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03 mars 2020

Morgane Imbeaud : Interview pour l'album Amazone

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(®Goledzinowski)

morgane imbeaud,amazone,interview,mandorDans son premier album solo, Morgane Imbeaud se livre sans concession, sans maquillage, à l’image de la photo de la pochette. Comme l’indique le dossier de presse, « il est loin le temps où la jeune fée folk courait ses premières scènes avec le duo Cocoon. Pour ce projet, la compositrice s’est exilée en Norvège, seule, loin des autres, plus proche d’elle. Son constat : malgré une première partie de carrière bien remplie (au sein de Cocoon, Peaks et Orage, nombreuses collaborations avec Jean-Louis Murat, Julien Doré, Elias Dris, sans oublier son conte musical Les Songes de Léo » (pour lequel je l’avais mandorisé une première fois).

Avec ce premier disque en solo, Amazone, la carrière de Morgane Imbeaud va prendre un nouveau chemin, celui de la légitimité mérité. Accueillons-là dans le monde des artistes français qui comptent. De la pop folk délicate, épurée, aux mélodies d’une redoutable efficacité. La voix plus affirmée, sur des textes à la fois légers et profonds (si, c'est possible) interprétés en français et en anglais et une assurance musicale qui fait plaisir à entendre. Elle sera en concert le 12 mars 2020 aux Étoiles (Paris). Une deuxième mandorisation s’imposait.

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Pour écouter son disque, Amazone.

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(®Goledzinowski)

morgane imbeaud,amazone,interview,mandorInterview :

Depuis toutes ces années de carrière, c’est ton premier album solo. Tu te dis enfin ?

A la pause de Cocoon en 2011, on m’a souvent reproché d’avoir eu des projets en duo. Avant de me lancer seule, j’avais besoin de grandir encore un peu et de m’affirmer. C’est un souci que j’avais aussi dans ma vie personnelle. A 32 ans, j’ai des choses à dire et il est tant que j’assume parce que rien n’est grave. Aujourd’hui, je me suis émancipée et affirmée. J’ose être qui je suis. Nous n’avons qu’une vie et elle est très courte, alors à quoi bon se cacher, à quoi bon être angoissée, à quoi bon être mal ? On est dans un monde très anxiogène, autant faire les choses que l’on a envie de faire en essayant de faire du mieux que l’on peut. Advienne que pourra… c’est ça qui rend heureux.

Tu as ôté ton masque ?

J’ai toujours été très angoissée, donc ça a été toujours très compliqué de me montrer tel que j’étais. J’ai toujours eu envie de plaire, pas en mode séduction ou amoureux, mais je n’avais pas envie de décevoir. Aujourd’hui, je crois que je m’en moque. J’ai compris que ça ne rendait pas heureux d’essayer d’être un caméléon. Comme cet album, je sais qu’il y en a qui l’aimeront beaucoup et d’autres qui ne l’aimeront pas… et bien tant pis !

"Gressholmen" (Home session)

Ce que j’ai lu de-çi de-là sur cet album est très positif. morgane imbeaud,amazone,interview,mandor

Ça me fait super plaisir parce que l’on a tenté de faire un album intemporel. On n’est pas dans les sons du moment, dans l’electro. Nous avons essayé de marier la froideur des machines à la chaleur des cordes, les bandes analogiques aux sons électroniques. Dans cette optique, on a enregistré cet album au mythique studio Black Box, à Angers, fondé par Iain Burgess et Peter Deimel. Sur place de l’analogique et des trésors vintage, dont une table de mixage Flickinger de 1969. Des jouets d’un autre temps…c’est justement cela qui a rendu ce disque intemporel. En huit jours, non seulement nous avons enregistré sur bande treize morceaux, mais en plus en live. C’était génial !

L’album est réalisé par Renaud Brustlein de H-Burns. Que t’a-t-il apporté ?

Il m’a aidé à m’assumer, à lâcher-prise, notamment sur la voix. Je n’essaie plus de chanter comme une petite fille. On a trouvé un bon équilibre. Il a su me faire confiance pour que je sorte un peu de mes habitudes passées. J’ai cassé le côté lisse que j’avais avant. Renaud a réussi à m’emmener là où je voulais aller. Je ne savais pas comment y parvenir seule.

A l’image de ta musique, tu as épuré le propos et durci le ton.

Quand on fait un travail sur soi, le but est de revenir à l’essentiel. On m’a souvent reproché ma gentillesse, elle m’a d’ailleurs joué des tours plein de fois. Maintenant, j’en ai un peu marre ! Je pense que tout peut se faire en douceur et de façon affirmée. J’en ai marre que la douceur et la gentillesse soient considérées comme des traits de caractère négatifs. Je ne supporte plus qu’ils soient assimilés à de la faiblesse et de l’idiotie. Avant, j’étais un peu trop timide, aujourd’hui, j’arrive à tout dire. J’ai même du mal à me taire, mais en respectant toujours les gens.

Il y a eu un déclic qui t’a fait prendre conscience de tout ça ?

En me retenant toute ma vie, j’ai accumulé trop de choses en moi. J’en suis la seule responsable. J’avais peur des conflits et je craignais de blesser les autres, mais aujourd’hui, j’en ai marre.

Clip d'"Amazone".

Dans le clip d’ « Amazone », tu te montres comme une femme qui assume aussi sa féminité.

Il y a très longtemps, j’avais un ami qui m’appelait « petite chose ». Cela m’énervait. D’accord, je ne suis pas très grande, je suis menue et j’ai un visage assez juvénile, je le sais, mais je ne suis pas une petite chose fragile qui a besoin d’être protégée. J’y arrive très bien toute seule. Dans ce clip, j’utilise un langage corporel d’une femme désormais forte.

Il y a un duo avec Marina Hands, « Messenger ».

Je voulais absolument un duo avec une femme. Je connaissais Marina parce que nous avons des amis communs. J’ai pensé à elle parce que je trouve qu’elle est la définition parfaite de l’amazone des temps modernes. C’est une femme libre et indépendante. Elle fait ce qu’elle veut et passionnément. Nous avons testé nos voix dans un studio à Paris et ça s’est super bien passé. Marina Hands est décidément douée dans tout. Je la trouve parfaite.

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(®Goledzinowski)

C’est quoi une amazone des temps modernes ?

Les amazones ont des figures de guerrières. Il y a plein de légendes autour de ces femmes-là. Moi, je ne me sens pas guerrière, dans le sens violent, c’est plus une affirmation et le fait d’être une femme libre et indépendante en 2020. Les femmes sont libres depuis pas si longtemps que cela… et il y a encore du boulot.

Tu te sens féministe ?

On devrait tous se sentir comme cela. Ce qui est aberrant, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui n’osent pas le dire, comme si c’était un gros mot. Etre féministe, c’est juste normal. C’est vouloir l’égalité entre les hommes et les femmes. Je ne comprends même pas comment on peut ne pas l’être. Le droit des femmes n’est-il pas celui de chaque être humain avant tout ? Je suis féministe, j’ose espérer qu’on le sera tous un jour, ainsi le mot disparaitra.

Il y a un autre duo. Cette fois-ci avec le New-Yorkais Chris Garneau pour un dialogue cotonneux à l’esthétique glam-rock down tempo, « Je t’en veux ».

Chris, c’est mon chouchou. Il avait fait quelques premières parties, en 2007, quand j’étais la chanteuse de Cocoon. J’avais adoré. J’étais hyper fan de sa voix. Nous sommes restés en contact. Je lui ai proposé cette chanson et elle lui a plu. Je suis super contente parce que j’attendais ce duo depuis des années (rires).

La chanson « Si l’amour est un sport » est écrite par l’ami auvergnat Jean-Louis Murat. Il n’est jamais loin de tes productions…

On bosse ensemble depuis longtemps. Nous avons souvent fait des duos et nous avons quelques scènes en commun. En évoluant avec lui, ça m’a décoincé sur mon jeu de scène et sur ma façon d’écrire en français. Je lui demande souvent de l’aide.

"Je ne vous oublierai jamais" (audio).

Il y a aussi un texte écrit par Mickael Furnon, « Je ne vous oublierai jamais » sur une mélodie easy listening et un peu sixties.

Cette chanson m’a parlé tout de suite, dès la première phrase. Elle correspondait parfaitement à ma façon d’être dans ma vie. « Je ne vous oublierai jamais, même si mon nom ne vous dirait rien… » Quand tu te fous de l’avis des gens, ça change aussi ta façon d’aimer. J’arrive désormais à donner sans rien n’attendre en retour. Ça m’a beaucoup apaisé.

Tu lis ce que les journalistes écrivent sur toi ?

Avant je ne lisais pas trop les articles par peur des mots ou des remarques que j’allais trouver. Maintenant, j’apprends à tout lire parce qu’il faut apprendre à encaisser n’importe quoi. Même les choses positives, j’avais du mal à les recevoir. Aujourd’hui tout va bien.

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27 février 2020

Valentin Vander : interview pour l'album Mon étrangère

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(Photo : Franck Loriou)

valentin vander,mon étrangère,interview,mandor« Valentin Vander est un artiste hors-temps, qui se joue des codes de la chanson française traditionnelle en l’habillant de mille tissus pop et d’ornements électroniques » nous explique l’argumentaire de presse. On ne saurait mieux dire. Réalisé par Nicolas Gueguen, Mon Étrangère s’est fabriqué au studio 129H dans le quartier de Ménilmontant. Il en résulte 10 chansons qui inscrivent Valentin Vander dans la cour des grands auteurs-compositeurs-interprètes français.

C’est la troisième fois que je le mandorise, mais jamais seul (voir/lire les précédentes ici et ). Premier tête à tête avec cet artiste qui ne restera pas méconnu très longtemps. C’était le 6 février dernier dans un bar de la capitale.

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Pour écouter l'album.

Biographie officielle (par Arnaud de Vaubicourt) mais raccourcie :

Le terrain de jeu de Valentin Vander est un véritable champ d’expérimentations entre introspection mélancolique et panache pop. « So frenchy ! », pourraient instantanément s’exclamer les anglo-saxons, à l’écoute de ce deuxième album chatoyant. Mais le cahier des charges musical de Mon Étrangère s’avère plus complexe que cela…

L’auteur compositeur interprète, élevé dans une famille de musiciens, use d’armes de séduction massive tout valentin vander,mon étrangère,interview,mandorau long de ce nouveau chapitre. Entre espièglerie, profondeur et constat éclairé sur les relations sentimentales qui lient les êtres, il insuffle une couleur mélodique qui capte dès la première écoute. On trouve alors, au gré des chansons qui jalonnent l’album, ce petit quelque chose d’unique dans sa personnalité joliment désabusée qui n’oublie jamais d’opter pour la dérision. Ici, les émotions priment et semblent inédites, comme si la mélancolie avait embrassé une forme de légèreté. Quand Valentin Vander ne s’amuse pas dans ses spectacles humoristiques Les Goguettes en trio (mais à quatre), il creuse le sillon d’une chanson pop racée à l’élégance discrète. Cet opus l’atteste sur chacune des dix plages qui racontent les atermoiements de l’amour, subtilement éclairés du halo des enjeux de notre temps. La fidélité, l’exclusivité, le caractère aléatoire des désirs : il caresse à chaque mesure l’espoir de trouver une réponse. Bien sûr, elle ne pointe jamais le bout de son nez. Alors Valentin Vander émet ses hypothèses avec douceur souvent, avec ironie parfois.

Encore plus que sur son premier album, L’Audace ou la Timidité, paru en 2015, la palette du chanteur se teinte ici d’humour et d’une lucidité malicieuse.

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(Photo et Artwork de la pochette : Frank Loriou)

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorInterview :

Tu viens d’une famille de musiciens ?

Mon père est un excellent pianiste jazz. Je précise que n’est pas Christian Vander. Je l’ai toujours vu jouer du piano, mais aussi composer et écrire des chansons. Il est passionné par la chanson et notamment par Brassens, Brel, Ferré, Bobby Lapointe et les vieux standards de musette. Ça, ça vient de mon grand-père qui était accordéoniste de bal. Malgré moi, dans ma jeunesse, j’en ai ingurgité du standard de musette, de baloche et de yéyé…

Tu as écrit des chansons très tôt, je crois.

J’ai eu mon premier projet à l’âge de 7 ans avec deux voisins qui avaient mon âge. On a enregistré trois chansons avec mon père. J’écrivais des textes naïfs qui prônaient la tolérance et qui étaient contre le racisme.

Clip officiel de "L'écho du bonheur" réalisé et monté par Watcheuz.

Tu as toujours écrit ? valentin vander,mon étrangère,interview,mandor

Oui, des poèmes et des histoires. J’étais fou de littérature fantastique. J’ai commencé à lire avec ce genre. A 10 ans, j’écrivais donc des pastiches du Seigneur des Anneaux ou d’Harry Potter. J’avais un besoin irrépressible d’écrire. J’y passais des heures et des heures. Ca arrangeait bien mes parents, parce que du coup, je leur foutais la paix.

Tu écoutais quoi ado ?

Lors de ma préadolescence, j’ai découvert des groupes comme Tryo, La Rue Kétanou, Les Ogres de Barbacks, les Wriggles… c’était mes premières influences. Encore aujourd’hui, ils restent de vrais modèles et de vrais exemples d’indépendance et de réussite artistico-humaine. Je suis aussi très sensible à leur côté festif. (Je le sens réfléchir…) Ah ! J’oubliais ! J’écoutais aussi Kyo, mais c’est un peu plus inavouable. Je suis encore capable de chanter par cœur « Dernière danse », alors que je l’ai apprise en 5e.

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Au lycée, tu as eu un groupe ?

Oui, d’ailleurs très inspiré de La Rue Kétanou et des Wriggles. Il s’appelait Les Voisins. On a fait deux disques. On a eu notre petit succès local en Basse-Normandie, dans l’Orne. Je dirais, un succès Est-Ornais (rires).

Après, tu as quitté ta Normandie.

Le groupe a splitté, mais j’ai toujours ressenti le besoin de faire des chansons. J’ai fait un premier disque seul, mais que je n’ai ni joué, ni commercialisé. Juste, il fallait que je le fasse.

Tu as fait des études dans le milieu du spectacle.

J’ai été régisseur son et lumière. Un temps, j’ai été donc un peu technicien, un peu comédien, un peu musicien… après j’ai arrêté de faire de la régie, je n’étais plus que comédien et musicien, j’ai monté ma compagnie, j’ai fait des spectacles Jeune Public. L’idée était d’acquérir une certaine indépendance plus financière et professionnelle qu’artistique.

Lyrics de "Elle passe".

Aujourd’hui, tu n’es donc dupe de rien, tu connais tous les rouages du métier.

Oui, mais du coup, j’ai tendance à vouloir m’occuper de trop de choses à la fois, puisque je sais. Je mets mon grain de sel sur les lumières et sur le son dans mes projets personnels, mais aussi avec les Goguettes. Je veux toujours m’assurer qu’il n’y ait aucun souci.

Tu es chiant en fait ?

Oui, je suis chiant. En création collective, je peux même être hyper chiant. Je ne le revendique pas, mais j’en suis conscient. J’essaie de travailler dessus.

En 2011, tu sors un premier EP.

Tout seul encore une fois, mais cette fois-ci je l’ai déclaré et déposé aux différents organismes. C’est mon premier vrai CD officiel distribué. Il n’est plus disponible aujourd’hui et c’est tant mieux car je ne l’assume pas beaucoup.

Clip de "La femme de ma vie", réalisé en stop-motion par Sylvain Cornut. Dessins de Valentin Dahmani. Avec l'apparition de Margaux Astravare.

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorLes choses commencent à devenir sérieuses à la sortie de ton premier album solo, L’audace et la timidité, produit par un label.

Celui-ci, je l’assume et l’assumerai encore longtemps.

Deux ans avant ce premier album, tu avais déjà commencé avec les Goguettes (lire la mandorisation là).

Oui, mais on jouait dans de petits lieux. Quand est sorti mon premier album solo, ma carrière perso était plus importante que les Goguettes. C’était juste un délire entre copains dont personne ne parle encore. Ça n’avait rien à voir avec ce qu’est devenu le groupe aujourd’hui. Quand les Goguettes se sont professionnalisées et que l’on commençait à parler de nous à la radio, j’ai décidé de mettre de côté ma carrière solo.

Aujourd’hui, la sortie de ce deuxième album « officiel », Mon étrangère, arrive à point ?

Oui, parce que j’ai parfois l’impression d’être schizophrène. J’ai un moi humoriste qui est assumé par les Goguettes et j’ai un moi qui aime beaucoup les chansons tristes et touchantes. J’aime bien la poésie, les chansons d’amour, les chansons un peu torturées aussi. Il y a des émotions que je ne peux pas approcher avec les Goguettes puisque le but unique de ce groupe est de faire rire. Tout ce qui ne fait pas rire, je le garde pour mes chansons personnelles.

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(Photo : Franck Loriou)

S’il y a une forme de mélancolie, je ne trouve pas ton album triste. Il y a de la dérision et de l’autodérision dans ces chansons qui parlent d’amour qui ne finissent pas toujours bien…

C’est un vrai disque de rupture. Il s’est construit dans la douleur d’une relation amoureuse et il s’est terminé dans la rupture. Mais tant mieux s'il ne donne pas une sensation de tristesse. 

Un artiste fait du beau avec son malheur.

Il est obligé. Ça lui sert à ça d’être artiste ! C’est pour se sauver soi-même. Quand je parviens à écrire une chanson dans laquelle j’arrive à exprimer les émotions qui me traversent, comme un désespoir amoureux, ça me sauve. C’est là-dedans que va mon énergie, mon émotion négative qui pourrait m’emmener à rester enfermé pendant des mois. Je ne sais pas comment font les gens qui n’ont pas cette possibilité. Sur le disque, il y a 10 titres, mais j’en ai fait 45 pour raconter comment j’allais mal (rires).

"Mon étrangère" en version live acoustique. 

A part « Mon étrangère », le titre éponyme, les chansons d’amour ne sont pas si tristes.

Les autres sont plus imagées, moins directes. De toute manière, j’ai un relativisme et un optimisme intégrés qui font que je ne peux pas trop vivre de drame à cause de l’amour.

Tu ne chantes pas que des chansons d’amour…

Je ne sais pas si j’écris des chansons d’amour. Je pense écrire des chansons sur plein de sujets et je me sers de l’amour comme étant un prisme qui permet de zoomer sur le sujet et lui donner un contexte.

Tu évoques d’autres sujets. Dans « Poussez-vous j’arrive », tu évoques les migrants, dans « Il se peut », tu racontes la misère du monde…

Dans cette dernière, c’est une autocritique de moi. Je raconte l’histoire d’un jeune, plutôt bourgeois, qui s’intéresse à des questions d’écologie et de société en général, mais qui globalement, arrive à vivre sa vie confortablement sans être pris par l’urgence des propres causes qu’il défend.

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorIl y a duo avec Léopoldine HH, « L’hirondelle ».

C’est moi qui l’ai contacté pour le disque. On ne se connaissait pas personnellement, mais nous nous sommes vite très bien entendus. Elle est particulièrement gentille, drôle et lumineuse, comme elle est sur scène.

Ce que j’aime dans ton album, c’est qu’il est varié. On passe d’une chanson comme « Elle passe » (voir lyrics plus haut), très pop, à une chanson comme « Verlaine », de facture plus classique, piano-voix.

En faisant ce disque, j’ai réalisé que j’en avais marre de la chanson, du jazz, qui était un peu le style de mon premier album, j’ai donc voulu faire de la pop mâtinée d’electro… J’ai trouvé un beat maker en la personne de Nicolas Gueguen qui a réalisé et arrangé tout l’album. Je lui ai dit que j’adorais le groupe L’Impératrice, qui fait de la pop un peu electro disco d’aujourd’hui, avec un bon sens de la mélodie. Je lui ai filé « Elle passe » en version guitare voix et je lui ai demandé d’en faire ce qu’il voulait. J’étais hyper content du résultat. Nous sommes donc parti avec cette ligne directrice-là, mais avec mes autres chansons, nous avons considéré qu’il fallait une palette qui se rapprochait plus de la chanson plus « classique ». La pop electro voulue au départ n’est qu’esquissée pour le moment, mais je pense que mes prochains travaux iront vers là.

