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10 juin 2015

Jean-Baptiste Bullet : interview pour sa chanson #JeSuisCharlie

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(Photo : Franck Scuotto)

jean-baptiste bullet,jb bullet,je suis charlie,interview,mandorC'est en regardant le journal télévisé du 20 heures, le mercredi 7 janvier au soir, après l'attentat au journal satirique Charlie Hebdo qui a coûté la vie à 12 personnes, que Jean-Baptiste Bullet (à gauche, photo de Manuel Tondon) a pris son crayon pour jeter sur un papier ses rimes et sa colère. Tout est sorti comme ça, du cœur au stylo. Des mots simples, parfois crus, faciles à retenir, qui taclent directement les terroristes.

Guitare à la main, Jean-Baptiste Bullet, artiste jusqu'alors inconnu, décide de partager ses idées par le biais d'une chanson. Il  y chante sa révolte et témoigne son indignation, puis la diffuse sur sa page Facebook. Succès fulgurant : le lendemain même heure, elle affiche 6,8 millions de vues !

La fameuse vidéo : #JeSuisCharlie

Très vite, ce jeune tarbais âgé de 25 ans (qui a fait des études notariales) est devenu la coqueluchejean-baptiste bullet,jb bullet,je suis charlie,interview,mandor des médias. Sa composition fait le tour des continents, traduite en anglais, en russe et même en chinois. Interviewé partout, le jeune homme a chanté sur le plateau du Grand 8 et lors de la grande soirée d'hommage à Charlie Hebdo, à la Maison de la radio, au côté de Patrick Bruel, d'Alain Souchon, ou encore de Grand Corps Malade, également auteur d'un texte de circonstance contre l'obscurantisme et la barbarie. Une véritable consécration pour cet anonyme devenu du jour au lendemain l'un des hérauts/héros de ce grand mouvement citoyen qui s'est levé face à l'inacceptable.

Profitant du tremplin de Tarbes, le Pic d’Or, dont je suis l’un des membres du jury, j’ai rencontré Jean-Baptiste Bullet. Un jeune homme extrêmement sympathique et simple que j’ai pu côtoyer pendant trois jours. Avant de quitter la ville, je lui ai proposé de le mandoriser. Je voulais savoir ce qu’il se passait dans la tête d’un type qui acquiert une notoriété planétaire en moins de 24 heures… « Pas de problème ! Viens chez moi quand tu veux et on fait ça tranquillement ! ». Voilà, sans formalité et avec un sens de l’accueil inégalable, j’ai passé une heure chez lui le 22 mai dernier. Et si je ne suis pas resté plus, c’est bien parce qu’il avait trois chats qui tournaient autour de moi (et que je suis allergique aux poils des félidés).

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Interview (au vin blanc) :

Quand tu as-vu ce qu’il s’est passé dans la rédac de Charlie Hebdo, tu as immédiatement réagi ?

Disons que j’ai suivi à partir de midi ce qu’il s’est passé heure par heure ce 7 janvier et ça m’a mis une grosse boule au ventre.  Je ne me sentais pas bien du tout. J’ai pas mal discuté par mail et au téléphone avec des amis de Paris. Ils me racontaient qu’ils ne comprenaient rien, mais qu’il y avait un climat de terreur.  C’est à 18 heures que j’ai eu le déclic. Quand j’ai vu le policier qui s’est fait descendre alors qu’il était à terre. Ca tournait en boucle à la télé et dans les réseaux sociaux comme si c’était normal. Moi, j’étais choqué. Ce sont des images que nous sommes habitués à voir, mais dans les films. Là, cela se passait il y a quelques minutes, chez nous, à Paris. J’ai été profondément choqué. Je voyais que tout le monde écrivait sur cet événement sur Facebook et Twitter. Je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose. Je ne savais pas vraiment quoi. J’ai regardé le JT et pendant le JT, j’ai pris une feuille, celle que je t’ai montré tout à l’heure et que tu as photographié, et j’ai commencé a noté des phrases bout à bout.

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La feuille sur laquelle Jean-Baptiste Bullet a écrit son texte...

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Un peu plus tard dans la soirée, tu as mis tes paroles au clair ?

Oui, j’avais deux-trois accords que je commençais à faire tourner et je lisais mon texte pour chercher une mélodie et un rythme. A un moment, il y a une phrase de la chanson  qui m’a fait arrêter net. Je me suis dit que je connaissais. Après quelques minutes de réflexions, j’avais compris que je jouais  inconsciemment « Hexagone » de Renaud. Je suis un très grand fan de Renaud, c’est mon artiste français préféré, mais c’est une chanson que je n’avais pas dans mon répertoire habituel. Je suis donc allé vérifier les accords et je n’ai pu que constater qu’effectivement, je chantais la même chanson avec un autre texte.

(Photo à gauche: Manuel Tondon)

 Cela dit, pour coller un texte à une chanson existante et connue, ce n’est pas une mince affaire.

C’était inconscient. Je ne sais pas si des forces supérieures étaient avec moi, mais encore aujourd’hui, je me pose la question. J’ai balancé ma chanson avec ce que je me souvenais d’ « Hexagone » et je trouvais que ça collait. De toute façon, je n’avais aucune prétention avec cette chanson. Le soir même, j’ai voulu m’enregistrer et me filmer avec mon téléphone, mais il n’y avait plus de place sur mon mobile. J’ai décidé d’aller me coucher avec la perspective de le faire le lendemain avec ma webcam.

Ce que tu as fait en te réveillant.

Oui, j’avais la gueule dans le pâté avec ma voix grave du matin. J’ai pris mon texte et  j’ai essayé de l’apprendre. J’y suis parvenu et j’ai fait trois prises. Au bout de la troisième, comme j’avais la rage, j’ai décidé de la poster tout en me disant que l’on ne comprenait rien à ce que je chantais. J’ai donc mis des sous-titres pour être sûr que mon message allait passer.

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Ensuite, tu as posté ta vidéo sur ta page Facebook JB Bullet qui était suivie par 500 personnes, tu es parti manger tranquillos, puis tu es allé à ton cours de musique à 14h, c’est ça ?

Oui et pendant que je suis à ce cours, mon téléphone ne cesse de sonner et vibrer. Je sors de là et je constate que c’est l’explosion totale. Une fois rentré, avant d’assister à une manifestation à Tarbes pour Charlie Hebdo à 16h30, je constate que ma vidéo fait 200 000 vues et que j’ai 2000 messages.

Quels étaient les messages qui revenaient le plus fréquemment ?

C’était : « peux-tu mettre cette chanson sur YouTube parce qu’on aimerait la partager ailleurs que sur Facebook ». Rapidement, un type l’avait partagé sur Facebook et faisait croire que JB Bullet, c’était lui. Déjà, des trucs tordus arrivaient. Bref, je mets la vidéo sur YouTube et je pars à la manif. Quand je reviens de la manif trois heures après, je ne comprends rien à ce qu’il se passe. Je me retrouve avec des milliers de messages. Naïvement, j’essaie de répondre à tout le monde, mais je me suis très vite retrouvé dépassé. A 23 heures, il y avait 9 millions de vues. Ce soir-là, j’ai reçu des appels de partout. Deux médias québécois, un journal belge et Fun radio qui me demandaient de passer en direct dans leur émission.  J’étais avec mon pote Kevin. Il me tenait mon téléphone et je leur jouais une partie de la chanson. La soirée se passe et je décrète que je n’en peux plus.

Oui,  tu as besoin de souffler… et je suppose que tu ne comprends pas ce qu’il t’arrive.

Je pars à L’Etal 36 boire un canon. Quelqu’un me demande de prendre ma guitare et de chanter la chanson. J’obtempère, puis je vais me coucher. Je ne te cache pas que j’ai un peu de mal à m’endormir. Je tremblais, je n’étais pas bien du tout. Je me suis même posé la question de tout supprimer. J’avais conscience que tout ceci était en train de me dépasser. Certes, c’est mon rêve de gosse d’être artiste, mais pas comme ça. Soudain, j’étais connu à cause d’une tragédie…

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Que s’est-il passé le lendemain ?

Je retourne à L’Etal 36 avec mon petit ordi portable et je tente de répondre à tous mes mails. Là, j’ai un membre du groupe O’Positif, un groupe local qui m’avait recruté pour être  chanteur avec eux, qui me dit qu’un type de France 5 le harcèle pour que je sois sur le plateau d’Anne-Sophie Lapix. Il est 11h30 du matin. Je rappelle ce type qui me dit que l’équipe de l’émission aimerait m’avoir sur le plateau juste avec ma guitare, ce même jour à 18h. Ok ! Je regarde les horaires des avions. Rien à Tarbes, ni à Pau, ni à Biarritz. Bon ben Toulouse alors. Je ne me rase pas, ne me change pas. Je fais une heure trente de bagnole, une heure trente d’avion et à Paris, ils m’attendent en taxi moto.

Quand tu arrives à Paris, tu ressens quoi ?

J’ai l’impression d’être dans une ville en état de guerre. Je voyais des gens qui hurlaient dans la rue et des camions de police par milliers dans la rue. Ça se passait pendant la prise d’otage et rien n’était réglé. Ma chanson, je l’ai faite par rapport à ce qu’il s’était passé la veille à Charlie Hebdo, mais là, on était en pleine tuerie de l’Hyper Cacher. Moi, j’en étais à me dire que si un mec me reconnaissait, il pouvait me descendre tranquillement. Après, je me disais que si je me faisais buter, j’aurais au moins dit ce que je pensais au fond de moi. C’était complètement surréaliste.

JB Bullet dans un numéro spécial du Grand 8 sur Direct 8.

Après France 5, il y a eu D8.

Je me retrouve au milieu de personnalité comme Julien Clerc, Claude Guéant, Audrey Pulvar, Arthur H…  et personne ne m’a reconnu. On me prenait pour un technicien. La chaine m’avait passé un T Shirt « Je suis Charlie ». On m’avait mis un peu à l’écart dans les loges. Je ne voulais pas du tout m’imposer, alors je restais dans mon coin. La production de l’émission est venue me voir pour me demander de faire une version raccourcie de ma chanson. Je me retrouve à chanter ma chanson après Julien Clerc.

Il vient te voir, je crois.

Oui, il me dit que Renaud doit être très fier. Je lui réponds que je n’en sais rien.  J’ai soudain peur qu’il soit déçu ou en colère. Il y a des histoires de droits auxquels je n’avais pas songé.  Même aujourd’hui, je ne sais pas s’il a apprécié cette chanson, je n’ai jamais eu de réaction de sa part.

As-tu essayé d’analyser rétrospectivement ce succès ?

Récemment, quand j’étais aux States, j’ai enfin pu souffler et essayer de comprendre ce qu’il s’était passé. Je pense que c’était à Renaud d’écrire cette chanson. Je ne comprends pas pourquoi c’est moi qui aie collé ces mots à sa chanson. Je ne réalise pas encore tout ce qu’il s’est passé.

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Après l’émission sur D8, tu reviens illico à Tarbes.

Oui, direct, c’est taxi-moto, avion, voiture. J’arrive à deux heures du matin à Tarbes. Je me demande ce qu’il m’est arrivé. J’essaie de m’endormir, sans succès et dès le lendemain, rebelote, on me demande d’aller à la soirée de France 2 consacrée à Charlie Hebdo. Je vois Nagui, un type que je regardais à la télé et dont j’étais  fan quand j’étais petit.  Là, je me retrouve avec Souchon, Bruel, Tryo, Grand Corps Malade, Biolay… nous étions tous ensemble dans une minuscule loge et moi je ne disais rien, j’étais trop gêné.

Tout le monde savait qui tu étais ?

Au fur et à mesure, ils se sont tous dit qui j’étais. Le plus impressionnant, c’est quand Bruel est arrivé. Il était dans l’embrasure de la porte, moi j’étais assis à côté de Souchon. Ce dernier me tape sur le genou et il dit à Bruel que je suis le jeune qui a fait une chanson sur Charlie Hebdo. Bruel me regarde avec de grands yeux. Il me dit : « Oui, c’est toi. Hier j’avais quinze personnes qui mangeaient chez moi, je leur ai montré ta vidéo sur le Smartphone. » Ensuite, il arrête un mec qui passait, en l’occurrence Laurent Chapeau, le directeur général de Sony Music, et lui dit de s’intéresser à moi parce que j’irai loin. Ensuite, il me passe son numéro en me disant que ce serait bien que l’on fasse des choses ensemble. Moi, je me demande toujours ce qu’il m’arrive.

Ensuite, tu patientes péniblement je crois.

On me fait passer en fin de soirée, je n’en pouvais plus. Je n’avais d’ailleurs plus de voix. Tout le monde avait des musiciens, j’étais le seul à chanter simplement avec ma guitare. Après ma prestation, je suis revenu à Tarbes et j’ai repris ma vie exactement telle qu’elle était avant.

JB Bullet lors de l'émission spéciale sur France 2, "Je suis Charlie".

Dans les rues de Tarbes, j’imagine que les gens ont un peu changé avec toi.

C’est marrant, j’ai l’impression qu’il y a comme une sorte de microcosme à Tarbes qui fait que pas grand-chose n’a changé. Après, j’ai essayé de rester le plus moi-même possible. Avant, je faisais le couillon, maintenant, j’essaie de rester le plus discret possible. 

Les premiers jours, tu as été placé sous protection policière.

Oui, madame la préfète des Hautes-Pyrénées m’a convoqué pour me signifier cela. Elle m’a félicité pour ma chanson, mais m’a dit qu’il fallait prendre des mesures. Pendant deux semaines, à chaque fois que je voyais un comportement suspect, que je constatais quoi que ce soit ou que je me déplaçais pour une interview quelque part, il y avait un mec à chaque entrée. Les premiers jours, deux policiers me suivaient partout. Je suis tombé sur des personnes adorables.

Aujourd’hui, sur tes deux vidéos de ta chanson, tu avoisines les 17 millions de vues. T’es tu dis que tu te mettais toi-même en danger ? Parce que ce tu chantes n’est pas anodin.

C’est ma famille qui a eu peur pour moi. Moi, je me suis dit : « Maintenant tu as fait ça, ce que as dit a été de A à Z ce que tu pensais. Donc, si tu fais descendre, tu te fais descendre pour tes idées et tu auras fait un petit quelque chose dans ta vie. » Nous avons beaucoup d’ancêtres qui sont morts pour défendre nos valeurs, alors pourquoi pas moi ? Comme il faut bien mourir un jour, je me suis dit que si quelqu’un voulait me descendre, il le fera et point barre.

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As-tu reçu des lettres de menaces sur Facebook ou ailleurs ?

Non quasiment pas. J’ai reçu deux messages litigieux, mais c’était deux dessins de terroristes avec une kalachnikov. Les gens ne sont pas fous, si on veut me tuer, on ne va pas m’envoyer un message avant.

Et aujourd’hui, considères-tu que tu ne crains plus rien ?

Oui et non. Mine de rien, tous ces trucs sont très organisés. Les types qui ont attaqué Charlie Hebdo ont attendu plusieurs années après les caricatures. Donc, s’ils veulent une nouvelle petite actu dans quelques temps, on ne sait jamais… Après, au final, la parole forte de ma chanson c’est « tu salis ta religion ». Je n’assimile pas l’acte de ceux qui ont fait parler d’eux durant ces deux journées à de la religion. Une religion montre des chemins de vie, c’est tout. Mais bon, je dois assumer ce que je chante dans cette chanson, « je n’ai pas peur de toi l'extrémiste ». J’ai reçu beaucoup de messages de personnes de confession musulmane pour me remercier.

Y a-t-il un moment qui t’as le plus retourné ?

Oui, quand je me suis retrouvé sur D8 devant la maman de ce jeune militaire, musulman, qui s’est fait descendre par Mohammed Merah à Montauban. A la fin de l’émission, elle m’a pris dans ses bras en me remerciant pour ce que j’avais fait. Là, j’avais les larmes aux yeux.

Il s’est passé quelques mois depuis tout ça. Tu t’en remets ?

Je ne comprends toujours pas. Par exemple, hier soir, je me suis retrouvé en première partie de Thomas Fersen pour les 30 ans du Pic d’Or. Je ne me sens pas hyper légitime. Je sais que c’est parce que j’ai eu cette popularité soudaine. J’ai juste six mois d’expérience de chanteur, j’ai bien conscience que je n’ai pas le niveau. Et quand je vois ce que les demi-finalistes et les finalistes du Pic d’Or ont produit aujourd’hui, je me sens con. Je me retrouve totalement surévalué et je sais très bien qu’il faut que je bosse encore à fond. Tout reste à faire.

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Pendant l'interview.

As-tu conscience que toute ta vie, tu seras l’homme qui a fait la chanson de Charlie Hebdo ?

Je ne m’en rends pas compte. Tu me le dis comme ça, mais je n’y ai jamais pensé.

Dans la mémoire collective ça restera. Il y a eu le drame. Il y a eu la chanson. Il y a eu la marche…

C’est très difficile d’avoir le moindre recul parce que, mise à part les plateaux télés qui se sont enchainés très vite, je vis à Tarbes et je vois tout ça de Tarbes. Je suis dans mon monde. Et mon monde n’est pas le monde.

Tu fais quoi aujourd’hui ?

Il faut que je bosse beaucoup pour espérer me lancer officiellement dans la musique. Je vais chanter tout l’été dans la rue avec un pote. On a quelques spots sur la Côte d’Azur.

Je peux te souhaiter quoi pour l’avenir ?

Ce serait de continuer sur cette lancée, continuer à réaliser ce rêve de gamin. Ce serait aussi d’arriver à progresser artistiquement. D’entendre une de mes chansons à la radio, pas Charlie, une nouvelle qui ne serait pas associée à un événement dramatique. J’aimerais faire ressentir de l’émotion aux gens. Tu peux me souhaiter d’être heureux dans la vie, d’être fier de ce que je fais et de pouvoir vivre de mes chansons. Je souhaiterais aussi continuer à rencontrer les gens. J’aime le contact avec de nouvelles personnes et échanger.

