Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29 décembre 2020

Lo'Jo: interview de Denis Péan pour Transe de Papier

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandor

(Photo : Christophe Martin)

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandorLo’Jo, c’est toujours une rencontre de sons, de rythmes et d’esprits venus d’un peu partout. Dans ce nouvel album, Transe de papier, ils viennent de l’Océan Indien, de la chanson française, d’Europe Centrale, du jazz, d’Afrique du Nord, de la musique de chambre et d’où vous voulez. Lo’Jo, les puristes le savent, c’est une science de l’arrangement des cordes, des instruments acoustiques et quelques effets électroniques, des voix humaines et des rythmes que traverse une vibration chamanique intime, poétique.

« Sans disséquer l’album et ses mystères, on peut dire que souvent, il serre la gorge, fait monter les larmes et puis console et donne de la force. Un album de mondes chamboulés, à commencer par l’intérieur » indique à juste titre le dossier de presse.

Pour la troisième fois (voir les deux premières mandorisations ici en 2014 et là en 2017), j’ai interviewé le leader et tête pensante du groupe, Denis Péan. La rencontre s’est tenue le 23 novembre dernier (entre les deux premiers confinements) dans un appartement de la capitale.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Transe de papier, c’est là !

Argumentaire de presse :lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandor

Entré dans un nouveau chapitre de son existence, le groupe angevin Lo’Jo a enregistré son nouvel album, Transe de papier, en y insufflant la chaleur, la chair et la magie de ses concerts. C’est l’album refuge et miroir d’un monde de bouleversements intimes et universels. Et un nouveau départ pour le groupe et ses invités précieux – Tony Allen et Robert Wyatt.

Le refrain du premier morceau de Transe de papier annonçait l’air du temps et l’espérance de l’année 2020. « Je ne reviens pas pareil » de ce moment où le ciel soudain tout bleu nous est tombé sur la tête. « Je ne reviens pas pareil » de l’écoute de « Jeudi d’octobre » et « La Rue passe », les deux chansons de l’album qui accueillent le batteur Tony Allen, sans doute pour un de ses derniers enregistrements. « Je ne reviens pas pareil » de ces souvenirs de voyages, de lieux et de parfums. « Je ne reviens pas pareil » de ce disque qui fait affleurer et danser tellement de sensations et d’émotions enlacées : de l’anxiété et de l’espoir, de la colère déterminée et de la tendresse, de l’introspection et des visions hallucinées, des certitudes ébranlées et de la confiance. Mais si cet album résonne comme celui d’un monde chamboulé, c’est d’abord parce qu’il raconte celui de Lo’Jo – de l’universel à l’intime, et inversement. Pendant quelques longues lunes, Lo’Jo a fonctionné à la façon d’une petite communauté semi-nomade et furtive (comme chez Alain Damasio), qui avait jeté l’ancre dans une ancienne ferme de la campagne angevine. Là, Denis Péan façonnait et enregistrait sa musique entre deux voyages, mais aussi accueillait les enfants des écoles et des artistes du monde entier. Plus qu’un groupe, Lo’Jo était devenu une micro-société alternative, une utopie au coin du chemin. Et puis, après 17 ans de résidence, Lo’Jo a dû quitter son nid. Ils s’en sont remis. Comme, dans l’importante chanson « Blackbird », l’esclave qui saute d’une falaise et se transforme en oiseau, en puissant moineau peut-être.

Transe de papier est le premier album de leur monde d’après. Leur nouveau monde n’a plus de murs, ou seulement des murs en papier. Denis Péan le reconnaît, la musique est revenue au centre de sa vie. L’imaginer, la façonner, la sublimer. L’offrir comme le groupe le fait si bien et depuis si longtemps sur scène, une nourriture pour le cœur et l’âme.

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandor

(Photo : Christophe Martin)

Les intervenants :

C’est leur ami Justin Adams, réalisateur de l’album et plus encore, qui a eu envie d’entendre Lo’Jo en studio comme sur scène : avec les voix puissantes et bouleversantes de Nadia et Yamina Nid El Mourid en devant de scène, avec cette matière musicale qui prend forme comme de la glaise sculptée en direct, avec les cordes attrapées au vent par Richard Bourreau, puis ces moments où Denis Péan chante et se retrouve seul au piano. Transe de papier a été enregistré entre l’Anjou et le mythique et magique studio Real World en Angleterre. Justin Adams a suivi le processus depuis les premières démos. Karl Hyde, fondateur du groupe Underworld et alchimiste du son, a jeté quelques sorts à cinq chansons. Un nouveau bassiste a rejoint le groupe, Alex Cochennec. Mais Transe de papier est d’abord, plus que jamais et au moins autant qu’aux débuts du groupe, un album de Lo’Jo.

A distance, l’album accueille un ami rare et fidèle, Robert Wyatt. Il a officiellement arrêté la musique, mais a enregistré le texte de « Kiosco ». Sa voix douce est une des petites flammes qui rendent cet album précieux. Comme d’habitude, oui, mais encore plus haut, sur une crête qui permet de redessiner la ligne d’horizon.

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandor

(Photo : Christophe Martin)

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandorInterview :

Vous viviez dans une maison communautaire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pourquoi ?

C’était un lieu de résidence où on a accueilli pendant 17 ans de nombreux musiciens, notamment africains ou de l’Océan Indien. Nous avons été virés par la municipalité qui ne nous avait pas à la bonne. On a vécu la fermeture de notre maison accueillante comme un déracinement. Ça n’a pas changé le cours de la musique pour autant, mais ça a changé notre vie et notre humeur.

Dans votre nouvel album, il me semble qu’il y a plus de place pour la musique que d’habitude.

Il est possible que je sois un peu plus discret. Je chante moins. Par contre, les filles ont plus de champs d’expression. Au départ, mon goût va plus à la musique qu’au chant.

Le batteur Tony Allen (un des pionniers de l'afrobeat avec son maître et ami Fela Kuti dont il était le batteur et directeur artistique de 1968 à 1979) a disparu peu de temps après avoir joué pour ce dernier album de Lo’Jo.

Ça, c’est quelque chose de très touchant... triste plutôt. Je l’ai rencontré les derniers mois de sa vie. Il avait été un mentor pour moi depuis mon adolescence quand j’écoutais l’impressionnant et révolté Fela Kuti. Un jour, j’ai vu Tony Allen à la Maison de la Radio. J’ai constaté à quel point son bras ne bougeait pas. Son poignet ne faisait pratiquement aucun mouvement par rapport à la dynamique du son et de la vibration qui sortaient. J’avais l’impression qu’il faisait tourner l’orchestre autour de son poignet. Je me suis dit qu’il fallait qu’il joue pour un album de Lo’Jo. Je l’ai rêvé et ça s’est fait. Quand je l’ai rencontré, il m’a impressionné notamment par sa façon de jouer, mais aussi pour son acuité humaine. Il avait une façon de regarder quelqu’un en face, de transpercer son âme avec bienveillance. Il était pétillant et plein de savoir. J’ai aimé cet homme cosmique.

"Pas pareil", un film de Thomas Rabillon. Paroles : Denis Péan. Musique : Lo'Jo - Yamina Nid El Mourid, Nadia Nid El Mourid, Denis Péan, Richard Bourreau, Alexandre Cohennec, Stéphane Coutable, Jacques Coursil, Karl Hyde.

Robert Wyatt a écrit le texte de « Kiosco » et prête sa voix pour cette chanson.

Robert avait déjà participé à l’album Cinéma El Mundo en 2012. On m’a raconté que c’était un fan de Lo’Jo, ce que je ne savais pas. Un jour, il a été mandaté par David Byrne pour une compilation de musique française. Robert est un peu francophone, il parle notre langue et aime beaucoup la poésie française. Il avait intercédé pour que Lo’Jo fasse partie de cette compilation. Cela nous a ouvert beaucoup de portes en Angleterre. Robert Wyatt est d’une gentillesse et d’une tendresse irracontable, inouïe. J’affirme que c’est le chanteur le plus émouvant que je connaisse.

Ce que j’apprécie chez vous, c’est que Lo’Jo ne fait pas des disques pour vendre. Vous ne faites aucune concession.

Ce n’est pas ma préoccupation. Je ne formate pas ma musique pour vendre ou pour plaire.

En 2020, est-il toujours utile de sortir des albums physiques ?

Oui, parce que c’est une clé, un cycle, une phase qui marquent un tournant dans notre histoire. C’est la fin d’une histoire et c’est le début d’une autre… c’est notre survie aussi.

"Permettez majesté", un film de Jean Guillaud. Paroles : Denis Péan. Musique : Lo'Jo - Yamina Nid El Mourid, Nadia Nid El Mourid, Denis Péan, Richard Bourreau, Alexandre Cohennec.

Cet album est différent des autres, comme à chaque fois.

Effectivement, aucun album n’a la même couleur. Celui-ci est rustique et sensible. Sa sensibilité est évidente, car il est moins noyé dans les arrangements grandiloquents ou chargés. On ressent la personnalité des gens qui occupent ce son-là.

Pourquoi le disque s’intitule Transe de papier ? C’est un curieux titre.

J’aime les titres étranges. Je pense qu’une fois qu’on a trouvé le titre, ça conditionne le reste et ça réunit les forces. Ma transe de papier à moi, c’est d’écrire des textes et de les calligraphier à l’encre de Chine et à la peinture sur des papiers de récupération. La transe est propre à la musique. La musique fait palpiter et elle palpite. Le papier est une matière qui est noble, belle, fragile et pacifique.

 "Transe de papier", un film de Jean Guillaud. Paroles : Denis Péan. Danse : Margaux Marielle-Tréhouart.

Vous rentrez en transe quand vous êtes sur scène ?

C’est un moment qui n’est pas ordinaire. Je ne sais pas si je ne suis plus le même ou complètement moi-même. En y réfléchissant, je pense que c’est le seul moment où je suis complètement moi-même. Sur scène, nous sommes livrés à l’instant, au fugace… et ça va très vite.

Dans la vie normale, vous êtes moins bien dans votre peau?

Je suis bien, mais je ne suis pas dans un état aussi important, aussi vibrant.

C’est le public qui vous fait vibrer ?

Oui. Une musique sans oreille pour l’écouter serait vaine.

La pochette de cet album est comme la musique, épurée.

C’est le réalisateur Justin Adams qui a conditionné ça. Il a déterminé la mise en scène de chacun de nous, de la musique et des différents sons de cette dramaturgie sonore.

Peut-on vous classer dans la catégorie « musique du monde » ?

« Musique du monde », déjà, ça ne me dit pas grand-chose. Je ne vois pas quelle musique ne serait pas du monde. Ce que l’on peut dire, c’est que notre musique n’est pas traditionnelle. Elle ne descend pas d’un folklore quelconque. Si on ne peut pas dire qu’elle soit de tradition particulièrement française, il y a cependant quelque chose qui m’interpelle. En Chine, certains chinois m’ont dit que ce que nous faisions étaient « si romantique ». Comme si « romantique » voulait dire « Français ». Aux Etats-Unis, ils disent que notre musique est « so frenchy », alors que je ne vois pas quel code de musique française il y a là-dedans (rires). Peut-être que dans l’imaginaire mondial, la France reste un pays de fantaisie, de liberté et de création...

Lo'Jo revient aux sources pour un concert événement de 56 minutes au Chabada à Angers, le 12 décembre 2020. L'occasion pour eux de jouer les morceaux de leur nouvel album "Transe de papier".

Comment expliquez-vous que vous ayez autant d’admirateurs et autant de personnes qui attendent vos nouveaux albums ?

Pour l’instant, je n’ai pas encore profité du bénéfice du succès (rires). Nous sommes les seuls à occuper cette place un peu ésotérique en France…  et dans la durée.

Esotérique ?

Un peu, avec un fond politique. Ce qui est certain, c’est que nous ne sommes pas dans la tendance, mais jamais hors de l’époque.

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandor

(Photo : Christophe Martin)

L’album Transe de papier est-il le plus proche de vous ?

Je l’ai conçu/fondé comme ça. Comme un acte de vérité, d’authenticité, d’humanité, de vérité avec soi-même. Nos disques, c’est ma protection, mon lieu de prédilection poétique et c’est là que j’ai quelque chose à faire plus qu’ailleurs.

C’est votre meilleur album ?

(Rires) Je ne sais, mais j’ai toujours envie d’en faire un autre. Pour mes compères et moi, ce n’est jamais assez bien, assez abouti, assez satisfaisant.

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandor

Le 23 novembre 2020, à l'issue de l'interview...

Je sais que vous n’aimez pas le terme de « leader de Lo’Jo ». Pourquoi ?

