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17 avril 2019

Les Louanges : interview pour La nuit est une panthère

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(Photo : Jean-François Sauvé)

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreLes Louanges est le buzz musical québécois de l’année (avec Hubert Lenoir). Seulement quelques mois après sa sortie, son premier album La nuit est une panthère s’est taillé une place sur plusieurs palmarès/prix importants dans son pays. Il est clair qu'aucun artiste n’avait produit ce genre de musique avec autant de finesse et de singularité au Québec.

"La nuit est une panthère est l’album que Les Louanges voulait faire depuis longtemps. Tantôt terre-à-terre, tantôt surréalistes et poétiques, les 14 morceaux témoignent de l’étendue de son talent. Il chante en français et fait partie de la nouvelle génération d’artistes du Québec qui n’hésite pas à déconstruire les genres. Il fait voyager le public à travers ses sonorités éclectiques, tout en gardant des références bien locales à travers ses paroles."

Récemment, il s’est envolé pour la France, pour une série de six spectacles, dont une participation aux INOUïS du Printemps de Bourges demain. Il sera de retour au Québec en mai pour poursuivre la tournée et mettre la touche finale sur son plus gros spectacle en carrière : un concert en tête d’affiche au Club Soda le 18 juin, dans le cadre des Francos de Montréal.

J’ai rencontré Les Louanges hier (le 16 avril 2019) dans un hôtel de la capitale juste avant qu’il ne parte à Bourges.

Son disque est à découvrir ici.

Biographie officielle (Photo de droite : Jean-François Sauvé):les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Les Louanges, c’est Vincent Roberge pis c’est tout. Multi instrumentiste qui joue un peu de tout en studio et qui s’entoure d’autres musiciens sur scène, Les Louanges a balancé un premier EP, Le Mercure, sur son Bandcamp en 2016 avant de le sortir de façon plus officielle l’année d’après avec une cinquième chanson, « Encéphaline ». Il a d’ailleurs été récompensé du Prix de la chanson SOCAN pour celle-ci.

Finaliste aux Francouvertes (2017) et au Festival International de la Chanson de Granby (2015), l’artiste originaire de Lévis, maintenant établi à Montréal, entame un virage vers des sonorités s’apparentant davantage à un chillwave teinté de R&B et de hip-hop sur son premier album La nuit est une panthère sorti en septembre 2018.

Présentées à cinq reprises aux Transmusicales de Rennes en 2018, les pièces de l’album oscillent entre pop et jazz (la pièce « Jupiter »), avec un penchant assumé pour le R&B (« Westcott »), le hip-hop (« Tercel ») et le chillwave. Inspiré par les grands de la musique contemporaine tout comme la nouvelle génération d’artistes aux idées avant-gardistes, le jeune auteur-producteur cite Frank Ocean, Hiatus Kaiyote, BadBadNotGood et Robert Glasper dans ses influences principales.

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les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreInterview :

Tu as 23 ans. Quand as-tu commencé la musique ?

Dès l’âge de 9 ans, j’ai pris des cours de différents instruments. En secondaire, j’ai fait partie de quelques groupes. J’ai aussi beaucoup joué dans la rue. Ce qui sûr, c’est que j’ai toujours su que j’allais gagner ma vie en faisant ce métier.

Tu as fait des études de jazz, je crois.

Oui, quand j’étais entre le lycée et la Fac.

Tes parents t’ont encouragé ?

Ils ont été très cools avec moi. Mes parents sont graphistes avec une vraie fibre artistique. Ils ont leur propre entreprise et aiment faire leur travail en toute indépendance. Ils me laissent donc faire ce que je veux. J’avais la bonne famille pour pouvoir foncer en toute confiance.

Ta sœur aussi fait de la musique.

Oui, c’est surprenant que les deux enfants fassent de la musique, car mes parents ne sont pas du tout musiciens.

Clip de "Pitou".

J’ai écouté et lu les paroles de tes chansons. Il y a un mélange de français, d’expressions québécoises les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreet un peu d’anglais, du coup, ça donne un style littéraire unique.

Notre façon de nous exprimer peut faire peur, mais ça reste essentiellement la même langue, on a juste enlevé quelques lettres et on utilise les mots anglais dans une espèce de syntaxe francophone. On ne capte pas toujours tout bien, mais après plusieurs écoutes, je t’assure qu’on finit par tout saisir (rires). J’ai une amie qui étudie la littérature à la Sorbonne et on a beaucoup de discussion sur ce que la langue québécoise pourrait apporter à la langue française. Nous, quelque part, on écrit et on parle du français américain. Ça fonctionne super bien avec la musique que je fais en tout cas. Il y a beaucoup de contractions, ça rebondit bien, ça se place bien, ça va droit au but dans une chanson.

Il y a des chansons « poétiques » et des chansons plus « premiers degrés ».

Il y a 50% de chaque. J’aime bien partir dans des textes qui n’ont pas nécessairement de sens, parce qu’ils n’en ont pas besoin, mais j’aime aussi raconter ma vie plus concrètement.

Clip de "Tercel".

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreTu écris facilement ?

Non. J’ai un procédé affreusement lent. C’est stressant pour mes deadlines. Je me considère plus comme un musicien que comme un auteur. J’ai amorcé quelques études en littérature, mais j’ai surtout passé ma vie à jouer de la musique. Ecrire sur une musique, je vois ça comme un long puzzle qui prend forme tranquillement dans ma tête. A un moment donné, la chanson apparait. Mais parfois, il faut que je sois patient.

Tu es aussi exigeant avec toi-même musicalement que textuellement ?

Oui, c’est ça. La musique me vient facilement, mais les textes non. Comme je fais de la musique comme je ne l’entends pas ailleurs en ce moment, j’essaie de trouver le moyen de tordre la langue sans trop la tordre, la rendre actuelle dans le style de musique que j’aime et que je joue.

Clip de "DMs".

Parfois, tu ne te dis pas que tu vas trop loin dans l’originalité ? les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Non, je me trouve encore trop facile. Je veux aller beaucoup plus loin. J’ai envie d’oser de plus en plus. Mon but est que ma musique soit accessible d’écoute, mais qu’elle soit très riche… que l’on puisse la décortiquer et que l’on trouve 1000 choses à l’intérieur.

Comment définis-tu ta musique ?

J’estime avoir fait un album à mi-chemin entre une musique alternative et du hip hop. Je voulais plaire à ceux qui aimaient la musique de l’artiste québécois Philippe Brach et ceux qui aimaient Alaclaire Ensemble. Le premier album que j’ai acheté dans ma vie, c’est Demon Days de Gorillaz. Damon Albarn a toujours invité des musiciens de styles différents, ce qui a produit des albums difficile à catégoriser… « Plastic beach », tiré de l’album du même nom, ça commence avec un orchestre indien puis Snoop Dogg rappe dessus. Dans la francophonie, on n’ose pas faire des trucs délirants comme ça, moi, je tente.

Clip de "La nuit est une panthère"

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreTu ne fais aucune concession musicale histoire d’avoir un public très large. C’est rare.

Je n’ai jamais fait de choix artistique par rapport à ce que pourraient penser les gens qui m’écoutent. Je ne veux pas faire de la musique pour être populaire, j’ai toujours fait de la musique que je voulais entendre. Au Québec, il me semble que nous avons moins le poids de la tradition. Notre histoire est assez récente alors, on peut se permettre de tout inventer.

Au Québec, tu fais la collection des prix musicaux. C’est quasiment du jamais vu !

Oui, ça va bien, merci (rires). Cette dernière année, j’avoue, j’ai été gâté. Il y a quelques jours, j’ai reçu le prix Rapsat-Lelièvre (un prix attribué pour souligner l’excellence d’un album de chansons. Il est remis chaque année, en alternance, à un artiste québécois à l’occasion des Francofolies de Spa, et à un artiste de Wallonie-Bruxelles, au Coup de cœur francophone de Montréal.)

Clip de "Westcott".

Est-ce que tous ces prix te permettent de te considérer comme légitime de faire ce métier ?les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Ça fait du bien d’avoir ce genre d’approbation. Les prix qui m’ont le plus touché, ce sont ceux qui m’ont été donnés par mes pairs. Quand des artistes que j’aime beaucoup me témoignent leur vif intérêt pour mon travail, ça me fait très plaisir.

Tu te sens proche de qui chez les artistes québécois ?

Il y a une cuvée d’artistes née en 1993, 1994, 1995, dont la musique fonctionne bien en ce moment. Je suis très pote avec Hubert Lenoir, par exemple. Il était là comme spectateur hier à mon show à la Boule Noire. Je suis content de faire partie de cette vague-là. Il me semble être dans le bon créneau, à la bonne vitesse.

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Après l'interview, le 16 avril 2019.

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14 avril 2019

Florent Vollant : interview pour Mishta Meshkenu

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(Photos : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorAuteur-compositeur-interprète (reconnu du public et des médias aussi bien que des communautés autochtones et non-autochtones) et lauréat du prix du jury européen SODEC/Bourse Rideau en février 2018, Florent Vollant est venu présenter le 18 mars dernier aux Trois Baudets son 6e album Mishta Meshkenu (paru au Canada le 28 septembre 2018), salué par la critique et très apprécié du public.

Un folk délicat chanté en innu, des harmonies étincelantes et des mélodies fines, Mishta Meshkenu (que vous pouvez découvrir ici) c’est aussi une incursion au cœur des ambiances de la culture des Premières Nations avec un son folk, country et même tex-mex. Ses textes visent notamment à partager le vécu des communautés ainsi que la volonté de sauvegarde culturelle historique et linguistique. Complètement inconnu en France, j’ai profité de son passage éclair parisien pour rencontrer Florent Vollant, artiste mythique dans son pays.

Biographie officielle : florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor

Auteur, compositeur et interprète d’origine innue, né au Labrador,Florent Vollant, grandit sur la réserve Maliotenam, à l’est de Sept-Îles. Il amorce sa carrière musicale dans le milieu des années quatre-vingt et contribue alors à la création du Festival Innu Nikamu qui, depuis 1984, réunit annuellement de nombreux musiciens et chanteurs des diverses nations amérindiennes. Avec un autre jeune Innu, Claude McKenzie, il forme le duo Kashtin, premier groupe autochtone du Québec à être reconnu à l’échelle internationale au milieu des années 90.

Véritable icône innue, représentant réputé de la culture innue et des communautés des Premières Nations, son parcours exceptionnel lui valent de nombreuses distinctions prestigieuses, tant pour son engagement auprès des jeunes artistes autochtones, et la défense/préservation de la culture innue, que pour sa production discographique.

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(Photo : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorInterview :

La langue innue reste difficilement en vie. Pourquoi ?

Parce qu’il y a de plus en plus de jeunes de chez nous qui délaissent cette langue et cette culture. C’est une culture de territoire, de montagnes, d’immensité, de grands lacs, de rivières, d’animaux… Les jeunes quittent de plus en plus notre territoire. Moi, je veux tenir vivante cette culture le plus possible.

Votre disque m’a fait partir dans ces fameux territoires que je ne connais pourtant pas sans être pour autant trop dépaysé. C’est une curieuse sensation.

Parce que je fais du country, du folk un peu bluesy… ma musique est tout à fait accessible à tout le monde.

Mais moins la langue. florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor

Si, parce que je crois à la langue du cœur. Avec ce que je transmets, je suis convaincu qu’on peut comprendre mes propos. Je suis sur la route pour chanter depuis l’âge de 18 ans et souvent pour me produire devant des personnes qui ne parlent pas innu. J’ai développé une capacité de transmission et de « raconter ». Sur scène je raconte ce que je chante.

Et vous chantez quoi principalement ?

Le territoire, mes parents, la résilience, la communauté Innue… et le tout avec beaucoup de compassion et de fraternité.

Clip de "Mes blues passent pu dans porte", l'une des deux chansons interprétées en français.

Il y a beaucoup de spiritualité aussi.

Nous n’avons pas une religion, mais plusieurs croyances basées sur l’entraide et le partage.

J’ai entendu dire que la religion catholique s’était imposée chez vous.

Oui, mais nous avons des rituels traditionnels qui n’ont rien à voir. On a l’esprit des animaux avec nous.

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(Photo : Jean-Charles Labarre)

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorPour vous, la nature et l’écologie sont des sujets essentiels.

Nos grands-parents ont vécu de chasse et de pêche. Il n’y avait pas autre chose à manger que le caribou, le saumon, le lièvre, la perdrix… Enfant, j’ai grandi avec cette nourriture-là. Les choses ont changé aujourd’hui parce que des gens sont venus nous imposer leur religion, leur langue, leur mode de vie, leur culture. On a perdu beaucoup au contact des premiers arrivants. Notre territoire est occupé par de grosses compagnies minières, il y aussi des gros barrages hydro-électriques, donc notre culture est confronté à ces gros projets. Nous sommes en lutte constante pour la survie et pour défendre notre territoire très sollicité.

Vous, Florent, vous faites partie de l’imagerie du Québec.

C’est vrai. J’ai reçu beaucoup de prix et de reconnaissances officielles. Je crois qu’avec Claude McKenzie et notre duo Kashtin on a fait des choses biens. Nous avons chanté notre coin de pays dans notre langue à travers la planète, pour faire connaitre notre attachement à la culture Innu. À la fin des années 1980, notre chanson "E Uassiuian" (« Mon enfance ») a fait le tour du monde. Depuis quelques années, nous faisons carrière chacun de notre côté.

Clip de Kashtin, "E Uassiuian".

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorVous avez reçu récemment la médaille d’or du Lieutenant-gouverneur du Québec. C’est une très haute distinction.

Au cours de mon parcours, on a reconnu mon travail. Je n’ai évidemment rien demandé.

Dites-moi les principaux prix qui vous ont touché.

J’ai peur que cela fasse prétentieux de dérouler tout ça… En 1994 déjà, j’ai été nommé « Artiste pour la paix » pour ma défense de la nature et des rivières québécoises. Mais plus récemment, en mai 2017, j’ai reçu le titre de Compagnon des arts et des lettres du Québec, importante distinction accordée par le CALQ. J’ai été récompensé des prix du « Meilleur Artiste » et du « Meilleur Album » pour Puamuna au Gala Teweikan, l’automne suivant. L’année dernière, j’ai été lauréat du Prix du jury européen SODEC-Bourse Rideau et, en juin dernier, j’ai reçu la prestigieuse Médaille dont vous venez de me parler.

Lancement de l'album Retrouvailles de Gilles Vigneault. 15 avril 2010 à l'Auberge Saint-Gabriel.

Alors qu’au Québec, tout le monde vous connait, en France, ce n’est pas le cas. Ça vous fait bizarre deflorent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandor devoir vous présenter et repartir à zéro ?

Personne ne me connait ici et c’est très bien comme ça. Je fais de la musique et je veux rester l’esprit libre. Je viens ici parce que j’aime faire de la musique. Je viens ici parce qu’on me propose une salle. Je viens ici parce que c’est le début d’une tournée française, puis francophone. Je propose un voyage, une histoire et c’est tout ce qui m’importe. J’ai juste besoin de rencontrer un nouveau public. La notoriété n’a que peu d’importance.

Vous ne dites jamais le mot carrière. Pourquoi ?

Je n’ai pas ça dans mon esprit. Je suis un nomade qui a la chance de faire de la musique et que la musique amène un peu partout. Je suis la musique. La musique chez nous est une médecine. La musique traditionnelle soigne. Alors, maintenant, je gagne ma vie à faire chanter, à faire danser, à faire rêver les gens… je suis heureux de cela. C’est mon privilège.

EPK de l'album Mishta Meshkenu. A voir absolument, car très complémentaire de ma mandorisation. J'ai ôté de mon interview personnelle les nombreux propos  communs qu'il tient sur cette vidéo pour qu'il n'y ait pas de redondance. 

florent vollant,mishta meshkenu,interview,quebec,innu,mandorEst-ce que dans votre musique il y a quelque chose de l’ordre du chamanisme ?

(Long silence.) Chez nous, la musique, c’est une prière. Les ainés m’ont fait comprendre que quand tu chantes et que tu fais danser les gens, tu as un pouvoir. Tu es un rassembleur. Chez nous, les rassembleurs sont respectés. Il y a un esprit qui m’anime, c’est ça que je veux transmettre.

Pourquoi faites-vous ce métier, au fond ?

Ce n’est pas ce que j’aurais voulu faire. Sans aucune prétention, la musique m’a choisi. C’est devenu ma vie. Ce n’est pas tant que je sois si talentueux, c’est que j’aime ça plus que les autres. Ça fait presque 50 ans que je suis sur la route et je veux à chaque fois faire du bien aux gens qui viennent me voir.

Comment trouvez-vous le monde d’aujourd’hui ?