Note de Mandor : pour en savoir plus sur le projet de musical de Jean-Baptiste Bullet, voici sa page KissKissBankBank... je suivrai l'évolution de ce garçon de très près (et je vous tiendrai informé ici-même).

Son site officiel.

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Après l'interview, le 22 mai 2015, dans la pièce où JB Bullet a enregistré sa vidéo.

08 juin 2015

HK & Les Saltimbanks : interview pour "Rallumeur d'étoiles" et débat sur la chanson engagée

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HK, c’est 20 ans d'écriture et de musique, du bas des tours HLM de son quartier jusqu'aux scènes des plus grands festivals ; 20 ans de combats contre toutes formes de préjugés, d'étiquettes et d'à priori. 20 années qui, espère-t-il, en appelle 20 autres. Sur les routes, avec son groupe, les Saltimbanks.

Cela étant dit, je déteste la chanson engagée, surtout à ce point… je ne m’en suis jamais caché. Cela fait plusieurs fois que l’on me proposait de rencontrer Hadadi Kaddour, dit HK, mais je n’avais pas trouvé en moi une très forte motivation pour le faire. J’avais de gros à priori (alors que lui lutte contre). Quand j’ai reçu le dernier disque d'HK & Les Saltimbanks, Rallumeurs d’étoiles, je l’ai écouté… et je l’ai trouvé intéressant, bien ficelé et assez diversifié. Franchement, je me suis surpris à bien aimer. Je me suis donc dit qu’il ne serait pas négligeable qu’une rencontre ait lieu entre un journaliste un peu buté sur la question de l’engagement dans les chansons et un chanteur qui est l’un des chantres de cette chanson « révolutionnaire ».

La rencontre s’est donc déroulée à l’agence le 22 avril dernier. (Il n’y a eu aucun blessé. Nous étions entre gens de bonnes compagnies.)

hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandorBiographie officielle :

« Mon grand-père était un poilu de la première guerre mondiale. Ma mère et mon père, des immigrés algériens ayant fait le grand voyage : des montagnes de Kabylie jusqu'aux pavés roubaisiens. Et moi... je suis un saltimbanque ». Ainsi se définit HK, né en 1976, dans un quartier populaire de Roubaix. Fils de marchands de fruits et légumes, il a, très jeune, fréquenté les marchés pour aider « le paternel » : tablier bleu, casquette et numéro de claquettes pour amuser la clientèle. Sa première scène, en quelque sorte !

À l'âge de 15 ans, HK est frappé de plein fouet par la révolution hip hop. Il monte son premier groupe Juste Cause, avec lequel il fera véritablement ses premières armes, puis Piece of salam, avec qui il écumera toutes les scènes de la région lilloise. En 2005, il forme avec son acolyte Said un groupe au format « révolutionnaire » : M.A.P, le Ministère des Affaires Populaires. C’est du Hip-hop avec un accordéon, un violon et une farouche volonté de porter l’identité d'une région ouvrière et métissée, modeste mais chaleureuse.Ils seront « Révélation du printemps de Bourges » en 2006. Leur premier album "Debout là-D'dans" sortira dans la foulée. Un deuxième album voit le jour en 2008 « Les bronzés font du ch'ti »

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En 2009, HK, qui a des envies de colorer sa musique de chanson, de musiques du monde, et de reggae, se lance en solo Enfin, pas vraiment ! Il forme le groupe HK et les Saltimbanks avec des musiciens virtuoses et taillés pour la scène. Deux albums naîtront : Tout d'abord, en 2011, Citoyen du Monde sur lequel figure l'emblématique « On lâche rien », chanson reprise dans les hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandormanifestations ainsi qu'au cinéma dans La vie d'Adèle. Puis, en 2012, Les Temps Modernes, incluant un autre titre phare du groupe : "Indignez-vous" en hommage à Stéphane Hessel (voir photo à gauche). Entre 2009 et 20014, le groupe enchaine les tournées partout en France et en Europe, allant même se produire par deux fois aux États-Unis et au Québec.

Parallèlement, HK sort en 2012 son premier roman, aux accents auto-biographiques, J'écris donc j'existe. Il en publiera un second, Neapolis. S’ensuit l'album Les Déserteurs en 2014, hommage à la chanson française et à la musique châabi.

L’album:
Aujourd’hui sort le 3ème opus de HK et les Saltimbanks, Rallumeurs d'étoiles, dont le titre esthk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandor inspiré d'un vers d’Apollinaire : « Il est grand temps de rallumer les étoiles », une référence à une époque sombre, propices aux obscurantismes de toute forme entre fanatismes et xénophobies.

Cet album se conçoit à la fois comme un hommage et une utopie. Une ode à tous les « rallumeurs » d'étoiles anonymes qui, chaque jour, à leur petite échelle, par un geste, un engagement, une parole, une création, entretiennent une lueur. Des chansons pour aujourd'hui et pour demain, comme « Rallumeurs d' étoiles » dont le refrain est chanté par les enfants du groupe, « Dounia », en duo avecle chanteur malien Aboubacar Kouyaté ou encore « Para cuando la vida ? » dans lequel HK se joint au chanteur chilien Leon Pena Casanova pour interroger nos sociétés « déshumanisantes ». Des chansons d'amour aussi comme « Si un jour je tombe » et « Je te dis non ».

Amour, musique, voyage... alors, adieu HK le chanteur engagé ? Certainement pas ! Mais un engagement résolument poétique, artistique et créatif : « sans haine, sans armes et sans violence ».

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hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandorInterview :

As-tu toujours chanté pour faire bouger les opinions ?

J’ai été nourri à ça. Quand j’étais enfant, mes grands frères et mes grandes sœurs écoutaient Bob Marley pour certains d’entre eux, la musique afro américaine pour d’autres et du folk protest song comme Dylan ou Springsteen. J’ai un peu été conditionné dans la chanson qui dit des choses. Dans ma façon d’écrire, j’ai toujours ce besoin de raconter une histoire ancrée dans une certaine forme de réalité, raconter des choses que j’ai pu vivre, voir, ressentir. Quand je suis touché par quelque chose, il faut que cela devienne une chanson.

Tu veux bousculer ceux qui t’écoutent ?

Je suis un enfant de Coluche. On ne les voit plus beaucoup ces gens qui font bouger les choses, on ne leur donne plus d’audience. Je me pose souvent la question. Verrait-on Coluche aujourd’hui à la télé ? Est-ce qu’il aurait pu dire les mêmes choses qu’avant ? Ne serait-il pas trop dérangeant ? Ne serait-il pas trop décalé de cette époque ? On ne peut pas savoir parce qu’il n’y a plus de gens comme lui à la télé.

Le nouveau clip d'HK & Les Saltimbanks : Para Cuando La Vida? (C'est pour quand la vie?) avec la participation de Leon Peña Casanova. Extrait de l'album Rallumeurs d'étoiles.

Pour revenir à la chanson engagée comme la tienne, ce qui me gêne, c’est le côté « donneur de leçon ».

Je ne sais pas dans quelle mesure on peut estimer que je donne des leçons ou pas. Je ne réfléchis pas comme ça et je n’ai jamais réfléchi ainsi. L’angle de mes chansons est simple : je raconte ce qui m’a touché, ému ou indigné. Alors, c’est vrai, j’ai grandi à Roubaix, la ville la plus pauvre de France. J’ai vu les quartiers touchés par l’extrême précarité, la toxicomanie, les SDF, les lascars en bas des tours HLM, les cités ghettos… tout ça fait partie de mon quotidien. Quand j’ai commencé à écrire, c’était naturel de raconter ce que je voyais. Quand tu racontes tout ça, tu creuses et tu finis pour toucher à des maux de société. Sur notre premier album, Citoyen du monde,  je chantais une chanson qui s’appelle « Ta récompense ». C’est l’histoire d’un migrant qui estime ne pas avoir le choix, qui est en train de mourir là où il est né et qui n’a rien à perdre. Il n’a tellement rien à perdre qu’il prend des risques inconsidérés pour venir en France ou dans un pays accueillant. Les journalistes me demandaient déjà si cette chanson n’était pas un peu moraliste ou démago. Ça m’énerve un peu, parce que ce sont des choses qui existent. Je ne suis pour rien si elles existent. On a le droit de choisir de voir le monde tel qu’il peut être, d’accepter des visions, des témoignages que l’on peut transmettre par le biais de l’art.

Pour toi, l’art sert à ça ?

L’art sert à chatouiller, à interpeller, à questionner, à déranger. Quand on me dit que mes chansons dérangent, je vais te dire franchement, je suis content. A côté de ça, juste avant la sortie de ce nouvel album, j’ai participé à un album de chanson française avec des chansons de Brel, Brassens etc… Moi, j’ai chanté « La chanson des deux amants » de Brel. J’aime ça aussi, mais il y a plein de gens qui savent mieux que moi écrire et interpréter ce genre de chanson. Moi, je fais autre chose et autre chose, c’est ce que certains étiquettent comme de la chanson engagée.

"On lâche rien" (décembre 2010)

C’est le bon terme. Tu ne peux pas dire le contraire. Tu as quand même une chanson qu’on entend dans toutes les manifs, « On lâche rien ».

J’assume et je revendique cette chanson. Et je suis content de la retrouver dans la rue parce que j’ai toujours dit que ma musique venait de la rue. C’est donc dans la rue qu’elle a raisonné et qu’elle s’est propagée, pas par les ondes hertziennes. Mais tu sais, on a fait plein d’autres choses. Dans notre premier album, il y a une chanson qui s’intitule « Sur un air d’accordéon ». On reprend dans le refrain, une vieille chanson de Lucienne Delyle. C’est une chanson très poétique, mais les journalistes ne mettent pas assez en valeur ce genre de chanson. On ne nous accorde pas le droit d’écrire des choses belles et jolies.

Tu es trop étiqueté, c’est pour ça.

Ce n’est pas mon problème. Ça m’arrange peut-être de penser ça, mais aujourd’hui, dans notre société, nous avons un problème avec les gens qui disent les choses. Pour Télérama, j’ai débattu sur ce sujet avec Philippe Torreton. L’idée n’est pas de dire qu’on est obligé d’être d’accord, mais si ce ne sont pas les artistes qui vont revendiquer ou parler de la société, qui va le faire ? Qui peut jouer ce rôle de poil à gratter ?

"Sur la même longueur d'ondes" extrait de Rallumeurs d'étoiles.

Moi, je trouve Torreton trop radical. Il prétend que les artistes doivent impérativement dénoncer les affres de la société. Il dit aussi que si un artiste ne revendique pas, ce n’est pas vraiment un artiste…

S’il dit réellement ce que tu me rapportes, je ne suis pas d’accord. En tout cas, à moi, il ne m’a pas dit ça. Brel a toujours refusé d’avoir des engagements dans ce qu’il chantait, il a pourtant écrit les plus belles chansons françaises. A côté de ça, il y a Brassens que j’adore aussi, qui disait « je suis tellement anarchiste que quand je vois des gendarmes, je traverse dans les clous pour qu’ils ne me fassent pas chier ».

Tu as vu le débat entre Brassens et Ferrat sur l’engagement ?

J’allais t’en parler. J’adore autant l’un que l’autre. Je vis un truc étrange quand je regarde ce débat, parce que je me revendique de l’un et de l’autre. Ferrat défend sa vision d’artiste contestataire au premier degré en disant et en faisant les choses. Il assume ce côté-là. Brassens, lui, dit que la chanson peut changer les choses, mais jamais au premier degré. « Gare aux gorille » est une chanson très dure contre la peine de mort. « Au marché de Brive-la-Gaillarde », c’est carrément une chanson gendarmicide. Il est allé sur des terrains sur lesquels je ne m’aventurerais même pas. D’abord parce que je n’ai pas le génie de Brassens.

Georges Brassens - Jean Ferrat: dialogue sur l'engagement (mars 1969).

Tu disais il y a quelques années : « la démocratie, c’est le pouvoir au peuple ».

La république, c’est le bien commun. Aujourd’hui, ce sont les intérêts privés, les lobbies qui font la loi. Pour être président, il faut faire allégeance aux grandes puissances de l’argent ou industrielles. On m’a dit que remettre en cause le système faisait le jeu de l’extrême droite. Mais c’est tout le contraire. Pourquoi le FN monte ? Parce que ses membres se sont érigés chantres de l’antisystème. Le monde est formidable, il n’y a rien à changer ? Avec le temps et la patience, tout s’arrangera, c’est ça ? C’est le fait de dire que tout va bien et qu’il n’y a rien à changer qui a fait le lit de l’extrême droite. Il y a des problèmes, mais il n’y a que ce parti qui le dit.  On fait quoi alors ? On se tait ? C’est le sujet de notre discussion, je n’ai pas de réponse à ça. On a notre petit engagement par la musique, d’autres le font autrement, chacun dans sa sphère pour faire bouger et évoluer les choses dans le bon sens.

Il n’empêche que quand je recevais tes albums, j’ai toujours été agacé par le nombre importants de chansons engagées. Cela me crispait à un point. Dans « Rallumeurs d’étoiles », enfin tu te diversifies ! Es-tu plus apaisé aujourd’hui ?

Peut-être. J’ai 38 ans désormais, je suis papa de deux enfants… quelque part, ça doit m’adoucir. Ce nouveau disque est une réponse à nos albums précédents. J’ai toujours eu des albums concept. Dans le premier, Citoyen du monde, je me suis présenté. Je suis un chti, fils d’immigré algérien, en même temps, je suis né à 500 mètres de la frontière belge. J’étais un peu perdu dans les notions de nationalisme. J’étais quoi ? Algérien, Français… et à 500 mètres près, j’aurais pu trouver des raisons d’être fier d’être belge. Ce qui compte et ce qui importe, ce sont les valeurs qui nous animent. C’est ça qui nous permet de nous positionner en toutes circonstances.

Et dans le deuxième, Les temps modernes ?

Je faisais le constat amer d’une société déshumanisante. Et donc, le troisième, Rallumeurs d’étoiles », c’est une réponse à ce constat amer. Je n’ai surtout pas envie d’être enfermé dans une sorte de nihilisme en disant que c’est la merde et qu’on ne croit plus en rien. Nous croyons en ces gens qui, autour de nous, par un acte, une parole, un engagement, nous remplissent le cœur et nous éclairent. Je voulais rendre hommage à tous ces gens qu’on ne voit pas à la télé et qui font beaucoup pour les autres. Parfois, ce que je raconte peut paraître con et banal à dire, mais en même temps, je trouve ça tellement vrai et vital. Je dis qu’il faut souffler un peu et regarder le monde. Dans une des dernières chansons, on reprend trois vers d’un poème de Pablo Neruda qui dit « ne te laisse pas mourir lentement, n’oublie jamais d’être heureux, vis maintenant ! »

Est-ce que HK & les Saltimbanks est un groupe positif ?

En parlant de nous, une journaliste de La Voix du Nord a titré « Une révolte joyeuse et en mouvement ». C’est une belle définition de ce que nous voulons proposer. Nous luttons contre des choses qui nous indignent et pour des valeurs qui nous animent. Le rapport à l’autre, une société un peu plus humaine, fraternelle et solidaire, une société moins dans la course et l’individualisme.

"A nous de jouer maintenant", extrait de Rallumeurs d'étoiles.

Aimerais-tu faire de la politique ? Parce que s’exprimer en chanson ne fait ni avancer, ni changer le monde.

Tu es fou ! Je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Ça veut dire quoi ce que tu racontes? Qu’en tant que musicien, je ne dois m’occuper de rien ? Je ne dois pas être engagé ? Quand je te disais que j’ai écouté Bob Marley, Dylan et Springsteen, je sais ce que ça m’a apporté. Ça m’a construit. Si les chansons ne font pas changer les choses, ça fait changer les gens. Je suis peut-être mégalo, mais la chose que je regrette dans mon parcours aujourd’hui, c’est de ne pas avoir d’audience suffisante pour pouvoir faire changer les choses de manière plus décisives. Nous sommes dans une époque qui appelle à des changements radicaux et un questionnement. Doit-on poursuivre sur cette société du matérialisme, de l’individualisme, de la réussite sociale individuelle, du temps de cerveau disponible… une société ou le cynisme est absolu ? Ou alors, est-ce que l’on s’arrête et on se pose des questions ? Chacun d’entre nous devons nous responsabiliser individuellement. On doit se demander « qu’est-ce que je dois faire moi ? ».

Balavoine, un temps, avait envisagé de se diriger vers la politique. Bon, très vite, il a compris que ce n’était pas pour lui.

Tu t’imagines à côté de quoi on serait passé musicalement et textuellement ? Il a écrit des chansons sublimes, il a dit des choses importantes dans les émissions où il était invité. On a besoin de gens qui soient à cette place-là. L’artiste a un rôle à jouer. Il ne faut pas non plus se prendre pour qui nous ne sommes pas, mais il faut donner un peu de soi et de sa pensée pour faire bouger les consciences. Je continuerai toujours dans cette voie-là.

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Pendant l'interview le 22 avril 2015, à l'agence.

03 juin 2015

Marina Kaye : interview pour Fearless

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marina kaye,fearless,homeless,sia,lindsay sterling,interview,mandor,espace culturel leclercMarina Kaye est sans nul doute l’artiste du moment. Du haut de ses 17 printemps, la chanteuse est devenue un véritable phénomène. Son tube « Homeless », figurant sur son premier album « Fearless » (parmi les meilleures ventes de disques du moment), tourne en boucle. Avec ce disque, elle en a surpris plus d’un, non seulement pour ses beaux textes et sa voix hors du commun mais surtout pour la noirceur qu’elle laisse transparaître au travers de sa musique. Des chansons qui racontent sa vie : "Je suis quelqu'un qui travaille ses sentiments, ses écrits et son vécu de manière assez sombre en général. Parce que j'ai vécu des choses assez marquantes psychologiquement. Donc j'avais besoin de me libérer de tout ça, de ces poids. C'était important pour moi de ne pas y aller avec une langue de bois. C'est pour ça que mon album s'appelle "Fearless" d'ailleurs. Je voulais vraiment y aller en disant les choses clairement et en n'ayant pas peur de livrer avec ma voix et mes textes ce que j'avais pu ressentir pendant ces 17 ans qui ont été assez compliqués." Elle n’ira pas plus loin.