Je suis juste quelqu’un qui veille au collectif. L’énergie passe par le collectif et je fais attention à ce que chacun trouve sa place. Quand le réalisateur, qui est nouveau chez nous, est ferme dans sa vision, nous le suivons. Il peut y avoir débat, mais si on fait venir quelqu’un c’est parce qu’on a confiance en lui. On a besoin de quelqu’un avec de fortes convictions. Justin a vraiment été précieux pour nous.

Vous tenez toujours à rendre hommage à tous les membres de Lo’Jo.

Ce sont tous des gens épatants, musicalement et humainement. Ils sont tous humbles. Et quand je vois l’engagement, l’affection profonde, la sincérité qu’ils mettent dans ce projet à chaque fois, ça m’émeut profondément. Lo’Jo, je le répète, c’est une équipe. Il n’y a pas de chanteur vedette et son orchestre. Je ne suis pas l’âme du groupe. J’insiste, ils sont une âme autant que moi. J’ai donné beaucoup de ma vie pour rendre possible un groupe et dans ce groupe, il y a moi… au même titre que les autres.

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandor

Le 23 novembre 2020 à Paris.

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandor

28 décembre 2020

Yvan Dautin : interview pour ses 50 ans de carrière et le coffret La plume au cœur

yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandor

(Photo : David Desreumaux/Hexagone)

yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandorEn 2019, Yvan Dautin sortait son premier album depuis sept ans, Le cœur à l’encan. « Textes poétiques d'une grande sensibilité pour parler de l'amour (« Le cœur à l'encan », « Je ne vois qu'elle... », de la vie de maintenant (« Pourquoi faut-il encore? ») ou du désastre écologique (« Plus d'abeilles »...)... Le tout servi par une émotion et une rare sensibilité », dixit Michel Kemper du site Nos enchanteurs.

En cette fin d’année 2020, c’est un coffret de plus de 100 chansons, La plume au cœur, qui vient de sortir pour fêter ses 50 ans de carrière. Pour en parler, c’est un Yvan Dautin, malicieux et rieur, mais toujours franc du collier, qui m’a répondu (par téléphone parce qu’en plein deuxième confinement, le 11  novembre dernier).

Argumentaire de presse officiel :yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandor

Pour ses 50 ans de carrière, Yvan Dautin s’est (enfin !) fait coffret … Si ce n’est pas un comble pour ce pur esprit libertaire !

Quand on s’apprête à biographer l’homme aussi sûrement qu’on anthologie son œuvre, faut-il commencer par le début ou par la faim ? Qu’importe, le voici, en crooner un tantinet suranné, classique et classieux, à faire le pitre entre deux graves, des œillades énamourées aux dames du premier rang, des bisous déposés à la commissure de leurs lèvres. De langoureuses grimaces aussi. Il bécote tant qu’il pleut, il cabotine. Fait le singe, le clown, le zouave, fait son Bourvil, son baba, son Boby à la pointe des mots, au bout des rimes. Fait rire et l’instant d’après pleurer, explorant d’autres dimensions d’un monde à part : l’huissier qui n’a pas tout saisi, la femme battue qui n’a pas tout compris, ou la dame Cendrillon des bas-fonds qui dort dans ses cartons. Dautin ne donne ni sa langue au chat ni sa part au chien. Sans renier le rire, sans nullement dissoudre l’émotion, il chante ses quatre vérités, fait rimer ses indignations, musiquer ses colères.

Car, ne vous déplaise, Yvan Dautin est arrimé au temps présent, celui de nos vies, des angoisses du quotidien, des mille difficultés, mille embûches, de ce monde qui ne fait plus miel de ses abeilles, qui scie la branche sur laquelle il a posé son cul. 102 titres enregistrés entre 1968 et 2020…

yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandor

(David Desreumaux/Hexagone)

yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandorInterview :

A l’écoute de ce coffret de plus de 100 chansons, on se dit que vous avez une sacrée carrière !

Je n’aime pas trop la touche « rewind », car je déteste me pencher sur mon passé. Ça me donne l’impression d’être au bord du vide. Vous savez, j’ai traversé aussi un peu le désert à une époque pas si lointaine. Un copain m’a envoyé tous les vinyles de moi que je n’avais pas. Je les ai écoutés et ça m’a mis dans un cafard absolu. Un vrai blues. Si Christian De Tarlé, le directeur du label EPM, ne m’avait pas convaincu de l’intérêt de la chose et de la possibilité de réunir ces chansons (parce que j’ai des disques chez AZ, chez Pathé, chez RCA…etc.), je n’aurais jamais entrepris une telle gageure. J’étais bloqué là-dessus, mais il m’a parlé si gentiment, que j’ai accepté (rires).

D’avoir un coffret comme celui-ci, c’est quand même une reconnaissance, non ?

Bien sûr. Aujourd’hui, en fait, je suis très content que cette anthologie existe. Ça me rappelle que j’ai eu 16 ans de ma vie, où ça marchait bien. J’enregistrais un album tous les deux ans. J’ai pu vivre de mon métier suffisamment correctement pour que ce soit agréable. J’avais une vraie vie de chanteur. Je chantais partout et le public était là. C’était une période où tous les journaux nationaux avaient un chroniqueur « chansons », ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

"La méduse" (1969) en version audio.

La chanson n’intéresse plus grand monde selon vous ?

Ce sont les médias que cela n’intéressent plus. Le public, lui, continue à aimer mais il n’est plus informé de ce qu’il sort en la matière.

Je sais que vous n’aimez pas le terme « chansons à texte », ce que vous faites pourtant.

Je trouve cette expression désastreuse. Avec elle, on est de nouveau en plein Rive Gauche, ce qui reviendrait à penser qu’il n’y a pas beaucoup d’ambitions musicales. Je considère qu’une chanson doit être bien écrite, mais la musique ne doit pas être remise au second plan.

"Boulevard des Batignolles" (1982-texte d'Etienne Roda-Gil).

C’est vrai que le terme Rive Gauche ne vous convient pas. Vous avez fait très peu de cabarets finalement.

J’ai commencé ma carrière quand les cabarets fermaient les uns après les autres. Je l’ai regretté parce qu’à L’Ecluse, par exemple, quand on y chantait, nous étions payés. Maintenant, c’est le contraire. Il faut payer pour chanter à Paris.

En réécoutant votre œuvre, j’ai plongé dans plein d’émotions. Je suis passé du rire au sourire… et parfois aux larmes.

Je fais de la variété variée. Sur scène, j’aime transmettre toutes les facettes des émotions. Je peux passer à des moments où je fais le pitre à des chansons tragiques. Dans mes tours de chant je passe constamment de l’un à l’autre.

"Monsieur, monsieur" (1981).

Vous aimez faire rire ?

Oui, parce que quand on sait faire ça, on a une récompense énorme. Le public est heureux. Quand ça ne marche pas, on pénètre indéniablement dans une grande solitude.

C’est plus facile de faire rire ou de faire pleurer ?

C’est aussi difficile l’un que l’autre, mais il me semble que les gens sont plus indulgents envers les pleureurs qu’envers les comiques (rires).

Sur scène, vous parlez beaucoup entre les chansons et c’est souvent drôle…

Je suis un chanteur à voir sur scène. Je ne suis pas qu’un auteur-compositeur-interprète, j’ai un côté showman.

"La mal mariée" (1975).

Vous avez été aussi comédien, ça a dû vous servir pour être à l’aise avec le public.

Quand j’étais interne au lycée Clémenceau, en 1965, à Nantes, je m’emmerdais beaucoup. Je me suis donc intéressé à plein de choses : la politique, les filles, les livres… j’ai commencé à en lire qui n’étaient pas au programme de la faculté des Lettres : le surréalisme, Brecht… Et j’avais aussi envie de faire du théâtre. Je suis donc allé au Conservatoire en auditeur libre. Comme on ne m’a pas poussé, j’ai vite arrêté. Ma mère était couturière, mon père était déjà parti depuis longtemps, nous n’avions pas beaucoup d’argent. Du coup, j’ai fait du théâtre mais dans une troupe d’amateurs.

"Qu'elle est jolie la fille d'en bas" (1977).

Vous n’avez pas un ego surdimensionné, ni un esprit de compétition comme certains de vos collègues.

C’est pour ça que ma carrière est là où elle en est (rires).

Il paraît que vous aimez bien être haïssable ?

Disons que l’on m’a toujours considéré comme quelqu’un d’atypique. J’ai remarqué que les artistes qui marchent bien font toujours la même chanson, comme un pâtissier qui saurait faire parfaitement le baba au rhum ne ferait que du baba au rhum. Moi, il est difficile de me mettre une étiquette, car je fais rarement la même recette. J’ai commencé avec « La méduse » qui était une chanson rigolote, puis le disque d’après, j’ai chanté « La mal mariée », une chanson triste. Au fond, j’ai cette dualité en moi depuis toujours.

Cette dualité vous a-t-elle porté préjudice ?

Je ne pense pas. C’est moi qui me suis porté préjudice. Je n’ai pas accepté le contrat Faustien avec le showbiz. S’il n’y a pas Lederman, il n’y a pas Coluche, s’il n’y a pas Talar, il n’y a pas Cabrel...etc.

Vous me dites que pour réussir, il faut vendre son âme au diable ?

Un peu… Je suis de gauche et donc un peu con. J’ai des valeurs (rires).

8 octobre 1976. Rencontre du chanteur Yvan Dautin. Il parle de ses voyages, de la folie. "La vie est formidable, dit-il, mais pas celle que l'on nous impose". Il chante quelques unes de ses chansons. Il parle du show business, du spectacle et de la communication dans le spectacle. Images d'archive INA Institut National de l'Audiovisuel.

Vous regrettez de ne pas avoir cédé à quelques sirènes ?

Pas du tout parce que je peux me regarder dans la glace. Le seul jeu auquel j’ai joué, c’est le mien. L’envie de réussir n’était pas assez grand pour que je devienne arriviste et pour que j’emploie tous les moyens pour parvenir à me hisser aux plus hautes marches. Il faut dire que j’ai un côté nonchalant qui ne croit pas en moi. Je suis même surpris que certaines personnes se souviennent de ma pomme. Je me ramène à Cyrano : « ne pas monter très haut, mais tout seul ».

Pourquoi ne croyiez-vous pas en vous ?

Ma mère disait souvent, en ma présence : « celui-là, il n’est pas comme les autres, je ne sais pas ce que je vais en faire ». C’est drôle, les adultes parlent comme si les enfants n’étaient pas là. J’ai entendu beaucoup cette phrase, ça m’a marqué au fer rouge…  ce qui est certain, c’est que ça ne donne pas confiance.

Votre enfance est aussi ce qui vous a construit.

Ca m’a construit tout en me détruisant. On a tous nos blessures, nos fêlures… je ne suis pas un cas unique, je sais bien. En tout cas, écrire m’a libéré et m’a permis de me tirer vers le haut. Verbaliser les choses, c’est pas mal.

Yvan Dautin chante "Monsieur William" (texte de Jean-Roger Caussimon) au Forum Léo Ferré, à Ivry, le 14 janvier 2017. Filmé par David Desreumaux/Hexagone.

Vous écrivez encore ?

Bien sûr. J’écris pour ne pas mourir. J’ai encore 200 textes de chansons possibles ou impossibles, je ne sais pas.

Etes-vous un chanteur romantique ?

Quand j’étais en 4e, un prof d’allemand m’avait dit que j’étais un romantique refoulé. Au fond, ce n’est pas totalement faux.  Ce qui est certain, c’est que j’ai un côté désenchanté. Je me suis toujours trouvé moche, alors pour séduire, j’ai utilisé mon sens comique… ça marchait mieux avec les filles.

Yvan Dautin chante "Elle est comme elle est belle" au Forum Léo Ferré, à Ivry, le 14 janvier 2017. Filmé par David Desreumaux/Hexagone.

Vous étiez considéré comme un contestataire, voire un libertaire, est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Evidemment. On vit depuis des années dans l’impasse suicidaire du capitalisme ou du mondialisme, appelons ça comme on veut. C’est la croissance à tout prix. Ce n’est plus possible qu’il y ait un pour cent de la population mondiale qui détient 99% des richesses. Et les pauvres que nous sommes, nous nous battons entre nous. On voit bien que l’on vit dans un monde absurde qui ne tient pas debout. Et je ne parle pas du réchauffement climatique... Les hommes politiques sont à la solde des financiers, les maîtres du monde. On vit dans une société de comptables. Je trouve que le monde dans lequel on vit est assez inacceptable.

