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19 août 2015

Sollex : interview pour Chansons en roue libre.

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Romain Lefrançois, alias Sollex fait de la chanson en roue libre, un mélange séduisant de mélodies accrocheuses et de textes drôles et piquants. Il s’inscrit dans la lignée de Bénabar, Thomas Fersen (mandorisé là) ou Bobby Lapointe.

Il aime raconter des histoires, jouer avec les mots, camper des personnages hauts en couleur, embarquer les spectateurs dans son univers espiègle et décalé.

Le 24 juin dernier, nous nous sommes retrouvés dans un café parisien.

Biographie officielle (très largement écourtée):sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandor

«Un adulte c’est un enfant qui a mal tourné.» Franquin.

Interprétées en solo, duo ou en trio, les chansons de Sollex interpellent l’enfant caché derrière la carapace de chaque adulte et ouvrent une parenthèse baroque, énergique et colorée vers un univers original.

En 2008, Romain sort des sentiers battus de l’open space où il travaille pour démarrer le projet SOLLEX. En souvenir d’un grand-père qui se rendait à l’usine de Bobigny en Solex et d’un père héritier du vélomoteur familial pour arpenter les rues de Paris, Romain reprend le flambeau 30 ans plus tard, mais lui rajoute deux « ailes » : deux ailes synonymes de liberté et d’évasion musicale.

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorL’album :

Chansons en roue libre… est le premier album de Sollex. L’univers frais, espiègle, acide, grinçant et parfois déjanté de Romain qui s’adresse à des auditeurs de 4 à 104 ans appréciant la chanson dans ce qu’elle a de plus simple : des histoires, des émotions et de la fantaisie. Dans ce millefeuille musical, chaque chanson est une tranche de vie qui interpelle les grands comme les petits. Les textes qui dansent sur des rythmes variés, abordent la nostalgie, les rêves de gosses et les regrets d’adultes, l’amour, l’amitié, la mélancolie, la vie de bureau, la mer et les supers héros ! 

Dans cet album vous trouverez des sons et des bruits authentiques et insolites comme une « guitare baryton » (guitare désaccordée de 3 tons) en lieu et place d’une basse, une casserole, une sonnerie de four, un extrait de BFM dans la salle de bain de Laurent, des « frottements » sur un vieux jean de Romain pour imiter le bruit du train, plusieurs réveils matin et même le public du Trabendo lors du passage remarqué de Sollex entre les groupes Métal du Fallenfest… Vous découvrirez également la douce voix de Juliette Brousset sur « Coquillage et Nutella » et les diaboliques congas de Guilherme Alves sur « Batman ».

Chansons en roue libre… fixe pour l’éternité un ensemble de chansons qui ont leur propre histoire et leur origine autobiographique.

Ses chansons sont et.

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sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorInterview :

Tu as 34 ans. Tu chantes depuis combien de temps ?

J’ai commencé le piano à huit ans au conservatoire pour une raison bien précise. A la base, je voulais être danseur, avec et comme ma sœur. Mais la prof de danse m’a dit qu’elle ne prenait pas les garçons. Comme je suis très proche de ma sœur, j’ai voulu faire du piano dans le secret espoir de l’accompagner un jour. Pendant mes études de commerce, j’ai arrêté le piano pour me mettre à la guitare. C’est à ce moment que je me suis mis à chanter et à m’intéresser à la chanson.

Dans ta jeunesse, tes parents en écoutaient.

Oui, ça allait de Brassens à Barbara en passant par les deux Elvis, Presley et Costello. C’est marrant que l’on parle de ça, parce que j’ai en projet de faire des covers de gens qui m’ont marqué dans ma jeunesse. Des gens comme Vian, Higelin, Souchon. Je ne vais pas reprendre du Brassens, parce que, même si ça m’a marqué, ce n’est pas dans mon écriture, ni dans mon univers.

Je crois savoir que Bénabar a été un élément déclencheur…

A l’époque, on l’entendait beaucoup, ainsi que –M-. J’ai eu comme un déclic en entendant les chansons réalistes et humoristiques de Bénabar. Je me suis un peu reconnu en lui. J’ai donc voulu écrire des histoires et les mettre en musique. J’ai commencé en écrivant des chansons très délirantes sur des champignons ou des slips par exemple… enfin, tout ce qui me passait par la tête. Là, aujourd’hui, j’ai réussi à catalyser mes histoires. Je suis un peu plus « raisonnable ». Et encore, je n’en suis pas si sûr.

C’est vrai que la comparaison avec Bénabar n’est pas exagérée.

J’ai le même second degré. Je prends souvent les choses graves à la dérision. Avec la petite pointe d’humour et la spontanéité du texte, tout passe. Je ne suis jamais dans la boutade pour la boutade, il faut que cela me vienne naturellement.

Clip de "Coquillage et Nutella".

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorQu’est ce qui a fait qu’un jour, tu as décidé de faire chanteur comme métier ?

Avant de m’essayer à cette profession un peu casse-gueule, je faisais des études de commerce. J’étais destiné à faire du marketing. En travaillant dans ce monde-là, je me suis aperçu que je passais la moitié de mon temps à écrire des chansons. Chaque réflexion dans les openspaces me donnaient envie d’écrire une chanson sur le thème abordé. Je me suis dit que ça ne pouvait plus continuer ainsi. Il fallait que je fasse un choix. Mon entourage m’a incité à me lancer.

Alors, on se lance comment ?

On lâche le guidon et on y va. Je suis allé chanter dans les bars avec je ne sais quel tour de chant pas très cohérent. Comme je n’avais pas assez de chansons au départ, je faisais pas mal de reprises. J’essayais de comprendre comment les choses fonctionnaient. La première chose que j’ai faite professionnellement, c’est d’envoyer une démo pour Le Printemps de Bourges. C’était l’occasion de réaliser ma première maquette avec des chansons que je ne joue quasiment plus. Du coup, je me suis servi de cette maquette pour trouver des dates. Et voilà !

Ton truc, c’est la scène.

Les gens me le disent à chaque fois. Mes chansons et moi, nous prenons toute notre dimension sur une scène. On me croise, je ne paie pas de mine. Je suis un peu gringalet et j’ai la gueule du premier de la classe. Sur scène, je me sens vraiment moi.

J’adore ce genre de contraste chez les artistes.sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandor

Je me transforme et je pars complètement en vrille.

Ce nom, Sollex, ce n’est pas hyper sexy !

Au départ, quand j’ai envoyé ma première maquette, je ne voulais pas le faire sous mon nom, Romain Lefrançois. Je voulais un nom d’artiste et Sollex est sorti tout seul. En réfléchissant sur le pourquoi du comment, je me suis souvenu que mon grand-père me parlait beaucoup du solex qu’il avait et que mon père lui aussi en avait hérité d’un. J’ai repris inconsciemment un truc familial, ce n’est pas plus compliqué que cela.

Avoir un pseudo permet de faire le distinguo entre sa vie normale et sa vie d’artiste ?

C’est un métier où l’on devient un peu schizophrène. Dans la vie civile, il y a forcément, par l’éducation, des barrières à ne pas franchir. On ne peut pas tout faire et dire. La scène, par contre, est un espace de liberté infini. Je pense même que pour préserver cette folie qu’on a sur scène, il faut savoir se contenir dans la vie pour pouvoir exploser devant le public. Si j’étais dans la vie comme je suis sur scène, complètement barré, ce serait fatiguant pour les autres.

"Yes, we can", extrait du live au festival "En attendant le jour J" à l'Espace Christian Dente. Son et images ACP Manufacture Chanson.

Ton album démarre de manière « chanson française traditionnelle », mais très vite, musicalement et textuellement, tu nous surprends.

Se surprendre soi-même et surprendre le public permet de ne pas s’ennuyer. Il y a quinze chansons et on aurait pu en avoir dix-neuf, mais pour une meilleure cohésion de l’album, on a fait le choix d’en retirer. Que ce soit sur l’album ou sur scène, j’aime faire des plages qui soient cohérentes, puis faire des contre-pieds. Il n’y a rien de pire que de ne pas être surpris à un concert. L’autoroute endort, les chemins de traverses stimulent. Dernièrement, j’ai regardé un concert de Brel, le maître de l’interprétation et du live, et j’ai remarqué qu’il utilisait tout le temps des contre-pieds. Il passait de chansons rigolotes à une chanson qui te mettait une énorme claque. Le contraste est primordial pour toucher les gens et ne pas les perdre en route.

L’humour et l’ironie que tu as sur scène, l’as-tu dans la vie ?

Oui. C’est beaucoup pour supporter la vie. Si on n’a pas d’humour, si on n’a aucun recul sur soi ou sur ce qu’il se passe autour, ça devient un peu difficile. L’humour, c’est aussi la capacité à savoir ne rien faire, se poser, prendre du recul et savoir s’ennuyer.

J’adore la chanson « Batman ». A la fin, il casse tout dans le studio.

C’est mon passage préféré sur le disque. Batman, le seul superhéros qui n’a aucun super pouvoir. Oui, mais il a beaucoup d’argent. Il s’achète de supers bagnoles et du super matos et il se débrouille avec tout ça. Cela dit, il se bat bien. Mais sa relation avec Robin est louche (rire).

Dans « Mamie », une chanson très drôle et tendre à la fois, ta mamie te fait danser sur de la tektonik. Est-ce bien raisonnable ?

Mon grand-père a fini ses jours dans une maison de retraite, j’étais vraiment à son chevet quand il est parti. J’ai trouvé ces lieux-là tristes et déprimants. Les vieux sont suivis, il y a un cadre, ne sont donc pas abandonnés, mais quand même. L’endroit est un peu glauque. Mais dans la chanson dont tu parles, je leur rends hommage d’une certaine façon. Je positive la vieillesse. J’aime les personnes âgées et cette chanson n’est pas faite pour se moquer d’eux, au contraire. J’ai voulu qu’elle leur donne de l’espoir.

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Que pense ta famille de ce que tu fais ?

Tout le monde me soutient, même si parfois, ils sont inquiets. Ils voient que je me démène et  constatent aussi que j’ai le feu sacré, la passion absolue pour ce métier. Pour la petite histoire, quand j’ai choisi de me lancer dedans, au bout d’un an, ma mère m’appelle pour savoir si j’avais fini mon année sabbatique. Elle n’avait pas compris que c’était sérieux. En vrai, si je ne crée pas, que ce soit de la chanson, du dessin ou d’autres choses, je suis malheureux. Je crois qu’aujourd’hui, mes parents ont compris que j’étais un artiste. Que je suis né comme ça. Etre artiste, c’est une façon d’être et beaucoup de travail.

Et que pensent-ils de l’album ?

Par rapport à d’où je suis parti, les premières maquettes qu’ils ont entendu, ils sont rassurés. Je leur ai fait écouter le disque complètement terminé. Ils ont été surpris et conquis du chemin accompli. Ils ont hâte de voir la suite.

Ils t’ont vu sur scène ?

Oui. Ils viennent le plus souvent possible. Quand ils me voient en concert, ils ne me reconnaissent pas. Ma sœur et mes parents ont l’impression de voir un autre frère, un autre fils. Ils voient Sollex et non Romain. Ils font la différence.

Il y a un peu de Thomas Fersen et d’Oldelaf (mandorisé ici) en toi, non ?

Tu viens de citer deux artistes que j’aime beaucoup. J’apprécie le compliment à sa juste valeur.

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Quels sont les jeunes d’aujourd’hui dont tu as remarqué le travail ?

J’aime bien un jeune artiste qui s’appelle Guillaume Farley. Il a une voix et des textes fantastiques. Je le trouve épatant. Il y a aussi le trio Orlando, dont je trouve le travail intéressant. J’aime leur univers, leur folie et leur professionnalisme sur scène. Ils en jettent immédiatement. Ils sont impressionnants. Sinon, j’écoute aussi beaucoup Karpatt que j’ai découvert quand j’ai commencé à écrire des chansons. Leur premier album, A l’ombre du ficus, est une pépite.

Chez les plus anciens, hormis, Brel, Brassens, Barbara ?

J’aime Dick Annegarn et Pierre Vassiliu. Le Gainsbourg du début aussi. Le côté acide du « Poinçonneur des Lilas » par exemple. Il y a un second degré au vitriol que j’apprécie beaucoup. Mais mon papa spirituel, celui qui a bercé mon enfance, c’est Jacques Higelin. Je me suis beaucoup penché sur son travail. C’est vraiment un artiste complet. Il a cette générosité sur scène que j’espère donner aussi un jour. Je tente déjà.

Tu travailles sur un prochain EP ? 

Oui. On va sur une énergie un peu plus rock et j’essaie d’aller toujours plus loin dans le second degré.

Tes chansons sont parfois autobiographiques ?

Oui, mais souvent très déguisées.

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Michel Kemper, sur le site de Nos Enchanteurs a dit de toi, de mémoire, que « tu ne faisais pas de la chanson engagée, mais engageante ». C’est une jolie formule qui te correspond parfaitement.

Oui. J’adore. Je penche plus du côté de Vian que de Zebda. Quelle subtilité quand Bris Vian écrit « Le déserteur ». Textes et mélodies magnifiques. L’ensemble est très élégant. La classe absolue.

Toi aussi, tu dis des choses. Sur l’enfance, la vieillesse, la société, le monde du travail, par exemple.

Si les gens veulent bien écouter les choses. Parfois, ils s’arrêtent au premier degré et si on s’arrête au premier degré on passe à côté de ce qu’est vraiment Sollex.

Es-tu confiant pour ton avenir musical ?

Je suis un pessimiste optimiste. Quand je vois le monde, je suis pessimiste et en même temps, j’ai une force de vie qui me rend optimiste, sinon, je ne ferais pas ce que je fais. Je suis confiant en mon avenir à partir du moment où on travaille, on réfléchit, on prend un peu de recul et on ne fonce pas tête baissée. Je ne veux pas m’enfermer et regarder mon nombril. Je veux m’ouvrir de plus en plus. Ce qui me donne confiance, aussi, c’est que je suis soutenu par ma femme et par mes deux petits enfants… et ça, c’est précieux. Mon petit garçon de cinq ans veut écrire des chansons avec moi. Ça me donne la niaque. 

sollex,romain lefrançois,chansons en roue libre,interview,mandorAprès l'interview, le 24 juin 2015, sur la terrasse d'un café parisien.

15 août 2015

Florent Dasque de Boulevard des Airs : mini interview pour Bruxelles

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La formation Tarbaise, Boulevard des Airs, parcourt les routes depuis 10 ans. Après des centaines de concerts, un disque d’or, une nomination aux Victoires de la Musique, plus de 80 000 disques vendus, des millions de vues sur Youtube et de nombreuses rencontres, elle nous présente leur 3ème opus.On retrouve dans Bruxelles, le son qui a fait leur succès sur Cielo Ciego, leur précédent album et immense succès. Comme à l’accoutumée, ils ont conçu leur album tout seul. La gestation de ce disque a été nettement plus longue que pour le précédent, certainement parce que le groupe a composé deux fois plus de chansons. Treize titres ont été sélectionnés. Le groupe Boulevard des airs interprète des mélodies solaires, imparables avec une touche de modernité.

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J’ai fait la connaissance en mai dernier du capitaine du vaisseau BDA (comme on les appelle désormais). En effet, Florent Dasque était membre du jury du Pic d’Or, version 2015 (voir chronique à venir sur ce tremplin de chanson française la semaine prochaine). L’étant également (membre du jury), nous avons passé de nombreuses heures ensemble. Et j’ai découvert un type très sympathique et généreux. Je m’étais promis de le revoir dans sa ville pour le mandoriser. Ainsi fut fait le 14 juillet dernier. Nous nous sommes donné rendez-vous au Village du Tour de France (qui passait par Tarbes, ce jour précis).

florent dasque,boulevard des airs,bda,bruxelles,interview,mandorArgumentaire de « Bruxelles » :

« BRUXELLES » 3ème album et peut-être le meilleur ! La plume, toujours aussi honnête, s’est affûtée ; la simplicité se mêle à la dérision pour une écriture percutante. La chanson française « cuivrée » cohabite avec la fierté du flamenco, l’énergie des guitares saturées, l’efficacité des claviers et des machines. Ce disque est la parfaite synthèse de tout ce que le groupe est capable de faire et cela fonctionne ! Pour preuve on retrouve encore des invités croisés sur la route et qui ont été marqués par l’univers des BDA. «  «Pulpul » le chanteur de SKA-P et son engagement de toujours sur le titre « Quiero Soñar » et Zaz (mandorisée là) pose habilement sa voix sur « Demain de bon matin».

C’est une photographie d’un instant T de cette génération omnivore qui peut tout se permettre et leflorent dasque,boulevard des airs,bda,bruxelles,interview,mandor fait avec poésie. Les fans seront autant ravis que surpris par cet album et le public va encore s’élargir comme le laisse présager le succès que rencontre le 1er titre « Emmène-moi » (Virgin Radio, RTL 2, Hit West, Alouette etc.). On retrouvera évidement BDA sur les routes : en France, en Belgique, en Espagne, en Allemagne, en Amérique du sud ou ailleurs pour proposer à des spectateurs toujours plus nombreux, une musique qui s’aime autant avec le cœur qu’avec  la tête…

Voici leur biographie officielle et une présentation de chacun des membres.

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Les deux chanteurs de Boulevard des Airs, Sylvain Duthu et Florent Dasque.

florent dasque,boulevard des airs,bda,bruxelles,interview,mandorInterview :

Votre troisième album se vend très honorablement et vos concerts affichent complet partout. J’imagine que Boulevard des Airs est heureux.

On est super content. Ce qui nous fait particulièrement plaisir, c’est que notre premier single « Emmène-moi » a très bien fonctionné depuis février en média. C’est ce qui a permis de maintenir l’engouement sur la première semaine de sortie de l’album. Il a été 9e meilleure vente en France. C’est trop tôt pour parler de grands succès parce que l’album est sorti il y a un mois.

(Je rappelle que nous sommes le 14 juillet. L’album est sorti début juin).

Dans cet album, on retrouve votre côté « festif », mais il y a aussi des chansons complètement différentes de votre répertoire habituel. Y a-t-il eu une réflexion poussée pour faire évoluer votre travail ?

Pas plus que ça. Même dans les deux premiers disques, il y a toujours eu beaucoup de métissages musicaux et d’éclectisme. Il n’y a jamais eu dix titres qui se ressemblaient. A tel point que les médias n’ont jamais su dans quelle catégorie nous ranger. On a la chance d’être nos propres producteurs et de faire ce que l’on a envie artistiquement. Peut-être parfois faisons-nous des montagnes russes et que quelques personnes se perdent. Ce qui nous plait réellement, c’est de mélanger les genres et les styles. Nous avons une grande liberté et une seule contrainte : se faire plaisir.

Clip officiel de "Emmène-moi".

Vous enregistrez dans votre propre studio, vous prenez donc le temps qu’il faut… c’est confortable de travailler ainsi ?

Nous prenons un an ou deux pour composer, écrire et enregistrer. Nous n’avons aucune pression et c’est un luxe. Il y a des chansons qui naissent en deux jours, d’autres en deux ans. On jette beaucoup et on ne retient que ce que nous estimons être le meilleur. Nous sommes heureux de constater que les gens apprécient la spontanéité qui en résulte.

Votre succès a été local, puis à présent national, voire européen.

Les deux premiers albums, nous ne les avions joués qu’en France, un peu en Espagne et dans les pays francophones comme le Canada.  Ce troisième disque est sorti en Allemagne. A ce propose, nous jouions là-bas encore hier soir à Dusseldörf. Bruxelles sort en Argentine à la fin de l’année…  on fait de la musique aussi pour que le fruit de notre travail s’exporte.