C’est le chaos. Mais dans mes chansons, je veux parler d’espoir. S’il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus de musique. Je place beaucoup d’espoir dans les prochaines générations. J’ai beaucoup d’espoir quand je les vois marcher pour la planète. J’ai beaucoup d’espoir quand les jeunes s’ouvrent et ils s’ouvrent de plus en plus. Ce sont eux que je veux nourrir d’espoir et que je veux inspirer.

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Le 18 mars 2019, aux Trois Baudets, après l'interview. 

13 avril 2019

Serge Utgé-Royo : interview pour La longue mémoire...

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(Photo : Roger Pichot)

serge.jpgAuteur, compositeur, interprète, comédien, traducteur… Serge Utgé-Royo a aujourd’hui à son actif 17 disques, plus de 200 chansons, des milliers de scènes (France, francophonie, Europe…), plus de 500 000 téléchargements, 2 DVD, 6 livres (romans, contes ou recueils), des rôles et des chansons pour le cinéma et le théâtre.

Dans son nouvel album, La longue mémoire… Serge Utgé-Royo a écrit tous les textes, excepté l’un d’entre eux écrit par le poète libertaire et pacifiste Eugène Bizeau. Les musiques sont signées Utgé-Royo et Léo Nissim, pianiste et orchestrateur. Ils se sont entourés de Jean My Truong (batterie), Jack Ada (guitares), Pascal Sarton (basse, contrebasse), Deborah Nissim (claviers), Gérard Carocci (percussions), Francis Danloy (accordéon).

Serge Utgé-Royo est l’un des derniers artistes à perpétuer une chanson anar, engagée et poétique. Je l’ai retrouvé, accompagné de sa productrice Cristine Hudin et de son attaché de presse, Eric Durand, le 5 mars dernier dans un bar de la capitale.

Avant-propos du disque par Serge Utgé-Royo :couv-la-longue-memoire.jpg

Un dix-septième disque de chansons : est-ce bien raisonnable ?… Quand les musiques volent par les airs, « dématérialisées » et « gratuites », quand les chants disparaissent sous les niaiseries radiophoniques et les tubes à danser… Faut-il encore enregistrer et éditer des chansons sur des CD en plastique, avec des livrets que peu d’amateurs liront ?
Pour faire fi de ces questions, je suis entré en studio avec mes compagnons et compagnes et j’ai eu le bonheur d’y faire ce que je voulais. La mémoire a guidé, encore une fois, mes paroles ; Léo Nissim a composé un grand nombre de mélodies, en ami très proche et très sensible aux images des mots…
Et, pour faire un pied de nez aux marchands, j’ai décidé de faire un gros livre-disque, avec beaucoup de mots – qui rebuteront sans doute quelques paresseux – et des photos, et des reproductions d’œuvres peintes, et des dessins d’autres compagnons de route.
Les amis musiciens de haute volée sont venus jouer avec moi, rire et sourire, enrichir les accords et les notes. Et ça donne La longue mémoire... nostalgique, impertinente, émue, riante et humaine, simplement.

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(Photo : L'Echo)

53735572_774534942932583_4030833941236678656_n.jpgInterview :

Contrairement à vos précédents albums, vous avez ajouté le nom de Léo Nissim sur la pochette. Pourquoi ?

Pour lui rendre justice. Il ne fait pas que m’accompagner, il réalise aussi les arrangements. Il met sa patte à ce que j’écris et ce n’est pas rien. Sur le précédent disque déjà, sur la pochette, je l’avais indiqué en tant que directeur musical. Je trouve cela juste.

Quelle grande carrière vous avez !

Grande n’est pas le terme que j’aurais utilisé spontanément. J’aurais plutôt dit « longue ». Je suis heureux d’avoir pu m’exprimer. J’ai eu une chance extraordinaire et je le sais.

Et ce n’est pas fini. Vous êtes un chanteur anarchiste. Vous acceptez que l’on vous présente ainsi ?

Si je ne revendique pas cette appellation, je l’accepte parce que c’est la réalité des faits en ce qui concerne la philosophie politique qui me gêne le moins. Je ne me considère pas comme un chanteur anarchiste, mais comme un chanteur.

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Mais vous êtes un chanteur qui refuse de chanter des chansons sans consistance sociétale ou politique. 53274761_774535076265903_8640223728413704192_n.jpg

Disons qu’il y a des endroits où mes chansons ne peuvent pas passer. Elles sont trop politiques dans certains lieux. Un jour, un programmateur d’une salle de Neuilly est venu me voir. En sortant, il a dit à Cristine qu’il avait aimé le spectacle, mais que s’il me programmait, il sautait.

Il n’y a pas que de la chanson politique dans vos chansons, mais pourquoi avez-vous choisi d’en faire votre marque de fabrique ?

J’étais beaucoup plus pamphlétaire quand j’ai débuté. Là, je continue, mais je me suis calmé. Les chansons étaient mon arme politique. On peut tuer avec les mots, certes pas aussi vite et aussi facilement qu’une sulfateuse… Je suis sensible à ce que les gens me disent, à ce que certains artistes expriment. Ca me touche et parfois j’y repense après. J’espère que je provoque cela moi aussi.

Vous vouliez changer le monde ?

Oui, d’ailleurs, je le souhaite encore.

Vous considérez-vous comme un poète ?

Le dire serait prétentieux. Pour moi les mots sont importants parce que j’aime beaucoup la langue française. Malheureusement, aujourd’hui, elle perd de son importance au profit de l’image. L’image me touche aussi, mais c’est très réducteur.

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5 (2).jpgJ’ai lu dans une dépêche AFP vous concernant : « A la marge du show-biz, Utgé-Royo apporte la preuve qu’un artiste de variété peut exister sans se conformer aux exigences du système… » Artiste de variété, ce n’est pas ce que j’aurais dit de vous.

C’est un terme qui a vieilli, mais à une époque il voulait dire des choses. Ce n’était pas forcément péjoratif.

Non, mais la chanson dite à texte et politisée, je ne la classe pas dans cette catégorie-là.

J’aime beaucoup la variété, mais en effet je n’ai pas l’impression de faire la même chose. Je suis fidèle à ce que j’ai aimé comme expression politique et sociale à une époque. Rien ne m’a fait dévier de cette séduction. J’ai été séduit par des idées de liberté dans toute son essence. La recherche de la liberté dans la société, mais aussi la recherche de la liberté d’expression. Je suis toujours bien à l’aise dans ce que je défends. Je dois être un vieux con (rires).

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A l'Européen à Paris (photo : Eugenio Prieto Gabriel)

Votre public est très fidèle en tout cas.7 (2).jpg

Avec ce que je chante aujourd’hui, je suis épaté qu’il y ait encore des gens qui fassent la queue pour venir écouter mes chansons.

Peut-être qu’on a besoin d’intelligence, tout au moins de propos sur lesquels on peut réfléchir ?

Il y a des gens qui ont besoin de ça… comme moi j’en ai besoin. Mais je suis obligé de constater que dans mon public, il y a beaucoup de cheveux gris et de cheveux blancs. Je veux dire par là qu’il n’y a pas beaucoup de jeunes. Il y en a un peu, mais j’aurais aimé en voir plus.

Vous, vous écoutiez vos ainés contestataires comme Léo Ferré?

Bien sûr, mais pas uniquement. J’ai eu la chance de naître à une époque où la variété était de haute tenue. Aznavour était un grand écrivain de chansons. J’écoutais aussi Brassens, La Callas, Luis Mariano. J’ai toujours eu des goûts éclectiques.

Vous avez raison, heureusement qu’il n’y a pas que de la chanson à texte intelligente.

Oui, heureusement. Je suis un citoyen lambda qui écoute de tout.

Audio de "Les petits étrangers".

Revenons à votre nouvel album. Dans « Les petits étrangers », vous évoquez un sujet qui vous touche, les exilés.

Je suis enfant d’exilé, alors je me sens très proche humainement de ces gens. Je n’épouse pas toutes les raisons pour lesquels ils sont partis de chez eux, mais je comprends la douleur de l’arrachement. C’est un sujet que j’ai traité dans trois chansons de ce disque, c’est dire si cela me touche.

Dans « Ils n’ont pas d’avenir » vous évoquez l’après tuerie de Charlie, des terrasses de café parisiennes, du Bataclan…

Il y a des gens assassinés à Charlie Hebdo qui étaient des gens qui nous avaient accompagnés dans notre jeunesse. Parmi eux, quelqu’un que je connaissais personnellement, Tignous. Cela m’a ratatiné le moral. Après, j’ai été achevé, comme tout le monde, avec le Bataclan et les gens qui s’amusaient en terrasse du 12e arrondissement. J’ai écrit cette chanson en réaction au choc émotionnel ressenti.

Audio de "Ils n'ont pas d'avenir".

Dans « Ce mur n’est pas à vous », vous avez collé deux textes d’Eugène Bizeau. Cette chanson a une histoire.

Eugène Bizeau, mort à 106 ans, était un poète libertaire qui écrivait tous les jours. Tous ses textes, et ils étaient nombreux, ont été publiés en livre, en fascicule, dans des revues de poésie ou des journaux anarchistes comme Le Libertaire. Dans les années 20, Bizeau n’a pas du tout apprécié que le parti communiste, qui devenait important, s’accapare le mur des Fédérés dans le cimetière du Père-Lachaise pour ses cérémonies d’hommage aux Communards. Un jour de mai 1928, un article de L’Humanité a titré « Le mur est à nous ». Ulcéré par cette mainmise, excluant d’autres amis de la Commune, Bizeau a répliqué par deux textes, « Les accapareurs » et « Au mur des fédérés »… que j’ai donc repris.

Audio de "Ce mur n'est pas à vous".

Je ne peux pas ne pas vous poser la question parce que ce sont des personnes dont vous parlez dans vos chansons depuis longtemps. Que pensez-vous du mouvement des gilets jaunes ?

Il y a trois ans, je voyais des atteintes aux droits sociaux scandaleuses envers des gens qui en avaient besoin et je me demandais pourquoi ils ne se réveillaient pas. D’un seul coup, en novembre, arrive cette explosion de personnes qui, pour beaucoup, n’avaient jamais manifesté, jamais levé le poing, jamais gueulé. Enfin, il se passe quelque chose qui n’a jamais existé avant. Grand respect et chapeau bas pour ces gens qui se sont levés malgré ce que ça leur coûte en temps et en argent. Bien sûr, il y a des débordements et du cassage, mais il faut faire le distinguo entre les casseurs et les vrais gilets jaunes.

Vous chantez pour qui ?

Tiens ! Je crois qu’on ne m’a jamais posé cette question. Je chante pour moi.

C’est un peu égoïste, non ?

Oui. Je chante pour moi, pour être en accord avec ce que je pense et pour pouvoir dire, comme je le fais avec vous, ce que je pense en toute liberté. Sur scène, je balance mes mots et c’est le public qui écoute. Je les vois sourire et parfois, à la fin du spectacle, ils me disent « ce que tu as dit là, c’est ce que je pense ». Les retours me touchent profondément. Vraiment, c’est un acte égoïste.

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S’il n’y avait pas cet échange, vous n’écririez peut-être pas avec une telle passion.

Je ne me suis jamais posé cette question, mais c’est probable.

Etes-vous content de votre condition d’artiste en 2019?

Je suis satisfait et épaté d’être encore là et que des gens viennent me voir. C’est parfois un vrai effort à faire, alors je suis très honoré.

Parlons du magnifique livret. C’est une œuvre artistique.

Je suis ravi que vous l’ayez remarqué parce que c’est ce que je voulais. L’âge avançant, je me disais que c’était peut-être mon dernier disque de chansons originales. J’ai donc souhaité accueillir dans ce livret des tas d’amis artistes, peintres, dessinateurs, photographes. Je suis heureux qu’ils soient là.

On dit de vous que vous êtes le dernier des mohicans des chanteurs politiques.

Je suis un diplodocus en voie d’extinction (rires). Il n’y a plus de chanteurs comme moi parce que c’est difficile et pas vendeur du tout. Je préfèrerais que nous soyons plus nombreux à tenter de faire bouger les consciences.

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Après l'interview, le 5 mars 2019 au bar Le Pachyderme (Paris).

11 avril 2019

Leïla Ssina : interview pour l'EP Psychopute

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leïla ssina,psychopute,intervview,mandorAvec sa musique pop-groove acide mais nécessaire, Leïla Ssina fait partie des rares artistes qui font groover la langue française. Elle joue franc jeu, avec une énergie brute et magnétique. J’aime tant sa musique, son propos, sa voix et son originalité que je l’ai mandorisé un an avant la sortie son premier EP éponyme paru en 2014, puis une seconde fois pour son album Sympa paru en 2016.

Elle revient avec un EP digital, Psychopute. C’est dans un bar de la capitale, le 5 mars dernier que nous avons devisé sur ses nouvelles chansons.

Biographie officielle :

Auteure, mélodiste et interprète, Leïla Ssina a suivi un cursus de deux ans aux ACP-Manufacture Chanson où lui seront dispensés des cours de technique vocale, d’interprétation, d’écriture et de théâtre.

Au-delà de la formation professionnelle, les rencontres restent l’élément essentiel car des artistes venus d’horizons musicaux divers, l’aideront à enrichir son univers.

LA rencontre déterminante est celle avec Edouard Coquard, musicien multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent, avec qui elle collabore depuis, sur scène comme en studio. Ses textes, faits d’ironie et d’optimisme mêlés, montrent la seule posture possible face à la violence de ce siècle : rester soi-même. Elle est aussi intéressante à lire qu’à écouter. D’une voix douce et sensible ou musclée si besoin, sur des mélodies et des arrangements exigeants, Leïla Ssina taille au couteau notre société, sans compromis ni langue de bois.

Entourée de ses trois musiciens complices (Edouard Coquard à la batterie, Jalil Kherbachy à la basse et Nicolas Mary aux claviers), ils posent ensemble le cadre mouvant de ce monde accidenté.

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Lauréate de plusieurs concours : le jury du Pic d’Or lui a décerné en 2013 le prix d’interprétation et le prixleïla ssina,psychopute,intervview,mandor ACP-Manufacture Chanson. Quant à celui du Grand Zebrock, il lui a décerné le Prix spécial du jury ainsi que le prix France Bleu 107.1 ce qui l’a propulsé sur la scène « Zebrock » pour l’édition 2014 de la fête de l’Humanité.

La même année, les titres « A payer » et « L’hiver en été » extraits de son premier EP ont été respectivement classés « coup de cœur Francophone » de la radio nationale Suisse Canal 3.

Elle fait également partie des lauréats du tremplin Jeunes talents Ile de France, ce qui lui a permis de se produire sur l’édition 2015 du festival Solidays. En 2016 Les titres « Sympa », « Touché-coulé », « Espaces », « Ton regard me salit » et « Six feet under » extraits de son album Sympa paru la même année entrent respectivement en playlist sur FIP radio.

Avec le même engagement, ses textes chiadés et les arrangements classes et funky d’ Edouard Coquard, le 06 février 2019 elle sort son troisième opus, un EP 5 titres : Psychopute, en format numérique.

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leïla ssina,psychopute,intervview,mandorInterview :

Ton EP s’appelle Psychopute. Directement, tu veux nous secouer un peu?

Je veux être aux antipodes de la fille sympa. J’ai la volonté de faire quelque chose de different et de ne pas rester dans la norme. Je ne suis pas quelqu’un de lisse, alors je ne veux pas montrer l’image de quelqu’un d’autre. Je ne sais pas me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre que moi-même. Comme je le dis dans une chanson, “je ne m’en sors déjà pas quand je suis moi-même, je ne vais pas m’amuser à être quelqu’un d’autre”.

Il y a plein de Leïla Sinna dans ta tête?

Oui, mais c’est moi le chef.

“Psychopute”, c’est aussi le titre d’une chanson.leïla ssina,psychopute,intervview,mandor

Un psychopate c’est quelqu’un qui est dénué d’émotion et de sensibilité. Un jour, on se demandait quel était l’équivalent pour nommer quelqu’un d’hyper sensible et chargé d’émotion. Ce mot m’est venue.

C’est toi?

Clairement. Ca parle de mon côté névrosé, rebelle, tiraillé, un peu perdu, mais pas trop. Je suis hyper sensible et ce qui est impressionnant, c’est que je le suis de plus en plus.

Ton disque est d’ailleurs axé sur les névroses.

Je suis assez névrosée. Mais, je m’en moque, ça me permet de faire de mes névroses des chansons. Mon premier EP était plus societal, le deuxième évoquait les relations humaines et les rapport interpersonnels… et là, tu as raison, il parle de mes névroses.

La chanson “Qui t’es?” parle de toi?

