âges heureux de nos existences, et sur ce qui au final reste, et parfois manque.

Vous pourrez retrouver Cali en concert à partir du 26 mars et au zénith de Paris le 27 mai dans un nouveau show chargé d’énergie et de passion.

Le 13 mars dernier, j’ai rencontré Cali dans un bureau de sa maison de disque, Sony. Un Cali détendu (plus qu’il ne l’était lors de ma précédente interview pour CD’Aujourd’hui), de très bonne humeur même. Heureux des premiers retours extrêmement positifs et des premiers chiffres de vente de son nouvel album, ce qui n’était pas le cas pour ses deux précédents, La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur (2010) et Vernet-les-Bains (2012).

cali,l'âge d'or,interview,mandorArgumentaire de l’album (en version nettement raccourcie) :

Voilà un album de sève, de sourires, de rocs, de rêve, d’amour qu’on veut sentir couler en soi.

Douze chansons qui frappent tour à tour le cœur, le bonheur, les heures qu’on croyait oubliées dans le grand chapiteau de l’enfance. Un passé conjugué au fil du disque au moment présent.

Le rockeur qu’on connaît si engagé, ce troubadour qui souffle des flammes de liesse sur son public depuis maintenant plus de vingt ans, a chapitré son existence d’un « Age d’or ».
Et c’est vrai : il ouvre ici ses ailes. En mots. En musique. En confidence. Avec une puissance nouvelle : celle d’un homme ébloui par la vie, tirant de son expérience une force et une joie pures.

Ses textes, si intimes, ricochent sur Prévert, Apollinaire ou Brel. Le féminin abonde toujours dans ses mots, mais prend des visages inattendus. C’est racé. Et pourtant d’une brutalité intacte. Comme si les battements de son cœur n’étaient jamais tout à fait apaisés. Son volcan se joue de nous. Et explose de temps à autre.
Cali chante comme il vit, sans mensonge et sans artifice.

L’élégance et l’émotion, égrenées tout au long du disque, naissent aussi d’une fusion : celle du chanteur avec David François Moreau, compositeur de musique de film et de ballet, et réalisateur, musicien et arrangeur de L’Age d’or.

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cali,l'âge d'or,interview,mandorInterview :

Tout le monde dit du bien de cet album…

Je ne sais pas ce qui va se passer pour le disque, mais j’ai déjà le succès d’estime et ça me rend très heureux. Ça m’a rassuré parce que, très honnêtement, je ne savais pas trop où j’allais. On n’est jamais sûr de rien quand on sort un nouveau disque.

Vous avez travaillé avec  David François Moreau, un compositeur venu du cinéma, qui signe la plupart des musiques. Pourquoi l’avoir choisi ?

A la fin de 2013, on a fait le Téléthon avec Bénabar, Patrick Bruel et une jeune chanteuse, Marina Russo. Nous avons chanté ensemble sur une musique de Patrick Bruel. C’était David François Moreau, le frère de Patrick, qui a arrangé la chanson. J’ai trouvé le résultat très performant et classe. Il nous a dirigés vocalement. Sa façon de faire, rigoureuse, douce et intense ma beaucoup plu. Quand j’ai joué ma pièce de théâtre à Paris, il est venu me voir. La petite voix qui s’appelle intuition m’a fait lui demander s’il voulait travailler avec moi. C’est mon sixième album et j’ai toujours su où je voulais aller au niveau de la direction musicale. Là, pour la première fois, j’ai dit à quelqu’un : « tu fais ce que tu veux avec moi ».

Pour la première fois, vous avez donc décidé de ne plus être maître de toutes les situations. C’était risqué ?

Le risque majeur était d’être surpris. La première chanson qu’il a travaillé a été « La vie est une menteuse ». J’ai compris la direction qu’il voulait prendre, j’ai trouvé ça jouissif. Il me montrait ce qu’il voulait faire au fur et à mesure de la création de l’album. Il y avait un côté cinématographique qui me plaisait. Mais, franchement, on ne savait pas la couleur que ce disque allait prendre… Nous sommes très satisfaits parce que je trouve cet album hyper cohérent.

Clip officiel de "La vie quoi!"

Cet album a été écrit au début de l’année 2014. Vous jouiez au théâtre à Paris. Comme vous étiez loin de votre famille et de votre sud, du coup, vous avez écrit une soixantaine de chansons. Vous étiez dans une bulle créative ?

Absolument. Si j’avais écrit ces chansons chez moi, entouré de tous les gens que j’aime, elles auraient été peut-être belles, mais avec moins de lumière. Comme j’étais loin, je me suis créé une lumière personnelle. Pour moi, ce disque est le plus lumineux au sens propre du terme.

C’est un disque lumineux, comme vous venez de le préciser, mais aussi assagit, optimiste et mélancolique.

Si vous parlez de mélancolie, ajoutez mélancolie heureuse. Quant à « assagit », ça me fait marrer. J’ai tellement une image de chien fou que de toute façon, dès que je me calme quelques minutes, on ne peut dire que ça de moi. Est-ce qu’être sage, c’est réaliser qu’il ne faut pas être sage. Dans « Le cœur chargé comme un fusil », on pense que je parle de mon grand-père, mon référent constant, qui a fait partie des Brigade Internationales. Et bien pas du tout. Je parle de moi. A 20 ans, je voulais refaire le monde, on s’est présenté à des élections municipales avec des potes… et puis la vie avance, on s’embourgeoise un peu, on rentre dans le rang et on à tendance à moins dire ce qu’on a dans le ventre. Dans cette chanson, je me dis : « Réveille-toi ! Redeviens l’enfant, celui qui va prendre le couteau rouillé pour se battre, partager la vie et mordre les salauds qui ont fait pleurer leur père ».

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(Photo : Yann Orhan)

Vous me paraissez serein. Mais vraiment. 

Je mène une vie incroyable, j’ai l’impression d’être en permanence en colonie de vacances. Je suis toujours sur la route avec des amis proches, c’est merveilleux, c’est le cirque. Si on m’avait dit que ma vie active serait ça. Quand on me demande ce quel métier je fais, je ne sais pas quoi répondre. Et puis, un bébé est arrivé dans ma vie. C’est mon troisième enfant, je ne peux qu’être serein.

Votre chanson « Je dois te dire ça »… difficile de ne pas être touché.

Je raconte l’histoire d’une copine qui est allé voir un docteur pour un truc anodin. Il lui a annoncé qu’elle était au dernier stade d’un cancer. Aujourd’hui, on sait qu’elle n’est pas condamnée. Quand elle est sortie de chez ce médecin, elle a regardé le ciel, les oiseaux, ses amis, sa voiture… rien n’était pareil. Elle prenait conscience des choses. Moi, j’ai eu conscience de la vie, par sa conscience de la mort. Je me suis mis dans sa peau. Je me suis imaginé un jour rentrer chez moi et devoir annoncer une telle nouvelle à ma famille. Il y a une question sous-jacente dans cette chanson : pourquoi ne pas tout dire aux personnes qu’on aime avant le dernier souffle?

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(Photo : Yann Orhan)

Vous dédiez une chanson à votre fille de deux ans, Popée, et vous chantez avec votre autre fille, Coco, neuf ans.

Coco fait du violoncelle et du piano de manière assidue au conservatoire et elle adore ça. Mais elle me dit toujours qu’elle veut être obstétricienne. Ça me plait parce que cela prouve qu’elle fait de la musique pour de bonnes raisons, pas pour être sous la lumière. Elle fait ça parce que la musique lui apporte de la vie et qu’elle est heureuse de jouer. Je pouvais donc me permettre de m’amuser avec elle. Je suis ravi parce que je pense souvent à Charlotte Gainsbourg. Elle fait une carrière merveilleuse, mais je suis sûr que parfois, elle doit s’arrêter pour écouter la chanson qu’elle chante avec son père « Lemon Incest » et verser quelques larmes. J’imagine que ma fille, un jour, en pensant à son papa disparu, fera pareil.

Elle aime la vie de son chanteur de papa ?

Ça lui plait parce que ça lui permet aussi de vivre des choses. Elle vient parfois avec moi sur la route, elle est copine avec tous mes musiciens, elle rencontre des grands chanteurs connus… Mais surtout, elle voit que papa est heureux. 

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(Photo : Yann Orhan)

Vous chantez Le Grand chemin avec Jimmie O’Neill, leader des mythiques Silencers.

Il faisait partie du quintet magique du rock héroïque, U2, Simple Minds, Waterboys, Silencers, Big Country… Quand j’écoutais ce genre de musique, j’avais l’impression de rentrer dans une cathédrale. Je vois la lumière qui passe à travers les vitraux. Ça fait un bien fou cette lumière qui vient des pays magiques : l’Ecosse, l’Irlande, les pays celtiques… tout cela me fait rêver ! Pour revenir à Jimmie O’Neil, je suis fou de sa poésie et de sa voix. Un jour, il m’appelle pour me prévenir qu’il vient me voir en concert le lendemain à Rennes. Je n’en revenais pas. Je lui ai dit que, dans ce cas, il devra chanter avec moi. On a chanté et toute la nuit, je lui ai posé des questions de fans. J‘ai eu la même réaction qu’avec Coco, je veux graver sa voix avec la mienne. C’était un moment merveilleux de studio.

Vous avez chanté avec tous vos héros musicaux.  Vous vivez un rêve éveillé !

Oui, j’ai chanté dans un de mes albums avec Mike Scott, le chanteur des Waterboys, une chanson qui s’appelle «Pas la guerre ». J’ai aussi chanté avec les Simple Minds et Patti Smith. Quand j’en reparle, je trouve ça fou.  Je dis merci à la vie.

Quand sort un nouvel album, vous êtes dans une période un peu anxieuse ?

Oui. Il y a à la fois la joie et le beau trac. Comme quand on offre un cadeau à quelqu’un. Il le déballe, mais est-ce qu’il va l’apprécier ? Je viens de signer chez Columbia, avec des gens merveilleux qui bossent beaucoup. Pour moi, c’est ultime. C’est Bob Dylan, Léonard Cohen, Bruce Springsteen… ce sont mes héros. Voir le logo Columbia sur ma galette, c’est important pour moi. C’est symbolique et fort pour moi. Je n’ai pas envie que les gens du label soient déçus.  Si le disque se vendait, au moins raisonnablement, ce serait une belle aventure jusqu’au bout.

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Cali et David François Moreau. (Photo Yann Orhan)

Cet album, c’est un peu le changement dans la continuité.

Non, c’est le changement tout court. David François Moreau m’a emmené vers des terrains harmoniques et des instrumentations  vers lesquels je ne serais pas allé spontanément. De plus, il m’a fait chanter différemment.

Avec L’âge d’or, vous renouez vers le succès.

Mon premier album a surpris les gens, il a très bien marché et j’ai eu des critiques dithyrambiques. Si je dois résumer, les trois premiers albums ont cartonné et j’en ai eu deux qui se sont un peu planté… disons qui se sont moins vendus. L’un était un album très rock et l’autre très acoustique, presque piano voix. Là, avec L’âge d’or, j’ai l’impression de récupérer le public qui s’était un peu éloigné.

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Le 13 mars 2015, après l'interview.

22 mars 2015

Cyprès : interview pour Sève

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Prix Georges Moustaki le 26 Février 2015. (Photo Tristan Sébenne www.stristan.com)

J’ai découvert Cyprès lors d’une écoute à l’occasion de la sélection des demi-finalistes du Prix Georges Moustaki 2015. Tiens ! Un artiste qui sort du lot. Une voix, des compositions et des textes stupéfiants de beauté. En tout cas, qui m’ont touché au plus haut point. « Entre la tendresse de Raphael et la rage de Damien Saez » précise le magazine Francofans.  Pas faux.

De ses textes poétiques subtilement engagés se dégage une ironie raffinée. Rare.

Le 6 mars dernier, Cyprès est venu à l’agence pour sa première mandorisation (qui ne sera certainement pas sa dernière). Thierry Cadet, le co-fondateur du Prix Georges Moustaki (avec Matthias Vincenot), nous a rejoint à l’issue de l’entretien, afin d’enregistrer une session acoustique et une interview dans notre belle cour pour son site musical HorScène.

(Merci pour les photos à l'agence et dans la cour de l'agence au manager de Cyprès, Boris Gasiorowski).

Cyprès-500x497.jpegBiographie officielle :

Né en banlieue parisienne en 1989, Cyprès quitte assez tôt l'école pour suivre une voie qui lui ressemble : la musique et l'écriture. Autodidacte, il se met à lire et se procure une guitare pour accompagner les quelques premiers jets qu'il écrit alors. Convaincu de son choix et déterminé à faire valoir sa vocation au monde, il commence à monter sur scène et n'a jamais cessé depuis de se produire en public.

Monté à Paris en 2012, il joue dans le métro pour remplir l'assiette et tourne régulièrement dans les cafés/concerts de Ménilmontant notamment. Rejoint par d'excellents musiciens, il forme un trio où le violon et la percussion viennent soutenir sa guitare et sa voix.
Aujourd'hui, il est l'auteur d'une soixantaine de chansons, dont une dizaine se trouve enregistrée sur un premier album, Sève. Il termine aussi son premier recueil de poésie, Épistolaire qui sortira bientôt à disposition du public.

Autrement, Cyprès soutient depuis toujours l'écologie responsable, la conscience planétaire et milite à sa façon contre les excès égoïstes et les comportements irrespectueux de la collectivité.

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Prix Georges Moustaki le 26 Février 2015. (Photo Tristan Sébenne www.stristan.com)

8_françois.jpgInterview :

Tout a commencé à l’âge de 14 ans, quand ton père t’a acheté ta première guitare.

Avant ce moment, je commençais une activité extrascolaire, puis six mois après j’arrêtais. Un jour, j’ai vu Bob Dylan à la télé et j’ai décrété à mes parents que je voulais faire de la guitare.  Mon père était très sceptique, mais j’ai réussi à le convaincre. Comme il croyait que j’allais arrêter vite fait, il m’a acheté une guitare toute pourrie. J’ai pris des cours pendant un mois et, effectivement, j’ai arrêté. La guitare est restée au placard pendant un an. Un jour, un voisin qui jouait superbement de cet instrument m’a montré quelques accords. J’ai ressorti ma guitare et, avec les accords qu’il m’avait appris, je me suis mis à travailler tout seul. Je suis assez autodidacte.

Et très vite, tu as arrêté l’école.

J’ai arrêté l’école non pas pour faire de la musique, mais vraiment pour arrêter l’école. Je ne m’y sentais pas bien. Je me suis mis à lire frénétiquement. Quand on me demandait de lire à l’école, ça m’ennuyait terriblement, mais en dehors, ça m’a passionné. Je choisissais les ouvrages que je souhaitais. Parallèlement, j’ai continué à jouer de la guitare puis, un peu plus tard, à écrire des chansons.  En anglais d’abord.  A 15 ans, je rêvais d’une carrière internationale, mais bon… je n’avais pas encore convaincu le quartier dans lequel je vivais (rires). Et puis, au bout de deux ans,  j’ai constaté que j’avais plus de vocabulaire en français qu’en anglais. J’ai donc abandonné cette langue au profit de la mienne. 

Et certains artistes français ont dû t’inciter à penser que cette langue n’était pas si mal pour exprimer de belles choses.

Oui, des artistes tels que Barbara, Maxime Le Forestier,  Georges Brassens, Charles Aznavour en font partie. J’étais très curieux. J’écoutais beaucoup des radios comme Nostalgie, RFM et Chérie FM. Ils diffusaient pas mal de français et j’absorbais tout.

Tu ne t’es pas tourné vers la musique commerciale pour autant.

Non, je me suis tourné vers une exigence textuelle personnelle. A force de lire, de beaucoup travailler, je suis arrivé à écrire des textes que j’espère honorables.

"A jamais", lors du Prix Georges Moustaki, le 26 février 2015, capté pat Watcha Prod.

Comment procèdes-tu pour écrire une chanson ?cyprès,sève,prix georges moustaki,interview,mandor

Je compose d’abord la musique, j’écoute et elle me dit de quoi ça parle. Il faut que la couleur du texte corresponde à la chaleur de la musique. La chanson est un art très compliqué. Chaque note aspire à un certain adjectif. Cela dit, je ne veux pas que mes chansons paraissent intellectuelles. Une chanson comme « C’est un pays » devait être reçue, perçue immédiatement. D’une chanson à l’autre, je garde ma « patte », mais j’essaie d’écrire différemment.