En Allemagne, les gens ne comprennent pas les paroles, c’est donc votre musique qui les séduit ?

C’est trop tôt pour analyser, mais c’est aussi certainement l’énergie et la spontanéité que nous dégageons.  Tu sais, en Allemagne, Zaz fait un carton monumental et les personnes qui viennent la voir ne comprennent pas un mot de ce qu’elle dit. C’est bien la preuve que la musique est universelle et que les textes n’ont pas besoin d’être compris pour que l’ensemble soit communicatif… et ça nous arrange bien.

Teaser de l'album Bruxelles (14 extraits en 7 minutes 32).

Tu parles de Zaz. Elle chante avec vous dans « Demain de bon matin ». C’est une histoire de marketing ce duo ?

Mais, pas du tout. Qu’est-ce que tu racontes ? Nous ne sommes même pas dans la même maison de disque. Nous nous sommes rencontrés à la gare de Brest.  Le soir, elle nous a entendues jouer « Cielo Cioego », notre premier tube, et elle est montée spontanément sur scène pour finir ce titre avec nous. Ensuite, nous avons discuté avec elle et nous l’avons invité sur un festival d’été l’année dernière.  Elle a chanté « Demain de bon matin » sur scène, on a trouvé sympa l’idée qu’elle participe aussi à la version de l’album. Elle a dit oui alors qu’elle a un emploi du temps pas possible.

Il y a une voix féminine qui vous a rejoint cette année, celle de Mélissa Doya.florent dasque,boulevard des airs,bda,bruxelles,interview,mandor

Là encore, c’est une histoire de rencontre. Sur un festival de flamenco, j’ai fait la connaissance de  Mélissa. Dans la conversation, elle m’annonce qu’elle a joué du saxophone au conservatoire. On avait besoin de quelqu’un qui jouait de cet instrument, donc, elle fait désormais partie de l’aventure. On ne peut pas se priver d’un tel talent vocal et d’une telle musicienne. On est content parce que le public trouve qu’elle a une superbe voix. Ça nous conforte dans l’idée que nous avons bien fait de la faire venir parmi nous.

Cet été, vous n’arrêtez pas !

C’est un peu agité en effet. L’album vient de sortir donc, nous le présentons au public. C’est ce qu’on appelle la tournée de chauffe. La vraie  tournée en France démarre le 7 octobre et l’été prochain, nous ferons une grande tournée des festivals français.

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Pendant l'interview.

Tous les membres du groupe sont très simples et gentils. On a l’impression que le succès ne vous change pas.

Je ne sais pas, c’est dans notre caractère. Nous sommes conscients de la chance que nous avons, mais nous connaissons aussi le caractère éphémère d’une éventuelle carrière. On essaie de profiter au maximum de ce qu’il se passe en ce moment, sans se prendre la tête. Nous nous rendons disponible, parce que ça nous parait évident.

Vous serez au Trianon à Paris le 20 novembre prochain. C’est une date plus importante que les autres ?

Oui, parce que c’est là où les grands médias viendront nous voir, nous le savons. On est attendu à Paris. Beaucoup vont vouloir voir ce que ce groupe de province vaut (rire).

Tu n’es pas trop crevé ?

Un peu, mais je ne me plains pas. Ce n’est que du plaisir…

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Après l'interview, le 14 juillet 2015, au Village du Tour de France à Tarbes.

10 août 2015

Radio Elvis : interview pour Platine "notre rapport à la variété"

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1554548_1610620372543084_5360841798847029610_n.jpgAprès Dominique A (dont les propos ne sont pas passés inaperçus), Juliette, Didier Wampas, Christophe Mali (de Tryo) et Ben l’Oncle Soul , c’est au tour du jeune groupe Radio Elvis (mélange de rock et de chansons poético-universelles) de répondre à mes questions au sujet de la variété (pour le magazine Platine, meilleur ambassadeur pour ce genre musical). Je suis ce trio depuis le début de sa formation (le chanteur Pierre Guénard à même été mandorisé en avril 2014) et regarde leur progression aussi magistrale que rapide avec beaucoup d’intérêt et de curiosité. Pour tout dire, je suis très amateur de ce que font ces trois garçons et je ne peux qu’espérer qu'ils aillent très loin. Il ne faut pas être devin pour constater que c'est déjà bien parti pour Radio Elvis. Le label [PIAS] (un des meilleurs de France), des concerts en pagaille, un album à venir (après deux EP)... la route sera longue et belle.

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Voici le nouveau clip de Radio Elvis, "Au Loin Les Pyramides", premier extrait du nouvel EP « Les Moissons » paru ce 10 juillet.

Voici quelques photos de l'après interview, le 24 juin 2015, sur la terrasse d'un café de Chatelet. Pierre Guénard et Colin Russel se prêtent (volontiers?) au jeu des clichés mandoriens.

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26 juillet 2015

Festival Pause Guitare 2015 : Bilan, interviews, photos...

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11025754_871154502907370_5292257525349163247_n.jpgPause Guitare a fêté cette année sa 19e édition, à Albi. C'est le premier évènement du Tarn et certainement un des festivals les plus fédérateurs dans le grand sud (ici, vous pourrez lire les valeurs de Pause Guitare). C'est un événement unique de par le nombre de personnes reçues, sa qualité artistique et ses conditions d'accueil, tout public confondu. La ville se retrouve aux couleurs du festival, le temps d'une semaine.

J'ai connu ce festival grâce à son président, Alain Navarro, que je fréquente quatre jours par an Serge Beyer Longueurs d'Ondes.jpgdepuis quatre ans. Nous sommes tous les deux membres du jury du Pic d'Or (tremplin de chanson française basé à Tarbes) et c'est ainsi que j'ai appris à connaître l'homme qu'il est. Gentil, généreux, passionné et certainement le type le plus intègre que je connaisse. Chaque année, il nous invite à son festival. J'ai décliné deux ans et "obtempéré" depuis l'année dernière. Et que je ne le regrette pas! Artistes nationaux et internationaux de qualité incontestable, accueil comme j'en ai rarement vu, organisation sans faille, passion et positivisme à tous les coins. Impressionnant!

Cette année, je vous raconte "mon" Pause Guitare". Ce que j'ai vu, ceux que j'ai interviewé... le tout enrichi de photos (merci les photographes du festival) et d'interviews filmées (merci Thierry Cadet de Horscène)

Une petite rétrospective en images avant de commencer, afin que vous voyez ce que vous avez loupé... et une bonne façon, aussi, de vous mettre dans l'ambiance.

Le festival a commencé la veille (jeudi 9 juillet) avec Moriarty, Angus & Julia Stone, Status Quo et Charlie Winston (rien que ça!)... mais comme, je n'étais pas là, je ne peux pas vous en parler.

Je préfère évoquer ce que j'ai vu de mes yeux vus. Ainsi, pour moi, tout commence le vendredi 10 juillet.

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Autant vous le dire, c'est la soirée qui a affiché complet depuis des mois. La soirée "variété". Commençons avec les Fréro Delavega. Je vais être très franc. C'est exactement ce que je n'aime pas dans la variété. Des textes insipides (ce qui est incompréhensible quand on sait que les deux amis ont bénéficié du talent d'auteurs tels que Ben Mazué, Barcella, Tété) et des musiques trop simplistes (j'en connais qui dirait que les mélodies sont là!). Je n'aime pas. Mais je dois reconnaitre que le public a été très enthousiaste et qu'ils ont fait le boulot (leurs musiciens sont excellents). Si ça ne m'a pas touché, le public l'a été.

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Par contre, les Fréro Delavega, ne vous prenez pas pour ce que vous n'êtes pas encore. Ce comportement est inqualifiable, surtout quand on débute... ce genre de lapin ne passe pas inaperçu (ni du public, ni de la presse locale). Les fans n'aiment pas qu'on ne le respecte pas, voire que l'on se foute de leur gueule. (J'ai déjà du mal quand Bob Dylan ne joue pas le jeu, alors les Fréro Delavega...).

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Ensuite, il y a eu Soprano. Très honorable prestation. Ambiance de folie. Je ne suis pas dans la cible visée, mais je reconnais au garçon un talent textuel non dénué d'intérêt. La musique me touche moins. (En plus, il est fan de Balavoine, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je sais, l'objectivité se niche là où elle veut.)

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Du monde, quand même...

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Ah! Yannick Noah (mandorisés parfois, un truc qui s'est passé entre lui et moi en 1997 et deux interviews plus "normales")... Autant il m'agace dans ses prises de positions politiques, autant je l'aime bien quand je suis en face de lui. Nous nous sommes toujours bien entendus dans le cadre d'une rencontre professionnelle. Mais bon, ses chansons frisent souvent la démagogie (ça me fait suer de l'avouer puisque c'est la bande à Goldman qui écrit pour lui). Bref, ce soir-là, une heure de tubes. Donc, une heure de public en délire. Là aussi, je peux dire que Noah a fait ce qu'il fallait pour que le public suive. Très belle énergie et très belle performance!

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Et soudain Calogero. J'aime bien cet artiste, depuis longtemps. Je l'ai interviewé très souvent et ce depuis ses débuts avec son premier groupe, les Charts. Il fait de la variété haut de gamme. Belles chansons, belle voix, belle mélodie. Une carrière truffée de tubes que l'on a d'ailleurs pu entendre ce soir-là. Le public a beaucoup apprécié. Peut-être aurait-il pu/dû plus communiquer avec lui?

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Le lendemain, j'assiste à L'Athanor, dès 16h, au tremplin "Découverte Chanson". Le jury est composé de professionnels du spectacle, mais aussi du grand public, sensibilisé aux enjeux de la scène française actuelle. 5 artistes ou groupe issus de toute la francophonie, choisis pour leur talent, jouent durant 25 minutes chacun. L'ordre de passage est fait par tirage au sort. 3 jurys votent ensuite: les professionnels, le public et le jury La Dépêche du Midi. A l'issue de ces délibérations, chaque jury délivre sa propre récompense: une date de concert de la part des professionnels, un soutien en communication de la Dépêche du midi et 1000 euros fourni par La Poste pour le vote du public.

Voici les artistes de cette année:

Monsieur Martin: "Un monsieur tout-le-monde que l’on croise chaque jour, sans jamais lui porter attention. Monsieur Martin n’est personne mais peut-être n’importe qui. Dans cet album concept, chaque titre est l’épisode d’une histoire et où l’ensemble constitue le film d’une vie. Celle de Monsieur Martin. Homme ordinaire le jour. Tueur en série la nuit. Le tout bercé par des musiques lancinantes et une écriture volontairement tranchante, sans concession. Avec ce projet aux multiples facettes, Monsieur Martin veut amener le public à découvrir toute l'étendue créative et esthétique que le Hip Hop propose." Cet artiste est intéressant, mais clivant... et pas encore tout à fait abouti. 

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Willows:  "Willows (Geneviève Toupin) est née du désir de sa créatrice de se rapprocher de ses racines franco-manitobaines, anglophones et Métis. Depuis la sortie de son premier album en 2009, elle apporte un vent de fraîcheur musicale qui a fait voyager ses chansons au Canada, aux États-Unis et en Europe, remportant plusieurs prix, dont le Western Canadian Music Award pour l’album francophone de l'année." Jolies chansons, jolie voix, mais un air de déjà entendu de multiples fois. 

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K! est le projet de Karina Duhamel. "Auteur, Chanteuse et bidouilleuse de sons et de mélodies. Autodidacte, Karina a, au démarrage du projet, ressenti la nécessité de s’entourer de musiciens, de machines, pour donner corps à des univers délirants et décalés. Après quatre années d’existence ponctuées de récompenses et de  reconnaissances professionnelles Karina affirme aujourd’hui sa singularité de chanteuse-conteuse de rêves." Je l'aime beaucoup. Elle a participé au Pic d'Or il y a un an. J'avais adoré. Elle a participé au Prix Georges Moustaki cette année, malgré les problèmes techniques, elle avait assuré. Bref, je suis très amateur de son travail. Et sa prestation à L'Athanor fut tout simplement une merveille de bizarrerie et de drôlerie. Elle a remporté une prestation sur une scène pour la prochaine édition du festival Pause Guitare.

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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L'occasion de l'interviewer sur un banc public (Georges B, si tu nous lis)..

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Interview de K :

Ce genre d’après-midi où plusieurs artistes se produisent et où l’un deux va remporter un prix, tu estimes que c’est un combat ?

Pas du tout. Ce n’est pas une lutte. Pour tout te dire, je ne savais même pas que c’était un concours. Je viens de l’apprendre. Moi, je suis venu pour la rencontre et du partage. En fait, les premières rencontres se sont faites ce matin, au petit déjeuner, avec Barbara Weldens et Denis K.

Une demi-heure, ça suffit pour montrer son univers ?

Non, c’est une catastrophe. 25 minutes, c’est affreux, en fait (rires). Habituellement, nous travaillons sur des formats de 50 minutes. C'est hyper frustrant.

La difficulté principale est donc de décider quelle chanson enlever ?

Exactement.  Il faut trouver une cohérence dans son set. Ne pas faire trop de titres du même genre. Il faut à la fois donner un éventail de ce que l’on fait et ne pas être trop éclectique pour ne pas dérouter ceux qui nous découvrent. Je ne veux pas qu’ils se disent « mais qu’est-ce qu’elle fait ? Ça part dans tous les sens, nous sommes perdus ! » Il faut parvenir à recréer un mini fil rouge.

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Tu regardes les autres artistes ?

Oui. Là, je sors de Barbara Weldens. La claque. Je me suis dit qu’il y avait plein de choses de bien et ça m’enrichit encore plus. Avec Barbara, c’était une vraie rencontre. On va se revoir après Pause Guitare, c’est sûr.

Barbara Weldens et toi, vous êtes un peu les deux foldingues de ce tremplin, voire de la chanson francophone. Je vous trouve plein de points communs.

Nous avons toutes les deux un truc un peu démentiel, un peu sombre. Comme moi, elle a un regard un peu drôle sur la vie… et un peu grinçant.

Tu as déjà un EP 6 titres. Tu évolues vers quoi aujourd’hui?

Le concert est en train d’évoluer vers un spectacle. J’avais très envie d’y inclure du décor et une mise en scène. Je défends l’idée qu’il faut rêver et faire rêver. Sinon, le disque est en préparation et devrait sortir en septembre 2016.

Je crois savoir que tu vas faire quelques résidences.

A partir du mois de septembre prochain, nous allons effectivement en faire sur Lille et Paris. Ensuite, présentation du spectacle en fin d’année avec des nouvelles et des anciennes chansons, arrangées pour que je choppe les gens et que je les emmène en voyage avec moi.

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Denis K : "En 1976, Charles Aznavour chantait « mes amis, mes amours, mes emmerdes ». Presque quarante ans plus tard, c’est au tour de Denis K d’évoquer « nos vies, nos bordels ». Chez Denis, les accords résonnent avec les corps, les notes roulent comme les doigts sur le dos et l’amour est tout sauf un jeu où l’on gagne à tous les cou(p)s." Personnellement, j'ai apprécié ses chansons, mais il lui manque de l'assurance et un peu d'énergie supplémentaire. Disons qu'il est sur la bonne voie, mais qu'il n'est pas encore certain de prendre le bon chemin. Il hésite. Il faudrait qu'il assume.

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La gagnante du tremplin "Découverte Chanson" s'appelle Barbara Weldens (prix du public et prix des pros). Elle a tout raflé. Et pourtant, pour moi, une parfaite inconnue.

"Foutraque, folle, langoureuse, tendre, drôle, impertinente, délirante, déjantée, emportée… elle ne cesse de passer d’un registre à l’autre, de jouer de sa voix et de son corps. Son piano se fait tour à tour tendre et violent, mélodieux ou discordant, grinçant ou drolatique."

J’avoue avoir été impressionné par le talent vocal de la demoiselle. Carrément époustouflant ! Je regrette juste le sujet de ces chansons. Il serait souhaitable qu’il soit plus universel. Que le choix des thèmes qu’elle évoque touche plus de monde. Mais, elle déboule dans le milieu de la chanson française, laissons-lui le temps de s’installer.

Voilà, ce qu’en dit Michel Gallas pour le site Hexagone.Athanor_BarbaraWeldens02_LilianGinet.jpg

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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Interview de Barbara Weldens :

Vous avez gagné le tremplin, alors que vous détestez ce genre de concours. Pourquoi êtes-vous venue alors ?

Parce que j’ai fait confiance à ma manageuse, Dany Lapointe. C’est une femme « entourante ». Cela fait plusieurs fois qu’elle me met sur la bonne voie. Ce tremplin me semble fait pour donner à chacun sa chance et pas pour casser les artistes. Chacun à ses talents et chacun repart avec sa dose de reconnaissance.

Vous avez rencontré K et je crois savoir que cela s’est bien passé.

Je trouve que ce qu’elle fait est énorme. Je suis contente qu’elle puisse revenir l’année prochaine ici en concert véritable, comme moi. Je ne sais pas encore ce qui nous relie, mais nous sommes reliées, c’est sûr.

Moi, je ne vous connaissais pas du tout, j’avoue que vous m’avez bluffé.

Je viens d’arriver sur le marché, donc c’est tout à fait normal (rires).

La question idiote : vous êtes heureuse d’avoir gagné ce tremplin ?     

Ce n’est pas d’être la préférée qui fait plaisir, c’est la reconnaissance. Aujourd’hui, je me dis que mon travail a été reconnu. Ça ne m’est jamais arrivé officiellement.

Que pensez-vous de l’accueil de Pause Guitare ?

Nous sommes reçus comme des stars. Je n’ai pas l’habitude de ça et j’avoue que ça me touche au plus haut point. Tout est prévu pour que l’on se sente bien. Tout est très bien organisé. Les régisseurs sont juste des petits génies.

Vous n’avez pas encore de disque, je crois.

J’ai juste un EP. Pour le moment, on peaufine ce que l’on veut donner sur scène. L’enregistrement est prévu pour l’année prochaine.

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(Après l'interview, K! nous a rejoint pour la photo classe, à ne pas confondre avec la photo de classe).

Ici, Barbara Weldens, Denis K et K réunis pour la photo finale.

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(Photo : LongueurDondes.com)

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Alain Navarro, Président du festival Pause Guitare, reçoit Dominique Janin à Albi, et évoque les difficultés financières rencontrées par cette dernière avec le festival Alors... chante ! dont elle est la nouvelle Présidente.(Vidéo réalisée par Horscène.)
http://www.alorschante.com

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Interview de Dominique Janin:

Vous allez reprendre le festival Alors Chante qu’on annonçait mort…

Il n’est pas mort en effet. Il y a eu beaucoup de changements. Nous sommes en redressement judiciaire renouvelable. Il y a six mois d’observation. J’ai repris la présidence car il est hors de question que l’histoire s’arrête. Nous travaillons avec la société Abacaba. Du coup notre association à la fois bénévole et associative se déroule très bien. Nous, on se garde ce qui est découverte. C’est notre tasse de thé, notre ADN. Nous avons un concert de soutien le 12 septembre à Castelsarrasin. Nous déménageons car nous nous sommes fait virés de Montauban. Plus de subvention, plus rien… nous étions trop engagés, je pense.

C’est un travail phénoménal qui vous attend !

Il est déjà entamé depuis le mois de janvier. Il a fallu refaire tous les dossiers. On a continué a travailler sur les écoutes « découvertes ». Je suis contente, parce qu’il y a Barbara Weldens qui est là. Elle fait partie de nos découvertes 2015.