Je parle de mes contemporains et de moi même. Nous sommes dans une époque où on a beaucoup de mal à savoir qui on est. Dans une époque à la fois de l’hyper conformisme et de l’exhibition, du coup, on perd l’essence de nous mêmes. On ne sait plus qui nous sommes vraiment. Ma plus grosse quête, c’est de savoir et comprendre qui je suis. Dans mes chansons, j’essaie de me montrer de la manière la plus authentique possible.

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Ecrire, c’est une nécessité?

A partir du moment où j’ai besoin d’écrire, c’est que je dois vomir des choses qui sont en moi.

Dans “Amour”, les histoires d’amour ne finissent pas toujours bien.

Je parle des amours complexes. C’est loin d’être une promenade de santé, mais l’amour est un sentiment qui nous apprend beaucoup sur nous et sur notre capacité à aimer.

Dans “Tous”, tu dis que l’on va tous mourir.

Oui, alors ça sert à quoi de se pourrir la vie et de se prendre au sérieux? A l’issue, quelqu’un appuira sur le bouton off.

As-tu peur de la mort?

Absolument pas. C’est pour ça, peut-être que j’en parle beaucoup. Tu sais, je suis entourée de beaucoup de fantomes. Aujourd’hui, j’ai fait la paix avec la mort.

La chanson “Narcisse” en dit beaucoup sur la perversion de l’homme.

Je parle de ce que peut faire un individu à un autre individu. Moi, qui aime valoriser les gens, j’ai été victime d’un pervers narcissique. J’ai remarqué que les femmes qui n’ont pas eu un complexe d’Oedipe en bonne et due forme se retrouve souvent dans ce type de relation. C’est lié à ce que tu penses mériter dans la vie. Parfois, tu penses que tu ne mérites pas mieux que ça parce que ton papa n’a pas fait le travail.

Musicalement, ce que tu fais est toujours aussi groovy et funky.

Oui, et en France, le genre musical que je joue ne rentre pas trop dans la ligne editoriale des journalistes musicaux… sauf si ça vient d’outre-atlantique. C’est une des raisons pour laquelle le paysage musical français est si peu diversifié.

Tu regrettes ton manque de notoriété?

Je ne cherche pas à être très connue. Je connais des gens qui le sont et aucun ne m’a donné envie de le devenir. J’ai un problème avec le fait que l’on m’empêche de faire mon travail, par manque de curiosité…

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Après l'interview, le 5 mars 2019, au Pachyderme. 

05 avril 2019

Frédéric Zeitoun : interview pour son album Duos en solitaire

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(Photo : Pierrick Bequet)

frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicQu’il soit sur un plateau (Télématin, C’est au programme sur France 2) ou sur une scène, Frédéric Zeitoun est un entertainer à l’énergie contagieuse. On le sait moins, mais cet homme de la télé mène en parallèle une belle carrière de parolier et de chanteur, interprétant depuis déjà 10 ans ses spectacles musicaux. Si Frédéric Zeitoun parolier de Hugues Aufray, Louis Bertignac, Carlos, Zaz, Charles Dumont, Frédéric François, Enrico Macias, ou dans un registre plus humoristique Laurent Gerra, a le sens de la formule, Frédéric le poète suggère plus qu’il ne formule.

J’ai mandorisé Frédéric Zeitoun il y a un an pour son spectacle En chanteur et pour l’ensemble de sa carrière (lire ici). Je crois que je peux affirmer que nous sommes devenus très amis depuis…

Bref, j’ai récidivé le 27 février dernier, cette fois-ci à l’occasion de la sortie de son premier album, Duos en solitaire (à écouter là). Il y chante avec (par ordre d’entrée en scène) : Charles Aznavour, Doc Gynéco, Lynda Lemay, Marie-Paule Belle, Yves Duteil, Michel Fugain, Enrico Macias, Manu Dibango, La chorale gospel de Rueil Malmaison, Oldelaf, Sanseverino et Philippe Lavil.

L’album (argumentaire officiel très écourté) :frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy music

1+1 = 2, vraiment ? Chez Frédéric Zeitoun, les additions ne sont pas qu’une simple histoire de chiffres et les équations de la vie riches en inconnues, comme le prouve cet album de duos conçu comme une symphonie chorale. En l’écoutant, on comprend rapidement que le duo n’est pas un face-à-face, mais un unisson. Et si on voulait vraiment coller à la logique mathématique, on préférait la notion de coefficient multiplicateur, de talent en l’occurrence.

Frédéric Zeitoun n’hésite pas à se mettre en scène pour questionner la société et aborder la thématique des différences. Pas de charges frontales ni de pathos chez cet homme qui fuit les regrets, mais des métaphores charnelles, de l’humour caustique et beaucoup d’autodérision.

frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicIl est souvent question de coups du sort, de montagnes russes, de remonter la pente. De vivre sans frein ni rétroviseur. Quelques larmes, mais aussi beaucoup de rires dans ses chansons. Musicalement, cet album dans une esthétique résolument intemporelle, au travers des harmonieux dialogues piano-accordéon, s’inscrit dans la grande tradition de la chanson française. De la variété aussi, dans tous les sens du terme, via les escales dans les rythmes caribéens ou les fièvres rockabilly.

Alors, ces duos tout sauf solitaires : des manifestes humanistes, hédonistes ? Non, Frédéric Zeitoun n’aime ni lews slogans ni les étiquettes.

Sur son dernier spectacle, il se présentait de la sorte : "Voyageur, écriveur, doux rêveur, total glandeur et matinal chroniqueur, Frédéric Zeitoun vous revient... en chanteur ". Il l’a toujours été.

Ce qu'en pense France Info:.

Chez Karl Zéro à Europe 1.

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(Photo : Pierrick Bequet)

frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicInterview :

Comment est arrivé ce projet ?

J’ai joué une année entière tous les dimanches à 18h à L’Alhambra. Au fil du temps, c’est devenu le rendez-vous des potes qui venaient chanter une chanson avec moi. Gérard Davoust, qui est mon éditeur et ami depuis de nombreuses années, venaient pratiquement à chaque représentation, y compris le 31 décembre. Un soir, Gérard rentre chez lui et je vais diner avec Gérard Capaldi, ami, réalisateur et compositeur émérite et Thierry Communal, mon frérot depuis plus de 30 ans. Les idées fuses et à un moment, Gérard me propose de faire des maquettes si je trouve deux ou trois personnes pour venir chanter avec moi. Il trouvait que faire un album avec d’autres artistes m’allaient bien. Thierry nous dit que son studio est le nôtre pour ce projet. Une semaine après, Gérard Capaldi et Thierry Communal se voient avec Gérard Davoust. Tous les trois ont décidé de foncer pour mener à bien ce projet d’album. Ça s’est vraiment fait aussi simplement que ça.

Les chansons qui figurent sur ce disque existaient déjà ?

Elles étaient toutes dans mon spectacle En chanteur, sauf « Duos en solitaire » que j’ai ajouté à la fin pour faire un pied de nez à la thématique du disque.

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frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicCet album s’ouvre sur le duo poignant, "Bien au contraire". C’est le dernier duo enregistré par le grand Charles Aznavour en mai 2018, soit quelques mois avant son départ.

C’est lui qui a fait la musique de cette chanson. Quand Gérard Davoust m’a dit qu’il acceptait de la chanter en duo avec moi, j’ai eu du mal à le croire. Sa seule condition était que nous venions enregistrer chez lui à Mouriès en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le 8 mai 2018 est une journée que je garderai à jamais dans l’agenda de mon cœur. On a passé un long moment fabuleux avec un monsieur gentil et drôle. Il a fait trois prises des trois refrains et c’était bon. Le 7 septembre, il est venu écouter le résultat et il était content. Il a été confondant de gentillesse. Je crois qu’encore aujourd’hui, j’ai du mal à réaliser le cadeau qu’il nous a fait. C’est une des plus jolies rencontres que la vie m’a offerte.

Dans « J’ai appris », tu chantes avec Yves Duteil.frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy music

Le texte de cette chanson, au départ, était prévu pour Céline Dion. Un jour, je le montre à Yves Duteil et il m’annonce qu’il va me faire une musique, toujours pensant que c’était pour Céline Dion. Renseignement pris, il s’avère que Céline Dion n’avait pas besoin d’auteurs, c’était une fausse rumeur véhiculée par la presse française. Avec Yves, on laisse donc tomber. Plusieurs mois passent, Jean-Claude Ghrenassia, le ils d’Enrico Macias, vient à la maison. Il découvre cette chanson et revient quelques jours après avec une magnifique musique. Là, nous sommes fin juillet 2018. Début août, Yves Duteil m’appelle et m’annonce que le fameux texte l’intéresse pour le chanter lui-même pour son propre album qu’il est en train de terminer. Je suis dépité parce que la musique était déjà faite depuis trois jours… Je lui explique et il me dit que c’est dommage. J’étais désolé parce que Duteil est un des auteurs que j’aime le plus. Etre chanté par lui aurait été un honneur.

Tu le revois quelques mois plus tard dans le Loft Music d’Yvan Cujious sur Sud Radio.

Yves Duteil m’invite dans cette émission pour chanter en duo une de ses chansons. Ensuite, j’ai l’opportunité d’interprété une chanson à moi. Je choisis « J’ai appris »… avec la musique qu’Yves ne connaissait pas. Duteil, très élégant, me dit à l’antenne qu’il n’aurait pas fait mieux. Un soir, je lui demande s’il veut bien la chanter pour mon disque, il m’a dit oui tout de suite.

C’est d’ailleurs le cas de beaucoup d’artistes. Ils ont accepté rapidement.

Ça m’a énormément touché parce que je n’ai rien prouvé en tant qu’interprète. En tant qu’auteur oui, mais pas en tant qu’interprète, j’en ai totalement conscience. La confiance de ces artistes installés pour la plupart depuis plusieurs décennies était là. Ça m’a fait chaud au cœur qu’ils prennent le risque de chanter avec un « débutant » en la matière.

L'EPK de Duos en solitaire.

frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicTe sens-tu légitime dans le métier de chanteur ?

C’est une vraie question. Quand on a trente ans de carrière et qu’un artiste te dit qu’il ne se sent pas légitime, on sait bien que c’est de la coquetterie. Moi, par exemple, je me sens légitime en tant qu’auteur, je n’ai pas peur de le dire. Je gagne ma vie en écrivant depuis des années, je ne vais pas faire semblant de ne pas me sentir légitime dans ce domaine. Mais en tant qu’interprète, je peux te dire que je ne me sens pas au même niveau que les autres. Bien sûr que j’aimerais que cet album trouve son public, mais d’avoir mené à bien son existence, avec tous ces grands chanteurs, c’est déjà une réussite. Le cadeau est là : j’ai chanté avec tous les gens que j’adore.

Parmi ces artistes, je ne m’attendais pas à entendre Doc Gynéco. frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy music

Je devais faire une interview de Doc Gyneco pour l’émission de Sophie Davant. Je lui donne rendez-vous à 11h du matin dans un bureau du 7e étage de la SACEM. Il arrive, mais pas tout à fait en état de faire l’interview. Il est très drôle, très bien élevé, très érudit, mais il répond à des questions que je ne lui ai pas posé. Il est joyeux, éclate de rire toutes les cinq minutes. Je sentais qu’il était bien et qu’il avait envie d’être là. Je te passe les détails, mais à la fin, il me dit qu’il aimerait bien que l’on reste en contact. Le soir, je bosse sur l’album et sur la chanson « Comme tout le monde », je ne savais pas avec qui la chanter. Je repense à Doc Gynéco et, justement, comme il n’est pas comme tout le monde, je l’appelle. Après avoir lu le texte, il me rappelle et il me dit : « ça ressemble à du Souchon, je vais être ton Voulzy ». A la séance, malgré ses 4 heures de retard, il a été charmant, super professionnel, attentif à ce qu’il faisait. Je pense que c’est quelqu’un qui joue beaucoup avec lui-même et avec son image. Il est beaucoup plus sérieux et attentif aux autres qu’il ne le montre en public.

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Dans le métro depuis hier...

Tu as signé dans une maison de disque un peu branché, Roy Music. C’est amusant parce que tu es plus dans la chanson française intemporelle.

Je ne suis pas branché, mais les deux responsables de ce label ont accepté le projet très rapidement. J’avoue en être étonné.

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frédéric zeitoun,duos en solitaire,interview,mandor,roy musicJe vais dire la vérité ici. On se connait bien. Un soir de novembre, tu m’as invité chez toi et tu m’as fait écouter tes chansons. J’avais dans l’esprit que ça allait être assez traditionnel. Et de chansons en chansons, je me suis surpris à tout aimer… et pas qu’un peu.

Ça m’a fait plaisir. Il ne faut jamais s’y croire, mais j’ai commencé à y croire. Je fais bien la différence. Avec tous les doutes qui me submergent, j’espère quand même avoir une carte à jouer dans ce domaine. La vie, les étoiles qui sont au-dessus de nous, ont l’air de vouloir qu’il se passe quelque chose. Je pense que les gens qui ne sont plus là, parfois, nous protègent et nous envoient des bonnes énergies. A 57 ans, je n’ai plus le temps de faire n’importe quoi… je vais exercer ce métier très professionnellement. A moi d’être digne de cette nouvelle ambition et surtout de mon éditeur, Gérard Davoust. Je ne veux pas décevoir celui qui me fait confiance depuis si longtemps. Il a toujours été là pour moi. Que la vie me laisse ce monsieur jusqu’à au moins120 ans.

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Après l'interview, le 27 février 2019.

04 avril 2019

Seemone : l'après Destination Eurovision

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seemone, tous  les deux, interview, destination eurovision, mandorIl y a un an, j’ai accepté pour la première fois de ma vie d’interviewer une artiste qui n’avait pas encore sorti de disque (lire ici). Juste, quelques vidéos de covers étaient visibles sur YouTube.

Elle s’appelle Seemone (fille de Marc Simoncini, entrepreneur de renom et fondateur de Meetic) et, à la première écoute, j’ai senti en elle une graine de star. J’ai même senti qu’elle pourrait conquérir le monde. Carrément. Oui, une conquête à la Céline Dion. Quelques mois plus tard, les projecteurs européens se sont braqués sur elle grâce à sa participation à Destination Eurovision 2019 (avant le monde, l'Europe, c'est déjà un bon début). Elle est arrivée en finale et a « perdu » face à Bilal Hassani. Si elle ne représentera pas la France lors de l’Eurovision, elle a déjà conquis un très large public et imposé sa voix.

Un an après la première mandorisation, voici la seconde alors qu’elle n’a toujours pas de disque. Juste le clip de « Tous les deux ». Le 13 mars 2019, une rencontre dans un hôtel parisien, histoire de faire le point sur cette carrière naissante. Bref,  je ne la lâche pas. 

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Biographie officielle :

Lorsqu’on écoute Seemone pour la première fois, on est forcément marqué par son grain de voix si particulier. Un grain de voix naturel, qui n’a pas toujours été facile à accepter, et à faire accepter par les autres.

Mais, à aujourd’hui 21 ans, la jeune artiste a choisi de faire de cette singularité une force, d’assumer pleinement ce qui fait partie de son identité et, désormais, de sa signature musicale : une voix à la fois chaude, puissante et fragile.

Pourtant, la volonté et la ténacité ne suffisent pas toujours, et une carrière est aussi faite d’heureux hasards et de rencontres. Celle avec Fabrice Mantegna a été décisive : à travers un travail rigoureux et bienveillant, c’est lui qui met le pied à l’étrier de la jeune chanteuse en devenir, il y a un peu plus de 4 ans.

Avec elle, il a notamment co-écrit et co-composé la chanson ‘Tous Les Deux’, déclaration d’amour pudique et bouleversante d’une fille à son père.

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seemone,tous  les deux,interview,destination eurovision,mandorInterview :

Depuis un an, il s’est passé beaucoup de choses pour toi. Notamment Destination Eurovision 2019.

C’est une jolie pierre à l’édifice. Je suis arrivée dans cette aventure parce que deux années de suite, les équipes de The Voice m’ont demandé de participer à ce programme. J’ai refusé car je n’étais absolument pas prête et je n’avais pas envie de chanter des reprises. Comme c’est la même maison de production qui s’occupe de Destination Eurovision, ils m’ont proposé le casting. Là, il fallait chanter une chanson originale.

« Tous les deux » existait déjà?

Ce qui est fou, c’est qu’elle avait été créée deux mois avant que l’on me propose ce casting. Grâce à cette chanson, je me suis retrouvée du jour au lendemain dans une aventure qui est démesurée. Je n’avais aucune idée dans quoi j’embarquais. Je n’avais jamais chanté sur une scène, ni devant un public. Et soudain, j’arrive devant des milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs. C’était complètement fou. Les résultats aussi d’ailleurs.

Tu es arrivée deuxième.