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Valentin Vander et Gauvain Sers.

Tu seras en première partie de Gauvain Sers, les 12, 13 et 14mars à Chenôve, Grenoble et Toulouse.

Il est venu me voir en concert, ce qui est cool de sa part, et il m’a proposé quasiment dans la foulée trois premières parties. C’est une nouvelle super réjouissante, enrichissante et gratifiante. Il n’est pas obligé d'aider ses camarades qui n’ont pas autant de succès que lui et il le fait. Je vais chanter seul devant 1500 personnes. Ça ne m’est jamais arrivé et c’est lui qui me le permet. Je lui en suis très reconnaissant.

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Après l'interview, le 6 février 2020.

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24 février 2020

22H22 : interview pour l'EP Tout tremble et rien ne bouge

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(De gauche à droite, Yves et Pierre Le Coz)

pierre le coz,yves le cos,22h22,interview,tout tremble et rien ne bouge,mandorL’un est commissaire de police judiciaire (il a même été chef de la section opérationnelle de la BRI de Paris, la fameuse Brigade de recherche et d'intervention, communément appelée l’antigang), l’autre est prof de gym dans une ZEP (mais un prof à la Pennac, un prof qu’on n'oublie pas, un prof qui fait des films de danses avec ses élèves). Malgré leurs vies trépidantes, les frères Pierre et Yves Le Coz s’adonnent à la musique la nuit. Et pas en dilettante… ils le font sérieusement et passionnément. Ils jouent d’ailleurs très régulièrement au Café Quartier, rue de Charonne, leur fief (on y revient dans l’interview). Après un premier album il y a 6 ans, voici un nouvel EP, Tout tremble et rien ne bouge, contenant 6 titres avec aux arrangements Fred Jacquemin et au mix et à la production, Philippe Avril. De la très bonne variété à l'ancienne, mais moderne (ce qui n'est pas nécessairement paradoxal). Bijou.

Avec les frères Le Coz, nous nous sommes retrouvés dans une brasserie parisienne pour une première mandorisation…

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l’EP.

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Biographie officielle (mais légèrement écourtée) :

L’un compose, écrit et interprète, nourri aux plus grands de la chanson française. Il fait de la scène depuis toujours. Quand il commence un concert en plein air avec vingt copains dans le public, il finit avec trois cent personnes galvanisées. Un mec de scène. L’autre crée des images qui ressemblent à la vie ou plutôt, il crée une vie qui donne de belles images. A eux deux, ils forment le groupe 22H22.

Après des années à s’inspirer mutuellement, ils font se répondre leurs créations qui signent un univers ultra singulier. Le premier a le crâne rasé, l’autre a les cheveux en pétard. Complémentaires on vous a dit. Et frère en plus de ça. Ça ne s’invente pas !

22H22 c’est un concentré de vie, de leurs vies et de celles des autres, de ces vies sans ligne droite. De l’amour, de l’intime, de l’humanité, de la mélancolie et de l’espoir, de la gravité et de la joie. Les créations de 22H22 sont libres et gavées d’amour, leur ton décalé et leur poésie urbaine. Sur scène et dans leurs vidéos, leur énergie et leur sincérité vous explosent à la gueule. Les paroles vous saisissent, les mélodies ne vous lâchent pas. Le terrain de jeux de 22H22 est la scène, la vraie, la généreuse, celle qui vous prend et vous fait tout oublier.

Ils ont suffisamment vécu pour ne faire que ce qu’ils aiment. Leur amour est contagieux et donne envie de rester dans leurs chansons, de vivre dans leurs images.

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pierre le coz,yves le cos,22h22,interview,tout tremble et rien ne bouge,mandorInterview :

Comment votre histoire avec la musique a commencé ?

Pierre : La musique a toujours fait partie de ma vie, depuis tout petit. On a grandi entre le XXe et le XIe arrondissement de Paris. Pour te la faire courte, Yves et moi sommes devenus amis avec deux frangins kabyles qui tiennent un bar, le Café Quartier. On y joue depuis 15 ans avec guitare, basse, batterie.

Mais que fait Yves ?

Pierre : Comme toujours, il apporte des images, il projette des films, il habille la scène avec des lumières. Au départ, c’était mon projet, mais il est vite devenu indissociable de ma musique, tant sur scène que sur disque. C’est également lui qui fait les pochettes de disques, les affiches, les flyers, les clips…

Clip de "Tout tremble et rien ne bouge" filmé par Benoit Grimont.

Vous avez joué dans ce bar avec plein de musiciens différents, mais il y a 6 ans, il y a eu un tournant.

Pierre : Parce qu’il apprécie mon travail, je rencontre Philippe Avril, ingénieur du son du Studio Ferber. Nous avons très vite décidé de travailler ensemble dans la durée. Depuis ce temps, son apport est primordial, d’autant que le studio, ce n’est pas du tout mon truc. Pour moi, une chanson est faite pour être chantée sur scène et faire vibrer le public.

Ce qui est dingue, c’est que grâce à Philippe Avril, vous faites des concerts démentiels dans votre bar du XIe avec un son impeccable et des musiciens qui tournent avec les plus grands chanteurs français… C’est unique !

Pierre : C’est un truc de fou ! On a à la batterie Fred Jacquemin (Lavilliers, Sardou, Fugain, Sanseverino… et des grands noms du jazz), le guitariste Marco Papazian qui vient de finir la tournée de Renaud et le bassiste Vincent Perrot (Laurent Voulzy, Sylvie Vartan et Véronique Sanson…) et bien d’autres du même acabit.

Yves : Tous les gens qui viennent ressortent en ne croyant pas ce qu’ils viennent de voir. C’est le luxe total dans la cave d’un bar qui peut contenir une trentaine de personnes.

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Pourquoi ces grands musiciens acceptent-ils de jouer avec vous ? Vous n’êtes pas connus et vous jouez dans un bar.

Yves : J’espère que c’est parce qu’ils croient au projet. Et puis, ils savent qu’ils jouent entre bons musiciens. Ils se sont donnés le mot. Il y a un endroit bizarre où il faut jouer (rires).

Pierre : Pour nous depuis quelques années, chaque concert, c’est la Coupe du Monde. On joue maintenant en ayant conscience que nous ne sommes pas des imposteurs. Pendant longtemps, nous nous sommes excusés de faire de la musique.

Clip de "Au clair de la lune".

Vous parliez du Studio Ferber tout à l’heure. Dans votre jeunesse, vous habitiez à côté. Et Higelin aussi. Je sais que Pierre l’a rencontré tout minot.

Pierre : Oui, j’avais 10 ans. Un jour j’ai frappé chez lui. Il m’a permis d’entrer. Quatre fois, je lui ai chanté des chansons que j’avais écrites.

Parlons de vos parents. Ils sont très importants par rapport aux choix de vos vies.

Pierre : Nous sommes fils de militants communistes, intellectuels. A la maison, les journaux que l’on trouvait étaient Télérama, Politis… Nos parents sont très élitistes.

Yves : Ils estiment que si tu n’es pas Mozart ou Picasso, il ne faut pas emmerder le monde avec sa vie artistique. Pour eux, ton rôle dans la vie, c’est de changer le monde.

Petite pression quand même, donc…

Yves : Nous avons fait nos métiers respectifs en ayant ça dans la tête, en essayant de les faire évoluer à notre façon. Quant à la musique, on prend notre temps pour y parvenir.

Pierre : Nous, on veut faire le Zénith un jour.

Yves : Je suis fan de musique depuis toujours, entre chansons françaises, un peu de variété et beaucoup de rock. Je sais que les chansons de Pierre sont de très bonnes chansons. Ma mission, c’est de les défendre et de l’accompagner.

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(Pierre Le Coz, à Tarbes, au Pic d'Or 2014. Photo : Not)

Pierre, je t’ai vu au Pic d’Or en 2014, l’année du sacre de Radio Elvis. Tu chantais sous le nom de Le Coz.

Pierre : J’avais signé un premier album chez Discograph sous mon vrai nom. Au Pic d’Or, j’étais en plein divorce et je n’avais pas la tête à faire un tremplin. Je suis arrivé en demi-finale. Je me souviens avoir discuté avec Stéphanie Berrebi de FrancoFans. Je l’avais félicité pour son journal. Ce qu’ils font pour la chanson française me rendait admiratif. L’énergie qu’ils ont à la défendre, c’est du vrai militantisme, du vrai combat politique artistique.

Ce que j’aime dans la musique de 22h22, ce sont les mélodies. Elles sont imparables.

Yves : Pierre en a plein. Il est extrêmement doué pour ça.

Je crois savoir, Pierre, que tu as beaucoup écouté de la variété française.

Pierre : J’ai mon jardin secret : Berger, Sanson et Goldman.

Yves : Avec Pierre, on a en point commun Higelin, Renaud, Souchon, Aubert et Téléphone.

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Pendant l'interview.

Pierre, j’aime beaucoup ta voix. Parfois, elle est un peu raillée. Tu la travailles ?

Pierre : Je prends des cours avec un coach pour masquer tous mes défauts. En live, j’ai tendance à tout envoyer. J’apprends à maîtriser ma voix.

A l’époque où tu étais le chef de la BRI, que pensait ton équipe en te voyant danser et chanter sur des chansons d’amour ?

Pierre : Déjà quand tu arrives en tant que chef dans des services avec des gens aussi pointus et aussi forts, tu as un problème de légitimité. Mais si en plus, des membres de l’équipe t’ont vu dans ta vie d’artiste, ce n’est pas toujours évident (rires).

L’écriture pour toi, Pierre, c’est facile ?

Pierre : De moins en moins. J’arrive à un moment de ma vie où je n’arrive pas à trouver l’angle pour le raconter. Je me suis séparé de la mère de mes enfants. Je me suis remarié et je suis merveilleusement heureux. J’ai désormais une approche beaucoup moins naïve de l’amour, du coup, écrire quelque chose là-dessus, j’ai encore un peu de mal. Je n’ai pas trouvé la bonne dimension…

Yves : Mais quand ça va sortir, ça va faire mal.

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Après l'interview.

09 février 2020

Cyril Adda : interview pour son premier album L'îlot

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(Photo : Benjamin Chauvet)

cyril adda,l'îlot,interview,mandorAprès plusieurs centaines de concerts, 2 EPs et des milliers de kilomètres parcourus, le premier album de Cyril Adda, L'îlot est enfin paru, le 7 février dernier chez InOuïe Distribution.

Cet album a été le fruit de plusieurs et longues années de travail. Désormais, son répertoire est intégralement représenté sur disque, grâce aux talents de ses musiciens Xavier Roumagnac à la batterie et Bertrand Beruard à la basse - contrebasse, sans oublier celui des ingénieurs du son qui ont accompagné son travail.

J’aime beaucoup les chansons, la voix et la sensibilité mélodique de Cyril Adda. Je l’avais déjà reçu il y a deux ans, pour son EP Epreuves. Nous nous sommes donc retrouvés dans une brasserie de la Gare du Nord pour une deuxième mandorisation.

Son site officiel.

Pour écouter le disque L’îlot, c’est ici.

Mini biographie officielle :

En solo, duo ou en trio, soutenu par une section rythmique influente, le jazz accompagne l'écriture des chansons de Cyril Adda jusqu'à la sortie de son premier EP A l'étroit paru en 2014. Un virage s'opère dans ce nouvel album : l'acoustique laisse peu à peu place à l'amplifié, l'humour s'efface au profit d'une chanson plus revendicative et plus sensible. Cyril Adda met en scène des personnages, raconte des histoires, des bouts de chemin de vie dont les protagonistes, témoins de notre époque, vivent et nous livrent une certaine réalité sociale.

Le disque (argumentaire de presse officiel) :cyril adda,l'îlot,interview,mandor

L’îlot est un lieu imaginaire, un endroit rêvé, une sorte d’arche de Noé où nous pourrions nous retrouver en cas de troubles, de catastrophe majeure. Quelles que soient les raisons de nos conflits, politiques, économiques ou climatiques. L’îlot sera notre refuge, celui de toutes les espèces survivantes hommes, plantes et animaux.

L’îlot incarne tout d’abord une terre saine, sauvage et préservée. Mais il représente également la quête du bonheur, cette part de l’être humain qui le pousse à progresser dans l’espoir d’une vie meilleure et à s’accomplir malgré les difficultés.

Lampedusa, Samos, Bornéo, la réalité ne fait que nourrir nos fantasmes, saison après saison. Ainsi, nous nous faisons inexorablement à l’idée que le monde tel que nous l’avons connu est condamné à disparaître. Sans chercher à exposer une vision fataliste ou catastrophique, cet album tente d’exprimer avec humanité les problèmes d’une société à bout de souffle.

Les inégalités sociales, la violence infligée aux plus fragiles et la course aux profits sont autant de sujets abordés, laissant entrevoir les possibles causes du déclin de notre civilisation. Au-delà de l’urgence sociale ou climatique. L’îlot raconte la vie de personnages du quotidien, en proie aux injustices de notre monde moderne.

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cyril adda,l'îlot,interview,mandorInterview :

Raconte-moi un peu tes débuts…

J’ai commencé la pratique de la guitare assez jeune, la guitare tout d’abord, puis le piano. A l’adolescence je me suis aussi intéressé à l’informatique musicale et aux claviers. J’ai d’abord accompagné des groupes de jazz du côté de Montpellier. C’est ma région d’origine et là où j’ai grandi.

Tu as commencé à écrire tes premières chansons au début des années 2000, je crois.

Oui, elles étaient fortement influencées par la nouvelle scène de l’époque : Thomas Fersen, les Têtes Raides, Mano Solo, sous oublier Jean-Louis Murat qui a été une rencontre déterminante.

Parallèlement à la chanson, tu es suivi des études de son puis, des formations dans le domaine de la production de spectacle.

Ces connaissances m’ont aidé à développer mes différents projets, à monter des « assos ». Aujourd’hui, cela me permet d’être 100% indépendant. ABM-All By Myself est la structure que j’ai créée et qui produit mes disques et mes concerts.

Clip de "Oreste".

Depuis ton deuxième EP Epreuves, en 2017, tu es moins jazz qu’au début de ta carrière… 

Je suis passé progressivement du jazz au rock, en abandonnant complètement le côté folk du début.

Il y a une chanson comme « L’ours polaire », qui est carrément electro. Tes arrangements sont de plus en plus modernes en tout cas.

Il n’est pas impossible que le prochain album soit dans cette mouvance. Cela dit, je n’en suis pas encore là. Comme L’îlot reprend les chansons de mon précédent EP, il y a toute mon évolution d’hier à aujourd’hui mixée par Laurent Jais… ce qui permet une certaine homogénéité. Je me suis posé la question de savoir si je gardais les chansons telles qu’elles étaient, si je recommençais tout ou si, carrément, je ne mettais que de nouvelles chansons. Après réflexion, j’ai donc décidé que cet album retrace ma "carrière" depuis le début et j’y ai ajouté six nouveaux titres. Il est représentatif du set complet que l’on fait sur scène. Je vais chanter toutes ces chansons pendant au moins deux ans, peut-être parfois agrémentées de nouvelles, et ensuite, je passerai une bonne fois pour toutes à autre chose.

"La chute", le 06 Octobre 2019, Froggy's Session à La Boule Noire, Paris.

Tes chansons parlent des hommes que nous sommes dans cette société difficile.

C’est dur d’affirmer, de revendiquer, d’écrire des chansons réellement engagées. La génération d’avant savait bien le faire. Moi, pour dire les choses, je prends des chemins de traverse. Je ne veux pas écrire des chansons dont les gens pourraient démonter mes arguments en me disant tout et son contraire. J’ai mes limites dans l’engagement, j’avoue.

Tes chansons sont pourtant bien sociales, tout de même.

Je raconte des bouts de chemins de vie que les protagonistes, témoins de notre époque vivent. A travers leurs histoires, je tente de développer des thèmes sociaux forts. J’aime raconter des choses vraies, de front. Je parle notamment d’un taulard accusé à tort, d’un élève qui subit des du harcèlement, de violences conjugales…

"L'îlot", le 06 Octobre 2019, Froggy's Session, La Boule Noire, Paris.

A part la chanson « L’îlot » qui est un peu plus abstraite, toutes tes chansons sont narratives.

J’aime quand il y a un début, un milieu, une fin et un développement. Je suis un raconteur d’histoire que j’ai envie que l’on comprenne. L’intérêt de mon travail est d’arriver à mettre les textes en avant grâce à la musique. J’insiste sur ce point, c’est vraiment le texte que je tiens à mettre en avant.

Sur scène, c’est qui Cyril Adda ?

Un auteur chanteur qui est bien derrière son piano, qui n’a pas besoin d’en faire trop. Il m’arrive de parler entre les chansons, mais ce sont elles que je privilégie. Je donne quelques anecdotes, mais ça reste soft.

S’il y a du Souchon en toi dans les thèmes abordés et la manière de les mettre en avant, il y a aussi du Michel Berger en toi dans ton sens inné de la mélodie et dans ta manière de jouer.

Et bien merci. Rien ne peut me faire plus plaisir, ce sont de très belles références.

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07 février 2020

Doriand : interview pour l'album Portraits

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(Photo : Xavier Bellanger)

Avec Portraits, il s’agit de peindre le portrait de Doriand, (auteur de l’année 2019 par la CSDEM), mais dont la carrière solo n’a peut-être pas été autant mise en avant qu’elle le méritait. Le quadragénaire girondin affiche déjà une collection de quatre albums solo remarqués par la critique, recélant quelques tubes modestes, comme « Au diable le paradis », « L’âge des saisons » ou « Aucune personnalité ».

Clip de "Au diable le paradis" (1996).

Mais des tubes énormess, il en a écrit pour une pléiade d’autres artistes, de « Toutes les femmes de ta vie » pour L5 à « Non, non, non (écouter Barbara) » pour Camélia Jordana, en passant par Bashung (deux chansons sur le récent, posthume, et “victoirisé” En Amont), Lio, Polnareff (plusieurs chansons d’Enfin !), et puis Mika, Keren Ann, Sylvie Vartan, Julien Doré, Helena Noguerra, Pauline Croze, Emmanuelle Seigner, Robbie Williams, Iggy Pop, David Byrne, Roman Polanski

Le 27 janvier dernier, nous sommes retrouvés à l’Hôtel Idol (Paris) pour évoquer ce disque « bilan ».

La page Facebook officielle de Doriand.

Pour écouter l'album Portraits.

Cover.jpegL’album (argumentaire de presse officiel):

Quand est née cette idée d’un disque re-créatif et récréatif, pour peindre ce portrait de Doriand avant que son scalp ne devienne gray, l’amitié a évidemment pris le pas sur toute autre considération. Les amis se sont donc pressés pour participer à un album d’une facture nouvelle, des relectures par Doriand de chansons qu’il avait écrites pour que d’autres les chantent. Intercalées avec ces reprises de lui-même mais pas tout à fait, on trouve donc la cohorte de complices qui pour leur part font un sort à des chansons que Doriand avait enregistrées sur ses propres albums (tout le monde suit ?). Ainsi, Mika revitalise « Au diable le paradis », Keren Ann et Edith Fambuena, en duo inédit, passent la bague au doigt de « La mariée », Brigitte déguise de grâce « Et va la vie », Peter Von Poehl regarde par dessus son épaule vers l’« Adolescence », Lio obtient « Le pardon du chevreuil », Helena Noguerra transfigure « L’Âge des saisons » et Philippe Katerine donne rendez-vous « Ici ».

De cette relecture avisée et collégiale, il subsiste un doux parfum rafraîchissant, mais certainement pas de synthèse. Portraits est plutôt un courant d’air bienvenu et salvateur, qui dispense des effluves parfumés autant que chaleureux. Quelque chose comme une quintessence de pop française, un peu surannée, mais en même temps effrontée dans son désir capricieux de tourner le dos aux sonorités tendances pour convoquer la grâce et l’harmonie des flûtes, des cordes, des bois, et des voix nues, simples et franches. Ainsi, mélodies fluides et textes ciselés trouvent ici, dans cet aréopage de vocalistes complices, une évidence qui fait du bien. Qui rassure sur la possibilité d’une chanson française sophistiquée, un peu fragile dans sa féminité assumée, et pour tout dire raisonnablement sensuelle. Des chansons comme des caresses, drapées de langueurs, poivrées d’accents mutins. Les chansons de Doriand, quelque chose de joli, quelque chose simple, quelque chose d’utile…

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Quelques artistes participant à Portraits.