La création, c’est mystérieux ?

Il y a un « au-dessus », quelque chose d’extrahumain qui est source inspiratrice et qui distribue la magie entre nous, l’air que l’on respire, le feeling entre les gens, les ressentis et l’émotion. Je passe ma vie à défendre l’émotion. Pour moi c’est une quête qui ne s’achèvera jamais. Un jour, une dame d’un certain âge m’a dit : « j’aime les musiciens, car ils sont les gardiens du monde qui ne se voit pas ». C’est exactement ce que je ressens. Un jour, j’ai écrit un texte sorti de je ne sais où en dix minutes. J’ai vraiment eu l’impression qu’il m’avait été donné.

"Paris sous les eaux" (Paroles et musique : Cyprès) capté par Thierry Cadet pour HorScène, dans la cour de l'agence, le 26 février 2015.

10_françois.jpgTe considères-tu comme un chanteur engagé ?

Oui, un peu. Par exemple, une chanson comme « Capitaliste » est clairement engagée. Elle est volontairement un peu naïve parce que je voulais qu’elle soit reçue et comprise immédiatement. Et puis, il y a un peu de naïveté chez les gens qui subissent le capitaliste. Ils sont bons et ne voient pas qu’ils se font exploiter. Le profit pour eux, c’est de profiter les uns des autres, mais d’une belle façon. Leur naïveté est tout à leur honneur.

Tu évoques la solitude dans l’émouvante chanson « Le silence des frères ».

J’ai pris l’exemple d’un SDF (Silence Des Frères), mais il s’agit effectivement de la solitude dans son ensemble. Quand je joue cette chanson sur scène, je t’assure qu’à la fin j’ai des spasmes musculaires. Cette chanson me prend aux tripes et me fait entrer en transe. Ça tient presque du spirituel.

La scène, c’est ce qu’il y a de meilleur dans ta vie d’artiste ?

Indiscutablement. Je vais même jusqu’à te dire que j’aurais aimé que le CD n’existe pas. Si les moyens d’écouter de la musique n’existaient pas, on aurait encore cet amour pour les bardes, pour les gardiens de la musique. Je me considère comme tel.

Je suis sûr que tu regrettes d’être né à notre époque.

Tu as raison. En fait, je suis né en 1830 et on m’a téléporté à cette époque. Je me dis : « mais où suis-je et que se passe-t-il ? (rire).  

"C'est un pays", lors du Prix Georges Moustaki, le 26 février 2015, capté pat Watcha Prod.

Dans une précédente vie, tu as sans doute été un barde, un ménestrel ou un troubadour. Te poses-tu la question ?

On ne nait pas ex nihilo. On ne sort pas tout neuf d’un œuf et vierge de tout. Je suis persuadé que nous avons tous eu des vies antérieures.

Un artiste doit-il faire bouger les consciences ?

C’est mon idée. La musique qui ne fait pas réfléchir sert à faire danser, à faire des choses plus primaires et notamment à divertir.

Mais c’est bien aussi de divertir, non ?

C’est excellent et honorable. Mais, moi, en dehors de la musique, j’écris des discours et, quelque part, j’ai sans doute une vocation politique. Je pense que la musique doit faire passer un message et faire bouger quelques consciences.

Pourquoi ne pas faire de la politique politicienne ?

Il y a quelque chose d’aseptisé et de corrompu dans la politique telle qu’elle se pratique aujourd’hui. Dans mon esprit, je suis trop libre pour que l’on puisse me ranger dans un carcan. Dans la chanson, mine de rien, on peut glisser des messages subtilement. Je suis persuadé que beaucoup d’artistes sont des politiciens.

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Pendant la session acoustique pour HorScène par Thierry Cadet.

Pourquoi fais-tu ce métier ?

Parce que je n’ai pas le choix. Spirituellement, j’ai été appelé… enfin, c’est peut-être un peu exagéré de dire les choses comme ça. C’est en tout cas une quête, une croisade.

Quand on partait en croisade, il y avait un but.

Mon but à moi, c’est de relever le niveau de la chanson française actuelle qui est en perdition, à l’agonie… elle tousse.

Lorsque je vais retranscrire tes propos, tout le monde va considérer que tu es prétentieux ?

Ce n’est pas grave. Les gens pensent ce qu’ils veulent, je suis là pour être honnête. Personne ne peut nier qu’il y a une majorité de chansons commerciales qui ont un niveau linguistique bas, voire particulièrement médiocre. C’est une vraie catastrophe. Quand les jeunes écoutent ce genre de chansons, ça ne leur donne pas envie d’aller plus loin. Est-ce prétentieux de vouloir proposer de beaux textes ? Je veux juste être l’étendard d’une chanson française mieux écrite.

Il y a beaucoup d’artistes qui savent écrire. Ce ne sont pas forcément les plus connus, mais j’en connais beaucoup.

Oui, je sais qu’il y en a. Alors, disons que je veux faire partie de cette catégorie d’artistes qui élèvent le niveau. Mais ont-ils la volonté de se battre pour ce combat ? Moi oui. Je pars en croisade, je mourrai peut-être en chemin.

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Avec Cyprès et Thierry Cadet après l'interview et la session acoustique, le 6 mars 2015.

21 mars 2015

Zebra : interview pour Mambopunk

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(Photo : Christophe Crénel)

Je connaissais le Zebra DJ, mais pas vraiment le Zebra chanteur. Et c’est une très belle surprise ! Il sort un disque de rock. Même sacrément rock. Mambopunk est le son et le nom de son nouvel album, il n'a pas été choisi par hasard. « Une marque zébrée, des rythmes nerveux et chaloupés, sévèrement cuivrés. Des textes écrits au fouet, des mots qui sentent le sang chaud » explique-t-il. Dans cet album, on sent qu’il n’ose pas encore assumer son côté « chanteur français à texte » alors qu’il en prend la direction. J’attends le prochain avec impatience.

Le 24 février 2015, j’ai reçu Zebra à l’agence parce que cet artiste provoque en moi beaucoup de curiosité.

Qui est Zebra ? (Selon la version officielle de son site).
Zebra est musicien-compositeur-interprète, DJ et réalisateur en radio, et producteur pour son label Zebramix. C’est sous le nom de DJ Zebra qu’il est essentiellement reconnu comme un des piliers du mouvement bootleg / mashup.
Son parcours, mené sans concessions et avec beaucoup de passion, l’a imposé comme un acteur majeur du paysage musical rock en France. Son énergie scénique et sa capacité à se renouveler sans cesse ont fait de lui une sorte d’OVNI que « plus rien n’arrête ».

pic_zebra-mambopunk-2.jpgQue fait Zebra ?
Après 10 ans à fabriquer plus de 500 bootlegs et tourner en tant que DJ, Zebra est redevenu chanteur-guitariste. Il applique désormais son savoir-faire de metteur-en-son en réalisant et produisant ses propres compositions originales. Son nouvel album Mambopunk vient se sortir, dans lequel il s’affirme aussi comme auteur de chansons à textes. Ce virage avait déjà été amorcé avec Zebra & Bagad Karaez, dont l’album sorti en 2012 a remporté le Grand Prix du Disque du Télégramme, tout comme avec ses musiques originales de films (sorties sur les albums Bubbles et Samsara en 2011) et Rock n’ Soul Radio (2010).

Dans les années 90, Zebra fut chanteur et musicien avec Billy Ze Kick & Les Gamins en Folie, Demain Les Poulpes et Les Raggamins, avec lequels il enregistra 5 albums et tourna entre 1993 et 1998.

Zebra-header.jpg

DSC09978.JPGInterview :

Tout le monde te connait pour tes activités de DJ. Ça ne t’embête pas que l’on te présente le plus souvent sous cet aspect-là de ta vie, alors que tu en as plusieurs ?

Quand j’étais DJ Zebra, on disait toujours ex-Billy Ze Kick, maintenant on dit Zebra, ex-DJ Zebra. Les générations évoluent. Il y en a qui m’ont connu il y a vingt ans, quand j’étais à Rennes et que je m’adonnais à des activités musicales et radiophoniques. Certains me connaissaient uniquement en tant que DJ, d’autres découvrent seulement maintenant ce que je fais… rien ne me gêne. J’évolue avec mon temps, je veux juste qu’on ne m’installe pas dans une case.

Dans cet album, Mambopunk, tu ironises pas mal sur tes différentes fonctions. Dans la reprise de Miossec, « Chanson sympathique », tu chantes « ce n’est pas parce que tu es DJ que tu dois te mettre à chanter ».

Cette phrase n’existe pas dans la chanson originale, mais j’ai voulu l’adapter à ma personne. J’ai souhaité reprendre cette chanson parce qu’elle exprimait mieux qu’avec mes mots ce que j’avais envie de dire aux gens qui me décourageaient de changer de voie. Dans mes amis proches, il y en a qui me disaient qu’il ne fallait pas que j’aille vers la chanson, parce que j’avais ma réputation en tant que DJ. Ceux qui avaient des œillères me sortaient des phrases comme « ce n’est pas parce que tu es un bon boulanger que tu dois te mettre à faire de la pâtisserie ! » Il y avait ce côté « reste dans ta case et n’en sors pas ! » Mais au fond, je règle aussi mes comptes avec moi-même dans cette chanson.

C’est ça qui est bien dans ce disque, il y a autant d’ironie sur les autres que sur toi-même.photo Fabrice et christophe crénel.jpg

Je n’ai jamais eu de problème avec la moquerie. J’accepte parfaitement que l’on se moque de moi. Du coup, parfois, je prends même les devants, je m’autodérisionne (rire). Dans la chanson « Tu chantes comme une petite pute », je parle un peu de moi.

D’ailleurs, elle est violente cette chanson !

J’ai commencé à écrire la chanson en regardant Cyril Hanouna à la télé. Je le voyais faire sa danse des sardines et je me disais « quelle petite pute celui-là ! » Ca m’a donné envie de faire une chanson sur lui, mais je trouvais ça trop méchant et finalement pas très intéressant. Quand j’ai commencé à faire les maquettes des chansons, je me suis mis à interpréter la chanson « J’étais un voleur » avec une voix très haute. En m’écoutant, je me suis dit, là encore, que je chantais comme une petite pute. A ce moment, je me suis souvenu de la chanson d’Hanouna et j’ai mélangé mon autocritique avec ce que j’avais envie de dire sur la télé. J’ai voulu faire une chanson drôle et moqueuse en m’inspirant de moi aussi.

Clip de "Du sang sur les murs" (A. Minne / A. Minne) extrait du nouvel album "Mambopunk", sorti le 2 Février 2015 (Zebramix / Musicast).

zebra.jpgC’est le quatrième album solo dans lequel tu chantes, mais j’ai l’impression que c’est celui dans lequel tu trouves ta voix de chanteur.

Tu dis ça parce que je suis sans artifice. Je commence à prendre confiance en ma voix et surtout en mon écriture. Ça va de pair. Quand j’aime ce que je chante, je chante mieux.

Comme tu as beaucoup d’activités, as-tu pris du temps à te considérer comme unchanteur ?

J’ai toujours aimé chanter, mais jusqu’à présent, j’étais plus dans la rigolade. Avec cet album-là, c’est beaucoup plus clair. Je commence à comprendre ce que veut dire chanter. Mais chanteur  peut être compris comme vocaliste. Dans la musique, les chanteurs trop techniques ne m’intéressent pas. J’aime les voix éraillées, les voix qui cherchent quelque chose de particulier, qui jouent avec leur timbre. C’est pour cette raison que j’adore Miossec. Il est toujours juste dans son intention quand il balance les mots. C’est ce que j’ai travaillé dans Mambopunk.

J’ai noté quelques références au groupe Téléphone.

Téléphone, pour moi, c’est la référence absolue. Quand on veut expliquer ce qu’est le rock français, on prend comme référence ultime les deux premiers albums de Téléphone, Téléphone et Crache ton venin. Il y a toute l’urgence d’une jeunesse française. Moi, j’ai 43 ans, j’ai envie de dire aux gens de ma génération : « Ok ! On ne se laisse pas abattre, je chante des chansons pour vous, pour exprimer ce que vous ressentez ! » Mambopunk est vraiment un album pour les gens de mon âge. J’ai encore vingt ans dans ma tête, mais en même temps, je n’écrirais pas comme ça si j’avais vingt ans. Je trouve bien d’être en relation avec son époque, quels que soient sa génération et son âge. 

Clip de "Peau de zèbre" (A. Minne / A. Minne - arr. S. Montigny) extrait du nouvel album "Mambopunk", sorti le 2 Février 2015 (Zebramix / Musicast).images.jpg

Dans toutes tes chansons, il y a un peu de provocation.

Je fais très attention aux choix des mots. Chaque mot à un sens et peut être en relation avec une histoire de ma vie et de mon expérience. J’ai aussi envie de bousculer. Il y a beaucoup de grossièretés, j’adore ça. Mes idoles, Gainsbourg et Dutronc, maniaient cela à la perfection.

On parle de toi comme quelqu’un d’irrévérencieux, de « sale gosse ». Tu aimes que l’on parle de toi ainsi ?

Oui, beaucoup. J’ai toujours été ainsi et j’ai toujours aimé l’illégitimité d’une présence en général. J’aime bien ce côté « qu’est-ce qu’il fout là ? » Quand je suis arrivé dans le milieu des DJ, c’est une question que beaucoup se sont posés. Pareil dans la chanson. Il y a toujours ce côté « on frôle l’accident ». J’aime la prise de risque totale.

Tu es très paradoxal. Tu as fait un album avec de la musique bretonne, ZEBRA & BAGAD KARAE, alors que tu détestes ça.

J’ai horreur de la musique celtique et de la musique traditionnelle bretonne. Ça ne parle pas du tout, par contre le son du bagad m’intéresse au plus haut point  Il y a une vibration et une énergie qui me plaisent beaucoup, donc j’ai voulu en faire quelque chose d’autre. C’est pareil pour la chanson française. Ce n’est pas ce qui me nourrit. C’est le rock américain qui est ma passion musicale. Le côté rythm and blues garage est ce que je préfère. Dans Mambopunk, j’ai voulu mélanger la chanson française avec le rock américain.

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(Photo : Bertrand Basset)

1781770_665188823522705_342218510_o.jpgÇa rappelle beaucoup le rock alternatif des années 80.

Par extension, on en arrive à des groupes comme Les Négresse Vertes, Ludwig Von 88 ou les Rita Misouko. Quand cette musique est arrivée, je me suis dit que je comprenais tout. C’est amusant parce qu’à cette époque-là il n’y avait quasiment pas de groupe qui chantait en anglais. Il faut absolument prendre conscience que quand on veut faire une musique populaire de qualité en France, la première chose à faire, c’est de s’adresser au peuple. Chanter en français, c’est la base.

Vois-tu un lien entre les productions DJ Zebra et Zebra le chanteur ?

C’est une suite. J’ai la même énergie et la même volonté à mélanger les choses.

Les critiques que j’ai lus sur Mambopunk sont dithyrambiques.

Je n’en ai lu que deux qui sont moyennes, mais je ne me suis pas encore trop fait défoncer. Sans rire, je suis ravi de l’accueil que me font les journalistes musicaux. Ça m’intéressent de voir où on situe ce disque et comment il est compris.

Si on met ton disque en fond musical, on pourrait se dire qu’il n’est que festif et léger.

Je ne l’ai pas conçu ainsi en tout cas. Ce serait plutôt un festif grinçant. Bien sûr, ce n’est pas Tata Yoyo… même si j’adore Annie Cordy (rires). Honnêtement, j’aime bien la vraie gaudriole. J’aime bien Carlos et tutti quanti, parce que j’ai grandi avec des chansons comme ça. Mon père écoutait Enrico Macias à la maison. Non, vraiment j’aime cet esprit festif, mais ce n’est pas ce que je fais. Je fais de la musique sauvage. Ma pochette pose d’ailleurs le climat de l’album.

Rennes 26 février 2015  photo Bertrand basset.jpg

(Photo : Bertrand Basset)

En écoutant certaines des chansons de ce disque, je me suis demandé si tu ne te dirigeais photo.jpgpas vers un répertoire plus chanson française « classique ».

Tu as tout à fait raison. Depuis la sortie de cet album, j’ai composé déjà neuf chansons et il s’en dégage que ce sera très chanson. Ce sera plus posé, plus épuré, avec des textes plus profonds.

Tu te diriges graduellement dans cette chanson française.

Oui, parce que je n’étais pas sûr d’y aller et, comme je te l’expliquais tout à l’heure, beaucoup m’y ont découragé. Je sais que cet album ne va pas être un succès discographique. On va le regarder de loin. J’espère juste que le prochain sera plus compris, que les gens comprendront ma démarche et qu’ils se diront que ça vaut le coup d’écouter. Mambopunk est un album de transition. C’est une amorce d’un vrai cheminement qui va me conduire vers la chanson d’histoire.

Dans « J’étais un voleur », tu ne t’épargnes pas non plus. Tu chantes : « je ne te l’ai jamais caché, j’étais un voleur, un maniaque du sampleur… »

J’habite en bas de la SACEM à Neuilly-sur-Seine depuis quinze ans. Je me disais que c’était marrant que le plus grand pirate des droits d’auteur en France habite en bas de chez eux (rires). Je dis ça, mais j’ai toujours déclaré toutes les œuvres que j’ai utilisés en radio. J’ai toujours été très correct avec les droits d’auteur, mais on a toujours considéré que je faisais ma carrière en volant la musique des autres. « J’étais un voleur » est donc pour moi une vraie plaidoirie. Sur l’album Mambopunk, je te signale qu’il y a aussi plein de vols.

Lesquels ?

Toutes les batteries, ce sont des samples. Je ne peux pas m’empêcher de voler (rires).

Mais c’est bien que la SACEM existe, quand même !

Oui. Justement, aujourd’hui, je me bats pour le respect des droits d’auteur en France parce que la commission européenne veut uniformiser ça avec les droits dans les autres pays. Avec le chute des subventions et l’arrêt de centaines de festivals, heureusement qu’il reste les droits d’auteur. Mais moi, je dis qu’il ne faut pas empêcher non plus la création transformative.

Sur scène, tu as un côté exhibitionniste. Et sur ce disque ?

Je ne suis pas exhibitionniste dans mes émotions. Je ne suis pas un émotif. Par exemple, quand je monte sur scène, je n’ai jamais le trac. On aime bien connaître la part d’ombre chez les artistes. Moi, je ne l’ai laissé passer qu’une fois, sur le précédent album ZEBRA & BAGAD KARAE. J’avais interprété une chanson sombre et mélancolique et je trouvais que ça ne m’allait pas. Mon exhibition est plus dans la gaudriole et dans l’attitude. Mambopunk est plus un album de quelqu’un qui montre sa bite que de quelqu’un qui pleure.

zebra-mambo-punk-543k.jpg

zebra.jpegIl n’y a pas beaucoup de chansons d’amour dans cet album.

C’est un album un peu autocentré, un album d’amour envers moi-même (rires).

Tu es un narcissique assumé ?

Complètement. J’aime bien me regarder, j’aime bien m’écouter, j’aime bien raconter ma vie.

Es-tu quelqu’un de tolérant ?

C’est marrant que tu me poses cette question parce qu’hier soir, j’ai écrit une chanson qui s’appelle « L’avocat du diable ». J’y explique que j’aime bien essayer de comprendre les idées opposée aux miennes, pour mieux les détourner. J’aime bien parfois foncer dans le tas. J’ai un côté «  vous pensez que j’aime quelque chose, en fait non, je déteste tellement que je chante d’une façon qui parait appropriée à mes idées ». Ça peut te paraître confus, mais je suis quelqu’un de très paradoxal (rires). D’ailleurs, je me suis aperçu que dans mes chansons, je parlais souvent de paradoxes.

C’est vrai qu’en t’écoutant, c’est difficile de savoir qui tu es.

Parce que je ne le sais pas moi-même. Un jour, une journaliste m’a dit que je manquais clairement d’identité. Elle avait raison sur un certain point. Je suis assez client de nouvelles idées. J’aime bien affirmer des choses très radicales pour qu’on essaie de me prouver que j’ai tort. Après, je fais un juste milieu.

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Après l'interview, le 24 février 2015.

13 mars 2015

Vincent Niclo : Interview pour Ce que je suis

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(Photo : Cyrille Georges Jerusalmi)

Vincent Niclo cartonne avec son nouvel album Ce Que Je Suis, déjà disque de platine avec plus de 150 000 exemplaires vendus. Il poursuit sa tournée à travers la France et vous pourrez de nouveau le retrouver à Paris le 24 Avril au Théâtre du Châtelet (complet), après déjà 3 dates à l’Olympia.

Je ne suis pas très amateur du répertoire du jeune homme, mais son talent est indéniable. Il devient un incontournable chanteur de variété... et il est là pour longtemps.

Le 26 janvier dernier, je suis allé à sa rencontre dans une suite d’un hôtel parisien. Dès la poignée de main, le charismatique Vincent Niclo dégage une sympathie naturelle immédiate. J’ai tenté de gratter un peu pour tenter de savoir qui se cache derrière l’homme qu’il se plait à montrer au public, d’obtenir autre chose que ce qu’il livre habituellement. C’était un peu mission impossible, mais j’ai fait ce que j’ai pu…

vincent niclo,ce que je suis,interview,mandorBiographie officielle :

Il y a eu le triomphe d’Opéra Rouge, sorti en 2012 et rapidement certifié Triple Disque de Platine. Paru en septembre 2013 à l’occasion du centenaire de la naissance de Luis Mariano, le projet Luis a suivi un chemin jalonné de succès lui aussi, devenant Double Disque de Platine.
Vincent Niclo a également prêté sa voix à des spectacles aussi populaires que Robin des Bois, La Belle & La Bête ou Les Parapluies de Cherbourg aux côtés de Natalie Dessay et du Maestro Michel Legrand. Il y a eu aussi les deux volumes de la collection Forever Gentlemen.

Artiste aussi complet que comblé, Vincent Niclo ajoute aujourd’hui une nouvelle corde à son arcvincent niclo,ce que je suis,interview,mandor avec Ce que je suis, un disque de chansons inédites déja disque de platine. Véritable biopic musical en forme d’autobiographie sans filtre.

Vincent Niclo signe la moitié des textes et des compositions de ce disque poignant, aussi à l’aise dans le répertoire classique que dans les couleurs d’une variété noble. Ce que je suis parvient à fusionner avec élégance pop et opéra.

Très personnel, l’album constitue aussi un moyen de rendre hommage aux grandes figures qui ont bercé l’interprète. Des pointures comme Serge Lama, Lionel Florence, Pascal Obispo, Romano Musumarra ou Davide Esposito figurent ainsi au générique de Ce que je suis.

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(Photo : Matthew Brookes)

vincent niclo,ce que je suis,interview,mandorInterview :

Puisque vous avez contribué aux textes et aux musiques, peut-on affirmer que c’est l’album qui vous ressemble le plus ?

Oui. C’est pour ça que je l’ai appelé Ce que je suis. Je me suis livré un peu plus. J’avais envie de parler de sujet qui m’interpellait et de m’investir un peu plus en tant qu’auteur compositeur. J’ai proposé mes différentes influences, entre la pop, l’opéra et l’electro.

Et vous avez de belles collaborations.

Elles n’étaient pas prévues au départ, mais au fil des rencontres et de la vie, certaines personnes ont souhaité participer à ce disque. J’ai la chance d’être très exposé depuis deux ans, cela m’a permis de rencontrer des artistes qui m’ont donné envie de faire ce métier. Des grandes pointures sont venues me proposer des choses.

Serge Lama par exemple ?

J’étais plus qu’honoré. Ça a même été un choc. J’admire l’artiste, le chanteur, l’auteur et l’homme. On s’est croisé lors d’une télé et il m’a annoncé qu’il aimerait bien écrire pour moi. On a fait des duos pour la télé, il m’a invité à diner chez lui… et un jour, il m’a offert deux textes, « Jusqu’à l’ivresse » et « L’amour est enfant de poème ». C’est troublant d’avoir un cadeau d’un tel artiste. Il a visé juste. Depuis, nous avons remarqué que nous avions des concordances dans nos vies respectives. Il aurait pu écrire ces deux chansons pour lui. Serge Lama est très sensitif, il sait cerner les gens. Il a détecté des choses sur moi que peu de gens ont détecté jusqu’à présent.

Clip de "Jusqu'à l'ivresse".

Avez-vous pris des risques sur ce disque ?

Pour moi, c’était un challenge d’enregistrer un album de chansons inédites, ce qui n’était pas le cas sur les deux précédents. J’avais peur parce que je savais que le public me suivait sur des reprises, mais je n’étais pas sûr qu’il soit encore là pour un disque plus personnel. Et bien si. Ouf !

Vous ne chantez pas de la même façon sur cet album. Vous avez parfois votre voix de ténor, parfois, vous l’atténuez.

C’était une volonté de ma part. Je ne voulais pas envoyer ce que je suis capable d’envoyer dans toutes les chansons. Je suis allé parfois dans la mesure, l’intimité et l’émotion, certaines chansons l’exigeaient. Cet album est très cohérent par rapport à ce que j’ai fait avant. Je n’ai opéré un tournant à 180°. Je suis resté dans ce que j’aime.

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(Photo : Cyrille Georges Jerusalmi)

Parmi les auteurs, il y a par exemple le défunt Eddy Marnay qui a écrit les premiers tubes de Céline Dion.

Le texte d’Eddy Marnay me parlait beaucoup. Je voulais faire un clin d’œil à la grande carrière de ce grand monsieur de la chanson. Je voulais aussi faire un clin d’œil au côté célinedionesque de ma vie. Céline Dion est très importante dans ma vie pour toutes sortes de raisons. Elle m’a permis de faire de nombreuses premières parties de ses shows. Elle a boosté ma carrière. C’est ma marraine de métier.

Le compositeur Romano Musumarra vous a écrit une musique. C’est un honneur ?

Oh que oui ! Je suis fan, archi fan. C’est quelqu’un qui a le sens de la mélodie imparable et qui traverse les époques sans jamais être démodé. Je rêvais de travailler avec lui.

Clip de "Divino".

Les choses sont plus faciles pour vous aujourd’hui. Vous pouvez travailler avec qui vous voulez.

La lumière qu’il y a sur moi en ce moment m’a ouvert toutes les portes. J’arrive à collaborer avec des stars qui m’ont fait rêver. Le succès, je l’apprécie principalement pour cela. Le succès est éphémère. Il va et vient. Il ne faut pas se reposer là-dessus. Pour le moment j’en profite pour accéder à ce en quoi j’ai rêvé. C’est un grand luxe.

Cela fait longtemps que vous chantez. Vous avez eu plein de « périodes musicales » avant d’arriver au succès.

Depuis deux, j’ai complètement explosé, mais il faut savoir que je chante depuis toujours J’ai fait de nombreux spectacles, des comédies musicales, de l’opéra… je ne me suis jamais arrêté de chanter. Aujourd’hui, je suis dans la lumière, mais mon parcours de vie a fait que j’ai acquis des armes qui m’ont permis d’arriver là où je suis.

Pour vous réussir, c’est quoi ?

Ca ne s’explique pas en termes de notoriété. Réussir, c’est arriver à faire de sa passion sa vie. Je dis toujours que j’aurais chanté dans le métro comme à Bercy. Je suis né pour chanter. Je ne courrais pas après ça, parce que si l’on court après ça, on se plante complètement. Il faut avoir l’envie de chanter comme une valeur intrinsèque. C’est quelque chose qui est au fond de soi. Les deux premières phrases de « Jusqu’à l’ivresse » sont très symboliques de ma vie, c’est même une philosophie de vie : « Il faut choisir son chemin, savoir pourquoi on est fait ». Il faut suivre son destin. Il suffit de trouver ce pourquoi on est fait… et se laisser aller.

Ne jamais tricher ?

Ne jamais tricher et surtout beaucoup travailler. Attention, ce n’est pas tout cuit. J’ai des années de travail. Si j’ai cette voix, c’est que je l’ai beaucoup travaillé.

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(Photo : Matthew Brookes)

Il y a d’autres beaux garçons qui chantent bien. En quoi faites-vous la différence ?

Je ne sais pas. Il n’y a pas de recette. Ce que je peux retenir de mon parcours, c’est que j’ai toujours fait mes choix artistiques pas du tout par rapport à un pseudo marketing. Je n’ai jamais été tactique. J’ai toujours tout fait parce que j’ai eu envie de le faire. Il faut être très sincère et mettre ses tripes sur la table. Sur un disque, chaque chanson que l’on chante, même si ce n’est pas la sienne, il faut essayer de lui donner une vie. C’est ce que j’essaie de faire.

Vous avez une côte de sympathie de la part du public, mais aussi de la part des artistes. Tout le monde vous aime bien et vous trouve sympathique.

Ce succès ne m’a pas changé. Il m’a même donné beaucoup plus de stabilité et de sérénité. Je me sens bien dans mes baskets et je vis la vie que j’ai toujours rêver de vivre. Mais, j’ai mon petit caractère attention !

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Pendant l'interview...

La musique, ça sert à quoi selon vous ?

A distraire les gens et les rendre heureux. C’est ma mission.

Une mission ?

C’est ce que je pense depuis tout petit. Je suis fait pour chanter afin de divertir les gens. C’est une démarche très personnelle et égoïste. Au départ, c’est quelque chose qui me rend heureux. C’est une façon à moi de décoller, d’être dans ma bulle… et quand on s’aperçoit que l’on fait du bien à ceux qui nous écoutent, alors c’est formidable. Il y a un vrai retour des choses. Je me sens utile sur Terre.

Vous semblez bien supporter le succès considérable que vous avez.

J’ai beaucoup de recul face à ce phénomène. Je suis acteur/spectateur de ce qui m’arrive. Le jour où je vais perdre ça, c’est que je me serai perdu moi-même. Si on n’a plus d’émerveillement, si on devient blasé, c’est fini. Moi, je veux rester le petit gosse qui rêvait dans sa chambre. Je ne veux pas partir en vrille.

Le matin, quand vous vous réveillez, vous pincez-vous pour savoir si tout cela est vrai ?

Je n’en ai pas besoin. Je vis dans une réalité. Ce qui m’arrive est très fort, mais je suis parfaitement conscient de ce qui m’arrive.

Quand tout va bien, il y a beaucoup d’artistes qui craignent que cela s’arrête.

J’en fais partie. C’est normal, mais c’est comme dans n’importe quelle vie. Je me demande parfois ce qui va me tomber dessus après tous les moments formidables que je vis. En tout cas, pour le moment, j’en profite.

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Après l'interview, le 26 janvier 2015.

09 mars 2015

Joseph d'Anvers : interview pour Les matins blancs

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Joseph d’Anvers sera demain (10 mars 2015) au Café de la Danse… Il était temps de publier sa récente interview…

Joseph d’Anvers est séparé de son label après trois disques. Il autoproduit aujourd’hui son quatrième album, Les Matins blancs, grâce notamment à la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank. Ce nouvel opus, composé essentiellement de chansons d’amour, de rupture, révèle une pop élégante, où s’invitent des "frères d’armes", tels Miossec, Dominique A ou Lescop. Avec ce quatrième volet, le chanteur s’inscrit définitivement dans cet héritage.

En résultent alors quatorze textes finement arrangés, d’une élégante facture pop-rock matinée d’arrangements de cordes.

Le 10 février dernier, Joseph d’Anvers est venu à l’agence pour sa deuxième mandorisation (voir la première ).

joseph d'anvers,les matins blancs,interview,mandorL’argumentaire officiel de l’album :

On serait presque tenté de qualifier Les Matins blancs de concept album. Ses quatorze chansons sont autant de variations sur un même thème : ces pensées troubles qui nous envahissent au sortir d’une nuit blanche et que chassent les premières lueurs de l’aube. Pour habiller cette collection de chansons, Joseph d’Anvers a fait appel à l’équipe de rêve qui accompagne ou a accompagné Etienne Daho, Alain Bashung et Daniel Darc. Avec pour résultat une interprétation toute en retenue, qui s’arrondit ou se creuse au gré des inflexions de la voix.

Explications de textes :

L’album s’ouvre sur les somptueuses volutes de cordes de « Petite », une ritournelle douce-amère d’où s’échappent ces mots : « chaque seconde est une histoire ». Par contraste, « Surexposé » passerait presque pour guilleret, avec sa rythmique empruntée au Bashung de « Gaby ». « Avant les adieux » est une poignante ballade sur les amours défuntes. « Tremble », écrit par Dominique A, possède la grâce d’un « battement de cils ». La soul chic de « Mon ange » parle des idéaux qui s’effritent. Sur « La vie à présent », une folk song près de l’os, plane l’ombre de Neil Young. Les arpèges de « Sally » sont fébriles comme les doigts des amants le premier soir. Le voile consolateur d’une section de cordes enveloppe les étreintes éphémères de l’aube, celles que Joseph appelle « Les amours clandestines ». « Chaque nuit en son temps » monte crescendo jusqu’à sa fin en suspens, juste au bord du précipice. « Marie », avec son texte signé Lescop, emporte l’auditeur le plus endurci dans son galop romantique. « La nuit, je t’aime quand même » mêle le lyrisme de la plume de Miossec à l’une des plus poignantes mélodies de Joseph. « Les jours incandescents » sinue entre ombre et lumière, avant de s’achever dans un instrumental extatique. « Regarde les hommes tomber » referme avec l’apparente facilité d’un prélude de Satie ce « presque concept album ».

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joseph d'anvers,les matins blancs,interview,mandorInterview :

Faire un album grâce à un site participatif, c’est confortable ?

Confortable, je ne sais pas si c’est le mot. C’est un album qui a été fait à flux tendu, même si c’est celui de mes quatre disques qui a coûté le moins cher. Je ne pense pas que cela s’entende à l’arrivée et ça, j’en suis fier.

Tu avais demandé combien ?

5500 euros. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne savais pas non plus si c’était beaucoup. En 24 heures, nous avons récolté la somme. Au bout de deux semaines, nous avions 12 345 euros.

Ça veut dire que pas mal de personnes étaient en attente d’un nouveau disque.

J’ai ressenti ça plutôt comme des mains qui se tendent au moment où tu en as besoin.

C’est compliqué de sortir un album quand on n’a plus de maison de disque ?

Avec Atmosphériques, nous nous sommes quittés d’un commun accord. J’aurais pu contractuellement rester et garder un certain confort, mais j’ai choisi de partir. L’envie n’était plus là de travailler ensemble. C’est comme quand tu quittes une femme. Tu es sûr de toi et les jours qui suivent, tu te poses des questions. Rien n’est simple dans les séparations.

Clip de "Surexposé", extrait de l'album Les matins blancs.

Tu n’as pas eu peur de devoir recommencer à zéro ?

Non, mais j’ai remarqué que dans mon entourage proche, il y a eu ceux qui m’ont tourné le dos et ceux qui m’ont tendu la main. Les internautes, pour la plupart, ont fait partie de la deuxième catégorie. Je me suis rendu compte que j’avais bien fait d’avoir été présent sur les réseaux sociaux depuis pas mal de temps. J’ai toujours essayé d’abolir la distance entre ceux qui aiment mon travail et moi. Pour le site participatif, je ne me suis donc pas positionné dans le « ça va marcher, on m’attend », mais comme un mec qui dit « merci les potes de m’aider ».

Tu es encore dans le circuit avec At(h)ome.

Oui, mais je suis arrivé dans cette structure très réactive avec un produit fini. Il n’y a que trois employés, dont les deux patrons. J’ai senti immédiatement qu’ils croyaient en mon projet. De plus, ils défendent juste cinq ou six nouveaux disques par an, mais du coup, ils les défendent bien.

Tu revendiques le fait qu’il faut acheter des CD pour que l’artiste puisse vivre de son métier.

C’est une des rares denrées qui en vingt ans n’a pas augmenté. Quand j’étais gamin, un CD coûtait cent francs, aujourd’hui, c’est quinze euros. Ça n’a pas bougé. Le fait de me retrouver sur un label 100% indépendant et d’avoir fait mon disque comme je l’ai fait, c’est du militantisme.

C’est très important de défendre les chanteurs que l’on aime.

Quand vous mettez quinze euros dans un CD, vous permettez à l’artiste de pouvoir peut-être faire un autre album après. Ce n’est ni iTunes, ni Spotify, ni Deezer qui nous rapportent de l’argent. Je peux même dire que ça ne nous rapporte rien. Si tout le monde se remet à acheter au moins un CD, ça peut changer le cours des choses. Il faut que les produits qui ne sont pas liés à  TF1 ou NRJ puissent subsister. La musique, ce n’est pas que du divertissement et ce n’est pas vain. Il faut que l’on en soit persuadé.

Si ce n’est pas que du divertissement, ça peut-être quoi d’autre ?

Du rêve, de l’évasion… ça peut être aussi une bouée de secours, quelque chose qui te fait réfléchir sur la société.

Écoute de "Petite" extrait de l'album Les matins blancs.

Pour cet album, tu as fait une centaine de chansons. C’est énorme !

Ce n’est pas énorme, cela devrait être la norme. Les gens ne le savent pas, mais pour l’album Thriller de Michaël Jackson, il y avait 900 chansons. Et dans les 900, il n’y avait pas « Billie Jean ». Il l’a ajouté au dernier moment. Je ne me compare pas à Michaël Jackson, mais tu as compris l’idée... Le seul luxe que j’avais sur cet album, c’était le temps. Je pouvais le gérer. J’ai décidé de composer une chanson par jour pendant des semaines. Il y a des chansons qui sont restées et il y en a d’autres qui ont fini au panier.

Plus on écrit des chansons, plus on s’améliore dans ce domaine ?

Ce serait dommage de ne pas évoluer quand on travaille beaucoup.

Ton écriture est plus premier degré dans ce disque… avant, il fallait gratter pour saisir tout le sens et l’essence de tes textes.

Dans mes précédents albums, j’adorais qu’il y ait des ellipses, une certaine forme de poésie, ça m’intéressait aussi que l’on ne me comprenne pas toujours. J’aimais bien que les gens fouillent un peu. Dans celui-ci, j’avais envie d’être compris plus nettement. J’ai donc décidé d’écrire des chansons comme si je m’adressais à une personne en particulier… comme des lettres. Je me suis rendu compte que la simplicité dans une chanson, c’était loin d’être évident. Je voulais pourtant de l’évidence, de l’élégance et de la simplicité.

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Est-ce l’album qui te raconte le plus ?

Je me suis recentré sans faire du nombrilisme, parce que ma vie n’est ni mieux, ni moins bien que celles des autres. J’ai essayé de voir ce qui me touche dans la vie. Quelles sont les failles qui me font vivre, rire ou pleurer ? Qu’est-ce qui en moi fait que je suis vivant ? Comment essayer de l’exprimer au mieux pour ne pas raconter ça sous la forme d’une histoire trop personnelle ? Comment écrire des chansons élégantes et intéressantes ? Tu vois, je m’en suis posé des questions. Aujourd’hui, je m’assume tel que je suis. J’ai mes travers physiques et psychologiques, mais je suis comme ça. J’essaie juste de m’améliorer. Ma musique est liée à tout ça.

As-tu l’impression de t’être déshabillé ?

Il a fallu que je trouve une certaine distance avec l’intime que je raconte. Sur la pochette, on me voit torse nu, mais on ne voit pas mon corps. C’est à l’image de tout mon album. Tout a du sens.

Avec cette façon de faire ton album, contrairement à d’habitude, tu t’es retrouvé seul face à ta création. Personne n’a pu te donner son avis. Ce n’est pas un peu perturbant ?

Tu as raison de souligner ce fait, car j’ai douté de nombreux mois. J’ai même traversé de grosses périodes de flottement. Je m’étais fixé des lignes théoriques, mais une fois qu’on est passé en studio, j’ai fait valider par tous les musiciens et mon ingé son les quinze titres choisis. Il est extrêmement difficile d’être objectif sur son propre travail et jusqu’au premier papier qui est paru sur mon disque, je n’étais sûr de rien.

Dominique A, Lescop et Miossec ont participé à ton album en t’offrant de très beaux textes.

J’avais lu que Dominique A avait bien aimé mon album Rouge Fer. Il avait dit à Marc Thonon, le patron d’Atmosphériques, qu’il aurait bien aimé faire une chanson avec moi. J’étais super content. Quand j’ai quitté Atmosphériques, j’ai appelé Dominique pour savoir si sa proposition tenait toujours. Il m’a répondu par l’affirmative. Ça m’a mis une sacrée pression. Il ne fallait pas que je me plante. La même chose pour Miossec et Lescop. Quand on reçoit leurs textes, c’est flatteur et génial, mais il faut être à la hauteur musicalement. J’avais peur que le résultat final ne leur plaise pas. Mais les trois chansons sont nées assez vite et chacun était satisfait.

joseph d'anvers,les matins blancs,interview,mandor

Te rends-tu compte que tu commences à compter dans le monde de la chanson française d’aujourd’hui ?

Ma condition m’empêche complètement de penser à ce genre de considération. Je ne vends jamais 500 000 disques, alors j’ai parfois l’impression que ce que je fais n’est pas bien. On m’a fait ressentir que j’étais moins important artistiquement que Charlie Winston parce que je vends dix fois moins d’albums que lui. Après, on m’a fait comprendre que j’étais moins bon que Gaëtan Roussel parce que, là encore, je vends dix fois moins d’albums que lui. J’ai fini par croire en ce que l’on me martelait. Malgré cela, je sens que le milieu est bienveillant avec moi. A part Télérama. Valérie Lehoux me descend depuis trois albums. Un jour je ne chante pas assez, l’album suivant, je chante trop. Je suis pourtant plus dans la couleur Télérama que Jeune et Jolie, il me semble. Avec des journalistes comme ça, je ne peux pas prendre la grosse tête et croire que je suis essentiel à la chanson française.

Il n’en reste pas moins que ce nouvel album est plus abordable. Il peut être celui qui t’apporte une plus forte popularité.

J’avais cette envie précise d’être plus accessible. Je me suis donc mis à écouter des artistes comme Souchon, Daho ou Aubert. Tous ces mecs qui font de la bonne et classieuse variété française, mais que je n’écoutais pas auparavant. Je voulais un peu m’imprégner de leur talent pour faire un album plus « à la française ». La difficulté était de ne pas les imiter…

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Tu fais un métier formidable. Toi et tes semblables faites rêver les gens. Tu y penses à cet aspect-là de la vie d’artiste ?

Je me force à y penser. Je suis persuadé que c’est l’art sous toutes ses formes qui sortira du marasme financier, économique et sociétal dans laquelle elle est. En amenant de la beauté dans la vie, en amenant les gens à réfléchir autrement que par eux-mêmes, à travers les œuvres et non pas à travers les brèves ou les émissions de télé en continu, on s’améliorera et on ira vers quelque chose de mieux. Ce qu’il reste d’une civilisation quand elle a disparu, c’est l’art.

Es-tu satisfait de l’artiste que tu es devenu et est-ce la destinée dont tu rêvais dans ta jeunesse ?

Non parce que le principe même du bonheur, c’est qu’il est toujours concomitant d’un malheur. Le bonheur, c’est une invention philosophique. Tu ne peux pas être foncièrement heureux, si tu n’as pas été malheureux avant. Je suis juste heureux de faire le métier que je souhaitais, mais cette vie que j’imaginais et fantasmais n’est pas à la hauteur du rêve. On ne peut jamais être à la hauteur d’un rêve. Cette vie dont j’ai rêvé, je la paye psychologiquement et financièrement, mais jamais je ne me plaindrai. Vivre de sa passion est le luxe suprême en ces temps difficiles…

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Après l'interview, le 10 février 2015.

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08 mars 2015

Monsieur Roux : interview pour Chutes de studio et autres cascades

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(Photo : Mila Deth)


Cela fait dix ans que j’apprécie Monsieur Roux (Erwan Roux) pour ses textes mordants et son sens de la formule. Pour sa musique aussi, ensoleillée et enthousiasmante. Sur des mélodies légères, il tire des portraits, taille des costards et balance ses chansons comme des poings dans la gueule ou des caresses. Bas du formulaire(Sa précédente mandorisation, ici).

En décembre 2014 est sorti Chutes de studio et autres cascades. Quelques mois après, il m’a paru intéressant d’accueillir une seconde fois cet artiste qui a toujours beaucoup de choses à dire et, surtout, qui n’a pas la langue dans sa poche. Ainsi fut fait le 21 janvier dernier…

Cover Monsieur Roux.jpgArgumentaire officiel de Chutes de studio et autres cascades :

Pas vraiment un nouvel album, ce nouvel album. Des chansons enregistrées entre 2007 et 2014 et qui au final n'ont pas été gardé dans la version définitive des albums sortis dans le commerce. Va savoir pourquoi...
On peut voir dans ce disque nos expérimentations de musiciens qui cherchent sans cesse, se foutent du style comme de l'art ou du cochon. Quitte à surprendre.
Vous pourrez ainsi entendre des chœurs psychédéliques, des guitares à la malienne, des ballades acoustiques, de l'afro beat pop bricolé, des samples de hip hop ou de la vieille country gueularde.
Comme un bras d'honneur au tristes sires conservateurs de musée de la musique.
Comme un éclat de rire farceur et libérateur pour dire que nous sommes libres, fiers et bien vivants.
Na.

(Pour écouter les chansons, c'est là.)

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391533_10150622693668027_83952239_n.jpgInterview :

Que trouve-t-on dans cet album ?

Sur ces douze chansons, il y en a une qui se trouvait sur le dernier album, mais dans une version totalement différente, « Il pleut des cordes ». Il y a trois chansons que nous jouons en live de temps en temps et que des gens nous réclamaient, « Mesdames », « La France d’en bas » et « Les cocos ». Les autres chansons enregistrées étaient initialement destinées au troisième album, L’illégalité joyeuse. Nous ne les avions pas mises sur le disque pour diverses raisons dont je ne me souviens plus. Enfin, il y a une chanson inédite, « L’eau passée sous les ponts », que j’ai enregistrée il y a sept mois.

Peut-on considérer ce disque comme un entre-deux albums pour faire patienter ton public ?

Oui, c’est un peu ça. Mais c’est aussi une façon de clore un chapitre et, très franchement, de remettre de l’argent dans les caisses. Pour enregistrer un prochain disque, on a besoin d’argent. Plutôt que faire appel à un site participatif comme Ulule ou un KissKissbankbank, j’ai trouvé que c’était plus sympa de faire un disque qui ferait plaisir à certaines personnes et qui était simple à concevoir puisque les chansons étaient déjà enregistrées.

Le principe des sites participatifs te gêne un peu ?

Je ne me sens pas à l’aise avec ça. Je préfère vendre un objet plutôt que demander de l’argent pour enregistrer un disque futur éventuel. Il y a beaucoup d’artistes qui emploient ce procédé et les gens sont très ou trop sollicités… j’ai choisi de ne pas faire la même chose.

Mais, souhaites-tu continuer à faire des disques ?

Je me pose des questions sur la pertinence de continuer à en faire et sur la façon de les faire. Je me rends compte qu’il y a des sorties de disques en permanence et que nous sommes noyés sous la musique. Si on veut exister, il faut sortir des disques de plus en plus. Si on veut apparaître, il faut faire preuve de pugnacité et d’un peu de talent. Paradoxalement, les gens n’achètent plus de disques, donc pour moi, sortir un disque n’a plus beaucoup de sens.

Par contre, tu continues à faire de la scène.

Si tu veux vendre des CD, il faut aussi faire des concerts. Mais, en même temps, faire des concerts, j’adore ça. Monsieur Roux, c’est quatre personnes sur scène. J’ai un autre spectacle qui tourne qui s’appelle « Un jour de neige ».

unjourdeneige teaser from David Delabrosse on Vimeo.

Qu’est-ce que c’est ? 1533804_10202972811343203_1611452890_n.jpg

Il y a deux ans, j’ai rencontré une jeune fille qui est autiste, Babouillec. Elle écrit des textes qui sont très beaux. J’ai commencé à en mettre en musique. Je me suis associé à une danseuse, Mélanie Crusson, et à une violoncelliste, Juliette Divry, et nous faisons un spectacle ensemble. Je me suis tout de suite dit que de la danse serait tout à fait adéquat pour donner une lecture plus corporelle des textes. Le spectacle s’est créé ainsi autour de textes parlant d’enfermement, de folie, de rapport à l’autre… Nous avons décidé d’inclure aussi des textes de Véronique, la mère de Babouillec, du coup, ça parle aussi de leur relation.

Pour subsister dans ce métier, il faut avoir plusieurs projets ?

C’est ce que font de plus en plus d’artistes. Après, il faut trouver ce qui te plait et ce n’est pas évident. Moi, c’est la première fois que j’ai fait autant de résidences et qu’il y avait autant de préparations pour un spectacle.

Au mois de novembre dernier, tu as également fait quelques concerts avec deux autres artistes, un chanteur québécois, Sébastien Lacombe, et un chanteur burkinabais, Abdoulaye Koné.

Oui, c’était une belle expérience. Nous mélangions nos répertoires sur scène. Chacun amenait sa petite couleur dans le répertoire des autres. J’aime l’échange et le partage en musique.

Écoute de "L'eau passée sous les ponts".

10943107_10153067666829721_8802893109513139749_n.jpgTu évoques la résurgence des idées racistes dans « L’eau passée sous les ponts ».

En tant qu’individu, c’est un sujet qui me travaille. J’ai fait récemment une chanson avec des enfants de CM2 de l'école Marie Curie de Gonesse. Ils étaient de toutes les couleurs et étaient très bien tous ensembles. Ils ne se posaient pas toutes les questions des « grands ». Ça fait du bien. Je me rends compte que l’on voit une partie de la société uniquement par le prisme des médias. La vision que l’on a de la société ne peut être que noir, alors qu’au final, les gens continuent à vivre globalement en paix.

En tant qu’auteur, n’as-tu pas envie de faire des chansons plus positives pour donner un peu de joie aux gens ?

Pour le moment, mes chansons ne sont pas très gaies, mais la plupart des gens pensent qu’elles sont plutôt marrantes. Ma musique est ensoleillée, mais le fond de mes chansons est souvent grave.

Dans cet album, il y a pas mal de chansons engagées. « Ne vois-tu rien venir » par exemple.

Il y a une violence sociale hyper forte, je ne peux pas ne pas l’évoquer dans des chansons. A un moment donné, quand tu n’es pas du bon côté de la pauvreté, comme dirait Renaud, tu t’en prends plein la gueule. Tu souris, mais à un moment donné, ça pète. Ces humiliations qui sont présentes depuis des générations, elles sont inscrites dans nos gênes et dans notre histoire.

Te sens-tu investi de la mission d’expliquer la vie aux gens et de les éveiller ?

Surtout pas. Si j’avais envie de faire ça, je ne le ferais pas dans mes chansons, mais plus dans la vie de tous les jours. En fait, je suis quelqu’un de très optimiste sur l’avenir. Je pense qu’on vit dans une société de plus en plus pacifié. Il y a moins de guerres, moins de morts dans les guerres, moins d’homicides qu’avant. Si je devais éveiller les gens, ce serait pour dire que ça va. Tu ne peux pas t’imaginer combien le monde va mieux.

Je trouve que tes chansons ne reflètent pas ce que tu viens de me dire.DSC09895.JPG

Au-delà de cela, je le répète, il y a une vraie violence sociale et je trouve ça injuste de voir des gens qui sont très riches passer leur temps à donner des leçons de morale aux autres et à mal considérer les gens qui sont « en bas ».

Ça fait dix ans que tu fais de la musique, mais j’ai l’impression que tu n’as pas de plan de carrière.

Ce que je ne veux plus, c’est travailler avec les gens de l’industrie du disque. Je ne veux plus envoyer 25 mails à quelqu’un avant qu’il ne me réponde, je ne veux plus travailler avec des gens qui te mettent dans le speed en permanence, des gens qui disent qu’ils font des choses et qui ne le font pas. De mon expérience dans les gros labels (Atmosphériques et Mercury/Universal), je garde cette image : il y a une course, tout le monde court et moi je marche. Je sais pertinemment que je n’arriverai pas le premier. J’ai toujours fait mon truc à ma vitesse.

Te sens-tu prêt à attaquer un nouvel album ?

Oui, mais le prochain, je ferai en sorte de le faire rapidement. L’illégalité joyeuse, j’ai mis trois ans à le faire. J’ai déjà quelques textes, mais je n’ai pas encore de musique. Est-ce que j’ai envie de faire des textes connotés « chansons », très narratifs, explicatifs ? J’aimerais être plus instinctif et naïf.

Es-tu content de faire ce métier ?

Très. Et surtout, je suis très content de la manière dont je le fais. J’essaie vraiment de m’amuser et de me faire plaisir.

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Après l'interview, le 21 janvier 2015.

05 mars 2015

Louane : interview pour Chambre 12

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louane,chambre 12,cesar 2015 meilleur espoir féminin,interview,mandor,la famille bélierSi Louane fait aujourd'hui beaucoup parler d'elle, c'est grâce à son rôle dans La Famille Bélier. La comédie familiale d'Éric Lartigau vient de franchir la barre des 7 millions d'entrée et la chanteuse comédienne vient de décrocher le titre très envié de « meilleur espoir féminin » au César de cette année. Comme si cela ne suffisait pas, l’ex-candidate de The Voice 2 débarque aussi de façon fracassante sur la scène pop française avec des chansons qui racontent la vie d’une fille de 18 ans. Dans Chambre 12, réalisé par Dan Black (The Servant), elle évoque ses amours, ses passions, sa famille, ses doutes, ses angoisses et ses petits bonheurs. On y retrouve aussi la chanson principale de La Famille Bélier, « Je vole » de Michel Sardou et un titre de Renaud « La mère à Titi » tiré du disque La bande à Renaud.

Pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de février 2015), pour le site internet (en version filmée) des Espaces Culturels Leclerc, mais aussi pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan (daté du mois de février 2015), le 11 février dernier, j’ai rencontré Louane dans un hôtel parisien.

Voici le fruit de notre moment passé ensemble…

Pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc :

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Voici l'interview en version filmée (mais raccourcie) pour le site des Espaces Culturels Leclerc.

Et enfin, troisième version, celle pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan.

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Après l'interview, le 11 février 2015.

04 mars 2015

Fauve : interview pour Vieux Frères partie 2

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Fauve m’a reçu dans un appartement parisien le 12 février dernier. Je dis Fauve parce que le chanteur auteur et le batteur n’ont pas voulu décliner leur identité quand je leur ai demandé (en effet, j’aime bien savoir à qui je m’adresse, ça facilite les relations et l’interview). « On s’appelle Fauve. Dites que sur scène on fait chant et batterie, ça suffira. On ne donne pas nos identités, car après, on retrouve nos noms dans le journal et on ne le souhaite pas ».

Dont acte.

Je respecte.

Il n’en reste pas moins que j’avais hâte de rencontrer cette formation/entité/groupe/collectif. Parce que Fauve devient un groupe générationnel, qu’il parle à la jeunesse actuelle, qu’il se passe quelque chose textuellement et musicalement… et (plus anecdotique) qu’il cartonne du feu de Dieu.

fauve,vieux frères,interview,mandorIl y a encore trois ans ce projet n’était qu’intime, un « truc » de potes. Contre toute attente, il est devenu aujourd’hui un phénomène dans l’histoire du rock français. Dixit Fauve, il exprime « le rejet de la dureté des rapports humains contemporains, le refus du défaitisme, le droit à la faiblesse et la quête acharnée du grand Amour (quel qu'il soit) ». Tous ces thèmes ont été effectivement abordés dans leur premier album et continuent à l’être dans la deuxième partie de Vieux Frères. Leur « spoken word » en français sur des textes engagés, posé sur des instrus allant du hip-hop à la pop fascine ou agace… mais ne laisse personne indifférent. La marque des grands.

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Interview :

Ça vous heurte un peu quand je vous demande de vous présenter ?

Chanteur : Non, mais on nous la mise à l’envers parfois. On ne veut plus se faire piéger.

Batteur : Nous sommes devenus méfiants car Fauve est un projet un peu particulier qui a besoin de pseudo anonymat. Il y a des journalistes qui jouent le jeu carrément, mais on ne te connait pas encore. C’est la première fois que nous nous rencontrons, nous restons un peu méfiants jusqu’au moment où nous lirons ton papier.

Bref, je suis en phase d’observation. Vous savez, je ne cherche pas le scoop à tout prix.

Chanteur : On veut bien te croire, mais il y a tant de personnes qui ne respectent pas la géométrie du projet et les gens qui travaillent dessus... En plus, je trouve que c’est beaucoup plus simple que nous agissions ainsi.

Pourquoi plus simple ?

Chanteur : Parce que c’est Fauve qui répond tout le temps. C’est une voix. Il n’y a pas à se prendre la tête sur qui fait quoi, comment s’appelle tel membre… c’est juste Fauve. 

Clip de "Bermudes", extrait de Vieux Frères partie 2.

Parlons de ce nouveau disque. Ce sont des textes déjà existants à l’époque du premier volet de Vieux Frères, mais que vous n’avez pas pu mettre sur le premier ?

Chanteur : Non, tous les titres de ce second album n’étaient pas écrits. Quand nous nous sommes retrouvés en septembre 2013 pour finaliser notre premier album, on a fait le bilan des instrus, des textes, des morceaux que l’on voulait mettre dans le disque. On a commencé à les mettre dans l’ordre, très vite, nous nous sommes vite rendus compte qu’il y avait trop de morceaux. Mais on ne voulait rien jeter. Une tante à nous a suggéré de faire deux albums. Un double album aurait été trop lourd à digérer tant il y a de textes. On ne voulait pas que ce soit indigeste. Ces deux disques, c’est la même histoire qui se suit chronologiquement. Dès la partie 1 de Vieux Frères, nous savions qu’il y allait avoir la partie 2 un an plus tard.

Il y a donc des morceaux récents.

Chanteur : Oui, parce que nous avons vécu pas mal de choses depuis le premier album et nous avons tenu à relater certains évènements. On veut toujours écrire au présent.

Tu emploies le terme « indigeste », ce n’est pas très positif.

Chanteur : Nous sommes lucides là-dessus. Il y a beaucoup de textes et mon débit est rapide. Quand on nous écoute, il faut être attentif en permanence.

Batteur : Ce sont des textes qui sont parfois durs et brutes. Le flow est en accéléré, la musique est obscure… nous savons bien que les gens n’écoutent pas deux fois nos disques pour le kiff. Il faut digérer nos chansons.

Chanteur : On assume parfaitement que Fauve soit indigeste par certains aspects. Même nous, parfois, ça nous fatigue (rires). On a besoin de sortir les choses comme elles sont et nous essayons toujours d’être exhaustifs, ce qui est un peu con parfois. En fait, on ne se pose pas trop de questions. Nous faisons les choses comme nous le sentons.

Clip de "Les hautes lumières", extrait de Vieux Frères partie 2.

Tu parles vite parce que tu as beaucoup de choses à dire dans un laps de temps très court ?

Chanteur : Il y a de ça et puis il y a un rapport à l’urgence dans mon écriture. J’ai besoin de tout dire et de ne rien oublier. Quand je tape les textes, souvent, ils sont encore plus longs. Pour la version finale, j’épure énormément… mais c’est toujours à contrecœur parce que j’ai l’impression qu’on n’a pas tout dit. Bon, le fait que ce soit plus aéré est certainement plus agréable à l’écoute.

Comme vous l’avez dit tout à l’heure, vous faites de la musique qui s’écoute, pas qui s’entend. On est obligé d’être attentif aux propos.

Batteur : Certaines personnes nous ont dit qu’au début, ils avaient du mal parce que ça demandait trop de concentration. Il y a un effort à fournir, du coup, tu ne peux pas forcément te laisser aller à apprécier les musiques, les mélodies et la chanson dans son ensemble. Il faut deux, trois écoutes pour bien apprécier le tout.

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Quelle est la différence notable entre vos deux disques ?

Chanteur : Il y a plus de textes sur le deuxième que sur le premier. Il me semble que Vieux Frères partie 2 est beaucoup plus dense et plus sophistiqué. Il y avait une volonté de notre part de faire un disque plus abouti. On a sorti deux supports qui ont plu, contre toute attente, au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. L’idée c’est d’être le plus libre possible et de ne céder à aucune facilité dans l’écriture, les compositions et la réalisation. On a mis plus de temps à faire ce disque que le premier. Il est plus travaillé et, du coup, il est peut-être moins accessible directement, mais nous, nous le trouvons plus complet. Il y a des disques dans lesquels tu mets du temps à rentrer, mais quand tu es rentré, tu as envie d’y rester et même d’y revenir souvent. On espère avoir fait un disque dans cette catégorie-là.

Depuis le premier album, vous avez fait énormément de scènes. Et quand on est sur scène, c’est plus direct, on va plus à l’essentiel. Je pensais qu’on allait retrouver la même énergie sur votre deuxième album, mais non.

Chanteur : C’est marrant que tu nous parles de ça parce qu’hier, le guitariste nous citait l’exemple de certains groupes qui, à force d’avoir fait de grosses scènes et d’avoir joué dans des stades, se sont mis à écrire des hymnes. Nous, cela ne nous a pas du tout influencé. Nous n’avons pas fait un deuxième disque grandiloquent.

Clip de "Azulejos", extrait de Vieux Frères partie 2.

Vous n’avez pas été tentés de capturer un petit peu plus l’énergie du live ?

Chanteur : Si, mais nous n’y sommes pas parvenus. Quand on a décidé de faire deux disques au lieu d’un, on avait déjà des morceaux en chantier. Ensuite, en avril 2014, on a pris une pause dans la tournée pour coucher tout ce que j’avais écrit entre septembre et avril. Nous travaillons beaucoup sur les ordis, on bidouille, on fait des chansons et après, on apprend à les jouer en live. La plupart des groupes de rock se réunissent, se mettent dans une pièce, jouent, font tourner le truc et ensuite ils enregistrent. Nous on fait complètement le contraire. Cette fois-ci, nous nous sommes dit que ce serait cool d’avoir plus d’homogénéité entre les instruments, de jouer les morceaux dans la même pièce et ensuite de les enregistrer. C’est ce que l’on a fait. Ça apporte plus de dialogues entre les instruments et ça crée une énergie différente. On n’a pas pour autant su capter l’énergie du live. Pour cela, il aurait fallu tout enregistrer en même temps.

Quand on a des textes si denses, c’est quoi la difficulté ? Ajouter les strates de musique ?

Chanteur : Le carburant des chansons, ce sont les textes d’abord. Ca peut-être parfois une ébauche, une phrase. On se sert de ce point de départ pour écrire une instru en se demandant si ça colle à l’émotion que l’on veut faire passer. Quand on a un début de quelque chose musicalement, là, on adapte le texte pour qu’il s’intègre bien à la mélodie. Comme je fais presque uniquement du « parlé », il faut que ça pénètre bien dans la rythmique. Il faut que le pouls du texte colle au pouls de l’instru. Tu as un mouvement pendulaire tout le temps.

Tu chantes un peu plus sur ce disque-là.

Chanteur : Oui, c’est vrai. Mais je n’aime pas trop ma voix « chantée ». Ma maman et mes copains me disent que c’est joli quand je chante, alors je leur fait plaisir (rires).

Batteur : Il n’assume pas trop quand il chante, mais sur certaines chansons, cela s’impose. Sa  voix chantée colle bien à certains titres plus légers. C’est important un peu de varier la façon de faire entendre les textes.

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Vous n’aimez pas que l’on dise que vos textes sont pleins de poésie et de lyrisme.

Batterie : Parce que nous assumons justement l’absence de lyrisme et de poésie.

Chanteur : Nous revendiquons plus l’émotion au premier degré. Le premier degré peut faire penser à du lyrisme, je ne sais pas.

Abordons un autre sujet qui fait parler : votre comportement dans le métier. Le fait de ne pas vouloir montrer vos têtes avec ostentation, de ne pas faire de la promo normale, de ne pas vouloir être classifié, de ne pas aller aux Victoires de la Musique… Vous comprenez que vous pouvez énerver.

Chanteur : On peut le comprendre. Ce que l’on fait est hyper ludique, mais nous n’avons jamais été antisystème. On est juste pro-Fauve. On n’a jamais été dans le refus pur et simple, on est toujours constructifs dans ce que l’on fait. On n’accepte que les propositions qui sont bonnes pour Fauve, mais ce n’est pas pour donner un coup de pied au système. Parce que, dans une certaine mesure, on fait partie du système. Enfin, je trouve cette considération accessoire. 

Et pourquoi refuser d’aller aux Victoires de la Musique ?

Chanteur : La raison principale est simple: on ne veut pas se montrer. Et quand on participe aux Victoires, on ne peut pas échapper à la surmédiatisation, aux photos, aux reportages, aux interviews avec n’importe qui… c’est tout ce qu’on ne veut pas imposer à Fauve.