Personnellement, quel lien avez-vous avec Pause Guitare ?

Un énorme lien affectif et depuis très longtemps. Avec Alain Navarro, nous sommes de vieux routards, des gens très proches et très respectueux l’un de l’autre. Il est toujours à mes côtés dans mes moments d’interrogations, de doutes… et de doutes cruels aussi. Alain est toujours là. C’est un homme extraordinaire.

J’ai vu une larmichette quand il vous a présenté sur scène pour annoncer que vous repreniez le bateau « Alors Chante » qui coulait.

Je crois qu’il ne faut pas trop me brancher là-dessus, parce que je sens que je repars. C’est un des paris les plus importants de ma vie professionnelle.

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Le soir, à Pratgraussals, le premier artiste est un bluesman norvégien, Bjorn Berge. Il maîtrise à la perfection sa guitare à 12 cordes. L'artiste, à la cool, assis sur une chaise, a plaqué sa guitare sur des standards du blues ou des titres originaux. Il a électrifié l'auditoire.

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Place à Étienne Daho. Le roi de la pop française était dans une forme éblouissante. Il a aligné ses succès les uns après les autres, laissant place parfois à une chanson tirée de son album le plus récent, Les Chansons de l'innocence retrouvée. Les gens de ma génération replonge dans les meilleures années de leur vie. Les années 80-90 sont marquées par les chansons de Daho et toutes les retrouver a été un régal. Le public a bien suivi le maître de l'electro pop "made in France".

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Daho avec ses musiciens (avant son concert).

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Daho avec pas ses musiciens (après le concert)

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Asaf Avidan, j'étais très curieux de le voir sur scène. Le ravissement total  Sa voix presque surnaturelle file les frissons. Je pensais assister à un concert plan plan, j'ai vu un show énergique entre blues, rock, jazz, pop... La classe absolue.

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Avec Frah, leader de Shaka Ponk, juste avant de monter sur scène. (Photo : Robert Doisneau, comme chacun peut s'en douter.)

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Quelques secondes avant le top départ scénique. Le calme avant la tempête.

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La tempête est immédiate. Un show son et lumière de toute beauté et diablement efficace. J'émets quelques bémols sur leur musique. A la base, ce n'est déjà pas ma tasse de thé, mais on a l'impression d'entendre le même morceau pendant une heure. Cela dit, je n'ai pas boudé mon plaisir visuel et les spectateurs ont pris leur pied. Plein les yeux, plein les oreilles, Shaka Ponk excelle en la matière. Quelle énergie!

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Le dernier jour arrive (malheureusement).

Retour à L’Athanor. Pour l’après-midi Scène talent.

Jesers, je le suis depuis le début de sa carrière. Je l’ai mandorisé là en 2011 et il a participé au Pic d’Or 2013 et a remporté deux prix, le Pic d’Argent et le prix du public. Nous nous sommes donc croisés souvent. Auteur interprète de la nouvelle scène française, c’est un amoureux des mots et de leurs sens. « Citoyen et conteur aux racines métissées, son univers musical est une rencontre entre plusieurs cultures, un voyage en chanson world emprunte de poésie urbaine. Avec son opus «J’aimerais qu’on sème», il nous invite à bord d’un nuancier coloré et positif dans lequel il aborde ses racines, de la France à L’Afrique, du Cap Vert au Sénégal, pour tracer des horizons tous liés aux événements de notre monde et où l’importance des mots illuminent les rimes ». Il est le vainqueur du tremplin "Découverte Chanson" Pause Guitare 2014. Cela m’a fait plaisir de le revoir ici.

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Je dois vous avouer que Jesers m’a tiré des larmes pendant l’interprétation de ses chansons. Ses textes sont si sublimes. Ils prennent aux tripes sans ostentation (je ne sais pas comment il fait, mais il est très fort)… et comme je suis fier, je tentais de faire en sorte que ça ne se voit pas. (Oh ! J’ai une poussière dans l’œil !) Je pensais être le seul à tenter à retenir mes larmes. Après enquête poussée (je suis journaliste d’investigation) auprès de mon entourage, il se trouve que nous étions nombreux dans ce cas.

Quand soudain, il dit en me regardant : « Je vais maintenant faire mon dernier titre. Et je ne sais pas pourquoi, j’ai envie de le dédier à François ». Salaud ! Putain, moi, je suis un petit être sensible. J’ai écouté le texte. Il m’a tellement parlé que le ruisseau qui attendait de sortir a fini par sortir. Un geyser. Merci Jesers.

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Après "l'effort", le réconfort de la rencontre avec le public.

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Interview de Jesers : 

Comment as-tu vécu ton Pause Guitare ?

Nous sommes là depuis mercredi. Je vais voir plein de concerts. J’ai dit à mes deux amis et musiciens, Marc et Philippe, qu’il fallait faire nos prestations le mieux possible. Tout le monde se donne à fond, nous devons en faire de même.  

Je viens de voir ta prestation. J’ai l’habitude d’assister à tes concerts, mais c’est la première fois que je te vois avec un batteur.

Nous avons fait en sorte que la batterie ne parasite pas le texte. Nous avons cherché le bon dosage et je pense que nous l’avons trouvé. La batterie ne peut pas rentrer sur tous mes textes. Nous avions une écoute à deux et nous souhaitons que l’écoute soit similaire à trois. Philippe a fait et continue à faire des efforts dans ce sens… et il y parvient brillamment. 

Aujourd’hui, le public a été très chaleureux. Nous avons été nombreux à être très émus. Moi, perso, des larmes ont coulé, sans savoir pourquoi.

J’ai vu beaucoup d’émotion et ça m’a touché aussi. L’émotion, le public ne peut pas l’avoir seul. C’est qu’il se passe quelque chose sur scène. Ça peut paraître bizarre, mais moi aussi, je suis parfois bien pris par ce que je dis.

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Tu vois les réactions des gens quand tu es sur scène ?

Oui, j’ai vu la tienne par exemple. Je t’ai regardé parce que tu étais bien en face de moi. J’ai vu ton émotion. Je ne te savais pas si sensible… et c’est ça qui m’a donné envie de te dédicacer ma dernière chanson. Le texte t’allait parfaitement.

C’est la première fois qu’un artiste me regarde dans les yeux lors d’un concert et qu’il me dédie une chanson. Et une putain de belle chanson. Là, je t’avoue, j’ai craqué.

J’ai vu (sourire).

Qu’elle est ta relation avec Pause Guitare ?

C’est une relation très intense. Avec Alain Navarro, avec le public d’ici, les bénévoles… il y a vraiment une belle relation. Mon batteur, Philippe, vient pour la première fois et il m’a dit « mais qu’est-ce qu’on vous aime ici ! »

Vous avez eu le droit à une standing ovation.

Oui. On n’en revient pas. J’avais l’impression que c’était notre anniversaire aujourd’hui.

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Après Jesers, place à Nevché. J’adore. « Avec « Monde Nouveau Monde Ancien », son premier album sorti en 2009, puis « Le soleil brille pour tout le monde ? », une mise en musique de textes inédits et militants de Prévert en 2011, Frédéric Nevchehirlian, désormais appelé « Nevché », a tracé une route sinueuse et singulière entre rock, slam et chanson.
Un nom compliqué, un genre indéfinissable, une démarche de développement artisanale et militante, ce capétien de français n’avait pas tous les atouts pour vivre de sa musique dans le contexte que nous connaissons depuis une décennie. » Son dernier album Rétroviseur est un pur joyau. J’étais content de le voir sur scène… et de l’interviewer.

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(Photo : LongueurDondes.com)

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(Photo : LongueurDondes.com)

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Interview de Nevche:

A la fin de ton concert, tu as rendu un vibrant hommage au boss de Pause Guitare, Alain Navarro.

Je fais rarement ce genre de chose. Comme il y a un climat de tension dans le monde de la culture, des choses pas toujours positives, je voulais dire dans un micro, devant témoins, qu’il y a des gens qui sont fidèles, qui prennent le temps, qui nous laissent nous tromper. Ils nous permettent de revenir, de nous installer dans la durée. La vie, ce n’est pas qu’un coup. C’est dans la durée, ça s’étale. Il m’a accueilli avec mes différentes formations et ensuite en solo. Il m’a toujours suivi avec une fidélité désarçonnante.

Un jour, il t’a mis en première partie de Dick Annegarn.

Il a eu l’élégance de nous mettre au contact d’un grand monsieur de la parole et de la chanson. Il fait en sorte que l’on se rencontre ou pas. Il ne fait pas l’entremetteur, il laisse exister les choses. Depuis, avec Dick, nous n’avons cessé de nous croiser et de nous recroiser. Alain Navarro initie les choses dans la discrétion. De par ma culture arménienne, je suis sensible à cela. Les arméniens sont en retrait. Ils n’aiment pas dire les choses. Je ne veux rien ajouter. Je viens de dire sur scène que je l’aimais profondément, que c’était quelqu’un d’important. J’aime dit qu’il était un phare pour moi. Je ne voulais pas être impudique, mais politiquement, je trouvais qu’il était important que les gens sachent que ce genre d’homme existe. Ils sont rares.

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Je viens d’être témoin d’une conversation entre toi et Jesers. Tu l’as félicité et a été touché.

J’ai beaucoup apprécié sa douceur et sa tendresse. C’est une valeur politique, aujourd’hui, pour moi. Je n’aime pas tous les styles de musique, je ne suis pas sensible à tout, mais j’aime voir la beauté où elle se trouve. Je suis une tête chercheuse de beauté. J’aime aller vers le beau des gens. On est tous des connards, des incompétents. On a tous nos travers… mais ce qui me plait, c’est la beauté des gens. Serge, Jesers, geyser de beauté, geyser de simplicité. Il a une force de douceur et d’empathie.

Dans ton concert, il y a beaucoup de tendresse, mais aussi beaucoup de folie. Il faut trouver le bon équilibre pour que le public puisse s’y retrouver?

En fait, je ne me pose pas la question de la réception du public, je me pose la question de mon équilibre intérieur. Si je me sens équilibré intérieurement, mélange de délicatesse extrême et d’énergie extrême, tout se passe bien. Je livre au public, avec honnêteté, mon grand écart.

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Là encore, j’étais très impatient de voir Karimouche sur scène. J’en ai toujours entendu le plus grand bien et son deuxième album reçu il y a deux mois, Action, m’avait beaucoup plu. « Son premier album, Emballage d’origine, avait été une révélation en 2010 et, depuis, elle s’est abonnée à la scène : chanteuse, rappeuse, comédienne. Une musique inspirée d’Afrique du Nord, de la chanson française et de la culture urbaine, de la France métissée et de l’insolent talent d’une personne hors norme.Voix forte et sereine, rimes franches et intimes, elle fait résonner ses nouvelles chansons comme un grand tournoiement à la fois assassin et tendre. » Son show d’une heure était très convaincant. Drôle, beau, émouvant. (Et de sacrés musiciens derrière elle).

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(Photo : LongueurDondes.com)

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Interview (express) de Karimouche:

Tu aimes ce genre de configuration. Trois artistes présentant leur répertoire en une heure ?

Oui, j’aime cela. Les co-plateaux sont très vivants. On rencontre plein de gens et surtout, on découvre d’autres artistes. C’est enrichissant. Cet après-midi, j’ai découvert Jesers qui m’a impressionné et je connaissais Nevché que je respecte beaucoup.

Tu viens de sortir un nouvel album… tu as joué quelques morceau qui y figurent.

 

Quand tu fais une heure, le choix des chansons est complexe à faire. Je fais tout mon répertoire, mais en accélérant le tempo (rire). 

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Connaissais-tu Pause Guitare ?

Je connaissais de nom et de réputation, mais je n’y avais jamais participé. Je suis donc très heureuse et très flattée d’avoir joué ici. Le festival est génial, les bénévoles sont supers. Toutes l’équipe technique est très agréable et efficace. Ce n’est pas partout que cela se passe ainsi. Ici, il y a quelque chose de différent. Quelque chose de positif. C’est un bonheur de venir jouer ici.

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Et le soir à Pratgraussals... Hindi Zahra. Pour je ne sais plus quelle raison, je n'ai pas été attentif à son concert. J'ai entendu au loin ces chansons soul-folk-jazz où affleurent ses origines sud-marocaines.

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Enfin, Cali débarque. La big claque. Je ne l’avais plus vu en concert depuis longtemps, (même si je le mandorise parfois, voir et ). Il me semble qu’il est le chanteur français le plus performant sur scène. Un concert insensé où l’on sent l’amour qu’à l’artiste pour son public et sa joie incommensurable d’être sur scène. Énergique, positif, joueur.

Quel plaisir de le voir chanter ses succès (mais pas que), courir dans tous les sens, aller dans la foule sans « garde du corps », faire monter les photographes et jouer avec eux, appeler une jeune femme pour qu’un bénévole de Pause Guitare fasse sa demande en mariage… Il transmet son enthousiasme d’être là et nous, on l’admire pour cela. Et on est impressionné. 

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Celle-là, elle est de moi. C'est donc, évidemment, la photo la plus belle. (Hein?)

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Avec Dieu le père, Alain Navarro.

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Et pour conclure Pause Guitare cru 2015, une photo de Bob Dylan. (Si, il est là, au fond, quelque part...) Reste chez toi Bob. Si tu ne veux plus te montrer, dire bonjour, respecter ton public, donner un peu de toi, faire plaisir aux gens qui donnent de l'argent pour venir te voir. Je pourrais dire "I was here"... mais je n'ai pas vu grand chose... (Bon dieu, en plus, il est passé après Cali. Le jour et la nuit. Le meilleur et le moins bon (je parle scéniquement, bien sûr). 

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Et un grand merci à Alain Navarro, adulé de tous (voir la photo du journal des bénévoles, ci-dessous) et grand ordonnateur de ce festival.

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Pour terminer, voici une interview du maestro de l'organisation par Thierry Cadet pour Horscène. Alain Navarro dresse un premier bilan de Pause Guitare version 2015 qui a rassemblé près de 48 000 festivaliers. Et surtout, vous verrez toute l'humanité que dégage cet homme. Que j'aime.

A lire ici, un article de La Dépêche sur le bilan très complet de cette année.

Merci à toute l'équipe d'Arpèges et Trémolos, tous les bénévoles (en particulier Tristan Leouek, notre ange gardien et Christelle Canaby qu'on a dérangé pour un oui ou pour un non et qui gardait toujours le sourire), les photographes (ultra talentueux) de Pause Guitare (sans qui cette chronique n'aurait aucune raison d'être.)

Richard : www.richardstorchi.net

Jean Luc : 500px.com/Jean-LucClercq-Roques

Mary : www.mrscustomspics.com

Melanie : www.memaile.fr

Lilian : www.lilianginet.com

Jean : www.facebook.com/chasseur.delumiere.9

Damien : eyelivephoto.com

MC : marioncadillac.fr

Fabien : fabien.espinasse@gmail.com

(Et merci aussi à Serge Beyer : LongueurDondes.com, dont voici l'excellent compte rendu du Festival.)

 

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08 juillet 2015

Dimoné : interview pour Bien Hommé - Mal Femmé

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(Photo : Guillaume Bonnefont)

Je me demande parfois pourquoi untel ou untel n’a pas la visibilité médiatique qu’il mérite. Dans le cas de Dimoné (15 ans de présence dans le paysage musical hexagonal), j’espère que cela ne va pas tarder. Une richesse textuelle comme la sienne est rare. On dit de lui que c’est un « être utopique et exigeant, rêveur lucide et facétieux logique ». Bien Hommé - Mal Femmé, son dernier album, devrait convaincre tout le monde.

Je suis allé le voir à la Boule Noire, le 31 mars dernier. Le choc. La claque.

Le type m’a impressionné. Un rockeur charismatique comme on en fait plus. « Les mots rebondissent à force d'allitérations, de formules désossées ou de phrases à tiroirs. » La musique (guitares tranchantes) transcende l’auditoire. L'homme chante autant qu'il parle, explose les contraintes formelles et utilise de drôles d'instruments (toy piano, bouzouki irlandais, percu de lutrin, onde à bulle...) pour créer ses mélodies d’une efficacité redoutable. Impressionnant et magistral.

Le 2 juin dernier, le montpelliérain d’adoption est passé à Paris. Une visite à l’agence s’imposait. Et c’était bien. Des réponses inhabituelles, entre poésie, allégorie et métaphore…

dimoné,bien hommé,mal femméArgumentaire de l’album :

Bien hommé mal femmé nous invite dans sa chevauchée sur un territoire des genres et de l’intime. Onze chansons audacieuses. Ces cavalières réelles ou fantasmées par Dimoné le bien nommé, sont, elles-mêmes, l’allégorie batailleuse de ses tourments convertis en rêverie, en souhaits ou en formule de sorcier blanc. On y désire et on y extrapole l’insupportable solitude, on s’accompagne dans les origines, et on s’aventure orgueilleusement dans son univers où l’ombre peut s’avérer lumineuse. Après l’écoute de cet album on sait que le sentiment est minéral et le sensible une odeur. Indissociable compagnon de scène de Dimoné depuis les débuts, Jean-Christophe Sirven a réalisé cet album.

Dimoné n'est pas de ces dociles caboteurs longeant le rivage. Il préfère mettre cap au large, chercher les remous. Ce poète-cartographe sillonne d'impétueux courants intérieurs, vogue de rêves en fantasmes, essuie doutes et constats. Pour finalement jeter l'ancre en des territoires inexplorés, entre 40e rougissants et 50e urgents, là où la pudeur le dispute à la sincérité, le sacré au secret, le rageur au tendre. A rebours des chroniques du quotidien, son écriture affûtée aspire à l'universel. Sa plume caresse l'homme « au plus près de l'os », cisèle le verbe avec élégance, au gré des jeux de mots et doubles sens. D'une voix pénétrante à la fois grave et soyeuse, il distille une poésie sans fard, presque charnelle, posée sur une pop mélodique portée par les guitares. Dandy démon, Dimoné grésille, irradie, bouillonne, crépite et éclabousse. Il nous invite à suivre une odyssée singulière et inspirée au creux de ses tourmentes, qu'il défie, pour mieux les vaincre, telles de délicates fortunes de mer.

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 (Photo du haut et celle de l'ouverture d'interview : Flavie Girbal du site Hexagone)

dimoné,bien hommé,mal femméInterview :

Pour bien connaître ton travail, il faut te voir sur scène ?

C’est tout à fait la réalité. La naissance de ce monde intérieur que sont la compo, la création et les tourments, tout cela n’a de sens parce qu’il y a un public. La rencontre se fait plus sur scène que sur disque.

Certains font des chansons pour exorciser leurs tourments intérieurs.

Moi, c’est aussi beaucoup pour en vivre. Je commence par cet axe-là qui est le moins glamour de tous. Par cette idée d’en vivre, je me dois d’être encore plus vivant. Je ne vais pas faire la manche sur scène. Je vais même chercher à voir si on a envie que je vive. C’est la vie, la mort. Le pouce en l’air ou en bas. On me like ou on me délike.

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(Le 9 juin 2015, au Théâtre de la Mer à Sète... une semaine après l'interview)

Tu es dans cet état d’esprit à chaque fois que tu montes sur scène ?

Oui. La scène est un endroit hostile. Ce n’est pas cool. Ce n’est pas comme ce canapé où je suis assis. Il y a bagarre.

C’est un match de boxe ?

C’est ça. C’est une zone où il y a des snipers un peu partout. Même si je me dis que mon public est bienveillant, je me dois de faire attention. Je suis dans le viseur de tous. C’est une manière de me mettre en éveil.

