Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19 novembre 2020

Promo pour "Daniel Balavoine, un homme vrai".

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Sur cette page consacrée à mon livre, Daniel Balavoine, un homme vrai (que vous pouvez acheter sur tous les sites que vous connaissez ou en click & collect ici), j'ajoute au fur et à mesure et chronologiquement toute la promo et les articles qui sortent...

Sur le site musical Fan Muzik, le 17 septembre 2020. A lire ici.

Sur la page Facebook du magazine FrancoFans, le 23 septembre 2020. A lire ici.

Interview par Eric Bentahar pour France Bleu Béarn Bigorre, le 2 octobre 2020.

Dans le journal FrancoFans n°85 daté d'octobre/novembre 2020: La pré-annonce du livre.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

L'émission Douceur et confidences animé par Valérie Motté pour Mouvement Up, le 18 octobre 2020. 

A écouter ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Article dans Le Figaro du 20 octobre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Pour le site culturel Fenêtre sur blog, interrogé par Gérard Quentin, le 21 octobre 2020. L'interview sur YouTube est à voir ici. 

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Pour l'émission de Seb Dihl, Chansomania, diffusée dans 50 radios françaises. Interview réalisée le 26 octobre 2020. A écouter ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Interview de Jacky sur IDF1 dans son émission Jacky lave plus propre, le 5 novembre 2020. Dans ce lien, aller directement à 29'20'' pour l'interview sur le livre (avant ce sont des jeux un peu infantiles, mais c'est amusant tout de même.)

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Interview sur Radio Lac (radio leader de Genève, Suisse) par Sophie Gaillard et Fabien Brizard. A écouter ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Interview par Alain Bernard sur Horizon (première radio associative de Normandie), le 12 novembre 2020. A écouter ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promoDu Gala en veux tu en voilà (toujours dans la finesse et dans le hors contexte d'un livre qui fait 342 pages), le 11 novembre 2020:

Daniel Balavoine et France Gall, retour sur leur relation complice et très complice.

Daniel Balavoine, retour sur son histoire magique et tragique avec Catherine Ferry.

Daniel Balavoine, ce complexe physique contre lequel il lutte. 

Daniel Balavoine, bourreau des cœurs. Comment il rendait folles ses compagnes.

Et le 3 décembre 2020, Daniel Balavoine coureur de jupons. Le chanteur n'était pas un ange.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Sur Dynamic Radio, dans le Coktail Chaud animé par Arno Koby, le 12 novembre 2020. A écouter ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Sur le réseau RCF (Radios Chrétiennes de France), dans l'émission Tout doux, animé par Vincent Belloti, le vendredi 13 novembre. A écouter ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Chez Babelio, de bonnes critiques...

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le quotidien La Provence, daté du 22 novembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Longue et brillante enquête sur le livre sur le site culturel Forty-five weeks, publié le 22 novembre 2020. J'adore! A lire ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le Loft Music d'Yvan Cujious, le 23 novembre 2020, (en compagnie d'Ibrahim Maalouf). A écouter ici, à partir de 52'42''.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Interview dans la matinale d'IDFM (Radio Enghien), animée par Christophe Caron le 24 novembre 2020. A écouter ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans FrancoFans, daté de décembre 2020/janvier 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Sur le site culturel Tapage Culture. Particularité de cet article paru le 27 novembre 2020, il est écrit par une personne qui a connu Daniel Balavoine, l'attaché de presse de France Gall et de Michel Berger, Gérard Colard. A lire ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Article dans Femme Actuelle n°1888 daté du 30 novembre au 6 décembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Un mois plus tard, le 30 décembre 2020, article sorti de son contexte avec des approximations sur le site Internet de Femme Actuelle... dommage!

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Enquête d'Olivier Nuc sur Daniel Balavoine dans Le Figaro n°23731, daté du 3 décembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Du lundi 30 novembre au vendredi 4 décembre 2020, chaque soir dans l'émission de Guillaume Aubert, Nostalgie Génération 80, j'ai raconté Balavoine et l'intégrale du chanteur, ainsi que mon livre, était à gagner. Là, une vidéo promo et ici, le podcast récapitulatif de la semaine.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Article dans FanMuzik, publié le 6 décembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Article dans le Tribu Move daté du mois de décembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Conseils de livres dans le journal La Montagne, daté du 4 décembre 2020. A lire ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le 12-13 de France 3 du 18 décembre 2020 présenté par Emilie Tran Nguyen. Reportage sur la sortie de l'intégrale de Daniel Balavoine (à partir de 22'50'').

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le quotidien L'Alsace daté du 4 janvier 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans Télé 7 Jours daté du 9 au 15 janvier 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans Pleine Vie daté de février 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans l'émission animée par Jérôme Colin, sur La 1ère (RTBF en Belgique), Entrez sans frapper. 20 très bonnes minutes à écouter ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Une page entière dans La Montagne daté du 14 janvier 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Et ici, la version du site internet de La Montagne.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans l'info du vrai, le 14 janvier 2021, date du 35e anniversaire de la mort de Daniel Balavoine, Emilie Mazoyer (avant de m'accueillir le soir même dans son émission sur Europe 1) présente mon livre à la fin de sa chronique. Le lien YouTube pour voir la chronique, c'est ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Toujours le 14 janvier 2021, donc, Emilie Mazoyer me reçoit de 20h30 à 21h00. Très belle et pétillante émission à écouter ici (à partir de 29 minutes).

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Après l'émission...

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans Télé Matin, le samedi 16 janvier, sur France 2. Dans la chronique Musique de Frédéric Zeitoun, interview de Marc Jolivet (chez lui, à Aix-en-Provence) et de moi. Très beau reportage à voir ici!

Quelques photos du reportage...

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Et quelques photos du tournage, un peu avant, pendant et après. 

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

A la suite de cette semaine de promo, je suis devenu numéro des ventes sur Amazon (genre musicaux) pendant une semaine. 

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le quotidien numéro 1 du Québec, Le Devoir, un article sur le 35e anniversaire de la mort de Daniel Balavoine, à lire ici

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Le Journal de François, est le journal de proximité de la Vallée de Montmorency où la culture, les initiatives solidaires, l'histoire locale, le patrimoine sont à l'honneur. J'ai reçu à mon domicile le fameux François pour répondre à ses questions...

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

La suite ici...

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Sur le site consacré à la chanson française, le 24 février 2021, Nos Enchanteurs, il y a un pour et un (vraiment) contre mon livre. A lire ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Le 25 mars 2021, sur Fréquence Paris Plurielle, le très compétent Boris Gasiorowski m'interroge pendant une heure. La première partie est à écouter ici

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Le 1er avril 2021, sur Fréquence Paris Plurielle, Boris Gasiorowski poursuit son interview pendant une heure. La deuxième et dernière partie est à écouter là

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le Femme Actuelle Jeux daté du mois d’avril 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Je suis intervenu souvent dans l'émission Daniel Balavoine, 35 déjà : sa vie, sa bataille, diffusée le 31 mars 2021 sur TMC. Pour voir l'émission en replay, c'est là!

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

27 octobre 2020

Thomas Chaline : interview pour Francis Cabrel, une vie en chansons.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie« Thomas  Chaline, au lieu de compiler les interviews et les témoignages douteux dont sont faites la plupart des biographies, a eu la bonne idée d’aller chercher directement dans les textes de Francis Cabrel pour raconter son histoire, et faire apparaître cette part de lui-même qui se dérobe d’ordinaire aux regards trop curieux. C’est une bonne idée, car Francis Cabrel ne se confit jamais autant que dans ses chansons, souvent à demi-mot, par allusion. Ce sont des fonds de décor qui apparaissent à l’angle d’une phrase, des instants voilés par la brume du souvenir, des personnages, fugaces, qui passent et disparaissent déjà…

Thomas Chaline, comme un détective subtil, a choisi les textes de l’auteur, les a étudiés à la loupe en les remettant dans leur contexte pour essayer de reconstituer les faits à partir d’indices qu’il faut parfois chercher entre les lignes […] Et  puis, ce qui est intéressant dans ce livre quand on parcourt plus de quarante ans de carrière, c’est de voir le temps laisser son empreinte, de retrouver à travers ses textes le jeune homme, l’artiste accompli, le père et, maintenant, l’homme de la maturité […]

Au fil des pages, des thèmes de chansons, des anecdotes, l’auteur nous fait partager un peu de la vie de cet artiste exceptionnel. Je dis un peu car il reste toujours une part d’ombre, et c’est tant mieux. C’est l’ombre qui donne des reliefs aux choses. Francis Cabrel le sait bien quand il écrit « L’ombre au tableau ».

Thomas Chaline tire avec délicatesse les fils des mots avec lesquels le poète tisse ses textes pour reconstituer son histoire, morceau par morceau. Qu’est-ce que la vie sinon l’histoire qu’on en raconte ? Car l’homme est autant fait de mots que de chair et d’os. »

Extrait de la préface du livre Francis Cabrel, une vie en chansons (Hugo Doc) par Richard Seff.

Ecrire un livre sur Cabrel et obtenir la préface de Richard Seff… Respect !francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Rappelons qu’en 1974, ce dernier rencontre Francis Cabrel dans un concours organisé par Sud Radio. Conquis par l’originalité des chansons et par la voix du jeune chanteur, Richard Seff décide de le produire. Pendant plusieurs mois, Francis Cabrel passe les week-ends et ses jours de congé au studio Condorcet de Toulouse pour enregistrer les chansons de son premier album dans lequel figure « Petite Marie » qui sortira en 1977 chez CBS. Bref, que Richard Seff, premier artisan du succès de Francis Cabrel, accepte d’écrire la préface d’un livre sur le dernier des troubadours français, c’est une preuve de confiance envers l’auteur et une validation envers les propos tenus.

J’ai rencontré Thomas Chaline (plusieurs fois mandorisés), le 8 octobre dernier, une heure avant qu’il ne se rende à une écoute du nouvel album de Francis Cabrel, A l’aube revenant, en présence de l’artiste (qui, me racontera Thomas le lendemain, est venu le saluer et le remercier pour la précision et l’honnêteté de son livre…) Son livre est conceptuel. Il dévoile les secrets de création de Cabrel et propose de découvrir, à l’aide de nombreuses anecdotes, l’histoire d’une cinquantaine de ses chansons.

Le site officiel de Francis Cabrel. 

Pour écouter le nouveau disque, A l'aube revenant. 

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnieInterview :

Pourquoi un livre sur Francis Cabrel ?

J’ai toujours voulu écrire sur lui parce que c’est mon artiste préféré. Je suis un vrai admirateur depuis l’âge de 7 ans. A cause d’une biographie précédente, largement sujet à caution, les éditeurs étaient plus que frileux. Quatre ans plus tard, enfin, Clément Ronin des éditions Hugo & Cie, a accepté. Comme Cabrel devait sortir un disque le 16 octobre 2020, mon éditeur et moi avons joué sur cette synchronicité qui tombait à pic.

Comment expliques-tu la longévité de la carrière de Cabrel ?

D’abord, il laisse du temps entre chaque album. Il en sort tous les quatre ou cinq ans, se fait le plus discret entre deux disques hormis quand il fait une tournée. C’est quelqu’un qui joue le jeu de la promo, mais au tout début de la sortie d’un disque. Ça ne dure jamais longtemps. Cela dit, pour ce disque, il a fait exception à cette règle. En règle générale, c’est vraiment quelqu’un qui maîtrise parfaitement l’art de se faire désirer. Il part du principe que si on voit trop quelqu’un à la télé, on n’a plus envie d’aller le voir en concert.

Je sais que tu l’as déjà rencontré puisque tu le racontes dans le livre.

C’était à l’été 1998 au Tennis Club d’Hossegor. On m’avait appris qu’il participait à un tournoi. Le matin, avant d’aller le voir, j’avais quelques appréhensions. En fait, j’ai eu avec lui un échange personnel et privilégié, comme on en a rarement la chance d’en vivre à 14 ans. Je lui ai expliqué que je jouais de la guitare et que je composais. Il m’a écouté et semblait intéressé. Ça prouve bien que les Rencontres d’Astaffort existent parce que Cabrel aime et s’intéresse aux jeunes auteurs-compositeurs-interprètes. Je me souviens qu’il avait été simple, accessible, sympathique et discret avec moi. Parfaitement à l’image de ce que l’on peut penser de lui.

"Le philosophe, poète et naturaliste Henry David Thoreau écrivait : "La nature à chaque instant s'occupe de votre bien-être. Elle n'a pas d'autre fin. Ne lui résistez pas." Une philosophie que l'on retrouve dans "Le reste du temps" et dont Francis Cabrel a fait un principe de vie essentiel à son équilibre."

Thomas Chaline. 

Pourquoi le concept d’écrire l’histoire des chansons ?

Je savais que j’allais écrire sur Cabrel, mais je n’imaginais pas forcément une biographie. Mon éditeur n’était pas très chaud pour cela non plus, parce qu’il y en a déjà eues, notamment, celle qui a été décriée par Cabrel lui-même. Nous avons cherché une idée originale et très vite, nous sommes tombés d’accord sur l’histoire des chansons. Ca correspondait tellement à Francis Cabrel. Il a toujours mis sa vie en chansons. Finalement, c’est devenu une biographie en chansons.

Cabrel est certainement l’artiste français qui a le moins de pression.

Tu as raison. Il s’est créé un cocon affectif avec ses enfants, ses petits-enfants, ses amis de toujours, ce qui fait qu’il n’a pas la dépendance affective avec son public. Il semble heureux.

La chanson "In extremis", extrait de l'album éponyme - le treizième de Francis Cabrel - sorti en 2015, est une prouesse représentative de l'œuvre de l'artiste. Ce dernier y raconte à sa manière l'extinction de la langue occitane.

Thomas Chaline.

Il m’est arrivé d’interviewer Cabrel à Paris pour des journaux pour lesquels je travaillais, puis je l’ai rencontré plusieurs fois à Astaffort. J’ai trouvé que ce n’est pas tout à fait le même homme. Il a toujours été très gentil avec moi, mais chez lui, il est vraiment naturel et hyper convivial.

A Astaffort, tout  le monde le connait, il va à la boulangerie comme n’importe qui. Il n’est absolument pas dérangé. Là-bas, il est connu depuis toujours. C’est juste Francis, le fils de son père… Astaffort est le seul endroit au monde où on le laisse tranquille. Il est chez lui, donc il se comporte sans filtre. Enfin, Cabrel reste tout de même un homme secret qui, d’après ce que l’on m’a dit,  ne s’épanche pas beaucoup… même auprès de ses amis.

Je trouve tout de même qu’il s’est « détendu » ses dernières années, non ?

Oui, tu as raison. Il se lâche un peu plus. Pour la promo, en général, il choisit les journalistes qu’il connait depuis très longtemps et en qui il a confiance. En tout cas, ils sont triés sur le volet. Et puis, tu sais, il a 66 ans, la sérénité est venue avec l’âge. Là, je parle à sa place et je n’aime pas trop ça.

Tout le monde s’accorde à dire que la couverture du livre signée Maxime Ruiz est fabuleuse.

C’est une photo qu’il a prise à la fin de l’enregistrement de l’album Hors saison. Je te passe les détails, mais nous nous sommes vus trois heures à Bruxelles. Il a apprécié le concept de mon livre et m’a donc proposé quelques photos. Nous avons choisi celle que nous avons considéré la meilleure pour cet ouvrage.

Clip de "Te ressembler" réalisé par l'auteur de la couverture du livre de Thomas Chaline, Maxime Ruiz, extrait de son nouvel album, "A l'aube revenant". 

Tu révèles aussi sa part d’ombre, mais avec tact et sans indiscrétion.

Moi, pas du tout. C’est Richard Seff qui en parle dans la préface. C’est honnête de sa part parce qu’il le démystifie un peu. Il y a l’artiste adulé, le poète, mais Cabrel reste un homme avec ses failles et ses faiblesses. On est tous pareils.

Comment as-tu choisi les chansons ?

Clément Ronin, mon éditeur, très amateur de chansons françaises, m’a envoyé une liste de chansons essentielles pour lui. Sa sélection était intéressante parce que je savais qu’il y avait des choses à dire sur chacune d’entre elles. Et ensuite, j’ai choisi des chansons qui me plaisaient personnellement. Ce ne sont pas les plus commerciales. J’aime l’idée que le lecteur lise l’histoire et que ça lui donne envie d’écouter la chanson en question.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Pendant l'interview...

Je te pose la question gênante. Te considères-tu comme le spécialiste de Cabrel ?

Si je te réponds oui, n’as-tu pas l’impression que je passerais pour un prétentieux ? Je suis admirateur, j’en connais un rayon sur lui, de là à dire que je suis le spécialiste, je ne franchis pas le cap. Par contre, pas un seul fan ne m’a reproché d’avoir oublié telle ou telle chose. Tu sais, il y a des gens qui se considèrent toujours comme les gardiens du temple. Même ceux-là n’ont pas émis de critiques.

Je vais te dire ce que je pense. Pour moi, ce livre est le livre référence sur Cabrel. Ni plus ni moins.