Le 12 mai dernier, j'ai rencontré Marina Kaye chez Universal pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de juin 2015). Elle m’a paru une jeune femme la tête bien sur les épaules et lucide sur ce qui lui arrive. Mure et pas dupe. C’est plaisant.

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Clip de "Homeless".

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Et pour finir, le nouveau clip (feat la violoniste Lindsey Stirling), "Sounds Like Heaven".

Lindsey Stirling qui, soit dit en passant, était passée nous voir à l'agence il y a un an...

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02 juin 2015

Théophile Ardy :interview pour Mon petit coin de paradis

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11178377_1439760043000779_517607473724056196_n.jpgAlain Pilot, l’animateur de l’excellente émission d’RFI, La bande passante, dit de Théophile Ardy : C'est une belle découverte, comme il en arrive parfois au détour d'un chemin... Théophile Ardy, ce nom vous est peut-être étranger, pourtant c'est un auteur à fleur de peau, qui sait nous faire transpirer ses émotions dans des élans de rock purs et durs, transporté par des textes percutants et écorchés, un artiste-artisan planant qui ne demande qu'à être découvert ! 

Il a raison Alain Pilot. Cet artiste qui a quinze ans de carrière professionnelle, quatre albums et des projets à revendre est d’un sacré haut niveau.

L’homme à un ton engagé, une voix un peu éraillée et pleine d’inflexions, des textes pas toujours très joyeux. Ses chansons sont des analyses de la société sur des mélodies légères, dynamiques et efficaces. Au programme, beaucoup de désillusions et quelques lueurs. C’est beau.

J’ai rencontré Théophile Ardy lors de ma seconde mandorisation de Romain Lateltin. Ils sont arrivés ensemble à l’agence. J’avais entendu parler de lui, mais je n’avais jamais écouté son œuvre. Je l’ai découvert quelques jours plus tard. Et j’ai beaucoup aimé.

Comme il vient de sortir son nouvel album, Mon petit coin de paradis, il y a quelques jours, je lui ai demandé de repasser à l’agence, mais cette fois-ci seul. C’est ce qu’il a fait le 22 avril dernier.

Biographie officielle :3760151854200_600.jpg

« Nourris aux rimes tendres et universelles d'Alain Souchon (mandorisé là), marqué au fer rouge de l'époque, il joue avec les clichés du bonheur et en extrait l'essence, dans l'instant, au cœur des autres. »

Auteur-compositeur-interprète né à Lyon, Théophile Ardy commence à chanter dans la chorale d’une mission française en Tunisie, le pays de son enfance. De retour en France, il écrit ses premières chansons à l’âge de 15 ans et choisi un pseudonyme empruntant aux racines supposés de son nom de famille des références qui lui sont chères : variété française, poésie, spiritualité. Il entame ainsi un long cheminement musical et humain dont ce 4e album est le fruit.

Au travers d’une expérience de vie le menant d’un sentiment d’ultra moderne solitude à celui d’indépendance, Théophile Ardy témoigne de la fin d’un monde. Le sourie en coin, le goût des autres en ciment, il chante une vibrante métaphore de l’humanité.

DSC00266.JPGInterview :

Tu as commencé à chanter dans la chorale d’une mission française en Tunisie. Que faisais-tu là-bas ?

Mon père était homme d’affaire, ingénieur. On est parti avec toute la famille dans ce pays, un peu à l’aventure, pour que mon père puisse monter une boite. J’avais six ans et j’étais dans une mission française dans laquelle il y avait une chorale. J’ai commencé la musique en chantant du Brassens dans un chœur d’enfants.

A 15 ans, tu t’es mis à écrire des poèmes.

Il se trouve que j’avais des facilités littéraires. Je voyais de la reconnaissance dans les yeux de mes parents quand j’écrivais. L’attrait pour les textes est d’ailleurs venu des yeux brillants de mes parents quand ils lisaient ce que j’écrivais. Mon père se demandait d’où venaient ce « talent » et cette passion pour les mots.

Tu racontais quoi ?

Il y avait déjà un vernis d’observation de la société. Nous parlions beaucoup en famille, cela m’inspirait des textes.

"Aux quatre vents", enregistré dans le Backstage en 2015.

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Pendant l'interview (1).

Avant de sortir ton premier disque, tu as fait quoi ?

J’ai fait quelques erreurs (rires). Un an après avoir démarré sur les scènes lyonnaises, je me suis retrouvé au Transbordeur de Lyon, en tête d’affiche. Je suis allé un peu trop vite. J’ai fait un concert intéressant, les gens présents ont beaucoup apprécié, mais il n’y avait pas grand monde dans la salle. Donc, dans ma région, je me suis un peu brûlé les ailes. Tout le monde m’avait prévenu de ne pas faire ça… et tout le monde avait raison. Je me suis forgé une réputation de petit artiste prétentieux. Cela dit j’avais fait trente cafés concerts avant le Transbordeur. J’étais confiant parce que six mois avant j’avais rempli Le Chaos, une salle de 600 places. J’ai donc constaté que de 600 à 2000, il y avait un monde. Tu ne remplis pas une salle comme cela !

Aujourd’hui, tu es devenu ton propre producteur avec Romain Lateltin. Elle est bien cette association de deux artistes.

Oui, nous nous entendons très bien. On va chercher les gens où ils sont. Nous faisons des concerts à domicile ou dans les médiathèques par exemple. On joue devant des petits comités, on vend nos disques, on fait des rencontres « vivantes » qu’on entretient ensuite par mail… on tente de convaincre les gens, les uns après les autres. On a remplacé la quantité par la qualité.

Théophile Ardy en live (extraits). Une grande voix et un sens inné de la mélodie.

Ce que j’aime dans ton disque, c’est que dès la première écoute, on retient la mélodie. J’ai l’impression qu’il est truffé de tubes potentiels.

Je viens de la scène, alors, je pense à la scène. Sur ce disque coréalisé avec Christian Morfin, j’ai fait un vrai travail de studio et c’est un vrai effort pour moi. Je sais que si j’ai un bon refrain, les gens vont être immédiatement avec moi et peut-être même chanter. Une chanson, j’aime bien qu’elle permette d’être en communion avec le public.

« Le goût des autres » est une chanson sur la tolérance que l’on devrait avoir les uns envers les autres.

Le minimum, pour moi, c’est la tolérance. Au mieux, c’est la curiosité et le top, c’est le goût. Se tolérer, c’est vivre à côté des uns et des autres. Moi, je suis comme tout le monde, j’aime bien rester dans mon coin, mais les concerts à domicile m’ont obligé à aller vers les autres, et finalement, j’ai pris conscience à quel point cela fait partie des moments où je suis le plus heureux.

"Majorité silencieuse", enregistré dans le Backstage en avril 2015.

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Pendant l'interview (2).

Il y a deux chansons qui se suivent « La majorité silencieuse » et « Aux quatre vents ». Dans la seconde, tu dis le contraire de la première. Ce sont deux personnages différents, l’un est désabusé, l’autre fait une déclaration d’amour à la vie.

Ces deux personnages me ressemblent beaucoup. J’ai deux visions de la vie. Une positive et une négative. D’un côté, je trouve absurde la vie et de l’autre, j’ai plein d’espoir pour l’avenir. Dans « La majorité silencieuse » je demande aux gens de sortir de l’isolement. Il ne faut pas rester trop dans sa bulle. « Aux quatre vents », c’est la bulle de vie.

Aimes-tu que des personnes s’approprient tes chansons ?

Bien sûr. Quand je ressens une émotion et que j’arrive à la transmettre et à la partager avec quelqu’un, je me dis que j’ai réussi ce que je voulais. Ce sont des moments magiques. Si quelqu’un a ressenti une émotion qui n’est pas celle que j’ai voulu transmettre, c’est encore plus magique. Je perds le contrôle et j’aime ça.

Pourquoi fais-tu ce métier ?

Je suis de nature cartésienne, ce métier me permet d’explorer mes zones d’ombre. Je fais de la chanson parce que j’explore l’émotion. Quand l’émotion est partagée avec le public, alors là, c’est encore plus puissant.

Quel est ton prochain projet musical ?

Un nouveau projet en duo avec Romain Lateltin. En tout, 10 titres. Des chansons avec des beats electro.

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Après l'interview, le 22 avril dernier.

30 mai 2015

Daguerre & Bertille : interview pour leur premier album commun

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Daguerre et Bertille chantent le couple (mais dans ce qu’il a de moins évident), sur des rythmes accrocheurs et des mélodies entraînantes. « Une dizaine de titres pour une balade dans les méandres de l’amour, du coup de foudre à l’absence, de la routine conjurée avec drôlerie au portrait du blaireau » explique le dossier de presse. En duo ou en solo, les deux voix se marient avec bonheur dans une pop délicieusement bricolée. Le duo est venu me rendre visite le 21 avril dernier. Pour Olivier Daguerre, c’était un retour à l’agence puisqu’il a déjà été mandorisé il y a trois ans, à l’occasion de la sortie de son album Mandragore. Déjà, il évoquait sa collaboration avec Bertille Fraisse

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorBiographie du duo :

Olivier Daguerre et Bertille Fraisse se sont rencontrés il y a quelques années, en studio, lors de l'enregistrement du quatrième album de Daguerre, Mandragore. A cette occasion, Bertille, multi-instrumentiste, virtuose du violon, fit aussi découvrir la singularité de sa voix. Ce fût un véritable coup de cœur pour le chanteur de Daguerre qui lui proposa de rejoindre son groupe sur scène.
La tournée terminée, Daguerre et Bertille ont joué les prolongations acoustiques, en duo, sur plusieurs dizaines de dates. Comme une évidence, l'idée de ne pas en rester là et de réaliser un projet artistique commun, venait de naître : l'album Daguerre & Bertille, pensé comme une nouvelle en 10 chapitres met en scène un homme et une femme qui se partagent plaisir, frustation, abandon et folie.
Daguerre et Bertille forment un duo sensuel aux chansons d'amour à coudre... découdre...recoudre.

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olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorInterview :

Olivier, tu m’avais déjà parlé de Bertille dans notre précédente mandorisation. Que s’est-il passé pour que vous fassiez carrément un album à deux ?

Olivier Daguerre : Dès nos séances de studio pour Mandragore, j’ai senti que notre collaboration n’allait pas s’arrêter là. Elle était déjà de tous les titres. Ses cordes m’intéressaient et je voulais une voix féminine pour trancher avec la mienne. Suite à l’enregistrement, je ne savais pas trop comment on allait faire vivre ce disque au niveau de la scène. J’ai finalement proposé à Bertille de partir en tournée avec nous. Une réelle complicité artistique s’est créée. Je trouvais très agréable de travailler avec elle. Je ne me posais pas 36 000 questions, je lui faisais une complète confiance. Elle m’a amené pas mal de choses nouvelles de par sa personnalité humaine… et aussi musicale. Il y a en elle une grâce et un contraste avec moi qui m’est devenu essentiel artistiquement.

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Bertille, je crois que tu ne connaissais pas Olivier.

Bertille Fraisse : En effet, je n’avais jamais entendu parler de lui. Mais nous nous sommes très vite entendus. Je suis musicienne, je rencontre des gens, on me propose une collaboration et j’accepte si je sens les choses. J’ai toujours travaillé à l’instinct et je ne collabore qu’avec des gens que j’apprécie. Avec Olivier, nous nous sommes rendu compte que nous étions du même bois. On se comprend bien, on se parle de ce qui nous touche… il y a une forme d’intimité fraternelle qui s’est installée rapidement entre nous.

Dans votre album, il y a des duos et des titres chantés par l’un ou par l’autre.

Olivier : J’ai écrit les chansons de ce disque sur la route pendant la tournée acoustique, mais en pensant à ce projet. Je commençais à en parler à Bertille, mais pas frontalement. Au départ, je voulais écrire comme une sorte de recueil de nouvelles sur des histoires de couples faussement légères. L’homme, la femme, le couple… chacun à ses propres histoires à interpréter.

Clip de "Des mots".

Olivier, c’est la première fois que tu confies les guitares-voix et les arrangements à quelqu’un.

Oui, ça n’a pas été sans difficulté. Mais j’avais une confiance absolue en Bertille et Julien Lebart. Ils ne sont pas de la même génération, du coup, je pense que ça donne un coup de jeune à mes chansons.

Tu as co-réalisé et arrangé le disque, Bertille. C’est une grosse pression d’avoir cette responsabilité ?

Bertille : La pression vient du fait que l’on vous fait confiance. Pour quelqu’un qui débarque un peu dans un univers qu’il ne connait pas bien, qui fait son chemin petit à petit, c’est impressionnant. Peut-être qu’Olivier a décelé en moi des capacités insoupçonnées.

Tu aimes te mettre en danger ?

Bertille : Avec Olivier, je ne suis jamais en danger. C’est toujours très bienveillant, on se parle beaucoup. Entre le moment où on a parlé du projet et le moment où il a été réalisé, ça a été des vagues d’émotion, de discussions. Pour Olivier, dans sa démarche de me confier quelque chose qu’il n’avait jamais confié à quiconque auparavant, ça a été un vrai travail.

Olivier : Il ne fallait pas que je sois là pendant qu’ils travaillaient sur les titres, sinon, ça compliquait tout. Ça n’a pas été simple, j’ai du mal à déléguer depuis toujours, mais comme on discutait beaucoup, ça a fini par me rassurer. Enfin pour être sincère, dans la théorie, arriver à déléguer, pas de problème… mais dans la pratique, c’était moins évident. Bertille m’a parfois recadré.

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A quels moments par exemple ?

Parfois, quand Olivier apparaissait lors de nos séances avec Julien, ça déséquilibrait un peu le travail que l’on faisait. Il y a une fois où je lui ai demandé si j’étais dans ma mission ou à côté de la plaque. Il fallait qu’il décide. Je suis quelqu’un d’entier. C’est oui ou non. Si on me confie une mission, je la prends à cœur. Olivier me connait, il savait à qui il avait à faire. Il m’est arrivée d’être dans la surreaction parce que je suis une hyper sensible. J’ai du caractère, j’ai du goût, j’aime le débat, j’aime la discussion. Je viens du sud de la France… on parle fort et avec les mains.

Olivier : Je venais perturber un couple qui été en train de travailler sur mes chansons, j’ai fini par m’en rendre compte. Moi, je venais plus par curiosité. Je commençais à craquer de ne pas entendre le résultat. Je reconnais qu’il ne fallait pas que je vienne. Je suis venu deux fois, ça a « fighté », je ne suis plus revenu. Après, tout s’est super bien passé.

Et puis vous parliez beaucoup, j’imagine.

Nous sommes de grands bavards. Nous parlions aussi bien de métaphysique que des choses essentielles de la vie et de nos vie personnelles. J’ai écrit pour Bertille en fonction de ce qu’elle me racontait lors de ces conversations, de ce que je savais d’elle et des personnes que nous rencontrions durant cette tournée. Autour de moi, dans mon entourage, c’était un vrai tumulte sentimental. Je crois que dans chaque titre, chacun peut retrouver un peu de soi. Que ce soit violent, bienveillant ou tragique…

Clip de "Une ombre".

Vous avez beaucoup appris en travaillant avec l’autre ?

Olivier : Oui, énormément. Et j’apprends toujours en l’a voyant travailler.

Bertille : Et inversement. Au contact de l’autre, on progresse beaucoup.

En chanson, on a tout dit sur l’amour … il te fallait trouver de nouveaux angles, Olivier ?

Olivier : Je suis le Frédéric François du punk. J’adore écrire sur l’amour parce qu’encore aujourd’hui, ça reste une des valeurs qui ne s’est pas cassée la gueule et à laquelle on peut se raccrocher. Dans un monde très compliqué et ultra individualiste, je trouve que c’est important de se raccrocher à ça. L’Amour avec un grand A est le pilier de tout.

Bertille : Tous les deux, dans la vie, l’amour est notre moteur. Individuellement, dans notre façon d’être, avec nos proches, avec nous-mêmes. Sur le fait de faire un disque de chansons d’amour, à aucun moment, il y a une volonté de réinventer quoi que ce soit. Ce qui est amusant, c’est de faire passer par nos filtres respectifs des histoires qui sont universelles. C’est agréable à faire vivre et on se sent compris par les gens qui nous écoutent.

Clip de "Dans le silence des agneaux".

Dans le clip, « Dans le silence des agneaux » vous suggérez que vous êtes ensemble. Et puis, vous interprétez un album de chansons d’amour, alors forcément, on se pose la question : sont-ils ensemble réellement ?

Olivier : C’est vrai, cette question revient sans cesse, surtout depuis la diffusion du clip en question. Bertille et moi sommes passionnés de cinéma, donc ça nous amuse de travestir la réalité. Je trouve important qu’on n’ait pas peur de nos peaux et qu’il y ait de la sensualité entre nous. On ne triche pas vraiment.

Bertille : Même si on joue. Ça nous amuse que les gens se pose la question, ça veut dire que nous sommes crédibles. On est juste très complice.

Bertille, tu es surdiplômée du conservatoire et de l’université de musicologie.

Olivier : (Rires) C’est tout l’inverse de moi.

Bertille : J’ai fait de la musique classique un long moment, j’ai grandi avec ça. A l’adolescence, j’ai découvert le hip hop, ça a été la révolution, l’explosion dans ma tête. Et puis, j’ai aimé la musique électronique, les machines, les bidouilles… et enfin, j’ai découvert le rock à 20 ans. Après mes études au conservatoire, où je restais huit heures par jour sur mon violon, j’ai passé quelques années à désapprendre.

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Pendant l'interview...

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorCe disque est plus electro que dans les précédents albums d’Olivier.

Olivier : Oui, très clairement. C’est de la pop electro. C’est un disque de chansons pop electro, pour être précis.

Bertille : Heureusement que Julien était avec moi, il nous a remis vers un chemin plus traditionnel. Moi, je suis arrivée avec mes codes complètement explosés, parce que j’en n’ai aucun, du coup, Julien qui s’y connait en chanson française a fait un peu le garde-fou. Cet album est le fruit de jolis compromis. On a discuté jusqu’à ce qu’on arrive à la bonne solution.