Clip de "Un homme libre" extrait l'album Bien Hommé - Mal Femmé

Tu as commencé ta carrière à Montpellier en 1986 et tu as fait un nombre considérable de concerts depuis. Tu ne te laisses jamais gagner par l’habitude ?

Je pense qu’il y a plein de choses que je faisais de manière animale et instinctive. Avec prudence. A une certaine époque, quand j’ai commencé à chanter,  je me trouvais très gendre idéal. Avant, je me planquais derrière des chanteurs qui se cognaient le boulot à ma place. J’ai cheminé vers ce poste de calendre de bagnole pour arriver à représenter son intériorité, ses états d’âme et ses fragilités.

De qui parles-tu ?

Du personnage. Oui, il fallait que je crée un personnage. Disons même qu’il est apparu.

Comment est-il apparu ?

Comme personnellement, je me refuse de formuler trop de choses, parce que j’ai peur de les tuer en les disant, je me suis dit qu’il fallait qu’il y ait une personne munie de plus d’audace que moi. Il fallait que je lui donne la possibilité de rencontrer plus de gens, d’être infréquentable, d’avoir une part féminine énorme et d’être ingérable. Il faut que je laisse à ce personnage, cette liberté-là.

A ce double ?

Oui, à ce double. Toi qui es gémeaux comme moi, tu comprends ce que je te dis. Cette histoire de dualité que l’on raconte sur notre signe astrologique m’arrange bien. Tout à coup, il y a cet individu  qui s’accapare de moi.

Il est comment?

Je l’identifie un peu plus qu’avant. Il peut être plus sympathique que naguère. J’accepte un peu plus sa part de lumière.

En fait, tu te planques derrière lui.

(Ironique) Tu crois ? Je me planque surtout derrière ma moustache. Ce personnage que j’incarne sur scène est aujourd’hui un mélange de tendresse et de folie. Pendant une fenêtre d’une heure et quart sur scène, je peux mieux purger cette histoire de l’existence, ce gros théâtre de nos vies.

"Soiñons nos rêves", extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé, en concert à Montpellier au Rockstore le 21 novembre 2014.  

Là, nous faisons une interview. Aimes-tu parler de toi et de ton œuvre ?

C’est intéressant que tu me poses cette question-là. Hier, je me faisais cette réflexion. C’est sympa que l’on sache ce que je fais. Me raconter est une action, pas uniquement une thérapie. On passe beaucoup de temps à parler de soi. Ton boulot est de récupérer et glaner des infos, nous sommes des prairies d’artistes pour gagner ta vie, et pour gagner la mienne, il faut que la raconte. Quand je monte à Paris, je sais que ce n’est pas pour visiter la Tour Eiffel. La question est : comment être exciter à  dire les choses.

Cet album est, je crois, ton disque majeur. Celui qui t’a révélé à un public nettement plus large qu’auparavant.

Je ne suis pas quelqu’un de fondamentalement ultra confiant en moi. C’est pour ça que j’ai demandé à ce fameux Dimoné de prendre ma place. L’environnement et le côté sacré des choses ont fait qu’il s’est passé des évènements qui ne se sont jamais tenus sur mes précédents disques.

Lesquels par exemple ?

L’accompagnement par FIP ou le coup de cœur de l’académie Charles Cros 2015. J’ai l’impression que je suis un perdreau de l’année, alors que bon.

Tu as près de 15 ans de carrière et on ne te récompense qu’aujourd’hui. Ça te fait quoi ?

Ça m’amuse, mais personne ne me dois rien et ça fait très plaisir. Pour me protéger, je me dis toujours que la soirée ne sera pas bonne, mais là, si on me dit que mon disque est bien, je tente de savourer. J’ai 48 ans et je vis de ce métier depuis peu. Ca calme mes éventuels ardeurs.

Clip de "Venise", extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé.

Comment vis-tu la dépossession de tes chansons ? Quand elles sont terminées et enregistrées, elles ne t’appartiennent plus, non ?

C’est le but d’une chanson et ça me protège moi. Ça me permet de disparaitre. Le moi, moi, moi constamment, ce n’est pas le but. Etre sur le chemin, être un vecteur, c’est noble. Cette idée-là m’intéresse. Parfois, mes chansons sont nébuleuses et dans le réveil, c’est là où il est plus facile de se les approprier.

Parlons de tes mots. J’adore leur son.

Je suis un indien. Je suis sûr que le son d’un mot est dans le sens. Le son d’un mot m’intéresse si ça devient un matériau. Je creuse dans leur sonorité, ça va forcément générer du jeu.

Tu mets longtemps à écrire un texte ?

Les mots arrivent sur une page. A partir du moment où cela a du sens, ils vont faire des familles. Mais mon travail est très intuitif. Je ne suis pas un thésard.

Et que l’on décortique tes textes, ça te gonfle ?

Au contraire, je crois que ça me flatte. J’y passe du temps, c’est long.

 Clip de "Encore une année" extrait de l'album Bien Hommé - Mal Femmé

As-tu des doutes dans ton travail ?

Oui, sur la forme. J’ai peur de rater le sens de l’instant.

Parfois, as-tu eu envie de baisser les bras ?

Je suis dans la rêverie, et le pire ennemi de la rêverie, c’est l’amertume et l’aigreur. Que te reste-t-il si dans ce que tu te permets de rêver, c’est pourri ?

Tu as deux enfants de 18 et 21 ans. Que pensent-ils du travail de leur père ?

J’ai un fils qui fait du hip hop et une fille qui est dans les arts plastique parce que ça leur plait. Avec moi, je pense qu’ils sont sensibilisés à l’art. Ils sont venus me voir plein de fois en concert, ça les intéresse.

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(Pendant l'interview)

Fais-tu ce métier pour fuir la vraie vie ?

Mais carrément. Pour enfin être irresponsable. Je passe mon temps à trouver des solutions pour être irresponsable. C’est un énorme boulot et une sacrée chance. Je pense que j’existe dans la fuite.

Tu te trouves toujours cohérent ?

Oui, dans le côté sinueux. La frontalité est ennuyeuse et je n’ai rien à dire de fondamental. J’ai juste à rendre savoureux les méandres.

Quel est le message principal que tu veux faire passer ?

Pilotons vers nos rêves avec autorité alors que tout est rempli d’incertains, d’incertitudes et d’oxymores.

Tu ne ferais pas de chansons juste pour toi ?

C’est certain. C’est l’idée de l’insupportable solitude.

Tu rêves de quoi dans ce métier ?

Etre peinard, mais que ça se sache.

Tu envisages ce métier comme une mission ?

Oui, mais une mission à la Bob Denard, le mercenaire. Toujours dans le combat.

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 Après l'interview, le 2 juin 2015.

Bonus : Un excellent moyen métrage sur Dimoné.

Dimoné, Démon du Clapas (26mn). Réalisation, images, son & montage: Olivier Arnal.

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05 juillet 2015

Jules & Jo : interview pour Pouvoir aux roux

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jules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandorAu début, ils étaient deux, Matthias Billard, Julie Legait. Le contrebassiste Alex Aymi les a rejoints. Ils forment le groupe Jules & Jo.

Très inspirés et très drôles, ils jouent un mélange de swing, jazz, reggae, funk, cumbia, hip-hop… j’en passe et des meilleurs. Je les ai découverts cette année au Prix Georges Moustaki 2015. Toute la salle, membres du jury inclus, leur a fait un rare triomphe. Ils ont reçu ce soir-là, le prix du jury et c’était amplement mérité. Quelques jours plus tard, je suis allé les voir au Limonaire. Et je n’ai pas arrêté de rire de la soirée. Parfois, il y a des chansons moins humoristiques qui rappellent que ce sont de vrais poètes et qu’ils dominent parfaitement leur art. Je me demande pourquoi la France les boude un peu. Des textes décapants, recherchés, parfois osés ou à la limite de l’absurde. On ne fait pas mieux pour se divertir et écouter des chansons qui touchent. « La beauté et le tragique se font sans cesse du pied » ai-je lu quelque part. Pas faux.

Guilhem Valayé, le chanteur de 3 minutes sur mer en parle magnifiquement : « La chanson française de cabaret est bien vivante, rien à voir avec la nostalgie du « c’était mieux avant » et de la « chanson à papa ». Ils sont singuliers cinglés et magnifiques. »

J’ai donc reçu ces trois cinglés magnifiques, Matthias Billard, Julie Legait et Alex Aymi (qui ne s’est pas exprimé), le 15 mai dernier, à l’agence pour une mandorisation plus profonde que drôle.

Biographie officielle :

Les Jules & Jo osent tout.Abordant les thèmes les plus saugrenus, triturant les mots avec insolencejules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandor et délectation, ces trois énergumènes étonnent et détonnent dans le paysage de la chanson francophone. Mêlant les sonorités chaudes de l’accordéon diatonique à celles de la guitare électrique, du charango, des voix, des percussions, et de la contrebasse, ils vous emmènent loin et vous malmènent sans répit. Lauréats du Prix du Public Georges Moustaki 2015, du Prix du Public de la Médaille d’Or de la Chanson 2013 (Suisse), du concours Le Mans Cité Chanson 2012, de la Biennale de la Chanson Française 2010, et du tremplin Vive la Reprise 2009, Jules & Jo vous embarquent dans un spectacle musical insolite et pimenté.

Leur 2ème album Pouvoir aux Roux est sorti en France en avril 2015.

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jules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandorInterview :

Comment a débuté Jules & Jo ?

Julie Legait : On a fait les Ateliers chanson à Bruxelles. C’est une école de chanson et d’interprétation. On était dans la même promo. Dans la classe, on a fait un duo, Paroles Paroles. Matthias était Alain Delon et moi Dalida. On a tout de suite compris que nous étions faits pour travailler ensemble. Nous nous sommes tout de suite bien entendu et compris. Un mois et demi plus tard, on a fait un concours à Paris, le tremplin Vive la reprise. On est arrivé en final. Trois mois après, on nous a proposé de faire un concert d’une heure et demi. On a bossé comme des fous pour créer 20 chansons. C’était de la folie pure, mais c’était le début de l’aventure.

La reprise inédite de "Paroles, paroles"en 2012.

Vous êtes tout de suite allés dans la direction de chansons surréalistes, corrosives et drôles ?

Matthias Billard : Mes chansons « radicales » sont assez récentes. Au départ, j’écrivais des chansons plus contrastées. Elles étaient plus personnelles et profondes, mais il y avait déjà fortement l’identité que nous avons aujourd’hui.

Il faut être un peu « timbré » pour écrire des chansons comme vous les écrivez Matthias ?

Matthias : Oui, je le suis certainement. Mais généralement, je trouve que dans la chanson, l’humour manque cruellement. Aller dans ce créneau-là m’intéressait beaucoup. Il faut que ce que j’écrive me surprenne et me fasse sourire, sinon, j’estime que ça n’a aucun intérêt.

Clip de "Pouvoir aux roux".

Il y a des gens qui font de la chanson « drôle » comme Oldelaf par exemple, mais votre jules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandorvaleur ajoutée, c’est le style. Drôlerie et poésie n’ont pas toujours fait bon ménage. Là, oui.

Matthias : Avant tout, j’ai la volonté de chercher des thèmes qui n’ont jamais été traités. Et comment faire pour parler de la pédophilie ou du caca sans ajouter de poésie et de romantisme ? J’essaie d’être drôle et élégant.

Comment savez-vous qu’une chanson est réussie ?

Matthias : C’est très simple. Je les teste sur Julie et Alex. S’ils rient, c’est que c’est bon, sinon, c’est que c’est loupé et qu’il faut que je me remette au travail.

Julie : Souvent, quand j’écoute pour la première fois une de ses nouvelles chansons, je me dis que, vraiment, ce type est barge. Cela dit, nous aussi on est barge.

Oui, je l’ai remarqué hier soir au Limonaire. Vous avez tous les trois des sortes de folies différentes, mais qui se complètent parfaitement.

Matthias : Je crois que nous sommes tous fous. Toi, moi, le voisin… je crois qu’on n’a tous une folie intérieure et qu’on ne développe pas assez notre clown. On a tous besoin d’excentricité.

Oui et vos chansons font du bien en ce moment !

Julie : Il y a une telle morosité ambiante… Le monde est difficile, alors, aller voir un spectacle ou on se marre un peu, il ne faut pas s’en priver. Avec nous, je pense que les gens retrouvent une simplicité et un second degré qui fait du bien.

(Quelques photos et une vidéo du Prix Georges Moustaki 2015. Thierry Cadet (cocréateur du Prix) et moi avons interviewé Matthias Billard à l'issue de sa prestation. Jules & Jo a remporté le prix du public.)

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(Photo Marylène Eytier-aubonclic.com)

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(Photo Marylène Eytier-aubonclic.com)

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(Photo : David Desreumaux-Hexagone)

 "Le roi de l'étang", lors du Prix Georges Moustaki 2015 (capté par David Desreumaux-Hexagone).

jules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandorY a-t-il parfois des gens gênés par vos textes, parce que vous allez loin quand même ?

Julie : On a déjà eu des gens qui sont partis pendant « Jean-Patrick », la chanson sur le pédophile. On fait une introduction rigolote histoire de faire passer la pilule… et le plus souvent, elle passe. Celle-là, on ne l’a pas assumé tout de suite (rires).

Vos concerts laissent-ils de la place à l’improvisation ?

Julie : On essaie d’interagir immédiatement quand il y a des réactions spontanées des gens dans la salle.

Matthias : Nous tenons à nous laisser une marge d’improvisation. On ne se force pas à rester dans un cadre très précis. Les transitions sont écrites, mais rien n’est figé. Nous ne supportons pas cela.

Vous vous métamorphosez sur scène, c’est stupéfiant !

Julie : Nous ne sommes pas dans un rôle qu’on essaie d’interpréter. Ce que je suis dans Jules & Jo, c’est une partie de moi. C’est ce que je ne peux pas forcément être et faire en société. On fait plus un travail de clown que de comédiens. On va chercher des parties de soi pour les extérioriser différemment.

Matthias : J’ai fait énormément de théâtre quand j’étais enfant. Je voulais vraiment devenir comédien. Vers 20 ans, j’ai eu une espèce de nausée. J’en avais marre de jouer des rôles. Dans notre spectacle, je n’ai pas l’impression de jouer un rôle. Comme le dit Julie, nous ne jouons pas des personnages.

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C’est une forme de thérapie alors ?jules & jo,matthias billard,julie legait,alex aymi,interview,pouvoir aux roux,mandor

Matthias : Complètement. Il n’y a pas meilleur mot.

Julie : C’est parfois un peu limite. J’ai eu des périodes où j’étais un peu plus angoissée et je me rendais compte que le seul moment de liberté intense où je pouvais vraiment me sentir légère, c’était sur scène.

Vous êtes un groupe qu’il faut voir sur scène. Excusez-moi de vous le dire, mais votre disque paraît fade à côté de l’explosion que vous nous montrez en concert.

Matthias : On en a conscience. Mais, on ne sait pas retranscrire ce qu’il se passe sur scène sur disque. C’est impossible, je crois.

Je ne comprends pas votre manque de notoriété en France…

Matthias : Je crois que nous sommes difficiles à caser. Les gens du métier, les journalistes et les programmateurs, se demandent « dans quoi on les met ? ».

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Trouvez-vous ce métier difficile ?

Julie : On a six prix plutôt honorables et malgré cela, ça ne bouge pas. Je ne comprends pas pourquoi. Disons que ça bouge, mais très doucement. Nous, on s’amuse toujours autant, on aime toujours être sur scène et travailler ensemble. On continue avec enthousiasme, mais on se pose des questions…

Vous faites tout vous-même puisque vous vous autoproduisez.

Matthias : Je m’occupe de tout le côté administratif et ça prend beaucoup de temps sur la création. L’inspiration, ça se travaille et ça se provoque… il faut avoir le temps. Mais, bon, j’y parviens.  

Parfois, il est question d’objets dans le spectacle : « La chaise de jardin » et « Le bouton ».

Matthias : C’est marrant que tu me dises cela. Je suis sur un nouveau tripe lié aux objets. J’aimerais faire un spectacle et un disque concept avec uniquement des chansons sur des objets. A part les deux que tu viens de citer, j’en ai déjà une autre qui s’appelle « Cochonnet ». C’est un peu mon dada en ce moment et ma contrainte.

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Pendant l'interview...

02 juillet 2015

Presque Oui : interview pour De toute évidence

presque oui,thibaud defever,de toute évidence,interview,mandorPresque Oui, c'est Thibaud Defever, « chanteur tendrement persuasif et guitariste vituose », associé à d'autres musiciens. Je ne le connaissais que de réputation. Bonne, voire très bonne. C’est Marie-Françoise Balavoine qui m’a vivement incité à aller le voir sur scène au plus vite. Ce que j’ai fait à L’Européen, le 26 mai dernier. J’ai adoré. Sensible et fort. Doux et cruel. Léger et grave. Lumineux et profond. Presque Oui, c’est le paradoxe. Mais le paradoxe, on aime ça. On se fait happer du début à la fin par l’intensité qu’il dégage, par la justesse des mots et par la magnificence des accompagnements.

Et donc, le lendemain, cet artiste authentique est venu à l’agence. Pour une conversation de très belle tenue.

presque oui,thibaud defever,de toute évidence,interview,mandorBiographie officielle :

Entre surfer sur l'écume de la fantaisie et explorer les profondeurs de l'âme humaine, entre la tradition et la modernité, Thibaud Defever, « capitaine » de Presque Oui n'a pas choisi son camp. Ce qui le place hors de toutes les castes de la chanson française.
Il fait presque figure de fauteur de trouble, oscillant entre humour et gravité, premier degré d'intimité qui bouleverse et second degré dont l'acuité précise fait se gondoler les esprits fins. Ambiguïté assumée. Une part d'ombre et de lumière.

Presque Oui vient de sortir son 4e album, De toute évidence.

La voix et la guitare se soutiennent, se croisent et s'entremêlent, chantent parfois sur le même fil... Sur un fil délicat mais solide tendu par la batterie de Benjamin Vairon et la contrebasse de Xuan Lindenmeyer.
Ce trio-là sait jouer l'énergie avec subtilité et offre un terrain musical de rêve aux nouvelles chansons : des mirages récurrents, des anges bienveillants, des disparitions inexpliquées, des ombres chinoises qui partent en vrille... Les mélodies sont fortes, ciselées et l'on se surprend à presque danser sur ces chansons d'absence, de silence, de renouveau.

Jamais jusque-là Presque Oui n'avait réussi cet équilibre parfait entre la fraîcheur des musiques et la manière d'envelopper les mots. C'est désormais chose faite. On croyait connaître Presque Oui.
De toute évidence, on n'a pas fini de le découvrir.

(A lire, le "live report" du concert de Presque Oui à L'Européen le 26 mai 2015, par David Desreumaux pour son site musical consacré à la chanson française de qualité, Hexagone.

Et la critique de l'album De toute évidence par François Bellart pour le site Nos Enchanteurs.)

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(Photo : David Desreumaux du site Hexagone)

presque oui,thibaud defever,de toute évidence,interview,mandorInterview :

Comment as-tu vécu le concert d’hier soir ?

C’était une formule nouvelle pour moi. Nous étions en trio, avec batterie et contrebasse. C’est marrant parce que j’ai beaucoup joué en voix/guitare ou en voix/violoncelle/guitare. Dans ces cas-là, le ressort dramatique du spectacle repose plus sur la façon dont on s’adresse aux gens, la façon dont on agence les chansons. Hier, j’ai ressenti une sensation inédite. J’ai pu chanter des chansons mélancoliques, mais avec un jeu rythmique derrière. Je  trouve ça assez confortable. J’ai l’impression d’être dans une Cadillac, mais que je ne maîtrise pas encore bien. C’était vraiment le premier concert avec cette formule. On sortait de résidence.