Merci, ça me touche. Je suis fier de ce livre parce qu’il a eu la validation et le soutien de ses proches. Maxime Ruiz m’a expliqué que Cabrel ne dira jamais ce qu’il pense du livre, mais ça l’a intéressé de savoir ce que j’avais dans le ventre.

Il l’a lu ?

Oui. J’en suis certain. Un pote à moi lui a transmis pendant le confinement. Un peu plus tard, ce pote a été en relation avec lui et il a tenu à préciser des choses. Par exemple, sur les pages concernant « Petite Marie », il a dit qu’il n’avait jamais été en scooter à Toulouse, mais en 4L 3 vitesses. Il a dit à mon pote : « Dis-lui, je veux qu’il rectifie cette petite erreur ! ».

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 8 octobre 2020, après l'interview.

Bon, comme vous le savez, si vous me suivez ici depuis 2006, Mandor est un sacré vantard. Il n'hésite pas à se mettre en avant en publiant des photos de lui avec le sujet du livre de Thomas Chaline. Honte à lui.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 18 mars 1986 à Montpellier, après une interview pour Nostalgie Montpellier.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 10 septembre 2012, à Paris, après une interview pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 18 mars 2015, à Paris, après une interview pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc. 

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 21 avril 2015, à Paris, après la cérémonie du 8e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 25 avril 2017, à Paris, après la cérémonie du 10e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 25 septembre 2018, à Astaffort, lors des Rencontres, dans la cour de Création. 

19 octobre 2020

Jonathan Dassin : interview pour A toi Joe Dassin

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandor

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandor« Joe Dassin n’est pas mort il y a 40 ans. Il s’est seulement absenté, laissant un extraordinaire répertoire qui, à jamais, porte les couleurs de l’été, de l’amour et du partage. Tout naturellement, les artistes pop français de 2020 le connaissent par cœur et reprennent les chansons avec lesquelles ils ont grandi. Tous enfants de Dassin, ils rouvrent aujourd’hui le songbook le plus radieux de la chanson française. » Bertrand Dicale.

Pas étonnant donc qu'au 40ème anniversaire de sa disparition (le 20 août 1980), un hommage en musique lui soit rendu, lui qui a illuminé de sa voix chaude la chanson française. La nouvelle génération de chanteurs et chanteuses (Ycare et Axelle Red, Les Frangines, Trois Cafés Gourmands, Patrick Fiori, Lola Dubini, AldebertCamélia JordanaTibz et Jérémy Frérot, Kids United Nouvelle Génération, Madame Monsieur, 21 Juin le duo et La Deryves, Julien Dassin et Jonathan Dassin) s'attaque à quelques-uns des monuments du répertoire de Joe Dassin dans l’album A toi, le 23 octobre prochain. Il propose une relecture moderne du répertoire de l'américain. Joe Dassin fait partie de ces artistes qui savent réunir les générations, ce qui est rare aujourd'hui.

Clip de "A toi" par Axelle Red et Ycare.

Le 28 septembre 2020, j’ai mandorisé pour la troisième fois le fils du chanteur, Jonathan Dassin, qui exerce lui aussi le même métier (les deux autres (et un peu plus) à lire ici). C‘est dans une brasserie de la Gare du Nord qu’il m’a expliqué le pourquoi du comment de ce projet discographique.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'album.

La bande annonce de l'album Joe dassin, A toi.

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandorInterview :

Tu es content de cet album hommage à ton père ?

Ça fait longtemps que je le souhaitais. Il y a eu des discussions à ce sujet avec Sony. Au départ, ils n’étaient pas intéressés, puis ça s’est décanté. L’intérêt est arrivé. A titre personnel, c’est vraiment un hommage comme celui-ci que je voulais rendre à mon père. Tous ces jeunes qui chantent ses chansons, ça me touche profondément. Il y a des artistes en devenir dans la nouvelle scène française et des plus confirmés comme Axelle Red et Patrick Fiori. Le casting de Sony est vraiment bon. Je suis très satisfait du résultat. En plus, mon frère Julien et moi en faisons partie.

Teaser Julien Dassin.

Symboliquement, que vous soyez tous les deux sur ce projet, c’est évidemment important.

Oui. Mais vraiment, l’idée principale de ce disque est de transmettre l’œuvre de mon père à la nouvelle génération, même si je sais que l’on apprend, déjà, ses chansons à l’école. Ce projet a le mérite de pouvoir plaire à ceux qui l’ont aimé à l’époque, mais aussi aux jeunes d’aujourd’hui. Mon père fait partie du patrimoine de la chanson française, voire de l’histoire de la musique. J’en suis très fier.

Les arrangements sont un peu différents que ceux originaux. En écoutant les chansons, on s’aperçoit de leur modernité.

Je trouve que la réalisation de ses chansons a tout à fait respectée l’esprit original, en effet. Même si chaque artiste a mis un peu de sa personnalité, là encore, ce n’est pas aux antipodes de ce que voulait transmettre mon père.

Teaser Trois Cafés Gourmands.

Teaser 21 Juin le duo et La Deryves

Je me souviens que dans nos précédentes interviews, tu me disais que tu ne souhaitais pas particulièrement chanter le répertoire de Joe Dassin. As-tu changé d’avis ?

J’ai traversé une période où j’avais besoin de prendre du recul par rapport à lui. Je l’assume plus depuis plusieurs mois. Cette année, le chanter devenait même indispensable. Je voulais ardemment lui rendre hommage.

Tu chantes dans ce disque « Siffler sur la colline » avec la jeune Carla et « Marie-Jeanne ».

Il m’est arrivé de chanter « Marie-Jeanne » ces derniers temps et j’y prenais beaucoup de plaisir, quant à Carla, j’aime beaucoup sa voix et « Siffler sur la colline » lui va bien. Tous les deux, nous nous sommes immédiatement entendus. Par sa famille, elle a été élevée avec les chansons de mon père. Elle était donc, m’a-t-elle dit, ravie de participer à ce disque.

Teaser Carla et Jonathan Dassin.

Teaser Patrick Fiori et Lolo Dubini. 

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandorÇa t’émeut d’entendre ces artistes chanter les titres de ton père ?

Beaucoup. C’est très émouvant pour moi un tel respect des artistes pour lui. Je tiens aussi à dire qu’il y a beaucoup de succès de mon père qui n’y sont pas. Il y en a trop. Les autres seront peut-être dans un volume 2… Moi, en tout cas, les chansons de mon père que je préfère sont les moins connues.

Dans ta carrière perso, où en es-tu ?

Pour le moment, je privilégie ce projet sur mon père, mais j’ai plein de chansons qui sont prêtes pour mon deuxième disque. J’enregistre aussi les chansons de mon premier album en allemand. J’ai également un nouveau groupe, très rock, avec lequel j’ai fait quelques concerts en Belgique il n’y a pas longtemps et on espère en faire d’autres malgré les contraintes du Covid 19.

Ton deuxième album, tu comptes le sortir quand ?

On va sortir un premier titre à la fin de cette année ou au début de l’année 2021. Après, sortirais-je les titres un par un ou ferais-je un album ? Je ne le sais pas encore. Il y a plein de chansons de prêtes et je piétine d’impatience de les présenter. Ces chansons seront plus electro et plus rock que le premier. Elles auront un caractère nettement plus marqué.

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandor

Le 28 septembre 2020, après l'interview.

11 octobre 2020

Illustre : interview pour l'album Ille

illustre,ille,interview,mandor,xray

(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayIl y a eu Diam’s, il y a désormais Illustre. Cette nouvelle rappeuse frappe textuellement encore plus fort. « Elle se déplace avec une aisance déconcertante sur la fine ligne de crête entre poésie et engagement. Portée par un élan inaltérable, riche d'un regard neuf, elle avance à grande vitesse et s'attache à transmettre cette énergie débordante » explique  l’argumentaire  de presse.

Après un premier EP en auto production l’année dernière, Les mains bleues, elle arrive pour casser la baraque avec un premier album qui risque de faire date, Ille. Le 22 septembre dernier, en terrasse d''une brasserie de la gare du nord, j’ai rencontré ce phénomène venu de Clermont-Ferrand pour une première mandorisation.

Pour écouter l'album,  c'est là.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Son compte Twitter.

Son compte Instagram.

Sa page YouTube.

Mini biographie officielle :illustre,ille,interview,mandor,xray

Comme les deux pôles d'un iceberg, Illustre cherche à assembler les différences. Créer une cohésion, une alchimie, dans une société en plein bouleversements. Hors des codes et non-binaire, remettant en question les clichés sur le genre, elle aime rendre complémentaire ce qui tend à s’éloigner. Et s'adresse à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même.

Cette identité singulière se retrouve dans son premier album, ILLE, une ode musicale rap soutenue par des productions modernes entre chill trap et turn up hip hop. A travers un jeu de miroirs entre féminin et masculin, elle parle de notre monde, de notre identité, du lâcher prise, de la place de la femme, elle parle de persévérance, d'émotion...

Illustre a mis un peu de son histoire, de son chemin personnel, dans une robe soyeuse, classe et accessible. Car elle fait du rap pour les gens. L'art pour rassembler, connecter les énergies, raconter un possible, élargir les frontières et oublier les limites. L’album ILLE sera la première pierre de ce puissant édifice. La scène sera son terrain de jeu.

illustre,ille,interview,mandor,xray

(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayInterview :

Tu as commencé en faisant tes maquettes dans ton home studio.

Avec ces maquettes, j’ai rencontré des gens dans ma ville qui m’ont permis d’aller plus loin que ça. J’ai fait beaucoup de scènes ouvertes, des open mic (micros ouverts) pour les performances qu’il y avait à faire. Avec ces expériences, j’ai commencé à comprendre l’idée d’esprit de groupe propre au hip-hop. Avant cela, j’étais toute seule à tout faire jusqu’au jour où  j’ai  rencontré mon meilleur ami aux Beaux-Arts. Il faisait de la musique sur des scènes locales, ça m’a donné envie de faire évoluer les choses. En tout cas, je ne voulais plus rester seule dans mon coin. De fil en aiguille, ça m’a permis de sortir mon premier album sous le label XRay. Grace au gros soutien de Clermont-Ferrand les choses sont allées assez vite. J’ai pu jouer dans certains lieux qui, indéniablement, nous ont aidés à sacrément évoluer.

Tes chansons délivrent des messages sur le « genre ».

Mon album est constitué de deux parties. J’ai essayé d’enlever cette binarité (concept utilisé en sciences sociales pour désigner la catégorisation de l'identité de genre en deux et uniquement deux formes distinctes et complémentaires : masculin et féminin) tout en l’exprimant. Il y a parfois des textes assez virulents dans le propos et la manière de l’énoncer, mais il y a aussi des textes plus introspectifs qui ramènent plus à mes histoires personnelles.

C’est quoi ton propos exact, finalement?

Il y a énormément d’affirmation de soi. Dans cet album, j’ai été portée par une année de développement personnel assez poussée. C'était une manière introspective de prendre du recul sur tout cela. Très sincèrement, les sujets que je traite ne sont pas abordés dans le rap : s’affranchir des codes sociaux, des lois morales, parler de la maladie, de l’intelligence émotionnelle… ce sont vraiment des thématiques qui me concernent et qu’on n’entend pas dans le rap. J’avais envie d’amener un peu de fraîcheur là-dedans, avec un côté hybride. J’en ai profité pour rendre complémentaire les deux facettes de ma personnalité, entre la poésie et mon côté écorché. Je suis aussi lucide de la réalité qui est la nôtre.

"Dans « Type Chelou », Illustre aborde sans faux-semblants les questions du genre, de l’identité et de la diversité, qui lui sont chères, en s'adressant à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même. Véritable ode à l’émancipation, Illustre y exprime sa non-binarité assumée et traite du conflit générationnel dans lequel elle vise à déconstruire les codes prédéfinis pour en créer une vision libre et nouvelle."

Tu n’as pas peur de devenir porte-parole des personnes qui épousent ta cause ?

Je  n’ai pas envie d’être  l’étendard de quoi que ce soit parce que je ne suis personne pour l’être. Je n’estime pas avoir toutes les questions et toutes les réponses sur le sujet. Je cherche encore. Je fais mon truc, je me présente comme je suis, c’est tout.

Tu te sens différente des autres rappeurs ?

Disons que je n’ai jamais voulu me fondre dans la masse. Depuis ma jeunesse, je n’ai jamais aimé cela. On ne peut pas espérer quelque chose de différent en faisant la même chose que tout le monde. Il y a de la singularité dans toute performance artistique, mais je trouve dommage que les jeunes qui démarrent essayent de faire ce qui a déjà été fait sans chercher en eux ce qu’il a d’unique. Tout le monde a des choses personnelles à raconter parce qu’on a tous des parcours et des identités différentes.

Je formule ma question différemment. Te sens-tu à part ?

J’ai plus l’impression d’être une intruse. C’est une relation personnelle de moi à moi-même. Tout l’enjeu de la dimension artistique, c’est d’arriver à s’accepter soi-même et à s’affirmer…  

"Vautour" : morceau égo-trip dans lequel Illustre mêle punchlines, technique et flow. Premier extrait de son premier album, c'est une manière de nous dire qu’elle est possédée par la passion du rap, qu’elle arrive, avec un peu de clash, de classe et surtout beaucoup de détermination.

Ça te fait du bien de livrer tout ce qu’il y a en toi ?

Oui. C’est réellement une thérapie. Au début inconsciemment, aujourd’hui consciemment. J’écrivais pour exprimer et relâcher un peu toutes les émotions que j’avais, au bout d’un moment, c’est devenu un style de vie, j’écrivais tous les jours. J’écrirai toute la vie, que j’ai de la notoriété ou pas, parce qu’écrire me rend vivante. C’est une manière de laisser une trace en moi-même.

Ça t’a sauvé d’écrire ?

C’est une belle question, mais j’ai besoin de réfléchir avant de te répondre. Ça m’a sauvé dans le sens où ça m’a donné une ligne de conduite et créé un chemin… là où je ne voyais pas d’issue.

Dans "Mémoire", Illustre expose sa vision de la France et de notre démocratie. Son ambition est de nous rappeler que les droits que nous avons acquis ne sont pas dus pour autant et que c’est une chance de les avoir. Elle fait le parallèle entre une génération passée qui s'est battue pour obtenir ces droits, et une génération actuelle qui oublie le confort dans laquelle elle se trouve. Avec « Mémoire », Illustre prône ainsi le fait de continuer à se battre pour préserver nos droits, et potentiellement en obtenir de nouveaux.

Tu as beaucoup de tatouages bien visibles. C’est pour un peu choquer, interpeller.

On n’a pas besoin de choquer pour choquer. J’aimerais juste que les gens se posent des questions et qu’ils tentent d’aller chercher autre chose que dans l’apparence. Je veux plus bousculer les consciences que choquer.

Sur ton visage, tu as un tatouage du mot amour, tu veux bien m’en parler ?

Cela faisait deux ans que je réfléchissais à un tatouage sur le visage, il ne fallait donc pas que je le regrette. Je voulais choisir un mot. Amour concerne tout le monde. Cela peut être l’amour d’une personne, d’un projet, d’une sensation. Il est partout et c’est la seule chose que tout le monde possède. Amour, c’est aussi pour me regarder avec amour. Là où certaines personnes pourraient trouver cela niais, moi je trouve ça très frontal et authentique.

Illustre nous dévoile sa facette émotionnelle et poétique avec « Maladif », un morceau intimiste dans lequel elle aborde la maladie de son père : « C’est comme si un vent violent venait vous frapper sans que vous n'ayez le contrôle. Je ressens et je chante le refrain de manière très spirituelle, comme s'il y avait un déploiement d'énergie qui se manifestait, dans lequel j'essayais de répondre aux questions existentielles. J'y exprime un quotidien désorienté et un inversement des rôles. Mon pilier identitaire est absent, je dois grandir plus vite, comprendre le comportement des gens, et m'adapter. » Pour réaliser le clip qui illustre ce nouveau morceau, l’artiste est allée puiser dans les archives VHS des vidéos familiales.

Dans ta façon de chanter, je décèle une niaque très rare.

Ce sont des textes assez conscients et violents qui m’ont amenée au rap. J’ai donc cette partie-là en moi dans ce que je fais, mais je ne me contente pas uniquement de cette manière d’exprimer les choses. Je ne me cantonne pas à une forme de rap parce qu’il en existe une multitude.

Soudain, un homme même pas éméché s’approche de nous et lance à Illustre : « Toi tu es une rock star, ça se voit direct. »

C’est très intéressant cette scène que nous venons de vivre. Il n’y a ni micro visible ni camera et un homme vient pour te dire ça. C’est qu’il y a indéniablement quelque chose qui se dégage de toi.

(Rires un peu gêné).

illustre,ille,interview,mandor,xray

(Photo : Julien Mignot)

Tu as un flow hyper rapide. Il faut beaucoup de pratique pour y parvenir ?