20 décembre 2020

Noé Preszow : interview pour l'EP Ca ne saurait tarder

Noé Preszow-1083-27A(c)pierre cattoni.jpg

(Photo : Pierre Cattoni)

Noé Preszow-1084-04(c)pierre cattoni (2).jpgNoé Preszow est un artiste bruxellois de 25 ans. Je l’ai découvert il y a quelques mois (après beaucoup de monde visiblement… Mandor a un sacré flair, dites donc). La première fois que j’ai écouté « A nous », je suis resté scotché. Je me suis demandé ce qu’était cet ovni incompréhensible, mais qui me filait les poils. Je dis incompréhensible parce que je ne comprenais rien à ses propos. Il disait tout et son contraire, mais cette chanson me fascinait. Je n’arrêtais pas de l’écouter. Au bout d’un  moment, je me suis dit qu’une mandorisation s’imposait. Le 26 octobre dernier, cela fut fait dans les locaux de son label tôt Ou tard. Et enfin, j’ai compris « A nous ». Je parle de cette première chanson, mais les trois autres de son EP, Ca ne saurait tarder, m’ont plu tout autant. Vraiment beaucoup. Cet artiste est impressionnant textuellement, dans le flow et son sens de la mélodie évidente.

Petit plus : 

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l'EP.

Un article dans Libération signé  Patrice Barbot.

Argumentaire de presse officiel :NOEPRESZOW_CANESAURAITTARDER_1440x1440.jpg

Il y quelques mois, Noé Preszow sortait «À nous», comme une carte de visite. À nous qui, comme lui, avons du mal à trouver notre place, à nous positionner. Noé Preszow (prononcer Prèchof), envisage un monde où solitude et solidarité cohabitent, se complètent, et ou le « nous » prend la place du « je ». Il était temps. Plusieurs millions de streams, des passages radio nombreux et toujours en croissance, des invitations sur les plateaux des médias belges et français. Une place qui se dessine pour cet artiste qui détonne. En  septembre dernier, Noé Preszow a sorti son premier EP, Ça ne saurait tarder. Il y est question d’amitié, qu’il s’agisse de l’impossibilité d’une fête («Que tout s’danse») ou que le dialogue soit rompu («Je te parle encore»). Quatre titres urgents et intenses, aussi impudiques que généreux. Quatre titres et déjà un appel d’air. Cela faisait longtemps que l’on n’avait entendu de tels mots dans un hymne pop.

Noé Preszow-1083-35A(c)pierre cattoni.jpg

(Photo : Pierre Cattoni)

IMG_8895.jpgInterview :

Avant de signer chez tôt Ou tard, tu avais déjà quelques « petites » expériences dans la musique. Lesquelles ?

J’ai joué dans quelques groupes. Ma passion, c’est d’enregistrer. Je n’ai pas attendu une maison de disque pour commencer à m’adonner à cette activité. Dès que j’avais un peu d’argent de côté, j’allais le dépenser en studio avec des musiciens. C’est ainsi que j’ai avancé petit à petit. Peu importe comment ça allait finir, j’ai considéré qu’agir comme ça faisait partie de mon chemin.

Dans tes quatre chansons, il  n’y a pas d’économie de mots. Disons-le, il y a beaucoup de textes.

Je dis souvent que j’ai commencé à écrire vers 12 ans, quand j’ai reçu mon premier enregistreur, mais en fait il me semble que j’ai toujours écrit. J’ai appris à écrire en même temps que j’apprenais à taper à l’ordinateur. Mes premiers textes évoquaient les chanteurs que j’écoutais à l’époque. Le tout premier s’appelait « Ce que j’aime dans la musique de Renaud ». J’ai toujours fait les choses avant de me demander ce que je faisais. J’imaginais que mes textes ressemblaient à des chansons.

Noé Preszow-1094-02(c)pierre cattoni.jpg

(Photo : Pierre Cattoni)

J’ai l’impression que votre vie, même d’aujourd’hui, est construite autour de la chanson.

En effet, c’est comme ça que je suis en relation avec le monde qui m’entoure. Si j’écoute beaucoup de musiques contemporaines, c’est parce que ça me raconte l’époque dans laquelle je suis.

Vous écoutez beaucoup de chansons françaises, je crois.

Il y a des chansons de Beyonce que j’aime beaucoup, mais cette artiste ne me bouleverse pas comme Brigitte Fontaine, par exemple.

Noé Preszow-1084-14(c)pierre cattoni.jpg

(Photo : Pierre Cattoni)

Il n’y a que les chansons françaises qui vous bouleversent ?

Non. Bob Dylan et Leonard Cohen sont très importants dans ma vie. En règle générale, les chansons qui me bouleversent le plus peuvent être liées à des histoires familiales.

Ce que j’aime chez vous, c’est que ce que vous faites est original. Ça ne ressemble à aucune œuvre d'un autre artiste.

J'aime les chansons à texte, mais en même temps, j’ai une culture pop. J’ai beaucoup écouté les Waterboys par exemple. Je considère que c’est un des plus grands groupes au monde. Pour en revenir à votre constatation, il faut que je vous sachiez que je me sens libéré de mes influences parce que musicalement, dans mes goûts, c’est un peu le bordel.

Clip de "A nous".

Noé Preszow-1094-10(c)pierre cattoni.jpgParlons de « A nous ». Je n’ai pas compris le sens de cette chanson qui s’envole dans toutes les directions. C’est beaucoup pour avoir des explications que je voulais vous rencontrer. J’ai l’impression que vous êtes multiple dans la tête.

Quand on dit « vous dites tout est son contraire », ce n’est pas vrai. En disant  « on peut dire tout et son contraire », c’est dire quelque chose. Je suis toujours dans ce mélange là (rires). La vérité, c’est que cette chanson part d’une certaine souffrance. Cette multiplicité dont vous parlez me fait beaucoup souffrir parce qu’elle est réelle.

Comme la bipolarité ?

Totalement. Je suis quelqu’un de très nerveux et c’est la guerre tout le temps dans ma tête. Cela a contribué à faire « A nous ». J’ai un refus du positionnement, mais en même temps, c’est comme si je levais mon verre à ces mille personnes qui sont dans ma tête et à toutes ces voix que j’entends. Jeanne d’Arc est une figure qui m’a beaucoup marqué quand j’étais enfant. Je demandais tout le temps que l’on me raconte l’histoire de Jeanne d’Arc. Plusieurs années plus tard j’ai compris que c’était parce qu’elle entendait des voix que j’aimais cette histoire. Parler seul et entendre des voix font partie de ma vie.

Clip de "Tout s'danse".

Ce que vous venez de me dire explique quasiment toutes les chansons qui ont toutes de nombreuses contradictions. Vous êtes comment dans la vie ?

Je suis dans l’excès tout le temps dans la vie, mais un excès intériorisé, plus ou moins bien canalisé. Je ne suis pas quelqu’un de scandaleux. Camus disait « un homme, ça s’empêche ». Je souffre un peu de ça. Du coup, cet empêchement génère chez moi des crises de rire absolument abominables ou des crises de colère…etc. C’est par la musique que je peux tout exprimer et trouver mon propre centre.

La musique est-elle chez vous, une façon de vous soigner ? Ca remplace un psy ?

Je me soigne avec les deux.

Dans les chansons, avez-vous peur de trop en dire ?

Non, je pense vraiment que les chansons servent à ça. J’en dis très peu par rapport à ce que je disais quand j’étais très jeune (sourire). Mais, c’est important que les choses nous échappent.

Audio que "J'ai les armes que j'ai". 

Autre chanson, « Les armes que j’ai ».

Une partie de moi se demandait si j’allais vraiment sortir cette chanson parce que je ne suis pas un spécialiste de l’ego trip et de la plainte.

Vous n’avez pas peur d’être parfois négatif ?

Ce qui accompagne le capitalisme que l’on vit, c’est une sorte de dictature du positivisme.

Vous êtes plein de doutes ?

Oui et non. Non, parce qu’ils font partie de ma façon de vivre. Ce ne sont plus des doutes, ils font partie du chemin, je les ai intégrés. Par contre, je suis incapable d’acheter mon pain avant de répéter la phrase dix fois. Quand je suis tout seul, par contre, là, je n’ai aucun doute.

IMG_8900.jpg

Pendant l'interview...

Je suis surpris parce que là, nous sommes en interview, on ne se connait pas et pourtant vous me parlez brillement, sans aucune hésitation. Je trouve cela hyper paradoxal.

Par chance, mes parents ne m’ont jamais préservé de rien. De leurs conversations, de leurs amis….. J’ai vécu dans un milieu de conversations, alors je sens très vite à qui je peux parler. Je ne parle pas avec vous comme avec tout le monde. Ca dépend quelles sont les questions et qui j’ai en face de moi.

Vous êtes aux balbutiements de votre carrière, mais tout de même, vous vous êtes bien fait remarquer par les professionnels et déjà par un certain public. Ça vous rassure ?

Ce qui a changé, c’est mon rapport à ma ville natale, Bruxelles. On a toujours un rapport conflictuel avec sa ville natale. Pour le reste, je suis hyper paniqué pour la suite de ma débutante carrière, mais le fait que les quatre premières chansons ont trouvé un public, ça me libère l’esprit pour écrire la suite.

Vous êtes sûr de ne pas regretter de m'avoir parlé si sincèrement?

Si, évidemment (rires). Mais si je vous en ai parlé, vous pouvez l'écrire.

IMG_8896.jpg

                      Le 26 octobre 2020 chez Tôt Ou Tard.

20 novembre 2020

Lombre : interview pour l'EP La lumière du noir

lombre, andrèas touzet, la lumière du noir, interview, mandor

(Photo : Gabrielle Aybram)

lombre, andrèas touzet, la lumière du noir, interview, mandor« Entre Rock et Spoken Word, Rap et Pop, Chanson Française et Exutoire Poétique, Lombre déroule ses textes comme on part en guerre contre ses propres démons. Sans tomber dans le piège du pathos, il transforme l’essai grâce à une retenue dans les envolées et un flow maîtrisé, laissant les guitares et les lignes synthétiques parler pour lui une fois que les textes ont tout dit », dixit son site internet. Il est clair qu’on peut difficilement rester insensible aux propos tenus par Lombre et à sa façon de clamer ses textes souvent fulgurante. Il vient de sortir son deuxième EP, La lumière du noir. J’ai connu cet artiste lors du Pic d’Or 2018. Tant il a fait l’unanimité, il a été décerné lauréat haut la main. Depuis, je le suis. Et ne le lâche pas. Lors de sa dernière venue parisienne, aux Trois Baudets,  le 15 octobre dernier,  nous avons passé un  moment pour évoquer son deuxième disque et faire le point sur sa jeune, mais déjà bien remplie, carrière.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter l’EP.

Ce qu'en pense Patrice Demailly dans Libération.

Mini biographie officielle :lombre, andrèas touzet, la lumière du noir, interview, mandor

Enfant du rap, c’est la sincérité de #Fauve qui déclencha l’envie d’aller plus loin. L’avatar Lombre pouvait vivre avec la rage de son modèle Georgio qui l’anime toujours, la sagesse d’un Ben Mazué ou d’un Gaël Faye et les valeurs – l’honnêteté et l’humilité – de Bigflo et Oli qui sont siennes. Né comme lui à Rodez, Lombre se rapproche de Pierre Soulages ainsi son noir devient lumineux et l’écriture de son parlé-chanté tend de plus en plus vers la notion de beau.

Précis et touchant, cet artiste a rejoint la lumière récemment. Il n’hésite pas à confronter son style empreint de fraîcheur à des mélodies percutantes. Une instrumentation corrosive pour englober ce flot de paroles singulières. De tous ces ingrédients, il en sort une belle mixture. La noirceur saisissante de ses textes débouche sur une lueur et une note positive. Tout cela réuni fait de lui un authentique espoir du genre.

lombre,andrèas touzet,la lumière du noir,interview,mandor

(Photo : Gabrielle Aybram)

Interview :

La lumière du noir est ton deuxième EP. Je crois que tu assumes moyennement le premier.

Il s’est fait dans la précipitation. Très rapidement, sur scène, je me suis rendu compte que je ne l’assumais effectivement pas beaucoup. Je n’avais pas encore trouvé l’équilibre entre mes textes qui sont hyper denses et la prod. Plus clairement, je n’avais pas trouvé une prod qui entourait convenablement le texte. Cela dit, il m’a permis de belles choses, notamment d’avoir été lauréat du Pic d’Or en 2018, du Prix Jacques Brel l’année dernière et de participer au Mégaphone Tour. Pour ce deuxième EP, j’ai voulu prendre mon temps pour trouver exactement ce qui me correspondait. Je voulais être sûr que je pouvais l’entendre et l’assumer à fond pendant  longtemps sur scène.