Allez-vous récidivez ?

Olivier : Je n’en sais rien. On a fait ce disque comme ça. Je l’ai senti et on l’a enregistré. Il est trop tôt pour savoir si on en fera un second ensemble.

Bertille : Il ne faut se leurrer. Ce projet est bien le 5e album de Daguerre. C’est un album qui est unique dans sa conception même, mais il s’inscrit vraiment dans la continuité de la carrière de Daguerre. C’est du Daguerre.

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Après l'interview, le 21 avril 2015.

28 mai 2015

Dominique A : interview pour Platine "Ce que je pense de la variété"

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11169488_1584838841787904_2623166505308741478_n.jpgUn jour, tu téléphones à ton pote attaché de presse chez Cinq7 pour lui demander une interview de Dominique A (qui vient de sortir un superbe album, Eleor) pour le magazine de la variété, Platine. Tu lui dis que tu veux lui faire parler de variété, alors que tu sais bien qu’il n’aime pas vraiment ce genre musical (c’est ce qui te paraît intéressant). Tu lui dis que Juliette, Didier Wampas, Christophe Mali (de Tryo) et Ben l’Oncle Soul ont déjà joué le jeu. L’attaché de presse, qui te connait depuis des années et qui connait aussi ta bienveillance, te dis « pourquoi pas ? » Et il te rappelle très vite pour caler une date.

Le jour J, tu viens dans la maison de disque du chanteur (que tu aimes et que tu interviewes régulièrement). Et tu fais ton boulot. Tu as en face de toi un artiste qui répond à tes questions, le plus honnêtement possible. Certes, sans prendre de gants. Il répond à la hussarde, mais toi tu es content. Tu n’aimes pas le consensuel. Mieux encore, tu aimes bien que le discours ne soit plus formaté, franchisse les lignes. Ça fait du bien. Et ça te change. Dominique A te balance des trucs un peu « hard » (avec le sourire) sur certains artistes que tu aimes beaucoup, mais tu t’en fous. Tu trouves que c’est bien qu’un chanteur s’exprime sans langue de bois, même si tu n’es pas d’accord. Tu estimes que l’opinion de l’autre n’est pas moins bonne que la tienne. Tu es tolérant. Et tu penses que les autres le sont aussi.

Ben non. Quel naïf tu fais!

Les autres, ils n’aiment pas qu’on piétine leurs idoles.

Et tu constates que tes confrères ont lu ton interview. Au moins un en tout cas. Et puis d’autres (les sites "people" les moins regardants sur la déontologie professionnelle) qui copient sur lui sans lire l’article original (,, là, là, et, par exemple). D’autres qui reprennent des extraits sortis de leur contexte. Évidemment, ça fait un peu plus mal.

Tu t’étonnes du bad buzz qui survient (le deuxième de ta carrière après celui-là). Tu ne fais pas ce métier pour ça. Tu fais ce métier pour mettre en avant les artistes, par pour les nuire.

Alors tu espères que Dominique A ne t’en voudra pas et qu’il continuera à te faire confiance. Parce que tu n’as pas envie de ne plus le rencontrer. Tu l’aimes bien Dominique A. Quoiqu’il dise, même s’il critique les chanteurs que tu aimes. La franchise est une valeur que tu apprécies (même si tu ne l’appliques pas toujours).

Voilà donc cette fameuse interview. A vous de vous faire une opinion.

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Pendant l'interview le 16 avril 2015, dans les locaux de Cinq7.

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Après l'interview...

27 mai 2015

Daniel Bélanger : quand une star québécoise vient chanter en France...

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Daniel Bélanger est un song writer  québécois que j’admire depuis son premier disque (sorti en 1992). Je ne l’ai jamais lâché tout en regrettant que la France passe à côté de cet artiste hors pair et singulier. Alors qu’il est une énorme star dans son pays, cet auteur-compositeur-interprète au charisme fabuleux, magnétique est venu nous montrer son talent les 16 et 17 avril dernier aux Trois Baudets pendant deux soirées pour le moins étincelantes. On a apprécié un artiste qui sait habiter la scène en solo, en musique comme en monologues humoristiques. Une voix extraordinaire (aux multiples possibilités), une guitare blues, des textes aussi profonds que déchirants. La claque. Non, mais la vraie claque.

A l’issue de son concert du 16 avril 2015, Daniel Bélanger s’est assis à ma table.

Deux hommes, quatre bières… une mandorisation.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorBiographie officielle (assez longue et pourtant sacrément raccourcie):

En 1992, Daniel Bélanger lance une petite bombe dans le paysage musical québécois, Les insomniaques s'amusent. Avec sa poésie débridée, ses mélodies ciselées, le premier album de Daniel Bélanger séduit rapidement un large public et extasie la critique. L'année d'après, avec une tournée depuis sacrée historique, avec des ventes qui filent allègrement vers les 175 000 exemplaires et le Félix de l'album pop-rock de l'année en poche, l'auteur-compositeur interprète occupe déjà une place toute spéciale dans le cœur des Québécois.

Pendant qu'il continue de récolter les trophées, Daniel Bélanger cogite Quatre saisons dans le désordre, qui paraît en 1996. La palette sonore s'élargit, les textes sont chaque fois bourrés d'invention. Les récompenses pleuvent et les ventes s'affolent (album certifié platine).

1998: Daniel Bélanger choisit pour un temps de voyager «Seul dans l'espace». La tournée ainsi nommée connaît un immense succès et conduit à l'enregistrement d'un album atypique, Tricycle (1999), composé d'extraits de spectacles captés à différents moments de sa carrière.

2000: Erreur d'impression (Coronet Liv), un recueil de 150 historiettes amusées, flirtant avec l'absurde, fait le bonheur de ses fans.

Avec l'album Rêver mieux, lancé en octobre 2001, le créateur s'approprie de façon ludique et inspirée les sonorités électro. Une fois de plus, le public est au rendez-vous (album certifié platine) et la moisson de prix époustouflante.

Daniel Bélanger fait aussi quelques incursions réussies dans le registre de la musique de film et en daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorsurprend plus d'un, en 2003, avec un objet d'art non identifié appelé Déflaboxe, plongée poético-musicale dans l'esprit d'un pugiliste (payé pour perdre).

L'album L'échec du matériel, paru en avril 2007, marque une nouvelle étape dans le parcours d'un artiste qui ne réapparaît jamais tout à fait là où on l'attendait. Un album ancré comme jamais dans les préoccupations et les quêtes de ses contemporains, qui va donner lieu à une tournée d'une centaine de dates avec musiciens, auxquelles s'ajoutent une quarantaine de spectacles en solo.

Paraît alors Joli chaos, en novembre 2008, une compilation étayée de quelques inédits.

De nouveau tenté par l'aventure littéraire, l'homme aux vingt-deux Félix fait un pas de côté avec Auto-stop (Les Allusifs), un «roman-chanson» racontant l'histoire d'un jeune homme de 19 ans qui traîne son mal-être sur les routes d'Europe.

Le dernier album en date de Daniel Bélanger s’intitule Chic de ville, irrésistible virée sur les routes d'une Amérique intérieure. L'album, en partie enregistré au Blackbird Studio de Nashville, Tennessee.

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daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorInterview :

En France, les amateurs de chansons francophones vous connaissent bien, votre carrière au Québec est spectaculaire, mais le grand public d’ici ne vous connait pas. Vous en êtes chagriné ?

Je ne sais pas trop comment je suis considéré en France, mais j’imagine que beaucoup ne me connaissent pas et cela m’importe peu. J’ai fait beaucoup d’effort pour accroitre ma notoriété au début de ma carrière, puis très vite, je n’ai pas insisté. Mon premier et mon deuxième album ont été distribués ici, mais n’ont pas bien marché. Ma maison de disque n’a rien fait pour me pousser à venir chez vous et moi, j’ai laissé faire les choses. Tout cela n’est pas bien grave.

D’autant que dans votre pays, ça marchait très bien.

Je n’avais donc pas le feeling d’insister ailleurs. Pendant longtemps, mon succès québécois m’a suffi parce que ça m’a beaucoup occupé. Je voulais avoir une vie « confortable ». Ne pas vivre uniquement pour la musique. J’ai eu des enfants et je souhaitais profiter au maximum de ma famille. La musique et le spectacle, c’est très intense, mais la famille aussi. Maintenant que mes deux filles sont grandes, j’ai plus de temps et du coup, plus d’idées et d’énergie pour les réaliser.

Daniel Bélanger - Sèche tes Pleurs from Audiogram on Vimeo. (J'ai découvert Daniel Bélanger avec cette chanson... j'ai adoré immédiatement).

Au Québec, vous êtes une véritable star multi-récompensée, raison pour laquelle je m’étonne que nous connaissions d’autres québécois moins « titrés » que vous. Je ne comprends pas pourquoi on connait plus Richard Desjardins que Daniel Bélanger.

Je ne suis pas très people, je ne donne pas beaucoup d’entrevues, mais il y a toujours du monde dans les salles et les gens me donnent de l’affection. J’en suis très fier. Ces derniers temps, j’ai ressenti un besoin intense d’aller voir les français, je ne sais pas trop pourquoi.

Ce soir, j’ai adoré votre show guitare-voix. C’était gigantesque, je ne sais pas comment vous faites pour transcender votre public ainsi…

On reconnait une bonne chanson, si elle est bonne en guitare-voix. Après, on peut la jouer n’importe comment, elle restera bonne. Il m’arrive de jouer aussi avec des musiciens, souvent même, mais j’adore cette formule simple et efficace. En France, je voulais que le public entende mes textes sans fioriture autour.

"La folie en quatre" en duo avec Pierre Lapointe sur Radio Canada en juillet 2014.

La jeune génération des artistes québécois vous adulent. Pierre Lapointe (mandorisé là) comme Ariane Moffat par exemple.

(Rire) Je sais, mais ça me donne un coup de vieux. Ariane, qui a été ma choriste et musicienne de nombreuses années, m’appelle son mentor. Quant à  Pierre, il m’a dit un jour qu’il prenait exemple sur moi dans la manière de faire les choses de ce métier, notamment dans la diversification. Tout comme moi, il est pluridisciplinaire et extrêmement créatif. Je suis très fier que ces artistes si talentueux se réclament un peu de moi. C’est valorisant, il ne faut pas le cacher.

Certaines de vos chansons montrent de vous un côté fortement barré quand même.

Ma culture, c’est la poésie et la technique du parolier.

La technique du parolier ?

La technique du parolier, c’est de développer un contact avec celui qui entend, alors que le poète se contente de lancer son cri. Moi j’aime les deux. Je m’amuse à sortir des sentiers battus parce que je trouve que la vie ordinaire n’est pas réjouissante et qu’elle est même contraignante. Alors, j’invente d’autres vies. Pas vraiment ordinaires et lisses.

Meddley de quelques succès de Daniel Bélanger : "Dans un Spoutnik", "Opium", "Fous n'importe où", "Rêver mieux" (une de mes chansons préférées du monsieur) et "Reste", version "Star Académie" Québécoise en 2012.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorVous cultivez le goût du mystère. Par exemple, je sais que vous n’aimez pas les interviews. Vous n’aimez pas que l’on creuse pour voir ce qu’il y a derrière vos chansons.

Il y a des façons de creuser. Creuser en trois minutes sur un plateau de télévision entre deux annonces de lessive ou creuser comme nous le faisons là, tranquillement. Je préfère la deuxième proposition. C’est très rare que l’on puisse parler de notre métier sur la longueur quand on est en entrevue. Je n’aime pas dire des généralités, je veux prendre mon temps pour développer, c’est tout. Et surtout, je donne des entrevues quand j’ai du travail à présenter et uniquement à des gens que l’on m’a recommandé.

Ce soir, j’ai vu un musicien de blues.

Parce que je le suis. Je suis content de vous l’entendre dire, parce que j’ai toujours considéré que je faisais du blues, avec une influence « chanson » très forte. Le public québécois est assez blues. C’est un peuple qui a souffert, qui est en Amérique et qui a donc des affinités avec cette musique. Il y a une nation de blues, une nation de tristesse. Nous avons des chansons traditionnelles qui sont très tristes et qui s’apparentent aux blues.

La majeure partie de vos chansons sont tristes ou graves.

Oui, c’est vrai, mais il y a toujours un angle pour essayer d’entrevoir la lumière. Au Québec, nous avons une approche de la vie qui fait que même si on a plein de soucis, la lumière finit toujours par arriver.

Entre les chansons, vous déridez l’atmosphère avec des monologues amusants.

J’aime jouer avec le public en le déridant après une chanson un peu triste. Ca désamorce et ça amorce. J’aime bien les chutes de températures.

Daniel Bélanger "Tu peux partir" from Audiogram on Vimeo.

Comment êtes-vous considéré au Québec ?daniel bélanger,trois baudets,interview,mandor

Pendant longtemps, j’ai été un chanteur que l’on classait dans « la relève ». Ça a duré très longtemps, je bossais comme un fou, j’ai rencontré beaucoup de succès, j’ai été reconnu de mes pairs… aujourd’hui, j’ai l’impression que je suis un vieux de la vieille. Nous ne sommes plus trop nombreux actifs de ma génération.

Il reste qui de votre génération ?

Il y a Jean Leloup et je ne vois trop qui d’autre. Il n’y en a vraiment pas beaucoup.

Qui vous inspire ?

Jeff Buckley par exemple. Et comme je suis le plus jeune d’une famille de cinq enfants, j’ai été influencé par la musique de mes frères. Ils écoutaient beaucoup de musique british comme Joe Cocker ou Led Zeppelin. Très rock donc. Et par ma mère et mes sœurs, de la chanson française comme Serge Reggiani ou Georges Moustaki.

C’est amusant parce que cela se ressent dans votre musique.

Je suis blues rock avec une sensibilité chanson, en effet.

Vous êtes en train de préparer un nouvel album.

J’ai déjà neuf chansons de prêtes. Je vais me mettre à travailler là-dessus sérieusement en mai-juin. Le disque devrait sortir cet automne au Québec. 

Daniel Bélanger - Étreintes from Audiogram on Vimeo.

Je sens chez vous une force et une fragilité à la fois.

C’est marrant, on ne m’a jamais dit ça. On n’a jamais osé. On me parle de ma force parce que je suis un grand gaillard, mais pas de ma fragilité. Alors, que vous avez raison, je suis comme ça, en vrai.

J’adore votre voix. Quand elle s’envole vers les aigus, je frissonne.

J’étais un fan des Rita Mitsouko. La voix de Catherine Ringer se démarquait des autres voix françaises féminines. J’aime ce genre de voix-là, celles qui poussent. Moi, j’ai appris à chanter avec un micro. Toutes les nuances de ma voix, c’est un peu un jeu avec mon micro. Bon, je vous avoue qu’aujourd’hui, il faut que je fasse avec les réalités de l’âge. Je perds des hautes, alors j’essaie d’être créatif pour compenser.

Être sur scène, est-ce un combat ?

Il faut juste s’en tenir à quelque chose de vrai. Et s’en tenir à quelque chose de vrai, c’est déjà un petit peu suspect. Avec des effets de voix, je sais que je vais chercher le public, mais j’essaie d’être le plus sincère possible. Sur scène, ce qui est certain, c’est que j’ai du plaisir, mais que je ne me repose pas.

Il y a eu deux « standing ovation »ce soir, j’imagine que vous n’y êtes pas insensible.

Pour moi, c’est une récompense, c’est précieux.

Daniel Bélanger "Reste" from Audiogram on Vimeo.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorPourquoi chantez-vous ?

Pour gagner ma vie (rires). Bon, pas seulement. C’est un métier très valorisant. Mon père était un autodidacte. Il a appris seul le piano et la guitare. Quand on faisait des fêtes, en fin de soirée, on demandait à mon père de jouer. Il interprétait alors de vieux classiques paillards. Des chansons un peu « sexe », un peu « scato ». Tout le monde était émerveillé et content. Il était d’une telle générosité.

C’est en voyant votre père chanter que vous avez décidé de faire ce métier ?

C’est une influence, certainement. Je n’y ai jamais pensé… au fond, oui. C’est drôle, vous pointez là quelque chose que j’ai enfoui en moi. Parfois, les interviews, ça vaut bien une séance de psy (rires).

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Le 16 avril 2015, pendant l'interview...

23 mai 2015

Lisa Angell : interview pour sa participation à l'Eurovision de la chanson

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(©Donja Pitsch)

unnamed.jpgChanteuse à la voix exceptionnelle, authentique, sincère et généreuse, Lisa Angell a été choisie par France 2 pour représenter la France à l’Eurovision 2015. Extrêmement « fière et heureuse » elle s’apprête à vivre une expérience magique.Avec N'oubliez pas, chanson écrite par Robert Goldman, et 1er single de son nouvel album, c’est un message universel, un message de paix que la chanteuse adressera à toute l'Europe ce samedi 23 mai prochain en direct de Vienne.

 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la France n'a pas brillé ces dernières années à l'Eurovision Song Contest. Espérons que la tendance s’inverse en 2015.

 

J’aime bien Lisa Angell. Quand j’ai été engagé par Olivier Bas pour être l’un des journalistes deLisa-Angell-(Cover-album-BD).jpg la défunte émission CD‘Aujourd’hui, elle a été mon premier « sujet ». Et je me souviens qu’elle était toute timide. Et pour cause, c’était sa toute première interview télé (ou toute première interview tout court). « Vous serez indulgent avec moi, promis ! » m’avait-elle dit. Je n’ai pas eu besoin de l’être. Elle avait assuré comme il le fallait.

Quand « on » m’a demandé de la rencontrer pour parler de sa participation à l’Eurovision et de son nouveau disque, je n’ai pas hésité. Lisa Angell excelle dans son domaine : la variété française populaire…

Le 11 mai dernier, je suis allé à sa rencontre dans les locaux de sa nouvelle maison de disque, SonyMusic.