Ah oui ! Je t’assure que ça ne vient pas du jour au lendemain. Ça demande beaucoup de travail. Ça fait dix ans que j’écris et cinq ans que je slame/rappe/chante. Aujourd’hui, j’aime sortir de ma zone de confort. Je cherche des nouvelles productions, des nouveaux rythmes et je change les structures habituelles. A force, cela crée une technique assez unique. J’essaie aussi d’élargir mon panel de capacités vocales.

Quel artiste t’a donné envie de prendre ce chemin-là ?

Sans hésiter Diam’s. Au début, ce qui m’a intéressée dans le rap, c’était l’amour des mots. Diam’s maniait les mots parfaitement. Il faut comprendre que je viens de la poésie. J’en écrivais sans musique. Puis, j’ai découvert le rap, alors je me suis lancée là-dedans pour que mes textes à messages puissent être intégrés par un plus large public. Dans le rap, il y a une réflexion sur des sujets qu’il n’y a pas forcément dans les autres styles musicaux. Ce n’est pas mieux ou moins bien, je ne porte aucun jugement.

illustre,ille,interview,mandor,xray

Pendant l'interview...

Tu me sembles quelqu’un que le métier ne va pas pouvoir diriger.

C’est viscéral pour moi. Je ne pourrai jamais faire semblant. Je ne serais tout simplement pas capable de faire ce que je ne souhaite pas. Je me sens incapable de monter sur scène avec le sourire si je me sens étriquée.

As-tu le souci d’être comprise par tous où tu t’en fous ?

Intéressante question. J’aimerais l’être… de manière différente. Dans le plus profond, pas juste en surface. En y réfléchissant je me demande si en voulant être comprise, ce n’est pas pour que je me comprenne moi-même. J’ai l’impression que ce sont les autres qui nous font comprendre ce qu’on est. C’est la question de l’ego.

Tu as l’impression d’avoir beaucoup d’ego ?

Oui, beaucoup. Trop. Il en faut quand tu fais du rap, mais à juste dose.

illustre,ille,interview,mandor,xray

Le 22 septembre 2020.

illustre,ille,interview,mandor,xray

(Photo : Julien Mignot)

25 septembre 2020

Louis Chedid : interview pour Tout ce qu'on veut dans la vie

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (4).jpg

(Photo : Audouin Desforges)

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (3).jpgSept ans après son dernier album, Louis Chedid revient avec onze titres finement ciselées, personnelles et attachantes. Tout ce qu'on veut dans la vie, juste et élégant, sait parler de sujets profonds de manière douce et légère, marque de fabrique de Louis Chedid. Ses nouvelles chansons sont sublimées par Marlon B. à la réalisation (Juliette Armanet, Renan Luce). Un grand cru chédidien!

Au début du mois de septembre 2020, nous avons parlé ensemble de la création de cet album.

(Rappelons que Louis Chedid est un habitué de Mandor : Ici en 2013 pour Deux fois l'infini et là en 2010 pour On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime).

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

Avant l'interview, voici une communication officielle de la société qui produit les tournées de Louis Chedid.

118707702_3483885998341888_2895526450953615422_o.jpg

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (5).jpgInterview : 

Premier album en solo depuis 7 ans. Avez-vous peur de ne plus plaire aux gens ?

On ne sait jamais à quelle sauce on va se faire manger. Quand vous faites un disque, vous le faites toujours avec un maximum d’enthousiasme et de motivations. Il y a beaucoup de bonheur à faire un nouvel album à chaque fois. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient, la barre est de plus en plus haute de disque en disque, surtout quand on en a fait vingt. C’est comme un perchiste qui doit petit à petit augmenter d’un centimètre la hauteur de la barre. Je vous assure, les gens vous attendent au tournant à chaque pas. Ils se demandent ce que vous allez bien pouvoir inventer encore. Moi-même, je me pose la question. Au fond, c’est ça qui est excitant.

S’il y a quelque chose qui ne doit jamais quitter l’artiste, c’est la passion du métier ?

C’est tellement ça. Quand je prends ma guitare encore aujourd’hui, j’ai toujours la même sensation que quand j’avais douze ans. C’est un vrai plaisir. C’est une amie avec qui j’ai fait pas mal de routes. J’ai toujours la sensation d’être ailleurs, de voyager… chercher des mots, des notes, je ne peux pas m’en passer.

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (6) - basse def web.jpg

(Photo : Audoin Desforges)

En vingt albums, vous n’estimez pas avoir tout dit, avoir fait le tour de la question sur des sujets qui sont toujours les mêmes ? A commencer par l’amour.

Vraiment, ce qui m’anime pour continuer à écrire, c’est l’envie de progresser et de faire mieux. Je veux toujours aller au-delà de ce que j’ai déjà fait et rester actuel. Se reposer sur ses lauriers, ce n’est jamais bon. Si on se dit : « J’ai tout fait, je n’ai plus rien à prouver », c’est comme cela que l’on vieillit. Vous pouvez faire des chansons politiques, des chansons d’amour, des chansons de désespoir, on tourne tous autour des mêmes thèmes. La grande différence, c’est la façon de les faire, la forme, l’angle choisi pour en parler. Avoir quelques chansons qui ont traversé les décennies, ça ne me suffit plus. Je ne suis pas du tout dans l’antiquité.

Vous avez toujours l’imagination fertile, donc.

Je ne suis pas inquiet par ça. L’inspiration est quelque chose d’éternelle. Après, il faut l’entretenir, la travailler. De mon point de vue, il n’y a aucune raison pour que l’inspiration s’arrête.

Clip de "Si j'avais su".

Vous savez trouver des tournures de phrases pour évoquer un sens fort. Dans « Si j’avais su », il y a cette phrase incroyable : « Si je savais que vous alliez m’abandonner, Je ne t’aurais jamais dis-tu ». Je trouve que c’est la chanson sur la rupture la plus dure de votre répertoire. 

C’est vrai. En général, les chansons sur les ruptures, ce sont souvent des ballades, assez mélancoliques, ce qui n’est pas le cas dans cette chanson. Là, la musique est très enlevée, c’est aussi ce qui relève le côté cynique de ce que raconte le type par rapport au désespoir dans lequel il est.

Votre chanson « Volatile comme… » est dans la vague du moment. C’est de l’electro pop.

De l’electro, honnêtement, ce n’est pas nouveau dans ma carrière. J’ai été un des premiers en France à en faire. Avec Balavoine et Jean-Michel Jarre, nous avons été les premiers ici à avoir un Fairlight. De toute façon, je ne suis pas du tout sectaire en musique. J’aime ou je  n’aime pas, c’est très simple. Je ne peux pas dire que je sois amoureux du jazz, de la pop ou du rock, juste ça me plait ou pas. Je ne m’interdis aucune forme musicale. Si je veux faire une musique à la Gipsy Kings, je le fais… à ma sauce, évidemment. Si je trouve que mes mots et la musique fonctionnent,  j’y vais à fond. J’ai envie de m’amuser, alors, je ne me mets pas de frein. Mon nouveau disque, j’ai fait en sorte qu’il soit lumineux et positif.

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (7).jpg

(Photo : Audoin Desforges)

Ah bon ? Il me semble qu’il y a des chansons tristes aussi. "La fille sur le banc" (du cimetière Montparnasse). C’est une chanson sur les disparus et sur la vie qui continue.

Oui, c’est la chanson la plus nostalgique du disque. C’est une chanson vécue. J’habite vraiment à côté du cimetière Montparnasse. J’y vais souvent, notamment parce que c’est là que ma maman, Andrée, repose. Je m’y promène parce que c’est très calme. Ce lieu m’apaise. Dans la vie ce cimetière est une bouffée de silence qui me fait du bien. J’y vais souvent avec un carnet et il m’arrive d’y écrire des bouts de textes. Ce lieu est parfait pour ma concentration. Un jour, il y a une fille qui m’a reconnu et qui a commencé à me parler. Elle m’a dit : « Ah ! C’est là que vous écrivez vos chansons ? » Elle est venue s’assoir à côté de moi et nous avons discuté. La fille venait de se faire larguer par son mec, elle n’était vraiment pas bien. Elle a commencé à pleurer. Je lui dis que peut-être, ce type lui avait rendu un service immense. Je lui suggère que, peut-être, dans un an ou deux, elle sera contente d’avoir trouvé quelqu’un d’autre encore mieux que celui-là. Ça lui a un peu remonté le moral. Je suis rentré à la maison et j’ai écrit cette chanson.

Elle a eu à faire à un Louis Chédid, conseiller conjugal, quoi !

(Rires) Je ne sais pas pourquoi, mais les gens se confient à moi souvent sur leurs histoires. Je dois inspirer confiance, je ne sais pas. Sans le vouloir, j’inspire certaines confidences, alors que je ne demande rien.

Après, ça devient des chansons, c’est cool.

Voilà, exactement.

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (2).jpg

(Photo : Audoin Desforges)

Vous n’avez jamais caché, contrairement à certains, que toutes vos chansons sont autobiographiques.

Oui, toutes, même parfois sans le savoir quand je les ai créé. Quand vous avez fait pas mal de kilomètres comme moi, avec le recul, vous vous apercevez que quand vous chantez « La belle », « Ainsi soit-il » ou « Anne ma sœur Anne », ça correspond à quelque chose qui m’est proche.

Vous parlez beaucoup de l’enfance, notamment dans « Chasseur de papillons » et « Mon enfant intérieur ».

Quand vous faites ce métier là, vous avez intérêt à garder un pied dans l’enfance sinon vous êtes mal. Ce n’est pas pour rien que l’on dit « jouer la comédie » ou « jouer de la guitare ». On joue quoi !

Un artiste, c’est un grand enfant à vie ?

Oui. Tous ceux que je connais avec qui j’ai des atomes crochus, on est très enfants. J’ai 72 ans, quand je prends une guitare, j’en ai 12.

Clip de "Tout ce qu'on veut dans la vie".

A 72 ans, visiblement on s’intéresse encore à l’amour. Il y a deux chansons sur ce thème : « Tout ce qu’on veut dans la vie » et « J’ai toujours aimé ». Vous y évoquez même l’amour charnel.

Ces deux chansons sont effectivement très proches. Quand un type reçoit une vie sentimentale épanouie, il l’a prend et il l’a raconte.

« Ne m’oubliez pas » parle bien de l’amour du public qui pourrait décliner ?

Ça peut être compris comme ça, mais ce n’est pas que ça. Je pense que nous n’avons pas qu’une seule vie. On en a plein. Je préfère penser ça que d’imaginer qu’il n’y a plus rien après. Cette chanson raconte l’histoire de quelqu’un qui est passé de l’autre côté et qui dit : « Ne m’oubliez pas parce que je suis là quand même. » Malgré la mort, on est toujours vivant dans le souvenir de ceux qui restent. C’est comme ça que je vois les choses, après c’est très personnel.

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (1).jpg

(Photo : Audoin Desforges)

« Redevenir un être humain » évoque les gens qui sont toujours sur leur smartphone.

Ce n’est pas une chanson moraliste parce que, moi aussi, j’y passe beaucoup de temps. Sans mon smartphone, je suis même paumé. C’est bien de temps en temps de se rendre compte qu’on exagère et de prendre la décision d’être plus raisonnable. C’est fou comme un simple objet prend la place de la vraie vie.

Vous n’avez jamais fait de compromis dans vos chansons.

Depuis le début, même quand j’étais inconnu au bataillon et que je ramais pour faire décoller ma carrière, je n’en ai faite aucune. Ça vient de l’école. Comme j’étais très mauvais et que je ne supportais pas l’autorité, je n’ai pas choisi de faire un métier de liberté comme celui de la musique pour me retrouver dans des contraintes et des choses que je n’ai pas envie de faire. Je préserve mon intégrité et ma liberté.

119041795_3501889493208205_4056011662705874908_o (2).jpg

22 mai 2020

Léonid : interview pour l'album Du vent

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

(Photo : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorLéonid n’est pas l’affaire d’un seul homme, c’est un binôme indissociable. Il est composé de « la tête pensante », Fabien Daïan, et de son cousin Rémi d’Aversa, homme-orchestre lumineux / co-arrangeur et co- réalisateur sur leur deuxième album Du vent.

Rappelons que Fabien (déjà mandorisé-là en 2014 pour le premier opus éponyme) est auteur/compositeur/interprète, guitares, percussions. Membre de Sinsemilia pendant les 13 premières années du groupe, il s’est investi ensuite corps et âme aux côtés d’artistes comme Yoanna ou Djazia Satour en tant que réalisateur, arrangeur, scénographe…

Créé en 2013, le duo connaît depuis un développement constant et régulier. Et comme l’explique le dossier de presse,  « quelques 250 concerts plus tard et des retours souvent dithyrambiques d’un public touché tant par le fond que par la forme du spectacle, les deux cousins n’ont pas perdu une once de leur foi, de leur besoin de créer, de se renouveler, ni de leur capacité de travail ».

Du vent, a été co-réalisé et co-arrangé avec Pierre-Luc Jamain (Sergent Garcia, Feist, Arthur H, Oxmo Puccino, Djazia Satour...) et enregistré et mixé au printemps 2019 par Julien Espinoza au studio BESCO  (78) et aux Studios de la Ruche  (69). 

Si le Coronavirus décide de se barrer un moment, gageons que le spectacle dont sera issu cet excellent disque sera une nouvelle ère (de jeu) foisonnante pour le duo.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui vendredi 22 mai 2020, sont proposés 4 titres de Du vent en téléchargement. Quant à l’album, il sortira en intégralité le 21 août.

J’ai interrogé Fabien Daïan par téléphone, il y a trois semaines pour évoquer cette nouvelle aventure discographique. Avec l’espoir tout puissant que ce soit la dernière interview sous confinement…

La page Facebook officielle.

Les 13 chansons décryptées sur YouTube. 

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorL’album (argumentaire de presse officiel) :

Un nouvel album plein de vent. De vent frais, du vent des fous ou d’un vent de colère. Parce que le vent c’est tout mais surtout parce que le vent c’est rien. 

13 chansons cousues main et filées avec les tripes.

Sur « du vent », on sent un auteur/interprète enfin délesté du poids des « maîtres »  (Higelin, Brassens, Renaud et tant d’autres). Ce bagage trop lourd qui complexe et réfrène celui qui le traîne. Non que le bonhomme soit devenu prétentieux et ait désormais la naïveté de croire qu’il leur arrive à la cheville. Bien au contraire ! C’est en faisant le deuil du fantasme de chatouiller un jour les doigts de pied des grands qu’il a pu livrer sans détour inutile ce qu’il a dans les tripes. 

Ses tripes à lui, qui ont pour principal intérêt d’être les siennes. 

Aux premières loges de ce déballage, le cousin, le binôme, s’investit comme jamais sur ce disque. Il le marque de sa sensibilité et de son sens inné de la mélodie et de l’arrangement. 

Les chansons de l’album : Elles pourraient se diviser en quatre catégories. D’abord les chansons « psycho-torturées-mais-légères-quand-même », crédo de Léonid, à l’image de « La tâche d’encre » : hurlement venu de l’enfance sur l’impossibilité d’être libre sous l’emprise de l’angoisse. Les textes « réalistes » comme « P’tite soeur » : ode à l’amitié fraternelle et inconditionnelle en duo avec la lumineuse Djazia Satour. Les « existentielles » dont « Autrement dit » est l’incarnation. Chanson sur le troublant parallèle entre le début et la fin de la vie qui, déjà présentée sur scène à quelques reprises, arrache bien souvent les larmes des plus sensibles. Et enfin les chansons « politiques » à l’instar de « Mon avis » : constat désabusé de la difficulté d’allier la passion, les convictions avec l’engagement politique. Ou comme les reprises d’« Oscar » (Renaud) et du « Chiffon rouge » (Vidalin/Fugain) : double hommage au monde ouvrier « rouge » dont sont issus les grands-parents communs aux deux cousins. Leur héritage partagé. Le point commun à toutes ces chansons, le fil rouge, est l’aspiration à la liberté. 

Liberté dont le plus digne représentant est le vent !

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

(Photos : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorInterview :

Il s’est passé six ans entre tes deux albums. C’est beaucoup, non ?

La première raison, c’est que j’ai énormément d’activités différentes avec d'autres artistes, comme régisseur et éclairagiste. J’aime avoir une vision globale du métier et toucher à tout. La deuxième raison, c’est qu’avec Rémi, on travaille principalement la scène en la peaufinant sans cesse. Enfin, la troisième raison, c’est qu’il se pourrait bien que je sois un laborieux. Il me faut du temps pour faire les choses. Créer de nouvelles chansons par exemple.

Pour la première fois, Léonid a demandé à une tierce personne un regard extérieur, celui de Pierre-Luc Jamain qui a co-réalisé et co-arrangé l’album. Pourquoi ?