Clip de "Quand la ville dort encore".

La plupart des chansons de La lumière noire sont nées dans ta chambre d’étudiant à Castres, il y a plus de deux ans.

Oui, mais je voulais trouver le bon réalisateur. J’ai commencé avec deux  premiers, mais on ne s’est pas compris artistiquement. Parce que je l’ai presque harcelé, j’ai fini par avoir Clément Libes (ex Kid Wise) qui a réalisé les deux derniers albums de Big Flo et Oli. C’est un réalisateur en vogue actuellement.  Je savais au fond de moi que ça allait coller entre nous et qu’il allait comprendre mon projet. Ça n’a pas loupé. Le premier morceau qu’il a réalisé pour « essayer », c’est sur le titre « Quand la ville dort encore ». J’ai été ébloui par ce qu’il en avait fait. Les cordes et le côté cinématographique m’ont tout de suite parlé. Ça m’a tellement plu qu’on a décidé de faire l’EP ensemble.  

Clip de "Lombre".

Le premier morceau s’intitule sobrement « Lombre ». C’est la présentation de qui tu es ?

C’est le premier texte que j’ai écrit de manière évidente au début du projet en 2016. Ca expliquait qui était Lombre.

Lombre est-il un double de toi-même ?

Oui, dans le côté sombre, mélancolique et introspectif. Je vais m’appliquer désormais a montrer le côté plus positif du personnage. J’ai deux nouvelles chansons qui vont dans ce sens. J’ai 23 ans, j’ai envie d’explorer beaucoup de territoires.

Clip de "Espoir noir".

Dans « Espoir noir », tu dis qu’il y a de l’espoir en toi et que la lumière brille encore. L’espoir est noir, mais l’espoir n’est pas mort. Tu ne trouves pas cela paradoxal ?

J’adore jouer avec mes paradoxes. Faire affronter la douleur à la douceur, la noirceur à la lumière. Pour moi, conjuguer les opposés a du sens. Dans nos existences, c’est important de connaitre toutes nos extrémités.

A l’époque dans laquelle on vit, je trouve que ton disque devient générationnel.

Ces morceaux, effectivement, riment bien avec le présent. Dans notre société, ou même dans la musique, on est beaucoup sur le paraitre, sur la consommation, sur la vitesse, le zapping. J’avais envie de prendre le contre-sens de tout ça. J’ai été très influencé par le côté très brut et même parfois violent du groupe #Fauve. Leurs textes m’ont beaucoup aidé. J’essaie d’en faire de même avec des messages similaires.

Qu’as-tu voulu dire dans « Crypté » ?

L’idée de départ est venue de l’image que j’ai eue d’un coffre bloqué dans le grenier de mes grands-parents.  Je ne sais pas pourquoi ça m’a inspiré ce texte. Les messages cryptés sont ceux que l’on garde en nous. C’est important pour notre équilibre mental d’avoir notre jardin secret. J’ai évoqué les choses que l’on n’ose pas forcément dire…

lombre,andrèas touzet,la lumière du noir,interview,mandor

(Lombre au musée Soulages à Rodez. Photo : France 3 Occitanie)

Dans « La lumière du noir », on entend le peintre de ta ville, Rodez, Pierre Soulages.

A la base, je ne suis pas du tout amateur de peinture. Mais quand j’ai sorti mon premier EP, j’ai fait beaucoup de scène. Pas mal de personnes, à l’issue de ma prestation, m’ont dit : « C’est fou, tu viens de Rodez et dans tes textes, tu fais effectivement ressortir la lumière du noir et jaillir tes noirceurs intérieures, un peu comme le fait Pierre Soulages. » Je pense que ce peintre a été une inspiration involontaire… qui était peut-être dans mes gènes.

Tu es jeune, tu as remporté plein de prix, tu as des articles dans Libération, Rock & Folk, L’Obs, tu es accueilli sur France Inter, RFI, France Info… Aujourd’hui, te sens-tu légitime dans le monde de la musique ?

Quand je fais le constat de ce qu’il m’est arrivé, je suis bien obligé de reconnaitre qu’en quatre ans, il s’est passé beaucoup de choses. J’ai conscience d’être chanceux. Même si je reste encore un artiste de première partie (rires), effectivement, ça me donne l’impression d’avoir moins à prouver. J’aime bien ce jeu, même s’il est cruel. Il permet de se forger.

lombre,andrèas touzet,la lumière du noir,interview,mandor

Lombre, consacré au Pic d'Or 2018 (prix remis par Cali et Arnold Turboust). Photo : Cedrick Nöt.

Estimes-tu que cet EP est « grand public » ?

Quand je fais les premières parties de Big Flo et Oli, je signe des autographes sur des chaussures et dans les salles qui aiment les textes, des gens de 70 ans me disent merci parce que, grâce à mes morceaux, ils ont appris des choses. J’aime que ma musique me fasse faire le grand écart de public. Je ne veux pas être prétentieux, mais je veux continuer à toucher et concerner tout le monde en gardant l’esthétique de ma musique. C’est magnifique de rassembler plusieurs générations.

Ca ne t’ennuie pas de devoir expliquer tes chansons ?

Absolument pas. J’explique toujours l’idée générale d’un morceau, mais je sais qu’il y a plein de gens qui la recevront différemment. Selon le public que j’ai, les retours et les perceptions ne sont jamais les mêmes. C’est génial d’avoir des avis différents selon l’âge. La seule chose que je ne veux pas, c’est que mon explication d’un texte bloque une vision personnelle. Chacun doit percevoir comme il l’entend. C’est le propre de l’art.

lombre,andrèas touzet,la lumière du noir,interview,mandor

Pendant l'interview...

Tu écris dans quel état d’esprit ?

Pour moi ce n’est pas toujours une joie et un plaisir d’écrire. J’essaie d’être au plus proche de moi-même, ça me rend parfois triste.

Je finis souvent avec une question conne. Tu préfères Lombre ou Andréas Touzet ?

Elle n’est pas conne, elle est surtout très dure. J’adore les deux et les deux me font vivre. Lombre devrait être celui que je devrais détester parce que c’est celui qui me fait vivre les choses pas forcément agréables à vivre, mais en même temps, c’est celui qui me permet d’avoir cette interview, de faire des concerts, de rencontrer des gens, de me faire vivre ma passion… je ne peux pas lui en vouloir car je suis ultra heureux grâce à lui. Andréas Touzet n’est pas du tout jaloux. Lombre est une partie d’Andréas, alors quand on l’applaudit lui, on m’applaudit moi. Lombre est moi-même accentué.

lombre,andrèas touzet,la lumière du noir,interview,mandor

Après l'interview, le 15 octobre 2020, entre deux confinements, aux Trois Baudets.

lombre, andrèas touzet, la lumière du noir, interview, mandor

19 novembre 2020

Promo pour "Daniel Balavoine, un homme vrai".

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Sur cette page consacrée à mon livre, Daniel Balavoine, un homme vrai (que vous pouvez acheter sur tous les sites que vous connaissez ou en click & collect ici), j'ajoute au fur et à mesure et chronologiquement toute la promo et les articles qui sortent...

Sur le site musical Fan Muzik, le 17 septembre 2020.

Sur la page Facebook du magazine FrancoFans, le 23 septembre 2020.

Interview par Eric Bentahar pour France Bleu Béarn Bigorre, le 2 octobre 2020.

Dans le journal FrancoFans n°85 daté d'octobre/novembre 2020: La pré-annonce du livre.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

L'émission Douceur et confidences animé par Valérie Motté pour Mouvement Up, le 18 octobre 2020. 

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Article dans Le Figaro du 20 octobre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Pour le site culturel Fenêtre sur blog, interrogé par Gérard Quentin, le 21 octobre 2020. L'interview sur YouTube est à voir ici. 

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Pour l'émission de Seb Dihl, Chansomania, diffusée dans 50 radios françaises. Interview réalisée le 26 octobre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Interview de Jacky sur IDF1 dans son émission Jacky lave plus propre, le 5 novembre 2020. Dans le lien, aller directement à 29'20'' pour l'interview sur le livre (avant ce sont des jeux un peu infantiles, mais c'est amusant tout de même.)

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Interview sur Radio Lac (radio leader de Genève, Suisse) par Sophie Gaillard et Fabien Brizard.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Interview par Alain Bernard sur Horizon (première radio associative de Normandie), le 12 novembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promoDu Gala en veux tu en voilà (toujours dans la finesse et dans le hors contexte d'un livre qui fait 342 pages), le 11 novembre 2020:

Daniel Balavoine et France Gall, retour sur leur relation complice et très complice.

Daniel Balavoine, retour sur son histoire magique et tragique avec Catherine Ferry.

Daniel Balavoine, ce complexe physique contre lequel il lutte. 

Daniel Balavoine, bourreau des cœurs. Comment il rendait folles ses compagnes.

Et le 3 décembre 2020, Daniel Balavoine coureur de jupons. Le chanteur n'était pas un ange.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Sur Dynamic Radio, dans le Coktail Chaud animé par Arno Koby, le 12 novembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Sur le réseau RCF (Radios Chrétiennes de France), dans l'émission Tout doux, animé par Vincent Belloti, le vendredi 13 novembre.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Chez Babelio, de bonnes critiques.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le quotidien La Provence, daté du 22 novembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Longue et brillante enquête sur le livre sur le site culturel Forty-five weeks, publié le 22 novembre 2020. J'adore!

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le Loft Music d'Yvan Cujious, le 23 novembre 2020, (en compagnie d'Ibrahim Maaalouf). A partir de 52'42''.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Interview dans la matinale d'IDFM (Radio Enghien), animée par Christophe Caron le 24 novembre 2020. 

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans FrancoFans, daté de décembre 2020/janvier 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Sur le site culturel Tapage Culture. Particularité de cet article paru le 27 novembre 2020, il est écrit par une personne qui a connu Daniel Balavoine, l'attaché de presse de France Gall et de Michel Berger, Gérard Colard.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Article dans Femme Actuelle n°1888 daté du 30 novembre au 6 décembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Un mois plus tard, le 30 décembre 2020, article sorti de son contexte avec des approximations sur le site Internet de Femme Actuelle... dommage!

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Enquête d'Olivier Nuc sur Daniel Balavoine dans Le Figaro n°23731, daté du 3 décembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Du lundi 30 novembre au vendredi 4 décembre 2020, chaque soir dans l'émission de Guillaume Aubert, Nostalgie Génération 80, j'ai raconté Balavoine et l'intégrale du chanteur, ainsi que mon livre, était à gagner. Là, une vidéo promo et ici, le podcast récapitulatif de la semaine.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Article dans FanMuzik, publié le 6 décembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Article dans le Tribu Move daté du mois de décembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Article dans le journal La Montagne, daté du 4 décembre 2020.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le 12-13 de France 3 du 18 décembre 2020 présenté par Emilie Tran Nguyen. Reportage sur la sortie de l'intégrale de Daniel Balavoine (à partir de 22'50'').

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le quotidien L'Alsace daté du 4 janvier 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans Télé 7 Jours daté du 9 au 15 janvier 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans Pleine Vie daté de février 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans l'émission animée par Jérôme Colin, sur La 1ère (RTBF en Belgique), Entrez sans frapper. 20 très bonnes minutes à écouter ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Une page entière dans La Montagne daté du 14 janvier 2021.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Et ici, la version du site internet de La Montagne.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans l'info du vrai, le 14 janvier 2021, date du 35e anniversaire de la mort de Daniel Balavoine, Emilie Mazoyer (avant de m'accueillir le soir même dans son émission sur Europe 1) présente mon livre à la fin de sa chronique. Le lien YouTube pour voir la chronique, c'est ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Toujours le 14 janvier 2021, donc, Emilie Mazoyer me reçoit de 20h30 à 21h00. Très belle émission, à écouter là en Podcast  (à partir de 29 minutes).

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Après l'émission...

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans Télé Matin, le samedi 16 janvier, sur France 2. Dans la chronique Musique de Frédéric Zeitoun, interview de Marc Jolivet (chez lui, à Aix-en-Provence) et de moi. Très beau reportage à voir ici!

Quelques photos du reportage...

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Et quelques photos du tournage, un peu avant, pendant et après. 

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

A la suite de cette semaine de promo, je suis devenu numéro des ventes sur Amazon (genre musicaux) pendant une semaine. 