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(©Donja Pitsch)

Lisa-Angell---Photo-Promo-(c)Nathalie-Guyon-FTV.JPGInterview :

Nous nous sommes vus la première fois il y a quatre ans pour votre premier album… et là, vous sortez le quatrième. Un album par an ! Bon rendement.

J’ai un âge où on ne peut pas se permettre de prendre son temps. Le premier disque est sorti en octobre 2011 et on en a fait un chaque année depuis. C’était une volonté de mon ancienne maison de disque qui voulait absolument me faire connaître... Est-ce que c’était bien ? Je ne sais pas. Peut-être avons-nous fait trop vite les choses...

Vous venez de le dire, vous avez changé de maison de disque…

C’est bien parce qu’elle me laisse plus d’autonomies. Elle me permet de faire la musique j’aime vraiment. Elle me fait confiance et, donc, me laisse libre de mes choix. C’est très appréciable. Je tiens à dire qu’ils m’avaient contacté bien avant de savoir que j’allais faire l’Eurovision. Il y a de la part de SonyMusic une vraie volonté de travailler ensemble.

Vous avez été longtemps dans l’ombre, comment vivez-vous ce qui vous arrive depuis quatre ans.

J’apprends mon métier de « célébrité »… ça me fait bizarre. En même temps, je suis contente de parvenir à faire ma place à un haut niveau dans ce milieu.

Pour ce nouvel album, vous avez travaillé avec Robert Goldman, Patrick Fiori, Serge Lama, Jacques Veneruso.

J’ai rencontré Patrick Fiori sur l’émission consacrée à Charles Aznavour, Hier encore. Il m’a dit que j’avais une voix de dingue et qu’il souhaitait me faire des chansons quand un projet d’album d’inédits arrivera. Quand tel fut le cas, je l’ai appelé et il m’a présenté des personnes qui travaillent avec lui régulièrement dont Jacques Veneruso, Robert Goldman et Serge Lama. J’ai reçu des chansons de toutes ces personnes. Ils ont écrit pour moi. Certaines étaient un peu trop « généralistes » et n’étaient pas ciblées par rapport à ce que je voulais faire. Tous les auteurs compositeurs et moi nous sommes donc réunis en studio, entre nous. Ce n’est pas parce que je travaillais avec des pointures que je devais dire que tout était bien. Je ne suis pas une chanteuse « artifice ». Les textes sont primordiaux pour moi. On a beaucoup parlé et j’ai expliqué ce que je souhaitais réellement. On a échangé des idées, on a passé des moments intimes et ainsi, ils m’ont mieux perçu.

Et Serge Lama aussi s’est mis à votre service ?

Oui. C’est fou parce que Serge Lama, c’est ce monsieur que je vais voir à l’âge de 7 ans au Palais des Congrès. Je l’ai vu finir un concert à genoux, habillé tout en blanc et chanter « Je suis malade ». Un choc. En sortant de son concert, j’ai dit à mes parents que je voulais faire comme ce monsieur quand je serais grande. Ils m’ont dit « c’est ça, oui, oui ! » Aujourd’hui, voilà que je travaille avec ce grand homme de la chanson française. Les fées ne se sont pas bercées sur mon berceau, mais par contre, sur mon lit, depuis quatre ans, elles y vont à fond (rires).

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(©Donja Pitsch)

Peut-on dire que ce quatrième album est finalement votre premier vrai disque ?

Très sincèrement oui. Cet album est ce que je voulais faire à la base. Je ne renie pas le premier  que j’ai fait en 2011, mais il s’est fait dans une précipitation hallucinante. Je fais en juin « Les années bonheur » de Patrick Sébastien et en août, il fallait rendre un album… on ne pouvait pas faire des miracles, c’est pour ça qu’il y avait des reprises.

Dans celui-ci, il n’y a aucune reprise. Uniquement des chansons inédites. Vous vouliez que ces nouvelles chansons parlent de vous, mais qu’elles soient universelles en même temps.

Exactement. C’est la musique que j’aime et je l’offre aux gens avec toute mon intégrité. Cet album me ressemble à 100%. J’aime toutes les chansons sans exception. Toutes racontent des sujets que j’ai vécus ou que des proches ont vécus. Il n’y a pas de « Il était une fois », il n’y a que des histoires vraies.

Sauf « N’oubliez pas ».

Oui, sauf celle-là, en effet. Comme j’ai vécu en Chine et que j’ai affronté un typhon 15, j’ai vu des horreurs. Alors, quand j’ai reçu la chanson, je n’ai pas pensé à la guerre, mais elle m’a fait sens par rapport à ce que j’avais vécu. Je savais qu’elle allait être dans mon album…

Clip officiel de "N'oubliez pas".

Comment a-t-elle été choisie pour représenter la chanson de la France à l’Eurovision ?

C’est Robert Goldman qui est allé voir Nathalie André avec ce titre, sans me le dire. A ce moment-là, ce n’était qu’une maquette.

Vous n’avez eu aucun stress, du coup, puisque vous n’étiez pas au courant de la démarche de votre auteur.

Voilà. Et je trouve cela admirable de la part de Robert. Je rentre des vacances de Noël, début janvier, et il m’appelle pour m’annoncer que c’est moi qui représente la France à l’Eurovision. Pour moi, cette nouvelle était hallucinante. C’est un vrai conte de fée.

J’imagine la pression que vous devez avoir… surtout avec les scores minables de la France lors des années précédentes.

Sincèrement, je n’ai pas pensé à ce qu’il s’était passé auparavant. Je me suis juste dit que mon rêve d’enfant était en train de se réaliser. En fait, tout se réalise… que se passe-t-il ? Parce que je n’ai rien attendu, quand on m’annonce que je représente la France à l’Eurovision, c’est comme si on m’annonçait que je gagnais l’Euro Millions. J’ai ressenti comme un feu d’artifice. J’avais le feu dans mon corps. Et puis, quand j’ai appelé papa qui a 87 ans pour lui annoncer la nouvelle, il n’en revenait pas. Depuis toujours, je disais à mes parents que je voulais faire l’Eurovision.

Les répétitions de Lisa Angell cette semaine à Vienne. La chanson avec la scénographie que vous verrez ce soir à la télévision lors de la cérémonie de l'Eurovision...

Lisa-Angell---Photo-Promo 2-(c)Nathalie-Guyon-FTV.JPGVous regardiez les cérémonies à la télé ?

Je me prépare depuis petite à ce moment. Chaque année, je donne une feuille et un crayon à chaque membre de ma famille. On note les artistes. Moi, je mets une robe, je fais semblant de chanter pour représenter mon pays. A 16 ans, quand je vois Céline Dion remporter ce concours, je supplie mes parents d’envoyer une cassette à la production. Comme ils ne connaissaient personne, ils ne l’ont pas fait. Les choses arrivent quand on ne s’y attend pas.

Comment a réagi votre papa ?

Il a pleuré.

Quand je vous vois, là, j’ai l’impression que vous êtes zen.

Disons que je suis prudente. Je fais attention. J’ai cherché à me faire une place dans ce métier pendant des années et je n’y arrivais. Il y a des gens que j’ai essayé de contacter pendant des années sans y parvenir. Du coup, je me dis que l’on peut passer à côté de gens qui ont du talent pendant des années et un jour, les découvrir. Je me dis juste qu’heureusement que ce n’est pas trop tard pour moi. J’ai fait 30 ans de piano-bar et aujourd’hui, voilà ce qu’il m’arrive.

Bravo à Patrick Sébastien qui a été le premier à croire en vous. Il vous a fait passer dans ses émissions et il a même produit votre premier album.

D’autant qu’il a pris des risques. Je n’avais pas l’âge, ni le physique idéal pour lancer quelqu’un. Patrick est un vrai amoureux des artistes, il sait les reconnaître et ensuite les imposer et les défendre. Il a aidé beaucoup de gens qui n’avaient pas de profils « communs ». Dany Boon, Yves Jamait et moi par exemple.

Vous êtes encore en relation avec lui ?

Oui, bien sûr. Il est très heureux pour moi. Il trouve que je le mérite. J’ai appris que pendant deux ans, lui aussi, avait posé ma candidature pour l’Eurovision à France 3… toujours sans me le dire.

Avec vous, pour l’Eurovision, on revient à une chanson et une façon d’interpréter plus « traditionnelle ».

Oui, et je le revendique. Je suis très fière de cela.

Chanter devant 200 millions de téléspectateurs, vous le vivez bien ?

Tout à fait (gros éclat de rire). Je sais que je représente mon pays, mais en même temps, il faut que je parvienne à profiter de ce que je vais vivre. Je vais tenter de ne pas me mettre une pression terrible. Pour faire bien les choses, il faut prendre du plaisir. Je pense très sincèrement que la chanson est forte et qu’elle véhicule un message qui parle à tout le monde. Beaucoup de gens peuvent s’identifier à ce titre. Je suis très fière de véhiculer ce message.

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Après l'interview, le 11 mai 2015, chez SonyMusic.

13 mai 2015

Francis Cabrel : interview pour In Extremis

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Francis Cabrel fait partie de mon panthéon personnel. Dans mon métier, c’est toujours un réel plaisir (assez jubilatoire, je dois dire) de rencontrer en tête à tête un artiste qu’on a aimé plus jeune (dont on a été « fan »).

Ce n’était pas ma première fois avec lui, certes, mais quand même… mon précédent rendez-vous avec le chanteur d’Astaffort, c’était à l’occasion de la sortie de Vise le ciel (un disque hommage appuyé à Bob Dylan dans lequel il reprenait quelques-unes de ses chansons en versions française). C’était le 10 septembre 2012 au Park Hyatt (voir là).

Pour la sortie d’In Extremis, son nouvel opus, je l’ai de nouveau rencontré. Le 18 mars dernier, Francis Cabrel m’a reçu à l’hôtel Raphael pour un long entretien. Voici le fruit de cette interview pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de mai 2015). Ensuite, vous lirez le bonus mandorien (évidemment).

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francis cabrel,in extremis,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien:

Décryptons certaines autres chansons. Dans "Les tours gratuits » vous  évoquez ces pères qui voient leurs filles, désormais grandes, s'éloigner irrémédiablement …

La maison se vide. Mes filles ainées sont parties et cela fait bizarre et c’est encore une autre vie qui commence. La vie sans les enfants, la vie avec, et de nouveau la vie sans. Heureusement, je vais toujours au manège, j’ai une troisième fille plus jeune.

« La voix du crooner » évoque la fin de la carrière d’un artiste, c’est ça ?

Oui, mais j’espère que ce n’est pas ma fin de carrière à moi (rires). Personne ne vous écoute plus, vous vous obstinez parce qu’il faut encore gagner sa vie, alors vous allez cachetonner tous les soirs dans un club. Je suis déjà rentré dans des clubs où je voyais des chanteurs ou des musiciens jouer comme ça, avec un air malheureux. C’est toujours à la fois beau et pathétique. Ces artistes avaient des ambitions et ils ont renoncé petit à petit. Ce sont des endroits où les gens n’écoutent pas beaucoup. Ils mangent, discutent, regardent parfois distraitement l’artiste. Moi, j’écoute toujours l’artiste… mais je me rends compte que je suis un peu le seul.

Vous évoquez les nombreuses années de détention de Nelson Mandela dans « Mandela, pendant ce temps ».

Je ne peux m’empêcher de penser que j’avais déjà fait deux albums à 27 ans. Pendant ce laps de temps, j’avais vécu, grandi, voyagé… tandis que pendant 27 ans, quelqu’un était resté en prison sur son lit de camp dans un tout petit espace, privé de tout. Il est sorti de là sans rancune. Ça m’a toujours impressionné. J’ai été touché aussi par sa deuxième vie et, plus généralement, par le destin de cet homme unique qui a été déifié de son vivant.

Le teaser de "Mandela, pendant ce temps".

Dans certains de vos textes, il peut y avoir des double-sens. Dans « Pays d’à côté » par exemple.

C’est marrant que vous me parliez précisément de celle-ci, car c’est certainement la moins claire de tout mon répertoire. Elle est un peu ambiguë parce que je ne sais pas si j’ai voulu dire que l’orage menace et que le danger est juste dans le pays d’à côté, donc que le prochain pays en danger est le nôtre. Je pense que j’avais aussi l’intention de dire que c’est pire ailleurs et que nous, on a le temps avant de voir la guerre arriver. C’est une chanson engagée dans deux directions, mais je ne sais pas dans quelle direction elle est engagée le plus puissamment. J’ai laissé une place à l’interprétation de chacun.

Quand on a votre carrière, on a peur que le nouvel album ne soit pas suivit par le public ?

La carrière d’un artiste tient sur l’estime des autres, donc on ne peut préjuger de rien. On arrive à les convaincre, ou pas, chanson après chanson. Rien n’est jamais gagné, il faut toujours avoir cela en tête. Pour ne pas lasser les autres, il ne faut pas que je me lasse, moi. C’est pour cela que je cherche des sujets un peu inédits, que je me creuse la tête à chercher des formules de phrase les plus précises et belles possible.

On ne se lasse pas d’écrire des chansons d’amour ?

Je n’en ai pas fait tant que ça ces dernières années. Depuis, « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai », j’avais un peu évité ce thème que j’avais, à mon sens, trop développé. J’ai un naturel romantique, amoureux et quand je suis bien immergé dans ce sentiment-là, j’arrive facilement à écrire ce genre de chanson. Pour ce nouvel album, j’ai donc réécrit une chanson d’amour, « A chaque amour que nous ferons ». « Je l’aime à mourir », j’avais 25 ans, pour celle-là j’en ai 60… j’ai voulu vérifier si on parlait de la même façon d’amour à différents âges.

Et ?

On n’en parle pas de la même manière. C’est justement cette chanson qui m’a donné le plus de mal à écrire. Six mois, en tout. Quand je suis parvenu à la terminer, j’ai estimé avoir passé le cap le plus dur. Je pouvais travailler sur un album complet.

Teaser de "A chaque amour que nous ferons".

Êtes-vous impressionné par certains jeunes qui participent à Voix du Sud ?

Depuis 20 ans, je vois passer beaucoup de talents aux Rencontres d’Astaffort. Ils m’apportent beaucoup. Je prends d’eux la passion toujours intacte. Je rencontre des gens de 25 ans qui sont passionnés, motivés et je me vois à 25 ans, passionné comme eux, du coup, ça déteint sur moi. Je rentre à la maison, ça me donne envie de faire des chansons. Je me dis que je suis dans la même compétition et la même recherche.

En avez-vous repéré qui vous intéresse plus que les autres ?

Il y en a  beaucoup qui sont intéressants. Mais il est vrai que j’en suis un de près. C’est Benoit Dorémus. Il est venu chez nous, il est revenu et là on se voit fréquemment pour travailler. C’est quelqu’un qui écrit de façon très originale, très humoristique, très pointue, très observée. Il est l’égal d’un Vincent Delerm ou d’un Thomas Fersen. Il fera d’ailleurs toutes mes premières parties lors de ma tournée de l’automne 2015.

Teaser pour "Partis pour rester".

Pour finir, parlons de la scène. Vous repartez à la rencontre de votre public l’automne prochain. Vous avez hâte de revenir ?

Bien sûr. Je tiens tout de même à préciser que je ne dis pas spontanément, « j’ai hâte de revenir ». Je vais me préparer à revenir consciencieusement en faisant les choses bien sérieusement. Je vais chanter des nouvelles chansons panachées avec mon ancien répertoire, qui du coup, va un peu reverdir.

Cela doit devenir difficile de dresser la setlist, non ?

Ce qui est sûr, c’est que je vais sortir cinq ou six chansons d’In Extremis, mais c’est vrai que c’est compliqué. Ca va peut-être finir par faire deux ou trois répertoires selon les soirées. Je vais peut-être suivre le modèle de mon maître absolu Bob Dylan qui chante tous les soirs deux répertoires. Sans prompteur… il faut quand même le faire.

Il y a des chansons de Cabrel que vous ne pouvez pas ne pas interpréter ?

Quand on fait un répertoire de tournée, d’abord, on met celles que l’on ne peut pas enlever. « Je l’aime à mourir », « Petite Marie », « La corrida », « Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai », par exemple.

Vous est-il arrivé de faire le rebelle et de décider de ne pas en chanter une ?

Une fois, je n’ai pas chanté « Je l’aime à mourir ». Une seule fois et je vous assure qu’on m’en a fait la remarque pendant des jours. C’était idiot de ma part, parce que je les chante sans que cela me pèse et je suis content de les partager. Et les gens viennent principalement pour celles-là, je ne suis pas dupe.

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Après l'interview, le 18 mars 2015, à l'hôtel Raphael.

Photo d'ouverture du bonus mandorien, réalisée quelques jours après cette interview, à l'occasion de la remise des prix du 8e Prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste, le 21 avril dernier.

05 mai 2015

Yoanna : interview pour Princesse

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(Photo:Jessica Calvo)

yoanna,princesse,interview,mandorYoanna est l’une des plus brillantes chanteuses francophones de ses dernières années. Je la suis depuis son premier album et je garde une admiration sans faille pour son œuvre  (trois disques, Moi Bordel ! (2008), qui m’a permis de la mandoriser une première fois, Un peu brisée (2012) et enfin Princesse (2015). Yoanna est une très grande, mais nous ne sommes pas si nombreux à le savoir.

Cette chanteuse, certains de mes confrères ne l’aiment pas, ne la défendent pas/plus. Soit, ils considèrent que ses chansons sont trop noires et glauques (je l’ai entendu dire, alors que c’est juste puissant et intense, que ça fouille dans le tréfonds de l’être humain et que c’est pas toujours joli-joli…), soit ils n’aiment pas sa « grande gueule ». C’est sûr Yoanna est franche du collier, ça lui joue des tours. Comme dit mon copain David Desreumaux sur son site Hexagone (dont je loue le travail intelligent, précis, extrêmement bien documenté) : Ce que l’on aime chez Yoanna, c’est qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche – ni son accordéon – et que cette langue est fleurie comme un parterre à l’anglaise. Elle caresse comme elle griffe et l’on kife cette sincérité brute et parfois brutale. »

Mais, moi je l’aime cette artiste suisse. Nous nous sommes loupées plusieurs fois, avant de parvenir à prendre un café ensemble pour parler de son nouveau disque, du métier et de toutes sortes de choses… c’était le 17 mars dernier… et c’était bien.