J’ai toujours fait les choses tout seul et là, je sentais que j’avais besoin d’un œil neuf d’une personne dont je respecte le travail. Ça m’a permis de me focaliser plus sur ce que j’avais à dire et sur la façon dont je souhaitais transmettre ces nouveaux textes. Je me mets toujours beaucoup de pressions et le fait de pouvoir se reposer sur quelqu’un, ça m’a fait un bien fou. Je n’ai jamais su déléguer. Pour y parvenir, il faut trouver quelqu’un qui va mettre autant de temps, de passion et de perfectionnisme dans le projet que soi-même. C’est ce qu’a fait Pierre-Luc, accompagné bien sûr par Rémy en qui j’ai toujours eu une confiance illimitée. C’était l’équipe parfaite.

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

Djazia Satour et Léonid en studio (photo : Pl Jamain).

Evoquons quelques chansons. « Petite sœur » est une ode à l’amitié entre un homme et une femme, enléonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor l’occurrence, celle que tu as avec Djazia Satour, qui chante avec toi sur ce morceau.

Djazia, c’est ma coloc’ de sang. J’ai voulu marqué cette amitié exceptionnelle, extrêmement chaleureuse, fraternelle, presque familiale. Notre amour est puissant, comme peut l’être celui d’un frère et d’une sœur.

Tu n’es pas précisément un chanteur d’histoire d’amour… Quand tu en parles, ça donne une chanson comme « Dégage ».

C’est l’histoire d’une rupture. Quand des gens se séparent, souvent, ils se disent que l’histoire sera toujours belle, malgré la souffrance. Dans cette chanson, j’avoue, j’ai un peu lâché ma pudeur. Désormais, j’essaie de « cracher » les choses de manière plus spontanée et directe. M’autoriser cela m’a permis d’aller mieux.

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

(Photo : Sigrid Spinnox)

Tu es quelqu’un de pudique ?

Très. J’ai même une pudeur extrême. De plus, je suis sujet depuis tout le temps à des crises d’angoisse terribles et à des attaques de panique. J’ai appris récemment que nous étions 4% de la population à souffrir de cette pathologie. J’ai des périodes où le moindre évènement peut me terroriser et me mettre dans des états insoutenables. C’est ma croix… et c’est complètement contradictoire avec le fait de de monter sur scène et, plus généralement, de faire un métier public.

C’est peut-être une façon d’exorciser ça ?

Tu as raison. C’est exactement ce que je pense. Je ne veux pas lâcher l’affaire. Ma seule survie possible, c’est d’aller au front. Je dois passer ma vie à me prouver que je suis plus fort que ces fantômes-là.

Ce que tu me dis-là me fait penser à la chanson « La tâche d’encre », dans laquelle tu te racontes comme jamais… sans t’épargner. En écoutant les paroles, je l’ai comprise ainsi : l’histoire d’un type qui cherche la liberté absolu, qui n’y parvient pas toujours, mais un peu quand même. J’ai bon ?

Ça me va très bien parce que c’est tout à fait ça.

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

(Photo : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

(Photo : Vincent Assié)

Pour toi, c’est quoi la notion de liberté ?

Je trouve qu’il n’y a rien de plus angoissant, stable et acquis que la liberté. La liberté, c’est un grand vide en fait. J’accepte le combat en moi où il y a une inspiration à la liberté infinie et l’obligation de me mettre en danger en me dirigeant vers mes peurs.

La famille est importante pour toi. Tu évoques en  filigrane ta sœur décédée dans « 507 heures » et tes grands-parents dans « Oscar », de Renaud, et dans « Chiffons Rouges » de Vidalin et Fugain.

J’ai des familles très différentes côté maternel et paternel, mais le point commun qu’avait tout le monde, c’est une implication en politique, très à gauche, communiste, humaniste, voire anarchiste pour certains. Depuis mes grands-parents, c’est quelque chose qui est complètement ancrée dans toute la descendance. Nous avons été élevés dans la lutte et le combat pour plus de justice et d’égalité. La cadre idéologique que l’on m’a inculqué est mon plus bel héritage familial.

Toi, tu fais partie de la tendance anar ?

Je vais te dire la vérité. Je suis mélenchoniste, donc à fond dans le mouvement de La France insoumise. Il y a énormément de gens qui tapent sur Mélenchon parce qu’il serait égocentré et colérique… c’est autant de choses qui me le rendent très sympathique. C’est quelqu’un de brillant et droit politiquement. Il défend à merveille des valeurs que nous sommes des millions à partager.

Tu milites sur le terrain?

Je suis très peu militant, mais comme énormément de gens, je me suis fait embarquer en 2016 par le mouvement. J’ai fait pas mal de meetings et il m’est arrivé de distribuer des tracts pour Mélenchon. Mais j’ai beaucoup trop de respect pour les militants qui s’investissent concrètement pour me considérer comme tel. Moi, je me contente d’ouvrir ma gueule sur scène avec mes petites chansons.

"Le prince du RSA"-Spécial confinage.

Mais tu fais de la chanson politique ? (Photo :Vincent Assié)léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

Non.

« Le prince du RSA », chanson anti macroniste par excellence, ce n’est pas une chanson politique ?

Alors, partons du  principe que tout est politique. Pour moi, une chanson, c’est juste une idée qui passe et que tu veux transmettre, mais qui ne doit pas prouver ou argumenter quoi que ce soit. Chacun fait ce qu’il veut de l’idée que tu proposes. L’art n’est pas fait pour convaincre.

C’est le thème de ta chanson « Mon avis » !

C’est exactement ce que je raconte, effectivement. Pendant très longtemps, je suis monté sur mes grands chevaux en clamant de grandes tirades passionnées, mais aujourd’hui, je le fais de moins en  moins. Je ferme ma gueule en fait parce que je sais que je n’ai pas le bagage intellectuel et culturel pour me permettre de chanter des choses sentencieuses et encore moins pour faire la morale.

Dans « Autrement dit », tu désacralises les enfants. Tu n’as pas honte ?

Je précise que je n’ai pas d’enfant, je ne fais donc la leçon à personne. Je ne sais pas si c’est l’héritage de Françoise Dolto, mais je constate juste que l’on met les enfants de plus en plus à une place centrale. J’ai peur qu’on finisse par en faire des adultes décalés avec la vraie vie. Les valeurs que l’on m’a inculqué, c’était de rester à ma place d’enfant. C’est quelque chose d’important dans la fondation d’une vie.

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

05 mai 2020

Nicolas Vidal : interview pour son exposition virtuelle, Chanteuses de France

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandor

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorNicolas Vidal est chanteur et photographe. A son compteur, trois albums pop d’excellentes factures : Des ecchymoses en 2011, Les nuits sereines n’existent pas en 2016 et Bleu Piscine en 2018 (pour lequel je l’ai mandorisé). L’homme, qui a plus d’un tour dans son art, crée Faces Zine en 2017, un webzine pop en noir et blanc pour lequel il interviewe et photographie des musicien.ne.s, leur consacrant de longs portraits.

Nicolas Vidal propose depuis quelques jours une exposition virtuelle baptisée Chanteuses de France. En tout, 53 photographies en noir et blanc des icônes féminines de la pop française d’aujourd’hui. Des artistes connues, comme des confidentielles…

En plein confinement, je l’ai appelé pour en savoir plus…

Le webzine pop Faces Zine.

La page Facebook de Faces Zine.

Pour voir l’expo.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorLe projet (par Nicolas Vidal lui-même) :

La pop française est-elle une grande famille ? On sait que la pop mondialisée a ses reines mères et ses princesses, ses king of Pop et toute une sorte de royauté marketing qui a fait ses preuves. Il y a des reines et des princesses en France aussi, mais il y a surtout une scène foisonnante de créatrices, chanteuses, productrices, qui résistent et proposent un panel pop de musique riche et dégourdi, foisonnant de sons et d’images.

Les chanteuses de France sont aussi anglaises, africaines, suédoises, algériennes, russes, suisses, israéliennes ou belges. Elles écrivent des chansons pop, font du rock, de l’électro, de la folk voire de la country. On ne peut plus les réduire à l’invisibilité tant elles sont nombreuses, plurielles, les forces vives d’une industrie musicale encore très masculine.

Cela fait maintenant un peu plus de deux ans que je photographie et interviewe des artistes pour Faces Zine. Quand j’ai créé le webzine, j’avais la secrète envie de cartographier une scène pop au présent, indépendantenicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandor et populaire, d’imaginer des familles musicales qui ne le sont que parce qu’on associe ensemble certains artistes.

En voici une première, féminine donc, partiale, qui existe autant par des choix éditoriaux que par les opportunités que j’ai eu de photographier certaines chanteuses. Cette exposition en forme d’abécédaire n’est absolument pas exhaustive, et cela n’aurait aucun intérêt. Mais elle dit tout de même quelque chose de la scène française, entre indépendance farouche et icônes populaires, entre glamour indé et féminisme pop.

Dans mon travail de chanteur et de photographe, les artistes femmes m’ont toujours fortement influencé, bousculé, fait rêver. A mon tour de rendre hommage à 53 chanteuses de France en 51 photos dans cette exposition virtuelle, au présent et au futur.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandor

Avec Nicolas Vidal, trois de ses modèles. De gauche à droite : Cléa Vincent, Jo Wedin et The Rodeo.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorInterview :

Pourquoi une exposition virtuelle ?

A la base, je voulais faire cette exposition dans une galerie ou dans un lieu adéquat. Avec le contexte actuel, plutôt que d’attendre un hypothétique bon moment, j’ai trouvé intéressant de faire exister cette exposition de manière virtuelle. Je ne voulais pas que le confinement m’empêche de faire découvrir ces photos d’artistes.

Pourquoi as-tu choisi de mettre en avant des artistes féminines ?

Ce sont elles qui, en ce moment, sont le moteur de l’industrie musicale. Pendant longtemps, les artistes femmes étaient cantonnées au rôle d’interprète. Elles étaient souvent l’égérie de grands compositeurs comme France Gall avec Michel Berger et Jane Birkin avec Serge Gainsbourg. Attention ! Je sais bien qu’il y en avait aussi qui écrivaient et composaient, comme Véronique Sanson, Françoise Hardy ou Catherine Lara. Aujourd’hui, les femmes ont pris les rênes de la musique en gagnant en autonomie et en s’affranchissant des hommes. La période #metoo et #balancetonporc n’y est sans doute pas pour rien.  Elles ne sont plus des faire-valoir ou juste des interprètes. La jeune génération féminine sait tout faire.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandor

Dans les labels et dans l’industrie de la musique, elles ne sont pas encore à la manœuvre.

Malheureusement. Par contre, elles le sont en terme créatif et médiatique.

Tu as choisi de mettre en avant des artistes connues et d’autres moins…

Il y a beaucoup de chanteuses que j’ai interviewées pour Faces Zine et d’autres que j’ai eu la chance de croiser dans des festivals (fin de conférences de presse où concerts) comme Corine, Zazie ou Aya Nakamura. Je pense que si je propose des artistes connus, les gens auront la curiosité de s’intéresser aussi à celles qui le sont moins.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandor

Comment se présente ton exposition virtuelle ?

Je ne voulais pas que ce soit juste un enfilage de photos, j’ai donc eu l’idée de l’abécédaire avec le prénom plutôt que le nom de famille et un lettrage qui rappelle la typographie que j’utilise sur le webzine. Je voulais qu’il y ait une cohérence avec Faces Zine.

Comment fait-on un bon portrait, selon toi ?

J’essaie d’avoir du temps et de ne pas « objétiser » la personne qui est devant moi. Généralement, j’interviewe les artistes avant de les placer devant mon objectif, donc une petite relation s’est déjà nouée. Ils sont plutôt en confiance et je m’évertue à les rendre à l’aise pendant la séance. Il faut que je parvienne à les diriger sans qu’ils s’en aperçoivent vraiment tout en les laissant très libres dans leur façon de se comporter. C’est un dosage subtil entre mes suggestions et leur part de naturel. Je pense aussi que le fait que je sois moi aussi musicien rassure certain.e.s de mes modèles.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandor

J’imagine qu’il y a aussi un travail de retouches ?

Pour l’expo, j’ai retouché surtout les lumières pour qu’il y ait une cohérence et une unité entre les clichés.

Si le monde se décide à tourner de nouveau un peu rond, est-il envisageable que cette expo existe dans un lieu approprié ?

Oui, j’aimerais bien. J’envisage aussi l’éventualité de faire un livre de portraits écrit et photographique pour donner suite à ce projet. Cela permettrait aussi de témoigner de la vitalité de la scène française féminine actuelle.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandor

30 avril 2020

La Pièta : interview pour son premier album La moyenne

La Pietà - Studio (C) Cedrick Nöt (25).jpg

(Photo : Cédrick Nöt)

la-pieta-pic-dor-session-©-cedrick-Not-preselection-114.jpg« La Pietà est une lutte, une statue de Michel-Ange version punk... La Pietà est brute mais jamais brusque, enragée mais toujours sensible, volcanique et parfois gracile » indique fort justement le dossier de presse. Il est vrai que depuis trois ans, La Pietà (déjà mandorisé là) explose sur scène, aux quatre coins du pays. Ces moments live « tendus, ombrageux, provocants, festifs, propices à la communion » ne laissent personne indifférent. Voir La Pièta sur scène, c’est vivre une expérience unique qui provoque un choc émotionnel immédiat. Uppercut au cœur et à l’âme du début à la fin. Une performance.

Cela fait des années que je suis cette artiste dans ses différents projets, mais il est clair qu’elle s’est parfaitement trouvée dans le rôle de La Pièta (son double obscur qui tente aujourd’hui de trouver plus de lumière). Avec ce premier album, La moyenne, si elle est toujours aussi percutante, on décèle une discrète pointe de sérénité… et ça lui va bien.

J’ai appelé La Piètà, chez elle à Montpellier, en plein confinement, pour parler de ce nouveau disque…

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Argumentaire de presse (par Arnaud de Vaubicourt) :pochette album 800x800.jpg

La Pièta. C’est un cri. Une écorchure. Un désespoir porté par la lumière. La Pietà cogne, hurle, revendique. Elle caresse, aussi. La Pietà parle aux tripes et aux cœurs, avec la rage du punk et la poésie du slam. C’est un trop plein d’émotions extrêmes ressenties durant une poignée d’années qui a transformé La Pietà pour toujours. « Si la rage est un moteur, alors j’risque d’aller loin », scande-t-elle sur « Jusqu’ici tout va bien ». Cette hargne, cette rugosité verbale n’est pas plus dirigée contre la société que vers elle-même. Elle est juste l’expression primale d’un cerveau qui refuse de tourner en rond dans sa cage.

« La Moyenne », « Tapez », « Ma Guerre est Finie » ne sont ni des complaintes ni des errances poético-dégoulinantes : ce sont des pamphlets personnels, des claques que l’on donne aux autres autant qu’à soi-même, des textes d’une noirceur qui n’oublie jamais que renoncer à la lumière est la première des lâchetés.

La Pietà est une griffure, prête à appliquer du baume à celui qui saura l’écouter en regardant à l’intérieur de soi. La Pietà rugit son punk-à-textes-electro-rap (celui qui leur colle l’étiquette musicale qu’il faut gagne son poids en paires de claques).

Après trois EP rageurs en forme de chapitres où elle avançait masquée, autant sur scène que symboliquement, La Pietà sort à visage découvert La Moyenne, son premier album, le 22 mai 2020.

La parution d’un roman suivra de près.

La Pietà - Studio (C) Cedrick Nöt (52).jpg

(Photo : Cédrick Nöt)

94186339_2621151678156594_2608852492384993280_o.jpgInterview :

Malgré les textes chocs, je trouve La Pièta discètement plus sereine, non ?

Tu as raison. La Pièta est un projet qui a commencé il y a cinq ans. Je voulais raconter l’histoire d’une fille qui s’en était pris plein la gueule. En l’occurrence, c’était un peu moi, mais pas seulement. Une chanson de La Pièta n’est jamais autobiographique, mais une dérive de ce que j’ai pu vivre. Au départ, je voulais que cette histoire racontée dans un roman et en chansons dure trois ans parce que j’estimais que c’était suffisant pour évoquer juste une période de vie.

Et pourtant, elle est toujours là!

Aujourd’hui, j’essaie de m’amuser de cette Pièta qui change et qui se nourrit maintenant de Virginie, c’est-à-dire la fille qu’il y avait derrière le masque. Je tente de trouver un juste équilibre entre ce personnage qui était très sombre et ce que j’ai envie de lui apporter comme lumière désormais.

Clip de "Y en a", entièrement tourné à l'Iphone, à Rome, en Février 2020, extrait de l'album La moyenne.

Le masque, tu l’as complètement ôté ?

Oui, mais apparemment, je vais être obligée de le remettre (rires). (Note de Mandor : humour qui m’avait échappé sur l’obligation du port du masque pour sortir lors du confinement.) En vrai, je l’avais complètement retiré dans l’optique de dire que je me libère de cette histoire, de ce personnage sombre. La Pièta continue à exister, mais commence à se muter avec d’autres facettes de ma personnalité.