Derrière Bilal.

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(Photo : Sylvia Galmot)

Au fond, ce n’est pas mieux d’arriver à cette place ? Non seulement tu as eu un coup de projecteur incroyable, les gens t’ont découvert et fortement apprécié, mais en plus tu évites les reproches en cas de mauvais résultat.

Je sais que c’est une aventure à double tranchant. Sans parler de l’Eurovision en lui-même, rien que dans Destination Eurovision, j’avais l’option de passer inaperçue, de terminer dernière, au milieu ou en première position. Je m’attendais à tout et à rien en même temps.

Tu as un peu craquée sur scène en direct...

Tu imagines la pression que j’ai eue pour une première scène ? Tout le monde m’a vu pleurer. J’ai eu peur que les gens se disent que je n’avais pas les épaules. Apparemment, ça n’a dérangé personne puisque je suis arrivée seconde et que j’ai eu la majorité des votes des jurés. Pour moi, ça a été la consécration. Je ne pouvais pas être déçue.

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Qu’est-ce qu’il se passe dans la tête d’une jeune fille de 21 ans qui reçoit soudainement tant d’amour de tant de gens ?

Je me sentais tellement privilégiée d’être là. Je n’avais pas de mot et donc, les larmes ont coulé. Je souhaite à tout le monde de ressentir ça. Je souhaite à tout le monde, pas forcément qu’aux artistes, de voir l’amour dans les yeux de quelqu’un quand il a fourni un travail. J’étais fière de moi, pas parce que j’avais fait quelque chose de joli, mais parce que j’avais fait quelque chose.

Est-ce à ce moment-là que tu t’es dit que tu étais vraiment chanteuse ?

(Rires) Je me suis considérée chanteuse à partir du moment où j’ai été validée vocalement par mon prof de chant. J’ai une profonde admiration envers lui alors, quand il m’a dit que j’avais compris l’essence du chant, je me suis qualifiée de chanteuse… même si c’était une chanteuse qui devait progresser.

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Quel impact l’Eurovision ! Tu es désormais connue de beaucoup.

Je t’assure que je n’en ai absolument pas conscience. En tout cas, je trouve ça génial parce que je suis arrivée avec ce que je suis. Je n'en ai pas fait des caisses pour attirer l’œil des gens. J’ai eu le luxe d’être moi-même et d’être surexposée à un moment de ma vie où j’étais prête à cela et où j’en avais envie.

Ce qui m’impressionne chez toi, c’est ta volonté de prendre le temps. C’est de la sagesse, de la maturité, de la raison, de la lucidité ?

Je pense qu’il y a un peu de tout ça, mais il y a surtout de la pudeur. Je n’ai pas envie de me transformer pour plaire à des gens. Et ça n'aurait pas été moi si j'avais sorti un album bâclé, juste parce que je venais d’avoir de la lumière sur moi. Je ne peux pas écrire douze chansons en trois semaines. Je préfère faire les choses bien, doucement et sereinement. Je veux du sur-mesure. Je ne veux pas faire de faux pas. J’ai 21 ans et si je rate mon entrée, je m’en voudrais toute ma vie. Je n’ai pas envie de décevoir les gens qui croient en moi. Un des principaux traits de mon caractère c’est cette peur de décevoir…

Clip de "Tous les deux".

seemone,tous  les deux,interview,destination eurovision,mandorTu viens de me parler de pudeur. Il y a de la pudeur dans la chanson pour ton père (photo à gauche), « Tous les deux » ?

Non, elle est complètement impudique. C’est une déclaration d’amour publique à mon père. L’être humain n’est pas à un paradoxe près. Je me protège beaucoup, alors je tente d’être pudique quand il le faut. Par contre, je peux ne plus l’être pour livrer quelque chose dans mes chansons. Je veux qu’on écoute le propos, pas forcément ma voix. Je ne veux pas être une fille qui chante bien, je préfère être une fille qui chante vraie… avec son âme.

Ton père a-t-il été touché ?

Oui. Il l’avait écouté avant Destination Eurovision, mais il était présent dans la salle et ma mère m’a dit qu’il avait pleuré. C’est un papa très présent dans ma vie, il m’aime beaucoup. On se le dit tout le temps, mais j’avais besoin de lui dire différemment.

Dans ma première interview de toi, tu m’as dit que la chanson n’était pas forcément faite pour divertir le public. Tu es toujours d’accord avec toi-même ?

Je pense cela pour mon cas. Je ne suis pas une artiste capable de divertir les gens ou de les faire danser. C’est pour ça que je suis très admirative du travail de Bilal qui sait faire cela formidablement bien.

Divertir, c’est aussi être touché, pas forcément faire de la musique dansante.seemone,tous  les deux,interview,destination eurovision,mandor

J’ai une vision du divertissement qui est plus légère. J’ai l’impression que la musique qui divertit n’est pas celle qu’on écoute profondément, mais celle qui détend. Quand je chante une chanson, je ne sais pas le faire sans la prendre à cœur. Je veux toucher les gens de la même manière que je suis touchée quand je chante. Je ne sais pas cacher quoi que ce soit. Dans le divertissement, je pense que l'on cache un peu.

Que se passe-t-il pour toi aujourd’hui ?

Je suis en train de fabriquer mon album… comme une artisane. C’est long parce que j’écris mes textes. Chanter mes mots, ça n’a pas de prix. J’ai aussi envie de co-composer mes chansons pour ressentir mes chansons encore plus. Je souhaite tout faire moi-même, avec mon équipe très restreinte composée d’Alexandre Mazargil et de Fabrice Mantegna. Nous faisons les choses très méticuleusement tous les trois ensemble, mais les idées et l’énergie viennent de moi parce que c’est mon projet. Chacun amène ce qu’il sait faire et mes deux acolytes savent faire beaucoup (rires).

Tu as une date de sortie quand même ?

J’adorerais qu’il sorte avant 2020. Pour le moment, nous avons six titres au stade de maquette. C’est long parce que je suis capable de réenregistrer huit fois une chanson s’il y a quelque chose qui ne me plait pas. Je veux être capable de chanter chaque chanson corps et âme, alors il faut que je sois très fière d’elle.

Tu ne fais que ça en ce moment ?

A part aujourd’hui, je suis en studio du matin au soir. Le soir, je rentre chez moi, j’ouvre mon ordinateur, j’écris jusqu’à minuit. Je m’endors. Le lendemain, je me lève, je vais au studio etc… Mais quelle belle vie ! La rigueur que j’ai me rassure et me permet de rester constante dans mon travail.

Quels seront les thèmes abordés dans ce premier disque ?

Je suis une grande amoureuse de la vie et l’amour me fascine. Toutes les formes d’amour. Je raconterai ce que je ressens quand j’aime et quand je suis en contact avec d’autres personnes. Je passe par tellement d’émotion. L’amour ça va avec la tristesse, la mélancolie, la joie, la bêtise. Je suis une hyper sensible au sens premier du terme. J’ai toujours été à fleur de peau, je pleure pour rien et pour tout. Pour moi, la musique est une vraie psychanalyse. Je ne vais jamais aussi bien que quand je chante.

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Après l'interview, le 13 mars 2019.

02 avril 2019

Clarika : interview pour A la lisière

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(Photo : Julie Oona)

clarika, à la lisière, interview, mandorClarika, l’une des plus belles plumes de la chanson française, affiche plus de 20 ans de carrière et son public lui est fidèle. J’en fais partie et ce depuis son premier album en 1993, J’attendrai pas cent ans. Elle s’est construit un répertoire irréprochable et une carrière scénique qui forcent le respect et l’admiration de tous. Dans ma précédente mandorisation, en introduction,  j’ai écrit : « A la question, « qu’elle est ta chanteuse préférée ? » je n’ai jamais su qui répondre. J’apprécie beaucoup de chanteuses, mais Clarika a toujours figuré dans le peloton de tête. Et puis là, encore une fois, à l’écoute de ses chansons, je suis fasciné. Par sa voix, par la profondeur de ses mots, ses histoires qui me touchent au plus haut point (alors que je suis un homme, je suppose qu’elle fait remonter en moi ma part de féminité ou quelque chose comme ça), sa manière de raconter la vie… bref, j’ai décidé qu’à partir d’aujourd’hui, je répondrai « C’est Clarika ma chanteuse préférée ». » Je ne change pas à mot aujourd’hui. C’est même la confirmation la plus totale à l’écoute de son  8e album, A la lisière.

Pour parler de ce nouveau disque (à découvrir ici), le 1er mars dernier, elle m’a convié dans un bar de son quartier. Xième mandorisation, mais jamais je ne me lasse…

Argumentaire de presse officiel (mais un peu écourté) :clarika, à la lisière, interview, mandor

C’est à la frontière entre les ineffables vertiges de l’amour et les grandes bascules de l’existence que l’on retrouve Clarika. Pour son huitième album, À la lisière, l’autrice et interprète française dessine en filigrane, avec finesse et causticité, le portrait éclaté d’une femme aux prises avec son époque. 

Et Clarika s’est relevée des combats qui marquent une destinée, de la rupture amoureuse qui appelle à réinventer une vie. Voici donc qu’elle affronte le monde qui vient, conjuguant de front le sentiment prégnant de l’incertitude comme celui, tenace, de la combativité. Bien souvent chez Clarika, l’appréhension des soubresauts de la vie rencontre un fulgurant désir de légèreté.

On croise dans À la lisière un astronaute neurasthénique, une femme bousculant les codes du genre ou la dentellière de Vermeer rêvant à des nuits d’amour avec la Joconde, depuis son cadre du Louvre. Cette galerie de personnages, surprenants et fantasques, sont autant de chemins de traverse que Clarika utilise pour se dévoiler.

Ces ballades entêtantes et ces mantras piquants ont été conçus en tandem avec le compositeur Florent Marchet (Bernard Lavilliers, Calogero, Frère Animal…). Une symbiose qui avait déjà fait mouche lors de l’album très remarqué de Clarika, Moi en mieux, en 2008. À ce duo vient s’ajouter la touche singulière du guitariste et compositeur François Poggio (Etienne Daho, Lou Doillon, Pony Pony Run Run). Un véritable laboratoire d’expérimentations musicales qui mêle aux textes ciselés de la parolière des influences issues de l’électro-rock (MGMT, Charlotte Gainsbourg, Beck ou St Vincent) et des envolées symphoniques façon cinéma. On retrouve également, sur deux titres, le compositeur Jean-Jacques Nyssen.

Avec À la lisière, Clarika est donc là où ne l’attend pas, mutine et bravache face aux aléas du monde, déterminée à prendre la vie comme la mort à bras-le-corps, appelant à faire fi de la peur pour plonger dans l’inconnu.

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(Photo : Julie Oona)

clarika,à la lisière,interview,mandorInterview :

Pourquoi  avoir fait appel à Florent Marchet pour réaliser ton disque (avec François Poggio).

C’est quelqu’un que j’aime depuis longtemps humainement et artistiquement. Notre collaboration s’est faite en deux temps. D’abord, je lui ai envoyé trois textes pour qu’il me donne simplement son avis et éventuellement des conseils. Il m’a répondu le lendemain avec des musiques. En les écoutants, j’ai compris qu’il fallait que ce soit lui qui réalise. François Poggio nous a rejoints un peu après pour coréaliser certains morceaux.

Ton précédent album, De quoi faire battre mon cœur, avait comme thématique bien appuyé la rupture. Dans celui-ci, on est plus dans la reconstruction après la rupture.

Tu crois que mes chansons parlent de moi ? Pas toujours. Ce que je pense n’est pas très intéressant, ce sont les chansons qui parlent…

Oui, d’accord, mais j’ai quand même l’impression qu’il y a beaucoup de toi dans tes chansons.

Bon, j’avoue, dans celles qui sont un peu personnelles, j’ai du mal à tricher avec la vérité. Mais il faut que ce que je chante n’intéresse pas que moi, alors il ne faut pas que sois axée uniquement sur ma personne.

La lisière est le titre de l’album et celui de la première chanson. Elle se trouve où cette lisière ?  

Je dis dans la chanson : « tout est devant, tout est derrière, tout reste à faire ». On a un vécu derrière, il faut vivre le devant qui peut parfois être vertigineux, excitant… et faire peur. Cette lisière peut arriver à différents moments de sa vie, notamment à la suite d’une rupture, mais pas que.

Clip de "Même pas peur" (tournée à Venise).

Dans « Même pas peur », tu racontes le monde à la Clarika, souvent en disant l’exact contraire de ce que tu penses. J’adore ça depuis toujours chez toi.

J’aime bien raconter notre société avec dérision, distance et mauvaise foi, tout en faisant en sorte que le message de base soit bien reçu.

Dans « Ame ma sœur âme », tu t’interroges sur toi-même.

J’interroge une part de moi que je ne connais pas bien. Comment suis-je réellement par rapport à ce que je montre et à ce que les gens perçoivent de moi. Est-ce que mon âme est si bonne que ça ? Est-ce que moi, je suis si bonne que ça ? Comme tout le monde, je sais que j’ai une part de moi assez noire que je ne montre pas. On est tous un peu Docteur Jekyll et Mister Hyde. Il est bon de faire le point avec soi-même de temps en  temps. Me concernant, je ne dois pas être aussi bonne que j’aimerais l’être.

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(Photo : Julie Oona)

Tu parles de la mort assez frontalement dans cette chanson. Tu y penses souvent ?

C’est difficile de ne pas y penser quand tu prends de l’âge, que tu as des enfants… nous naissons pour mourir un jour.

Dans « Tout tout de suite », tu dis : « De toute façon, un jour t’es mort, alors autant qu’on en profite tout tout de suite ».

Comme la mort est inéluctable, elle me fait peur. Je n’ai aucun détachement par rapport à ça.

Tu chantes avec Pierre Lapointe, dans « Venise ».

Je l’ai connu lors des Nuits de Champagne, à Troyes. Il y avait un projet qui consistait à chanter Brel avec 900 choristes. Après, nous nous sommes retrouvés sur un projet de Sophie Calle. Avec Florent, on a très vite pensé à lui pour cette chanson. C’était limpide, comme une évidence.

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Florent Marchet, Clarika et Pierre Lapointe, en studio.

Je t’avoue que je n’ai pas compris la chanson écrite par Jean-Jacques Nyssen, « Je suis ton homme ».

J’avais en tête cette phrase « je suis ton homme », mais je ne trouvais pas l’angle pour aborder le sujet. Jean-Jacques a eu l’idée d’aborder plein d’axes. En général, j’aime bien que mes chansons soient assez claires, mais, sur celle-là, je n’ai pas envie de faire une explication de texte parce que je trouve amusant de brouiller les pistes. Certains peuvent penser que l’on règle nos comptes… ce n’est tellement pas ça.

Ce qui te caractérise, c’est que tu peux aborder n’importe quel sujet, il y aura chez toi un angle jamais écouté ailleurs.

L’écriture sert à trouver des nouveaux axes. Je travaille beaucoup le fond et la forme.

Au bout de huit albums, n’a-t-on pas tout dit ?

Le premier se fait dans l’insouciance, le deuxième, ça va aussi, mais à partir du troisième, effectivement, on se demande ce que l’on va raconter la prochaine fois. En plus, je n’ai jamais de fond de tiroir. Il m’arrive de noter des choses pour ne pas les oublier. Une idée, une formule. J’écris vraiment dans l’urgence d’un album à un intant T de ma vie. C’est une machine à remettre en route et au bout d’un moment, il y a un déclic et ça revient… Mais j’ai besoin de rigueur et une organisation de travail.

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(Photo : Julie Oona)

En 2019, tu es toujours une artiste en état de marche avec un public très fidèle.

Je ne me plains pas de mon sort, mais je sais que c’est de plus en plus compliqué d’être programmé dans les salles. J’ai la chance de faire des tournées depuis un moment et que mon public me suive, mais il ne faut pas croire que tout est simple. Je suis impactée, comme tout le monde, sur ce qu’il se passe dans l’industrie de la musique, notamment, en termes de vente de disques.

Tu seras à la Cigale, le 3 avril. Cela doit être jouissif de jouer les nouvelles chansons, non ?

Oui, en plus on réactualise les anciennes. Nous sommes contents, car nous avons trouvé de chouettes versions pour elles. Et puis, La Cigale, j’adore. Je fais cette salle quasiment à chaque sortie d’album. Le décor sera super beau et les lumières particulièrement soignées. Pour moi la scène doit être un peu magique. Je ne veux pas que ce soit tiède, au contraire, il faut impérativement que cela provoque des émotions.

clarika,à la lisière,interview,mandorOn disait à l’époque où tu arrivais avec La Grande Sophie et deux trois autres chanteuses, que les femmes prenaient le pouvoir dans la chanson. On redit ça aujourd’hui avec l’arrivée de Clara Luciani, Angèle, Fishbach, Juliette Armanet…

Quand nous sommes arrivées avec La Grande Sophie, il y avait plus d’interprètes que de nanas qui écrivaient leurs textes. Depuis, il y en a eu plein. Aujourd’hui, je suis ravie car il y a autant d’hommes que de femmes dans la chanson.