Tu as des chansons très graves, voire très dures et puis, tu désamorces par la parole entre deux chansons. Tu es très second degré…

Ce côté-là m’échappe presque. J’essaie de rester dans le premier degré, mais je n’y parviens pas. Je suis incapable de raconter pourquoi j’ai écrit telle chanson en expliquant la réalité. Je ressens le besoin de broder.

Ton public me semble bienveillant.

C’est flippant, du coup. Parce que tu as peur de décevoir. Hier, il y avait mes potes, ma mère… ce n’est pas aisé de chanter devant des membres de ta famille. Ils t’ont connu en short, en train de te casser la gueule puis avec du mercurochrome sur les genoux, Ils t’ont lavé.... C’est très bizarre l’image intime quand on veut renvoyer une image spectaculaire dans un spectacle. Les proches qui sont en face de toi te connaissent parfaitement. Je ne peux pas les duper. C’est comme si cela te privait d’avoir des ailes fantasmatiques qui te permettent d’être quelqu’un d’autre. Finalement, c’est plus facile pour moi de chanter devant des personnes que je ne connais pas du tout.

A chaque album de Presque Oui, il y a une formation différente. Le premier album était en duo avec Marie-Hélène Picard. La maladie l’ayant emporté, il a fallu continuer. Seul.

Dans le deuxième album qui suit la mort de Marie-Hélène, il y a pas mal de chansons que j’ai écrites pour moi. Sur scène, il a fallu que je masculinise certaines chansons.

Clip de "Tout me parle de toi", extrait de l'album De toute évidence.

Tu écris avec Isabelle Haas depuis toujours…

On a commencé à écrire à deux, il y a une vingtaine d’année. Avec Presque Oui, on ne faisait que des reprises, nous étions donc en quête de compos. Isabelle, qui faisait partie de l’association Presque Oui et encadrait le projet, a dit « moi, j’ai des histoires ». On est donc partie des contes et des nouvelles qu’elle avait écrites pour les transformer en chansons. Au fur et à mesure, le temps, les épreuves et tout ce que nous avons vécu ensemble aidant, on a pu se permettre d’aller dans des chansons beaucoup plus intimes à deux. Au début on écrivait tout à deux. Les départs d’idée était plus dues à Isabelle et au fur et à mesure, je suis devenu musicien professionnel et j’ai eu plus de temps pour me plonger dans l’écriture. Depuis, Isabelle a pris une place de regard extérieur sur le texte. Mais c’est un regard primordial pour moi. Parfois, je lui présente une chanson et quand on ressort de la séance, elle est complètement transformée, c’est pour ça que j’estime qu’elle est coauteure.

Tes textes m’ont surpris par leur poésie et parfois, par leur douleur et leur intensité.

Dans mes précédents albums, il y avait des chansons rigolotes, un peu sketchisantes. Mais un jour, je n’ai plus eu envie d’endosser des rôles, d’être dans des personnages. Sur scène, c’est amusant, mais à enregistrer sur disque, je trouve ça terriblement chiant. Pour ce nouvel album, j’avais envie qu’il soit uniquement mélodique, poétique… et j’espère qu’au final, il n’est pas trop plombant. Le fait d’avoir une batterie, d’avoir une section rythmique, c’est une politesse énergétique par rapport au désespoir et à la tristesse.

"Un baiser", extrait de l'album De toute évidence, en concert à L'Européen à Paris, le 26 mai 2015 (captation signée David Desreumaux pour le site Hexagone)

As-tu l’impression d’être reconnu à ta juste valeur ?

La reconnaissance, elle est venue en 2008. J’avais fait un concours à Montauban que j’avais gagné avec Manu Galure. Après ça, on a eu 80 dates dans l’année. C’est énorme pour des artistes comme nous.

Artistiquement, tu as été influencé par qui ?

Il y a deux artistes très importants pour moi. Dick Annegarn pour le fait de trimbaler tout un monde en guitare/voix avec une virtuosité et une orchestration guitaristique. Et Gilbert Lafaille pour la douceur dans la voix, pour la façon de chanter doucement, un peu inspiré des brésiliens. Moi, je n’arrive pas à chanter fort. Il m’arrive d’envoyer le bois, mais rarement. Mon naturel est de chanter doucement.

Est-ce que ce nouveau disque t’a apporté une notoriété supplémentaire ? J’ai l’impression que beaucoup de médias en parlent.

J’ai la sensation d’avoir un public différent de mes albums précédents. Je pense même que des gens m’ont lâché. Je trouve bien de ne pas répondre à ce que l’on attend de soi. Tu sais, j’évolue parce que je découvre d’autres artistes. J’ai entendu quelqu’un comme Bertrand Belin. Je le trouve culotté et il me donne envie d’aller dans d’autres directions, de faire des chansons en demi-teinte, en clair-obscur. Avec De toute évidence, je me suis fait le plaisir d’enregistrer un album que j’aurais envie d’écouter. J’ai voulu plaire à l’auditeur que je suis. Je pense désormais qu’il faut se laisser choisir par une forme d’écriture et pas vouloir à tout prix transformer l’écriture pour qu’elle aille vers quelqu’un… quitte à avoir un public confidentiel.

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Derrière la porte, pendant l'entretien.

Il faut faire ce que l’on est ?

Oui, c’est tout à fait ça. J’ai écouté Vianney. Au départ, j’ai trouvé l’album vachement sucré, après, j’ai regardé sur internet des extraits où il chante en guitare voix, notamment aux Victoires de la Musique. Et finalement, je me suis dit qu’on s’en foutait que ce soit sucré. Ce qu’il fait tient tout seul et lui correspond et il y a quand même de la profondeur. A 23 ans, c’est impressionnant. Je crève d’envie de le voir sur scène. Il est magnétique. Moi longtemps, je me suis excusé d’être là et longtemps je me suis posé la question de ma légitimité.

Pourquoi chantes-tu, au fond ?

Je ne sais pas exactement. Ce que je sais, c’est qu’à l’âge de 7 ans, ma mère a sorti une guitare du grenier. Elle me l’a donné. J’ai commencé à faire n’importe quoi avec, mais ça a été un coup de foudre. Très vite, on m’a appris quelques accords, j’ai commencé à chanter en yaourt et ça ne m’a jamais quitté. Après, j’ai fait le conservatoire, de la guitare classique, mais je suis revenu à la chanson très rapidement. Si je veux être totalement honnête, à l’adolescence, la guitare et la chanson m’ont permis d’avoir une reconnaissance par rapport aux amis. J’étais timide, je n’arrivais pas trop à m’exprimer. La guitare m’a permis d’exister en société, tout en me permettant de me cacher. Aujourd’hui encore.

Penses-tu que tes chansons peuvent aider d’autres personnes qui ont vécu des choses aussi intenses que toi ?

Je crois que l’on ressent une grande satisfaction et une grande vibration quand on parle de quelque chose qui va éventuellement servir de catharsis à d’autres personnes. J’ai envie d’être honnête par rapport à la complexité de ce que je vis. Je mets tout sur la table et se reconnait qui voudra se reconnaître.

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Le 27 mai 2015, après l'interview...

23 juin 2015

Collectif Métissé: interview pour Rendez-vous au soleil

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Allez, c'est les vacances! Ne bavassons pas sur l'intérêt de la musique festive estivale. Ce n'est pas du tout ce que j'aime, mais je ne fais pas partie du public visé non plus. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté de l’été 2015), j'ai interviewé le leader de cette formation haute en couleur.

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Clip officiel de "Rendez-vous au soleil".

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10 juin 2015

Jean-Baptiste Bullet : interview pour sa chanson #JeSuisCharlie

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(Photo : Franck Scuotto)

jean-baptiste bullet,jb bullet,je suis charlie,interview,mandorC'est en regardant le journal télévisé du 20 heures, le mercredi 7 janvier au soir, après l'attentat au journal satirique Charlie Hebdo qui a coûté la vie à 12 personnes, que Jean-Baptiste Bullet (à gauche, photo de Manuel Tondon) a pris son crayon pour jeter sur un papier ses rimes et sa colère. Tout est sorti comme ça, du cœur au stylo. Des mots simples, parfois crus, faciles à retenir, qui taclent directement les terroristes.

Guitare à la main, Jean-Baptiste Bullet, artiste jusqu'alors inconnu, décide de partager ses idées par le biais d'une chanson. Il  y chante sa révolte et témoigne son indignation, puis la diffuse sur sa page Facebook. Succès fulgurant : le lendemain même heure, elle affiche 6,8 millions de vues !

La fameuse vidéo : #JeSuisCharlie

Très vite, ce jeune tarbais âgé de 25 ans (qui a fait des études notariales) est devenu la coqueluchejean-baptiste bullet,jb bullet,je suis charlie,interview,mandor des médias. Sa composition fait le tour des continents, traduite en anglais, en russe et même en chinois. Interviewé partout, le jeune homme a chanté sur le plateau du Grand 8 et lors de la grande soirée d'hommage à Charlie Hebdo, à la Maison de la radio, au côté de Patrick Bruel, d'Alain Souchon, ou encore de Grand Corps Malade, également auteur d'un texte de circonstance contre l'obscurantisme et la barbarie. Une véritable consécration pour cet anonyme devenu du jour au lendemain l'un des hérauts/héros de ce grand mouvement citoyen qui s'est levé face à l'inacceptable.

Profitant du tremplin de Tarbes, le Pic d’Or, dont je suis l’un des membres du jury, j’ai rencontré Jean-Baptiste Bullet. Un jeune homme extrêmement sympathique et simple que j’ai pu côtoyer pendant trois jours. Avant de quitter la ville, je lui ai proposé de le mandoriser. Je voulais savoir ce qu’il se passait dans la tête d’un type qui acquiert une notoriété planétaire en moins de 24 heures… « Pas de problème ! Viens chez moi quand tu veux et on fait ça tranquillement ! ». Voilà, sans formalité et avec un sens de l’accueil inégalable, j’ai passé une heure chez lui le 22 mai dernier. Et si je ne suis pas resté plus, c’est bien parce qu’il avait trois chats qui tournaient autour de moi (et que je suis allergique aux poils des félidés).

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Interview (au vin blanc) :

Quand tu as-vu ce qu’il s’est passé dans la rédac de Charlie Hebdo, tu as immédiatement réagi ?

Disons que j’ai suivi à partir de midi ce qu’il s’est passé heure par heure ce 7 janvier et ça m’a mis une grosse boule au ventre.  Je ne me sentais pas bien du tout. J’ai pas mal discuté par mail et au téléphone avec des amis de Paris. Ils me racontaient qu’ils ne comprenaient rien, mais qu’il y avait un climat de terreur.  C’est à 18 heures que j’ai eu le déclic. Quand j’ai vu le policier qui s’est fait descendre alors qu’il était à terre. Ca tournait en boucle à la télé et dans les réseaux sociaux comme si c’était normal. Moi, j’étais choqué. Ce sont des images que nous sommes habitués à voir, mais dans les films. Là, cela se passait il y a quelques minutes, chez nous, à Paris. J’ai été profondément choqué. Je voyais que tout le monde écrivait sur cet événement sur Facebook et Twitter. Je me disais qu’il fallait que je fasse quelque chose. Je ne savais pas vraiment quoi. J’ai regardé le JT et pendant le JT, j’ai pris une feuille, celle que je t’ai montré tout à l’heure et que tu as photographié, et j’ai commencé a noté des phrases bout à bout.

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La feuille sur laquelle Jean-Baptiste Bullet a écrit son texte...

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Un peu plus tard dans la soirée, tu as mis tes paroles au clair ?

Oui, j’avais deux-trois accords que je commençais à faire tourner et je lisais mon texte pour chercher une mélodie et un rythme. A un moment, il y a une phrase de la chanson  qui m’a fait arrêter net. Je me suis dit que je connaissais. Après quelques minutes de réflexions, j’avais compris que je jouais  inconsciemment « Hexagone » de Renaud. Je suis un très grand fan de Renaud, c’est mon artiste français préféré, mais c’est une chanson que je n’avais pas dans mon répertoire habituel. Je suis donc allé vérifier les accords et je n’ai pu que constater qu’effectivement, je chantais la même chanson avec un autre texte.

(Photo à gauche: Manuel Tondon)

 Cela dit, pour coller un texte à une chanson existante et connue, ce n’est pas une mince affaire.

C’était inconscient. Je ne sais pas si des forces supérieures étaient avec moi, mais encore aujourd’hui, je me pose la question. J’ai balancé ma chanson avec ce que je me souvenais d’ « Hexagone » et je trouvais que ça collait. De toute façon, je n’avais aucune prétention avec cette chanson. Le soir même, j’ai voulu m’enregistrer et me filmer avec mon téléphone, mais il n’y avait plus de place sur mon mobile. J’ai décidé d’aller me coucher avec la perspective de le faire le lendemain avec ma webcam.

Ce que tu as fait en te réveillant.

Oui, j’avais la gueule dans le pâté avec ma voix grave du matin. J’ai pris mon texte et  j’ai essayé de l’apprendre. J’y suis parvenu et j’ai fait trois prises. Au bout de la troisième, comme j’avais la rage, j’ai décidé de la poster tout en me disant que l’on ne comprenait rien à ce que je chantais. J’ai donc mis des sous-titres pour être sûr que mon message allait passer.

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Ensuite, tu as posté ta vidéo sur ta page Facebook JB Bullet qui était suivie par 500 personnes, tu es parti manger tranquillos, puis tu es allé à ton cours de musique à 14h, c’est ça ?

Oui et pendant que je suis à ce cours, mon téléphone ne cesse de sonner et vibrer. Je sors de là et je constate que c’est l’explosion totale. Une fois rentré, avant d’assister à une manifestation à Tarbes pour Charlie Hebdo à 16h30, je constate que ma vidéo fait 200 000 vues et que j’ai 2000 messages.

Quels étaient les messages qui revenaient le plus fréquemment ?

C’était : « peux-tu mettre cette chanson sur YouTube parce qu’on aimerait la partager ailleurs que sur Facebook ». Rapidement, un type l’avait partagé sur Facebook et faisait croire que JB Bullet, c’était lui. Déjà, des trucs tordus arrivaient. Bref, je mets la vidéo sur YouTube et je pars à la manif. Quand je reviens de la manif trois heures après, je ne comprends rien à ce qu’il se passe. Je me retrouve avec des milliers de messages. Naïvement, j’essaie de répondre à tout le monde, mais je me suis très vite retrouvé dépassé. A 23 heures, il y avait 9 millions de vues. Ce soir-là, j’ai reçu des appels de partout. Deux médias québécois, un journal belge et Fun radio qui me demandaient de passer en direct dans leur émission.  J’étais avec mon pote Kevin. Il me tenait mon téléphone et je leur jouais une partie de la chanson. La soirée se passe et je décrète que je n’en peux plus.

Oui,  tu as besoin de souffler… et je suppose que tu ne comprends pas ce qu’il t’arrive.

Je pars à L’Etal 36 boire un canon. Quelqu’un me demande de prendre ma guitare et de chanter la chanson. J’obtempère, puis je vais me coucher. Je ne te cache pas que j’ai un peu de mal à m’endormir. Je tremblais, je n’étais pas bien du tout. Je me suis même posé la question de tout supprimer. J’avais conscience que tout ceci était en train de me dépasser. Certes, c’est mon rêve de gosse d’être artiste, mais pas comme ça. Soudain, j’étais connu à cause d’une tragédie…

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Que s’est-il passé le lendemain ?

Je retourne à L’Etal 36 avec mon petit ordi portable et je tente de répondre à tous mes mails. Là, j’ai un membre du groupe O’Positif, un groupe local qui m’avait recruté pour être  chanteur avec eux, qui me dit qu’un type de France 5 le harcèle pour que je sois sur le plateau d’Anne-Sophie Lapix. Il est 11h30 du matin. Je rappelle ce type qui me dit que l’équipe de l’émission aimerait m’avoir sur le plateau juste avec ma guitare, ce même jour à 18h. Ok ! Je regarde les horaires des avions. Rien à Tarbes, ni à Pau, ni à Biarritz. Bon ben Toulouse alors. Je ne me rase pas, ne me change pas. Je fais une heure trente de bagnole, une heure trente d’avion et à Paris, ils m’attendent en taxi moto.

Quand tu arrives à Paris, tu ressens quoi ?

J’ai l’impression d’être dans une ville en état de guerre. Je voyais des gens qui hurlaient dans la rue et des camions de police par milliers dans la rue. Ça se passait pendant la prise d’otage et rien n’était réglé. Ma chanson, je l’ai faite par rapport à ce qu’il s’était passé la veille à Charlie Hebdo, mais là, on était en pleine tuerie de l’Hyper Cacher. Moi, j’en étais à me dire que si un mec me reconnaissait, il pouvait me descendre tranquillement. Après, je me disais que si je me faisais buter, j’aurais au moins dit ce que je pensais au fond de moi. C’était complètement surréaliste.

JB Bullet dans un numéro spécial du Grand 8 sur Direct 8.

Après France 5, il y a eu D8.

Je me retrouve au milieu de personnalité comme Julien Clerc, Claude Guéant, Audrey Pulvar, Arthur H…  et personne ne m’a reconnu. On me prenait pour un technicien. La chaine m’avait passé un T Shirt « Je suis Charlie ». On m’avait mis un peu à l’écart dans les loges. Je ne voulais pas du tout m’imposer, alors je restais dans mon coin. La production de l’émission est venue me voir pour me demander de faire une version raccourcie de ma chanson. Je me retrouve à chanter ma chanson après Julien Clerc.

Il vient te voir, je crois.

Oui, il me dit que Renaud doit être très fier. Je lui réponds que je n’en sais rien.  J’ai soudain peur qu’il soit déçu ou en colère. Il y a des histoires de droits auxquels je n’avais pas songé.  Même aujourd’hui, je ne sais pas s’il a apprécié cette chanson, je n’ai jamais eu de réaction de sa part.

As-tu essayé d’analyser rétrospectivement ce succès ?

Récemment, quand j’étais aux States, j’ai enfin pu souffler et essayer de comprendre ce qu’il s’était passé. Je pense que c’était à Renaud d’écrire cette chanson. Je ne comprends pas pourquoi c’est moi qui aie collé ces mots à sa chanson. Je ne réalise pas encore tout ce qu’il s’est passé.

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Après l’émission sur D8, tu reviens illico à Tarbes.

Oui, direct, c’est taxi-moto, avion, voiture. J’arrive à deux heures du matin à Tarbes. Je me demande ce qu’il m’est arrivé. J’essaie de m’endormir, sans succès et dès le lendemain, rebelote, on me demande d’aller à la soirée de France 2 consacrée à Charlie Hebdo. Je vois Nagui, un type que je regardais à la télé et dont j’étais  fan quand j’étais petit.  Là, je me retrouve avec Souchon, Bruel, Tryo, Grand Corps Malade, Biolay… nous étions tous ensemble dans une minuscule loge et moi je ne disais rien, j’étais trop gêné.

Tout le monde savait qui tu étais ?