La première chanson de l’album est « La moyenne ». On l’a connaissait puisqu’elle était déjà sur le premier EP. Là, tu clames ton texte sans musique…

94504916_2624465864491842_8399640929169833984_o.jpg« La moyenne » est le titre phare de La Pièta. C’est le premier que j’ai sorti en disque et le premier texte que j’ai écrit dans mon roman. Pour le remettre dans l’album, nous nous sommes rendu compte que c’était compliqué de créer une nouvelle version musicale. La première avait été faite à l’arrache et c’est certainement cela qui lui avait donné une telle densité et personnalité… avec un son presque punk. Elle était très viscérale et pas léchée, du coup, quand on a essayé d’en faire une version plus propre, plus modernisée, c’était moins bien. Et remettre la même version n’avait aucun intérêt parce que la plupart des gens qui aiment mon travail l’avaient déjà. On a opté pour un a capella, ce qui a permis de mettre plus en avant le texte pur.

Es-tu de la génération qui ne croit plus en rien ?

Non. Moi Virginie Nourry, la personne qui est derrière La Piéta, t’affirme que ce n’est pas ce que je pense de la vie. Heureusement que je ne suis pas aussi désespérée qu’elle a pu l’être. J’avais besoin d’exprimer cette part sombre pour que ma part vivante et lumineuse puisse exister. Ma manière de mettre de la lumière dans tout ça et de sublimer la douleur, c’était d’en faire quelque chose d’artistique.

Clip de "J'revendique", tiré de l'album La moyenne.

En terme de texte, je trouve que celui de « J'revendique » est celui qui résume le plus la pensée de La Pièta. Et musicalement, c’est un titre plus pop et dansant que tout ce que tu as fait jusqu’à présent avec ce personnage.

C’est une chanson que je n’ai pas composé. J’ai travaillé sur cet album avec un ami, Anthony Bellevrat. J’aimais bien quelques compositions à lui qu’il n’utilisait pas, j’ai choisi celle-ci. Je me suis bien amusée à poser des textes sur une musique qui n’est pas de moi. Plus ça va, plus je vais aller vers ça. Me libérer de la partie musicale me permet de me concentrer sur les textes. Je trouve que j’ai mes limites musicalement et travailler avec des gens qui sont meilleurs que moi dans leur instrument et leur technique musicale, ça me permet de m’ouvrir vers d’autres choses.

C’est quoi ta plus forte revendication ?

Être libre… et être totalement libre d’être qui on est.

Clip de "Tapez", extrait de l'album La Moyenne.

Dans « Tapez », qui est une chanson sur la déshumanisation de notre système, on a l’impression que c’est aussi un appel à la violence.

Non, pour moi, cette chanson, c’est comme quand on regarde le film « Joker ». Le réalisateur n’est pas en train de dire qu’il faut faire comme Joker, c’est à dire, tout faire péter. Il dresse juste le tableau d’une société dans laquelle un homme est exclu et qui a des problèmes psychiatrique. La colère peut susciter des drames. Pour « Tapez », c’est la même chose. Elle raconte l’histoire de quelqu’un qui vit un deuil. Au moment d’aller enterrer cette personne, mon héroïne se retrouve confrontée à des gens et un environnement déshumanisé qui va lui faire péter les plombs. Ce n’est pas un appel à la violence, c’est un appel à faire gaffe. Si le système continue à ne plus prendre en compte nos émotions et nos sentiments, ça peut mal finir… 

Dans « Jusqu’ici tout va bien », tu dis « si la rage est un moteur, je risque d’aller loin ». Chez toi, la rage a toujours été un moteur ?

Oui, mais pas uniquement. C’est un mélange de rage et d’amour. Et pour être plus précise,  mon moteur principal, c’est quand même l’amour.

Clip de "7 mois", tiré de l'album La moyenne.

« Sept mois » et « Arrêtez tout » sont des histoires d’amours blessés et de ruptures.la-pieta-pic-dor-session-©-cedrick-Not-preselection-007.jpg

Cet album a été entièrement conçu et enregistré après une rupture amoureuse douloureuse. Il ne parle pas uniquement de ça, mais il en parle pas mal. En tant que fille passionnée, quand je vis une rupture, j’ai l’impression que le monde s’écroule. C’est vrai à ce moment-là, mais plus tard, j’arrive ensuite à le reconstruire.

Dans « Pas désolé », tu emploies la première personne du masculin.

C’est la première fois que je fais ça. Comme ça parle d’un pote homosexuel qui raconte son histoire, je me suis mise dans sa peau. De manière plus générale, c’est aussi une façon d’expliquer que dans mes chansons, quand je dis « je », ça ne veut pas dire obligatoirement que c’est moi.

Dans « Le mal du siècle », tu racontes la dépression.

Là encore, ça ne parle pas uniquement de moi. Il y a aussi un peu un ex qui était sur une mauvaise pente et mon père qui était un grand dépressif. Ca me paraissait une évidence d’appeler cette chanson comme ça, parce que j’estime que la dépression est le mal du siècle en occident. C’est un mal qui gangrène et qui est compliqué parce qu’il n’est pas tangible et très mal perçu. Quand on se casse un pied, on va directement se faire soigner, mais aller à l’hôpital psychiatrique pour soigner son mal intérieur, c’est encore très mal vu, alors souvent, on ne le fait pas.

"Ma guerre est finie" en version piano-voix. Arrangements et Piano : Anthony Bellevrat. Réalisation Vidéo : Cédrick Nöt au théâtre de Tarbes le 25 mai 2019.

La chanson qui clôt ton album s’intitule « Ma guerre est finie ». Si ta guerre est finie, de quoi va parler La Pièta ?

Il y a plein d’autres guerres… Mais c’est une manière de dire que cette douloureuse période de vie est close. Cet album est à la fois la conclusion de la période précédente et le cheminement vers la suite. J’apprends à canaliser la colère… je te le répète, je me laisse le droit de faire des choses plus lumineuses et plus joyeuses.

Comment vis-tu ce confinement ?

Bien et mal. Je suis une grande solitaire, donc ça ne me dérange pas d’être seule. Mes passions sont d’écrire, chanter, composer, peindre… je fais un peu tout ça. Mais pour moi, le confinement, c’est aussi une vraie question philosophique sur la vie et sur la mort… et sur la liberté aussi. Jusqu’où on est prêt à aller par peur de mourir ? Le confinement met aussi en exergue les inégalités sociales. Il y a les gens qui sont enfermés à plusieurs dans des petits appartements et d’autres qui sont dans de grandes maisons avec de grands jardins et des espaces libres. C’est surtout ça que je trouve insupportable. Et puis, naïvement, j’aurais aussi espéré que ce drame mondial nous rapprocherait tous. Je pensais que la bienveillance et la solidarité allait dominer. J’ai constaté sur les réseaux sociaux que c’est le contraire qui est arrivé. La haine, la malveillance, la dénonciation du voisin qui sort trop souvent… J’ai du mal à vivre cette agressivité latente.

Bonus : Un live électrique de 35 minutes enregistré en avril 2020 en plein confinement.

27 avril 2020

Raoul Petite : interview de Carton pour Ni vieux ni maître

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

(Photos : Mathieu Esterni)

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandorRaoul Petite est le doyen des groupes rocks français en activité. Plus de 1000 concerts en France mais aussi en Italie, Espagne, Canada, Hongrie, Suisse, Tunisie, Belgique. On a pu les voir 3 fois à l’Olympia archi-complet, au Casino de Paris, au Bataclan, à l’Elysée Montmartre, aux Eurockéennes, aux Francofolies, sans oublier la Fête de l’Huma et la Fiesta des Suds.

Voici enfin leur 8e album studio, Ni vieux ni maître, trois ans après l’EP 5 titres, Soyons légers ! 

La semaine dernière, j’ai appelé, le Roi Carton, son Altesse Raoul 1er (en vrai, le chanteur du groupe, Christian Picard), en plein confinement chez lui... comme tout le monde.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

(Photo : Fred Fouchet)

Argumentaire de presse :raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

"Ni vieux ni Maitre". Comme une ode à la jeunesse éternelle, le titre du nouvel album des Raoul Petite rend hommage à leurs 40 ans d'existence. La bande et son kultissime chanteur Christian "Carton" Picard nous offrent 14 titres où s'expriment toutes leurs influences musicales et leurs vécus sans aucune restriction ni autocensure.

C'est un album organique, entièrement fait main, sans loop ni entourloupe, avec guitares et voix comme armes de création massive.

Un opus que l'on qualifiera de « rock » sans retenue, aux textes parfois sombres mais au regard léger, insouciant et pourtant acéré d'un photographe du temps présent.

Ce grand tout s'est bâti avec la force des vieilles âmes, dans les excès, les rires, les larmes, les joies, les doutes, les clashs mais …pour au final renaître d'une mue régénératrice.

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

(Photo : Jan Dyver)

Les chansons :

Pour appréhender cet album sans préjugé, on ne citera que quelques titres : "Amours kamikazes" à l'aura gainsbourienne, porté par des voix et guitares sensuelles et épurées, nous parle de toutes ces addictions qui tentent de combler nos déchirures. "Encore et toujours" directement inspiré du film "O'Brother" des frères Cohen. Bien sûr, des questions existentielles viennent comme tout un chacun chahuter leur quotidien : "Va savoir" de quoi demain sera fait… Mais leur énergie contagieuse refait vite surface à grand renfort de riffs et de rythmiques généreuses et groovy comme sur  "Ça fait mal", "Léger et insouciant", "Gourou" ou "Chargez, chargez " qui mettent en lumière les ombres de notre société de solitude égocentrée. On y retrouve aussi avec plaisir leur dérision dance & funky en collaboration avec le DJ suédois Läbbat pour " King of the néant" où malgré le vide infini qui l'entoure, ce DJ arrive sans difficulté à nous faire rejoindre le dance floor. De toutes ces influences il ne faudra pas oublier l'enfance, pilier créatif de chaque artiste que l'on retrouve dans "Houlegate", une valse de souvenirs de vacances ou dans "Comme tes parents" vision humoristique stylée "Pixies" du combat des générations, éructé par le duo vocal Kty conasse Raoul Petite dont le refrain n'est qu'un cri.

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

(Photo : Gilles Marmonier)

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandorInterview :

40 ans de carrière, c’est énorme !

Oui, mais n’avons pas toujours été en activité, même si  le groupe a toujours existé. Quand tu fais un album, tu as des concerts pendant deux ans, ensuite tu fais un break pour recharger les batteries, puis faire de nouvelles chansons. Ensuite, tu répètes pour un autre album et tu repars en tournée après.

Tu n’es pas le fondateur du groupe.

Non, il a été créé par Frédéric Tillard en 1979 à Apt, dans le Lubéron. Au départ, il n’y avait pas de chanteur. J’étais hébergé dans une maison où il y avait une grange dans laquelle le groupe, qui ne s’appelait pas encore Raoul Petite, répétait. Du coup, je faisais souvent des bœufs avec eux. Un jour, Frédéric m’a dit qu’il aimerait bien que je rejoigne le groupe. J’ai fait une audition, mais j’étais le seul à auditionner. J’ai donc été choisi (rires).

Session Live tournée par l'équipe Natura'Live à l'Akwaba (84). "Gourou" extrait de l'album Ni vieux ni maître.

Le personnage du roi Carton que tu incarnes, il est tout de suite venu ?

Oui. On est parti directement dans la dérision. A l’époque, je faisais beaucoup de théâtre et j’aimais beaucoup l’humour. Du coup, on écrivait les chansons autour du personnage de Carton.

Au bout de 40 ans, tu ne te lasses pas de lui ?

J’adore me déguiser depuis tout petit et je continue à adorer. Dans Raoul Petite, il n’y a pas le chanteur devant, les musiciens et les choristes derrière. Nous on joue et on s’amuse tous ensemble. Il y a toujours des interactions entre nous et avec le public.

Finalement, tu as passé ta vie à jouer au sens propre du terme et au sens du musicien.

C’est ça. Je joue tout le temps, je suis un éternel gamin. Ma copine me le dit souvent : « tu es encore un môme, ce n’est pas possible ! »

Clip de "Amours kamikazes", extrait de l'album Ni vieux ni maîtres.

Tu as écrit deux morceaux, « Houlgatte » et « Amours kamikazes », ainsi que le refrain en anglais de « Ça fait mal ». Les autres titres sont écrits et composés par d'autres membres de Raoul Petite. Comment fait-on pour garder une certaine cohésion ?

Dans le groupe, nous avons un chef d’orchestre, Markus. Il compose et écrit pas mal de textes, mais surtout, c’est lui qui s’occupe des interactions entre musiciens, d’autant qu’il y en a des nouveaux. Nous sommes une dizaine, mais nous essayons de répéter souvent.

Comment faites-vous pour créer une chanson à dix ?

Quelqu’un amène une chanson nue et chacun apporte ses idées pour l’habiller. J’adore ces moments où on construit la chanson en répétition. On se retrouve entre potes pendant trois jours ou plus, cela dans une bonne ambiance. Quand on décide de monter un nouveau spectacle, on rentre en résidence… là aussi, on adore ça.

Pour se renouveler et impulser une nouvelle énergie, il faut parfois renouveler des musiciens ?

Il y en a qui restent dix ans et qui décident de jouer ailleurs à un moment. C’est souvent le cas des cuivres qui peuvent facilement aller dans d’autres groupes. Appartenir à Raoul Petite, c’est quand même une contrainte. Il faut être avec nous en exclusivité et très disponible.

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

(Photo : Fred Fouché)

Tu t’étonnes que Raoul Petite existe encore 40 ans plus tard ?

Franchement oui. On a fait un break de deux ans en 1988 et, à ce moment-là, je me suis dit que c’était foutu. Mais on a retrouvé des musiciens et nous sommes finalement repartis sur les routes. Et que ça continue aujourd’hui me laisse sur le cul.

Ça représente quoi en 2020 de sortir un album ?

Là, c’est un peu spécial parce que nous sommes en plein confinement. Ce n’est pas l’idéal pour une sortie. On fait très peu de promo, à part comme on le fait là, par téléphone. On avait plein de dates en juillet et en août, pas mal de festivals en perspective… et tout est annulé. Je m’inquiète un peu. Quand pourrons-nous de nouveau jouer devant 1000 personnes ? On ne pourra plus slamer dans la foule, toucher des gens ? Nous, on est dans le contact permanent. Ça va être long et j’ai peur.

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

(Photo : Fred Fouché)

Il y a des chansons aux textes sombres dans cet album.

C’est vrai, mais on essaie quand même de trouver l’angle de la dérision pour ne pas nous enfoncer dans le pathos. Avec les temps que nous traversons, inconsciemment, on a peut-être fait un album plus noir que d’habitude.

Vous touchez à toutes sortes de musiques dans ce disque.

Notamment du rock, du reggae et même une valse. On fait en sorte que les musiciens ne s’ennuient pas en jouant. Et normalement, quand les musiciens ne s’ennuient pas, le public non plus.

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

(Photo : Fred Fouché)

Le public de Raoul Petite est extrêmement fidèle. Il suit depuis le début… et il y a désormais trois générations qui viennent vous voir sur scène.

Oui, et ça nous fait très plaisir. On a les parents, les enfants et même les petits-enfants. C’est très touchant.

C’est quoi Les Petites Raoul ?

C’est Raoul Petite en  moins nombreux. Nous sommes six au lieu de dix. Ça nous permet de jouer devant peu de personnes. C’est moins onéreux pour les associations. On fait ça aussi pour les comités de soutien. En ce moment, nous songeons à faire un album acoustique sous cette formule.

Quand il n’y a plus de concerts, que fais-tu ?

Je fais le maçon. J’abandonne le micro et je remets la main à la truelle. Je suis à mon compte, alors je peux m’arrêter quand les concerts reprennent.

Version acoustico-confinée d'"Houlgate", extrait de l'album Ni Vieux Ni Maître.

Le confinement que nous vivons en ce moment, sera-t-il source d’inspiration ?

Je pense, mais je ne peux pas parler à la place des autres

Vous avez des projets avec Raoul Petite sous confinement ?

On monte des morceaux acoustiques pour les balancer sur le net et prouver qu’on est encore là. On en a déjà fait un, "Dès qu'le virus se barre".

Pourquoi l’album s’intitule Ni vieux ni maitre ?

Confucius disait : « L’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le chemin parcouru ».  Je n’ai rien à ajouter.

raoul petite,carton,ni vieux ni maître,interview mandor

10 avril 2020

Julien Belliard : interview pour Le mirage de Zo

zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandor

zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandor« 10 chansons comme 10 ballades, un album sur l'errance au hasard d'un voyage imaginaire qui j'espère vous emmènera en chemin en ces temps d'immobilité physique. » C’est ainsi que Julien Belliard présente sur sa page Facebook son album Le mirage de Zo.

ZO, clin d’œil à son pseudonyme du début de sa carrière. En 2007, ZO et les dents de scie signaient l’album Sous mon pébroque, puis en 2015, ZO, cette fois-ci seul, nous proposait Les Paradis Ordinaires

Le mirage de Zo, dix titres pop et entraînants dans lesquels Julien Belliard brouille les frontières entre chanson française et indie folk.

Toujours sous confinement, j’ai appelé en  début de semaine ce sympathique artiste pour évoquer cet album, véritable épopée mystique et resplendissante.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Le mirage de ZO.

Biographie officielle (par HUMANOSCOPE) :zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandor

Après deux albums signés sous le patronyme de ZO, Julien Belliard dévoile un troisième opus écrit cette fois en son nom. Les voiles sont levées. Le mirage de ZO nous embarque dans un monde ambulant entre le réel à l’état brut et la poésie du rêve. Les grands espaces pris en filature, des parenthèses zoomées au fil du voyage. Une échappée belle. 

Julien se décrit dans le train des envies du moment. Profondément inspiré par la liberté de mouvement. Ce mouvement si familier dans ses chansons. De l’une à l’autre, on traverse des espaces où les émotions se rencontrent. La liberté de la plaine, l’aridité des montagnes.

Le Mirage de ZO est un album traversé par le mouvement. C’est un album de frontières, de passage, où les villes et les espaces s’entrelacent pour nous mettre en chemin. Dans ces chansons on y trouve autant d’images que d’itinéraires inspirées du réel ou de l’imaginaire. Rêveries, déambulations, errance, le but n’est pas une fin en soi. L’essentiel tient dans un état mobile, le long d’une écriture qui se déroule comme un long travelling musical. Le lien et les chemins, autant d’allusions représentées dans le visuel de l’album, où cette tige de fleur forme comme des lacets de routes avec au bout un chardon.es, le vent dans les éoliennes, l’agitation de la ville, puis ce calme à l’infini. On erre sans but mais toujours vers un ailleurs, entre songe et réalité. 

zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandorL’album (par HUMANOSCOPE) :

Julien Belliard cavale à son rythme, réfléchi et emballé. La vie est une grande ballade et il la met en musique. Son album raconte ce défilé de paysages, d’ambiances sonores, le tout en parfum d’aventure. Un road-movie sans terminus. Où l’on croise des accords sixties aux nineties, sortis droit de son eldorado puis l’amour en ville, aperçu par la fenêtre des souvenirs.

Chacun de ses titres pourrait être un petit bout du scénario de son album. Autodidacte, il conçoit la musique en artisan. Une fabrique où il mêle les sons et les mots « à la mano ». Il sourit d’entendre parfois sur ses maquettes les bruits de la maison de famille. Son studio est ouvert sur le salon. La musique forme une fratrie. La même depuis des décennies. S’il écrit et compose en solitaire, Julien s’entoure pour mixer, arranger, illustrer les sons en images et laisser les amis, nourrir son projet de leur créativité. Sur cet opus, Yann Arnaud (La Maison Tellier, Olivier Marguerit, Sammy Decoster) tient les manettes du mixage et Dino Trifunovic (compagnon de route d’Alister) s’attelle à la coréalisation. Pour Julien, l’amitié musicale, c’est aussi ensemble arpenter les salles de concert et parler musique à travers les âges, chiner des vinyles... 

L’artiste aime ajuster les mots, ouvrir le champ des libertés. Et dans le flou du Mirage ou de la Brume, créer la musique d’un film. Alors on laisse son esprit vagabonder et la magie opère.

zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandor

(Photo : Alexis Barbera)

Interview :

Pourquoi as-tu placé ton ancien pseudo dans le titre de ton album ?

Il y a évidemment un aspect symbolique. Même dans les albums de ZO, je signais mes chansons de mon vrai nom. Là, j’ai décidé de remettre Julien Belliard en premier. J’ai l’impression de boucler une boucle en évoquant ZO dans le titre.

Tu te cachais derrière le personnage ZO ?

C’est possible, mais c’était de l’ordre de l’inconscient.

Ce nouvel album sur l’errance se réfère-t-il uniquement au livre de Raymond Depardon, Errance

Non, mais c’est vrai qu’en tombant sur ce livre magnifique, ça m’a conforté dans l’idée d’écrire sur ce thème-là. Je suis très sensible à la figure de style du road show. Des films comme Stranger Than Paradise de Jim Jarmush et Paris, Texas de Wim Wenders ont toujours été présents dans mes inspirations. J’essaie aussi de faire en sorte que mes chansons aient un esthétisme à la Twin Peaks de David Lynch, une série qui a mille portes d’entrées.

C’est exactement ce que j’ai ressenti en écoutant tes nouvelles chansons. Je m’y suis perdu souvent.

La définition du  mot « errance » est intéressante puisqu’il s’agit d’errer sans but et sans fin. Ça me donne une sensation de liberté forte dans la création. Mes chansons sont libres de lieux de vie.

Clip de "Cette fenêtre", réalisée par Adrien Heinz / Danseuse : Alice Kinh.

Quand tu écris, tu es dans quelle condition psychologique ?

Je joue entre concentration et déconcentration. C’est très étrange. Je commence à travailler un morceau, puis je fais totalement autre chose la minute d’après. Le quart d’heure suivant, je reviens sur le morceau. J’ai procédé ainsi pour ce disque en tout cas.

Il y a 10 chansons dans ton album. A l’ancienne quoi !

C’est un exercice de style que je m’impose. J’essaie d’avoir une thématique, de la travailler, de trouver quelles directions prendre… ça se fait de moins en moins aujourd’hui. On marche plus à coup de singles ou d’EPs. Pour ma part, je veux produire des disques où il faut faire l’effort d’écouter du premier au dernier morceau. J’aime qu’on écoute un disque comme un lit un livre. Parfois, on accroche peut-être moins, mais on fait l’effort d’aller jusqu’au bout. Quand on sort d’un format long, je trouve que le ressenti émotionnel marque plus.

Clip de "Le mirage", réalisé par Adrien Heinz / 2019.

Il y a déjà trois clips de tes nouvelles chansons, "Le mirage", "Cette fenêtre" et "L'autre hémisphère".

Sur ce disque, j’ai pris beaucoup de plaisir à mettre en images mes morceaux. Mon écriture est de plus en plus inspirée par des mouvements cinématographiques.

Te sens-tu appartenir à une famille musicale française ?

Pas vraiment. J’ai écouté des choses assez diverses, mais je n’ai pas l’impression d’avoir une famille type qui ressort de musique chantée en français. J’ai du mal à me projeter dans une famille très poésie, ou très folk, ou très pop, ou très rock, ou très chanson…

Personne ne trouve grâce à tes yeux en France ?

Je n’ai pas dit ça! Il y a beaucoup de gens que j’aime. Dominique A, Mano Solo et Gainsbourg, par exemple. Dans un registre plus rock, j’ai toujours été touché par l’écriture de Romain Humeau. J’aime aussi beaucoup les premiers albums de Franck Monnet, La  Maison Tellier et Ludéal. Tu vois, le spectre de mes goûts est large. Il y a un lien entre tous ces artistes, c’est qu’il y a une recherche de poésie dans l’écriture.

Clip de "L'autre hémisphère", réalisé par Adrien Heinz. Comédienne : Maika Louakairim. Comédien : Augustin Passard.

Je sais que tu aimes beaucoup les livres de poésie.

J’ai beaucoup lu Arthur Rimbaud, Tristan Corbière, le Comte de Lautréamont, Charles Cros, Jacques Prévert... Quelque part, il a dû m’en rester quelque chose. En cette période de confinement, ça m’a traversé l’esprit d’écrire des poèmes sans musique.

Parlons de ta pochette très originale.

On y a voit un chardon avec une longue tige qui s’entrelace. J’avais envie d’une interprétation de la thématique de l’album, mais vu par quelqu’un d’autre. J’ai rencontré Valentin Abad du studio de création Akatre et, du coup, c’est ce studio qui m’a fait quelques propositions. Celle-ci m’a beaucoup plu parce que c’est une œuvre en soi et elle passera le temps.

08 avril 2020

Tom Poisson : interview pour Se passer des visages

tom poisson, se passer des visages, interview, mandor

(Photos : Ayumi Moore Aoki)

tom poisson, se passer des visages, interview, mandorTom Poisson a peaufiné ses 10 nouvelles chansons en tournée pendant près de deux ans avant de nous les offrir sur son nouvel album Se passer des visages. 10 petits bijoux "chanson pop" finement ciselés. Je le suis depuis le début de sa carrière (quelques mandorisations, seul ou avec Les Fouteurs de joies) et force est de constater qu’il est comme le bon vin. Il vieillit bien avec le temps. Assurément, le cru 2020 est sa meilleure cuvée.

Confinement oblige, nous avons réalisé cette interview par téléphone en fin de semaine dernière.

 

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter le disque Se passer des visages.

Ce qu'en dit Sylvain  Siclier dans Le Monde du 5 avril 2020: 

tom poisson,se passer des visages,interview,mandor

Argumentaire de presse officiel, par Arnaud de Vaubicourt (mais légèrement écourté) :

Se Passer des Visages pourrait bien être l'album qui, paradoxalement, impose le faciès de Tom Poisson comme indispensable en 2020. Plus de quinze ans après le début de sa carrière, ce nouvel opus est en effet un recueil de chansons qu'il distille à visage découvert. Non pas que Tom Poisson ait nagé en eaux troubles jusqu'alors, mais ces titres éclairent la personnalité de l’artiste d'un halo assez nouveau. Les thèmes abordés ici, la violence conjugale (« Trois Bleus de Plus »), le drame des migrants (« Se Passer des Visages ») ou l'émancipation face à nos propres démons (« Ma Peur ») forment l'architecture de ces chansons, qu'il déploie sur des airs parfois légers, sautillants, où la mélodie semble alléger la profondeur des textes.

Des teintes sombres s'y profilent alors. Et comme il n'y a pas d'ombre sans lumière, le chanteur y imprime aussi une sensibilité galvanisante. Celui qui "faisait des chansons" en 2004 les vit dorénavant. Il les habite pleinement. C'est à ce titre que ce nouveau disque saute tout de suite aux oreilles comme un album intimiste dans lequel on se sent immédiatement inclus, invité, pris par la main. Dévoiler une peau neuve implique de se confronter à la réalité. Alors, lorsqu'il ne chahute pas avec son groupe Les Fouteurs de Joie, Tom Poisson se présente en live dans une formule plus intimiste, aux côtés de Paul Roman, dans un spectacle baptisé 2+1* - 2 hommes & 1 micro.

En filigrane de l'album, les mélodies, les guitares, arborent une simplicité, une épure qui séduit d'emblée. Les arrangements laissent alors la part belle aux motifs plus complexes, agencés par Tom Poisson et ses acolytes Alexandre Léauthaud et Fred Pallem. Ce travail d'orfèvre ouvre aussi la voie à des gimmicks synthétiques (14 ans plus tard) qui servent la rythmique avec entêtement. Au final, si se passer des visages est une option, et parfois une nécessité, se passer de ces dix chansons de Tom Poisson devient difficile dès la première écoute.

tom poisson, se passer des visages, interview, mandor

(Photo : Ayumi Moore Aoki)

tom poisson,se passer des visages,interview,mandorInterview :

Ton premier album est sorti en 2004. Tu as donc 16 ans de carrière en solo, avec Les fouteurs de joie et tes projets « jeune public ». Tu es en permanence dans l’action.

J’ai toujours les mains dans le moteur parce que je n’ai jamais connu une autre manière d’envisager mon métier. Je n’ai jamais été signé par une grosse maison de disque qui m’a pris en main en me facilitant la tâche. Tant mieux parce que c’est ma petite entreprise. Elle me permet de varier les plaisirs. Je n’aurais pas pu me contenter de la casquette de chanteur et vivre ainsi : faire un album, une tournée, refaire un album, refaire une tournée… J’aurais vite tourné en rond. J’essaie de trouver des formes différentes pour continuer à m’amuser de l’intérieur. Mes projets ont la chance de fonctionner à une échelle qui me convient. Même si je ne suis pas dans les grands médias, j’ai la chance d’être toujours sur la route... et c’est déjà précieux.

Tu prends juste du plaisir avec ces matières que sont la musique et la chanson.

C’est exactement ça. Ça fait du bien d’avoir des projets différents et des implications différentes dans chaque projet. Ça te donne de l’air frais et ça t’évite de trop te regarder le nombril. Je fais ce métier avant tout pour trouver du partage. L’existence est tellement courte que le partage est mon moteur.

Clip de "De loin", réalisé par François Berdeaux.

Alexandre Léauthaud, autre Fouteur de joie, et Fred Pallem t’ont aidé pour les arrangements.

J’ai écrit toutes les chansons et j’ai impulsé toute cette énergie totale acoustique. Fred et Alexandre, qui sont comme deux frangins, ont arrangé certaines chansons. Alexandre a été musicien, arrangeur et surtout réalisateur de l’album puisqu’il a fait les prises de son et le mixage. Fred a passé une dizaine de jours avec nous et a pris à son compte les chansons les plus orchestrées.

Tu as testé tes nouvelles chansons lors de ton spectacle 2+1 avec  Paul Romain.

Je voulais trouver une dynamique scénique à ce projet. En les portants sur scène, ça m’a permis de les patiner et de les affiner.

En tout il y a avait 16 titres et tu n’en a gardé que 10.

Dans le propos et dans la forme, il ne fallait pas que ce soit redondant.  Du coup, je pense que ça ne l’est pas et je trouve qu’il y a une cohérence entre toutes les chansons.

Clip de "Trois bleus de plus", réalisé par Fernando De Azevedo.

Tes chansons sont fines et loin d’être lisses.

J’essaie de les rendre pertinentes et percutantes en fonction de l’angle de tir. Il y a une chanson sur une rupture, une sur le temps qui passe, une sur les migrants, une sur les violences conjugales. Le sujet abordé n’a d’intérêt qu’à partir où on choisit le bon angle pour raconter.

Tu ne parles plus beaucoup de toi dans ce disque.

Raconter ma vie ne m’intéresse pas, beaucoup moins qu’avant en tout cas. Je ne décide pas vraiment des thèmes qui vont se dessiner dans mes chansons. Au début, je trouve un gimmick, un mot qui amène une phrase qui amène un thème. Ma façon d’écrire est un peu impressionniste et intuitive.

"Les gifles",version à la maison pendant le confinement. 

Ton écriture a changé. Elle est devenue plus poétique.

Le musicien aussi a changé et le chanteur également. Certains artistes ont une immédiateté à 25 ans. Dans mon cas, c’est comme un puzzle, assez long à faire mais qui vaut sûrement le coup de voir terminé. La vie, les épreuves, le travail nous font grandir, cela se ressent forcément dans ce que l’on peut produire. Et puis, j’aime donner aux choses le temps de voir le jour sans force volontarisme. Je suis lent dans un monde qui va vite. C’est comme suivre un long parcours sensuel jusqu’à sa propre voix/voie.

Du coup, tu as mis longtemps à te trouver en tant que chanteur ?

J’ai mis du temps à trouver mon identité vocale. Au début, je ne faisais pas ce métier pour devenir chanteur. Mon premier album, en 2004, s’appelait Tom Poisson fait des chansons pour bien signifier que c’était le côté artisanal qui m’intéressait. Je me disais que livrer des chansons comme Brassens le faisait suffisait. Pas dans mon cas. Je le répète, j’ai dû passer par un long cheminement pour trouver ma voix de chanteur.

"Ma peur", version à la maison pendant le confinement. 

Il y a deux duos : « Les fantômes » avec Laurence Jaillet et « La chanson » avec Clio.

Laurence Jaillet est une chanteuse en reconstruction musicale. Elle avait un projet il y a quelques années et elle a envie de revenir. C’est une très belle personne et une très bonne chanteuse, c’est pour ça que je suis allé la chercher. Quant à Clio, elle est top. Je suis impressionné par son deuxième album. Les gars qui l’ont réalisé ont été vraiment malins. Ca l’a modernisé sans la pervertir, le tout en rendant justice à sa plume.

Tu es content de cet album ?

C’est la première fois que je suis hautement satisfait d’un disque. Je le trouve dense. J’assume parfaitement la forme poétique utilisée qui, je l’espère, n’est pas hermétique. L’auteur, le compositeur et le chanteur que je suis se sont enfin rejoints.

tom poisson,se passer des visages,interview,mandor

(Photos : Ayumi Moore Aoki)

03 avril 2020

Bon Air : interview pour l'album Sauvage

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interview

(Photo : Boby)

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewDu duo Bon Air, c’est d’abord Gaëtane Abrial que je connaissais. Je me souvenais de ses prestations en 2007 à la Nouvelle Star (éliminée en demi-finale, se classant 3e après Tigane et Julien Doré, le futur gagnant de cette édition). L'année suivante, elle avait sorti un album aux accents pop-folk, Cheyenne Song, produit et composé par André Manoukian, l'un des jurés du télé-crochet. Joli succès d’estime, mais pas de récidive. En 2010, elle commence à se produire avec son compagnon, Guillaume Farré, sous le nom The Mellow. En 2015, le duo change de nom et choisit Bon Air. Voilà pour le rapide historique.

Passons au présent. Le 28 février dernier est sorti leur premier album, Sauvage réalisé par Talisco, mandorisé là). Un album pop/folk à la fois lumineux, dansant, souvent émouvant, aux mélodies d’une redoutable efficacité.

Le 11 mars dernier,  peu de temps avant le confinement, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale pour une première mandorisation.

Le site officiel.