Avant l’interview, je vous propose de lire ce qu’en dit Isabelle Dhordain (Le Pont Suspendu, le 5 Février 2015), parce qu’il n’y a aucun mot à changer tant je pense pareil :

« Voici qu’un des plus intéressants albums de chansons françaises vient de sortir. Celui de Yoannayoanna,princesse,interview,mandor.  A peine trente ans et une plume d’une maturité saisissante, mise en valeur par des arrangements sobres, minimalistes et entêtants, parfois répétitifs pour appuyer les phrases clefs des chansons. Avec sa complice Marion Ferrieu au violoncelle et Frédéric Monestier à la réalisation. Yoanna à l’accordéon, voix en avant, livre enfin son troisième album aux musiques hybrides loin de la popinette à la mode !
Yoanna c’est l’anti produit marketing fabriqué par les télé-crochets. Elle est Anti système, anti média, anti cons ! Anti tout ! Bref une belle rebelle !

Yoanna c’est du vrai, de l’authentique, de la sincérité de la sensibilité, et une grand gueule pour défendre ses idées. La belle rebelle s’est changée en « Princesse » pour son troisième album. Yoanna prend la parole comme toujours, elle a des choses à dire, sur elle, sur nous, sur les politiques, sur la société, sur les sentiments, sur la solitude, sur la mort, sur la vie en somme. Elle a des yeux aiguisés comme des couteaux lorsqu’elle regarde ses contemporains.
Il y a plus d’un coup de gueule dans son sac à dos, mais sous la cuirasse il y a surtout beaucoup de coups d’amour, et des coups de blues. Une chanson française au féminin qui change des mièvreries habituelles de ses consœurs, petite sœur d’un Loïc Lantoine, petite fille d’une Brigitte Fontaine. L’un pour les aspérités, et les textes scandés, l’autre pour la tendresse. 
Elle est double cette jeune chanteuse, c’était d’ailleurs le titre d’une chanson de son deuxième album. Espérons que les programmateurs de festivals et de salles, qui se plaignent des français qui écrivent et chantent en anglais, vont se pencher sur cette princesse au plus vite, au lieu de pleurer sur le manque de nouveaux talents! 
Yoanna tire la chanson française vers le haut, c’est incontestable. »

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Interview :

yoanna,princesse,interview,mandorNous nous sommes vus pour la première fois en 2008. Depuis, tu as enregistré deux albums, tu as fait un nombre important de concert et tu as acquis une belle réputation des amateurs de belles chansons.

Tu veux vraiment mon impression ? En 2008, j’étais jeune, il y avait donc le côté petite fille, nouvelle découverte, toute fraiche, toute mimi. Après avoir été « découverte » sur les festivals, on finit par n’être plus une découverte. Je bénéficiais du renom de certains groupes qui gravitaient autour de nous. Sinsemilia, Tryo, Debout sur le zinc… Sur ma bio, il y avait plein de noms, donc les gens étaient curieux de découvrir qui j’étais. Bon, si j’avais eu une chanson co-écrite avec –M-, je n’aurais pas du tout eu les mêmes retombées médiatiques. Malgré cela, il s’est passé un truc avec Moi Bordel ! Après, ça s’est vite calmé. Peut-être n’ai-je pas fais les bon choix. Pour tout te dire, je n’arrive pas à analyser mon parcours.

Il y a eu Un Peu brisée en 2012.yoanna,princesse,interview,mandor

Certains ont été étonnés que je puisse sortir un deuxième album. Comme il y a eu quatre ans entre les deux albums, les gens me disaient « Oh ! Tu fais encore de la musique ? »

Et aujourd’hui, il y a Princesse.

Oui, mais tout le monde s’en fout. Il n'y a quasiment aucune presse  sur ce disque. Je ne comprends pas le silence autour ce disque, à ce point-là… je trouve ça curieux.

Je suis d’accord avec toi, j’adore ce disque. Je le trouve brillant, intense, profond…  Je ne comprends pas que, ni les journalistes musicaux, ni le public ne te suivent.

Je pense que je suis respectée, mais dans un milieu qui est quand même très petit. C’est assez fermé. Je suppose que Christophe Maé et Pascal Obispo n’ont jamais entendu parler de moi. Je pense aussi que je ne suis pas rentable. On ne me programme pas en festival ni ailleurs. On me répond que mon univers est trop glauque. Et puis les gens ne peuvent pas me coller d’étiquette, alors ça les emmerdent. Et le truc de bosser toute seule, ça les emmerdent aussi.

"Voici venu", extrait de l'album Princesse -(HibOO d'live - session acoustique au cimetière de Montmartre par Rod Maurice).

yoanna,princesse,interview,mandorMême si tu ne le comprend pas, comment expliques-tu le silence autour de toi et de ton œuvre ?

Je pense que mon travail est féministe. Je suis une personne féministe, mais  malgré moi… j’ai mis douze ans à m’en rendre compte. Ce que je dégage en tant que femme, ça renvoie à un truc. Ce que j’écris se reflète dans mon attitude sur scène. Je ne suis pas dans la séduction à tout prix. Il y a un jeu de la femme que je ne joue pas, je ne sais pas comment te l’expliquer.

Et le monde musical est un monde de mec… dommage.

Les musiciens, les tourneurs, les journalistes, pour la plupart, ce sont des mecs, tu as raison… il n’y a que chez les attachées de presse que l’on trouve des femmes en majorité. J’évolue dans un monde de bonhomme et je pense que ce que je dis dans mes chansons ne leur plait pas.

Quant à ton œuvre, on ne la classe pas dans la catégorie « divertissement ».

Moi, le divertissement dans la musique m’emmerde. Que ce soit le « terrorisme festif » ou les bonnasses qui gémissent à tout bout de champ, moi, ce n’est pas possible. Le divertissement ne m’intéresse pas.

Y a-t-il une différence entre ce que tu fais dans la musique et ce que tu es ?yoanna,princesse,interview,mandor

Oui, d’autant plus depuis que je suis maman de deux enfants. Je crois à la création à partir du moment où elle t’aide à savoir qui tu es, où elle te permet d’avancer et de rectifier ton comportement  Toutes les disciplines artistiques sont des cadeaux pour que chacun de nous apprenions à nous connaître. Je pense que les gens qui ont eu des traumatismes deviennent artistes… il y a beaucoup de chtarbés dans le milieu artistique. J’ai lu des bouquins très sérieux dans lesquels ils écrivaient qu’il y 90% de dégénérés mentaux dans le milieu artistique. Entre ceux qui ont des tocs, qui sont bipolaires, dépressifs, alcooliques, qui sont anorexiques, j’en passe et des meilleurs, je t’assure, il ne reste plus grand monde.

Tu fais partie de quelle catégorie?

De toutes à la fois (rires). Sérieusement, je ne suis plus dans la même catégorie qu’en 2008. J’étais bourrée tout le temps.

Quand nous nous sommes vus pour ta première mandorisation, tu étais bourrée ?

Disons que j’étais à la bière et à jeun. J’étais morte de trouille parce que le soir même je jouais eu Divan du Monde en première partie des Sea Girls. Ça me foutait un trac de fou. Avant de monter sur scène, je m’étais ingurgitée une demie bouteille de rhum, j’étais JoeyStarr. Je pars du principe que monter sur scène, ce n’est pas normal.

Ce que tu me dis là est paradoxal quand on fait ce métier.

Mais, moi j’ai fait ce métier parce que j’étais en échec. Nous sommes tous tombés par hasard dans la musique. Et je peux te dire que nombreux sont ceux qui utilisent la musique comme une thérapie comportementale. On arrive là parce que c’est tout ce que l’on peut faire. Nous ne sommes pas capables de faire des études parce que l’on refuse l’autorité, parce qu’on a un problème avec le collectif… non, je te dis, on se retrouve dans la musique par hasard.

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(Photo : Jessica Calvo)

Alors, aujourd’hui, tu es dans quelle catégorie, puisque tu n’es plus dans celle des artistes qui boivent ?

A partir du moment où il y a eu l’arrivée de mon premier enfant, je n’ai plus rien capté pendant un an et demi. J’ai pris beaucoup de recul sur la musique. Je ne me disais pas que je voulais être une bonne mère, mais je souhaitais simplement être la moins nocive possible. Je savais que j’allais faire des conneries et que ce serait dur, parce que j’ai eu mon premier fils très tôt, et donc j’ai décidé de prendre soin de moi. J’ai décidé alors de m’aimer plus et d’être plus gentille avec moi.

Dans « Nos corps », c’est ton fils qu’on entend ?

J’ai fait du chantage à la sucette pour qu’il chante sur cette chanson (rires). Dans cette chanson, j’explique que les complexes physiques, ce n’est pas que féminin, c’est aussi beaucoup masculin. Je connais plein de mecs qui sont ultra complexés, mais qui gardent tout en eux. On fait tous des complexes jusqu’à un certain âge et quand on arrête de s’en faire, c’est qu’on est en train de crever. Notre corps n’est que notre enveloppe, ça ne devrait pas poser autant de problème que ça. Le message que je veux faire transparaitre dans cette chanson est qu’il faut accepter son corps comme il est, on perdra moins de temps.

yoanna,princesse,interview,mandorDans tes chansons, j’ai toujours l’impression que tu parles de toi. Dans « J’ai peur » par exemple?

C’est un peu moi et les autres. J’ai peur de la mort. Surtout de la mort des autres. De mes enfants… rien que dans parler, j’ai les poils qui se dressent. La mort de mon conjoint aussi me stresse au plus haut point. Ma mort à moi, je m’en fous un peu, égoïstement. J’ai plus peur de la maladie et de la souffrance. En plus, je ne supporte pas le milieu médical.

Tu as l’image de quelqu’un qui chante des chansons dont les sujets sont toujours négatifs.

Il faut dire que j’ai commencé dès le premier album. J’ai évoqué l’inceste, c'était d’ailleurs mon grand sujet… et la musique m’a fait du bien. J’encourage les lecteurs qui nous lisent de sortir leur traumatisme par n’importe quel moyen, à les exprimer. Il faut absolument sortir la merde de soi. Mon premier disque Moi bordel !, j’ai sorti la merde.

Ça te faisait plaisir que les gens écoutent la merde que tu sortais ?

Non, pas tout le temps. Ce disque, je n’ai jamais pu l’écouter. Quand je chantais sur scène des chansons qui évoquaient l’inceste, j’étais très mal à l’aise quand les gens tapaient des mains.

Il ne manquerait plus qu’ils scandent « bis ».

(Eclat de rire). Non, je n’ai jamais compris pourquoi le public applaudit pendant une chanson, alors que tu racontes des trucs super gore.

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(Photo : Lu)

Au fond, tes trois albums n’ont rien à voir.

Oui, artistiquement, c’est incohérent. C’est quoi le point commun entre Princesse et Moi bordel ! ? Je trouve que mon nouvel album est moins glauque que le premier. Je ne sais pas où je vais et j'avoue que je me cherche continuellement.

Tu composes tout en mineur. Ca influence les textes de tes chansons ?

Grave. Plein de potes m’incitent à composer en majeur. Dans la vie, j’adore me marrer, je suis assez solaire, mais ça ne se reflète pas dans mon travail. Certains proches le regrettent. Je vais essayer de rectifier le tir, mais j’ai peur de tomber dans la mièvrerie. J’ai peur de la légèreté, du divertissement, de la douceur, de la préciosité… du coup je vais à l’extrême. Peut-être trop.

Ce disque est très balzacien, période « comédie humaine ».

Oui, j’aborde les rapports de force, la lutte des classes, l’injustice sociale et l’abus de pouvoir. Il m’a fallu trois disques pour aborder des thèmes autres que moi.

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Tu ne fais pas beaucoup de concessions pour te mettre dans la poche les gens du métier.

Mais quelles concessions il aurait fallu que je fasse ? Isabelle Dhordain m’a dit la même chose.

Je ne sais pas. C’est l’image que j’ai de toi. Tu irais faire n’importe quelle télé, par exemple ?

Oui. Juste, on ne m’invite pas, c’est tout. Mon personnage d’indé, il vient aussi de « tu ne veux pas de moi, alors, moi non plus, je ne veux pas de toi !  Vous ne voulez pas de mon taf ? Alors je ne veux pas de vos médias à la con ! » C'est une réaction quoi! Et puis, économiquement, je suis contre le libéralisme. Archi contre. Je trouve que dans le monde de la musique, on est dans le libéralisme à l'extrême. On est dans un truc inadmissible éthiquement parlant. Si un jour j’arrête la musique, ce ne sera pas à cause de la musique, ce sera à cause de la mafia parisienne.

Mais si tu refuses de t’intégrer là-dedans, ne t’étonnes pas de ne pas avancer vite.

Je ne refuse pas, ils ne me le demanderont jamais.

Mais s’ils te le demandaient, tu accepterais ?

Mais oui. Si on ne me propose pas des crottes de nez, pourquoi pas ? A l’époque de Moi Bordel ! il y avait des gens qui étaient intéressés par moi. Je ne citerais pas les labels, mais il y a eu des beaux.

Pourquoi as-tu refusé alors ?

Parce que je ne me sentais pas prête. C’est allé super vite. Et ils ont voulu m’imposer des réalisateurs. Moi, je voulais bosser avec Fafa Daïan (mandorisé là). A 19 piges, je leur ai dit d’aller se faire voir, je voulais bosser avec qui je voulais. Aujourd’hui, j’agirais certainement différemment.

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L’argent, c’est le nerf de la guerre ?

Tu m’étonnes. Tu vois, là, on est à Paris pour jouer à RFI. Les seules personnes dans tout le bâtiment qui ne sont pas payés, ce sont les musiciens. Il faut le dire, les gens ne le savent pas. Ça me coute 450 euros d’aller jouer à RFI, entre les billets de train et l’hôtel…

Et je sais que ce n’est pas simple de jouer dans une salle parisienne.

A Paris, à part les bistrots et l’Espace Jemmapes, toutes les salles sont privatisées. Il n’y a plus une salle qui n’appartient pas à une société de production.

Tu sais que dire tout ça ne va pas arranger ta réputation ?

Je le sais parfaitement. Je n’ai pas envie d’enrichir un mec qui a déjà six salles dans Paris. Je l’emmerde. Je débecte le concept du « toujours plus ».

Tu ne pourras pas marcher avec le système. Jamais.

Mais, il ne marche pas le système, donc je m’en fous.

"Elle est double" extrait du précédent album Un peu brisée.

Te sens-tu un peu seule ?

Je me sens seule, même si, à Grenoble, je suis très entourée. Je ne me sens pas rentable, je ne suis pas du tout dans une course à l’argent, au succès, mais ça me fais juste chier de devoir batailler pour faire mon métier.

Tu es blessée ?

Non, mais j’ai l’impression parfois d’être aigrie, en colère contre les autres artistes, voire jalouse.

Tu aimerais que l’économie liée à la musique marche comment?

Moi, je suis plus proche du collectif, comme celui du monde du hip hop. On s’entraide à quatre cinq groupes, pour avoir un studio dans lequel on bosse ensemble. Je rêve que l’on remonte un réseau de distribution en France de disques indépendants. Mais, je rêve…

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Après l'interview, le 17 mars 2015, dans un café parisien.

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02 mai 2015

Lucrèce Sassella : interview pour 22 ans

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La talentueuse Lucrèce Sassella sort son premier disque, 22 ans. Toutes les chansons sont écrites par Antoine Sahler, le complice musical de François Morel sur scène. Soit douze petites merveilles taillées sur mesure pour cette artiste polyvalente.

 La jeune femme s’est entourée d’Antoine Sahler et d'autres musiciens, dont un quatuor à cordes exclusivement féminin.

Comme le dit le journaliste Laurent Delmas, « le duo Sassella / Salher est un mélange de mélancolie et de badinage propre à Charles Trenet. Les douze chansons de cet album passent aisément du rire aux larmes, de l'homme adoré et moqué à la rupture qui fait mal, des rues de Paris qui se dérobent aux mille petits tics quotidiens, de l'âge qui file aux autres filles, de la colère à la joie de vivre. »

L'écouter sur Deezer.

Et voilà ce qu'en dit Jérôme Garcin dans L'Obs du début du mois de février dernier...

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Le 5 mars dernier, j’ai reçu la visite à l’agence de cette délicieuse fée Clochette.

lucrèce sassella,22 ans,22h22,antoine salher,interview,mandorBiographie officielle :

Après des études de piano classique, Lucrèce Sassella décide de chanter et commence par le Jazz: elle crée un quintet, sélectionné en 2005 pour le concours national Crest Jazz Vocal. Elle enregistre également des chœurs pour des artistes divers: Brigitte Fontaine, Areski Belkacem, Bernard Lavilliers, Sophie Forte, François Morel… Elle travaille régulièrement avec l'arrangeur et compositeur Fred Pallem (bande originale du Crazy Horse, jingles de Noël pour Arte …), et a signé les arrangements vocaux du dernier spectacle des Sea Girls. Elle fait partie du groupe The Endless Summer (2 albums + 1 EP). En 2011, elle joue et chante dans une pièce de théâtre sur le cinéma, Instants Critiques aux côtés d'Olivier Saladin et Olivier Broche mise en scène par François Morel.

Depuis plusieurs années, elle travaille avec l'auteur-compositeur Antoine Sahler. Ensemble, ils enregistrent un EP 5 titres en 2013. Parallèlement, ils créent le spectacle 22h22, dans lequel ils interprètent les chansons de leur répertoire. Le spectacle est créé en septembre 2012 au théâtre d’Épernay, et a été invité par François Morel tous les lundis entre janvier et avril 2013 au théâtre de la Pépinière dans le cadre de sa carte blanche.

Lucrèce Sassella vient de sortir son premier album 22 ans : 12 chansons qui dessinent le portrait d'une jeune femme aux  prises avec quelques grandes questions existentielles :
L'amour éternel dure-t-il toujours ? Comment choisir un galet parmi trois millions?
Un 1er album qui impose d'emblée Lucrèce Sassella comme une artiste à forte personnalité.