Au fur et à mesure, ils se sont tous dit qui j’étais. Le plus impressionnant, c’est quand Bruel est arrivé. Il était dans l’embrasure de la porte, moi j’étais assis à côté de Souchon. Ce dernier me tape sur le genou et il dit à Bruel que je suis le jeune qui a fait une chanson sur Charlie Hebdo. Bruel me regarde avec de grands yeux. Il me dit : « Oui, c’est toi. Hier j’avais quinze personnes qui mangeaient chez moi, je leur ai montré ta vidéo sur le Smartphone. » Ensuite, il arrête un mec qui passait, en l’occurrence Laurent Chapeau, le directeur général de Sony Music, et lui dit de s’intéresser à moi parce que j’irai loin. Ensuite, il me passe son numéro en me disant que ce serait bien que l’on fasse des choses ensemble. Moi, je me demande toujours ce qu’il m’arrive.

Ensuite, tu patientes péniblement je crois.

On me fait passer en fin de soirée, je n’en pouvais plus. Je n’avais d’ailleurs plus de voix. Tout le monde avait des musiciens, j’étais le seul à chanter simplement avec ma guitare. Après ma prestation, je suis revenu à Tarbes et j’ai repris ma vie exactement telle qu’elle était avant.

JB Bullet lors de l'émission spéciale sur France 2, "Je suis Charlie".

Dans les rues de Tarbes, j’imagine que les gens ont un peu changé avec toi.

C’est marrant, j’ai l’impression qu’il y a comme une sorte de microcosme à Tarbes qui fait que pas grand-chose n’a changé. Après, j’ai essayé de rester le plus moi-même possible. Avant, je faisais le couillon, maintenant, j’essaie de rester le plus discret possible. 

Les premiers jours, tu as été placé sous protection policière.

Oui, madame la préfète des Hautes-Pyrénées m’a convoqué pour me signifier cela. Elle m’a félicité pour ma chanson, mais m’a dit qu’il fallait prendre des mesures. Pendant deux semaines, à chaque fois que je voyais un comportement suspect, que je constatais quoi que ce soit ou que je me déplaçais pour une interview quelque part, il y avait un mec à chaque entrée. Les premiers jours, deux policiers me suivaient partout. Je suis tombé sur des personnes adorables.

Aujourd’hui, sur tes deux vidéos de ta chanson, tu avoisines les 17 millions de vues. T’es tu dis que tu te mettais toi-même en danger ? Parce que ce tu chantes n’est pas anodin.

C’est ma famille qui a eu peur pour moi. Moi, je me suis dit : « Maintenant tu as fait ça, ce que as dit a été de A à Z ce que tu pensais. Donc, si tu fais descendre, tu te fais descendre pour tes idées et tu auras fait un petit quelque chose dans ta vie. » Nous avons beaucoup d’ancêtres qui sont morts pour défendre nos valeurs, alors pourquoi pas moi ? Comme il faut bien mourir un jour, je me suis dit que si quelqu’un voulait me descendre, il le fera et point barre.

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As-tu reçu des lettres de menaces sur Facebook ou ailleurs ?

Non quasiment pas. J’ai reçu deux messages litigieux, mais c’était deux dessins de terroristes avec une kalachnikov. Les gens ne sont pas fous, si on veut me tuer, on ne va pas m’envoyer un message avant.

Et aujourd’hui, considères-tu que tu ne crains plus rien ?

Oui et non. Mine de rien, tous ces trucs sont très organisés. Les types qui ont attaqué Charlie Hebdo ont attendu plusieurs années après les caricatures. Donc, s’ils veulent une nouvelle petite actu dans quelques temps, on ne sait jamais… Après, au final, la parole forte de ma chanson c’est « tu salis ta religion ». Je n’assimile pas l’acte de ceux qui ont fait parler d’eux durant ces deux journées à de la religion. Une religion montre des chemins de vie, c’est tout. Mais bon, je dois assumer ce que je chante dans cette chanson, « je n’ai pas peur de toi l'extrémiste ». J’ai reçu beaucoup de messages de personnes de confession musulmane pour me remercier.

Y a-t-il un moment qui t’as le plus retourné ?

Oui, quand je me suis retrouvé sur D8 devant la maman de ce jeune militaire, musulman, qui s’est fait descendre par Mohammed Merah à Montauban. A la fin de l’émission, elle m’a pris dans ses bras en me remerciant pour ce que j’avais fait. Là, j’avais les larmes aux yeux.

Il s’est passé quelques mois depuis tout ça. Tu t’en remets ?

Je ne comprends toujours pas. Par exemple, hier soir, je me suis retrouvé en première partie de Thomas Fersen pour les 30 ans du Pic d’Or. Je ne me sens pas hyper légitime. Je sais que c’est parce que j’ai eu cette popularité soudaine. J’ai juste six mois d’expérience de chanteur, j’ai bien conscience que je n’ai pas le niveau. Et quand je vois ce que les demi-finalistes et les finalistes du Pic d’Or ont produit aujourd’hui, je me sens con. Je me retrouve totalement surévalué et je sais très bien qu’il faut que je bosse encore à fond. Tout reste à faire.

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Pendant l'interview.

As-tu conscience que toute ta vie, tu seras l’homme qui a fait la chanson de Charlie Hebdo ?

Je ne m’en rends pas compte. Tu me le dis comme ça, mais je n’y ai jamais pensé.

Dans la mémoire collective ça restera. Il y a eu le drame. Il y a eu la chanson. Il y a eu la marche…

C’est très difficile d’avoir le moindre recul parce que, mise à part les plateaux télés qui se sont enchainés très vite, je vis à Tarbes et je vois tout ça de Tarbes. Je suis dans mon monde. Et mon monde n’est pas le monde.

Tu fais quoi aujourd’hui ?

Il faut que je bosse beaucoup pour espérer me lancer officiellement dans la musique. Je vais chanter tout l’été dans la rue avec un pote. On a quelques spots sur la Côte d’Azur.

Je peux te souhaiter quoi pour l’avenir ?

Ce serait de continuer sur cette lancée, continuer à réaliser ce rêve de gamin. Ce serait aussi d’arriver à progresser artistiquement. D’entendre une de mes chansons à la radio, pas Charlie, une nouvelle qui ne serait pas associée à un événement dramatique. J’aimerais faire ressentir de l’émotion aux gens. Tu peux me souhaiter d’être heureux dans la vie, d’être fier de ce que je fais et de pouvoir vivre de mes chansons. Je souhaiterais aussi continuer à rencontrer les gens. J’aime le contact avec de nouvelles personnes et échanger.

Note de Mandor : pour en savoir plus sur le projet de musical de Jean-Baptiste Bullet, voici sa page KissKissBankBank... je suivrai l'évolution de ce garçon de très près (et je vous tiendrai informé ici-même).

Son site officiel.

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Après l'interview, le 22 mai 2015, dans la pièce où JB Bullet a enregistré sa vidéo.

08 juin 2015

HK & Les Saltimbanks : interview pour "Rallumeur d'étoiles" et débat sur la chanson engagée

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HK, c’est 20 ans d'écriture et de musique, du bas des tours HLM de son quartier jusqu'aux scènes des plus grands festivals ; 20 ans de combats contre toutes formes de préjugés, d'étiquettes et d'à priori. 20 années qui, espère-t-il, en appelle 20 autres. Sur les routes, avec son groupe, les Saltimbanks.

Cela étant dit, je déteste la chanson engagée, surtout à ce point… je ne m’en suis jamais caché. Cela fait plusieurs fois que l’on me proposait de rencontrer Hadadi Kaddour, dit HK, mais je n’avais pas trouvé en moi une très forte motivation pour le faire. J’avais de gros à priori (alors que lui lutte contre). Quand j’ai reçu le dernier disque d'HK & Les Saltimbanks, Rallumeurs d’étoiles, je l’ai écouté… et je l’ai trouvé intéressant, bien ficelé et assez diversifié. Franchement, je me suis surpris à bien aimer. Je me suis donc dit qu’il ne serait pas négligeable qu’une rencontre ait lieu entre un journaliste un peu buté sur la question de l’engagement dans les chansons et un chanteur qui est l’un des chantres de cette chanson « révolutionnaire ».

La rencontre s’est donc déroulée à l’agence le 22 avril dernier. (Il n’y a eu aucun blessé. Nous étions entre gens de bonnes compagnies.)

hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandorBiographie officielle :

« Mon grand-père était un poilu de la première guerre mondiale. Ma mère et mon père, des immigrés algériens ayant fait le grand voyage : des montagnes de Kabylie jusqu'aux pavés roubaisiens. Et moi... je suis un saltimbanque ». Ainsi se définit HK, né en 1976, dans un quartier populaire de Roubaix. Fils de marchands de fruits et légumes, il a, très jeune, fréquenté les marchés pour aider « le paternel » : tablier bleu, casquette et numéro de claquettes pour amuser la clientèle. Sa première scène, en quelque sorte !

À l'âge de 15 ans, HK est frappé de plein fouet par la révolution hip hop. Il monte son premier groupe Juste Cause, avec lequel il fera véritablement ses premières armes, puis Piece of salam, avec qui il écumera toutes les scènes de la région lilloise. En 2005, il forme avec son acolyte Said un groupe au format « révolutionnaire » : M.A.P, le Ministère des Affaires Populaires. C’est du Hip-hop avec un accordéon, un violon et une farouche volonté de porter l’identité d'une région ouvrière et métissée, modeste mais chaleureuse.Ils seront « Révélation du printemps de Bourges » en 2006. Leur premier album "Debout là-D'dans" sortira dans la foulée. Un deuxième album voit le jour en 2008 « Les bronzés font du ch'ti »

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En 2009, HK, qui a des envies de colorer sa musique de chanson, de musiques du monde, et de reggae, se lance en solo Enfin, pas vraiment ! Il forme le groupe HK et les Saltimbanks avec des musiciens virtuoses et taillés pour la scène. Deux albums naîtront : Tout d'abord, en 2011, Citoyen du Monde sur lequel figure l'emblématique « On lâche rien », chanson reprise dans les hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandormanifestations ainsi qu'au cinéma dans La vie d'Adèle. Puis, en 2012, Les Temps Modernes, incluant un autre titre phare du groupe : "Indignez-vous" en hommage à Stéphane Hessel (voir photo à gauche). Entre 2009 et 20014, le groupe enchaine les tournées partout en France et en Europe, allant même se produire par deux fois aux États-Unis et au Québec.

Parallèlement, HK sort en 2012 son premier roman, aux accents auto-biographiques, J'écris donc j'existe. Il en publiera un second, Neapolis. S’ensuit l'album Les Déserteurs en 2014, hommage à la chanson française et à la musique châabi.

L’album:
Aujourd’hui sort le 3ème opus de HK et les Saltimbanks, Rallumeurs d'étoiles, dont le titre esthk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandor inspiré d'un vers d’Apollinaire : « Il est grand temps de rallumer les étoiles », une référence à une époque sombre, propices aux obscurantismes de toute forme entre fanatismes et xénophobies.

Cet album se conçoit à la fois comme un hommage et une utopie. Une ode à tous les « rallumeurs » d'étoiles anonymes qui, chaque jour, à leur petite échelle, par un geste, un engagement, une parole, une création, entretiennent une lueur. Des chansons pour aujourd'hui et pour demain, comme « Rallumeurs d' étoiles » dont le refrain est chanté par les enfants du groupe, « Dounia », en duo avecle chanteur malien Aboubacar Kouyaté ou encore « Para cuando la vida ? » dans lequel HK se joint au chanteur chilien Leon Pena Casanova pour interroger nos sociétés « déshumanisantes ». Des chansons d'amour aussi comme « Si un jour je tombe » et « Je te dis non ».

Amour, musique, voyage... alors, adieu HK le chanteur engagé ? Certainement pas ! Mais un engagement résolument poétique, artistique et créatif : « sans haine, sans armes et sans violence ».

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hk & les saltimbanks,rallumeurs d'étoiles,interview,la chanson engagé,mandorInterview :

As-tu toujours chanté pour faire bouger les opinions ?

J’ai été nourri à ça. Quand j’étais enfant, mes grands frères et mes grandes sœurs écoutaient Bob Marley pour certains d’entre eux, la musique afro américaine pour d’autres et du folk protest song comme Dylan ou Springsteen. J’ai un peu été conditionné dans la chanson qui dit des choses. Dans ma façon d’écrire, j’ai toujours ce besoin de raconter une histoire ancrée dans une certaine forme de réalité, raconter des choses que j’ai pu vivre, voir, ressentir. Quand je suis touché par quelque chose, il faut que cela devienne une chanson.

Tu veux bousculer ceux qui t’écoutent ?

Je suis un enfant de Coluche. On ne les voit plus beaucoup ces gens qui font bouger les choses, on ne leur donne plus d’audience. Je me pose souvent la question. Verrait-on Coluche aujourd’hui à la télé ? Est-ce qu’il aurait pu dire les mêmes choses qu’avant ? Ne serait-il pas trop dérangeant ? Ne serait-il pas trop décalé de cette époque ? On ne peut pas savoir parce qu’il n’y a plus de gens comme lui à la télé.

Le nouveau clip d'HK & Les Saltimbanks : Para Cuando La Vida? (C'est pour quand la vie?) avec la participation de Leon Peña Casanova. Extrait de l'album Rallumeurs d'étoiles.

Pour revenir à la chanson engagée comme la tienne, ce qui me gêne, c’est le côté « donneur de leçon ».

Je ne sais pas dans quelle mesure on peut estimer que je donne des leçons ou pas. Je ne réfléchis pas comme ça et je n’ai jamais réfléchi ainsi. L’angle de mes chansons est simple : je raconte ce qui m’a touché, ému ou indigné. Alors, c’est vrai, j’ai grandi à Roubaix, la ville la plus pauvre de France. J’ai vu les quartiers touchés par l’extrême précarité, la toxicomanie, les SDF, les lascars en bas des tours HLM, les cités ghettos… tout ça fait partie de mon quotidien. Quand j’ai commencé à écrire, c’était naturel de raconter ce que je voyais. Quand tu racontes tout ça, tu creuses et tu finis pour toucher à des maux de société. Sur notre premier album, Citoyen du monde,  je chantais une chanson qui s’appelle « Ta récompense ». C’est l’histoire d’un migrant qui estime ne pas avoir le choix, qui est en train de mourir là où il est né et qui n’a rien à perdre. Il n’a tellement rien à perdre qu’il prend des risques inconsidérés pour venir en France ou dans un pays accueillant. Les journalistes me demandaient déjà si cette chanson n’était pas un peu moraliste ou démago. Ça m’énerve un peu, parce que ce sont des choses qui existent. Je ne suis pour rien si elles existent. On a le droit de choisir de voir le monde tel qu’il peut être, d’accepter des visions, des témoignages que l’on peut transmettre par le biais de l’art.

Pour toi, l’art sert à ça ?

L’art sert à chatouiller, à interpeller, à questionner, à déranger. Quand on me dit que mes chansons dérangent, je vais te dire franchement, je suis content. A côté de ça, juste avant la sortie de ce nouvel album, j’ai participé à un album de chanson française avec des chansons de Brel, Brassens etc… Moi, j’ai chanté « La chanson des deux amants » de Brel. J’aime ça aussi, mais il y a plein de gens qui savent mieux que moi écrire et interpréter ce genre de chanson. Moi, je fais autre chose et autre chose, c’est ce que certains étiquettent comme de la chanson engagée.

"On lâche rien" (décembre 2010)

C’est le bon terme. Tu ne peux pas dire le contraire. Tu as quand même une chanson qu’on entend dans toutes les manifs, « On lâche rien ».

J’assume et je revendique cette chanson. Et je suis content de la retrouver dans la rue parce que j’ai toujours dit que ma musique venait de la rue. C’est donc dans la rue qu’elle a raisonné et qu’elle s’est propagée, pas par les ondes hertziennes. Mais tu sais, on a fait plein d’autres choses. Dans notre premier album, il y a une chanson qui s’intitule « Sur un air d’accordéon ». On reprend dans le refrain, une vieille chanson de Lucienne Delyle. C’est une chanson très poétique, mais les journalistes ne mettent pas assez en valeur ce genre de chanson. On ne nous accorde pas le droit d’écrire des choses belles et jolies.

Tu es trop étiqueté, c’est pour ça.

Ce n’est pas mon problème. Ça m’arrange peut-être de penser ça, mais aujourd’hui, dans notre société, nous avons un problème avec les gens qui disent les choses. Pour Télérama, j’ai débattu sur ce sujet avec Philippe Torreton. L’idée n’est pas de dire qu’on est obligé d’être d’accord, mais si ce ne sont pas les artistes qui vont revendiquer ou parler de la société, qui va le faire ? Qui peut jouer ce rôle de poil à gratter ?

"Sur la même longueur d'ondes" extrait de Rallumeurs d'étoiles.

Moi, je trouve Torreton trop radical. Il prétend que les artistes doivent impérativement dénoncer les affres de la société. Il dit aussi que si un artiste ne revendique pas, ce n’est pas vraiment un artiste…

S’il dit réellement ce que tu me rapportes, je ne suis pas d’accord. En tout cas, à moi, il ne m’a pas dit ça. Brel a toujours refusé d’avoir des engagements dans ce qu’il chantait, il a pourtant écrit les plus belles chansons françaises. A côté de ça, il y a Brassens que j’adore aussi, qui disait « je suis tellement anarchiste que quand je vois des gendarmes, je traverse dans les clous pour qu’ils ne me fassent pas chier ».

Tu as vu le débat entre Brassens et Ferrat sur l’engagement ?

J’allais t’en parler. J’adore autant l’un que l’autre. Je vis un truc étrange quand je regarde ce débat, parce que je me revendique de l’un et de l’autre. Ferrat défend sa vision d’artiste contestataire au premier degré en disant et en faisant les choses. Il assume ce côté-là. Brassens, lui, dit que la chanson peut changer les choses, mais jamais au premier degré. « Gare aux gorille » est une chanson très dure contre la peine de mort. « Au marché de Brive-la-Gaillarde », c’est carrément une chanson gendarmicide. Il est allé sur des terrains sur lesquels je ne m’aventurerais même pas. D’abord parce que je n’ai pas le génie de Brassens.

Georges Brassens - Jean Ferrat: dialogue sur l'engagement (mars 1969).

Tu disais il y a quelques années : « la démocratie, c’est le pouvoir au peuple ».

La république, c’est le bien commun. Aujourd’hui, ce sont les intérêts privés, les lobbies qui font la loi. Pour être président, il faut faire allégeance aux grandes puissances de l’argent ou industrielles. On m’a dit que remettre en cause le système faisait le jeu de l’extrême droite. Mais c’est tout le contraire. Pourquoi le FN monte ? Parce que ses membres se sont érigés chantres de l’antisystème. Le monde est formidable, il n’y a rien à changer ? Avec le temps et la patience, tout s’arrangera, c’est ça ? C’est le fait de dire que tout va bien et qu’il n’y a rien à changer qui a fait le lit de l’extrême droite. Il y a des problèmes, mais il n’y a que ce parti qui le dit.  On fait quoi alors ? On se tait ? C’est le sujet de notre discussion, je n’ai pas de réponse à ça. On a notre petit engagement par la musique, d’autres le font autrement, chacun dans sa sphère pour faire bouger et évoluer les choses dans le bon sens.

Il n’empêche que quand je recevais tes albums, j’ai toujours été agacé par le nombre importants de chansons engagées. Cela me crispait à un point. Dans « Rallumeurs d’étoiles », enfin tu te diversifies ! Es-tu plus apaisé aujourd’hui ?

Peut-être. J’ai 38 ans désormais, je suis papa de deux enfants… quelque part, ça doit m’adoucir. Ce nouveau disque est une réponse à nos albums précédents. J’ai toujours eu des albums concept. Dans le premier, Citoyen du monde, je me suis présenté. Je suis un chti, fils d’immigré algérien, en même temps, je suis né à 500 mètres de la frontière belge. J’étais un peu perdu dans les notions de nationalisme. J’étais quoi ? Algérien, Français… et à 500 mètres près, j’aurais pu trouver des raisons d’être fier d’être belge. Ce qui compte et ce qui importe, ce sont les valeurs qui nous animent. C’est ça qui nous permet de nous positionner en toutes circonstances.