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promo

Dans le quotidien numéro 1 du Québec, Le Devoir, un article sur le 35e anniversaire de la mort de Daniel Balavoine, à lire ici

27 octobre 2020

Thomas Chaline : interview pour Francis Cabrel, une vie en chansons.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie« Thomas  Chaline, au lieu de compiler les interviews et les témoignages douteux dont sont faites la plupart des biographies, a eu la bonne idée d’aller chercher directement dans les textes de Francis Cabrel pour raconter son histoire, et faire apparaître cette part de lui-même qui se dérobe d’ordinaire aux regards trop curieux. C’est une bonne idée, car Francis Cabrel ne se confit jamais autant que dans ses chansons, souvent à demi-mot, par allusion. Ce sont des fonds de décor qui apparaissent à l’angle d’une phrase, des instants voilés par la brume du souvenir, des personnages, fugaces, qui passent et disparaissent déjà…

Thomas Chaline, comme un détective subtil, a choisi les textes de l’auteur, les a étudiés à la loupe en les remettant dans leur contexte pour essayer de reconstituer les faits à partir d’indices qu’il faut parfois chercher entre les lignes […] Et  puis, ce qui est intéressant dans ce livre quand on parcourt plus de quarante ans de carrière, c’est de voir le temps laisser son empreinte, de retrouver à travers ses textes le jeune homme, l’artiste accompli, le père et, maintenant, l’homme de la maturité […]

Au fil des pages, des thèmes de chansons, des anecdotes, l’auteur nous fait partager un peu de la vie de cet artiste exceptionnel. Je dis un peu car il reste toujours une part d’ombre, et c’est tant mieux. C’est l’ombre qui donne des reliefs aux choses. Francis Cabrel le sait bien quand il écrit « L’ombre au tableau ».

Thomas Chaline tire avec délicatesse les fils des mots avec lesquels le poète tisse ses textes pour reconstituer son histoire, morceau par morceau. Qu’est-ce que la vie sinon l’histoire qu’on en raconte ? Car l’homme est autant fait de mots que de chair et d’os. »

Extrait de la préface du livre Francis Cabrel, une vie en chansons (Hugo Doc) par Richard Seff.

Ecrire un livre sur Cabrel et obtenir la préface de Richard Seff… Respect !francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Rappelons qu’en 1974, ce dernier rencontre Francis Cabrel dans un concours organisé par Sud Radio. Conquis par l’originalité des chansons et par la voix du jeune chanteur, Richard Seff décide de le produire. Pendant plusieurs mois, Francis Cabrel passe les week-ends et ses jours de congé au studio Condorcet de Toulouse pour enregistrer les chansons de son premier album dans lequel figure « Petite Marie » qui sortira en 1977 chez CBS. Bref, que Richard Seff, premier artisan du succès de Francis Cabrel, accepte d’écrire la préface d’un livre sur le dernier des troubadours français, c’est une preuve de confiance envers l’auteur et une validation envers les propos tenus.

J’ai rencontré Thomas Chaline (plusieurs fois mandorisés), le 8 octobre dernier, une heure avant qu’il ne se rende à une écoute du nouvel album de Francis Cabrel, A l’aube revenant, en présence de l’artiste (qui, me racontera Thomas le lendemain, est venu le saluer et le remercier pour la précision et l’honnêteté de son livre…) Son livre est conceptuel. Il dévoile les secrets de création de Cabrel et propose de découvrir, à l’aide de nombreuses anecdotes, l’histoire d’une cinquantaine de ses chansons.

Le site officiel de Francis Cabrel. 

Pour écouter le nouveau disque, A l'aube revenant. 

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnieInterview :

Pourquoi un livre sur Francis Cabrel ?

J’ai toujours voulu écrire sur lui parce que c’est mon artiste préféré. Je suis un vrai admirateur depuis l’âge de 7 ans. A cause d’une biographie précédente, largement sujet à caution, les éditeurs étaient plus que frileux. Quatre ans plus tard, enfin, Clément Ronin des éditions Hugo & Cie, a accepté. Comme Cabrel devait sortir un disque le 16 octobre 2020, mon éditeur et moi avons joué sur cette synchronicité qui tombait à pic.

Comment expliques-tu la longévité de la carrière de Cabrel ?

D’abord, il laisse du temps entre chaque album. Il en sort tous les quatre ou cinq ans, se fait le plus discret entre deux disques hormis quand il fait une tournée. C’est quelqu’un qui joue le jeu de la promo, mais au tout début de la sortie d’un disque. Ça ne dure jamais longtemps. Cela dit, pour ce disque, il a fait exception à cette règle. En règle générale, c’est vraiment quelqu’un qui maîtrise parfaitement l’art de se faire désirer. Il part du principe que si on voit trop quelqu’un à la télé, on n’a plus envie d’aller le voir en concert.

Je sais que tu l’as déjà rencontré puisque tu le racontes dans le livre.

C’était à l’été 1998 au Tennis Club d’Hossegor. On m’avait appris qu’il participait à un tournoi. Le matin, avant d’aller le voir, j’avais quelques appréhensions. En fait, j’ai eu avec lui un échange personnel et privilégié, comme on en a rarement la chance d’en vivre à 14 ans. Je lui ai expliqué que je jouais de la guitare et que je composais. Il m’a écouté et semblait intéressé. Ça prouve bien que les Rencontres d’Astaffort existent parce que Cabrel aime et s’intéresse aux jeunes auteurs-compositeurs-interprètes. Je me souviens qu’il avait été simple, accessible, sympathique et discret avec moi. Parfaitement à l’image de ce que l’on peut penser de lui.

"Le philosophe, poète et naturaliste Henry David Thoreau écrivait : "La nature à chaque instant s'occupe de votre bien-être. Elle n'a pas d'autre fin. Ne lui résistez pas." Une philosophie que l'on retrouve dans "Le reste du temps" et dont Francis Cabrel a fait un principe de vie essentiel à son équilibre."

Thomas Chaline. 

Pourquoi le concept d’écrire l’histoire des chansons ?

Je savais que j’allais écrire sur Cabrel, mais je n’imaginais pas forcément une biographie. Mon éditeur n’était pas très chaud pour cela non plus, parce qu’il y en a déjà eues, notamment, celle qui a été décriée par Cabrel lui-même. Nous avons cherché une idée originale et très vite, nous sommes tombés d’accord sur l’histoire des chansons. Ca correspondait tellement à Francis Cabrel. Il a toujours mis sa vie en chansons. Finalement, c’est devenu une biographie en chansons.

Cabrel est certainement l’artiste français qui a le moins de pression.

Tu as raison. Il s’est créé un cocon affectif avec ses enfants, ses petits-enfants, ses amis de toujours, ce qui fait qu’il n’a pas la dépendance affective avec son public. Il semble heureux.

La chanson "In extremis", extrait de l'album éponyme - le treizième de Francis Cabrel - sorti en 2015, est une prouesse représentative de l'œuvre de l'artiste. Ce dernier y raconte à sa manière l'extinction de la langue occitane.

Thomas Chaline.

Il m’est arrivé d’interviewer Cabrel à Paris pour des journaux pour lesquels je travaillais, puis je l’ai rencontré plusieurs fois à Astaffort. J’ai trouvé que ce n’est pas tout à fait le même homme. Il a toujours été très gentil avec moi, mais chez lui, il est vraiment naturel et hyper convivial.

A Astaffort, tout  le monde le connait, il va à la boulangerie comme n’importe qui. Il n’est absolument pas dérangé. Là-bas, il est connu depuis toujours. C’est juste Francis, le fils de son père… Astaffort est le seul endroit au monde où on le laisse tranquille. Il est chez lui, donc il se comporte sans filtre. Enfin, Cabrel reste tout de même un homme secret qui, d’après ce que l’on m’a dit,  ne s’épanche pas beaucoup… même auprès de ses amis.

Je trouve tout de même qu’il s’est « détendu » ses dernières années, non ?

Oui, tu as raison. Il se lâche un peu plus. Pour la promo, en général, il choisit les journalistes qu’il connait depuis très longtemps et en qui il a confiance. En tout cas, ils sont triés sur le volet. Et puis, tu sais, il a 66 ans, la sérénité est venue avec l’âge. Là, je parle à sa place et je n’aime pas trop ça.

Tout le monde s’accorde à dire que la couverture du livre signée Maxime Ruiz est fabuleuse.

C’est une photo qu’il a prise à la fin de l’enregistrement de l’album Hors saison. Je te passe les détails, mais nous nous sommes vus trois heures à Bruxelles. Il a apprécié le concept de mon livre et m’a donc proposé quelques photos. Nous avons choisi celle que nous avons considéré la meilleure pour cet ouvrage.

Clip de "Te ressembler" réalisé par l'auteur de la couverture du livre de Thomas Chaline, Maxime Ruiz, extrait de son nouvel album, "A l'aube revenant". 

Tu révèles aussi sa part d’ombre, mais avec tact et sans indiscrétion.

Moi, pas du tout. C’est Richard Seff qui en parle dans la préface. C’est honnête de sa part parce qu’il le démystifie un peu. Il y a l’artiste adulé, le poète, mais Cabrel reste un homme avec ses failles et ses faiblesses. On est tous pareils.

Comment as-tu choisi les chansons ?

Clément Ronin, mon éditeur, très amateur de chansons françaises, m’a envoyé une liste de chansons essentielles pour lui. Sa sélection était intéressante parce que je savais qu’il y avait des choses à dire sur chacune d’entre elles. Et ensuite, j’ai choisi des chansons qui me plaisaient personnellement. Ce ne sont pas les plus commerciales. J’aime l’idée que le lecteur lise l’histoire et que ça lui donne envie d’écouter la chanson en question.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Pendant l'interview...

Je te pose la question gênante. Te considères-tu comme le spécialiste de Cabrel ?

Si je te réponds oui, n’as-tu pas l’impression que je passerais pour un prétentieux ? Je suis admirateur, j’en connais un rayon sur lui, de là à dire que je suis le spécialiste, je ne franchis pas le cap. Par contre, pas un seul fan ne m’a reproché d’avoir oublié telle ou telle chose. Tu sais, il y a des gens qui se considèrent toujours comme les gardiens du temple. Même ceux-là n’ont pas émis de critiques.

Je vais te dire ce que je pense. Pour moi, ce livre est le livre référence sur Cabrel. Ni plus ni moins.

Merci, ça me touche. Je suis fier de ce livre parce qu’il a eu la validation et le soutien de ses proches. Maxime Ruiz m’a expliqué que Cabrel ne dira jamais ce qu’il pense du livre, mais ça l’a intéressé de savoir ce que j’avais dans le ventre.

Il l’a lu ?

Oui. J’en suis certain. Un pote à moi lui a transmis pendant le confinement. Un peu plus tard, ce pote a été en relation avec lui et il a tenu à préciser des choses. Par exemple, sur les pages concernant « Petite Marie », il a dit qu’il n’avait jamais été en scooter à Toulouse, mais en 4L 3 vitesses. Il a dit à mon pote : « Dis-lui, je veux qu’il rectifie cette petite erreur ! ».

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 8 octobre 2020, après l'interview.

Bon, comme vous le savez, si vous me suivez ici depuis 2006, Mandor est un sacré vantard. Il n'hésite pas à se mettre en avant en publiant des photos de lui avec le sujet du livre de Thomas Chaline. Honte à lui.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 18 mars 1986 à Montpellier, après une interview pour Nostalgie Montpellier.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 10 septembre 2012, à Paris, après une interview pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 18 mars 2015, à Paris, après une interview pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc. 

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 21 avril 2015, à Paris, après la cérémonie du 8e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 25 avril 2017, à Paris, après la cérémonie du 10e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Le 25 septembre 2018, à Astaffort, lors des Rencontres, dans la cour de Création. 

19 octobre 2020

Jonathan Dassin : interview pour A toi Joe Dassin

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandor

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandor« Joe Dassin n’est pas mort il y a 40 ans. Il s’est seulement absenté, laissant un extraordinaire répertoire qui, à jamais, porte les couleurs de l’été, de l’amour et du partage. Tout naturellement, les artistes pop français de 2020 le connaissent par cœur et reprennent les chansons avec lesquelles ils ont grandi. Tous enfants de Dassin, ils rouvrent aujourd’hui le songbook le plus radieux de la chanson française. » Bertrand Dicale.

Pas étonnant donc qu'au 40ème anniversaire de sa disparition (le 20 août 1980), un hommage en musique lui soit rendu, lui qui a illuminé de sa voix chaude la chanson française. La nouvelle génération de chanteurs et chanteuses (Ycare et Axelle Red, Les Frangines, Trois Cafés Gourmands, Patrick Fiori, Lola Dubini, AldebertCamélia JordanaTibz et Jérémy Frérot, Kids United Nouvelle Génération, Madame Monsieur, 21 Juin le duo et La Deryves, Julien Dassin et Jonathan Dassin) s'attaque à quelques-uns des monuments du répertoire de Joe Dassin dans l’album A toi, le 23 octobre prochain. Il propose une relecture moderne du répertoire de l'américain. Joe Dassin fait partie de ces artistes qui savent réunir les générations, ce qui est rare aujourd'hui.