As-tu peur de ne plus être dans le « moove », de ne plus être à la page ?

J’imagine que je ne le suis plus. Mais de part ce que j’écris et les collaborations que je choisis, j’essaie d’aller vers la modernité. En  même temps, je ne vais pas aller vers quelque chose que je ne suis pas. Je ne suis pas une jeune femme de 22 ans, par exemple. J’essaie d’être cohérente.

Penses-tu être estimée à ta juste valeur ?

Oui. Je vois toujours le verre à moitié plein. Je suis toujours là en 2019, j’ai fait huit albums studio, alors que le métier est super compliqué et que j’ai plein de « collègues » qui ont disparu de la circulation. Je me dis que j’ai de la chance d’avoir encore une équipe professionnelle qui m’entoure. Un tourneur, un manager, un éditeur, une maison de disque, des gens qui croient encore en moi… Quand je ne ferai plus de concerts, je serai peut-être un peu déprimée, mais tant que j’en fais, tout va bien.

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Le 1er mars 2019, après l'interview.

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30 mars 2019

Ysé Sauvage : interview pour l'EP Scenario

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(@Amelie Grimber)

ysa sauvage,scenario,interview,mandorJ’ai connu l’existence d’Ysé Sauvage le jour où je suis passé voir mon ami Olivier Bas au Studio des Variétés, le 15 février dernier. Il animait son émission Ricochets pour Radio Néo et avait comme invités Nolwenn Leroy, Marvin Juno et donc, cette jeune artiste en devenir. Habituellement, je ne suis pas prompt à défendre des projets de français qui chante en anglais, mais parfois, je fais exception. Quand c’est exceptionnel ! Et là, c’était clairement le cas. Une voix mélancolique et habitée, une musique folk envoutante, des arrangements subtils et une aisance scénique impressionnante. Durant l’interview d’Olivier (que vous pouvez écouter ici), j’entends un discours mature et volontaire. Sûre d’elle sans une once de prétention. Elle semble savoir parfaitement où elle veut aller, comme si tout était de l’ordre de l’évidence.

Il fallait que je creuse un peu la personnalité d’Ysé Sauvage. Ainsi nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale, le 1er mars dernier.

Argumentaire de presse officiel :ysa sauvage,scenario,interview,mandor

Il souffle dans la musique d’Ysé un vent de chaleur et d’intimité. Agée de seulement 20 ans et multi-instrumentiste, elle s’accapare, plus jeune encore, la technique classique au violoncelle, puis au piano, accompagnée par sa mère, elle-même pianiste. Guitare, percussions : elle gagne son indépendance musicale et s’initie à la création.

Sur scène, accompagnée de ses deux musiciens, elle vous embarque pour un voyage pop-folk orchestral et vocal. Avec une voix innocente et pure, elle déroule ses histoires avec une maturité étonnante.

Baignée dans la culture anglophone dès l’enfance, c’est naturellement qu’elle compose ses titres en anglais. Elle s’aventure ainsi sur les pas d’artistes tels Feist, Bob Dylan ou encore Bon Iver, artistes originaires d’Amérique du Nord où elle a également vécu.

Yael Naim, Alela Diane, Jeanne Added, Tété, Sarah Blasko : depuis la sortie de son tout premier opus, Ysé Sauvage a multiplié les premières parties d’exception. Son concert au théâtre des Etoiles à Paris en novembre 2018 affiche complet et elle est ensuite repérée sur le prix Ricard Live Music 2019. Une avancée sereine qui lui permet de magnifier son petit univers, égaré entre ses angoisses intériorisées, et un phrasé libérant les âmes juvéniles de ses désirs.

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(@Amelie Grimber)

ysa sauvage,scenario,interview,mandorInterview (photo de gauche, Léone Lallemant) :

Ta mère était pianiste et chanteuse lyrique. Elle faisait ses vocalises à la maison ?

Je me souviens qu’elle répétait le soir après nous avoir couchés. Enfant, j’étais très curieuse de son métier. Elle chantait aussi bien dans des opéras que des opérettes. Il y avait donc du texte, alors il m’arrivait de la faire répéter. A 8 ans, je travaillais la diction de ma mère. J’adorais ça.

Ton père écoutait du classique aussi ?

Lui, c’était du rock. Les Rolling Stones par exemple.

Ta mère a souhaité que tu ailles au Conservatoire de Lagny-sur-Marne.

J’ai d’abord pris un an de cours particulier de violoncelle à l’âge de 3 ans. A 4 ans, j’ai continué cet instrument au Conservatoire. Puis, à 12, j’ai dit à mes parents que je continuerais le violoncelle si on me laissait aussi jouer de la guitare. Le piano est venu plus tard, en autodidacte.

Clip de "Same Old".

Tu as rencontré l’univers folk quand tu es partie au Canada en 2012, c’est ça ? ysa sauvage,scenario,interview,mandor

Il y avait une guitare dans la famille où je vivais et je me suis mise à en jouer sérieusement, tout en étant imprégnée de la musique que j’entendais là-bas. La musique folk m’a parlé immédiatement.

C’est quand tu rentres en France en 2013 que tu as commencé à écrire ?

Oui, immédiatement. En un an, je me suis fait repérer et je me suis fait accompagner par le File 7, la salle de concert de Magny le Hongre. En 2015, à l’âge de 15 ans, j’ai fais un premier EP et quelques pros m’ont remarqué aussi.

Mais on chante quoi à 15 ans ? Pas des chansons d’amour ?

J’étais persuadée que c’était possible. Ça me fait rire de réécouter ce que j’écrivais à ce moment-là. C’était naïf, mais à l’époque j’avais l’impression d’avoir des choses à dire sur le sujet. Je me référais évidemment à ce que les autres vivaient et je reliais ça à ma vie. En tout cas, j’étais très étonnée qu’il y ait un accueil, des médias qui me suivent et des premières parties qui me soient proposées… C’est allé doucement, mais avec efficacité. L’ambition de faire ce métier est venu après.

Avec ce nouvel EP, 5 ans plus tard ?

Oui, aujourd’hui, je me sens plus à ma place et je sais un peu plus où je veux aller. J’avais des envies que je n’avais pas sur le premier EP. J’ai eu le temps de me nourrir de plein d’autres styles. Pour moi, créer est naturel, j’espère juste créer de mieux en mieux…  Par exemple, je sais où je veux aller dans l’écriture.

"Blue" pour Le bruit des gravier. Réalisation : Sébastien Brodart.

ysa sauvage,scenario,interview,mandorC’est important pour toi l’écriture ?

C’est primordial. Ecrire, c’est aller au fond de soi, creuser et extraire des choses cachées. Ecrire, c’est pour aller mieux. Il peut m’arriver n’importe quoi, j’en fais une chanson et ça devient du concret.

Tu fais des études de Licence économie et gestion. C’est pour un jour, éventuellement, monter ta maison de production ?

J’ai plus envie de parler de ma musique que de mes études. Je ne veux pas que l’on pense que j’ai un plan de carrière tout tracé. Mais, effectivement, j'ai envie de posséder les outils nécessaires pour produire d’autres gens plus tard. Je me connais suffisamment bien pour savoir qu’écrire, être sur scène, c’est ce que j’aurai envie de faire pendant un certain nombre d’années. Peut-être qu’un jour, quand j’arrêterai de chanter ou en parallèle de ma propre carrière, j’aurais envie de faire vivre les chansons des autres.

Je sens que tu es du style à mener de front plusieurs activités.

Quand j’ai deux minutes de libre, il faut que je les remplisse. Intellectuellement, et pour écrire principalement, je ressens le souhait de me mettre dans des situations où j’ai besoin de réfléchir. Je suis curieuse de tout et j’ai besoin de savoir, d’apprendre continuellement… c’est pour ça aussi que je fais des études en même temps que des chansons.

"I Went too Far". Session live filmée dans le cadre de la finale du Prix Société Ricard Live Music 2019.

Ton nouvel EP est bien accueilli. Tu as eu le prix du public Ricard Live.ysa sauvage,scenario,interview,mandor

C’était une belle surprise. Je sens que ça bouge un peu autour de mon travail. J’ai désormais une équipe et  j’ai pas mal de dates de concerts de prévues. J’ai l’impression que tout se joue maintenant.

Pourquoi chantes-tu en anglais ?

Je n’ai pas trop le choix. C’est naturellement ce qui sort de moi. Les gens n’arrivent pas à comprendre que ce n’est pas une volonté réelle de chanter en anglais. C’est une question d’émotion, de ressenti. Ça m’arrangerait de bien savoir écrire en français. Comme je ne me sens pas de le faire moi, peut-être demanderai-je à des auteurs de le faire pour moi ?

Il faut dire que l’anglais est la langue que tu parles depuis que tu es enfant.

A la maison, depuis toujours, ma mère nous parle dans cette langue. Je précise que j’ai fait des études en Angleterre. Je parle aussi bien l’anglais que le français.

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(@Malik Chaib)

ysa sauvage,scenario,interview,mandorChanter en anglais ou en français, ce n’est pas la même chose vocalement non plus.

Ce ne sont effectivement pas les mêmes tessitures et les mêmes caisses de résonnance. Le jour où je chanterai en français, je vais devoir interpréter autrement.

Dans tes chansons, tu parles d’amour et du temps qui passe. A 20 ans, on pense au temps qui passe ?

J’ai l’impression d’avoir des angoisses de personnes âgées. Par exemple, la mort me terrifie vraiment. A l’âge que j’ai, je sais que je devrais me moquer de tout ça. Le temps qui passe, je veux absolument bien l’exploiter. J’angoisse de mal l'utiliser. C’est pour ça que je remplis énormément mes semaines.

Je reviens à ta maman. Te donne-t-elle des conseils ?

Il y a énormément de pudeur entre nous. Il lui arrive de me donner des vrais conseils professionnels, mais elle sait que ce n’est pas son rôle. Elle me laisse donc faire mon chemin respectueusement. Mes parents suivent ma carrière, viennent me voir sur scène, mais n’interviennent pas quant aux choix que je fais. J’ai vraiment de la chance de les avoir.

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Après l'interview, le 1er mars 2019, au Pachyderme.

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29 mars 2019

Emilie Marsh : interview pour la sortie de son album éponyme

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(© Gil Lesage)

emilie marsh,fraca,interview,mandorJ’adore l’idée d’écouter un disque d’un(e) artiste qu’on ne peut comparer à aucun(e) autre. C’est rare. Dans l’album d’Emilie Marsh qui sort aujourd’hui sur le nouveau label FRACA, on est dans du pop-rock qui, à coups de riffs de guitares saturées et de textes en français écrit avec précision, tend vers un rock énergique, moderne, avec du sens (je suis donc assez d'accord avec la revue trimestrielle Hexagone). C’est assez inédit en France.

J’observe cette artiste depuis des années et je ne peux que louer son évolution. D’un début balbutiant (comme tout le monde), elle maitrise désormais parfaitement son chemin, sa musique, son attitude… et les codes et ficelles du métier qu’elle peut désormais contourner facilement.

L’oiseau tombé du nid est devenu puissant aigle.

Le 7 mars dernier, nous avons conversé un moment dans un bar de la capitale pour évoquer son album, son label (dont elle est à l’origine avec Katel, mandorisée ici, et Robi mandorisée là)… et de bien d’autres sujets.

Biographie officielle :

Sur scène, une guitare blanche Duesenberg se détache sur une silhouette noire, soulignée de rouge à lèvres : Émilie Marsh est une femme guitariste. La formule révèle une attitude et une filiation.

Elle prolonge l'odyssée des héroïnes pop ou rock, qui ont redoublé de talents et d'énergie pour s’imposer parmi les hommes. Depuis quelques années, elle se fraie un chemin jusqu'aux plus grandes scènes en tant que guitariste ou leadeuse (Francofolies, Pause Guitare, Printemps de Bourges...). Elle y apparaît seule, en groupe (BODIE) ou aux côtés d'artistes de renom comme Dani, avec qui elle forme un duo complice (« Sur les ondes »). Elle participe aussi à divers projets musicaux et littéraires : Scènes d’Amour avec Simon Mimoun, et La Nuit Ne Dure Pas en compagnie d’Emmanuelle Seigner et Dani. En mars 2019, elle fera une apparition au cinéma, dans Nos Vies Formidables de Fabienne Godet, dont elle a aussi composé la chanson du générique.

Mi-loup, mi-chaperon rouge, c'est une artiste double : une guitariste vouée aux énergies pop et rock, et une auteure-compositrice habitée par la sensibilité poétique. Osmose des contraires. Son jeu transporte une sueur animale drapée d’élégance. Ses accords électriques se mêlent à la douceur de sa voix pour envelopper des mots ciselés.

Teaser de l'album réalisé par Tristan Sébenne. 

L’album (argumentaire officiel) :emilie marsh,fraca,interview,mandor

Émilie Marsh joue et chante le rock au féminin. Sur son album, elle cultive un style hybride et singulier, combinant le son et le sens. Le thème des textes trouve de l’écho dans les compositions et la production, résolument ancrées dans le présent. Elle revendique le droit au désir, sans engagement, ni étiquette. Le désir charnel, sensuel, et surtout le désir de vivre l’intensité du moment, de jouir de l’instant (« J’embrasse le premier soir »). Au fil de l’album, sa musique traque l’ivresse de l’instant. Elle retient toute l’intensité du moment vécu, 31 minutes pour faire durer le plaisir.

Ecrit et composé par Emilie Marsh sauf « Sur les ondes » écrit par Pierre Grillet, composé par Emilie Marsh et « Vents Violents » écrit par Céline Ollivier (mandorisée là) composé par Emilie Marsh.

Réalisé par Katel & A.L.B.E.R.T mixé par Fabien Martin (mandorisé ici) sauf « Sur les ondes » réalisé par Adrien Daucé mixé par Fabien Martin.

Vous pouvez écouter l'album ici.

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(© Gil Lesage)

emilie marsh,fraca,interview,mandorInterview :

Ce disque est arrivé tranquillement mais sûrement, non ?

Cela s’explique par le fait que j’accompagne de nombreux artistes sur scène à la guitare. Au-delà de ça, il y a eu plusieurs essais, plusieurs versions… De s’extraire de son propre projet permet de voir les choses autrement. Et puis, je voulais d’abord jouer les chansons sur scène pour savoir lesquelles j’allais garder. Ce temps-là a permis de murir le projet et de savoir vers quel son j’allais me diriger. Par contre quand on a enregistré le disque, c’est allé très rapidement. Il me semble que l’on ressent cette urgence dans l’album.

Tu commences à avoir l’image de la chanteuse à la guitare électrique. Il n’y en a pas beaucoup en France.

C’est devenu mon identité. Corporellement, quand j’ai ma guitare électrique, il se passe un truc chez moi que je n’arrive pas à définir. Mais j’ai du mal à m’en passer désormais.

Tu as joué du rock  avec plein d’artistes, évidemment, ça rejaillit sur ton disque.

Je ne sais pas si c’est conscient ou pas, mais en tout cas, j’assume ce côté guitariste rock. L’énergie que je donne sur scène, j’ai essayé de l’intégrer lors de l’enregistrement de l’album.

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Ce soir, Emilie Marsh fête une nouvelle fois la sortie de son disque à Toulouse dans la mythique salle du Bijou. Et ça déménage grave (selon ceux qui ont assisté au concert hier).

J’ai connu plusieurs Emilie Marsh. As-tu l’impression que tu as vraiment trouvé ton style?

Oui, et ça a été long. Au départ, j’étais dans une esthétique plus rock encore que ce que je fais aujourd’hui, ensuite,  j’ai fait une tentative plus pop. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir trouvé l’équilibre entre les deux.

C’est amusant parce que tu n’as pas une voix de rockeuse. Elle est plutôt claire et douce.

J’en ai fait une force en créant un contraste entre la musique et la voix. Pour moi, le rock c’est plus une énergie, une attitude, une manière de gérer la scène et une vision des choses.

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(Photo : Marie Monteiro)

Tu écris et compose toi-même tes chansons. A deux exceptions près. D’abord sur ton duo avec Dani, « Sur les ondes » dont le texte est signé Pierre Grillet, auteur de centaines de chansons pour, entre autres, Alain Bashung, Johnny Hallyday, Marc Lavoine, Sylvie Vartan, Vanessa Paradis, Feist, Caroline Loeb…

Je voulais symboliquement qu’il y ait un duo avec Dani sur l’album parce qu’on a beaucoup tourné ensemble ces dernières années, mais je ne suis pas parvenue à écrire des paroles sur la musique que j’avais composée. J’ai donc choisi un auteur important qui a beaucoup écrit pour Dani. Comme il l’a connait bien, il a vraiment su trouver le bon ton.

