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09 mars 2015

Joseph d'Anvers : interview pour Les matins blancs

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Joseph d’Anvers sera demain (10 mars 2015) au Café de la Danse… Il était temps de publier sa récente interview…

Joseph d’Anvers est séparé de son label après trois disques. Il autoproduit aujourd’hui son quatrième album, Les Matins blancs, grâce notamment à la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank. Ce nouvel opus, composé essentiellement de chansons d’amour, de rupture, révèle une pop élégante, où s’invitent des "frères d’armes", tels Miossec, Dominique A ou Lescop. Avec ce quatrième volet, le chanteur s’inscrit définitivement dans cet héritage.

En résultent alors quatorze textes finement arrangés, d’une élégante facture pop-rock matinée d’arrangements de cordes.

Le 10 février dernier, Joseph d’Anvers est venu à l’agence pour sa deuxième mandorisation (voir la première ).

joseph d'anvers,les matins blancs,interview,mandorL’argumentaire officiel de l’album :

On serait presque tenté de qualifier Les Matins blancs de concept album. Ses quatorze chansons sont autant de variations sur un même thème : ces pensées troubles qui nous envahissent au sortir d’une nuit blanche et que chassent les premières lueurs de l’aube. Pour habiller cette collection de chansons, Joseph d’Anvers a fait appel à l’équipe de rêve qui accompagne ou a accompagné Etienne Daho, Alain Bashung et Daniel Darc. Avec pour résultat une interprétation toute en retenue, qui s’arrondit ou se creuse au gré des inflexions de la voix.

Explications de textes :

L’album s’ouvre sur les somptueuses volutes de cordes de « Petite », une ritournelle douce-amère d’où s’échappent ces mots : « chaque seconde est une histoire ». Par contraste, « Surexposé » passerait presque pour guilleret, avec sa rythmique empruntée au Bashung de « Gaby ». « Avant les adieux » est une poignante ballade sur les amours défuntes. « Tremble », écrit par Dominique A, possède la grâce d’un « battement de cils ». La soul chic de « Mon ange » parle des idéaux qui s’effritent. Sur « La vie à présent », une folk song près de l’os, plane l’ombre de Neil Young. Les arpèges de « Sally » sont fébriles comme les doigts des amants le premier soir. Le voile consolateur d’une section de cordes enveloppe les étreintes éphémères de l’aube, celles que Joseph appelle « Les amours clandestines ». « Chaque nuit en son temps » monte crescendo jusqu’à sa fin en suspens, juste au bord du précipice. « Marie », avec son texte signé Lescop, emporte l’auditeur le plus endurci dans son galop romantique. « La nuit, je t’aime quand même » mêle le lyrisme de la plume de Miossec à l’une des plus poignantes mélodies de Joseph. « Les jours incandescents » sinue entre ombre et lumière, avant de s’achever dans un instrumental extatique. « Regarde les hommes tomber » referme avec l’apparente facilité d’un prélude de Satie ce « presque concept album ».

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joseph d'anvers,les matins blancs,interview,mandorInterview :

Faire un album grâce à un site participatif, c’est confortable ?

Confortable, je ne sais pas si c’est le mot. C’est un album qui a été fait à flux tendu, même si c’est celui de mes quatre disques qui a coûté le moins cher. Je ne pense pas que cela s’entende à l’arrivée et ça, j’en suis fier.

Tu avais demandé combien ?

5500 euros. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Je ne savais pas non plus si c’était beaucoup. En 24 heures, nous avons récolté la somme. Au bout de deux semaines, nous avions 12 345 euros.

Ça veut dire que pas mal de personnes étaient en attente d’un nouveau disque.

J’ai ressenti ça plutôt comme des mains qui se tendent au moment où tu en as besoin.

C’est compliqué de sortir un album quand on n’a plus de maison de disque ?

Avec Atmosphériques, nous nous sommes quittés d’un commun accord. J’aurais pu contractuellement rester et garder un certain confort, mais j’ai choisi de partir. L’envie n’était plus là de travailler ensemble. C’est comme quand tu quittes une femme. Tu es sûr de toi et les jours qui suivent, tu te poses des questions. Rien n’est simple dans les séparations.

Clip de "Surexposé", extrait de l'album Les matins blancs.

Tu n’as pas eu peur de devoir recommencer à zéro ?

Non, mais j’ai remarqué que dans mon entourage proche, il y a eu ceux qui m’ont tourné le dos et ceux qui m’ont tendu la main. Les internautes, pour la plupart, ont fait partie de la deuxième catégorie. Je me suis rendu compte que j’avais bien fait d’avoir été présent sur les réseaux sociaux depuis pas mal de temps. J’ai toujours essayé d’abolir la distance entre ceux qui aiment mon travail et moi. Pour le site participatif, je ne me suis donc pas positionné dans le « ça va marcher, on m’attend », mais comme un mec qui dit « merci les potes de m’aider ».

Tu es encore dans le circuit avec At(h)ome.

Oui, mais je suis arrivé dans cette structure très réactive avec un produit fini. Il n’y a que trois employés, dont les deux patrons. J’ai senti immédiatement qu’ils croyaient en mon projet. De plus, ils défendent juste cinq ou six nouveaux disques par an, mais du coup, ils les défendent bien.

Tu revendiques le fait qu’il faut acheter des CD pour que l’artiste puisse vivre de son métier.

C’est une des rares denrées qui en vingt ans n’a pas augmenté. Quand j’étais gamin, un CD coûtait cent francs, aujourd’hui, c’est quinze euros. Ça n’a pas bougé. Le fait de me retrouver sur un label 100% indépendant et d’avoir fait mon disque comme je l’ai fait, c’est du militantisme.

C’est très important de défendre les chanteurs que l’on aime.

Quand vous mettez quinze euros dans un CD, vous permettez à l’artiste de pouvoir peut-être faire un autre album après. Ce n’est ni iTunes, ni Spotify, ni Deezer qui nous rapportent de l’argent. Je peux même dire que ça ne nous rapporte rien. Si tout le monde se remet à acheter au moins un CD, ça peut changer le cours des choses. Il faut que les produits qui ne sont pas liés à  TF1 ou NRJ puissent subsister. La musique, ce n’est pas que du divertissement et ce n’est pas vain. Il faut que l’on en soit persuadé.

Si ce n’est pas que du divertissement, ça peut-être quoi d’autre ?

Du rêve, de l’évasion… ça peut être aussi une bouée de secours, quelque chose qui te fait réfléchir sur la société.

Écoute de "Petite" extrait de l'album Les matins blancs.

Pour cet album, tu as fait une centaine de chansons. C’est énorme !

Ce n’est pas énorme, cela devrait être la norme. Les gens ne le savent pas, mais pour l’album Thriller de Michaël Jackson, il y avait 900 chansons. Et dans les 900, il n’y avait pas « Billie Jean ». Il l’a ajouté au dernier moment. Je ne me compare pas à Michaël Jackson, mais tu as compris l’idée... Le seul luxe que j’avais sur cet album, c’était le temps. Je pouvais le gérer. J’ai décidé de composer une chanson par jour pendant des semaines. Il y a des chansons qui sont restées et il y en a d’autres qui ont fini au panier.

Plus on écrit des chansons, plus on s’améliore dans ce domaine ?

Ce serait dommage de ne pas évoluer quand on travaille beaucoup.

Ton écriture est plus premier degré dans ce disque… avant, il fallait gratter pour saisir tout le sens et l’essence de tes textes.

Dans mes précédents albums, j’adorais qu’il y ait des ellipses, une certaine forme de poésie, ça m’intéressait aussi que l’on ne me comprenne pas toujours. J’aimais bien que les gens fouillent un peu. Dans celui-ci, j’avais envie d’être compris plus nettement. J’ai donc décidé d’écrire des chansons comme si je m’adressais à une personne en particulier… comme des lettres. Je me suis rendu compte que la simplicité dans une chanson, c’était loin d’être évident. Je voulais pourtant de l’évidence, de l’élégance et de la simplicité.

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Est-ce l’album qui te raconte le plus ?

Je me suis recentré sans faire du nombrilisme, parce que ma vie n’est ni mieux, ni moins bien que celles des autres. J’ai essayé de voir ce qui me touche dans la vie. Quelles sont les failles qui me font vivre, rire ou pleurer ? Qu’est-ce qui en moi fait que je suis vivant ? Comment essayer de l’exprimer au mieux pour ne pas raconter ça sous la forme d’une histoire trop personnelle ? Comment écrire des chansons élégantes et intéressantes ? Tu vois, je m’en suis posé des questions. Aujourd’hui, je m’assume tel que je suis. J’ai mes travers physiques et psychologiques, mais je suis comme ça. J’essaie juste de m’améliorer. Ma musique est liée à tout ça.

As-tu l’impression de t’être déshabillé ?

Il a fallu que je trouve une certaine distance avec l’intime que je raconte. Sur la pochette, on me voit torse nu, mais on ne voit pas mon corps. C’est à l’image de tout mon album. Tout a du sens.

Avec cette façon de faire ton album, contrairement à d’habitude, tu t’es retrouvé seul face à ta création. Personne n’a pu te donner son avis. Ce n’est pas un peu perturbant ?

Tu as raison de souligner ce fait, car j’ai douté de nombreux mois. J’ai même traversé de grosses périodes de flottement. Je m’étais fixé des lignes théoriques, mais une fois qu’on est passé en studio, j’ai fait valider par tous les musiciens et mon ingé son les quinze titres choisis. Il est extrêmement difficile d’être objectif sur son propre travail et jusqu’au premier papier qui est paru sur mon disque, je n’étais sûr de rien.

Dominique A, Lescop et Miossec ont participé à ton album en t’offrant de très beaux textes.

J’avais lu que Dominique A avait bien aimé mon album Rouge Fer. Il avait dit à Marc Thonon, le patron d’Atmosphériques, qu’il aurait bien aimé faire une chanson avec moi. J’étais super content. Quand j’ai quitté Atmosphériques, j’ai appelé Dominique pour savoir si sa proposition tenait toujours. Il m’a répondu par l’affirmative. Ça m’a mis une sacrée pression. Il ne fallait pas que je me plante. La même chose pour Miossec et Lescop. Quand on reçoit leurs textes, c’est flatteur et génial, mais il faut être à la hauteur musicalement. J’avais peur que le résultat final ne leur plaise pas. Mais les trois chansons sont nées assez vite et chacun était satisfait.

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Te rends-tu compte que tu commences à compter dans le monde de la chanson française d’aujourd’hui ?

Ma condition m’empêche complètement de penser à ce genre de considération. Je ne vends jamais 500 000 disques, alors j’ai parfois l’impression que ce que je fais n’est pas bien. On m’a fait ressentir que j’étais moins important artistiquement que Charlie Winston parce que je vends dix fois moins d’albums que lui. Après, on m’a fait comprendre que j’étais moins bon que Gaëtan Roussel parce que, là encore, je vends dix fois moins d’albums que lui. J’ai fini par croire en ce que l’on me martelait. Malgré cela, je sens que le milieu est bienveillant avec moi. A part Télérama. Valérie Lehoux me descend depuis trois albums. Un jour je ne chante pas assez, l’album suivant, je chante trop. Je suis pourtant plus dans la couleur Télérama que Jeune et Jolie, il me semble. Avec des journalistes comme ça, je ne peux pas prendre la grosse tête et croire que je suis essentiel à la chanson française.

Il n’en reste pas moins que ce nouvel album est plus abordable. Il peut être celui qui t’apporte une plus forte popularité.

J’avais cette envie précise d’être plus accessible. Je me suis donc mis à écouter des artistes comme Souchon, Daho ou Aubert. Tous ces mecs qui font de la bonne et classieuse variété française, mais que je n’écoutais pas auparavant. Je voulais un peu m’imprégner de leur talent pour faire un album plus « à la française ». La difficulté était de ne pas les imiter…

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Tu fais un métier formidable. Toi et tes semblables faites rêver les gens. Tu y penses à cet aspect-là de la vie d’artiste ?

Je me force à y penser. Je suis persuadé que c’est l’art sous toutes ses formes qui sortira du marasme financier, économique et sociétal dans laquelle elle est. En amenant de la beauté dans la vie, en amenant les gens à réfléchir autrement que par eux-mêmes, à travers les œuvres et non pas à travers les brèves ou les émissions de télé en continu, on s’améliorera et on ira vers quelque chose de mieux. Ce qu’il reste d’une civilisation quand elle a disparu, c’est l’art.

Es-tu satisfait de l’artiste que tu es devenu et est-ce la destinée dont tu rêvais dans ta jeunesse ?

Non parce que le principe même du bonheur, c’est qu’il est toujours concomitant d’un malheur. Le bonheur, c’est une invention philosophique. Tu ne peux pas être foncièrement heureux, si tu n’as pas été malheureux avant. Je suis juste heureux de faire le métier que je souhaitais, mais cette vie que j’imaginais et fantasmais n’est pas à la hauteur du rêve. On ne peut jamais être à la hauteur d’un rêve. Cette vie dont j’ai rêvé, je la paye psychologiquement et financièrement, mais jamais je ne me plaindrai. Vivre de sa passion est le luxe suprême en ces temps difficiles…

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Après l'interview, le 10 février 2015.

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08 mars 2015

Monsieur Roux : interview pour Chutes de studio et autres cascades

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(Photo : Mila Deth)


Cela fait dix ans que j’apprécie Monsieur Roux (Erwan Roux) pour ses textes mordants et son sens de la formule. Pour sa musique aussi, ensoleillée et enthousiasmante. Sur des mélodies légères, il tire des portraits, taille des costards et balance ses chansons comme des poings dans la gueule ou des caresses. Bas du formulaire(Sa précédente mandorisation, ici).

En décembre 2014 est sorti Chutes de studio et autres cascades. Quelques mois après, il m’a paru intéressant d’accueillir une seconde fois cet artiste qui a toujours beaucoup de choses à dire et, surtout, qui n’a pas la langue dans sa poche. Ainsi fut fait le 21 janvier dernier…

Cover Monsieur Roux.jpgArgumentaire officiel de Chutes de studio et autres cascades :

Pas vraiment un nouvel album, ce nouvel album. Des chansons enregistrées entre 2007 et 2014 et qui au final n'ont pas été gardé dans la version définitive des albums sortis dans le commerce. Va savoir pourquoi...
On peut voir dans ce disque nos expérimentations de musiciens qui cherchent sans cesse, se foutent du style comme de l'art ou du cochon. Quitte à surprendre.
Vous pourrez ainsi entendre des chœurs psychédéliques, des guitares à la malienne, des ballades acoustiques, de l'afro beat pop bricolé, des samples de hip hop ou de la vieille country gueularde.
Comme un bras d'honneur au tristes sires conservateurs de musée de la musique.
Comme un éclat de rire farceur et libérateur pour dire que nous sommes libres, fiers et bien vivants.
Na.

(Pour écouter les chansons, c'est là.)

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391533_10150622693668027_83952239_n.jpgInterview :

Que trouve-t-on dans cet album ?

Sur ces douze chansons, il y en a une qui se trouvait sur le dernier album, mais dans une version totalement différente, « Il pleut des cordes ». Il y a trois chansons que nous jouons en live de temps en temps et que des gens nous réclamaient, « Mesdames », « La France d’en bas » et « Les cocos ». Les autres chansons enregistrées étaient initialement destinées au troisième album, L’illégalité joyeuse. Nous ne les avions pas mises sur le disque pour diverses raisons dont je ne me souviens plus. Enfin, il y a une chanson inédite, « L’eau passée sous les ponts », que j’ai enregistrée il y a sept mois.

Peut-on considérer ce disque comme un entre-deux albums pour faire patienter ton public ?

Oui, c’est un peu ça. Mais c’est aussi une façon de clore un chapitre et, très franchement, de remettre de l’argent dans les caisses. Pour enregistrer un prochain disque, on a besoin d’argent. Plutôt que faire appel à un site participatif comme Ulule ou un KissKissbankbank, j’ai trouvé que c’était plus sympa de faire un disque qui ferait plaisir à certaines personnes et qui était simple à concevoir puisque les chansons étaient déjà enregistrées.

Le principe des sites participatifs te gêne un peu ?

Je ne me sens pas à l’aise avec ça. Je préfère vendre un objet plutôt que demander de l’argent pour enregistrer un disque futur éventuel. Il y a beaucoup d’artistes qui emploient ce procédé et les gens sont très ou trop sollicités… j’ai choisi de ne pas faire la même chose.

Mais, souhaites-tu continuer à faire des disques ?

Je me pose des questions sur la pertinence de continuer à en faire et sur la façon de les faire. Je me rends compte qu’il y a des sorties de disques en permanence et que nous sommes noyés sous la musique. Si on veut exister, il faut sortir des disques de plus en plus. Si on veut apparaître, il faut faire preuve de pugnacité et d’un peu de talent. Paradoxalement, les gens n’achètent plus de disques, donc pour moi, sortir un disque n’a plus beaucoup de sens.

Par contre, tu continues à faire de la scène.

Si tu veux vendre des CD, il faut aussi faire des concerts. Mais, en même temps, faire des concerts, j’adore ça. Monsieur Roux, c’est quatre personnes sur scène. J’ai un autre spectacle qui tourne qui s’appelle « Un jour de neige ».

unjourdeneige teaser from David Delabrosse on Vimeo.

Qu’est-ce que c’est ? 1533804_10202972811343203_1611452890_n.jpg

Il y a deux ans, j’ai rencontré une jeune fille qui est autiste, Babouillec. Elle écrit des textes qui sont très beaux. J’ai commencé à en mettre en musique. Je me suis associé à une danseuse, Mélanie Crusson, et à une violoncelliste, Juliette Divry, et nous faisons un spectacle ensemble. Je me suis tout de suite dit que de la danse serait tout à fait adéquat pour donner une lecture plus corporelle des textes. Le spectacle s’est créé ainsi autour de textes parlant d’enfermement, de folie, de rapport à l’autre… Nous avons décidé d’inclure aussi des textes de Véronique, la mère de Babouillec, du coup, ça parle aussi de leur relation.

Pour subsister dans ce métier, il faut avoir plusieurs projets ?

C’est ce que font de plus en plus d’artistes. Après, il faut trouver ce qui te plait et ce n’est pas évident. Moi, c’est la première fois que j’ai fait autant de résidences et qu’il y avait autant de préparations pour un spectacle.

Au mois de novembre dernier, tu as également fait quelques concerts avec deux autres artistes, un chanteur québécois, Sébastien Lacombe, et un chanteur burkinabais, Abdoulaye Koné.

Oui, c’était une belle expérience. Nous mélangions nos répertoires sur scène. Chacun amenait sa petite couleur dans le répertoire des autres. J’aime l’échange et le partage en musique.

Écoute de "L'eau passée sous les ponts".

10943107_10153067666829721_8802893109513139749_n.jpgTu évoques la résurgence des idées racistes dans « L’eau passée sous les ponts ».

En tant qu’individu, c’est un sujet qui me travaille. J’ai fait récemment une chanson avec des enfants de CM2 de l'école Marie Curie de Gonesse. Ils étaient de toutes les couleurs et étaient très bien tous ensembles. Ils ne se posaient pas toutes les questions des « grands ». Ça fait du bien. Je me rends compte que l’on voit une partie de la société uniquement par le prisme des médias. La vision que l’on a de la société ne peut être que noir, alors qu’au final, les gens continuent à vivre globalement en paix.

En tant qu’auteur, n’as-tu pas envie de faire des chansons plus positives pour donner un peu de joie aux gens ?

Pour le moment, mes chansons ne sont pas très gaies, mais la plupart des gens pensent qu’elles sont plutôt marrantes. Ma musique est ensoleillée, mais le fond de mes chansons est souvent grave.

Dans cet album, il y a pas mal de chansons engagées. « Ne vois-tu rien venir » par exemple.

Il y a une violence sociale hyper forte, je ne peux pas ne pas l’évoquer dans des chansons. A un moment donné, quand tu n’es pas du bon côté de la pauvreté, comme dirait Renaud, tu t’en prends plein la gueule. Tu souris, mais à un moment donné, ça pète. Ces humiliations qui sont présentes depuis des générations, elles sont inscrites dans nos gênes et dans notre histoire.

Te sens-tu investi de la mission d’expliquer la vie aux gens et de les éveiller ?

Surtout pas. Si j’avais envie de faire ça, je ne le ferais pas dans mes chansons, mais plus dans la vie de tous les jours. En fait, je suis quelqu’un de très optimiste sur l’avenir. Je pense qu’on vit dans une société de plus en plus pacifié. Il y a moins de guerres, moins de morts dans les guerres, moins d’homicides qu’avant. Si je devais éveiller les gens, ce serait pour dire que ça va. Tu ne peux pas t’imaginer combien le monde va mieux.

Je trouve que tes chansons ne reflètent pas ce que tu viens de me dire.DSC09895.JPG

Au-delà de cela, je le répète, il y a une vraie violence sociale et je trouve ça injuste de voir des gens qui sont très riches passer leur temps à donner des leçons de morale aux autres et à mal considérer les gens qui sont « en bas ».

Ça fait dix ans que tu fais de la musique, mais j’ai l’impression que tu n’as pas de plan de carrière.

Ce que je ne veux plus, c’est travailler avec les gens de l’industrie du disque. Je ne veux plus envoyer 25 mails à quelqu’un avant qu’il ne me réponde, je ne veux plus travailler avec des gens qui te mettent dans le speed en permanence, des gens qui disent qu’ils font des choses et qui ne le font pas. De mon expérience dans les gros labels (Atmosphériques et Mercury/Universal), je garde cette image : il y a une course, tout le monde court et moi je marche. Je sais pertinemment que je n’arriverai pas le premier. J’ai toujours fait mon truc à ma vitesse.

Te sens-tu prêt à attaquer un nouvel album ?

Oui, mais le prochain, je ferai en sorte de le faire rapidement. L’illégalité joyeuse, j’ai mis trois ans à le faire. J’ai déjà quelques textes, mais je n’ai pas encore de musique. Est-ce que j’ai envie de faire des textes connotés « chansons », très narratifs, explicatifs ? J’aimerais être plus instinctif et naïf.

Es-tu content de faire ce métier ?

Très. Et surtout, je suis très content de la manière dont je le fais. J’essaie vraiment de m’amuser et de me faire plaisir.

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Après l'interview, le 21 janvier 2015.

05 mars 2015

Louane : interview pour Chambre 12

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louane,chambre 12,cesar 2015 meilleur espoir féminin,interview,mandor,la famille bélierSi Louane fait aujourd'hui beaucoup parler d'elle, c'est grâce à son rôle dans La Famille Bélier. La comédie familiale d'Éric Lartigau vient de franchir la barre des 7 millions d'entrée et la chanteuse comédienne vient de décrocher le titre très envié de « meilleur espoir féminin » au César de cette année. Comme si cela ne suffisait pas, l’ex-candidate de The Voice 2 débarque aussi de façon fracassante sur la scène pop française avec des chansons qui racontent la vie d’une fille de 18 ans. Dans Chambre 12, réalisé par Dan Black (The Servant), elle évoque ses amours, ses passions, sa famille, ses doutes, ses angoisses et ses petits bonheurs. On y retrouve aussi la chanson principale de La Famille Bélier, « Je vole » de Michel Sardou et un titre de Renaud « La mère à Titi » tiré du disque La bande à Renaud.

Pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de février 2015), pour le site internet (en version filmée) des Espaces Culturels Leclerc, mais aussi pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan (daté du mois de février 2015), le 11 février dernier, j’ai rencontré Louane dans un hôtel parisien.

Voici le fruit de notre moment passé ensemble…

Pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc :

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Voici l'interview en version filmée (mais raccourcie) pour le site des Espaces Culturels Leclerc.

Et enfin, troisième version, celle pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan.

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Après l'interview, le 11 février 2015.

04 mars 2015

Fauve : interview pour Vieux Frères partie 2

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Fauve m’a reçu dans un appartement parisien le 12 février dernier. Je dis Fauve parce que le chanteur auteur et le batteur n’ont pas voulu décliner leur identité quand je leur ai demandé (en effet, j’aime bien savoir à qui je m’adresse, ça facilite les relations et l’interview). « On s’appelle Fauve. Dites que sur scène on fait chant et batterie, ça suffira. On ne donne pas nos identités, car après, on retrouve nos noms dans le journal et on ne le souhaite pas ».

Dont acte.

Je respecte.

Il n’en reste pas moins que j’avais hâte de rencontrer cette formation/entité/groupe/collectif. Parce que Fauve devient un groupe générationnel, qu’il parle à la jeunesse actuelle, qu’il se passe quelque chose textuellement et musicalement… et (plus anecdotique) qu’il cartonne du feu de Dieu.

fauve,vieux frères,interview,mandorIl y a encore trois ans ce projet n’était qu’intime, un « truc » de potes. Contre toute attente, il est devenu aujourd’hui un phénomène dans l’histoire du rock français. Dixit Fauve, il exprime « le rejet de la dureté des rapports humains contemporains, le refus du défaitisme, le droit à la faiblesse et la quête acharnée du grand Amour (quel qu'il soit) ». Tous ces thèmes ont été effectivement abordés dans leur premier album et continuent à l’être dans la deuxième partie de Vieux Frères. Leur « spoken word » en français sur des textes engagés, posé sur des instrus allant du hip-hop à la pop fascine ou agace… mais ne laisse personne indifférent. La marque des grands.

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Interview :

Ça vous heurte un peu quand je vous demande de vous présenter ?

Chanteur : Non, mais on nous la mise à l’envers parfois. On ne veut plus se faire piéger.

Batteur : Nous sommes devenus méfiants car Fauve est un projet un peu particulier qui a besoin de pseudo anonymat. Il y a des journalistes qui jouent le jeu carrément, mais on ne te connait pas encore. C’est la première fois que nous nous rencontrons, nous restons un peu méfiants jusqu’au moment où nous lirons ton papier.

Bref, je suis en phase d’observation. Vous savez, je ne cherche pas le scoop à tout prix.

Chanteur : On veut bien te croire, mais il y a tant de personnes qui ne respectent pas la géométrie du projet et les gens qui travaillent dessus... En plus, je trouve que c’est beaucoup plus simple que nous agissions ainsi.

Pourquoi plus simple ?

Chanteur : Parce que c’est Fauve qui répond tout le temps. C’est une voix. Il n’y a pas à se prendre la tête sur qui fait quoi, comment s’appelle tel membre… c’est juste Fauve. 

Clip de "Bermudes", extrait de Vieux Frères partie 2.

Parlons de ce nouveau disque. Ce sont des textes déjà existants à l’époque du premier volet de Vieux Frères, mais que vous n’avez pas pu mettre sur le premier ?

Chanteur : Non, tous les titres de ce second album n’étaient pas écrits. Quand nous nous sommes retrouvés en septembre 2013 pour finaliser notre premier album, on a fait le bilan des instrus, des textes, des morceaux que l’on voulait mettre dans le disque. On a commencé à les mettre dans l’ordre, très vite, nous nous sommes vite rendus compte qu’il y avait trop de morceaux. Mais on ne voulait rien jeter. Une tante à nous a suggéré de faire deux albums. Un double album aurait été trop lourd à digérer tant il y a de textes. On ne voulait pas que ce soit indigeste. Ces deux disques, c’est la même histoire qui se suit chronologiquement. Dès la partie 1 de Vieux Frères, nous savions qu’il y allait avoir la partie 2 un an plus tard.

Il y a donc des morceaux récents.

Chanteur : Oui, parce que nous avons vécu pas mal de choses depuis le premier album et nous avons tenu à relater certains évènements. On veut toujours écrire au présent.

Tu emploies le terme « indigeste », ce n’est pas très positif.

Chanteur : Nous sommes lucides là-dessus. Il y a beaucoup de textes et mon débit est rapide. Quand on nous écoute, il faut être attentif en permanence.

Batteur : Ce sont des textes qui sont parfois durs et brutes. Le flow est en accéléré, la musique est obscure… nous savons bien que les gens n’écoutent pas deux fois nos disques pour le kiff. Il faut digérer nos chansons.

Chanteur : On assume parfaitement que Fauve soit indigeste par certains aspects. Même nous, parfois, ça nous fatigue (rires). On a besoin de sortir les choses comme elles sont et nous essayons toujours d’être exhaustifs, ce qui est un peu con parfois. En fait, on ne se pose pas trop de questions. Nous faisons les choses comme nous le sentons.

Clip de "Les hautes lumières", extrait de Vieux Frères partie 2.

Tu parles vite parce que tu as beaucoup de choses à dire dans un laps de temps très court ?

Chanteur : Il y a de ça et puis il y a un rapport à l’urgence dans mon écriture. J’ai besoin de tout dire et de ne rien oublier. Quand je tape les textes, souvent, ils sont encore plus longs. Pour la version finale, j’épure énormément… mais c’est toujours à contrecœur parce que j’ai l’impression qu’on n’a pas tout dit. Bon, le fait que ce soit plus aéré est certainement plus agréable à l’écoute.

Comme vous l’avez dit tout à l’heure, vous faites de la musique qui s’écoute, pas qui s’entend. On est obligé d’être attentif aux propos.

Batteur : Certaines personnes nous ont dit qu’au début, ils avaient du mal parce que ça demandait trop de concentration. Il y a un effort à fournir, du coup, tu ne peux pas forcément te laisser aller à apprécier les musiques, les mélodies et la chanson dans son ensemble. Il faut deux, trois écoutes pour bien apprécier le tout.

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Quelle est la différence notable entre vos deux disques ?

Chanteur : Il y a plus de textes sur le deuxième que sur le premier. Il me semble que Vieux Frères partie 2 est beaucoup plus dense et plus sophistiqué. Il y avait une volonté de notre part de faire un disque plus abouti. On a sorti deux supports qui ont plu, contre toute attente, au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. L’idée c’est d’être le plus libre possible et de ne céder à aucune facilité dans l’écriture, les compositions et la réalisation. On a mis plus de temps à faire ce disque que le premier. Il est plus travaillé et, du coup, il est peut-être moins accessible directement, mais nous, nous le trouvons plus complet. Il y a des disques dans lesquels tu mets du temps à rentrer, mais quand tu es rentré, tu as envie d’y rester et même d’y revenir souvent. On espère avoir fait un disque dans cette catégorie-là.

Depuis le premier album, vous avez fait énormément de scènes. Et quand on est sur scène, c’est plus direct, on va plus à l’essentiel. Je pensais qu’on allait retrouver la même énergie sur votre deuxième album, mais non.

Chanteur : C’est marrant que tu nous parles de ça parce qu’hier, le guitariste nous citait l’exemple de certains groupes qui, à force d’avoir fait de grosses scènes et d’avoir joué dans des stades, se sont mis à écrire des hymnes. Nous, cela ne nous a pas du tout influencé. Nous n’avons pas fait un deuxième disque grandiloquent.

Clip de "Azulejos", extrait de Vieux Frères partie 2.

Vous n’avez pas été tentés de capturer un petit peu plus l’énergie du live ?

Chanteur : Si, mais nous n’y sommes pas parvenus. Quand on a décidé de faire deux disques au lieu d’un, on avait déjà des morceaux en chantier. Ensuite, en avril 2014, on a pris une pause dans la tournée pour coucher tout ce que j’avais écrit entre septembre et avril. Nous travaillons beaucoup sur les ordis, on bidouille, on fait des chansons et après, on apprend à les jouer en live. La plupart des groupes de rock se réunissent, se mettent dans une pièce, jouent, font tourner le truc et ensuite ils enregistrent. Nous on fait complètement le contraire. Cette fois-ci, nous nous sommes dit que ce serait cool d’avoir plus d’homogénéité entre les instruments, de jouer les morceaux dans la même pièce et ensuite de les enregistrer. C’est ce que l’on a fait. Ça apporte plus de dialogues entre les instruments et ça crée une énergie différente. On n’a pas pour autant su capter l’énergie du live. Pour cela, il aurait fallu tout enregistrer en même temps.

Quand on a des textes si denses, c’est quoi la difficulté ? Ajouter les strates de musique ?

Chanteur : Le carburant des chansons, ce sont les textes d’abord. Ca peut-être parfois une ébauche, une phrase. On se sert de ce point de départ pour écrire une instru en se demandant si ça colle à l’émotion que l’on veut faire passer. Quand on a un début de quelque chose musicalement, là, on adapte le texte pour qu’il s’intègre bien à la mélodie. Comme je fais presque uniquement du « parlé », il faut que ça pénètre bien dans la rythmique. Il faut que le pouls du texte colle au pouls de l’instru. Tu as un mouvement pendulaire tout le temps.

Tu chantes un peu plus sur ce disque-là.

Chanteur : Oui, c’est vrai. Mais je n’aime pas trop ma voix « chantée ». Ma maman et mes copains me disent que c’est joli quand je chante, alors je leur fait plaisir (rires).

Batteur : Il n’assume pas trop quand il chante, mais sur certaines chansons, cela s’impose. Sa  voix chantée colle bien à certains titres plus légers. C’est important un peu de varier la façon de faire entendre les textes.

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Vous n’aimez pas que l’on dise que vos textes sont pleins de poésie et de lyrisme.

Batterie : Parce que nous assumons justement l’absence de lyrisme et de poésie.

Chanteur : Nous revendiquons plus l’émotion au premier degré. Le premier degré peut faire penser à du lyrisme, je ne sais pas.

Abordons un autre sujet qui fait parler : votre comportement dans le métier. Le fait de ne pas vouloir montrer vos têtes avec ostentation, de ne pas faire de la promo normale, de ne pas vouloir être classifié, de ne pas aller aux Victoires de la Musique… Vous comprenez que vous pouvez énerver.

Chanteur : On peut le comprendre. Ce que l’on fait est hyper ludique, mais nous n’avons jamais été antisystème. On est juste pro-Fauve. On n’a jamais été dans le refus pur et simple, on est toujours constructifs dans ce que l’on fait. On n’accepte que les propositions qui sont bonnes pour Fauve, mais ce n’est pas pour donner un coup de pied au système. Parce que, dans une certaine mesure, on fait partie du système. Enfin, je trouve cette considération accessoire. 

Et pourquoi refuser d’aller aux Victoires de la Musique ?

Chanteur : La raison principale est simple: on ne veut pas se montrer. Et quand on participe aux Victoires, on ne peut pas échapper à la surmédiatisation, aux photos, aux reportages, aux interviews avec n’importe qui… c’est tout ce qu’on ne veut pas imposer à Fauve.

Batterie : Ce n’est pas que l’on ne se montre pas, parce que là, nous sommes devant toi et tu nous vois. Nous voulons juste de la discrétion.

Chanteur : Nous avons toujours souhaité être discret, avant même que le premier disque soit publié. Quand on avait juste 35 personnes sur notre page Facebook, la décision de se montrer avec parcimonie était déjà prise. Je vous jure qu’il n’y a aucun calcul dans notre démarche. Il n’y aurait pas eu l’exposition médiatique que nous avons en ce moment, ça n’aurait rien changé.

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Vous proposez de nombreux clips de vos morceaux. C’est ainsi que vous appâtez le chaland.

Chanteur : On adore faire des clips. C’est une autre manière de raconter l’histoire du morceau. C’est un merveilleux terrain de jeu.

Batteur : C’est aussi une façon d’impliquer tous les gens du collectif.

Vous êtes combien dans ce collectif ?

Chanteur : Entre quinze et vingt. Ou vingt-cinq.

Batteur : Il n’y a pas de chiffre officiel, ni carte de membre.

Chanteur : Fauve, c’est une nébuleuse. C’est même presque théorique comme idée.

Ne pas être reconnu, est-ce aussi un moyen de ne pas prendre la grosse tête et de rester zen par rapport à l’immense succès que vous rencontrez en termes de ventes de disques et de fréquentation de vos concerts.

Chanteur : On se rend compte de certaines choses, bien sûr, mais quand tu es dedans, c’est complètement différent. Nous ne faisons que travailler, alors on a la tête dans le guidon. Et puis, encore une fois, on essaie de se préserver, donc on est beaucoup moins exposé que ce que tu imagines.

Batteur : On est vingt, on ne montre jamais nos gueule… c’est comme si tu bossais pour une marque. On ne parle jamais de toi, mais on parle de la marque pour laquelle tu travailles.

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C’est la meilleure façon de faire ce métier. Vous avez tous les avantages, sans en avoir les inconvénients.

Chanteur : A la question de savoir pourquoi on ne se montre pas, il y en a un d’entre nous qui répond toujours : « donnez-moi une seule bonne raison de faire le contraire ». Personne ne sait jamais quoi rétorquer à cela.

Quand on parle de vous comme un groupe générationnel, ce sont des mots forts, quand même, non ?

Chanteur : C’est une réflexion dont on se détache systématiquement depuis que nous l’entendons. On n’est pas là pour devenir ça.

Bon, on se quitte en faisant une selfie que je vais m’empresser de publier sur Facebook, évidemment ?

Chanteur et batteur : Évidemment non (rires).

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28 février 2015

Jérémie Bossone : interview pour Gloires

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« Entre l'excès du rock et la sagesse brouillonne d'une chanson française aux ciselures classiques, Jérémie Bossone est un artiste d’une stupeur sauvage » indique le dossier de presse. Je suis entièrement d’accord avec ce propos. J’irais jusqu’à dire que cet auteur-compositeur-interprète m’impressionne. Un talent hors-norme !

Après un excellent premier EP sorti en 2011, l’artiste à la voix EXTRAORDINAIRE (je suis fan) revient en ce début d’année avec un ambitieux premier album intitulé « Gloires ».

Jérémie Bossone se produira le 5 mars aux Trois Baudets à Paris afin de présenter son nouvel album qui ne devrait pas laisser indifférent les connaisseurs de la très belle chanson française.

Bossone est passé à l’agence le 15 janvier dernier pour une première mandorisation.

jérémie bossone,gloires,interview,mandorArgumentaire officiel :

Jérémie Bossone signe son 1er album réalisé par Ian Caple (Alain Bashung, Simple Minds, Stevie Wonder). L’album intitulé Gloires annonce la naissance d’un artiste rare et précieux.
D’un rock atmosphérique tissé d’arpèges électriques au rock primaire à guitares saturées, en passant par un autre teinté d’orchestrations classiques ou d’éléments électros…De la chanson française à celle du folk américain, en passant par le lied allemand…Les courants sont vastes, et Bossone est avide de les voir s’embrasser.
Le maître mot de son travail est : reliefs.
Son objectif : raconter des histoires (histoires d’amour, de haine, d’alcool, de quête, d’amitié, de voyages…), comme on le faisait dans la chanson française des années 50 et 60 mais en mettant au service de la narration une musique plus contemporaine, plus électrique, cathartique.

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jérémie bossone,gloires,interview,mandorInterview :

Ça fait longtemps que tu es dans le circuit. Tu ne débarques pas comme ça avec un EP et un album qui suit…

Pour être tout à fait honnête, il y a eu des albums avant, des choses autoproduites. J’en vendais encore moins qu’aujourd’hui (sourires). Je considère que Gloires est le premier album, dans le sens, où je me suis entouré d’une équipe, de la réalisation à l’enregistrement en passant par la promotion.

Dois-tu ta passion pour la musique à tes parents ?

Ils sont un peu responsables, en effet. Cela dit aujourd’hui, ils sont un peu dans l’inquiétude car ce n’est pas une voie très rassurante. Je pose des pierres petit à petit, je marque des points. Il y a des gens qui aiment et comprennent ce que je fais. Si mes chansons  touchent quelques personnes, elles ont une raison d’être. 

Pourquoi t’es-tu lancé dans la musique ?

Ça se résume à un nom : Bob Dylan. Bon, avant lui, ado, je jouais dans un groupe de métal. J’étais jérémie bossone,gloires,interview,mandorchanteur et j’ai reçu quelques menaces de mort, car ma façon de chanter ne s’adaptait pas à ce genre musical. Je cherchais à interpréter comme mes idoles du moment, mais quand tu cherches à faire comme… ça ne peut pas marcher. Je recevais les portes dans la gueule et c’était normal. Un jour, je me suis rendu compte que j’écoutais de moins en moins de métal, donc je me suis retrouvé paumé. Je savais que je voulais faire de la musique, mais je ne savais pas trop où aller. Après, je suis revenu à mes bases. Et mes bases, c’est ce qu’écoutaient papa et maman. Le folk américain, Graeme Allright, Leonard Cohen, et puis des français comme Georges Chelon, Jean-Michel Caradec, Jacques Brel, Barbara, Georges Brassens. Au milieu de toutes ces étoiles, il y a un soleil qui m’a pété à la gueule, c’était Bob Dylan. Du jour au lendemain, ça a été clair, j’ai compris que je ne voulais rien faire d’autres.

Du coup, tu as arrêté de jouer dans des  groupes.

J’ai pris juste une guitare et j’ai commencé à tourner dans des bars. Une bonne chanson, ça fonctionne en guitare voix, donc à toi de faire en sorte que ce soit une bonne chanson.

jérémie bossone,gloires,interview,mandorIl y a des chansons qui datent de plusieurs années sur ton album.

C’est pour ça que c’était important de les réunir. C’est une espèce de best of finalement. C’est un phénomène assez courant. Les premiers albums sont souvent un condensé des premières chansons.

Ce premier album « officiel » enfin sorti, ça va t’aider à passer à autre chose ?

C’est carrément ça. Je suis soulagé de savoir mes anciennes chansons posées sur une galette officielle. Soulagé aussi de pouvoir tourner la page. Je suis content d’avoir ce disque parce que ce sont les chansons que je défends sur scène. Il y a douze morceaux dans la playlist de mes concerts, et onze sont présentes sur l’album.

Le songwriter que tu es ne veut pas être étiqueté « chanson française » ou « rock ».

Chanson et rock, chanson ou rock… c’est un peu tout le défi de ce projet. C’est juste moi. Je n’ai pas l’impression de chercher une esthétique. Je suis ma ligne et ma ligne est précisément entre chanson et rock. Je n’ai pas à choisir, je n’ai pas envie de choisir. Je suis là où je veux être.

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Jérémie Bossone avec Ian Caple pendant l'enregistrement de "Gloires".

Je crois savoir que Ian Caple, le réalisateur de ton album, a bien aimé ta dualité.

Ce qui marrant, c’est qu’il l’a capté tout de suite.

Comment as-tu obtenu les services de ce réalisateur qui a travaillé pour, entre autres, Alain Bashung, Simple Minds et Stevie Wonder ?

J’avais quelques noms en tête, mais il est le premier à qui j’ai envoyé des maquettes. C’était un dimanche. Il m’a répondu le soir même. Dans son mail hyper enthousiaste, il m’a expliqué que c’était ce qu’il cherchait à réaliser en ce moment. Il trouvait que j’étais entre Ferré, Radiohead, un machin un peu hybride. Il m’a demandé de lui envoyer d’autres chansons, ce que je me suis empressé de faire. Ensuite, je suis allé le voir dans son studio perdu dans la forêt en Angleterre. C’est un homme très timide, très secret. On a longuement discuté musique et c’était parti. Le feeling était là. Après les managers ont pris le relais pour parler prix. Ça nous a calmés pendant un an (rires). Mais, bon…  le disque a fini par se faire avec lui.

"La tombe" en concert.

Ta voix est très particulière. Je l’aime beaucoup.

Au début, cette voix à part n’était pas facile à assumer et à imposer. Tant que je cherchais à faire comme les autres avec elle, ça n’allait pas. C’était trop particulier. A un moment, il faut savoir s’accepter, creuser et chercher ce que je pouvais faire avec. Quand tu acceptes ta voix, tu peux l’emmener partout. Le champ d’exploration s’élargit considérablement. Voix rare, voix à part, aujourd’hui, ça m’arrange.

Tu aimes les voix de qui ?

Personne ne me fait pleurer en musique comme Bob Dylan, malgré sa voix de canard. A part Hugo Wolf ou Schubert dans la musique classique. Le lied allemand est quelque chose qui me touche, me bouleverse, me rétame même.

Tu interprètes une chanson en allemand, « Der Leirmann ». Cette langue aussi te touche.

Je ne parle pas cette langue, mais j’aime ses sonorités. Beaucoup ne l’aime pas pour des raisons que je peux comprendre. A quel point un moment de l’histoire, ô combien important et noir, peut changer la sonorité d’une langue. L’allemand ça chante, c’est rocailleux, c’est lumineux, c’est abrupt. Mon dieu, qu’est-ce que c’est beau ! Il y a du relief et je suis très attaché à l’idée de relief en musique.

Tu reprends Göttingen de Barbara. Version admirable.

On me dit souvent que lorsque je chante cette chanson, on dirait que c’est elle. C’est troublant car nous n’avons pas du tout les mêmes voix. A mon avis, pour faire une bonne reprise, l’interprète doit être assez proche de l’original et en même temps, apporter quelque chose de neuf.

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La scène représente quoi pour toi ?

C’est là que tout se passe. Une chanson est terminée d’écrire quand tu la donnes aux gens. C’est là qu’ils la reçoivent, qu’ils l’aiment ou qu’ils ne l’aiment pas. C’est là que l’échange se fait. Tu ne peux pas parler de chansons, sans parler de partage. Je ne suis pas dans la démagogie, je crois vraiment à ce truc. La chanson est un truc de partage et d’échange, ce qui n’est pas le cas avec la poésie.

La poésie est plus personnelle ?

La chanson, c’est pouvoir partager, la poésie c’est pouvoir dire merde à ce partage. La chanson, c’est une parole immédiate, la poésie tu peux y revenir. La chanson, il faut que ça fonctionne à l’oral. Il faut que ça claque. L’idée d’immédiateté en chanson, c’est quelque chose qui me parait primordial. Après, il y a des contres exemples magnifiques. La mémoire et la mer de Léo Ferré. On est un peu paumé dans tout ça, mais tu pleures. Tu ne sais pas pourquoi tu pleures, mais les larmes coulent.

Lyrics Clip de "Rien à dire".

jérémie bossone,gloires,interview,mandorDans « Rien à dire », tu chantes « moi l’auteur qui n’as rien à dire, la poésie doit me maudire »… allons, allons, qu’est que c’est que cette fausse modestie ?

(Rires).

Plus sérieusement, tu as des doutes sur ton talent ?

Des doutes, j’en ai tout le temps. Mais j’ai aussi certaines certitudes. J’ai un orgueil qui a aussi du poids. Sans certitude, doute et orgueil, tu n’avances pas.

Quelle certitude as-tu par exemple ?

D’avoir fait le bon choix dans la chanson. Je n’ai aucun doute sur le chemin que je prends.

Tu écris aussi des romans… qui ne sont pas publiés.

J’en écris et je les range dans les tiroirs parce que c’est compliqué de les faire publier. J’ai tenté il y a quelques années, mais là, je suis fatigué de me battre pour ça. Mais j’ai besoin d’écrire des formes longues. Il y a des choses qu’on ne peut pas dire en chanson. Pour moi, les romans et les chansons sont deux exercices de styles complémentaires.

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En tout cas, tu sais écrire de belles chansons.

Je ne serai jamais un grand auteur de roman comme Balzac, Conrad ou Proust, mais je sais ce qu’est une bonne chanson. Et je sais en écrire. Qu’on les aime ou pas.

C’est bien de ne pas jouer au faux modeste.

La modestie, ça va cinq minutes (rires). Quand je dis que je sais écrire une chanson, ça ne veut pas dire que je peux le faire quand je le veux. Il y a des instants où tu vas t’enfermer dix jours dans un grenier, seul, et tu vas pondre vingt chansons. Dans le lot, il y aura des merdes et des belles chansons. Ecrire des chansons, c’est un muscle qu’il faut travailler. Le plus dur, c’est de ne pas faire ce qui a déjà été fait.

Sais-tu combien de chansons tu as « pondu » ?

Plus de deux cent je crois.

"Scarlett" (ceci n'est pas un clip).

Il est beaucoup question d’alcool dans tes chansons.jérémie bossone,gloires,interview,mandor

J’essaie d’en écrire moins sur ce sujet, mais je trouve que c’est un thème magnifique. Tu peux le traiter dans l’humour ou dans la tragédie. C’est éminemment lyrique. Je pense qu’il y a de grandes chansons d’alcool qui n’ont pas encore été écrites.

Tu évoques aussi l’amitié et l’amour, thèmes éternels et incontournables…

Les mêmes depuis l’antiquité. Mais il faut les aborder à sa façon. C’est toute la difficulté. Le choix de l’angle.

Estimes-tu que ta carrière avance à la bonne vitesse ?

J’aimerais passer à la vitesse supérieure. J’apprends la patience depuis longtemps, mais je suis très mauvais élève.

Aimes-tu parler de ton « œuvre » dans les interviews par exemple.

Ça fait partie du jeu, mais je préfère écrire des chansons. En même temps, on est là aussi pour exister, alors quand il y a des gens ou des structures qui nous accueillent pour exister, on ne va pas cracher dans la soupe.

jérémie bossone,gloires,interview,mandorTe sens-tu appartenir à une famille musicale ?

S’il y a des artistes dont je me sens proche, je dirais que nous sommes plus cousins que frangins, mais je me sens vraiment à part. Un peu seul dans mon style. C’est plus dans ma musique que je me sens étranger par rapport à ce qu’il se fait en France. Concernant les mots, depuis Lafontaine et Racine, on sait comment faire chanter un vers.

Tu aimes les poètes.

Oui, par exemple, Ronsard, du Bellay… on peut remonter jusqu’à Villon.

Tu viens de citer des poètes extraordinaires, tu ne te mets pas un peu de pression, toi qui écris des textes.

Je n’ai aucune pression, mais uniquement du plaisir. J’entends les mots qui chantent de siècle en siècle via ces poètes et c’est merveilleux. C’est bien d’avoir des grands modèles, même si tu ne leur arrives pas à la cheville. Il y a une base qui court dans la langue française qui est là et j’aime ce classicisme.

Ta musique lorgne plus vers ce qu’il se passe de l’autre côté de l’atlantique.

Un journaliste a dit un jour de mon travail que mes textes étaient classiques et que ma musique était romantique. Je suis assez d’accord, pour une fois, avec un raccourci journalistique.

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Après l'interview le 15 janvier 2015.

25 février 2015

hélène Ségara : interview pour la sortie de Tout commence aujourd'hui

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(Photo : Benjamin Decoin)

Oui Hélène Ségara a été malade. Elle l’est encore. On a tout entendu ou presque à ce sujet, mais la seule chose importante à retenir est qu’aujourd’hui elle va mieux et que cette épreuve lui a permis de revenir à l’essentiel : l’amour de la vie, l’amour de la musique, l’amour comme réponse à tout. Et c’est ce dont elle parle dans son nouveau disque Tout commence aujourd’hui que la chanteuse a voulu à la fois grave et lumineux.

J’ai rencontré la  chanteuse au sein de sa maison de disque le 16 janvier dernier. D’office, elle te tutoie, d’office, tu as l’impression d’être son ami. Une belle rencontre, donc.

cover ségara.jpgArgumentaire officiel:

Hélène Ségara est définitivement une des plus grandes chanteuses à voix de la scène française, de cette voix si pure qu’on la reconnait instantanément. Bien sûr la collection impressionnante de disques d’or, de platine et de diamant atteste d’un succès qui ne s’est jamais tari, la preuve étant les 150.000 ventes de son très réussi album de duos avec Joe Dassin, sorti en octobre 2013. Hélène Ségara a immanquablement su choisir les mélodies et les mots qui touchent le public, sans doute parce qu’elle y a toujours mis une immense sincérité et beaucoup de son histoire personnelle.

La chanteuse a vécu l’enregistrement de son 8ème album studio avec un plaisir non dissimulé, s’impliquant comme à son habitude dans la composition et l’écriture. Elle a ainsi insufflé son intuition et sa tendresse sur chacun des morceaux. Elle a de nouveau collaboré avec son mari, Matthieu Lecat, mais pour la première fois les plumes très prisées de Jean-Jacques Goldman et de Zazie sont venues mêler leur sensibilité à la sienne.

Jean-Jacques Goldman lui a fait du sur-mesure avec le premier single de l’album, Tout Commence Aujourd’hui, une chanson profondément optimiste. Zazie a écrit avec elle « Genre Humain » un titre qui serait presque le portrait craché d’Hélène et que cette dernière interprète avec sa propre fille et une chorale d’enfants. Elles ont aussi collaboré sur le très touchant « Je te Pardonne ». Hélène n’hésite plus à lâcher prise, casser sa voix, laisser parler ses sentiments.

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(Photo : Benjamin Decoin)

c-Benjamin-Decoin-2--533x800.jpgInterview :

C’était essentiel pour toi de chanter des vérités intimes ?

Oui, parce que lorsque je rencontrais des gens, la discussion ne tournait qu’autour de ma maladie. Je n’en pouvais plus de devoir expliquer ce que j’avais. Je t’en parle une dernière fois à toi, mais  je n’ai toujours pas de diagnostic aujourd’hui sur ce qui m’arrive et ce n’est toujours pas fini. Il était temps que je reporte mon énergie ailleurs. Quand on fait ce genre de métier, c’est important de se projeter.

Cela fait d’ailleurs vingt ans que tu fais ce métier.

Non, tu te trompes d’une décennie. En réalité, j’ai commencé à gagner ma vie en chantant, il y a trente ans. Je suis partie tôt de la maison et j’ai commencé à vivre de cette activité à quatorze ans.

Dans cet album, il y a près de huit chansons que tu as coécrites. Ce disque est donc l’un de tes plus personnels.

Mes deux albums les plus personnels sont Quand l’éternité et celui-ci, Tout commence aujourd’hui. Pour Quand l’éternité, je venais de traverser trois deuils assez intenses. J’avais envie de parler de tout ce qui pouvait suivre après ce genre d’événement tragique, je voulais aussi parler de l’absence et de la spiritualité que l’on peut en retirer. Pour Tout commence aujourd’hui, je voulais arrêter de me plaindre de ce qu’il m‘arrivait parce que je me rendais compte qu’il y avait des cas autour de moi tellement plus compliqués et douloureux. La chanson « Petite flamme » est dédiée à une amie d’enfance qui avait mon âge et qui a eu des soucis de santé quasiment au même moment que moi. Elle a tenu deux ans et malheureusement, elle est partie d’une tumeur au cerveau. Évidemment, tu apprends à relativiser. J’avais envie de dire de ne jamais baisser les bras. Le mental change beaucoup de choses. Je suis aimée aussi, c’est très important. L’amour, c’est ce qui décuple les forces.

C’est un album musicalement assez enlevé. Limite pop parfois.

C’est marrant parce que je ne me suis pas amusée à l’analyser musicalement. Je l’analyse dans le message qu’il délivre. Musicalement, certaines personnes disent que l’on retrouve la Hélène Ségara qu’on a connue avec les grandes mélodies, d’autres disent qu’il est pop.

Le clip de "Tout commence aujourd'hui" (texte de Jean-Jacques Goldman).

Les grandes mélodies… je partage cet avis.17102014-_B2_6322_md-1200x800.jpg

Moi aussi, je trouve. Une bonne chanson, c’est un tout. Une belle mélodie, mais aussi un beau texte.  Par exemple « Tout commence aujourd’hui » la chanson que m’a écrite Jean-Jacques Goldman est un bijou. Au début, j’avais fait un texte moi-même qui s’appelait « C’est tellement beau la vie ». Le couplet évoquait tous les moments obscurs d’une vie, et je concluais en disant que c’était quand même beau la vie ! Je trouvais ça un peu bateau comme phrase et quand Jean-Jacques m’a envoyé sa prose, tout était dit. Ca résumait tellement ce que je pensais. C’est comme s’il était rentré dans ma tête.

Je m’attendais à ce que l’album soit plus positif. Il y a quand même pas mal de chansons tristes, non ?

Je suis d’accord. Ce sont les chansons qui se sont greffées vers la fin, curieusement. « Je te pardonne » devait clôturer l’album. J’étais en travail de « reconstruction » parce que mon regard avait changé. J’avais dit à la maison de disque que ce morceau clôturerait l’album parce que, pour moi, on ne peut rien reconstruire de neuf si on n’a pas nettoyé et si on n’a pas pardonné. C’était mon état d’esprit. Quand tu vis une épreuve, il y a des gens qui sont présents et des gens qui disparaissent. Je ne suis pas dans l’aigreur, c’est la nature humaine…

Tu as été déçue par le comportement de certains de tes amis ?

Je me rappelle de quelqu’un qui se dit être un ami dans le métier et qui s’est manifesté au moment où je faisais l’album. Il n’a pas donné signe de vie alors qu’il savait par une connaissance commune que j’allais à l’hôpital. Quand il m’a contacté, c’était pour me proposer des chansons pour l’album. Je lui ai répondu que je trouvais très étonnant qu’il me laisse un message juste pour ça.

Mais, tu sais qu’il y a des gens que la maladie rend mal à l’aise.

C’est l’avis que j’ai eu d’un artiste dont je suis très proche. Il m’a dit qu’il était désarmé face à ça. Quelqu’un qui a cette discussion en toute honnêteté, je peux l’entendre. Il n’y a personne à qui j’en veux.

Hélène Ségara dans l'émission "Du côté de chez Dave" interprète "Genre humain" (texte de Zazie).

Single-Genre-Humain-Hélène-Ségara-OK1.jpgMa chanson préférée de l’album, c’est « Genre humain ».

C’est le nouveau single. Tout le monde me dit que c’est leur chanson préférée. C’est amusant parce qu’au début, je ne voulais pas la faire. Quand mon mari l’a composé, je trouvais la chanson mignonne, mais un peu candide. Et puis j’ai changé d’avis. Je ne suis pas obstinée parce que je pense qu’un artiste n’a pas toujours le recul nécessaire. Par exemple, quand Zazie m’a envoyé le texte de « Genre humain », il y avait des mots que je n’aimais pas. Le mot « genre » ne me plaisait pas. Ce n’est pas un mot que j’utilise. Je lui ai dit que je préférais  chanter « Je suis de ceux » et non « je suis du genre ». Elle m’a écrit un mail très intelligent dans lequel elle m’incitait à tenter quand même. Elle m’a demandé de lui faire confiance. J’ai essayé et, effectivement, elle avait raison, ça fonctionnait très bien.

« Nouvelle vie » est aussi une chanson très forte.

Le jour où on va m’annoncer que je suis guérie, j’ai l’espoir que ça arrive, c’est quelque chose que je vais fêter avec les personnes qui m’ont aidé. Quand on m’a fait mon premier implant dans les yeux, je pensais que ça allait guérir la maladie. Malheureusement, quatre mois après, on m’a appris que ça revenait. Les médecins m’avaient pourtant dit que je serais guérie au bout de quelques mois, mais il n’en a rien été. J’ai morflé, mais les fans m’ont énormément soutenu.

Tu as dû annuler ta précédente tournée…hélène ségara,tout commence aujourd'hui,je suis de ceux,interview,jean-jacques goldman,zazie,mandor

J’ai annulé ma tournée et mon Olympia parce que j’avais deux traitements parallèles très lourds et les effets secondaires étaient devenus très handicapants. Je n’étais plus en état de chanter. Là, je vais te dire honnêtement, j’ai pris tous mes médicaments et j’ai tout jeté. L’hôpital ne valide pas du tout ce geste, mais c’est mon choix après un an et demi de traitements intenses.

Heureusement, tu reprends la scène en juin prochain.

J’ai plein d’idées et je sais vers quoi je veux aller. Tout recommence aujourd’hui (rires).

Cet album, c’est un peu une thérapie ?

Franchement, oui. Je parle de la force mentale, de la pensée positive, de la manière dont on construit nos vies. Notre manière de positiver peut changer tellement de choses autour de nous. Et  pas que pour moi. J’ai certaines petites fans qui traversent des maladies pas drôles en étant plus jeunes que moi. Je sais qu’elles se retrouvent un peu dans cet album.

Tu es très proche de tes fans.

Il y en a qui sont là depuis plus de quinze ans. Ils viennent partout. Sur les concerts, les télés, les tournages de toutes sortes. Ils sont d’une telle fidélité et d’une telle gentillesse que tu ne peux pas rester indifférente. Il y en a dont je connais toute la vie.  Quand tu as un public d’une telle tendresse, tu ne peux pas être dans l’indifférence. J’essaie d’être au maximum présente pour eux.

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Après l'interview, le 16 janvier 2015.

23 février 2015

Mission Control (groupe de David Hallyday): Interview pour la sortie de Alive

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J’ai toujours eu une certaine tendresse pour David Hallyday. Je trouve l’artiste talentueux et l’homme très sympathique. Je ne mégote jamais à aller le mandoriser (ici, la première fois en 2007 et là, la seconde en 2010). Pour cette troisième, il n’est plus seul. En effet, il est entouré du guitariste Olivier Freche et du bassiste Fabrice Ach. Ils forment le groupe pop rock electro, Mission Control.

J’ai rencontré ce beau monde le 12 janvier dernier dans les loges du Comédia (à Paris). Le soir même ils présentaient pour la première fois à leurs fans certains morceaux de ce premier album commun. La vidéo suivante en témoigne.

Making of Mission Control au Comédia le 12 janvier 2015.

david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorArgumentaire officiel  (mais largement raccourcie):

Le nouveau projet de David Hallyday, sous le titre de Mission Control, est à la fois un nouveau pari, une nouvelle aventure, et le retour passionné du rêve de tout musicien : jouer dans un groupe. On connaît le David Hallyday chanteur et auteur-compositeur. Tout au long d'une carrière couronnée de disques d'or et de Golden Awards, il a su imposer une griffe mélodique aisément reconnaissable, qu'il écrive pour lui ou pour les autres. Mais on sait moins qu'au cours de ses pérégrinations artistiques, entre Los Angeles et Paris, il a fait partie de plusieurs groupes, Blind Fish et Novacaine, avec lesquels il a même enregistré des albums.

Retrouver le plaisir des débuts, reformer un groupe pour partir à nouveau sur les routes, l'idée a germé pendant que David préparait son nouvel album. Un album en anglais, un projet international que lui, l'artiste solo, a cette fois envie de partager avec des complices.

Dénicher des musiciens avec qui partager les mêmes émotions, humaines et artistiques. C'est chose david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorfaite, avec le guitariste Olivier Freche, fondateur du groupe JADE et auteur d'un album adapté de "Hypérion", le best-seller de l'écrivain Dan Simmons. A la basse, son frère de gammes Fabrice Ach, surnommé "Le maître de l'harmonie", qui a travaillé entre autres avec Anggun, Mickael Miro et la célèbre blueswoman Anna Popovic.

Outre les compositions, le chant et 50% de la batterie, David se chargera de l'électronique et des claviers. Mission accomplie… en huit semaines de travail acharné et convivial,dans la plus grande liberté artistique. Le résultat, un disque d'électro-pop spatial, épique et mélodique. Onze titres convergeant tous autour du thème de la passion et de l'élévation.

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david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorInterview :

Je vais commencer en m’adressant à Olivier et Fabrice. Comment David a-t-il fait appel à vous ?

Fabrice : Nous avons une amie commune qui est sa manageuse. Elle nous a fait jouer ensemble sans savoir ce que recherchait exactement David. Olivier et moi, nous nous connaissions déjà et avions travaillé dans moult projets communs. Il fallait que ce que nous faisions colle avec ce que souhaitais David.

En somme, vous vous êtes « essayés » avant de concrétiser le projet.

David : Il fallait savoir si artistiquement et humainement cela passait bien. Franchement, on a tout de suite sympathisé. Le fait d’enregistrer cet album pendant huit semaines juste entre nous, ça nous a permis de bien nous connaître. Nos femmes sont venues, nos enfants et nos potes aussi. On a vécu comme en famille au manoir de Loconville. L’énergie était démentielle entre nous. C’était comme si nous avions toujours joué ensemble.

Cette osmose est de l’ordre de la magie ?

David : De toute manière, quand les choses fonctionnent, ça devient toujours de la magie.

Olivier : Quand on a commencé à jouer ensemble, il y a eu un feeling immédiat et beaucoup d’énergie. Dans ce genre de situation, on ne sait jamais ce qu’il va se passer. Cela peut-être super ou catastrophique. On se découvre réellement au moment où on plante la première note. Nous nous sommes appropriés la musique que l’on a jouée et ça a fonctionné tout de suite.

Clip de "The Rising".

David, vous aviez besoin d’être avec de nouveaux musiciens pour continuer votredavid hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandor parcours ?

David : Je voulais faire un projet artistique différent. Dans ma carrière, j’ai la hantise de toujours refaire la même chose. Récemment, je me suis demandé quel avait été le meilleur moment musical dans ma vie. La réponse était simple : c’était quand j’avais fait mes premiers groupes, Blind Fish et Novacaine. Ce sont les meilleurs souvenirs de ma carrière, alors que nous n’avons eu aucun tube. C’est cette naïveté et cette énergie que j’avais envie de retrouver. Dans ce climat musical très stérile, j’avais envie de faire quelque chose de beaucoup plus chaleureux et de retrouver une méthode plus ancienne, plus atypique par rapport à cette génération-là. Aller chercher l’énergie et les émotions à des endroits où on ne va pas les chercher habituellement. J’ai besoin de complicité, j’ai besoin de sentir qu’il y a mes potes, une famille autour de moi. J’ai appris la musique comme ça. En l’a partageant avec les copains. Cela me manquait beaucoup.

Mais quand on enregistre un album solo, il y a des musiciens quand même.

David : La différence quand tu fais un disque avec un groupe, c’est que tu vis avec. Les musiciens ne sont plus des musiciens. Ils deviennent une équipe de foot. Ils ne doivent pas jouer solo. L’union fait la force.

Fabrice : Ce n’est pas un travail différent pour nous, c’est une implication différente. Il nous arrive d’enregistrer des albums pour d’autres personnes. On est juste interprète de quelque chose. Dans ce projet, j’ai pu choisir l’instrument avec lequel j’allais enregistrer, j’ai pu m’approprier certaines parties des chansons. Chacun est là pour faire évoluer le groupe. Je pense que nous avons emmenés un son à David.

David : Tout à fait.

Olivier : Dans ce manoir, on a partagé à la fois le côté musical et le quotidien. Tout ce qui est autour de la musique ressoude et renforce. Quand tu joues, il faut savoir ressortir les atomes crochus que tu as avec les gens.

Fabrice : Il faut aussi de bonnes chansons. En l’occurrence, nous avions à notre disposition de très bonnes chansons. C’est la base de tout.

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Parlons du lieu. Vous avez enregistré au manoir de Loconville, un lieu d’enfance de David.

David : C'est même un endroit sacré pour moi. Mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents y ont vécu. C’est une maison pleine de bonnes vibrations dans laquelle, tout gamin, je croisais Hendrix ou Dylan, venus pour une garden-party. Cette maison ne nous appartient plus depuis des années, mais la personne qui y vit est vraiment adorable. Elle a aimé notre projet et nous a laissé le manoir pendant huit semaines. Je ne la remercierai jamais assez.

Fabrice et Olivier, vous avez joué avec de très nombreux artistes, mais vous étiez un peu plus dans l’ombre. Avec Mission Control,  vous êtes mis plus en avant. Cela vous plait-il ?

Fabrice : Je vous arrête tout de suite, nous ne sommes pas des musiciens de studios. On a fait beaucoup de concerts, des disques aussi et on a plein de projets. C’est d’ailleurs très français ce truc de ne pas mettre les musiciens en avant. Les journalistes français s’adressent souvent au chanteur et très peu aux musiciens. Ce n’est visiblement pas votre cas, car vous avez commencé l’interview avec nous deux.

Olivier : Cela dit, c’est normal, on est dans la tradition de la chanson française. Il y a une différence culturelle parce qu’en France, il y a beaucoup d’artistes solos.

Fabrice : Du coup, pour nous deux, faire partie d’un groupe ou tout le monde est considéré d’égal à égal, c’est assez plaisant.

David : L’idée de faire ce groupe, c’était de jouer en bande et de passer les frontières. La question que tu viens de poser…

… n’est que française, c’est ça ?

David : Voilà ! Mais, ce n’est pas une mauvaise question. Dans notre esprit, on est tous au même niveau.

Olivier : Cette question pose bien la différence entre la France et le reste du monde.

Fabrice : Il faut dire aussi que le statut de David, en France, il ne peut pas y échapper. Ses parents sont si « historiques ».

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Je continue à jouer au journaliste franchouillard alors. Vous savez que les français, dont je fais partie, n’aiment pas quand un groupe français chante en anglais ?

David : Me concernant, j’ai parlé anglais avant de parler français, donc cette langue vient instinctivement dans la musique que je crée. C’est marrant ce que vous me dites, parce que je n’ai jamais eu ce sentiment-là, moi.

A vous, on pardonne parce que vous avez cette double nationalité et que les gens le savent.

David : En tout cas, je suis très fier de représenter deux cultures.

Fabrice : C’est vrai que pour David, ce n’est pas qu’on lui pardonne, mais on l’accepte plus. Nous savons bien que si c’était un autre chanteur français qui se lançait dans une telle expérience en langue anglaise, la pilule aurait été plus difficile à avaler.

Nouveau single "Reaching up" (écoute).

david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorQuel est le point commun entre toutes les chansons de l’album.

David : Elles sont toutes épiques et rassembleuses. « Arrêtons d’écouter tout ce qu’on nous dit, prenons notre destin en main et fonçons en avant ». C’est le leitmotiv de ce disque.

David, vous n’avez pas choisi la facilité pour la poursuite de votre carrière. Êtes-vous confiant ?

David : Je sais que les métiers de la musique deviennent très compliqués. En plus, j’ai choisi une voie très compliquée. J’ai monté un groupe que les gens ne connaissent pas et que nous sommes en train de développer à l’international. J’ai pleine conscience que rien n’est gagné et que ce sera très difficile. En fait, on ne sait rien, juste que l’album est bon et que l’énergie est contagieuse.

L’incertitude fait-elle partie des joies du métier ?

Fabrice : Absolument.

David : Il y a beaucoup de gens qui nous disent que nous prenons des risques. Je ne suis pas d’accord. Pour moi, le risque c’est de ne rien faire ou de faire toujours la même chose. Après, que ça marche formidablement ou pas tellement ou pas du tout… la balle n’est plus dans notre camp. Il y a une notion qu’on oublie un peu dans ce métier, c’est la chance. Il faut aussi être là au bon moment… et être patient.

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Après l'interview le 12 janvier 2015.

20 février 2015

Art Mengo, Magyd Cherfi, Yvan Cujious: interview pour le Toulouse Con Tour

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toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorHier soir, je suis allé au Café de la Danse pour assister au Toulouse Con Tour. Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir lors d’un concert.

Jubilatoire !

Le 28 janvier dernier, Art Mengo (mandorisé là), Magyd Cherfi (mandorisé ici) et Yvan Cujious, les trois protagonistes toulousains de ce projet vraiment enthousiasmant, de passage à Paris, m’ont accordé une heure de leur temps… et nous ne nous sommes pas ennuyés.

Argumentaire officiel :toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Yvan Cujious, chanteur, pianiste, trompettiste, joueur de mots à l'humour décalé, aime sa ville, Toulouse, son rouge et noir et ses artistes du cru qui font vibrer ses scènes. Il a eu l'idée de proposer le projet « Toulouse Con Tour » à deux de ses copains : Magyd Cherfi, chanteur et poète militant auteur emblématique du célèbre groupe Zebda, et Michel Armengot, connu sous le nom d’Art Mengo, chanteur, guitariste, pianiste et compositeur pour les plus grands, de Gréco à Hallyday en passant par Jane Birkin ou Henri Salvador.

De Claude Nougaro à Juliette, de Carlos Gardel à Pierre Perret ou Nino Ferrer, en passant par Francis Cabrel ou les Fabulous Trobadors, les trois complices et l'accordéoniste Lionel Suarez s'amusent à la chanson toulousaine par leurs reprises novatrices, parfois pudiques, parfois exubérantes.

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorInterview :

Cette réunion de trois artistes toulousains d’horizons différents est une sacrée expérience !

Yvan Cujious : Pour moi, c’est vraiment inédit. Je n’ai jamais partagé la scène avec d’autres chanteurs. Cette aventure est une manière d’aborder différemment la scène et de partager un jeu collectif. Je n’ai pas l’habitude, mais ça se passe super bien entre nous.

Magyd, vous avez été le premier à être contacté par Yvan pour participer à ce projet. Vous en avez pensé quoi ?

Magyd Cherfi : Je n’ai pas beaucoup réfléchi parce que Yvan, quand on se croisait, me disait : « J’aime ce que TU fais. » Il parlait toujours de mon travail personnel en termes qui me faisaient plaisir. Ça touche.

Il fallait que vous vous sentiez aimé ?

Magyd : Moi, oui. Je suis un peu son idole, en toute humilité, je ne pouvais pas refuser (rires). Non, sérieusement, j’ai dit oui en pensant que ça ne pouvait être que bon.

Et vous Art Mengo ?

Art Mengo : Je crois que c’est ce qui m’a fait peur qui m’a attiré. Le fait que l’on vienne tous les trois de milieux très différents, que l’on défende des univers très particuliers. Je me suis dit qu’il y avait certainement quelque chose à faire d’intéressant dans ce projet.

Une fois que chacun a dit oui, il a fallu concrétiser…toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Art : Bizarrement, c’est une mécanique qui s’est mise en place assez vite. Il a fallu penser au répertoire. On a choisi des chansons et les façons de les interpréter assez rapidement. Tout est allé vite et naturellement.

Magyd : Chacun voulait que les deux autres se fassent plaisir, donc nous n’avons pas débattu un siècle pour savoir qui allait chanter quoi.

Magyd, vous êtes le seul des trois qui a l’habitude d’être accompagné. Ce ne doit pas être la même ambiance avec Yvan et Art qu’avec Zebda…

Magyd : Ça change, bien sûr, parce que nous sommes trois, mais en entités autonomes. Art et Yvan  restent ce qu’ils sont, alors que dans Zebda, il y a le postulat d’obéir à une cause et une philosophie commune. Avec Zebda, il faut parler d’une seule voix, mais à plusieurs. Dans le projet « Toulouse Con Tour », ce sont trois voix différentes.


"Les murs de poussière" de Francis Cabrel au Grand Studio d'RTL.

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorLes noms des artistes  de Toulouse et de sa région que vous alliez reprendre étaient une évidence ?

Yvan : Nougaro, Nino Ferrer, Pierre Perret… on était tous d’accord. Oui, encore une fois, le choix s’est fait rapidement. On a sélectionné aussi des artistes que le grand public connaît un peu moins, mais que nous apprécions beaucoup comme Juliette et les Fabulous Trobadors… Nous avons cela en commun tous les trois, nous abordons la chanson avec l’envie d’un récit, d’une chanson avec de la teneur.

Il y a un côté ludique dans ce projet.

Art : Je crois même que c’est la priorité. On peut faire des jolies choses uniquement si nous sommes dans la joie, l’amusement et la bonne humeur. Personnellement, je ne peux pas fonctionner dans la lutte et le conflit. Je travaille avec des gens qui ont envie de rire, de blaguer, de faire de la musique positivement et de s’éclater sur scène.

Il paraît que sur scène, justement, vous vous chambrez pas mal.

Magyd : La cerise sur le gâteau, c’est qu’il y a entre nous un second degré permanent. On ne se prend pas pour autre chose que ce que nous sommes. On s’attaque parfois à des monuments, alors il faut trouver une liaison entre chaque chanson. On essaie de trouver une sincérité dans leur approche tout en gardant une distance. Cette distance, on la comble avec de l’humour. Ça redonne une dimension humaine au projet.

Yvan : Artistiquement, nous ne sommes pas dans l’imposture, ni dans le choix de la création d’un personnage. Nos trois personnalités sont complémentaires et nous nous sommes vite trouvés et entendus.

Y a-t-il des gens que vous reprenez qui vous ont vu sur scène ?toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Yvan : Oui, Jean-Pierre Mader. Et d’ailleurs, il ne nous parle plus depuis (rires).

Magyd : C’est délicat parce que nous avons un passage où nous reprenons les gros tubes des années 80 de la chanson toulousaine. On se moque un peu de toutes ces chansons et nous les caricaturons légèrement.

Yvan : Pour en revenir à Mader, c’est quelqu’un qui assume ce qu’il fait et je ne pense pas qu’il soit vexé.

Magyd : Sans rire, moi j’adore « Macumba ». Mais je ne vais pas faire le faux cul, on ne peut pas s’empêcher de lancer une pointe d’ironie sur ce genre de tubes. Tu sais, moi j’ai bien fait « Tomber la chemise » et elle m’a bien collé à la peau.

Vous ne la chantez pas dans votre « Toulouse Con Tour » ?

Magyd : Non, mais pourquoi pas ? Je la verrais bien chanter par Art.

Art : Moi non plus, je ne vais pas me moquer des années 80. J’ai aussi un tube à cette époque-là, « Les parfums de sa vie ».

Magyd : Mais Art, « Les parfums de sa vie », c’était une chanson sensible et formidable. Tu ne peux pas la classer dans cette même catégorie.

Art : Elle est quand même très connotée années 80, dans les synthés et la réalisation…

Vous interprétez les chansons des autres dans des versions proches des originales ?

Yvan : On ne s’en éloigne pas tellement, sauf qu’on est sur le parti pris d’une musique acoustique.

"Le sud" de Nino Ferrer au Grand Studio d'RTL

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorComment réagit le public ?

Magyd : Il y a quelque chose d’affectif entre lui et nous. Il y a un a priori positif sur Toulouse. Je me suis rendu compte qu’il y a un élan sur cette ville.

La rencontre la plus surprenante, c’est celle de Magyd et d’Art, non ?

Yvan : Je savais que Magyd et Art ne se connaissaient pas, à part de nom et par la réputation, du coup, cela m’intéressait de les faire se rencontrer. Je savais que ça allait fonctionner.

Art : Je confirme. Il y a eu un intérêt immédiat l’un pour l’autre.

Magyd : C’est une pure jouissance, parce que justement, il y a un tel écart entre son œuvre et la nôtre (Zebda) que c’est jouissif. J’en ai eu marre de passer ma vie avec des gens qui partageaient tout avec moi, la philosophie, la cause, l’idéal… Depuis l’âge de six ans, j’ai fait des clubs de foot, des colonies de vacances, des bandes, des partis politiques, des groupuscules… Je n’ai vécu que dans des groupes. J’ai besoin d’oxygénation et de vivre des choses avec des gens qui ne sont pas comme moi.

Et vous Art ?

Art : Moi, c’est exactement l’inverse de Magyd. A l’époque des « Parfums de sa vie », j’aurais adoré appartenir à un groupe. Faire la promo avec mes potes musiciens et au lieu de ça, je me retrouvais seul. C’était chiant et triste. La musique, je l’associe à quelque chose de gai, alors le projet dans lequel je me retrouve avec Yvan et Magyd me convient totalement. J’adore ça en fait. Je me sens bien. Ça me plaît beaucoup de ne pas être devant et de ne pas être la vedette. J’aime bien aussi l’idée de recevoir des remarques de la part des autres. L’échange est là, constamment.

Yvan : Il me semble que ça fait beaucoup avancer dans son aventure personnelle. Depuis que je tourne avec eux, je considère la scène différemment.

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Pendant l'interview (1).

Vous apprenez les uns des autres ?

Yvan : Quand je regarde Magyd, je suis impressionné. C’est un artiste qui travaille beaucoup et qui a une manière à lui d’aborder la scène et le répertoire. Ça me renvoie à des choses que je ne fais pas et que je pourrais améliorer. Moi, je prends les choses comme ça vient. Art aussi, je crois. Nous ne cadrons pas les choses formellement.

Art : Je ne sais pas. Je n’ai pas trop analysé, donc je dois être un peu comme tu le dis.

Magyd : C’est vrai que nous nous interpellons sur le travail passé ou à venir de chacun. Yvan me conseille par exemple d’épurer mes chansons. Mes textes sont noyés dans des rythmiques et c’est parfois dommage. Ça empêche d’être attentif au sens des propos. Art, moi, je lui conseille de travailler dans des textes plus caillouteux. Je lui dis de laisser tomber le « love », d’envoyer du gros mot et de la lutte des classes. Lui me dit d’ouvrir mon cœur. Il m’a fait remarquer que sur 10 albums et trente ans de carrière, je n’ai jamais dit  « je t’aime » dans une chanson. Voilà, on discute comme ça entre nous, ça ne veut pas dire que l’on va appliquer les conseils.

Personne ne se vexe ?

Magyd : Ce que j’aime chez Art et Yvan, c’est qu’ils ont de la distance par rapport à leur métier. Si un artiste n’a pas de distance avec son œuvre, il souffre. Tu sais, tous les trois, nous sommes dans la quête d’une expérience nouvelle à vivre. La distance permet que la discussion soit possible.

"La chanson con" de Juliette.

Vous semblez vous régaler sur scène. Il faut se régaler soi-même pour régaler les autres ?

Magyd : Moi j’ai un certain âge, un certain parcours. J’ai besoin que ce soit un pur kif. Longtemps, j’ai fait ce métier pour becqueter, puis pour élever un peu le niveau et là, maintenant, il y a l’obligation que ce soit du pur plaisir.

Art : Tu parles d’âge et tu as raison. A un moment donné, on a vraiment envie de profiter du présent positivement.

Yvan : Ce projet arrive à un moment de nos vies qui est le bon. Nous n’avons aucune frustration, ni aigreur. Heureusement, sinon, nous n’aurions pas le même état d’esprit pour le véhiculer.

Magyd : Du fait de cette expérience, je dirais que c’est le temps qui nous a débarrassés des oripeaux d’orgueil, d’ego, de vouloir exister à tout prix. Ce qui est extrêmement agréable aujourd’hui, c’est que tous les trois, nous abordons cela avec beaucoup de douceur. Ce n’est pas du luxe.

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Pendant l'interview (2).

Pensez-vous que cette expérience va modifier votre façon d’envisager vos carrières personnelles ?

Art : Je l’espère sincèrement, mais c’est insidieux. On ne s’en rend pas forcément compte tout de suite. Peut-être que ça va me permettre d’aborder des sujets autrement. Je ne conçois pas que l’on ne retire rien de ce projet.

Magyd : Moi, cette expérience va modifier beaucoup de choses. Ça va dans le sens que je veux prendre désormais dans mes projets en solo. Beaucoup d’épure et une voix complètement assumée. L’air de rien, j’ai toujours été protégé par plein de voix et plein de sons, je me suis un peu planqué derrière les décibels. Je suis à la recherche de la plénitude.

Yvan : Je suis sûr à 100 %  que j’évolue de jour en jour à leur contact. J’ai l’impression d’apprendre tous les jours en regardant Art et Magyd. Ils ont une telle carrière tous les deux…

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Après l'interview, le 28 janvier 2015. De gauche à droite, Magyd Cherfi, bibi, Art Mengo et Yvan Cujious.

05 février 2015

Lulu Gainsbourg : interview pour Lady Luck

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En 2011 Lulu Gainsbourg (fils de Serge et de Bambou) avait tenté d'évacuer le poids de l'héritage avec son disque From Gainsbourg to Lulu. Il y reprenait 16 morceaux de son père. Aujourd'hui, à 29 ans, le musicien revient avec un disque raffiné, Lady Luck, dans lequel il chante en anglais (parce qu'il vit à l'étranger depuis 9 ans).

L'ambiance y est belle, essentiellement sensible et atmosphérique. Le piano est omniprésent dans ses chansons, et elles sont toutes nées sur un Bernstein offert par son père. 

Pour ce deuxième album, le chan­teur a donné libre court à ses idées et à ses émotions.

Le 18 décembre dernier, je suis allé à sa rencontre de cet artiste complet, dans les locaux de sa maison de disques, Universal Music.

Biographie officielle (mais écourtée):

Il y a trois ans, Lulu Gainsbourg entamait sa carrière discographique avec un splendide cadeau : pour son père, disparu vingt ans plus tôt, le musicien avait imaginé un éblouissant disque de reprises, pour lesquelles il avait réuni aussi bien Vanessa Paradis qu’Iggy Pop, Scarlett Johanson, Marianne Faithfull, Johnny Depp ou Rufus Wainwright… Nommé From Gainsbourg to Lulu, ce disque était pour Lulu une étape indispensable, un passage obligé, avant l’envol en solitaire.

lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorAujourd’hui, il dévoile douze titres personnels, réunis sous le nom de Lady Luck, un premier album de compositions originales que lui ont inspirées des événements de sa vie privée.

Résolu à ne chanter que dans la langue de Lou Reed ou Dylan, l’artiste décide de collaborer avec des paroliers américains. Un choix logique pour celui qui a passé de nombreuses années à l’étranger : entre Londres, où il réside aujourd’hui, New York et Boston, où il fréquenta les bancs du prestigieux Berklee College of Music.
Lulu se fait épauler par du beau monde : Paul Turner et Derrick Mckenzie, bassiste et batteur de Jamiroquai mais aussi Drew McConnell de Babyshambles l’ont rejoint en studio. A cette équipe de titulaires, il faut ajouter, sur Lady Luck, quelques beaux convives: Matthieu Chedid et son frère sont venus participer au single « Lady Luck », tandis que l’actrice Anne Hathaway et l’artiste Ara Starck, fille du célèbre designer, se sont invitées sur deux titres du plus bel effet (« The Cure » pour la première, « It’s Always Something » pour la seconde). lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandor

Lulu signe ici un disque très intime et sincère. Avec pudeur, le jeune homme y interprète deux dialogues imaginaires avec ses parents : il s’adresse à sa mère sur la jolie ballade floydienne « Moushka », et discute avec son père sur « Destiny », titre au texte désarmant pour lequel il a agencé, en clin d’œil, des arrangements très gainsbouriens. Musicalement, Lady Luck continue d’illustrer l’éclectisme et la largesse d’esprit de son auteur, oscillant entre funk sexy, pop, ballades atmosphériques et instrumentaux raffinés.

Portés par un sens mélodique affuté, les morceaux s’ornent d’arrangements soyeux et délicats, qui leur confèrent souvent un charme cinématographique.

lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorInterview :

Vous sentez-vous attendu au tournant avec ce premier disque très personnel ?

Je ne m’en rends pas compte. Ce disque peut autant être ignoré qu’avoir un succès d’estime ou devenir mythique. Il n’y a pas de règle.

Avec ces nouveaux titres, nous découvrons enfin l’étendue de votre talent.

Dans le premier album, je rendais hommage à mon père. Il n’y avait qu’une composition de moi. Là, effectivement, j’ai montré toutes les facettes de ce que je savais faire. Peut-être y en a-t-il trop ? Je ne sais pas. Vous en pensez quoi ?

Je trouve que ce disque est varié, mais qu’il y a un fil conducteur.

Musicalement, c’est très éclectique. J’aime beaucoup de styles et, surtout, j’ai pas mal d’influences, ça se ressent forcément dans ma manière de composer. Quant aux textes, je les ai tous coécrit. Les chansons sont placées sur le disque dans l’ordre chronologique des évènements vécus que je raconte. Ce disque s’écoute comme un bouquin.

Ce n’est cependant pas un album concept.

Non, parce que je ne parle pas tout le temps de la même personne.

Vous avez écrit ce disque à l’issue d’une douloureuse séparation sentimentale. lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandor

C’est réellement cette rupture difficile qui a tout déclenché. Mais aujourd’hui, ça va mieux. La jeune fille qui est en couverture du disque Lady Luck est ma nouvelle copine.

Cela vous a-t-il aidé de ne pas être bien à ce moment-là pour écrire et composer ?

C’est un truc qui appartient à l’art. Je ne suis pas le premier et je ne serai pas le dernier à trouver l’inspiration dans les peines de cœur ou les soucis personnels. En ce qui me concerne, l’état mélancolique déclenche un univers différent en moi et me donne de l’inspiration pour composer. Cet album-là m’a occupé ses deux dernières années et au moment de la rupture, tout s’est mis en place rapidement.

Si vos textes sont mélancoliques, les musiques, pour la plupart, ne le sont pas. Il y a des morceaux très pop et d’autres complètements funk.

Il y a des ballades, mais dans l’ensemble, j’ai souhaité avoir des musiques assez rythmés. J’ai fait en sorte que l’on ne s’endorme pas (rires). En fait le disque commence un peu sombrement, mais plus les morceaux défilent, plus la lumière apparaît. Ça finit même très positivement.

Clip de "Lady Luck".

lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorIl y a quelques guests sur l’album. Par exemple Matthieu Chédid et son frère Joseph (connu également sous le nom de Selim) qui sont présent sur le single « Lady Luck ».

J’avais déjà une bonne base sur ce titre et Matthieu a rajouté sa petite touche qui se reconnait très bien. Matthieu est un ami de longue date. Je l’admire depuis toujours en tant qu’artiste et évidemment humainement. Ce qu’a fait Joseph aussi est formidable. J’adore son travail. Il sort bientôt un nouveau disque. C’est vraiment une famille formidable.

Et que vient faire la fille de Philippe Stark, Ara, dans ce disque ?

Elle a toute sa légitimité. Elle est peintre, mais aussi chanteuse. Avec David Jarre, elle a monté le groupe The Two. Ara, elle est un peu comme ma grande sœur. Je la connais depuis que j’ai 7 ans, cela fait donc 22 ans que l’on se fréquente. D’ailleurs, quand je vivais à New York, on était tout le temps ensemble. Nous avons une très belle amitié.

C’est donc symbolique de chanter avec elle ?

Oui. C’est exactement ça.

Et la comédienne Anne Hathaway ?

Elle a aimé mon premier album et elle me l’a signifié. Elle a chanté dans beaucoup de films dont, en 2012, la nouvelle version des Misérables où elle était Fantine. Elle a une très belle voix et je suis très fier de notre duo.

Ça rassure de chanter une chanson avec quelqu’un ?

Pas forcément. Les duos de ce disque ont un sens pour moi. Ils ne sont pas là par hasard. Tout l’album est basé sur des faits personnels La chanson que je chante avec Ara est une dispute entre un homme et une femme et celui avec Anne est une chanson qui donne l’espoir de retomber amoureux. C’est un peu ce que j’ai vécu.

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lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorIl y a une chanson pour votre maman et une pour votre papa.

J’ai écrit « Moushka » pour ma mère. C’est une chanson calme, voire assez sombre, à l’ambiance Pink Floyd. Je discute avec elle. Elle est devenue ma meilleure amie et c’est grâce à elle que je suis là où j’en suis aujourd’hui. Dans « Destiny », cette fois-ci, je discute avec mon père. C’est évidemment une discussion imaginaire.

Parfois, discutez-vous avec lui réellement ?

Ça m’arrive. Je suis très rêveur, très dans un autre monde, souvent dans de hautes sphères… je communique donc avec lui très souvent. Et la communication se fait aussi à travers la musique.

Pensez-vous que lorsque vous composez, il est là et vous aide à trouver l’inspiration ?

J’en suis sûr. Pour « Destiny », je me suis carrément inspiré de lui. L’arrangement rappellera aux puristes de mon père la chanson « Marilou sous la neige »de l’album L’homme à tête de chou et un peu de « Ah ! Melody » de l’album Histoire de Melody Nelson. C’est une forme de nouvel hommage. J’ai fait du Lulu Gainsbourg arrangé à la Serge Gainsbourg.

Je précise que l’album dans son ensemble ne ressemble pas du tout à ce que faisait votre père.

Je l’espère. Je suis dans la musique depuis que j’ai 4 ans. J’ai fait des études musicales assez poussées et j’ai passé notamment quatre ans dans la prestigieuse école de musique Berkeley School of music. J’espère avoir mon propre style et une originalité.

Comment vivez-vous la comparaison constante avec Serge Gainsbourg ?

C’est normal, il a marqué son époque. C’est mon père et il restera mon père. Il a beau être Serge Gainsbourg, l’artiste qui a amené quelque chose à la chanson, que cela va m’empêcher de m’épanouir dans ma passion. J’ai plein de choses à dire et j’en aurai encore d’autres dans le futur. La musique est ce que je sais faire de mieux aujourd’hui.

Mais, pourquoi vous être présenté au public avec un premier album qui rendait hommage lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorà votre père ?

Là encore, c’est symbolique. C’était un cadeau pour mon père. Je n’ai pas eu la chance de pouvoir lui faire de cadeau en vrai puisqu’il est parti trop tôt.

Votre maman, Bambou, suit-elle ce que vous faites ?

Elle est très présente et elle est fière de son petit gars. Avant de faire mon hommage à mon père, elle m’avait conseillé de prendre le temps de faire les choses. Quand elle a écouté, elle m’a avoué être épatée. Pour le deuxième album, elle était encore plus fière, parce que ce sont mes propres chansons. Ça me fait plaisir parce que si elle n’aime pas, elle n’aime pas. J’ai beau être son fils, elle ne m’épargne pas.

"Fantasy", extrait de l'album Lady Luck.

Il y a deux instrumentaux dans votre disque.

« Noces funèbres »et « Lily Rose ». Ces deux instrumentaux, que l’on peut qualifier d’interlude, rappellent ma base de la musique. Je suis avant tout pianiste.

Ne le prenez pas mal parce qu’il n’y a aucune malice dans ma question, mais aimez-vous chanter ?

Je ne me vexe pas. C’est une bonne question. Honnêtement, dans le premier album, j’ai chanté, mais je me sentais plus « featuring » que chanteur. A la base, je suis musicien, pas chanteur. Pour ce nouvel album, j’ai découvert ce qu’était le fait de chanter. Je sais que j’ai énormément de progrès à faire, mais je pense que j’en ai déjà fait par rapport au premier. Vocalement, j’ai beaucoup travaillé. J’ai pris des cours pour savoir où me situer. Il y a quelques techniques à avoir car le chant n’est pas inné. Le plus important dans une chanson, c’est de savoir exprimer ce que tu veux dire et parvenir à donner le message que tu veux transmettre à l’auditeur. Pour se faire, je suis allé au maximum de mes limites. Je suis perfectionniste et l’idée de ne pas faire au mieux me rend malade. J’ai fait au mieux, mais j’essaierai de faire encore mieux pour le troisième album.

Je vous croyais très timide, mais je trouve que vous ne l’êtes pas là…

Ça va beaucoup mieux de ce côté-là. Je traverse une bonne période. J’ai retrouvé l’amour, cet album semble être bien accueilli, je suis donc très épanoui. Et l’épanouissement permet d’être bien avec les gens que tu croises.

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Après l'interview, le 18 décembre 2014.

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03 février 2015

Batlik : interview pour Mauvais sentiments

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On m’avait tout dit sur Batlik. D’abord qu’il avait un talent fou et qu’il était un artiste majeur, si ce n’est un des plus importants, de la scène française d’aujourd’hui. Bon, ça, je le savais depuis un moment. Mais, il m’a été rapporté plusieurs fois qu’il avait une forte personnalité, qu’il avait ses têtes, qu’il faisait ce qu’il voulait dans n’importe quelle circonstance et que les interviews l’emmerdaient carrément (d’ailleurs, dans une chanson de son nouvel album, il brocarde un peu les « journaleux »).

Mais ne jamais avoir interviewé Batlik quand on se prétend « spécialiste de la chanson française » est au minimum une faute professionnelle. Connaissant son attachée de presse (merci Marie Britsch), j’ai obtenu un rendez-vous avec lui.

Batlik est donc venu à l’agence le 4 décembre dernier pour évoquer son 9e album, Mauvais sentiments. Il y délaisse le quartet au profit du trio, toujours entouré par James Sindatry à la contrebasse et Benjamin Vairon à la batterie. Avec ce disque, l’inépuisable Batlik continue d’emprunter un chemin singulier, bien loin des autoroutes de l’industrie du disque.

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batlik,mauvais sentiments,interview,mandorArgumentaire officiel :

Voilà maintenant 10 ans que Batlik sévit sur scène et sur disque en tant qu'auteur, compositeur, interprète et producteur indépendant aux manettes de son label A Brûle Pourpoint.

Le style a évolué, quittant progressivement l'univers de la chanson pour se rapprocher de celui du rock, avec toujours en fil conducteur des textes poétiques finement ciselés, un flow en français et un jeu de guitare reconnaissable entre mille. Après avoir écumé les cafés concerts, il réussit au fil des années à imposer sa personnalité musicale sur la scène française et à conquérir un public fidèle et toujours plus nombreux.

Batlik se fait rapidement repérer, des Francofolies de La Rochelle en passant par les découvertes du printemps de Bourges jusqu' à celles du festival Alors Chante de Montauban, même Warner, Wagram et Sony lui propose des signatures. Mais Batlik fait le choix de l'indépendance. Originaire de Seine Saint Denis, il y construit les locaux de sa maison de production et son studio d'enregistrement, marche après marche, à l'image de son développement.

Avec à son actif plus de 800 dates et bientôt 10 albums, Batlik fêtera ses 10 ans de carrière en enregistrant son 2ème album live sur la scène de l'EMB de Sannois les 6 et 7 février 2015. Il sera entouré de Benjamin Vairon à la batterie, Oliver Smith à la contrebasse, Nicolas Bruche et Blandine Puechavy aux cuivres, Mélanie Pain aux chœurs.

Actuellement en tournée avec son dernier album, Mauvais sentiments, sélection FIP et sacré coup de cœur par l’académie Charles Cros, prend à contre-pied les idées reçues et les mots en prêt-à-porter. Bon sens et bons sentiments sont les grands perdants de cet opus, cédant la place à la tranchante singularité d'un artiste en décalage, bien loin des autoroutes de l'industrie musicale.

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batlik,mauvais sentiments,interview,mandorInterview :

Est-ce parce que tu viens de Saint-Denis que tu as cet état d’esprit, cette indépendance, cette volonté de ne faire aucune concession?

Il s’avère que je n’ai pas grandi en Seine-Saint-Denis. J’y suis né, je suis parti et je suis revenu bien des années après. Ta question est presque d’ordre psychanalytique. Je ne sais pas si ma façon d’être à un rapport avec le milieu dans lequel j’ai grandi. A l’inverse, je suis bien obligé de constater qu’il y a beaucoup de gens du milieu hip-hop qui viennent de Seine-Saint-Denis et qui sont signés dans des grosses structures industrielles. Comme quoi, tu vois, mon état d’esprit ne vient pas forcément de la ville dans laquelle je vis.

Il vient plus de ton éducation, alors ?

Je ne me suis jamais posé la question, alors j’aurais tendance à expliquer mon goût de l’indépendance de manière plus terre à terre. C’est ma propre expérience avec cette industrie. Au début, j’ai fait comme tout le monde. J’ai envoyé mes premiers albums à des directeurs artistiques de grosses maisons. Ils ont refusé de me produire, de fait, j’ai continué à en faire, mais sans eux. Quand ils sont revenus vers mois deux ou trois ans après, c’était trop tard. J’avais pris mes habitudes et je ne voulais pas changer ma façon de travailler. Leurs propositions ne m’intéressaient plus.  

Avant de faire de la musique, tu travaillais dans des secteurs d’activités où tu avais des batlik,mauvais sentiments,interview,mandorpatrons…

J’ai aussi aimé la musique parce que cela me permettait de ne plus avoir de personnes au-dessus de moi. J’ai eu des patrons casse-couilles, des petits-chefs, dans des proportions relativement similaires à d’autres casse-couilles rencontrés dans ma vie de tous les jours. Je n’ai rien contre la hiérarchie, sauf quand elle est conne.

Pour moi, être indépendant, c’est avancer moins vite, avoir un supplément de pénibilité et des soucis administratifs à régler… Toi, j’ai l’impression que tu vis bien d’avoir ta propre structure.

Je le vis mieux depuis qu’il y a une personne qui travaille pour le label et qui m’aide à faire ça. Elle s’occupe de tout ce qui est rébarbatif et contraignant. Quand cette personne n’était pas là, effectivement, je vivais mal le fait de perdre du temps et de l’énergie à m’occuper de choses extra-musicales.

Ça tuait la création ?

Non, parce qu’avoir trop de facilités pour écrire des chansons ne m’aide pas. Je n’ai jamais autant écrit que quand je travaillais à mi-temps ou quand les moments consacrés à l’écriture étaient rares. Je vois des gens qui sont signés et qui n’ont pas ces problèmes-là… mais ils en ont d’autres. Je ne comprends pas pourquoi tu dis qu’il te semble que je vis bien d’avoir ma propre structure. Au contraire, si je montre une image de coolitude, c’est un leurre parce que je suis quelqu’un de très angoissé. Ta question est intéressante, parce que la plupart du temps, les gens conjuguent indépendance avec liberté. C’est une vaste connerie. Quand on est indépendant, nous sommes soumis à beaucoup plus de contraintes que les autres.

Cela dit, tu as une liberté que beaucoup pourrait t’envier : une liberté artistique.

Je rencontre beaucoup d’artistes qui sont signés et sursignés. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un à qui on aurait dit « cette chanson-là ne va pas du tout ». Parce que les artistes sont les premiers à se censurer, moi y compris. Le mythe comme quoi plus on est dans une structure importante, plus la création serait muselée, je n’y crois pas.

Clip de "Généalogie" tiré de l'album Mauvais sentiments.
Réalisation: Christophe Demigné

De l’extérieur, on a l’impression que tu fais ton métier de manière confortable.

Je suis toujours à flux tendu. Il faut toujours alimenter la machine. Ma structure est tellement petite et tellement fragile qu'il faut que je sorte au moins un disque par an pour être viable. Ce n’est pas possible de me reposer quatre ans.

Si on te donnait les moyens de ne rien faire pendant trois ou quatre ans, tu aimerais ?

En tant que personne angoissée, je crois que je ne le vivrais pas bien.

Sortir un disque annuel par obligation, c'est contraignant ?

Pour moi, c’est une contrainte de faire des disques par obligation. Il faut que je passe par l’écriture et ça ne me plait pas particulièrement. Je trouve ça compliqué d’écrire. Je préfère chanter mes chansons que de les écrire.

C’est très rare comme discours.

Non, moi je trouve que c’est rare les gens qui aiment écrire.

(Un peu ironique) Et pourquoi ne demandes-tu pas à d’autres auteurs d’écrire pour toi?

Euh… non. Ça peut être très compliqué ça aussi.

"Mauvaise graine" extrait de l'album Mauvais sentiments (Live Radio Néo)

Tu n’as pas toujours des choses à dire ?

Non, c’est surtout que j’ai toujours du mal à dire les choses.

C’est bizarre, tu as la réputation inverse. Savoir choisir les mots comme personne.

Mes textes sont le fruit d’un travail qui m’angoisse. C’est ce qui fait que je suis souvent de mauvaise humeur et acariâtre quand je crée. Ca me stresse parce que j’ai l’impression que mes chansons sont tout le temps ratées.

Tu n’es jamais satisfait du résultat final.

Non. Je pense qu’à partir du moment où un artiste est satisfait de ce qu’il a fait, il faut qu’il se demande s’il n’est pas en train de faire de la merde.

Donc, c’est une déchirure quand tu écoutes ton album terminé.

Depuis que j’ai rencontré mon épouse, ça va de mieux en mieux parce qu’elle a été suffisamment sévère pour que je m’applique d’avantage. A un moment, j’avais pris une espèce de ronronnement d’attitudes et d’automatismes qui n’avaient rien de bon. Tu sais, il y a un lexique à disposition, dans la chanson française en particulier. Moi, j’étais dans la branche pseudo subversive. Je piochais des mots dans le lexique de la pseudo subversion et j’étais confronté à un public qui était d’accord avec moi. J’avais l’impression de me rebelliser avec des gens qui étaient 100% d’accord avec mes propos.

Les gens qui sont d’accord avec toi, tu t’en fous un peu ?

Notre société actuelle à pervertie notre monde artistique. Si on schématise, il faut adhérer soit au pour, soit au contre. A mon sens, le seul moyen de sortir de ce truc binaire, c’est la poésie. La poésie n’appartient qu’à celui qui l’a créé.

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Tout le monde n’a pas le talent d’émettre ses convictions en poésie.

Mais la poésie n’est pas un talent ! Tout le monde à sa poésie. La poésie existe dans les lapsus et les erreurs que l’on fait, dans tout ce que l’on rate et que l’on ne maitrise pas. Et heureusement, on ne maitrise pas tout ce que l’on fait. C’est quand ça ne marche pas que la poésie s’exprime chez tout le monde. Ça va à l’encontre de la société dans laquelle on vit. Il s’agirait de savoir qui on est, ce qu’on veut et savoir comment les choses se passent… ce qui est compliqué dans l’écriture, c’est de s’affranchir de cela.

Francofans a décrété que ton album était le meilleur de l’année.

Par rapport à ma réputation, c’est vraiment compliqué. C’est dur de savoir comment on est perçu par les autres. Je suis rarement confronté au public pour la simple raison que la plupart du temps, les gens m’emmerdent. Après les concerts, je sens que je dégage des choses qui font que les gens ne vont pas venir me parler, du coup, j’ai peu de retour de mon travail. A chaque fois, le terme qui revient, même pour ce disque, c’est la surprise.

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Je sais que tu n’aimes ni la flagornerie, ni les compliments. Mais un journal comme Francofans qui est spécialisé dans la chanson française et qui te célèbre, ça doit te faire chaud au cœur ?

Mais carrément. Je suis comme tout le monde. J’aime quand mes pairs reconnaissent mon talent.

Quand tu dois vendre tes disques ou faire la promo, ça te fait chier ?

Oui. J’aime bien considérer que les artistes sont des gens différents. Ce petit supplément d’âme que l’on veut bien nous admettre n’existe que lorsque nous ne sommes pas confrontés directement au public. Les artistes devraient vivre cachés. Je préfèrerais faire partie d’un truc de l’ordre du divin.

Pourtant, tu as une page Facebook. Est-ce toi qui t’en occupes ?

Non. Les réseaux sociaux m’angoissent vraiment. Quand je vois des artistes sur Facebook parler en leur nom et se dévoiler pour un oui ou pour un non, je trouve ça tellement triste. Heureusement que je n’ai pas de fonctions légales ou officielles, sinon j’interdirais cela tout de suite. J’arrêterais les carrières des artistes qui font ça. 

Il ne faut pas avoir Batlik président de la république, dis donc !

Ce serait clairement une dictature (rires)

batlik,mauvais sentiments,interview,mandorConjointement à la sortie de ce disque, il y a la sortie du livre de ta femme, Elsa Caruelle, Les monstres pratiques. Dans ce livre et dans ton disque, il y a des thématiques similaires…

Depuis que j’ai rencontré ma femme, je ne fais que croiser ce que je pense du monde avec son regard à elle.

Tu dis que ce livre te bouscule par la manière qu’il a de démontrer à quel point nous sommes façonnés, fabriqués, formatés, pervertis par l’idéologie capitaliste et surtout comment ceux qui pensent y échapper sous couvert d’une critique ouverte et prétendue subversive sont ceux qui sont plus soumis.

 J’ai d’ailleurs quelques potes d’extrême gauche qui ne nous parlent plus depuis que ce bouquin est sorti. Ils étaient persuadés d’être à l’avant-garde de la subversion. Donc, ils ont été très vexés. En plus, il y en a qui apparaissent dans le livre d’une certaine manière, alors qu’ils s’imaginaient apparaitre sous leur meilleur jour. Cette façon de voir que je prône, j’espère qu’elle existe depuis trois albums.

Ce qui te plait chez les autres artistes, c’est leur poésie.

J’aime quand il y a une perte de sens. Que l’on soit confronté à un vide plutôt qu’à un plein, à quelque chose de négatif plutôt qu’à quelque chose de positif. L’art, finalement, c’est la création qui doit venir mettre des trous là où les choses sont bouchées.

Te sens-tu compris dans le monde étriqué de la chanson française ?

J’entends bien que les gens considèrent que je suis quelqu’un de pas très aimable. Je vois qu’il y a une défiance.

Un artiste pour toi, c’est quoi ?

Il y a un rapport à soi qui est un peu trop affirmé chez l’artiste. Il est persuadé d’être ce qu’il est. Beaucoup d’artistes ont l’impression d’être supérieur aux autres. Je trouve ça dommage, car les artistes qui me font rêver, ce sont les artistes qui sont perdus. Je découvre que la musique peut servir à ça. A moins savoir. Il s’agit de se perdre quand on est confronté à la création.

Te sens-tu proche d’autres artistes ?

Par élimination, principalement des femmes. En France, je ne sais pas pourquoi, je suis plus touchée par la musique et la poésie des femmes comme Klo Pelgag ou Emily Loizeau. Les mecs m’emmerdent. Souvent, je les trouve mauvais. Sinon l’artiste qui me touche particulièrement, c’est une américaine qui s’appelle Ani DiFranco. J’aime quand les artistes écrivent comme ils s’échappent. J’aime quand il y a des zones inexplorables dans l’univers d’un artiste.

Quelle est pour toi la meilleure chanson ?

Celle qui permet d’affirmer et de dire que la vie n’existe pas. C’est la différence entre un discours politique et un discours scientifique. La meilleure chanson est celle qui ne donne pas d’avis.

Quand on dit de toi que tu es subversif et que tu mets des coups de pieds dans la batlik,mauvais sentiments,interview,mandorfourmilière de la bien-pensance, tu en penses quoi ?

Cela dépend de quelle subversion on parle. Si c'est de cette fausse subversion, fausse parce qu' entendue, acceptée et qui ne gêne personne, celle du « pour » ou du « contre », peut importe puisqu'elle ne fait que donner l'illusion qu'on peut ne pas être d'accord, alors que l'on continue à marcher bien droit. Si c'est de celle là dont on parle, je dirais que j'essaye de m'en affranchir depuis quelques disques. La démocratie prend tellement en charge la subversion et refuse tellement la violence qu'il est difficile, pour un artiste en particulier, d'être vraiment transgressif. Entre celui qui chante l'indignation et celui qui chante pour dire qu'il est indigné, la frontière est ténue.

Une société qui exclue la violence te gêne ?

Ce qui me gêne c'est que notre société cache sa violence comme elle cache ses vieux, ses malades et ses pauvres. Elle tente de la faire oublier. La seule violence qu'elle autorise est la sienne, mais elle ne l'appelle pas violence. Elle change son nom et la travestit tellement qu'on ne la reconnait plus. Lorsque cette violence nous revient, nous crions qu'elle ne nous appartient pas, qu'on ne sait pas qui elle est, qu'elle est forcement autre. C'est cette lâcheté et ce refus du face à face qui me gênent.

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21 janvier 2015

Mademoiselle K : interview pour Hungry Dirty Baby

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(Photo : Iris Della Roca et Lou Levy)

Mademoiselle K a sorti hier son nouvel album, Hungry Dirty Baby, tout en anglais.Une surprise de la part de l’artiste qui préférait, jusqu’à maintenant, la langue de Molière pour chanter. Ce choix de s’exprimer en anglais n’a pas été du goût de tout le monde… Sa maison de disque a en effet refusé le projet. Résultat, l’artiste au fort tempérament a préféré partir et fonder son propre label. La nouvelle Katerine Gierak interprète donc des morceaux forts, puissants, tendres parfois et tout simplement efficaces. . Entre rock, punk et fusion, Hungry Dirty Baby promet de secouer sur scène. Il m’a paru évident qu’il fallait que je la mandorise. Ainsi fut fait le 19 décembre dernier dans un bar de Pigalle, Le Pile ou Face.

mademoiselle k,hungry dirty baby,interview,mandorBio officielle (mais raccourcie) :

« J’ai fait un album en anglais parce que j’ai rien à dire, comme mes héros : David Bowie, The Cure, Radiohead. » « Pour la gloire je préfère lécher des barreaux plutôt que des culs. » C’est ainsi que Mademoiselle K présente son quatrième album. Autant que la langue, c’est le flegme qu’elle emprunte aux britanniques. De la genèse de Hungry Dirty Baby, une idée simple : sortir de sa zone de confort. Cela se traduit par changer de langue, changer de musiciens, jouer soi-même de la basse, partir à trois en tournée. Et pour conséquences de se faire virer de sa maison de disques, choisir l’autoproduction et monter son propre label, Kravache: ça claque! En anglais ou en français Mademoiselle K a des sujets qui lui sont chers: le genre, l’identité, la relation avec l’autre/les autres. L’amour, la sexualité et leur lot de manque et de frustrations. Et toujours ce parfum de romantisme exacerbé, désespéré qui plane en filigrane entre ces mots crus qu'elle se plaît à balancer. Mademoiselle K ou le désir farouche de s’affirmer encore et encore, comme si tout venait juste de commencer. Et de durer, maintenant qu’elle est la dernière officielle de la lignée des Mademoiselle.

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Interview :

Cet album est l’album de la liberté, c’est ça ?

Ma maison de disque n’a pas voulu produire un album en anglais Ce qui m’a un peu étonné, c’est que cela faisait deux ans qu’ils étaient au parfum. En général, quand je fais un choix, je m’y tiens et je préviens tout le monde au préalable. Depuis le troisième album, de toute manière, je les sentais un peu à deux de tension avec moi. J’ai l’impression que nous étions rentrés dans une routine. Il n’y avait plus de passion entre nous.

Ta maison de disques t’a signé pour les mêmes raisons qu’elle t’a virée.

C’est exactement ça. Je suis restée ce que j’ai toujours été. J’ai toujours fait ce que j’aie voulu. Les gens de ma maison de disques n’ont plus suivi à partir du moment où j’ai souhaité chanter en anglais.

C’est un mal pour un bien finalement.

Plus que jamais, sur cet album, je ne sais pas combien de fois je me suis dit « c’est un mal pour un bien ». C’est marrant que tu utilises cette expression précise.

Tu n’avais plus aucun soutien…

Depuis trois ans, je fais tout avec mes propres économies. Je suis allée dans une école d’anglais à New York et à Londres pour travailler l’accent. Au bout d’un moment, j’ai demandé si la maison de disque me suivait. Le directeur marketing m’a appelé en me disait que le boss ne voulait même pas écouter les nouveaux titres. C’est grave, je trouve, mais je ne veux surtout pas polémiquer. On m’a expliqué qu’il considérait que si je chantais en anglais, c’était une erreur par rapport à mon public. Il y avait sans doute trop de communications à faire… je peux comprendre.

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Tu t’es donc organisée.

Oui, j’ai monté ma structure, Kravache, avec mon manager. Nous avions les mêmes envies tous les deux. C’est en distribution avec Believe pour le digital et PIAS pour le physique.

De toute manière, tu as toujours fait ce que tu voulais, j’ai l’impression.

Du premier album jusqu’à celui-là, je revendique tout. Quand je fais une chanson, c’est que je la sens comme ça. J’écoute ce que l’on me dit, mais je reviens rarement sur mes premières idées.

Chantes-tu de la même façon en anglais qu’en français ?

Non. Selon les langues, la sonorité de la voix change. Ce ne sont pas les mêmes résonateurs. Dans la bouche, le français est beaucoup plus dans l’avant. Chez les anglais, c’est dans l’arrière. Enfin, je ne sais pas trop comment expliquer cela. Bref, ça change le son, ça change la manière de chanter et la manière de faire des mélodies. Quand tu travailles l’accent anglais, tu te rends compte que la mélodie est déjà dans le parlé.

Clip de "Glory", extrait de l'album Hungry Dirty Baby.

Cet album fait-il partie d’un nouveau cycle ?

Les trois premiers albums étaient sur une période de 2006 à 2011. Là, c’est un premier album en anglais, mais ce ne sera pas le dernier. Pour moi, c’est comme une première fois. Tout est décuplé. C’est comme un premier baiser.

On dit souvent que les paroles en anglais sont moins importantes que celles en français.

J’ai entendu ça, en effet, mais je ne suis pas du tout d’accord. A mon avis, c’est ce que disent certains groupes français pour se rassurer. Les grandes chansons que kiffent les anglo-saxons, je t’assure, il y a toujours un texte derrière, il y a toujours une putain d’histoire, c’est toujours très bien écrit.

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Lors de l'entretien.

Tu avais beaucoup de choses à dire ?

Comme à chaque fois que je fais un album. Si je n’ai rien à dire, je ne fais pas de disque. Là, juste, j’avais envie de l’exprimer différemment. Et j’avais envie de me mettre en danger en chantant dans une langue qui n’est pas la mienne. Il y a une fragilité dans ce projet qui m’a amené à un autre  niveau d’exigence. Si j’ai fait cet album ainsi, c’est que j’ai vraiment pensé ces chansons-là en anglais. Mes mots venaient en anglais. Il y a une démarche artistique que tu provoques. Le but est de s’approprier ce nouveau choix artistique. Quand tu commences un croquis, à un moment, tu comprends que tu tiens ton tableau.

Un tableau ? Tu compares la musique à la peinture ?

Dans mon clip de R U SWIMMING?, tu as certainement remarqué l’importance de la peinture. On a fait ce clip avecDavid Tomaszewski qui est connu pour avoir fait pas mal de clip d’Orelsan. Je trouve que ce qu’il réalise est très moderne. Ce type est un grand fan d’art contemporain, de peinture, d’art plastique et il se tient tout le temps au courant de ce qu’il se passe. J’ai beaucoup aimé comment il s’est adapté à mon univers. Il a trouvé cette idée de peinture avec les masques. On a bossé avec un atelier d’effets spéciaux… des gens adorables.

"R U SWIMMING?", clip réalisé par David Tomaszewski. Extrait du nouvel album Hungry Dirty Baby.

Mais pour toi, la peinture est importante ?

Depuis le lycée, je vais dans les musées pour admirer les œuvres des peintres. Quand j’ai vu les peintures de Francis Bacon et celles de Lucian Freud pour la première fois, ça m’a bouleversé. J’aime être interpellée par des œuvres d’art.

Es-tu féministe ?

Non, je suis profondément pour l’égalité des sexes. Toutes formes de dominations entre homme et femme me cassent les couilles. J’aime vraiment l’égalité. Des salaires, des droits, des considérations.

Es-tu rassurée sur ce que pensent les médias de ton disque ?

Je reste prudent et en même temps, je n’ai pas envie de l’être. J’ai été choisie pour être l’album de la semaine sur Canal + et c’est un truc énorme pour moi. Je n’ai jamais été diffusée sur Canal, donc je ne boude pas mon plaisir.

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Pendant l'interview.

Dès que tu chantes en anglais, les portes s’ouvrent.

Disons qu’il y en a qui s’ouvrent et d’autres qui se ferment.

J’ai compris une chose : c’était vital que tu sortes de ce que tu faisais.

C’est tellement ça. Il fallait impérativement que je chante et joue de la musique autrement sinon j’allais crever artistiquement et j’allais me détester.

Moi, par exemple, l’idée que tu chantes en anglais me déplaisait. Et au final, j’ai adoré ton album.

C’est cool. Je sais que tu reçois beaucoup de CD d’artistes et que tu les écoutes. Pour moi, c’est important de savoir cela. Tu n’as pas été obtus. Il semblerait que ceux qui ont fait la démarche de découvrir cet album n’ont pas été déçus. C’est déjà une grande victoire pour moi.

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Le 19 décembre 2015.

18 janvier 2015

Chardeau : interview pour Fauves et Pastels

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Cet artiste, que peu de gens connaissent, n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Il compte déjà une dizaine d’albums à son actif. Chardeau est aussi le descendant de Gustave Caillebotte, le chef de fil des impressionnistes. Son rock un peu fêlé, il le cultive depuis le tournant des années 90 dans des compositions aussi chaleureuses que fantasques. Pour réaliser ce Fauves & Pastels (sortie le 28 janvier 2015), il a recruté quelques squales de luxe, dont Robert Lamm, l’ex-Chicago, Jerry Goodman violoniste échappé du Mahavishnu Orchestra et Mark Andes bassiste de Canned Heat et de Spirit. Ce projet made in USA, aussi ambitieux que nostalgique, est surprenant, mais ne laisse pas indifférent.

J’ai reçu ce sympathique et curieux personnage, au look improbable, le 15 décembre dernier à l’agence.

chardeau,fauves et pastels,interview,mandorBiographie officielle :

Arty-rock progressif ou fusion pop-jazz baroque ?
L’irréductible se fout des étiquettes et poursuit depuis deux décennies ses délires créatifs aux antipodes du marketing et des buzz branchés.

Le personnage est singulier. Assurément décalé, il étonne et détonne dans le paysage. Son look évoque pêle-mêle le Buffalo Bill d’un western futuriste, un Gandalf cuir et rock, un aventurier SF moitié Zappa moitié Corto Maltèse ou un néo-druide égaré au XXIe siècle… Que dire d’autre pour situer cet hurluberlu sympathique qu’on croirait tout droit sorti de « Retour vers le futur », si ce n’est qu’il est – surtout – auteur, compositeur, interprète et qu’il joue aussi, parmi d’autres instruments, de l’autodérision et de la démesure.

Assurément décalé, Chardeau ne ressemble à personne. Capitaine Nemo d’un navire improbable, il livre depuis deux décennies une musique rétro-futuriste flamboyante et puissante, riche et colorée, quelque part entre Chicago, Magma, Spirit, Gotainer, Genesis (époque Peter Gabriel) et Stravinsky. Baroque, rock, jazz, classique... Chardeau puise dans toutes les sources pourvu qu’elles soient bonnes. Il nous embarque pour des périples ponctués d’escales à 20 000 lieux sur les airs, dans une odyssée symphonique et pulsionnelle, orchestrée à l’Américaine, excentrique et d’une musicalité incroyable.

L’album :chardeau,fauves et pastels,interview,mandor

Fauves et Pastels de Chardeau est réalisé par Hank Linderman (Chicago, America, Eagles). Ce nouvel opus comprend 12 titres, enregistrés outre-Atlantique avec des musiciens de premier choix, gravitant pour la plupart autour du groupe Chicago, LA référence de Chardeau.

On y retrouve Brian Auger (Rod Steward, Led Zeppelin, Billy Cobham), Jerry Goodman (Mahavishnu Orchestra) et John Van Eps mais aussi Mark Andes (Spirit), Drew Hester (Foo Fighters, Jewel, Joe Walsh), Jason Scheff (Chicago), Reggie Hamilton (Seal, Tina Turner), Nick Lane (Chicago, The Who, Etta James), Brandon Fields (Earth Wind & Fire, Quincy Jones, Toto, Babyface), Jeff Foskett (Beach Boys, Jeff Beck, Chicago, Eric Clapton), Lee Thornburg (Supertramp, Tower of Power, Tom Petty, Joe Bonamassa), ainsi qu'un big band de cuivres.

chardeau,fauves et pastels,interview,mandorL'album s'inscrit dans la continuité de son précédent album studio Résilience de 2010, poursuit l'ouverture amorcée l'an dernier avec les remixes de John Van Eps et s'annonce comme l'album majeur de la discographie de Chardeau.

Le disque a failli s'appeler Elles, en raison de ses thématiques très féminines mais a finalement été baptisé Fauves et Pastels. Une référence consciente ou inconsciente à la peinture, mais aussi parce que les chansons qui le composent sont des portraits, des tableaux instantanés et parce qu'il traduit les oppositions entre le côté « fauve » de certains titres et le côté plus doux pour d'autres. Le tout donne une musique très visuelle, sophistiquée, colorée, aux arrangements luxurieux et à la production impeccable.

Pour écouter quelques extraits de Fauves et Pastels, c'est ici.

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chardeau,fauves et pastels,interview,mandorInterview :

J’ai essayé de calculer combien vous avez sorti d’albums en vingt ans de carrière. J’en ai comptabilisé une dizaine. J’ai bon ?

Entre ceux qui sont sortis officiellement et ceux qui ne sont pas sortis officiellement, je dirais qu’il y en a six ou sept.

Comment êtes-vous tombé dans la musique ?

Quand j’étais gamin, à ma communion, j’ai reçu un électrophone. J’ai découvert un coffre avec de vieux 78 tours. J’ai donc commencé mon éducation musicale en écoutant des vieilleries. Plus tard, dans la chambre d’un de mes frères, j’ai entendu « Eloïse » de Barry Ryan et « Nights in White Satin » des Moody Blues. Je me suis précipité pour acheter les 45 tours. Ensuite, j’ai découvert le premier 33 tours des Creedence Clerwater Revival et c’était fini pour moi… le virus de la musique m’avait atteint.

Puisque vous ne vous êtes pas soigné pour éradiquer ce virus, qu’avez-vous fait ?

J’ai continué à écouter beaucoup de musique et vers quinze ans, j’ai monté un groupe avec des copains d’école. Nous composions nous-mêmes ce que l’on jouait et nous chantions en français, ce qui à l’époque n’était pas fréquent. Ensuite, j’ai un peu lâché l’affaire pour suivre des études de droit. Je me suis aperçu très vite que ce n’était pas pour moi. Comme je n’avais pas de connaissance dans le milieu de la musique, j’ai trouvé le moyen de mettre un pied dans le show-biz en devenant présentateur à la télévision, sur Antenne 2.

Dans quelle émission?

Je faisais partie de la première équipe de Récré A2. J’y suis resté près de neuf ans, c’est à dire un peu plus longtemps que prévu (rires). Là, j’ai rencontré des musiciens et j’ai fini par faire des maquettes.

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Chardeau avec quelques uns de ses musiciens Hank Linderman, Jerry Goodman, Nick Lane, Brandon Fields and Lee Thornburg...

chardeau,fauves et pastels,interview,mandorParlons de ce nouveau disque, Fauves et Pastels.  Il y a de sacrés musiciens. Beaucoup sont des requins de studios internationaux.

Je suis content. J’ai réalisé mon rêve. Certains d’entre eux ont fait partie de groupes légendaires qui m’ont donné envie de faire de la musique. C’est complètement dingue car je n’ai pas de formation musicale. J’ai appris la musique en l’écoutant. J’ai toujours rêvé de rencontrer ceux qui m’ont fait rêver. Ça a commencé avec Jerry Goodman de Mahavishnu Orchestra (voir photo de gauche). Il a travaillé avec moi depuis l’album Hors portée. J'ai réussi à trouver ses coordonnées et je lui ai envoyé des maquettes « honorables » de mon travail. Il a écouté et il a beaucoup aimé. Il devait jouer sur trois titres  et, de fil en aiguille, il a joué sur tout l’album. A la fin de l’enregistrement de ce disque, il m’a promis de produire le suivant et de m’emmener ses copains.

Et avec Robert Lamm (voir photo de droite), le clavier du groupe Chicago, ça s’est passé comment ?chardeau,fauves et pastels,interview,mandor

J’ai appris qu’il allait faire un petit concert improvisé avec les musiciens de Brian Wilson, dans la banlieue de Londres.J’avais envoyé au préalable à son agence artistique mon CD Hors portée. Je me suis arrangé pour être dans les coulisses du fameux concert londonien. Je frappe à sa porte. Là, ma bouche devient sèche et je n’arrive plus à parler. Bon, je tente quand même de lui expliquer que j’aimerais travailler avec lui…  Trois jours après, je reçois un mail, historique pour moi, dans lequel il dit tout le bien du disque qu’il a écouté.Lui aussi, après notre première collaboration, m’a présenté tous ses copains musiciens. En fait, ça a fait boule de neige.

C’est impressionnant de jouer avec des légendes ?

Oui et non. Pour  moi, le petit frenchie, c’est impressionnant, mais eux sont tellement humbles, simples et gentils que tu finis par oublier que ce sont des cadors de la musique. En France, le moindre musicien qui a un petit statut devient et se comporte comme une star. Aux États-Unis, rien de tout cela. Plus ils sont grands, plus ils sont simples.

chardeau,fauves et pastels,interview,mandorPour Pastels et Fauves, tu as rencontré un troisième musicien. Celui qu’il te manquait dans ce que tu appelles ta « Sainte-Trinité » : Mark Andes, bassiste de Spirit (voir la photo de gauche).

Ma Sainte-Trinité, c’est Chicago, Mahavishnu Orchestra et Spirit. Mark Andes nous a accueillis chez lui au Texas. Au bout de vingt secondes, j’ai eu l’impression que c’était mon ami depuis toujours.

Au fond, c’est quoi votre musique ? Non, parce que j’en ai vu des définitions à droite à gauche…

Au bout de vingt ans, j’ai fini par trouver la définition : art rock.

Vous vous situez où dans la chanson française ?

Nulle part. Même si je chante en Français, je ne me sens pas appartenir à la « chanson française ». Je n’en ai d’ailleurs jamais écouté. Ah si ! Magma et Claude Nougaro. Et puis Alain Chamfort. Je trouve qu’il est à part lui aussi. Mais, bon, je n’ai aucune influence liée à la chanson française.

Vous aimez qui et quoi dans la musique, à part les gens avec lesquels vous travaillez ?

Je suis très éclectique. Mes goûts vont vers la musique classique, la techno, le folk, le blues, le rock. Ce que j’aime, c’est l’excellence. J’aime ceux qui me font vibrer et qui ont un son à eux.

Dans vos disques, vous faites tout de A à Z.chardeau,fauves et pastels,interview,mandor

Très franchement, parfois, on n’a pas vraiment le choix, économiquement parlant…

Ce nouveau disque parle beaucoup des femmes. C’est même le sujet central.

Je me suis amusé à faire une série de chansons sur ce thème : l’amour romantique, l’amour incognito, l’amour au black, l’amour cybernétique… 

C’est plus un album destiné aux hommes qu’aux femmes, non ? Je trouve certains propos un peu machistes.

Je suis d’accord. Ce qui m’amuse c’est de traduire en chansons la vision de certains de mes contemporains. Moi, je ne suis pas du tout macho, mais je connais beaucoup d’hommes qui le sont. J’ai tourné tout ça en dérision. Il y a beaucoup de second degré dans mes chansons.

Vous avez des « périodes » dans vos albums.

Oui, il y en a trois. La période « autobiographie » avec les albums Hors Portée et Résilience.  Fauves et Pastels fait partie de la période « portraits », en l’occurrence, dans le cas présent, des portraits de femmes. Ensuite j’attaquerai la période « voyage ».

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chardeau,fauves et pastels,interview,mandorCe que vous racontez dans Fauves et Pastels n’est donc pas autobiographique. 

Non, ce sont les histoires de gens que j’ai rencontré ou celles de mes amis. Il n’y a rien d’autobiographique dans ce disque.

Parlons de votre look. Il surprend quand on vous voit arriver…

Peut-être, mais il n’est pas étudié. J’ai toujours aimé les cheveux longs et je m’habille ainsi depuis longtemps.

Vous êtes un peu « à part » quand même…

Depuis tout petit, je me sens différent des autres. Je suis issu d’une famille très sérieuse. Tout le monde est dans le droit. Je détonne déjà dans ma propre famille. Je suis un peu le canard.

Vous êtes un descendant de Gustave Caillebotte.

Non, de son frère Martial. Gustave n’a pas eu de descendant. Ce qui m’intéresse, c’est que Martial était photographe. On vient de découvrir son œuvre photographique il n’y a pas longtemps. On a découvert aussi qu’il était musicien. C’était un type très intéressant qui faisait des trucs, peut-être pas révolutionnaires, mais très personnels. Il s’intéressait à la musique et à l’image. Comme moi. Entre Martial et moi, il n’y a aucun autre artiste… ce ne sont que des gens sérieux, je vous dis.

Peut-on comparer la peinture et la musique ? Cet album s’appelle Fauves chardeau,fauves et pastels,interview,mandoret Pastels, ce n'est sans doute pas pour rien...

Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que j’ai toujours aimé les mélanges des arts. Dernièrement, je suis allé à Londres et j’ai eu la chance de voir le concert de Kate Bush. Musicalement, c’était extraordinaire et elle chante divinement, mais ce qui a fait l’originalité de son show, c’est qu’elle a mêlé tous les arts. Peintures, danseurs, marionnettistes… c’était un vrai spectacle féérique et merveilleux. Moi, quand j’ai fait des spectacles à Montréal, je m’étais associé à un artiste qui était spécialisé dans les nouvelles technologies. J’ai donc fait un show multimédia.

Malgré votre inventivité et votre talent, vous n’êtes pas connu dans votre pays. Ça ne donne pas envie de baisser les bras ?

Cela m’est arrivé. C’est présomptueux de ma part, mais quand ça ne va pas bien,  je compare ma musique à celle des gens que j’aime. Je trouve que ça tient la route, alors cela me redonne un coup de fouet. Je me rassure seul (rires).

C’est dur de se faire connaître…

Oui. D’autant plus, quand on est comme moi pas facilement étiquetable. Je suis trop rock ou pas assez, trop jazz ou pas assez… bref, ma musique est un peu hors-norme. Et puis, au fond, je ne sais peut-être pas m’y prendre pour me faire connaître. Il est clair que je ne suis pas un surdoué de la communication.

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Après l'interview, le 15 décembre 2014.

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17 janvier 2015

Eskelina : interview pour Le matin du Pélican

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La première fois que j’ai vu et écouté Eskelina, c’était il y a deux mois au Limonaire. Elle jouait avant Robi et Radio Elvis, artistes tendance rock. Ses chansons à elle étaient de facture plus « classiques », mais d’une beauté et simplicité touchante. Il se trouve que j’avais reçu son premier album, Le matin du Pélican quelques jours avant. Le lendemain, je l’ai donc écouté avec attention. Un album amoureux, poétique, féminin, libertin, engagé, voire discrètement rebelle. J’ai donc immédiatement décidé de la mandoriser.

Le 16 décembre dernier la chanteuse est venue à l’agence pour parler de ce premier opus qui (je l’espère) permettra à Eskelina de s’imposer durablement dans le paysage de la chanson.

186305-eskelina-svanstein-large-13042013-1525.jpgBiographie (synthèse):

Venant de Suède, Eskelina est arrivée en France en 2006 et y a posé ses valises. Jouant dans les rues de Sarlat pendant quelques années, puis du côté de Bordeaux, elle s'est frayée un petit chemin de jeune et talentueuse artiste en chantant pendant cinq années ses propres compositions faîtes de chansons en suédois, en anglais mais aussi en français, à sa manière et avec ce petit accent… troublant. Ce répertoire a été enregistré sur son premier album, En visa, sorti en juillet 2010. Vous pouvez aussi découvrir Eskelina avec son groupe "Solvända" au travers de l'album "Pas à Pas" (avril 2013)

Elle rencontre un jour Christophe Bastien, guitariste du groupe Debout sur le Zinc, à qui elle donne une démo. Lui qui a toujours rêvé de composer pour une femme a trouvé sa voix. Il appelle pour les textes Florent Vintrigner, poète et élève d’Allain Leprest, qui officie dans La Rue Ketanou. Rendez-vous est pris chez lui, à Giverny en Normandie. Ces trois-là apprennent à se connaître et la magie opère. Ils partagent le même amour du voyage, de la bohème, de la scène et une sensibilité commune. Et c’est autour d’une table et d’une guitare que les chansons jaillissent, amoureuses (« Milan »), rebelles (« Entre les lignes », « Désordre »…) libertines (« Emilie »), 10294471_10152373899491760_5730452435731950545_n.jpgérotiques (« L’Amoureuse »), voyageuses (« La valise rose »). Tout un répertoire se construit autour d’Eskelina. A la fois muse et complice des deux garçons, ils ne font que la traduire en chanson.

La jeune femme part alors sur les routes. Elle effectue de nombreuses 1ères parties et se fait remarquer sur de nombreux festivals (1er Prix du public et 3ème Prix de Jury LE MANS CITE CHANSON, 3ème prix du public au festival ALORS CHANTE, Musicalarue…). Elle rentre dans la foulée en studio pour l’enregistrement du disque Le matin du Pélican. Les arrangements sont simples, chaleureux, acoustiques, boisés. Une bonne chanson n’a pas besoin de plus.

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(Photo : Philippe Belle)

DSC09672hh.JPGInterview :

Faut-il trouver un bon équilibre entre les chansons engagées et les chansons plus « légères » ?

Il me semble que j’ai plus de chansons mélancoliques, graves, intenses dans mon répertoire que de chansons "légères". J’ai eu la chance de rencontrer Christophe Bastien. Il est devenu compositeur de l’album et aussi directeur artistique. Avant de commencer à enregistrer, il avait une vue globale sur l’album. Il savait déjà la couleur qu’il souhaitait donner. Ce disque est une globalité, ce ne sont pas que des chansons qui s’enchaînent.

Comment as-tu rencontré Christophe Bastien ?

En 2008, à Limoges, une amie franco-suédoise m’a emmené à un concert de Debout sur le Zinc, dont il fait partie. Elle connaissait certains membres du groupe et elle m’avait donc vivement incité à emmener une démo de ce que je faisais. Je n’aime pas procéder ainsi et j’étais plutôt gênée, mais, après le concert, je l’ai donné à plusieurs musiciens. Cinq ans plus tard, Christophe Bastien m’a envoyé un mail en m’expliquant qu’il avait envie d’écrire pour une voix féminine. Il m’a donc proposé d’être interprète des chansons qu’il allait créer.

Il a attendu cinq ans avant de te contacter ! C’est énorme.

Pour tout te dire, j’avais même oublié et je n’attendais vraiment rien de ce côté-là.

"Je reviens" en acoustique.

Label : L'Atelier du pélican
Edition : Abacaba
Distribution : Musicast

Donc, Christophe Bastien a commencé à t’envoyer une chanson ?phtot Tetouze.jpg

C’est exactement cela. Je l’ai enregistré pour qu’il entende ce que cela donne. Visiblement, il a aimé et à partir de là, on a décidé de faire quelque chose ensemble.

Quel genre de chansons était-ce ?

Au début, il ne me proposait que des chansons d’amour. Je lui ai suggéré que l’on parle d’autre chose. Il a donc contacté son ami d’enfance, Florent Vintrigner, pour écrire les textes. Quand ce dernier a constaté qu’il y avait des thèmes dont j’avais très envie de parler, il m’a proposé de participer à l’écriture en donnant des idées. Avec Florent, on a beaucoup discuté… De la vie, de moi. Quand je me retrouvais avec eux, c’était un peu comme des séances de thérapie (rires).

Vous avez donc travaillé tous les trois en même temps et ensemble ?

Oui. Je n’avais jamais vécu cela et eux non plus. La première fois que nous nous sommes vus, nous avons convenu de passer deux jours ensemble. Très vite, nous nous sommes entendus et nous avons constaté que nous avions les mêmes points de vue sur la vie et puis aussi un peu les mêmes vécus. Nous sommes tous passés par des périodes difficiles dans la vie. On a tous vécu avec très peu, on a tous joué dans la rue, on s’est tous battus pour pouvoir vivre de la musique. Nous avons aussi les mêmes idées de thèmes pour les chansons.

Quel est le premier texte sorti de votre collaboration?

C’est une chanson qui n’est pas sur l’album. Sinon, la première qui est sur l’album, c’est « Maman ». Florent a écrit ce texte la veille de mon arrivée en pensant à moi. Et au final, elle me correspond parfaitement, alors qu’on ne s’était jamais rencontrés et que je ne lui avais pas du tout parlé de ma relation avec ma mère.

Il y a quelque chose de magique, non ?

Carrément. On ne peut pas mettre de mots sur ce phénomène. On ne sait pas pourquoi, mais ça marche.

"La valise rose" en acoustique.

Paroles : Florent Vintrigner
Musique : Christophe Bastien / Eskelina Svanstein

photo Tetouze.jpgLe destin est facétieux.

Tu ne crois pas si bien dire. Je crois beaucoup au destin. Dans des moments difficiles, nous avons l’impression que plus rien ne se passe. On ne sait pas comment faire pour déclencher les choses. Dans le cas présent, cela faisait deux ans que je ne faisais plus rien. Je ne trouvais pas la manière de faire de la musique… et j’ai reçu le mail de Christophe cinq ans après notre première rencontre. C’est assez fou.

Parlons de tes débuts. Tu es née en Suède. Tu as fondé là-bas ton premier groupe à l’âge de treize ans.

C’était un groupe pop rock joyeux composé de cinq filles. On reprenait par exemple la chanson de Nena, « 99 Luftballons ». J’avais la chance d’être dans un collège où il y avait deux profs de musique qui donnaient beaucoup de leur temps libre à cette activité et qui mettaient à la disposition des élèves des instruments. Ça m’a vraiment donné envie de faire de la musique, alors que j’étais plutôt partie pour faire du théâtre.

Quand tu as décidé et compris que tu voulais te diriger dans cette voie, qu’as-tu fais ?

J’ai beaucoup joué. A l’âge de 15 ans, j’ai pris la guitare de mon père qui trainait à la maison et j’ai commencé à composer des chansons. Ensuite, quand il a fallu prendre un chemin au lycée, j’ai choisi de suivre la filière musique. J’ai passé trois ans à prendre des cours de guitare et de chant.

"Émilie" en acoustique.

Paroles : Florent Vintrigner / Musique : Christophe Bastien
Avec la complicité d'Eskelina

Tu es arrivée en France en 2006. Pas tout de suite à Paris, mais à Sarlat. Comment Eskelina nouvel album.jpgatterrit-on dans le Périgord ?

J’ai quitté la Suède car je n’avais plus la motivation de faire quoi que ce soit là-bas et plus rien ne m’intéressait. En plus, tous mes amis étaient partis poursuivre leurs études ailleurs. Personnellement, j’étais fatiguée de continuer mes études  et j’avais arrêté la musique parce que ça me semblait trop compliqué de vivre de cela. En fait, je n’avais vraiment plus rien qui me retenait. A 21 ans, je trouvais que c’était un peu tôt de ne pas savoir quoi faire de sa vie. J’ai ressenti le besoin de me réveiller, de me donner une petite claque pour retrouver l’envie et la motivation. J’ai décidé de partir et, de fil en aiguille, quelqu’un a accepté de m’accueillir à Sarlat, ville que je ne connaissais pas. C’était un peu compliqué parce que je ne parlais pas le français et aussi parce que je n’avais pas beaucoup d’argent.

Tu as donc tout recommencé à zéro ?

Oui. Très vite, j’ai rencontré des artistes de rue. Ça m’a redonné envie de faire de la musique. Je trouvais ça agréable parce que je n’avais pas de patron. Tu joues et ceux qui ont envie d’écouter s’arrêtent. Les autres passent. Parfois même, certains te donnent de l’argent.

Ta chanson « L’ambassadeur » parle de cette période-là.

Un jour, à Sarlat, j’ai rencontré un homme qui dansait dans la rue. Il est venu me voir quand j’étais en train de chanter. Il a voulu m’acheter un ampli et comme par hasard, j’en avais deux dont un dont je ne me servais pas. Il n’avait pas d’argent sur lui, mais je lui ai quand même « vendu » l’ampli. J’étais un peu sceptique, mais bon… le soir même, il est revenu avec un chapeau avec 150 euros en pièces. Il a versé le tout dans mon chapeau à moi pendant que je jouais. Après ma prestation, il m’a expliqué qu’il vivait dans la rue depuis deux ans. C’était un très bel homme qui dansait magnifiquement bien… cette rencontre m’a beaucoup bouleversé.  

Tu as raconté ça à Florent et il en fait cette superbe chanson.

Beaucoup de chanson sont des histoires très précises que je lui ai racontées.

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« Désordre » est la chanson la plus engagée du disque. 

C’est la seule que Florent avait écrite bien avant de me rencontrer. Il me l’a proposé et comme j’adhère à chaque phrase et au message délivré, j’ai accepté.

L’ordre établi dans la société semble t’agacer… tu as un côté un peu rebelle ?

J’ai surtout envie de revendiquer le droit d’être heureuse, malgré tous les malheurs du monde. La seule chose qu’on ne peut pas nous prendre ce sont nos choix de vies et la façon dont on décide de vivre son existence. Ce n’est pas facile, mais parfois on peut choisir entre être heureux et être malheureux. Je revendique le droit d’être ce qu’on est, sans frein.

Sans limite, donc ?

Dans le respect de l’autre, toujours... et, évidemment, sans faire de mal à quiconque.

Quand Florent transforme ta vie en chanson, est-ce que tu finis par apprendre des choses sur toi.

Oui, j’apprends beaucoup sur moi-même. Je te parlais de thérapie tout à l’heure, je ne plaisantais pas.

10924747_10152902030921760_3434994582077871775_ngjjg.jpgPour ce disque, tu as reçu quelques prix musicaux. Je suppose que cela t’encourage à continuer ce métier…

Ce qui me touche le plus, c’est un prix décerné par le public. C’est le public qui est le plus important. Avoir un prix décerné par un jury, c’est autre chose. Ça dépend de tellement de paramètres. Il ne faut pas prendre tout ceci au sérieux, sinon, ça peut devenir dur pour le moral.

Es-tu confiante en l’avenir ou es-tu encore pleine de doutes ?

Les doutes sont toujours là. C’est essentiel d’en avoir. Ça permet d’être ouvert à toutes possibilités et parfois de prendre des chemins dont on n’imaginait même pas l’existence…

Quels sont tes souhaits pour la suite ?

J’ai envie de beaucoup jouer. J’ai envie que les choses soient plus faciles. J’ai envie d’évoluer artistiquement, d’essayer plein de styles différents. J’adore le jazz, la musique traditionnelle…mais j’ai surtout un univers folk que j’aimerais intégrer un peu plus dans mon répertoire futur.

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Le 16 décembre 2014, après l'interview...

10 janvier 2015

Daran : interview pour Le monde perdu

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Le québécois d’adoption Daran (ex-Daran et les chaises) vient de sortir son nouvel album, Le monde perdu. Il abandonne momentanément le rock pour une musique folk éblouissante. Âgé de 55 ans, Daran a une voix (dont j’ai toujours raffolé) qui vieillit très bien, toujours capable de puissance comme de sensibilité.

Daran est connu pour son tube, « Dormir dehors »paru en 1995, mais il a sorti huit albums et composé pour de nombreux artistes français : Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Florent Pagny ou encore Michel Sardou. Récemment, c’est lui qui a composé la musique du nouveau tube de Maurane, « Trop forte ». Daran est aussi le compositeur de la bande originale du film de Kad Merad, Monsieur Papa.