Clip de "A toi" par Axelle Red et Ycare.

Le 28 septembre 2020, j’ai mandorisé pour la troisième fois le fils du chanteur, Jonathan Dassin, qui exerce lui aussi le même métier (les deux autres (et un peu plus) à lire ici). C‘est dans une brasserie de la Gare du Nord qu’il m’a expliqué le pourquoi du comment de ce projet discographique.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'album.

La bande annonce de l'album Joe dassin, A toi.

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandorInterview :

Tu es content de cet album hommage à ton père ?

Ça fait longtemps que je le souhaitais. Il y a eu des discussions à ce sujet avec Sony. Au départ, ils n’étaient pas intéressés, puis ça s’est décanté. L’intérêt est arrivé. A titre personnel, c’est vraiment un hommage comme celui-ci que je voulais rendre à mon père. Tous ces jeunes qui chantent ses chansons, ça me touche profondément. Il y a des artistes en devenir dans la nouvelle scène française et des plus confirmés comme Axelle Red et Patrick Fiori. Le casting de Sony est vraiment bon. Je suis très satisfait du résultat. En plus, mon frère Julien et moi en faisons partie.

Teaser Julien Dassin.

Symboliquement, que vous soyez tous les deux sur ce projet, c’est évidemment important.

Oui. Mais vraiment, l’idée principale de ce disque est de transmettre l’œuvre de mon père à la nouvelle génération, même si je sais que l’on apprend, déjà, ses chansons à l’école. Ce projet a le mérite de pouvoir plaire à ceux qui l’ont aimé à l’époque, mais aussi aux jeunes d’aujourd’hui. Mon père fait partie du patrimoine de la chanson française, voire de l’histoire de la musique. J’en suis très fier.

Les arrangements sont un peu différents que ceux originaux. En écoutant les chansons, on s’aperçoit de leur modernité.

Je trouve que la réalisation de ses chansons a tout à fait respectée l’esprit original, en effet. Même si chaque artiste a mis un peu de sa personnalité, là encore, ce n’est pas aux antipodes de ce que voulait transmettre mon père.

Teaser Trois Cafés Gourmands.

Teaser 21 Juin le duo et La Deryves

Je me souviens que dans nos précédentes interviews, tu me disais que tu ne souhaitais pas particulièrement chanter le répertoire de Joe Dassin. As-tu changé d’avis ?

J’ai traversé une période où j’avais besoin de prendre du recul par rapport à lui. Je l’assume plus depuis plusieurs mois. Cette année, le chanter devenait même indispensable. Je voulais ardemment lui rendre hommage.

Tu chantes dans ce disque « Siffler sur la colline » avec la jeune Carla et « Marie-Jeanne ».

Il m’est arrivé de chanter « Marie-Jeanne » ces derniers temps et j’y prenais beaucoup de plaisir, quant à Carla, j’aime beaucoup sa voix et « Siffler sur la colline » lui va bien. Tous les deux, nous nous sommes immédiatement entendus. Par sa famille, elle a été élevée avec les chansons de mon père. Elle était donc, m’a-t-elle dit, ravie de participer à ce disque.

Teaser Carla et Jonathan Dassin.

Teaser Patrick Fiori et Lolo Dubini. 

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandorÇa t’émeut d’entendre ces artistes chanter les titres de ton père ?

Beaucoup. C’est très émouvant pour moi un tel respect des artistes pour lui. Je tiens aussi à dire qu’il y a beaucoup de succès de mon père qui n’y sont pas. Il y en a trop. Les autres seront peut-être dans un volume 2… Moi, en tout cas, les chansons de mon père que je préfère sont les moins connues.

Dans ta carrière perso, où en es-tu ?

Pour le moment, je privilégie ce projet sur mon père, mais j’ai plein de chansons qui sont prêtes pour mon deuxième disque. J’enregistre aussi les chansons de mon premier album en allemand. J’ai également un nouveau groupe, très rock, avec lequel j’ai fait quelques concerts en Belgique il n’y a pas longtemps et on espère en faire d’autres malgré les contraintes du Covid 19.

Ton deuxième album, tu comptes le sortir quand ?

On va sortir un premier titre à la fin de cette année ou au début de l’année 2021. Après, sortirais-je les titres un par un ou ferais-je un album ? Je ne le sais pas encore. Il y a plein de chansons de prêtes et je piétine d’impatience de les présenter. Ces chansons seront plus electro et plus rock que le premier. Elles auront un caractère nettement plus marqué.

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandor

Le 28 septembre 2020, après l'interview.

11 octobre 2020

Illustre : interview pour l'album Ille

illustre,ille,interview,mandor,xray

(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayIl y a eu Diam’s, il y a désormais Illustre. Cette nouvelle rappeuse frappe textuellement encore plus fort. « Elle se déplace avec une aisance déconcertante sur la fine ligne de crête entre poésie et engagement. Portée par un élan inaltérable, riche d'un regard neuf, elle avance à grande vitesse et s'attache à transmettre cette énergie débordante » explique  l’argumentaire  de presse.

Après un premier EP en auto production l’année dernière, Les mains bleues, elle arrive pour casser la baraque avec un premier album qui risque de faire date, Ille. Le 22 septembre dernier, en terrasse d''une brasserie de la gare du nord, j’ai rencontré ce phénomène venu de Clermont-Ferrand pour une première mandorisation.

Pour écouter l'album,  c'est là.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Son compte Twitter.

Son compte Instagram.

Sa page YouTube.

Mini biographie officielle :illustre,ille,interview,mandor,xray

Comme les deux pôles d'un iceberg, Illustre cherche à assembler les différences. Créer une cohésion, une alchimie, dans une société en plein bouleversements. Hors des codes et non-binaire, remettant en question les clichés sur le genre, elle aime rendre complémentaire ce qui tend à s’éloigner. Et s'adresse à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même.

Cette identité singulière se retrouve dans son premier album, ILLE, une ode musicale rap soutenue par des productions modernes entre chill trap et turn up hip hop. A travers un jeu de miroirs entre féminin et masculin, elle parle de notre monde, de notre identité, du lâcher prise, de la place de la femme, elle parle de persévérance, d'émotion...

Illustre a mis un peu de son histoire, de son chemin personnel, dans une robe soyeuse, classe et accessible. Car elle fait du rap pour les gens. L'art pour rassembler, connecter les énergies, raconter un possible, élargir les frontières et oublier les limites. L’album ILLE sera la première pierre de ce puissant édifice. La scène sera son terrain de jeu.

illustre,ille,interview,mandor,xray

(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayInterview :

Tu as commencé en faisant tes maquettes dans ton home studio.

Avec ces maquettes, j’ai rencontré des gens dans ma ville qui m’ont permis d’aller plus loin que ça. J’ai fait beaucoup de scènes ouvertes, des open mic (micros ouverts) pour les performances qu’il y avait à faire. Avec ces expériences, j’ai commencé à comprendre l’idée d’esprit de groupe propre au hip-hop. Avant cela, j’étais toute seule à tout faire jusqu’au jour où  j’ai  rencontré mon meilleur ami aux Beaux-Arts. Il faisait de la musique sur des scènes locales, ça m’a donné envie de faire évoluer les choses. En tout cas, je ne voulais plus rester seule dans mon coin. De fil en aiguille, ça m’a permis de sortir mon premier album sous le label XRay. Grace au gros soutien de Clermont-Ferrand les choses sont allées assez vite. J’ai pu jouer dans certains lieux qui, indéniablement, nous ont aidés à sacrément évoluer.

Tes chansons délivrent des messages sur le « genre ».

Mon album est constitué de deux parties. J’ai essayé d’enlever cette binarité (concept utilisé en sciences sociales pour désigner la catégorisation de l'identité de genre en deux et uniquement deux formes distinctes et complémentaires : masculin et féminin) tout en l’exprimant. Il y a parfois des textes assez virulents dans le propos et la manière de l’énoncer, mais il y a aussi des textes plus introspectifs qui ramènent plus à mes histoires personnelles.

C’est quoi ton propos exact, finalement?

Il y a énormément d’affirmation de soi. Dans cet album, j’ai été portée par une année de développement personnel assez poussée. C'était une manière introspective de prendre du recul sur tout cela. Très sincèrement, les sujets que je traite ne sont pas abordés dans le rap : s’affranchir des codes sociaux, des lois morales, parler de la maladie, de l’intelligence émotionnelle… ce sont vraiment des thématiques qui me concernent et qu’on n’entend pas dans le rap. J’avais envie d’amener un peu de fraîcheur là-dedans, avec un côté hybride. J’en ai profité pour rendre complémentaire les deux facettes de ma personnalité, entre la poésie et mon côté écorché. Je suis aussi lucide de la réalité qui est la nôtre.

"Dans « Type Chelou », Illustre aborde sans faux-semblants les questions du genre, de l’identité et de la diversité, qui lui sont chères, en s'adressant à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même. Véritable ode à l’émancipation, Illustre y exprime sa non-binarité assumée et traite du conflit générationnel dans lequel elle vise à déconstruire les codes prédéfinis pour en créer une vision libre et nouvelle."

Tu n’as pas peur de devenir porte-parole des personnes qui épousent ta cause ?

Je  n’ai pas envie d’être  l’étendard de quoi que ce soit parce que je ne suis personne pour l’être. Je n’estime pas avoir toutes les questions et toutes les réponses sur le sujet. Je cherche encore. Je fais mon truc, je me présente comme je suis, c’est tout.

Tu te sens différente des autres rappeurs ?

Disons que je n’ai jamais voulu me fondre dans la masse. Depuis ma jeunesse, je n’ai jamais aimé cela. On ne peut pas espérer quelque chose de différent en faisant la même chose que tout le monde. Il y a de la singularité dans toute performance artistique, mais je trouve dommage que les jeunes qui démarrent essayent de faire ce qui a déjà été fait sans chercher en eux ce qu’il a d’unique. Tout le monde a des choses personnelles à raconter parce qu’on a tous des parcours et des identités différentes.

Je formule ma question différemment. Te sens-tu à part ?

J’ai plus l’impression d’être une intruse. C’est une relation personnelle de moi à moi-même. Tout l’enjeu de la dimension artistique, c’est d’arriver à s’accepter soi-même et à s’affirmer…  

"Vautour" : morceau égo-trip dans lequel Illustre mêle punchlines, technique et flow. Premier extrait de son premier album, c'est une manière de nous dire qu’elle est possédée par la passion du rap, qu’elle arrive, avec un peu de clash, de classe et surtout beaucoup de détermination.

Ça te fait du bien de livrer tout ce qu’il y a en toi ?

Oui. C’est réellement une thérapie. Au début inconsciemment, aujourd’hui consciemment. J’écrivais pour exprimer et relâcher un peu toutes les émotions que j’avais, au bout d’un moment, c’est devenu un style de vie, j’écrivais tous les jours. J’écrirai toute la vie, que j’ai de la notoriété ou pas, parce qu’écrire me rend vivante. C’est une manière de laisser une trace en moi-même.

Ça t’a sauvé d’écrire ?

C’est une belle question, mais j’ai besoin de réfléchir avant de te répondre. Ça m’a sauvé dans le sens où ça m’a donné une ligne de conduite et créé un chemin… là où je ne voyais pas d’issue.

Dans "Mémoire", Illustre expose sa vision de la France et de notre démocratie. Son ambition est de nous rappeler que les droits que nous avons acquis ne sont pas dus pour autant et que c’est une chance de les avoir. Elle fait le parallèle entre une génération passée qui s'est battue pour obtenir ces droits, et une génération actuelle qui oublie le confort dans laquelle elle se trouve. Avec « Mémoire », Illustre prône ainsi le fait de continuer à se battre pour préserver nos droits, et potentiellement en obtenir de nouveaux.

Tu as beaucoup de tatouages bien visibles. C’est pour un peu choquer, interpeller.

On n’a pas besoin de choquer pour choquer. J’aimerais juste que les gens se posent des questions et qu’ils tentent d’aller chercher autre chose que dans l’apparence. Je veux plus bousculer les consciences que choquer.

Sur ton visage, tu as un tatouage du mot amour, tu veux bien m’en parler ?