La page Facebook officielle.

Pour écouter l'album Sauvage.

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewArgumentaire de presse (très raccourci) :

Il n’existe pas d’autres frontières que celles que l’on s’impose. Tel pourrait être le credo de Bon Air, un duo qui fait le grand écart entre son Sud-Ouest natal et sa Nouvelle-Zélande d’adoption. C’est chez eux, à Guéthary, qu’une partie de l’inspiration de ce nouvel album est née. L’autre source se trouve à 20 000 kilomètres de là, dans cette Nouvelle Zélande où débutait il y a huit ans l’aventure humaine et musicale de Gaëtane et Guillaume. Un territoire sauvage, si loin de chez eux et en même temps si proche de leur style de vie de nomade. Partir au bout du monde pour retourner à l’essentiel. Into the wild, autour et en soi.

Cet album est une fresque, un voyage émotionnel, avec textes en anglais bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewet en français, des jeux de textures et de tonalités, des modes majeurs, mineurs, calés sur les battements du cœur C’est au Manoir, en toute liberté, dans des conditions quasi live et épaulé par le sorcier des studios Talisco, que Bon Air a poli ses pépites pop-rock : On y retrouve leur univers indie-pop, épicé de déchirures électriques, de caresses électro, de chœurs qui claquent comme des tambours tribaux. Les guitares acoustiques posées en avant, mais pas que. À l’instar d’une fratrie comme Angus et Julia Stone ou d’un couple des seventies comme les vibrants Richard et Linda Thompson, Gaëtane et Guillaume ont, eux aussi, trouvé l’alchimie, cette symbiose entre deux personnes qui abolit les frontières. Quelles que soient les planches qu’il foule, Bon Air souffle chaud sur les productions pop-folk actuelles.

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interview

(Photo : Boby)

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewInterview :

Ça fait déjà 10 ans que vous chantez ensemble.

Gaëtane : Au début, nous nous sommes produits en Nouvelle-Zélande et on a été surpris de l’engouement des gens. On était là-bas surtout pour voyager, s’inspirer, mais on ne pensait pas jouer au point que cela devienne notre gagne-pain.

De retour en France, avant de monter le projet Bon Air,  il y a eu le duo The Mellow.

Guillaume : On a fait deux EP. L’un en 2012, Shelter, et le second, Seasons, en 2015. C’était un nom trop anglais, les gens ne comprenaient pas trop la signification.

Gaëtane : On a fini par se rendre compte que ce nom ne nous correspondait pas. On a donc choisi Bon Air. A Guétary, là où nous habitons, toutes les maisons ont un nom. Une s’appelle ainsi et on a trouvé que ça nous correspondait bien.

"De quoi j'ai l'air" en version acoustique.

Au début, vous chantiez en anglais. Cet album est en français, avec parfois de courts passages en anglais.

Gaëtane : Nous sommes rentrés de Nouvelle-Zélande il y a 9 ans. Nous nous sommes complètement réappropriés notre langue et notre culture française aujourd’hui... il était temps de le montrer.

Guillaume : Je t’avoue que, pour moi, chanter et écrire en français est une vraie découverte. C’est Gaëtane qui a commencé à écrire la première chanson en français, « De quoi j’ai l’air », qui est présente sur l’album. Je n’avais presque jamais chanté en français et ça m’a fait bizarre.

Oui parce qu’on ne chante pas de la même façon selon la langue.

Guillaume : En anglais, il y un léger marmonnement, alors qu’en français on articule beaucoup plus. Et puis j’ai l’accent du sud-ouest quand je parle, j’avais peur de faire trop Cabrel en chantant en français (rires).

Gaëtane : Textuellement, on a toujours autant fait attention aux textes en anglais qu’en français, mais il est clair que chanter en français à tout changé avec le public. Le retour des gens est plus intense, plus profond, depuis qu’ils comprennent les paroles.

"Aventurier", en version acoustique.

Vous vous êtes toujours sentis artistes ?

Gaëtane : Toujours. Pourtant, dans ma famille personne ne fait de la musique, même si elle en écoutait beaucoup. Depuis toute petite, je savais que j’allais faire de la musique. C’est très profondément ancré en moi, mais c’est impossible à expliquer.

Guillaume : Mes parents avaient beaucoup de 33 tours de musique américaine. Ma mère est suédoise. A 12 ans, j’avais une guitare et avec elle, je déchiffrais les paroles de Bob Dylan ou d’autres song writers. La musique était une passion. Quand j’ai commencé à voyager, elle m’a permis de partager et de faire beaucoup de rencontres. C’est un sacré lien social !

Avoir un premier album, c’est important pour vous ?

Gaëtane : Nous continuons notre chemin tranquillement. Ces dernières années, nous faisons presque 100 concerts par an, donc nous sommes déjà très contents de notre sort. Cet album est juste une continuité. Bon, j’avoue, le voir en vrai est émouvant. C’est quand même le symbole de deux ans de travail.

Vous avez créé Sauvage en  toute liberté.

Gaëtane : On ne peut pas travailler si on n’a pas une totale liberté. Nous avons été très impliqués dans toutes les étapes de la création de ce disque.

Clip officiel de "Sauvage". Réalisation / Photographie : Valentin Duciel. Co-réalisation : Gaëtane Abrial. Assistance photo : Maya Erba. Production exécutive : Konsu Agency (Wesley Wilquin).

C’est vous qui avez demandé à Talisco (Jérôme Amandi) d’amener sa pierre à votre édifice ?bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interview

Gaëtane : Oui. Quand on a écouté ses disques, on a su que c’était un son comme ça que nous voulions. On aimait l’âme et l’énergie que dégagent la musique de Talisco. Quand on a pris la décision d’amener nos chansons plus loin en sortant de notre binôme, il s’est imposé à nous. Un regard extérieur et faire évoluer notre musique étaient primordial. Nous l’avons contacté et ça a collé entre nous. On le remercie parce que c’est la première fois qu’il collabore avec quelqu’un.

Guillaume : Nous voulions des sons un peu tribaux qui nous permettent de danser en rond (rires). On a enregistré les chansons en deux fois une semaine dans une vieille maison avec un studio de 100 m2 de manière la plus live possible.

Gaëtane : Nous avons travaillé vraiment main dans la main. Chacun amenait ses idées et nous en discutions. Talisco, Guillaume et moi sommes trois pointilleux et exigeants, donc nous avons beaucoup  échangé, testé… c’était hyper intéressant. Talisco est quelqu’un de très franc et droit, beaucoup dans la communication, donc tout était clair et sain entre nous. C’est un vrai bonheur de faire un disque dans ces conditions musicales et humaines.

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interview

(Photo : Boby)

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewDans vos chansons, comment vous vous distribuez vos temps de chants respectifs ?

Gaëtane : On chante beaucoup à deux dans les refrains. Sinon, on fait de la musique ensemble depuis tellement longtemps que le partage des chants vient naturellement.

Vous écrivez et composez tous les deux ?

Guillaume : Oui, mais chacun de notre côté. Une fois que quelque chose nous plait, on le propose à l’autre qui peut très bien se permettre de corriger pour parfaire la chanson.

Quand est-ce que vous savez quand une chanson est bonne ?

Gaëtane : J’ai besoin d’être émue et même d’avoir les poils au moment où je fais la chanson. Au stade d’ébauche, il faut que je sois touchée, sinon, je laisse tomber.

Guillaume : Moi, ce n’est pas pareil. Je pars d’une idée ou d’une émotion.

Vos chansons pop sont solaires.

Gaëtane : S’il y a parfois un fond de mélancolie, nous faisons en sorte que nos chansons soient toutes lumineuses. Nous sommes comme ça dans la vraie vie. Bon Air, ce n’est pas un projet, c’est une partie de nous au quotidien. Nous sommes des épicuriens et j’espère que cela s’entend dans nos chansons.

En quoi cet album vous ressemble ?

Gaëtane : Il nous représente totalement car il correspond complètement à notre mode de vie. Notre préoccupation première n’est pas tant la musique que la volonté de vivre dans l‘instant, en fonçant tête baissée vers cette vie sauvage.

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interview

Le 11 mars 2020, après l'interview.

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interview

01 avril 2020

Acquin : interview pour l'album Bareback

Acquin-649bySelenaFontaineweb.jpg

(Photos : Selena Fontaine)

Acquin-619bySelenaFontaineweb.jpgAprès un premier EP en 2016, Choix Esthétiques, Acquin vient de sortir son premier album, Bareback. Neuf chansons poétiques, tourmentées et profondes réalisées par Frédéric Lo (mandorisé là) aux sonorités pop-rock et aux accents queer. Ce disque-là est mon coup de cœur de ces quatre premiers mois de 2020. Musicalement et textuellement, je me prosterne.

Le 6 mars dernier,  je lui ai donné rendez-vous dans un café de la Gare du Nord.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Bareback.

Interview très intéressante (et complémentaire de celle-ci) pour Idoles Mag.

Biographie officielle :Acquin-617bySelenaFontaineweb.jpg

Chanteur, pianiste, auteur-compositeur C'est d'abord par une formation classique que le petit Acquin, à l'âge de quatre ans, fait ses premiers pas au violon par la méthode Suzuki. Puis il rejoint le conservatoire Gabriel Fauré à Paris à l'âge de 8 ans où il poursuit ses études de solfège et d'instrument avec l'enseignement de Hratchia Haroutunian. Il se produit avec l'orchestre inter-conservatoire dans différentes salles parisiennes dont notamment la salle Gaveau où il accompagne l'altiste soliste Yuri Bashmet. Il poursuit ses études musicales au CNR de Lyon où il se perfectionne en harmonie. En parallèle de cet apprentissage de la musique classique, il s'initie en autodidacte aux rythmes pop/rock…

IMG_5917.JPGArgumentaire de presse :

Loin des chansonniers, Acquin (comme coquin, taquin, parisien, baldaquin, Saint Thomas d’Aquin ?) lorgne plus du côté post-punk eighties et rock du genre, à l’empreinte musicale forte, tourmentée et ciselée. Sous une parure aux élégances rock, il délivre ses chansons sombres et distantes. Leur écoute sera au choix clinique, esthétique ou ironique. C’est selon. A travers une esthétique narrative et distanciée, la trame générale de Bareback dépeint et savoure différentes expériences de vie, de violences, de méandres amoureux, venant occuper l’existence et pallier son inquiétante absurdité. Cet album, continuité d’un premier EP Les Choix Esthétiques, d’une expérience live, et de la rencontre avec Frédéric Lo, s’inscrit dans une filiation avec l’album Crèvecoeur de Daniel Darc.

Des textes sombres et élégants qui collent avec la douce pop proposée.” ROCK & FOLK

Bareback n'affirme rien et préfère au contraire suggérer dans un spoken word déroutant et un bel art du contrepoint. Un disque tendu, bipolaire et caractériel.” MAGIC

Il y a une filiation avec Daniel Darc tout en ayant une singularité et une pertinence dans l’écriture des compos. J’ai aussi trouvé un lien avec Mendelson, le label Lithium, Burger et Biolay. Les textes sont étranges, avec quelque chose d’hors format. On retrouve la culture du musicien classique qui se met à l’écriture de la chanson.FRÉDÉRIC LO

« Jouissives et inhabituelles chansons, en ces temps aseptisés, sachant chanter gaiement le désir et le sexe, les bars de nuits et l’oubli. » TELERAMA (3 clefs).

Acquin-601-bySelenaFontaineweb.jpg

(Photo : Selena Fontaine)

IMG_5898 (3).JPGInterview :

Est-ce ce que c’est ton parcours musical « classique » qui t’a permis de sortir des chemins balisés de la pop française ?

C’est dur de répondre à cette question. Il y a un côté « avoir su pour oublier ». Mes connaissances, je ne les utilise pas, mais je ne sais pas si c’est volontaire ou non. L’harmonie dans la musique classique n’a pas bougé depuis Bach,  nous sommes nombreux à tenter de faire évoluer les curseurs.

Avant ton projet Acquin, tu as joué dans des groupes ?

Oui, je faisais de la basse dans un groupe rock avec des potes. A l'époque, je ne chantais pas encore. J’ai mis du temps à m’autoriser à composer des morceaux et à écrire des textes.

Clip de "Gender bender", extrait de l'album Bareback.

Quand as-tu décidé de t’y mettre sérieusement ?

J’étais en colocation avec quelqu’un qui avait un piano, donc je m’y suis mis. Je composais des chansons. Disons que c’était de la chansonnette. Beaucoup de mes premières créations sont restées secrètes jusqu’au moment où une m’a plu, puis une deuxième, puis une troisième… bref, un gars à qui j’ai fait écouter ces chansons me fait connaitre Maxime Lunel qui avait le studio Mastoïd à Pantin. C’est là que j’ai fait mon premier EP, Choix Esthétiques. Avec ce disque, on a fait des petites scènes à Paris.

Comment as-tu contacté Frédéric Lo pour travailler avec lui pour ton premier album?

J’avais tellement aimé son travail sur l’album de Daniel Darc, Crèvecœur, que je rêvais qu’il accepte de réaliser mon album. Je l’ai contacté sur Facebook. Il n’a pas répondu la première fois. J’ai récidivé et il a fini par me demander de lui envoyer des maquettes. Il les a écoutés et les a aimés. A ce moment-là, on a décidé de se rencontrer.

Ça t’a fait quoi de te retrouver avec lui dans son studio ?

C’était émouvant. Etre là où avaient enregistré Daniel Darc et tant d’autres…

Live Session de "Bareback", tiré de l'album Bareback, au Studio Mastoid, à Pantin. Guitare : Olivier Legall. Basse : Stéphane Mugnier. Batterie : Thomas Chalindar.

Acquin-583-bySelenaFontaineweb (2).jpgComment as-tu découvert l’album Crèvecoeur ? (Après la mandorisation d'Acquin, en bonus, mon interview de Daniel Darc en 2004 à l'occasion de la sortie de cet album..)

C’est un pote qui me l’a fait découvrir en 2012 après lui avoir fait écouter des maquettes. Il y trouvait un rapprochement. Après, j’espère qu’il ne m’a trop influencé dans ce que je fais aujourd’hui… On ne se rend jamais bien compte comment on peut être influencé par les autres.

Mélodiquement, tes chansons sont d’une efficacité redoutable.

Merci. Pourtant, j’aime que mes chansons soit sur un fil un peu casse gueule : je cherche toujours la frontière infime entre le kitsch, le raté et le réussi.

Quand tu me parles, tu n’as pas la même voix que quand tu chantes et ta personnalité ne correspond pas à ce que je m’étais imaginé en écoutant tes chansons. C’est très troublant.

On me le dit souvent (rires). Mais je n’ai pas l’impression de mentir. Il y a un côté plus sombre dans mes chansons, alors que je ne suis pas un grand mélancolique dans la vie. Je montre une part noire de moi-même, mais que l’on pourrait éventuellement trouver drôle.

Live session de "Groupe", tiré de l'album Bareback, au Studio Mastoid à Pantin. Guitare: Olivier Legall. Basse: Stéphane Mugnier. Batterie: Thomas Chalindar.

Si je te dis que tu es le Bret Easton Ellis de la chanson ?

(Rires) Je comprends que tu me dises ça, mais je tiens a rassuré tout le monde, je ne découpe personne en morceaux, comme dans American Psycho. Je ne cherche pas le décalage entre mon physique et ce que je chante, mais tant mieux s’il existe. En tout cas, je ne vais pas me créer un personnage parce que je n’ai pas envie de faire faux.

Tu évoques des histoires d’amour un peu borderline et non genrées ?

Oui, et en même temps, je ne cherche pas à être trop explicatif. Quand ça commence à être trop précis, j’aime moins. J’écris comme on fait de la peinture. Quand je crée une chanson, je commence toujours par la musique. Très vite un mot arrive, puis un autre, et la chanson commence à prendre forme. Rien n’est organisé, c’est à l’instinct phonétique que tout démarre.

IMG_5900.jpg

Pendant l'interview...

Ce sont des histoires vraies ?

Beaucoup de ce que je raconte vient de situation vue, entendue, racontée et ensuite, j’ai un peu transformé pour universaliser les histoires. Mes chansons sur le désir ne sont pas dans le militantisme.

Tu es content de cet album ?

Ca dépend des jours. Heureusement que j’ai travaillé avec un réalisateur sinon, je n’aurais jamais terminé le disque. Je pourrais modifier des choses à l’infini. Je ne peux pas être entièrement satisfait de cet album, sinon, je ne pourrai rien faire après.

Et qu’en pense Frédéric Lo ?

C’est quelqu’un de très réservé. Il m’a fait penser à mon ancien prof de violon qui lorsqu’il disait que c’était bien, ça voulait dire que c’était bien. Frédéric m’a juste dit : « c’est un beau disque ».

IMG_5908.jpg

Après l'interview, le 6 mars 2020.

Bonus: En 2004, j'ai rencontré Daniel Darc à l'occasion de la sortie de son album Crèvecoeur  (dont il est question dans cette mandorisation) pour le magazine L'hebdo (l'hebdomadaire des magasins Virgin). Je n'avais jamais publié cette interview chez Mandor. L'occasion était belle...