83911372_10158423998114665_1855774417058004992_o (2).jpgInterview :

Qui a eu l’idée de ce disque ?

C’est Sylvain Taillet, le directeur artistique depuis 20 ans chez Barclay, label dans lequel je ne suis pas. Il m’a dit un jour qu’il trouvait dommage que je ne sois pas plus connu alors que j’ai écrit tellement de chansons pour les autres que les gens connaissent et d’autres pour moi qui ne disent rien à personne. Il a considéré que mon répertoire méritait d’avoir un nouvel éclairage.

C’est un disque bilan de ta vie musicale ?

C’est un peu ça, mais pas uniquement. J’ai aussi voulu défendre une famille musicale, celle de la pop que j’aime. Ce disque est mon regard sur la pop française depuis 20 ans. Mon travail a toujours été de fuir les chapelles et d’essayer de créer des ponts entre la pop indé et la pop populaire. En travaillant avec des artistes qui sont hyper populaires, j’ai remarqué qu’ils avaient le souhait d’aller vers l’indé et au contraire, les artistes indés avaient envie d’aller vers le plus populaire.

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Les quatre précédents disques de Doriand.

C’est quoi la musique pop ?

C’est un état d’esprit, une attitude et une image. Il faut un équilibre parfait entre une mélodie et un texte qui fait que l’on va croire qu’ils ont été créés ensemble, alors que ce n’est pas toujours le cas. Personnellement, j’ai toujours eu besoin de faire sonner les mots en français sur des mélodies qui pouvaient être anglo-saxonnes. Je ne suis pas tellement dans la chanson française… je ne l’ai même jamais été.

Je crois savoir que tu n’aimes pas trop les « tribute ».

En effet, parce que souvent l’artiste en question invite des gens pour chanter ses chansons, mais ce ne sont pas des gens qui ont une histoire avec lui.

Alors qu’au contraire, ton disque s’est fait avec uniquement la collaboration de tes amis artistes.

Il n’y a que des amis qui peuvent venir me tendre la main sur un projet comme celui-là. C’est un disque ultra sincère, car ce sont des artistes avec lesquels j’ai une histoire ultra forte et qui me suivent depuis 20 ans. Nos chansons deviennent des bagues aux doigts qui nous lient. C’est vraiment le cas pour des personnes comme Keren Ann, Katerine, Marc Collin, Edith Fambuena, Mika, Peter von Poehl … Je les appelle presque tous les jours. Vraiment, avec ce disque, j’ai ouvert la porte de ma maison. Je présente la vie d’un auteur-chanteur entourée d’une famille musicale forte. Ça va au-delà des chansons que l’on écrit ensemble, c’est un accompagnement au quotidien.

Audio de "Elle me dit", initialement interprété par Mika.

Ces morceaux que tu chantes sont réarrangés par Marc Collin.

Marc est celui qui avait réalisé mon premier album Contact. Avec ce nouveau disque, on peut dire que la boucle est bouclée. Pour cet album, avec lui, j’ai refait par exemple “Toutes les femmes de ta vie”. C’est une version un peu décalée, assez produit, avec un son que j’aime depuis toujours, classique dans le sens pop du terme.

L’idée était que les artistes qui viennent chanter tes chansons le fassent sur les productions de l’époque.

J’ai laissé les artistes choisir les chansons qu’ils voulaient. J’ai d’ailleurs souvent été surpris de leur choix. Ce sont souvent mes chansons les plus intimes, les plus mélancoliques, pas nécessairement mes chansons les plus connues et les plus rythmées. On a ressorti les sessions, les bandes, et je les ai fait chanter sur les productions telles qu’elles étaient sur mes albums. On a eu la chance que les tonalités tombent pile à chaque fois. La cohérence du disque se fait plus par le choix des chansons et le regard que chacun a sur elles. C’est à chaque fois un portrait de moi, mais aussi de la personne qui la chante… c’est un échange. C’est une manière de me découvrir aussi, on redécouvre le texte quand d’autres gens que moi le chantent. 

Il y a un inédit.

C’est une chanson écrite aux Abbesses il y a plus de 20 ans avec Katerine, et égarée, puis retrouvée un peu par hasard. Après un déjeuner arrosé, on s’est décidés à l’enregistrer vingt ans après. Je la chante en trio avec Mika et Katerine, ça s’appelle “Danser entre hommes”.

Clip de "Danser entre hommes" feat. Mika et Katerine.

48414022_10156433415008692_2190465163847532544_n (2).jpgC’est quoi une bonne chanson ?

Je ne sais pas, mais ce que je peux dire c’est que c’est plus difficile d’écrire de bonnes chansons que de belles chansons. Il y a des belles chansons qui sont bonnes et d’autres moins. Une bonne chanson est une chanson qui met tout le monde d’accord, qui force un peu la porte et qui rentre chez vous.

Tu travailles avec des chanteurs ou avec des interprètes. Tu fais bien la différence entre les deux.

Un interprète à une vision. Il se voit avec une grande sincérité comme un personnage. C’est le cas par exemple de Camélia Jordana ou Mika. Quand j’écris pour des interprètes, je dois les accompagner dans leurs visions. Là est mon engagement dans mon travail de compositeur, d’auteur ou de co-auteur.

Audio de "Non, non, non (Ecouter Barbara)", initialement interprété par Camélia Jordana. 

Quand tu entends tes textes interprétés par des légendes de la chanson, comme Bashung et Polnareff justement, ça fait bizarre ?

J’ai énormément de chance d’avoir pu collaborer avec ces deux grands artistes. Pour Bashung dans l’album posthume, En amont, je peux te dire que ça m’a ému aux larmes de l’entendre chanter mes mots, d’autant qu’Edith Fambuena a tenu à garder ma voix dans les chœurs…

Tu as écrit des textes pour l’album de Polnareff, Enfin ! Il a été très critiqué négativement. Ça t’a blessé ?

C’est toujours décevant quand un album n’est pas compris. La plupart des albums de Polnareff n’ont jamais été compris à leur sortie. Le temps a toujours fait son œuvre…

En fait, il n’arrivait pas à terminer quatre chansons, c’est ça ?

C’est ça. Il avait essayé avec d’autres auteurs, mais ça ne fonctionnait pas. Je suis parti à Los Angeles et je me suis dit que ce n’était pas pour rien. Même si c’était juste pour lui procurer un déclic pour qu’il finisse ses textes, j’aurais fait mon métier. Je suis resté huit jours chez lui, puis je suis rentré. Une fois à Paris, il m’a envoyé un texto me disant : « vous me manquez ». Je suis donc revenu chez lui et on a continué à faire d’autres chansons.

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On arrive à se détacher de la légende ?

J’ai plus connu Michel que Polnareff. Aux Etats-Unis, il mène une vie normale. Dans la rue, personne ne le connait. Il n’est absolu pas le mégalo que l’on prétend qu’il est. Il a une vie très belle, simple et familiale.

De l’album Encore !, tu as choisi de réinterpréter « Dans ta playlist (c’est ta chanson) » avec Albin de la Simone au piano.

C’est un autre regard sur cette chanson. J’en ai fait une berceuse. Je n’allais pas me mesurer vocalement à Michel Polnareff, j’ai donc choisi quelque chose de plus fredonné. Mes enfants chantent à la fin de la chanson… cela m’a permis de terminer ce disque tout en douceur.

Cet album a été conçu dans une période assez difficile pour toi, je crois.

J’étais dans une période de ma vie un peu compliquée. J’étais dans une phase de séparation, donc de transition. A un moment où je me sentais seul, avoir tous mes amis autour de moi était rassurant et très important. Ce n’est pas un hasard si ce disque est arrivé en plein milieu d’un tsunami dans ma vie personnelle. Ce « bilan » professionnel et amical a été salvateur pour moi.

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Après l'interview, le 27 janvier 2020.

06 février 2020

Blankass... et un peu Marka : interview pour l'album C'est quoi ton nom?

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Johan et Guillaume Ledoux (photo : Stéphane Merveille).

blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandorEntre 1995 et 2003, Blankass était l'un des groupes rock phare en France. Originaires d'Issoudun (Indre), les frères Ledoux avaient déjà eu leur heure de gloire au collège avec leur premier groupe punk, Zéro de Conduite, avec lequel ils avaient joué en première partie de leurs héros, The Clash et Gun Club. Blankass et leur formule originale guitare accordéon a fait le bonheur des radios rock, réussi un vrai tube avec « La couleur des blés », composé pour Johnny (« Clémence »).

Ce sixième disque de Blankass arrive cinq ans après Je me souviens de tout, leur double-best of, et quatre ans après Balthazar Tête de bois, le petit garçon qui voulait réussir sa vie, un conte musical sous forme de livre disque narré par Sylvie Testud et interprété par 15 artistes, dont Pierre Perret, Michel Fugain, Cali, Alex Lutz, Hubert Mounier, Ben Mazué et Thomas Fersen.

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Blankass à l'Alhambra le 22 janvier 2020 (photo : Christian Pénin)

Pour cet album, C’est quoi ton nom ? (à mon avis, le meilleur de toute leur carrière, vraie usine à tubes) blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandorBlankass sort de tous les codes habituels du groupe pour proposer onze titres pop ultra efficaces. Mélangeant programmations, acoustique et électrique, cela donne des titres entêtants dont deux belles collaborations avec Matthew Caws de Nada Surf et avec le chanteur belge Marka.

Le 22 janvier dernier, Blankass s’est produit à l’Alhambra. Guillaume Ledoux, le chanteur, guitariste et auteur du groupe, m’a reçu dans sa loge… et il n’était pas tout seul. Marka, qui chante en duo avec lui dans l’album, était là lui aussi. Il était l’un des guests de la soirée…

Leur page Facebook officielle.

Leur site officiel.

Pour écouter l'album C'est quoi ton nom?

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blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandorInterview :

Ce disque m’épate. Une chanson, un tube !

Personne ne nous attendait, donc nous n’avions ni pression, ni deadline. Avec Johan, on n’a pas arrêté de faire des chansons et quand nous nous sommes décidés de nous lancer dans un nouveau disque, on a vraiment écrémé et choisi les 11 titres dont nous étions les plus sûrs. Ces 11 titres sont l’essence même du disque.

Deux nouveaux membres vous ont rejoint…

Tu fais bien de le préciser parce que les arrivées de Jérôme à la guitare et d’Alain à la basse m’ont donné l’impression de repartir à zéro. J’avais la sensation d’avoir de nouveau 15 ans et de monter un nouveau groupe dans le garage de mes parents. C’était hyper agréable de sentir cette fraîcheur. Je trouve que ça se sent sur l’album et sur scène.

Votre son est plus pop qu’avant… et d’une belle modernité.

Ce n’est pas une volonté. L’évolution du groupe, c’est de se servir de tout ce que l’on nous propose pour jouer. Les machines ont évolué, donc notre son aussi. Il ne faut jamais chercher à coller à une image, parce qu’on arrive toujours en retard. On a mis dans ces chansons, ce que l’on avait envie d’entendre au moment où on avait envie de l’entendre. Si je peux mettre un mot sur cet album, c’est sincérité absolu.

Clip de "C'est quoi ton nom?" réalisé par Emilie & Sarah Barbault.

Dans ce disque, on danse autant qu’on est ému.

Cette remarque me fait plaisir parce que c’est exactement ce que nous souhaitions. Je pense que la balance fonctionne pas mal. Pendant deux ans, avec Johan, on a travaillé cet équilibre-là.

Ton frère et toi, vous écrivez et composez de manière artisanale.

C’est de la pure composition sans projet. C’est spontané. Il n’y a aucun calcul. Nous sommes des artisans de la musique. Nous remettons toujours l’ouvrage sur le métier. A chaque album, on redémarre à zéro. Nous n’appliquons aucune recette. La chose principale, c’est qu’il faut que l’on se surprenne nous-même d’abord.

Clip de "Avec toi" (avec Corinne Masiero).

Pour annoncer le disque, vous aviez lancé une web-série pleine d’autodérision.

(Vous pouvez voir l'intégralité de la web-série réalisée par les sœurs Barbault, ici)

On a voulu sortir un single, « C’est quoi ton nom ? » pour dire juste « coucou, nous revoilà ! ». On a cherché une idée originale pour présenter la chanson. On a décidé de faire deux ou trois sketchs avec des gens que l’on connaissait, comme François Morel, Professeur Rollin ou Gauvain Sers… et on s’est pris au jeu. Il en existe au total 18. Nous nous sommes marrés parce qu’on a joué les loosers. Avec l’autodérision, on voulait aussi préciser que nous ne jouions pas nos vies sur un retour de Blankass. On a juste envie de s’éclater !

La passion est toujours là chez vous, ça se sent !

Quand elle ne sera plus là, je te jure, on ne fera plus d’album. Avec mon frère, on a la chance d’avoir encore envie de faire des chansons tous les deux et de les chanter sur scène. Pourquoi ne pas en profiter ?

Il y a des duos dans cet album. Le premier avec le leader de Nada Surf, Matthew Caws, dans la chanson, « Regarde-moi tomber ».

Avec Nada Surf, nous nous sommes rencontrés en 2003. Matthew est extrêmement charmant, extrêmement cultivé. Sa maman était professeur de littérature française à New York. Il connait donc très bien la France et la langue française. Nous lui avions déjà demandé de participé à notre conte musical pour enfant, Balthazar Tête de bois, mais cette fois-ci, nous souhaitions qu’il participe à une chanson pour les grands.

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Marka et Guillaume Ledoux, à l'Alhambra le 22 janvier 2020 (photo : Jehanne Saccas)

Marka chante avec toi « Skin ». Ça s’est passé comment ?

Dans ma vie, Marka est le symbole d’une époque bénie pleine de joie et de douceur. C’est Jean-Louis Foulquier, à qui Blankass doit beaucoup, qui nous a présenté. Notre rencontre s’est immédiatement passée sous le signe de l’humour. Récemment, je l’ai eu au téléphone et nous avons constaté que cela faisait 30 ans que nous nous connaissions. Nous en avons conclu qu’il était temps de faire quelque chose ensemble pendant que nous étions encore présentables (rires).

Marka, que représente Blankass pour vous ? blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandor

Marka : C’est pour moi un groupe très bon avec lequel tout se passe toujours parfaitement bien. Je retiens aussi l’extrême gentillesse de Guillaume. C’est la crème des crèmes ce mec-là. Son frère aussi, mais il est plus piquant. Surtout, nous avons un vrai point commun: notre amour pour The Clash. A l’époque de Zéro de Conduite, eux ont joué avec The Clash. C’est dingue ! Moi, si je fais de la musique aujourd’hui, c’est grâce à Joe Strummer. Avant de nous connaitre, nous avions donc déjà ce lien indéfectible.

En studio, j’imagine que vous vous êtes régalés…

Marka : On a vécu de chouettes moments, en effet. On a senti une vraie légitimité à faire ce duo. Il n’y a aucune opportunité dans cette démarche. Cette chanson « Skin » colle autant aux Blankass qu’à moi.

Guillaume : Je ne l’aurais sans doute pas interprété seul. Mais, il y a un truc que je n’aime pas, ce sont les duos arrangés entre artistes qui ne se connaissent pas. Pour moi, il faut qu’il y ait un sens humain et amical.

Marka : Avec cette chanson, je suis sorti de ce que j’avais l’habitude de faire. Ça m’a fait un bien fou. Je suis ravi de laisser cette trace là sur un disque qui ne m’appartient pas. J’ajoute aussi que je suis très flatté qu’ils aient pensé à moi pour ce titre.

Vous vous êtes retrouvés 30 ans après pour faire un featuring.

Marka : Vous avez raison, je fais des featuring, ça veut dire que je ne suis pas encore vieux (rires). J’en ai fait un autre avec les Négresses Vertes. Une nouvelle version de mon seul tube connu en France, « Accouplés » (que vous pouvez voir ).

Précision : Marka est le père d'Angèle et de Roméo Elvis… voici une mini interview sur la question.

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Après l'interview, le 22 janvier 2020, avec Guillaume Ledoux et Marka.

31 janvier 2020

Christian Descamps : interview pour les 50 ans de carrière du groupe Ange

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(Photo : Alexandre Marchi)

christian descamps,ange,50 ans de carrière,interview,mandorAnge en chiffre, c’est 6 disques d’or, 6 millions d’albums vendus, Grand Prix de l’Académie Charles Cros 1976 et bien d’autres récompenses. Un demi-siècle de passion pour le plus ancien combo français en activité qui a toujours distillé une musique, savant mélange de poésie et de rock progressif. Ange séduit, provoque, étonne un public nombreux par sa générosité et son lyrisme atypique. Pour Christian Décamps, qui a fondé le groupe avec son frère Francis fin 1969, Ange a toujours été plus qu’un simple groupe de rock mais une tribu, une philosophie mise en pratique avec bonheur au sein d’ « Un Pied Dans La Marge », association fédérant l’ensemble des fidèles.

Le 31 janvier 2020, ce soir donc, le groupe fête ses 50 ans au Trianon. Comme c’est complet depuis deux mois, il joue également demain.

La légende Christian Descamps, a répondu à mes questions dans un bistrot parisien, le 2 décembre dernier. Un artiste toujours passionné, hyper sympathique et au désir créatif intact.

Leur site officiel.

Leur page Facebook.

Leurs prochains concerts.

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(Photo : Alexandre Marchi)

christian descamps,ange,50 ans de carrière,interview,mandorInterview :

En 50 ans de carrière, qu’est-ce que vous retirez de ce métier ?

Je retiens qu’il faut le faire avec passion et générosité sur scène. Une carrière, c’est comme un arbre : tu as les racines qui représentent le début et tu as la sève qui est la passion. Et puis, j’ai remarqué qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais public, il n’y a que des bons ou des mauvais artistes. Le public est le boss. Il a payé pour voir et être heureux, c’est à nous de fabriquer et partager le bonheur.

Pour cela, presque depuis le début, vous lui avez offert le meilleur. Outre votre répertoire poético-fantastico-mystique, il y a aussi des jeux de lumière, des costumes, des décors, des mises en scène incroyables…

Au début, on n’avait pas les moyens des anglo-saxons parce qu’ils tournaient à l’échelle planétaire, ce qui n’était pas notre cas. Après, on a joué en Angleterre, aux Etats-Unis, en Russie, au Mexique, au Japon dans des festivals de rock progressif. On chantait dans la langue de Molière, ils ne pigeaient rien, mais ils adoraient quand même. Il nous arrivait de jouer devant 2500 personnes. Je me souviens qu’à Manchester, les gamins qui venaient devant la scène étaient mes prompteurs. Sur leurs lèvres, je pouvais lire les textes parce qu’ils les connaissaient par cœur. Certains s’amusaient à les traduire pour les comprendre.

Quels sont les groupes qui vous intéressaient avant que vous ne commenciez à œuvrer dans la musique.

A la fin des années 60, nous étions fascinés par les Procol Harum et autre King Crimson. Ils commençaient à mélanger toutes les tendances musicales : jazz, folk, classique et rock. Nous nous sommes engouffrés dans cette mouvance, tout en ayant un langage textuel décalé, frisant le dadaïsme. Nous étions aussi très inspirés par la peinture, comme les créatures de Jérôme Bosch. J’ai du mal a expliquer, mais nous avons bâti un univers à nous en nous inspirant de ce que l’on aimait musicalement et visuellement.

Le groupe Ange a 50 ans par France 3 Bourgogne-Franche-Comté en décembre 2019.

Je crois savoir que l’album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles ne vous a pas laissé indifférent.

C’est clairement un album qui a fait prendre un virage à tout le monde. Il date de 1967 et on a fondé Ange en septembre 1969. Les Beatles nous ont inspiré au début, dans le fait de triturer les sons pour trouver des mélodies étonnantes et un climat original. Ils ont cassé les codes, tout le monde a suivi!

Il y a des albums cultes dans votre répertoire. Le Cimetière Des Arlequins, Au-Delà Du Délire, Emile Jacotey, Par Les Fils De Mandrin

Notre carrière, c’est une grande histoire de culte (rires).

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(Photo : Alexandre Marchi)

Pour certains, vous êtes un groupe mythique.

Le mot mythe, je n’aime pas trop.

Un groupe de légende alors ?

J’aime mieux. Légende, c’est un beau mot. Vous savez, je suis assez fier de cette carrière. J’ai consacré toute ma vie à ce groupe et c’est un de mes plus grands bonheurs. Je n’ai pas honte de dire que j’ai eu une existence fabuleuse. Tous les gens qui m’entourent m’ont inspiré, toutes les choses qui n’existent pas m’ont inspiré. Je les ai fait exister dans mon imaginaire et je les ai transmis aux gens. Les artistes se doivent de livrer du rêve au public, dans notre cas, avec toute l’inconscience et la folie possible. Nous, sur scène, c’est du funambulisme. On aime se mettre en danger.

Vous ne faites jamais le même album. Là aussi, c’est une sorte de mise en danger.

On se met en danger partout. Sur scène et en studio.

Teaser du Heureux ! Tour

Vos fans sont appelés « les imbibés ». Plus précisément, les imbibés de l’univers angélique. Vous en êtes le gourou ?

Descamps… gourou. C’est pour ça.

Gourou, ça fait secte, non ? christian descamps,ange,50 ans de carrière,interview,mandor

Jésus aussi ça fait secte (rires). Plus sérieusement, « les imbibés », c’est juste notre fan club. Ça fait 24 ans que l’on a en moyenne 1000 adhérents par an à notre association « Un pied dans la marge », ce qui permet de faire vivre l’histoire du groupe (note de Mandor : ils reçoivent aussi gratuitement le fanzine Plouc Magazine). Ce sont autant nos meilleurs producteurs que nos meilleurs attachés de presse. Le respect entre nous est évidemment mutuel.

Vous n’avez jamais été tenté d’arrêter le groupe définitivement ?

Parfois, on a traversé des moments professionnels difficiles. Dans les années 80, on nous disait que plus personne ne voulait de nous, ça ne motive pas trop… Même ma mère m’a dit une fois : « tu ne vas pas continuer jusqu’à 70 ans quand même ? Ce n’est pas de la musique pour ton âge. » Ce n’est jamais une question d’âge, c’est toujours une question d’envie. Aujourd’hui, j’adapte ma carcasse à ma musique. Je ne suis pas le même que dans les années 60, mais je fais avec ce que je suis aujourd’hui.

Vous n’avez plus rien à prouver en tout cas.

Non, mais tant que mes cordes vocales et mon physique me permettent de continuer, je continue.

Clip de "L'autre est plus précieux que le temps", extrait de l'album Heureux!

Comment fait-on pour renouveler le propos de ses chansons en 50 ans de carrière ? Vous n’avez pas l’impression d’avoir tout dit ?

En fait, il y a trois thèmes majeurs : la vie, l’amour, la mort… et l’imaginaire. Moi, j’ai passé ma vie à imaginer. Dans ma tête, j’ai tellement de choses qui me traversent l’esprit...

Dans la chanson « A tort ou à raison », de l’album Heureux !, c’est exactement, ce que vous racontez.

C’est bien de l’avoir remarqué! C’est une chanson très personnelle, une chanson bilan et je m’y adonne rarement. Il y a moins de métaphores, mais j’ai voulu qu’elle aille droit au cœur. Il y a des instants dans la vie où il faut être direct.

Vous commencez à écrire sur la vieillesse. Vous la sentez en vous à 73 ans?

Dans la vie courante, la vieillesse est péjorative. Quand on me demande comment je vais, je réponds « comme un vieux ! » On me répond « dis pas ça ! » Et je ressors ma fameuse phrase, « je n’ai pas trouvé d’autres moyens pour vivre que de vieillir ».

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Pendant l'interview...

christian descamps,ange,50 ans de carrière,interview,mandorIl y a un livre intitulé Toute une vie d’Ange, paru aux Presse du Midi, contenant 2 CD inédits (avec des interviews) qui vient de sortir. Il raconte vos 50 ans de carrière.

Il est écrit avec la collaboration de Jean-Noël Coghe, journaliste (Rock & Folk, Best, Pop Music, RTB, AFP, France 3) et reporter (RTL, France Inter, RMC)… Il se trouve qu’il est aussi le grand-père de mon petit-fils. Je lui ai confié ma vie d’Ange, soit un demi-siècle de rock progressif, souvenirs, anecdotes, mises au point, coups de gueule, vindicte et toujours notre passion. Cela s’étale sur deux périodes distinctes de 25 ans.

Oui, d’ailleurs, il y a eu une première tournée d’adieu avec la première formation en 1995.

Je voulais dire adieu à mes premiers compagnons, mais j’avais bien l’intention de continuer. Mon fils a pris la place de mon frère aux claviers, et on a démarré autre chose qui existe depuis vingt-cinq ans. C’est-à-dire la deuxième moitié de ces cinquante ans finalement.

Il n’y a plus de groupes comme vous aujourd’hui. Vous êtes les derniers dinosaures et je trouve que vous n’êtes pas célébrés à votre juste valeur. Ça vous blesse ?

Nous sommes le groupe français le plus célèbre... à être passé inaperçu sur les médias nationaux. J’aimerais bien aller parler, par exemple, dans « On n’est pas couché ». Je n’accuse pas Ruquier ou qui que ce soit, mais j’imagine que les programmateurs ou programmatrices sont trop jeunes et n’ont pas cette culture-là.

Après cette tournée des 50 ans de carrière, vous allez faire quoi ?

Un nouvel album en 2021. On va créer quelque chose de nouveau. Encore une fois. Ce qui est excitant, c’est l’inconnu. S’il n’y a pas d’excitation dans la vie, je ne vois pas l’intérêt de la vivre.

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Après l'interview, le 2 décembre 2020.

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11 janvier 2020

Jean-Louis Bergère : interview pour l'album Ce qui demeure.

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(© Jérôme Sevrette)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor« L’americana de Ce qui demeure célèbre les épousailles de l’acoustique et de l’électrique, comme un refus d’avoir à choisir entre chanson et rock. Loin d’être une collection de cartes postales, ce disque se veut plutôt l’osmose entre une âme contemplative et une pensée métaphysique, liées par un verbe racé et maîtrisé ». David Desreumaux, dans son magazine Hexagone a raison, l’Angevin Jean-Louis Bergère poursuit une carrière discrète à mi-chemin entre americana et chansons à textes. Ce disque, Ce qui demeure, est d’une sensibilité et d’une élégance rare.

Je dois dire que depuis 2001, date de sortie de son premier album, Une définition du temps, je suis passé à côté. Comment ai-je pu ? Un artiste si doué et profond. A l’écoute de son 4e album, Ce qui demeure, j’ai eu envie de rencontrer cet artiste majeur, mais à part… et encore trop méconnu.

Le 25 novembre dernier, Jean-Louis Bergère est passé par Paris pour une première mandorisation. Une belle rencontre...

Sa page Bandcamp, vous permettant d’écouter l’album Ce qui demeure (et ses trois autres albums).

Sa page Facebook officielle.

Argumentaire de presse officiel :jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor

Jean-Louis Bergère est un artiste ovni dans le paysage musical français (France Inter). D’albums discographiques en publications littéraires, ce songwriter angevin à l’écriture lumineuse et à la voix chaleureuse, dépeint à merveille les nuances de l’âme, les sentiments diffus, les paysages intérieurs. "C'est le sensible l'objet de Jean-Louis Bergère. Nommer l'invisible, faire exister ce qui n'est pas, le sentiment naissant, à l'instar d'une Nathalie Sarraute. Chercher, être en quête du soi intérieur. Gratter le dedans, le trouble et l'informulé et révéler l'indicible" (Hexagone). Après le très remarqué Demain de nuits de jours en 2013, unanimement salué par la critique, Jean-Louis Bergère revient avec ce nouvel album écrit autour du thème du « territoire ». Du causse Méjean à la Sécession Viennoise, des émois de l’adolescence au chant de Léonard Cohen, il revisite et interroge ces et ses lieux de narration et de mémoire.

Entouré de ses fidèles musiciens, c’est au discret et talentueux réalisateur Gilles Martin (Dominique A, Miossec, Diterzi…) qu’il a confié la peau sonore de ce quatrième album. Entre textes d’une haute teneur poétique et climats musicaux baignés d'ambiances électriques et acoustiques, Jean Louis Bergère poursuit avec ce nouvel opus sa quête intemporelle au cœur de l’intime. Un univers aussi fragile que puissant. Pour un voyage en apesanteur, entre lyrisme et contemplation.

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(© Jérôme Sevrette)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandorInterview :

David Desreumaux a écrit dans Hexagone que tu « n’as rien de ce qu’il faut pour devenir un artiste à succès ». Tu comprends ce qu’il a voulu dire ?

Oui, très bien. Je ne suis pas dans le format actuel de la chanson française et je ne fais pas d’effort pour me fondre dans le moule. Je ne suis pas non plus dans ce qu’on appelle la variété.

Tu es dans l’introspection.

Depuis toujours, je fais un travail sur l’intime. Je me suis parfois égaré, mais pas sur les deux derniers disques. Ceux-là, je les assume totalement.

Lequel n’assumes-tu pas ?

En 2007, j’ai sorti Au lit d’herbes rouges, un disque qui ne me satisfait plus. J’en enlèverais la moitié. Certains me disent que je suis trop autocritique, mais c’est une condition sine qua non pour avancer. Si on est toujours satisfait de son travail, il y a un problème. C’est seulement depuis l’album de 2013, Demain, de nuits, de jours, que je me dis que je commence à toucher quelque chose.

Clip de "Ce qui demeure", extrait de l'album Ce qui demeure.

Images / captation et réalisation : Yannick Lecoq. Montage : Eregreb © Catapulte 2019

Tu as commencé la musique dans quelle circonstance ? jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor

Adolescent, j’ai fait de la trompette dans une école de musique classique. C’était par défaut parce que j’aurais préféré faire du piano, mais mes parents ont considéré que c’était trop compliqué. Dans la salle à manger, il n’y avait pas la place pour un piano. Entre violon, piano et trompette, j’ai donc choisi ce dernier instrument. En 3e, j’ai fait un deal avec mes parents. Si j’ai mon BEPC, ils m’offrent une guitare. J’ai cravaché et j’ai eu ma guitare. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire des chansons.

C’était important pour tes parents que tu fasses de la musique ?

Ils étaient conservateurs de droite et catholiques de l’ouest… c’était un peu la norme éducative. J’ai reçu une éducation très rigoureuse, parfois même dure. La création a été pour moi un vecteur de rupture. C’est la seule chose que j’ai pu trouver qui pouvait libérer mon esprit. A 18 ans, je suis parti de chez mes parents en claquant la porte et en ayant pris soin de brûler tous les carnets dans lesquels j’écrivais. Un véritable autodafé.

C’est ce que tu racontes dans la chanson « Aurore », non ?

Absolument. Je raconte le jour où j’ai pris le train pour aller à Nîmes pour me rendre chez les Compagnons du Devoir. J’ai vu mon reflet dans la glace et c’est là que j’ai compris que c’était le début de ma vie. Ma seule préoccupation était de gagner de l’argent, donc pendant 10 ans, j’ai mis de côté la musique. A 28 ans, je me suis marié et un an après, nous nous sommes séparés avec ma femme. J'avais un peu peur de cette vie toute tracée. Je ne me voyais pas être papa tout de suite. Je ne me sentais pas les épaules assez larges. J’ai rencontré quelqu’un d’autre, puis j’ai vécu 10 ans seul. C’est pendant ces 10 ans que je me suis remis sérieusement à la musique.

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(© Egna)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor(Photo à gauche : Olivier Coiffard).

Aujourd’hui, tu t’es réconcilié avec tes parents ?

J’ai beaucoup d’amour pour eux. J’ai fait la paix avec mon père avant qu’il ne parte. Dans la vie d’un homme, c’est essentiel d’être en paix avec ses origines.

Après le sud de la France, tu es revenu à Angers.

Oui. Et j’ai commencé à faire des petits cabarets dans lesquels je chantais du Bashung, du Yves Simon, du Souchon et du Ferré… et un peu des chansons à moi, mais elles passaient mal. Ce que j’écrivais à l’époque était très hermétique, voire prétentieux. Je jouais avec la langue dans des textes fleuves. C’était imbitable (rires).

Raconte-moi ta rencontre avec Léo Ferré.

Elle a été très importante pour moi. Il a été le premier à m’encourager. Je suis allé le voir la première fois en 1986, à la fin d’un concert à La Flèche, à côté de chez moi. J’étais très timide, alors je ne lui ai pas dit grand-chose. Je l’ai revu en 1988, alors que j’avais écrit pas mal de chansons. Avec l’inconscience de la jeunesse, j’ai fait un truc que je ne referai plus jamais. J’ai téléphoné à la salle où il devait se produire pour demander de faire la première partie. Cela m’a été évidemment refusé, mais la personne que j’ai eue au bout du fil m’a assuré un rendez-vous avec lui. Elle a tenu parole. J’ai amené à Ferré une cassette et des textes. Il a été très bienveillant avec moi. Nous sommes restés ensemble pendant trois quart d’heure et il a lu mes textes devant moi. Il m’a dit qu’il y avait quelque chose et qu’il fallait que je persévère.

Tu as fait une photo avec lui ?

Son jeune agent me l’a proposé, mais j’ai refusé parce que je ne voulais pas passer pour un fan qui était venu pour ça. Je dois dire que plus tard, j’ai un peu regretté. Ça aurait fait un beau souvenir.

Du coup, tu t’es senti légitime pour continuer à écrire des chansons ?

Si quelqu’un avec une œuvre si monumentale m’encourage, c’est certain, ça rassure. Ferré, ça a été un carburant pour mes forces motrices.

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(© Jérôme Sevrette)

Il y a un autre artiste que tu aimes beaucoup, c’est Léonard Cohen. Dans cet album, tu lui rendsjean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor même hommage (« L’homme qui chante »). (Photo à droite : David Desreumaux)

Comme Ferré, Léonard Cohen m’a donné une force que j’avais envie d’avoir à 30 ans pour me lancer. C’est quelqu’un de primordial pour moi. Je suis très touché par son intégrité dans tous les domaines.

Pourquoi as-tu décidé de faire de la chanson un métier ?

Ce n’était pourtant pas quelque chose d’essentiel pour moi. J’ai pris beaucoup de temps, car au départ je n’en voyais pas l’utilité. De plus, à la fin des années 80, ça coûtait cher. Il n’y avait pas de home studio à cette époque. Ce sont des amis qui m’ont incité à graver mes chansons. J’ai commencé avec des cassettes et je me suis lancé plus sérieusement quand j’ai eu plus de moyens.

Tu n’as sorti que quatre disques en 19 ans de carrière. C’est peu.

C’est peu, mais cela m’a permis de garder mon indépendance économique et ainsi de garder mon indépendance artistique. Avec l’âge, aujourd’hui, je me dis que c’était le bon choix. J’ai été plus lent que les autres, mais je ne me suis pas abîmé dans d’éventuelles concessions.

Clip de "Inouïe", extrait de l'album Ce qui demeure. Captation, réalisation et montage : Renaud De Foville.

Je crois savoir que tu considères la chanson comme un objet sonore global.

Ma quête depuis le début est d’écrire en français et assembler le texte, la musique et la voix sans qu’il y ait une prédominance d’un côté ou de l’autre. Dans le monde de la chanson plus traditionnelle, je sens bien que ça passe difficilement. Ce qui prédomine, c’est le texte avant tout.

Il y en a  pourtant d’autres qui s’y risquent.

Oui, Dominique A avec son disque Remué et Bashung avec L’imprudence ont été des albums radicaux qui ont beaucoup compté pour moi. Que c’est beau ! Tu vois, rien que de t’en parler, j’ai des frissons.

Contrairement à Bashung, qui a commencé en faisant de la variété, toi, dès ton premier disque, Une définition du temps en 2001, tu as été radical.

C’est marrant parce qu’entre ce premier disque et le troisième, Demain de nuits de jours, il y a plus de liens qu’entre le deuxième, Au lit d’herbes rouges et le troisième. Je ne suis pas satisfait du deuxième. J’avais élargi la formation. Il y a avait trop de musiciens d’horizons différents. Je n’ai jamais été un leader et je n’avais pas l’assurance que j’ai maintenant. Chaque musicien donnait son grain de sel, il en a résulté un disque hétéroclite qui n’a pas une grande tenue. Dans les deux derniers albums, j’ai tout choisi, ils sont donc parfaitement cohérents et me ressemblent.

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(© Egna)

jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandorC’est grâce à tes musiciens avec lesquels tu travailles depuis 10 ans ?

Je me sens privilégié de travailler avec Blaise Desol, Hervé Moquet, Evelyne Chauveau, Franck Durand et Jean-Baptiste Noujaim. On forme une vraie équipe et on s’aime tous. Mes deux derniers albums, c’est aussi leur projet, pas uniquement le mien, même si c’est moi qui mène la barque.

Tu te sens plus dans la catégorie chanson ou rock ?

Ni l’un ni l’autre. Je me sens plus dans la catégorie pop folk… à la Bon Iver ou Syd Matters.

C’est amusant parce que tu ne cites que des artistes qui chantent en anglais.

Comme je te le disais précédemment, ce qui m’émeut le plus, c’est la globalité sonore de l'objet chanson. Celle que je retrouve encore et plus souvent chez les chanteurs anglo-saxons. Je suis un fan total des climats, des ambiances, avec cette exigence de musicalité, peu importe la langue.

Ton nouvel album, Ce qui demeure, est un album qui s’écoute. Il ne faut pas se contenter de l’entendre.

Je considère désormais ma voix, mon chant, comme un instrument à part entière. Je travaille beaucoup sur ça, mais de manière très instinctive. Quant à mes textes, si on me dit qu’on n’a pas tout compris, mais qu’on a été quand même embarqué, je prends ça comme un compliment.

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Pendant l'interview...

Rappelons que tu publies aussi des livres de poésie. jean-louis bergère,ce qui demeure,interview,mandor

Ça a beaucoup diversifié mon activité. J’ai monté des formules « lecture-concert ». Je tourne beaucoup dans le réseau des médiathèques.

Tu te sens plus poète, chanteur ou poète chanteur ?

Je ne sais pas. Poète chanteur peut-être. Je sais bien que la notion de poète est devenue ringarde, mais je m’en moque. Un poète est quelqu’un qui cherche à traduire toutes les émotions qui sont dans l’air.

C’est quoi ta définition de l’art ?

L’art, c’est apprivoiser l’inquiétude.

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Après l'interview, le 25 novembre 2019.

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09 janvier 2020

Diane Tell : interview pour Haïku

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(Photo : Maxim Morin)

diane tell,haïku,interview,mandorNée à Québec, un 24 décembre, comme un cadeau de Noël à la chanson francophone, Diane Tell, artiste précoce, entre au Conservatoire de Val D'Or à 6 ans. En 1982, elle est devenue une artiste incontournable, novatrice et reconnue, au succès populaire important, qui aura remporté 6 Félix au Gala de l'ADISQ avant d'avoir 25 ans. Sa chanson phare, « Si j’étais un homme », est intronisée au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2017. Notez que ce n’est pas son seul tube. Souvenez-vous aussi de « Faire à nouveau connaissance », « Gilberto », « Souvent, longtemps, énormément », « J’arrive pas j’arrive », « Savoir » ou autre « La légende de Jimmy » (extrait de la comédie musicale de Michel Berger et Luc Plamondon, La légende de Jimmy).

Productrice et éditrice autonome depuis l’album Chimères en 1983, l’auteur-compositeur-interprète a très tôt compris l'importance de rester libre et indépendante.

Après huit ans d’absence, du moins en tant qu’interprète, Diane Tell (déjà mandorisée là) revient à l’avant-plan avec son tout nouvel album Haïku. L’Abitibienne qui vit en Suisse a engagé le détonnant Jeannois Fred Fortin comme réalisateur, qui, en plus de signer trois textes, a enrobé l’album de sa touche unique. Sur les douze titres d’Haïku, Tell et Fortin ont vraiment mélangé leurs univers respectifs. On retrouve la voix toujours vibrante de la chanteuse, mais elle se drape de musiques syncopées, entre le blues, le jazz, la bossa nova et le rock.

Cet album est articulé autour des sentiments humains et des «émotions éphémères». On peut le dire, Haïku est l’album charnière d’une grande artiste libre, en pleine possession de son art.

Le site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l'album Haïku.

Pour acheter le disque.

Le 4 décembre dernier, Diane Tell a bien voulu répondre à mes questions dans les locaux du studio Luna Rossa. Moment charmant.

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(Photo : Maxim Morin)

diane tell,haïku,interview,mandorArgumentaire de presse (par Marc Desjardins) :

Un Haïku, dans la tradition japonaise, c’est un très court poème de 3 vers qui évoque l’évanescence du quotidien. Pour Diane Tell, c’est un témoignage magistral, en 12 chansons parfaites, sur l’impermanence des sentiments humains.  

8 ans après le richement folk-rock Rideaux Ouvert, l’artiste surdouée et productrice indépendante assumée ne s’est pas reposée sur ses lauriers et a eu envie de sortir des sentiers battus avec un album remarquablement actuel de chansons originales, dans tous les sens du terme.

Sur Haïku, Diane Tell s’est entourée d’une équipe de brillants iconoclastes qui lui ont permis d’aller jusqu’au bout de ses choix. Sous la gouverne du toujours étonnant Fred Fortin, à la réalisation, ses complices habituels, François Lafontaine, Olivier Langevin, Samuel Joly et Joe Grass ont fait éclater les paroles et les musiques comme autant de feux d’artifices.

L’album (par Marc Desjardins) :diane tell,haïku,interview,mandor

Il se décline comme un itinéraire de l’intime, avec un point de départ et un point d’arrivée. Il décolle avec « Vie » que Fred Fortin a spontanément écrite, paroles et musique, pour Diane. Loin du rock de son groupe, Galaxie, il a plutôt signé la parfaite chanson de la Diane Tell familière, une jolie bossa d’Abitibi, tendre mais douce-amère. Il émaille l’album de 2 autres petits bijoux de nuances et d’âme à vif : « Catastrophe » et « Chat ».

Pour Haïku, Diane a recruté un nouveau collaborateur, l’écrivain suisse d’origine serbe Slobodan Despot qui nourrit les 3 titres qu’il a signés, avec Diane à la musique, de son écriture emplie de philosophie. «On n’jette pas un amour comme ça», premier simple tiré de l’album, valse doucement sur le regret et l’abandon. « Rien », à l’humour mélancolique, sautille sur une mélodie subtilement jazzée. « Questionnaire » termine l’album avec des interrogations fondamentales sur un rock contemporain assumé qui nous rappelle la force de mélodiste de Diane Tell.

diane tell,haïku,interview,mandorDiane s’est gardé la part de la lionne avec 4 chansons fabuleuses, dont elle signe les paroles et la musique. « Il ne m’aime pas » est une déchirante balade du regret, aussi inoubliable que « Si j’étais un homme ». « Evolène », à la rythmique obsédante, est un exorcisme intense mais rieur, coloré des demi-teintes de la Suisse où elle a élu domicile. «Haïku», toute dans la subtilité et le dépouillement, fait de ses mots une incantation intime de l’âme. Sur «Spoiler», Diane s’est lancée tête baissée dans une écriture éclatée, secouante, à la rythmique obsessive, pour tracer un portrait impitoyable de notre vie fragmentée.

L’album est complété par la jolie, tendre et chaleureuse « Moi fille, toi garçon » qu’elle co-signe avec Serge Farley-Fortin et par la très émouvante « J’aurais voulu qu’tu saches » du poète Alain Dessureault sur une musique à fleur de peau de Serge Farley-Fortin. Diane y livre une puissante interprétation qui ébranle quiconque l’écoute. Un grand moment.

Haïku, à réécouter en boucle parce que la vie vaut la peine d’être bien racontée.

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(Photo : Maxim Morin)

diane tell,haïku,interview,mandorInterview :

Plus le temps passe, plus je trouve que vos disques deviennent de plus en plus audacieux.

Je tente de l’être depuis mon premier album éponyme en 1977. C’était déjà très jazz et un peu à contre-courant. En France, on me connait surtout pour « Si j’étais un homme » qui est devenu un classique. Même mes autres tubes tels que « Faire à nouveau connaissance » et « Savoir » étaient déjà un peu plus décalés par rapport aux époques où elles sont sorties. L’audace a toujours fait partie de mes points forts… ou faibles (rires).

Mais dans l’album Haïku, on va vers l’expérimental avec une chanson comme « Spoiler ».

Je voulais faire quelque chose de diffèrent. On ne répète rien avec les musiciens en studio. D’habitude, j’arrive toujours avec mes chansons en guitare-voix. Pour celle-ci, c’était batterie-voix. Du coup, les musiciens se sont donnés à cœur joie pour jouer un peu en free style… je peux même dire que musicalement, ce titre s’approche du free jazz.

Clip de "Spoiler", extrait de l'album Haïku.

Présentez-nous les musiciens de cet album.

Olivier Langevin est à la guitare, Joe Grass à la pedal steel et au banjo, François Lafontaine aux claviers et Samuel Joly à la batterie. Quant à Fred Fortin, il est à la basse. J'ai eu le droit à cinq virtuoses qui ont l'habitude de travailler ensemble.

Fred Fortin, auteur-compositeur-interprète bien connu au Québec (il fait partie du groupe de rock alternatif Galaxie) a fait beaucoup de choses sur ce disque.

Au départ je l’ai engagé juste pour réaliser l’album et spontanément, il m’a proposé trois chansons. J’ai trouvé très intéressant que le réalisateur participe aussi à l’écriture des chansons. C’est très rare. Vous savez, Fred est plus un musicien qu’un réalisateur. Il s’est engagé dans cet album comme un artiste.

Vos deux univers se marient parfaitement.

Je l’ai vite constaté. Nos univers assemblés donnent quelque chose de nouveau que je recherchais depuis longtemps.

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A gauche, je tiens la figurine de Diane Tell (tirée de la première pochette de Diane Tell en 1977). A droite, Diane Tell tenant son smartphone avec la fameuse pochette. "Vas y, on fait la photo, ça va être marrant!" m'a-t-elle dit.

Aucune chanson ne se ressemble dans cet album.

J’aime bien l’idée qu’on ne sache pas ce qu’il va se passer. Comme dans les séries, si on devine le scénario, on s’ennuie vite.

C’est marrant cette remarque sur les séries. Dans la chanson « Spoiler », vous mettez en confrontation l’amour et la façon de filmer les séries.

C’est un angle original pour parler d’amour. Ça devient de plus en plus difficile d’être novateur quand on évoque ce sujet. Et puis, je suis fan de films et de séries. J’aime bien Jean-Marc Vallée et Denis Villeneuve qui sont des cinéastes québécois qui ont fait des choses magnifiques aux États-Unis. Ils m’inspirent…

Vous êtes fière de cet album ?

Oui, parce que j’ai réussi ce que je voulais faire. Parfois, on a de bonnes idées, on réunit des gens pour concrétiser ses envies et au final, ça marche moins bien qu’on l’espérait. Là, c’est l’album que je souhaitais au départ.

Clip de "Haïku", extrait de l'album Haïku.

L’écrivain suisse d’origine serbe Slobodan Despot a écrit 3 chansons pour vous.

C’est un grand auteur. J’ai lu tout ce qu’il a écrit. Un soir, je lui ai demandé si ça lui disait que l’on essaie de faire des chansons ensemble. En fait, il n’a pas écrit pour moi, il m’a envoyé trois poèmes qui existaient déjà sur lesquels j’ai composé de la musique. C’est une première approche. Peut-être que l’on ira plus loin la prochaine fois.

Composer sur les mots des autres, ce n’est pas la première fois que cela vous arrive.

Non, j’ai plaqué ma musique sur des mots de Françoise Hardy, Maryse Wolinski, Maryline Desbiolles… et même Laurent Ruquier (rires). J’aime bien chercher parfois des auteurs qui ne viennent pas du monde de la musique. Cela donne des résultats inattendus et j’aime l’inattendu.

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Diane Tell lors de l'enregistrement de Haïku.

L’indépendance par rapport à l’industrie du disque a toujours été importante pour vous.

Oui, même quand j’étais dans de gros labels. Dès 24 ans, j’étais décidée à être juste en licence. Je suis devenue productrice de mes propres disques. Je voulais me prendre en charge, car je ne voulais plus être dépendante des autres. Je ne voulais rien devoir à personne et surtout rester maître de mon œuvre. Je préférais que les maisons de disque travaillent pour moi, et non le contraire.

Votre précédent album studio de chansons originales date d’il y a 8 ans.

Entre temps, on a fait Une, un album guitare-voix reprenant mes plus grands succès. Nous avons aussi fait quelques albums multi-artistes pour des hommages à Jacques Brel, à Diane Dufresne, à Félix Leclerc…

Vous dites « nous » et pas « j’ai ». C’est curieux.

C’est l’habitude. Je considère que je ne fais pas mes albums toute seule. Il y a beaucoup de gens qui travaillent sur les chansons. Je m’inclue, mais je ne m’individualise pas.

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Pendant l'interview, au studio Luna Rossa (photos : Vincent Capraro)

En France, les gens vous aiment bien. Vous le ressentez ?

Oui. Ils sont bienveillants avec moi et il y a toujours du monde à mes concerts en France. J’aimerais juste que le public d’ici explore un peu plus mon répertoire. Je trouve qu’ils se contentent des deux, trois tubes diffusés sur les radios françaises. Mon répertoire est assez riche et il est disponible sur toutes les plateformes musicales. En règle général, les gens écoutent les « golds » et ne sont pas curieux des nouveaux disques. J’invite les français à se pencher sur Haïku. Ils ne sont pas à l’abri d’apprécier.

Oui, il faut préciser que dans ce nouveau disque, il y a aussi des chansons plus classiques à la « Si j’étais un homme ».

Des chansons comme « On ne jette pas un amour comme ça » ou « Il ne m’aime pas » sont de cet acabit.

Clip de "On ne jette pas un amour comme ça", extrait de l'album Haïku.

Ce ne sont pas des chansons d’amour positives, en tout cas.

C’est l’amour qui est comme ça… c’est toujours difficile. L’amour intense n’est pas toujours partagé. De toute façon, l’amour tranquillou où on s’aime bien et où tout va bien, ce n’est pas un grand moteur pour écrire des chansons (rires).

« Chat », c’est une histoire d’amour violente, au sens propre du terme.

Oui, mais on a aussi envie d’histoire violente et malsaine comme ça dans la vie. Je n’aime pas ce qui est plat.

Vous avez 43 ans de carrière cette année. Je n’arrive pas à réaliser que cela fait si longtemps que l’on vous connait.

En plus, le premier disque qui est sorti en France, en 1980, En flèche, dans lequel il y a « Si j’étais un homme » (qui a franchi le cap des 3 millions d'écoutes sur la plateforme Spotify en début d'année), était pour moi déjà le troisième (avant, il y a eu Diane Tell (1977) et Entre nous (1979)) En flèche va fêter dans quelques jours son 40e anniversaire. Le 17 janvier, il va d’ailleurs se passer des choses autour de ce disque.

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Après l'interview, le 4 décembre 2019.

(Photo : Sylvie Durand).

31 décembre 2019

Octave Noire : Interview pour l'album Monolithe

octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir ,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour ,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

(Photos : Fabien Tijou)

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L’électro expérimentale de Kraftwerk comme le synthé de Jean-Michel Jarre lui ont toujours trotté dans un coin de la tête, de même que quelques dignes représentants de la chanson française, surtout Jacques Higelin. Octave Noire a longtemps bidouillé avant de trouver son style, qu’il veut maintenant ouvert et accessible. Après Néon, ce Monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand retour d’Octave Noire et risque bien de devenir un des albums les plus importants de 2020 (trois artistes ont accepté l'invitation d'Octave Noire à poser leurs voix et leurs textes sur cet album : Dominique A sur "J'ai choisi", ARM sur "Monolithe humain" et Mesparrow sur "Parce que je suis".

Sa page Facebook officielle.

vous pouvez dès aujourd'hui précommander Monolithe ici :
https://www.wiseband.com/yo/shop.php?boutique=6707

Le 28 novembre, Octave Noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour une première mandorisation.

L’album Monolithe (argumentaire de presse) :octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

Tels les obélisques égyptiens, qui représentent des rayons pétrifiés. Ce second album nait dans le plaisir solitaire du studio, cette fois en se donnant le temps, notamment d’accoucher de « Los Angeles », le single de l’album. L’écriture creuse le sillon pop-orchestral de Néon, conviant clavinet, moog, mellotron et basses lourdes, dans la lignée des grands arrangeurs français, de Jean-Claude Vannier à François de Roubaix. L’exigence architecturale et les mélodies simples, sur un mélange électronique et cinématographique, portent sa voix au velours grave, parfois presque parlée. On pense autant à Jean-Michel Jarre qu’à Sébastien Tellier, à Justice qu’à Michel Colombier. Monolithe chante la condition humaine, « Le soleil » et les hommes, le rêve américain à « Los Angeles ». « Sous blister » inventorie la récupération publicitaire, jusqu’à la rupture, que rappe ARM invité sur « Monolithe humain ». Mais Octave Noire trempe aussi les douleurs de l’amour dans des crescendos lumineux, de la séparation sur « L’Avalanche », à la disparition de son père sur « Retiens cette image », inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage.

« Parce que je suis » déroule l’incommunicabilité d’un couple, en litanie avec Mesparrow, qui chante tous les chœurs de l’album. « Inland sea », reprise en français d’un morceau anglais d’Aliplays de 2010, intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. Une absence que vient fuir sur « J’ai choisi » Dominique A, qui avait déjà adoré Néon. Si Monolithe touche à la mélancolie, il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire, d’une beauté épique qui sublime nos doutes. C’est la promesse forte et fragile d’Octave Noire, dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faiblesses, nos cœurs ont laissé des adresses, on n’est pas là par hasard ».

octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

(Photo : Fabien Tijou)

octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vusInterview :

On a l’impression qu’avec cet album, tu es reparti de zéro.

C’est exactement ça. J’ai voulu changer d’optique et de direction. L’album de 2017, Néon, était très orienté chanson française avec des arrangements des années 70. J’ai voulu moderniser un peu tout ça. Je viens de la chanson française, certes, mais je viens aussi de l’electro. Dans ce disque, j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus organique.

Qu’est-ce que tu préfères dans la conception d’un album ?

Je prends mon pied dans les arrangements. C’est là que je m’éclate le plus. C’est un jeu de construction, un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous les coups (rires).

Chacune des chansons de Monolithe est différente.

C’est un exercice de style. Quand j’avais 11 ans, les synthétiseurs du magasin Paul Beuscher à Bastille m’ont happé. A l’oreille, je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus à la télé. Bref, j’ai toujours voulu faire de la musique de film ou de pub. Quand on s’adonne à cette activité, c’est quelqu’un d’autre qui t’aiguille sur le chemin à prendre. Il faut s’adapter à son idée. Dans ce disque, le quelqu’un d’autre, c’était moi. Ça m’a permis de m’inventer mon propre univers, mon propre langage. Il n’y a pas beaucoup d’autres domaines dans la vie où on peut faire cela. C’est une liberté qui, pour moi, se transforme en jeu.

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(Photo : Fabien Tijou)

Tu as fait des études de musicologie. Tu as aimé?octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

C’est l’université. C’est très formel, théorique et trop académique. On apprend l’histoire de la musique, l’histoire de l’art, un peu d’harmonie… Je me dis qu’à 19 ans, j’aurais dû faire un BTS câblage. Si j’avais été roadie, j’aurais vraiment appris le métier. C’est là qu’on a les mains dans le cambouis et que l’on se construit son réseau. La vie de Jean-Sébastien Bach, c’est super intéressant pour la culture générale, mais ça ne fait pas apprendre le métier.

Tu as aussi appris le piano pendant ces années-là. Avoir une connaissance « classique » de la musique permet peut-être d’en sortir, non ?

Sûrement, mais c’est inconscient. Pendant cette période, en même temps, je jouais dans des groupes, je faisais des musiques pour des spectacles. La musique vivante m’attirait. C’est autant de temps où je ne préparais pas mes cours. Bon, je ne vais pas cracher sur ces années d’études. Tout ce qui est orchestral dans mes chansons, je pense que ça vient de là.

Le son, les synthétiseurs et l’ordinateur t’amènent à Aliplays, pseudonyme sous lequel tu enregistres deux albums d’indielectro qui ne passent pas inaperçus, Todotesorosisland en 2004 et Happy Ours en 2010.

J’étais signé sur un label allemand, ensuite sur un label français. On me passait beaucoup sur Radio Nova. Pour être clair, comme beaucoup d’artistes, j’ai slalomé. On se cherche et on attend qu’on nous trouve.

Clip de "Los Angeles", extrait de l'album Monolithe, réalisé par Gaëtan Chataigner et produit par Ronan Le Borgne.

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Non, je suis juste sur un chemin dans lequel ce que je fais se passe plutôt bien. Il faut simplement essayer de garder le cap.

La musique, c’est aussi pour fuir la réalité ?

Je n’ai jamais vécu la musique comme un refuge contre le monde qui est méchant. J’ai vécu le début de ma vie en Afrique. J’y suis resté 10 ans. Quand je suis rentré en France, la musique m’a permis le développement d’un univers personnel. Ça a été une sorte de béquille qui m’a aidé à me structurer. C’est comme une extension de soi pour développer un manque qu’on peut avoir. Je ne me suis pas enfermé dans une solitude échappatoire.

Ton premier album sous le nom d’Octave Noire, Néon, a été très bien accueilli. On ne compte plus les articles dithyrambiques sur ce disque. Tu en as été surpris ?

Je n’arrive pas trop à intégrer cela dans ma tête. C’est trop abstrait. Je suis très honoré et flatté de ça, mais je me dis que ça va passer. Tous les 15 jours, il y a un nouveau. Ça a été mon moment à cette époque-là, mais il y en eu d’autres ensuite. Je ne suis pas dupe. Il faut relativiser les choses et savoir redescendre. Il faut se dire que le plus dur est à venir, mais que le meilleur aussi.

On dit que le deuxième album est souvent le plus attendu ?

Je préfère me dire que c’est une connerie (rires). Forcément, si ça s’est bien passé pour le premier, la curiosité pour le deuxième est logique. Du coup, il y a une attente. Et dès qu’il y a une attente, on n’est forcément un peu déçu. Mais je vais te dire franchement, j’y ai pensé lors de la création de ce deuxième album. Cela a même été un des moteurs. C’est pour ça que je suis parti dans d’autres directions. Je ne voulais pas tomber dans le piège de refaire le premier album ou un morceau comme « Le nouveau monde » qui a été le titre qui m’a fait vraiment connaître. Il fallait casser les codes, refaire une direction artistique et essayer de s’y tenir.

Clip d'"Un nouveau monde" réalisé par Gaëtan Chataigner et produit par Yotanka, extrait de l'album Néon.

Textuellement, cet album-là est nettement plus personnel. J’ai l’impression que tu te caches moins.

J’avais envie de parler de choses plus intimes, même s’il y a toujours les mêmes thèmes d’universalisme, d’étoiles et de soleil. J’aime évoquer la place de l’homme dans l’univers, le rapport au soleil, le fait que l’on soit, au sens littéral du terme, des enfants du soleil. Dans tout ça, j’ai donc ajouté mes histoires personnelles que beaucoup ont vécues, comme la rupture par exemple. Il faut trouver l’angle et l’éclairage pour en faire des chansons originales.

J’ai l’impression que la musique raconte autant tes histoires que les textes.

C’est même la musique qui raconte le plus le propos. Je commence toujours par composer et c’est seulement quand les musiques sont terminées que je commence à penser aux textes. C’est en écoutant la musique que je me pose la question de savoir ce qu’elle raconte. C’est elle qui me dit de quoi je vais parler.

Tu es un excellent musicien, mais te sens tu un bon auteur ?

Pas vraiment. J’ai un co-auteur, Frédéric Louis, avec lequel je travaille depuis 25 ans et qui a coécrit la moitié des textes de cet album. On se connait par cœur et nous fonctionnons de la même manière, complètement à l’instinct, aux ressentis et aux impressions. J’appuie sur play, lui chante en yaourt en improvisant totalement et grâce aux sonorités, ça finit par donner des mots. Ca sort tout de suite… il ne faut pas que ça sente la sueur.

octave noire,monolithe,patrick moriceau,interview,mandorauteur d’un premier album remarqué,patrick moriceau alias octave noire peut s’enorgueillir d’avoir,de même que quelques dignes représentants de la chanson français,surtout jacques higelin. octave noire a longtemps bidouillé avan,qu’il veut maintenant ouvert et accessible. après néon,ce monolithe (qui sort le 3 février prochain) marque le grand re,octave noire m’attendait dans une brasserie de la capitale pour,qui représentent des rayons pétrifiés. ce second album nait dans,cette fois en se donnant le temps,notamment d’accoucher de « los angeles »,le single de l’album. l’écriture creuse le sillon pop-orchestral,conviant clavinet,moog,mellotron et basses lourdes,dans la lignée des grands arrangeurs français,de jean-claude vannier à françois de roubaix. l’exigence archite,sur un mélange électronique et cinématographique,portent sa voix au velours grave,parfois presque parlée. on pense autant à jean-michel jarre qu’à,à justice qu’à michel colombier. monolithe chante la condition h,« le soleil » et les hommes,le rêve américain à « los angeles ». « sous blister » inventorie,jusqu’à la rupture,que rappe arm invité sur « monolithe humain ». mais octave noire,de la séparation sur « l’avalanche »,à la disparition de son père sur « retiens cette image »,inspirée d’une photo où il lui tenait la main sur une plage. « p,en litanie avec mesparrow,qui chante tous les chœurs de l’album. « inland sea »,reprise en français d’un morceau anglais d’aliplays de 2010,intériorise ce manque dans la mer intérieure du corps. une absen,qui avait déjà adoré néon. si monolithe touche à la mélancolie,il ne se départit pourtant jamais d’une intemporalité solaire,d’une beauté épique qui sublime nos doutes. c’est la promesse fo,dès les premiers mots de l’album : « on est carré dans nos faibl,nos cœurs ont laissé des adresses,on n’est pas là par hasard ». interview :  on a l’impression qu’,tu es reparti de zéro. c’est exactement ça. j’ai voulu changer d,néon,était très orienté chanson française avec des arrangements des a,certes,mais je viens aussi de l’electro. dans ce disque,j’ai trafiqué les sons et j’ai souhaité que la musique soit plus,un puzzle dont je fais moi-même les pièces… donc je gagne à tous,les synthétiseurs du magasin paul beuscher à bastille  m’ont hap,je rejouais la musique des publicités et des dessins animés vus

(Photo : Fabien Tijou)

Comment composes-tu ?

Beaucoup par analogie. Quand j’entends un truc qui me plait à la radio, je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est ça que je veux faire. Je fais le truc et je suis content. Puis j’entends autre chose, et je me dis que finalement, c’est ça que je veux faire. C’est un peu compliqué, car j’ai un côté schizophrène et insatisfait. Mais c’est parce que j’adore la musique, au sens large. Je suis toujours attiré par plein de trucs qui m’aiguillent et qui me font changer de direction. Je suis très influençable, mais je ne copie jamais.

Devenir chanteur, ça a été difficile pour toi ?

J’ai toujours fuit la lumière parce que je suis quelqu’un de plutôt réservé et timide. J’ai passé une grande partie de ma vie à accompagner les autres. Tu sais, je suis le pianiste à côté du chanteur (rires). Un jour, j’ai chanté et je me suis fait prendre à mon propre jeu. Curieusement, ça a marché. Au début, je n’aimais pas du tout et maintenant j’aime bien. Je prends ça comme un rôle. Quand je suis chanteur, ce n’est pas tout à fait moi. C’est quelqu’un d’autre qui monte sur scène.

Clip de "Le soleil et les hommes", extrait de l'album Monolithe.

Tu es plutôt un homme de studio, mais la scène, tu aimes ?

Quand la précédente tournée était presque terminée, c’est là que j’ai commencé à prendre du plaisir. Là, je suis trop content de revenir. On prépare un super show qui va en étonner plus d’un.

Tu vis sereinement la sortie d’un album ?

Je suis d’un caractère fataliste. Ce qui doit arriver arrivera. J’ai fait de mon mieux, après je ne maîtrise pas le reste.

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Après l'interview, le 28 novembre 2019.

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30 décembre 2019

Dalton Télégramme : interview pour l'album Victoria

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dalton télégramme,quentin maquet,victoria,rencontres d'astaffort,interview,mandorLe quatuor liégeois, formé en 2010, Dalton Telegramme est un gang qui a piqué les racines de la musique folk et western pour les faire pousser dans ses propres chansons (en langue française, s''il vous plait) et qui parlent d’aventures, d’amours, d’amitié, des autres et d’eux-mêmes. Le groupe peut s’enorgueillir d’un grand nombre de dates de concerts en Belgique (Dour festival, Francofolies, Botanique…) et à l’étranger. Trois ans après l’album Sous la Fourrure, Dalton Telegramme revient avec Victoria, un disque tourné vers le rock et la mélodie.

Les membres de Dalton Télégramme sont Quentin Maquet (guitare, chant, ukulélé), Rémi Rotsaert (guitare, banjo, harmonica), Olivier Cox (percussions multiples et pipeau) et Bernard Thoorens (contrebasse, guimbarde)… avec en invitée Fanny (du groupe Faon Faon).

En concert le samedi 8 février au Reflektor à Liège.
Infos et tickets =>
Dalton Telegramme au Reflektor le 8 février
Ecouter l'album Victoria :
orcd.co/victoria

Leur site officiel.

Leur page Facebook.

Le 21 novembre dernier au soir, la tête pensante du groupe, Quentin Maquet, m’a donné rendez-vous dans une brasserie de la capitale.

Argumentaire de presse:dalton télégramme,quentin maquet,victoria,rencontres d'astaffort,interview,mandor

Dalton Telegramme revient avec un deuxième album : « Victoria »

Résultat d’un profond désir de la bande de s’embarquer dans une nouvelle aventure, ce disque écrit en partie durant la tournée de leur premier album et au gré de leurs escapades en Baie de Somme et autres « pow wow » bucoliques se veut plus ambitieux et plus doux.

Si le musc et les parfums boisés coloraient leur précédent album, Victoria s’annonce résolument plus féminin, délicat par ses arrangements et profond dans ses cordes. Plus féminin dans la forme aussi car les quatre potes du bord de Meuse accueillent dans le gang Fanny (du groupe Faon Faon), amie du groupe et cousine dans la famille franco-faune belge. Fidèle à leur plaisir coupable de se retrouver en huis clos cocon pour créer et enregistrer, l’album a été mis en boite à la Frette (manoir/studio de légende) sous la houlette de l’excellent Yann Arnaud (Air, Phoenix, Maissiat, Alex Beaupain…).

Un changement de cap pour l’équipage Dalton qui s’éloigne un instant du francophile wild wild west fantasmé de leurs débuts pour s’épanouir ici dans de nouveaux paysages sonores avec le même mot d’ordre… se laisser pousser les envies.

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(Photo : Jean-Philippe Humblet)

dalton télégramme,quentin maquet,victoria,rencontres d'astaffort,interview,mandorInterview :

Vous jouez ensemble depuis l’enfance. Comment avez-vous décidé de devenir professionnels ?

Après avoir beaucoup joué dans des bars et des petites salles, l’idée d’en faire notre vie est venue naturellement. Il faut dire qu’à Liège, il y a une sacrée vivacité musicale. On dénombre beaucoup de groupes, de petites structures, de petits labels, de petits tourneurs… qui font que ce n’est pas si difficile que ça de sortir un album quand on a un minimum d’envie et de talent

Le premier disque, Sous la fourrure, était plus folk, western, rugueux.

Au début du groupe, alors que nous n’avions pas encore notre identité musicale, on est parti jouer au Québec. Là-bas, nous avons découvert la scène qui chante en français, mais qui fait de la musique folk américaine super roots. On a eu un vrai coup de cœur pour cette musique.

Pourtant l'album Victoria n'a plus rien à voir. Il est carrément plus féminin? 

On trouvait que donner un titre féminin à notre album était une bonne idée. Les sonorités sont plus douces, plus sophistiquées, peut-être un peu plus féminins, donc. De plus, l'arrivée de Fanny dans le groupe gomme la masculinité totale que nous avions dans le premier disque. C'est une bonne chose. 

Clip de "Sparadra" réalisé par Louan Kempenaers & Romain Habousha extrait de l'album Victoria.

Votre base musicale à vous, c’était quoi ?

La seule chose que nous voulions, c’est écrire en français. On écoutait –M- ou des gens comme ça, qui savent utiliser la guitare rythmique. En fait, au départ, on était partie pour jouer ce genre-là.

Mais toi, personnellement, tu avais cette culture de chanson francophone ?

Oui, j’écoutais Nougaro, Brel, Stephan Eicher… Je suis aussi passé par la phase Fonky Family, NTM, IAM. Je trouvais les textes très savoureux. J’aime bien quand ça chante en français et que c’est ambitieux dans le jeu et le plaisir de la langue.

Vous avez fait plein de festivals, gagné pas mal de tremplins et de prix avec cette musique folk western. Ce n’est pas risqué de revenir avec un deuxième album différent ?

Après la tournée de notre premier album, nous nous sommes demandé si nous voulions continuer à jouer uniquement ce style. En y réfléchissant, on s’est dit qu’il était inutile de vouloir être plus américain que les américains… on a eu l’impression que cela nous limitait.

Clip de "Le jour du seigneur" réalisé par Lily Rensonnet et Arnaud Gurdal, extrait de l'album Victoria.

C’est une stratégie presque dangereuse de faire deux albums si différents.

On le sait bien, mais tant pis. On prend le risque. On ne veut pas se trahir. Même au niveau de la scène, ça nous posait problème. Comment allions nous jouer nos deux répertoires ? Ce que je peux te dire aujourd’hui, c’est que ce deuxième album est beaucoup plus rock en live.

Prendre ce nouveau chemin, ce n’est pas pour conquérir plus facilement la France ?

Non. D’abord, je ne pense pas que faire de la musique plus généraliste ouvre plus de portes. Je pense qu’aujourd’hui, dans le monde de la musique, il vaut mieux être dans une niche. Deuxièmement, comme je viens de te le dire, cette musique nous est venue naturellement. Chez nous, rien n’est calculé. Nous avons travaillé autour d’un logiciel d’enregistrement et tout était possible. Nous avions une liberté totale pour mettre les couches que l’on voulait et essayer des trucs. Nous ne nous sommes plus donnés de consignes d’identités trop claires.

Toutes les chansons sont différentes, mais elles ont toutes un potentiel tubesque. C’est rare de nos jours.

Nous n’avons pas une culture underground ou alternative, ce n’est donc pas étonnant que l’on écrive des titres qui pourraient devenir « populaires ». Il y a un auteur belge qui s’appelle Jacques Duvall, qui a écrit pour Lio et Alain Chamfort, notamment. En termes d’écriture, c’est mon espèce de Graal. C’est simple mais d’une redoutable efficacité. Il m’a fait comprendre qu’il n’était pas obligatoire d’avoir un sens logique à tout. Avec lui, j’ai découvert que l’écriture pouvait être libre.

Clip de "Si tu reviens, j'annule tout", réalisé par Simon Medard, d'après une idée originale de Quentin Maquet. Extrait de l'album Victoria.

Comme Duvall, tu écris pour les autres ?

Oui, depuis peu. Je suis allé aux Rencontres d’Astaffort, il y a deux ans. Ca a débloqué pas mal de choses en moi. Depuis j’écris plus vite et je suis revenu chez moi avec énormément de confiance parce que là-bas, j’étais valorisé… J’étais dans la fameuse session que Cabrel a beaucoup aimée. A tel point qu’il nous a permis de faire un disque, STAFF (pour en savoir plus, voir la mandorisation ici). Il y a 4 chansons dont j’ai fait les paroles. J’adore écrire pour les autres, mais ce n’est pas si simple. Le but n’est pas d’imposer sa patte, mais de se fondre dans l’univers de la personne pour laquelle tu écris.

Justement, tu écris comment ?

J’essaie d’être totalement immergé mentalement dans l’histoire que je raconte. Tout est précis : l’instant, le décor, les visages… Ecrire une chanson provoque un plaisir narratif et musical. Il n’y rien de plus jouissif qu’un texte que se fond dans une mélodie. Pour moi, le sens est aussi important que le son.

Lyric video de "Ton portrait" réalisé par Marie Cox, extrait de l'album Victoria.

Il n’y aucune chanson triste dans ce deuxième album.

On n’utilise jamais le langage de l’apitoiement. Plutôt qu’être tragique, on essaie d’être plus dans le tragi-comique. On ne va pas faire de chansons plombantes.

Dans Dalton Télégramme, on peut dire que tu l’auteur compositeur…

Je suis celui qui arrive avec une chanson qu’il faut habiller. Les autres membres du groupe en font une chanson encore meilleure que ce que j’imaginais. J’aime être surpris par un arrangement auquel je ne m’attendais pas.

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Avec Quentin Maquet, après l'interview, le 21 novembre 2019.

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17 décembre 2019

Les Goguettes, en trio mais à quatre : interview pour Globalement d'accord

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Depuis 2013 Les Goguettes (en trio mais à quatre) ce sont : des centaines de parodies, près de 25.000 spectateurs, plus de 200 spectacles dans toute la France (+1 au Luxembourg), plus de 3 millions de vues sur leur chaîne YouTube, 1 triomphe au Festival d’Avignon… et l’aventure est loin d’être finie. Ils seront notamment le 7 avril 2020 à La Cigale (pour réserver, c'est là).

Avant de faire plus ample connaissance avec ce quatuor exceptionnel, rappelons ce qu’est une goguette : une parodie de chanson connue pour parler de l’actualité, en prenant le parti d’en rire.

Invité par l’un des membres du groupe, Valentin Vander, que je connais un peu (et mandorisé là en 2016… toujours pas seul), je suis allé voir Les Goguettes (en trio mais à quatre) à l’Alhambra (salle comble et comblée), il y a quelques semaines. J’ai rarement autant ri lors d’un spectacle musical. Du coup, j’ai demandé à Valentin de m’organiser une rencontre avec ses trois acolytes, Aurélien Merle, Stan et la pianiste de formation classique Clémence Monnier. Les agendas des uns et des autres étant un peu chargés, la mission n’a pas été simple.

Le 28 novembre dernier, nous sommes parvenus à nous retrouver dans un bar de la capitale.

Leur site officiel.

Leur page Facebook.

Leur page YouTube (richement fournie en vidéos).

Pour écouter le disque, Globalement d'accord.

Pour commander le disque, Globalement d'accord.

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(@Marylène Eytier)

les goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accordArgumentaire de presse :

En 6 ans de carrière, on peut dire que Les Goguettes (en trio mais à quatre) ont renouvelé avec un certain succès l’art ancestral des chansonniers, grâce à leur humour décapant, incisif, parfois cruel, mais jamais méchant ni vulgaire. Ces quatre auteurs-chanteurs-musiciens piochent dans le répertoire considérable de la chanson populaire d’ici et d’ailleurs pour traiter et maltraiter l’actualité. Ils tentent alors de soigner par le rire tous les agacements et sentiments de ras-le-bol provoqués par notre usage collectif et souvent trop intensif de la télévision, de la presse ou des réseaux sociaux. Face à la saturation d’informations tous azimuts, le rire reste un médicament des plus efficaces.

Biberonnés dans les années 80 et 90 à l’humour des Guignols, du Canard Enchaîné, de Charlie, de Renaud, des Inconnus…, ces goguetiers proposent un spectacle qui s’apparente à un grand jeu de chamboule-tout où tout y passe : la droite, la gauche, le centre, les têtes de gondole (pour rester polis) de l’arène politique, les grands sujets brûlants, les petites polémiques tartes-à-la-crème, la campagne électorale qui vient, la dernière mode à la mode… ils sont capables de se moquer de tout, y compris d’eux-mêmes.

Le teaser du spectacle 2019.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Depuis les années 2000, les scènes ouvertes de « goguettes » redeviennent populaires et se multiplient en France. À Paris, l’une d’entre elles se tient alors tous les lundis dans un restaurant-cabaret célèbre : Le Limonaire. C’est là que nos acolytes vont se rencontrer en 2009 : Stan y chante depuis déjà quelques années, Clémence Monnier vient d’intégrer la bande de musiciens qui accompagnent les chansonniers du lundi soir, et enfin Aurélien Merle et Valentin Vander, tous deux auteurs-compositeurs-interprètes, par l’humour alléchés, se mêlent à cette communauté de joyeux drilles. Quelques années plus tard, ces quatre-là décident d’unir leurs forces et leurs meilleures goguettes pour monter un spectacle, qui ne cessera alors de nécessiter des salles de plus en plus grandes pour accueillir un public toujours plus nombreux.

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(@Marylène Eytier)

Avant mon interview, leur FAQ :

- Ils sont d’où ? Clémence et Aurélien ont grandi près d’Angers, Valentin en Normandie, et Stan à Versailles. Ils se sont connus à Paris.
- Qui écrit les textes ? Chacun écrit dans son coin, propose au groupe. Puis tout est mis en commun, retravaillé, mis en scène par Yéshé Henneguelle.
- Pourquoi ils sont habillés comme ça ? C’est parce qu’à leurs débuts, les affiches de leurs spectacles étaient des parodies d’affiches d’autres groupes. L'une d'elles parodiait le groupe allemand Kraftwerk. Le costume leur allait tellement bien qu’ils l’ont repris tel quel.
- Quand est-ce qu’ils jouent près de chez moi ? Le site www.lesgoguettes.fr met à jour régulièrement le calendrier des spectacles. C’est l’adresse à surveiller pour se tenir au courant.
- Peut-on rire de tout ? Oui.

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(@Marylène Eytier)

les goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accordInterview :

Le groupe à 7 ans, mais vous avez explosé il y a 3 ans.

Valentin : Oui, quand on commencé à jouer dans les théâtres parisiens. A la base, on jouait dans les restos et les cafés. A partir du moment où l’on s’est mis à jouer au Théâtre Essaïon à Paris chaque semaine, le bouche à oreille a fonctionné. On a fini par jouer dans de plus grandes salles, comme le Théâtre Trévise. C’était plus facile pour les gens de venir nous voir quand ils entendaient parler de nous.

Sur l'air de "Elle est d'ailleurs" de Pierre Bachelet. Enregistré en public au Théâtre André Malraux à Rueil-Malmaison le 18 octobre 2018. Avec Valentin Vander au chant et Clémence Monnier au piano.

Le Limonaire a été un endroit important dans votre carrière.

Valentin : Oui, on se retrouvait souvent dans ce cadre pour des scènes ouvertes le lundi soir.

Stan : Désormais, cela se passe à la péniche El Alamein. Nous continuons d’ailleurs à nous y rendre régulièrement.

Valentin : Nous y allons parce que c’est un extraordinaire terrain de création. On peut tester de nouvelles chansons devant un public bienveillant et dans une bonne ambiance. Ça nous maintient dans une espèce d’émulation.

Sur l'air de "Les mots bleus" de Christophe. Enregistré en public au Café de la Danse à Paris le 4 avril 2019.
Avec Aurélien Merle au chant, Clémence Monnier au piano, Valentin Vander dans le rôle du jeune et Stan dans le rôle de la vieille.

Il faut préciser que tout le monde peut venir et participer. Pas besoin d’être professionnel.

Clémence : Il y en a qui ne savent pas chanter et ce n’est pas un problème. Il y a même très peu de professionnels. Ce sont des gens qui viennent pousser un coup de gueule sur un sujet d’actualité avec ce mode d’expression.

Valentin : « La goguette des énervés » a commencé en 2004 au Limonaire et ça se poursuit aujourd’hui. Ca draine beaucoup de jeunes.

Stan : Ca existait déjà dans les années 90, mais pas sous ce nom. C’est le musicien Christian Paccoud et le linguiste Claude Duneton qui étaient à l’origine du premier retour des goguettes (qui existaient déjà au 19e siècle). Au départ, c’était un public et des participants assez âgés, plutôt politisés. On peut dire que c’était des militants de gauche. Maintenant, c’est plus jeune et moins politisé.

Sur l'air de "Quand on arrive en ville" par Daniel Balavoine. Enregistré en public à l'Alhambra à Paris le 9 octobre 2019. Avec Clémence Monnier au chant et au piano.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux goguettes ?

Aurélien : Je faisais de la chanson, mais pas drôle. Je suis quelqu’un d’assez politisé par ailleurs. A la base, je n’aime pas les chansons engagées, mais l’humour permet de faire passer des messages sans donner de leçons. Au début, quand j’allais voir « La goguette des énervés », je ne chantais pas, je me contentais d'observer. J’ai mis 6 mois avant d’oser écrire ma première goguette. C’est vraiment un exercice de style.

Stan : Comme Aurélien, les chansons engagées m’ont toujours saoulé, mais j’écrivais des textes humoristiques depuis longtemps. J’ai mis beaucoup de temps à faire des goguettes, parce que je n’étais pas chanteur, mais je m’y suis mis parce que je trouvais bien de plaquer des textes drôles sur des musiques existantes. Ma première, c’était en 1993 à la Folie en Tête, sur l’air de « Tel qu’il est, il me plait » de Fréhel. Je me suis planté cinq fois, bref, ce n’était pas une parfaite réussite.

Clémence : Je suis musicienne classique, j’ai fait le Conservatoire, une thèse de musicologie, ce qui ne m’a pas empêché d’aimer la chanson depuis toute petite. Un soir, je suis arrivée au Limonaire avec des copines qui m’avaient incité à venir. J’ai immédiatement trouvé ça génial. J’ai commencé les goguettes en accompagnant au piano. J’aimais le côté immédiat et vivant de l’exercice par rapport à ce que je faisais par ailleurs. Au départ, je ne chantais pas, c’est venu petit à petit. C’est d’ailleurs pour cela que l’on a appelé notre groupe Les Goguettes (en trio mais à quatre). Au début, seuls les trois garçons chantaient. Moi, je m’y suis mise bien après.

Valentin : J’aime les goguettes parce que ça relie l’humour et la chanson. C’est une combinaison idéale. Au Limonaire et désormais à la Péniche El Alamein, j’ai trouvé des amis, une sorte de famille même. Je venais d’arriver à Paris, je me suis senti bien avec ces gens et cet art... ça a défini ma vie d’une manière assez entière. Même si, aujourd'hui, c’est moins fondamental parce que j’ai d’autres activités musicales et d’autres connaissances…

Aurélien : Puisque nous étions d’une autre génération, nous sommes arrivés avec d’autres références en termes d’humour, peut-être un peu plus absurdes. On ne traitait pas les sujets de la même façon. Nous avions un autre regard sur la politique, moins binaire il me semble.

Valentin : On a rajeuni aussi la musique. On chantait sur des chansons des années 70 et 80… nous avions mis de côté Fréhel et Damia.

Aurélien : On utilise les tubes qui parlent à tout le monde. Dans notre spectacle actuel, nous sommes très années 80, même s’il n’y a pas que cette période, elle est bien représentée.

Sur l'air de "Les Histoire d'A." des Rita Mitsouko. Enregistré en public au Café de la Danse à Paris le 4 avril 2019. Avec Valentin Vander à la guitare et au chant, Aurélien Merle au chant, Clémence Monnier aux claviers et au chant, Stan à la batterie et aux chœurs.

les goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accordJe vous ai vu à l’Alhambra, j’étais mort de rire du début à la fin. Une goguette doit-elle être toujours drôle ?

Aurélien : Non. Nous, on a choisi cet axe, drôle et caustique, parce que c’est ce que l’on préfère.

Stan : Encore une fois, si on n’est pas drôle, je trouve qu’on est dans le message.

Clémence : Non, regarde ce que fait Patrice Mercier (qui excelle dans l’art des goguettes et mandorisé là). Il n’est pas toujours drôle, mais il ne fait pas la leçon. Ses goguettes sont sociétalement impliqués. Il est toujours très fin dans ce qu’il chante.

Aurélien : Nous sommes tellement dans l’ironie que parfois on nous dit qu’on ne sait pas ce que l’on pense du sujet évoqué. Avec Patrice, on est moins dans l’équivoque.

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Pendant l'interview...

Votre spectacle drôle, moderne et rafraichissant est mis en scène par Yéshé Henneguelle. Vous avezles goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accord ressenti le besoin d’avoir un metteur en scène ?

Aurélien : C’était une évolution logique. C’est arrivé petit à petit.

Clémence : La première fois que Yéshé nous a vus sur scène, il a trouvé ça très intéressant, mais il savait que notre jeu de scène était perfectible, c’est le moins que l’on puisse dire. Ça marchait déjà très bien avec le public sans aucune mise en scène, mais il estimait qu’il y avait encore plein de choses à faire pour parfaire un spectacle.

Valentin : Pendant longtemps, les goguettes, c’était un truc à côté de nos vies. Le but n’était pas que ça marche nécessairement plus. Et puis, quand on a commencé à se professionnaliser, on s’est mis de la pression et on a joué le jeu à fond.

Que faut-il pour faire une bonne goguette ?

Valentin : Un angle et un support parodique percutants.

Aurélien : Il faut ce qu’on appelle « l’effet goguette », c'est à dire un détournement absurde, un double sens avec un à peu près par rapport à une phrase de la chanson d’origine.

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De gauche à droite: Stan, Valentin Vander, Clémence Monnier et Aurélien Merle devant La Cigale, le 28 novembre 2019, après l'interview.

Vous allez vous produire à La Cigale le 7 avril 2020.

Aurélien : Oui, on est hyper contents. Il y aura d’ici là, évidemment, plein de nouvelles chansons.

Clémence : C’est ça qui est intéressant. On ne fait pas un spectacle figé. On suit pas mal l’actualité et il y a beaucoup à dire…

Dernière question pour Aurélien et Valentin. Vous avez tous les deux vos carrières respectives de chanteurs en solo. Est-ce que les goguettes influences vos propres répertoires ?  

Valentin : Les goguettes me permettent de faire l’économie du drôle dans mon répertoire. Ma case drôle est déjà bien remplie, mais il n’y a que là où je suis humoriste. Avec les goguettes, j’ai un terrain de jeu dans lequel je peux me lâcher complètement. Pour mes propres chansons, je n’ai plus envie de faire rire. Disons que ça ne me vient plus.

Aurélien : Moi, ça fait quatre ans que je n’ai pas fait de chansons pour mon répertoire personnel. Je vais bien voir ce qu’il va sortir, mais effectivement, j’ai l’impression qu’il y aura un avant et un après. On peut faire des chansons très autarciques en se faisant plaisir, mais avec les goguettes, j’ai pris conscience qu'il fallait penser aussi à la réception du public.

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Après l'interview, le 28 novembre 2019.

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Bonus :

Quelques prestations pour RTL:

Extrait de l'émission "À la bonne heure" de Stéphane Bern, du vendredi 10 février 2017. Sur l'air de "Femme libérée" de Cookie Dingler.

Extrait de l'émission "À la bonne heure" de Stéphane Bern, du jeudi 9 novembre 2017. Sur l'air de "Allo maman bobo" d'Alain Souchon.

Extrait de l'émission "Les grosses têtes" de Laurent Ruquier, du 26 février 2018. Sur l'air de "Ella, elle l'a" de France Gall.

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Les Goguettes avec Jeanfi Janssens, Laurent Ruquier et Dany Boon. 

16 décembre 2019

Watine : interview pour Phôs : A l'oblique

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(@Nicolas Barrié)

Watine est une artiste à part. Cela fait des années que je l’écoute et que j’observe ses projets. Hors du temps, à la fois complexe et accessible, l’univers de Watine oscille entre le clair-obscur de sa musique et sa voix, lumineuse et profonde.

Avec PHÔS (lumière en grec), elle fait un pas de côté dans son œuvre. Bien plus qu’une simple collaboration, ce disque est le fruit d’un échange artistique rare et puissant avec le compositeur Intratextures (sa page Bandcamp). Album à part dans sa discographie, il ouvre une porte, une de plus, de la Maison Watine.

Le 5 novembre dernier, Catherine Watine m’a reçu très gentiment chez elle pour une première mandorisation.

watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandorArgumentaire de presse :

L’un compose et joue (Intratextures), l’autre écrit et parle (Catherine Watine) Il y a un lien de l’ordre gémellaire entre ces 2 sensibilités, une entité très lumineuse, musicale dans son entier, paroles et musique.

Comme un trou noir qui absorbe la lumière créée tout au long de la gestation de l’album. Deux énergies qui se sont croisées et emmêlées, au point de ne faire plus qu’une, l’énergie d’un temps hors du terrestre.

Si l’on connaît Intratextures pour son projet de dark-electro et de drone music, on le découvre ici dans des courants plus mélodiques. Catherine Watine, musicienne prolifique, a cette fois-ci laissé libre cours à son écriture, comme entraînée par des compositions exceptionnelles, que l’on pourrait qualifier d’electro-rock. Mais ce serait tellement réducteur. Les textes de Watine, s’envolent littéralement grâce à la puissance retenue d’une musique qui rappelle tour à tour les écossais d’Arab Strap, le post-folk de Gravenhurst. Dans cette veine, on peut parler d’un genre qui s’apparente à la Poetic Wave Rock.

Son site officiel.

Groupe Facebook dédié au projet Phôs: A l'oblique.

Sa page Bandcamp où vous pouvez écouter et acheter l'album.

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(@Hervé All)

Biographie (écourtée) de Watine :

Pour lire biographie complète, c’est ici.

Watine fait son apparition en 2005, avec l’album RANDOM MOODS, une aventure punk rock  qui lui fait rencontrer les producteurs electro influents de l’époque : Fila Brazillia, Gus Gus, Riton, Volga Select, The Underwolves, Aaron Carl. Cet album est très vite reconnu en Allemagne et en Angleterre, et circule dans les milieux underground.

En 2006, Watine sort son 1er album de songwriter DERMAPHRODITE, dream electro-folk symphonique qui reçoit un très bel accueil des médias et notamment les labellisations Ecouté et approuvé les Inrocks. Une découverte Trax, la Ferarock et la Fnac Aime.

C’est en 2009 que sort B-SIDE LIFE avec quelques singles qui tournent beaucoup en radio, particulièrement « Nothing else » et son très joli clip qui passera sur M6.

Cette même année, Watine est l’initiatrice du projet INDIE MOODS (20 artistes à découvrir dont Cascadeur, Reza, Maud Lübeck, ….).

En 2011, Watine sort son 3e opus, STILL GROUNDS FOR LOVE, en conviant à nouveau Nicolas Boscovic pour la réalisation.

En 2013 un nouveau projet folk pop réunit Catherine Watine et Paul Levis autour d’une galaxie appelée THIS QUIET DUST qui prend pour prétexte lumineux la poésie sensorielle et échevelée d’Emily Dickinson, son mysticisme mélancolique et ardent, son art de la concision et de la juxtaposition.

2015: l’année de l’album ATALAYE. Quelque part entre le spleen lumineux de Barbara et le soleil noir de Nerval, Watine invite son piano épique au milieu des cordes et des vents. La liberté dans la solitude, la solitude dans l’amour. Un hymne à la vie.

2018 : L’album GEOMETRIES SOUS CUTANEES est cinématographique, electro-acoustique, comme un film dérushé, filtré, déstructuré, répétitif, des inserts électroniques, des orchestrations de cordes, quelque chose comme une incantation spirituelle, parfois hypnotique.

Fin 2019, Watine fait un pas de côté. Elle qui s’appelle la femme-piano, prend le costume de la femme-crayon pour une collaboration rock poétique avec Intratextures. L’album s’appelle PHÔS : A L’OBLIQUE.

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watine,intratextures,phôs à l'oblique,interview,mandorInterview :

Dans ta carrière, ce qui est impressionnant, c’est que tu n’as jamais fait de concessions.

Je ne cherche ni la gloire ni l’argent. Ca pervertit tout. Je cherche des collaborations avec des artistes dont le travail m’intéresse fortement. Je suis exigeante et sensible à l’esthétique des choses. J’ai envie que ce que je fais soit beau tant musicalement, textuellement, que les pochettes, les visuels et les clips. Il me semble important de travailler autant le fond que la forme.

Dans PHOS : A l’oblique, tu collabores avec le compositeur Intratextures. Comment s’est passé votre rencontre ?

Lukas, comme je l’appelle, est un musicien, un collectionneur de vinyles et un amoureux de la musique depuis tout petit. C’est quelqu’un qui fait tout le temps de la musique, mais qui ne la diffuse jamais. Dès qu’il a composé quelque chose, il le jette. Cet album en duo n’aurait peut-être pas existé sans une conjonction d’évènements qui nous ont poussés à faire connaissance. Il est des hasards ainsi dans la vie qui mettent en présence deux êtres dont les trajectoires ne semblaient pas faites pour se croiser.

Vous correspondiez beaucoup.

Oui, c’était l’occasion de longues discussions autour de la musique, écoutes et découvertes réciproques d’artistes. Un jour, il m’a envoyé des musiques à lui que j’ai trouvées extraordinaires. De mon côté, je lui ai envoyé des textes que j’avais écrit. Quand il a reçu « Mensonges des sentiments », qui fait partie de l’album, il m’a demandé si ça m’ennuyait qu’il fasse une musique dessus. Je lui ai dit en rigolant que ça me faisait plaisir et que si ça marchait, on pouvait même envisager un album. De fil en aiguille, on a monté petit à petit ce disque. Les choses étaient claires. Lukas allait composer toutes les musiques et  moi, j’allais écrire avant de poser ma voix sur les compositions. Il y a juste le texte en anglais « Doorway » qui est signé de Lukas.

Teaser de l'album Phôs : A l'oblique.

A part pour « Mensonges et sentiments », tu écrivais sur ses musiques.

Exactement, tout le monde pense le contraire. Quand je recevais les musiques, il fallait que je me débrouille. J’écoutais et je devais découvrir les moments où j’allais pouvoir m’insérer. L’harmonie vient de là. Du coup les mots collent parfaitement à la musique. Ça m’a pris un temps fou et ça m’a obligé à la concision la plus ultime.

Avec ce disque, chacun est sortie de sa zone de confort ?

Pour Lukas, ça a été une expérience musicale différente de son parcours de l’époque, musique de drone et punk rock déchiré. Pour ce disque, il a dit vouloir m’offrir des musiques plus apaisées. De mon côté, j’écrivais en pensant à ce qu’il pourrait lui-même vouloir écrire. Expérience nouvelle pour moi aussi, je m’imprégnais pendant de longues heures d'écoute pour laisser venir un paysage, une sensation, un début d’histoire, puis, je veillais à laisser beaucoup d’espace et de silences, pour laisser parler la musicalité. Nous étions chacun au service de l’autre, et c’est ainsi que certains ont pu nous parler de gémellité.

Tu n’as pas écrit de la même façon pour ce projet que pour tes disques habituels…

Je n’aurais sans doute jamais écrit ces textes pour les mettre sur mes propres musiques. Ici, la pudeur s’est effacée, rien n’est tabou, tout est l’histoire de nos vies, des premières émotions aux échecs, souvent répétés, nos peurs, nos soumissions, nos révoltes, tout est là. J’en suis très fière.

Clip de "Dans la brume", extrait de l'album Phôs : A l'oblique.

Réalisation : Renaud de Foville
Avec Flore Layole et Catherine Watine

Tu ne chantes pas dans ce disque, tu récites.

Quand j’ai reçu les musiques de Lukas, spontanément, je n’ai pas eu envie de chanter dessus. Nous avons convenu avec lui que c’était mieux que je prenne ma voix récitée. C’est aussi le parti pris du mix. On n’a pas fait un mix anglo-saxon où on met la voix derrière. La voix est mise en avant.

Est-ce que ce disque est aussi un exercice de style ?

J’écris tout le temps. J’ai écrit un roman, une pièce de théâtre, des essais de pensées… que je n’ai envoyés nulle part. J’ai le sens des formules et le sens des jeux de mots. J’arrive à trouver l’association d’images et la sonorité dans les mots. La sonorité m’arrive même avant les mots. Pour revenir à ta question, comme je n’ai pas fait la musique, il fallait que je sois à la hauteur des compositions. Pour être claire, je voulais que Lukas soit impressionné quand il recevait mes textes.

Et il l’a été ?

Je crois.

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Watine au piano, après l'interview. 

Tu as besoin que la personne avec qui tu travailles soit séduite ?

Je suis en permanence en séduction avec tout le monde, malgré moi. Là encore, ça me ramène à mes terrains de début de vie. Je parle d’abandons, de trahisons, de manque d’amour dans mes textes… on peut deviner que c’est ce qui m’est arrivé. Dès que j’ai quelqu’un en face qui a un regard sur moi, j’ai l’envie que ce regard reste et qu’il m’enveloppe de quelque chose de chaleureux. Pour cela, il faut que je lui montre que je suis capable de faire des choses. Toute ma vie, dans tous les métiers que j’ai faits, j’ai toujours voulu être la meilleure. Pas pour briller, mais pour avoir dans le regard de l’autre de l’admiration.

Il va y avoir récidive ?

L’aventure est terminée, nous ne savons ni l’un ni l’autre si elle se remettra en marche pour un nouvel album. Moi, j’ai adoré le rôle que j’ai joué dans cet album, mais nous avons repris nos vies musicales chacun de notre côté. Le hasard à nouveau décidera pour nous. Laissons pour l'instant vivre cet album.

Intratextures est très mystérieux. On ne sait rien de lui.

Il veut rester absolument dans l’anonymat le plus total. Il n'a pas souhaité affronter la sortie du disque. A tort, il pense ne pas être assez professionnel. Il n’assume pas les coups de projecteurs sur lui, mais avec la sortie de ce disque, il a quand même un sentiment d’accomplissement.

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Catherine Watine, pourtant toujours hors cadre...

Il n’y aura donc pas de scènes pour ce disque ?

Lukas, dès le départ, m’a dit qu’il ne ferait jamais de scène. Il m’a bien précisé qu’il en était incapable. Je lui ai donc demandé si je pouvais monter une équipe dans ce but-là. Il a évidemment accepté. Avec Christian Quermalet de The Married Monk, on a commencé à travailler quelques titres dans l'hypothèse de se montrer en showcase, mais rien n'est encore vraiment décidé.

Toi, artistiquement, tu as confiance en toi ?

Pas tant que ça. Je dis que je suis une artisane, une bidouilleuse. Mais, je ne me retire pas le fait que je sais composer.

Tu m’as dit en off que tu avais trois projets de disques.

Oui, mais pas avec certitude. La suite de Géométries sous cutanées, un album uniquement de compositions au piano et un album en piano voix de chansons françaises qui s’écoutent.

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Après l'interview, le 5 novembre 2019.

14 décembre 2019

Cyril Mokaiesh : interview pour Paris-Beyrouth

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(@Tamina Manganas)

cyril mokaiesh,paris beyrouth,liban,interview,mandorCyril Mokaiesh revient avec son 4ème album solo, Paris-Beyrouth. Ecrit, composé et produit entre la France et le Liban (l’artiste est né d’un père libanais et d’une mère française).

Ce nouvel album est une rencontre entre l’Orient et l’Occident, aussi électronique qu’oriental. « Et cet Orient n’est pas un décor mais une bonne part de sa matière, notamment par des rencontres avec des artistes libanais. Paris-Beyrouth est un retour à ses origines, un album aussi politique que poétique » indique l’argumentaire de presse. « Ce disque est un chemin spirituel, personnel et politique dans lequel le chemin n’apporte pas forcément l’évidence d’une lumière, mais plutôt la certitude que la lumière se déplace avec celui qui chemine… »

Cette interview est ma 4e mandorisation de lui. Quand j’apprécie un artiste, je lui reste fidèle. Je vous conseille de lire la précédente qui date d’il y a deux ans. Il dit beaucoup de lui, de sa vision du monde et de son rapport à la musique.

Le 20 novembre dernier, nous avons parlé de son nouveau disque dans un bar parisien du 10e arrondissement.

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(@Tamina Manganas)

cyril mokaiesh,paris beyrouth,liban,interview,mandorInterview :

Cet album dans lequel tu remontes vers tes origines s’est imposé à toi?