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lucrèce sassella,22 ans,22h22,antoine salher,interview,mandorInterview :

La plupart des chansons qui figurent sur 22 ans existaient déjà dans votre spectacle 22h22 en 2012.

Il y a certaines chansons uniquement. On n’a pas pu enregistrer tous les titres du spectacle.

Vous avez joué, dansé, chanté, fait de la musique, dans la pièce de théâtre, Instants Critiques aux côtés d'Olivier Saladin et Olivier Broche, mise en scène par François Morel. Cette expérience a dû vous apprendre beaucoup.

J’ai appris beaucoup au niveau humain et artistique. Je me suis servie de mes acquis avec cette pièce pour monter 22h22 avec Antoine Sahler. Je n’avais plus du tout envie de monter sur une scène pour faire juste un concert. J’avais envie d’utiliser toutes les armes du théâtre, tous les moyens magiques, les très belles lumières, l’idée d’être dans un décor. Je trouve que les chansons d’Antoine s’y prêtent vraiment.

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Lucrèce Sassella avec Olivier Saladin, Olivier Broche et François Morel.

D’aucun pourrait dire qu’une chanson doit se suffire à elle-même.

Je suis d’accord, mais ça n’empêche pas. Le pari de ce spectacle était d’embellir encore plus ces chansons.

Au départ, c’était la musique qui vous intéressait.

J’ai une formation de piano classique, ensuite j’ai bifurqué vers le jazz, là je me suis mise à chanter. J’ai monté plusieurs groupes de jazz dans lesquels nous reprenions des standards chantés en anglais… mais j’écrivais de nouveaux arrangements.

Vous étiez frustrée de ne pas chanter en français ?

Complètement. Mais le jazz interprété en français, c’est très compliqué à faire. Au bout d’un moment, je ne voyais plus l’intérêt de réinterpréter des standards qui ont été écrit il y a cinquante ans aux Etats-Unis, dans une culture qui n’est pas vraiment la nôtre. Dans le projet 22h22, Antoine a écrit toutes les chansons pour moi. Elles me collent parfaitement à la peau.

Vous avez aussi fait partie du groupe Rigolus.

C’est une fanfare de jazz complètement déjantée qui va aussi vers le rock, voire vers le punk. On était trois chanteuses. C’était des chansons qui pouvaient faire penser à du Queen. Il y a avait une grosse part d’instrumental dans ce groupe. C’était une expérience musicale unique avec des musiciens incroyables. Là aussi, j’ai appris beaucoup.

Pourquoi avoir fait des chœurs pour bon nombre d’artistes ?

Ça fait partie de mon métier de faire ce genre d’activité. Cela permet de se frotter à des univers musicaux qui ne sont pas forcément les nôtres. Chanter pour Bernard Lavilliers, ce n’est pas à des kilomètres de moi, mais c’est une chance de pouvoir vivre cette expérience.

"J'aime comme tu m'aimes" (ceci n'est pas un clip, juste la chanson).

C’est grâce à François Morel que vous avez pu enregistrer ce disque.

Il nous a aidé financièrement et nous a offert sa structure de production. François a l’esprit de famille. Il y a quelques années, on buvait l’apéro avec lui, on lui a chanté une des futures chansons de l’album… il a pleuré. Ensuite, il nous a dit qu’il fallait absolument que nous fassions un spectacle pour faire connaître nos chansons. Il nous a donc bien aidés pour qu’il en soit ainsi. Nous lui devons beaucoup.

Avec Antoine Salher, vous discutez beaucoup des textes avant qu’ils soient écrits ?

Pas tellement finalement. Je tiens à préciser que nous sommes ensemble dans la vie, ce qui explique qu’il me connait parfaitement bien. Même des choses dont nous ne parlons pas tous les deux, il peut en faire une chanson. Par exemple « Le plus beau jour » qui évoque la mort, la disparition, il l’a écrite à une période où la mort rodait autour de nous. On a vécu des trucs horribles. Sans en parler entre nous, il m’a proposé cette chanson. C’était bouleversant.

C’est confortable de travailler avec l’homme que l’on aime ?

C’est plus que confortable, c’est le rêve. Ses chansons, c’est comme enfiler une chaussure à sa pointure, on est tout de suite bien dedans.

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Une pleine page dans le Figaroscope du début du mois de mars dernier.

Il y a dans les chansons de l’album un sens incroyable de la mélodie.

C’est le génie d’Antoine. Il a l’art de créer des morceaux qu’on entend une fois et qui restent toute la journée dans la tête.

Il y a des chansons graves, très graves mêmes, d’autres plus légères, mais toujours sur des musiques enjouées.

Il y a effectivement un mélange de légèreté et de gravité. Ça me définit bien d’ailleurs. Pouvoir rire ou pleurer de tout… Sinon, chanter des choses dramatiques sur des musiques dramatiques avec un arrangement dramatique, j’aurais un peu de mal. Je trouve plus intéressant de détourner ça. Je crois au pouvoir de la vie. Il faut continuer, même quand il t’arrive des choses horribles.

Votre spectacle s’intitulait 22h22, ton disque s’appelle 22 ans. Le chiffre 22 est symbolique de quelque chose ?

Je n’y attache pas une énorme importance, je ne suis pas superstitieuse. C’est partie d’une amie à moi qui regarde tout le temps son téléphone. Quand il est 22h22, elle me dit : « Oh ! Regarde, il n’y a que des deux, il faut faire un vœu ! » Antoine en a fait une chanson… c’est vraiment tout bête.

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Les critiques sur cet album sont toutes élogieuses.

On a de la chance, tout ce qui est écrit sur le disque est super. Je n’ai pas beaucoup de doutes sur la qualité de cet album parce que je trouve qu’il est beau et j’en suis très contente. On est beaucoup à avoir travaillé dessus. Le réalisateur, l’ingénieur du son, tous les musiciens qui sont venus participer à ça… c’est aussi leur disque. Être content du résultat permet de le défendre mordicus.

Les artistes sont des donneurs de rêves. Les gens viennent voir un chanteur sur scène et ils oublient leurs tracas.

Le doute, je ne l’ai pas sur le disque, mais sur scène, tous les soirs. Il faut tout donner, passer soi-même un bon moment pour que cela soit communicatif. Je sais ce que nous pouvons apporter à certains. Il ne faut se louper.

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Vous sentez-vous appartenir à une famille musicale ?

Je ne sais pas si j’appartiens à leur famille, mais les gens que j’aime bien écouter sont Albin de la Simone, Mathieu Boogaerts, Jeanne Cherhal, Vincent Delerm et Bertrand Belin. Je ne fais pas la même musique qu’eux, mais je les admire.

Comment vivez-vous cette période de sortie d’album ?

C’est une période très étrange. J’ai l’impression de faire une grande traversée en kayak. Il faut toujours continuer de ramer, même quand on ne voit pas encore l’horizon.

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Après l'interview, le 5 mars 2015.

30 avril 2015

Fabien Boeuf : interview pour Dans les cordes

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Troisième album solo pour Fabien Boeuf (que je suis avec beaucoup d’intérêt depuis le début de sa carrière solo) et qui appartient à cette confrérie d'artistes-artisans pour qui seul compte le goût du travail bien fait. Il est accompagné par un violoniste, trois violoncellistes, un bassiste/beatboxer et un guitariste. Une réunion d’artistes qui n’utilisent… que des cordes ! D’où le nom de l’opus : Dans les cordes.

Ce nouveau disque contient de magnifiques chansons nostalgiques et colorées sur des rythmes teintés de folk et de chanson française. Un album réussi qui succède à ses deux premiers (Au-dedans, 2007 et Les premiers papillons, 2010) ainsi que son expérience rock au sein du groupe POC (1999-2005).

Le 4 mars dernier, Fabien Boeuf a quitté le sud-ouest pour venir me voir à l’agence (euh... en vrai,  pour jouer aux Trois Baudets). Belle rencontre.

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorArgumentaire officiel (signée Hélène Fiszpan), légèrement modifié :

La nouvelle création de Fabien Boeuf est une aventure collective, une envie de poursuivre ces moments de partages humains et musicaux amorcés à l’occasion du projet Bœuf avec les autres (2009) ou lors de collaborations avec de jeunes artistes comme Aliose ou Gaël Faure. Dans les cordes c’est avant tout une rencontre scénique, la réunion sur le ring de quelques anciennes connaissances : le violoniste Baltazar Montanaro (ZEF), le bassiste et beatboxer Scotch (Scotch et Sofa), le guitariste et compagnon de toujours Damien Dulau, et la violoncelliste Martina Rodriguez, nouvelle venue de l’histoire.

Ses douze nouveaux morceaux sont plus mélodiques, plus pop, plus rock, plus folk et se déploientfabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor en une belle introspection acoustique et électrique. Aux arrangements méticuleux, fusion heureuse de ce combo hétéroclite, répondent l’écriture et la voix de Fabien, cordes sensibles du projet. Entre puissance et caresse, l’univers délicat de l’auteur-compositeur déroule le fil de la vie.

Mots d’amour ou maux de tous les jours, la joute est imagée, sensible, tendre, combative. Expert en la matière, Fabien Boeuf s’appuie avec toujours plus d’assurance sur cette incroyable voix qui le caractérise, pleine de force et de fêlures, équilibre parfait qui saisit au cœur et aux tripes. Il envoie dans les cordes toutes ses plus belles intuitions, libère ses instincts, et revient sur scène plus accompli que jamais, prêt à relever tous les combats.

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fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorInterview :

Ce disque a mis un peu de temps à sortir, je crois.

Au départ, nous étions axés sur un disque live de fin de tournée qui avait pour but de marquer le coup. Quand on a fabriqué le spectacle, on a pris un gite pour enregistrer à chaud les idées avant d’attaquer les concerts. Mais, j’ai arrêté ma collaboration avec mon précédent tourneur et pas mal de temps est passé avant que j’en retrouve un autre. Pour appuyer son travail, on a fait mixer notre disque à Paris par Antoine Gaillet et nous l’avons sorti.

Entre le précédent album et celui-ci, tu as fais quoi ?

J’ai travaillé avec d’autres artistes. A la base, je suis plutôt solitaire, mais depuis mon projet Bœuf avec les autres, j’ai appris à collaborer. Ensuite je suis allé aux rencontres d’Astaffort en tant qu’auteur compositeur. La philosophie de la structure de Cabrel est super bonne parce qu’il y a un accompagnement sur le long terme. J’ai commencé par y aller pour apprendre. Ensuite, ils m’ont identifié un peu et m’ont demandé de revenir comme « enseignant ». En 2012, j’ai remporté le prix du Centre des Ecritures et de la Chanson, décerné par Francis Cabrel. Prix pas négligeable, car il m’a permis de financer en partie l’enregistrement de mon album Des cordes.

Fabien Boeuf reçoit le Prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud.

Mais, tu avais déjà amorcé le travail d’écriture avec d’autres artistes.

Oui, avec Scotch et Sofa et Gaël Faure par exemple. D’ailleurs, je continue à travailler avec et pour eux aujourd’hui. Je leur écris des textes.

Tu travailles avec de belles voix, celle de Chloé Monin, la chanteuse de Scotch et Sofa, est magnifique… celle de Gaël Faure aussi.

Oui, Chloé met sa voix où elle veut. C’est une méga chanteuse. Quant à Gaël, c’est l’une des plus belles voix masculine de sa génération. Mais pour travailler avec moi, une voix ne suffit pas, il faut ajouter à cela le côté humain. J’ai besoin de me sentir bien avec les gens avec lesquels je collabore.

Clip de "Avec des bouteilles", extrait de l'album "Des cordes".

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorJ’avais adoré ton disque Boeuf avec les autres.

Après avoir sorti mon premier album, j’ai fait des concerts et j’ai croisé beaucoup d’autres artistes. On a passé de bonnes soirées et souvent, on se disait que nous allions travailler ensemble… et bien sûr, généralement, ça n’aboutissait jamais. Alors, j’ai décidé de faire un disque dans ce sens. De plus, j’ai un nom qui n’est pas négligeable pour ce genre de projet. Il m’a servi de prétexte pour partager avec d’autres. J’ai rappelé des gens comme les Bali Murphy, Daguerre, Scotch et Sofa, Monsieur Lune, Rodolphe Testut… je leur ai proposé de participer à un essai artistique. L’idée était de s’enfermer deux jours et qu’à l’issue de ces deux jours, une chanson soit créée entièrement. Il y avait une espèce d’urgence qui nous faisait aller à l’essentiel. Les ego étaient mis de côté parce qu’on ne connaissait pas la destinée de ces chansons. C’était une très belle expérience.

Parlons de ce troisième disque, Des cordes. C’est une aventure collective, non ?

Pour mes deux premiers albums, j’étais plus solitaire. J’avais besoin de définir qui j’étais et de bien saisir à quoi j’aspirais artistiquement. Quand j’ai commencé à gouter au partage de la création, je n’ai pu qu’admettre que c’était beaucoup plus riche.Ca t’amène à aller dans des directions vers lesquelles tu ne te dirigerais pas seul. J’ai tendu des perches à des musiciens. Nous nous sommes enfermés pendant quatre fois une semaine. Je voulais qu’ils participent aux arrangements. Après, quand il faut défendre les titres sur scène, c’est plus naturel et ça sonne mieux.

"La journée" (extrait de l'album Dans les cordes), version live.

Ce disque a été enregistré dans des conditions « live ».fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor

Nous étions tous dans la même pièce avec des micros partout. Le résultat est exactement ce que je souhaitais. On avait quatorze titres, on en a gardé douze et nous avons enregistré le tout en cinq jours.

Tu es un chanteur de convictions, cela se sent.

Je laisse des messages dans mes chansons, mais de manière très discrète. Je n’aime pas les discours moralisateurs à deux balles. Mais pour les artistes, il y a un vrai rôle à jouer dans la société. Personnellement, j’essaie de travailler sur l’émotion, comme si c’était un matériau. Je m’emploie à mettre l’accent sur la sensibilité des gens, à tenter de les émouvoir. J’espère que cela va les adoucir…

Un artiste doit délivrer de l’émotion, mais également et impérativement des messages ?

J’en suis convaincu. En tant qu’individu, l’éveil que tu ne peux pas avoir à l’école ou au sein de ta famille, parfois, ce sont les artistes qui peuvent te le donner. Moi, j’avais des parents mélomanes qui m’ont nourri aux Brassens, aux Ferrat… des artistes avec des convictions. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Moi, comme je ne cesse de te le répéter, je voudrais bien avoir un rôle à jouer…

Une chanson ne doit pas servir à rien ?

Tu as tout dit. C’est dommage si une chanson ne sert à rien. Si, elle ne provoque rien, c’est une catastrophe. Il faudrait bannir des albums les chansons inutiles.

Des extraits live de 3 titres du projet "dans les cordes" : "Dans les cordes", "plus tard" et "presque".

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorTu te sens comment dans ce milieu ?

Je suis plus observateur qu’acteur au premier plan. Je n’ai pas une notoriété qui me permet le contraire.

Comment vis-tu ta condition d’artiste en 2015 ?

J’ai une vision un peu particulière de par mon statut. J’ai fait le choix de ne pas être intermittent du spectacle, de rester en province, du coup, je suis artisan. Je fais du ramonage pour gagner ma vie. Je suis saisonnier sur l’année. Comme j’ai ma clientèle, je choisis les jours que je peux prendre pour jouer de la musique. Le fait de faire un métier manuel me permet de garder de la liberté financière, et du coup, de mouvement et de choix.

Les gens qui aiment la belle chanson française te connaissent et t’apprécient, tu t’en rends compte ?

Je sais que je ne suis pas connu, mais un peu reconnu.

As-tu des artistes que tu respectes et qui ont une admiration réciproque ?

Alexis HK par exemple. Tété aussi. Aliose, Ludo Pin, Philippe Prohom… je me sens en osmose avec ce genre d’artiste. Je me sens de la même famille.

Francis Cabrel t’aime beaucoup aussi.

Quel honneur !

Est-ce qu’un auteur doit beaucoup écrire pour écrire de mieux en mieux ?

Je crois. Cela dit, je ne suis pas sûr. J’ai découvert récemment Christine and The Queens. Je trouve que c’est une des meilleures plumes françaises. Elle est toute jeune, elle déboule comme ça, je ne suis pas sûr qu’elle ait beaucoup écrit. Elle a dû beaucoup écouter, beaucoup lire, beaucoup s’imprégner. Il faut parfois être une espèce d’éponge. Pour restituer, il faut prendre. Pour pouvoir recevoir il faut pouvoir donner.

Micro trottoir réalisé par Fabien Bœuf lui-même dans le cadre de la sortie de son nouvel album,"Dans les cordes". Amusant, second degré et original.

Toi, le plus souvent, tu écris ce que tu vis.fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor

Je ne peux écrire que sur ce que je connais. Si je faisais semblant, cela sonnerait faux.

Es-tu exigeant avec toi-même ?

Non, je suis assez instinctif. Je ne veux pas trop intellectualiser la chanson, ni dans l’écriture, ni dans la restitution. Mes plus grosses émotions musicales viennent des chansons simples. « Le sud » de Nino Ferrer ou « Mistral gagnant » de Renaud. Tu n’as pas une grande voix, mais une simplicité, un univers, un propos…c’est ça le secret d’une bonne chanson. Moi, je cours après ça. Je cherche éperdument une simplicité qui touche.

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A l'issue de l'interview, le 4 mars 2015.

27 avril 2015

8e prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste: interview Gaël Faure et Laurent Lamarca

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(Francis Cabrel en live à l'issue de la remise des prix)

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelLes deux jeunes artistes Laurent Lamarca et Gaël Faure, révélés par les Rencontres d’Astaffort, ont reçu le mardi 21 avril 2015, au XXII, Auditorium, le 8e prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

J’ai été convié à cette remise des prix (merci Anne-Claire Galesne, car nous étions très peu de journalistes "autorisés")… mais avant de vous en parler, un peu d’histoire s’impose…

« Révéler, transmettre, accompagner, soutenir et défendre les jeunes talents de la chanson, favoriser l’écriture et plus largement promouvoir la chanson »,  telles sont les principales vocations de Voix du Sud depuis plus de vingt ans.