Batterie : Ce n’est pas que l’on ne se montre pas, parce que là, nous sommes devant toi et tu nous vois. Nous voulons juste de la discrétion.

Chanteur : Nous avons toujours souhaité être discret, avant même que le premier disque soit publié. Quand on avait juste 35 personnes sur notre page Facebook, la décision de se montrer avec parcimonie était déjà prise. Je vous jure qu’il n’y a aucun calcul dans notre démarche. Il n’y aurait pas eu l’exposition médiatique que nous avons en ce moment, ça n’aurait rien changé.

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Vous proposez de nombreux clips de vos morceaux. C’est ainsi que vous appâtez le chaland.

Chanteur : On adore faire des clips. C’est une autre manière de raconter l’histoire du morceau. C’est un merveilleux terrain de jeu.

Batteur : C’est aussi une façon d’impliquer tous les gens du collectif.

Vous êtes combien dans ce collectif ?

Chanteur : Entre quinze et vingt. Ou vingt-cinq.

Batteur : Il n’y a pas de chiffre officiel, ni carte de membre.

Chanteur : Fauve, c’est une nébuleuse. C’est même presque théorique comme idée.

Ne pas être reconnu, est-ce aussi un moyen de ne pas prendre la grosse tête et de rester zen par rapport à l’immense succès que vous rencontrez en termes de ventes de disques et de fréquentation de vos concerts.

Chanteur : On se rend compte de certaines choses, bien sûr, mais quand tu es dedans, c’est complètement différent. Nous ne faisons que travailler, alors on a la tête dans le guidon. Et puis, encore une fois, on essaie de se préserver, donc on est beaucoup moins exposé que ce que tu imagines.

Batteur : On est vingt, on ne montre jamais nos gueule… c’est comme si tu bossais pour une marque. On ne parle jamais de toi, mais on parle de la marque pour laquelle tu travailles.

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C’est la meilleure façon de faire ce métier. Vous avez tous les avantages, sans en avoir les inconvénients.

Chanteur : A la question de savoir pourquoi on ne se montre pas, il y en a un d’entre nous qui répond toujours : « donnez-moi une seule bonne raison de faire le contraire ». Personne ne sait jamais quoi rétorquer à cela.

Quand on parle de vous comme un groupe générationnel, ce sont des mots forts, quand même, non ?

Chanteur : C’est une réflexion dont on se détache systématiquement depuis que nous l’entendons. On n’est pas là pour devenir ça.

Bon, on se quitte en faisant une selfie que je vais m’empresser de publier sur Facebook, évidemment ?

Chanteur et batteur : Évidemment non (rires).

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28 février 2015

Jérémie Bossone : interview pour Gloires

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« Entre l'excès du rock et la sagesse brouillonne d'une chanson française aux ciselures classiques, Jérémie Bossone est un artiste d’une stupeur sauvage » indique le dossier de presse. Je suis entièrement d’accord avec ce propos. J’irais jusqu’à dire que cet auteur-compositeur-interprète m’impressionne. Un talent hors-norme !

Après un excellent premier EP sorti en 2011, l’artiste à la voix EXTRAORDINAIRE (je suis fan) revient en ce début d’année avec un ambitieux premier album intitulé « Gloires ».

Jérémie Bossone se produira le 5 mars aux Trois Baudets à Paris afin de présenter son nouvel album qui ne devrait pas laisser indifférent les connaisseurs de la très belle chanson française.

Bossone est passé à l’agence le 15 janvier dernier pour une première mandorisation.

jérémie bossone,gloires,interview,mandorArgumentaire officiel :

Jérémie Bossone signe son 1er album réalisé par Ian Caple (Alain Bashung, Simple Minds, Stevie Wonder). L’album intitulé Gloires annonce la naissance d’un artiste rare et précieux.
D’un rock atmosphérique tissé d’arpèges électriques au rock primaire à guitares saturées, en passant par un autre teinté d’orchestrations classiques ou d’éléments électros…De la chanson française à celle du folk américain, en passant par le lied allemand…Les courants sont vastes, et Bossone est avide de les voir s’embrasser.
Le maître mot de son travail est : reliefs.
Son objectif : raconter des histoires (histoires d’amour, de haine, d’alcool, de quête, d’amitié, de voyages…), comme on le faisait dans la chanson française des années 50 et 60 mais en mettant au service de la narration une musique plus contemporaine, plus électrique, cathartique.

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jérémie bossone,gloires,interview,mandorInterview :

Ça fait longtemps que tu es dans le circuit. Tu ne débarques pas comme ça avec un EP et un album qui suit…

Pour être tout à fait honnête, il y a eu des albums avant, des choses autoproduites. J’en vendais encore moins qu’aujourd’hui (sourires). Je considère que Gloires est le premier album, dans le sens, où je me suis entouré d’une équipe, de la réalisation à l’enregistrement en passant par la promotion.

Dois-tu ta passion pour la musique à tes parents ?

Ils sont un peu responsables, en effet. Cela dit aujourd’hui, ils sont un peu dans l’inquiétude car ce n’est pas une voie très rassurante. Je pose des pierres petit à petit, je marque des points. Il y a des gens qui aiment et comprennent ce que je fais. Si mes chansons  touchent quelques personnes, elles ont une raison d’être. 

Pourquoi t’es-tu lancé dans la musique ?

Ça se résume à un nom : Bob Dylan. Bon, avant lui, ado, je jouais dans un groupe de métal. J’étais jérémie bossone,gloires,interview,mandorchanteur et j’ai reçu quelques menaces de mort, car ma façon de chanter ne s’adaptait pas à ce genre musical. Je cherchais à interpréter comme mes idoles du moment, mais quand tu cherches à faire comme… ça ne peut pas marcher. Je recevais les portes dans la gueule et c’était normal. Un jour, je me suis rendu compte que j’écoutais de moins en moins de métal, donc je me suis retrouvé paumé. Je savais que je voulais faire de la musique, mais je ne savais pas trop où aller. Après, je suis revenu à mes bases. Et mes bases, c’est ce qu’écoutaient papa et maman. Le folk américain, Graeme Allright, Leonard Cohen, et puis des français comme Georges Chelon, Jean-Michel Caradec, Jacques Brel, Barbara, Georges Brassens. Au milieu de toutes ces étoiles, il y a un soleil qui m’a pété à la gueule, c’était Bob Dylan. Du jour au lendemain, ça a été clair, j’ai compris que je ne voulais rien faire d’autres.

Du coup, tu as arrêté de jouer dans des  groupes.

J’ai pris juste une guitare et j’ai commencé à tourner dans des bars. Une bonne chanson, ça fonctionne en guitare voix, donc à toi de faire en sorte que ce soit une bonne chanson.

jérémie bossone,gloires,interview,mandorIl y a des chansons qui datent de plusieurs années sur ton album.

C’est pour ça que c’était important de les réunir. C’est une espèce de best of finalement. C’est un phénomène assez courant. Les premiers albums sont souvent un condensé des premières chansons.

Ce premier album « officiel » enfin sorti, ça va t’aider à passer à autre chose ?

C’est carrément ça. Je suis soulagé de savoir mes anciennes chansons posées sur une galette officielle. Soulagé aussi de pouvoir tourner la page. Je suis content d’avoir ce disque parce que ce sont les chansons que je défends sur scène. Il y a douze morceaux dans la playlist de mes concerts, et onze sont présentes sur l’album.

Le songwriter que tu es ne veut pas être étiqueté « chanson française » ou « rock ».

Chanson et rock, chanson ou rock… c’est un peu tout le défi de ce projet. C’est juste moi. Je n’ai pas l’impression de chercher une esthétique. Je suis ma ligne et ma ligne est précisément entre chanson et rock. Je n’ai pas à choisir, je n’ai pas envie de choisir. Je suis là où je veux être.

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Jérémie Bossone avec Ian Caple pendant l'enregistrement de "Gloires".

Je crois savoir que Ian Caple, le réalisateur de ton album, a bien aimé ta dualité.

Ce qui marrant, c’est qu’il l’a capté tout de suite.

Comment as-tu obtenu les services de ce réalisateur qui a travaillé pour, entre autres, Alain Bashung, Simple Minds et Stevie Wonder ?

J’avais quelques noms en tête, mais il est le premier à qui j’ai envoyé des maquettes. C’était un dimanche. Il m’a répondu le soir même. Dans son mail hyper enthousiaste, il m’a expliqué que c’était ce qu’il cherchait à réaliser en ce moment. Il trouvait que j’étais entre Ferré, Radiohead, un machin un peu hybride. Il m’a demandé de lui envoyer d’autres chansons, ce que je me suis empressé de faire. Ensuite, je suis allé le voir dans son studio perdu dans la forêt en Angleterre. C’est un homme très timide, très secret. On a longuement discuté musique et c’était parti. Le feeling était là. Après les managers ont pris le relais pour parler prix. Ça nous a calmés pendant un an (rires). Mais, bon…  le disque a fini par se faire avec lui.

"La tombe" en concert.

Ta voix est très particulière. Je l’aime beaucoup.

Au début, cette voix à part n’était pas facile à assumer et à imposer. Tant que je cherchais à faire comme les autres avec elle, ça n’allait pas. C’était trop particulier. A un moment, il faut savoir s’accepter, creuser et chercher ce que je pouvais faire avec. Quand tu acceptes ta voix, tu peux l’emmener partout. Le champ d’exploration s’élargit considérablement. Voix rare, voix à part, aujourd’hui, ça m’arrange.

Tu aimes les voix de qui ?

Personne ne me fait pleurer en musique comme Bob Dylan, malgré sa voix de canard. A part Hugo Wolf ou Schubert dans la musique classique. Le lied allemand est quelque chose qui me touche, me bouleverse, me rétame même.

Tu interprètes une chanson en allemand, « Der Leirmann ». Cette langue aussi te touche.

Je ne parle pas cette langue, mais j’aime ses sonorités. Beaucoup ne l’aime pas pour des raisons que je peux comprendre. A quel point un moment de l’histoire, ô combien important et noir, peut changer la sonorité d’une langue. L’allemand ça chante, c’est rocailleux, c’est lumineux, c’est abrupt. Mon dieu, qu’est-ce que c’est beau ! Il y a du relief et je suis très attaché à l’idée de relief en musique.

Tu reprends Göttingen de Barbara. Version admirable.

On me dit souvent que lorsque je chante cette chanson, on dirait que c’est elle. C’est troublant car nous n’avons pas du tout les mêmes voix. A mon avis, pour faire une bonne reprise, l’interprète doit être assez proche de l’original et en même temps, apporter quelque chose de neuf.

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La scène représente quoi pour toi ?

C’est là que tout se passe. Une chanson est terminée d’écrire quand tu la donnes aux gens. C’est là qu’ils la reçoivent, qu’ils l’aiment ou qu’ils ne l’aiment pas. C’est là que l’échange se fait. Tu ne peux pas parler de chansons, sans parler de partage. Je ne suis pas dans la démagogie, je crois vraiment à ce truc. La chanson est un truc de partage et d’échange, ce qui n’est pas le cas avec la poésie.

La poésie est plus personnelle ?

La chanson, c’est pouvoir partager, la poésie c’est pouvoir dire merde à ce partage. La chanson, c’est une parole immédiate, la poésie tu peux y revenir. La chanson, il faut que ça fonctionne à l’oral. Il faut que ça claque. L’idée d’immédiateté en chanson, c’est quelque chose qui me parait primordial. Après, il y a des contres exemples magnifiques. La mémoire et la mer de Léo Ferré. On est un peu paumé dans tout ça, mais tu pleures. Tu ne sais pas pourquoi tu pleures, mais les larmes coulent.

Lyrics Clip de "Rien à dire".

jérémie bossone,gloires,interview,mandorDans « Rien à dire », tu chantes « moi l’auteur qui n’as rien à dire, la poésie doit me maudire »… allons, allons, qu’est que c’est que cette fausse modestie ?

(Rires).

Plus sérieusement, tu as des doutes sur ton talent ?

Des doutes, j’en ai tout le temps. Mais j’ai aussi certaines certitudes. J’ai un orgueil qui a aussi du poids. Sans certitude, doute et orgueil, tu n’avances pas.

Quelle certitude as-tu par exemple ?

D’avoir fait le bon choix dans la chanson. Je n’ai aucun doute sur le chemin que je prends.

Tu écris aussi des romans… qui ne sont pas publiés.

J’en écris et je les range dans les tiroirs parce que c’est compliqué de les faire publier. J’ai tenté il y a quelques années, mais là, je suis fatigué de me battre pour ça. Mais j’ai besoin d’écrire des formes longues. Il y a des choses qu’on ne peut pas dire en chanson. Pour moi, les romans et les chansons sont deux exercices de styles complémentaires.

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En tout cas, tu sais écrire de belles chansons.

Je ne serai jamais un grand auteur de roman comme Balzac, Conrad ou Proust, mais je sais ce qu’est une bonne chanson. Et je sais en écrire. Qu’on les aime ou pas.

C’est bien de ne pas jouer au faux modeste.

La modestie, ça va cinq minutes (rires). Quand je dis que je sais écrire une chanson, ça ne veut pas dire que je peux le faire quand je le veux. Il y a des instants où tu vas t’enfermer dix jours dans un grenier, seul, et tu vas pondre vingt chansons. Dans le lot, il y aura des merdes et des belles chansons. Ecrire des chansons, c’est un muscle qu’il faut travailler. Le plus dur, c’est de ne pas faire ce qui a déjà été fait.

Sais-tu combien de chansons tu as « pondu » ?

Plus de deux cent je crois.

"Scarlett" (ceci n'est pas un clip).

Il est beaucoup question d’alcool dans tes chansons.jérémie bossone,gloires,interview,mandor

J’essaie d’en écrire moins sur ce sujet, mais je trouve que c’est un thème magnifique. Tu peux le traiter dans l’humour ou dans la tragédie. C’est éminemment lyrique. Je pense qu’il y a de grandes chansons d’alcool qui n’ont pas encore été écrites.

Tu évoques aussi l’amitié et l’amour, thèmes éternels et incontournables…

Les mêmes depuis l’antiquité. Mais il faut les aborder à sa façon. C’est toute la difficulté. Le choix de l’angle.

Estimes-tu que ta carrière avance à la bonne vitesse ?

J’aimerais passer à la vitesse supérieure. J’apprends la patience depuis longtemps, mais je suis très mauvais élève.

Aimes-tu parler de ton « œuvre » dans les interviews par exemple.

Ça fait partie du jeu, mais je préfère écrire des chansons. En même temps, on est là aussi pour exister, alors quand il y a des gens ou des structures qui nous accueillent pour exister, on ne va pas cracher dans la soupe.

jérémie bossone,gloires,interview,mandorTe sens-tu appartenir à une famille musicale ?

S’il y a des artistes dont je me sens proche, je dirais que nous sommes plus cousins que frangins, mais je me sens vraiment à part. Un peu seul dans mon style. C’est plus dans ma musique que je me sens étranger par rapport à ce qu’il se fait en France. Concernant les mots, depuis Lafontaine et Racine, on sait comment faire chanter un vers.

Tu aimes les poètes.

Oui, par exemple, Ronsard, du Bellay… on peut remonter jusqu’à Villon.

Tu viens de citer des poètes extraordinaires, tu ne te mets pas un peu de pression, toi qui écris des textes.

Je n’ai aucune pression, mais uniquement du plaisir. J’entends les mots qui chantent de siècle en siècle via ces poètes et c’est merveilleux. C’est bien d’avoir des grands modèles, même si tu ne leur arrives pas à la cheville. Il y a une base qui court dans la langue française qui est là et j’aime ce classicisme.

Ta musique lorgne plus vers ce qu’il se passe de l’autre côté de l’atlantique.

Un journaliste a dit un jour de mon travail que mes textes étaient classiques et que ma musique était romantique. Je suis assez d’accord, pour une fois, avec un raccourci journalistique.

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Après l'interview le 15 janvier 2015.

25 février 2015

hélène Ségara : interview pour la sortie de Tout commence aujourd'hui

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(Photo : Benjamin Decoin)

Oui Hélène Ségara a été malade. Elle l’est encore. On a tout entendu ou presque à ce sujet, mais la seule chose importante à retenir est qu’aujourd’hui elle va mieux et que cette épreuve lui a permis de revenir à l’essentiel : l’amour de la vie, l’amour de la musique, l’amour comme réponse à tout. Et c’est ce dont elle parle dans son nouveau disque Tout commence aujourd’hui que la chanteuse a voulu à la fois grave et lumineux.

J’ai rencontré la  chanteuse au sein de sa maison de disque le 16 janvier dernier. D’office, elle te tutoie, d’office, tu as l’impression d’être son ami. Une belle rencontre, donc.

cover ségara.jpgArgumentaire officiel:

Hélène Ségara est définitivement une des plus grandes chanteuses à voix de la scène française, de cette voix si pure qu’on la reconnait instantanément. Bien sûr la collection impressionnante de disques d’or, de platine et de diamant atteste d’un succès qui ne s’est jamais tari, la preuve étant les 150.000 ventes de son très réussi album de duos avec Joe Dassin, sorti en octobre 2013. Hélène Ségara a immanquablement su choisir les mélodies et les mots qui touchent le public, sans doute parce qu’elle y a toujours mis une immense sincérité et beaucoup de son histoire personnelle.

La chanteuse a vécu l’enregistrement de son 8ème album studio avec un plaisir non dissimulé, s’impliquant comme à son habitude dans la composition et l’écriture. Elle a ainsi insufflé son intuition et sa tendresse sur chacun des morceaux. Elle a de nouveau collaboré avec son mari, Matthieu Lecat, mais pour la première fois les plumes très prisées de Jean-Jacques Goldman et de Zazie sont venues mêler leur sensibilité à la sienne.

Jean-Jacques Goldman lui a fait du sur-mesure avec le premier single de l’album, Tout Commence Aujourd’hui, une chanson profondément optimiste. Zazie a écrit avec elle « Genre Humain » un titre qui serait presque le portrait craché d’Hélène et que cette dernière interprète avec sa propre fille et une chorale d’enfants. Elles ont aussi collaboré sur le très touchant « Je te Pardonne ». Hélène n’hésite plus à lâcher prise, casser sa voix, laisser parler ses sentiments.

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(Photo : Benjamin Decoin)

c-Benjamin-Decoin-2--533x800.jpgInterview :

C’était essentiel pour toi de chanter des vérités intimes ?

Oui, parce que lorsque je rencontrais des gens, la discussion ne tournait qu’autour de ma maladie. Je n’en pouvais plus de devoir expliquer ce que j’avais. Je t’en parle une dernière fois à toi, mais  je n’ai toujours pas de diagnostic aujourd’hui sur ce qui m’arrive et ce n’est toujours pas fini. Il était temps que je reporte mon énergie ailleurs. Quand on fait ce genre de métier, c’est important de se projeter.

Cela fait d’ailleurs vingt ans que tu fais ce métier.

Non, tu te trompes d’une décennie. En réalité, j’ai commencé à gagner ma vie en chantant, il y a trente ans. Je suis partie tôt de la maison et j’ai commencé à vivre de cette activité à quatorze ans.

Dans cet album, il y a près de huit chansons que tu as coécrites. Ce disque est donc l’un de tes plus personnels.

Mes deux albums les plus personnels sont Quand l’éternité et celui-ci, Tout commence aujourd’hui. Pour Quand l’éternité, je venais de traverser trois deuils assez intenses. J’avais envie de parler de tout ce qui pouvait suivre après ce genre d’événement tragique, je voulais aussi parler de l’absence et de la spiritualité que l’on peut en retirer. Pour Tout commence aujourd’hui, je voulais arrêter de me plaindre de ce qu’il m‘arrivait parce que je me rendais compte qu’il y avait des cas autour de moi tellement plus compliqués et douloureux. La chanson « Petite flamme » est dédiée à une amie d’enfance qui avait mon âge et qui a eu des soucis de santé quasiment au même moment que moi. Elle a tenu deux ans et malheureusement, elle est partie d’une tumeur au cerveau. Évidemment, tu apprends à relativiser. J’avais envie de dire de ne jamais baisser les bras. Le mental change beaucoup de choses. Je suis aimée aussi, c’est très important. L’amour, c’est ce qui décuple les forces.

C’est un album musicalement assez enlevé. Limite pop parfois.

C’est marrant parce que je ne me suis pas amusée à l’analyser musicalement. Je l’analyse dans le message qu’il délivre. Musicalement, certaines personnes disent que l’on retrouve la Hélène Ségara qu’on a connue avec les grandes mélodies, d’autres disent qu’il est pop.

Le clip de "Tout commence aujourd'hui" (texte de Jean-Jacques Goldman).

Les grandes mélodies… je partage cet avis.17102014-_B2_6322_md-1200x800.jpg

Moi aussi, je trouve. Une bonne chanson, c’est un tout. Une belle mélodie, mais aussi un beau texte.  Par exemple « Tout commence aujourd’hui » la chanson que m’a écrite Jean-Jacques Goldman est un bijou. Au début, j’avais fait un texte moi-même qui s’appelait « C’est tellement beau la vie ». Le couplet évoquait tous les moments obscurs d’une vie, et je concluais en disant que c’était quand même beau la vie ! Je trouvais ça un peu bateau comme phrase et quand Jean-Jacques m’a envoyé sa prose, tout était dit. Ca résumait tellement ce que je pensais. C’est comme s’il était rentré dans ma tête.

Je m’attendais à ce que l’album soit plus positif. Il y a quand même pas mal de chansons tristes, non ?

Je suis d’accord. Ce sont les chansons qui se sont greffées vers la fin, curieusement. « Je te pardonne » devait clôturer l’album. J’étais en travail de « reconstruction » parce que mon regard avait changé. J’avais dit à la maison de disque que ce morceau clôturerait l’album parce que, pour moi, on ne peut rien reconstruire de neuf si on n’a pas nettoyé et si on n’a pas pardonné. C’était mon état d’esprit. Quand tu vis une épreuve, il y a des gens qui sont présents et des gens qui disparaissent. Je ne suis pas dans l’aigreur, c’est la nature humaine…

Tu as été déçue par le comportement de certains de tes amis ?

Je me rappelle de quelqu’un qui se dit être un ami dans le métier et qui s’est manifesté au moment où je faisais l’album. Il n’a pas donné signe de vie alors qu’il savait par une connaissance commune que j’allais à l’hôpital. Quand il m’a contacté, c’était pour me proposer des chansons pour l’album. Je lui ai répondu que je trouvais très étonnant qu’il me laisse un message juste pour ça.

Mais, tu sais qu’il y a des gens que la maladie rend mal à l’aise.

C’est l’avis que j’ai eu d’un artiste dont je suis très proche. Il m’a dit qu’il était désarmé face à ça. Quelqu’un qui a cette discussion en toute honnêteté, je peux l’entendre. Il n’y a personne à qui j’en veux.

Hélène Ségara dans l'émission "Du côté de chez Dave" interprète "Genre humain" (texte de Zazie).

Single-Genre-Humain-Hélène-Ségara-OK1.jpgMa chanson préférée de l’album, c’est « Genre humain ».

C’est le nouveau single. Tout le monde me dit que c’est leur chanson préférée. C’est amusant parce qu’au début, je ne voulais pas la faire. Quand mon mari l’a composé, je trouvais la chanson mignonne, mais un peu candide. Et puis j’ai changé d’avis. Je ne suis pas obstinée parce que je pense qu’un artiste n’a pas toujours le recul nécessaire. Par exemple, quand Zazie m’a envoyé le texte de « Genre humain », il y avait des mots que je n’aimais pas. Le mot « genre » ne me plaisait pas. Ce n’est pas un mot que j’utilise. Je lui ai dit que je préférais  chanter « Je suis de ceux » et non « je suis du genre ». Elle m’a écrit un mail très intelligent dans lequel elle m’incitait à tenter quand même. Elle m’a demandé de lui faire confiance. J’ai essayé et, effectivement, elle avait raison, ça fonctionnait très bien.

« Nouvelle vie » est aussi une chanson très forte.

Le jour où on va m’annoncer que je suis guérie, j’ai l’espoir que ça arrive, c’est quelque chose que je vais fêter avec les personnes qui m’ont aidé. Quand on m’a fait mon premier implant dans les yeux, je pensais que ça allait guérir la maladie. Malheureusement, quatre mois après, on m’a appris que ça revenait. Les médecins m’avaient pourtant dit que je serais guérie au bout de quelques mois, mais il n’en a rien été. J’ai morflé, mais les fans m’ont énormément soutenu.

Tu as dû annuler ta précédente tournée…hélène ségara,tout commence aujourd'hui,je suis de ceux,interview,jean-jacques goldman,zazie,mandor

J’ai annulé ma tournée et mon Olympia parce que j’avais deux traitements parallèles très lourds et les effets secondaires étaient devenus très handicapants. Je n’étais plus en état de chanter. Là, je vais te dire honnêtement, j’ai pris tous mes médicaments et j’ai tout jeté. L’hôpital ne valide pas du tout ce geste, mais c’est mon choix après un an et demi de traitements intenses.

Heureusement, tu reprends la scène en juin prochain.

J’ai plein d’idées et je sais vers quoi je veux aller. Tout recommence aujourd’hui (rires).

Cet album, c’est un peu une thérapie ?

Franchement, oui. Je parle de la force mentale, de la pensée positive, de la manière dont on construit nos vies. Notre manière de positiver peut changer tellement de choses autour de nous. Et  pas que pour moi. J’ai certaines petites fans qui traversent des maladies pas drôles en étant plus jeunes que moi. Je sais qu’elles se retrouvent un peu dans cet album.

Tu es très proche de tes fans.

Il y en a qui sont là depuis plus de quinze ans. Ils viennent partout. Sur les concerts, les télés, les tournages de toutes sortes. Ils sont d’une telle fidélité et d’une telle gentillesse que tu ne peux pas rester indifférente. Il y en a dont je connais toute la vie.  Quand tu as un public d’une telle tendresse, tu ne peux pas être dans l’indifférence. J’essaie d’être au maximum présente pour eux.

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Après l'interview, le 16 janvier 2015.

23 février 2015

Mission Control (groupe de David Hallyday): Interview pour la sortie de Alive

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J’ai toujours eu une certaine tendresse pour David Hallyday. Je trouve l’artiste talentueux et l’homme très sympathique. Je ne mégote jamais à aller le mandoriser (ici, la première fois en 2007 et là, la seconde en 2010). Pour cette troisième, il n’est plus seul. En effet, il est entouré du guitariste Olivier Freche et du bassiste Fabrice Ach. Ils forment le groupe pop rock electro, Mission Control.

J’ai rencontré ce beau monde le 12 janvier dernier dans les loges du Comédia (à Paris). Le soir même ils présentaient pour la première fois à leurs fans certains morceaux de ce premier album commun. La vidéo suivante en témoigne.

Making of Mission Control au Comédia le 12 janvier 2015.

david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorArgumentaire officiel  (mais largement raccourcie):

Le nouveau projet de David Hallyday, sous le titre de Mission Control, est à la fois un nouveau pari, une nouvelle aventure, et le retour passionné du rêve de tout musicien : jouer dans un groupe. On connaît le David Hallyday chanteur et auteur-compositeur. Tout au long d'une carrière couronnée de disques d'or et de Golden Awards, il a su imposer une griffe mélodique aisément reconnaissable, qu'il écrive pour lui ou pour les autres. Mais on sait moins qu'au cours de ses pérégrinations artistiques, entre Los Angeles et Paris, il a fait partie de plusieurs groupes, Blind Fish et Novacaine, avec lesquels il a même enregistré des albums.

Retrouver le plaisir des débuts, reformer un groupe pour partir à nouveau sur les routes, l'idée a germé pendant que David préparait son nouvel album. Un album en anglais, un projet international que lui, l'artiste solo, a cette fois envie de partager avec des complices.

Dénicher des musiciens avec qui partager les mêmes émotions, humaines et artistiques. C'est chose david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorfaite, avec le guitariste Olivier Freche, fondateur du groupe JADE et auteur d'un album adapté de "Hypérion", le best-seller de l'écrivain Dan Simmons. A la basse, son frère de gammes Fabrice Ach, surnommé "Le maître de l'harmonie", qui a travaillé entre autres avec Anggun, Mickael Miro et la célèbre blueswoman Anna Popovic.

Outre les compositions, le chant et 50% de la batterie, David se chargera de l'électronique et des claviers. Mission accomplie… en huit semaines de travail acharné et convivial,dans la plus grande liberté artistique. Le résultat, un disque d'électro-pop spatial, épique et mélodique. Onze titres convergeant tous autour du thème de la passion et de l'élévation.

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david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorInterview :

Je vais commencer en m’adressant à Olivier et Fabrice. Comment David a-t-il fait appel à vous ?

Fabrice : Nous avons une amie commune qui est sa manageuse. Elle nous a fait jouer ensemble sans savoir ce que recherchait exactement David. Olivier et moi, nous nous connaissions déjà et avions travaillé dans moult projets communs. Il fallait que ce que nous faisions colle avec ce que souhaitais David.

En somme, vous vous êtes « essayés » avant de concrétiser le projet.

David : Il fallait savoir si artistiquement et humainement cela passait bien. Franchement, on a tout de suite sympathisé. Le fait d’enregistrer cet album pendant huit semaines juste entre nous, ça nous a permis de bien nous connaître. Nos femmes sont venues, nos enfants et nos potes aussi. On a vécu comme en famille au manoir de Loconville. L’énergie était démentielle entre nous. C’était comme si nous avions toujours joué ensemble.

Cette osmose est de l’ordre de la magie ?

David : De toute manière, quand les choses fonctionnent, ça devient toujours de la magie.

Olivier : Quand on a commencé à jouer ensemble, il y a eu un feeling immédiat et beaucoup d’énergie. Dans ce genre de situation, on ne sait jamais ce qu’il va se passer. Cela peut-être super ou catastrophique. On se découvre réellement au moment où on plante la première note. Nous nous sommes appropriés la musique que l’on a jouée et ça a fonctionné tout de suite.

Clip de "The Rising".

David, vous aviez besoin d’être avec de nouveaux musiciens pour continuer votredavid hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandor parcours ?

David : Je voulais faire un projet artistique différent. Dans ma carrière, j’ai la hantise de toujours refaire la même chose. Récemment, je me suis demandé quel avait été le meilleur moment musical dans ma vie. La réponse était simple : c’était quand j’avais fait mes premiers groupes, Blind Fish et Novacaine. Ce sont les meilleurs souvenirs de ma carrière, alors que nous n’avons eu aucun tube. C’est cette naïveté et cette énergie que j’avais envie de retrouver. Dans ce climat musical très stérile, j’avais envie de faire quelque chose de beaucoup plus chaleureux et de retrouver une méthode plus ancienne, plus atypique par rapport à cette génération-là. Aller chercher l’énergie et les émotions à des endroits où on ne va pas les chercher habituellement. J’ai besoin de complicité, j’ai besoin de sentir qu’il y a mes potes, une famille autour de moi. J’ai appris la musique comme ça. En l’a partageant avec les copains. Cela me manquait beaucoup.

Mais quand on enregistre un album solo, il y a des musiciens quand même.

David : La différence quand tu fais un disque avec un groupe, c’est que tu vis avec. Les musiciens ne sont plus des musiciens. Ils deviennent une équipe de foot. Ils ne doivent pas jouer solo. L’union fait la force.

Fabrice : Ce n’est pas un travail différent pour nous, c’est une implication différente. Il nous arrive d’enregistrer des albums pour d’autres personnes. On est juste interprète de quelque chose. Dans ce projet, j’ai pu choisir l’instrument avec lequel j’allais enregistrer, j’ai pu m’approprier certaines parties des chansons. Chacun est là pour faire évoluer le groupe. Je pense que nous avons emmenés un son à David.

David : Tout à fait.

Olivier : Dans ce manoir, on a partagé à la fois le côté musical et le quotidien. Tout ce qui est autour de la musique ressoude et renforce. Quand tu joues, il faut savoir ressortir les atomes crochus que tu as avec les gens.

Fabrice : Il faut aussi de bonnes chansons. En l’occurrence, nous avions à notre disposition de très bonnes chansons. C’est la base de tout.

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Parlons du lieu. Vous avez enregistré au manoir de Loconville, un lieu d’enfance de David.