885726_10151521039088674_1953317537_o.jpg

886884_10151521039913674_1363147110_o.jpg

30 mars 2020

Gemma : interview pour son second EP

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandor

(Photo : Léa Tartière)

Gemma est apparue en 2015 avec un premier EP,  Juste après. Remarquée par France Inter et une partie de la profession. Personnellement, j’étais un peu passé à côté, mais à l’écoute de ce deuxième EP éponyme, j'ai été conquis immédiatement. De la pop moderne avec de jolis textes, parfois un peu grinçants, ce n’est pas notre lot quotidien. Sa sensibilité m’a beaucoup parlé.

Nous nous sommes attablés dans un bar de la capitale le 25 février dernier pour une première mandorisation qui, je l’espère, ne sera pas la dernière.

Sa page Facebook officielle. 

Pour écouter l'EP.

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandorArgumentaire de presse :

Gemma aime la pluie, les longues soirées d’hiver, les rendez-vous ratés et les explications inutiles.
Gemma n’aime pas le vide, le bruit, les odeurs d’essence et le mépris.
Gemma aime donner du sens aux aléas, aux détails du quotidien, aux silences entre deux mots, et à la musique des songes.

Gemma a séduit Didier Varrod et Valli sur France Inter, a joué devant Benjamin Biolay et Gaëtan Roussel, Alex Beaupain et Jeanne Cherhal.

Entre la liberté et le carcan sociétal, entre le désir d’être entendue et l’envie de se taire, Gemma écrit, compose et interprète un nouvel EP réalisé par Olivier Lude (Vanessa Paradis, - M-, Catherine Ringer, Johnny Hallyday, Yodelice...), une collaboration née au fil de l’accompagnement fidèle de la Coopérative de Mai, la SMAC de Clermont-Ferrand.

L’EP :gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandor

En six titres étincelants et grinçants, habillés de musiques urbaines et de pop fragile, GEMMA parle du narcissisme maladif de notre société (« Les Autres », single partagé et co-écrit avec le chanteur et comédien Pierre Rochefort), de sentiments contrariés et d’amours inoubliables (« Jamais mieux que toi »), une touchante et désarmante légèreté de l’être traduite également en langue des signes, dans un spectacle pour personnes sourdes et malentendantes. 

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandor

(Photo : Léa Tartière)

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandorInterview :

Quel est ton cursus professionnel ?

J’ai eu une formation en violon et en piano au Conservatoire de musique jusqu’à l’âge de 16 ans. Ensuite, je me suis mise à la guitare et j’ai commencé à composer mes premières chansons vers 20 ans. Parallèlement, j’ai fait des études assez longues, ce qui fait que je ne me suis pas focalisée sur la musique. J’ai un DEUG en Lettres et en art du spectacle. J’ai aussi une maîtrise en science du langage et j’ai suivi les cours Florent. Enfin, j’ai passé un master de médiation culturelle à Clermont-Ferrand. Ça fait cinq ans que je suis devenue plus professionnelle dans le milieu de la musique grâce à un concours de France Inter qui m’a permis de me faire remarquer par des professionnels. Sinon, à côté de ça, je suis prof d’éducation socio-culturelle. Ça reste dans l’artistique.

Tes parents t’ont-ils éduqué musicalement ?

Dans ma famille, à part moi, personne ne fait de la musique. Le Conservatoire, c’est un choix personnel. Mes parents ne m’ont pas incité à le faire. A la maison, ils écoutaient beaucoup de variété comme Souchon ou Goldman. De moi-même, à l’adolescence, je suis allée vers Jacques Brel, Charles Aznavour et Barbara. J’étais aussi très rock, Bob Dylan, Nirvana, Gun’s N Roses… J’aime aussi beaucoup William Sheller, Stephan Eicher et Véronique Sanson. Bref, plus jeune, j’étais rock et chanson française.

"Jamais mieux que toi", tiré du deuxième EP de Gemma. Ceci n'est pas un clip, mais une séquence vidéo expérimentale. 

Je sais qu’aujourd’hui, textuellement, tes préférences vont vers le hip hop.

Les rappeurs sont très doués. Oxmo Puccino et Orelsan ont des textes qui font réfléchir. C’est très riche.

Ce  deuxième EP est extrêmement bien réalisé. Il a un son d’aujourd’hui que j’apprécie beaucoup.

A la base, j’écris en piano-voix, mes chansons sont donc très acoustiques. Pour ce disque, je voulais des arrangements en phase avec ce qu’il se fait aujourd’hui. C’est La Coopérative de mai à Clermont Ferrand qui m’a mis en lien avec Olivier Lude, un ingénieur du son qui  a travaillé avec des artistes majeurs français. Lui-même m’a mis en lien avec d’autres arrangeurs. A trois, ils ont fait les arrangements de mes chansons piano-voix. Si cet EP pop chanson française trouve son public, l’idée est que nous nous retrouvions tous plus tard pour faire un album.

En écoutant les textes, j’ai eu l’image d’une femme qui doute, qui vit des histoires d’amour qui ne sont pas très positives.

Tu as bien cerné le personnage. Dans la vie, je crois que l’on tourne tous autour du même thème. Mon thème de prédilection est la rupture, mais la rupture au sens large du terme. Autant la rupture amoureuse que la rupture avec la société. La rupture de l’être, en fait. Je précise que ce n’est pas lié au fait que j’ai raté mes histoires amoureuses, puisque je vis une histoire qui fonctionne très bien depuis des années. Après, c’est vrai que je suis fragile et que j’ai des doutes. Il n’y a que les cons qui ont des certitudes.

"Déconsidération" (chanson qui ne figure pas sur le 2e EP  de Gemma). Prestation filmée par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes (Studio 3).

C’est rare aujourd’hui, mais ton disque n’est pas foncièrement « féministe ».

Un peu quand même, mais involontairement. A partir du moment où on est une femme, il est évident qu’on est féministe. Parfois je parle des hommes dans mes chansons de manière pas très sympathique, mais j’ai conscience qu’ils ne sont pas tous des cons. Toutes les femmes ne sont pas parfaites non plus.

Tu as fait beaucoup de premières parties. Récemment avec Pomme devant 1500 personnes.

Je n’ai jamais fait un concert comme ça. C’est la première fois que je ressentais à ce point-là la force du public. 1500 personnes qui applaudissent, c’est indescriptible. C’est comme un tsunami. Ça réchauffe l’âme.

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandor

Sur la scène de Trois Baudets, le soir de l'interview, le 25 février 2020.

Tu aimes la scène ?

Oui, même si je suis à la base une fille de l’ombre. Ce que j’aime vraiment, c’est écrire et trouver la musique qui va avec. Pour moi, c’est un peu scientifique. C’est comme une équation que l’on est en train de résoudre et à la fin, on a le résultat de notre travail. Dans le cerveau, le solfège se trouve au même endroit que les mathématiques. Ce n’est pas un hasard.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pour savoir si mes textes peuvent toucher les gens. Si je vois que c’est le cas, je trouve que c’est utile de continuer à me produire sur scène et de faire des disques.

"Les autres" par Gemma et Pierre Rochefort (clip officiel, solidaire et confiné), tiré du 2e EP de Gemma. 

Sur scène, tu es à l’aise. Tu fais même rire le public.

A l’issue des concerts, il y a des personnes qui me disent que je devrais faire du one-woman-show. Comme je ne suis pas à l’aise d’avoir toute la lumière sur moi parce que je suis timide, je compense par l’humour.

Pourquoi te mets-tu en avant si tu es timide ?

L’être humain est ambivalent. C’est bien de l’admettre, ça peut nous aider. Moi, je suis au paroxysme de mon ambivalence. Je suis timide, j’ai le trac, je me demande pourquoi je fais ça, mais j’ai trouvé la réponse. J’aime ça.

Il y a des gens avec lesquels tu aimerais travailler ?

Albin de la Simone, Vincent Delerm ou Alex Beaupain… je les apprécie beaucoup.

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandor

Après l'interview, le 25 février 2020.

28 mars 2020

Sages Comme Des Sauvages : interview pour Luxe/Misère

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandor

Ava Carrère et Ismaël Colombani. (Photos : Claire Delfino)

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandorOn a connu le duo Sages comme des sauvages en 2015 avec un premier album qui se situait déjà entre univers tribaux et urbains, Largue la peau. Ava Carrère (chant, guitare, percussions) et Ismaël Colombani (chant, instruments à cordes), tous deux artistes non-conformistes, proposent des chansons folk sans frontières (calypso, rebetiko ou même country), avec toutefois une influence prononcée par le maloya réunionnais. Pour leur deuxième disque, Luxe/Misère, le duo devient quatuor. Osvaldo Hernandez (percussions afro-latines) et Emilie Alenda (basson, clavier, chant) les ont rejoints. Ils signent tous les quatre les arrangements luxuriants et foisonnants, le tout enregistré par le producteur Jean Lamoot (Alain Bashung, Noir Désir, Raphaël, Dominique A...). 

Le 18 février dernier, j’ai rencontré Ava et Ismaël (et leur bébé) dans les locaux de leur label, Zamora Productions.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

La chronique du programmateur musical de France Inter, Thierry Dupin.

Argumentaire de presse officiel :sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandor
Avec Luxe Misère, Sages Comme Des Sauvages signe un album multiple mais constant, un album vert d’eau et jaune fluorescent à bandes réfléchissantes.

Sages Comme Des Sauvages c’est d’abord un grouple (un couple, qui a fait un groupe). Et un grouple a autre chose à faire qu’à chanter des bluettes. De leur point de vue à deux têtes, les auteurs-compositeurs s’inspirent de la maladresse des hommes (« Garçon »), des 8 mois durant lesquels ils ont accueilli deux jeunes Soudanais en partance pour l’Angleterre (« Inattendu »), du suicide dans tout ce qu’il a d’énigmatique (« Quasiment Parfait), des névroses de fond de tiroirs (« Ah les angoisses ») ou du naufrage européen (« Yassou Evropi »). À l’instar du premier album, chaque titre vient avec sa propre ambiance, et Sages comme des sauvages sait qu’une chanson peut être d’autant plus triste qu’elle est chantée gaiement, ainsi le grouple se permet tous les contrastes, toutes les fantaisies stylistiques. De nouveaux instruments viennent rejoindre leur zoo musical, une dombrah du Kazakhstan, une guitare lionne du Mexique, une guitare malgache…

Ainsi sont nées 12 chansons pour parer à la brutalité du monde, pour prendre le maquis, se cacher dans le feuillage et préparer les révoltes à venir. Les espaces sont neufs, mais sonnent pourtant familier. Le poumon sage et sauvage vient souffler aux oreilles attentives de nouveaux refrains qui sauront se rendre indispensables.

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandorInterview :

Avant ce duo, ni l’un ni l’autre ne jouait ce genre de musique ?

Ava : J’ai commencé la musique à l’âge de 26 ans. J’ai fait les beaux-arts, donc en musique, j’étais autodidacte. Avant Sage comme des sauvages, je faisais de la chanson qui pouvait être punk, funk ou plus traditionnel. Je ne savais pas jouer d’instrument donc j’en avais des faux, en carton, et je faisais semblant de les utiliser. J’étais plus dans le cabaret.

Ismaël : Pour ma part, j’ai commencé la musique très tôt. J’ai attaqué le violon classique à sept ans, j’ai donc eu une approche académique, mais très vite, j’ai dévié parce que le classique me saoulait. Je me suis donc dirigé vers l’expérimental. Quand j’avais seize ans, je voulais être compositeur de musique electro acoustique. J’étais attiré par la musique contemporaine, voire bruitiste. Ce qui est sûr, c’est que la chanson ne m’attirait pas du tout. Le point commun que nous avions, Ava et moi, c’est qu’on aimait briser les codes de la musique que l'on jouait.

Et quand vous vous êtes réunis, vous avez créé quelque chose qui a fonctionné.

Ismaël : Nous avons beaucoup négocié, mais nous sommes parvenus à un terrain d’entente.

Ava : La somme de nous deux allait beaucoup plus loin que ce que nous faisions chacun de notre côté.

Ismaël : Il y a une chose primordiale, c’est que nos deux voix se sont collées parfaitement et très vite. Nous avons une tessiture assez proche.

Clip de "Luxe misère" tiré de l'album Luxe/Misère.

Chanter en français était une évidence pour vous ?

Ismaël : Ça a été une ouverture immédiate par rapport à ce que je faisais avant. Le public comprend le propos et s’approprie la chanson, ce qui n’était pas le cas dans la musique que je faisais.

Ava : Notre projet Sages comme des sauvages a touché les familles. Les enfants comme les parents aiment ce que nous faisons. Nous avions des projets underground et là, c’est l’exact opposé.

Ismaël : Nous sommes arrivés dans la chanson par les bords. Et depuis que nous faisons de la vraie chanson, à notre façon, certes, nous parvenons à fédérer.

Vous êtes contents que les enfants aussi adorent votre musique.

Ismaël : Nous en sommes très fiers. Dans nos chansons, on évoque aussi beaucoup l’enfance. C’est notre premier Eden.

Ava : Les yeux d’enfants, ce sont ceux par lesquels tu peux toujours voir l’étrangeté du monde avec une certaine distance.

"Rouge colère" extrait de Luxe/Misère (live aux Studios Ferber).

Ce nouvel album s’est fait à quatre, contrairement au premier où vous étiez seuls. Là, vos comparses de scène, Emilie Alenda (basson, clavier, chant) et Osvaldo Hernandez (percussions afro-latines) vous ont aidé.

Ismaël : A deux, c’était hyper bien, mais nous étions peut-être un peu trop dans le côté chanson. Il nous manquait le côté dansant. A quatre, nous captons le public, mais on le fait aussi se mouvoir.

Ava : Avant, nous étions même assis, par nécessité.

Ismaël : Mais en même temps, nous avions développé la parlotte. On parlait beaucoup  entre les chansons et ça tissait des liens avec les spectateurs. Nous cherchions la convivialité. Aujourd’hui, à quatre, il y a un côté super héros. On a l’impression d’être les quatre fantastiques. Chacun à ses supers pouvoirs avec ses instruments respectifs.

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandor

De gauche à droite, Emilie Alenda, Ava Carrère, Ismaël Colombani et Osvaldo Hernandez.

(Photo : Claire Delfino).

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandorC’est Jean Lamoot qui a enregistré et mixé ce deuxième album. Comment cela s’est passé avec lui ?

Ismaël : Ce que je trouve génial chez Jean, c’est qu’il s’adapte très facilement.

Ava : Malgré son énorme réputation de producteur, il respectait totalement notre travail et se contentait juste de nous faire des propositions le plus simplement du monde. Il a un côté très pointu dans son écoute, très sûr, mais il reste gentil et doux tout le temps. C’est un bonheur de travailler avec lui.

Ismaël : Tu sens qu’il met la musique au-dessus de lui-même. Il n’a aucun ego. Ce qui comptait avant tout, c’est qu’ensemble, nous faisions de la bonne musique. J’ajoute que c’est un des rares à comprendre la percussion. Nos deux percussionnistes nous ont dit qu’ils avaient rarement rencontré quelqu’un qui plaçait leur instrument à ce niveau-là.

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandor

Pendant l'interview...

Vos textes évoquent la société de manière pas très positives, mais sur de la musique solaire.

Ismaël : Derrière nos chansons sociétales ou politiques, on essaie de voir le cœur des gens.

Ava : Ce qui amènent nos chansons, ce sont les ritournelles que l’on créé pour se soigner nous-mêmes. C’est presque une lapalissade ce que je vais dire, mais la musique joyeuse contrecarre la tristesse.

Ismaël : C’est comme un exorcisme. D’ailleurs, nous jouons comme des sorciers.

Il y a des participations de deux voix exceptionnelles, celle de Kate Stables dans « De l’eau » et Danyèl Waro dans « Le goût de la fumée ».

Ismaël : Ces deux voix sont magiques, chacune dans leur style. Ce que provoque leur voix nous touchent beaucoup. Il y a un côté mystique dans leur façon de chanter.

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandor

(Photo : Claire Delfino)

Vous vous considérez plus dans la chanson française ou dans la musique du monde ?

Ismaël : On fait de la chanson française parce que nos textes sont en français, mais, c’est vrai que nous avons le cul entre deux ou trois chaises. On essaie de trouver une troisième voie qui ne respecte pas forcément les codes de la chanson française.

Vous être un grouple (groupe/couple). C’est être un binôme particulier ?

Ismaël : Oui. Il y a des thématiques que tu vas traiter différemment. Par exemple, c’est un peu compliqué de chanter une chanson d’amour à l’autre ou de chanter les amours déçus… L’introspection, sujet fort en vogue actuellement dans la chanson, c’est aussi hors de question puisque nous sommes deux. En tout cas, travailler à deux permet de se reposer l’un sur l’autre, ce qui crée une dynamique de force renouvelée intéressante.

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandor

Après l'interview, le 18 février 2020. (Et non, vous ne verrez pas la tête de leur enfant.)