Daran est un artiste important de la scène française (et francophone), il serait bon qu’on lui rende hommage de temps en temps et que les médias lui laissent un peu plus de place…

Le 3 décembre, de passage à Paris, Daran s’est arrêté une heure à l’agence… pour faire un point sur ses 30 ans de carrière (son premier 45 tours date de 1985) et pour évoquer ce nouvel album.

daran,le monde perdu,interview,moranArgumentaire officiel (mais raccourci) :

Le monde perdu est incontestablement l’album le plus accompli et le plus personnel de la carrière de Daran. Celui qu’il voulait faire depuis 15 ans. Un album dans la plus pure tradition du folk Nord-Américain, sur des textes de Miossec, Pierre-Yves Lebert et Moran.

Le premier extrait, « Gens du voyage », est une chanson émouvante, d’une sensibilité touchante, qui parle du déplacement des populations et des conséquences sur leurs vies quotidiennes.

Toujours à contre courant, Daran livre avec Le monde perdu un album où tout est ramené à l’essentiel absolu. Ce disque introspectif, ponctué d’ombre et de lumière, offre un voyage sur des thèmes qui sont chers à Daran : L’immigration (« L’exil »), les populations déplacées (« Gens du voyage »), les drames sociaux (« Le bal des poulets »), le tout dans une forme dépouillée qui place l’émotion et la sensibilité au tout premier plan.

Enregistré et réalisé à Montréal par Daran, québécois d’adoption et artiste inclassable, Le monde perdu prouve hors de tout doute qu’il est un des grands auteurs-compositeurs de sa génération.

Daran est un grand témoin de son temps, et cet album n’est pas un retour aux sources du songwriting, il en est la continuité.

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daran,le monde perdu,interview,moranInterview :

Pourquoi t’es-tu exilé au Québec ?

Parce que j’aime ce pays. Et aussi parce que dès mon premier album, les gens ont suivi ma carrière sans jamais me lâcher. La première fois que j’ai entendu un morceau de moi à la radio ou que j’ai vu un clip d’une de mes chansons, c’était à Montréal. La chanson « Aquarium », par exemple, a été un immense succès au Québec.

Mais tu reviens en France souvent… et avec plaisir ?

Je trouve très amusant de revenir en France et d’aller dormir à l’hôtel comme un étranger. En fait, pour être franc, je n’ai pas un rapport au sol très prononcé.

Le monde perdu est ton 8e album… un disque très touchant et simple. Guitare-voix-harmonica.

Les maisons de disques ont toujours été frileuses avec un projet comme celui-là, mais comme aujourd’hui je n’ai plus vraiment à rendre de comptes sur mes choix artistiques, je l’ai fait. Un album tout seul, entièrement acoustique, c’est nouveau pour moi. Je me suis retrouvé devant des difficultés inédites et de nouveaux obstacles.

Lesquels ?

J’ai toujours tendance à mener ma barque dans tous les projets que j’entreprends, mais là, j’étais vraiment tout seul. J’avais comme seul miroir mon jugement.

C’est d’être objectif sur son travail qui est compliqué ?

Oui. Mon allié, c’était le temps. J’ai fait ce disque sur la distance. A chaque fois que je rentrais de tournée, je travaillais dessus. Quand je reviens à froid sur des choses que j’ai créées, j’arrive à me placer en spectateur de moi-même.

Il y a beaucoup d’introspection quand on fait un album de cette manière ?daran,le monde perdu,interview,moran

Beaucoup et j’aime bien cela. Co-composer par exemple, c’est un concept que j’ai du mal à concevoir. Dans ma grande prétention, j’ai l’impression que je n’ai besoin de personne, mais surtout, j’aurais l’impression qu’on m’enlève la moitié du plaisir. Et puis, j’ai une telle pudeur que je perds 60% de mes moyens si on me met à côté de quelqu’un au moment où je fabrique quelque chose. Je ne peux pas être au maximum si je ne suis pas tout seul.

Tu joues toi-même de l’harmonica sur ce disque. Je crois que c’est la première fois.

J’ai appris à jouer de cet instrument pour cet album. Je me suis aussi mis à la batterie. Il y a des gens qui maîtrisent un instrument de manière parfaite, moi, j’ai choisi de jouer mal de tout (sourire). Sérieusement, je veux essayer de tout connaître parce que j’adore les arrangements et j’adore produire, donc je veux savoir de quoi je parle.

Cet album est épuré musicalement.

Il faut chercher la différence dans la subtilité, dans le détail. Il y a un travail d’orfèvrerie qui me passionne. Remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier... Je n’hésite jamais à refaire un morceau en entier à cause d’un détail infime.

Et ta façon de chanter est-elle différente ?

J’ai appris plein de choses sur ma voix en faisant cet album. Je suis allé chercher plus de choses. Tu es plus sur le fil quand tu es seul. J’ai l’impression que cet album est sous chanté. Pourtant, plein de gens me disent qu’ils ne m’ont jamais entendu aussi bien chanter.

daran,le monde perdu,interview,moranQuand on termine un album aussi profond, aussi grave, mais où il y a quand même de la lumière au bout, se demande-t-on de quoi on va bien pouvoir parler dans l’album suivant ?

Tous les problèmes soulevés dans les chansons ne sont jamais résolus, donc il y a toujours de quoi écrire et de nouveaux angles à trouver. Il y a des choses que je disais déjà il y a vingt ans. Au fond, tout a été dit. Ce qui change, c’est l’angle de vue. L’angle de vue peut être renouveler à l’infini.

Mais, c’est bien aussi de trouver un sujet original.

Oui, mais tu sais, un sujet original, c’est un nouvel angle de vue sur l’humanité.

Est-ce ton album le plus personnel ?

Oui, avec Le petit peuple du bitume, que j’ai sorti en 2007. Celui-là, je l’avais également conçu seul, enfermé chez moi pendant trois mois. La seule différence, c’est qu’au dernier moment, je suis rentré en studio pour faire faire à mon batteur et à mon bassiste exactement ce que j’avais joué et programmé.

Daran interprète "Gentil" au Théâtre Rialto de Montréal lors de sa résidence pour le spectacle de son nouvel album «Le monde perdu».

Le monde perdu est un album qui s’écoute. Il ne faut pas se contenter de l’entendre. Il fautdaran,le monde perdu,interview,moran s’arrêter et être attentif.

S’il fallait trouver un risque, il se niche plus par là. Un album qui s’écoute est peut-être inadapté à l’époque. Il faut aller chercher les gens et ensuite qu’ils veuillent faire la démarche d’écouter et de prendre le temps de l’apprivoiser. Tu te rends compte de l’effort demandé ?

Sortir un disque à contre-courant, c’est peut-être aussi une façon de se faire remarquer ?

De toute façon, je crois qu’on n’a pas vraiment le choix. On ne peut pas faire un album avec un cahier des charges. Il me semble que pour intéresser quelqu’un, il faut être le plus unique possible et le plus près de soi.

Tu n’écris plus tes textes du tout. Pourquoi ?

Depuis que je travaille avec Pierre-Yves Lebert, j’ai baissé les bras. Il a trop de talent. Il faut savoir s’incliner devant le génie. Je dois mettre six mois à faire ce qu’il fait en 48 heures et en plus, je ne lui arrive pas à la cheville.

Le québécois Moran (mandorisé ici) est un artiste que j’aime beaucoup. Comment est-il arrivé sur ce disque ?

Un peu au dernier moment. Dans une soirée, je lui révèle que je termine cet album et il me répond qu’il aimerait y participer quand même. Il aime Daran et il aime Lebert et nous, on apprécie son travail… alors nous avons accepté. De plus, ça tombait bien parce que je voulais évoquer l’immigration et je n’avais pas encore de chanson sur ce sujet. Il s’y est collé et le résultat est à la hauteur de ce que nous espérions. C’est le moins que l’on puisse dire.

"Gens du voyage", extrait du nouvel album de Daran, "Le monde perdu".

daran,le monde perdu,interview,moranLe premier single est « Gens du voyage », une chanson poignante.

C’est le sujet de départ de l’album. A l’époque, on parlait des Roms à tort et à travers et ça me révoltait. Lebert a eu cette réflexion amusante : « On appelle ces personnes, « les gens du voyage », alors que beaucoup sont sédentarisés au bord de l’autoroute et que ce sont eux qui nous regardent partir en voyage en voiture ».

Tu composes pour des artistes comme Johnny, Maurane, Sardou... J’ai l’impression que tu souhaites rester discret sur ce que tu fais pour les autres.

Non, pas du tout. Dans ma nouvelle mentalité nord-américaine, je me moque de ce que l’on peut penser de mes activités musicales. Il n’y a qu’en France où l’on met les gens dans des cases et des tiroirs. Moi, j’assume absolument tout mon travail. Je suis juste un type un peu discret qui ne passe pas son temps à raconter ce qu’il fait.

Tu as attendu longtemps avant de collaborer à d’autres artistes. Pourquoi ?

C’est quelque chose que je n’avais jamais envisagé à l’époque de Daran en les Chaises. Je n’étais peut-être pas assez sûr de mon identité musicale. En travaillant pour d’autres,  j’avais peur de me diluer ou de me perdre. J’ai constaté qu’au contraire, curieusement, ça me centre. A travers les autres, je définis encore mieux ce que je suis. Paradoxalement, je leur fabrique un écrin personnel dans lequel il n’y a rien de moi. Je suis à leur service. Il n’y a aucune chanson que je fais pour d’autres que je pourrais chanter moi-même.

Entendre sa musique et ses mots dans le répertoire d’un autre artiste, ça fait quoi ?

Quand c’est Johnny qui chante ma chanson « L’attente » et que je l’entends partout, je n’en reviens pas. C’est une sensation surréaliste. Tu repenses au moment où tu as créé la chanson chez toi et soudain, elle est multipliée de manière insensée… Cette chanson a été chantée dans des Zénith, au Stade de France, sur TF1… c’est un truc de dingue!

C’est la magie de la musique.

Oui, tu as raison, il y a de la magie dans tout ça. Personne ne peut rien prévoir. Tant qu’il y aura des trucs à 20 millions de dollars qui iront dans le mur et des trucs qui n’ont rien coûté qui feront un succès, la musique en sortira grandi et restera magique.

Clip de "L'attente" une chanson de Daran interprété par Johnny Hallyday.

Faut-il aimer les artistes pour lesquels on travaille ?daran,le monde perdu,interview,moran

Non. Où veux-tu m’emmener ? (Éclat de rire).

Tu crois que je vais te parler de Sardou ? Eh bien oui !

Quand Universal est venu me chercher pour son album Hors format, ma première réaction a été de leur répondre : « non, mais ça ne va pas ? » Idéologiquement, nous n’étions pas en phase et je me suis dit que si on se rencontrait pour travailler ensemble, on allait au clash directement. Et puis, je me suis raisonné. Sardou est un immense interprète. Il faut savoir dépasser les clivages. Mais quand même, du coup, j’y suis allé avec beaucoup d’exigences. J’ai bossé avec des musiciens choisis par moi, dans le studio que je souhaitais et surtout, sans que personne ne m’emmerde, conditions sine qua non.

Et Sardou, humainement, alors ?

Je m’étais dit qu’au premier mot de travers, j’allais me tirer… et je suis tombé sur un gars d’une docilité dans le travail comme j’en ai rarement croisé. Il a fait tomber mes défenses immédiatement et ça s’est super bien passé. On lui faisait chanter vingt fois la même chanson et il restait pro de chez pro. Franchement, il est impressionnant.

Tu te produis toi-même, tu es donc un artiste libre…

Oui, mais il faut s’en donner les moyens. Quand je suis parti au Québec, j’ai vendu la maison que j’avais en Bretagne et avec une partie de l’argent, j’ai produit un album. J’ai serré les fesses en attendant de rentrer dans mon investissement. Je me suis dit « Georges Lucas l’a fait, pourquoi pas moi ? » (Rires). Aujourd’hui, tout le monde parle de la crise du disque, tout le monde explique des sanglots dans la voix que les artistes ne vendent plus, qu’on ne peut plus rien faire dans ce métier, mais moi je pense que si on ramène ce métier à sa forme artisanale, on peut parvenir à s’en sortir. Il faut juste essayer de se passer des cinquante intermédiaires qui prennent les trois-quarts du pognon. Il faut faire un disque et le vendre soi-même, là, ça redevient viable.

Tu peux te le permettre parce que tu as déjà un public, mais ce sont des risques conséquents pour les artistes émergents, non ?

Oui, tu as raison. Moi, je sais que je vais pouvoir rentrer à peu près dans mes frais. Pour des artistes encore inconnus, c’est plus compliqué. Tu sais, je ne prêche pas la bonne parole non plus. Chacun fait comme il peut et surtout comme il veut.

Globalement, es-tu content de comment tu vis ta vie d’artiste ?

Oui, franchement, je suis ravi de la tournure des évènements. De toute façon, le seul fait de vivre de sa passion, c’est déjà un énorme privilège. J’en ai conscience en permanence. Très peu de gens sont satisfaits de leur sort professionnel. Moi, dans la vie, il m’est arrivé de faire des petits boulots, mais j’ai souvent pu vivre grâce à la musique.

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Après l'interview, le 3 décembre 2014.

Bonus :

Je sais que certains d'entre vous apprécient que je ressorte mes archives liées aux mandorisés du jour. Or, j'ai retrouvé quelques photos d'une interview datant du début de la notoriété de Daran et les Chaises. Le 11 décembre 1992, dans les locaux de France 3 Alsace, alors que je travaillais moi-même pour la radio leader du Bas-Rhin, Top Music, je l'ai interrogé sur la sortie de son album J'évite le soleil. Son premier succès s'intitulait "Aquarium". Voici le clip...

Clip de "L'aquarium".

Et les fameuses photos...

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Deux ans plus tard, (en 1994, donc), Daran connu un gros succès avec cette chanson, "Dormir Dehors" (extraite de l'album Huit barré. Sa carrière était lancée...

06 janvier 2015

Robi : interview pour La cavale

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Toutes les photos sont de Franck Loriou (sauf celles à l'agence et en concert au Limonaire).

robi,la cavale,interview,mandor,radio elvisIl y a à peine un an, je mandorisais Robi pour la première fois. J’étais un peu en retard, car son premier album, L'hiver et la joie, était sorti quelques mois auparavant. Un disque sombre et lancinant qui a donné lieu à des concerts intenses. Aujourd'hui, la chanteuse continue de creuser son sillon aux lisières de la cold wave, comme un croisement audacieux de Barbara et de Joy Division.

Son nouvel album, La cavale sort le 26 janvier prochain et c’est, sans nul doute, l’un des disques les plus importants de ce début d’année. Boucles de synthés hypnotiques, voix envoûtante, structure minimaliste, refrain au phrasé singulier... la chanteuse impressionne et confirme son talent insaisissable. Cette créative touche à tout nous chante l’émotion avec cette exigence qui passe par l’intime et par la vérité de parole.

Le 27 novembre dernier,  j’ai accueilli Robi pour la seconde fois à l’agence...

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robi,la cavale,interview,mandor,radio elvisInterview :

Ton premier album a été plébiscité par les médias. Cela doit être encourageant pour amorcer le second, non ?

Oui. J’ai été effectivement très encouragée, mais l’écriture, c’est aussi une fuite et des retrouvailles. J’avais besoin d’écrire pour échapper à tout ce qu’il se passait. C’était un merveilleux moment, mais aussi un peu effrayant. C’était la première fois que je vivais ça.

Ce deuxième album est vraiment « le changement dans la continuité ». Les textes et les musiques ont été écrits par toi seule.

Le premier, nous l’avions co-composé, Jeff Hallam et moi. Cette fois-ci, je me suis fais le frisson d’une première fois. Je suis très contente d’avancer par étape et d’aller vers toujours plus d’autonomie et de confiance en moi. A aucun moment,  je ne me suis offert l’alternative d’aller voir ailleurs. Je suis allée jusqu’au bout en m’obligeant à être seule avec moi-même.

Pourquoi as-tu choisi Katel pour réaliser cet album ?robi,la cavale,interview,mandor,radio elvis

Parce que j’admire son intelligence et sa finesse. C’est quelqu’un de brillant humainement et artistiquement. De plus, elle a une absence totale d’ego mal placée… le regard qu’elle a porté sur mes chansons a été plus qu’à la hauteur de mes espérances.

Vous vous êtes connues comment ?

Nous nous sommes rencontrées par le biais de Maissiat. Nous nous sommes beaucoup croisées parce que nous avons sorti nos premiers albums respectifs pratiquement en même temps. Rares sont les gens avec lesquels on peut partager ce que l’on est en train de vivre quand on sort un premier album.

Dans une carrière, le deuxième album est toujours le plus délicat. Comment l’as-tu abordé ?

Je l’ai abordé assez calmement parce qu’il était en prise direct avec ce que j’avais besoin et envie de faire. La vraie peur apparait plutôt quand les morceaux sont faits. D’un seul coup, il y a une mise à distance ainsi qu’une mise en abyme. Sur le premier album, je n’attendais rien. Tout a été une surprise et un cadeau. Ayant goûté à un beau succès d’estime et étant productrice de ce deuxième album, j’ai très envie que cela continue. J’essaie de m’extraire de cette pression qui est là, malgré tout. Ce n’est pas évident.

Il s’est passé deux ans entre tes deux albums. As-tu la sensation d’avoir évolué ?

Je ne suis peut-être pas la mieux placée pour en parler. Mon écriture est peut-être différente. A la fois plus lumineuse et à la fois plus sombre. Il y a quelque chose de plus avoué, de plus ouvert… et aussi de moins brusque et de moins rageur que dans le précédent.

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Tu aimes être sur le fil… robi,la cavale,interview,mandor,radio elvis

C’est une de mes grandes obsessions. J’ai cette nécessité de me tenir sur la ligne, sur la crête, à la fois dans l’écriture, dans la composition et dans les arrangements. Ce que je fais n’est ni de la chanson française, ni du rock, ni de l’electro, ni de la cold wave, ni, ni, ni… et à force de cumuler ce que je ne suis pas, peut-être que je deviens quelque chose.

Il y a une dualité forte en toi.

Je suis habitée par deux pôles, deux forces très antagonistes qui se battent en moi. Ils ne peuvent exister que dans cette ligne d’horizon extrêmement ténue.

Il me semble que tu te caches moins dans ce second album.

J’ai effectivement l’impression que je suis moins pudique dans ce disque. Ne serait-ce que par la place de ma voix. Elle est beaucoup plus assumée, beaucoup plus présente. Mon timbre laisse plus de place à l’émotion, mais aussi aux mots. Je me cache moins derrière la musique. J’assume d’être ce que je suis, avec mes manques et mes doutes.. C’est un album un peu plus organique, moins dans l’intériorité.

Chanter, c’est une fuite pour toi ?

Comme je te le disais tout à l’heure, c’est une fuite et des retrouvailles. Ecrire et chanter, c’est se retrouver et fuir à la fois. C’est un chemin très agréable, mais ce n’est qu’un chemin… et un chemin sans destination. C’est la fuite en avant permanente dans laquelle nous nous débattons tous. De toute manière, la vie n’est qu’une succession de fuite… pour aller où ? Au même endroit.

Clip de "L'éternité", premier extrait du nouvel album La cavale.

robi,la cavale,interview,mandor,radio elvisTon premier single, « L’éternité » a tout pour devenir un tube. Dans l’ensemble, je trouve que tes nouvelles chansons sont un peu plus accessibles que celles du précédent.

Pour certains, cet album est perçu comme plus abordable et pour d’autres, plus difficile d’accès, plus pointu, plus mystérieux, plus opaque. Moi qui aime les paradoxes et qui nage dedans souvent, je ne peux pas me plaindre de ce phénomène. Je vérifie une fois de plus les contrastes que j’impose involontairement.

Comment vient une chanson en toi ?

C’est le mystère de la création. Il n’y a pas une chanson que je termine où je ne me dis pas que je serais incapable d’en faire une autre. Comme dans la vie, on avance pas après pas. A force de faire des petits pas, on s’aperçoit qu’on a parcouru un chemin.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Je ne sais pas très bien, en fait.

Pour aller mieux ?

On va mieux l’espace d’un instant, l’espace d’un bon concert, l’espace d’un moment d’écriture réussi… mais dans l’absolu, est-ce qu’on va mieux ?

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Le 27 novembre 2014, après l'interview.

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Bonus :

Le soir même de cette mandorisation, Robi s’est produite au Limonaire avec aussi Radio Elvis. Je suis allé les voir parce que j’apprécie autant ce groupe (mandorisé là) que la chanteuse. Et j’ai trouvé amusant de retrouver la lauréate du Prix Georges Moustaki 2014 (Robi) et le lauréat du Pic d’Or 2014 (Radio Elvis), deux tremplins dont je suis membre du jury, sur une même scène.

Voici quelques photos et une vidéo de la soirée…

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Robi et Radio Elvis dans une reprise de la chanson de Brigitte Fontaine & Areski, "Nous avons tant parlé", le 27 novembre 2014 au Limonaire.

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Avec les trois membres de Radio Elvis et Robi, le 27 novembre 2014, devant le Limonaire.