Cette association fondée par Francis Cabrel (bientôt mandorisation en ligne pour son nouvel album In Extremis) propose ainsi depuis 1994 différentes stages de formations : les Rencontres d’Astaffort, Les Rencontres Répertoires, les Labos.

Grâce aux soutiens de la fondation La Poste qui a rejoint l’aventure en 2006, Voix du Sud favorise également la visibilité des nouveaux répertoires en produisant près de 80 concerts par an (en partenariat avec des services culturels, des associations de petits villages, mais aussi d’opérateurs prestigieux tels que les Francofolies de La Rochelle ou les Nuits de Champagne) et met en place des dispositifs favorisant la connaissance et l’écriture de chansons auprès des scolaires, des entreprises et depuis cette année dans le cadre du programme Culture à l’Hôpital.

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelEn 2008  est créé le Prix Centre des Écritures de la Chanson Voix du Sud /Fondation La Poste. Un prix dont le principal objectif est de mettre en valeur et donner quelques moyens supplémentaires à des artistes aux talents certains, méritant plus de visibilité. Au regard de l’actualité discographique de ce début d’année 2015 (26 janvier 2015, sorti de l’album de Bastien Lanza accompagné d’une quarantaine de dates, 2 février 2015, sorti de l’album de Fabien Bœuf, mandorisation en ligne cette semaine) qui reçoit un très bon accueil, 30 mars 2015 sortie de l’album de Daguerre (mandorisé là une première fois, la seconde arrive...) et des projets en préparation des anciens lauréats, ce prix a largement  démontré son utilité.

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Ce mardi 21 avril, donc, a été remis le prix du centre des écritures de la chanson à :

Gaël Faure : Tout chez lui laisse transparaître l’authenticité. Il a su prendre son temps et ainsi s’habiller de belles plumes (Tété, Ben Ricour ou encore Fabien Boeuf) pour son deuxième album De Silences en Bascules. La puissance maîtrisée, sa voix frappante, les textes singuliers prennent une autre couleur sur scène, portés par un son folk aérien et direct.

Voici quelques photos de sa prestation scénique (3 chansons) et de la remise du prix.

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Laurent Lamarca : Après la sortie de Nouvelle Fraîche en septembre 2013 et une soixantaine de concerts,  Laurent est rentré s'isoler dans une maison en Ardèche. Il a écrit et arrangé ce qui composera son deuxième album. Des chansons ou le partage, l'empathie et l'optimisme sont les maitres mots. Des sons et des couleurs sous l'influence d'une époque pleine d'espoir et d'expérimentation. Ce deuxième album est en cours d'enregistrement.

Là encore, des photos de sa prestation scénique (3 chansons également) et de la remise du prix...

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La vidéo de la remise des prix (en intégralité).


2015-04-21 8ème soirée de remise du Prix Centre... par VOIXDUSUD47

Ce prix existe depuis 8 ans et est remis à deux artistes ayant participé aux Rencontres d’Astaffort l’année précédente.

J’ai rencontré l’un et l’autre (tous deux déjà mandorisés naguère, Laurent Lamarca et Gaël Faure ici) à l’issue de la remise des prix (autant dire pendant le cocktail qui a suivi.)

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Les deux lauréats de cette année, Laurent Lamarca et Gaël Faure.

Laurent Lamarca d’abord…

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelInterview :

Ca fait quoi pour un artiste émergeant de recevoir ce prix ?

Ça fait du bien parce que, si c’est un plaisir de faire de la musique, en même temps, à un moment donné, on a envie d’être un peu reconnu. Ce genre de prix fait du bien à l’ego.

En plus, tu touches 3000 euros, ce n’est pas rien.

Oui et cerise sur le gâteau, on nous prête un studio professionnel quelques jours pour enregistrer des morceaux. C'est absolument génial… et on a la reconnaissance de Francis Cabrel, ce qui n’est pas le moindre des honneurs.

En te rendant aux Rencontres d’Astaffort, tu ne t’attendais pas à ce que cela aboutisse à ce résultat un jour.

Pour tout te dire, je n’avais même pas connaissance de l’existence de ce prix. Quand une personne des Voix du Sud m’a appelé pour me dire que j’avais gagné avec Gaël Faure, j’ai été très surpris, tu t’en doutes.

Les « Rencontres d’Astaffort », ça t’a apporté beaucoup ?

On pourrait croire que je dis oui pour la forme, mais pas du tout. Ça faisait cinq ans que j’étais à Paris, je m’étais un peu enfermé dans un cheminement… je voyais les mêmes têtes, j’avais les mêmes réflexes d’écriture. Bref, j’avais un sérieux problème de recul envers mon travail. J’avais fait beaucoup de chansons pour mon prochain album et je ne savais plus trop où j’en étais. A Astaffort, j’ai rencontré plein de nouvelles personnes et de nouvelles façons de travailler. C’est un peu comme un voyage.... Quand on se retrouve face à une civilisation différente, on se rend compte de ce que nous sommes vraiment, intrinsèquement parlant. Les « rencontres » durent dix jours, mais ce que l’on y vit est super fort.

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Pendant l'interview avec Laurent Lamarca (photo prise par Auguste Bas).

C’est là-bas que tu as rencontré Vincha avec qui tu travailles encore aujourd’hui.

On a même monté un studio à deux. On a un studio ensemble, on a un projet pour s’amuser tous les deux, mais on travaille aussi très sérieusement en faisant des chansons pour d’autres artistes. On s’aide mutuellement.

Quels sont tes projets immédiats ?

Je sors un EP aujourd’hui, « Borderlune », puis il y aura un EP à la rentrée prochaine… pour l’album, on verra plus tard, mais il existera.

Le teaser du clip "Borderlune" (qui sera mis en ligne le 11 mai 2015)

Au tour de Gaël Faure de répondre à mes questions… accompagné d’un des meilleurs artistes de sa génération, Benoît Dorémus (lui aussi mandorisés... deux fois) qui lui a écrit un texte « Traverser l’hiver » (qui sera sur le deuxième album de Gaël).

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelInterview : (Sur la photo à gauche, avec moi, Faure et Cabrel en non pas Faure et  Dorémus, comme la logique le voudrait...)

Comment vis-tu ce prix Gaël ?

Gaël Faure : Ça fait plaisir, et je viens de le dire à Francis Cabrel à l’instant, parce que ça arrive à point nommé pour moi. Mon album De silences en bascules vient tout juste d’être réédité avec trois inédits et là je suis en pleine création. Ça fait du bien… je dirais même que ça flatte un peu, il ne faut pas se le cacher.

Benoît, que penses-tu du travail de Gaël ?

Benoît Dorémus : On s’est connu sur un texte, donc je le vois comme un compositeur et interprète aussi exigeant que talentueux. On se complète parfaitement avec l’auteur que je suis. Et sur scène, il assure grave.

Je trouve que les artistes de votre génération s’entendent bien, voire s’entraident carrément ?

Benoît Dorémus : Tu as raison, il y a beaucoup de bienveillance entre les artistes parce que tout le monde en bave. J’ai demandé à Francis Cabrel si, dans sa jeunesse, un autre artiste l’avait aidé. Il m’a répondu que non parce que ça ne se faisait pas à l’époque. Nous, on fait partie d’une génération qui a du mal à se faire connaître et à exister en tant qu’artiste, il manquerait plus que l’on se fasse la guerre entre nous.

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Gaël Faure et Francis Cabrel pendant le coktail.

Il n’y a pas de concurrence ?

Gaël Faure : Si, certainement, mais il y a surtout des familles qui se créent.

Benoît Dorémus : Il y a de la concurrence positive aussi. Par exemple, avec mon copain Renan Luce, c’est plutôt une affaire d’émulation. Lui a cartonné, moi je ramais, c’était donc un moteur pour que j’avance.

Gaël Faure : Il y a beaucoup d’entraides, de bienveillances… et l’ego, on le laisse chez nous.

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Pendant l'interview avec Gaël Faure et Benoît Dorémus (photo prise par Anne-Claire Galesne)

Vous avez tous les deux été stagiaires à Astaffort… mais pas que.

Benoît Dorémus : Je suis retourné là-bas il y a un an pour animer un atelier d’écriture avec les enfants de l’école primaire du village. J’ai eu les CE1, CE2 et CM1 pendant dix jours. Ce n’est pas un exercice évident, même s’il est passionnant.

Gaël Faure : Moi, je l’ai fait à Marseille, d’ailleurs, j’y retourne demain pour la restitution de la chanson… je suis d’accord avec toi, ce genre d’expérience est très difficile. En plus, j’étais dans le quartier nord de Marseille, dans le 14e, avec des guetteurs à l’entrée de la cité…

Les Rencontres d’Astaffort impliquent que l’artiste s’implique.

Benoît Dorémus : J’ai l’impression que sur chaque session, on a quatre ou cinq artistes avec qui cela accroche avec l’équipe des Rencontres. Ces gens-là sont, par exemple, invités à encadrer des « labos », c’est-à-dire des sessions de travail sur deux ou trois jours ou animer des ateliers d’écriture pour les enfants. L’enseignement, c’est un métier, mais du coup, nous on tâtonne et on finit par apprendre sur le tas.

Gaël Faure : C’est super enrichissant pour nous. Plus c’est dur, meilleur c’est.

Clip de "Tu me suivras".

La photo de famille de tous les protagonistes de ce 8e prix des Écritures de la Chanson Voix du Sud/Fondation La Pose...

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Alain wicker (fondateur du XXII), Francis Cabrel (président d’honneur de Voix du sud qu’il a créé il y a 21 ans) , Nicolas Petit ( MFM ), Bernard Montiel ( MFM ) , Dominique Blanchequotte ( (Fondation D’entreprise la poste ) Steven Bellery ( RTL ) , Julien Fregonara ( MFM ) , Jean Bonnefon ( président de Voix du sud), et nos Lauréats : Laurent Lamarca, Gael Faure.

8e prix centre des Écritures de la chanson voix du sud-fondation,gaël faure,laurent lamarca,rencontres d'astaffort,francis cabrelLa soirée fut l’occasion d’annoncer le nouveau partenariat Voix du sud / MFM radio et la création début mai d’une web radio 100% dédiée aux artistes participants aux Rencontres d'Astaffort : MFM radio Voix du sud.

Enfin, rappel de ce qu’est Voix du Sud:

En 21 ans c’est…

Plus de 1000 stagiaires

39 sessions des Rencontres d’Astaffort

+6 Rencontres thématiques (2 jeunes publics, 2 langues Régionales - Occitan et Strasbourg-, 2 en lien avec les agglomérations de Clichy et Argenteuil) 

+3 Rencontres en Suisse,

+2 Rencontres à la Réunion,

+2 Rencontres à Madagascar,

+1 Rencontre Francophone.

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Plus de 50 « parrains » dont : Alain Souchon, Renan Luce, Cali, Grand Corps Malade, Emily Loizeau, San Severino, Thomas Dutronc, Jeanne Cherhal, Maxime Leforestier, Michel Jonasz, Thomas Fersen….

Un projet qui s’adresse aux artistes en développement mais aussi aux artistes aux parcours confirmés : Ours, Ben Ricour, Oldelaf, Benoit Dorémus, Emmanuel Moire, Stephan Rizon, Jali, Klo Pelgag, Gaël Faure, Jérémie Kisling, Vincha, Liza Leblanc, Pierre-Do Burgaud, Julien Voulzy, Tom Frager,

Et des centaines de professionnels et médias du secteur de la musique qui ont relayé l’information…

Prochaines Rencontres d’Astaffort du 14 au 22 Mai : Thomas Fersen et du 24 septembre au 2 octobre : Oldelaf 

18 avril 2015

Juliette : interview pour Platine "mon rapport à la variété".

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11025740_1555940391344416_9058530510480878212_n.jpgAprès Ben l’Oncle Soul (n°201), Didier Wampas (n°202), Christophe Mali leader du groupe Tryo (n°203), pour le magazine Platine, je continue d'interroger des artistes qui ne font pas de variété sur leur rapport avec ce genre musical... qu’il est facile de railler.

Le 8 janvier dernier, c’est l’iconoclaste Juliette qui a bien voulu s’exprimer sur ce sujet (à l’occasion de sa précédente mandorisation). Elle s'exprime notamment sur Daniel Balavoine, Jean-Jacques Goldman, Serge Gainsbourg, Alain Bashung ou encore Michel Sardou.

(Petit teasing en passant : le prochain sera Dominique A. Interview réalisée cette semaine et je vous garantis qu’elle ne passera pas inaperçue tant il n’a pas la langue de bois sur certains artistes).

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13 avril 2015

Julie Zenatti : interview pour Blanc

julie zenatti, blanc, interview, le magazine des espaces culturels Leclerc

julie zenatti,blanc,interview,le magazine des espaces culturels leclercParmi les chanteuses à voix de notre pays, la seule que j’apprécie réellement est Julie Zenatti. Je ne sais pas pourquoi, son grain de voix me touche. La jeune femme est discrète, voire timide et cela ajoute à mon intérêt pour elle. De plus, elle fut l’une des premières mandorisées. En 2007, je l’avais interviewé pour son album La boite de Mandor… non, pardon, La boite de Pandore. Deux ans plus tard, nous nous sommes revus pour évoquer sa participation au jury de l’émission X Factor. Enfin, en 2010, nouvelle mandorisation pour la sortie de Plus de diva. Voici donc la quatrième chronique sur et avec Julie Zenatti. Elle est venue à l’agence pour évoquer son nouveau disque Blanc. Je vous propose l’interview publiée dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’avril 2015).

Et évidemment, pour le blog, d’autres questions vous sont proposées.

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Clip de "D'où je viens".

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Clip de "Les amis".

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Clip de « Je ne t’en veux pas », duo avec Grégoire.

Bonus mandorien:

Parlez-nous d’Emmanuel da Silva (mandorisé là) qui a écrit quand même six morceaux, alors que vous n’avez pas du tout le même univers.

Il est très fort. Il rentre toujours dans la peau de la personne pour qui il écrit. Et puis, il est rigolo parce que c’est un auteur qui s’immisce dans ta vie. La première fois que je l’ai rencontré, c’était dans un café à côté de chez moi. Je ne savais pas si on allait réussir à faire des chansons ensemble, mais je savais juste que j’avais passé un bon moment. On a parlé musique, de la vie en général, j’ai aussi évoqué la naissance de ma fille qui avait tout juste quatre mois. J’étais dans un moment « entre deux eaux ». Je ne savais pas si je voulais retourner dans une maison de disque et je m’interrogeais sur ma vie artistique. Quelques semaines après, il m’a appelé pour me dire qu’il allait à Paris et qu’il souhaitait venir chez moi avec ma guitare et mon micro pour faire des chansons. On a commencé comme ça, dans le salon, comme des copains, sans savoir où on allait. Au fur et à mesure, il a pris de plus en plus d’importance parce qu’il n’hésitait pas à me pousser dans l’écriture et dans mes questionnements. D’ailleurs, quand je travaillais avec d’autres auteurs compositeurs, je lui faisais écouter mon travail. Tout ça s’est fait très naturellement. C’est même lui qui a enclenché le processus qui m’a incité à proposer mon projet au label Capitol. C’est un peu grâce à lui que ce disque existe.

C’est vrai que vous avez mis votre grain de sel assez fréquemment sur les textes ?

Oui, c’est vrai. Je suivais tout ça au mot près, à la virgule. Avec « mes » auteurs, il y avait une recherche évidente de symbiose complète avec la chanteuse. Il fallait que l’ensemble soit cohérent et que l’on n’ait pas l’impression que l’on passe d’une chanteuse à une autre d’une chanson à une autre. Je plaisante quand je raconte aux médias que je les ai poussées à bout, parce qu’en vrai, encore une fois, tout cela s’est fait naturellement.

Dans « La vérité », qui est une chanson d’Emmanuel da Silva, vous êtes en colère.

C’est la seule chanson où je serre les dents et je me mets en colère. C’est une chanson sur une rupture, mais je ne dis pas forcément que c’est la faute de l’autre. J’explique que quand on est quitté, c’est difficile de se rendre compte que l’on s’est trompé sur soi et sur la personne avec laquelle on vivait l’histoire.

Clip de "Pars sans rien dire".

On pourrait croire que « Pars sans rien dire »est une chanson d’amour, mais ça n’en est pas une.

Je parle beaucoup d’amitié sur cet album, que ce soit sur « Si tu veux savoir » ou évidemment « Les amis ». « Pars sans rien dire » est une chanson d’amitié. Je dis à la personne qui est en face que je ne vais plus pouvoir l’aider. A un moment, si son choix est de disparaitre, de s’en aller et couper les liens avec tout ce qui était important pour elle, alors je vais le respecter et cela deviendra une autre forme d’amitié. Un jour peut-être que l’on se recroisera.

C’est exactement le même thème que la chanson de Goldman, « Puisque tu pars ».

Ah bon ? Je pensais que c’était une chanson d’amour. Comme quoi, chacun s’approprie une chanson par rapport à sa propre histoire. Vous voyez, même moi, je me fais avoir. C’est ça la force d’une chanson.

A quoi sert une chanson, selon vous ?(Note de Mandor : cette question est déjà posée dans l’article du magazine (plus haut), mais la réponse correspond à une autre question qui était initialement celle-ci : « Dans la chanson « Introvertie », vous expliquez que vous êtes timide. Ce n’est pas l’image que l’on a de vous. » Bref, il y a eu un petit cafouillage indépendant de ma volonté.)

Ça peut être un remède pour les gens qui n’ont pas forcément les mots pour s’exprimer. Cela peut-être également un refuge, un endroit où ils ont l’impression qu’on les comprend. Si on détourne l’histoire à sa propre vie, on peut y trouver du bonheur. Je crois qu’on aime une chanson quand on se sent concerné.

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Après l'interview, le 16 mars 2015.