Et dans le deuxième, Les temps modernes ?

Je faisais le constat amer d’une société déshumanisante. Et donc, le troisième, Rallumeurs d’étoiles », c’est une réponse à ce constat amer. Je n’ai surtout pas envie d’être enfermé dans une sorte de nihilisme en disant que c’est la merde et qu’on ne croit plus en rien. Nous croyons en ces gens qui, autour de nous, par un acte, une parole, un engagement, nous remplissent le cœur et nous éclairent. Je voulais rendre hommage à tous ces gens qu’on ne voit pas à la télé et qui font beaucoup pour les autres. Parfois, ce que je raconte peut paraître con et banal à dire, mais en même temps, je trouve ça tellement vrai et vital. Je dis qu’il faut souffler un peu et regarder le monde. Dans une des dernières chansons, on reprend trois vers d’un poème de Pablo Neruda qui dit « ne te laisse pas mourir lentement, n’oublie jamais d’être heureux, vis maintenant ! »

Est-ce que HK & les Saltimbanks est un groupe positif ?

En parlant de nous, une journaliste de La Voix du Nord a titré « Une révolte joyeuse et en mouvement ». C’est une belle définition de ce que nous voulons proposer. Nous luttons contre des choses qui nous indignent et pour des valeurs qui nous animent. Le rapport à l’autre, une société un peu plus humaine, fraternelle et solidaire, une société moins dans la course et l’individualisme.

"A nous de jouer maintenant", extrait de Rallumeurs d'étoiles.

Aimerais-tu faire de la politique ? Parce que s’exprimer en chanson ne fait ni avancer, ni changer le monde.

Tu es fou ! Je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Ça veut dire quoi ce que tu racontes? Qu’en tant que musicien, je ne dois m’occuper de rien ? Je ne dois pas être engagé ? Quand je te disais que j’ai écouté Bob Marley, Dylan et Springsteen, je sais ce que ça m’a apporté. Ça m’a construit. Si les chansons ne font pas changer les choses, ça fait changer les gens. Je suis peut-être mégalo, mais la chose que je regrette dans mon parcours aujourd’hui, c’est de ne pas avoir d’audience suffisante pour pouvoir faire changer les choses de manière plus décisives. Nous sommes dans une époque qui appelle à des changements radicaux et un questionnement. Doit-on poursuivre sur cette société du matérialisme, de l’individualisme, de la réussite sociale individuelle, du temps de cerveau disponible… une société ou le cynisme est absolu ? Ou alors, est-ce que l’on s’arrête et on se pose des questions ? Chacun d’entre nous devons nous responsabiliser individuellement. On doit se demander « qu’est-ce que je dois faire moi ? ».

Balavoine, un temps, avait envisagé de se diriger vers la politique. Bon, très vite, il a compris que ce n’était pas pour lui.

Tu t’imagines à côté de quoi on serait passé musicalement et textuellement ? Il a écrit des chansons sublimes, il a dit des choses importantes dans les émissions où il était invité. On a besoin de gens qui soient à cette place-là. L’artiste a un rôle à jouer. Il ne faut pas non plus se prendre pour qui nous ne sommes pas, mais il faut donner un peu de soi et de sa pensée pour faire bouger les consciences. Je continuerai toujours dans cette voie-là.

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Pendant l'interview le 22 avril 2015, à l'agence.

03 juin 2015

Marina Kaye : interview pour Fearless

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marina kaye,fearless,homeless,sia,lindsay sterling,interview,mandor,espace culturel leclercMarina Kaye est sans nul doute l’artiste du moment. Du haut de ses 17 printemps, la chanteuse est devenue un véritable phénomène. Son tube « Homeless », figurant sur son premier album « Fearless » (parmi les meilleures ventes de disques du moment), tourne en boucle. Avec ce disque, elle en a surpris plus d’un, non seulement pour ses beaux textes et sa voix hors du commun mais surtout pour la noirceur qu’elle laisse transparaître au travers de sa musique. Des chansons qui racontent sa vie : "Je suis quelqu'un qui travaille ses sentiments, ses écrits et son vécu de manière assez sombre en général. Parce que j'ai vécu des choses assez marquantes psychologiquement. Donc j'avais besoin de me libérer de tout ça, de ces poids. C'était important pour moi de ne pas y aller avec une langue de bois. C'est pour ça que mon album s'appelle "Fearless" d'ailleurs. Je voulais vraiment y aller en disant les choses clairement et en n'ayant pas peur de livrer avec ma voix et mes textes ce que j'avais pu ressentir pendant ces 17 ans qui ont été assez compliqués." Elle n’ira pas plus loin.

Le 12 mai dernier, j'ai rencontré Marina Kaye chez Universal pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de juin 2015). Elle m’a paru une jeune femme la tête bien sur les épaules et lucide sur ce qui lui arrive. Mure et pas dupe. C’est plaisant.

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Clip de "Homeless".

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Et pour finir, le nouveau clip (feat la violoniste Lindsey Stirling), "Sounds Like Heaven".

Lindsey Stirling qui, soit dit en passant, était passée nous voir à l'agence il y a un an...

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02 juin 2015

Théophile Ardy :interview pour Mon petit coin de paradis

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11178377_1439760043000779_517607473724056196_n.jpgAlain Pilot, l’animateur de l’excellente émission d’RFI, La bande passante, dit de Théophile Ardy : C'est une belle découverte, comme il en arrive parfois au détour d'un chemin... Théophile Ardy, ce nom vous est peut-être étranger, pourtant c'est un auteur à fleur de peau, qui sait nous faire transpirer ses émotions dans des élans de rock purs et durs, transporté par des textes percutants et écorchés, un artiste-artisan planant qui ne demande qu'à être découvert ! 

Il a raison Alain Pilot. Cet artiste qui a quinze ans de carrière professionnelle, quatre albums et des projets à revendre est d’un sacré haut niveau.

L’homme à un ton engagé, une voix un peu éraillée et pleine d’inflexions, des textes pas toujours très joyeux. Ses chansons sont des analyses de la société sur des mélodies légères, dynamiques et efficaces. Au programme, beaucoup de désillusions et quelques lueurs. C’est beau.

J’ai rencontré Théophile Ardy lors de ma seconde mandorisation de Romain Lateltin. Ils sont arrivés ensemble à l’agence. J’avais entendu parler de lui, mais je n’avais jamais écouté son œuvre. Je l’ai découvert quelques jours plus tard. Et j’ai beaucoup aimé.

Comme il vient de sortir son nouvel album, Mon petit coin de paradis, il y a quelques jours, je lui ai demandé de repasser à l’agence, mais cette fois-ci seul. C’est ce qu’il a fait le 22 avril dernier.

Biographie officielle :3760151854200_600.jpg

« Nourris aux rimes tendres et universelles d'Alain Souchon (mandorisé là), marqué au fer rouge de l'époque, il joue avec les clichés du bonheur et en extrait l'essence, dans l'instant, au cœur des autres. »

Auteur-compositeur-interprète né à Lyon, Théophile Ardy commence à chanter dans la chorale d’une mission française en Tunisie, le pays de son enfance. De retour en France, il écrit ses premières chansons à l’âge de 15 ans et choisi un pseudonyme empruntant aux racines supposés de son nom de famille des références qui lui sont chères : variété française, poésie, spiritualité. Il entame ainsi un long cheminement musical et humain dont ce 4e album est le fruit.

Au travers d’une expérience de vie le menant d’un sentiment d’ultra moderne solitude à celui d’indépendance, Théophile Ardy témoigne de la fin d’un monde. Le sourie en coin, le goût des autres en ciment, il chante une vibrante métaphore de l’humanité.

DSC00266.JPGInterview :

Tu as commencé à chanter dans la chorale d’une mission française en Tunisie. Que faisais-tu là-bas ?

Mon père était homme d’affaire, ingénieur. On est parti avec toute la famille dans ce pays, un peu à l’aventure, pour que mon père puisse monter une boite. J’avais six ans et j’étais dans une mission française dans laquelle il y avait une chorale. J’ai commencé la musique en chantant du Brassens dans un chœur d’enfants.

A 15 ans, tu t’es mis à écrire des poèmes.

Il se trouve que j’avais des facilités littéraires. Je voyais de la reconnaissance dans les yeux de mes parents quand j’écrivais. L’attrait pour les textes est d’ailleurs venu des yeux brillants de mes parents quand ils lisaient ce que j’écrivais. Mon père se demandait d’où venaient ce « talent » et cette passion pour les mots.

Tu racontais quoi ?

Il y avait déjà un vernis d’observation de la société. Nous parlions beaucoup en famille, cela m’inspirait des textes.

"Aux quatre vents", enregistré dans le Backstage en 2015.

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Pendant l'interview (1).

Avant de sortir ton premier disque, tu as fait quoi ?

J’ai fait quelques erreurs (rires). Un an après avoir démarré sur les scènes lyonnaises, je me suis retrouvé au Transbordeur de Lyon, en tête d’affiche. Je suis allé un peu trop vite. J’ai fait un concert intéressant, les gens présents ont beaucoup apprécié, mais il n’y avait pas grand monde dans la salle. Donc, dans ma région, je me suis un peu brûlé les ailes. Tout le monde m’avait prévenu de ne pas faire ça… et tout le monde avait raison. Je me suis forgé une réputation de petit artiste prétentieux. Cela dit j’avais fait trente cafés concerts avant le Transbordeur. J’étais confiant parce que six mois avant j’avais rempli Le Chaos, une salle de 600 places. J’ai donc constaté que de 600 à 2000, il y avait un monde. Tu ne remplis pas une salle comme cela !

Aujourd’hui, tu es devenu ton propre producteur avec Romain Lateltin. Elle est bien cette association de deux artistes.

Oui, nous nous entendons très bien. On va chercher les gens où ils sont. Nous faisons des concerts à domicile ou dans les médiathèques par exemple. On joue devant des petits comités, on vend nos disques, on fait des rencontres « vivantes » qu’on entretient ensuite par mail… on tente de convaincre les gens, les uns après les autres. On a remplacé la quantité par la qualité.

Théophile Ardy en live (extraits). Une grande voix et un sens inné de la mélodie.

Ce que j’aime dans ton disque, c’est que dès la première écoute, on retient la mélodie. J’ai l’impression qu’il est truffé de tubes potentiels.

Je viens de la scène, alors, je pense à la scène. Sur ce disque coréalisé avec Christian Morfin, j’ai fait un vrai travail de studio et c’est un vrai effort pour moi. Je sais que si j’ai un bon refrain, les gens vont être immédiatement avec moi et peut-être même chanter. Une chanson, j’aime bien qu’elle permette d’être en communion avec le public.

« Le goût des autres » est une chanson sur la tolérance que l’on devrait avoir les uns envers les autres.

Le minimum, pour moi, c’est la tolérance. Au mieux, c’est la curiosité et le top, c’est le goût. Se tolérer, c’est vivre à côté des uns et des autres. Moi, je suis comme tout le monde, j’aime bien rester dans mon coin, mais les concerts à domicile m’ont obligé à aller vers les autres, et finalement, j’ai pris conscience à quel point cela fait partie des moments où je suis le plus heureux.

"Majorité silencieuse", enregistré dans le Backstage en avril 2015.

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Pendant l'interview (2).

Il y a deux chansons qui se suivent « La majorité silencieuse » et « Aux quatre vents ». Dans la seconde, tu dis le contraire de la première. Ce sont deux personnages différents, l’un est désabusé, l’autre fait une déclaration d’amour à la vie.

Ces deux personnages me ressemblent beaucoup. J’ai deux visions de la vie. Une positive et une négative. D’un côté, je trouve absurde la vie et de l’autre, j’ai plein d’espoir pour l’avenir. Dans « La majorité silencieuse » je demande aux gens de sortir de l’isolement. Il ne faut pas rester trop dans sa bulle. « Aux quatre vents », c’est la bulle de vie.

Aimes-tu que des personnes s’approprient tes chansons ?

Bien sûr. Quand je ressens une émotion et que j’arrive à la transmettre et à la partager avec quelqu’un, je me dis que j’ai réussi ce que je voulais. Ce sont des moments magiques. Si quelqu’un a ressenti une émotion qui n’est pas celle que j’ai voulu transmettre, c’est encore plus magique. Je perds le contrôle et j’aime ça.

Pourquoi fais-tu ce métier ?

Je suis de nature cartésienne, ce métier me permet d’explorer mes zones d’ombre. Je fais de la chanson parce que j’explore l’émotion. Quand l’émotion est partagée avec le public, alors là, c’est encore plus puissant.

Quel est ton prochain projet musical ?

Un nouveau projet en duo avec Romain Lateltin. En tout, 10 titres. Des chansons avec des beats electro.

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Après l'interview, le 22 avril dernier.

30 mai 2015

Daguerre & Bertille : interview pour leur premier album commun

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Daguerre et Bertille chantent le couple (mais dans ce qu’il a de moins évident), sur des rythmes accrocheurs et des mélodies entraînantes. « Une dizaine de titres pour une balade dans les méandres de l’amour, du coup de foudre à l’absence, de la routine conjurée avec drôlerie au portrait du blaireau » explique le dossier de presse. En duo ou en solo, les deux voix se marient avec bonheur dans une pop délicieusement bricolée. Le duo est venu me rendre visite le 21 avril dernier. Pour Olivier Daguerre, c’était un retour à l’agence puisqu’il a déjà été mandorisé il y a trois ans, à l’occasion de la sortie de son album Mandragore. Déjà, il évoquait sa collaboration avec Bertille Fraisse

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorBiographie du duo :

Olivier Daguerre et Bertille Fraisse se sont rencontrés il y a quelques années, en studio, lors de l'enregistrement du quatrième album de Daguerre, Mandragore. A cette occasion, Bertille, multi-instrumentiste, virtuose du violon, fit aussi découvrir la singularité de sa voix. Ce fût un véritable coup de cœur pour le chanteur de Daguerre qui lui proposa de rejoindre son groupe sur scène.
La tournée terminée, Daguerre et Bertille ont joué les prolongations acoustiques, en duo, sur plusieurs dizaines de dates. Comme une évidence, l'idée de ne pas en rester là et de réaliser un projet artistique commun, venait de naître : l'album Daguerre & Bertille, pensé comme une nouvelle en 10 chapitres met en scène un homme et une femme qui se partagent plaisir, frustation, abandon et folie.
Daguerre et Bertille forment un duo sensuel aux chansons d'amour à coudre... découdre...recoudre.

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olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorInterview :

Olivier, tu m’avais déjà parlé de Bertille dans notre précédente mandorisation. Que s’est-il passé pour que vous fassiez carrément un album à deux ?

Olivier Daguerre : Dès nos séances de studio pour Mandragore, j’ai senti que notre collaboration n’allait pas s’arrêter là. Elle était déjà de tous les titres. Ses cordes m’intéressaient et je voulais une voix féminine pour trancher avec la mienne. Suite à l’enregistrement, je ne savais pas trop comment on allait faire vivre ce disque au niveau de la scène. J’ai finalement proposé à Bertille de partir en tournée avec nous. Une réelle complicité artistique s’est créée. Je trouvais très agréable de travailler avec elle. Je ne me posais pas 36 000 questions, je lui faisais une complète confiance. Elle m’a amené pas mal de choses nouvelles de par sa personnalité humaine… et aussi musicale. Il y a en elle une grâce et un contraste avec moi qui m’est devenu essentiel artistiquement.

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Bertille, je crois que tu ne connaissais pas Olivier.

Bertille Fraisse : En effet, je n’avais jamais entendu parler de lui. Mais nous nous sommes très vite entendus. Je suis musicienne, je rencontre des gens, on me propose une collaboration et j’accepte si je sens les choses. J’ai toujours travaillé à l’instinct et je ne collabore qu’avec des gens que j’apprécie. Avec Olivier, nous nous sommes rendu compte que nous étions du même bois. On se comprend bien, on se parle de ce qui nous touche… il y a une forme d’intimité fraternelle qui s’est installée rapidement entre nous.

Dans votre album, il y a des duos et des titres chantés par l’un ou par l’autre.

Olivier : J’ai écrit les chansons de ce disque sur la route pendant la tournée acoustique, mais en pensant à ce projet. Je commençais à en parler à Bertille, mais pas frontalement. Au départ, je voulais écrire comme une sorte de recueil de nouvelles sur des histoires de couples faussement légères. L’homme, la femme, le couple… chacun à ses propres histoires à interpréter.

Clip de "Des mots".

Olivier, c’est la première fois que tu confies les guitares-voix et les arrangements à quelqu’un.

Oui, ça n’a pas été sans difficulté. Mais j’avais une confiance absolue en Bertille et Julien Lebart. Ils ne sont pas de la même génération, du coup, je pense que ça donne un coup de jeune à mes chansons.

Tu as co-réalisé et arrangé le disque, Bertille. C’est une grosse pression d’avoir cette responsabilité ?

Bertille : La pression vient du fait que l’on vous fait confiance. Pour quelqu’un qui débarque un peu dans un univers qu’il ne connait pas bien, qui fait son chemin petit à petit, c’est impressionnant. Peut-être qu’Olivier a décelé en moi des capacités insoupçonnées.

Tu aimes te mettre en danger ?

Bertille : Avec Olivier, je ne suis jamais en danger. C’est toujours très bienveillant, on se parle beaucoup. Entre le moment où on a parlé du projet et le moment où il a été réalisé, ça a été des vagues d’émotion, de discussions. Pour Olivier, dans sa démarche de me confier quelque chose qu’il n’avait jamais confié à quiconque auparavant, ça a été un vrai travail.

Olivier : Il ne fallait pas que je sois là pendant qu’ils travaillaient sur les titres, sinon, ça compliquait tout. Ça n’a pas été simple, j’ai du mal à déléguer depuis toujours, mais comme on discutait beaucoup, ça a fini par me rassurer. Enfin pour être sincère, dans la théorie, arriver à déléguer, pas de problème… mais dans la pratique, c’était moins évident. Bertille m’a parfois recadré.

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A quels moments par exemple ?

Parfois, quand Olivier apparaissait lors de nos séances avec Julien, ça déséquilibrait un peu le travail que l’on faisait. Il y a une fois où je lui ai demandé si j’étais dans ma mission ou à côté de la plaque. Il fallait qu’il décide. Je suis quelqu’un d’entier. C’est oui ou non. Si on me confie une mission, je la prends à cœur. Olivier me connait, il savait à qui il avait à faire. Il m’est arrivée d’être dans la surreaction parce que je suis une hyper sensible. J’ai du caractère, j’ai du goût, j’aime le débat, j’aime la discussion. Je viens du sud de la France… on parle fort et avec les mains.

Olivier : Je venais perturber un couple qui été en train de travailler sur mes chansons, j’ai fini par m’en rendre compte. Moi, je venais plus par curiosité. Je commençais à craquer de ne pas entendre le résultat. Je reconnais qu’il ne fallait pas que je vienne. Je suis venu deux fois, ça a « fighté », je ne suis plus revenu. Après, tout s’est super bien passé.

Et puis vous parliez beaucoup, j’imagine.

Nous sommes de grands bavards. Nous parlions aussi bien de métaphysique que des choses essentielles de la vie et de nos vie personnelles. J’ai écrit pour Bertille en fonction de ce qu’elle me racontait lors de ces conversations, de ce que je savais d’elle et des personnes que nous rencontrions durant cette tournée. Autour de moi, dans mon entourage, c’était un vrai tumulte sentimental. Je crois que dans chaque titre, chacun peut retrouver un peu de soi. Que ce soit violent, bienveillant ou tragique…

Clip de "Une ombre".