David : C'est même un endroit sacré pour moi. Mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents y ont vécu. C’est une maison pleine de bonnes vibrations dans laquelle, tout gamin, je croisais Hendrix ou Dylan, venus pour une garden-party. Cette maison ne nous appartient plus depuis des années, mais la personne qui y vit est vraiment adorable. Elle a aimé notre projet et nous a laissé le manoir pendant huit semaines. Je ne la remercierai jamais assez.

Fabrice et Olivier, vous avez joué avec de très nombreux artistes, mais vous étiez un peu plus dans l’ombre. Avec Mission Control,  vous êtes mis plus en avant. Cela vous plait-il ?

Fabrice : Je vous arrête tout de suite, nous ne sommes pas des musiciens de studios. On a fait beaucoup de concerts, des disques aussi et on a plein de projets. C’est d’ailleurs très français ce truc de ne pas mettre les musiciens en avant. Les journalistes français s’adressent souvent au chanteur et très peu aux musiciens. Ce n’est visiblement pas votre cas, car vous avez commencé l’interview avec nous deux.

Olivier : Cela dit, c’est normal, on est dans la tradition de la chanson française. Il y a une différence culturelle parce qu’en France, il y a beaucoup d’artistes solos.

Fabrice : Du coup, pour nous deux, faire partie d’un groupe ou tout le monde est considéré d’égal à égal, c’est assez plaisant.

David : L’idée de faire ce groupe, c’était de jouer en bande et de passer les frontières. La question que tu viens de poser…

… n’est que française, c’est ça ?

David : Voilà ! Mais, ce n’est pas une mauvaise question. Dans notre esprit, on est tous au même niveau.

Olivier : Cette question pose bien la différence entre la France et le reste du monde.

Fabrice : Il faut dire aussi que le statut de David, en France, il ne peut pas y échapper. Ses parents sont si « historiques ».

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Je continue à jouer au journaliste franchouillard alors. Vous savez que les français, dont je fais partie, n’aiment pas quand un groupe français chante en anglais ?

David : Me concernant, j’ai parlé anglais avant de parler français, donc cette langue vient instinctivement dans la musique que je crée. C’est marrant ce que vous me dites, parce que je n’ai jamais eu ce sentiment-là, moi.

A vous, on pardonne parce que vous avez cette double nationalité et que les gens le savent.

David : En tout cas, je suis très fier de représenter deux cultures.

Fabrice : C’est vrai que pour David, ce n’est pas qu’on lui pardonne, mais on l’accepte plus. Nous savons bien que si c’était un autre chanteur français qui se lançait dans une telle expérience en langue anglaise, la pilule aurait été plus difficile à avaler.

Nouveau single "Reaching up" (écoute).

david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorQuel est le point commun entre toutes les chansons de l’album.

David : Elles sont toutes épiques et rassembleuses. « Arrêtons d’écouter tout ce qu’on nous dit, prenons notre destin en main et fonçons en avant ». C’est le leitmotiv de ce disque.

David, vous n’avez pas choisi la facilité pour la poursuite de votre carrière. Êtes-vous confiant ?

David : Je sais que les métiers de la musique deviennent très compliqués. En plus, j’ai choisi une voie très compliquée. J’ai monté un groupe que les gens ne connaissent pas et que nous sommes en train de développer à l’international. J’ai pleine conscience que rien n’est gagné et que ce sera très difficile. En fait, on ne sait rien, juste que l’album est bon et que l’énergie est contagieuse.

L’incertitude fait-elle partie des joies du métier ?

Fabrice : Absolument.

David : Il y a beaucoup de gens qui nous disent que nous prenons des risques. Je ne suis pas d’accord. Pour moi, le risque c’est de ne rien faire ou de faire toujours la même chose. Après, que ça marche formidablement ou pas tellement ou pas du tout… la balle n’est plus dans notre camp. Il y a une notion qu’on oublie un peu dans ce métier, c’est la chance. Il faut aussi être là au bon moment… et être patient.

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Après l'interview le 12 janvier 2015.

20 février 2015

Art Mengo, Magyd Cherfi, Yvan Cujious: interview pour le Toulouse Con Tour

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toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorHier soir, je suis allé au Café de la Danse pour assister au Toulouse Con Tour. Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir lors d’un concert.

Jubilatoire !

Le 28 janvier dernier, Art Mengo (mandorisé là), Magyd Cherfi (mandorisé ici) et Yvan Cujious, les trois protagonistes toulousains de ce projet vraiment enthousiasmant, de passage à Paris, m’ont accordé une heure de leur temps… et nous ne nous sommes pas ennuyés.

Argumentaire officiel :toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Yvan Cujious, chanteur, pianiste, trompettiste, joueur de mots à l'humour décalé, aime sa ville, Toulouse, son rouge et noir et ses artistes du cru qui font vibrer ses scènes. Il a eu l'idée de proposer le projet « Toulouse Con Tour » à deux de ses copains : Magyd Cherfi, chanteur et poète militant auteur emblématique du célèbre groupe Zebda, et Michel Armengot, connu sous le nom d’Art Mengo, chanteur, guitariste, pianiste et compositeur pour les plus grands, de Gréco à Hallyday en passant par Jane Birkin ou Henri Salvador.

De Claude Nougaro à Juliette, de Carlos Gardel à Pierre Perret ou Nino Ferrer, en passant par Francis Cabrel ou les Fabulous Trobadors, les trois complices et l'accordéoniste Lionel Suarez s'amusent à la chanson toulousaine par leurs reprises novatrices, parfois pudiques, parfois exubérantes.

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorInterview :

Cette réunion de trois artistes toulousains d’horizons différents est une sacrée expérience !

Yvan Cujious : Pour moi, c’est vraiment inédit. Je n’ai jamais partagé la scène avec d’autres chanteurs. Cette aventure est une manière d’aborder différemment la scène et de partager un jeu collectif. Je n’ai pas l’habitude, mais ça se passe super bien entre nous.

Magyd, vous avez été le premier à être contacté par Yvan pour participer à ce projet. Vous en avez pensé quoi ?

Magyd Cherfi : Je n’ai pas beaucoup réfléchi parce que Yvan, quand on se croisait, me disait : « J’aime ce que TU fais. » Il parlait toujours de mon travail personnel en termes qui me faisaient plaisir. Ça touche.

Il fallait que vous vous sentiez aimé ?

Magyd : Moi, oui. Je suis un peu son idole, en toute humilité, je ne pouvais pas refuser (rires). Non, sérieusement, j’ai dit oui en pensant que ça ne pouvait être que bon.

Et vous Art Mengo ?

Art Mengo : Je crois que c’est ce qui m’a fait peur qui m’a attiré. Le fait que l’on vienne tous les trois de milieux très différents, que l’on défende des univers très particuliers. Je me suis dit qu’il y avait certainement quelque chose à faire d’intéressant dans ce projet.

Une fois que chacun a dit oui, il a fallu concrétiser…toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Art : Bizarrement, c’est une mécanique qui s’est mise en place assez vite. Il a fallu penser au répertoire. On a choisi des chansons et les façons de les interpréter assez rapidement. Tout est allé vite et naturellement.

Magyd : Chacun voulait que les deux autres se fassent plaisir, donc nous n’avons pas débattu un siècle pour savoir qui allait chanter quoi.

Magyd, vous êtes le seul des trois qui a l’habitude d’être accompagné. Ce ne doit pas être la même ambiance avec Yvan et Art qu’avec Zebda…

Magyd : Ça change, bien sûr, parce que nous sommes trois, mais en entités autonomes. Art et Yvan  restent ce qu’ils sont, alors que dans Zebda, il y a le postulat d’obéir à une cause et une philosophie commune. Avec Zebda, il faut parler d’une seule voix, mais à plusieurs. Dans le projet « Toulouse Con Tour », ce sont trois voix différentes.


"Les murs de poussière" de Francis Cabrel au Grand Studio d'RTL.

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorLes noms des artistes  de Toulouse et de sa région que vous alliez reprendre étaient une évidence ?

Yvan : Nougaro, Nino Ferrer, Pierre Perret… on était tous d’accord. Oui, encore une fois, le choix s’est fait rapidement. On a sélectionné aussi des artistes que le grand public connaît un peu moins, mais que nous apprécions beaucoup comme Juliette et les Fabulous Trobadors… Nous avons cela en commun tous les trois, nous abordons la chanson avec l’envie d’un récit, d’une chanson avec de la teneur.

Il y a un côté ludique dans ce projet.

Art : Je crois même que c’est la priorité. On peut faire des jolies choses uniquement si nous sommes dans la joie, l’amusement et la bonne humeur. Personnellement, je ne peux pas fonctionner dans la lutte et le conflit. Je travaille avec des gens qui ont envie de rire, de blaguer, de faire de la musique positivement et de s’éclater sur scène.

Il paraît que sur scène, justement, vous vous chambrez pas mal.

Magyd : La cerise sur le gâteau, c’est qu’il y a entre nous un second degré permanent. On ne se prend pas pour autre chose que ce que nous sommes. On s’attaque parfois à des monuments, alors il faut trouver une liaison entre chaque chanson. On essaie de trouver une sincérité dans leur approche tout en gardant une distance. Cette distance, on la comble avec de l’humour. Ça redonne une dimension humaine au projet.

Yvan : Artistiquement, nous ne sommes pas dans l’imposture, ni dans le choix de la création d’un personnage. Nos trois personnalités sont complémentaires et nous nous sommes vite trouvés et entendus.

Y a-t-il des gens que vous reprenez qui vous ont vu sur scène ?toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Yvan : Oui, Jean-Pierre Mader. Et d’ailleurs, il ne nous parle plus depuis (rires).

Magyd : C’est délicat parce que nous avons un passage où nous reprenons les gros tubes des années 80 de la chanson toulousaine. On se moque un peu de toutes ces chansons et nous les caricaturons légèrement.

Yvan : Pour en revenir à Mader, c’est quelqu’un qui assume ce qu’il fait et je ne pense pas qu’il soit vexé.

Magyd : Sans rire, moi j’adore « Macumba ». Mais je ne vais pas faire le faux cul, on ne peut pas s’empêcher de lancer une pointe d’ironie sur ce genre de tubes. Tu sais, moi j’ai bien fait « Tomber la chemise » et elle m’a bien collé à la peau.

Vous ne la chantez pas dans votre « Toulouse Con Tour » ?

Magyd : Non, mais pourquoi pas ? Je la verrais bien chanter par Art.

Art : Moi non plus, je ne vais pas me moquer des années 80. J’ai aussi un tube à cette époque-là, « Les parfums de sa vie ».

Magyd : Mais Art, « Les parfums de sa vie », c’était une chanson sensible et formidable. Tu ne peux pas la classer dans cette même catégorie.

Art : Elle est quand même très connotée années 80, dans les synthés et la réalisation…

Vous interprétez les chansons des autres dans des versions proches des originales ?

Yvan : On ne s’en éloigne pas tellement, sauf qu’on est sur le parti pris d’une musique acoustique.

"Le sud" de Nino Ferrer au Grand Studio d'RTL

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorComment réagit le public ?

Magyd : Il y a quelque chose d’affectif entre lui et nous. Il y a un a priori positif sur Toulouse. Je me suis rendu compte qu’il y a un élan sur cette ville.

La rencontre la plus surprenante, c’est celle de Magyd et d’Art, non ?

Yvan : Je savais que Magyd et Art ne se connaissaient pas, à part de nom et par la réputation, du coup, cela m’intéressait de les faire se rencontrer. Je savais que ça allait fonctionner.

Art : Je confirme. Il y a eu un intérêt immédiat l’un pour l’autre.

Magyd : C’est une pure jouissance, parce que justement, il y a un tel écart entre son œuvre et la nôtre (Zebda) que c’est jouissif. J’en ai eu marre de passer ma vie avec des gens qui partageaient tout avec moi, la philosophie, la cause, l’idéal… Depuis l’âge de six ans, j’ai fait des clubs de foot, des colonies de vacances, des bandes, des partis politiques, des groupuscules… Je n’ai vécu que dans des groupes. J’ai besoin d’oxygénation et de vivre des choses avec des gens qui ne sont pas comme moi.

Et vous Art ?

Art : Moi, c’est exactement l’inverse de Magyd. A l’époque des « Parfums de sa vie », j’aurais adoré appartenir à un groupe. Faire la promo avec mes potes musiciens et au lieu de ça, je me retrouvais seul. C’était chiant et triste. La musique, je l’associe à quelque chose de gai, alors le projet dans lequel je me retrouve avec Yvan et Magyd me convient totalement. J’adore ça en fait. Je me sens bien. Ça me plaît beaucoup de ne pas être devant et de ne pas être la vedette. J’aime bien aussi l’idée de recevoir des remarques de la part des autres. L’échange est là, constamment.

Yvan : Il me semble que ça fait beaucoup avancer dans son aventure personnelle. Depuis que je tourne avec eux, je considère la scène différemment.

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Pendant l'interview (1).

Vous apprenez les uns des autres ?

Yvan : Quand je regarde Magyd, je suis impressionné. C’est un artiste qui travaille beaucoup et qui a une manière à lui d’aborder la scène et le répertoire. Ça me renvoie à des choses que je ne fais pas et que je pourrais améliorer. Moi, je prends les choses comme ça vient. Art aussi, je crois. Nous ne cadrons pas les choses formellement.

Art : Je ne sais pas. Je n’ai pas trop analysé, donc je dois être un peu comme tu le dis.

Magyd : C’est vrai que nous nous interpellons sur le travail passé ou à venir de chacun. Yvan me conseille par exemple d’épurer mes chansons. Mes textes sont noyés dans des rythmiques et c’est parfois dommage. Ça empêche d’être attentif au sens des propos. Art, moi, je lui conseille de travailler dans des textes plus caillouteux. Je lui dis de laisser tomber le « love », d’envoyer du gros mot et de la lutte des classes. Lui me dit d’ouvrir mon cœur. Il m’a fait remarquer que sur 10 albums et trente ans de carrière, je n’ai jamais dit  « je t’aime » dans une chanson. Voilà, on discute comme ça entre nous, ça ne veut pas dire que l’on va appliquer les conseils.

Personne ne se vexe ?

Magyd : Ce que j’aime chez Art et Yvan, c’est qu’ils ont de la distance par rapport à leur métier. Si un artiste n’a pas de distance avec son œuvre, il souffre. Tu sais, tous les trois, nous sommes dans la quête d’une expérience nouvelle à vivre. La distance permet que la discussion soit possible.

"La chanson con" de Juliette.

Vous semblez vous régaler sur scène. Il faut se régaler soi-même pour régaler les autres ?

Magyd : Moi j’ai un certain âge, un certain parcours. J’ai besoin que ce soit un pur kif. Longtemps, j’ai fait ce métier pour becqueter, puis pour élever un peu le niveau et là, maintenant, il y a l’obligation que ce soit du pur plaisir.

Art : Tu parles d’âge et tu as raison. A un moment donné, on a vraiment envie de profiter du présent positivement.

Yvan : Ce projet arrive à un moment de nos vies qui est le bon. Nous n’avons aucune frustration, ni aigreur. Heureusement, sinon, nous n’aurions pas le même état d’esprit pour le véhiculer.

Magyd : Du fait de cette expérience, je dirais que c’est le temps qui nous a débarrassés des oripeaux d’orgueil, d’ego, de vouloir exister à tout prix. Ce qui est extrêmement agréable aujourd’hui, c’est que tous les trois, nous abordons cela avec beaucoup de douceur. Ce n’est pas du luxe.

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Pendant l'interview (2).

Pensez-vous que cette expérience va modifier votre façon d’envisager vos carrières personnelles ?

Art : Je l’espère sincèrement, mais c’est insidieux. On ne s’en rend pas forcément compte tout de suite. Peut-être que ça va me permettre d’aborder des sujets autrement. Je ne conçois pas que l’on ne retire rien de ce projet.

Magyd : Moi, cette expérience va modifier beaucoup de choses. Ça va dans le sens que je veux prendre désormais dans mes projets en solo. Beaucoup d’épure et une voix complètement assumée. L’air de rien, j’ai toujours été protégé par plein de voix et plein de sons, je me suis un peu planqué derrière les décibels. Je suis à la recherche de la plénitude.

Yvan : Je suis sûr à 100 %  que j’évolue de jour en jour à leur contact. J’ai l’impression d’apprendre tous les jours en regardant Art et Magyd. Ils ont une telle carrière tous les deux…

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Après l'interview, le 28 janvier 2015. De gauche à droite, Magyd Cherfi, bibi, Art Mengo et Yvan Cujious.