En tout cas, c’était impératif de le faire. Et de l’écrire sur place, à Beyrouth. Après une longue tournée avec l’album Clôture, qui s’est terminée en beauté avec les premières parties de Bernard Lavilliers, je ne me voyais pas écrire dans les brasseries parisiennes, de rester composer dans mon appartement, bref, de reprendre les mêmes habitudes. J’avais envie de voir autre chose, de parler d’autre chose.

Un endroit influence donc les textes et la musique d’un album ?

Si j’étais resté à Paris, je pense que j’aurais été tenté de m’inspirer de l’actualité du monde. Je suis un grand dévoreur de journaux et c’est pour moi une grande source d’inspiration. Je pense que j’aurais été dans une énergie qui n’aurait pas été hyper lumineuse. J’ai ressenti le moment d’aller ouvrir la porte du Liban et de m’y plonger réellement. J’avais envie de fouler une terre vierge, me réveiller avec d’autres parfums, d’autres gens. Chercher quelque chose. Jusque-là, j’y allais en touriste pour passer un peu de temps avec ma grand-mère.

Clip de "Beyrouth", extrait de l'album Paris-Beyrouth.

Tu te sens plus français que libanais ?

Je suis français, mais je tiens à cette part libanaise. Par contre, je ne me sens jamais vraiment à ma place. Je ne me sens pas une culture particulière. Ni au Liban, ni en France, comme si j’étais un étranger partout.

Mais quand tu es au Liban, tu ressens que c’est chez toi ?

J’ai eu envie de jouer les mecs à l’aise, je me suis affirmé à moi-même que j’étais d’ici, mais ça n’a pas marché. Je ne parle pas la langue et je ne connaissais pas toute les richesses et les paradoxes de Beyrouth. Le Liban, de manière générale, est impressionnant et ses habitants sont remarquables. J’ai des sentiments pour ce pays qui a une vraie vitalité, une vraie lumière, mais qui a connu beaucoup de renversements et de chaos.

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(@Tamina Manganas)

Dans cet album, tu rends hommage à ce pays.

Oui, mais aussi à sa culture et surtout à ma famille. A mon père, à sa maman et aux autres membres que je n’ai pas connus.

Ta grand-mère t’a beaucoup influencé dans ta vie ?

Oui. C’est quelqu’un qui est d’une grande écoute, qui ne parle pas pour rien, qui a une grande poésie en elle et une grande sensibilité.

Tu tiens d’elle, on dirait. A chaque fois que je t’interviewe, j’ai remarqué que tu ne parlais jamais pour ne rien dire.

Ah bon ? C’est gentil. Ça vient de plus haut. Le silence, l’observation sont des qualités libanaises assez impressionnantes. Les libanais poétisent facilement.

Tu as toujours besoin d’un moteur assez fort pour démarrer un album ?

C’est exactement ça. Du coup, musicalement, mon disque tire vers l’orient et l’electro. C’est aussi beaucoup grâce à Valentin Montu, rencontré pendant l’enregistrement de mon premier album solo, Du rouge et des passions, en 2011, qui était très motivé par ce projet. Moi, j’avais besoin de me recharger d’une énergie nouvelle et lumineuse.

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(@Tamina Manganas)

Après tes nombreux allers-retours Paris-Beyrouth, tu en es ressorti comment ?

Pas tout à fait pareil. Il y a eu des amitiés qui se sont créées et j’ai encore plus resserré les liens avec ma grand-mère. Aujourd’hui, je me sens concerné par les évènements qui se passent là-bas. Je suis abonné à L’Orient-Le Jour (un quotidien francophone libanais). Si j’ai envie d’y retourner régulièrement, j’adore revenir ici. Je suis un amoureux de Paris.

Clip de "Pardon Paris", extrait de l'album Paris-Beyrouth.

Dans « Pardon Paris », tu lui dis pourtant au revoir.

Parce que j’ai avec cette ville une relation passionnelle. Par moment, j’étouffe à Paris, cette ville m’étrangle… parfois financièrement.

Au Liban, tu t’es trouvé ?

J’ai trouvé quelque chose. J’ai trouvé un réconfort, un horizon, une forme de spiritualité aussi. On ne peut pas passer à Beyrouth sans y échapper. C’est dans l’air, dans les mots, dans la poésie, dans Dieu, pour ceux qui y croient. Je passerais ma vie à chercher d’avantage. Si je ne cherche plus, je n’écris plus. Ce serait dommage pour moi.

Clip de "la vie est ailleurs" feat. Bachar Mar-Khalifé, extrait de l'album Paris-Beyrouth.

Dans ce disque, il y a des artistes libanais, comme le pianiste Bachar Mar-Khalifé dans « La vie est ailleurs ».

Son père était un grand chanteur au Liban, mais lui fait une carrière en France. Il arrive même à faire une tournée au Proche-Orient. Dans ses disques, il chante en arabe. J’avais envie de lui proposer une participation vocale, mais il m’a dit qu’il sentait plus un dialogue avec un piano. Du coup, j’aime bien cet échange voix-piano. Les gens qui ont participé à mon disque, il me semble qu’ils l’ont fait intelligemment.

Dans « Au nom du père », la comédienne Razane Jammal (vue chez Olivier Assayas, Robert Guédiguian ou dans un court métrage de Kanye West) t’accompagne dans une traversée amoureuse de Beyrouth.

"Au nom du père" (feat.Razane Jammal), session studio.

Je l’ai vu dans le court métrage de Kanye West, Cruel Summer, au moment où j’écrivais mes chansons. Ça m’a donné envie de la contacter. Je sentais que le mélange de nos deux voix collées l’une sur l’autre pouvait être intéressant. Elle m’a répondu par l’affirmative immédiatement, ça m’a fait hyper plaisir.

Dans « La Lueur », tu as invité la comédienne et rappeuse Sòphia Moüssa.

Son seule-en-scène m’avait impressionné. Elle décrivait Beyrouth sans concession. Elle est devenue une amie. Elle chante sa vision de Beyrouth en arabe dans un texte qui est un peu dur.

Dans « Le grand changement », tu dis que le prophète est dur en affaire.

La religion est souvent un prétexte pour faire de la politique.

Tu es croyant ?

Non, mais j’aime les symboles. J’aime croire qu’il y a quelque chose qui nous dépasse. J’aime croire aux énergies. Je suis persuadé que les choses arrivent quand on les a imaginées. Il est bon de savoir qu’on n’est pas seulement là pour rien. J’aime l’idée que tout ça est une quête et que l’on va passer par des épreuves qui nous aideront à trouver un début de sagesse.

Diane Dufresne : "Mais vivre" (Paroles et musique : Cyril Mokaiesh), extrait de l'album Meilleur après.

Tu as écrit 3 chansons, paroles et musique, pour le dernier album de Diane Dufresne, Meilleur après.

J’évolue un peu. Ca fait une dizaine d’année que je suis dans le métier, j’ai envie de faire des choses nouvelles. Je fais de rares collaborations, mais cela a toujours été des aventures très belles. Que Diane Dufresne ait craqué sur mon écriture, ça m’a beaucoup touché. Les auteurs ont besoin de signaux très encourageants pour continuer, ça redonne du baume au cœur et ça motive pour poursuivre son chemin. Ce genre de petites étoiles qui s’éclairent sur mon parcours font aussi l’intérêt et la beauté de ce métier.

Tu doutes beaucoup de toi ?

Comme beaucoup d’artistes. Si on se contente de regarder froidement la rentabilité des choses, on peut se poser des questions. Le métier est de plus en plus difficile. On fait des propositions artistiques, on est exigeant avec nous-mêmes, on a envie d’offrir des choses vraies et ambitieuses aux gens, mais on ne s’en sort pas financièrement… et puis, il y a un concert, un moment, un encouragement que l’on va vivre qui va nous faire comprendre que l’on fait tout ça juste pour ça. Tant que ces moments sont encore là, il n’est pas question d’arrêter.

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Pendant l'interview...

Je trouve que tu fais partie des artistes qui prennent des risques à chaque album.

J’ai une part de moi qui considère que les grandes choses arrivent avec le risque et la beauté. Je n’ai pas choisi ce métier pour rester dans mon petit siège pépère. J’ai envie de me surprendre et ensuite, j’ose toujours espérer que les gens seront surpris et aussi remplis que je l’ai été au moment de le faire.

J’ai bien compris que tu ne fais pas les choses pour la rentabilité.

Je ne peux pas parce que sinon ça tuerait ce qui est pour moi le plus précieux, la création. C’est un métier de risques et de passion. J’ai de la chance. Je suis entouré de gens qui m’encouragent dans ce sens-là. J’ai un producteur qui me soutient dans mes choix.

Ton parcours est vraiment atypique.

Je fais partie des artistes qui croient à l’idée de construire une petite œuvre… et ça se construit dans la durée.

Sais-tu pourquoi tu es artiste ?

Non, mais j’aime bien traverser cette vie en laissait quelque photos et si possible qu’elles soient transmises aux générations d’après, à commencer par mon fils, sa copine ou son copain. J’aime traverser la vie comme un voyage dans lequel on met et transmet un peu de sens.

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A l'issue de l'interview, le 20 novembre 2019.

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12 décembre 2019

Sèbe : interview de présentation.

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(@Anne-Laure Etienne)

@Anne-Laure Etienne.jpgSèbe est mon vrai coup de cœur du moment. Je l’ai découvert au Pic d’Or 2019, puis je suis allé le voir récemment en concert à la Dame de Canton. Cet auteur compositeur interprète allie tout ce que j’aime dans la chanson dite « traditionnelle ». La poésie, l’humour, l’autodérision, le second degré et les histoires de looser qui vit des amours un peu ratées (que nous avons tous connus) de Sèbe donnent un répertoire absolument pas « traditionnel », du coup. C’est là sa force et son originalité.

Seul avec sa guitare, on le regarde et on l’écoute chanter avec ravissement (c’est vraiment le mot). Il émeut autant qu’il fait sourire, voire rire. Comme Souchon, c’est un subversif « mine de rien ».

Sèbe est finaliste du concours Centrakor - Loft Music Sud Radio. Pour voter pour lui, c’est ici que cela se passe.

Le 28 novembre dernier, il m’a rejoint dans une brasserie de la Gare du Nord. A la fin de l’interview, j’ai ressenti la furieuse envie qu’il devienne mon pote. Ce gars-là, il te met dans sa poche naturellement en moins de temps qu’il ne faut pour le dire (expression française non utilisée depuis 1975.)

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(@Vincent Assie)

Autobiographie de Sèbe (où je constate que nous sommes frères de second degré ):79419681_2575928459319967_8640402407643152384_n.jpg

Sèbe est un chanteur monoglotte dont la poésie flirte parfois avec le punk. Il est considéré par ses pairs comme le nouveau «diamant brut» de la scène francophone, tant par sa beauté, ses qualités humaines indéniables, et son talent prodigieux (à la limite du concevable) qui le situent au point de rencontre entre l’impossible et l’inouï. L’écriture de Sèbe est ciselée comme du bon persil. On y aborde les thèmes (jusqu’alors inexplorés) de la rupture amoureuse, de l’engagement politique, du paraître et de la violence au sein de nos sociétés normatives. Un spectacle « tendre comme la caresse d’un rayon de soleil » et « frais comme une douce brise d’été » diront certains... Avec son âme en bandoulière, épaulé par ses deux fidèles compères : brio et entrain, Sèbe, est la véritable figure de proue de la “Villeurbanne Touch”, mouvement alliant précarité et absence de beat electro. Il illumine depuis quelques mois la périphérie lyonnaise de sa célèbre “noirceur festive”. Bête de scène incontestable, Sèbe est un gagneur. Sa “win” est évidente, naturelle et sans chichi. Il Alexander Roth-Grisard (2).jpgcommence la guitare au stade fœtal. Plutôt à l’aise, il améliore instantanément un à un, les riffs de Jimmy Hendrix et de Kurt Cobain, les détrônant dans la foulée, et faisant d’eux des artistes de seconde zone. Sèbe a su faire preuve d’humilité ces derniers temps en acceptant les premières parties d’artistes émergents tels que Sanseverino (SMAC les Abattoirs), Oldelaf (Radiant Bellevue), La Rue Ketanou, Barcella (Festival “Changez d’Air”), et en foulant la scène du Festival Les Chants de Mars. Sèbe terminera, en mai dernier, finaliste du Pic dOr 2019 avec deux récompenses (Coup de cœur du magazine Francofans, et le prix du Big Bag Festival). En parallèle, il a irradié la tournée du Mégaphone Tour 2019 et sera mis en lumière cette saison par le TrainThéâtre lors de la soirée Talents SACEM /Chantier des Francofolies. Bon nombre de professionnels pensent déjà qu’il va « tuer le game ».

Merci, je vous aime, bisous.

Ayant remporté le coup de cœur du magazine  FrancoFans lors de l'édition 2019 du Pic d'Or, Sèbe a donc été chroniqué par la membre du jury et journaliste du bimestriel indé de la scène francophone. 

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IMG_5232 (2).jpgInterview :

Dans ta famille, quelqu’un t’a poussé à jouer de la musique ?

Pas vraiment, mais j’avais un cousin rockeur. Il était au Conservatoire et jouait parallèlement dans des groupes de rock assez violents pour l’époque. Il avait une guitare Strat rouge dans sa chambre, ça me fascinait. Je bidouillais des trucs avec elle, puis j’ai demandé à mes parents de m’acheter une guitare.

Tu as fait deux années de guitare classique au Conservatoire, toi aussi.

J’ai arrêté car je ne supportais pas le côté tyrannique des cours. J’avais l’impression de perdre mon temps et je n’avais aucun plaisir à jouer. Je ne m’en rendais pas compte à l’école, mais ça m’a tout de même donné une conscience du son, du touché, de comment faire sonner les cordes correctement.

Je crois savoir qu’après ça, tu as bossé chez toi, à l’oreille.

Oui, c’est là que j’ai commencé à m’éclater. J’ai eu des groupes de punk. On faisait des reprises et je proposais aussi des chansons originales de piètres qualités. Je me souviens d’un titre « Le monde est bad, la planète est crade, mieux vaut crever ». Aujourd’hui, j’essaie de faire plus attention aux textes (rires).

"Valérie Subutex", session au Studio Lancy Road à Genève.

Tu as eu combien de groupes ?

Huit, je crois. Je jouais dans des bars. J’ai été aussi guitariste accompagnant pour des chanteuses telles que Buridane. J’ai fait une tournée de belles salles avec elle, dont le Casino de Paris.

Tu as fait partie d’un groupe qui a eu sa petite réputation, Charlie Tango.

La formule de base était un duo, mais quand j’avais du budget, il y avait tout un groupe derrière moi. On a fait un EP qui a pas mal marché dans la région. C’était un projet qui pouvait se rapprocher de Luke ou Damien Saez. Nous avons eu des touches dans les maisons de disque, mais ça ne s’est pas fait. Chez Wagram, on avait presque le stylo en main pour signer le contrat… et le label a fermé. Finalement, on a arrêté car nous n'avions plus la même énergie. Et puis, pour être sincère, ma copine s’est installée en Chine et c’était simple : soit j’arrêtais tout pour la rejoindre, soit l’histoire était finie. J’ai arrêté tout… et elle a fini par me demander de ne pas venir.

C’est ce que tu racontes dans une de tes chansons, "In Fine".

Cette histoire m’a nourri. Les disques post-ruptures des artistes que j’apprécie sont souvent les plus magnifiques. Ça doit débloquer des choses intérieures dans l’écriture, peut-être un certain lâcher-prise. Donc, finalement, malgré ma peine, ça m’a aussi beaucoup stimulé. Je suis parti en guitare voix. Pas d’effets sur les guitares, juste du bois, de l’acier, un chant et une écriture. En fait, je me suis épanoui comme jamais musicalement et artistiquement. Je pose désormais mon rythme et je fais ce que je veux sur scène. Ces deux dernières années, je ne cesse de kiffer.

Live à la maison de "In Fine". Vidéo : Nicolas Dormont.

As-tu une ambition dans la chanson ?

Celle de ne pas être trop plombant.

Tu es fou, c’est tout le contraire !

Je l’étais avant. Aujourd’hui, quand j’ai des soucis et que je veux les exprimer, j’essaie de trouver des formules pour se marrer. Malgré la vie difficile, je calibre mes chansons de manière à ce qu’elles soient un peu légères quand même.

Sèbe, c’est un personnage ou c’est toi et rien que toi ?

C’est une vraie question. Il y a des chansons où je suis très premier degré, notamment mes ballades un peu romantiques, et d’autres avec lesquelles j’ai envie de m’amuser. Les chansons dans lesquelles j’aborde des problématiques sociales sont très cyniques et très second degré. Globalement, le personnage maladroit et pataud que j’incarne sur scène me ressemble beaucoup, mais j’accentue certains traits. Je vais d’ailleurs amplifier le côté drôle et mordant.

"En apparence", version culinaire. 

Tu as un côté décalé, un peu hors cadre, comme Sophie Le Cam. Ça fait du bien parce que j’en ai marre d’entendre toujours les mêmes chansons « à l’ancienne ». Je trouve que vous êtes deux artistes qu’on devrait mettre nettement en avant.

Merci. Je suis d’accord avec toi, il y a dans la chanson françaises beaucoup « d’héritiers ». Nous sommes jeunes, c’est à nous de créer un nouveau chemin. Attention ! Je ne dis pas que je révolutionne les choses, je fais les mêmes accords que tout le monde, mais j’essaie d’aborder l’écriture différemment. J’essaie juste d’apporter ma touche perso à la chanson.

Tu écris souvent ?

Pratiquement tous les jours. Ce qui m’éclate, c’est le cynisme avec de l’intelligence dedans, parce que ça me fait marrer. J’aime bien racler dans le bas-fond de l’humanité avec une touche d’humour. J’ai encore un peu de mal à y aller complètement… il faudrait que je place mon curseur plus haut. Je suis fan de l’auteur de bande dessinée, Fabcaro. C’est très absurde, mais il y a du cynisme et une noirceur dans le fond. Tout ce que j’aime. Je vais être clair, tout ce qu’il fait en BD, c’est ce que j’aimerais faire en chanson. 

(Découvrir l'univers de Fabcaro, ).

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Live à la maison de "Korben-Dallas". Vidéo : Nicolas Dormont.

Qu’est ce qui t’inspire ?

Le cynisme justement. La violence dans les rapports humains aussi. Quand j’écris sur ça, je fais attention à comment le public pourrait recevoir le texte. Je ne veux pas l’agresser, mais plutôt le faire réfléchir tout en l’amusant. C’est difficile d’expliquer, mais je crois que ça se rapproche de ça.

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Pendant l'interview...

Tu aimes Didier Super ?

Tu fais bien d’en parler, j’ai beaucoup d’admiration pour lui. C’est un vrai personnage qui ne perd jamais le fil, même en interview, il va au bout de sa démarche. Il est d’une intelligence rare. Je connais son régisseur. Il m’a dit qu’il est adorable, qu’il ne se paye pas plus que les autres et qu’il place tout le monde au même niveau. C’est un mec qui vit son truc en étant profondément humaniste. J’ai d’ailleurs remarqué que ce sont souvent les plus misanthropes qui sont les plus humanistes.

Musicalement, même si tu joues des morceaux « pas très énervés », on sent que tu as écouté beaucoup de punk dans ta jeunesse.

C’est totalement vrai. Ça m’a procuré une certaine facilité à faire des refrains. Dans les musiques punks, et aussi dans la pop, il y a un sens du refrain exceptionnel et super efficace.

Reprise de la chanson d'Alain Souchon, "Rien ne vaut le vie". Vidéo : Nicolas Dormont.

Tu t’impliques humainement dans les chansons. Quand je parle de toi, je résume en disant que tu es un petit Souchon, encore plus drôle.

C’est le plus joli compliment que l’on puisse me faire. Il y a tout chez Souchon. Des textes poétiques simples, tendres et d’une redoutable efficacité. Avec lui, nous sommes connectés avec le cœur et avec les tripes. J’aime quand on ne me considère pas juste comme un chanteur drôle, parce que c’est dur de sortir de ça et surtout, je ne suis pas que ça. J’assume de la même façon mes ballades tendres ou romantiques.

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Après l'interview, le 28 novembre 2019.

Ses futurs concerts (cliquez sur la photo pour mieux voir... ou prenez une loupe!)

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