Vous avez beaucoup appris en travaillant avec l’autre ?

Olivier : Oui, énormément. Et j’apprends toujours en l’a voyant travailler.

Bertille : Et inversement. Au contact de l’autre, on progresse beaucoup.

En chanson, on a tout dit sur l’amour … il te fallait trouver de nouveaux angles, Olivier ?

Olivier : Je suis le Frédéric François du punk. J’adore écrire sur l’amour parce qu’encore aujourd’hui, ça reste une des valeurs qui ne s’est pas cassée la gueule et à laquelle on peut se raccrocher. Dans un monde très compliqué et ultra individualiste, je trouve que c’est important de se raccrocher à ça. L’Amour avec un grand A est le pilier de tout.

Bertille : Tous les deux, dans la vie, l’amour est notre moteur. Individuellement, dans notre façon d’être, avec nos proches, avec nous-mêmes. Sur le fait de faire un disque de chansons d’amour, à aucun moment, il y a une volonté de réinventer quoi que ce soit. Ce qui est amusant, c’est de faire passer par nos filtres respectifs des histoires qui sont universelles. C’est agréable à faire vivre et on se sent compris par les gens qui nous écoutent.

Clip de "Dans le silence des agneaux".

Dans le clip, « Dans le silence des agneaux » vous suggérez que vous êtes ensemble. Et puis, vous interprétez un album de chansons d’amour, alors forcément, on se pose la question : sont-ils ensemble réellement ?

Olivier : C’est vrai, cette question revient sans cesse, surtout depuis la diffusion du clip en question. Bertille et moi sommes passionnés de cinéma, donc ça nous amuse de travestir la réalité. Je trouve important qu’on n’ait pas peur de nos peaux et qu’il y ait de la sensualité entre nous. On ne triche pas vraiment.

Bertille : Même si on joue. Ça nous amuse que les gens se pose la question, ça veut dire que nous sommes crédibles. On est juste très complice.

Bertille, tu es surdiplômée du conservatoire et de l’université de musicologie.

Olivier : (Rires) C’est tout l’inverse de moi.

Bertille : J’ai fait de la musique classique un long moment, j’ai grandi avec ça. A l’adolescence, j’ai découvert le hip hop, ça a été la révolution, l’explosion dans ma tête. Et puis, j’ai aimé la musique électronique, les machines, les bidouilles… et enfin, j’ai découvert le rock à 20 ans. Après mes études au conservatoire, où je restais huit heures par jour sur mon violon, j’ai passé quelques années à désapprendre.

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Pendant l'interview...

olivier daguerre,bertille fraisse,daguerre & bertille,interview,mandorCe disque est plus electro que dans les précédents albums d’Olivier.

Olivier : Oui, très clairement. C’est de la pop electro. C’est un disque de chansons pop electro, pour être précis.

Bertille : Heureusement que Julien était avec moi, il nous a remis vers un chemin plus traditionnel. Moi, je suis arrivée avec mes codes complètement explosés, parce que j’en n’ai aucun, du coup, Julien qui s’y connait en chanson française a fait un peu le garde-fou. Cet album est le fruit de jolis compromis. On a discuté jusqu’à ce qu’on arrive à la bonne solution.

Allez-vous récidivez ?

Olivier : Je n’en sais rien. On a fait ce disque comme ça. Je l’ai senti et on l’a enregistré. Il est trop tôt pour savoir si on en fera un second ensemble.

Bertille : Il ne faut se leurrer. Ce projet est bien le 5e album de Daguerre. C’est un album qui est unique dans sa conception même, mais il s’inscrit vraiment dans la continuité de la carrière de Daguerre. C’est du Daguerre.

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Après l'interview, le 21 avril 2015.

28 mai 2015

Dominique A : interview pour Platine "Ce que je pense de la variété"

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11169488_1584838841787904_2623166505308741478_n.jpgUn jour, tu téléphones à ton pote attaché de presse chez Cinq7 pour lui demander une interview de Dominique A (qui vient de sortir un superbe album, Eleor) pour le magazine de la variété, Platine. Tu lui dis que tu veux lui faire parler de variété, alors que tu sais bien qu’il n’aime pas vraiment ce genre musical (c’est ce qui te paraît intéressant). Tu lui dis que Juliette, Didier Wampas, Christophe Mali (de Tryo) et Ben l’Oncle Soul ont déjà joué le jeu. L’attaché de presse, qui te connait depuis des années et qui connait aussi ta bienveillance, te dis « pourquoi pas ? » Et il te rappelle très vite pour caler une date.

Le jour J, tu viens dans la maison de disque du chanteur (que tu aimes et que tu interviewes régulièrement). Et tu fais ton boulot. Tu as en face de toi un artiste qui répond à tes questions, le plus honnêtement possible. Certes, sans prendre de gants. Il répond à la hussarde, mais toi tu es content. Tu n’aimes pas le consensuel. Mieux encore, tu aimes bien que le discours ne soit plus formaté, franchisse les lignes. Ça fait du bien. Et ça te change. Dominique A te balance des trucs un peu « hard » (avec le sourire) sur certains artistes que tu aimes beaucoup, mais tu t’en fous. Tu trouves que c’est bien qu’un chanteur s’exprime sans langue de bois, même si tu n’es pas d’accord. Tu estimes que l’opinion de l’autre n’est pas moins bonne que la tienne. Tu es tolérant. Et tu penses que les autres le sont aussi.

Ben non. Quel naïf tu fais!

Les autres, ils n’aiment pas qu’on piétine leurs idoles.

Et tu constates que tes confrères ont lu ton interview. Au moins un en tout cas. Et puis d’autres (les sites "people" les moins regardants sur la déontologie professionnelle) qui copient sur lui sans lire l’article original (,, là, là, et, par exemple). D’autres qui reprennent des extraits sortis de leur contexte. Évidemment, ça fait un peu plus mal.

Tu t’étonnes du bad buzz qui survient (le deuxième de ta carrière après celui-là). Tu ne fais pas ce métier pour ça. Tu fais ce métier pour mettre en avant les artistes, par pour les nuire.

Alors tu espères que Dominique A ne t’en voudra pas et qu’il continuera à te faire confiance. Parce que tu n’as pas envie de ne plus le rencontrer. Tu l’aimes bien Dominique A. Quoiqu’il dise, même s’il critique les chanteurs que tu aimes. La franchise est une valeur que tu apprécies (même si tu ne l’appliques pas toujours).

Voilà donc cette fameuse interview. A vous de vous faire une opinion.

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Pendant l'interview le 16 avril 2015, dans les locaux de Cinq7.

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Après l'interview...

27 mai 2015

Daniel Bélanger : quand une star québécoise vient chanter en France...

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Daniel Bélanger est un song writer  québécois que j’admire depuis son premier disque (sorti en 1992). Je ne l’ai jamais lâché tout en regrettant que la France passe à côté de cet artiste hors pair et singulier. Alors qu’il est une énorme star dans son pays, cet auteur-compositeur-interprète au charisme fabuleux, magnétique est venu nous montrer son talent les 16 et 17 avril dernier aux Trois Baudets pendant deux soirées pour le moins étincelantes. On a apprécié un artiste qui sait habiter la scène en solo, en musique comme en monologues humoristiques. Une voix extraordinaire (aux multiples possibilités), une guitare blues, des textes aussi profonds que déchirants. La claque. Non, mais la vraie claque.

A l’issue de son concert du 16 avril 2015, Daniel Bélanger s’est assis à ma table.

Deux hommes, quatre bières… une mandorisation.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorBiographie officielle (assez longue et pourtant sacrément raccourcie):

En 1992, Daniel Bélanger lance une petite bombe dans le paysage musical québécois, Les insomniaques s'amusent. Avec sa poésie débridée, ses mélodies ciselées, le premier album de Daniel Bélanger séduit rapidement un large public et extasie la critique. L'année d'après, avec une tournée depuis sacrée historique, avec des ventes qui filent allègrement vers les 175 000 exemplaires et le Félix de l'album pop-rock de l'année en poche, l'auteur-compositeur interprète occupe déjà une place toute spéciale dans le cœur des Québécois.

Pendant qu'il continue de récolter les trophées, Daniel Bélanger cogite Quatre saisons dans le désordre, qui paraît en 1996. La palette sonore s'élargit, les textes sont chaque fois bourrés d'invention. Les récompenses pleuvent et les ventes s'affolent (album certifié platine).

1998: Daniel Bélanger choisit pour un temps de voyager «Seul dans l'espace». La tournée ainsi nommée connaît un immense succès et conduit à l'enregistrement d'un album atypique, Tricycle (1999), composé d'extraits de spectacles captés à différents moments de sa carrière.

2000: Erreur d'impression (Coronet Liv), un recueil de 150 historiettes amusées, flirtant avec l'absurde, fait le bonheur de ses fans.

Avec l'album Rêver mieux, lancé en octobre 2001, le créateur s'approprie de façon ludique et inspirée les sonorités électro. Une fois de plus, le public est au rendez-vous (album certifié platine) et la moisson de prix époustouflante.

Daniel Bélanger fait aussi quelques incursions réussies dans le registre de la musique de film et en daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorsurprend plus d'un, en 2003, avec un objet d'art non identifié appelé Déflaboxe, plongée poético-musicale dans l'esprit d'un pugiliste (payé pour perdre).

L'album L'échec du matériel, paru en avril 2007, marque une nouvelle étape dans le parcours d'un artiste qui ne réapparaît jamais tout à fait là où on l'attendait. Un album ancré comme jamais dans les préoccupations et les quêtes de ses contemporains, qui va donner lieu à une tournée d'une centaine de dates avec musiciens, auxquelles s'ajoutent une quarantaine de spectacles en solo.

Paraît alors Joli chaos, en novembre 2008, une compilation étayée de quelques inédits.

De nouveau tenté par l'aventure littéraire, l'homme aux vingt-deux Félix fait un pas de côté avec Auto-stop (Les Allusifs), un «roman-chanson» racontant l'histoire d'un jeune homme de 19 ans qui traîne son mal-être sur les routes d'Europe.

Le dernier album en date de Daniel Bélanger s’intitule Chic de ville, irrésistible virée sur les routes d'une Amérique intérieure. L'album, en partie enregistré au Blackbird Studio de Nashville, Tennessee.

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daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorInterview :

En France, les amateurs de chansons francophones vous connaissent bien, votre carrière au Québec est spectaculaire, mais le grand public d’ici ne vous connait pas. Vous en êtes chagriné ?

Je ne sais pas trop comment je suis considéré en France, mais j’imagine que beaucoup ne me connaissent pas et cela m’importe peu. J’ai fait beaucoup d’effort pour accroitre ma notoriété au début de ma carrière, puis très vite, je n’ai pas insisté. Mon premier et mon deuxième album ont été distribués ici, mais n’ont pas bien marché. Ma maison de disque n’a rien fait pour me pousser à venir chez vous et moi, j’ai laissé faire les choses. Tout cela n’est pas bien grave.

D’autant que dans votre pays, ça marchait très bien.

Je n’avais donc pas le feeling d’insister ailleurs. Pendant longtemps, mon succès québécois m’a suffi parce que ça m’a beaucoup occupé. Je voulais avoir une vie « confortable ». Ne pas vivre uniquement pour la musique. J’ai eu des enfants et je souhaitais profiter au maximum de ma famille. La musique et le spectacle, c’est très intense, mais la famille aussi. Maintenant que mes deux filles sont grandes, j’ai plus de temps et du coup, plus d’idées et d’énergie pour les réaliser.

Daniel Bélanger - Sèche tes Pleurs from Audiogram on Vimeo. (J'ai découvert Daniel Bélanger avec cette chanson... j'ai adoré immédiatement).

Au Québec, vous êtes une véritable star multi-récompensée, raison pour laquelle je m’étonne que nous connaissions d’autres québécois moins « titrés » que vous. Je ne comprends pas pourquoi on connait plus Richard Desjardins que Daniel Bélanger.

Je ne suis pas très people, je ne donne pas beaucoup d’entrevues, mais il y a toujours du monde dans les salles et les gens me donnent de l’affection. J’en suis très fier. Ces derniers temps, j’ai ressenti un besoin intense d’aller voir les français, je ne sais pas trop pourquoi.

Ce soir, j’ai adoré votre show guitare-voix. C’était gigantesque, je ne sais pas comment vous faites pour transcender votre public ainsi…

On reconnait une bonne chanson, si elle est bonne en guitare-voix. Après, on peut la jouer n’importe comment, elle restera bonne. Il m’arrive de jouer aussi avec des musiciens, souvent même, mais j’adore cette formule simple et efficace. En France, je voulais que le public entende mes textes sans fioriture autour.

"La folie en quatre" en duo avec Pierre Lapointe sur Radio Canada en juillet 2014.

La jeune génération des artistes québécois vous adulent. Pierre Lapointe (mandorisé là) comme Ariane Moffat par exemple.

(Rire) Je sais, mais ça me donne un coup de vieux. Ariane, qui a été ma choriste et musicienne de nombreuses années, m’appelle son mentor. Quant à  Pierre, il m’a dit un jour qu’il prenait exemple sur moi dans la manière de faire les choses de ce métier, notamment dans la diversification. Tout comme moi, il est pluridisciplinaire et extrêmement créatif. Je suis très fier que ces artistes si talentueux se réclament un peu de moi. C’est valorisant, il ne faut pas le cacher.

Certaines de vos chansons montrent de vous un côté fortement barré quand même.

Ma culture, c’est la poésie et la technique du parolier.

La technique du parolier ?

La technique du parolier, c’est de développer un contact avec celui qui entend, alors que le poète se contente de lancer son cri. Moi j’aime les deux. Je m’amuse à sortir des sentiers battus parce que je trouve que la vie ordinaire n’est pas réjouissante et qu’elle est même contraignante. Alors, j’invente d’autres vies. Pas vraiment ordinaires et lisses.

Meddley de quelques succès de Daniel Bélanger : "Dans un Spoutnik", "Opium", "Fous n'importe où", "Rêver mieux" (une de mes chansons préférées du monsieur) et "Reste", version "Star Académie" Québécoise en 2012.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorVous cultivez le goût du mystère. Par exemple, je sais que vous n’aimez pas les interviews. Vous n’aimez pas que l’on creuse pour voir ce qu’il y a derrière vos chansons.

Il y a des façons de creuser. Creuser en trois minutes sur un plateau de télévision entre deux annonces de lessive ou creuser comme nous le faisons là, tranquillement. Je préfère la deuxième proposition. C’est très rare que l’on puisse parler de notre métier sur la longueur quand on est en entrevue. Je n’aime pas dire des généralités, je veux prendre mon temps pour développer, c’est tout. Et surtout, je donne des entrevues quand j’ai du travail à présenter et uniquement à des gens que l’on m’a recommandé.

Ce soir, j’ai vu un musicien de blues.

Parce que je le suis. Je suis content de vous l’entendre dire, parce que j’ai toujours considéré que je faisais du blues, avec une influence « chanson » très forte. Le public québécois est assez blues. C’est un peuple qui a souffert, qui est en Amérique et qui a donc des affinités avec cette musique. Il y a une nation de blues, une nation de tristesse. Nous avons des chansons traditionnelles qui sont très tristes et qui s’apparentent aux blues.

La majeure partie de vos chansons sont tristes ou graves.

Oui, c’est vrai, mais il y a toujours un angle pour essayer d’entrevoir la lumière. Au Québec, nous avons une approche de la vie qui fait que même si on a plein de soucis, la lumière finit toujours par arriver.

Entre les chansons, vous déridez l’atmosphère avec des monologues amusants.

J’aime jouer avec le public en le déridant après une chanson un peu triste. Ca désamorce et ça amorce. J’aime bien les chutes de températures.

Daniel Bélanger "Tu peux partir" from Audiogram on Vimeo.

Comment êtes-vous considéré au Québec ?daniel bélanger,trois baudets,interview,mandor

Pendant longtemps, j’ai été un chanteur que l’on classait dans « la relève ». Ça a duré très longtemps, je bossais comme un fou, j’ai rencontré beaucoup de succès, j’ai été reconnu de mes pairs… aujourd’hui, j’ai l’impression que je suis un vieux de la vieille. Nous ne sommes plus trop nombreux actifs de ma génération.

Il reste qui de votre génération ?

Il y a Jean Leloup et je ne vois trop qui d’autre. Il n’y en a vraiment pas beaucoup.

Qui vous inspire ?

Jeff Buckley par exemple. Et comme je suis le plus jeune d’une famille de cinq enfants, j’ai été influencé par la musique de mes frères. Ils écoutaient beaucoup de musique british comme Joe Cocker ou Led Zeppelin. Très rock donc. Et par ma mère et mes sœurs, de la chanson française comme Serge Reggiani ou Georges Moustaki.

C’est amusant parce que cela se ressent dans votre musique.

Je suis blues rock avec une sensibilité chanson, en effet.

Vous êtes en train de préparer un nouvel album.

J’ai déjà neuf chansons de prêtes. Je vais me mettre à travailler là-dessus sérieusement en mai-juin. Le disque devrait sortir cet automne au Québec. 

Daniel Bélanger - Étreintes from Audiogram on Vimeo.

Je sens chez vous une force et une fragilité à la fois.

C’est marrant, on ne m’a jamais dit ça. On n’a jamais osé. On me parle de ma force parce que je suis un grand gaillard, mais pas de ma fragilité. Alors, que vous avez raison, je suis comme ça, en vrai.

J’adore votre voix. Quand elle s’envole vers les aigus, je frissonne.

J’étais un fan des Rita Mitsouko. La voix de Catherine Ringer se démarquait des autres voix françaises féminines. J’aime ce genre de voix-là, celles qui poussent. Moi, j’ai appris à chanter avec un micro. Toutes les nuances de ma voix, c’est un peu un jeu avec mon micro. Bon, je vous avoue qu’aujourd’hui, il faut que je fasse avec les réalités de l’âge. Je perds des hautes, alors j’essaie d’être créatif pour compenser.

Être sur scène, est-ce un combat ?

Il faut juste s’en tenir à quelque chose de vrai. Et s’en tenir à quelque chose de vrai, c’est déjà un petit peu suspect. Avec des effets de voix, je sais que je vais chercher le public, mais j’essaie d’être le plus sincère possible. Sur scène, ce qui est certain, c’est que j’ai du plaisir, mais que je ne me repose pas.

Il y a eu deux « standing ovation »ce soir, j’imagine que vous n’y êtes pas insensible.

Pour moi, c’est une récompense, c’est précieux.

Daniel Bélanger "Reste" from Audiogram on Vimeo.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorPourquoi chantez-vous ?

Pour gagner ma vie (rires). Bon, pas seulement. C’est un métier très valorisant. Mon père était un autodidacte. Il a appris seul le piano et la guitare. Quand on faisait des fêtes, en fin de soirée, on demandait à mon père de jouer. Il interprétait alors de vieux classiques paillards. Des chansons un peu « sexe », un peu « scato ». Tout le monde était émerveillé et content. Il était d’une telle générosité.

C’est en voyant votre père chanter que vous avez décidé de faire ce métier ?

C’est une influence, certainement. Je n’y ai jamais pensé… au fond, oui. C’est drôle, vous pointez là quelque chose que j’ai enfoui en moi. Parfois, les interviews, ça vaut bien une séance de psy (rires).

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Le 16 avril 2015, pendant l'interview...