Cela faisait deux ans que je réfléchissais à un tatouage sur le visage, il ne fallait donc pas que je le regrette. Je voulais choisir un mot. Amour concerne tout le monde. Cela peut être l’amour d’une personne, d’un projet, d’une sensation. Il est partout et c’est la seule chose que tout le monde possède. Amour, c’est aussi pour me regarder avec amour. Là où certaines personnes pourraient trouver cela niais, moi je trouve ça très frontal et authentique.

Illustre nous dévoile sa facette émotionnelle et poétique avec « Maladif », un morceau intimiste dans lequel elle aborde la maladie de son père : « C’est comme si un vent violent venait vous frapper sans que vous n'ayez le contrôle. Je ressens et je chante le refrain de manière très spirituelle, comme s'il y avait un déploiement d'énergie qui se manifestait, dans lequel j'essayais de répondre aux questions existentielles. J'y exprime un quotidien désorienté et un inversement des rôles. Mon pilier identitaire est absent, je dois grandir plus vite, comprendre le comportement des gens, et m'adapter. » Pour réaliser le clip qui illustre ce nouveau morceau, l’artiste est allée puiser dans les archives VHS des vidéos familiales.

Dans ta façon de chanter, je décèle une niaque très rare.

Ce sont des textes assez conscients et violents qui m’ont amenée au rap. J’ai donc cette partie-là en moi dans ce que je fais, mais je ne me contente pas uniquement de cette manière d’exprimer les choses. Je ne me cantonne pas à une forme de rap parce qu’il en existe une multitude.

Soudain, un homme même pas éméché s’approche de nous et lance à Illustre : « Toi tu es une rock star, ça se voit direct. »

C’est très intéressant cette scène que nous venons de vivre. Il n’y a ni micro visible ni camera et un homme vient pour te dire ça. C’est qu’il y a indéniablement quelque chose qui se dégage de toi.

(Rires un peu gêné).

illustre,ille,interview,mandor,xray

(Photo : Julien Mignot)

Tu as un flow hyper rapide. Il faut beaucoup de pratique pour y parvenir ?

Ah oui ! Je t’assure que ça ne vient pas du jour au lendemain. Ça demande beaucoup de travail. Ça fait dix ans que j’écris et cinq ans que je slame/rappe/chante. Aujourd’hui, j’aime sortir de ma zone de confort. Je cherche des nouvelles productions, des nouveaux rythmes et je change les structures habituelles. A force, cela crée une technique assez unique. J’essaie aussi d’élargir mon panel de capacités vocales.

Quel artiste t’a donné envie de prendre ce chemin-là ?

Sans hésiter Diam’s. Au début, ce qui m’a intéressée dans le rap, c’était l’amour des mots. Diam’s maniait les mots parfaitement. Il faut comprendre que je viens de la poésie. J’en écrivais sans musique. Puis, j’ai découvert le rap, alors je me suis lancée là-dedans pour que mes textes à messages puissent être intégrés par un plus large public. Dans le rap, il y a une réflexion sur des sujets qu’il n’y a pas forcément dans les autres styles musicaux. Ce n’est pas mieux ou moins bien, je ne porte aucun jugement.

illustre,ille,interview,mandor,xray

Pendant l'interview...

Tu me sembles quelqu’un que le métier ne va pas pouvoir diriger.

C’est viscéral pour moi. Je ne pourrai jamais faire semblant. Je ne serais tout simplement pas capable de faire ce que je ne souhaite pas. Je me sens incapable de monter sur scène avec le sourire si je me sens étriquée.

As-tu le souci d’être comprise par tous où tu t’en fous ?

Intéressante question. J’aimerais l’être… de manière différente. Dans le plus profond, pas juste en surface. En y réfléchissant je me demande si en voulant être comprise, ce n’est pas pour que je me comprenne moi-même. J’ai l’impression que ce sont les autres qui nous font comprendre ce qu’on est. C’est la question de l’ego.

Tu as l’impression d’avoir beaucoup d’ego ?

Oui, beaucoup. Trop. Il en faut quand tu fais du rap, mais à juste dose.

illustre,ille,interview,mandor,xray

Le 22 septembre 2020.

illustre,ille,interview,mandor,xray

(Photo : Julien Mignot)

25 septembre 2020

Louis Chedid : interview pour Tout ce qu'on veut dans la vie

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (4).jpg

(Photo : Audouin Desforges)

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (3).jpgSept ans après son dernier album, Louis Chedid revient avec onze titres finement ciselées, personnelles et attachantes. Tout ce qu'on veut dans la vie, juste et élégant, sait parler de sujets profonds de manière douce et légère, marque de fabrique de Louis Chedid. Ses nouvelles chansons sont sublimées par Marlon B. à la réalisation (Juliette Armanet, Renan Luce). Un grand cru chédidien!

Au début du mois de septembre 2020, nous avons parlé ensemble de la création de cet album.

(Rappelons que Louis Chedid est un habitué de Mandor : Ici en 2013 pour Deux fois l'infini et là en 2010 pour On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime).

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

Avant l'interview, voici une communication officielle de la société qui produit les tournées de Louis Chedid.

118707702_3483885998341888_2895526450953615422_o.jpg

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (5).jpgInterview : 

Premier album en solo depuis 7 ans. Avez-vous peur de ne plus plaire aux gens ?

On ne sait jamais à quelle sauce on va se faire manger. Quand vous faites un disque, vous le faites toujours avec un maximum d’enthousiasme et de motivations. Il y a beaucoup de bonheur à faire un nouvel album à chaque fois. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient, la barre est de plus en plus haute de disque en disque, surtout quand on en a fait vingt. C’est comme un perchiste qui doit petit à petit augmenter d’un centimètre la hauteur de la barre. Je vous assure, les gens vous attendent au tournant à chaque pas. Ils se demandent ce que vous allez bien pouvoir inventer encore. Moi-même, je me pose la question. Au fond, c’est ça qui est excitant.

S’il y a quelque chose qui ne doit jamais quitter l’artiste, c’est la passion du métier ?

C’est tellement ça. Quand je prends ma guitare encore aujourd’hui, j’ai toujours la même sensation que quand j’avais douze ans. C’est un vrai plaisir. C’est une amie avec qui j’ai fait pas mal de routes. J’ai toujours la sensation d’être ailleurs, de voyager… chercher des mots, des notes, je ne peux pas m’en passer.

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (6) - basse def web.jpg

(Photo : Audoin Desforges)

En vingt albums, vous n’estimez pas avoir tout dit, avoir fait le tour de la question sur des sujets qui sont toujours les mêmes ? A commencer par l’amour.

Vraiment, ce qui m’anime pour continuer à écrire, c’est l’envie de progresser et de faire mieux. Je veux toujours aller au-delà de ce que j’ai déjà fait et rester actuel. Se reposer sur ses lauriers, ce n’est jamais bon. Si on se dit : « J’ai tout fait, je n’ai plus rien à prouver », c’est comme cela que l’on vieillit. Vous pouvez faire des chansons politiques, des chansons d’amour, des chansons de désespoir, on tourne tous autour des mêmes thèmes. La grande différence, c’est la façon de les faire, la forme, l’angle choisi pour en parler. Avoir quelques chansons qui ont traversé les décennies, ça ne me suffit plus. Je ne suis pas du tout dans l’antiquité.

Vous avez toujours l’imagination fertile, donc.

Je ne suis pas inquiet par ça. L’inspiration est quelque chose d’éternelle. Après, il faut l’entretenir, la travailler. De mon point de vue, il n’y a aucune raison pour que l’inspiration s’arrête.

Clip de "Si j'avais su".

Vous savez trouver des tournures de phrases pour évoquer un sens fort. Dans « Si j’avais su », il y a cette phrase incroyable : « Si je savais que vous alliez m’abandonner, Je ne t’aurais jamais dis-tu ». Je trouve que c’est la chanson sur la rupture la plus dure de votre répertoire. 

C’est vrai. En général, les chansons sur les ruptures, ce sont souvent des ballades, assez mélancoliques, ce qui n’est pas le cas dans cette chanson. Là, la musique est très enlevée, c’est aussi ce qui relève le côté cynique de ce que raconte le type par rapport au désespoir dans lequel il est.

Votre chanson « Volatile comme… » est dans la vague du moment. C’est de l’electro pop.

De l’electro, honnêtement, ce n’est pas nouveau dans ma carrière. J’ai été un des premiers en France à en faire. Avec Balavoine et Jean-Michel Jarre, nous avons été les premiers ici à avoir un Fairlight. De toute façon, je ne suis pas du tout sectaire en musique. J’aime ou je  n’aime pas, c’est très simple. Je ne peux pas dire que je sois amoureux du jazz, de la pop ou du rock, juste ça me plait ou pas. Je ne m’interdis aucune forme musicale. Si je veux faire une musique à la Gipsy Kings, je le fais… à ma sauce, évidemment. Si je trouve que mes mots et la musique fonctionnent,  j’y vais à fond. J’ai envie de m’amuser, alors, je ne me mets pas de frein. Mon nouveau disque, j’ai fait en sorte qu’il soit lumineux et positif.

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (7).jpg

(Photo : Audoin Desforges)

Ah bon ? Il me semble qu’il y a des chansons tristes aussi. "La fille sur le banc" (du cimetière Montparnasse). C’est une chanson sur les disparus et sur la vie qui continue.

Oui, c’est la chanson la plus nostalgique du disque. C’est une chanson vécue. J’habite vraiment à côté du cimetière Montparnasse. J’y vais souvent, notamment parce que c’est là que ma maman, Andrée, repose. Je m’y promène parce que c’est très calme. Ce lieu m’apaise. Dans la vie ce cimetière est une bouffée de silence qui me fait du bien. J’y vais souvent avec un carnet et il m’arrive d’y écrire des bouts de textes. Ce lieu est parfait pour ma concentration. Un jour, il y a une fille qui m’a reconnu et qui a commencé à me parler. Elle m’a dit : « Ah ! C’est là que vous écrivez vos chansons ? » Elle est venue s’assoir à côté de moi et nous avons discuté. La fille venait de se faire larguer par son mec, elle n’était vraiment pas bien. Elle a commencé à pleurer. Je lui dis que peut-être, ce type lui avait rendu un service immense. Je lui suggère que, peut-être, dans un an ou deux, elle sera contente d’avoir trouvé quelqu’un d’autre encore mieux que celui-là. Ça lui a un peu remonté le moral. Je suis rentré à la maison et j’ai écrit cette chanson.

Elle a eu à faire à un Louis Chédid, conseiller conjugal, quoi !

(Rires) Je ne sais pas pourquoi, mais les gens se confient à moi souvent sur leurs histoires. Je dois inspirer confiance, je ne sais pas. Sans le vouloir, j’inspire certaines confidences, alors que je ne demande rien.

Après, ça devient des chansons, c’est cool.

Voilà, exactement.

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (2).jpg

(Photo : Audoin Desforges)

Vous n’avez jamais caché, contrairement à certains, que toutes vos chansons sont autobiographiques.

Oui, toutes, même parfois sans le savoir quand je les ai créé. Quand vous avez fait pas mal de kilomètres comme moi, avec le recul, vous vous apercevez que quand vous chantez « La belle », « Ainsi soit-il » ou « Anne ma sœur Anne », ça correspond à quelque chose qui m’est proche.

Vous parlez beaucoup de l’enfance, notamment dans « Chasseur de papillons » et « Mon enfant intérieur ».

Quand vous faites ce métier là, vous avez intérêt à garder un pied dans l’enfance sinon vous êtes mal. Ce n’est pas pour rien que l’on dit « jouer la comédie » ou « jouer de la guitare ». On joue quoi !

Un artiste, c’est un grand enfant à vie ?

Oui. Tous ceux que je connais avec qui j’ai des atomes crochus, on est très enfants. J’ai 72 ans, quand je prends une guitare, j’en ai 12.

Clip de "Tout ce qu'on veut dans la vie".

A 72 ans, visiblement on s’intéresse encore à l’amour. Il y a deux chansons sur ce thème : « Tout ce qu’on veut dans la vie » et « J’ai toujours aimé ». Vous y évoquez même l’amour charnel.

Ces deux chansons sont effectivement très proches. Quand un type reçoit une vie sentimentale épanouie, il l’a prend et il l’a raconte.

« Ne m’oubliez pas » parle bien de l’amour du public qui pourrait décliner ?

Ça peut être compris comme ça, mais ce n’est pas que ça. Je pense que nous n’avons pas qu’une seule vie. On en a plein. Je préfère penser ça que d’imaginer qu’il n’y a plus rien après. Cette chanson raconte l’histoire de quelqu’un qui est passé de l’autre côté et qui dit : « Ne m’oubliez pas parce que je suis là quand même. » Malgré la mort, on est toujours vivant dans le souvenir de ceux qui restent. C’est comme ça que je vois les choses, après c’est très personnel.