Autre chanson dont tu n’as pas fait le texte, « Vents violent ». L’auteure est Céline Ollivier.

Pour cette chanson, j’ai un peu calé sur l’angle et les mots. J’ai donc fait appel à une écriture que je connais bien et qui est assez aérienne. Je trouve que ça collait bien avec ma musique. 

Clip de "J'embrasse le premier soir".

Parlons du très sensuel et audacieux clip de « J’embrasse le premier soir ».

On voulait montrer une vague de baisers qui arrivaient soudainement. C’était un plan séquence absolument fabuleux à tourner. Les figurants ont bien joué le jeu et ont été parfaits.

Dans ce disque, tu n’as vraiment pas peur de revendiquer tes désirs, charnels ou pas.

C’est le sujet de toutes mes chansons : l’importance de l’instant, assumer ses désirs et cette soif de vivre à fond et au présent. Saisir le moment, prendre des risques aussi. Dans mon disque, il n’y a aucun texte au passé ou au futur. Tout est au présent.

Es-tu féministe ?

Je le suis complètement dans ma façon de vivre et dans mon attitude. Tant qu’il y a des inégalités, il faut les combattre. Mes textes n’évoquent pas forcément ça, mais ma vie oui.

Live session de "Goodbye comédie" réalisée par Robi.

As-tu conçu l’album idéal ?

J’ai fait l’album que je voulais faire. Je suis vraiment contente et je l’assume à 200%. C’est la somme de ce que j’ai pu accumuler ces dernières années et la photographie d’un moment. Ce disque me ressemble et c’est pour ça que je ne lui ai pas donné de titre.

Te sens-tu légitime dans ce métier ?

Oui, depuis que je fais beaucoup de scènes avec différents artistes. Le regard sur moi a un peu changé, mais je ne peux pas te dire plus précisément comment et/ou pourquoi.

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Emilie Marsh, Katel et Robi, les créatrices du label FRACA.

emilie marsh,fraca,interview,mandorParle-moi du label FRACA (Fraternité Cannibale) que tu as monté avec Katel et Robi.

Nous sommes trois chanteuses aux compétences différentes. Katel a son studio ; elle fait de la réalisation et de la production musicale, Robi réalise des clips et moi je fais de la scène avec plein de gens et beaucoup d’ateliers. Cela faisait un moment que l’on s’entraidait. Nous faisions même des « soirées chanteuses » où nous évoquions nos problématiques de femmes dans le métier de la musique. Un jour, on a décidé de mutualiser nos forces de manière structurelle. C’est devenu un label. Nous maitrisons maintenant toute la chaine et nous avons une réflexion globale.

Vous n’avez pas la même esthétique musicale et êtes très différentes les unes des autres.

Nous sommes complémentaires et c’est bien là le principal. Nous avons uni nos réseaux pour qu’il s’élargisse. On sait où on va et on se bat pour défendre l’image et l’efficacité de ce label dirigé par des femmes. Je n’ai pas peur de dire que FRACA est un label engagé.

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Pendant l'interview...

Il y a ce que vous appelez « Les nuits FRACA » qui remporte toujours un succès considérable.

On veut que la joie soit liée à notre label. C’est pour cela que l’on rassemble plein de gens pour faire la fête de temps en temps.

Clip de "L'aventure".

Tu es artiste intervenante pour l’organisme de formation de Voix du Sud.

Comme d’autres artistes, j’interviens dans des établissements scolaires, des hôpitaux psychiatriques, parfois des foyers de femmes. Je fais des ateliers d’écriture qui aboutissent à un concert des chansons crées dans la semaine avec des gens qui ne sont pas du tout musiciens.

Pourquoi fais-tu ça ?

Parce que j’adore ça et que j’en ai vraiment besoin. Etre dans la transmission donne du sens à sa propre vie. Je n’en fais que trois ou quatre par an, car cela puise beaucoup d’énergie.

Clip de "Haut le cœur" d'après des images tirées du film Nos vies formidables. 

emilie marsh,fraca,interview,mandorTu joues et chantes dans le film de Fabienne Godet, « Nos vies formidables », actuellement au cinéma.

On a tourné ce film sur le collectif et la solidarité des gens qui sortent de l’addiction il y a deux ans. Au départ, j’avais juste un rôle en tant que comédienne. De fil en aiguille dans une scène se situant dans un atelier musique, la réalisatrice m’a demandé de jouer quelque chose au piano, puis de chanter ce que je voulais. J’avais en tête la chanson « Haut le cœur » qui existait déjà et je trouvais que c’était celle qui collait le mieux au film. La chanson n’est pas sur cette scène là, mais a été gardée pour le générique de fin. C’est un film magnifique qui parle des humains, qui parle de tout le monde. Il faut vraiment le voir.

Une chanteuse est un peu une comédienne ?

C’est plus un dépassement, un prolongement, une extension de ce que je suis, mais surtout pas un rôle. J’essaie de ne pas être différente dans la vie que sur scène. Si je deviens un personnage, ce n’est absolument pas conscient. En concert, je veux vraiment rester naturelle, tout en étant dominante. Dans « Goodbye comédie » je préconise l’idée d’être au maximum nous-mêmes… je suis donc ce que les préceptes dont je parle dans mes chansons.

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A l'issue de l'interview, le 7 mars 2019 au bar Le Pachyderme. 

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26 mars 2019

Loane : interview pour Alone

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(Photo : Dimitri Menchikoff)

27545238_10155047884246277_1965921315291560955_n.jpgJ’ai toujours considéré que Loane était en avance sur son temps. Son deuxième album, Le lendemain, était complètement dans ce qu’on loue aujourd’hui (Jeanne Added, Clara Luciani et autre Angèle). Huit ans après elle revient avec Alone (à écouter ici). Un album pop aux ambiances électro et aux arrangements délicieusement organiques. Elle y évoque de sa plume élégante son histoire récente, ses réflexions sur la vie, le monde, l’amour…

Il serait bon qu’enfin Loane soit reconnue à sa juste valeur.

Le 20 février dernier, je suis allé à sa rencontre dans un bar parisien… (avec l'amicale visite de son amie et néanmoins chanteuse, Rose, après l'interview).

Argumentaire de presse officiel :IMG_9172.jpg

Après avoir collaboré avec la Légende Christophe (“Boby”) ou Lenny Kravitz (“Save us”) sur son album précédent, Loane revient avec Alone, un album qu’elle a réalisé en indé entourée de ses complices ingénieurs du son Ambroise Boret et Yann Arnaud

Seule derrière ses textes, son piano et ses machines, elle livre 11 chansons organiques et sensibles aux mélodies imparables. Quelques invités de prestige l’accompagnent dans ses voyages intérieurs : Michel Gondry  pour un duo (“Ne m’oublie pas”), Stéphane Milochevitch aka Thousand (co auteur de “Before Sunrise”), Auden (co arrangeur de “Before Sunrise”), Olivier Marguerit alias O (co arrangeur de “Andrea”), Rose (co auteure de “Partout”).

Suis-je bien normale, chante-t-elle solaire et solitaire, entourée de son double imaginaire, bercée et guidée par son goût pour les claviers et les beats électroniques. Ayant trouvé l’inspiration entre Paris, New York et Chicago, Loane nous fait voyager à travers son univers passionnant, son grain de voix fissuré et sa sensibilité à fleur de peau. 

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(Photo : Benjamin Decoin)

image1.jpegInterview :

Pourquoi es-tu allée vivre à Chicago pendant près de trois ans ?

Même si je faisais pas mal d’allers-retours, j’avais envie de changer un peu de vie, de mode de vie et de faire de nouvelles rencontres. Il est bon parfois de quitter ses repères. Cette période « américaine » m’a été très profitable. Je ne suis pourtant pas une grande voyageuse. Je le suis tellement dans ma tête.

J’ai lu que tu ne sais pas faire une chanson s’il n’y a pas un soupçon de vérité dedans.

Tu as raison. Ce n’est pas pour rien que j’ai fait du théâtre. Au théâtre, il n’y a plus du tout de vérité. On donne du sens à un texte en se mettant dans la peau de quelqu’un d’autre. Dans la chanson, je joue, chante, porte les textes. Ça vient de quelque part en moi. Je tricote entre la réalité et l’imagination. Je modifie certaines choses pour le bien de la chanson, mais la base est réelle.

Je trouve que ta voix est plus mise en avant dans ce disque que dans les deux précédents. Elle n’est pas mangée par les instruments de musique ou les machines.

On a beaucoup travaillé sur les mixages. Je voulais absolument que ma voix soit au centre pour ne plus me cacher. Dans l’album précédent, j’ai conscience que parfois je me cachais. Avant d’enregistrer Alone, j’ai beaucoup écouté de chanteuses qui m’ont influencée comme Banks, FKA Twigs, Hundred  Waters, Shura ou Rhye. Dans ce qu’elles font, il n’y a rien de trop. Il y a même de l’air, du silence parfois et la voix est mise en avant. Ça m’a certainement influencée.

Clip de "Normale".

Dans ton clip « Normale », tu converses à un double imaginaire ?

Je suis avec moi-même. Quand j’étais seule, j’imaginais que j’allais rencontrer quelqu’un qui pourrait m’accompagner dans tous mes projets. J’imaginais que c’était quelqu’un qui était en tout point comme moi, quelqu’un qui me comprendrait parfaitement. Un double moi-même. Un complément.

IMG_9259.JPG

loane,alone,rose,interview,mandorIl y a une chanson co-écrite avec Rose (mandorisée ici), « Partout ».

J’ai collaboré sur ses deux albums précédents, Et puis juin et Pink Lady, dont la musique de son duo avec Jean-Louis Murat, « Pour être deux ». Comme nous sommes copines et que nous nous voyons de temps en temps, un jour, je lui ai chanté mon refrain de « Partout » et elle m’a donné quelques idées lumineuses.

Tu collabores aussi avec Olivier Marguerit, alias O, un artiste qui vient de sortir un album, A Terre, que j’écoute en boucle. 

Il a arrangé la chanson dédiée à ma fille, « Andrea »… il a aussi posé des guitares très solaires qui n’étaient pas prévus. C’est amusant parce que, quand j’étais enceinte, j’écoutais beaucoup son premier album, Un torrent La boue.

Il y a aussi une chanson avec le réalisateur Michel Gondry (voir photo à droite),  « Ne m’oublie pas ». 48125586_10155675611531277_8583253963644600320_n.jpg

Nous étions voisins et nous nous sommes croisés dans un video club. Il est avenant donc nous avons parlé immédiatement. Ensuite, nous nous sommes recroisés souvent et de fil en aiguille, il a accepté de chanter avec moi. Nous nous sommes bien amusés en studio.

Ton album est très bien accueilli.

J’ai lu de belles choses qui m’ont vraiment touché. C’est une reconnaissance de mon travail qui a été long, massif et profond. Mon but n’est pas de faire un coup, mais d’aller au bout de ce projet nécessaire. Nécessaire.

Clip de "Etat limite".

Tu écoutes Alone avec plaisir ?

Oui, même si je ne l’écoute jamais spontanément. Il faut qu’il y ait une raison bien précise. Mais à chaque fois, je me dis que j’aime vraiment tout. Il n’y a rien de trop. J’ai tellement cherché à être proche de ce que j’aime que je trouve que tout me correspond toujours. Pour résumer, j’ai fait un album que j’aurais aimé écouter. 

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Le 20 février 2019 (photo : Rose)

25 mars 2019

Enrico Macias : interview pour l'album Enrico Macias et Al Orchestra

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J'ai déjà interviewé Enrico Macias, il y a 7 ans, dans le cadre de l'émission de France 2, CD'aujourd'hui. J'en avais fait un reportage particulièrement photographique. Voici un nouvel entretien pour l'un des journaux culturels pour lequel je travaille. Je me suis rendu chez l'artiste le 12 février dernier  pour évoquer son nouveau disque, Enrico Macias Al Orchestra. Voici le fruit de notre conversation. 

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"Adieu mon pays" aux cotés de Kendji Girac.

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Chez et avec Enrico Macias, après l'interview, le 12 février 2019.

22 mars 2019

Marjolaine Piémont : interview pour Sans le superflu

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marjolaine piémont,sans le superflu,interview,mandorMarjolaine Piémont dévoile avec élégance le propos d’une femme singulière, espiègle et audacieuse éprise de liberté. « Après un premier EP Presqu’un animal sorti en octobre 2016, cette « femme qui chante » ne griffe pas, mais égratigne en douceur avec ses mots mordants » explique encore l’argumentaire de presse.

Mais tout cela, je l’ai déjà raconté dans ma première mandorisation de la chanteuse datant d’il y a deux ans, à l’occasion de la sortie de ce fameux EP. J’attendais la suite avec impatience tant j’aime la voix, les chansons moderno-ironico-pince-sans-rire et la personnalité de Marjolaine Piémont. Sans le superflu est un disque d’une femme d’aujourd’hui aux textes malins et fins... et hyper bien produit. Un must dans cette production française parfois un peu trop classique. 

Vous pouvez écouter l'album ici.

Le 21 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale.

Biographie officielle :marjolaine piémont,sans le superflu,interview,mandor

C’est en février 1994 que Marjolaine découvre la féminité, l’audace et la fragilité de Barbara sur scène. C’est un bouleversement pour Marjolaine, elle qui chante Purcell et Schubert lors de ses cours de chant au Conservatoire. Désormais, elle se consacrera à la chanson française. Et plus encore à ces femmes, qui osent chanter et affirmer leur indépendance.   Assoiffée de liberté, Marjolaine Piémont prend des trains à travers la plaine d’Alsace et arrive à Paris. L’histoire commence royalement avec Pierre Cardin qui lui offre son premier contrat chez Maxim’s. Elle arpente les scènes des caves de Saint-Germain-des-Prés aux toits de Montmartre, de bars bondés en salles clairsemées, de Kaliningrad à Abidjan, et chante même en japonais ; le Japon, son pays d’adoption qui lui propose une tournée « Hit Songs » de chansons françaises à travers tout le pays.   D’aventure en aventure, elle participe à des équipées fantastiques telles que Sol en Cirque ou encore Mozart l’Opéra Rock.   Cigale, Marjolaine chante mais travaille à aiguiser sa plume. De sa rencontre avec des compositeurs tels que Vincent Baguian, Phil Baron ou Aldebert, Marjolaine va séduire peu à peu par ses chansons, des tremplins et des festivals : Muzik’Elles, Le Mans cité Chansons, Les fils de Georges, Changez d’air, Prix Moustaki ou le Pic d’Or.   En octobre 2016, sort son premier EP Presqu’un animal. Il s’en suit Presqu’une tournée avec notamment les premières parties de Zazie sur sa dernière tournée.

Le 11 janvier 2019, paraît l’album Sans le superflu réalisé par William Rousseau et Edith Fambuena.

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marjolaine piémont,sans le superflu,interview,mandorInterview :

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est qu’elles ont toutes l’air légères, or, pas tant que ça. Dans « Je suis bonne » par exemple, tu parles des femmes soumises…

Souvent quand on veut aborder des sujets graves, je trouve que le message est mieux véhiculé quand on y met un peu d’humour et de dérisoire. J'ai l'impression que ça rend le message sous-jacent plus fort. Cette chanson plait même aux hommes, alors que j’en dénonce certains qui traitent les femmes comme des plantes vertes.

As-tu rencontré des femmes qui se sentent concernées par cette chanson. Ce n’est pas évident d’admettre que l’on est une femme objet.

Il y en a qui l’admettent, mais à un moment donné, elles ont dit stop. Il y en a aussi qui sont dans ce cas de figure, mais qui s’en défendent. En tout cas, ça déclenche beaucoup de discussions.

Clip de "Je suis bonne".

Dans ton clip, il y a tous les clichés possibles et imaginables, c’est ce qui le rend drôle.

Dans les années 80 et 90, j’ai grandi avec une télévision très sexiste. La place de la femme dans Cocoricocoboy par exemple était incroyable. Les femmes avaient les seins à l’air et dansaient. On ne pourrait plus faire ça aujourd’hui. Il y en a d’autres qui retournaient les lettres dans un jeu télévisé, d’autres encore qui présentaient des prix comme si elles se vendaient. J’en passe et des meilleures.

Ça te choquait à l’époque ?

Oui, beaucoup. Je ne comprenais pas pourquoi on ne voyait jamais d’hommes faire ça.

Dans « Il était une fois », tu parles de l’arrivée d’une sœur et de la jalousie qui s’en est suivie.

Même si cette chanson n’est pas complètement autobiographique, je suis l’ainée d’une fratrie. Quand ma sœur est née, j’ai éprouvé de la jalousie et elle m’est restée pendant des années. C’est très difficile pour un enfant de trouver sa place dans une famille. Tu deviens ce que tu es par rapport à l’amour que tu as reçu ou non pendant l’enfance. Vraiment, il faut soigner l’enfance. Aujourd’hui, avec ma sœur, nous nous entendons très bien.

Depuis que j’ai entendu « Serrer la main », je préfère te faire la bise.

(Rires). Un jour, j’avais rendez-vous avec un directeur artistique. A un moment, il est parti aux toilettes uriner et il est revenu très vite. Tellement vite que je me suis dit qu’il n’avait pas pris le temps de se laver les mains. Au moment de partir, il m’a serré la main et ça m’a donné l’idée de cette chanson.

Comme quoi, une chanson tient à peu de choses.

J’adore trouver des thèmes tirés de situations ordinaires, voire anodines de la vie.

Tu rends hommage à ton homme dans « C’est beau un mec à poils » ?

Oui. C’est une des premières chansons que j’ai écrite. Mon homme est de type méditerranéen, assez poilu, donc. Plus généralement, c’est un hymne à ces hommes qui bordent la méditerranée.

Il y a aussi des moments plus mélancoliques, « Le parcours de santé » en est un. Tu te balades dans un cimetière pour aller te recueillir sur la tombe de ton père.

Parfois on se sent encore plus vivant d’être dans un cimetière, mais parfois on se sent triste d’aller dans cet endroit où repose quelqu’un qu’on aime.

Marjolaine Piémont et WEPOP : "Ma beauté intérieure".

Dans « Sans le Superflu », tu évoques les masques et le maquillage que tu portes pour ne  pas te montrer exactement comme tu es.

C’est valable dans mon métier et dans ma condition de femme. On essaie toujours de se montrer sous son meilleur jour. Est-ce que, sans ce travestissement, je serais aimée de la même façon ? Je me pose souvent la question. Parfois je me dis qu’heureusement que j’ai tout ce décorum autour de moi, il me permet de ne pas trop montrer la noirceur qu’il y a en moi.

Est-ce que tes chansons te ressemblent ?

Comme j’ai beaucoup travaillé mes chansons, je peux dire que c’est moi, mais en mieux. Je ne pense pas être très drôle dans la vie, mais il m’arrive parfois de sortir une phrase cinglante. Ça peut surprendre.

Il me semble que « L’amour nous a roulés dans de beaux draps » est une chanson sur la solitude.

Tu as raison, parfois, on peut se sentir seul à deux. La relation avec sa compagne ou son compagnon est sinusoïdal.

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Pendant l'interview...

La solution est de ne pas vivre ensemble ?

Je ne dis pas ça. J’aime beaucoup la vie en couple. J’aime le partage et j’aime le fait de connaître de mieux en mieux l’autre. C’est très intéressant de connaître à ce point quelqu’un. Ca renforce l’amour et le couple. On se rend compte qu’on aime la personne, même avec ce qu’elle a de plus noir ou d’énervant.

La dernière chanson de l’album est « La sol do mi ». Au début je pensais que c’était l’histoire d’un directeur artistique qui voulait « mettre le grappin », sexuellement, sur une chanteuse.

Ce n’est pas une chanson à prendre au premier degré. En fait, j'ai eu la sensation de me faire voler un texte de chanson. J’ai donc eu l’impression qu’on me l’avait faite à l’envers. Je ne veux pas en dire plus, mais elle a très bien marché. Ça a été la chanson phare d’un album d’un immense interprète. 

Ton album est bien accueilli. J’ai lu de beaux papiers sur lui.

Je suis ravie car j’ai de jolies chroniques dans des journaux comme FrancoFans et Hexagone. Ils m’importent beaucoup parce qu’ils sont faits par des personnes qui sont passionnés, pointilleux et qui connaissent parfaitement la chanson. C’est important pour moi la reconnaissance de mes pairs.

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Après l'interview, le 21 février 2019 au Pachyderme.

20 mars 2019

Auren : interview pour Numéro

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(Photo : Ismaël Moumin)

auren,numero,calexico,interview,mandorUn soir d’avril 2016, Calexico joue à l’Epicerie Moderne, à Lyon. A la fin du concert, Auren (mandorisée là en 2013 pour son premier album J’ose) confie à l’un des membres du célèbre groupe venu de Tucson quelques maquettes de ses nouvelles chansons. C’est ainsi que débute l’histoire de ce disque…

Nous nous sommes retrouvés au Studio des Variétés le 15 février dernier pour continuer l’histoire… qui fait désormais partie de son histoire.

Biographie officielle :

Née à Lyon, Auren est d’abord pianiste. Revendiquant son attachement à la variété francophone autant qu’à la simplicité brute d’un Johnny Cash, la jeune musicienne écrit ses titres et trace pas à pas son chemin toute seule, commençant par les petites scènes pour aboutir à des premières parties prestigieuses telles que celles de Chris Isaak ou Francis Cabrel. Débrouillarde et pleine de ressources, elle prend alors le temps de multiplier et triturer ses chansons avant d’enregistrer son album J’ose, sorti sur le label Naïve en 2013, réalisé par Nicolas Dufournet, dans lequel la chanteuse s’enhardit à développer toutes ses facettes musicales. L’album fera l’objet d’une tournée de plus de deux ans, dont quelques dates en compagnie de Benjamin Biolay, Yodelice ou Alex Beaupain. Des prestations toujours très remarquées, puisque encore tout récemment, en 2017, Olivia Ruiz elle-même, conquise par l’artiste, lui demanda d’assurer ses premières parties jusqu’à la fin de sa tournée.

Argumentaire de presse :auren,numero,calexico,interview,mandor

Aujourd’hui, Auren ose encore. Car Calexico, le groupe légendaire, a non seulement flashé sur les chansons de la petite frenchie, mais a décidé de réaliser entièrement le nouvel album. Voilà Auren embarquée pour Tucson. But du voyage, le vaste studio Wavelab, au milieu des cactus de l’Arizona, fréquenté par des artistes comme Amos Lee, Jean-Louis Murat, Dominique A, Giant Sand, Charlotte Gainsbourg et bien d’autres, y compris bien sûr Calexico.

Là, sous la houlette de Joey Burns, le fondateur multi-instrumentiste de Calexico, et de son compère batteur et percussionniste John Convertino, s’élaborent peu à peu les onze chansons de l’album. Des sessions enregistrées live avec la participation d’autres musiciens du gang. Résultat, un écrin sonore analogique et organique, foisonnant et vivant, comme des battements de cœur rythmant l’ivresse des grands espaces.

auren,numero,calexico,interview,mandorLe disque :

A l’unisson du thème de l’album, baptisé Numéro : une galerie de portraits de femmes, glanés au hasard des rencontres, alliage poétique d’observations vécues et de ressentis personnels. De sacrées numéros donc, toutes différentes, attirantes, singulières : l’impatiente, la révoltée, l’amoureuse, l’intrépide, l’excentrique, l’indécise, la paradoxale... Des chansons écrites là-haut sur la montagne savoyarde où vit désormais l’artiste, mises en musique par Romain Galland avec la participation de Gérald Raffalli, et enrichies des climats luxuriants de Calexico. Mais des chansons qui n’appartiennent qu’à Auren, cœur, corps et âme. Ballades folk-pop sur refrains entêtants, le tout servi par une voix à la fois puissante et sensuelle voilà qui fait de cet album, comme de son interprète, un numéro unique.

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(Photo : Ismaël Moumin)

auren,numero,calexico,interview,mandorInterview :

Il faut oser trouver un artiste pour faire écouter son travail. C’est ce que tu as fait un soir de 2016...

Quand Naïve m’a rendu mon contrat, ça devenait un peu plus compliqué pour moi. Je me suis demandé quelles étaient mes rêves et ce dont j’avais envie. Je trouvais que travailler avec Calexico était inatteignable, mais en même temps, qui ne tente rien n’a rien. J’ai donc envoyé les maquettes au management du groupe par mail. La manageuse me dit qu’elle fera passer tout ça à Joey Burns. Un  mois après, elle me répond qu’il n’est pas intéressé.

Ça commence mal, mais tu ne te décourages pas.

Avril 2016 arrive. On va au concert de Calexico à Lyon. A la fin du concert, mon homme m’encourage à me rendre au stand merchandising. Je vois l’un des guitaristes signer des albums et je me présente. Je lui explique que je rêve de travailler avec Joey Burns et John Convertino. Il me promet qu’il va leur remettre ma maquette et ma lettre. A une heure du matin, je reçois un mail me demandant si je suis encore dans les parages. Je n’ai répondu que le lendemain matin puisque je dormais. Je leur propose de venir les rejoindre à Berne 10 jours plus tard, car ils y jouaient.

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(Photo : Ismaël Moumin)

auren,numero,calexico,interview,mandorQue se passe-t-il dans ta tête pendant ces dix jours ?

J’étais surexcitée. Je me posais plein de questions sur ce qu’ils attendaient et sur la manière dont notre rencontre allait se dérouler.

Et donc, 10 jours plus tard ?

Il pleut beaucoup, la route est compliquée, je les préviens que je vais avoir une heure de retard. Ils me disent qu’il n’y a pas de problème, qu’ils écoutent mes chansons et qu’ils trouvent ça vraiment bien. Quand j’arrive à Berne, je rentre dans le club où ils sont en train de faire la balance. Ils me voient, arrêtent tout et Joey descend pour me faire un hug. J’étais très émue.

Ensuite ?

Il m’a présenté à toute l’équipe, puis ils ont continué la balance et après, j’ai discuté longuement avec Joey. Il m’a parlé de mes chansons en me citant les titres, je n’en croyais pas mes oreilles. A un moment, je lui demande s’il serait d’accord pour que j’enregistre mes nouvelles chansons au mythique studio de Tucson. Il me répond qu’il pense que c’est possible.

Il comprend le français ?

Non, mais je lui ai traduit toutes les chansons avant d’aller enregistrer.

Après, vous vous êtes revus en Allemagne.

Oui. J’étais accompagné de Romain Galland, mon guitariste. Joey nous demande de jouer et, après notre prestation, il nous dit que c’est bon. On va enregistrer ensemble à Tucson. Il a réservé le studio et l’endroit où on dormait. Je me suis dit « c’est quoi ce truc qu’il m’arrive ? » Comme quoi, parfois, il faut aller chercher ses rêves…

L'envers du disque… reportage très intéressant sur les coulisses de l'enregistrement avec de nombreux extraits. 

Quelques photos au studio Wavelab à Tucson - Arizona.

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Romain Galland, Auren, Joey Burns et John Convertino.

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(Photos : Martin Cuchet).

Comment as-tu vécu l’enregistrement ?

J’ai appris beaucoup. Il y avait chez Joey et le réalisateur beaucoup d’exigences. Une manière d’enregistrer très différente, beaucoup de live et de « one shot ». D’abord on plantait la rythmique. Tant que guitare-basse-batterie ne sonnaient pas, nous n’allions pas plus loin. Cela dit, avec eux, ça va assez vite (rires). En a enregistré sur bande les instruments additionnels, les voix, les chœurs…   à l’ancienne quoi !

Tout s’est bien passé ?

Oui, dans l’ensemble. J’étais quand même très impressionnée, très intimidée. Et j’ai perdu ma voix pendant 3 jours… mais pour moi, cette aventure a été une vraie école de la musique. Il y a eu un avant et un après.

L’album est celui dont tu rêvais ?

Je suis très heureuse parce que ce n’est pas Auren par Calexico, ni Calexico par Auren. Ils ont réussi à magnifier ce qu’on avait préparé en amont à Paris avec Romain. J’ai mis tout mon cœur et toute mon âme dans ce disque. Je l’adore à 100%. Je suis hyper heureuse du résultat. J’aime même ses défauts, j’aime le son qu’il a. C’est vivant !

Clip de "Moi, Jane".

Textuellement, tu parles beaucoup des femmes d’aujourd’hui, mais ce n’est pas un disque féministe.

C’est un album de femmes, voire un album d’une femme. Ce sont mes propres ressentis par rapport à ce que je vis et ce que je vois dans la vie des autres. Rien n’est inventé. Dans « Emilio », je raconte l’histoire d’amis à moi qui, après 20 ans de mariage, font chambre à part ou s’en vont parce que le désir s’est éteint. « Edith », c’est l’histoire d’une jeune femme que j’ai croisé pendant que j’animais un stage de chant. Au départ, quand j’ai écrit ces chansons, je ne pensais pas dresser des portraits. En tentant de prendre de la hauteur, il a fallu que je me rende à  l’évidence… si, ce sont uniquement des portraits de femmes.

Je ne parle jamais des titres, mais là, je m’interroge sur Numéro.

Il y a plusieurs sens, mais c’est surtout parce que toutes ces femmes sont toutes de sacrées numéros (rires). Et c’est mon numéro d’artiste. Dans Starmania, opéra-rock que tu connais bien, je crois, Claude Dubois chantait « J'aurais voulu être un artiste, pour pouvoir faire mon numéro »…

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Photo : Martin Cuchet
Tucson - Arizona - 2017

Je trouve que par rapport à ton premier disque Ose, ta voix a évolué. Je me trompe ?

Je crois que j’ai acquis en liberté et en confiance. Les scènes après J’ose m’ont donné confiance et de la technique. Ma vie personnelle aussi. Changement de vie, changement de lieu de vie, changement de conjoint... tout cela a fait que ma voix s’est épaissie et qu’elle est plus libre.

La voix est en rapport avec les événements de ta vie ?

La voix fait partie de la communication à 100%. Mais je vais jusqu’à dire que tout le corps l’est. Je crois beaucoup à ça.

Quand on est heureuse, on chante mieux ?

Oui, je crois. Quand on est plus épanouie, on est plus ouverte, donc on peut aller plus loin dans sa puissance de femme.

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Photo : Martin Cuchet
Tucson - Arizona - 2017 Auren et Romain Galland.

Après avoir travaillé avec Calexico, tu vas aller vers quel autre rêve ?

Je ne sais pas encore. Il y a beaucoup de musiciens qui m’intéressent. Mais pourquoi ne pas recommencer avec eux ? Je ne m’interdis rien.

Tu as gardé des relations avec eux ?

Ils sont contents du disque et continuent à être au petit soin avec moi. Joey m’envoie des messages tout le temps pour savoir où j’en suis, ce qu’en pensent les journalistes… Les journalistes et les gens trouvent que c’est un album agréable dans lequel tu voyages et où il y a de jolies histoires. Tu sens l’ouest américain, mais tu sens aussi la chanson. Je suis heureuse de ne pas être dans la mouvance.

Qu’est-ce qui te fait dire cela ?

Pour rentrer en radio, c’est un peu compliqué pour moi. Je ne suis pas electro pop ou electro rap, je ne sais quoi. Je suis folk chanson.

FIP est partenaire de l’album. C’est la grande classe.

Je suis heureuse de cela. C’est un vrai beau cadeau. Ça fait du bien.

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Photo : Martin Cuchet
Tucson - Arizona - 2017

C’est l’album qui te ressemble le plus ?

Je ne suis jamais allée aussi près de ce que je voulais. J’ai toujours eu peur du temps qui passe et finalement, je trouve que le temps est pour moi un véritable allié dans ma consistance artistique et dans ma profondeur d’artiste. Plus j’avance, plus je sais où je peux aller… et plus ce que je produis me ressemble.

Etre artiste, c’est un combat de tous les instants ?

Oui. Il faut toujours croire en ce que l’on fait. Il faut faire la différence entre ce que l’on fait et sa réussite commerciale. Ce n’est pas parce que ça marche ou ça ne marche pas que ce n’est pas bon.

Ce que tu dis là, pour moi, c’est une évidence.

Au fond, nous les artistes, nous sommes d’éternels insatisfaits, donc on a toujours envie que ça aille plus loin, plus haut, plus fort. On a envie que ce que nous avons créé soit partagé au maximum.

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Après l'interview, le 15 février 2019.

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16 mars 2019

bESS: interview de Guillaume Fanchon pour l'album Metz

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bess,guillaume fanchon,metz,interviewLe Messin Guillaume Fanchon est à l’origine de bESS. Après des débuts en anglais, le groupe aux inspirations anglo-saxonnes s'est mis au français dans son troisième album, Metz (ils reprennent même Michel Legrand, « Les Moulins de mon cœur », voir le clip plus bas). Il n’est pas exagéré d’affirmer que leurs chansons s'autorisent de grands écarts musicaux, mais l'esprit de bESS est toujours là, car cette pop empruntée aux anglais leur colle à la peau.

J’ai rencontré Guillaume Fanchon, le 13 février dernier dans sa loge de La Boule Noire où bESS se produisait deux heures après.

Biographie officielle :

-bESS- (à l’origine brit ESSence) est un groupe français aux inspirations Brit pop. Bercé par The Divine Comedy et Radiohead, c’est sur scène que le quatuor fait ses armes enchaînant plus de 200 dates. Il se pose en studio pour enregistrer son premier album. Everybody wants to have a good life se veut un hymne à la vie. Lyrique, mélodique et rocailleux. Le magazine ELLE loue leurs « mélodies envoûtantes » et Le Magazine Rock One les nommera parmi les meilleurs espoirs rock.

L'histoire du groupe bESS (époque langue anglaise).

Ils remportent la 1ère place du Prix Ricard aux votes du public et enchaînent à 4 une tournée qui les bess,guillaume fanchon,metz,interviewmènera dans des grands Festivals français comme Musilac, Beauregard, Imaginarium et les Déferlantes. Ils enregistrent alors leur 2ème album Human, né de l’observation de ce monde où le beau et le laid se côtoient étrangement. André Margail rejoint le groupe sur ce 2ème opus pour apporter sa touche à la fois rock et aérienne. Guitariste incontournable de nombreux artistes, il a joué avec les plus grands : Jane Birkin, Jacques Higelin, Mark Knopfler... -bESS- partage alors la scène avec Supertramp.

Avec Human, le groupe atteint plus de 20 000 fans sur les réseaux sociaux et le clip « Human » totalise à lui seul plus de 200 000 vues Facebook. « Une Pépite Britpop atmosphérique, qui s’inscrit en droite ligne d’icônes pop » dixit Rolling Stone Mag. Krishoo (FFF) rejoint le groupe à la batterie pour la nouvelle tournée qui accompagne la sortie du nouvel album Metz.

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Le 13 février 2019 à La Boule Noire.

bess,guillaume fanchon,metz,interviewInterview :

Avant bESS, il y a eu un premier groupe qui a quand même remporté le titre de Découvertes du Printemps de Bourges.

C’est au début des années 90, les Tommyknockers. C’était presque du grunge, mais nous étions quand même très inspirés par des groupes comme Radiohead. A l’occasion de la sortie de leur premier album, Pablo Honey, on a fait la première partie de Radiohead en 1993 dans une librairie où ils jouaient en acoustique. On a discuté longuement avec Thom Yorke et Colin Greenwood et nous sommes devenus un peu potes. C’est une vraie rencontre.

Et The Divine Comedy ?

Pareil. On a fait trois concerts avec eux et là encore, nous sommes devenus amis. Avec ces deux groupes, on a perdu le contact aujourd’hui. Ils ont pris tellement d’ampleur…

Je t’interviewe comme jeune artiste alors que tu as plus de 20 ans de carrière.

(Rires). Je suis un artiste en développement toute ma vie. C’est un parcours de vie finalement. Il y a eu les Tommyknockers, London Sofa, In and Out et bESS. Comme je ne me vois pas faire autre chose, que je sois célèbre ou non, ça ne change pas grand-chose. Ça fait 20 ans que j’écris des chansons, que je fais de la musique, que je monte sur scène, que le plaisir est intact…

Est-ce qu’on peut dire que les choses sérieuses ont commencé quand tu es arrivé il y a dix ans à Perpignan ?

Je ne sais pas. J’ai monté un groupe avec le guitariste, Matthieu Tarbouriech. On était en duo pendant trois ans. Très vite, on a fait la première partie de Selah Sue dans un festival à côté de Perpignan. Sylvain Philipon, notre ingénieur du son, nous a repérés à ce moment-là. Lui, il bossait avec Cali et d’autres artistes. Il nous a demandé si on voulait bien enregistrer trois titres ensemble. On a accepté et nous nous sommes retrouvés dans le studio de Cali avec d’autres musiciens, dont certains à lui, parce qu’on ne pouvait enregistrer qu’à deux. Depuis 8 ans, les choses se sont professionnalisées pour nous. Nous avons des musiciens qui ont joué avec Cali, Niagara, FFF… Même si on n’est pas trop connus, j’ai vraiment l’impression d’avancer.

Clip de "Vingt Saint Valentin".

C’est ton premier album en français, mais musicalement, tes musiciens et toi êtes dans la même veine  que les deux albums précédents.

Oui, c’est pop, rock, Britpop… c’est vraiment la musique qui nous fait vibrer. Chanter en français me demande beaucoup plus de concentration  parce que quand on interprète en anglais, la mélodie prend le pas sur les paroles. En France, les gens font moins attention au texte quand ils entendent la langue anglaise, alors que personnellement, je fais toujours très attention à ce que j’écris. Ils vont plus faire attention à l’émotion que va dégager la voix et celle que vont dégager les mélodies. Quand on chante en français, l’attention du public est complètement modifiée.

Malgré le changement de langue, il y a la même patte musicale.

C’est une vraie envie que  j’avais. J’ai fait en sorte d’arranger les morceaux et de placer les guitares de la même manière qu’avant... il fallait que ça sonne encore anglais. Ma culture reste anglaise tout de même. Mon arrière-grand-père était anglais, j’ai vécu en Angleterre…

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Pendant l'interview...

Pourquoi chanter désormais dans ta langue natale ?

Quand j’écris une chanson, ça part toujours d’une émotion, d’un vécu, d’un ressenti… ensuite, je laisse venir les mots. Il s’avère que sur tous les derniers textes que j’ai écrits, ils venaient en français. Je ne sais pas pourquoi. Au final, quand j’ai fait écouter mes nouvelles chansons aux autres musiciens, ils ont été surpris, mais ils ont aimé.

Du coup, chantes-tu de la même façon ?

Non. Ce sont deux langues qui raisonnent sur deux fréquences différentes. La langue anglaise est plus dans les aigus. Ça me plaisait bien parce que cela me permettait d’utiliser ma voix de tête. En français, on est obligé de se poser un peu.

Clip de "Les moulins de mon cœur". Images: Kevin Froly - Aurélien Richter- Archives Idem creative Art school. Musique : Michel Legrand. Texte: Marilyn et Alan Bergman

Tu te cachais derrière les mots en anglais ?

En écrivant en français, je n’ai pas le sentiment d’être plus personnel, sauf qu’inconsciemment, si en fait. Je suis plus dans le sens…

L’album Metz fourmille de trouvaille. Il faut l’écouter plusieurs fois pour tout déceler…

Tu as absolument raison. On a beaucoup travaillé. Il y a plusieurs lectures dans nos chansons donc plusieurs écoutes sont nécessaires pour aller chercher tout ce que l’on a mis dedans. J’aime les albums riches. J’aime quand, à la première écoute, je sens que je n’ai pas tout entendu. Metz est un album qui se découvre par touches.

Clip de "Metz".

Parle-moi de l’histoire de la chanson « Metz ».

Ma maman est tombée malade, je suis donc retourné à Metz il y a un an. Elle a eu un cancer foudroyant et elle est décédée en juillet. Je voulais que cet album s’appelle Metz aussi pour elle. La chanson raconte la ville, ses lieux emblématiques mais aussi un voyage, une vie entière qui nous transporte de Lorraine en Catalogne, les gens que l’on rencontre et ceux qu’on laisse derrière soi. Je jette un regard sur mon passé. Inconsciemment, il y a une symbolique un peu « spirituelle ». C’est bizarre, à la base, j’ai écrit cette chanson pour mon épouse, mais quand je la réécoute aujourd’hui, je me rends compte qu’il y a une double lecture et qu’on peut imaginer que c’est aussi pour ma maman. J’avais écrit le texte avant de la savoir malade. Les hasards…

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Le 13 février 2019 à La Boule Noire.

Tu as des thèmes récurrents dans tes chansons. Notamment sur l’observation du temps.

Oui, l’observation du monde et le temps qui passe. Ça me travaille quand je vois mes enfants grandir. Le temps prend de plus en plus de sens pour moi.

Tiens, je vais faire une lapalissade. La scène, c’est ce que vous préférez dans ce métier ?

C’est là où on est bien et, surtout, c’est là où  le groupe existe. On essaie de faire de jolis disques et de jolis clips, mais finalement, sans médiatisation, sans label connu, sans maison de disques, sans soutien financier derrière, pour faire exister un album, il n’y a que la scène. Ce qui compte le plus, c’est le partage avec le public.

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Après l'interview, le 13 février 2019.

14 mars 2019

BAST : interview pour son premier EP Vertiges

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bast,vertiges,interview,mandorIl y a une nouvelle génération de rockeur (un peu pop) qui arrive depuis quelques mois en France. Des artistes comme Dani Terreur, Arthur Ely, Solal Roubine, Antoine Elie… et BAST. Cette génération (qui peut compter comme grand frère Radio Elvis et Feu! Chatterton) est très enthousiasmante. BAST m’a tout de suite interpellé. Un physique à la James Dean et une attitude rock à la fois naïve et inspirée, très touchante. Son premier EP, Vertiges (que pouvez écouter là, à votre convenance), pas vraiment triste, mais un peu, souvent dansant,  parle d’évasion, de rêve et de décadence. Pas de doute, ce jeune homme de 26 ans cherche la place qu’il occupe dans la société… comme nous tous finalement.

Le 19 février dernier, BAST et sa manageuse m’ont convié dans leur fief, un bar de la capitale dans lequel on se sent bien, pour une première mandorisation…

Biographie officielle : bast,vertiges,interview,mandor

C’est à l’âge de 7 ans que BAST, de son vrai nom Bastien Jorelle, se retrouve sur un piano. Il se met très vite à écrire des chansons et décide d’intégrer la Maitrise des Hauts de Seine, chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris

Il fait ses premiers pas sur scène à l’Opéra Bastille dans le rôle d’un des trois garçons de La flûte enchantée de Mozart et c’est ce jour-là, sous les acclamations du public, qu’il éprouve le désir d’en faire son métier. 

Durant sa mue, Bastien s’intéresse au rock avec Elvis Presley, les Rolling Stones ou encore Joy Division et monte son premier groupe The Croissants. Après plusieurs dates, dont une au Gibus et une autre au New Morning, la formation est finalement dissoute et donne naissance au groupe Inner Brain dont Bastien en deviendra le leader. Un EP  éponyme est auto produit et plus d’une cinquantaine de concerts sont donnés (La Cigale, Le Divan du Monde, Bus Palladium, Festival Les Déferlantes …). 

Inner Brain évoluant dans un style pop rock anglophone, Bastien se lasse et se lance en solo dans sa langue maternelle, le français : c’est ainsi que naît BAST

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(Photo : David Poulain)

bast,vertiges,interview,mandorArgumentaire de presse de l’EP Vertiges :

Il réunit cinq titres, tous écrits et composés par BAST.

Il aborde dans ses textes les thèmes de l’évasion, du rêve et de la décadence de son époque.  Dans « Paradise » et « La Nuit acidulée », l’homme, le protagoniste de ses histoires, apparaît comme dépendant d’une femme aux caractères mystiques.

BAST définit sa musique de « Rock’n’Pop à la française ». Le rock pour les tripes et la recherche d’une authenticité dans l’interprétation. La pop pour un esthétisme sonore et un désir d’efficacité.   

Versez dans un verre une goutte du Velvet Underground et de Jacques Higelin. Ajoutez un zeste de La Femme, de Flavien Berger et vous avez un avant-goût du cocktail préféré de BAST

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bast,vertiges,interview,mandorInterview :

Comment es-tu passé de ton groupe Inner Brain à BAST ?

J’étais le chanteur pianiste du groupe. On a fait un EP, une quarantaine de concerts, surtout à Paris, et pas mal de tremplins qui nous ont permis de jouer dans de grandes salles. C’était du pop-rock en langue anglaise. Au bout de trois ans et demi, on a décidé une reconversion en français. J’avais envie que l’on me comprenne. Ca a pris un peu de temps et le groupe a fini par se séparer. J’avais déjà commencé ma carrière solo en parallèle, ça n’a pas aidé.

Quand on fait partie d’un groupe, il faut l’avis de tout le monde… Tu avais le souci de devenir indépendant ?

Tu as raison. Je me suis rendu compte que j’avais envie de tout contrôler.

Tu es un artiste précoce. A 14 ans, tu avais déjà créé un premier groupe, The Croissants.

Oui, c’était un groupe de rock. Mais avant cela j’étais à la Maitrise des Hauts de Seine et dans le chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris. J’ai fait mes premiers pas sur scène à 11 ans avec La flûte enchanté de Mozart. Quand j’ai commencé à muer, j’ai changé de direction musicale.

On écoutait quoi chez toi à ce moment-là ?

Mon père écoutait Michel Berger, Elton John, Michael Jackson… ce n’était pas tout à fait rock. C’est un pote qui m’a fait découvrir les Stones ou des groupes comme ça.

Il y a eu un déclic ?

J’aimais bien l’énergie que cela dégageait. C’est vraiment l’énergie qui m’intéressait le plus d’ailleurs… et qui continue à m’intéresser aujourd’hui.

Clip de "Franco".

Tu es passé aussi par l’école ATLA, qui forme aux métiers des musiques actuelles et du spectacle bast,vertiges,interview,mandorvivant.

J’y suis allé en sortant du BAC. J’ai fait un cursus autour du chant, de l’interprétation scénique, j’ai fait aussi un peu de travail théâtral. Qu’est-ce qu’on raconte à travers une chanson ? Ce sont des choses comme ça que l’on apprend. Il y avait une salle à disposition où était organisée des jams tous les mercredis et jeudis. J’y allais pour jouer avec plein de monde et c’était très intéressant. Sinon, j’ai aussi fait un stage aux Studios des Variétés avec notamment Olivier Bas. Ça m’a apporté beaucoup également.

Tu dis aujourd’hui que tu fais du « rock’n pop à la française ».

Il faut bien dire quelque chose (sourire). J’ai l’impression d’avoir cette énergie rock, mais avec des arrangements qui rappellent des artistes pop. Je ne peux pas prétendre faire du rock pur parce qu’il n’y a pas de grosses guitares saturées dans mes chansons. 

Clip de "Nos envols".

bast,vertiges,interview,mandorDans ce premier EP, tu as tout fait seul.

Sauf le mastering. J’ai demandé à Jean-Charles Panizza de Climax Mastering de s’en occuper. J’avais besoin d’un regard extérieur.

Quand on travaille seul, ce n’est pas compliqué d’être objectif sur son travail ?

C’est dur de prendre des décisions sans l’avis d’autres personnes, c’est vrai. J’ai perdu pas mal de temps en hésitations. Après plusieurs expériences de groupes, c’était quand même un vrai désir d’assumer seul un projet.

Tu décris un univers noir et un peu désespéré dans tes chansons…

Il y a tout de même un peu d’espoir dans certaines. J’avoue, il y a pas mal de vécu. Je raconte l’histoire d’un jeune homme entre 18 et 25 ans,  qui se cherche un peu, qui va dans des soirées arrosées avec de la drogue qui traîne… ça ne l’aide pas à trouver sa voie. Il y a une part de moi dans ces chansons. Sinon, en vrai, je suis quelqu’un d’assez joyeux.

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Pendant l'interview...

bast,vertiges,interview,mandorLe magazine FrancoFans t’a trouvé des influences avec Daho et Marquis de Sade. Es-tu d’accord avec ces rapprochements ?

Je respecte toutes les comparaisons. Daho, je ne vois pas trop, mais Marquis de Sade, au même titre que Taxi Girl, j’ai beaucoup écouté. Je n’ai pourtant pas l’impression que ça se ressent dans ma musique. C’est dur d’avoir du recul sur ce que l’on fait et je sais que les influences sont souvent inconscientes.

Plus que Taxi Girl, je pourrais te comparer à Daniel Darc…

Dans le son, je suis d’accord.

J’ai lu sur le site Phenixwebzine que comme tu n’étais pas encore très connu, tu pouvais te permettre toutes les audaces. Je cite précisément : « je me vois aujourd’hui comme un homme qui n’a rien à perdre. Je débute musicalement, je peux tout me permettre, j’ai une certaine liberté artistique, je suis complètement indépendant, je me permets d’avoir une audace que je n’aurai peut-être pas par la suite, mais pour l’instant c’est une audace qui peut me permettre d’aller loin. » Je trouve cette réflexion très pertinente.

J’ai l’impression qu’il ne peut rien m’arriver. Je me sens très libre de faire ce que je veux, ce que je ressens, ce que j’ai au fond de moi. Je fais ce métier aussi pour ça. La liberté totale. Si demain j’arrive à gagner ma vie en faisant la musique que je veux, j’aurai réussi quelque chose. C’est ça ma notion de la liberté.

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Après l'interview, le 19 février 2019. 

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