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (1).jpg

(Photo : Audoin Desforges)

« Redevenir un être humain » évoque les gens qui sont toujours sur leur smartphone.

Ce n’est pas une chanson moraliste parce que, moi aussi, j’y passe beaucoup de temps. Sans mon smartphone, je suis même paumé. C’est bien de temps en temps de se rendre compte qu’on exagère et de prendre la décision d’être plus raisonnable. C’est fou comme un simple objet prend la place de la vraie vie.

Vous n’avez jamais fait de compromis dans vos chansons.

Depuis le début, même quand j’étais inconnu au bataillon et que je ramais pour faire décoller ma carrière, je n’en ai faite aucune. Ça vient de l’école. Comme j’étais très mauvais et que je ne supportais pas l’autorité, je n’ai pas choisi de faire un métier de liberté comme celui de la musique pour me retrouver dans des contraintes et des choses que je n’ai pas envie de faire. Je préserve mon intégrité et ma liberté.

119041795_3501889493208205_4056011662705874908_o (2).jpg

22 mai 2020

Léonid : interview pour l'album Du vent

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

(Photo : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorLéonid n’est pas l’affaire d’un seul homme, c’est un binôme indissociable. Il est composé de « la tête pensante », Fabien Daïan, et de son cousin Rémi d’Aversa, homme-orchestre lumineux / co-arrangeur et co- réalisateur sur leur deuxième album Du vent.

Rappelons que Fabien (déjà mandorisé-là en 2014 pour le premier opus éponyme) est auteur/compositeur/interprète, guitares, percussions. Membre de Sinsemilia pendant les 13 premières années du groupe, il s’est investi ensuite corps et âme aux côtés d’artistes comme Yoanna ou Djazia Satour en tant que réalisateur, arrangeur, scénographe…

Créé en 2013, le duo connaît depuis un développement constant et régulier. Et comme l’explique le dossier de presse,  « quelques 250 concerts plus tard et des retours souvent dithyrambiques d’un public touché tant par le fond que par la forme du spectacle, les deux cousins n’ont pas perdu une once de leur foi, de leur besoin de créer, de se renouveler, ni de leur capacité de travail ».

Du vent, a été co-réalisé et co-arrangé avec Pierre-Luc Jamain (Sergent Garcia, Feist, Arthur H, Oxmo Puccino, Djazia Satour...) et enregistré et mixé au printemps 2019 par Julien Espinoza au studio BESCO  (78) et aux Studios de la Ruche  (69). 

Si le Coronavirus décide de se barrer un moment, gageons que le spectacle dont sera issu cet excellent disque sera une nouvelle ère (de jeu) foisonnante pour le duo.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui vendredi 22 mai 2020, sont proposés 4 titres de Du vent en téléchargement. Quant à l’album, il sortira en intégralité le 21 août.

J’ai interrogé Fabien Daïan par téléphone, il y a trois semaines pour évoquer cette nouvelle aventure discographique. Avec l’espoir tout puissant que ce soit la dernière interview sous confinement…

La page Facebook officielle.

Les 13 chansons décryptées sur YouTube. 

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorL’album (argumentaire de presse officiel) :

Un nouvel album plein de vent. De vent frais, du vent des fous ou d’un vent de colère. Parce que le vent c’est tout mais surtout parce que le vent c’est rien. 

13 chansons cousues main et filées avec les tripes.

Sur « du vent », on sent un auteur/interprète enfin délesté du poids des « maîtres »  (Higelin, Brassens, Renaud et tant d’autres). Ce bagage trop lourd qui complexe et réfrène celui qui le traîne. Non que le bonhomme soit devenu prétentieux et ait désormais la naïveté de croire qu’il leur arrive à la cheville. Bien au contraire ! C’est en faisant le deuil du fantasme de chatouiller un jour les doigts de pied des grands qu’il a pu livrer sans détour inutile ce qu’il a dans les tripes. 

Ses tripes à lui, qui ont pour principal intérêt d’être les siennes. 

Aux premières loges de ce déballage, le cousin, le binôme, s’investit comme jamais sur ce disque. Il le marque de sa sensibilité et de son sens inné de la mélodie et de l’arrangement. 

Les chansons de l’album : Elles pourraient se diviser en quatre catégories. D’abord les chansons « psycho-torturées-mais-légères-quand-même », crédo de Léonid, à l’image de « La tâche d’encre » : hurlement venu de l’enfance sur l’impossibilité d’être libre sous l’emprise de l’angoisse. Les textes « réalistes » comme « P’tite soeur » : ode à l’amitié fraternelle et inconditionnelle en duo avec la lumineuse Djazia Satour. Les « existentielles » dont « Autrement dit » est l’incarnation. Chanson sur le troublant parallèle entre le début et la fin de la vie qui, déjà présentée sur scène à quelques reprises, arrache bien souvent les larmes des plus sensibles. Et enfin les chansons « politiques » à l’instar de « Mon avis » : constat désabusé de la difficulté d’allier la passion, les convictions avec l’engagement politique. Ou comme les reprises d’« Oscar » (Renaud) et du « Chiffon rouge » (Vidalin/Fugain) : double hommage au monde ouvrier « rouge » dont sont issus les grands-parents communs aux deux cousins. Leur héritage partagé. Le point commun à toutes ces chansons, le fil rouge, est l’aspiration à la liberté. 

Liberté dont le plus digne représentant est le vent !

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

(Photos : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorInterview :

Il s’est passé six ans entre tes deux albums. C’est beaucoup, non ?

La première raison, c’est que j’ai énormément d’activités différentes avec d'autres artistes, comme régisseur et éclairagiste. J’aime avoir une vision globale du métier et toucher à tout. La deuxième raison, c’est qu’avec Rémi, on travaille principalement la scène en la peaufinant sans cesse. Enfin, la troisième raison, c’est qu’il se pourrait bien que je sois un laborieux. Il me faut du temps pour faire les choses. Créer de nouvelles chansons par exemple.

Pour la première fois, Léonid a demandé à une tierce personne un regard extérieur, celui de Pierre-Luc Jamain qui a co-réalisé et co-arrangé l’album. Pourquoi ?

J’ai toujours fait les choses tout seul et là, je sentais que j’avais besoin d’un œil neuf d’une personne dont je respecte le travail. Ça m’a permis de me focaliser plus sur ce que j’avais à dire et sur la façon dont je souhaitais transmettre ces nouveaux textes. Je me mets toujours beaucoup de pressions et le fait de pouvoir se reposer sur quelqu’un, ça m’a fait un bien fou. Je n’ai jamais su déléguer. Pour y parvenir, il faut trouver quelqu’un qui va mettre autant de temps, de passion et de perfectionnisme dans le projet que soi-même. C’est ce qu’a fait Pierre-Luc, accompagné bien sûr par Rémy en qui j’ai toujours eu une confiance illimitée. C’était l’équipe parfaite.

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

Djazia Satour et Léonid en studio (photo : Pl Jamain).

Evoquons quelques chansons. « Petite sœur » est une ode à l’amitié entre un homme et une femme, enléonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor l’occurrence, celle que tu as avec Djazia Satour, qui chante avec toi sur ce morceau.

Djazia, c’est ma coloc’ de sang. J’ai voulu marqué cette amitié exceptionnelle, extrêmement chaleureuse, fraternelle, presque familiale. Notre amour est puissant, comme peut l’être celui d’un frère et d’une sœur.

Tu n’es pas précisément un chanteur d’histoire d’amour… Quand tu en parles, ça donne une chanson comme « Dégage ».

C’est l’histoire d’une rupture. Quand des gens se séparent, souvent, ils se disent que l’histoire sera toujours belle, malgré la souffrance. Dans cette chanson, j’avoue, j’ai un peu lâché ma pudeur. Désormais, j’essaie de « cracher » les choses de manière plus spontanée et directe. M’autoriser cela m’a permis d’aller mieux.

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

(Photo : Sigrid Spinnox)

Tu es quelqu’un de pudique ?

Très. J’ai même une pudeur extrême. De plus, je suis sujet depuis tout le temps à des crises d’angoisse terribles et à des attaques de panique. J’ai appris récemment que nous étions 4% de la population à souffrir de cette pathologie. J’ai des périodes où le moindre évènement peut me terroriser et me mettre dans des états insoutenables. C’est ma croix… et c’est complètement contradictoire avec le fait de de monter sur scène et, plus généralement, de faire un métier public.

C’est peut-être une façon d’exorciser ça ?

Tu as raison. C’est exactement ce que je pense. Je ne veux pas lâcher l’affaire. Ma seule survie possible, c’est d’aller au front. Je dois passer ma vie à me prouver que je suis plus fort que ces fantômes-là.

Ce que tu me dis-là me fait penser à la chanson « La tâche d’encre », dans laquelle tu te racontes comme jamais… sans t’épargner. En écoutant les paroles, je l’ai comprise ainsi : l’histoire d’un type qui cherche la liberté absolu, qui n’y parvient pas toujours, mais un peu quand même. J’ai bon ?

Ça me va très bien parce que c’est tout à fait ça.

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

(Photo : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

(Photo : Vincent Assié)

Pour toi, c’est quoi la notion de liberté ?

Je trouve qu’il n’y a rien de plus angoissant, stable et acquis que la liberté. La liberté, c’est un grand vide en fait. J’accepte le combat en moi où il y a une inspiration à la liberté infinie et l’obligation de me mettre en danger en me dirigeant vers mes peurs.

La famille est importante pour toi. Tu évoques en  filigrane ta sœur décédée dans « 507 heures » et tes grands-parents dans « Oscar », de Renaud, et dans « Chiffons Rouges » de Vidalin et Fugain.

J’ai des familles très différentes côté maternel et paternel, mais le point commun qu’avait tout le monde, c’est une implication en politique, très à gauche, communiste, humaniste, voire anarchiste pour certains. Depuis mes grands-parents, c’est quelque chose qui est complètement ancrée dans toute la descendance. Nous avons été élevés dans la lutte et le combat pour plus de justice et d’égalité. La cadre idéologique que l’on m’a inculqué est mon plus bel héritage familial.

Toi, tu fais partie de la tendance anar ?

Je vais te dire la vérité. Je suis mélenchoniste, donc à fond dans le mouvement de La France insoumise. Il y a énormément de gens qui tapent sur Mélenchon parce qu’il serait égocentré et colérique… c’est autant de choses qui me le rendent très sympathique. C’est quelqu’un de brillant et droit politiquement. Il défend à merveille des valeurs que nous sommes des millions à partager.

Tu milites sur le terrain?

Je suis très peu militant, mais comme énormément de gens, je me suis fait embarquer en 2016 par le mouvement. J’ai fait pas mal de meetings et il m’est arrivé de distribuer des tracts pour Mélenchon. Mais j’ai beaucoup trop de respect pour les militants qui s’investissent concrètement pour me considérer comme tel. Moi, je me contente d’ouvrir ma gueule sur scène avec mes petites chansons.

"Le prince du RSA"-Spécial confinage.

Mais tu fais de la chanson politique ? (Photo :Vincent Assié)léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

Non.

« Le prince du RSA », chanson anti macroniste par excellence, ce n’est pas une chanson politique ?

Alors, partons du  principe que tout est politique. Pour moi, une chanson, c’est juste une idée qui passe et que tu veux transmettre, mais qui ne doit pas prouver ou argumenter quoi que ce soit. Chacun fait ce qu’il veut de l’idée que tu proposes. L’art n’est pas fait pour convaincre.

C’est le thème de ta chanson « Mon avis » !

C’est exactement ce que je raconte, effectivement. Pendant très longtemps, je suis monté sur mes grands chevaux en clamant de grandes tirades passionnées, mais aujourd’hui, je le fais de moins en  moins. Je ferme ma gueule en fait parce que je sais que je n’ai pas le bagage intellectuel et culturel pour me permettre de chanter des choses sentencieuses et encore moins pour faire la morale.

Dans « Autrement dit », tu désacralises les enfants. Tu n’as pas honte ?

Je précise que je n’ai pas d’enfant, je ne fais donc la leçon à personne. Je ne sais pas si c’est l’héritage de Françoise Dolto, mais je constate juste que l’on met les enfants de plus en plus à une place centrale. J’ai peur qu’on finisse par en faire des adultes décalés avec la vraie vie. Les valeurs que l’on m’a inculqué, c’était de rester à ma place d’enfant. C’est quelque chose d’important dans la fondation d’une vie.

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor